Résultats : 361 texte(s)
Accéder à la page des domaines.
Détail
Liste
251
p. 218-222
Premiere Déclaration.
Début :
Louis, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navare : [...]
Mots clefs :
Royaume de France, Troubles, Pape, Bien de l'État, Articles, Constitution Unigenitus, Déclarations, Tranquillité publique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premiere Déclaration.
Premiere Déclaration.
Louis , par la grace de Dieu , Roi de France &
de Navare : A tous ceux qui ces préſentes lettres
verront , Salut. Nous nous sommes propoſé dans
tous les temps , de faire ceffer les troubles qui
ſe ſont élevés dans notre Royaume , à l'occaſion
de la Conſtitution Unigenitus , en employant également
notre autorité à lui faire rendre le refpect
&la ſoumifſion qui lui ſont dûs , & à empêcher
l'abus qu'on en voudroit faire , en lui attribuant
un caractere & des effets qu'elle ne peut
avoir par ſa nature. Il nous a paru ſurtout , qu'il
étoit important de preſcrire un filence abfolu fur
des queſtions qui ne peuvent tendre qu'à troubler
la tranquillité publique. Nous avons eu la fatisfaction
de voir Notre Saint Fere le Pape , en rendant
justice à notreamour pour la Religion , donner
ſes éloges aux vues qui nous ont conduit pour
faire rendre à l'autorité de l'Egliſe Pobéiſſance
qui lui eſt dûe , entretenir la paix , & réprimer
ceux qui cherchent à la troubler ; & nous avons
reçu avec reconnoiſſance les témoignages que la
bonté paternelle de ce ſaint Pontife , qui remplit
fi dignement la chaire de faint Pierre , nous en
• donnés par les lettres qu'il nous a adrefiés,
JANVIER. 1757 . 219
Animés du même eſprit & du deſir de conſommer
un ouvrage ſi néceſſaire au bien de notre
Etat, nous avons cru devoir encore, en maintenant
l'éxécution des loix précédemment rendues , ſtatuer
ſur différens points qui ont donné lieu à
de nouvelles conteſtations , & abolir en même
temps tout ce qui s'est fait de part & d'autre
à l'occaſion de ces diſputes , pour en effacer ,
s'il eſt poſſible , juſqu'au ſouvenir. A ces cauſes ,
& autres à ce nous mouvant,de l'avis de notre Conſeil
, de notre certaine ſcience , pleine puiſſance
& autorité royale , Nous avons dit , déclaré &
ordonné , & par ces Préſentes ſignées de notre
main , diſons , déclarons & ordonnons , voulons &
Nous plaît :
ART. I. Que les Lettres Patentes & Déclarations
données , tant par le feu Roi notre très-honoré
Seigneur & Bifaïeul , que par nous , & régiſtrées
ennos Cours au ſujet de la Conſtitution Unigenitus
, ſoient exécutées ſelon leur forme& teneur ;
&qu'en conféquence , tous nos ſujets ayent pour
laditeConſtitution le reſpect & la foumiffion qui
Hui ſont dûs ; fans néanmoins qu'on puiſſe lui
attribuer la dénomination, le caractere, ni les effets
de Regle de Foi.
II . N'entendons que le filence abſolu preſcrit
par noſdites Déclarations , & que nous voulons
être inviolablement obſervé , puiſſe préjudicier
au droit qu'ont les Archevêques & Evêques , d'enſeigner
les Eccléſiaſtiques & les peuples confiés
à leurs foins. Exhortons& néanmoins enjoignons
auxdits Archevêques & Evêques , de ſe renfermer ,
pour l'exercice de leurs fonctions , dans les bornes
de la charité & de la modération chrétienne , &
d'éviter tout ce qui pourroit troubler la tranquillité
-publique.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
III . L'article XXXIV de l'Edit du mois d'Avril
1695 ſera exécuté ſelon ſa forme & teneur ; &
en conféquence , toutes cauſes & actions civiles ,
concernant l'adminiſtration & le refus des Sacremens
, feront portées devant les Juges d'Eglife ,
excluſivement à tous Juges & Tribunaux ſéculiers ,
auxquels nous enjoignonsde leur en faire le renvoi,
fauf & ſans préjudice de l'appel comme d'abus.
Et à l'égard des plaintes & pourſuites criminelles
en cette matiere , elles feront portées , tant devant
nos Juges ayant la connoiſſance des cas royaux ,
&par appel en nos Cours , que devant les Juges
d'Eglife , chacun en ce qui les concerne & eſt
de leur compétence ; ſçavoir , pardevant nos
Juges pour raiſon du cas privilégié , & pardevant
les Juges d'Eglife pour le délit commun , le tout
conformément aux Ordonnances ; fans néanmoins
que nos cours & Juges puiffent ordonner , en
quelque maniere & fous quelque expreſſion que
ce ſoit , que les Sacremens feront adminiſtrés ;
fauf à nofdites Cours & Juges à prononcer telle
peine qu'il appartiendra , contre ceux qui ſe ſeroient
rendus coupables , lors de l'adminiſtration
ou du refus des Sacremens .
IV. Ne pourront néanmoins les Curés & autres
Eccléſiaſtiques , chargés de l'adminiſtration des
Sacremens , être pourſuivis pour raiſon des refus
de Sacremens par eux faits à ceux contre lefquels
il ſubſiſteroit des condamnations & cenfures
juridiquement & perſonnellement prononcées
contre eux , & actuellement exécutoires pour
leur déſobéiſſance à l'autorité & aux déciſions
de l'Eglife , & notamment à la Conftitution
Unigenitus ; ou à ceux qui dans le tems même
qu'ils demanderoient à être admis à la participation
des Sacremens , auroient fait connoître d'eux
JANVIER. 1757 . 221
mêmes publiquement leur défobéiſſance à ladite
Conftitution. Exhortons & néanmoins enjoignons
aux Archevêques & Evêques , de veiller à ce que
leſdits Curés & autres Prêtres ne faſſent à ceux
à qui ils adminiſtreront les Sacremens , aucunes
interrogations indifcretes qui puiſſent tendre à
troubler la paix.
Et voulons que tout ce qui s'eſt fait à l'occaſion
des derniers troubles, ſoit enſeveli dans l'oubli ;
ordonnons que le tout ſoit réputé & demeure comme
non avenu. Voulons pareillement que toutes
pourfuites , décrets & procédures qui pourroient
avoir été faits , & tous Arrêts , Sentences ou
Jugemens , qui pourroient avoir été rendus au
même ſujet , demeurent ſans aucune fuite & fans
aucun effet; & , en conféquence , que ceux contre
leſquels leſdites procédures auroient été faites ,
& leſdits Arrêts , Sentences ou Jugemens rendus ,
rentrent , en vertu des préſentes , en leur état &
fonctions. Si donnons en Mandement à nos amés
& féaux Confeillers les Gens tenant notre Cour de
Parlement à Paris , que ces préſentes ils ayent à
faire lire , publier & enregistrer , & le contenu
en icelles garder & obſerver de point en point , ſelon
leur forme & teneur : Car tel eſt notre plaifir.
En temoin de quoi nous avons fait mettre notre
ſcel à ceſdites préſentes. Donné à Versailles le
dixieme jour de Décembre , l'an de grace mil
ſeptcent cinquante- fix , & de notre regne le quarante-
deuxieme. Signé Louis. Et plus bas. Par le
Roi . M. P. de Voyer d'Argenson . Et ſcellé du grand
ſceau de cire jaune.
Lue &publiée , le Roi féant en ſon Lit de Juftice
, & régistrée , oui , & ce requérant le Procureur
Général du Roi , pour être exécutée selon ſa
forme& teneur ; & copies collationnées d'icelle en- .
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
voyées aux Baillages & Sénéchauſſées du réſſort ,
pour y être pareillement lue , publiée to enregistrée :
Enjoint aux Subſtituts deſon Procureur Général d'y
tenir la main , & d'en certifier la Cour dans un
mois . A Paris , en Parlement , le Roi tenant fon
Son Lit de Justice , le treize Décembre milſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Louis , par la grace de Dieu , Roi de France &
de Navare : A tous ceux qui ces préſentes lettres
verront , Salut. Nous nous sommes propoſé dans
tous les temps , de faire ceffer les troubles qui
ſe ſont élevés dans notre Royaume , à l'occaſion
de la Conſtitution Unigenitus , en employant également
notre autorité à lui faire rendre le refpect
&la ſoumifſion qui lui ſont dûs , & à empêcher
l'abus qu'on en voudroit faire , en lui attribuant
un caractere & des effets qu'elle ne peut
avoir par ſa nature. Il nous a paru ſurtout , qu'il
étoit important de preſcrire un filence abfolu fur
des queſtions qui ne peuvent tendre qu'à troubler
la tranquillité publique. Nous avons eu la fatisfaction
de voir Notre Saint Fere le Pape , en rendant
justice à notreamour pour la Religion , donner
ſes éloges aux vues qui nous ont conduit pour
faire rendre à l'autorité de l'Egliſe Pobéiſſance
qui lui eſt dûe , entretenir la paix , & réprimer
ceux qui cherchent à la troubler ; & nous avons
reçu avec reconnoiſſance les témoignages que la
bonté paternelle de ce ſaint Pontife , qui remplit
fi dignement la chaire de faint Pierre , nous en
• donnés par les lettres qu'il nous a adrefiés,
JANVIER. 1757 . 219
Animés du même eſprit & du deſir de conſommer
un ouvrage ſi néceſſaire au bien de notre
Etat, nous avons cru devoir encore, en maintenant
l'éxécution des loix précédemment rendues , ſtatuer
ſur différens points qui ont donné lieu à
de nouvelles conteſtations , & abolir en même
temps tout ce qui s'est fait de part & d'autre
à l'occaſion de ces diſputes , pour en effacer ,
s'il eſt poſſible , juſqu'au ſouvenir. A ces cauſes ,
& autres à ce nous mouvant,de l'avis de notre Conſeil
, de notre certaine ſcience , pleine puiſſance
& autorité royale , Nous avons dit , déclaré &
ordonné , & par ces Préſentes ſignées de notre
main , diſons , déclarons & ordonnons , voulons &
Nous plaît :
ART. I. Que les Lettres Patentes & Déclarations
données , tant par le feu Roi notre très-honoré
Seigneur & Bifaïeul , que par nous , & régiſtrées
ennos Cours au ſujet de la Conſtitution Unigenitus
, ſoient exécutées ſelon leur forme& teneur ;
&qu'en conféquence , tous nos ſujets ayent pour
laditeConſtitution le reſpect & la foumiffion qui
Hui ſont dûs ; fans néanmoins qu'on puiſſe lui
attribuer la dénomination, le caractere, ni les effets
de Regle de Foi.
II . N'entendons que le filence abſolu preſcrit
par noſdites Déclarations , & que nous voulons
être inviolablement obſervé , puiſſe préjudicier
au droit qu'ont les Archevêques & Evêques , d'enſeigner
les Eccléſiaſtiques & les peuples confiés
à leurs foins. Exhortons& néanmoins enjoignons
auxdits Archevêques & Evêques , de ſe renfermer ,
pour l'exercice de leurs fonctions , dans les bornes
de la charité & de la modération chrétienne , &
d'éviter tout ce qui pourroit troubler la tranquillité
-publique.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
III . L'article XXXIV de l'Edit du mois d'Avril
1695 ſera exécuté ſelon ſa forme & teneur ; &
en conféquence , toutes cauſes & actions civiles ,
concernant l'adminiſtration & le refus des Sacremens
, feront portées devant les Juges d'Eglife ,
excluſivement à tous Juges & Tribunaux ſéculiers ,
auxquels nous enjoignonsde leur en faire le renvoi,
fauf & ſans préjudice de l'appel comme d'abus.
Et à l'égard des plaintes & pourſuites criminelles
en cette matiere , elles feront portées , tant devant
nos Juges ayant la connoiſſance des cas royaux ,
&par appel en nos Cours , que devant les Juges
d'Eglife , chacun en ce qui les concerne & eſt
de leur compétence ; ſçavoir , pardevant nos
Juges pour raiſon du cas privilégié , & pardevant
les Juges d'Eglife pour le délit commun , le tout
conformément aux Ordonnances ; fans néanmoins
que nos cours & Juges puiffent ordonner , en
quelque maniere & fous quelque expreſſion que
ce ſoit , que les Sacremens feront adminiſtrés ;
fauf à nofdites Cours & Juges à prononcer telle
peine qu'il appartiendra , contre ceux qui ſe ſeroient
rendus coupables , lors de l'adminiſtration
ou du refus des Sacremens .
IV. Ne pourront néanmoins les Curés & autres
Eccléſiaſtiques , chargés de l'adminiſtration des
Sacremens , être pourſuivis pour raiſon des refus
de Sacremens par eux faits à ceux contre lefquels
il ſubſiſteroit des condamnations & cenfures
juridiquement & perſonnellement prononcées
contre eux , & actuellement exécutoires pour
leur déſobéiſſance à l'autorité & aux déciſions
de l'Eglife , & notamment à la Conftitution
Unigenitus ; ou à ceux qui dans le tems même
qu'ils demanderoient à être admis à la participation
des Sacremens , auroient fait connoître d'eux
JANVIER. 1757 . 221
mêmes publiquement leur défobéiſſance à ladite
Conftitution. Exhortons & néanmoins enjoignons
aux Archevêques & Evêques , de veiller à ce que
leſdits Curés & autres Prêtres ne faſſent à ceux
à qui ils adminiſtreront les Sacremens , aucunes
interrogations indifcretes qui puiſſent tendre à
troubler la paix.
Et voulons que tout ce qui s'eſt fait à l'occaſion
des derniers troubles, ſoit enſeveli dans l'oubli ;
ordonnons que le tout ſoit réputé & demeure comme
non avenu. Voulons pareillement que toutes
pourfuites , décrets & procédures qui pourroient
avoir été faits , & tous Arrêts , Sentences ou
Jugemens , qui pourroient avoir été rendus au
même ſujet , demeurent ſans aucune fuite & fans
aucun effet; & , en conféquence , que ceux contre
leſquels leſdites procédures auroient été faites ,
& leſdits Arrêts , Sentences ou Jugemens rendus ,
rentrent , en vertu des préſentes , en leur état &
fonctions. Si donnons en Mandement à nos amés
& féaux Confeillers les Gens tenant notre Cour de
Parlement à Paris , que ces préſentes ils ayent à
faire lire , publier & enregistrer , & le contenu
en icelles garder & obſerver de point en point , ſelon
leur forme & teneur : Car tel eſt notre plaifir.
En temoin de quoi nous avons fait mettre notre
ſcel à ceſdites préſentes. Donné à Versailles le
dixieme jour de Décembre , l'an de grace mil
ſeptcent cinquante- fix , & de notre regne le quarante-
deuxieme. Signé Louis. Et plus bas. Par le
Roi . M. P. de Voyer d'Argenson . Et ſcellé du grand
ſceau de cire jaune.
Lue &publiée , le Roi féant en ſon Lit de Juftice
, & régistrée , oui , & ce requérant le Procureur
Général du Roi , pour être exécutée selon ſa
forme& teneur ; & copies collationnées d'icelle en- .
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
voyées aux Baillages & Sénéchauſſées du réſſort ,
pour y être pareillement lue , publiée to enregistrée :
Enjoint aux Subſtituts deſon Procureur Général d'y
tenir la main , & d'en certifier la Cour dans un
mois . A Paris , en Parlement , le Roi tenant fon
Son Lit de Justice , le treize Décembre milſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Fermer
Résumé : Premiere Déclaration.
Le roi Louis de France et de Navarre a publié une déclaration visant à apaiser les troubles liés à la Constitution Unigenitus. Il réaffirme son engagement à maintenir la tranquillité publique et à respecter l'autorité de l'Église tout en prévenant les abus de cette constitution. Le roi exprime sa satisfaction face à l'approbation du pape, qui a reconnu ses efforts pour préserver la paix et la soumission à l'Église. La déclaration précise que les lettres patentes et déclarations antérieures concernant la Constitution Unigenitus doivent être appliquées, mais sans en faire une règle de foi. Elle impose un silence absolu sur les questions controversées et maintient le droit des archevêques et évêques d'enseigner, tout en leur demandant de modérer leurs actions pour éviter les troubles. Les affaires civiles relatives aux sacrements relèvent des juges ecclésiastiques, tandis que les poursuites criminelles peuvent être traitées par les juges royaux ou ecclésiastiques selon leur compétence. Les curés ne peuvent être poursuivis pour refus de sacrements envers ceux condamnés pour désobéissance à la Constitution Unigenitus. Toutes les procédures et jugements relatifs aux troubles récents sont annulés, et les personnes concernées récupèrent leurs fonctions. Le document, daté du 10 décembre 1756, a été lu et publié en présence du roi lors de son lit de justice, puis enregistré. Le procureur général du roi a demandé l'exécution de cet acte et l'envoi de copies aux bailliages et sénéchaussées pour y être lues, publiées et enregistrées. Les substituts du procureur général doivent veiller à l'exécution de cet ordre et certifier la cour dans un délai d'un mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
252
p. 222-228
Seconde Déclaration du Roi, pour la Discipline du Parlement.
Début :
Louis, &c. la réduction que nous avons ordonnée du nombre des Officiers de notre [...]
Mots clefs :
Parlement, Discipline, Déclaration du roi, Fonctions, Magistratures, Assemblées, Chambres, Articles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Déclaration du Roi, pour la Discipline du Parlement.
Seconde Déclaration du Roi , pour la Discipline du
Parlement .
Louis , &c. la réduction que nous avons ordonnée
du nombre des Officiers de notre Parlement
de Paris , en nous procurant l'avantage de
choiſir parmi ceux qui ſe préfenteront pour y entrer
, les Sujets qui nous paroîtront les plus propres
à remplir les fonctions de la Magiftrature , ne
fera qu'aſſurer de plus en plus l'adminiſtration la
plus exacte de la Juſtice dans ce Tribunal : mais
ayant reconnu que le défaut de la difcipline qui
s'obſerve dans l'intérieur de cette Compagnie , en
ce qui concerne ſingulièrement les matieres d'ordre
public , nuit le plus ſouvent à l'expédition des
affaires qui y font relatives , ſoit en confondant
les objets qui peuvent ou qui doivent être traités
dans l'aſſemblée des Chambres , ſoit en multipliant
ces aſſemblées , au préjudice de l'expédition
des affaires des particuliers ; nous avons en
même temps conſidéré que ſi la nature des affaires
ordinaires a exigé que la décifion n'en fût confiée
qu'à des Magiſtrats d'un expérience reconnue ,
ces mêmes conſidérations devenoient encore plus
effentielles & plus néceffaires pour les affaires
d'un ordre fupérieur , qui ne ſe déliberent que
dans les Chambres aſſemblées , & que le poids &
la dignité des délibérations qui doivent s'y prendre
, demandoient que les nouveaux Magiſtrats ne
JANVIER. 1757 . 22.3
puſſent déſormais y être admis , qu'après s'être
formes par le ſervice d'un certain nombre d'années
; nous avons donc jugé que l'admiſſion à l'afſemblée
des Chambres , la convocation de ces afſemblées
& la diſcuſſion des matieres qui y font
portées, doivent être ſoumiſes à des regles ,& nous
ne pouvons mieux veiller à leur obſervation , qu'en
nous repoſant du ſoin d'une partie de ces objets ,
fur les perſonnes mêmes de notre Parlement , dont
la maturité , la capacité & l'expérience , ſont propres
à leur concilier la vénération de nos peuples ,
&à leur mériter notre confiance & la leur. C'eſt
par une ſuite de cette même confiance , que nous
ferons toujours diſpoſés à écouter favorablement
les remontrances que le zele de notre Parlement
pour le bien de notre Etat pourra lui inſpirer :
mais ſi l'uſagede ces remontrances n'étoit lui -même
réglé par la prudence & le reſpect pour nos
ordres , il dégénéreroit dans un abus contraire à
notre autorité. Le droit législatif qui réſide en notre
Couronne ſeule , ne s'étend pas moins ſur les
Magiftrats que ſur les peuples auxquels nous les
avons chargés de rendre la juſtice en notre nom ;
& le premier de leurs devoirs eſt de donner à nos
Sujets l'exemple de la ſoumiſſion & de l'obéifſance.
Aces cauſes , & autres à ce nous mouvant , de
l'avis de notre Conſeil , &de notre certaine ſcience
, pleine puiſſance & autorité royale , nous
avons dit , déclaré & ordonné , & par ces préſentes
ſignées de notre main , diſons , déclarons &
ordonnons , voulons & nous plaît ce qui fuit :
ART. I. Tout ce qui concerne la police générale
dans les matieres civiles ou eccléſiaſtiques , ſera &
demeurera ſpécialement attribué à la Grand Chambre
de notre Parlement , qui ſeule en pourra
connoître , foit par appel ſimple ou comme d'a-1
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
bus , foit en premiere instance , ſans que fous
aucun prétexte , les Officiers des Chambres des
Enquêtes & Requêtes de notredit Parlement puifſent
en prendre connoiſſance , fi ce n'eſt dans les
cas où l'affemblée des Chambres auroit été jugée
néceſſaire , ainſi qu'il fera dit ci-après ; n'entendons
néanmoins empêcher que les appels comme
d'abus incident aux procès qui ſeroient pendans
en l'une des trois Chambres des Enquêtes , ne
puiffent y être jugés en la maniere accoutumée.
II. Pour lejugement des cauſes &matieres énoncées
dans l'article précédent , tous les Préfidens
de notre Parlement , & les Confeillers ayant féance
en la Grand Chambre pourront y affifter , encore
qu'aucunsd'eux fufſent de ſervice en laChambre
de la Tournelle , & généralement tous ceux
qui ont le droit de fiéger en la Grand Chambre.
III. Les Chambres ne pourront être aſſemblées
pour le jugement deſdites cauſes & matieres
qu'au préalable le Premier Préſident , ou celui
qui, en ſon abſence , préſidera la Compagnie ,
n'ait été inſtruit des motifs pour leſquels ſera demandée
ladite aſſemblée , & des objets ſur lefquels
on ſe propoſe de délibérer.
IV. Le Premier Préſident , ou celui qui , en fon
abfence , préſidera , communiquera aux Préfidens
du Parlement & à la Grand Chambre aſſemblée ,
la demande qui lui ſera faite de l'aſſemblée des
Chambres & les motifs d'icelle , pour , fur le
tout , être par toute ladite Chambre délibéré s'il
y a lieu à aſſembler les Chambres ; & dans le cas
où à la pluralité des ſuffrages il auroit été arrêté
d'aſſembler leſdites Chambres , il y ſera procédé
en la forme ordinaire & accoutumée.
V. Dans le cas où il auroit été délibéré qu'il n'y a
lieu à affembler les Chambres , défendons à tous
JANVIER . 1757 . 225
& chacun des Officiers des Enquêtes & Requêtes ,
de venir prendre place en la Grand Chambre , &
de troubler & interrompre les audiences & fervices
ordinaires; le toutà peine de deſobéiſſance ,
même de privation d'office .
VI. Ne pourront dans aucun cas être faites aucunes
dénonciations à notre Parlement que par le
miniftere de notre Procureur général , Lauf néanmoins
à ceux qui ſeroient inſtruits de quelques
faits qu'ils regarderoient comme ſujets à dénonciation
, d'en informer le Premier Préſident , ou
celui qui en fon abſence , préſidera , pour ,
ſur le compte qu'il en rendra en la Grand Chambre
, être enjoint au Procureur général de faire
ladite dénonciation , s'il y a lieu , ſans même que
ſous prétexte d'aſſemblée pour la réception d'aucuns
officiers ayant féance en ladite Cour , il puifſe
en être ufé autrement.
,
VII. La délibération preſcrite par l'article IV
de notre préſente declaration , pour déterminer
par ladite Grand Chambre aſſemblée les cas efquels
il conviendra d'aſſembler les Chambres , aura
lieu en toute matiere , ſauf néanmoins à l'égard
de nos ordonnances , édits , déclarations ou lettres
patentes concernant Padminiſtration général
de la justice , les impoſitions nouvelles , les créations
de rentes & d'office , à l'enregiſtrement defquelles
il ne pourra être procédé qu'aux Chambres
aſſemblées , comme par le paſſe .
VIII . En procédant à l'enregiſtrement deſdites
ordonnances , édits , déclarations ou lettres patentes
, pourra notredite Cour de Parlement arrêter
qu'il nous foit fait telles remontrances& repréſentations
qu'elle eſtimera convenables au bien
de notre ſervice & à l'intérêt public .
Kv :
226 MERCURE DE FRANCE.
IX. Notredite Cour de Parlement ſera tenue
de vaquer à la confection deſdites remontrances
ou repréſentations , auffi-tôt qu'elles auront été
arrêtées , en ſorte qu'elles puiſſent nous être préſentées
dans la quinzaine , au plus tard , du jour
que leſdites ordonnances , édits , déclarations ou
lettres patentes auront été remiſes à ladite Cour
par nos Avocats & Procureur généraux , lequel
delà ne pourra être prorogé ſans notre congé &
permiſſion ſpéciale.
,
X. Lorſqu'il nous aura plu de répondre auxdites
remontrances ou repréſentations , notre Parlement
ſera tenu d'enregiſtrer dans le lendemain duz
jour de notre réponſe lefdites ordonnances ,
édits , déclarations ou lettres patentes , ſaufànotredite
Cour , après ledit enregiſtrement , à nous
repréſenter ce qu'elle aviſera bon être ſur l'exécu
tion d'icelles , poury être par nous pourvu ainfi
que nous le jugerons à propos , ſans néanmoins
queleſdites repréſentations puiſſent ſuſpendre l'éxécutionde
noſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , juſqu'à ce que nous
ayons de nouveau expliqué nos intentions.
XI. Faute par notre Cour de Parlement de procéder
à l'enregistrement preſcrit par l'article précédent
deſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , dans le jour qui ſuivra celui
de la réponſeque nous aurons faite à ces remontrances
ou répréſentations , voulons & ordonnons
que nofdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes foient tenues pour publiées &
enrégiſtrées , qu'elles ſoient gardées & obfervées ,
&qu'elles foient envoyées par notre Procureur
général aux Bailliages , Sénéchauffées & Sieges
du reffort , pour y être pareillement gardées &
obſervées.
JANVIER. 1757. 227
XII. Les Conſeillers en notre Cour de Parle-
,
ment , foit clercs ou lais , qui y feront reçus à
l'avenir , à compter du jour de l'enregiſtrement
de notre préſente déclaration ne pourront
avoir entrée , féance & voix délibérative en l'afſemblée
des Chambres dudit Parlement , qu'après
qu'ils auront ſervi dix ans dans ladite Compagnie
a compter du jour de leurs réceptions , dont ſera
fait mention expreſſe dans les provifions qu'ils
obtiendront deſdits offices: exceptons néanmoins
les aſſemblées qui fe tiennent pour la lecture des
ordonnances , pour les mercuriales & la réception
des officiers , en ce qui concerne ſeulement
l'objet ordinaire de la lecture deſdites ordonnances
, deſdites mercuriales & réceptions des Officiers
ayant féance audit Parlement.
XIII. Voulons pareillement qu'il ne ſoit accordé
aucunes lettres de diſpenſe , ſous quelque prétexte
que ce puiſſe être , à l'effet de donner voix
délibérative avant l'âge de vingt- cinq ans ; n'entendons
néanmoins abroger l'uſage dans lequel eſt
notredit Parlement de Paris de compter la voix
des Rapporteurs dans les affaires dont ils font le
rapport , encore qu'ils n'ayent pas l'âge de vingtcinq
ans.
XIV. Faifons très-expreſſes inhibitions & dé
fenfes à tous & chacun des officiers de notredite
Cour de Parlement de Paris , de ceſſer , fufpendre
ou interrompre , pour quelque caufe & fous
quelque prétexte que ce ſoit, leurs fonctions &
le ſervice ordinaire & accoutumé , auquel ils font
obligés , tant envers nous qu'envers nos fujers ,
ni de former ou propoſer ſous aucun prétexte ,
aucune délibération contraire au préſent art ce ,
fous peine de deſobéiflance & de privation de
leurs offices.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
XV. Ordonnons que tout le contenu en la pré
ſente déclaration , ſoit à toujours gardé & obfervé
dans notredite Cour de Parlement. Défendons
au Premier Préſident & aux autres Préfidens de
notre Parlement , de permettre aucune affemblée
ou déliberation à ce ſujet , d'y préſider , même
d'y affifter , à peine de deſobéiffance ; déclarons
nulles toute aſſemblée & délibération contraires à
la préſente diſpoſition. Si donnons en Mandement
à nos amés & féaux Conſeillers les Gens tenant
notre Cour de Parlement à Paris , que ces
préſentes ils aient à faire lire & régiſtrer , & le
contenu en icelles garder & obſerver ſelon leur
forme &teneur : Car tel eſt notre plaiſir. En témoin
de quoi nous avons fait mettre notre ſcelàceſdites
préſentes. Donné à Verſailles le dixieme jour de
Décembre , l'an de grace mil ſept cent cinquantefix
,& de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
LOUIS . Et plus bas , par le Roi , M. P. de Voyer
d'Argenſon. Et ſcellé du grand ſceau de cire jaune.
Lue publiée , le Roiféant enſon Lit dejustice,
de régistrée , oui , & ce requérant le Procureur
général du Roi , pour être exécutée selonsaforme
teneur . A Paris , en Parlement , le Roi tenant
Son Lit de Justice , le treize Décembre milſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Nous donnerons l'Edit, portant fuppreffion
de deux Chambres des Enquêtes
dans le Mercure prochain .
Parlement .
Louis , &c. la réduction que nous avons ordonnée
du nombre des Officiers de notre Parlement
de Paris , en nous procurant l'avantage de
choiſir parmi ceux qui ſe préfenteront pour y entrer
, les Sujets qui nous paroîtront les plus propres
à remplir les fonctions de la Magiftrature , ne
fera qu'aſſurer de plus en plus l'adminiſtration la
plus exacte de la Juſtice dans ce Tribunal : mais
ayant reconnu que le défaut de la difcipline qui
s'obſerve dans l'intérieur de cette Compagnie , en
ce qui concerne ſingulièrement les matieres d'ordre
public , nuit le plus ſouvent à l'expédition des
affaires qui y font relatives , ſoit en confondant
les objets qui peuvent ou qui doivent être traités
dans l'aſſemblée des Chambres , ſoit en multipliant
ces aſſemblées , au préjudice de l'expédition
des affaires des particuliers ; nous avons en
même temps conſidéré que ſi la nature des affaires
ordinaires a exigé que la décifion n'en fût confiée
qu'à des Magiſtrats d'un expérience reconnue ,
ces mêmes conſidérations devenoient encore plus
effentielles & plus néceffaires pour les affaires
d'un ordre fupérieur , qui ne ſe déliberent que
dans les Chambres aſſemblées , & que le poids &
la dignité des délibérations qui doivent s'y prendre
, demandoient que les nouveaux Magiſtrats ne
JANVIER. 1757 . 22.3
puſſent déſormais y être admis , qu'après s'être
formes par le ſervice d'un certain nombre d'années
; nous avons donc jugé que l'admiſſion à l'afſemblée
des Chambres , la convocation de ces afſemblées
& la diſcuſſion des matieres qui y font
portées, doivent être ſoumiſes à des regles ,& nous
ne pouvons mieux veiller à leur obſervation , qu'en
nous repoſant du ſoin d'une partie de ces objets ,
fur les perſonnes mêmes de notre Parlement , dont
la maturité , la capacité & l'expérience , ſont propres
à leur concilier la vénération de nos peuples ,
&à leur mériter notre confiance & la leur. C'eſt
par une ſuite de cette même confiance , que nous
ferons toujours diſpoſés à écouter favorablement
les remontrances que le zele de notre Parlement
pour le bien de notre Etat pourra lui inſpirer :
mais ſi l'uſagede ces remontrances n'étoit lui -même
réglé par la prudence & le reſpect pour nos
ordres , il dégénéreroit dans un abus contraire à
notre autorité. Le droit législatif qui réſide en notre
Couronne ſeule , ne s'étend pas moins ſur les
Magiftrats que ſur les peuples auxquels nous les
avons chargés de rendre la juſtice en notre nom ;
& le premier de leurs devoirs eſt de donner à nos
Sujets l'exemple de la ſoumiſſion & de l'obéifſance.
Aces cauſes , & autres à ce nous mouvant , de
l'avis de notre Conſeil , &de notre certaine ſcience
, pleine puiſſance & autorité royale , nous
avons dit , déclaré & ordonné , & par ces préſentes
ſignées de notre main , diſons , déclarons &
ordonnons , voulons & nous plaît ce qui fuit :
ART. I. Tout ce qui concerne la police générale
dans les matieres civiles ou eccléſiaſtiques , ſera &
demeurera ſpécialement attribué à la Grand Chambre
de notre Parlement , qui ſeule en pourra
connoître , foit par appel ſimple ou comme d'a-1
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
bus , foit en premiere instance , ſans que fous
aucun prétexte , les Officiers des Chambres des
Enquêtes & Requêtes de notredit Parlement puifſent
en prendre connoiſſance , fi ce n'eſt dans les
cas où l'affemblée des Chambres auroit été jugée
néceſſaire , ainſi qu'il fera dit ci-après ; n'entendons
néanmoins empêcher que les appels comme
d'abus incident aux procès qui ſeroient pendans
en l'une des trois Chambres des Enquêtes , ne
puiffent y être jugés en la maniere accoutumée.
II. Pour lejugement des cauſes &matieres énoncées
dans l'article précédent , tous les Préfidens
de notre Parlement , & les Confeillers ayant féance
en la Grand Chambre pourront y affifter , encore
qu'aucunsd'eux fufſent de ſervice en laChambre
de la Tournelle , & généralement tous ceux
qui ont le droit de fiéger en la Grand Chambre.
III. Les Chambres ne pourront être aſſemblées
pour le jugement deſdites cauſes & matieres
qu'au préalable le Premier Préſident , ou celui
qui, en ſon abſence , préſidera la Compagnie ,
n'ait été inſtruit des motifs pour leſquels ſera demandée
ladite aſſemblée , & des objets ſur lefquels
on ſe propoſe de délibérer.
IV. Le Premier Préſident , ou celui qui , en fon
abfence , préſidera , communiquera aux Préfidens
du Parlement & à la Grand Chambre aſſemblée ,
la demande qui lui ſera faite de l'aſſemblée des
Chambres & les motifs d'icelle , pour , fur le
tout , être par toute ladite Chambre délibéré s'il
y a lieu à aſſembler les Chambres ; & dans le cas
où à la pluralité des ſuffrages il auroit été arrêté
d'aſſembler leſdites Chambres , il y ſera procédé
en la forme ordinaire & accoutumée.
V. Dans le cas où il auroit été délibéré qu'il n'y a
lieu à affembler les Chambres , défendons à tous
JANVIER . 1757 . 225
& chacun des Officiers des Enquêtes & Requêtes ,
de venir prendre place en la Grand Chambre , &
de troubler & interrompre les audiences & fervices
ordinaires; le toutà peine de deſobéiſſance ,
même de privation d'office .
VI. Ne pourront dans aucun cas être faites aucunes
dénonciations à notre Parlement que par le
miniftere de notre Procureur général , Lauf néanmoins
à ceux qui ſeroient inſtruits de quelques
faits qu'ils regarderoient comme ſujets à dénonciation
, d'en informer le Premier Préſident , ou
celui qui en fon abſence , préſidera , pour ,
ſur le compte qu'il en rendra en la Grand Chambre
, être enjoint au Procureur général de faire
ladite dénonciation , s'il y a lieu , ſans même que
ſous prétexte d'aſſemblée pour la réception d'aucuns
officiers ayant féance en ladite Cour , il puifſe
en être ufé autrement.
,
VII. La délibération preſcrite par l'article IV
de notre préſente declaration , pour déterminer
par ladite Grand Chambre aſſemblée les cas efquels
il conviendra d'aſſembler les Chambres , aura
lieu en toute matiere , ſauf néanmoins à l'égard
de nos ordonnances , édits , déclarations ou lettres
patentes concernant Padminiſtration général
de la justice , les impoſitions nouvelles , les créations
de rentes & d'office , à l'enregiſtrement defquelles
il ne pourra être procédé qu'aux Chambres
aſſemblées , comme par le paſſe .
VIII . En procédant à l'enregiſtrement deſdites
ordonnances , édits , déclarations ou lettres patentes
, pourra notredite Cour de Parlement arrêter
qu'il nous foit fait telles remontrances& repréſentations
qu'elle eſtimera convenables au bien
de notre ſervice & à l'intérêt public .
Kv :
226 MERCURE DE FRANCE.
IX. Notredite Cour de Parlement ſera tenue
de vaquer à la confection deſdites remontrances
ou repréſentations , auffi-tôt qu'elles auront été
arrêtées , en ſorte qu'elles puiſſent nous être préſentées
dans la quinzaine , au plus tard , du jour
que leſdites ordonnances , édits , déclarations ou
lettres patentes auront été remiſes à ladite Cour
par nos Avocats & Procureur généraux , lequel
delà ne pourra être prorogé ſans notre congé &
permiſſion ſpéciale.
,
X. Lorſqu'il nous aura plu de répondre auxdites
remontrances ou repréſentations , notre Parlement
ſera tenu d'enregiſtrer dans le lendemain duz
jour de notre réponſe lefdites ordonnances ,
édits , déclarations ou lettres patentes , ſaufànotredite
Cour , après ledit enregiſtrement , à nous
repréſenter ce qu'elle aviſera bon être ſur l'exécu
tion d'icelles , poury être par nous pourvu ainfi
que nous le jugerons à propos , ſans néanmoins
queleſdites repréſentations puiſſent ſuſpendre l'éxécutionde
noſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , juſqu'à ce que nous
ayons de nouveau expliqué nos intentions.
XI. Faute par notre Cour de Parlement de procéder
à l'enregistrement preſcrit par l'article précédent
deſdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes , dans le jour qui ſuivra celui
de la réponſeque nous aurons faite à ces remontrances
ou répréſentations , voulons & ordonnons
que nofdites ordonnances , édits , déclarations
ou lettres patentes foient tenues pour publiées &
enrégiſtrées , qu'elles ſoient gardées & obfervées ,
&qu'elles foient envoyées par notre Procureur
général aux Bailliages , Sénéchauffées & Sieges
du reffort , pour y être pareillement gardées &
obſervées.
JANVIER. 1757. 227
XII. Les Conſeillers en notre Cour de Parle-
,
ment , foit clercs ou lais , qui y feront reçus à
l'avenir , à compter du jour de l'enregiſtrement
de notre préſente déclaration ne pourront
avoir entrée , féance & voix délibérative en l'afſemblée
des Chambres dudit Parlement , qu'après
qu'ils auront ſervi dix ans dans ladite Compagnie
a compter du jour de leurs réceptions , dont ſera
fait mention expreſſe dans les provifions qu'ils
obtiendront deſdits offices: exceptons néanmoins
les aſſemblées qui fe tiennent pour la lecture des
ordonnances , pour les mercuriales & la réception
des officiers , en ce qui concerne ſeulement
l'objet ordinaire de la lecture deſdites ordonnances
, deſdites mercuriales & réceptions des Officiers
ayant féance audit Parlement.
XIII. Voulons pareillement qu'il ne ſoit accordé
aucunes lettres de diſpenſe , ſous quelque prétexte
que ce puiſſe être , à l'effet de donner voix
délibérative avant l'âge de vingt- cinq ans ; n'entendons
néanmoins abroger l'uſage dans lequel eſt
notredit Parlement de Paris de compter la voix
des Rapporteurs dans les affaires dont ils font le
rapport , encore qu'ils n'ayent pas l'âge de vingtcinq
ans.
XIV. Faifons très-expreſſes inhibitions & dé
fenfes à tous & chacun des officiers de notredite
Cour de Parlement de Paris , de ceſſer , fufpendre
ou interrompre , pour quelque caufe & fous
quelque prétexte que ce ſoit, leurs fonctions &
le ſervice ordinaire & accoutumé , auquel ils font
obligés , tant envers nous qu'envers nos fujers ,
ni de former ou propoſer ſous aucun prétexte ,
aucune délibération contraire au préſent art ce ,
fous peine de deſobéiflance & de privation de
leurs offices.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
XV. Ordonnons que tout le contenu en la pré
ſente déclaration , ſoit à toujours gardé & obfervé
dans notredite Cour de Parlement. Défendons
au Premier Préſident & aux autres Préfidens de
notre Parlement , de permettre aucune affemblée
ou déliberation à ce ſujet , d'y préſider , même
d'y affifter , à peine de deſobéiffance ; déclarons
nulles toute aſſemblée & délibération contraires à
la préſente diſpoſition. Si donnons en Mandement
à nos amés & féaux Conſeillers les Gens tenant
notre Cour de Parlement à Paris , que ces
préſentes ils aient à faire lire & régiſtrer , & le
contenu en icelles garder & obſerver ſelon leur
forme &teneur : Car tel eſt notre plaiſir. En témoin
de quoi nous avons fait mettre notre ſcelàceſdites
préſentes. Donné à Verſailles le dixieme jour de
Décembre , l'an de grace mil ſept cent cinquantefix
,& de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
LOUIS . Et plus bas , par le Roi , M. P. de Voyer
d'Argenſon. Et ſcellé du grand ſceau de cire jaune.
Lue publiée , le Roiféant enſon Lit dejustice,
de régistrée , oui , & ce requérant le Procureur
général du Roi , pour être exécutée selonsaforme
teneur . A Paris , en Parlement , le Roi tenant
Son Lit de Justice , le treize Décembre milſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Nous donnerons l'Edit, portant fuppreffion
de deux Chambres des Enquêtes
dans le Mercure prochain .
Fermer
Résumé : Seconde Déclaration du Roi, pour la Discipline du Parlement.
En décembre 1756, Louis XV promulgue la Seconde Déclaration du Roi visant à améliorer la discipline et l'efficacité du Parlement de Paris. Cette déclaration impose plusieurs mesures disciplinaires et organisationnelles. Le roi ordonne la réduction du nombre d'officiers du Parlement pour ne conserver que les magistrats les plus compétents. Il souligne que le manque de discipline, notamment en matière d'ordre public, perturbe le traitement des affaires judiciaires. Pour remédier à cette situation, il établit des règles strictes pour l'admission des nouveaux magistrats aux assemblées des Chambres, exigeant une expérience préalable. La Grand Chambre est désignée pour traiter les matières de police générale, civiles ou ecclésiastiques, excluant les Chambres des Enquêtes et Requêtes sauf en cas d'abus. Les assemblées des Chambres doivent être convoquées par le Premier Président après consultation et délibération. Toute dénonciation doit transiter par le ministère du Procureur général, et toute interruption des audiences est interdite sous peine de sanctions. La déclaration réaffirme l'autorité royale et la nécessité de la soumission des magistrats aux ordres du roi. Elle précise que la Grande Chambre déterminera les cas nécessitant l'assemblée des Chambres, sauf pour certains documents administratifs qui doivent être enregistrés par les Chambres assemblées. La Cour de Parlement peut arrêter des remontrances sur ces documents et doit les présenter dans les quinze jours suivant leur remise. Après la réponse royale, le Parlement doit enregistrer ces documents le lendemain, tout en pouvant représenter des observations sur leur exécution. En cas de non-enregistrement, les documents sont considérés comme publiés et doivent être observés. Les conseillers ne peuvent avoir voix délibérative en assemblée avant dix ans de service et l'âge de vingt-cinq ans, sauf exceptions. Toute assemblée ou délibération contraire à la déclaration est déclarée nulle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
253
p. 204-216
Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
Début :
Louis, &c. A tous présens & à venir ; Salut. Nous avons toujours regardé [...]
Mots clefs :
Édit du roi, Offices, Enquêtes, Chambres, Parlement, Conseillers, Présidents, Commissaires, Prix, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
Edit du Roi , portantfuppreſſion de deux Chambres
des Enquêtes , & de plusieurs Offices dans le
Parlement de Paris.
LOUIS , &c. A tous préſens & à venir ; Salut.
Nous avons toujours régardé l'adminiſtration de
la justice comme la fonction la plus auguſte de
notre puiſſance ſouveraine , &la plus importante
pour le bonheur & la tranquillité de nos ſujets.
Nous fentons tout ce qu'elle exige de notre attentiondans
le choix des Magiſtrats auxquels nous
confions le ſoinde la rendre , & qui deviennent
en cette partie , dépositaires de notre autorité.
Rien ne nous a jamais paru plus contraire au bien
de la justice , que le relâchement dans ce choix ,
&riende plus propre à l'introduire , que la multiplicité
desoffices dejudicature : auſſi nous avons
dans tous les temps envisagé la réduction de leur
nombre comme un véritable bien , & comme
unmoyen de conferver l'honneur & la dignité
de la Magiftrature , que nous avons à coeur
de maintenir. Ces mêmes ſentimens ont animé
les Rois nos prédéceſſeurs ; & fi la difficulté
des circonstances les a quelquefois obligés de
multiplier le nombre des offices, les édits mêmes
de leur création ſont autant de monumens qui
conferveront à jamais le regret qu'ils ont eude
faire uſage de ces reſſources , & qui rappelleront
fans ceſſe la néceflité de le réduire. Nous avons
FEVRIER. 1757 . 205
déja , dans cette vue , ſupprimé un grand nombre
de juridictions inférieures; & quoique les circonftances
actuelles euſſent pu nous engager à ſuſpendre
un ouvrage ſi utile , nous n'avons pu nous
refuſer plus long-temps au voeu des anciennes ordonnances
, & au defir que nous avons de procurer
cet avantage à notre Parlement de Paris.
Nous avons été également touché des viciffitudes
qu'ont éprouvé les prix des offices de notredit
Parlement; elles font ſentir la ſageſſe des ordonnances
, qui avoient pourvu à la fixation du prix
de ces offices , & la néceſſité d'en renouveller les
diſpoſitions. Enfin , ayant reconnu que le droit de
préſider appartient detoute anciennetéà nos Préſidens
du Parlement , dans tous les ſervices ou bureaux
denotredit Parlement , & que les offices de
Préſidens aux Enquêtes , qui n'étoient dans leur
origine que des commiſſions , n'ont été crées en
titre d'office que par l'édit du mois de Mai 1704 ,
Nous voulons rétablir nos Préſidens du Parlement
danslaplénitude des fonctions qui appartiennent
à leurs offices , avec d'autant plus de raiſon ,
que leur nombre , tel qu'il eſt fixé actuellement
&qu'il le demeure irrevocablement, nous femble
ſuffifant pour remplir avec exactitude toutes
les fonctions de la préſidence dans les différens fervices
de notredit Parlement. A ces cauſes , & autres
conſidérations à ce nous mouvant, de l'avis de
notre Conſeil, &de notre certaine ſcience , pleine
puiffance & autorité royale , Nous avons ,
par notre préſent édit perpétuel & irrévocable ,
dit, ſtatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
, voulons & nous plaît ce qui ſuit.
ART. I. Notre Cour de Parlement ſera com
poſée à l'avenir , & à comptes de ce jour , des
Grand-Chambre & Tournelle , de trois Chambres
206 MERCURE DE FRANCE .
des Enquêtes , &de deux Chambres des Requêtes
du Palais . Avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à compter pareillement de ce
jour , la quatrieme &lacinquieme Chambre des
Enquêtes; en conféquence , défendons à tous les
Prétidens & Confeillers ſervant actuellement dans
lefdites quatrieme & cinquieme Chambres des
Enquêtes , de s'y aſſembler ſous quelque prétexte
que ce puifle être , déclarant nuls toute délibération
, jugemens , arrêts & procédures qui
pourroient y intervenir , comme contraires à la
preſente diſpoſitions ſaufà être par Nous ſtatué
ci-après ſur le ſervice & la diſtribution des Préfidens&
Confeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes.
II. Nous avons pareillement éteint &fupprimé,
éteignons & fupprimons par le préſent édit , à
compter de ce jour , deux offices de Préſidens
aux Enquêtes actuellement vacans par le décès des
titulaires. Eteignons pareillement & fupprimons
par le préſent édit , & fans qu'il en ſoit beſoin
d'autre, le ſurplus des offices de Préſidens aux
Enquêtes , créés par l'édit du mois de Mai 1604 ,
lorſque leſdits offices viendront à vaquer par mort
ou par démiſſion.
III. Nous avons auſſi éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons foixante offices de Confeillers
laïcs ,& quatre offices de Confeillers clercs en
notredit Parlement de Paris , & une Commiflion
aux Requêtes du Palais ; laquelle fuppreffion aura
lieu dès-à-préſent &à compter de ce jour pour
ceux deſdits offices de Conſeillers laïcs & Conſeillers
cleres , & pour ladite Commiffion , qui
vaquent actuellement; & ne fera effectuée pour
leſurplus que dans les cas de vacance deſdits offi
ees, par mortou par démiſſion ; Nous réſervam
FEVRIER. 1757 . 207
!
1
1
:
1
F
néanmoins la liberté de pourvoir alternativement
àun de deux deſdits offices de Conſeillers laïcs ou
clercs qui viendront à vaquer dans la fuite , & ce ,
juſqu'à ce que la ſuppreſſion par Nous ordonnée
ait eu fon plein&entier effet. :
IV. La Grand-Chambre ſera compoſée du Premier
Préſident , des neufPréfidens du Parlement ,
auquel nombre nous avons fixé irrévocablement
leurs offices , ſans que , ſous prétexte des diſpoſitions
du préſent édit , ou de tout autre , le
nombre deſdits offices puiſſe être augmenté: de
vingt-cinq Conſeillers laïcs , &de douze Conſeillers
clercs ; àl'effet de quoi les quatre plus anciensConſeillers
laïcs des Enquêtes , pafferont actuellement
au ſervice de la Grand-Chambre ; &
pourront leſdits quatre Conſeillers rapporter pendant
une année les procès qui leur auroient été
diftribués dans la Chambre où ils étoientde fervice
, conformément à l'uſage obſervé dans notredit
Parlement de Paris , ſi ce n'est qu'ils fortiffent
de la quatrieme ou cinquieme Chambre des Enquêtes
, ſupprimées par notre préſent édit : au
quel cas ils pourront rapporter leſdits procès pendant
ledit temps d'une année dans l'une des trois
Chambres deſdites Enquêtes.
V. Le Premier Préſident & trois des Préſidens
du Parlement feront toujours de ſervice à la
Grand Chambre , trois deſdits Préfidens du Parlement
ſerviront dans laChambre de la Tournelle,
avec douze Conſeillers laïcs de ladite Grand
Chambre, quatre Confeillers auffi laïcs de chacunedes
trois Chambres des Enquêtes qui y feront
le ſervice pendant les temps accoutumés ; & les
trois autres Préſidens du Parlement préſideront
à chacune deſdites trois Chambres des Enquêtes.
Autoriſons à cet effet lefdits neuf Préſidens du Par
208 MERCURE DE FRANCE.
lement à faire entr'eux, de concert avec le premier
Préſident , tous les ans à la Saint-Martin , la diftribution
de leur ſervice dans lesdites Grand-
Chambre , Tournelle & Chambres des Enquêtes ,
*ainſi qu'ils aviſeront bon être ; & néanmoins ,
voulons & ordonnons que , pour le temps ſeulement
qui reſte à expirer de la tenue actuelle de
notredit Parlement , le Premier Préſident , le ſecond,
le ſeptieme & le huitieme deſdits Préſidens
denotre Parlement , en ordre de réception , fervent
en laGrand-Chambre ; que le troiſieme préfide
en la Tournelle , & que les deux derniers ,
aufli en ordre de réception , y faſſent le ſervice ;
que le quatrieme , dans le même ordre , préſide
enlapremiere Chambre des Enquêtes, le cinquie
me en la ſeconde Chambre des Enquêtes , & le
fixieme en la troiſieme Chambre des Enquêtes :
leur enjoignons de ſe conformer à la diſpotion du
préſent article , à compter de ce jour.
: VI. LesConſeillersde la quatrieme &de la cinquieme
Chambre des Enquêtes paſſeront en nombre
égal dans la premiere , deuxieme & troifieme
Chambre des enquêtes , à l'effet d'y continuer
leurs fonctions , d'y prendre ſéance ſuivant
P'ordre de leur réception , d'y avoir voix & opinion
délibérative , même d'y rapporter les procès
qui leur auroient été diſtribuésdans les Chambres
dans leſquelles ils étoient de ſervice , & d'avoir
part à la diſtribution des procès qui feront échus
auxdites Chambres. Voulons que les Doyens des
Conſeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes continuent dejouirchacunde
la penſion de mille livres dont ilsjouiffoient
, juſqu'a ce qu'ils ſoient en tour de monter
en la Grand-Chambre.
VII. Après que la ſuppreſſion ordonnée par no
FEVRIER. 1757. 209
1
f
f
tre préſent édit , de ſoixante offices deConſeillers
laïcs , de quatre de Conſeillers clercs, &d'une
commiſſion aux Requêtes du Palais , aura eu
ſa pleine& entiere exécution , chacune des trois
Chambres des Enquêtes , préſidées par l'un des
Préſidens du Parlement , ainſi qu'il eſt porté par
l'article V du préſent édit , ſera compoſée detrente-
quatre Conſeillers tant laïcs que clercs , & les
deux Chambres des Requêtes du Palais feront
compoſées chacune de trois Préſidens auxdites
Requêtes , & de quatorze Conſeillers-Commiſſaires
aux Requêtes du Palais.
VIII. Voulons , en conféquence de la diſpoſitiondes
articles V & VII du préſent édit , que les
Préſidens de la premiere , ſeconde & troiſieme
Chambre des Enquêtes , ſoient tenus , à compter
de ce jour , de céder la préſidence dans lesdites
Chambres à nos Préſidens de notredit Parlement
, tant aux audiences , qu'aux jugemens des
procès derapport & viſite des procés de petit ou de
grand Commiſſaire , auxquels néanmoins ils
continueront , fi bon leur ſemble , d'aſſiſter ,
ſans toutefois faire partie du nombre deſdits
Commiffaires, lequel ,pour la viſite des procès de
petit Commiſſaire, ſera compoſé de notredit Préfident
du Parlement , & des quatre plus anciens
Conſeillers deſdites trois Chambres des Enquêtes
&pour ceux des procès qui ſe jugent par Commiſſaires
, le nombre deſdits Commiſſaires ſera
rempli par les dix anciens Conſeillers de chacune
deſdites Chambres & notredit Préſident ; en telle
forte que noſdits Préſidens des Enquêtes ne puiſſent
dorénavant qu'aſſiſter & intervenir dans les
-jugemens eſdites Chambres , ſans y exercer aucune
préſidence , mais ſeulement y conſerver la
ſéance qu'ils y ont eue juſqu'à ce jour. Mainte
210 MERCURE DE FRANCE.
nons & gardons au ſurplus noſdits Préſidens des
Enquêtes dans le rang & féance qui leur ont été
attribués par leur édit de création , du mois de
Mai 1704 , tant aux affemblées de Chambres ,
qu'aux cérémonies publiques & accoutumées.
IX. Les Préfidens de la quatrieme & cinquieme
Chambre des Enquêtes , fupprimées par l'article
premier du préſent édit , pourront choiſir celle
defdites Chambres des Enquêtes qui leur agréera
le plus , pour ycontinuer leur ſervice , conformément
à la diſpoſition de l'article précédent : Et
voulant traiter favorablement tous les Préſidens
des Enquêtes , & les dédommager des droits d'affiſtance&
de la viſite des procès de grand & petit
Commiſſaire, attribuons à tous leſdits Préſidens les
mêmes gages qui avoient été fixés par ledit édit du
mois de Mai 1704 , pour le troiſieme Préſident
ſeulement de chacune des Chambres deſdites Enquêtes.
Ordonnons en conféquence qu'ils foient
tous employés pour leſdits gages dans l'état an.
nuel des gages de notredit Parlement de Paris ;
defquels néanmoins feront retranchés dudit état,
avenant le cas de vacance de chacun deſdits offices
par mort ou par démiſſion : confervons pareillement
aux deux anciens Préſidens des Enquêtes ,
leur vie durant , la penſion de quinze cens livres
que nous leur avons ci-devant accordée .
X. Et dans le cas où aucuns deſdits Préſidens
préféreroient de ſe démettre actuellement de leurs
offices , ordonnons qu'ils en ſoient remboursés ,
fuivant qu'il fera dit ci - après ; & dans ledit cas ſeront
expédiées auxdits Préſidens des Lettres d'Honoraires
, encore même qu'ils n'euſſent exercé
leurs offices pendant l'eſpace de vingt années ,
dont nous les difpenfons , pour , en vertu defdites
lettres , jouir pareux , leurs veuves & eй-
FEVRIER. 1757. : 211
1
E
1
1
$
fans des honneurs , féances & privileges y attachés.
XI . Les Conſeillers qui , après avoir ſervi dans la
quatrieme & cinquieme Chambre des Enquêtes ,
auront obtenu des lettres d'Honoraires pour continuer
d'y prendre place , feront tenus d'opter de
la premiere , de la ſeconde ou de la troiſfieme
Chambre des enquêtes , pour continuer leur fervice
dans l'une deſdites trois Chambres , juſqu'à
ce qu'ils foient en tour de monter à la Grand-
Chambre, fans qu'après ladite option ils puiffent
paffer dans une autre deſdites trois Chambres.
XII . Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les offices de Commis aux
greffes & de Buvetiers des quatrieme & cinquteme
Chambres des Enquêtes , enſemble les offices
des huiffiers ſervans près leſdites Chambres ;
maintenons néanmoins leſditsCommis aux greffes ,
Huiffiers & Buvetiers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes dans tous les
privileges attribués à leurs offices , deſquels privileges
voulons qu'ils jouiffent pendant leur vie :
autoriſons notre Cour de Parlement à faire tel
reglement qu'elle jugera convenable pour la ſûreté
& conſervation des minutes , pieces , effets
ou deniers qui pourroient ſe trouver dans les
greffes deſdites deux Chambres fupprimées.
XIII. Au cas que leſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes aient contracté
quelques dettes , par conſtitution de rente ou
autre ſemblable emprunt; deſquelles rentes ou
dettes les créanciers auroient coutume de percevoir
les arrérages ſur les deniers communs appartenans
auxdites Chambres ; nous déclarons que
nous entendons nous charger de l'acquittement
defdites rentes& dettes; à l'effet de quoi ſera par
212 MERCURE DE FRANCE .
l'ancien Préſident actuel deſdites Chambres , &
les Doyens des Conſeillers d'icelles , remis ès
mains du fieur Contrôleur général de nos finances
un état ſigné d'eux , contenant la qualité &
quotité deſdites dettes , & le nom deſdits créanciers
, pour , ſur ledit état ainſi ſigné&certifié
véritable , être fait fonds ès mains du Payeur des
gages de notredit Parlement , du montant annuel
des arrérages deſdites rentes ou dettes , lefquels
feront par ledit payeur délivrés aux créanciers
ſur leurs quittances, en la forme accoutumée,
tant& fi longuement que leſdites rentes auront
cours , &juſqu'à ce qu'il nous ait plu d'en ordonner
le rembourſement : voulons en outreque tous
les Préſidens & Conſeillers deſdites deux Chambres
demeurent déchargés , comme nous les déchargeons
par notre préſent édit , de tout acquittement
deſdites dettes ; faiſons défenſes de faire à ce
ſujet aucune demande & pourſuite contr'eux ,
àpeine nullité.
XIV. Les offices de Préſidens aux Enquêtes actuellement
vacans , enſemble ceux qui vaqueront
foit par mort ou par démiſſion , feront rembourfés
, ledit cas avenant , ſur le pied de deux cens
mille livres pour chacun deſdits offices , conformément
au prix porté par l'édit de création d'iceux
du mois de Mai 1704 , ou ſur le prix porté
par le contrat d'acquifition , pour ceux qui les auront
acquis àun prix inférieur à celui de ladite
fixation& création. Les offices de Conſeillers laïcs
& clercs , & commiſſions aux Requêtes du Palais
qui vaquent actuellement , & qui ſont ſupprimés
par notre préſent édit, feront rembourſés ſur le
pieddu prix du dernier contrat de vente de ſemblables
offices & commiffions ; & pour ceux qui
viendront à vaquer dans la ſuite , juſqu'à ce que
FEVRIER . 1757 . 213
ladite ſuppreſſion ſoit entièrement effectuée ,
-voulons qu'ils foient rembourſés ſur le pied du prix
du contrat d'acquiſition de chacun d'iceux, pourvu
- que ledit prix n'excede pas la ſomme de cinquante
mille livres. Les offices de Commis aux greffes ,
d'Huiſſiers & de Buvetiers deſdites quatrieme, cinquieme
Chambres des Enquêtes , ſupprimés par
notre préſent édit , feront remboursés aux titulaires
ou repréſentans , ſur le pied du prix des con
trats d'acquifition d'iceux ; même leur ferontpa
reillement rembourſés les frais de réception , à
l'effet de quoi les titulaires ou propriétaires defdits
offices ſupprimés feront tenus de remettre
leurs quittances de finance , contrats d'acquiſition
&autres titres de propriété de leurs offices
entre les mains du ſieur Contrôleur général de nos
finances , pour par eux recevoir leur rembourſement
des deniers qui ſeront par nous deſtinés à cet
effet.
Che
تا
de
XV. Ordonnons que les gages , augmenta
tions de gages attachés aux offices , fi aucuny
a, franc- falés& autres droits attribués aux offices
ſupprimés par notre édit , feront rejettés de nos
états à compter de ce jour ; ce qui n'aura lieu
toutefois à l'égard deſdits offices de Préſidens aux
Enquêtes, de Conſeillers laïes & clercs qui ne font
pas actuellement vacans , que lors de la vacance
d'iceux , juſqu'à la réductiondu nombre fixé par
le préſent édit pour leſdits officesde Conſeillers.
XVI. Defirant de fixer le prix des offices de notre
Parlement de Paris , nous avons ordonné &
ordonnons que le prix des offices de Préſidens de
notredit Parlement, demeurera fixé à la ſomme
de cinq cens mille livres , ſans que , ſous quelque
prétexte que ce ſoit , le prix deſdits offices puiffe
tre augmenté ; celui des offices dePréſidens aux
214 MERCURE DE FRANCE.
Requêtes du Palais , à celle de deux cens mille lilivres;
le prix des offices de Conſeillers laïcs , à la
ſomme de cinquante mille livres ; celui des offices
de Confeillers clercs , à la ſomme de quarante
mille livres ; celui des commiſſions aux Requêtes
du Palais , àcellede vingt mille livres; & le prix
des offices de nos Avocats généraux , à la ſomme
detrois cens mille livres ; révoquant à cet effet
les fixations faites deſdits offices , tant par nous
que par les Rois nos prédéceſſeurs .
,
XVII. Ceux qui defireront être pourvus d'offices
de Préfidens du Parlement Préſidens ès
Chambres des Requêtes du Palais , Conſeillers
laïcs ou clercs , de commiſſions aux Requêtes du
Palais , & d'offices d'Avocats généraux en notre
Parlement de Paris , après en avoir de nous obtenu
l'agrément , ſeront tenus , pour obtenir des
proviſions , de remettre ès mains de notre trèscher
& féal Chevalier Chancelier de France , une
copie en forme du contrat d'acquiſition qu'ils auroient
fait deſdits offices , avec une déclaration
également en forme , ſignée tant de l'acquéreur
que du vendeur deſdits offices , contenant que
le prix porté audit contrat eſt ſincere& véritable ,
qu'il n'y a enaucune façon été contrevenu au préſent
édit , & qu'il n'eſt ni excédant ni au deſſous
de celui porté par la préſente fixation , le tout à
peine de nullité des contrats d'acquifition , & d'êtredéchus
de notre agrément pour leſdits offices ;
en conféquence, défendons à tous Notaires & Tabellions
de paſſer aucun contrat deſdits offices , ni
ftipuler aucun autre prix que celui fixé par le préfent
édit, comme auſſi de recevoir aucune déclaration
ou contre- lettre tendante à diminuer ou augmenter
ledit prix , à peine de nullité deſdits actes
, & d'interdictions contre leſdits Notaires&
Tabellions.
FEVRIER . 1757 . 215
!
XVIII . Voulons & ordonnons que les Conſeillers.
Commiſſaires aux Requêtes du Palais , puiffent à
l'avenir , & à compter de ce jour , monter à la
Grand-Chambre , en ſuivant la date de leur réception
, & ce concurremment avec les Confeillers
des trois Chambres des Enquêtes ; à la charge
néanmoins par ceux deſdits Confeillers- Commiffaires
aux Requêtes du Palais qui voudront monter
à la Grand-Chambre , de ſe démettre de leur
commiſſion trois années avant qu'ils puiſſent
monter à ladite Grand-Chambre , & de venir pendant
leſdites trois années ſervir en l'une des
Chambres des Enquêtes , ou ils ſeront diftribués
en la maniere ordinaire ; & au cas que celui des
Conſeillers Commiſſaires aux Requêtes du Palais ,
qui, par ſon rangde réception, ſeroit naturellement
endroitdemonter à la Grand Chambre, ſe trouvât,
avenant la vacance d'une place en ladite Chambre,
poſſéder encore ſa commiſſion aux Requêtes du
Palais , il perdra pour cette fois ſon rang , ſauf
à le reprendre quand il aura ſervi , comme dit eſt ,
trois années en une Chambre des Enquêtes. Si donnons
en Mandement à nos amés & féaux Conſeillers
les Gens tenant notre Cour de Parlement à
Paris ; que notre préſent édit ils aient à faire lire ,
publier & régiſtrer , & le contenu en icelui garder,
obſerver& exécuter ſelon ſa forme&teneur.
Cartel eſt notre plaiſir. Et afin que ce ſoit choſe
ferme & ſtable àtoujours, nousy avons fait mettre
notre ſcel . Donné à Versailles au mois de Décembre
, l'an de grace mil ſept cent cinquante- fix ,
&de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
Louis. Et plus bas , par le Roi , M.P. De Voyer
d'Argenſon. Visa Machault. Vu au Conſeil ,
Peirenc de Moras. Et ſcellé du grand ſceau de cise
verte , en lacs de foie rouge & verte .
?
>
216 MERCURE DE FRANCE.
:
Lu & publié , le Roiſéant enſon Lit de Justice,
& registré , oui , & ce requérant le Procureurgénéral
du Roi , pour être exécuté ſelonsa forme&
teneur. A Paris , en Parlement , le Roi tenantfon
Lit de Justice , le treize Décembre mil ſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
des Enquêtes , & de plusieurs Offices dans le
Parlement de Paris.
LOUIS , &c. A tous préſens & à venir ; Salut.
Nous avons toujours régardé l'adminiſtration de
la justice comme la fonction la plus auguſte de
notre puiſſance ſouveraine , &la plus importante
pour le bonheur & la tranquillité de nos ſujets.
Nous fentons tout ce qu'elle exige de notre attentiondans
le choix des Magiſtrats auxquels nous
confions le ſoinde la rendre , & qui deviennent
en cette partie , dépositaires de notre autorité.
Rien ne nous a jamais paru plus contraire au bien
de la justice , que le relâchement dans ce choix ,
&riende plus propre à l'introduire , que la multiplicité
desoffices dejudicature : auſſi nous avons
dans tous les temps envisagé la réduction de leur
nombre comme un véritable bien , & comme
unmoyen de conferver l'honneur & la dignité
de la Magiftrature , que nous avons à coeur
de maintenir. Ces mêmes ſentimens ont animé
les Rois nos prédéceſſeurs ; & fi la difficulté
des circonstances les a quelquefois obligés de
multiplier le nombre des offices, les édits mêmes
de leur création ſont autant de monumens qui
conferveront à jamais le regret qu'ils ont eude
faire uſage de ces reſſources , & qui rappelleront
fans ceſſe la néceflité de le réduire. Nous avons
FEVRIER. 1757 . 205
déja , dans cette vue , ſupprimé un grand nombre
de juridictions inférieures; & quoique les circonftances
actuelles euſſent pu nous engager à ſuſpendre
un ouvrage ſi utile , nous n'avons pu nous
refuſer plus long-temps au voeu des anciennes ordonnances
, & au defir que nous avons de procurer
cet avantage à notre Parlement de Paris.
Nous avons été également touché des viciffitudes
qu'ont éprouvé les prix des offices de notredit
Parlement; elles font ſentir la ſageſſe des ordonnances
, qui avoient pourvu à la fixation du prix
de ces offices , & la néceſſité d'en renouveller les
diſpoſitions. Enfin , ayant reconnu que le droit de
préſider appartient detoute anciennetéà nos Préſidens
du Parlement , dans tous les ſervices ou bureaux
denotredit Parlement , & que les offices de
Préſidens aux Enquêtes , qui n'étoient dans leur
origine que des commiſſions , n'ont été crées en
titre d'office que par l'édit du mois de Mai 1704 ,
Nous voulons rétablir nos Préſidens du Parlement
danslaplénitude des fonctions qui appartiennent
à leurs offices , avec d'autant plus de raiſon ,
que leur nombre , tel qu'il eſt fixé actuellement
&qu'il le demeure irrevocablement, nous femble
ſuffifant pour remplir avec exactitude toutes
les fonctions de la préſidence dans les différens fervices
de notredit Parlement. A ces cauſes , & autres
conſidérations à ce nous mouvant, de l'avis de
notre Conſeil, &de notre certaine ſcience , pleine
puiffance & autorité royale , Nous avons ,
par notre préſent édit perpétuel & irrévocable ,
dit, ſtatué & ordonné , diſons , ſtatuons & ordonnons
, voulons & nous plaît ce qui ſuit.
ART. I. Notre Cour de Parlement ſera com
poſée à l'avenir , & à comptes de ce jour , des
Grand-Chambre & Tournelle , de trois Chambres
206 MERCURE DE FRANCE .
des Enquêtes , &de deux Chambres des Requêtes
du Palais . Avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons , à compter pareillement de ce
jour , la quatrieme &lacinquieme Chambre des
Enquêtes; en conféquence , défendons à tous les
Prétidens & Confeillers ſervant actuellement dans
lefdites quatrieme & cinquieme Chambres des
Enquêtes , de s'y aſſembler ſous quelque prétexte
que ce puifle être , déclarant nuls toute délibération
, jugemens , arrêts & procédures qui
pourroient y intervenir , comme contraires à la
preſente diſpoſitions ſaufà être par Nous ſtatué
ci-après ſur le ſervice & la diſtribution des Préfidens&
Confeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes.
II. Nous avons pareillement éteint &fupprimé,
éteignons & fupprimons par le préſent édit , à
compter de ce jour , deux offices de Préſidens
aux Enquêtes actuellement vacans par le décès des
titulaires. Eteignons pareillement & fupprimons
par le préſent édit , & fans qu'il en ſoit beſoin
d'autre, le ſurplus des offices de Préſidens aux
Enquêtes , créés par l'édit du mois de Mai 1604 ,
lorſque leſdits offices viendront à vaquer par mort
ou par démiſſion.
III. Nous avons auſſi éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons foixante offices de Confeillers
laïcs ,& quatre offices de Confeillers clercs en
notredit Parlement de Paris , & une Commiflion
aux Requêtes du Palais ; laquelle fuppreffion aura
lieu dès-à-préſent &à compter de ce jour pour
ceux deſdits offices de Conſeillers laïcs & Conſeillers
cleres , & pour ladite Commiffion , qui
vaquent actuellement; & ne fera effectuée pour
leſurplus que dans les cas de vacance deſdits offi
ees, par mortou par démiſſion ; Nous réſervam
FEVRIER. 1757 . 207
!
1
1
:
1
F
néanmoins la liberté de pourvoir alternativement
àun de deux deſdits offices de Conſeillers laïcs ou
clercs qui viendront à vaquer dans la fuite , & ce ,
juſqu'à ce que la ſuppreſſion par Nous ordonnée
ait eu fon plein&entier effet. :
IV. La Grand-Chambre ſera compoſée du Premier
Préſident , des neufPréfidens du Parlement ,
auquel nombre nous avons fixé irrévocablement
leurs offices , ſans que , ſous prétexte des diſpoſitions
du préſent édit , ou de tout autre , le
nombre deſdits offices puiſſe être augmenté: de
vingt-cinq Conſeillers laïcs , &de douze Conſeillers
clercs ; àl'effet de quoi les quatre plus anciensConſeillers
laïcs des Enquêtes , pafferont actuellement
au ſervice de la Grand-Chambre ; &
pourront leſdits quatre Conſeillers rapporter pendant
une année les procès qui leur auroient été
diftribués dans la Chambre où ils étoientde fervice
, conformément à l'uſage obſervé dans notredit
Parlement de Paris , ſi ce n'est qu'ils fortiffent
de la quatrieme ou cinquieme Chambre des Enquêtes
, ſupprimées par notre préſent édit : au
quel cas ils pourront rapporter leſdits procès pendant
ledit temps d'une année dans l'une des trois
Chambres deſdites Enquêtes.
V. Le Premier Préſident & trois des Préſidens
du Parlement feront toujours de ſervice à la
Grand Chambre , trois deſdits Préfidens du Parlement
ſerviront dans laChambre de la Tournelle,
avec douze Conſeillers laïcs de ladite Grand
Chambre, quatre Confeillers auffi laïcs de chacunedes
trois Chambres des Enquêtes qui y feront
le ſervice pendant les temps accoutumés ; & les
trois autres Préſidens du Parlement préſideront
à chacune deſdites trois Chambres des Enquêtes.
Autoriſons à cet effet lefdits neuf Préſidens du Par
208 MERCURE DE FRANCE.
lement à faire entr'eux, de concert avec le premier
Préſident , tous les ans à la Saint-Martin , la diftribution
de leur ſervice dans lesdites Grand-
Chambre , Tournelle & Chambres des Enquêtes ,
*ainſi qu'ils aviſeront bon être ; & néanmoins ,
voulons & ordonnons que , pour le temps ſeulement
qui reſte à expirer de la tenue actuelle de
notredit Parlement , le Premier Préſident , le ſecond,
le ſeptieme & le huitieme deſdits Préſidens
denotre Parlement , en ordre de réception , fervent
en laGrand-Chambre ; que le troiſieme préfide
en la Tournelle , & que les deux derniers ,
aufli en ordre de réception , y faſſent le ſervice ;
que le quatrieme , dans le même ordre , préſide
enlapremiere Chambre des Enquêtes, le cinquie
me en la ſeconde Chambre des Enquêtes , & le
fixieme en la troiſieme Chambre des Enquêtes :
leur enjoignons de ſe conformer à la diſpotion du
préſent article , à compter de ce jour.
: VI. LesConſeillersde la quatrieme &de la cinquieme
Chambre des Enquêtes paſſeront en nombre
égal dans la premiere , deuxieme & troifieme
Chambre des enquêtes , à l'effet d'y continuer
leurs fonctions , d'y prendre ſéance ſuivant
P'ordre de leur réception , d'y avoir voix & opinion
délibérative , même d'y rapporter les procès
qui leur auroient été diſtribuésdans les Chambres
dans leſquelles ils étoient de ſervice , & d'avoir
part à la diſtribution des procès qui feront échus
auxdites Chambres. Voulons que les Doyens des
Conſeillers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes continuent dejouirchacunde
la penſion de mille livres dont ilsjouiffoient
, juſqu'a ce qu'ils ſoient en tour de monter
en la Grand-Chambre.
VII. Après que la ſuppreſſion ordonnée par no
FEVRIER. 1757. 209
1
f
f
tre préſent édit , de ſoixante offices deConſeillers
laïcs , de quatre de Conſeillers clercs, &d'une
commiſſion aux Requêtes du Palais , aura eu
ſa pleine& entiere exécution , chacune des trois
Chambres des Enquêtes , préſidées par l'un des
Préſidens du Parlement , ainſi qu'il eſt porté par
l'article V du préſent édit , ſera compoſée detrente-
quatre Conſeillers tant laïcs que clercs , & les
deux Chambres des Requêtes du Palais feront
compoſées chacune de trois Préſidens auxdites
Requêtes , & de quatorze Conſeillers-Commiſſaires
aux Requêtes du Palais.
VIII. Voulons , en conféquence de la diſpoſitiondes
articles V & VII du préſent édit , que les
Préſidens de la premiere , ſeconde & troiſieme
Chambre des Enquêtes , ſoient tenus , à compter
de ce jour , de céder la préſidence dans lesdites
Chambres à nos Préſidens de notredit Parlement
, tant aux audiences , qu'aux jugemens des
procès derapport & viſite des procés de petit ou de
grand Commiſſaire , auxquels néanmoins ils
continueront , fi bon leur ſemble , d'aſſiſter ,
ſans toutefois faire partie du nombre deſdits
Commiffaires, lequel ,pour la viſite des procès de
petit Commiſſaire, ſera compoſé de notredit Préfident
du Parlement , & des quatre plus anciens
Conſeillers deſdites trois Chambres des Enquêtes
&pour ceux des procès qui ſe jugent par Commiſſaires
, le nombre deſdits Commiſſaires ſera
rempli par les dix anciens Conſeillers de chacune
deſdites Chambres & notredit Préſident ; en telle
forte que noſdits Préſidens des Enquêtes ne puiſſent
dorénavant qu'aſſiſter & intervenir dans les
-jugemens eſdites Chambres , ſans y exercer aucune
préſidence , mais ſeulement y conſerver la
ſéance qu'ils y ont eue juſqu'à ce jour. Mainte
210 MERCURE DE FRANCE.
nons & gardons au ſurplus noſdits Préſidens des
Enquêtes dans le rang & féance qui leur ont été
attribués par leur édit de création , du mois de
Mai 1704 , tant aux affemblées de Chambres ,
qu'aux cérémonies publiques & accoutumées.
IX. Les Préfidens de la quatrieme & cinquieme
Chambre des Enquêtes , fupprimées par l'article
premier du préſent édit , pourront choiſir celle
defdites Chambres des Enquêtes qui leur agréera
le plus , pour ycontinuer leur ſervice , conformément
à la diſpoſition de l'article précédent : Et
voulant traiter favorablement tous les Préſidens
des Enquêtes , & les dédommager des droits d'affiſtance&
de la viſite des procès de grand & petit
Commiſſaire, attribuons à tous leſdits Préſidens les
mêmes gages qui avoient été fixés par ledit édit du
mois de Mai 1704 , pour le troiſieme Préſident
ſeulement de chacune des Chambres deſdites Enquêtes.
Ordonnons en conféquence qu'ils foient
tous employés pour leſdits gages dans l'état an.
nuel des gages de notredit Parlement de Paris ;
defquels néanmoins feront retranchés dudit état,
avenant le cas de vacance de chacun deſdits offices
par mort ou par démiſſion : confervons pareillement
aux deux anciens Préſidens des Enquêtes ,
leur vie durant , la penſion de quinze cens livres
que nous leur avons ci-devant accordée .
X. Et dans le cas où aucuns deſdits Préſidens
préféreroient de ſe démettre actuellement de leurs
offices , ordonnons qu'ils en ſoient remboursés ,
fuivant qu'il fera dit ci - après ; & dans ledit cas ſeront
expédiées auxdits Préſidens des Lettres d'Honoraires
, encore même qu'ils n'euſſent exercé
leurs offices pendant l'eſpace de vingt années ,
dont nous les difpenfons , pour , en vertu defdites
lettres , jouir pareux , leurs veuves & eй-
FEVRIER. 1757. : 211
1
E
1
1
$
fans des honneurs , féances & privileges y attachés.
XI . Les Conſeillers qui , après avoir ſervi dans la
quatrieme & cinquieme Chambre des Enquêtes ,
auront obtenu des lettres d'Honoraires pour continuer
d'y prendre place , feront tenus d'opter de
la premiere , de la ſeconde ou de la troiſfieme
Chambre des enquêtes , pour continuer leur fervice
dans l'une deſdites trois Chambres , juſqu'à
ce qu'ils foient en tour de monter à la Grand-
Chambre, fans qu'après ladite option ils puiffent
paffer dans une autre deſdites trois Chambres.
XII . Nous avons éteint & fupprimé , éteignons
& fupprimons les offices de Commis aux
greffes & de Buvetiers des quatrieme & cinquteme
Chambres des Enquêtes , enſemble les offices
des huiffiers ſervans près leſdites Chambres ;
maintenons néanmoins leſditsCommis aux greffes ,
Huiffiers & Buvetiers deſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes dans tous les
privileges attribués à leurs offices , deſquels privileges
voulons qu'ils jouiffent pendant leur vie :
autoriſons notre Cour de Parlement à faire tel
reglement qu'elle jugera convenable pour la ſûreté
& conſervation des minutes , pieces , effets
ou deniers qui pourroient ſe trouver dans les
greffes deſdites deux Chambres fupprimées.
XIII. Au cas que leſdites quatrieme & cinquieme
Chambres des Enquêtes aient contracté
quelques dettes , par conſtitution de rente ou
autre ſemblable emprunt; deſquelles rentes ou
dettes les créanciers auroient coutume de percevoir
les arrérages ſur les deniers communs appartenans
auxdites Chambres ; nous déclarons que
nous entendons nous charger de l'acquittement
defdites rentes& dettes; à l'effet de quoi ſera par
212 MERCURE DE FRANCE .
l'ancien Préſident actuel deſdites Chambres , &
les Doyens des Conſeillers d'icelles , remis ès
mains du fieur Contrôleur général de nos finances
un état ſigné d'eux , contenant la qualité &
quotité deſdites dettes , & le nom deſdits créanciers
, pour , ſur ledit état ainſi ſigné&certifié
véritable , être fait fonds ès mains du Payeur des
gages de notredit Parlement , du montant annuel
des arrérages deſdites rentes ou dettes , lefquels
feront par ledit payeur délivrés aux créanciers
ſur leurs quittances, en la forme accoutumée,
tant& fi longuement que leſdites rentes auront
cours , &juſqu'à ce qu'il nous ait plu d'en ordonner
le rembourſement : voulons en outreque tous
les Préſidens & Conſeillers deſdites deux Chambres
demeurent déchargés , comme nous les déchargeons
par notre préſent édit , de tout acquittement
deſdites dettes ; faiſons défenſes de faire à ce
ſujet aucune demande & pourſuite contr'eux ,
àpeine nullité.
XIV. Les offices de Préſidens aux Enquêtes actuellement
vacans , enſemble ceux qui vaqueront
foit par mort ou par démiſſion , feront rembourfés
, ledit cas avenant , ſur le pied de deux cens
mille livres pour chacun deſdits offices , conformément
au prix porté par l'édit de création d'iceux
du mois de Mai 1704 , ou ſur le prix porté
par le contrat d'acquifition , pour ceux qui les auront
acquis àun prix inférieur à celui de ladite
fixation& création. Les offices de Conſeillers laïcs
& clercs , & commiſſions aux Requêtes du Palais
qui vaquent actuellement , & qui ſont ſupprimés
par notre préſent édit, feront rembourſés ſur le
pieddu prix du dernier contrat de vente de ſemblables
offices & commiffions ; & pour ceux qui
viendront à vaquer dans la ſuite , juſqu'à ce que
FEVRIER . 1757 . 213
ladite ſuppreſſion ſoit entièrement effectuée ,
-voulons qu'ils foient rembourſés ſur le pied du prix
du contrat d'acquiſition de chacun d'iceux, pourvu
- que ledit prix n'excede pas la ſomme de cinquante
mille livres. Les offices de Commis aux greffes ,
d'Huiſſiers & de Buvetiers deſdites quatrieme, cinquieme
Chambres des Enquêtes , ſupprimés par
notre préſent édit , feront remboursés aux titulaires
ou repréſentans , ſur le pied du prix des con
trats d'acquifition d'iceux ; même leur ferontpa
reillement rembourſés les frais de réception , à
l'effet de quoi les titulaires ou propriétaires defdits
offices ſupprimés feront tenus de remettre
leurs quittances de finance , contrats d'acquiſition
&autres titres de propriété de leurs offices
entre les mains du ſieur Contrôleur général de nos
finances , pour par eux recevoir leur rembourſement
des deniers qui ſeront par nous deſtinés à cet
effet.
Che
تا
de
XV. Ordonnons que les gages , augmenta
tions de gages attachés aux offices , fi aucuny
a, franc- falés& autres droits attribués aux offices
ſupprimés par notre édit , feront rejettés de nos
états à compter de ce jour ; ce qui n'aura lieu
toutefois à l'égard deſdits offices de Préſidens aux
Enquêtes, de Conſeillers laïes & clercs qui ne font
pas actuellement vacans , que lors de la vacance
d'iceux , juſqu'à la réductiondu nombre fixé par
le préſent édit pour leſdits officesde Conſeillers.
XVI. Defirant de fixer le prix des offices de notre
Parlement de Paris , nous avons ordonné &
ordonnons que le prix des offices de Préſidens de
notredit Parlement, demeurera fixé à la ſomme
de cinq cens mille livres , ſans que , ſous quelque
prétexte que ce ſoit , le prix deſdits offices puiffe
tre augmenté ; celui des offices dePréſidens aux
214 MERCURE DE FRANCE.
Requêtes du Palais , à celle de deux cens mille lilivres;
le prix des offices de Conſeillers laïcs , à la
ſomme de cinquante mille livres ; celui des offices
de Confeillers clercs , à la ſomme de quarante
mille livres ; celui des commiſſions aux Requêtes
du Palais , àcellede vingt mille livres; & le prix
des offices de nos Avocats généraux , à la ſomme
detrois cens mille livres ; révoquant à cet effet
les fixations faites deſdits offices , tant par nous
que par les Rois nos prédéceſſeurs .
,
XVII. Ceux qui defireront être pourvus d'offices
de Préfidens du Parlement Préſidens ès
Chambres des Requêtes du Palais , Conſeillers
laïcs ou clercs , de commiſſions aux Requêtes du
Palais , & d'offices d'Avocats généraux en notre
Parlement de Paris , après en avoir de nous obtenu
l'agrément , ſeront tenus , pour obtenir des
proviſions , de remettre ès mains de notre trèscher
& féal Chevalier Chancelier de France , une
copie en forme du contrat d'acquiſition qu'ils auroient
fait deſdits offices , avec une déclaration
également en forme , ſignée tant de l'acquéreur
que du vendeur deſdits offices , contenant que
le prix porté audit contrat eſt ſincere& véritable ,
qu'il n'y a enaucune façon été contrevenu au préſent
édit , & qu'il n'eſt ni excédant ni au deſſous
de celui porté par la préſente fixation , le tout à
peine de nullité des contrats d'acquifition , & d'êtredéchus
de notre agrément pour leſdits offices ;
en conféquence, défendons à tous Notaires & Tabellions
de paſſer aucun contrat deſdits offices , ni
ftipuler aucun autre prix que celui fixé par le préfent
édit, comme auſſi de recevoir aucune déclaration
ou contre- lettre tendante à diminuer ou augmenter
ledit prix , à peine de nullité deſdits actes
, & d'interdictions contre leſdits Notaires&
Tabellions.
FEVRIER . 1757 . 215
!
XVIII . Voulons & ordonnons que les Conſeillers.
Commiſſaires aux Requêtes du Palais , puiffent à
l'avenir , & à compter de ce jour , monter à la
Grand-Chambre , en ſuivant la date de leur réception
, & ce concurremment avec les Confeillers
des trois Chambres des Enquêtes ; à la charge
néanmoins par ceux deſdits Confeillers- Commiffaires
aux Requêtes du Palais qui voudront monter
à la Grand-Chambre , de ſe démettre de leur
commiſſion trois années avant qu'ils puiſſent
monter à ladite Grand-Chambre , & de venir pendant
leſdites trois années ſervir en l'une des
Chambres des Enquêtes , ou ils ſeront diftribués
en la maniere ordinaire ; & au cas que celui des
Conſeillers Commiſſaires aux Requêtes du Palais ,
qui, par ſon rangde réception, ſeroit naturellement
endroitdemonter à la Grand Chambre, ſe trouvât,
avenant la vacance d'une place en ladite Chambre,
poſſéder encore ſa commiſſion aux Requêtes du
Palais , il perdra pour cette fois ſon rang , ſauf
à le reprendre quand il aura ſervi , comme dit eſt ,
trois années en une Chambre des Enquêtes. Si donnons
en Mandement à nos amés & féaux Conſeillers
les Gens tenant notre Cour de Parlement à
Paris ; que notre préſent édit ils aient à faire lire ,
publier & régiſtrer , & le contenu en icelui garder,
obſerver& exécuter ſelon ſa forme&teneur.
Cartel eſt notre plaiſir. Et afin que ce ſoit choſe
ferme & ſtable àtoujours, nousy avons fait mettre
notre ſcel . Donné à Versailles au mois de Décembre
, l'an de grace mil ſept cent cinquante- fix ,
&de notre regne le quarante-deuxieme. Signé
Louis. Et plus bas , par le Roi , M.P. De Voyer
d'Argenſon. Visa Machault. Vu au Conſeil ,
Peirenc de Moras. Et ſcellé du grand ſceau de cise
verte , en lacs de foie rouge & verte .
?
>
216 MERCURE DE FRANCE.
:
Lu & publié , le Roiſéant enſon Lit de Justice,
& registré , oui , & ce requérant le Procureurgénéral
du Roi , pour être exécuté ſelonsa forme&
teneur. A Paris , en Parlement , le Roi tenantfon
Lit de Justice , le treize Décembre mil ſept cent
cinquante-fix. Signé Dufranc.
Fermer
Résumé : Edit du Roi, portant suppression de deux Chambres des Enquêtes, & de plusieurs Offices dans le Parlement de Paris.
En février 1757, le roi Louis XV promulgue un édit visant à réformer l'administration de la justice en France. Considérant la justice comme essentielle pour le bonheur et la tranquillité de ses sujets, le roi décide de réduire le nombre d'offices judiciaires afin de maintenir l'honneur et la dignité de la magistrature. Les principales modifications incluent la suppression des quatrième et cinquième Chambres des Enquêtes, dont les affaires sont transférées aux trois Chambres restantes. Les conseillers de ces chambres supprimées intègrent les autres Chambres des Enquêtes tout en conservant leurs fonctions et droits de délibération. L'édit supprime également deux offices de Présidents aux Enquêtes vacants ainsi que tous les futurs offices vacants par décès ou démission. De plus, soixante offices de Conseillers laïcs, quatre offices de Conseillers clercs, et une commission aux Requêtes du Palais sont abolis. La composition de la Grand-Chambre est modifiée pour inclure le Premier Président, neuf Présidents, vingt-cinq Conseillers laïcs, et douze Conseillers clercs. Les Présidents du Parlement sont redistribués entre la Grand-Chambre, la Chambre de la Tournelle, et les trois Chambres des Enquêtes. Les Présidents des chambres supprimées peuvent choisir la chambre où ils souhaitent continuer leur service. Les offices de commis aux greffes, huissiers et buvetiers des quatrième et cinquième Chambres des Enquêtes sont supprimés, mais leurs titulaires conservent leurs privilèges. Les dettes contractées par ces chambres seront acquittées par le roi. Les offices vacants de présidents aux Enquêtes seront remboursés à 200 000 livres, tandis que les offices de conseillers et commissions aux Requêtes du Palais seront remboursés selon le dernier prix de vente ou d'acquisition, avec une limite de 50 000 livres. L'édit fixe également les prix des différents offices du Parlement de Paris, interdisant toute augmentation future.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
254
p. 96-98
LOGOGRYPHE.
Début :
Noir démon de l'erreur, vous, sombre jalousie, [...]
Mots clefs :
Calomnie
255
p. 202-212
Ordonnance sur les Corvées [titre d'après la table]
Début :
L'Ordonnance suivante au sujet des corvées nous a paru si [...]
Mots clefs :
Ordonnance, Corvées, Changements, Progrès, Articles, Tâches, Paroisses, Syndic, Mandement, Punitions, Récompenses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ordonnance sur les Corvées [titre d'après la table]
L'Ordonnance faivante au fujet des corvées
nous a paru fi conforme à lajuftice ,
& fi précieuſe à l'humanité , que nous
avons cru devoir la confacrer dans nos faftes
. Des amis de M. de Brou avoient refu
fé de nous la communiquer par ménagement
pour fa modeftie ; mais heureufement
il s'en eft répandu dans Paris tant
d'Exemplaires , que nous avons été obligés
de céder aux inftances du plus grand nombre
qui nous a follicités de la rendre publique
, comme un modele de fageffe &
d'équité.
DE PAR LE ROT, Antoine- Paul Jofeph
Feydeau-de Bron , Chevalier , Confeiller
du Roi enfes Confeils , Maître des Requêtes
ordinaires de fon Hôtel , Intendant de
Juftice , Police & Finances , en la Généralité
de Rouen.
Nous étant fait remettre fous les yeux
les états de fituation des différentes routes
de la généralité , Nous n'avons pu voir
qu'avec peine le peu de progrès du travail
des corvées qui Nous a mis dans le cas d'être
obligés , ou de laiffer imparfaits plufieurs
ouvrages dont le Public auroit dû
JUIN. 1757. 203
profiter , ou d'éxiger des habitans un nouveau
travail , dans un temps que Nous
aurions voulu laiffer tout entier à la culture
de leurs terres & au foin de leurs femences.
Dans la vue de remédier à de fi grands inconvéniens
, Nous avons réfolu de don
ner une nouvelle forme à l'adminiſtration
des corvées , & d'en accélérer , s'il eft
poffible , les progrès , non par une charge
plus forte que Nous n'impoferions qu'à regret
aux habitans , mais par une meilleure
diftribution de leurs forces , & par un
emploi plus affuré de leurs travaux , & èn
conféquence Nous avons ordonné ce qui
fuit.:
ART. I. Il ne fera plus à l'avenir impofé
aux Paroiffes un nombre de jours de corvées
déterminé ; mais fuivant le même
nombre de jours que Nous avons accoutumé
de leur prefcrire , il leur fera impofé
des tâches proportionnées à leurs forces ,
à l'éloignement de l'attelier , à la diſtance
des lieux d'où il faudra extraire les matériaux
, aux difficultés de l'extraction ; en
un mot , à toutes les différentes confidérations
qui pourront contribuer à la juftice
que nous fommes obligés de leur rendre..
ART. II. Il Nous fera remis à cet effet
par l'Ingénieur de la province , dans le
courant du mois de Décembre au plus tard,
Ivja
204 MERCURE DE FRANCE.
un plan & devis de toutes les routes auxquelles
il aura été réfolu de faire travailler,
enfemble l'état des Paroiffes divifé par attelier
qu'il conviendra d'y employer ,
lefquelles ne pourront être diftantes de
plus de deux lieues & demie , foit des carrieres
, foit de l'attelier .
>
ART. III . Auffi - tôt que ledit état Nous
aura été remis , il fera par Nous envoyé
Ordre à tous les Syndics des Paroiffes de
remettre dans quinzaine un état des voitures
, chevaux , harnois, journaliers defdites
Paroiffes , & afin de leur faciliter ladite
opération , il fera par Nous adreffé des modeles
defdits états, divifés par colonnes , lefquel's
contiendront les noms des laboureurs
& journaliers , le nombre des voitures ,
celui des chevaux de trait ou de fomme
les noms des exempts , leurs titres d'exemption
. Seront tenus lefdits Syndics d'y comprendre
leurs propres voitures & leurs
chevaux , & de faire certifier lesdits états
par quatre des principaux habitans les
plus hauts impofés à la taille ; & en cas de
fauffe déclaration de leur part , feront lefdits
Syndics & les quatre habitans qui
auront certifié ledit état , condamnés en
vingt livres d'amende.
ART. IV. Auffi - tôt que les états contenant
la force de chaque Paroiffe Nous auzont
été envoyés par le Syndic , ils ferant
JUI N. 1757. 205
par Nous remis entre les mains de l'Ingénieur
, lequel dreffera en conféquence fon
état de répartition , contenant la tâche de
chaque Paroiffe , pour être enfuite envoyé
des Mandemens , lefquels contiendront
non -feulement la tâche de chaque
Paroiffe mais encore celle de chaque
cheval de trait ou de fomme , & de chaque
journalier demeurant dans ladite Paroiffe ,
laquelle ne fera eftimée que fur ce que
peut faire un homme de moyenne force.
->
ART. V. Seront lefdits Mandemens par
Nous envoyés aux Syndics des différentes
Paroiffes , lefquels feront tenus de les lire
& publier dans une affemblée générale des
habitans , qui fera convoquée à cet effet
le premier Dimanche d'après , à l'iffue de
la Meffe Paroiffiale , afin que chaque Pa
roiffe , & même chaque habitant , puiffe
connoître, autant qu'il fera poffible, la tâche
dont il demeurera chargé.
ART. VI. Il fera accordé quinzaine aux
habitans & aux Paroiffes après la publication
defdits Mandemens , pour Nous
adreffer leurs plaintes & repréfentations an
fujet des tâches qui leur auront été impo
fées feront les repréfentations des Paroiffes
communiquées à l'Ingénieur , &
celles des Habitans de chaque Paroiffe à
leurs Syndics , lefquels feront tenus d'y
répondre dans quinzaine , pour , fur leur.
:
206 MERCURE DE FRANCE.
réponſe & l'avis de nos Subdélégués , être
par Nous ordonné ce qu'il appartiendra.
ART. VII . Il fera auffi par Nous envoyé
des Ordres au bas defdits Mandemens aux
Syndics de fe rendre à un jour marqué ,
dans le village le plus prochain de l'attelier
, pour , en préfence & fous les ordres
du Sous - Ingénieur , régler fur l'attelier
même le travail de la corvée , de la maniere
& dans l'ordre qui va être preſcrit
ci -après.
T
ART. VIII. Il ne fera commandé à la
fois fur l'attelier que le tiers des Paroiffes
qui devront travailler à la corvée, & chaque
tiers fera commandé deux jours de fuite .
.
ART.IX. Ilnepourra auffi être commandé
à la fois que la moitié de chaque Paroiffe
employée à la corvée , & afin de mettre autant
d'ordre & de facilité qu'il eft poffible
dans cette diftribution feront lefdites
Paroiffes divifées en deux ou en quatre
Brigades , fuivant le nombre d'habitans
qu''elles contiennent , lefquelles feront tenues
de fe rendre alternativement fur l'at
telier les jours que leur Paroiffe fera employée.
ART. X. Et afin de ne pas enlever aux
Habitans , par l'exécution trop févere de
ces Ordres , des jours quelquefois néceffaires
à la culture de leurs terres & au bien
de leurs recoltes , pourront lefdits habi
JUI N. 1757. 207
tans , foit laboureurs , foir journaliers ,
compris dans les différentes Brigades , en
prévenant leurs Syndics , fe fuppléer les
uns aux autres , & faire acquitter leurs tâches
par d'autres , à condition qu'il fe
trouve toujours le même nombre dejournaliers
, de chevaux & de voitures fur
l'attelier , comme aufli à condition que
lefdites tâches demeureront toujours fouts
le nom & à la charge de ceux auxquels elles
auront été impofées , lefquels feront
feuls connus fur les états qui Nous feront
remis par les Syndics du travail de la córvée.
ART. XI. Seront toujours les brigades
commandées toutes entieres , & elles pour
ront n'être que de trois ou quatre journáliers
dans les Paroiffes les plus foibles ,
afin qu'il y en ait toujours au moins deux ,
& que la moitié de la Paroiffe demeure libre
, chaque brigade n'étant commandée
qu'alternativement .
ART. XII. Seront tenus les habitans des
Paroiffes d'obéir à leurs Syndics , & les
Syndics aux Piqueurs , en tout ce qu'il
leur fera prefcrit pour le bon ordre de la
corvée , fous l'infpection & les ordres du
Sous- Ingénieur qui , en cas de défobéiffance
, fera tenu de Nous en rendre compte ,
ou à nos Subdélégués , lefquels pourront
donner tous les ordres provifoires ; & fe208
MERCURE DE FRANCE.
t
ront tenus néanmoins de Nous en rendre
compte , pour y être par Nous pourvu définitivement
, fuivant l'exigence des cas.
ART. XIII : Sera la tâche de chaque Paroiffe
diftinguée fur l'attelier par des po
teaux , & celle de chaque brigade par des
piquets.
ART. XIV. Seront tenus les Syndics de
fe trouver avec leurs Paroiffes fur l'attelier
, pour veiller à ce que la tâche qui
leur fera preferite foit faite ; de remettre
chaque jour entre les mains du Piqueur
un état des défaillans dans chaque Briga
de , qu'ils feront tenus de figner , & dans
lequel ils auront foin d'inférer les cauſes
d'abfence qui pourroient être parvenues
à leur connoiffance.
ART. XV. Seront lefdits états remis par
les Piqueurs entre les mains du Sous- Ingénieur
, lequel Nous rendra compte tous
les quinze jours des progrès des corvées.
ART. XVI . Seront les défaillans condamnés
en une amende ; fçavoir , les laboureurs
de dix livres , & les journaliers
de trois livres pour la premiere fois , &
du double pour la feconde , & feront même
punis fuivant l'exigence des cas , s'ile
continuoient à mériter des peines plus féveres
, par une plus longue défobéiffance ;
& afin de parvenir au payement defdites
amendes, il fera joint aux états qui Nour
JUI N. 1757.
209
feront envoyés par le Sous- Ingénieur , un
rôle des défaillans , lequel fera par Nous
rendu éxécutoire , & dont le Syndic de
chaque Paroiffe fera tenu de fe charger ,
& de faire le recouvrement ; à l'effet de
quoi il pourra contraindre les redevables ,
pour être enfuite les deniers par lui diftribués
au marc la livre , de là taille à chacun
de ceux qui compofent la brigade de
corvéables , dans laquelle les défaillans
auront manqué , auxquelles amendes ne
pourront néanmoins participer mutuellement
aucuns defdits défaillans ; & il appartiendra
un quart defdites amendes au
Syndic , pour le dédommager des peines
& des frais qui lui auront été occafionnés
par le recouvrement .
pu-
ART. XVII . Mais afin de rendre les
nitions les plus rares qu'il fera poffible , &
de hâter d'ailleurs l'avantage que le Public
doit retirer des travaux des corvées , Nous
avons cherché à exciter l'émulation , & à
encourager par des récompenfes , le zele
& la bonne volonté de tous ceux qui y feront
employés , & Nous avons à cet effet
divifé le travail de la corvée en deux
temps , fçavoir trois mois auparavant les
récoltes , à commencer depuis le quinze
d'Avril jufqu'au quinze de Juillet , pendant
lefquels les Paroiffes qui auront fini le
plus diligemment leurs tâches , auront
210 MERCURE DE FRANCE.
droit aux récompenfes ; & deux mois
après les récoltes , depuis le premier Sep
tembre jufqu'au quinze de Novembre ,
qui leur feront donnés pour achever leurs
tâches , faute de quoi elles y feront contraintes
; & feront lefdites récompenfes
diftribuées de la maniere qui va être indiquée
ci - après.
ART. XVIII. Il fera accordé trente livres
de gratification fur les fonds des ponts
& chauffées , au Piqueur qui fe fera le
plus diftingué fur la route dans la conduite
de l'attelier qui lui aura été confié , &
quinze livres à chacun des deux Syndics ,
qui fur le rapport du Sous-Ingénieur , auront
marqué le plus d'intelligence & d'affiduité.
ART. XIX . A l'égard des Paroiffes , il
fera accordé une diminution fur la taille ,
aux trois Paroiffes qui fur chaque attelier
auront fait le plus diligemment la tâche
dont elles auront été chargées, pourvu toutefois
que ce foit dans les trois mois avant
la récolte ; & fera ladite diminution de quatre
-vingts livres pour les Paroiffes dont la
taille eft de douze cens livres , & au deffus ;
foixante livres pour celles dont la taille
fera depuis huit cens livres jufqu'à douze
cens livres , & quarante livres à toutes
celles dont la taille fera au deffous de huis
cens livres.
JUIN. 1757.
211
ART. XX. Si cependant aucune Paroiffe
de l'attelier n'avoit achevé la tâche qui lui
auroit été preſcrite avant la récolte , la
peine que Nous aurions de n'avoir plus que
des punitions à propoſer lors de la repriſe
du travail des corvées , pourra Nous faire
prendre le parti d'accorder encore par grace
, des récompenfes aux trois Paroiffes
qui auront fini le plus diligemment leurs
corvées , même après la récolte , pourvu
toutefois que ce foit avant le premier Octobre
, mais alors lefdites récompenſes ſeront
réduites à moitié.
ART. XXI. Comme il eft jufte de récompenfer
non-feulement l'activité , mais
la foumiffion & l'exactitude , fi dans les
trois Paroiffes qui auront fini le plus diligemment
leur tâche avant la récolte , il
n'y avoit aucun défaillant , enforte que
l'on n'eût été dans le cas d'éxercer aucune
contrainte contre les habitans , alors la diminution
fur la taille fera augmentée d'un
tiers , & fera portée ; fçavoir , celle de
quatre-vingts livres à cent vingt livres ,
celle de foixante livres à quatre-vint- dix livres
, & celle de quarante livres à foixante
livres ; fera auffi la même faveur accordée
même aux Paroiffes qui n'auront fini
leur tâche qu'avant le premier Octobre ,
dans la même proportion.
212 MERCURE DE FRANCE.
ART. XXII . Si quelques Paroiffes , dans
la vue d'obtenir la récompenfe promiſe ,
ou de ſe débarraffer plutôt de la tâche qui
leur aura été impofée , ſe rendent volontairement
pour travailler fur l'attelier , indépendamment
des jours qui leur auront
été prefcrits , alors la récompenfe fera donnée
à celle qui aura fini fa tâche la premiere
; mais fi toutes ne fe rendent fur l'attelier
que les jours prefcrits , feront alors lefdites
récompenfes données à celle qui aura fini
fa tâche en moins de temps.
ART. XXIII . Et afin qu'il ne puiffe y
avoir ni doutes ni furpriſes à ce fujet , feront
tenus les Syndics defdites Paroiffes , à
la fin des travaux de leur corvée , de retirer
du Piqueur un certificat du jour & de
l'heure auxquels lefdites Paroiffes auront
fini leurs tâches , pour le remettre auffitôt
entre les mains du Sous-Ingénieur ,
lequel fera tenu de Nous envoyer leſdits
certificats dans les huit premiers jours
d'Octobre , pour pouvoir y avoir égard
lors de nos départemens.
Fait en notre Hôtel le 15 Novembre 17 56.
nous a paru fi conforme à lajuftice ,
& fi précieuſe à l'humanité , que nous
avons cru devoir la confacrer dans nos faftes
. Des amis de M. de Brou avoient refu
fé de nous la communiquer par ménagement
pour fa modeftie ; mais heureufement
il s'en eft répandu dans Paris tant
d'Exemplaires , que nous avons été obligés
de céder aux inftances du plus grand nombre
qui nous a follicités de la rendre publique
, comme un modele de fageffe &
d'équité.
DE PAR LE ROT, Antoine- Paul Jofeph
Feydeau-de Bron , Chevalier , Confeiller
du Roi enfes Confeils , Maître des Requêtes
ordinaires de fon Hôtel , Intendant de
Juftice , Police & Finances , en la Généralité
de Rouen.
Nous étant fait remettre fous les yeux
les états de fituation des différentes routes
de la généralité , Nous n'avons pu voir
qu'avec peine le peu de progrès du travail
des corvées qui Nous a mis dans le cas d'être
obligés , ou de laiffer imparfaits plufieurs
ouvrages dont le Public auroit dû
JUIN. 1757. 203
profiter , ou d'éxiger des habitans un nouveau
travail , dans un temps que Nous
aurions voulu laiffer tout entier à la culture
de leurs terres & au foin de leurs femences.
Dans la vue de remédier à de fi grands inconvéniens
, Nous avons réfolu de don
ner une nouvelle forme à l'adminiſtration
des corvées , & d'en accélérer , s'il eft
poffible , les progrès , non par une charge
plus forte que Nous n'impoferions qu'à regret
aux habitans , mais par une meilleure
diftribution de leurs forces , & par un
emploi plus affuré de leurs travaux , & èn
conféquence Nous avons ordonné ce qui
fuit.:
ART. I. Il ne fera plus à l'avenir impofé
aux Paroiffes un nombre de jours de corvées
déterminé ; mais fuivant le même
nombre de jours que Nous avons accoutumé
de leur prefcrire , il leur fera impofé
des tâches proportionnées à leurs forces ,
à l'éloignement de l'attelier , à la diſtance
des lieux d'où il faudra extraire les matériaux
, aux difficultés de l'extraction ; en
un mot , à toutes les différentes confidérations
qui pourront contribuer à la juftice
que nous fommes obligés de leur rendre..
ART. II. Il Nous fera remis à cet effet
par l'Ingénieur de la province , dans le
courant du mois de Décembre au plus tard,
Ivja
204 MERCURE DE FRANCE.
un plan & devis de toutes les routes auxquelles
il aura été réfolu de faire travailler,
enfemble l'état des Paroiffes divifé par attelier
qu'il conviendra d'y employer ,
lefquelles ne pourront être diftantes de
plus de deux lieues & demie , foit des carrieres
, foit de l'attelier .
>
ART. III . Auffi - tôt que ledit état Nous
aura été remis , il fera par Nous envoyé
Ordre à tous les Syndics des Paroiffes de
remettre dans quinzaine un état des voitures
, chevaux , harnois, journaliers defdites
Paroiffes , & afin de leur faciliter ladite
opération , il fera par Nous adreffé des modeles
defdits états, divifés par colonnes , lefquel's
contiendront les noms des laboureurs
& journaliers , le nombre des voitures ,
celui des chevaux de trait ou de fomme
les noms des exempts , leurs titres d'exemption
. Seront tenus lefdits Syndics d'y comprendre
leurs propres voitures & leurs
chevaux , & de faire certifier lesdits états
par quatre des principaux habitans les
plus hauts impofés à la taille ; & en cas de
fauffe déclaration de leur part , feront lefdits
Syndics & les quatre habitans qui
auront certifié ledit état , condamnés en
vingt livres d'amende.
ART. IV. Auffi - tôt que les états contenant
la force de chaque Paroiffe Nous auzont
été envoyés par le Syndic , ils ferant
JUI N. 1757. 205
par Nous remis entre les mains de l'Ingénieur
, lequel dreffera en conféquence fon
état de répartition , contenant la tâche de
chaque Paroiffe , pour être enfuite envoyé
des Mandemens , lefquels contiendront
non -feulement la tâche de chaque
Paroiffe mais encore celle de chaque
cheval de trait ou de fomme , & de chaque
journalier demeurant dans ladite Paroiffe ,
laquelle ne fera eftimée que fur ce que
peut faire un homme de moyenne force.
->
ART. V. Seront lefdits Mandemens par
Nous envoyés aux Syndics des différentes
Paroiffes , lefquels feront tenus de les lire
& publier dans une affemblée générale des
habitans , qui fera convoquée à cet effet
le premier Dimanche d'après , à l'iffue de
la Meffe Paroiffiale , afin que chaque Pa
roiffe , & même chaque habitant , puiffe
connoître, autant qu'il fera poffible, la tâche
dont il demeurera chargé.
ART. VI. Il fera accordé quinzaine aux
habitans & aux Paroiffes après la publication
defdits Mandemens , pour Nous
adreffer leurs plaintes & repréfentations an
fujet des tâches qui leur auront été impo
fées feront les repréfentations des Paroiffes
communiquées à l'Ingénieur , &
celles des Habitans de chaque Paroiffe à
leurs Syndics , lefquels feront tenus d'y
répondre dans quinzaine , pour , fur leur.
:
206 MERCURE DE FRANCE.
réponſe & l'avis de nos Subdélégués , être
par Nous ordonné ce qu'il appartiendra.
ART. VII . Il fera auffi par Nous envoyé
des Ordres au bas defdits Mandemens aux
Syndics de fe rendre à un jour marqué ,
dans le village le plus prochain de l'attelier
, pour , en préfence & fous les ordres
du Sous - Ingénieur , régler fur l'attelier
même le travail de la corvée , de la maniere
& dans l'ordre qui va être preſcrit
ci -après.
T
ART. VIII. Il ne fera commandé à la
fois fur l'attelier que le tiers des Paroiffes
qui devront travailler à la corvée, & chaque
tiers fera commandé deux jours de fuite .
.
ART.IX. Ilnepourra auffi être commandé
à la fois que la moitié de chaque Paroiffe
employée à la corvée , & afin de mettre autant
d'ordre & de facilité qu'il eft poffible
dans cette diftribution feront lefdites
Paroiffes divifées en deux ou en quatre
Brigades , fuivant le nombre d'habitans
qu''elles contiennent , lefquelles feront tenues
de fe rendre alternativement fur l'at
telier les jours que leur Paroiffe fera employée.
ART. X. Et afin de ne pas enlever aux
Habitans , par l'exécution trop févere de
ces Ordres , des jours quelquefois néceffaires
à la culture de leurs terres & au bien
de leurs recoltes , pourront lefdits habi
JUI N. 1757. 207
tans , foit laboureurs , foir journaliers ,
compris dans les différentes Brigades , en
prévenant leurs Syndics , fe fuppléer les
uns aux autres , & faire acquitter leurs tâches
par d'autres , à condition qu'il fe
trouve toujours le même nombre dejournaliers
, de chevaux & de voitures fur
l'attelier , comme aufli à condition que
lefdites tâches demeureront toujours fouts
le nom & à la charge de ceux auxquels elles
auront été impofées , lefquels feront
feuls connus fur les états qui Nous feront
remis par les Syndics du travail de la córvée.
ART. XI. Seront toujours les brigades
commandées toutes entieres , & elles pour
ront n'être que de trois ou quatre journáliers
dans les Paroiffes les plus foibles ,
afin qu'il y en ait toujours au moins deux ,
& que la moitié de la Paroiffe demeure libre
, chaque brigade n'étant commandée
qu'alternativement .
ART. XII. Seront tenus les habitans des
Paroiffes d'obéir à leurs Syndics , & les
Syndics aux Piqueurs , en tout ce qu'il
leur fera prefcrit pour le bon ordre de la
corvée , fous l'infpection & les ordres du
Sous- Ingénieur qui , en cas de défobéiffance
, fera tenu de Nous en rendre compte ,
ou à nos Subdélégués , lefquels pourront
donner tous les ordres provifoires ; & fe208
MERCURE DE FRANCE.
t
ront tenus néanmoins de Nous en rendre
compte , pour y être par Nous pourvu définitivement
, fuivant l'exigence des cas.
ART. XIII : Sera la tâche de chaque Paroiffe
diftinguée fur l'attelier par des po
teaux , & celle de chaque brigade par des
piquets.
ART. XIV. Seront tenus les Syndics de
fe trouver avec leurs Paroiffes fur l'attelier
, pour veiller à ce que la tâche qui
leur fera preferite foit faite ; de remettre
chaque jour entre les mains du Piqueur
un état des défaillans dans chaque Briga
de , qu'ils feront tenus de figner , & dans
lequel ils auront foin d'inférer les cauſes
d'abfence qui pourroient être parvenues
à leur connoiffance.
ART. XV. Seront lefdits états remis par
les Piqueurs entre les mains du Sous- Ingénieur
, lequel Nous rendra compte tous
les quinze jours des progrès des corvées.
ART. XVI . Seront les défaillans condamnés
en une amende ; fçavoir , les laboureurs
de dix livres , & les journaliers
de trois livres pour la premiere fois , &
du double pour la feconde , & feront même
punis fuivant l'exigence des cas , s'ile
continuoient à mériter des peines plus féveres
, par une plus longue défobéiffance ;
& afin de parvenir au payement defdites
amendes, il fera joint aux états qui Nour
JUI N. 1757.
209
feront envoyés par le Sous- Ingénieur , un
rôle des défaillans , lequel fera par Nous
rendu éxécutoire , & dont le Syndic de
chaque Paroiffe fera tenu de fe charger ,
& de faire le recouvrement ; à l'effet de
quoi il pourra contraindre les redevables ,
pour être enfuite les deniers par lui diftribués
au marc la livre , de là taille à chacun
de ceux qui compofent la brigade de
corvéables , dans laquelle les défaillans
auront manqué , auxquelles amendes ne
pourront néanmoins participer mutuellement
aucuns defdits défaillans ; & il appartiendra
un quart defdites amendes au
Syndic , pour le dédommager des peines
& des frais qui lui auront été occafionnés
par le recouvrement .
pu-
ART. XVII . Mais afin de rendre les
nitions les plus rares qu'il fera poffible , &
de hâter d'ailleurs l'avantage que le Public
doit retirer des travaux des corvées , Nous
avons cherché à exciter l'émulation , & à
encourager par des récompenfes , le zele
& la bonne volonté de tous ceux qui y feront
employés , & Nous avons à cet effet
divifé le travail de la corvée en deux
temps , fçavoir trois mois auparavant les
récoltes , à commencer depuis le quinze
d'Avril jufqu'au quinze de Juillet , pendant
lefquels les Paroiffes qui auront fini le
plus diligemment leurs tâches , auront
210 MERCURE DE FRANCE.
droit aux récompenfes ; & deux mois
après les récoltes , depuis le premier Sep
tembre jufqu'au quinze de Novembre ,
qui leur feront donnés pour achever leurs
tâches , faute de quoi elles y feront contraintes
; & feront lefdites récompenfes
diftribuées de la maniere qui va être indiquée
ci - après.
ART. XVIII. Il fera accordé trente livres
de gratification fur les fonds des ponts
& chauffées , au Piqueur qui fe fera le
plus diftingué fur la route dans la conduite
de l'attelier qui lui aura été confié , &
quinze livres à chacun des deux Syndics ,
qui fur le rapport du Sous-Ingénieur , auront
marqué le plus d'intelligence & d'affiduité.
ART. XIX . A l'égard des Paroiffes , il
fera accordé une diminution fur la taille ,
aux trois Paroiffes qui fur chaque attelier
auront fait le plus diligemment la tâche
dont elles auront été chargées, pourvu toutefois
que ce foit dans les trois mois avant
la récolte ; & fera ladite diminution de quatre
-vingts livres pour les Paroiffes dont la
taille eft de douze cens livres , & au deffus ;
foixante livres pour celles dont la taille
fera depuis huit cens livres jufqu'à douze
cens livres , & quarante livres à toutes
celles dont la taille fera au deffous de huis
cens livres.
JUIN. 1757.
211
ART. XX. Si cependant aucune Paroiffe
de l'attelier n'avoit achevé la tâche qui lui
auroit été preſcrite avant la récolte , la
peine que Nous aurions de n'avoir plus que
des punitions à propoſer lors de la repriſe
du travail des corvées , pourra Nous faire
prendre le parti d'accorder encore par grace
, des récompenfes aux trois Paroiffes
qui auront fini le plus diligemment leurs
corvées , même après la récolte , pourvu
toutefois que ce foit avant le premier Octobre
, mais alors lefdites récompenſes ſeront
réduites à moitié.
ART. XXI. Comme il eft jufte de récompenfer
non-feulement l'activité , mais
la foumiffion & l'exactitude , fi dans les
trois Paroiffes qui auront fini le plus diligemment
leur tâche avant la récolte , il
n'y avoit aucun défaillant , enforte que
l'on n'eût été dans le cas d'éxercer aucune
contrainte contre les habitans , alors la diminution
fur la taille fera augmentée d'un
tiers , & fera portée ; fçavoir , celle de
quatre-vingts livres à cent vingt livres ,
celle de foixante livres à quatre-vint- dix livres
, & celle de quarante livres à foixante
livres ; fera auffi la même faveur accordée
même aux Paroiffes qui n'auront fini
leur tâche qu'avant le premier Octobre ,
dans la même proportion.
212 MERCURE DE FRANCE.
ART. XXII . Si quelques Paroiffes , dans
la vue d'obtenir la récompenfe promiſe ,
ou de ſe débarraffer plutôt de la tâche qui
leur aura été impofée , ſe rendent volontairement
pour travailler fur l'attelier , indépendamment
des jours qui leur auront
été prefcrits , alors la récompenfe fera donnée
à celle qui aura fini fa tâche la premiere
; mais fi toutes ne fe rendent fur l'attelier
que les jours prefcrits , feront alors lefdites
récompenfes données à celle qui aura fini
fa tâche en moins de temps.
ART. XXIII . Et afin qu'il ne puiffe y
avoir ni doutes ni furpriſes à ce fujet , feront
tenus les Syndics defdites Paroiffes , à
la fin des travaux de leur corvée , de retirer
du Piqueur un certificat du jour & de
l'heure auxquels lefdites Paroiffes auront
fini leurs tâches , pour le remettre auffitôt
entre les mains du Sous-Ingénieur ,
lequel fera tenu de Nous envoyer leſdits
certificats dans les huit premiers jours
d'Octobre , pour pouvoir y avoir égard
lors de nos départemens.
Fait en notre Hôtel le 15 Novembre 17 56.
Fermer
Résumé : Ordonnance sur les Corvées [titre d'après la table]
En juin 1757, Antoine-Paul-Joseph Feydeau-de-Briou, Intendant de Justice, Police et Finances, a publié une ordonnance pour réformer la gestion des corvées dans la généralité de Rouen. Cette réforme vise à améliorer l'efficacité des corvées sans augmenter la charge sur les habitants. Les jours de corvées fixes sont supprimés et remplacés par des tâches adaptées aux capacités des paroisses et aux besoins des projets routiers. Un ingénieur provincial doit fournir les plans et devis des routes à entretenir, tandis que les syndicats des paroisses doivent déclarer leurs ressources disponibles. Les mandements détaillant les tâches seront publiés lors d'une assemblée générale, avec une période de quinze jours pour les plaintes. Le travail est organisé en brigades rotatives pour éviter de mobiliser trop d'habitants simultanément. Les syndicats supervisent les travaux et signalent les absences, les défaillants étant passibles d'amendes. Des récompenses sont prévues pour les paroisses et individus les plus diligents, comme une réduction de la taille pour les paroisses terminant tôt. Les travaux sont divisés en deux périodes, avant et après les récoltes, avec des incitations à terminer rapidement. Les syndicats doivent obtenir un certificat du Piqueur attestant la fin des travaux pour validation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
256
p. 213
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Monsieur, vous avez consacré dans vos fastes, comme un monument précieux [...]
Mots clefs :
Ordonnance, M. Brou, Corvées, Nouvelles ordonnance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE.
A L'AUTEUR DU MERCURE.
MONSIEUR, ONSIEUR , VOUS avez confacré dans vos faſtes,
comme un monument précieux de fageffe & d'humanité
, l'Ordonnance de M. de Brou , qui a réglé
& adouci les opérations de la corvée. Voici
une autre Ordonnance du même Magiftrat , qui
enchérit encore fur la premiere , en réduisant à
moitié la tâche impoſée aux Corvéables de cette
Généralité. Je crois , Monfieur , que vous dépoferez
avec plaifir ce nouveau tréfor dans le prochain
Mercure , & que vous me fçaurez gré de
vous l'avoir mis entre les mains. M. de Brou me
fournira fouvent , à ce que je penſe , l'occaſion
dé vous faire de femblables préfens . Il n'eft pas
homme à fe laffer de bien faire. Jamais Intendant
n'a joint à l'efprit & aux talens , autant d'envie de
foulager les peuples & de les rendre heureux .
C'est une juftice que toute la Province lui rend , &
dont je vous prie de publier ce témoignage.
J'ai l'honneur d'être , &c.
De Magny , ce 13 Juin 1757.
MONSIEUR, ONSIEUR , VOUS avez confacré dans vos faſtes,
comme un monument précieux de fageffe & d'humanité
, l'Ordonnance de M. de Brou , qui a réglé
& adouci les opérations de la corvée. Voici
une autre Ordonnance du même Magiftrat , qui
enchérit encore fur la premiere , en réduisant à
moitié la tâche impoſée aux Corvéables de cette
Généralité. Je crois , Monfieur , que vous dépoferez
avec plaifir ce nouveau tréfor dans le prochain
Mercure , & que vous me fçaurez gré de
vous l'avoir mis entre les mains. M. de Brou me
fournira fouvent , à ce que je penſe , l'occaſion
dé vous faire de femblables préfens . Il n'eft pas
homme à fe laffer de bien faire. Jamais Intendant
n'a joint à l'efprit & aux talens , autant d'envie de
foulager les peuples & de les rendre heureux .
C'est une juftice que toute la Province lui rend , &
dont je vous prie de publier ce témoignage.
J'ai l'honneur d'être , &c.
De Magny , ce 13 Juin 1757.
Fermer
Résumé : A L'AUTEUR DU MERCURE.
Une lettre informe d'une ordonnance de M. de Brou réduisant de moitié la tâche des corvéables. Après une précédente ordonnance allégeant la corvée, l'auteur espère voir cette mesure publiée dans le Mercure. Il loue l'esprit et les talents de M. de Brou, ainsi que son désir de soulager les peuples. La lettre, datée du 13 juin 1757, demande la publication de ce témoignage de justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
257
p. 213-215
ORDONNANCE de M. l'Intendant de la Généralité de Rouen, qui réduit à moitié la tâche qui avoit été imposée à tous les Corvéables de cette Généralité. Du 12 Mai 1757.
Début :
Antoine-Paul-Joseph Feydeau-de Brou, &c. Etant informés des maux que la [...]
Mots clefs :
Ordonnance, Corvées, Cherté, Articles, Déductions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDONNANCE de M. l'Intendant de la Généralité de Rouen, qui réduit à moitié la tâche qui avoit été imposée à tous les Corvéables de cette Généralité. Du 12 Mai 1757.
ORDONNANCE de M. l'Intendant de
La Généralité de Rouen , qui réduit à moitié
la tâche qui avoit été impofée à tous les Corvéables
de cette Généralité. Du 12 Mai 1757.
ANTOINE-PAUL- JOSEPH FEYDEAU - DE BROU, &c.
Etant informés des maux que la cherté des bleds ,
occafionnée par la mauvaiſe récolte de l'année
derniere , a produit dans un grand nombre de
Paroiffes de notre Généralité employées aux
travaux de la corvée , quoique les approches de
la récolte , les ordres que nous avons donnés
>
214 MERCURE DE FRANCE.
pour empêcher l'exportation des grains à l'Etran
ger , la liberté & la protection que nous avons
promife & que nous ne cefferons d'accorder au
commerce des bleds dans l'étendue de notre Département
, les mefures même que nous avons
prifes pour l'exciter par des encouragemens , &
engager par des récompenfes à en faire venir , foit
d'autres Provinces , foit des pays étrangers , doivent
nous faire eſpérer une diminution prochaine ;
Nous n'avons pas cru devoir cependant différer
plus long-temps de donner aux habitans de notre
Généralité , les foulagemens que nous chercherons
toujours à leur procurer. Nous avons voulu
aller au devant de leurs befoins , & prévenir par
une diminution générale fur les travaux de la
corvée , les repréſentations qu'ils auroient été
dans le cas de nous adreffer. A ces cauſes , Nous
avons ordonné ce qui fuit :
ART. I. La tâche de tous les Corvéables , tant
Laboureurs que Journaliers de toutes les Paroiffes
de notre Généralité , demeurera réduite à la moitié
de celle qui leur avoit été impolée par les
Mandemens que Nous leur avons ci-devant envoyés.
•
ART. II. Il fera à cet effet par Nous adreffé des
ordres à tous les fous- Ingénieurs , chargés de
l'inſpection des différentes routes pour faire ladite
déduction fur les Mandemens qui ont été remis
entre les mains des Syndics des Paroiffes employées
aux travaux defdites routes .
ART. III. Nonobftant ladite déduction, pourront
néanmoins les Syndics & les Paroiffes , qui auront
rempli les conditions prefcrites par les articles.
XVIII , XIX , XXI & XXII de notre Ordonnance
du 15 Novembre dernier , au fujet des corvées ,
prétendre aux récompenfes qui leur ont été par
Nous promifes , notre intention étant que lesdites
JUILLET. 1757. 215
récompenfes leur foient accordées pour la moitié
de leur tâche , comme fi elles avoient rempli leurdite
tâche en entier ; & fera au furplus notre pré- :
cédente Ordonnance exécutée felon fa forme &
teneur. Sera auffi notre préſente Ordonnance imprimée
, lue , publiée & affichée partout où beſoin
fera dans l'étendue de notre Généralité.
La Généralité de Rouen , qui réduit à moitié
la tâche qui avoit été impofée à tous les Corvéables
de cette Généralité. Du 12 Mai 1757.
ANTOINE-PAUL- JOSEPH FEYDEAU - DE BROU, &c.
Etant informés des maux que la cherté des bleds ,
occafionnée par la mauvaiſe récolte de l'année
derniere , a produit dans un grand nombre de
Paroiffes de notre Généralité employées aux
travaux de la corvée , quoique les approches de
la récolte , les ordres que nous avons donnés
>
214 MERCURE DE FRANCE.
pour empêcher l'exportation des grains à l'Etran
ger , la liberté & la protection que nous avons
promife & que nous ne cefferons d'accorder au
commerce des bleds dans l'étendue de notre Département
, les mefures même que nous avons
prifes pour l'exciter par des encouragemens , &
engager par des récompenfes à en faire venir , foit
d'autres Provinces , foit des pays étrangers , doivent
nous faire eſpérer une diminution prochaine ;
Nous n'avons pas cru devoir cependant différer
plus long-temps de donner aux habitans de notre
Généralité , les foulagemens que nous chercherons
toujours à leur procurer. Nous avons voulu
aller au devant de leurs befoins , & prévenir par
une diminution générale fur les travaux de la
corvée , les repréſentations qu'ils auroient été
dans le cas de nous adreffer. A ces cauſes , Nous
avons ordonné ce qui fuit :
ART. I. La tâche de tous les Corvéables , tant
Laboureurs que Journaliers de toutes les Paroiffes
de notre Généralité , demeurera réduite à la moitié
de celle qui leur avoit été impolée par les
Mandemens que Nous leur avons ci-devant envoyés.
•
ART. II. Il fera à cet effet par Nous adreffé des
ordres à tous les fous- Ingénieurs , chargés de
l'inſpection des différentes routes pour faire ladite
déduction fur les Mandemens qui ont été remis
entre les mains des Syndics des Paroiffes employées
aux travaux defdites routes .
ART. III. Nonobftant ladite déduction, pourront
néanmoins les Syndics & les Paroiffes , qui auront
rempli les conditions prefcrites par les articles.
XVIII , XIX , XXI & XXII de notre Ordonnance
du 15 Novembre dernier , au fujet des corvées ,
prétendre aux récompenfes qui leur ont été par
Nous promifes , notre intention étant que lesdites
JUILLET. 1757. 215
récompenfes leur foient accordées pour la moitié
de leur tâche , comme fi elles avoient rempli leurdite
tâche en entier ; & fera au furplus notre pré- :
cédente Ordonnance exécutée felon fa forme &
teneur. Sera auffi notre préſente Ordonnance imprimée
, lue , publiée & affichée partout où beſoin
fera dans l'étendue de notre Généralité.
Fermer
Résumé : ORDONNANCE de M. l'Intendant de la Généralité de Rouen, qui réduit à moitié la tâche qui avoit été imposée à tous les Corvéables de cette Généralité. Du 12 Mai 1757.
En mai 1757, Antoine-Paul-Joseph Feydeau de Brou, Intendant de la Généralité de Rouen, publie une ordonnance réduisant de moitié la tâche imposée aux corvéables de cette région. Cette mesure est justifiée par la hausse des prix des blés, conséquence d'une mauvaise récolte l'année précédente, qui a entraîné des difficultés dans plusieurs paroisses. Malgré les efforts pour limiter l'exportation des grains et encourager leur commerce, ainsi que l'importation de blés d'autres provinces ou pays étrangers, l'Intendant décide de soulager immédiatement les habitants. L'ordonnance précise que la tâche des corvéables, qu'ils soient laboureurs ou journaliers, est réduite de moitié. Des instructions sont envoyées aux sous-ingénieurs pour appliquer cette réduction sur les mandements déjà distribués. Les paroisses ayant rempli certaines conditions peuvent encore recevoir des récompenses, calculées sur la base de la moitié de la tâche. L'ordonnance doit être imprimée, lue, publiée et affichée dans toute la Généralité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
258
p. 58-59
LOGOGRYPHE.
Début :
Nombre de gens, Lecteur, ont du foible pour moi, [...]
Mots clefs :
Récrimination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
OMBRE de gens , Lecteur , ont du foible
moi ,
pour
N'en conclus pas que je fois belle ;
Je ne ſçaurois me vanter d'être telle ,
Mais bien d'avoir certain je ne fçais quoi
Qui féduit ; & de plus je fuis fort naturelle ,
Défendue , il eft vrai , de tout temps par la loi ,
Loi divine , Lecteur ; ainfi prends garde à toi ,
Et dans l'occafion ... c'eft le moment critique ,
Et le feul où je puis ... finiffons ce difcours :
Pour me connoître , il faut que l'on s'applique ;
Je vais t'embarraffer par mes petits détours ,
A promener de mes pieds à ma tête ,
AVRIL. 1758. 59.
Sans oublier ni le col , ni le corps ;
Je l'avouerai , je me fais une fête
D'engager ton efprit à faire des efforts
Pour découvrir un mot dont peut être l'uſage ,
Pour toi depuis long- temps n'eft pas apprentif
fage ;
Mes pieds qu'il ne faut pas , s'il te plaît , déſunir ;,
T'offrent un peuple entier , & tu peux le choifir ;
Je te préfente après la feconde perfonne ,
D'un alphabet de beau monde connu ,
Par la mode , & le goût toujours bien foutenu ,,
Un inftrument utile ; enfuite je te donne
A ce qui fuit , fi tu veux dire bis ,
Le joli petit nom , je gage que
Philis
Ne m'en dédira pas : confultes- en la Belle ,
Ce peut bien être ainfi que fon Amant l'appelle
:
Brouillons le tout , & formons d'autres mots ::
Voici la qualité qui donne l'importance ,
A celui qui jamais dans la claffe des fots ,
Ne fut choisi pour féjourner en France :
Voici de plus un Moine , un métal précieux ,.
Un poids , un élément , un oifeau de paffage ,
Un inftrument de mer , un habitant des cieux ,
Dont on cite fouvent la force & le courage ::
Imitez - le , Lecteur , & dans l'occafion.
Point ne ferez larron ,
OMBRE de gens , Lecteur , ont du foible
moi ,
pour
N'en conclus pas que je fois belle ;
Je ne ſçaurois me vanter d'être telle ,
Mais bien d'avoir certain je ne fçais quoi
Qui féduit ; & de plus je fuis fort naturelle ,
Défendue , il eft vrai , de tout temps par la loi ,
Loi divine , Lecteur ; ainfi prends garde à toi ,
Et dans l'occafion ... c'eft le moment critique ,
Et le feul où je puis ... finiffons ce difcours :
Pour me connoître , il faut que l'on s'applique ;
Je vais t'embarraffer par mes petits détours ,
A promener de mes pieds à ma tête ,
AVRIL. 1758. 59.
Sans oublier ni le col , ni le corps ;
Je l'avouerai , je me fais une fête
D'engager ton efprit à faire des efforts
Pour découvrir un mot dont peut être l'uſage ,
Pour toi depuis long- temps n'eft pas apprentif
fage ;
Mes pieds qu'il ne faut pas , s'il te plaît , déſunir ;,
T'offrent un peuple entier , & tu peux le choifir ;
Je te préfente après la feconde perfonne ,
D'un alphabet de beau monde connu ,
Par la mode , & le goût toujours bien foutenu ,,
Un inftrument utile ; enfuite je te donne
A ce qui fuit , fi tu veux dire bis ,
Le joli petit nom , je gage que
Philis
Ne m'en dédira pas : confultes- en la Belle ,
Ce peut bien être ainfi que fon Amant l'appelle
:
Brouillons le tout , & formons d'autres mots ::
Voici la qualité qui donne l'importance ,
A celui qui jamais dans la claffe des fots ,
Ne fut choisi pour féjourner en France :
Voici de plus un Moine , un métal précieux ,.
Un poids , un élément , un oifeau de paffage ,
Un inftrument de mer , un habitant des cieux ,
Dont on cite fouvent la force & le courage ::
Imitez - le , Lecteur , & dans l'occafion.
Point ne ferez larron ,
Fermer
259
p. 207-210
ARREST du Conseil d'Etat du Roi, qui permet à toutes personnes de faire le commerce des Laines, tant nationales qu'étrangeres, comme aussi de les faire circuler dans tout le Royaume, en exemption de tous droits d'entrée & de sortie, &c. Du 20 Mars 1758. Extraits des Registres du Conseil d'Etat.
Début :
Le Roi s'étant fait représenter, en son Conseil, l'Arrêt rendu [...]
Mots clefs :
Arrêt du Conseil d'État, Commerce de laine, Exemption des droits, Roi, Marchands, Provinces, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARREST du Conseil d'Etat du Roi, qui permet à toutes personnes de faire le commerce des Laines, tant nationales qu'étrangeres, comme aussi de les faire circuler dans tout le Royaume, en exemption de tous droits d'entrée & de sortie, &c. Du 20 Mars 1758. Extraits des Registres du Conseil d'Etat.
MRREST du Confeil d'Erat du Roi , qui permet
à toutes personnes de faire le commerce des
Laines , tant nationales qu'étrangeres , comme
auffe de lesfaire cirouler dans tout le Royaume
en exemption de tous droits d'entrée & defortie ,
&c. Da 20Mars 1758.
Extrait des Regifres du Confeil d'Etat.
Le Roi s'étant fait répréfenter , en fon Confeil ,
PArrêt renduen icelui le 4 Août 1716 , par lequel
auroit été dérogé aux difpofitions d'autres arrêts
des 9 Mai & 2 Juin 1699 , qui défendent à tous
autres qu'aux Marchands de laine & aux Fabricans
d'acheter des laines pour les revendre &
en faire trafic , & ordonné qu'à la venir ce commerce
feroit entièrement libre & permis à toutes
perfonnes Autre arrêt du 9 Décembre 1749 ,
par lequel Sa Majefté a exempté de tous droits.
d'entrée & de fortie , & des droits locaux dépendans
de la Ferme générale , les laines qui pafferoient
des provinces des cinq groffes Fermes
dans les provinces réputées étrangeres , & des
provinces réputées étrangeres dans celles des
sing groffes Fermes : & Sa Majefté érant infor
·
208 MERCURE DE FRANCE.
mée que par arrêt du 7 Avril 1714 , il a été fait
défenfes de fortir les laines de la province de Lan,
guedoc pour les tranfporter dans les autres provinces
du Royaume , fans en avoir une pers
miffion expreffe & par écrit du fieur Intendant
& Commiffaire départi dans ladite province ;
ce qui empêche l'effet de la liberté que Sa Majesté
a eu intention de procurer au commerce des
laines qu'il paroît fubfifter auffi quelques autres
réglemens , qui reftreignent la liberté de ce commerce.
A quoi Sa Majefté defirant pourvoir ; ouï
le rapport du fieur de Boullongne , Confeiller ordinaire
au Confeil royal , Contrôleur général des
finances , le Roi étant en fon Confeil , a ordonné
& ordonne que les arrêts des 4 Août 1716 &
9 Décembre 1749 , feront exécutés felon leur
forme & teneur en conféquence , permet à toutes
perfonnes de faire le commerce des laines ,
tant nationales qu'étrangeres ; comme auffi de
faire circuler librement lefdites laines dans tout
l'intérieur, du Royaume , en exemption de tous
droits, foit d'entrée & de fort ie , lorfqu'elles pafferont
des provinces réputées étrangeres dans celles
des cinq groffes Fermes , & de celles des cinq
groffes Fermes dans les provinces réputées étran
geres , qu'autres droits locaux , à l'exception néan,
moins de ceux dépendans des Fermes des Aides &
Domaines dérogeant à cet effet Sa Majefté , tant
à l'arrêt du 7 Avril 1714 , qu'à toute autre dif
pofition contraire au préfent arrêt ; fans préjudice
toutefois du droit de ving - cinq livres du
cent pefant , que les laines nationales continueront
d'acquitter à la fortie du Royaume , con
formément à l'article V de l'arrêt du 9 Décem
bre 1749, Enjoint Sa Majefté aux fieurs Intendans
& Commiffaires départis pour l'exécution
MA I. 1758.
203
de fes ordres dans les provinces & généralités
du Royaume , de tenir la main à l'exécution
du préfent arrêt. Fait au Confeil d'Etat da Rõi¹,
Sa Majesté y étant , tenu à Verſailles le vingtieme
jour de Mars mil fept cent cinquante- huit. Signé
Phelipeaux.
LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de France
& de Navarre , Dauphin de Viennois , Comte de
Valentinois
& Diois , Provence , Forcalquier
&
terres adjacentes
: A nos amés & féaux Confeillers
en nos Confeils , les ,fieurs Intendans
&
Commiffaires
, départis pour l'exécution
de nos
ordres dans les provinces & généralités
de notre
Royaume ; Salut. Nous vous mandons & enjoignons
par ces préfentes fignées de nous , de
tenir , chacun en droit foi , la main à l'exécution
de, l'arrêt dont l'extrait eft ci -attaché fous le
contre-fcel de notre Chancellerie
, cejourd'hui
rendu en notre Confeil d'Etat , Nous y étante,
pour les caufes y contenus : Comman
ons au
premier notre Huiffier ou Sergent fur ce requis ,
de fignifier ledit arrêt à tous qu'il appartiendra
,
à ce que perfonne n'en ignore ; & de faire pour
l'entiere exécution d'icelui , tous actes & exploits
néceffaires
, fans autre permiffion
, nonobftant
clameur de Haro , Chartre Normande
& lettres
à ce contraires
; aux copies duquel , collationnées
par l'un de nos amés & féaux Confeillers
Secrétaires
, voulons que foi foit ajoûtée comme
aux originaux
: Car tel eft notre plaifir . Donné à
Verfailles
le vingtieme
jour de Mars , l'an de
grace mil fept cent cinquante-huit , & de no
tre regne le quarante- troifieme . Signé LOUIS . Et
plus bas , Par le Roi , Dauphin , Comte de Provence.
Signé Phelipeaux
. Et fcellé.
210 MERCURE DE FRANCE.
Pour le Roi. Collationné aux originaux , par
nous Ecuyer , Confeiller Secrétaire du Roi , Mai
fon , Couronne de France & de fes finances.
à toutes personnes de faire le commerce des
Laines , tant nationales qu'étrangeres , comme
auffe de lesfaire cirouler dans tout le Royaume
en exemption de tous droits d'entrée & defortie ,
&c. Da 20Mars 1758.
Extrait des Regifres du Confeil d'Etat.
Le Roi s'étant fait répréfenter , en fon Confeil ,
PArrêt renduen icelui le 4 Août 1716 , par lequel
auroit été dérogé aux difpofitions d'autres arrêts
des 9 Mai & 2 Juin 1699 , qui défendent à tous
autres qu'aux Marchands de laine & aux Fabricans
d'acheter des laines pour les revendre &
en faire trafic , & ordonné qu'à la venir ce commerce
feroit entièrement libre & permis à toutes
perfonnes Autre arrêt du 9 Décembre 1749 ,
par lequel Sa Majefté a exempté de tous droits.
d'entrée & de fortie , & des droits locaux dépendans
de la Ferme générale , les laines qui pafferoient
des provinces des cinq groffes Fermes
dans les provinces réputées étrangeres , & des
provinces réputées étrangeres dans celles des
sing groffes Fermes : & Sa Majefté érant infor
·
208 MERCURE DE FRANCE.
mée que par arrêt du 7 Avril 1714 , il a été fait
défenfes de fortir les laines de la province de Lan,
guedoc pour les tranfporter dans les autres provinces
du Royaume , fans en avoir une pers
miffion expreffe & par écrit du fieur Intendant
& Commiffaire départi dans ladite province ;
ce qui empêche l'effet de la liberté que Sa Majesté
a eu intention de procurer au commerce des
laines qu'il paroît fubfifter auffi quelques autres
réglemens , qui reftreignent la liberté de ce commerce.
A quoi Sa Majefté defirant pourvoir ; ouï
le rapport du fieur de Boullongne , Confeiller ordinaire
au Confeil royal , Contrôleur général des
finances , le Roi étant en fon Confeil , a ordonné
& ordonne que les arrêts des 4 Août 1716 &
9 Décembre 1749 , feront exécutés felon leur
forme & teneur en conféquence , permet à toutes
perfonnes de faire le commerce des laines ,
tant nationales qu'étrangeres ; comme auffi de
faire circuler librement lefdites laines dans tout
l'intérieur, du Royaume , en exemption de tous
droits, foit d'entrée & de fort ie , lorfqu'elles pafferont
des provinces réputées étrangeres dans celles
des cinq groffes Fermes , & de celles des cinq
groffes Fermes dans les provinces réputées étran
geres , qu'autres droits locaux , à l'exception néan,
moins de ceux dépendans des Fermes des Aides &
Domaines dérogeant à cet effet Sa Majefté , tant
à l'arrêt du 7 Avril 1714 , qu'à toute autre dif
pofition contraire au préfent arrêt ; fans préjudice
toutefois du droit de ving - cinq livres du
cent pefant , que les laines nationales continueront
d'acquitter à la fortie du Royaume , con
formément à l'article V de l'arrêt du 9 Décem
bre 1749, Enjoint Sa Majefté aux fieurs Intendans
& Commiffaires départis pour l'exécution
MA I. 1758.
203
de fes ordres dans les provinces & généralités
du Royaume , de tenir la main à l'exécution
du préfent arrêt. Fait au Confeil d'Etat da Rõi¹,
Sa Majesté y étant , tenu à Verſailles le vingtieme
jour de Mars mil fept cent cinquante- huit. Signé
Phelipeaux.
LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de France
& de Navarre , Dauphin de Viennois , Comte de
Valentinois
& Diois , Provence , Forcalquier
&
terres adjacentes
: A nos amés & féaux Confeillers
en nos Confeils , les ,fieurs Intendans
&
Commiffaires
, départis pour l'exécution
de nos
ordres dans les provinces & généralités
de notre
Royaume ; Salut. Nous vous mandons & enjoignons
par ces préfentes fignées de nous , de
tenir , chacun en droit foi , la main à l'exécution
de, l'arrêt dont l'extrait eft ci -attaché fous le
contre-fcel de notre Chancellerie
, cejourd'hui
rendu en notre Confeil d'Etat , Nous y étante,
pour les caufes y contenus : Comman
ons au
premier notre Huiffier ou Sergent fur ce requis ,
de fignifier ledit arrêt à tous qu'il appartiendra
,
à ce que perfonne n'en ignore ; & de faire pour
l'entiere exécution d'icelui , tous actes & exploits
néceffaires
, fans autre permiffion
, nonobftant
clameur de Haro , Chartre Normande
& lettres
à ce contraires
; aux copies duquel , collationnées
par l'un de nos amés & féaux Confeillers
Secrétaires
, voulons que foi foit ajoûtée comme
aux originaux
: Car tel eft notre plaifir . Donné à
Verfailles
le vingtieme
jour de Mars , l'an de
grace mil fept cent cinquante-huit , & de no
tre regne le quarante- troifieme . Signé LOUIS . Et
plus bas , Par le Roi , Dauphin , Comte de Provence.
Signé Phelipeaux
. Et fcellé.
210 MERCURE DE FRANCE.
Pour le Roi. Collationné aux originaux , par
nous Ecuyer , Confeiller Secrétaire du Roi , Mai
fon , Couronne de France & de fes finances.
Fermer
Résumé : ARREST du Conseil d'Etat du Roi, qui permet à toutes personnes de faire le commerce des Laines, tant nationales qu'étrangeres, comme aussi de les faire circuler dans tout le Royaume, en exemption de tous droits d'entrée & de sortie, &c. Du 20 Mars 1758. Extraits des Registres du Conseil d'Etat.
Le document est un extrait des registres du Conseil d'État du Roi, daté du 20 mars 1758, traitant du commerce des laines. Le Roi, après avoir été informé des restrictions précédentes, a ordonné l'exécution des arrêts des 4 août 1716 et 9 décembre 1749. Ces arrêts permettent à toutes les personnes de commercer les laines, qu'elles soient nationales ou étrangères, et de les faire circuler librement dans tout le Royaume, en exemption de droits d'entrée et de sortie. Les laines passant des provinces réputées étrangères vers celles des cinq grosses fermes, et vice versa, sont également exemptées de droits locaux, sauf ceux des Fermes des Aides et Domaines. Le Roi a également abrogé l'arrêt du 7 avril 1714, qui interdisait l'exportation des laines du Languedoc sans permission. Les Intendants et Commissaires sont chargés de faire exécuter cet arrêt dans les provinces. Le document est signé par le Roi Louis et le Conseiller Philippeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
259
260
p. 210-211
Arréts du Conseil, Ordonnance & Edits.
Début :
Il paroît une Ordonnance du Roi, du 28 Décembre dernier, concernant ses [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Gardes du corps, Articles, Compagnie, Arrêt du conseil, Sol, Service de l'artillerie, Nettoyage de la ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arréts du Conseil, Ordonnance & Edits.
Arréts du Confeil , Ordonnances & Edits.
Il paroît une Ordonnance du Roi , du 28 Décembre
dernier , concernant fes Gardes du
Corps , leur réfidence , & police dans les quartiers
.
Cette Ordonnance contient quatre-vingt Articles
, qui font autant de réglemens pour la police
, pour la difcipline & pour le fervice de ce
Corps. Les quatre Villes choifies pour les quartiers
des quatre Compagnies des Gardes du Corps,
font Beauvais pour la Compagnie des Ecoffois ,
Orléans pour celle de Villeroi , Amiens pour la
Compagnie du Luxembourg , & Troyes pour
celle de Beauvais. Par ce nouvel arrangement
Sa Majesté pourra raflembler fa Maifon en trois
fois vingt-quatre heures.
Arrêt du Confeil du 19 Novembre , portant
que la perception de l'octroi d'un fol par pain
de fel Rozière , ou d'extraordinaire en Franche-
Comté , demeurera prorogée pendant deux années
au delà des douze qui ont été fixées par le
réſultat du Confeil du 24 Novembre 175 3 .
Ordonnance du Roi du 15 Décembre, concernant
les Compagnies d'Invalides deſtinées au
fervice de l'Artillerie dans les Places & fur les
Côtes.
› par
Arrêt du Confeil du 26 Décembre , qui ordre
qu'au lieu de la fomme de deux cent fix
mille livres accordée au fieur Outrequin
l'Arrêt du ro Octobre 1752, pour le nettoyement
& enlevement des boues & immondices de la
Ville & Fauxbourgs de Paris , il lui fera payé
annuellement , à compter du premier Janvier
1759. pendant les cinq années qui restent à exFEVRIER.
1759. 211-
pirer de fon Bail , la fomme de deux cent cinquante-
fix mille livres.
Autre du 30 , qui commet le fieur Jacques-
Philippe Bégaud , Écrivain principal de la Marine
, en qualité de Prépofé à l'examen & vérifica
tion des dettes d'icelle .
Il paroît une Ordonnance du Roi , du 28 Décembre
dernier , concernant fes Gardes du
Corps , leur réfidence , & police dans les quartiers
.
Cette Ordonnance contient quatre-vingt Articles
, qui font autant de réglemens pour la police
, pour la difcipline & pour le fervice de ce
Corps. Les quatre Villes choifies pour les quartiers
des quatre Compagnies des Gardes du Corps,
font Beauvais pour la Compagnie des Ecoffois ,
Orléans pour celle de Villeroi , Amiens pour la
Compagnie du Luxembourg , & Troyes pour
celle de Beauvais. Par ce nouvel arrangement
Sa Majesté pourra raflembler fa Maifon en trois
fois vingt-quatre heures.
Arrêt du Confeil du 19 Novembre , portant
que la perception de l'octroi d'un fol par pain
de fel Rozière , ou d'extraordinaire en Franche-
Comté , demeurera prorogée pendant deux années
au delà des douze qui ont été fixées par le
réſultat du Confeil du 24 Novembre 175 3 .
Ordonnance du Roi du 15 Décembre, concernant
les Compagnies d'Invalides deſtinées au
fervice de l'Artillerie dans les Places & fur les
Côtes.
› par
Arrêt du Confeil du 26 Décembre , qui ordre
qu'au lieu de la fomme de deux cent fix
mille livres accordée au fieur Outrequin
l'Arrêt du ro Octobre 1752, pour le nettoyement
& enlevement des boues & immondices de la
Ville & Fauxbourgs de Paris , il lui fera payé
annuellement , à compter du premier Janvier
1759. pendant les cinq années qui restent à exFEVRIER.
1759. 211-
pirer de fon Bail , la fomme de deux cent cinquante-
fix mille livres.
Autre du 30 , qui commet le fieur Jacques-
Philippe Bégaud , Écrivain principal de la Marine
, en qualité de Prépofé à l'examen & vérifica
tion des dettes d'icelle .
Fermer
Résumé : Arréts du Conseil, Ordonnance & Edits.
Le document expose plusieurs ordonnances et arrêts royaux. Une ordonnance du 28 décembre régit les Gardes du Corps, détaillant leur résidence et police dans les quartiers. Elle comprend 80 articles et désigne quatre villes pour les quartiers des compagnies : Beauvais, Orléans, Amiens et Troyes. Cet arrangement permet au roi de rassembler sa maison en trois fois vingt-quatre heures. Un arrêt du Conseil du 19 novembre prolonge de deux années la perception de l'octroi d'un sol par pain de sel Rozière en Franche-Comté, au-delà des douze années précédemment fixées. Une ordonnance du 15 décembre concerne les Compagnies d'Invalides destinées au service de l'Artillerie dans les places et sur les côtes. Un arrêt du Conseil du 26 décembre augmente la somme allouée au sieur Outrequin pour le nettoyement des boues et immondices de Paris, portant la somme annuelle à deux cent cinquante-six mille livres pour les cinq années restantes de son bail. Enfin, un arrêt du 30 décembre nomme le sieur Jacques-Philippe Bégaud comme préposé à l'examen et à la vérification des dettes de la Marine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
261
p. 101-121
SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
Début :
Cet Essai dont on voit les germes dans l'article Elémens de l'Encyclopédie, est le [...]
Mots clefs :
Jean Le Rond d'Alembert, Philosophie, Éléments de philosophie, Morale, Lois, Nature, Physique, Objets, Principes, Observation, Objet, Vérités, Science, Ouvrages, Esprit, Idées, Géométrie, Anciens, Hommes, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE.
ESSAIfur lesElémens de Philofophie oufur
les principes des connoiffances humaines.
CET Effai dorit on voit les germes dans
Τ
l'article Elémens de l'Encyclopédie , eft le
morceau le plus confidérable de la nou-.
velle Edition de ces Mélanges. L'impor
tance du føjet & la maniere noble , fage
& hardie dont il eft traité , méritent
qu'on s'y arrête ; le ton de Philofophie &
le caractere d'efprit de M. Dalembert ne
fe montrent dans aucun de fes ouvrages
plus fenfiblement que dans celui- ci
Cet Ecrivain célébre comme ncepat
une obfervation affez finguliere : il remar
que que depuis environ 300 ans la Nature
avoit deftiné le milieu de chaque fiécle à
être l'époque d'une révolution dans l'efprit
humain. La prife de Conftantinople dans
le milieu du quinziéme amena des Sçavans
diftingués en Italie , & y fit revivre les
Lettres. La réformation ranima l'émulation
& l'étude de toutes les Sciences vers
le milieu du feiziéme ; Defcartes donne
une nouvelle face à la Philofophie au mi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lieu du dix - feptiéme ; & pour peu que l'on
confidére avec des yeux attentifs le temps
où nous vivons , il eft aifé d'appercevoir
qu'il s'eft fait dans nos idées un changement
rapide & fenfible qui femble en
préparer un plus confidérable encore . Ces
révolutions de l'efprit humain , ces efpéces
de fecouffes qu'il reçoit de temps
en temps de la Nature , font pour un
Spectateur Philofophe un objet agréable
& furtout inftructif ; il feroit donc à fou
haiter, pour le progrès des Sciences , que
nous en euffions un tableau exact à chaque
époque le plan de l'Encyclopédie
a été formé dans cette vue ; mais il feroit
poffible de rendre ce grand ouvra
ge d'une utilité plus générale & plus ferr
fible , il feroit très-important de réunir
& de rapprocher les vérités effentielles
qu'il contient dans des élémens de Philofophie
qui ferviroient comme d'introduction
à l'Encyclopédie ; c'eft ce que
M. Dalembert femble promettre d'exé
cuter un jour dans un ouvrage dout
Peffai qu'il publie aujourd'hui n'eft , ditil
, qu'une espèce d'efquiffe ; mais c'eſt une
efquiffe de main de Maître, & dont le fuccès
doit encourager cet Écrivain célébre
à remplir ce plan dans toute fon étendue.
La Philofophie n'eft autre chofe que
AOUST. 1759 . 103
12
l'application de la raifon aux différens
objets fur lefquels elle peut s'exercer.
» Des élémens de Philofophie doivent
» donc contenir les principes fondamen-
» taux de toutes les connoiffances humai-
» nes ; or ces connoiffances font de trois
" efpéces ou de fait , ou de fentiment ,
» ou de difcuffion . Cette derniere espéce
» feule appartient uniquement & par
» tous fes côtés à la Philofophie , mais
» les deux autres s'en rapprochent par
» quelques unes des faces fous lefquelles
on peut les envifager. Il n'y a » a qu'un »
feul genre de connoiffance qui ne doive
point entrer dans des élémens de Philo
fophie ; ce font les vérités qui tiennent à
la révélation . La Philofophie les refpecte,
& ne peut fe permettre en matiere de
Religion que la difcuffion des motifs de
notre croyance.
Après avoir fixé les différens objets qui
appartiennent à des élémens de Philofophie
, M. Dalembert expofe les rapports:
que ces objets ont entr'eux & l'ordre
qu'il faudroit fuivre dans leurs diftributions.
Si les vérités préfentoient à notre
efprit une chaîne continue , il n'y auroit
point d'élémens à faire ; on remonteroit
fans peine d'une vérité à toutes les autres
; mais cette chaîne eft rompue en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
mille endroits quelles font donc les vêrités,
qui doivent entrer dans des élémens?
» Il y en a de deux fortes, répond
M. Dalembert ; « celles qui forment la
ور
tête de chaque partie de la chaîne , &
» celles qui fe trouvent au point de réu-
» nion de plufieurs branches. » Les vérités
du premier genre font celles qui ne
dépendent d'aucune autre & qui n'ont de
preuves que dans elles - mêmes ; mais i
ne faut pas croire que M. Dalembert
veuille ici parler des axiomes qu'on fe
donne la peine d'expliquer fi gratuitement
dans la plupart des ouvrages élémentaires.
Ces axiomes ne préfentent que
des vérités ſtériles & frivoles , qui n'éclairent
point & égarent fouvent par les
fauffes applications qu'on en fait.Les vrais
principes d'où l'on doit partir dans chaque
fcience , doivent être des faics fimples
& reconnus , qui n'en fuppofent point
d'autres , & qui foient indépendans de
toute hypothèſe particulière , tels que les
proportions de l'étendue en Géométrie ,
l'impénétrabilité en Méchanique , &c.
M. Dalembert après avoir indiqué les
procédés qu'il falloit fuivre dans le choix ,
le développement & l'énonciation des
principes fondamentaux de chaque fcience
, fait lui-même l'application de fa
A O UST. 1759 . 105
méthode fur les différens objets qui doivent
former un corps complet de Philofophie
élémentaire .
La Logique eft l'inftrument général
de toutes les fciences ; elle eft donc la
premiere qu'on doive traiter dans les
élémens de Philofophie , & en former
comme le frontispice & l'entrée . Mais
la Logique ne confifte ni dans cet amas:
ridicule & fcolaftique de formules inintelligibles
, ni dans l'appareil géométri
que qu'ont affecté plufieurs Philofophes
modernes dans des ouvrages peu fufcep
tibles de démonftrations . Déterminer
avec foin le fens des termes , décompo
fer & fimplifier autant qu'on peut les
objets , fuivre leurs rapports , remonter
par degrés continus d'une vérité à une
autre , & obferver exactement leurs dépendances
mutuelles ; voilà à quoi ſe
réduit la Logique. » Pour comparer des
" objets éloignés , on fe fert de plufieurs
» objets intermédiaires : il en eſt de mê-
" me quand on veut comparer deux où
" plufieurs idées. L'art du raifonnement
» n'eft que le développement de ce principe
& des conféquences. qui en réful-
» tent. »
L'art de conjecturer eft une branche de
la Logique : c'est l'art de ſuppléer par des
E-v
106 MERCURE DE FRANCE.
à-peu- près à des déterminations rigoureu
fes , & de fubftituer les probabilités aux
preuves dans les cas où l'on ne peut atteindre
à une certitude entiere , ou du
moins s'affurer d'y être parvenu.
M. Dalembert fait fuccéder la Métaphy
fique à la Logique , & cet ordre eft trés
naturel. « Nos idées font le principe de
» nos connoiffances , & ces idées ont
» elles- mêmes leur principe dans nos fen
» fations. La génération de nos idées ap
» partient à la Métaphyſique , c'eſt un de
fes objets principaux & peut-être de
» vroit- elle s'y borner. Prefque toutes les
33
autres queſtions qu'elle fe propofe font
» ou infolubles ou frivoles ; elles font l'a-
» liment des efprits téméraires ou des
" efprits faux. » M. Dalembert ne rétrécit
fa fphère de la Métaphyfique que pour
rendre fes recherches plus folides & plus
utiles. La cauſe productrice de nos idées ,
la maniere dont nous acquérons la notion
de l'exiſtence des objets extérieurs , l'exiftence
de Dieu , Fimmortalité & la fpiritualité
de l'ame , voilà des fujets bien di
gnes d'exercer & d'occuper entièrement
le Métaphyficien le plus profond & le
plus laborieux. M. Dalembert jette fur
ces grands objets des idées générales qui
n'ont befoin que d'être développées pour
former un corps de doctrine auffi complet
A O UST. 1759. 107
que l'obſcurité de la matiere peut le permettre.
L'exiſtence de l'Etre Suprême étant une
fois reconnue , nous conduit à chercher
le culte que nous devons lui rendre , mais
la nature de ce culte eft l'objet de la révélation.
Ce qui appartient effentiellement
à la raiſon , ce ſont les devoirs dont nous
fommes tenus envers nos femblables . La
connoiffance de ces devoirs eft ce qu'on
appelle Morale , & elle eft une fuite néceffaire
de l'établiffement des Sociétés. La
connoiffance de nos rapports avec les autres
homines & de nos befoins réciproques
nous conduit à celle de ce que nous
devons à la Société & de ce qu'elle nous
doit . « Il ſemble donc , dit M. Dalembert,
qu'on peut définir très- exactement l'in-
»jufte , ou ce qui revient au même , le
" mal moral : ce qui tend à nuire à la So-
» ciété en troublant le repos de fes Membres.
En effet le mal phyfique eft la fuite
» ordinaire du mal moral ; & comme
» nos fenfations fuffifent pour nous don→
» ner l'idée du mal phyfique , il eſt évi-
» dent que c'eft cette idée qui nous con-
» duit à celle du mal moral , quoique
» l'une & l'autre foient de nature diffe→
"rente. Que ceux qui nieront cette vérité,.
» fuppofent l'homme impaffible , & qu'ils:
E vj.
108 MERCURE DE FRANCE..
effayent de lui faire acquérir dans cette;
hypothèſe la notion de l'injufte.
99
M. Dalembert traite la morale avec plus
d'étendue qu'on ne lui en donne ordinairement
dans les élémens de Philofophie
, ou cette fcience la plus intéreffante
de toutes eft la plus négligée. Il la divife
en plufieurs branches , fuivant les différens
rapports fous lefquels on confidère
les hommes entr'eux. La connoiſſance de
ce que les hommes fe doivent comme
membres de la fociété générale forme la
premiere branche qu'il appelle Morale de
l'homme, Ces devoirs renferment les loix
générales & naturelles , & ces loix font:
de deux efpéces , écrites ou non écrites,
L'obfervation des loix naturelles écrites ,
et ce qu'on nomme probité ; la pratique
des loix naturelles non écrites eft ce qu'on
appelle vertu. Tout ce morceau eft plein
de force , de fineffe & de clarté : voici
une obfervation d'une vérité ſimple &
profonde. » Pourquoi les Légiflateurs femblent-
ils avoir remis à la volonté des
Peuples l'obfervation des loix non écrites
? Pourquoi n'eft - il point ďaction
» contre l'avarice , la dureté envers les
» malheureux, l'ingratitude & la perfidie ?
Celui qui laiffe périr de mifère un Citoyen
qu'il peut fecourir , n'eft-il- pas
و د
AOUST. 1759. 100
"
» à peu-près auffi coupable envers la So-
» ciété , que s'il faifoit périr ce malheu-
» reux par une mort lente ? Pourquoi
» donc les loix l'ont-elles épargné ? C'eſt
» que le bien de cet Avare étant fuppofé
acquis par des moyens que les loix ne
réprouvent pas , elles ne peuvent le lui
» arracher pour le donner à d'autres ; &
que fi la loi qui nous oblige de foula-
» ger nos ſemblables eſt une des premiè-
» res dans l'état de nature , elle eft fubor-
» donnée dans l'ordre de la fociété à la
» loi , qui veut que chacun jouiffe tranquillement
& en liberté de ce qu'il
poffede . »
»
Après la Morale de l'homme , vient la
Morale des Légiflateurs. Celle- ci a deux
branches ; ce que tout Gouvernement
doit à chacun de fes Membres, & ce que
chaque eſpèce de Gouvernement doit à
ceux qui lui font foumis. Le premier principe
de la morale des Légiflateurs eft ,
qu'il n'y a de bon Gouvernement que
celui dans lequel les Citoyens font également
protégés & également liés par les
loix. La Morale doit éclairer le Légiflateur
fur l'objet , l'établiffement & l'exécution,
des loix. M. Dalembert entre ici
dans plufieurs détails pleins d'humanité
& de raifon.. Il examine en particulier la
Fio MERCURE DE FRANCE .
trop fameufe queftion de la tolérance -fur пор
laquelle il donne des principes clairs &
modérés, également éloignés de la licence
& de la fuperftition .
Chaque Etat outre fes loix particuliè
res a auffi des loix a obferver par rapport
aux autres : c'est l'objet de la Morale
des Etats fur laquelle M. Dalembert ne
met qu'une page, & malheureufement pour
le genre humain , dit- il , elle eft encore plus
courte dans la pratique .
La Morale du Citoyen vient immédiatement
après celle des Etats: elle fe réduità
être fidèle obfervateur des loix civiles de
fa Patrie & à fe rendre le plus utile à fes
Concitoyens qu'il eft poffible.
M. Dalembert apprend à chaque Citoyen
jufqu'à quel point il eft comptable
à fa Patrie de fa vie , de fes talens & de
leur emploi il entre dans la difcuffion
du Suicide , qu'il regarde comme un crime
en Morale ainfi qu'en Religion : & fon
objet le ramène naturellement à cette an
cienne queftion que M. Rouffeau a rendue
fi célèbre : » Jufqu'à quel point un
Citoyen peut - il fe livrer à l'étude des
» Sciences & des Arts , & cette étude
» n'eft-elle pas plus nuifible qu'avanta
geufe aux Etats ? » M. Dalembert eſt
fort loin d'adopter les paradoxes exagérés
"
و ر
AOUST. 1759.
de M. Rouffeau , mais il ne pense pas non
plus que les Arts foient propres à rendré
les Sociétés plus fages & plus heureuſes. '
La Morale du Philofophe forme la der
nière branche de la Morale : elle n'a
pour objet que nous-mêmes & la manière
dont nous devons penfer pour nous ren
dre heureux indépendamment des autres ;
elle détermine jufqu'où il eft permis de
rechercher les honneurs & de fe livrer à
l'ambition. La raifon permet fans doute
d'être flatté des honneurs , mais fans les
exiger ni les attendre. » C'eft y mettre
» un trop grand prix , ajoute- t- il , que de
"les fuir avec empreffement , ou de les
" rechercher avec avidité : le même excès-
» de vanité produit ces deux effets con
» traires. » M. Dalembert entre ici dansquelques
détails fur les paffions , fur leur
objet , leurs peines & leurs plaifirs : fa
Philofophie n'eft pas toujours confolante,
mais elle est toujours ferme , droite &
humaine. Il termine fes Elémens de Morale
par un fouhait que lui infpire l'amour
du bien public , & dont il defireroit qu'un
Citoyen Philofophe jugeât l'exécution digne
de lui. Ce feroit celle d'un Catéchifme
de Morale à l'ufage & à la por-
» tée des enfans. Peut- être n'y auroit-it
"pas de moyen plus efficace de mult
"
112 MERCURE DE FRANCE.
23.
plier dans la fociété les hommes ver
» tueux on apprendroit de bonne heure
»à l'être par principes ; & l'on fçait quelle
» eft fur notre ame la force des vérités
qu'on y a gravées dès l'enfance . "
Dieu , l'Homme & la Nature , voilà
les trois grands objets de l'étude du Phi-
Lofophe après avoir marqué la route
qu'on doit fuivre dans l'étude des deux
premières; M. Dalembert va paffer au troifième
mais les bornes qui me font pref
crites & la nature des matières ne me permettent
pas de le fuivre dans les détails ;
je me contenterai d'indiquer l'ordre qu'il
a obfervé dans la diftribution des Sciences
, & de faifir les vues générales qu'il y
a répandues..
Il commence par la Grammaire , qu'il
préfente fous un point de vue philofophique
, le feul qui doive être confidéré
dans des élémens de Philofophie. 11 paffe
enfuite aux Mathématiques dont l'Algébre
eft la première branche. « L'Algébre eft
» une efpéce de langue qui a , comme les
» autres , fa Métaphyfique ; cette Métaphyfique
a précédé la formation de la
langue ; mais quoiqu'elle foit implicite
ment contenue dans les règles , elle
» n'y eft pas développée ; le vulgaire ne
"
AOUST. 1759. 113
jouit que du réfultat , l'homme éclairé
» voit le germe qui le produit.
Cette Métaphyfique fimple & lamíneuſe
qui a guidé les inventeurs , eft donc
la partie que le Philofophe doit s'attacher
à développer dans des élémens d'Algébre
: muni des premières notions de
PAlgébre , il s'en fervira pour paffer à la
Géométrie , qui eft la fcience des propriétés
de l'étendue en tant qu'on la confidère
comme fimplement étendue & figurée.
Les termes de point , de ligne & de furface
que le Géomètre employe ne font
que des abftractions dont il fe fert pour
Simplifier ſon objet : ainfi les vérités qui
en résultent font des vérités purement
hypotétiques , mais elles n'en font pas
moins utiles par l'application qu'on en
fait dans la pratique . M. Dalembert répond
aux détracteurs de la Géométrie &
prouve fans replique la certitude & l'uti
lité de cette ſcience. La méthode qu'il
exige dans les élémens de Géométrie doît
faire juger que de tels élémens ne font
pas l'ouvrage d'un Géomètre ordinaire ,
& les Defcartes , les Leibnitz , & les
Newton n'étoient pas trop bons pour
bien exécuter cette entreprife. M. Dalembert
termine cet article par examiner
une queftion fouvent difcutée & toujours
114 MERCURE DE FRANCE.
problématique. C'eft de fçavoir quel
genre d'efprit doit obtenir par fa fupéiorité
le premier rang dans l'eftime
» des hommes ; celui qui excelle dans les
» Lettres , ou celui qui fe diftingue au
» même degré dans les Sciences ? Cette
» queſtion eſt décidée tous les jours en
faveur des Lettres ( à la vérité fans intérêt
) par une foule d'Ecrivains fubal-
» ternes , incapables , je ne dis pas d'ap
" précier Corneille & de fire Newton ,
» mais de juger Campiſtron & d'entendre
» Euclide. Pour nous , plus timides ou
plus juftes , nous avouerons que la fupériorité
en ces deux genres nous pa
roit d'un mérite égal. Qui auroit à
» choifir d'être Newton ou Corneille fe
roit bien d'être embarraffé , ou ne me
riteroit pas d'avoir à choifir . » Les principes
de la Géométrie & ceux de PALgébre
renferment tout ce qui eft néceffaire
pour arriver à la Méchanique . Le
mouvement , fes propriétés générales ,
font le premier & le principal objet de
cette fcience ; mais dans le mouvement
on confidère en Méchanique non feulement
l'efpace parcouru , mais auffi le
temps employé à parcourir cet eſpace.
Le principe de l'équilibre , joint à ceux
de la force d'inertie & du mouvement
AQUST . 1759. Ir
compofé , fuffit pour donner la folution
de tous les problèmes de Méchanique ;
c'eft avoir réduit cette fcience , dit M.
Dalembert , au plus petit nombre de
principes poffibles que d'établir fur ces
trois points toutes les loix du mouve
ment des corps .
L'Aftronomie doit fuivre immédiatement
la Méchanique , comme étant de
toutes les parties de la Phyfique la plus
certaine. « Si quelque fcience , die M. Da-
» lembert , mérite à tous égards d'être
traitée felon la méthode des inventeurs
, ou du moins felon celle qu'ils
ont Fire , e'eft l'Aftronomie. Rien
un'eft peut-être plus fatisfaisant pour l'ef-
» prit humain que de voir par quelle
fuite d'obfervations , de recherches , de
combinaiſons & de calculs les hommes
» font parvenus à connoître le mouve‐
» ment de ce globe qu'ils habitent , &
» celui des autres corps de notre fyftême
» planitaire……… Le génie des Philoſophes,
» en cela peu différent de celui des autres
hommes , les porte à ne chercher
» d'abord ni uniformité ni loix dans les .
phénomênes qu'ils obfervent. Com-
» mencent-ils à y foupçonner quelque
» marche régulière ? ils imaginent auffi-
» tôt la plus parfaite & la plus fimple..
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
25
» Bientôt une obfervation plus fuivie les
détrompe , & fouvent même les ra
» mène précipitamment à leur premier
» avis. Enfin une étude longue , affidue ,
dégagée de préventions & de fyftême ,
» les remet dans les limités du vrai , &
-> leur apprend que pour l'ordinaire la lời
» des phénomènes n'eft ni affez peu com
pofée pour être apperçue tout d'un
» coup , ni auffi irrégulière qu'on pour
roit le penfer. » Voilà l'hiftoire de tou
tes les Hypothèses Aftronomiques.
L'Aftronomie phyfique eft une des
fciences qui font le plus d'honneur à la
Philofophie moderne : les ouvrages des
Anciens n'ont prefque été d'aucun fe
cours aux Phyficiens qui font venus de
puis. M. Dalembert refute ici d'une ma
nière très- folide les prétentions de ceux
qui trouvent tout dans les Anciens. « Ce
»que les Anciens ont imaginé fur le fy
» tême du monde , ou du moins ce qui
» nous refte là- deffus , eft fi vague & h
"
mal prouvé qu'on n'en fçauroit ther
>> aucune lumière réelle. Qu'importe à
» l'honneur de Copernic que quelques
"anciens Philofophes ayent cru le mo
» vement de la terre , fi les preuves qu'ils
»en donnoient n'ont pas été fuffifantes
AOUST. 1759. 117
pour empêcher le plus grand nombre
de croire le mouvement du Soleil ?
M.Dalembert analyſe enfuite le fyftême
des tourbillons, & celui de la gravitation,'
On imagine bien en faveur duquel il fe
détermine. L'accord qu'on remarque tous
les jours de plus en plus entre les phé
nomênes célestes & la théorie Newtonienne
ſemble avoir décidé tous les Philofophes
pour le Newtonianifme. M. Da
lembert entre enfuite dans le détail des
procédés qui peuvent perfectionner l'Aftronomie
& reculer fes limites , & il finit
cet article par une obfervation à la gloire
de notre Nation . « Qu'on examine avec
» attention ce qui a été fait depuis quel-
» ques années par les plus habiles Ma-
" thématiciens fur ie fyftême du monde ;
» on conviendra , ce me femble , que
» l'Aftronomie Phyfique eft encore au-
» jourd'hui plus redevable aux François
» qu'à aucune autre Nation. C'eſt dans
» les travaux qu'ils ont entrepris , dans
» les ouvrages qu'ils ont mis fous les yeux
» de l'Europe , que le fyftême Newtonien
» trouvera déſormais fes preuves les plus
» inconteftables & les plus profondes.
M. Dalembert paffe rapidement fur
POptique & l'Acoustique ; je remarquerai
feulement qu'en parlant de la théorie des
118 MERCURE DE FRANCE.
رد
fons , il faifit l'occafion de louer les dé-
Couvertes qu'a faites M. Rameau dans
cette partie , d'une manière qui honore
l'un & l'autre. » L'illuftre Artiſte dont il
s'agit a été pour nous le Defcartes de
» la Mufique. On ne peut fe flatter , ce
» me femble , de faire quelque progrès
» dans cette fcience , qu'en fuivant la
» méthode qu'il a tracée.
L'Hydroftatique & l'Hydraulique n'offrent
que des détails trop mathématiques
pour être fufceptibles d'extrait ; mais je
m'arrête encore un moment fur la Phyfique
générale qui termine les élémens de
Philofophie.
وي
و د
"
» L'étude de cette Science roule fur
» deux points qu'il ne faut pas con-
» fondre , l'obfervation & l'expérience.
» L'obfervation , moins recherchée &
» moins fubtile , fe borne aux faits qu'elle
a fous les yeux , à bien voir & à bien
» détailler les phénomênes de toute ef
pèce que la Nature nous préfente . L'expérience
cherche à pénétrer la Nature
plus profondément , à lui dérober ce
qu'elle cache , à créer en quelque mala
différente combinaiſon des
par
» corps , de nouveaux phénomênes pour
» les étudier : enfin elle ne fe reftreint
» pas à écouter la Nature , mais elle l'in-
» terroge & la preffe.
30
">
ور
"
ود
nière
AOUST. 1759. 119
119'
M. Dalembert trace une efquite abrégée
de l'hiftoire & des prog: ès de la Phy-,
fique : les Anciens felon lui , n'ont pas
autant négligé la Nature qu'on le croit
communément , & il apporte en preuve
les ouvrages d'Hypocrate , qui font les,
monumens les plus confidérables qui
nons restent de la Phyfique ancienne , &
dans lesquels on trouve un ſyſtème d'obfervations
& une fuite de faits bien fürs &
bien rapprochés ; cependant il paroît que
les Anciens ont plus cultivé l'obfervation
que l'expérience. Les plus fages d'entre
eux ont fait la table de qu'ils voyoient ,
l'ont bien faite & s'en font tenus là. C'eft
dans l'hiftoire des Animaux , d'Ariſtote ,
qu'il faut chercher le vrai goût de Phyfique
des Anciens , plutôt que dans fes autres
ouvrages où il est moins riche en faits
& plus abondant en paroles , plus raifonneur
& moins inftruit.
Les fiécles les plus ignorans ont eu
des génies fupérieurs qui ont cultivé l'étude
de la Nature & accéléré les progrès
de la Phyfique , tel étoit le Moine
Bacon , » qui fçut par la force de fon gé-
» nie s'élever au- deffus de fon fiécle & le
» laiffer bien loin derriere lui. Auffi fut-
» il perfécuté par fes Confreres & regar-
» dé par le Peuple comme un Magicien
120 MERCURE DE FRANCE.
"
» à- peu- près comme Gerbert l'avoit été
près de trois fiécles auparavant pour les
inventions méchaniques , avec cette
» différence que Gerbert devint Pape , &
" que Bacon refta Moine & malheureux.
Le Chancelier Bacon & Defcartes paroiffent
ici comme les Reftaurateurs de
la Phyfique expérimentale. M. Dalembert
qui connoit fi bien les obligations que
leur a la Philofophie , leur reproche auffi
d'avoir été plus Phyficiens de fpéculation
que de pratique. Le plaifir oifif de la méditation
& de la conjecture , entraîne les
grands génies , & ils laiffent le travail mé.
chanique à d'autres qui ne vont pas auffi
loin que leurs maîtres auroient été. Ainfi
les uns penfent ou rêvent , les autres
agiffent ou manoeuvrent & l'enfance des
fciences eft éternelle .
Après une courte hiftoire de la Phylque
expérimentale , M. Dalembert propofe
quelques réflexions fur la manière de
traiter cette fcience. Il demande la plus
grande attention à n'établir la théorie
que fur des faits inconteftables ; & à ne
pas trop foumettre les hypothèfes au calcul
, dont tant de Phyficiens ont abufé.
La Géométrie doit obéir à la Phyfique
quand elle fe réunit à elle , & tous les
jers de Phyfique ne font pas également
fufceptibles
AOUST. 1759. 121
fufceptibles de l'application de la Géométrie
. M. Dalembert recommande aux Phyficiens
de fe défier de cette fureur d'expliquer
tout , que Defcartes a introduite
dans la Phyfique , mais il n'a garde de
profcrire ni cet efprit de conjecture , qui
tout à la fois timide & éclairé conduit
quelquefois à des découvertes , ni cet efprit
d'analogie, dont la fage hardieffe peut
aller au- delà de ce que la Nature femble
vouloir montrer , & prévoit les faits
avant que de les avoir vûs. La fageffe &
la circonfpection doivent guider le Phyficien
dans la marche ; la patience & le
courage doivent d'un autre côté le foutenir
dans fon travail . Tel eft en raccourci
le plan que M. Dalembert propofe à exécuter
& que perfonne peut-être ne rempliroit
mieux que celui qui l'a conçu &
tracé : on trouvera dans tout cet Ouvrage
des vues faines & étendues ; un ton noble
& ferme , des principes fages , un fcepticiſme
modefte , un ftyle net , libre &
concis , tel qu'il convient furtout aux
matieres philofophiques ; enfin cet effai
porte le caractere que les efprits ſupérieurs
impriment à leurs ouvrages : il
laiſſe beaucoup à penſer.
Le refte des Mélanges auprochain Mercure,
ESSAIfur lesElémens de Philofophie oufur
les principes des connoiffances humaines.
CET Effai dorit on voit les germes dans
Τ
l'article Elémens de l'Encyclopédie , eft le
morceau le plus confidérable de la nou-.
velle Edition de ces Mélanges. L'impor
tance du føjet & la maniere noble , fage
& hardie dont il eft traité , méritent
qu'on s'y arrête ; le ton de Philofophie &
le caractere d'efprit de M. Dalembert ne
fe montrent dans aucun de fes ouvrages
plus fenfiblement que dans celui- ci
Cet Ecrivain célébre comme ncepat
une obfervation affez finguliere : il remar
que que depuis environ 300 ans la Nature
avoit deftiné le milieu de chaque fiécle à
être l'époque d'une révolution dans l'efprit
humain. La prife de Conftantinople dans
le milieu du quinziéme amena des Sçavans
diftingués en Italie , & y fit revivre les
Lettres. La réformation ranima l'émulation
& l'étude de toutes les Sciences vers
le milieu du feiziéme ; Defcartes donne
une nouvelle face à la Philofophie au mi-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
lieu du dix - feptiéme ; & pour peu que l'on
confidére avec des yeux attentifs le temps
où nous vivons , il eft aifé d'appercevoir
qu'il s'eft fait dans nos idées un changement
rapide & fenfible qui femble en
préparer un plus confidérable encore . Ces
révolutions de l'efprit humain , ces efpéces
de fecouffes qu'il reçoit de temps
en temps de la Nature , font pour un
Spectateur Philofophe un objet agréable
& furtout inftructif ; il feroit donc à fou
haiter, pour le progrès des Sciences , que
nous en euffions un tableau exact à chaque
époque le plan de l'Encyclopédie
a été formé dans cette vue ; mais il feroit
poffible de rendre ce grand ouvra
ge d'une utilité plus générale & plus ferr
fible , il feroit très-important de réunir
& de rapprocher les vérités effentielles
qu'il contient dans des élémens de Philofophie
qui ferviroient comme d'introduction
à l'Encyclopédie ; c'eft ce que
M. Dalembert femble promettre d'exé
cuter un jour dans un ouvrage dout
Peffai qu'il publie aujourd'hui n'eft , ditil
, qu'une espèce d'efquiffe ; mais c'eſt une
efquiffe de main de Maître, & dont le fuccès
doit encourager cet Écrivain célébre
à remplir ce plan dans toute fon étendue.
La Philofophie n'eft autre chofe que
AOUST. 1759 . 103
12
l'application de la raifon aux différens
objets fur lefquels elle peut s'exercer.
» Des élémens de Philofophie doivent
» donc contenir les principes fondamen-
» taux de toutes les connoiffances humai-
» nes ; or ces connoiffances font de trois
" efpéces ou de fait , ou de fentiment ,
» ou de difcuffion . Cette derniere espéce
» feule appartient uniquement & par
» tous fes côtés à la Philofophie , mais
» les deux autres s'en rapprochent par
» quelques unes des faces fous lefquelles
on peut les envifager. Il n'y a » a qu'un »
feul genre de connoiffance qui ne doive
point entrer dans des élémens de Philo
fophie ; ce font les vérités qui tiennent à
la révélation . La Philofophie les refpecte,
& ne peut fe permettre en matiere de
Religion que la difcuffion des motifs de
notre croyance.
Après avoir fixé les différens objets qui
appartiennent à des élémens de Philofophie
, M. Dalembert expofe les rapports:
que ces objets ont entr'eux & l'ordre
qu'il faudroit fuivre dans leurs diftributions.
Si les vérités préfentoient à notre
efprit une chaîne continue , il n'y auroit
point d'élémens à faire ; on remonteroit
fans peine d'une vérité à toutes les autres
; mais cette chaîne eft rompue en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
mille endroits quelles font donc les vêrités,
qui doivent entrer dans des élémens?
» Il y en a de deux fortes, répond
M. Dalembert ; « celles qui forment la
ور
tête de chaque partie de la chaîne , &
» celles qui fe trouvent au point de réu-
» nion de plufieurs branches. » Les vérités
du premier genre font celles qui ne
dépendent d'aucune autre & qui n'ont de
preuves que dans elles - mêmes ; mais i
ne faut pas croire que M. Dalembert
veuille ici parler des axiomes qu'on fe
donne la peine d'expliquer fi gratuitement
dans la plupart des ouvrages élémentaires.
Ces axiomes ne préfentent que
des vérités ſtériles & frivoles , qui n'éclairent
point & égarent fouvent par les
fauffes applications qu'on en fait.Les vrais
principes d'où l'on doit partir dans chaque
fcience , doivent être des faics fimples
& reconnus , qui n'en fuppofent point
d'autres , & qui foient indépendans de
toute hypothèſe particulière , tels que les
proportions de l'étendue en Géométrie ,
l'impénétrabilité en Méchanique , &c.
M. Dalembert après avoir indiqué les
procédés qu'il falloit fuivre dans le choix ,
le développement & l'énonciation des
principes fondamentaux de chaque fcience
, fait lui-même l'application de fa
A O UST. 1759 . 105
méthode fur les différens objets qui doivent
former un corps complet de Philofophie
élémentaire .
La Logique eft l'inftrument général
de toutes les fciences ; elle eft donc la
premiere qu'on doive traiter dans les
élémens de Philofophie , & en former
comme le frontispice & l'entrée . Mais
la Logique ne confifte ni dans cet amas:
ridicule & fcolaftique de formules inintelligibles
, ni dans l'appareil géométri
que qu'ont affecté plufieurs Philofophes
modernes dans des ouvrages peu fufcep
tibles de démonftrations . Déterminer
avec foin le fens des termes , décompo
fer & fimplifier autant qu'on peut les
objets , fuivre leurs rapports , remonter
par degrés continus d'une vérité à une
autre , & obferver exactement leurs dépendances
mutuelles ; voilà à quoi ſe
réduit la Logique. » Pour comparer des
" objets éloignés , on fe fert de plufieurs
» objets intermédiaires : il en eſt de mê-
" me quand on veut comparer deux où
" plufieurs idées. L'art du raifonnement
» n'eft que le développement de ce principe
& des conféquences. qui en réful-
» tent. »
L'art de conjecturer eft une branche de
la Logique : c'est l'art de ſuppléer par des
E-v
106 MERCURE DE FRANCE.
à-peu- près à des déterminations rigoureu
fes , & de fubftituer les probabilités aux
preuves dans les cas où l'on ne peut atteindre
à une certitude entiere , ou du
moins s'affurer d'y être parvenu.
M. Dalembert fait fuccéder la Métaphy
fique à la Logique , & cet ordre eft trés
naturel. « Nos idées font le principe de
» nos connoiffances , & ces idées ont
» elles- mêmes leur principe dans nos fen
» fations. La génération de nos idées ap
» partient à la Métaphyſique , c'eſt un de
fes objets principaux & peut-être de
» vroit- elle s'y borner. Prefque toutes les
33
autres queſtions qu'elle fe propofe font
» ou infolubles ou frivoles ; elles font l'a-
» liment des efprits téméraires ou des
" efprits faux. » M. Dalembert ne rétrécit
fa fphère de la Métaphyfique que pour
rendre fes recherches plus folides & plus
utiles. La cauſe productrice de nos idées ,
la maniere dont nous acquérons la notion
de l'exiſtence des objets extérieurs , l'exiftence
de Dieu , Fimmortalité & la fpiritualité
de l'ame , voilà des fujets bien di
gnes d'exercer & d'occuper entièrement
le Métaphyficien le plus profond & le
plus laborieux. M. Dalembert jette fur
ces grands objets des idées générales qui
n'ont befoin que d'être développées pour
former un corps de doctrine auffi complet
A O UST. 1759. 107
que l'obſcurité de la matiere peut le permettre.
L'exiſtence de l'Etre Suprême étant une
fois reconnue , nous conduit à chercher
le culte que nous devons lui rendre , mais
la nature de ce culte eft l'objet de la révélation.
Ce qui appartient effentiellement
à la raiſon , ce ſont les devoirs dont nous
fommes tenus envers nos femblables . La
connoiffance de ces devoirs eft ce qu'on
appelle Morale , & elle eft une fuite néceffaire
de l'établiffement des Sociétés. La
connoiffance de nos rapports avec les autres
homines & de nos befoins réciproques
nous conduit à celle de ce que nous
devons à la Société & de ce qu'elle nous
doit . « Il ſemble donc , dit M. Dalembert,
qu'on peut définir très- exactement l'in-
»jufte , ou ce qui revient au même , le
" mal moral : ce qui tend à nuire à la So-
» ciété en troublant le repos de fes Membres.
En effet le mal phyfique eft la fuite
» ordinaire du mal moral ; & comme
» nos fenfations fuffifent pour nous don→
» ner l'idée du mal phyfique , il eſt évi-
» dent que c'eft cette idée qui nous con-
» duit à celle du mal moral , quoique
» l'une & l'autre foient de nature diffe→
"rente. Que ceux qui nieront cette vérité,.
» fuppofent l'homme impaffible , & qu'ils:
E vj.
108 MERCURE DE FRANCE..
effayent de lui faire acquérir dans cette;
hypothèſe la notion de l'injufte.
99
M. Dalembert traite la morale avec plus
d'étendue qu'on ne lui en donne ordinairement
dans les élémens de Philofophie
, ou cette fcience la plus intéreffante
de toutes eft la plus négligée. Il la divife
en plufieurs branches , fuivant les différens
rapports fous lefquels on confidère
les hommes entr'eux. La connoiſſance de
ce que les hommes fe doivent comme
membres de la fociété générale forme la
premiere branche qu'il appelle Morale de
l'homme, Ces devoirs renferment les loix
générales & naturelles , & ces loix font:
de deux efpéces , écrites ou non écrites,
L'obfervation des loix naturelles écrites ,
et ce qu'on nomme probité ; la pratique
des loix naturelles non écrites eft ce qu'on
appelle vertu. Tout ce morceau eft plein
de force , de fineffe & de clarté : voici
une obfervation d'une vérité ſimple &
profonde. » Pourquoi les Légiflateurs femblent-
ils avoir remis à la volonté des
Peuples l'obfervation des loix non écrites
? Pourquoi n'eft - il point ďaction
» contre l'avarice , la dureté envers les
» malheureux, l'ingratitude & la perfidie ?
Celui qui laiffe périr de mifère un Citoyen
qu'il peut fecourir , n'eft-il- pas
و د
AOUST. 1759. 100
"
» à peu-près auffi coupable envers la So-
» ciété , que s'il faifoit périr ce malheu-
» reux par une mort lente ? Pourquoi
» donc les loix l'ont-elles épargné ? C'eſt
» que le bien de cet Avare étant fuppofé
acquis par des moyens que les loix ne
réprouvent pas , elles ne peuvent le lui
» arracher pour le donner à d'autres ; &
que fi la loi qui nous oblige de foula-
» ger nos ſemblables eſt une des premiè-
» res dans l'état de nature , elle eft fubor-
» donnée dans l'ordre de la fociété à la
» loi , qui veut que chacun jouiffe tranquillement
& en liberté de ce qu'il
poffede . »
»
Après la Morale de l'homme , vient la
Morale des Légiflateurs. Celle- ci a deux
branches ; ce que tout Gouvernement
doit à chacun de fes Membres, & ce que
chaque eſpèce de Gouvernement doit à
ceux qui lui font foumis. Le premier principe
de la morale des Légiflateurs eft ,
qu'il n'y a de bon Gouvernement que
celui dans lequel les Citoyens font également
protégés & également liés par les
loix. La Morale doit éclairer le Légiflateur
fur l'objet , l'établiffement & l'exécution,
des loix. M. Dalembert entre ici
dans plufieurs détails pleins d'humanité
& de raifon.. Il examine en particulier la
Fio MERCURE DE FRANCE .
trop fameufe queftion de la tolérance -fur пор
laquelle il donne des principes clairs &
modérés, également éloignés de la licence
& de la fuperftition .
Chaque Etat outre fes loix particuliè
res a auffi des loix a obferver par rapport
aux autres : c'est l'objet de la Morale
des Etats fur laquelle M. Dalembert ne
met qu'une page, & malheureufement pour
le genre humain , dit- il , elle eft encore plus
courte dans la pratique .
La Morale du Citoyen vient immédiatement
après celle des Etats: elle fe réduità
être fidèle obfervateur des loix civiles de
fa Patrie & à fe rendre le plus utile à fes
Concitoyens qu'il eft poffible.
M. Dalembert apprend à chaque Citoyen
jufqu'à quel point il eft comptable
à fa Patrie de fa vie , de fes talens & de
leur emploi il entre dans la difcuffion
du Suicide , qu'il regarde comme un crime
en Morale ainfi qu'en Religion : & fon
objet le ramène naturellement à cette an
cienne queftion que M. Rouffeau a rendue
fi célèbre : » Jufqu'à quel point un
Citoyen peut - il fe livrer à l'étude des
» Sciences & des Arts , & cette étude
» n'eft-elle pas plus nuifible qu'avanta
geufe aux Etats ? » M. Dalembert eſt
fort loin d'adopter les paradoxes exagérés
"
و ر
AOUST. 1759.
de M. Rouffeau , mais il ne pense pas non
plus que les Arts foient propres à rendré
les Sociétés plus fages & plus heureuſes. '
La Morale du Philofophe forme la der
nière branche de la Morale : elle n'a
pour objet que nous-mêmes & la manière
dont nous devons penfer pour nous ren
dre heureux indépendamment des autres ;
elle détermine jufqu'où il eft permis de
rechercher les honneurs & de fe livrer à
l'ambition. La raifon permet fans doute
d'être flatté des honneurs , mais fans les
exiger ni les attendre. » C'eft y mettre
» un trop grand prix , ajoute- t- il , que de
"les fuir avec empreffement , ou de les
" rechercher avec avidité : le même excès-
» de vanité produit ces deux effets con
» traires. » M. Dalembert entre ici dansquelques
détails fur les paffions , fur leur
objet , leurs peines & leurs plaifirs : fa
Philofophie n'eft pas toujours confolante,
mais elle est toujours ferme , droite &
humaine. Il termine fes Elémens de Morale
par un fouhait que lui infpire l'amour
du bien public , & dont il defireroit qu'un
Citoyen Philofophe jugeât l'exécution digne
de lui. Ce feroit celle d'un Catéchifme
de Morale à l'ufage & à la por-
» tée des enfans. Peut- être n'y auroit-it
"pas de moyen plus efficace de mult
"
112 MERCURE DE FRANCE.
23.
plier dans la fociété les hommes ver
» tueux on apprendroit de bonne heure
»à l'être par principes ; & l'on fçait quelle
» eft fur notre ame la force des vérités
qu'on y a gravées dès l'enfance . "
Dieu , l'Homme & la Nature , voilà
les trois grands objets de l'étude du Phi-
Lofophe après avoir marqué la route
qu'on doit fuivre dans l'étude des deux
premières; M. Dalembert va paffer au troifième
mais les bornes qui me font pref
crites & la nature des matières ne me permettent
pas de le fuivre dans les détails ;
je me contenterai d'indiquer l'ordre qu'il
a obfervé dans la diftribution des Sciences
, & de faifir les vues générales qu'il y
a répandues..
Il commence par la Grammaire , qu'il
préfente fous un point de vue philofophique
, le feul qui doive être confidéré
dans des élémens de Philofophie. 11 paffe
enfuite aux Mathématiques dont l'Algébre
eft la première branche. « L'Algébre eft
» une efpéce de langue qui a , comme les
» autres , fa Métaphyfique ; cette Métaphyfique
a précédé la formation de la
langue ; mais quoiqu'elle foit implicite
ment contenue dans les règles , elle
» n'y eft pas développée ; le vulgaire ne
"
AOUST. 1759. 113
jouit que du réfultat , l'homme éclairé
» voit le germe qui le produit.
Cette Métaphyfique fimple & lamíneuſe
qui a guidé les inventeurs , eft donc
la partie que le Philofophe doit s'attacher
à développer dans des élémens d'Algébre
: muni des premières notions de
PAlgébre , il s'en fervira pour paffer à la
Géométrie , qui eft la fcience des propriétés
de l'étendue en tant qu'on la confidère
comme fimplement étendue & figurée.
Les termes de point , de ligne & de furface
que le Géomètre employe ne font
que des abftractions dont il fe fert pour
Simplifier ſon objet : ainfi les vérités qui
en résultent font des vérités purement
hypotétiques , mais elles n'en font pas
moins utiles par l'application qu'on en
fait dans la pratique . M. Dalembert répond
aux détracteurs de la Géométrie &
prouve fans replique la certitude & l'uti
lité de cette ſcience. La méthode qu'il
exige dans les élémens de Géométrie doît
faire juger que de tels élémens ne font
pas l'ouvrage d'un Géomètre ordinaire ,
& les Defcartes , les Leibnitz , & les
Newton n'étoient pas trop bons pour
bien exécuter cette entreprife. M. Dalembert
termine cet article par examiner
une queftion fouvent difcutée & toujours
114 MERCURE DE FRANCE.
problématique. C'eft de fçavoir quel
genre d'efprit doit obtenir par fa fupéiorité
le premier rang dans l'eftime
» des hommes ; celui qui excelle dans les
» Lettres , ou celui qui fe diftingue au
» même degré dans les Sciences ? Cette
» queſtion eſt décidée tous les jours en
faveur des Lettres ( à la vérité fans intérêt
) par une foule d'Ecrivains fubal-
» ternes , incapables , je ne dis pas d'ap
" précier Corneille & de fire Newton ,
» mais de juger Campiſtron & d'entendre
» Euclide. Pour nous , plus timides ou
plus juftes , nous avouerons que la fupériorité
en ces deux genres nous pa
roit d'un mérite égal. Qui auroit à
» choifir d'être Newton ou Corneille fe
roit bien d'être embarraffé , ou ne me
riteroit pas d'avoir à choifir . » Les principes
de la Géométrie & ceux de PALgébre
renferment tout ce qui eft néceffaire
pour arriver à la Méchanique . Le
mouvement , fes propriétés générales ,
font le premier & le principal objet de
cette fcience ; mais dans le mouvement
on confidère en Méchanique non feulement
l'efpace parcouru , mais auffi le
temps employé à parcourir cet eſpace.
Le principe de l'équilibre , joint à ceux
de la force d'inertie & du mouvement
AQUST . 1759. Ir
compofé , fuffit pour donner la folution
de tous les problèmes de Méchanique ;
c'eft avoir réduit cette fcience , dit M.
Dalembert , au plus petit nombre de
principes poffibles que d'établir fur ces
trois points toutes les loix du mouve
ment des corps .
L'Aftronomie doit fuivre immédiatement
la Méchanique , comme étant de
toutes les parties de la Phyfique la plus
certaine. « Si quelque fcience , die M. Da-
» lembert , mérite à tous égards d'être
traitée felon la méthode des inventeurs
, ou du moins felon celle qu'ils
ont Fire , e'eft l'Aftronomie. Rien
un'eft peut-être plus fatisfaisant pour l'ef-
» prit humain que de voir par quelle
fuite d'obfervations , de recherches , de
combinaiſons & de calculs les hommes
» font parvenus à connoître le mouve‐
» ment de ce globe qu'ils habitent , &
» celui des autres corps de notre fyftême
» planitaire……… Le génie des Philoſophes,
» en cela peu différent de celui des autres
hommes , les porte à ne chercher
» d'abord ni uniformité ni loix dans les .
phénomênes qu'ils obfervent. Com-
» mencent-ils à y foupçonner quelque
» marche régulière ? ils imaginent auffi-
» tôt la plus parfaite & la plus fimple..
116 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
25
» Bientôt une obfervation plus fuivie les
détrompe , & fouvent même les ra
» mène précipitamment à leur premier
» avis. Enfin une étude longue , affidue ,
dégagée de préventions & de fyftême ,
» les remet dans les limités du vrai , &
-> leur apprend que pour l'ordinaire la lời
» des phénomènes n'eft ni affez peu com
pofée pour être apperçue tout d'un
» coup , ni auffi irrégulière qu'on pour
roit le penfer. » Voilà l'hiftoire de tou
tes les Hypothèses Aftronomiques.
L'Aftronomie phyfique eft une des
fciences qui font le plus d'honneur à la
Philofophie moderne : les ouvrages des
Anciens n'ont prefque été d'aucun fe
cours aux Phyficiens qui font venus de
puis. M. Dalembert refute ici d'une ma
nière très- folide les prétentions de ceux
qui trouvent tout dans les Anciens. « Ce
»que les Anciens ont imaginé fur le fy
» tême du monde , ou du moins ce qui
» nous refte là- deffus , eft fi vague & h
"
mal prouvé qu'on n'en fçauroit ther
>> aucune lumière réelle. Qu'importe à
» l'honneur de Copernic que quelques
"anciens Philofophes ayent cru le mo
» vement de la terre , fi les preuves qu'ils
»en donnoient n'ont pas été fuffifantes
AOUST. 1759. 117
pour empêcher le plus grand nombre
de croire le mouvement du Soleil ?
M.Dalembert analyſe enfuite le fyftême
des tourbillons, & celui de la gravitation,'
On imagine bien en faveur duquel il fe
détermine. L'accord qu'on remarque tous
les jours de plus en plus entre les phé
nomênes célestes & la théorie Newtonienne
ſemble avoir décidé tous les Philofophes
pour le Newtonianifme. M. Da
lembert entre enfuite dans le détail des
procédés qui peuvent perfectionner l'Aftronomie
& reculer fes limites , & il finit
cet article par une obfervation à la gloire
de notre Nation . « Qu'on examine avec
» attention ce qui a été fait depuis quel-
» ques années par les plus habiles Ma-
" thématiciens fur ie fyftême du monde ;
» on conviendra , ce me femble , que
» l'Aftronomie Phyfique eft encore au-
» jourd'hui plus redevable aux François
» qu'à aucune autre Nation. C'eſt dans
» les travaux qu'ils ont entrepris , dans
» les ouvrages qu'ils ont mis fous les yeux
» de l'Europe , que le fyftême Newtonien
» trouvera déſormais fes preuves les plus
» inconteftables & les plus profondes.
M. Dalembert paffe rapidement fur
POptique & l'Acoustique ; je remarquerai
feulement qu'en parlant de la théorie des
118 MERCURE DE FRANCE.
رد
fons , il faifit l'occafion de louer les dé-
Couvertes qu'a faites M. Rameau dans
cette partie , d'une manière qui honore
l'un & l'autre. » L'illuftre Artiſte dont il
s'agit a été pour nous le Defcartes de
» la Mufique. On ne peut fe flatter , ce
» me femble , de faire quelque progrès
» dans cette fcience , qu'en fuivant la
» méthode qu'il a tracée.
L'Hydroftatique & l'Hydraulique n'offrent
que des détails trop mathématiques
pour être fufceptibles d'extrait ; mais je
m'arrête encore un moment fur la Phyfique
générale qui termine les élémens de
Philofophie.
وي
و د
"
» L'étude de cette Science roule fur
» deux points qu'il ne faut pas con-
» fondre , l'obfervation & l'expérience.
» L'obfervation , moins recherchée &
» moins fubtile , fe borne aux faits qu'elle
a fous les yeux , à bien voir & à bien
» détailler les phénomênes de toute ef
pèce que la Nature nous préfente . L'expérience
cherche à pénétrer la Nature
plus profondément , à lui dérober ce
qu'elle cache , à créer en quelque mala
différente combinaiſon des
par
» corps , de nouveaux phénomênes pour
» les étudier : enfin elle ne fe reftreint
» pas à écouter la Nature , mais elle l'in-
» terroge & la preffe.
30
">
ور
"
ود
nière
AOUST. 1759. 119
119'
M. Dalembert trace une efquite abrégée
de l'hiftoire & des prog: ès de la Phy-,
fique : les Anciens felon lui , n'ont pas
autant négligé la Nature qu'on le croit
communément , & il apporte en preuve
les ouvrages d'Hypocrate , qui font les,
monumens les plus confidérables qui
nons restent de la Phyfique ancienne , &
dans lesquels on trouve un ſyſtème d'obfervations
& une fuite de faits bien fürs &
bien rapprochés ; cependant il paroît que
les Anciens ont plus cultivé l'obfervation
que l'expérience. Les plus fages d'entre
eux ont fait la table de qu'ils voyoient ,
l'ont bien faite & s'en font tenus là. C'eft
dans l'hiftoire des Animaux , d'Ariſtote ,
qu'il faut chercher le vrai goût de Phyfique
des Anciens , plutôt que dans fes autres
ouvrages où il est moins riche en faits
& plus abondant en paroles , plus raifonneur
& moins inftruit.
Les fiécles les plus ignorans ont eu
des génies fupérieurs qui ont cultivé l'étude
de la Nature & accéléré les progrès
de la Phyfique , tel étoit le Moine
Bacon , » qui fçut par la force de fon gé-
» nie s'élever au- deffus de fon fiécle & le
» laiffer bien loin derriere lui. Auffi fut-
» il perfécuté par fes Confreres & regar-
» dé par le Peuple comme un Magicien
120 MERCURE DE FRANCE.
"
» à- peu- près comme Gerbert l'avoit été
près de trois fiécles auparavant pour les
inventions méchaniques , avec cette
» différence que Gerbert devint Pape , &
" que Bacon refta Moine & malheureux.
Le Chancelier Bacon & Defcartes paroiffent
ici comme les Reftaurateurs de
la Phyfique expérimentale. M. Dalembert
qui connoit fi bien les obligations que
leur a la Philofophie , leur reproche auffi
d'avoir été plus Phyficiens de fpéculation
que de pratique. Le plaifir oifif de la méditation
& de la conjecture , entraîne les
grands génies , & ils laiffent le travail mé.
chanique à d'autres qui ne vont pas auffi
loin que leurs maîtres auroient été. Ainfi
les uns penfent ou rêvent , les autres
agiffent ou manoeuvrent & l'enfance des
fciences eft éternelle .
Après une courte hiftoire de la Phylque
expérimentale , M. Dalembert propofe
quelques réflexions fur la manière de
traiter cette fcience. Il demande la plus
grande attention à n'établir la théorie
que fur des faits inconteftables ; & à ne
pas trop foumettre les hypothèfes au calcul
, dont tant de Phyficiens ont abufé.
La Géométrie doit obéir à la Phyfique
quand elle fe réunit à elle , & tous les
jers de Phyfique ne font pas également
fufceptibles
AOUST. 1759. 121
fufceptibles de l'application de la Géométrie
. M. Dalembert recommande aux Phyficiens
de fe défier de cette fureur d'expliquer
tout , que Defcartes a introduite
dans la Phyfique , mais il n'a garde de
profcrire ni cet efprit de conjecture , qui
tout à la fois timide & éclairé conduit
quelquefois à des découvertes , ni cet efprit
d'analogie, dont la fage hardieffe peut
aller au- delà de ce que la Nature femble
vouloir montrer , & prévoit les faits
avant que de les avoir vûs. La fageffe &
la circonfpection doivent guider le Phyficien
dans la marche ; la patience & le
courage doivent d'un autre côté le foutenir
dans fon travail . Tel eft en raccourci
le plan que M. Dalembert propofe à exécuter
& que perfonne peut-être ne rempliroit
mieux que celui qui l'a conçu &
tracé : on trouvera dans tout cet Ouvrage
des vues faines & étendues ; un ton noble
& ferme , des principes fages , un fcepticiſme
modefte , un ftyle net , libre &
concis , tel qu'il convient furtout aux
matieres philofophiques ; enfin cet effai
porte le caractere que les efprits ſupérieurs
impriment à leurs ouvrages : il
laiſſe beaucoup à penſer.
Le refte des Mélanges auprochain Mercure,
Fermer
Résumé : SUITE DES MÉLANGES DE LITTÉRATURE. ESSAI sur les Elémens de Philosophie ou sur les principes des connoissances humaines.
L'essai 'Élémens de Philosophie' de D'Alembert est une œuvre majeure des 'Mélanges de Littérature'. Il explore les principes des connaissances humaines, classés en trois types : de fait, de sentiment et de discussion, cette dernière étant spécifique à la philosophie. D'Alembert identifie des révolutions intellectuelles tous les 300 ans, illustrées par des événements comme la prise de Constantinople, la Réforme et les contributions de Descartes. L'ouvrage commence par la logique, définie comme l'art de déterminer le sens des termes et leurs rapports. Il aborde ensuite la métaphysique et la morale, subdivisée en morale de l'homme et morale des législateurs. D'Alembert discute de la moralité, de l'éducation et des sciences, soulignant la responsabilité des citoyens envers leur patrie. Il traite de l'éducation scientifique, débutant par la grammaire et les mathématiques, notamment l'algèbre et la géométrie, qu'il défend contre ses détracteurs. L'astronomie est présentée comme la science la plus certaine en physique, liée à la mécanique. D'Alembert valorise les progrès modernes en astronomie physique et préfère le système de la gravitation de Newton. Il reconnaît les contributions des Anciens mais note que les avancées significatives en physique proviennent des générations ultérieures. Le texte examine les contributions de Roger Bacon et René Descartes à la physique expérimentale, tout en critiquant leur penchant pour la spéculation théorique. D'Alembert propose une méthode pour la physique expérimentale basée sur des faits incontestables et la modération dans l'usage des hypothèses mathématiques. Il insiste sur l'importance de la géométrie au service de la physique et met en garde contre l'excès d'hypothèses. Il valorise l'esprit de conjecture et d'analogie, tout en prônant la sagesse, la circonspection, la patience et le courage dans la recherche scientifique. Le style de l'ouvrage est décrit comme noble, ferme, concis et adapté aux matières philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
262
p. 68-69
LOGOGRYPHE.
Début :
Prés du Temple de la Justice, [...]
Mots clefs :
Conciergerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
Prés du Temple de la Fuſtice ,
On a jetté mon fondement ;
Et pour maintenir la Police,.
AVRIL 1761:
De près je garde les méchans.
Ami , j'ai douze pieds , couds-les avec adreſſe ;
Tu trouveras d'abord , ce qui fert à la Meffe;
Deux Saints; un grain ; un poids ; un Général
Troyen ,
Qui porta fur fon dos le refte de fon bien ;
Le père de Théfée , une Nymphe fameufe ;
Un magafin à bled ; plus , une empoisonneufe;
Un inftrument de chaffe ; un petit animal ;
Un Orateur célèbre ; un précieux métals
Un météore blanc ; un genre de furie ;
De plus , un Dieu Marin ; un Comté d'Italie ;
Un Pays en Europe ; une fille à Cadmus ;
Celle enfin que garda le vigilant Argus.
Par M. P... de Châteauchinon , en Nivernois.
Prés du Temple de la Fuſtice ,
On a jetté mon fondement ;
Et pour maintenir la Police,.
AVRIL 1761:
De près je garde les méchans.
Ami , j'ai douze pieds , couds-les avec adreſſe ;
Tu trouveras d'abord , ce qui fert à la Meffe;
Deux Saints; un grain ; un poids ; un Général
Troyen ,
Qui porta fur fon dos le refte de fon bien ;
Le père de Théfée , une Nymphe fameufe ;
Un magafin à bled ; plus , une empoisonneufe;
Un inftrument de chaffe ; un petit animal ;
Un Orateur célèbre ; un précieux métals
Un météore blanc ; un genre de furie ;
De plus , un Dieu Marin ; un Comté d'Italie ;
Un Pays en Europe ; une fille à Cadmus ;
Celle enfin que garda le vigilant Argus.
Par M. P... de Châteauchinon , en Nivernois.
Fermer
263
p. 55
AUTRE.
Début :
Fille d'un père malheureux, [...]
Mots clefs :
Fausse monnaie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
FILLE
ILLE d'un père malheureux ,
Je fuis encor plus malheureufe;
Monfort eft des plus rigoureux ;
On me croit riche & je fuis gucufe.
Si quelqu'un me reçoit chez lui ,
C'eft qu'il eft furpris de ma mine ;
Je rougis du défaut d'autrui ,
Dans le moment qu'on m'examine.
Après avoir trompé ſouvent ,
Quoique fans deffein de le faire ,
Il m'arrive ordinairement
De caufer la mort à mon père .
FILLE
ILLE d'un père malheureux ,
Je fuis encor plus malheureufe;
Monfort eft des plus rigoureux ;
On me croit riche & je fuis gucufe.
Si quelqu'un me reçoit chez lui ,
C'eft qu'il eft furpris de ma mine ;
Je rougis du défaut d'autrui ,
Dans le moment qu'on m'examine.
Après avoir trompé ſouvent ,
Quoique fans deffein de le faire ,
Il m'arrive ordinairement
De caufer la mort à mon père .
Fermer
264
p. 62
LOGOGRYPHE.
Début :
Aux dépens de la Vérité, [...]
Mots clefs :
Procédure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
Αυχ ux dépens de la Vérité ,
Je ne veux pas illuftrer ma naiſſance ,
Ni briller à tes yeux d'un éclat empruntés
A la mauvaiſe foi je dois mon éxiſtence.
Ce début n'eſt pas beau ; cependant, cher Lecteur ,
Quoique l'homme de bien m'évite & me haïffe ,
Pour découvrir le crime , & punir fon auteur
Souvent je fers à la Justice.
J'ai fini mon portrait , avec quelques efforts ,
S'il ne te fuffit pas , tu pourras me connoître ;
Ouvrant mon fein confultant mes refforts
Tu trouves ce qui fait l'anıbition d'un Prêtre ;
L'idole d'un avare , un regiſtre infamant ;
Une Ville Normande ; un Pays d'Amérique
En richeffe abondant ;
Pour rimer j'ai besoin de note de mufique ,
Je t'en offre une ; puis un métal précieux ;
Un arbre dont le front fe cache dans la nue ;
Et pour finir enfin mon récit ennuyeux ,
L'animal dont , aux Juifs , la chair fut défendue.
Par un Membre fubalterne du Bailliage de
Soiffons.
Αυχ ux dépens de la Vérité ,
Je ne veux pas illuftrer ma naiſſance ,
Ni briller à tes yeux d'un éclat empruntés
A la mauvaiſe foi je dois mon éxiſtence.
Ce début n'eſt pas beau ; cependant, cher Lecteur ,
Quoique l'homme de bien m'évite & me haïffe ,
Pour découvrir le crime , & punir fon auteur
Souvent je fers à la Justice.
J'ai fini mon portrait , avec quelques efforts ,
S'il ne te fuffit pas , tu pourras me connoître ;
Ouvrant mon fein confultant mes refforts
Tu trouves ce qui fait l'anıbition d'un Prêtre ;
L'idole d'un avare , un regiſtre infamant ;
Une Ville Normande ; un Pays d'Amérique
En richeffe abondant ;
Pour rimer j'ai besoin de note de mufique ,
Je t'en offre une ; puis un métal précieux ;
Un arbre dont le front fe cache dans la nue ;
Et pour finir enfin mon récit ennuyeux ,
L'animal dont , aux Juifs , la chair fut défendue.
Par un Membre fubalterne du Bailliage de
Soiffons.
Fermer
265
p. 63
AUTRE.
Début :
Si je suis en entier, tout le monde fait gloire [...]
Mots clefs :
Crime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Si je fuis en entier , tout le monde fait gloire
De me fuir avec foin & de me détefter ; }
Mais qu'on ôte monchef, qui pourroit alors croire
Le temps que bien des gens paffent à me chere
cher ?
.
Par le même.
Si je fuis en entier , tout le monde fait gloire
De me fuir avec foin & de me détefter ; }
Mais qu'on ôte monchef, qui pourroit alors croire
Le temps que bien des gens paffent à me chere
cher ?
.
Par le même.
Fermer
266
p. 64-73
SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
Début :
CE Recueil peut être regardé comme un monument de respect & de reconnoissance [...]
Mots clefs :
Lieutenant civil, Magistrats, Chambre du conseil, Citoyens, Procureur du roi, Religion, Éducation publique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
SÉANCE DU CHASTELET DE
PARIS , du Lundi 25 Octobre 1762,
& Difcours prononcés par M. DE
SARTINE , Lieutenant Général de
Police ; par M. MOREAU , Procureur
du Roi au Châtelet , faifant les fonctions
d'Avocat du
Roi
; & par
M. CHARDON , Lieutenant Partici
lier , Préfident au Parc Civil : imprimés
parles foins de M Jean- Baptifte
Courlefvaux , l'aîné , M Jacques
Roger le Comte , M Jean - Baptiffe
Marye Procureurs au Châtelet &
Procureurs de Communauté en éxercice
, & de Me Louis Varnier , auffi
Procureur au Châtelet , Syndic , à Paris
, de l'Imprimerie de le Breton , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , &
ordinaire de fa Communauté , rue de
enbroe
JANVIER. 1763. 65
la Harpe , 1762 , Brochure in - 4° . à
la tête de laquelle fe trouve le Portrait
de M. d'ARGOUGES , gravé d'après
l'Argiliere.
CE Recueil peut être regardé comme
un monument de refpect & de reconnoiffance
, érigé par MM. les Procu
reurs du Châtelet , à la gloire de M.
d'Argouges père , qui pendant plus de
52 ans a rempli la Charge de Lieutenant
Civil , & dont la retraite les rendroit
inconfolables , fi d'un côté elle
n'étoit pas réparée par un fils digne d'un
père auquel il fuccéde , & de l'autre ,:
par la fatisfaction de voir un Magiftrat
refpectable jouir du repos qu'il a fi bien
mérité.
Trois Magiftrats refpectables par leur
place , leur probité & leurs lumières
ont été dans cette occafion les interprêtes
des fentimens du Public , en rendant à
M. d'Argouges le tribut d'éloges dû à un
Citoyen chargé d'années & de gloire ,
& qui va paffer une vieilleffe honorable
au fein d'une tranquillité qu'il a toujours
facrifiée au bien des Particuliers.
Ce fut M. De Sartine qui prononça le
premier Difcours. S'étant rendu dans
66 MERCURE DE FRANCE.
la Chambre du Confeil , il fit part à la
Compagnie qu'il préfidoit , de la Lettre
par laquelle M. d'Argouges , père , Lieutenant
Civil , lui annonçoit fa retraite ,
& il dit en parlant de ce grand Magiftrat :
»les Citoyens dont il a affuré le bon-
» heur & la fortune , les Familles qui
» lui doivent & leur union & la paix dont
» elles jouiffent , les Juges qui ont ad-
» miré fa prudence & fon équité , con-
» ferveront pour lui ce tendre fouvenir ,
» cette eſtime précieuſe qu'on a pour les
» grands hommes.
"
"
"
La Compagnie fe rendit enfuite à la
Chapelle où la Meffe fut célébrée folemnellement.
La Meffe finie , on remonta
dans la Chambre du Confeil ; & après
y avoir délibéré fur différentes affaires
on defcendit au Parc Civil. M. Chardon
qui y préfidoit , fit l'ouverture des Audiences
par la lecture des Ordonnances.
M. Moreau , Procureur du Roi , prenant
enfuite la parole , prononça un long
difcours fur les devoirs des Magiftrats ,
qu'il envifage fous trois points de vue :
ce qu'un Magiftrat doit faire pour le
Public en général , ce qu'il doit à chaque
Particulier , & ce qu'il fe doit à luimême
. Cette divifion forme les trois
parties de fon diſcours , dont la premiere
JANVIER. 1763. 67
fe fubdivife en trois autres points : les
devoirs publics d'un Magiftrat par rap
port à la Religion , aux fentimens dûs aut
Prince , & à l'union qui doit régner
entre les Concitoyens. On fent dans
quels détails l'Orateur a dû entrer , & les
bornes que nous préfcrivent les Loix de
l'Analyſe . Nous nous contenterons de
citer quelques morceaux choifis qui
pourront donner une idée de l'efprit ,
du talent & du ftyle de l'Auteur. It
fait ainfi le portrait du fanatifme. » Le
20 fanatifme audacieux marche la tête
2 haute , le front découvert ; le nom de
» Dieu eft dans fa bouche ; toute la cha-
» leur de l'amour-propre eft dans fon
» coeur. Il cherche à dompter les efprits
» en les échauffant , il prend en main le
» flambeau de la Religion , il détruit les
» temples du Dieu que le peuple adore ;
» il renverfe fes autels , & c'eft für leurs
», débris , que fumant de fang & de car
» nage , il veut en élever d'autres à fon
nidôlei ,
Le Magiftrat doit veiller à l'éducation
publique , & conféquemment doir s'op
pofer à tout fyftême d'éducation qui
pourroit allarmer les moenrs & la Religion.
» Si l'on peut craindre , dit M.
Moreau , qu'une mère aveugle , ou
68 MERCURE DE FRANCE.
N
» plutôt aveuglée par le défir de paroître
» inftruite , ne tire de fon fein l'objet de
» fa tendreffe , pour l'élever comme les
» bêtes , & le confier aux foins , de ce-
» lui qui en s'annonçant pour l'Apôtre
» de la nature, n'a travaillé, on peut le dire ,
» qu'à dénaturer & avilir ce qui en eſt le
» plus bel ornement ; c'eft au Magiftrat à
" employer toute fon autorité & l'organe
» de la juftice , afin de faire profcrire
» avec éclat l'auteur, l'ouvrage & fes fec-
» tateurs , comme autant de peftes pu
» bliques , capables par le poifon qu'ils
» répandent , d'infecter l'air le plus pur.
On aimera le morceau fuivant fur les
devoirs du Magiftrat dans les calamités
publiques: » Qu'un fléau afflige une Pro
» vince , qu'une affreufe difette la déſole
» & la dévafte que l'Ange de la mort
» étende fes aîles fur une contrée ; qu'un
» incendie fubit , en développant des
» tourbillons de flammes , répandent au
loin la confternation & l'effroi»; les
» édifices les plus fomptueux , les mo-
» numens élevés pour la postérités, les
» temples , les palais comme la maiſon
» du Citoyen & la cabane de l'Artiſan ;
» les richeffes de l'Etat comme le patrimoine
du Particulier , deviennent la
» proie d'un élément qui réduit tout en
JANVIER. 1763. 69
» cendres. Le zéle du Magiftrat le fait
» fuffire à tout ; il fe porte avec ardeur
» dans les endroits même périlleux , où
» il croit que fa préfence peut être utile.
» Quelque affecté qu'il foit du malheur
» public , le défaftre de chaque particu-
» lier ne paroît pas moins l'intéreffer ;
» chacun lui fait part de fes peines , il
les écoute avec fenfibilité ; il les par-
» tage ; & chacun eft für de trouver en
lui le confolateur le plus tendre , le plus
» zélé prote&eur , & la reffource la
» plus éfficace,
มุ
En peignant les devoirs d'un grand
Magiftrat , par une tranfition toute naturelle
, M.. Moreau paffe à l'éloge de
M. d'Argouges qui les a fi bien obfervés.
Il dit , en parlant de la retraite de
M. le Lieutenant Civil : » Dans le centre
» d'une famille jaloufe à juste titre de
" recueillir déformais tous fes momens,
» il va jouir du calme & de la paix
» connus dans les lieux où l'honneur
» & la vérité régnent , & réfervés aux
» âmes fur lefquelles les paffions n'eurent
jamais d'empire : ofons même
» nous flatter que fon affection ne fera
qu'augmenter à l'égard d'un Tribu-
» nal à la tête duquel fes exemples fem-
» blent avoir fixé pour toujours le plus
70 MERCURE DE FRANCE.
"
» ferme appui de la Juftice. Le Public
» peut y compter , foit qu'il y voye
» préfider, comme il arrive aujourd'hui,
» ceux que les droits de leur Charge y
» appellent en l'abfence du Chef, foit
» que nous foyons au moment où l'hé-
» ritier du nom de celui qui cauſe nos
» regrets , déja recommandable par lui-
» même par fes fervices au Parlement
» & dans les Confeils du Roi , va venir
» revivre parmi nous , marcher fur fes
» traces , & déja prendre part à ſa gloire.
Le Difcours de M. le Procureur du
Roi fini , M. Chardon , Lieutenant Particulier
, affis & couvert , a adreffé la
parole à MM. les Avocats , & leur a
parlé fur la décence néceffaire dans leur
profeffion. Il a fait enfuite le portrait
d'un Magiftrat , & de là , il a paffé à
l'éloge un peu étendu de M. d'Argouges
dont nous ne rapporterons ici que
les traits principaux . Revêtu de cette
place diftinguée , M. le Lieutenant
» Civil fit paroître dans un âge où la
» voix des paffions eft prèfque la feule
qui fe faffe entendre , une maturité
» qui dans la plupart des hommes n'eft
» que le fruit d'une longue expérience
» ou d'un travail de beaucoup d'années.
» Ses premieres décifions porterent le
">
"
JANVIER. 1763. 71
caractère de la prudence la plus con-
" fommée ; & fi l'on reconnoiffoit fa
» jeuneffe , ce n'étoit que par le feu
» de fon efprit , & plus encore par le
» jufte étonnement où chacun étoit de
» voir la fageffe de Neftor dans la bou-
» che d'un jeune Magiftrat qui avoità
» peine acquis fon fixiéme luftre………….
» Combien de fois affis fur le Trêne de
» la Juſtice , fes fages décifions ont- elles
» confondu l'erreur & l'impofture , &
» fait triompher la vérité ? Les voutes
» retentiffent encore des oracles qu'il a
» rendus , & des applaudiffemens qu'il
» a mérités . Mais il eft un hommage plus
" pur , peut-être moins brillant , mais
» plus flatteur pour les coeurs bienfai-
» fans , c'est celui que lui doivent les
» malheureux opprimés , à qui plus d'u-
» ne fois par fes confeils fes confeils , & même
.
par fes fecours généreux , il a fauvé
» les frais d'une inftance auffi longue
» que difpendieufe ; plus content mille
» fois d'avoir , fans autre témoin que fa
» vertu , épargné un procès à fes conci-
" toyens , que d'avoir , au milieu d'une
» Audience nombreufe , prononcé fur
» leur fort ; & plus fatisfait de goûter
» cette joie pure que reffentent fi bien
» les âmes généreufes , que d'avoir en-
M
72 MERCURE DE FRANCE.
» tendu les applaudiffemens de la mul- .
» titude .... Son fouvenir fera gravé dans
" nos âmes par les traits de la plus gran-
» de vénération. Il vivra parmi nous
» par les regrets qu'il nous laiffe ; & fi
"
"
nous ne pouvons plus jouir de fes
» exemples , nous tâcherons au moins
» de les imiter. Mais que dis-je , Mef-
» ficurs , nous ne la perdons pas ; il vit
» dans fon illuftre fils . Succeffeur de fa
» place , il l'eft auffi des vertus qui dans
» cette famille fe perpétuent ainfi que
» la Nobleffe . L'une coulera dans fon
fang , l'autre animera fon coeur . Né
» lui- même dans le fein de la Juſtice ,
» élevé fous les yeux du plus refpecta-
» ble de fes Miniftres , tout nous dit qu'il
» remplira avec éclat la carrière qui s'ou-
» vre fous fes pas .. pas.... Notre premier
" defir fera de le voir occuper longtemps
» cette place ; notre plus douce fatis-
» faction , d'applaudir à fes fuccès ; &
» s'il nous refte des regrets , ce fera de
» ne pouvoir jouir à la fois & des éxem-
» ples du pere & des talens du fils .
On peut voir par l'extrait que nous
venons de faire de ces trois difcours ,
que la vénération , le refpect & la reconnoiffance
font les fentimens de tous
-les Magiftrats , & de tous les membres
du
JANVIER. 1763 . 7%
du Châtelet , à l'égard de M. d'Argouges,
& que ces fentimens ont été exprimés
avec autant de force & de vérité , que
d'élégance , par les trois Orateurs , interprêtes
des fuffrages publics. La Communauté
des Procureurs , pour donner
au Magiftrat illuftre qu'elle a le malheur
de perdre , une marque certaine & autentique
de ces mêmes fentimens , a fait
imprimer les trois Difcours , après en
avoir obtenu le confentement des Magiftrats
qui les ont prononcés. M. le
Breton,Imprimeur, n'a rien épargné pour
donner à ce Recueil , dans l'exécution
typographique , toute la perfection que
demande un Ouvrage qui doit être pour
la Poftérité un monument de refpect &
de reconnoiffance érigé au zéle & à la
vertu .
PARIS , du Lundi 25 Octobre 1762,
& Difcours prononcés par M. DE
SARTINE , Lieutenant Général de
Police ; par M. MOREAU , Procureur
du Roi au Châtelet , faifant les fonctions
d'Avocat du
Roi
; & par
M. CHARDON , Lieutenant Partici
lier , Préfident au Parc Civil : imprimés
parles foins de M Jean- Baptifte
Courlefvaux , l'aîné , M Jacques
Roger le Comte , M Jean - Baptiffe
Marye Procureurs au Châtelet &
Procureurs de Communauté en éxercice
, & de Me Louis Varnier , auffi
Procureur au Châtelet , Syndic , à Paris
, de l'Imprimerie de le Breton , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , &
ordinaire de fa Communauté , rue de
enbroe
JANVIER. 1763. 65
la Harpe , 1762 , Brochure in - 4° . à
la tête de laquelle fe trouve le Portrait
de M. d'ARGOUGES , gravé d'après
l'Argiliere.
CE Recueil peut être regardé comme
un monument de refpect & de reconnoiffance
, érigé par MM. les Procu
reurs du Châtelet , à la gloire de M.
d'Argouges père , qui pendant plus de
52 ans a rempli la Charge de Lieutenant
Civil , & dont la retraite les rendroit
inconfolables , fi d'un côté elle
n'étoit pas réparée par un fils digne d'un
père auquel il fuccéde , & de l'autre ,:
par la fatisfaction de voir un Magiftrat
refpectable jouir du repos qu'il a fi bien
mérité.
Trois Magiftrats refpectables par leur
place , leur probité & leurs lumières
ont été dans cette occafion les interprêtes
des fentimens du Public , en rendant à
M. d'Argouges le tribut d'éloges dû à un
Citoyen chargé d'années & de gloire ,
& qui va paffer une vieilleffe honorable
au fein d'une tranquillité qu'il a toujours
facrifiée au bien des Particuliers.
Ce fut M. De Sartine qui prononça le
premier Difcours. S'étant rendu dans
66 MERCURE DE FRANCE.
la Chambre du Confeil , il fit part à la
Compagnie qu'il préfidoit , de la Lettre
par laquelle M. d'Argouges , père , Lieutenant
Civil , lui annonçoit fa retraite ,
& il dit en parlant de ce grand Magiftrat :
»les Citoyens dont il a affuré le bon-
» heur & la fortune , les Familles qui
» lui doivent & leur union & la paix dont
» elles jouiffent , les Juges qui ont ad-
» miré fa prudence & fon équité , con-
» ferveront pour lui ce tendre fouvenir ,
» cette eſtime précieuſe qu'on a pour les
» grands hommes.
"
"
"
La Compagnie fe rendit enfuite à la
Chapelle où la Meffe fut célébrée folemnellement.
La Meffe finie , on remonta
dans la Chambre du Confeil ; & après
y avoir délibéré fur différentes affaires
on defcendit au Parc Civil. M. Chardon
qui y préfidoit , fit l'ouverture des Audiences
par la lecture des Ordonnances.
M. Moreau , Procureur du Roi , prenant
enfuite la parole , prononça un long
difcours fur les devoirs des Magiftrats ,
qu'il envifage fous trois points de vue :
ce qu'un Magiftrat doit faire pour le
Public en général , ce qu'il doit à chaque
Particulier , & ce qu'il fe doit à luimême
. Cette divifion forme les trois
parties de fon diſcours , dont la premiere
JANVIER. 1763. 67
fe fubdivife en trois autres points : les
devoirs publics d'un Magiftrat par rap
port à la Religion , aux fentimens dûs aut
Prince , & à l'union qui doit régner
entre les Concitoyens. On fent dans
quels détails l'Orateur a dû entrer , & les
bornes que nous préfcrivent les Loix de
l'Analyſe . Nous nous contenterons de
citer quelques morceaux choifis qui
pourront donner une idée de l'efprit ,
du talent & du ftyle de l'Auteur. It
fait ainfi le portrait du fanatifme. » Le
20 fanatifme audacieux marche la tête
2 haute , le front découvert ; le nom de
» Dieu eft dans fa bouche ; toute la cha-
» leur de l'amour-propre eft dans fon
» coeur. Il cherche à dompter les efprits
» en les échauffant , il prend en main le
» flambeau de la Religion , il détruit les
» temples du Dieu que le peuple adore ;
» il renverfe fes autels , & c'eft für leurs
», débris , que fumant de fang & de car
» nage , il veut en élever d'autres à fon
nidôlei ,
Le Magiftrat doit veiller à l'éducation
publique , & conféquemment doir s'op
pofer à tout fyftême d'éducation qui
pourroit allarmer les moenrs & la Religion.
» Si l'on peut craindre , dit M.
Moreau , qu'une mère aveugle , ou
68 MERCURE DE FRANCE.
N
» plutôt aveuglée par le défir de paroître
» inftruite , ne tire de fon fein l'objet de
» fa tendreffe , pour l'élever comme les
» bêtes , & le confier aux foins , de ce-
» lui qui en s'annonçant pour l'Apôtre
» de la nature, n'a travaillé, on peut le dire ,
» qu'à dénaturer & avilir ce qui en eſt le
» plus bel ornement ; c'eft au Magiftrat à
" employer toute fon autorité & l'organe
» de la juftice , afin de faire profcrire
» avec éclat l'auteur, l'ouvrage & fes fec-
» tateurs , comme autant de peftes pu
» bliques , capables par le poifon qu'ils
» répandent , d'infecter l'air le plus pur.
On aimera le morceau fuivant fur les
devoirs du Magiftrat dans les calamités
publiques: » Qu'un fléau afflige une Pro
» vince , qu'une affreufe difette la déſole
» & la dévafte que l'Ange de la mort
» étende fes aîles fur une contrée ; qu'un
» incendie fubit , en développant des
» tourbillons de flammes , répandent au
loin la confternation & l'effroi»; les
» édifices les plus fomptueux , les mo-
» numens élevés pour la postérités, les
» temples , les palais comme la maiſon
» du Citoyen & la cabane de l'Artiſan ;
» les richeffes de l'Etat comme le patrimoine
du Particulier , deviennent la
» proie d'un élément qui réduit tout en
JANVIER. 1763. 69
» cendres. Le zéle du Magiftrat le fait
» fuffire à tout ; il fe porte avec ardeur
» dans les endroits même périlleux , où
» il croit que fa préfence peut être utile.
» Quelque affecté qu'il foit du malheur
» public , le défaftre de chaque particu-
» lier ne paroît pas moins l'intéreffer ;
» chacun lui fait part de fes peines , il
les écoute avec fenfibilité ; il les par-
» tage ; & chacun eft für de trouver en
lui le confolateur le plus tendre , le plus
» zélé prote&eur , & la reffource la
» plus éfficace,
มุ
En peignant les devoirs d'un grand
Magiftrat , par une tranfition toute naturelle
, M.. Moreau paffe à l'éloge de
M. d'Argouges qui les a fi bien obfervés.
Il dit , en parlant de la retraite de
M. le Lieutenant Civil : » Dans le centre
» d'une famille jaloufe à juste titre de
" recueillir déformais tous fes momens,
» il va jouir du calme & de la paix
» connus dans les lieux où l'honneur
» & la vérité régnent , & réfervés aux
» âmes fur lefquelles les paffions n'eurent
jamais d'empire : ofons même
» nous flatter que fon affection ne fera
qu'augmenter à l'égard d'un Tribu-
» nal à la tête duquel fes exemples fem-
» blent avoir fixé pour toujours le plus
70 MERCURE DE FRANCE.
"
» ferme appui de la Juftice. Le Public
» peut y compter , foit qu'il y voye
» préfider, comme il arrive aujourd'hui,
» ceux que les droits de leur Charge y
» appellent en l'abfence du Chef, foit
» que nous foyons au moment où l'hé-
» ritier du nom de celui qui cauſe nos
» regrets , déja recommandable par lui-
» même par fes fervices au Parlement
» & dans les Confeils du Roi , va venir
» revivre parmi nous , marcher fur fes
» traces , & déja prendre part à ſa gloire.
Le Difcours de M. le Procureur du
Roi fini , M. Chardon , Lieutenant Particulier
, affis & couvert , a adreffé la
parole à MM. les Avocats , & leur a
parlé fur la décence néceffaire dans leur
profeffion. Il a fait enfuite le portrait
d'un Magiftrat , & de là , il a paffé à
l'éloge un peu étendu de M. d'Argouges
dont nous ne rapporterons ici que
les traits principaux . Revêtu de cette
place diftinguée , M. le Lieutenant
» Civil fit paroître dans un âge où la
» voix des paffions eft prèfque la feule
qui fe faffe entendre , une maturité
» qui dans la plupart des hommes n'eft
» que le fruit d'une longue expérience
» ou d'un travail de beaucoup d'années.
» Ses premieres décifions porterent le
">
"
JANVIER. 1763. 71
caractère de la prudence la plus con-
" fommée ; & fi l'on reconnoiffoit fa
» jeuneffe , ce n'étoit que par le feu
» de fon efprit , & plus encore par le
» jufte étonnement où chacun étoit de
» voir la fageffe de Neftor dans la bou-
» che d'un jeune Magiftrat qui avoità
» peine acquis fon fixiéme luftre………….
» Combien de fois affis fur le Trêne de
» la Juſtice , fes fages décifions ont- elles
» confondu l'erreur & l'impofture , &
» fait triompher la vérité ? Les voutes
» retentiffent encore des oracles qu'il a
» rendus , & des applaudiffemens qu'il
» a mérités . Mais il eft un hommage plus
" pur , peut-être moins brillant , mais
» plus flatteur pour les coeurs bienfai-
» fans , c'est celui que lui doivent les
» malheureux opprimés , à qui plus d'u-
» ne fois par fes confeils fes confeils , & même
.
par fes fecours généreux , il a fauvé
» les frais d'une inftance auffi longue
» que difpendieufe ; plus content mille
» fois d'avoir , fans autre témoin que fa
» vertu , épargné un procès à fes conci-
" toyens , que d'avoir , au milieu d'une
» Audience nombreufe , prononcé fur
» leur fort ; & plus fatisfait de goûter
» cette joie pure que reffentent fi bien
» les âmes généreufes , que d'avoir en-
M
72 MERCURE DE FRANCE.
» tendu les applaudiffemens de la mul- .
» titude .... Son fouvenir fera gravé dans
" nos âmes par les traits de la plus gran-
» de vénération. Il vivra parmi nous
» par les regrets qu'il nous laiffe ; & fi
"
"
nous ne pouvons plus jouir de fes
» exemples , nous tâcherons au moins
» de les imiter. Mais que dis-je , Mef-
» ficurs , nous ne la perdons pas ; il vit
» dans fon illuftre fils . Succeffeur de fa
» place , il l'eft auffi des vertus qui dans
» cette famille fe perpétuent ainfi que
» la Nobleffe . L'une coulera dans fon
fang , l'autre animera fon coeur . Né
» lui- même dans le fein de la Juſtice ,
» élevé fous les yeux du plus refpecta-
» ble de fes Miniftres , tout nous dit qu'il
» remplira avec éclat la carrière qui s'ou-
» vre fous fes pas .. pas.... Notre premier
" defir fera de le voir occuper longtemps
» cette place ; notre plus douce fatis-
» faction , d'applaudir à fes fuccès ; &
» s'il nous refte des regrets , ce fera de
» ne pouvoir jouir à la fois & des éxem-
» ples du pere & des talens du fils .
On peut voir par l'extrait que nous
venons de faire de ces trois difcours ,
que la vénération , le refpect & la reconnoiffance
font les fentimens de tous
-les Magiftrats , & de tous les membres
du
JANVIER. 1763 . 7%
du Châtelet , à l'égard de M. d'Argouges,
& que ces fentimens ont été exprimés
avec autant de force & de vérité , que
d'élégance , par les trois Orateurs , interprêtes
des fuffrages publics. La Communauté
des Procureurs , pour donner
au Magiftrat illuftre qu'elle a le malheur
de perdre , une marque certaine & autentique
de ces mêmes fentimens , a fait
imprimer les trois Difcours , après en
avoir obtenu le confentement des Magiftrats
qui les ont prononcés. M. le
Breton,Imprimeur, n'a rien épargné pour
donner à ce Recueil , dans l'exécution
typographique , toute la perfection que
demande un Ouvrage qui doit être pour
la Poftérité un monument de refpect &
de reconnoiffance érigé au zéle & à la
vertu .
Fermer
Résumé : SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
Le 25 octobre 1762, une séance solennelle a été organisée au Châtelet de Paris pour célébrer la retraite de M. d'Argouges, Lieutenant Civil, après plus de 52 ans de service. Trois magistrats, M. de Sartine, M. Moreau et M. Chardon, ont prononcé des discours en son honneur. M. de Sartine a annoncé la retraite de M. d'Argouges et a souligné l'admiration et le respect que lui portaient les citoyens et les juges. La séance a inclus une messe solennelle et des délibérations sur diverses affaires. M. Moreau a ensuite prononcé un discours sur les devoirs des magistrats, divisé en trois parties : les devoirs envers le public, les devoirs envers chaque particulier, et les devoirs personnels. Il a insisté sur l'importance de la vigilance contre le fanatisme et la nécessité de protéger l'éducation publique et la religion. Il a également évoqué le rôle des magistrats dans les calamités publiques, soulignant leur devoir de secours et de consolation. M. Chardon a adressé la parole aux avocats sur la décence nécessaire dans leur profession et a rendu hommage à M. d'Argouges, louant sa sagesse et sa générosité. Il a souligné que M. d'Argouges avait souvent aidé les malheureux opprimés, préférant épargner des procès plutôt que de chercher des applaudissements. Les discours ont été imprimés par les procureurs du Châtelet en signe de respect et de reconnaissance envers M. d'Argouges, et pour honorer son fils, qui lui succédait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
266
SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
267
p. 68-70
AUTRE.
Début :
Je peins une fleur du jeune âge, [...]
Mots clefs :
Innocence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E peins une fleur du jeune âge ,
Que l'on n'a plus après quinze ans ,
A moins que l'on ne foit bien fage.
On dit que chez nos vieux parens ,
On la portoit dans le ménage ;
Mais par malheur dep is longtemps
Nous avons banni cet ufage.
En voyant ce tableau , ce tableau , Lecteur ,
Vous croyez déja , je le gage ,
Trouver le nom de cette fleur
Et dans le fond de votre coeur ,
Vous croyez qu'elle rime en áge?
AVRIL. 1763. 6g
་
Ainfi dans ce fiécle volage and
L'efprit de la légéreté 4 Nuo sit
Sait tourner tout en badinage ,
Et l'on préfére ce langage
A celui de la Vérité.
Mon cher Lecteur , foyez plus fage ;
Et loin de la frivolité ,
Cherchez l'objet de mon ouvrage .
Neuf lettres compofent fon nom.
On trouve en en faiſant uſage ,
Une nymphe qui de Junon
Autre fois brouilla le ménage ,
Et lui fit faire un grand tapage
Ce que fait toujours un fripon .,
Si ce n'eft à la queſtion ,
A moins qu'il n'ait bien du courage ;
Le nom qu'on donne à ce beau jour ,
Qui devroit couronner l'Amour ,
Et fixer les Amans volages ;
Un mot qu'on voudroit avoir dit ,
Dans bien des honnêtes ménages
Où de bon coeur on fe maudit ;
Une fille du dernier âge ,
De qui les attraits , les talens ,
L'efprit & le libertinage
Charmoit tour - à-tour les Savans
Les Voluptueux & les Sages ;
Un Seigneur qui fait les meffages
70 MERCURE DE FRANCE,
D'un Prince qui bénit les gens ;
Une fille en faint équipage ,
Qui ſouvent malgré ſes vertus
Voudroit bien craindre le veuvage ;
Un vieux mot que l'on ne dit plus ;
Une ville fur le rivage
De la ...... mais il me faut ceffer :
Je cráins , Lecteur , de vous laſſer
Par la longueur de cet ouvrage ,
Où je peins en foible langage ,
Un Sujet facile à trouver.
Chaque homme l'a dans ſon jeune âge ;
Heureux qui peut le conſerver !
Par M. BRONDEX.
E peins une fleur du jeune âge ,
Que l'on n'a plus après quinze ans ,
A moins que l'on ne foit bien fage.
On dit que chez nos vieux parens ,
On la portoit dans le ménage ;
Mais par malheur dep is longtemps
Nous avons banni cet ufage.
En voyant ce tableau , ce tableau , Lecteur ,
Vous croyez déja , je le gage ,
Trouver le nom de cette fleur
Et dans le fond de votre coeur ,
Vous croyez qu'elle rime en áge?
AVRIL. 1763. 6g
་
Ainfi dans ce fiécle volage and
L'efprit de la légéreté 4 Nuo sit
Sait tourner tout en badinage ,
Et l'on préfére ce langage
A celui de la Vérité.
Mon cher Lecteur , foyez plus fage ;
Et loin de la frivolité ,
Cherchez l'objet de mon ouvrage .
Neuf lettres compofent fon nom.
On trouve en en faiſant uſage ,
Une nymphe qui de Junon
Autre fois brouilla le ménage ,
Et lui fit faire un grand tapage
Ce que fait toujours un fripon .,
Si ce n'eft à la queſtion ,
A moins qu'il n'ait bien du courage ;
Le nom qu'on donne à ce beau jour ,
Qui devroit couronner l'Amour ,
Et fixer les Amans volages ;
Un mot qu'on voudroit avoir dit ,
Dans bien des honnêtes ménages
Où de bon coeur on fe maudit ;
Une fille du dernier âge ,
De qui les attraits , les talens ,
L'efprit & le libertinage
Charmoit tour - à-tour les Savans
Les Voluptueux & les Sages ;
Un Seigneur qui fait les meffages
70 MERCURE DE FRANCE,
D'un Prince qui bénit les gens ;
Une fille en faint équipage ,
Qui ſouvent malgré ſes vertus
Voudroit bien craindre le veuvage ;
Un vieux mot que l'on ne dit plus ;
Une ville fur le rivage
De la ...... mais il me faut ceffer :
Je cráins , Lecteur , de vous laſſer
Par la longueur de cet ouvrage ,
Où je peins en foible langage ,
Un Sujet facile à trouver.
Chaque homme l'a dans ſon jeune âge ;
Heureux qui peut le conſerver !
Par M. BRONDEX.
Fermer
268
p. 155-161
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Début :
LE titre de cette Dissertation en annonce suffisamment l'objet : le supplice [...]
Mots clefs :
Corps, Crime, Chirurgien, Assassinat, Étranglement , Examen, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
MÉMOIRE fur, une queſtion Anatomique
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
Fermer
Résumé : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Le mémoire de M. Louis, professeur royal de chirurgie, se concentre sur la distinction entre suicide et assassinat dans les cas de corps trouvés pendus. Motivé par une affaire judiciaire, M. Louis vise à assurer la sécurité des citoyens, la formation des professionnels de santé et la justesse des jugements. Il explore les méthodes utilisées par les criminels pour dissimuler les meurtres en pendant leurs victimes après les avoir tuées par d'autres moyens. Pour ce faire, il examine les travaux d'auteurs renommés en anatomie et médecine légale, effectue des expériences sur des cadavres humains et des animaux vivants, et consulte des experts. Le mémoire détaille les signes distinctifs de l'étranglement et les différences entre suicides et assassinats par pendaison, soulignant l'importance d'un examen minutieux du cou pour déterminer la cause exacte de la mort et éviter les erreurs judiciaires. M. Louis illustre ses propos par des cas réels où des crimes ont été déguisés en suicides. Il insiste sur le rôle crucial du rapport médical pour guider l'application des lois et prévenir les injustices. Le texte met en avant la nécessité de précision et de rigueur dans les rapports médicaux et judiciaires. La 'Differtation' de M. Louis est présentée comme un ouvrage capable de prévenir les erreurs judiciaires, souvent causées par des rapports inexacts. L'auteur souhaite que chirurgiens, juges et officiers de justice connaissent et appliquent les principes exposés, y compris l'exactitude des procès-verbaux et l'importance de ne pas conclure sur des bases possibles ou des témoignages équivoques. Le texte aborde également les vues philosophiques de l'auteur sur le suicide et l'impact positif de la philosophie et des arts sur la perception humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
268
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
269
p. 54
AUTRE.
Début :
Avec un air très-fra[n]c j'aborde tout le monde ; [...]
Mots clefs :
Fausse monnaie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Avec un air très -fraac j'aborde tout le monde ; VEC
Je cache mes défauts autant que je le puis .
Mais , j'ai beau feindre une bonté profonde :
L'on me fuit auffitôt qu'on connoît qui je fuis.
Je bénis Dieu , c'eſt là mon caractère ;
Je fais des voeux pour la fanté du Roi.
Mais tout l'éclat de cet emploi ,
Souvent n'empêche pas le trépas de mon père.
Avec un air très -fraac j'aborde tout le monde ; VEC
Je cache mes défauts autant que je le puis .
Mais , j'ai beau feindre une bonté profonde :
L'on me fuit auffitôt qu'on connoît qui je fuis.
Je bénis Dieu , c'eſt là mon caractère ;
Je fais des voeux pour la fanté du Roi.
Mais tout l'éclat de cet emploi ,
Souvent n'empêche pas le trépas de mon père.
Fermer
270
p. 90-94
HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
Début :
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé de donner une Histoire Civile, Politique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
HISTOIRE des Loix & Usages de la
Lorraine & du Barrois, dans les matières
bénéficiales, suivie d'une Dissertation
sur la manière d'accommoder
ces Loix & Usages à l'indult du Pape
Clément XII, de 1740, & aux
Ordonnances & Maximes de France ; par
M. François-Timothée Thibault, Chevalier,
Conseiller d'Etat, Procureur-Général
du Roi en sa Chambre des Comptes
de Lorraine, de la Société Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Nancy.
A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur
ordinaire du Roi, de la Cour
souveraine de la Chambre des Comptes,
du Bailliage Royal, &c ; 1763,
avec Approbation & Privilége du Roi,
volume in-folio.
JANVIER. 1764.
91
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé
de donner une Histoire Civile, Politique,
Militaire , Eccléfiaftique , Bé-
néficiale , Littéraire & Naturelle de la
Lorraine & du Barrois , a affigné à
quelques-uns de fes Membres le travail
de ces divers objets , & la matière bé-
néficiale est tombée dans le partage de
M. Thibault , comme la plus relative à
fon état. On fçait que la Lorrainé & le
Barrois faifoient autrefois partie de la
Gaule Belgique ; mais ils avoient trop
perdu de leurs forces , lorfqu'ils en fu
rent détachés, pour pouvoir réfifter aux
réferves apoftoliques qui inonderent
les Etats Catholiques de l'Europe. Les
Ducs montrerent néanmoins la plus
grande fermeté dans la défenfe des
Ufages du Pays ; & c'est l'hiftoire de
leurs Loix & de ces anciennes Coutu-
mes, que l'Auteur entreprend de tracer
dans ce grand Ouvrage.
Il le divife en deux parties : la pre-
mière est toute hiftorique , & commen-
ce à la décadence de l'Empire Ro-
main. L'Auteur la conduit jufqu'à nos
jours ; & quoique fur des matières affez
férieufes par elles-mêmes , il a fçu la
rendre curieufe & intéreffante , même.
2 MERCURE DE FRANCE.
pour les Lecteurs qui ne font point du
Pays. La 2 partie n'eft à proprement
parler qu'un Rudiment des matières
bénéficiales les plus familières au Bar-
teau. On y applique les ufages de la
Lorraine conférés avec les maximes
du Royaume. Nos jeunes Avocats y
trouveront de quoi s'initier plus prompte
ment dans les principes trop répandus ;
pour pouvoir les étudier avec la même
facilité. Il ne faut donc pas croire que
cette hiftoire foit fi particulière à la
Lorraine & au Barrois , qu'elle devienne
inutile pour les Provinces étrangères ;
M. Thibault a comparé les Loix & les
Ufages , & en a tiré des conféquent
ces générales qui conviennent égale-
ment à toutes les Provinces de France:
La différence de leur nature entraînoit
néceffairement la difcuffion des ma-
tières propres aux unes & aux autres.
On fent bien qu'un ouvrage de cette
efpéce n'eft point fufceptible d'une ana
lyfe fuivie & détaillée. Il fuffira d'in-
diquer les divers articles qui compofent
ce volume , & principalement la feconde
partie , pour en faire connoître l'uti
lité. Indépendamment de tout ce qui
concerne ſpécialement la Lorraine , on
y trouve encore des principes généraux
JANVIER. 1764.
93
fur la régale , l'œconomat , le droit de
joyeux avénement , le ferment de fi
délité
de premiere entrée dans les
Eglifes , & des oblats ; les indults des
Chanceliers , des Garde des Sceaux de
France , du Parlement de Paris , des
Maîtres des Requêtes & Univerfités du
Royaume ; l'âge & les qualités, nécef-
faires pour pofféder les bénéfices ; la
maniere d'y pourvoir , la poffeffion ;
le droit de patronage & fes différentes
efpéces ; la vacance des bénéfices ; les
démiffions , réfignations , permutations
penfions & regrès ; les élections , pof-
tulations & compromi ; les unions ,
défunions ; les dévolus , bulles , brefs ,
fignatures , appels des jugemens ecclé-
fiaftiques , le pécule monacal ; l'aliéna-
tion des biens de l'Eglife; les obligations
& charges des bénéficiers ; la juriſdic-
tion éccléfiaftique : voilà les matières
principales qui compofent la feconde
partie du livre eſtimable de M. Thibault,
Les recherches profondes , les difcuf-
fions critiques , la connoiffance des
Loix , la liaifon des matières , l'ordre ,
la clarté, la précision, tout enfin prouve
dans cette ouvrage , que ce travail ne
pouvoit être mieux confié qu'au fage
& fçavant Magiftrat qui décore à la
.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
fois la Magiftrature & le Barreau par
fes lumières , & l'Académie de Nan-
cy par l'efprit , le goût , l'élégance qui
régnent dans ce Livre , & dans plu-
fieurs autres écrits de différens genres
qu'il avoit déja donnés au Public.
Lorraine & du Barrois, dans les matières
bénéficiales, suivie d'une Dissertation
sur la manière d'accommoder
ces Loix & Usages à l'indult du Pape
Clément XII, de 1740, & aux
Ordonnances & Maximes de France ; par
M. François-Timothée Thibault, Chevalier,
Conseiller d'Etat, Procureur-Général
du Roi en sa Chambre des Comptes
de Lorraine, de la Société Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Nancy.
A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur
ordinaire du Roi, de la Cour
souveraine de la Chambre des Comptes,
du Bailliage Royal, &c ; 1763,
avec Approbation & Privilége du Roi,
volume in-folio.
JANVIER. 1764.
91
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé
de donner une Histoire Civile, Politique,
Militaire , Eccléfiaftique , Bé-
néficiale , Littéraire & Naturelle de la
Lorraine & du Barrois , a affigné à
quelques-uns de fes Membres le travail
de ces divers objets , & la matière bé-
néficiale est tombée dans le partage de
M. Thibault , comme la plus relative à
fon état. On fçait que la Lorrainé & le
Barrois faifoient autrefois partie de la
Gaule Belgique ; mais ils avoient trop
perdu de leurs forces , lorfqu'ils en fu
rent détachés, pour pouvoir réfifter aux
réferves apoftoliques qui inonderent
les Etats Catholiques de l'Europe. Les
Ducs montrerent néanmoins la plus
grande fermeté dans la défenfe des
Ufages du Pays ; & c'est l'hiftoire de
leurs Loix & de ces anciennes Coutu-
mes, que l'Auteur entreprend de tracer
dans ce grand Ouvrage.
Il le divife en deux parties : la pre-
mière est toute hiftorique , & commen-
ce à la décadence de l'Empire Ro-
main. L'Auteur la conduit jufqu'à nos
jours ; & quoique fur des matières affez
férieufes par elles-mêmes , il a fçu la
rendre curieufe & intéreffante , même.
2 MERCURE DE FRANCE.
pour les Lecteurs qui ne font point du
Pays. La 2 partie n'eft à proprement
parler qu'un Rudiment des matières
bénéficiales les plus familières au Bar-
teau. On y applique les ufages de la
Lorraine conférés avec les maximes
du Royaume. Nos jeunes Avocats y
trouveront de quoi s'initier plus prompte
ment dans les principes trop répandus ;
pour pouvoir les étudier avec la même
facilité. Il ne faut donc pas croire que
cette hiftoire foit fi particulière à la
Lorraine & au Barrois , qu'elle devienne
inutile pour les Provinces étrangères ;
M. Thibault a comparé les Loix & les
Ufages , & en a tiré des conféquent
ces générales qui conviennent égale-
ment à toutes les Provinces de France:
La différence de leur nature entraînoit
néceffairement la difcuffion des ma-
tières propres aux unes & aux autres.
On fent bien qu'un ouvrage de cette
efpéce n'eft point fufceptible d'une ana
lyfe fuivie & détaillée. Il fuffira d'in-
diquer les divers articles qui compofent
ce volume , & principalement la feconde
partie , pour en faire connoître l'uti
lité. Indépendamment de tout ce qui
concerne ſpécialement la Lorraine , on
y trouve encore des principes généraux
JANVIER. 1764.
93
fur la régale , l'œconomat , le droit de
joyeux avénement , le ferment de fi
délité
de premiere entrée dans les
Eglifes , & des oblats ; les indults des
Chanceliers , des Garde des Sceaux de
France , du Parlement de Paris , des
Maîtres des Requêtes & Univerfités du
Royaume ; l'âge & les qualités, nécef-
faires pour pofféder les bénéfices ; la
maniere d'y pourvoir , la poffeffion ;
le droit de patronage & fes différentes
efpéces ; la vacance des bénéfices ; les
démiffions , réfignations , permutations
penfions & regrès ; les élections , pof-
tulations & compromi ; les unions ,
défunions ; les dévolus , bulles , brefs ,
fignatures , appels des jugemens ecclé-
fiaftiques , le pécule monacal ; l'aliéna-
tion des biens de l'Eglife; les obligations
& charges des bénéficiers ; la juriſdic-
tion éccléfiaftique : voilà les matières
principales qui compofent la feconde
partie du livre eſtimable de M. Thibault,
Les recherches profondes , les difcuf-
fions critiques , la connoiffance des
Loix , la liaifon des matières , l'ordre ,
la clarté, la précision, tout enfin prouve
dans cette ouvrage , que ce travail ne
pouvoit être mieux confié qu'au fage
& fçavant Magiftrat qui décore à la
.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
fois la Magiftrature & le Barreau par
fes lumières , & l'Académie de Nan-
cy par l'efprit , le goût , l'élégance qui
régnent dans ce Livre , & dans plu-
fieurs autres écrits de différens genres
qu'il avoit déja donnés au Public.
Fermer
Résumé : HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
L'ouvrage 'Histoire des Lois et Usages de la Lorraine et du Barrois' a été rédigé par François-Timothée Thibault, Chevalier et Procureur-Général du Roi en la Chambre des Comptes de Lorraine. Publié en 1763, cet ouvrage se concentre sur les lois et coutumes bénéficiales des régions de la Lorraine et du Barrois, qui faisaient autrefois partie de la Gaule Belgique. Thibault, membre de l'Académie de Nancy, a été choisi pour traiter cette matière en raison de son expertise. L'ouvrage est structuré en deux parties. La première partie est historique et couvre la période allant de la décadence de l'Empire Romain jusqu'aux jours contemporains de l'auteur. La seconde partie constitue un guide pratique sur les matières bénéficiales, comparant les usages lorrains avec les maximes du Royaume de France. Cette section est particulièrement destinée à initier les jeunes avocats aux principes juridiques. Les sujets traités incluent la régale, l'œconomat, le droit de joyeux avènement, les indults, les qualifications nécessaires pour posséder des bénéfices, les démissions, résignations, permutations, pensions, élections, unions, dévolus, et la juridiction ecclésiastique. Thibault souligne des principes généraux applicables à toutes les provinces de France, malgré les variations locales. L'ouvrage est apprécié pour ses recherches approfondies, ses discussions critiques et sa clarté, reflétant ainsi les compétences et l'élégance de l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
270
HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
271
p. 9[7]-100
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
Début :
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur, ont lu avec autant de surprise [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur
M. le Président de MONTESQUIEU.
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur,
ont lu avec autant de surprise
que de peine, une prétendue Anec-
II. Vol.
E
08 MERCURE DE FRANCE .
dote , rapportée dans le N° 33 , de
l'Année Littéraire , pag. 177 , au fujet
de l'Esprit des Loix , de M.le Préfident
de Montefquieu.
Le but de cette hiftoriette eft de tra-
veftir ce fçavant Magiftrat , nommé par
les Etrangers mêmes , le Légiflateur des
Nations , en un bel-efprit frivole & fu-
perficiel , en un compilateur fans jufteffe
& fans fidélité. Pour y parvenir › on
avance que les 70 premieres pages de
l'Esprit des Loix , font pleines de ci-
tations fauffes , tronquées ou alterées ;
on ajoute que cette infidélité de M. de
Montesquieu a été prouvée par un Livre
en deux volumes que l'illuftre mort eft
venu à bout de faire fupprimer.
Rien de plus mal-adroit qu'une pa-
reille accufation. J'ai vérifié , Monfieur ,
tous les endroits cités avec le texte même
des Auteurs dont ils font tirés. Je puis
vous garantir l'exactitude fcrupuleufe de
tous les paffages renfermés dans ces 70
pages : à l'exception d'une demie dou-
zaine au plus , que la mémoire du dé-
funt lui avoit fait citer d'après un tel
Livre , tandis qu'on le trouve dans l'au-
tre. Mépriſe pardonnable à tour Auteur ,
qui cite beaucoup , & plus encore à
M. de Montefquieu dont le fyftême ,
JANVIER. 1764.
Au refte ,
99
après tout , peut fe paffer des citations.
Je vous enverrois la confrontation
de plus de 54 paffages fur 60 à-
peu-
près qui fe trouvent dans le Livre qu'on
attaque , fi je ne craignois d'occuper déjà
trop de place dans un volume que la
nouvelle année doit remplir de matières
plus intéreffantes
qu'un texte grec ,
d'Ariftote , de Platon , de Lyfias ou de
Denys d'Halicarnaffe.
J'ai les preuves dans les mains , & je
vous les enverrai dans le Mercure fui-
vant , fi vous le defirez & fi le Public,
les Gens de Lettres , ou l'anonyme dont
parle l'Année Littéraire , le demandent.
il fuffit d'avoir des yeux &
de comparer , pour fe convaincre de
de ce j'avance.
J'efpére que vous voudrez bien in-
férer ma Lettre dans votre Journal. C'eſt
remplir fon véritable objet que de laif-
fer rendre à la vérité l'hommage qui
lui eft du , à un Ecrivain fi célébre
le tribut de reconnoiffance que lui doit
la Nation pour l'avoir juſtifiée de la fri-
volité que lui reprochoient les Etran-
gers , indignés de voir outrager ainfi
ce grand homme dans fa Patrie : c'eſt
procurer aux Gens de Lettres , dont
votre Journal oft déja le patrimoine ,
E ij
Too MERCURE DE FRANCE .
la confolation de voir qu'on ne trou-
ble point impunément leurs cendres
après leur mort.
Je fuis , & c.
ANGAR. 9 Décembre 1763.
M. le Président de MONTESQUIEU.
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur,
ont lu avec autant de surprise
que de peine, une prétendue Anec-
II. Vol.
E
08 MERCURE DE FRANCE .
dote , rapportée dans le N° 33 , de
l'Année Littéraire , pag. 177 , au fujet
de l'Esprit des Loix , de M.le Préfident
de Montefquieu.
Le but de cette hiftoriette eft de tra-
veftir ce fçavant Magiftrat , nommé par
les Etrangers mêmes , le Légiflateur des
Nations , en un bel-efprit frivole & fu-
perficiel , en un compilateur fans jufteffe
& fans fidélité. Pour y parvenir › on
avance que les 70 premieres pages de
l'Esprit des Loix , font pleines de ci-
tations fauffes , tronquées ou alterées ;
on ajoute que cette infidélité de M. de
Montesquieu a été prouvée par un Livre
en deux volumes que l'illuftre mort eft
venu à bout de faire fupprimer.
Rien de plus mal-adroit qu'une pa-
reille accufation. J'ai vérifié , Monfieur ,
tous les endroits cités avec le texte même
des Auteurs dont ils font tirés. Je puis
vous garantir l'exactitude fcrupuleufe de
tous les paffages renfermés dans ces 70
pages : à l'exception d'une demie dou-
zaine au plus , que la mémoire du dé-
funt lui avoit fait citer d'après un tel
Livre , tandis qu'on le trouve dans l'au-
tre. Mépriſe pardonnable à tour Auteur ,
qui cite beaucoup , & plus encore à
M. de Montefquieu dont le fyftême ,
JANVIER. 1764.
Au refte ,
99
après tout , peut fe paffer des citations.
Je vous enverrois la confrontation
de plus de 54 paffages fur 60 à-
peu-
près qui fe trouvent dans le Livre qu'on
attaque , fi je ne craignois d'occuper déjà
trop de place dans un volume que la
nouvelle année doit remplir de matières
plus intéreffantes
qu'un texte grec ,
d'Ariftote , de Platon , de Lyfias ou de
Denys d'Halicarnaffe.
J'ai les preuves dans les mains , & je
vous les enverrai dans le Mercure fui-
vant , fi vous le defirez & fi le Public,
les Gens de Lettres , ou l'anonyme dont
parle l'Année Littéraire , le demandent.
il fuffit d'avoir des yeux &
de comparer , pour fe convaincre de
de ce j'avance.
J'efpére que vous voudrez bien in-
férer ma Lettre dans votre Journal. C'eſt
remplir fon véritable objet que de laif-
fer rendre à la vérité l'hommage qui
lui eft du , à un Ecrivain fi célébre
le tribut de reconnoiffance que lui doit
la Nation pour l'avoir juſtifiée de la fri-
volité que lui reprochoient les Etran-
gers , indignés de voir outrager ainfi
ce grand homme dans fa Patrie : c'eſt
procurer aux Gens de Lettres , dont
votre Journal oft déja le patrimoine ,
E ij
Too MERCURE DE FRANCE .
la confolation de voir qu'on ne trou-
ble point impunément leurs cendres
après leur mort.
Je fuis , & c.
ANGAR. 9 Décembre 1763.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
Une lettre adressée à M. de La Place réfute des accusations portées contre Montesquieu concernant son ouvrage 'L'Esprit des Lois'. Ces accusations, publiées dans le numéro 33 de l'Année Littéraire, dépeignent Montesquieu comme un bel-esprit frivole et superficiel, et un compilateur sans justice ni fidélité. Elles affirment que les 70 premières pages du livre contiennent des citations fausses, tronquées ou altérées, soutenues par un livre en deux volumes dont la publication a été supprimée. L'auteur de la lettre conteste ces allégations en garantissant l'exactitude des citations, à l'exception de quelques erreurs mineures dues à la mémoire de Montesquieu. Il mentionne pouvoir prouver la véracité de plus de 54 passages sur 60, mais évite de les publier pour ne pas surcharger le journal. Il exprime le souhait de partager les preuves si le public ou les gens de lettres le demandent, afin de rendre hommage à la vérité et à Montesquieu, et de montrer que les œuvres littéraires ne peuvent être attaquées impunément après la mort de leurs auteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
272
p. 6-9
HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
Début :
UNE coutume assez ordinaire aux Orateurs du Barreau, c'est de faire l'éloge de [...]
Mots clefs :
Cicéron, Poète Archias, Mérite, Poète, Titre, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
HISTOIRE du Discours prononcépar
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
Fermer
Résumé : HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
Le texte relate le discours de Cicéron en défense du poète Archias. Cicéron, respectant la tradition oratoire, commence par louer Archias pour attirer l'attention des juges. Archias, reconnu pour ses talents en poésie, mathématiques, histoire et écriture élégante, était également apprécié pour ses qualités humaines et son engagement dans l'éducation des jeunes des grandes familles romaines, dont Cicéron. Originaire d'Antioche, Archias avait acquis la citoyenneté romaine en 62 av. J.-C. et avait été honoré par la ville d'Héraclée. Cependant, un individu nommé Grætius remit en question sa citoyenneté, poussant Cicéron à prendre sa défense. Le discours de Cicéron fut salué pour son éloquence et sa sensibilité, et fut perçu comme un hommage à la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
273
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1764, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Parmi eux, les 'Fables nouvelles' de l'Abbé Aubert, enrichies de nouvelles pièces et d'une épître dédiée à l'Académie Française, se distinguent. Un 'Nouveau Recueil de Pièces en Vers & en prose' regroupe divers genres littéraires. Les 'Observations sur le Livre de l'Esprit des Lois' de M. Crevier critiquent l'œuvre de Montesquieu en deux parties : erreurs historiques et faux principes métaphysiques, moraux et religieux. Le 'Dictionnaire portatif de Médecine' de Jean-François Lavoisfien initie les étudiants aux termes techniques des sciences médicales. Le 'Mélange d'Histoire Naturelle' compile des mémoires de naturalistes célèbres. L''Almanach de la ville de Lyon' pour l'année bissextile 1764 est présenté comme équivalent lyonnais de l'Almanach Royal parisien. Un 'Ordre chronologique des deuils de Cour' pour 1763 inclut un nécrologe des personnalités marquantes des sciences et des arts, avec des contributions des artistes eux-mêmes. Le document mentionne aussi des services de nécrologie et de récapitulation historique des deuils, avec des tarifs différenciés pour Paris et les provinces. Le 'Recueil' de M. de Garfault, illustré de plantes et d'animaux médicaux selon la méthode de M. Geoffroy, sera disponible en mai 1764. 'L'Emanuel des Champs' de M. Chanvallon est un guide complet pour la vie à la campagne, divisé en quatre parties. Le libraire Lottin le jeune propose des ouvrages à prix réduit, dont l''Abrégé Chronologique' de Duplessis et des recueils de prières. L''Essai politique sur la Pologne' traite de la structure politique et sociale de la Pologne. Un projet d'école gratuite de sciences pour toutes les provinces du royaume est également annoncé. Deux publications distinctes sont mentionnées : un projet d'école par M. Fleury et 'Mes Récréations', un recueil de pièces choisies publié à Amsterdam et disponible à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
274
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Début :
LES entreprises des mauvais Citoyens contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Le texte aborde les discours de Cicéron contre la loi agraire proposée par Servilius Rullus, tribun du peuple. Cette loi avait pour objectif de redistribuer les terres de manière équitable parmi les citoyens. Cicéron et d'autres sénateurs considéraient cette initiative comme dangereuse et potentiellement ruineuse. Rullus, membre d'une famille plébéienne, utilisait la puissance populaire pour promouvoir sa loi, souvent employée comme moyen de diviser le Sénat et les patriciens. Cicéron, conscient des graves conséquences de cette loi, prononça trois discours : le premier au Sénat et les deux suivants devant le peuple. Il y argumenta que la loi agraire entraînerait l'épuisement du trésor public, l'abolition des tributs, et perturberait les fortunes privées. Ces perturbations compromettraient la capacité de l'Empire romain à mener des guerres et à maintenir la paix. Malgré les efforts de Cicéron, Rullus continua de soutenir sa proposition. Cependant, Cicéron réussit à persuader le peuple des risques associés à cette loi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
275
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
Début :
TOUJOURS semblable à lui même, toujours animé du même esprit de Patriotisme, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS, qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPÉE
à la tête des Troupes qu'on opposoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS semblable à lui même,
toujours animé du même esprit de Patriotisme,
I. Vol.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambi-
tieux des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les en-
trepriſes utiles au bien généralde l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'u-
ne Loi pernicieuſe , & il a été confon-
du. C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe cou-
vrant lui-même de gloire , il met ſa pa-
trie en état de cueillir de nouveaux lau-
riers.
De tous les Peuples qui eurent autre-
fois la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fié-
cle de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur
leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autantde triompha-
teurs que deGénéraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les au-
tres mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764.
,
7
les plus glorieux ,celui d'Alliés desRo-
mains. Le feul Mithridate réſiſtoit en-
core. Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point di-
minué ſes forces ; & après tant de tra-
vaux les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actifqui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte éta-
blie entre la Capitale & toutes les Pro-
vinces de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'œil lui
fuffifoit pour juger des abus: un re-
méde ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes
il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis. L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'en-
orgueillit point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qua-
lités qui puiſſent faire honneur à la na-
ture humaine , & donner à un homme
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admi-
rables dans le Sénat , ſa bravoure mer-
veilleuſe dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire ,jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverſaire qu'on réſo-
lut d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius, Tri-
bun du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lu-
cullus venoit d'être rappellé ; des fuc-
cès équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Sol-
dits découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicé-
ron ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſe-
condant les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
(a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'a-
droit dontje me ſers. Les grands hommes font
toujours regardés d'un œil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764.
9
& des plus élégans qu'il ait jamais pro-
noncés. Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus déli-
cates y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros. La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de recon-
noiſſance ?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe.
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS, qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPÉE
à la tête des Troupes qu'on opposoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS semblable à lui même,
toujours animé du même esprit de Patriotisme,
I. Vol.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambi-
tieux des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les en-
trepriſes utiles au bien généralde l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'u-
ne Loi pernicieuſe , & il a été confon-
du. C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe cou-
vrant lui-même de gloire , il met ſa pa-
trie en état de cueillir de nouveaux lau-
riers.
De tous les Peuples qui eurent autre-
fois la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fié-
cle de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur
leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autantde triompha-
teurs que deGénéraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les au-
tres mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764.
,
7
les plus glorieux ,celui d'Alliés desRo-
mains. Le feul Mithridate réſiſtoit en-
core. Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point di-
minué ſes forces ; & après tant de tra-
vaux les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actifqui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte éta-
blie entre la Capitale & toutes les Pro-
vinces de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'œil lui
fuffifoit pour juger des abus: un re-
méde ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes
il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis. L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'en-
orgueillit point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qua-
lités qui puiſſent faire honneur à la na-
ture humaine , & donner à un homme
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admi-
rables dans le Sénat , ſa bravoure mer-
veilleuſe dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire ,jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverſaire qu'on réſo-
lut d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius, Tri-
bun du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lu-
cullus venoit d'être rappellé ; des fuc-
cès équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Sol-
dits découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicé-
ron ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſe-
condant les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
(a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'a-
droit dontje me ſers. Les grands hommes font
toujours regardés d'un œil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764.
9
& des plus élégans qu'il ait jamais pro-
noncés. Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus déli-
cates y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros. La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de recon-
noiſſance ?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
Le texte aborde la défense par Cicéron de la loi proposée par Caius Manilius, visant à nommer Pompée à la tête des troupes romaines contre Mithridate. Cicéron, reconnu pour son patriotisme et son éloquence, appuie cette initiative malgré les échecs antérieurs de Lucullus face à Mithridate. Mithridate est dépeint comme un adversaire redoutable, combinant courage, réflexion et efficacité administrative. Pompée est présenté comme un leader exceptionnel, doté de sagesse, de bravoure et de détermination. Sous le consulat de Marcus Émile et Lucius Vocatius, Manilius propose la loi, soutenue par Cicéron, ami de Pompée et fervent patriote. Le discours de Cicéron, à la fois habile et élégant, rend hommage à Lucullus tout en mettant en avant les qualités de Pompée. Grâce à ce plaidoyer, Pompée est élu à l'unanimité comme général de la République, marquant une étape décisive dans la lutte contre Mithridate.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
276
p. 64-68
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
Début :
UN homme de lettres, Monsieur, faisoit il y a quelques jours, des recherches [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
La lettre adressée à M. de La Place, rédacteur du Mercure de France, met en avant la figure méconnue de Charles-Annibal Fabrot, un juriste et érudit français du XVIIe siècle. Un homme de lettres découvrit les travaux de Fabrot en consultant des ouvrages juridiques, croyant initialement qu'ils étaient l'œuvre d'un savant étranger. Fabrot, né à Aix-en-Provence, était réputé pour son érudition et ses compétences en droit civil et canonique. Il reçut le soutien de personnalités influentes telles que Peiresc et Du Vair, qui l'incitèrent à s'installer à Paris. À Paris, Fabrot publia plusieurs œuvres marquantes, dont des notes sur les Instituts de Justinien et une collection des lois romaines. Il obtint également une pension pour traduire les Basiliques et fut nommé conseiller au Parlement de Provence. Parmi ses autres contributions, on compte des éditions enrichies d'œuvres anciennes et divers traités juridiques. Sa santé se détériora après la publication des œuvres de Cujas, et il décéda en 1659 à l'âge de 78 ans. Malgré ses apports significatifs au domaine juridique, Fabrot reste souvent méconnu ou mal identifié dans les ouvrages modernes. La lettre vise à corriger cette injustice en rendant hommage à sa mémoire et à ses contributions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
277
p. 114-119
LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire des Commandemens de S. A S. Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de VELYE, Membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, le 24 Septembre 1763.
Début :
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS, Monsieur, qui est quant à présent, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire des Commandemens de S. A S. Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de VELYE, Membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, le 24 Septembre 1763.
LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire
des Commandemens de S. A S.
Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de
VELYE, Membre de la Société Littéraire
de Châlons-sur-Marne, le 24
Septembre 1763.
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS,
Monsieur, qui est quant à présent,
le feul Prince appanagé de la Maiſon
de France , doit veiller avec une atten-
tion particulière , pour que perſonne ne
puiffe prétendre à un pareil titre , qui
n'eſt dû qu'aux males puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance maf-
culine de ces puînés. En effet , l'Appa-
nage eſt une portion détachée des Do-
maines de la Couronne , que les Loix
de l'Etat donnent ,avec autant de juſtice
que de politique , aux puînés de nos
AVRIL. 1764.
115
Souverains , pour leur ſubſiſtance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la ſeconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souve-
raineté , on y remédia au commence
mentde la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la ſuite reverfibles à la Couronne au dé-
faut de la ligne maſculine. Cette portion
que tientlePrince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceſſe l'éclat & les droits de fon ori-
gine , ainſi que ſes devoirs , eſt certai-
nement la plus noble & la plus belle de
toutes les tenures , & ne peut être affimi-
lée à aucune autre. D'après ces principes,
Monfieur ,Mgr le Duc d'Orléans n'a pu
voir fans ſurpriſe, dans le Mercure de
Francedu mois d'Avril 1760 ,tom. 2, p.
148, que , dans un article où l'Auteur du
Mercure rend compte d'une Séance pu-
blique de la Société Littéraire de Châ-
lons-fur-Marne , il ſoit dit que vous
avez continué la lecture de l'Hiſtoire de
la Ville , de la Comté-Pairie de Vertus ,
&de la fuite des Seigneurs qui ont pof-
fédé ce Domaine juſqu'à M. le Maréchal
116 MERCURE DE 2 FRANCE.
Prince de Soubiſe , qui le tient aujour--
d'hui comme un Appanage de la Maiſon
de France , étant héritierpour unepartie
de l'ancienne Maison de Bretagne , qui
le poſſedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur, trois aſſertions bien ex-
traordinaires. 10. M.le Prince de Soubise
n'a jamais prétendu & ne peut pas pof
féder le Comté de Vertus comme- un
Appanage de la Maiſon de France.
2°. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poſſédé à ce titre. 3°. M. le Maréchal de
me héritier de l'ancienne Maison de
)
Soubiſe n'en eſt point propriétaire com--
Bretagne. Un ſimple extrait des ſça-
vans Ouvrages de M. Dupin & de M.
l'Abbé de Longuerues ſuffira pour éta-
blir la négative des faits que vous avez
avancés . Lors de la réunion de la Cham-
pagne à la Couronne de France , la Sei-
gneurie de Vertus entra dans le Do-
maine du Roi ; elle y eſt demeurée juf
qu'en 1361 , que le Roi Jean la donna
enpleine propriété, avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Viscomti , pour dot de ſa
fille Isabelle que Viſcomti épouſa. Jean-
Galeas mariant ſa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389, lui donna de même en dot le
Comté de Vertus. Marguerite , fille de
AVRIL 1764.
H7
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans ,
**porta ce Comté dans la Maiſon de Bre-
tagne , en épouſant Richard , Comte
d'Estampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , ſon fils naturel , fou-
che des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur, confulter les preuves
de l'Hiſtoire de Bretagne , tome 3 , co-
lonne 1354 , vous y verrez qu'il fut en-
joint aux Seigneurs d'Avangour , par
pluſieurs Arrêts du Parlement, de ne
pointufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ontcontinuédejouirdu Com-
té de Vertus de mâle en mâle , juſqu'en
1746 , que leur poſtérité mafculine s'é-
tant éteinte , leur fucceffion a paſſé à
M. le Prince de Soubiſe , iſſu deMarie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour, fils naturel
de François II. Ce n'eſt donc point
comme héritier de l'ancienne Maiſon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubiſe
pofſéde le Comté de Vertus , mais com-
me héritier d'une branche illégitime de
cetteMaiſon. Ce n'eſt donc point com-
me en Appanage de la Maiſon de Fran-
ce, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eſt échu du chef d'une
18 MERCURE DE FRANCE.
grand-mère, laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangour fon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diver-
ſes mutations du Comté de Vertus , qui
a paffé du Roi Jean à ſa fille Isabelle ,
d'Isabelle à Valentine de Milan , ſa fille ,
de Valentineà ſa fille Marguerite,deMar-
guerite, femmede Richard Comte d'Ef-
tampes , à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à Fran-
çois d'Avangour ſon fils naturel; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractéri-
fent unAppanage du la Maiſon de Fran-
ce , & d'où l'on puiſſe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poſſédé à ce
titre le Comté de Vertus. Ces obferva-
tions , Monfieur , que j'ai l'honneur de
vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiſtoire , vous
engageront ſans doute à faire inférer
dansleMercure un Article qui puiſſe ré-
former ce qui a été avancé à ce ſujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perſonnesqui ne ſont pas inſtruites de la
nature des Appanages , ne ſe forment
pas de cette tenure des idées fauſſes ,
qu'il eſt important pour les Princes Ap-
panagers de ne pas laiſſer accréditer ; &
AVRIL. 1764.
119
comme la Société Littéraire de Cha-
lons ſe propoſede donner bientôt au
Public le recueil de ſes Mémoires
,
SA. S. fe flatte que vous aurez l'atten-
tion de fupprimer dans celui qui con-
cerne le Comtéde Vertus, le titre d'ap-
panage dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , &c.
des Commandemens de S. A S.
Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de
VELYE, Membre de la Société Littéraire
de Châlons-sur-Marne, le 24
Septembre 1763.
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS,
Monsieur, qui est quant à présent,
le feul Prince appanagé de la Maiſon
de France , doit veiller avec une atten-
tion particulière , pour que perſonne ne
puiffe prétendre à un pareil titre , qui
n'eſt dû qu'aux males puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance maf-
culine de ces puînés. En effet , l'Appa-
nage eſt une portion détachée des Do-
maines de la Couronne , que les Loix
de l'Etat donnent ,avec autant de juſtice
que de politique , aux puînés de nos
AVRIL. 1764.
115
Souverains , pour leur ſubſiſtance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la ſeconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souve-
raineté , on y remédia au commence
mentde la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la ſuite reverfibles à la Couronne au dé-
faut de la ligne maſculine. Cette portion
que tientlePrince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceſſe l'éclat & les droits de fon ori-
gine , ainſi que ſes devoirs , eſt certai-
nement la plus noble & la plus belle de
toutes les tenures , & ne peut être affimi-
lée à aucune autre. D'après ces principes,
Monfieur ,Mgr le Duc d'Orléans n'a pu
voir fans ſurpriſe, dans le Mercure de
Francedu mois d'Avril 1760 ,tom. 2, p.
148, que , dans un article où l'Auteur du
Mercure rend compte d'une Séance pu-
blique de la Société Littéraire de Châ-
lons-fur-Marne , il ſoit dit que vous
avez continué la lecture de l'Hiſtoire de
la Ville , de la Comté-Pairie de Vertus ,
&de la fuite des Seigneurs qui ont pof-
fédé ce Domaine juſqu'à M. le Maréchal
116 MERCURE DE 2 FRANCE.
Prince de Soubiſe , qui le tient aujour--
d'hui comme un Appanage de la Maiſon
de France , étant héritierpour unepartie
de l'ancienne Maison de Bretagne , qui
le poſſedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur, trois aſſertions bien ex-
traordinaires. 10. M.le Prince de Soubise
n'a jamais prétendu & ne peut pas pof
féder le Comté de Vertus comme- un
Appanage de la Maiſon de France.
2°. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poſſédé à ce titre. 3°. M. le Maréchal de
me héritier de l'ancienne Maison de
)
Soubiſe n'en eſt point propriétaire com--
Bretagne. Un ſimple extrait des ſça-
vans Ouvrages de M. Dupin & de M.
l'Abbé de Longuerues ſuffira pour éta-
blir la négative des faits que vous avez
avancés . Lors de la réunion de la Cham-
pagne à la Couronne de France , la Sei-
gneurie de Vertus entra dans le Do-
maine du Roi ; elle y eſt demeurée juf
qu'en 1361 , que le Roi Jean la donna
enpleine propriété, avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Viscomti , pour dot de ſa
fille Isabelle que Viſcomti épouſa. Jean-
Galeas mariant ſa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389, lui donna de même en dot le
Comté de Vertus. Marguerite , fille de
AVRIL 1764.
H7
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans ,
**porta ce Comté dans la Maiſon de Bre-
tagne , en épouſant Richard , Comte
d'Estampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , ſon fils naturel , fou-
che des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur, confulter les preuves
de l'Hiſtoire de Bretagne , tome 3 , co-
lonne 1354 , vous y verrez qu'il fut en-
joint aux Seigneurs d'Avangour , par
pluſieurs Arrêts du Parlement, de ne
pointufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ontcontinuédejouirdu Com-
té de Vertus de mâle en mâle , juſqu'en
1746 , que leur poſtérité mafculine s'é-
tant éteinte , leur fucceffion a paſſé à
M. le Prince de Soubiſe , iſſu deMarie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour, fils naturel
de François II. Ce n'eſt donc point
comme héritier de l'ancienne Maiſon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubiſe
pofſéde le Comté de Vertus , mais com-
me héritier d'une branche illégitime de
cetteMaiſon. Ce n'eſt donc point com-
me en Appanage de la Maiſon de Fran-
ce, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eſt échu du chef d'une
18 MERCURE DE FRANCE.
grand-mère, laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangour fon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diver-
ſes mutations du Comté de Vertus , qui
a paffé du Roi Jean à ſa fille Isabelle ,
d'Isabelle à Valentine de Milan , ſa fille ,
de Valentineà ſa fille Marguerite,deMar-
guerite, femmede Richard Comte d'Ef-
tampes , à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à Fran-
çois d'Avangour ſon fils naturel; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractéri-
fent unAppanage du la Maiſon de Fran-
ce , & d'où l'on puiſſe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poſſédé à ce
titre le Comté de Vertus. Ces obferva-
tions , Monfieur , que j'ai l'honneur de
vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiſtoire , vous
engageront ſans doute à faire inférer
dansleMercure un Article qui puiſſe ré-
former ce qui a été avancé à ce ſujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perſonnesqui ne ſont pas inſtruites de la
nature des Appanages , ne ſe forment
pas de cette tenure des idées fauſſes ,
qu'il eſt important pour les Princes Ap-
panagers de ne pas laiſſer accréditer ; &
AVRIL. 1764.
119
comme la Société Littéraire de Cha-
lons ſe propoſede donner bientôt au
Public le recueil de ſes Mémoires
,
SA. S. fe flatte que vous aurez l'atten-
tion de fupprimer dans celui qui con-
cerne le Comtéde Vertus, le titre d'ap-
panage dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire des Commandemens de S. A S. Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de VELYE, Membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, le 24 Septembre 1763.
Le 24 septembre 1763, M. de Bellisle, secrétaire des commandements du duc d'Orléans, adresse une lettre à M. de Velye, membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne. Cette lettre aborde la question des appanages en France, qui sont attribués aux princes mâles puînés de la famille royale et à leurs descendants masculins. Les appanages constituent une portion des domaines de la Couronne destinée à assurer la subsistance des princes et à compenser leur exclusion de la succession au trône. M. de Bellisle conteste des informations publiées dans le Mercure de France en avril 1760, affirmant que le comté de Vertus serait un appanage de la Maison de France, possédé par le prince de Soubise en tant qu'héritier de la Maison de Bretagne. Il réfute cette affirmation en expliquant que le comté de Vertus a été donné en pleine propriété par le roi Jean à Jean-Galeas Visconti. Par la suite, il a été transmis par mariage à la Maison d'Orléans, puis à la Maison de Bretagne. M. de Bellisle précise que le prince de Soubise possède le comté non pas en tant qu'appanage, mais comme héritier d'une branche illégitime de la Maison de Bretagne. La lettre demande à M. de Velye de corriger ces informations dans les publications futures de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne afin d'éviter toute confusion concernant la nature des appanages et les droits associés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
278
p. 119-122
RÉPONSE à la Lettre précédente, par M. FRADET, Secrétaire de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE, du 2 Février 1764.
Début :
MONSIEUR, Vous avez pris la peine d'écrire le 24 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre précédente, par M. FRADET, Secrétaire de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE, du 2 Février 1764.
RÉPONSE à la Lettre précédente, par
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE,
du 2 Février 1764.
MONSIEUR,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye, l'un
desMembres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUCD'ORLÉANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol.
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Aſſocié avoit avancé
dans ſonHiſtoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
|
20 MERCURE DE FRANCE.
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maiſon de
France , étant héritier pour une par-
tie de l'ancienne Maison de Bretagne
qui la poſſédoit à ce titre , & vous
lui avez démontré 1º. que Monfieur
le Prince de Soubiſe , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas poſſéder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maiſon de France. 2°. Que la
Maiſon deBretagne ne l'avoit point pof-
ſédé à ce titre. 3°. Que M. le Maréchal
de Soubiſe n'en étoit point propriétaire
comme héritier de l'ancienne Maiſon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer ſon erreur , qui peut donner
de faufſes idées de la nature des appana-
ges aux perſonnes qui n'en ſont pas
bien inſtruites ; mais il étoit , lorsde la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deuxmois après. Cette lettre s'eſt trouvée
parmi ſes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société ſe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de ſon profond
reſpect. Elle peut uniquement dire pour
ſa juſtification & pour celle de fon Af-
focié
AVRIL. 1764.
121
ſocié , qu'elle n'a toléré cette aſſertion,
& qu'elle n'a été haſardée dans l'hiſtoi-
re du Comté de Vertus , que ſur la foi
d'un paſſage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiſtoire de la Maiſon de France ,
Liv. 8. c. 3. furJean. 2°. Cet Auteurdit
qu'Iſabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Viscomti,Duc deMilan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
futfaitlechangementdu Comtéde Som-
myévre en Languedoc , baillé en ap-
panage à cette Princeſſe en faveur de
ſon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles, avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce ,érigéeen Comté : mais fi MM. ,
de Sainte Marthe & de Velye avoient
faitattentionquel'appanage eſt une por-
tion détachée du Domaine de la Cou-
ronne, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de Fran-
ce pour leur ſubſiſtance ,& pour leur
tenir lieu du partage au Throne qu'ils
étoient endroitde prétendre ſous la pre-
mière & la ſeconde race de nos Rois ,
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Isabelle de France , lors de fon ma-
riage avec Jean Galeas Viſcomti. MM.
I. Vol.
F
/
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'a-
voient pas vu non plus fans doute les
lettres du moisd'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus ,
ont été données en appanage à Isabelle
de France ; il paroit ſeulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle-ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les rai-
fonsdétaillées dans les lettres. C'eſt donc
une dot conftituée à Isabelle de France
&non un appanage , & aucun des pof-
fefſeurs de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranſmettre à perſonne fous
le titre d'appanage. La Société a re-
tranché cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand ſes mémoires ſe-
ront donnés à l'impreſſion. Je ſuis char-
gé de vous prier de ſa part ,de faire
agréer cette déclaration à Mgr leDuc
d'Orléans , & j'oſe eſpérer que S. A. S.
en ſera fatisfaite.
J'ai l'honneur d'être , &c.
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE,
du 2 Février 1764.
MONSIEUR,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye, l'un
desMembres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUCD'ORLÉANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol.
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Aſſocié avoit avancé
dans ſonHiſtoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
|
20 MERCURE DE FRANCE.
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maiſon de
France , étant héritier pour une par-
tie de l'ancienne Maison de Bretagne
qui la poſſédoit à ce titre , & vous
lui avez démontré 1º. que Monfieur
le Prince de Soubiſe , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas poſſéder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maiſon de France. 2°. Que la
Maiſon deBretagne ne l'avoit point pof-
ſédé à ce titre. 3°. Que M. le Maréchal
de Soubiſe n'en étoit point propriétaire
comme héritier de l'ancienne Maiſon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer ſon erreur , qui peut donner
de faufſes idées de la nature des appana-
ges aux perſonnes qui n'en ſont pas
bien inſtruites ; mais il étoit , lorsde la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deuxmois après. Cette lettre s'eſt trouvée
parmi ſes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société ſe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de ſon profond
reſpect. Elle peut uniquement dire pour
ſa juſtification & pour celle de fon Af-
focié
AVRIL. 1764.
121
ſocié , qu'elle n'a toléré cette aſſertion,
& qu'elle n'a été haſardée dans l'hiſtoi-
re du Comté de Vertus , que ſur la foi
d'un paſſage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiſtoire de la Maiſon de France ,
Liv. 8. c. 3. furJean. 2°. Cet Auteurdit
qu'Iſabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Viscomti,Duc deMilan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
futfaitlechangementdu Comtéde Som-
myévre en Languedoc , baillé en ap-
panage à cette Princeſſe en faveur de
ſon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles, avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce ,érigéeen Comté : mais fi MM. ,
de Sainte Marthe & de Velye avoient
faitattentionquel'appanage eſt une por-
tion détachée du Domaine de la Cou-
ronne, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de Fran-
ce pour leur ſubſiſtance ,& pour leur
tenir lieu du partage au Throne qu'ils
étoient endroitde prétendre ſous la pre-
mière & la ſeconde race de nos Rois ,
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Isabelle de France , lors de fon ma-
riage avec Jean Galeas Viſcomti. MM.
I. Vol.
F
/
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'a-
voient pas vu non plus fans doute les
lettres du moisd'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus ,
ont été données en appanage à Isabelle
de France ; il paroit ſeulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle-ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les rai-
fonsdétaillées dans les lettres. C'eſt donc
une dot conftituée à Isabelle de France
&non un appanage , & aucun des pof-
fefſeurs de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranſmettre à perſonne fous
le titre d'appanage. La Société a re-
tranché cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand ſes mémoires ſe-
ront donnés à l'impreſſion. Je ſuis char-
gé de vous prier de ſa part ,de faire
agréer cette déclaration à Mgr leDuc
d'Orléans , & j'oſe eſpérer que S. A. S.
en ſera fatisfaite.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à la Lettre précédente, par M. FRADET, Secrétaire de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE, du 2 Février 1764.
Le 2 février 1764, M. Fradet, secrétaire de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, répond à une lettre du 24 septembre précédent adressée à M. de Velye. Cette lettre visait à corriger une affirmation erronée dans l'Histoire de Vertus, selon laquelle le comté-pairie de Vertus était tenu par le Maréchal Prince de Soubise comme un appanage de la Maison de France, hérité de l'ancienne Maison de Bretagne. M. Fradet démontre que cette affirmation est incorrecte, car le Prince de Soubise ne pouvait posséder Vertus comme appanage et que la Maison de Bretagne ne l'avait jamais possédé à ce titre. M. de Velye, étant malade au moment de la réception de la lettre, n'a pas pu répondre. La Société Littéraire a donc pris l'initiative de rectifier l'erreur. L'affirmation erronée provenait d'un passage de l'Histoire de la Maison de France de M. de Sainte Marthe, qui mentionnait un échange de comtés en 1361 impliquant Isabelle de France. Après vérification, il s'est avéré que Vertus était une dot constituée pour Isabelle et non un appanage. La Société Littéraire a corrigé cette erreur et assure qu'elle ne figurera pas dans les mémoires imprimés. M. Fradet conclut en espérant que le Duc d'Orléans acceptera cette déclaration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
279
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Début :
LE gouvernement de Rome, moitié Aristocratique & moitié Démocratique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
.
6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
.
6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Le texte relate la défense de Lucius Muréna par Cicéron lors des élections consulaires à Rome. Lucius Licinius Muréna et Decius Junius Silanus furent élus consuls, mais Muréna fut accusé d'achat de voix par Servius Sulpicius, soutenu par Caton. Cicéron, après Hortensius et Crassus, défendit Muréna avec éloquence et ironie, moquant les juristes et les stoïciens. Caton répliqua par une réplique spirituelle. Le texte aborde également les discours de Cicéron contre Lucius Catilina. Salluste décrit la jeunesse romaine corrompue, marquée par les dettes et les excès. Catilina, endetté et débauché, conspirait pour s'emparer du pouvoir. Sa maison servait de lieu de débauche et d'entraînement militaire. La conjuration fut découverte grâce à Fulvie, amante de Curius, un conspirateur. Cicéron, en tant que consul, dénonça la conjuration dans la première Catilinaire, forçant Catilina à fuir Rome. Les ambassadeurs des Allobroges informèrent Cicéron des périls de la conjuration, permettant la saisie d'armes et d'agents de Catilina. Dans la Troisième Catilinaire, Cicéron informa le peuple de ces actions. Les conjurés furent arrêtés et le Sénat hésita sur leur sort. Décimus Silanus prônait leur exécution, tandis que Jules César plaidait pour la clémence. Dans la Quatrième Catilinaire, Cicéron insista sur la nécessité de la rigueur pour assurer la sécurité de l'État.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
280
p. 57-69
LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
Début :
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce qu'étoit en Normandie, la Loi de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce
qu'étoit en Normandie, la Loi de la
Bataille, par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées,
ſous les Regnes de Rollon, & de ſes deſ
ſendans, juſqu'à l'an 12o4, que Philippe
Auguſte réunit ce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifica
tions de cette Loi juſqu'à l'an 1577,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir ſur ce ſujet.
Le Prince Rollon, étant devenu Duc
· de Normandie, par la ceſſion que Char
les le Simple lui en fit au 1o° Siécle, en
q 12., donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient ſimples; elles ſe
réduiſoient préſque toutes, a faire éxa
miner par
quatre cº# l'objet
38 MERCURE DE FRANCE.
des conteſtations ; & ſur leur rapport
l'Aſſiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni diſpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers, après s'être tranſ
portés ſur les lieux, pour examiner la
plainte, ne la pouvoient éclaircir, faute
de preuves ou de témoins ; ſi la querelle
ne paſſoit pas dix ſols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande paſſoit dix
ſols , ou qu'il fût queſtion d'uſurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puſſent, par l'enquête, connoître la vé
rité, celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquieſcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affiſe. Ces
ſortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſès criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme; le vaincu per--
doit ſon procès , payoit l'amende *,
&e. Mais il n'en étoit pas de même des
accuſations criminelles , dont on ne
-
pouvoit faire une preuve ſuffiſante : le
plaintif& l'accuſé étoient tenus de com--
battre en champ clos, juſqu'à ce qu'il
s'enſuivît la mort d'une des deux par
ties; & le vainqueur emportoit gain
" De là le Proverbe , les Battus payent l'a--
Raide.-
(
-
º,
" .
-
-
-
A V R I L. 1764:
59
de cauſe ; car ſi l'un des deux ſe rendoit
à ſon adverſaire , il étoit réputé cou
pable, & la Juſtice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet uſage étoit ſi conforme au
goût & aux mœurs de ces temps-là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & ſur
les femmes mêmes : avec cette diftinc
tion cependant, que ſi un Clerc non ma
rié vouloit combattre, l'Egliſe n'étoit
· pas tenue de le ſouffiir , mais que ſi un
Clerc marié portant l'habit parti , de
mandoit le combat, l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accu
ſée en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à ſon honneur ; ſi aucun Che
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe, elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe, c'eſt-à-dire
d'étendre ſes mains ſur un plateau de
fer rouge, monté ſur un trépied , ſous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées, elle les
retiroit ſans aucun ſigne extérieur de
brûlure ,
elle étoit déclarée innocen
te : l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , lorſ- .
-
C vj,
\
éo MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux, deman
der à ſubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve.
S'ils ſurna
geoient, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs !
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail ſeroit trop long. On
peut recourir ſur ce ſujet au Traité des
Superſtitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille. Le plaintif citoit aux Aſſiſes
celui qu'il accuſoit de lui avoir uſurpé
ſon héritage, volé ſon argent, ou tué
ſon parent. Lorſque l'accuſé nioit le
fait, & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience, comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit cau
tion de ſoutenir la bataille. L'accuſé ac
ceptoit le défi
jettoit pareillement un
gage, & donnoit auſſi caution pour la
bataille. La Juſtice
faiſoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accuſa- .
tion & de la défenſe, par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
A V R I L. 1764.
·
6 i
injures à quelqu'un, avoient été con
damnés à ſe dédire en pleine Audien
ce, ou à l'Egliſe dans un jour ſolem
nel , en ſe prenant par le bout du nez,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recor
deurs : ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
: reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorſque le ſujet de la bataille étoit
conſtaté, les Champions étoient mis dans
la priſon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes, à leurs dépends, s'ils
· en demandoient : les perſonnes de qua
lité qui ne vouloient pas ſe rendre en
priſon, étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
· morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
, en vive priſon. Pendant que cette vive
priſon duroit, il n'étoit permis à per
ſonne d'inſulter les Champions, ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Ba
taille arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles,
, ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
· armés en guerre , auſſi-tôt que midi
étoit paſſé. Si c'étoit des roturiers, ils
devoient comparoître a la même heure,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus, armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons, à leurs armures des jambes, &
à leurs écus , que du feuſt, ou du cuir ,.
& ne devant ſe ſervir pour combattre,
que de l'écu, & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles, & pouvoient être oings, s'ils
le jugeoient à propos. Dans toutes les Ba
tailles, les armes devoient être égales; &
pour plus grande régularité, s'il man
quoit un œil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un œuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé, les Champions
ſe rendoient à la Juriſdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,.
les paroles ſur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
la ville, entouré de paliſſades. Les Juges
· s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés, pourvu que l'heure de midi
fût paſſée , un Huiſſier crioit à haute
voix, aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri ſe répétoit trois fois dans une heure..
Au dernier appel , les Champions.
ſe préſentoient à la barrière pour en --
-
A V R I L. 1764.
63
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable, les Maré
chaux*, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Juſtice, pour garder les
lices & barrières, leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour com
battre.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe, la barrière leur étoit
ouverte. Deux Chevaliers des plus re
nommés conduiſoient d'abord l' Acteur
dans ſa tente, qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le dé
fenſeur, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueil
lir & prier Dieu. Pendant ce temps, la
Juſtice faiſoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ : » Qu'aucun :
» ne fût ſi hardi, ſous peine de la vie,
» d'aider ou nuire aux Champions, dè,
» fait, de paroles , ni de ſignes ,
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité, que le Connétable &
les § y aſſiſtoient. Chaque Provincer
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennementº
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou., &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
» affis autour du champ clos, ne mette
» la main aux lices , ne ſe meuve, ne
» touſſe , ni crache. Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu ſuffiſa
ment , ils ſortoient de leurs tentes, ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains, juroient de
nouveau les paroles de la bataille; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Eſprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les au
| roit pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commenta
teur ) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eſt aujourd'hui. Les Cham
pions juroient en outre de n'employer
aucun ſortilége pour remporter
la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prin
ce; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe re
tiroient aux quatre côtés de l'intérieur
du champ, & y reſtoient ſeuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille, & pour écouter ſi dans le com
bat l'un ſe rendoit, à l'autre ; puis on
*.
-
A V R I L. 1764.
6;
crioit aux Champicns de faire leur de
voir. Auſſitôt ils ſortoient de leurs ten
tes & combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient pa
reître au Ciel , l'Ačleur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu proit
» ver par ſon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorſ
qu'un des Champions ſe rendoit à ſon
adverſaire , les quatre Chevaliers com
mis à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Juſtice; & le vaincu ſubiſ
ſoit la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, ſon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémora
ble de ceci, dans la Province de Nor
mandie.
Jean, Seigneur de Carrouge, & Jac
ques Legris , Seigneur d'Echaufour 2
étoient liés d'une étroite amitié. Carrou
ge épouſa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant ſon abſence, un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée, entra
la nuit dans ſa chambre, & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imagi
nables pour n'être pasreconnu. L'épouſè
66 MERCURE DE FRANCE. .
de Carrouge crut avoir diſtingué Legris.
Carrôuge ne fut pas plutôt de retour,
que ſa femme fondant en pleurs lui ra
conta ſon malheur, & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens, qu'il ſe laiſſa perſuader. Il aſ
ſembla donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeil
lèrent de porter ſa plainte au Comte d'A-
lençon, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées.
Legris proteſta
u'il étoit innocent , & prouva qu'il
toit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La fem
me de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit† elle avoit eu un ſonge,
ont ſon imagination avoit été bleſſée ;
& conſeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réſoudre à la
terminer ainſi , parce qu'elle avoit trop.
éclatée ; il la porta au Parlement de Pa
ris, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris, ordonna par un Arrêt de l'an
1386, que les deux Gentilhommes vui
• <
-
-
A V R I L. 1764.
-
67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur empor
teroit gain de cauſe; que le vaincu ſe
roit pendu au gibet; & que ſi Carrouge
ſuccomboit, ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
ſpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
l'un ſur l'autre, ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'a-
bord dans la cuiſſe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea ſon ennemi avec tant de furie,
qu'il le renverſa, & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau, traîné
par les rues, & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi, qui le releva, lui fit délivrer 1ooo l..
& le retint au ſervice de ſa Chambre,
avec 2oo liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au ſupplice, avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris .
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que, ſon
mari étant mort peu de temps après , .
alle ſe retira dans un Monaſtère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
-
Tels§ les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
ſentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguſte réunit la Normandie à
la Couronne, il tint un Conſeil à Liſle
bonne dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués, pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Nor
mandie. Quand il fut queſtion de la Ba
taille, on décida qu'elle ſeroit abolie ;
parce que les forts, qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appar
tenoit légitimement; ou les faiſoient paſ
ſer pour coupables lorſqu'ils étoient in
nocens. Les choſes reſtèrent ainſi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271,
quiconſidérant que depuisl'aboliſſement
de la Bataille, il ſe commettoit des cri
mes dont on ne pouvoit faire la preuve,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le ſort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme aupara
vant, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages ſi contraires à la Religion ; &
finalement, à la réformation de la Cou
tume de Normandie, ordonnée par Let
l
-
A V R I L. 1764.
ég
tres du Roi Henri III, données à Blois
le 22 Mars 1577, le gage de Bataille, &
·outes les épreuves du feu & de l'eau fu
rent entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , &c.
*-
C****, Abonné au Mercure.
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce
qu'étoit en Normandie, la Loi de la
Bataille, par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées,
ſous les Regnes de Rollon, & de ſes deſ
ſendans, juſqu'à l'an 12o4, que Philippe
Auguſte réunit ce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifica
tions de cette Loi juſqu'à l'an 1577,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir ſur ce ſujet.
Le Prince Rollon, étant devenu Duc
· de Normandie, par la ceſſion que Char
les le Simple lui en fit au 1o° Siécle, en
q 12., donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient ſimples; elles ſe
réduiſoient préſque toutes, a faire éxa
miner par
quatre cº# l'objet
38 MERCURE DE FRANCE.
des conteſtations ; & ſur leur rapport
l'Aſſiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni diſpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers, après s'être tranſ
portés ſur les lieux, pour examiner la
plainte, ne la pouvoient éclaircir, faute
de preuves ou de témoins ; ſi la querelle
ne paſſoit pas dix ſols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande paſſoit dix
ſols , ou qu'il fût queſtion d'uſurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puſſent, par l'enquête, connoître la vé
rité, celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquieſcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affiſe. Ces
ſortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſès criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme; le vaincu per--
doit ſon procès , payoit l'amende *,
&e. Mais il n'en étoit pas de même des
accuſations criminelles , dont on ne
-
pouvoit faire une preuve ſuffiſante : le
plaintif& l'accuſé étoient tenus de com--
battre en champ clos, juſqu'à ce qu'il
s'enſuivît la mort d'une des deux par
ties; & le vainqueur emportoit gain
" De là le Proverbe , les Battus payent l'a--
Raide.-
(
-
º,
" .
-
-
-
A V R I L. 1764:
59
de cauſe ; car ſi l'un des deux ſe rendoit
à ſon adverſaire , il étoit réputé cou
pable, & la Juſtice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet uſage étoit ſi conforme au
goût & aux mœurs de ces temps-là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & ſur
les femmes mêmes : avec cette diftinc
tion cependant, que ſi un Clerc non ma
rié vouloit combattre, l'Egliſe n'étoit
· pas tenue de le ſouffiir , mais que ſi un
Clerc marié portant l'habit parti , de
mandoit le combat, l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accu
ſée en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à ſon honneur ; ſi aucun Che
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe, elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe, c'eſt-à-dire
d'étendre ſes mains ſur un plateau de
fer rouge, monté ſur un trépied , ſous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées, elle les
retiroit ſans aucun ſigne extérieur de
brûlure ,
elle étoit déclarée innocen
te : l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , lorſ- .
-
C vj,
\
éo MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux, deman
der à ſubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve.
S'ils ſurna
geoient, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs !
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail ſeroit trop long. On
peut recourir ſur ce ſujet au Traité des
Superſtitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille. Le plaintif citoit aux Aſſiſes
celui qu'il accuſoit de lui avoir uſurpé
ſon héritage, volé ſon argent, ou tué
ſon parent. Lorſque l'accuſé nioit le
fait, & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience, comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit cau
tion de ſoutenir la bataille. L'accuſé ac
ceptoit le défi
jettoit pareillement un
gage, & donnoit auſſi caution pour la
bataille. La Juſtice
faiſoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accuſa- .
tion & de la défenſe, par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
A V R I L. 1764.
·
6 i
injures à quelqu'un, avoient été con
damnés à ſe dédire en pleine Audien
ce, ou à l'Egliſe dans un jour ſolem
nel , en ſe prenant par le bout du nez,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recor
deurs : ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
: reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorſque le ſujet de la bataille étoit
conſtaté, les Champions étoient mis dans
la priſon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes, à leurs dépends, s'ils
· en demandoient : les perſonnes de qua
lité qui ne vouloient pas ſe rendre en
priſon, étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
· morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
, en vive priſon. Pendant que cette vive
priſon duroit, il n'étoit permis à per
ſonne d'inſulter les Champions, ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Ba
taille arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles,
, ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
· armés en guerre , auſſi-tôt que midi
étoit paſſé. Si c'étoit des roturiers, ils
devoient comparoître a la même heure,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus, armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons, à leurs armures des jambes, &
à leurs écus , que du feuſt, ou du cuir ,.
& ne devant ſe ſervir pour combattre,
que de l'écu, & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles, & pouvoient être oings, s'ils
le jugeoient à propos. Dans toutes les Ba
tailles, les armes devoient être égales; &
pour plus grande régularité, s'il man
quoit un œil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un œuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé, les Champions
ſe rendoient à la Juriſdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,.
les paroles ſur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
la ville, entouré de paliſſades. Les Juges
· s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés, pourvu que l'heure de midi
fût paſſée , un Huiſſier crioit à haute
voix, aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri ſe répétoit trois fois dans une heure..
Au dernier appel , les Champions.
ſe préſentoient à la barrière pour en --
-
A V R I L. 1764.
63
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable, les Maré
chaux*, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Juſtice, pour garder les
lices & barrières, leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour com
battre.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe, la barrière leur étoit
ouverte. Deux Chevaliers des plus re
nommés conduiſoient d'abord l' Acteur
dans ſa tente, qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le dé
fenſeur, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueil
lir & prier Dieu. Pendant ce temps, la
Juſtice faiſoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ : » Qu'aucun :
» ne fût ſi hardi, ſous peine de la vie,
» d'aider ou nuire aux Champions, dè,
» fait, de paroles , ni de ſignes ,
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité, que le Connétable &
les § y aſſiſtoient. Chaque Provincer
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennementº
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou., &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
» affis autour du champ clos, ne mette
» la main aux lices , ne ſe meuve, ne
» touſſe , ni crache. Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu ſuffiſa
ment , ils ſortoient de leurs tentes, ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains, juroient de
nouveau les paroles de la bataille; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Eſprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les au
| roit pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commenta
teur ) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eſt aujourd'hui. Les Cham
pions juroient en outre de n'employer
aucun ſortilége pour remporter
la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prin
ce; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe re
tiroient aux quatre côtés de l'intérieur
du champ, & y reſtoient ſeuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille, & pour écouter ſi dans le com
bat l'un ſe rendoit, à l'autre ; puis on
*.
-
A V R I L. 1764.
6;
crioit aux Champicns de faire leur de
voir. Auſſitôt ils ſortoient de leurs ten
tes & combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient pa
reître au Ciel , l'Ačleur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu proit
» ver par ſon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorſ
qu'un des Champions ſe rendoit à ſon
adverſaire , les quatre Chevaliers com
mis à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Juſtice; & le vaincu ſubiſ
ſoit la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, ſon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémora
ble de ceci, dans la Province de Nor
mandie.
Jean, Seigneur de Carrouge, & Jac
ques Legris , Seigneur d'Echaufour 2
étoient liés d'une étroite amitié. Carrou
ge épouſa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant ſon abſence, un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée, entra
la nuit dans ſa chambre, & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imagi
nables pour n'être pasreconnu. L'épouſè
66 MERCURE DE FRANCE. .
de Carrouge crut avoir diſtingué Legris.
Carrôuge ne fut pas plutôt de retour,
que ſa femme fondant en pleurs lui ra
conta ſon malheur, & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens, qu'il ſe laiſſa perſuader. Il aſ
ſembla donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeil
lèrent de porter ſa plainte au Comte d'A-
lençon, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées.
Legris proteſta
u'il étoit innocent , & prouva qu'il
toit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La fem
me de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit† elle avoit eu un ſonge,
ont ſon imagination avoit été bleſſée ;
& conſeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réſoudre à la
terminer ainſi , parce qu'elle avoit trop.
éclatée ; il la porta au Parlement de Pa
ris, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris, ordonna par un Arrêt de l'an
1386, que les deux Gentilhommes vui
• <
-
-
A V R I L. 1764.
-
67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur empor
teroit gain de cauſe; que le vaincu ſe
roit pendu au gibet; & que ſi Carrouge
ſuccomboit, ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
ſpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
l'un ſur l'autre, ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'a-
bord dans la cuiſſe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea ſon ennemi avec tant de furie,
qu'il le renverſa, & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau, traîné
par les rues, & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi, qui le releva, lui fit délivrer 1ooo l..
& le retint au ſervice de ſa Chambre,
avec 2oo liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au ſupplice, avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris .
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que, ſon
mari étant mort peu de temps après , .
alle ſe retira dans un Monaſtère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
-
Tels§ les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
ſentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguſte réunit la Normandie à
la Couronne, il tint un Conſeil à Liſle
bonne dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués, pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Nor
mandie. Quand il fut queſtion de la Ba
taille, on décida qu'elle ſeroit abolie ;
parce que les forts, qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appar
tenoit légitimement; ou les faiſoient paſ
ſer pour coupables lorſqu'ils étoient in
nocens. Les choſes reſtèrent ainſi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271,
quiconſidérant que depuisl'aboliſſement
de la Bataille, il ſe commettoit des cri
mes dont on ne pouvoit faire la preuve,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le ſort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme aupara
vant, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages ſi contraires à la Religion ; &
finalement, à la réformation de la Cou
tume de Normandie, ordonnée par Let
l
-
A V R I L. 1764.
ég
tres du Roi Henri III, données à Blois
le 22 Mars 1577, le gage de Bataille, &
·outes les épreuves du feu & de l'eau fu
rent entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , &c.
*-
C****, Abonné au Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
La lettre traite de la loi de la bataille en Normandie, en vigueur jusqu'en 1204, date à laquelle Philippe Auguste intégra le duché à la couronne de France. Cette loi, établie par Rollon au Xe siècle, permettait de résoudre les conflits par un jugement divin. En l'absence de preuves, les parties pouvaient recourir à un duel judiciaire. Pour les litiges civils, le perdant devait payer une amende, tandis que pour les crimes, le combat se poursuivait jusqu'à la mort. Les clercs mariés et les femmes pouvaient également participer, avec des procédures spécifiques comme l'épreuve du fer chaud ou de l'eau. Les duels étaient soigneusement préparés. Les nobles combattaient avec des armes, tandis que les roturiers utilisaient des armes plus simples. Les champions portaient des protections légères et utilisaient des bâtons et des écus en bois ou en cuir. Les armes étaient choisies de manière égale pour garantir l'équité. Le jour du duel, les champions se rendaient à la juridiction où les juges rappelaient les raisons du combat. Ils étaient conduits sur un terrain carré entouré de palissades. Après plusieurs appels, ils entraient dans le champ, armés et prêts à combattre. Si l'accusé résistait jusqu'à la tombée de la nuit, l'accusateur était déclaré vaincu. En cas de reddition ou de mort, le perdant subissait la peine prévue pour le crime. Un exemple notable est le duel entre Jean de Carrouges et Jacques Legris, accusé de viol par la femme de Carrouges. En 1386, le Parlement de Paris ordonna un duel pour trancher la dispute. Legris fut vaincu et exécuté, tandis que Carrouges fut récompensé par le roi. Plus tard, un brigand avoua être coupable du crime dont Legris avait été accusé. Philippe Auguste abolit la loi de la bataille en raison de ses abus, mais Philippe le Hardi la rétablit en 1271. L'Église s'opposa ensuite à ces pratiques, conduisant à leur abolition définitive sous Henri III en 1577.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
281
p. 84-94
ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
Début :
NOUS avons déja donné plusieurs extraits de ce livre excellent, & que tous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Augustins, Brocas &
Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
NOUS avons déja donné plusieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
A V R I L 1764.
85
les gens de Lettres eſtiment comme une
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claſſiques, qui font loi
dans la Littérature, & doivent ſe trou
ver dans toutes les Bibliothêques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne ſoit abſolument néceſſaire. L'A-
vocat y trouvera des préceptes pour
Péloquence du Barreau; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens,
les Panégyriques , les Oraiſons funé
bres ; le Magiſtrat, I'art de faire le rap
port d'un procès ; le Poète, l'Orateur,
l'Hiſtorien , en un mot, l'homme de
' lettres , pour compoſer des Ouvrages
dans tous les genres, l'homme du mon
de pour en juger avec ſureté, ſe ſer
viront utilement & agréablement de ce
recueil, à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous al
lons , ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette ex
cellente compilation ; c'eſt le com
mencement de l'Article qui traite de
l'Eloquence, les bornes de notre Jour
nal ne nous permettant pas de la rap
porter en entier.
36 MERCURE DE FRANCE.
.
» L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eſt née dans les Répu
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perſuader, c'eſt
» à-dire de prouver & d'émouvoir tout
|
» enſemble.
» Nos Ecrivains modernes, pour la
» plûpart copiſtes ſuperſtitieux & ſerviles
» de l'antiquité, ont adopté cette défini
» tion , ſans faire attention que les An
» ciens qui nous l'ont laiſſée, y bor
» noient l'Eloquence à fà partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
, » conſéquent la définition étoit incom
.
» plette. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
» que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à ce Mathématicien
» ſévère, qui après avoir lû la Scène
» admirable du délire de Phédre , de
» mandoit froidement ,
» cela prouve ?
qu'eſt-ce que
» La définition que nous avons don
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
A V R I L. 1764.
87
» plus générale qu'on puiſſe en avoir.
» C'eſt, avons-nous dit, le talent de
» faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autrès, le
» ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen
» ce même du ſilence , langage énergi
» que & quelquefois ſublime des gran
» des paſſions; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple, par le pouvoir qu'elle a pour
» ſubjuger la multitude, toujours plus
» frappée de ce qu'elle voit, que de ce
» qu'elle entend ; enfin à cette Elo
» quence adroite & tranquille , qui ſe
» borne à convaincre ſans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eſt peut
» être pas la moins puiſſante ; on eſt
» moins en garde contre l'inſinuation
» que contre
la
force. Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eſt
le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
| » nous allons principalement la con
» ſidérer.
» Le propre de l'Eloquence eſt non
» ſeulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le ſu
» blime ſe tiennent ; en ſe ſentant at
» tendri , on ſe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on ſe trouve
» meilleur; la triſteſſe délicieuſe & dou
» ce, que produiſent en nous un diſ
» cours , un tableau touchant, nous
» donne bonne opinion de nous
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
» rend de la ſenſibilité de notre âme ;
» ce témoignage eſt une des principa
» les ſources du plaiſir qu'on goûte ea
» aimant, & en général de celui que
» les ſentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
» Nous appellons l'Eloquence un ta
» lent, & non pas un Art , comme
» l'ont appellé la plûpart des Rhéteurs ;
» car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice, & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deſtinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
» génie qui prend l'eſſor ; leur unique
» uſage eſt d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne ſoient défigu
» rés par d'autres ouvrages de la né
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» ſont point les régles qui ont inſpiré à
A V R I L. 1764.
89
» Shakeſpeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
» épargné la ſcéne barbare & dégou
» ante des foſſoyeurs.
» On rend avec netteté ce que I'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on ſent avec
» enthouſiaſme, & les mots viennent
» auſſi aiſément pour exprimer une
» émotion vive, qu'une idée claire. Le
» ſentiment s'affoibliroit, s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
» froid & étudié qu'il ſe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef
» forts ſeroit de perſuader à ſes Audi
» teurs, qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
» vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Egliſe aux Chrétiens ; ſentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs.
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé
» nie ſur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèſ
» que toujours, que ces endroits ſont
» ceux qui leur ont coûté le moins ,
» parce qu'ils ont été comme inſpirés
» en les
produiſant. Débarraſſée de
» toute contrainte, & bravant quelque
» fois les régles mêmes , la Nature
6o MERCURE DE FRANCE.
» produit alors les plus grands mira
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien; c'eſt l'âme ſeule
» qut nous rend éloquens ; & les igno
» rans même , quand une violente paſſionz
» les agite, ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
» qui animoit autrefois le Payſan du Da
» nube, & qui le fit admirer dans le
· » Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé
» nat de Rome. C'eſt ce même enthou
» ſiaſme, prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur, qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , ſi on peut
» ſe ſervir de cette expreſſion, & l'Elo
» quence écrite. L'Eloquence dans les
» Livres eſt à-peu-près comme la Muſi
» que ſur le papier, muette, nulle & ſans
» vie; elle y perd du moins ſa plus gran
» de force , & eHle a beſoin de l'action
» pour ſe déployer. Nous ne pouvons
» lire ſans être attendri les Péroraiſons
» touchantes de Cicéron pour Flaccus,
» pour Forteius, pour Sextius, pour
» Plancius & pour Silla, les plus admi
» rables modèles d'Eloquence que l'an
» tiquité nous ait laiſſé dans le genre pa
» thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme; qu'on ſe repréſente
-
, A V R I L. 1764.
9 L
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par ſes pleurs le diſcours le plus tou
» chant, tenant le fils de Flaccus (a)
» entre ſes bras, le préſentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix; ſera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même, qu'il fut interrom
» pu par les gémiſſemens & les ſanglots
» de l'Auditoire ? Sera-t-on ſurpris que
» ce tableau ait ſéduit & entraîné les
» Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait ſervi tant
» de fois à ſauver des cliens coupables ?
» Auſſi l'Aréopage, qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte, avoit interdit ſévérement
» l'Eloquence aux Avocats. On y vpu
» loit, comme dans nos Tribunaux,
» plus de raiſons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes, ainſi que les nô
» tres, euſſent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome.
» Non-ſeulement il faut ſentir pour
» être éloquent, mais il ne faut pas ſentir
» à demi, comme il ne faut pas conce
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté.
» Pleurez, ſi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus, C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon, qui ne
fut pas prononcée, la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs, dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte, tremblez & frémiſſez, ſi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que ſi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo
» ment de la production , doit toujours
» être très-vive, il n'eſt pas néceſſaire
» qu'elle ſoit ſemblable par fa nature à
» celle qu'il ſe propoſe d'exciter Notre
» âme a deux reſſorts par leſquels on la
» met en mouvement, le ſentiment &
» l'imagination.Le premier de ces deux
» reſſorts a ſans doute le plus de force ; .
» mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
» par-là qu'un Orateur, ſans être réelle
» ment affligé, fera verſer des pleurs à
» ſon Auditoire, & en répandra lui-mê
» me ; c'eſt par-là qu'un Comédien, en
» ſe mettant à la place du perſonnage
» qu'il repréfente, agite & trouble les
» Spectateurs, au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis; c'eſt enfin par-là que .
» des hommes nés avec une imagination
» ſenſible, peuvent inſpirer dans leurs
» écrits, l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
» au ſentiment, par l'impreſſion qu'elle
A V R I L. 1764.
93
» fait ſur nous-mêmes; mais elle peut y
» ſuppléer, par l'impulſion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du ſentiment en
» nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan
» dre au-dehors : l'action de celle-ci eſt
» plus violente & plus courte; celle du
» ſentiment eſt plus forte & plus conſ
39 taI1t5.
-
» Ainſi l'émotion qui doit animer l'O-
» rateur, doit réparer par ſa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du
» rée; elle ne reſſemblera pas à cette
» agitation ſuperficielle que l'Eloquence
» excite dans les âmes froides. Impreſſion
» puremenr méchanique, produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à là multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie, plus auſſi ſon impreſſion reſ
» ſemblera à celle de l'Orateur, plus il
» ſera capable d'imiter ce qu'il admire.
· » Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
» paſſer dans l'âme des autres le mouve
» ment qui nous anime, il s'enſuit que
» plus le diſcours ſera ſimple dans un
» grand Sujet, plus il ſera éloquent,
» parce qu'il repréſentera le ſentiment
» avec plus de vérité. Je ne ſçai par
» quelle raiſon tant d'Ecrivains moder
» nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE.
» choſes , comme s'il y avoit une Elo
» quence des mots. L'Eloquence, on ne
» ſçauroit trop le redire, n'eſt jamais
» que dans le Sujet, & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
» produit, paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit, &
» comme tant d'autres l'ont répété, à
» dire les grandes choſes d'un ſtyle ſu
» blime , mais d'un ſtyle ſimple
C'eſt
» affoiblir une grande idée, que de
» chercher à la relèver par la pompe des
» paroles, &c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article, également
digne, & du nom de M. d'Alembert, &
de la place qu'il occupe dans cette Col
lection des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les rè
gles de l'Eloquence préſentées avec au
tant de clarté que de préciſion. Le même
Académicien a auſii ſourni l'Article du
Style ; nous oſons dire qu'aucun Ecri
, vain avant lui, n'avoit ſi bien traité cette
matière.
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Augustins, Brocas &
Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
NOUS avons déja donné plusieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
A V R I L 1764.
85
les gens de Lettres eſtiment comme une
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claſſiques, qui font loi
dans la Littérature, & doivent ſe trou
ver dans toutes les Bibliothêques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne ſoit abſolument néceſſaire. L'A-
vocat y trouvera des préceptes pour
Péloquence du Barreau; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens,
les Panégyriques , les Oraiſons funé
bres ; le Magiſtrat, I'art de faire le rap
port d'un procès ; le Poète, l'Orateur,
l'Hiſtorien , en un mot, l'homme de
' lettres , pour compoſer des Ouvrages
dans tous les genres, l'homme du mon
de pour en juger avec ſureté, ſe ſer
viront utilement & agréablement de ce
recueil, à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous al
lons , ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette ex
cellente compilation ; c'eſt le com
mencement de l'Article qui traite de
l'Eloquence, les bornes de notre Jour
nal ne nous permettant pas de la rap
porter en entier.
36 MERCURE DE FRANCE.
.
» L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eſt née dans les Répu
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perſuader, c'eſt
» à-dire de prouver & d'émouvoir tout
|
» enſemble.
» Nos Ecrivains modernes, pour la
» plûpart copiſtes ſuperſtitieux & ſerviles
» de l'antiquité, ont adopté cette défini
» tion , ſans faire attention que les An
» ciens qui nous l'ont laiſſée, y bor
» noient l'Eloquence à fà partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
, » conſéquent la définition étoit incom
.
» plette. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
» que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à ce Mathématicien
» ſévère, qui après avoir lû la Scène
» admirable du délire de Phédre , de
» mandoit froidement ,
» cela prouve ?
qu'eſt-ce que
» La définition que nous avons don
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
A V R I L. 1764.
87
» plus générale qu'on puiſſe en avoir.
» C'eſt, avons-nous dit, le talent de
» faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autrès, le
» ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen
» ce même du ſilence , langage énergi
» que & quelquefois ſublime des gran
» des paſſions; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple, par le pouvoir qu'elle a pour
» ſubjuger la multitude, toujours plus
» frappée de ce qu'elle voit, que de ce
» qu'elle entend ; enfin à cette Elo
» quence adroite & tranquille , qui ſe
» borne à convaincre ſans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eſt peut
» être pas la moins puiſſante ; on eſt
» moins en garde contre l'inſinuation
» que contre
la
force. Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eſt
le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
| » nous allons principalement la con
» ſidérer.
» Le propre de l'Eloquence eſt non
» ſeulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le ſu
» blime ſe tiennent ; en ſe ſentant at
» tendri , on ſe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on ſe trouve
» meilleur; la triſteſſe délicieuſe & dou
» ce, que produiſent en nous un diſ
» cours , un tableau touchant, nous
» donne bonne opinion de nous
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
» rend de la ſenſibilité de notre âme ;
» ce témoignage eſt une des principa
» les ſources du plaiſir qu'on goûte ea
» aimant, & en général de celui que
» les ſentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
» Nous appellons l'Eloquence un ta
» lent, & non pas un Art , comme
» l'ont appellé la plûpart des Rhéteurs ;
» car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice, & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deſtinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
» génie qui prend l'eſſor ; leur unique
» uſage eſt d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne ſoient défigu
» rés par d'autres ouvrages de la né
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» ſont point les régles qui ont inſpiré à
A V R I L. 1764.
89
» Shakeſpeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
» épargné la ſcéne barbare & dégou
» ante des foſſoyeurs.
» On rend avec netteté ce que I'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on ſent avec
» enthouſiaſme, & les mots viennent
» auſſi aiſément pour exprimer une
» émotion vive, qu'une idée claire. Le
» ſentiment s'affoibliroit, s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
» froid & étudié qu'il ſe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef
» forts ſeroit de perſuader à ſes Audi
» teurs, qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
» vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Egliſe aux Chrétiens ; ſentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs.
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé
» nie ſur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèſ
» que toujours, que ces endroits ſont
» ceux qui leur ont coûté le moins ,
» parce qu'ils ont été comme inſpirés
» en les
produiſant. Débarraſſée de
» toute contrainte, & bravant quelque
» fois les régles mêmes , la Nature
6o MERCURE DE FRANCE.
» produit alors les plus grands mira
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien; c'eſt l'âme ſeule
» qut nous rend éloquens ; & les igno
» rans même , quand une violente paſſionz
» les agite, ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
» qui animoit autrefois le Payſan du Da
» nube, & qui le fit admirer dans le
· » Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé
» nat de Rome. C'eſt ce même enthou
» ſiaſme, prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur, qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , ſi on peut
» ſe ſervir de cette expreſſion, & l'Elo
» quence écrite. L'Eloquence dans les
» Livres eſt à-peu-près comme la Muſi
» que ſur le papier, muette, nulle & ſans
» vie; elle y perd du moins ſa plus gran
» de force , & eHle a beſoin de l'action
» pour ſe déployer. Nous ne pouvons
» lire ſans être attendri les Péroraiſons
» touchantes de Cicéron pour Flaccus,
» pour Forteius, pour Sextius, pour
» Plancius & pour Silla, les plus admi
» rables modèles d'Eloquence que l'an
» tiquité nous ait laiſſé dans le genre pa
» thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme; qu'on ſe repréſente
-
, A V R I L. 1764.
9 L
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par ſes pleurs le diſcours le plus tou
» chant, tenant le fils de Flaccus (a)
» entre ſes bras, le préſentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix; ſera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même, qu'il fut interrom
» pu par les gémiſſemens & les ſanglots
» de l'Auditoire ? Sera-t-on ſurpris que
» ce tableau ait ſéduit & entraîné les
» Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait ſervi tant
» de fois à ſauver des cliens coupables ?
» Auſſi l'Aréopage, qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte, avoit interdit ſévérement
» l'Eloquence aux Avocats. On y vpu
» loit, comme dans nos Tribunaux,
» plus de raiſons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes, ainſi que les nô
» tres, euſſent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome.
» Non-ſeulement il faut ſentir pour
» être éloquent, mais il ne faut pas ſentir
» à demi, comme il ne faut pas conce
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté.
» Pleurez, ſi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus, C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon, qui ne
fut pas prononcée, la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs, dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte, tremblez & frémiſſez, ſi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que ſi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo
» ment de la production , doit toujours
» être très-vive, il n'eſt pas néceſſaire
» qu'elle ſoit ſemblable par fa nature à
» celle qu'il ſe propoſe d'exciter Notre
» âme a deux reſſorts par leſquels on la
» met en mouvement, le ſentiment &
» l'imagination.Le premier de ces deux
» reſſorts a ſans doute le plus de force ; .
» mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
» par-là qu'un Orateur, ſans être réelle
» ment affligé, fera verſer des pleurs à
» ſon Auditoire, & en répandra lui-mê
» me ; c'eſt par-là qu'un Comédien, en
» ſe mettant à la place du perſonnage
» qu'il repréfente, agite & trouble les
» Spectateurs, au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis; c'eſt enfin par-là que .
» des hommes nés avec une imagination
» ſenſible, peuvent inſpirer dans leurs
» écrits, l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
» au ſentiment, par l'impreſſion qu'elle
A V R I L. 1764.
93
» fait ſur nous-mêmes; mais elle peut y
» ſuppléer, par l'impulſion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du ſentiment en
» nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan
» dre au-dehors : l'action de celle-ci eſt
» plus violente & plus courte; celle du
» ſentiment eſt plus forte & plus conſ
39 taI1t5.
-
» Ainſi l'émotion qui doit animer l'O-
» rateur, doit réparer par ſa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du
» rée; elle ne reſſemblera pas à cette
» agitation ſuperficielle que l'Eloquence
» excite dans les âmes froides. Impreſſion
» puremenr méchanique, produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à là multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie, plus auſſi ſon impreſſion reſ
» ſemblera à celle de l'Orateur, plus il
» ſera capable d'imiter ce qu'il admire.
· » Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
» paſſer dans l'âme des autres le mouve
» ment qui nous anime, il s'enſuit que
» plus le diſcours ſera ſimple dans un
» grand Sujet, plus il ſera éloquent,
» parce qu'il repréſentera le ſentiment
» avec plus de vérité. Je ne ſçai par
» quelle raiſon tant d'Ecrivains moder
» nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE.
» choſes , comme s'il y avoit une Elo
» quence des mots. L'Eloquence, on ne
» ſçauroit trop le redire, n'eſt jamais
» que dans le Sujet, & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
» produit, paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit, &
» comme tant d'autres l'ont répété, à
» dire les grandes choſes d'un ſtyle ſu
» blime , mais d'un ſtyle ſimple
C'eſt
» affoiblir une grande idée, que de
» chercher à la relèver par la pompe des
» paroles, &c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article, également
digne, & du nom de M. d'Alembert, &
de la place qu'il occupe dans cette Col
lection des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les rè
gles de l'Eloquence préſentées avec au
tant de clarté que de préciſion. Le même
Académicien a auſii ſourni l'Article du
Style ; nous oſons dire qu'aucun Ecri
, vain avant lui, n'avoit ſi bien traité cette
matière.
Fermer
Résumé : ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
L'ouvrage 'École de Littérature', publié en avril 1764, est salué comme une œuvre littéraire exceptionnelle et déjà considérée comme classique. Il est essentiel pour diverses professions littéraires telles que les avocats, prédicateurs, magistrats, poètes, orateurs, historiens et hommes de lettres. Il propose des préceptes et des règles pour différents genres d'écriture et est apprécié par de nombreux écrivains célèbres. Le texte explore l'éloquence, définie comme l'art de persuader en convainquant et en émouvant. Les auteurs modernes sont critiqués pour leur imitation excessive des anciens, qui limitaient l'éloquence à la conviction et à l'émotion. Une nouvelle définition est proposée : l'éloquence est le talent de transmettre rapidement et fortement des sentiments profonds à autrui. Cette définition inclut divers types d'éloquence, y compris celle du silence, du geste et celle qui convainc sans émouvoir. L'éloquence est perçue comme un don naturel plutôt qu'un art acquis par l'étude. Les règles servent à guider le génie et à éviter les erreurs, mais ne peuvent pas créer l'éloquence. Les émotions vives et les idées claires sont mieux exprimées spontanément, car un effort excessif peut affaiblir l'impact de l'orateur. Les grands écrivains confirment que leurs meilleurs passages sont souvent ceux qui leur ont demandé le moins d'effort, car ils étaient inspirés. Le texte souligne que les œuvres les plus remarquables sont souvent celles qui ont été créées avec une inspiration spontanée et naturelle, sans contraintes. La Nature, lorsqu'elle est libre, produit des merveilles, illustrant la vérité selon laquelle l'âme est la source de l'éloquence. Les passions violentes peuvent rendre même les ignorants éloquents. L'éloquence parlée est plus puissante que l'éloquence écrite, car elle nécessite l'action pour se déployer pleinement. Cicéron est cité comme modèle d'éloquence pathétique, capable de toucher profondément l'audience et les juges grâce à son émotion et son action. Pour être éloquent, il faut ressentir intensément et exprimer clairement ses émotions. Horace conseille de pleurer pour tirer des pleurs, et l'orateur doit utiliser son imagination pour émouvoir son audience, même s'il ne ressent pas personnellement les émotions qu'il décrit. L'éloquence véritable réside dans le sujet et le sentiment qu'il inspire, plutôt que dans la pompe des mots. Un discours simple sur un grand sujet est plus éloquent car il représente le sentiment avec plus de vérité. L'éloquence ne consiste pas à utiliser un style sublime, mais un style simple pour exprimer les grandes idées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
282
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
Début :
LA malice des hommes rend tout possible & tout croyable. La vigilance [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
LA malice des hommes rend tout
possible & tout croyable. La vigilance
d'un Conſul hardi & pénétrant, vient
de ſauver la République, qui étoit ſur
A iij .
6
le
MERCURE DE FRANCE.
point de périr ;
le ſupplice des
Conjurés a ſuivi de près la conviction
de leur crime : la mort ignominieuſe
qu'ils ont ſouffert en a impoſé à ceux
que la vue du châtiment peut ſeule re
tenir dans le devoir : Cicéron comblé
de gloire a entendu ſon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâ
ces adreſſées aux immortels ;
il a reçu
une récompenſe plus flatteuſe encore ,
c'eſt l'eſtime & l'approbation des bons
Citoyens.. .. Ce n'étoit point aſſez : il
lui manquoit un rapport eſſentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient ſervi leur patrie. Il ignoroit
juſqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perſécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la ſcélérateſſe la
plus noire & la plus raffinée étoient en
trés, pour ainſi dire, dans la compoſition
de ſon âme. Doué d'un eſprit vif & pé
nétrant ,
il ne s'en ſer, it jamais que
pour faire du mal. Il paſſoit ſa vie dans
la plus mauvaiſe compagnie de Rome ;
& , par une ſuite bien naturelle, tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une ſatyre vivante & continuelle de la
ſienne, devenoient l'objet de ſes raille
•
!
M A I. 1764.
-
7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'hu
milioit , il voulut les perſécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tri
bunat du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quel
qu'un qui la méritât moins. Cicéron fut
un des premiers qui ſuccomba ſous
l'injuſtice de ſes pourſuites.
-
Ce généreux Citoyen, comblé de
gloire & d'honneurs , paſſoit tranquille
ment ſes jours au ſein de la Philoſo
phie ; quand Clodius , jaloux de ſes ſuc
cès, & plus encore de ſa réputation,en
treprit de l'accuſer d'avoir fait mourir
ſans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe.
Les Partiſans ſecrets de ce Conſpira
teur, qui avoient voulu attendre l'évé
nement pour ſe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraſſé ouvertement ſon par
ti; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux,
qu'il
étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à ſon Accuſateur de les enga- .
er à l'appuyer dans ſon entrepriſe.
# ne fut qu'après s'être muni de tou
tes ces reſſources, qu'il ſe préſenta au
Peuple, favoriſé en ſecret par les deux
A iv
3 MERCURE BE FRANCE.
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés, & par conſéquent
in éreſſés perſonnellement à la perte de
l'illuſtre Ex-Conſul.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paſſa pourtant après
· bien des conteſtations à la pluralité des
voix; & le défenſeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui ſe faiſoient gloire de comp
ter Cicéron pour un des Membres de
leur Corps, donnerent des preuves écla
tantes del'eſtime ſingulièrequ'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Ci
toyens les imiterent.
Des témoignages auſſi flatteurs au
roient dû le conſoler d'une injuſti
ce dont le ſentiment intérieur de ſa
· conſcience le vengeoit aſſez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
ſenſible ; ſes ſollicitations furent ram
pantes; il vit avec effroi que Pompée,ſon
ancien ami, l'avoit abandonné (a), &
( a ) J'ai ſuivi ici l'opinion la plus commune ;
quoique peut-être la moins prouvée. Il paſſe
pour conſtant que Pompé« évita adroitement la
M A I. 1764.
il partit de Rome pour ſe retirer en Si
cile, le déſeſpoir & la mort dans le
cœur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de ſon cruel enne
mi : il obtint dans les Comices un Plé
biſcite qui ordonnoit que la maiſon de
l'Ex-Conſul ſeroit râſée : & on éleva
ſur ſes ruines un Temple à la Liberté,
comme ſi cet illuſtre Proſcrit, qui avoit
expoſé ſes jours pour la défendre, avoit
voulu en être le deſtructeur.
I. Son abſence remit le calme dans
la ville : elle dura dix-ſept mois. Pen
dant ce temps ſes amis employerent ef
ficacement leur crédit pour ramener les
eſprits. Le rappel de Cicéron fut pro
poſé;& bientôt après le décret en fut ex
pédié ſans difficulté. Il revint donc dans.
ſa patrie la veille des Nones de Sep
tembre ( b ) pour me ſervir des termes
viſite que Cicéron venoit lui faire, en s'échap
pant par un eſcalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit poſitivement dans aucune de ſes lettres.
( b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
ſcrupuleuſe ſçauront avec plaiſir, que c'eſt Cicéron2
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de ſes Epîtres.... Poſtridie
in Senatu, qui fuit dies Non. Septemb, Senatu#
#ratias agimus, , , , , &c..
Ad.Ait. L. ſV. Eg, ſº
A u
1o MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVF
de la fondation de Rome. Le lende
iain de ſon arrivée , il ſe rendit au Sé
mat, où il prononça le premier des qua
tre Diſcours dont il s'agit : il eſt connu
des Sçavans & dans les Ecoles, ſous le
titre de Poſt reditum in Senatu.
Cette Piéce intéreſſante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d'...
Effuſion d'un cœur reconnoiſſant.
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière; & ceux qui ſçavent en
tendre le cri de la nature , voyent avec
plaiſir que le ſentiment y eft traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiſtrats qui avoient contri
bué à ſon retour ; & il adreſſe enſuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général. Les Conſuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il ſe ſert pour
témoigner ſa gratitude , font entendre .
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans ſa fortune ; mais qu'il n'avoit d'au
tre obligation au ſecond , que celle
de ne s'être pas oppoſé à ce qu'on avoit .
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius, C. Seſtilius , M.
- -
M A I. 1764.
I l
Cuſpius, T. Fadius, M. Curtius, C.
Meſſinius & Qu. Fabritius, reçoivent en
ſuite leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers, marquent
aſſez qu'ils l'avoient ſerviplus ardemment
que les autres : le ſilence affecté qu'il
garde ſur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contrai
res , forme un contraſte admirable avec
les traits piquans dont il accable enſuite
ſon adverſaire P. Clodius, qui , com
me nous l'avons dit, avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit ſi mal ſervi de ſon autorité. Après
les Tribuns, Cicéron témoigne ſa recon
noiſſance aux ſept premiers Préteurs,
L. Cœcilius, M. Calidius , C. Septimius,
Qu. Valerius, P. Craſſus , Sex. Quinti
lius , & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius ,
parce qu'il étoit frère de P. Clodius ,
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de ſes
collégues. (c) Enfin il termine ſaharan
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peu
ple, quoique ceux-ci ne fuſſent jamais que des
Plébéiens toujours inférieurs en naiſſance à ceux
la ,
ſi on fait réfléxion que la puiſſance Tribuni
cienne étoit bien ſupérieure à celle des Préteurs ,
quoiqu'ils fuſſent Patriciens , du moins pour la
plupart,
•
* .
.
A vj
-
-
12. MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui .
avoit rendu ſon ancienne amitié, com
bien il a été ſenſible à la marque écla
tante qu'il lui à donnée de ſon attache
ment, en prononçant dans le Sénat un
beau diſcours en ſa faveur.
-
II. Le Peuple n'avoit pas été ſpectateur
oififde cette fameuſe querelle : il y avoit
pris part en banniſſant Cicéron, & en le
dépouillant de ſes biens : il répara ſon in
juſtice en contribuant à ſon rétabliſſe
ment. Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde, peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce diſcours porte ordinairement en
titre, Poſt reditum ad Quirites. (d)
III. Cicéron, rétabli dans ſa patrie,
n'étoit pas encore ſatisfait : il voyoit
toujours ſubſiſter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maiſon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
ſembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Diſcours avant le précédent, quoiqu'il
ſoit conſtant qu'il n'ait été prononcé que le ſe
cond, Une tranſpoſition de Copiſte aura été la
première cauſe de cette faute qui perpétuée juſ
qu'à nos jours, prouve que la plupart des Éru
dits conſultent plus la routine que la raiſon.
,
M A I. 1764.
13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La ſituation de l'Orateur
étoit des plus embaraſſantes, parce que
ſon ennemi, auſſi ruſé que Politique,
avoit trouvé moyen d'intéreſſer les
Dieux dans ſa cauſe, & d'immortali
ſer ainſi ſa vengeance. Le Sénat au
quel il s'adreſſa d'abord, le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux ſe trouvoit
mêlé.Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le diſcours dont il eſt queſtion, & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo ſuâ
ad Pontifices. Le ſuccès le plus brillant
fut le prix de ſon éloquence; ſes raiſons
parurent bonnes; & le Sacré Collége,
s'il eſt permis de s'exprimer ainſi, le
remit en poſſeſſion de ſon bien par
une ſentence qui fut enſuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de ſes .
lettres à ſon digne ami le célébre Atti
cus : c'eſt la ſeconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : ſa fortune
étoit rétablie, ſes ennemis confondus,
| ſon crédit devenoit plus grand de jour
en jour; Clodius commençoit à per--
dre le ſien, & à tomber dans un mépris
-
14 MERCURE DE FRANCE.
général ; perſpective que doivent enviſa
† tous ceux qui ne craindront pas de
ui reſſembler.
Sa fureur n'étoit pas encore aſſouvie :
il réſolut de tourmenter de nouveau
ſon adverſaire. La ſuperſtition eſt un .
aliment dont ſe repaiſſent aiſément les
eſprits foibles; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans ſa que
relle , ſoit qu'il crût que rien ne lui
ſeroit plus facile que de leur en impoſer,
ſoit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui
formeroient un corps de partiſans plus
conſidérable.
.
.
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie, il apoſta des gens à lui, qui
débiterent avec effionterie, qu'on enten
doit toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes, & de chaînes de fer,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ La
tin. Ce merveilleux étonna d'abord ;
les gens ſenſés n'en firent que rire; mais
il n'en fut pas ainſi des autres, qui à for
ce d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries, en
vinrent bientôt à les adopter eux mê
mes, & à ſe perſuader qu'ils avoient en
tendu ces bruits.
-
!
M A I. 1764: º
1 5
L'effroi ne tarda pas à ſe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Haruſpices ou De
vins, eſpéce de Charlatans qui préten
doient prédire l'avenir par l'inſpection
des entrailles encore fumantes des ani
maux nouvellement égorgés : l'inquié
tude & la curioſité naturelles aux Ro
mains comme aux autres hommes, fai
ſoient vivre cette eſpéce de Prêtres dans
une conſidération ſingulière.
Leur réponſe fut que les Dieux irri
tés manifeſtoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiſſance. Cette réponſe ambiguë
& dictée ſans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius, revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule , de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poſſeſſion de ſa mai
ſon, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Haruſpices. Ci
céron indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Diſcours qu il pronon
ça dans le Sénat , diſcours connu ordi
nairement ſous ce titre , De Haruſpi
citm reſponſis.
26 MfER CURE DE FRANCE.
Ce Morceau eſt plein de chaleur & de
ſolidité. Il eſt vrai que Cicéron s'y laiſſe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reſſentiment; mais il faut convenir
auſſi qu'en faiſant à Clodius l'applica
tion de l'Oracle, il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait ſon adverſaire.
LA malice des hommes rend tout
possible & tout croyable. La vigilance
d'un Conſul hardi & pénétrant, vient
de ſauver la République, qui étoit ſur
A iij .
6
le
MERCURE DE FRANCE.
point de périr ;
le ſupplice des
Conjurés a ſuivi de près la conviction
de leur crime : la mort ignominieuſe
qu'ils ont ſouffert en a impoſé à ceux
que la vue du châtiment peut ſeule re
tenir dans le devoir : Cicéron comblé
de gloire a entendu ſon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâ
ces adreſſées aux immortels ;
il a reçu
une récompenſe plus flatteuſe encore ,
c'eſt l'eſtime & l'approbation des bons
Citoyens.. .. Ce n'étoit point aſſez : il
lui manquoit un rapport eſſentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient ſervi leur patrie. Il ignoroit
juſqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perſécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la ſcélérateſſe la
plus noire & la plus raffinée étoient en
trés, pour ainſi dire, dans la compoſition
de ſon âme. Doué d'un eſprit vif & pé
nétrant ,
il ne s'en ſer, it jamais que
pour faire du mal. Il paſſoit ſa vie dans
la plus mauvaiſe compagnie de Rome ;
& , par une ſuite bien naturelle, tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une ſatyre vivante & continuelle de la
ſienne, devenoient l'objet de ſes raille
•
!
M A I. 1764.
-
7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'hu
milioit , il voulut les perſécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tri
bunat du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quel
qu'un qui la méritât moins. Cicéron fut
un des premiers qui ſuccomba ſous
l'injuſtice de ſes pourſuites.
-
Ce généreux Citoyen, comblé de
gloire & d'honneurs , paſſoit tranquille
ment ſes jours au ſein de la Philoſo
phie ; quand Clodius , jaloux de ſes ſuc
cès, & plus encore de ſa réputation,en
treprit de l'accuſer d'avoir fait mourir
ſans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe.
Les Partiſans ſecrets de ce Conſpira
teur, qui avoient voulu attendre l'évé
nement pour ſe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraſſé ouvertement ſon par
ti; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux,
qu'il
étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à ſon Accuſateur de les enga- .
er à l'appuyer dans ſon entrepriſe.
# ne fut qu'après s'être muni de tou
tes ces reſſources, qu'il ſe préſenta au
Peuple, favoriſé en ſecret par les deux
A iv
3 MERCURE BE FRANCE.
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés, & par conſéquent
in éreſſés perſonnellement à la perte de
l'illuſtre Ex-Conſul.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paſſa pourtant après
· bien des conteſtations à la pluralité des
voix; & le défenſeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui ſe faiſoient gloire de comp
ter Cicéron pour un des Membres de
leur Corps, donnerent des preuves écla
tantes del'eſtime ſingulièrequ'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Ci
toyens les imiterent.
Des témoignages auſſi flatteurs au
roient dû le conſoler d'une injuſti
ce dont le ſentiment intérieur de ſa
· conſcience le vengeoit aſſez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
ſenſible ; ſes ſollicitations furent ram
pantes; il vit avec effroi que Pompée,ſon
ancien ami, l'avoit abandonné (a), &
( a ) J'ai ſuivi ici l'opinion la plus commune ;
quoique peut-être la moins prouvée. Il paſſe
pour conſtant que Pompé« évita adroitement la
M A I. 1764.
il partit de Rome pour ſe retirer en Si
cile, le déſeſpoir & la mort dans le
cœur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de ſon cruel enne
mi : il obtint dans les Comices un Plé
biſcite qui ordonnoit que la maiſon de
l'Ex-Conſul ſeroit râſée : & on éleva
ſur ſes ruines un Temple à la Liberté,
comme ſi cet illuſtre Proſcrit, qui avoit
expoſé ſes jours pour la défendre, avoit
voulu en être le deſtructeur.
I. Son abſence remit le calme dans
la ville : elle dura dix-ſept mois. Pen
dant ce temps ſes amis employerent ef
ficacement leur crédit pour ramener les
eſprits. Le rappel de Cicéron fut pro
poſé;& bientôt après le décret en fut ex
pédié ſans difficulté. Il revint donc dans.
ſa patrie la veille des Nones de Sep
tembre ( b ) pour me ſervir des termes
viſite que Cicéron venoit lui faire, en s'échap
pant par un eſcalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit poſitivement dans aucune de ſes lettres.
( b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
ſcrupuleuſe ſçauront avec plaiſir, que c'eſt Cicéron2
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de ſes Epîtres.... Poſtridie
in Senatu, qui fuit dies Non. Septemb, Senatu#
#ratias agimus, , , , , &c..
Ad.Ait. L. ſV. Eg, ſº
A u
1o MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVF
de la fondation de Rome. Le lende
iain de ſon arrivée , il ſe rendit au Sé
mat, où il prononça le premier des qua
tre Diſcours dont il s'agit : il eſt connu
des Sçavans & dans les Ecoles, ſous le
titre de Poſt reditum in Senatu.
Cette Piéce intéreſſante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d'...
Effuſion d'un cœur reconnoiſſant.
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière; & ceux qui ſçavent en
tendre le cri de la nature , voyent avec
plaiſir que le ſentiment y eft traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiſtrats qui avoient contri
bué à ſon retour ; & il adreſſe enſuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général. Les Conſuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il ſe ſert pour
témoigner ſa gratitude , font entendre .
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans ſa fortune ; mais qu'il n'avoit d'au
tre obligation au ſecond , que celle
de ne s'être pas oppoſé à ce qu'on avoit .
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius, C. Seſtilius , M.
- -
M A I. 1764.
I l
Cuſpius, T. Fadius, M. Curtius, C.
Meſſinius & Qu. Fabritius, reçoivent en
ſuite leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers, marquent
aſſez qu'ils l'avoient ſerviplus ardemment
que les autres : le ſilence affecté qu'il
garde ſur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contrai
res , forme un contraſte admirable avec
les traits piquans dont il accable enſuite
ſon adverſaire P. Clodius, qui , com
me nous l'avons dit, avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit ſi mal ſervi de ſon autorité. Après
les Tribuns, Cicéron témoigne ſa recon
noiſſance aux ſept premiers Préteurs,
L. Cœcilius, M. Calidius , C. Septimius,
Qu. Valerius, P. Craſſus , Sex. Quinti
lius , & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius ,
parce qu'il étoit frère de P. Clodius ,
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de ſes
collégues. (c) Enfin il termine ſaharan
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peu
ple, quoique ceux-ci ne fuſſent jamais que des
Plébéiens toujours inférieurs en naiſſance à ceux
la ,
ſi on fait réfléxion que la puiſſance Tribuni
cienne étoit bien ſupérieure à celle des Préteurs ,
quoiqu'ils fuſſent Patriciens , du moins pour la
plupart,
•
* .
.
A vj
-
-
12. MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui .
avoit rendu ſon ancienne amitié, com
bien il a été ſenſible à la marque écla
tante qu'il lui à donnée de ſon attache
ment, en prononçant dans le Sénat un
beau diſcours en ſa faveur.
-
II. Le Peuple n'avoit pas été ſpectateur
oififde cette fameuſe querelle : il y avoit
pris part en banniſſant Cicéron, & en le
dépouillant de ſes biens : il répara ſon in
juſtice en contribuant à ſon rétabliſſe
ment. Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde, peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce diſcours porte ordinairement en
titre, Poſt reditum ad Quirites. (d)
III. Cicéron, rétabli dans ſa patrie,
n'étoit pas encore ſatisfait : il voyoit
toujours ſubſiſter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maiſon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
ſembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Diſcours avant le précédent, quoiqu'il
ſoit conſtant qu'il n'ait été prononcé que le ſe
cond, Une tranſpoſition de Copiſte aura été la
première cauſe de cette faute qui perpétuée juſ
qu'à nos jours, prouve que la plupart des Éru
dits conſultent plus la routine que la raiſon.
,
M A I. 1764.
13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La ſituation de l'Orateur
étoit des plus embaraſſantes, parce que
ſon ennemi, auſſi ruſé que Politique,
avoit trouvé moyen d'intéreſſer les
Dieux dans ſa cauſe, & d'immortali
ſer ainſi ſa vengeance. Le Sénat au
quel il s'adreſſa d'abord, le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux ſe trouvoit
mêlé.Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le diſcours dont il eſt queſtion, & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo ſuâ
ad Pontifices. Le ſuccès le plus brillant
fut le prix de ſon éloquence; ſes raiſons
parurent bonnes; & le Sacré Collége,
s'il eſt permis de s'exprimer ainſi, le
remit en poſſeſſion de ſon bien par
une ſentence qui fut enſuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de ſes .
lettres à ſon digne ami le célébre Atti
cus : c'eſt la ſeconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : ſa fortune
étoit rétablie, ſes ennemis confondus,
| ſon crédit devenoit plus grand de jour
en jour; Clodius commençoit à per--
dre le ſien, & à tomber dans un mépris
-
14 MERCURE DE FRANCE.
général ; perſpective que doivent enviſa
† tous ceux qui ne craindront pas de
ui reſſembler.
Sa fureur n'étoit pas encore aſſouvie :
il réſolut de tourmenter de nouveau
ſon adverſaire. La ſuperſtition eſt un .
aliment dont ſe repaiſſent aiſément les
eſprits foibles; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans ſa que
relle , ſoit qu'il crût que rien ne lui
ſeroit plus facile que de leur en impoſer,
ſoit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui
formeroient un corps de partiſans plus
conſidérable.
.
.
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie, il apoſta des gens à lui, qui
débiterent avec effionterie, qu'on enten
doit toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes, & de chaînes de fer,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ La
tin. Ce merveilleux étonna d'abord ;
les gens ſenſés n'en firent que rire; mais
il n'en fut pas ainſi des autres, qui à for
ce d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries, en
vinrent bientôt à les adopter eux mê
mes, & à ſe perſuader qu'ils avoient en
tendu ces bruits.
-
!
M A I. 1764: º
1 5
L'effroi ne tarda pas à ſe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Haruſpices ou De
vins, eſpéce de Charlatans qui préten
doient prédire l'avenir par l'inſpection
des entrailles encore fumantes des ani
maux nouvellement égorgés : l'inquié
tude & la curioſité naturelles aux Ro
mains comme aux autres hommes, fai
ſoient vivre cette eſpéce de Prêtres dans
une conſidération ſingulière.
Leur réponſe fut que les Dieux irri
tés manifeſtoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiſſance. Cette réponſe ambiguë
& dictée ſans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius, revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule , de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poſſeſſion de ſa mai
ſon, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Haruſpices. Ci
céron indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Diſcours qu il pronon
ça dans le Sénat , diſcours connu ordi
nairement ſous ce titre , De Haruſpi
citm reſponſis.
26 MfER CURE DE FRANCE.
Ce Morceau eſt plein de chaleur & de
ſolidité. Il eſt vrai que Cicéron s'y laiſſe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reſſentiment; mais il faut convenir
auſſi qu'en faiſant à Clodius l'applica
tion de l'Oracle, il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait ſon adverſaire.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
Après son retour d'exil, Cicéron fut acclamé pour avoir protégé la République en condamnant des conspirateurs. Cependant, Publius Clodius, envieux de sa renommée, l'accusa injustement et parvint à obtenir son exil malgré l'opposition des citoyens. Soutenu par les Chevaliers Romains, Cicéron se retira en Sicile. Clodius fit démolir la maison de Cicéron pour y construire un temple dédié à la Liberté. Dix-sept mois plus tard, Cicéron fut rappelé à Rome grâce à l'intervention de ses amis et prononça un discours au Sénat, 'Post reditum in Senatu', où il exprima sa reconnaissance envers les magistrats, les tribuns du peuple et le peuple romain. Il critiqua implicitement ses adversaires et attaqua Clodius. Bien que Cicéron obtînt la reconstruction de sa maison, Clodius tenta de relancer les hostilités en exploitant la superstition populaire. Les haruspices interprétèrent des signes divins comme une manifestation de la colère des dieux, permettant à Clodius de critiquer le décret rétablissant Cicéron dans ses droits. En réponse, Cicéron prononça un autre discours au Sénat, 'De Haruspicum Responsis', où il réfuta les accusations de Clodius et démontra la solidité et la véracité de ses arguments, malgré son ressentiment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
283
p. 25-41
APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
Début :
APOLOGUE PREMIER. Sourdin & Zaraïne. SOURDIN, Grand-Visir de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
APOLOGUES ORIENTAUX,
Par M. de S ***.
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN, Grand-Visir de la Reine
Zaraine , avant qu'elle arrivât au Con
ſeil , diſoit en lui-même : je ne veux
point que le Prince Roſey ſoit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eſt ſous preſſ , &
fait pour inſpirer l'amour de la vertu & l'an,our
de la Patrie.
B
•\
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eſt tombé ſur un autre. Oui, mon petit
Seigneur, je dirai tant de mal de vous,
que la Reine Zaraine, toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eſt , ne vous
| voudra ni pour amant, ni même pour
époux. Auſſi- tôt qu'il fut en préſence de
Sa Majeſté :
-
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Roſey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir, eſt Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend deſcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très-vain. Il ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine : en un
mot, il n'eſt bon que pour donner des
1oix dans un Serrail, préſider à la Toilet
te & à la Table, & juger des modes &
des ragoûts.
ZA R A ï N E , l'interrompant.
Vous ne me dites rien de ſa perſonne. .
Eſt-ce un beau Prince ?
S O U R D I N.
Vous allez en juger, Madame; c'eſt
un homme de trente ans, qui a vécu de
bonne heure, Il eſt d'une taille un peu
au-deſſous de la médiocre , extrême
ment fluet. Le temps qu'il devroit em
ployer à régir ſes Etats, il le paſſe de
-
M A I. 1764.
27
vant ſon miroir , à ſe barbouiller de
blanc & de rouge, à ſe noircîr les ſour
cils & s'arracher la barbe.
Z A R A ï N E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de ſi inutile , de ſi laid, de ſi hi
deux que cette vilaine barbe rude , qui
ne ſert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraſſe. Le Prince Roſey eſt préciſé
ment comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Roſey ! Il a ſûrement des grâces,
de la phyſionomie. Donne-t-il beau
coup de fêtes ? Aime-t-il la danſe , le
jeu ?
. S O U R D I N.
-
Le jeu ? .... trop, Madame, pour le
bien de l'Etat.... ſes malheureux Sujets...
ZA R A ï N E, l'interrompant.
Ah ! c'eſt un Prince accompli.
S O U R D I N.
Mais, Madame , ſongez donc que
c'eſt ( permettez-moi le terme) le plus
grand fat.. ..
Z A R A ï N E.
Bon : il en eſt plus aimé.
S O U R D I N.
Le plus indiſcret. ...
· B ij
| 4
28 MERCURE DE FRANCE.
Z A R A i N E.
Tant mieux ; je hais les avantures
ſecrettes.
-
S O U R D I N.
Et même le plus inconſtant. .. .
Z A R A I N E.
Le plus inconſtant ? à merveille ! Il
eſt inconſtant; c'eſt que les femmes ſe
l'arrachent :
c'eſt qu'il eſt charmant.
Au reſte, il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je ſuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Roſey !
Que vous me faites plaiſir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
choſe de vous, mon cher Sourdin.
S O U R D I N.
| Que vous plaît-il, Madame ?
·
Z A R A ï N E.
Que vous faſſiez accélérer les prépa
ratifs de mes nôces, & que vous alliez
vous-même au-devant du Prince Roſey.
Faites qu'il arrive bientôt : je l'épouſe
rai auſſitôt qu'il ſera ici.
"
*
A
S o U R D I N , prenant un viſage riant.
Je me conformerai à vos ordres, Ma
dame ; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter ,
combien ils me ſont agréables. Souf
frez maintenant que je ſois le premier à
vous complimenter. Vous ne pouviez
M A I. 1764.
29
effectivement faire un choix meilleur,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perſonnes du Conſeil, qui
avoient écouté Sourdin & Zaraine avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sottrdin & Zaraine avoient raiſon.
A P o L o G U E
I I.
Le pouvoir de la Religion.
LE KALIFE Huſſain (a), fils du grand
Ali, étoit à table ;- un de ſes Eſclaves
, ( a) Huſſain, cinquième Kalifedes Muſulmans,
ſuccéda à ſon père Ali, qui avoit épouſé la fille de
Mahomet ; il fut ainſi que ſon père, un modèle de
ſageſſe & de vertu.
-
Qu'un homme de la lie du Peuple, après avoir
épouſé une femme dont il a été le valet, lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocre
ment ſurpris : mais que, ne ſçachant ni lire, ni écri
re, il ait compté au nombre de ſes premiers Diſci
- ples, Ali, l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de ſon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire, il ait fait marcher, ſous ſes dra
peaux, le plus grand Capitainé des Arabes, le fa -
meux Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une choſe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiſtoire, on voit la force
opprimer la foibleſſe, & plier les genoux devant
· la fourberie.
-
B iij
,
3o MERCURE DE FRANCE.
laiſſe tomber un plat de riz bouillant ſur
ſa tête : Huſſain jette ſur l'Eſclave un
regard ſévère; celui-ci, tout tremblant,
ſe proſterne devant lui, & dit ces paro-.
les tirées du ſublime Alcoran :
, Le Paradis eſt fait pour ceux qui re
aiennent & domptent leur colère.
H U s s A I N froidement.
Je ne ſuis point en colère.
L'Es C LA v E , continuant le Verſet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenſés.
H U s s A I N, ſans le regarder ,
Je te pardonne.
-
L'E s CL A v E , continuant le Verſet.
Et Dieu chérit pardeſſus tous ceux qui
font le bien pour le mal.
H U S S A IN , lui tendant la main avec
bonté.
, Eh bien l lève-toi : je te donne la li
berté, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots, l'Eſclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits; il prête ſon ombre, il donne ſes
fruits à celui-là même dont le bras au
dacieux lance des pierres contre lui.
-
M A I. 1764.
A P o L o G U E
Quel eſt-il ?
F o D A H I L.
I I I.
Les Déſintéreſſés.
3E
ParscEs , qui vous écartez des voies
de la juſtice, tremblez d'interroger l'hom
me juſte : la vérité réſide ſur ſes lévres.
Le ſage Fodahil (b) avoit diſſipé ſes
biens au ſervice du Kalife Haroun Ra
chid; & ce Monarque, noyé dans les dé
lices, lui diſoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faſſe profeſſion d'un
plus grand détachement que toi ?
F O D A H I L.
- Oui, Seigneur.
| H A R o U N.
Vous : je n'ai ſacrifié que ma fortune;
vous ſacrifiez votre gloire.
-
(b) Fodahil , voyant que ſa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife, & inutile au bien des
Peuples, ſe retira dans une ſolitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auſtè
res. On rapporte de lui un trait ſingulier : on l'a
vu rire une ſeule fois dans ſa vîe; ce fut le jour
qu'il perdit ſon fils unique,qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre, ainſi que l'ont fait la
plupart des Hiſtoriens, ce Fodahil avec un autre
qui vivoit ſous le même Kalife ; & qui changea ſa
profeſſion de Voleur pour celle de Derviche.
B iv
3
' .
.
32 MERCURE DE FRANCE.
A P O L O G U E
I V.
Salaeddin & Fatmé.
O MALHEUREUx Salaeddin ! ſans
amis, ſans eſpérance, que te reſte-t-il
maintenant de tous les grands biens
que tu poſſédois ? Un peu de riz & de
poiſon !... Eh bien , faiſons-les bouillir
enſemble, & que ce ſoit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poiſon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainſi.
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore, à l'amour de
Fatmé ! Fatmé qui m'aime, alloit s'u-
nir à moi, par les nœuds les plus ſaints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui, ſans doute ; iras-tu, prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeſſes de tes
pères , après avoir abuſé des bontés
de Fatmé , iras-tu lui ravir le peu qui
lui reſte ! Voudrois-tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périſſent juſqu'aux cen
dres de tes osl.... Etois-tu fait pour t'unir
\
M A I. 1764.
33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas! je l'ai
cent fois penſé; cent fois je l'ai dit à mon
cœur embrâſé : jette de l'eau ſur le feu qui
te conſume : mais toujours mes paroles
ſe ſont évaporées dans les airs.
· C'en eſt fait ? je vais mourir... Hon
neur , ta voix ſe fait entendre ; ton
ordre ſera ſuivi ..... Je devois chan
ger de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Fatmé. J'ai trahi mes ſermens !
Après un ſi grand crime , j'oſerai plu- .
tôt enviſager la mort que Fatmé.
De quels
biens cependant moi
même je vais me priver ! Chaque jour
je voyois, j'entretenois, j'écoutois Fat
mé ; qu'elle étoit chère à mon cœur !
uel bonheur, ô Ciel ! je goûtois près
d'elle. Quel plaiſir j'éprouvois en en
tendant ſeulement le bruit de ſes pas !
Ce plaiſir qui plongeoit mes ſens
dans l'ivrèſſe , laiſſoit échapper mon
cœur ſur les prunelles de mes yeux ,
& faiſoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille.
-
O Fatmé ! tu m'aimois auſſi ! la cou
leur des roſes printanieres étoit moins
vive que celle de tes jouès , quand
ton Amant venoit te ſaluer d'un doux
baiſer, & quand, de ſes bras amou
reux, il te preſſoit contre † ſein.
V.
34 MERCURE PE FRANCE.
Ah ! quelles ſeront les plaies de ton
cœur, trop ſenſible , trop infortunée
Fatmé, lorſque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le viſage pâle & l'œil en feu,
de tes mains délicates arracher tes che
veux , déchirer tes vêtemens , & frap
per ton ſein qui palpite.
.
-
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort, il ne ſeroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment ſur les bords
de l'abîme : liée à mon ſort , bientôt
mon fatal aſcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi, & j'emporte
rois au tombeau le regret affreux d'a-
voir cauſé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoiſonné. Pour n'être point troublé
dans ſon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouſſant, il voit Fatmé.
Il recule en frémiſſant, & Fatmé prend
la parcle , & dit :
| Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin / mais je ſuis ac
cablée de fatigue, & j'ai beſoin de
,nourriture : procure-moi quelque ali
• Ament:
-
S A L A E D D I N.
Fatmé, je n'en ai point
. "
'
•
·
M A I. 1764.
F A T M É.
plus cher que Fatmé ?
S A L A E D D I N.
crois pas ?
offert ? ...
F A T M É.
S A L A E L D I N interdit. .
3 5
Cependant tu viens d'apprêter ce riz...
le deſtines-tu à quelqu'un qui te ſoit
O Ciel ! quelqu'un me ſeroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatmé ! tu ne le
Mais, pourquoi ne me l'as-tu pas.
de Salaeddin.
-
-
Pourquoi ? .... doutes-tu du cœur
F A T M É.
Non, cher Amant; mais il m'avoit
ſemblé d'abord que tu me refuſois.
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin,.
le plat de riz, ſans qu'il ait la force
de s'y oppoſer ; & Fatmé qui a les
yeux ſur lui , s'écrie ;
Que vois-je ? O Ciel !' dans quel
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes ſur moi des re
gards effrayans ! tes mains tremblent !
Tes cheveux ſe dreſſent ſur ton front !
T'eſt-il ſurvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle, hâte-toi..
Salaeddin ſe précipite aux pieds de
-
·
B vi.
36 MERCURE DE FRANCE.
Fatmé , & lui retient la main , dans
le moment que Fatmé porte le riz à
ſes lévres. .. .
Pourquoi ?
S A L A E D D I N.
Eh bien ?
F A T M É.
F A T M É.
-
Arrête, Fatmé ! que fais-tu ? Garde
toi d'y toucher.
Ce riz .. ..
F A T MÉ.
Il eſt empoiſonné.
-
S A L A E D D I N. .
Ciel l Et c'eſt toi qui l'as apprêté !
quel uſage en voulois-tu faire ? Je fré
mis... cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
-
S A L A E D D I. N.
Il eſt vrai..
F A T M É.
S A L A E D D I N.
L'honneur .. ..
F A T M É.
-
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
la miſére affreuſe
· dans laquelle je ſuis réduit par ma
· faute : la honte d'avoir dérangé ta for
tune ; la crainte de te rendre auſſi mal
heureuſe que moi.
-
-
Eſt-il. un plus grand malheur pour
M A I. 1764.
37
moi, que de te perdre ? Mais ton ſort
eſt changé : je n'ai plus rien à crain
dre ;
j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas ren
trer dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppoſe plus à notre bonheur.
O mon cher Salaeddin / une autre
fois, né déſeſpere plus de la Providen
ce. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs ſoient portés à leur comble,
c'eſt, ſans doute, pour nous faire mé
riter notre bonheur.
A P o L o G U E
Abuzei & Thair.
V.
D A N s cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei diſoit à .
Thair : félicitez - moi , mon Père , ie
ſuis Favori du Sultan, l'Amant de ſa
Sœur : & demain Sa Hauteſſe & moi,
nous allons ſeuls enſemble à la chaſſe.
O mon Fils !
répondit Thair ;. il
y a trois choſes ſur leſquelles il faut peu
compter : la faveur des Rois ; les ca
reſſes des femmes ; & les beaux jours
de l'hyver,
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thair avoit raiſon.
Le lendemain, la phuie fit mantguer
la partie de chaſſe ; un caprice fit chan
ger la Princeſſe ; & la Princeſſe fit chan
ger le Sultan.
A P o L o G U E V I.
La préſence d'Eſprit.
DIEU juſte 1 ſi tu permets que
les Tyrans jouiſſent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur ſort de
celui des bons Rois ?
-
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples, par ſes cruautés inouies, erroit
paiſiblement dans les vaſtes campagnes,
ſans ſuite & ſans marque de diſtinction :
il rencontre un Arabe du Déſert, &
- lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois ſçavoir de vous
quel homme eſt cet Hégiage dont on
parle tant ?
L' A R A B E.
Hégiage n'eſt point un homme; c'eſt
, un Tigre; c'eſt un Monſtre.
H É G 1 A G E.
Que lui reproche-t-on ?
L' A R A B E. .
-
Une foule de çrimes :il s'eſt abbreu
M A I. 1764.
39
vé du ſang de plus d'un million de ſes
Sujets.
-
. H É G I A G E.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
que tu parles.
L' A R A B E.
H É G I A G E.
Eh bien ! léve les yeux c'eſt à lui
-
L'Arabe , ſans témoigner la moindre
ſurpriſe, le regard d'un œil fixe, & lui
dit fiérement :
A°
|
Mais , vous ; ſçavez-vous qui je ſuis ?
Non .
-
d'hui.
H É G I A G E.
L' A R A B E.
Je ſuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Deſcendans devient fol un
jour de l'année. Mon jour eſt aujour
-
Hégiage lui pardonna. La préſence
d'eſprit peut tout, puiſque celle de l'A-
rabe du Déſert força Hégiage au pardon.
A P O L o G U E V I I.
Le Borgne.
AvANT d'enchaîner un Peuple par
une Loi, ce n'eſt pas aſſez qu'elle pa
*.
4o MERCURE DE FRANCE.
roiſſe juſte, il faut encore ſe la repré
ſenter ſous toutes les faces poſſibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiſla
teur ; il avoit aſſemblé les vieillards de :
ſa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République, de ne jamais rien
changer à ſes loix. Nantéou lui ſeul s'y
oppoſoit ; mais Nandiskar ſe défendit
ſi adroitement qu'il aigrit tous les eſprits
contre Nantéou. Celui-ci deſeſpérant de
ramener ſes Compatriotes par des diſ
cours, s'approcha de Nandiskar, & lui
dit : tu veux que tes Loix ſoient ſtricte
ment obſervées, le Peuple y conſent ;&
moi je demande à être puni ſuivant tes
Loix : en proférant ces dernières paroles,
d'un coup de poing, il lui creva l'œil
qui lui reſtoit.
-
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
· en ces termes : Quiconque crevera un
aeil, qu'il en perde un.
Tu vois par-là , reprit Nantéou, com
bien ta Loi eſt défectueuſe , puiſqu'il
· ne m'en coûte qu'un œil, pour te priver
de la vue.
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir, je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps, tu
m'as ouvert les yeux de l'eſprit. Et vous,
ſages Vieillards, ne rougiſſez point d'a-
-
M A I. 1764.
41
vouer , avec moi, que nous avons eu
1EO rt.
Par M. de S ***.
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN, Grand-Visir de la Reine
Zaraine , avant qu'elle arrivât au Con
ſeil , diſoit en lui-même : je ne veux
point que le Prince Roſey ſoit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eſt ſous preſſ , &
fait pour inſpirer l'amour de la vertu & l'an,our
de la Patrie.
B
•\
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eſt tombé ſur un autre. Oui, mon petit
Seigneur, je dirai tant de mal de vous,
que la Reine Zaraine, toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eſt , ne vous
| voudra ni pour amant, ni même pour
époux. Auſſi- tôt qu'il fut en préſence de
Sa Majeſté :
-
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Roſey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir, eſt Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend deſcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très-vain. Il ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine : en un
mot, il n'eſt bon que pour donner des
1oix dans un Serrail, préſider à la Toilet
te & à la Table, & juger des modes &
des ragoûts.
ZA R A ï N E , l'interrompant.
Vous ne me dites rien de ſa perſonne. .
Eſt-ce un beau Prince ?
S O U R D I N.
Vous allez en juger, Madame; c'eſt
un homme de trente ans, qui a vécu de
bonne heure, Il eſt d'une taille un peu
au-deſſous de la médiocre , extrême
ment fluet. Le temps qu'il devroit em
ployer à régir ſes Etats, il le paſſe de
-
M A I. 1764.
27
vant ſon miroir , à ſe barbouiller de
blanc & de rouge, à ſe noircîr les ſour
cils & s'arracher la barbe.
Z A R A ï N E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de ſi inutile , de ſi laid, de ſi hi
deux que cette vilaine barbe rude , qui
ne ſert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraſſe. Le Prince Roſey eſt préciſé
ment comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Roſey ! Il a ſûrement des grâces,
de la phyſionomie. Donne-t-il beau
coup de fêtes ? Aime-t-il la danſe , le
jeu ?
. S O U R D I N.
-
Le jeu ? .... trop, Madame, pour le
bien de l'Etat.... ſes malheureux Sujets...
ZA R A ï N E, l'interrompant.
Ah ! c'eſt un Prince accompli.
S O U R D I N.
Mais, Madame , ſongez donc que
c'eſt ( permettez-moi le terme) le plus
grand fat.. ..
Z A R A ï N E.
Bon : il en eſt plus aimé.
S O U R D I N.
Le plus indiſcret. ...
· B ij
| 4
28 MERCURE DE FRANCE.
Z A R A i N E.
Tant mieux ; je hais les avantures
ſecrettes.
-
S O U R D I N.
Et même le plus inconſtant. .. .
Z A R A I N E.
Le plus inconſtant ? à merveille ! Il
eſt inconſtant; c'eſt que les femmes ſe
l'arrachent :
c'eſt qu'il eſt charmant.
Au reſte, il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je ſuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Roſey !
Que vous me faites plaiſir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
choſe de vous, mon cher Sourdin.
S O U R D I N.
| Que vous plaît-il, Madame ?
·
Z A R A ï N E.
Que vous faſſiez accélérer les prépa
ratifs de mes nôces, & que vous alliez
vous-même au-devant du Prince Roſey.
Faites qu'il arrive bientôt : je l'épouſe
rai auſſitôt qu'il ſera ici.
"
*
A
S o U R D I N , prenant un viſage riant.
Je me conformerai à vos ordres, Ma
dame ; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter ,
combien ils me ſont agréables. Souf
frez maintenant que je ſois le premier à
vous complimenter. Vous ne pouviez
M A I. 1764.
29
effectivement faire un choix meilleur,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perſonnes du Conſeil, qui
avoient écouté Sourdin & Zaraine avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sottrdin & Zaraine avoient raiſon.
A P o L o G U E
I I.
Le pouvoir de la Religion.
LE KALIFE Huſſain (a), fils du grand
Ali, étoit à table ;- un de ſes Eſclaves
, ( a) Huſſain, cinquième Kalifedes Muſulmans,
ſuccéda à ſon père Ali, qui avoit épouſé la fille de
Mahomet ; il fut ainſi que ſon père, un modèle de
ſageſſe & de vertu.
-
Qu'un homme de la lie du Peuple, après avoir
épouſé une femme dont il a été le valet, lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocre
ment ſurpris : mais que, ne ſçachant ni lire, ni écri
re, il ait compté au nombre de ſes premiers Diſci
- ples, Ali, l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de ſon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire, il ait fait marcher, ſous ſes dra
peaux, le plus grand Capitainé des Arabes, le fa -
meux Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une choſe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiſtoire, on voit la force
opprimer la foibleſſe, & plier les genoux devant
· la fourberie.
-
B iij
,
3o MERCURE DE FRANCE.
laiſſe tomber un plat de riz bouillant ſur
ſa tête : Huſſain jette ſur l'Eſclave un
regard ſévère; celui-ci, tout tremblant,
ſe proſterne devant lui, & dit ces paro-.
les tirées du ſublime Alcoran :
, Le Paradis eſt fait pour ceux qui re
aiennent & domptent leur colère.
H U s s A I N froidement.
Je ne ſuis point en colère.
L'Es C LA v E , continuant le Verſet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenſés.
H U s s A I N, ſans le regarder ,
Je te pardonne.
-
L'E s CL A v E , continuant le Verſet.
Et Dieu chérit pardeſſus tous ceux qui
font le bien pour le mal.
H U S S A IN , lui tendant la main avec
bonté.
, Eh bien l lève-toi : je te donne la li
berté, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots, l'Eſclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits; il prête ſon ombre, il donne ſes
fruits à celui-là même dont le bras au
dacieux lance des pierres contre lui.
-
M A I. 1764.
A P o L o G U E
Quel eſt-il ?
F o D A H I L.
I I I.
Les Déſintéreſſés.
3E
ParscEs , qui vous écartez des voies
de la juſtice, tremblez d'interroger l'hom
me juſte : la vérité réſide ſur ſes lévres.
Le ſage Fodahil (b) avoit diſſipé ſes
biens au ſervice du Kalife Haroun Ra
chid; & ce Monarque, noyé dans les dé
lices, lui diſoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faſſe profeſſion d'un
plus grand détachement que toi ?
F O D A H I L.
- Oui, Seigneur.
| H A R o U N.
Vous : je n'ai ſacrifié que ma fortune;
vous ſacrifiez votre gloire.
-
(b) Fodahil , voyant que ſa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife, & inutile au bien des
Peuples, ſe retira dans une ſolitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auſtè
res. On rapporte de lui un trait ſingulier : on l'a
vu rire une ſeule fois dans ſa vîe; ce fut le jour
qu'il perdit ſon fils unique,qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre, ainſi que l'ont fait la
plupart des Hiſtoriens, ce Fodahil avec un autre
qui vivoit ſous le même Kalife ; & qui changea ſa
profeſſion de Voleur pour celle de Derviche.
B iv
3
' .
.
32 MERCURE DE FRANCE.
A P O L O G U E
I V.
Salaeddin & Fatmé.
O MALHEUREUx Salaeddin ! ſans
amis, ſans eſpérance, que te reſte-t-il
maintenant de tous les grands biens
que tu poſſédois ? Un peu de riz & de
poiſon !... Eh bien , faiſons-les bouillir
enſemble, & que ce ſoit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poiſon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainſi.
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore, à l'amour de
Fatmé ! Fatmé qui m'aime, alloit s'u-
nir à moi, par les nœuds les plus ſaints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui, ſans doute ; iras-tu, prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeſſes de tes
pères , après avoir abuſé des bontés
de Fatmé , iras-tu lui ravir le peu qui
lui reſte ! Voudrois-tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périſſent juſqu'aux cen
dres de tes osl.... Etois-tu fait pour t'unir
\
M A I. 1764.
33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas! je l'ai
cent fois penſé; cent fois je l'ai dit à mon
cœur embrâſé : jette de l'eau ſur le feu qui
te conſume : mais toujours mes paroles
ſe ſont évaporées dans les airs.
· C'en eſt fait ? je vais mourir... Hon
neur , ta voix ſe fait entendre ; ton
ordre ſera ſuivi ..... Je devois chan
ger de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Fatmé. J'ai trahi mes ſermens !
Après un ſi grand crime , j'oſerai plu- .
tôt enviſager la mort que Fatmé.
De quels
biens cependant moi
même je vais me priver ! Chaque jour
je voyois, j'entretenois, j'écoutois Fat
mé ; qu'elle étoit chère à mon cœur !
uel bonheur, ô Ciel ! je goûtois près
d'elle. Quel plaiſir j'éprouvois en en
tendant ſeulement le bruit de ſes pas !
Ce plaiſir qui plongeoit mes ſens
dans l'ivrèſſe , laiſſoit échapper mon
cœur ſur les prunelles de mes yeux ,
& faiſoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille.
-
O Fatmé ! tu m'aimois auſſi ! la cou
leur des roſes printanieres étoit moins
vive que celle de tes jouès , quand
ton Amant venoit te ſaluer d'un doux
baiſer, & quand, de ſes bras amou
reux, il te preſſoit contre † ſein.
V.
34 MERCURE PE FRANCE.
Ah ! quelles ſeront les plaies de ton
cœur, trop ſenſible , trop infortunée
Fatmé, lorſque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le viſage pâle & l'œil en feu,
de tes mains délicates arracher tes che
veux , déchirer tes vêtemens , & frap
per ton ſein qui palpite.
.
-
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort, il ne ſeroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment ſur les bords
de l'abîme : liée à mon ſort , bientôt
mon fatal aſcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi, & j'emporte
rois au tombeau le regret affreux d'a-
voir cauſé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoiſonné. Pour n'être point troublé
dans ſon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouſſant, il voit Fatmé.
Il recule en frémiſſant, & Fatmé prend
la parcle , & dit :
| Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin / mais je ſuis ac
cablée de fatigue, & j'ai beſoin de
,nourriture : procure-moi quelque ali
• Ament:
-
S A L A E D D I N.
Fatmé, je n'en ai point
. "
'
•
·
M A I. 1764.
F A T M É.
plus cher que Fatmé ?
S A L A E D D I N.
crois pas ?
offert ? ...
F A T M É.
S A L A E L D I N interdit. .
3 5
Cependant tu viens d'apprêter ce riz...
le deſtines-tu à quelqu'un qui te ſoit
O Ciel ! quelqu'un me ſeroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatmé ! tu ne le
Mais, pourquoi ne me l'as-tu pas.
de Salaeddin.
-
-
Pourquoi ? .... doutes-tu du cœur
F A T M É.
Non, cher Amant; mais il m'avoit
ſemblé d'abord que tu me refuſois.
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin,.
le plat de riz, ſans qu'il ait la force
de s'y oppoſer ; & Fatmé qui a les
yeux ſur lui , s'écrie ;
Que vois-je ? O Ciel !' dans quel
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes ſur moi des re
gards effrayans ! tes mains tremblent !
Tes cheveux ſe dreſſent ſur ton front !
T'eſt-il ſurvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle, hâte-toi..
Salaeddin ſe précipite aux pieds de
-
·
B vi.
36 MERCURE DE FRANCE.
Fatmé , & lui retient la main , dans
le moment que Fatmé porte le riz à
ſes lévres. .. .
Pourquoi ?
S A L A E D D I N.
Eh bien ?
F A T M É.
F A T M É.
-
Arrête, Fatmé ! que fais-tu ? Garde
toi d'y toucher.
Ce riz .. ..
F A T MÉ.
Il eſt empoiſonné.
-
S A L A E D D I N. .
Ciel l Et c'eſt toi qui l'as apprêté !
quel uſage en voulois-tu faire ? Je fré
mis... cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
-
S A L A E D D I. N.
Il eſt vrai..
F A T M É.
S A L A E D D I N.
L'honneur .. ..
F A T M É.
-
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
la miſére affreuſe
· dans laquelle je ſuis réduit par ma
· faute : la honte d'avoir dérangé ta for
tune ; la crainte de te rendre auſſi mal
heureuſe que moi.
-
-
Eſt-il. un plus grand malheur pour
M A I. 1764.
37
moi, que de te perdre ? Mais ton ſort
eſt changé : je n'ai plus rien à crain
dre ;
j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas ren
trer dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppoſe plus à notre bonheur.
O mon cher Salaeddin / une autre
fois, né déſeſpere plus de la Providen
ce. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs ſoient portés à leur comble,
c'eſt, ſans doute, pour nous faire mé
riter notre bonheur.
A P o L o G U E
Abuzei & Thair.
V.
D A N s cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei diſoit à .
Thair : félicitez - moi , mon Père , ie
ſuis Favori du Sultan, l'Amant de ſa
Sœur : & demain Sa Hauteſſe & moi,
nous allons ſeuls enſemble à la chaſſe.
O mon Fils !
répondit Thair ;. il
y a trois choſes ſur leſquelles il faut peu
compter : la faveur des Rois ; les ca
reſſes des femmes ; & les beaux jours
de l'hyver,
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thair avoit raiſon.
Le lendemain, la phuie fit mantguer
la partie de chaſſe ; un caprice fit chan
ger la Princeſſe ; & la Princeſſe fit chan
ger le Sultan.
A P o L o G U E V I.
La préſence d'Eſprit.
DIEU juſte 1 ſi tu permets que
les Tyrans jouiſſent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur ſort de
celui des bons Rois ?
-
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples, par ſes cruautés inouies, erroit
paiſiblement dans les vaſtes campagnes,
ſans ſuite & ſans marque de diſtinction :
il rencontre un Arabe du Déſert, &
- lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois ſçavoir de vous
quel homme eſt cet Hégiage dont on
parle tant ?
L' A R A B E.
Hégiage n'eſt point un homme; c'eſt
, un Tigre; c'eſt un Monſtre.
H É G 1 A G E.
Que lui reproche-t-on ?
L' A R A B E. .
-
Une foule de çrimes :il s'eſt abbreu
M A I. 1764.
39
vé du ſang de plus d'un million de ſes
Sujets.
-
. H É G I A G E.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
que tu parles.
L' A R A B E.
H É G I A G E.
Eh bien ! léve les yeux c'eſt à lui
-
L'Arabe , ſans témoigner la moindre
ſurpriſe, le regard d'un œil fixe, & lui
dit fiérement :
A°
|
Mais , vous ; ſçavez-vous qui je ſuis ?
Non .
-
d'hui.
H É G I A G E.
L' A R A B E.
Je ſuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Deſcendans devient fol un
jour de l'année. Mon jour eſt aujour
-
Hégiage lui pardonna. La préſence
d'eſprit peut tout, puiſque celle de l'A-
rabe du Déſert força Hégiage au pardon.
A P O L o G U E V I I.
Le Borgne.
AvANT d'enchaîner un Peuple par
une Loi, ce n'eſt pas aſſez qu'elle pa
*.
4o MERCURE DE FRANCE.
roiſſe juſte, il faut encore ſe la repré
ſenter ſous toutes les faces poſſibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiſla
teur ; il avoit aſſemblé les vieillards de :
ſa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République, de ne jamais rien
changer à ſes loix. Nantéou lui ſeul s'y
oppoſoit ; mais Nandiskar ſe défendit
ſi adroitement qu'il aigrit tous les eſprits
contre Nantéou. Celui-ci deſeſpérant de
ramener ſes Compatriotes par des diſ
cours, s'approcha de Nandiskar, & lui
dit : tu veux que tes Loix ſoient ſtricte
ment obſervées, le Peuple y conſent ;&
moi je demande à être puni ſuivant tes
Loix : en proférant ces dernières paroles,
d'un coup de poing, il lui creva l'œil
qui lui reſtoit.
-
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
· en ces termes : Quiconque crevera un
aeil, qu'il en perde un.
Tu vois par-là , reprit Nantéou, com
bien ta Loi eſt défectueuſe , puiſqu'il
· ne m'en coûte qu'un œil, pour te priver
de la vue.
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir, je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps, tu
m'as ouvert les yeux de l'eſprit. Et vous,
ſages Vieillards, ne rougiſſez point d'a-
-
M A I. 1764.
41
vouer , avec moi, que nous avons eu
1EO rt.
Fermer
Résumé : APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
Le texte présente plusieurs apologues et récits orientaux illustrant des leçons de vie et des réflexions morales. Dans un premier apologue, Sourdin, Grand-Visir de la Reine Zaraine, tente de dissuader la reine de choisir le Prince Rosey comme roi, le décrivant comme vain et ruiné par sa magnificence. Malgré les avertissements, Zaraine décide de l'épouser. Un autre apologue relate comment le Kalife Hussain, connu pour sa sagesse, pardonne un esclave ayant renversé un plat de riz bouillant sur lui, ce qui impressionne l'esclave. Un récit concerne Fodahil, un sage ayant dilapidé ses biens au service du calife Haroun al-Rachid. Ce dernier, ironique, lui demande s'il connaît quelqu'un plus détaché des biens matériels. Fodahil répond qu'il sacrifie sa gloire et se retire dans la solitude pour vivre en anachorète. Un autre récit raconte l'histoire de Salaeddin, désespéré et ruiné, qui décide de se suicider en mangeant du riz empoisonné. Il est interrompu par Fatmé, qu'il aime, et avoue son geste. Fatmé, choquée, lui demande pourquoi il voulait se tuer, et Salaeddin explique que c'était par honneur, à cause de sa misère et de la honte d'avoir ruiné sa fortune. Le texte inclut également divers dialogues et récits. Un personnage exprime sa honte et sa crainte d'avoir causé du tort, mais annonce que les biens volés seront récupérés, montrant sa foi en la Providence. Un dialogue entre Abuzei et Thair met en garde contre la fragilité des faveurs royales, des caresses des femmes et des beaux jours d'hiver. Un autre récit montre un tyran, Hégiage, qui pardonne grâce à la présence d'esprit d'un Arabe du désert. Enfin, un législateur borgne, Nandiskar, apprend une leçon d'humilité et de sagesse lorsque Nantéou lui creve son dernier œil pour démontrer l'injustice de ses lois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
284
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Début :
LA défense de Publius Quintius passe pour le coup d'essai du Prince des Orateurs. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
|
|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
|
|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Le texte décrit deux discours célèbres de Cicéron. En 672 de la fondation de Rome, Cicéron, alors âgé de 26 ans, défendit Publius Quintius dans un litige de succession contre Sextus Naevius. À cette époque, Sylla était dictateur, et les consuls étaient Marcus Tullius Decula et Gnaeus Cornelius Dolabella. Cicéron opta pour déposer une somme d'argent afin d'éviter une condamnation par défaut et fut nommé juge par le préteur. Bien que ce discours ne soit pas aussi remarquable que ses œuvres ultérieures, il révélait déjà des talents prometteurs. L'année suivante, en 673, Cicéron défendit Sextus Roscius d'Amérie, victime des proscriptions de Sylla. Sextus Roscius, un citoyen riche et respecté, avait été assassiné, et son fils fut injustement accusé de parricide par des parents éloignés visant à s'approprier sa fortune. Grâce à son éloquence, Cicéron parvint à démontrer l'innocence du jeune Roscius, lui sauvant ainsi la vie. Ce discours est apprécié pour son bon sens et son émotion. Le texte évoque également une autre affaire où Cicéron aida Roscius à obtenir une compensation pour la mort d'un esclave tué par Flavius. Après plusieurs refus, Fannius finit par céder sous la pression, et Cherea, le juge, accepta la demande. Le discours de Cicéron sur cette affaire est peu connu et seules quelques parties subsistent, ce qui constitue une perte pour les lettrés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
285
p. 93-104
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MÉMOIRES sur les Matières domaniales, ou Traité du Domaine, Ouvrage [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juin 1764, le Mercure de France présente divers ouvrages. Parmi eux, les 'Mémoires sur les Matières domaniales' de M. le Fevre de la Planche, un traité juridique en trois volumes destiné aux jurisconsultes, complété par des notes et une préface de l'éditeur. 'Instructions pour les jeunes Dames qui entrent dans le monde' de Madame Leprince de Beaumont est un guide en quatre volumes pour les adolescentes. Les 'Lettres d'un Actionnaire sur le Commerce de la Compagnie des Indes' abordent l'utilité du commerce de la compagnie et la liberté du commerce. Le poème 'Les Métamorphoses' de M. Zacharie est une satire traduite de l'allemand. La 'Lettre de Valcour' répond à une lettre de M. Dorat mais ne atteint pas son mérite littéraire. Trois ouvrages à paraître sont également annoncés : 'Guide du Commerce', 'Mappemondes', et 'l'Arithmétique démontrée'. L''Histoire de la Maison de Montmorency' par M. Désormeaux, en cinq volumes, couvre la généalogie et l'histoire de cette famille de 960 au XVIe siècle. D'autres publications incluent une histoire des connétables de France de 1494 à 1695, ainsi que des biographies de personnalités telles que Henri Ier, Charles d'Amville, et François-Henri de Montmorency. Un mémoire sur l'exportation et l'importation des grains plaide pour la liberté du commerce extérieur des grains. Une histoire de l'Angleterre, traduite par M. Targe, couvre la période de Jules César au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. La vie de Michel de L'Hôpital, chancelier de France, est présentée comme un ouvrage intéressant. Une dissertation des jeunes Jésuites s'adresse aux évêques pour prouver qu'ils peuvent prêter les serments exigés par les Parlements sans compromettre leur honneur. Enfin, des réflexions sur l'île de Minorque, son climat et les maladies y régnant, rédigées par M. Claude-François Passerat de la Chapelle, sont jugées utiles pour les praticiens médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
286
p. 5-22
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE du procès de C. VERRÉS, contenant celle de tous les Discours prononcés par CICÉRON, dans cette grande affaire.
Début :
ON est effrayé quand on lit le détail des véxations odieuses & des rapines [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE du procès de C. VERRÉS, contenant celle de tous les Discours prononcés par CICÉRON, dans cette grande affaire.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
HISTOIRE du procès de C. VERRÉS,
contenant celle de tous les Discours
prononcés par CICÉRON, dans cette
grande affaire.
ON est effrayé quand on lit le détail
des
véxations odieuses & des rapines
· I. Vol.
·
º
* A iijº ººº
6
MERCURE DE FRANCE.
immenſes qui ſuſcitérent à Verrès
autant d'ennemis que la Sicile avoit
- d'habitans. A peine peut-on concevoir
comment l'avarice & la barbarie d'un
ſeul homme peuvent aller ſi loin.
Sous le premier Conſulat de Pom
pée & de Craſſus , Caius Verrès fut
revêtu de la Préture , & nommé au
· Gouvernement de Sicile.
Il étoit dif
ficile de faire un plus mauvais choix,
& peut-être avoit-il toutes les qualités
qui auroient dû le faire exclure à jamais
de cette place, Diſſipateur, indolent,
cruel , §é arce qu'il avoit trop
de férocité pour être voluptueux, tout
occupé de ſes plaiſirs, fort peu de ſes
affaires ; mettant une vaine grandeur
dans une prodigalité inſenſée, ne ſe re
fuſant rien ; tel étoit le caractère du
nouveau Gouverneur.
-
Son âme ſe développa pendant ſon
ſéjour en, Sicile.. Cette malheureuſe
Province fut le théâtre de ſes véxa
tions en tout genre & de ſes cruautés.
Il fut enfin appellé à Rome après un
ſéjour prolongé au - delà des bornes
preſcrites par les Loix., ce qui fut l'ef
fet des brigues & des cabales ſecretes
de ſes partiſans, à qui il faiſoit appa
remment paſſer une partie du butin
' J U I L L E T. 1764.
-
qu'il retiroit de ſes brigandages. Il em
porta avec lui la haine de prèſque (a )
tous les habitans indignés d'avoir été
pillés & ruinés par celui-là même qui
auroit dû les mettre à couvert de l'in
juſtice. Peu s'en fallut que des réjouiſ
ſances publiques ne ſerviſſent de ſigne
extérieur à la joie qui les animoit. Le
reſpect dû à la qualité de CIToYEN
RoMAIN que portoit Verrès fut ſeul
capable de les empêcher de la manifeſ
ter au dehors. Mais la contrainte dans
laquelle ils avoient langui pendant tout
le temps qu'il avoit été en place, ne
ſervit qu'à faire éclater avec plus de
violence leur haine & leur indignation
quand il eut quitté la Sicile. C'étoit à
qui éléveroit le plus haut la voix pour
l'accuſer. C'étoit à qui porteroit à Rome
les plaintes unanimes de la Nation.
Cicéron commençoit alors à jouir de
cette réputation brillante qui ne fit
qu'augmenter & s'accroître dans la
( a ) Toutes les Villes s'étoient réunies contre
le coupable, à la réſerve de Syracuſe & de Meſ
qu'il avoit traitées avec plus de ménagement,
parce qu'elles étoient les plus confidérables de
la Province. Il en avoit obtenu à la fin de ſon
Gouvernement d'amples témoignages qui étoient
à l'honneur de ſa conduite.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
ſuite. Les Siciliens connoiſſoient auſſi
toute l'étendue de ſon mérite Revêtu
de la Queſture peu de temps après avoir
prononcé ſon diſcours pour le Comé
dien Roſcius, il recut cet emploi moins
comme un Don que comme un Dé
pôt ; & ſuivant ce qu'il en dit lui
même, il regarda la Sicile (cette Pro
vince lui étoit échue par le ſort) comme
· un théatre où les regards du Public
alloient être fixés ſur lui. Cette idée qu'il
ne perdit jamais de vue, fut le prin
cipe de la conduite qu'il tint pendant
· tout le temps de ſon adminiſtration ,
conduite qui fut ſi adroite & ſi bien
ſoutenue qu'elle lui mérita l'eſtime &
l'admiration de toute la Province. (b)
( b ) L'hiſtoire de la vie de cicéron publiée en
Anglois par M. Middieton, & traduite en notre
Langue par l'Abbé Prévoſt, offre un trait remar
quable de ſon amour pour les Sciences, & du
deſir qu'il avoit de s'inſtruire. Le voici.Avant la
fin de ſa Queſture, Cicéron fit le tour de la Sicile
pour viſiter tout ce qui méritoit ſa curioſité, &
particuliérement la Ville de Syracuſe qui a tou
jours fait une figure diſtinguée dans l'hiſtoire de
• cette Iſle, La première demande qu'il fit aux Ma -
' giſtrats de cette Ville ayant été de lui faire voir
le tombeau d'Archiméde, dont le nom faiſoit
tant d'honneur à leur patrie, ſa ſurpriſe fut ex
trême de leur entendre dire qu'ils ne le connoiſ
-
-
i
·
'
5 U IL L E # # ...º '
Voilà ce qui engagea les Siciliens à
fe charger de l'accuſàtion dè Verrès
- lººs- -- : -- ºº -- : --
foient point , & qu'il n'y avoit rien dans leur ville
qui reſſeniblât à ce qu'il leur demandoit.Comme
il étoit convaincu de leur erreur par le témoi
# conſtant de tous les Ecrivains , & qu'il
e ſouvenoit même de l'Inſcription qui devoit
être ſur la tombe ,'accompa gnée - d'une ſphère
gravée avec un cilindre, il ne fé refroidit point
dans la réſolution de chércher ce monument. Ils
Je conduiſirent à l'une dés portes de la Ville, où
étoient un grand nombre de, vieux tpmbeaux,
entre leſquels il obſerva dans un liéu coüvert
de ronces & d'orties une petite colomne dont lé
| ſommet ſurpaſſoit fort peu les ronées, & ſur la
·ºlºmne la figure d'une ſphère & d'un cilinde† ſes guides que e'étoit ce qu'il
· cherchoit ; & donnant ordre ſur le champ que
††# trouya §†
| Ainſi, prend il ſoin d'ajouter dans un de ſes
· Ouvrages Philoſophiques, (Tüſè. Qu. V. Ch. III.)
: une des plus nobles Villes de la Gréce, autreſois
une des plus ſçavantes, auroit ignoré la ſépulture
: & le monument du plus illuſtre de ſes Citoyens , ſi
, elle n'avoit eu le# d'un habitant d'Arpinuin
- §Fi découvrir · Cicéron étoit né en effet dans
*ce Bourg , aujourd'hui Ville du Royaume de
- Naples. La maiſou de ſes pères , éloignée d'une
º
** . » , i .
"
,
!
·
'. º-*** " A v
·
•
††cieuſement pour s'y retirer † il avoit quel
qu'ouvfage d'importance à finir, appartient au
jourd'hui à une Communauté de Religieux Do
· ninicains. Quelle deſtinée :
·
·
, t
Vie de cicéron, I. V. Ed. de 1749.p. roy.
'
' l
/
"
.
1o MERCURE DE FRANCE.
préférablement à tout autre. Cicéron
ſollicité vivement, répondit favorable
ment aux inſtances qu'on lui faiſoit ,
& ſe prépara à ſoutenir cette action
d'une façon brillante. A peine eut-il fait
les premiers pas dans cette carrière,
qu'il ſe vit naître un rival. Un certain
Caecilius , Sicilien de naiſſance , qui
avoit été Secrétaire de Verrès , parut
ſur la Scène, & demanda d'être pré
féré à Cicéron dans la qualité d'accu
ſateur , ou du moins de la partager
avec lui. Il prétendoit avoir reçu des
outrages perſonnels de la part de l'ac
cuſé, & connoître mieux ſes crimes
parce qu'il avoit eu beſoin de lui pour
† commettre. L'artifice étoit trop groſ
fier & perſonne n'en fut la dupe. On
vit bien que c'étoit un partiſan ſecret
de Verrès qui n'agiſſoit que par ces
ordres, & qui ne vouloit l'accuſer que
»our donner enſuite plus de priſe à
§ victorieuſe d'Hortenſius que
ſes talens diſtingués avoient fait †
· nommer le Roi du Barreau , & qui
s'étoit chargé de défendre le Préteur
de Sicile.
-
Les prétentions de Cœciliuà for
moient une conteſtation qui devoit être
jugée préliminairement par une efpéce
J U IL L E T. 1764.
1# 1
de procédure toute particulière qui ſe
nommoit DIVINATIoN , parce que
l'Office des Juges étoit alors de deviner
en quelque ſorte , ſans le ſecours
d'aucun témoin, à quoi ils étoient obli
gés par la Juſtice. C'eſt-là ce qui força
Cicéron a prononcer le premier diſcours
de cette grande affaire, qui porte ce
titre vulgaire. .... In. Qu. à§
Divinatio.
-
Une raillerie forte & ingénieuſe dé
concerta ſon Antagoniſte. Il fit remar
quer que » le véritable accuſateur dans
» une cauſe de cette nature, ne pouvoit
» être celui qui s'offroit pour remplir ce
» rôle avec une eſpéce de joie & d'ar
» deur ; mais que c'étoit celui qui y
» étoit forcé par le ſentiment de ſon de
» voir, celui dont les parties deſiroient
» le ſecours & dont le coupable redou
» toit les attaques, enfin celui que l'an
» cienne coutume de la République
» déſignoit , & déclaroit propre à cette
39 entrepriſe. »y
On jugea en faveur de Cicéron, & on
lui accorda , ſuivant la Loi , cent dix
jours pour faire le voyage de Sicile,
recueillir les témoignages, & vérifier les"
mémoires & les accuſations; les uns
& les autres étoient en trop grand nom
A vj
-
12 MERCURE DE FRANCE.
- bre, pour que l'ouvrage fût peu con
: ſidérable.
t
-
-
En s'éloignant de Rome , Cicéron
• avoit tout à craindre des menées ſourdes
· de l'Accuſé. L'adminiſtration publique
: étoit alors extrêmement corrompue dans
: toutes ſes parties. Les Grands épuiſés
par leurs excès de luxe & de débauche
: ne recevoient leurs gouvernemens que
pour s'enrichir par la dépouille des Pro
· vinces étrangéres : les Peuples opprimés
· cherchoient en vain du ſecours à Rome :
perſonne n'oſoit entreprendre d'accuſer
: ou de pourſuivre un criminel Noble,
• parce que la déciſion du procès : dé
-pendoit d'une multitude de Juges de
' même rang , & pour la plûpart coupa
- bles des mêmes crimes.
:
-
Verrès ſçavoit mieux que perſonne
-tous les avantages qu'il pouvoit tirer
-de la conſtitution préſente du gouverne
ment; auſſi n'épargna-t-il rien pour re
froidir le reſſentiment du Peuple &
pour ſe faire des partiſans. Il n'y réuſſit
que trop : il fut appuyé des plus puiſ
ſantes maiſons de Rome , des Scipions,
des Métellus , &c, &c; ſes tréſors ſervi
· rent merveilleuſement alors à lui ac
quérir d'autres amis, auſſi utiles, quoi
que d'un ordre moins diſtingué.
|
JU IL L E T. 1764.
x3
Mais la promptitude du retour de
Cicéron fit échouer toutes ces meſures : il
ne mit que cinquante jours à parcourir
la Sicile , aidé de ſon couſin L. Cicé
ron , ( c) qui le ſoulagea d'une partie du
· travail.Il ne ſongea donc plus qu'à preſ
ſer la concluſion du Procès au Tribu
· nal de M. Glabrion , Préteur actuel ,
en fortifiant & en agravant les accuſa
tions, au lieu de faire éclater ſon élo
· quence.
Rien ne devenoit plus néceſſaire que
cette procédure extraordinaire ; car
Verrès auroit bien pû par des délais
adroitement ménagés faire remettre ſon
jugement à l'année ſuivante , dont les
Magiſtrats déſignés étoient, ou ſes pro
tecteurs ou ſes amis. Cicéron prononça
donc ſa première Verrine, proprement
dite , qui ne doit être regardée que
comme le prélude de toute la cauſe.
Elle eſt connue dans les claſſes ſous le
titre de Prœmium actionis primae in Ver
rcml. .
'
" (c) Ce Lucius Cicéron , couſin - germain de
notre Orateur, étoit fils d'une ſœur de ſa mère
Helvia , mariée à C. Aculeo , Chevalier Ro
main, d'un mérite diſtingué, & célébre par une
connoiſſance profonde & réfléchie du Droit Ci
· vil, eſpéce rare de richeſſe , dont fes enfans hé
ritérent ainſi que de ſes autres biens
«4 MERCURE DE FRANCE.
Le ſuccès de ce diſcours fut ſi grand
qu'il ſurpaſſa pour ainſi dire les eſpé
rances de Cieéron. La notoriété des
crimes qui ſe trouverent prouvés tout
d'un coup par les dépoſitions, con
fondit Hortenſius , juſqu'à lui ôter le
courage de prononcer un ſeul mot pour
la défenſe de ſon client, & Verrès per
dant l'eſpérance, prit le parti de préve
nir ſon jugement par un exil volontaire.
Ce détail nous conduit aſſez naturel
lement à croire que des ſept diſcours de
Cicéron concernant l'affaire de Verrés
qui ſont venus juſqu'à nous, il n'y a
que les deux premiers qui ayent été pro
noncés. Les cinq autres furent publiés
dans la ſuite. Ils n'avoient été préparés
ue pour le cas où l'Accuſé eût fait une
§ régulière. Mais Cicéron n'ayant
point encore exercé ſon eloquence en
qualité d'Accuſateur , dit un de ſes
Commentateurs, il a voulu laiſſer à la
poſtérité un monument de ſon habileté
dans ce genre , aufli bien qu'un modéle
d'une juſte & vive accuſation contre
un Magiſtrat redoutable & corrompu.
Il ne ſera pas hors de propos de (d)
( d) L'intérêt de la vérité & le reſpect dû au
Public mon Juge , m'obligent de déclarer que
j'ai trouvé de Huiſſans ſecours pour la confec
--* "
JUIL L ET. 1764.
15
prendre une idée ſuccinte des cinq-Diſ
cours qui ne furent pas prononcés.
Dans le détail immenſe des forfaits
de l'Accuſé , nous choiſirons dans cha
que genre les traits les plus piquans &
les plus dignes d être cités. L'hiſtoire a
rempli ſon objet le plus noble, quand
elle eſt parvenue à faire connoître les
hommes.
-
L'accuſation rouloit ſur quatre chefs.
I. La corruption de Verrès dans ſes
jugemens.
II Ses rapines & ſes extorſions en
· levant les taxes & les revenus publics.
III. Ses vols particuliers de ſtatues &
de vaiſſelle d'argent, ce qui étoit pro
prement ſon goût.
-
IV. Les punitions tyranniques & con
traires aux loix. Voici des exemples de
pluſieurs de ces griefs.
Sopater, Citoyen conſidérable de la
, Ville d'Halicie, avoit été accuſé devant
· le Préteur C. Sacerdos , qui avoit pré
cédé Verrès , d'un crime capital dont
il s'étoit purgé avec beaucoup d'éclat.
L'accuſation fut renouvellée devant le
nouveau Préteur. Sopater ſe préſenta à
ſon Tribunal avec confiance. Mais la
tion de ce morceau dans l'hiſtoire de la Vie de
Cicéron, déja citée.
16 MERCURE DE FRANCE.
'cauſe ayant été ajournée dès la premiè
Te audience , Timarchides Affranchi de
'Verrès & ſon principal Agent , vint
· trouver l'Accuſé & l'avertit én ami de
ne pas ſe fier trop à la bonté de ſa
cauſe & à ſa première victoire ; que
ſes adverſaires étoient dans la réſolu
· tion d'offrir de l'argent au Préteur, qui
aimeroit bien mieux en recevoir pour
· ſauver un Criminel que pour le perdre,
* & qui n'étoit pas porté d'ailleurs à caſ
ſer la Sentence de ſon Prédéceſſeur.
Sopater ſurpris de ce diſcours, lui pro
mit d'y faire attention , & déclara ſeu
lement qu'il n'étoit pas en état d'avan
· cer une groſſe ſomme. Ayant conſulté
l'affaire avec un de ſes amis, on lui con
ſeilla de céder aux circonſtances, puiſ
· qu'il y étoit forcé ; de ſorte que re--
voyant Timarchides à qui il fit valoir
· encore la diſette où il étoit d'argent, on
* compoſa pour la ſomme de mille piſto
les qui furent payées ſur le champ. Il
crut toutes ſes inquiétudes finies ; mais
après une autre audience, la cauſe fut
| encore ajournée , & Timarchides re
vint pour lui donner avis que ſes ad
verſaires
avoient offert une ſomme
· beaucoup plus groſſe que la ſienne, &
lui conſeiller, ſage comme il étoit, de
J U I L L E T. 1764.
17
bien conſidérer ce qu'il alloit faire. La
patience manquant à Sopater ,
il ne
laiſſa point à l'impudent Timarchides
le temps de finir ; il lui déclara nette
ment que de quelque manière que la
choſe pût tourner, il ne donneroit rien
de plus. Tous ſes amis approuvérent
ſa réponſe , dans la perſuaſion que Ver
rès même, quelles que fuſſent ſes in
tentions, n'auroit pas le pouvoir d'y
faire entrer tous les Juges de Syracuſe,
qui étoient les plus honnêtes gens de
la Ville, & qui avoient déja porté une
Sentence favorable à Sopater avec le
dernier Préteur. La troiſiéme audience
étant arrivée, Verrès donna ordre à Pe
tilius, Chevalier Romain, qui étoit aſ
·ſis en qualité d'un des Juges , d'aller
entendre une cauſe privée & appointée
pour le même jour. Petilius refuſa de
quitter l'audience , parce que ſes Aſ -
ſeſſeurs étoient retenus par le procès de
Sopater qu'on alloit juger. Mais le Pré
teur déclarant qu'ils pouvoient tous le
ſuivre, & qu'il ne prétendoit point les
retenir, ils ſortirent tous ſur le champ,
les uns pour juger la cauſe privée avec
Petilius , les autres pour ſervir leurs
amis dans d'autres cauſes. Minucius ,
Avocat de Sopater, voyant la Salle dé
18 MERCURE DE FRANCE.
ſerte ne douta point que l'affaire de ſon
Client ne fût remiſe à quelqu'autre jour,
& ſe diſpoſoit auſſi à ſortir, lorſque
Verrès l'arrêta , en lui ordonnant de
plaider la cauſe dont il étoit chargé. Eh
devant qui , répondit l'Avocat ? De
vant moi , lui dit Verrès , ſi vous me
croyez digne de juger un miſérable Si
cilien. Je ne conteſte point votre qualité
& votre rang, repliqua Minucius , mais
je ſouhaiterois voir ici vos Aſſeſſeurs
qui connoiſſent parfaitement la juſtice
de ma cauſe. Commencez , reprit Verrès,
car ils ne peuvent ſe trouver ici.Je ne
puis m'y trouver non plus, lui dit Mi
nucius, car Petilius m'a prié de le ſui
vre, & d'aſſiſter au jugement de l'autre
procès. En vain Verrès employa les me
naces pour l'arrêter, il ſortit avec tous
les amis de Sopater. Ce contretemps dé
concerta un peu le Préteur ; mais après
quelques mots que Timarchides lui dit
à l'oreille , il donna ordre à Sopater
d'expliquer lui-même ce qu'il avoit à
dire pour ſa défenſe. Ce malheureux
accuſé le conjura par tous les Dieux de
ne pas prononcer ſa Sentence avant
que les Juges fuſſent préſens ; mais
· Verrès appellant les témoins, & feignant
d'en écouter un ou deux , termina le
-
|
J U IL L E T. 1764.
19
procès en un moment, par une Sen- .
tence qui condamnoit Sopater.
Le Jeune Anthiocus, Roi de Syrie ,
ayant du côté de ſa mère quelques
prétentions ſur l'Egypte ,
paſſa envi
viron dans ce temps-là par la Sicile
en retournant dans ſes Etats , & s'ar
rêta à Syracuſe , où
Verrès qui lui
ſçavoit beaucoup d'argent ,
le reçut
avec toute ſorte de politeſſes, lui of
frit des rafraîchiſſemens , & le traita
magnifiquement dans les différens re
pas qu'il lui donna, Ce Monarque fut
ſenſible aux politeſſes du Préteur : il
l'invita à ſon tour, & prit plaiſir à
faire
briller à ſes yeux , entr'autres
meubles précieux, un grand Candela
bre à pluſieurs branches, tout couvert
de diamans, & d'une valeur ineſtima
ble. Les réparations commencées au
Capitole , par les ſoins de Catulus ,
n'étant point achevées, il n'avoit point
trouvé dans le Temple de place con
venable pour ce rare morceau , dont
il s'étoit propoſé de faire préſent à
Jupiter; il le rapportoit en Syrie, afin
d'attendre le temps où il pût paroître
avec éclat. Verrès affecta de ne pou
voir raſſaſier ſon admiration , & pria
le Roi de le laiſſer quelque temps en
2o MERCURE DE FRANCE.
tre ſes mains. Antiochus y conſentit :
quelques jours ſe paſſerent, ſans qu'on
entendît
parler du Candelabre. Le
Prince le fit redemander pluſieurs fois :
on le remettoit toujours : il fut enfin
forcé d'en parler lui-même au Préteur,
qui eut l'impudence de propoſer au Roi
de lui en faire préſent. On le refuſa :
Verrès s'emporta d'abord en menaces,&
les vovant ſans effet,il ordonna fierement
à Antiochus de ſortir ſur le champ de
ſa Province, en lui déclarant qu'il lui
connoiſſoit des liaiſons avec de certains
Pirates dont le deſſein étoit d'envahir la
Sicile. Le Prince vit alors , mais trop
tard, combien il avoit été indignement
trompé, & fut obligé de ſe ſoumettre à
des ordres auſſi injuſtes.
-
· · Les côtes de Sicile étoient infeſtée
!
par un grand nombre de Corſaires. Cha
cune des Villes maritimes fourniſſoit
tous les ans unVaiſſeau, avec le nombre
d'hommes & de proviſions néceſſaires,
Cet armement étoit deſtiné à leur donner
la chaſſe. Mais Verrès les diſpenſoit quel
quefois de cette contribution , moyen
nant de groſſes ſommes : les Matelots
· obtenoient auſſi la diſpenſe de leur ſer
vice , quand ils étoient en état de la
payer. On équipoit néanmoins une
J U I L L E T. 1764.
2, I
Flotte de ſept Vaiſſeaux , mais unique
ment par oſtentation , & le Préteur au
commencement du Printemps en faiſoit
la revue. » C'étoit un ſpectacle étrange,
» dit Cicéron, que de voir ce Magiſtrat
» qui avoit été longtemps comme en
» ſeveli dans les délices, reparoître aux
» yeux des Matelots, avec des mules,
» pour chauſſures, couvert d'une robe
» de pourpre qui lui tomboit juſqu'aux
» talons , & nonchalament appuyé ſur
» l'épaule d'une jeune fille , pour faire
» paſſer devant lui cette eſcadre formi
» dable, qui au lieu d'aller purger les .
» mers, bornoit ſa courſe après pluſieurs
» jours de navigation au Port de Pachy-\
rus. ( e ) » Quelques Pirates qui s'étoient
cachés dans un Port voiſin la ſurpri
rent tandis qu'elle étoit tranquillement'
à l'ancre. Après une légère réſiſtance,,
ils ſe rendirent maîtres des Vaiſſeaux
qu'ils brûlerent auſſitôt. La nouvelle s'en
répandit bientôt. Les Officiers d'é
clarerent que le mauvais état de la flote
( e ) Le Modéle des Critiques, Quintilien , cet
homme rare qui joignoit un goût exquis aux
connoiſſances les plus étendues , faiſoit un cas
ſingulier de cette deſcription, admirable en ef
fet dans l'Original Lâtin. Que je ſerois flatté, ſi
les Quintilien de nos jours en portoient un pa
reil jugement d'après ma Traduction !
!
!
;
22 MERCURE DE FRANCE.
leur avoit ôté le pouvoir de ſe defendre.
Verrès alors
n'écoutant plus que ſa
rage, ces malheureux payerent de leur
tête la honte dont le Préteur s'étoit
couvert , & dont ſon infâme avarice
avoit été la première cauſe.
Ce miſérable mena une vie languiſſante
dans ſon exil , où il reçut des ſecours
de Cicéron. Dans la proſcription de M.
Antoine, ayant refuſé de lui donner
ſa vaiſſelle & ſes belles Statues de Co
rinthe , ſon nom fut mis ſur la Liſte
fatale , & il perdit la vie au moment où
il s'y attendoit le moins.
La défenſe de Fonteius, celle de Caecina,
&c, &c , &c, au Mercure prochain.
Discours de CICÉRON.
HISTOIRE du procès de C. VERRÉS,
contenant celle de tous les Discours
prononcés par CICÉRON, dans cette
grande affaire.
ON est effrayé quand on lit le détail
des
véxations odieuses & des rapines
· I. Vol.
·
º
* A iijº ººº
6
MERCURE DE FRANCE.
immenſes qui ſuſcitérent à Verrès
autant d'ennemis que la Sicile avoit
- d'habitans. A peine peut-on concevoir
comment l'avarice & la barbarie d'un
ſeul homme peuvent aller ſi loin.
Sous le premier Conſulat de Pom
pée & de Craſſus , Caius Verrès fut
revêtu de la Préture , & nommé au
· Gouvernement de Sicile.
Il étoit dif
ficile de faire un plus mauvais choix,
& peut-être avoit-il toutes les qualités
qui auroient dû le faire exclure à jamais
de cette place, Diſſipateur, indolent,
cruel , §é arce qu'il avoit trop
de férocité pour être voluptueux, tout
occupé de ſes plaiſirs, fort peu de ſes
affaires ; mettant une vaine grandeur
dans une prodigalité inſenſée, ne ſe re
fuſant rien ; tel étoit le caractère du
nouveau Gouverneur.
-
Son âme ſe développa pendant ſon
ſéjour en, Sicile.. Cette malheureuſe
Province fut le théâtre de ſes véxa
tions en tout genre & de ſes cruautés.
Il fut enfin appellé à Rome après un
ſéjour prolongé au - delà des bornes
preſcrites par les Loix., ce qui fut l'ef
fet des brigues & des cabales ſecretes
de ſes partiſans, à qui il faiſoit appa
remment paſſer une partie du butin
' J U I L L E T. 1764.
-
qu'il retiroit de ſes brigandages. Il em
porta avec lui la haine de prèſque (a )
tous les habitans indignés d'avoir été
pillés & ruinés par celui-là même qui
auroit dû les mettre à couvert de l'in
juſtice. Peu s'en fallut que des réjouiſ
ſances publiques ne ſerviſſent de ſigne
extérieur à la joie qui les animoit. Le
reſpect dû à la qualité de CIToYEN
RoMAIN que portoit Verrès fut ſeul
capable de les empêcher de la manifeſ
ter au dehors. Mais la contrainte dans
laquelle ils avoient langui pendant tout
le temps qu'il avoit été en place, ne
ſervit qu'à faire éclater avec plus de
violence leur haine & leur indignation
quand il eut quitté la Sicile. C'étoit à
qui éléveroit le plus haut la voix pour
l'accuſer. C'étoit à qui porteroit à Rome
les plaintes unanimes de la Nation.
Cicéron commençoit alors à jouir de
cette réputation brillante qui ne fit
qu'augmenter & s'accroître dans la
( a ) Toutes les Villes s'étoient réunies contre
le coupable, à la réſerve de Syracuſe & de Meſ
qu'il avoit traitées avec plus de ménagement,
parce qu'elles étoient les plus confidérables de
la Province. Il en avoit obtenu à la fin de ſon
Gouvernement d'amples témoignages qui étoient
à l'honneur de ſa conduite.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
ſuite. Les Siciliens connoiſſoient auſſi
toute l'étendue de ſon mérite Revêtu
de la Queſture peu de temps après avoir
prononcé ſon diſcours pour le Comé
dien Roſcius, il recut cet emploi moins
comme un Don que comme un Dé
pôt ; & ſuivant ce qu'il en dit lui
même, il regarda la Sicile (cette Pro
vince lui étoit échue par le ſort) comme
· un théatre où les regards du Public
alloient être fixés ſur lui. Cette idée qu'il
ne perdit jamais de vue, fut le prin
cipe de la conduite qu'il tint pendant
· tout le temps de ſon adminiſtration ,
conduite qui fut ſi adroite & ſi bien
ſoutenue qu'elle lui mérita l'eſtime &
l'admiration de toute la Province. (b)
( b ) L'hiſtoire de la vie de cicéron publiée en
Anglois par M. Middieton, & traduite en notre
Langue par l'Abbé Prévoſt, offre un trait remar
quable de ſon amour pour les Sciences, & du
deſir qu'il avoit de s'inſtruire. Le voici.Avant la
fin de ſa Queſture, Cicéron fit le tour de la Sicile
pour viſiter tout ce qui méritoit ſa curioſité, &
particuliérement la Ville de Syracuſe qui a tou
jours fait une figure diſtinguée dans l'hiſtoire de
• cette Iſle, La première demande qu'il fit aux Ma -
' giſtrats de cette Ville ayant été de lui faire voir
le tombeau d'Archiméde, dont le nom faiſoit
tant d'honneur à leur patrie, ſa ſurpriſe fut ex
trême de leur entendre dire qu'ils ne le connoiſ
-
-
i
·
'
5 U IL L E # # ...º '
Voilà ce qui engagea les Siciliens à
fe charger de l'accuſàtion dè Verrès
- lººs- -- : -- ºº -- : --
foient point , & qu'il n'y avoit rien dans leur ville
qui reſſeniblât à ce qu'il leur demandoit.Comme
il étoit convaincu de leur erreur par le témoi
# conſtant de tous les Ecrivains , & qu'il
e ſouvenoit même de l'Inſcription qui devoit
être ſur la tombe ,'accompa gnée - d'une ſphère
gravée avec un cilindre, il ne fé refroidit point
dans la réſolution de chércher ce monument. Ils
Je conduiſirent à l'une dés portes de la Ville, où
étoient un grand nombre de, vieux tpmbeaux,
entre leſquels il obſerva dans un liéu coüvert
de ronces & d'orties une petite colomne dont lé
| ſommet ſurpaſſoit fort peu les ronées, & ſur la
·ºlºmne la figure d'une ſphère & d'un cilinde† ſes guides que e'étoit ce qu'il
· cherchoit ; & donnant ordre ſur le champ que
††# trouya §†
| Ainſi, prend il ſoin d'ajouter dans un de ſes
· Ouvrages Philoſophiques, (Tüſè. Qu. V. Ch. III.)
: une des plus nobles Villes de la Gréce, autreſois
une des plus ſçavantes, auroit ignoré la ſépulture
: & le monument du plus illuſtre de ſes Citoyens , ſi
, elle n'avoit eu le# d'un habitant d'Arpinuin
- §Fi découvrir · Cicéron étoit né en effet dans
*ce Bourg , aujourd'hui Ville du Royaume de
- Naples. La maiſou de ſes pères , éloignée d'une
º
** . » , i .
"
,
!
·
'. º-*** " A v
·
•
††cieuſement pour s'y retirer † il avoit quel
qu'ouvfage d'importance à finir, appartient au
jourd'hui à une Communauté de Religieux Do
· ninicains. Quelle deſtinée :
·
·
, t
Vie de cicéron, I. V. Ed. de 1749.p. roy.
'
' l
/
"
.
1o MERCURE DE FRANCE.
préférablement à tout autre. Cicéron
ſollicité vivement, répondit favorable
ment aux inſtances qu'on lui faiſoit ,
& ſe prépara à ſoutenir cette action
d'une façon brillante. A peine eut-il fait
les premiers pas dans cette carrière,
qu'il ſe vit naître un rival. Un certain
Caecilius , Sicilien de naiſſance , qui
avoit été Secrétaire de Verrès , parut
ſur la Scène, & demanda d'être pré
féré à Cicéron dans la qualité d'accu
ſateur , ou du moins de la partager
avec lui. Il prétendoit avoir reçu des
outrages perſonnels de la part de l'ac
cuſé, & connoître mieux ſes crimes
parce qu'il avoit eu beſoin de lui pour
† commettre. L'artifice étoit trop groſ
fier & perſonne n'en fut la dupe. On
vit bien que c'étoit un partiſan ſecret
de Verrès qui n'agiſſoit que par ces
ordres, & qui ne vouloit l'accuſer que
»our donner enſuite plus de priſe à
§ victorieuſe d'Hortenſius que
ſes talens diſtingués avoient fait †
· nommer le Roi du Barreau , & qui
s'étoit chargé de défendre le Préteur
de Sicile.
-
Les prétentions de Cœciliuà for
moient une conteſtation qui devoit être
jugée préliminairement par une efpéce
J U IL L E T. 1764.
1# 1
de procédure toute particulière qui ſe
nommoit DIVINATIoN , parce que
l'Office des Juges étoit alors de deviner
en quelque ſorte , ſans le ſecours
d'aucun témoin, à quoi ils étoient obli
gés par la Juſtice. C'eſt-là ce qui força
Cicéron a prononcer le premier diſcours
de cette grande affaire, qui porte ce
titre vulgaire. .... In. Qu. à§
Divinatio.
-
Une raillerie forte & ingénieuſe dé
concerta ſon Antagoniſte. Il fit remar
quer que » le véritable accuſateur dans
» une cauſe de cette nature, ne pouvoit
» être celui qui s'offroit pour remplir ce
» rôle avec une eſpéce de joie & d'ar
» deur ; mais que c'étoit celui qui y
» étoit forcé par le ſentiment de ſon de
» voir, celui dont les parties deſiroient
» le ſecours & dont le coupable redou
» toit les attaques, enfin celui que l'an
» cienne coutume de la République
» déſignoit , & déclaroit propre à cette
39 entrepriſe. »y
On jugea en faveur de Cicéron, & on
lui accorda , ſuivant la Loi , cent dix
jours pour faire le voyage de Sicile,
recueillir les témoignages, & vérifier les"
mémoires & les accuſations; les uns
& les autres étoient en trop grand nom
A vj
-
12 MERCURE DE FRANCE.
- bre, pour que l'ouvrage fût peu con
: ſidérable.
t
-
-
En s'éloignant de Rome , Cicéron
• avoit tout à craindre des menées ſourdes
· de l'Accuſé. L'adminiſtration publique
: étoit alors extrêmement corrompue dans
: toutes ſes parties. Les Grands épuiſés
par leurs excès de luxe & de débauche
: ne recevoient leurs gouvernemens que
pour s'enrichir par la dépouille des Pro
· vinces étrangéres : les Peuples opprimés
· cherchoient en vain du ſecours à Rome :
perſonne n'oſoit entreprendre d'accuſer
: ou de pourſuivre un criminel Noble,
• parce que la déciſion du procès : dé
-pendoit d'une multitude de Juges de
' même rang , & pour la plûpart coupa
- bles des mêmes crimes.
:
-
Verrès ſçavoit mieux que perſonne
-tous les avantages qu'il pouvoit tirer
-de la conſtitution préſente du gouverne
ment; auſſi n'épargna-t-il rien pour re
froidir le reſſentiment du Peuple &
pour ſe faire des partiſans. Il n'y réuſſit
que trop : il fut appuyé des plus puiſ
ſantes maiſons de Rome , des Scipions,
des Métellus , &c, &c; ſes tréſors ſervi
· rent merveilleuſement alors à lui ac
quérir d'autres amis, auſſi utiles, quoi
que d'un ordre moins diſtingué.
|
JU IL L E T. 1764.
x3
Mais la promptitude du retour de
Cicéron fit échouer toutes ces meſures : il
ne mit que cinquante jours à parcourir
la Sicile , aidé de ſon couſin L. Cicé
ron , ( c) qui le ſoulagea d'une partie du
· travail.Il ne ſongea donc plus qu'à preſ
ſer la concluſion du Procès au Tribu
· nal de M. Glabrion , Préteur actuel ,
en fortifiant & en agravant les accuſa
tions, au lieu de faire éclater ſon élo
· quence.
Rien ne devenoit plus néceſſaire que
cette procédure extraordinaire ; car
Verrès auroit bien pû par des délais
adroitement ménagés faire remettre ſon
jugement à l'année ſuivante , dont les
Magiſtrats déſignés étoient, ou ſes pro
tecteurs ou ſes amis. Cicéron prononça
donc ſa première Verrine, proprement
dite , qui ne doit être regardée que
comme le prélude de toute la cauſe.
Elle eſt connue dans les claſſes ſous le
titre de Prœmium actionis primae in Ver
rcml. .
'
" (c) Ce Lucius Cicéron , couſin - germain de
notre Orateur, étoit fils d'une ſœur de ſa mère
Helvia , mariée à C. Aculeo , Chevalier Ro
main, d'un mérite diſtingué, & célébre par une
connoiſſance profonde & réfléchie du Droit Ci
· vil, eſpéce rare de richeſſe , dont fes enfans hé
ritérent ainſi que de ſes autres biens
«4 MERCURE DE FRANCE.
Le ſuccès de ce diſcours fut ſi grand
qu'il ſurpaſſa pour ainſi dire les eſpé
rances de Cieéron. La notoriété des
crimes qui ſe trouverent prouvés tout
d'un coup par les dépoſitions, con
fondit Hortenſius , juſqu'à lui ôter le
courage de prononcer un ſeul mot pour
la défenſe de ſon client, & Verrès per
dant l'eſpérance, prit le parti de préve
nir ſon jugement par un exil volontaire.
Ce détail nous conduit aſſez naturel
lement à croire que des ſept diſcours de
Cicéron concernant l'affaire de Verrés
qui ſont venus juſqu'à nous, il n'y a
que les deux premiers qui ayent été pro
noncés. Les cinq autres furent publiés
dans la ſuite. Ils n'avoient été préparés
ue pour le cas où l'Accuſé eût fait une
§ régulière. Mais Cicéron n'ayant
point encore exercé ſon eloquence en
qualité d'Accuſateur , dit un de ſes
Commentateurs, il a voulu laiſſer à la
poſtérité un monument de ſon habileté
dans ce genre , aufli bien qu'un modéle
d'une juſte & vive accuſation contre
un Magiſtrat redoutable & corrompu.
Il ne ſera pas hors de propos de (d)
( d) L'intérêt de la vérité & le reſpect dû au
Public mon Juge , m'obligent de déclarer que
j'ai trouvé de Huiſſans ſecours pour la confec
--* "
JUIL L ET. 1764.
15
prendre une idée ſuccinte des cinq-Diſ
cours qui ne furent pas prononcés.
Dans le détail immenſe des forfaits
de l'Accuſé , nous choiſirons dans cha
que genre les traits les plus piquans &
les plus dignes d être cités. L'hiſtoire a
rempli ſon objet le plus noble, quand
elle eſt parvenue à faire connoître les
hommes.
-
L'accuſation rouloit ſur quatre chefs.
I. La corruption de Verrès dans ſes
jugemens.
II Ses rapines & ſes extorſions en
· levant les taxes & les revenus publics.
III. Ses vols particuliers de ſtatues &
de vaiſſelle d'argent, ce qui étoit pro
prement ſon goût.
-
IV. Les punitions tyranniques & con
traires aux loix. Voici des exemples de
pluſieurs de ces griefs.
Sopater, Citoyen conſidérable de la
, Ville d'Halicie, avoit été accuſé devant
· le Préteur C. Sacerdos , qui avoit pré
cédé Verrès , d'un crime capital dont
il s'étoit purgé avec beaucoup d'éclat.
L'accuſation fut renouvellée devant le
nouveau Préteur. Sopater ſe préſenta à
ſon Tribunal avec confiance. Mais la
tion de ce morceau dans l'hiſtoire de la Vie de
Cicéron, déja citée.
16 MERCURE DE FRANCE.
'cauſe ayant été ajournée dès la premiè
Te audience , Timarchides Affranchi de
'Verrès & ſon principal Agent , vint
· trouver l'Accuſé & l'avertit én ami de
ne pas ſe fier trop à la bonté de ſa
cauſe & à ſa première victoire ; que
ſes adverſaires étoient dans la réſolu
· tion d'offrir de l'argent au Préteur, qui
aimeroit bien mieux en recevoir pour
· ſauver un Criminel que pour le perdre,
* & qui n'étoit pas porté d'ailleurs à caſ
ſer la Sentence de ſon Prédéceſſeur.
Sopater ſurpris de ce diſcours, lui pro
mit d'y faire attention , & déclara ſeu
lement qu'il n'étoit pas en état d'avan
· cer une groſſe ſomme. Ayant conſulté
l'affaire avec un de ſes amis, on lui con
ſeilla de céder aux circonſtances, puiſ
· qu'il y étoit forcé ; de ſorte que re--
voyant Timarchides à qui il fit valoir
· encore la diſette où il étoit d'argent, on
* compoſa pour la ſomme de mille piſto
les qui furent payées ſur le champ. Il
crut toutes ſes inquiétudes finies ; mais
après une autre audience, la cauſe fut
| encore ajournée , & Timarchides re
vint pour lui donner avis que ſes ad
verſaires
avoient offert une ſomme
· beaucoup plus groſſe que la ſienne, &
lui conſeiller, ſage comme il étoit, de
J U I L L E T. 1764.
17
bien conſidérer ce qu'il alloit faire. La
patience manquant à Sopater ,
il ne
laiſſa point à l'impudent Timarchides
le temps de finir ; il lui déclara nette
ment que de quelque manière que la
choſe pût tourner, il ne donneroit rien
de plus. Tous ſes amis approuvérent
ſa réponſe , dans la perſuaſion que Ver
rès même, quelles que fuſſent ſes in
tentions, n'auroit pas le pouvoir d'y
faire entrer tous les Juges de Syracuſe,
qui étoient les plus honnêtes gens de
la Ville, & qui avoient déja porté une
Sentence favorable à Sopater avec le
dernier Préteur. La troiſiéme audience
étant arrivée, Verrès donna ordre à Pe
tilius, Chevalier Romain, qui étoit aſ
·ſis en qualité d'un des Juges , d'aller
entendre une cauſe privée & appointée
pour le même jour. Petilius refuſa de
quitter l'audience , parce que ſes Aſ -
ſeſſeurs étoient retenus par le procès de
Sopater qu'on alloit juger. Mais le Pré
teur déclarant qu'ils pouvoient tous le
ſuivre, & qu'il ne prétendoit point les
retenir, ils ſortirent tous ſur le champ,
les uns pour juger la cauſe privée avec
Petilius , les autres pour ſervir leurs
amis dans d'autres cauſes. Minucius ,
Avocat de Sopater, voyant la Salle dé
18 MERCURE DE FRANCE.
ſerte ne douta point que l'affaire de ſon
Client ne fût remiſe à quelqu'autre jour,
& ſe diſpoſoit auſſi à ſortir, lorſque
Verrès l'arrêta , en lui ordonnant de
plaider la cauſe dont il étoit chargé. Eh
devant qui , répondit l'Avocat ? De
vant moi , lui dit Verrès , ſi vous me
croyez digne de juger un miſérable Si
cilien. Je ne conteſte point votre qualité
& votre rang, repliqua Minucius , mais
je ſouhaiterois voir ici vos Aſſeſſeurs
qui connoiſſent parfaitement la juſtice
de ma cauſe. Commencez , reprit Verrès,
car ils ne peuvent ſe trouver ici.Je ne
puis m'y trouver non plus, lui dit Mi
nucius, car Petilius m'a prié de le ſui
vre, & d'aſſiſter au jugement de l'autre
procès. En vain Verrès employa les me
naces pour l'arrêter, il ſortit avec tous
les amis de Sopater. Ce contretemps dé
concerta un peu le Préteur ; mais après
quelques mots que Timarchides lui dit
à l'oreille , il donna ordre à Sopater
d'expliquer lui-même ce qu'il avoit à
dire pour ſa défenſe. Ce malheureux
accuſé le conjura par tous les Dieux de
ne pas prononcer ſa Sentence avant
que les Juges fuſſent préſens ; mais
· Verrès appellant les témoins, & feignant
d'en écouter un ou deux , termina le
-
|
J U IL L E T. 1764.
19
procès en un moment, par une Sen- .
tence qui condamnoit Sopater.
Le Jeune Anthiocus, Roi de Syrie ,
ayant du côté de ſa mère quelques
prétentions ſur l'Egypte ,
paſſa envi
viron dans ce temps-là par la Sicile
en retournant dans ſes Etats , & s'ar
rêta à Syracuſe , où
Verrès qui lui
ſçavoit beaucoup d'argent ,
le reçut
avec toute ſorte de politeſſes, lui of
frit des rafraîchiſſemens , & le traita
magnifiquement dans les différens re
pas qu'il lui donna, Ce Monarque fut
ſenſible aux politeſſes du Préteur : il
l'invita à ſon tour, & prit plaiſir à
faire
briller à ſes yeux , entr'autres
meubles précieux, un grand Candela
bre à pluſieurs branches, tout couvert
de diamans, & d'une valeur ineſtima
ble. Les réparations commencées au
Capitole , par les ſoins de Catulus ,
n'étant point achevées, il n'avoit point
trouvé dans le Temple de place con
venable pour ce rare morceau , dont
il s'étoit propoſé de faire préſent à
Jupiter; il le rapportoit en Syrie, afin
d'attendre le temps où il pût paroître
avec éclat. Verrès affecta de ne pou
voir raſſaſier ſon admiration , & pria
le Roi de le laiſſer quelque temps en
2o MERCURE DE FRANCE.
tre ſes mains. Antiochus y conſentit :
quelques jours ſe paſſerent, ſans qu'on
entendît
parler du Candelabre. Le
Prince le fit redemander pluſieurs fois :
on le remettoit toujours : il fut enfin
forcé d'en parler lui-même au Préteur,
qui eut l'impudence de propoſer au Roi
de lui en faire préſent. On le refuſa :
Verrès s'emporta d'abord en menaces,&
les vovant ſans effet,il ordonna fierement
à Antiochus de ſortir ſur le champ de
ſa Province, en lui déclarant qu'il lui
connoiſſoit des liaiſons avec de certains
Pirates dont le deſſein étoit d'envahir la
Sicile. Le Prince vit alors , mais trop
tard, combien il avoit été indignement
trompé, & fut obligé de ſe ſoumettre à
des ordres auſſi injuſtes.
-
· · Les côtes de Sicile étoient infeſtée
!
par un grand nombre de Corſaires. Cha
cune des Villes maritimes fourniſſoit
tous les ans unVaiſſeau, avec le nombre
d'hommes & de proviſions néceſſaires,
Cet armement étoit deſtiné à leur donner
la chaſſe. Mais Verrès les diſpenſoit quel
quefois de cette contribution , moyen
nant de groſſes ſommes : les Matelots
· obtenoient auſſi la diſpenſe de leur ſer
vice , quand ils étoient en état de la
payer. On équipoit néanmoins une
J U I L L E T. 1764.
2, I
Flotte de ſept Vaiſſeaux , mais unique
ment par oſtentation , & le Préteur au
commencement du Printemps en faiſoit
la revue. » C'étoit un ſpectacle étrange,
» dit Cicéron, que de voir ce Magiſtrat
» qui avoit été longtemps comme en
» ſeveli dans les délices, reparoître aux
» yeux des Matelots, avec des mules,
» pour chauſſures, couvert d'une robe
» de pourpre qui lui tomboit juſqu'aux
» talons , & nonchalament appuyé ſur
» l'épaule d'une jeune fille , pour faire
» paſſer devant lui cette eſcadre formi
» dable, qui au lieu d'aller purger les .
» mers, bornoit ſa courſe après pluſieurs
» jours de navigation au Port de Pachy-\
rus. ( e ) » Quelques Pirates qui s'étoient
cachés dans un Port voiſin la ſurpri
rent tandis qu'elle étoit tranquillement'
à l'ancre. Après une légère réſiſtance,,
ils ſe rendirent maîtres des Vaiſſeaux
qu'ils brûlerent auſſitôt. La nouvelle s'en
répandit bientôt. Les Officiers d'é
clarerent que le mauvais état de la flote
( e ) Le Modéle des Critiques, Quintilien , cet
homme rare qui joignoit un goût exquis aux
connoiſſances les plus étendues , faiſoit un cas
ſingulier de cette deſcription, admirable en ef
fet dans l'Original Lâtin. Que je ſerois flatté, ſi
les Quintilien de nos jours en portoient un pa
reil jugement d'après ma Traduction !
!
!
;
22 MERCURE DE FRANCE.
leur avoit ôté le pouvoir de ſe defendre.
Verrès alors
n'écoutant plus que ſa
rage, ces malheureux payerent de leur
tête la honte dont le Préteur s'étoit
couvert , & dont ſon infâme avarice
avoit été la première cauſe.
Ce miſérable mena une vie languiſſante
dans ſon exil , où il reçut des ſecours
de Cicéron. Dans la proſcription de M.
Antoine, ayant refuſé de lui donner
ſa vaiſſelle & ſes belles Statues de Co
rinthe , ſon nom fut mis ſur la Liſte
fatale , & il perdit la vie au moment où
il s'y attendoit le moins.
La défenſe de Fonteius, celle de Caecina,
&c, &c , &c, au Mercure prochain.
Fermer
287
p. 38-54
LE JUIF DE VENISE, EXTRAIT.
Début :
ANTONIO, riche Marchand Vénitien, a toute sa fortune sur différens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE JUIF DE VENISE, EXTRAIT.
LE JUIF DE VENISE,
EXTRAIT.
ANTONIO, riche Marchand Vénitien,
a toute sa fortune sur différens
vaiſſeaux qui ſont en mer ; lorſqu'un
ancien ami , Baſſanio, vient lui deman
der trois mille ducats à emprunter. Il s'a
git d'un mariage conſidérable que Baſ
ſanio a en vue, & cette ſomme lui eſt
abſolument néceſſaire pour y parvenir.
Antonio n'a d'autre reſſource pour obli
ger ſon ami que de l'emprunter lui-même
d'un Juif, fameux uſurier , qu'il avoit
toujours déteſté juſqu'alors, & qui, ſous
une condition ſingulière, lui compte les
trois mille ducats. Il fait ſigner à Anto
nio un acte, par lequel ce dernier s'en
gage, au cas que la ſomme ne ſoit pas
acquittée dans deux mois, à ſe laiſſer
couper une livre de chair ſur tel endroit
de ſon corps qu'il plaira au Juif de choi
ſir. Baſſanio, muni de cet argent, ſe
met en équipage & part pour Belmont,
où demeure Portia, jeune & riche hé
ritière dont il eſt amoureux. Cette jeune
perſonne , par une clauſe biſarre du teſ
-
JUILLE T. 1764.
tament de ſon père , ne peut diſpoſer
d'elle-même : c'eſt le ſort qui doit lui
donner un époux. Quiconque prétend
à ſa main doit être introduit dans un
cabinet , où l'on voit trois caſſettes ;
l'une d'or, l'autre d'argent, la dernière
de plomb. Il peut ouvrir celle qu'il choi
ſira ; & ſi le portrait de Portia s'y trou
ve, elle eſt à lui avec toutes ſes richeſſes.
Mais il doit jurer auparavant, qu'il re
nonce pour jamais à tout autre mariage
fi la fortune ne le favoriſe pas dans cette
occaſion, & de garder un ſecret invio
lable ſur celle des trois caſſettes qu'il aura
ouverte. Un Prince Maure vient de
choiſir la caſſette d'or , dans laquelle il
n'a trouvé qu'un ſquelette; & un Prince
d'Arragon celle d'argent, où il n'a vu
qu'un marmouſet. Baſſanio, qui étoit
depuis long-tems cher à Portia, choiſit
celle de plomb, où il trouve le portrait
de ſon amante. Leur joie eſt extrême :
mais elle eſt bientôt troublée par une
| Lettre que reçoit Baſſanio : ſon malheu
reux ami Antonio , dont la mer a en
glouti toute la fortune , s'eſt trouvé
hors d'état d'acquitter , au jour de l'é
chéance, les trois mille ducats. Il eſt dans
les priſons de Veniſe, & le Juif Shylock
exige que la peine à laquelle Antonio
4o MERCURE DE FRANCE.
s'eſt ſoumis, ſoit exécutée à la rigueur.
Portia, qui partage le chagrin de ſon
mari, le fait partir avec tout l'or qu'elle
imagine néceſſaire pour calmer l'avide
cruauté du Juif. Mais ce dernier eſt
infléxible, & ne peut renoncer à une
vengeance après laquelle il aſpiroit de
puis long-tems.
-
Tels ſont les événemens qui rem
pliſſent les trois premiers Actes de cette
Pièce, auſſi intéreſſante que ſingulière.
ACTE IV. *
S C E N E P R E M 1 E R E.
Le Théâtre repréſente une Cour de Juſ
tice, où ſiége le Duc de Veniſe avec plu
ſieurs Sénateurs. Antonio y arrive char
gé de chaînes, accompagné de ſon ami
Baſſanio & autres.
LE DUC, à Antonio.
Je compâtis à votre ſituation : votre
adverſaire eſt implacable, & j'en vois
tout à craindre. Procédons cependant
au jugement de cette affaire.. .. Qu'on
* Cette Traduction eſt d'après la Piéce revue
& corrigée par George Grandville , Lord Lans
downe.
J U IL LE T. 1754.
41
faſſe entrer le Juif... (Shylock paroît.)
que l'on s'écarte & qu'il paroiſſe devant
IlOllS . . . . . Shylock ; le monde & moi de
même , croyons que ta malignité n'a
d'autre but que de pouſſer à bout cette
cruelle plaiſanterie, & l'on eſpére enfin
trouver en toi autant d'humanité que tu
as juſqu'à préſent montré de barbarie.
Conſidere, ſur-tout, combien cet hon
nête Négociant eſt à plaindre, les pertes
immenſes qu'il a faites, les malheurs
imprévus qui l'ont tout-à-coup accablé,
ſon état en un mot digne d'inſpirer la
pitié aux âmes les plus féroces. Après
cela parle, & ſonge que la Cour n'at
tend de toi, qu'une réponſe favorable.
S H Y L O C K.
J'ai fait part à votre grandeur de mes
prétentions, & j'ai juré par le Sabbath,
de ne jamais m'en déſiſter : ſi vous me
refuſez juſtice , puiſſe le blâme en re
tomber ſur vous & ſur les Loix de votre
République l On me demande en vain
pourquoi je préfére aujourd'hui à trois
mille ducats une livre de chair humai
ne ? C'eſt à quoi je n'ai qu'un ſeul mot
à répondre : telle eſt ma fantaiſie.
L E DU C.
Ah cruel l.....cette réponſe en eſt-elle
une ?
42 MERCURE DE FRANCE.
A N T o N 1 O , au Duc.
Seigneur, oubliez-vous que c'eſt un
Juif que vous voulez attendrir...Hélas !
vous humaniſeriez plutôt les animaux
les plus ſauvages...Ainſi, diſpenſez-vous
de grace de lui renouveller mes offres
& de vous abaiſſer plus long-tems juſ
ques à la prière. Prononcez mon Arrêt,
& que ce Vautour ait ſa proie.
B A S S A N I o.
Tiens , Shylock , au lieu de trois
mille ducats, en voilà ſix.
S H Y L O C K.
Quand même chaque Ducat des ſix
mille que tu m'offres en vaudroit ſix ,
je les refuſerois ... je m'en tiens à l'acte
que ton ami a ſigné.
L E D U C.
Quel pardon attends-tu de la Divini
té, toi qui te montres infléxible ?
S H Y L O C K,
Qu'en puis-je craindre, en ne recla- .
mant que mon droit ?....Suis-je plus cou
pable que vous ?... Avec quelle rigueur
ne traitez-vous pas vos eſclaves ; &
quelle eſt votre excuſe ? Ils ſont à vous,
vous les avez payés. De quel œil me
regarderiez-vous, ſi je vous demandois
leur liberté; de les donner pour époux .
à vos Filles; de les loger dans des Palais
J U I L L E T. 1764.
43,
auſſi ſomptueux que les vôtres ? Nos
eſclaves , me diriez-vous , font partie
de nos biens , & ſont faits pour ſubir
nos Loix .... C'eſt dicter ma réponſe.
Ce que j'éxige de cet homme me coûte,
• aſſez cher : c'eſt mon bien; je le reclame ;
je l'éxige.Si vous me refuſez,que la honte
encore un coupen retombe ſur vos Loix,
ſur la foibleſſe des décrets de votre Ré
publique ... Je demande juſtice ;parlez :
me la refuſez-vous ?
L E D U C.
C'eſt ſur quoi la Cour va délibérer....
-
(aux Sénateurs.) Voici une Lettre du .
fameux Juriſconſulte Bellario, qui nous
recommande un jeune & ſçavant Avo
cat , dont la
ſagacité pourra, dit-il ,
nous être de quelque ſecours..... Où eſt
il ?...Qu'on l'appelle.
-
B A s s A N I o , à Antonio.
Ne crains rien , cher ami , mon ſang
eſt le garant du tien.... (à Shylock.) A
quoi deſtines-tu ce couteau ?
S H Y L O C K.
A me payer de ma créance.
B A S S A N I O.
S H Y L o C K.
-
Eh quoi, rien ne peut t'attendrir ?
^
Rien de tout ce que tu peux imaginer.
44 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Impitoyable Juif! ton exiſtence feroit
prèſque accuſer l'Etre ſuprême. ..
S H Y L O C K.
-
Regarde ce contrat : vois le ſceau qui
le confirme ! .....Tant qu'il ſubſiſtera ,
ton éloquence & tes injures ſont per
dues. N'accuſes que toi ſeul d'avoir
conduit ton ami dans ce piége. C'eſt par
toi ſeul que ſon ſang va couler.....Qu'il
retombe ſur ta tête.
B A S S A N I o.
Ah barbare !
U N O F F I C I E R.
Que l'on ſe range...place à la Cour.
S C E N E
I I.
Ponrra * & Nériſſa , déguiſées ;
l'une en Avocat, l'autre en Clerc, avec
· un ſac & des papiers. Les Acteurs pré
cédens.
-
L E D U C , à Portia.
Avocat, prenez place.....Etes-vous in
formé de l'affaire qui occupe la Cour ?
* Cette jeune Epouſe, après le départ de Baſ -
ſanio, a pris le parti de le ſuivre & de tout haſar
der pour ſauver l'ami de ſon mari.
J U IL L E T. 1764.
P O R T I A.
Lequel eſt le Juif ?
l'autre.
L E D U C,
nu par Antonio ?
A N T O N I O.
Je ne puis le déſavouer.
P O R T I A.
.
45
Oui, Seigneur...Lequel eſt Antonio?
Antonio, Shylock... approchezl'un &
P o R T I A à Shylock.
-
Votre prétention eſt bien étrangel...
L'Acte eſt-il authentique ? Eſt-il recon
C'eſt donc au Juifà faire grace.
S H Y L O C K.
Grace !.....Pourquoi ?
P o R T 1 A.
Parce que la miſéricorde eſt par elle
même ſans bornes; ainſi que la roſée,
elle tombe des Cieux pour conſoler
ſans prédilection tous les mortels. Elle
eſt doublement chère : à celui qui l'exer
ce, à celui qui en eſt l'objet. C'eſt l'at
tribut le plus précieux de la puiſſance ;
il ſied aux plus grands Monarques ; il
les illuſtre plus que leur couronne même;
il en fait des Dieux ſur la terre , ſur-tout
quand il eſt joint à la juſtice .... Je ne
te dis ces grandes vérités, que pour te
faire mieux ſentir toute l'horreur de ta
·
46 MERCURE DE FRANCE.
demande : car ſi tu perſiſtes à t'en tenir à
la rigueur de la loi, elle prononce con
tre le malheureux Antonio.
S H Y L O C K.
· C'eſt élle ſeule que j'invoque.
P O R T I A.
-
Antonio ne peut-il acquitter ſa dette ?
-
B A S S A N I O.
J'offre de la payer , non pas deux,
mais trois & quatre fois. Que dis je ?
Que le Juif parle ; toute ma fortune ,
mon ſang même eſt à lui......S'il refuſe
mes offres : jugez, Seigneurs, de quelle
juſtice il eſt digne !
P O R T I A.
Nul pouvoir dans Veniſe n'a droit
d'éluder un Décret porté par la Répu
blique : un pareil exemple ſeroit trop
dangereux. Les Loix doivent être ſa
crées.
)
S H Y L O C K.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux....
C'eſt ſon âge : c'eſt ſa ſcience : c'eſt Sa
lomon lui-même !
P o R T I A.
Je voudrois pourtant voir votre Acte.
S H Y L O C K.
Le voici , reſpectable Docteur.
P o R T 1 A , ( après avoir lu.)
· Recevez, croyez-moi , le triple de
A
| J U IL L E T. 1764.
47
ce qui vous eſt dû , puiſqu'on vous
l'offre. .
' S H Y L O C K.
J'ai juré de n'en rien faire. Mon ſer
ment eſt ſacré . ... dût-on m'offrir
Veniſe même , je refuſerois de l'en
freindre,
· P o R T I A.
Sois généreux ; prens l'or qui t'eſt
offert ; & laiſſe-moi déchirer l'Acte.
S H Y L O C K.
-
Vous vous êtes montré bon Juge ;
les Loix vous ſont connues ;- vous avez
diſcuté l'affaire en conſéquence : c'eſt
au nom de la Juſtice même que je
vous ſomme de procéder au jugement.
Je jure ſur mon âme que toute l'élo
quence humaine n'obtiendra rien de
moi. Je demande mon dû ; le terme
eſt expiré : que le Conſeil prononce.
A N T O N I O.
Je me joins de grand cœur à ſa de
mande.
P O R T I A.
En ce cas, préparez-vous à vous ſou
. mettre à ſes deſirs.
, S H Y L O C K.
O Juge auſſi intégre que lumineux !
P O R T I A.
-
Etes - vous prêt , Antonio?....Qu'on
--
48 MERCURE DE FRANCE.
le dépouille juſqu'à la ceinture.
".
S H Y L O C K.
Fort bien ! ... c'eſt au plus près du
cœur, que je prétends prendre mon dû...
Telles ſont nos conventions.
P o R T 1 A, à Shylock.
venir la mort d'Antonio.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
P O R T I A.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
/
Où eſt votre Chirurgien ? .... Il en
faut un, pour arrêter le ſang 4 & pré
N'importe : la charité l'exige.
P o R T I A.
En ce cas, prens ta dette.
L E D U C.
Un moment..... Antonio , n'avez
vous rien à objecter contre la Sentence ?
A N T O N I O.
Seigneur, je me ſoumets à mon ſort...
Adieu, mon cher Baſſanio ! retiens tes
pleurs ; il m'eſt doux de ſouffrir pour
toi.... La fortune, du moins, ne permet
pas que je ſurvive à ma ruine , pour
traîner ma vieilleſſe dans les ennuis &
tous les autres maux attachés à la pau
vreté. .. Encore un coup , adieu l Ne
pleure pas ſur ton ami,qui n'a rempli que
*-
ſon
JUIL L E T. 1764.
49
ſon devoir en s'expoſant pour toi , &
qui ne peut en avoir de regret.... Satiſ
fais-toi maintenant, Shylock; ne laiſſe
rien à deſirer à ta vangeance ; montre
mon cœur à découvert à mon ami.... Il
eſt digne de lui ſans doute.
S H Y L O C K.
N'en doutes pas, Chrétien... Vous ſe
rez tous les deux contens. ..
B A s s A N I o, à Shylock.
Barbare, arrête ! ... Puiſque rien ne
peut attendrir ce Monſtre, je dois, je
veux & corps pour corps , payer pour
mon ami. .. Il ne te doit qu'une livre
de chair : prens la mienne en entier ;
coupe, déchire, elle eſt à toi : je me
ſoumets à tout, pourvu qu'Antonio vive
& ſoit libre... Es-tu content, Shylock ?
A N T O N I O.
Je ne le ſerois pas.
B A S S A N I O.
Cruel Antonio !
·
A N T o N I o.
Injuſte Baſſanio !
A
B A s s A N I o, à Shylock.
Malheureux ! de quoi peux tu rire ?
S H Y L o C K.
De votre ſimplicité mutuélle.. .. :
Oſez-vous bien penſer, Chrétiens, que
je ſois homme à prendre ainſi le chan
I, Vol.
.
5o MERCURE DE FRANcE.
ge ? Je te connois aſſez, Baſſanio , pour
tout attendre de ton déſeſpoir, ſi ton
ami périt pour toi. Ainſi je ſuis ſûr de
tous deux .. ... Procédons à l'exécution
du premier.
BA s S A N I o, l'épée à la main.
Approches, ſi tu l'oſes. ..
A N T o N I o.
Que fais-tu, mon ami?... Ah ! ſonge
que ta mort & la mienne, eſt le prix de
ton imprudence.
B A s s A N I o.
L E D U C.
-
La mort de l'un eſt celle de l'autre....
Qu'importe quel en ſoit le genre ?
Quel excès d'inſolence ! ... ici! dans le
Palais ? Qu'on le déſarme ...... Qu'on
l'arrête. '
-
P o R T I A , au Duc.
Daignez , Seigneur, le regarder en pi
tié. ... j'ai de quoi le ramener à la
raiſon.. .. ordonnez ſeulement que l'on
m'entende.
-
teur . • . .
:
, •
,
-
S H Y L O C K.
-
: P O R T I A.
-
-
-
•
-
' Silence , Silence ! Ecoutez le Doc
Shylock, en reliſant plus attentivement
, »
ton acte, je ne vois pas qu'Antonio t'y
accorde une ſeule goute de ſon ſang .,'
-
-
>
J U IL L E T. 1764..
51
il porte expreſſément une livre de chair,
& rien de plus. Cette chair eſt à toi : on
te l'accorde...Mais prens garde,Shylock !
Sileſangd'un Chrétien s'imprime ſeule
ment ſur tcn couteau , apprens que par
les Loix de la République, toutes tes
terres & tes biens ſont confiſqués au
profit de l'Etat.
S H Y L O C K, avec émotion.
Qu'entens-je t ....
-
B A s s A N I O , avec tranſport. "
Ciel ! Quel coup de lumière ! .... O
Juge en effet céleſte ! .... ( à Shylock, )
entens-tu ton arrêt ? .... ( au Duc )
Seigneur, pardonnez à l'amitié réduite
au déſeſpoir , ſi ....
L E D U C.
Sois tranquille ; nous admirons bien
plus ta vertu, que nous ne condam
nons ta faute .... Mais achevons.
P O R T I A.
.
Shylock , regarde ; lis toi-même. La
voici cette Loi dont tu implores l'exé
cution à la lettre. .. Elle t'eſt due, on
te l'accorde.
.
S H Y L O C K.
^
,
· Je m'en déſiſte , & me contente.des
offres qu'on m'a faites. .. Que le Chré
tien me paye le triple de la ſomme ſti
pulée , & qu'on briſe ſes fers.
C ij
'
,
-
52 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Voici l'argent.
P O R T I A.
Un moment , Seigneur : il faut que
le Juif ait juſtice entière.... Shylock,
en montrant Antonio.) voici ton ſeul
ébiteur : exerce à la rigueur les droits
qu'il t'a donnés ſur lui-même.
|
G R A T I A N O.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux.....
Eh bièn , perfide Juif! te ſens-tu tom
bé dans ton propre piége ? ...
S H Y L o C K.
Qu'on me donne la ſomme princi
pale, & qu'il n'en ſoit plus §
P O R T I A. ,
Tu l'as refuſée autentiquement de
vant la Cour , en te bornant aux ter
mes du Contrat. .. Contente-toi de ta
demande , puiſque tu l'as obtenue.
S H Y L O C K.
Ah, Ciel ! ... Eh bien que l'on me
laiſſe aller. .. & que le diable. ..
P O R T I A.
Non pas, Shylock. ... , Si la Juſtice
eſt quitte envers toi, tu ne l'es pas en
vers la Juſtice. Les Statuts de Veniſe
portent que ſi un Etranger eſt convain
cu d'avoir ſoit direétement , ſoit indi
vectement attenté à la vie d'un Citoyen ,
'
-
J U I L L E T. 1764.
53
la partie offenſée a un droit acquis ſur
la moitié de ſes biens, la République
ſur le reſte, & que le Duc ſeul peut fai
re grace de la vie au coupable. ... Fais
toi-même, l'application de cette Loi; &
juge ſi le Sénat & le Duc même, ſont
dans le cas de t'épargner.
L E D U C.
Shylock, pour te prouver la différen
ce de nos ſentimens avec les tiens , je
t'accorde la vie avant même que tu la
demandes. Mais que la moitié de ta
fortune ſoit pour Antonio , & l'autre,
pour la République.
S H Y L O C K.
Prenez auſſi ma vie. Qu'en ai je af
faire, ſi vous m'ôtez les moyens de la
ſoutenir ? Ma fortune eſt ma vie : vous
ne pouvez me ravir l'une ſans l'autre.
L E D U C.
-
Voyez, Antonio , quelle grace il a
droit d'attendre de vous.
A N T O N I O. .
Je ſuis très-ſatisfait , ſi votre Gran
deur y conſent, de partager avec lui ce
qui pourra me revenir de la moitié de
ſa fortune, pour en jouir uniquement
durant le peu de temps qui me reſte à
vivre, ſaufà en aſſurant leretouraprès ma
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
mort, à ſa fille unique, qui vient, ſans
qu'il le ſçache, d'épouſer Loerazo , &
qu'il déshériteroit ſans doute. .
-
-
,
L E D U C.
Que le Juif y conſente, ſans quoi je
révoque la grace que je lui ai faite, &
' l'abandonne à la rigueur des Loix.
P O E T I A.
-
Eh bien , Shylock, es-tu content ?
S H Y L O C K.
-
Qu'on me laiſſe ſortir.. .. Je ſuis ma
lade... Dreſſez vos Actes ; envoyez-les
chez moi.. .. je les ſignerai.
L E D U C, en levant le ſiége. .
Antonio , ma vie ſe joint à celle de
votre ami. .. Il eſt inutile, je penſe, de
vous recommander cet aimable & digne
Avocat.
·
-
N. B. Ce n'eſt qu'au cinquiéme Acte
& à ſon retour à Belmont, avec An
tonio, que Baſſanio découvre que c'eſt
Portia à qui il doit la vie de ſon ami.
On peut juger des tranſports de leur
joie , & de tout ce que produit un dé
' noûment de cette eſpéce.
EXTRAIT.
ANTONIO, riche Marchand Vénitien,
a toute sa fortune sur différens
vaiſſeaux qui ſont en mer ; lorſqu'un
ancien ami , Baſſanio, vient lui deman
der trois mille ducats à emprunter. Il s'a
git d'un mariage conſidérable que Baſ
ſanio a en vue, & cette ſomme lui eſt
abſolument néceſſaire pour y parvenir.
Antonio n'a d'autre reſſource pour obli
ger ſon ami que de l'emprunter lui-même
d'un Juif, fameux uſurier , qu'il avoit
toujours déteſté juſqu'alors, & qui, ſous
une condition ſingulière, lui compte les
trois mille ducats. Il fait ſigner à Anto
nio un acte, par lequel ce dernier s'en
gage, au cas que la ſomme ne ſoit pas
acquittée dans deux mois, à ſe laiſſer
couper une livre de chair ſur tel endroit
de ſon corps qu'il plaira au Juif de choi
ſir. Baſſanio, muni de cet argent, ſe
met en équipage & part pour Belmont,
où demeure Portia, jeune & riche hé
ritière dont il eſt amoureux. Cette jeune
perſonne , par une clauſe biſarre du teſ
-
JUILLE T. 1764.
tament de ſon père , ne peut diſpoſer
d'elle-même : c'eſt le ſort qui doit lui
donner un époux. Quiconque prétend
à ſa main doit être introduit dans un
cabinet , où l'on voit trois caſſettes ;
l'une d'or, l'autre d'argent, la dernière
de plomb. Il peut ouvrir celle qu'il choi
ſira ; & ſi le portrait de Portia s'y trou
ve, elle eſt à lui avec toutes ſes richeſſes.
Mais il doit jurer auparavant, qu'il re
nonce pour jamais à tout autre mariage
fi la fortune ne le favoriſe pas dans cette
occaſion, & de garder un ſecret invio
lable ſur celle des trois caſſettes qu'il aura
ouverte. Un Prince Maure vient de
choiſir la caſſette d'or , dans laquelle il
n'a trouvé qu'un ſquelette; & un Prince
d'Arragon celle d'argent, où il n'a vu
qu'un marmouſet. Baſſanio, qui étoit
depuis long-tems cher à Portia, choiſit
celle de plomb, où il trouve le portrait
de ſon amante. Leur joie eſt extrême :
mais elle eſt bientôt troublée par une
| Lettre que reçoit Baſſanio : ſon malheu
reux ami Antonio , dont la mer a en
glouti toute la fortune , s'eſt trouvé
hors d'état d'acquitter , au jour de l'é
chéance, les trois mille ducats. Il eſt dans
les priſons de Veniſe, & le Juif Shylock
exige que la peine à laquelle Antonio
4o MERCURE DE FRANCE.
s'eſt ſoumis, ſoit exécutée à la rigueur.
Portia, qui partage le chagrin de ſon
mari, le fait partir avec tout l'or qu'elle
imagine néceſſaire pour calmer l'avide
cruauté du Juif. Mais ce dernier eſt
infléxible, & ne peut renoncer à une
vengeance après laquelle il aſpiroit de
puis long-tems.
-
Tels ſont les événemens qui rem
pliſſent les trois premiers Actes de cette
Pièce, auſſi intéreſſante que ſingulière.
ACTE IV. *
S C E N E P R E M 1 E R E.
Le Théâtre repréſente une Cour de Juſ
tice, où ſiége le Duc de Veniſe avec plu
ſieurs Sénateurs. Antonio y arrive char
gé de chaînes, accompagné de ſon ami
Baſſanio & autres.
LE DUC, à Antonio.
Je compâtis à votre ſituation : votre
adverſaire eſt implacable, & j'en vois
tout à craindre. Procédons cependant
au jugement de cette affaire.. .. Qu'on
* Cette Traduction eſt d'après la Piéce revue
& corrigée par George Grandville , Lord Lans
downe.
J U IL LE T. 1754.
41
faſſe entrer le Juif... (Shylock paroît.)
que l'on s'écarte & qu'il paroiſſe devant
IlOllS . . . . . Shylock ; le monde & moi de
même , croyons que ta malignité n'a
d'autre but que de pouſſer à bout cette
cruelle plaiſanterie, & l'on eſpére enfin
trouver en toi autant d'humanité que tu
as juſqu'à préſent montré de barbarie.
Conſidere, ſur-tout, combien cet hon
nête Négociant eſt à plaindre, les pertes
immenſes qu'il a faites, les malheurs
imprévus qui l'ont tout-à-coup accablé,
ſon état en un mot digne d'inſpirer la
pitié aux âmes les plus féroces. Après
cela parle, & ſonge que la Cour n'at
tend de toi, qu'une réponſe favorable.
S H Y L O C K.
J'ai fait part à votre grandeur de mes
prétentions, & j'ai juré par le Sabbath,
de ne jamais m'en déſiſter : ſi vous me
refuſez juſtice , puiſſe le blâme en re
tomber ſur vous & ſur les Loix de votre
République l On me demande en vain
pourquoi je préfére aujourd'hui à trois
mille ducats une livre de chair humai
ne ? C'eſt à quoi je n'ai qu'un ſeul mot
à répondre : telle eſt ma fantaiſie.
L E DU C.
Ah cruel l.....cette réponſe en eſt-elle
une ?
42 MERCURE DE FRANCE.
A N T o N 1 O , au Duc.
Seigneur, oubliez-vous que c'eſt un
Juif que vous voulez attendrir...Hélas !
vous humaniſeriez plutôt les animaux
les plus ſauvages...Ainſi, diſpenſez-vous
de grace de lui renouveller mes offres
& de vous abaiſſer plus long-tems juſ
ques à la prière. Prononcez mon Arrêt,
& que ce Vautour ait ſa proie.
B A S S A N I o.
Tiens , Shylock , au lieu de trois
mille ducats, en voilà ſix.
S H Y L O C K.
Quand même chaque Ducat des ſix
mille que tu m'offres en vaudroit ſix ,
je les refuſerois ... je m'en tiens à l'acte
que ton ami a ſigné.
L E D U C.
Quel pardon attends-tu de la Divini
té, toi qui te montres infléxible ?
S H Y L O C K,
Qu'en puis-je craindre, en ne recla- .
mant que mon droit ?....Suis-je plus cou
pable que vous ?... Avec quelle rigueur
ne traitez-vous pas vos eſclaves ; &
quelle eſt votre excuſe ? Ils ſont à vous,
vous les avez payés. De quel œil me
regarderiez-vous, ſi je vous demandois
leur liberté; de les donner pour époux .
à vos Filles; de les loger dans des Palais
J U I L L E T. 1764.
43,
auſſi ſomptueux que les vôtres ? Nos
eſclaves , me diriez-vous , font partie
de nos biens , & ſont faits pour ſubir
nos Loix .... C'eſt dicter ma réponſe.
Ce que j'éxige de cet homme me coûte,
• aſſez cher : c'eſt mon bien; je le reclame ;
je l'éxige.Si vous me refuſez,que la honte
encore un coupen retombe ſur vos Loix,
ſur la foibleſſe des décrets de votre Ré
publique ... Je demande juſtice ;parlez :
me la refuſez-vous ?
L E D U C.
C'eſt ſur quoi la Cour va délibérer....
-
(aux Sénateurs.) Voici une Lettre du .
fameux Juriſconſulte Bellario, qui nous
recommande un jeune & ſçavant Avo
cat , dont la
ſagacité pourra, dit-il ,
nous être de quelque ſecours..... Où eſt
il ?...Qu'on l'appelle.
-
B A s s A N I o , à Antonio.
Ne crains rien , cher ami , mon ſang
eſt le garant du tien.... (à Shylock.) A
quoi deſtines-tu ce couteau ?
S H Y L O C K.
A me payer de ma créance.
B A S S A N I O.
S H Y L o C K.
-
Eh quoi, rien ne peut t'attendrir ?
^
Rien de tout ce que tu peux imaginer.
44 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Impitoyable Juif! ton exiſtence feroit
prèſque accuſer l'Etre ſuprême. ..
S H Y L O C K.
-
Regarde ce contrat : vois le ſceau qui
le confirme ! .....Tant qu'il ſubſiſtera ,
ton éloquence & tes injures ſont per
dues. N'accuſes que toi ſeul d'avoir
conduit ton ami dans ce piége. C'eſt par
toi ſeul que ſon ſang va couler.....Qu'il
retombe ſur ta tête.
B A S S A N I o.
Ah barbare !
U N O F F I C I E R.
Que l'on ſe range...place à la Cour.
S C E N E
I I.
Ponrra * & Nériſſa , déguiſées ;
l'une en Avocat, l'autre en Clerc, avec
· un ſac & des papiers. Les Acteurs pré
cédens.
-
L E D U C , à Portia.
Avocat, prenez place.....Etes-vous in
formé de l'affaire qui occupe la Cour ?
* Cette jeune Epouſe, après le départ de Baſ -
ſanio, a pris le parti de le ſuivre & de tout haſar
der pour ſauver l'ami de ſon mari.
J U IL L E T. 1764.
P O R T I A.
Lequel eſt le Juif ?
l'autre.
L E D U C,
nu par Antonio ?
A N T O N I O.
Je ne puis le déſavouer.
P O R T I A.
.
45
Oui, Seigneur...Lequel eſt Antonio?
Antonio, Shylock... approchezl'un &
P o R T I A à Shylock.
-
Votre prétention eſt bien étrangel...
L'Acte eſt-il authentique ? Eſt-il recon
C'eſt donc au Juifà faire grace.
S H Y L O C K.
Grace !.....Pourquoi ?
P o R T 1 A.
Parce que la miſéricorde eſt par elle
même ſans bornes; ainſi que la roſée,
elle tombe des Cieux pour conſoler
ſans prédilection tous les mortels. Elle
eſt doublement chère : à celui qui l'exer
ce, à celui qui en eſt l'objet. C'eſt l'at
tribut le plus précieux de la puiſſance ;
il ſied aux plus grands Monarques ; il
les illuſtre plus que leur couronne même;
il en fait des Dieux ſur la terre , ſur-tout
quand il eſt joint à la juſtice .... Je ne
te dis ces grandes vérités, que pour te
faire mieux ſentir toute l'horreur de ta
·
46 MERCURE DE FRANCE.
demande : car ſi tu perſiſtes à t'en tenir à
la rigueur de la loi, elle prononce con
tre le malheureux Antonio.
S H Y L O C K.
· C'eſt élle ſeule que j'invoque.
P O R T I A.
-
Antonio ne peut-il acquitter ſa dette ?
-
B A S S A N I O.
J'offre de la payer , non pas deux,
mais trois & quatre fois. Que dis je ?
Que le Juif parle ; toute ma fortune ,
mon ſang même eſt à lui......S'il refuſe
mes offres : jugez, Seigneurs, de quelle
juſtice il eſt digne !
P O R T I A.
Nul pouvoir dans Veniſe n'a droit
d'éluder un Décret porté par la Répu
blique : un pareil exemple ſeroit trop
dangereux. Les Loix doivent être ſa
crées.
)
S H Y L O C K.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux....
C'eſt ſon âge : c'eſt ſa ſcience : c'eſt Sa
lomon lui-même !
P o R T I A.
Je voudrois pourtant voir votre Acte.
S H Y L O C K.
Le voici , reſpectable Docteur.
P o R T 1 A , ( après avoir lu.)
· Recevez, croyez-moi , le triple de
A
| J U IL L E T. 1764.
47
ce qui vous eſt dû , puiſqu'on vous
l'offre. .
' S H Y L O C K.
J'ai juré de n'en rien faire. Mon ſer
ment eſt ſacré . ... dût-on m'offrir
Veniſe même , je refuſerois de l'en
freindre,
· P o R T I A.
Sois généreux ; prens l'or qui t'eſt
offert ; & laiſſe-moi déchirer l'Acte.
S H Y L O C K.
-
Vous vous êtes montré bon Juge ;
les Loix vous ſont connues ;- vous avez
diſcuté l'affaire en conſéquence : c'eſt
au nom de la Juſtice même que je
vous ſomme de procéder au jugement.
Je jure ſur mon âme que toute l'élo
quence humaine n'obtiendra rien de
moi. Je demande mon dû ; le terme
eſt expiré : que le Conſeil prononce.
A N T O N I O.
Je me joins de grand cœur à ſa de
mande.
P O R T I A.
En ce cas, préparez-vous à vous ſou
. mettre à ſes deſirs.
, S H Y L O C K.
O Juge auſſi intégre que lumineux !
P O R T I A.
-
Etes - vous prêt , Antonio?....Qu'on
--
48 MERCURE DE FRANCE.
le dépouille juſqu'à la ceinture.
".
S H Y L O C K.
Fort bien ! ... c'eſt au plus près du
cœur, que je prétends prendre mon dû...
Telles ſont nos conventions.
P o R T 1 A, à Shylock.
venir la mort d'Antonio.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
P O R T I A.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
/
Où eſt votre Chirurgien ? .... Il en
faut un, pour arrêter le ſang 4 & pré
N'importe : la charité l'exige.
P o R T I A.
En ce cas, prens ta dette.
L E D U C.
Un moment..... Antonio , n'avez
vous rien à objecter contre la Sentence ?
A N T O N I O.
Seigneur, je me ſoumets à mon ſort...
Adieu, mon cher Baſſanio ! retiens tes
pleurs ; il m'eſt doux de ſouffrir pour
toi.... La fortune, du moins, ne permet
pas que je ſurvive à ma ruine , pour
traîner ma vieilleſſe dans les ennuis &
tous les autres maux attachés à la pau
vreté. .. Encore un coup , adieu l Ne
pleure pas ſur ton ami,qui n'a rempli que
*-
ſon
JUIL L E T. 1764.
49
ſon devoir en s'expoſant pour toi , &
qui ne peut en avoir de regret.... Satiſ
fais-toi maintenant, Shylock; ne laiſſe
rien à deſirer à ta vangeance ; montre
mon cœur à découvert à mon ami.... Il
eſt digne de lui ſans doute.
S H Y L O C K.
N'en doutes pas, Chrétien... Vous ſe
rez tous les deux contens. ..
B A s s A N I o, à Shylock.
Barbare, arrête ! ... Puiſque rien ne
peut attendrir ce Monſtre, je dois, je
veux & corps pour corps , payer pour
mon ami. .. Il ne te doit qu'une livre
de chair : prens la mienne en entier ;
coupe, déchire, elle eſt à toi : je me
ſoumets à tout, pourvu qu'Antonio vive
& ſoit libre... Es-tu content, Shylock ?
A N T O N I O.
Je ne le ſerois pas.
B A S S A N I O.
Cruel Antonio !
·
A N T o N I o.
Injuſte Baſſanio !
A
B A s s A N I o, à Shylock.
Malheureux ! de quoi peux tu rire ?
S H Y L o C K.
De votre ſimplicité mutuélle.. .. :
Oſez-vous bien penſer, Chrétiens, que
je ſois homme à prendre ainſi le chan
I, Vol.
.
5o MERCURE DE FRANcE.
ge ? Je te connois aſſez, Baſſanio , pour
tout attendre de ton déſeſpoir, ſi ton
ami périt pour toi. Ainſi je ſuis ſûr de
tous deux .. ... Procédons à l'exécution
du premier.
BA s S A N I o, l'épée à la main.
Approches, ſi tu l'oſes. ..
A N T o N I o.
Que fais-tu, mon ami?... Ah ! ſonge
que ta mort & la mienne, eſt le prix de
ton imprudence.
B A s s A N I o.
L E D U C.
-
La mort de l'un eſt celle de l'autre....
Qu'importe quel en ſoit le genre ?
Quel excès d'inſolence ! ... ici! dans le
Palais ? Qu'on le déſarme ...... Qu'on
l'arrête. '
-
P o R T I A , au Duc.
Daignez , Seigneur, le regarder en pi
tié. ... j'ai de quoi le ramener à la
raiſon.. .. ordonnez ſeulement que l'on
m'entende.
-
teur . • . .
:
, •
,
-
S H Y L O C K.
-
: P O R T I A.
-
-
-
•
-
' Silence , Silence ! Ecoutez le Doc
Shylock, en reliſant plus attentivement
, »
ton acte, je ne vois pas qu'Antonio t'y
accorde une ſeule goute de ſon ſang .,'
-
-
>
J U IL L E T. 1764..
51
il porte expreſſément une livre de chair,
& rien de plus. Cette chair eſt à toi : on
te l'accorde...Mais prens garde,Shylock !
Sileſangd'un Chrétien s'imprime ſeule
ment ſur tcn couteau , apprens que par
les Loix de la République, toutes tes
terres & tes biens ſont confiſqués au
profit de l'Etat.
S H Y L O C K, avec émotion.
Qu'entens-je t ....
-
B A s s A N I O , avec tranſport. "
Ciel ! Quel coup de lumière ! .... O
Juge en effet céleſte ! .... ( à Shylock, )
entens-tu ton arrêt ? .... ( au Duc )
Seigneur, pardonnez à l'amitié réduite
au déſeſpoir , ſi ....
L E D U C.
Sois tranquille ; nous admirons bien
plus ta vertu, que nous ne condam
nons ta faute .... Mais achevons.
P O R T I A.
.
Shylock , regarde ; lis toi-même. La
voici cette Loi dont tu implores l'exé
cution à la lettre. .. Elle t'eſt due, on
te l'accorde.
.
S H Y L O C K.
^
,
· Je m'en déſiſte , & me contente.des
offres qu'on m'a faites. .. Que le Chré
tien me paye le triple de la ſomme ſti
pulée , & qu'on briſe ſes fers.
C ij
'
,
-
52 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Voici l'argent.
P O R T I A.
Un moment , Seigneur : il faut que
le Juif ait juſtice entière.... Shylock,
en montrant Antonio.) voici ton ſeul
ébiteur : exerce à la rigueur les droits
qu'il t'a donnés ſur lui-même.
|
G R A T I A N O.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux.....
Eh bièn , perfide Juif! te ſens-tu tom
bé dans ton propre piége ? ...
S H Y L o C K.
Qu'on me donne la ſomme princi
pale, & qu'il n'en ſoit plus §
P O R T I A. ,
Tu l'as refuſée autentiquement de
vant la Cour , en te bornant aux ter
mes du Contrat. .. Contente-toi de ta
demande , puiſque tu l'as obtenue.
S H Y L O C K.
Ah, Ciel ! ... Eh bien que l'on me
laiſſe aller. .. & que le diable. ..
P O R T I A.
Non pas, Shylock. ... , Si la Juſtice
eſt quitte envers toi, tu ne l'es pas en
vers la Juſtice. Les Statuts de Veniſe
portent que ſi un Etranger eſt convain
cu d'avoir ſoit direétement , ſoit indi
vectement attenté à la vie d'un Citoyen ,
'
-
J U I L L E T. 1764.
53
la partie offenſée a un droit acquis ſur
la moitié de ſes biens, la République
ſur le reſte, & que le Duc ſeul peut fai
re grace de la vie au coupable. ... Fais
toi-même, l'application de cette Loi; &
juge ſi le Sénat & le Duc même, ſont
dans le cas de t'épargner.
L E D U C.
Shylock, pour te prouver la différen
ce de nos ſentimens avec les tiens , je
t'accorde la vie avant même que tu la
demandes. Mais que la moitié de ta
fortune ſoit pour Antonio , & l'autre,
pour la République.
S H Y L O C K.
Prenez auſſi ma vie. Qu'en ai je af
faire, ſi vous m'ôtez les moyens de la
ſoutenir ? Ma fortune eſt ma vie : vous
ne pouvez me ravir l'une ſans l'autre.
L E D U C.
-
Voyez, Antonio , quelle grace il a
droit d'attendre de vous.
A N T O N I O. .
Je ſuis très-ſatisfait , ſi votre Gran
deur y conſent, de partager avec lui ce
qui pourra me revenir de la moitié de
ſa fortune, pour en jouir uniquement
durant le peu de temps qui me reſte à
vivre, ſaufà en aſſurant leretouraprès ma
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
mort, à ſa fille unique, qui vient, ſans
qu'il le ſçache, d'épouſer Loerazo , &
qu'il déshériteroit ſans doute. .
-
-
,
L E D U C.
Que le Juif y conſente, ſans quoi je
révoque la grace que je lui ai faite, &
' l'abandonne à la rigueur des Loix.
P O E T I A.
-
Eh bien , Shylock, es-tu content ?
S H Y L O C K.
-
Qu'on me laiſſe ſortir.. .. Je ſuis ma
lade... Dreſſez vos Actes ; envoyez-les
chez moi.. .. je les ſignerai.
L E D U C, en levant le ſiége. .
Antonio , ma vie ſe joint à celle de
votre ami. .. Il eſt inutile, je penſe, de
vous recommander cet aimable & digne
Avocat.
·
-
N. B. Ce n'eſt qu'au cinquiéme Acte
& à ſon retour à Belmont, avec An
tonio, que Baſſanio découvre que c'eſt
Portia à qui il doit la vie de ſon ami.
On peut juger des tranſports de leur
joie , & de tout ce que produit un dé
' noûment de cette eſpéce.
Fermer
288
p. 125-141
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite & envoyée par elle à Milady, Comtesse [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite
& envoyée par elle à Milady, Comtesse
deRoſcomond, Ambaſſadrice d'An
gleterre à la Cour de Dannemarck, par
, Madame Riccoboni. A Paris, chez Bro
cas & Humblot, Libraires, rue S. Jac
ques, au Chef S.Jean, 1764 ; avec ap
probation & privilége du Roi, en quatre
parties in-12.
C'eſt pour les Provinces que nous
annonçons ce Roman : car à Paris il eſt
très-connu, & y a le plus grand ſuccès.
Le nom de Madame Riccoboni ne pou
voit manquer de le faire rechercher avec
empreſſement; & le mérite de l'Ouvrage
a répondu à l'attente des Lecteurs, déja
ſi bien diſpoſés par les Lettres de Fanni,
le Marquis de Creſſi , Juliette Catesby
& Amélie, dans leſquels on a remarqué
de l'eſprit, de l'imagination , de l'inté
rêt & du ſtyle. L'Hiſtoire de Miſs Jenny
réunit ces mêmes avantages, & mérite
qu'on en faſſe mention dans plus d'un
de nos Mercures.
HISToIRE de France, depuis l'Eta
F iij
-
I 26 MERCURE DE NRANCE.
bliſſement de la Monarchie juſqu'au
règne de Louis XIV; par M. de Villa
ret. A Paris , chez Deſaint & Saillant ,
Libraires, rue S. Jean de Beauvais ; les
Tomes XIII & XIV.
Nous croyons avec tout le Public,
qu'à meſure que M. Villaret avance
dans cette carrière , ſon Ouvrage de
vient toujours plus intéreſſant. Indé
pendemment des matières curieuſes que
renferment ces deux volumes , il eſt
certain que le ſtyle de l'Auteur , & ſa
manière de préſenter les faits & d'ex
poſer les événemens, augmentent l'in
térêt, & piquent de plus en plus la cu
rioſité. La fin malheureuſe du Règne de
Charles VI, & les troubles qui agitèrent
celui de Charles VII, étoient des Sujets
· très-propres à faire briller le talent dé
cidé & reconnu de M. Villaret pour le
genre hiſtorique. Ils fourniront la ma
· tière d'un Extrait dans un de nos pro
chains Mercures.
TRADUCTIoN libre de l'Iliade. A
· Berlin , 1763, un vol. in-12.
Nous n'annonçons aujourd'hui cet
Ouvrage, qui n'a point paru en France,
que pour avoir occaſion d'avertir nos
Lecteurs, que M. Bitobé va en donner à
JUIL L ET. 1764
-
127
Paris une ſeconde édition en deux vo -
lumes : il l'a entiérement retravaillée & a
profité des critiques qu'on lui a faites.
Ses retranchemens ſeront ſi peu confi
dérables , qu'il l'intitulera ILIADE,
traduction nouvelle. Cependant il a cru ,
avec beaucoup de raiſon , que s'il s'étoit
aſtreint à conſerver toutes les répétitions
d'Homère, ſes comparaiſons & ſes com
bats trop rebattus, il auroit trouvé peu
de Lecteurs. Il a conſervé aſſez de ces
répétitions, pour faire connoître le génie
d'Homère. On peut eſpérer, après ſon
| nouveau travail, qu'il ſatisfera les deux
Partis ; que les ennemis d'Homère re
viendront de leur mépris outré, & con
viendront que ce Poëte avoit un très
· grand génie ; & cue ſes admirateurs un
peu trop zélés n'auront pas à ſe plaindre
des légers retranchemens du Traduc
teur, & ne prétendront pas ſoumettre
tous les Lecteurs à leurs goûts. L'Ou
vrage ſera accompagné d'un Diſcours
réliminaire beaucoup plus étendu que
celui de l'édition précédente, & intitulé
Réflexions ſur Homère, où l'Auteur ſe
propoſe de jetter un coup-d'œil attentif
ſur tout ce qui a été dit dans la fameuſe
diſpute élevée au ſujet de ce Poëte, &
de peſer avec toute l'impartialité poſº
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
ſible , les opinions des deux Partis.
LETTRE de M. Morand , Conſeiller
Médecin ordinaire du Roi de Pologne,
Duc de Lorraine, &c; imprimée chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre, feuille
in-12, adreſſée à M. Ronnow, Ecuyer,
premier Médecin de S. M. le Roi de
Pologne , Duc de Lorraine , ſur un
reméde anti-vénérien.
CetteLettre eſt le produit d'une correſ
pondance littéraire entre deux Médecins
qui appartiennent à des Compagnies ſça
vantes.L'Auteur y fait part à M. Ronnow
d'un nouveau reméde pour les maladies
dont on croit que le mercure eſt le ſeul
ſpécifique, quoique ce minéral n'y entre
pour rien. Ce reméde, qui eſt celui de
M. Nicole, Chirurgien chez le Roi, a
ce double avantage, qu'il peut être éga
lement employé dans les maladies lé
gères & dans les maux les plus invété
rés. La douceur de ce ſpécifique le rend
très-propre dans le premier cas , ſans
néanmoins lui rien ôter de ſa vertu &
de ſon efficacité contre les maladies plus
profondément enracinées, & auxquelles
on oppoſe le mercure. Il n'a aucun effet
incommode ni aſſujettiſſant ; & ce qui
prévient ſur-tout en faveur du témoi
:
JUIL L E T. 1764.
I29
gnage de M. Morand, ſur les ſuccès du
remède de M. Nicole, c'eſt qu'il ne pa
roît aucunement ſuſceptible de préjugé
ſur tout ce qui peut tendre au but que
ſe propoſe un Médecin, qui eſt de ſou
lager ou de guérir les malades quiim
plorent le ſecours de l'art. Il rend juſ
tice à toutes les tentatives qui ont été
· faites dans cette partie de la Médecine ;
mais celle de M. Nicole paroît avoir des
avantages très-conſidérables.
TRAITÉ du contrat de louage, ſelon
les régles tant du for de la conſcience 23
que du for extérieur; par l'Auteur du
-Traité des Obligations A Paris, chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, à
- l'Image S. Paul; & à Orléans, chez
Jean Rouxeau-Montaut, Imprimeur du
Roi, de la Ville & de l'Univerſité;avec
approbation & privilége du Roi ; 1764,,
un vol. in-12..
Il y a deux eſpéces de contrats de
louage, le louage des choſes & le louage
des ouvrages. L'Auteur traite du louage
des choſes dans les fix premières parties
de ce volume. Il examine dans la pre
mière ce que c'eſt que le contrat de
louage, quelle eſt ſa nature , & quelles.
ſont les choſes qui en forment la ſubſ--
E V,
-
13o MERCURE DE FRANCE.
tance : dans la ſeconde ,
il traite des
obligations du locateur , qui naiſſent
de ce contrat : dans la t oiſiéme, de
celles du conducteur ou preneur : dans
la quatriéme, de ce qui concerne l'exé
- cution du contrat de louage , & des
droits qu'il donne, ſoit au locateur, ſoit
au conducteur : dans la cinquiéme, de
la réſolution du contrat de louage ; en
| fin, dans la ſixiéme, des tacites récon
ductions & autres eſpéces particulières
de contrats de louage , des promeſſes
de louer & des arrhes. On traite dans la
ſeptiéme, du louage des ouvrages.A la
ſuite de ce Livre nous trouvons dans le
même volume un autre Traité du Con
trat de Bail à rente , par le même Au
teur. Ces deux productions forment
enſemble près de ſept cens pages, & ne
coûtent que trois liv. reliées en un ſeul
Tome.
-
MÉMoIRE ſur un objet intéreſſant
pour la Province de Picardie, ou Projet
d'un Canal & d'un Port ſur ſes Côtes,
| avec un parallèle du commerce & de
l'activité des François avec celle des
Hollandois. A La Haye , & ſe vend à
Abbeville , che Devérité, Libraire, rue
S. Gilles , près la Place S. Georges ,
J U IL L E T. 1764.
-
131
1764, brochure in-8° de 72 pages.
L'objet intéreſſant de ce Mémoire eſt
la conſtruction d'un nouveau Port à
l'embouchure de la Somme. Celui de
Saint-Valery ſe comble : la mer paroît
s'être décidée à jetter de ce côté-là tous
ſes ſables : il n'y a prèſque point de jour
où l'on ne s'apperçoive de l'augmenta
tion des bancs, & les vaiſſeaux n'y paſ
ſent plus ſans de grands riſques. Le pro
jet de l'Auteur ſeroit que l'on renonçât
ſans retour à Saint-Valery , pour faire
un Port dans la Somme , que l'on creu
sât entiérement un nouveau lit à cette
rivière , depuis Amiens juſqu'à la mer ,
& que l'on conduisît dans un baſſin
pratiqué ſous les murs de cette ville ,
des navires de deux & trois cens ton
neaux. Après l'expoſition du ſujet, on
diviſe le Mémoire en deux parties; dans
la première , on examine la poſſibilité
du projet propoſé , & dans la ſeconde ,
la dépenſe. L'Auteur s'y montre avec
la ſincérité & le déſintéreſſement d'un
homme qui cherche le bien, & qui ne
veut ni flatter perſonne , ni faire tort à
, qui que ce ſoit.
MÉMc IRE pour ſer ir à l'Hiſtoire de
France du quatorziéme ſiècle , conte
F vj
-
132 MERCURE DE FRANCE.
nant les Statuts de l'Ordre du S. Eſprit
au droit deſir ou du naeud , inſtitué à
Naples en 1352 par Louis , premier du
nom, Roi de Jéruſalem, de Naples &
de Sicile , & renouvellé en 1579 par
Henri III, Roi de France , ſous le titre
de l'Ordre du S. Eſprit, avec une No
tice ſur le Manuſcrit original, qui ren
ferme les anciens Statuts, & des Re
marques hiſtoriques ſur cet Ordre, par
M. Lefevre, Prêtre de la Doctrine Chré
tienne. A Paris , chez Guillaume-Fran
rois Debure le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins , 1764 , avec approba
tion & privilége du Roi, brochure in
8°. de 82 pages.
Il y a dans cette Brochure des choſes
fi curieuſes , que nous croirions faire
tort à nos Lecteurs qui ne ſont point à
portée de ſe la procurer , ſi nous nous
contentions de cette ſimple annonce.
Un Extrait plus étendu ne peut qu'être
très-agréable & très intéreſſant, & nous
ne le ferons pas attendre long-temps.
LA nouvelle Ecole du Monde, Ou
vrage néceſſaire à tous les états, & prin
cipalement à ceux qui veulent s'avan
cer dans le monde. A Lille , chez J. B.
Henry, Imprimeur-Libraire ſur la grand
.
J U I I. L E T. 1764.
I33:
Place, 1764, avec approbation & pri
vilége du Roi, deux volumes in-12.
Il faut à l'homme, pour ſe conduire
dans le monde, un guide éclairé, qui
le décide ſur le choix des objets, des
liaiſons , des affaires où ils peuvent
mieux réuſſir, & dont ils ſont le plus
capables. Ce guide , qui l'empêchera
d'errer, eſt l'Ouvrage que nous annon
gons. Ce ſont les conſeils, les avis d'un
Patriote , d'un homme qui chérit ſes .
ſemblables : ce ſont des leçons, des ré--
flexions tirées de l'expérience, de l'Hiſ
toire & des événemens qui ſe renouvel
lent tous les jours, qui ſerviront d'une
manière efficace à conduire dans le
monde tous ceux qui craindront d'y
· faire de fauſſes démarches. Pour cet effet
on met ſous les yeux tous les états de la .
vie : on donne les moyens de s'avancer
avec prudence, & de parvenir à tout ce
qu'elle peut nous procurer.
-
DU Plaiſir, ou du moyen de ſe rendre !
heureux, avec cette épigraphe :
.
..
Idfateor, ſummamque bonorum
Eſſe voluptatem ; modo ſcilieet indè petatur
Unde petenda venit.Anti-Lucret.Lib. I.
Par M. l'Abbé H. C. A. H. en deux
134 MERCURE DE FRANCE.
parties in-12., formant un volume. A
Lille, chez J. B. Henry, Imprimeur
Libraire, avec approbation & privilége
du Roi, 1764 ; & ſe trouve à Paris chez
Barbou, Durand, Ducheſne, Savoie ,
rue S. Jacques, & Panckouke, rue & à
côté de la Comédie Françoiſe.
Toutes les différentes ſortes de plaiſir
qu'un homme peut avoir dans ce mon
ci ou dans l'autre ; plaiſirs des ſens ;
plaiſirs de l'eſprit; plaiſir du cœur; plai
ſirs du ſentiment; plaiſir du jeu ; plai
firs variés ; plaiſirs économiſés ; plaiſirs
· relatifs au ſéxe, à la condition, à l'âge ;
plaiſirs parfaits , qui ne réſident qu'en
Dieu : voilà les ſujets intéreſſans qui
font la matière de cet Ouvrage.
MANUEL d'Agriculture pour le La
boureur, pour le propriétaire & pour
le gouvernement, contenant les vrais &
ſeuls moyens de faire proſpérer l'Agri
culture, tant en France que dans tous
les autres Etats où l'on cultive ; avec la
réfutnrion de la nouvelle méthode de
M. Thu'l; par M. de la Salle de l'Etang,
Seigneur de Muvr, Tinqueux , & c.
ancien Député de la ville de Rheims A
Paris , chez Lottin , l'aîné , Libraire
Imprimeur , rue S. Jacques, au Coq ,
JU I L L E T. 1764.
135
& chez Deſſair-Junior, Libraire, Quai
des Auguſiins , à la Bonne-Foi ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
vol. in - 8° , avec un Frontiſpice ou
Eſtampe par M. Cochin.
On ſe propoſe dans cet Ouvrage de
faire connoître les vrais moyens , &
même les ſeuls qu'on puiſſe mettre en
ceuvre pour parvenir à rendre,dans toute
l'étendue du Royaume , l'Agriculture
floriſſante. On y fait voir que toutes
nos terres ne rapportent ni la moitié ,
ni le tiers , ni même le quart de ce
qu'on devroit en tirer. On y découvre
que tout ce déſaſtre provient des routi
nes de nos Laboureurs , du défaut de
prairies & de beſtiaux , & des impôts
auſquels ſe trouvent obligés les gens
de la campagne. Pour remédier a ces
différentes cauſes , on propoſe deux
moyens ſimples & ſûrs qu'il faut lire
dans l'Ouvrage même.
HIsToIRE de Julie Mandeville , ou
Lettres traduites de l'Anglois , ſur la
troiſiéme Edition. Par M. B** * ; à
Paris , chez Ducheſne , Libraire, rue
· S. Jacques , au Temple du Goût ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
deux parties-in-12. -
º
'
*
136 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman a été très-bien accueilli
à Londres l'année dernière ; nous pen
ſons qu'il ne ſera pas reçu en France
moins favorablement. L'Auteur ſemble
avoir pris pour modéle le célébre Ri
chardſon ; & l'hiſtoire de Julie Man
deville eſt peut-être le meilleur Roman
dans ce genre qui ait paru en Angleter
re depuis Clariſſe & Grandiſſon. On y
trouve de la vérité & de l'intérêt.
.
EssAI ſur la vertu intrinſéque des
fonds , ou le moyen de les apprécier ,.
, de faire connoître leurs bornes , leurs
limites , leurs ſervitudes , de pénétrer
dans leurs charges, & d'en donner le
rapport exaét & précis en Juſtice ;pàr
M° François Maſſabiau , Avocat en
Parlement ; à Londres ; & ſe trouve à
Paris chez Knapen , Grand-Salle du
Palais ; 1764 ; Brochure in-12.
-
L'Auteur a diviſé ſon Plan en cinq
Chapitres.Dans le premier il établit au
, tant qu'il eſt du reſſort de l'équité, des
règles propres à juger de la valeur in
· trinſéque des fonds, de la liquidation
des fruits, des diviſions des Cens, des
, impoſitions Royales, & généralement
des circonſtances & dépendances des
| Parties. Dans le ſeçond il indique les
J U ILL ET. 1764.
137
moyens de parvenir à la connoiſſance
des bornes, des limites & des ſépara
tions des fonds. Dans le troiſiéme il
donne une méthode exacte & facile
pour vérifier & appliquer les anciens
confins des fonds portés dans différens
titres pour en faire la démonſtration
& les combiner avec les nouveaux. .
Dans le quatriéme on trouve un Traité
abrégé des ſervitudes ruſtiques & ur
baines; & dans le cinquiéme, des mo
, déles des rapports en Juſtice.
DICTIoNNAIRE de Titres origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du
Roi, l'Hiſtoire, la Généalogie, & gé
néralement tous les objets qui concer
nent le gouvernement de l'Etat ; ou in
ventaire général du cabinet du Cheva- .
lier Blondeau du Charnage, ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris, Fauxbourg Saint Germain, rue
Guénégaud, la Porte Cochere à côté de
l'Hotel d'Artois; tome 3°, à Paris, ehez.
Panckouke , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe, & chez l'Auteur; 1764 ;avec
Approbation & Privilége du Roi, in-12.
Nous avons déjà parlé de ce livre à
l'occaſion des premiers tomes ; & nous
§ avons fait connoître l'objet & l'u
tll1tC,
138 MERCURE DE FRANCE.
· L'EvEI DE di Virgilio, del Com
mendatore Annibal Caro ; in Parigi ,
preſſo la vedova Quillau ; 276o. C'eſt-à
dire, l'Enéïde de Virgile, du Comman
deur Annibal Caro ; à Paris , chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre; deux
vol. in-8°, avec de très-belles gravures
au commencement de chaque Chant.
· Rien n'eſt plus parfait que l'éxécuticn
Typographique de cette traduction ſi
connue & dont le mérite eſt au-deſſus de
tous nos Eloges.
-
POEME ſur la mort de Zélime, en
trois Chants; 1764, brochure in-4°. de
22 pages.
Le ſujet de ce Poëme eſt la mort de Ma
dame de Pompadour. L'Auteur l'a traité
en vers libres, dans leſquels on remarque
plus de bonne volonté que de Poëſie.
RICHARDET , * Poème dans le genre
Berneſque ; imité de l'Italien ; à la
Haye, chez Jean Neaulme & Compa
gnie, & à Paris chez tous les Librai
res où l'on diſtribue les Nouveautés.
TUn vol. in-8°.
La Poëſie Berneſque eſt un mêlange
d'héroïſme & de comique. C'eſt dans
* Nous ignorions que cet Ouvrage fût prêt .
à paroître,
J U IL L E T. 1764 .
139
ce goût qu'eſt écrit un Poëme qui a eu le
plus grand ſuccès en Italie.On ſera bien
aiſe d'avoir en France une imitation de
· cet Ouvrage, la plus reſſemblante qu'il
a été poſſible de la faire. Le plus ſouvent
l'Auteur n'a pu ſe ſervir que du deſ
· ſein de ſon modéle dont il a retranché
ou changé un nombre infini de détails,
parmi leſquels il y en a pluſieurs qui
n'auroient pû être ſupportés en paſſant
dans notre Langue. On ne nous donne
'aujourd'hui que la moitié de l'Ouvrage;
on lit cette imitation poëtique avec le
plus grand plaiſir La tournure des vers
en eſt très-agréable & très-facile, & le
fond des choſes eſt extrêmement plaiſant.
Nous en donnerons bientôt l'extrait.
SoUsCRIPTIoN pour le Journal des
Sçavans, chez la Veuve Quillau, rue
du Fouarre, près la place Maubert.
La Veuve Quillau ayant réſolu de
ſe défaire de ſon fonds de Librairie ,
avertit qu'elle poſſéde un certain nom
bre d'exemplaires du Journal des Sça
vans, tant in-4°. qu'in-t2; ſçavoir les
années 1747 , 1748 , 1749 , 175o »
1751 , 1752 , 1753 , 1754 & 1755
Elle les délivre à raiſon de 5 liv. chaque
année, au lieu de 14liv, quel'on payoit
".
14o MERCURE DE FRANCE.
ci-devant.
Elle prévient que l'on ne
jouira de cet avantage que juſqu'à la fin
de Septembre prochain , paſſé , lequel
temps on ne doit pas s'attendre à pou
voir en† aucun exemplaire. On
trouve auſſi chez elle des exemplaires de
la belle édition du Bocace , en 5 vol.
in-8°. avec figures. Le prix eſt de 48 liv.
le François, & 54 liv. l'Italien.
LA MÉTHoDE d'exprimer les nom
bres par leurs facteurs ,
ſi deſirée par
M, de Fontenelle dans ſon Hiſtoire de
l'Académie Royale des Sciences, ve
nant enfin d'être inventée avec ſuccès
par le Père Archange de Charleroi ,
Capucin du Couvent de S. Honoré ,
qui en a calculé des tables juſqu'à 25ooo
& une autre du répertoire
juſqu'à
1oooooo, ce Religieux deſireroit faire
part au Public de cet Ouvrage impor
tant , que la même Académie a hono
ré de ſon approbation : mais parce que
ſon état ne lui permet pas de fournir
par lui-même aux frais néceſſaires, il
a recours aux voies de la ſouſcription,
en faveur de laquelle ledit Ouvrage y
compriſe l'introduction latine & fran
çoiſe qui précéde les tables, formant
un volume in-quarto de plus de ſix cens
,
J UIL L ET. 1764.
141
pages, qui dans la ſuite coutera douze
francs, ſera remis aux Souſcripteurs
pour le prix de neuf livres proprement
relié.
« Les ſouſcriptions qui auront lieu juſ
qu'au premier Septembre prochain,
pourront ſe faire à Paris, chez Michel
Lambert, Imprimeur & Libraire pro
che la Comédie Françoiſe , & ailleurs
chez les RR. PP. Gardiens des Cou
vents des Capucins des Villes où on
ſe trouvera, & qui auront la bonté
d'en donner avis à l'Auteur vers ledit
terme ; il ſuffira d'avancer ſix livres en
ſouſcrivant, le reſte ſera payé en rece
vant le volume.
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite
& envoyée par elle à Milady, Comtesse
deRoſcomond, Ambaſſadrice d'An
gleterre à la Cour de Dannemarck, par
, Madame Riccoboni. A Paris, chez Bro
cas & Humblot, Libraires, rue S. Jac
ques, au Chef S.Jean, 1764 ; avec ap
probation & privilége du Roi, en quatre
parties in-12.
C'eſt pour les Provinces que nous
annonçons ce Roman : car à Paris il eſt
très-connu, & y a le plus grand ſuccès.
Le nom de Madame Riccoboni ne pou
voit manquer de le faire rechercher avec
empreſſement; & le mérite de l'Ouvrage
a répondu à l'attente des Lecteurs, déja
ſi bien diſpoſés par les Lettres de Fanni,
le Marquis de Creſſi , Juliette Catesby
& Amélie, dans leſquels on a remarqué
de l'eſprit, de l'imagination , de l'inté
rêt & du ſtyle. L'Hiſtoire de Miſs Jenny
réunit ces mêmes avantages, & mérite
qu'on en faſſe mention dans plus d'un
de nos Mercures.
HISToIRE de France, depuis l'Eta
F iij
-
I 26 MERCURE DE NRANCE.
bliſſement de la Monarchie juſqu'au
règne de Louis XIV; par M. de Villa
ret. A Paris , chez Deſaint & Saillant ,
Libraires, rue S. Jean de Beauvais ; les
Tomes XIII & XIV.
Nous croyons avec tout le Public,
qu'à meſure que M. Villaret avance
dans cette carrière , ſon Ouvrage de
vient toujours plus intéreſſant. Indé
pendemment des matières curieuſes que
renferment ces deux volumes , il eſt
certain que le ſtyle de l'Auteur , & ſa
manière de préſenter les faits & d'ex
poſer les événemens, augmentent l'in
térêt, & piquent de plus en plus la cu
rioſité. La fin malheureuſe du Règne de
Charles VI, & les troubles qui agitèrent
celui de Charles VII, étoient des Sujets
· très-propres à faire briller le talent dé
cidé & reconnu de M. Villaret pour le
genre hiſtorique. Ils fourniront la ma
· tière d'un Extrait dans un de nos pro
chains Mercures.
TRADUCTIoN libre de l'Iliade. A
· Berlin , 1763, un vol. in-12.
Nous n'annonçons aujourd'hui cet
Ouvrage, qui n'a point paru en France,
que pour avoir occaſion d'avertir nos
Lecteurs, que M. Bitobé va en donner à
JUIL L ET. 1764
-
127
Paris une ſeconde édition en deux vo -
lumes : il l'a entiérement retravaillée & a
profité des critiques qu'on lui a faites.
Ses retranchemens ſeront ſi peu confi
dérables , qu'il l'intitulera ILIADE,
traduction nouvelle. Cependant il a cru ,
avec beaucoup de raiſon , que s'il s'étoit
aſtreint à conſerver toutes les répétitions
d'Homère, ſes comparaiſons & ſes com
bats trop rebattus, il auroit trouvé peu
de Lecteurs. Il a conſervé aſſez de ces
répétitions, pour faire connoître le génie
d'Homère. On peut eſpérer, après ſon
| nouveau travail, qu'il ſatisfera les deux
Partis ; que les ennemis d'Homère re
viendront de leur mépris outré, & con
viendront que ce Poëte avoit un très
· grand génie ; & cue ſes admirateurs un
peu trop zélés n'auront pas à ſe plaindre
des légers retranchemens du Traduc
teur, & ne prétendront pas ſoumettre
tous les Lecteurs à leurs goûts. L'Ou
vrage ſera accompagné d'un Diſcours
réliminaire beaucoup plus étendu que
celui de l'édition précédente, & intitulé
Réflexions ſur Homère, où l'Auteur ſe
propoſe de jetter un coup-d'œil attentif
ſur tout ce qui a été dit dans la fameuſe
diſpute élevée au ſujet de ce Poëte, &
de peſer avec toute l'impartialité poſº
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
ſible , les opinions des deux Partis.
LETTRE de M. Morand , Conſeiller
Médecin ordinaire du Roi de Pologne,
Duc de Lorraine, &c; imprimée chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre, feuille
in-12, adreſſée à M. Ronnow, Ecuyer,
premier Médecin de S. M. le Roi de
Pologne , Duc de Lorraine , ſur un
reméde anti-vénérien.
CetteLettre eſt le produit d'une correſ
pondance littéraire entre deux Médecins
qui appartiennent à des Compagnies ſça
vantes.L'Auteur y fait part à M. Ronnow
d'un nouveau reméde pour les maladies
dont on croit que le mercure eſt le ſeul
ſpécifique, quoique ce minéral n'y entre
pour rien. Ce reméde, qui eſt celui de
M. Nicole, Chirurgien chez le Roi, a
ce double avantage, qu'il peut être éga
lement employé dans les maladies lé
gères & dans les maux les plus invété
rés. La douceur de ce ſpécifique le rend
très-propre dans le premier cas , ſans
néanmoins lui rien ôter de ſa vertu &
de ſon efficacité contre les maladies plus
profondément enracinées, & auxquelles
on oppoſe le mercure. Il n'a aucun effet
incommode ni aſſujettiſſant ; & ce qui
prévient ſur-tout en faveur du témoi
:
JUIL L E T. 1764.
I29
gnage de M. Morand, ſur les ſuccès du
remède de M. Nicole, c'eſt qu'il ne pa
roît aucunement ſuſceptible de préjugé
ſur tout ce qui peut tendre au but que
ſe propoſe un Médecin, qui eſt de ſou
lager ou de guérir les malades quiim
plorent le ſecours de l'art. Il rend juſ
tice à toutes les tentatives qui ont été
· faites dans cette partie de la Médecine ;
mais celle de M. Nicole paroît avoir des
avantages très-conſidérables.
TRAITÉ du contrat de louage, ſelon
les régles tant du for de la conſcience 23
que du for extérieur; par l'Auteur du
-Traité des Obligations A Paris, chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, à
- l'Image S. Paul; & à Orléans, chez
Jean Rouxeau-Montaut, Imprimeur du
Roi, de la Ville & de l'Univerſité;avec
approbation & privilége du Roi ; 1764,,
un vol. in-12..
Il y a deux eſpéces de contrats de
louage, le louage des choſes & le louage
des ouvrages. L'Auteur traite du louage
des choſes dans les fix premières parties
de ce volume. Il examine dans la pre
mière ce que c'eſt que le contrat de
louage, quelle eſt ſa nature , & quelles.
ſont les choſes qui en forment la ſubſ--
E V,
-
13o MERCURE DE FRANCE.
tance : dans la ſeconde ,
il traite des
obligations du locateur , qui naiſſent
de ce contrat : dans la t oiſiéme, de
celles du conducteur ou preneur : dans
la quatriéme, de ce qui concerne l'exé
- cution du contrat de louage , & des
droits qu'il donne, ſoit au locateur, ſoit
au conducteur : dans la cinquiéme, de
la réſolution du contrat de louage ; en
| fin, dans la ſixiéme, des tacites récon
ductions & autres eſpéces particulières
de contrats de louage , des promeſſes
de louer & des arrhes. On traite dans la
ſeptiéme, du louage des ouvrages.A la
ſuite de ce Livre nous trouvons dans le
même volume un autre Traité du Con
trat de Bail à rente , par le même Au
teur. Ces deux productions forment
enſemble près de ſept cens pages, & ne
coûtent que trois liv. reliées en un ſeul
Tome.
-
MÉMoIRE ſur un objet intéreſſant
pour la Province de Picardie, ou Projet
d'un Canal & d'un Port ſur ſes Côtes,
| avec un parallèle du commerce & de
l'activité des François avec celle des
Hollandois. A La Haye , & ſe vend à
Abbeville , che Devérité, Libraire, rue
S. Gilles , près la Place S. Georges ,
J U IL L E T. 1764.
-
131
1764, brochure in-8° de 72 pages.
L'objet intéreſſant de ce Mémoire eſt
la conſtruction d'un nouveau Port à
l'embouchure de la Somme. Celui de
Saint-Valery ſe comble : la mer paroît
s'être décidée à jetter de ce côté-là tous
ſes ſables : il n'y a prèſque point de jour
où l'on ne s'apperçoive de l'augmenta
tion des bancs, & les vaiſſeaux n'y paſ
ſent plus ſans de grands riſques. Le pro
jet de l'Auteur ſeroit que l'on renonçât
ſans retour à Saint-Valery , pour faire
un Port dans la Somme , que l'on creu
sât entiérement un nouveau lit à cette
rivière , depuis Amiens juſqu'à la mer ,
& que l'on conduisît dans un baſſin
pratiqué ſous les murs de cette ville ,
des navires de deux & trois cens ton
neaux. Après l'expoſition du ſujet, on
diviſe le Mémoire en deux parties; dans
la première , on examine la poſſibilité
du projet propoſé , & dans la ſeconde ,
la dépenſe. L'Auteur s'y montre avec
la ſincérité & le déſintéreſſement d'un
homme qui cherche le bien, & qui ne
veut ni flatter perſonne , ni faire tort à
, qui que ce ſoit.
MÉMc IRE pour ſer ir à l'Hiſtoire de
France du quatorziéme ſiècle , conte
F vj
-
132 MERCURE DE FRANCE.
nant les Statuts de l'Ordre du S. Eſprit
au droit deſir ou du naeud , inſtitué à
Naples en 1352 par Louis , premier du
nom, Roi de Jéruſalem, de Naples &
de Sicile , & renouvellé en 1579 par
Henri III, Roi de France , ſous le titre
de l'Ordre du S. Eſprit, avec une No
tice ſur le Manuſcrit original, qui ren
ferme les anciens Statuts, & des Re
marques hiſtoriques ſur cet Ordre, par
M. Lefevre, Prêtre de la Doctrine Chré
tienne. A Paris , chez Guillaume-Fran
rois Debure le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins , 1764 , avec approba
tion & privilége du Roi, brochure in
8°. de 82 pages.
Il y a dans cette Brochure des choſes
fi curieuſes , que nous croirions faire
tort à nos Lecteurs qui ne ſont point à
portée de ſe la procurer , ſi nous nous
contentions de cette ſimple annonce.
Un Extrait plus étendu ne peut qu'être
très-agréable & très intéreſſant, & nous
ne le ferons pas attendre long-temps.
LA nouvelle Ecole du Monde, Ou
vrage néceſſaire à tous les états, & prin
cipalement à ceux qui veulent s'avan
cer dans le monde. A Lille , chez J. B.
Henry, Imprimeur-Libraire ſur la grand
.
J U I I. L E T. 1764.
I33:
Place, 1764, avec approbation & pri
vilége du Roi, deux volumes in-12.
Il faut à l'homme, pour ſe conduire
dans le monde, un guide éclairé, qui
le décide ſur le choix des objets, des
liaiſons , des affaires où ils peuvent
mieux réuſſir, & dont ils ſont le plus
capables. Ce guide , qui l'empêchera
d'errer, eſt l'Ouvrage que nous annon
gons. Ce ſont les conſeils, les avis d'un
Patriote , d'un homme qui chérit ſes .
ſemblables : ce ſont des leçons, des ré--
flexions tirées de l'expérience, de l'Hiſ
toire & des événemens qui ſe renouvel
lent tous les jours, qui ſerviront d'une
manière efficace à conduire dans le
monde tous ceux qui craindront d'y
· faire de fauſſes démarches. Pour cet effet
on met ſous les yeux tous les états de la .
vie : on donne les moyens de s'avancer
avec prudence, & de parvenir à tout ce
qu'elle peut nous procurer.
-
DU Plaiſir, ou du moyen de ſe rendre !
heureux, avec cette épigraphe :
.
..
Idfateor, ſummamque bonorum
Eſſe voluptatem ; modo ſcilieet indè petatur
Unde petenda venit.Anti-Lucret.Lib. I.
Par M. l'Abbé H. C. A. H. en deux
134 MERCURE DE FRANCE.
parties in-12., formant un volume. A
Lille, chez J. B. Henry, Imprimeur
Libraire, avec approbation & privilége
du Roi, 1764 ; & ſe trouve à Paris chez
Barbou, Durand, Ducheſne, Savoie ,
rue S. Jacques, & Panckouke, rue & à
côté de la Comédie Françoiſe.
Toutes les différentes ſortes de plaiſir
qu'un homme peut avoir dans ce mon
ci ou dans l'autre ; plaiſirs des ſens ;
plaiſirs de l'eſprit; plaiſir du cœur; plai
ſirs du ſentiment; plaiſir du jeu ; plai
firs variés ; plaiſirs économiſés ; plaiſirs
· relatifs au ſéxe, à la condition, à l'âge ;
plaiſirs parfaits , qui ne réſident qu'en
Dieu : voilà les ſujets intéreſſans qui
font la matière de cet Ouvrage.
MANUEL d'Agriculture pour le La
boureur, pour le propriétaire & pour
le gouvernement, contenant les vrais &
ſeuls moyens de faire proſpérer l'Agri
culture, tant en France que dans tous
les autres Etats où l'on cultive ; avec la
réfutnrion de la nouvelle méthode de
M. Thu'l; par M. de la Salle de l'Etang,
Seigneur de Muvr, Tinqueux , & c.
ancien Député de la ville de Rheims A
Paris , chez Lottin , l'aîné , Libraire
Imprimeur , rue S. Jacques, au Coq ,
JU I L L E T. 1764.
135
& chez Deſſair-Junior, Libraire, Quai
des Auguſiins , à la Bonne-Foi ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
vol. in - 8° , avec un Frontiſpice ou
Eſtampe par M. Cochin.
On ſe propoſe dans cet Ouvrage de
faire connoître les vrais moyens , &
même les ſeuls qu'on puiſſe mettre en
ceuvre pour parvenir à rendre,dans toute
l'étendue du Royaume , l'Agriculture
floriſſante. On y fait voir que toutes
nos terres ne rapportent ni la moitié ,
ni le tiers , ni même le quart de ce
qu'on devroit en tirer. On y découvre
que tout ce déſaſtre provient des routi
nes de nos Laboureurs , du défaut de
prairies & de beſtiaux , & des impôts
auſquels ſe trouvent obligés les gens
de la campagne. Pour remédier a ces
différentes cauſes , on propoſe deux
moyens ſimples & ſûrs qu'il faut lire
dans l'Ouvrage même.
HIsToIRE de Julie Mandeville , ou
Lettres traduites de l'Anglois , ſur la
troiſiéme Edition. Par M. B** * ; à
Paris , chez Ducheſne , Libraire, rue
· S. Jacques , au Temple du Goût ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
deux parties-in-12. -
º
'
*
136 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman a été très-bien accueilli
à Londres l'année dernière ; nous pen
ſons qu'il ne ſera pas reçu en France
moins favorablement. L'Auteur ſemble
avoir pris pour modéle le célébre Ri
chardſon ; & l'hiſtoire de Julie Man
deville eſt peut-être le meilleur Roman
dans ce genre qui ait paru en Angleter
re depuis Clariſſe & Grandiſſon. On y
trouve de la vérité & de l'intérêt.
.
EssAI ſur la vertu intrinſéque des
fonds , ou le moyen de les apprécier ,.
, de faire connoître leurs bornes , leurs
limites , leurs ſervitudes , de pénétrer
dans leurs charges, & d'en donner le
rapport exaét & précis en Juſtice ;pàr
M° François Maſſabiau , Avocat en
Parlement ; à Londres ; & ſe trouve à
Paris chez Knapen , Grand-Salle du
Palais ; 1764 ; Brochure in-12.
-
L'Auteur a diviſé ſon Plan en cinq
Chapitres.Dans le premier il établit au
, tant qu'il eſt du reſſort de l'équité, des
règles propres à juger de la valeur in
· trinſéque des fonds, de la liquidation
des fruits, des diviſions des Cens, des
, impoſitions Royales, & généralement
des circonſtances & dépendances des
| Parties. Dans le ſeçond il indique les
J U ILL ET. 1764.
137
moyens de parvenir à la connoiſſance
des bornes, des limites & des ſépara
tions des fonds. Dans le troiſiéme il
donne une méthode exacte & facile
pour vérifier & appliquer les anciens
confins des fonds portés dans différens
titres pour en faire la démonſtration
& les combiner avec les nouveaux. .
Dans le quatriéme on trouve un Traité
abrégé des ſervitudes ruſtiques & ur
baines; & dans le cinquiéme, des mo
, déles des rapports en Juſtice.
DICTIoNNAIRE de Titres origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du
Roi, l'Hiſtoire, la Généalogie, & gé
néralement tous les objets qui concer
nent le gouvernement de l'Etat ; ou in
ventaire général du cabinet du Cheva- .
lier Blondeau du Charnage, ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris, Fauxbourg Saint Germain, rue
Guénégaud, la Porte Cochere à côté de
l'Hotel d'Artois; tome 3°, à Paris, ehez.
Panckouke , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe, & chez l'Auteur; 1764 ;avec
Approbation & Privilége du Roi, in-12.
Nous avons déjà parlé de ce livre à
l'occaſion des premiers tomes ; & nous
§ avons fait connoître l'objet & l'u
tll1tC,
138 MERCURE DE FRANCE.
· L'EvEI DE di Virgilio, del Com
mendatore Annibal Caro ; in Parigi ,
preſſo la vedova Quillau ; 276o. C'eſt-à
dire, l'Enéïde de Virgile, du Comman
deur Annibal Caro ; à Paris , chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre; deux
vol. in-8°, avec de très-belles gravures
au commencement de chaque Chant.
· Rien n'eſt plus parfait que l'éxécuticn
Typographique de cette traduction ſi
connue & dont le mérite eſt au-deſſus de
tous nos Eloges.
-
POEME ſur la mort de Zélime, en
trois Chants; 1764, brochure in-4°. de
22 pages.
Le ſujet de ce Poëme eſt la mort de Ma
dame de Pompadour. L'Auteur l'a traité
en vers libres, dans leſquels on remarque
plus de bonne volonté que de Poëſie.
RICHARDET , * Poème dans le genre
Berneſque ; imité de l'Italien ; à la
Haye, chez Jean Neaulme & Compa
gnie, & à Paris chez tous les Librai
res où l'on diſtribue les Nouveautés.
TUn vol. in-8°.
La Poëſie Berneſque eſt un mêlange
d'héroïſme & de comique. C'eſt dans
* Nous ignorions que cet Ouvrage fût prêt .
à paroître,
J U IL L E T. 1764 .
139
ce goût qu'eſt écrit un Poëme qui a eu le
plus grand ſuccès en Italie.On ſera bien
aiſe d'avoir en France une imitation de
· cet Ouvrage, la plus reſſemblante qu'il
a été poſſible de la faire. Le plus ſouvent
l'Auteur n'a pu ſe ſervir que du deſ
· ſein de ſon modéle dont il a retranché
ou changé un nombre infini de détails,
parmi leſquels il y en a pluſieurs qui
n'auroient pû être ſupportés en paſſant
dans notre Langue. On ne nous donne
'aujourd'hui que la moitié de l'Ouvrage;
on lit cette imitation poëtique avec le
plus grand plaiſir La tournure des vers
en eſt très-agréable & très-facile, & le
fond des choſes eſt extrêmement plaiſant.
Nous en donnerons bientôt l'extrait.
SoUsCRIPTIoN pour le Journal des
Sçavans, chez la Veuve Quillau, rue
du Fouarre, près la place Maubert.
La Veuve Quillau ayant réſolu de
ſe défaire de ſon fonds de Librairie ,
avertit qu'elle poſſéde un certain nom
bre d'exemplaires du Journal des Sça
vans, tant in-4°. qu'in-t2; ſçavoir les
années 1747 , 1748 , 1749 , 175o »
1751 , 1752 , 1753 , 1754 & 1755
Elle les délivre à raiſon de 5 liv. chaque
année, au lieu de 14liv, quel'on payoit
".
14o MERCURE DE FRANCE.
ci-devant.
Elle prévient que l'on ne
jouira de cet avantage que juſqu'à la fin
de Septembre prochain , paſſé , lequel
temps on ne doit pas s'attendre à pou
voir en† aucun exemplaire. On
trouve auſſi chez elle des exemplaires de
la belle édition du Bocace , en 5 vol.
in-8°. avec figures. Le prix eſt de 48 liv.
le François, & 54 liv. l'Italien.
LA MÉTHoDE d'exprimer les nom
bres par leurs facteurs ,
ſi deſirée par
M, de Fontenelle dans ſon Hiſtoire de
l'Académie Royale des Sciences, ve
nant enfin d'être inventée avec ſuccès
par le Père Archange de Charleroi ,
Capucin du Couvent de S. Honoré ,
qui en a calculé des tables juſqu'à 25ooo
& une autre du répertoire
juſqu'à
1oooooo, ce Religieux deſireroit faire
part au Public de cet Ouvrage impor
tant , que la même Académie a hono
ré de ſon approbation : mais parce que
ſon état ne lui permet pas de fournir
par lui-même aux frais néceſſaires, il
a recours aux voies de la ſouſcription,
en faveur de laquelle ledit Ouvrage y
compriſe l'introduction latine & fran
çoiſe qui précéde les tables, formant
un volume in-quarto de plus de ſix cens
,
J UIL L ET. 1764.
141
pages, qui dans la ſuite coutera douze
francs, ſera remis aux Souſcripteurs
pour le prix de neuf livres proprement
relié.
« Les ſouſcriptions qui auront lieu juſ
qu'au premier Septembre prochain,
pourront ſe faire à Paris, chez Michel
Lambert, Imprimeur & Libraire pro
che la Comédie Françoiſe , & ailleurs
chez les RR. PP. Gardiens des Cou
vents des Capucins des Villes où on
ſe trouvera, & qui auront la bonté
d'en donner avis à l'Auteur vers ledit
terme ; il ſuffira d'avancer ſix livres en
ſouſcrivant, le reſte ſera payé en rece
vant le volume.
Fermer
289
p. 5-19
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICERON. HISTOIRE de la défense de MARCUS FONTEIUS.
Début :
UN Etat Républicain est plus propre à former de grands Orateurs qu'une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICERON. HISTOIRE de la défense de MARCUS FONTEIUS.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICERON.
HISTOIRE de la défense de MARCUS
FONTEIUS.
UN Etat Républicain est plus propre
à former de grands Orateurs qu'une
Monarchie ; & Cicéron doit peut - être
une partie de fa gloire à la conftitution
de fa patrie. Ce qui nous refte de l'une
II. Vol.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux harangues qu'il prononça pour
la défenfe de Fonteius eft bien capable
d'exciter nos regrets fur la perte de ce
qui n'eft pas venu jufqu'à nous.
Marcus Fonteïus , élu Préteur , avoit
eu le Gouvernement de la Gaule Nar-
bonnoife. Sa conduite dans cette Provin-
ce , fi on en croit fes accufateurs , fut
femblable à celle que tenoient alors
tous les Gouverneurs Romains , c'est-à-
dire telle que nous avons vu celle de
Verrès. Après un féjour de trois ans , il
revint à Rome. A peine y fut-il arrivé ,
qu'Indicomare un des Princes Gaulois
vint l'accufer d'avoir fait beaucoup d'in-
juftices & d'exactions dans fa Province ,
furtout dans ce qui regardoit les VINS;
fur lefquels il avoit , dit-on , mis un im-
pôt extraordinaire.
Il eſt à préfumer que Fonteius n'é-
toit pas accufé injuftement , car malgré
tout l'art de l'Orateur , on apperçoit l'a-
dreffe dont Cicéron fe fert pour exciter
la haine contre les Accufateurs , & la
compaffion en faveur de l'Accufé. Pour
ruiner le crédit des témoins, il ne craint
pas de repréfenter toute leur Nation
comme un Peuple livré à l'ivrognerie
impie , de mauvaiſe foi , naturellement
ennemi de toute Religion , fans refpe&t
pour
JUILLET. 1764.
7
la fainteté des fermens & fouillant
les Autels des Dieux qu'il adoroit , par
des facrifices humains. Pour exciter la
pitié des Juges , il fait valoir avec toute
la force de l'éloquence , l'interceffion &
les larmes de la foeur de Fonteïus , qui
étoit une des Veſtales , & qui affiſtoit à
l'Audience.
Nous ne fçavons rien de certain fur
l'événement du procès. Les Mémoires-
du temps gardent un profond filence fur
cet article intéreffant à bien des égards.
HISTOIRE du Plaidoyer prononcé
dans la Caufe d'AULU'S CÆCINA.
La Caufe de Cacina eft bien diffé-
rente de la précédente. Elle a pour objet
un droit de fucceffion qui dépendoit
d'un point fort fubtil de la Loi.
Un habitant de Tarquinies , nommé
Marcus Fulcinius , laiffa en mourant à
fa femme Cæfennia l'ufufruit de tous fes
biens , afin qu'elle en jouît avec fon
fils qu'il avoit inftitué fon héritier. Ce
fils vint à mourir peu du temps après
fon Père , de façon que Cafennia fe
trouvant maîtreffe d'une fortune affez
confidérable
elle réfolut , par les
confeils de fes amis de faire l'acquifition
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'un fonds de terre à fa bienséance. Elle
chargea de cette affaire Sextus Ebutius ,
& de concert avec elle cet habileAgent, fit
paffer le contrat en fon nom . Elle étoit
alors en termes de mariage avec Aulus
Cacina , qu'elle époufa en effet quelque
temps après. Elle difpofa de tous fes
biens en fa faveur , & le nomma fon
héritier. Elle ne vêcut pas longtemps
après fon teftament , & fa mort mit
Cacina en poffeffion de la fortune de
Cafennia. Ebutius revendiqua alors la
terre qu'il avoit achetée pour la défunte :
il foutint qu'elle étoit à lui , & qu'il
l'avoit payée de fes propres deniers. Il
obtint même du Préteur une Sentence
provifoire qui lui confervoit la poffeffion
du fonds contefté. Cacina ne voulut
pas s'y foumettre ; il tacha au contrai-
re de s'emparer de force d'un bien qui
lui appartenoit légitimement. Ebutius ,
qui s'y attendoit , avoit pris fes précau-
tions , & Cocina , fut repouffé par un
gros de gens armés. Il fe pourvut alors
en Juftice réglée devant le Préteur Dola-
bella & demanda non-feulement la
,
reftitution du bien ufurpé par Ebutius ,
mais encore des dommages & intérêts.
Cicéron appuya fa demande par le beau
difcours qui nous refte
2
difcours où
JUILLET. 1764.
9
l'Orateur fait éclater fes lumières dans la
Jurifprudence , & où il montre que fes
emplois & fon caractère public , ( il étoit
Edile alors ) ne lui faifoient rien perdre
de fon zéle pour les ex rcices du
Barreau.
La Jurifprudence des Romains étoit
bien différente de la nôtre fur l'article
des fucceffions , ainfi qu'on l'a pu voir
par ce précis. Le difcours de Cicéron
eft rempli de ces anciennes formules de
Droit , fi difficiles à entendre pour ceux
qui n'ont aucune teinture de cette partie
du langage Romain. Il eût été à fou-
haiter que l'Académicien François qui
nous a donné une Edition fi belle & fi
complette des Œuvres du Père de l'élo-
quence , eût pris la peine de les ex-
pliquer dans fon Choix des Commen-
taires. Ce travail difficile & rebutant par
lui-même ne pouvoit être confié a un
Sçavant plus capable de remplir cette
carrière avec honneur. ( a )
( a ) L'ordre Chronologique exigeroit qu'on
plaçât ici la défenſe de la Loi propofée par Ma-
nilius , Tribun du Peuple ; on en trouve l'hiftoi
re dans le Mercure d'Avril de cette année, L. Vol. "
P.5. & fuiv,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE de la défenfe d'AULUS
CLUENTIUS AVITUS.
L'HISTOIRE de cette caufe préfente
une Scène fi monftrueufe de poifons ,
de meurtres , d'inceftes , de furbornation
de témoins , de corruption de Juges ,
que les fictions poëtiques n'approchent
pas de toutes ces horreurs.
Aulus Cluentius Avitus étoit Che-
valier Romain ; fa naiffance étoit illuf-
tre, & il jouiffoit d'une fortune confidé-
rable. Le cœur de fa mère Saffia réunif-
foit aufouverain dégré toutes les qualités
qui peuvent former un monftre. La
baffeffe d'âme , la débauche effrénée
l'avarice la plus infâme , formoient fon
caractère. Après s'être mariée deux fois ,
d'abord au Père de Cluentius , enfuite
à un certain Mélinus , elle époufa en
troifiémes nôces Oppianicus , homme
foible & cruel , à qui elle communiqua
toutes fes fureurs. Avant de fe détermi-
ner à l'époufer , elle exigea de lui le
meurtre de Mélinus fon fecond mari. Un
amant ne pouvoit lui plaire , s'il n'avoit
les mains teintes de fang , & pour la
mériter il falloit un crime.
Les mœurs douces de Cluentius for-
JUILLET. 1764.
II
moient un contrafte piquant avec la
`conduite odieufe de fa mère : fes vertus
fembloient lui reprocher fes crimes ;
auffi fa perte fut- elle réfolue. La victi-
me que le méchant immole le plus vo-
lontiers , c'eſt l'homme de bien.
Le Tribunal du Préteur Qu. Nafon
retentit bientôt de l'accufation intentée
contre Cluentius. Son crime prétendu
étoit d'avoir empoifonné fon beau- père
Oppianicus , qui avoit été banni lui-
même deux ans auparavant , pour avoir
tenté d'empoifonner Cluentius.
Chacun reconnut la main d'où par-
toit ce coup terrible. C'étoit en effet la
malheureufe Saffia qui étoit l'âme d'une
accufation auffi atroce. Cicéron prit la
défenſe de l'Accufé , & prouva fon in-
nocence avec autant de force que d'élo-
quence.... Quelle mère ! s'écrie l'O-
» rateur , que celle qui fe laiffe entraî-
» ner aveuglément par les plus cruelles
» & les plus brutales paffions ; qui ne
» connoît ni honte ni pudeur ; qui par
» la dépravation de fon caractère tourne
les meilleures Loix aux fins les plus
» déteftables ; qui fe conduit avec tant
» de folie qu'on ne la prendroit pas
» pour une femme ; avec tant de cruau-
» té qu'on ne peut lui donner le nom
A vji
12 MERCURE DE FRANCE.
» de mère : un monftre qui a confondu
» non feulement les noms & les droits
» de la Nature , mais jufqu'à fes dépen-
» dances. . . . . . enfin à qui il ne refte
» rien d'humain que la figur . ( b )
L'époque de cette action doit fe rap-
porter à l'année du Confulat de Lepi-
dus & de Tullus. Ce Quintus Voconius
Nafon dont on vient de parler avoit
reçu la commiffion expreffe de con-
noître des procès criminels , fur le fait
du poifon. ( c )
( b ) Cicéron étoit Préteur lorsqu'il prononça
ce Difcours. Une chofe à remarquer , c'eft que
pendant le temps de cette Magiftrature , il fré-
quentoit affiduement l'Ecole de Gniphon, célébre
Rhetoricien du temps. Comme on ne peut pas
fuppofer qu'il lui reftât quelques nouvelles inf-
tructions à recevoir , il faut préfumer que fon
deffein étoit de fe confirmer dans la perfection
où il étoit parvenu , & de prévenir toute forte
d'affoibliffement , en s'exerçant fous les yeux d'ún
fi bon Maître. Peut- être auffi n'avoit-il en vue
que de faire honneur à Gniphon & à l'art dont
il faifoit profeffion , ou d'infpirer de l'émulation
à la jeune Nobleſſe , par la préſence d'un des
premiers Magiftrats de Rome. H. Cic. IV. pag.
217.
( c) Nous fommes obligés d'avertir que c'eſt
ici la place de l'Hiftoire des trois Difcours de
Cicéron contre la Loi Agraire. Elle se trouve
dans le Mercure du mois de Mars de cette am-
née, pag. s &fuiv.
$
JUILLET. 1764.
13
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenfe de C. RABIRIUS , accufé
de meurtre , de révolte & de trahifon.
Si l'on doit en croire les Historiens
contemporains de Cicéron , cette affaire-
ci eft la première caufe d'importance
que cet Orateur ait plaidée . Quoiqu'il en
foit , il eft du moins certain que l'affaire
de Caius Rabirius étoit celle de tout
le Sénat Romain , & que fa condamna-
tion étoit le triomphe de la rage des
Tribuns du Peuple. On eût dit que la
deftinée de ces Magiftrats fubalternes
étoit de perfécuter fans ceffe les gens
de bien.
Peu de temps après les troubles occa-
fionnés par la propofition de la fameuſe
Loi Agraire , T. Labienus , Tribun du
Peuple s'avifa d'accufer C. Rabirius
Sénateur âgé , & dont la conduite avoit
toujours été irréprochable , d'avoir tué
quatre ans auparavant L. Saturninus ,
autre Tribun du Peuple. Le fait étoit au
moins problématique ; mais quand il au-
roit été prouvé , loin de fufciter une af-
faire à Rabirius , ce brave Citoyen au-
roit mérité des éloges pour avoir défait
14 MERCURE DE FRANCE.
fa République d'un Magiftrat auffi rufe
que
féditieux , des intrigues duquel tant
de gens avoient été la victime. D'ail
leurs il auroit été autorifé à ce meurtre
par ce célèbre Décret du Sénat qui
avoit ordonné pour lors aux Citoyens
de prendre les armes pour la défenſe
des Confuls C. Marius & L. Flaccus.
Le Tribun , accufateur de Rabirius
ne pouvoit pas ignorer tout cela ; auffi
n'étoit- ce point à ce Sénateur que La-
bienus vouloit nuire : la vie d'un hom-
me de fon âge importoit peu au repos
de la Ville . Son deffein n'étoit pas obf
cur; il vouloit attaquer une des prin-
cipales prérogatives du Sénat qui con-
fiftoit dans le pouvoir de faire armer
en un moment toute la Ville , lorſqu'il
lui plaifoit de recommander feulement
aux Confuls , DE PRENDRE GARDE
QUE LA R.P. NE REÇUT AUCUN MAL.
( VIDEANT COSS . NE QUID DE-
TRIMENTI RESPUBLICA CAPIAT)
Cette réfolution du Sénat avoit la force
de juftifier tout ce qui fe faifoit en con-
féquence , & fouvent il avoit employé
cette voie dans les féditions , pour ſe
défaire de quelques Magiftrats factieux
fans avoir recours aux formalités de la
Juftice.
JUILLET. 1764.
15
Les Tribuns en avoient fait plufieurs
fois des plaintes ; & quoique l'ufage
en fût très -ancien , ils l'avoient toujours
repréſenté comme une infraction des
Loix établies , qui donnoit aux Séna-
teurs un pouvoir arbitraire fur la vie
des Citoyens. Mais la véritable caufe de
leur chagrin étoit d'y trouver un frein
continuel qui arrêtoit les entrepriſes
de leur ambition , & qui les expofoit
quelquefois à des punitions promptes &
févères. Ils pouvoient tromper la multi-
tude , mais il n'étoit pas aifé d'en im-
pofer au Sénat ; & dans peu d'inftant,
un mot d'avis donné aux Confuls pou-
voit ruiner l'effet des plus longues in-
trigues , & rendre inutile la faveur du
Peuple.
Tous les facieux , & ils étoient en
grand nombre , fe trouvoient donc in-
téreffés à la perte de Rabirius. J. Céfar
un des plus ardens , fut celui qui en-
gagea Labienus à prendre la qualité
d'accufateur ; il fe fit nommer lui- même
Duumvir , c'est- à -dire , l'un des deux
Juges qui affiftoient ordinairement le
Préteur dans les jugemens de trahison .
Le célébre Hortenfuus plaida pour Ra-
birius. Son difcours énergique & plein
de force , fut pourtant fans fuccès . Il
16 MERCURE DE FRANCE.
avoit affaire à des Juges prévenus ; l'ac
cufé fut condamné à perdre la vie : fen-
tence également cruelle & injufte , dont
il appella au Peuple.
C'est à ce nouveau Tribunal que Ci-
céron adreffa le difcours qui nous refte,
monument admirable d'éloquence &
de folidité. Son exorde grave & majef-
tueux frappa toute l'affemblée d'une
vénération religieufe , & lui concilia
l'attention de fes auditeurs. En vain
quelques miférables fuppôts de la faction
Tribunicienne effayerent de le troubler
par leurs clameurs ; ce bruit ne l'effraya
point , & il continua de prouver l'in-
nocence de Rabirius avec autant de
dignité que d'évidence. Avouons - le
pourtant , à la honte de l'humanité
Cicéron auroit perdu fa caufe , Rabi
rius eût été condamné , fi l'Augure Me-
tellus , alors Préteur , n'avoit trouvé
moyen de féparer l'affemblée avant
qu'on en vînt aux fuffrages . Cette affaire
refta donc indécife , & les troubles
qu'excita bientôt après la conjuration
de Catilina , empêcherent qu'elle ne fût
rappellée. ( d)
( d) C'est ici la place des Catilinaires & de la
défense de Muréna. On trouve l'hiftoire des qua-
tre premiers de ces Difcours à la page 10 du
JUILLET. 1764.
17
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenſe de L.VAL. FLACCUs.
Lucius Valerius Flaccus , dont Ci-
céron entreprit la défenſe , avoit été un
de fes coopérateurs dans la grande af-
faire de la découverte de la conjuration
de Catilina. Revêtu pour lors de la
Préture ,
it
il reçut dans ce temps- là les
remercîmens du Sénat pour le zéle &
la vigueur avec laquelle il avoit arrêté
les complices de l'ennemi de la Patrie.
Le Gouvernement de l'Afie qu'il avoit
obtenu en fortant de charge , avoit
été la récompenſe de ſes ſervices . A fon
retour , un certain Lælius , jaloux de
fa gloire , s'avifa de l'accufer de vol &
de rapine dans fa Province. Cette ac
cufation fans fondement , fut bientôt
détruite par la harangue de fon défen-
feur, & Flaccus fut abfous par le fuf-
frage unanime de fes Juges.
Ce difcours a pour époque l'an de
Rome 694. Les Confuls étoient C. J.
Mercure du mois d'Avril de cette année , II. Vol,
& celle du dernier , à la page 5 du même Mer-
cure
18 MERCURE DE FRANCE.
Céfar & M. Calpurnius Bibulus : Cice
ron pouvoit avoir 48 ans. ( e )
HISTOIRE de la défenſe de PUBLIUS
CORNELIUS SYLLA.
La caufe de Publius Corn. Sylla ref-
femble affez à celle de Murena. Ce pa-
rent du Dictateur avoit brigué le Con-
fulat , & il avoit été défigné pour rem-
plir cette place avec P. Autronius Pa-
tus. L'un & l'autre comptant peu fur
fon mérite perfonnel , où redoutant le
crédit de fes concurrens , ils avoient
penfé à s'affurer par des largeffes la fa-
veur du Peuple. Deux de leurs rivaux ,
(e ) Quintus Cicéron , Frère de l'Orateur ,
fuccéda à Flaccus dans le Gouvernement d'Afie.
Nous avons encore une Lettre que lui adreffa
fon frère dans ce temps-là : elle contient des
avis admirables pour fon adminiftration. Les ma-
ximes de modération & d'humanité , les régles
d'équité & de prudence , enfin tout ce qui peut
fervir à la conduite d'un Miniftre de l'Autorité
fouveraine y eft exposé d'une manière fi propret
à faire le bonheur du genre humain
•
mérite une place dans le cabinet de tous ceux
qui gouvernent , fpécialement de ceux qui com-
mandent dans les Provinces éloignées de la Cour,
& qui à cette distance du Souverain , font plus
fouvent tentés d'abufer de leur pouvoir.
qu'elle
H.Cic.
JUILLET. 1764.
19
L. Cotta (f) & L. Torquatus décou-
vrirent leurs intrigues , & les ayant con-
vaincus d'avoir diftribué de l'argent pour
acheter les fuffrages , ils perdirent le
Confulat , & , fuivant la loi , leurs Ac-
cufateurs l'obtinrent à leur place.
Ce n'étoit pas affez de cette première
difgrace. L. Torquatus , fils du Conful ,
intenta bientôt après une autre accufa-
tion contre Sylla.
Il prétendoit qu'il
avoit été complice de la conjuration de
Catilina. Hortenfuus & Cicéron répon-
dirent pour lui à Torquatus. Il eft à pré-
fumer qu'il fut abfous , puifque dans la
fuite on lui voit faire les fonctions d'Ac-
cufateur dans l'affaire de Gabinius. (g)
(f) Ce L. Cotta étoit Cenfeur dans le temps
que Cicéron follicitoit le Confulat. Il paffoit pour
aimer le vin. Un jour que notre Orateur étoit
fatigué de fes courfes , il s'arrêta dans la Place pu-
blique , & demanda un verre d'eau pour fe
raffraîchir. Ayant remarqué que les amis l'envi-
ronnoient pendant qu'il buvoit : Vous faites bien,
leur dit-il , de me cacher , de peur que Cotta ne me
voye & ne me cenfure pour avoir bû de l'eau. C'eſt
Plutarque qui nous a confervé ce mot prétendu
agréable.
(g) Suivant l'ordre chron . c'eſt ici la place de
l'élégante défenſe du Poëte Archias, & des IV Dif-
cours pron. par C. au retour de fon exil On trouve
T'hiftoire de la première de ces Piéces dans le M.
de Février de cette année , & celle des 4 autres
dans le M. du mois de Mai fuivant , p. 5 & fuiv. ,
Discours de CICERON.
HISTOIRE de la défense de MARCUS
FONTEIUS.
UN Etat Républicain est plus propre
à former de grands Orateurs qu'une
Monarchie ; & Cicéron doit peut - être
une partie de fa gloire à la conftitution
de fa patrie. Ce qui nous refte de l'une
II. Vol.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux harangues qu'il prononça pour
la défenfe de Fonteius eft bien capable
d'exciter nos regrets fur la perte de ce
qui n'eft pas venu jufqu'à nous.
Marcus Fonteïus , élu Préteur , avoit
eu le Gouvernement de la Gaule Nar-
bonnoife. Sa conduite dans cette Provin-
ce , fi on en croit fes accufateurs , fut
femblable à celle que tenoient alors
tous les Gouverneurs Romains , c'est-à-
dire telle que nous avons vu celle de
Verrès. Après un féjour de trois ans , il
revint à Rome. A peine y fut-il arrivé ,
qu'Indicomare un des Princes Gaulois
vint l'accufer d'avoir fait beaucoup d'in-
juftices & d'exactions dans fa Province ,
furtout dans ce qui regardoit les VINS;
fur lefquels il avoit , dit-on , mis un im-
pôt extraordinaire.
Il eſt à préfumer que Fonteius n'é-
toit pas accufé injuftement , car malgré
tout l'art de l'Orateur , on apperçoit l'a-
dreffe dont Cicéron fe fert pour exciter
la haine contre les Accufateurs , & la
compaffion en faveur de l'Accufé. Pour
ruiner le crédit des témoins, il ne craint
pas de repréfenter toute leur Nation
comme un Peuple livré à l'ivrognerie
impie , de mauvaiſe foi , naturellement
ennemi de toute Religion , fans refpe&t
pour
JUILLET. 1764.
7
la fainteté des fermens & fouillant
les Autels des Dieux qu'il adoroit , par
des facrifices humains. Pour exciter la
pitié des Juges , il fait valoir avec toute
la force de l'éloquence , l'interceffion &
les larmes de la foeur de Fonteïus , qui
étoit une des Veſtales , & qui affiſtoit à
l'Audience.
Nous ne fçavons rien de certain fur
l'événement du procès. Les Mémoires-
du temps gardent un profond filence fur
cet article intéreffant à bien des égards.
HISTOIRE du Plaidoyer prononcé
dans la Caufe d'AULU'S CÆCINA.
La Caufe de Cacina eft bien diffé-
rente de la précédente. Elle a pour objet
un droit de fucceffion qui dépendoit
d'un point fort fubtil de la Loi.
Un habitant de Tarquinies , nommé
Marcus Fulcinius , laiffa en mourant à
fa femme Cæfennia l'ufufruit de tous fes
biens , afin qu'elle en jouît avec fon
fils qu'il avoit inftitué fon héritier. Ce
fils vint à mourir peu du temps après
fon Père , de façon que Cafennia fe
trouvant maîtreffe d'une fortune affez
confidérable
elle réfolut , par les
confeils de fes amis de faire l'acquifition
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'un fonds de terre à fa bienséance. Elle
chargea de cette affaire Sextus Ebutius ,
& de concert avec elle cet habileAgent, fit
paffer le contrat en fon nom . Elle étoit
alors en termes de mariage avec Aulus
Cacina , qu'elle époufa en effet quelque
temps après. Elle difpofa de tous fes
biens en fa faveur , & le nomma fon
héritier. Elle ne vêcut pas longtemps
après fon teftament , & fa mort mit
Cacina en poffeffion de la fortune de
Cafennia. Ebutius revendiqua alors la
terre qu'il avoit achetée pour la défunte :
il foutint qu'elle étoit à lui , & qu'il
l'avoit payée de fes propres deniers. Il
obtint même du Préteur une Sentence
provifoire qui lui confervoit la poffeffion
du fonds contefté. Cacina ne voulut
pas s'y foumettre ; il tacha au contrai-
re de s'emparer de force d'un bien qui
lui appartenoit légitimement. Ebutius ,
qui s'y attendoit , avoit pris fes précau-
tions , & Cocina , fut repouffé par un
gros de gens armés. Il fe pourvut alors
en Juftice réglée devant le Préteur Dola-
bella & demanda non-feulement la
,
reftitution du bien ufurpé par Ebutius ,
mais encore des dommages & intérêts.
Cicéron appuya fa demande par le beau
difcours qui nous refte
2
difcours où
JUILLET. 1764.
9
l'Orateur fait éclater fes lumières dans la
Jurifprudence , & où il montre que fes
emplois & fon caractère public , ( il étoit
Edile alors ) ne lui faifoient rien perdre
de fon zéle pour les ex rcices du
Barreau.
La Jurifprudence des Romains étoit
bien différente de la nôtre fur l'article
des fucceffions , ainfi qu'on l'a pu voir
par ce précis. Le difcours de Cicéron
eft rempli de ces anciennes formules de
Droit , fi difficiles à entendre pour ceux
qui n'ont aucune teinture de cette partie
du langage Romain. Il eût été à fou-
haiter que l'Académicien François qui
nous a donné une Edition fi belle & fi
complette des Œuvres du Père de l'élo-
quence , eût pris la peine de les ex-
pliquer dans fon Choix des Commen-
taires. Ce travail difficile & rebutant par
lui-même ne pouvoit être confié a un
Sçavant plus capable de remplir cette
carrière avec honneur. ( a )
( a ) L'ordre Chronologique exigeroit qu'on
plaçât ici la défenſe de la Loi propofée par Ma-
nilius , Tribun du Peuple ; on en trouve l'hiftoi
re dans le Mercure d'Avril de cette année, L. Vol. "
P.5. & fuiv,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE de la défenfe d'AULUS
CLUENTIUS AVITUS.
L'HISTOIRE de cette caufe préfente
une Scène fi monftrueufe de poifons ,
de meurtres , d'inceftes , de furbornation
de témoins , de corruption de Juges ,
que les fictions poëtiques n'approchent
pas de toutes ces horreurs.
Aulus Cluentius Avitus étoit Che-
valier Romain ; fa naiffance étoit illuf-
tre, & il jouiffoit d'une fortune confidé-
rable. Le cœur de fa mère Saffia réunif-
foit aufouverain dégré toutes les qualités
qui peuvent former un monftre. La
baffeffe d'âme , la débauche effrénée
l'avarice la plus infâme , formoient fon
caractère. Après s'être mariée deux fois ,
d'abord au Père de Cluentius , enfuite
à un certain Mélinus , elle époufa en
troifiémes nôces Oppianicus , homme
foible & cruel , à qui elle communiqua
toutes fes fureurs. Avant de fe détermi-
ner à l'époufer , elle exigea de lui le
meurtre de Mélinus fon fecond mari. Un
amant ne pouvoit lui plaire , s'il n'avoit
les mains teintes de fang , & pour la
mériter il falloit un crime.
Les mœurs douces de Cluentius for-
JUILLET. 1764.
II
moient un contrafte piquant avec la
`conduite odieufe de fa mère : fes vertus
fembloient lui reprocher fes crimes ;
auffi fa perte fut- elle réfolue. La victi-
me que le méchant immole le plus vo-
lontiers , c'eſt l'homme de bien.
Le Tribunal du Préteur Qu. Nafon
retentit bientôt de l'accufation intentée
contre Cluentius. Son crime prétendu
étoit d'avoir empoifonné fon beau- père
Oppianicus , qui avoit été banni lui-
même deux ans auparavant , pour avoir
tenté d'empoifonner Cluentius.
Chacun reconnut la main d'où par-
toit ce coup terrible. C'étoit en effet la
malheureufe Saffia qui étoit l'âme d'une
accufation auffi atroce. Cicéron prit la
défenſe de l'Accufé , & prouva fon in-
nocence avec autant de force que d'élo-
quence.... Quelle mère ! s'écrie l'O-
» rateur , que celle qui fe laiffe entraî-
» ner aveuglément par les plus cruelles
» & les plus brutales paffions ; qui ne
» connoît ni honte ni pudeur ; qui par
» la dépravation de fon caractère tourne
les meilleures Loix aux fins les plus
» déteftables ; qui fe conduit avec tant
» de folie qu'on ne la prendroit pas
» pour une femme ; avec tant de cruau-
» té qu'on ne peut lui donner le nom
A vji
12 MERCURE DE FRANCE.
» de mère : un monftre qui a confondu
» non feulement les noms & les droits
» de la Nature , mais jufqu'à fes dépen-
» dances. . . . . . enfin à qui il ne refte
» rien d'humain que la figur . ( b )
L'époque de cette action doit fe rap-
porter à l'année du Confulat de Lepi-
dus & de Tullus. Ce Quintus Voconius
Nafon dont on vient de parler avoit
reçu la commiffion expreffe de con-
noître des procès criminels , fur le fait
du poifon. ( c )
( b ) Cicéron étoit Préteur lorsqu'il prononça
ce Difcours. Une chofe à remarquer , c'eft que
pendant le temps de cette Magiftrature , il fré-
quentoit affiduement l'Ecole de Gniphon, célébre
Rhetoricien du temps. Comme on ne peut pas
fuppofer qu'il lui reftât quelques nouvelles inf-
tructions à recevoir , il faut préfumer que fon
deffein étoit de fe confirmer dans la perfection
où il étoit parvenu , & de prévenir toute forte
d'affoibliffement , en s'exerçant fous les yeux d'ún
fi bon Maître. Peut- être auffi n'avoit-il en vue
que de faire honneur à Gniphon & à l'art dont
il faifoit profeffion , ou d'infpirer de l'émulation
à la jeune Nobleſſe , par la préſence d'un des
premiers Magiftrats de Rome. H. Cic. IV. pag.
217.
( c) Nous fommes obligés d'avertir que c'eſt
ici la place de l'Hiftoire des trois Difcours de
Cicéron contre la Loi Agraire. Elle se trouve
dans le Mercure du mois de Mars de cette am-
née, pag. s &fuiv.
$
JUILLET. 1764.
13
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenfe de C. RABIRIUS , accufé
de meurtre , de révolte & de trahifon.
Si l'on doit en croire les Historiens
contemporains de Cicéron , cette affaire-
ci eft la première caufe d'importance
que cet Orateur ait plaidée . Quoiqu'il en
foit , il eft du moins certain que l'affaire
de Caius Rabirius étoit celle de tout
le Sénat Romain , & que fa condamna-
tion étoit le triomphe de la rage des
Tribuns du Peuple. On eût dit que la
deftinée de ces Magiftrats fubalternes
étoit de perfécuter fans ceffe les gens
de bien.
Peu de temps après les troubles occa-
fionnés par la propofition de la fameuſe
Loi Agraire , T. Labienus , Tribun du
Peuple s'avifa d'accufer C. Rabirius
Sénateur âgé , & dont la conduite avoit
toujours été irréprochable , d'avoir tué
quatre ans auparavant L. Saturninus ,
autre Tribun du Peuple. Le fait étoit au
moins problématique ; mais quand il au-
roit été prouvé , loin de fufciter une af-
faire à Rabirius , ce brave Citoyen au-
roit mérité des éloges pour avoir défait
14 MERCURE DE FRANCE.
fa République d'un Magiftrat auffi rufe
que
féditieux , des intrigues duquel tant
de gens avoient été la victime. D'ail
leurs il auroit été autorifé à ce meurtre
par ce célèbre Décret du Sénat qui
avoit ordonné pour lors aux Citoyens
de prendre les armes pour la défenſe
des Confuls C. Marius & L. Flaccus.
Le Tribun , accufateur de Rabirius
ne pouvoit pas ignorer tout cela ; auffi
n'étoit- ce point à ce Sénateur que La-
bienus vouloit nuire : la vie d'un hom-
me de fon âge importoit peu au repos
de la Ville . Son deffein n'étoit pas obf
cur; il vouloit attaquer une des prin-
cipales prérogatives du Sénat qui con-
fiftoit dans le pouvoir de faire armer
en un moment toute la Ville , lorſqu'il
lui plaifoit de recommander feulement
aux Confuls , DE PRENDRE GARDE
QUE LA R.P. NE REÇUT AUCUN MAL.
( VIDEANT COSS . NE QUID DE-
TRIMENTI RESPUBLICA CAPIAT)
Cette réfolution du Sénat avoit la force
de juftifier tout ce qui fe faifoit en con-
féquence , & fouvent il avoit employé
cette voie dans les féditions , pour ſe
défaire de quelques Magiftrats factieux
fans avoir recours aux formalités de la
Juftice.
JUILLET. 1764.
15
Les Tribuns en avoient fait plufieurs
fois des plaintes ; & quoique l'ufage
en fût très -ancien , ils l'avoient toujours
repréſenté comme une infraction des
Loix établies , qui donnoit aux Séna-
teurs un pouvoir arbitraire fur la vie
des Citoyens. Mais la véritable caufe de
leur chagrin étoit d'y trouver un frein
continuel qui arrêtoit les entrepriſes
de leur ambition , & qui les expofoit
quelquefois à des punitions promptes &
févères. Ils pouvoient tromper la multi-
tude , mais il n'étoit pas aifé d'en im-
pofer au Sénat ; & dans peu d'inftant,
un mot d'avis donné aux Confuls pou-
voit ruiner l'effet des plus longues in-
trigues , & rendre inutile la faveur du
Peuple.
Tous les facieux , & ils étoient en
grand nombre , fe trouvoient donc in-
téreffés à la perte de Rabirius. J. Céfar
un des plus ardens , fut celui qui en-
gagea Labienus à prendre la qualité
d'accufateur ; il fe fit nommer lui- même
Duumvir , c'est- à -dire , l'un des deux
Juges qui affiftoient ordinairement le
Préteur dans les jugemens de trahison .
Le célébre Hortenfuus plaida pour Ra-
birius. Son difcours énergique & plein
de force , fut pourtant fans fuccès . Il
16 MERCURE DE FRANCE.
avoit affaire à des Juges prévenus ; l'ac
cufé fut condamné à perdre la vie : fen-
tence également cruelle & injufte , dont
il appella au Peuple.
C'est à ce nouveau Tribunal que Ci-
céron adreffa le difcours qui nous refte,
monument admirable d'éloquence &
de folidité. Son exorde grave & majef-
tueux frappa toute l'affemblée d'une
vénération religieufe , & lui concilia
l'attention de fes auditeurs. En vain
quelques miférables fuppôts de la faction
Tribunicienne effayerent de le troubler
par leurs clameurs ; ce bruit ne l'effraya
point , & il continua de prouver l'in-
nocence de Rabirius avec autant de
dignité que d'évidence. Avouons - le
pourtant , à la honte de l'humanité
Cicéron auroit perdu fa caufe , Rabi
rius eût été condamné , fi l'Augure Me-
tellus , alors Préteur , n'avoit trouvé
moyen de féparer l'affemblée avant
qu'on en vînt aux fuffrages . Cette affaire
refta donc indécife , & les troubles
qu'excita bientôt après la conjuration
de Catilina , empêcherent qu'elle ne fût
rappellée. ( d)
( d) C'est ici la place des Catilinaires & de la
défense de Muréna. On trouve l'hiftoire des qua-
tre premiers de ces Difcours à la page 10 du
JUILLET. 1764.
17
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenſe de L.VAL. FLACCUs.
Lucius Valerius Flaccus , dont Ci-
céron entreprit la défenſe , avoit été un
de fes coopérateurs dans la grande af-
faire de la découverte de la conjuration
de Catilina. Revêtu pour lors de la
Préture ,
it
il reçut dans ce temps- là les
remercîmens du Sénat pour le zéle &
la vigueur avec laquelle il avoit arrêté
les complices de l'ennemi de la Patrie.
Le Gouvernement de l'Afie qu'il avoit
obtenu en fortant de charge , avoit
été la récompenſe de ſes ſervices . A fon
retour , un certain Lælius , jaloux de
fa gloire , s'avifa de l'accufer de vol &
de rapine dans fa Province. Cette ac
cufation fans fondement , fut bientôt
détruite par la harangue de fon défen-
feur, & Flaccus fut abfous par le fuf-
frage unanime de fes Juges.
Ce difcours a pour époque l'an de
Rome 694. Les Confuls étoient C. J.
Mercure du mois d'Avril de cette année , II. Vol,
& celle du dernier , à la page 5 du même Mer-
cure
18 MERCURE DE FRANCE.
Céfar & M. Calpurnius Bibulus : Cice
ron pouvoit avoir 48 ans. ( e )
HISTOIRE de la défenſe de PUBLIUS
CORNELIUS SYLLA.
La caufe de Publius Corn. Sylla ref-
femble affez à celle de Murena. Ce pa-
rent du Dictateur avoit brigué le Con-
fulat , & il avoit été défigné pour rem-
plir cette place avec P. Autronius Pa-
tus. L'un & l'autre comptant peu fur
fon mérite perfonnel , où redoutant le
crédit de fes concurrens , ils avoient
penfé à s'affurer par des largeffes la fa-
veur du Peuple. Deux de leurs rivaux ,
(e ) Quintus Cicéron , Frère de l'Orateur ,
fuccéda à Flaccus dans le Gouvernement d'Afie.
Nous avons encore une Lettre que lui adreffa
fon frère dans ce temps-là : elle contient des
avis admirables pour fon adminiftration. Les ma-
ximes de modération & d'humanité , les régles
d'équité & de prudence , enfin tout ce qui peut
fervir à la conduite d'un Miniftre de l'Autorité
fouveraine y eft exposé d'une manière fi propret
à faire le bonheur du genre humain
•
mérite une place dans le cabinet de tous ceux
qui gouvernent , fpécialement de ceux qui com-
mandent dans les Provinces éloignées de la Cour,
& qui à cette distance du Souverain , font plus
fouvent tentés d'abufer de leur pouvoir.
qu'elle
H.Cic.
JUILLET. 1764.
19
L. Cotta (f) & L. Torquatus décou-
vrirent leurs intrigues , & les ayant con-
vaincus d'avoir diftribué de l'argent pour
acheter les fuffrages , ils perdirent le
Confulat , & , fuivant la loi , leurs Ac-
cufateurs l'obtinrent à leur place.
Ce n'étoit pas affez de cette première
difgrace. L. Torquatus , fils du Conful ,
intenta bientôt après une autre accufa-
tion contre Sylla.
Il prétendoit qu'il
avoit été complice de la conjuration de
Catilina. Hortenfuus & Cicéron répon-
dirent pour lui à Torquatus. Il eft à pré-
fumer qu'il fut abfous , puifque dans la
fuite on lui voit faire les fonctions d'Ac-
cufateur dans l'affaire de Gabinius. (g)
(f) Ce L. Cotta étoit Cenfeur dans le temps
que Cicéron follicitoit le Confulat. Il paffoit pour
aimer le vin. Un jour que notre Orateur étoit
fatigué de fes courfes , il s'arrêta dans la Place pu-
blique , & demanda un verre d'eau pour fe
raffraîchir. Ayant remarqué que les amis l'envi-
ronnoient pendant qu'il buvoit : Vous faites bien,
leur dit-il , de me cacher , de peur que Cotta ne me
voye & ne me cenfure pour avoir bû de l'eau. C'eſt
Plutarque qui nous a confervé ce mot prétendu
agréable.
(g) Suivant l'ordre chron . c'eſt ici la place de
l'élégante défenſe du Poëte Archias, & des IV Dif-
cours pron. par C. au retour de fon exil On trouve
T'hiftoire de la première de ces Piéces dans le M.
de Février de cette année , & celle des 4 autres
dans le M. du mois de Mai fuivant , p. 5 & fuiv. ,
Fermer
290
p. 83-86
LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur une Anectote singulière de l'Histoire de la Ville de LILLE. A S. Omer, le 18 Juin 1764.
Début :
J'AI une grace à vous demander ; Monsieur ; je me flatte que vous me [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur une Anectote singulière de l'Histoire de la Ville de LILLE. A S. Omer, le 18 Juin 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur
une Anectote singulière de l'Histoire
de la Ville de LILLE.
A S. Omer, le 18 Juin 1764.
J'AI une grace à vous demander ;
Monsieur ; je me flatte que vous me
l'accorderez , tant par l'intérêt que vous
prenez fûrement à l'honneur de l'Ar-
tois où vous avez longtemps demeuré
& qui vous a chargé de fes intérêts
qu'en confidération de notre ancienne
connoiffance.
M. l'Abbé de Monlinot vient de don-
ner une Hiftoire de la ville de Lille
dont il ne paroît que le premier Vo-
lume qui fe vend chez Panckoucke &
chez les principaux Libraires de la Flan-
dres ( 1764 ) in- 12.
Dans ce Volumé , page 177. Il dit
que » Guy Pape raconte un fait comme
témoin oculaire ; qu'un cochon ayant
tué un enfant en Bourgogne , on lui
fit fon procès dans les formes , on le
condamna à être pendu , & la Sen-
» tence fut gravement exécutée en pré-
»fence des Juges.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
La note qui eft au bas de cette page
eft conçue en ces termes..
( c ) sa Décif. 138. La même aventure arriva
à S. Omer à-peu-près dans ce temps- là. Un co-
» chon ayant dévoré un enfant dans la Banlieue ,
» les Echevins le condamnerent à être pendu.. Ce
qu'il y a de plus fingulier , c'eft que les Eche--
» vins de cette Ville dans un procès actuellement
» pendant au Parlement , contre les Officiers du
D
Bailliage , employent férieufement cette Sen-
>tence , comme une piéce juftificative de l'exer
» cice qu'ils ont de la Haute-Juſtice , & ils la font
valoir avec d'autant plus de force , qu'elle a
été éxécutée en dernier, reffort & fans appel.
Voilà deux faits , Monfieur.
Il ne
refte à M. de Montlinot qu'à les prouver;
ce fera peu de chofe pour lui. Un Hif
torien qui ofe attaquer fi griévement
un Corps public , que le fait l'Auteur ,
a fûrement des garants. Il eft vrai que fi
ce font des Citoyens qui lui ont fourni
ces belles Anecdotes , affurément ce ne-
font pas les meilleurs Patriotes. Quoi-
qu'il en foit , on lui nie ces deux faits.
Le premier eft fondé à la vérité fur une
une Tradition populaire ; mais qui a vu
la Sentence prétendue ?
J'ai lû plus de
tres de S. Omer que M. l'Abbé , j'ofe
le dire ,, & celui-là ne m'a jamais été
communiqué , & ne m'eft jamais tombe
entre les mains...
JUILLET. 1764.
85
Le fecond fait eft plus grave : car
quand le premier feroit vrai ; il prou-
veroit feulement la fimplicité des Juges
d'un fiècle d'ignorance ; mais l'accufa-
tion intentée contre les Echevins de S.
Omer d'avoir récemment produit un
titre auffi ridicule que la Sentence de
mort du cochon eft une espéce de per-
fonnalité bien imprudente au moins , fi
elle eft mat fondée. Je fçai qu'à la page
12 d'un mémoire imprimé à S. Omer
chez Fertel in-fol, en 1748 , il eft dit
» qu'en 1370 le Lieutenant-Général &
quelques Sergens du Bailliage avoient
» réclamé un porc d'une maifon fituée
» dans la Banlieue , prétendant que ce
» fût un épave qui appartenoit au Com-
» te d'Artois , attendu qu'il n'étoit ré-
» clamé de perfonne , à caufe que par
» fa morfure
il avoit occafionné la
» mort d'un Domeſtique ; mais fur les
"
repréſentations des Mayeur & Eche-
» vins que c'étoit une entrepriſe fur
» leur Jurifdiction , les Officiers du
"
Bailliage leur délivrérent un acte par
lequel il eft déclaré qu'ils ont fait re-
» mettre & rétablir cet animal au lieu
» où il avoit été pris , à charge qu'il
» leur feroit délivré comme appartenant
à- la-Comteffe d'Artois , fi par le Ju
86 MERCURE DE FRANCE.
» gement des Mayeur & Echevins il
» étoit décidé que ce fût une épave.
» Cet ace eft datté du 18 Décembre
» de la même année. »
S'il y a là du ridicule , eft -il du côté
des Mayeur & Echevins de S. Omer ?
Mais où eft le procès criminel du co-
chon ? M. l'Abbé de Montlinot nous le
produira fans doute ; fon honneur y eft
intéreffé. Il auroit dû même citer les
preuves. Et nous lui laiffons avec plaifir
le foin de faire l'hiftoire du cochon
dont je viens de lui donner le com-
mencement ; il y ajoutera les piéces
juftificatives & affurément ce fera un
morceau très-intéreffant.
J'efpére , Monfieur , que vous infſe-
rerez cette Lettre dans votre Ouvrage ,
qui étant un des plus répandus , détrom-
pera plutôt le Public , & même un *
Journaliste qui fur la foi de M. de Mont-
linot , a aidé très-innocemment à faire
croire à fes Lecteurs cette Hiftoriette ri-
dicule.
* LeJournal Encyclopédique , Avril 1764.
une Anectote singulière de l'Histoire
de la Ville de LILLE.
A S. Omer, le 18 Juin 1764.
J'AI une grace à vous demander ;
Monsieur ; je me flatte que vous me
l'accorderez , tant par l'intérêt que vous
prenez fûrement à l'honneur de l'Ar-
tois où vous avez longtemps demeuré
& qui vous a chargé de fes intérêts
qu'en confidération de notre ancienne
connoiffance.
M. l'Abbé de Monlinot vient de don-
ner une Hiftoire de la ville de Lille
dont il ne paroît que le premier Vo-
lume qui fe vend chez Panckoucke &
chez les principaux Libraires de la Flan-
dres ( 1764 ) in- 12.
Dans ce Volumé , page 177. Il dit
que » Guy Pape raconte un fait comme
témoin oculaire ; qu'un cochon ayant
tué un enfant en Bourgogne , on lui
fit fon procès dans les formes , on le
condamna à être pendu , & la Sen-
» tence fut gravement exécutée en pré-
»fence des Juges.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
La note qui eft au bas de cette page
eft conçue en ces termes..
( c ) sa Décif. 138. La même aventure arriva
à S. Omer à-peu-près dans ce temps- là. Un co-
» chon ayant dévoré un enfant dans la Banlieue ,
» les Echevins le condamnerent à être pendu.. Ce
qu'il y a de plus fingulier , c'eft que les Eche--
» vins de cette Ville dans un procès actuellement
» pendant au Parlement , contre les Officiers du
D
Bailliage , employent férieufement cette Sen-
>tence , comme une piéce juftificative de l'exer
» cice qu'ils ont de la Haute-Juſtice , & ils la font
valoir avec d'autant plus de force , qu'elle a
été éxécutée en dernier, reffort & fans appel.
Voilà deux faits , Monfieur.
Il ne
refte à M. de Montlinot qu'à les prouver;
ce fera peu de chofe pour lui. Un Hif
torien qui ofe attaquer fi griévement
un Corps public , que le fait l'Auteur ,
a fûrement des garants. Il eft vrai que fi
ce font des Citoyens qui lui ont fourni
ces belles Anecdotes , affurément ce ne-
font pas les meilleurs Patriotes. Quoi-
qu'il en foit , on lui nie ces deux faits.
Le premier eft fondé à la vérité fur une
une Tradition populaire ; mais qui a vu
la Sentence prétendue ?
J'ai lû plus de
tres de S. Omer que M. l'Abbé , j'ofe
le dire ,, & celui-là ne m'a jamais été
communiqué , & ne m'eft jamais tombe
entre les mains...
JUILLET. 1764.
85
Le fecond fait eft plus grave : car
quand le premier feroit vrai ; il prou-
veroit feulement la fimplicité des Juges
d'un fiècle d'ignorance ; mais l'accufa-
tion intentée contre les Echevins de S.
Omer d'avoir récemment produit un
titre auffi ridicule que la Sentence de
mort du cochon eft une espéce de per-
fonnalité bien imprudente au moins , fi
elle eft mat fondée. Je fçai qu'à la page
12 d'un mémoire imprimé à S. Omer
chez Fertel in-fol, en 1748 , il eft dit
» qu'en 1370 le Lieutenant-Général &
quelques Sergens du Bailliage avoient
» réclamé un porc d'une maifon fituée
» dans la Banlieue , prétendant que ce
» fût un épave qui appartenoit au Com-
» te d'Artois , attendu qu'il n'étoit ré-
» clamé de perfonne , à caufe que par
» fa morfure
il avoit occafionné la
» mort d'un Domeſtique ; mais fur les
"
repréſentations des Mayeur & Eche-
» vins que c'étoit une entrepriſe fur
» leur Jurifdiction , les Officiers du
"
Bailliage leur délivrérent un acte par
lequel il eft déclaré qu'ils ont fait re-
» mettre & rétablir cet animal au lieu
» où il avoit été pris , à charge qu'il
» leur feroit délivré comme appartenant
à- la-Comteffe d'Artois , fi par le Ju
86 MERCURE DE FRANCE.
» gement des Mayeur & Echevins il
» étoit décidé que ce fût une épave.
» Cet ace eft datté du 18 Décembre
» de la même année. »
S'il y a là du ridicule , eft -il du côté
des Mayeur & Echevins de S. Omer ?
Mais où eft le procès criminel du co-
chon ? M. l'Abbé de Montlinot nous le
produira fans doute ; fon honneur y eft
intéreffé. Il auroit dû même citer les
preuves. Et nous lui laiffons avec plaifir
le foin de faire l'hiftoire du cochon
dont je viens de lui donner le com-
mencement ; il y ajoutera les piéces
juftificatives & affurément ce fera un
morceau très-intéreffant.
J'efpére , Monfieur , que vous infſe-
rerez cette Lettre dans votre Ouvrage ,
qui étant un des plus répandus , détrom-
pera plutôt le Public , & même un *
Journaliste qui fur la foi de M. de Mont-
linot , a aidé très-innocemment à faire
croire à fes Lecteurs cette Hiftoriette ri-
dicule.
* LeJournal Encyclopédique , Avril 1764.
Fermer
291
p. 97-110
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
LE droit Public de l'Europe, fondé sur les traités ; par M. l'Abbé de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
LE droit Public de l'Europe, fondé
sur les traités ; par M. l'Abbé de
Mably; troifiéme Edition revue, corrigée
& augmentée ; à Genêve par la com-
pagnie des Libraires ; 1764 ; trois volu-
mes in-12.
Le mérite de cet ouvrage connu l'a
fait nommer par quelques Miniftres , le
Manuel des Politiques. En en donnant
une nouvelle Edition , on s'apperçoit
que l'Auteur l'a revu & travaillé avec
beaucoup d'attention ; & nous avons
remarqué , en comparant cette édition
avec les précédentes, qu'il a rendu celle-
ci beaucoup plus utile , en traitant plu-
fieurs matières importantes avec plus
d'étendue ; mais nous croyons que ce
Livre ne peut convenir qu'aux perfon-
nes qui ont déja quelque connoiffance
du Droit naturel & de l'Hiftoire moder-
ne de l'Europe.
LE Jeu du Reverfis ; à Amfterdam ;
1763 , Brochure in- 12. de 128 pages.
Ce Jeu , difficile à bien jouer
II. Vol.
de-
mandoit des régles claires & bien rédi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gées ; c'eft ce qu'on trouvera dans
cette Brochure qui a le double avantage
d'être écrite avec clarté & préciſion,
MÉMOIRES ou Avantures de Dom
Inigo de Pafcarilla , par l'Auteur de
la nouvelle Marianne ; dédiés à M. le
Comte de Noailles ; en Efpagne &
fe trouve à Paris , chez Duchesne , rue
S. Jacques , Mufier , quai des Auguftins;
Panckouke , rue de la Comédie Fran-
çoife ; 164 ; deux parties féparées in-
12 , formant enſemble un volume relié.
L'Auteur de ce Roman , dans le goût
Efpagnol , eft M. l'Abbé Lambert , con-
nu par plufieurs Ouvrages d'une vafte
étendue. Son but a été de peindre dans
celui-ci un Philofophe Eſpagnol , ami
de l'humanité , ne cherchant qu'à ren-
dre les hommes heureux
fortune ,
repos , douceurs de la vie , il leur facrifie
tout ;il entreprend la réforme d'un Peu-
ple entier ; il veut en faire des hommes.
nouveaux , & il y réuffit.
AMUSEMENS Philofophiques , par
M. de Montagnac , ci- devant Capitaine
au Régiment, de Breffe ; avec cette Epi-
graphe : omnis ætatis homines hæcfchola
admittit. SÉNEQUE. A la Haye , & à
JUILLET. 1764.
>
99
Paris , chez les Libraires qui vendent
les nouveautés ; 1764 ; 2 volumes in-
12.
Cette double brochure forme un mê-
lange très-agréable & très-varié de Ve s
& de Profe , de morceaux d'Histoire ,
de Contes , d'Anecdotes , d'Avantures ,
& de Réfléxions ; le tout terminé par
une piéce de Théâtre intitulé la Fille de
feize ans , ou la Capricieufe , Comédie
en vers & en trois Actes. La lecture de
ce Recueil nous a fait plaifir ; & nous
croyons furtout que les morceaux Hif-
toriques & plufieurs Anecdotes galan-
tes pourront plaire à la plupart des Lec-
teurs.
DICTIONNAIRE Domestique por-
tatif, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'économie domeftique & ru-
rale , où l'on détaille les différentes
branches de l'Agriculture , la manière
de foigner les chevaux
nourrir & de conferver toutes fortes de
beftiaux , celle d'élever les Abeilles
les Vers-à-Soye ; & dans lequel on trou
ve les inftructions
néceffaires fur la
Chaffe , la Pêche , les Arts , le Com-
merce ,
celle de
la Procédure , l'Office , la
Cuifine &c ; Ouvrage également utile à
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui vivent de leurs rentes , ou qui
-ont des terres comme aux Fermiers
aux Jardiniers , aux Commerçans & aux
Artiftes ; par une Société de Gens de
Lettres ; à Paris , chez Vincent , Impri-
meur-Libraire , rue Saint Severin , avec
Approbation & Privilége du Roi ; 1764 ,
trois volumes in- 8°. à double colon-
ne.
Ily a eu jufqu'à préfent peu de Livres
auffi utiles , & d'un ufage auffi uni-
verfellement étendu , que celui que
nous annonçons. Il n'eft prèfque pas
poffible de s'en paffer dans une maifon ;
auffi ne manquerons- nous pas d'en don-
ner un Extrait plus étendu , qui en fera
connoître mieux les avantages,& même
l'indifpenfable néceffité.
PLAN d'Etudes & d'Education avec
un difcours fur l'Education ; par M.
Sutaine , Chanoine régulier de Saint
Antoine ; à Paris , chez A. M. Lottin ,
l'aîné , Imprimeur & Libraire de Mgr
le Duc de Berry , rue Saint Jacques
au Coq , près Saint Yves ; avec Appro-
bation & Privilége du Roi ; 1764 , un
volume in
12.
Quoiqu'on ait déjà beaucoup écrit
fir cette matière , elle ne paroît point
1
JUILLET. 1764.
ΙΟΙ
encore épuifée , & tous les jours on
préfente au Public de nouvelles vues à
ce fujet. L'ouvrage que nous annonçons
eft divifé en plufieurs lettres , dans lef-
quelles on indique les Ecrivains dont
la connoiffance eft néceffaire au Maître
qui veut fe préparer à enfeigner la Lan-
gue Latine à fes Difciples ; on y trouve
auffi des jugemens fur ces Auteurs , &
une indication des Ecrivains François les
plus utiles pour faire un cours de belle.
Lettres. Ces Lettres font fuivies d'un
plan d'étude particulier pour la jeuneffe,
avec des principes pour une bonne
éducation ; & c , & c.
MÉMOIRE Hiftorique & critique
fur les principales circonftances de la
vie de Roger de Saint Lary de Belle-
Garde , Maréchal de France ; & prin-
cipalement fur l'entreprife qu'il forma
pour fe rendre indépendant de l'autorité
Royale dans le Marquifat de Saluces ,
& fur les fuites qu'eut fa révolte après fa
mort ; par feu M Secouffe , de l'Aca-
démie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; à Paris , 1764 , vol. in- 12.
Entre plufieurs points de nos Annales
qu'avoit difcutés M. Secouffe , celui qui
regarde les principales circonstances de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la vie du Maréchal de Bellegarde , eft
traité avec la plus grande exactitude.
On y voit partout le flambeau de la
critique éclairer les grandes négocia-
tions qui pafférent entre les mains de ce
Maréchal. C'est toujours d'après les Au-
teurs ou les Monumens du temps, qu'il
reléve les Ecrivains que le défaut d'at-
tention , ou trop de légéreté avoient
écartés de la vérité. L'affaire du Mar-
quifat de Saluces , un des plus impor-
tans événemens qui fe foient paffés
fous le régne de nos Rois de la troifié-
me race , y eft parfaitement éclaircie ;
toutes les intrigues de la Cour mifes
dans une entière évidence ; & les inten-
tions & les motifs du Maréchal de Bel-
legarde dévoilés avec la même clarté.
On en trouve des Exemplaires chez
MM. Deffaint & Saillant.
PRINCIPES du Droit naturel & po-
litique , par J. J. Burlamaqui , Confeil-
ler d'Etat , & ci-devant Profeffeur en
Droit Naturel & Civil
Geneve ; nou-
velle édition , revue & corrigée ; à Ge-
néve & à Coppenhague , chez Cl. & Ant..
Philibert ; 1764 ; & à Paris , chez les
mêmes.
Cette nouvelle édition ne contient
JUILLET. 1764.
rien de plus que la dernière qui fut
103
pu-
bliée en 1763 du même caractère que
celle-ci , format in 4°. que l'on peut
relier en un ou deux volumes , & à
laquelle on a joint un Supplément con-
tenant diverfes Piéces intéreffantes &
relatives à la vie de l'Auteur. Ce Sup-
plément fe débite auffi à part pour fer-
vir de fuite aux précédentes éditions
in-4°. Celle que nous annonçons à pré-
fent eft divifée en trois volumes in- 12,
dont le premier contient le Droit Na-
turel , & les deux autres , le Droit Po-
litique.
PROJET d'ouverture & d'exploita-
tion de minières & mines d'or & d'au-
*
tres métaux , aux environs du Cézé
du Gardon , de l'Eraut , & d'autres
Rivières du Languedoc , de la Comté
de Foix , du Rouergue..... & c ; par
M. l'Abbé de Gua de Malves. A Paris ,
chez Deffain Junior , Libraire , Quai
des Auguftins , à la Bonne Foi ; 1764 ;
avec Approbation & Permiffion ; Bro-
chure in-8°. de 260 pages , avec des
Cartes Topographiques.
En 1751 M. l'Abbé de Gua préfen-
ta un Mémoire au Contrôleur - Géné-
ral , fur des moyens nouveaux de trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ver de l'or foffile dans le Royaume , en
peu de temps ,
à
peu de frais , & en
affezgrande abondance. Après la lec-
ture de ce Mémoire , le Miniftre l'en-
voya dans la partie des Cevenes qu'ar-
rofe la riviere de Cézé , pour y faire
un effai. Ce voyage fait le fujet d'une
partie de cette Brochure. On y prouve
en commençant , que les Gaules du
temps des Romains
& la France
dans les premiers temps de la Monar-
chie , ont été très- fécondes en mines
d'or ; & il réfulte de divers faits confi-
gnés dans l'Hiftoire de notre Nation
qu'on n'y a jamais abandonné le projet
de tirer parti de ces mines. L'Auteur
s'arrête principalement fur quelques dé-
couvertes qu'il a faites dans fon voya-
ge , toujours relatives à fon objet ; &
expofe dans le plus grand détail tou-
tes les objections qu'on pourroit faire
contre l'ouverture & l'exploitation des
minières d'or en France ; il les difcute
& il y répond. Il dit enfin un mot des
fecours qui lui paroiffent néceffaires
pour réuffir à ouvrir avec le plus grand:
avantage des minières de toute efpé-
ce , qu'il a découvertes.
ESSAI fur l'Education des Demoi
JUILLET. 1764.
TOS
felles ; par Mademoiſelle d'Espinally ;
à Paris au Palais
,
chez Barthelemi
Hochereau , lejeune , au Pilier des Con-
fultations ; 1764 ; avec Approbation &
Permiffion ; Brochure in- 12 de 84 pag.
Le but de cet Ouvrage eft d'éloi-
gner des jeunes Demoifelles toutes les
paffions dangereufes à leur féxe , &
de les rendre auffi fenfées qu'aimables.
Dans ce deffein l'Auteur les prend dès
leur plus tendre enfance , & les conduit
jufqu'à leur mariage. Les Maîtres , les
Maîtreffes qu'il faut leur donner , la
Religion qu'il faut leur enfeigner , les
lectures qui doivent les occuper , l'éta-
bliffement qu'il faut leur procurer, font
les divers points de cette Brochure.
MÉMOIRE contre la légitimité des
naiffances prétendues tardives
,
dans
lequel on concilie les Loix civiles avec
celles de l'économie animale ; par M.
Louis , Profeffeur Royal de Chirur-
gie , Cenfeur Royal , Chirurgien con-
fultant des Armées du Roi , & c. A
Paris , chez P. G. Cavelier , Libraire ,
rue S. Jacques , au Lys d'Or ; 1764 ;
avec Permiffion ; Brochure in-8°. de
92 pages.
11 eft question de fçavoir fi une
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
femme qui met au monde un enfant
dix mois & plus , après la mort de fon
mari , peut faire paffer cet enfant pour
légitime. Cette matière intéreffante &
délicate mérite d'occuper une place
plus étendue dans ce Journal , & nous
ne tarderons pas d'entrer là- deffus dans
un plus grand détail. On y verra com-
ment un homme d'efprit , qui joint la
facilité d'écrire aux connoiffances de
fon Art , a fçu mettre à la portée de
tous les Lecteurs , un des myſtères les
plus cachés de la Nature.
MÉMOIRE fur les Limites de l'Em-
pire de Charlemagne , qui a remporté
le prix propofé par l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres ; par
Dom Philippe-Louis Lieble , Bénédic-
tin de la Congrégation de S. Maur , à
l'Abbaye de S. Germain- des-Près. A
Paris,de l'Imprimerie de H. L. Guerin,
L. F. Delatour ; 1764 ; avec Approba-
tion & Permiffion. Brochure in- 12 .
Pour remplir l'objet de ce Mémoire ,
il n'a fallu qu'examiner quelles font les
Contrées , où les Limites de l'Empire
François furent les plus réculées fous
Charlemagne ; & pour cela l'Auteur
divife fa matière en quatre parties qui
JUILLET. 1764.
107
font 1 °. La Saxe à laquelle il joint les
contrées de la Germanie , où des Na-
tions Slavones s'étoient établies. 2º. La
Pannonie qui lui donne occafion de
parler de l'ancienne Bajoarie ou Ba-
viere. 3°. L'Italie à laquelle fe joint
la Dalmatie , parce qu'elle eft rangée
fur le bord de la Mer Adriatique.
4. L'Efpagne , par laquelle il termine
fon Mémoire.
LETTRES du Marquis de Rofelle ;
par Madame de Beaumont ; à Londres ,
& fe trouve à Paris chez Louis Cellot ,
Imprimeur- Libraire , Grand-Salle du
Palais , & rue Dauphine ; 1764' ; deux
parties in-12.
La multitude des Nouveautés Litté-
raires dont nous fommes obligés de
rendre compte ,
nous permet pas
toujours d'en donner des extraits auffi-
tôt qu'elles paroiffent ; à peine avons-
nous même le temps de les parcourir.
Le Roman de Madame de Beaumont
eft du nombre de ceux qui méritent
une attention particulière par l'Intérêt
qui y regne & les leçons qu'on y donne ;
& le Public attend de nous quelque cho-
fe de plus qu'une fimple annonce .
LES Mufes Françoifes ; première
E vj
1
108 MERCURE DE FRANCE.
Partie contenant un tableau univerfel
par alphabet & numéro des Théâtres
de France ; avec les noms de leurs Au-
teurs , & de toutes les Piéces anony-
mes de ces Théâtres , depuis les myf-
tères , jufqu'en l'année 1764 ; à Paris
chez Duchefne , rue S.. Jacques , au
Temple du Goût ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; un vol. in-8°,
petit format , prix , 2 liv, broché.
Tout le monde connoît l'excellent
Dictionnaire Portatif des Théâtres par
M. de Léris , dont on a fait déja plu-
fieurs Editions
9
& une entr'autres
l'année dernière , infiniment plus com-
plette que les précédentes. L'Ouvrage
que nous annonçons aujourd'hui n'eft
qu'une compilation imparfaite de cet.
excellent Dictionnaire . La Juftice nous
oblige d'en avertir le Public.
COMPTES des Conftitutions & de
la Doctrine des Jéfuites , & c.
Defpilly , Libraire , rue S. Jacques
à la Croix d'Or , donne maintenant au
Public les Ouvrages fuivant à un prix
très modique ; fçavoir , Compte des
Conftitutions de la Doctrine de la So-
ciété fe difant de Jéfus , rendu au Par-
lement de Normandie ; par M. Charles ;
.
JUILLET. 1764.
vol. de 427 pages in-12. broché
200
liv.
Second compte rendu fur l'appel
comme d'abus des Conftitutions des
Jéfuites ; par M. Louis René de Cara-
deuc de la Chatotais ; volume de 160
pages in-12 , 8 fols.
MÉMOIRE fur la culture du fainfoin,
& fes avantages dans la Haute Cham-
pagne ; par M .... de la Société Litté-
raire de Châalons , Affocié-correfpon-
dant de l'Académie Royale des Sciences
& Arts de Metz ; à Amfterdam, & fe trou-
ve à Paris chez Deſpilly , Libraire , rue
S. Jacques , à la Croix d'Or ; 1764. Bro-
chure in-12 de 60 p. prix , rof. broché.
Nous renvoyons les Laboureurs de
Champagne à la lecture de ce Mémoire
qui nous a paru clair & méthodique.
DISSERTATION neutre fur l'Inocu-
lation de la petite Vérole ; à Amfter
dam , & fe trouve à Paris chez Def
pilly , rue S. Jacques , à la Croix d'or ;
1764 ; Brochure in
Prix , 10 f. broché.
12. de 68 pages.
On ne fe laffe point d'écrire fur l'I-
noculation.. Nous craindrions de laffer
le Public , fi nous donnions des Extraits-
& même des notices un peu étendues
de toutes les Brochures qui paroiffent
110 MERCURE DE FRANCE .
fur cette matière ; nous nous contente-
rons déformais de les annoncer.
LETTRE d'Alcibiade à Glycère ,
Bouquetière d'Athénes ; fuivie d'une
Lettre de Vénus à Pâris , & d'une Epî-
tre à la Maîtreffe que j'aurai ; à Genève ,
& à Paris , chez Sebaftien Jorry , Im-
primeur-Libraire , rue & vis-à- vis la
Comédie Françoife , au Grand Monar-
que & aux Cigognes ; 1764 ; brochure
in- 8° . de 36 pages , très-bien imprimée,
fur de beau papier , avec de fort jolies
Gravures.
C'eſt donner une idée avantageufe de
ces diverfes petites productions , que
d'avertir le Public qu'elles font de l'Au-
teur de Zélis au bain , & éxécutées dans
le même goût , quant à la partie Typo-
graphique & aux ornemens du burin . A
l'égard de la verfification , c'est toujours
la même légéreté , la même fraîcheur de
coloris.
LE droit Public de l'Europe, fondé
sur les traités ; par M. l'Abbé de
Mably; troifiéme Edition revue, corrigée
& augmentée ; à Genêve par la com-
pagnie des Libraires ; 1764 ; trois volu-
mes in-12.
Le mérite de cet ouvrage connu l'a
fait nommer par quelques Miniftres , le
Manuel des Politiques. En en donnant
une nouvelle Edition , on s'apperçoit
que l'Auteur l'a revu & travaillé avec
beaucoup d'attention ; & nous avons
remarqué , en comparant cette édition
avec les précédentes, qu'il a rendu celle-
ci beaucoup plus utile , en traitant plu-
fieurs matières importantes avec plus
d'étendue ; mais nous croyons que ce
Livre ne peut convenir qu'aux perfon-
nes qui ont déja quelque connoiffance
du Droit naturel & de l'Hiftoire moder-
ne de l'Europe.
LE Jeu du Reverfis ; à Amfterdam ;
1763 , Brochure in- 12. de 128 pages.
Ce Jeu , difficile à bien jouer
II. Vol.
de-
mandoit des régles claires & bien rédi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gées ; c'eft ce qu'on trouvera dans
cette Brochure qui a le double avantage
d'être écrite avec clarté & préciſion,
MÉMOIRES ou Avantures de Dom
Inigo de Pafcarilla , par l'Auteur de
la nouvelle Marianne ; dédiés à M. le
Comte de Noailles ; en Efpagne &
fe trouve à Paris , chez Duchesne , rue
S. Jacques , Mufier , quai des Auguftins;
Panckouke , rue de la Comédie Fran-
çoife ; 164 ; deux parties féparées in-
12 , formant enſemble un volume relié.
L'Auteur de ce Roman , dans le goût
Efpagnol , eft M. l'Abbé Lambert , con-
nu par plufieurs Ouvrages d'une vafte
étendue. Son but a été de peindre dans
celui-ci un Philofophe Eſpagnol , ami
de l'humanité , ne cherchant qu'à ren-
dre les hommes heureux
fortune ,
repos , douceurs de la vie , il leur facrifie
tout ;il entreprend la réforme d'un Peu-
ple entier ; il veut en faire des hommes.
nouveaux , & il y réuffit.
AMUSEMENS Philofophiques , par
M. de Montagnac , ci- devant Capitaine
au Régiment, de Breffe ; avec cette Epi-
graphe : omnis ætatis homines hæcfchola
admittit. SÉNEQUE. A la Haye , & à
JUILLET. 1764.
>
99
Paris , chez les Libraires qui vendent
les nouveautés ; 1764 ; 2 volumes in-
12.
Cette double brochure forme un mê-
lange très-agréable & très-varié de Ve s
& de Profe , de morceaux d'Histoire ,
de Contes , d'Anecdotes , d'Avantures ,
& de Réfléxions ; le tout terminé par
une piéce de Théâtre intitulé la Fille de
feize ans , ou la Capricieufe , Comédie
en vers & en trois Actes. La lecture de
ce Recueil nous a fait plaifir ; & nous
croyons furtout que les morceaux Hif-
toriques & plufieurs Anecdotes galan-
tes pourront plaire à la plupart des Lec-
teurs.
DICTIONNAIRE Domestique por-
tatif, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'économie domeftique & ru-
rale , où l'on détaille les différentes
branches de l'Agriculture , la manière
de foigner les chevaux
nourrir & de conferver toutes fortes de
beftiaux , celle d'élever les Abeilles
les Vers-à-Soye ; & dans lequel on trou
ve les inftructions
néceffaires fur la
Chaffe , la Pêche , les Arts , le Com-
merce ,
celle de
la Procédure , l'Office , la
Cuifine &c ; Ouvrage également utile à
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui vivent de leurs rentes , ou qui
-ont des terres comme aux Fermiers
aux Jardiniers , aux Commerçans & aux
Artiftes ; par une Société de Gens de
Lettres ; à Paris , chez Vincent , Impri-
meur-Libraire , rue Saint Severin , avec
Approbation & Privilége du Roi ; 1764 ,
trois volumes in- 8°. à double colon-
ne.
Ily a eu jufqu'à préfent peu de Livres
auffi utiles , & d'un ufage auffi uni-
verfellement étendu , que celui que
nous annonçons. Il n'eft prèfque pas
poffible de s'en paffer dans une maifon ;
auffi ne manquerons- nous pas d'en don-
ner un Extrait plus étendu , qui en fera
connoître mieux les avantages,& même
l'indifpenfable néceffité.
PLAN d'Etudes & d'Education avec
un difcours fur l'Education ; par M.
Sutaine , Chanoine régulier de Saint
Antoine ; à Paris , chez A. M. Lottin ,
l'aîné , Imprimeur & Libraire de Mgr
le Duc de Berry , rue Saint Jacques
au Coq , près Saint Yves ; avec Appro-
bation & Privilége du Roi ; 1764 , un
volume in
12.
Quoiqu'on ait déjà beaucoup écrit
fir cette matière , elle ne paroît point
1
JUILLET. 1764.
ΙΟΙ
encore épuifée , & tous les jours on
préfente au Public de nouvelles vues à
ce fujet. L'ouvrage que nous annonçons
eft divifé en plufieurs lettres , dans lef-
quelles on indique les Ecrivains dont
la connoiffance eft néceffaire au Maître
qui veut fe préparer à enfeigner la Lan-
gue Latine à fes Difciples ; on y trouve
auffi des jugemens fur ces Auteurs , &
une indication des Ecrivains François les
plus utiles pour faire un cours de belle.
Lettres. Ces Lettres font fuivies d'un
plan d'étude particulier pour la jeuneffe,
avec des principes pour une bonne
éducation ; & c , & c.
MÉMOIRE Hiftorique & critique
fur les principales circonftances de la
vie de Roger de Saint Lary de Belle-
Garde , Maréchal de France ; & prin-
cipalement fur l'entreprife qu'il forma
pour fe rendre indépendant de l'autorité
Royale dans le Marquifat de Saluces ,
& fur les fuites qu'eut fa révolte après fa
mort ; par feu M Secouffe , de l'Aca-
démie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; à Paris , 1764 , vol. in- 12.
Entre plufieurs points de nos Annales
qu'avoit difcutés M. Secouffe , celui qui
regarde les principales circonstances de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la vie du Maréchal de Bellegarde , eft
traité avec la plus grande exactitude.
On y voit partout le flambeau de la
critique éclairer les grandes négocia-
tions qui pafférent entre les mains de ce
Maréchal. C'est toujours d'après les Au-
teurs ou les Monumens du temps, qu'il
reléve les Ecrivains que le défaut d'at-
tention , ou trop de légéreté avoient
écartés de la vérité. L'affaire du Mar-
quifat de Saluces , un des plus impor-
tans événemens qui fe foient paffés
fous le régne de nos Rois de la troifié-
me race , y eft parfaitement éclaircie ;
toutes les intrigues de la Cour mifes
dans une entière évidence ; & les inten-
tions & les motifs du Maréchal de Bel-
legarde dévoilés avec la même clarté.
On en trouve des Exemplaires chez
MM. Deffaint & Saillant.
PRINCIPES du Droit naturel & po-
litique , par J. J. Burlamaqui , Confeil-
ler d'Etat , & ci-devant Profeffeur en
Droit Naturel & Civil
Geneve ; nou-
velle édition , revue & corrigée ; à Ge-
néve & à Coppenhague , chez Cl. & Ant..
Philibert ; 1764 ; & à Paris , chez les
mêmes.
Cette nouvelle édition ne contient
JUILLET. 1764.
rien de plus que la dernière qui fut
103
pu-
bliée en 1763 du même caractère que
celle-ci , format in 4°. que l'on peut
relier en un ou deux volumes , & à
laquelle on a joint un Supplément con-
tenant diverfes Piéces intéreffantes &
relatives à la vie de l'Auteur. Ce Sup-
plément fe débite auffi à part pour fer-
vir de fuite aux précédentes éditions
in-4°. Celle que nous annonçons à pré-
fent eft divifée en trois volumes in- 12,
dont le premier contient le Droit Na-
turel , & les deux autres , le Droit Po-
litique.
PROJET d'ouverture & d'exploita-
tion de minières & mines d'or & d'au-
*
tres métaux , aux environs du Cézé
du Gardon , de l'Eraut , & d'autres
Rivières du Languedoc , de la Comté
de Foix , du Rouergue..... & c ; par
M. l'Abbé de Gua de Malves. A Paris ,
chez Deffain Junior , Libraire , Quai
des Auguftins , à la Bonne Foi ; 1764 ;
avec Approbation & Permiffion ; Bro-
chure in-8°. de 260 pages , avec des
Cartes Topographiques.
En 1751 M. l'Abbé de Gua préfen-
ta un Mémoire au Contrôleur - Géné-
ral , fur des moyens nouveaux de trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ver de l'or foffile dans le Royaume , en
peu de temps ,
à
peu de frais , & en
affezgrande abondance. Après la lec-
ture de ce Mémoire , le Miniftre l'en-
voya dans la partie des Cevenes qu'ar-
rofe la riviere de Cézé , pour y faire
un effai. Ce voyage fait le fujet d'une
partie de cette Brochure. On y prouve
en commençant , que les Gaules du
temps des Romains
& la France
dans les premiers temps de la Monar-
chie , ont été très- fécondes en mines
d'or ; & il réfulte de divers faits confi-
gnés dans l'Hiftoire de notre Nation
qu'on n'y a jamais abandonné le projet
de tirer parti de ces mines. L'Auteur
s'arrête principalement fur quelques dé-
couvertes qu'il a faites dans fon voya-
ge , toujours relatives à fon objet ; &
expofe dans le plus grand détail tou-
tes les objections qu'on pourroit faire
contre l'ouverture & l'exploitation des
minières d'or en France ; il les difcute
& il y répond. Il dit enfin un mot des
fecours qui lui paroiffent néceffaires
pour réuffir à ouvrir avec le plus grand:
avantage des minières de toute efpé-
ce , qu'il a découvertes.
ESSAI fur l'Education des Demoi
JUILLET. 1764.
TOS
felles ; par Mademoiſelle d'Espinally ;
à Paris au Palais
,
chez Barthelemi
Hochereau , lejeune , au Pilier des Con-
fultations ; 1764 ; avec Approbation &
Permiffion ; Brochure in- 12 de 84 pag.
Le but de cet Ouvrage eft d'éloi-
gner des jeunes Demoifelles toutes les
paffions dangereufes à leur féxe , &
de les rendre auffi fenfées qu'aimables.
Dans ce deffein l'Auteur les prend dès
leur plus tendre enfance , & les conduit
jufqu'à leur mariage. Les Maîtres , les
Maîtreffes qu'il faut leur donner , la
Religion qu'il faut leur enfeigner , les
lectures qui doivent les occuper , l'éta-
bliffement qu'il faut leur procurer, font
les divers points de cette Brochure.
MÉMOIRE contre la légitimité des
naiffances prétendues tardives
,
dans
lequel on concilie les Loix civiles avec
celles de l'économie animale ; par M.
Louis , Profeffeur Royal de Chirur-
gie , Cenfeur Royal , Chirurgien con-
fultant des Armées du Roi , & c. A
Paris , chez P. G. Cavelier , Libraire ,
rue S. Jacques , au Lys d'Or ; 1764 ;
avec Permiffion ; Brochure in-8°. de
92 pages.
11 eft question de fçavoir fi une
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
femme qui met au monde un enfant
dix mois & plus , après la mort de fon
mari , peut faire paffer cet enfant pour
légitime. Cette matière intéreffante &
délicate mérite d'occuper une place
plus étendue dans ce Journal , & nous
ne tarderons pas d'entrer là- deffus dans
un plus grand détail. On y verra com-
ment un homme d'efprit , qui joint la
facilité d'écrire aux connoiffances de
fon Art , a fçu mettre à la portée de
tous les Lecteurs , un des myſtères les
plus cachés de la Nature.
MÉMOIRE fur les Limites de l'Em-
pire de Charlemagne , qui a remporté
le prix propofé par l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres ; par
Dom Philippe-Louis Lieble , Bénédic-
tin de la Congrégation de S. Maur , à
l'Abbaye de S. Germain- des-Près. A
Paris,de l'Imprimerie de H. L. Guerin,
L. F. Delatour ; 1764 ; avec Approba-
tion & Permiffion. Brochure in- 12 .
Pour remplir l'objet de ce Mémoire ,
il n'a fallu qu'examiner quelles font les
Contrées , où les Limites de l'Empire
François furent les plus réculées fous
Charlemagne ; & pour cela l'Auteur
divife fa matière en quatre parties qui
JUILLET. 1764.
107
font 1 °. La Saxe à laquelle il joint les
contrées de la Germanie , où des Na-
tions Slavones s'étoient établies. 2º. La
Pannonie qui lui donne occafion de
parler de l'ancienne Bajoarie ou Ba-
viere. 3°. L'Italie à laquelle fe joint
la Dalmatie , parce qu'elle eft rangée
fur le bord de la Mer Adriatique.
4. L'Efpagne , par laquelle il termine
fon Mémoire.
LETTRES du Marquis de Rofelle ;
par Madame de Beaumont ; à Londres ,
& fe trouve à Paris chez Louis Cellot ,
Imprimeur- Libraire , Grand-Salle du
Palais , & rue Dauphine ; 1764' ; deux
parties in-12.
La multitude des Nouveautés Litté-
raires dont nous fommes obligés de
rendre compte ,
nous permet pas
toujours d'en donner des extraits auffi-
tôt qu'elles paroiffent ; à peine avons-
nous même le temps de les parcourir.
Le Roman de Madame de Beaumont
eft du nombre de ceux qui méritent
une attention particulière par l'Intérêt
qui y regne & les leçons qu'on y donne ;
& le Public attend de nous quelque cho-
fe de plus qu'une fimple annonce .
LES Mufes Françoifes ; première
E vj
1
108 MERCURE DE FRANCE.
Partie contenant un tableau univerfel
par alphabet & numéro des Théâtres
de France ; avec les noms de leurs Au-
teurs , & de toutes les Piéces anony-
mes de ces Théâtres , depuis les myf-
tères , jufqu'en l'année 1764 ; à Paris
chez Duchefne , rue S.. Jacques , au
Temple du Goût ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; un vol. in-8°,
petit format , prix , 2 liv, broché.
Tout le monde connoît l'excellent
Dictionnaire Portatif des Théâtres par
M. de Léris , dont on a fait déja plu-
fieurs Editions
9
& une entr'autres
l'année dernière , infiniment plus com-
plette que les précédentes. L'Ouvrage
que nous annonçons aujourd'hui n'eft
qu'une compilation imparfaite de cet.
excellent Dictionnaire . La Juftice nous
oblige d'en avertir le Public.
COMPTES des Conftitutions & de
la Doctrine des Jéfuites , & c.
Defpilly , Libraire , rue S. Jacques
à la Croix d'Or , donne maintenant au
Public les Ouvrages fuivant à un prix
très modique ; fçavoir , Compte des
Conftitutions de la Doctrine de la So-
ciété fe difant de Jéfus , rendu au Par-
lement de Normandie ; par M. Charles ;
.
JUILLET. 1764.
vol. de 427 pages in-12. broché
200
liv.
Second compte rendu fur l'appel
comme d'abus des Conftitutions des
Jéfuites ; par M. Louis René de Cara-
deuc de la Chatotais ; volume de 160
pages in-12 , 8 fols.
MÉMOIRE fur la culture du fainfoin,
& fes avantages dans la Haute Cham-
pagne ; par M .... de la Société Litté-
raire de Châalons , Affocié-correfpon-
dant de l'Académie Royale des Sciences
& Arts de Metz ; à Amfterdam, & fe trou-
ve à Paris chez Deſpilly , Libraire , rue
S. Jacques , à la Croix d'Or ; 1764. Bro-
chure in-12 de 60 p. prix , rof. broché.
Nous renvoyons les Laboureurs de
Champagne à la lecture de ce Mémoire
qui nous a paru clair & méthodique.
DISSERTATION neutre fur l'Inocu-
lation de la petite Vérole ; à Amfter
dam , & fe trouve à Paris chez Def
pilly , rue S. Jacques , à la Croix d'or ;
1764 ; Brochure in
Prix , 10 f. broché.
12. de 68 pages.
On ne fe laffe point d'écrire fur l'I-
noculation.. Nous craindrions de laffer
le Public , fi nous donnions des Extraits-
& même des notices un peu étendues
de toutes les Brochures qui paroiffent
110 MERCURE DE FRANCE .
fur cette matière ; nous nous contente-
rons déformais de les annoncer.
LETTRE d'Alcibiade à Glycère ,
Bouquetière d'Athénes ; fuivie d'une
Lettre de Vénus à Pâris , & d'une Epî-
tre à la Maîtreffe que j'aurai ; à Genève ,
& à Paris , chez Sebaftien Jorry , Im-
primeur-Libraire , rue & vis-à- vis la
Comédie Françoife , au Grand Monar-
que & aux Cigognes ; 1764 ; brochure
in- 8° . de 36 pages , très-bien imprimée,
fur de beau papier , avec de fort jolies
Gravures.
C'eſt donner une idée avantageufe de
ces diverfes petites productions , que
d'avertir le Public qu'elles font de l'Au-
teur de Zélis au bain , & éxécutées dans
le même goût , quant à la partie Typo-
graphique & aux ornemens du burin . A
l'égard de la verfification , c'est toujours
la même légéreté , la même fraîcheur de
coloris.
Fermer
293
p. 95
« LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
Début :
LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Conseil de Genève, Syndics
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
LETTRES écrites de la campagne ; proi
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
Fermer
Résumé : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
La brochure 'Lettres écrites de la campagne; près de Genève', publiée en 1765, explore quatre questions sur Jean-Jacques Rousseau et Genève. Elle traite de la régularité du jugement du Conseil de Genève sur les œuvres de Rousseau, de la possibilité d'emprisonner un citoyen sans interrogatoire préalable, de la légalité d'un tribunal criminel sans Syndic, et du rôle du Conseil Général en cas de doute sur la légalité des tribunaux ou des emprisonnements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
294
p. 63
AUTRE.
Début :
D'une famille détestable, [...]
Mots clefs :
Viol
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
UNE famille déteftable ,
Et toujours trop confidérable ,
Ami , quelque foit votre choix ,
Je fuis le moins mauvais , je crois
Répandus fur toute la terre ,
On les fuit , on leur fait la guerre.
Chaque fexe peut ailément
Se fervir d'eux également :
Mais vous voyez en moi l'unique
De notre abominable clique ,
Dont dût- elle s'en avifer )
La femme ne pourroit ufer.
Par. Mad.... D. L. B. M. D. C. D. D.
UNE famille déteftable ,
Et toujours trop confidérable ,
Ami , quelque foit votre choix ,
Je fuis le moins mauvais , je crois
Répandus fur toute la terre ,
On les fuit , on leur fait la guerre.
Chaque fexe peut ailément
Se fervir d'eux également :
Mais vous voyez en moi l'unique
De notre abominable clique ,
Dont dût- elle s'en avifer )
La femme ne pourroit ufer.
Par. Mad.... D. L. B. M. D. C. D. D.
Fermer
296
p. 75
AUTRE.
Début :
Je ne suis ni maison, ni ville, ni village, [...]
Mots clefs :
Galère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
JEE
ne ſuis ni maiſon , ni ville , ni village ,
J'ai pourtant nombre d'habitans
Qui ſe ſuccédent d'âge en âge
: Sans qu'il naiſſe jamais d'enfans,
On a grand fſoin de ma parure ;
L'or , les couleurs & la ſculpture
Rendent mes dehors très- brillans ;
:
Mais en dedans ce n'eſt la même choſe ,
J'ai de petits compartimens
On très - rudement on repoſe ,
Froidement en hiver , en été chaudement.
Sans meubles , fans nul agrément ,
Au bonheur chez moi tout s'oppoſe ;
Maigre cuifine , & travaux fatigans ,
Affaiſonnés des plus durs châtimens ,
C'eſt le lot de ceux que je porte.
J'ai quantité de pieds , mais ils font impotants,
Sans le ſecours d'une main forte.**
Lecteur , cherche à me deviner ,
Mas garde-toi de m'habiter.
JEE
ne ſuis ni maiſon , ni ville , ni village ,
J'ai pourtant nombre d'habitans
Qui ſe ſuccédent d'âge en âge
: Sans qu'il naiſſe jamais d'enfans,
On a grand fſoin de ma parure ;
L'or , les couleurs & la ſculpture
Rendent mes dehors très- brillans ;
:
Mais en dedans ce n'eſt la même choſe ,
J'ai de petits compartimens
On très - rudement on repoſe ,
Froidement en hiver , en été chaudement.
Sans meubles , fans nul agrément ,
Au bonheur chez moi tout s'oppoſe ;
Maigre cuifine , & travaux fatigans ,
Affaiſonnés des plus durs châtimens ,
C'eſt le lot de ceux que je porte.
J'ai quantité de pieds , mais ils font impotants,
Sans le ſecours d'une main forte.**
Lecteur , cherche à me deviner ,
Mas garde-toi de m'habiter.
Fermer
297
p. 61-62
AUTRE.
Début :
Comme un serpent je me glisse par-tout ; [...]
Mots clefs :
Filou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
COMME un ferpent je me gliffe par - tout
Cent fois je change de figure ,
Pour venir à mes fins & mieux faire mon coup.
Cinqpieds font toute ma ſtructure.
62 MERCURE DE FRANCE.
J'offre à qui veut les combiner
Choſequi ſertpour aligner ;
Un arbre qui toujours conſerve ſaverdure;
Nomqui convient peut- être à mon auteur ;
Unediphtongue , un terme d'aflurance ,
Unde mépris , undedouleur ,
Ceque porteun législateur ,
Et le ſynonyme àcréance. :
Par M. Mulot, praticien .
COMME un ferpent je me gliffe par - tout
Cent fois je change de figure ,
Pour venir à mes fins & mieux faire mon coup.
Cinqpieds font toute ma ſtructure.
62 MERCURE DE FRANCE.
J'offre à qui veut les combiner
Choſequi ſertpour aligner ;
Un arbre qui toujours conſerve ſaverdure;
Nomqui convient peut- être à mon auteur ;
Unediphtongue , un terme d'aflurance ,
Unde mépris , undedouleur ,
Ceque porteun législateur ,
Et le ſynonyme àcréance. :
Par M. Mulot, praticien .
Fermer
298
p. 61
LOGOGRYPHE.
Début :
Jeunes gens, grands seigneurs, c'est pour vous que j'écris : [...]
Mots clefs :
Créancier
299
p. 41
AUTRE.
Début :
Six membres font mon nom ; je suis de tout pays, [...]
Mots clefs :
Procès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
1
Six membres font mon nom ; je fuis de tout
pays ,
L'injuftice fouvent préfide à ma naiflance .
Si , par un fort heureux , quelques-unsj'enrichis ,'
J'en réduis un grand nombre à l'extrême indigence.
Redoute moi , lecteur , autant que le décès .
J'altére la fanté , le repos & la bourſe ;
Et fi tu ne m'éteins dans mon premier accès ;
Rarement pourras - tu m'arrêter dans ma courſe.
ParM. Defnoyers , abonné au Mercure .
1
Six membres font mon nom ; je fuis de tout
pays ,
L'injuftice fouvent préfide à ma naiflance .
Si , par un fort heureux , quelques-unsj'enrichis ,'
J'en réduis un grand nombre à l'extrême indigence.
Redoute moi , lecteur , autant que le décès .
J'altére la fanté , le repos & la bourſe ;
Et fi tu ne m'éteins dans mon premier accès ;
Rarement pourras - tu m'arrêter dans ma courſe.
ParM. Defnoyers , abonné au Mercure .
Fermer
300
p. 43-44
AUTRE.
Début :
Jeunes gens, grands seigneurs, pour vous j'écris encore : [...]
Mots clefs :
Débiteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
EUNES gens , grands feigneurs , pour vous j'écris
encore :
Le mot vous défigne fouvent ;
Et fon fouvenir , dès l'aurore ,
Vous a plus d'une fois caufé fouci cuifant.
Dans les huit pieds qui compofent mon être ,
Prenez- en quatre , & vous verrez paroître
Ce qu'aime le mieux un marchand.
44 MERCURE DE FRANCE .
Certain fentier d'une fuperbe ville
Où les cochers font jurer le paffant.
Certaine note de mufique ;
Le mot qui contrafte à pleureur ;
Faut-il encor que je m'explique ?
Le fombre créancier devient mon précurseur.
Jeunes gens , grands feigneurs , à qui je fais la
nique ,
De plus près voulez - vous me voir ?
Je le gagerois bien : vous ferez fans réplique ,
Si vous confultez un miroir.
Par M. B✶✶✶
EUNES gens , grands feigneurs , pour vous j'écris
encore :
Le mot vous défigne fouvent ;
Et fon fouvenir , dès l'aurore ,
Vous a plus d'une fois caufé fouci cuifant.
Dans les huit pieds qui compofent mon être ,
Prenez- en quatre , & vous verrez paroître
Ce qu'aime le mieux un marchand.
44 MERCURE DE FRANCE .
Certain fentier d'une fuperbe ville
Où les cochers font jurer le paffant.
Certaine note de mufique ;
Le mot qui contrafte à pleureur ;
Faut-il encor que je m'explique ?
Le fombre créancier devient mon précurseur.
Jeunes gens , grands feigneurs , à qui je fais la
nique ,
De plus près voulez - vous me voir ?
Je le gagerois bien : vous ferez fans réplique ,
Si vous confultez un miroir.
Par M. B✶✶✶
Fermer