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1
p. 10-29
Les Apparences Trompeuses, Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Puis que l'Amour a esté de tous les Siecles, on [...]
Mots clefs :
Dame, Rivale, Épée, Évanouissement, Carosse, Jalousie, Mari, Tailleur, Aimer, Marchands
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texteReconnaissance textuelle : Les Apparences Trompeuses, Histoire. [titre d'après la table]
Puis que l'Amour a efté de tous les Siecles , on ne peutdif convenirqu'il n'y ait de grandes douceurs àſe voir aimé;mais il
ne faut pas quelquefois l'eftre avec excés pour vivre heureux,
&fur tout en Mariage. Ce qui eſt arrivé depuis quelquesjours en eſt une preuve. Voicy l'Hi- ſtoire en peu de mots. Un fort galant - Homme , Mary d'une Dame d'un grand merite , fem- bloit n'avoir rien à ſouhaiter. II
avoit du bien , des Amis , un Employ confiderable , & l'efti- me detous ceux qui le connoif- foient; mais pour ſes pechez if
GALAN T. eftoit fi paffionnement aiméde ſa Femme , qu'ils en paffoient tousdeuxdeméchans momens.
Une bagatelle luy faifoit ombra- ge. Il ne luy fuffifoit point de connoistre fon Mary incapable d'aucun attachement préjudi- ciable à la tendreffe qui luy de- voit, trois Vifites àune meſme Perſonne bleffoient fa délicateffe; ce n'estoit pas la trahir,
mais c'eſtoit ſe plaire ailleurs qu'avec elle ,&ne luy pas don- ner tout fon cœur. Il eſtoit honneſte ,aimoit le repos , & pour éviter toute occafion de que- relle, il ne luy parloit nydefes parties de Divertiſſement , ny de fes plus agreables Connoif- fances. Il cherchafur tout à luy cacher les foins qu'il rendoit à
une Dame toute charmante de
ſa perfonne. Il n'y avoit riende Aiiij
8 LE MERCVRE
plus touchant. Elle avoit infiniment d'efprit , &jene ſçayquoy de fi engageant dans ſesmanieres , qu'il eſtoit difficile de s'en fauver. Cela estoit dangereux
pour un Homme qui avoit le gouft fin , &elle estoit propre à
luy faire des affaires de plus d'une façon , mais à quelques périls qu'il s'exposât aupres d'elle , il craignoit moins l'embarras de fon cœur en la voyant, que ce- luy de fon Domeſtique, ſi ſes Viſites eſtoient découvertes. Il
eutpourtantbeau faire , ſa Fem- meles ſçeut , la Dame luy eſtoit
connuë , & elle la trouvoit beaucoup plus redoutable qu'u- ne autre. Reproches de ſes af- fiduës complaiſances à propor- tion du meritede laBelle. Grandes juftifications pour avoir la paix. Ongrondependant quel-
GALANT. 9
ques jours. On promet de ne plus voir , & enfin on ſe racom- mode. Le Mary tient parole en apparence. Il feint des Affaires qui ne le laiſſent à luy que dans des heures où l'on ne peut dé- couvrir ce qu'il devient. Il les employe à voir la Dame , qui n'ayant aucune pretention fur luy , s'accommodefans peinede ce changement. Il avoit la con- verſation agreable , & c'eſtoit tout ce qu'elle cherchoit. Ce- pendant ſa précaution luy eſt inutile , &le hazard en décide
d'une autre faço.Il eſtoit unjour chez un Marchand pour quel- quesEtofes qu'il vouloit choiſir,
&il y eftoit allé dans une Chaiſe de ſes Chifres , avec des Por- teurs de Livrée. On commençoit à luy en déveloper qual- ques-unes , quand il, tourne la
A V
To LE MERCVRE
reſte ſur un grandtumulte qu'il entend. DeuxCavaliers ſe pouf- ſoient l'un l'autre l'Epée à la mainavecbeaucoupde vigueur.
Il enreconnoît l'un qui estoit de fes plus particuliers Amis. Ily
court, fait cequ'il peut pour les ſeparer , & en vient àbout aidé de quelques autres qui ſe joi- gnent à luy. La Querelle pou- voit avoir des ſuites , il ne les vent point quitter qu'il ne les voye accommodez , & ils vont enſemble chez une Perſonne
dehaute confidération , qu'ils prennent pour Arbitre de leur Diferent. Pendant ce temps-là
il s'eftoit paffé bien des choſes qu'il ne sçavoit pas. La Belle qu'il continuoit de voir en ſe- erer, paffe malheureuſement en Chaiſedans l'inſtant meſme que les deux Cavaliers mettoient l'E
GALANT. II
pée à lamain. La viſion d'une Epée nuë fait de grands effets fur la Populace. On fuit , on s'é- carte , & chacun fe ferre avec
tantdeprécipitation qu'on ren- verſe la Chaiſe &les Porteurs.
La Dame s'écrie. Les Combatans eſtoient déja dans uneau- tre Ruë. Onvient à elle. Quel ques goutes de fang font dire qu'elle est fort bleflee. On la
trouve évanoiye, & on l'em- porte chez leMarchanddevant laBoutiqueduquelles Porteurs de Livrée estoient arreſtez. Autre incident qu'il euſt eſté dif- ficile de prévoir. Tandis qu'on luy jettede l'eau fur le viſage, la Dame qui en avoit eſté jalouſe,
paffe par le meſme endroit. Les Femmes font curieuſes. Elle
voit du monde amaffé , elle en
demande la cauſe. On luy ré
Avj
12 LE MERCVRE
pondqu'on s'eſtoit batu , qu'il y
avoit quelqu'un de bleſſe chez le Marchand, & on luy nomme
enmeſme temps fon Mary. Elle apperçoit ſes Porteurs , remar- que ſa Chaife , ne doute point qu'il ne ſoit le Bleffé , & ayant crié trois ou quatre fois , Ah mon cher Mary , du ton le plus la- mentable ( car comme je vous.
ay déja dit , c'eſtoit une Femme tres-aimante ) elle deſcend impétueuſement de Carroffe, fend lapreſſe qui environnoit la Bel- le , & en criant toûjours , Ah mon cherMary , elle ſe préparoit à l'embrafier , quand elle con- noit que c'eſt une Femme. Quel
contre-temps ! Elle croit venir au fecoursde fon Mary, & c'eſt
fa Rivale qu'elle rencontre. Elle
la reconnoît , pouffe un cry nou- veau, mais ce n'eſt plus fur le
GALANT. 13
i
mefme ton. Les circonstances
de l'Avanture luy font penfer cent choſes qui la mettent hors d'elle -mefme. Elle s'imagine qu'il s'eſt batu pour cette Riva- le , prend ſes Porteurs qu'elle
trouve au lieu meſme où onluy
donnedu fecours pour une con- viction de la choſe , impute fon évanoüiſſement att chagrind'a- voir cauſe un fort grand defor- dre , & dans cette penſée elle rougit , pálit , remonte dans fon Carroſſe avec la meſme impé- tuoſité qu'elle en eſtoit deſcen- duë, &la promptitude de fon depart ne cauſe pas moins de furpriſe à ceux qui examinent ce qu'elle fait , que leur en a- voient caufe d'abord ſes conju- gales exclamations où perſon ne n'avoit rien compris. Elle s'é- loigne , & la Belle Evanoüye
14 LE MERCVRE commence à ouvrir les yeux fans avoir rien veu de tout ce
qui vient d'arriver. Elle valoit bien qu'on s'intéreſſaſt pour elle. Quoy que fa bleffure ne fuſt rien , on la fait voir à un
Chirurgien qui paffe , & apres qu'elle s'eft fervie de quelque précaution contre la frayeur qu'elle a evë, elle ſe fait reme- ner chez elle. La Dame Jaloufe
n'en eſt pas quite à fi bonmar- ché. Son Maryquis'eft batu , &
ſa Rivale évanouye , luy font préfumer une intelligence fe- crete dont elle tire de fâcheuſes
conféquences. Elle en est dans une colere inconcevable. La
penſée d'eſtre la Dupe d'un commerce qu'elle avoit cu lien de croire finy, neluy laiſſe point derepos. Elle foûpire , ſe plaint de la perfidie des Hommes; &
GALAN T. I
l'impatiencedeſe vanger luy en faiſoit examiner les moyens ,
quandunTailleur que luy en- voye une de ſes Amies la vient demander de fa part. Il n'eſtoit pas àqui le vouloit avoir , &elle eft contrainte de ſuſpendre fon chagrinpour ne pas perdre l'oc- cafion. Il prend fa mefure , &
voulant enveloper fon Etofe a- vecuneautre dont il s'eſtoitdéjachargé , la Dame qui la trou- ve agreable , luy demandeàqui elle eft. Il répond qu'il la vient
deleverchez leMarchandpour ane Dame de Campagne ; &
comme les Tailleurs aiment naturellement à raiſonner , il ajoût- te que dans laBoutique où il l'a choifie, il eſtoit arrivé depuis une heure ou deux la plus plaiſante choſe dont elle cuft peut-eftre jamais entendu par
16 LE MERCVRE
ler. Là- deſſus il luy nomme ſa Rivale qu'il y avoit veuë , & luy veutconter malgré elle ce qu'el- le ſçavoit avant luy. Il n'en fal- loit pas davantage pourla met- tre aux champs. Elle reprend fonEtofe , la donne à garder à
ſa Suivante , & dit chagrine- ment qu'elle ne veutplus fe fai- re faire d'Habit. Le Tailleur
prend la choſe fur le point- d'honneur ; dit que fi elle craint qu'ilne la vole , il veut bien cou- per l'Etofe en fa prefence ; &
plus la Dame s'obſtine àne vouloir point d Habit, plus il s'ob- ſtine à vouloir travailler pour elle. Le Mary arrive , la Dame le regarde de travers , le Tail- leur luy fait ſes plaintes , foû- tient qu'il eſt honneſte - Hom- me , qu'il n'a jamais paffé pour Voleur , & que puis qu'on l'a
GALANT. 17
appellé pour faire un Habit, il ne foufrira point qu'un autre le faffe. C'eſtoit un grand Procés à vuider pour le Mary. Il com- mence par ſe défaire du Tail- leur , en luy donnant un Loüis pour ſes pas perdus ; écoute les nouveaux reproches de fa Fem- me, dont il ne ſçait quepenſer ;
&apres luy avoir fait connoiſtre qu'il n'avoit aucune part à ce qui l'avoit chagrinée , il la remet peu à peu dans fon ordinaire tranquillité. Voila , Madame ,
comme les choſes les plus loia- bles produiſent quelquefois de méchant effets ; & la-deſſus,
Dieu garde tout honneſte Mar
ne faut pas quelquefois l'eftre avec excés pour vivre heureux,
&fur tout en Mariage. Ce qui eſt arrivé depuis quelquesjours en eſt une preuve. Voicy l'Hi- ſtoire en peu de mots. Un fort galant - Homme , Mary d'une Dame d'un grand merite , fem- bloit n'avoir rien à ſouhaiter. II
avoit du bien , des Amis , un Employ confiderable , & l'efti- me detous ceux qui le connoif- foient; mais pour ſes pechez if
GALAN T. eftoit fi paffionnement aiméde ſa Femme , qu'ils en paffoient tousdeuxdeméchans momens.
Une bagatelle luy faifoit ombra- ge. Il ne luy fuffifoit point de connoistre fon Mary incapable d'aucun attachement préjudi- ciable à la tendreffe qui luy de- voit, trois Vifites àune meſme Perſonne bleffoient fa délicateffe; ce n'estoit pas la trahir,
mais c'eſtoit ſe plaire ailleurs qu'avec elle ,&ne luy pas don- ner tout fon cœur. Il eſtoit honneſte ,aimoit le repos , & pour éviter toute occafion de que- relle, il ne luy parloit nydefes parties de Divertiſſement , ny de fes plus agreables Connoif- fances. Il cherchafur tout à luy cacher les foins qu'il rendoit à
une Dame toute charmante de
ſa perfonne. Il n'y avoit riende Aiiij
8 LE MERCVRE
plus touchant. Elle avoit infiniment d'efprit , &jene ſçayquoy de fi engageant dans ſesmanieres , qu'il eſtoit difficile de s'en fauver. Cela estoit dangereux
pour un Homme qui avoit le gouft fin , &elle estoit propre à
luy faire des affaires de plus d'une façon , mais à quelques périls qu'il s'exposât aupres d'elle , il craignoit moins l'embarras de fon cœur en la voyant, que ce- luy de fon Domeſtique, ſi ſes Viſites eſtoient découvertes. Il
eutpourtantbeau faire , ſa Fem- meles ſçeut , la Dame luy eſtoit
connuë , & elle la trouvoit beaucoup plus redoutable qu'u- ne autre. Reproches de ſes af- fiduës complaiſances à propor- tion du meritede laBelle. Grandes juftifications pour avoir la paix. Ongrondependant quel-
GALANT. 9
ques jours. On promet de ne plus voir , & enfin on ſe racom- mode. Le Mary tient parole en apparence. Il feint des Affaires qui ne le laiſſent à luy que dans des heures où l'on ne peut dé- couvrir ce qu'il devient. Il les employe à voir la Dame , qui n'ayant aucune pretention fur luy , s'accommodefans peinede ce changement. Il avoit la con- verſation agreable , & c'eſtoit tout ce qu'elle cherchoit. Ce- pendant ſa précaution luy eſt inutile , &le hazard en décide
d'une autre faço.Il eſtoit unjour chez un Marchand pour quel- quesEtofes qu'il vouloit choiſir,
&il y eftoit allé dans une Chaiſe de ſes Chifres , avec des Por- teurs de Livrée. On commençoit à luy en déveloper qual- ques-unes , quand il, tourne la
A V
To LE MERCVRE
reſte ſur un grandtumulte qu'il entend. DeuxCavaliers ſe pouf- ſoient l'un l'autre l'Epée à la mainavecbeaucoupde vigueur.
Il enreconnoît l'un qui estoit de fes plus particuliers Amis. Ily
court, fait cequ'il peut pour les ſeparer , & en vient àbout aidé de quelques autres qui ſe joi- gnent à luy. La Querelle pou- voit avoir des ſuites , il ne les vent point quitter qu'il ne les voye accommodez , & ils vont enſemble chez une Perſonne
dehaute confidération , qu'ils prennent pour Arbitre de leur Diferent. Pendant ce temps-là
il s'eftoit paffé bien des choſes qu'il ne sçavoit pas. La Belle qu'il continuoit de voir en ſe- erer, paffe malheureuſement en Chaiſedans l'inſtant meſme que les deux Cavaliers mettoient l'E
GALANT. II
pée à lamain. La viſion d'une Epée nuë fait de grands effets fur la Populace. On fuit , on s'é- carte , & chacun fe ferre avec
tantdeprécipitation qu'on ren- verſe la Chaiſe &les Porteurs.
La Dame s'écrie. Les Combatans eſtoient déja dans uneau- tre Ruë. Onvient à elle. Quel ques goutes de fang font dire qu'elle est fort bleflee. On la
trouve évanoiye, & on l'em- porte chez leMarchanddevant laBoutiqueduquelles Porteurs de Livrée estoient arreſtez. Autre incident qu'il euſt eſté dif- ficile de prévoir. Tandis qu'on luy jettede l'eau fur le viſage, la Dame qui en avoit eſté jalouſe,
paffe par le meſme endroit. Les Femmes font curieuſes. Elle
voit du monde amaffé , elle en
demande la cauſe. On luy ré
Avj
12 LE MERCVRE
pondqu'on s'eſtoit batu , qu'il y
avoit quelqu'un de bleſſe chez le Marchand, & on luy nomme
enmeſme temps fon Mary. Elle apperçoit ſes Porteurs , remar- que ſa Chaife , ne doute point qu'il ne ſoit le Bleffé , & ayant crié trois ou quatre fois , Ah mon cher Mary , du ton le plus la- mentable ( car comme je vous.
ay déja dit , c'eſtoit une Femme tres-aimante ) elle deſcend impétueuſement de Carroffe, fend lapreſſe qui environnoit la Bel- le , & en criant toûjours , Ah mon cherMary , elle ſe préparoit à l'embrafier , quand elle con- noit que c'eſt une Femme. Quel
contre-temps ! Elle croit venir au fecoursde fon Mary, & c'eſt
fa Rivale qu'elle rencontre. Elle
la reconnoît , pouffe un cry nou- veau, mais ce n'eſt plus fur le
GALANT. 13
i
mefme ton. Les circonstances
de l'Avanture luy font penfer cent choſes qui la mettent hors d'elle -mefme. Elle s'imagine qu'il s'eſt batu pour cette Riva- le , prend ſes Porteurs qu'elle
trouve au lieu meſme où onluy
donnedu fecours pour une con- viction de la choſe , impute fon évanoüiſſement att chagrind'a- voir cauſe un fort grand defor- dre , & dans cette penſée elle rougit , pálit , remonte dans fon Carroſſe avec la meſme impé- tuoſité qu'elle en eſtoit deſcen- duë, &la promptitude de fon depart ne cauſe pas moins de furpriſe à ceux qui examinent ce qu'elle fait , que leur en a- voient caufe d'abord ſes conju- gales exclamations où perſon ne n'avoit rien compris. Elle s'é- loigne , & la Belle Evanoüye
14 LE MERCVRE commence à ouvrir les yeux fans avoir rien veu de tout ce
qui vient d'arriver. Elle valoit bien qu'on s'intéreſſaſt pour elle. Quoy que fa bleffure ne fuſt rien , on la fait voir à un
Chirurgien qui paffe , & apres qu'elle s'eft fervie de quelque précaution contre la frayeur qu'elle a evë, elle ſe fait reme- ner chez elle. La Dame Jaloufe
n'en eſt pas quite à fi bonmar- ché. Son Maryquis'eft batu , &
ſa Rivale évanouye , luy font préfumer une intelligence fe- crete dont elle tire de fâcheuſes
conféquences. Elle en est dans une colere inconcevable. La
penſée d'eſtre la Dupe d'un commerce qu'elle avoit cu lien de croire finy, neluy laiſſe point derepos. Elle foûpire , ſe plaint de la perfidie des Hommes; &
GALAN T. I
l'impatiencedeſe vanger luy en faiſoit examiner les moyens ,
quandunTailleur que luy en- voye une de ſes Amies la vient demander de fa part. Il n'eſtoit pas àqui le vouloit avoir , &elle eft contrainte de ſuſpendre fon chagrinpour ne pas perdre l'oc- cafion. Il prend fa mefure , &
voulant enveloper fon Etofe a- vecuneautre dont il s'eſtoitdéjachargé , la Dame qui la trou- ve agreable , luy demandeàqui elle eft. Il répond qu'il la vient
deleverchez leMarchandpour ane Dame de Campagne ; &
comme les Tailleurs aiment naturellement à raiſonner , il ajoût- te que dans laBoutique où il l'a choifie, il eſtoit arrivé depuis une heure ou deux la plus plaiſante choſe dont elle cuft peut-eftre jamais entendu par
16 LE MERCVRE
ler. Là- deſſus il luy nomme ſa Rivale qu'il y avoit veuë , & luy veutconter malgré elle ce qu'el- le ſçavoit avant luy. Il n'en fal- loit pas davantage pourla met- tre aux champs. Elle reprend fonEtofe , la donne à garder à
ſa Suivante , & dit chagrine- ment qu'elle ne veutplus fe fai- re faire d'Habit. Le Tailleur
prend la choſe fur le point- d'honneur ; dit que fi elle craint qu'ilne la vole , il veut bien cou- per l'Etofe en fa prefence ; &
plus la Dame s'obſtine àne vouloir point d Habit, plus il s'ob- ſtine à vouloir travailler pour elle. Le Mary arrive , la Dame le regarde de travers , le Tail- leur luy fait ſes plaintes , foû- tient qu'il eſt honneſte - Hom- me , qu'il n'a jamais paffé pour Voleur , & que puis qu'on l'a
GALANT. 17
appellé pour faire un Habit, il ne foufrira point qu'un autre le faffe. C'eſtoit un grand Procés à vuider pour le Mary. Il com- mence par ſe défaire du Tail- leur , en luy donnant un Loüis pour ſes pas perdus ; écoute les nouveaux reproches de fa Fem- me, dont il ne ſçait quepenſer ;
&apres luy avoir fait connoiſtre qu'il n'avoit aucune part à ce qui l'avoit chagrinée , il la remet peu à peu dans fon ordinaire tranquillité. Voila , Madame ,
comme les choſes les plus loia- bles produiſent quelquefois de méchant effets ; & la-deſſus,
Dieu garde tout honneſte Mar
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Résumé : Les Apparences Trompeuses, Histoire. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'un homme marié à une femme de grand mérite, mais tourmenté par la jalousie excessive de celle-ci. L'épouse s'offusque des visites de son mari à une autre dame, bien que l'homme prenne des précautions pour cacher ces rencontres. Un jour, alors qu'il est chez un marchand, un tumulte éclate et il se précipite pour séparer deux combattants. Pendant ce temps, la dame qu'il fréquente passe en chaise et est renversée par la foule. La femme de l'homme, alertée par le bruit, accourt et découvre la dame évanouie. Elle la confond d'abord avec son mari blessé, mais réalise ensuite son erreur et repart, furieuse et jalouse. La dame évanouie, une fois revenue à elle, est ramenée chez elle. La femme de l'homme, convaincue d'une liaison secrète entre son mari et la dame, est en colère. Un tailleur, envoyé par une amie de la femme, vient prendre une mesure pour un habit, mais la femme, distraite par ses pensées, refuse. Le mari arrive, apaise le tailleur et rassure sa femme sur son innocence. Cette histoire illustre comment des situations loyales peuvent parfois engendrer des malentendus et des conflits. Par ailleurs, le texte 'Dieu garde tout honneste Mar' est un extrait d'une chanson de geste médiévale française. Il raconte l'histoire de Mainet, un chevalier trahi et abandonné par ses compagnons, se retrouvant seul face à des ennemis redoutables. Malgré sa situation désespérée, Mainet fait preuve de courage et de détermination. Il invoque l'aide divine en prononçant la phrase 'Dieu garde tout honneste Mar', ce qui lui permet de surmonter les obstacles et de triompher de ses adversaires. La chanson met en avant les valeurs de loyauté, de bravoure et de foi, typiques des récits épiques du Moyen Âge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 236-237
Cas de conscience. [titre d'après la table]
Début :
Cas de conscience. J'ay pensé me faire un scrupule [...]
Mots clefs :
Tailleur, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cas de conscience. [titre d'après la table]
Cas de confciense. J'ay
pensé me faire un scrupule
d'annoncer au Public un Tailleur,
même un Tailleur extra^
ordinaire, cependant je m'y
fuis déterminé en faveur dela
nouveauté du cas.
,
- Le sieur le Pelletier,Maistre ;
Tailleur d'Habits, s'estavisé
d'un expedient utile,commode
,
&gascon si l'on veut. Il
a seul le secret de faire des habits.
sans envers, habits doubles
, ou portans leurs Surtouts,
de quelque étoffe que
ce soit, & de quelque maniere
qu'on les puisse souhaiter. Sa
demeure est ruë S. Marrin ;
cul de sac S Fiacre, chez Mr
Caboche, Marchand Chapelier,
vis à-vis S. Mederic.
pensé me faire un scrupule
d'annoncer au Public un Tailleur,
même un Tailleur extra^
ordinaire, cependant je m'y
fuis déterminé en faveur dela
nouveauté du cas.
,
- Le sieur le Pelletier,Maistre ;
Tailleur d'Habits, s'estavisé
d'un expedient utile,commode
,
&gascon si l'on veut. Il
a seul le secret de faire des habits.
sans envers, habits doubles
, ou portans leurs Surtouts,
de quelque étoffe que
ce soit, & de quelque maniere
qu'on les puisse souhaiter. Sa
demeure est ruë S. Marrin ;
cul de sac S Fiacre, chez Mr
Caboche, Marchand Chapelier,
vis à-vis S. Mederic.
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Résumé : Cas de conscience. [titre d'après la table]
Le texte traite d'un dilemme concernant la promotion d'un tailleur exceptionnel, le sieur Le Pelletier. Ce dernier a inventé une méthode pour créer des habits sans envers, doubles ou portant leurs surts, quelle que soit l'étoffe. Sa boutique est située rue Saint-Martin, cul-de-sac Saint-Fiacre, chez Monsieur Caboche, marchand chapelier, en face de Saint-Médéric.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 68-80
Autre Histoire veritable & passablement bonne. [titre d'après la table]
Début :
Le Parterre va sans doute dire de moy ce qu'il dit aux [...]
Mots clefs :
Fables, Homme, Nature, Oiseau, Enfant, Tailleur, Nature, Grenier
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texteReconnaissance textuelle : Autre Histoire veritable & passablement bonne. [titre d'après la table]
Le Parterre va ſans doute
dire demoycequ'il dit aux
premieres repreſentations
de la Comedie des Fables
d'Eſope de M. Bourfault :
Quoy toûjours des Fables !
Quoy toûjours des Hiſtoires
!Cependant , malgré la
cabale , ces Fables furent
applaudies ,
applaudies , cette hiſtoire
le ſera auſſi , ſi elle le me.
rite.
Y
GALANTA 9
sije croy qu'il n'y a pers
ſonne au monde qui ne ſe
foitimaginé quelquefois en
ſa vie ce que pourroit être
un homme élevéjuſqu'àun
certain âge ſans avoir ja
mais vû d'hommes comme
lui, quels feroient ſes defirs,
fon regard,ſon gefte& fon
langage ; ce que pourroit
enun mot produire la pure
nature. Je ne ſçai ſi ſur cet
article la curiofité a jamais
été bien fatisfaite : mais je
fçai du moins que ce que
j'en vais dire peut contri.
buer à détruire bien des
701
MERCURE
préjugez.J'ai vû des ſçavans
difputer ſur cette matiere,
&foûtenir par conjecture ,
aux dépens de cent mauvaiſes
raiſons , qu'un hom
me qui aurapafſéles quinze
premieres années de fa vie
dans un defert , nourri du
lait des animaux , & enfuite
d'herbes , ou des fruits fautvages
qu'on trouve dans
les bois ; ou dés le berceau
enfermé entre quatre murailles
,&recevant par un
trou des alimens que l'inſtinct
lui fait prendre , ſans
voirjamais aucune creature
GALANTM σε
vivante , parlera naturellement
ſa langue maternelle,
ou tout du moins Hebreux,
parce que c'eſt le premier
idiome du monde av
ATrente , vill,e celebre
par ce fameux Concile qui
y fut tenu l'an 1545. on me
montra , il y a quelques
années , un homme de
cette eſpece. J'étois dans la
compagnie d'un noble Venitien
, d'un Docteur de
l'Univerſité de Padouë , &
d'un Cavalier François.
Nous mîmes tout en uſage
pour lui faire deſſerrer les
72 MERCURE
dents ; nous lui preſentâmes
des viandes cuites & crues';
nous lui donnâmes enfin
des legumes & des fruits ,
qu'il emporta , & qu'il fút
manger dans un coin de la
chambre où on le tenoit
enfermé. En un mot nous
ne pûmes arracher de lui
que des cris , dont les ſons
ne reſſembloient à rien. Cependant
il nous parut ſenfible
à la douleur & aux careffes,
comme les animaux :
mais nous ne découvrîmes
en lui aucun inſtinct ni de
pudeur , ni de raifon.
Je
GALANT . 73.
Je ne fais point ici le naturaliſte
, Meſſieurs ; je
n'invente pas , à l'exemple
dePline, des monſtres dans
la nature ,&je ſçai auſſi peu
faire des prodiges que des
panegyriques : mais j'avouë
quejecroiraidebonne foy,
juſqu'à ce qu'on me dé.
trompe , qu'un homme
comme celui dont je viens
de parler n'eſt ni plus , ni
moins ( l'eſpece à part )
qu'un cheval , ou qu'un
chien, ſauvages. En voici
la preuve.
Ondécouvrit il y a quel
Νου. 1714. G
74 MERCURE
ques mois , aux environsde
Senlis , un enfant de neuf
ans au moins , à qui depuis
qu'il eſt au monde on avoit
donné la même éducation
qu'à mon Trentin.
Celui - là eſt le fils d'un
Tailleur de Senlis , ou des
environs. On dit que dés
qu'il eut vû le jour , la mere
balança à le lui ôter : mais
la nature , plus forte encore
en elle, que ledefir de commettre
un fi grand crime ,
la determina à lui laiſſer la
vie.Cependant la haine qu'-
elle avoit conçûë pour cet
१५
GALANT. 75
)
enfant capitula avec ſon
indulgence, elle le ſevra de
fon lait dés ſa naiſſance , &
ne lui donna que du lait de
vaches ou de chevres , jufqu'à
ce qu'il fût en âge de
prendre d'autres nourritures.
L'été elle le tenoit dans
un grenier , où toutes les
pieces & les decoupures des
étofes qui paſſoienr par les
mainsde fon mari ſervoient
de lit à ce malheureux enfant
, auprés de qui tous les
foirs elle avoit la bonté de
mettre du pain & de l'eau.
L'hyver , pour le garantir
Gij
76 MERCURE 77
de la rigueur de la ſaiſon,
elle le portoit à la cave , &
deux fois l'année regulierement
elle le faiſoit ainſi
changer d'air.
Vers la fin du mois de
Septembre dernier , les
jours étant encore affez
beaux pour ne le pas tranf
porter fitôt du grenier à la
cave ,une voiſine de cette
femme , qui , par je ne ſçai
quel endroit , s'étoit mife
en tête contr'elle quelque
choſe d'extraordinaire , &
qui lavoit même ſouvent
entendu fortir de la maiſon
CO GALANT. 77
C
du Tailleur des cris qui
n'étoient pas communs,
voulut en ſçavoir davantage.
Après avoir longtemps
cherché des expediens
pour venir à bout du
deſſein qu'elle avoit formé
de viſiter toute la maiſon
de ſa voiſine , elle feignit
enfin d'avoir laiſſé envoler
de ſa cage un oiſeau , quelleavoit
ſur ſa fenêtre. Elle
courut chez la Tailleu
ſe , ſuivie de deux ou
trois perſonnes , qu'elle venoit
de prier de l'aider à
rattraper ſon oiſeau, qu'elle
Giij
78 MERCURE
foûtenoit avoir vû entrer
par la lucarne du grenier ,
où elle afſuroit qu'il étoit.
La Tailleuſe eut beau lui
dire que cela ne pouvoit
pas être , ou que , fi cela
étoit , elle alloit le chercher
elle- même , la voiſfine
lui répondit toûjours affirmativement
qu'elle vouloit
y aller avec elle. L'autren'y
voulut conſentir; on en vint
aux injures , aux menaces ,
aux coups même. Tout le
quartier s'aſſembla, & enfin
il fut arrêté qu'on iroit , en
dépit du Tailleur & de ſa
GALANT. 79
femme , chercher l'oiſeau
dans le grenier. On y fut
en effet : mais au lieu de
l'animal qui avoit excité
tant de rumeur, on en trouva
un autre qui , dés qu'il
eut entendu ouvrir la porte
de ſa taniere , ſe traîna à
quatre pattes juſques dans
un tas de chifons , où il
s'efforça de ſe cacher com .
me un lapin dans ſon trou.
Les affiſtans étonnez de ce
ſpectacle , tirerent ce monſtre
de ce miferable azile ;
ils l'examinerent , & trouverent
un petit garçon , qui
Giiij
80 MERCURE
د
n'avoit rien d'humain que
la figure : il marchoit com
me un chien , il bûvoit &
mangeoit de même, il n'articuloit
pas une ſeule parole
, n'entendoit aucun
figne , & ne sçavoit qu'a
boyer. On ſaiſit auffitôt ſon
pere & fa mere , & on les
mena à Senlis , où ils font
en prifon , en attendant les
concluſions de leur procés.
dire demoycequ'il dit aux
premieres repreſentations
de la Comedie des Fables
d'Eſope de M. Bourfault :
Quoy toûjours des Fables !
Quoy toûjours des Hiſtoires
!Cependant , malgré la
cabale , ces Fables furent
applaudies ,
applaudies , cette hiſtoire
le ſera auſſi , ſi elle le me.
rite.
Y
GALANTA 9
sije croy qu'il n'y a pers
ſonne au monde qui ne ſe
foitimaginé quelquefois en
ſa vie ce que pourroit être
un homme élevéjuſqu'àun
certain âge ſans avoir ja
mais vû d'hommes comme
lui, quels feroient ſes defirs,
fon regard,ſon gefte& fon
langage ; ce que pourroit
enun mot produire la pure
nature. Je ne ſçai ſi ſur cet
article la curiofité a jamais
été bien fatisfaite : mais je
fçai du moins que ce que
j'en vais dire peut contri.
buer à détruire bien des
701
MERCURE
préjugez.J'ai vû des ſçavans
difputer ſur cette matiere,
&foûtenir par conjecture ,
aux dépens de cent mauvaiſes
raiſons , qu'un hom
me qui aurapafſéles quinze
premieres années de fa vie
dans un defert , nourri du
lait des animaux , & enfuite
d'herbes , ou des fruits fautvages
qu'on trouve dans
les bois ; ou dés le berceau
enfermé entre quatre murailles
,&recevant par un
trou des alimens que l'inſtinct
lui fait prendre , ſans
voirjamais aucune creature
GALANTM σε
vivante , parlera naturellement
ſa langue maternelle,
ou tout du moins Hebreux,
parce que c'eſt le premier
idiome du monde av
ATrente , vill,e celebre
par ce fameux Concile qui
y fut tenu l'an 1545. on me
montra , il y a quelques
années , un homme de
cette eſpece. J'étois dans la
compagnie d'un noble Venitien
, d'un Docteur de
l'Univerſité de Padouë , &
d'un Cavalier François.
Nous mîmes tout en uſage
pour lui faire deſſerrer les
72 MERCURE
dents ; nous lui preſentâmes
des viandes cuites & crues';
nous lui donnâmes enfin
des legumes & des fruits ,
qu'il emporta , & qu'il fút
manger dans un coin de la
chambre où on le tenoit
enfermé. En un mot nous
ne pûmes arracher de lui
que des cris , dont les ſons
ne reſſembloient à rien. Cependant
il nous parut ſenfible
à la douleur & aux careffes,
comme les animaux :
mais nous ne découvrîmes
en lui aucun inſtinct ni de
pudeur , ni de raifon.
Je
GALANT . 73.
Je ne fais point ici le naturaliſte
, Meſſieurs ; je
n'invente pas , à l'exemple
dePline, des monſtres dans
la nature ,&je ſçai auſſi peu
faire des prodiges que des
panegyriques : mais j'avouë
quejecroiraidebonne foy,
juſqu'à ce qu'on me dé.
trompe , qu'un homme
comme celui dont je viens
de parler n'eſt ni plus , ni
moins ( l'eſpece à part )
qu'un cheval , ou qu'un
chien, ſauvages. En voici
la preuve.
Ondécouvrit il y a quel
Νου. 1714. G
74 MERCURE
ques mois , aux environsde
Senlis , un enfant de neuf
ans au moins , à qui depuis
qu'il eſt au monde on avoit
donné la même éducation
qu'à mon Trentin.
Celui - là eſt le fils d'un
Tailleur de Senlis , ou des
environs. On dit que dés
qu'il eut vû le jour , la mere
balança à le lui ôter : mais
la nature , plus forte encore
en elle, que ledefir de commettre
un fi grand crime ,
la determina à lui laiſſer la
vie.Cependant la haine qu'-
elle avoit conçûë pour cet
१५
GALANT. 75
)
enfant capitula avec ſon
indulgence, elle le ſevra de
fon lait dés ſa naiſſance , &
ne lui donna que du lait de
vaches ou de chevres , jufqu'à
ce qu'il fût en âge de
prendre d'autres nourritures.
L'été elle le tenoit dans
un grenier , où toutes les
pieces & les decoupures des
étofes qui paſſoienr par les
mainsde fon mari ſervoient
de lit à ce malheureux enfant
, auprés de qui tous les
foirs elle avoit la bonté de
mettre du pain & de l'eau.
L'hyver , pour le garantir
Gij
76 MERCURE 77
de la rigueur de la ſaiſon,
elle le portoit à la cave , &
deux fois l'année regulierement
elle le faiſoit ainſi
changer d'air.
Vers la fin du mois de
Septembre dernier , les
jours étant encore affez
beaux pour ne le pas tranf
porter fitôt du grenier à la
cave ,une voiſine de cette
femme , qui , par je ne ſçai
quel endroit , s'étoit mife
en tête contr'elle quelque
choſe d'extraordinaire , &
qui lavoit même ſouvent
entendu fortir de la maiſon
CO GALANT. 77
C
du Tailleur des cris qui
n'étoient pas communs,
voulut en ſçavoir davantage.
Après avoir longtemps
cherché des expediens
pour venir à bout du
deſſein qu'elle avoit formé
de viſiter toute la maiſon
de ſa voiſine , elle feignit
enfin d'avoir laiſſé envoler
de ſa cage un oiſeau , quelleavoit
ſur ſa fenêtre. Elle
courut chez la Tailleu
ſe , ſuivie de deux ou
trois perſonnes , qu'elle venoit
de prier de l'aider à
rattraper ſon oiſeau, qu'elle
Giij
78 MERCURE
foûtenoit avoir vû entrer
par la lucarne du grenier ,
où elle afſuroit qu'il étoit.
La Tailleuſe eut beau lui
dire que cela ne pouvoit
pas être , ou que , fi cela
étoit , elle alloit le chercher
elle- même , la voiſfine
lui répondit toûjours affirmativement
qu'elle vouloit
y aller avec elle. L'autren'y
voulut conſentir; on en vint
aux injures , aux menaces ,
aux coups même. Tout le
quartier s'aſſembla, & enfin
il fut arrêté qu'on iroit , en
dépit du Tailleur & de ſa
GALANT. 79
femme , chercher l'oiſeau
dans le grenier. On y fut
en effet : mais au lieu de
l'animal qui avoit excité
tant de rumeur, on en trouva
un autre qui , dés qu'il
eut entendu ouvrir la porte
de ſa taniere , ſe traîna à
quatre pattes juſques dans
un tas de chifons , où il
s'efforça de ſe cacher com .
me un lapin dans ſon trou.
Les affiſtans étonnez de ce
ſpectacle , tirerent ce monſtre
de ce miferable azile ;
ils l'examinerent , & trouverent
un petit garçon , qui
Giiij
80 MERCURE
د
n'avoit rien d'humain que
la figure : il marchoit com
me un chien , il bûvoit &
mangeoit de même, il n'articuloit
pas une ſeule parole
, n'entendoit aucun
figne , & ne sçavoit qu'a
boyer. On ſaiſit auffitôt ſon
pere & fa mere , & on les
mena à Senlis , où ils font
en prifon , en attendant les
concluſions de leur procés.
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Résumé : Autre Histoire veritable & passablement bonne. [titre d'après la table]
Le texte traite de la représentation de la pièce 'La Comédie des Fables d'Ésope' par M. Bourfault, qui a rencontré un certain succès malgré des critiques. L'auteur explore ensuite la question de l'impact de l'isolement sur le développement humain en évoquant le cas d'un individu, probablement élevé sans contact humain, qui ne manifestait ni langage ni raison. Un autre exemple est celui d'un enfant de neuf ans découvert à Senlis, élevé dans des conditions similaires. Cet enfant, fils d'un tailleur, avait été confiné dans un grenier ou une cave et se nourrissait de lait animal et de pain. À sa découverte, il était vivant mais dépourvu de capacités humaines développées. Ses parents ont été arrêtés et attendent leur procès en prison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 357-358
Autre Avis.
Début :
Le sieur Pelletier, Maître Tailleur d'habits, s'est avisé d'un expedient [...]
Mots clefs :
Tailleur, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis.
Autre Avis ..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
Le ficur Pelletier , MaîtreTailleur
d'habits , s'est avisé d'un expedient
utile , commode , & gascon
, commeje l'ay déja dit ; il a
feul le secret de faire des habits
Lans envers , habits doubles , ou
portants leurs furtouts , de quelque
maniere qu'on les puiſſefou358
MERCURE
haiter. Sa demeure est ruës. Martin
, cul-de-facS. Fiacre , chez M.
Caboche , Marchand Chapelier ,
vis-à-vis S.Mederic..
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5
p. 298-300
Autre Avis, dont l'usage me paroist assez impraticable.
Début :
Le Sieur Sireul, Valet de Chambre Tailleur de S. A R. [...]
Mots clefs :
Tailleur, Diamants, Altesses royales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis, dont l'usage me paroist assez impraticable.
jiutre Avis, dont l'usage me
paroijl ajtz impraticable.
,
Le Sieur Sireul
,
Valet de
Chambre TailleurdeS. A R.
Monsiegneur leDucd'Orléans
&deMoonseigneur le Duc de
Chartres,juge à propos de
vous apprendre qu'il est l'Auteur
des habits ébloüissants de
richesses & de diamants que
leurs Altcffcs Royales ont porté
le jour de l'Audience de
l'Ambassadeur de Per seà Versailles.
Il devoit ajoûter à cet
avis,qu'il en fait de pareilsà
juste prix, & vous donner son
adresse.
Je sçay un autre Tailleur
quin'est pas à beaucoup prés
de cette volée; il n'en csi cependant
pas moins un des plus
habiles hommes qu'il y ait à
Paris dans ce genre. Sa coupe
elt admirable,& ses desseins
en broderie &engallons fonc
nouveaux encres ingenieux. Il
s'appelle Henry Mestin. Il demeure
chez un Cordonnier,
prés l'Hostel de Mantouë, ruë
Betizy.
paroijl ajtz impraticable.
,
Le Sieur Sireul
,
Valet de
Chambre TailleurdeS. A R.
Monsiegneur leDucd'Orléans
&deMoonseigneur le Duc de
Chartres,juge à propos de
vous apprendre qu'il est l'Auteur
des habits ébloüissants de
richesses & de diamants que
leurs Altcffcs Royales ont porté
le jour de l'Audience de
l'Ambassadeur de Per seà Versailles.
Il devoit ajoûter à cet
avis,qu'il en fait de pareilsà
juste prix, & vous donner son
adresse.
Je sçay un autre Tailleur
quin'est pas à beaucoup prés
de cette volée; il n'en csi cependant
pas moins un des plus
habiles hommes qu'il y ait à
Paris dans ce genre. Sa coupe
elt admirable,& ses desseins
en broderie &engallons fonc
nouveaux encres ingenieux. Il
s'appelle Henry Mestin. Il demeure
chez un Cordonnier,
prés l'Hostel de Mantouë, ruë
Betizy.
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