Résultats : 371 texte(s)
Détail
Liste
251
p. 143-152
De Londres. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Londres du 14. de ce mois, que le 26. [...]
Mots clefs :
Londres, Baron, Couronne, Comte d'Halifax, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres. [titre d'après la table]
On écrit de Londres du
144 MERCURE
14. de ce mois , que le 26.
du mois dernier le Roy
créa pluſieurs Pairs de la
Grande Bretagne. Milord
Chandon a été fait Comte
de Caernarven ; Milord
Rockingam , Comte de
Rockingam ; Milord Of
fulton , Comte d'Offulton;
Milord Hallifax , Comte
de Hallifax ; Milord Gernſez
, Comte d'Aylesford ;
Milord Harvey , Comte
de Bristol ; & Milord Pelham
, Comte de Clare. Il
fit encore Pairs de la Grande
Bretagne le Comte de
ThoGALANT.
145
Thomond Irlandois , Vicomte
de Tadcaſter ; le
Vicomte de Caſtleton , Ba .
ron Sanderſon de Saxby ;
Milord Sherad , Baron de
Harbouroug ; Milord Pierrepont
, Baron de Pierrepont
de Hauſlip. Ces trois
derniers ſont auſſi Irlandois.
Le ſieur Henry Boyle
a été créé Baron de Carleton
; le Chevalier Richard
Temple , Baron Temple ;
&le Chevalier Michel Vvaſton
, Baron de Vvaſton :
mais il s'eſt excuſé d'accepter
cette dignité. Le
Νου. 1714. N
146 MERCURE
ende
27. le Roy tint au Palais de
faint James , pour la prémiere
fois , Chapitre de
l'Ordre de la Jarretiere ,
dans lequel il fit quatre
Ghevaliers , qui font le
Duc de Rutland , le Duc
de Bolton , le Comte de
Dorfet , & le Comte de
Hallifax. Le Comte d'Ay
lesford a été fait Chance
lier du Duché de Lancafi
tre , à la place de Milord
Burkley de Strerlon , & le
Colonel Killegrevv Gentilhomme
de la Garderobe
du Prince de Galles. Le 25
GALANT 147
Je Marquis de Monteleon ,
Ambaſſadeur d'Eſpagne ,
arriva de Hollande en cette
ville par la voye de Calais
&le 26. au matin il alla vi
fiter les Secretaires d'Eftat ,
qui le même jour allerent
àfon Hôtel lui rendre ſa
viſitean Le même jour le
Maire nomma fix Aldermans
, & douze Membres
du commun Conſeil de la
ville, pour faire la fonc
tion de Maîtres d'Hôtel
&faire fervir le Roy, le
Prince & la Princeſſe au
feftin qu'il donnera le 9.
Nij
148 MERCURE
de ce mois , auquel les Seigneurs
& les Miniftres font
auſſi invitez. Le General
Cadogan ayant reçû fes
inſtructions , partit le 27 .
pour aller en Hollande , à
la place du Comte de Strafford.
Le 31. au matin le
Roy fut couronné dans l'Egliſe
de l'Abbaye de Vveſtminſter
, avec toute la ſo .
Lemnité poſſible , ſuivant le
ceremonial ordinaire , La
marche commença de la
falle de Vveſtminster , Sa
Majefté étant precedée par
les Officiers qui ont accou
GALANT . 149
tume de porter les marques
& de la Dignité Royale
accompagnée des Pairs
leurs couronnes à la main .
La ceremonie du couronnement
fut faite par l'Archevêque
de Cantorbery ,
qui , aprés le ſervice , & le
fermon prononcé par l'Evêque
d'Oxford , mit la
couronne fur la tête du
Roy. Enfuite on chanta le
TeDeum, & quelques hymnes
en muſique au bruit
des trompettes , auquel les
canons de la Tour & du
Parc répondirent. On re-
Niij
150 MERCURE
tourna dans le mémetors
dre à la falle de Viveſtmin
ſter , où un magnifique
feſtin avoit été proparé. Le
Roy & le Prince s'affirent
à une table élevée au bout
de la falle , & les Pairs , la
couronne en tête , à deux
longues tables dreſſées des
deux côtez de la falle vAh
premier ſervice un Heraut
d'armes fit la proclamation
7
en Anglois & en François;
& le champion étant entré
àcheval , armé de toutes
pieces , jetta ſon ganteler ,
comme gage de bataille ,
GALANTM
pour défier aub combat
ceux qui contefteroient le
droit à la couronne pour
de nouveau Roy. A cinq
heures le Roy ſe retira au
Palais de ſaint James ; &
de foir il y eut des feux de
joye , des réjoüiffances , &
des illuminations par toute
la ville. Avant qu'on ſe mît
en marche pour la ceremonie,
deux ou trois écha
fauts à triple étage , dref
fez dans la cour de Vveftminster
& autour du cimetiere
de l'Eglife , chargez
de ſpectateurs , fondi-
Niiij
7
152 MERCURE
rent , en forte qu'il y cut
pluſieurs perſonnes tuées ,
9115.D
& un tres - grand nombre
de bleſſées.
144 MERCURE
14. de ce mois , que le 26.
du mois dernier le Roy
créa pluſieurs Pairs de la
Grande Bretagne. Milord
Chandon a été fait Comte
de Caernarven ; Milord
Rockingam , Comte de
Rockingam ; Milord Of
fulton , Comte d'Offulton;
Milord Hallifax , Comte
de Hallifax ; Milord Gernſez
, Comte d'Aylesford ;
Milord Harvey , Comte
de Bristol ; & Milord Pelham
, Comte de Clare. Il
fit encore Pairs de la Grande
Bretagne le Comte de
ThoGALANT.
145
Thomond Irlandois , Vicomte
de Tadcaſter ; le
Vicomte de Caſtleton , Ba .
ron Sanderſon de Saxby ;
Milord Sherad , Baron de
Harbouroug ; Milord Pierrepont
, Baron de Pierrepont
de Hauſlip. Ces trois
derniers ſont auſſi Irlandois.
Le ſieur Henry Boyle
a été créé Baron de Carleton
; le Chevalier Richard
Temple , Baron Temple ;
&le Chevalier Michel Vvaſton
, Baron de Vvaſton :
mais il s'eſt excuſé d'accepter
cette dignité. Le
Νου. 1714. N
146 MERCURE
ende
27. le Roy tint au Palais de
faint James , pour la prémiere
fois , Chapitre de
l'Ordre de la Jarretiere ,
dans lequel il fit quatre
Ghevaliers , qui font le
Duc de Rutland , le Duc
de Bolton , le Comte de
Dorfet , & le Comte de
Hallifax. Le Comte d'Ay
lesford a été fait Chance
lier du Duché de Lancafi
tre , à la place de Milord
Burkley de Strerlon , & le
Colonel Killegrevv Gentilhomme
de la Garderobe
du Prince de Galles. Le 25
GALANT 147
Je Marquis de Monteleon ,
Ambaſſadeur d'Eſpagne ,
arriva de Hollande en cette
ville par la voye de Calais
&le 26. au matin il alla vi
fiter les Secretaires d'Eftat ,
qui le même jour allerent
àfon Hôtel lui rendre ſa
viſitean Le même jour le
Maire nomma fix Aldermans
, & douze Membres
du commun Conſeil de la
ville, pour faire la fonc
tion de Maîtres d'Hôtel
&faire fervir le Roy, le
Prince & la Princeſſe au
feftin qu'il donnera le 9.
Nij
148 MERCURE
de ce mois , auquel les Seigneurs
& les Miniftres font
auſſi invitez. Le General
Cadogan ayant reçû fes
inſtructions , partit le 27 .
pour aller en Hollande , à
la place du Comte de Strafford.
Le 31. au matin le
Roy fut couronné dans l'Egliſe
de l'Abbaye de Vveſtminſter
, avec toute la ſo .
Lemnité poſſible , ſuivant le
ceremonial ordinaire , La
marche commença de la
falle de Vveſtminster , Sa
Majefté étant precedée par
les Officiers qui ont accou
GALANT . 149
tume de porter les marques
& de la Dignité Royale
accompagnée des Pairs
leurs couronnes à la main .
La ceremonie du couronnement
fut faite par l'Archevêque
de Cantorbery ,
qui , aprés le ſervice , & le
fermon prononcé par l'Evêque
d'Oxford , mit la
couronne fur la tête du
Roy. Enfuite on chanta le
TeDeum, & quelques hymnes
en muſique au bruit
des trompettes , auquel les
canons de la Tour & du
Parc répondirent. On re-
Niij
150 MERCURE
tourna dans le mémetors
dre à la falle de Viveſtmin
ſter , où un magnifique
feſtin avoit été proparé. Le
Roy & le Prince s'affirent
à une table élevée au bout
de la falle , & les Pairs , la
couronne en tête , à deux
longues tables dreſſées des
deux côtez de la falle vAh
premier ſervice un Heraut
d'armes fit la proclamation
7
en Anglois & en François;
& le champion étant entré
àcheval , armé de toutes
pieces , jetta ſon ganteler ,
comme gage de bataille ,
GALANTM
pour défier aub combat
ceux qui contefteroient le
droit à la couronne pour
de nouveau Roy. A cinq
heures le Roy ſe retira au
Palais de ſaint James ; &
de foir il y eut des feux de
joye , des réjoüiffances , &
des illuminations par toute
la ville. Avant qu'on ſe mît
en marche pour la ceremonie,
deux ou trois écha
fauts à triple étage , dref
fez dans la cour de Vveftminster
& autour du cimetiere
de l'Eglife , chargez
de ſpectateurs , fondi-
Niiij
7
152 MERCURE
rent , en forte qu'il y cut
pluſieurs perſonnes tuées ,
9115.D
& un tres - grand nombre
de bleſſées.
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252
p. 152-156
De Paris le 17. Novembre 1714.
Début :
Le 8 de ce mois la paix fut publiée avec les ceremonies [...]
Mots clefs :
Paix, Reine d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris le 17. Novembre 1714.
De Paris le 17. Novembre
al q
1714, 2006
Le 8 de ce mois la paix
fut publiée avec les ceremonies
ordinaires. Le 15.
on chanta le Te Deum dans
l'Egliſe Metropolitaine , en
action de graces à Dieu
pour la conclufion de la
paix generale avec l'Empereur
& les Princes de
308
3GALANT. 153
e
FEmpire , qui vient d'être
ratifiée Le Cardinal de
Noailles officia pontificalement
à cette ceremonie ,
qui avoit été annoncée à
Ja pointe du jour par le
canon de la bastille & de
la ville. M. le Chancelier
xy aſſiſta à la tête du Con-
-feil , ainſi que les Compagnies
fuperieures , & les
* autres qui y avoient été invitées.
Le foir il y eut un
grand feu d'artifice devant
P'Hôtel de Ville , où il y
eur un repas magnifique ,
& on fit des feux de joye
154 MERCURE
dans toutes les rats, Hoved
23 Lenudouverture du Par
lement ſe fit par une Meſſe,
celebrée dans la Chapelle
dela grande Salle duPalais,
àlaquelle le Premier Prefi
dent, les Preſidens àMor,
tier , & les Chambres aff
fifterentem
On a reçû avis de Prol
yence , que la Reine d'El
pagne partit de Nice le 20.
du mois dernier , & paffa
le Var à gué, pour entrer
le même jour en Provence,
LeComte de Grignan qui
y commande , alla la re
GALANT
cevoir avec un magnifique
équipage &u donna lles
ordres neceſſaires pour la
commodité du voyage de
cette Princeffet, & pour
faire ſervir ſa table & cel
les de ſa ſuire. Il pria Sa
Majestéde vouloir faire des
entrées folemnelles dans
les villes : mais elle voulue
paffer incognito , & on fic
ſeulement des ſalves Royal
les à ſon arrivée. Elle arriva
en huit jours à Marſeille
, où elle fejourna trois
jours , ayant paffé par Anz
tibes , Frejus , Brignolles &
156 MERCURE
Auriol. Elle allasens trois
autres journées à Arles,ou
elle ſejourna deux jours ,
ayant paſſe à Aixy à Lam
befe & à faint Remy ; &
les. de ce mois elle pafla
le Rhône , & elle entra en
Languedoc. On verrà dans
la fuite de ce Journal un
detail de l'entrée & du fei
jour de cette Princeffe à
Marseille.
al q
1714, 2006
Le 8 de ce mois la paix
fut publiée avec les ceremonies
ordinaires. Le 15.
on chanta le Te Deum dans
l'Egliſe Metropolitaine , en
action de graces à Dieu
pour la conclufion de la
paix generale avec l'Empereur
& les Princes de
308
3GALANT. 153
e
FEmpire , qui vient d'être
ratifiée Le Cardinal de
Noailles officia pontificalement
à cette ceremonie ,
qui avoit été annoncée à
Ja pointe du jour par le
canon de la bastille & de
la ville. M. le Chancelier
xy aſſiſta à la tête du Con-
-feil , ainſi que les Compagnies
fuperieures , & les
* autres qui y avoient été invitées.
Le foir il y eut un
grand feu d'artifice devant
P'Hôtel de Ville , où il y
eur un repas magnifique ,
& on fit des feux de joye
154 MERCURE
dans toutes les rats, Hoved
23 Lenudouverture du Par
lement ſe fit par une Meſſe,
celebrée dans la Chapelle
dela grande Salle duPalais,
àlaquelle le Premier Prefi
dent, les Preſidens àMor,
tier , & les Chambres aff
fifterentem
On a reçû avis de Prol
yence , que la Reine d'El
pagne partit de Nice le 20.
du mois dernier , & paffa
le Var à gué, pour entrer
le même jour en Provence,
LeComte de Grignan qui
y commande , alla la re
GALANT
cevoir avec un magnifique
équipage &u donna lles
ordres neceſſaires pour la
commodité du voyage de
cette Princeffet, & pour
faire ſervir ſa table & cel
les de ſa ſuire. Il pria Sa
Majestéde vouloir faire des
entrées folemnelles dans
les villes : mais elle voulue
paffer incognito , & on fic
ſeulement des ſalves Royal
les à ſon arrivée. Elle arriva
en huit jours à Marſeille
, où elle fejourna trois
jours , ayant paffé par Anz
tibes , Frejus , Brignolles &
156 MERCURE
Auriol. Elle allasens trois
autres journées à Arles,ou
elle ſejourna deux jours ,
ayant paſſe à Aixy à Lam
befe & à faint Remy ; &
les. de ce mois elle pafla
le Rhône , & elle entra en
Languedoc. On verrà dans
la fuite de ce Journal un
detail de l'entrée & du fei
jour de cette Princeffe à
Marseille.
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253
p. 156-168
Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Début :
Je serois fort embarrassé du choix de mes termes / La misericorde de Dieu, justement irritée des crimes [...]
Mots clefs :
Royaume de Naples, Pape, Miracle avéré, Miracle, Église, Clergé, Évêque, Peuple, Isernia, Larmes, Vierge, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Je ſerois fort embaraffé
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
Fermer
254
p. 169-170
« Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Début :
Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...]
Mots clefs :
Transition, Lecteurs, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Il importe peu à l'Auteur
de ce Journal que la piece
qu'on va lire ſoit liée ou non,
avec celle qui la precede : elle
n'a pas beſoin du fecours d'u
ne tranſition pour eſtre annoncée
, les Lecteurs le difpenſeroient
même d'en faire ,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Mademoiſelle
* * qui a faite cellecy
,& qui n'a pas une bonne
raiſon pour ne vouloir pas
eſtre nommée , s'eſt contentée
de ne pas s'oppofer à l'impreſſion
de ſon Ouvrage. Je
vous affeure que le Mercure
Novembre 1714. P
170 MERCURE
Galant neferoit pas ſi modeſte
qu'elle , s'il en estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroit pas à
mettre fon nom à la place de
ces deux étoiles.
de ce Journal que la piece
qu'on va lire ſoit liée ou non,
avec celle qui la precede : elle
n'a pas beſoin du fecours d'u
ne tranſition pour eſtre annoncée
, les Lecteurs le difpenſeroient
même d'en faire ,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Mademoiſelle
* * qui a faite cellecy
,& qui n'a pas une bonne
raiſon pour ne vouloir pas
eſtre nommée , s'eſt contentée
de ne pas s'oppofer à l'impreſſion
de ſon Ouvrage. Je
vous affeure que le Mercure
Novembre 1714. P
170 MERCURE
Galant neferoit pas ſi modeſte
qu'elle , s'il en estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroit pas à
mettre fon nom à la place de
ces deux étoiles.
Fermer
255
p. 170-207
LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
Début :
Vous deviez, Madame, vous contenter du silence que je garday [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Opéra, Comédie, Racine, Théâtre, Corneille, Musique, Théâtre italien, Théâtre français, Tragédie, Auteurs, Spectacles, Molière, Poème, Mauvais goût, Spectateurs, Poésie, Anciens, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
LETTRE
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
Fermer
256
p. 208
« Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...] »
Début :
Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...]
Mots clefs :
Fête, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...] »
Vous approuverez ſans
doute , Meſſieurs
د qu'on
vous donne aprés une critique
fur legoût , la Relation d'une
fette qui a eſté faite à Marſeille
pour la Reine d'Eſpagne ,
par M. Arnoul Conſeiller du
Roy en les Conſeils , Intendant
des Galeres &du Commerce
, & vous vous étonnerez
affurement qu'on puiffe
imaginer & executer en auffi
peu de temps qu'il en a cû
une feſte ſi noble , fi galante ,
& d'un ſi bon goût.
doute , Meſſieurs
د qu'on
vous donne aprés une critique
fur legoût , la Relation d'une
fette qui a eſté faite à Marſeille
pour la Reine d'Eſpagne ,
par M. Arnoul Conſeiller du
Roy en les Conſeils , Intendant
des Galeres &du Commerce
, & vous vous étonnerez
affurement qu'on puiffe
imaginer & executer en auffi
peu de temps qu'il en a cû
une feſte ſi noble , fi galante ,
& d'un ſi bon goût.
Fermer
257
p. 209-277
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Début :
M. Arnoul auroit plutost envoyé cette description, si / SA MAJESTÉ ayant pris la résolution de venir à [...]
Mots clefs :
Pierre Arnoul, Fête, Intendant des Galères et du commerce à Marseille, Reine d'Espagne, Arsenal des galères, Marseille, Reine, Bouclier, Sa Majesté, Minerve, Triomphe, Amour, Salle d'armes, Salle d'armes de l'Arsenal des galères, Chevalier, Ouvrage, Coeur, Princesse, Dames, Inscription, Armes, Espagne, Tapis, Fauteuil, Marchepied, Princesse, Appartement, Marquis, Oracle, Roi d'Espagne, Pièces, Conseiller du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
AVERTISSE MENT.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
Fermer
257
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
258
p. 277-278
« On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
Début :
On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de Perse, Marseille, Sérail de Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
On vient d'apprendre dans
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
Fermer
259
p. 278-315
TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Début :
Dans le Harem où sont renfermées les femmes du Grand Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Eunuques, Prince, Appartement, Vizir, Dames, Reine, Harem, Sultane, Sérail, Appartement, Reine, Princesse, Cheval, Esclaves, Cuisine, Grand vizir, Fourrure, Affaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
TRADUCTION
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
Fermer
260
p. 315-316
« Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Début :
Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...]
Mots clefs :
Voyage, Dardanelles, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Revenons , s'il vous plaiſt ,
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
Fermer
261
p. 316-331
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis François de Harcourt, Comte de Cessanne, Chevalier de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Mort, Dame, Seigneur, Marquis, Lieutenant, Armées, Conseiller au Parlement, Armées du roi, Grands officiers, Chevalier de la Toison d'or, Roi, Duc d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Meffire Loüis François de
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
Fermer
262
p. 331
« Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Début :
Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Songeons maintenant ,
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
Fermer
263
p. 331-333
Mariage. [titre d'après la table]
Début :
M. Fabien Albert du Quesnel, Chevalier Marquis de Coupigny, fils [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage. [titre d'après la table]
M. FabienAlbert du Quefnel
, Chevalier Marquis de
Coupigny , fils d'AlbertMarquis
du Queſnel , Marquis de
Coupigny ;& de Louiſe Perreau
,a épousé Damoiſelle
Jeanne - Louiſe de Bethune ,
fille de François - Annibal
Ecij
332 MERCURE
Comte de Bethune , Chef
d'Efcadre des Armées Navales
du Roy , & de Dame Renée
le Borgne de l'Eſquifiou : le
nouveau marié eſt frere de
Jeanne - Marie du Queſnel
mariée le ... Septembre 1709.
àGabriël Baſtonneau,Maiſtre
des Comptes , & petit- fils de
François BaſtonneauAffeffeur
& Eû en l'Election de Paris ,
mort Secretaire du Roy , l'an
1696. M. le Marquis de
Coupignyeſt d'une ancienne
nobleff de Normandie , &
diftinguée par ſes alliances :
pour la Maiſon de Bethune
?
:
GALANT. 333
elle eſt une des plus illuftres
du Royaume , comme on le
peut voir par la genealogie
qui a eſté donnée avec les
preuves ,par le ſieur André
du Cheſne ; & dans l'Hiſtore
des Grands Officiers de la
Couronne.
, Chevalier Marquis de
Coupigny , fils d'AlbertMarquis
du Queſnel , Marquis de
Coupigny ;& de Louiſe Perreau
,a épousé Damoiſelle
Jeanne - Louiſe de Bethune ,
fille de François - Annibal
Ecij
332 MERCURE
Comte de Bethune , Chef
d'Efcadre des Armées Navales
du Roy , & de Dame Renée
le Borgne de l'Eſquifiou : le
nouveau marié eſt frere de
Jeanne - Marie du Queſnel
mariée le ... Septembre 1709.
àGabriël Baſtonneau,Maiſtre
des Comptes , & petit- fils de
François BaſtonneauAffeffeur
& Eû en l'Election de Paris ,
mort Secretaire du Roy , l'an
1696. M. le Marquis de
Coupignyeſt d'une ancienne
nobleff de Normandie , &
diftinguée par ſes alliances :
pour la Maiſon de Bethune
?
:
GALANT. 333
elle eſt une des plus illuftres
du Royaume , comme on le
peut voir par la genealogie
qui a eſté donnée avec les
preuves ,par le ſieur André
du Cheſne ; & dans l'Hiſtore
des Grands Officiers de la
Couronne.
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264
p. 333-337
« Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Début :
Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...]
Mots clefs :
Généalogies, Poésie, Mercure galant, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Ilya , je croy , déja filongtemps
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
Fermer
265
p. 337-338
BOUQUET.
Début :
Je le voy bien ; il faut devancer vostre feste, [...]
Mots clefs :
Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET.
BOUQUET.
Jele voy bien ; ilfaut devancer
2 vostre feste ,
f
Le tribut queje rends à voſtre ai-
L
mable foeur ,
De vos tranquiles jours troubleroit
La douceur ,
Et vous mettroit Martel en teste.
Je n'ofe condamner ce mouvement
jaloux ,
Puisque c'est moy qui lefais naître;
Mais est-ce par mes vers que vous
devez connoistre
Lesfentimens que j'ay pour vous.
Novembre 1714. Ff
338 MERCURE
Souffrez que je vous deſabuse ,
Parunsimple regardje m'explique
bien mieux ,
Etle langage dema Muse
Nevautpas celuy de mesyeux.
Jele voy bien ; ilfaut devancer
2 vostre feste ,
f
Le tribut queje rends à voſtre ai-
L
mable foeur ,
De vos tranquiles jours troubleroit
La douceur ,
Et vous mettroit Martel en teste.
Je n'ofe condamner ce mouvement
jaloux ,
Puisque c'est moy qui lefais naître;
Mais est-ce par mes vers que vous
devez connoistre
Lesfentimens que j'ay pour vous.
Novembre 1714. Ff
338 MERCURE
Souffrez que je vous deſabuse ,
Parunsimple regardje m'explique
bien mieux ,
Etle langage dema Muse
Nevautpas celuy de mesyeux.
Fermer
266
p. 338-345
Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Début :
Je serois en verité bien fâché, Mesdames, qu'il n'y eût dans [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Auteur du Mercure galant, Charles Dufresny, Comédiens, Pièces, Public, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Je ſerois en verité bien fâché,
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
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267
p. 345-346
« Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Début :
Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...]
Mots clefs :
Chanson, Déclamation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Au reſte pardonnez - moy ce
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
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268
p. 346
CHANSON.
Début :
Oüy, je suis inconstant, adorable Climene, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Oüy ,jesuis inconstant ,adorable
Climene,
Mais quoyque cet aveu dût me
rendre odieux ,
N'en foyez pas plus inhumaine ,
Jen'avoispas vů vos beaux jeux.
C'est trop vous laiſſer en balance,
Je crains trop d'être malheureux s
Ah ! sçavez-vous quelle est mon
inconstance ,
Festois indifferent , & je suis
amoureux .
Oüy ,jesuis inconstant ,adorable
Climene,
Mais quoyque cet aveu dût me
rendre odieux ,
N'en foyez pas plus inhumaine ,
Jen'avoispas vů vos beaux jeux.
C'est trop vous laiſſer en balance,
Je crains trop d'être malheureux s
Ah ! sçavez-vous quelle est mon
inconstance ,
Festois indifferent , & je suis
amoureux .
Fermer
269
p. 346-349
« J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Début :
J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...]
Mots clefs :
Énigmes, Auteurs, Air
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Jay beau feüilleter tous les
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
en attendant paſſons aux nouvelles
Enigmes. Voicy d'abord
celle que je n'ay pas faite.
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
en attendant paſſons aux nouvelles
Enigmes. Voicy d'abord
celle que je n'ay pas faite.
Fermer
270
p. 349-350
ENIGME.
Début :
Je marche avec grand bruit, & comme à pas comptez, [...]
Mots clefs :
Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME .
Je marche avec grand bruit , &
comme à pas comptez ,
Ma tête va devant , & toûjours
lapremiere ,
Mes ailes fontà mes costez ,
Et ma queüe en marchandſuit mon
corps par derriere,
Je vis, je manze& bois , comme
les animaux
Et ma tête , &mon corps ,
queüe,& mes ailes
&ma
Répandent des douleurs mortelles ,
350 MERCURE
1
[
Et cauſentſouventdegrandsmaux.
Cependant je ne fuis , ny bête à
quatre pates ,
Volatil , ny reptile , insecte , ny
poisson,
Je nesuis pas non plus au rang
des automates ,
Aprés cela je laiſſe à deviner mon
nom.
Je marche avec grand bruit , &
comme à pas comptez ,
Ma tête va devant , & toûjours
lapremiere ,
Mes ailes fontà mes costez ,
Et ma queüe en marchandſuit mon
corps par derriere,
Je vis, je manze& bois , comme
les animaux
Et ma tête , &mon corps ,
queüe,& mes ailes
&ma
Répandent des douleurs mortelles ,
350 MERCURE
1
[
Et cauſentſouventdegrandsmaux.
Cependant je ne fuis , ny bête à
quatre pates ,
Volatil , ny reptile , insecte , ny
poisson,
Je nesuis pas non plus au rang
des automates ,
Aprés cela je laiſſe à deviner mon
nom.
Fermer
271
p. 350-351
ENIGME.
Début :
Voicy la mienne. Je suis seur sans vanité, que les plus belles / Je suis d'une ovale structure, [...]
Mots clefs :
Poire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy la mienne. Je ſuis ſeur
fans vanité , que les plus belles
&les meilleures devineuſes du
monde , mettront au moins autant
de temps à la deviner
j'en ay mis à la faire .
ENIGME.
f , quc
Jesuis d'une ovaleſtructure ,
Ma mere , tous les ans , m'enfante
Sans douleur ,
GALANT. 351
Mon odeurfaitplaisir , bizarreest
ma couleur ,
Et mon habit est fans couture.
Dans le centre de ma maison ,
On trouve quelquefois une dure
carriere ,
Dont ilfaut arracher la pierre
Qui ravage souvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate ,
Mon corps est composé, je ne sçay
pasde quoy,
Jenesuis ny ronde , ny plate;
Belles, dans vos appas , it en est
un qui flate ,
Et qu'on trouve bien fait , l'ors
qu'il l'est comme moy .
fans vanité , que les plus belles
&les meilleures devineuſes du
monde , mettront au moins autant
de temps à la deviner
j'en ay mis à la faire .
ENIGME.
f , quc
Jesuis d'une ovaleſtructure ,
Ma mere , tous les ans , m'enfante
Sans douleur ,
GALANT. 351
Mon odeurfaitplaisir , bizarreest
ma couleur ,
Et mon habit est fans couture.
Dans le centre de ma maison ,
On trouve quelquefois une dure
carriere ,
Dont ilfaut arracher la pierre
Qui ravage souvent sa derniere
prison.
Enfin ma chair est fraîche &
délicate ,
Mon corps est composé, je ne sçay
pasde quoy,
Jenesuis ny ronde , ny plate;
Belles, dans vos appas , it en est
un qui flate ,
Et qu'on trouve bien fait , l'ors
qu'il l'est comme moy .
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272
p. 351-352
« Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Début :
Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Je ne vous croy pas fort curieuſes
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
Fermer
273
p. 352-353
OMISSION.
Début :
J'ay oublié, & je ne sçay comme cela s'est fait, à parler [...]
Mots clefs :
Bénéfices, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OMISSION.
COMISSION.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
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274
p. 353-355
AVIS.
Début :
Le sieur de Ricours qui depuis 20. années s'est attaché à la connoissance [...]
Mots clefs :
Mathématiques, Monnaies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Le fieur de Ricours qui depuis
20. années s'est attaché à la connoiſſance
des Arts Liberaux ,
fur tout aux principales parties de
Mathematiques , donne avis au Public
qu'il continuë d'enseigner le
toiséde toutes fortes de corps tant
Novembre 1714. Gg
354 MERCURE
folides que fuperficiels , foit regu
liers ou irreguliers ; la Logiſtique
universelle , ou la science des nombres
, avec des applications utiles
à toutes sortes d'usages ; les Changes
de toutes les Places de l'Europe
oùleurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de leurs monnoyes,
poids , mesures en longueurs & en
continence ,&les évaluations d'i
ceux avec les Nôtres , comme auffi
lesArbitrages , Negociations , Viremens
de Places , Commiffions en
Banque , & generalement tout ce
qui dépend du commerce.
Lamaniere de tenir les Livresde
Comptes&Ecritures tant àparties
doubles quesimples par des principes
tres -faciles.
Il travaille actuellement à mettre
aujour un Livre divisé en 3. par
GALANT. 355
ties , qui contiendra non-feulement
les Elemens des choses cy-deſſus
expliquées , mais encore la maniere
d'en faire toutes fortes d'applications
,foit par Theorie ou parpratique
, & ce dans un goust bien different
de ceux qui ont parû jusqu'icyfur
de pareilles maticres , il
yjoindra de plus pour lafatisfaction
des perſonnnes sçavantes &
curieuses , un tarifdes monnoyes,
poids & mesures de tous les Royaumes
de l'Orient & du Midy , ou
vrage tres-recherché& convenable
àun parfait Negociant.
Il demeure au coindu QuayPelletier
en la maison où est logé le
fieurAllais,Maistre EcrivainJuré
Expert pour les verifications, dont
JoTablean estau-dessus de la porte
Le fieur de Ricours qui depuis
20. années s'est attaché à la connoiſſance
des Arts Liberaux ,
fur tout aux principales parties de
Mathematiques , donne avis au Public
qu'il continuë d'enseigner le
toiséde toutes fortes de corps tant
Novembre 1714. Gg
354 MERCURE
folides que fuperficiels , foit regu
liers ou irreguliers ; la Logiſtique
universelle , ou la science des nombres
, avec des applications utiles
à toutes sortes d'usages ; les Changes
de toutes les Places de l'Europe
oùleurcommerce peut correspondre,
avec les valeurs de leurs monnoyes,
poids , mesures en longueurs & en
continence ,&les évaluations d'i
ceux avec les Nôtres , comme auffi
lesArbitrages , Negociations , Viremens
de Places , Commiffions en
Banque , & generalement tout ce
qui dépend du commerce.
Lamaniere de tenir les Livresde
Comptes&Ecritures tant àparties
doubles quesimples par des principes
tres -faciles.
Il travaille actuellement à mettre
aujour un Livre divisé en 3. par
GALANT. 355
ties , qui contiendra non-feulement
les Elemens des choses cy-deſſus
expliquées , mais encore la maniere
d'en faire toutes fortes d'applications
,foit par Theorie ou parpratique
, & ce dans un goust bien different
de ceux qui ont parû jusqu'icyfur
de pareilles maticres , il
yjoindra de plus pour lafatisfaction
des perſonnnes sçavantes &
curieuses , un tarifdes monnoyes,
poids & mesures de tous les Royaumes
de l'Orient & du Midy , ou
vrage tres-recherché& convenable
àun parfait Negociant.
Il demeure au coindu QuayPelletier
en la maison où est logé le
fieurAllais,Maistre EcrivainJuré
Expert pour les verifications, dont
JoTablean estau-dessus de la porte
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275
p. 356-357
Avis aux incredules.
Début :
J'ay déja dit, & je le repete encore que j'ay cru devoir informer [...]
Mots clefs :
Latin, Méditation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis aux incredules.
Avis aux incredules ...
Fay déja dit , &je le repete
encore que j'aycru devoir informer
le Public que M. l'Abbé Fremy a
demontré à plusieurs sçavans par
voye de Theorie & d'experience ,
qu'une meditation de 15. années
l'avoit enfin conduit à trouver le
Secret d'apprendre le Latin plus
facilement qu'on n'apprend aujourd'huy
la Langue Italienne .
Toutson système ne roulequefur
deux Regles tres- courtes & d'une
execution tres aisée qui convientà
toutsexe & à tout âgefitoft qu'on
fçait lire &un peu écrire ....
La premiereſuffit pour resoudre
les difficultez les plus épineuses
rant à l'égard de la compofition
Latine , que de l'explication des
Auteurs.
GALANT. 357
La deuxième qui ne consiste
qu'en unseul mot ſans exception ,
est utile pour sçavoirſeurement la
quantité des fyllabes longues ou
breves par nature.
Les Perſonnes qui s'interefférontàluy
donnerquelque avis pourront
l'adreſſer à M. Ribou , Marchand
Libraire , qui recevra auſſi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'està l'Image S. Loüis, Quay
des Grands Augustins ..
Fay déja dit , &je le repete
encore que j'aycru devoir informer
le Public que M. l'Abbé Fremy a
demontré à plusieurs sçavans par
voye de Theorie & d'experience ,
qu'une meditation de 15. années
l'avoit enfin conduit à trouver le
Secret d'apprendre le Latin plus
facilement qu'on n'apprend aujourd'huy
la Langue Italienne .
Toutson système ne roulequefur
deux Regles tres- courtes & d'une
execution tres aisée qui convientà
toutsexe & à tout âgefitoft qu'on
fçait lire &un peu écrire ....
La premiereſuffit pour resoudre
les difficultez les plus épineuses
rant à l'égard de la compofition
Latine , que de l'explication des
Auteurs.
GALANT. 357
La deuxième qui ne consiste
qu'en unseul mot ſans exception ,
est utile pour sçavoirſeurement la
quantité des fyllabes longues ou
breves par nature.
Les Perſonnes qui s'interefférontàluy
donnerquelque avis pourront
l'adreſſer à M. Ribou , Marchand
Libraire , qui recevra auſſi
les Lettres dont le port aura esté
payé; c'està l'Image S. Loüis, Quay
des Grands Augustins ..
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276
p. 357-358
Autre Avis.
Début :
Le sieur Pelletier, Maître Tailleur d'habits, s'est avisé d'un expedient [...]
Mots clefs :
Tailleur, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis.
Autre Avis ..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
Fermer
277
p. 358
AVERTISSEMENT.
Début :
Est-ce que pour me ruiner tout de bon, que vous vous tuez le corps [...]
Mots clefs :
Poste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
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278
s. p.
TABLE.
Début :
Prelude magnifique 3 Vers de Mademoiselle Deshoulieres aux Muses sur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
DReludemagnifique 3
Vers deMademoiselle Deshoulieres auxMujesſur
la Paix. 12
Hſtoire extravagante. 19
Autre Histoire veritable, &paſſablement bonne.
63
Réponſe d'une Demoiselle à l'Auteur. 83
AutreHistoire bien vraye , & d'un ſtile propre
àfairehonneur au Mercure,
Discours curieuxfur l'origine du mois.
85
106
Nouvelles de Vienne, 109
DeMadrid.
117
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonois arrestez & embarquez le zz .
Septembre par ordre de M. le Maréchal de
Berwic , en vertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
priſons d'Espagne , &ailleurs.
DeRome.
De Venise.
De Londres.
De Paris..
118
139
140
143
12
Relation que le Pape a receu d'un miracle averé
&qui est arrivéà Icernie , Ville du Коулите
47 de Naples , le mois d'Octobre dernier, 158
TABLE
J
Lettre curieuse de l'illustre Mademoiselle de
àune Damedefes amiesfur le bon gout d'apresent.
169
Relation exacle & intereſſante de la Feste qui a
eſtéfaite à Marseille àla Reine d'Espagne ,
par M Arnoul, Conseiller du Roy, Intendant
des Galeres & da Commerce 209
Traduction d'une veritable & rare description
du Harem , ou de l'appartement desfemmes
du Grand-Seigneur.
:
278
315
331
Discours oùl'Auteurleprend vrayementsur un
Morts.
Mariage.
tonfort ferieux. 328
Chanson.
346
Enigmes. 349
Omiffion. 352
Avis.
353
Avis aux Incredules.
356
Avertiſſement 358
DReludemagnifique 3
Vers deMademoiselle Deshoulieres auxMujesſur
la Paix. 12
Hſtoire extravagante. 19
Autre Histoire veritable, &paſſablement bonne.
63
Réponſe d'une Demoiselle à l'Auteur. 83
AutreHistoire bien vraye , & d'un ſtile propre
àfairehonneur au Mercure,
Discours curieuxfur l'origine du mois.
85
106
Nouvelles de Vienne, 109
DeMadrid.
117
De Barcelone. Liste des Generaux & Officiers
des Barcelonois arrestez & embarquez le zz .
Septembre par ordre de M. le Maréchal de
Berwic , en vertu du plein pouvoir qu'il avoit
receu de SaM C. & conduits en differentes
priſons d'Espagne , &ailleurs.
DeRome.
De Venise.
De Londres.
De Paris..
118
139
140
143
12
Relation que le Pape a receu d'un miracle averé
&qui est arrivéà Icernie , Ville du Коулите
47 de Naples , le mois d'Octobre dernier, 158
TABLE
J
Lettre curieuse de l'illustre Mademoiselle de
àune Damedefes amiesfur le bon gout d'apresent.
169
Relation exacle & intereſſante de la Feste qui a
eſtéfaite à Marseille àla Reine d'Espagne ,
par M Arnoul, Conseiller du Roy, Intendant
des Galeres & da Commerce 209
Traduction d'une veritable & rare description
du Harem , ou de l'appartement desfemmes
du Grand-Seigneur.
:
278
315
331
Discours oùl'Auteurleprend vrayementsur un
Morts.
Mariage.
tonfort ferieux. 328
Chanson.
346
Enigmes. 349
Omiffion. 352
Avis.
353
Avis aux Incredules.
356
Avertiſſement 358
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279
s. p.
Avis pour placer la Figure.
Début :
L'air doit regarder la page 336. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer la Figure.
Avis pour placer la Figure. L'air doit regarder la page 336.
Fermer
280
p. 3-7
Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
Début :
N'est-ce pas une chose étonnante, Messieurs, qu'on [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal de Verdun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
EST - CE pas une
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
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281
p. 7-9
EPIGRAMME.
Début :
J'ai enfin été à la Comedie, & je n'ai / Sous ce tombeau gissent Plaute & Terence, [...]
Mots clefs :
Molière, Plaute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
J'ai enfin
A iiij
8 MERCURE
1
été à la Comedie , & je n'ai
pû voir ces farces , ſans me
ſouvenir de cette Epigram.
me de Godart ſur le tombeau
de Moliere .
EPIGRAMME .
Sous ce tombeau giſſent Plaute
Terence ,
Et cependant le feul Mo'sere
ygit ,
Dont le bel art réjouiſſoit la
France.
Ilsfont partis, &j'ai peu d'ef
perance
De les revoir, malgré tous nos
efforts.
GALANT. 9
Ah ! pour long- temps , ſelon
toute apparence ,
Terence , Plaute , & Moliere
font morts.
A iiij
8 MERCURE
1
été à la Comedie , & je n'ai
pû voir ces farces , ſans me
ſouvenir de cette Epigram.
me de Godart ſur le tombeau
de Moliere .
EPIGRAMME .
Sous ce tombeau giſſent Plaute
Terence ,
Et cependant le feul Mo'sere
ygit ,
Dont le bel art réjouiſſoit la
France.
Ilsfont partis, &j'ai peu d'ef
perance
De les revoir, malgré tous nos
efforts.
GALANT. 9
Ah ! pour long- temps , ſelon
toute apparence ,
Terence , Plaute , & Moliere
font morts.
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282
p. 9-14
« Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Début :
Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal, Liberté, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Voila leurs étrennes.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
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283
p. 14-108
HISTOIRE.
Début :
Je vous donnai le mois passé, Messieurs, une description / Anna Favella & Julio Alexandro, des meilleures [...]
Mots clefs :
Sérail, Femme, Amour, Navire, Nuit, Maison, Seigneur, Maîtresse, Esclaves, Ami, Mer, Naples, Coeur, Marchand, Ville, Fortune, Constantinople, Malheurs, Traître, Femmes, Pierre, Diamants, Port, Beauté, Amant, Courage, Reconnaissance, Confiance, Tendresse, Horreur, Sultan, Épouse, Royaume de Naples, Amants, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
Je vous donnai le mois
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
paſſe , Meſſieurs , une deſcription
nouvelle du Serrail
du Grand Seigneur. Un
Ambaſſadeur de France à
la Porte , qui ſçait de ces
lieux, où ila demeuré longGALANT.
IS
temps , tout ce qu'on en
peutapprendre , l'a trouvée
fi exacte & fi bien circonſtanciée
, qu'il m'a avoüé
qu'il étoit étonné qu'on eût
pû arracher des choſes ſi
rares du fond de cet impenetrable
Palais : mais il le
fut encore davantage au
recit de l'hiſtoire nouvelle
que je vais vous raconter.
*******美美
HISTOIRE.
ANna Favella & Julio
1
16 MERCURE
Alexandro , des meilleures
familles de Tarente , ville
capitale de la Principauté
d'Otrantedans le Royaume
de Naples , furent enlevez
par un Corſaire d'Alger ,
deux jours avant celui que
leurs parens avoient choiſi
pour les unir ſous les loix
de l'hymen . Favella étoit la
plus belle fille de ceRoyaume
, & la beauté d'Alexandro
n'avoit de comparable
à elle-même que l'éclat des
charmes de ſa maîtreſſe.
* Ces malheureux amans a
voient environ trente ans
GALANT. 17
à eux deux , lorſque ſix
Turcs determinez , dont le
navire étoit caché derriere
leCap ſainte Marie, mirent
pied à terre , ſe jetterent
dans un bois fort épais qui
étoit à cent pas du rivage ,
s'y enfoncerent temerairement
, & trouverent enfin
preſque à la porte du Palais
de Favella , cette miferable
fille aſſiſe ſur le bord d'un
ruiffeau,&fe felicitant avec
ſon amant de l'eſperance
de leur hymen prochain.
Une vieille matrone étoit
prés d'eux, lorſque ces traî-
Dec. 1714. B
18 MERCURE
tres les ſurprirent , les ſaifirent
, les lierent , & les
entraînerent dans leur chaloupe
, aprés avoir étranglé
la vieille , dont les cris pouvoient
attirer du monde à
leur fecours.
Jamais Corſaire avide de
butin ne ſe flata mieux de
l'eſpoir d'une fortune éclatante
,que le cruel Muſtapha
, à la vue des deux efclavesqueſesgensvenoient
d'amener à fon bord. Il fit
auffitôt appareiller,mit toutes
ſes voiles dehors , &cingla
vers l'Afrique. Un faGALANT.
19
:
:
vorable ventde Nordnordeſt
le rendit en deux jours
à Alger , où d'abord il mit
Favella entre les mains de
ſa femme , & Alexandro
entre les eſclaves dont il
eſperoit de groſſes rançons.
La beauté ſoûmet à fon
empire les plus fiers courages
,& le coeur le plusbarbare
n'eſt pas à l'épreuve
des traits de deux beaux
yeux. Mustapha ſoûpire
pour ſa nouvelle eſclave ,
pendant que ſon épouſe
brûle déja pour le jeune
Napolitain , qu'elle a mal
Bij
20 MERCURE
heureuſement vû à travers
une jalouſie de ſon Serrail,
Les larmes de Favella ,
la tendreſſe parfaite qu'elle
conſerve à ſon amant , &
l'horreur qu'elle a pour ſon
tyran, n'empêcheroient pas
qu'elle ne fût bientôt la victime
d'une paſſion qui la
deſeſpere,ſi l'amour n'alloit
pas employer juſqu'aux
voyes les plus cruelles pour
la dérober aux coups qui
la menacent. Mustapha ne
la quitte plus, le barbare ne
peut vivre unmoment ſans
la voir.
GALANT. 21
(.
Sbayna ſa femme brûle
d'une égale ardeur pour
Alexandro , qu'elle a déja
trouvé le fecret d'inſtruire
des deſſeins qu'elle a ſur lui .
Alexandro , qui de de fon
côté a reſolu de tout riſquer
pour briſer les fers de ſa
maîtreſſe , les fiens & ceux
de ſes camarades , avec qui
il a tramé ſecretement une
conſpiration, dont le ſuccés
doit les affranchir des horreurs
de leur fervitude ,
promet à Sbayna de conſentir
à tout ce qu'il lui
plaira , pourveu qu'elle l'in
22 MERCURE
*
troduiſe de nuit dans ſa
chambre. Cette femme n'écoute
plus que ſa paffion
pour lui donner , & lui tenir
le lendemain, à latroiſieme
heure de la nuit , la parole
qu'il a la veille exigée d'elle.
Alexandro ſe rend à ſon
appartement , & lui dit ,
aprés les premieres civilitez
: Je ne peux enfin vous
aimer , ni vous donner des
marques de mon amour ,
belle Sbayna , à moins que
vous ne m'épouſiez : mais
vous ne pouvez m'épouſer
tant que vous ferez la fem
GALANT.
23
me d'un Turc. Ah cruel !
lui répondit- elle , quel reproche
me faites vous ?At
- il tenu à moy de ne pas
devenir la femme de Muſ
tapha , & fuis je la maîtreſſe
de ne la plus être ? Ravie à
ma famille malheureuſe
dés mon enfance, arrachée
depuis douze ans des côtes
de la Pouille , où je reçus
le jour , aprés avoir été efclave
dans ce Serrail jufqu'au
moment où le barbare
maître de ces lieux me
menaça de me donner la
mort ſi je lui refuſois ma
24
MERCURE
efmain,
croyez- vous que mon
coeur ait jamais confenti au
ſacrifice de ma timidité ?
Non, charmanteSbayna,lui
dit Alexandro, non je ne le
croy pas : mais puiſque vous
me preferez aux autres
claves qui font ici ; puiſque
vous vous ſentez aſſez de
courage pour m'entretenir
hardimēt dans vôtre cham
bre , ſoyez genereuſe jufqu'au
bout , ne perdez pas
un moment de temps , &
facrifiez tout à l'heure ce
barbare époux à l'amour
que vous avez pour moy.
Je
GALANT!
25
Je ſçai que votre main
trembleroit à executer une
ſi grande action , qu'elle
n'auroit pas affez de force
pour lui porter des coups
mortels : mais j'exige de
vous ſeulementqu'elle conduife
la mienne. Montrezmoy
la chambre où il eſt
maintenant , & je vais à
l'inſtant m'immoler la victime
que mon amour vous
demande. A quoy , grand
Dieu, lui dit la tremblante
Sbayna , qui ſe vit embarquée
plus loin qu'elle n'as
voit compté de l'être ; à
Dec. 1714. C
16 MERCURE
quoy , malheureux , allons.
nous nous expofer fije
conſens à ce que vous exi
gez demoy ? Mustapha eft
peut-être àpreſent dans le
leinde fa nouvelle eſolave,
ou peut- être redouble til
ſes efforts pour fléchir fo
rigueur. Dans quel abîma
effroyable de maux allons
nous , dis je , nous precipi
ter, ſi je ſuis vos temeraires
deffeins ?& qu'allons nous
devenir , fi je ne les ſuis
pas?Ne craignez rien,reprit
Alexandro aveo impetuofite
; tous les eſclaves de
GALANT.
47
S
e
mon quartier n'attendent
que mon fignal pour nous
ſervir au gré de nos interêts
communs. Un renegat fidele
, s'il en eſt , doit me
tenir à toute heure de nuit ,
pendant trois jours , une
barque prête à partir. La
mer vient battre les murs
dece jardin , & le trajet eft
fort court d'ici juſqu'aux
lieux qui doivent nous fervir
d'aziles. Venez donc ,
lui dit- elle enfin , venez ,
fuivez-moy ; & puis qu'il
faut qu'il meure , ou que
nous periflions, je vais vous
Cij
28 MERCURE
montrer juſqu'à la place où
vôtre main doit porter vos
coups.
Ils traverſent auffitôt
courageuſement , & fans
bruit , pluſieurs petits co
lydors , au bout deſquels ils
entrent dans une chambre,
où , à la faveur de la clarté
de la Lune, ils trouvent un
homme & une femme na
geant dans le fang , & rendant
les derniers ſoupirs.
Le deſeſperé Alexandro &
l'effrayée Sbayna regardent
ces deux victimes d'un oeil
bien different. Le NapoliGALANT.
29
tain plonge un poignard
dans le corps du malheureux
Mustapha,pour mieux
s'aſſurer de ſa mort , & fe
jette ſur le ſein de ſon infortunée
maîtreffe , qu'il
ſent heureuſement reſpirer
encore. Il embraſſe en même
temps les genoux de
Sbayna , & la conjure de
lui donner des remedes , fi
elle en a , pour rendre , s'il
eſt poſſible , la vie à cette
miferable eſclave. Sbayna
✔entre dans un petit cabinet
où ſont les eaux & les baumes
que fon mari avoit
Ciij
30
MERCURE
A
coûtume de porter à la mer.
Elle choifit une liqueur
d'une verru fouveraine , &
en fait avaler quelques
gouttes à la mourante Favella
, qui ouvre enfin les
yeux en foupirant.Que voyje
, lui dit-elle un moment
aprés ? quel Ange vous envoyeàmon
fecours , genereufe
Sbayna ! Mais la mort
ne m'a-t-elle pas vangédes
fureurs de vôtre indigne
époux? Ciel ! ajoûta-t- elle ,
en ſe récriant, quel mortel
s'offre à mes regards ? Eftce
vous , Alexandro , que
GALANT
31
je voy ? eft. ce vous , mon
cher Alexandro ? Oui, belle
&malheureuſe Favella , lui
dit il en fondantenlarmes,
c'eſt moyque vous voyez
le fer à la main , & prêt à
vous arracher de ces lieux.
Mais eſſayez devous lever,
ſi vous pouvez. A quel endroit
êtes vous blefſée vous
voila pleine de lang; eft- ce
du vôtre? eſt.ce de celui de
nôtre ennemi ? Je ne croy
pas,reprit- elle , que mes
habits foient teintsdu mien;
& fi vous ne m'aviez heureuſement
ſecouruë , je
C iiij
32
MERCURE
C
र
penſe que je n'allois mourir
, que parce que mon
courage avoit épuiſé mes
forces en défendant ma
vertu . Aprés avoir longtemps
combattu contre le
traître Muſtapha , reſoluë
de perin avec mon inno-
-cence , j'ai de deux coups
mortels percé ſon lâche
*coeur , & enfin je ſuis tombée
dans ſon ſang , accablée
ſous le poids de ma
vengeance.
Mais quel ſpectacle cruel
pour la jalouſe Sbayna , de
voir ainſi raſſemblez dans
1
GALANT.
33
la chambre de ſon époux
égorge , deux amans dont
la tendre reconnoiſſance
Imet un obſtacle éternel à
ſes deſſeins ! Elle n'a pas
neanmoins d'autre parti à
prendre , que celui de ſe
faifir de l'or &des pierreries
de Muſtapha & des ſiennes,
& de les ſuivre. Ces précautions
priſes , Alexandro
court délivrer les eſclaves
qui devoient ſe ſauver avec
lui , & dans la compagnie
de tous ceux qui lui étoient
redevables de leur falut
4
,
il s'embarque dans le bâti34
MERCURE
ment du renegat dont j'ai
parlé.
L'Italie eſt l'objet de leur
voyage & de leurs voeux ,
ils font des efforts incroya .
bles pour gagner ſeulement
la Sardaigne : mais la mer
& les vents qui leur font
contraires les obligent à
doubler leCap de Sulfence,
&les jettent enfin malgré
eux fur l'Ile de S Pierte.
Les habitans de cette petite
Ifle font pour eux plus
inhumains que les Turcs.
Dés que nos voyageurs
y curent débarqué , plu-
1
GALANT.
35
S
S
ſieurs de ces Infulaires s'af
ſemblerent autour d'eux ,
dans le deſſein de leur dérober
leurs meilleurs effets,
& de les obliger enſuite à
aller chercher ailleurs l'azilé
qu'ils vouloient leur
refufer chez eux : mais un
vieux Marchand , qui avoit
beaucoup de credit dans
cette Ille , feignit de s'oppoſer
à l'execution de ce
deſſein , pour les tromper
d'une maniere bien plus
cruelle. Il n'eut pas plutôt
vû les deux Italiennes &
Alexandro , qu'il ne fongea
36 MERCURE
qu'au moyen de s'emparer
de leurs perfonnes & d
leur tréfor. Il fut au devant
d'eux , il leur offrit obli-;
geamment ſa maiſon , &
fes eſclaves pour les ſervir ,
& leur promit de leur faire
équiper un bâtiment pour
les renvoyer inceſſamment
dans leur patrie. Ces offres
furent accompagnées d'un
air de bonne foy & de
compaffion dont ils furent
la dupe. Le traître avoit
juré leur perte , & voici
comme il executa le projet
de la perfidie.
GALANT.
3:7
Il meua ces malheureux
chez lui , où ils ne furent
pas plûtôt entrez , que qua
tre ſcelerats , qui fervoient
tous les jours à ſes noirs
deſſeins , les mirent chacun
dans des petites chambres
, d'où ils ne purent plus,
ni ſe voir , ni s'entendre.
Aprés les avoir retenus l'efpace
de trois mois dans
cette captivité , il ſe determina
à aller rendre une
viſite au deſeſperé Alexandro
, qui lui dit d'abord
i
toutes les injures que la
t
rage& le deſeſpoir lui mi38
MERCURE
rent à la bouche : mais le
Marchand l'interrompant ,
lui dit qu'il avoit tort de ſe
plaindre ; qu'il ne ſçavoit
pas apparemment l'uſage
du pays où il étoit ; qu'il
n'abordoit jamais d'étran
gers dans cette Ille , qu'on
ne les gardât au moins fix
mois , & qu'on ne ſçût parfaitement
qui ils étoient ;
que d'ailleurs il y étoit arrivé
dans un bâtiment de
Barbarie , commandé par
un renegat ; qu'un de ces
hommes ſans foy avoit cffayé
il y avoit quelques an
GALANT.
39
nées de livrer l'ifle aux
Turcs ; &que depuis qu'on
avoit découvert cette horrible
conſpiration, on avoit
obſervé de faire à tous les
étrangers que leur malheur
yjjeetttrooiitt,uunnttrraaiittementbien
plus rude encore que celui
qu'il avoit reçû de lui ; que
cependant , s'il vouloit lui
donner mille ducats d'or
eneſpeces , ou la valeur de
cette fomme en pierreries ,
non ſeulement il abrege.
roit le terme de ſa capti
vité : mais qu'il alloit à
T'heure même le faire con4°
MERCURE
)
duire dans un navire Napolitain
qui étoit à la rade,
& qui devoit la nuit fuivantemettreà
la voile pour
retourner à Naples ; que
d'ailleurs il ne ſe mît point
en peine des femmes qui
étoient entrées avec lui
dans ſa maiſon , puiſque ,
ſelon toutes les apparences,
il y avoit déja long-temps
qu'elles devoient être arrivées
dans leur patrie , par
laprécautionqu'il avoit euë
de les faire embarquer fecrettement
depuis deux
mois. A tout ce difcours
le
GALANT .
le malheureux Alexandro
ne ſçut que répondre. Il
abandonna à ce traître tout
ce qu'il avoit des pierreries
de Mustapha , & ſe hâta de
ſe faire conduire au vaifſeau,
qui en effet étoit à la
rade.
On commençoit à appareiller
lors qu'il y arriva.
Le vent étoit favorable , on
mit à la voile , & le navire
partit. Pendant la nuit il ſe
trouva à côté d'un homme,
qu'il entendit ſoûpirer de
temps en temps , & qui dit
enfin , aprés bien des ge-
Dec. 1714. D
42 MERCURE
miſſemens :La malheureuſe
eſt pour jamais perduë !
Si un miferable que fes
infortunes reduiſent au def
eſpoir , lui dit Alexandro ,
pouvoit vous aider à vous
confoler , ou meriter vôtre
confiance , je ſuis prêt à
vous donner tous les ſecours
qui dépendront de
moy. Je vous avouë , lui
répondit l'autre , que je ſuis
mortellement affligé,& que
jeplains infiniment le malheur
d'un jeune Italien à
qui je ſuis redevable de la
liberté que j'avois perduë ,
GALANT.
43
fi fon cou-
&de la vie que j'allois perdre
en Alger ,
rage n'avoit pas briſé nos
chaînes. Nous étions , &il
étoir comme nous , chargé
de fers , lorſque la femme
deMustapha nôtrepatron ,
qui l'avoit enlevé avec ſa
maîtreſſe qu'il tenoit enformée
dans ſon Serrail , deivint
amoureuſe de lui. Enfin
il a trouvé le ſecret de
perfuader cette femme épriſede
ſabeauté, ila égorgéMustſtaapphhaa,,
il a fauve fa
maitreffe , il nous a délivrez
des fers où nous ge
Dij
44 MERCURE
miffions , & il ſeroit àpreſent
le plus heureux des
hommes ; au lieu qu'il eſt ,
dans quelqu'endroit qu'il
ſoit, le plus miferable , fi le
mauvais temps ne nous
avoit pas jettez ſur l'ifle S.
Pierre , où nous avons trouvé
des Chrétiens mille fois
plus cruels que les barbares
-d'Afrique. Enfin l'infortuné
Alexandro ( c'eſt ſon nom)
eſt tombé avec ſa maîtreſſe
& la veuve de Muſtapha ,
qu'il avoit emmenée, entre
les mains d'un traître Marchand
de cette Iſle , qui
GALANT . 45-
vendit il y a quelques jours
la belle Favella , qu'Alexandro
adoroit , à un Juif
qui cherchoit par toute
l'Europe des beautez deftinées
aux plaiſirs du Grand
Seigneur , & qui n'a pas
plûtôt eu fait l'emplette de
celle-ci , qu'il a mis à la
voile pour Conftantinople.
Alexandro ne répondit
à ce diſcours que par un
cri effroyable. Le recit le
plus touchant d'un deſefpoir
affreux exprimeroit
mal l'excés de ſa douleur.
Cependant ſon ami dans
46 MERCURE
ce moment le reconnoît
aux tranſports de ſa rage ;
ils'efforce envain dele confoler
, l'eſperance d'une
prompte mort eſt ſeule capable
d'adoucir l'horreur
de ſon deſeſpoir : mais il y
aune eſpece de contradiction
éternelle dans le fort
des malheureux , & le trépas
ſemble même être d'intelligence
avec l'étoile qui
les perfecute , pour leur re
fuſer ſon cruel ſecours , lors
qu'ils n'aſpirent qu'au bonheur
de perdre la vie. Tous
les perils de la mer s'éloiGALANT.
47
gnent du navire qui le porte
, les vents & les flots lui
font favorables ; & aprés
une heureuſe & courte navigation,
la ville de Naples
le reçoit enfin dans ſon
portalog
Alexandro conjure fon
ami de ne pas l'abandonner
dans fon malheur. Fernand
lui promet non ſeulement
de ne le pas quitter : mais
il lui offre cout ſon credit
&tout fon bien pour courir
aprés ſa maîtreſſe , s'il en
eft temps encore. Quelle
flatcuſe propofition pour
48 MERCURE
1
un amant deſeſpere! Il n'enviſage
ni les ſoins , ni les
peines infinies où va l'expoſer
une entrepriſe dont
l'amour lui maſque les dangers
& les obſtacles. Ilembraſſe
ſon ami , il accepte
ſes offres , & le preſſe de
travailler avec tant de diligence
à l'execution de ce
genereux deſſein , qu'à pei
ne entré dans le port , il ne
fonge qu'à en fortir. Un
-vaiſſeaude Smyrne s'y trouve
heureuſement tout prêt
àretourner dans le Levant.
L'occaſion eſt belle ; ils
s'emGALANT.
49
s'embarquent , ils partent ,
& en dix jours ils arrivent à
Smyrne , d'où une tartane
les porte à Conſtantinople.
Alexandro met alors tout
en uſage pour apprendre
des nouvelles du navire où
étoit le Marchand Juif qui
lui a enlevé ſa maîtreſſe ; il
s'en informe enfin avec
tant de foin & d'adreſſe
qu'il trouve ſa maiſon. II
lui rend viſite , il lui dit
qu'il feroit bien aiſe de negocier
avec lui , qu'il a de
fort belles pierreries dont
il l'accommodera , s'il veut
Dec. 1714.
E
so MERCURE
les acheter. Il avoit en effet
toutes celles de Don Fernand,
qui étoit un des plus
riches Gentilshommes du
Royaume de Naples. Le
Juif lui donne jour pour
traiter avec lui : cependant
Alexandro l'engage,à force
de careſſes & d'amitié , à
lui donner des marques
d'une bienveillance ſinguliere.
Le jour qu'il devoit lui
montrer ſes diamans étant
vonu , le Napolitain ſe rend
àfama fon ; le Juif en voit
deux fi beaux , qu'il lui dic
GALANT. SI
,
qu'il le prie de trouver bon
que fa femme ,qui s'y connoît
mieux que lui , les examine.
Il l'appelle auffitôt ;
elle vient , elle admire en
même temps , mais differemment
, la beauté des
diamans , & celle du jeune
homme qui les veut vendre.
En voici un , dit elle ,
un moment aprés les avoir
bien confiderez , que la
Sultane Zara achetera vo
lontiers ; & celui- ci ſera un
preſent fort agreable aux
yeux de l'Odalique Andraïda
: pour les autres , je
Eij
52
MERCURE
tâcheray de les vendre dans
le Serail , où ils pourront
ſervir à parer cette jeune
fille que vous avez amenée
depuis peu , le jour qu'elle
aura le bonheur d'être prefentée
au Sultan. A ce mot
Alexandro fremit de douleur
& de crainte : cependant
il eut encore affez de
prefence d'eſprit pour cacher
le deſordre de fon
coeur. Seigneur , lui dit la
Juive , voulez- vousbien me
confier ces diamans pour
trois jours ? Mon mari va
vous donner pour votre ſů.
GALANT . 53
;
reté une reconnoiſſance de
leur poids & de leur qualité
: aprés que je les aurai
montrez aux Dames du
Serail à qui ils peuvent
convenir , nous les eſtimerons
, & fur le champ nous
vous en donnerons la valeur.
Alexandro , qui ſentit
que cette Juive lui pouvoit
être fort utile, accepta tout
ce qu'elle lui propoſa. Cependant
le Juif lui- même ,
preſque auffi charmé de ſa
douceur&de ſa bonne mine
que ſa femme l'étoit déja
, l'invita à dîner ; à quoy
E iij
54 MERCURE
il conſentit auec plaifir.
L'extreme confiance de
ces gens l'étonna , ou plûtôt
l'ébloüit à un tel point ,
qu'il ne deſeſpera pas de
pouvoir , à force d'induftrie
, arracher peut être un
jour du Serail ſa maîtreſſe ,
dont les charmes pouvoient
n'avoir pas encore eu le
malheur de s'y faire admirer.
Enfin il ſe conduifit
avec tant de ſageſſe & de
diſcretion , que le Juif &
ſa femme le prierent de les
voir le plus ſouvent qu'il
pourroit. Sur ces entrefai
GALANT
55
tes , Zacharie ( c'étoit le
nom de ce Juif) reçut de ſon
facteur de Cephalonie des
lettres , dans lesquelles il
lui mandoit qu'un navire
richement chargé , & dont
il étoit le principal armateur
, venoit d'arriver heureuſement
d'Egypte, & que
ſa prefence étoit neceſſaire
pour faire l'évaluation des
interêts , des Marchands avec
qui il étoit affocié ; qu'il
n'avoit pas de temps à perdre
, & qu'il lui convenoit ,
au reçû de ſes lettres , de
s'embarquer dans le pre
E iiij
56 MERCURE
mier bâtiment qui prendroit
la route de Cephalonie.
Zacharie , qui étoit depuis
long - temps dans l'ufage
de faire de parcilles
courſes , ſe diſpoſe ſur le
champ à partir. Il envoye
au port , où au lieu d'un bâtiment
, on en trouve vingt
prêts à mettre à la voile
pour les Ifles de l'Archipel ;
& la nuit même il s'embarque
avec deux eſclaves, qui
étoient les ſeuls hommes
qui le ſervoient dans ſa
maiſon.
GALANT. 57
Le lendemain Alexanà
dro , qui ne ſçavoit encore
rien de ce voyage , va chez
le Juif, où , à la place des
eſclaves qu'il y avoit vûs la
veille , il voit une grande
fille qui lui ouvre la porte ,
& qui le conduit dans l'appartement
de Joia , ( c'eſt
ainſi que s'appelloit l'épouſe
de Zacharie. ) Cette
femme , qui avoit environ
trente ans , avoit été parfaitement
belle , & l'étoit
bien encore affez pour tenter
tout autre hommequ'un
jeune Chrétien éperdû58
MERCUR E
ment amoureux d'une fille
de ſa Religion. L'étalage
où elle étoit lors qu'Alexandro
entra dans ſa chambre,
ne ſentoit point du tout la
Juive . Elle étoit aſſiſe ſur un
riche tapis de Perſe , les
jambes croiſées à la mode
des Orientaux ; elle avoit
le côté droit appuyé negligemment
ſur des carreaux
de velours cramoifi , fon
caffé devant elle , & tenoit
à ſa main le petit coffre où
étoient les diamans d'Alexandro.
Seigneur , lui ditelle
, un moment aprésque
GALANT. 59
la fille qui l'avoit introduit
ſe fut retirée , afſeyez- vous
fur cette eſtrade , & m'écoutez.
Je ſçai preſque de quoy
l'amour est capable dans
tous les coeurs : je vous dirai
même plus, je ſçai de quelle
maniere à peu prés toutes
les differentes nations de
l'Europe traitent l'amour.
Eſtant il y a dix ans à
Amſterdam , qui eſt le lieu
de ma naiſſance , j'y fus aimée
d'un Italien , d'un Alleman
, d'un Danois & d'un
François , tous Chrétiens ;
60 MERCURE
& par un excés de malheurs
, dont le détail eſt
inutile ici , j'y épouſai enfin
le Juif que vous avez vû.
Quoy qu'il en uſe fort bien
avec moy , je me ſuis repentie
, & me repentirai
de ce mariage tous les jours
de ma vie . L'avarice de mes
parens a formé les liens qui
m'accablent. Je ſuis Chrétienne
dans le fond du
coeur , & affez riche maintenant
des largeſſes des Dames
du Serail,pour pouvoir
vivre deſormais partout ailleursqu'ici
commodément,
GALANT . 61
&même avec éclat , s'il eſt
vrai que le faſte & le luxe
puiſſent contribuer à nous
rendre heureux. Enfin je
vous aime , & je vous croy,
fi non affez tendre , du
moins affez genereux pour
faire un bon uſage du ſecret
que je vais vous confier.
Il faut que vous ſoyez
mon liberateur , que vous
m'arrachiez de Conftantinople
, & que vous me faffiez
inceſſamment paſſer en
Italie avec vous. Vous nous
avez pluſieurs fois parlé de
vôtre ami Don Fernand , &
62 MERCURE
vous nous avez dit tant de
bien de lui , que je le croy
fort propre à nous ſeconder
comme il faut dans l'entrepriſe
que je medite. La fortune
m'a heureuſement défait
de Zacharie, que ſes affaires
retiendront au moins
deux moins dans l'Archipel
; je ſuis maîtreſſe de ſes
richeſſes & des miennes ; je
vous en donnerai plus qu'il
ne vous en faudra pour
acheter un navire équipé
des meilleurs matelots que
vous pourrez trouver : en
un mot vous prendrez ce
GALANT . 63
foin& toutes vos meſures
avec votre ami , pendant
queje me diſpoſerai de mon
côté à vous ſuivre lors qu'il
en ſera temps. Je voustromperois
, lui répondit Alexandro
, ſi j'acceptois avidement
l'offre que vous me
faites , & fi je ne payois pas
au moins d'un retour de
confiance,la confiance avec
t laquelle vous m'avez declaré
vos intentions. Je vais
vous dire un ſecret qui va
vous épouvanter , je vais
vous demander une grace
dont vous allez fremir , &
64 MERCURE
qu'il faut que j'obtienne de
vous , ou que je meure.
Zacharie vôtre époux
acheta il y a environ 3. mois
d'un Marchand de l'iſle S.
Pierre , voiſine de la Sardaigne
, une jeune fille du
Royaume de Naples , que
des Corfaires avoient enle.
vée quelque temps auparavant
, & que la fortune",
aprés bien des perils , avoit
enfin arrachée des mains
du Capitaine qui l'avoit
priſe , lors qu'en ſe ſauvant,
le bâtiment dans lequel elle .
éroit , fut contraint par le
mauGALANT.
mauvais temps de relâcherà
l'Iſle ſaint Pierre , où un
perfide Marchand l'invita
àaller ſe remettre dans ſa
maiſon des fatigues de la
mer : mais dés qu'elle y
fut entrée , il la conduifit
dans une chambre , où il
l'enferma , & la garda jufqu'au
jour qu'il la vendit à
vôtre époux. Cette fille eft
ma foeur, & cette ſoeur m'eſt
plus chere que tout ce que
j'ai de plus cher au monde.
Elle eſt à preſent malheureuſe
dans le Serail du Sulran
, où vous avez la liberté
Dec. 1714. F
66 MERCURE
d'entrer lors qu'on vous y
mande , & l'on vous ymande
tous les jours. Parlez lui
de moy , donnez - lui une
lettrede ma part, & ne vous
rebutez pas d'entendre toutes
les propoſitions que je
vous ferai pour me faciliter
les moyens de la voir ,
& de l'arracher de ce ſéjour
impenetrable. Grand
Dieu , lui dit Joia , que me
propoſez-vous ? Vous imaginez
- vous à quoy m'expoſeroit
une pareille tentative
? & ignorez- vous que
ſi l'on avoit jamais le moinGALANT.
67
dre ſoupçon que je pûffe
entrer dansune intelligence
ſi criminelle , qu'au même
inſtant je ſerois miſe en
pieces par les muets & les
noirs du Serail ? Pardon.
nez , genereuſe Joia , lui
dit Alexandro , pardonnez
l'extravagance de ces projets
à un malheureux , qui
n'a plus d'autre reſſource
que celle de mourir. Cependant
ma reconnoiſſance
n'auroit point de bornes ſi
vous me ſerviez , & mon
deſeſpoir va n'en plus avoir
fi vous ne me ſervez pas.
Fij
68 MERCURE
Au lieu de ſauver vôtre
*foeur , lui répondit Joia , ſi
je m'embarque dans un
deſſein ſi temeraire ma
complaiſance pour vous va
peut être la faire perir , &
nous perdre avec elle. Non,
Joia,lui dit il , je ne vous en
preſſe plus , ne vous expoſez
pas à de fi terribles dangers
: mais ſouffrez que je
vous quitte , & laiſſez moy
aller m'entretenir ailleurs
dans l'excés de mon affliction
, de l'horreur de mon
infortune. Attendez , malheureux
, attendez , lui ditGALANT.
69
elle , je ne ſçaurois me reſoudre
à vous abandonner
dans l'état où vous êtes , je
riſquerai quelque choſe
pour vous , je verrai vôtre
foeur, je lui parlerai de vous,
je lui donnerai même le
billet que vous lui voulez
écrire : mais aprés cela ne
me demandez rien davantage.
Alexandro ſe jetta
auffitôt à ſes genoux , les
embraſſa,& arroſa ſes mains
de ſes larmes. Mais eft- on ,
reprit- elle en le regardant
tendrement , fi tendre &
ſi entreprenant pour une
70
MERCURE
foeur ? Oui , Joia , lui dit- il ,
je ferois encore plus pour
elle ſi je le pouvois , & il
ne tiendra qu'à vous , aprés
avoir tenté tout pour moy,
d'eſſayer juſqu'où peut aller
ma reconnoiſſance , &
de voir en même temps
juſqu'où va mon amour
pour vous , & ma tendreſſe
pour elle. A l'inſtant Joia ,
qui ne comprenoit pas le
ſens équivoque de ces paroles
, le mena dans le cabinet
de ſon mari , où il écri
vit ces mots à la belle &
malheureuſe Favella.
GALANT.
71
La tendre genereuse
Joia , ma chere foeur , ſenſible
aux maux dont lefort maccable
, m'a promis enfin de vous
rendre ce billet , malgré cette
foule épouvantable d'horribles
efpions qui vous environnent.
Reconnoiffez à ces traits de ma
main tout le coeur d'un frere
deſeſperéde l'état où vous êtes,
répondez -y si vous pou
vez.
Je n'aurois pas tenté de
vous écrire, fi en arrivant à
Conſtantinople avec Don Fernand
, de qui j'ai appris ce
dernier trait de vos malheurs,
72 MERCURE
je n'avois pas fenti quelques
rayons d'efperance dans lee fond
de mon coeur ; &fi la fidelle
Foia veut mefeconder,je mourrai
bientôt , ou vous reversez
encore vôtrefrere Alexandro.
Le lendemain , aprés la
ſeconde priere , un baltagi
fut ordonner à Joia , de la
part des Sultanes , de ſe
rendre à l'inſtant au Serail ,
où elle fut auffitôt avec les
diamans & la lettre d'Alexandro.
Dés qu'elle fut au milieu
de ces belles & malheu ..
reuſes
GALANT. 73
:
reuſes eſclaves que leur
beauté condamne à une
éternelle captivité,elle ſongea
à les amuſer de la vûë
de ſes pierreries , pendant
qu'elle s'occupoit à détacher
de la foule la triſte
Favella , qui comprit enfin
dans ſes yeux qu'elle avoit
quelque choſe à lui dire .
Ne me montrez - vous
rien à mon tour , lui ditelle
, & n'avez - vous point
debijoux pour moy comme
vous en avez pour ces belles
Odaliques ? J'en ai un
que je vous deſtine , lui ré-
Dec. 1714. G
74
MERCURE'
pondit la Juive ; & en s'approchant
de ſon oreille : II
y va, continua - t - elle , de
vôtre vie , de celle de vôtre
frere &de la mienne , à le
recevoir d'un air ſi tranquile
, que vôtre ſurpriſe
ne trahiſſe pas mon fecret.
Je ſuis , lui dit Favella , en
s'éloignant avec elle desautres
Dames , tellement accoûtumée
aux plus cruels
malheurs , que je croy que
le plus grand& le plus inopiné
changement dans ma
fortune cauſeroit peu de
ſurpriſe à mes ſens. Rece
)
75
GALANT.
vez donc , lui dit Joia , ſans
émotion ce billet de vôtre
frere , lifez-le en ſecret , &
fur tout que perſonne ici ne
puiſſe jamais ſoupçonner
que vous en ayez reçû.
Un moment aprés , Favella
fortit de la ſalle où
étoient toutes ces femmes ;
elle paſſa dans une chambre,
où elle lut fon billet
ſans témoins ; & pour y
faire réponſe , elle ſe ſervit
d'un crayon qu'Alexandro
y avoit enfermé , & dont
elle écrivit ces mots fur le
dos du même billet.
11
Gij
76
MERCURE
Entreprenez tout pour moy,
mon cher frere ; cependantménagez
votre vie , aimez-moy
toûjours , & ne me confultez
fur rien.
Elle rentra auſſitôt dans
le même endroit où elle
avoit laiſſe Joia , à qui elle
rendit ſecretement le billet
qu'elle venoit de recevoir
d'elle. Un moment aprés
Joia fortit du Serail , & retourna
dans ſa maiſon , où
l'impatient Alexandro ne
manqua pas de ſe rendre
dés que la nuit fut venue.
GALANT. 77
Il lui fut preſenté par la même
fille qui l'avoit introduit
la veille ; & dés qu'il ſe vit
feul avec elle : Qu'avezvous
fait pour moy , lui ditil
? avez-vous vû cette foeur
infortunée qui m'eſt ſi chere
, lui avez- vous parlé ,
lui avez vous enfin donné
ma lettre ? Oui , lui répondit-
elle avec tendreſſe , je
l'ai vûë , je lui ai parlé , elle
a reçû vôtre billet , en voi .
ci la réponſe. Alexandro
la lut avec mille tranſports,
& aprés avoir admiré en
lui-même la prefence d'ef
Giij
78 MERCURE
prit de ſa fidelle &malheureuſe
maîtreſſe ; me laiſſerez-
vous en ſi beau chemin
, genereuſe Joia , lui
dit- il?n'entreprendrez- vous
rien davantage pour moy ?
Exigez de ma reconnoifſance
tout ce que j'exige
de vôtre amour , rendons
nos interêts égaux , & vous
me ſervirez juſqu'à la fin.
Que voulez -vous , cruel ,
encore une fois , que voulez-
vous , lui dit- elle ? Demain
à la même heure qu'il
eſt à preſent vous le ſcaurez
, lui répondit Alexan
GALANT.
79
dro ,& je ſuis fûr qu'en me
voyant vous approuverez
les moyens dont je pretens
me ſervir pour vous per
fuader.
Le reſte de leur converſation
roula juſqu'au moment
qu'il fallut ſe ſeparer,
ſur les projets de leur fui.
te,& fur les fermens qu'ils
ſe firent de s'aimer toûjours.
Dés qu'Alexandro fut
retourné chez lui , il conta
à Don Fernand tout ce qui
venoit de lui arriver. Il lui
demanda enſuite ſi l'habit
G iiij
to MERCURE
de femme Juive qu'il l'avoit
prié d'acheter étoit
fait. Il eſt achevé , lui répondit
Fernand , & vous
pouvez même l'eſſayer :
mais ſi vous m'en croyez ,
vous renoncerez à ce defſein
, & vous ne preſſerez
pas davantage Joia de s'expoſer
avec vous au plus afffrreeuuxxppeerriill
dduumonde. Cher
ami , lui dit- il , en eſſayant
ce fatal habit , j'en enviſage
toute l'horreur : mais
mon deſeſpoirn'écoute plus
les conſeils de la raiſon : il
faut en un mot que je pe
GALANT. 1
81
riffe , ou que je voye le
malheureux objet de mon
amour. Vous ne ſortirez
pas , reprit Fernand , du Serail
du Grand Seigneur ,
comme vous avez fait de
celui deMustapha;& fi vous
aviez vû un ſpectacle horriblement
comique qu'on
repreſenta il y a quelque
tems dás une des plus grandes
villes du monde , &qui
a pour titre , les Captifs ,
mal imité des Captifs de
Plaute , quelque audacieux
que vous ſoyez , vous fremiriez
au recit des ſuppli82
MERCURE
ces dont on punit ici les
raviffeurs. Fernand en faiſoit
l'étalage à ſon ami ,
pour l'obliger à changer
de reſolution ; ſon courage
même ſurpris de cet affreux
détail , commençoit
às'en ébranler, lorſque tout
àcoup on entendit des cris
&des hurlemens épouvantables.
Toute la ville de
Conſtantinople parut au
milieu de la nuit remplie
d'habitans de tout ſexe &
de tout âge, que la crainte
de la mort & la perte de
leurs biens obligeoient à
GALANT. 83
chercher partout un ſecours
que perſonnenepouvoit
leur donner.
,
Le feu avoit pris malheureuſement
, il y avoit
prés de deux heures , au
Serail d'un Bacha , & de
tous les côtez le vent en
avoit répandu les flames
avec tant d'impetuofité
que plus de mille maiſons
en étoient déja brûlées. Le
defordre enfin commençoit
à devenir ſi general ,
qu'Alexandro pria fon ami
de l'accompagner en habit
d'Armenien , pendant qu'il
1
34 MERCURE
étoit déguisé en Juive , jufqu'à
la maiſon de Joia , qui
n'étoit pas loin de la ſienne...
Fernand y confentit , & fe
rendit avec lui chez la
Juive , qu'ils trouverent
plus inquiete du ſort de fon
amant , que du malheur de
la ville. Enfin elle l'avoit
déja demandé à toutes ſes
femmes , & parlé à lui même
ſans le reconnoître, lors
qu'aprés lui avoir obligeam
ment reproché queles traits
de ſon viſage s'effaçoient
aifément de ſon coeur , il
lui dit que le feu étoit au
GALANT.
85
Serail du Sultan ; qu'il la
conjuroit de profiter du defordre
pour s'y rendre avec
elle ; qu'il ne faloit pas douter
que toutes les portes
n'en fuſſent ouvertes dans
un ſi grand peril ; que d'ailleurs
elles ne ſeroient peutêtre
pas fermées pour elle ;
&qu'en un mot ils y pourroient
entrer enſemble.
Joia , qui étoit , comme on
peut ailément le voir , prefque
auſſi entreprenante que
lui , le trouva ſi beau ſous
cet habillement de femme ,
& ſi bien déguisé , qu'elle
86 MERCURE
n'eut pas la force de lui rien
rufuſer. Elle ſortit enfinde
ſa maiſon , où elle laiſſa
Don Fernand. Elle prit Alexandro
par la main , & fans
faire aucune mauvaiſe rencontre
elle arriva avec lui
au Serail du Grand Seigneur
, dont ils trouverent
en effet preſque toutes les
portes ouvertes , parce que
le defordre y étoit encore
plus grand que dans aucun
quartier de la ville.
Ils y entrerent à travers
une foule incroyable d'eu-`
nuques, de noirs, de muets,
GALANT.
87
& de femmes effrayées ,
qu'ils trouverent diſperſez
de tous les côtez , & pêlemêle
avec des Prêtres de la
Loy , des Cadis & des Janiſſaires
, qui cherchoient
le Sultan pour le ſauver , &
l'étendart de Mahomet
pour le dérober à la fureur
des flâmes.
د
Au milieu de ce tumulte
inconcevable ils découvri
rent enfin l'indifferente Favella,
qui regardoit d'un oeil
inſenſible tomber les vaſtes
édifices & les tours de cel
Palais embraſé.
88 MERCURE
Que je fuis heureux de
vous retrouver , ma chere
foeur , lui dit Alexandro ,
en la prenant par la main !
Sauvez - vous avec nous ,
hâtez - vous. Infolente , lui
dit à l'inſtant un noir qu'il
n'avoit pas apperçû , quel
interêt prends - tu à cette
Odalique ? Sçais - tu qu'elle
eſt confiée à mes ſoins , &
qu'elle eft chere au Grand
Seigneur ? Tiens , miferable
, lui dit Alexandro , en
lui plongeantdans la gorge
un poignard qu'il avoit cache
ſous ſa robe ; tiens,garde
GALANT. 89
de maintenant , ſi tu peux ,
cette fille ſi chere aux plaifirs
de ton maître.
Deux autres noirs armez
accoururent par hazard au
lieu où ſe paſſoit cette fanglante
ſcene , & s'attacherent
au malheureux Alexandro
, pendant que d'un
côté on emmena Favella ,
&que de l'autre la Juive
s'éclypſa. Neanmoins fon
courage ne l'abandonna
point dans cette extremité ,
où ils ſe trouverent heureuſement
pour lui ſi voiſins
des flames , qu'ils le quit
Dec. 1714. H
-
१० MERCURE
terent pour ſonger plus
promptement à leur falut ,
& lui faciliterent par leur
fuite le moyen de ſortir du
Serail comme il y étoit entré.
Il retourna chez la Juive,
qu'il trouva fondant en
larmesdans les bras deDon
Fernand. Vous pleurez ſans
doute , leur dit- il , la perte
d'un miferable , trop malheureux
pour pouvoir trouver
la mort ? J'ai manqué
d'arracher du Serail l'infortunée
Favella 1.Je ne la reverrai
de ma vie ! Eſt- il un
fort plus funeſte que le
GALANT.
91
mien ? Vous avez tant de
ſujets de douleur , lui dit
Joia , que je ne vous propoſe
point de fonger à vous en
conſoler , mais ſeulement
de vous hâter de fuir pour
jamais de ces lieux , où il ne
vous reſte plus aucun efpoir.
Hé bien , dit- il , fortons-
en donc , je trouverai
peut- être dans les abîmes
de la mer la fin de mes
malheurs.
Fernand ſe chargea alors
du ſoin d'acheter un navire
Venitien qui étoit au
port , & que la diligence
Hij
92
MERCURE
mit en moins de huit jours
prêt à mettre à la voile.
Il s'embarqua enfin , avec
Joia & ſon ami , dans le
deſſein de profiter du premier
beau temps pour partir.
Ils commençoient à louvoyer
, pour fortir à la faveur
d'un petit vent de terre,
du canal de la mer noire,
lorſque quelques matelots
apperçurent à la pointe du
jour , autour du vaiſſeau
une eſpece de ſac de cuir ,
que l'eau portoit doucement
à la traîne du navire.
,
GALANT. 93
Ils deſcendirent auſſitôt
dans la chaloupe , qu'ils
n'avoient pas encore miſe
à bord , & ils ramerent vers
le ſac , qu'ils pêcherent ,
& qu'ils ouvrirent ſur le
champ. Mais rien ne fut
égal à leur étonnement ,
lors qu'au lieu de ce qu'ils
avoient eſperé d'y trouver ,
ils en tirerent une femme
mourante. Ils la porterent
auſſitôt dans le vaiſſeau
où,je laiſſe à penſer comme
elle fut reçûë.
،
Don Fernand , à qui on
la preſenta , & qui la re
94
MERCURE
connut d'abord pour la
belle Favella qu'il avoit vûë
en Alger , & fortir enſuite
de l'Ifle ſaint Pierre pour
s'embarquer dans le navire
du Juif qui l'avoit menée
Conſtantinople , lui fit
donner tous les ſecours
dont elle put avoir beſoin ;
& à l'inſtant il paſſa dans
la chambre de l'inconſolable
Alexandro , à qui il fit
ſentir autant qu'il put cet
excésdeſon bonheur. Alexandro
courut en même
temps vers le litde Fernand,
fur lequel repoſoit alors ce
GALANT.
95
cher objet de toure ſa tendreſſe
, & que la genereuſe
Joia s'empreſſoit à ſervir de
tout fon pouvoir.
L'hiſtorien le plus habile
exprimeroit mal des ſituations
ſi touchantes , & l'art
le plus delicat n'a que de
foibles pinceaux pour étaler
tous les mouvemens d'un
tableau auſſi rempli que celui-
ci de felicité , d'amour ,
d'eſperance&de joye.Ainfi
je prie le lecteur deme difpenfer
moy-même du froid
détail de mes expreſſions ,
pour le mener plutôt au
-
96 MERCURE
reſte des évenemens de
cette hiſtoire .
La fortune commence à
د
les ſe declarer pour eux
vents leur deviennent favorables
, & pendant qu'ils
naviguent à pleines voiles ,
Favella leur raconte la caumalheur
, ſe de ce dernier malheur
dont l'évenement heureux
la flate d'un bonheur in
fini .
1. Il vous ſouvient , dit-elle
à Alexandro des fatales
paroles que vous me dites
la premiere nuit de cette
incendie , qui a duré trois
jours
GALANT.
97
jours entiers , & pendant
leſquels onze mille maitons
ont été brûlées à Conſtantinople.
J'étois alors environnée
d'eſclaves que vous
ne voyiez point , & qui ne
me quittoient pas , parce
que cette même nuit on
m'avoit deſtinée à l'honneur
de partager la couche
du Grand Seigneur. Deux
eſclavesde cette troupe infâme
avoient entendu vos
paroles , & avoient vû le
noir égorgé à vos pieds.
Dans le même temps le
reſte de ces miferables
Dec. 1714. I
)
98 MERCURE
m'entraîna , & me mena
devant le Kiflar Aga , qui
eſt le chef des cunuques ,
à qui ils dirent tous d'une
voix , qu'un jeune homme
habillé en femme étoit entré
dans le Serail , dans le
defſſein de m'en arracher;
qu'il avoit tué un de leurs
camarades , parce qu'il a
voi compris , comme deux
autres qu'ils lui montrerent,
le fens desparoles que vous
m'aviez dites. Le KiflarAga
me fit auffitôt enfermer
dans une chambre noire ,
où toutes les femmes &
JE
DRL
LYON
BIBLIA
*
TREQUE
티
DE
L
GALANT.
LYON
99
*
tous les eſclaves du Serail
me traitoient chaque jour
de chienne , d'infidelle , &
m'acabloient d'injures.Une
ſeule Italienne , dont je déplore
le malheur , venoit de
temps en temps me confoler
, & c'eſt par elle que j'ai
ſçû que vous vous étiez lauvé,&
le nombre des mai-
VILLE
ſonsqui ont étébrûlées pendantcet
embraſement. Cette
nuit , deux heures avant
jour , on m'a tirée de ma
priſon , on m'a fait fortir
du Serail par une porte qui
donne ſur la mer , on m'a
le
I ij
100 MERCURE
miſe dans un petit efquif,
avec quatre hommes , qui
ont ramé environ pendant
une heure fur le canal de
la mer noire , & qui aprés
m'avoir bien enfermée
dans le ſac où vos matelots
m'ont trouvée , m'ont enfin
abandonnée à la merci des
Nous avons eſſuyé tant
de malheurs , belle Favella,
lui dit Alexandro , que la
fortune va peut- être ſe laffer
de nous perfecuter. Qu'-
ellenous ramene ſeulement
àbon port dans nôtre paGALANT.
101
trie , & fi vous m'aimez
toûjours , vôtre main ſuffira
alors pour effacer juſqu'au
ſouvenir des maux qu'elle
nous a faits,
Cependant le vent favo
rable rend l'art des pilotes
inutile ,&en moins de huit
jours ils arrivent à Naples ,
où ils deſcendent dans la
maiſon de Don Fernand ,
qui reconnoît tant de vertus
dans la tendre Joia,
qu'il la fait conſentir à l'é
pouſer , à la place d'Alexandro
, qu'un amour parfait
attache depuis long- temps
l
I iij
IOL MERCURE
aux charmes de Favella.
Pendant que tout ſe difpoſe
pour la ceremonie de
ces deux hymens , la veuve
de Muſtapha , à qui la renommée
a appris l'arrivée
deces amans à Naples,leurs
noms & leurs avantures , ſe
fait porter en chaiſe chez
Don Fernand , à qui elle
fait , aufli bien qu'à Alexandro
, à Favella , & à Joia
même qu'elle ne connoît
pas encore , toutes les careſſes
dont elle peut s'avifer
; & aprés s'être confufé.
ment queſtionnez les uns
GALANT..
103
& les autres ſur tout ce qui
leur étoit arrivé depuis leur
ſeparation dans l'Iſle ſaint
Pierre , Sbayna leur tint le
diſcours que voici.
Le Marchand qui nous
avoit fait fur le port l'accüeil
obligeant , dont je
croy que nous nous fouviendrons
le reſte de nôtre
vie , me dit un jour , aprés
nous avoir enfermez dans
des chambres differentes ,
qu'il vouloit me diftinguer
du reſte des malheureux
qui étoient dans ſa maiſon ;
qu'il metrouvoit aſſez belle
I iiij
104 MERCURE
pour m'aimer , & Favella
trop belle pour ne pas meriter
d'être preſentée au
Grand Seigneur ; que dés
qu'il l'auroit fait partirpour
Conſtantinople , il relâcheroit
Alexandro , aprés lui
avoir ôté ce qu'il avoit des
pierreries de Muſtapha,que
je lui avois données. J'eus
beau le traiter de perfide ,
de traître & de ſcelerat , il
ſe moqua de mes injures ,
& ne ceſſa de m'en faire ,
juſqu'à ce qu'environ un
mois aprés qu'il eut renvoyé
Alexandro , un jeune
GALANT .
105
Italien , qu'il avoit quelque
temps auparavant traité à
peu prés comme nous , vint
avec un petit navire , fur
lequel il avoit foixante
hommes armez , faire une
deſcente dans l'Iſſe , ſuivi
de preſque tout fon monde.
Il entra auſſitôt dans la
maiſon de nôtre execrable
Marchand , qu'il maſſacra
avec une demi - douzaine
de ſatellites qui étoient les
• complices de tous les crimes.
Il pilla ſes pierreries ,
ſon or & fon argent, il briſa
mes fers , il mit en liberté
106 MERCURE
une vingtaine de malheureux
& de malheureuſes
qui gemiſſoient dans la mai
fon de ce fcelerat. Enfin
il nous fit prendre le chemin
de ſon navire , où nous
nous embarquâmes tous
avec lui ; & aprés avoir ainſi
pleinement ſatisfait ſa vangeance
, il nous amena ici ,
où , grace à mon étoile , je
ſuis à la veille d'épouſer
mon ſecond liberateur.Que
cet aveu ne vous étonne
pas , Seigneur Alexandro ;
l'amour avoit reglé l'ordre
de nos deſtins avant que
GALANT. 107
nous nous viſſions . Le votre
devoit vous unir pour
toûjours à celui de vôtre
chere Favella. Joia devoit
renoncer au Judaïsme en
faveur du genereux Don
Fernand : &je devois enfin ,
aprés bien des malheurs
devenir l'épouſe de celui
qui m'a le dernier donné
un nom fi doux .
Ils convinrent alors entr'eux
de celebrer en un
même jour la ceremonie de
ces trois mariages , qui furent
accomplis , peu de
temps aprés , à la vûë de
108 MERCURE
toute la ville de Naples ,
où , comblez de tous biens,
ils vivent maintenant dans
une union parfaite.
Fermer
284
p. 108
« Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Début :
Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...]
Mots clefs :
Histoire, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Je croy , Meffieurs , qu'il
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
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285
p. 108-109
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Decembre, dixième mois de l'année Romaine, & le dernier [...]
Mots clefs :
Décembre, Saturnales, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Decembre, dixième mois
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
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286
p. 110-117
Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Début :
La machine represente le Temple de la Paix, dressé sur [...]
Mots clefs :
Inscription, Devise, Symbole, Temple de la Paix, Lille
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texteReconnaissance textuelle : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Description du feu d'artifice
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
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287
p. 117
« Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Début :
Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...]
Mots clefs :
Devises, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Les matieres dont il eſt
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
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288
p. 117-124
Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Catalogne portent qu'on [...]
Mots clefs :
Catalogne, Barcelone, Troupes de France, Troupes espagnoles, Bataillons, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Catalogne. [titre d'après la table]
Les dernieres lettres de
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
Catalogne portent qu'on
commençoit à preparer
toutes chofes pour le ſiege
de Mayorque , & qu'on
croyoit que ce ſcroit pour
la fin deFévrier,ou au commencement
de Mars. On
118 MERCURE
écrit de Barcelone du 14.
que de huit bataillons François
qui y étoient , quatre
en partirent le 13. pour retourner
en France; les 4. autres
les ſuivront la ſemaine
prochaine , & feront remplacez
par un pareil nombre
de troupes Eſpagnoles .
Les autres regimens François
qui ont ſervi en Eſpagne
doivent inceſſamment
en fortir ; & voici un état
exact des troupes Eſpagno
les.
GALANT. 119
Estat des troupes Eſpagnoles
qui viennent en Lampourdan
pour relever les troupes
Françoiſes qui ont fervi
devant Barcelone.
Noms des regimens.
Infanterie.
Caftilla.
Medina Sidonia.
Bataillons.
GQieunravroitnrin&óeesr..
2.
1.
Fixo. 1.
Guadalaxara . 2.
Navarra. 2.
Vilche. 1.
Bafilicata. 1.
Saboya. 2.
Valladolid. I.
Mahony, drag. àpied. 1.
120 MERCURE
Infanterie. Bataillons .
Sexto , dragons àpied.2
Caſtellar.
Cavalerie.
ACE
Escadrons.
Rozellon Viejo.net
Ouribe. 1922
Ordenes Neubes:
Vallejo.
Jaën .
Armendariz 22
Sentiago.
Eftrella .
Granada Viejo.
24
3.
3.
Vendôme. 3.
Ordenes Viejo. 3.
Ardouino.
Granada ſecond.
Marimon.
Quar
GALANT. 121
Qua tiers.
Blanes.
Belver.
Caſtillon &Empourias.
S. Pierre Peſcador.
Figuieres & Perelade.
Torroella .
Palafurgell & Pals.
Verges& Baillie.
Campredon&Villalonga.
Caldas& Vidreras .
Gironne.
St Felui , Caſſa , & Llagostera.
S Eſteve & Ruidarenas .
Labisbal & Perettaillada .
Puycerda.
AOlot.
Dec. 1714. L
:
122 MERCURE
Liste des troupes de France qui
fervent aux environnss de
Barcelonne aux ordres de
,
M. d'Asfeld.
Regimens.
1
La Marine.
Auvergne.
Anjou.
Sanſay.
Bataillons.
La Couronneme
2
2.
2
2
Bombardiers,ſecondbat . 1.
Royal artillerie , sebat..
Beauvoify.ch
Quercy.
Ponthieu .
GALANT. 123
Caſtellas , Suiſſe. 3
Courten , Suiffe. 3.
Oudetot,à preſent Cailus. I.
Danois . 1.
Tallerand , à preſentMau-
Nevrier. 1.
Le commerce de Barcelonne
eſt maintenant fi
bien rétabli , qu'il y a plus
de cent bâtimens de diffe
rentes nations à preſent
dans le port de cette ville.
Les Barcelonois ont fait
une deputation au Roy
pour lui témoigner qu'ils
font reſolus d'expoſer leurs
vies & leurs biens pour le
!
Lij
124 MERCURE
ſervice de Sa Majesté Catholique
; ils offrent même
de contribuer aux frais neceſſaires
pour reduire les
Mayorquains qui refuſent
de ſe ſoûmettre aux conditions
qu'on leur a offertes
.
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289
p. 124-131
Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Stralsund, que la Reine, épouse du Roy [...]
Mots clefs :
Reine, Roi, Stralsund, Roi de Suède, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Stralsund. [titre d'après la table]
On écrit de Stralſund ,
que la Reine , épouſe du
Roy Staniſlas , en étoit partie
pour aller au Duché de
Deuxponts trouver ſon époux
; que le Roy de Suede
y devoit inceſſamment arriver
& que le Roy de
Pologne devoit paſſer l'hyGALANT
125
ver à Dreſde. L'ordinaire
ſuivant on cut avis que le
Roy de Suede étoit campé
àune lieuë de Tergovviſt ,
Capitale de la Valaquie ;
qu'il y ſejourneroit juſqu'au
retour d'un exprés qu'il avoit
envoyé à ſon Reſident
en cette Cour , avec ordre
de faire ſes excuſes à l'Empereur
, fur ce qu'il ne lui
avoit pas écrit pour lui demander
paſſage dans ſes
5
Eftats ; qu'il avoit apprehendé,
faute d'être bien informé
de l'état preſent des
affaires, que ſa lettre ne fût
Liij
126 MERCURE
pas reçûë s'il ne donnoit
Sa Majefté Imperiale les ti
tres convenables. Le Sicur
Sternhock rendit compte
de cette commiffion aux
Miniſtres de l'Empereur ,
qui lui répondirent que Sa
Majesté Imperiale n'avoit
eu d'autres confiderations
que celles de l'amitié , &
de la bonne intelligence
qu'ilvouloit entretenir avec
le Roy de Suede , lors qu'-
elle lui avoit accordé un
paſſage libre dans ſes Etats;
qu'il pouvoit neanmoins
continuer ſa route en toute
GALANT . 127
liberté, & fe faire recevoir
partout comme il le jugeroit
à propos. Le Comte de
Vviltſeck partit auffitôt
pour aller au devant delui ,
aprés avoir preparé toutes
les choſes neceſſaires pour
la reception de ce Prince,
reception
depuis ſon entrée en Tranfilvanie
juſqu'à Lyntz dans
la haute Autriche , d'où il
arriva le 22. Novembre entre
trois & quatre heures
du matin , ſous le nom d'un
Gentilhomme d'Holſtein ,
fuivi ſeulement de trois
perfonnes. Il fut conduit au
L iiij
128 MERCURE
General du Ckair , qui le
reconnut auffitôt qu'il eut
⚫quitté une perruque noire
qu'il avoit priſe à Cronſtad
en Tranſilvanie pour y
pouvoir paſſer incognito. Il
avoit fait en huit jours
plus de cent lieuës d'Allemagne
en pofte ; & au lieu
de s'expoſer aprés une ſi
longue courſe , il s'enferma
avec ſes Generaux qui étoient
à Stralfund , pour
مه
s'informer particulierement
de l'état de ſes affaires.
Je ne parle point des
réjoüiſſances qu'on y fit à ۱
GALANT . 129
Br
fon arrivée . Les Gazettes
m'épargnent fur ce ſujet le
ſoin d'entrer dans le détail
delamaniere dont ce Prince
a été reçû. On ajoûte
que l'impatience que ce
Prince avoit d'arriver dans
ſes Eftats l'a fait paſſer à
Vienne & à Caffel ſans y
être connu. Le Roy de Danemarek
& le Czar , que
le retour de ce Prince inquiere
, ont mis , l'un des
troupes en campagne, pour
aller renforcer les corps qui
gardent les paſſages de la
Trave ; & l'autre fait tra130
MERCURE
vailler à la conſtruction de
pluſieurs vaiſſeaux , galeres
& galiotes , & à deſſein , à
ce qu'on dit , de retirer ſes
troupes de Finlande , pour
être mieux en état de dé
fendre ſes autres conquêtes.
Le Prince de Moſcovie ſon
fils est allé paſſer le Carnaval
à Venife.
Le 22. Novembre le Sieur
Stanhope Secretaire d'Eftat
, & Milord Cobham ,
Envoyez de la Grande Bretagne
, arriverent à Vien:
ne , & le même jour Monfieur
Stanhope eut une au
GALANT. 131
dience particuliere de l'Em
pereur.
que la Reine , épouſe du
Roy Staniſlas , en étoit partie
pour aller au Duché de
Deuxponts trouver ſon époux
; que le Roy de Suede
y devoit inceſſamment arriver
& que le Roy de
Pologne devoit paſſer l'hyGALANT
125
ver à Dreſde. L'ordinaire
ſuivant on cut avis que le
Roy de Suede étoit campé
àune lieuë de Tergovviſt ,
Capitale de la Valaquie ;
qu'il y ſejourneroit juſqu'au
retour d'un exprés qu'il avoit
envoyé à ſon Reſident
en cette Cour , avec ordre
de faire ſes excuſes à l'Empereur
, fur ce qu'il ne lui
avoit pas écrit pour lui demander
paſſage dans ſes
5
Eftats ; qu'il avoit apprehendé,
faute d'être bien informé
de l'état preſent des
affaires, que ſa lettre ne fût
Liij
126 MERCURE
pas reçûë s'il ne donnoit
Sa Majefté Imperiale les ti
tres convenables. Le Sicur
Sternhock rendit compte
de cette commiffion aux
Miniſtres de l'Empereur ,
qui lui répondirent que Sa
Majesté Imperiale n'avoit
eu d'autres confiderations
que celles de l'amitié , &
de la bonne intelligence
qu'ilvouloit entretenir avec
le Roy de Suede , lors qu'-
elle lui avoit accordé un
paſſage libre dans ſes Etats;
qu'il pouvoit neanmoins
continuer ſa route en toute
GALANT . 127
liberté, & fe faire recevoir
partout comme il le jugeroit
à propos. Le Comte de
Vviltſeck partit auffitôt
pour aller au devant delui ,
aprés avoir preparé toutes
les choſes neceſſaires pour
la reception de ce Prince,
reception
depuis ſon entrée en Tranfilvanie
juſqu'à Lyntz dans
la haute Autriche , d'où il
arriva le 22. Novembre entre
trois & quatre heures
du matin , ſous le nom d'un
Gentilhomme d'Holſtein ,
fuivi ſeulement de trois
perfonnes. Il fut conduit au
L iiij
128 MERCURE
General du Ckair , qui le
reconnut auffitôt qu'il eut
⚫quitté une perruque noire
qu'il avoit priſe à Cronſtad
en Tranſilvanie pour y
pouvoir paſſer incognito. Il
avoit fait en huit jours
plus de cent lieuës d'Allemagne
en pofte ; & au lieu
de s'expoſer aprés une ſi
longue courſe , il s'enferma
avec ſes Generaux qui étoient
à Stralfund , pour
مه
s'informer particulierement
de l'état de ſes affaires.
Je ne parle point des
réjoüiſſances qu'on y fit à ۱
GALANT . 129
Br
fon arrivée . Les Gazettes
m'épargnent fur ce ſujet le
ſoin d'entrer dans le détail
delamaniere dont ce Prince
a été reçû. On ajoûte
que l'impatience que ce
Prince avoit d'arriver dans
ſes Eftats l'a fait paſſer à
Vienne & à Caffel ſans y
être connu. Le Roy de Danemarek
& le Czar , que
le retour de ce Prince inquiere
, ont mis , l'un des
troupes en campagne, pour
aller renforcer les corps qui
gardent les paſſages de la
Trave ; & l'autre fait tra130
MERCURE
vailler à la conſtruction de
pluſieurs vaiſſeaux , galeres
& galiotes , & à deſſein , à
ce qu'on dit , de retirer ſes
troupes de Finlande , pour
être mieux en état de dé
fendre ſes autres conquêtes.
Le Prince de Moſcovie ſon
fils est allé paſſer le Carnaval
à Venife.
Le 22. Novembre le Sieur
Stanhope Secretaire d'Eftat
, & Milord Cobham ,
Envoyez de la Grande Bretagne
, arriverent à Vien:
ne , & le même jour Monfieur
Stanhope eut une au
GALANT. 131
dience particuliere de l'Em
pereur.
Fermer
290
p. 131-135
Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Le dix du mois passé la paix concluë avec les Estats [...]
Mots clefs :
Madrid, Palais, Reine, Finances, Espagne, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Madrid. [titre d'après la table]
Le dix du mois paſſé la
paix conclue avec les Eftats
Generaux des Provin
cesUnies fut publiée à Ma
drid avec les folemnitez accoûtumées
, & l'on envoya
en même temps ordre de la
publier dans toutes les vil
les du Royaume. La maiſon
de la Reine étoit déja.
partie pour aller attendre
Sa Majefté ſur la frontiere
de la Navarre , ſur l'avis
que l'on avoit eu que cette
Princeſſe étoit arrivée le
132 MERCURE
27.Octobre àMarseille; qu'
elle avoit de là paſſeà Aix,à
Arles & àMontpellier , où
elle étoit arrivée le 7. deNos
vembre, qu'elle s'y étoit re.
poſée le 8. & qu'elle en devoit
partir le 9. pour continuer
la route versToulouſe;
qu'elle étoit reçûë avec tous
les honneurs poſſibles dans
tous les lieux où elle paſſoir,
& regalée magnifiquement
par les ſoins de M. le Duc de
Roquelaure, Commandant
de la Province du Langue.
doc ; qu'elle étoit arrivée le
19. à Toulouſe , qu'elle deGALANT
. 133
し
voit en partir le 21. ſe rendre
en fix journées àTarbes; &
que la Reine d'Eſpagne
Douairiere étoit partie le 18.
de Bayonne,pour aller viſiter
lanouvelle Reine ſa niece;
qu'enfin le Roy d'Eſpagne
ſe diſpoſoit à partir luimême
pour aller la recevoir
au Palais de Guadalazara.
Sa Maj . Cath. a nom.
mé l'Evêque de Gironda
Controlleur general des Finances
, Don Manuel Badillo
pour les affaires eccleſiaſtiques
; le Marquis de
Grimaldo Secretaire uni134
MERCURE
Don
verſel des dépêches étran
geres ; Don Miguel Fernandes
Durand pour les affaires
de la guerre ;
Bernardo Tinagero pour
celles de la marine ; & Don
Joſeph Patiño pour les finances
des Indes Occidentales.
Le mariage de Don Alexandro
Lanti , neveu de
Madame la Princeſſe des
Urſins , a été conclu avec
la fille du Comte de Plie
go , & la ceremonie s'en
eſt faite au Palais le 28. du
mois paſſé , en preſence de
GALANT. 135
S. M. Ils doivent aller demeurer
au Palais du Buen-
Retiro . La mariée a été fai.
te Dame d'honneur de la
Reine avec fix mille piaf
tres d'appointement.
paix conclue avec les Eftats
Generaux des Provin
cesUnies fut publiée à Ma
drid avec les folemnitez accoûtumées
, & l'on envoya
en même temps ordre de la
publier dans toutes les vil
les du Royaume. La maiſon
de la Reine étoit déja.
partie pour aller attendre
Sa Majefté ſur la frontiere
de la Navarre , ſur l'avis
que l'on avoit eu que cette
Princeſſe étoit arrivée le
132 MERCURE
27.Octobre àMarseille; qu'
elle avoit de là paſſeà Aix,à
Arles & àMontpellier , où
elle étoit arrivée le 7. deNos
vembre, qu'elle s'y étoit re.
poſée le 8. & qu'elle en devoit
partir le 9. pour continuer
la route versToulouſe;
qu'elle étoit reçûë avec tous
les honneurs poſſibles dans
tous les lieux où elle paſſoir,
& regalée magnifiquement
par les ſoins de M. le Duc de
Roquelaure, Commandant
de la Province du Langue.
doc ; qu'elle étoit arrivée le
19. à Toulouſe , qu'elle deGALANT
. 133
し
voit en partir le 21. ſe rendre
en fix journées àTarbes; &
que la Reine d'Eſpagne
Douairiere étoit partie le 18.
de Bayonne,pour aller viſiter
lanouvelle Reine ſa niece;
qu'enfin le Roy d'Eſpagne
ſe diſpoſoit à partir luimême
pour aller la recevoir
au Palais de Guadalazara.
Sa Maj . Cath. a nom.
mé l'Evêque de Gironda
Controlleur general des Finances
, Don Manuel Badillo
pour les affaires eccleſiaſtiques
; le Marquis de
Grimaldo Secretaire uni134
MERCURE
Don
verſel des dépêches étran
geres ; Don Miguel Fernandes
Durand pour les affaires
de la guerre ;
Bernardo Tinagero pour
celles de la marine ; & Don
Joſeph Patiño pour les finances
des Indes Occidentales.
Le mariage de Don Alexandro
Lanti , neveu de
Madame la Princeſſe des
Urſins , a été conclu avec
la fille du Comte de Plie
go , & la ceremonie s'en
eſt faite au Palais le 28. du
mois paſſé , en preſence de
GALANT. 135
S. M. Ils doivent aller demeurer
au Palais du Buen-
Retiro . La mariée a été fai.
te Dame d'honneur de la
Reine avec fix mille piaf
tres d'appointement.
Fermer
291
p. 135-136
Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Début :
Toutes les Gazettes font mention dans l'article de Londres [...]
Mots clefs :
Charges, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Toutes les Gazettes font
mention dans l'article de
Londres , de la diftribution
des Charges que S. M. B. a
faite en faveur de ceux
qu'il lui a plû en revêtir.
C'eſt un chapitre ſur lequel
on ne peut dire que ce que
l'on trouve imprimé partout
, & dont les lecteurs
pourront , s'ils le jugentà
136 MERCURE
propos , s'inſtruire amplement
dans toutes les Gazettes
, où ils en trouveront
undétailſuffiſant.
mention dans l'article de
Londres , de la diftribution
des Charges que S. M. B. a
faite en faveur de ceux
qu'il lui a plû en revêtir.
C'eſt un chapitre ſur lequel
on ne peut dire que ce que
l'on trouve imprimé partout
, & dont les lecteurs
pourront , s'ils le jugentà
136 MERCURE
propos , s'inſtruire amplement
dans toutes les Gazettes
, où ils en trouveront
undétailſuffiſant.
Fermer
292
p. 136-161
MANIFESTE.
Début :
Il n'en est pas de même d'un Manifeste / Jacques troisiéme par la grace de Dieu Roy de la [...]
Mots clefs :
Sujets, Dieu, Lois, Prince, Gouvernement, Droit, Succession, Angleterre, Gouvernement, Jacques III, Lois fondamentales, Roi, Grande-Bretagne, Injustice, Peuples, Intérêt, Pays, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANIFESTE.
Il n'en eft
pas de même d'un Manifeſte
du Pretendant , qui a
été depuis peu imprimé
dans la ſuite des nouvelles
d'Amſterdam , & que je ne
donne ici que parce que je
ne le croy pas dans les
mains de tout le monde.
22
MANIFESTE
Jacques troiſieme , par
la grace de Dieu Roy de la
J
GranGALANT
. 137 า
Grande Bretagne, de France&
d'Irlande , Défenfeur
de la Foy ,&c. àtous Rois,
Princes & Potentats , & à
tous nos bien amez ſujets ,
Salut.
Dans une conjoncture
aufli extraordinaire & auſſi
importante , ou nôtre droit
hereditaire à la Couronne
d'Angleterre eſt trés injuf
tement violé , & où même
les Princes Souverains de
l'Europe ſont ſi fortement
intereſſez , nous ne pouvons
demeurer dans le filence ,
ſansmanquer àce qui nous
Dec. 1714. M
138 MERCURE
eſt dû , & à ce qui les regarden
- aab anchoros
Tout le monde ſçait que
dans la revolution de l'année
1688. la Monarchie Angloiſe
a été renversée
qu'on a commencé à y
jetter les fondemens d'un
Gouvernement Républi
cain, par le pouvoir ſouve
rain que le peuple s'eſt attribué
lors qu'il s'eft affemblé
fans aucune autorité ,
qu'il s'eſt érigé en Parlement
, & qu'il s'eft arrogé
le droit de depoſer & d'élire
ſes Rois, contre les loix
M
GALANT. 139
(
fondamentales du pays , &
au mépris des fermens les
plus folemnels dont les
Chrétiens ſoient capables
d'être liez. On ne peut auffi
ignorer ce que le feu Roy
nôtre pere,de gloricufe memoire
, a ſouffert par cette
injuſte & violente revolu-
Aprés la mort , la fucceffion
aux Couronnes que
le Prince d'Orange avoit
uſurpées nous étant acquiſe
legitimement ſuivant les
loix fondamentales de l'Ef
rat , nous reclamâmes nos
Mij
140 MERCURE
1
droits par notre Declaration
ſcellée de nôtre grand
ſceau , en datte du 8. Octobre
1701. & auflitôt qu'il
plut à la divine Providence
de nous mettre en état d'entreprendre
de les recouvrer
, nous y fimes toutes
nos diligences & nos juſtes
efforts , ſans qu'il ait rien
manqué de nôtre part d'où
l'on nous ait pû imputer le
mauvais ſuccés de cette expedition
og up
Ayant appris enſuite que
l'on negocioit la paix , &
que dans le traité qui étoit
GALANT. 141
fur le pointd'en être co clu
onn'avoit eu aucun égard
ànos droits , nous publiâ
mes nôtre proteſtation, da
tée de faint Germainen .
Laye le 25. Avril 1712. de la
maniere la plus folemnelle
& la plus aurentique que
l'état où nous étions alors
put nous le permettre ; foutenant
nôtre droit incontef
table à nos Couronnes , &
proteſtant contre tout ce
qui pourroit être ſtipulé
dans ledit traitéà nôtre prejudice
3. Quoyque nous ayons été
142 MERCURE
depuis ce temps- là obligé
de fortir de France , pour
nous retirer dans un pays
plus éloigné , nous n'avons
pas perdu devûë nosRoyaumes&
nos peuples , perſuadez
que tôt ou tard il plaira
àDieu de nous faire rendre
justice , & de ramener nos
ſujets à l'obeïſſance qu'ils
nous doivent , en nous rétabliffant
fur le trône de
nos peres ; & nous n'avons
enfin ceffé d'eſperer que ,
malgré la revolte declarée
des uns , & l'engagement
forcé des autres , le Dieu
GALANT . 143
des lumieres leur ouvriroit
les yeux , & les convain.
croit non ſeulementde l'injuſtice
évidente qui nous eſt
faite &à la Couronne, mais
encore des dangereuſes
conſequences qui en reſul
tent contr'eux-mêmes. Ce
n'eſt pas nôtre interêt ſeul
qui nous fait agir ; l'amour
naturel & inalterable que
nous avons pour nôtre peuple
eſt tel , que comme
nous n'avons pû voir fans
douleur leur fang & leurs
treſors prodiguez dans la
derniere guerre , en oppo
141 MERCURE
fition à nôtre droit indubi
table , auſſi nous ne pouvons
que reſſentir une extreme
affliction de ce qu'ils
ſe trouvent expoſez à être
afſujettis à un pouvoir ar
bitraire , & à devenir la
proye des étrangers
Outre que l'Electeur de
Brunſvvick eſt un des plus
éloignez de tous les parens
que nous avons,&par conſequent
un des derniers de
ceux qui peuvent , aprés
nous , pretendre ànosCou
ronnes ; il eſt d'ailleurs évi
dent que rien n'eſt plus
Ancon
GALANT.
145
contraire aux maximes de
l'Angleterre , que d'avoir
établi avec tant d'injuſtice
la fucceffion dans la Maiſon
d'un Prince qui eſt étranger
, puiſſant , & fi abfolu
dans ſes Eſtats , qu'il
n'y a jamais experimenté la
moindre contradiction de
la part de ſes ſujets : Prince
qui n'a aucune connoif
ſance de nos loix , de nos
coûtumes , de nos manieres,
de nôtre langue ; qui
de plus eſt ſoûtenu d'une
armée nombreuſe de ſes
propres ſujets , appuyé de
Dec. 1714 . N
146 MERCURE
l'aſſiſtance qu'un Eftat voi
fin eft obligé de lui donner
quand il le requerra , & favoriſé
de pluſieurs milliers
d'étrangers refugiez en Angleterre
depuis plus de
trente ans qui lui feront
dévoüez en toutes occafions.
১
De plus , que peuvent enviſager
nos ſujets, ſi ce n'eſt
des guerres&des diviſions
infinies qui s'enfuivront neceſſairement
du renverſement
d'une loy auſſi ſacrée
& auſſi fondamentale que
T'eſt celle du droit heredi
GALANT . 147
taire , lequel juſqu'ici s'étoit
toujours maintenu contre
les ufurpations même
qui avoient eu les plus
grands ſuccés,quelque longues
qu'elles euffent été
le gouvernement n'ayant
pû ſubſiſter en repos jufqu'à
ce qu'il eût été remis
fur ſes anciens & ſolides
fondemens ?
د
Que ſi l'on veut encore
confiderer le grand nom
bre de ceux dont les droits,
aprés nous & avant la Maiſon
d'Hanover , ſont auſſi
clairs & auſſi indubitables
Nij
148 MERCURE
1
que les nôtres même , ne
doit on pas penſer qu'ils ne
manqueront ni de volonté,
ni de puiſſace pour les faire
valoir chacun à leur tour ,
& pour ſuſciter une guerre
éternelle contre nos Royaumes
, qui ne manquera jamais
d'être accompagnée
d'une guerre civile , qui
fera la ſuite inévitable des
diviſions inteſtines dont ils
font agitez ?
Il n'eſt rien donc de plus
évident, que nos peuples ne
ſçauroient joüir d'une paix
&d'une felicité durable
1
GALANT.
149
qu'en rétabliſſant la fucceffion
dans la ligne directe ,
&en nous rappellant, comme
étant l'heritier immediat
& legitime , & le feul
Anglois de naiſſance qui
reſte de la Famille Royale.
C'eſt à quoy nous nous étions
attendu, par la raiſon
que c'eſt le veritable interêt
de la Grande Bretagne ,
&que nous avions lieu d'efperer
qu'une nation , qui ne
manque ni de ſageſſe ni de
prudence, pourvoiroit dans
une fi belle occafion à ſa
fûreté par nôtre rétabliſſe
Niij
150 MERCURE
ment , que nous aimions
mieux devoir à ſa bonne
volonté qu'à l'évenement
d'une guerre , dont la juftice
à nôtre égard n'auroit
pû nous conſoler des malheurs
qu'elle cauſeroit à nos
Royaumes.
Mais pourquoy riſquer
tous ces malheurs , quand
on a ſçû , ou qu'au moins
on a bien pû ſçavoir dans
toute la nation , les affurances
reïterées & irrevocables
que nous avons données,
fignées de nôtre main,
que des qu'il plairoit à Dieu
GALANT.
151
de nous rétablir ſur le trô-
()
ne, les loix du pays ſeroient
la regle de nôtre gouvernement
, que nous accorderions
une amniftie generale
à nos ſujets de tout ce
qui a été fait contre les
loix , & que nous donnerions
toute la fûreté & la
fatisfaction qu'ils pourroient
defirer pour la conſervation
de leur Religion ,
de leurs droits , libertez &
proprietez.
Cependant toutes ces
avances de nôtre part n'ont
ſervi de rien ; car aprés le
N iiij
152 MERCURE
decés de la Princeſſe nôtre
ſoeur. , dont les bonnes intentions
en nôtre faveur ,
qui nous étoient connues ,
& avoient cauſe nôtre inaction
pendant ces dernieres
années , n'ont pû être effectuées
par la ſurpriſe de
fa mort ; il est arrivé , con
tre nôtre attente ,
peuples , au lieu de profiter
de la favorable occaſion de
tout remettre dans l'ordre ,
&de concourir au veritable
intérêt du Royaume , en
nous rendant juſtice , & fe
la faiſant à eux-mêmes , ont
que nos
1
GALANIM 153
immediatement proclamé
pour leur Roy un Prince
étranger à nôtre préjudice ,
contre les loix fondamentales
dudroit hereditaire de
laCoutone,que nul acte ne
ſçauroit juſtement abroger.
L'injuſtice & la violence
étant donc ainſi venuë à
fon comble, nous avons crû
qu'il étoit de nôtre devoir ,
de nôtre honneur , & d'une
indiſpenſable obligation ,
par rapport à ce que nous
devons à nous - même , à
nôtre pofterité & à nos peuples
, d'employer tous nos
154
MERCURE
fur
efforts pour ſoûtenir nos
droits de la meilleure maniere
qu'il nous feroit poffible.
C'eſt pourquoy ,
le premier avis qui nous fut
donné de l'état des chofes ,
nous partîmes de nôtre refidence
ordinaire , pour
nous tranſporter en quelque
lieu de nos Estats, dans
le deſſein de nous mettre à
la tête de ceux de nos fideles
ſujets qui étoient difpoſez
à ſoûtenir nos droits ,
& à s'oppofer avec nous
contre toute forte d'invafion
étrangere : mais vouGALANT.
ISS
1
lant paſſer au travers de la
France pour nous aller embarquer
, non ſeulement
toute afſiſtance nous y a
été refulée ,à raiſon des engagemens
qu'on en avoit
pris dans le dernier traité
de paix ; mais on s'y eſt même
opposé à nôtre paſſage,
tellement que nous avons
été obligez de retourner
en Lorraine .
Dans un contretemps fi
affligeant , & au milieu des
obſtacles que nous avons
rencontrez de toutes parts,
nôtre confolation eſt que
156 MERCURE
nous avons au moins fait ce
que nous avonspû pour parvenir
à nos juſtes fins,& que
fur cela nous n'avons rien
à nous reprocher : mais
comme nôtre cauſe eſt celle
de la justice même , nous
eſperons que la Providence,
quand il en ſera temps,
nous donnera les moyens
de la ſoûtenir ; que Dieu
touchera enfin les coeurs de
nos ſujets d'un veritable repentir
de l'injure criante
qu'ils nous ont faite
qu'il les excitera à rentrer
dans leur devoir.
,
&
GALANT. 157
Que fi les affaires demeurent
dans une ſi mauvaiſe
ſituation,tous les Princes
& Potentats qui font à
preſent en paix,ne doiventils
pas faire de ferieuſes reflexions
ſur l'exemple dangereux
qu'ils ont devant les
yeux , & fur ce que pluſieursd'entr'euxontàcraindre
de l'union des forces de
l'Angleterre avec celles des
Estats de l'Electeur d'Hanover,
dont le pouvoir exorbitant
ne s'accorde gueres
aveclabalancede l'Europe,
pour laquelle ils ont com158
MERCURE
battu toute cette derniere
guerre. C'eſt donc avec
justice , & conformément
à leurs veritables interêts ,
que nous demandons , pour
le recouvrement de nôtre
droit , leur affiftance , que
leur honneur auſſi bien que
leur interêt les obligent de
nous accorder autant qu'il
leur fera poſſible.
2
Au reſte, dans cette triſte
conjoncture où tout nous
manque , ce qui ne peut
nous être ôté , c'eſt la liberté
avec laquelle nous
declarons à la face de touGALANT.
59
te la terre , que comme notre
droit eſt inalienable ,
auſſi ſommes nous refolu ,
avec l'aide de Dieu , de ne
jamais nous en départir
qu'avec la vie.
C'eſt pourquoy nous proteſtons
encore folemnellement
par ces preſentes , &
de la maniere la plus forte
qui nous eſt poſſible , contre
toute forte d'injuſtice
quelconque faite contre
nous , nos legitimes heritiers
ou ſucceſſeurs ; nous
refervant & conſervant
par ces preſentes ſignées de
,
160 MERCURE
nôtre main , & fcellées de
nôtre grand ſceau, tous nos
droits & pretentions , qui
demeurent & demeureront
dans leur pleine force : declarantque
ci aprés nous ne
croirons pas être reſponſables
devant Dieu , ni devant
les hommes , de toutes
les pernicieuſes conſequences
que cette nouvelle
ulurpation de nosCouronnes
pourroit attirer ſur nos
ſujets & fur toute la Chrétienté.
Donné à nôtre Cour
àPlombieres le vingt-neuviéme
jour d'Août mil ſept
cepr
GALANT. 161
cent quatorze , & de nôtre
Regne le treiziéme.
pas de même d'un Manifeſte
du Pretendant , qui a
été depuis peu imprimé
dans la ſuite des nouvelles
d'Amſterdam , & que je ne
donne ici que parce que je
ne le croy pas dans les
mains de tout le monde.
22
MANIFESTE
Jacques troiſieme , par
la grace de Dieu Roy de la
J
GranGALANT
. 137 า
Grande Bretagne, de France&
d'Irlande , Défenfeur
de la Foy ,&c. àtous Rois,
Princes & Potentats , & à
tous nos bien amez ſujets ,
Salut.
Dans une conjoncture
aufli extraordinaire & auſſi
importante , ou nôtre droit
hereditaire à la Couronne
d'Angleterre eſt trés injuf
tement violé , & où même
les Princes Souverains de
l'Europe ſont ſi fortement
intereſſez , nous ne pouvons
demeurer dans le filence ,
ſansmanquer àce qui nous
Dec. 1714. M
138 MERCURE
eſt dû , & à ce qui les regarden
- aab anchoros
Tout le monde ſçait que
dans la revolution de l'année
1688. la Monarchie Angloiſe
a été renversée
qu'on a commencé à y
jetter les fondemens d'un
Gouvernement Républi
cain, par le pouvoir ſouve
rain que le peuple s'eſt attribué
lors qu'il s'eft affemblé
fans aucune autorité ,
qu'il s'eſt érigé en Parlement
, & qu'il s'eft arrogé
le droit de depoſer & d'élire
ſes Rois, contre les loix
M
GALANT. 139
(
fondamentales du pays , &
au mépris des fermens les
plus folemnels dont les
Chrétiens ſoient capables
d'être liez. On ne peut auffi
ignorer ce que le feu Roy
nôtre pere,de gloricufe memoire
, a ſouffert par cette
injuſte & violente revolu-
Aprés la mort , la fucceffion
aux Couronnes que
le Prince d'Orange avoit
uſurpées nous étant acquiſe
legitimement ſuivant les
loix fondamentales de l'Ef
rat , nous reclamâmes nos
Mij
140 MERCURE
1
droits par notre Declaration
ſcellée de nôtre grand
ſceau , en datte du 8. Octobre
1701. & auflitôt qu'il
plut à la divine Providence
de nous mettre en état d'entreprendre
de les recouvrer
, nous y fimes toutes
nos diligences & nos juſtes
efforts , ſans qu'il ait rien
manqué de nôtre part d'où
l'on nous ait pû imputer le
mauvais ſuccés de cette expedition
og up
Ayant appris enſuite que
l'on negocioit la paix , &
que dans le traité qui étoit
GALANT. 141
fur le pointd'en être co clu
onn'avoit eu aucun égard
ànos droits , nous publiâ
mes nôtre proteſtation, da
tée de faint Germainen .
Laye le 25. Avril 1712. de la
maniere la plus folemnelle
& la plus aurentique que
l'état où nous étions alors
put nous le permettre ; foutenant
nôtre droit incontef
table à nos Couronnes , &
proteſtant contre tout ce
qui pourroit être ſtipulé
dans ledit traitéà nôtre prejudice
3. Quoyque nous ayons été
142 MERCURE
depuis ce temps- là obligé
de fortir de France , pour
nous retirer dans un pays
plus éloigné , nous n'avons
pas perdu devûë nosRoyaumes&
nos peuples , perſuadez
que tôt ou tard il plaira
àDieu de nous faire rendre
justice , & de ramener nos
ſujets à l'obeïſſance qu'ils
nous doivent , en nous rétabliffant
fur le trône de
nos peres ; & nous n'avons
enfin ceffé d'eſperer que ,
malgré la revolte declarée
des uns , & l'engagement
forcé des autres , le Dieu
GALANT . 143
des lumieres leur ouvriroit
les yeux , & les convain.
croit non ſeulementde l'injuſtice
évidente qui nous eſt
faite &à la Couronne, mais
encore des dangereuſes
conſequences qui en reſul
tent contr'eux-mêmes. Ce
n'eſt pas nôtre interêt ſeul
qui nous fait agir ; l'amour
naturel & inalterable que
nous avons pour nôtre peuple
eſt tel , que comme
nous n'avons pû voir fans
douleur leur fang & leurs
treſors prodiguez dans la
derniere guerre , en oppo
141 MERCURE
fition à nôtre droit indubi
table , auſſi nous ne pouvons
que reſſentir une extreme
affliction de ce qu'ils
ſe trouvent expoſez à être
afſujettis à un pouvoir ar
bitraire , & à devenir la
proye des étrangers
Outre que l'Electeur de
Brunſvvick eſt un des plus
éloignez de tous les parens
que nous avons,&par conſequent
un des derniers de
ceux qui peuvent , aprés
nous , pretendre ànosCou
ronnes ; il eſt d'ailleurs évi
dent que rien n'eſt plus
Ancon
GALANT.
145
contraire aux maximes de
l'Angleterre , que d'avoir
établi avec tant d'injuſtice
la fucceffion dans la Maiſon
d'un Prince qui eſt étranger
, puiſſant , & fi abfolu
dans ſes Eſtats , qu'il
n'y a jamais experimenté la
moindre contradiction de
la part de ſes ſujets : Prince
qui n'a aucune connoif
ſance de nos loix , de nos
coûtumes , de nos manieres,
de nôtre langue ; qui
de plus eſt ſoûtenu d'une
armée nombreuſe de ſes
propres ſujets , appuyé de
Dec. 1714 . N
146 MERCURE
l'aſſiſtance qu'un Eftat voi
fin eft obligé de lui donner
quand il le requerra , & favoriſé
de pluſieurs milliers
d'étrangers refugiez en Angleterre
depuis plus de
trente ans qui lui feront
dévoüez en toutes occafions.
১
De plus , que peuvent enviſager
nos ſujets, ſi ce n'eſt
des guerres&des diviſions
infinies qui s'enfuivront neceſſairement
du renverſement
d'une loy auſſi ſacrée
& auſſi fondamentale que
T'eſt celle du droit heredi
GALANT . 147
taire , lequel juſqu'ici s'étoit
toujours maintenu contre
les ufurpations même
qui avoient eu les plus
grands ſuccés,quelque longues
qu'elles euffent été
le gouvernement n'ayant
pû ſubſiſter en repos jufqu'à
ce qu'il eût été remis
fur ſes anciens & ſolides
fondemens ?
د
Que ſi l'on veut encore
confiderer le grand nom
bre de ceux dont les droits,
aprés nous & avant la Maiſon
d'Hanover , ſont auſſi
clairs & auſſi indubitables
Nij
148 MERCURE
1
que les nôtres même , ne
doit on pas penſer qu'ils ne
manqueront ni de volonté,
ni de puiſſace pour les faire
valoir chacun à leur tour ,
& pour ſuſciter une guerre
éternelle contre nos Royaumes
, qui ne manquera jamais
d'être accompagnée
d'une guerre civile , qui
fera la ſuite inévitable des
diviſions inteſtines dont ils
font agitez ?
Il n'eſt rien donc de plus
évident, que nos peuples ne
ſçauroient joüir d'une paix
&d'une felicité durable
1
GALANT.
149
qu'en rétabliſſant la fucceffion
dans la ligne directe ,
&en nous rappellant, comme
étant l'heritier immediat
& legitime , & le feul
Anglois de naiſſance qui
reſte de la Famille Royale.
C'eſt à quoy nous nous étions
attendu, par la raiſon
que c'eſt le veritable interêt
de la Grande Bretagne ,
&que nous avions lieu d'efperer
qu'une nation , qui ne
manque ni de ſageſſe ni de
prudence, pourvoiroit dans
une fi belle occafion à ſa
fûreté par nôtre rétabliſſe
Niij
150 MERCURE
ment , que nous aimions
mieux devoir à ſa bonne
volonté qu'à l'évenement
d'une guerre , dont la juftice
à nôtre égard n'auroit
pû nous conſoler des malheurs
qu'elle cauſeroit à nos
Royaumes.
Mais pourquoy riſquer
tous ces malheurs , quand
on a ſçû , ou qu'au moins
on a bien pû ſçavoir dans
toute la nation , les affurances
reïterées & irrevocables
que nous avons données,
fignées de nôtre main,
que des qu'il plairoit à Dieu
GALANT.
151
de nous rétablir ſur le trô-
()
ne, les loix du pays ſeroient
la regle de nôtre gouvernement
, que nous accorderions
une amniftie generale
à nos ſujets de tout ce
qui a été fait contre les
loix , & que nous donnerions
toute la fûreté & la
fatisfaction qu'ils pourroient
defirer pour la conſervation
de leur Religion ,
de leurs droits , libertez &
proprietez.
Cependant toutes ces
avances de nôtre part n'ont
ſervi de rien ; car aprés le
N iiij
152 MERCURE
decés de la Princeſſe nôtre
ſoeur. , dont les bonnes intentions
en nôtre faveur ,
qui nous étoient connues ,
& avoient cauſe nôtre inaction
pendant ces dernieres
années , n'ont pû être effectuées
par la ſurpriſe de
fa mort ; il est arrivé , con
tre nôtre attente ,
peuples , au lieu de profiter
de la favorable occaſion de
tout remettre dans l'ordre ,
&de concourir au veritable
intérêt du Royaume , en
nous rendant juſtice , & fe
la faiſant à eux-mêmes , ont
que nos
1
GALANIM 153
immediatement proclamé
pour leur Roy un Prince
étranger à nôtre préjudice ,
contre les loix fondamentales
dudroit hereditaire de
laCoutone,que nul acte ne
ſçauroit juſtement abroger.
L'injuſtice & la violence
étant donc ainſi venuë à
fon comble, nous avons crû
qu'il étoit de nôtre devoir ,
de nôtre honneur , & d'une
indiſpenſable obligation ,
par rapport à ce que nous
devons à nous - même , à
nôtre pofterité & à nos peuples
, d'employer tous nos
154
MERCURE
fur
efforts pour ſoûtenir nos
droits de la meilleure maniere
qu'il nous feroit poffible.
C'eſt pourquoy ,
le premier avis qui nous fut
donné de l'état des chofes ,
nous partîmes de nôtre refidence
ordinaire , pour
nous tranſporter en quelque
lieu de nos Estats, dans
le deſſein de nous mettre à
la tête de ceux de nos fideles
ſujets qui étoient difpoſez
à ſoûtenir nos droits ,
& à s'oppofer avec nous
contre toute forte d'invafion
étrangere : mais vouGALANT.
ISS
1
lant paſſer au travers de la
France pour nous aller embarquer
, non ſeulement
toute afſiſtance nous y a
été refulée ,à raiſon des engagemens
qu'on en avoit
pris dans le dernier traité
de paix ; mais on s'y eſt même
opposé à nôtre paſſage,
tellement que nous avons
été obligez de retourner
en Lorraine .
Dans un contretemps fi
affligeant , & au milieu des
obſtacles que nous avons
rencontrez de toutes parts,
nôtre confolation eſt que
156 MERCURE
nous avons au moins fait ce
que nous avonspû pour parvenir
à nos juſtes fins,& que
fur cela nous n'avons rien
à nous reprocher : mais
comme nôtre cauſe eſt celle
de la justice même , nous
eſperons que la Providence,
quand il en ſera temps,
nous donnera les moyens
de la ſoûtenir ; que Dieu
touchera enfin les coeurs de
nos ſujets d'un veritable repentir
de l'injure criante
qu'ils nous ont faite
qu'il les excitera à rentrer
dans leur devoir.
,
&
GALANT. 157
Que fi les affaires demeurent
dans une ſi mauvaiſe
ſituation,tous les Princes
& Potentats qui font à
preſent en paix,ne doiventils
pas faire de ferieuſes reflexions
ſur l'exemple dangereux
qu'ils ont devant les
yeux , & fur ce que pluſieursd'entr'euxontàcraindre
de l'union des forces de
l'Angleterre avec celles des
Estats de l'Electeur d'Hanover,
dont le pouvoir exorbitant
ne s'accorde gueres
aveclabalancede l'Europe,
pour laquelle ils ont com158
MERCURE
battu toute cette derniere
guerre. C'eſt donc avec
justice , & conformément
à leurs veritables interêts ,
que nous demandons , pour
le recouvrement de nôtre
droit , leur affiftance , que
leur honneur auſſi bien que
leur interêt les obligent de
nous accorder autant qu'il
leur fera poſſible.
2
Au reſte, dans cette triſte
conjoncture où tout nous
manque , ce qui ne peut
nous être ôté , c'eſt la liberté
avec laquelle nous
declarons à la face de touGALANT.
59
te la terre , que comme notre
droit eſt inalienable ,
auſſi ſommes nous refolu ,
avec l'aide de Dieu , de ne
jamais nous en départir
qu'avec la vie.
C'eſt pourquoy nous proteſtons
encore folemnellement
par ces preſentes , &
de la maniere la plus forte
qui nous eſt poſſible , contre
toute forte d'injuſtice
quelconque faite contre
nous , nos legitimes heritiers
ou ſucceſſeurs ; nous
refervant & conſervant
par ces preſentes ſignées de
,
160 MERCURE
nôtre main , & fcellées de
nôtre grand ſceau, tous nos
droits & pretentions , qui
demeurent & demeureront
dans leur pleine force : declarantque
ci aprés nous ne
croirons pas être reſponſables
devant Dieu , ni devant
les hommes , de toutes
les pernicieuſes conſequences
que cette nouvelle
ulurpation de nosCouronnes
pourroit attirer ſur nos
ſujets & fur toute la Chrétienté.
Donné à nôtre Cour
àPlombieres le vingt-neuviéme
jour d'Août mil ſept
cepr
GALANT. 161
cent quatorze , & de nôtre
Regne le treiziéme.
Fermer
293
p. 161-168
« Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
Début :
Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...]
Mots clefs :
Roi, Cardinal, Archevêque, Marquis, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Des lettres de Londres du 15. de ce mois, portent [...] »
Des lettres de Londres
du 1 s. de ce mois , portent
qu'on continuoit à faire des
changemens dans les charges
& emplois , & quoy
qu'ils ne foient pas achevez
, on parle déja de dépoſer
quelqu'un de ceux
que lenouveauRoy a nommez
, entr'autres le Comte
de Notingham , Prefident
du Conſeil Privé ,
& fon frere , que l'on foupçonne
de favorifer le par-
Dec.1714. Ο
162 MERCURE
ti du Pretendant .
On avoit publié un projet
pour mettre une taxe
fur les fonds publics : mais
on ne croit pas que leParlement
l'approuve , àcauſe
que cela ruïneroit le credit
de la nation , & décourageroit
les étrangersd'envoyer
leur argent , & même
de le retirer; ce qui feroit
baiffer confiderablement
le prix des actions ,
& feroit cauſe qu'à l'avenir
les fonds que l'on accorderoit
au Roy ne ſeroient pas
remplis.
GALANT.
163
On arrêta la ſemaine paf.
ſée un nommé Oncale , qui
s'embarquoit pour France ,
on l'a mené en priſon ; on
l'accuſe d'avoir enrôlé du
monde pour le ſervice du
Pretendant.lephanteb
Le ſoir du 10. on amena
quatorze prifonniers , qui
feront condamnez à mort.
Les lettres de Veniſe portentque
les preparatifs extraordinaires
des Turcs par
mer &par terre alarment
fort les Venitiens & les
Malthois,qui prennent tou-
O ij
164 MERCURE
tes leurs précautions pour
ſe mettre àcouvert des irruptions
de cette énorme
puiſſance.
A
On mande de Plaiſance
du mois de Novembre dernier
, que Leurs Alteſſes Sereniffimes
M. le Duc & M
la Ducheſſe de Parme ont
couru grand riſque de ſe
noyer dans le Stiron , qui
eſt un torrent voiſin du
bourg de faint Domini
que qui s'étoit debordé
avec tant d'impetuofité ,
que les caroſſes où étoient
GALANT. 165
Leurs A. Sont été envelopez
dans ce debordement
, dont elles n'ont échapé
que par un miracle.
On a fait à leur retour à
Parme des prieres & des
réjoüiſſances pour le ſalut
de Leurs A. S.
an Le derniert du mois paſſé
Monfieur l'Abbé de Villeroy
fut facré Archevêque
de Lyon ,par les mains du
Cardinal de Rohan , aſſiſté
des Evêques de Noyon &
de Limoges : cette ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe
166 MERCURE
de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites.
Le premier de ce mois
M. l'Archevêque de Lyon
prêta ſermenr de fidelité
entre les mains du Roy à
Marly.
Le 25. du paſſé Monfieur
l'Abbé de Trudaine fut facré
Evêque de Senlis dans
l'Eglife des Religieuſes de
fainte Elifabeth ;M. le Cardinal
de Rohan en fit la
ceremonie , aſſiſtédes Evêques
de Noyon& de Séez.
Le 29. il prêta ferment
GALANT. 167
de fidelité à Marly entre
les mains du Roy.
Le Roy a donné au Comte
du Luc une penſion de
huit mille livres , & lui a
accordé la ſurvivance de
fes Charges & de ſon Gouvernement
pour ſes enfans.
M. leComte de Croiſſy ,
frere de M. le Marquis le
Torcy , a été nommé pour
aller en ambaſſade aupres
du Roy de Suede ; & M. le
Marquis de Sommery en
Baviere.
168 MERCURE
1
L'Electeur de Cologne
donna le.... un regal magnifique
au Prince Royal
de Saxe , au fon des tymbales
&des trompettes. On
continuë d'emballer les bagages
de cet Electeur , qui
doit retourner inceſſamment
dans ſes Eſtats.
Le 18. de ce mois Meffieurs
les Princes de Soubize
& d'Epinoy prirent
feance au Parlement en
qualité de Ducs & Pairs.
du 1 s. de ce mois , portent
qu'on continuoit à faire des
changemens dans les charges
& emplois , & quoy
qu'ils ne foient pas achevez
, on parle déja de dépoſer
quelqu'un de ceux
que lenouveauRoy a nommez
, entr'autres le Comte
de Notingham , Prefident
du Conſeil Privé ,
& fon frere , que l'on foupçonne
de favorifer le par-
Dec.1714. Ο
162 MERCURE
ti du Pretendant .
On avoit publié un projet
pour mettre une taxe
fur les fonds publics : mais
on ne croit pas que leParlement
l'approuve , àcauſe
que cela ruïneroit le credit
de la nation , & décourageroit
les étrangersd'envoyer
leur argent , & même
de le retirer; ce qui feroit
baiffer confiderablement
le prix des actions ,
& feroit cauſe qu'à l'avenir
les fonds que l'on accorderoit
au Roy ne ſeroient pas
remplis.
GALANT.
163
On arrêta la ſemaine paf.
ſée un nommé Oncale , qui
s'embarquoit pour France ,
on l'a mené en priſon ; on
l'accuſe d'avoir enrôlé du
monde pour le ſervice du
Pretendant.lephanteb
Le ſoir du 10. on amena
quatorze prifonniers , qui
feront condamnez à mort.
Les lettres de Veniſe portentque
les preparatifs extraordinaires
des Turcs par
mer &par terre alarment
fort les Venitiens & les
Malthois,qui prennent tou-
O ij
164 MERCURE
tes leurs précautions pour
ſe mettre àcouvert des irruptions
de cette énorme
puiſſance.
A
On mande de Plaiſance
du mois de Novembre dernier
, que Leurs Alteſſes Sereniffimes
M. le Duc & M
la Ducheſſe de Parme ont
couru grand riſque de ſe
noyer dans le Stiron , qui
eſt un torrent voiſin du
bourg de faint Domini
que qui s'étoit debordé
avec tant d'impetuofité ,
que les caroſſes où étoient
GALANT. 165
Leurs A. Sont été envelopez
dans ce debordement
, dont elles n'ont échapé
que par un miracle.
On a fait à leur retour à
Parme des prieres & des
réjoüiſſances pour le ſalut
de Leurs A. S.
an Le derniert du mois paſſé
Monfieur l'Abbé de Villeroy
fut facré Archevêque
de Lyon ,par les mains du
Cardinal de Rohan , aſſiſté
des Evêques de Noyon &
de Limoges : cette ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe
166 MERCURE
de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites.
Le premier de ce mois
M. l'Archevêque de Lyon
prêta ſermenr de fidelité
entre les mains du Roy à
Marly.
Le 25. du paſſé Monfieur
l'Abbé de Trudaine fut facré
Evêque de Senlis dans
l'Eglife des Religieuſes de
fainte Elifabeth ;M. le Cardinal
de Rohan en fit la
ceremonie , aſſiſtédes Evêques
de Noyon& de Séez.
Le 29. il prêta ferment
GALANT. 167
de fidelité à Marly entre
les mains du Roy.
Le Roy a donné au Comte
du Luc une penſion de
huit mille livres , & lui a
accordé la ſurvivance de
fes Charges & de ſon Gouvernement
pour ſes enfans.
M. leComte de Croiſſy ,
frere de M. le Marquis le
Torcy , a été nommé pour
aller en ambaſſade aupres
du Roy de Suede ; & M. le
Marquis de Sommery en
Baviere.
168 MERCURE
1
L'Electeur de Cologne
donna le.... un regal magnifique
au Prince Royal
de Saxe , au fon des tymbales
&des trompettes. On
continuë d'emballer les bagages
de cet Electeur , qui
doit retourner inceſſamment
dans ſes Eſtats.
Le 18. de ce mois Meffieurs
les Princes de Soubize
& d'Epinoy prirent
feance au Parlement en
qualité de Ducs & Pairs.
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294
p. 169-171
Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Je cherche à profiter de tout, Messieurs, pour vous amuser [...]
Mots clefs :
Muses, Nouvelles étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Je cherche à profiter de
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
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295
p. 171-220
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Pour moy, Messieurs, je ne pretends, que vous donner / Je ne trouve point, dit-il, (ce qui est remarquable) que les [...]
Mots clefs :
Vincent Voiture, Gilles Ménage, Sonnets, La belle matineuse, Quintus Catulus, Pétrarque, Sonnet, Soleil, Yeux, Aurore, Vers, Cieux, Nuit, Fleurs, Beauté, Lumière, Dissertation, Nymphe, Orient, Feux, Imitation, Flambeau, Poètes italiens, Poètes français, Épigramme, Poètes, Épigramme, Amour, Aurora, Sonetto, Terre, Annibal Caro, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, Tristan L'Hermite, Jacques Testu de Belval, Olivier de Magny, Daniel de Rampalle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Pour moy , Meffieurs , je
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
Fermer
295
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
296
p. 221
« Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Début :
Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...]
Mots clefs :
Vers, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Pour vous , Meffieurs , qui
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
Fermer
297
p. 221-224
RONDEAU.
Début :
Son Altesse Sérénissime Madame la Duchesse de Vendôme, / Que de Gibiers & que de volatilles [...]
Mots clefs :
Gibiers, Duchesse de Vendôme, Gibier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Son A'teffe Séréniffime Madam:
la Ducheffe de Vendôme
L
Tinj
222 MERCURE
envoya il y a quelques jours à
M. de Palapra , du Gibier de
Sa maison d' Anet. M. de Palapra
reconnoiſſant des bontez
de cette Princeſſe , juzea à propos
de luy rendre preſent pour
preſent ; & aprés avoir longtemps
cherché dans sa tefte
quelque chose qui convintàfon
Alteſſe , il crût que rien ne luy
feroit plus agréable que le Rondeau
que voicy.
RONDEAU.
Que de Gibiers & que
de volatilles
GALANT. 225
Ont vû perir l'eſpoir de
leurs familles::
Mon croc chargé des
dépoüilles d'Anet
Va parfumer ma table
d'un fumet
Plus odorant que Truffes
& Morilles .
Ce Gibier vaut trente
cochons de lait ,
Je n'ay le gout de l'aîné
fait Cadet ,
Qui mieux aima ſe gorger
de lentilles ,
Que de Gibiers.
Tiiij
224 MERCURE
Vos dons pour moy font
plus doux que paſtilles ,
Par tout j'en parle en let
tres apoſtilles ,
Et j'ay l'Eſprit fi plein de
ce bien fait ,
Qu'à l'Opera de mon amy
Danchet ,
Je mécriay , voyant toutes
ces filles
Que de Gibiers.
la Ducheffe de Vendôme
L
Tinj
222 MERCURE
envoya il y a quelques jours à
M. de Palapra , du Gibier de
Sa maison d' Anet. M. de Palapra
reconnoiſſant des bontez
de cette Princeſſe , juzea à propos
de luy rendre preſent pour
preſent ; & aprés avoir longtemps
cherché dans sa tefte
quelque chose qui convintàfon
Alteſſe , il crût que rien ne luy
feroit plus agréable que le Rondeau
que voicy.
RONDEAU.
Que de Gibiers & que
de volatilles
GALANT. 225
Ont vû perir l'eſpoir de
leurs familles::
Mon croc chargé des
dépoüilles d'Anet
Va parfumer ma table
d'un fumet
Plus odorant que Truffes
& Morilles .
Ce Gibier vaut trente
cochons de lait ,
Je n'ay le gout de l'aîné
fait Cadet ,
Qui mieux aima ſe gorger
de lentilles ,
Que de Gibiers.
Tiiij
224 MERCURE
Vos dons pour moy font
plus doux que paſtilles ,
Par tout j'en parle en let
tres apoſtilles ,
Et j'ay l'Eſprit fi plein de
ce bien fait ,
Qu'à l'Opera de mon amy
Danchet ,
Je mécriay , voyant toutes
ces filles
Que de Gibiers.
Fermer
298
p. 224-225
« Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Début :
Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...]
Mots clefs :
Poésie, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Puiſque je fuis entrain de
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
Fermer
299
p. 225-233
Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Début :
Cinq ou six representations m'ont mieux instruit de ce [...]
Mots clefs :
Réputation, Poème, Critique, Musique, André Cardinal Destouches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Cinq ou fix reprefentations
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
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300
p. 233-235
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Aprés la Critique & les
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
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