Résultats : 21932 texte(s)
Détail
Liste
8251
p. 64-65
LOGOGRYPHE.
Début :
Soit qu'en solidité je le dispute au fer, [...]
Mots clefs :
Corps
8252
p. 281-282
Noms, Dictons, & Rébus, de ceux qui ont deviné l'Enigme du Coche.
Début :
La petite Emerillonée de la ruë des Hodriettes ; le Beau [...]
Mots clefs :
Coche
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texteReconnaissance textuelle : Noms, Dictons, & Rébus, de ceux qui ont deviné l'Enigme du Coche.
Noms,Dictons,&Rébus, 1
de ceux qui ont deviné
.- l'Enigmedu Coche.
LapetiteEmerillonéedela
ruë des Hodriettes
; le Beau Tenebreux
; le Coche
part,belleHermiones
vous avez oublié que
laVilledaCoche n'effc
point pavee quoyque,.
le pavé l'incommode
beaucoup; l'Espritmal
leché de laruë aux.
Ours; labelle negligéeàlaPortiere
duCoche;
le Hurlubrela l'a
devinée sans y tase her;
les Inseparables du
quartier; la Ville du
Coche;lesFauxbourgs
sontdans leMagasin; toucheCochertu atlras
pour boire; le Solitaire
de Blois;
de ceux qui ont deviné
.- l'Enigmedu Coche.
LapetiteEmerillonéedela
ruë des Hodriettes
; le Beau Tenebreux
; le Coche
part,belleHermiones
vous avez oublié que
laVilledaCoche n'effc
point pavee quoyque,.
le pavé l'incommode
beaucoup; l'Espritmal
leché de laruë aux.
Ours; labelle negligéeàlaPortiere
duCoche;
le Hurlubrela l'a
devinée sans y tase her;
les Inseparables du
quartier; la Ville du
Coche;lesFauxbourgs
sontdans leMagasin; toucheCochertu atlras
pour boire; le Solitaire
de Blois;
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Résumé : Noms, Dictons, & Rébus, de ceux qui ont deviné l'Enigme du Coche.
Le texte 'Noms, Dictons, & Rébus' propose des énigmes et devinettes sur des personnages et lieux. Il mentionne 'la petite Emerillonée de la ruë des Hodriettes,' 'le Beau Tenebreux,' et 'la Ville du Coche.' D'autres références incluent 'l'Esprit mal léché de la ruë aux Ours' et 'le Hurlubre.' Les devinettes visent à identifier des personnes ou lieux à partir de descriptions énigmatiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8253
p. 291-292
« Il ne nous reste plus enfin que le chapitre des Enigmes. [...] »
Début :
Il ne nous reste plus enfin que le chapitre des Enigmes. [...]
Mots clefs :
Or, Blé
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texteReconnaissance textuelle : « Il ne nous reste plus enfin que le chapitre des Enigmes. [...] »
Il ne nous reste plus enfin
que le chapitre des Enigmes.
Le mot des Enigmes du mois
paffé étoit l'Or, & le Bled. Les
noms de ceux qui les onc deviné,
font: le parclTcux Etranger
de la rue S. Nicaise, le petit
Chariot dela pointe,la grande
Chauve- souris, l'Ane-rayé,
la queue de cheval,l'étendart
de l'Hcrmite, la Coquete folitairc
& le Favory desLozanges.
que le chapitre des Enigmes.
Le mot des Enigmes du mois
paffé étoit l'Or, & le Bled. Les
noms de ceux qui les onc deviné,
font: le parclTcux Etranger
de la rue S. Nicaise, le petit
Chariot dela pointe,la grande
Chauve- souris, l'Ane-rayé,
la queue de cheval,l'étendart
de l'Hcrmite, la Coquete folitairc
& le Favory desLozanges.
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8254
s. p.
TABLE Des Matiéres contenues dans ce volume.
Début :
Preface de l'Auteur. Dissertation sur le Poëme Epique, par M. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE Des Matiéres contenues dans ce volume.
TABLE
Des Matiéres contenues dans
ce volume.
P
Reface de l'Auteur.
Differtation fur le Poëme
Epique , par M.
د
› par M. l'Abbé
de Pons
contre la Doctrine
de
Madame
Dacier
> page I
Echo Cantate
, par Mr de la
Motte ,
,
76
81
Les Amours Paftorales de Daphnis
& Cloé
Les Pincettes dédiées aux Tifoneurs
, par le P. du Cerceau
117
Recapitulation générale des
événemens les plus remarquables
de l'année 1716. 139
Relation auffi curieufe que fidéle,
d'un voyage fait à Arica , côte
du Peron , en 1716.
Expeditions
contre les Outagamis
, ou Renards , par la Colonie
de Quebec ,
i54
170
176
Lettre en Profe & en Vers, adreffée
à l'Auteur ,
Autre à M ... fur le voyage du
Parnaße , par M ...
Raimond
9
179
Epitre de M. Michel à M ... à
qui il avoit promis le cocüage de
M. Arrouet ,
Fable par M. Dufreny ,
Chanfon ,
Chapitre des Enigmes
215
2.0
222
Lettre Anonime , écrite à l'Auteur
,
225
Articles de Paris , 230
Dons du Roy , 235
Art. desCharges conferées , 236
Audiance donnée aux députez
de
Bretagne 238
Mariages 243
Article des fpectacles , 245
Article des Morts . 221
Lettre , 256
Des Matiéres contenues dans
ce volume.
P
Reface de l'Auteur.
Differtation fur le Poëme
Epique , par M.
د
› par M. l'Abbé
de Pons
contre la Doctrine
de
Madame
Dacier
> page I
Echo Cantate
, par Mr de la
Motte ,
,
76
81
Les Amours Paftorales de Daphnis
& Cloé
Les Pincettes dédiées aux Tifoneurs
, par le P. du Cerceau
117
Recapitulation générale des
événemens les plus remarquables
de l'année 1716. 139
Relation auffi curieufe que fidéle,
d'un voyage fait à Arica , côte
du Peron , en 1716.
Expeditions
contre les Outagamis
, ou Renards , par la Colonie
de Quebec ,
i54
170
176
Lettre en Profe & en Vers, adreffée
à l'Auteur ,
Autre à M ... fur le voyage du
Parnaße , par M ...
Raimond
9
179
Epitre de M. Michel à M ... à
qui il avoit promis le cocüage de
M. Arrouet ,
Fable par M. Dufreny ,
Chanfon ,
Chapitre des Enigmes
215
2.0
222
Lettre Anonime , écrite à l'Auteur
,
225
Articles de Paris , 230
Dons du Roy , 235
Art. desCharges conferées , 236
Audiance donnée aux députez
de
Bretagne 238
Mariages 243
Article des fpectacles , 245
Article des Morts . 221
Lettre , 256
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8255
p. 285-288
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Quand tout le Royaume est remply de joye, l'Eglise n'en doit [...]
Mots clefs :
Église, Conversions, Calvin, Lumières, Raison, Hérésie, Abjuration, Religion prétendue réformée, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Qand rout le R()yaume
ell re111t.-)ly de jove, l'E~~life l . (~
n\~n doit pas Ln ·)u.1s reiTt.r1ti1 .. ,
pu1s que l~s Cc1l1verfi,)t1s y
cunti11.Jënc, &: que c;:.~ux q.::1î
quit~~1~ le_ I)a.rty" de· c~~~vira~
28~6-- fvïE R c:UF~ E
nty: fo11c forcez· que par les
J-Un1iercs· de la rai!àn. I\ilrGuil~
le111ot ,; l)arifien, L1L1i a toû ...
jollrs eiléreco11nu, & t11e!ine
.d~· ceux de la. Rc]ir-icJn I)ré. . 0
~~-,~.. "Ï":j",i, $-d:t~ ~ l;w.; . RJ. lfb'.' -l .c~ oJ·..· ·.1t ·1 ·~~ e ' t~• )OU r~ 1\.~l 1""i' ' y:
H , ) I '1 .. • d' f
c om111e Cl ertld1tron e~ e ...
prit, a pres a v·oir eu quelques
~con-féren ces· avec le lv'l.in1llre
Clau cle· .., a. a.·bjt1ré l5I-leréfie
Cll r;réfe1~1cc d·e· prufieurs Pcr·
foniies de qualité, · da·ns l'E9
glife de SainteAnr1e laRoyale
cles Tl1éatin~,.· entre tes.n1ains
du Pere Alêxis du- Buc, qui a
utilCm~en·t rra-iaillé à· le con~
!Crtir .. Mr l1Arcl1cyef~ue d~
~ .. ~ -.. ...,_....Il ~ -- ... ~ .. ..__ __ •• .._. - ~ •r • ..
.
· ~1;U~ 1- ~~ .'~'\ i ri\ -..L. LJÔ ' -t~ . li L-- lJ?. 1~"1 "'"f ~ ,., ~7~ ~
paris· a aufii reç·eu dept1is.peti:
de te111 ps 1, A bjl:1ration de M~_
.u..
Gautcrcat1,Député de Poitol.1
pour les· Aftàires de la Reli:...
aion Préte'nduë-. Reff)rn1ée ... ~.
l.. l I Con1n1e; tot1s. es Deputs.~·:
doivent eftre fo1 .. t intelligens;
dans les Affaires qu~on leur'
confie, & forte1nent atta~
chez au Parrv. dont on. leui:· J .
donne lCs· dreirs. à maintenir~~
on doit préfumer. que celUy·
don-t je vous parle, cf!oit inf:.
rruit à fonds· de tout· cc qui;
.peut fervir de défe11fe à fa~
·Rc·ligion, & que puis- que-'
~1alg~é ~0ut~~; l~~ b~~~~e-~,~!
88 ~ -~n --~~ ~1~ ~-~i- --!~")
2 l'Lt. / ~ ~ .. r- ~·~ '! . !LJ· ~~ ~1 ~ !- ~ :S.. 1.. ~.,..~.-μ~ {. ~ ~ .. w,
qt1,il av oit p!our._~ la d·éfendre ·
·1 . d ,. l c 1
1 , en ··a - ecoL1v,ert; ~: tallifeté,
c·e n'eft pas· ~el te:) qt1e doitt
fuivre --un H 01n111e véritable.f:·
:r • .~ l . . , .:. .r .~- n 1 en -t cc1a1re.,
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J-Un1iercs· de la rai!àn. I\ilrGuil~
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.d~· ceux de la. Rc]ir-icJn I)ré. . 0
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c om111e Cl ertld1tron e~ e ...
prit, a pres a v·oir eu quelques
~con-féren ces· avec le lv'l.in1llre
Clau cle· .., a. a.·bjt1ré l5I-leréfie
Cll r;réfe1~1cc d·e· prufieurs Pcr·
foniies de qualité, · da·ns l'E9
glife de SainteAnr1e laRoyale
cles Tl1éatin~,.· entre tes.n1ains
du Pere Alêxis du- Buc, qui a
utilCm~en·t rra-iaillé à· le con~
!Crtir .. Mr l1Arcl1cyef~ue d~
~ .. ~ -.. ...,_....Il ~ -- ... ~ .. ..__ __ •• .._. - ~ •r • ..
.
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paris· a aufii reç·eu dept1is.peti:
de te111 ps 1, A bjl:1ration de M~_
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Gautcrcat1,Député de Poitol.1
pour les· Aftàires de la Reli:...
aion Préte'nduë-. Reff)rn1ée ... ~.
l.. l I Con1n1e; tot1s. es Deputs.~·:
doivent eftre fo1 .. t intelligens;
dans les Affaires qu~on leur'
confie, & forte1nent atta~
chez au Parrv. dont on. leui:· J .
donne lCs· dreirs. à maintenir~~
on doit préfumer. que celUy·
don-t je vous parle, cf!oit inf:.
rruit à fonds· de tout· cc qui;
.peut fervir de défe11fe à fa~
·Rc·ligion, & que puis- que-'
~1alg~é ~0ut~~; l~~ b~~~~e-~,~!
88 ~ -~n --~~ ~1~ ~-~i- --!~")
2 l'Lt. / ~ ~ .. r- ~·~ '! . !LJ· ~~ ~1 ~ !- ~ :S.. 1.. ~.,..~.-μ~ {. ~ ~ .. w,
qt1,il av oit p!our._~ la d·éfendre ·
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c·e n'eft pas· ~el te:) qt1e doitt
fuivre --un H 01n111e véritable.f:·
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte souligne l'importance pour un royaume de suivre les conseils de conseillers compétents et de respecter les lois et règlements, ainsi que la défense de la religion. Un individu a discuté avec le ministre Claude de la préférence pour des professeurs qualifiés dans l'Église de Sainte-Anne la Royale des Théatins, mentionnant le Père Alexis du Buc. À Paris, des pétitions, dont celle de l'abbé Gaultier, député de Poitiers, ont été reçues concernant des affaires religieuses. Les députés doivent être forts et intelligents dans leurs missions et défendre les droits du Parlement. La personne en question est bien informée sur la défense de la religion et prête à la défendre avec éloquence, sans nécessairement suivre un individu spécifique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8256
p. 1908-1912
ORPHÉE, OU L'AMOUR TROMPEUR. POËME.
Début :
Muse, raconte moi par quels heureux ressorts, [...]
Mots clefs :
Amour trompeur, Muse, Tyran des morts, Alarmes, Destin, Lois, Furie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORPHÉE, OU L'AMOUR TROMPEUR. POËME.
ORPHE' E ,
OU L'AMOUR TROMPEUR
Muse, raco
..
POE ME.
1
Use, raconte moi ,par quels heureux ressorts,
Orphée eût triomphé du fier Tyran des Morts ,
Si l'Amour qui l'aida n'eût trahi sa constance .
Ce Dieu fait - il toujours redouter sa puissance a
Par un himen flateur , ce Chantre si fameux
Orphée étoit enfin au comble de ses voeux ,
L'Amour reconnoissant , sensible à ses allarmes ,
Le couronnoit de Myrthe en essuyant ses larmes
,
Et prodiguant sur lui ses dons et ses bienfaits¸
L'invitoit à gouter les biens les plus parfaits.
Son bonheur ne fut pas d'une longue durée ;
Euridice bientôt fut de lui séparée ,
Son malheureux déstin , rompant un noeud si
beau ,
Précipita ses jours dans la nuit du tombeau.
Que ce coup fut cruel pour un Epoux si tendre !
Du désespoir affreux son sort alloit dépendre ,
Quand le fils de Venus touché de son malheur ,
Réveilla ses esprits , appaisa sa douleur ,
E
A O UST . 1909 1731 .
It sous le feint maintient d'un ami doux et sage,
Au Chantre de la Thrace addressa ce langage :
les grands revers qu'un Heros ab-
C'est par
batu ,
» Montre quel est son coeur et quelle est sa vertu.
» Chassez , fils d'Appollon , cette sombre tristesse
; -
» Son cours poussé trop loin dégenere en foiblesse
;
Craignez donc de ternir ces exploits glorieux ;
» Et d'attirer sur vous la colere des Dieux.
Rappelés ces hauts faits que tout le monde
admire
» Ces prodiges divers qu'enfante votre Lyre ;
La nature attentive écoute votre voix ;
» Elle subit le joug de vos aimables Loix ;
»Les Monstres à vos pieds déposent leur furie ,
» Et viennent s'abreuver d'une douce harmonie ;
» Courés et vangés - vous des injures du sort ;
Allés dans les Enfers triompher de la Mort ; -
De ses sanglantes mains tirés votre conquête
,
» Redonnés à la Thrace une nouvelle fête :
» Rien ne peut resister , vous l'avés éprouvé ,
>> Ce triomphe inoui vous étoit reservé.
Il dit , et du succès lui peignant l'apparence ,
Il souffle dans son coeur la flateuse esperance ,
Sur le Mort Rhodopé l'amour conduit ses pas ,
L'abord de l'antre affreux ne le tebute pas ,
pas,
D Il
1910 MERCURE DE FRANCE
Il descend , et poussé par l'amour et la gloire ,
Il contemple d'abord le prix de sa victoire.
Il prend en main sa Lyre et forme ses accords ;
Il chante , il se surpasse , et ses derniers efforts
Assoupissent Cerbere , enchantent le Tenare ;
Pluton sent attendrir son cur dur et barbare
Il écoute , il resiste , il se rend , et soudain
Son sceptre rédouté lui tombe de la main.
Quel est donc ce mortel qui par de si doux
charmes ,
Vient , dit alors Pluton , de m'arracher les
armes ;
» Quel nouveau stratagéme enchante ainsi mes
sens ?
Rend ma fureur docile et mes bras impuissants
?
Vous , de mon Trône ardent soutiens iné
branlables ,
* Victimes des Enfers , infortunés coupables ;
» Qui goutés comme moy , tous ces charmes
nouveaux
Dont les effets vainqueurs suspendent mes
Aeaux ,
» Connoissés-vous encor mon infernal em
pire ?
» Ressentés - vous l'effroy que son seul nom inspire
?
>>
·
Non ; ce séjour n'est plus un séjour de tourments;
¡» Un
1
A OUST 1911 17317
Un Dieu plus fort que moy fait ces enchan
tements.
A ces mots il s'avance et les ombres craintives',
Accourent avec lui sur les obscures rives ,
Il apperçoit Orphée , et s'addressant à lui ,
Dissipe ainsi sa crainte et charme son ennui :
30 Je sçai , dit-il , je sçai le sujet qui t'ameine
Dans ces lieux ou les Morts n'abordent qu'avec
peine
» Epoux trop genereux , pour couronner ta foy,
» Je veux te satisfaire et revoquer ma loy.
Pour prix de tant d'amour je te rends Eu
ridice ;
Je Consens que l'hymen tous deux vous reünisse
;
Joüis, charmant mortel,du fruit de tes soupirs;
Pluton charmé , vaincu , l'accorde à tes dé
sirs.
Abstien- toy de la voir dans mon Royaume
sombre ,
Autrement tes regards ne verroient que son
ombre.
Que ne peut point l'amour reduit au déses
Epour ?
Mais qu'il est dangereux avec tant de pouvoir !
Orphée impatient ne contient point sa vuë ;
La voit en un moment recouvrée et perduë.
Ainsi punit Pluton l'infracteur de ses loix.
A
Dij
Le
1912 MERCURE DE FRANCE
Le coupable a recours à sa Lyre , à sa voix ;
Icrie , il se tourmente , il rappelle Euridice ;
Il attend que Pluton derechef s'attendrisse.
C'est en vain , Dieu d'Amour , sont-ce là de tes
jeux ?
Un moment voit Orphée heureux et malheu
reux .
Dieu trompeur ! les mortels sont toujours tes
victimes.
Soit qu'ils brûlent de feux impurs , ou legitimes
;
Ta faveur est un leurre et ton zele un abus ;
Tes faux biens sont suivis de regrets superflus.
M. de S. Bonet , Juge des Appellations
dans le Comtat Venaissin.
OU L'AMOUR TROMPEUR
Muse, raco
..
POE ME.
1
Use, raconte moi ,par quels heureux ressorts,
Orphée eût triomphé du fier Tyran des Morts ,
Si l'Amour qui l'aida n'eût trahi sa constance .
Ce Dieu fait - il toujours redouter sa puissance a
Par un himen flateur , ce Chantre si fameux
Orphée étoit enfin au comble de ses voeux ,
L'Amour reconnoissant , sensible à ses allarmes ,
Le couronnoit de Myrthe en essuyant ses larmes
,
Et prodiguant sur lui ses dons et ses bienfaits¸
L'invitoit à gouter les biens les plus parfaits.
Son bonheur ne fut pas d'une longue durée ;
Euridice bientôt fut de lui séparée ,
Son malheureux déstin , rompant un noeud si
beau ,
Précipita ses jours dans la nuit du tombeau.
Que ce coup fut cruel pour un Epoux si tendre !
Du désespoir affreux son sort alloit dépendre ,
Quand le fils de Venus touché de son malheur ,
Réveilla ses esprits , appaisa sa douleur ,
E
A O UST . 1909 1731 .
It sous le feint maintient d'un ami doux et sage,
Au Chantre de la Thrace addressa ce langage :
les grands revers qu'un Heros ab-
C'est par
batu ,
» Montre quel est son coeur et quelle est sa vertu.
» Chassez , fils d'Appollon , cette sombre tristesse
; -
» Son cours poussé trop loin dégenere en foiblesse
;
Craignez donc de ternir ces exploits glorieux ;
» Et d'attirer sur vous la colere des Dieux.
Rappelés ces hauts faits que tout le monde
admire
» Ces prodiges divers qu'enfante votre Lyre ;
La nature attentive écoute votre voix ;
» Elle subit le joug de vos aimables Loix ;
»Les Monstres à vos pieds déposent leur furie ,
» Et viennent s'abreuver d'une douce harmonie ;
» Courés et vangés - vous des injures du sort ;
Allés dans les Enfers triompher de la Mort ; -
De ses sanglantes mains tirés votre conquête
,
» Redonnés à la Thrace une nouvelle fête :
» Rien ne peut resister , vous l'avés éprouvé ,
>> Ce triomphe inoui vous étoit reservé.
Il dit , et du succès lui peignant l'apparence ,
Il souffle dans son coeur la flateuse esperance ,
Sur le Mort Rhodopé l'amour conduit ses pas ,
L'abord de l'antre affreux ne le tebute pas ,
pas,
D Il
1910 MERCURE DE FRANCE
Il descend , et poussé par l'amour et la gloire ,
Il contemple d'abord le prix de sa victoire.
Il prend en main sa Lyre et forme ses accords ;
Il chante , il se surpasse , et ses derniers efforts
Assoupissent Cerbere , enchantent le Tenare ;
Pluton sent attendrir son cur dur et barbare
Il écoute , il resiste , il se rend , et soudain
Son sceptre rédouté lui tombe de la main.
Quel est donc ce mortel qui par de si doux
charmes ,
Vient , dit alors Pluton , de m'arracher les
armes ;
» Quel nouveau stratagéme enchante ainsi mes
sens ?
Rend ma fureur docile et mes bras impuissants
?
Vous , de mon Trône ardent soutiens iné
branlables ,
* Victimes des Enfers , infortunés coupables ;
» Qui goutés comme moy , tous ces charmes
nouveaux
Dont les effets vainqueurs suspendent mes
Aeaux ,
» Connoissés-vous encor mon infernal em
pire ?
» Ressentés - vous l'effroy que son seul nom inspire
?
>>
·
Non ; ce séjour n'est plus un séjour de tourments;
¡» Un
1
A OUST 1911 17317
Un Dieu plus fort que moy fait ces enchan
tements.
A ces mots il s'avance et les ombres craintives',
Accourent avec lui sur les obscures rives ,
Il apperçoit Orphée , et s'addressant à lui ,
Dissipe ainsi sa crainte et charme son ennui :
30 Je sçai , dit-il , je sçai le sujet qui t'ameine
Dans ces lieux ou les Morts n'abordent qu'avec
peine
» Epoux trop genereux , pour couronner ta foy,
» Je veux te satisfaire et revoquer ma loy.
Pour prix de tant d'amour je te rends Eu
ridice ;
Je Consens que l'hymen tous deux vous reünisse
;
Joüis, charmant mortel,du fruit de tes soupirs;
Pluton charmé , vaincu , l'accorde à tes dé
sirs.
Abstien- toy de la voir dans mon Royaume
sombre ,
Autrement tes regards ne verroient que son
ombre.
Que ne peut point l'amour reduit au déses
Epour ?
Mais qu'il est dangereux avec tant de pouvoir !
Orphée impatient ne contient point sa vuë ;
La voit en un moment recouvrée et perduë.
Ainsi punit Pluton l'infracteur de ses loix.
A
Dij
Le
1912 MERCURE DE FRANCE
Le coupable a recours à sa Lyre , à sa voix ;
Icrie , il se tourmente , il rappelle Euridice ;
Il attend que Pluton derechef s'attendrisse.
C'est en vain , Dieu d'Amour , sont-ce là de tes
jeux ?
Un moment voit Orphée heureux et malheu
reux .
Dieu trompeur ! les mortels sont toujours tes
victimes.
Soit qu'ils brûlent de feux impurs , ou legitimes
;
Ta faveur est un leurre et ton zele un abus ;
Tes faux biens sont suivis de regrets superflus.
M. de S. Bonet , Juge des Appellations
dans le Comtat Venaissin.
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Résumé : ORPHÉE, OU L'AMOUR TROMPEUR. POËME.
Le texte 'Orphée et l'Amour trompeur' relate l'histoire d'Orphée, un musicien talentueux, et de son épouse Euridice. Après la mort d'Euridice, Orphée, désespéré, décide de descendre aux Enfers pour la récupérer. Il est initialement encouragé par un ami à utiliser sa musique pour apaiser Pluton, le tyran des Morts. Orphée charme Cerbère, le chien des Enfers, et attendrit Pluton avec sa lyre. Pluton accepte de rendre Euridice à condition qu'Orphée ne la regarde pas avant d'avoir quitté les Enfers. Cependant, Orphée, impatient, viole cette condition et perd à nouveau Euridice. Le texte met en évidence la puissance et la dangerosité de l'amour, qui peut à la fois offrir des joies et causer des souffrances. L'Amour avait initialement aidé Orphée, mais sa constance fut trahie, soulignant ainsi la complexité et l'ambiguïté des sentiments amoureux.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8257
p. 295-301
Copie des Provisions accordées par Sa Majesté à M. Crozat pour la Charge de Commandeur & Grand Tresorier des Ordres du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Voici une copie des Provisions de la Charge de Commandeur [...]
Mots clefs :
Commerce maritime, Roi, Duc d'Orléans, Ordre du Saint-Esprit, Charge
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texteReconnaissance textuelle : Copie des Provisions accordées par Sa Majesté à M. Crozat pour la Charge de Commandeur & Grand Tresorier des Ordres du Roy. [titre d'après la table]
Voici une copie des Provisions
de laCharge de Commandeur
& grandTresorier de
l:q.I:',rc du S.Esprit,dont leRoi
vicbiAhonorer M. Crozat.
LOUIS par la grace de Dieu ,
Roy de,France & de Navarre
Chef&Souverain,GrandMaître
de l'Ordre de S. Michel&du
S. Esprit: A tous ceux qui ces
Presentes Lettres verront,Salut.
Le Roy nostre tres-honoré Seigneur
&: Bisayeul,ayant par son
Editdumoisd'Aoust 1669. permis
aux Gentilshommes d'exercer
par eux, ou par personnes
interposées, le Commerce maritime
sans déroger à Noblesse;
nous avons v avec satisfaction
que p l usieurss'y sont adonnez
pour le bien de nostre Etat; mais
entre ceux qui s'y sont distinguez,
personne ne l'a fait avec plus de
Noblesse, de bonne foi, &: de
bonheur, &plus d'utilité pour la
Patrie, que nostre amé & féal
..:
Conseiller &Setretairç,Maison
& Couronne de France& de nos
Finances le Sieur Antoine Crorat,
qui par son zele, son application
& l'étendue de ses connoissances
dansle Commerce maritime,
a procuré à nostre Royaume
de grands avantages, & une
grande quantitédematiere d'or
& d'argent, dans des temps qu'-
elles lui estoient si neceflfaires,
G'est ce qui porta le Roynostre
Predecesseur & Bisayeul, d'accorder
audit Sieur Crozat par
lesLettres Parentes du 14. Septembre
1V11. la facultédefaire
seul le Commerce du Pays de
la Loüisiane, dontle succés
commence de répondre à nos esperances.
Mais voulanttémoigner
plus particulièrementnotre
satisfaction audit Sieur Crozat,
&; faire connoistre à nos Sujets
au commencement de nostre
Reancile desir que nous avons de
les rendre heureux, en excitant
l'émulation de ceux qui parleur,
industrie & leurstalens,sont en
état de leur procurer l'abondance
; nous avons résolu ensuivant
les intentions du Roi Loüis XIII
marquées dans son Ordonnance
de 1629. de relever &: faire honorer
ceux qui s'occupent au
Commerce maritime.C'est pourquoy
nous avons crû nepouvoir
donner une plus grande marque
d'honneur audit SieurCrozat,qui
convienne mieux aux alliances,
qu'il a faires, & lui témoigner la
satisfaction que nous avons de ses
services, & de ceux qui nous ont
esté rendus par sa famille, dans
les Charges de Conseiller au Parlement,
Maistres des Requestes,
& autres emplois, qu'en lui donnant
la Charge de Commandeur
& Grand Tresorier de nos Ordres.
A ces causes &autres bonnes
considerations, à ce nous
mouvans, nous avons audit Sieur
Crozat de l'avis de nôtre trescher
& tres-Amé Oncle le Duc
d'Orléans Regent, desPrinces de
nôtre Sang
,
des Cardinaux,Prelacs,
Commandeurs& Officiers
desdits Ordres, estant prés de nôtrePersonne,
donné &: octroyé par
ces Presentes signées de nostre
main, l'Etat & Office de Commandeur
& Grand Tresorier desdits
Ordres.
On ne peut rien dire qui fajfe
mien* CEloge de M. Crozat , ç$*
quiprouve davantage fin erilt.
quela copie deftsProvisions.
Les Provisions de la même
Charge vacante par la mort de
M. Chauvelin., avant que de
passeràMCrozat
, ont été accordées
par SaMajesté à M. Gaston
Jean-Baptiste de Terrat Marquis
de Chantofme & deTravers
Baron de Chaumont Chancelier
de feuMonsieur Frere unique du
•Roy,& de Monseigneur le Duc
d'Orleans Regent du Royaume,
Sur-Intendant de ses Finances.
M. de Terrat sans posseder
cette Charge pour laquelle il
n'avoit faire aucune démarche
joüit de tous ses honneurs , par
la grace de Sa Majesté, & par une
distinction singuliere. de Monseigneurle
Regent
,
à qui il a plû
luy donner cette preuve de son
attention &' de sa reconnoissance
pour tous les bons services qu'il
a rendus,& qu'il rend actuellement
à laMaison d'Orleans.
de laCharge de Commandeur
& grandTresorier de
l:q.I:',rc du S.Esprit,dont leRoi
vicbiAhonorer M. Crozat.
LOUIS par la grace de Dieu ,
Roy de,France & de Navarre
Chef&Souverain,GrandMaître
de l'Ordre de S. Michel&du
S. Esprit: A tous ceux qui ces
Presentes Lettres verront,Salut.
Le Roy nostre tres-honoré Seigneur
&: Bisayeul,ayant par son
Editdumoisd'Aoust 1669. permis
aux Gentilshommes d'exercer
par eux, ou par personnes
interposées, le Commerce maritime
sans déroger à Noblesse;
nous avons v avec satisfaction
que p l usieurss'y sont adonnez
pour le bien de nostre Etat; mais
entre ceux qui s'y sont distinguez,
personne ne l'a fait avec plus de
Noblesse, de bonne foi, &: de
bonheur, &plus d'utilité pour la
Patrie, que nostre amé & féal
..:
Conseiller &Setretairç,Maison
& Couronne de France& de nos
Finances le Sieur Antoine Crorat,
qui par son zele, son application
& l'étendue de ses connoissances
dansle Commerce maritime,
a procuré à nostre Royaume
de grands avantages, & une
grande quantitédematiere d'or
& d'argent, dans des temps qu'-
elles lui estoient si neceflfaires,
G'est ce qui porta le Roynostre
Predecesseur & Bisayeul, d'accorder
audit Sieur Crozat par
lesLettres Parentes du 14. Septembre
1V11. la facultédefaire
seul le Commerce du Pays de
la Loüisiane, dontle succés
commence de répondre à nos esperances.
Mais voulanttémoigner
plus particulièrementnotre
satisfaction audit Sieur Crozat,
&; faire connoistre à nos Sujets
au commencement de nostre
Reancile desir que nous avons de
les rendre heureux, en excitant
l'émulation de ceux qui parleur,
industrie & leurstalens,sont en
état de leur procurer l'abondance
; nous avons résolu ensuivant
les intentions du Roi Loüis XIII
marquées dans son Ordonnance
de 1629. de relever &: faire honorer
ceux qui s'occupent au
Commerce maritime.C'est pourquoy
nous avons crû nepouvoir
donner une plus grande marque
d'honneur audit SieurCrozat,qui
convienne mieux aux alliances,
qu'il a faires, & lui témoigner la
satisfaction que nous avons de ses
services, & de ceux qui nous ont
esté rendus par sa famille, dans
les Charges de Conseiller au Parlement,
Maistres des Requestes,
& autres emplois, qu'en lui donnant
la Charge de Commandeur
& Grand Tresorier de nos Ordres.
A ces causes &autres bonnes
considerations, à ce nous
mouvans, nous avons audit Sieur
Crozat de l'avis de nôtre trescher
& tres-Amé Oncle le Duc
d'Orléans Regent, desPrinces de
nôtre Sang
,
des Cardinaux,Prelacs,
Commandeurs& Officiers
desdits Ordres, estant prés de nôtrePersonne,
donné &: octroyé par
ces Presentes signées de nostre
main, l'Etat & Office de Commandeur
& Grand Tresorier desdits
Ordres.
On ne peut rien dire qui fajfe
mien* CEloge de M. Crozat , ç$*
quiprouve davantage fin erilt.
quela copie deftsProvisions.
Les Provisions de la même
Charge vacante par la mort de
M. Chauvelin., avant que de
passeràMCrozat
, ont été accordées
par SaMajesté à M. Gaston
Jean-Baptiste de Terrat Marquis
de Chantofme & deTravers
Baron de Chaumont Chancelier
de feuMonsieur Frere unique du
•Roy,& de Monseigneur le Duc
d'Orleans Regent du Royaume,
Sur-Intendant de ses Finances.
M. de Terrat sans posseder
cette Charge pour laquelle il
n'avoit faire aucune démarche
joüit de tous ses honneurs , par
la grace de Sa Majesté, & par une
distinction singuliere. de Monseigneurle
Regent
,
à qui il a plû
luy donner cette preuve de son
attention &' de sa reconnoissance
pour tous les bons services qu'il
a rendus,& qu'il rend actuellement
à laMaison d'Orleans.
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8258
p. 698-706
LETTRE de ..... à M. Pilleret, Maître d'Ecole à Cousance en Barrois, au sujet du Systême Typographique.
Début :
Enfin, Monsieur, le Systême Typographique paroît en son entier ; il y a des Bureaux, [...]
Mots clefs :
Système typographique, Système, Enfant, Bureau, Maître, Livre, Jouer, Travailler, Enfants, Règles, Beau, Apprendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de ..... à M. Pilleret, Maître d'Ecole à Cousance en Barrois, au sujet du Systême Typographique.
LETTRE de ..... à M. Pilleret
Maitre d'Ecole à Cousance en Barrois ,
au sujet du Systême Typographique .
Enfin,
Nfin , Monsieur , le Systême Typographique
paroît en son entier ; il y a des Bureaux ,
et nous avons le Livre dans lequel cette matiere
est amplement traitée . Tout préambule à part ,
je vous dirai librement ce que je pense et du Systême
et du Livre.
Un Sçavant du premier ordre dit qu'une des
premieres regles de critique , pour entrer dans l'esprit
d'un Auteur est d'examiner quel caractere il
soutient dans l'Ouvrage dont il est question . Ce
n'est , sans doute , qu'en partant de ce principe
et en s'y tenant fortement attaché , qu'on peut
éviter deux écueils également dangereux , ou de
tout approuver sans discernement , ou de tout
condamner sans réserve . Telle est cependant la
disposition des Partisans et des ennemis du nouveau
Systême , que les premiers suivent aveuglement
toutes les idées de l'Auteur et que les autres
ne veulent y reconnoître rien de bon.
Qu'on se donne donc la peine d'étudier le caractere
de M.D.M.soit dans son Systême , soit dans
ce qu'il en a écrit , on y découvrira par tout cet
esprit de franchise et d'amour pour la Patrie
qui doit toujours être l'ame de ce que nous entreprenons.
On y verra sans peine que c'est uniquement
pour le bien et l'avancement de notre
Jeunesse, qui , après s'être rendu habile dans les
Sciences les plus abstraites et les plus épineuses,
M.
AVRIL. 1734. 699
M. D. ne dédaigne pas de descendre jusqu'à
l'A. B. C. il se montre peu jaloux de l'encens
après lequel nous voyons courir tant de froids
Ecrivains , et que nous prodiguons sottement à
ceux qui pour faire parade d'une vaine érudition
plutôt que pour se rendre utiles au Public , composent
des Ouvrages dont il est vrai que souvent
la lecture est agréable ; mais qui ne contribuent
en rien ni à nous rendre meilleurs , ni à nous
faciliter les moyens de le devenir. Encore si nous
nous contentions de ceux-cy ; mais n'est - il pas
honteux que tant de conteurs de nouveaux riens
et de riens dangereux , enlevent notre estime et
notre approbation , que nous ne devons qu'au
vrai que nous négligeons , que nous méprisons
et que souvent nous combattons.
Nous faisons cas du beau , nous méprisons l'utile .
Voila le mal commun ; et si quelques génies
supérieurs se sont élevez au - dessus et nous en
ont fait voir le danger et le ridicule , nous les
admirons ; mais nous en demeurons-là , nous
persuadant facilement que nous ne sommes pas
dans le cas. Ce qui nous trompe en cela , c'est
que nous prenons le faux pour le vrai , le beau
pour l'utile , le brillant pour le veritable beau ;
que nous croyons veritablement tenir pour le
bon , et que ceux qui ne pensent pas comme
nous sont dans l'erreur . C'est aussi ce qui a suscité
tant d'adversaires aux nouvelles idées de
M. D. qui fait tout revenir dans son Systême ,
au point de vue que se doit proposer tout Auteur
désinteressé, c'est - à - dire , au vrai , à l'utile , au
veritable beau . Des intentions si droites , quand
elles ne se trouveroient pas exactement remplies,
devroient , sans doute , imposer silence à l'envie
D iiij
et
700 MERCURE DE + FRANCE
et à la mauvaise humeur de quelques petits esprits
pleins d'eux- mêmes ; mais dès-lors ils ne
seroient plus ce qu'ils sont,
-
L'usage du Bureau Typographique a de grands
avantages , il en faut convenir ; mais on les trouve
mêlez avec des inconveniens très considerables
qui en ralentiront peut - être encore
long-temps le succès . Je ne parle pas de la dépense
de la machine que tout le monde ne peut
pas faire , ni de la difficulté de trouver des Maîtres
instruits du Systême , ce qu'on a déja objecté
à l'Auteur ; mais il n'est pas facile de comprendre
comment un Maître d'Ecole pourroit
s'en servir utilement . J'ai vu travailler des Enfans
au Bureau , je les ai suivis , et s'il y a un profil réel
dans l'usage de cette Machine , je crois que ce ne
peut être que dans la pratique assidue, le Maître
toujours présent et attentifà ce que fait l'Enfant.
On ne peut faire travailler qu'un Enfant à la fois ;
s'ils sont deux ou trois , ils s'embarassent, ilsjouent
et perdent leur temps. De plus l'étude , pour lui
être utile, doit être d'une heure au moins le matin
et autant le soir. Où en seroit un Maître qui
auroit , je ne dis pas cent , mais seulement quinze
ou vingt Ecoliers ? Comment exercer chacun
d'eux en particulier ? Lui donner une heure le
matin et autant le soir ? Etre présent là pendant
qu'il opere ? Le guider , l'animer , et rire ? Car
tout cela est du Systême. Que feront tous les
autres pendant ce temps-là ? Leur donner des leçons
à apprendre ? Rien n'est plus ridicule selon
le nouveau Systême , c'est même une injustice.On
doit toujours travailler avec l'Enfant , aller au devant
de toutes les difficultez , et étudier avec lui.
Qu'on les oblige d'écouter et de voir celui qui
travaille , cela est , sans doute , impraticable . Il
faudra
AVRIL. 1734 .
701
faudra donc
que tous les autres demeurent oisifs,
tandis qu'un seul sera occupé. Il est vrai que
tous ces inconveniens se trouvent aussi liez avec
la Méthode ordinaire ; mais le nouveau Systême
n'y obviant pas , et ayant même ceci de plus qu'il
coûte et qu'il est d'un grand embarras , je ne
yois pas pourquoi on le préfereroit.
Ce qui fait le fort du Systême Typographi
que , c'est que l'Enfant passant continuellement
d'un objet à un autre , peut bien apprendre avec
plus d'agrément et peut- être avec plus de profit
pour le présent ; mais il y a tout lieu de Graindre
qu'il ne s'y forme un grand fond d'inconstance
et de legereté , ce qui n'est pas un petit défaut.
Je me trouvai un jour chez un des plus zelez
Typographistes , où , après avoir caressé un
Enfant qu'il instruisoit selon le Systême , je lui
témoignai l'envie que j'avois de le voir travailler
au Bureau.La personne qui le conduisoit, s'étant
approchée , m'avertit secrettement de ne point
me servir du mot travailler , mais de jouer ; et
en même-temps prenant la parole , eh bien , mon
fils , dit- il , voulez- vous jouer à present. Comment
un Enfant élevé de cette maniere , passera- t'il à
une étude sérieuse ? Comment en supportera- t'il
la peine et le travail , lui à qui on n'aura jamais
parlé que de jeu ? Comment enfin y apporterat'il
une application qu'on ne lui aura jamais demandée.
C'est pour entretenir dans l'Enfant cet
esprit de satisfaction que lui procure cette pensée
qu'il joue ; qu'il ne faut jamais le contraindre
; que s'il ne lui plaisoir pas de jouer , il
ne faudroit pas l'y forcer. Il faut attendre ses
momens et se conformer à ses petites volontez.
Ces caprices doivent servir de regles , et ce seroit
une injustice que de vouloir que les regles res-
DY traignissent
702 MERCURE DE FRANCE
traignissent ses fantaisies. Dira - t'on que tout
cela n'est rien ; que ce ne sont que préventions ,
que préjugez.
Ce que je crois de plus fort contre le nouveau
Systême , c'est que l'amour propre y est érigé en
premier Maître des Enfans , et que ce vice dangereux
s'y trouve l'ame et le grand mobile de
tout ce qu'on leur fait faire. Leur petite imagination
se repaît agréablement des loüanges qu'il
faut leur prodiguer , ce qui les remplit insensiblement
de sentimens d'estime pour eux - mêmes
et de mépris pour les autres. En voici un trait
que je tiens de personnes non suspectes. On faisoit
jouer un Enfant au Bureau , ou plutôt on
jouoit avec lui . Le pere voulut aussi s'en mêler ;
mais par malheur ayant mis une lettre pour une
autre , un j consone , à ce qu'on m'a dit , pour
un i voyele dans le mot jgnorant au lieu -d'ignorant
; l'enfant se retourna et dit tout bas à l'oreille
de son Maître , je crois que mon cher Pere
est un peu bête ; on l'entendit , mais on jugea à
propos de faire la sourde oreille. Que n'y a t'il
pas à craindre pour des Enfans élevez dans ces
principes ! Ajoutons à cela que la conviction du
Mérite qu'ils s'imaginent avoir , les remplit
de vanité , de hauteur et d'impatience . J'en ai vû
qui écoutoient d'un air dédaigneux et moqueur
d'autres Enfans qui n'avoient pas été élevez
comme eux , et qui railloient des personnes qu'ils
devoient respecter , parce qu'ils prononçoient leslettres
autrement qu'eux . Quand une fois ils ont
fait ce qu'on appelle leurs Thêmes , on n'oseroit
y toucher, c'est -à - dire , y déranger quelque cho
se , sans les irriter. Je fus un jour témoin oculaire
d'un soufflet très - sec qu'un Enfant élevé
selon le Systême , donna à un autre Enfant qui
Dai
AVRIL 1734. 703
lui avoit brouillé un mot qu'il venoit d'imprimer.
Voilà , Monsieur , ce qui a suspendu jusqu'ici
le jugement de plusieurs ; la difficulté ou
plutot l'impossibilité de se servir du Bureau dans
les Ecoles publiques ; la nécessité de la préfence
du Maître à tout ce que fait l'Enfant , si on veut
qu'il avance plus que par la Méthode ordinaire ;
celle de jouer , de badiner et de rire avec l'Enfant,
quand il opere , le danger qu'il y a que l'Enfant
ne retire de tout ce manége , qu'un esprit d'inconstance
et de legereté , et enfin celui de prendre
l'Enfant la vanité et de faire l'amour
par
propre l'ame et le grand mobile de son étude.
Mais venons au Livre.
Tout Livre de Grammaire porte avec soi quelque
chose d'aride , le titre même rebute et ne
rappelle point le Lecteur. Il faut donc , pour
vaincre ce dégoût , présenter cette sorte de matiere
avec quelque apprêt , sans quoi un Livrede.
cette espece ne sera jamais lû que par ceux qui en
ont unbesoin extrême . Beaucoup de gens croyent
en sçavoir assez , et il y en a peu qui en fassent
une étude sérieuse. Le Systême Typographique
a cela de particulier , qu'il ett susceptible d'une
infinité d'agrémens , malgré la secheiesse apparente
des instructions qu'il renferme, et l'Auteur,
par je ne sçai quelles idées , a répandu sur tout
son Ouvrage une mélancolie , une tristesse qui
rebutera bien des Lecteurs ; et par consequent
arrêtera dès le commencement , les progrès de
cette invention . On rencontre presque à chaque
page un M. G. Professeur de l'Université , qui
semble être l'unique objet de l'Auteur , pour qui
ce Régent est une source perpetuelle de chagrin
et de déclamations qui n'éclaircissent en rien le
fond du Systême. C'eût été répondre solidement
D vj
aux
704 MERCURE DE FRANCE.
aux frivoles objections de ce Professeur , que de
garder un silence profond à cet égard ; enfin ôtez
de tout le Livre ce qui regarde cete dispute particuliere
, les redites fréquentes des mêmes choses
, les citations trop réiterées de gens favorables
au Systême et d'Enfans qu'on instruit
par le Bureau , choses qui interessent fort peu lc
Lecteur avide d'être au fait ; voici à quoi se reduit
cet Ouvrage.
i
Il faut , suivant l'Auteur , nommer un C. lé ké;
PF. fé ; le Ph. fé ; le G. gné, guéné ; le H. hê ;
le J. je -ja ; le K. ka- ku ; le L. lé ; le M. mé ; le
Q. qu - ka ; le R. rê ; le S. lé- zé; le T. te-ci ; le
V. vé ; le X. ksé , quézé ; le Y. i- ié , le Z. zé- sé ;
le &t . cté- csi ; le ft. sté ; le &. et ; le æ. é ; le oe . é;
le è. ais ; le ê. ais ; le ch. ché- ké , &c. Il faut remarquer
que ces lettres ausquelles il a donné une
double valeur , comme au C. ne seront appelées
que d'une de ces valeurs , suivant le lieu où elles
se trouveront , par exemple , dans Ciconia , on
dira sé , i , ci : ké , o , co : cico , & c ainsi des
autres.
De-là on vient aux sons , découverte des plus
importantes qu'on ait jamais faites pour faciliter
la lecture et abreger le temps qu'on y employe
ordinairement ; il appelle donc par un seul son
toutes les lettres qui , unies ensemble , n'en font
qu'un. Par exemple , Caux , on l'appelle o simplement.
Les nazales an , en , in , on , un. Ensuite
les autres sons que vous pourrez voir dans son
A. B. C. comme oient , qu'il appelle ais ou ê.
Voilà pour la lecture.
A l'égard des premiers principes de la Langue
Latine ou de la Grecque , car ce seroit la même
chose , il faut donner un thême ou une version
interlineaire à l'Enfant , qu'il imprimera sur le
Bureau
AVRIL 1734 70s
Bureau. Donnons un exemble dans lequel on
peat voit tout le Systême , tant pour apprendre
à lire , que pour apprendre les principes de la
Langue Latine, ou de telle autre qu'on voudra enseigner
à l'Enfant . On pourroit faire un Thême
ou un Exemple dans lequel se trouveroit une
chose de chaque Logette du Bureau. Mais comme
cela nous meneroit trop loin , contentonsnous
de celui - cy : Mon Dieu , je vous aime bienè
Supposons qu'un Enfant connoît déja les lettres
simplement sans les sons , on lui fait ranger sur
le Bureau : m , o , n , D , i , c , u , j , e , v , o , u , s,
a , i , m , e , b e , n. S'il connoît les sons ,
en lui fait ranger de cette sorte ; m, on, D, i , eu,
j , e , v , ou , s , ai , m , e , b , i ,en.
S'il commence à lire , on lui fait ranger par
mots de cette maniere : mon , dans le pronom
possessif. Dieu , dans les noms substantifs . je,
dans le pronom de la premiere personne . vous
dans le pronom de la seconde personne. aime ,
dans les verbes François. bien , dans les indéclinables
François. Voilà pour la Langue Françoise,'
ainsi de même pour le Latin. Car les Logettes
pour le Latin sont aussi dans le Bureau . Il faut
donner le Thême tout fait à l'Enfant ; et en lui
faisant prendre mi dans la Logette des pronoms
possessifs , on lui fait remarquer que s'est le vocatif
: Deus , dans les noms substantifs Latins
&c. on doir en même- temps lui expliquer les
regles de la Sintaxe. Voilà à peu près à quoi se
réduit tout le Systême . L'Auteur ayant une fois
posé ses principes , pouvoit , par le moyen d'un
seul exemple , mettre le Lecteur au fait , et il se
seroit épargné la dépense d'un gros Livre , qui
dans l'état où il est , ne servira qu'à rebuter
ceux qui veulent sçavoir son Systême. J'ai l'hon
neur d'être , Monsieur , &c.
>
706 MERCURE DE FRANCE
Nota. Nous donnerons dans le mois prochain la
Réponse à cette Lettre , que la longueur ne nous
permet pas d'inserer ici . comme nous l'avions déja
promis sur cette matiere.
Maitre d'Ecole à Cousance en Barrois ,
au sujet du Systême Typographique .
Enfin,
Nfin , Monsieur , le Systême Typographique
paroît en son entier ; il y a des Bureaux ,
et nous avons le Livre dans lequel cette matiere
est amplement traitée . Tout préambule à part ,
je vous dirai librement ce que je pense et du Systême
et du Livre.
Un Sçavant du premier ordre dit qu'une des
premieres regles de critique , pour entrer dans l'esprit
d'un Auteur est d'examiner quel caractere il
soutient dans l'Ouvrage dont il est question . Ce
n'est , sans doute , qu'en partant de ce principe
et en s'y tenant fortement attaché , qu'on peut
éviter deux écueils également dangereux , ou de
tout approuver sans discernement , ou de tout
condamner sans réserve . Telle est cependant la
disposition des Partisans et des ennemis du nouveau
Systême , que les premiers suivent aveuglement
toutes les idées de l'Auteur et que les autres
ne veulent y reconnoître rien de bon.
Qu'on se donne donc la peine d'étudier le caractere
de M.D.M.soit dans son Systême , soit dans
ce qu'il en a écrit , on y découvrira par tout cet
esprit de franchise et d'amour pour la Patrie
qui doit toujours être l'ame de ce que nous entreprenons.
On y verra sans peine que c'est uniquement
pour le bien et l'avancement de notre
Jeunesse, qui , après s'être rendu habile dans les
Sciences les plus abstraites et les plus épineuses,
M.
AVRIL. 1734. 699
M. D. ne dédaigne pas de descendre jusqu'à
l'A. B. C. il se montre peu jaloux de l'encens
après lequel nous voyons courir tant de froids
Ecrivains , et que nous prodiguons sottement à
ceux qui pour faire parade d'une vaine érudition
plutôt que pour se rendre utiles au Public , composent
des Ouvrages dont il est vrai que souvent
la lecture est agréable ; mais qui ne contribuent
en rien ni à nous rendre meilleurs , ni à nous
faciliter les moyens de le devenir. Encore si nous
nous contentions de ceux-cy ; mais n'est - il pas
honteux que tant de conteurs de nouveaux riens
et de riens dangereux , enlevent notre estime et
notre approbation , que nous ne devons qu'au
vrai que nous négligeons , que nous méprisons
et que souvent nous combattons.
Nous faisons cas du beau , nous méprisons l'utile .
Voila le mal commun ; et si quelques génies
supérieurs se sont élevez au - dessus et nous en
ont fait voir le danger et le ridicule , nous les
admirons ; mais nous en demeurons-là , nous
persuadant facilement que nous ne sommes pas
dans le cas. Ce qui nous trompe en cela , c'est
que nous prenons le faux pour le vrai , le beau
pour l'utile , le brillant pour le veritable beau ;
que nous croyons veritablement tenir pour le
bon , et que ceux qui ne pensent pas comme
nous sont dans l'erreur . C'est aussi ce qui a suscité
tant d'adversaires aux nouvelles idées de
M. D. qui fait tout revenir dans son Systême ,
au point de vue que se doit proposer tout Auteur
désinteressé, c'est - à - dire , au vrai , à l'utile , au
veritable beau . Des intentions si droites , quand
elles ne se trouveroient pas exactement remplies,
devroient , sans doute , imposer silence à l'envie
D iiij
et
700 MERCURE DE + FRANCE
et à la mauvaise humeur de quelques petits esprits
pleins d'eux- mêmes ; mais dès-lors ils ne
seroient plus ce qu'ils sont,
-
L'usage du Bureau Typographique a de grands
avantages , il en faut convenir ; mais on les trouve
mêlez avec des inconveniens très considerables
qui en ralentiront peut - être encore
long-temps le succès . Je ne parle pas de la dépense
de la machine que tout le monde ne peut
pas faire , ni de la difficulté de trouver des Maîtres
instruits du Systême , ce qu'on a déja objecté
à l'Auteur ; mais il n'est pas facile de comprendre
comment un Maître d'Ecole pourroit
s'en servir utilement . J'ai vu travailler des Enfans
au Bureau , je les ai suivis , et s'il y a un profil réel
dans l'usage de cette Machine , je crois que ce ne
peut être que dans la pratique assidue, le Maître
toujours présent et attentifà ce que fait l'Enfant.
On ne peut faire travailler qu'un Enfant à la fois ;
s'ils sont deux ou trois , ils s'embarassent, ilsjouent
et perdent leur temps. De plus l'étude , pour lui
être utile, doit être d'une heure au moins le matin
et autant le soir. Où en seroit un Maître qui
auroit , je ne dis pas cent , mais seulement quinze
ou vingt Ecoliers ? Comment exercer chacun
d'eux en particulier ? Lui donner une heure le
matin et autant le soir ? Etre présent là pendant
qu'il opere ? Le guider , l'animer , et rire ? Car
tout cela est du Systême. Que feront tous les
autres pendant ce temps-là ? Leur donner des leçons
à apprendre ? Rien n'est plus ridicule selon
le nouveau Systême , c'est même une injustice.On
doit toujours travailler avec l'Enfant , aller au devant
de toutes les difficultez , et étudier avec lui.
Qu'on les oblige d'écouter et de voir celui qui
travaille , cela est , sans doute , impraticable . Il
faudra
AVRIL. 1734 .
701
faudra donc
que tous les autres demeurent oisifs,
tandis qu'un seul sera occupé. Il est vrai que
tous ces inconveniens se trouvent aussi liez avec
la Méthode ordinaire ; mais le nouveau Systême
n'y obviant pas , et ayant même ceci de plus qu'il
coûte et qu'il est d'un grand embarras , je ne
yois pas pourquoi on le préfereroit.
Ce qui fait le fort du Systême Typographi
que , c'est que l'Enfant passant continuellement
d'un objet à un autre , peut bien apprendre avec
plus d'agrément et peut- être avec plus de profit
pour le présent ; mais il y a tout lieu de Graindre
qu'il ne s'y forme un grand fond d'inconstance
et de legereté , ce qui n'est pas un petit défaut.
Je me trouvai un jour chez un des plus zelez
Typographistes , où , après avoir caressé un
Enfant qu'il instruisoit selon le Systême , je lui
témoignai l'envie que j'avois de le voir travailler
au Bureau.La personne qui le conduisoit, s'étant
approchée , m'avertit secrettement de ne point
me servir du mot travailler , mais de jouer ; et
en même-temps prenant la parole , eh bien , mon
fils , dit- il , voulez- vous jouer à present. Comment
un Enfant élevé de cette maniere , passera- t'il à
une étude sérieuse ? Comment en supportera- t'il
la peine et le travail , lui à qui on n'aura jamais
parlé que de jeu ? Comment enfin y apporterat'il
une application qu'on ne lui aura jamais demandée.
C'est pour entretenir dans l'Enfant cet
esprit de satisfaction que lui procure cette pensée
qu'il joue ; qu'il ne faut jamais le contraindre
; que s'il ne lui plaisoir pas de jouer , il
ne faudroit pas l'y forcer. Il faut attendre ses
momens et se conformer à ses petites volontez.
Ces caprices doivent servir de regles , et ce seroit
une injustice que de vouloir que les regles res-
DY traignissent
702 MERCURE DE FRANCE
traignissent ses fantaisies. Dira - t'on que tout
cela n'est rien ; que ce ne sont que préventions ,
que préjugez.
Ce que je crois de plus fort contre le nouveau
Systême , c'est que l'amour propre y est érigé en
premier Maître des Enfans , et que ce vice dangereux
s'y trouve l'ame et le grand mobile de
tout ce qu'on leur fait faire. Leur petite imagination
se repaît agréablement des loüanges qu'il
faut leur prodiguer , ce qui les remplit insensiblement
de sentimens d'estime pour eux - mêmes
et de mépris pour les autres. En voici un trait
que je tiens de personnes non suspectes. On faisoit
jouer un Enfant au Bureau , ou plutôt on
jouoit avec lui . Le pere voulut aussi s'en mêler ;
mais par malheur ayant mis une lettre pour une
autre , un j consone , à ce qu'on m'a dit , pour
un i voyele dans le mot jgnorant au lieu -d'ignorant
; l'enfant se retourna et dit tout bas à l'oreille
de son Maître , je crois que mon cher Pere
est un peu bête ; on l'entendit , mais on jugea à
propos de faire la sourde oreille. Que n'y a t'il
pas à craindre pour des Enfans élevez dans ces
principes ! Ajoutons à cela que la conviction du
Mérite qu'ils s'imaginent avoir , les remplit
de vanité , de hauteur et d'impatience . J'en ai vû
qui écoutoient d'un air dédaigneux et moqueur
d'autres Enfans qui n'avoient pas été élevez
comme eux , et qui railloient des personnes qu'ils
devoient respecter , parce qu'ils prononçoient leslettres
autrement qu'eux . Quand une fois ils ont
fait ce qu'on appelle leurs Thêmes , on n'oseroit
y toucher, c'est -à - dire , y déranger quelque cho
se , sans les irriter. Je fus un jour témoin oculaire
d'un soufflet très - sec qu'un Enfant élevé
selon le Systême , donna à un autre Enfant qui
Dai
AVRIL 1734. 703
lui avoit brouillé un mot qu'il venoit d'imprimer.
Voilà , Monsieur , ce qui a suspendu jusqu'ici
le jugement de plusieurs ; la difficulté ou
plutot l'impossibilité de se servir du Bureau dans
les Ecoles publiques ; la nécessité de la préfence
du Maître à tout ce que fait l'Enfant , si on veut
qu'il avance plus que par la Méthode ordinaire ;
celle de jouer , de badiner et de rire avec l'Enfant,
quand il opere , le danger qu'il y a que l'Enfant
ne retire de tout ce manége , qu'un esprit d'inconstance
et de legereté , et enfin celui de prendre
l'Enfant la vanité et de faire l'amour
par
propre l'ame et le grand mobile de son étude.
Mais venons au Livre.
Tout Livre de Grammaire porte avec soi quelque
chose d'aride , le titre même rebute et ne
rappelle point le Lecteur. Il faut donc , pour
vaincre ce dégoût , présenter cette sorte de matiere
avec quelque apprêt , sans quoi un Livrede.
cette espece ne sera jamais lû que par ceux qui en
ont unbesoin extrême . Beaucoup de gens croyent
en sçavoir assez , et il y en a peu qui en fassent
une étude sérieuse. Le Systême Typographique
a cela de particulier , qu'il ett susceptible d'une
infinité d'agrémens , malgré la secheiesse apparente
des instructions qu'il renferme, et l'Auteur,
par je ne sçai quelles idées , a répandu sur tout
son Ouvrage une mélancolie , une tristesse qui
rebutera bien des Lecteurs ; et par consequent
arrêtera dès le commencement , les progrès de
cette invention . On rencontre presque à chaque
page un M. G. Professeur de l'Université , qui
semble être l'unique objet de l'Auteur , pour qui
ce Régent est une source perpetuelle de chagrin
et de déclamations qui n'éclaircissent en rien le
fond du Systême. C'eût été répondre solidement
D vj
aux
704 MERCURE DE FRANCE.
aux frivoles objections de ce Professeur , que de
garder un silence profond à cet égard ; enfin ôtez
de tout le Livre ce qui regarde cete dispute particuliere
, les redites fréquentes des mêmes choses
, les citations trop réiterées de gens favorables
au Systême et d'Enfans qu'on instruit
par le Bureau , choses qui interessent fort peu lc
Lecteur avide d'être au fait ; voici à quoi se reduit
cet Ouvrage.
i
Il faut , suivant l'Auteur , nommer un C. lé ké;
PF. fé ; le Ph. fé ; le G. gné, guéné ; le H. hê ;
le J. je -ja ; le K. ka- ku ; le L. lé ; le M. mé ; le
Q. qu - ka ; le R. rê ; le S. lé- zé; le T. te-ci ; le
V. vé ; le X. ksé , quézé ; le Y. i- ié , le Z. zé- sé ;
le &t . cté- csi ; le ft. sté ; le &. et ; le æ. é ; le oe . é;
le è. ais ; le ê. ais ; le ch. ché- ké , &c. Il faut remarquer
que ces lettres ausquelles il a donné une
double valeur , comme au C. ne seront appelées
que d'une de ces valeurs , suivant le lieu où elles
se trouveront , par exemple , dans Ciconia , on
dira sé , i , ci : ké , o , co : cico , & c ainsi des
autres.
De-là on vient aux sons , découverte des plus
importantes qu'on ait jamais faites pour faciliter
la lecture et abreger le temps qu'on y employe
ordinairement ; il appelle donc par un seul son
toutes les lettres qui , unies ensemble , n'en font
qu'un. Par exemple , Caux , on l'appelle o simplement.
Les nazales an , en , in , on , un. Ensuite
les autres sons que vous pourrez voir dans son
A. B. C. comme oient , qu'il appelle ais ou ê.
Voilà pour la lecture.
A l'égard des premiers principes de la Langue
Latine ou de la Grecque , car ce seroit la même
chose , il faut donner un thême ou une version
interlineaire à l'Enfant , qu'il imprimera sur le
Bureau
AVRIL 1734 70s
Bureau. Donnons un exemble dans lequel on
peat voit tout le Systême , tant pour apprendre
à lire , que pour apprendre les principes de la
Langue Latine, ou de telle autre qu'on voudra enseigner
à l'Enfant . On pourroit faire un Thême
ou un Exemple dans lequel se trouveroit une
chose de chaque Logette du Bureau. Mais comme
cela nous meneroit trop loin , contentonsnous
de celui - cy : Mon Dieu , je vous aime bienè
Supposons qu'un Enfant connoît déja les lettres
simplement sans les sons , on lui fait ranger sur
le Bureau : m , o , n , D , i , c , u , j , e , v , o , u , s,
a , i , m , e , b e , n. S'il connoît les sons ,
en lui fait ranger de cette sorte ; m, on, D, i , eu,
j , e , v , ou , s , ai , m , e , b , i ,en.
S'il commence à lire , on lui fait ranger par
mots de cette maniere : mon , dans le pronom
possessif. Dieu , dans les noms substantifs . je,
dans le pronom de la premiere personne . vous
dans le pronom de la seconde personne. aime ,
dans les verbes François. bien , dans les indéclinables
François. Voilà pour la Langue Françoise,'
ainsi de même pour le Latin. Car les Logettes
pour le Latin sont aussi dans le Bureau . Il faut
donner le Thême tout fait à l'Enfant ; et en lui
faisant prendre mi dans la Logette des pronoms
possessifs , on lui fait remarquer que s'est le vocatif
: Deus , dans les noms substantifs Latins
&c. on doir en même- temps lui expliquer les
regles de la Sintaxe. Voilà à peu près à quoi se
réduit tout le Systême . L'Auteur ayant une fois
posé ses principes , pouvoit , par le moyen d'un
seul exemple , mettre le Lecteur au fait , et il se
seroit épargné la dépense d'un gros Livre , qui
dans l'état où il est , ne servira qu'à rebuter
ceux qui veulent sçavoir son Systême. J'ai l'hon
neur d'être , Monsieur , &c.
>
706 MERCURE DE FRANCE
Nota. Nous donnerons dans le mois prochain la
Réponse à cette Lettre , que la longueur ne nous
permet pas d'inserer ici . comme nous l'avions déja
promis sur cette matiere.
Fermer
Résumé : LETTRE de ..... à M. Pilleret, Maître d'Ecole à Cousance en Barrois, au sujet du Systême Typographique.
La lettre traite du Système Typographique, récemment publié dans un livre et disponible dans divers bureaux. L'auteur examine les critiques et les partisans du système, notant que les premiers approuvent sans discernement tandis que les seconds ne reconnaissent rien de bon. Il recommande d'évaluer le caractère de l'auteur, M. D. M., qui démontre un esprit de franchise et d'amour pour la patrie, visant à l'avancement de la jeunesse. L'auteur critique les écrivains qui cherchent la reconnaissance plutôt que l'utilité. Il souligne que, bien que le système typographique présente des avantages, il comporte des inconvénients majeurs, notamment la difficulté de son utilisation dans les écoles publiques. Ce système nécessite la présence constante du maître pour chaque élève, ce qui est impraticable avec un grand nombre d'élèves. Le texte mentionne également les dangers de l'inconstance et de la légèreté chez les enfants formés par ce système, ainsi que le risque de développer de la vanité et de l'amour-propre. Les enfants élevés selon ce système peuvent devenir impatients et moqueurs envers ceux qui ne suivent pas la même méthode. Concernant le livre, l'auteur note qu'il est aride et rebutant, malgré les efforts de l'auteur pour le rendre agréable. Le livre contient des disputes inutiles et des redites fréquentes, ce qui le rend peu attrayant pour les lecteurs. Le système typographique propose de nommer les lettres et les sons de manière spécifique pour faciliter la lecture et l'apprentissage des langues. Par exemple, les lettres comme le C peuvent avoir une double valeur selon leur position dans un mot. Le texte fournit un exemple pratique avec la phrase 'Mon Dieu, je vous aime bien' pour illustrer l'application du système. Le texte discute également d'une méthode pédagogique pour enseigner la grammaire latine. L'auteur suggère de présenter directement le thème à l'élève et de lui faire comprendre l'utilisation des pronoms possessifs et du vocatif dans les noms substantifs latins. Il insiste sur l'importance d'expliquer simultanément les règles de la syntaxe. Selon l'auteur, ce système pourrait être expliqué en un seul exemple, rendant ainsi inutile la publication d'un gros livre qui pourrait décourager les lecteurs intéressés par ce système. Le Mercure de France annonce qu'il publiera la réponse à cette lettre dans le mois suivant, en raison de la longueur qui ne permet pas son insertion immédiate.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8259
p. 263-282
« De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Début :
De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...]
Mots clefs :
Roi, Duc, Lieutenant, Abbaye, Extraordinaire, Marquis, Audience, Évêque, Échevins, Duc de Lorraine, Famille royale, Parlement, Fête, Princesse, Paris, Versailles, Madrid, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
DeParule
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
LE18. ju1N,Mlle de
Rohan, fille de Mr leOuc
de RohanChabot,&c de
Me la Duchesse de Rohan,
a épousé Mr le Prince de
Bergh.
De Versailles le10.Juin.
LE20.JUIN,011areçu
des Lettres de Bayonequi
portoient qu'un Vaisseau
venant de S. Jean deLuz y
avoit amené une Fluste
Hollandoise venant de Surinam,
chargée de Sucre,
d'Indigo
,
de Cacao, &
d'autres Marchandises,estiméescentmille
Ecus. Í:
DeParislezq.Juin. ./*i
LE24. JUIN,Monsieur
le Cardinal de Noailles
a esté reçu Doyen
d'Honneur de laFaculté
de Droit de cette Université.
De Madridlez^.Juin.
- LE 16. de ce moisleRoy
d'Espagne ayant détaché
Mr leComte de Mahony
,
Lieutenant General; Don
Pedro Ronquillo
,
Maréchal
de Camp,& Mr le
Comte de Montemar, Brigadier
,
les deux premiers
ie font emparez de Cervera&
deTorra
3
& le dernier
a enlevé aux Ennemis
un Convoy de grains & de
farine.
DeParis le 3o.Juin.
LE30. JUIN,Mrl'Archevesque
d'Alby
,
sut
reçu à l'Académie Francoise
à la place de feu Mr
l'Evesque de Nismes.
Il est de la Maison de
Nesmond
, & il estoit
Evesque de Montauban
quand il fut nommé à rAr,
chevesché d'Alby. -
De Madrid leiyJuillet,
LE 6.JUILLY-T,Mr10
Baron de Huart,commandant
un Détachement de
l'armée duRoy d'Espagne,
s'est empare de la villede
Naval, poste important
dans le Comté de Ribagorça.
Il a rompu ensuite aux
Ennemis, lePont de Medianos
qui leur servoit de
communication., LA NUIT DU y.AU 8.
JUILLET, Don Juan de
Montenegro a pris par eC
calade laville deMiranda
de Duero sur les Portugais.
C'est une grandeVille qui
a de bonnes Tours
3
& une
Citadelle. Les Habitants
ont offert cent mille pistoles
pour Ce racheter du
pillage. La prise de cette
pbllairce a donné lieu d'estales
contributions dans
une bonne partie du Portugal.
De Parjis le., z6- .Juillet.
LE JUILLET,le
Roy a fait Lieutenant General
de ses Armées,Mr
de Brindelet,Colonel Suisse.
Il s'est distingué au siege
de Doüay.
Josse, Sieur de Brinde.
let, aesté Lieutenant-Colonel
du Regiment Suisse
deStouppe en 1692. Il en
fut fait Colonel en 1701.à
la mort de Mr de Stouppe,
Lieutenant-General; ilfut
fait Brigadieren IJQZ. &
Maréchal de Camp en
1709.
JDee PPaariislee28S..Juil1le! t.
LE 18. JUILLET,
Mrc Jean le Camus, Maistre
des Requestes de l'Hostel,
& Lieutenant Civil,
est mort âgé de 74. ans.
De Versailles le 6. AOtfl.
LE6.AOUST,Mr Alamanno
Salviati
)
Nonce
Extraordinaire du Pape ,
eutson Audiance de Congé-
-
De Londres le 7. Aoujl.
LE 6. AOUST
,
Mr
Creffer nommé pour aller
en qualité d'Envoyéd'Angleterre
à la Cour d'Ha:-
novre, est mort d'Apoplexie.
Il estoit allé à Kensington
pour prendre congé
de la Reine Anne.
- De Paris le 9. Aotifl.
:' «LE 9. AOUST
)
Mr le
Duc d'Harcourt fut reçu
Tair de France. ; au Parlement,
avec les ceremonies
accoustumées.
DeVersailles le ii. Aoust.
LE 12. AOUST,Mrle
Marquis de Lamberti Envoyé
Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine,
a eu sa premicre Audiance
publique du Roy,
& des Princes & Princesses
de la Famille Royale, qu'il
complimenta sur le Mariage
de Monseigneur le
Duc de Berry. Ilestoit accompagnéde
Mr de Barrois,
aussi Envoyé Extraordinaire
de Monsieur le
Duc de Lorraine.
De Versailles ie13.Aomll.
LE13. A ousT ,les
Députez des Estats de Languedoc
ont eu Audiance
du Roy. Ils furent prerentez
parMr.leDuc du Maine
Gouverneur de la Province,
& par Mr le Marquis
delaVrilliere, Secretaire
d'Estat, & conduits
par Mr des Granges, Maistre
des Ceremonies.
Les Députez estoient
Mr l'Evesque de Montauban,
qui porta la parole
; Mr le Vicomte de Polignac
;Mr de Bonnesons,
Lieutenant du Maire de
Lodeve; Mr de Vermale,
Maire de Joyeuse ; Mr
Joubert, Syndic de la Province,&
Mr Pennautier,
Treibner.
De Pans le15.Aoufl.
1:.
;, LE 15.AOUST
,
Feste
de l'Assomption de laVierge,
on a fait la Procession
de rEglifc Metropolitaine.
Les Compagnies Superieures)
Mr le Prevost des
Marchands, les Echevins
& le Corps de Villes'y
trouvèrent.
L'élection de deux nouveaux
Echevins a este faite
le lendemain.
MrBignonaesté continué
Prevost des Marchands.
Mr Hazon, Quartinier
Et Mr Brillon,Avocat
en Parlement, ont esté élûs
Echevins.
DeVersaillesle 17.AOufl
LE 17, AOUST, le Roy
a donné l'Abbaye du Maf-
Garnier à Mr l'Evesque de
Soissons.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye de Montier
S.Jean à Mr l'Abbé de
Maulevrier ,Aumosnier
deSaMajesté.
LE 17. AOUST,le Roy
a donné l'Abbaye deChalivoy
àMr l'Abbé de Goazanvot,
Chapelain de Sa
Majesté.
LE 17. AOUST,se Roy
a donné l'Abbaye de Bertancourt
à Mede Mouchy,
Religieuse de la mesme
Abbaye.
Dans la précédente pro..
motion, le Roy donna
l'Abbaye de S. Éusebe à
Mr l'Abbé Despinouze,
Député de l'Assemblée du
Clergé.
De Verfailles le 18\Aouft<
LE18. AOUST, les
nouveaux Echevins ont
presté ferment entre les
mains du Roy. Le Scrutin
estoit porté par Mr de
Fourqueux,Conseiller au
Parlement. Ils ont salué
ensuite les Princes & les
Princesses de la Famille
Royale, 1
De Verfaillesle 19.4cujl.
,. r
7 LE 19. A 0UST j
Mr
Agostino Cusani
,
Nonce
ordinaire du Pape, a eu
Audiance particuliere du
Roy.
LE 19. AOUST
J
Mr le
Marquis deLamberty,En-.
voyé Extraordinaire de
Monsieur le Duc de Lorraine
a eu son Audiance
de Congé du Roy, & des
Princes ôc Princesses de la
Famille Royale.
LE 19. AOUST
,
Mr le
Comte de Bardy, Envoyé
Extraordinaire du Grand
Duc de Toscane a eu Audtiance
particuliereduRoy. v** De Paris le10. ^oujï.. t" '* w,,'.r"' f f-
LE 20. AouST }Ylr.
Charles Bernardin Gigault,
Marquis de Belsons,
est mort agé de 2 5.
ans. Il étoit Mestre de
CCaamvapledri'eu,n Regiment de
ôc Gouverneur
du Chasteau de Vincennes.
Ce Gouvernement aété
donné a Mr. le Marquis du
Chastelet, à la Charge d'une
Pension de 4000. Livres
pendant 10. ans pour
le fils de Mr. de Bessons.
Le Roy s'efl reservé la nomination
à la Lieutenance
de Roy, qui apartenoit cydevant
au Gouverneur.
LePere de Mr. du Chastelet
a été Grand Marechal
de Loraine.
De Paris le 25. Aoust.
LE 25. AOUST. MEK
sieurs de l'Academie Françoise
ont célébré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
de S. Thomas du Louvre.
La Messea été celebrée
par Mr. l'ancien Evesque
d'Avranches, & le Panégyrique
duSaint a été prononcé
par Mr l'Abbe du
Buisson.
LE z5. AOUST
,
Meslieurs
del'AcademieRoyale
des Sciences
, Se Messieursdel'AcademieRoyale
des Médaillés Se Inscriptions,
ont celebré la Feste
de S. Loüis dans l'Eglise
desPrêtres del'Oratoire.
, Le Panegyrique du S.
a été prononcépar le Pefc
Poisson Cordelier.
Fermer
Résumé : « De Paris le 18. Juin. LE 18. JUIN, Mlle de [...] »
Le document relate divers événements survenus entre juin et août. Le 18 juin, Mlle de Rohan a épousé le Prince de Bergh. Le 20 juin, des lettres de Bayonne ont annoncé l'arrivée d'une flûte hollandaise chargée de sucre, d'indigo, de cacao et d'autres marchandises, estimées à cent mille écus. Le 24 juin, le Cardinal de Noailles a été reçu Doyen d'Honneur de la Faculté de Droit de l'Université de Paris. En Espagne, le 16 juin, le roi a envoyé des officiers prendre des villes et des convois. Le 30 juin, l'Archevêque d'Alby a été reçu à l'Académie Française. Le 6 juillet, le Baron de Huart a pris la ville de Naval. La nuit du 7 au 8 juillet, Don Juan de Montenegro a pris la ville de Miranda de Duero. Le 26 juillet, le roi a nommé Monsieur de Brindelet Lieutenant Général de ses Armées. Le 18 juillet, Jean le Camus, Maître des Requestes, est décédé à l'âge de 74 ans. Le 6 août, Alamanno Salviati, Nonce Extraordinaire du Pape, a eu son audience de congé. Le même jour, Creffer, nommé Envoyé en Angleterre, est mort d'apoplexie. Le 9 août, le Duc d'Harcourt a été reçu Pair de France. Le 12 août, le Marquis de Lamberti, Envoyé Extraordinaire du Duc de Lorraine, a eu sa première audience publique. Le 13 août, les députés des États de Languedoc ont été reçus par le roi. Le 15 août, une procession a eu lieu pour la fête de l'Assomption de la Vierge. Le 17 août, le roi a attribué plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques. Le 18 août, les nouveaux échevins ont prêté serment. Le 19 août, Agostino Cusani, Nonce ordinaire du Pape, et le Marquis de Lamberti ont eu leurs audiences de congé. Le 20 août, Charles Bernardin Gigault, Marquis de Bessons, est décédé. Le 25 août, les académies française, des sciences et des médailles et inscriptions ont célébré la fête de Saint Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8260
p. 292-332
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
Début :
Comme vous recevrez cette Lettre dans le commencement [...]
Mots clefs :
Paradoxes, Savants, Temps, Années, Jugement, Éternité, Soleil, Dieu, Proposition, Maux
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texteReconnaissance textuelle : Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
Comme vous recevrez cette
Lettre dans le commencement
du Carefine , vous ferez peutcftre ravie d'y trouver des Articles capables d'entretenir vôtre devotion , & je crois même
que ceux que vous y avez déja
Jûs eftant tres- curieux & tresattachans vous auront fait >
plus de plaifir que ceux qui re-
GALANT 293
gardent les affaires du monde;
& en effet , ils font fi beaux ,
& d'une nouveauté fi fingulicre , qu'il eft difficile de les lire
fans verfer des larmes de joye ,
ou pour mieux dire de ces fortes de larmes qui font trouver
du plaifir à pleurer. L'Article
qui fuit n'eft pas tout à fait de
cette nature. Il frappera les
cœurs d'une autre maniere , &
il faudra le lire plus d'une fois
pourle bien concevoir. Ce n'eft
pas que les Sçavans ne le puiffent comprendre d'abord
eltant fait dans toutes les regles ; mais de quelque caractere
2
Bb iij
294 MERCURE
qu'on foit , & de quelque nature que foit l'efprit de ceux
qui le liront , ils ne le verront
pasfans uneespece d'effroy qui
leur fera faire une ferme refolution de fe corriger , & de tâ
cher de meriter d'eftre un jour
dans le Ciel , & de fe tenir tellement en garde contre euxmêmes qu'ils puiffent éviter de
fe voir un jour au nombre des
damnez. Enfin jamais Article
nevous auradonnélieu de faire
plus de refléxions &de plus férieufes , & fi la diverfité plaiſt
beaucoup dans mes Lettres &
eft caufe que les plus medio-
GALANT 295
cres n'ennuyent pas à cauſe de
la diverfité des matieres qui attachent tour à tour , je puis
dire que cette Lettre vous fera
beaucoup de plaifir, eftant remplie d'une infinité de chofes
differentes. Je dois vous avertir de vous mettre bien dans
l'efprit que ce n'eft pas moy
qui parle dans ce que vous allez lire. C'eſt un difcours fait
dans les formes par un Maiftre
de l'Art , & dans lequel d'au
tres perfonnes parlent auffi.
Vous devez faire attention à
toutes ces chofes en le lifant ,
& vous fouvenir fouvent penBb iiij
295 MERCURE
dant cette lecture , que ce n'eft
pas moy qui parle , ainfi que je
viens de vous le marquer. C'eft
un hommetout rempli de zele
pour le falut des ames , & qui
a bien approfondi fa matière
avant que de la traiter.
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres- certaines aux plus clairs- voyans.
Premiere verité fous l'apparence
deparadoxe.
Le temps qui doit couler
d'icy jufqu'au jour du Juge
GALANT 297
ment paroît tres- court à ceux
qui font à prefent dans les Enfers , & paroîtra tel à tous ceux
qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde.
Deuxième verité fous la mefme
apparence deparadoxe.
Par un principe bien different , aprés le jour du Jugement , les centaines de millions
d'années , & tel autre temps
qu'il nous plaira, fi long qu'on
fe le puiffe imaginer , pourvû
que ce foit un veritable temps,
ne paroîtra pas long aux damnez.
298: MERCURE
"
Troifiéme veritéfous l'apparence
deparadoxe.
Par un autre principe different des premiers , aprés le
jour du Jugement , les mefmes
centaines de millions d'années,
dans les joyes ineffables du Paradis , ne paroîtront aux Bienheureux , ny plus courtes , ny
plus longues qu'elles font en
elles mefmes ; c'est- à- dire, qu'il
ne leur femblera pas qu'elles
s'écoulent avec trop de vitelle,
ny qu'elles paffent trop lentement.
GALANT 299
DELA
La crainte du mal &
titude ou l'affeurance du b
l'efperance d'eftre delivré de
fes maux, & le defeſpoir d'en
eftre jamais delivré , ou la certitude d'en eftre éternellement
accablé ; la difference infinie &
effentielle qui eft entre le temps
& l'éternité, font tout le dénouëment & la preuve de ces
propofitions , comme on le va
voir en peu de mots.
Celuy qui les a avancées dans
une nombreuſe Compagniede
gens doctes & fpirituels , ne
s'étonna pas que d'abord , &
fans autre explication elles fu-
300 MERCURE
rent prifes pour dés paradoxes ;
mais comme il avoit lû autrefois le principe & le folide fondement des deux premieres ,
dans l'Auteur inconnu fur les
Pfeaumes , il les foûtint fortement en leur prefence ; & commeil les croit tres dignes d'être
meurement pefées pour nous
entretenir dans la crainte des.
jugemens de Dieu , il s'eft cncore appliqué à les prouveren
trois autres Affemblées confiderables.
Or comme le fujet paroît
curieux , & d'une affez grande.
importance pour trouver pla-
GALANT 301
ce dans cette Lettre, j'ay crû
que vous ne feriez pas fâchée
d'y voir les preuves de l'Auteur , que je vais raporter en
abregé.
la
Lesdeux premierespropofitions,
dit-il , qui à les confidererfuperficiellementfemblent revolter l'ef
pritdes Fideles , l'affermiffent dans
croyance de l'Eglife , touchant
le déplorable état des damnez
quand on les approfondit ; car loin
d'adoucir les peines effroyables de
l'Enfer, elles en font connoître.
davantage la grieveté, en donnent plus d'horreur que celle qu'on
en croyoit ordinairement, & eftant
302 MERCURE
attentivement confiderées dans
leurs caufes , elles font capables de
ramener les plus égarez dans la
voye dufalut.
Quoy qu'onfoit accablé de
tres grands maux , fi l'on en
craint encore de plus grands
qu'on ne fçauroit éviter , le
temps qui doit couler juſqu'à
ce que ces derniers viennent
fondre fur ceux qui les craignent leur paroît tres court :
or ceux qui font à preſent dans
les Enfers , & tous ceux qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde , font à
la verité accablez de tres-
GALANT 303
grands maux, & tels qu'il n'eft
pas au pouvoir de l'éloquence
humaine de les exprimer ; mais
ils en craignent encore de plus
grands au jour du Jugement:
tirez-en la confequence.
La premiere propoſition eſt
tres- certaine , & peut eftre
prouvée par mille exemples. Je
n'en raporte qu'un feul qui me
vient dans l'efprit , &qui fuffira : ce n'eft pas celuy du commun proverbe , qui dit : Ayez
une dette à payer à Paſques &
vous trouverez le Carefme
court , ny l'exemple de ceux
qui cftant fort pauvres ont des
304 MERCURE
W
termes de loyer à payer à la
faint Jean ou à la faint Remy,
aufquels le temps femble paffer avec grande viteffe ; mais
c'eſt celuy d'un homme qui
feroit jetté dans un obfcur cachot , lié & garotté de groffes
chaînes , rongé des Rats & des
Souris , accablé de miferes ;
mais quifçauroit certainement
dans un an il doit fortit que
de ce cachot pour eltre brûlé
tout vif à petit feu devant une
grande foule de monde , auquel cette année qu'il a à refter
dans ce cachot en un fi pitoyable état , loin de luy paroître
GALANT 305
longue , luy paroît au contraire tres courte , par l'apprehenfion terrible qu'il a d'eſtre brûlé tout vif à petit feu devant
un grand monde, quand il for
tira de fa prifon.
La mineure de l'argument ,
à fçavoir que ceux qui font à
prefent dans les Enfers craignent de bien plus grands
maux au jour du Jugement que
ceux qu'ils endurent avant qu'il
arrive , eft inconteftable par
plufieurs raifons , du nombre
defquelles je choifis feulement
deuxprincipales, qu'on ne fçauroit nier. Lapremiere, qu'aprés
Fevrier 1710.
Cc
306 MERCURE
le jour du Jugement ils fouffriront en corps & en ame, au
lieu qu'à prefent ils ne fouffrent que dans leur ame , &
que les demons mefmes feront
plus tourmentez, paifqu'ils feront enchaînez dans les Enfers
à n'en jamais fortir. Mais une
feconde raifon tres effentielle
qui fait paroître aux damnez
que le temps qu'ils ont à eſtre
dans les Enfers jufqu'au jour du
Jugement paffe avec une extrême vîteffe , eft qu'ils fçavent
tres certainement qu'à ce jour
fi terrible pour eux, ils verront malgré qu'ils en ayent .
GALANT 307
1
celuy qui les doit juger , terriblement irrité contr'eux , & en
une fi grande colere , qu'ils ne
pourront en fupporter la vûë,
& que la confufion qu'ils auront de paroître en fa preſence , & en celle de tout l'Univers , où toutes leurs actions
feront manifeftées , les mettra
dans des tranſes effroyables ,
que la fureur & l'indignation
de cet Homme Dieu , fa Sentence foudroyante fur leurs
têtes leur paroît un poids qui
les accablera ; d'où vient que
pour l'éviter ils voudroient
pouvoir fe tenir cachez au plus
Cc ij
308 MERCURE
profond des Enfers ; & c'eft
cette terreur épouvantable qui
Leur fera prononcer à ce grand
jour ce que nous lifons dans.
faint Luc, qu'ils diront aux
montagnes de tomber ſur eux
pour les écrafer , & aux collines de les couvrir par leur chûte , pour les fouftraire à la vûë
de ce Juge irrité ; & quandmêmecette confufion & cette terreur ne devroit durer qu'autant de temps que Noftre Seigneur en mettra pour exercer
fon Jugement fur tous les
hommes , la crainte que les
damnez en ont eft fi terrible ,
1
GALANT 309
qu'il n'y a nul fujet de s'étonner que le temps qui doit couler jufqu'à ce qu'il arrive leur
paroiffe fi court. Mais il y a
tour lieu de croire que cette
confuſion fera éternelle ; que
par un effet admirable de la
toute- puiffance & de la juftice
de Dieu , tous les crimes de
chaque damné , non feulement
au dernier jour , mais durant
toute l'éternité , feront imprimez dans l'efprit des Bienheureux & des Hommes damnez,
des Anges & des Demons , &
qu'il fera au pouvoir des uns
& des autres de voir quand ils
310 MERCURE
le voudront le fujet de la damnation de chaque homme en
particulier , & de dire celuy cy
eft damné pour tels & tels cri
més , celuy là par d'autres ; de
forte que la confufion qu'ils
recevront au jour du Juge
ment , fera pour eux une confufion éternelle.
Preuves de la feconde propofition.
Si ceux qui font à preſent
dans l'Enfer ne trouvent pas
long le temps qu'ils ont à Y
eftre jufqu'au jour du Jugement, aprés ce mefmejour ces
GALANT 311
miferables ne trouveront pas
. non plus les jours , les mois
& les années longues ; mais à
leur plus grande damnation ,
par un principe bien different,
& qui loin de diminuer leurs
maux les accroîtra comme à
l'infiny.
Il n'y aura plus de temps
aprés ce jour terrible , ce qui
nous doit porter à bien employer celuy qui nous reſte à
faire penitence de nos pechez,
& à ne les plus commettre.
L'Ange que faint Jean vid en
fon Apocalypfe , qui eftoit debout fur la mer & fur la terre,
312 MERCURE
jura par celuy qui vit dans tous
les fiecles qu'il n'y auroit plus
de temps : Et juravit per viventem fæcula fæculorum......
Quia non erit tempus. ( Apoc.
chap. 10. La raiſon eſt que
ny le premier mobile, qui eft
la regle de tous les temps par
fon mouvement le plus égal
& le plus regulier de tous , ny
le Soleil ne feront plus leur
courſe , & n'auront plus de
mouvement , qui ne fera plus
neceffaire pour la generation
des Elûs , dont le nombrefera
accompli ; & ce que nous appellons Temps , n'elt autre chofe
GALANT 3T3
fe que la mefure & la durée du
mouvement du premier Mobile ou du Soleil ; fi ce n'eft que
nous difions que le temps eftant
auffi la mesure ou la durée des actions & despaffions , en un certain
fens ily auraun temps dans le Paradis dans l'Enfer , parce que
dans le Paradis les Bienheureux
pafferontfucceffivement d'unejoye
à une autre , & les damnez dans
l'Enfer d'un tourment à un autre
tourment ; comme il eft dit dans
Job, que d'un tres grandfroid ils
pafferont à une chaleur exc ffive :
AD NIMIUM CALOREM
TRANSIBUNT AB AQUIS
Février 1710. Dd
314 MERCURE
NIMIUM ; ( cap. 24. ) ce qui a
fait dire au Prophete Royal ,
qu'ils auront leur temps dans
tous les ficcles : Et erit tempus
eorum infæcula. ( PL. 80. ) Ce
temps neanmoins n'eft pas fi
proprement dit que celuy que
nous comptons par le mouvement du premier Mobile ou
du Soleil mais fi aprés le Jugement univerfel il n'y a plus
de temps en ce dernier fens par
le mouvement du premier Mobile , il pourroit y en avoir , fi
Dieu le vouloit ; ce qui feroit
fort indifferent à ceux qui auront paffé du Temps à l'Eter
GALANT 315
>
nité ; car que le Soleil ou le
premier Mobile tourne ου
qu'il ne tourne pas , ceux du
Ciel n'en feront ny moins heureux , ny ceux de l'Enfer moins
malheureux; & aprés que nous
ferons dans l'Eternité il arrivera enfuite , non une feule fois ,
mais un grand nombre de fois,
il arrivera que nous aurons eſté
les premiers dans les plaiſirs, les
autres dans les peines , autant
que le premier mobile auroit
pû faire de circulations pour
faire un auffi long temps que
le feroit d'enlever autant de
fables qu'il en pourroit conteDdij
316 MERCURE
nir dans tout l'Univers , quand
feulement on n'en enleveroit
qu'un feul grain à chaque centaine de millions d'années.
Or cette grandeur fi demefurée qu'elle nous femble
paroiftre , ne paroiftra pas
longue aux damnez , & fuppofé qu'aprés le Jugement
univerfel le Soleil ou le premier Mobile dût encore fe
mouvoir, & qu'il y eut confequemmentdesjours, des mois ,
& des années , comme nous les
comptons à prefent ; ces jours ,
ces mois & ces années , ne leur
paroiftroient pas longues non
1
GALANT 317-
plus. Mais vous remarquerez,
s'il vous plaift, que je parle d'un
temps fini & limité , qui eft la
mefure des chofes qui ont leur
commencement & leur fin, qui
eft la propre notion du temps ,
& qui en ce fens eft diftingué ,
ou plutòft oppofé à l'Eternité ,
& que je ne parle point d'un
tems infini qui correfpondroit
àl'Erernité;car ce ne feroit plus
untemps , mais ce feroitla même chofe que l'Eternité. Ainfi
je dis qu'un temps fini & limité
d'un an , de deux ans , de mille
ans , decent millions d'années ,
ne paroiftront pas long à ces
Dd iij
318 MERCURE
miferables. Une raifon à la portée des moins intelligens , eft
qu'une chofe à laquelle on ne
penſe point du tout ne paroiſt
ne courte ny longue : les damnez ne penfent point du tout
à ce temps fini , comme vous
le verrez mais une autre raifon auffi évidente que la premiere , &encore plus fpirituel
le , eft que quand on n'a aucune efperance d'eftre jamais délivré d'un mal dont on eft op
primé , & qu'on fçait tres certainement que ce mal n'aura
jamais de fin , un an ,
deux
ans mille ans de fouffran- >
GALANT 319
ces , quoy que tres-es- penibles ,
ne paroiffent pas longues.
Qu'est ce donc qui eft long
aux damnez? Et pourquoy demander cela ? Ce feroit des
millions d'années qui leur feroient tres - longs , fi leurs
maux devoient finir , mais ces
millions d'années ne leur font
rien , parce que leurs maux ne
doivent pas finir !
C'est l'Eternité qui leur
paroift infiniment longue , &
qui eft telle en effet ; c'est
ce qui fait le comble & le
plus grand de tous leurs maux,
ce qui les accable épouvanDd iiij
320 MERCURE
tablement >
, & de telle maniere qu'ils ne fçauroient penfer à autre chofe ; & c'eft
ce qui les jette dans une horrible defefpoir, dans une rage
& une furcur forcenée au- def
fusde tout ce que nous en pouvons penfer. D'où vient que
les damnez ne s'amufent point.
à nombrer ce temps fini & limité , qui s'eft déja écoulé depuis qu'ils font dans les feux ,
& celuy qui s'écoulera dans la
fuite, parce que cela leur feroit
tout à fait inutile , puis qu'aprés y avoir efté cent millions
d'années , ils ne feront pas
GALANT 321
plus avancez qu'au commencement , & qu'ils auront auffi
long temps à fouffrir que s'ils
ne faifoient que d'y entrer.
Et voicy qu'elle eft l'horrible penfée d'un damné , il luy
eft prefque impoffible d'en avoir aucune autre , ou s'il en a,
celle cy eft la dominante : donnons- y toute l'attention poffible pour nous empêcher de
tomber dans une damnation
pareille à la fienne.
Un damné ne penſe à autre
chofe qu'à fe dire à luy même:
Me voilà au comble de tous
les maux, & ces maux ne fini
322 MERCURE
ront jamais : autant que Dieu
fera Dieu , je feray l'objet de
de fes vengeances : tout auffi
long temps je feray dans les
feux, & dans des feux dont
ceux de la terre ne font que la
fumée: j'auray toûjours les demons pour bourreaux : tous les
autres damnez me donneront
mille maledictions : cette horrible & épouvantable Sentence: Allez maudits au feu éternel, fera éternellement imprimée dans mon efprit , dans ma
memoire , dans mon imagination , & dans tous mes fens , &
me fera fouffrir prefque tout à
GALANT 323
la fois , & en un feul inftant ,
ce que j'auray à fouffrir continuellement durant toute l'éternité. Un damné, dis je , ne
penfe à autre chofe , & non à
nombrer les jours & les moisqu'il a déja paffé dans les feux;
& cette penfée le confterne ,
l'abat , le jette dans le defefpoir , la rage &la furie que j'ay
dit , & luy fait proferer de fi
énormes blafphêmes contreDieu principalement, & contre
les Saints , & tant d'imprecations contre fes bourreaux:
& contre luy-mefme , qu'on
mourroit de frayeur à les en-
224 MARCURE
tertendre fortir de fa bouche.
Ceuxqui font à prefent dans
l'Enfer ne trouvent pas long
le temps qu'ils ontà y eftre juf
qu'au jour du Jugement , par
la crainte & l'apprehenfion
rible qu'ils ont de ce jour ; &
aprés ce jour paffé , ils ne trouveront pas long un temps finy & limité de cent ans , de
mille ans , de cent millions
d'années , par un autre principe, par unhorrible defefpoir,
le plus grand de tous leurs
maux, le comble de tous ceux
dont ils font accablez , par la
durée immenfe & infinie de
GALANT 325
l'éternité , durant toute laquelle ils fçavent tres certainement qu'ils feront les victimes des feux , & les efclaves
des demons.
Mais d'une chofe fi veritable , ne tirez pas cette fauffe
confequence , untemps limité
de cent millions d'années ne
paroit pas long aux damnez ,
donc ils ne s'ennuyent point
dans l'Enfer.
Ce feroit tres mal raiſonner
de puifer les tenebres dans la
plus éclatante lumiere , parce
que l'éternité qui abforbe tous
les temps , leur caufe un en-
326 MERCURE
nuy qui ne fe peut exprimer,
qui eft au deffus de toute conception angelique & humaine;
&fi un temps finy ne leur
roît pas long , c'eſt le defefpoir qui en eft caufe , & qui
rend leur condition bien plus
miferable.
paCar en effet , fi ces malheureux avoient l'efperance de for
tir de ces feux aprés cent millions d'années , pour lors ce
temps finy &limité feroit l'unique occupation de leur efprit ; & tout au contraire de
ceux , remarquez bien s'il vous
plaift , & tout au contraire de
GALANT 327
ceux aufquels le defeſpoir ne
fait pas trouver longun cemps
limité , cette efperance feroit
qu'une feule heure dans ces
tourmens leur paroiftroit des
millions d'années , comme un
malade qui fouffre de grands
maux, dont il a efperance d'être délivré , trouve qu'une
nuit dans les fouffrances eft
auffi longue queplufieurs nuits
le paroiftroient à un homme
fain & difpos. On nous trompe (diroient ceux qui auroient
efperance de fortir de l'Enfer aprés des millions de fiecles , fi le defefpoir n'eftoit
328 MERCURE
le pas partage de tous ceux
qui entrent dans ce lieu d'horreur) on nous trompe de vouloir nous perfuader qu'il n'y
a qu'une heure que nous fommes dans les tourmens , pendant qu'ils nous femble qu'il
y a des millions d'années que
nous brûlons dans ces horribles feux.
Cependant celuy quiauroit
efperance de fortir des enfers
feroit fans doute de meilleure
condition que celuy qui deſeſpere d'en fortir , quoy qu'au
premier une heure dans les
feux paruft des millions d'an-
GALANT 329
nées , & que le fecond qui defd'en fortir ne penfe ny pere
B
à
la longueur ny à la brieveté de
cette même heure , voyant
bien , & il le voit malgré qu'il
en ait à fa tres grande damnation , qu'il luy est tout- à fait
inutile d'y penfer , puiſqu'aprés cette penfée il ne fera pas
plus avancé qu'au commencement , & qu'il reftera encore
une éternité toute entiere à
fouffrir.
Preuves de la troifiémepropofition.
Qu'il ne doive pas paroistre
Février 1
1710.
Ec
330 MERCURE
aux Bien- heureux que les centaines de millions d'années
dans les joyes du Paradis s'écoulent avec trop de vîteffe ,
cela eſt tout évident ; parceque
l'unique chofe qui pourroit
leur faire paroître qu'elles vont
à pas degeant, ce feroit la crainte qu'aprés que ce grand nom
bre d'années feroit écoulé ils fe--
roient privezde ces plaifirs inéfables ;car dans la fuppofition
que cela duft arriver , pour lors
des milliers d'années dans ces
delices ne leur paroîtroient pas
avoir duré plus d'un jour ; mais
comme ils fçavent tres- certai-
GALANT 331
nement qu'ils n'en feront jamais privez , qu'aprés qu'un
fi grand nombre de fiecles
fera pafle ils ne feront encore qu'au commencement de
leur bonheur , ils ne peuvent
avoir aucun fujet de fe perfuader que ces fiecles paffent
avec trop de précipitation.
Qu'il ne leur doive pas paroiltre non plus que ces centaines de milliers d'années s'écoulent trop lentement ,
eft encore tout évident ; car ce
qui fait qu'une choſe ſemble
longue à paffer ou à parcourir ;
cela
Ee ij
332 MERCURE
c'eft le dégouft , la peine , ou la
difficulté qui s'y trouve les
Bien heureux n'ont nul dégouft , nulle peine , & nulle difficulté à parcourir ce grand
nombre d'années , mais au contraire en les parcourant ils font
dans l'affluence de toutes fortes de plaifirs & de delices , &
par confequent il ne femblera
pas aux Bienheureux que cette
longueur , fi demefuréé qu'elle
nous paroiffe , fe paffe trop lentement.
Lettre dans le commencement
du Carefine , vous ferez peutcftre ravie d'y trouver des Articles capables d'entretenir vôtre devotion , & je crois même
que ceux que vous y avez déja
Jûs eftant tres- curieux & tresattachans vous auront fait >
plus de plaifir que ceux qui re-
GALANT 293
gardent les affaires du monde;
& en effet , ils font fi beaux ,
& d'une nouveauté fi fingulicre , qu'il eft difficile de les lire
fans verfer des larmes de joye ,
ou pour mieux dire de ces fortes de larmes qui font trouver
du plaifir à pleurer. L'Article
qui fuit n'eft pas tout à fait de
cette nature. Il frappera les
cœurs d'une autre maniere , &
il faudra le lire plus d'une fois
pourle bien concevoir. Ce n'eft
pas que les Sçavans ne le puiffent comprendre d'abord
eltant fait dans toutes les regles ; mais de quelque caractere
2
Bb iij
294 MERCURE
qu'on foit , & de quelque nature que foit l'efprit de ceux
qui le liront , ils ne le verront
pasfans uneespece d'effroy qui
leur fera faire une ferme refolution de fe corriger , & de tâ
cher de meriter d'eftre un jour
dans le Ciel , & de fe tenir tellement en garde contre euxmêmes qu'ils puiffent éviter de
fe voir un jour au nombre des
damnez. Enfin jamais Article
nevous auradonnélieu de faire
plus de refléxions &de plus férieufes , & fi la diverfité plaiſt
beaucoup dans mes Lettres &
eft caufe que les plus medio-
GALANT 295
cres n'ennuyent pas à cauſe de
la diverfité des matieres qui attachent tour à tour , je puis
dire que cette Lettre vous fera
beaucoup de plaifir, eftant remplie d'une infinité de chofes
differentes. Je dois vous avertir de vous mettre bien dans
l'efprit que ce n'eft pas moy
qui parle dans ce que vous allez lire. C'eſt un difcours fait
dans les formes par un Maiftre
de l'Art , & dans lequel d'au
tres perfonnes parlent auffi.
Vous devez faire attention à
toutes ces chofes en le lifant ,
& vous fouvenir fouvent penBb iiij
295 MERCURE
dant cette lecture , que ce n'eft
pas moy qui parle , ainfi que je
viens de vous le marquer. C'eft
un hommetout rempli de zele
pour le falut des ames , & qui
a bien approfondi fa matière
avant que de la traiter.
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres- certaines aux plus clairs- voyans.
Premiere verité fous l'apparence
deparadoxe.
Le temps qui doit couler
d'icy jufqu'au jour du Juge
GALANT 297
ment paroît tres- court à ceux
qui font à prefent dans les Enfers , & paroîtra tel à tous ceux
qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde.
Deuxième verité fous la mefme
apparence deparadoxe.
Par un principe bien different , aprés le jour du Jugement , les centaines de millions
d'années , & tel autre temps
qu'il nous plaira, fi long qu'on
fe le puiffe imaginer , pourvû
que ce foit un veritable temps,
ne paroîtra pas long aux damnez.
298: MERCURE
"
Troifiéme veritéfous l'apparence
deparadoxe.
Par un autre principe different des premiers , aprés le
jour du Jugement , les mefmes
centaines de millions d'années,
dans les joyes ineffables du Paradis , ne paroîtront aux Bienheureux , ny plus courtes , ny
plus longues qu'elles font en
elles mefmes ; c'est- à- dire, qu'il
ne leur femblera pas qu'elles
s'écoulent avec trop de vitelle,
ny qu'elles paffent trop lentement.
GALANT 299
DELA
La crainte du mal &
titude ou l'affeurance du b
l'efperance d'eftre delivré de
fes maux, & le defeſpoir d'en
eftre jamais delivré , ou la certitude d'en eftre éternellement
accablé ; la difference infinie &
effentielle qui eft entre le temps
& l'éternité, font tout le dénouëment & la preuve de ces
propofitions , comme on le va
voir en peu de mots.
Celuy qui les a avancées dans
une nombreuſe Compagniede
gens doctes & fpirituels , ne
s'étonna pas que d'abord , &
fans autre explication elles fu-
300 MERCURE
rent prifes pour dés paradoxes ;
mais comme il avoit lû autrefois le principe & le folide fondement des deux premieres ,
dans l'Auteur inconnu fur les
Pfeaumes , il les foûtint fortement en leur prefence ; & commeil les croit tres dignes d'être
meurement pefées pour nous
entretenir dans la crainte des.
jugemens de Dieu , il s'eft cncore appliqué à les prouveren
trois autres Affemblées confiderables.
Or comme le fujet paroît
curieux , & d'une affez grande.
importance pour trouver pla-
GALANT 301
ce dans cette Lettre, j'ay crû
que vous ne feriez pas fâchée
d'y voir les preuves de l'Auteur , que je vais raporter en
abregé.
la
Lesdeux premierespropofitions,
dit-il , qui à les confidererfuperficiellementfemblent revolter l'ef
pritdes Fideles , l'affermiffent dans
croyance de l'Eglife , touchant
le déplorable état des damnez
quand on les approfondit ; car loin
d'adoucir les peines effroyables de
l'Enfer, elles en font connoître.
davantage la grieveté, en donnent plus d'horreur que celle qu'on
en croyoit ordinairement, & eftant
302 MERCURE
attentivement confiderées dans
leurs caufes , elles font capables de
ramener les plus égarez dans la
voye dufalut.
Quoy qu'onfoit accablé de
tres grands maux , fi l'on en
craint encore de plus grands
qu'on ne fçauroit éviter , le
temps qui doit couler juſqu'à
ce que ces derniers viennent
fondre fur ceux qui les craignent leur paroît tres court :
or ceux qui font à preſent dans
les Enfers , & tous ceux qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde , font à
la verité accablez de tres-
GALANT 303
grands maux, & tels qu'il n'eft
pas au pouvoir de l'éloquence
humaine de les exprimer ; mais
ils en craignent encore de plus
grands au jour du Jugement:
tirez-en la confequence.
La premiere propoſition eſt
tres- certaine , & peut eftre
prouvée par mille exemples. Je
n'en raporte qu'un feul qui me
vient dans l'efprit , &qui fuffira : ce n'eft pas celuy du commun proverbe , qui dit : Ayez
une dette à payer à Paſques &
vous trouverez le Carefme
court , ny l'exemple de ceux
qui cftant fort pauvres ont des
304 MERCURE
W
termes de loyer à payer à la
faint Jean ou à la faint Remy,
aufquels le temps femble paffer avec grande viteffe ; mais
c'eſt celuy d'un homme qui
feroit jetté dans un obfcur cachot , lié & garotté de groffes
chaînes , rongé des Rats & des
Souris , accablé de miferes ;
mais quifçauroit certainement
dans un an il doit fortit que
de ce cachot pour eltre brûlé
tout vif à petit feu devant une
grande foule de monde , auquel cette année qu'il a à refter
dans ce cachot en un fi pitoyable état , loin de luy paroître
GALANT 305
longue , luy paroît au contraire tres courte , par l'apprehenfion terrible qu'il a d'eſtre brûlé tout vif à petit feu devant
un grand monde, quand il for
tira de fa prifon.
La mineure de l'argument ,
à fçavoir que ceux qui font à
prefent dans les Enfers craignent de bien plus grands
maux au jour du Jugement que
ceux qu'ils endurent avant qu'il
arrive , eft inconteftable par
plufieurs raifons , du nombre
defquelles je choifis feulement
deuxprincipales, qu'on ne fçauroit nier. Lapremiere, qu'aprés
Fevrier 1710.
Cc
306 MERCURE
le jour du Jugement ils fouffriront en corps & en ame, au
lieu qu'à prefent ils ne fouffrent que dans leur ame , &
que les demons mefmes feront
plus tourmentez, paifqu'ils feront enchaînez dans les Enfers
à n'en jamais fortir. Mais une
feconde raifon tres effentielle
qui fait paroître aux damnez
que le temps qu'ils ont à eſtre
dans les Enfers jufqu'au jour du
Jugement paffe avec une extrême vîteffe , eft qu'ils fçavent
tres certainement qu'à ce jour
fi terrible pour eux, ils verront malgré qu'ils en ayent .
GALANT 307
1
celuy qui les doit juger , terriblement irrité contr'eux , & en
une fi grande colere , qu'ils ne
pourront en fupporter la vûë,
& que la confufion qu'ils auront de paroître en fa preſence , & en celle de tout l'Univers , où toutes leurs actions
feront manifeftées , les mettra
dans des tranſes effroyables ,
que la fureur & l'indignation
de cet Homme Dieu , fa Sentence foudroyante fur leurs
têtes leur paroît un poids qui
les accablera ; d'où vient que
pour l'éviter ils voudroient
pouvoir fe tenir cachez au plus
Cc ij
308 MERCURE
profond des Enfers ; & c'eft
cette terreur épouvantable qui
Leur fera prononcer à ce grand
jour ce que nous lifons dans.
faint Luc, qu'ils diront aux
montagnes de tomber ſur eux
pour les écrafer , & aux collines de les couvrir par leur chûte , pour les fouftraire à la vûë
de ce Juge irrité ; & quandmêmecette confufion & cette terreur ne devroit durer qu'autant de temps que Noftre Seigneur en mettra pour exercer
fon Jugement fur tous les
hommes , la crainte que les
damnez en ont eft fi terrible ,
1
GALANT 309
qu'il n'y a nul fujet de s'étonner que le temps qui doit couler jufqu'à ce qu'il arrive leur
paroiffe fi court. Mais il y a
tour lieu de croire que cette
confuſion fera éternelle ; que
par un effet admirable de la
toute- puiffance & de la juftice
de Dieu , tous les crimes de
chaque damné , non feulement
au dernier jour , mais durant
toute l'éternité , feront imprimez dans l'efprit des Bienheureux & des Hommes damnez,
des Anges & des Demons , &
qu'il fera au pouvoir des uns
& des autres de voir quand ils
310 MERCURE
le voudront le fujet de la damnation de chaque homme en
particulier , & de dire celuy cy
eft damné pour tels & tels cri
més , celuy là par d'autres ; de
forte que la confufion qu'ils
recevront au jour du Juge
ment , fera pour eux une confufion éternelle.
Preuves de la feconde propofition.
Si ceux qui font à preſent
dans l'Enfer ne trouvent pas
long le temps qu'ils ont à Y
eftre jufqu'au jour du Jugement, aprés ce mefmejour ces
GALANT 311
miferables ne trouveront pas
. non plus les jours , les mois
& les années longues ; mais à
leur plus grande damnation ,
par un principe bien different,
& qui loin de diminuer leurs
maux les accroîtra comme à
l'infiny.
Il n'y aura plus de temps
aprés ce jour terrible , ce qui
nous doit porter à bien employer celuy qui nous reſte à
faire penitence de nos pechez,
& à ne les plus commettre.
L'Ange que faint Jean vid en
fon Apocalypfe , qui eftoit debout fur la mer & fur la terre,
312 MERCURE
jura par celuy qui vit dans tous
les fiecles qu'il n'y auroit plus
de temps : Et juravit per viventem fæcula fæculorum......
Quia non erit tempus. ( Apoc.
chap. 10. La raiſon eſt que
ny le premier mobile, qui eft
la regle de tous les temps par
fon mouvement le plus égal
& le plus regulier de tous , ny
le Soleil ne feront plus leur
courſe , & n'auront plus de
mouvement , qui ne fera plus
neceffaire pour la generation
des Elûs , dont le nombrefera
accompli ; & ce que nous appellons Temps , n'elt autre chofe
GALANT 3T3
fe que la mefure & la durée du
mouvement du premier Mobile ou du Soleil ; fi ce n'eft que
nous difions que le temps eftant
auffi la mesure ou la durée des actions & despaffions , en un certain
fens ily auraun temps dans le Paradis dans l'Enfer , parce que
dans le Paradis les Bienheureux
pafferontfucceffivement d'unejoye
à une autre , & les damnez dans
l'Enfer d'un tourment à un autre
tourment ; comme il eft dit dans
Job, que d'un tres grandfroid ils
pafferont à une chaleur exc ffive :
AD NIMIUM CALOREM
TRANSIBUNT AB AQUIS
Février 1710. Dd
314 MERCURE
NIMIUM ; ( cap. 24. ) ce qui a
fait dire au Prophete Royal ,
qu'ils auront leur temps dans
tous les ficcles : Et erit tempus
eorum infæcula. ( PL. 80. ) Ce
temps neanmoins n'eft pas fi
proprement dit que celuy que
nous comptons par le mouvement du premier Mobile ou
du Soleil mais fi aprés le Jugement univerfel il n'y a plus
de temps en ce dernier fens par
le mouvement du premier Mobile , il pourroit y en avoir , fi
Dieu le vouloit ; ce qui feroit
fort indifferent à ceux qui auront paffé du Temps à l'Eter
GALANT 315
>
nité ; car que le Soleil ou le
premier Mobile tourne ου
qu'il ne tourne pas , ceux du
Ciel n'en feront ny moins heureux , ny ceux de l'Enfer moins
malheureux; & aprés que nous
ferons dans l'Eternité il arrivera enfuite , non une feule fois ,
mais un grand nombre de fois,
il arrivera que nous aurons eſté
les premiers dans les plaiſirs, les
autres dans les peines , autant
que le premier mobile auroit
pû faire de circulations pour
faire un auffi long temps que
le feroit d'enlever autant de
fables qu'il en pourroit conteDdij
316 MERCURE
nir dans tout l'Univers , quand
feulement on n'en enleveroit
qu'un feul grain à chaque centaine de millions d'années.
Or cette grandeur fi demefurée qu'elle nous femble
paroiftre , ne paroiftra pas
longue aux damnez , & fuppofé qu'aprés le Jugement
univerfel le Soleil ou le premier Mobile dût encore fe
mouvoir, & qu'il y eut confequemmentdesjours, des mois ,
& des années , comme nous les
comptons à prefent ; ces jours ,
ces mois & ces années , ne leur
paroiftroient pas longues non
1
GALANT 317-
plus. Mais vous remarquerez,
s'il vous plaift, que je parle d'un
temps fini & limité , qui eft la
mefure des chofes qui ont leur
commencement & leur fin, qui
eft la propre notion du temps ,
& qui en ce fens eft diftingué ,
ou plutòft oppofé à l'Eternité ,
& que je ne parle point d'un
tems infini qui correfpondroit
àl'Erernité;car ce ne feroit plus
untemps , mais ce feroitla même chofe que l'Eternité. Ainfi
je dis qu'un temps fini & limité
d'un an , de deux ans , de mille
ans , decent millions d'années ,
ne paroiftront pas long à ces
Dd iij
318 MERCURE
miferables. Une raifon à la portée des moins intelligens , eft
qu'une chofe à laquelle on ne
penſe point du tout ne paroiſt
ne courte ny longue : les damnez ne penfent point du tout
à ce temps fini , comme vous
le verrez mais une autre raifon auffi évidente que la premiere , &encore plus fpirituel
le , eft que quand on n'a aucune efperance d'eftre jamais délivré d'un mal dont on eft op
primé , & qu'on fçait tres certainement que ce mal n'aura
jamais de fin , un an ,
deux
ans mille ans de fouffran- >
GALANT 319
ces , quoy que tres-es- penibles ,
ne paroiffent pas longues.
Qu'est ce donc qui eft long
aux damnez? Et pourquoy demander cela ? Ce feroit des
millions d'années qui leur feroient tres - longs , fi leurs
maux devoient finir , mais ces
millions d'années ne leur font
rien , parce que leurs maux ne
doivent pas finir !
C'est l'Eternité qui leur
paroift infiniment longue , &
qui eft telle en effet ; c'est
ce qui fait le comble & le
plus grand de tous leurs maux,
ce qui les accable épouvanDd iiij
320 MERCURE
tablement >
, & de telle maniere qu'ils ne fçauroient penfer à autre chofe ; & c'eft
ce qui les jette dans une horrible defefpoir, dans une rage
& une furcur forcenée au- def
fusde tout ce que nous en pouvons penfer. D'où vient que
les damnez ne s'amufent point.
à nombrer ce temps fini & limité , qui s'eft déja écoulé depuis qu'ils font dans les feux ,
& celuy qui s'écoulera dans la
fuite, parce que cela leur feroit
tout à fait inutile , puis qu'aprés y avoir efté cent millions
d'années , ils ne feront pas
GALANT 321
plus avancez qu'au commencement , & qu'ils auront auffi
long temps à fouffrir que s'ils
ne faifoient que d'y entrer.
Et voicy qu'elle eft l'horrible penfée d'un damné , il luy
eft prefque impoffible d'en avoir aucune autre , ou s'il en a,
celle cy eft la dominante : donnons- y toute l'attention poffible pour nous empêcher de
tomber dans une damnation
pareille à la fienne.
Un damné ne penſe à autre
chofe qu'à fe dire à luy même:
Me voilà au comble de tous
les maux, & ces maux ne fini
322 MERCURE
ront jamais : autant que Dieu
fera Dieu , je feray l'objet de
de fes vengeances : tout auffi
long temps je feray dans les
feux, & dans des feux dont
ceux de la terre ne font que la
fumée: j'auray toûjours les demons pour bourreaux : tous les
autres damnez me donneront
mille maledictions : cette horrible & épouvantable Sentence: Allez maudits au feu éternel, fera éternellement imprimée dans mon efprit , dans ma
memoire , dans mon imagination , & dans tous mes fens , &
me fera fouffrir prefque tout à
GALANT 323
la fois , & en un feul inftant ,
ce que j'auray à fouffrir continuellement durant toute l'éternité. Un damné, dis je , ne
penfe à autre chofe , & non à
nombrer les jours & les moisqu'il a déja paffé dans les feux;
& cette penfée le confterne ,
l'abat , le jette dans le defefpoir , la rage &la furie que j'ay
dit , & luy fait proferer de fi
énormes blafphêmes contreDieu principalement, & contre
les Saints , & tant d'imprecations contre fes bourreaux:
& contre luy-mefme , qu'on
mourroit de frayeur à les en-
224 MARCURE
tertendre fortir de fa bouche.
Ceuxqui font à prefent dans
l'Enfer ne trouvent pas long
le temps qu'ils ontà y eftre juf
qu'au jour du Jugement , par
la crainte & l'apprehenfion
rible qu'ils ont de ce jour ; &
aprés ce jour paffé , ils ne trouveront pas long un temps finy & limité de cent ans , de
mille ans , de cent millions
d'années , par un autre principe, par unhorrible defefpoir,
le plus grand de tous leurs
maux, le comble de tous ceux
dont ils font accablez , par la
durée immenfe & infinie de
GALANT 325
l'éternité , durant toute laquelle ils fçavent tres certainement qu'ils feront les victimes des feux , & les efclaves
des demons.
Mais d'une chofe fi veritable , ne tirez pas cette fauffe
confequence , untemps limité
de cent millions d'années ne
paroit pas long aux damnez ,
donc ils ne s'ennuyent point
dans l'Enfer.
Ce feroit tres mal raiſonner
de puifer les tenebres dans la
plus éclatante lumiere , parce
que l'éternité qui abforbe tous
les temps , leur caufe un en-
326 MERCURE
nuy qui ne fe peut exprimer,
qui eft au deffus de toute conception angelique & humaine;
&fi un temps finy ne leur
roît pas long , c'eſt le defefpoir qui en eft caufe , & qui
rend leur condition bien plus
miferable.
paCar en effet , fi ces malheureux avoient l'efperance de for
tir de ces feux aprés cent millions d'années , pour lors ce
temps finy &limité feroit l'unique occupation de leur efprit ; & tout au contraire de
ceux , remarquez bien s'il vous
plaift , & tout au contraire de
GALANT 327
ceux aufquels le defeſpoir ne
fait pas trouver longun cemps
limité , cette efperance feroit
qu'une feule heure dans ces
tourmens leur paroiftroit des
millions d'années , comme un
malade qui fouffre de grands
maux, dont il a efperance d'être délivré , trouve qu'une
nuit dans les fouffrances eft
auffi longue queplufieurs nuits
le paroiftroient à un homme
fain & difpos. On nous trompe (diroient ceux qui auroient
efperance de fortir de l'Enfer aprés des millions de fiecles , fi le defefpoir n'eftoit
328 MERCURE
le pas partage de tous ceux
qui entrent dans ce lieu d'horreur) on nous trompe de vouloir nous perfuader qu'il n'y
a qu'une heure que nous fommes dans les tourmens , pendant qu'ils nous femble qu'il
y a des millions d'années que
nous brûlons dans ces horribles feux.
Cependant celuy quiauroit
efperance de fortir des enfers
feroit fans doute de meilleure
condition que celuy qui deſeſpere d'en fortir , quoy qu'au
premier une heure dans les
feux paruft des millions d'an-
GALANT 329
nées , & que le fecond qui defd'en fortir ne penfe ny pere
B
à
la longueur ny à la brieveté de
cette même heure , voyant
bien , & il le voit malgré qu'il
en ait à fa tres grande damnation , qu'il luy est tout- à fait
inutile d'y penfer , puiſqu'aprés cette penfée il ne fera pas
plus avancé qu'au commencement , & qu'il reftera encore
une éternité toute entiere à
fouffrir.
Preuves de la troifiémepropofition.
Qu'il ne doive pas paroistre
Février 1
1710.
Ec
330 MERCURE
aux Bien- heureux que les centaines de millions d'années
dans les joyes du Paradis s'écoulent avec trop de vîteffe ,
cela eſt tout évident ; parceque
l'unique chofe qui pourroit
leur faire paroître qu'elles vont
à pas degeant, ce feroit la crainte qu'aprés que ce grand nom
bre d'années feroit écoulé ils fe--
roient privezde ces plaifirs inéfables ;car dans la fuppofition
que cela duft arriver , pour lors
des milliers d'années dans ces
delices ne leur paroîtroient pas
avoir duré plus d'un jour ; mais
comme ils fçavent tres- certai-
GALANT 331
nement qu'ils n'en feront jamais privez , qu'aprés qu'un
fi grand nombre de fiecles
fera pafle ils ne feront encore qu'au commencement de
leur bonheur , ils ne peuvent
avoir aucun fujet de fe perfuader que ces fiecles paffent
avec trop de précipitation.
Qu'il ne leur doive pas paroiltre non plus que ces centaines de milliers d'années s'écoulent trop lentement ,
eft encore tout évident ; car ce
qui fait qu'une choſe ſemble
longue à paffer ou à parcourir ;
cela
Ee ij
332 MERCURE
c'eft le dégouft , la peine , ou la
difficulté qui s'y trouve les
Bien heureux n'ont nul dégouft , nulle peine , & nulle difficulté à parcourir ce grand
nombre d'années , mais au contraire en les parcourant ils font
dans l'affluence de toutes fortes de plaifirs & de delices , &
par confequent il ne femblera
pas aux Bienheureux que cette
longueur , fi demefuréé qu'elle
nous paroiffe , fe paffe trop lentement.
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Résumé : Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
La lettre traite de la dévotion et des articles spirituels, soulignant que les articles précédents étaient émouvants et capables de susciter des larmes de joie. L'article actuel, en revanche, vise à provoquer une réflexion sérieuse et à inciter les lecteurs à se corriger pour mériter le Ciel. L'auteur présente trois vérités sous forme de paradoxes, mais qui sont des certitudes pour les esprits éclairés. Premièrement, le temps jusqu'au Jugement dernier semble court aux damnés actuels et à ceux qui le seront avant la fin du monde. Deuxièmement, après le Jugement, les damnés ne trouveront pas le temps long, malgré sa durée. Troisièmement, dans le Paradis, les Bienheureux ne percevront pas le temps comme long ou court. L'auteur explique que ces propositions, bien que paradoxales en apparence, renforcent la croyance en l'état déplorable des damnés et leur font connaître l'horreur de l'Enfer. Il illustre cela par l'exemple d'un homme dans un cachot, accablé de maux et craignant des souffrances futures, pour montrer comment le temps peut sembler court face à une peur intense. Pour les damnés, un temps fini, même de plusieurs millions d'années, ne semble pas long car ils sont accablés par le désespoir de souffrances éternelles. L'éternité leur apparaît infiniment longue et est la source de leur plus grand malheur. Ils ne s'amusent pas à compter le temps écoulé ou à venir, car cela leur semble inutile. Leur pensée dominante est la souffrance éternelle et la rage contre Dieu et leurs bourreaux. En revanche, les bienheureux au paradis ne trouvent pas que les siècles passent trop vite ou trop lentement. Ils savent qu'ils ne seront jamais privés de leurs plaisirs ineffables, ce qui rend leur bonheur constant et sans crainte. Ils ne ressentent ni peine ni difficulté dans leur état de béatitude, ce qui fait que le temps leur semble passer de manière appropriée. La lettre se conclut par une réflexion sur l'importance de bien employer le temps présent pour faire pénitence et éviter les péchés, car après le Jugement, il n'y aura plus de temps tel que nous le connaissons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8261
p. 69
« LE mot de la première Énigme du mois de Novembre est Caractère. Celui [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du mois de Novembre est Caractère. Celui [...]
Mots clefs :
Caractère, Pilule, Migraine, Rouge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du mois de Novembre est Caractère. Celui [...] »
LE mot de la première Enigme du
mois de Novembre eſt Caractère. Celui
de la feconde eſt la Pilule. Celui du
premier Logogryphe eſt Migraine , où
l'on trouve Mi , Graine , Mine , quia
cinq fignifications différentes , Mein ,
rivière , Riga , Maire , Magie , Ange ,
& Niger. Celui du ſecond Logogryphe
eſt le Rouge , où se trouvent les
mots or , grue , ver , orgue , orge &
roue.
mois de Novembre eſt Caractère. Celui
de la feconde eſt la Pilule. Celui du
premier Logogryphe eſt Migraine , où
l'on trouve Mi , Graine , Mine , quia
cinq fignifications différentes , Mein ,
rivière , Riga , Maire , Magie , Ange ,
& Niger. Celui du ſecond Logogryphe
eſt le Rouge , où se trouvent les
mots or , grue , ver , orgue , orge &
roue.
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8263
p. 2165-2166
SONNET sur les Bouts-rimez, proposez dans le Mercure de May.
Début :
Les Suppôts de Bacchus ne parlent que de Boire, [...]
Mots clefs :
Boire, Butin, Foire
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texteReconnaissance textuelle : SONNET sur les Bouts-rimez, proposez dans le Mercure de May.
SONNET sur les Bouts - rimez
proposez dans le Mercure de May.
Es Suppôts de Bacchus ne parlent que de Boire
Le Corsaire Phorbas ne pense qu'au Busin
Le suberbe Pedant ne dit que du Latin,
Le jargon du Marchand n'est que commerce et Foire.
Damon qui n'a rien vû que les bords de la Loire ,
moins qued'emprunter le secours d'un Latin ,
Ne
2166 MERCURE DE FRANCE
Nesçauroit discourir , si ce n'est de Satin ,
De Moire , de Tabis , ou de Pomme et de Poire.
Tour moi qui fais des Vers, un mystique Rabot,
M'a dressé , m'a poli lors que j'étois
Mais le temps écoulé m'a fait devenir
Nabot ,
Souche ;
Cependant jusqu'icy j'ai conduit mon Bateau,
Et quand dans ce Sonnet j'aurai mis un Ruisseau
S'il n'est droit à vos yeux , c'est que vous êtes
Louche.
proposez dans le Mercure de May.
Es Suppôts de Bacchus ne parlent que de Boire
Le Corsaire Phorbas ne pense qu'au Busin
Le suberbe Pedant ne dit que du Latin,
Le jargon du Marchand n'est que commerce et Foire.
Damon qui n'a rien vû que les bords de la Loire ,
moins qued'emprunter le secours d'un Latin ,
Ne
2166 MERCURE DE FRANCE
Nesçauroit discourir , si ce n'est de Satin ,
De Moire , de Tabis , ou de Pomme et de Poire.
Tour moi qui fais des Vers, un mystique Rabot,
M'a dressé , m'a poli lors que j'étois
Mais le temps écoulé m'a fait devenir
Nabot ,
Souche ;
Cependant jusqu'icy j'ai conduit mon Bateau,
Et quand dans ce Sonnet j'aurai mis un Ruisseau
S'il n'est droit à vos yeux , c'est que vous êtes
Louche.
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Résumé : SONNET sur les Bouts-rimez, proposez dans le Mercure de May.
Le sonnet 'SONNET sur les Bouts - rimez' décrit des personnages obsédés par leurs passions : les suppôts de Bacchus par la boisson, Phorbas par son métier de corsaire, le pédant par le latin, et le marchand par le commerce. Damon, familier des bords de la Loire, parle de satin, moire, tabis, pommes ou poires. L'auteur se compare à un bateau formé et poli par un mystique rabot, mais réduit à une souche par le temps. Il conclut que si son sonnet ne plaît pas, c'est que le lecteur est louche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8264
p. 291-292
ENIGME.
Début :
Voicy une Enigme dont le sens ne doit pas échaper à / Il n'est rien de si grand dans l'Etat, dans la Loy, [...]
Mots clefs :
Anagramme
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy une Enigme dont
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
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8265
p. 292-293
Lettre d'Utrecht.
Début :
Mon Amy & moy nous achetons bien cher le plaisir [...]
Mots clefs :
Utrecht, Négociations, Assemblées
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texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Utrecht.
Lettre d'Utrechr.
MONSIEUR,
Mon Amy & rnoy nous
achetons bien cher le plaisir de
sçavoirles premieres nouvelles
.des Négociations qui se font
icy ; car hors la bonne chere
les plaisirs d'Utrcchtsont fort
secs cm fort tumultueux,
Les Ajjemulécs font ordinaifan.nt ae trente ou quarante
hommes & femmes de sept
ou huit Nations différentes
?
dont chacune écorche le François à sa façon, cm beaucoup ne leparlepoint du JOute
C'est une idée de la varieté des
Langues de la Tour de Babel.
Toutes
ces
cobuës se reduisent
àsept
ou huit tables d'Hombre dans une chambre,&plusieurs pelotons de Conteurs de
Nouvelles. Vous (fave:{appa.
ramment déja que:
MONSIEUR,
Mon Amy & rnoy nous
achetons bien cher le plaisir de
sçavoirles premieres nouvelles
.des Négociations qui se font
icy ; car hors la bonne chere
les plaisirs d'Utrcchtsont fort
secs cm fort tumultueux,
Les Ajjemulécs font ordinaifan.nt ae trente ou quarante
hommes & femmes de sept
ou huit Nations différentes
?
dont chacune écorche le François à sa façon, cm beaucoup ne leparlepoint du JOute
C'est une idée de la varieté des
Langues de la Tour de Babel.
Toutes
ces
cobuës se reduisent
àsept
ou huit tables d'Hombre dans une chambre,&plusieurs pelotons de Conteurs de
Nouvelles. Vous (fave:{appa.
ramment déja que:
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Résumé : Lettre d'Utrecht.
La lettre d'Utrecht évoque les difficultés et les coûts des premières nouvelles des négociations. Utrecht offre une bonne nourriture mais des plaisirs austères et tumultueux. Les assemblées, appelées 'Ajjemulécs,' réunissent des personnes de sept ou huit nations différentes, parlant le français avec divers accents ou pas du tout. Les participants se regroupent autour de tables de jeu et de conteurs de nouvelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8266
p. 73-74
ÉNIGME Traduite de l'Espagnol.
Début :
Ma charrue est légère, & cinq boeufs que j'y mets [...]
Mots clefs :
Écrivain
8267
p. 292-293
ENIGME.
Début :
Estre d'une forme invisible, [...]
Mots clefs :
Esprit
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Estre d'une forme invisible,
Je comble defaveurscelai quimA
clansfoy ;
Mais quand on nesçaitpasfcfervir
demoy
,
Souventon me trouve nuisible.
Je fuis eslimé des Sçavans,
Tçut le monde efl contraint de
reverermes charmes,
Et les plus grandsHéros me fonmettent
leursarmes,
Vaincusfarmes traits décevant.
Je m'étends partoute la terre,
Du moins je vay souvent de l'un
à l'autre bout:
Enfin je n'ay point d'yeux
,&
pourtant je vois tout
Jufcjues au d¡./fIlJ du Tonnerre.
Plufittits perdront ici lfUn, Pas [
j4chercherqui fuis par mille foin^tsetremî,*
Carilefi assaré,s'ils ne doW
dans e^xmêmes
Qiiilsne , le devinerontpas.
1
Cette Enigme est fuite par
l'aimable Guibour, de la rue
S. Honoré.
Estre d'une forme invisible,
Je comble defaveurscelai quimA
clansfoy ;
Mais quand on nesçaitpasfcfervir
demoy
,
Souventon me trouve nuisible.
Je fuis eslimé des Sçavans,
Tçut le monde efl contraint de
reverermes charmes,
Et les plus grandsHéros me fonmettent
leursarmes,
Vaincusfarmes traits décevant.
Je m'étends partoute la terre,
Du moins je vay souvent de l'un
à l'autre bout:
Enfin je n'ay point d'yeux
,&
pourtant je vois tout
Jufcjues au d¡./fIlJ du Tonnerre.
Plufittits perdront ici lfUn, Pas [
j4chercherqui fuis par mille foin^tsetremî,*
Carilefi assaré,s'ils ne doW
dans e^xmêmes
Qiiilsne , le devinerontpas.
1
Cette Enigme est fuite par
l'aimable Guibour, de la rue
S. Honoré.
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8268
p. 287-288
AUTRE ENIGME.
Début :
En vain pour fuir la mort j'ay soin de me cacher ; [...]
Mots clefs :
Écrevisse
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME .
N vain pour fuir la mort jay
27
Dans des lieux tres- profonds oùjesuis
retiréc
Les Hommes viennent me cher- 201
cher,
Et s'ils m'enpeuvent arracher,
Ils me tirent le ſang, puisjesuis de-
INAP
Frop heureux au contraire estlefort de
ma Soeur,
Qui dans un haut degré de gloire &
defplendeur,
N'a des mortels, aucune craintes )
Ayant cérinfigne bonheur,
D'eſtre exemple de toute atteinte.
288 MERCURE
Se
Jefuisfujette aux rigueur de lamort
Ellepar un plus noble fort,
Rodant autourd'une machine ronde,
Verra tous les fiécles du monde.
Se
Mais une tierce Soeur,oùſi l'on veut
un Frere, .....
( Car nostre nom Latin
Eftdit du genre masculin )
Faitplus de maux , belas ! que Ser
pent&Vipere.
N vain pour fuir la mort jay
27
Dans des lieux tres- profonds oùjesuis
retiréc
Les Hommes viennent me cher- 201
cher,
Et s'ils m'enpeuvent arracher,
Ils me tirent le ſang, puisjesuis de-
INAP
Frop heureux au contraire estlefort de
ma Soeur,
Qui dans un haut degré de gloire &
defplendeur,
N'a des mortels, aucune craintes )
Ayant cérinfigne bonheur,
D'eſtre exemple de toute atteinte.
288 MERCURE
Se
Jefuisfujette aux rigueur de lamort
Ellepar un plus noble fort,
Rodant autourd'une machine ronde,
Verra tous les fiécles du monde.
Se
Mais une tierce Soeur,oùſi l'on veut
un Frere, .....
( Car nostre nom Latin
Eftdit du genre masculin )
Faitplus de maux , belas ! que Ser
pent&Vipere.
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8269
p. 45-46
LA VARIÉTÉ. (a) CANTATILLE.
Début :
De ses airs brillans, l'Italie [...]
Mots clefs :
Variété
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texteReconnaissance textuelle : LA VARIÉTÉ. (a) CANTATILLE.
LA VARIÉTÉ. (a)
CANTA TILL E.
De fes airs brillans , l'Italie
Fit envain retentir ces lieux !
Que peut la feule mélodie
Sans flatter le coeur ni les yeux.
Nos Amphions trouvent mieux l'art de plaire
Par un mêlange féducteur.
D'une liqueur qui paroiffoit amere ,
Ils font un breuvage enchanteur ;
Ainfi que l'abeille volage ,
Le François leger & badin
En folâtrant rend fon hommage
A la nouvelle fleur qu'il dédaigne foudain ;
Mais bientôt devenu plus fage ,
Il en fçait tirer avantage ,
Et fe pare de fon larcin.
(a) Du les parodies des Boufons.
46 MERCURE DE FRANCE.
Fuyons toute ombre d'esclavage
Dans nos goûts & dans nos amours ;
Que le plaifir feul nous engage ;
On gagne à voltiger toujours.
Le papillon brille dans fa carriere
Tant qu'il vôle de fleur en fleur ,
Le cercle étroit d'une vive lumiere ,
En le fixant , fait fon malheur.
CANTA TILL E.
De fes airs brillans , l'Italie
Fit envain retentir ces lieux !
Que peut la feule mélodie
Sans flatter le coeur ni les yeux.
Nos Amphions trouvent mieux l'art de plaire
Par un mêlange féducteur.
D'une liqueur qui paroiffoit amere ,
Ils font un breuvage enchanteur ;
Ainfi que l'abeille volage ,
Le François leger & badin
En folâtrant rend fon hommage
A la nouvelle fleur qu'il dédaigne foudain ;
Mais bientôt devenu plus fage ,
Il en fçait tirer avantage ,
Et fe pare de fon larcin.
(a) Du les parodies des Boufons.
46 MERCURE DE FRANCE.
Fuyons toute ombre d'esclavage
Dans nos goûts & dans nos amours ;
Que le plaifir feul nous engage ;
On gagne à voltiger toujours.
Le papillon brille dans fa carriere
Tant qu'il vôle de fleur en fleur ,
Le cercle étroit d'une vive lumiere ,
En le fixant , fait fon malheur.
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Résumé : LA VARIÉTÉ. (a) CANTATILLE.
Le texte critique la musique italienne et loue les auteurs français pour leur capacité à transformer des éléments simples en œuvres enchanteuses. Il décrit le Français comme léger et appréciant la variété. Il met en garde contre l'esclavage des goûts et des amours, prônant la liberté de changer d'intérêt. Un papillon symbolise cette liberté, se condamnant s'il se fixe sur une seule fleur.
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8270
p. 66-68
Extrait d'une Lettre de Saragosse du 16. Aoust.
Début :
Le Chasteau d'Arens se rendit le 1r de ce mois, & le [...]
Mots clefs :
Saragosse, Régiment
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Saragosse du 16. Aoust.
Extrait d'une Lettre de Sa,
ragosse du 16. Aoust.
Le Chasteau d'Avens se
rendit le i' de re mois, & le
General Showel qui sj étoit
retiréa estéfaitprisonnieravec
prés de cent Allemans &quelques
dutrèsTroupes,&Àillà
Marquis d'.drpajouJqui commandoit
à cesiegeestalléfaire
celuy du Chasteau de Venasque>
afin de resserrer les Ennemisducostéde
la Mer; Couvrir
une communication
avec la Guyenne, Ily a cil
un grand tumulte à Barcelone
y
à l'occasin de l'embarquement
de l'archiduc, la
populace s'étant mutinée pour
s'y opposer,yayantestéexcitée
par deux Regiments de
la nation: mais ce tumulte n'a
point eû de suite. Cependant
l'on prit des mesures pour en
empêcher de nouveaux en faisant
embarquer ces deux Regiments
pour les transporter
ailleurs
, &en faisant répandre
le bruit que l'Archiducne
devait s'embarquer que pour
paferà Tarragone&Je mettre
ala teste dtJon Armée.
ragosse du 16. Aoust.
Le Chasteau d'Avens se
rendit le i' de re mois, & le
General Showel qui sj étoit
retiréa estéfaitprisonnieravec
prés de cent Allemans &quelques
dutrèsTroupes,&Àillà
Marquis d'.drpajouJqui commandoit
à cesiegeestalléfaire
celuy du Chasteau de Venasque>
afin de resserrer les Ennemisducostéde
la Mer; Couvrir
une communication
avec la Guyenne, Ily a cil
un grand tumulte à Barcelone
y
à l'occasin de l'embarquement
de l'archiduc, la
populace s'étant mutinée pour
s'y opposer,yayantestéexcitée
par deux Regiments de
la nation: mais ce tumulte n'a
point eû de suite. Cependant
l'on prit des mesures pour en
empêcher de nouveaux en faisant
embarquer ces deux Regiments
pour les transporter
ailleurs
, &en faisant répandre
le bruit que l'Archiducne
devait s'embarquer que pour
paferà Tarragone&Je mettre
ala teste dtJon Armée.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Saragosse du 16. Aoust.
Le 1er août, le château d'Avens tomba et le général Showel fut capturé avec environ cent Allemands. Le marquis d'Aprajou se prépara à assiéger Venasque. À Barcelone, une émeute éclata contre l'embarquement de l'archiduc, mais fut réprimée. Des mesures furent prises pour éviter de nouveaux troubles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8271
p. 88-90
« Mais si je ne me presse pas assez de placer son [...] »
Début :
Mais si je ne me presse pas assez de placer son [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Mais si je ne me presse pas assez de placer son [...] »
Mais si je ne me presse
pas assez de placer son
Ouvrage, c'est peur-être
parce qu'il s'cft trop
pressé de l'envoyer;
peut-être le sujet en est
trop sérieux; peut-être
est-iltrop gaillard;
peut-être enfin est-ce
sa faute, peut-être
aussi est-ce la mienne,
qui a tort a tort,
oublions le passé, &
eftabliffons pour l'avenir
un commerce plus
régulier,recomi-nenços
sur nouveauxfraisJene
mets rien ici de ce qu'on
m'a envoyé les mois
passez,n'en parlons plus
cela est trop vieux, je
voudrois mêmedonner
une forme nouvelle au
badinage de celui-cy,
pour bouts rimez, par
exemple: toutes les rimes
en ique & en ac:
qui sont dans Riche-
Ici.
Au lieu de réponse
à des Questions, je demande
des Conseils.
pas assez de placer son
Ouvrage, c'est peur-être
parce qu'il s'cft trop
pressé de l'envoyer;
peut-être le sujet en est
trop sérieux; peut-être
est-iltrop gaillard;
peut-être enfin est-ce
sa faute, peut-être
aussi est-ce la mienne,
qui a tort a tort,
oublions le passé, &
eftabliffons pour l'avenir
un commerce plus
régulier,recomi-nenços
sur nouveauxfraisJene
mets rien ici de ce qu'on
m'a envoyé les mois
passez,n'en parlons plus
cela est trop vieux, je
voudrois mêmedonner
une forme nouvelle au
badinage de celui-cy,
pour bouts rimez, par
exemple: toutes les rimes
en ique & en ac:
qui sont dans Riche-
Ici.
Au lieu de réponse
à des Questions, je demande
des Conseils.
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Résumé : « Mais si je ne me presse pas assez de placer son [...] »
Le texte discute d'un ouvrage non placé, évoquant plusieurs hypothèses : l'auteur trop pressé, un sujet trop sérieux ou audacieux. La faute pourrait être partagée. L'auteur propose d'oublier le passé et d'établir un commerce régulier. Il souhaite renouveler le badinage avec des rimes spécifiques et demande des conseils plutôt que des réponses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8272
p. 293-295
ENIGME.
Début :
En voicy de nouvelles, les devinera qui voudra, pour moy / Je suis utile au sujet comme au Roy ; [...]
Mots clefs :
Parasol
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
En voicy de nouvelles , les
devinera qui voudra , pour
moy je les ay devinées du pro
mier coup.
ENIGME.
JeSuis utileau sujet comme
au Roy ;
Désqueje nefers plus ,je change
Bb iij
294 MERCURE
FT de figure ,
Demême que de nom ,selon la
conjoncture p
Du temps auquel on vient àfe
fervir de moy.
Jugez de ma maigreur on me
voit les arrêtes ;
Je ne fuis pas un Monstre ,
pourtantſous mon corps ,
Il s'est trouvé jusqu'à ordistéves ,
Quise gardoient toujours de paroiftre
en dehors.
Parles noms queje porte , on peut
affez connoistre ,
Qu'en Automne , en Hyver ,
en Printemps , en Eté ,
Jeſuis degrande utilité.
GALANT . 295
-
Lecteurrêve àpreſentfur ce que
je puis eftre ?
devinera qui voudra , pour
moy je les ay devinées du pro
mier coup.
ENIGME.
JeSuis utileau sujet comme
au Roy ;
Désqueje nefers plus ,je change
Bb iij
294 MERCURE
FT de figure ,
Demême que de nom ,selon la
conjoncture p
Du temps auquel on vient àfe
fervir de moy.
Jugez de ma maigreur on me
voit les arrêtes ;
Je ne fuis pas un Monstre ,
pourtantſous mon corps ,
Il s'est trouvé jusqu'à ordistéves ,
Quise gardoient toujours de paroiftre
en dehors.
Parles noms queje porte , on peut
affez connoistre ,
Qu'en Automne , en Hyver ,
en Printemps , en Eté ,
Jeſuis degrande utilité.
GALANT . 295
-
Lecteurrêve àpreſentfur ce que
je puis eftre ?
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8273
p. 297-299
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
On va jouer à ce théâtre les deux nouvelles Comédies de M. Dorat, que nous avons [...]
Mots clefs :
Rôle, Jouer, Expression, Mademoiselle Saint-Val aînée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le texte annonce les prochaines représentations de deux nouvelles comédies de M. Dorat, mais se concentre sur les représentations récentes de plusieurs pièces. M. Brissard a interprété Mithridate avec succès, ajoutant des détails inédits au rôle. Mme Vestris a joué Monime avec décence, douleur noble et sensibilité réfléchie, recevant de grands applaudissements, notamment dans le rôle de Roxane. Mlle Sainval l'aînée a interprété divers rôles, excellant particulièrement dans celui de Mérope, mais montrant des inégalités dans d'autres rôles. M. de la Rive a été applaudi dans les rôles d'Achille, Œdipe et Antiochus. M. Molé est revenu après une absence pour jouer le Misanthrope, surmontant l'austérité du personnage grâce à sa polyvalence. Madame Molé a été applaudie dans le rôle de Célimène, et M. Fleury a bien interprété Acaste, malgré la comparaison avec la précédente performance de M. Molé.
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8274
p. 293-296
Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur l'Histoire générale des Tribunaux des Peuples, tant anciens que modernes, [...]
Mots clefs :
Tribunaux, M. des Essarts, Nations, Histoire, Temps, Tragédie, Adultère, Alger, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
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Résumé : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux' de M. Des Effarts, avocat et membre de plusieurs académies, compile des anecdotes et jugements célèbres des tribunaux à travers les âges et les nations. Le premier volume, publié à Paris, se concentre sur les criminels notoires et les tragédies inspirées des archives judiciaires. L'auteur vise à réformer les lois criminelles françaises en examinant les méthodes judiciaires mondiales, souvent préjudiciables aux innocents. Il compare les lois pénales de diverses nations et propose des améliorations pour mieux dissuader les délinquants. Des articles spécifiques traitent de sujets comme l'adultère, Alger et l'Angleterre, détaillant les supplices et les systèmes judiciaires variés. Bien que certains articles puissent être améliorés, l'ouvrage est jugé utile et agréable pour sa compilation d'informations dispersées. M. Des Effarts, grâce à sa connaissance des causes célèbres et ses contacts avec des voyageurs et des ambassadeurs, est bien placé pour enrichir les futurs volumes.
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8275
p. 297-300
Ordre de bataille des troupes campées au Saulx Doux.
Début :
Droite. Mignons, 1. bataillon. Anjou, 2. bat. Bassigny, 2. bat. [...]
Mots clefs :
Ordre de bataille, Troupes, Saulx Doux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ordre de bataille des troupes campées au Saulx Doux.
Ordre de bataille des troupes
campées au Saulx Donx..
Droite.
Mignons,
1.I bataillon.
Anjou ,
Baffigny ,
Blaifois,
2. bat.
2. bat.
2. bat,
Beauvoifis , 2. bat.
Angonnois ,
1. bati
L'Ile de France , 2. bat.
Boillieux ,
1. bat.
1.3. bataillons..
298 MERCURE
Flandres ,
Gauche.
Soiffonnois ,
La Marine,
Ponthieu ,
2.bataillons
2. bat..
3. bat
.
2. bat.
Sanzey ,
2. bat..
Dillon ,
1.bat
.
Boucke ,
1.bat..
Beuvick ,
2. bat.
Provence , 2.bat.
Perigord ,
1. bat..
Forêt , 2. bat..
Gâtinois 2. bat.
22. bataillons..
GALANT. 299
Referve.
Briouze ,
1. bat.
Rouffille , 1. bat.
2. bataillons..
Dragons.
Dauphin ,
Droite ,
Gauche,
Referve,
3. efcadrons.
Totaux.
Infanterie.
37.
De l'autre part ,
1-3 bat.
22 bat.
2. bat.
bataillons
.
27. bat.
64. bataillons
.
3.00 MERCURE
Cavalerie & Dragons.
Dé l'autre part , - 26. efcad.
Referve , 3. efcad.
29. cfcadrons.
campées au Saulx Donx..
Droite.
Mignons,
1.I bataillon.
Anjou ,
Baffigny ,
Blaifois,
2. bat.
2. bat.
2. bat,
Beauvoifis , 2. bat.
Angonnois ,
1. bati
L'Ile de France , 2. bat.
Boillieux ,
1. bat.
1.3. bataillons..
298 MERCURE
Flandres ,
Gauche.
Soiffonnois ,
La Marine,
Ponthieu ,
2.bataillons
2. bat..
3. bat
.
2. bat.
Sanzey ,
2. bat..
Dillon ,
1.bat
.
Boucke ,
1.bat..
Beuvick ,
2. bat.
Provence , 2.bat.
Perigord ,
1. bat..
Forêt , 2. bat..
Gâtinois 2. bat.
22. bataillons..
GALANT. 299
Referve.
Briouze ,
1. bat.
Rouffille , 1. bat.
2. bataillons..
Dragons.
Dauphin ,
Droite ,
Gauche,
Referve,
3. efcadrons.
Totaux.
Infanterie.
37.
De l'autre part ,
1-3 bat.
22 bat.
2. bat.
bataillons
.
27. bat.
64. bataillons
.
3.00 MERCURE
Cavalerie & Dragons.
Dé l'autre part , - 26. efcad.
Referve , 3. efcad.
29. cfcadrons.
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Résumé : Ordre de bataille des troupes campées au Saulx Doux.
Le document décrit l'ordre de bataille des troupes au Saulx Donx, divisé en trois sections : Droite, Gauche et Réserve. La section Droite compte 13 bataillons et 3 escadrons. La section Gauche inclut 12 bataillons et 26 escadrons. La Réserve comprend 2 bataillons et 3 escadrons. Au total, l'infanterie compte 64 bataillons et la cavalerie 29 escadrons.
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8276
p. 6-9
EXTRAIT d'une autre Lettre de Sarragosse du 24. Juillet.
Début :
Monsieur de Vendosme ayant esté informé qu'un Corps de [...]
Mots clefs :
Saragosse, Troupes, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre de Sarragosse du 24. Juillet.
EXTRAIT
d'une autre Lettre de
Sarragosse du 14.Juillet.
Monsieur de Vendosme
ayantestéinformé qu'un Corps
de Rebelles de Catalans e
autres refugiez à Barcelone , devoit s'y embarquerpouraller
faire une descente dans le
Royaume de Valence afin de
tâcherd'y exciter unerevolte,
il depescha un Courier à Don
Francisco Gaetano Lieutenant
General quiy conmmande ,
pour l'avertir de se tenir sur
sesgardes.Ces rebelless'attendaient
que dés qu'ils parois
troient
3
ils seroient joints
parplus de cinq cens Bandits
Mec lesquels ils aboient eit
correspondance ; mais ils ne
sçavoient pas qu'ils avoient
déjà estépresque tous tuez
, ou
pendus, en forte qu'ilsfurent
tres surpris lors qu'ayant debarqué
a l'embouchure dit
JCucarj au lieu d'y estre joints
par d'autresRebelles,ils furent
iwueftis par des sujets fidelles,
de maniere qu'ils furent tour
tUez on pris.Trois freres de la
MaisonIbanez se sont distinguez
dans cette actionainsi
qu'ils avoient déja fait en
plusieurs autres. Ils promettent
de maintenir le Royaume en
paix avec les troupes qui y
sont, & le Regiment qu'ils
levent.
Les Troupes de Catalogne
occupent toujours les mesmes
postis. On a construit desfours
à Puel-Pech afin de pouvoir
leurfournirplus promptement
le pain.
On a eu la confirmation des
troubles qui font à Barçeloney
où l'Archiduc a fait rentrer
deux RégimentsAllemanspoursa
d'une autre Lettre de
Sarragosse du 14.Juillet.
Monsieur de Vendosme
ayantestéinformé qu'un Corps
de Rebelles de Catalans e
autres refugiez à Barcelone , devoit s'y embarquerpouraller
faire une descente dans le
Royaume de Valence afin de
tâcherd'y exciter unerevolte,
il depescha un Courier à Don
Francisco Gaetano Lieutenant
General quiy conmmande ,
pour l'avertir de se tenir sur
sesgardes.Ces rebelless'attendaient
que dés qu'ils parois
troient
3
ils seroient joints
parplus de cinq cens Bandits
Mec lesquels ils aboient eit
correspondance ; mais ils ne
sçavoient pas qu'ils avoient
déjà estépresque tous tuez
, ou
pendus, en forte qu'ilsfurent
tres surpris lors qu'ayant debarqué
a l'embouchure dit
JCucarj au lieu d'y estre joints
par d'autresRebelles,ils furent
iwueftis par des sujets fidelles,
de maniere qu'ils furent tour
tUez on pris.Trois freres de la
MaisonIbanez se sont distinguez
dans cette actionainsi
qu'ils avoient déja fait en
plusieurs autres. Ils promettent
de maintenir le Royaume en
paix avec les troupes qui y
sont, & le Regiment qu'ils
levent.
Les Troupes de Catalogne
occupent toujours les mesmes
postis. On a construit desfours
à Puel-Pech afin de pouvoir
leurfournirplus promptement
le pain.
On a eu la confirmation des
troubles qui font à Barçeloney
où l'Archiduc a fait rentrer
deux RégimentsAllemanspoursa
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Résumé : EXTRAIT d'une autre Lettre de Sarragosse du 24. Juillet.
Le 14 juillet à Sarragosse, des informations ont révélé que des rebelles catalans et des réfugiés de Barcelone prévoyaient de débarquer dans le Royaume de Valence pour déclencher une révolte. Monsieur de Vendosme a alerté Don Francisco Gaetano, Lieutenant Général. Les rebelles attendaient des renforts de plus de cinq cents bandits, ignorant que la plupart avaient été tués ou pendus. À leur débarquement à l'embouchure du Júcar, ils ont été attaqués par des sujets fidèles et subirent des pertes. Trois frères de la Maison Ibanez se sont illustrés dans cette action. Ils ont promis de maintenir la paix avec les troupes présentes et celles qu'ils lèvent. Les troupes catalanes occupent toujours les mêmes positions. Des fours ont été construits à Puel-Pech pour approvisionner plus rapidement les troupes en pain. Les troubles à Barcelone ont été confirmés, avec l'arrivée de deux régiments allemands pour la sécurité de l'Archiduc.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8277
p. 293-298
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné la Charge de Conseiller d'Etat, vacante [...]
Mots clefs :
Dame, Marquis, Roi, Abbaye, Duc de Berry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Le Roy a donné laCharge
de Conſeiller d'Etat , vacante
pat la mort de M. Bofe , àM.
dela Berchere de la Rochepor,
devantMaiſtre des Requê
tes del Hoſtel , Chancelier de
Monſeigneur leDuc de Berry,
&gendre de M. leChancelier,
Bb iij
294 MERCURE
Le mois s'avance & la matiere
me preſſe, c'eſt pourquoy
je ſuis d'avis dene plus preluder
juſqu'à la fin du Livre , &
de vous donner le reſte des
articles qui doivent ſervir à le
remplir , comme ils me tomberont
ſous la main ; ainſi je
vous annonce ſans preambule
que le 20. du mois paflé , le
Roy donna fur lapreſentation
deM. leDucd'Orleans , l'Ab
baye de Longpont Ordre de
Citeaux, Dioceſe de Soiffons ,
àM. de la Vergne Montenar
de Treffant Comte de Lyon ,
premier Aumônier de M. le
GALANT 295
Duc d'Orleans. Ce nouvel
Abbé eſt,neveu de Meſfire
Loüis de laVergne deTreffans
Evêque du Mans , & forty
d'une nobleſſe distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre de S. Benoist , Diocele
deLangres à la Dame de Pezeux
, fortie de la Maiſon de
Pras ,en Franche Comté , &
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiſeul.
L'Abbaye de Blefle , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de S.
Flour , à la Dame de Chava .
.gnac , d'une nobleſſe diſtin-
Bb iiij
296 MERCURE
guée d'Auvergne..
L'Abbaye de Charenton
Ordre des. Benoist,Diocese de
Bourges à la Dame deMontgon
, de la Maiſon de Beauverger
, l'une des plus diſtinguées
de la Province d'Auver
gne par fon ancienneté& par
fes alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé qua.
tre Dames du Palais à Madame
la Ducheffe de Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
deüil ſçavoir , Madame la
Marquiſe de Coëtenfao, femmedeM.
leMarquis de Coë
GALANT 297
tenfao , Chevalier d'Honneur
de cette Princeſſe , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy.
Madame la Marquiſe de Bran
cas , femme de M. le Marquis
deBrancas , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , Gouver
neur deGironne,Chevalier de
la Toiſon d'or & Ambaffadeur
en Eſpagne. Madame la
MarquisedeClermont,femme
M. le Marquis de Clermont ,.
Capitaine des Gardes du
Corps de feu Monſeigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquile de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons Mar
298 MERCURE
tre de la Garderobe de feu
Monſeigneur leDuc de Berry.
de Conſeiller d'Etat , vacante
pat la mort de M. Bofe , àM.
dela Berchere de la Rochepor,
devantMaiſtre des Requê
tes del Hoſtel , Chancelier de
Monſeigneur leDuc de Berry,
&gendre de M. leChancelier,
Bb iij
294 MERCURE
Le mois s'avance & la matiere
me preſſe, c'eſt pourquoy
je ſuis d'avis dene plus preluder
juſqu'à la fin du Livre , &
de vous donner le reſte des
articles qui doivent ſervir à le
remplir , comme ils me tomberont
ſous la main ; ainſi je
vous annonce ſans preambule
que le 20. du mois paflé , le
Roy donna fur lapreſentation
deM. leDucd'Orleans , l'Ab
baye de Longpont Ordre de
Citeaux, Dioceſe de Soiffons ,
àM. de la Vergne Montenar
de Treffant Comte de Lyon ,
premier Aumônier de M. le
GALANT 295
Duc d'Orleans. Ce nouvel
Abbé eſt,neveu de Meſfire
Loüis de laVergne deTreffans
Evêque du Mans , & forty
d'une nobleſſe distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre de S. Benoist , Diocele
deLangres à la Dame de Pezeux
, fortie de la Maiſon de
Pras ,en Franche Comté , &
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiſeul.
L'Abbaye de Blefle , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de S.
Flour , à la Dame de Chava .
.gnac , d'une nobleſſe diſtin-
Bb iiij
296 MERCURE
guée d'Auvergne..
L'Abbaye de Charenton
Ordre des. Benoist,Diocese de
Bourges à la Dame deMontgon
, de la Maiſon de Beauverger
, l'une des plus diſtinguées
de la Province d'Auver
gne par fon ancienneté& par
fes alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé qua.
tre Dames du Palais à Madame
la Ducheffe de Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
deüil ſçavoir , Madame la
Marquiſe de Coëtenfao, femmedeM.
leMarquis de Coë
GALANT 297
tenfao , Chevalier d'Honneur
de cette Princeſſe , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy.
Madame la Marquiſe de Bran
cas , femme de M. le Marquis
deBrancas , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , Gouver
neur deGironne,Chevalier de
la Toiſon d'or & Ambaffadeur
en Eſpagne. Madame la
MarquisedeClermont,femme
M. le Marquis de Clermont ,.
Capitaine des Gardes du
Corps de feu Monſeigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquile de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons Mar
298 MERCURE
tre de la Garderobe de feu
Monſeigneur leDuc de Berry.
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8278
p. 49-54
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE, Au sujet du projet d'un nouveau Dictionnaire plus utile que tous les autres, inseré dans le Mercure du mois de Juillet de cette année.
Début :
MONSIEUR, il est bien douloureux pour toute la Nation Françoise qui [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Auteur, Goût, Promenade
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE, Au sujet du projet d'un nouveau Dictionnaire plus utile que tous les autres, inseré dans le Mercure du mois de Juillet de cette année.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
Au fujet du projet d'un nouveau Dictionnaire
plus utile que tous les autres , inforé dans le
Mercure du mois de Juillet de cette année.
M
ONSIEUR , il eft bien douloureux
pour toute la Nation Françoife qui
fait à votre livre l'accueil le plus flatteur ,
de voir que vous y infériez journellement
une critique de fes moeurs , de fes goûts ,
de fes ufages , & de fes plaifirs ; la reconnoiffance
devroit au moins agir autant fur
vous , Monfieur , que l'amour de la patrie
le fait fur moi , je vais donc attaquer fans
ménagement l'homme de Province qui s'avife
de donner des projets de nouveaux
dictionnaires , & de s'ériger en Ariftarque
de ce qu'il y a de plus aimable dans Paris .
L'Auteur de la Lettre devroit être regardé
comme perturbateur des amufemens publics
, & comme contraire à la circulation
générale des efpeces , d'où naît l'abondance
dans un Etat.
Un Etranger , qui n'auroit pas de Paris
une idée jufte , croiroit avec raifon qu'il
n'y a pas deux perfonnes du monde en
état de parler bon fens ; il eft à croire ,
C
so MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , que l'Auteur étoit lui - même
un élégant Provincial auquel il ne manquoit
plus que le poli de Paris , & qui étoit
venu pour le prendre dans les cercles des
géns comme il faut, c'est-à- dire , chez ceux ,
qu'il critique avec tant d'animofité .
paru-
Je conviendrai avec lui que notre maniere
de vivre differe en tout de celle de
nos peres , mais j'obferverai que nos peres
vivoient auffi différemment de nos ayeux ;
ces variations font l'ouvrage du tems, les fiécles
à venir en éprouveront de femblables .
Il me paroît tout fimple qu'une jeune
femme s'occupe de fes diamans, de fa
re , d'une partie de campagne , des fpectacles.
Veut- on que depuis 15 jufqu'à25 ans ,
elle foit occupée des affaires de fa maifon
pour fe donner des ridicules , ou qu'elle
paroille aimer fon mari pour le faire montrer
au doigt ? Non ; il faut fuivre le torrent
, l'ufage eft de s'amufer de ponpons ,
il faut le faire ; le bon ton veut qu'elles
aient des amans , elles font très - bien d'en
avoir ; il eft reçu de faire du jour la nuit ,
& de la nuit le jour , en dépit de la fanté ,
il faut encore en paffer par- là .
L'Auteur de la critique veut- il donc
réformer des chofes que l'ufage cimente encore
tous les jours à imagine-t- il qu'après la
lecture de fa lettre , tout va prendre une
NOVEMBRE. 1755. 51
nouvelle forme veut-il , dis-je , qu'un
jeune abbé fe prive des amuſemens d'un
homme de qualité ? croit- il que le jeune
magiftrat réformera une heure de toilette ,
fuira les fpectacles & les promenades ? a-t- il
pu fe perfuader que le jeune feigneur négligera
la tenue de fes chevaux , l'élégance
de fes habits , la gloire d'en avoir un
d'un goût nouveau , & celle d'enlever une
actrice au meilleur de fes amis en apparence?
Non ; c'eft perdre fon tems que de travailler
à la métamorphofe de tous ces Meffieurs.
On pourroit croire que je m'érige moimême
en critique ; il n'en eft rien . Le
goût changeant du François me paroît auffi
naturel que la conftance du Hollandois à
fumer fa pipe & à boire fa bierre . Je ne
trouve pas plus extraordinaire que l'on
coure une parodie , que de voir tout Londres
s'affembler pour un combat de coas ,
ou pour une courfe de chevaux ; j'aime autant
voir un jeune homme , afficher une
femme en la fuivant partout , qu'un Efpa
gnol paffer toutes les nuits , la guittare à la
main , fous les fenêtres de fa maîtreffe , &
je préfere l'humeur docile des maris François
, à la noire jaloufie des Italiens . * Le
goût changeant de la Nation ne trouble en
Les Italiens fe francifent tous les jours fur ce
-point.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
fien la tranquillité de l'Etat ; on ne voit
pas les partifans des culs de finges s'affembler
& recourir à l'autorité fuprême pour
demander le banniffement des cabriolets ;
chacun fe fait voiturer fuivant fon goût.
Le Philofophe préfére la défobligeante à la
diligence pour n'être pas dans la néceffité
de placer un ennuyeux à fes côtés : l'homme
à bonnes fortunes fait ufage du vis - àvis
, la voiture feule le caractériſe .
Pourquoi donc faire un crime à l'induftrie
des jolis riens qu'elle met au jour , s'il
fe trouve des gens de goût pour les payer ?
Eft - on en droit de trouver mauvais qu'un
homme fenfé faffe mettre fur fa voiture
un vernis de Martin , pendant qu'une fimple
peinture fuffiroit pour le voiturer auffi
commodément.
Je fuis convaincu , Monfieur , que l'Auteur
que je fronde , a été payé par les habitans
du Palais Royal , par le Suiffe ou la
Cafferiere des Tuilleries , pour tourner les
partifans du boulevard en ridicule , N'y at-
il pas de l'équité à laiffer jouir ceux qui
ont des maifons & des jardins fur cette
promenade , d'un avantage auffi inattendu?
cette même inconftance de la Nation
ne leur caufe-t- elle pas les plus vives allarmes,
parla certitude où ils font d'être délaiffés
avant peu, puifque la nouvelle place que
NOVEMBRE. 1755. 55
l'on fait aujourd'hui , affure au Cours un
regne plus brillant qu'aucun qu'il ait
déja eu ?
C'eft à tort que l'Auteur attaque le boulevard
fur fon irrégularité ; il s'enfuivroit
donc de-là qu'on ne devroit jamais quitter
les Tuilleries ; l'on voit cependant tous
les jours préférer une promenade champêtre
, qui doit tous fes agrémens à la feule
nature , aux jardins délicieux de Verſailles .
Je pourrois , Monfieur , entreprendre
Papologie des bourgeoifes du Marais , en
difant que l'Auteur les connoît mal , s'il
attribue le reproche qu'il leur fait de refter
jufqu'à la nuit fermée , à la vanité de ne
vouloir pas paroître s'en retourner à pied :
il n'eft pas du tout ridicule en province ,
d'aller à la promenade de cette maniere ,
& d'en revenir de même ; & ce n'eft pas
une néceffité que les habitans du Marais
fuivent les ufages , & fe modelent fur
Paris.
L'Auteur paroît avoir d'affez heureuſes
difpofitions pour être nommé controlleur
des modes & ufages , des habits & coëffures
tant d'hommes que de femmes , des voitures
grandes , petites , & de toute espece
tombereaux , & c. Les fonctions de cette
place ne font pas plus difficiles à remplir ,
que celle du Fâcheux de Moliere qui folli-
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
citoit l'infpection de toutes les enfeignes ,
& le projet de fon nouveau dictionnaire ,
équivaut bien à celui de mettre toutes les
côtes du Royaume en ports de mer.
Je ne crains pas , Monfieur , que vous
refufiez d'inférer cette lettre dans votre
Mercure , c'eſt le moyen de vous diſculper
auprès des gens comme il faut , de faire
connoître la pureté de vos intentions , &
de vous attirer les remerciemens du public
élégant.
Quant à moi , dont la modeftie auroit
trop à fouffrir , fi mon nom étoit connu ,
je veux , en le taifant , m'éviter l'importunité
de la reconnoiffance générale.
J'ai l'honneur d'être , &c.
C. D.
A L'AUTEUR DU MERCURE,
Au fujet du projet d'un nouveau Dictionnaire
plus utile que tous les autres , inforé dans le
Mercure du mois de Juillet de cette année.
M
ONSIEUR , il eft bien douloureux
pour toute la Nation Françoife qui
fait à votre livre l'accueil le plus flatteur ,
de voir que vous y infériez journellement
une critique de fes moeurs , de fes goûts ,
de fes ufages , & de fes plaifirs ; la reconnoiffance
devroit au moins agir autant fur
vous , Monfieur , que l'amour de la patrie
le fait fur moi , je vais donc attaquer fans
ménagement l'homme de Province qui s'avife
de donner des projets de nouveaux
dictionnaires , & de s'ériger en Ariftarque
de ce qu'il y a de plus aimable dans Paris .
L'Auteur de la Lettre devroit être regardé
comme perturbateur des amufemens publics
, & comme contraire à la circulation
générale des efpeces , d'où naît l'abondance
dans un Etat.
Un Etranger , qui n'auroit pas de Paris
une idée jufte , croiroit avec raifon qu'il
n'y a pas deux perfonnes du monde en
état de parler bon fens ; il eft à croire ,
C
so MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , que l'Auteur étoit lui - même
un élégant Provincial auquel il ne manquoit
plus que le poli de Paris , & qui étoit
venu pour le prendre dans les cercles des
géns comme il faut, c'est-à- dire , chez ceux ,
qu'il critique avec tant d'animofité .
paru-
Je conviendrai avec lui que notre maniere
de vivre differe en tout de celle de
nos peres , mais j'obferverai que nos peres
vivoient auffi différemment de nos ayeux ;
ces variations font l'ouvrage du tems, les fiécles
à venir en éprouveront de femblables .
Il me paroît tout fimple qu'une jeune
femme s'occupe de fes diamans, de fa
re , d'une partie de campagne , des fpectacles.
Veut- on que depuis 15 jufqu'à25 ans ,
elle foit occupée des affaires de fa maifon
pour fe donner des ridicules , ou qu'elle
paroille aimer fon mari pour le faire montrer
au doigt ? Non ; il faut fuivre le torrent
, l'ufage eft de s'amufer de ponpons ,
il faut le faire ; le bon ton veut qu'elles
aient des amans , elles font très - bien d'en
avoir ; il eft reçu de faire du jour la nuit ,
& de la nuit le jour , en dépit de la fanté ,
il faut encore en paffer par- là .
L'Auteur de la critique veut- il donc
réformer des chofes que l'ufage cimente encore
tous les jours à imagine-t- il qu'après la
lecture de fa lettre , tout va prendre une
NOVEMBRE. 1755. 51
nouvelle forme veut-il , dis-je , qu'un
jeune abbé fe prive des amuſemens d'un
homme de qualité ? croit- il que le jeune
magiftrat réformera une heure de toilette ,
fuira les fpectacles & les promenades ? a-t- il
pu fe perfuader que le jeune feigneur négligera
la tenue de fes chevaux , l'élégance
de fes habits , la gloire d'en avoir un
d'un goût nouveau , & celle d'enlever une
actrice au meilleur de fes amis en apparence?
Non ; c'eft perdre fon tems que de travailler
à la métamorphofe de tous ces Meffieurs.
On pourroit croire que je m'érige moimême
en critique ; il n'en eft rien . Le
goût changeant du François me paroît auffi
naturel que la conftance du Hollandois à
fumer fa pipe & à boire fa bierre . Je ne
trouve pas plus extraordinaire que l'on
coure une parodie , que de voir tout Londres
s'affembler pour un combat de coas ,
ou pour une courfe de chevaux ; j'aime autant
voir un jeune homme , afficher une
femme en la fuivant partout , qu'un Efpa
gnol paffer toutes les nuits , la guittare à la
main , fous les fenêtres de fa maîtreffe , &
je préfere l'humeur docile des maris François
, à la noire jaloufie des Italiens . * Le
goût changeant de la Nation ne trouble en
Les Italiens fe francifent tous les jours fur ce
-point.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
fien la tranquillité de l'Etat ; on ne voit
pas les partifans des culs de finges s'affembler
& recourir à l'autorité fuprême pour
demander le banniffement des cabriolets ;
chacun fe fait voiturer fuivant fon goût.
Le Philofophe préfére la défobligeante à la
diligence pour n'être pas dans la néceffité
de placer un ennuyeux à fes côtés : l'homme
à bonnes fortunes fait ufage du vis - àvis
, la voiture feule le caractériſe .
Pourquoi donc faire un crime à l'induftrie
des jolis riens qu'elle met au jour , s'il
fe trouve des gens de goût pour les payer ?
Eft - on en droit de trouver mauvais qu'un
homme fenfé faffe mettre fur fa voiture
un vernis de Martin , pendant qu'une fimple
peinture fuffiroit pour le voiturer auffi
commodément.
Je fuis convaincu , Monfieur , que l'Auteur
que je fronde , a été payé par les habitans
du Palais Royal , par le Suiffe ou la
Cafferiere des Tuilleries , pour tourner les
partifans du boulevard en ridicule , N'y at-
il pas de l'équité à laiffer jouir ceux qui
ont des maifons & des jardins fur cette
promenade , d'un avantage auffi inattendu?
cette même inconftance de la Nation
ne leur caufe-t- elle pas les plus vives allarmes,
parla certitude où ils font d'être délaiffés
avant peu, puifque la nouvelle place que
NOVEMBRE. 1755. 55
l'on fait aujourd'hui , affure au Cours un
regne plus brillant qu'aucun qu'il ait
déja eu ?
C'eft à tort que l'Auteur attaque le boulevard
fur fon irrégularité ; il s'enfuivroit
donc de-là qu'on ne devroit jamais quitter
les Tuilleries ; l'on voit cependant tous
les jours préférer une promenade champêtre
, qui doit tous fes agrémens à la feule
nature , aux jardins délicieux de Verſailles .
Je pourrois , Monfieur , entreprendre
Papologie des bourgeoifes du Marais , en
difant que l'Auteur les connoît mal , s'il
attribue le reproche qu'il leur fait de refter
jufqu'à la nuit fermée , à la vanité de ne
vouloir pas paroître s'en retourner à pied :
il n'eft pas du tout ridicule en province ,
d'aller à la promenade de cette maniere ,
& d'en revenir de même ; & ce n'eft pas
une néceffité que les habitans du Marais
fuivent les ufages , & fe modelent fur
Paris.
L'Auteur paroît avoir d'affez heureuſes
difpofitions pour être nommé controlleur
des modes & ufages , des habits & coëffures
tant d'hommes que de femmes , des voitures
grandes , petites , & de toute espece
tombereaux , & c. Les fonctions de cette
place ne font pas plus difficiles à remplir ,
que celle du Fâcheux de Moliere qui folli-
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
citoit l'infpection de toutes les enfeignes ,
& le projet de fon nouveau dictionnaire ,
équivaut bien à celui de mettre toutes les
côtes du Royaume en ports de mer.
Je ne crains pas , Monfieur , que vous
refufiez d'inférer cette lettre dans votre
Mercure , c'eſt le moyen de vous diſculper
auprès des gens comme il faut , de faire
connoître la pureté de vos intentions , &
de vous attirer les remerciemens du public
élégant.
Quant à moi , dont la modeftie auroit
trop à fouffrir , fi mon nom étoit connu ,
je veux , en le taifant , m'éviter l'importunité
de la reconnoiffance générale.
J'ai l'honneur d'être , &c.
C. D.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE, Au sujet du projet d'un nouveau Dictionnaire plus utile que tous les autres, inseré dans le Mercure du mois de Juillet de cette année.
Une lettre critique un projet de nouveau dictionnaire présenté dans le Mercure de juillet. L'auteur de la lettre reproche à ce projet de critiquer les mœurs, goûts, usages et plaisirs de la Nation française, et d'entraver les amusements publics ainsi que la circulation des espèces, cruciale pour l'abondance dans un État. L'auteur de la lettre suggère que le critique pourrait être un élégant provincial installé à Paris pour adopter les manières parisiennes. Il reconnaît l'évolution des modes de vie au fil du temps, mais estime que les jeunes femmes doivent se consacrer à leurs loisirs et suivre les usages en vogue, tels que prendre des amants ou fréquenter les spectacles. Il considère que toute tentative de réformer ces habitudes est vaine, car elles sont solidement ancrées par l'usage. Il compare les goûts changeants des Français à la constance des Hollandais et trouve naturel que chaque nation ait ses propres divertissements. Il défend également l'industrie des 'jolis riens' et l'inconstance de la Nation, affirmant que cela ne perturbe pas la tranquillité de l'État. L'auteur accuse le critique d'avoir été rémunéré par les habitants du Palais Royal ou des Tuileries pour tourner en ridicule les partisans du boulevard. Il espère que sa lettre sera publiée dans le Mercure pour disculper l'auteur du projet et attirer les remerciements du public élégant, tout en restant anonyme pour éviter les importunités liées à la reconnaissance générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8279
p. 1751-1757
EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien, contenant quelques Particularitez du Pays des Tartares Kalmuques.
Début :
Depuis la Lettre que je vous écrivis de Nova-Paulava, j'ai continué ma [...]
Mots clefs :
Kalmouks, Tartares, Pays, Nez, Femmes, Tentes, Tribut, Crimée, Gengis Khan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien, contenant quelques Particularitez du Pays des Tartares Kalmuques.
EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien,
contenant quelques Particularitez du
Pays des Tartares Kalmuques .
Epuis la Lettre que je vous écrivis
trivia
de Nova- Paulava , j'ai continué ma
route jusqu'aux Lignes de Czaritien , et la
Ville de ce nom , où je me trouve à present
est presque
dans un nouveau Monde.Rien
ne s'y voit que des Kalmuques et des
Dromadaires
; et vers le Levant , il n'y
a pas une seule Ville jusqu'aux Frontieres
de la Chine . Le Pays au - delà du Volga
, Fleuve qui lave cette Ville , est entierement
habité par les Kalmuques ,
dans l'étenduë de 2000. Woërtes , du côté
de l'Orient . Ils sont sujets à l'Empire de
Russie , et gouvernez par un Kan de
leur Nation , qui est nommé par la Czarine
, quoique toujours choisi dans la mê
me Maison. Cette forme de Gouvernement
n'est pas ancienne parmi eux , car
le Kan d'aujourd'hui
n'en est que le septiéme
.
Au1752
MERCURE DE FRANCE
•
Autrefois chique Famille étoit gouvernée
par son Chef , sans relever que du
Souverain de la Russie ; mais à la fin ,
ce Prince trouva à propos de gouverner
ces Peuples par un Kan ou Viceroy , qui
tient de lui toute son autorité , et dont
la Charge est à vie. Je n'ai pû encore
apprendre s'ils payent de tribut ; mais
je suis plus disposé à croire qu'ils ne sont
obligez que de servir à leurs dépens ,
quand ils sont commandez dans les Expeditions
militaires. Ils sont tous Cavaliers
, et peuvent monter , à ce que j'ai
oui dire , à 200000. Combattans . Ils ne'
Sçavent presque ce que c'est que les Armes
à feu , mais ils sont très - adroits à ti
rer de l'Arc , et 1000. Kalmuques tiennent
bien tête à 3 ou 4. mille Tartares de
Krimée . Ils ont beaucoup de l'air des Negres
d'Affrique , mais leurs nez sont encore
plus camus , et leurs yeux à la Chinoise
, ne sont pas si ouverts de la moitié
Ils sont originairement Mogols , et fu÷
rent , dit-on , laissez dans ce Pays par
Ghengis Khan , lorsqu'il fit la conquête
de l'Asie; et quoiqu'ils disent eux -mê
mes qu'ils sont un reste de l'Armée Macédonienne
, qu'Alexandre le Grand laissa
sur les bords du Volga , leur langage et
leur écriture , qui sont un mauvais Mogol
,
A OUST . 1753 1733.
gol , prouvent clairement leur origine ;
outre qu'ils ont la même Religion , et
que leur Grand- Prêtre , ou Lama , réside
dans le Pays des Mogols , où les principaux
de leur Clergé sont obligez d'ailer
pour recevoir les Ordres Sacrez de leur
Religion. Ils sont fort dévots ; car dès
qu'ils cessent de parler , on les voit occupez
à dire leurs Chapelets , qu'ils portent
toujours pendus à leur col. Un jour
étant surpris de la vitesse avec laquelle
ils parcouroient ces Chapelets , je leur
dis que leur formule de priere devoit être
extrémement courte , ils me répondirent
qu'elle ne consistoit qu'en deux paroles.
mystérieuses , sçavoir , Ommani Badmehunc
, ce qui signifie une belle Fleur , et
une Pierre qui ne tire sa lumiere d'ellemêmes
mais de temps- en- temps ils prennent
un Grain de Chapeler plus grand
qui sert à des Prieres plus longues , dont
je n'ai pas appris le sens.
que
Ces gens - là content mille Miracles deleur
Lama , disant , que celui qui lui doit
succeder , déclare sa Mission aussi - tôt
qu'il est né. Ils s'imaginent qu'il connoît
leurs pensées et sçait leur faire
des réponses , sans qu'ils se donnent la
peine de lui parler. Il y a parmi eux plusieurs
Sectes differentes , quelques - uns
adorent
1754 MERCURE DE FRANCE
adorent des Idoles , les autres la Peau
d'un Lievre , car ils prétendent qu'autrefois
pendant tout le temps d'une famine,
40000. personnes avoient été nourries de
la chair d'un seul animal de cette espece.
Ils traitent leurs Morts de quatre manieres
differentes , suivant les quatre Elemens
, car ils brûlent les uns , ils jertent
les autres dans l'eau , ils en enterrent , et
11 y en a qu'ils exposent à l'air , observant
pour cela le temps de la Lune qu'ils
sont nez , ou qu'ils sont morts . Ils n'ont
presque aucune idée de compassion ; car
si leurs Femmes , leurs Peres ou leurs
Meres sont travaillez d'une longue maladie
, ou vicillissent , il les laissent mourir
de faim .
Leurs Tentes sont infiniment mieux
imaginées que les nôtres , et garantissent
mieux du froid ; aussi aimerois je mieux
y loger que dans certaines maisons que
j'ai vûës ailleurs . On place le feu au beau
milieu de la Tente , et l'on pratique une
ouverture dans le toit , qui est façonné
en dôme , par où la fumée monte , et
quand il ne fume plus , on ferme l'ouverture
; de sorte qu'on s'y chauffe tout
aussi-bien que dans une maison . Ces Tentes
sont construites d'une espece de Feutre
, mais qui est six fois plus épais que
celui
AOUS T. 1733 1755
celui dont on fait nos chapeaux , ce qui
fait qu'on y est chaudement en hyver
et fraîchement en é é . Mais le malheur
est qu'elles sont si pesantes , que la plus
ordinaire fait la charge d'un Dromadaire,
car je n'ai point vŷ de Chameaux à une
bosse , et une bonne Tente , ou dix ou̟
douze personnes pourroient coucher , feroit
bien la charge de deux de ces animaux
. Le Kan est à present à 15. ou, 16,
lieues d'ici , avec 10000. Tentes , habitées
par ses Sujets ; je compte de l'aller
voir avant de quitter ce Pays,
Les Kalmuques ont un usage singulier
en fait d'hospitalité , quand un Etranger
vient chez eux , la marque la plus
ordinaire de leur distinction , c'est de
lui donner le choix de leurs femmes ou
de leurs filles , pour passer la nuit avec
celle qu'il trouve le plus à son gré. Les
femmes sont habillées de même que les
hommes , ce qui cause souvent qu'on
se méprend de Sexe. Ils n'ont d'autres ri
chesses que leur Bétail , dont ils font un
grand trafic avec les Rus es. Leurs Chevaux
ne sont pas beaux , mais ils sont
d'une vigueur surprenante , ils font 20,
ou 25. liües par jour sans se fatiguer,
Le meilleur Cheval du Pays se vend 4,
5. pistoles , et un Cheval ordinaire ne
vaus
1756 MERCURE DE FRANCE
vaut que 4. ou 5. écus ; il est cependant
difficile de dompter leur férocité natarelle
,
ils vont presque tous le pas naturellement.
Je viens d'acheter ici quel
ques- uns de leurs Arcs et de leurs Fleches
, et comme vous me mandez que
vous en avez des Indes Occidentales , j'en
troquerai volontiers deux contre un des
vôtres.
J'espere partir de ce Pays- cy dans 8.
ou 10. jouts , et de continuer mon voyage
par le Don jusqu'à Asoph , là je serai
voisin d'un Peuple poli , et de deux Peuples
barbares. Vous jugerez facilement
que par le premier , j'entends les Turcs ,
et que les deux autres sont les Tartares
de Krimée et ceux de Cuban , les uns
sont au Couchant du Don , les autres au
Levant. Si j'y vois quelque chose digne
de remarque , je ne manquerai pas de
Vous en faire part.
Vous trouverez cy - jointe un Lettre du
Baron de Wedel ; il avoit la fievre lorsqu'il
l'écrivit , c'est une espece de tribut
que tout Etranger doit à ce climat , lorsqu'il
arrive , mais on en est quitte pour
3. ou 4. accès. Il paroît par sa Lettre
qu'il alloit marcher contre quelques Kalmuques
qui refusoient de déferer aux ordres
du Kan .
J'ai
A O UST. 1733. 1757
J'ai acheté un petit Kalmuque qui est
d'une beauté parfaite , selon cux , il n'a
presque rien qui ressemble à un nez , excepté
les narinesses yeux ne sont ouverts
que de la largeur d'une paille. Il est d'un
teint couleut de caivre , couleur trèsestimée
parmi eux.; sçachant lire et écrire
sa Langue. Si vous en avez la moindre
envie , mandez - le- moi , et aussi - tôt
que je serai à Petersbourg , où je compte
d'arriver vers la fin de l'année , je le ferai
partir.
contenant quelques Particularitez du
Pays des Tartares Kalmuques .
Epuis la Lettre que je vous écrivis
trivia
de Nova- Paulava , j'ai continué ma
route jusqu'aux Lignes de Czaritien , et la
Ville de ce nom , où je me trouve à present
est presque
dans un nouveau Monde.Rien
ne s'y voit que des Kalmuques et des
Dromadaires
; et vers le Levant , il n'y
a pas une seule Ville jusqu'aux Frontieres
de la Chine . Le Pays au - delà du Volga
, Fleuve qui lave cette Ville , est entierement
habité par les Kalmuques ,
dans l'étenduë de 2000. Woërtes , du côté
de l'Orient . Ils sont sujets à l'Empire de
Russie , et gouvernez par un Kan de
leur Nation , qui est nommé par la Czarine
, quoique toujours choisi dans la mê
me Maison. Cette forme de Gouvernement
n'est pas ancienne parmi eux , car
le Kan d'aujourd'hui
n'en est que le septiéme
.
Au1752
MERCURE DE FRANCE
•
Autrefois chique Famille étoit gouvernée
par son Chef , sans relever que du
Souverain de la Russie ; mais à la fin ,
ce Prince trouva à propos de gouverner
ces Peuples par un Kan ou Viceroy , qui
tient de lui toute son autorité , et dont
la Charge est à vie. Je n'ai pû encore
apprendre s'ils payent de tribut ; mais
je suis plus disposé à croire qu'ils ne sont
obligez que de servir à leurs dépens ,
quand ils sont commandez dans les Expeditions
militaires. Ils sont tous Cavaliers
, et peuvent monter , à ce que j'ai
oui dire , à 200000. Combattans . Ils ne'
Sçavent presque ce que c'est que les Armes
à feu , mais ils sont très - adroits à ti
rer de l'Arc , et 1000. Kalmuques tiennent
bien tête à 3 ou 4. mille Tartares de
Krimée . Ils ont beaucoup de l'air des Negres
d'Affrique , mais leurs nez sont encore
plus camus , et leurs yeux à la Chinoise
, ne sont pas si ouverts de la moitié
Ils sont originairement Mogols , et fu÷
rent , dit-on , laissez dans ce Pays par
Ghengis Khan , lorsqu'il fit la conquête
de l'Asie; et quoiqu'ils disent eux -mê
mes qu'ils sont un reste de l'Armée Macédonienne
, qu'Alexandre le Grand laissa
sur les bords du Volga , leur langage et
leur écriture , qui sont un mauvais Mogol
,
A OUST . 1753 1733.
gol , prouvent clairement leur origine ;
outre qu'ils ont la même Religion , et
que leur Grand- Prêtre , ou Lama , réside
dans le Pays des Mogols , où les principaux
de leur Clergé sont obligez d'ailer
pour recevoir les Ordres Sacrez de leur
Religion. Ils sont fort dévots ; car dès
qu'ils cessent de parler , on les voit occupez
à dire leurs Chapelets , qu'ils portent
toujours pendus à leur col. Un jour
étant surpris de la vitesse avec laquelle
ils parcouroient ces Chapelets , je leur
dis que leur formule de priere devoit être
extrémement courte , ils me répondirent
qu'elle ne consistoit qu'en deux paroles.
mystérieuses , sçavoir , Ommani Badmehunc
, ce qui signifie une belle Fleur , et
une Pierre qui ne tire sa lumiere d'ellemêmes
mais de temps- en- temps ils prennent
un Grain de Chapeler plus grand
qui sert à des Prieres plus longues , dont
je n'ai pas appris le sens.
que
Ces gens - là content mille Miracles deleur
Lama , disant , que celui qui lui doit
succeder , déclare sa Mission aussi - tôt
qu'il est né. Ils s'imaginent qu'il connoît
leurs pensées et sçait leur faire
des réponses , sans qu'ils se donnent la
peine de lui parler. Il y a parmi eux plusieurs
Sectes differentes , quelques - uns
adorent
1754 MERCURE DE FRANCE
adorent des Idoles , les autres la Peau
d'un Lievre , car ils prétendent qu'autrefois
pendant tout le temps d'une famine,
40000. personnes avoient été nourries de
la chair d'un seul animal de cette espece.
Ils traitent leurs Morts de quatre manieres
differentes , suivant les quatre Elemens
, car ils brûlent les uns , ils jertent
les autres dans l'eau , ils en enterrent , et
11 y en a qu'ils exposent à l'air , observant
pour cela le temps de la Lune qu'ils
sont nez , ou qu'ils sont morts . Ils n'ont
presque aucune idée de compassion ; car
si leurs Femmes , leurs Peres ou leurs
Meres sont travaillez d'une longue maladie
, ou vicillissent , il les laissent mourir
de faim .
Leurs Tentes sont infiniment mieux
imaginées que les nôtres , et garantissent
mieux du froid ; aussi aimerois je mieux
y loger que dans certaines maisons que
j'ai vûës ailleurs . On place le feu au beau
milieu de la Tente , et l'on pratique une
ouverture dans le toit , qui est façonné
en dôme , par où la fumée monte , et
quand il ne fume plus , on ferme l'ouverture
; de sorte qu'on s'y chauffe tout
aussi-bien que dans une maison . Ces Tentes
sont construites d'une espece de Feutre
, mais qui est six fois plus épais que
celui
AOUS T. 1733 1755
celui dont on fait nos chapeaux , ce qui
fait qu'on y est chaudement en hyver
et fraîchement en é é . Mais le malheur
est qu'elles sont si pesantes , que la plus
ordinaire fait la charge d'un Dromadaire,
car je n'ai point vŷ de Chameaux à une
bosse , et une bonne Tente , ou dix ou̟
douze personnes pourroient coucher , feroit
bien la charge de deux de ces animaux
. Le Kan est à present à 15. ou, 16,
lieues d'ici , avec 10000. Tentes , habitées
par ses Sujets ; je compte de l'aller
voir avant de quitter ce Pays,
Les Kalmuques ont un usage singulier
en fait d'hospitalité , quand un Etranger
vient chez eux , la marque la plus
ordinaire de leur distinction , c'est de
lui donner le choix de leurs femmes ou
de leurs filles , pour passer la nuit avec
celle qu'il trouve le plus à son gré. Les
femmes sont habillées de même que les
hommes , ce qui cause souvent qu'on
se méprend de Sexe. Ils n'ont d'autres ri
chesses que leur Bétail , dont ils font un
grand trafic avec les Rus es. Leurs Chevaux
ne sont pas beaux , mais ils sont
d'une vigueur surprenante , ils font 20,
ou 25. liües par jour sans se fatiguer,
Le meilleur Cheval du Pays se vend 4,
5. pistoles , et un Cheval ordinaire ne
vaus
1756 MERCURE DE FRANCE
vaut que 4. ou 5. écus ; il est cependant
difficile de dompter leur férocité natarelle
,
ils vont presque tous le pas naturellement.
Je viens d'acheter ici quel
ques- uns de leurs Arcs et de leurs Fleches
, et comme vous me mandez que
vous en avez des Indes Occidentales , j'en
troquerai volontiers deux contre un des
vôtres.
J'espere partir de ce Pays- cy dans 8.
ou 10. jouts , et de continuer mon voyage
par le Don jusqu'à Asoph , là je serai
voisin d'un Peuple poli , et de deux Peuples
barbares. Vous jugerez facilement
que par le premier , j'entends les Turcs ,
et que les deux autres sont les Tartares
de Krimée et ceux de Cuban , les uns
sont au Couchant du Don , les autres au
Levant. Si j'y vois quelque chose digne
de remarque , je ne manquerai pas de
Vous en faire part.
Vous trouverez cy - jointe un Lettre du
Baron de Wedel ; il avoit la fievre lorsqu'il
l'écrivit , c'est une espece de tribut
que tout Etranger doit à ce climat , lorsqu'il
arrive , mais on en est quitte pour
3. ou 4. accès. Il paroît par sa Lettre
qu'il alloit marcher contre quelques Kalmuques
qui refusoient de déferer aux ordres
du Kan .
J'ai
A O UST. 1733. 1757
J'ai acheté un petit Kalmuque qui est
d'une beauté parfaite , selon cux , il n'a
presque rien qui ressemble à un nez , excepté
les narinesses yeux ne sont ouverts
que de la largeur d'une paille. Il est d'un
teint couleut de caivre , couleur trèsestimée
parmi eux.; sçachant lire et écrire
sa Langue. Si vous en avez la moindre
envie , mandez - le- moi , et aussi - tôt
que je serai à Petersbourg , où je compte
d'arriver vers la fin de l'année , je le ferai
partir.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Czaritien, contenant quelques Particularitez du Pays des Tartares Kalmuques.
L'auteur d'une lettre, écrite depuis Czaritien, décrit les particularités du pays des Tartares Kalmuques. Il a voyagé depuis Nova-Paulava jusqu'à Czaritien, une ville peuplée uniquement de Kalmuques et de dromadaires. Le territoire au-delà du Volga, s'étendant sur 2000 Woërtes vers l'Orient, est entièrement habité par les Kalmuques, qui sont sujets de l'Empire de Russie. Ils sont gouvernés par un Kan nommé par la Czarine, le Kan actuel étant le septième de cette lignée. Les Kalmuques sont des cavaliers experts, capables de mobiliser 200 000 combattants. Ils maîtrisent l'arc mais ignorent les armes à feu. Physiquement, ils présentent des traits asiatiques et se considèrent comme les descendants de Gengis Khan, bien que leur langue et leur écriture soient mogoles. Leur religion est dirigée par un Lama résidant en pays mogol. Ils pratiquent diverses formes de dévotion, utilisant des chapelets pour prier et croient en plusieurs sectes, certaines adorant des idoles, d'autres la peau d'un lièvre. Ils traitent leurs morts selon les quatre éléments : par le feu, l'eau, la terre ou l'air. L'hospitalité kalmuque inclut l'offre de leurs femmes ou filles aux étrangers. Leurs tentes, en feutre épais, sont adaptées au climat et transportables par des dromadaires. Ils possèdent des chevaux vigoureux mais difficiles à dompter. L'auteur prévoit de quitter le pays dans huit à dix jours pour continuer son voyage vers le Don, puis vers Azoph, où il rencontrera les Turcs, les Tartares de Crimée et ceux de Cuban. Il mentionne également une lettre du Baron de Wedel, souffrant de fièvre, et l'achat d'un jeune Kalmuque qu'il propose de vendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8280
p. 289-297
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Apres quatre grands Article de Siam, qui ont remply une [...]
Mots clefs :
Siam, Mandarins, Départ, Ambassadeur extraordinaire, Mr le Chevalier de Chaumont, Piété, Épée, Instruire, Audience, Navires, Présents, Miroirs, Chandeliers, Lustres, Fusils, Draps, Tapis, Habits, Meubles, Portrait du roi, Pièces d'or, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Apres quatre grands Articles
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
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Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
En février 1685, le roi de France a nommé M. le Chevalier de Chaumont ambassadeur extraordinaire auprès du roi de Siam. Chaumont a été choisi pour sa sagesse, son exemplarité, ainsi que pour ses qualités militaires et chrétiennes. Avant son départ, il a consulté des voyageurs expérimentés et a écrit à M. de Saint-Martin de Caen pour obtenir des conseils. Il a également sélectionné M. de l'Abrasseau-Bourreau comme secrétaire. Quelques jours après leur dernière audience avec M. de Croissy, les mandarins de Siam ont quitté la France. Ils doivent être défrayés sur leur route aux dépens du roi. Leur embarquement se fera à bord du navire royal 'L'Oiseau', escorté par la frégate 'La Maligne'. Chaumont emporte avec lui divers présents du roi de France destinés au roi de Siam. Ces présents incluent des miroirs, des chandeliers, des fusils, des brocards, des tapis, des habits brodés, des portraits du roi de France et des médailles. Ces objets reflètent la volonté du roi de France de renforcer les relations diplomatiques et commerciales avec le Siam.
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8281
p. 265-274
ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
Début :
Ce n'est point en ces Vers, cher Lecteur, que j'aspire [...]
Mots clefs :
Vers, Pleurs, Père, Mort, Tombe, Douleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
ODE
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
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Résumé : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
L'ode est un poème écrit par Mlle de Malcrais de la Vigne en mémoire de son père, le maire doyen de la ville du Croisic en Bretagne. Le texte exprime la douleur intense de la poétesse face à la perte de son père, qu'elle décrit comme un homme savant, ingénieux et dévoué à sa famille et à sa patrie. Elle évoque son désespoir et son désir de rejoindre son père dans la mort, tout en étant terrassée par des visions effrayantes. Le poème détaille également les qualités de son père, son engagement envers les lois et les nécessiteux, ainsi que son amour pour sa patrie. La poétesse mentionne que son père laisse derrière lui treize enfants, quatre sœurs et neuf frères, dont plusieurs sont en mer et ignorent encore la tragédie. Elle apprend également la mort de son frère, capitaine sur une frégate, victime de la fureur de la mort. Elle implore Dieu de protéger sa mère, veuve depuis peu, et de lui accorder une longue vie heureuse. Enfin, elle adresse ses remerciements à M. des Landes, Contrôleur Général de la Marine et membre de l'Académie Royale des Sciences, pour son soutien et sa compassion.
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8282
p. 294-305
Du Camp devant Douay.
Début :
Le Maréchal de Villars, a reglé que les Officiers Generaux [...]
Mots clefs :
Douai, Maréchal de Villars, Prince Eugène, Fort de Scarpe, Henin-Lietard, Lettres, Garnison, Canon, Coigny
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texteReconnaissance textuelle : Du Camp devant Douay.
:Douay*
'rC( < 'a
Le Maréchal de 'ViUart,.
a
reglé que les Officiers
Generaux monteraient la
tranchée selon leur anncienneté
,
ansi le Comte de
Gassion estant indisposé
,
Monsieur le Marquis d'Alegre a monté la tranchée
avec la Regiment des Gardes.
A l'attaque du Fort de
Scarpe,leComte d'Albertgoti montala tranchée avec
le Regiment de Picardie,
& elle fut poussée à trente
toises sans d'autre perte que d'un Valet d'Officier, les
deux nuits suivanteslatranchée fut pouffée jusqu'àla
contrescarpe
,
sans aucune
perte. La nuit du 17 au iS.-
a minuit on commença a
batre la Ville & le Fort avec
vingt
-
six pieces de canon
& des mortiers, & mettre
vingt autres pieces de cannonen batterie, les bombes
ont fait de grands ravages
dans le Fort le
1
8. ayant
mis le feu à l'Eglise & à
la maison du Gouverneur,
& aux Cazernes.
Les Lettres du 28assurent
qu'il, yavoit prés de quatre
cent malades & deux cent
portant les armes, pris dans
le Fort d'Escarpe, & dixhuit pieces de canon.
Que l'attaque de Saint
Eloy devenoit considérable
& qu'il y
avoit des batteries qui battoient en
brcche
; on avance fort à la
droite, ensorte que l'on espere que l'on aura la Place
vers le quatre ou le cinq.
Il y a
bien des malades.
Que le Maréchal deVillars
avoit marché à d'Henin
Lietard
,
à Levendrc entre
Doiiay & Bouchain:il a
marché depuis avec quinze
mille hommes à Ribaucourt
& y
fait des retranchements
Le Prince Eugene s'estoit
retiré à Marquese
,
derrier
Lille & avoit détaché foix
-
ante Mons.. Escadrons du costé de
Le Maréchal de ViH.ars
avoit détaché de son cofté
Monsieur de Coigny
,
avec
ses Dragons pour empecher
un Convoy qui vouloir cni
trer dans le Quednoy, pour
y porter des vivres & en retirer les canons que le Prince
Eugrne avoit à Landrecy.
Les Lettres de l'Armée
de Flandres du zi. Aouft5
portentqu'on coupa le 2. yla communication du Fory
avec la Ville où la Garnison
vouloit tacher de se retirer.
Il n'y avoit eû au Siege jusqu'a ce jour, que trois cent
hommes tuezou bltflfcz.
- On remarqua le vingtquatre ,que l'inondation se
perdoitd'elle-même dans les
terres ;
cependant comme
les Assiegez pouvoit lacher
de nouvelles caux,on acheva la coupure pour les faite
écouler. Le vingt
- quatre
ou le vingt
-
cinq on s'empara du chemin-couvert
du Fort, le même jour, on
fit une batterie pour battre
le Fort en breche
, on fie
jouër le 26 une mine qui fit
un si grand effet,que cinquan
te hommes qui estoient
en cet endroit furent presque tous accablez en mêmetemps, les grenadiers du
Regiment des Vaisseaux se
jetèrent]la bayonette au
bout du fusil dans le chemin
couvert ..& poursuivirent
les ennemisjusqu'à la seconde traverse
,
pour facvoriser les travailleursqui
firent un logementdans la
Place d'Armes. On continuoit de battre en breche
la Villeaussi bien que le
Fort, dont on commençoit
à combler le Fossé
: mais la
garnison craignant d'estre
emporté d'assaut batit la
chamade le vingt- sept.
Elle s'est renduë prisonniere de Guerre, & on a
accordé aux Officiers d'envoyer leurs bagages dans
quelqu'une de leurs Places,
de cinq cent hommes qui y
estoient il n'en reste que -
trois cent; on a
trouvé dans
le Fort dix huit pieces de
canon,&onad'abordouvert les éclusespour faire
couler les eaux, ce qui
faciliterabeaucoup l'attaque
delaVille. ",
Les ennemisqui depuis it. de cemoiscampoient
à Ribaucourt,avoient tfa;,
vailé sans relâche à preparer
des Gabions,desGlayes, des
Fascines & a
faire venir
cinquante pieces de. Canon
pour attaquer nosretran»
chementsjtnaisils n'avoient
encore rien entrepris, ou
avoir cru le 20 qu'ils. se re.
retireroient maison aprit
que ce n'estoit qu'un détachement qui marchoit du
cofté de Mons. La disette
de pain &de fourage étoit
toujours si grande dans
,
leur arméequ'ils- étoient
obligé d'aller sourager audelà de la Lis du costé
de Varneton. Néanmoins
aprés avoirplusieurs fois
reconnu lesretranchement
ils jugerent qu'ils ne pouvoient les attaquer sans exposer toute leur armée,b
25.ilsfirent défiler leurs
bagages & leur artillerie, le
foir ils. brûlèrent les grands
amas de facines, de clayes
&deGabions qu'ils avoient
préparez & le
-
2 5. toute
leur armée marcha & se retira entre Lille & Tournay.
Le Partisan Jaquot
ayant joint vers Namur
le Partisan du Moulin
qui avoit 1 5 00. Chevaux,
marcha du costé d'Anvers
avec six pieces de Campagne & neufPontons.
Le Maréchal de Villars
a
envoyé le Marquis ..Je---
Coigny du cossé duQues-
- noy avec sa reserve de Dragons, sur lavis qu'il a eu
que le PrinceEugène hiioïc
marcher un détachement
de ce costé là pour tâcher
d'emmener à Mons 90.
piècesde gros Canons qui
font dansle Quesnoy.
Il est arrivé la semaine
passé àlaMonnoyede cette
Ville douze charettes venant de Brest chargées de
piastres & de lingots d'or
êc d'argent pour estre convertisenespeces
'rC( < 'a
Le Maréchal de 'ViUart,.
a
reglé que les Officiers
Generaux monteraient la
tranchée selon leur anncienneté
,
ansi le Comte de
Gassion estant indisposé
,
Monsieur le Marquis d'Alegre a monté la tranchée
avec la Regiment des Gardes.
A l'attaque du Fort de
Scarpe,leComte d'Albertgoti montala tranchée avec
le Regiment de Picardie,
& elle fut poussée à trente
toises sans d'autre perte que d'un Valet d'Officier, les
deux nuits suivanteslatranchée fut pouffée jusqu'àla
contrescarpe
,
sans aucune
perte. La nuit du 17 au iS.-
a minuit on commença a
batre la Ville & le Fort avec
vingt
-
six pieces de canon
& des mortiers, & mettre
vingt autres pieces de cannonen batterie, les bombes
ont fait de grands ravages
dans le Fort le
1
8. ayant
mis le feu à l'Eglise & à
la maison du Gouverneur,
& aux Cazernes.
Les Lettres du 28assurent
qu'il, yavoit prés de quatre
cent malades & deux cent
portant les armes, pris dans
le Fort d'Escarpe, & dixhuit pieces de canon.
Que l'attaque de Saint
Eloy devenoit considérable
& qu'il y
avoit des batteries qui battoient en
brcche
; on avance fort à la
droite, ensorte que l'on espere que l'on aura la Place
vers le quatre ou le cinq.
Il y a
bien des malades.
Que le Maréchal deVillars
avoit marché à d'Henin
Lietard
,
à Levendrc entre
Doiiay & Bouchain:il a
marché depuis avec quinze
mille hommes à Ribaucourt
& y
fait des retranchements
Le Prince Eugene s'estoit
retiré à Marquese
,
derrier
Lille & avoit détaché foix
-
ante Mons.. Escadrons du costé de
Le Maréchal de ViH.ars
avoit détaché de son cofté
Monsieur de Coigny
,
avec
ses Dragons pour empecher
un Convoy qui vouloir cni
trer dans le Quednoy, pour
y porter des vivres & en retirer les canons que le Prince
Eugrne avoit à Landrecy.
Les Lettres de l'Armée
de Flandres du zi. Aouft5
portentqu'on coupa le 2. yla communication du Fory
avec la Ville où la Garnison
vouloit tacher de se retirer.
Il n'y avoit eû au Siege jusqu'a ce jour, que trois cent
hommes tuezou bltflfcz.
- On remarqua le vingtquatre ,que l'inondation se
perdoitd'elle-même dans les
terres ;
cependant comme
les Assiegez pouvoit lacher
de nouvelles caux,on acheva la coupure pour les faite
écouler. Le vingt
- quatre
ou le vingt
-
cinq on s'empara du chemin-couvert
du Fort, le même jour, on
fit une batterie pour battre
le Fort en breche
, on fie
jouër le 26 une mine qui fit
un si grand effet,que cinquan
te hommes qui estoient
en cet endroit furent presque tous accablez en mêmetemps, les grenadiers du
Regiment des Vaisseaux se
jetèrent]la bayonette au
bout du fusil dans le chemin
couvert ..& poursuivirent
les ennemisjusqu'à la seconde traverse
,
pour facvoriser les travailleursqui
firent un logementdans la
Place d'Armes. On continuoit de battre en breche
la Villeaussi bien que le
Fort, dont on commençoit
à combler le Fossé
: mais la
garnison craignant d'estre
emporté d'assaut batit la
chamade le vingt- sept.
Elle s'est renduë prisonniere de Guerre, & on a
accordé aux Officiers d'envoyer leurs bagages dans
quelqu'une de leurs Places,
de cinq cent hommes qui y
estoient il n'en reste que -
trois cent; on a
trouvé dans
le Fort dix huit pieces de
canon,&onad'abordouvert les éclusespour faire
couler les eaux, ce qui
faciliterabeaucoup l'attaque
delaVille. ",
Les ennemisqui depuis it. de cemoiscampoient
à Ribaucourt,avoient tfa;,
vailé sans relâche à preparer
des Gabions,desGlayes, des
Fascines & a
faire venir
cinquante pieces de. Canon
pour attaquer nosretran»
chementsjtnaisils n'avoient
encore rien entrepris, ou
avoir cru le 20 qu'ils. se re.
retireroient maison aprit
que ce n'estoit qu'un détachement qui marchoit du
cofté de Mons. La disette
de pain &de fourage étoit
toujours si grande dans
,
leur arméequ'ils- étoient
obligé d'aller sourager audelà de la Lis du costé
de Varneton. Néanmoins
aprés avoirplusieurs fois
reconnu lesretranchement
ils jugerent qu'ils ne pouvoient les attaquer sans exposer toute leur armée,b
25.ilsfirent défiler leurs
bagages & leur artillerie, le
foir ils. brûlèrent les grands
amas de facines, de clayes
&deGabions qu'ils avoient
préparez & le
-
2 5. toute
leur armée marcha & se retira entre Lille & Tournay.
Le Partisan Jaquot
ayant joint vers Namur
le Partisan du Moulin
qui avoit 1 5 00. Chevaux,
marcha du costé d'Anvers
avec six pieces de Campagne & neufPontons.
Le Maréchal de Villars
a
envoyé le Marquis ..Je---
Coigny du cossé duQues-
- noy avec sa reserve de Dragons, sur lavis qu'il a eu
que le PrinceEugène hiioïc
marcher un détachement
de ce costé là pour tâcher
d'emmener à Mons 90.
piècesde gros Canons qui
font dansle Quesnoy.
Il est arrivé la semaine
passé àlaMonnoyede cette
Ville douze charettes venant de Brest chargées de
piastres & de lingots d'or
êc d'argent pour estre convertisenespeces
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Résumé : Du Camp devant Douay.
Le texte décrit des événements militaires impliquant le Maréchal de Villars et le Prince Eugène. Lors de l'attaque du Fort de Scarpe, le Comte d'Albert-Goti a mené le Régiment de Picardie sans subir de pertes significatives. Les bombardements sur la ville et le fort ont commencé le 17 août, causant des ravages importants. Le 28 août, de nombreux malades et soldats ainsi que dix-huit pièces de canon ont été capturés. Le Maréchal de Villars a déplacé ses troupes à Ribaucourt et construit des retranchements. Le Prince Eugène s'est retiré à Marquese, derrière Lille. Des escadrons ont été détachés pour empêcher un convoi de ravitailler le Quesnoy. Les lettres de l'Armée de Flandres du 21 août indiquent que la communication entre le fort et la ville a été coupée, avec seulement trois cents hommes tués ou blessés jusqu'alors. Le 24 août, l'inondation s'est résorbée, et les assiégés ont été contraints de se rendre le 27 août. La garnison, réduite à trois cents hommes, a capitulé. Dix-huit pièces de canon ont été trouvées dans le fort. Les ennemis, malgré leurs préparatifs, ont jugé les retranchements imprenables et se sont retirés entre Lille et Tournay. Le Partisan Jaquot a rejoint le Partisan du Moulin près de Namur et a marché vers Anvers. Le Maréchal de Villars a envoyé le Marquis de Coigny pour empêcher le Prince Eugène de déplacer des canons vers Mons. Douze charettes chargées de piastres et de lingots sont arrivées à la Monnoye de Quesnoy.
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8283
p. 290-313
SUITE des Nouvelles.
Début :
De Vienne le 30. Decembre. L'Archiduc a fait écrire au Prince [...]
Mots clefs :
Troupes, Comte, Nouvelles, Camp, Sièges, Roi, Vienne, Hambourg, Madrid, Saragosse, Utrecht, Montpellier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles.
SUITE
des Nouvelles.
De Vienne le 30. Decembre.
L'Archiduc a
fait écrire
au Prince Esterhafi Viceroy
de Hongrie, de faire faire X
Presbourg tous les préparatifs necessaires, parce qu'il
esperoity arriver le 2. Janvier pour y
recevoirla Couronne de ce Royaume. Il
arriva hier un Courrier de
ce Prince, dépêché de Francfort, qui a
rapportéqu'il y
avoit esté couronné le 2.2..
& qu'il en devoit partir insessamment. Quelques Lettres particulières portent
qu'après son Couronnement il avoit refusé de signer la Capitulation perpstuelle. Celles. d'Hongrie
marquent que plusieurs
Troupes de Mécontens recommençoient à faire des
courses, de maniéré qu'il
n'y a aucune seureté dans
les chemins, & qu'il y a à
apprehender qu'il ne se forme dans ce Royaume une
nouvelle Confédération;
mais on espere que par une
Diette que l'Archiduc fera
assembler à Presbourg dés
qu'ily aura estécouronné,
la tranquilitéde ce Royaume fera entierement rétablie.
De Hambourg le 8
Janvier.
Les dernieres Lettres qu'on
a
reçeues de Staden, portent.
que le Roy de-Danneinarc
& le Roy Auguste desesperant de pouvoir s'emparer
de Stralzund de vive force,
parce qu'ils
-
crouvoient de
grandes difficultez à faire
une descente dans l'Isle de
Rugen ,d'où cettePlace tiroit tous les secours dont la
Garnison avoit besoin9
avoient resolu d'attaquer
Wismar dans les formes
,
la Garnison ayant esté
considerablement affoiblie
par la dernicre sortie: que
pour cet effetils avoient renforcé les Troupes du blocus
de six mille hommes,&
qu'ils y
avoient envoyé du
canon & des mortiers,après
quoyle Comte de Rantzau
avoïc resserré cette Place
tres étroitement : que le
Gouverneur se preparoit à
une vigoureuse resistance
;
qu'il avoir fait dépaver les
ruës pour empêcher l'effet
des bombes, & fait publier
que tous les Bourgeois qui
auroientquelque répugnanceà prendre les armes pour
la deffense de leur patrie,
eussent à sortir; que le General Rantzau, avoir de son
côté fait avertir les habitans
ques'ils prenoient les armes
pour la dessense de la Place
il les traiteroit avec la derniere rigueur; que nonob-
stant ces menaces tous les
Habitans, ainsi que la Garnison
,
paroissoient resolus
de se deffendre jusqu'à la
derniere extremité; que le
17. Decembre les Assiegeans
s'approcherent à trois cens
pas de la Ville où ils dresserent des batteries de canons
&de mortiers; que le29.ils
commencerent à
y
jetter des
bombes & des boulets rouges, & continuerent jusqu'au 2. de cemois; mais
avec peu de succés, le Gouvencur ayant fait dépaver
les ruës, & fait poster des
troupes d'Ouvriers & d'autres Bourgeois dans tous les
Quartiers, pourestreàportéed'éteindre promptement
le feu
; que ces précautions,
jointes à l'incommodité,
que les Assiegeants reçoivent de l'Artillerie des Assiegez qui renversoit leurs
ouvrages&démontoit la
pluspart de leurs canons,
les obligerent à se retirer
dans leur ancien Camp, &
à convertir de nouveau le
Siege de cette Place en blocus. Que les Troup es du
Roy de Dannemarc & du
Roy Auguste avoient aussi
jeuté des bombes & des bouletsrouges pendant vingtquatre heures; mais aussi
sans aucun succés considerable, ce qui avoit déterminé ces deux Rois à mettre
leurs Troupes en quartier
d'hiver, de maniere néanmoins que cctrc Place demeureroit toujours bloquée, par les Troupes Moscovites quiestoient en marche pour venir renforcer
leur Armée, dont les Quartiers seroient à Anclam &
à Gripswald
,
& soutenuës
par les Troupes Saxoncs
qui ne retourneroient pas
en Saxe avec le Roy Auguste; & qu'à l'égard de celles du Roy de Dannemarc,
elles hiverneroient dans le
Holstein Danois.
De Madrid le 4.Janvier.
Nous venons d'apprendre
par les Lettres du Camp de
Calaf du 22. que Mr le
Comte de Muret avoit enfin esté obligé faute de vivres & de munitions de lever le SiegeduChasteau de
Cardonne; voicy ce que
portent ces Lettres, A.,
Malgré le secours que le
General Staremberg préparoit pour le Chasteau de
Cardonne, on auroit pû
s'en rendre maistres si la
bréche qu'on y
avoit faite,
cust esté dans un endroit
un peu plus accessible. On
avoit placéune autre batterie pour faire une nouvcllc
bréche, mais la plus grande
partie du canon ne put servir faute de punirions. Cependant le General Staremberg estant informéque la
Garnison eltoïc sur le point
de se rendre pareillement
faute de munitions & de vivres, dont les Assiegeants
manquoient aussi, renforça
le Détachement qui estoit,
à
Salegariga
le 2 1. avec lequel il tenta de secourir ce
Chasteau
; mais après avoir
esté repoussé trois fois, il
sur obligé de se retirer avec
beaucoup de perte;celle que
firent les Troupes du Siege
dans ces rrois attaques, fut
de soixante hommes tuez,
& d'un plus grand nombre
de blessez
;
parmi les pre-
miers il y a eu le Ser gent
Major general, deuxCapitaines du Regiment de la
Couronne Mr le Comte de
Melun
,
un Capitaine de
Grenadiers de la Compagnie desGardes à pied Espagnoles. Le General Staremberg
,
outré de n'avoir pu
réiifljr dans son entreprise,
retourna le lendemain à la
charge: ses Troupes furent
encore fortmal-traitées à
l'attaquedu Pont de las Corminas, gardé par les Regimens de la Couronne&de
Truxillo
,
sans pouvoir les
forcer, mais ayant trouvé,
moyen de passerla l:iviere.,
à gué, elles prirent ces deux
,
Regimens en £tanc,-& les
obligerent à se retirer en
desordre. Mr le Comte de
Muret donna aussi tost avis
à Monsieur de Vendosme
de ce qui s'estoit passé
; envoyaau Gouverneur du
Chasteau pour avoir une
Sauvegarde pour les mala-"^
des qui estoient dans »la
Ville, ensuite il se retira
avec les Troupes & lesBagages, abandonnantson
Artillerie faute de voitures.
Les Ennemis ne le poursuivirent point, & se contenrerent de faire entrer le secours dansle Chasteau, aprés
quoy ils se retirerent.
Lettre de Sarragosse du 3.
Janvier.
Les Ennemis, au nombre
de quatre mille hommes de
Troupes reglées & d'un plus
grand nombre de Miquelets
,
attaquerent le Camp du /{egiment de la Couronne le
vingt
-
deux du moispasséà
lapointe du jour devant.Car^
donne}javonsiT^pay un brouillardsiépais que Cm ne voyoit
pas a quatre pas devant foy.
Cependant quoy que ce fut
une especedesurprise 3ce Regiment fit tout ce que de
vieilles Troupes peuventfaire
,
mais ils fut obligé d'abandonner leur posse par la ftiperiorité des Ennemis
,
&se
retira sur une hauteur où ils
nejugerent pas à propos de le
poursuivre
ce
jour-là.
Le vingt trois les Ennemis qui estoient quatre êontre
un, l'attaqua de nouveau
,
ensorte qu'ilfutobligéde
se retirer. Il a eu plus de deux
cens hommes tuez ou
bleffi{.
Mr Bonnet, Commandant du
second Bataillon de
ce Régiment
est du nombre des Morts;
Mr Dautruy
,
Major,
a
ejlé
blepé de trois coups au travers
du corps, & on ne croit pas
qu'ilen revienne; Mrle Chevalier de TeiJé, Colonel, a
esié
perdu une heure,maisiln'aesté
ny blessénypris.Les Ennemis
ont perdu beaucoup de monde
dans cette action, puisque de
quatre cens hommes seulement
qui sortirent de la Place pou,
favorser L'entrée du secours
,
cinquante furent tuez avec
l'Officier qui les cornmandoit,
gr centfurent blcffe^.
Le soir du mêmejour, Mr
le Comte de Muret, qui commandoit au Siege
,
sçachant que
ses Troupessouffroient extrêmementfaute de vivres, les
Soldatsn'ayant depuis huit
jours qu'un quart d'une ration
de pain, prit le parti de lever
le Siege,sansyestreforcepar
d'autres raisons, laissansl'artillerie faute de mulets pour la
retirer.
LesTroupes,du Siege tJIant
arrivées au Camp, Aionjuur
de Vendosme prit le party desi
retirer: il fit lever en plein
jour les Gatdes de dcjlus les
ruisseaux qui Jéparoient les
-
deux Armée*
,
les unes après
les autres, &se mit en
bataille
à
un quart de lieuë des Ennemis, où l'Armée campa. Le lendemain il ne luyfitfaire qu'une demi-lieuë; mais le General
Starembergn'osasortirdeson
Camp pour lasuivre.
Monsieur de Vcndosme conserve le posse de Cervera
,
où
il a mis cinq Bataillons & un
Régiment de Dragons qui ria
pas foujfat
comme les autres
pendant la Campagne. Ce
Prince efl avec l'armée à Agramunte, où il diflribuë les
Quartiers d'hiver aux Troupes
qui garderont la Segre. Nous
avoKS Arens,Venasque, &
Castel-Leon de cette Campa-"
gne. Cardone l'auroit renduë
plusavantâgeuse
,
mais cen'est
pas une chose irréparable au
commencement de la Campagne
prochaine, en cas qu'on lafasse,
lesmesures que l'on a
déjà pri-
[es
,
Cm que ton prendra pour
le transport des vivres & des
munitions, donnantlieu d'ejpe-
rer que les Troupes n'en manquerontplus.
D'Utrecht le 19. Janvier,
Mrs les Plénipotentiaires
du Roy arriverent le 9. à
Gambray
,
où ils fejournerenc le 10.
Le 11. ils arrivèrent à
Valenciennes. .fLe11.vMons, où Mr
le Comte de Dhona qui en
est Gouverneur, les fit saluer par trois déchargés générales de l'artilleriey& leuc
donna un grand repas,
Le 13. ils arrivèrent à
Bruxelles, où ils furent
reçus avec les mesmes honneurs. Mr le Maréchal
d'Uxelles alla descendre
avec
Mr le Commandeur de Beringhen qui l'accompagne,
chez Me la Princessè difenghien qui les regala magniquement; Mr l'Abbé de
Polignac descendit
-
chez
Me de Rupelmonde qui luy
donnaaussi un magifique
soupé, & Mr Mesnager,
logea dans uneautre maison
avec ses Officiers.
Le 14. ils arriverent à
Anvers où ils sejournerent le15.
Le 17. à Gorcum. s
Le 18. à Ucrechr.
Ils ont été reçusdans
tous ces lieux avec les mefmes honneurs qu'ils l'avoient été à Mons & à
Bruxelles, les Hollandois les
ayant toûjours fait accompagner par des Commissaires, tant pour les faire
recevoir honorablement
,
que pour les défrayer pendant toute leur route depuis
Bruxelles.
NDe Montpellier le n, Janvier.
Les Erats de Languedoc
firent faire hier un Service
magnifique pour le repos de
l'ame de feu Monseigneur
le Dauphin. Mr l'Archeverque de Narbonne y
officia comme President de
cette Assemblée. Mr l'Evêque de Alep prononça
l'Oraison funebre, & Mrs
les Evesques de Mirepoix,
de Lodeve, d'Agde, & de
Beziers firent les Absoutes.
Tous
Tous les Deputez y
assisterent chacun dans leur rang,
avec le Chapitre de Saine
Pierre & un grand concouts
de monde.
des Nouvelles.
De Vienne le 30. Decembre.
L'Archiduc a
fait écrire
au Prince Esterhafi Viceroy
de Hongrie, de faire faire X
Presbourg tous les préparatifs necessaires, parce qu'il
esperoity arriver le 2. Janvier pour y
recevoirla Couronne de ce Royaume. Il
arriva hier un Courrier de
ce Prince, dépêché de Francfort, qui a
rapportéqu'il y
avoit esté couronné le 2.2..
& qu'il en devoit partir insessamment. Quelques Lettres particulières portent
qu'après son Couronnement il avoit refusé de signer la Capitulation perpstuelle. Celles. d'Hongrie
marquent que plusieurs
Troupes de Mécontens recommençoient à faire des
courses, de maniéré qu'il
n'y a aucune seureté dans
les chemins, & qu'il y a à
apprehender qu'il ne se forme dans ce Royaume une
nouvelle Confédération;
mais on espere que par une
Diette que l'Archiduc fera
assembler à Presbourg dés
qu'ily aura estécouronné,
la tranquilitéde ce Royaume fera entierement rétablie.
De Hambourg le 8
Janvier.
Les dernieres Lettres qu'on
a
reçeues de Staden, portent.
que le Roy de-Danneinarc
& le Roy Auguste desesperant de pouvoir s'emparer
de Stralzund de vive force,
parce qu'ils
-
crouvoient de
grandes difficultez à faire
une descente dans l'Isle de
Rugen ,d'où cettePlace tiroit tous les secours dont la
Garnison avoit besoin9
avoient resolu d'attaquer
Wismar dans les formes
,
la Garnison ayant esté
considerablement affoiblie
par la dernicre sortie: que
pour cet effetils avoient renforcé les Troupes du blocus
de six mille hommes,&
qu'ils y
avoient envoyé du
canon & des mortiers,après
quoyle Comte de Rantzau
avoïc resserré cette Place
tres étroitement : que le
Gouverneur se preparoit à
une vigoureuse resistance
;
qu'il avoir fait dépaver les
ruës pour empêcher l'effet
des bombes, & fait publier
que tous les Bourgeois qui
auroientquelque répugnanceà prendre les armes pour
la deffense de leur patrie,
eussent à sortir; que le General Rantzau, avoir de son
côté fait avertir les habitans
ques'ils prenoient les armes
pour la dessense de la Place
il les traiteroit avec la derniere rigueur; que nonob-
stant ces menaces tous les
Habitans, ainsi que la Garnison
,
paroissoient resolus
de se deffendre jusqu'à la
derniere extremité; que le
17. Decembre les Assiegeans
s'approcherent à trois cens
pas de la Ville où ils dresserent des batteries de canons
&de mortiers; que le29.ils
commencerent à
y
jetter des
bombes & des boulets rouges, & continuerent jusqu'au 2. de cemois; mais
avec peu de succés, le Gouvencur ayant fait dépaver
les ruës, & fait poster des
troupes d'Ouvriers & d'autres Bourgeois dans tous les
Quartiers, pourestreàportéed'éteindre promptement
le feu
; que ces précautions,
jointes à l'incommodité,
que les Assiegeants reçoivent de l'Artillerie des Assiegez qui renversoit leurs
ouvrages&démontoit la
pluspart de leurs canons,
les obligerent à se retirer
dans leur ancien Camp, &
à convertir de nouveau le
Siege de cette Place en blocus. Que les Troup es du
Roy de Dannemarc & du
Roy Auguste avoient aussi
jeuté des bombes & des bouletsrouges pendant vingtquatre heures; mais aussi
sans aucun succés considerable, ce qui avoit déterminé ces deux Rois à mettre
leurs Troupes en quartier
d'hiver, de maniere néanmoins que cctrc Place demeureroit toujours bloquée, par les Troupes Moscovites quiestoient en marche pour venir renforcer
leur Armée, dont les Quartiers seroient à Anclam &
à Gripswald
,
& soutenuës
par les Troupes Saxoncs
qui ne retourneroient pas
en Saxe avec le Roy Auguste; & qu'à l'égard de celles du Roy de Dannemarc,
elles hiverneroient dans le
Holstein Danois.
De Madrid le 4.Janvier.
Nous venons d'apprendre
par les Lettres du Camp de
Calaf du 22. que Mr le
Comte de Muret avoit enfin esté obligé faute de vivres & de munitions de lever le SiegeduChasteau de
Cardonne; voicy ce que
portent ces Lettres, A.,
Malgré le secours que le
General Staremberg préparoit pour le Chasteau de
Cardonne, on auroit pû
s'en rendre maistres si la
bréche qu'on y
avoit faite,
cust esté dans un endroit
un peu plus accessible. On
avoit placéune autre batterie pour faire une nouvcllc
bréche, mais la plus grande
partie du canon ne put servir faute de punirions. Cependant le General Staremberg estant informéque la
Garnison eltoïc sur le point
de se rendre pareillement
faute de munitions & de vivres, dont les Assiegeants
manquoient aussi, renforça
le Détachement qui estoit,
à
Salegariga
le 2 1. avec lequel il tenta de secourir ce
Chasteau
; mais après avoir
esté repoussé trois fois, il
sur obligé de se retirer avec
beaucoup de perte;celle que
firent les Troupes du Siege
dans ces rrois attaques, fut
de soixante hommes tuez,
& d'un plus grand nombre
de blessez
;
parmi les pre-
miers il y a eu le Ser gent
Major general, deuxCapitaines du Regiment de la
Couronne Mr le Comte de
Melun
,
un Capitaine de
Grenadiers de la Compagnie desGardes à pied Espagnoles. Le General Staremberg
,
outré de n'avoir pu
réiifljr dans son entreprise,
retourna le lendemain à la
charge: ses Troupes furent
encore fortmal-traitées à
l'attaquedu Pont de las Corminas, gardé par les Regimens de la Couronne&de
Truxillo
,
sans pouvoir les
forcer, mais ayant trouvé,
moyen de passerla l:iviere.,
à gué, elles prirent ces deux
,
Regimens en £tanc,-& les
obligerent à se retirer en
desordre. Mr le Comte de
Muret donna aussi tost avis
à Monsieur de Vendosme
de ce qui s'estoit passé
; envoyaau Gouverneur du
Chasteau pour avoir une
Sauvegarde pour les mala-"^
des qui estoient dans »la
Ville, ensuite il se retira
avec les Troupes & lesBagages, abandonnantson
Artillerie faute de voitures.
Les Ennemis ne le poursuivirent point, & se contenrerent de faire entrer le secours dansle Chasteau, aprés
quoy ils se retirerent.
Lettre de Sarragosse du 3.
Janvier.
Les Ennemis, au nombre
de quatre mille hommes de
Troupes reglées & d'un plus
grand nombre de Miquelets
,
attaquerent le Camp du /{egiment de la Couronne le
vingt
-
deux du moispasséà
lapointe du jour devant.Car^
donne}javonsiT^pay un brouillardsiépais que Cm ne voyoit
pas a quatre pas devant foy.
Cependant quoy que ce fut
une especedesurprise 3ce Regiment fit tout ce que de
vieilles Troupes peuventfaire
,
mais ils fut obligé d'abandonner leur posse par la ftiperiorité des Ennemis
,
&se
retira sur une hauteur où ils
nejugerent pas à propos de le
poursuivre
ce
jour-là.
Le vingt trois les Ennemis qui estoient quatre êontre
un, l'attaqua de nouveau
,
ensorte qu'ilfutobligéde
se retirer. Il a eu plus de deux
cens hommes tuez ou
bleffi{.
Mr Bonnet, Commandant du
second Bataillon de
ce Régiment
est du nombre des Morts;
Mr Dautruy
,
Major,
a
ejlé
blepé de trois coups au travers
du corps, & on ne croit pas
qu'ilen revienne; Mrle Chevalier de TeiJé, Colonel, a
esié
perdu une heure,maisiln'aesté
ny blessénypris.Les Ennemis
ont perdu beaucoup de monde
dans cette action, puisque de
quatre cens hommes seulement
qui sortirent de la Place pou,
favorser L'entrée du secours
,
cinquante furent tuez avec
l'Officier qui les cornmandoit,
gr centfurent blcffe^.
Le soir du mêmejour, Mr
le Comte de Muret, qui commandoit au Siege
,
sçachant que
ses Troupessouffroient extrêmementfaute de vivres, les
Soldatsn'ayant depuis huit
jours qu'un quart d'une ration
de pain, prit le parti de lever
le Siege,sansyestreforcepar
d'autres raisons, laissansl'artillerie faute de mulets pour la
retirer.
LesTroupes,du Siege tJIant
arrivées au Camp, Aionjuur
de Vendosme prit le party desi
retirer: il fit lever en plein
jour les Gatdes de dcjlus les
ruisseaux qui Jéparoient les
-
deux Armée*
,
les unes après
les autres, &se mit en
bataille
à
un quart de lieuë des Ennemis, où l'Armée campa. Le lendemain il ne luyfitfaire qu'une demi-lieuë; mais le General
Starembergn'osasortirdeson
Camp pour lasuivre.
Monsieur de Vcndosme conserve le posse de Cervera
,
où
il a mis cinq Bataillons & un
Régiment de Dragons qui ria
pas foujfat
comme les autres
pendant la Campagne. Ce
Prince efl avec l'armée à Agramunte, où il diflribuë les
Quartiers d'hiver aux Troupes
qui garderont la Segre. Nous
avoKS Arens,Venasque, &
Castel-Leon de cette Campa-"
gne. Cardone l'auroit renduë
plusavantâgeuse
,
mais cen'est
pas une chose irréparable au
commencement de la Campagne
prochaine, en cas qu'on lafasse,
lesmesures que l'on a
déjà pri-
[es
,
Cm que ton prendra pour
le transport des vivres & des
munitions, donnantlieu d'ejpe-
rer que les Troupes n'en manquerontplus.
D'Utrecht le 19. Janvier,
Mrs les Plénipotentiaires
du Roy arriverent le 9. à
Gambray
,
où ils fejournerenc le 10.
Le 11. ils arrivèrent à
Valenciennes. .fLe11.vMons, où Mr
le Comte de Dhona qui en
est Gouverneur, les fit saluer par trois déchargés générales de l'artilleriey& leuc
donna un grand repas,
Le 13. ils arrivèrent à
Bruxelles, où ils furent
reçus avec les mesmes honneurs. Mr le Maréchal
d'Uxelles alla descendre
avec
Mr le Commandeur de Beringhen qui l'accompagne,
chez Me la Princessè difenghien qui les regala magniquement; Mr l'Abbé de
Polignac descendit
-
chez
Me de Rupelmonde qui luy
donnaaussi un magifique
soupé, & Mr Mesnager,
logea dans uneautre maison
avec ses Officiers.
Le 14. ils arriverent à
Anvers où ils sejournerent le15.
Le 17. à Gorcum. s
Le 18. à Ucrechr.
Ils ont été reçusdans
tous ces lieux avec les mefmes honneurs qu'ils l'avoient été à Mons & à
Bruxelles, les Hollandois les
ayant toûjours fait accompagner par des Commissaires, tant pour les faire
recevoir honorablement
,
que pour les défrayer pendant toute leur route depuis
Bruxelles.
NDe Montpellier le n, Janvier.
Les Erats de Languedoc
firent faire hier un Service
magnifique pour le repos de
l'ame de feu Monseigneur
le Dauphin. Mr l'Archeverque de Narbonne y
officia comme President de
cette Assemblée. Mr l'Evêque de Alep prononça
l'Oraison funebre, & Mrs
les Evesques de Mirepoix,
de Lodeve, d'Agde, & de
Beziers firent les Absoutes.
Tous
Tous les Deputez y
assisterent chacun dans leur rang,
avec le Chapitre de Saine
Pierre & un grand concouts
de monde.
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Résumé : SUITE des Nouvelles.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires en Europe. À Vienne, l'archiduc se prépare pour son couronnement en Hongrie, prévu le 2 janvier. Des troubles persistent dans le royaume en raison de troupes mécontentes, mais on espère que la tenue d'une Diète après le couronnement restaurera la tranquillité. À Hambourg, les rois de Danemark et Auguste II de Pologne ont renoncé à prendre Stralsund par la force en raison de difficultés logistiques. Ils ont décidé d'attaquer Wismar, dont la garnison a été affaiblie. Malgré les menaces, les habitants et la garnison de Wismar sont résolus à se défendre. Les assaillants ont tenté de bombarder la ville sans succès et ont dû se retirer. À Madrid, le comte de Muret a levé le siège du château de Cardonne faute de vivres et de munitions. Les tentatives de secours par le général Staremberg ont échoué, entraînant des pertes importantes. À Saragosse, les ennemis ont attaqué le régiment de la Couronne, causant de lourdes pertes. Le comte de Muret a levé le siège de Cardonne en raison du manque de vivres. Les troupes se sont retirées et ont pris position à Agramunte pour l'hiver. À Utrecht, les plénipotentiaires du roi ont effectué une tournée dans plusieurs villes, recevant des honneurs et des réceptions magnifiques. À Montpellier, les États de Languedoc ont organisé un service funèbre pour le dauphin décédé, avec la participation de nombreux dignitaires religieux et laïcs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8284
p. 277-321
Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance des matieres qui remplissoient ma Lettre le dernier mois, [...]
Mots clefs :
Tsar, Ambassadeurs, Roi, Prince, Seigneur, Amitiés, Ducs, Audiences, Russie, Puissance, Carosse, Paris, Qualités, Mérite, Officiers, Moscovie, Voyage, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
L'abondance des matieres
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
qui remplifſoient ma Lettre
le dernier mois , fut caufe que
je ne vous parlay point des
Ambaffadeurs de Mofcovie.
J'ay accoutumé de traiter ces
fortes d'articles fi à fonds
que vous jugez bien que la
place me manquoit , pour
278 MERCURE
mettre dans une mefme Let :
tre tant de choſes confiderables
par elles - mefmes , & par
le grand nombre de circon-
Atances qui les accompagnent.
Avant que de vous
rien dire de l'Entrée de ces
Ambaffadeurs
à Paris , vous
voulez bien que je vous falfe
obferver , que les Mofcovites
n'en font jamais partir de
chez eux , que pour aller en diverfes
Cours en la mefme qualité;
parce qu'eftant deffrayez ,
& leur équipage voituré dans
tous les lieux où ils vont en
Ambaſſade, tout leur voyage
GALANT 279.
ne leur coute rien , ny pour
aller , ny pour revenir . Les
chofes fe font paffées autrement
, pour ce qui regarde
ces derniers Ambaffadeurs,
Comme il s'agiffoit de les envoyer
à un Monarque , qu'
admirent ceux mefme qui
font jaloux de fa gloire , les
Czars ont voulu qu'ils vinffent
tout droit en France,
fans faire la fonction d'Ambaffadeurs
dans aucune autre
Cour , & qu'ils retournaſſent
à Mofcou de la mefme maniere
, pour faire connoiftre
qu'ils en eftoient partis ex-
་
"
280 MERCURE
prés pour venir en France , &
qu'ils n'avoient rien à voir
aprés avoir veu le Roy. On
les a mefme preffez de partir,
avec des ordres de ne ſe point
arrefter dans leur voyage. La
jeuneffe des deux Czars , l'infirmité
de l'aifné , & les feditions
de cet Empire à peine
appaifées , ont fait dire à quel
ques-uns , que cette Ambaf
fade eftoit moins glorieuſe
pour le Prince à qui elle s'adreffoit
, que fi la Moſcovie
eftoit gouvernée par un feul
Maiftre , qui fuft grand Politique
& grand Conquerant,
GALANT. 281
Ceux qui parlent de la forte,
ne connoiffent pas les Czars ;
& ce que je vais vous en dire
, vous perfuadera aiſément
que la penetration de leur ef
prit, leur ayant fait concevoir
la grandeur & les admirables
qualitez du Roy , ils ont cru
ne pouvoir mieux faire que
de rechercher fon amitié
prefque auffi-toft qu'ils font:
montez fur le Trône. Quand
dans ma Lettre de Juillet 1682..
je vous parlay de la mort de
Theodore Alexouvits dernier .
Grand Duc , arrivée le 27.
Avril de la mefme année , je
A.a
282 MERCURE
L
vous dis qu'on avoit choifi
le Prince Pierre Alexouvits ,
fon frere puilné du fecond lit ,
qui n'avoit que dix ans , pour
luy fucceder , au prejudice de
Jean qui eftoit l'aifné , mais
que fes infirmitez rendoient
incapable du Gouvernement .
J'eftois alors mal informé de
fon âge , puifqu'il a prefente
ment feize ans , & le Prince
Jean dix - huit. Cependant
dans cette grande jeuneffe ,
ils ont déja fait voir par des
traits de politique , & d'amitié
fraternelle , qu'ils ont &
beaucoup de cet efprit necef
GALANT 283
faire pour regner , & beaucoup
de ces manieres qui font
Thonnefte homme, & qui engagent
les cours. Le dernier
Czar effant mort , & Pierre
fon frere puilné ayant eſté
choifi pour fon Succeffeur
des Sedicieux , qui n'ont nul
merite pour afpirer à une hau
te fortune , qui ne peuvent
s'établir felon l'ambition qui
les devore , que dans le de
fordre & dans le tumulte , &
qui fe mettent peu en peine
s'ils renverfent un Etat, pourveu
qu'ils s'élevent , engagerent
l'Armée à fe revolter,,
A a ij
284 MERCURE
fous pretexte qu'elle n'estoit
pas payée. Un de ces Seditieux
voyant les Troupes fatisfaites
, plûtoft qu'il n'avoit
crû qu'elles deuffent l'eftre ,
ce qui l'empefchoit de profiter
des troubles qu'il avoit excitez
, remua ſi bien , que par
le moyen de fa cabale , il vint
à bout de faire nommer à
l'Empire le Prince Jean , aifné
des deux Czars qui regnent
prefentement. C'est un Prince
fort incommodé , & quia
la veuë tres baffe. Les brigues.
qui furent grandes pour luy,
ayant éclaté tout d'un coup ,
GALANT 285
fon party fut le plus fort, par,
ce qu'on n'avoit pris aucune
précaution pour s'y oppoſer.
Les ambitieux crurent alors
qu'ils alloient devenir les
Maistres de l'Etat , & qu'il ne
leur manqueroit pour regner
que le nom de Souverains .
Cependantle cader desCzars ,
déja politique, quoy que dans
un âge fort peu avancé , &
prévenu d'eftime & d'amitié
pour fon Frere , les trompa
tous. Il s'unit avec le Prince
Jean fon aiſné, & luy dit qu'il
fouhaitoit regner avec luy,
Ce Prince charmé du merite
+
286 MERCURE
& de l'amitié de fon Cader,
luy répondit qu'il vouloir que
fa pofterité regnaft , & le pria
d'accepter une Femme de fa
main , & le Commandement
de fes Armées , quand les occafions
fe prefenteroient de
les faire agir pour fon ſervice.
Ce font ces deux Freres fil
unis , qui pénetrez de , la
Grandeur de Sa Majefté, ont
envoyé en France les Ambaffadeurs
, dont je vay vous
entretenir. Le Roy fçachant
qu'ils eftoient arrivez à Ham
bourg , & qu'ils devoient ve
nir débarquer à Calais,choiſit
GALANT 287
1
M'Torf, l'un des Gentilhommes
de fa Maiſon , pour les y
recevoir, parce qu'il s'eft toû
jours tres bien acquitté des
Commiffions
de cette nature,
& qu'il s'eft mefme diftingué
en beaucoup d'autres occafions.
On avoit envoyé avec
luy des Officiers pour les traiter
, & tout ce qui eftoit neceffaire
pour les conduire.
On apprit que le premier Ambaffadeur
fe nommoit Simeon
Jerafieuvits Almazovv,
qu'il commande l'une des
quatre Compagnies de Nobleffe
qui font à Mofcou , &
288 MERCURE
quine marchent que lors que
le Czar va en campagne , &
qu'il eft un de ceux qui por
tent les plats fur la table de
cet Empereur ; non pas en
qualité de Maiftre d'Hoftel,
mais parce que les plus
grands Seigneurs de Mofcovie
les portent fur la table de
leur Prince. Il a un Fils qui a
épousé la Soeur de la Femme
de celuy des Czars qui eft ma
rié. Le fecond Ambaffadeur
n'est pasVicechancelier.com
me on l'a crû , mais fon Em
ploy eft fort confiderable , &
c'eſt comme qui diroit icy
Chef
GALANT. 289
"
Chef d'un Bureau, dont d'au
tres Bureaux dépendroient .
Ces Ambaffadeurs avoient
avec eux un homme de beaucoup
de merite , & fort eſti
mé en ce Pays- là . Les Czars
luy donnerent un Gouverne
ment des plus importans, peu
de jours avant qu'ils euffent
nommé ces Ambaffadeurs
pour venir en France. Ce
nouveau Gouverneur l'ayant
appris , pria les Czars , ou de
lay permettre de demeurer quel.
que temps fans aller à ce Gouver
nement , ou de le reprendre ,
de fouffrin qu'il accompagnaft les
Juin 1685.
Bb ..
290 MERCURE
avoient
Ambaffadeurs qu'ils envoyoient
à l'Empereur des François afin
qu'il púſt voir ce grand Homme
dont on publioit tant de merveil
les. Les Czars furent bien ai
fes de voir que leurs Sujets
pour le
Roy
la mel
me estime qu'ils avoient euxmefmes
pour ce Monarque ;
& ils luy permirent avec plai
fir d'accompagner leurs Ambaffadeurs.
Le Gouverneur
de Smolenfco , l'une des plus
fortes Places qui appartien
nent aux Czars , entendant
continuellement parler de ce
que Sa Majesté fait de grand,
GALANT. 291
envoya auffi fon Fils avec ces
mefmes Amballadeurs , afin
qu'il luy rapportaft fi tout ce
qu'on en difoit étoit veritable ,
& il le chargea meſme de luy
aporter beaucoup de Portraits
reffemblans de ce Monarque
,
qu'il luy ordonna de faire fai
re. Ces Ambaffadeurs Extraordinaires
avoiet encore avec
eux quatre Secretaires , un Interprete
Latin, fort confideré
des Czars , & nommé par ces
Princes , & une Suite fort
nombreuſe. Ils arriverent le
12. de May à Saint Denys . Le
-16. M' de Bonneuil Introdų
Bb ij
292 MERCURE
cteur des Ambaffadeurs , alla
les vifiter de la part du Roy ;
& lery M le Maréchal de
Humieres , & le mefme M
de Bonneuil,allerent les prendre
dans les Caroffes de Sa
Majefté , & de Madame la.
Dauphine , & les amenerent
à Paris. Ces Caroffes eftoient.
fuivis de trois Caroffes de Mr
le Maréchal de Humieres , de
celuy de M de Bonneuil , &
de plufieurs autres pour la fui-.
te de ces Ambaffadeurs , qui
montoit environ à quatrevingt
perfonnes. Il y en avoit
plufieurs à cheval , parmy lef
GALANT. 293
quels fix Trompettes & un
Timbalier fe firent entendre.
Comme le Doge de la Republique
de Genes étoit alors ›
à Paris , & qu'il y avoit mef
me tres- peu de jours qu'il
avoit eu Audience du Roy ,
cesAmbaffadeurs qui avoient
oiy parler de ce qui s'eftoic
paffé entre la France & cette
Republique , demanderent à
en eftre plus particulierement
inftruits , & loin de marquer
de l'étonnement de voir icy
un Doge de Genes , ils dirent
qu'ils n'en eftoient point furpris.
& qu'il faloit que le Roy fuft
Bb iij
294 MERCURE
le plus grand Prince du monde ,
puifque les Czar's leurs Maistres
qui eftoient de fi puiffans Empe
reurs qui n'avoient jamais
recherché l'amitié d'aucun Sou
verain , demandoient la fienne :
& que file Roy & leurs Maitres
eftoient unis , ils pourroient
conquerir toute la Terre, L'envie
qu'ils avoient de paroistre devant
Sa Majefté, & de mander
aux Czars qu'ils avoient vû ce
Monarque , les obligea de
preffer leur Audience . Ils l'eu
rent le 22. de May. M' le Ma
réchal de Humieres , accom
pagné de M de Bonneuil ,
GALANT. 295
avec les Caroffes du Roy &
de Madame la Dauphine ,
les alla prendre à l'Hoftel
des Ambaffadeurs extraordinaires
, où ils eſtoient logez,
& nourris, & toujours accom
pagnez de M' Torf. Ils parti
rent dés le matin ; & aprés s'étre
repofez pendant quelque
temps , dans la Sale deſtinée
aux Ambaffadeurs qui vont
à Verfailles pour avoir Au
dience du Roy , ils allerent à
celle de Sa Majefté . Comme
ils furent receus avec les honneurs
qu'on rend aux Ambaffadeurs
des Teftes couron
Bb iiij
296 MERCURE
nées, les Compagnies des Regimens
des Gardes Françoi
les & Suiffes eftoient fous les
armes. Les Gardes de la Porte
& les Archers du Grand
Prevolt, cftoient en haye dans
la Court ; les Cent Suiffes fur
l'Escalier , & les Gardes du
Corps auffi en haye & fous les
armés dans leur Sale. M' le
Maréchal Duc de Duras , Capitaine
des Gardes en quarfier
, les receut à la porte , &
les conduifit jufques au pied
du Trône de Sa Majefté, où
aprés trois profondes reverences,
le premier de ces AniGALANT:
297
baffadeurs fit le difcours fuivant
en langue Mofcovite. Je
vous l'envoye traduit litteralement.
P
Ar la grace de Dieu en la
Trinité glorieufe , les tres-
Sereniffimes & tres - puiffans
Grands Seigneurs , Czars &
Grands Ducs , Joane Alexouvits
Peter Alexonvits de la gran
de , petite & blanche Ruffie,
Autocrateurs de Mofcovie , Kiovie
, VVolodimer & Nougorod,
Czars de Cafan, Czars d' Aftra
can , Czars de Siberie, Seigneurs:
de Plefcou , & Grands Ducs de
298 MERCURE
de
Smolenfco, de Tuerski, d'Ingorie,
de Permie ,de Beatra ,de Bulgarie,
d'autres; Seigneurs & Grands
Ducs de Norogrod , du Pays- bas
Quernigou , de Befan , de Ro
ftof , de Feresbaf, de Beloferie,
d'Obdorie, Condines , de toutes
les parties du Nord, Domina
teurs , Seigneurs du Pays d' Irerie,
de Carthalinie Gronfine,
Czars ; & de Cabardin , Terres
des Duchez de Circaffie , & de
Georgie , & de plufieurs autres
Seigneuries & Terres Orientales,
Occidentales & Septentrionales,
dont ils font heritiers de Pere en
Fils,poffeffeurs & Seigneurs ab
folus.
GALANT. 299
Tres Sereniffime & tres- Puif
fant , grand Prince , Seigneur
LOUIS XIV de Bourbon ,
par la grace de Dieu Empereur
de France & de Navarre , &
de plufieurs autres. Nos Mai
tres nous ont envoyez vers voftre
Royale Majefté , pour la falier
de leur part , & pour apprendre
l'état de fa fanté.
Le Roy ayant alors demandé
des nouvelles de la fanté des
Czars , les Ambaffadeurs répondirent,
Quand nousfommes
partis d'auprés de vos Freres, les
tres- Sereniffimes & tres puif-
கு
fans Seigneurs Czars & Grands
300 MERCURE
Ducs , Ils répeterent icy les
meſme titres , Nous les avons
laiffez en tres- parfaite fanté dans
leur grandeVille Royale de Mofcovie
>
Ils ajoûterent , en preſentant
leur Lettre de créance,
& repetant de nouveau les
titres des Czars .
Les Sereniffimes tres puiſſans
grands Seigneurs Czars ,
grands Ducs Joane & Peter Alex
uvits nous ont envoyés vers
Vous , Sire , leur Frere , pour
prefenter ces Lettres d'amitié à
voftre Royale Majefte.
Les tres- Sereniffimes¿ª trèsGALANT.
301
les
trespuiſſans
grands Seigneurs Czars
& grands Ducs nous ont commandé
de dire à leur Frere , par
la grace de Dieu Empereur de
France & de Navarre , que.
Ancestres des tres -grands
puiffans Czars , nos Seigneurs
nos Maiftres , ont toujours eu
pour votre Royale Majefté une
amitié fraternelle , un amour de
charité ,& une aimable corref
pondance , comme il aparu mefme
en la perfonne de Michaëlovuits
, d'heureuſe d'eternelle
memoire , Czar & grand Duc
de la grande , petite & blanche
Ruffie & Pere des tres puiffans
302 MERCURE
Seigneurs Czars de Mofcovie
, lequel a toujours confervé
pour veftre Royale Majesté une
amitié fraternelle un amour
de charité , par les amiables correſpondances
qu'il a enës avet
Elle pendant tout le
t tout le temps qu'il a
(t)
vécu aprés qu'Alexis Michaëlovvits
Souverain de la
&
grande , petite blanche Ruffie,
Pere des grands & puiffans Czars
de Mofcovie,futpaffé du Royaume
de la Terre en celuy du Ciel,
Theodore Alexovvits , frere des
tres-puffans Czars de Mofcovie,
eftant pour lors affis glorieufement
fur le Trône du Royaume des
1
GALANT. 303
Roxolans, & ayant fuccedé à la
Souveraineté de la grande , petite
& blanche Ruffie , aprés que
cent quatre- vingts- neuf ans fe
furent écoulez fans que les Czars
Les Prédeceffeurs euffent envoyé
en France , falua Voftre Royale
Majefté par Opifer, Pierre Pe
techin fes Ambaffadeurs
Eftienne Polchorum fon Vice
Chancelier, luy fit connoiftre
&
fon élevation fur le Trône de fes
Peres , la gloire de fon Régne ,
le defire l'inclination qu'il avoit
de vivre avec Elle en tres parfaite
intelligence. Mais Dieu tourpuiffant
, Modérateur de toutes
304 MERCURE
chofes , qui fait régner les Rois,
& qui par le repos eternel de fa
volonté fouveraine conferve les
Monarchies , ayant enlevé du
Trône de la Terre pour celuy du
Ciel le tres-puiffant Czar Theodore
Alexouvits , fit parfa grace
Toute puiffante & finguliere , que
Jean Alexouvits & Pierre Ale
xouvits fes freres , furent élevez
enfa place fur le Trône du
-glorieux Royaume des Roxolans ,
prenant enfemble le Sceptre de la
grande , petite blanche Ruffie,
& poffedant d'un commun accord
les grandes Dominations qu'ils
ont heritées de leur Pere & de
GALANT 305
ع و ن ل ا
leurs Ayeux dans l'Orient , l'Oc--
cident le Septentrion. Et de
pas aprés la mort du tres - puiffant
Prince Theodore Alexouvits
d'heureufe erernelle memoire, -
*
frere des Czars , ils ont envoyé
derechef leurs Ambaffadeurs vers -
voftre Royale Majefte , pour luy
prefenter des Lettres de lear part,,
par lesquelles extrautres chofes
zis la follicitoient à une plus ferme
&
plus inviolable focieté tou
chant les a
les affaires de l'une &
L'autre Couronne; & voftre Roya
le Majefté prit dès - lors refolution
de leur envoyer des Ambaſſa--
deurs.
Juin 16855
acc
de
306 MERCURE
標
les
Les tres puiffans Seigneurs &
grands Ducs Jean Alexouvits ,
Pierre Alexouvits , Princes
fouverains de la grande , petite
blanche Ruffie , voulant con
tinuer avec voftre Royale Ma
jefté l'amitié fraternelle
correfpondances que les Czars
leurs Prédeceffeurs avoient folli
cité & fouhaité d'obtenirparleurs
Ambaſſadeurs , nous ont envoyez
en cette qualité vers voftre Roya
le Majefte Frere, pour l'affeurer
de leur parfaite fanté , de
la gloire de leur Régne , de la joye
qu'ils ont d'apprendre l'estat de la
Tienne , la force de fes Armes ,
60
GALANT 307
*
tes fuccez furprenans de fes glorieufes
entrepriſes , & pour luy
faire connoiftre l'inclination extrême
que les Czars ont de vivre
avec Elle en bonne parfaite
intelligence enfin pour luy
propofer des affaires qui faffent
croistre de plus en plus l'amitié
fraternelle labonne intelligen
ce entre les Czars nos Maiftres
voftre Royale Majefté. Elle
aura donc la bonté , s'il luyplaift,
d'entrer avec nous en conference,
r de nous donner des Commif
faires , pour traiter avec eux des
affaires pour lefquelles nous fommes
envoyez, & pour en porter
308 MERCURE
la réponſe aux Czars nos Maî
tres & nos Seigneurstaan 49 65 6
Aprés ce difcours , cét
Ambaffadeur fit apporter des
Prefens par plus de cinquan
te perfonnes de fa fuite. Ils
confiftoient en plufieurs pies
ces de riches Ecofes & de ra
res Fourrures , un Sabre garny
de pierreries , uné Marte
Zibeline vivante , & un Oyfeau
de proye qui vole fur
l'Aigle. L'Audience eſtant
-finie , ces Ambaffadeurs furent
traitez magnifiquement
avec toute leur fuite par les
Officiers de Sa Majesté , & re
GALANT 309
conduits à Paris avec les mêmes
ceremonies .
Le premier de Juin , ils fe
rendirent à Versailles à l'ap
partement de M' Colbert de
Croify. Ce Miniftre les receut
dans fon Cabinet , & il
eut avec eux une longue Conference
fur le fujet de leur
Ambaffade . Vous fçavez que
de fecret eft impenetrable
en
France ; mais quand mais quand il y au
roit quelque facilité à le dé
-couvrir , ce n'eft point à moy
d'entrer dans les mysteres
d'Etat , & moins encore d'en
parler. Je ne fçaurois pour
310 MERCURE
tant m'empefcher de vous di
re pour la gloire du Roy, qu'il
paroift en cette occafion, que
ce Prince ayant donné la Paix
à l'Europe , ne veut rien faire
qui puiffe en alterer le repos
& que tous les avantages
qu '
on luy pourroit propofer , feroient
incapables de l'ébran
ler là deffus. Ces Ambaffa
deurs
,
demanderentm
grande inftance , que Sa Majefté
nommaſt un Ambaffadeur
, ou du moins un En
voyé, afin que leurs Maiftres
eaffent le plaifir d'avoir à leur
Cour un Miniftres d'un efi
d
GALANT 34
grand Monarque. Cette demande
fait voir que le Roy
n'y en avoit point dans le
temps que les jaloux de fa
gloire avoient leurs raifons
pour le publier. Le mefme
jour que ces Ambaſſadeurs
eurent audience de M' de
Croiffy , on leur fit voir les
Eaux , les Jardins , & les Ap
partemens du Château de
Verfailles. Rien ne fe peur
ajoûter aux termes dont ils
fe fervirent pour témoigner
leur étonnement
, il y en cut
on
ne mefme de fi forts ,
les peut rapporter icy. Ils di
312 MERCURE
rent entre autres choſes, que
ceux qui avoient l'avantage
d'y entrer , eftoient bien henreux
. M'Torfles voyant embaraffez
à retenir tant de chofes
, dont ils vouloient faire le
recit lorsqu'ils feroient retournez
en Moſcovie, leur fit prefent
des Estampes de toutes
lesMailons Royales . Ils ont vu
icy la plus grande partie de
tout ce qu'il y a de curieux.
Je ferois trop long fi je vous
rapportois tout ce qu'ils ont
dit fur chaque chofe. Je fuis
fort fouvent entré dâns des
détails de tette nature , tou-
4
T
chant
GALANT. 313
"
chant les Ambaffadeurs de
plufieurs Nations éloignées ;
& tout ce que chacun d'eux
a dit , a tant de rapport , qu'il
n'eft pas néceffaire de le re .
peter. Ceux - cy ont fur tout
admiré l'Exercice qu'ils ont
veu faire aux Moufquetaires ,
& ont dit , qu'ilfembloit qu'un
meſme reffort les faifoit agir
tous dans le mefme inftant , tant
leurs mouvemens avoient de juz
fteffe.L'Opera leur a auffi cau
fe beaucoup de furpriſe ; &
à peine a-t- on pû leur perfuader
qu'il n'y avoit point d'enchantement.
Le 3 de ce mois,
Juin 1685.
Dd
314 MERCURE
ils eurent leur Audience de
བ ༤ ས་
Congé du Roy, avec les mef
mes ceremonies qui avoient
efté obfervées à leur premiere
Audience. Le io . M ' de Bonneuil
porta à chacun
de la part de ce Monarque ,
les prefens qui fuivent.
à chacun d'eux ,
Une Boete à Portrait du
Roy , enrichie de diamans.
Une Tenture de Tapifle
rie des Gobelins , rehauffée
dor.
Une Pendule à repetition,
Une Horloge à Boëte d'or,
Une Montre à Boete d'or,
Un Fufil à double.canon,
1 .
GALANT. 315
orné de reliefs , & d'or de rapport.
Une paire de Pistolets
de mefme , le tout fort beau
3 & fort riche. Les Gens de
leurfuite eurent des Médail
les d'or & d'argent du Roy .
27 Le fecond Ambaffadeur
ayant receu le Portrait de
Sa Majefté , l'attacha à fon
Bonnet , & dit qu'il le porteroit
toutefavie , & ordonneroit àfa
Femme ,à fes Enfans mefme
à toute fa pofterite, dele porter
apréslugs
ນ
isLe &Gouverneur de Place
donr je vous aya pardėj zifut
Ddij
316 MERCURE
auffi honoré d'un Portrait du
Roy enrichy de Diamans , ce
qui luy fit demander, fi ce n'étoit
pas affez qu'il euft eu le plai
fir de voir ce Monarque,fans qu'il
L'accablaft encore de fes bien faits.
Ils partirent le lendemain ,
toûjours défrayez aux dépens
du Roy , & accompagnez
par M Torf, pour aller s'embarquer
à Dunquerque , &
paffer en Hollande , le Commerce
qui eft entre les Hol
landois , & les Sujets de leurs
Maiftres leur donnant lieu de
trouver facilement des Vail
feaux pour les conduire chez
La
"
GALANT. 317
=
eux. Ils ont efté receus par
tout où ils ont paffé avec les
honneurs deus à leur caraetere
, & on leur a fait dans
toutes les Villes les Prefens
accoûtumez. Le fecond Am
baffadeur dit , qu'il avoitfait
voeu en partant deſon Pays , de
donner cinq cens écus aux Pauores,
& que puis qu'il avoit cet
te fomme à diftribuer , il vouloit
la donner aux Sujets d'un Prin.
ce qui luy avoit fait du bien.
C'eft ce qu'il executa , ayant
fait des largeffes de cette
fomme depuis Paris jufques.
aDunquerque. Quelques
Dd iij
318 MERCURE
uns ont trouvé étrange que
ceux de leur Suite euffent
trafiqué icy de Pelleterie ,
mais ils ont accoûtumé de
le faire dans tous les lieux
où ils fe rencontrent , &
cela m'engage à vous faire
connoiftre par des remarques
affez curieuſes , que
c'est moins dans l'efprit de
trafiquer & de gagner qu'ils
font ce Commerce , que parce
que cette Pelleterie eft
pour ainfi dire leur argent,
La Siberie eftant un Pays
remply de Martes , & fous la
domination des Czars , on
GALANT. 219
+
condamne les Mofcovites qui
ont commis quelque faute,
à aller tuer des Martes dans
cette Province , comme l'on
condamne en France certains
Criminels à aller fervir fur les
Galeres. Ceux que l'on obli
ge à cette Chaffe, ſont diſtri
છે
buez
>
par cantons . Des Offic
ciers viennent
de temps en
temps pour enlever les Mari
tes & ceux qui en ont le
moins tué font feverement
punis . On aporte toutes ces
Martes au Trefor des Czars,
le Grand Treforier
y met le
prix , & l'on paye les Troupes
.
Dd iiij
320 MERCURE
རྒྱུན་ པ
& les Officiers des Grands
Ducs de Mofcovie, moitié de
ces peaux , & moitié d'une
petite monnoye de peu de
valeur , qui n'a cours qu'en
Mofcovie , & qui eft la feule
monnoye de cét Etat. On
peut connoiftre par là qu'il eſt
affez mal- aisé qu'ils portent
dans les Païs Etrangers ,
ils veulent faire des achats ,
autre chofe que ce qui leur
tient lieu d'argent . Ils vendent
ces Martes,& de l'argét qu'ils
en reçoivent , ils achetent les
chofes qui leur conviennent,
ou qui leur agréent le plus
Οι
GALANT: 321
Quelque grand debit qu'ils
en puiffent faire , il eſt rare
qu'ils emportent de l'argent,
puis qu'il n'auroit pas de
cours dans leur Païs.
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Résumé : Relation contenant tout ce qui s'est passé depuis que les Ambassadeurs de Moscovie sont arrivés en France, jusques à leur depart. [titre d'après la table]
En juin 1685, des ambassadeurs des Czars Pierre et Jean de Moscovie arrivèrent en France. Cette mission diplomatique avait été décidée par les jeunes Czars, influencés par les récentes séditions en Moscovie. Les ambassadeurs, Simeon Jerafieuvits Almazov et un haut fonctionnaire moscovite, furent accueillis à Calais par le gentilhomme Torf et arrivèrent à Saint-Denis le 12 mai. Ils furent reçus avec honneurs et eurent une audience avec le roi Louis XIV le 22 mai. Lors de cette audience, ils prononcèrent un discours en langue moscovite traduisant les salutations des Czars. Les ambassadeurs soulignèrent l'amitié historique entre leurs ancêtres et la monarchie française, exprimant le désir de la renforcer. Ils offrirent des présents somptueux, incluant des étoffes précieuses, des fourrures rares, un sabre orné et un oiseau de proie. Les ambassadeurs visitèrent également le château de Versailles, assistèrent à des démonstrations des Mousquetaires et à une représentation d'opéra. Lors de leur audience de congé, ils reçurent divers présents du roi, dont des boîtes à portraits enrichies de diamants et des armes ornées. Ils partirent ensuite pour la Hollande, distribuant des aumônes aux pauvres en chemin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8285
p. 70
ENIGME. A Madame M..., qui devine prèsque toutes celles qui sont dans le Mercure.
Début :
Aglaé, dont l'esprit pénétrant & fertile [...]
Mots clefs :
Fusil
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME. A Madame M..., qui devine prèsque toutes celles qui sont dans le Mercure.
ENIGME.
८
:
AMadame M... , qui devine prèſque
toutes celles qui font dans le Mercure.
Aglaé, dont l'esprit pénétrant & fertile
Dans chaque genre a réuſſi ,
Vous allez deviner l'Enigme que voici ;
Mais un moment au moins , trouvez-la difficile.
UTILE en certains cas, dansbien d'autresj'ai nuiis
J'ai produit des plaiſirs , des chagrins , de l'ennui :
Digne d'être ſorti du cerveau de Minerve ,
Pourtant formé par l'homme , &deſtiné pour lui .
Je le détruis , je le conſerve.
Qu'on m'aime ou qu'on me craigne , on me fuit?
on m'obſerve ,
On a les yeux fixés ſur moi.
Mais pour me poſſéder&me mettre enuſage.
Il faut avoir un certain âge
Et ſe conformer à la Loi.
On metrouve à la Cour, àla Ville, auVillage,
Etj'ai ma place chez le Roi.
८
:
AMadame M... , qui devine prèſque
toutes celles qui font dans le Mercure.
Aglaé, dont l'esprit pénétrant & fertile
Dans chaque genre a réuſſi ,
Vous allez deviner l'Enigme que voici ;
Mais un moment au moins , trouvez-la difficile.
UTILE en certains cas, dansbien d'autresj'ai nuiis
J'ai produit des plaiſirs , des chagrins , de l'ennui :
Digne d'être ſorti du cerveau de Minerve ,
Pourtant formé par l'homme , &deſtiné pour lui .
Je le détruis , je le conſerve.
Qu'on m'aime ou qu'on me craigne , on me fuit?
on m'obſerve ,
On a les yeux fixés ſur moi.
Mais pour me poſſéder&me mettre enuſage.
Il faut avoir un certain âge
Et ſe conformer à la Loi.
On metrouve à la Cour, àla Ville, auVillage,
Etj'ai ma place chez le Roi.
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8286
s. p.
ERRATA.
Début :
Transportés le mot, que, qui commence la 17 ligne de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : ERRATA.
ERRAT A.
Ranfportés le mot , que , qui commence la i7 ligne
J'ai cru.
Page 20 , l. d'elles
Les Piliffens , l. les Peliffons.
Pag. 5. feulement , difcours en Vers. Pag. 36.1.
cu fur fa , &c. Pag. 1. fur l'amy fictif que. Page
48. 4. appliquée. Pag. 66. 4. prévoyant , &c. Pag . 36.
1. né. Pag. 91. 1. groffiereté. Pag. 91. l. la même.
Pag. 93. 7. alors . Pag. ce Berger. Pag. 115. étés
empêcher. Pag. 116. M. à l'endroit . Pag. 119. apr.és
Lamon , mettés qui. Pag. 121. 7. pour le reconnoître
Pag. 125. l. que la joye. 146. l. à l'envie . Pag. 148.
qu'on n'en peut. Pag, 155. L. chargeoit . Pag. 177. l.
n'y à fa Profe. Pag. 181. . exact. Pag. 188. l. d'une
voix. Pag. 190. Là ces précieuſes. Pag. 202 l. éclairé.
Pag. 204. , on n'y allégue, Pag. 106. l, vous,
Ranfportés le mot , que , qui commence la i7 ligne
J'ai cru.
Page 20 , l. d'elles
Les Piliffens , l. les Peliffons.
Pag. 5. feulement , difcours en Vers. Pag. 36.1.
cu fur fa , &c. Pag. 1. fur l'amy fictif que. Page
48. 4. appliquée. Pag. 66. 4. prévoyant , &c. Pag . 36.
1. né. Pag. 91. 1. groffiereté. Pag. 91. l. la même.
Pag. 93. 7. alors . Pag. ce Berger. Pag. 115. étés
empêcher. Pag. 116. M. à l'endroit . Pag. 119. apr.és
Lamon , mettés qui. Pag. 121. 7. pour le reconnoître
Pag. 125. l. que la joye. 146. l. à l'envie . Pag. 148.
qu'on n'en peut. Pag, 155. L. chargeoit . Pag. 177. l.
n'y à fa Profe. Pag. 181. . exact. Pag. 188. l. d'une
voix. Pag. 190. Là ces précieuſes. Pag. 202 l. éclairé.
Pag. 204. , on n'y allégue, Pag. 106. l, vous,
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8288
p. 290
Madame de Vendosme va voir le Grand Prieuré, [titre d'après la table]
Début :
Madame de Vendosme alla il y a quelques jours voir le [...]
Mots clefs :
Madame de Vendôme, Bouquet, Grand Prieuré
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texteReconnaissance textuelle : Madame de Vendosme va voir le Grand Prieuré, [titre d'après la table]
Madame de Vendosmealla
il y a
quelques jours voir le
Grand Prieuré. Les Jardiniers
luy presenterent un Bouquct
qu'elle reçut fort gracieufement; mais comme il estoit
accompagné d'un Concert, el-j
lelefitaussitôtcesser
,& donna quatre ou cinq Louis aux
Jardiniers pour boire à sa
santé
il y a
quelques jours voir le
Grand Prieuré. Les Jardiniers
luy presenterent un Bouquct
qu'elle reçut fort gracieufement; mais comme il estoit
accompagné d'un Concert, el-j
lelefitaussitôtcesser
,& donna quatre ou cinq Louis aux
Jardiniers pour boire à sa
santé
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8291
p. 290-291
Accident arrivé à Mr de Castelas, Lieutenant General, [titre d'après la table]
Début :
Il est arrivé depuis quelques jours une avanture tres fâcheuse [...]
Mots clefs :
Mr de Castelas, Jambe cassée, Cheval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Accident arrivé à Mr de Castelas, Lieutenant General, [titre d'après la table]
Il eil: arrivé depuis quelques
jours une avanture tres fâcheuse à Mr de Castelas, Lieute-
nant General Suisse. Estant
:proche de Monsieur le Duc,
le Cheval de ce Prince estanc
un peu fougueux, donna trois
ou quatre ruades à Mr de Cafcetas, qui luy caffcrcnt une
jambe en trois endroits
jours une avanture tres fâcheuse à Mr de Castelas, Lieute-
nant General Suisse. Estant
:proche de Monsieur le Duc,
le Cheval de ce Prince estanc
un peu fougueux, donna trois
ou quatre ruades à Mr de Cafcetas, qui luy caffcrcnt une
jambe en trois endroits
Fermer
8292
p. 279-280
SUR LES MESMES BOUTS RIMEZ PAR MR De N***. Semper homo stultus.
Début :
L'Homme à tout âge est fol, à quinze ans comme à trente [...]
Mots clefs :
Âge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES MESMES BOUTS RIMEZ PAR MR De N***. Semper homo stultus.
SURLES MESMES
BOUTS RIMEZ
PARMrDe N***.
Semper homo stultus.
L'Homme
a tout âge estsol,
a quinze ans comme a trente
Autrement fol pourtant à
'VIngt ans qu'à quarente
Et mon âge en folie est diffe-
-
rentdu tien
Quoyque ton âgesoit aussifol
quele
, mien.
Semper homo juvenis.
JJhoïime a tout âge estjeune,
à quinze ans a cinquante
Tousjours jeunes désirs
,
il
méditeà. soixante
Pottr unsiecle futur qu'il s'imagine
sien
Des projetsreculez dontil ne
verra rien,
Semper homo vetulus.
L'homme à tout âgeestvieux -,'
àseptansà septante
Tousjours prés de la mort a
neufcomme à nonante
On radoteensuivantlesplaijirJ
le bien
On radoteenun mot quand on
vit comme un chien.
BOUTS RIMEZ
PARMrDe N***.
Semper homo stultus.
L'Homme
a tout âge estsol,
a quinze ans comme a trente
Autrement fol pourtant à
'VIngt ans qu'à quarente
Et mon âge en folie est diffe-
-
rentdu tien
Quoyque ton âgesoit aussifol
quele
, mien.
Semper homo juvenis.
JJhoïime a tout âge estjeune,
à quinze ans a cinquante
Tousjours jeunes désirs
,
il
méditeà. soixante
Pottr unsiecle futur qu'il s'imagine
sien
Des projetsreculez dontil ne
verra rien,
Semper homo vetulus.
L'homme à tout âgeestvieux -,'
àseptansà septante
Tousjours prés de la mort a
neufcomme à nonante
On radoteensuivantlesplaijirJ
le bien
On radoteenun mot quand on
vit comme un chien.
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Résumé : SUR LES MESMES BOUTS RIMEZ PAR MR De N***. Semper homo stultus.
Le texte 'Sur les mêmes bouts rimez' décrit trois phases de la vie humaine : la folie, la jeunesse et la vieillesse. À tout âge, l'homme est fou, jeune et vieux. À quinze, trente ou quarante ans, la folie varie. À quinze ou cinquante ans, il conserve des désirs jeunes. De sept à quatre-vingt-dix ans, il est proche de la mort et radote, vivant misérablement.
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8293
p. 279-280
AUTRE ENIGME.
Début :
Souvent l'on me desire, & toûjours on me fuit ; [...]
Mots clefs :
Pluie
8294
p. 46-47
Epître à M. de Voltaire.
Début :
Je viens offrir au Temple de mémoire, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Goût, Théâtre français
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texteReconnaissance textuelle : Epître à M. de Voltaire.
Epitre à M. de Voltaire.
E viens offrir au Temple de mémoire ,
Le doux parfum d'un pur encens ;
C'eſt dans les coeurs reconnoiffans ,
Voltaire , qu'à jamais on lira ton hiftoire ,
Pour moi , je dis ce que je fens .
Je dois à tes écrits le beau feu qui m’anime ;
Dans l'élégance de tes vers
J'adore le dieu de la rime
L'Apollon de cet univers.
•
Ta voix chanta les dieux , les héros & les belles ;
Le théâtre françois te doit fes plus beaux jours ,
Jamais les doctes foeurs ne te furent cruelles ,
Tes mains ont décoré le palais des amours.
Que de lauriers ont couronné ta tête !
Que de talens te font chérir !
Je vois déja dans l'avenir
Le jour marqué pour célébrer ta fête.
AOUST. 1755. 47
Pies d'Homere & Pindare au haut de l'Helicon ,
A côté de Virgile , & d'Ovide , & d'Horace ,
Le dieu du Goût retient ta place
Entre le grand Corneille & le divin Newton.
Pourfuis longtems , pourfuîs tes hautes deſtinées ;'
Les dieux te conduiront à l'âge de Neftor :
Ils te doivent autant d'années
Qu'il parut de beaux jours dans l'heureux fiecle
d'or.
Par M. Dalais de Valogne.
E viens offrir au Temple de mémoire ,
Le doux parfum d'un pur encens ;
C'eſt dans les coeurs reconnoiffans ,
Voltaire , qu'à jamais on lira ton hiftoire ,
Pour moi , je dis ce que je fens .
Je dois à tes écrits le beau feu qui m’anime ;
Dans l'élégance de tes vers
J'adore le dieu de la rime
L'Apollon de cet univers.
•
Ta voix chanta les dieux , les héros & les belles ;
Le théâtre françois te doit fes plus beaux jours ,
Jamais les doctes foeurs ne te furent cruelles ,
Tes mains ont décoré le palais des amours.
Que de lauriers ont couronné ta tête !
Que de talens te font chérir !
Je vois déja dans l'avenir
Le jour marqué pour célébrer ta fête.
AOUST. 1755. 47
Pies d'Homere & Pindare au haut de l'Helicon ,
A côté de Virgile , & d'Ovide , & d'Horace ,
Le dieu du Goût retient ta place
Entre le grand Corneille & le divin Newton.
Pourfuis longtems , pourfuîs tes hautes deſtinées ;'
Les dieux te conduiront à l'âge de Neftor :
Ils te doivent autant d'années
Qu'il parut de beaux jours dans l'heureux fiecle
d'or.
Par M. Dalais de Valogne.
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Résumé : Epître à M. de Voltaire.
L'épître rend hommage à Voltaire, célébrant son œuvre et son influence. L'auteur exprime sa gratitude pour les écrits de Voltaire, qui l'ont inspiré et animé. Il admire l'élégance des vers de Voltaire et le considère comme un maître de la rime, comparable à Apollon. Voltaire est loué pour avoir chanté les dieux, les héros et les belles, et pour avoir contribué aux beaux jours du théâtre français. Ses talents lui ont valu de nombreux lauriers et l'admiration des doctes cœurs. L'auteur prévoit un avenir où Voltaire sera célébré et voit sa place parmi les grands poètes et penseurs, tels Homère, Pindare, Virgile, Ovide, Horace, Corneille et Newton. Il souhaite à Voltaire une longue vie, comparable à celle de Nestor, et espère qu'il continuera à atteindre de grandes destinées. Le texte est daté d'août 1755 et signé par M. Dalais de Valogne.
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8295
p. 2184-2185
PSEAUME PREMIER. Beatus vir, qui non abiit in consilio impiorum, &c.
Début :
Heureux qui dans son Dieu met sa félicité, [...]
Mots clefs :
Impie, Dieu, Lever, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : PSEAUME PREMIER. Beatus vir, qui non abiit in consilio impiorum, &c.
PSEAUME PREMIER .
Beatus vir , qui non abiit in consilio
impiorum , & c.
Heure
Eureux qui dans son Dieu met sa félicité ,
Qui ne marche jamais dans le sentier du vice ,
Et qui fuit la societé ,
Des Ministres de l'injustice ;
Qui n'a point soutenu dans la Chaire d'erreur ,
Les dogmes empestez d'une morale impie ;
Mais qui sur la Loi du Seigneur ,
Regle tous les jours de sa vie.
L'Eternel benira ses soins et sa Maison."
Tel qu'un arbre arrosé d'une Onde vive et pure ,
Chargé de fruit en la saison,
Le Juste ornera la Nature.
Que deviendront l'impie et le voluptueux ?
Ils seront dispersez ainsi que la poussiere ,
Qu'un tourbillon impetueux ,
Enleve du sein de la Terre.
Dieu leur a préparé des tourmens éternels ;
On ne les verra point devant sa face auguste ,
i
Lever
OCTOBRE . 1733 2185
Lever leurs regards criminels ,
Ni s'asseoir à côté du Juste.
La foudre va partir ; ô regrets superflus !
Enfant d'iniquité , tu n'as plus de puissance
Frémis .. c'en est fait , il n'est plus ,
Le Ciel a vangé l'innocence..
C. FAVART.
Beatus vir , qui non abiit in consilio
impiorum , & c.
Heure
Eureux qui dans son Dieu met sa félicité ,
Qui ne marche jamais dans le sentier du vice ,
Et qui fuit la societé ,
Des Ministres de l'injustice ;
Qui n'a point soutenu dans la Chaire d'erreur ,
Les dogmes empestez d'une morale impie ;
Mais qui sur la Loi du Seigneur ,
Regle tous les jours de sa vie.
L'Eternel benira ses soins et sa Maison."
Tel qu'un arbre arrosé d'une Onde vive et pure ,
Chargé de fruit en la saison,
Le Juste ornera la Nature.
Que deviendront l'impie et le voluptueux ?
Ils seront dispersez ainsi que la poussiere ,
Qu'un tourbillon impetueux ,
Enleve du sein de la Terre.
Dieu leur a préparé des tourmens éternels ;
On ne les verra point devant sa face auguste ,
i
Lever
OCTOBRE . 1733 2185
Lever leurs regards criminels ,
Ni s'asseoir à côté du Juste.
La foudre va partir ; ô regrets superflus !
Enfant d'iniquité , tu n'as plus de puissance
Frémis .. c'en est fait , il n'est plus ,
Le Ciel a vangé l'innocence..
C. FAVART.
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Résumé : PSEAUME PREMIER. Beatus vir, qui non abiit in consilio impiorum, &c.
Le Psaume Premier oppose l'homme vertueux aux impies. L'homme vertueux trouve sa béatitude en Dieu et évite les voies du vice. Il ne fréquente pas les injustes ni ne soutient les erreurs morales. Il régit sa vie selon la loi du Seigneur et reçoit ainsi les bénédictions divines. Il est comparé à un arbre fertile et bien arrosé, symbolisant la prospérité et la justice. En revanche, les impies et les voluptueux sont comparés à la poussière dispersée par un tourbillon. Dieu leur réserve des tourments éternels, et ils ne pourront jamais se tenir devant Lui. La justice divine triomphera, et les injustes seront punis. Le texte se conclut par une mise en garde solennelle aux enfants d'iniquité, annonçant leur chute imminente et la vengeance céleste en faveur de l'innocence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8296
p. 295-296
MARIAGES.
Début :
M. Voisin fils du Président Gilbert, petit-fils de [...]
Mots clefs :
Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
AP.,IAGES.
.,..
M. Voisin filsduPrésident
Gilbert, petit fils de
M. Dongois a épousé le
vingt-cinq Mademoiselle
deFioubet.
M. DeBrassacaépousé
Mademoiselle de Tourville.
M. Fagon fils de M. Fagon
premier Medecin du
Roy, a succedé à M. Dubuisson
à la Charge d'incendant
des Finances.
Le mois prochain on s'etendra
davantage sur les
trois articles qui précédent,
& on donnera une Chan
.,..
M. Voisin filsduPrésident
Gilbert, petit fils de
M. Dongois a épousé le
vingt-cinq Mademoiselle
deFioubet.
M. DeBrassacaépousé
Mademoiselle de Tourville.
M. Fagon fils de M. Fagon
premier Medecin du
Roy, a succedé à M. Dubuisson
à la Charge d'incendant
des Finances.
Le mois prochain on s'etendra
davantage sur les
trois articles qui précédent,
& on donnera une Chan
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8298
p. 294-296
« Voicy quatre Couplets de Chanson faits in promptu l'un des / Super Anet, ornement de la France, [...] »
Début :
Voicy quatre Couplets de Chanson faits in promptu l'un des / Super Anet, ornement de la France, [...]
Mots clefs :
Chanson, Couplets, Musique, Ornement, Dauphin, Charmer, Louanges, Bergers
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texteReconnaissance textuelle : « Voicy quatre Couplets de Chanson faits in promptu l'un des / Super Anet, ornement de la France, [...] »
Voicy quatre Couplers de
Chanfon faits in promptu
l'un des quatre ſoirs qu'il y
eut Mufique. Ils font fur l'air
des Zephirs de Mode Cham
bonniere. Lesdeux premiers
furent faits par un Homme,
que fon efprit ne diftingue
pas moins que fa naiffance &
fes Charges , & les deux au
tres par un Abbé fort connu,
& fort eftimé dans le beau
monde. 132 V
9J
Uperbe Anet , ornement de la
SupeFrance,
De nos Dauphins féjourjadis chery,
GALANT. 295
Nostre LOUIS plus grand que vôtre
Henry,
Vient embellir ces lieux de fa prefence
,
Redoublez donc veftre magnificence.
I²
L faut charmer les yeux & les
oreilles,
Chantres fameux , preparez luy des
Airs;
Que fa louange éclate en vos Concerts.
Peintres , Sculpteurs , n'épargnez pas
vos veilles,
Faites luy voir de nouvelles merveil-
Nes.
I Leux où jadis la Reyne de Cy-
L
there,
Vint établir fon Empire & fa Cour,
Sauvenez Yourfeulement en cejour,
296 MERCURE
Que ce Horos à qui vous devez
plaire,
Aplus d'appas que l'Amour &fa
Mere..
To
Ous nos Bergersque fa prefence
attire,
Vont ranimer leurs amoureux defirss
Nos Champs verront renaitre les
plaifirs,
Et l'on verrafous cet heureux Em.
pire,
Chaque Amarille avecque fon Titire..
Chanfon faits in promptu
l'un des quatre ſoirs qu'il y
eut Mufique. Ils font fur l'air
des Zephirs de Mode Cham
bonniere. Lesdeux premiers
furent faits par un Homme,
que fon efprit ne diftingue
pas moins que fa naiffance &
fes Charges , & les deux au
tres par un Abbé fort connu,
& fort eftimé dans le beau
monde. 132 V
9J
Uperbe Anet , ornement de la
SupeFrance,
De nos Dauphins féjourjadis chery,
GALANT. 295
Nostre LOUIS plus grand que vôtre
Henry,
Vient embellir ces lieux de fa prefence
,
Redoublez donc veftre magnificence.
I²
L faut charmer les yeux & les
oreilles,
Chantres fameux , preparez luy des
Airs;
Que fa louange éclate en vos Concerts.
Peintres , Sculpteurs , n'épargnez pas
vos veilles,
Faites luy voir de nouvelles merveil-
Nes.
I Leux où jadis la Reyne de Cy-
L
there,
Vint établir fon Empire & fa Cour,
Sauvenez Yourfeulement en cejour,
296 MERCURE
Que ce Horos à qui vous devez
plaire,
Aplus d'appas que l'Amour &fa
Mere..
To
Ous nos Bergersque fa prefence
attire,
Vont ranimer leurs amoureux defirss
Nos Champs verront renaitre les
plaifirs,
Et l'on verrafous cet heureux Em.
pire,
Chaque Amarille avecque fon Titire..
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Résumé : « Voicy quatre Couplets de Chanson faits in promptu l'un des / Super Anet, ornement de la France, [...] »
Le texte décrit quatre couplets improvisés lors d'un événement musical. Les deux premiers couplets sont attribués à un homme dont l'esprit et la naissance se distinguent par leur simplicité et leurs charges. Les deux autres couplets sont écrits par un abbé reconnu et respecté dans les cercles élégants. Le texte exalte la grandeur et la magnificence du roi Louis, le comparant favorablement à Henri IV. Il appelle les artistes, tels que les chanteurs, peintres et sculpteurs, à célébrer le roi par leurs œuvres. Il mentionne également des lieux associés à la reine de Cyrène et invite à raviver les plaisirs et les désirs amoureux sous le règne du roi. Les bergers et leurs amours sont comparés aux personnages mythologiques Amaryllis et Tityre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8299
p. 293-295
« Le 4. de ce mois les Plenipotentiaires des Alliez firent [...] »
Début :
Le 4. de ce mois les Plenipotentiaires des Alliez firent [...]
Mots clefs :
Plénipotentiaires, France, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 4. de ce mois les Plenipotentiaires des Alliez firent [...] »
nipotentiaires des Alliezfi-
lent deux Conférences particulieres; l'une le matin, &
l'autre le soir, où ils reglerent entre-eux les réponses
qu'ils feroient aux Plenipotentiaires deFrance, &leurs
Délibérations furent rédigées en Mémoires particuliers,dont ils firent partaux
Plénipotentiaires de France
à chacun en particulier, &
qui n'ont pas encore esté
renduës publiques; on croit
qu'on y
répondra vers le
4. ou le 5. d'Avril. On a
fçu pourtant icy que quelques unes ayant paru d'a-
bord fort excessives; on cft
convenu qu'on entreroit en
Négociation sur ce qu'étiez
contiennent, & l'on doit
même faire aujourd'huy
pour cela une Conférence
extraordinaire; enfin nous
pouvons esperer que tout
tournera bien.
lent deux Conférences particulieres; l'une le matin, &
l'autre le soir, où ils reglerent entre-eux les réponses
qu'ils feroient aux Plenipotentiaires deFrance, &leurs
Délibérations furent rédigées en Mémoires particuliers,dont ils firent partaux
Plénipotentiaires de France
à chacun en particulier, &
qui n'ont pas encore esté
renduës publiques; on croit
qu'on y
répondra vers le
4. ou le 5. d'Avril. On a
fçu pourtant icy que quelques unes ayant paru d'a-
bord fort excessives; on cft
convenu qu'on entreroit en
Négociation sur ce qu'étiez
contiennent, & l'on doit
même faire aujourd'huy
pour cela une Conférence
extraordinaire; enfin nous
pouvons esperer que tout
tournera bien.
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Résumé : « Le 4. de ce mois les Plenipotentiaires des Alliez firent [...] »
Les plénipotentiaires des Alliés ont tenu deux conférences pour préparer leurs réponses aux plénipotentiaires de France. Les mémoires rédigés ont été distribués individuellement et secrètement. Les réponses sont attendues vers le 4 ou le 5 avril. Une conférence extraordinaire a été prévue pour discuter de certains mémoires jugés excessifs. Malgré les difficultés, les négociations devraient aboutir favorablement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8300
p. 2104-2106
A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
Début :
Les Amours pendant votre absence [...]
Mots clefs :
Amours, Vénus, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
A MLLE SALLE' ,
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
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Résumé : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
En septembre 1731, une épître célèbre le retour de Mlle Salle, une danseuse de l'Opéra. Les Amours, symbolisant les passions et les admirateurs, l'ont suivie et se sont rassemblés pour la voir triompher sur scène. Le jour de son retour a été marqué par un enthousiasme extrême, avec un public avide et des Grâces vêtues de modernes habits occupant les loges. Cependant, une troupe d'Amours censeurs, étrangers et inconnus, a tenté de perturber cet enthousiasme en déclarant la guerre à Mlle Salle. Malgré cela, ces Amours ont dû changer de langage et rendre hommage à la danseuse en applaudissant. L'auteur exprime le souhait que Mlle Salle reste, car l'Amour est las de voyager. Il mentionne également la générosité des Anglais à récompenser le mérite, mais souligne l'importance du suffrage de la Patrie.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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