Résultats : 440 texte(s)
Détail
Liste
401
p. 68-72
LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
Début :
NOUS croyons que le Public doit lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
LA POPULATION & la Beauté,
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
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402
p. 73-84
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
Début :
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle l'Auteur a eu le Manuscrit. Un [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Fermer
402
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
403
p. 84-90
SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
Début :
PLUS nous avançons dans la lecture de cet Ouvrage estimable, plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
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404
p. 91
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
EPITRES à Messieurs d'Alembert, Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
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405
p. 91-93
« DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
Début :
DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
DAPHNIS & le premier Navigateur,
Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand,
par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur- Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ou-
vrages de M. Geffner', donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la pre-
mière fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité, quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni in-
trigue , ni catastrophe , & cependantil
y règne le plus grand intérêt; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premierNavigateur, a paru pour la pre-
mière fois en 1762 , dans la belle Edi-
tion que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeule-
ment l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais en-
core que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL. 1764.
93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou-
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme inno-
cent & champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celuide
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Au-
teur,& formeront, avec ſes Idylles, une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinetd'un Amateur.
Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand,
par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur- Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ou-
vrages de M. Geffner', donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la pre-
mière fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité, quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni in-
trigue , ni catastrophe , & cependantil
y règne le plus grand intérêt; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premierNavigateur, a paru pour la pre-
mière fois en 1762 , dans la belle Edi-
tion que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeule-
ment l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais en-
core que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL. 1764.
93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou-
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme inno-
cent & champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celuide
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Au-
teur,& formeront, avec ſes Idylles, une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinetd'un Amateur.
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406
p. 93-113
« ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
Début :
ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
ABRÉGÉ des Principes de Morale, &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
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407
p. 124-125
« DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
Début :
DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
DE l'imitation théâtrale , Eſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
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Résumé : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
L'essai 'De l'imitation théâtrale' de Jean-Jacques Rousseau, publié à Amsterdam et Paris, compile des extraits des dialogues de Platon sur l'imitation théâtrale en un discours continu. Motivé par une réponse à l'article de D'Alembert sur les spectacles, cet ouvrage de 48 pages en format in-octavo a été publié séparément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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408
p. 129-131
« OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
Début :
OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
GEUvREs de M. Rouſſeau de Gené
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
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Résumé : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
En 1764, une nouvelle édition des œuvres de Jean-Jacques Rousseau est publiée à Neuchâtel et à Paris. Disponible en formats in-8° et in-12°, elle est revue, corrigée et enrichie de morceaux inédits. Les précédentes éditions étaient incomplètes et défectueuses, ce qui avait provoqué des plaintes de l'auteur et du public. Cette édition inclut tous les ouvrages connus de Rousseau, ainsi que des écrits jamais publiés et des critiques auxquelles l'auteur a jugé bon de répondre. La qualité typographique est remarquable, avec un papier de belle qualité, des caractères nets, des dessins fins et des gravures de mérite. Présentée comme la plus belle, exacte et complète possible, elle contient un grand nombre de pièces. Pour éviter aux lecteurs d'acheter deux fois le même livre, les futurs ouvrages de Rousseau seront imprimés séparément dans le même format et ajoutés à cette édition. Les volumes renferment uniquement les œuvres diverses de Rousseau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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409
p. 97-101
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
Début :
QUELQUE mépris, Monsieur, que notre siècle témoigne pour les commentateurs [...]
Mots clefs :
Horace, Passage, Commentateurs, Héros, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur du
Mercure , fur un paffage d'Horace .
QUELQ UELQUE mépris , Monfieur , que
notre fiècle témoigne pour les commentateurs
, j'ofe me flatter qu'il permet d'étu
dier Horace , ce poëte philofophe , dont
la précifion & la fineffe font plutôt fenties
par l'homme de goût , que devinées par
l'homme de lettres , qui n'eft qu'érudit.
Vous ne craindrez donc pas de fatiguer
vos lecteurs par une feconde lettre fur un
paffage latin ; fi tous n'applaudiffent pas
à la jufteffe de ma conjecture , quelqu'un
me faura peut- être bon gré d'avoir ofé
produire une idée éloignée de celles de la
plupart des commentateurs & traducteurs
d'Horace.
On a lu avec plaifir , dans la Gazette
Littéraire , de nouvelles vues fur les odes
& l'art poétique ; quoiqu'elles différaffent
en tout des explications reçues , j'efpère la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
m me faveur pour celle que je vais vous
propofer.
La lettre du P. Brun , inférée dans votre
Mercure du mois paffé , me paroît contenir
une critique affez jufte de la façon
dont on a entendu & traduit jufqu'ici
ce paffage des épîtres :
Urit enim fulgore fuo qui pragravat artes
Infrà fe pofitas. Liv. 2 , ép . 1 .
Mais je n'adopte pas entièrement le
fens qu'il y donne , & qu'il eft à propos
de rapporter ici , puifque je vais le combattre.
Lorfqu'un artifte , fupérieur à fon art ,
en rend la pratique plus difficile , tous fes
rivaux font bleffés de fa gloire . ( Merc. de
Fr. 1768.
Je conviendrai avec le P. Brun que
pragravare doit fignifier , dans cette occafion
, appefantir , rendre plus difficile , & ,
qu'à confidérer le paffage ifolé & indépendant
de ce qui précéde , fa traduction
eft celle qui rend le mieux la force du
texte .
Mais ne faudroit -il pas lier ces vers à
ceux d'auparavant , & devons- nous négli
ger la connexion qui nous eft indiquée
par la conjonction enim ? Le poëte , dans
fon début , dont tout le monde connoît
la beauté , gémir fur le fort des héros de
JUIN 1768 .
99
l'antiquité : quelques fervices qu'ils euffent
rendus au genre humain , la mort ſeule
dompta l'envie qui empoifonna leurs jours.
Il n'eft question ni des arts ni des artiftes ;
c'eft d'Augufte dont on va parler , lui qui ,
comparable à ces grands hommes , mais
plus fortuné qu'eux , jouit de fa gloire
dès fon vivant. Quelle apparence qu'Horace
ait interrompu fa comparaison pour
débiter une maxime fur le fort des maîtres
de l'art ! Quelque belle , quelque juſte
qu'elle pût être , on feroit en droit de ſe
fervir , contre l'auteur , de fes propres
armes , & de lui dire : non erat his locus.
Art. poét.
Mais Horace réſervant la fuite de fon
épître pour parler des écrivains , avoit en
vue , dans fes vers , les travaux glorieux
de fes héros artes eft donc ici l'équivalent
de virtutes .
pour
Aurefte les traducteurs d'Horace avoient
fenti , comme moi , que ce paffage , tel
que l'entendoient les
commentateurs , manquoit
de fuite & de liaifon , & c'eft
lui en donner qu'ils avoient ajouté : quiconque
s'élève dans une fphère quelle qu'elle
foit. Mais cette circonlocution rend elle
qui pregravat artes ? Ne cherchons pas
hors du texte , il nous fournit feul & la
liaiſon & la juſteffe néceffaires , pourvu
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
que nous entendions par artes les vertus
ou la vertu.
C'eft ainfi qu'Horace l'entendoit luimême
dans l'ode troifième du troisième
livre. Après avoir fait le beau portrait de
la fermeté inébranlable de l'homme ver
tueux , il ajoute :
Hac arte Pollux , & vagus Hercules
Innixus , arces attigit igneas ,
Quos inter Auguftus recumbens
Purpureo bibit ore nectar,
Quel préjugé pour croire que dans cette
épître , où il fait paroître encore Pollux
& Hercule fes héros favoris , qu'il a toujours
foin d'affocier à Augufte , c'eſt à cux
que doit fe rapporter le mot artes ? auquel
cas il eft abfurde de le prendre pour les
arts , encore plus pour les artiftes.
A l'aide de mon explication j'offre
encore un paffage du même Horace , où ,
voulant exprimer la même idée , il dit ;
Virtutem incolumem odimus
Sublatam ex oculis quarimus invidi.
Od. 23 , l. 3 .
Voici donc comme je rendrois le paffage
en queftion :
Urit enim fulgore fuo qui prægravat artés
Infrà fe pofitas.
JUIN 1768.
101
Et , en effet , celui qui , fupérieur aux
efforts ordinaires de la vertu , en rend la
pratique plus difficile , nous bleffe par l'éclat
de fa gloire.
Telles font , Monfieur , mes conjectures
, elles m'ont été infpirées par une
fecture réfléchie d'Horace. Quoique je ne
fois pas en tout de l'avis du P. Brun
j'adopte , je le répéte , fon interprétation
de pragravat , & il mérite l'éloge d'avoir
fait fentir le premier combien peu on
avoit rendu cette expreffion pleine de
force.
Si vous jugez mon interprétation digne
d'être préfentée aux yeux de vos lecteurs ,
ce fera déja beaucoup pour moi , perfonne
n'étant avec plus d'eftime que je fuis , & c.
Le Chevalier DE SERTYES,
A Avignon , le 9 mars 1768,
Mercure , fur un paffage d'Horace .
QUELQ UELQUE mépris , Monfieur , que
notre fiècle témoigne pour les commentateurs
, j'ofe me flatter qu'il permet d'étu
dier Horace , ce poëte philofophe , dont
la précifion & la fineffe font plutôt fenties
par l'homme de goût , que devinées par
l'homme de lettres , qui n'eft qu'érudit.
Vous ne craindrez donc pas de fatiguer
vos lecteurs par une feconde lettre fur un
paffage latin ; fi tous n'applaudiffent pas
à la jufteffe de ma conjecture , quelqu'un
me faura peut- être bon gré d'avoir ofé
produire une idée éloignée de celles de la
plupart des commentateurs & traducteurs
d'Horace.
On a lu avec plaifir , dans la Gazette
Littéraire , de nouvelles vues fur les odes
& l'art poétique ; quoiqu'elles différaffent
en tout des explications reçues , j'efpère la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
m me faveur pour celle que je vais vous
propofer.
La lettre du P. Brun , inférée dans votre
Mercure du mois paffé , me paroît contenir
une critique affez jufte de la façon
dont on a entendu & traduit jufqu'ici
ce paffage des épîtres :
Urit enim fulgore fuo qui pragravat artes
Infrà fe pofitas. Liv. 2 , ép . 1 .
Mais je n'adopte pas entièrement le
fens qu'il y donne , & qu'il eft à propos
de rapporter ici , puifque je vais le combattre.
Lorfqu'un artifte , fupérieur à fon art ,
en rend la pratique plus difficile , tous fes
rivaux font bleffés de fa gloire . ( Merc. de
Fr. 1768.
Je conviendrai avec le P. Brun que
pragravare doit fignifier , dans cette occafion
, appefantir , rendre plus difficile , & ,
qu'à confidérer le paffage ifolé & indépendant
de ce qui précéde , fa traduction
eft celle qui rend le mieux la force du
texte .
Mais ne faudroit -il pas lier ces vers à
ceux d'auparavant , & devons- nous négli
ger la connexion qui nous eft indiquée
par la conjonction enim ? Le poëte , dans
fon début , dont tout le monde connoît
la beauté , gémir fur le fort des héros de
JUIN 1768 .
99
l'antiquité : quelques fervices qu'ils euffent
rendus au genre humain , la mort ſeule
dompta l'envie qui empoifonna leurs jours.
Il n'eft question ni des arts ni des artiftes ;
c'eft d'Augufte dont on va parler , lui qui ,
comparable à ces grands hommes , mais
plus fortuné qu'eux , jouit de fa gloire
dès fon vivant. Quelle apparence qu'Horace
ait interrompu fa comparaison pour
débiter une maxime fur le fort des maîtres
de l'art ! Quelque belle , quelque juſte
qu'elle pût être , on feroit en droit de ſe
fervir , contre l'auteur , de fes propres
armes , & de lui dire : non erat his locus.
Art. poét.
Mais Horace réſervant la fuite de fon
épître pour parler des écrivains , avoit en
vue , dans fes vers , les travaux glorieux
de fes héros artes eft donc ici l'équivalent
de virtutes .
pour
Aurefte les traducteurs d'Horace avoient
fenti , comme moi , que ce paffage , tel
que l'entendoient les
commentateurs , manquoit
de fuite & de liaifon , & c'eft
lui en donner qu'ils avoient ajouté : quiconque
s'élève dans une fphère quelle qu'elle
foit. Mais cette circonlocution rend elle
qui pregravat artes ? Ne cherchons pas
hors du texte , il nous fournit feul & la
liaiſon & la juſteffe néceffaires , pourvu
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
que nous entendions par artes les vertus
ou la vertu.
C'eft ainfi qu'Horace l'entendoit luimême
dans l'ode troifième du troisième
livre. Après avoir fait le beau portrait de
la fermeté inébranlable de l'homme ver
tueux , il ajoute :
Hac arte Pollux , & vagus Hercules
Innixus , arces attigit igneas ,
Quos inter Auguftus recumbens
Purpureo bibit ore nectar,
Quel préjugé pour croire que dans cette
épître , où il fait paroître encore Pollux
& Hercule fes héros favoris , qu'il a toujours
foin d'affocier à Augufte , c'eſt à cux
que doit fe rapporter le mot artes ? auquel
cas il eft abfurde de le prendre pour les
arts , encore plus pour les artiftes.
A l'aide de mon explication j'offre
encore un paffage du même Horace , où ,
voulant exprimer la même idée , il dit ;
Virtutem incolumem odimus
Sublatam ex oculis quarimus invidi.
Od. 23 , l. 3 .
Voici donc comme je rendrois le paffage
en queftion :
Urit enim fulgore fuo qui prægravat artés
Infrà fe pofitas.
JUIN 1768.
101
Et , en effet , celui qui , fupérieur aux
efforts ordinaires de la vertu , en rend la
pratique plus difficile , nous bleffe par l'éclat
de fa gloire.
Telles font , Monfieur , mes conjectures
, elles m'ont été infpirées par une
fecture réfléchie d'Horace. Quoique je ne
fois pas en tout de l'avis du P. Brun
j'adopte , je le répéte , fon interprétation
de pragravat , & il mérite l'éloge d'avoir
fait fentir le premier combien peu on
avoit rendu cette expreffion pleine de
force.
Si vous jugez mon interprétation digne
d'être préfentée aux yeux de vos lecteurs ,
ce fera déja beaucoup pour moi , perfonne
n'étant avec plus d'eftime que je fuis , & c.
Le Chevalier DE SERTYES,
A Avignon , le 9 mars 1768,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
Dans une lettre à M. de La Place, l'auteur annonce son projet d'étudier Horace, un poète philosophe dont les qualités littéraires sont mieux reconnues par les amateurs éclairés que par les savants. Il justifie la nécessité d'une nouvelle analyse d'un passage des épîtres d'Horace, malgré les critiques possibles. L'auteur reconnaît la critique du Père Brun concernant la traduction du vers 'Urit enim fulgore suo qui praegravat artes', mais ne l'accepte pas entièrement. Il soutient que ce passage doit être interprété en lien avec ceux qui le précèdent et que 'artes' signifie ici 'vertus' plutôt que 'arts'. L'auteur explique que Horace compare Auguste à des héros antiques et que le passage traite des efforts glorieux de ces héros. Pour appuyer son interprétation, il cite un autre passage d'Horace. Il propose ensuite sa propre traduction du vers, affirmant que ceux qui excellent dans la vertu rendent sa pratique plus difficile et éblouissent par leur gloire. L'auteur espère que ses conjectures, issues d'une lecture attentive d'Horace, seront bien accueillies par les lecteurs de M. de La Place.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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410
p. 102-116
L'ISLE MERVEILLEUSE, poëme en trois chants, traduit du grec, suivi d'ALPHONSE, ou de l'ALCIDE Espagnol, conte très-moral. A Paris, chez DELALAIN, rue Saint-Jacques ; brochure in-8o.
Début :
CET ouvrage nous est annoncé comme une traduction de Callimaque. Tant mieux [...]
Mots clefs :
Amour, Poème, Chants, Île, Fleurs, Nature, Poème, Plaisir, Désirs, Yeux, Beauté, Amants
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texteReconnaissance textuelle : L'ISLE MERVEILLEUSE, poëme en trois chants, traduit du grec, suivi d'ALPHONSE, ou de l'ALCIDE Espagnol, conte très-moral. A Paris, chez DELALAIN, rue Saint-Jacques ; brochure in-8o.
L'ISLE MERVEILLEUSE , poëme en trois
thants , traduit du grec , fuivi d'ALPHONSE
, ou de l'ALCIDE Efpagnol ,
conte très-moral. A Paris , chez Dela-
LAIN rue Saint - Jacques ; brochure
in - 8°.
"
CETET Ouvrage nous eft annoncé comme
une traduction de Callimaque . Tant mieux
pour Callimaque s'il eft vraiment le premier
auteur de cette production charmante.
En Grèce comme en France , il y a
vingt fiècles comme aujourd'hui , on méritoit
des éloges quand on favoit égayer
la raifon , couronner la philofophie des
fleurs de l'imagination la plus brillante ,
offrir à l'homme, dans un cadre agréable ,
le tableau mouvant de fes excès , de fes
foibleffes , de fes plaifirs , le corriger en
riant , & le critiquer en le faifant rire.
J'ai peine , comme bon François , à
laiffer à un Grec l'honneur que je crois
appartenir à un de mes compatriotes ; &
l'enthoufiafme patriotique ne m'aveugle
pas affez , pour croire que dans les genres.
de littérature voluptueux , comme dans
JUIN 1768. 103
les autres , la France foit affez riche pour
enrichir la Grèce à fes dépens.
J'aime , au contraite , à reconnoître fous
fon voile la mufe modefte qui veut fe
cacher. Le petit fafte d'érudition attique
qu'elle étalé dans l'avis du traducteur qui
précède ce poëme , ne peut m'en impofer
davantage. Elle reffemble alors , felon moi ,
à une jolie femme qui , pour mieux fe
déguifer , veut parler politique au bal de
l'opéra , mais dont la voix douce trahit
des argumens fi étrangers à fes grâces. Ne
dénouons pas ici les cordons de fon mafque,
puifqu'elle veut être inconnue , ( il faut
refpecter les myftères des belles comme
leurs caprices ) & contentons- nous de jouir
des charmes que fon déguifement nous
laiffe entrevoir.
Callimaque commence fon poëme par
ces vers , où il nous apprend que les amans
& les poëtes étoient arjures pà Cythère
comme à Paris.
Aux peupliers qui bordent mon ſéjour ,
J'avois juré de fufpendre ma lyre ,
De refpirer , d'être heureux fans délire ,
D'ofer fur-tout être heureux fans l'amour :
J'avois juré ; mais je l'ai vu foûrire ,
Et fur fon aîle il emporte aujourd'hui
Tous les fermens que j'ai faits contre luis
Ce dieu ramène un transfuge volages
104 MERCURE DE FRANCE .
Il me promet de nouvelles erreurs ,
Des fens nouveaux , les defirs du bel âge ;
Me dit fans ceffe , en m'offrant les faveurs ,
» Vois-tu le temps qui moiffonne les fleurs ?
Il t'avertit d'en femer fon paffage.
Quand l'amour veut , qui pourroit échapper !
Je vais chanter , je vais chanter & j'aime :
Il m'a foumis & je plains en moi- même
Les malheureux qu'il ceffe de tromper.
Ce bel enfant , d'une mère plus belle ,
De fon pouvoir s'applaudiffoit un jour ,
Défioit Mars , fe mocquoit de Cybèle ,
Et provoquoit tous les dieux à leur tour :
De Jupin même il bravoit la colère ,
Lui foutenoit qu'infpirer un defir ,
C'étoit bien plus que lancer le tonnerre ;
Et que le droit d'épouvanter la terre,
N'égale pas le droit de l'embellir.
Le fouverain de la voûte éthérée
Fronce un fourcil & fait trembler les cieux :
Vulcain pâlit , Vénus fuit éplorée ;
L'amour s'échappe & vole à d'autres jeux.
Dans fon courroux le monarque fuprême
Promet au Styx , qui frémit du ferment ,
D'humilier l'audacieux enfant ,
Et veut qu'enfin il convienne lui- même
Qu'un autre eft maître , & l'Amour dépendant
JUIN 1768 . 105.
¡
- Sous le beau ciel , où l'or des Hefpérides.
Pend en feftons aux arbres jauniffans ,
Du fein des flots , d'écume blanchiffans
Divifant l'onde en deux remparts liquides ;
Une ifle fort , s'élève dans les airs ,
Monde flottant , inconnu fur les mers.
La peinture de cette ifle délicieufe fuit
& invite autant le navigateur à cingler
vers ces rives , que la défenſe d'y aborder
pouvoit exciter l'Amour à y defcendre. La
beauté & la privation font par-tout les
deux , les plus grands aiguillons du defir.
Les habitans de la belle colonie avoient
tout ce que l'on peut avoir fans l'amour ; .
& c'eſt bien peu de choſe .
Ils avoient tout , ( un Dieu m'en eſt garant ) '
Hors le plaifir , qui vaut feul tout le refte
· •
Les yeux fereins & jamais attendris ,
De leur côté nos belles infulaires ,
Ne favent rien des amoureux myſtères.
Froides Vénus de ces froids Adonis ,
Que fur leur fein un doux baifer repofe
Leur fein n'éprouve aucun frémiſſement ; -
Si de leur bouche on va preffer la roſe ›
Même froideur , jamais un fentiment .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Rien fur leurs fronts ne ternit la jeuneffe :
Leurs coeurs glacés ne craignent rien du temps.
Comment vieillir quand on vit fans ivrelſe ! .
Les malheureux ! ...ils n'ont pas nos tourmens.
Rien de plus doux que ce dernier vers.
Que j'aime à voir le poëte juftifier la nature
que nous avons toujours tort d'accufer !
L'amitié , dit notre Callimaque , reftoit
à nos infulaires . Je les plains moins. Mais
quel trifte ami que celui qui ne peut être
amant ! J'aimerois mieux celui même qui
devroit me trahir pour fa maîtreffe. Cela
n'empêche pas le poëte de finit fon premier
chant par des vers bien fûrs de leurs
fuccès. Les vers à la louange des belles ,
comme ceux qui en difent du mal , fons
toujours fûrs de nos éloges.
SECOND CHANT.
Jeunes amans , fortons de notre ivtelle ;
Je le vois bien , c'eft trop fe tourmenter
C'est trop fervir une ingrate maîtreffe :
Tout dans l'amour invite à déferter.
Je vous ai peint de tranquilles rivages ,
Des jours fereins , l'abfence des defirs ,
Mille beautés dans le fond des boccages ,
A ne rien faire occupant leurs loisirs ;
Des charmes nuds carellés des zéphirs..
Embarquons- nous , ouvrons-nous les pallages.
JUIN 1768. 107
Ou m'égarai -je ? irons - nous fans appui ,
De cent rochers franchir la vafte enceinte ?
Le feu du ciel y laiffa fon empreinte :
Craignons fa foudre... & plus encor l'ennui.
Puifqu'il le faut , gardons nos infidelles ;
Soyons heureux pour nous bien venger d'elles.
A leur exemple ayons un coeur léger ,
Laiffons leurs feux & mourir & renaître.
Eh ! que fait-on nous les verrons peut-être
Nous revenir à force de changer.
L'amour déja s'excite à la vengeance :
Dans fon empire il fent qu'il eft borné.
Quand un lieu feul ignore fa puiffance ,
Maîtré dů monde , il s'y croit enchaîné..
BOUDERIE de l'Amour , & défolation de 1.
la nature.
Plus clairvoyant il interprête enfin
L'oracle obfcur rendu par le deftin.
·
Dans un hameau de certe ifle võifin ,
Le beau Marfis , au printemps de fon âge ,
Et non Aétri par le précoce uſage
De ce feu fourd qu'il cachoit dans fon fein
Eft le héros choisi pour fa conquête.
E vj
108
MERCURE DE FRANCE:
Le long d'un pré que coupent des ruiffeaux ?
Les yeux baillés , recueillis fans étude ,
Il promenoit fa vague inquiétude
Şous des palmiers qui joignoient leurs rameaux.
Rien ne lui plut , ni danſe ni parure :
Il touche au terme où , las de fermenter ,
Le doux volcan qu'anime la nature ,
Dans chaque veine eft tout prêt d'éclater.
L'Amour paroît , l'arrête & l'envisage..
Suis- moi , dit- il , ce n'eft point une erreur :
Je fuis le dieu qui préfide à ton âge ;
Je fuis le dieu qui va guérir ton coeur.
Tes feux fecrets , Marfis , font mon ouvrage.
Tu vois cette ifle , il faudra m'y fervir ;
Les chants de l'air devant toi vont s'ouvrir :
Tu t'abattras fur cet épais feuillage ;
Vas , creis l'Amour , & connois le plaifir .
• Ici l'Amour prête fes aîles à Marfis pour
traverfer les airs & voler le fervir dans
l'ifle merveilleufe
Que deviendra , dépouillé de fes aîles ,
L'enfant malin Dieux s'il étoit furpris !
S'il furvenoit quelques Nymphes cruelles !
Ne pouvant fuir , il feroit bientôt pris.
Il faut le voir , redoutant l'esclavage ,
S'effaroucher au feul bruit du feuillage ;
JUIN 1768. 100
Mais auffi- tôt Zéphir officieux ,
L'enveloppant de l'azur d'un nuage ,
Dans un jardin l'enlève à tous les yeux.
Flore foûrit en le voyant fi fage ,
De noeuds de fleurs charge le dieu volage
Et dans les bras lui fait trouver les cieux,
Hôte nouveau de la plaine éthérée ,
Marfis s'abat fur la forêt facrée.
Qu'apperçoit- il dans fes détours fecrets ?
La fraîche Irza , cette heureuſe infulaire
Que le deftin avoit conduite exprès
Dans l'épaiffeur de ce bois folitaire ,
Pour y remplir les éternels décrets .
En longs replis fa noire chevelure
Forme autour d'elle un beau voile mouvant .
Voile jaloux , importune parure ,
Que fait aller , que dérange le vent ,
Tant de beautés font tour à tour écloſes ,
"Que l'on héfite à fixer fon larcin .
Les deux boutons qui colorent ce ſein
Reffemblent bien à deux boutons de roles :
Qui charment l'oeil en invitant là main .
Que la moiffon pour Marfis fera belle !
O Jupiter ! l'Amour , du bout de l'aîle ,
N'a point encore effleuré fes attraits ;
Baifer d'amant ne les teignit jamais 3:
Hercule enfin , trouve une Hébé nouvelle.
10 MERCURE DE FRANCE.
De même effor l'un vers l'autre s'élance,
Sans autre loi qu'an inftinet enchanteur ,
Et nos amans , malgré leur ignorance ,
Savent trouver la route du bonheur.
Trifte pudeur qu'on prend pour l'innocence ,
Ton vain preftige & ton art féducteur
Valent- ils donc la pure jouiffance ,
L'égarement , le défordre flatteur
D'une beauté qui tombe fans défenſe ,
Et peut , fans crainte , adorer ſon vainqueur ?
Jouis , Irza , d'une volupté pure ,
Saifis l'inftant , il va s'évanouir ;
Le Ciel , hélas ! fait payer le plaifir ,
Et la douleur te rend à la nature ;
Pour toi l'amour vient de naître aujourd'huis
Tous les befoins vont renaître avec lui.
Voilà fans contredit la plus jolie fiction
de l'ouvrage , & la morale la plus vraie
de toute cette fable agréable. Il est bien
de remontrer à l'homme la correfpondance
de fes peines & de fes plaifirs , & de l'engager
à fe confoler des maux par le fouvenir
de leur caufe.
Mais dans fon trouble ( Marfis ) il va compter
enfin
Le nombre heureux marqué par le deſtin
JUIN 1768.
La foudre gronde & le charme commence
Dans ces rochers l'onde murmure & fuit :
' De nouveaux dons la terre s'embellit ;
Et de fes flancs veit germer l'abondance.
Chaque buiffon fe transforme en verger :
L'anana croît , la grenade vermeille
Mêle fa pourpre à l'ombre de la treille ;
Des pommes d'or parfument l'oranger.
Je connois peu de peinture plus riche
& plus brillante.
CHANT TROISIEME.
Les defirs naiffent & le trouble avec
eux. La beauté devient un prix pour lequel
on combat. L'écho folitaire de cette ifle ,
jadis tranquille , & réveillé par les cris
furieux des rivaux , & fon fol fleuri eft
arrofé du fang des combattans , devenu
jaloux & devenant amoureux.
Il Marfis ) voit de loin la troupe frémiffante ,
Et , faififfant un branchage noueux ,
Forme à la hâre , au tour de fon amante ,
De troncs brifés un rempart épineux.
Vers fes rivaux Marfis vole & s'élance
Il fend les airs : les aîles de l'Amour ,
Les yeux d'Irza le fervent tour à tour.
12 MERCURE DE FRANCE.
Tel un lion , quand le chaſſeur Numide
Ole attaquer les jeunes lionceaux ,
Les crins dreffés , le regard intrépide ,
Vient s'opposer aux mortels javelots.
On tremble au loin : fes ardentes prunelles ;
Teintes du fang , dardant des étincelles ,
Et fon courroux fait rugir les échos.
Tout eft calmé : des lyres amoureuſes ,
L'accord brillant réfonne dans les airs ,.
Et les oiſeaux , à ces tendres concerts
Ont marié leurs voix mélodieuſes .
Sur les débris des rameaux difperfés ,
Du haut des cieux on voit pleuvoir des roſes;
Et , déſarmés par ces métamorphofes ,
Nos combattans font tous entrelacés .
Moins animé , leur regard eft plus tendre ,
Ils vont jouir , & l'amour va deſcendre.
Comme il triomphe en parcourant cette iflè
A fon pouvoir fi long-temps indocile !
Mais , pour fonder quels font les voeux ſecrets ,
Marquant fa joie , en conquérant habile ,
Il dit ces mots à fes nouveaux fujets :
< Peuple charmant , tu connois ma puiſſance ;
Mais fi tu hais l'amour & fes combats ,
» Je puis te rendre à ton indifférence ;
>> Parle & choifis ... le Dieu n'achève pas.
Vive l'Amour eſt le cri qui s'élève ,
» Cri de l'inftinét , le fentiment t'achève »»»
JUIN 1768. 113
Enumération brillante des atours appor
tés aux infulaires l'ordre de leur nouveau
maître.
par
Le Dieu foûrit , il ordonne , & foudain
Sur tous les fronts doit naître la décence :
Chaque beauté , fuyant fon ceil malin ,
Eft plus timide avec moins d'innocence.
Tous à la fois courent aux vêtemens ,
Qu'Amour façonne & change en ornemens.
Alors le Dieu , plein de rufes nouvelles ,
Fait aux amours figne de s'éloigner ;
Et , refté feul , entouré de leurs belles ,
Céde au plaifir de les endoctriner.
"Nymphes , dit- il , en foûriant encore ,
Orez à l'oeil le temps de s'affoupir :
» Ce qu'il devine il le fait embellir :
» Voilez un charme & mille vont éclore ;
La nudité fatigue le defir.
» Pour l'éveiller la pudeur m'eft utile ,
C'est mon fecret ; c'eft un jeu ſéduiſant ;
» Qui du bonheur rend l'accès moins facile
Mais il le faur employer fobrement.
» Prêtez de graće une oreille attentive.
» Les cieux fur vous ont femé les attraits ;
>> Eh ! que
font- ils fans mes autres bienfaits ?
» Naiffantes fleurs , c'est moi qui vous cultive,
» Tout dans l'amour n'eſt qu'un rafinement.
»A vos traits feuls défendez l'impoſtures
114 MERCURE DE FRANCE.
Et , croyez- moi , réſervez prudemment
L'art pour vos coeurs, pour vos traits la nature.
» Près de trahir un trop crédule amant ,
Jurez-lui bien de n'être point parjure :
Je ferai - là pour rire du ferment.
» D'un air naïf verfez des pleurs perfides
>> Sachez vous rendre & fur- tout réfilter.
>> Intimidez les defirs trop avides ,
»N'effrayez pas ceux qu'il faut exciter.
»Feintes langueurs , infidieux foûrire ,
Tranſports charmans , quoiqu'ils foient cón
» certés ,
>>
$
›› Rare abandon des fecrettes beautés ,
» Employez tout pour fonder mon empire.
On s'apperçoit bien que les archives de
Fille n'ont pas été perdues ; & plus d'une
de nos jolies femmes pourroient être foupçonnées
d'avoir feuilleté ce vieux manuf
crit.
Par l'orateur trop long - temps exilés ,
Tous nos amans font enfin rappellés.
L'Amour alors fait élever un trône :
En grande pompe on y place Marfis ,
Qu'il a nommé Roi du peuple conquis.
I tient le fceptre , Irza tient la couronne.
Le beau pasteur , dans ce riant féjour ,
Voit à fes pieds fes fujettes nouvelles.
1
JUIN 1768. 115
On prévoit bien ce qu'il fit de fes ailes :
Aimer Irza c'eſt les rendre à l'Amour.
Ainfi finit le poëme de l'ifle merveilleufe.
On auroit peut- être pu defirer que
Callimaque y eût plus fouvent fubſtitué
des détails philofophiques aux defcriptions
voluptueufes qui y font prodiguées d'une
main fi libérale. Le champ abondoit en
fruits & en fleurs , & le poëte a plus cueilli
que moiſſonné ; mais on doit pardonner
à Callimaque , qui , je crois , étoit jeune ,
de préférer Flore à Pomone. Le mérite de
l'exécution de ce petit ouvrage eft beaucoup
; celui de l'invention eft peut- être
fupérieur. Il me femble en effet difficile
d'écrire l'hiftoire d'un peuple qui , probablement
, a laiffé peu de matériaux à confulter.
Nous ne nous fommes permis aucunes
citations ni aucunes réflexions fur
le Conte d'Alphonfe. Le lecteur jugera
lui - même de la rapidité du ftyle , de la
fraîcheur des images , de la variété des
tons , des plaifanteries & des tranfitions
toujours heureuſes & inattendues qui permettent
de donner ce petit ouvrage pour
modèle à nos conteurs modernes . Ils font
rares , & j'en fuis étonné . Seroit - ce que
le genre eft affez difficile pour effrayer
leur modeftie , & parce qu'en effet très116
MERCURE DE FRANCE.
peu
de gens doivent fe flatter de réunir
les grâces de la diction à la fimplicité ,
une imagination riche à une imagination
rianse , l'uſage de ce qu'on appelle la
bonne compagnie à la connoiffance de
cette portion plus nombreufe de la fociété ,
& que nous femblons prefque méprifer ,
parce qu'elle eft apparemment moins ridicule
, & chez laquelle le bon La Fontaine
a pourtant fu puifer les tréfors qui nous
enchantent ? S'il eſt ainfi , réjouiſſons - nous
d'avoir trouvé un genre où nos jeunes
littérateurs foient modeftes. Les découvertes
font toujours plaifir.
thants , traduit du grec , fuivi d'ALPHONSE
, ou de l'ALCIDE Efpagnol ,
conte très-moral. A Paris , chez Dela-
LAIN rue Saint - Jacques ; brochure
in - 8°.
"
CETET Ouvrage nous eft annoncé comme
une traduction de Callimaque . Tant mieux
pour Callimaque s'il eft vraiment le premier
auteur de cette production charmante.
En Grèce comme en France , il y a
vingt fiècles comme aujourd'hui , on méritoit
des éloges quand on favoit égayer
la raifon , couronner la philofophie des
fleurs de l'imagination la plus brillante ,
offrir à l'homme, dans un cadre agréable ,
le tableau mouvant de fes excès , de fes
foibleffes , de fes plaifirs , le corriger en
riant , & le critiquer en le faifant rire.
J'ai peine , comme bon François , à
laiffer à un Grec l'honneur que je crois
appartenir à un de mes compatriotes ; &
l'enthoufiafme patriotique ne m'aveugle
pas affez , pour croire que dans les genres.
de littérature voluptueux , comme dans
JUIN 1768. 103
les autres , la France foit affez riche pour
enrichir la Grèce à fes dépens.
J'aime , au contraite , à reconnoître fous
fon voile la mufe modefte qui veut fe
cacher. Le petit fafte d'érudition attique
qu'elle étalé dans l'avis du traducteur qui
précède ce poëme , ne peut m'en impofer
davantage. Elle reffemble alors , felon moi ,
à une jolie femme qui , pour mieux fe
déguifer , veut parler politique au bal de
l'opéra , mais dont la voix douce trahit
des argumens fi étrangers à fes grâces. Ne
dénouons pas ici les cordons de fon mafque,
puifqu'elle veut être inconnue , ( il faut
refpecter les myftères des belles comme
leurs caprices ) & contentons- nous de jouir
des charmes que fon déguifement nous
laiffe entrevoir.
Callimaque commence fon poëme par
ces vers , où il nous apprend que les amans
& les poëtes étoient arjures pà Cythère
comme à Paris.
Aux peupliers qui bordent mon ſéjour ,
J'avois juré de fufpendre ma lyre ,
De refpirer , d'être heureux fans délire ,
D'ofer fur-tout être heureux fans l'amour :
J'avois juré ; mais je l'ai vu foûrire ,
Et fur fon aîle il emporte aujourd'hui
Tous les fermens que j'ai faits contre luis
Ce dieu ramène un transfuge volages
104 MERCURE DE FRANCE .
Il me promet de nouvelles erreurs ,
Des fens nouveaux , les defirs du bel âge ;
Me dit fans ceffe , en m'offrant les faveurs ,
» Vois-tu le temps qui moiffonne les fleurs ?
Il t'avertit d'en femer fon paffage.
Quand l'amour veut , qui pourroit échapper !
Je vais chanter , je vais chanter & j'aime :
Il m'a foumis & je plains en moi- même
Les malheureux qu'il ceffe de tromper.
Ce bel enfant , d'une mère plus belle ,
De fon pouvoir s'applaudiffoit un jour ,
Défioit Mars , fe mocquoit de Cybèle ,
Et provoquoit tous les dieux à leur tour :
De Jupin même il bravoit la colère ,
Lui foutenoit qu'infpirer un defir ,
C'étoit bien plus que lancer le tonnerre ;
Et que le droit d'épouvanter la terre,
N'égale pas le droit de l'embellir.
Le fouverain de la voûte éthérée
Fronce un fourcil & fait trembler les cieux :
Vulcain pâlit , Vénus fuit éplorée ;
L'amour s'échappe & vole à d'autres jeux.
Dans fon courroux le monarque fuprême
Promet au Styx , qui frémit du ferment ,
D'humilier l'audacieux enfant ,
Et veut qu'enfin il convienne lui- même
Qu'un autre eft maître , & l'Amour dépendant
JUIN 1768 . 105.
¡
- Sous le beau ciel , où l'or des Hefpérides.
Pend en feftons aux arbres jauniffans ,
Du fein des flots , d'écume blanchiffans
Divifant l'onde en deux remparts liquides ;
Une ifle fort , s'élève dans les airs ,
Monde flottant , inconnu fur les mers.
La peinture de cette ifle délicieufe fuit
& invite autant le navigateur à cingler
vers ces rives , que la défenſe d'y aborder
pouvoit exciter l'Amour à y defcendre. La
beauté & la privation font par-tout les
deux , les plus grands aiguillons du defir.
Les habitans de la belle colonie avoient
tout ce que l'on peut avoir fans l'amour ; .
& c'eſt bien peu de choſe .
Ils avoient tout , ( un Dieu m'en eſt garant ) '
Hors le plaifir , qui vaut feul tout le refte
· •
Les yeux fereins & jamais attendris ,
De leur côté nos belles infulaires ,
Ne favent rien des amoureux myſtères.
Froides Vénus de ces froids Adonis ,
Que fur leur fein un doux baifer repofe
Leur fein n'éprouve aucun frémiſſement ; -
Si de leur bouche on va preffer la roſe ›
Même froideur , jamais un fentiment .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Rien fur leurs fronts ne ternit la jeuneffe :
Leurs coeurs glacés ne craignent rien du temps.
Comment vieillir quand on vit fans ivrelſe ! .
Les malheureux ! ...ils n'ont pas nos tourmens.
Rien de plus doux que ce dernier vers.
Que j'aime à voir le poëte juftifier la nature
que nous avons toujours tort d'accufer !
L'amitié , dit notre Callimaque , reftoit
à nos infulaires . Je les plains moins. Mais
quel trifte ami que celui qui ne peut être
amant ! J'aimerois mieux celui même qui
devroit me trahir pour fa maîtreffe. Cela
n'empêche pas le poëte de finit fon premier
chant par des vers bien fûrs de leurs
fuccès. Les vers à la louange des belles ,
comme ceux qui en difent du mal , fons
toujours fûrs de nos éloges.
SECOND CHANT.
Jeunes amans , fortons de notre ivtelle ;
Je le vois bien , c'eft trop fe tourmenter
C'est trop fervir une ingrate maîtreffe :
Tout dans l'amour invite à déferter.
Je vous ai peint de tranquilles rivages ,
Des jours fereins , l'abfence des defirs ,
Mille beautés dans le fond des boccages ,
A ne rien faire occupant leurs loisirs ;
Des charmes nuds carellés des zéphirs..
Embarquons- nous , ouvrons-nous les pallages.
JUIN 1768. 107
Ou m'égarai -je ? irons - nous fans appui ,
De cent rochers franchir la vafte enceinte ?
Le feu du ciel y laiffa fon empreinte :
Craignons fa foudre... & plus encor l'ennui.
Puifqu'il le faut , gardons nos infidelles ;
Soyons heureux pour nous bien venger d'elles.
A leur exemple ayons un coeur léger ,
Laiffons leurs feux & mourir & renaître.
Eh ! que fait-on nous les verrons peut-être
Nous revenir à force de changer.
L'amour déja s'excite à la vengeance :
Dans fon empire il fent qu'il eft borné.
Quand un lieu feul ignore fa puiffance ,
Maîtré dů monde , il s'y croit enchaîné..
BOUDERIE de l'Amour , & défolation de 1.
la nature.
Plus clairvoyant il interprête enfin
L'oracle obfcur rendu par le deftin.
·
Dans un hameau de certe ifle võifin ,
Le beau Marfis , au printemps de fon âge ,
Et non Aétri par le précoce uſage
De ce feu fourd qu'il cachoit dans fon fein
Eft le héros choisi pour fa conquête.
E vj
108
MERCURE DE FRANCE:
Le long d'un pré que coupent des ruiffeaux ?
Les yeux baillés , recueillis fans étude ,
Il promenoit fa vague inquiétude
Şous des palmiers qui joignoient leurs rameaux.
Rien ne lui plut , ni danſe ni parure :
Il touche au terme où , las de fermenter ,
Le doux volcan qu'anime la nature ,
Dans chaque veine eft tout prêt d'éclater.
L'Amour paroît , l'arrête & l'envisage..
Suis- moi , dit- il , ce n'eft point une erreur :
Je fuis le dieu qui préfide à ton âge ;
Je fuis le dieu qui va guérir ton coeur.
Tes feux fecrets , Marfis , font mon ouvrage.
Tu vois cette ifle , il faudra m'y fervir ;
Les chants de l'air devant toi vont s'ouvrir :
Tu t'abattras fur cet épais feuillage ;
Vas , creis l'Amour , & connois le plaifir .
• Ici l'Amour prête fes aîles à Marfis pour
traverfer les airs & voler le fervir dans
l'ifle merveilleufe
Que deviendra , dépouillé de fes aîles ,
L'enfant malin Dieux s'il étoit furpris !
S'il furvenoit quelques Nymphes cruelles !
Ne pouvant fuir , il feroit bientôt pris.
Il faut le voir , redoutant l'esclavage ,
S'effaroucher au feul bruit du feuillage ;
JUIN 1768. 100
Mais auffi- tôt Zéphir officieux ,
L'enveloppant de l'azur d'un nuage ,
Dans un jardin l'enlève à tous les yeux.
Flore foûrit en le voyant fi fage ,
De noeuds de fleurs charge le dieu volage
Et dans les bras lui fait trouver les cieux,
Hôte nouveau de la plaine éthérée ,
Marfis s'abat fur la forêt facrée.
Qu'apperçoit- il dans fes détours fecrets ?
La fraîche Irza , cette heureuſe infulaire
Que le deftin avoit conduite exprès
Dans l'épaiffeur de ce bois folitaire ,
Pour y remplir les éternels décrets .
En longs replis fa noire chevelure
Forme autour d'elle un beau voile mouvant .
Voile jaloux , importune parure ,
Que fait aller , que dérange le vent ,
Tant de beautés font tour à tour écloſes ,
"Que l'on héfite à fixer fon larcin .
Les deux boutons qui colorent ce ſein
Reffemblent bien à deux boutons de roles :
Qui charment l'oeil en invitant là main .
Que la moiffon pour Marfis fera belle !
O Jupiter ! l'Amour , du bout de l'aîle ,
N'a point encore effleuré fes attraits ;
Baifer d'amant ne les teignit jamais 3:
Hercule enfin , trouve une Hébé nouvelle.
10 MERCURE DE FRANCE.
De même effor l'un vers l'autre s'élance,
Sans autre loi qu'an inftinet enchanteur ,
Et nos amans , malgré leur ignorance ,
Savent trouver la route du bonheur.
Trifte pudeur qu'on prend pour l'innocence ,
Ton vain preftige & ton art féducteur
Valent- ils donc la pure jouiffance ,
L'égarement , le défordre flatteur
D'une beauté qui tombe fans défenſe ,
Et peut , fans crainte , adorer ſon vainqueur ?
Jouis , Irza , d'une volupté pure ,
Saifis l'inftant , il va s'évanouir ;
Le Ciel , hélas ! fait payer le plaifir ,
Et la douleur te rend à la nature ;
Pour toi l'amour vient de naître aujourd'huis
Tous les befoins vont renaître avec lui.
Voilà fans contredit la plus jolie fiction
de l'ouvrage , & la morale la plus vraie
de toute cette fable agréable. Il est bien
de remontrer à l'homme la correfpondance
de fes peines & de fes plaifirs , & de l'engager
à fe confoler des maux par le fouvenir
de leur caufe.
Mais dans fon trouble ( Marfis ) il va compter
enfin
Le nombre heureux marqué par le deſtin
JUIN 1768.
La foudre gronde & le charme commence
Dans ces rochers l'onde murmure & fuit :
' De nouveaux dons la terre s'embellit ;
Et de fes flancs veit germer l'abondance.
Chaque buiffon fe transforme en verger :
L'anana croît , la grenade vermeille
Mêle fa pourpre à l'ombre de la treille ;
Des pommes d'or parfument l'oranger.
Je connois peu de peinture plus riche
& plus brillante.
CHANT TROISIEME.
Les defirs naiffent & le trouble avec
eux. La beauté devient un prix pour lequel
on combat. L'écho folitaire de cette ifle ,
jadis tranquille , & réveillé par les cris
furieux des rivaux , & fon fol fleuri eft
arrofé du fang des combattans , devenu
jaloux & devenant amoureux.
Il Marfis ) voit de loin la troupe frémiffante ,
Et , faififfant un branchage noueux ,
Forme à la hâre , au tour de fon amante ,
De troncs brifés un rempart épineux.
Vers fes rivaux Marfis vole & s'élance
Il fend les airs : les aîles de l'Amour ,
Les yeux d'Irza le fervent tour à tour.
12 MERCURE DE FRANCE.
Tel un lion , quand le chaſſeur Numide
Ole attaquer les jeunes lionceaux ,
Les crins dreffés , le regard intrépide ,
Vient s'opposer aux mortels javelots.
On tremble au loin : fes ardentes prunelles ;
Teintes du fang , dardant des étincelles ,
Et fon courroux fait rugir les échos.
Tout eft calmé : des lyres amoureuſes ,
L'accord brillant réfonne dans les airs ,.
Et les oiſeaux , à ces tendres concerts
Ont marié leurs voix mélodieuſes .
Sur les débris des rameaux difperfés ,
Du haut des cieux on voit pleuvoir des roſes;
Et , déſarmés par ces métamorphofes ,
Nos combattans font tous entrelacés .
Moins animé , leur regard eft plus tendre ,
Ils vont jouir , & l'amour va deſcendre.
Comme il triomphe en parcourant cette iflè
A fon pouvoir fi long-temps indocile !
Mais , pour fonder quels font les voeux ſecrets ,
Marquant fa joie , en conquérant habile ,
Il dit ces mots à fes nouveaux fujets :
< Peuple charmant , tu connois ma puiſſance ;
Mais fi tu hais l'amour & fes combats ,
» Je puis te rendre à ton indifférence ;
>> Parle & choifis ... le Dieu n'achève pas.
Vive l'Amour eſt le cri qui s'élève ,
» Cri de l'inftinét , le fentiment t'achève »»»
JUIN 1768. 113
Enumération brillante des atours appor
tés aux infulaires l'ordre de leur nouveau
maître.
par
Le Dieu foûrit , il ordonne , & foudain
Sur tous les fronts doit naître la décence :
Chaque beauté , fuyant fon ceil malin ,
Eft plus timide avec moins d'innocence.
Tous à la fois courent aux vêtemens ,
Qu'Amour façonne & change en ornemens.
Alors le Dieu , plein de rufes nouvelles ,
Fait aux amours figne de s'éloigner ;
Et , refté feul , entouré de leurs belles ,
Céde au plaifir de les endoctriner.
"Nymphes , dit- il , en foûriant encore ,
Orez à l'oeil le temps de s'affoupir :
» Ce qu'il devine il le fait embellir :
» Voilez un charme & mille vont éclore ;
La nudité fatigue le defir.
» Pour l'éveiller la pudeur m'eft utile ,
C'est mon fecret ; c'eft un jeu ſéduiſant ;
» Qui du bonheur rend l'accès moins facile
Mais il le faur employer fobrement.
» Prêtez de graće une oreille attentive.
» Les cieux fur vous ont femé les attraits ;
>> Eh ! que
font- ils fans mes autres bienfaits ?
» Naiffantes fleurs , c'est moi qui vous cultive,
» Tout dans l'amour n'eſt qu'un rafinement.
»A vos traits feuls défendez l'impoſtures
114 MERCURE DE FRANCE.
Et , croyez- moi , réſervez prudemment
L'art pour vos coeurs, pour vos traits la nature.
» Près de trahir un trop crédule amant ,
Jurez-lui bien de n'être point parjure :
Je ferai - là pour rire du ferment.
» D'un air naïf verfez des pleurs perfides
>> Sachez vous rendre & fur- tout réfilter.
>> Intimidez les defirs trop avides ,
»N'effrayez pas ceux qu'il faut exciter.
»Feintes langueurs , infidieux foûrire ,
Tranſports charmans , quoiqu'ils foient cón
» certés ,
>>
$
›› Rare abandon des fecrettes beautés ,
» Employez tout pour fonder mon empire.
On s'apperçoit bien que les archives de
Fille n'ont pas été perdues ; & plus d'une
de nos jolies femmes pourroient être foupçonnées
d'avoir feuilleté ce vieux manuf
crit.
Par l'orateur trop long - temps exilés ,
Tous nos amans font enfin rappellés.
L'Amour alors fait élever un trône :
En grande pompe on y place Marfis ,
Qu'il a nommé Roi du peuple conquis.
I tient le fceptre , Irza tient la couronne.
Le beau pasteur , dans ce riant féjour ,
Voit à fes pieds fes fujettes nouvelles.
1
JUIN 1768. 115
On prévoit bien ce qu'il fit de fes ailes :
Aimer Irza c'eſt les rendre à l'Amour.
Ainfi finit le poëme de l'ifle merveilleufe.
On auroit peut- être pu defirer que
Callimaque y eût plus fouvent fubſtitué
des détails philofophiques aux defcriptions
voluptueufes qui y font prodiguées d'une
main fi libérale. Le champ abondoit en
fruits & en fleurs , & le poëte a plus cueilli
que moiſſonné ; mais on doit pardonner
à Callimaque , qui , je crois , étoit jeune ,
de préférer Flore à Pomone. Le mérite de
l'exécution de ce petit ouvrage eft beaucoup
; celui de l'invention eft peut- être
fupérieur. Il me femble en effet difficile
d'écrire l'hiftoire d'un peuple qui , probablement
, a laiffé peu de matériaux à confulter.
Nous ne nous fommes permis aucunes
citations ni aucunes réflexions fur
le Conte d'Alphonfe. Le lecteur jugera
lui - même de la rapidité du ftyle , de la
fraîcheur des images , de la variété des
tons , des plaifanteries & des tranfitions
toujours heureuſes & inattendues qui permettent
de donner ce petit ouvrage pour
modèle à nos conteurs modernes . Ils font
rares , & j'en fuis étonné . Seroit - ce que
le genre eft affez difficile pour effrayer
leur modeftie , & parce qu'en effet très116
MERCURE DE FRANCE.
peu
de gens doivent fe flatter de réunir
les grâces de la diction à la fimplicité ,
une imagination riche à une imagination
rianse , l'uſage de ce qu'on appelle la
bonne compagnie à la connoiffance de
cette portion plus nombreufe de la fociété ,
& que nous femblons prefque méprifer ,
parce qu'elle eft apparemment moins ridicule
, & chez laquelle le bon La Fontaine
a pourtant fu puifer les tréfors qui nous
enchantent ? S'il eſt ainfi , réjouiſſons - nous
d'avoir trouvé un genre où nos jeunes
littérateurs foient modeftes. Les découvertes
font toujours plaifir.
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Résumé : L'ISLE MERVEILLEUSE, poëme en trois chants, traduit du grec, suivi d'ALPHONSE, ou de l'ALCIDE Espagnol, conte très-moral. A Paris, chez DELALAIN, rue Saint-Jacques ; brochure in-8o.
Le texte présente 'L'Isle Merveilleuse', un poème en trois chants traduit du grec, suivi d'un conte moral intitulé 'Alphonse, ou de l'Alcide Espagnol'. Publié à Paris par Dela-Lain, cet ouvrage est décrit comme une œuvre charmante qui égaye la raison et couronne la philosophie avec une imagination brillante. Il offre un tableau des excès, faiblesses et plaisirs humains tout en corrigeant et critiquant l'homme de manière ludique. L'auteur exprime son scepticisme quant à l'attribution du poème à Callimaque, suggérant qu'il pourrait être l'œuvre d'un compatriote français. Le poème commence par un serment de renoncement à l'amour, mais finit par céder à ses charmes. Il décrit une île merveilleuse où les habitants, privés d'amour, sont froids et insensibles. Le poète justifie la nature humaine et ses tourments amoureux, soulignant que même l'amitié sans amour est triste. Dans le second chant, le poète conseille aux jeunes amants de ne pas se tourmenter pour une maîtresse ingrate, car l'amour invite à la désertion. Il décrit des rivages tranquilles et des beautés naturelles, mais met en garde contre les dangers et l'ennui, recommandant de garder ses infidèles et de chercher le bonheur ailleurs. Le texte relate également une histoire mythologique impliquant Marsyas, choisi par l'Amour pour accomplir une quête. Marsyas rencontre Irza, une jeune femme innocente et belle, et ils succombent à leur passion. Leur bonheur est de courte durée en raison de rivaux, mais Marsyas triomphe et ramène la paix. L'Amour offre ensuite à ses sujets de choisir entre l'amour et l'indifférence, soulignant la correspondance entre les peines et les plaisirs humains. Une critique littéraire datée de juin 1768, publiée dans le Mercure de France, évalue positivement le poème, notant son style rapide, ses images fraîches et sa variété tonale. Elle admire l'invention et l'exécution de l'œuvre, malgré la difficulté de traiter un sujet spécifique. La critique regrette que peu de contemporains maîtrisent les grâces de la diction, la simplicité et la connaissance des différentes classes sociales, qualités que le poème illustre parfaitement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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411
p. 117-120
MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
Début :
Le seul motif du bien de l'humanité a inspiré cet ouvrage à l'auteur ; le même [...]
Mots clefs :
Médecine, Campagne, Maladies, Seigneurs, Plantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
MÉDECINE rurale & pratique , tirée uniquement
desplantes ufuelles de la France,
appliquées aux différentes maladies qui
règnent dans les campagnes , ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés , & aux Cultivateurs ; par
M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ , Docteur
aggrégé au Collège Royal des Médecins
de Nancy , & à la Faculté de Médecine
de Pont- à- Mouffon , Membre de
plufieurs Académies : un vol. in - 12 . A
Paris , chez LACOMBE , Libraire , quai
de Conti.
LEE feul motif du bien de l'humanité a
infpiré cet ouvrage à l'auteur ; le même
motif doit le faire accueillir favorablement
du public , & fur-tout des perſonnes
à qui il paroît être plus fpécialement confacré
, je veux dire , des Seigneurs de campagne
, de MM. les Curés , & des Cultivateurs.
Les premiers font déja dans le
goût , pour la plupart , d'entretenir , dans
leurs châteaux , de petites pharmacies au
fervice & pour le befoin de leurs vaffaux ,
སྙ་
118 MERCURE DE FRANCE.
dont ils ne font plus feulement les Seigneurs
, mais dont ils deviennent encore
les pères par ce zèle louable & précieux.
La médecine rurale ne peut que leur fournir
de nouveaux moyens de l'exercer avec
moins de frais , puifque les remèdes fimples
, qu'elle indique , n'exigent pas même,
les apprêts toujours difpendicux d'une
pharmacie.
Les feconds , par les feuls devoirs attachés
à leur ministère , & par les mouvemens
de leur propre coeur , ne feroient
que trop portés fans doute à procurer à
leurs paroiffiens fouffrans & malades les
fecours que ces pauvres gens vont fouvent
leur demander en vain. La modicité de
leur bénéfice ne leur permet pas toujours
d'avoir dans leur presbytère des pharmacies
bien fournies & bien montées. Ils
font quelquefois eux-mêmes dans le cas ,
à caufe de leur éloignement des villes , de
manquer des fecours de la médecine . L'ouvrage
que nous annonçons remédie à ce
double inconvénient , en les mettant à
portée de devenir en quelque forte leurs
propres médecins , & de l'être encore de
leurs pauvres paroiffiens. Ce fecond titre ,
ajouté à celui de pafteur , ne pourroit que
leur attirer plus de confiance , de refpect
& d'amour de la part de leurs ouailles.
JUIN 1768. 119
La petite peine qu'ils auroient d'ailleurs
à aller herborifer quelquefois autour de
leurs villages , & à fe procurer par euxmêmes
les plantes dont l'ufage & la vertu
leur font indiqués dans ce livre , cette
peine , dis-je , ne feroit bientôt plus qu'une
diftraction agréable à leurs autres fonctions,
& occupation fatisfaifante pour leur zèle
& leur charité. Le Botaniste François ,
qui fe vend en deux petits volumes chez
le même Libraire , pourroit fervir à leur
donner une connoiffance plus parfaite .
encore des plantes médicales , afin de ne
pas fe
tromper
dans le choix , ni dans le
temps de les cueillir , ou la manière de
les fécher , & c. & c.
A l'égard des Cultivateurs , cet ouvrage
peut du moins être acheté par les plus
aifés d'entre eux qui , dès qu'ils auront
reconnu la facilité & l'efficacité des remèdes
, qu'il fuggère , ne manqueront pas
d'en faire part à leurs voifins dans le befoin.
Il y a de l'humanité dans les campagnes.
Ainfi le fervice que l'Auteur cherche à
rendre aux villageois s'étendroit peu à peu
& deviendroit général. Tout bon citoyen
ne peut que feconder des vues auffi falutaires
à l'Etat que précieufes pour l'huinanité.
L'Auteur a divifé fon livre en trois parties
, la première comprend toutes les for120
MERCURE DE FRANCE.
mules dont on peut fe fervir dans les différentes
maladies qui régnent dans les campagnes
, & que l'Auteur a employées avec
fuccès dans une infinité d'occafions : ces
recettes font toutes tirées , comme il l'a
dit lui-même , du régne végétal , & appliquées
aux maladies les plus fréquentes.
Nous avons fait , ajoute-t-il , rarement
ufage des médicamens des autres régnes ,
& fi nous avons été obligés d'en employer
quelques- uns , ce n'eft que comme véhicules
, tels que l'eau , le beurre , la cire ,
les chairs de poulet , de veau , & d'autres
chofes de pareille nature qu'on a toujours
fous la main à la campagne.
La feconde partie eft une lifte alphabé
tique des différentes plantes qui entrent
dans les formules ou recettes de la première
partie. On a ajouté à chaque plante
une note fommaire de ſes vertus . La troifième
eft deftinée aux définitions des différentes
maladies communes à la campagne
on en rapporte les fymptômes & les
caractères diftinctifs , & toujours en termes
les plus clairs , & les plus à portée de toutes
fortes de perfonnes. On renvoie aux différentes
formules fuivant l'exigeance des
cas. L'ouvrage eft terminé par des obfervations
fur des cures intéreffantes opérées
par des végétaux.
desplantes ufuelles de la France,
appliquées aux différentes maladies qui
règnent dans les campagnes , ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés , & aux Cultivateurs ; par
M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ , Docteur
aggrégé au Collège Royal des Médecins
de Nancy , & à la Faculté de Médecine
de Pont- à- Mouffon , Membre de
plufieurs Académies : un vol. in - 12 . A
Paris , chez LACOMBE , Libraire , quai
de Conti.
LEE feul motif du bien de l'humanité a
infpiré cet ouvrage à l'auteur ; le même
motif doit le faire accueillir favorablement
du public , & fur-tout des perſonnes
à qui il paroît être plus fpécialement confacré
, je veux dire , des Seigneurs de campagne
, de MM. les Curés , & des Cultivateurs.
Les premiers font déja dans le
goût , pour la plupart , d'entretenir , dans
leurs châteaux , de petites pharmacies au
fervice & pour le befoin de leurs vaffaux ,
སྙ་
118 MERCURE DE FRANCE.
dont ils ne font plus feulement les Seigneurs
, mais dont ils deviennent encore
les pères par ce zèle louable & précieux.
La médecine rurale ne peut que leur fournir
de nouveaux moyens de l'exercer avec
moins de frais , puifque les remèdes fimples
, qu'elle indique , n'exigent pas même,
les apprêts toujours difpendicux d'une
pharmacie.
Les feconds , par les feuls devoirs attachés
à leur ministère , & par les mouvemens
de leur propre coeur , ne feroient
que trop portés fans doute à procurer à
leurs paroiffiens fouffrans & malades les
fecours que ces pauvres gens vont fouvent
leur demander en vain. La modicité de
leur bénéfice ne leur permet pas toujours
d'avoir dans leur presbytère des pharmacies
bien fournies & bien montées. Ils
font quelquefois eux-mêmes dans le cas ,
à caufe de leur éloignement des villes , de
manquer des fecours de la médecine . L'ouvrage
que nous annonçons remédie à ce
double inconvénient , en les mettant à
portée de devenir en quelque forte leurs
propres médecins , & de l'être encore de
leurs pauvres paroiffiens. Ce fecond titre ,
ajouté à celui de pafteur , ne pourroit que
leur attirer plus de confiance , de refpect
& d'amour de la part de leurs ouailles.
JUIN 1768. 119
La petite peine qu'ils auroient d'ailleurs
à aller herborifer quelquefois autour de
leurs villages , & à fe procurer par euxmêmes
les plantes dont l'ufage & la vertu
leur font indiqués dans ce livre , cette
peine , dis-je , ne feroit bientôt plus qu'une
diftraction agréable à leurs autres fonctions,
& occupation fatisfaifante pour leur zèle
& leur charité. Le Botaniste François ,
qui fe vend en deux petits volumes chez
le même Libraire , pourroit fervir à leur
donner une connoiffance plus parfaite .
encore des plantes médicales , afin de ne
pas fe
tromper
dans le choix , ni dans le
temps de les cueillir , ou la manière de
les fécher , & c. & c.
A l'égard des Cultivateurs , cet ouvrage
peut du moins être acheté par les plus
aifés d'entre eux qui , dès qu'ils auront
reconnu la facilité & l'efficacité des remèdes
, qu'il fuggère , ne manqueront pas
d'en faire part à leurs voifins dans le befoin.
Il y a de l'humanité dans les campagnes.
Ainfi le fervice que l'Auteur cherche à
rendre aux villageois s'étendroit peu à peu
& deviendroit général. Tout bon citoyen
ne peut que feconder des vues auffi falutaires
à l'Etat que précieufes pour l'huinanité.
L'Auteur a divifé fon livre en trois parties
, la première comprend toutes les for120
MERCURE DE FRANCE.
mules dont on peut fe fervir dans les différentes
maladies qui régnent dans les campagnes
, & que l'Auteur a employées avec
fuccès dans une infinité d'occafions : ces
recettes font toutes tirées , comme il l'a
dit lui-même , du régne végétal , & appliquées
aux maladies les plus fréquentes.
Nous avons fait , ajoute-t-il , rarement
ufage des médicamens des autres régnes ,
& fi nous avons été obligés d'en employer
quelques- uns , ce n'eft que comme véhicules
, tels que l'eau , le beurre , la cire ,
les chairs de poulet , de veau , & d'autres
chofes de pareille nature qu'on a toujours
fous la main à la campagne.
La feconde partie eft une lifte alphabé
tique des différentes plantes qui entrent
dans les formules ou recettes de la première
partie. On a ajouté à chaque plante
une note fommaire de ſes vertus . La troifième
eft deftinée aux définitions des différentes
maladies communes à la campagne
on en rapporte les fymptômes & les
caractères diftinctifs , & toujours en termes
les plus clairs , & les plus à portée de toutes
fortes de perfonnes. On renvoie aux différentes
formules fuivant l'exigeance des
cas. L'ouvrage eft terminé par des obfervations
fur des cures intéreffantes opérées
par des végétaux.
Fermer
Résumé : MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
Le texte présente l'ouvrage 'Médecine rurale & pratique' rédigé par Pierre-Joseph Buchoz, docteur agrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy et à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mouffon, ainsi que membre de plusieurs académies. Cet ouvrage vise à promouvoir l'utilisation des plantes locales pour traiter les maladies courantes dans les campagnes. Il s'adresse principalement aux seigneurs de campagne, aux curés et aux cultivateurs. Les seigneurs de campagne sont invités à utiliser cet ouvrage pour créer des petites pharmacies dans leurs châteaux, permettant ainsi de prodiguer des soins à leurs vassaux. Les curés, souvent confrontés à des ressources financières limitées et à un accès restreint aux soins médicaux, peuvent également tirer profit de cet ouvrage pour soigner leurs paroissiens. Les cultivateurs, de leur côté, peuvent partager les remèdes simples et efficaces décrits dans le livre avec leurs voisins. L'ouvrage est organisé en trois parties. La première partie énumère les formules de remèdes dérivés du règne végétal pour diverses maladies rurales. La deuxième partie propose une liste alphabétique des plantes utilisées dans ces formules, accompagnée de notes sur leurs vertus. La troisième partie définit les maladies courantes en milieu rural, leurs symptômes et les traitements appropriés. Le livre se conclut par des observations sur des guérisons intéressantes obtenues grâce à des végétaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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411
MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
412
p. 121-129
LETTRE à M. D'ARNAUD, Conseiller d'Ambassade de la Cour de Saxe, &c.
Début :
Je choisis, Monsieur, la voie du Journal le plus répandu pour consacrer la reconnoissance [...]
Mots clefs :
Dieu, Âme, Théâtre, Sentiment, Lecture, Amour, Drames, Yeux, Homme, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. D'ARNAUD, Conseiller d'Ambassade de la Cour de Saxe, &c.
LETTRE à M. D'ARNAUD , Confeiller
d'Ambaffade de la Cour de Saxe , &c .
JRE choifis , Monfieur , la voie du Journal
le plus répandu pour confacrer la reconnoiffance
que je vous dois par rapport
à tous les plaifirs que me fait goûter la
lecture de vos excellens ouvrages , & en
même temps pour vouscommuniquer quelques
réflexions dont vous tirerez le parti
que vous jugerez à propos. Ce que j'aime
dans vos écrits , c'eft que l'auteur fait s'y
cacher , & qu'on y voit éclater par- tout
l'homme , & l'homme le plus fenfible. Ce
font des effufions de l'âme la plus éloquente.
Je ne connois que M. Rouffeau ,
de Genève , & vous , qui ayez le talent
d'émouvoir à ce point , & d'exciter cet
attendriffement délicieux qui tourne toujours
au profit de l'humanité. Malheur au
bel efprit qui ne cherche qu'à fe faire admirer
comme des bateleurs à la foire qui
veulent nous attacher par des tours de
force ; la curiofité eft bientôt fatisfaite ;
les defirs du fentiment font inépuifables ,
& cette riche mine fe renouvelle fans
ceffe fous vos mains. Votre tragédie de
F
112 MERCURE
DE FRANCE
.
Comminge
, car c'en eit une des plus belles
que nous ayons depuis celles de M. de
Voltaire , avoit mis en quelque forte le
fceau à votre réputation
littéraire. On ne
pouvoit imaginer
qu'il fût guères poffible
d'aller plus loin dans la route toute neuve que vous avez ouverte au dramatique
, on
croyoit même que vous aviez parcouru
la
carrière du fombre dans toute ſon étendue.
Vous venez de nous prouver qu'il eſt toujours
de nouveaux
moyens de plaire pour
a
le génie , & que l'art à des reffources
infinies
, & qui ne font point apperçues
de
l'efprit.
Votre Euphémie eft peut - être encore
Au-deffus de Comminge pour les développemens
, les caractères & le pathétique,
Rien de plus mâle & de plus propre au
fujet que la verfification
. Rien de plus
brûlant de la flamme des paffions , que
le rôle d'Euphémie
; on a le coeur déchiré
avec cette malheureufe
victime abandon-
-née aux combats de l'amour & de la religion
mais que l'âme eft délicieufement
affectée par le perfonnage
de Mélanie !
Que cette Mélanie eft touchante ! qu'on
aime fa vertu ! qu'elle fait adorer l'Auteur
de notre exiftence ! que fa piété eft douce , attendriffante
, onctueufe ! Ces vers resteront
gravésdans tous les coeurs , acte 1 , ſc. 2 , p. 8.
:
JUIN 1768. 123
Dans mon premier foupir j'exhalai la tendreffe ;
D'un fentiment fi cher je nourriffois l'ivreffe :
Tout ce qui m'entouroit intéroiffoit mon coeur
M'attachoit par un noeud toujours plus enchanteur;
Je touchois à cet âge où l'âme inquiétée
S'étonne des tranſports dont elle eſt agitée :
L'amour déterminoit fon afcendant fur moi ;
Il m'alloit captiver. Mes yeux s'ouvrent ; je voï
Mes deux foeeurs que devoit flatter l'erreur du
monde ,
Dans les fombres ennuis . dans la douleur pro
fonde ,
L'une pleurant fans ceffe un époux adoré ,
Aux premiers jours d'hymen dans les bras expiré ;
L'autre , prête à mourir , amante infortunée
Par un vil féducteur trahie , abandonnée ;
Mon père , auprès de nous ramené par la paix ,
Tout à coup dans la tombe emportant nos regrets ;
Son ami malheureux , & que les fers attendent.
Mes regards confternés fur l'univers s'étendent ;
Je contemple ces grands , les maîtres des humains ;
Je les vois affiégés de femblables chagrins ;
Je vois le trône même environné d'alarmes ,
Et le bandeau des Rois tout trempé de leurs larmes,
Cette image auroit dû vaincre & détruire en moi
Le tendre fentiment qui m'impoſoit la loi .
Mais en vain ma raifon oppofoit fon murmure
A ce befoin d'aimer , le cri de la nature :
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Mon coeur me trahiſſoit ; je ne combattis plus ;
Je cédai ; je fixai mes voeux irréfolus .
Il falloit que l'amour remplît toute mon âme ,
Et je choisis un Dieu pour l'objet de ma flâme.
Dès ce moment le monde à mes yeux fe perdit
Comme une ombre qui paſſe & qui s'anéantit ;
Je rejettai bientôt les trompeufes promefles ;
Malgré l'efpoir flatteur du rang & des richeffes ,
Malgré tous mes parens , je courus aux autels
M'enchaîner : Dieu reçut mes fermens folemnels ;
J'ai trouvé tout en lui ; pour lui feul je reſpire ,`
Ma four , à mes tranfports Dieu feul pouvoit
fuffire ;
Maître des fentimens , il les fatisfait tous ;
Je n'eus point d'autre amant , je n'ai point d'autre
époux .
Ma flamme tous les jours & s'épure & s'augmente
;
Cette céleste ardeur , du fort indépendante ,
Ne craint pas le deftin de ces engagemens
Que détruit le caprice , ou la mort , ou le temps.
Non , je ne brûle point pour un amant vulgaire
Qui change , qui périt , ou qui ceffe de plaire :
Je brûle pour un Dieu ; mon efprit immortel
S'embrâfera des feux d'un amour éternel. • •
En grand maître de l'art vous vous êtes
plus appuyé fur ce rôle que fur celui de
Cécile, qui forme un contraite extrêmement
JUIN 1768 . 125
heureux. Je ne pense pas qu'aucun théâtre
ancien ou moderne ait des fcènes comparables
à celles de la Comteffe avec Mélanie
& avec fa fille , d'Euphémie avec Théotime
au fecond & troifième acte. Ces
vers font de toute beauté , & d'une force
inexprimable. Acte 3 , 1 , 3 , p . 84.
Enfin Dieu me punit 3
Je tombe fous fon bras ; c'eft ici qu'il m'appelle ;
C'est ici qu'il détruit ma fubftance mörtelle ,
Qu'il a marqué le terme à mes égaremens ,
Que vont rouler pour moi des fiècles de tourmens
L'éternité ... terrible à mes regards offerte ;
Ici j'attends la mort . . . & ma tombe eſt ouverte.
Théotime veut la relever elle le repouse avec
indignation.
Homme trop criminel , va , fuis loin de ces lieux ;
Et puiffe mon trépas te diffiller les yeux !
N'as-tu point dans cette âme , à mon repos fatale ,
Entendu retentir la pierre fépulchrale ?
Nas-tu point vu ce Dieu la brifer fous mes pas ?
Lui- même eft accouru m'arracher de tes bras ;
Dans ce tombeau , lui -même il m'a précipitée ;
Aux pieds de la justice il m'a déja citée ;
I t'y traîne avec moi ; ne crois pas échapper
A fon glaive... Il menace , il s'apprête à frapper ;
Son flambeau te pourſuit à travers ces ténèbres ;
` Lis ton arrêt écrit fur ces marbres funèbres ...
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
La foudre approche , éclate ... elle fond fur nous
deux ;
L'enfer s'ouvre. ... Sainval , quels fantômes ô
hideux !
Des fpectres agités errent dans ces lieux fombres ;
Sous le même linceul je vois un peuple d'ombres ,
Tous les morts , réunis dans ces murs plein d'effroi ,
Du fond de leurs tombeaux s'élèvent contre moi.
Ils m'entraînent ! .. Je vais auprès de vous m'étendre
,
A vos triftes débris mêler ma froide cendre ;
Par vos accens plaintifs ceffez de m'accufer.
La colère du Ciel ne fauroit s'appaifer !
O maître des humains , qu'ont laffé mes offenſes ,
Sur moi feule répands la coupe des vengeances !
Quel pathétique ! quelle terreur admirable
, & dans le goût de cette terreur
employée fi bien par les Grecs ! On voit
bien , Monfieur , que vous êtes rempli de
la lecture des anciens. Jouiffez de votre
triomphe ; ce n'eft pas une foible gloire
que d'ofer , après M. de Voltaire , manier
le tragique & d'y réuffir . D'ailleurs , ce
qui mettra le comble à vos fuccès , c'eſt
que vous êtes l'inventeur d'un genre , &
qu'il étoit difficile de nous donner du
nouveau. Depuis un nombre d'années je
vois paffer fous mes yeux & fe faire oublier
JUIN 168. 127
fucceffivement une infinité de drames qui
tous fe reffemblent. Que la collection de
nos théâtres feroit bornée pour quiconque
ne voudroit placer dans fon cabinet que
les pièces qui attacheront les regards de
la postérité !
l'on
Je vous ai donné , Monfieur , les éloges
que je vous crois dus. Préfentement j'ima
gine avoir le droit de vous faire quelques
reproches qui , felon moi , ne font pas
moins fondés que les louanges que
vous accorde avec tant de plaifir ; je prendrai
donc la liberté de me plaindre , & à
vous-même en mon nom & en celui de
tout le public , de ce que vous ne faites
point paroître de pièces au théâtre françois ,
qui eft le théâtre de la nation. On vous
dit une âme très- fenfible & n'afpirant
qu'à la belle gloire ; & qu'y a- t- il de plus
flatteur que d'expofer dans tout fon jout
des talens qui peuvent être utiles au bien
de l'humanité ? Un fentiment d'honneur ,
de vertu , de piété , de clémence , frappe
beaucoup plus au théâtre qu'à la lecture.
Et qui pofféde plus que vous l'heureux
talent de remuer les âmes , de les attendrir
, de les déchirer , de faire couler nos
larmes ? Quelle peut donc être la raifon
de cette obftination à ne pas vous montrer
fur notre fcène , tandis que tous les voeux
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
du public éclairé vous y rappellent ? Je
voudrois avoir le pouvoir de vous faire
interdire l'impreffion des drames , & de
vous ordonner abſolument , de les confacrer
à la repréſentation . Vous êtes comptable
, j'oſe le dire , à vos concitoyens de
ce talent fi rare d'être éloquent en vers ,
& de prêter de la force & des charmes à
la morale. C'eft ce qui affure l'immortalité
aux pièces de M. de Voltaire. Qui
peut donc vous empêcher d'entrer dans
une carrière qui s'ouvre fi aifément pour
vous ? Les cabales , les brigues. Le génie ,
ne doit pas craindre d'obftacles ; un homme
tel que vous n'a qu'à fe préfenter. Je fuppofe
que vous ne vous relâcherez pas de
vos efforts , & que vous ne dormirez point
fur le champ de bataille , Allons , Monfieur
, rendez -vous , & que nous ayons ,
l'hiver prochain au théâtre , une tragédie
de vous ; fans cela , je me reprocherai
éternellement le plaifir que je me promets
à la lecture de vos nouveaux drames . Pourquoi
, lorfqu'on a fix pieds de haut , ne
vouloir fe montrer que fous taille ordinaire
? Encore un coup , c'eft fur la fcène
françoife que votre génie pourra fe déployer
dans toute fa force ; & , en bon
citoyen , vous devez rechercher ce qui
flatte davantage le goût de votre nation ,
JUIN 1768. 129
& ce qui peut contribuer autant à fes moeurs
& à fes vertus , qu'à fes amuſemens honnêtes.
J'attends avec impatience la fuite de
vos charmantes anecdotes morales , je les
regarde comme le code même du fentiment.
Fanni , Lucie , Clari , Julie Nanci
Batilde font , dans leurs genres , autant de
petits drames complets qui produiſent
leur effet.
Je fuis , Monfieur , &c.
L. B. DE C. L.
و
Nous donnerons inceffamment les extraits
que nous avons annoncés de la qua
trième édition de Comminge , ainfi que du
nouveau drame d'Euphémie , dont le fuccès
eft confirmé. L'abondance des matièresne
nous a pas permis de parler encore de
ces deux intérellans ouvrages .
d'Ambaffade de la Cour de Saxe , &c .
JRE choifis , Monfieur , la voie du Journal
le plus répandu pour confacrer la reconnoiffance
que je vous dois par rapport
à tous les plaifirs que me fait goûter la
lecture de vos excellens ouvrages , & en
même temps pour vouscommuniquer quelques
réflexions dont vous tirerez le parti
que vous jugerez à propos. Ce que j'aime
dans vos écrits , c'eft que l'auteur fait s'y
cacher , & qu'on y voit éclater par- tout
l'homme , & l'homme le plus fenfible. Ce
font des effufions de l'âme la plus éloquente.
Je ne connois que M. Rouffeau ,
de Genève , & vous , qui ayez le talent
d'émouvoir à ce point , & d'exciter cet
attendriffement délicieux qui tourne toujours
au profit de l'humanité. Malheur au
bel efprit qui ne cherche qu'à fe faire admirer
comme des bateleurs à la foire qui
veulent nous attacher par des tours de
force ; la curiofité eft bientôt fatisfaite ;
les defirs du fentiment font inépuifables ,
& cette riche mine fe renouvelle fans
ceffe fous vos mains. Votre tragédie de
F
112 MERCURE
DE FRANCE
.
Comminge
, car c'en eit une des plus belles
que nous ayons depuis celles de M. de
Voltaire , avoit mis en quelque forte le
fceau à votre réputation
littéraire. On ne
pouvoit imaginer
qu'il fût guères poffible
d'aller plus loin dans la route toute neuve que vous avez ouverte au dramatique
, on
croyoit même que vous aviez parcouru
la
carrière du fombre dans toute ſon étendue.
Vous venez de nous prouver qu'il eſt toujours
de nouveaux
moyens de plaire pour
a
le génie , & que l'art à des reffources
infinies
, & qui ne font point apperçues
de
l'efprit.
Votre Euphémie eft peut - être encore
Au-deffus de Comminge pour les développemens
, les caractères & le pathétique,
Rien de plus mâle & de plus propre au
fujet que la verfification
. Rien de plus
brûlant de la flamme des paffions , que
le rôle d'Euphémie
; on a le coeur déchiré
avec cette malheureufe
victime abandon-
-née aux combats de l'amour & de la religion
mais que l'âme eft délicieufement
affectée par le perfonnage
de Mélanie !
Que cette Mélanie eft touchante ! qu'on
aime fa vertu ! qu'elle fait adorer l'Auteur
de notre exiftence ! que fa piété eft douce , attendriffante
, onctueufe ! Ces vers resteront
gravésdans tous les coeurs , acte 1 , ſc. 2 , p. 8.
:
JUIN 1768. 123
Dans mon premier foupir j'exhalai la tendreffe ;
D'un fentiment fi cher je nourriffois l'ivreffe :
Tout ce qui m'entouroit intéroiffoit mon coeur
M'attachoit par un noeud toujours plus enchanteur;
Je touchois à cet âge où l'âme inquiétée
S'étonne des tranſports dont elle eſt agitée :
L'amour déterminoit fon afcendant fur moi ;
Il m'alloit captiver. Mes yeux s'ouvrent ; je voï
Mes deux foeeurs que devoit flatter l'erreur du
monde ,
Dans les fombres ennuis . dans la douleur pro
fonde ,
L'une pleurant fans ceffe un époux adoré ,
Aux premiers jours d'hymen dans les bras expiré ;
L'autre , prête à mourir , amante infortunée
Par un vil féducteur trahie , abandonnée ;
Mon père , auprès de nous ramené par la paix ,
Tout à coup dans la tombe emportant nos regrets ;
Son ami malheureux , & que les fers attendent.
Mes regards confternés fur l'univers s'étendent ;
Je contemple ces grands , les maîtres des humains ;
Je les vois affiégés de femblables chagrins ;
Je vois le trône même environné d'alarmes ,
Et le bandeau des Rois tout trempé de leurs larmes,
Cette image auroit dû vaincre & détruire en moi
Le tendre fentiment qui m'impoſoit la loi .
Mais en vain ma raifon oppofoit fon murmure
A ce befoin d'aimer , le cri de la nature :
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Mon coeur me trahiſſoit ; je ne combattis plus ;
Je cédai ; je fixai mes voeux irréfolus .
Il falloit que l'amour remplît toute mon âme ,
Et je choisis un Dieu pour l'objet de ma flâme.
Dès ce moment le monde à mes yeux fe perdit
Comme une ombre qui paſſe & qui s'anéantit ;
Je rejettai bientôt les trompeufes promefles ;
Malgré l'efpoir flatteur du rang & des richeffes ,
Malgré tous mes parens , je courus aux autels
M'enchaîner : Dieu reçut mes fermens folemnels ;
J'ai trouvé tout en lui ; pour lui feul je reſpire ,`
Ma four , à mes tranfports Dieu feul pouvoit
fuffire ;
Maître des fentimens , il les fatisfait tous ;
Je n'eus point d'autre amant , je n'ai point d'autre
époux .
Ma flamme tous les jours & s'épure & s'augmente
;
Cette céleste ardeur , du fort indépendante ,
Ne craint pas le deftin de ces engagemens
Que détruit le caprice , ou la mort , ou le temps.
Non , je ne brûle point pour un amant vulgaire
Qui change , qui périt , ou qui ceffe de plaire :
Je brûle pour un Dieu ; mon efprit immortel
S'embrâfera des feux d'un amour éternel. • •
En grand maître de l'art vous vous êtes
plus appuyé fur ce rôle que fur celui de
Cécile, qui forme un contraite extrêmement
JUIN 1768 . 125
heureux. Je ne pense pas qu'aucun théâtre
ancien ou moderne ait des fcènes comparables
à celles de la Comteffe avec Mélanie
& avec fa fille , d'Euphémie avec Théotime
au fecond & troifième acte. Ces
vers font de toute beauté , & d'une force
inexprimable. Acte 3 , 1 , 3 , p . 84.
Enfin Dieu me punit 3
Je tombe fous fon bras ; c'eft ici qu'il m'appelle ;
C'est ici qu'il détruit ma fubftance mörtelle ,
Qu'il a marqué le terme à mes égaremens ,
Que vont rouler pour moi des fiècles de tourmens
L'éternité ... terrible à mes regards offerte ;
Ici j'attends la mort . . . & ma tombe eſt ouverte.
Théotime veut la relever elle le repouse avec
indignation.
Homme trop criminel , va , fuis loin de ces lieux ;
Et puiffe mon trépas te diffiller les yeux !
N'as-tu point dans cette âme , à mon repos fatale ,
Entendu retentir la pierre fépulchrale ?
Nas-tu point vu ce Dieu la brifer fous mes pas ?
Lui- même eft accouru m'arracher de tes bras ;
Dans ce tombeau , lui -même il m'a précipitée ;
Aux pieds de la justice il m'a déja citée ;
I t'y traîne avec moi ; ne crois pas échapper
A fon glaive... Il menace , il s'apprête à frapper ;
Son flambeau te pourſuit à travers ces ténèbres ;
` Lis ton arrêt écrit fur ces marbres funèbres ...
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
La foudre approche , éclate ... elle fond fur nous
deux ;
L'enfer s'ouvre. ... Sainval , quels fantômes ô
hideux !
Des fpectres agités errent dans ces lieux fombres ;
Sous le même linceul je vois un peuple d'ombres ,
Tous les morts , réunis dans ces murs plein d'effroi ,
Du fond de leurs tombeaux s'élèvent contre moi.
Ils m'entraînent ! .. Je vais auprès de vous m'étendre
,
A vos triftes débris mêler ma froide cendre ;
Par vos accens plaintifs ceffez de m'accufer.
La colère du Ciel ne fauroit s'appaifer !
O maître des humains , qu'ont laffé mes offenſes ,
Sur moi feule répands la coupe des vengeances !
Quel pathétique ! quelle terreur admirable
, & dans le goût de cette terreur
employée fi bien par les Grecs ! On voit
bien , Monfieur , que vous êtes rempli de
la lecture des anciens. Jouiffez de votre
triomphe ; ce n'eft pas une foible gloire
que d'ofer , après M. de Voltaire , manier
le tragique & d'y réuffir . D'ailleurs , ce
qui mettra le comble à vos fuccès , c'eſt
que vous êtes l'inventeur d'un genre , &
qu'il étoit difficile de nous donner du
nouveau. Depuis un nombre d'années je
vois paffer fous mes yeux & fe faire oublier
JUIN 168. 127
fucceffivement une infinité de drames qui
tous fe reffemblent. Que la collection de
nos théâtres feroit bornée pour quiconque
ne voudroit placer dans fon cabinet que
les pièces qui attacheront les regards de
la postérité !
l'on
Je vous ai donné , Monfieur , les éloges
que je vous crois dus. Préfentement j'ima
gine avoir le droit de vous faire quelques
reproches qui , felon moi , ne font pas
moins fondés que les louanges que
vous accorde avec tant de plaifir ; je prendrai
donc la liberté de me plaindre , & à
vous-même en mon nom & en celui de
tout le public , de ce que vous ne faites
point paroître de pièces au théâtre françois ,
qui eft le théâtre de la nation. On vous
dit une âme très- fenfible & n'afpirant
qu'à la belle gloire ; & qu'y a- t- il de plus
flatteur que d'expofer dans tout fon jout
des talens qui peuvent être utiles au bien
de l'humanité ? Un fentiment d'honneur ,
de vertu , de piété , de clémence , frappe
beaucoup plus au théâtre qu'à la lecture.
Et qui pofféde plus que vous l'heureux
talent de remuer les âmes , de les attendrir
, de les déchirer , de faire couler nos
larmes ? Quelle peut donc être la raifon
de cette obftination à ne pas vous montrer
fur notre fcène , tandis que tous les voeux
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
du public éclairé vous y rappellent ? Je
voudrois avoir le pouvoir de vous faire
interdire l'impreffion des drames , & de
vous ordonner abſolument , de les confacrer
à la repréſentation . Vous êtes comptable
, j'oſe le dire , à vos concitoyens de
ce talent fi rare d'être éloquent en vers ,
& de prêter de la force & des charmes à
la morale. C'eft ce qui affure l'immortalité
aux pièces de M. de Voltaire. Qui
peut donc vous empêcher d'entrer dans
une carrière qui s'ouvre fi aifément pour
vous ? Les cabales , les brigues. Le génie ,
ne doit pas craindre d'obftacles ; un homme
tel que vous n'a qu'à fe préfenter. Je fuppofe
que vous ne vous relâcherez pas de
vos efforts , & que vous ne dormirez point
fur le champ de bataille , Allons , Monfieur
, rendez -vous , & que nous ayons ,
l'hiver prochain au théâtre , une tragédie
de vous ; fans cela , je me reprocherai
éternellement le plaifir que je me promets
à la lecture de vos nouveaux drames . Pourquoi
, lorfqu'on a fix pieds de haut , ne
vouloir fe montrer que fous taille ordinaire
? Encore un coup , c'eft fur la fcène
françoife que votre génie pourra fe déployer
dans toute fa force ; & , en bon
citoyen , vous devez rechercher ce qui
flatte davantage le goût de votre nation ,
JUIN 1768. 129
& ce qui peut contribuer autant à fes moeurs
& à fes vertus , qu'à fes amuſemens honnêtes.
J'attends avec impatience la fuite de
vos charmantes anecdotes morales , je les
regarde comme le code même du fentiment.
Fanni , Lucie , Clari , Julie Nanci
Batilde font , dans leurs genres , autant de
petits drames complets qui produiſent
leur effet.
Je fuis , Monfieur , &c.
L. B. DE C. L.
و
Nous donnerons inceffamment les extraits
que nous avons annoncés de la qua
trième édition de Comminge , ainfi que du
nouveau drame d'Euphémie , dont le fuccès
eft confirmé. L'abondance des matièresne
nous a pas permis de parler encore de
ces deux intérellans ouvrages .
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Résumé : LETTRE à M. D'ARNAUD, Conseiller d'Ambassade de la Cour de Saxe, &c.
Dans une lettre à M. d'Arnaud, l'auteur exprime sa reconnaissance pour les émotions suscitées par ses œuvres, comparant son talent à celui de Jean-Jacques Rousseau. La tragédie 'Comminge' est acclamée comme l'une des plus remarquables depuis celles de Voltaire, inaugurant une nouvelle approche dans le drame. L'œuvre 'Euphémie' est également louée pour ses intrigues, ses personnages et son pathos. Le rôle d'Euphémie est décrit comme déchirant, tandis que celui de Mélanie est qualifié de touchant et vertueux. L'auteur cite des vers de l'acte 1, scène 2, pour illustrer la profondeur des émotions et la piété du personnage de Mélanie. L'auteur, probablement un dramaturge contemporain de Voltaire, admire la maîtrise de l'art dramatique de M. d'Arnaud, soulignant sa capacité à tirer inspiration des anciens. Cependant, il regrette que M. d'Arnaud ne présente pas ses œuvres sur la scène française, malgré ses talents évidents pour émouvoir et instruire le public. Il encourage le dramaturge à surmonter les obstacles tels que les cabales et les intrigues, et à se produire sur la scène nationale pour le bien de la société. La lettre se conclut par une attente impatiente des futures œuvres de M. d'Arnaud, notamment des anecdotes morales comparées à un code de sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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413
p. 130-134
LES Plaisirs de l'Esprit, ode qui remporté le Prix de l'Académie de PAU en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE MALESPINE. A Paris, chez L'ESCLAPART, Libraire, au quai de Gêvres.
Début :
Le sujet du Prix que l'Académie de Pau avoit proposé a dû plaire aux gens de [...]
Mots clefs :
Académie de Pau, Prix de l'Académie de Pau, Ode, Auteur
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texteReconnaissance textuelle : LES Plaisirs de l'Esprit, ode qui remporté le Prix de l'Académie de PAU en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE MALESPINE. A Paris, chez L'ESCLAPART, Libraire, au quai de Gêvres.
LES Plaifirs de PEfprit , ode qui a remporté
le Prix de l'Académie de PAU
en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE
MALESPINE. A Paris , chez L'Es-
CLAPART , Libraire , au quai de Gèvres.
LEE fujet du Prix que l'Académie de
Pau avoit propofé a dû plaire aux gens de
lettres . On les invitoit à célébrer les plaifirs
qu'ils goûtent ; ils devoient par conféquent
mettre beaucoup de vérité dans
leurs ouvrages. Nous favons que le concours
a été très- nombreux ; l'ode de M.
l'Abbé Malefpine a réuni tous les fuffrages ,
& nous croyons que le public approuvera
ce jugement. On trouve , au commencement
de cette brochure , dont la forme
typographique plaira aux amateurs , une
préface lumineufe & bien écrite. L'auteur
y parle du genre de l'ode comme un homme
qui le connoît bien , & qui eft fait pour y
avoir les plus grands fuccès ; les bornes
d'un extrait ne nous permettent pas d'analyfer
cette préface , dont nous ne faurions
trop louer le ſtyle pur , noble , & véhément.
M. l'Abbé de Maleffine entre dans
fon fujet par ce début :
JUIN 1768, ས 3 ་
Fuis , volupté , mère du crime :
Que peuvent fur moi tes appas ?
Je m'élance & franchis l'abîme
Que tes fleurs couvrent fous mes pas.
A mes fens j'inapofe filence :
Leur paffagère jouiſſance
Eteint l'ivrefle des defirs.
Mon efprit s'échauffe , s'enflamme ;
La pensée élève mon âme ,
Elle éternife mes plaifirs .
L'Auteur prend fon effor & va , comme
Prométhée , s'enflammer du feu céleſte :
il contemple enfuite la divinité :
Au feul afpect de les ouvrages
Quels fecrets me font découverts !
Mon efprit devance les âges ,
Je vois éclorre l'univers.
Le télescope d'Uranie
Me montre l'ordre , l'harmonie
Des mondes flottans dans les cieux.
Ces foleils , ces globes immenfes,
Rapprochés malgré leurs diftances ,
Semblent defcendre fous mes yeux.
Cette image nous paroît fublime. L'Au.
teur revient enfuite dans fon cabinet , il y
trouve la Vérité & la Liberté ; tout ceci
eft mis en action ; on a fouvent obfervé
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
ces petits drames dans Pindare & dans le
grand Rouffeau. Il faut du goût pour en
faire ufage , & M. l'Abbé de Malefpine
y a parfaitement réuffi ; il rend enfuite ,
en très-beaux vers , les fenfations agréables
qu'il éprouve à la lecture de fes maîtres.
Du fruit de vos veilles favantes
Je m'enrichis , illuftres morts !
Fils de Calliope , tu chantes ,
Mon âme éprouve tes tranfports.
Sophocle excite mes alarmes ,
Son rival m'arrache des larmes :
Je ris avec Anacréon.
Quand j'entends tonner Démosthène ,
Mon coeur eft citoyen d'Athène ,
Je vole aux champs de Marathon.
L'étude de l'hiftoire & de la mytholo
gie préfentent deux tableaux bien variés ,
bien contraftés , pleins de délicateffe &
de goût. Nous tranfcrirons , avec plaifir ,.
une ftrophe fur la compofition , elle nous
paroît mériter les plus grands éloges : l'enthoufiafme
de l'Auteur y eft à fon comble ,
& cet endroit , qui eft le plus beau de
fon ouvrage , peut être comparé à tout ce
que nous avons de plus admirable dans.
le genre lyrique,
Un feu dévorant me conſume !
Quel fouffle anime mes efprits ! -
•
1.3,
JUIN 1768.
Mon âme coule fous ma plume ,
Elle paffe dans mes écrits .
>
Ainfi la matière écumante
S'élève , gronde , impatiente
D'échapper au gouffre enflammé ;
Et , par un dédale rapide ,
Court au gré de l'art qui la guide ,
Reproduire un Roi bien - aimé.
où
Nous n'étendrons pas plus loin cet extrait
; il faut lire toute cette ode pour en
connoître toutes les beautés . M. l'Abbé de
Malefpine a ajouté une autre ode à celle
dont nous avons rendu compte : le fujet
de ce fecond ouvrage eft la fête de la rofe ,
qu'on célèbre à Salency , en Picardie ,
la fille la plus vertueufe eft couronnée de
rofes le 8 juin ; nous en prendrons au
hafard deux ftrophes qui feront connoître
à nos lecteurs le mérite de cet ouvrage..
Que la molleffe ailleurs l'encenſe ,
Fuis , dangereufe volupté ;
L'air que refpire l'innocence
De tes feux feroit infecté.
Ainfi la vapeur infernale
Que du volcan la bouche exhale ,
Ternit l'émail des tendres fleurs
Quand , échappés, des bords du gouffre ,
Des flots de bitume & de fouffre ,
Couvrent les champs de leur fureur.
134 MERCURE DE FRANCE.
Arbitres du bonheur du monde ,
Sur les moeurs portez vos regards ;
Parlez à votre voix féconde :
Élles naîtront de toutes parts.
La vertu modefte & timide
De vils tréfors n'eft point avide
Sa récompenfe eft une fleur.
Tel un fimple rameau d'Athène
Etoit pour une âme romaine
Le falaire de la valeur.
+
Le ftyle de M. l'Abbé de Malefpine est
pur , noble , harmonieux & pittorefque.
Cet Auteur eft fait pour accréditer le genre
de l'ode , qui eft trop négligé en France.
Nous avons peu d'écrivains dont la manière
foit plus intéreffante & le goût plus délicat.
Les juftes fuccès qu'il a eus à Pau lui en
promettent de nouveaux fur un plus grand
théâtre. Les philofophes & les poëtes feront
également fatisfaits de ces deux ouvrages.
le Prix de l'Académie de PAU
en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE
MALESPINE. A Paris , chez L'Es-
CLAPART , Libraire , au quai de Gèvres.
LEE fujet du Prix que l'Académie de
Pau avoit propofé a dû plaire aux gens de
lettres . On les invitoit à célébrer les plaifirs
qu'ils goûtent ; ils devoient par conféquent
mettre beaucoup de vérité dans
leurs ouvrages. Nous favons que le concours
a été très- nombreux ; l'ode de M.
l'Abbé Malefpine a réuni tous les fuffrages ,
& nous croyons que le public approuvera
ce jugement. On trouve , au commencement
de cette brochure , dont la forme
typographique plaira aux amateurs , une
préface lumineufe & bien écrite. L'auteur
y parle du genre de l'ode comme un homme
qui le connoît bien , & qui eft fait pour y
avoir les plus grands fuccès ; les bornes
d'un extrait ne nous permettent pas d'analyfer
cette préface , dont nous ne faurions
trop louer le ſtyle pur , noble , & véhément.
M. l'Abbé de Maleffine entre dans
fon fujet par ce début :
JUIN 1768, ས 3 ་
Fuis , volupté , mère du crime :
Que peuvent fur moi tes appas ?
Je m'élance & franchis l'abîme
Que tes fleurs couvrent fous mes pas.
A mes fens j'inapofe filence :
Leur paffagère jouiſſance
Eteint l'ivrefle des defirs.
Mon efprit s'échauffe , s'enflamme ;
La pensée élève mon âme ,
Elle éternife mes plaifirs .
L'Auteur prend fon effor & va , comme
Prométhée , s'enflammer du feu céleſte :
il contemple enfuite la divinité :
Au feul afpect de les ouvrages
Quels fecrets me font découverts !
Mon efprit devance les âges ,
Je vois éclorre l'univers.
Le télescope d'Uranie
Me montre l'ordre , l'harmonie
Des mondes flottans dans les cieux.
Ces foleils , ces globes immenfes,
Rapprochés malgré leurs diftances ,
Semblent defcendre fous mes yeux.
Cette image nous paroît fublime. L'Au.
teur revient enfuite dans fon cabinet , il y
trouve la Vérité & la Liberté ; tout ceci
eft mis en action ; on a fouvent obfervé
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
ces petits drames dans Pindare & dans le
grand Rouffeau. Il faut du goût pour en
faire ufage , & M. l'Abbé de Malefpine
y a parfaitement réuffi ; il rend enfuite ,
en très-beaux vers , les fenfations agréables
qu'il éprouve à la lecture de fes maîtres.
Du fruit de vos veilles favantes
Je m'enrichis , illuftres morts !
Fils de Calliope , tu chantes ,
Mon âme éprouve tes tranfports.
Sophocle excite mes alarmes ,
Son rival m'arrache des larmes :
Je ris avec Anacréon.
Quand j'entends tonner Démosthène ,
Mon coeur eft citoyen d'Athène ,
Je vole aux champs de Marathon.
L'étude de l'hiftoire & de la mytholo
gie préfentent deux tableaux bien variés ,
bien contraftés , pleins de délicateffe &
de goût. Nous tranfcrirons , avec plaifir ,.
une ftrophe fur la compofition , elle nous
paroît mériter les plus grands éloges : l'enthoufiafme
de l'Auteur y eft à fon comble ,
& cet endroit , qui eft le plus beau de
fon ouvrage , peut être comparé à tout ce
que nous avons de plus admirable dans.
le genre lyrique,
Un feu dévorant me conſume !
Quel fouffle anime mes efprits ! -
•
1.3,
JUIN 1768.
Mon âme coule fous ma plume ,
Elle paffe dans mes écrits .
>
Ainfi la matière écumante
S'élève , gronde , impatiente
D'échapper au gouffre enflammé ;
Et , par un dédale rapide ,
Court au gré de l'art qui la guide ,
Reproduire un Roi bien - aimé.
où
Nous n'étendrons pas plus loin cet extrait
; il faut lire toute cette ode pour en
connoître toutes les beautés . M. l'Abbé de
Malefpine a ajouté une autre ode à celle
dont nous avons rendu compte : le fujet
de ce fecond ouvrage eft la fête de la rofe ,
qu'on célèbre à Salency , en Picardie ,
la fille la plus vertueufe eft couronnée de
rofes le 8 juin ; nous en prendrons au
hafard deux ftrophes qui feront connoître
à nos lecteurs le mérite de cet ouvrage..
Que la molleffe ailleurs l'encenſe ,
Fuis , dangereufe volupté ;
L'air que refpire l'innocence
De tes feux feroit infecté.
Ainfi la vapeur infernale
Que du volcan la bouche exhale ,
Ternit l'émail des tendres fleurs
Quand , échappés, des bords du gouffre ,
Des flots de bitume & de fouffre ,
Couvrent les champs de leur fureur.
134 MERCURE DE FRANCE.
Arbitres du bonheur du monde ,
Sur les moeurs portez vos regards ;
Parlez à votre voix féconde :
Élles naîtront de toutes parts.
La vertu modefte & timide
De vils tréfors n'eft point avide
Sa récompenfe eft une fleur.
Tel un fimple rameau d'Athène
Etoit pour une âme romaine
Le falaire de la valeur.
+
Le ftyle de M. l'Abbé de Malefpine est
pur , noble , harmonieux & pittorefque.
Cet Auteur eft fait pour accréditer le genre
de l'ode , qui eft trop négligé en France.
Nous avons peu d'écrivains dont la manière
foit plus intéreffante & le goût plus délicat.
Les juftes fuccès qu'il a eus à Pau lui en
promettent de nouveaux fur un plus grand
théâtre. Les philofophes & les poëtes feront
également fatisfaits de ces deux ouvrages.
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Résumé : LES Plaisirs de l'Esprit, ode qui remporté le Prix de l'Académie de PAU en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE MALESPINE. A Paris, chez L'ESCLAPART, Libraire, au quai de Gêvres.
En 1768, l'Académie de Pau a décerné son prix à l'abbé de Malespine pour son ode intitulée 'Les Plaisirs de l'esprit'. Le sujet, qui consistait à célébrer les plaisirs intellectuels, a suscité un grand intérêt parmi les participants. L'œuvre de Malespine a été unanimement saluée pour sa vérité et sa qualité. La brochure contenant l'ode inclut une préface bien rédigée, démontrant la maîtrise de l'auteur dans le genre de l'ode. Dans cette œuvre, Malespine rejette les voluptés terrestres au profit des plaisirs spirituels, illustrant une élévation de l'esprit vers des contemplations sublimes. Il met en avant la découverte de secrets grâce à l'étude et la contemplation des œuvres littéraires et scientifiques, ainsi que les émotions suscitées par la lecture des grands auteurs classiques. L'ode se conclut par une description enthousiaste de l'inspiration poétique. Malespine a également composé une seconde ode sur la fête de la rose à Salency, en Picardie, où la jeune fille la plus vertueuse est couronnée. Cette œuvre met en garde contre les dangers de la volupté et exalte la vertu modeste. Le style de Malespine est loué pour sa pureté, sa noblesse et son harmonie, et il est reconnu comme un défenseur du genre de l'ode en France.
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414
p. 84-92
Recueil de Romances, [titre d'après la table]
Début :
Recueil de Romances, tome second. A Paris, chez le Jay, rue St Jacques. [...]
Mots clefs :
Romance, Vers, Recueil, Ma mie, Couplets, Romances, Genre, Chanson, Imitation, Style
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil de Romances, [titre d'après la table]
Recueil de Romances , tome fecond . A Paris
, chez le Jay , rue St Jacques.
Le premier volume de ce recueil parut
il y a quelques années , & l'édition en
eft épuifée aujourd'hui . Le fuccès que
doit avoir ce fecond volume fait eſpérer
qu'on réimprimera le premier. On doit
bien s'attendre que le feul avantage de
ces fortes de collections , c'eft de réunir
>
FEVRIER. 1774.
85
des pièces du même genre épatfes en différens
endroits , mais cet avantage eft effentiel.
Il y a cependant quelques morceaux
dans ce nouveau recueil , que l'on
ne trouverait pas ailleurs.
La Romance eft l'efpèce de chanfon la
plus intéreflante. La Romance hiftorique,
imitation de nos anciens fabliaux , eft
'un petit poëme qui doit joindre la naïveté
du ftyle à l'intérêt du récit. Cette naïve.
te y eft fi précieufe , que les vieilles tournures
Gauloifes , qui feraient déplacées
ailleurs , y ont été heureuſement employées.
Nous avons dans ce genre des
Romances de feu M. de Moncrif & de
M. le Duc de la V ** , qui paffent pour
des modèles . 3
La Romance est très - bien employée à
chanter l'amour malheureux . Les airs
que demande ce genre de compofition
femblent faits pour la plainte . Cette forte
de Romance n'eft qu'une élégie chantée.
Il y en a une troisième efpèce : c'eſt
la Romance burlefque ou mélangée de
tons férieux & comiques : telle eft la longue
Romance'de Scarron for Héro & Léandre
, où l'on a remarqué cette ftrophe
plaifante , fur un rendez -vous de ces
deux amans :
86 MERCURE
DE FRANCE
.
Il faut, en femblable aventure ,
Preffé d'un femblable defir ,
Avoir un femblable plaifir ,
Pour faire femblable peinture.
Mais en général ce mélange de tons
eft de mauvais goût & a fort peu d'agré
ment : il faudrait , pour y réuffit, trouver un
fujet qui eût un côté pathétique & un
côté ridicule ; & , quand on l'aurait trouvé
, rien ne ferait fi difficile que de paffer
d'un ton à l'autre par des nuances
juftes & délicates . On remarque dans le
recueil qui vient de paraître une romance
burlefque de M. le Mierre fur le Siége
de Calais , fujet où il n'y a pas le mot
pour rire.
Par Edouard , Roi d'Angleterre,
Calais bloqué
Se voyait confilqué.
La Faim , coufine de la Guerre ,
Met aux abois
Les plus riches bourgeois.
Pour tout feftin ,
Même pour pain ,
Dans ce coin de la terre ,
Des offemens pourris ,
Des fouris ,
Par-tout étaient ſervis,
FEVRIER. 1774.
87
.
Indigné de leur réfiftance ,
Le Prince Anglais
Leur envoie un exprès.
Livrez , dit-il , en diligence ,
A votre choix ,
Trois paires de bourgeois ;
Ou bien mon ,Roi ,
Semant l'effroi ,
S'en va, dans la vengeance ,
A grands coups de canon ,
Patapon ,
Mettre tout en charbon.
On demande quelle grâce , quel ef
prit , quel mérite il peut y avoir à dire
d'un ftyle ridicule des chofes qui ne font
point rire . Il y a une forte d'efprit à faifir
un côté plaifant dans un fujet férieux.
Mais un amas d'expreffions burleſques
n'a rien de plaifant.
On remarquera deux couplets en ftyle
de Romance , de M. de Moncrif. L'idée
en eft ingénieuſe.
Autrefois un Temple était :
( La fête en eft paflée ) ; "
Chaque amant y répétait
Sa plus douce penfée ;
Si ce Temple fe Louvrait
88 MERCURE DE FRANCE.
Pour ce tant doux myſtère ,
Que de fois on entendrait
J'adore la Vallière !
Voilà de la galanterie de très bon
goût. Il y a peu de femmes qui aient inf
piré de fi jolis vers. On connaît ceux - ci
de M. de Voltaire , imprimés par- tout.
Etre femme fans jalousie ,
Et belle fans coquetterie ,.
Bien juger fans beaucoup favoir ,
Et bien parler fans le vouloir ; :
N'être haute , ni familière ,
N'avoir point d'inégalité ;
C'eſt le portrait de la Vallière ;
Il n'eft ni fini ni flatté.
Mais peu de gens connaiffent un quatrain
plein d'efprit & de précifion , fait
pour la même perfonne , par une femme
qui fait fouvent de jolis vers & qui les
montre fort peu.
La Nature, indulgente & fage,
Force le Temps à respecter.
Les charmes de ce beau vifage
Qu'elle ne pouvait répéter .
On a de tout temps célébré la beauté ;
mais pas toujours fi heureufement.
FEVRIER. 1774. 89
Les refrains font un des plus grands
charmes de la Romance. Mais il y a
beaucoup d'art à les bien ramener . Surtout
il ne faut pas qu'un refrain ſerve à
redire toujours la même penfée , comme
dans la Romance intitulée les Souhaits .
Point ne voudrais pour bien pafler ma vie ,
Des riches dons du rivage Indien.
Point ne voudrais des parfums d'Arabie ,
Ni des trésors du Peuple Lybien.
Il ne me faut que l'amour de ma mie.
Pour moi fon coeur eft le fouverain bien.
On voit d'abord que ces vers ne font
qu'une très faible imitation de ce conplet
que le Milantrope a rendu fameux ,
j'aime mieux ma mie au gué. J'aime mieux
ma mie. Tous les autres couplets ne font
que la même penſée répétée . L'Auteur ne
veut ni de la gloire , ni de la philofophie,
ni des arts. J'aime mieux ma mie , & c. Il
faudrait varier la penſée en confervant le
refrain . D'ailleurs toutes ces rimes en ien
pendant cinquante vers font un effet gothique
qui eft l'oppofé de l'harmonie .
On ne faurait trop refpecter l'oreille dans.
les vers faits pour être chantés . Il y a des
mots qui ne doivent pas entrer dans une
90 MERCURE DE FRANCE .
chanfon. Comment chanter , par exemple
?
Plaire toujours , c'eft le noeud gordien.
Une femme connue dans la littérature
par un ouvrage très - eftimable , Mde E.
de B. , a répondu à ces couplets par des
couplets bien fupérieurs. Elle n'a point
employé de rimes barbares , & chez elle
chaque couplet amène une nouvelle penfée.
Nous n'en citerens qu'un qui nous a
paru excellent.
D'être un Apelle il m'aurait pris envie :
Mais fans daigner travailler pour les Rois ;
Si , des Rubens imitant la magie ,
La toile cût pu s'animer fous mes doigts ,
Quel beau portrait j'aurais fait de ma mie !
Je l'aurais peinte ainfi que je la vois.
Ce dernier vers eft charmant,
On retrouvera avec plaifir une imitation
très - connue de la fameufe chanfon
de Métaftafe , Grazié à l'inganni , & c . fur
laquelle plufieurs plames célèbres fe font
exercées , entre autres celle de l'auteur
d'Emile. Sa verfion , quoiqu'on y reconnaiffe
un homme trop peu accoutumé à
faire des vers , a quelquefois de la douceur
& de la grâce . Elle eft trop dénuée
FEVRIER. 1774. 91
:
d'élégance & de poëfie. Celle de M. de
St Lambert , qui commence par ces mots,
fans dépit , fans légèreté , &c . eft regardée
comme un chef d'oeuvre. C'eft celle qui
eft inférée dans le recueil. On y a mis
quelques romances de l'auteur de cet article
, déjà imprimées ailleurs . Il y a des
fautes de copilte ; mais , pour prendre la
peine de les relever , il faudroit mettre
quelque prix à ces bagatelles , & l'on n'en
met aucun. D'ailleurs les critiques bien
intentionnés mettront ces fautes fur le
compte de l'auteur. Il faut leur laiffer tous
leurs avantages
.
PS. Pendant qu'on imprimoit cette
feuille , il en paraiffait une de l'auteur
de l'Année littéraire qui juftifiait complet.
tement ce qu'on avait prédit. Dans une
ftrophe de la romance de Léandre on a
mist
Il va flottant fans réfiſtance ,
au lieu de
Il va flottant fans affiſtance.
comme on peut le lire dans un Mercure
de l'année 1768. Le Critique n'a pas
manqué de prouver fort au long que fans
réfiftance ne fignifiait rien , ce qui
n'était
92 MERCURE DE FRANCE.
C
pas une grande découverte. Il y aurait eu
plus d'efprit à s'appercevoir que c'était
une faute d'impreffion . C'eft avec la même
fagacité ou la même bonne foi qu'il
avait relevé dans Mélanie ces deux vers :
Vous aurez en tout temps contre un fort ennemi
Le Ciel & vos vercus , une mère , un ami.
Le plus imbécille des lecteurs s'appercevrait
qu'il faut lire contre un fort ennemi;
mais on eft trop heureux d'avoir des
vers à fouligner. Il ne faut rien perdre.
, chez le Jay , rue St Jacques.
Le premier volume de ce recueil parut
il y a quelques années , & l'édition en
eft épuifée aujourd'hui . Le fuccès que
doit avoir ce fecond volume fait eſpérer
qu'on réimprimera le premier. On doit
bien s'attendre que le feul avantage de
ces fortes de collections , c'eft de réunir
>
FEVRIER. 1774.
85
des pièces du même genre épatfes en différens
endroits , mais cet avantage eft effentiel.
Il y a cependant quelques morceaux
dans ce nouveau recueil , que l'on
ne trouverait pas ailleurs.
La Romance eft l'efpèce de chanfon la
plus intéreflante. La Romance hiftorique,
imitation de nos anciens fabliaux , eft
'un petit poëme qui doit joindre la naïveté
du ftyle à l'intérêt du récit. Cette naïve.
te y eft fi précieufe , que les vieilles tournures
Gauloifes , qui feraient déplacées
ailleurs , y ont été heureuſement employées.
Nous avons dans ce genre des
Romances de feu M. de Moncrif & de
M. le Duc de la V ** , qui paffent pour
des modèles . 3
La Romance est très - bien employée à
chanter l'amour malheureux . Les airs
que demande ce genre de compofition
femblent faits pour la plainte . Cette forte
de Romance n'eft qu'une élégie chantée.
Il y en a une troisième efpèce : c'eſt
la Romance burlefque ou mélangée de
tons férieux & comiques : telle eft la longue
Romance'de Scarron for Héro & Léandre
, où l'on a remarqué cette ftrophe
plaifante , fur un rendez -vous de ces
deux amans :
86 MERCURE
DE FRANCE
.
Il faut, en femblable aventure ,
Preffé d'un femblable defir ,
Avoir un femblable plaifir ,
Pour faire femblable peinture.
Mais en général ce mélange de tons
eft de mauvais goût & a fort peu d'agré
ment : il faudrait , pour y réuffit, trouver un
fujet qui eût un côté pathétique & un
côté ridicule ; & , quand on l'aurait trouvé
, rien ne ferait fi difficile que de paffer
d'un ton à l'autre par des nuances
juftes & délicates . On remarque dans le
recueil qui vient de paraître une romance
burlefque de M. le Mierre fur le Siége
de Calais , fujet où il n'y a pas le mot
pour rire.
Par Edouard , Roi d'Angleterre,
Calais bloqué
Se voyait confilqué.
La Faim , coufine de la Guerre ,
Met aux abois
Les plus riches bourgeois.
Pour tout feftin ,
Même pour pain ,
Dans ce coin de la terre ,
Des offemens pourris ,
Des fouris ,
Par-tout étaient ſervis,
FEVRIER. 1774.
87
.
Indigné de leur réfiftance ,
Le Prince Anglais
Leur envoie un exprès.
Livrez , dit-il , en diligence ,
A votre choix ,
Trois paires de bourgeois ;
Ou bien mon ,Roi ,
Semant l'effroi ,
S'en va, dans la vengeance ,
A grands coups de canon ,
Patapon ,
Mettre tout en charbon.
On demande quelle grâce , quel ef
prit , quel mérite il peut y avoir à dire
d'un ftyle ridicule des chofes qui ne font
point rire . Il y a une forte d'efprit à faifir
un côté plaifant dans un fujet férieux.
Mais un amas d'expreffions burleſques
n'a rien de plaifant.
On remarquera deux couplets en ftyle
de Romance , de M. de Moncrif. L'idée
en eft ingénieuſe.
Autrefois un Temple était :
( La fête en eft paflée ) ; "
Chaque amant y répétait
Sa plus douce penfée ;
Si ce Temple fe Louvrait
88 MERCURE DE FRANCE.
Pour ce tant doux myſtère ,
Que de fois on entendrait
J'adore la Vallière !
Voilà de la galanterie de très bon
goût. Il y a peu de femmes qui aient inf
piré de fi jolis vers. On connaît ceux - ci
de M. de Voltaire , imprimés par- tout.
Etre femme fans jalousie ,
Et belle fans coquetterie ,.
Bien juger fans beaucoup favoir ,
Et bien parler fans le vouloir ; :
N'être haute , ni familière ,
N'avoir point d'inégalité ;
C'eſt le portrait de la Vallière ;
Il n'eft ni fini ni flatté.
Mais peu de gens connaiffent un quatrain
plein d'efprit & de précifion , fait
pour la même perfonne , par une femme
qui fait fouvent de jolis vers & qui les
montre fort peu.
La Nature, indulgente & fage,
Force le Temps à respecter.
Les charmes de ce beau vifage
Qu'elle ne pouvait répéter .
On a de tout temps célébré la beauté ;
mais pas toujours fi heureufement.
FEVRIER. 1774. 89
Les refrains font un des plus grands
charmes de la Romance. Mais il y a
beaucoup d'art à les bien ramener . Surtout
il ne faut pas qu'un refrain ſerve à
redire toujours la même penfée , comme
dans la Romance intitulée les Souhaits .
Point ne voudrais pour bien pafler ma vie ,
Des riches dons du rivage Indien.
Point ne voudrais des parfums d'Arabie ,
Ni des trésors du Peuple Lybien.
Il ne me faut que l'amour de ma mie.
Pour moi fon coeur eft le fouverain bien.
On voit d'abord que ces vers ne font
qu'une très faible imitation de ce conplet
que le Milantrope a rendu fameux ,
j'aime mieux ma mie au gué. J'aime mieux
ma mie. Tous les autres couplets ne font
que la même penſée répétée . L'Auteur ne
veut ni de la gloire , ni de la philofophie,
ni des arts. J'aime mieux ma mie , & c. Il
faudrait varier la penſée en confervant le
refrain . D'ailleurs toutes ces rimes en ien
pendant cinquante vers font un effet gothique
qui eft l'oppofé de l'harmonie .
On ne faurait trop refpecter l'oreille dans.
les vers faits pour être chantés . Il y a des
mots qui ne doivent pas entrer dans une
90 MERCURE DE FRANCE .
chanfon. Comment chanter , par exemple
?
Plaire toujours , c'eft le noeud gordien.
Une femme connue dans la littérature
par un ouvrage très - eftimable , Mde E.
de B. , a répondu à ces couplets par des
couplets bien fupérieurs. Elle n'a point
employé de rimes barbares , & chez elle
chaque couplet amène une nouvelle penfée.
Nous n'en citerens qu'un qui nous a
paru excellent.
D'être un Apelle il m'aurait pris envie :
Mais fans daigner travailler pour les Rois ;
Si , des Rubens imitant la magie ,
La toile cût pu s'animer fous mes doigts ,
Quel beau portrait j'aurais fait de ma mie !
Je l'aurais peinte ainfi que je la vois.
Ce dernier vers eft charmant,
On retrouvera avec plaifir une imitation
très - connue de la fameufe chanfon
de Métaftafe , Grazié à l'inganni , & c . fur
laquelle plufieurs plames célèbres fe font
exercées , entre autres celle de l'auteur
d'Emile. Sa verfion , quoiqu'on y reconnaiffe
un homme trop peu accoutumé à
faire des vers , a quelquefois de la douceur
& de la grâce . Elle eft trop dénuée
FEVRIER. 1774. 91
:
d'élégance & de poëfie. Celle de M. de
St Lambert , qui commence par ces mots,
fans dépit , fans légèreté , &c . eft regardée
comme un chef d'oeuvre. C'eft celle qui
eft inférée dans le recueil. On y a mis
quelques romances de l'auteur de cet article
, déjà imprimées ailleurs . Il y a des
fautes de copilte ; mais , pour prendre la
peine de les relever , il faudroit mettre
quelque prix à ces bagatelles , & l'on n'en
met aucun. D'ailleurs les critiques bien
intentionnés mettront ces fautes fur le
compte de l'auteur. Il faut leur laiffer tous
leurs avantages
.
PS. Pendant qu'on imprimoit cette
feuille , il en paraiffait une de l'auteur
de l'Année littéraire qui juftifiait complet.
tement ce qu'on avait prédit. Dans une
ftrophe de la romance de Léandre on a
mist
Il va flottant fans réfiſtance ,
au lieu de
Il va flottant fans affiſtance.
comme on peut le lire dans un Mercure
de l'année 1768. Le Critique n'a pas
manqué de prouver fort au long que fans
réfiftance ne fignifiait rien , ce qui
n'était
92 MERCURE DE FRANCE.
C
pas une grande découverte. Il y aurait eu
plus d'efprit à s'appercevoir que c'était
une faute d'impreffion . C'eft avec la même
fagacité ou la même bonne foi qu'il
avait relevé dans Mélanie ces deux vers :
Vous aurez en tout temps contre un fort ennemi
Le Ciel & vos vercus , une mère , un ami.
Le plus imbécille des lecteurs s'appercevrait
qu'il faut lire contre un fort ennemi;
mais on eft trop heureux d'avoir des
vers à fouligner. Il ne faut rien perdre.
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Résumé : Recueil de Romances, [titre d'après la table]
Le texte traite d'un recueil de romances, dont le second volume a été publié à Paris, avec l'espoir d'une réimpression du premier. Les romances sont des chansons souvent historiques, mêlant naïveté et intérêt narratif, et servent à exprimer l'amour malheureux, s'apparentant ainsi à l'élégie chantée. Des exemples notables incluent les œuvres de Moncrif et du Duc de la V**. Une autre forme de romance, burlesque, combine tons sérieux et comiques mais est généralement mal accueillie. Le texte critique une romance burlesque de Le Mierre sur le siège de Calais pour son manque d'esprit et de mérite. Il mentionne également des couplets de Moncrif et des vers de Voltaire sur la Vallière. Les refrains jouent un rôle crucial dans les romances mais doivent éviter la répétition monotone. Le texte critique une romance intitulée 'Les Souhaits' pour sa faible originalité et ses rimes maladroites, tout en louant une réponse en couplets par Madame E. de B. pour sa qualité supérieure. Le texte discute également de diverses versions d'une chanson célèbre, notamment une imitation de la chanson de Métastase 'Grazie à l'inganni'. La version de M. de St Lambert est particulièrement appréciée. Le texte inclut aussi quelques romances de l'auteur de l'article, malgré des fautes de copie. Un post-scriptum corrige une erreur d'impression dans une strophe de la romance de Léandre, soulignant une absence de discernement du Critique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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415
p. 71-92
Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Début :
Relation des voyages au tour du monde, entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique [...]
Mots clefs :
Pays, Capitaine, Joseph Banks, James Cook, Voyage, Tahiti, Homme, Nouvelle-Zélande, Anglais, Navigateurs, Europe, Île, Îles, Voyages, Continent, Habitants, Indiens , Peuples, Monde, Daniel Solander, Mer, Côtes, Sud, Equipage, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Relation des voyages au tour du monde ,
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
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Résumé : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Entre 1768 et 1771, plusieurs expéditions britanniques explorèrent l'hémisphère méridional sous la direction de Byron, Carteret, Wallis et Cook. Ces missions avaient pour objectif d'explorer des régions peu connues telles que la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande. Le quatrième voyage de Cook, à bord de l'Endeavour, fut particulièrement notable. Il clarifia des incertitudes géographiques, découvrit que la Nouvelle-Bretagne était composée de deux îles et dressa une carte précise de la Nouvelle-Zélande. L'expédition démontra également l'absence de continent au nord du 40e parallèle sud. Cook était accompagné de naturalistes comme Banks et Solander. Ils observèrent le passage de Vénus à Tahiti et explorèrent la mer du Sud. Malgré des obstacles au Brésil, ils contournèrent le cap Horn et firent naufrage près de la Terre de Feu. À Tahiti, ils décrivirent les habitants comme pacifiques et aimables, vivant dans un état de nature idyllique, avec une société structurée en quatre classes. Ils notèrent des pratiques culturelles spécifiques, comme les 'arreoy' et les cérémonies funéraires. Les explorateurs découvrirent plusieurs îles, atteignant la Nouvelle-Zélande en octobre 1769. Ils y restèrent jusqu'en avril 1770, affrontant des attaques des habitants et confirmant la pratique du cannibalisme. Ils explorèrent ensuite la Nouvelle-Hollande pendant trois mois et demi, avant de continuer vers la Nouvelle-Guinée et Batavia. À Batavia, ils observèrent une pratique locale violente appelée 'courir un Muck'. L'équipage contracta des maladies à Batavia, entraînant de nombreuses morts durant le retour. Le capitaine rapporta trente décès en un mois et demi. Le voyage se conclut par des escales au Cap et à Sainte-Hélène, avant d'atteindre les Dunes le 2 mai 1771. Cette expédition est considérée comme l'une des plus célèbres et instructives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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416
p. 101-108
Essai synthétique sur la formation des Langues, [titre d'après la table]
Début :
Essai synthétique sur la formation des langues. vol. in 8o. Prix, 5 liv. relié. A [...]
Mots clefs :
Langage, Auteur, Langues, Hommes, Question, Origine, Formation, Expérience, Sons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai synthétique sur la formation des Langues, [titre d'après la table]
Effaifynthétique fur laformation des langues.
vol. in 8°. Prix , 5 liv . relié. A
Paris , chez Ruault , libraire , rue de
la Harpe.
La queftion de l'origine & de la formation
des Langues peut être envifagée
fous deux afpects ; ou comme une queftion
de fait , ou comme une queftion purement
hypothétique . L'origine des langues
, quant à la queftion de fait , ne
peut , nous dit l'auteur , avoir aucune difficulté.
Perfonne n'ignore qu'elle fe trouve
irrévocablement décidée par l'autorité
des livres de Moïfe. L'homme y eft par
раг
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
tout repréfenté comme ufant de la parole
ainsi que d'un bien qu'il a reçu avec
la vie. Plufieurs autres réflexions de l'auteur
tendent également à nous donner la
folution de la question de l'origine des
langues , fi on ne vouloit la confidérer
que comme une queſtion de fait. Mais
elle peut être auffi envifagée , ainfi qu'il
vient d'être obfervé , fous un point de
vue purement hypothétique . Car en admetant
que, dans le fait & dans fon principe
, le langage humain n'ait point été
inventé par les hommes , on fera toujours
en droit de demander fi , dans toute
hypothèfe , il eft impoffible qu'il le foit
par eux. L'auteur croit donc pouvoir examiner:
Si des hommes , par des moyens
purement naturels , fe formeroient une
langue , & quelle route pourroit les
>> conduire. »
وو
Y
La manière de réfoudre incontestablement
ce difficile problême , ce feroit de
prendre la voie de l'expérience , en mettant
un certain nombre d'hommes dans
telle pofition , que , s'ils ne parvenoient
point à fe former une langue , ce fût une
preuve que cette opération eft entièrement
au- deffus de nos facultés . Cette expérience
n'a jamais été faite ; elle ne le
JUI N. 1774. 103
fera peut-être jamais . L'auteur fe contente
donc d'indiquer comment elle devroit
sêtre dirigée , & de montrer les résultats
qu'on pourroit raisonnablement en attendre.
Ce tour donné à la queſtion paroît favorable
en ce qu'il prête moins aux écarts
de l'imagination , & qu'il met à portée
de réduire la difficulté aux moindres ter-
-mes , par la liberté qu'il procure de prendre
tous les avantages qu'on peut croire
-néceffaires au fuccès de la tentative . En
effet , comme en phyſique une expérience
ne réuffit que par le concours de toutes
les circonstances qui la favorifent , il faudroit
de même être affuré d'avoir parfaitement
bien conduit l'expérience propofée
, avant de conclure qu'il eft impoiiible
en foi , que des hommes inventent
d'eux - mêmes une langue.
L'auteur réunit donc les circonftances qu'il
juge les plus avantageufes . Il fuit , relativement
au langage, l'établiffement d'une
-colonie formée & dirigée fur une fiction,
où il fe donne la plus grande liberté , fans
cependant fortir de la vraisemblance , &
fans rien demander qu'on ne pût abfolument
exécuter. I tâche d'expliquer les
développemens du langage d'une telle co-
Jonie , en le conduifant des plus foibles
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
élémens , jufqu'au point où il pourroit approcher
de nos langues connues & cultivées.
Il voit que ce langage admettroit
d'abord les tons expreffifs des paffions qui
fe peindroient par des cris , des accens ,
&c. intelligibles à tout être fenfible : c'eft
ce premier langage qu'il nomme pathéti■
que.
L'homme n'ayant pas toujous des fentimens
ou paffionnés ou violens à exprimer
, & fe trouvant fans ceffe dans la néceffité
de faire comprendre l'impreffion
modérée que font fur lui les objets extérieurs
, défigne cette forte d'impreffion par
le gefte, l'action , le mouvement du corps ,
par différentes poftures & attitudes : de la
naît un fecond langage que l'auteur appelle
mimique.
La mobilité des organes de la voix &
de la parole qui porte l'homme à proférer
des fons lors même qu'il ne les entend
pas ; l'ufage continuel du fens de l'ouie ;
le goût de l'imitation qu'on eft forcé d'ad
mettre au nombre des facultés naturelles
de l'homme , ne peuvent manquer de lui
faire contracter l'habitude d'imiter, par les
fons de la voix , les différens bruits qui
l'intéreffent dans la Nature , & de peindre
un grand nombre d'objets , auffi bien que
JUI N. 1774. 105
les affections qu'ilsproduifent furfon ame,
par le genre de fon qui lui eft propre. Telles
font les fources d'un troisième langage
que l'auteur nomme imitatif,
1
L'extenfion dont le langage imitatif eft
fufceptible par voie d'approximation , de
fimilitude , d'affinité , &c. produit encore
une forte de langage que l'auteur défigne
par le nom d'analogique ; parce que
ce langage n'eft véritablement qu'une dérivation
du langage imitatif.
Jufques- là le fens de l'ouie a fuffi pour
guider les hommes dans la formation du
langage par fons ; & il eft conftant qu'avec
l'amélioration qu'auroit pu recevoit
fucceffivement le langage mimique, des
Sauvages auroient , en fait de langage , àpeu
près tout ce qui feroit néceffaire à
leurs befoins. Parvenu à ce point , l'édifice
des langues ne peut plus s'élever
qu'au moyen de la réflexion . Mais fi l'on
a droit d'en fuppofer capables les hommes
qu'on a en vue , il viendra infailli
blement un temps où , revenant fur leurs
pas ,
ils pourront
étudier la marche
qu'ils
auront fuivie , obferver
un fait palpable
dans leur propre langage , & voir que
les fons de la voix peuvent
être employés
pour exprimer
les idées ; dès- lors la dé
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
couverte des langues eft faite. Auffi tôt
naît un cinquième langage que l'auteur a
nommé conventionnel, qui feul conftitue
proprement une longue , & peut fuppléer
avantageulement à tous les autres langages
qui l'ont précédé. Il ne les abforbe cependant
que peu- à- peu ; parceque les développemens
s'en font infenfiblement , &
ne peuvent être que l'ouvrage du temps.
L'hiftoire de l'origine & des progrès du
langage couventionnel étant évidemment
la partie la plus intéreffante de la queſtion
que l'auteur s'eft propofé de difcuter , it
s'eft attaché à la traiter avec plus d'érendue
, en fuppofant feulement dans le peuple
de fon hypothèfe , les facultés les
plus ordinaires , & en ne les affujeriffant
qu'à une marche d'idées qui paroît néceffaire
à tous les êtres doués de raifon.
L'ouvrage eft terminé par des réponſes
de l'auteur aux difficultés qui , fuivanc
M. Rouffeau de Genève dans fon difcours
où il examine les fondemens de l'inégali
té parmi les hommes , empêchent qu'on
puiffe jamais éclaircir la queftion de
l'origine & de la formation des langues .
Plufieurs notes utiles accompagnent le
texte de l'ouvrage. Une de ces notes eft ,
à caufe de fon étendue , rejetée à la fin
JUI N. 1774. 107
du volume . L'auteur y fait un examen
critique & raiſonné de la première partie
de la grammaire générale de M. Beauzée .
On remarque dans toutes ces difcuffions
un efprit d'obfervation & de logique , &
une fagacité peu commune. Si l'examen
de la queftion de l'origine & de la formation
des langues paroît d'abord à quelques
lecteurs un peu chimérique , ces mêmes
lecteurs feront obligés de convenir , après
avoir lu l'ouvrage , que les réflexions de
l'auteur peuvent répandre un nouveau jour
fur la métaphyfique des langues , réfoudre
plufieurs doutes relatifs au langage le
plus propre à la mufique & éclairer les
inftituteurs fur les meilleurs procédés pour
apprendre à leurs élèves les premiers rudimens
du langage.
L'auteur , dans une de fes notes , propofe
une nouvelle méthode de lecture pour
les enfans . Nous ne doutons point, d'après
fes réflexions , que cette méthode ne foit
préférable à celle adoptée par le commun
des inftituteurs.On ne peut donc qu'exhorrer
l'auteur à faire imprimer la pratique
de cette méthode. Il la réduira , com
me il eft convenable , à un petit livret
qui aura deux parties . Dans l'une il donnera
de courtes inftructions pour les maî
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres ; dans l'autre , outre les tables élémentaires
pour le latin & le françois , on
trouvera des modèles de lecture adaptés à
ces mêmes tables .
vol. in 8°. Prix , 5 liv . relié. A
Paris , chez Ruault , libraire , rue de
la Harpe.
La queftion de l'origine & de la formation
des Langues peut être envifagée
fous deux afpects ; ou comme une queftion
de fait , ou comme une queftion purement
hypothétique . L'origine des langues
, quant à la queftion de fait , ne
peut , nous dit l'auteur , avoir aucune difficulté.
Perfonne n'ignore qu'elle fe trouve
irrévocablement décidée par l'autorité
des livres de Moïfe. L'homme y eft par
раг
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
tout repréfenté comme ufant de la parole
ainsi que d'un bien qu'il a reçu avec
la vie. Plufieurs autres réflexions de l'auteur
tendent également à nous donner la
folution de la question de l'origine des
langues , fi on ne vouloit la confidérer
que comme une queſtion de fait. Mais
elle peut être auffi envifagée , ainfi qu'il
vient d'être obfervé , fous un point de
vue purement hypothétique . Car en admetant
que, dans le fait & dans fon principe
, le langage humain n'ait point été
inventé par les hommes , on fera toujours
en droit de demander fi , dans toute
hypothèfe , il eft impoffible qu'il le foit
par eux. L'auteur croit donc pouvoir examiner:
Si des hommes , par des moyens
purement naturels , fe formeroient une
langue , & quelle route pourroit les
>> conduire. »
وو
Y
La manière de réfoudre incontestablement
ce difficile problême , ce feroit de
prendre la voie de l'expérience , en mettant
un certain nombre d'hommes dans
telle pofition , que , s'ils ne parvenoient
point à fe former une langue , ce fût une
preuve que cette opération eft entièrement
au- deffus de nos facultés . Cette expérience
n'a jamais été faite ; elle ne le
JUI N. 1774. 103
fera peut-être jamais . L'auteur fe contente
donc d'indiquer comment elle devroit
sêtre dirigée , & de montrer les résultats
qu'on pourroit raisonnablement en attendre.
Ce tour donné à la queſtion paroît favorable
en ce qu'il prête moins aux écarts
de l'imagination , & qu'il met à portée
de réduire la difficulté aux moindres ter-
-mes , par la liberté qu'il procure de prendre
tous les avantages qu'on peut croire
-néceffaires au fuccès de la tentative . En
effet , comme en phyſique une expérience
ne réuffit que par le concours de toutes
les circonstances qui la favorifent , il faudroit
de même être affuré d'avoir parfaitement
bien conduit l'expérience propofée
, avant de conclure qu'il eft impoiiible
en foi , que des hommes inventent
d'eux - mêmes une langue.
L'auteur réunit donc les circonftances qu'il
juge les plus avantageufes . Il fuit , relativement
au langage, l'établiffement d'une
-colonie formée & dirigée fur une fiction,
où il fe donne la plus grande liberté , fans
cependant fortir de la vraisemblance , &
fans rien demander qu'on ne pût abfolument
exécuter. I tâche d'expliquer les
développemens du langage d'une telle co-
Jonie , en le conduifant des plus foibles
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
élémens , jufqu'au point où il pourroit approcher
de nos langues connues & cultivées.
Il voit que ce langage admettroit
d'abord les tons expreffifs des paffions qui
fe peindroient par des cris , des accens ,
&c. intelligibles à tout être fenfible : c'eft
ce premier langage qu'il nomme pathéti■
que.
L'homme n'ayant pas toujous des fentimens
ou paffionnés ou violens à exprimer
, & fe trouvant fans ceffe dans la néceffité
de faire comprendre l'impreffion
modérée que font fur lui les objets extérieurs
, défigne cette forte d'impreffion par
le gefte, l'action , le mouvement du corps ,
par différentes poftures & attitudes : de la
naît un fecond langage que l'auteur appelle
mimique.
La mobilité des organes de la voix &
de la parole qui porte l'homme à proférer
des fons lors même qu'il ne les entend
pas ; l'ufage continuel du fens de l'ouie ;
le goût de l'imitation qu'on eft forcé d'ad
mettre au nombre des facultés naturelles
de l'homme , ne peuvent manquer de lui
faire contracter l'habitude d'imiter, par les
fons de la voix , les différens bruits qui
l'intéreffent dans la Nature , & de peindre
un grand nombre d'objets , auffi bien que
JUI N. 1774. 105
les affections qu'ilsproduifent furfon ame,
par le genre de fon qui lui eft propre. Telles
font les fources d'un troisième langage
que l'auteur nomme imitatif,
1
L'extenfion dont le langage imitatif eft
fufceptible par voie d'approximation , de
fimilitude , d'affinité , &c. produit encore
une forte de langage que l'auteur défigne
par le nom d'analogique ; parce que
ce langage n'eft véritablement qu'une dérivation
du langage imitatif.
Jufques- là le fens de l'ouie a fuffi pour
guider les hommes dans la formation du
langage par fons ; & il eft conftant qu'avec
l'amélioration qu'auroit pu recevoit
fucceffivement le langage mimique, des
Sauvages auroient , en fait de langage , àpeu
près tout ce qui feroit néceffaire à
leurs befoins. Parvenu à ce point , l'édifice
des langues ne peut plus s'élever
qu'au moyen de la réflexion . Mais fi l'on
a droit d'en fuppofer capables les hommes
qu'on a en vue , il viendra infailli
blement un temps où , revenant fur leurs
pas ,
ils pourront
étudier la marche
qu'ils
auront fuivie , obferver
un fait palpable
dans leur propre langage , & voir que
les fons de la voix peuvent
être employés
pour exprimer
les idées ; dès- lors la dé
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
couverte des langues eft faite. Auffi tôt
naît un cinquième langage que l'auteur a
nommé conventionnel, qui feul conftitue
proprement une longue , & peut fuppléer
avantageulement à tous les autres langages
qui l'ont précédé. Il ne les abforbe cependant
que peu- à- peu ; parceque les développemens
s'en font infenfiblement , &
ne peuvent être que l'ouvrage du temps.
L'hiftoire de l'origine & des progrès du
langage couventionnel étant évidemment
la partie la plus intéreffante de la queſtion
que l'auteur s'eft propofé de difcuter , it
s'eft attaché à la traiter avec plus d'érendue
, en fuppofant feulement dans le peuple
de fon hypothèfe , les facultés les
plus ordinaires , & en ne les affujeriffant
qu'à une marche d'idées qui paroît néceffaire
à tous les êtres doués de raifon.
L'ouvrage eft terminé par des réponſes
de l'auteur aux difficultés qui , fuivanc
M. Rouffeau de Genève dans fon difcours
où il examine les fondemens de l'inégali
té parmi les hommes , empêchent qu'on
puiffe jamais éclaircir la queftion de
l'origine & de la formation des langues .
Plufieurs notes utiles accompagnent le
texte de l'ouvrage. Une de ces notes eft ,
à caufe de fon étendue , rejetée à la fin
JUI N. 1774. 107
du volume . L'auteur y fait un examen
critique & raiſonné de la première partie
de la grammaire générale de M. Beauzée .
On remarque dans toutes ces difcuffions
un efprit d'obfervation & de logique , &
une fagacité peu commune. Si l'examen
de la queftion de l'origine & de la formation
des langues paroît d'abord à quelques
lecteurs un peu chimérique , ces mêmes
lecteurs feront obligés de convenir , après
avoir lu l'ouvrage , que les réflexions de
l'auteur peuvent répandre un nouveau jour
fur la métaphyfique des langues , réfoudre
plufieurs doutes relatifs au langage le
plus propre à la mufique & éclairer les
inftituteurs fur les meilleurs procédés pour
apprendre à leurs élèves les premiers rudimens
du langage.
L'auteur , dans une de fes notes , propofe
une nouvelle méthode de lecture pour
les enfans . Nous ne doutons point, d'après
fes réflexions , que cette méthode ne foit
préférable à celle adoptée par le commun
des inftituteurs.On ne peut donc qu'exhorrer
l'auteur à faire imprimer la pratique
de cette méthode. Il la réduira , com
me il eft convenable , à un petit livret
qui aura deux parties . Dans l'une il donnera
de courtes inftructions pour les maî
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres ; dans l'autre , outre les tables élémentaires
pour le latin & le françois , on
trouvera des modèles de lecture adaptés à
ces mêmes tables .
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Résumé : Essai synthétique sur la formation des Langues, [titre d'après la table]
Le texte examine l'origine et la formation des langues sous deux perspectives : factuelle et hypothétique. Selon l'auteur, les livres de Moïse suggèrent que l'homme a reçu la parole dès sa création. Il envisage également l'hypothèse que les hommes pourraient développer une langue par des moyens naturels, proposant une expérience pour observer cette capacité. L'auteur décrit plusieurs étapes dans l'évolution du langage : le langage pathétique, qui exprime les passions par des cris ; le langage mimique, utilisant gestes et mouvements ; le langage imitatif, imitant les sons naturels ; et le langage analogique, basé sur des similitudes. Progressivement, le langage conventionnel, permettant d'exprimer des idées de manière réfléchie, supplante ces autres formes de langage. L'ouvrage se concentre principalement sur l'origine et les progrès du langage conventionnel, jugé le plus intéressant. L'auteur répond aux objections de Jean-Jacques Rousseau concernant l'inégalité parmi les hommes. Le texte inclut des notes critiques et des réflexions sur la métaphysique des langues, le langage musical, et des méthodes pédagogiques pour enseigner le langage. Une nouvelle méthode de lecture pour les enfants est également proposée, destinée à être publiée dans un livret en deux parties.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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417
p. 90-96
Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Début :
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature, ou abrégé de l'Histoire Naturelle [...]
Mots clefs :
Enfants, Auteur, Petit, Éducation physique, Froid, Nature, Chien, Histoire naturelle, Observations, Expérience, Âge, Mères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
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Résumé : Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Le texte présente 'Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature', un ouvrage de M. de Fourcroy, conseiller du roi au Bailliage de Clermont en Beauvoisis. Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première partie traite de l'éducation physique des enfants, en s'appuyant sur les principes de l'auteur et des orthopédistes modernes, illustrés par des anecdotes et des preuves. La seconde partie fournit des informations sur l'histoire naturelle des jeunes enfants, destinées aux parents. M. de Fourcroy, en tant qu'observateur attentif et père de famille, base ses recommandations sur des expériences personnelles et des observations vérifiées. Il préconise le lavage à froid des nouveau-nés, contrairement aux méthodes tièdes prônées par Jean-Jacques Rousseau et d'autres auteurs modernes. Selon lui, cette pratique renforce les enfants et leur procure du plaisir après quelques jours. Cette méthode serait également bénéfique pour certains animaux domestiques, comme le montre l'amélioration de la santé et de la vigueur d'un chien de chasse et d'un barbet après des bains à l'eau froide et une exposition à l'air frais. L'ouvrage invite les lecteurs à vérifier les faits exposés, pertinents pour les partisans de la chaleur et ceux qui apprennent des méthodes d'élevage des enfants auprès des animaux. M. de Fourcroy encourage les mères à allaiter leurs enfants elles-mêmes et fournit des conseils sur la conduite à adopter pendant l'accouchement et l'allaitement. Il vise à apaiser les inquiétudes maternelles face aux pleurs ou douleurs des enfants et propose des méthodes simples pour une éducation physique optimale. Les mères suivant sa méthode éprouvée obtiendraient des résultats positifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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418
p. 154-155
Le Spectateur François, [titre d'après la table]
Début :
Le Spectateur François. Journal amusant & intéressant dont l'objet [...]
Mots clefs :
Journal, Spectateur, Amusant, Vices, Ridicules, Anecdotes, Morales, Instruire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Spectateur François, [titre d'après la table]
Le Spectateur François.
Journal amuſant & intéreſſant done
l'objet eſt de tracer les moeurs , de
combattre les vices , d'honorer la ver
tu , de faire connoître les ridicules
de mettre le précepte en action , de donner
des anecdotes morales, enfin de plaire
&d'inſtruire ; ce Journal eſt continué
avec exactitude , & fait avec foin par un
homme de Lettres , qui jouit d'une juſte
confidération .
Il ſuffit de rappeler quelques- uns des
ſujets traités dans cet ouvrage de l'année
1774 , pour donner l'idée de la manière
ingénieuſe & piquante avec laquelle le
Spectateur fait préſenter& varier ſes obſervations,
& inſtruire en amuſant : caftigat
ridendo mores.
)
Les nouveaux eſſais de fon fauteuil
JANVIER. 1775. 155
véridique font très propres à déinaſquer
les caractères diffimulés .
La liſte des animaux que Panurge fait
voir à la Foire , offre des métamorphofes
plaiſantesdes ridicules &des vices. Seslettres
fur la gaieté & l'ennui des ſociétés, fur
la muſique, fur lesromans,ſur la coquetterie
& les modes , ſur un projet de prix dramatique
, ſur les opinions populaires, fur
les ſpectacles , fur l'avarice , ſur les arts ,
fur les moyens deſe faire unegrande réputation
, &c. &c. font remplies de traits
d'une critique déliée , & enjouée. Ses difcours
moraux , ſes Mémoires ſur la vie
de Balthafar Fumée , Poëte & Romancier
, l'idylle Sibérienne , ſes contes , ſes
anecdotes , ou morales , ou critiques , ou
galantes , font de ce Journal une lecture
auſſi intéreſſante que variée.
Ce Journal eſt compoſé de quinze cahiers
par an , & chaque cahier eſt de trois
feuilles ; ils parviennent francs de porr
par la Pofte..
A Paris, au prix de
Et en Province , prix
و liv.
12 liv,
On ſouſcrit en tout temps , chez Lacombe
, Libraire à Paris , rue Chriſtine.
On foufcritpareillement en tout temps
chez le même Libraire pour les Journaux
ſuivans,
Journal amuſant & intéreſſant done
l'objet eſt de tracer les moeurs , de
combattre les vices , d'honorer la ver
tu , de faire connoître les ridicules
de mettre le précepte en action , de donner
des anecdotes morales, enfin de plaire
&d'inſtruire ; ce Journal eſt continué
avec exactitude , & fait avec foin par un
homme de Lettres , qui jouit d'une juſte
confidération .
Il ſuffit de rappeler quelques- uns des
ſujets traités dans cet ouvrage de l'année
1774 , pour donner l'idée de la manière
ingénieuſe & piquante avec laquelle le
Spectateur fait préſenter& varier ſes obſervations,
& inſtruire en amuſant : caftigat
ridendo mores.
)
Les nouveaux eſſais de fon fauteuil
JANVIER. 1775. 155
véridique font très propres à déinaſquer
les caractères diffimulés .
La liſte des animaux que Panurge fait
voir à la Foire , offre des métamorphofes
plaiſantesdes ridicules &des vices. Seslettres
fur la gaieté & l'ennui des ſociétés, fur
la muſique, fur lesromans,ſur la coquetterie
& les modes , ſur un projet de prix dramatique
, ſur les opinions populaires, fur
les ſpectacles , fur l'avarice , ſur les arts ,
fur les moyens deſe faire unegrande réputation
, &c. &c. font remplies de traits
d'une critique déliée , & enjouée. Ses difcours
moraux , ſes Mémoires ſur la vie
de Balthafar Fumée , Poëte & Romancier
, l'idylle Sibérienne , ſes contes , ſes
anecdotes , ou morales , ou critiques , ou
galantes , font de ce Journal une lecture
auſſi intéreſſante que variée.
Ce Journal eſt compoſé de quinze cahiers
par an , & chaque cahier eſt de trois
feuilles ; ils parviennent francs de porr
par la Pofte..
A Paris, au prix de
Et en Province , prix
و liv.
12 liv,
On ſouſcrit en tout temps , chez Lacombe
, Libraire à Paris , rue Chriſtine.
On foufcritpareillement en tout temps
chez le même Libraire pour les Journaux
ſuivans,
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Résumé : Le Spectateur François, [titre d'après la table]
Le 'Spectateur François' est un journal amusant et instructif visant à décrire les mœurs, combattre les vices, honorer la vérité, révéler les ridicules et offrir des anecdotes morales. Rédigé avec exactitude par un homme de lettres respecté, il suit le principe 'castigat ridendo mores'. En 1774, il a abordé divers sujets de manière ingénieuse et captivante pour instruire tout en divertissant. Les 'Nouveaux essais de son fauteuil' de janvier 1775 présentent des portraits véridiques de caractères dissimulés, des listes métaphoriques d'animaux représentant les ridicules et les vices, ainsi que des lettres sur des thèmes variés tels que la société, la musique, les romans, la coquetterie, les modes, le théâtre, l'avarice, les arts et la réputation. Le journal inclut aussi des discours moraux, des mémoires sur la vie de Balthazar Fumée, une idylle sibérienne, des contes et des anecdotes morales, critiques ou galantes. Publié en quinze cahiers par an, chaque cahier contient trois feuilles et est envoyé francs de port. Le prix est de 12 livres à Paris et 15 livres en province. Les abonnements peuvent être souscrits à tout moment chez Lacombe, libraire à Paris, rue Christine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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419
p. 156
Journal de Genève, [titre d'après la table]
Début :
Journal historique & politique des principaux événemens des différentes Cours de [...]
Mots clefs :
Événements, Politique, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal de Genève, [titre d'après la table]
Journal hiftorique & politique des principaux
événemens des différentes Cours de
l'Europe , fous le titre de Genève.
Ce Journal eft entièrement confacré à
raffembler fansaucun mélange de choſes
difparates , les principaux événemens de
l'hiſtoire politique , journaliere & univerſelle,
Françoiſe& Etrangere. Depuis 1772 ,
que ce Journal a cours , il a été regardé
comme le réfultat le mieux fait , & rédigé
avec le plus d'exactitude , de précifion
& de vérité , non-feulement de toutes
les gazettes, mais encore des papiers
publics & des Mémoires particuliers de
tous les pays. Il eſt confulté & confervé
comme l'hiſtoire du temps préfent. Le
Rédacteur de ce Journal a aufli le mérite
de tracer au commencement de l'année
le tableau des grands intérêts des Puiffances&
des événemens importans , qui doi
vent par leur enchaînement ou par leur
fuire , balancer le deſtin des nations.
Ce Journal eſt de 36 cahiers par an ,
chaque cahier de deux feuilles & demie;
it eſt publié le ro, le 20 & le 30 de chaque
mois On foufcrit en tout temps; le
prix, port franc par la Poſte, eſt à Paris
&en Province de rå liv.
événemens des différentes Cours de
l'Europe , fous le titre de Genève.
Ce Journal eft entièrement confacré à
raffembler fansaucun mélange de choſes
difparates , les principaux événemens de
l'hiſtoire politique , journaliere & univerſelle,
Françoiſe& Etrangere. Depuis 1772 ,
que ce Journal a cours , il a été regardé
comme le réfultat le mieux fait , & rédigé
avec le plus d'exactitude , de précifion
& de vérité , non-feulement de toutes
les gazettes, mais encore des papiers
publics & des Mémoires particuliers de
tous les pays. Il eſt confulté & confervé
comme l'hiſtoire du temps préfent. Le
Rédacteur de ce Journal a aufli le mérite
de tracer au commencement de l'année
le tableau des grands intérêts des Puiffances&
des événemens importans , qui doi
vent par leur enchaînement ou par leur
fuire , balancer le deſtin des nations.
Ce Journal eſt de 36 cahiers par an ,
chaque cahier de deux feuilles & demie;
it eſt publié le ro, le 20 & le 30 de chaque
mois On foufcrit en tout temps; le
prix, port franc par la Poſte, eſt à Paris
&en Province de rå liv.
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Résumé : Journal de Genève, [titre d'après la table]
Le 'Journal historique & politique des principaux événemens des différentes Cours de l'Europe, sous le titre de Genève' est une publication créée en 1772, dédiée à la compilation des événements politiques majeurs en France et à l'étranger. Reconnu pour son exactitude, sa précision et sa véracité, ce journal surpasse les autres gazettes et mémoires. Il est considéré comme une référence historique contemporaine. Le rédacteur établit un tableau annuel des grands intérêts des puissances et des événements influents pour le destin des nations. Le journal est publié trois fois par mois, les 10, 20 et 30, en 36 cahiers annuels, chaque cahier contenant deux feuilles et demie. L'abonnement est disponible à Paris et en province, avec un prix incluant le port franc par la poste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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420
p. 157
La Nature considérée sous ses différens aspects, [titre d'après la table]
Début :
La nature considérée sous ses différens aspects ; 52 feuilles par an ; dont il paroît [...]
Mots clefs :
Nature, Journal, Feuilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Nature considérée sous ses différens aspects, [titre d'après la table]
La nature conſidéréeſousſes differens afpects
; 52 feuilles par an ; dont il paroît
un cahier le premier & le quinze de
chaque mois. On ſouſcrit en tout
temps ; port franc par la Poſte , à
Paris & en Province 12 liv .
Le ſavant Naturaliſte qui compoſe cette
fenille périodique , ſans s'écarter des
trois règnes de la nature , dont il annonce
& développe en toutes occafions les richeſſes
& les merveilles , s'attache prin
cipalement à faire connoître les procédés
de pratique , pour la médecine , les
ſciences & les arts ; &de ſe rendre utile
aux Lecteurs , en confultant encore plus
leurs intérêts que leur curiofité. La table
détaillée des matières traitées dans le
Journal de l'année 1774 , fuffiroit ſeule
pour exalter non ſeulement les avantages,
mais , on peut le dire , la néceſſité d'un
Journal de ce genre qui fixe les productions
& les efforts réunis de la nature &
de l'art pour nos beſoins & pour notre
Lagrément. C'eſt ce qui doit rendre ces
feuilles précieuſes , autant à titre de Journal
, qu'à titre d'ouvrage & de collection.
; 52 feuilles par an ; dont il paroît
un cahier le premier & le quinze de
chaque mois. On ſouſcrit en tout
temps ; port franc par la Poſte , à
Paris & en Province 12 liv .
Le ſavant Naturaliſte qui compoſe cette
fenille périodique , ſans s'écarter des
trois règnes de la nature , dont il annonce
& développe en toutes occafions les richeſſes
& les merveilles , s'attache prin
cipalement à faire connoître les procédés
de pratique , pour la médecine , les
ſciences & les arts ; &de ſe rendre utile
aux Lecteurs , en confultant encore plus
leurs intérêts que leur curiofité. La table
détaillée des matières traitées dans le
Journal de l'année 1774 , fuffiroit ſeule
pour exalter non ſeulement les avantages,
mais , on peut le dire , la néceſſité d'un
Journal de ce genre qui fixe les productions
& les efforts réunis de la nature &
de l'art pour nos beſoins & pour notre
Lagrément. C'eſt ce qui doit rendre ces
feuilles précieuſes , autant à titre de Journal
, qu'à titre d'ouvrage & de collection.
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Résumé : La Nature considérée sous ses différens aspects, [titre d'après la table]
Le texte décrit une publication périodique intitulée 'Journal', dédiée à l'étude de la nature sous divers aspects. Parue deux fois par mois, elle compte 52 numéros annuels, disponibles par abonnement avec port gratuit à Paris et en province pour 12 livres. Le rédacteur, un naturaliste, explore les trois règnes de la nature, mettant en avant leurs richesses et merveilles. Il se concentre sur les applications pratiques pour la médecine, les sciences et les arts, priorisant les intérêts des lecteurs. La table des matières de l'année 1774 illustre la diversité des sujets abordés, soulignant l'importance et les avantages de cette publication. Le journal est ainsi précieux tant comme revue régulière que comme ouvrage de référence et collection.
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421
p. 158
Journal des Dames, [titre d'après la table]
Début :
Journal des Dames, composé de douze volumes par an, chaque volume de [...]
Mots clefs :
Journal, Dames, Dame, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal des Dames, [titre d'après la table]
Journal des Dames , composé de douze
volumes par an , chaque volume de
cinq feuilles ; il eſt publié tous les
mois , & l'on ſouſcrit à volonté , à
compter des époques de Janvier ou de
Juillet ; prix port franc par la Poſte , à
Paris 12 liv. en Province 15 liv.
Ce Journal eſt dédié à la Reine , par
Madame de Montanclos , ci-devant Baronne
de Princen .
Cette Dame ſait réunir dans ſon Journal
tout ce qui peut faire connoître le mérite
des perſonnes de ſon ſexe , par les
agréinens de leur eſprit , par la ſenſibilité
de leur coeur , par le charme de leurs
grâces & de leur beauté. Les poéſies ,
fruits d'une imagination légère , les détails
des ouvrages relatifs aux Dames , l'analyſe
raiſonnée des Pièces de vers ou de
livres auxquels les Dames doiventprendre
intérêt ; des anecdotes intéreſſantes , enfin
tout ce qui peut remplir ce que le Lecteur
a lieu d'attendre d'un Journal des Dames ,
ſe trouvent dans cette collection périodique
, exécutée avec autant d'eſprit que
de goût .
On fouferit pour ce Journal chez la
Dame Auteur , rue des Bernardins ; &
chez Lacombe Libraire , rue Chriſtine.
volumes par an , chaque volume de
cinq feuilles ; il eſt publié tous les
mois , & l'on ſouſcrit à volonté , à
compter des époques de Janvier ou de
Juillet ; prix port franc par la Poſte , à
Paris 12 liv. en Province 15 liv.
Ce Journal eſt dédié à la Reine , par
Madame de Montanclos , ci-devant Baronne
de Princen .
Cette Dame ſait réunir dans ſon Journal
tout ce qui peut faire connoître le mérite
des perſonnes de ſon ſexe , par les
agréinens de leur eſprit , par la ſenſibilité
de leur coeur , par le charme de leurs
grâces & de leur beauté. Les poéſies ,
fruits d'une imagination légère , les détails
des ouvrages relatifs aux Dames , l'analyſe
raiſonnée des Pièces de vers ou de
livres auxquels les Dames doiventprendre
intérêt ; des anecdotes intéreſſantes , enfin
tout ce qui peut remplir ce que le Lecteur
a lieu d'attendre d'un Journal des Dames ,
ſe trouvent dans cette collection périodique
, exécutée avec autant d'eſprit que
de goût .
On fouferit pour ce Journal chez la
Dame Auteur , rue des Bernardins ; &
chez Lacombe Libraire , rue Chriſtine.
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Résumé : Journal des Dames, [titre d'après la table]
Le 'Journal des Dames' est une publication périodique annuelle composée de douze volumes, chacun contenant cinq feuilles. Elle est publiée mensuellement et les abonnements débutent en janvier ou en juillet. Le prix est de 12 livres à Paris et 15 livres en province, frais de port inclus. Cette revue est dédiée à la Reine par Madame de Montanclos, ancienne Baronne de Princen. Elle met en avant les qualités des femmes, telles que leur esprit, leur sensibilité, leurs grâces et leur beauté. Le journal inclut des poèmes, des descriptions d'ouvrages relatifs aux dames, des analyses de pièces de vers ou de livres susceptibles d'intéresser les femmes, ainsi que des anecdotes intéressantes. Le 'Journal des Dames' est disponible chez Madame de Montanclos, rue des Bernardins, et chez Lacombe Libraire, rue Christine.
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422
p. 159-163
Dialogues sur la musique, [titre d'après la table]
Début :
Dialogues sur la Musique, par Mademoiselle de Villers, adressés à son amie, [...]
Mots clefs :
Musique, Voix, Langue, Goût, Temps, Maîtres, Prosodie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dialogues sur la musique, [titre d'après la table]
la muſique , & inventèrent les arriettes
&le récitatif. Peu de temps après ces
contemporains de Lulli , les Scarlatti
Porpora , Vinci , enrichirent l'orchestre
d'images brillantes , mais toujours analogues
au ſujet , & fubordonnées aux paroles
quel'Acteur chantoit. Après cesgrands
Maîtres, vinrent Sarri , Leo, Haffe, trois
grands Compoſiteurs qui ſuivirent exactement
la déclamation chantante & la
proſodie de la langue Italienne. Vivaldi ,
fameux violon , qui parut en Lombardie,
forma une Chanteuſe, nommée la Fauftina
, à qui il fit exécuter avec la voix
tout ce qu'un violon , une fûte , un hautbois
pouvoient exécuter de ſon temps.
Le Public força , pour ainſi dire , tous
les Chanteurs à fuivre cette route. C'eſt
l'époque de la décadence de la muſique
en Italie. Depuis l'extinction de la famille
des Médicis , iln'y a plus aucun théâ
tre foutenu dans la patrie de la muſique.
L'Entrepreneur d'un opéra paſſager' eſt
dès-lors obligé de ſacrifier au goût dominant
; il fupprime les choeurs & les
objets de dépenſe , & les Compofiteurs
abandonnent l'expreffion pour faire bril.
ler leur orchestre . C'eſt la conduite qu'ont
tenue Jacomelli , Latilla , Gallupi, Perez
JANVIER. 1775. 161
&d'autres; cette dépravation du goût a été
portée ſi loin, que les opéra des Pergoleze,
un des hommes qui a eu le plus de talent,
n'eurent aucun ſuccès à Rome& à Naples .
En France, Rameau, célèbre Compofiteur,
a brillé dans les airs de danſe & dans les
choeurs , mais le goût qu'il a eu pour
T'harmonie lui a trop fait négliger la mélodie:
fon chant eſt preſque toujours dur
& déſagréable. Le plus grand défaut des
Compoſiteurs François , eſt d'avoir méconnu
la profodie de notre langue. M.
Rouſſeau lui-même, écrivain ſi ſupérieur,
a négligé abfolument la proſodie dans ſon
Devin de Village , quoiqu'il ait fait les
paroles & la muſique. Il n'y a aucun de
ſes airs qui n'en préſente des exemples
choquans ; c'eſt qu'il n'a connu la muſique
en fralie que dans ces derniers temps
où l'on n'obſervoir plus la proſodie de la
langue Italienne. Nous ajouterons à cette
occafion qu'il eſt bien étonnant que M.
Gretry, quoique étranger , & ayant été
élevé en Italie , ait mis en muſique depuis
le peu d'années qu'il eſt en France ,
douze poëmes lyriques, & que dans aucun
il n'y ait pas une feule faute deprofo.
die contre la langue qu'il a ſu accentuer
& articuler mieux qu'aucun naturel Fran162
MERCURE DE FRANCE.
çois , indépendamment de l'exprefion
toujours vraie& toujours piquante , qu'il
donne aux paffions & aux ſentimens don E
il eſt l'interprête le plus fidèle . :
Mile. Villers inſiſte ſur une École de
muſique , dans laquelle d'habiles maîtres
apprendroient l'art du chant. Il s'agic
d'abord de bien diftinguer le caractère
des voix : il n'y en a que de quatre eſpèces.
Tous les hommes en général n'ont que
des voix de baffe & de taille ; la haute
contre&le deſſus ſont toujours l'appanage
des femmes & des caftrats: ces quatre
voix forment l'harmonie complette. Si la
baſſe donne le ton , la taille eſt à la tierce ,
la haute-contre à la quinte & le deſſus à
l'octave. Les voix qu'on appelle hautecontre
chez les hommes , ſont ordinairement
des voix forcées , qui n'ont rien de
naturel , & qui rendent des fons inégaux ,
& criards , toutes les fois qu'elles paffent
an-deſſus de leurs tons naturels. Le
maître ne doit faire chanter un tel élève ,
que dans le ton qui lui eſt propre ; il évitera
de le faire crier , ſous prétexte d'augmenter
le volume de ſa voix ; il ne lui
laiſſera pas même donner toute ſa voix ,
juſqu'à qu'il foit bien sûr de ſon intona-
⚫tion.
JANVIER. 1775. 163
Mile. Villers fait dans un ſecond dialogue
, d'excellentes obſervations ſur le
travail du Poëte lyrique , & fur celui du
Muficien. Ce dernier doit s'attacher à
augmenter de beaucoup par le chant&
par l'orcheſtre l'expreſſion du ſentiment ,
ou de l'image que préſentent les vers . Il
doit par conféquent examiner d'abord ce
qu'ils expriment; quelle paſſion ils veu
lent peindre ; y adapter le genre de mue
ſique le plus propre à l'exprimer , en fai
fir l'enſemble , & unir tout le morceau
en un ſeul motif : car il n'eſt rien de ſi
abſurde que d'entendre dans un même
air , des meſures &des mouvemens différens
. Le Muſicien tombe dans un défaut
inſupportable , lorſqu'il emploie les
mots en détail , & non pas la choſe : mais
c'eſt dans ces dialogues même que nous
invitons les maîtres & les amateurs , de
puiſer les vrais principes du goût , & de
la compoſition de la bonne muſique.
&le récitatif. Peu de temps après ces
contemporains de Lulli , les Scarlatti
Porpora , Vinci , enrichirent l'orchestre
d'images brillantes , mais toujours analogues
au ſujet , & fubordonnées aux paroles
quel'Acteur chantoit. Après cesgrands
Maîtres, vinrent Sarri , Leo, Haffe, trois
grands Compoſiteurs qui ſuivirent exactement
la déclamation chantante & la
proſodie de la langue Italienne. Vivaldi ,
fameux violon , qui parut en Lombardie,
forma une Chanteuſe, nommée la Fauftina
, à qui il fit exécuter avec la voix
tout ce qu'un violon , une fûte , un hautbois
pouvoient exécuter de ſon temps.
Le Public força , pour ainſi dire , tous
les Chanteurs à fuivre cette route. C'eſt
l'époque de la décadence de la muſique
en Italie. Depuis l'extinction de la famille
des Médicis , iln'y a plus aucun théâ
tre foutenu dans la patrie de la muſique.
L'Entrepreneur d'un opéra paſſager' eſt
dès-lors obligé de ſacrifier au goût dominant
; il fupprime les choeurs & les
objets de dépenſe , & les Compofiteurs
abandonnent l'expreffion pour faire bril.
ler leur orchestre . C'eſt la conduite qu'ont
tenue Jacomelli , Latilla , Gallupi, Perez
JANVIER. 1775. 161
&d'autres; cette dépravation du goût a été
portée ſi loin, que les opéra des Pergoleze,
un des hommes qui a eu le plus de talent,
n'eurent aucun ſuccès à Rome& à Naples .
En France, Rameau, célèbre Compofiteur,
a brillé dans les airs de danſe & dans les
choeurs , mais le goût qu'il a eu pour
T'harmonie lui a trop fait négliger la mélodie:
fon chant eſt preſque toujours dur
& déſagréable. Le plus grand défaut des
Compoſiteurs François , eſt d'avoir méconnu
la profodie de notre langue. M.
Rouſſeau lui-même, écrivain ſi ſupérieur,
a négligé abfolument la proſodie dans ſon
Devin de Village , quoiqu'il ait fait les
paroles & la muſique. Il n'y a aucun de
ſes airs qui n'en préſente des exemples
choquans ; c'eſt qu'il n'a connu la muſique
en fralie que dans ces derniers temps
où l'on n'obſervoir plus la proſodie de la
langue Italienne. Nous ajouterons à cette
occafion qu'il eſt bien étonnant que M.
Gretry, quoique étranger , & ayant été
élevé en Italie , ait mis en muſique depuis
le peu d'années qu'il eſt en France ,
douze poëmes lyriques, & que dans aucun
il n'y ait pas une feule faute deprofo.
die contre la langue qu'il a ſu accentuer
& articuler mieux qu'aucun naturel Fran162
MERCURE DE FRANCE.
çois , indépendamment de l'exprefion
toujours vraie& toujours piquante , qu'il
donne aux paffions & aux ſentimens don E
il eſt l'interprête le plus fidèle . :
Mile. Villers inſiſte ſur une École de
muſique , dans laquelle d'habiles maîtres
apprendroient l'art du chant. Il s'agic
d'abord de bien diftinguer le caractère
des voix : il n'y en a que de quatre eſpèces.
Tous les hommes en général n'ont que
des voix de baffe & de taille ; la haute
contre&le deſſus ſont toujours l'appanage
des femmes & des caftrats: ces quatre
voix forment l'harmonie complette. Si la
baſſe donne le ton , la taille eſt à la tierce ,
la haute-contre à la quinte & le deſſus à
l'octave. Les voix qu'on appelle hautecontre
chez les hommes , ſont ordinairement
des voix forcées , qui n'ont rien de
naturel , & qui rendent des fons inégaux ,
& criards , toutes les fois qu'elles paffent
an-deſſus de leurs tons naturels. Le
maître ne doit faire chanter un tel élève ,
que dans le ton qui lui eſt propre ; il évitera
de le faire crier , ſous prétexte d'augmenter
le volume de ſa voix ; il ne lui
laiſſera pas même donner toute ſa voix ,
juſqu'à qu'il foit bien sûr de ſon intona-
⚫tion.
JANVIER. 1775. 163
Mile. Villers fait dans un ſecond dialogue
, d'excellentes obſervations ſur le
travail du Poëte lyrique , & fur celui du
Muficien. Ce dernier doit s'attacher à
augmenter de beaucoup par le chant&
par l'orcheſtre l'expreſſion du ſentiment ,
ou de l'image que préſentent les vers . Il
doit par conféquent examiner d'abord ce
qu'ils expriment; quelle paſſion ils veu
lent peindre ; y adapter le genre de mue
ſique le plus propre à l'exprimer , en fai
fir l'enſemble , & unir tout le morceau
en un ſeul motif : car il n'eſt rien de ſi
abſurde que d'entendre dans un même
air , des meſures &des mouvemens différens
. Le Muſicien tombe dans un défaut
inſupportable , lorſqu'il emploie les
mots en détail , & non pas la choſe : mais
c'eſt dans ces dialogues même que nous
invitons les maîtres & les amateurs , de
puiſer les vrais principes du goût , & de
la compoſition de la bonne muſique.
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Résumé : Dialogues sur la musique, [titre d'après la table]
Au XVIIIe siècle, la musique évolua de manière significative en Italie et en France. En Italie, après les contributions de compositeurs tels que Lully, Scarlatti, Porpora et Vinci, qui enrichirent l'orchestre tout en restant fidèles aux paroles, la musique entra dans une phase de déclin. Vivaldi, par exemple, introduisit des techniques vocales innovantes, mais cette innovation conduisit à une simplification des œuvres, marquée par la suppression des chœurs et des éléments coûteux. En France, Rameau se distingua par ses airs de danse et ses chœurs, mais il négligea l'aspect mélodique. Rousseau, malgré son talent, omit la prosodie dans son œuvre 'Le Devin du Village'. Gretry, bien qu'étranger, respecta la prosodie française dans ses compositions. Mile. Villers proposa la création d'une école de musique pour enseigner correctement le chant, en distinguant les différentes voix et en évitant de forcer les élèves. Elle insista également sur l'importance pour les musiciens de bien comprendre les textes qu'ils mettaient en musique afin d'exprimer correctement les sentiments et les images présentés par les vers.
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423
p. 163-165
Le septieme Tome de l'histoire naturelle de Pline, [titre d'après la table]
Début :
Le septième Tome de l'Histoire Naturelle de Pline, traduite en François, avec [...]
Mots clefs :
Pline, Observations, Commentaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le septieme Tome de l'histoire naturelle de Pline, [titre d'après la table]
Lefeptième Tome de l'Histoire Naturelle
de Pline , traduite en François , avec
letexte Latin , rétabli d'après les meilleures
leçons manufcrites , accompagnée
de notes critiques pour l'éclairciſſement
du texte ; & d'obſervations
164 MERCURE DE FRANCE .
fur les connoiffances des Anciens ,
comparées avec les découvertes des
Modernes . A Paris , chez la Veuve
Deffaint , Libraire , rue du Foin , près
la rue St Jacques .
Ce ſeptième Tome d'unOuvrage long.
temps defiré , & que les efforts infiniment
louables de M. Poinfinet de Sivry ,
auront bientôt conduit à ſa fin , comprend
la Traduction & le Commentaire du dixneuvième
, du vingtième , du vingt &
unième &du vingt - deuxième Livre de
Pline. Dans le dix-neuvième , Pline traite
de la culture dulin , & des différentes
plantes des jardins. Au vingtième livre ,
commence l'examen intéreſſant des propriétés
médicinales de tous les végétaux.
Cette matière qui ſemble importante
d'elle - même , quel que ſoit l'Ecrivain
inſtruit qui tienne la plume , le devient
infiniment plus fous la main d'un des
plus profonds & des plus ingénieux Auteurs
de l'Antiquité : elle occupe auſſi les
deux livres ſuivans , & fera ſans doute la
partie eſſentielle du huitième volume ,
qui eſt ſous preſſe , & qui ne tardera
point à paroître. Tout le ſeptièmetome ,
que nous nous contentons d'annoncerici,
JANVIER. 1775. 165
&dont nous réſervons l'analyſe pour l'un
desMercures prochains , eſt rempli , tant
dans le texte , que dans le commentaire ,
d'une multitude de faits & d'obſervations
comparées , dont le fond intéreſſe immédiatement
l'art de la Médecine , mais
qui, par leur manière d'être préſentés, font
également propres à captiver l'attention
de toutes les claſſes de Lecteurs .
de Pline , traduite en François , avec
letexte Latin , rétabli d'après les meilleures
leçons manufcrites , accompagnée
de notes critiques pour l'éclairciſſement
du texte ; & d'obſervations
164 MERCURE DE FRANCE .
fur les connoiffances des Anciens ,
comparées avec les découvertes des
Modernes . A Paris , chez la Veuve
Deffaint , Libraire , rue du Foin , près
la rue St Jacques .
Ce ſeptième Tome d'unOuvrage long.
temps defiré , & que les efforts infiniment
louables de M. Poinfinet de Sivry ,
auront bientôt conduit à ſa fin , comprend
la Traduction & le Commentaire du dixneuvième
, du vingtième , du vingt &
unième &du vingt - deuxième Livre de
Pline. Dans le dix-neuvième , Pline traite
de la culture dulin , & des différentes
plantes des jardins. Au vingtième livre ,
commence l'examen intéreſſant des propriétés
médicinales de tous les végétaux.
Cette matière qui ſemble importante
d'elle - même , quel que ſoit l'Ecrivain
inſtruit qui tienne la plume , le devient
infiniment plus fous la main d'un des
plus profonds & des plus ingénieux Auteurs
de l'Antiquité : elle occupe auſſi les
deux livres ſuivans , & fera ſans doute la
partie eſſentielle du huitième volume ,
qui eſt ſous preſſe , & qui ne tardera
point à paroître. Tout le ſeptièmetome ,
que nous nous contentons d'annoncerici,
JANVIER. 1775. 165
&dont nous réſervons l'analyſe pour l'un
desMercures prochains , eſt rempli , tant
dans le texte , que dans le commentaire ,
d'une multitude de faits & d'obſervations
comparées , dont le fond intéreſſe immédiatement
l'art de la Médecine , mais
qui, par leur manière d'être préſentés, font
également propres à captiver l'attention
de toutes les claſſes de Lecteurs .
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Résumé : Le septieme Tome de l'histoire naturelle de Pline, [titre d'après la table]
Le septième tome de l'Histoire Naturelle de Pline, traduit en français par M. Poinsinet de Sivry, présente les livres XIX à XXII de l'œuvre originale. Le livre XIX aborde la culture du lin et des plantes des jardins, tandis que les livres XX à XXII examinent les propriétés médicinales des végétaux. Ce volume, basé sur les meilleurs manuscrits disponibles, inclut des notes critiques et des comparaisons avec les connaissances modernes. Il est riche en informations pertinentes pour la médecine et accessible à divers lecteurs. Le huitième volume, en cours d'impression, continuera d'explorer ce sujet. L'ouvrage est publié à Paris par la Veuve Deffaint.
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424
p. 154-157
Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Début :
Oeuvres de M. de la Harpe, de l'Académie Françoise, nouvellement recueillies, 6 [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Ouvrages, Auteur, Traduction, Poète, Prix, Vers, Morceau, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Euvres de M. de la Harpe , de l'Académie
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
Fermer
Résumé : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Le texte décrit une édition des œuvres de M. de La Harpe, membre de l'Académie française, publiée en six volumes in-octavo à Paris chez Piffot. Le premier volume comprend plusieurs pièces théâtrales et essais : la tragédie 'Le Comte de Warwick' avec des modifications inédites, 'Mélanie' corrigée et augmentée, le drame 'Barnevelt' en cinq actes, une préface réfutant un essai sur l'art dramatique, un essai sur les trois tragiques grecs accompagné de traductions de passages d'Eschyle, Sophocle et Euripide, ainsi qu'une dissertation sur Shakespeare. Le deuxième volume est consacré à la poésie et contient divers discours en vers, dont certains inédits, des odes, des épîtres et des traductions. Le troisième volume rassemble des éloges de personnages célèbres tels que Charles V, Fénelon, Racine et La Fontaine, ainsi qu'un discours de réception à l'Académie. Le quatrième volume inclut des discours sur divers sujets, des traductions et des fragments critiques. Les cinquième et sixième volumes regroupent les principaux articles de critique publiés dans le Mercure et le Journal de Littérature. Un avis informe les lecteurs que les futures publications de l'auteur seront imprimées dans le même format pour assurer la cohérence des volumes. Une analyse des nouvelles œuvres contenues dans cette édition sera publiée dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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425
p. 139-147
Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Début :
Ce Code, ce monument de Jurisprudence le plus singulier & le plus curieux qu'on [...]
Mots clefs :
Femme, Gentoux, Chapitre, Lois, Brames, Homme, Maison, Mari, Vie, Code
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texteReconnaissance textuelle : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Code des Loix des Gentoux , ou Réglemens
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
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Résumé : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Le 'Code des Lois des Gentoux' est un ouvrage de jurisprudence traduit de l'anglais à partir de versions en langue samskrète, publié à Paris en 1778. Il commence par un discours préliminaire où les Brames expliquent l'objet et l'utilité de cette compilation, mettant en avant la tolérance religieuse et la diversité des croyances. L'introduction relate la création selon les Gentoux, décrivant les quatre grandes tribus primitives issues des membres de Brahma : les Brames, qui prient et instruisent ; les Chehterée, qui combattent et gouvernent ; les Bice, qui pourvoient aux besoins par l'agriculture et le commerce ; et les Sooder, qui travaillent et servent. Une cinquième tribu, les Burrun-Sunker, regroupe les ouvriers et petits marchands. Le texte décrit ensuite les qualités requises pour un magistrat, qui doit être juste, bienveillant et capable de dominer ses passions. Divers sujets juridiques sont abordés, tels que le prêt et l'emprunt, les droits de succession, l'administration de la justice, les dépôts, les ventes, les servitudes, les salaires, et même les prostituées. Les lois montrent une distinction marquée entre les castes, avec des privilèges pour certaines et une sévérité envers d'autres, reflétant la croyance en la supériorité des Brames. Le Code criminel des Gentoux est particulièrement sévère envers les voleurs, qui peuvent être crucifiés, étranglés ou mutilés. Les Brames échappent à la peine capitale mais subissent des châtiments sévères. Le Chapitre XIX traite de l'adultère et compare les mœurs européennes, où la virginité féminine est essentielle pour le mariage. Le Chapitre XX critique la débauche des femmes, justifiant une discipline stricte en Asie. Plusieurs lois détaillent les restrictions imposées aux femmes, comme l'interdiction de sortir sans consentement, de manger avant leur mari, ou de se divertir pendant l'absence de celui-ci. La coutume du sati est mentionnée comme un devoir religieux. Le Chapitre XXI réglemente divers sujets comme le jeu, l'alimentation, et l'adoption, avec des sanctions sévères pour certaines infractions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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426
p. 147-148
Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Début :
Cette addition porte une démonstration frappante de la ressemblance ou identité de [...]
Mots clefs :
Breton, Sanskrit, Addition, Langue, Bretagne, Cruel, Cruelle, Le Brigant
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texteReconnaissance textuelle : Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Addition au premier extrait du Code des
Gentoux.
Cette addition porte une démonftration
frappante de la reffemblance ou identité de
la langue facrée des Brames , ou du hanfcrit ,
avec la langue des Bretons de France , telle
qu'on la parle encore en Bretagne.
Hanferit. Celtique ou Breton.
Péeta ké renérram shé- Bè tad lhè rè en ra zè
troah, troh ;
Gij
149 MERCURE
Mata rhétroo reshée leé 'Mata zè trah rès hè la
1 né,
•
n'e ;
Bharia ro'pevveté she Bar ia ro pe vèté zć
19
troah 2 troh .
Potrèh shétroo raipun- Potr rèh ze troh rai
dèté . bouté té.
La traduction littérale du Breton eft telle
qu'elle fuit : « Celui qui eft père , & qui
fait trop de dépenfe , eft cruel pour fes
» enfans. Une mère , qui fait ce qui n'eft
» pas conforme à la foi qu'elle a jurée , eft
» cruelle. Une belle femme qui accorde
» des faveurs à d'autres , lorfqu'elle eſt à
toi , eft cruelle. Un fils indocile , ou
défobéiffant , eft cruel à l'égard de ceux
qui lui ont donné la vie » .
22
LE BRIGANT , de l'ancienne
Société des Arts de Bretagne, Aggr
à celle de Heffe Hombourg.
Gentoux.
Cette addition porte une démonftration
frappante de la reffemblance ou identité de
la langue facrée des Brames , ou du hanfcrit ,
avec la langue des Bretons de France , telle
qu'on la parle encore en Bretagne.
Hanferit. Celtique ou Breton.
Péeta ké renérram shé- Bè tad lhè rè en ra zè
troah, troh ;
Gij
149 MERCURE
Mata rhétroo reshée leé 'Mata zè trah rès hè la
1 né,
•
n'e ;
Bharia ro'pevveté she Bar ia ro pe vèté zć
19
troah 2 troh .
Potrèh shétroo raipun- Potr rèh ze troh rai
dèté . bouté té.
La traduction littérale du Breton eft telle
qu'elle fuit : « Celui qui eft père , & qui
fait trop de dépenfe , eft cruel pour fes
» enfans. Une mère , qui fait ce qui n'eft
» pas conforme à la foi qu'elle a jurée , eft
» cruelle. Une belle femme qui accorde
» des faveurs à d'autres , lorfqu'elle eſt à
toi , eft cruelle. Un fils indocile , ou
défobéiffant , eft cruel à l'égard de ceux
qui lui ont donné la vie » .
22
LE BRIGANT , de l'ancienne
Société des Arts de Bretagne, Aggr
à celle de Heffe Hombourg.
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Résumé : Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Le document présente une addition au premier extrait du Code des Gentoux, soulignant la similitude entre le sanskrit, langue sacrée des Brahmanes, et le breton parlé en Bretagne. Il compare des phrases en sanskrit avec leurs traductions littérales en breton, illustrant des principes moraux. Par exemple, un père prodigue est cruel envers ses enfants, une mère qui trahit sa foi est cruelle, une femme infidèle est cruelle, et un fils désobéissant est cruel envers ses parents. Le texte fait également référence à 'Le Brigant', une œuvre de l'ancienne Société des Arts de Bretagne, associée à celle de Hesse-Hombourg.
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427
p. 148-149
Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Début :
Traduction d'un morceau de l'Iliade, qui a concouru pour le prix de l'Académie Françoise [...]
Mots clefs :
Ajax, Morceau, Iliade, Académie française, Troyens
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texteReconnaissance textuelle : Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Traduction d'un morceau de l'Iliade , qui a
concouru pour le prix de l'Académie Françoife
en 1778 ; par M. le Chevalier de
Langeac.
Cet ouvrage eft du nombre de ceux dont
l'Académie a fait une mention honorable ,
Leftyle, quoiqu'un peu foible , a de la pureté.
Nous nous bornerons à citer un morceau
de poéfie defcriptive , qui nous a paru le
meilleur de la pièce.
DE FRANCE. 449
>
C'eſt en ces mots qu'Achille exhaloit fon courroux.
Cependant tout périt ; foible & feul contre tous
Ne refiftant qu'à peine au nombre qui l'accable
Ajax en fuccombant , eft encore indomptable ;
Il frémit de céder & devient plus ardent.
Mais du maître des Dieux le terrible afcendant
En faveur des Troyens contre lui fe déclare ,
Et déjà de leurs coeurs un feu divin s'empare.
Pour triompher d'Ajax , il falloit cet appui :
Tous les yeux , tous les dards font dirigés vers lui ;
Du choc de mille traits tout fon cafque étincelle ;
Sous fon lourd bouclier déjà fon bras chancelle ,
Et laffé d'un tel poids va trahir ſa valeur.´.
Mais en vain les Troyens raniment leur fureur
Rien n'intimide Ajax ; certain de fon courage
Sans reculer d'un pas , il fait tête à l'orage :
Il commande , la mort obéit à fes loix .
De fucur inondé, fans haleine , fans voix ,
Seul , il fe multiplie , & combattant fans trouble ,
Quand le péril s'accroît , fon audace redouble.
concouru pour le prix de l'Académie Françoife
en 1778 ; par M. le Chevalier de
Langeac.
Cet ouvrage eft du nombre de ceux dont
l'Académie a fait une mention honorable ,
Leftyle, quoiqu'un peu foible , a de la pureté.
Nous nous bornerons à citer un morceau
de poéfie defcriptive , qui nous a paru le
meilleur de la pièce.
DE FRANCE. 449
>
C'eſt en ces mots qu'Achille exhaloit fon courroux.
Cependant tout périt ; foible & feul contre tous
Ne refiftant qu'à peine au nombre qui l'accable
Ajax en fuccombant , eft encore indomptable ;
Il frémit de céder & devient plus ardent.
Mais du maître des Dieux le terrible afcendant
En faveur des Troyens contre lui fe déclare ,
Et déjà de leurs coeurs un feu divin s'empare.
Pour triompher d'Ajax , il falloit cet appui :
Tous les yeux , tous les dards font dirigés vers lui ;
Du choc de mille traits tout fon cafque étincelle ;
Sous fon lourd bouclier déjà fon bras chancelle ,
Et laffé d'un tel poids va trahir ſa valeur.´.
Mais en vain les Troyens raniment leur fureur
Rien n'intimide Ajax ; certain de fon courage
Sans reculer d'un pas , il fait tête à l'orage :
Il commande , la mort obéit à fes loix .
De fucur inondé, fans haleine , fans voix ,
Seul , il fe multiplie , & combattant fans trouble ,
Quand le péril s'accroît , fon audace redouble.
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Résumé : Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Le texte est une traduction de l'Iliade réalisée par le Chevalier de Langeac, qui a obtenu une mention honorable de l'Académie Française en 1778. Bien que le style soit jugé faible, la traduction est reconnue pour sa pureté. Le passage décrit la fureur et le courage d'Achille et d'Ajax face aux Troyens. Ajax, malgré les attaques incessantes, reste indomptable et combat avec bravoure. Les Troyens, soutenus par Zeus, se concentrent sur Ajax, mais celui-ci ne recule pas. Il affronte les dangers avec détermination, multipliant ses efforts et redoublant d'audace face au péril croissant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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428
p. 149-152
Commencement du 16e Chant de l'Iliade, [titre d'après la table]
Début :
Commencement du XVIe Chant de l'Iliade : Sujet proposé par l'Académie Françoise [...]
Mots clefs :
Académie française, Iliade, Pitié , Vaisseaux, Hector
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Commencement du 16e Chant de l'Iliade, [titre d'après la table]
Commencement du XVIe Chant de l'Iliade:
Sujet propofé par l'Académie Françoife
pour le Prix de Poéfie de l'année 17785
traduit par M. le Marquis de Villette .
>
Nec verbum verbo curabit reddere fidus
Interpres. Hor.
A Paris, de l'Imprimerie de Demonville
'I
G iij
350
MERCURE
Imprimeur-Libraire de l'Académie Fran
goife , aux Armes de Dombes.
Cette Pièce eft une de celles que l'Acadé
mie a diftinguées & qui lui ont paru dignes
d'eftime. Elle eft en général écrite avec faeilité
, & plufieurs morceaux font honneur
au talent du Traducteur. Nous citerons une
partie de la converſation de Patrocle &
d'Achille , dans laquelle on remarquera de
beaux vers. Patrocle reproche à fon ami
d'être inexorable dans fes reffentimens , &
de n'avoir nulle pitié de fes concitoyens.
Il continue ainfi :
Pardonne , j'en dis trop ; mais fi vers cette rive
Ton éternel courroux tient ta valeur captive
Ou fi de nos devins quelqu'Oracle menteur
Enchaîne ton courage & nous âte un vengeur ,
Souffre au moins qu'un ami puiffe tenir ta place.
Prête-moi ton armure , & j'aurai ton audace.
» Autour de nos Vaiffeaux Ajax combat encor ;
Ton cafque fur mon front fera trembler Hector :
Etton nom préparant un triomphe facile,
» Les Troyens font vaincus,s'ils penfent voir Achilles.
C'eft ainfi qu'il parloit. Ainfi par fa vertu
Il ébranle un courroux de pitié combattu ;
Il l'affiége , il le preffe ; ah ! malheureux , arrête .
Hélas ! tu ne vois point ce que le ciel t'apprête..
Ta vertu te trompoit ,, tu courois au trépas
DE FRANCE. 151
ACHILLE cependant ne le rebutoit pas
Mais dans fa bonté même éclatoit la colère.
« Je méprife , dit-il , cette erreur populaire
50 Qui croit que l'avenir au Prêtre eft révélé ,
» Et qu'il nous faut mourir , lorfque Delphe a parle
Je ne m'occupe point d'une chimère vaine ;,
» J'écoute mon dépit , je me livre à ma haine
» Elle eft jufte , il fuffit. Je n'ai point pardonné
» A cet indigne Roi par mes mains couronné ,
» A cet Atride ingrat , au rival que j'abhore ,
20
Qui m'ôta Briféide , & la retient encore ,
» Qui devant tous les Grecs ofa m'humilier :
05
55
לכ
Non , jamais tant d'affronts ne pourront s'oublier.
MAIS enfin j'ai preferit un terme à ma vengeance;
J'ai promis, fijamais pourfuivis fans défenfe ,
Les Argiens tremblans aux bords du Ximois
Fuyoient jufqu'aux vaiffeaux par nous- même conduits
,
Qu'alors de ces vaincus j'aurois pitié peut-être;
Queje pourrois fouffrir qu'on fecourût leur maître,
Qu'on le couvrit de honte, en confervant les jours.
» Le temps eft arrivé : va , marché à ſon ſecours.
" Je vois d'Agamemnon la fuite aviliffante ;"
» D'Hector qui le pourfuit , j'entends la voix tonnante
:
» Il t'appelle à la gloire ; arme-toi contre lui ;
Et fi le ciel vengeur te feconde aujourd'hui
Giv
852 MERCURE
» N'abufe point fur- tout du bonheur qu'il t'envoye .
» Ne tente point les Dieux, ne va point jufqu'à Troye
Modère ta valeur : c'eft affez d'écarter
בכ
20. Cet Hector infolent qui nous ofe inſulter ;
? C'eſt affez d'arracher aux flammes , au pillage ,
Nos vaiffeaux expofés fur cet affreux rivage.
Puiffent cès fils de Tros , & ces Grecs odieux ,
» Ces communs ennemis en horreur à mes yeux ,
S'égorger l'un par l'autre , & tomber nos victimes !
Que leur fang déteftable efface enfin leurs crimes !
Qu'il ne refte que nous pour détruire à jamais
» Les lieux qu'ils ont fouillés d'opprobre & de forfaits
»>!
Sujet propofé par l'Académie Françoife
pour le Prix de Poéfie de l'année 17785
traduit par M. le Marquis de Villette .
>
Nec verbum verbo curabit reddere fidus
Interpres. Hor.
A Paris, de l'Imprimerie de Demonville
'I
G iij
350
MERCURE
Imprimeur-Libraire de l'Académie Fran
goife , aux Armes de Dombes.
Cette Pièce eft une de celles que l'Acadé
mie a diftinguées & qui lui ont paru dignes
d'eftime. Elle eft en général écrite avec faeilité
, & plufieurs morceaux font honneur
au talent du Traducteur. Nous citerons une
partie de la converſation de Patrocle &
d'Achille , dans laquelle on remarquera de
beaux vers. Patrocle reproche à fon ami
d'être inexorable dans fes reffentimens , &
de n'avoir nulle pitié de fes concitoyens.
Il continue ainfi :
Pardonne , j'en dis trop ; mais fi vers cette rive
Ton éternel courroux tient ta valeur captive
Ou fi de nos devins quelqu'Oracle menteur
Enchaîne ton courage & nous âte un vengeur ,
Souffre au moins qu'un ami puiffe tenir ta place.
Prête-moi ton armure , & j'aurai ton audace.
» Autour de nos Vaiffeaux Ajax combat encor ;
Ton cafque fur mon front fera trembler Hector :
Etton nom préparant un triomphe facile,
» Les Troyens font vaincus,s'ils penfent voir Achilles.
C'eft ainfi qu'il parloit. Ainfi par fa vertu
Il ébranle un courroux de pitié combattu ;
Il l'affiége , il le preffe ; ah ! malheureux , arrête .
Hélas ! tu ne vois point ce que le ciel t'apprête..
Ta vertu te trompoit ,, tu courois au trépas
DE FRANCE. 151
ACHILLE cependant ne le rebutoit pas
Mais dans fa bonté même éclatoit la colère.
« Je méprife , dit-il , cette erreur populaire
50 Qui croit que l'avenir au Prêtre eft révélé ,
» Et qu'il nous faut mourir , lorfque Delphe a parle
Je ne m'occupe point d'une chimère vaine ;,
» J'écoute mon dépit , je me livre à ma haine
» Elle eft jufte , il fuffit. Je n'ai point pardonné
» A cet indigne Roi par mes mains couronné ,
» A cet Atride ingrat , au rival que j'abhore ,
20
Qui m'ôta Briféide , & la retient encore ,
» Qui devant tous les Grecs ofa m'humilier :
05
55
לכ
Non , jamais tant d'affronts ne pourront s'oublier.
MAIS enfin j'ai preferit un terme à ma vengeance;
J'ai promis, fijamais pourfuivis fans défenfe ,
Les Argiens tremblans aux bords du Ximois
Fuyoient jufqu'aux vaiffeaux par nous- même conduits
,
Qu'alors de ces vaincus j'aurois pitié peut-être;
Queje pourrois fouffrir qu'on fecourût leur maître,
Qu'on le couvrit de honte, en confervant les jours.
» Le temps eft arrivé : va , marché à ſon ſecours.
" Je vois d'Agamemnon la fuite aviliffante ;"
» D'Hector qui le pourfuit , j'entends la voix tonnante
:
» Il t'appelle à la gloire ; arme-toi contre lui ;
Et fi le ciel vengeur te feconde aujourd'hui
Giv
852 MERCURE
» N'abufe point fur- tout du bonheur qu'il t'envoye .
» Ne tente point les Dieux, ne va point jufqu'à Troye
Modère ta valeur : c'eft affez d'écarter
בכ
20. Cet Hector infolent qui nous ofe inſulter ;
? C'eſt affez d'arracher aux flammes , au pillage ,
Nos vaiffeaux expofés fur cet affreux rivage.
Puiffent cès fils de Tros , & ces Grecs odieux ,
» Ces communs ennemis en horreur à mes yeux ,
S'égorger l'un par l'autre , & tomber nos victimes !
Que leur fang déteftable efface enfin leurs crimes !
Qu'il ne refte que nous pour détruire à jamais
» Les lieux qu'ils ont fouillés d'opprobre & de forfaits
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Résumé : Commencement du 16e Chant de l'Iliade, [titre d'après la table]
Le texte relate une traduction du XVIe Chant de l'Iliade, réalisée par le Marquis de Villette et imprimée par Demonville et Mercure pour le Prix de Poésie de l'Académie Française en 1778. Cette œuvre est saluée pour sa clarté et certains passages notables, notamment une discussion entre Patrocle et Achille. Patrocle critique la colère persistante d'Achille et son manque de compassion envers ses compatriotes. Il demande à emprunter l'armure d'Achille pour affronter Hector et les Troyens. Achille, malgré sa colère, accepte après avoir exprimé son mépris pour les prédictions des devins et justifié sa fureur par l'affront d'Agamemnon, qui lui a pris Briséis. Il met en garde Patrocle contre l'arrogance et conseille la modération. Achille espère la destruction mutuelle des Troyens et des Grecs, afin que leur sang purifie les lieux de leurs crimes.
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429
p. 152-155
Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Début :
Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Théâtres, Auteurs, Portraits, Ouvrage, Ouvrages, Nations, Vie, Amateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Hiftoire Univerfelle des Théâtres de toutes
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
Fermer
Résumé : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos jours' est une collection de 36 volumes dédiée au frère du roi. Elle comprend des gravures, plans et élévations des salles de spectacles européennes, ainsi que des portraits d'artistes contribuant au théâtre. Les principaux thèmes abordés incluent l'histoire des théâtres dans diverses capitales mondiales, les vies et œuvres des auteurs dramatiques, les vies des comédiens célèbres, et des anecdotes sur l'histoire des théâtres. L'ouvrage présente également des extraits d'ouvrages didactiques sur l'art de la comédie, des réflexions sur la profession de comédien et les préjugés associés, ainsi que des descriptions des fêtes à la cour de France et dans les principales cours européennes. Il explore aussi la musique, la danse et la pantomime, avec des biographies des artistes renommés. Le prix de la souscription est de 30 livres à Paris et 36 livres en province, frais de port inclus. Les souscriptions peuvent être faites chez les auteurs ou chez la veuve Duchefne, libraire. Un bureau général est ouvert pour consulter les gravures et portraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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430
p. 262-275
L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
Début :
L'Histoire de l'Amérique, par M. Robertson, Principal de l'Université d'Edimbourg, [...]
Mots clefs :
Nouveau monde, Christophe Colomb, Hommes, Découverte, Homme, Histoire, Amérique, Ouvrage, Océan, Globe, Système, Navigation, Navigateurs, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'Hiftoire de l'Amérique , par M. Robertſon ,
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
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Résumé : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Histoire de l'Amérique' de William Robertson, principal de l'Université d'Édimbourg et historiographe de Sa Majesté Britannique, analyse la découverte et les conséquences de l'Amérique. Robertson étudie les premiers contacts entre les habitants des deux hémisphères et les erreurs, vices et maux observés dans ce nouveau monde. Michel de Montaigne, originaire du Périgord, s'est également intéressé à l'Amérique et à ses habitants, recueillant des informations auprès de personnes ayant vécu dans le Nouveau Monde. Les premières descriptions de l'Amérique étaient souvent inexactes, rédigées par des Européens motivés par l'or et la violence. Des récits plus fiables ont émergé avec l'arrivée de philosophes et d'observateurs éclairés. Le texte aborde également les avancées en navigation, comparant les navigateurs anciens et modernes, et mentionne la découverte de l'aiguille aimantée par Flavio Gioia. Il met en lumière le génie et la persévérance de Christophe Colomb, qui a anticipé l'existence d'un nouveau monde en traversant l'océan Atlantique. Colomb a cherché le soutien de plusieurs pays européens, dont la France, le Portugal, l'Espagne et l'Angleterre, mais a rencontré des scepticismes et des obstacles. Il a finalement découvert l'Amérique mais a été victime de calomnies et envoyé en Espagne enchaîné. Colomb est mort en regrettant d'avoir découvert un nouveau monde pour des hommes ingrats. Robertson explore aussi l'influence de l'environnement sur les actions humaines, soulignant que les comportements humains sont déterminés par des facteurs tels que l'air, l'alimentation et le sol. Il discute des voies possibles de migration des habitants d'un hémisphère à l'autre, concluant que l'Amérique a probablement été peuplée par le Nord-Ouest de l'Europe ou le Nord-Est de l'Asie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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431
p. 276-286
SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
Début :
Ce qui fait le plus d'honneur, non-seulement au talent, mais même à l'ame de [...]
Mots clefs :
Dieu, Enfants, Malheur, M. l'Abbé Poule, Âme, Malheureux, Jean-Baptiste Massillon, Enfer, Élève, Misère, Sermons, Infortune, Charité, Intérêt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
SUITE des Sermons de M. l'Abbé Poule.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
Fermer
Résumé : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
L'abbé Poule est reconnu pour ses sermons en faveur des malheureux et pour inciter à la bienfaisance. Un de ses sermons marquants est celui en faveur des Enfants-Trouvés, où il utilise des références bibliques et des images émouvantes pour sensibiliser son auditoire. Il compare leur détresse à celle des enfants d'Israël et critique la société qui laisse mourir ces enfants malgré ses ressources. L'abbé dénonce les abus et injustices sociales, imputant la création d'orphelins à l'exploitation des paysans par les seigneurs. Il décrit les conditions misérables des hôpitaux et appelle à la charité pour soulager ces souffrances. Le texte compare également les sermons de Maffillon et de l'abbé Poule, notamment sur l'Enfant Prodigue et l'Enfer. L'abbé Poule est apprécié pour son éloquence persuasive, bien que l'on regrette qu'il n'ait pas laissé plus d'écrits. Dans leurs sermons sur l'Enfer, Maffillon décrit les tourments des âmes damnées, tandis que l'abbé Poule met en lumière l'attirance irrésistible de l'âme vers Dieu malgré son rejet. Les deux auteurs explorent la lutte intérieure de l'âme entre son désir de Dieu et la justice divine. Le texte aborde aussi la représentation de l'Enfer et ses conséquences morales, évoquant une vision cyclique de l'existence humaine. Le sermon du mauvais riche de Massillon est mentionné comme exemple. L'abbé Poule traite des supplices des réprouvés et des dangers des représentations profanes pour l'innocence. Bien que sa diction soit parfois moins pure que celle de Massillon, l'œuvre de l'abbé Poule est reconnue pour son génie oratoire et son importance dans l'éloquence de la chaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
432
p. 286-293
Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur la Musique, deux volumes in-4o. orné d'un grand nombre de Figures & [...]
Mots clefs :
Musique, Ouvrage, Grecs, Chansons, Livre, Temps, Romains, Nombre, Poètes, Musiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Efai fur la Mufique , deux volumes in- 40.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
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Résumé : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Efai fur la Mufique' est structuré en deux volumes et cinq livres. Le premier livre analyse l'histoire et les pratiques musicales à travers différentes époques et cultures, couvrant la musique instrumentale, religieuse, funéraire, ainsi que celle associée aux repas, vendanges et obsèques. Il explore également la musique des Chaldéens, Égyptiens, Grecs, Romains et autres civilisations anciennes. Le deuxième livre se focalise sur les poètes musiciens grecs et romains, ainsi que sur les compositeurs italiens et français. Le troisième livre offre un traité de composition musicale accessible au grand public, recommandant des ouvrages de d'Alembert, l'abbé Arnaud, l'abbé Roussier, le chevalier de Chastellux et Marmontel. Le quatrième livre retrace l'histoire des chansons depuis l'Antiquité jusqu'aux époques modernes, incluant des airs grecs et des chansons provençales. Le cinquième livre traite de l'histoire des instruments de musique connus depuis plus de deux mille ans, accompagné d'illustrations et de conseils techniques d'experts. L'auteur, M. de Laborde, a consulté divers livres et manuscrits de la Bibliothèque du Roi, ainsi que les collections du Duc de la Vallière et du Marquis de Paulmy. L'ouvrage est enrichi de nombreuses figures et chansons gravées avec soin. Pour couvrir les frais d'édition, l'ouvrage est proposé par souscription à un coût de quarante-huit livres pour les souscripteurs, payables en deux fois, et soixante-douze livres pour les non-souscripteurs. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'au 1er novembre en France et jusqu'au 1er décembre à l'étranger, avec des réductions pour les achats de douze exemplaires. Les souscriptions peuvent être effectuées à Rome, Londres, Deux-Ponts et Paris auprès de plusieurs libraires et graveurs mentionnés.
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433
p. 293-296
Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur l'Histoire générale des Tribunaux des Peuples, tant anciens que modernes, [...]
Mots clefs :
Tribunaux, M. des Essarts, Nations, Histoire, Temps, Tragédie, Adultère, Alger, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
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Résumé : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux' de M. Des Effarts, avocat et membre de plusieurs académies, compile des anecdotes et jugements célèbres des tribunaux à travers les âges et les nations. Le premier volume, publié à Paris, se concentre sur les criminels notoires et les tragédies inspirées des archives judiciaires. L'auteur vise à réformer les lois criminelles françaises en examinant les méthodes judiciaires mondiales, souvent préjudiciables aux innocents. Il compare les lois pénales de diverses nations et propose des améliorations pour mieux dissuader les délinquants. Des articles spécifiques traitent de sujets comme l'adultère, Alger et l'Angleterre, détaillant les supplices et les systèmes judiciaires variés. Bien que certains articles puissent être améliorés, l'ouvrage est jugé utile et agréable pour sa compilation d'informations dispersées. M. Des Effarts, grâce à sa connaissance des causes célèbres et ses contacts avec des voyageurs et des ambassadeurs, est bien placé pour enrichir les futurs volumes.
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434
p. 296-302
Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Début :
Anecdotes du Règne de Louis XVI, recueillies & publiées par M. Nougaret, année [...]
Mots clefs :
Louis XVI, Anecdotes, Devoir, Humanité, Compte, Enfants, Prisonniers, Crime, Curé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Anecdotes du Règne de Louis XVI,recueillies
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
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Résumé : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Le texte 'Anecdotes du Règne de Louis XVI', publié en 1777 par M. Nougaret, présente Louis XVI comme un souverain humain et bienveillant, engagé dans diverses réformes et actes de bienfaisance. Parmi les réformes notables, des mesures visent à améliorer les conditions des prisons, notamment pour les détenus pour dettes, souvent mélangés à des criminels. Le roi ordonne la réparation et l'agrandissement des prisons afin d'éviter que des innocents ne soient punis avant d'être jugés. Le texte relate plusieurs anecdotes illustrant la bonté royale. Par exemple, l'archevêque d'Auch aide deux jeunes femmes en difficulté en achetant un tableau qu'elles possédaient, leur offrant ainsi une rente viagère. Un curé dans le Quercy apaise une paroisse inquiète en expliquant les raisons sanitaires et humaines de l'interdiction d'enterrer dans les églises et propose de se faire enterrer dans le nouveau cimetière pour montrer l'exemple. Un discours prononcé lors du règne de Louis XVI met en garde contre les vengeances des Celtes envers ceux qui se sont rendus coupables envers le roi, la loi, la religion et l'humanité. Ce discours émeut profondément l'audience. Une anecdote concerne Henri IV, né en Béarn, dont le berceau est conservé avec soin. Lors d'une fête célébrant la bienfaisance d'un descendant d'Henri IV, le berceau est transporté en ville, orné de guirlandes, au son du canon et des instruments militaires. Les spectateurs observent un silence respectueux, certains se mettant à genoux. Le berceau est déposé sous un dais de laurier en forme d'arc de triomphe à l'entrée de la ville. Le texte souligne également l'importance historique de la marine française sous les règnes de Charles V, Louis XIV et Louis XVI, qui ont tous possédé une marine redoutable face aux Anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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435
p. 30-34
Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
Début :
Le Tribunal domestique, Comédie en trois actes & en prose. Castigat ridendo mores. [...]
Mots clefs :
Femme, Zerbine, Pandolphe, Sénat, Venise, Comédie, Pasquin, Femmes, Lucrèce, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
Le Tribunal domestique , Comédie en trois
actes & en profe.
profe. Caftigat ridendo mores.
A Amfterdam ; & à Paris , chez Lambert,
Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme , & Efprit , Libraire , au
Palais Royal.
>
LA fcène eft à Venife. Un vieux Sénateur ,
nommé Pandolphe , las de la mauvaiſe conduite
de fa femme , qui court fans ceffe le
bal , & fait la nuit du jour , & du jour la
nuit , imagine de rétablir l'ancien Tribunal
domeftique , en ufage chez les Romains ,
où un mari , mécontent de fa femme , la faifoit
juger par fes parens affemblés , qui
prononçoient le divorce ou telle autre peine
qu'on croyoit légitime . Il a communiqué
fon projet au Sénat , & le bruit fe répand
dans Venife que cet avis doit paffer. Pan--
dolphe lui - même confie fon fecret à fon
valet Pafquin , qui n'eft pas plus fatisfait
de Zerbine fa femme , que Pandolphe ne
l'eft de la fienne . Laure ( c'eft le nom de
cette dernière ) eft fort alarmée des bruits
DE FRANCE. 31
qui fe répandent , & en parle à fa fuivante
Zerbine. Celle- ci tâche de faire parler Pafquin
, qui d'abord lui donne le change , &
s'amufe à lui faire coire que l'Édit dont il
eſt queſtion au Sénat , porte la caffation de
tous les mariages de la République. Mais
bientôt Laure & Zerbine ont de meilleures
informations , & favent enfin de quoi il
s'agit. Elles ne manquent pas de fonner
l'alarme dans Venife, & le foulèvement eft
général parmi les femmes. Cependant Pandolphe
, amoureux de Zerbine , donne luimêine
fujet à fa femme & à la fuivante de
fe moquer de lui , & tombe dans le piège
qu'elles lui tendent. Il a donné un rendezvous
pour le foir à Zerbine , qui eft d'accord
avec fa maîtreffe. Il ne manque pas de
s'y trouver , & Zerbine le traite précifèment
comme le Philofophe Gridelin , dans le
charmant Conte de M. Marmontel, intitulé
le Philofophe foit- difant. Elle lui attache
un ruban au col , l'appelle favori comme
fon petit chien , le fait marcher à quatre
pattes , japper , &c.; & au moment convenu
, elle le livre dans cet état à Laure ,
qui paroît fuivie de toute fa famille , que
Pandolphe a mandée pour le jugement domeftique.
Pandolphe eft hué , comme on
peut fe l'imaginer , & l'on apprend en
même-temps que le Sénat s'eft moqué de
Biv
32 MERCURE
fon ridicule projet. Lucrèce , mère de
Laure , raconte ainfi ce qui s'eft paffé.
A peine vous quittiez l'Affemblée , que
le nombre des femmes qui inveftiffoient le
Sénat , s'eft accru prodigieufement , accou
rant de toutes parts , furieufes , échevelées ,
criant comme les oyes du Capitole , & non
moins intrépides que les Soldats qui l'affiégeoient
; fe précipitant les unes fur les autres
, & s'agitant comme les flots de la mer ;
elles ont donné aux portes des fecouffes fi
violentes , qu'elles les ont foudain enfoncées.
PASQUIN.
Les forcières des portes qui ne s'ou
vrent qu'avec la clef d'or !
LUCREC E.
A l'afpect de ces femmes en fureur , les
Sénateurs ont pâli . Les Huiffiers ont pris la
fuite.
PASQUIN.
Les Poltronś !
LUCRÈCE.
Mais plein d'une noble affurance , celui
qui préfidoit l'Affemblée , tranquille au
milieu du tumulte , l'air riant & ferein , à
l'inftant s'eft levé . Les féditions , a- t- il dit ,
DE FRANCE.
33
ont caufé de grands meaux ; évitons - les :
que chacun vive avec fa femme comme je
vis avec la mienne . Elle aime la danfe , &
je ne hais pas le vin ; je l'envoie au bal , &
je refte à boire avec mes amis . L'Affemblée
à ces mots applaudit , bat des mains :
le projet eft unanimement profcrit ; la fédition
s'appaife . On en plaifante , on s'en
amuſe , & la ſéance finit par un grand éclat
de rire ".
Pandolphe demande grace à Laure &
Pafquin à Zerbine , & la Pièce finit par une
réconciliation générale , & par cet axiome
de Lucrèce , que de toutes les prétentions
d'un mari , la plus ridicule eft celle de vouloir
juger fa femme .
Cette Pièce eft un badinage agréable ,
plus fait pour la fociété que pour le théâtre.
Il y a peu d'action & d'intrigue ; mais le
dialogue en eft facile & gai. C'eft une ef
pèce de proverbe , dont le mot eft ce vers
de Voltaire :
Femme toujours eft maîtreffe au logis.
L'Auteur a joint à cette Comédie des
Odes anacrécntiques , dont plufieurs of
frent des idées ingénieufes . Nous citerons"
les dux fuivantes qui nous ont paru les
plus jolies.
By
34
MERCURE
L'AMOUR PRISONNIER
QUAND Vénus , par jaloufie ,
Bannit Pfiché de fa Cour ,
Dans les bofquets d'Idalie ,2
Elle emprifonna l'Amour.
It gémit , fe déſeſpère ,
Et voudroit bien s'envoler :
Demeurez , lui dit fa mère
Où voulez-vous donc aller ?
CES retraites font fi belles !
Oui , répond le tendre enfant ,
Mais pourquoi vous perdent-elles ,
Lorfqu'Adonis eft abfent ?
DIANE SURPRISE PAR L'AMOUR
DE Cupidon Diane évitoit la pourſuite ;
Un jour furprife dans le bain ,
Elle laiffa tomber fon voile dans fa fuite
Ce Dieu le releva foudain.
IL court, en fouriant , le porter à fa mère
Qui s'en pare d'un air vainqueur ,
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
actes & en profe.
profe. Caftigat ridendo mores.
A Amfterdam ; & à Paris , chez Lambert,
Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme , & Efprit , Libraire , au
Palais Royal.
>
LA fcène eft à Venife. Un vieux Sénateur ,
nommé Pandolphe , las de la mauvaiſe conduite
de fa femme , qui court fans ceffe le
bal , & fait la nuit du jour , & du jour la
nuit , imagine de rétablir l'ancien Tribunal
domeftique , en ufage chez les Romains ,
où un mari , mécontent de fa femme , la faifoit
juger par fes parens affemblés , qui
prononçoient le divorce ou telle autre peine
qu'on croyoit légitime . Il a communiqué
fon projet au Sénat , & le bruit fe répand
dans Venife que cet avis doit paffer. Pan--
dolphe lui - même confie fon fecret à fon
valet Pafquin , qui n'eft pas plus fatisfait
de Zerbine fa femme , que Pandolphe ne
l'eft de la fienne . Laure ( c'eft le nom de
cette dernière ) eft fort alarmée des bruits
DE FRANCE. 31
qui fe répandent , & en parle à fa fuivante
Zerbine. Celle- ci tâche de faire parler Pafquin
, qui d'abord lui donne le change , &
s'amufe à lui faire coire que l'Édit dont il
eſt queſtion au Sénat , porte la caffation de
tous les mariages de la République. Mais
bientôt Laure & Zerbine ont de meilleures
informations , & favent enfin de quoi il
s'agit. Elles ne manquent pas de fonner
l'alarme dans Venife, & le foulèvement eft
général parmi les femmes. Cependant Pandolphe
, amoureux de Zerbine , donne luimêine
fujet à fa femme & à la fuivante de
fe moquer de lui , & tombe dans le piège
qu'elles lui tendent. Il a donné un rendezvous
pour le foir à Zerbine , qui eft d'accord
avec fa maîtreffe. Il ne manque pas de
s'y trouver , & Zerbine le traite précifèment
comme le Philofophe Gridelin , dans le
charmant Conte de M. Marmontel, intitulé
le Philofophe foit- difant. Elle lui attache
un ruban au col , l'appelle favori comme
fon petit chien , le fait marcher à quatre
pattes , japper , &c.; & au moment convenu
, elle le livre dans cet état à Laure ,
qui paroît fuivie de toute fa famille , que
Pandolphe a mandée pour le jugement domeftique.
Pandolphe eft hué , comme on
peut fe l'imaginer , & l'on apprend en
même-temps que le Sénat s'eft moqué de
Biv
32 MERCURE
fon ridicule projet. Lucrèce , mère de
Laure , raconte ainfi ce qui s'eft paffé.
A peine vous quittiez l'Affemblée , que
le nombre des femmes qui inveftiffoient le
Sénat , s'eft accru prodigieufement , accou
rant de toutes parts , furieufes , échevelées ,
criant comme les oyes du Capitole , & non
moins intrépides que les Soldats qui l'affiégeoient
; fe précipitant les unes fur les autres
, & s'agitant comme les flots de la mer ;
elles ont donné aux portes des fecouffes fi
violentes , qu'elles les ont foudain enfoncées.
PASQUIN.
Les forcières des portes qui ne s'ou
vrent qu'avec la clef d'or !
LUCREC E.
A l'afpect de ces femmes en fureur , les
Sénateurs ont pâli . Les Huiffiers ont pris la
fuite.
PASQUIN.
Les Poltronś !
LUCRÈCE.
Mais plein d'une noble affurance , celui
qui préfidoit l'Affemblée , tranquille au
milieu du tumulte , l'air riant & ferein , à
l'inftant s'eft levé . Les féditions , a- t- il dit ,
DE FRANCE.
33
ont caufé de grands meaux ; évitons - les :
que chacun vive avec fa femme comme je
vis avec la mienne . Elle aime la danfe , &
je ne hais pas le vin ; je l'envoie au bal , &
je refte à boire avec mes amis . L'Affemblée
à ces mots applaudit , bat des mains :
le projet eft unanimement profcrit ; la fédition
s'appaife . On en plaifante , on s'en
amuſe , & la ſéance finit par un grand éclat
de rire ".
Pandolphe demande grace à Laure &
Pafquin à Zerbine , & la Pièce finit par une
réconciliation générale , & par cet axiome
de Lucrèce , que de toutes les prétentions
d'un mari , la plus ridicule eft celle de vouloir
juger fa femme .
Cette Pièce eft un badinage agréable ,
plus fait pour la fociété que pour le théâtre.
Il y a peu d'action & d'intrigue ; mais le
dialogue en eft facile & gai. C'eft une ef
pèce de proverbe , dont le mot eft ce vers
de Voltaire :
Femme toujours eft maîtreffe au logis.
L'Auteur a joint à cette Comédie des
Odes anacrécntiques , dont plufieurs of
frent des idées ingénieufes . Nous citerons"
les dux fuivantes qui nous ont paru les
plus jolies.
By
34
MERCURE
L'AMOUR PRISONNIER
QUAND Vénus , par jaloufie ,
Bannit Pfiché de fa Cour ,
Dans les bofquets d'Idalie ,2
Elle emprifonna l'Amour.
It gémit , fe déſeſpère ,
Et voudroit bien s'envoler :
Demeurez , lui dit fa mère
Où voulez-vous donc aller ?
CES retraites font fi belles !
Oui , répond le tendre enfant ,
Mais pourquoi vous perdent-elles ,
Lorfqu'Adonis eft abfent ?
DIANE SURPRISE PAR L'AMOUR
DE Cupidon Diane évitoit la pourſuite ;
Un jour furprife dans le bain ,
Elle laiffa tomber fon voile dans fa fuite
Ce Dieu le releva foudain.
IL court, en fouriant , le porter à fa mère
Qui s'en pare d'un air vainqueur ,
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
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Résumé : Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
La pièce 'Le Tribunal domestique' est une comédie en trois actes se déroulant à Venise. Le sénateur Pandolphe, exaspéré par le comportement nocturne de son épouse, propose de rétablir un ancien tribunal domestique romain permettant aux maris mécontents de faire juger leurs épouses par leurs parents. Cette initiative suscite des inquiétudes parmi les femmes vénitiennes, notamment Laure, l'épouse de Pandolphe, et Zerbine, la servante de Laure. Informées de la véritable intention de Pandolphe, elles alertent les autres femmes de la ville, déclenchant un soulèvement général. Pandolphe, amoureux de Zerbine, se retrouve pris au piège par les deux femmes et est humilié publiquement. Le Sénat rejette alors son projet jugé ridicule. La pièce se conclut par une réconciliation générale et l'affirmation de l'axiome de Lucrèce sur la vanité des maris voulant juger leurs épouses. La pièce est qualifiée de badinage agréable, mieux adapté à la société qu'au théâtre, avec un dialogue léger et joyeux. L'auteur inclut également des odes anacréontiques, dont deux sont mentionnées dans le texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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436
p. 35-40
Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Début :
Traité de l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire, par M. Fournel, Avocat. A [...]
Mots clefs :
Adultère, Femme, Mari, Peines, Traité, Coupables, Jean-François Fournel, Crime, Complice
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texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Traité de l'Adultère confidéré dans l'ordre
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
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Résumé : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Le traité 'De l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire' de M. Fournel analyse le crime d'adultère et ses implications juridiques. Malgré les propositions de réforme de philosophes tels que le Marquis de Beccaria, les abus liés à ce crime persistent souvent par habitude. L'adultère est un délit complexe à prouver et est fréquemment puni de manière disproportionnée. Historiquement, les lois concernant l'adultère ont varié. Chez les Juifs, les femmes suspectées d'adultère devaient boire un breuvage amer sous imprécations. Chez les Romains, le père avait le droit de tuer sa fille adultère, mais cette prérogative n'était pas accordée au mari. Les peines pour adultère incluaient la lapidation, la brûlure, ou la prostitution forcée. En France, les Francs imposaient des amendes, tandis que sous le droit romain, l'adultère était puni de mort. À l'époque du traité, la femme adultère était reléguée dans un monastère et condamnée à une captivité perpétuelle en cas de récidive. Le complice de l'adultère encourrait une amende pécuniaire, une amende honorable, parfois le bannissement, voire les galères, selon la gravité des circonstances. L'auteur espère que son traité éclairera les juges pour qu'ils agissent avec connaissance et défendent mieux l'innocence. Le texte est signé par M. de L*, avocat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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437
p. 40-47
SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE. (Second Extrait).
Début :
Un objet plus important se présente ensuite dans le sixième Livre de cet ouvrage, [...]
Mots clefs :
Homme sauvage, Vie, Sauvage, Temps, Nations, Imagination, Nature, Modèle, Monde, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE. (Second Extrait).
SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE .
›
( Second Extrait ) .
UN objet plus important fe préfente
enfuite dans le fixième Livre de cet ouvrage
, & M. Robertfon trace le tableau de
la vie fauvage.
Toutes les fois que le joug néceffaire
de la fociété pèfe trop fur l'homme , on
l'entend regretter ces temps primitifs , où
fon indépendance n'étoit bornée que par
fes defirs ou par fes forces. Les Nations
même , en s'éloignant de la vie ſauvage
d'où elles font toutes parties , y ont toujours
reporté leurs regards en foupirant , comme
fi elles fe fuffent éloignées du bonheur. La
poéfie eft venue ajouter encore à ces regrets :
cherchant des couleurs douces , fraiches &
brillantes , elle a voulu peindre le genre
DE FRANCE. 41
humain dans fa jeuneffe ; & la terre , hériffée
de ronces & couverte de marais
lorfqu'elle ne nourrit que des Sauvages ,
n'a plus offert à cette trifte époque , fous les
pinceaux des Poëtes , que les images de ,
l'abondance & de la félicité ! La raifon
même & la plus faine philofophie femblent
approuver ces tableaux brillans de l'imagination
; & le célèbre Citoyen de Genève,
Rouffeau , a parlé comme Héfiode, Ovide
& Virgile. On a cru fon opinion nouvelle :
elle eft aufli ancienne que les fociétés & la
philofophie . Chez tous les peuples un peu
éclairés , qui ne trouvoient point encore le
bonheur dans leurs lumières , on a été porté
à penfer que l'homme fe dégradoit en cherchant
la perfection , & que les temps où il
s'égare le moins , font ceux où il fuit le
plus aveuglément l'inftinct de la nature. Il
fuffit d'ouvrir les livres pour voir que dans
tous les temps on a donné à l'homme focial,
l'homme fauvage pour modèle. Le Poliique
, pour chercher les principes des
loix conftitutives des fociétés , & les meilleures
formes de gouvernemens , a toujours
tranfporté fon imagination autour du chêne
où les Sauvages délibèrent le plan d'une
chaffe , ou les brigandages d'une guerre ;
le Moraliſte a toujours defiré d'habiter avec
eux fous leurs hutes , pour trouver dans leur
vie domestique la règle de nos devoirs
& l'exemple des vertus qu'il veut nous pref42
MERCURE
crire tous les Philofophes enfin ont toujours
été tentés d'aller les chercher dans
leurs forêts , & de les fuivre dans leurs
courfes , pour s'éclairer devant leur ignorance
, & furprendre la vérité dans les premières
idées de l'homme.
Une obfervation exacte & profonde de
l'homme fauvage , pouvoit feule confirmer
ou détruire ces idées . Mais l'homme fauvage
étoit peu connu dans l'ancien monde.
Toutes les Nations policées avoient perdu
en fe civilifant , le fouvenir des temps où
elles avoient erré en troupes fur des terres
incultes . Le tableau des moeurs des Germains
, par Tacite , nous préfente plutôt
des barbares que des fauvages. A l'exception
des fennes , toutes les peuplades que
ce grand homme nous a décrites,avoient des
inftitutions qui les éloignoient déjà beaucoup
de l'époque dont nous parlons . A
lear entrée dans les Gaules , elles écrivirent
leurs ufages , & cela forma un Code,
Dans le nouveau monde , au contraire ,
on pouvoit obferver par tout la nature
dans toute fa fimplicité. Depuis le moment
de la découverte , le globe a été partagé en
deux parties dans l'une , on ne connoiffoit
guères que des hommes policés ; dans l'au
tre , on ne voyoit prefque des fauvages
& l'on a eu deux mondes à comparer pour
réfoudre une queftion de philofophie .
Pour élever l'homme fauvage , on l'a
DE FRANCE. 43
mis en oppofition avec l'homme focial ;
les traits de tous les deux reffortent en effet
davantage par ce contrafte , & l'on peut fe
fervir , en faveur de la vérité , de ce moyen
employé dans beaucoup de déclamations
philofophiques.
:
Pour nous faire rougir de la langueur où
nous plongent le luxe & la molleffe ; on a
donné une grande vigueur à l'homme fauvage
; il est plus foible que les hommes
qui exercent & qui déployent leurs forces
dans les travaux de la fociété ; & ce n'eft
pas feulement en Amérique qu'on a remarqué
cette foibleffe dans ceux qui ne connoiffent
point les travaux des Nations policées
les Germains même , fi renommés
par la grandeur de leur taille , qui a affrayé
quelquefois les légions Romaines , étoient
trop foibles pour fupporter un travail un
peu pénible . Ce n'eft ni dans le repos ,
ni même dans les courfes de la vie fauvage
, que les vainqueurs de Pyrrhus &
d'Annibal auroient acquis cette vigueur infatigable
, qui en fit plus que des hommes.
Le fauvage mange peu & agit peu : il doit
être néceffairement très- foible. On a penfé
que fa vie étoit exempte au moins de ces
maux cruels qui empoifonnent la nô
tre , & qu'elle arrivoit toujours paisible .
ment au dernier terme de la vieilleffe
mais s'il ignore les maladies de langueur
qui confument parmi nous les victimes des
44
MERCURE
•
excès & des paffions , il meurt auffi à tous
les âges , emporté par des maladies violentes
, qu'il ne fait ni prévenir , ni combat.
tre. Les lumières de nos Médecins ne lui
feroient guères plus funeftes que fon ignorance.
On l'a repréfenté comme le modèle
le plus parfait des fentimens qui naiffent
de la nature ; & le fauvage ne paye d'au
cune reconnoiffance la compagne qui l'a
rendu heureux , ne fent prefque point fon
exiſtence dans l'enfant qui lui doit la vie
& oublie les fecours qu'il a reçus de fon.
père , à l'inftant qu'il ceife d'en avoir beſoin.
Epoux cruel & defpotique , fils ingrat , père
indifférent , tel eft fon caractère dans la
vie domestique. Ces affections , fi douces
& fi tendres, que l'excès de la fociabilité
éteint parmi nous , l'excès de la groffièreté
les empêche de naître dans le coeur du fatvage.
On vante la liberté dont il jouit dans
fa Tribu , & peu s'en faut qu'on n'ait placé
l'Habitant ftupide des bords du Saint- Laurent
ou de l'Amazone , à côté des Citoyens
de Rome & de la Grèce. Mais comment
le fauvage auroit- il perdu fa liberté , puifqu'il
conferve encore prefque toute fon indépendance
naturelle ? Qu'on l'élève audeffus
de l'efclave , qui eft le plus vil des
êtres , mais qu'on fe garde de le comparer
au Citoyen vertueux d'une République
qui eft le premier des hommes. Que pourroit-
il y avoir de commun entre Ariftide
!
DE FRANCE.
45
& un Iroquois , entre un Patagon & Brutus ?
J'admire l'homme qui reçoit le joug des
loix des mains de la liberté , & s'honore
de for obéiffance même , parce qu'il n'y voit
que l'hommage qu'il rend à fa propre raifon ;
mais je ne puis admirer le fauvage , qui
n'évite les inconvéniens de la fociété que
parce qu'il ne fait point s'en procurer les
avantages. Ces guerres fanglantes qui naiffent
de la propriété exclufive , font inconnues,
a- t-on dit, au Sauvage , qui, s'il n'a
rien , a du moins droit à tout ; mais les
Sauvages fe difputent le droit de chaffer
dans une forêt avec autant de fureur que
les Nations policées fe difputent les Empires.
Les unes combattent pour la propriété
de la terre , les autres pour la jouiffance
de fes productions. L'homme focial ,
fatisfait de la victoire , pardonne quelquefois
aux vaincus , & montre l'humanité
dans le fein même des horreurs de la guerre :
le fauvage ne cherche qu'à détruire , &
tourmente ou dévore l'ennemi tombé fous
fa puiffance. On a cherché le dieu du fauvage
dans fes forêts , & on ne l'a point
trouvé. Parce qu'il tremble devant un ferpent
, ou s'agenouille devant une pierre ,
il ne faut pas croire qu'il ait l'idée d'un
Créateur de l'Univers. Il a fallu beaucoup
de lumière à l'homme pour s'égarer , même
dans les erreurs de l'idolâtrie. Le grand
efprit des peuples du nord de l'Amérique ,
45
MERCURE
n'a jamais fait naître en eux les idées que
ce mot efprit fait naître parmi nous. Cette
diftinction métaphysique des fubftances
corporelles & fpirituelles , n'eft pas , fans
doute , à la portée de ces peuples , qui n'ont
encore ni art , ni agriculture. Les Métaphyficiens
ne naiffent que fur des terres
bien cultivées. Le Sauvage , il ett vrai ,
montre prefque part- tout l'efpérance d'une
vie à venir ; mais il ne faut pas en conclure
qu'il croit à l'immortalité de l'ame :
c'eft à l'éternité de la vie qu'il croit. Il
ne confent point à la mort ; & lorſque la
nature le fait mourir fur le bord d'un fleuve
ou au pied d'une montagne , fon imagination
lui crée au- delà de la montagne &
du fleuve qui le voyent expirer , un monde
nouveau où il va continuer de vivre .
Teleft le réfultat du beau tableau que nous
a tracé M. Robertſon , d'après les relations
les plus fidelles du nouveau Monde . Il fera
difficile déformais à l'imagination de pren
dre dans l'homme fauvage le modèle le
plus parfait de toutes les vertus morales ,
& de nous faire regretter encore le fort
auquel il eft condamné. S'il faut abfolument
un modèle de perfection à l'homme
pour le confoler de fes vices & de fes
maux , qu'il le cherche , non plus dans fes
regrets , mais dans fes efpérances ; qu'il
jouiffe d'avance du perfectionnement que ,
peut - être , il pourra donner un jour aux
DE FRANCE. 47
inftitutions fociales auxquelles il doit , jufqu'à
préfent , le peu de vertus qu'il fait voir,
& le peu de bonheur qu'il fe procure .
( La fuite à l'ordinaire prochain . )
›
( Second Extrait ) .
UN objet plus important fe préfente
enfuite dans le fixième Livre de cet ouvrage
, & M. Robertfon trace le tableau de
la vie fauvage.
Toutes les fois que le joug néceffaire
de la fociété pèfe trop fur l'homme , on
l'entend regretter ces temps primitifs , où
fon indépendance n'étoit bornée que par
fes defirs ou par fes forces. Les Nations
même , en s'éloignant de la vie ſauvage
d'où elles font toutes parties , y ont toujours
reporté leurs regards en foupirant , comme
fi elles fe fuffent éloignées du bonheur. La
poéfie eft venue ajouter encore à ces regrets :
cherchant des couleurs douces , fraiches &
brillantes , elle a voulu peindre le genre
DE FRANCE. 41
humain dans fa jeuneffe ; & la terre , hériffée
de ronces & couverte de marais
lorfqu'elle ne nourrit que des Sauvages ,
n'a plus offert à cette trifte époque , fous les
pinceaux des Poëtes , que les images de ,
l'abondance & de la félicité ! La raifon
même & la plus faine philofophie femblent
approuver ces tableaux brillans de l'imagination
; & le célèbre Citoyen de Genève,
Rouffeau , a parlé comme Héfiode, Ovide
& Virgile. On a cru fon opinion nouvelle :
elle eft aufli ancienne que les fociétés & la
philofophie . Chez tous les peuples un peu
éclairés , qui ne trouvoient point encore le
bonheur dans leurs lumières , on a été porté
à penfer que l'homme fe dégradoit en cherchant
la perfection , & que les temps où il
s'égare le moins , font ceux où il fuit le
plus aveuglément l'inftinct de la nature. Il
fuffit d'ouvrir les livres pour voir que dans
tous les temps on a donné à l'homme focial,
l'homme fauvage pour modèle. Le Poliique
, pour chercher les principes des
loix conftitutives des fociétés , & les meilleures
formes de gouvernemens , a toujours
tranfporté fon imagination autour du chêne
où les Sauvages délibèrent le plan d'une
chaffe , ou les brigandages d'une guerre ;
le Moraliſte a toujours defiré d'habiter avec
eux fous leurs hutes , pour trouver dans leur
vie domestique la règle de nos devoirs
& l'exemple des vertus qu'il veut nous pref42
MERCURE
crire tous les Philofophes enfin ont toujours
été tentés d'aller les chercher dans
leurs forêts , & de les fuivre dans leurs
courfes , pour s'éclairer devant leur ignorance
, & furprendre la vérité dans les premières
idées de l'homme.
Une obfervation exacte & profonde de
l'homme fauvage , pouvoit feule confirmer
ou détruire ces idées . Mais l'homme fauvage
étoit peu connu dans l'ancien monde.
Toutes les Nations policées avoient perdu
en fe civilifant , le fouvenir des temps où
elles avoient erré en troupes fur des terres
incultes . Le tableau des moeurs des Germains
, par Tacite , nous préfente plutôt
des barbares que des fauvages. A l'exception
des fennes , toutes les peuplades que
ce grand homme nous a décrites,avoient des
inftitutions qui les éloignoient déjà beaucoup
de l'époque dont nous parlons . A
lear entrée dans les Gaules , elles écrivirent
leurs ufages , & cela forma un Code,
Dans le nouveau monde , au contraire ,
on pouvoit obferver par tout la nature
dans toute fa fimplicité. Depuis le moment
de la découverte , le globe a été partagé en
deux parties dans l'une , on ne connoiffoit
guères que des hommes policés ; dans l'au
tre , on ne voyoit prefque des fauvages
& l'on a eu deux mondes à comparer pour
réfoudre une queftion de philofophie .
Pour élever l'homme fauvage , on l'a
DE FRANCE. 43
mis en oppofition avec l'homme focial ;
les traits de tous les deux reffortent en effet
davantage par ce contrafte , & l'on peut fe
fervir , en faveur de la vérité , de ce moyen
employé dans beaucoup de déclamations
philofophiques.
:
Pour nous faire rougir de la langueur où
nous plongent le luxe & la molleffe ; on a
donné une grande vigueur à l'homme fauvage
; il est plus foible que les hommes
qui exercent & qui déployent leurs forces
dans les travaux de la fociété ; & ce n'eft
pas feulement en Amérique qu'on a remarqué
cette foibleffe dans ceux qui ne connoiffent
point les travaux des Nations policées
les Germains même , fi renommés
par la grandeur de leur taille , qui a affrayé
quelquefois les légions Romaines , étoient
trop foibles pour fupporter un travail un
peu pénible . Ce n'eft ni dans le repos ,
ni même dans les courfes de la vie fauvage
, que les vainqueurs de Pyrrhus &
d'Annibal auroient acquis cette vigueur infatigable
, qui en fit plus que des hommes.
Le fauvage mange peu & agit peu : il doit
être néceffairement très- foible. On a penfé
que fa vie étoit exempte au moins de ces
maux cruels qui empoifonnent la nô
tre , & qu'elle arrivoit toujours paisible .
ment au dernier terme de la vieilleffe
mais s'il ignore les maladies de langueur
qui confument parmi nous les victimes des
44
MERCURE
•
excès & des paffions , il meurt auffi à tous
les âges , emporté par des maladies violentes
, qu'il ne fait ni prévenir , ni combat.
tre. Les lumières de nos Médecins ne lui
feroient guères plus funeftes que fon ignorance.
On l'a repréfenté comme le modèle
le plus parfait des fentimens qui naiffent
de la nature ; & le fauvage ne paye d'au
cune reconnoiffance la compagne qui l'a
rendu heureux , ne fent prefque point fon
exiſtence dans l'enfant qui lui doit la vie
& oublie les fecours qu'il a reçus de fon.
père , à l'inftant qu'il ceife d'en avoir beſoin.
Epoux cruel & defpotique , fils ingrat , père
indifférent , tel eft fon caractère dans la
vie domestique. Ces affections , fi douces
& fi tendres, que l'excès de la fociabilité
éteint parmi nous , l'excès de la groffièreté
les empêche de naître dans le coeur du fatvage.
On vante la liberté dont il jouit dans
fa Tribu , & peu s'en faut qu'on n'ait placé
l'Habitant ftupide des bords du Saint- Laurent
ou de l'Amazone , à côté des Citoyens
de Rome & de la Grèce. Mais comment
le fauvage auroit- il perdu fa liberté , puifqu'il
conferve encore prefque toute fon indépendance
naturelle ? Qu'on l'élève audeffus
de l'efclave , qui eft le plus vil des
êtres , mais qu'on fe garde de le comparer
au Citoyen vertueux d'une République
qui eft le premier des hommes. Que pourroit-
il y avoir de commun entre Ariftide
!
DE FRANCE.
45
& un Iroquois , entre un Patagon & Brutus ?
J'admire l'homme qui reçoit le joug des
loix des mains de la liberté , & s'honore
de for obéiffance même , parce qu'il n'y voit
que l'hommage qu'il rend à fa propre raifon ;
mais je ne puis admirer le fauvage , qui
n'évite les inconvéniens de la fociété que
parce qu'il ne fait point s'en procurer les
avantages. Ces guerres fanglantes qui naiffent
de la propriété exclufive , font inconnues,
a- t-on dit, au Sauvage , qui, s'il n'a
rien , a du moins droit à tout ; mais les
Sauvages fe difputent le droit de chaffer
dans une forêt avec autant de fureur que
les Nations policées fe difputent les Empires.
Les unes combattent pour la propriété
de la terre , les autres pour la jouiffance
de fes productions. L'homme focial ,
fatisfait de la victoire , pardonne quelquefois
aux vaincus , & montre l'humanité
dans le fein même des horreurs de la guerre :
le fauvage ne cherche qu'à détruire , &
tourmente ou dévore l'ennemi tombé fous
fa puiffance. On a cherché le dieu du fauvage
dans fes forêts , & on ne l'a point
trouvé. Parce qu'il tremble devant un ferpent
, ou s'agenouille devant une pierre ,
il ne faut pas croire qu'il ait l'idée d'un
Créateur de l'Univers. Il a fallu beaucoup
de lumière à l'homme pour s'égarer , même
dans les erreurs de l'idolâtrie. Le grand
efprit des peuples du nord de l'Amérique ,
45
MERCURE
n'a jamais fait naître en eux les idées que
ce mot efprit fait naître parmi nous. Cette
diftinction métaphysique des fubftances
corporelles & fpirituelles , n'eft pas , fans
doute , à la portée de ces peuples , qui n'ont
encore ni art , ni agriculture. Les Métaphyficiens
ne naiffent que fur des terres
bien cultivées. Le Sauvage , il ett vrai ,
montre prefque part- tout l'efpérance d'une
vie à venir ; mais il ne faut pas en conclure
qu'il croit à l'immortalité de l'ame :
c'eft à l'éternité de la vie qu'il croit. Il
ne confent point à la mort ; & lorſque la
nature le fait mourir fur le bord d'un fleuve
ou au pied d'une montagne , fon imagination
lui crée au- delà de la montagne &
du fleuve qui le voyent expirer , un monde
nouveau où il va continuer de vivre .
Teleft le réfultat du beau tableau que nous
a tracé M. Robertſon , d'après les relations
les plus fidelles du nouveau Monde . Il fera
difficile déformais à l'imagination de pren
dre dans l'homme fauvage le modèle le
plus parfait de toutes les vertus morales ,
& de nous faire regretter encore le fort
auquel il eft condamné. S'il faut abfolument
un modèle de perfection à l'homme
pour le confoler de fes vices & de fes
maux , qu'il le cherche , non plus dans fes
regrets , mais dans fes efpérances ; qu'il
jouiffe d'avance du perfectionnement que ,
peut - être , il pourra donner un jour aux
DE FRANCE. 47
inftitutions fociales auxquelles il doit , jufqu'à
préfent , le peu de vertus qu'il fait voir,
& le peu de bonheur qu'il fe procure .
( La fuite à l'ordinaire prochain . )
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Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE. (Second Extrait).
Le texte examine la perception romantique de la vie sauvage, souvent idéalisée par la poésie et la philosophie. Des penseurs comme Jean-Jacques Rousseau et des poètes anciens tels que Hésiode, Ovide et Virgile exprimaient une nostalgie pour les temps primitifs où l'homme était libre et indépendant. Cette vision a influencé la politique, la morale et la philosophie, cherchant des modèles dans la vie sauvage pour comprendre les lois et les vertus. Cependant, l'homme sauvage était mal connu dans l'ancien monde. Tacite décrivait les Germains comme des barbares plutôt que des sauvages authentiques, tandis que le Nouveau Monde offrait l'opportunité d'observer des sociétés véritablement sauvages. Le texte met en lumière les contradictions dans la représentation de l'homme sauvage. Bien que souvent dépeint comme vigoureux, il est en réalité faible physiquement et meurt prématurément de maladies violentes. Sur le plan affectif, il est décrit comme indifférent et ingrat, manquant des affections douces et tendres observées dans les sociétés civilisées. Sa liberté dans la tribu est également remise en question, car il conserve une indépendance naturelle plutôt qu'une véritable liberté civique. Le texte compare les peuples indigènes aux citoyens des sociétés civilisées de Rome et de Grèce. Il souligne que, bien que les sauvages conservent une certaine indépendance naturelle, ils ne doivent pas être comparés aux citoyens vertueux des républiques. Les guerres chez les sauvages sont motivées par la propriété ou ses productions, et ils sont décrits comme destructeurs et cruels envers leurs ennemis. Contrairement aux hommes sociaux, les sauvages croient en une vie future plutôt qu'en l'immortalité de l'âme. L'auteur conclut qu'il est difficile de voir dans le sauvage un modèle de vertu morale et suggère de chercher ce modèle dans les espérances et les progrès futurs des institutions sociales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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438
p. 47-49
Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
Début :
Éloge de Gui Dufour de Pibrac, Discours qui a remporté le Prix, au jugement de [...]
Mots clefs :
Guy du Faur de Pibrac, Éloge, Prix, Académie des Jeux floraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
Eloge de Gui Dufour de Pibrac , Difcours
qui a remporté le Prix , au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse,
en 1778 ; par M. l'Abbé Calvet , de l'Académie
des Sciences , Infcriptions &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne.
A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , au coin de la rue
Pavée. Prix , broché , 1 liv. 4 fols .
•
Pibrac fut un homme vertueux , & d'un
efprit au-deffus de fon fiècle. Il exerça quelque
temps la charge d'Avocat - Général au
Parlement de Paris. Il accompagna Henri
III dans fon voyage de Pologne , & eut
beaucoup de peine à fe fauver à la fuite de
ce Prince , qui s'échappoit de ce pays en fugitif
après y être entré en Roi. Il fut chargó
de quelques négociations particulières dans
les troubles de la Ligue , mais il influa peu
fur les affaires publiques. Il eft connu furtout
par fes Quatrains pleins de fens & de
raifon , & dont l'expreffion même eft quelquefois
heureufe , malgré la rudeffe d'un
langage encore informe. Ce n'étoit pas - là
un fujet d'éloge à propofer à l'éloquence,
On peut fans doute donner , dans quelques
48
MERCURE
pages , une notice hiftorique du mérite de
Fibrac, comme on peut le faire pour beaucoup
d'autres hommes eftimables ; mais
peut- être les Sociétés Littéraires devroientelles
faire un peu plus d'attention aux choix
des fujets qu'elles propofent aux Orateurs.
Comme l'art oratoire eft par lui - même
grand & élevé , il ne faut l'employer qu'à
ce qui en eft digne , fans quoi l'on tombe
dans un de ces inconvéniens inévitables , ou
de rabaiffer l'art , ou d'exagérer le fujet ; &
delà tant de déclamations emphatiques &
tant de lieux communs rebattus. La première
qualité de tout ouvrage , eft que le
ton foit analogue à la matière ; & le premier
devoir de celui qui écrit , eft de faifir d'abord
cette proportion , & de placer les objets
dans le point de vue fous lequel ils doivent
être préfentés au Lecteur raifonnable. Il ne
faut pas louer du même ton un Général ,
un Philofophe , un Poëte , & cette flexibi
lité de ftyle eft le premier fecret de l'art &
la première preuve du talent. En général ,
tout ce qui a influé fur la deftinée des Nations
ou fur l'efprit humain , mérite d'être
célébré par l'éloquence avec le degré d'intérêt
proportionné au fujet ; mais fi l'hom
me qui veut louer Pibrac a la prétention
d'être Orateur , il fera comme Simonide ,
il parlera de Pibrac en quelques lignes , &
le refte fera l'Hiftoire de la Ligue ; il fera
le
DE FRANCE.
49
le portrait de tous les grands perfonnages
de ce temps , & redira ce qu'on a dit cent
fois beaucoup plus à propos & beaucoup
mieux. Ce n'eft pas la première fois que
la
critique a remarqué cet abus , & toujours
inutilement. Qui eft - ce qui s'attend , par
exemple , à lire au commencement de l'Eloge
de Pibrac Malheur à quiconque ofe
calomnier les vertus & les talens , jufqu'à
croire que la naiffance peut ajouter à leur
prix ? Cette expreffion de calomnier eft auffi
fauffe que le ton de cette phrafe eft déplacé;
& c'eft à-peu- près-celui de tout le Difcours.
qui a remporté le Prix , au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse,
en 1778 ; par M. l'Abbé Calvet , de l'Académie
des Sciences , Infcriptions &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne.
A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , au coin de la rue
Pavée. Prix , broché , 1 liv. 4 fols .
•
Pibrac fut un homme vertueux , & d'un
efprit au-deffus de fon fiècle. Il exerça quelque
temps la charge d'Avocat - Général au
Parlement de Paris. Il accompagna Henri
III dans fon voyage de Pologne , & eut
beaucoup de peine à fe fauver à la fuite de
ce Prince , qui s'échappoit de ce pays en fugitif
après y être entré en Roi. Il fut chargó
de quelques négociations particulières dans
les troubles de la Ligue , mais il influa peu
fur les affaires publiques. Il eft connu furtout
par fes Quatrains pleins de fens & de
raifon , & dont l'expreffion même eft quelquefois
heureufe , malgré la rudeffe d'un
langage encore informe. Ce n'étoit pas - là
un fujet d'éloge à propofer à l'éloquence,
On peut fans doute donner , dans quelques
48
MERCURE
pages , une notice hiftorique du mérite de
Fibrac, comme on peut le faire pour beaucoup
d'autres hommes eftimables ; mais
peut- être les Sociétés Littéraires devroientelles
faire un peu plus d'attention aux choix
des fujets qu'elles propofent aux Orateurs.
Comme l'art oratoire eft par lui - même
grand & élevé , il ne faut l'employer qu'à
ce qui en eft digne , fans quoi l'on tombe
dans un de ces inconvéniens inévitables , ou
de rabaiffer l'art , ou d'exagérer le fujet ; &
delà tant de déclamations emphatiques &
tant de lieux communs rebattus. La première
qualité de tout ouvrage , eft que le
ton foit analogue à la matière ; & le premier
devoir de celui qui écrit , eft de faifir d'abord
cette proportion , & de placer les objets
dans le point de vue fous lequel ils doivent
être préfentés au Lecteur raifonnable. Il ne
faut pas louer du même ton un Général ,
un Philofophe , un Poëte , & cette flexibi
lité de ftyle eft le premier fecret de l'art &
la première preuve du talent. En général ,
tout ce qui a influé fur la deftinée des Nations
ou fur l'efprit humain , mérite d'être
célébré par l'éloquence avec le degré d'intérêt
proportionné au fujet ; mais fi l'hom
me qui veut louer Pibrac a la prétention
d'être Orateur , il fera comme Simonide ,
il parlera de Pibrac en quelques lignes , &
le refte fera l'Hiftoire de la Ligue ; il fera
le
DE FRANCE.
49
le portrait de tous les grands perfonnages
de ce temps , & redira ce qu'on a dit cent
fois beaucoup plus à propos & beaucoup
mieux. Ce n'eft pas la première fois que
la
critique a remarqué cet abus , & toujours
inutilement. Qui eft - ce qui s'attend , par
exemple , à lire au commencement de l'Eloge
de Pibrac Malheur à quiconque ofe
calomnier les vertus & les talens , jufqu'à
croire que la naiffance peut ajouter à leur
prix ? Cette expreffion de calomnier eft auffi
fauffe que le ton de cette phrafe eft déplacé;
& c'eft à-peu- près-celui de tout le Difcours.
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Résumé : Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Éloge de Gui Dufour de Pibrac' a été récompensé par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse en 1778. L'auteur, l'Abbé Calvet, membre de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Châlons-sur-Marne, a publié ce discours à Paris chez Mérigot le jeune. Gui Dufour de Pibrac, homme vertueux et doté d'un esprit supérieur, a exercé la fonction d'Avocat-Général au Parlement de Paris et a accompagné Henri III lors de son voyage en Pologne. Il a également participé à des négociations durant les troubles de la Ligue, bien que son influence sur les affaires publiques ait été limitée. Pibrac est surtout connu pour ses quatrains, riches en sens et en raison, bien que leur expression soit parfois maladroite. L'Abbé Calvet critique les choix des sujets proposés par les sociétés littéraires, estimant que l'art oratoire doit être réservé à des sujets dignes. Il souligne l'importance d'adapter le ton à la matière et d'éviter l'exagération ou la banalité. Selon lui, l'éloge de Pibrac ne devrait pas se transformer en une histoire détaillée de la Ligue ou en portraits de grands personnages, ce qui serait hors de propos et redondant.
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439
p. 118-126
De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
Début :
De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en [...]
Mots clefs :
Amour, Passion, Remède, Objet, Objets, Homme, Remèdes, Cerveau, Mère, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
De la Paffion de l'Amour , de fes caufes ,
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
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"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
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7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
Fermer
Résumé : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en la considérant comme maladie' est rédigé par un médecin anglais, M. F. Contrairement aux poètes et moralistes, l'auteur traite l'amour comme une maladie et propose des solutions concrètes pour la guérir. Il rejette l'idée que la ressemblance physique soit à l'origine de l'amour, préférant l'expliquer par la conformation des fibres cérébrales. L'auteur examine les effets de l'amour sur le caractère des individus, citant des exemples historiques tels qu'Alcibiade, Démétrius, Henri IV et Gabrielle d'Estrées pour démontrer que l'amour n'est pas incompatible avec le courage, bien qu'il puisse entraîner des erreurs. Il réfute également les opinions extrêmes de Bacon et de Barclay sur l'amour et les grandes âmes, affirmant que l'amour et le courage peuvent coexister mais restent distincts. Le texte explore diverses passions humaines et leurs remèdes. Il montre comment des passions comme l'avidité ou l'ambition poussent les individus à affronter des dangers. Concernant l'amour, certaines personnes le jugent incurable par des moyens naturels, tandis que d'autres le considèrent facile à maîtriser. L'auteur mentionne Angelo Poliziano, un esprit brillant mort de sa passion pour une courtisane. Il critique divers remèdes contre l'amour, tels que l'absence, les distractions et les purgations, et propose de remplacer l'image de l'objet aimé par une image effrayante ou triste pour contrer la passion amoureuse. Cependant, il doute de la facilité d'application de ce remède, tout en reconnaissant la qualité de la dissertation qui combine physique, morale et métaphysique de manière claire et souvent innovante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
440
p. 126-135
Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
Début :
Bibliothèque Universelle des Romans, depuis le premier Juillet 1775. A Paris, [...]
Mots clefs :
Romans, Genre, Roman, Moeurs, Siècle, Histoire, Louis XIV, XVIIe siècle, Romanciers, Monde, Nom, Reproche, XVIe siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Romans ,
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
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Résumé : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
La 'Bibliothèque Universelle des Romans' est publiée à Paris depuis le 1er juillet 1775 et connaît un grand succès depuis sept ans. Les romans, qualifiés d''enfants chéris de l'imagination', constituent une branche importante de la littérature, ayant évolué depuis l'Antiquité avec des auteurs comme Hésiode et Homère. Ils ont été critiqués pour leur frivolité mais aussi défendus pour leur capacité à refléter les réalités sociales et politiques de chaque époque. Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, les romans reflétaient les valeurs de la cour et les aventures exotiques. Des auteurs comme Madeleine de Scudéry et Gilles de La Calprenède se distinguèrent, bien que critiqués par Nicolas Boileau. Les héros de ces œuvres étaient souvent surdimensionnés, et les intrigues complexes empruntaient des éléments espagnols et italiens. À la fin du règne de Louis XIV, les romans moraux, politiques, historiques et satiriques gagnèrent en popularité. En 1700, les romans de mauvais goût furent rejetés, et le genre évolua vers des formes plus courtes comme les contes et les nouvelles. Des traductions d'auteurs anglais comme Jonathan Swift et Samuel Richardson introduisirent de nouvelles tendances. Des écrivains comme Pierre Camus tentèrent de purifier le genre avec des romans dévots, sans succès total. Parmi les romanciers célèbres mentionnés figurent Antonio de Mendoza, Nicolas Machiavel, Jean-Louis Guez de Balzac, Jean de La Fontaine, Voltaire, Marivaux, Montesquieu, Rousseau, et Madame de Genlis. Le texte met en avant une collection de volumes historiques, notamment ceux des mois d'octobre et novembre, soulignant la rigueur critique des auteurs et l'authenticité historique des contenus. L'auteur encourage les lecteurs à se procurer cette collection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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