Résultats : 14601 texte(s)
Détail
Liste
9351
p. 134-136
« RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
Début :
RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Compagnie de Jésus, Avignon, Épître, Recueil, Naissance, Collège, Chansons, Intermède, Jésuites
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texteReconnaissance textuelle : « RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
RECUEIL de Poësies sur la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
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9352
p. 136
« JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
Début :
JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...]
Mots clefs :
Évêque de Nantes, Jubilé
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texteReconnaissance textuelle : « JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
JUBILÉ Universel de l'année sainte,
avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque
de Nantes, l'ordre du Jubilé, &
ce que chacun sera obligé de faire pour
le gagner: les retraites des honimes & des
femmes pendant ledit temps, & les prieres
pour les Stations. ANantes, chez Josephl'a-
tar, Imprimeur duRoi, & de Monseigneur
l'Evêque, haute grand-rue, au coin de la
rue de Beau-Soleil, 1751.
On trouve chez le même Libruire, les
Instructions dogmatiques, historiques &
morales, sut. leAIndulgenees & sur le Ju-
bilé, imprimées par l'ordre de Monsei-
gneur l'Evêque de Nantes.
avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque
de Nantes, l'ordre du Jubilé, &
ce que chacun sera obligé de faire pour
le gagner: les retraites des honimes & des
femmes pendant ledit temps, & les prieres
pour les Stations. ANantes, chez Josephl'a-
tar, Imprimeur duRoi, & de Monseigneur
l'Evêque, haute grand-rue, au coin de la
rue de Beau-Soleil, 1751.
On trouve chez le même Libruire, les
Instructions dogmatiques, historiques &
morales, sut. leAIndulgenees & sur le Ju-
bilé, imprimées par l'ordre de Monsei-
gneur l'Evêque de Nantes.
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9353
p. 136-137
« ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...]
Mots clefs :
Musique théorique, Musique pratique
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique &
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
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9354
p. 137-138
« ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
Début :
ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...]
Mots clefs :
Provinces, Almanach, Languedoc, Ressort, Commerce
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texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
ALMANACH historique & Chronologique
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
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9355
p. 138-139
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
Début :
L'Académie ayant jugé à propos de réserver le prix de la Prose de 1752, en [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences et beaux-arts de Pau, Académie, Prose, Poésie, Calomnie, Éducation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie
à Pau, pour deux prix qui seront
distribués le premier Jeudy du mois de
Fevrier, 1753.
L'Académie ayant jugé à propos de réserver
le prix de la Prose de 1752, en
donnera deux en 175.3: l'un, à un Ouvra-
ge en Prose dont le sujet sera, la calomnis
donne plus d'éclat à la vertu que la flatierie.
Et l'autre, à un Ouvrage de Poësie, qui
aura pour sujet, les avantages de l'éduca-
tion. Les Ouvrages ne pourront excéder
une demie heure de lecture, ils seront
adressés à M. l'Abbé de Sorberio, Secretai-
re de l'Académie; on n'en recevra aucun
MARS.
1752.
139
après le mois de Novembre, & s'ils ne
sont affranchis du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de son
Onvrage, la sentence qu'il voudra. Il la
repetera au-dessus d'un billet cacheté,
dans lequel il écrira son nom. M. Mail-
hol est l'Auteur du Poëme qui a remporté
le prix de la Poësie en 1752.
Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie
à Pau, pour deux prix qui seront
distribués le premier Jeudy du mois de
Fevrier, 1753.
L'Académie ayant jugé à propos de réserver
le prix de la Prose de 1752, en
donnera deux en 175.3: l'un, à un Ouvra-
ge en Prose dont le sujet sera, la calomnis
donne plus d'éclat à la vertu que la flatierie.
Et l'autre, à un Ouvrage de Poësie, qui
aura pour sujet, les avantages de l'éduca-
tion. Les Ouvrages ne pourront excéder
une demie heure de lecture, ils seront
adressés à M. l'Abbé de Sorberio, Secretai-
re de l'Académie; on n'en recevra aucun
MARS.
1752.
139
après le mois de Novembre, & s'ils ne
sont affranchis du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de son
Onvrage, la sentence qu'il voudra. Il la
repetera au-dessus d'un billet cacheté,
dans lequel il écrira son nom. M. Mail-
hol est l'Auteur du Poëme qui a remporté
le prix de la Poësie en 1752.
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9356
p. 139
« LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
Début :
LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Lettre, Friedrich Melchior Grimm, Omphale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
LETTRE de M. Grimm sur Omphale,
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
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9357
p. 140-141
« MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
Début :
MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...]
Mots clefs :
Langue française, Enseigner, Orthographe, Livres, Méthode, Principes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
MANIERE d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, utile
aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans, par
M. Jacquier. On la vend à Paris, chez le
Gras, grande Salle du Palais; Prault
quai de Gêvre; la veuve Pissot, à la dé-
cente du Pont-neuf, & Pissot, quai des
Augustins, au coin de la rue Git-le-
cœur.
Les Libraires de Paris, de Province &
des Pays Ettangers qui auront besoin des
Ouvrages de M. Jacquier, & qui les
voudront de la premiere main, s'adresse.
ront aux susdits Libraires: ils y trou-
veront,
1. Sa methode pour apprendre l'orto-
graphe & la langue françoise par princi-
pes. Ellè est très-utile à ceux qui ont un
Dictionnaire François, parce que l'Orto-
graphe de chaque mot y est prouvée par
regles Prix trois livres, brochée, & de
six livres, reliée, avec la maniere d'en-
seigner.
2. La maniere d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, uti-
le aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans: vo-
lume in-S°, prix 3. livres, broché, & de
6 livres relié, avec la methode.
MARS. 1752.
141
3. Le coup d'œeil de Dictionnaires Fran-
çois, où l'Ortographe de chaque mot est
prouvée par régles. On y voit aussi com-
ment toûs les mots de la Langue se for-
ment les uns des autres: prix trois li-
vres relié.
4. La table des Matieres contenues
dans la cinquième Edition de sa methode
& de la maniere d'enseigner, servant de
seconde clef pour tous ceux qui ont un
Dictionnaire François ou une Grammat-
re. Brochure in S° de trente-huit pages :
prix, six sols.
& la Langue Françoise par principes, utile
aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans, par
M. Jacquier. On la vend à Paris, chez le
Gras, grande Salle du Palais; Prault
quai de Gêvre; la veuve Pissot, à la dé-
cente du Pont-neuf, & Pissot, quai des
Augustins, au coin de la rue Git-le-
cœur.
Les Libraires de Paris, de Province &
des Pays Ettangers qui auront besoin des
Ouvrages de M. Jacquier, & qui les
voudront de la premiere main, s'adresse.
ront aux susdits Libraires: ils y trou-
veront,
1. Sa methode pour apprendre l'orto-
graphe & la langue françoise par princi-
pes. Ellè est très-utile à ceux qui ont un
Dictionnaire François, parce que l'Orto-
graphe de chaque mot y est prouvée par
regles Prix trois livres, brochée, & de
six livres, reliée, avec la maniere d'en-
seigner.
2. La maniere d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, uti-
le aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans: vo-
lume in-S°, prix 3. livres, broché, & de
6 livres relié, avec la methode.
MARS. 1752.
141
3. Le coup d'œeil de Dictionnaires Fran-
çois, où l'Ortographe de chaque mot est
prouvée par régles. On y voit aussi com-
ment toûs les mots de la Langue se for-
ment les uns des autres: prix trois li-
vres relié.
4. La table des Matieres contenues
dans la cinquième Edition de sa methode
& de la maniere d'enseigner, servant de
seconde clef pour tous ceux qui ont un
Dictionnaire François ou une Grammat-
re. Brochure in S° de trente-huit pages :
prix, six sols.
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9358
p. 141-142
« La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
Début :
La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...]
Mots clefs :
Preuve, Témoins, Vie civile, Règne de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
La nouvelle Edition de la preuve
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
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9359
p. 142-144
« BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
Début :
BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...]
Mots clefs :
Lorraine, Hommes, Histoire, Public, Édition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des
Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine,
dans les trois Evêchés, dans l'Arche-
vêché de Tréves, dans le Duché de Lu-
xembourg, & c. En un volume in folio.
Ce nouvel Ouvrage du R. P. D. Calmet,
Abbé de Senones, est attendu depuis long
tems. Il manquoit à la Littérature; à ceux
qui ont la premiere Edition de l'Histoire
de Lorraine; on le devoit aux Souscrip-
teurs de la seconde Edition. Il ne pouvoit
paroître dans des circonstances plus heu-
reuses, que celles où S. M. Polonoise, par le
magnisique établissement d'une Bibliothé-
que publique, & d'une Société Littéraire
dans la Capitale de ses Etats, y fait renaî-
tre les Lettres, excite les génies, les Sça-
vans & les Artistes de tous les ordres, à
mériter les couronnes qui leur sont prépa-
rées.
L'Ouvrage que l'on annonce au Public,
est précédé d'une sçavante préface de 28
pages. L'Auteur, dans ce Livre, ne s'est
point assujetti à l'ordre des tems, mais à
MARS. 1752.
143
telui de l'Alphabet, suivant lequel sont
rangés un grand nombre d'Hommes illus-
tres dans les Sciences, dans sesLettres & dans
les Arts, qui ont fleuri dans ces contrées.
Outre des Anecdotes intéressantes sur leur
naissance, leurs caracteres & leurs Ouvrages,
soit imprimés, soit manuscrits, on y trou-
vera quantité de points de critique discutés
& éclaircis, & beaucoup de choses jusqu a-
lors inconnuës, ou laissées dans le secret &
l'obscurité des Bibliothéques qui les rece-
loient. On y parle, non seulement, des
Scavans nés dans la Lorraine & le Barrois,
les trois Evêchés, le Trévirois & le Lu-
xembourg; mais encore des François & des
Ecrangers, qui s'y sont distingués par leurs
Ouvrages. Celui- ci est tout-à-fait propre
à justifier ce qui a été avancé depuis peu,
dans un discours public: Qu'il n est aucu-
ne science, aucun art, dont on ne trouve
des modéles dans cette Province. En effet,
près de quatre cens hommes, nés dans la
Lorraine & le Barrois, se sont illustrés
dans les Sciences & dans les Arts. La plu-
part de ces Hommes célèbres étoient déja
connus en France; mais on ignoroit beau-
coup de choses sur leurs personnes & sur
leurs Ouvrages, que le R. Pere Dom Cal-
met a insérees dans la Bibliotheque Lorrai-
no; d'autres, en assez grand nombre, &
*
144 MERCURE DEFRANCE.
sur-tout des Artistes distingués, étoient ou
trop peu connus, ou entiérement ignorés.
Comme les ans ont respecté un grand
nombre de leurs Ouvrages qui existent en-
core à Rome, en France & en Lorraine,
le Public qui en jouit, sera bien aise d'en
connoître les Auteurs. Ainsi on est persua-
dé que cet Ouvrage recevra un accuëil fa-
vorable. On le trouve à Nancy, chez A.
Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi,
près la Paroisse S. Sébastien, & chez Ni-
colas Marchand, proche la Place, Ville-
Neuve.
Le prix, pour ceux qui n'ont pas souscrit à
la nouvelle edition de l'Histoire de Lorraine,
est de quatorze livres de France, broché.
Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine,
dans les trois Evêchés, dans l'Arche-
vêché de Tréves, dans le Duché de Lu-
xembourg, & c. En un volume in folio.
Ce nouvel Ouvrage du R. P. D. Calmet,
Abbé de Senones, est attendu depuis long
tems. Il manquoit à la Littérature; à ceux
qui ont la premiere Edition de l'Histoire
de Lorraine; on le devoit aux Souscrip-
teurs de la seconde Edition. Il ne pouvoit
paroître dans des circonstances plus heu-
reuses, que celles où S. M. Polonoise, par le
magnisique établissement d'une Bibliothé-
que publique, & d'une Société Littéraire
dans la Capitale de ses Etats, y fait renaî-
tre les Lettres, excite les génies, les Sça-
vans & les Artistes de tous les ordres, à
mériter les couronnes qui leur sont prépa-
rées.
L'Ouvrage que l'on annonce au Public,
est précédé d'une sçavante préface de 28
pages. L'Auteur, dans ce Livre, ne s'est
point assujetti à l'ordre des tems, mais à
MARS. 1752.
143
telui de l'Alphabet, suivant lequel sont
rangés un grand nombre d'Hommes illus-
tres dans les Sciences, dans sesLettres & dans
les Arts, qui ont fleuri dans ces contrées.
Outre des Anecdotes intéressantes sur leur
naissance, leurs caracteres & leurs Ouvrages,
soit imprimés, soit manuscrits, on y trou-
vera quantité de points de critique discutés
& éclaircis, & beaucoup de choses jusqu a-
lors inconnuës, ou laissées dans le secret &
l'obscurité des Bibliothéques qui les rece-
loient. On y parle, non seulement, des
Scavans nés dans la Lorraine & le Barrois,
les trois Evêchés, le Trévirois & le Lu-
xembourg; mais encore des François & des
Ecrangers, qui s'y sont distingués par leurs
Ouvrages. Celui- ci est tout-à-fait propre
à justifier ce qui a été avancé depuis peu,
dans un discours public: Qu'il n est aucu-
ne science, aucun art, dont on ne trouve
des modéles dans cette Province. En effet,
près de quatre cens hommes, nés dans la
Lorraine & le Barrois, se sont illustrés
dans les Sciences & dans les Arts. La plu-
part de ces Hommes célèbres étoient déja
connus en France; mais on ignoroit beau-
coup de choses sur leurs personnes & sur
leurs Ouvrages, que le R. Pere Dom Cal-
met a insérees dans la Bibliotheque Lorrai-
no; d'autres, en assez grand nombre, &
*
144 MERCURE DEFRANCE.
sur-tout des Artistes distingués, étoient ou
trop peu connus, ou entiérement ignorés.
Comme les ans ont respecté un grand
nombre de leurs Ouvrages qui existent en-
core à Rome, en France & en Lorraine,
le Public qui en jouit, sera bien aise d'en
connoître les Auteurs. Ainsi on est persua-
dé que cet Ouvrage recevra un accuëil fa-
vorable. On le trouve à Nancy, chez A.
Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi,
près la Paroisse S. Sébastien, & chez Ni-
colas Marchand, proche la Place, Ville-
Neuve.
Le prix, pour ceux qui n'ont pas souscrit à
la nouvelle edition de l'Histoire de Lorraine,
est de quatorze livres de France, broché.
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9360
p. 168-170
LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
Début :
Cessant enfin de se contraindre [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
LE CHOIX D'UN BERGER.
CHANSON NOUVELLE.
Cessant enfin de se contraindre
Delphire va dire son choix;
Dieu! que ce moment est à craindre
Pour tous ceux qui suivent ses loix !
Mais si ma Delphire préfére
Le Berger le plus amoureux,
Le plus tendre, le plus sincere,
Je serai l'Amant heureux.
Mes Rivaux célébrent des charmes.
Que dans l'Onde on aime à mirer
Que leurs chants me causent d'ailarmes
A moi qui ne sçais qu'admirer!
Mais si ma Delphite, &c.
Avec un brillant étalage
J'ai vû Silvandre de retour
La simplicité du Village
Tiendra t-elle contre la Court
Mais si ma Delphire, &c.
Lorsque
La
**..
t
1.
—
LREDE
—.—
CE.
MARS. 1752.
Lorsque Daphnis sur la fougère
De ma Bergere suit les pas,
De sa danse vive & légère
Que je redoute les appas!
Mais si ma Delphire, &c.
(..
De Tityre on vante la grace,
D'Adonis il a les attraits
Je prévois déja ma disgrace,
Tityre plaita par ses traits;
Mais si ma Delphire, &c.
Si la richesse a l'avantage,
Puis- je esperer quelque retour?
Je n'ai pour tout bien en partage
Que ma houlette & mon amour
Mais si ma Delphire, &c.
Près d'elle Hilas s'est fait entendre,
Il forme d'agréables sons
Qu'ai-je désormais à prétendre,
Si l'on écoute ses chansons:
Mais si ma Delphire, &c.
169
H
(170 MERCURE DE FRANCE.
Palés a pria dans un Parterre
Des fleurs qu'il arrange avec art;
Les miennes sont comme la terre
Les a fait éclore au hazard.,
Mais si ma Delphire, &c.
Ressentir l'Amour doit sufsire
Quand on ne sçauroit P'inspirer;
Si je ne puis plaire à Delphite
Je pourrai du moins l'adoret;
Mais si ma Delphire, &c.
Pesselier.
CHANSON NOUVELLE.
Cessant enfin de se contraindre
Delphire va dire son choix;
Dieu! que ce moment est à craindre
Pour tous ceux qui suivent ses loix !
Mais si ma Delphire préfére
Le Berger le plus amoureux,
Le plus tendre, le plus sincere,
Je serai l'Amant heureux.
Mes Rivaux célébrent des charmes.
Que dans l'Onde on aime à mirer
Que leurs chants me causent d'ailarmes
A moi qui ne sçais qu'admirer!
Mais si ma Delphite, &c.
Avec un brillant étalage
J'ai vû Silvandre de retour
La simplicité du Village
Tiendra t-elle contre la Court
Mais si ma Delphire, &c.
Lorsque
La
**..
t
1.
—
LREDE
—.—
CE.
MARS. 1752.
Lorsque Daphnis sur la fougère
De ma Bergere suit les pas,
De sa danse vive & légère
Que je redoute les appas!
Mais si ma Delphire, &c.
(..
De Tityre on vante la grace,
D'Adonis il a les attraits
Je prévois déja ma disgrace,
Tityre plaita par ses traits;
Mais si ma Delphire, &c.
Si la richesse a l'avantage,
Puis- je esperer quelque retour?
Je n'ai pour tout bien en partage
Que ma houlette & mon amour
Mais si ma Delphire, &c.
Près d'elle Hilas s'est fait entendre,
Il forme d'agréables sons
Qu'ai-je désormais à prétendre,
Si l'on écoute ses chansons:
Mais si ma Delphire, &c.
169
H
(170 MERCURE DE FRANCE.
Palés a pria dans un Parterre
Des fleurs qu'il arrange avec art;
Les miennes sont comme la terre
Les a fait éclore au hazard.,
Mais si ma Delphire, &c.
Ressentir l'Amour doit sufsire
Quand on ne sçauroit P'inspirer;
Si je ne puis plaire à Delphite
Je pourrai du moins l'adoret;
Mais si ma Delphire, &c.
Pesselier.
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9361
p. 171
« La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...] »
Début :
La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...]
Mots clefs :
Anne-Henriette de France, Madame Henriette
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texteReconnaissance textuelle : « La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...] »
La mort de Madame Henriette a fait interrompre
tous les Spectacles depuis le 10
jusqu'au 23.
tous les Spectacles depuis le 10
jusqu'au 23.
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9362
p. 171-189
EXTRAIT DE VARON.
Début :
Varon, après avoir exterminé toute la Famille Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran. [...]
Mots clefs :
Varon, Zoraïde, Père, Sostrate, Pharès, Sort, Bras, Instant, Acte, Cruel, Fureur, Prince, Amant, Dieux, Secret, Sang, Coeur, Syracuse
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE VARON.
EXTRAIT DE VARON.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
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9363
p. 189-190
« Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Opéra-Comique, Foire Saint-Germain
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Les Comédiens François ont donné le 3 Février
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
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9364
p. 190
CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
Début :
Après une symphonie fort agréable, on executa Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand [...]
Mots clefs :
Motet, Choeur, Dominus
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL,
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
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9365
p. *191-191
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Début :
La charge de Président de la Chancellerie étant sur le point de vacquer par les instances [...]
Mots clefs :
Stockholm, États, Majesté
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texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
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9366
p. 191-192
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Début :
Il y aura cette année un camp considérable dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont [...]
Mots clefs :
Camp, Régiments
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 9 Janvier.
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
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9367
p. 192-193
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Début :
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier & Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de [...]
Mots clefs :
Saxe-Gotha, Lettres, Vienne, Roi, Princesse, Comte, Trésorier
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texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 18 Janvier.
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
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9368
p. 193-194
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Début :
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis, premier Commissaire de l'Empereur à la [...]
Mots clefs :
Empire, Corps, Empereur, États protestants, Augsbourg, Affaire, Constitutions, Résolution, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
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9369
p. 194-195
DE MADRID, le 25 Janvier.
Début :
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois, le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire [...]
Mots clefs :
Académie littéraire de Barcelone, Roi, Médecine, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 25 Janvier.
DE MADRID, le 25 Janvier.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
pitized by Goog
MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
pitized by Goog
MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
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9370
p. 195-196
DE CADIX, le 18 Janvier.
Début :
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan semblable à celui qu'on vient d'essuyer [...]
Mots clefs :
Ouragan, Navires, Nuit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE CADIX, le 18 Janvier.
DE CADIX, le 18 Janvier.
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan
semblable à celui qu'on vient d'essuyer
dans cette Baye. Il commença le 15. de ce mois
à neuf heures du soir par un vent d'Est-Sud-Est;
si impétueux que tous les navires chassoient sur
leurs anchros, & heurtoient les uns contre les
uutres. Tous tiroient du canon pour demander
un secours que l'obscurité ne permetioit pas de
leur fournir. Le 16, le jour ne parut que
pour éclairer les desastres arrivés pendant la nuit.
De toutes parts, on n'apperçut que des Na-
vires brisés sur la plage, où d'autres prêts à
erre engloutis par les flots. L'horreur de ce spec-
racle étoit augmenté par les cris d'une insinité
de malheureux, qui tâchoient de gagner à la
nage les murs de la Ville, & qui jettés avec vio-
lence par les vagues de la mer contre ces mê-
mes murs, y trouvoient la mort qu'ils vouloient
éviter. Chaque instant de cette affreuse journée
fut marque par quelque nouveau malheut. Un
Vaisseau de Marseille, richement chargé, avoit
résisté pendant 18 heures à la tempête. Le Capi-
taine Caudiere qui le commandoit; fut obligé de
l'abandonner, & de se sauver avec son équipa-
ge, dans sa chaloupe, qui ne put arriver au
Port qu'après trois heures d'un travail inexprima-
ble. La nuit de 16 au 17 ne fut pas moins terri-
ble que la précédente. Hier à la pointe du jour,
le vent se calma, & pour dernier spectacle, le
rivage n'offrit plus que des debris de Navires
Iij
196 MERCUREDE FRANCE.
& des cadavres. De tous les hommes qui étoient
restés la veille en danger, on n'en trouva au-
cun en vie. Le, vaifseau du Capitaine Caudiere
avoit coulé à fond. Cinquante Navires, tant
grands que petits, & un nombre prodigieux de
barques, de bateaux & de chaloupes, ont pé-
ri dans la Baye. Plusieurs autres bâtimens, qui
ont essayé de prendre le large, les uns sans
mats, les autres sans gouvernail, ont sans doute
eu le même sort. Il n'est point de couleurs pro-
pres à bien peindre tous les objets effrayans
qu'a présentés cette horrible tempête, & la plu-
me ne peut rendre fidelement tout ce que les yeur
ont vû.
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan
semblable à celui qu'on vient d'essuyer
dans cette Baye. Il commença le 15. de ce mois
à neuf heures du soir par un vent d'Est-Sud-Est;
si impétueux que tous les navires chassoient sur
leurs anchros, & heurtoient les uns contre les
uutres. Tous tiroient du canon pour demander
un secours que l'obscurité ne permetioit pas de
leur fournir. Le 16, le jour ne parut que
pour éclairer les desastres arrivés pendant la nuit.
De toutes parts, on n'apperçut que des Na-
vires brisés sur la plage, où d'autres prêts à
erre engloutis par les flots. L'horreur de ce spec-
racle étoit augmenté par les cris d'une insinité
de malheureux, qui tâchoient de gagner à la
nage les murs de la Ville, & qui jettés avec vio-
lence par les vagues de la mer contre ces mê-
mes murs, y trouvoient la mort qu'ils vouloient
éviter. Chaque instant de cette affreuse journée
fut marque par quelque nouveau malheut. Un
Vaisseau de Marseille, richement chargé, avoit
résisté pendant 18 heures à la tempête. Le Capi-
taine Caudiere qui le commandoit; fut obligé de
l'abandonner, & de se sauver avec son équipa-
ge, dans sa chaloupe, qui ne put arriver au
Port qu'après trois heures d'un travail inexprima-
ble. La nuit de 16 au 17 ne fut pas moins terri-
ble que la précédente. Hier à la pointe du jour,
le vent se calma, & pour dernier spectacle, le
rivage n'offrit plus que des debris de Navires
Iij
196 MERCUREDE FRANCE.
& des cadavres. De tous les hommes qui étoient
restés la veille en danger, on n'en trouva au-
cun en vie. Le, vaifseau du Capitaine Caudiere
avoit coulé à fond. Cinquante Navires, tant
grands que petits, & un nombre prodigieux de
barques, de bateaux & de chaloupes, ont pé-
ri dans la Baye. Plusieurs autres bâtimens, qui
ont essayé de prendre le large, les uns sans
mats, les autres sans gouvernail, ont sans doute
eu le même sort. Il n'est point de couleurs pro-
pres à bien peindre tous les objets effrayans
qu'a présentés cette horrible tempête, & la plu-
me ne peut rendre fidelement tout ce que les yeur
ont vû.
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9371
p. 196-197
DE MESSINE, le 24 Décembre.
Début :
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs fois dans une plage voisine de Trapani, & même [...]
Mots clefs :
Monstre marin, Monstre, Messine, Trapani
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MESSINE, le 24 Décembre.
DE MESSINE, le 24 Décembre.
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs
fois dans une plage voisine de Trapani, & même
il avoit dévoré un Pêcheur, qui avoit eu le
malheur de tomber dans la mer. On avoit tenté
divers moyens de se délivrer d'un ennemi si
dangereux, mais aucun n'avoit réussi. Les Pê-
cheurs, sans se rebuter par l'inutilité de leurs pre-
miers efforts, préparerent il y aquelques jours un
noud coulant, au milieu duquel étoit un appas.
Le monstre fut pris par cette ruse. Il avoit vingt
palmes de long, & quatorze de circonférence. Sa
gueule étoit d'une largeur excessive, avec trois
rangs de dents à la mâchoire supérieure. Il pe-
soit près de quatre cens livres. En l'ouvrant on
lui a trouvé dans le corps deux jambes, une par-
tie de l'épine du dos, & le crâne d'un homme,
qu'on a jugé être les restes du malheureux Ps-
MARS. 1752.
19
cheur qui, peu de tems auparavant avoit été la
proye de cette bête carnassiere.
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs
fois dans une plage voisine de Trapani, & même
il avoit dévoré un Pêcheur, qui avoit eu le
malheur de tomber dans la mer. On avoit tenté
divers moyens de se délivrer d'un ennemi si
dangereux, mais aucun n'avoit réussi. Les Pê-
cheurs, sans se rebuter par l'inutilité de leurs pre-
miers efforts, préparerent il y aquelques jours un
noud coulant, au milieu duquel étoit un appas.
Le monstre fut pris par cette ruse. Il avoit vingt
palmes de long, & quatorze de circonférence. Sa
gueule étoit d'une largeur excessive, avec trois
rangs de dents à la mâchoire supérieure. Il pe-
soit près de quatre cens livres. En l'ouvrant on
lui a trouvé dans le corps deux jambes, une par-
tie de l'épine du dos, & le crâne d'un homme,
qu'on a jugé être les restes du malheureux Ps-
MARS. 1752.
19
cheur qui, peu de tems auparavant avoit été la
proye de cette bête carnassiere.
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9372
p. 197
DE NAPLES, le 31 Décembre.
Début :
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de [...]
Mots clefs :
Vésuve, Montagne, Lave, Sommet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 31 Décembre.
DE NAPLES, le 31 Décembre.
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois
beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de
Nord-Est emporta jusqu'au pied de la montagne.
Le 15, la matiere bitumineuse couloit avec le
même dégré de vîtesse que de l'eau, qui a six li-
gnes de pente dans un espace de cent toises. Une
des branches de la Lava s'arrêta le 16, & l'on
entendit des bruits souterrains. Le 17 au soir
quoiqu'il fût tombé pendant la journée une gran-
de abondance de pluie, le sommet & le flanc
Oriental de la Montagne parurent de nouveau
en feu. On vit le 18, le sommet couvert d'une
neige épaisse. Depuis il n'est arrivé rien de re-
marquable. L'éruption continue toujours, & la
Lava dirige son cours, comme auparavant,à
travers les bois d'Ottaiano.
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois
beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de
Nord-Est emporta jusqu'au pied de la montagne.
Le 15, la matiere bitumineuse couloit avec le
même dégré de vîtesse que de l'eau, qui a six li-
gnes de pente dans un espace de cent toises. Une
des branches de la Lava s'arrêta le 16, & l'on
entendit des bruits souterrains. Le 17 au soir
quoiqu'il fût tombé pendant la journée une gran-
de abondance de pluie, le sommet & le flanc
Oriental de la Montagne parurent de nouveau
en feu. On vit le 18, le sommet couvert d'une
neige épaisse. Depuis il n'est arrivé rien de re-
marquable. L'éruption continue toujours, & la
Lava dirige son cours, comme auparavant,à
travers les bois d'Ottaiano.
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9373
p. 197
DE ROME, le 4 Janvier.
Début :
Quelques difficultés ont obligé de suspendre les travaux commencés pour le rétablissement du [...]
Mots clefs :
Anzio, Port
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texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 4 Janvier.
DE ROME, le 4 Janvier.
Quelques difficultés ont obligé de suspendre
les travaux commencés pour le rétablissement du
Port d'Anzio. La Ville de Ferrare ayant repré-
senté qu'on ne pouvoit, sans lui causer un pré-
judice considérable, procurer l'écoulement des
caux du Bolonois par la vallée de Comachio, le
plan proposé à ce sujet a été rejetté. Sa Sainteté
a donné ordre au Pere Boscowitz, Mathémati-
cien célebre, de continuer ses Observations pour
la mesure du Méridien.
Quelques difficultés ont obligé de suspendre
les travaux commencés pour le rétablissement du
Port d'Anzio. La Ville de Ferrare ayant repré-
senté qu'on ne pouvoit, sans lui causer un pré-
judice considérable, procurer l'écoulement des
caux du Bolonois par la vallée de Comachio, le
plan proposé à ce sujet a été rejetté. Sa Sainteté
a donné ordre au Pere Boscowitz, Mathémati-
cien célebre, de continuer ses Observations pour
la mesure du Méridien.
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9374
p. *198-198
DE LIVOURNE, le 8 Février.
Début :
Une Tartane Françoise, venue d'Afrique en quatre jours, a rencontré le jour de son départ de [...]
Mots clefs :
Tartane, Corsaire, Porto Farina, Ghar El Melh
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texteReconnaissance textuelle : DE LIVOURNE, le 8 Février.
DE LIVOURNE, le 8 Février.
Une Tartane Françoise, venve d'Afrique en
quatre jours, a rencontré le jour de son départ de
Porto-Farina un Corsaire, qui y conduisoit 3 Na-
vires Catalans dont il s'étoit emparé. On a été ins-
ruit par la même Tartane, qu'il y avoit actuelle-
ment en deça du Détroit de Gibraltar 18 autres Vais-
seaux Africains, & qu'ils avoient formé trois Es-
cadres, afin d'être plus en état de se défendre con-
tre les Espagnols. Dans l'intervalle de huit jours,
il est arrivé ici neuf Bâtimens Anglois, deux Sué-
doig & un Danois.
Une Tartane Françoise, venve d'Afrique en
quatre jours, a rencontré le jour de son départ de
Porto-Farina un Corsaire, qui y conduisoit 3 Na-
vires Catalans dont il s'étoit emparé. On a été ins-
ruit par la même Tartane, qu'il y avoit actuelle-
ment en deça du Détroit de Gibraltar 18 autres Vais-
seaux Africains, & qu'ils avoient formé trois Es-
cadres, afin d'être plus en état de se défendre con-
tre les Espagnols. Dans l'intervalle de huit jours,
il est arrivé ici neuf Bâtimens Anglois, deux Sué-
doig & un Danois.
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9375
p. *198-198
DE MILAN, le 5 Janvier.
Début :
Des grains, destinés pour quelques-unes des Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers [...]
Mots clefs :
Grains, Droits de péage, Convention, Impératrice Reine
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texteReconnaissance textuelle : DE MILAN, le 5 Janvier.
DE MILAN, le 5 Janvier.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
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9376
p. 198-199
DE LONDRES, le 20 Janvier.
Début :
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la [...]
Mots clefs :
Pêche, Capitaine, Virginie, Députés, Enfants
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Janvier.
DE LONDRES, le 20 Janvier.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
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9377
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer
9378
p. 207-215
DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant comblé les voeux de la France, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Versailles, Corps, Feu, Architecture, Arc, Fleurs, Colonnes, Lapis, Guirlandes, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
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9379
p. 216
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3
Lettre à Monsieur Pirrhon,
11
Eloge de la Poësie. Epstre à M. F***.
Lettre de M. de la Sauvagere à l'Auteur du Mer-
cure
26
Epitre de M. Desforges Maillard à sa femme
Réflexions sur l'exil écrites en François, par My-
30
lord Bolingbroxe.
La mort de Louise Reine de Dannemarcx. Ode
52
au Roi
Lettre écrite à l'Auteur du Mercure,
57
64
Imitation de l'Italien,
Lettre de M. le Chevalier de Mouhy à l'Auteur
65
du Mercurel,
Discours prononcé par M. l'Abbé de Pomponne
à la réception de M. le Prince de Condé, nommé
71
par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres,
Epitie de M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le
Colonel de Schmetow
73
84
Les Alpes
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
109
de Févtier,
110
Enigme & Logogriphes,
118
Nouvelles Littéraires
145
Beaux-Arts,
Spectacles.
190
Nouvelles Etrangeres
200
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
Description des Fêtes de Versailles.
207
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3
Lettre à Monsieur Pirrhon,
11
Eloge de la Poësie. Epstre à M. F***.
Lettre de M. de la Sauvagere à l'Auteur du Mer-
cure
26
Epitre de M. Desforges Maillard à sa femme
Réflexions sur l'exil écrites en François, par My-
30
lord Bolingbroxe.
La mort de Louise Reine de Dannemarcx. Ode
52
au Roi
Lettre écrite à l'Auteur du Mercure,
57
64
Imitation de l'Italien,
Lettre de M. le Chevalier de Mouhy à l'Auteur
65
du Mercurel,
Discours prononcé par M. l'Abbé de Pomponne
à la réception de M. le Prince de Condé, nommé
71
par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres,
Epitie de M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le
Colonel de Schmetow
73
84
Les Alpes
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
109
de Févtier,
110
Enigme & Logogriphes,
118
Nouvelles Littéraires
145
Beaux-Arts,
Spectacles.
190
Nouvelles Etrangeres
200
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
Description des Fêtes de Versailles.
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9380
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« La Chanson notée doit regarder la page 168 [...] »
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La Chanson notée doit regarder la page 168 [...]
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La Chanson notée doit regarder la page 168
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9381
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« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
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De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
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De l'Imprimerie de J. BULLOT.
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9382
s. p.
LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
Début :
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
LISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés
Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à
côté de la Bourse.
Nantes, chés Joseph Vatar.
Rennes, chés Vatar, pere, & Vatar le fils.
Jouanet Vatard, & Julien Vatard.
Blois, chés Masson.
Tours, chés Lambert
& Billaut.
Rouen, chés François-Eustache Herault, & chés
Cailloiié.
Châlons-sur-Marne, chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François, & Godart.
Arras, chés la veuve Duchamp, & Laureau,
Abbeville, chés Levoyez, Libraire.
Angers, à la Poste, & chás Jahyer.
Dijon, à la Poste, & chés Mailly.
Versailles, ches Fournier.
Besançon, chés Briffaut
Saint Germain, chés Charepeyre.
Lyon, à la Poste, & chés Plaignard.
Marseille, chés Sibié, Mosty, & Virlaud, Li-
braires.
Beauvais, chés Dessaint.
& Bouillerot, Libraires,
Troyes, chés Michelin
Charleville, chés Pierre Thesin.
Moulins, chés Eaure.
Auxerre, chés Eournier.
Nancy, chés Nicolas.
Toulouse; ches Jean-François Robert.
Aire, chés Corbeville.
Poitiers, chés Faulcon.
Caën, chés Mamoury,
PRIX XXX. SOLS.
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés
Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à
côté de la Bourse.
Nantes, chés Joseph Vatar.
Rennes, chés Vatar, pere, & Vatar le fils.
Jouanet Vatard, & Julien Vatard.
Blois, chés Masson.
Tours, chés Lambert
& Billaut.
Rouen, chés François-Eustache Herault, & chés
Cailloiié.
Châlons-sur-Marne, chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François, & Godart.
Arras, chés la veuve Duchamp, & Laureau,
Abbeville, chés Levoyez, Libraire.
Angers, à la Poste, & chás Jahyer.
Dijon, à la Poste, & chés Mailly.
Versailles, ches Fournier.
Besançon, chés Briffaut
Saint Germain, chés Charepeyre.
Lyon, à la Poste, & chés Plaignard.
Marseille, chés Sibié, Mosty, & Virlaud, Li-
braires.
Beauvais, chés Dessaint.
& Bouillerot, Libraires,
Troyes, chés Michelin
Charleville, chés Pierre Thesin.
Moulins, chés Eaure.
Auxerre, chés Eournier.
Nancy, chés Nicolas.
Toulouse; ches Jean-François Robert.
Aire, chés Corbeville.
Poitiers, chés Faulcon.
Caën, chés Mamoury,
PRIX XXX. SOLS.
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9383
p. 3-12
EPITRE A un Ami.
Début :
TOI, de mon coeur l'autre moitié, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A un Ami.
EPITRE
A un Ami.
TOI, de mon coeur l'autre moitié,
L****, dont l'ame sincere,
De la tendre & sainte amitiè
Semble l'auguste sanctuaire:
Daus ce profond recueillement
Dans ce doux état d'apathie
Où pour juger plus sainement
Des biens & des maux de la vie,
La solide Philosophie
A ij
4 MERCUREDE FRANCE.
De notre ame ordinairement
Entretient la mélancolie
Conçois-tu bien, par quel travers.
J'évoque tout à-coup ma Muse
Pour te tracer ici des vers,
Et, faisant trêve avec Baluze, (a)
Je chante sur des tons divers
Ce qui m'occupe, ou, qui m'amuse
Au milieu de cet Univers.
Pour toi des Saphos, des Orphées
Je vais donc revoir le séjour:
Je veis donc des sçavantes Fées
Revoir pour toi l'aimable Cour.
J'ai sçù, mon cher, selon l'usage
Me préparer, en vérité
A ce charmant pélerinage
Par une sainte oisiveté;
Et trois sois Diane & son frere
Ont brillé sur notre Hemisphére,
Et se sont chassés tour-à-tour:
Trois fois, Déesse de Cithére
Des Ombres & de la lumière
Ton Astre annonça le retour,
Depuis que sur les pas d'Horace,
De Rousseau; de Milton, du Tasse,
Et des guides les plus fameux
Du chemin qui. mêne au Parnasse,
(a) Auteur qui nous a donné une compilation des
Capiiulaires & des anciennes Ordonnances de nos Rois.
AVRIL.
1752.
Je cherche à déméler la trace,
Et les sentiers trop épineux.
Mon Pégase agite ses aîles,
Il s'essaye & s'essaye encor
Et vers le Mont des neuf Pucelles
Prend enfin son sublime effor;
Il franchit les hautes montagnes
Et, tel qu'un Aigle ambitieux
Tour-â-coup des airs spatieux
Traverse les vastes campagnes,
Et bientôt se dérobe aux yeux.
De ce fameux laboratoire
Où, sans relâche nui: & jour,
Pour le proffit & pour la gloire,
Sur le Digeste & sur l'Histoire
Je me consume tour- à-tour:
De ce réduit où je rassemble
Catulle avec Justinien,
Où je fais habiter ensemble
L'Anglois ayec l'Italien:
De ce Manoir, où je compose,
Et je fabrique incessamment
Contredits, Avertissement
Ode, Epitre, ou méchante Prose:
De ce Cabinet enchanté,
Où, loin du profane vulgaire
Et du fracas de la Cité,
Je m'entretiens avec Homère,
OO
A iij
5
6 MERCUREDEFRANCE.
Et la sçavante Antiquité
Soudain, par la vertu magique
De ma Baguette poëtique
Me voilà, mon cher, transporté
Près de toi dans ce lieu rustique,
Séjour de la simpliciu
Où ton ame philosophique
Sędt, par un privilège unique,
Fixer pour toi la volupté:
Là, couché sur un tendre herbage,
Je surprens mon fripon de Sage
Dans le plus doux ravissement;
Ses yeux sur un beau paysage
Se promenent nonchalament;
Les prés, les bois & la verdure
Tout le frappe d'étonnement;
Assis au bord d'une onde pure,
Il rend grace à la Nature
De son heureux enchantement;
»Lieux charmans, dit-il, où j'éproure
„ Les plaisirs les plus seduisans
„Où dans moi-même je retrouve
» Un cœeur tout neuf, de nouveaux sens;
„ Où la Nature sibérale,
„ Sans se permertre aucun repos,
„ En tous temps à nos yeux étale
„ Des trésors divers & nouveaux:
»Champs fortunés, ou tout engage,
AVRIL.
1752.
„Tout invite un sage à jouir
»Loin des facheux & sans partage,
„ De soi-même & de son loisir
»Que vos douceurs seroient complettes?
»Combien Hélas! de mon bonheur
„Les délices seroient parfaites,
»Si dans vos paisibles retraites
»Je voyois l'Ami de mon cout? ce
Ainsi brulant de mes flâmes,
Unis par de puissans accords,
L'amitié raproche nos ames
Quand le Ciel sépare nos corps.
Ainsi ton cour toujours le même,
Ne cesse de songer à moi;
Ainsi le mien, qui toujours t'aime,
Ne cesse de penser à toi.
Au milieu des plaisirs champêtres
Tandis que seul, au pied des hêtres,
Tu fais entendre tes regrets;
Tandis qu'aux échos de T
Tes accens demandent sans cesse,
L'unique objet de tes souhaits,
L'Ami digne de ta tendresie:
rci, dans les murs de Lutéce;
Sçais tu, mon cher, ce que je fais:
Dans ces brillantes promenades
Où sous d'antiques Maronniers,
Des Caillettes sottes, maullades,
OO
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
Portent leurs airs minaudiers
Leurs propos médisans & fades
Leurs Falbalas & leurs panniers;
Occupé de ma réverie,
Seul au milieu de tant de gens,
Je rappelle à ma fantaisie
Ces beaux jours, où, dignes d'envie,
Se formèrent des nœeuds charinans,
Qui font le bonheur de ma vie,
Ces heureux & divins instans,
Où par ses attraits invincibles
Subjuguant nos affections
La plus belle des passions
Fit sur nos cœurs tendres, sensibles,
Ses premieres impressions.
Tu sçais, qu'amant de la droiture,
J'ai de tout temps facrifié.
Dans mon ame innocente & pure
Sur les Autels de l'Amitié
Négligeant toute autre Science,
Sur le principe, & sur l'essence
De l'humaine félicité
A peine sorti de l'enfance,
Profondement je méditai:
Je comparai bientôt mon Etre
Avec tous ceux qui l'affectoient;
Je sondai mon cœur pour connoître
Les mouvemens qui l'agitoient.
Par mille objets à la fois muë,
AVRIL.
Quelque temps entre les plaisirs,
Qui sollicitent ses désirs;
Mon ame resta suspendue:
Tous à l'envi sembloient entr'eux
Se disputer la préférence,
Et le droit de me rendre heureux;
La fortune, avec complaisance,
Fit alors briller à mes yeux
Ses trésors, sa magnificence
Et ses dons les plus précieux:
L'Ambition toujours avide
Offrit à mon coeur neuf & vuide
Ses charmes les plus ravissans:
Là, les voluptés seduisantes,
De leurs douceurs les plus touchantes
S'empressoient de flatter mes sens.
Ici la Gloire, par son faste
Interessant mon jeune orgueil,
M'ouvroit une carriere vaste,
Et de fleurs parsemorent l'écueil.
Mais averti par la Sagesse
Du vuide de ses passions,
Dédaignant leut vaine promesse,
Je sçus préserver la jeunesse
De leurs douces illusions.
J'osai, recueilli dans moi-même,
Avec un soin toujours extrême,
M'étudiet uniquement,
1752.
AV
9
10 MERCUREDEFRANCE.
Et résolus consequemment
D'aller puiser le vrai sistême
De ma félicité suprême
Dans les sources du sentiment.
Ecourant ma reconnoissance
Beaucoup plus que ma vanité,
J'entrepris avec confiance
De rendre ma foible existance
Utile à la société:
Je respectai dans mes semblables
Les droits sacrés, inviolables
Et le sceau de l'humanité.
Je fléchis mon humeur austère
Je tâchai d'adoucir mes moeurs
Et cherchai pattout à me faire
Des ainis droits, seachant se taire,
Et laissant au simple vulgaire
Ses préjugés & ses etreurs:
Je sçus aimer, & je fçùs plaire,
Et graces à mon caractère
Franc, généreux, & sans détour,
Je jouis d'un destin prospère
En amitié comme en amour.
Je te vis, objet adorable,
Et bientôt je lus dans tes yeux
L'augure d'un bonheur durable
Né du concours délicieux
30C
AVRIL.
1752.
De la beauté la plus aimable
Du mortel le plus amoureux,
De l'ame la plus respectable,
Et du cœeur le plus vertueux.
Cher L****, tendre Silvie,
Vous mes Rois, mes Dieux, & ma vie,
Je regne sur vos sentimens:
Ainsi toujours, sans jalousie,
Partagés mon ame attendrie
Et reglés tous ses mouvemens,
Toujours attachés l'un à l'autre,
Votre bonheur sera le mien,
Qui, mon bonheur sera le vôtre,
Ainsi, pour nous, tout ira bien:
Ainsi, dans le sein des délices,
Que notre cour savourera,
*.
Sans s'émouvoit il bravera
Le vulgaire & ses injustices
La Fortune & tous ses caprices,
Les sots, l'envie, & catera.
Pardonue, Ami, si ma paresse
Néglige de limer ces vers,
Où ma tendre amitié s'empresse
De t'offiir des tableaux divers,
S'ils n'ont qu'une dose légère
De ce sel de cet agrément,
AV
11
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont ta Muse sûre de plaire,
Assaisonne le sentiment:
Daigne longer pour un moment,
Qu'à la crainte de ta colere
Sacrifiant sa vanité,
Ton ami n'a pas hésité
A rimer pour te satisfaire.
LEFEBVRE DE BEAUVRAY.
A Paris ce Novembre 1751.
A un Ami.
TOI, de mon coeur l'autre moitié,
L****, dont l'ame sincere,
De la tendre & sainte amitiè
Semble l'auguste sanctuaire:
Daus ce profond recueillement
Dans ce doux état d'apathie
Où pour juger plus sainement
Des biens & des maux de la vie,
La solide Philosophie
A ij
4 MERCUREDE FRANCE.
De notre ame ordinairement
Entretient la mélancolie
Conçois-tu bien, par quel travers.
J'évoque tout à-coup ma Muse
Pour te tracer ici des vers,
Et, faisant trêve avec Baluze, (a)
Je chante sur des tons divers
Ce qui m'occupe, ou, qui m'amuse
Au milieu de cet Univers.
Pour toi des Saphos, des Orphées
Je vais donc revoir le séjour:
Je veis donc des sçavantes Fées
Revoir pour toi l'aimable Cour.
J'ai sçù, mon cher, selon l'usage
Me préparer, en vérité
A ce charmant pélerinage
Par une sainte oisiveté;
Et trois sois Diane & son frere
Ont brillé sur notre Hemisphére,
Et se sont chassés tour-à-tour:
Trois fois, Déesse de Cithére
Des Ombres & de la lumière
Ton Astre annonça le retour,
Depuis que sur les pas d'Horace,
De Rousseau; de Milton, du Tasse,
Et des guides les plus fameux
Du chemin qui. mêne au Parnasse,
(a) Auteur qui nous a donné une compilation des
Capiiulaires & des anciennes Ordonnances de nos Rois.
AVRIL.
1752.
Je cherche à déméler la trace,
Et les sentiers trop épineux.
Mon Pégase agite ses aîles,
Il s'essaye & s'essaye encor
Et vers le Mont des neuf Pucelles
Prend enfin son sublime effor;
Il franchit les hautes montagnes
Et, tel qu'un Aigle ambitieux
Tour-â-coup des airs spatieux
Traverse les vastes campagnes,
Et bientôt se dérobe aux yeux.
De ce fameux laboratoire
Où, sans relâche nui: & jour,
Pour le proffit & pour la gloire,
Sur le Digeste & sur l'Histoire
Je me consume tour- à-tour:
De ce réduit où je rassemble
Catulle avec Justinien,
Où je fais habiter ensemble
L'Anglois ayec l'Italien:
De ce Manoir, où je compose,
Et je fabrique incessamment
Contredits, Avertissement
Ode, Epitre, ou méchante Prose:
De ce Cabinet enchanté,
Où, loin du profane vulgaire
Et du fracas de la Cité,
Je m'entretiens avec Homère,
OO
A iij
5
6 MERCUREDEFRANCE.
Et la sçavante Antiquité
Soudain, par la vertu magique
De ma Baguette poëtique
Me voilà, mon cher, transporté
Près de toi dans ce lieu rustique,
Séjour de la simpliciu
Où ton ame philosophique
Sędt, par un privilège unique,
Fixer pour toi la volupté:
Là, couché sur un tendre herbage,
Je surprens mon fripon de Sage
Dans le plus doux ravissement;
Ses yeux sur un beau paysage
Se promenent nonchalament;
Les prés, les bois & la verdure
Tout le frappe d'étonnement;
Assis au bord d'une onde pure,
Il rend grace à la Nature
De son heureux enchantement;
»Lieux charmans, dit-il, où j'éproure
„ Les plaisirs les plus seduisans
„Où dans moi-même je retrouve
» Un cœeur tout neuf, de nouveaux sens;
„ Où la Nature sibérale,
„ Sans se permertre aucun repos,
„ En tous temps à nos yeux étale
„ Des trésors divers & nouveaux:
»Champs fortunés, ou tout engage,
AVRIL.
1752.
„Tout invite un sage à jouir
»Loin des facheux & sans partage,
„ De soi-même & de son loisir
»Que vos douceurs seroient complettes?
»Combien Hélas! de mon bonheur
„Les délices seroient parfaites,
»Si dans vos paisibles retraites
»Je voyois l'Ami de mon cout? ce
Ainsi brulant de mes flâmes,
Unis par de puissans accords,
L'amitié raproche nos ames
Quand le Ciel sépare nos corps.
Ainsi ton cour toujours le même,
Ne cesse de songer à moi;
Ainsi le mien, qui toujours t'aime,
Ne cesse de penser à toi.
Au milieu des plaisirs champêtres
Tandis que seul, au pied des hêtres,
Tu fais entendre tes regrets;
Tandis qu'aux échos de T
Tes accens demandent sans cesse,
L'unique objet de tes souhaits,
L'Ami digne de ta tendresie:
rci, dans les murs de Lutéce;
Sçais tu, mon cher, ce que je fais:
Dans ces brillantes promenades
Où sous d'antiques Maronniers,
Des Caillettes sottes, maullades,
OO
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
Portent leurs airs minaudiers
Leurs propos médisans & fades
Leurs Falbalas & leurs panniers;
Occupé de ma réverie,
Seul au milieu de tant de gens,
Je rappelle à ma fantaisie
Ces beaux jours, où, dignes d'envie,
Se formèrent des nœeuds charinans,
Qui font le bonheur de ma vie,
Ces heureux & divins instans,
Où par ses attraits invincibles
Subjuguant nos affections
La plus belle des passions
Fit sur nos cœurs tendres, sensibles,
Ses premieres impressions.
Tu sçais, qu'amant de la droiture,
J'ai de tout temps facrifié.
Dans mon ame innocente & pure
Sur les Autels de l'Amitié
Négligeant toute autre Science,
Sur le principe, & sur l'essence
De l'humaine félicité
A peine sorti de l'enfance,
Profondement je méditai:
Je comparai bientôt mon Etre
Avec tous ceux qui l'affectoient;
Je sondai mon cœur pour connoître
Les mouvemens qui l'agitoient.
Par mille objets à la fois muë,
AVRIL.
Quelque temps entre les plaisirs,
Qui sollicitent ses désirs;
Mon ame resta suspendue:
Tous à l'envi sembloient entr'eux
Se disputer la préférence,
Et le droit de me rendre heureux;
La fortune, avec complaisance,
Fit alors briller à mes yeux
Ses trésors, sa magnificence
Et ses dons les plus précieux:
L'Ambition toujours avide
Offrit à mon coeur neuf & vuide
Ses charmes les plus ravissans:
Là, les voluptés seduisantes,
De leurs douceurs les plus touchantes
S'empressoient de flatter mes sens.
Ici la Gloire, par son faste
Interessant mon jeune orgueil,
M'ouvroit une carriere vaste,
Et de fleurs parsemorent l'écueil.
Mais averti par la Sagesse
Du vuide de ses passions,
Dédaignant leut vaine promesse,
Je sçus préserver la jeunesse
De leurs douces illusions.
J'osai, recueilli dans moi-même,
Avec un soin toujours extrême,
M'étudiet uniquement,
1752.
AV
9
10 MERCUREDEFRANCE.
Et résolus consequemment
D'aller puiser le vrai sistême
De ma félicité suprême
Dans les sources du sentiment.
Ecourant ma reconnoissance
Beaucoup plus que ma vanité,
J'entrepris avec confiance
De rendre ma foible existance
Utile à la société:
Je respectai dans mes semblables
Les droits sacrés, inviolables
Et le sceau de l'humanité.
Je fléchis mon humeur austère
Je tâchai d'adoucir mes moeurs
Et cherchai pattout à me faire
Des ainis droits, seachant se taire,
Et laissant au simple vulgaire
Ses préjugés & ses etreurs:
Je sçus aimer, & je fçùs plaire,
Et graces à mon caractère
Franc, généreux, & sans détour,
Je jouis d'un destin prospère
En amitié comme en amour.
Je te vis, objet adorable,
Et bientôt je lus dans tes yeux
L'augure d'un bonheur durable
Né du concours délicieux
30C
AVRIL.
1752.
De la beauté la plus aimable
Du mortel le plus amoureux,
De l'ame la plus respectable,
Et du cœeur le plus vertueux.
Cher L****, tendre Silvie,
Vous mes Rois, mes Dieux, & ma vie,
Je regne sur vos sentimens:
Ainsi toujours, sans jalousie,
Partagés mon ame attendrie
Et reglés tous ses mouvemens,
Toujours attachés l'un à l'autre,
Votre bonheur sera le mien,
Qui, mon bonheur sera le vôtre,
Ainsi, pour nous, tout ira bien:
Ainsi, dans le sein des délices,
Que notre cour savourera,
*.
Sans s'émouvoit il bravera
Le vulgaire & ses injustices
La Fortune & tous ses caprices,
Les sots, l'envie, & catera.
Pardonue, Ami, si ma paresse
Néglige de limer ces vers,
Où ma tendre amitié s'empresse
De t'offiir des tableaux divers,
S'ils n'ont qu'une dose légère
De ce sel de cet agrément,
AV
11
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont ta Muse sûre de plaire,
Assaisonne le sentiment:
Daigne longer pour un moment,
Qu'à la crainte de ta colere
Sacrifiant sa vanité,
Ton ami n'a pas hésité
A rimer pour te satisfaire.
LEFEBVRE DE BEAUVRAY.
A Paris ce Novembre 1751.
Fermer
9384
p. 34-37
EPITRE A MONSIEUR B. A N.
Début :
AINSI par un tendre esclavage. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A MONSIEUR B. A N.
EPITRE
A MONSIEUR B. A N.
AINSI par un tendre esclavage.
L'Hymen captive votre coeur:
Themire à la fleur de son âge
Va donc faire votre bonheur :
Damon, sans doute la sagesse
Enchaînant l'Amour sous ses loix
De concert avec la tendresse
Inspire & sixe votre choix.
Le Dieu séduisaut de Cythere
Au milieu des Ris & des Jeux,
Des Mortels attire les voeux
Par le charme du doux mystére;,
A peine a-t. il lancé ses traits
Qu'on fent les plus vives allarmes:
On se plaint, on verse des larmes,
Bientôt l'amour perd ses attraits.
Celui que la raison asfure
Contre la fougue des désits,
Sent naître de nouveaux plaisirs,
Dans une félicité pure.
De son épouse encore amant,
Et chaque jour plus complaisant,
AVRIL.
Satisfait, il vit auprès d'elle,
Comptant sur sa vertu fidelle.
Il sçait que la captivité
la gêne, & la févérité.
Eteignent la vive étincelle
Et l'ame de la volupté;
Et que la flamme la plus belle
Expire sans la liberté.
Dans les liens du mariage,
S'il éprouve quelques dégodis,
Il sçait bientôt en faire usage :
Pour rendre ses plaisirs plus doux-
Ainsi d'une chaîne légère
Il chérit les tendres auraits;
Son ardeur n'est point passagere,
Et dans l'objet qui veut lui plaire-
Il trouve tous les biens parfaits.
Chez le beau monde ridicule
On connoît peu le sentiment;
L'intérêt dicte la formule
D'un mutuel engagement.
Le goût préside rarement,
Et l'Hymen se fait un scrupule:
D'aimer avec attachement.
Parjure, infidele, volage,
Malgré la foi de son serment,
Ilibrave l'Amout, il l'outrage,
Pour la gloire d'Atte inconstant,
1752.
3
B.V
36 MERCUREDE FRANCE.
Simplicité du premier âge,
Où régnoit l'amour ingenu,
Heureux tems qu'es- tu devenu?
Hymen, jadis constant & sage,
Des Mortels de notre rivage
Seras tu toujours méconnu:
Vis tu dans les Foyers ant iques
De nos Ancêtres vertueux,
Les dissensions domestiques
Troubler leur sort délicieux:
Vis tu dans sa fureur jalouse
Un Epoux aveugle, emporté
Publiquement de son Epouse
Poursuivre l'infidélité?
Deux coeurs unis sous tes auspices
Vivoient heureux par tes bienfaits
Loin du dégoût, loin des caprices,
Ils goûtoient les tendres délices
Des plaisirs filés par la Paix.
Jamais la trist esse & les larmes
Ne venoient altérer leurs jours,
Ils s'aimoient pour s'aimer toujouis,
Et trouvoient encore des charmes,
Dans la viellesse des amours.
Vous, que l'Hymen à son empire-
A soumis par un trait vainqueur
Cher Damon, vengez son honaeur,
AVRIL.
1752. 37
Eui-mème à vos vœeux il conspire.
Gputez le tranquille bonheur
Au sein des plaisirs qu'il inspire;
Et que de plus en plus Themire
Devienne chere à votre cœeur.
RAOULT.
A MONSIEUR B. A N.
AINSI par un tendre esclavage.
L'Hymen captive votre coeur:
Themire à la fleur de son âge
Va donc faire votre bonheur :
Damon, sans doute la sagesse
Enchaînant l'Amour sous ses loix
De concert avec la tendresse
Inspire & sixe votre choix.
Le Dieu séduisaut de Cythere
Au milieu des Ris & des Jeux,
Des Mortels attire les voeux
Par le charme du doux mystére;,
A peine a-t. il lancé ses traits
Qu'on fent les plus vives allarmes:
On se plaint, on verse des larmes,
Bientôt l'amour perd ses attraits.
Celui que la raison asfure
Contre la fougue des désits,
Sent naître de nouveaux plaisirs,
Dans une félicité pure.
De son épouse encore amant,
Et chaque jour plus complaisant,
AVRIL.
Satisfait, il vit auprès d'elle,
Comptant sur sa vertu fidelle.
Il sçait que la captivité
la gêne, & la févérité.
Eteignent la vive étincelle
Et l'ame de la volupté;
Et que la flamme la plus belle
Expire sans la liberté.
Dans les liens du mariage,
S'il éprouve quelques dégodis,
Il sçait bientôt en faire usage :
Pour rendre ses plaisirs plus doux-
Ainsi d'une chaîne légère
Il chérit les tendres auraits;
Son ardeur n'est point passagere,
Et dans l'objet qui veut lui plaire-
Il trouve tous les biens parfaits.
Chez le beau monde ridicule
On connoît peu le sentiment;
L'intérêt dicte la formule
D'un mutuel engagement.
Le goût préside rarement,
Et l'Hymen se fait un scrupule:
D'aimer avec attachement.
Parjure, infidele, volage,
Malgré la foi de son serment,
Ilibrave l'Amout, il l'outrage,
Pour la gloire d'Atte inconstant,
1752.
3
B.V
36 MERCUREDE FRANCE.
Simplicité du premier âge,
Où régnoit l'amour ingenu,
Heureux tems qu'es- tu devenu?
Hymen, jadis constant & sage,
Des Mortels de notre rivage
Seras tu toujours méconnu:
Vis tu dans les Foyers ant iques
De nos Ancêtres vertueux,
Les dissensions domestiques
Troubler leur sort délicieux:
Vis tu dans sa fureur jalouse
Un Epoux aveugle, emporté
Publiquement de son Epouse
Poursuivre l'infidélité?
Deux coeurs unis sous tes auspices
Vivoient heureux par tes bienfaits
Loin du dégoût, loin des caprices,
Ils goûtoient les tendres délices
Des plaisirs filés par la Paix.
Jamais la trist esse & les larmes
Ne venoient altérer leurs jours,
Ils s'aimoient pour s'aimer toujouis,
Et trouvoient encore des charmes,
Dans la viellesse des amours.
Vous, que l'Hymen à son empire-
A soumis par un trait vainqueur
Cher Damon, vengez son honaeur,
AVRIL.
1752. 37
Eui-mème à vos vœeux il conspire.
Gputez le tranquille bonheur
Au sein des plaisirs qu'il inspire;
Et que de plus en plus Themire
Devienne chere à votre cœeur.
RAOULT.
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9385
p. 63-70
LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
Début :
JE ne suis pas le premier, & je ne serai pas le dernier, Monsieur, de qui vous [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
LETTRE
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
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9386
p. 78-80
LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
Début :
D[']A*****, ne croyez point que je chante ces graces, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
LES GRACES.
A MADAME LA COMTESSE D'A*****
D[']A*****, ne croyez point que je chante
ces graces,
Dont souvent les remords accompagnent les
traces;
La Muse dont les soins veillent sur mes projets,
Ne permet à mes vers que de nobles sujets.
Non, je ne chante point ces graces passageres,
Compagnes des plaisirs, inconstantes, légéres,
Dont la veine beauté mere de nos regrets
Ne brille qu'au matin, & s'enfuit pour jamais;
Mais celles que * * Socrate honoi a de ses peines;
* Socrate. fils de Sculpteur, avoit exercé dans
Vigisires bolOO
AVRIL.
1752.
79
Celles dont il orna les murailles d'Athenes,
Dont l'aimable décence inspiroit la pudeur
Tendres soeurs des vertus, & filles de l'honneur,
Ces graces dont l'auguste & douce intelligence
Désigne les bienfaits & la reconnoistance,
Qui marquent de l'esprit les talens dévoilés,
Celles qu'ensin j'admire, & que vous rassemblez.
Eh! Quel autre que vous en trace mieux l'i-
mage ?
Quel autre jouit plus de leur doux assemblage,
Vons dont le caractere à la sois réunit
Des rares qualités du cœur & de l'esprit:
Dans vos moindres discours quel feu! quelle
éloquence!
Sur les moindres objets quelle heureuse élégance!
Tout se pare en vos mains de nouveaux ornemens,
Tout jusqu'au sérieux se change en agrémens:
Le plus riant sujet devient plus agréable
Vous le rendez utile, & l'utile est aimable.
Tout plein de votre esprit on sent croître le sien:
Et l'esprit le moins vaste, après votre entretien
sa jeunesse la profession de son pere, honorable
dans la Gréce. Plusieurs auteurs assurent qu'il fit
tant de progrès dans la Sculpture, que c'étoit lui
qui avoit sculptées ces graces si vantées, placées
sur les murailles de la Citadelle d'Athénes, der-
riere la Statue de Minerve; ces graces, contre
l'usage ordinaire, étoient drapées. Les graces
chez les Grecs présidoient aux bienfaits & à la re-
connoissance.
D iiij
80 MERCURE DEFRANCE.
Eloquent, semble prendre une nouvelle vie,
Vos discours créateurs lui donnent du génie,
Et surpris de lui-même il se fait des jaloux,
Par des talens nouveaux qu'il ne tient que de
vous.
Mais si de votre coeur ma Muse tém éraire
Veut peindre les vertus si dignes de lui plaire,
Je peindrai la grandeur & l'affabilité,
Laprudence que suit la générosité
Et dans tous vos bienfaits cette noblesse extrême,
Plus flatteuse cent fois que le bienfait lui-même:
Je peindrai ce cour grand, bravant l'adversité
Ce coeur qui ne voit rien dans la prospé tité,
Que le bonheur si doux d'employer sa puissance
A confondre le crime & servir l'innocence
Qui plaint les malheureux, gémit de leurs doun
leurs
Et ne sçait mépriser que ses propres malheurs.
Voilà ce qui des vers exige l'harmonie;
Si le Ciel m'e ût donné la force & le génie;
Voilà les grands sujets dont ma Muse eut fait
choix
Mon esprit & mon coeur parler oit à la fois:
Mais cette ambition convient nial à ma Lyre,
Et n'ayant que des vœux, je me tais, & j'admire.
PORTELANCE.
A MADAME LA COMTESSE D'A*****
D[']A*****, ne croyez point que je chante
ces graces,
Dont souvent les remords accompagnent les
traces;
La Muse dont les soins veillent sur mes projets,
Ne permet à mes vers que de nobles sujets.
Non, je ne chante point ces graces passageres,
Compagnes des plaisirs, inconstantes, légéres,
Dont la veine beauté mere de nos regrets
Ne brille qu'au matin, & s'enfuit pour jamais;
Mais celles que * * Socrate honoi a de ses peines;
* Socrate. fils de Sculpteur, avoit exercé dans
Vigisires bolOO
AVRIL.
1752.
79
Celles dont il orna les murailles d'Athenes,
Dont l'aimable décence inspiroit la pudeur
Tendres soeurs des vertus, & filles de l'honneur,
Ces graces dont l'auguste & douce intelligence
Désigne les bienfaits & la reconnoistance,
Qui marquent de l'esprit les talens dévoilés,
Celles qu'ensin j'admire, & que vous rassemblez.
Eh! Quel autre que vous en trace mieux l'i-
mage ?
Quel autre jouit plus de leur doux assemblage,
Vons dont le caractere à la sois réunit
Des rares qualités du cœur & de l'esprit:
Dans vos moindres discours quel feu! quelle
éloquence!
Sur les moindres objets quelle heureuse élégance!
Tout se pare en vos mains de nouveaux ornemens,
Tout jusqu'au sérieux se change en agrémens:
Le plus riant sujet devient plus agréable
Vous le rendez utile, & l'utile est aimable.
Tout plein de votre esprit on sent croître le sien:
Et l'esprit le moins vaste, après votre entretien
sa jeunesse la profession de son pere, honorable
dans la Gréce. Plusieurs auteurs assurent qu'il fit
tant de progrès dans la Sculpture, que c'étoit lui
qui avoit sculptées ces graces si vantées, placées
sur les murailles de la Citadelle d'Athénes, der-
riere la Statue de Minerve; ces graces, contre
l'usage ordinaire, étoient drapées. Les graces
chez les Grecs présidoient aux bienfaits & à la re-
connoissance.
D iiij
80 MERCURE DEFRANCE.
Eloquent, semble prendre une nouvelle vie,
Vos discours créateurs lui donnent du génie,
Et surpris de lui-même il se fait des jaloux,
Par des talens nouveaux qu'il ne tient que de
vous.
Mais si de votre coeur ma Muse tém éraire
Veut peindre les vertus si dignes de lui plaire,
Je peindrai la grandeur & l'affabilité,
Laprudence que suit la générosité
Et dans tous vos bienfaits cette noblesse extrême,
Plus flatteuse cent fois que le bienfait lui-même:
Je peindrai ce cour grand, bravant l'adversité
Ce coeur qui ne voit rien dans la prospé tité,
Que le bonheur si doux d'employer sa puissance
A confondre le crime & servir l'innocence
Qui plaint les malheureux, gémit de leurs doun
leurs
Et ne sçait mépriser que ses propres malheurs.
Voilà ce qui des vers exige l'harmonie;
Si le Ciel m'e ût donné la force & le génie;
Voilà les grands sujets dont ma Muse eut fait
choix
Mon esprit & mon coeur parler oit à la fois:
Mais cette ambition convient nial à ma Lyre,
Et n'ayant que des vœux, je me tais, & j'admire.
PORTELANCE.
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9387
p. 81-82
LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
Début :
Dans un bois, où l'Amour couronne les Amans, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
LA VEILLE NOUVELLE.
VERS A ISMENE.
Dans un bois, où l'Amour couronne les
Amans,
l'apprenois aux échos mes teudres sentimens:
Bergere, qu'en ce lieu tout Berger trouve aimable-
Vous causiez mes transports dans ce lieu favorable
Quelle bouche! quel teint! quels yeuxl ali, que
d'appas!
Oui, qui lui plaît, disois je, & ne m'en deffend
pas
Est au nombre des Dieux, ou leur est bien sem-
blable.
Une Nymplie indiscrette écoutoit mes soupits?
Elle approche, quel est l'objet de tes desits,
Dit elle: est-ce Climene ?
Est-ce Hermione? Helene ?
Non, dis-je, belle Nymphe, helas,
Non, vous ne la connoissez pas;
Cette beauté n'est point l'Aurore „
Ce n'est ni Pomone ni Flore,
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Elle n'a point leuis noms, mais elle a leurs appar-
Est ce Hebé ? non : elle en a la jeunesse.
Est ce Venus ? elle en a la beauté.
Dy.
82 MERCURE DEFRANCE.
Eft ce Diane? non elle a de la tendresse,
Elle est sage sans cruau té;
Elle aime les plaisirs, & cette enchanteresse
N'est point une Divinité.
Mais c'est donc Ismene ? oui sans doute, pourquoi
rire?
La belle nouvelle pour moi,
Dit elle ! Te crois tu le premier à le dire ?
Cent fois l'Amour l'avoit dit avant toi.
PORTELANCE.
VERS A ISMENE.
Dans un bois, où l'Amour couronne les
Amans,
l'apprenois aux échos mes teudres sentimens:
Bergere, qu'en ce lieu tout Berger trouve aimable-
Vous causiez mes transports dans ce lieu favorable
Quelle bouche! quel teint! quels yeuxl ali, que
d'appas!
Oui, qui lui plaît, disois je, & ne m'en deffend
pas
Est au nombre des Dieux, ou leur est bien sem-
blable.
Une Nymplie indiscrette écoutoit mes soupits?
Elle approche, quel est l'objet de tes desits,
Dit elle: est-ce Climene ?
Est-ce Hermione? Helene ?
Non, dis-je, belle Nymphe, helas,
Non, vous ne la connoissez pas;
Cette beauté n'est point l'Aurore „
Ce n'est ni Pomone ni Flore,
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Elle n'a point leuis noms, mais elle a leurs appar-
Est ce Hebé ? non : elle en a la jeunesse.
Est ce Venus ? elle en a la beauté.
Dy.
82 MERCURE DEFRANCE.
Eft ce Diane? non elle a de la tendresse,
Elle est sage sans cruau té;
Elle aime les plaisirs, & cette enchanteresse
N'est point une Divinité.
Mais c'est donc Ismene ? oui sans doute, pourquoi
rire?
La belle nouvelle pour moi,
Dit elle ! Te crois tu le premier à le dire ?
Cent fois l'Amour l'avoit dit avant toi.
PORTELANCE.
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9388
p. 114-121
DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
Début :
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses chaînes, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
DISCOURS EN VERS,
SUR LE PLAISIR D'AIMER.
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses
chaînes,
Les plaisirs de l'Amour surpassent bien ses peines;
Si sur des coeurs cruels, tyran impétueux
Il lance avec fureur des traits cruels comme eux
Monarque bien-faisant des ames généreuses,
La loi qu'il leur impose est celle d'être heureuses.
Frivoles habitans des Cités & des Cours
Colifichets brillans formés pour les Amours
Mais dont le cour, n'apporte aux jardins de Cy-
there
AVRIL. 1752.
115
Que le godt de l'intrigue & la fureur de plaire,
Vous ignorez encor les charmes du vrai bien;
La Mode est votre Dien, l'Amour seul est le mien,
Doux & terrible enfant, ton empire adorable
A fixé dans mon corur son trône inébranlable:
Tu sçais si j'en suis digne, & s'il est sous ta loi
Un sujet plus sidele & plus tendre que moi.
Trop heureux qui connoît ces langueurs innéfa-
bles,
Ces désirs inquiets, ces mouvemens aimables
Nectar délicieux des esprits & des cours:
Les larmes des amans ont pour eux des douceurs,
Leurs plaisirs sont inexprimables
La Volupté pour eux naît du sein des douleurs.
Si du destin jaloux l'autorité sévere
El oigne d'Adonis la Reine de Cythere,
Les plaisirs du retour en seront plus touchans.
»Comme on voit en un jour d'automne & de
» primtems.
»Les brouillards élancés du sein de Vallombreuse,
»Elever jusqu'aux cieux leur vapeur ténébreuse.
» Et briser du soleil les rayons amortis;
»Si, prête à se plonger dans le lit de Thetis
»De ses voiles affreux sa splendeur dégagée
»Console d'un regard la nature affligée,
„Tout renaît, tout s'anime. Acanthis par ses
»chants
»Rend le plus tendre hommage à ses seux écla-
»» taus:
116 MERCURE DE FRANCE.
„ Les ruisseaux sont plus purs, les feuillages plus
„ sombres
»Redoublent leur fraîcheur, leur verdure & leurs
» ombres:
» Les parfums les plus doux, de la terre exhalés
„ Rappellent dans nos bois les amours envolés,
» Zephir caresse Flore avec plus de tendresse;
»Les Nymphes, les Sylvaine, dans une douce
»yvresse,
»Unissant leurs transports goûtent mille douceurs,
„Lès gazons sous leurs pas se tapissent de fleurs
„ La rose ouvre son sein, pleine d'impatience
»Tel après les horreurs d'une creelle absence
nA l'aspect de Cypris, s'élançant du tombean,
„Mon cœeur épanoui reçoit un nouvel être;
„ Dans ses yeux adorés mon amour voit renaître
„ Un nouvel univers & plus noble & p lus beau;
„Otransports! 6 plaisirs, ó suprême puissance !
„O combien la tendresse augmente l'existence !
„Déserts où j'ai passé les plus beaux de mes jours,
„ Doux & discrets témoins du plus pur des amours,
„ Beaux lieux, où de Cloris la grace enchante-
„ resse
o Plongea mes sens ravis dans des torrens d'y-
vresse
» Que pour moi votre aspect a des charmes puil-
„ sans !
„ Dans quel souvenir tendre il égare mes sens !
»Là, d'un soupir flatteur qui pénétra mon ame
Digsirad v L0O
AVRIL.
1752.
117
„L'adorable Cloris daigna payer ma flamme
»Ici, ses yeux divins partageant ma langueur
»Me disoient (si j'entend leur langage enchan,
„teur)
„ Aimez-moi, mais soyez fidelle.
» Ciel! avec quels transports tous mes vœeux,
„tout mon coeur
» Lui juroient une ardeur toujours vive & nou-
„velle
„ Sans doute les Dieux seuls connoissent ces dou-
ceurs.
C'est ainsi qu'Adonis au mystere au silence
Consioit tour à tour ses plaisirs, ses douleurs;
Et sa discrétion égale à sa constance
Méritoient de Cypris les plus tendres faveurs.
La Gréce a publié dans ses fastes menteurs
Que du Ciel autrefois chassé par la Folie
Apollon fut Berger aux champs de Thessalie
Mais j'ai sçu le secret. Son cour trop généreux
Voyant avec pitié nos erreurs, nos chiméres
Nos plaisirs languissans, nos chagrins volontaires
Vint apprendre aux mortels l'art divin d'erte heu-
reux.
Athénes l'attira par sa magnificence,
D'abord elle offrit à ses yeux
Le Temple des Beaux Aits enfans de l'abondance
BAti par le bon goût qui veille à leur deffense;
Mais le Palais brillant de la Frivolité,
Elevé par la Mode & par la Nouveauté
oog
118 MERCURE DEFRANCE.
Eblouit tous les yeux, obtient tous les hommages
Le Dieu voit confondus les fols & les faux sages
Pleins d'yvresse & d'ennui, vains, rampans &
jaloux
Se cherchant, se craignant, & se méptisans tous;
En vain il prodiguoit les trésors du génie
Envain du tendre amour il chantoit les appas,
Le p euple l'écoutoit & ne l'entendoit pas,
Les Dévots frémissoient; la bonne compagnie
Siffloit ses sentimens, ses vers, son harmonie;
Sa douceur étoit fade, & ses tons excedans
Son étiquette antique & ses propos pédans . ..
„ Laissons ces insensés, dit Phébus en colere,
„Leur mépris mutuel est leur digne salaire.
Il s'envole à l'instant vers ces bords enchantés
Que Penée enrichit de ses flots argentés.
Les arbres, les rochers accourent pour l'enten-
dre
Aux vœux d'un digne Amant Lise n'osoit se
rendre
Elle vit Apollon: elle lui dit un jour,
„ Que faites vous là haut dans ce brillant séjour ?
»Quels y sont vos plaisirs : Je ne puis les com-
„prendre
Apollon répondit avec un souris tendre
i Nous aimons, & peut-on être heureux sans
„ l'amour?
»C'est lui qui fait couler dans notre ame ravie
AVRIL. 1752.
119
» Les sources de bonheur & celles de la vie;
„Je viens vous départir des dons si précieux
» Aimez-vous, mes enfans, & vous êtes des
» Dieux
„ Quoi! N'entendez-vous pas la voix de la Na-
»tuxe
„Qui de vos préjugés condamne l'imposture !
» Ah! Que l'amour sur vous épuise tous ses traitsl
„Que feriez-vous, jeune Bergere,
»De votre cœeur, de vos attraits
„ Si vous ne connoissiez jamais
„ La douceur d'aimer & de plaire.
.
Prositons des conseils d'un Dieu qui nous instruit,
Et qui vers le bonheur par la main nous conduit.
Suivons des vrais Amans cet illustre modele,
Pétraque qui rendit son Amante immortelle
Par ses vers & ses feux constans.
Envain le tems jaloux avec sa faulx cruelle,
Avoit cru moissonner leurs plaisirs ravissans,
Leurs vœux toujours comblés & toujours renais-
sans
Près d'une Vaucluse nouvelle
Aux Champs Elysiens, Venus & les Amours
Ont réuni Pétraque à sa divine Laure;
Ils se revoyent tous les jours
Plus charmans, plus tendres encore;
Sous l'ombrage délicieux
D'un bois de Myrthe & d'Amaranthe,
. . .. .
..)
120 MERCURE DE FRANCE.
Ils cueuillent les fruits précieux
De cette ardeur persévérante
Qui les rendit égaux aux Dieux:
Toi que la mort frappa de son dard exécrable
Dans les bras des plaisirs, dans le sein adorable
De la jeunesse & de l'amour
Tendre & charmante Eglé, qui renais chaque
jour
Au fond d'un cœur inconsolable
Seul digne de t'aimer, sans espoir de retour
Vois l'Amour qui s'envole au Temple de Mémoire
Qui grave en traits de feu tes graces, ta vertu»
Et qui dit en pleurant hélas! elle a vécu
Trop peu pour ses amis, mais assez pour sa gloire.
Si dix ans de fureur, de haine ou de victoire
Ont du fier meurtrier d'Hector
A la carriere de Nestor
Egalé la vie immortelle
Combien douze ans d'amour, d'amitié de plaisirs
Doivent rendre la tienne & plus pleine & plus
belle !
Loin de nous ces Mortels sans ame, sans désirs,
Croupis dans le bourbier d'une morne indolence
Du néant au sommeil (vaine ombre d'existence
Du sommeil au néant transportés tour à tour,
Nourris d'absurdités, engraissés d'ignorance
Ils végetent cent ans, mais vivent-ils un jour ?
Non la vie est dans l'ame, & l'ame n'est qu'amour
Cependant
as O
AVRIL. 1752. 121
Cependant, vils jouets d'un sort toujours bar,
bare.
Nous voulons nous unir, & l'erreur nous sépare
La mort brise nos noeuds, & l'absence & le tems,
Nous font mourirencore au coeur de nos amans:
Ah ! sans doute il faudroit voir toujours ce qu'on
aime
s'enyvrer à longs traits de ce bonheur suprême
En pénétrer son ame, en assouvir ces yeux
Et par un goût industrieux,
Toujours vif & toujours durable,
Aiguiser chaque jour les traits délicieux
De cette joye inaltérable !
Mais. .. ò misere humaine! ô destin déplorable
Helas ! des vrais plaisirs la source intarissable
Ne fut découverte qu'aux Dieux:
Cessons pourtant d'être envieux
De leur joye éternelle & de leur gloire extrême;
Il est un bien plus précieux
Que leur immortalité même,
C'est celui d'expirer d'un transport amoureux
Dans les bras de l'objet qu'on aime.
GAILLARD.
SUR LE PLAISIR D'AIMER.
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses
chaînes,
Les plaisirs de l'Amour surpassent bien ses peines;
Si sur des coeurs cruels, tyran impétueux
Il lance avec fureur des traits cruels comme eux
Monarque bien-faisant des ames généreuses,
La loi qu'il leur impose est celle d'être heureuses.
Frivoles habitans des Cités & des Cours
Colifichets brillans formés pour les Amours
Mais dont le cour, n'apporte aux jardins de Cy-
there
AVRIL. 1752.
115
Que le godt de l'intrigue & la fureur de plaire,
Vous ignorez encor les charmes du vrai bien;
La Mode est votre Dien, l'Amour seul est le mien,
Doux & terrible enfant, ton empire adorable
A fixé dans mon corur son trône inébranlable:
Tu sçais si j'en suis digne, & s'il est sous ta loi
Un sujet plus sidele & plus tendre que moi.
Trop heureux qui connoît ces langueurs innéfa-
bles,
Ces désirs inquiets, ces mouvemens aimables
Nectar délicieux des esprits & des cours:
Les larmes des amans ont pour eux des douceurs,
Leurs plaisirs sont inexprimables
La Volupté pour eux naît du sein des douleurs.
Si du destin jaloux l'autorité sévere
El oigne d'Adonis la Reine de Cythere,
Les plaisirs du retour en seront plus touchans.
»Comme on voit en un jour d'automne & de
» primtems.
»Les brouillards élancés du sein de Vallombreuse,
»Elever jusqu'aux cieux leur vapeur ténébreuse.
» Et briser du soleil les rayons amortis;
»Si, prête à se plonger dans le lit de Thetis
»De ses voiles affreux sa splendeur dégagée
»Console d'un regard la nature affligée,
„Tout renaît, tout s'anime. Acanthis par ses
»chants
»Rend le plus tendre hommage à ses seux écla-
»» taus:
116 MERCURE DE FRANCE.
„ Les ruisseaux sont plus purs, les feuillages plus
„ sombres
»Redoublent leur fraîcheur, leur verdure & leurs
» ombres:
» Les parfums les plus doux, de la terre exhalés
„ Rappellent dans nos bois les amours envolés,
» Zephir caresse Flore avec plus de tendresse;
»Les Nymphes, les Sylvaine, dans une douce
»yvresse,
»Unissant leurs transports goûtent mille douceurs,
„Lès gazons sous leurs pas se tapissent de fleurs
„ La rose ouvre son sein, pleine d'impatience
»Tel après les horreurs d'une creelle absence
nA l'aspect de Cypris, s'élançant du tombean,
„Mon cœeur épanoui reçoit un nouvel être;
„ Dans ses yeux adorés mon amour voit renaître
„ Un nouvel univers & plus noble & p lus beau;
„Otransports! 6 plaisirs, ó suprême puissance !
„O combien la tendresse augmente l'existence !
„Déserts où j'ai passé les plus beaux de mes jours,
„ Doux & discrets témoins du plus pur des amours,
„ Beaux lieux, où de Cloris la grace enchante-
„ resse
o Plongea mes sens ravis dans des torrens d'y-
vresse
» Que pour moi votre aspect a des charmes puil-
„ sans !
„ Dans quel souvenir tendre il égare mes sens !
»Là, d'un soupir flatteur qui pénétra mon ame
Digsirad v L0O
AVRIL.
1752.
117
„L'adorable Cloris daigna payer ma flamme
»Ici, ses yeux divins partageant ma langueur
»Me disoient (si j'entend leur langage enchan,
„teur)
„ Aimez-moi, mais soyez fidelle.
» Ciel! avec quels transports tous mes vœeux,
„tout mon coeur
» Lui juroient une ardeur toujours vive & nou-
„velle
„ Sans doute les Dieux seuls connoissent ces dou-
ceurs.
C'est ainsi qu'Adonis au mystere au silence
Consioit tour à tour ses plaisirs, ses douleurs;
Et sa discrétion égale à sa constance
Méritoient de Cypris les plus tendres faveurs.
La Gréce a publié dans ses fastes menteurs
Que du Ciel autrefois chassé par la Folie
Apollon fut Berger aux champs de Thessalie
Mais j'ai sçu le secret. Son cour trop généreux
Voyant avec pitié nos erreurs, nos chiméres
Nos plaisirs languissans, nos chagrins volontaires
Vint apprendre aux mortels l'art divin d'erte heu-
reux.
Athénes l'attira par sa magnificence,
D'abord elle offrit à ses yeux
Le Temple des Beaux Aits enfans de l'abondance
BAti par le bon goût qui veille à leur deffense;
Mais le Palais brillant de la Frivolité,
Elevé par la Mode & par la Nouveauté
oog
118 MERCURE DEFRANCE.
Eblouit tous les yeux, obtient tous les hommages
Le Dieu voit confondus les fols & les faux sages
Pleins d'yvresse & d'ennui, vains, rampans &
jaloux
Se cherchant, se craignant, & se méptisans tous;
En vain il prodiguoit les trésors du génie
Envain du tendre amour il chantoit les appas,
Le p euple l'écoutoit & ne l'entendoit pas,
Les Dévots frémissoient; la bonne compagnie
Siffloit ses sentimens, ses vers, son harmonie;
Sa douceur étoit fade, & ses tons excedans
Son étiquette antique & ses propos pédans . ..
„ Laissons ces insensés, dit Phébus en colere,
„Leur mépris mutuel est leur digne salaire.
Il s'envole à l'instant vers ces bords enchantés
Que Penée enrichit de ses flots argentés.
Les arbres, les rochers accourent pour l'enten-
dre
Aux vœux d'un digne Amant Lise n'osoit se
rendre
Elle vit Apollon: elle lui dit un jour,
„ Que faites vous là haut dans ce brillant séjour ?
»Quels y sont vos plaisirs : Je ne puis les com-
„prendre
Apollon répondit avec un souris tendre
i Nous aimons, & peut-on être heureux sans
„ l'amour?
»C'est lui qui fait couler dans notre ame ravie
AVRIL. 1752.
119
» Les sources de bonheur & celles de la vie;
„Je viens vous départir des dons si précieux
» Aimez-vous, mes enfans, & vous êtes des
» Dieux
„ Quoi! N'entendez-vous pas la voix de la Na-
»tuxe
„Qui de vos préjugés condamne l'imposture !
» Ah! Que l'amour sur vous épuise tous ses traitsl
„Que feriez-vous, jeune Bergere,
»De votre cœeur, de vos attraits
„ Si vous ne connoissiez jamais
„ La douceur d'aimer & de plaire.
.
Prositons des conseils d'un Dieu qui nous instruit,
Et qui vers le bonheur par la main nous conduit.
Suivons des vrais Amans cet illustre modele,
Pétraque qui rendit son Amante immortelle
Par ses vers & ses feux constans.
Envain le tems jaloux avec sa faulx cruelle,
Avoit cru moissonner leurs plaisirs ravissans,
Leurs vœux toujours comblés & toujours renais-
sans
Près d'une Vaucluse nouvelle
Aux Champs Elysiens, Venus & les Amours
Ont réuni Pétraque à sa divine Laure;
Ils se revoyent tous les jours
Plus charmans, plus tendres encore;
Sous l'ombrage délicieux
D'un bois de Myrthe & d'Amaranthe,
. . .. .
..)
120 MERCURE DE FRANCE.
Ils cueuillent les fruits précieux
De cette ardeur persévérante
Qui les rendit égaux aux Dieux:
Toi que la mort frappa de son dard exécrable
Dans les bras des plaisirs, dans le sein adorable
De la jeunesse & de l'amour
Tendre & charmante Eglé, qui renais chaque
jour
Au fond d'un cœur inconsolable
Seul digne de t'aimer, sans espoir de retour
Vois l'Amour qui s'envole au Temple de Mémoire
Qui grave en traits de feu tes graces, ta vertu»
Et qui dit en pleurant hélas! elle a vécu
Trop peu pour ses amis, mais assez pour sa gloire.
Si dix ans de fureur, de haine ou de victoire
Ont du fier meurtrier d'Hector
A la carriere de Nestor
Egalé la vie immortelle
Combien douze ans d'amour, d'amitié de plaisirs
Doivent rendre la tienne & plus pleine & plus
belle !
Loin de nous ces Mortels sans ame, sans désirs,
Croupis dans le bourbier d'une morne indolence
Du néant au sommeil (vaine ombre d'existence
Du sommeil au néant transportés tour à tour,
Nourris d'absurdités, engraissés d'ignorance
Ils végetent cent ans, mais vivent-ils un jour ?
Non la vie est dans l'ame, & l'ame n'est qu'amour
Cependant
as O
AVRIL. 1752. 121
Cependant, vils jouets d'un sort toujours bar,
bare.
Nous voulons nous unir, & l'erreur nous sépare
La mort brise nos noeuds, & l'absence & le tems,
Nous font mourirencore au coeur de nos amans:
Ah ! sans doute il faudroit voir toujours ce qu'on
aime
s'enyvrer à longs traits de ce bonheur suprême
En pénétrer son ame, en assouvir ces yeux
Et par un goût industrieux,
Toujours vif & toujours durable,
Aiguiser chaque jour les traits délicieux
De cette joye inaltérable !
Mais. .. ò misere humaine! ô destin déplorable
Helas ! des vrais plaisirs la source intarissable
Ne fut découverte qu'aux Dieux:
Cessons pourtant d'être envieux
De leur joye éternelle & de leur gloire extrême;
Il est un bien plus précieux
Que leur immortalité même,
C'est celui d'expirer d'un transport amoureux
Dans les bras de l'objet qu'on aime.
GAILLARD.
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9389
p. 122
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe [...]
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texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe
est Chevalier; dans lequel on
trouve Cheval, air, Chevre, haire, rave
chair, reveil, riche, Vache, Elie ire, ache,
ail, Eve, livre, rive, re, la, vairs, lac,
vie lie, aile, levre, chair & Ciel. Celui du
second Logogryphe est Escarpolette, dans
lequel on trouve polette, pelle, Carpe,
Lotte, peste, pot, pelotte, capes, Porc, lot,
plat, lettres & port. Celui du troisiéme est
Bouclier, dans lequel on trouve boule
rove, louer, écu, Bouc, cou, re, bleu, boue,
voler, reclu, couler, Roi, clon, bouli, bou-
cle & cœur,
Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe
est Chevalier; dans lequel on
trouve Cheval, air, Chevre, haire, rave
chair, reveil, riche, Vache, Elie ire, ache,
ail, Eve, livre, rive, re, la, vairs, lac,
vie lie, aile, levre, chair & Ciel. Celui du
second Logogryphe est Escarpolette, dans
lequel on trouve polette, pelle, Carpe,
Lotte, peste, pot, pelotte, capes, Porc, lot,
plat, lettres & port. Celui du troisiéme est
Bouclier, dans lequel on trouve boule
rove, louer, écu, Bouc, cou, re, bleu, boue,
voler, reclu, couler, Roi, clon, bouli, bou-
cle & cœur,
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9390
p. 124-125
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis à tout le monde utile à la toilette, [...]
Mots clefs :
Papillote
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIPHE
,
E fuis à tout le monde utile à la toilette ,
Quelquefois néceffaire à plufieurs tous les jours
La parure , Lecteur , emprunte mon fecours ,
Et peut -être à préfent l'on me voit à la tête.
Mon tout eft compofé de neuf pieds ſeulement .
Amufe- toi , tourne- les , & combinne ,
Auffi-tôt dans la Paleſtine
Tu découvriras aisément
Près de Jerufalem une ville placée
Et qu'on dit par Japhet avoir été fondée ....
Son Evêque , Lecteur , eft un Moine Français,
AVRIL. 1752 . 125
Tu dois auffi trouver un grand Auteur Anglais.. ,
Un poiffon délicat qu'on pêche dans la Saône...
Ce qu'à fon jeune enfant une Nourrice donnne.
Une ventofité , qui d'un fale conduit
Se fait fentir , entendre , en fortant avec bruit....
Un oiſeau fort criard. . . Un terme anatomique..
Un poiffon que l'on voit dans les mers d'Amérique
Qui par fa forme égale un maquereau ,
Et qui juſqu'au port fuit toujours un vaiſſeau.
§ 7 & 4 aprés , c'est moi qui juge en France....
23 & 8 ,je fuis ville de la Provence ...
245 & 9 le foutien d'un oiſeau.
12 3 & 9 , le Prince & le Chef de l'Eglife... ୨
874 59, fans moi point de chemiſe..
6 avec 7. plus 8 , j'arrofe l'Agenois . ...
52 4 avant 9 , on me craint dans les bois..
On chaffe mes petits , quelquefois on m'y laiſſe.
1 2 5.9 &.8 , je fuis jeu de jufteffe ....
Je finis , cher Lecteur , voici le trait dernier.
Retranche 1 2 & 5 , je fuis un Officier ,
Qui fçais dans un gros tems de tempête & d'orage
Garentir par mon art un vaiffeau du naufrage.
Par M. de MONTPELLIER.
,
E fuis à tout le monde utile à la toilette ,
Quelquefois néceffaire à plufieurs tous les jours
La parure , Lecteur , emprunte mon fecours ,
Et peut -être à préfent l'on me voit à la tête.
Mon tout eft compofé de neuf pieds ſeulement .
Amufe- toi , tourne- les , & combinne ,
Auffi-tôt dans la Paleſtine
Tu découvriras aisément
Près de Jerufalem une ville placée
Et qu'on dit par Japhet avoir été fondée ....
Son Evêque , Lecteur , eft un Moine Français,
AVRIL. 1752 . 125
Tu dois auffi trouver un grand Auteur Anglais.. ,
Un poiffon délicat qu'on pêche dans la Saône...
Ce qu'à fon jeune enfant une Nourrice donnne.
Une ventofité , qui d'un fale conduit
Se fait fentir , entendre , en fortant avec bruit....
Un oiſeau fort criard. . . Un terme anatomique..
Un poiffon que l'on voit dans les mers d'Amérique
Qui par fa forme égale un maquereau ,
Et qui juſqu'au port fuit toujours un vaiſſeau.
§ 7 & 4 aprés , c'est moi qui juge en France....
23 & 8 ,je fuis ville de la Provence ...
245 & 9 le foutien d'un oiſeau.
12 3 & 9 , le Prince & le Chef de l'Eglife... ୨
874 59, fans moi point de chemiſe..
6 avec 7. plus 8 , j'arrofe l'Agenois . ...
52 4 avant 9 , on me craint dans les bois..
On chaffe mes petits , quelquefois on m'y laiſſe.
1 2 5.9 &.8 , je fuis jeu de jufteffe ....
Je finis , cher Lecteur , voici le trait dernier.
Retranche 1 2 & 5 , je fuis un Officier ,
Qui fçais dans un gros tems de tempête & d'orage
Garentir par mon art un vaiffeau du naufrage.
Par M. de MONTPELLIER.
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9391
p. 126-127
AUTRE.
Début :
Je fus pour critiquer, cher Lecteur, inventée, [...]
Mots clefs :
Épigramme
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus pour critiquer , cher Lecteur , inventée ,
Je fuis avec efprit rarement compofée.
A ma pointe , à ma chûte on manque tous les
jours ,
On me voit cependant courir les carrefours.
Pour te plaire il me faut l'élégant badinage ,
D'inftruire c'est mon but les hommes à tout âge
Je renferme en neuf pieds dequoi bien t'amuſer ,
Tu dois trouver d'abord ce qui re fait penſer.. ,
Avec un pied de plus je fuis pour ta deffenfe...
76431 une infame fcience , "
Et qui n'a du crédit que chez les Idiots.. -
Moins 3 , le nom qu'on donne aux Rois Orien-
.taux.
1 46 , je fuis riviere dans l'Espagne.. :
... Plus S mis avant 6 riviere d'Allemagne.
J'offre en lifant mon nom un tréfor à tes yeux,
Le plus grand de la terre & le plus précieux . . .
Je poffède un ami qui fûr toujours fincere. …..
Une pièce de bois utile à la galere ...
Une terre , où le foin croît naturellement....
L'Oiſeau qui cache tout... de plus un élément . ..
Un outil d'artiſan ... mortelle maladie. . .
Deux nottes de mufique.. un Duché d'Ita'ie …. ...
De la Mere de Dieu , Lecteur , cherche le nom ..
AVRIL 17523 127
Ce qui dans divers mots donne le même fon...
Ce qu'on te fait chanter pour fçavoir la muſique.
Le maître d'une femme... un Etat Monarchique.
Un Sanglier de cinq ans. trouve trois mots Latins,
2 3 1 4 & 9 , j'attrape les lapins....
Malgré toute la Rhétorique
Je fçais t'attraper quelquefois.
› 264 avant 1 aux Princes , même aux Rois
J'appartiens ; & je fuis à la Cour , à la Ville
En fait d'amour jeune homme habile.. ;
Les gens de mon état foupirent peu de tems ,
Hs font fous , fort hardis , & très- entreprenans.
Par le même
E fus pour critiquer , cher Lecteur , inventée ,
Je fuis avec efprit rarement compofée.
A ma pointe , à ma chûte on manque tous les
jours ,
On me voit cependant courir les carrefours.
Pour te plaire il me faut l'élégant badinage ,
D'inftruire c'est mon but les hommes à tout âge
Je renferme en neuf pieds dequoi bien t'amuſer ,
Tu dois trouver d'abord ce qui re fait penſer.. ,
Avec un pied de plus je fuis pour ta deffenfe...
76431 une infame fcience , "
Et qui n'a du crédit que chez les Idiots.. -
Moins 3 , le nom qu'on donne aux Rois Orien-
.taux.
1 46 , je fuis riviere dans l'Espagne.. :
... Plus S mis avant 6 riviere d'Allemagne.
J'offre en lifant mon nom un tréfor à tes yeux,
Le plus grand de la terre & le plus précieux . . .
Je poffède un ami qui fûr toujours fincere. …..
Une pièce de bois utile à la galere ...
Une terre , où le foin croît naturellement....
L'Oiſeau qui cache tout... de plus un élément . ..
Un outil d'artiſan ... mortelle maladie. . .
Deux nottes de mufique.. un Duché d'Ita'ie …. ...
De la Mere de Dieu , Lecteur , cherche le nom ..
AVRIL 17523 127
Ce qui dans divers mots donne le même fon...
Ce qu'on te fait chanter pour fçavoir la muſique.
Le maître d'une femme... un Etat Monarchique.
Un Sanglier de cinq ans. trouve trois mots Latins,
2 3 1 4 & 9 , j'attrape les lapins....
Malgré toute la Rhétorique
Je fçais t'attraper quelquefois.
› 264 avant 1 aux Princes , même aux Rois
J'appartiens ; & je fuis à la Cour , à la Ville
En fait d'amour jeune homme habile.. ;
Les gens de mon état foupirent peu de tems ,
Hs font fous , fort hardis , & très- entreprenans.
Par le même
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9392
p. 128-137
« REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
Début :
REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...]
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texteReconnaissance textuelle : « REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
REFLEXIONS critiques sur les différentes
Ecoles de Peinture par M. le Marquis
d'Argens. AParis, chez Rollin, Gran-
gé, Bauche, fils 1752, un volume in-12.
L'Ouvrage que nous annonçons est
écrit facilement, & rempli de connois-
sances fort étendues sur la matière qui y
est traitée. On y voit nos Peintres mis en
parallele avec les Peintres réunis de toutes
les Ecoles, & l'emporter souvent sur
eux. Il se peut que l'amour de la Patrie
ait quelquefois séduit l'Auteur; mais on
est sur qu'il ne met point de politique
dans ses jugemens: il a toujours un air de
candeur, auquel on ne peut refuser sa
confiance. Les Artistes comparés sont, Ra-
phaël & le Sueur: Michel - Ange & le
Brun: Leonard de Vinci & Jean Cousin:
Jules-Romain& Fresninet : André-del-
.Sarto & Santerre: Michel Ange-des-Batai-
les & le Bourguignon : Pierre de Crotone
& Bon Boulogne: Carle-Marate & Louis
Boulogne : le Guaspre & Claude Lorrain:
Titien & Blanchard: Tintoret & Vanloo
le pere : Paul Veronese & la Fosse : Paluie
le vieux & Rigaud: Palme le jeune & Lar-
AVRIL.
1752.
129
giliere: le Corege & Mignard : le Parme-
san & Noel Coypel: Annibal Carache &
Parmesan: le Dominicain & Jouvenet:
Michel-Ange de Caravage & le Valen-
tin: Guide René & le Poussin; Lanfranc
& Vouet : Lalbane & Antoine Coy-
pel : Benedette & Desportes : Rubens
& le Moine : Krayer & le Puget : Rim-
brant & de Troye le pere: Tenieres &
Wateau.
Pour mettre nos Lecteurs à portée de
juger du style & de la sagacité de l'Auteur
des Réflexions, nous allons copier le pa-
rallele qu'il fait de Michel-Ange & de
le Brun: on trouvera la même précision,
le même goût, les mêmès nuances, les me-
mes contrastes dans les autres.
Michel-Ange montra dès sa tendre jeu-
nesse un grand amour pour le dessein, &
par les progrès rapides qu'il y fit, il don-
na des marques certaines des grandes cho-
ses qu'il exécuteroit un jour.
Le Brun fit paroître le même amoun
& la même disposition pour le desseini
dès ses premières années. Il fit, à l'âge de-
quinze ans, deux Ouvrages qui surpri-
rent tous les Peintres: l'un représentoit.
Flercule assommant les chevaux de Diome-
de, & l'autre étoit le portrait de son grandi
pere.
Ev
2009
130 MERCUREDE FRANCE.
Michel-Ange ayant acquis une grande
réputation se servit de l'amour que Lau-
rent de Médicis avoit pour les Arts, &
établit à Florence une Académie de Pein-
ture & de Sculpture, dans laquelle se for-
merent ensuite plusieurs habiles Peintres.
Le Brun employa le credit qu'il avoit
auprès de M. Colbert, & profita de l'en-
couragement que ce Ministre donnoit aux
Arts, non-seulement pour fonder l'Aca-
démie de Peinture & de Sculpture, d'où
sont sortis. tous les grands P'eintres que
la France a eu depuis, mais il établit une
seconde Académie à Rome.
Michel-Ange fut toujours brouillé avec
Raphael: ces deux grands hommes conçu-
rent l'un pour l'autre une jalousie éton-
nante.
Le Brun & le Sueur ne furent pas moins
opposés l'un à l'autre, que l'avoient été
ces deux illustres Italiens.
Michel Ange fut aimé non- seulement
de plusieurs grands Seigneurs, mais de
plusieurs Souverains, & de plusieurs Pa-
pes. Louis XIV. donna beaucoup de mar-
ques non-seulement de sa protection,
mais même de son amitié à le Brun.
Le Brun mourut dans un âge fort avan-
cé, estimé & honoré de tous ses Compa-
triotes. Michel-Ange finit sa carriere aussi
AVRIL. 1752.
131
glorieusement qu'il l'avoit commencée. Sa
gloire se conserva pure jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-dix ans: il mourut à Rome,
où on lui fit des obseques superbes: le
Duc Côme de Médicis, enviant à cette
Ville les restes d'un aussi grand homme
que Michel-Ange, il le fit deterrer en se-
cret pendant la nuit, & le fit transporter
à Florence, où il fut enterré avec tous
les honneurs possibles, dans l'Eglise de
Sainte-Croix.
Michel-Ange avoit un génie vaste, ca-
pable d'exécuter les plus grandes compo-
sitions; c'est ce qu'on voit dans son Ou-
vrage du Jugement Universel, & dans ses
autres Tableaux qui sont dans la Chapelle-
du Pape.
La gallerie de Versailles, les batailles
d'Alexandre, les grands Tableaux dont
nos Eglises de Paris sont remplies, & qui
sont tous composés d'une maniere subli-
me, montrent assez qu'il n'y a jamais eu-
de Peintre qui l'ait emporté sur le Brun,
pour la grandeur du génie.
Michel-Ange est un des premiers Pein-
rres qui ait banni de l'Italie la petite ma-
niere ou les restes du gothique, dont
Raphael au commencement n'étoit pas
exempt. Le Brun changea la maniere de
son Maître Vouet, il sorvit beaucoup à
Fvj.
132 MERCURE DE FRANCE.
faire abandonner les teintes sanvages &
souvent frivoles, dont ce Peintre se set-
voit pour expedier promptement ses Ou-
vrages.
Michel-Ange a dessiné très-correcte-
ment, & de la plus grande maniere, ce-
pendant, au jugement même deM. dePile.
Il n'a pu joindre à ce grand goût la pureté &
l'elegance des contours, parce qu ayant re-
garde le corps humain dans sa plus grande
force, ou ayant peut- etre pousse trop loin son
imagination la-dessus, il a fait les membres
de ses Figures trop puissans, & chargè
comme on dit, son dessein: c'est ce qui a fait
dire à bien des Connoisseurs, que Michel-
* *
Ange étoit Sauvage.
Que ique la façon de dessiner de le Brun-
soit d'une grande maniere, ainsi que cel-
le de Michel-Ange, il est moins chargé ,
plus égal, plus gracieux que lui, cepen-
dant plus correct. Il seroit cependant à-
souhaiter que le Brun eut rendu quelque-
fois ses figures plus suelles.
Michel-Ange excelloit dans l'Anato-
mie; il entendoit parfaitement l'emboi-
ture des os, l'emmanchement des mem-
bres, les fonctions des muscles, & les dif-
férens mouvemens qu'ils font selon les
diverses attitudes, mais il marquoit si
fort toures les parties da corps, qu'il sem-
zed by Goog
AVRIL.
1752.
133
ble souvent n'avoir peint que des Ecor-
chés, ce qui devient desagreable à la vue.
Le Brun a connu parfaitement l'Anato-
mie, mais il a sagement senti que, de mê-
me que la Nature a mis sur les muscles
une peau qui les adoucit en les couvrant,
la Peintre doit de même ne les mar-
quer que jusqu'à un certain point, &
avoir surtout beaucoup d'égard à l'âge, à la
condition & au Sexe des figures qu'il peint.
Michel-Ange a entierement négligé la
couleur, & l'on peut dire hardiment qu'il
a ignoré tout ce qui dépend du coloris;
ses carnations dans les clairs sont couleur
de brique, & dans les ombres sont noi-
res, & si l'on dit que ce défaut doit être
attribué au tems & non pas à Michel-An-
ge, je reponds uniquement que c'est à Mi-
chel-Ange qu'il doit être imputé puisqu'il
n'en est pas de même des Ouvrages que
Frasebasti-del-Diombo a fait d'après les-
desseins de Michel-Ange, la couleur en
étant beaucoup meilleure, & tenant du
goût Vénitien; cependant ses tableaux
sont peints dans le même tems que ceux
de Michel-Ange, il n'ya rien à répondre à
cela que de mauvaises raisons: & de mau-
vaises raisons ne valent pas la peine d'être
re futées.
Le Brun a infiniment micux colore que
134 MERCUREDEFRANCE.
Michel-Ange, on peut dire qu'il y a peu
de Peintres de l'Ecole Romaine qui ayent
poussé la connoissance du coloris aussi loin
que lui. On voit deux tableaux de lui parmi
ceux qui sont exposés au Luxembourg,
dont la couleur est très-suave. Il y a une
sainte Famille, qui se soutiendroit auprès
de l'Ouvrage du Titien. Ceux donc, qui
très médiocres Connoisseurs en Peintu-
res, ont décidé hardiment que le Brun
avoit coloré d'une maniere grise, au-
roient du voir ses meilleurs Ouvrages, ou-
consulter des gens plus éclairés qu'eux,
qui les auroient instruit jusqu'à quel
point ils devroient blâmer le coloris de
le Brun. Car il faut convenir que dans
plusieurs de ses Ouvrages, il n est point
exempt de blâmeà plusieurs égards, ses
couleurs locales sont quelquefois trivia-
les, & il na point fait assez d'attention à
donner par cette partie le véritable carac-
tere à chaque objet. Il auroit été à sou-
haiter que le Brun, en revenant de Ro-
me, eût vu l'Ecole Vénitienne, ou la Fla-
mande: mais enfin, quoique son coloris
n'ait ni la vérité ni le brillant de celui
des grands Peintres de ces Ecoles, on ne
doit pas croire que dans les tableaux, où
il a voulu montrer la connoissance qu'il
on avoit, il n'y ait de trés-belles choses
AVRIL. 1752. 139
Il ne faut, pour s'en convaincre, que
jetter les yeux sur le magnifique tableau
du massacre des Innocens, que M. le Duc
d'Orseans conserve dans son Cabinet.
Les airs de tête de Michel-Ange sont
fiers & variés; ceux de le Brun sont no-
bles, expriment ce qu'il a voulu represen-
ter, & dépeignent bien les passions de
F'ame, mais ils sont moins variés que ceux
de Michel Ange. M. de Pile a judicieuse-
ment remarqué cette trop grande uni-
formité dans la maniere de peindreles pas-
sions de l'ame. Cette générale expression, dit
cet habile Critique, des passions de l'ame,
peut avoir lieu pour le dessein tant des Figu-
res que des airs de tênte que le Brun a repré-
sentés; car ils sont presque toujours les men-
mes, quoique d'un tres-beaux choix, ce qui
vient sans doute, ou d'avoir reduit la natu-
re a l'habitude qu'il avoit contractée, ou de
n'y avoir pas assez. considerè les diversitès
dont elle est susceptible, & dont les produc-
tions singulieres ne sont pas moins l'objet du
Peintre que les générales.
Si les expressions de le Brun sont trop
uniformes, & se ressentent de ce qu'on
appelle habitude & maniere: celles de
Michel-Ange sont souvent peu naturel-
les, & tiennent de cette maniere sauvage
qui regne par tout dans le dessein de ce
oogle
136 MERCUREDE FRANCE.
Peintre; elles sont cependant d'une gran-
de force.
Les Draperies de le Brun sont bien jet-
tées, flatans & marquans le noeud avec
délicatesse; elles péchent seulement en ce
qu'elles nont point l'agréable variété des
étoffes particulieres: celles de Michel-An-
ge ont non-seulement ce derniet défaut,
mais elles sont trop adhérentes.
Les tableaux de le Brun manquent quel-
quefois par le clair obscur, cependant il
en a connu l'absolue nécessité, & la mê-
me pratiquée dans ses plus grands Quvra-
ges, comme on le peut voir dans ses Ba-
tailles d'Alexandre & dans la famille de
Darius. Michel-Ange na pas eu une meil-
leure idée du clair obscur que du coloris,
& nous avons vu combien pen il a été ha-
bile dans cette partie.
Le génie élevé de Michel-Ange tom-
boit quelque fois dans des imaginations
outrées, bizares & même extravagantes;
c'est ce qu'on peut voir dans son Juge-
gement dernier, où il a mêlé la fable avec
les vérités de l'Evangile. Il est vrai qu'il
faut convenir que de quelque nature que
soient ses pensées, soit qu'elles soient sa-
ges, soit qu'elles soient outrées & biza-
res, elles ont toujours du grand.
Le Brun a. montré dans ses plus gran-
AVRIL. 1752.
137
des compositions, ainsi que dans ses plus
petites, un esprit élevé, mais solide, qui
n agit qu'avec réflexion; il n'a jamais rien
fait entrer dans les sujets qu'il a traités
que ce qu'il convenoit d'y mettre. Il n est
point de Peintre qui ait observé avee
plus de soin non-seulement le coustumé,
mais encore tout ce qui peut servir à faire
connoître le caractere, l'état, les fonc-
tions, & le Pays des gens qu'il réprésen-
toit; c'est ce qu'on voit avec un plaisir
toujours nouveau, dans la famille de Da-
rius, qu on doit regarder comme un des
plus beaux tableaux du monde, foit par
la composition qui en est sublime, soit
par la disposition qui en est excellente,
foit par le dessein qui est très-correct,
soit par les expressions qui sont ravissan-
tes, soit pat le clair-obscur qui y est très-
fagement en usage, soit même par la cou-
leur, qui quoiqu elle soit dans ce tableau la
derniere partie, & celle qui a le moin-
dre métite, doit cependant être admirée
dans plusieurs têtes & surtout dans celle
de la mere de Darius, & de la femme de
ce Prince; soit par le pinceau qui est lé-
ger & coulant; remarquons ici que ce-
lui de Michel Ange étoit dur & sec, & se
sentoit de la main du Sculpteur.
Ecoles de Peinture par M. le Marquis
d'Argens. AParis, chez Rollin, Gran-
gé, Bauche, fils 1752, un volume in-12.
L'Ouvrage que nous annonçons est
écrit facilement, & rempli de connois-
sances fort étendues sur la matière qui y
est traitée. On y voit nos Peintres mis en
parallele avec les Peintres réunis de toutes
les Ecoles, & l'emporter souvent sur
eux. Il se peut que l'amour de la Patrie
ait quelquefois séduit l'Auteur; mais on
est sur qu'il ne met point de politique
dans ses jugemens: il a toujours un air de
candeur, auquel on ne peut refuser sa
confiance. Les Artistes comparés sont, Ra-
phaël & le Sueur: Michel - Ange & le
Brun: Leonard de Vinci & Jean Cousin:
Jules-Romain& Fresninet : André-del-
.Sarto & Santerre: Michel Ange-des-Batai-
les & le Bourguignon : Pierre de Crotone
& Bon Boulogne: Carle-Marate & Louis
Boulogne : le Guaspre & Claude Lorrain:
Titien & Blanchard: Tintoret & Vanloo
le pere : Paul Veronese & la Fosse : Paluie
le vieux & Rigaud: Palme le jeune & Lar-
AVRIL.
1752.
129
giliere: le Corege & Mignard : le Parme-
san & Noel Coypel: Annibal Carache &
Parmesan: le Dominicain & Jouvenet:
Michel-Ange de Caravage & le Valen-
tin: Guide René & le Poussin; Lanfranc
& Vouet : Lalbane & Antoine Coy-
pel : Benedette & Desportes : Rubens
& le Moine : Krayer & le Puget : Rim-
brant & de Troye le pere: Tenieres &
Wateau.
Pour mettre nos Lecteurs à portée de
juger du style & de la sagacité de l'Auteur
des Réflexions, nous allons copier le pa-
rallele qu'il fait de Michel-Ange & de
le Brun: on trouvera la même précision,
le même goût, les mêmès nuances, les me-
mes contrastes dans les autres.
Michel-Ange montra dès sa tendre jeu-
nesse un grand amour pour le dessein, &
par les progrès rapides qu'il y fit, il don-
na des marques certaines des grandes cho-
ses qu'il exécuteroit un jour.
Le Brun fit paroître le même amoun
& la même disposition pour le desseini
dès ses premières années. Il fit, à l'âge de-
quinze ans, deux Ouvrages qui surpri-
rent tous les Peintres: l'un représentoit.
Flercule assommant les chevaux de Diome-
de, & l'autre étoit le portrait de son grandi
pere.
Ev
2009
130 MERCUREDE FRANCE.
Michel-Ange ayant acquis une grande
réputation se servit de l'amour que Lau-
rent de Médicis avoit pour les Arts, &
établit à Florence une Académie de Pein-
ture & de Sculpture, dans laquelle se for-
merent ensuite plusieurs habiles Peintres.
Le Brun employa le credit qu'il avoit
auprès de M. Colbert, & profita de l'en-
couragement que ce Ministre donnoit aux
Arts, non-seulement pour fonder l'Aca-
démie de Peinture & de Sculpture, d'où
sont sortis. tous les grands P'eintres que
la France a eu depuis, mais il établit une
seconde Académie à Rome.
Michel-Ange fut toujours brouillé avec
Raphael: ces deux grands hommes conçu-
rent l'un pour l'autre une jalousie éton-
nante.
Le Brun & le Sueur ne furent pas moins
opposés l'un à l'autre, que l'avoient été
ces deux illustres Italiens.
Michel Ange fut aimé non- seulement
de plusieurs grands Seigneurs, mais de
plusieurs Souverains, & de plusieurs Pa-
pes. Louis XIV. donna beaucoup de mar-
ques non-seulement de sa protection,
mais même de son amitié à le Brun.
Le Brun mourut dans un âge fort avan-
cé, estimé & honoré de tous ses Compa-
triotes. Michel-Ange finit sa carriere aussi
AVRIL. 1752.
131
glorieusement qu'il l'avoit commencée. Sa
gloire se conserva pure jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-dix ans: il mourut à Rome,
où on lui fit des obseques superbes: le
Duc Côme de Médicis, enviant à cette
Ville les restes d'un aussi grand homme
que Michel-Ange, il le fit deterrer en se-
cret pendant la nuit, & le fit transporter
à Florence, où il fut enterré avec tous
les honneurs possibles, dans l'Eglise de
Sainte-Croix.
Michel-Ange avoit un génie vaste, ca-
pable d'exécuter les plus grandes compo-
sitions; c'est ce qu'on voit dans son Ou-
vrage du Jugement Universel, & dans ses
autres Tableaux qui sont dans la Chapelle-
du Pape.
La gallerie de Versailles, les batailles
d'Alexandre, les grands Tableaux dont
nos Eglises de Paris sont remplies, & qui
sont tous composés d'une maniere subli-
me, montrent assez qu'il n'y a jamais eu-
de Peintre qui l'ait emporté sur le Brun,
pour la grandeur du génie.
Michel-Ange est un des premiers Pein-
rres qui ait banni de l'Italie la petite ma-
niere ou les restes du gothique, dont
Raphael au commencement n'étoit pas
exempt. Le Brun changea la maniere de
son Maître Vouet, il sorvit beaucoup à
Fvj.
132 MERCURE DE FRANCE.
faire abandonner les teintes sanvages &
souvent frivoles, dont ce Peintre se set-
voit pour expedier promptement ses Ou-
vrages.
Michel-Ange a dessiné très-correcte-
ment, & de la plus grande maniere, ce-
pendant, au jugement même deM. dePile.
Il n'a pu joindre à ce grand goût la pureté &
l'elegance des contours, parce qu ayant re-
garde le corps humain dans sa plus grande
force, ou ayant peut- etre pousse trop loin son
imagination la-dessus, il a fait les membres
de ses Figures trop puissans, & chargè
comme on dit, son dessein: c'est ce qui a fait
dire à bien des Connoisseurs, que Michel-
* *
Ange étoit Sauvage.
Que ique la façon de dessiner de le Brun-
soit d'une grande maniere, ainsi que cel-
le de Michel-Ange, il est moins chargé ,
plus égal, plus gracieux que lui, cepen-
dant plus correct. Il seroit cependant à-
souhaiter que le Brun eut rendu quelque-
fois ses figures plus suelles.
Michel-Ange excelloit dans l'Anato-
mie; il entendoit parfaitement l'emboi-
ture des os, l'emmanchement des mem-
bres, les fonctions des muscles, & les dif-
férens mouvemens qu'ils font selon les
diverses attitudes, mais il marquoit si
fort toures les parties da corps, qu'il sem-
zed by Goog
AVRIL.
1752.
133
ble souvent n'avoir peint que des Ecor-
chés, ce qui devient desagreable à la vue.
Le Brun a connu parfaitement l'Anato-
mie, mais il a sagement senti que, de mê-
me que la Nature a mis sur les muscles
une peau qui les adoucit en les couvrant,
la Peintre doit de même ne les mar-
quer que jusqu'à un certain point, &
avoir surtout beaucoup d'égard à l'âge, à la
condition & au Sexe des figures qu'il peint.
Michel-Ange a entierement négligé la
couleur, & l'on peut dire hardiment qu'il
a ignoré tout ce qui dépend du coloris;
ses carnations dans les clairs sont couleur
de brique, & dans les ombres sont noi-
res, & si l'on dit que ce défaut doit être
attribué au tems & non pas à Michel-An-
ge, je reponds uniquement que c'est à Mi-
chel-Ange qu'il doit être imputé puisqu'il
n'en est pas de même des Ouvrages que
Frasebasti-del-Diombo a fait d'après les-
desseins de Michel-Ange, la couleur en
étant beaucoup meilleure, & tenant du
goût Vénitien; cependant ses tableaux
sont peints dans le même tems que ceux
de Michel-Ange, il n'ya rien à répondre à
cela que de mauvaises raisons: & de mau-
vaises raisons ne valent pas la peine d'être
re futées.
Le Brun a infiniment micux colore que
134 MERCUREDEFRANCE.
Michel-Ange, on peut dire qu'il y a peu
de Peintres de l'Ecole Romaine qui ayent
poussé la connoissance du coloris aussi loin
que lui. On voit deux tableaux de lui parmi
ceux qui sont exposés au Luxembourg,
dont la couleur est très-suave. Il y a une
sainte Famille, qui se soutiendroit auprès
de l'Ouvrage du Titien. Ceux donc, qui
très médiocres Connoisseurs en Peintu-
res, ont décidé hardiment que le Brun
avoit coloré d'une maniere grise, au-
roient du voir ses meilleurs Ouvrages, ou-
consulter des gens plus éclairés qu'eux,
qui les auroient instruit jusqu'à quel
point ils devroient blâmer le coloris de
le Brun. Car il faut convenir que dans
plusieurs de ses Ouvrages, il n est point
exempt de blâmeà plusieurs égards, ses
couleurs locales sont quelquefois trivia-
les, & il na point fait assez d'attention à
donner par cette partie le véritable carac-
tere à chaque objet. Il auroit été à sou-
haiter que le Brun, en revenant de Ro-
me, eût vu l'Ecole Vénitienne, ou la Fla-
mande: mais enfin, quoique son coloris
n'ait ni la vérité ni le brillant de celui
des grands Peintres de ces Ecoles, on ne
doit pas croire que dans les tableaux, où
il a voulu montrer la connoissance qu'il
on avoit, il n'y ait de trés-belles choses
AVRIL. 1752. 139
Il ne faut, pour s'en convaincre, que
jetter les yeux sur le magnifique tableau
du massacre des Innocens, que M. le Duc
d'Orseans conserve dans son Cabinet.
Les airs de tête de Michel-Ange sont
fiers & variés; ceux de le Brun sont no-
bles, expriment ce qu'il a voulu represen-
ter, & dépeignent bien les passions de
F'ame, mais ils sont moins variés que ceux
de Michel Ange. M. de Pile a judicieuse-
ment remarqué cette trop grande uni-
formité dans la maniere de peindreles pas-
sions de l'ame. Cette générale expression, dit
cet habile Critique, des passions de l'ame,
peut avoir lieu pour le dessein tant des Figu-
res que des airs de tênte que le Brun a repré-
sentés; car ils sont presque toujours les men-
mes, quoique d'un tres-beaux choix, ce qui
vient sans doute, ou d'avoir reduit la natu-
re a l'habitude qu'il avoit contractée, ou de
n'y avoir pas assez. considerè les diversitès
dont elle est susceptible, & dont les produc-
tions singulieres ne sont pas moins l'objet du
Peintre que les générales.
Si les expressions de le Brun sont trop
uniformes, & se ressentent de ce qu'on
appelle habitude & maniere: celles de
Michel-Ange sont souvent peu naturel-
les, & tiennent de cette maniere sauvage
qui regne par tout dans le dessein de ce
oogle
136 MERCUREDE FRANCE.
Peintre; elles sont cependant d'une gran-
de force.
Les Draperies de le Brun sont bien jet-
tées, flatans & marquans le noeud avec
délicatesse; elles péchent seulement en ce
qu'elles nont point l'agréable variété des
étoffes particulieres: celles de Michel-An-
ge ont non-seulement ce derniet défaut,
mais elles sont trop adhérentes.
Les tableaux de le Brun manquent quel-
quefois par le clair obscur, cependant il
en a connu l'absolue nécessité, & la mê-
me pratiquée dans ses plus grands Quvra-
ges, comme on le peut voir dans ses Ba-
tailles d'Alexandre & dans la famille de
Darius. Michel-Ange na pas eu une meil-
leure idée du clair obscur que du coloris,
& nous avons vu combien pen il a été ha-
bile dans cette partie.
Le génie élevé de Michel-Ange tom-
boit quelque fois dans des imaginations
outrées, bizares & même extravagantes;
c'est ce qu'on peut voir dans son Juge-
gement dernier, où il a mêlé la fable avec
les vérités de l'Evangile. Il est vrai qu'il
faut convenir que de quelque nature que
soient ses pensées, soit qu'elles soient sa-
ges, soit qu'elles soient outrées & biza-
res, elles ont toujours du grand.
Le Brun a. montré dans ses plus gran-
AVRIL. 1752.
137
des compositions, ainsi que dans ses plus
petites, un esprit élevé, mais solide, qui
n agit qu'avec réflexion; il n'a jamais rien
fait entrer dans les sujets qu'il a traités
que ce qu'il convenoit d'y mettre. Il n est
point de Peintre qui ait observé avee
plus de soin non-seulement le coustumé,
mais encore tout ce qui peut servir à faire
connoître le caractere, l'état, les fonc-
tions, & le Pays des gens qu'il réprésen-
toit; c'est ce qu'on voit avec un plaisir
toujours nouveau, dans la famille de Da-
rius, qu on doit regarder comme un des
plus beaux tableaux du monde, foit par
la composition qui en est sublime, soit
par la disposition qui en est excellente,
foit par le dessein qui est très-correct,
soit par les expressions qui sont ravissan-
tes, soit pat le clair-obscur qui y est très-
fagement en usage, soit même par la cou-
leur, qui quoiqu elle soit dans ce tableau la
derniere partie, & celle qui a le moin-
dre métite, doit cependant être admirée
dans plusieurs têtes & surtout dans celle
de la mere de Darius, & de la femme de
ce Prince; soit par le pinceau qui est lé-
ger & coulant; remarquons ici que ce-
lui de Michel Ange étoit dur & sec, & se
sentoit de la main du Sculpteur.
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9393
p. 138
« LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...] »
Début :
LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...] »
LETTRES amoureuses du Chevalier
de ***,
à Londres, & se trouvent à Paris,
chez le Loup, 1752, quatre volu-
mes in- 12.
L'Auteur de ces Lettres s'est mis dans
toutes les situations, où un Amant puis-
se se trouver, & il a développé les senti-
mens qu'il a imaginé qu'on y éprouvoit.
C'est l'Ouvrage d'un homme d'esprit qui
manque de chaleur.
de ***,
à Londres, & se trouvent à Paris,
chez le Loup, 1752, quatre volu-
mes in- 12.
L'Auteur de ces Lettres s'est mis dans
toutes les situations, où un Amant puis-
se se trouver, & il a développé les senti-
mens qu'il a imaginé qu'on y éprouvoit.
C'est l'Ouvrage d'un homme d'esprit qui
manque de chaleur.
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9394
p. 138
« OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...] »
Début :
OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...]
Mots clefs :
Observations, Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Melchior Grimm
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texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...] »
OBSERVATIONS fur la Lettre de
M. Rouffeau de Geneve , à M.Grimm , par
M. Gautier , Chanoine Régulier. A Naney
, chez Piere Antoine , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1792. Brochure in- 12 de
quarante- huit pages.
M. Rouffeau de Geneve , à M.Grimm , par
M. Gautier , Chanoine Régulier. A Naney
, chez Piere Antoine , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1792. Brochure in- 12 de
quarante- huit pages.
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9395
p. 138-139
« L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...] »
Début :
L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...]
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L'HISTOIRE du Languedoc par le P.
Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison
la meilleure Histoire de Province
qui ait été faite. Vincent qui l'a imprimée,
& bien imprimée, se propose d'en réim-
primer quelques volumes qui lui man-
quent. Voici les conditions tout à fait
avantageuses qu'il propose pour les Sous-
cripteurs.
Les Souscriptions sont ouvertes depuis
le premier Mars 1752, & l'on ne sera ad-
mis à souscrire que jusqu au premier Juil-
AVRIL. 1752.
139
let suivant: en souscrivant, on recevra les
deux premiers volumes, & l'on payera
trente livres: en recevant les Tomes trois,
quatre & cinque au premier Juillet, on don-
nera trente livres.
Les Souscripteurs sont priés de retirer
les trois derniers volumes dans le courant
de l'année, & ils sont avertis que faute
bar eux de n'avoir retiré la totalité de
l'Ouvrage dans le cours de l'année qui sui-
vra la livraison des trois derniers volu-
mes: ils ne seront plus admis a repeter
les avances qu'il auront faites: c est une
clause ex présse des conditions proposées.
Après le premier Juillet, l'Ouvrage se
vendra le même prix qu'il se vendort pré-
cedemment, c'est-à-dire, cent dix livres
en feuilles, & les volumes ne fe dépareil-
leront plus. Les personnes qui ont déja
les deux premiers volumes de cet Ouvra-
ge sont avertis que, pendant tout le cours
de cette année, on leur donnera séparé-
ment de tous les autres, sçavoir, des trois
quatre & cinq Tomes pour chacun des-
quels elles payeront douze livres en feuil-
les. On pourra même fournir quelques
exemplaires du Tome second à ceux à qui
il pourroit manquer.
Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison
la meilleure Histoire de Province
qui ait été faite. Vincent qui l'a imprimée,
& bien imprimée, se propose d'en réim-
primer quelques volumes qui lui man-
quent. Voici les conditions tout à fait
avantageuses qu'il propose pour les Sous-
cripteurs.
Les Souscriptions sont ouvertes depuis
le premier Mars 1752, & l'on ne sera ad-
mis à souscrire que jusqu au premier Juil-
AVRIL. 1752.
139
let suivant: en souscrivant, on recevra les
deux premiers volumes, & l'on payera
trente livres: en recevant les Tomes trois,
quatre & cinque au premier Juillet, on don-
nera trente livres.
Les Souscripteurs sont priés de retirer
les trois derniers volumes dans le courant
de l'année, & ils sont avertis que faute
bar eux de n'avoir retiré la totalité de
l'Ouvrage dans le cours de l'année qui sui-
vra la livraison des trois derniers volu-
mes: ils ne seront plus admis a repeter
les avances qu'il auront faites: c est une
clause ex présse des conditions proposées.
Après le premier Juillet, l'Ouvrage se
vendra le même prix qu'il se vendort pré-
cedemment, c'est-à-dire, cent dix livres
en feuilles, & les volumes ne fe dépareil-
leront plus. Les personnes qui ont déja
les deux premiers volumes de cet Ouvra-
ge sont avertis que, pendant tout le cours
de cette année, on leur donnera séparé-
ment de tous les autres, sçavoir, des trois
quatre & cinq Tomes pour chacun des-
quels elles payeront douze livres en feuil-
les. On pourra même fournir quelques
exemplaires du Tome second à ceux à qui
il pourroit manquer.
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9396
p. 139-140
« LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
Début :
LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
LES Délices de la Solitude, ou Réflexions
sur les matieres les plus importantes
Dipiras iO
140 MERCUREDE FRANCE.
tantes au vrai bonheur de l'homme, par M.
le Chevalier de Cramezel, ancien Offi-
cier des vaisseaux du Roi. A Paris, chez
Pecquet 1752, un vol. in-12.
On trouvera dans cet Ouvrage des ré-
flexions détachées sur le bonheur de l'hom-
me, sur la maniere dont il se doit com-
porter à l'égard des autres hommes pour
entretenir avec eux un commerce de dou-
ceur & d'équité, sur le détachement de
cœeur de tous les biens de cette vie; des
soliloques avec Dieu; une espece de Traité
de l'imortalité de l'ame, & de la soumis-
sion due à l'autorité de l'Eglise. Nous ex-
hortons le vertueux Auteur à continuer de
faire un bon usage de son loisir: le public
qui a fait acceuil au premier voluine de
son ouvrage, en verra la suite avec plaisir.
sur les matieres les plus importantes
Dipiras iO
140 MERCUREDE FRANCE.
tantes au vrai bonheur de l'homme, par M.
le Chevalier de Cramezel, ancien Offi-
cier des vaisseaux du Roi. A Paris, chez
Pecquet 1752, un vol. in-12.
On trouvera dans cet Ouvrage des ré-
flexions détachées sur le bonheur de l'hom-
me, sur la maniere dont il se doit com-
porter à l'égard des autres hommes pour
entretenir avec eux un commerce de dou-
ceur & d'équité, sur le détachement de
cœeur de tous les biens de cette vie; des
soliloques avec Dieu; une espece de Traité
de l'imortalité de l'ame, & de la soumis-
sion due à l'autorité de l'Eglise. Nous ex-
hortons le vertueux Auteur à continuer de
faire un bon usage de son loisir: le public
qui a fait acceuil au premier voluine de
son ouvrage, en verra la suite avec plaisir.
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9397
p. 140
« LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...] »
Début :
LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...] »
LE Mexique conquis, à Paris, chez
Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ;
& à Rouen, chez Lallemant, 1752, deux
vol. in-12.
C'est une espéce de Poëme-Epique en
Prose dans lequel Cortès nous a paru in fi-
niment moins grand qu'il ne l'est dans
l'admirable Histoire de Solis.
Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ;
& à Rouen, chez Lallemant, 1752, deux
vol. in-12.
C'est une espéce de Poëme-Epique en
Prose dans lequel Cortès nous a paru in fi-
niment moins grand qu'il ne l'est dans
l'admirable Histoire de Solis.
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9398
p. 140-141
« ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
Début :
ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage
dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve
AVRIL.
1752.
141
ve à Paris, chez forry: deux brochures
in-12.
La premiere anecdocte est intitulée Osi-
ris vangée: c'est une avanture tragique
bien imaginée, & assez fortement écrite.
La seconde est intitulée le Temple de l'A-
mour, ou Zelitis & Zophire: & la troi-
siéme le triomphe de l'Amour, ou Ariane
& Sophie: ces deux derniers morceaux
sont remplis d'images, il y a des choses
bien senties, rendues avec élégance, &
facilement, mais foiblement.
dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve
AVRIL.
1752.
141
ve à Paris, chez forry: deux brochures
in-12.
La premiere anecdocte est intitulée Osi-
ris vangée: c'est une avanture tragique
bien imaginée, & assez fortement écrite.
La seconde est intitulée le Temple de l'A-
mour, ou Zelitis & Zophire: & la troi-
siéme le triomphe de l'Amour, ou Ariane
& Sophie: ces deux derniers morceaux
sont remplis d'images, il y a des choses
bien senties, rendues avec élégance, &
facilement, mais foiblement.
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9399
p. 141
« LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...] »
Début :
LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...] »
LE mot & la chose, 1752 : un volume
in-12.
C'est le tableau de deux Sociétés, dont
l'une passe pour être bonne Compagnie
sans l'être, & l'autre l'est sans qu'on s'en
doute. Il y a plus de vérité & d'amour
de la vertu dans cette Ouvrage que de fi-
nesse & de légereté.
in-12.
C'est le tableau de deux Sociétés, dont
l'une passe pour être bonne Compagnie
sans l'être, & l'autre l'est sans qu'on s'en
doute. Il y a plus de vérité & d'amour
de la vertu dans cette Ouvrage que de fi-
nesse & de légereté.
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9400
p. 141-146
« ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique, &
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
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