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p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
Début :
TOUJOURS semblable à lui même, toujours animé du même esprit de Patriotisme, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS, qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPÉE
à la tête des Troupes qu'on opposoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS semblable à lui même,
toujours animé du même esprit de Patriotisme,
I. Vol.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambi-
tieux des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les en-
trepriſes utiles au bien généralde l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'u-
ne Loi pernicieuſe , & il a été confon-
du. C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe cou-
vrant lui-même de gloire , il met ſa pa-
trie en état de cueillir de nouveaux lau-
riers.
De tous les Peuples qui eurent autre-
fois la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fié-
cle de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur
leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autantde triompha-
teurs que deGénéraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les au-
tres mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764.
,
7
les plus glorieux ,celui d'Alliés desRo-
mains. Le feul Mithridate réſiſtoit en-
core. Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point di-
minué ſes forces ; & après tant de tra-
vaux les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actifqui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte éta-
blie entre la Capitale & toutes les Pro-
vinces de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'œil lui
fuffifoit pour juger des abus: un re-
méde ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes
il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis. L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'en-
orgueillit point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qua-
lités qui puiſſent faire honneur à la na-
ture humaine , & donner à un homme
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admi-
rables dans le Sénat , ſa bravoure mer-
veilleuſe dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire ,jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverſaire qu'on réſo-
lut d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius, Tri-
bun du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lu-
cullus venoit d'être rappellé ; des fuc-
cès équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Sol-
dits découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicé-
ron ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſe-
condant les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
(a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'a-
droit dontje me ſers. Les grands hommes font
toujours regardés d'un œil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764.
9
& des plus élégans qu'il ait jamais pro-
noncés. Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus déli-
cates y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros. La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de recon-
noiſſance ?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe.
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS, qui vouloit
engager les Citoyens à mettre POMPÉE
à la tête des Troupes qu'on opposoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS semblable à lui même,
toujours animé du même esprit de Patriotisme,
I. Vol.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambi-
tieux des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les en-
trepriſes utiles au bien généralde l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain.
Rullus a élevé fa voix en faveur d'u-
ne Loi pernicieuſe , & il a été confon-
du. C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe cou-
vrant lui-même de gloire , il met ſa pa-
trie en état de cueillir de nouveaux lau-
riers.
De tous les Peuples qui eurent autre-
fois la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fié-
cle de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur
leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autantde triompha-
teurs que deGénéraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les au-
tres mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764.
,
7
les plus glorieux ,celui d'Alliés desRo-
mains. Le feul Mithridate réſiſtoit en-
core. Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point di-
minué ſes forces ; & après tant de tra-
vaux les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour.
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actifqui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte éta-
blie entre la Capitale & toutes les Pro-
vinces de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'œil lui
fuffifoit pour juger des abus: un re-
méde ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes
il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis. L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'en-
orgueillit point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qua-
lités qui puiſſent faire honneur à la na-
ture humaine , & donner à un homme
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admi-
rables dans le Sénat , ſa bravoure mer-
veilleuſe dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire ,jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté. Voilà l'Adverſaire qu'on réſo-
lut d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
& de L. Vocatius que C. Manilius, Tri-
bun du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lu-
cullus venoit d'être rappellé ; des fuc-
cès équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Sol-
dits découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains. Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicé-
ron ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſe-
condant les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
(a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'a-
droit dontje me ſers. Les grands hommes font
toujours regardés d'un œil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764.
9
& des plus élégans qu'il ait jamais pro-
noncés. Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus déli-
cates y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros. La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de recon-
noiſſance ?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de CICÉRON. DÉFENSE de la Loi du Tribun du Peuple C. MANILIUS, qui vouloit engager les Citoyens à mettre POMPÉE à la tête des Troupes qu'on opposoit à MITHRIDATE.
Le texte aborde la défense par Cicéron de la loi proposée par Caius Manilius, visant à nommer Pompée à la tête des troupes romaines contre Mithridate. Cicéron, reconnu pour son patriotisme et son éloquence, appuie cette initiative malgré les échecs antérieurs de Lucullus face à Mithridate. Mithridate est dépeint comme un adversaire redoutable, combinant courage, réflexion et efficacité administrative. Pompée est présenté comme un leader exceptionnel, doté de sagesse, de bravoure et de détermination. Sous le consulat de Marcus Émile et Lucius Vocatius, Manilius propose la loi, soutenue par Cicéron, ami de Pompée et fervent patriote. Le discours de Cicéron, à la fois habile et élégant, rend hommage à Lucullus tout en mettant en avant les qualités de Pompée. Grâce à ce plaidoyer, Pompée est élu à l'unanimité comme général de la République, marquant une étape décisive dans la lutte contre Mithridate.
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2
p. 10-11
A Son Altesse Sérenissime Monseigneur l'ELECTEUR PALATIN, sur l'Académie des Sciences que ce Prince vient d'instituer à MANHEIM.
Début :
ILLUSTRE Théodore, enfin ta Capitale [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Son Altesse Sérenissime Monseigneur l'ELECTEUR PALATIN, sur l'Académie des Sciences que ce Prince vient d'instituer à MANHEIM.
A Son Altesse Sérenissime Monseigneur
l'ELECTEUR PALATIN, sur
l'Académie des Sciences que ce Prince
vient d'instituer à MANHEIM. *
ILLUSTRE Théodore, enfin ta Capitale
Brille de tout l'éclat qu'elle eut à deſirer :
L'Europe dès long-temps ſe plaît à célébrer
Les ornemens pompeux que ton Palais étale.
On y voit les Beaux-Arts accueillis , honorés ,
Animés par tes dons , par ton goût éclairés :
Tes Spectacles, remplis d'étonnantes merveilles,
Eblouiffent les yeux , enchantent les oreilles ,
Intéreſſent l'eſprit, &tranſportent le cœur.
Mais Terpficore , Polymnie ,
Melpomene , Euterpe & Thalie ,
* Cette Académie , qui tint ſa premiére Séance
au mois d'Octobre 1763 , doit s'occuper princi-
palement de l'Hiſtoire Politique & de l'Hiftoire
Naturelle du Palatinat. Elle a propoſé pour Sujer
du Prix qu'elle décernera cette année , les quef-
tions ſuivantes : Quelle fut l'Origine du Comte Pa-
latin Quel étoit ſon emploi ſous les anciens Em-
pereurs de Rome , & fous les Rois des races Mé-
rovingienne & Carlovingienne ,jusqu'au partage de
la Monarchie des Francs en Provinces Orientales
& Occidentales ? En queltemps commença-t on d'an-
néxercette dignité à certains Domaines du Royau-
me ? ( Gazette de France & d'Amſterdam. )
AVRIL. 1764.
Partageant ainſi ta faveur ,
De leurs Sœurs excitoient la juſte jalouſie.
Une ſçavante Académie ,
Par la ſage Clio , par la docte Uranie.
De ce reſpectable Lycée
Dépoſe la Nature à te plaire empréffée.
De la dignité Palatine
Tracer avec fidélité
Mille faits dignes de memoire ,
IT
Oui, Grand Prince , il manquoit dans tes murs
renommés
Où ton choix raſſemblât des Diciples formés
Déjà je vois les habitans
Inſtruire l'Univers des utiles préfens
Qu'au ſein de tes Etats féconds & floriffans ,
Je les vois , débrouillant l'obſcure Antiquité,
Les fonctions & l'origine ,
Et ſauver de l'oubli , par leurs nobles travaux,
Que du temps deſtructeur l'impitoyable faulx
Avoit juſqu'à nos jours dérobés à l'Hiſtoire.
Je les vois ſans nuage offrir à tous les yeux
Les vertus dont brilloient tes auguſtes Ayeux.
Mais quelle abondante matière ,
Pour leurs plumes quel doux emploi ,
Lorſqu'ayant parcouru cette vaſte carrière
Ils auront à parler de toi !
Par M. HARDUIN, Secr. Perp. de la
Soc. Litt. d'Arras.
l'ELECTEUR PALATIN, sur
l'Académie des Sciences que ce Prince
vient d'instituer à MANHEIM. *
ILLUSTRE Théodore, enfin ta Capitale
Brille de tout l'éclat qu'elle eut à deſirer :
L'Europe dès long-temps ſe plaît à célébrer
Les ornemens pompeux que ton Palais étale.
On y voit les Beaux-Arts accueillis , honorés ,
Animés par tes dons , par ton goût éclairés :
Tes Spectacles, remplis d'étonnantes merveilles,
Eblouiffent les yeux , enchantent les oreilles ,
Intéreſſent l'eſprit, &tranſportent le cœur.
Mais Terpficore , Polymnie ,
Melpomene , Euterpe & Thalie ,
* Cette Académie , qui tint ſa premiére Séance
au mois d'Octobre 1763 , doit s'occuper princi-
palement de l'Hiſtoire Politique & de l'Hiftoire
Naturelle du Palatinat. Elle a propoſé pour Sujer
du Prix qu'elle décernera cette année , les quef-
tions ſuivantes : Quelle fut l'Origine du Comte Pa-
latin Quel étoit ſon emploi ſous les anciens Em-
pereurs de Rome , & fous les Rois des races Mé-
rovingienne & Carlovingienne ,jusqu'au partage de
la Monarchie des Francs en Provinces Orientales
& Occidentales ? En queltemps commença-t on d'an-
néxercette dignité à certains Domaines du Royau-
me ? ( Gazette de France & d'Amſterdam. )
AVRIL. 1764.
Partageant ainſi ta faveur ,
De leurs Sœurs excitoient la juſte jalouſie.
Une ſçavante Académie ,
Par la ſage Clio , par la docte Uranie.
De ce reſpectable Lycée
Dépoſe la Nature à te plaire empréffée.
De la dignité Palatine
Tracer avec fidélité
Mille faits dignes de memoire ,
IT
Oui, Grand Prince , il manquoit dans tes murs
renommés
Où ton choix raſſemblât des Diciples formés
Déjà je vois les habitans
Inſtruire l'Univers des utiles préfens
Qu'au ſein de tes Etats féconds & floriffans ,
Je les vois , débrouillant l'obſcure Antiquité,
Les fonctions & l'origine ,
Et ſauver de l'oubli , par leurs nobles travaux,
Que du temps deſtructeur l'impitoyable faulx
Avoit juſqu'à nos jours dérobés à l'Hiſtoire.
Je les vois ſans nuage offrir à tous les yeux
Les vertus dont brilloient tes auguſtes Ayeux.
Mais quelle abondante matière ,
Pour leurs plumes quel doux emploi ,
Lorſqu'ayant parcouru cette vaſte carrière
Ils auront à parler de toi !
Par M. HARDUIN, Secr. Perp. de la
Soc. Litt. d'Arras.
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Résumé : A Son Altesse Sérenissime Monseigneur l'ELECTEUR PALATIN, sur l'Académie des Sciences que ce Prince vient d'instituer à MANHEIM.
La lettre célèbre la création de l'Académie des Sciences à Mannheim en octobre 1763, dédiée à l'histoire politique et naturelle du Palatinat. Pour 1764, l'académie propose des sujets de prix sur l'origine du comte palatin, ses fonctions sous les empereurs romains et les rois mérovingiens et carolingiens, ainsi que l'annexion de cette dignité à certains domaines du royaume. La lettre met en avant les contributions des arts et des spectacles à Mannheim, soutenus par les dons et le goût éclairé de l'Électeur. Elle évoque les muses Terpsichore, Polymnie, Melpomène, Euterpe, Thalie, Clio et Uranie, représentant respectivement la danse, la rhétorique, la tragédie, la musique, la comédie, l'histoire et l'astronomie. L'auteur espère que l'académie instruira l'univers des enseignements précieux des États de l'Électeur et préservera les vertus des ancêtres du prince.
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3
p. 12-13
LE JARDINIER ET L'ORANGER, FABLE.
Début :
UN Jardinier aussi prudent qu'habile [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE JARDINIER ET L'ORANGER, FABLE.
LE JARDINIER ET L'ORANGER,
FABLE.
UN Jardinier aussi prudent qu'habile
Elevoit avec ſoin de jeunes arbriſſeaux :
Sous ſes mains chaque jour la nature docile
Sembloit avec plaiſir ſeconder ſes travaux.
Sa tendreſſe pour eux prête à tout entreprendre
Prévoyoit le moindre danger :
Le plaifir de les voir augmenter & s'étendre ,
Lui ſuffiſoit pour le dédommager
Des peines qu'il avoit pu prend re.
Un petit oranger
Lui paroîſſoit le plus flatter ſon eſpérance:
D'un naturel affez heureux ,
Et déjà dégagé des périls de l'enfance ,
Il devenoit l'objet de tous ſes vœux.
Attentif à combler d'avance
Le plus léger de ſes beſoins ,
Il lui prodiguoit tous ſes ſoins.
( Soins doux & précieux àqui ſçait les connaître!)
L'arbuſte bien tôt grand n'en ſentit plus le prix :
De fon bienfaiteur & ſon maître
Il n'écouta plus les avis.
>> Pourquoim ereſſerrer entre cés quatre planches ?
>>>Quoi , toujours après moi ? pasunjourde repos !
AVRIL. 1764.
13
5Sans ceſſe m'inonder , me couper quelques
>>>branches !.
Et mille autres propos.
Las enfin , malgré ſa tendreſſe,
Le Jardinier ceſſa de l'arroſer .
Maisdeces tendres ſoins , ah ! comment ſe paſſer?
L'arbre inſenſiblement en proie àla triſteſſe ,
Malgré ſa force & ſa jeuneſſe,
Dépériſſoit, ne faiſoit que languir ;
Et privé des ſecours de la main bienfaiſante
Qui conſervoit la vie à ſa tigenaiſſante ,
Il commençoit à ſe flétrir.
Le pauvre Jardinier ſenſible à cette vue ,
Avec regret le vit prêt à périr :-
Il s'approcha de lui , ſon âme fut émue,
Et l'Oranger , dit-on , treſſaillit deplaiſir.
Il lui tendit une main ſecourable ,
Renouvella ſes ſoins, & l'Arbre plus heureux,
Porta lesplusbeaux fruits& remplittous ſesvœux.
De l'amour paternel ô pouvoir admirable !
Heureuxqui peut toujours en ſentir la douceur !
Pères à vos enfans égarés par l'erreur ,
Ne refuſez jamais votre tendreſſe :
Tôt ou tard ſur leurs cœurs la Naturea ſesdroits;
Et l'on ne doit jamais, lorſque l'on fuit ſes loix,
Déſeſpérer de la jeuneſſe.
Par M. GAULLARD fils.
FABLE.
UN Jardinier aussi prudent qu'habile
Elevoit avec ſoin de jeunes arbriſſeaux :
Sous ſes mains chaque jour la nature docile
Sembloit avec plaiſir ſeconder ſes travaux.
Sa tendreſſe pour eux prête à tout entreprendre
Prévoyoit le moindre danger :
Le plaifir de les voir augmenter & s'étendre ,
Lui ſuffiſoit pour le dédommager
Des peines qu'il avoit pu prend re.
Un petit oranger
Lui paroîſſoit le plus flatter ſon eſpérance:
D'un naturel affez heureux ,
Et déjà dégagé des périls de l'enfance ,
Il devenoit l'objet de tous ſes vœux.
Attentif à combler d'avance
Le plus léger de ſes beſoins ,
Il lui prodiguoit tous ſes ſoins.
( Soins doux & précieux àqui ſçait les connaître!)
L'arbuſte bien tôt grand n'en ſentit plus le prix :
De fon bienfaiteur & ſon maître
Il n'écouta plus les avis.
>> Pourquoim ereſſerrer entre cés quatre planches ?
>>>Quoi , toujours après moi ? pasunjourde repos !
AVRIL. 1764.
13
5Sans ceſſe m'inonder , me couper quelques
>>>branches !.
Et mille autres propos.
Las enfin , malgré ſa tendreſſe,
Le Jardinier ceſſa de l'arroſer .
Maisdeces tendres ſoins , ah ! comment ſe paſſer?
L'arbre inſenſiblement en proie àla triſteſſe ,
Malgré ſa force & ſa jeuneſſe,
Dépériſſoit, ne faiſoit que languir ;
Et privé des ſecours de la main bienfaiſante
Qui conſervoit la vie à ſa tigenaiſſante ,
Il commençoit à ſe flétrir.
Le pauvre Jardinier ſenſible à cette vue ,
Avec regret le vit prêt à périr :-
Il s'approcha de lui , ſon âme fut émue,
Et l'Oranger , dit-on , treſſaillit deplaiſir.
Il lui tendit une main ſecourable ,
Renouvella ſes ſoins, & l'Arbre plus heureux,
Porta lesplusbeaux fruits& remplittous ſesvœux.
De l'amour paternel ô pouvoir admirable !
Heureuxqui peut toujours en ſentir la douceur !
Pères à vos enfans égarés par l'erreur ,
Ne refuſez jamais votre tendreſſe :
Tôt ou tard ſur leurs cœurs la Naturea ſesdroits;
Et l'on ne doit jamais, lorſque l'on fuit ſes loix,
Déſeſpérer de la jeuneſſe.
Par M. GAULLARD fils.
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Résumé : LE JARDINIER ET L'ORANGER, FABLE.
La fable 'Le Jardinier et l'Oranger' relate l'histoire d'un jardinier dévoué qui soigne avec attention plusieurs jeunes arbres, dont un oranger qu'il chérit particulièrement. Le jardinier anticipe tous les besoins de l'oranger et lui prodigue des soins constants. Cependant, une fois adulte, l'oranger se révolte contre ces attentions, les jugeant excessives et contraignantes. Fatigué de cette ingratitude, le jardinier cesse de l'arroser. Privé de soins, l'oranger dépérit. Ému par son état, le jardinier reprend ses soins. L'oranger retrouve alors sa vigueur et produit de beaux fruits. Cette fable met en lumière le pouvoir de l'amour paternel et l'importance de ne jamais désespérer de la jeunesse, même lorsqu'elle s'égare.
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4
p. 14
[Texte sans titre]
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texteReconnaissance textuelle : [Texte sans titre]
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hicjacet exemplarpatrum, virtutis amicus ,
Qui , fipoffit homo , meruit venerabilis aras.
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
L'hommage que je rends à la mémoi-
re de M. Duviviée
,
eſt bien mérité
,
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
ſes amis ont donnés à ſa mort font
beaucoup mieux fon éloge. Ah!fi les
Mortels ſçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux,qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être &c. DOMICILLE.
Prais, ce 8 Mars 1764.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hicjacet exemplarpatrum, virtutis amicus ,
Qui , fipoffit homo , meruit venerabilis aras.
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
L'hommage que je rends à la mémoi-
re de M. Duviviée
,
eſt bien mérité
,
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
ſes amis ont donnés à ſa mort font
beaucoup mieux fon éloge. Ah!fi les
Mortels ſçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux,qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être &c. DOMICILLE.
Prais, ce 8 Mars 1764.
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Résumé : [Texte sans titre]
L'épitaphe rend hommage à M. Du Vivier, conseiller au Conseil de Ville, loué pour sa vertu et sa tendresse paternelle. Les larmes de sa famille et de ses amis témoignent de son amour et de son regret. L'auteur déplore l'ignorance des hommes sur la valeur des hommes vertueux. Signé Prais, le 8 mars 1764.
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5
p. 15-17
ΕΡΙΤRE A M. Ch. de MO***.
Début :
SUR notre pauvre fourmilière [...]
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texteReconnaissance textuelle : ΕΡΙΤRE A M. Ch. de MO***.
ΕΡΙΤRE
A M. Ch. de MO***.
SUR notre pauvre fourmilière
Il eſt un Dieu qu'on nomme le bonheur ,
Chacun le cherche & brigue ſa faveur :
Il eſt quelquefois le partage
Que l'Amour n'a point vu volage ,
Loin de celle qui dès l'enfance
Sans fortune & fans eſpérance ,
Prèſque aux portes de l'indigence ,
Et fur les malheurs de la vie ,
Sembloit n'attendre que la mort.
15
On le trouve ſouvent deſſousl'humble chaumière ;
Rarement près des toîts qu'habite la grandeur.
Son ſéjour ordinaire eſt dans le cœur du Sage :
Sous le chaume & dans les Palais ,
A Paris ainſi qu'au Village,
Le méchant ne le vit jamais.
De ce mortel né pour aimer ,
Que l'amitié daigne animer.
Fat ſeule objet de mes ſoupirs ,
Le cœur tourmenté de defirs ,
je rêvois ſur mon triſte ſort ;
Mon âme de chagrins nourrie ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Un inſtinct naturel vers mon ami m'entraîne
Toi ſeul en partageant ma peine
En pouvois calmer la rigueur.
En te voyant, un ſentiment flateur
De mes ſens me rendit l'uſage ;
Je t'écoutai ; dans ton langage
Je vis l'éloquence du cœur.
Tu me parlas du doux neœud qui nous lie
De l'amitié : ce diſcours enchanteur
Rendit mon âme plus paiſible ,
Et j'éprouvai qu'au creuſet du malheur
Il eſt encore quelque douceur
Pour un coeur ne vraiment ſenſible..
Tu fis fuir le chagrin rongeur ;
Une douce mélancolie ,
Prit la place de la douleur.
Dans mon cabinet ſolitaire
Je me retire en te quittant.
Mais que vois-je ? quel caractère !
Je ſaiſis la lettre en tremblant...
Ah ! grands Dieux ! elle m'aime encore,
Et je l'ai pu ſoupçonner un moment ? ...
Pardonne , chère amie , à mon égarement ,
Oai ,tu mérites qu'on t'adore ! ....
Je lis ... l'amour... le ſentiment....
Chaque ligne ajoute à ma joie ,
Chaque ligne en mon cœur déploie
Le tranſport le plus raviſſant.
Je baifois avec allégreffe
AVRIL.
1764.
Cet écrit où de ſa tendreſſe
Elle me faifoit le ſerment...
Oui , le bonheur eſt ſur la terre !
M'écriai -je dans cet inſtant ;
Je ſuis aimé de ma Glycere ,
De mon âme , je ſuis content.
Dieux des amours
,
amitié pure ,
Au fond de ma retraite obſcure
Daignez porter un jour heureux !
17
Ornez mon front d'une double couronne :
Tenez moi lieu des biens que la fortune donne,
Vous ferez mes plaiſirs , & vous serez mes Dieux. Paris, B. de Ch.
A M. Ch. de MO***.
SUR notre pauvre fourmilière
Il eſt un Dieu qu'on nomme le bonheur ,
Chacun le cherche & brigue ſa faveur :
Il eſt quelquefois le partage
Que l'Amour n'a point vu volage ,
Loin de celle qui dès l'enfance
Sans fortune & fans eſpérance ,
Prèſque aux portes de l'indigence ,
Et fur les malheurs de la vie ,
Sembloit n'attendre que la mort.
15
On le trouve ſouvent deſſousl'humble chaumière ;
Rarement près des toîts qu'habite la grandeur.
Son ſéjour ordinaire eſt dans le cœur du Sage :
Sous le chaume & dans les Palais ,
A Paris ainſi qu'au Village,
Le méchant ne le vit jamais.
De ce mortel né pour aimer ,
Que l'amitié daigne animer.
Fat ſeule objet de mes ſoupirs ,
Le cœur tourmenté de defirs ,
je rêvois ſur mon triſte ſort ;
Mon âme de chagrins nourrie ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Un inſtinct naturel vers mon ami m'entraîne
Toi ſeul en partageant ma peine
En pouvois calmer la rigueur.
En te voyant, un ſentiment flateur
De mes ſens me rendit l'uſage ;
Je t'écoutai ; dans ton langage
Je vis l'éloquence du cœur.
Tu me parlas du doux neœud qui nous lie
De l'amitié : ce diſcours enchanteur
Rendit mon âme plus paiſible ,
Et j'éprouvai qu'au creuſet du malheur
Il eſt encore quelque douceur
Pour un coeur ne vraiment ſenſible..
Tu fis fuir le chagrin rongeur ;
Une douce mélancolie ,
Prit la place de la douleur.
Dans mon cabinet ſolitaire
Je me retire en te quittant.
Mais que vois-je ? quel caractère !
Je ſaiſis la lettre en tremblant...
Ah ! grands Dieux ! elle m'aime encore,
Et je l'ai pu ſoupçonner un moment ? ...
Pardonne , chère amie , à mon égarement ,
Oai ,tu mérites qu'on t'adore ! ....
Je lis ... l'amour... le ſentiment....
Chaque ligne ajoute à ma joie ,
Chaque ligne en mon cœur déploie
Le tranſport le plus raviſſant.
Je baifois avec allégreffe
AVRIL.
1764.
Cet écrit où de ſa tendreſſe
Elle me faifoit le ſerment...
Oui , le bonheur eſt ſur la terre !
M'écriai -je dans cet inſtant ;
Je ſuis aimé de ma Glycere ,
De mon âme , je ſuis content.
Dieux des amours
,
amitié pure ,
Au fond de ma retraite obſcure
Daignez porter un jour heureux !
17
Ornez mon front d'une double couronne :
Tenez moi lieu des biens que la fortune donne,
Vous ferez mes plaiſirs , & vous serez mes Dieux. Paris, B. de Ch.
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Résumé : ΕΡΙΤRE A M. Ch. de MO***.
L'auteur d'une lettre poétique s'adresse à M. Ch. de Mo***. Il médite sur la nature du bonheur, accessible aux humbles et aux sages, mais jamais aux méchants. Il exprime son chagrin et son besoin de partager sa peine avec un ami, qui le réconforte en évoquant l'amitié. Cette conversation apaise l'auteur et lui révèle des douceurs même dans le malheur. Plus tard, en lisant une lettre, il apprend que son amie l'aime toujours, ce qui le remplit de joie. Il célèbre alors le bonheur d'être aimé et invoque les dieux de l'amour et de l'amitié pour bénir sa retraite. L'auteur espère que l'amitié et l'amour lui apporteront les plaisirs et les biens que la fortune ne peut offrir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 17-22
A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
Début :
TANT que nous serons pénétrés, Monsieur, de la vénération qui est due à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
A M. DE LAPLACE, Auteur du
Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT que nous serons pénétrés,
Monsieur, de la vénération qui est due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration,(je dis plus )par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſti-
ce ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François.
Je ſouhaiterois,Monfieur,recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leurgrandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorf-
qu'il a dit : Nous neferons puiſfansfur
la Mer , que lorsque la Marine mar-
chande fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de for-
ce & de vérité nous fait penſer que Du-
queſne étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai-Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du MercuredeJanvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764.
19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Du-
queſne. Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffiondedire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance par-
ticulière, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une par-
tie de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus diffi-
cile à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport àlui , proportion-
nément à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>>François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache ,plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foute-
nir depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs
و
il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préju-
gé , fi contraire à leur naiſſance , pren-
dront bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable
vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 .
21
& élevé comme lui, nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc ,Monfieur, de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date re-
culée, il ne ſera pas néceſſaire de recou-
rir à des Chartes illiſibles : pluſieurs fa-
milles de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campa-
de Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous ar-
rachai des bras de votre Mère pour vous por-
ter fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> dela Martinique.Je ſçais, mon Fils, ce que vous
>> pouvez , & ce quej'ai droitd'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quandvous monterez cettefré-
>>>gate , qu'elle doitvous ſervirde tombeau , ou
>>>être leberceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſageque ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : lagloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit, dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivantl'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESMARQUETS, Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe, ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT que nous serons pénétrés,
Monsieur, de la vénération qui est due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration,(je dis plus )par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſti-
ce ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François.
Je ſouhaiterois,Monfieur,recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leurgrandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorf-
qu'il a dit : Nous neferons puiſfansfur
la Mer , que lorsque la Marine mar-
chande fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de for-
ce & de vérité nous fait penſer que Du-
queſne étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai-Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du MercuredeJanvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764.
19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Du-
queſne. Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffiondedire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance par-
ticulière, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une par-
tie de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus diffi-
cile à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport àlui , proportion-
nément à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>>François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache ,plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foute-
nir depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs
و
il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préju-
gé , fi contraire à leur naiſſance , pren-
dront bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable
vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 .
21
& élevé comme lui, nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc ,Monfieur, de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date re-
culée, il ne ſera pas néceſſaire de recou-
rir à des Chartes illiſibles : pluſieurs fa-
milles de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campa-
de Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous ar-
rachai des bras de votre Mère pour vous por-
ter fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> dela Martinique.Je ſçais, mon Fils, ce que vous
>> pouvez , & ce quej'ai droitd'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quandvous monterez cettefré-
>>>gate , qu'elle doitvous ſervirde tombeau , ou
>>>être leberceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſageque ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : lagloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit, dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivantl'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESMARQUETS, Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe, ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
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Résumé : A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
La lettre adressée à M. de Laplace évoque la vie d'Abraham Duquesne, un marin français illustre. L'auteur exprime son admiration pour des figures historiques telles que Sully, Duguay-Trouin et Jean Bart. Il discute de la naissance d'Abraham Duquesne, soulignant une divergence entre les sources : M. Thomas le décrit comme roturier, tandis que M. Daguesde Clairfontaine le considère comme issu d'une famille noble. L'auteur insiste sur l'importance de clarifier cette question, car la condition roturière de Duquesne ajouterait à sa gloire en raison des obstacles supplémentaires qu'il aurait surmontés. Il mentionne également le Sieur Vauquelin, dont le père a écrit une lettre encourageante, illustrant le potentiel de Dieppe à produire d'autres grands marins. L'auteur appelle à la production de documents authentiques pour confirmer la noblesse ou la roture de Duquesne. Un contrat notarié de 1619 mentionne Abraham Duquesne comme 'bourgeois'. La lettre, datée du 8 mars 1764 et provenant de Dieppe, fait référence à Jacques Miffant, écuyer, et Abraham Duquesne, bourgeois de Dieppe, ayant signé un acte en présence des parties et des tabellions. Le signataire, Desmarquets, se présente comme Maître des Eaux et Forêts. Une note précise qu'Abraham Duquesne était le père d'un héros non nommé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 22-23
A M. DE VOLTAIRE, menacé de perdre la vue.
Début :
HOMÉRE étoit aveugle, à ce que dit l'Histoire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE VOLTAIRE, menacé de perdre la vue.
A M. DE VOLTAIRE, menacé de
perdre la vue.
HOMÉRE étoit aveugle, à ce que dit l'Histoire,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
:
!
!
AVRIL . 1764 .
Ce fut la ſeule : & pour ſa gloire
( Outre mille dons précieux )
23
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté,
Mais vous , à qui du Ciel la ſageſſe infinie
Adonné des yeux d'Aigle , emblêmedu Génie,
Quilut aucœurde l'homme & meſura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit, avant vous , Newton ;
Qui la fites briller ſur un autre horiſon
Votre gloire eſt aſſez entière.
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eſt point du tout néceſſaire,
Que vous ayez avec Homére
Une reſſemblance de plus.
Ce 20 Février.
perdre la vue.
HOMÉRE étoit aveugle, à ce que dit l'Histoire,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
:
!
!
AVRIL . 1764 .
Ce fut la ſeule : & pour ſa gloire
( Outre mille dons précieux )
23
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté,
Mais vous , à qui du Ciel la ſageſſe infinie
Adonné des yeux d'Aigle , emblêmedu Génie,
Quilut aucœurde l'homme & meſura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit, avant vous , Newton ;
Qui la fites briller ſur un autre horiſon
Votre gloire eſt aſſez entière.
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eſt point du tout néceſſaire,
Que vous ayez avec Homére
Une reſſemblance de plus.
Ce 20 Février.
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Résumé : A M. DE VOLTAIRE, menacé de perdre la vue.
En février 1764, une lettre à Voltaire mentionne une menace de cécité. L'auteur compare Voltaire à Homère, mais souligne ses qualités uniques. Voltaire est décrit avec des 'yeux d'aigle' symbolisant son génie et sa compréhension de la lumière, anticipée par Newton. Sa gloire est déjà établie, rendant inutile la perte de vue pour sa reconnaissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 23-24
ENVOI d'un gâteau des Rois, à M. de MONTAUDOUIN, Négociant de Nantes, & Membre de la Société d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
Début :
PAR ce gâteau,l'usage antique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOI d'un gâteau des Rois, à M. de MONTAUDOUIN, Négociant de Nantes, & Membre de la Société d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
ENVOI d'un gâteau des Rois, à M. de
MONTAUDOUIN, Négociant de
Nantes, & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
PAR ce gâteau,l'usage antique
Tous les ans, dans plus d'un endroit,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poſſédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
1
Eh : que vous importe la féve ,
Lorſque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de ſon ménage
Et le Roi de tous ſes amis.
MONTAUDOUIN, Négociant de
Nantes, & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
PAR ce gâteau,l'usage antique
Tous les ans, dans plus d'un endroit,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poſſédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
1
Eh : que vous importe la féve ,
Lorſque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de ſon ménage
Et le Roi de tous ſes amis.
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9
p. 24-25
RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
Début :
QUE ce tribut rare & charmant [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
RÉPONSE à M. le Chevalier de
JUILLY-THOMASSIN , Chevalier
de Saint Louis, Capitaine de
Cavalerie, Gentilhomme de la Garde
du ROI, & Correspondant de plusieurs
Académies, & en dernier lieu
de celle de MONTAUBAN, sur les
Etrennes Pastorales qu'il a adressées
à la plus Charmante, dans le
dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
QUE ce tribut rare & charmant
Peint bien le cœur d'un tendre Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
Comme
;
AVRIL . 1764 .
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux.
Paris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux.
Par une Muse de la Cour.
JUILLY-THOMASSIN , Chevalier
de Saint Louis, Capitaine de
Cavalerie, Gentilhomme de la Garde
du ROI, & Correspondant de plusieurs
Académies, & en dernier lieu
de celle de MONTAUBAN, sur les
Etrennes Pastorales qu'il a adressées
à la plus Charmante, dans le
dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
QUE ce tribut rare & charmant
Peint bien le cœur d'un tendre Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
Comme
;
AVRIL . 1764 .
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux.
Paris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux.
Par une Muse de la Cour.
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Résumé : RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
Le texte est une réponse au Chevalier de Juilly-Thomassin, chevalier de Saint-Louis, capitaine de cavalerie et gentilhomme de la garde du roi, concernant ses 'Étrennes Pastorales'. Il loue le tribut charmant offert et mentionne les disputes fréquentes sur les attraits des belles femmes. Il compare la liberté d'expression à la campagne et à la cour, et associe le berger à des dieux. Le texte se termine par une référence à Paris et est signé par une muse de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
10
p. 25-28
PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
Début :
SI l'amitié n'est point aveugle, je puis peindre Eglé sans craindre qu'on [...]
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
SI l'amitié n'est point aveugle, je
puis peindre Eglé sans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réflé-
xions pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces emprun-
tées , ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol.
B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouventpour des hommes qui le mé-
ritent ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,ydonnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit joliede l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualiténe ſuffit pas pourplai-
re généralement , auffi en a-t-elle d'au-
tres. Egléunit à une figure agréable un
eſprit folide, un jugement fain,un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdon-
ner, de la délicateſſe dans les ſentimens,
&de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible&d'un cou-
rage mâle; fon cœur eſt héroïque , &
fij'oſe le dire ,militaire: pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occu-
pent ,elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſusde ſon ſéxe. Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764.
27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , en-
jouée , badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fou-
vent elle vous échappe,ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſem-
blent prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
,
elle ſçait ſupporter les revers. Son ef-
prit léger en apparence ,s'occupe fans
peine & avec fruitdes affaires les plus
férieuſes. Son cœur eſt ſenſible aux dou-
ceurs de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige, ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Sœur , fille , & mere tendre comme il
n'enfut jamais, ſes goûts ſemblent pré-
venir ſes devoirs. Heureux qui la con-
noit , plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
SI l'amitié n'est point aveugle, je
puis peindre Eglé sans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réflé-
xions pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces emprun-
tées , ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol.
B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouventpour des hommes qui le mé-
ritent ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,ydonnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit joliede l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualiténe ſuffit pas pourplai-
re généralement , auffi en a-t-elle d'au-
tres. Egléunit à une figure agréable un
eſprit folide, un jugement fain,un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdon-
ner, de la délicateſſe dans les ſentimens,
&de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible&d'un cou-
rage mâle; fon cœur eſt héroïque , &
fij'oſe le dire ,militaire: pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occu-
pent ,elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſusde ſon ſéxe. Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764.
27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , en-
jouée , badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fou-
vent elle vous échappe,ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſem-
blent prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
,
elle ſçait ſupporter les revers. Son ef-
prit léger en apparence ,s'occupe fans
peine & avec fruitdes affaires les plus
férieuſes. Son cœur eſt ſenſible aux dou-
ceurs de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige, ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Sœur , fille , & mere tendre comme il
n'enfut jamais, ſes goûts ſemblent pré-
venir ſes devoirs. Heureux qui la con-
noit , plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
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Résumé : PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
Madame de *** est portraiturée par Mademoiselle ***, qui affirme décrire Eglé sans partialité grâce à leur amitié. Eglé est une personne extrêmement aimable, appréciée de tous sans artifice ni coquetterie. Naturelle et authentique, ses défauts mêmes sont charmants. Sa beauté est reconnue, mais ses qualités intellectuelles et morales la rendent véritablement séduisante : esprit solide, jugement sûr, goût naturel, délicatesse et douceur. Elle allie fragilité physique à un courage masculin et un cœur héroïque. Paresseuse pour les tâches futiles, elle excelle dans les activités qui la distinguent. Dotée d'une mémoire exceptionnelle et d'une grande pénétration, elle acquiert des connaissances facilement. Vive et enjouée, elle anime la société sans jeux de cartes. Légère dans ses propos, sa conversation devient captivante lorsqu'elle se concentre. Sensible mais non faible, elle supporte les revers avec dignité. Son esprit léger cache une capacité à traiter sérieusement les affaires importantes. Profondément attachée à ses proches, surtout ceux du sang, ses devoirs envers eux semblent naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 28
VERS de M. SAURIN, de l'Académie Françoise, à M. LE DUC DE NIVERNOIS, en lui envoyant la Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
Début :
GRAND à la Cour, grand au Parnasse, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS de M. SAURIN, de l'Académie Françoise, à M. LE DUC DE NIVERNOIS, en lui envoyant la Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
VERS de M. SAURIN, de l'Académie
Françoise, à M. LE DUC DE
NIVERNOIS, en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour, grand au Parnasse,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où , malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix,
Illustre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréſentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Cefoible effai dont je ſuis Père ,
Et daigne moins le lire enjugequ'en confrère...
Ce mot m'échappe; il ſent la vanité.
Mais ſurun point dont il eſt ſi flatté,
Comment forcer l'amour-propre à ſetaire !
Françoise, à M. LE DUC DE
NIVERNOIS, en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour, grand au Parnasse,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où , malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix,
Illustre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréſentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Cefoible effai dont je ſuis Père ,
Et daigne moins le lire enjugequ'en confrère...
Ce mot m'échappe; il ſent la vanité.
Mais ſurun point dont il eſt ſi flatté,
Comment forcer l'amour-propre à ſetaire !
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Résumé : VERS de M. SAURIN, de l'Académie Françoise, à M. LE DUC DE NIVERNOIS, en lui envoyant la Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
M. Saurin adresse un poème à M. le Duc de Nivernois avec sa tragédie 'Blanche et Guiscard'. Il loue le duc pour ses qualités exceptionnelles et son rôle dans l'établissement de la paix. Comparé à Horace, le duc est décrit comme un digne représentant des rois. Saurin présente humblement son œuvre, espérant l'indulgence et la camaraderie du duc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 29
VERS à Mlle D.....
Début :
LE corps, l'esprit, le sentiment, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle D.....
VERS à Mlle D.....
LE corps, l'esprit, le sentiment,
En vous tout eſt divin , adorable Emilie !
Il nefaut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à fon amant prodiguoit ſes appas :
Malgré tout fon amour & toute ſa magie ,
La tendre Armide fut trahie :
Mais le Filsde Berthold * ſeroit mort dans vo bras.
* Père de RENAUD.
A Brest, par M. L. D...
LE corps, l'esprit, le sentiment,
En vous tout eſt divin , adorable Emilie !
Il nefaut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à fon amant prodiguoit ſes appas :
Malgré tout fon amour & toute ſa magie ,
La tendre Armide fut trahie :
Mais le Filsde Berthold * ſeroit mort dans vo bras.
* Père de RENAUD.
A Brest, par M. L. D...
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13
p. 29
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL Contre un débiteur insolent, Liv. II. Epig. III.
Début :
NON, Lycidas ne doit rien à personne ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL Contre un débiteur insolent, Liv. II. Epig. III.
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL
Contre un débiteur insolent, Liv. II.
Epig. III.
NON, Lycidas ne doit rien à personne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien: c'eſtun point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI, Abonné au Mercure.
Contre un débiteur insolent, Liv. II.
Epig. III.
NON, Lycidas ne doit rien à personne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien: c'eſtun point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI, Abonné au Mercure.
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14
p. 30
CONTRE une vieille Fille, Liv. X. Epig. VIII.
Début :
A l'épouser Lise en vain me convie ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONTRE une vieille Fille, Liv. X. Epig. VIII.
CONTRE une vieille Fille, Liv. X.
Epig. VIII.
A l'épouser Lise en vain me convie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. deBuffy-Rabutin , autant qu'ilm'enfouvient.
Mais je ne connoiſſois pasſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - a-fait différentes.
Epig. VIII.
A l'épouser Lise en vain me convie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. deBuffy-Rabutin , autant qu'ilm'enfouvient.
Mais je ne connoiſſois pasſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - a-fait différentes.
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15
p. 30
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
Début :
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette, Je pourrois bien en dire la raiſon : L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette, Je pourrois bien en dire la raiſon : L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
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16
p. 31-40
CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
Début :
ON ne veut rien dérober à la femme qu'on aime véritablement. Les defirs [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
CÉCILE,
ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la
Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE.
....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
ON ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant,fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'ar-
rache point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il ob-
tient, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche,& qui met le com-
ble à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſe-
crets , mais authentiques nous ont con-
ſervée ,prouve lavéritéde ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fié-
cle. *
CePrinceétoit néavecles diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente édu-
cationlesdéveloppa. Des triomphes écla-
tans ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftra-
fiens , ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſonRoyaume. Sa fille
unique , Brunehaut, lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit re-
chercher de tous les Souverains de fon
temps; & ceux qui vivoient familiére-
ment avec elle
ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
deſa figure , ou auxagrémensde ſon ca-
ractère. La distinction flatta l'amour-pro-
pre de Sigebert. Il accepta ſans balan-
cer les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pom-
pe poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom-Jones ,
fon Romand'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764..
33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille, n'avoit rien oublié de ce qui pou-
voit rendre fon équipage magnifique.
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'éli-
te de lajeuneſſede ſon pays. Cette Prin-
ceffe diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'hu-
meur & de convenance éleverent bien-
tôt à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus ré-
guliers ,l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la conful-
ter, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'a-
buſa point de fon pouvoir ; elle mé-
prifoit trop ceux qu'un vil intérêt fai-
foit tomber à ſes pieds, pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix fa-
crées du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfio-
nomie intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le cœur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
By
A
3
34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
CommeGrand-Chambellan de Sige-
bert , il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe. Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux,Lhincor-
referoit-il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous ai-
me ? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit con-
nue ; elle ne fit point difficulté d'a-
vouer à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes vœux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confen-
tement du Roi pour unir ſon fort à ce-
lui de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête-à-tête avec elle ; jamais l'a-
mour ne le rendit téméraire : * le ref-
:
*Ces vertus paroîtront ſans doute bien anti-
ques à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent, pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764.
35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhin-
corre , & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il pro-
jettoit. Mon cher Lhincorre , lui dit Si-
gebert , ſans lui donner le temps d'ou-
vrir la bouche , mon frère Chilpéric vio-
le tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
jedois le punir de fa perfidie : met-
tez-vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récom-
penfercomme ils méritent de l'étre. Lhin-
corre ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entre-
prendrai point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre.
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... In-
terrogez votre cœur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe ima-
giner la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de ré-
gles certaines & de combinaiſons ſca-
vantes. La première , ou plutôt l'uni-
que vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un en-
chaînement de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de re-
courir à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fortdes armes avoit fait paf-
fer dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'i-
maginoit pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764.
37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi, que
d'aller lesdépoſer aux piedsde ſon aman-
te. Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert
l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il cou-
rut au-devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit-il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mé-
rite! ... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule
. Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa in-
terdit & confus , au milieu des cour-
tiſans qui tous jaloux de ſa gloire s'em-
preſſerent cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt ap-
paremment de convention dans ce païs-
là , que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes impor-
tunes , Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe.
Cécile eſtdiſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite. Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheu-
reux amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'enn'est pas capable;jepof
fédois fon cœur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t-ilpour me réduire audéſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
....
ila donc cru me tromperpardefeintes ca-
reffes!... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafentilapeſanteur de mon bras....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoirpercé le cœur.
Soudain il retourne au Palais ,& trou-
ve moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tour-
à-tour la fureur,la jaloufie & le défef-
poir , as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plusfidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends-moi Cé-
cile , ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tran-
quillité Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764.
39
Lhincorre , en frémiſſantde rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendez-
vous..... Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria- t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile, le Roi fe-
roit-ilbien affezláche pour manquer au
rendez- vous qu'ilm'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquié-
tude... tout -à- coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il en-
tend une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſez-
le. Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais... Oùle premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras.
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>>dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & jevous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez-moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>>devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs lar-
mes. Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent long-
temps l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif, fuc-
céda dans la ſuite la douceur d'une ten-
dre & folide amitié.
ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la
Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE.
....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
ON ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant,fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'ar-
rache point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il ob-
tient, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche,& qui met le com-
ble à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſe-
crets , mais authentiques nous ont con-
ſervée ,prouve lavéritéde ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fié-
cle. *
CePrinceétoit néavecles diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente édu-
cationlesdéveloppa. Des triomphes écla-
tans ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftra-
fiens , ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſonRoyaume. Sa fille
unique , Brunehaut, lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit re-
chercher de tous les Souverains de fon
temps; & ceux qui vivoient familiére-
ment avec elle
ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
deſa figure , ou auxagrémensde ſon ca-
ractère. La distinction flatta l'amour-pro-
pre de Sigebert. Il accepta ſans balan-
cer les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pom-
pe poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom-Jones ,
fon Romand'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764..
33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille, n'avoit rien oublié de ce qui pou-
voit rendre fon équipage magnifique.
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'éli-
te de lajeuneſſede ſon pays. Cette Prin-
ceffe diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'hu-
meur & de convenance éleverent bien-
tôt à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus ré-
guliers ,l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la conful-
ter, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'a-
buſa point de fon pouvoir ; elle mé-
prifoit trop ceux qu'un vil intérêt fai-
foit tomber à ſes pieds, pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix fa-
crées du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfio-
nomie intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le cœur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
By
A
3
34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
CommeGrand-Chambellan de Sige-
bert , il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe. Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux,Lhincor-
referoit-il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous ai-
me ? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit con-
nue ; elle ne fit point difficulté d'a-
vouer à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes vœux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confen-
tement du Roi pour unir ſon fort à ce-
lui de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête-à-tête avec elle ; jamais l'a-
mour ne le rendit téméraire : * le ref-
:
*Ces vertus paroîtront ſans doute bien anti-
ques à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent, pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764.
35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhin-
corre , & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il pro-
jettoit. Mon cher Lhincorre , lui dit Si-
gebert , ſans lui donner le temps d'ou-
vrir la bouche , mon frère Chilpéric vio-
le tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
jedois le punir de fa perfidie : met-
tez-vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récom-
penfercomme ils méritent de l'étre. Lhin-
corre ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entre-
prendrai point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre.
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... In-
terrogez votre cœur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe ima-
giner la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de ré-
gles certaines & de combinaiſons ſca-
vantes. La première , ou plutôt l'uni-
que vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un en-
chaînement de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de re-
courir à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fortdes armes avoit fait paf-
fer dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'i-
maginoit pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764.
37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi, que
d'aller lesdépoſer aux piedsde ſon aman-
te. Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert
l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il cou-
rut au-devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit-il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mé-
rite! ... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule
. Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa in-
terdit & confus , au milieu des cour-
tiſans qui tous jaloux de ſa gloire s'em-
preſſerent cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt ap-
paremment de convention dans ce païs-
là , que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes impor-
tunes , Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe.
Cécile eſtdiſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite. Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheu-
reux amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'enn'est pas capable;jepof
fédois fon cœur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t-ilpour me réduire audéſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
....
ila donc cru me tromperpardefeintes ca-
reffes!... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafentilapeſanteur de mon bras....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoirpercé le cœur.
Soudain il retourne au Palais ,& trou-
ve moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tour-
à-tour la fureur,la jaloufie & le défef-
poir , as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plusfidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends-moi Cé-
cile , ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tran-
quillité Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764.
39
Lhincorre , en frémiſſantde rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendez-
vous..... Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria- t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile, le Roi fe-
roit-ilbien affezláche pour manquer au
rendez- vous qu'ilm'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquié-
tude... tout -à- coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il en-
tend une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſez-
le. Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais... Oùle premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras.
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>>dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & jevous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez-moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>>devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs lar-
mes. Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent long-
temps l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif, fuc-
céda dans la ſuite la douceur d'une ten-
dre & folide amitié.
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Résumé : CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
Le texte examine la notion d'amour véritable à travers une histoire centrée sur Sigebert, roi d'Austrasie, et ses proches. Sigebert, connu pour ses qualités et ses succès, envisage un mariage entre sa fille Brunehaut et Athanagilde, roi des Visigoths. Brunehaut est accompagnée de Cécile, qui devient rapidement sa favorite. Cécile, dotée de beauté et d'intelligence, attire l'attention de Lhincorre, le Grand-Chambellan de Sigebert. Une relation amoureuse naît entre eux, et ils souhaitent se marier. Cependant, Sigebert envoie Lhincorre combattre son frère Chilpéric. Après une victoire, Lhincorre revient et découvre la disparition de Cécile. Accusant Sigebert de trahison, il apprend finalement que Cécile est restée fidèle. Sigebert lui offre alors la main de Cécile. Lhincorre devient ensuite le premier ministre de Sigebert, et les deux couples vivent heureux, leur amour se transformant en une amitié solide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 41-42
CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
Début :
EN bon mari, ne bronchez pas, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
CHANSON
A M*** sur son mariage.
AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
EN bon mari, ne bronchez pas,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
41
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis, vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire;
Son cœur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt, τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus,
Autant de plaiſirs qued'écus:
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez-moi tous ces vœux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Par M. SAUTREAU.
A M*** sur son mariage.
AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
EN bon mari, ne bronchez pas,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
41
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis, vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire;
Son cœur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt, τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus,
Autant de plaiſirs qued'écus:
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez-moi tous ces vœux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Par M. SAUTREAU.
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Résumé : CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
La chanson est dédiée à un individu nommé M*** à l'occasion de son mariage. Sur l'air de 'Tôt, tôt, tôt, battez chaud', elle offre des conseils au nouvel époux, l'encourageant à être un bon mari, à éviter les plaintes et à faire preuve de courage et de constance. En cas de conflit, elle recommande de rechercher la paix et le plaisir mutuel. La bien-aimée, Thémire, est louée pour sa tendresse, sa douceur et ses charmes. La chanson souhaite au couple aisance, vertus et bonheur, ainsi que de nombreux plaisirs et richesses. Elle espère que le couple ne connaisse jamais les difficultés, répétant 'Tôt, tôt, tôt, battez chaud'. L'auteur de cette chanson est M. Sautreau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 43-44
LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Début :
EN t'embrassant, illustre & digne ami, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
LETTRE de M. DALLET l'aîné,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
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Résumé : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Dans une lettre adressée au Vicomte de Saint-Germain, M. Dallet l'aîné, correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Rouen, exprime un amour profond et sincère. Dallet considère Saint-Germain comme son premier ami de cœur et affirme que ce sentiment est réciproque et béni par les dieux. Il évoque des moments délicieux partagés ensemble, qui le rendent égal aux dieux. Dallet reconnaît également la vertu et la générosité de Saint-Germain, qualités qu'il a perçues dès leur première rencontre. Cependant, il exprime sa tristesse à l'idée d'une possible séparation et regrette de ne jamais avoir vu Madame de Saint-Germain, qu'il décrit comme l'adorable moitié de Saint-Germain. Dallet demande à Saint-Germain de se souvenir de lui, même s'il devait accéder au trône.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 44-45
RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
Début :
AVEC transport je reçois & je goute, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
RÉPONSE de M. le Vicomte de
SAINT-GERMAIN MATINEL.
AVEC transport je reçois & je goute,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens..
bls ſe ſont accrus avec l'âge,
:
1
Plusvifs, plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un cœur comme le vôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
&
:
-
AVRIL. 1764.
45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
cœur ;
En aimant je me trouvai ſage,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les vœux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
•Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
SAINT-GERMAIN MATINEL.
AVEC transport je reçois & je goute,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens..
bls ſe ſont accrus avec l'âge,
:
1
Plusvifs, plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un cœur comme le vôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
&
:
-
AVRIL. 1764.
45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
cœur ;
En aimant je me trouvai ſage,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les vœux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
•Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
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Résumé : RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
Dans une lettre datée d'avril 1764, le Vicomte de Saint-Germain Matinal adresse ses remerciements à Dallet pour ses marques d'affection. Il valorise les plaisirs authentiques tels que l'amitié, qu'il considère supérieurs aux divertissements superficiels de son époque. L'auteur affirme que l'amour et l'amitié sont les seuls sentiments véritables et précieux. Il explique que l'amour l'a rendu sage, riche, savant, héros et vainqueur, préférant ces qualités au titre d'Empereur. Reconnaissant la vanité du monde, il choisit de se consacrer aux valeurs authentiques. Depuis son jeune âge, il a toujours aimé ce qui est aimable et ressent la même passion. Il aspire à une vie vertueuse, rejetant la quête de richesse et de titres, et privilégiant les trésors de la tendresse partagée avec Dallet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 46
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
Début :
DEUX tourtereaux se caressoient, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS,
FABLE imitée du POGGE.
DEUX tourtereaux se caressoient,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime,
Et déjà dans leurs cœurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſitécachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Nepouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez-vous ! Voici mongouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle.
Ah !D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos cœurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos mœurs ?
De la Raiſon l'hommea ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & desdeſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
FABLE imitée du POGGE.
DEUX tourtereaux se caressoient,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime,
Et déjà dans leurs cœurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſitécachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Nepouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez-vous ! Voici mongouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle.
Ah !D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos cœurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos mœurs ?
De la Raiſon l'hommea ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & desdeſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
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Résumé : LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
La fable 'Les Tourterelles et les Enfants' décrit deux tourterelles qui se caressent, observées par deux enfants. Ces derniers craignent une intention malveillante et avertissent les oiseaux de l'arrivée de leur gouverneur. Les tourterelles affirment suivre la loi de leurs cœurs et n'avoir besoin ni de conseils ni de peur. La fable oppose la raison et les lois humaines à l'innocence et aux plaisirs des tourterelles.
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21
p. 47
IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior, Primarii & artis suae reclamatoris.
Début :
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe, [...]
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texteReconnaissance textuelle : IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior, Primarii & artis suae reclamatoris.
IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE
LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior,
Primarii & artis suae reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret utpatriæpoft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddiditartis opes.
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior,
Primarii & artis suae reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret utpatriæpoft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddiditartis opes.
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
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22
p. 47-48
ROMANCE.
Début :
UN Berger de notre village [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROMANCE.
ROMANCE.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton cœur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son cœur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le cœur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette,
Ses moutons & ſon cœur pour rien.
1
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton cœur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son cœur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le cœur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette,
Ses moutons & ſon cœur pour rien.
1
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
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Résumé : ROMANCE.
Le poème narre l'histoire d'un berger possédant un troupeau et un chien pour le protéger des loups. Sa mère lui conseille de chérir son chien comme son propre cœur. Initialement, le berger suit ce conseil, mais il tombe ensuite amoureux de Cloris et néglige la protection de son troupeau. Après un mois, Cloris se révèle infidèle. Pour reconquérir ses faveurs, le berger donne son chien à Suzette. Cependant, Suzette rejette ses avances et ne montre aucun intérêt pour ses moutons ou son cœur.
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23
p. 49
ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
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texteReconnaissance textuelle : ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
ODE Anacréontique à M. M. sur la
piquure d'un Cousin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la formed'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vosgenoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. à Metz.
piquure d'un Cousin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la formed'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vosgenoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. à Metz.
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Résumé : ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
Le poème relate une expérience amoureuse douloureuse du poète, comparée à une piqûre de mouche venimeuse, lors d'une rencontre avec Aminte. Pour soulager cette douleur, il suggère un baiser de sa cousine. Le poème est signé 'I. Vel.' et daté de Metz.
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24
p. 50-58
SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Début :
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière lettre : il a ses peines sans doute ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
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Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Dans la septième lettre, l'auteur réfléchit sur l'amour, reconnaissant à la fois ses souffrances et ses bienfaits. Il critique ceux qui condamnent ou idéalisent excessivement cette passion. Pour lui, la sensibilité, y compris l'amour, est un don naturel bénéfique malgré ses inconvénients. Il suggère que l'amour peut apaiser les passions et guider les jeunes vers la vertu. L'auteur révèle que Sophie, qu'il aime, est désormais sienne et invite son ami à partager sa joie et à rencontrer Sophie. Dans la première lettre à Sophie, l'auteur exprime sa douleur face à son départ imminent, admirant ses qualités et suppliant Sophie de ne pas oublier sa tendresse. La correspondance entre les deux individus montre une profonde tristesse et un amour intense. Le narrateur décrit son désespoir après la séparation avec Sophie, se sentant seul et incapable de trouver du réconfort ailleurs que dans les lettres de Sophie. Il évoque une chambre adjacente à la sienne qu'il évite de regarder car elle lui rappelle Sophie. Il exprime son désir de la retrouver et de surmonter sa solitude. Dans la deuxième lettre, Sophie répond en exprimant son émotion à la lecture de l'écriture du narrateur. Elle réfute toute crainte concernant sa fidélité et son honnêteté, soulignant ses propres qualités et celles du narrateur. Elle décrit le narrateur comme un homme simple, vertueux et amoureux, cherchant une compagne aimable et vertueuse. Sophie exprime son désir de le rendre heureux et son admiration pour sa sensibilité et sa moralité, concluant en espérant que leurs vœux seront exaucés et en renouvelant son amour pour lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 58-59
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mars est la Langue. Celui
de la feconde est la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eſt Noël qui donne ce-
AVRIL. 1764.
59
lui de Léon. Celui du premier Logo-
gryphe eſt Fricandeau , dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If, Candie , Canarie
د
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car ,
ane , fard, cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf , nid , cri , Diacre , cráne
, aneau ,
rideau , cadeau , craie , canif , acier
,
fer, Franc , naif, ancre , cerf , Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu. Celui du ſecond Logogry-
phe eſt Hermaphrodite.
Mercure de Mars est la Langue. Celui
de la feconde est la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eſt Noël qui donne ce-
AVRIL. 1764.
59
lui de Léon. Celui du premier Logo-
gryphe eſt Fricandeau , dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If, Candie , Canarie
د
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car ,
ane , fard, cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf , nid , cri , Diacre , cráne
, aneau ,
rideau , cadeau , craie , canif , acier
,
fer, Franc , naif, ancre , cerf , Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu. Celui du ſecond Logogry-
phe eſt Hermaphrodite.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...] »
Le texte décrit plusieurs énigmes et jeux de langage. Les énigmes concernent les mots 'Langue', 'Crémaillère' et 'Noël'. Le premier logogriphe utilise 'Fricandeau' avec des termes variés comme 'cire', 'France', 'air', 'eau', 'feu', et des notes musicales. Le second logogriphe a pour mot clé 'Hermaphrodite'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 59-60
ENIGME.
Début :
Sans changer de nature, [...]
Mots clefs :
Cheminée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
SANS changer de nature ,
Sous plus d'une figure
, aneau ,
Je parois quelquefois brillante d'ornemens;
Et d'autres fois ſans agrémens.
* Je ſuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends ſervice au grand Seigneur ,
Ainſi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eſt une tête.
Ne va pas me croire une bête ;
Car loin d'arriver à ton but ,
,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ſerois obligé de me mettre au rebut.
Pourſuís , examine mon être ;
A divers traits tu pourras me connoître....
Je ne mets guères de chapeau ,...
Mais ſouvent je porte un manteau.
Sans recourir à la Juſtice ,
Mon Maître quelquefois me condamneaufup
plices
Et pour affouvir ſa fureur ,
Par des gens qui ſont des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faſſe éclater ma douleur..
Par M. DE. LA GARENNE , d'Angers.
SANS changer de nature ,
Sous plus d'une figure
, aneau ,
Je parois quelquefois brillante d'ornemens;
Et d'autres fois ſans agrémens.
* Je ſuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends ſervice au grand Seigneur ,
Ainſi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eſt une tête.
Ne va pas me croire une bête ;
Car loin d'arriver à ton but ,
,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ſerois obligé de me mettre au rebut.
Pourſuís , examine mon être ;
A divers traits tu pourras me connoître....
Je ne mets guères de chapeau ,...
Mais ſouvent je porte un manteau.
Sans recourir à la Juſtice ,
Mon Maître quelquefois me condamneaufup
plices
Et pour affouvir ſa fureur ,
Par des gens qui ſont des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faſſe éclater ma douleur..
Par M. DE. LA GARENNE , d'Angers.
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27
p. 60
AUTRE.
Début :
Je suis long, je suis rond, je suis droit & bossu ; [...]
Mots clefs :
Fuseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
fuis long , je ſuis rond , je ſuis droit &
boffu ;
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nud.
Honteux de me voir tel, je tourne & fais la ronde?
D'une agilité ſans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu.
Mais ma condition en est-elle meilleure ?
Quel est enfin le prix de mon empreſſement ?
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et quelquefois ce n'eſt pas pour une heure..
fuis long , je ſuis rond , je ſuis droit &
boffu ;
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nud.
Honteux de me voir tel, je tourne & fais la ronde?
D'une agilité ſans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu.
Mais ma condition en est-elle meilleure ?
Quel est enfin le prix de mon empreſſement ?
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et quelquefois ce n'eſt pas pour une heure..
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28
p. 61
AUTRE.
Début :
Cum sex membra valent, modo regum nobile quoddam [...]
Mots clefs :
Fascia
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE..
CUM ſex membra valent , modo regum nobile
quoddam
Sum decus , invalidis ſum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipſum te in fruſta ſecarem
Quiſquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin.
CUM ſex membra valent , modo regum nobile
quoddam
Sum decus , invalidis ſum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipſum te in fruſta ſecarem
Quiſquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin.
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29
p. 61
LOGOGRYPHE.
Début :
Par des détours obscurs je conduis un secret, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
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30
p. 62
AUTRE.
Début :
En entier j'appartiens aux Rois [...]
Mots clefs :
Cordon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
En entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Divi ſez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois .
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit ſur ſa fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef,
Près ou loin du rivage ,
Afait naufrage
Contre mon chef entier
,
Renverſé tout exprès pour tromper le Routier . *
Mon corps , ou la moitié de ce que je poſſéde ,
Préſente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement.
Retranchez- en un tiers : reſte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eſt pas de votre goût ,
Conſultez l'inſtrument qui guide le navire :
د
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tout ;
Et ces deux tiers , pour tout vous dire
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eſt en forme l'Univers.
*Livre de Cartes Marines.
En entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Divi ſez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois .
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit ſur ſa fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef,
Près ou loin du rivage ,
Afait naufrage
Contre mon chef entier
,
Renverſé tout exprès pour tromper le Routier . *
Mon corps , ou la moitié de ce que je poſſéde ,
Préſente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement.
Retranchez- en un tiers : reſte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eſt pas de votre goût ,
Conſultez l'inſtrument qui guide le navire :
د
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tout ;
Et ces deux tiers , pour tout vous dire
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eſt en forme l'Univers.
*Livre de Cartes Marines.
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31
p. 63
AIR TENDRE.
Début :
EN vain jusqu'à ce jour j'avois sçu m'en défendre ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR TENDRE.
AIR TENDRE.
EN vain jusqu'à ce jour j'avois sçu m'en défendre ;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de moncœur.
Peut-on, aimable Iris, vous voir & vous entendre, Sans brûler à l'inſtantde la plus vive ardeur ?
Par M. ***.
EN vain jusqu'à ce jour j'avois sçu m'en défendre ;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de moncœur.
Peut-on, aimable Iris, vous voir & vous entendre, Sans brûler à l'inſtantde la plus vive ardeur ?
Par M. ***.
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