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p. 7-16
MÉMOIRE historique sur le Titre, l'objet & les divers progrès du JOURNAL intitulé aujourd'hui MERCURE DE FRANCE.
Début :
LA premiere époque des Mercures, non seulement en France , mais peut-être [...]
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE historique sur le Titre, l'objet & les divers progrès du JOURNAL intitulé aujourd'hui MERCURE DE FRANCE.
MÉMOIRE historique sur le Titre,
l'objet & les divers progrès du JOURNAL
intitulé aujourd'hui MERCURE
DE FRANCE.
LA premiere époque des Mercures,
non seulement en France , mais peut-être
dans l'Europe , pourroit fe rappor-
ter à l'année 1605 , où parut , avec
Privilége du Roi , l'Hiftoire de la Paix
fous le titre de Chronologie Septenaire ,
سم
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
par le Docteur Caiet , ( a ) laquelle com---
prend des relations depuis le com-
mencement de l'an 1598 , jufqu'à la fin
de 1604. Le Mercure François portant
dans l'intitulé du premier Volume , pour
fuite dufeptenaire du D. Caiet , reprend
en effet l'hiftoire des événemens au com-
mencement de 1605 & la continue
,
en XXV Tomes in-8° , jufqu'à la fin
de 1644. A peu-près dans le même temps
le célébre Vittorio Siri , écrivoit fes re-
lations fur l'Hiftoire de France, & , rela-
tivement à cet objet , d'autres concer-
nant diverfes Nations. Il donna auffi
à cet Ouvrage le titre de. Mercure. C'eft
le même que toute l'Europe Litteraire
connoît fous le titre de Mercurio da
Vittorio Siri & dont elle fait tant
>
de cas pour la fidélité & pour les dé-
tails hiftoriques. Ce Mercure Italien
comprend depuis le commencement de
l'année 1640 juſqu'à la fin de 1655. (b)
(a ) On lit dans quelques Auteurs Cajet , Cayer
ou Cahier. Cer Auteur avoit été Miniftre dans la
Religion Proteftante , enfuite Prêtre & Docteur
dans l'Eglife Romaine. Sa Chronologie Septenaire
avoit eu tant de fuccès , qu'on l'avoit engagé à
écrire la Chronologie Novenaire , qui fait corps.
aujourd'hui , ainfi que la premiere , avec le Mer
cure François.
(b ) Le troifiéme Tome in - 4 de la traduction
de cet Ouvrage , a paru ( chez Durand , en 1759.
JANVIER. 1764.
9
On s'est donc , pour ainfi dire , réuni
alors , fans fe communiquer , à intituler
Mercure , par une expreſſion figurée , les
Ouvrages qui annonçoient quelque
chofe de nouveau. Cette définition affez
jufte, que nous empruntons des Auteurs
du Dictionnaire de Trévoux , eft puifée
dans la Nature & dans l'objet de plu-
fieurs Ouvrages eftimés , qui ont paru
fous ce titre. On y trouvera encore des
caractères plus particulierement diſtin-
Etifs.
Le dernier Volume du Mercure Fran-
çois eft de 1646 ; & ce ne fut qu'en
1672 que feu M. Danau de Vifé en-
treprit de continuer , ou plutôt de re-
prendre cet Ouvrage. Les relations fur
les événemens remarquables à la Cour ,
à la Ville , à l'Armée , les nouvelles
publiques , domeftiques , civiles & étran-
geres
font le corps fondamental de
ces Mercures & des autres fuivans. Ce
Journal devint donc , pour ainsi dire ,
le Journal de la Cour, ou même, comme
s'en explique ce premier continuateur
du Mercure François , une hiftoire par
ticuliere & journalière du feu Roi de
glorieufe mémoire .
Par là l'Auteur du Mercure fe trou-
voit être à l'égard de l'Hiftoriographe
A.v..
Jo MERCURE DE FRANCE.
de France , comme les Officiers du Roi,
dont le fervice eft plus ordinaire & plus
intime que celui de certains Offices fupé-
rieurs. On jugea probablement qu'il
devoit être attaché à la Cour & la fui-
vre. Tels furent les motifs qui détermi-
nerent à attribuer l'expédition des Bré-
vets exclufifs , pour la compofition de
ce Mercure , au Miniftre chargé du Dé-
partement de la Maifon du Roi. Les
mêmes raifons avoient fait , fans doute,
accorder à M. de Vifé un logement au
Louvre , dont il a joui jufques à fa
mort. L'expédition des Brévets , la dif-
tribution des graces fur le Mercure , &
la difcipline économique fur tout ce
qui concerne ce Journal , font encore
dans ce même Département .
26 ans d'intervalle entre le dernier
Mercure François & celui de M. de Vife
avoient amené une révolution dans le
goût du Public , qui engagea cet Au-
teur à ne fe pas renfermer dans les
fimples relations hiftoriques des évé-
nemens civils & politiques ; & quoi-
que fes premiers volumes ne contien-
nent que très-peu d'autres matières, ilfe
prépara le droit de varier davantage fon
Mercure , en lui donnant le titre de Ga-
lant ; titre dont l'attrait eft facile à ap-
JANVIER. 1764.
Il faut voir
TI
percevoir dans une jeune Cour & dans
l'époque où l'on faifoit reparoître ce
Journal. Il joignit fucceffivement à la
partie hiftorique une Littérature légè-
re , des Piéces de Poefie , des détails
fur les Théâtres , & enfin une variété
prèfqu'indéfinie , mais fans jamais aban-
donner la parité ou plutôt l'identité de
ce Mercure avec le Mercure François ,
quant au fond & à l'objet principal
qui fe trouvent être précifément les
mêmes. Cet Auteur fe propofe ; & il
exécute , ainfi que fes fucceffeurs , de
raffembler une fuite de faits hiftori-
ques , de les fonder pour la plupart fur
des Piéces originales , ainfi que l'a-
voit fait l'Auteur duMERCURE FRAN-
ÇOIS , & Vittorio Siri dans fon Mer-
cure Italien . C'eft précisément cette
forme & cette manière de conftater
quelques branches de l'hiftoire de fon
temps , qui fait le caractère diftin&tif
des Mercures d'avec les autres Jour-
naux .
,
fur cela , le plan de
M. de Vife dans fon Epître dé-
dicatoire au Roi , dans plufieurs de fes
Préfaces , & dans la fuite même de fon
Ouvrage. Comme il vouloit rendre fon
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Journal de plus en plus littéraire
prit des Priviléges en Chancellerie , en
conféquence des Brévets du Roi
ainfi qu'ont fait fes fucceffeurs ; & à
mefure que le Mercure s'eft tourné vers
cette partie , il paroît s'être rangé de
plus en plus fous la difcipline du Chef
de la Magiftrature pour l'exécution de
l'Ouvrage & l'éxercice de fes Priviléges.
Celui du 31 Décembre 1677 ,
en
faveur du même Danau de Vifé ,
annonce le fuccès de la forme qu'il
avoit donnée au nouveau Mercure. Ce
Privilége , très -étendu & très -favorable
aux droits de ce Journal , déclare fpé-
cialement que la volonté de Mgr le
Dauphin eft qu'il lui foit dédié , & pa-
roiffe chaque mois fous fes aufpices.
Après la mort de M. de Vifé , le Roi
choifit Charles Du FRESNI , fieur DE
RIVIERE , l'un de fes Valets-de- cham-
bre ordinaires, pour la compofition du
Mercure , & lui en fit expédier le
Brévet.
Get Auteur, dont on connoît le ca-
ractère ingénieux de l'efprit , procura
d'abord un nouveau luftre à ce Jour-
nal. Il y a des Mercures de fon temps ,
diftingués par un agrément fingulier ,
qui font encore très - recherchés. Mais
JANVIER. 1764.
I'
il hégligea bientôt ce travail : il fe don-
na des affociés ; & lorfqu'en 171+ , le
fieur le Févre devint feul en fon nom
Titulaire du Mercure , il femble que ce
fut par arrangement avec Dufrefni.
L'Abbé Buchet , Titulaire du Mer
cure en 1717 , donna , ou plutôt ajouta
une nouvelle forme à cet Ouvrage, qui
lui valut de nouveaux fuccès. Dans le
Privilége accordé à cet Auteur , le Mer-
cure eft intitulé Mercure François &
galant ; & l'Abbé Buchet ne négligea
pas dans la Préface qu'il mit à la tête
de fon premier Volume , d'obferver que
ce titre rappelloit la premiere origine du
Mercure, qu'il rapporte au Mercure Fran-
çois , dont nous avons parlé.
Le Privilége de cet Auteur & la Pré-
face que l'on vient de citer , font des
titres & une époque finguliérement ef-
fentiels aux droits & aux prérogatives
de ce Journal. On y trouve le develop-
pement & l'énumération de la variété
infinie des matières qui doivent compo-
fer le Mercure , & qui , felon fes ter-
mes , font naturellement & de droit de
fon reffort & entrent dans fon appana-
ge. Il étoit fordé à établir ce droit fi
étendu fur une poffeffion déja ancienne
& confirmée par un Privilége précé-
14 MERCURE DE FRANCE .
dent de 1710 , où l'on lit ces paroles
empruntées du Brévet du Roi , conte-
nant
en parlant des Mercures ) plu-
fieurs Nouvelles , Relations , Hiftoires
,
& généralement tout ce qui dépend dudit
Livre , & qu'on a continué d'y mettre
depuis 30 ans.
Il y a lieu de croire que le Mercure,
devenant plus étendu fur la Littérature
fut , par cette raifon, plus ftrictement at-
taché à la difcipline générale de la Li-
brairie. C'eft dans les Mercures de cette
année ( 1717 ) que l'on commence à
trouver les approbations de Cenfeurs
Royaux. La première eft de l'Abbé
Terrafon . Le Mercure fut
compofé par MM.
Juillet 1721.
enfuite
Fuzelier & de la
Roque , Affociés à M. Dufrefni , dont
le mom reparoît dans le Privilége du 3
Ce furent ces Auteurs qui eurent l'hon-
neur de dédier & de préfenter au Roi
en 1724 le Mercure de France qui a
continué de paroître fous ce titre
ainfi qu'avoit
fait feu M. de Vifé
lorfqu'il donna le premier vol. du Mer-
cure Galant. A la fin de cette même
année , après la mort de M. DU FRES-
NI , M. DE LA ROQUE refta feul Ti-
tulaire & Auteur du Mercure , qu'il
JANVIER. 1764.
15
continua jufqu'à fa mort arrivée en 1744.
Le Roi nomma alors MM. FUZELIER
& LABRUERE ; & leur Privilége eſt le
premier qui fut chargé d'une penfion .
Chacun des Auteurs fuivans en ont
eu de nouvelles , ce qui forme aujour-
d'hui le fond le plus confidérable au
profit des Gens de Lettres diftingués
par leurs fervices ou par leur célébrité.
Après la mort de M. FUZELIER , ar-
rivée en 1752 , M. DE LABRUERE
jouit feul du Privilége du Mercure.
Etant mort au mois de Septembre 1754,
Sa Majefté , par Brévet du 12 Octobre
de la même année , accorda ce Privi-
lége à feu M. DE BOISSI , de l'Acadé-
mie Françoiſe , pour commencer à en
jouir feulement du premier Janvier
1755 ; & le produit des Volumes du
reflant de cette année , fut laiffé à M.
l'Abbé RAYNAL , qui avoit compofé
le Mercure pendant l'abfence du dernier
Titulaire.
M. DE BOISSY mourut au mois d'A-
vril 1758. M. DE BOISSY fils rédigea
le Mercure jufques & compris le deu
xiéme Vol. de Juillet de cette année.
M. MARMONTEL , à qui ce Privilége
avoit été accordé,commença à l'exercer
au mois d'Août fuivant.
16 MERCURE DE FRANCE.
- M. DE LA PLACE a fuccédé aux
droits & à l'exercice de ce même Pri-
vilége par Brévet du 20 Janvier 1760 ,
& commença d'en jouir au premier
Février de cette année.
Par Brévet particulier , M. DE L
GARDE , ancien Penfionnaire de ce
Journal , fut, quelque temps après , ad-
joint au Privilége de M. DE LA PLACE ,
pour tout ce qui concerne la partie des
Théâtres ; ce qu'il commença d'exer-
cer au premier Février de l'année 1761 .
Le nombre des Volumes du Mercure,
y compris le premier Volume du Mer-
cure galant de 1672 , & le Volume de
Décembre 1763 du Mercure de France ,
eft de 1232 Volumes.
Dans les Bibliothéques où l'on eft
curieux de collections complettes , on
joint à ce nombre de Volumes les 25
du Mercure François , le Septenaire ,
le'Novenaire & les Mémoires de la Li-
gue. Pour remplir l'interruption depuis
1644 , où finit la matière du Mercure
François , jufqu'au premier Mercure de
VISÉ , on joint une vingtaine de Re-
lations imprimées en Volumes particu
liers.
l'objet & les divers progrès du JOURNAL
intitulé aujourd'hui MERCURE
DE FRANCE.
LA premiere époque des Mercures,
non seulement en France , mais peut-être
dans l'Europe , pourroit fe rappor-
ter à l'année 1605 , où parut , avec
Privilége du Roi , l'Hiftoire de la Paix
fous le titre de Chronologie Septenaire ,
سم
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
par le Docteur Caiet , ( a ) laquelle com---
prend des relations depuis le com-
mencement de l'an 1598 , jufqu'à la fin
de 1604. Le Mercure François portant
dans l'intitulé du premier Volume , pour
fuite dufeptenaire du D. Caiet , reprend
en effet l'hiftoire des événemens au com-
mencement de 1605 & la continue
,
en XXV Tomes in-8° , jufqu'à la fin
de 1644. A peu-près dans le même temps
le célébre Vittorio Siri , écrivoit fes re-
lations fur l'Hiftoire de France, & , rela-
tivement à cet objet , d'autres concer-
nant diverfes Nations. Il donna auffi
à cet Ouvrage le titre de. Mercure. C'eft
le même que toute l'Europe Litteraire
connoît fous le titre de Mercurio da
Vittorio Siri & dont elle fait tant
>
de cas pour la fidélité & pour les dé-
tails hiftoriques. Ce Mercure Italien
comprend depuis le commencement de
l'année 1640 juſqu'à la fin de 1655. (b)
(a ) On lit dans quelques Auteurs Cajet , Cayer
ou Cahier. Cer Auteur avoit été Miniftre dans la
Religion Proteftante , enfuite Prêtre & Docteur
dans l'Eglife Romaine. Sa Chronologie Septenaire
avoit eu tant de fuccès , qu'on l'avoit engagé à
écrire la Chronologie Novenaire , qui fait corps.
aujourd'hui , ainfi que la premiere , avec le Mer
cure François.
(b ) Le troifiéme Tome in - 4 de la traduction
de cet Ouvrage , a paru ( chez Durand , en 1759.
JANVIER. 1764.
9
On s'est donc , pour ainfi dire , réuni
alors , fans fe communiquer , à intituler
Mercure , par une expreſſion figurée , les
Ouvrages qui annonçoient quelque
chofe de nouveau. Cette définition affez
jufte, que nous empruntons des Auteurs
du Dictionnaire de Trévoux , eft puifée
dans la Nature & dans l'objet de plu-
fieurs Ouvrages eftimés , qui ont paru
fous ce titre. On y trouvera encore des
caractères plus particulierement diſtin-
Etifs.
Le dernier Volume du Mercure Fran-
çois eft de 1646 ; & ce ne fut qu'en
1672 que feu M. Danau de Vifé en-
treprit de continuer , ou plutôt de re-
prendre cet Ouvrage. Les relations fur
les événemens remarquables à la Cour ,
à la Ville , à l'Armée , les nouvelles
publiques , domeftiques , civiles & étran-
geres
font le corps fondamental de
ces Mercures & des autres fuivans. Ce
Journal devint donc , pour ainsi dire ,
le Journal de la Cour, ou même, comme
s'en explique ce premier continuateur
du Mercure François , une hiftoire par
ticuliere & journalière du feu Roi de
glorieufe mémoire .
Par là l'Auteur du Mercure fe trou-
voit être à l'égard de l'Hiftoriographe
A.v..
Jo MERCURE DE FRANCE.
de France , comme les Officiers du Roi,
dont le fervice eft plus ordinaire & plus
intime que celui de certains Offices fupé-
rieurs. On jugea probablement qu'il
devoit être attaché à la Cour & la fui-
vre. Tels furent les motifs qui détermi-
nerent à attribuer l'expédition des Bré-
vets exclufifs , pour la compofition de
ce Mercure , au Miniftre chargé du Dé-
partement de la Maifon du Roi. Les
mêmes raifons avoient fait , fans doute,
accorder à M. de Vifé un logement au
Louvre , dont il a joui jufques à fa
mort. L'expédition des Brévets , la dif-
tribution des graces fur le Mercure , &
la difcipline économique fur tout ce
qui concerne ce Journal , font encore
dans ce même Département .
26 ans d'intervalle entre le dernier
Mercure François & celui de M. de Vife
avoient amené une révolution dans le
goût du Public , qui engagea cet Au-
teur à ne fe pas renfermer dans les
fimples relations hiftoriques des évé-
nemens civils & politiques ; & quoi-
que fes premiers volumes ne contien-
nent que très-peu d'autres matières, ilfe
prépara le droit de varier davantage fon
Mercure , en lui donnant le titre de Ga-
lant ; titre dont l'attrait eft facile à ap-
JANVIER. 1764.
Il faut voir
TI
percevoir dans une jeune Cour & dans
l'époque où l'on faifoit reparoître ce
Journal. Il joignit fucceffivement à la
partie hiftorique une Littérature légè-
re , des Piéces de Poefie , des détails
fur les Théâtres , & enfin une variété
prèfqu'indéfinie , mais fans jamais aban-
donner la parité ou plutôt l'identité de
ce Mercure avec le Mercure François ,
quant au fond & à l'objet principal
qui fe trouvent être précifément les
mêmes. Cet Auteur fe propofe ; & il
exécute , ainfi que fes fucceffeurs , de
raffembler une fuite de faits hiftori-
ques , de les fonder pour la plupart fur
des Piéces originales , ainfi que l'a-
voit fait l'Auteur duMERCURE FRAN-
ÇOIS , & Vittorio Siri dans fon Mer-
cure Italien . C'eft précisément cette
forme & cette manière de conftater
quelques branches de l'hiftoire de fon
temps , qui fait le caractère diftin&tif
des Mercures d'avec les autres Jour-
naux .
,
fur cela , le plan de
M. de Vife dans fon Epître dé-
dicatoire au Roi , dans plufieurs de fes
Préfaces , & dans la fuite même de fon
Ouvrage. Comme il vouloit rendre fon
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Journal de plus en plus littéraire
prit des Priviléges en Chancellerie , en
conféquence des Brévets du Roi
ainfi qu'ont fait fes fucceffeurs ; & à
mefure que le Mercure s'eft tourné vers
cette partie , il paroît s'être rangé de
plus en plus fous la difcipline du Chef
de la Magiftrature pour l'exécution de
l'Ouvrage & l'éxercice de fes Priviléges.
Celui du 31 Décembre 1677 ,
en
faveur du même Danau de Vifé ,
annonce le fuccès de la forme qu'il
avoit donnée au nouveau Mercure. Ce
Privilége , très -étendu & très -favorable
aux droits de ce Journal , déclare fpé-
cialement que la volonté de Mgr le
Dauphin eft qu'il lui foit dédié , & pa-
roiffe chaque mois fous fes aufpices.
Après la mort de M. de Vifé , le Roi
choifit Charles Du FRESNI , fieur DE
RIVIERE , l'un de fes Valets-de- cham-
bre ordinaires, pour la compofition du
Mercure , & lui en fit expédier le
Brévet.
Get Auteur, dont on connoît le ca-
ractère ingénieux de l'efprit , procura
d'abord un nouveau luftre à ce Jour-
nal. Il y a des Mercures de fon temps ,
diftingués par un agrément fingulier ,
qui font encore très - recherchés. Mais
JANVIER. 1764.
I'
il hégligea bientôt ce travail : il fe don-
na des affociés ; & lorfqu'en 171+ , le
fieur le Févre devint feul en fon nom
Titulaire du Mercure , il femble que ce
fut par arrangement avec Dufrefni.
L'Abbé Buchet , Titulaire du Mer
cure en 1717 , donna , ou plutôt ajouta
une nouvelle forme à cet Ouvrage, qui
lui valut de nouveaux fuccès. Dans le
Privilége accordé à cet Auteur , le Mer-
cure eft intitulé Mercure François &
galant ; & l'Abbé Buchet ne négligea
pas dans la Préface qu'il mit à la tête
de fon premier Volume , d'obferver que
ce titre rappelloit la premiere origine du
Mercure, qu'il rapporte au Mercure Fran-
çois , dont nous avons parlé.
Le Privilége de cet Auteur & la Pré-
face que l'on vient de citer , font des
titres & une époque finguliérement ef-
fentiels aux droits & aux prérogatives
de ce Journal. On y trouve le develop-
pement & l'énumération de la variété
infinie des matières qui doivent compo-
fer le Mercure , & qui , felon fes ter-
mes , font naturellement & de droit de
fon reffort & entrent dans fon appana-
ge. Il étoit fordé à établir ce droit fi
étendu fur une poffeffion déja ancienne
& confirmée par un Privilége précé-
14 MERCURE DE FRANCE .
dent de 1710 , où l'on lit ces paroles
empruntées du Brévet du Roi , conte-
nant
en parlant des Mercures ) plu-
fieurs Nouvelles , Relations , Hiftoires
,
& généralement tout ce qui dépend dudit
Livre , & qu'on a continué d'y mettre
depuis 30 ans.
Il y a lieu de croire que le Mercure,
devenant plus étendu fur la Littérature
fut , par cette raifon, plus ftrictement at-
taché à la difcipline générale de la Li-
brairie. C'eft dans les Mercures de cette
année ( 1717 ) que l'on commence à
trouver les approbations de Cenfeurs
Royaux. La première eft de l'Abbé
Terrafon . Le Mercure fut
compofé par MM.
Juillet 1721.
enfuite
Fuzelier & de la
Roque , Affociés à M. Dufrefni , dont
le mom reparoît dans le Privilége du 3
Ce furent ces Auteurs qui eurent l'hon-
neur de dédier & de préfenter au Roi
en 1724 le Mercure de France qui a
continué de paroître fous ce titre
ainfi qu'avoit
fait feu M. de Vifé
lorfqu'il donna le premier vol. du Mer-
cure Galant. A la fin de cette même
année , après la mort de M. DU FRES-
NI , M. DE LA ROQUE refta feul Ti-
tulaire & Auteur du Mercure , qu'il
JANVIER. 1764.
15
continua jufqu'à fa mort arrivée en 1744.
Le Roi nomma alors MM. FUZELIER
& LABRUERE ; & leur Privilége eſt le
premier qui fut chargé d'une penfion .
Chacun des Auteurs fuivans en ont
eu de nouvelles , ce qui forme aujour-
d'hui le fond le plus confidérable au
profit des Gens de Lettres diftingués
par leurs fervices ou par leur célébrité.
Après la mort de M. FUZELIER , ar-
rivée en 1752 , M. DE LABRUERE
jouit feul du Privilége du Mercure.
Etant mort au mois de Septembre 1754,
Sa Majefté , par Brévet du 12 Octobre
de la même année , accorda ce Privi-
lége à feu M. DE BOISSI , de l'Acadé-
mie Françoiſe , pour commencer à en
jouir feulement du premier Janvier
1755 ; & le produit des Volumes du
reflant de cette année , fut laiffé à M.
l'Abbé RAYNAL , qui avoit compofé
le Mercure pendant l'abfence du dernier
Titulaire.
M. DE BOISSY mourut au mois d'A-
vril 1758. M. DE BOISSY fils rédigea
le Mercure jufques & compris le deu
xiéme Vol. de Juillet de cette année.
M. MARMONTEL , à qui ce Privilége
avoit été accordé,commença à l'exercer
au mois d'Août fuivant.
16 MERCURE DE FRANCE.
- M. DE LA PLACE a fuccédé aux
droits & à l'exercice de ce même Pri-
vilége par Brévet du 20 Janvier 1760 ,
& commença d'en jouir au premier
Février de cette année.
Par Brévet particulier , M. DE L
GARDE , ancien Penfionnaire de ce
Journal , fut, quelque temps après , ad-
joint au Privilége de M. DE LA PLACE ,
pour tout ce qui concerne la partie des
Théâtres ; ce qu'il commença d'exer-
cer au premier Février de l'année 1761 .
Le nombre des Volumes du Mercure,
y compris le premier Volume du Mer-
cure galant de 1672 , & le Volume de
Décembre 1763 du Mercure de France ,
eft de 1232 Volumes.
Dans les Bibliothéques où l'on eft
curieux de collections complettes , on
joint à ce nombre de Volumes les 25
du Mercure François , le Septenaire ,
le'Novenaire & les Mémoires de la Li-
gue. Pour remplir l'interruption depuis
1644 , où finit la matière du Mercure
François , jufqu'au premier Mercure de
VISÉ , on joint une vingtaine de Re-
lations imprimées en Volumes particu
liers.
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Résumé : MÉMOIRE historique sur le Titre, l'objet & les divers progrès du JOURNAL intitulé aujourd'hui MERCURE DE FRANCE.
Le texte décrit l'évolution du journal 'Mercure de France' et de ses prédécesseurs. La première publication, intitulée 'Chronologie Septenaire', parut en 1605. Elle fut suivie par le 'Mercure François' jusqu'en 1644. En Italie, Vittorio Siri publiait simultanément le 'Mercurio da Vittorio Siri' de 1640 à 1655. En 1672, Jean Donneau de Visé reprit le 'Mercure François' et y ajouta des relations sur les événements à la cour, en ville et à l'armée, ainsi que des nouvelles publiques et étrangères. Le journal devint une chronique quotidienne du roi et fut attaché à la cour. De Visé obtint des privilèges exclusifs et introduisit des éléments littéraires et poétiques. Après la mort de De Visé, Charles Du Fresnoy continua la publication. En 1714, Le Fèvre devint le titulaire, suivi par l'abbé Buchet en 1717, qui modifia la forme du journal et le renomma 'Mercure François & galant'. Le journal inclut alors des approbations des censeurs royaux. Fuzelier et de La Roque collaborèrent ensuite et dédièrent le journal au roi en 1724. Après leurs décès respectifs, Labruère prit la relève jusqu'en 1754. Le roi nomma ensuite M. de Boissy, suivi de son fils, puis Marmontel en 1758 et De La Place en 1760.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 17-20
EPITRE à M. le Chevalier DE.... ancien Capitaine au Régiment de B... Cavalerie.
Début :
QUE j'aime à m'égarer sur ces rives fleuries ! [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE à M. le Chevalier DE.... ancien Capitaine au Régiment de B... Cavalerie.
EPITRE à M. le Chevalier DE....
ancien Capitaine au Régiment de B...
Cavalerie.
QUE j'aime à m'égarer sur ces rives fleuries !
Que j'aime à voir l'émail qui couvre ces prairies!
Ces bofquets , ce verger , ce paisible ruiſſeau
Chaque jour pour mes yeux ont un charme
nouveau.
Ceft-là que libre au fein de la Philofophie ,
Contre les paffions mon cœur fe fortifie ;
Er que bravant les traits d'un Dieu trop dan
gereux ;
Sans amour , fans defirs , je vis , je fuís heureux..
Mais tu veux , cher ami , pour remplir ma pro
meffe ,
Que je parcoure encor les rives da Permeffe ,
Et que mon fort préfent & mes plaifirs paffés ,
Ates yeux fans détour dans ces vers foient tracésį
Ecoute, je fus jeune & j'eus l'amour pour maître;
Faimois , je fus aimé , j'étois digne de l'être :
Ce Dieu n'avoit jamais enchaîné fous les loix
Un cœur plus complaifant , plus docile à la voix.
En butte à tous les traits du plus brillant délire ,
Plus fan pouvoir croiffoit,plus j'aimois fon Empire:
Jeune , fincère , ardent , foumis , tendre , em-
preffé
18 MERCURE DE FRANCE.
Fidéle à la beauté par qui je fus bleffé ,
Sans trop faire valoir mes foins , ni mes fervices
J'adorai fes attraits, je flattai les caprices ,
Et toujours à fes pieds rempli des mêmes feux ,
Je la vis par degrès répondre à tous mes vœux.
Heureux temps dont il faut étouffer la mémoire !
Jours rians , écoulés dans le fein de la gloire !
Troprapides inftans ! ... plaifirs dignes des Dieux,
A tout amant trahi vous êtes odieux ....
Hé pouvois-je penfer qu'une flâme fi chère ,
Au plus heureux amant rendroit la vie amere ?
Qu'un jour cruel naîtroit où l'oubli le plus dur
Seroit l'horrible prix del'amour le plus pur ?
Non , non , j'eftimois trop une perfide amante.
Eglé fembloit brûler d'une flâme conftante ;
L'amourpour l'embellir des dons les plus brillans,
Avoit à mille appas uni mille talens.
Elle eût apprivoilé le cœur le plus fauvage.
Les grâces , la candeur brilloient ſur ſon viſage ,
Sa bouche étoit le trône & des jeux & des ris ,
Son âme à tant d'attraits donnoit un nouveau
prix ;
Elle étoit pure alors ! & je la crus formée
I
Pour jouir conſtamment du bonheur d'être aimée
Sermens , tendres difcours , tranfports délicieux ,
Tout fembloit me promettre un bien fi précieux !
Mais qui peut le flatter de connoître une femme ?
De lire avec fuccès dans le fond de fon âme ;
D'affervir tous les goûts , de remplir fes ders ,
JANVIER. 1764.
Et de pouvoir toujours ſuffire à les plaifirs ?
Séduite par la voix d'un frivole étranger,
Eglé , fauffe & parjure , ofa bientôt changer.
Il fallut en fecret dévorer le tourment ,
De la trouver fidelle à fon nouvel amant.
Le temps amène tout , Arifte , & le bonheur
Affranchi , dégagé d'une chaîne importune ,
19
Non , je puis hardiment en prononcer l'oracle
A moins que d'être un Dieu , renoncez au miracle.
En vain je tentai tout dans ma jalouſe rage:
Pour pouvoir à mes vœux ramener la volage ,
Combien j'ai foupiré , gémi , verſé de larmes ,
Avant de parvenir à l'oubli de les charmes!..
Naît moins des paffions que de la paix du cœur.
Sans ennuis , fans defirs , content de ma fortune,
Nourri des bons Auteurs , du Dieu des vers charmé;
Loin de prétendre encor au bonheur d'être aimé ,
Je compare l'amour à ces rians menfonges ,
Dont le Dieu du fommeil daigne embellir nos
fonges ,
Et dont l'éclat trompeur brille & s'évanovit
Au moment fortuné que notre âme en jouit.
De ma flamé , à peu-près , c'eft l'hiftoire abrégée.
Avec douleur d'abord je la vis négligée ;
D'un bien perda pour moi je regrettai le prix.
Bientôt un Dieu plus cher vint charmer mes ef-
prits.
Te plaire & t'amufer voilà ma feule envie:
J'écris pour adoucir les ennuis de la vie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Pour toi qui,comme moi,goutes depuis longtemps
La douceur d'occuper de remplir tes inftans ;
Toi dont les foins heureuxfous nos pas font éclore
Les plus riches tréfors de l'empire de Flore ;
Tói , qui malgré la neige & le froid des hyvers ,
Vois de fleurs & de fruits tous tes arbres couverts,
Cultivateur adroit , naturalifte habile ,
Noble émule , à la fois , de Pline & de Virgile ;;
En lifant cet écrit , loin de le condamner,
Tu riras du plaifir qu'il a pû me donner.´
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de
Cavalerie.
ancien Capitaine au Régiment de B...
Cavalerie.
QUE j'aime à m'égarer sur ces rives fleuries !
Que j'aime à voir l'émail qui couvre ces prairies!
Ces bofquets , ce verger , ce paisible ruiſſeau
Chaque jour pour mes yeux ont un charme
nouveau.
Ceft-là que libre au fein de la Philofophie ,
Contre les paffions mon cœur fe fortifie ;
Er que bravant les traits d'un Dieu trop dan
gereux ;
Sans amour , fans defirs , je vis , je fuís heureux..
Mais tu veux , cher ami , pour remplir ma pro
meffe ,
Que je parcoure encor les rives da Permeffe ,
Et que mon fort préfent & mes plaifirs paffés ,
Ates yeux fans détour dans ces vers foient tracésį
Ecoute, je fus jeune & j'eus l'amour pour maître;
Faimois , je fus aimé , j'étois digne de l'être :
Ce Dieu n'avoit jamais enchaîné fous les loix
Un cœur plus complaifant , plus docile à la voix.
En butte à tous les traits du plus brillant délire ,
Plus fan pouvoir croiffoit,plus j'aimois fon Empire:
Jeune , fincère , ardent , foumis , tendre , em-
preffé
18 MERCURE DE FRANCE.
Fidéle à la beauté par qui je fus bleffé ,
Sans trop faire valoir mes foins , ni mes fervices
J'adorai fes attraits, je flattai les caprices ,
Et toujours à fes pieds rempli des mêmes feux ,
Je la vis par degrès répondre à tous mes vœux.
Heureux temps dont il faut étouffer la mémoire !
Jours rians , écoulés dans le fein de la gloire !
Troprapides inftans ! ... plaifirs dignes des Dieux,
A tout amant trahi vous êtes odieux ....
Hé pouvois-je penfer qu'une flâme fi chère ,
Au plus heureux amant rendroit la vie amere ?
Qu'un jour cruel naîtroit où l'oubli le plus dur
Seroit l'horrible prix del'amour le plus pur ?
Non , non , j'eftimois trop une perfide amante.
Eglé fembloit brûler d'une flâme conftante ;
L'amourpour l'embellir des dons les plus brillans,
Avoit à mille appas uni mille talens.
Elle eût apprivoilé le cœur le plus fauvage.
Les grâces , la candeur brilloient ſur ſon viſage ,
Sa bouche étoit le trône & des jeux & des ris ,
Son âme à tant d'attraits donnoit un nouveau
prix ;
Elle étoit pure alors ! & je la crus formée
I
Pour jouir conſtamment du bonheur d'être aimée
Sermens , tendres difcours , tranfports délicieux ,
Tout fembloit me promettre un bien fi précieux !
Mais qui peut le flatter de connoître une femme ?
De lire avec fuccès dans le fond de fon âme ;
D'affervir tous les goûts , de remplir fes ders ,
JANVIER. 1764.
Et de pouvoir toujours ſuffire à les plaifirs ?
Séduite par la voix d'un frivole étranger,
Eglé , fauffe & parjure , ofa bientôt changer.
Il fallut en fecret dévorer le tourment ,
De la trouver fidelle à fon nouvel amant.
Le temps amène tout , Arifte , & le bonheur
Affranchi , dégagé d'une chaîne importune ,
19
Non , je puis hardiment en prononcer l'oracle
A moins que d'être un Dieu , renoncez au miracle.
En vain je tentai tout dans ma jalouſe rage:
Pour pouvoir à mes vœux ramener la volage ,
Combien j'ai foupiré , gémi , verſé de larmes ,
Avant de parvenir à l'oubli de les charmes!..
Naît moins des paffions que de la paix du cœur.
Sans ennuis , fans defirs , content de ma fortune,
Nourri des bons Auteurs , du Dieu des vers charmé;
Loin de prétendre encor au bonheur d'être aimé ,
Je compare l'amour à ces rians menfonges ,
Dont le Dieu du fommeil daigne embellir nos
fonges ,
Et dont l'éclat trompeur brille & s'évanovit
Au moment fortuné que notre âme en jouit.
De ma flamé , à peu-près , c'eft l'hiftoire abrégée.
Avec douleur d'abord je la vis négligée ;
D'un bien perda pour moi je regrettai le prix.
Bientôt un Dieu plus cher vint charmer mes ef-
prits.
Te plaire & t'amufer voilà ma feule envie:
J'écris pour adoucir les ennuis de la vie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Pour toi qui,comme moi,goutes depuis longtemps
La douceur d'occuper de remplir tes inftans ;
Toi dont les foins heureuxfous nos pas font éclore
Les plus riches tréfors de l'empire de Flore ;
Tói , qui malgré la neige & le froid des hyvers ,
Vois de fleurs & de fruits tous tes arbres couverts,
Cultivateur adroit , naturalifte habile ,
Noble émule , à la fois , de Pline & de Virgile ;;
En lifant cet écrit , loin de le condamner,
Tu riras du plaifir qu'il a pû me donner.´
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de
Cavalerie.
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Résumé : EPITRE à M. le Chevalier DE.... ancien Capitaine au Régiment de B... Cavalerie.
L'épître est destinée au Chevalier de B..., un ancien capitaine de cavalerie. Le poète y exprime son attachement à la nature et à la philosophie, qui lui permettent de mener une vie sereine et dépourvue de passions. À la demande de son ami, il se remémore cependant sa jeunesse marquée par l'amour. Il évoque un amour intense et authentique pour une femme nommée Églé, qui semblait partagé et prometteur. Toutefois, Églé finit par le trahir en se tournant vers un autre homme, provoquant une profonde souffrance chez le poète. Malgré ses tentatives infructueuses pour reconquérir Églé, il parvient finalement à l'oublier et à retrouver la paix. Aujourd'hui, il considère l'amour comme un rêve éphémère et préfère la tranquillité ainsi que la lecture. L'épître se termine par une dédicace à son ami, le félicitant pour ses compétences en tant que cultivateur et naturaliste, et exprimant l'espoir que celui-ci appréciera le plaisir qu'il a eu à rédiger ce texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 20-24
LETTRE de M. DE SAINTFOIX, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
Début :
VOICI, Monsieur, un trait de la vie de Henri IV, qui est assez ignoré. [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE SAINTFOIX, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
LETTRE de M. DE SAINTFOIX,
à M. DE LA PLACE, Auteur du
Mercure de France.
VOICI, Monsieur, un trait de la
vie de Henri IV, qui est assez ignoré.
Pierre Mathieu , T.I. Liv. VII. pag. 417
de fon Hiſtoire , le rapporte tel que ce
Prince le lui avoit raconté. C'eft Henri
IV lui- même qui parle , n'étant encore
alors que Roi de Navarre..
JANVIER. 1763.
:21
Il avoit ( Henri III ) ce * mal d'o-
» reille ; on croyoit qu'il en mourroit ;
» & ce mal ne lui donnoit pas tant de
» peine que l'idée que le Duc d'Alen-
» çon , fon frère , y profiteroit.
Faut-
»il , me difoit-il , que je laiffe ma Cou-
» ronne à ce méchant ! Mon Maître ,
» lui difois-je , prenez courage ; vous
» en ferez quitte pour le mal. Vous fça-
» vez , me répondit-il , que j'ai toujours
» vêcu avec vous comme avec un frère ;
que je vous ai aimé fans feinte , je
» veux vous découvrir la plaie de mon
» cœur , & je vous dis que je ne sçau-
» rois mourir content fi je fçais que ce
» méchant , qui eft la caufe de ma mort,
» me fuccède. Il faut que vous trou-
» viez moyen de vous en défaire , &
» vous affurer de tous vos amis. Je
» fçais qué le Duc ** de Guife ne vous
» fera pas contraire ; car il n'aime point
* François II étoit mort d'un mal d'oreille , &
l'on croyoit qu'il avoit été empoisonné. Henri III
croyoit de même qu'il avoit été empoisonné par
le Duc d'Alençon , fon frere. Il difoit qu'on l'avoit
déja averti qu'il avoit follicité un Valet- de-
Chambre pour l'égratigner fur la nucque du cou
avec une épingle empoisonnée , en lui attachant
fa fraize.
** Henri , Duc de Guife , tué à Blois le 13 Dé-
cembre 1588.
22 MERCURE DE FRANCE.
» ce méchant. Je fus fort étonné de ce
» difcours , & j'étois en peine comment
"
lui répondre ; car , en ne m'engageant .
» pas à ce qu'il defiroit , je le contriftois
» & augmentois fon mal , & en lui pro-
» mettant d'obéir , je ruinois ma con-
» fcience. Je lui dis : je fçais bien , mon.
Maître , que Monfieur vous a fort of-
,, fenfé , & que le reffentiment doit
bien preffer votre âme , puifqu'en l'é-
» tat où fe trouve maintenant Votre
» Majeſté , il la porte à des chofes fi ex-
» trêmes ; mais j'efpere que vous ne fe-.
» rez pas dans le cas d'en ufer , car
" Dieu vous rendra la fanté , & fera
» tant de graces à Monfieur qu'il rega-
» gnera les vôtres.
» Le Roi me dit fur cela que ce n'é-
» toit point par vengeance & animofité ,
» mais que par juftice & punition, il étoit
» obligé à ne pas laiffer fon Royaume à
" un efprit capable de le détruire , &
» que Dieu le puniroit fi , ayant pû dé-
» tourner ce malheur , il l'enduroit ; que
» d'ailleurs il y alloit de ma conferva-
» tion & de celle de mes amis , étant
» certain qu'auffi - tôt qu'il auroit fermé
» les yeux, fon frère nous feroit tous
» mourir.
J'avois horreur d'entendre
» ces paroles , & encore plus de voir
JANVIER. 1764.
23
» de quelle façon il me les difoit , dans
» la croyance que pour fauver l'Etat
» il n'étoit point obligé aux Loix ; que
» ce qui me fembloit cruel , étoit jufte
» & néceffaire , & que pour ôter à fon
» frère le pouvoir de mal faire , il le fal-
loit promptement ôter du monde.
» Je me vis alors forcé de lui dire que
» mes penſées n'alloient pas plus loin
» qu'elles ne devoient ; que mes defirs
» étoient limités par mon obéiffance ;
» que mes espérances ne fe fonde-
" roient jamais fur la mort d'autrui ;
» que fi je faifois ce qu'il me difoit , je
» ne profpérerois jamais , & que ce pré-
» tendu bonheur me rendroit malheu-
» reux , & qu'enfin une âme généreuſe
» devoit avoir horreur de tout ce qui
» étoit cruel & inhumain.
Il repartit
» promptement qu'il ne falloit pas appel-
» ler cruels & inhumains les remedes
» qui produifoient des effets falutaires.
» Toutes mes raifons ne firent que l'en
» flammer & le confirmer davantage
» dans fa réfolution : car il fe roidiffoit
fort contre les contradictions.
"» Il envoya querir le Prévôt des Mar-
» chands , & lui commanda de faire tout
» ce que je lui dirois. La chambre étoit
» pleine de Princes , Seigneurs & Offi-
24 MERCURE DE FRANCE.
» ciers de la Couronne ; Monfieur le
Prince de Condé y étoit , le Duc de
Guife & fes frères ; j'y étois le plus
» fort , fi le defir de régner eût été auffi
fort en moi que la haine étoit terrible
» au cœur du Roi . Dans le même temps
» Monfieur , qui croyoit déjà être Roi ,
-»
allant au cabinet , paffa par la cham-
bre , fans faluer perfonne : mépris qui
irrita les efprits les plus modérés.
Il
» entra au cabinet , où la Reine- Mere ,
» la Reine régnante & quelques confi-
» dens confultoient fur le préfent & fur
l'avenir. Tout ce Confeil étoit contre
» moi , qui pouvois confondre leurs in-
» tentions ,
>>> miennes.
» Comme on doutoît de plus en plus
» de la vie du Roi , je dis au Duc de
» Guife , notre homme eft mal. La pre-
» miere fois il me répondit , ce ne fera
" rien. La feconde fois , comme je le
" preffois , il me dit , il yfaut penfer. Et
» comme je lui marquois , par mes re-
» gards , que je voulois fçavoir fon in-
» tention , il me dit à la troifiéme fois
» je vous entends , Monfieur ; & frap-
» pant de la main fur le pomeau de fon
» épée , ceci , ajouta-t- il ,
eft à votre
» fervice. Peu après le Roi ſe porta mieux
» & guérit.
fi Dieu n'eût conduit les
à M. DE LA PLACE, Auteur du
Mercure de France.
VOICI, Monsieur, un trait de la
vie de Henri IV, qui est assez ignoré.
Pierre Mathieu , T.I. Liv. VII. pag. 417
de fon Hiſtoire , le rapporte tel que ce
Prince le lui avoit raconté. C'eft Henri
IV lui- même qui parle , n'étant encore
alors que Roi de Navarre..
JANVIER. 1763.
:21
Il avoit ( Henri III ) ce * mal d'o-
» reille ; on croyoit qu'il en mourroit ;
» & ce mal ne lui donnoit pas tant de
» peine que l'idée que le Duc d'Alen-
» çon , fon frère , y profiteroit.
Faut-
»il , me difoit-il , que je laiffe ma Cou-
» ronne à ce méchant ! Mon Maître ,
» lui difois-je , prenez courage ; vous
» en ferez quitte pour le mal. Vous fça-
» vez , me répondit-il , que j'ai toujours
» vêcu avec vous comme avec un frère ;
que je vous ai aimé fans feinte , je
» veux vous découvrir la plaie de mon
» cœur , & je vous dis que je ne sçau-
» rois mourir content fi je fçais que ce
» méchant , qui eft la caufe de ma mort,
» me fuccède. Il faut que vous trou-
» viez moyen de vous en défaire , &
» vous affurer de tous vos amis. Je
» fçais qué le Duc ** de Guife ne vous
» fera pas contraire ; car il n'aime point
* François II étoit mort d'un mal d'oreille , &
l'on croyoit qu'il avoit été empoisonné. Henri III
croyoit de même qu'il avoit été empoisonné par
le Duc d'Alençon , fon frere. Il difoit qu'on l'avoit
déja averti qu'il avoit follicité un Valet- de-
Chambre pour l'égratigner fur la nucque du cou
avec une épingle empoisonnée , en lui attachant
fa fraize.
** Henri , Duc de Guife , tué à Blois le 13 Dé-
cembre 1588.
22 MERCURE DE FRANCE.
» ce méchant. Je fus fort étonné de ce
» difcours , & j'étois en peine comment
"
lui répondre ; car , en ne m'engageant .
» pas à ce qu'il defiroit , je le contriftois
» & augmentois fon mal , & en lui pro-
» mettant d'obéir , je ruinois ma con-
» fcience. Je lui dis : je fçais bien , mon.
Maître , que Monfieur vous a fort of-
,, fenfé , & que le reffentiment doit
bien preffer votre âme , puifqu'en l'é-
» tat où fe trouve maintenant Votre
» Majeſté , il la porte à des chofes fi ex-
» trêmes ; mais j'efpere que vous ne fe-.
» rez pas dans le cas d'en ufer , car
" Dieu vous rendra la fanté , & fera
» tant de graces à Monfieur qu'il rega-
» gnera les vôtres.
» Le Roi me dit fur cela que ce n'é-
» toit point par vengeance & animofité ,
» mais que par juftice & punition, il étoit
» obligé à ne pas laiffer fon Royaume à
" un efprit capable de le détruire , &
» que Dieu le puniroit fi , ayant pû dé-
» tourner ce malheur , il l'enduroit ; que
» d'ailleurs il y alloit de ma conferva-
» tion & de celle de mes amis , étant
» certain qu'auffi - tôt qu'il auroit fermé
» les yeux, fon frère nous feroit tous
» mourir.
J'avois horreur d'entendre
» ces paroles , & encore plus de voir
JANVIER. 1764.
23
» de quelle façon il me les difoit , dans
» la croyance que pour fauver l'Etat
» il n'étoit point obligé aux Loix ; que
» ce qui me fembloit cruel , étoit jufte
» & néceffaire , & que pour ôter à fon
» frère le pouvoir de mal faire , il le fal-
loit promptement ôter du monde.
» Je me vis alors forcé de lui dire que
» mes penſées n'alloient pas plus loin
» qu'elles ne devoient ; que mes defirs
» étoient limités par mon obéiffance ;
» que mes espérances ne fe fonde-
" roient jamais fur la mort d'autrui ;
» que fi je faifois ce qu'il me difoit , je
» ne profpérerois jamais , & que ce pré-
» tendu bonheur me rendroit malheu-
» reux , & qu'enfin une âme généreuſe
» devoit avoir horreur de tout ce qui
» étoit cruel & inhumain.
Il repartit
» promptement qu'il ne falloit pas appel-
» ler cruels & inhumains les remedes
» qui produifoient des effets falutaires.
» Toutes mes raifons ne firent que l'en
» flammer & le confirmer davantage
» dans fa réfolution : car il fe roidiffoit
fort contre les contradictions.
"» Il envoya querir le Prévôt des Mar-
» chands , & lui commanda de faire tout
» ce que je lui dirois. La chambre étoit
» pleine de Princes , Seigneurs & Offi-
24 MERCURE DE FRANCE.
» ciers de la Couronne ; Monfieur le
Prince de Condé y étoit , le Duc de
Guife & fes frères ; j'y étois le plus
» fort , fi le defir de régner eût été auffi
fort en moi que la haine étoit terrible
» au cœur du Roi . Dans le même temps
» Monfieur , qui croyoit déjà être Roi ,
-»
allant au cabinet , paffa par la cham-
bre , fans faluer perfonne : mépris qui
irrita les efprits les plus modérés.
Il
» entra au cabinet , où la Reine- Mere ,
» la Reine régnante & quelques confi-
» dens confultoient fur le préfent & fur
l'avenir. Tout ce Confeil étoit contre
» moi , qui pouvois confondre leurs in-
» tentions ,
>>> miennes.
» Comme on doutoît de plus en plus
» de la vie du Roi , je dis au Duc de
» Guife , notre homme eft mal. La pre-
» miere fois il me répondit , ce ne fera
" rien. La feconde fois , comme je le
" preffois , il me dit , il yfaut penfer. Et
» comme je lui marquois , par mes re-
» gards , que je voulois fçavoir fon in-
» tention , il me dit à la troifiéme fois
» je vous entends , Monfieur ; & frap-
» pant de la main fur le pomeau de fon
» épée , ceci , ajouta-t- il ,
eft à votre
» fervice. Peu après le Roi ſe porta mieux
» & guérit.
fi Dieu n'eût conduit les
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Résumé : LETTRE de M. DE SAINTFOIX, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
La lettre de M. de Saint-Foix à M. de La Place décrit un épisode impliquant Henri IV, alors roi de Navarre, et son cousin Henri III. Henri III souffrait d'un mal d'oreille et craignait que son frère, le duc d'Alençon, ne profite de sa maladie pour accéder au trône. Henri III confia à Pierre Mathieu, l'auteur de la lettre, ses inquiétudes et son désir de se débarrasser du duc d'Alençon, qu'il soupçonnait de vouloir l'empoisonner. Henri III envisageait d'éliminer son frère pour éviter une succession problématique, estimant que cela serait bénéfique pour le royaume. Pierre Mathieu, choqué par cette demande, tenta de dissuader Henri III en invoquant des principes moraux et en refusant de participer à un acte aussi cruel. Malgré les arguments de Mathieu, Henri III resta déterminé à agir. Il convoqua le prévôt des marchands pour exécuter ses ordres, mais finit par se rétablir, ce qui mit fin à ses intentions meurtrières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 25-26
A Mlle M**NEAU, déguisée en Bergère dans un Bal où l'Auteur croyoit pas la trouver.
Début :
QUELLE taille ! quels yeux ! que votre esprit m'attache ! [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle M**NEAU, déguisée en Bergère dans un Bal où l'Auteur croyoit pas la trouver.
A Mlle M**NEAU, déguisée en Bergère dans un Bal où l'Auteur
croyoit pas la trouver.
QUELLE taille ! quels yeux ! que votre esprit m'attache !
Que vous faites valoir la danſe où vous entrez !
Bergère , les appas que le mafque nous cache ,
Soutiennent- ils l'éclat de ceux que vous montrez?
Parlez , charmant objet , que faut -il que je faffe
Pour que vous paroiffiez fans ce maſque jaloux ?
M'accorderiez-vous cette grace ,
Si vous fçaviez ce que j'ai fait pour vous ?
Je venois dans ces lieux l'âme toute remplie
Des traits de l'aimable M**neau ;
En vous approchant je l'oublie ;
Fit-on jamais facrifice plus beau ?
Non que je vous croye plus belle ;
L'être autant c'eſt affez , fût- on une immortelle.
A ce difcours qui vous ſemble nouveau ,
Pourquoi donc la quitter , me direz-vous peur-
être ?
Je ne fçais , mais enfin je ne fuis pas le maître
De ce penchant qui m'entraîne vers vous ;
Souffrez,charmant objet, fouffrez, belle inconnue,
Qu'un tendre amant ſe jette à vos genoux ....
Mais vous ôtez le mafque... Ah , qui s'offre à ma
vue !
1. Vol.
B
1
1
26 MERCURE DE FRANCE.
Belle M**neau , c'eſt vous ! Ai-je pu l'ignorer !
Mon âme & les tranfports dont elle étoit émue ,
Tout auroit dû m'en allurer.
Toujours conftant pour la beauté que j'aime ,
Quand je croyois bruler d'une infidelle ardeur
Je la rendois rivale d'elle- même 9
Et mes yeux me trompoient fans égarer mon
cœur !
veux :
M. DE SAINTFOIX.
croyoit pas la trouver.
QUELLE taille ! quels yeux ! que votre esprit m'attache !
Que vous faites valoir la danſe où vous entrez !
Bergère , les appas que le mafque nous cache ,
Soutiennent- ils l'éclat de ceux que vous montrez?
Parlez , charmant objet , que faut -il que je faffe
Pour que vous paroiffiez fans ce maſque jaloux ?
M'accorderiez-vous cette grace ,
Si vous fçaviez ce que j'ai fait pour vous ?
Je venois dans ces lieux l'âme toute remplie
Des traits de l'aimable M**neau ;
En vous approchant je l'oublie ;
Fit-on jamais facrifice plus beau ?
Non que je vous croye plus belle ;
L'être autant c'eſt affez , fût- on une immortelle.
A ce difcours qui vous ſemble nouveau ,
Pourquoi donc la quitter , me direz-vous peur-
être ?
Je ne fçais , mais enfin je ne fuis pas le maître
De ce penchant qui m'entraîne vers vous ;
Souffrez,charmant objet, fouffrez, belle inconnue,
Qu'un tendre amant ſe jette à vos genoux ....
Mais vous ôtez le mafque... Ah , qui s'offre à ma
vue !
1. Vol.
B
1
1
26 MERCURE DE FRANCE.
Belle M**neau , c'eſt vous ! Ai-je pu l'ignorer !
Mon âme & les tranfports dont elle étoit émue ,
Tout auroit dû m'en allurer.
Toujours conftant pour la beauté que j'aime ,
Quand je croyois bruler d'une infidelle ardeur
Je la rendois rivale d'elle- même 9
Et mes yeux me trompoient fans égarer mon
cœur !
veux :
M. DE SAINTFOIX.
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Résumé : A Mlle M**NEAU, déguisée en Bergère dans un Bal où l'Auteur croyoit pas la trouver.
Lors d'un bal, l'auteur rencontre fortuitement une jeune femme déguisée en bergère. Captivé par sa beauté et son esprit, il oublie momentanément Mlle M**NEAU, qu'il était venu voir. Intrigué par l'identité de la bergère, il admire ses charmes visibles et se demande si ses attraits cachés sont aussi remarquables. La bergère, intriguée, retire son masque et révèle être Mlle M**NEAU. L'auteur, émerveillé, réalise alors qu'il a toujours été constant dans son amour pour elle, même lorsqu'il croyait être infidèle. Ses yeux l'ont trompé, mais son cœur est resté fidèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 26-28
LA JEUNE BERGERE ET LE PAPILLON. FABLE. A M.... sur son mariage.
Début :
UNE jeune Beauté dans l'urne d'Aréthuse [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA JEUNE BERGERE ET LE PAPILLON. FABLE. A M.... sur son mariage.
LA JEUNE BERGERE ET LE
PAPILLON. FABLE. A M.... sur son mariage.
UNE jeune Beauté dans l'urne d'Aréthuse
Avoit toujours puifé fon fard :
Elle ignoroit encor la rufe
De feindre des rigueurs , de fourire avec art :
Ses jours fereins couloient ainfi qu'une onde pures
Les rofes du Printemps ornoient fes beaux che-
Des guirlandes de fleurs compofoient fa parure :
Du village elle aimoit les Jeux :
Elle fortoit enfin des mains de la Nature.
Cet enfant femblable à l'Amour,
Au lever brillant de l'aurore
Sur les bords d'un ruiffeau fe promenoit un jour
JANVIER. 1764.
Au milieu des parfums de Flore.
/ Attiré par leur douce odeur ,
Un Papillon couvert de couleurs bigarrées
Déployoit fes aîles dorées ,
Et voltigeoit de fleur en fleur.
Il baifoit tour-à-tour les lévres de la rofe ,
Et de la marguerite alloit preffer le fein :
La violette à peine éclofe
Etoit auffi l'objet de fon goût libertin.
Il parcourt chaque fleur nouvelle ,
Et careffe en volant les cheveux de Philis :
Se fixe enfin ſur le ſein de la Belle ;
Et croit s'être placé fur la tige d'un lys.
Philis en le voyant fentit ſon âme émue :
27
Un nouveau mouvement fit palpiter fon cœur.
Sur fon aîle fuperbe elle porta la vue;
Et fon front le couvrit d'une aimable rougeur.
» En vérité c'eft bien dommage ,
Dit- elle d'un air ingénu ,
» Qu'un être fi charmant foit encor fi volage :
» Si près de moi toujours il étoit retenu ! ...
» Oui , dit le Papillon , mon eſpéce eſt légère :
» moi-même j'ai longtems promené mes erreurs.
» De boſquet en bofquet , de fougère en fougère ,
>>
Volage amant de mille fleurs ,
» J'aimai rapidement leur beauté paſſagère :
» Votre éclat plus durable efface leurs couleurs
» Et je deviens amant fincère.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
» Le Sentiment fuccéde à mes folles ardeurs.
Talent de plaire enchaîne tous les cœurs.
AIN
Par M. LEGIER.
PAPILLON. FABLE. A M.... sur son mariage.
UNE jeune Beauté dans l'urne d'Aréthuse
Avoit toujours puifé fon fard :
Elle ignoroit encor la rufe
De feindre des rigueurs , de fourire avec art :
Ses jours fereins couloient ainfi qu'une onde pures
Les rofes du Printemps ornoient fes beaux che-
Des guirlandes de fleurs compofoient fa parure :
Du village elle aimoit les Jeux :
Elle fortoit enfin des mains de la Nature.
Cet enfant femblable à l'Amour,
Au lever brillant de l'aurore
Sur les bords d'un ruiffeau fe promenoit un jour
JANVIER. 1764.
Au milieu des parfums de Flore.
/ Attiré par leur douce odeur ,
Un Papillon couvert de couleurs bigarrées
Déployoit fes aîles dorées ,
Et voltigeoit de fleur en fleur.
Il baifoit tour-à-tour les lévres de la rofe ,
Et de la marguerite alloit preffer le fein :
La violette à peine éclofe
Etoit auffi l'objet de fon goût libertin.
Il parcourt chaque fleur nouvelle ,
Et careffe en volant les cheveux de Philis :
Se fixe enfin ſur le ſein de la Belle ;
Et croit s'être placé fur la tige d'un lys.
Philis en le voyant fentit ſon âme émue :
27
Un nouveau mouvement fit palpiter fon cœur.
Sur fon aîle fuperbe elle porta la vue;
Et fon front le couvrit d'une aimable rougeur.
» En vérité c'eft bien dommage ,
Dit- elle d'un air ingénu ,
» Qu'un être fi charmant foit encor fi volage :
» Si près de moi toujours il étoit retenu ! ...
» Oui , dit le Papillon , mon eſpéce eſt légère :
» moi-même j'ai longtems promené mes erreurs.
» De boſquet en bofquet , de fougère en fougère ,
>>
Volage amant de mille fleurs ,
» J'aimai rapidement leur beauté paſſagère :
» Votre éclat plus durable efface leurs couleurs
» Et je deviens amant fincère.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
» Le Sentiment fuccéde à mes folles ardeurs.
Talent de plaire enchaîne tous les cœurs.
AIN
Par M. LEGIER.
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Résumé : LA JEUNE BERGERE ET LE PAPILLON. FABLE. A M.... sur son mariage.
La fable 'La Jeune Bergère et le Papillon' relate l'histoire de Philis, une jeune bergère incarnant la pureté et la beauté naturelle. Elle mène une vie simple et ignore les artifices de la séduction. Un jour, près d'un ruisseau, un papillon coloré attire son attention. Ce papillon, symbole de l'inconstance, butine de fleur en fleur avant de se poser sur le sein de Philis. Ému par sa beauté, il exprime son désir de rester auprès d'elle, reconnaissant que son éclat surpassait celui des fleurs éphémères. Philis, touchée, regrette la volatilité du papillon mais apprécie sa déclaration sincère. Le papillon avoue ses erreurs passées et souhaite devenir un amant fidèle, captivé par la beauté durable de Philis. La fable illustre la transformation du papillon, passant de l'inconstance à la sincérité amoureuse.
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6
p. 28-30
EPITRE.
Début :
AINSI vous m'avez donc quitté, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE.
EPITRE.
AINSI vous m'avez donc quitté,
Inftans fugitifs de jeuneſſe
Doucement perdu dans l'ivreſſe ,
L'Erreur & la Félicité!
Temps , où fi la peine légère
Semble quelquefois nous diftraire
Au fein heureux des Voluptés ,
Ce n'eft , à ce Printemps des âges ,
Que ce qu'eſt aux ardens Etés
Le temps des nuits ou des orages,
C'est fait de ce trouble flatteur
Et de cette fâme incertaine ,
Qui nous égare & nous ramène
Au terme qui fait le bonheur,
Mes fenfations émouffées
Vont s'aider du raiſonnement.
A l'ordre froid de mes penſées
Je foumettrai le Sentiment,
Quand l'efprit prévoit & combine ;
Quand ce n'eſt plus l'impreſſion
Mais la trifte réfléxion
Qu'on écoute & qui détermine ;
Lorfqu'au choix d'un tendre lien
JANVIER. 1764.
La Raifon , non le Goût , préfide ;
Dès -lors loin d'un cœur qui veut bien
Que ce trifte flambeau le guide ,
L'Amour ailleurs porte le fien.
Temps heureux de fentir & d'être,
Tranſports & donnés & reçus ,
Jours fortunés que j'ai vu naître ,
Sans retour êtes-vous perdus ?
Ah! j'aurai des plaifirs peut-être 3
Mais pour moi le bonheur n'eſt plus,
Si de ma premiere tendreſſe
J'éprouve encor le Sentiment ;
Si de l'Amour , ce Dieu charmant ,
Qui nous plaît tant plus il nous bleſſe ,
Je retrouve le doux tourment ;
De cette tardive maîtreſſe
Je fuis l'ami plus que l'amant.
Dieu touchant , quel charme eſt le vôtre !
Je connus cet enchantement ,
Ce trouble , cet épanchement
De deux cœurs heureux l'un
Il fe trouvoit anéanti
par l'autre.
Sous le poids même de mes fers ,
Cédant à fa douce puiſſance ,
L'Amour étoit mon éxiſtence ,
Mon amante étoit l'univers.
Des befoins l'empire ordinaire ,
Dans ce temps n'étoit plus fenti ;
Par la foifd'aimer & de plaire.
Biij
29
30 MERCURE DE FRANCE.
Mais qu'aifément l'on paffe à toi
Du fouvenir du bien fuprême ,
Chloé ! que j'aimai plus que moi ,
Plus encor que mon bonheur même.
Ah ! qui fut heureux & vaincu
Par le doux effort de tes armes ?
Qui te plut , qui connut tes charmes ,
Peut & doit dire : j'ai vécu.
Le Comte d'AR... Capitaine de Cavalerie.
AINSI vous m'avez donc quitté,
Inftans fugitifs de jeuneſſe
Doucement perdu dans l'ivreſſe ,
L'Erreur & la Félicité!
Temps , où fi la peine légère
Semble quelquefois nous diftraire
Au fein heureux des Voluptés ,
Ce n'eft , à ce Printemps des âges ,
Que ce qu'eſt aux ardens Etés
Le temps des nuits ou des orages,
C'est fait de ce trouble flatteur
Et de cette fâme incertaine ,
Qui nous égare & nous ramène
Au terme qui fait le bonheur,
Mes fenfations émouffées
Vont s'aider du raiſonnement.
A l'ordre froid de mes penſées
Je foumettrai le Sentiment,
Quand l'efprit prévoit & combine ;
Quand ce n'eſt plus l'impreſſion
Mais la trifte réfléxion
Qu'on écoute & qui détermine ;
Lorfqu'au choix d'un tendre lien
JANVIER. 1764.
La Raifon , non le Goût , préfide ;
Dès -lors loin d'un cœur qui veut bien
Que ce trifte flambeau le guide ,
L'Amour ailleurs porte le fien.
Temps heureux de fentir & d'être,
Tranſports & donnés & reçus ,
Jours fortunés que j'ai vu naître ,
Sans retour êtes-vous perdus ?
Ah! j'aurai des plaifirs peut-être 3
Mais pour moi le bonheur n'eſt plus,
Si de ma premiere tendreſſe
J'éprouve encor le Sentiment ;
Si de l'Amour , ce Dieu charmant ,
Qui nous plaît tant plus il nous bleſſe ,
Je retrouve le doux tourment ;
De cette tardive maîtreſſe
Je fuis l'ami plus que l'amant.
Dieu touchant , quel charme eſt le vôtre !
Je connus cet enchantement ,
Ce trouble , cet épanchement
De deux cœurs heureux l'un
Il fe trouvoit anéanti
par l'autre.
Sous le poids même de mes fers ,
Cédant à fa douce puiſſance ,
L'Amour étoit mon éxiſtence ,
Mon amante étoit l'univers.
Des befoins l'empire ordinaire ,
Dans ce temps n'étoit plus fenti ;
Par la foifd'aimer & de plaire.
Biij
29
30 MERCURE DE FRANCE.
Mais qu'aifément l'on paffe à toi
Du fouvenir du bien fuprême ,
Chloé ! que j'aimai plus que moi ,
Plus encor que mon bonheur même.
Ah ! qui fut heureux & vaincu
Par le doux effort de tes armes ?
Qui te plut , qui connut tes charmes ,
Peut & doit dire : j'ai vécu.
Le Comte d'AR... Capitaine de Cavalerie.
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Résumé : EPITRE.
L'épître poétique datée de janvier 1764 explore les thèmes de la jeunesse et de l'amour. L'auteur décrit la jeunesse comme un printemps tumultueux, comparable aux orages des étés ardents. Avec l'âge, la raison supplante les sentiments, et l'amour devient plus mesuré. L'auteur regrette la perte des jours insouciants de la jeunesse, marqués par des plaisirs partagés. Il exprime son souhait d'éviter de nouvelles passions, préférant fuir les sentiments intenses de sa première tendresse. Il se souvient d'un amour passé avec Chloé, qu'il a aimée plus que tout. L'auteur conclut en affirmant que ceux qui ont connu et été conquis par les charmes de Chloé peuvent dire avoir vraiment vécu. Le texte est signé par le Comte d'Ar..., capitaine de cavalerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 30
VERS de M. DE VOLTAIRE, à l'IMPÉRATRICE DE RUSSIE, qui l'invitoit à en faire le voyage.
Début :
DIEUX, qui m'ôtez les yeux & les oreilles, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS de M. DE VOLTAIRE, à l'IMPÉRATRICE DE RUSSIE, qui l'invitoit à en faire le voyage.
VERS de M. DE VOLTAIRE, à
l'IMPÉRATRICE DE RUSSIE,
qui l'invitoit à en faire le voyage.
DIEUX, qui m'ôtez les yeux & les oreilles,
Rendez-les-moi , je pars au même inſtant !
Heureux qui voit vos auguftes merveilles ,
O CATHERINE ! heureux qui vous entend.
Plaire & régner , voilà votre talent :
Mais le premier me flatte davantage.
De votre efprit vous étonnez le Sage ;
Il cefferoit de l'être en vous voyant.
l'IMPÉRATRICE DE RUSSIE,
qui l'invitoit à en faire le voyage.
DIEUX, qui m'ôtez les yeux & les oreilles,
Rendez-les-moi , je pars au même inſtant !
Heureux qui voit vos auguftes merveilles ,
O CATHERINE ! heureux qui vous entend.
Plaire & régner , voilà votre talent :
Mais le premier me flatte davantage.
De votre efprit vous étonnez le Sage ;
Il cefferoit de l'être en vous voyant.
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8
p. 31-51
QU'EN DOIT-IL ARRIVER ? ANECDOTE HISTORIQUE.
Début :
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes avoit le malheur de ne pas aimer sa Patrie, [...]
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texteReconnaissance textuelle : QU'EN DOIT-IL ARRIVER ? ANECDOTE HISTORIQUE.
QU'EN DOIT-IL ARRIVER ?
ANECDOTE HISTORIQUE.
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes
avoit le malheur de ne pas aimer sa Patrie,
je lui dirois , parcourez le monde
entier, & bien-tôt vous regretterez le
le climat qui vous a vu naître ; fréquen-
tez , étudiez toutes les Nations , & vous
rendrez enfin juſtice à la vôtre. Je dirois
à certains frondeurs obfcurs , lifez l'Hif-
toire de toutes les Monarchies , vous ne
trouverez nulle-part le même fpectacle
que vous offrent nos Annales. Eh quel
fpectacle ! Une Maifon qui depuis près de
800 ans occupe le Trône fans interrup-
tion , & qui , parmi une foule de grands
Rois , n'en a pas produit un feul qu'on
puiffe mettre dans la claffe des Princes
cruels & fanguinaires. La moitié des
Empereurs Romains furent des monf-
tres.
Il est peu d'Etats qui n'ayent eu
leurs Nerons , ou leurs Bufiris. L'Afie
fur-tout , ce pays d'efclavage , fut une
pépinière de tyrans. On a exalté parmi
nous le regne des Califes : mais lions
leurs propres Hiftoriens ; nous verrons
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
dans les meilleurs de ces Princes un mê-
lange de férocité qui ternit leurs actions
les plus louables. Le maffacre de tous
les Barmécides , ordonné pour une cauſe
des plus frivoles , & par un Souverain
qui paffoit pour jufte , eft une preuve
de cette vérité. Il pouvoit arriver auffi
qu'un Prince naturellement barbare laif-
fat , par caprice , échapper quelque trait
de grandeur d'âme. Le hafard peut faire
naître une plante utile dans un terroir
qui jamais ne produifit que des ronces ;
quelques rayons peuvent percer le nuage
le plus fombre : ce qui n'empêche pas ,
& qu'un pareil jour né foit réputé obf-
cur & qu'un pareil fol ne foit jugé
•
ftérile.
Le Calife Montaffer , trentième fuc-
ceffeur de Mahomet , s'étoit frayé le che-
min du Trône par le maffacre de fon
propre père. Cela dit affez que ce Prince
cruel avoit alors des amis & des partiſans
dignes de lui. Il donna depuis une par-
tie de fa confiance à un Officier ver-
tueux , brave , & d'un défintéreffement
bien rare , fur-tout dans une Cour Afia-
tique. Taher, c'eſt le nom de cet Off-
cier , ne prit jamais de part aux crimes
de fon Maître , & le fervit toujours fidé-
lement , parce qu'il fe regardoit comme
voit
JANVIER. 1764.
33
fon Sujet , & non comme fon Juge.
Envoyé en Egypte par le Calife , &
chargé d'une commiffion des plus im-
portantes , il s'en acquitta avec autant
de zèle que de fuccès.
Taher , en parcourant l'Egypte , fé-
journa quelque tems à Alexandrie .
Il
étoit occupé à vifiter le Port de cette
Ville , quand un vaiffeau Tunifien y
arriva. Entre plufieurs marchandiſes pré-
cieufes que portoit ce vaiffeau , il y en
avoit une d'un prix ineftimable : c'étoit
une jeune Efclave digne du rang & du
titre de Reine , fi la beauté feule pou-
le donner. Elle joignoit même
à cette extrême beauté tous les talens
qui peuvent en augmenter le prix. On
admiroit particulierement le charme de
fa voix , ainfi que l'art & le goût qu'ejle
mettoit dans fon chant. Taher la vit , &
fut furpris de l'impreffion qu'elle faifoit
fur fon ame. Il étoit parvenu à l'âge de
35 ans , & ignoroit encore les patlions
vives , excepté celle de la gloire : il efpé-
roit même n'en jamais connoître d'autre.
La vue de cette jeune Efclave le dé-
trompa. Il l'aima comme on aime pour
la premiere fois ; c'eſt-à-dire , exceffive-
ment.
La belle captive étoit née à Marſeille ,
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
& parloit fort bien la langue Arabe ,
fuite naturelle du grand commerce de
cette Ville avec l'Orient. Elle répondit
à toutes les queftions que lui fit Taher
& il lui en fit un grand nombre. Toutes
cependant n'étoient relatives qu'à elle-
même. Elle lui apprit & fon origine , &
fon nom , & toutes les circonstances de
fa captivité. Son nom étoit Ifaure ; fa
famille avoit occupé les premieres places
dans fa République : mais dépouillée de
fes richeffes , elle avoit perdu une par-
tie de fa fplendeur. Ifaure elle-même ,
reftée orpheline , & fous la tutelle d'un
parent déjà vieux , eut de plus le mal-
heur de lui plaire , & le défagrément de
l'entendre lui en faire l'aveu : ce qu'il
fit de l'air & du ton d'un Tuteur. Elle y
répondit de l'air & du ton d'une Pupile
qui n'ofe témoigner toute fa répugnan-
ce , mais qui ne la déguife qu'imparfai-
rement. Dès-lors elle fongea aux moyens
de fe fouftraire au malheur qui la me-
naçoit. Une partie de fa famille s'etoit
réfugiée en Italie : elle réfolut d'imiter
cet exemple , & d'aller joindre des parens
qui pourroient n'avoir pas les mêmes.
vues que fon Tuteur , ou qui pourroient
mériter mieux de les avoir. Un vaiffeau
qui partoit pour Veniſe , lui en fournit
JANVIER. 1764.
35
une occafion qu'elle mit à profit. Mal-
heureuſement un Corfaite Africain atta-
qua & prit le vaiffeau Marſeillois. Il y
avoit fur ce Navire dequoi fatisfaire
amplement l'avidité du Pirate. Ifaure
craignoit fur-tout de devenir la proie de
fa brutalité. Mais l'Africain étoit encore
plus avare que diffolu : il jugea que faire
violence à la jeune Provençale , c'étoit
altérer fon prix , & cette réflexion la
fauva de ce danger. Ifaure fe vit réſer-
vée pour quelque perfonnage puiffant de
l'Empire du Calife , fuppofé que le Pirate
ne pût arriver jufqu'au Calife même.
Taherfongeoit à profiter de ces difpo
fitions. Il lui étoit libre de voir & d'en-
tretenir la jeune Captive à toute heure
du jour , comme il eft permis à tout par-
ticulier d'examiner , à différentes repri-
fes , un diamant ou tel autre bijou qu'un
Marchand met en vente . Il crut même
s'appercevoir que l'aimable Ifaure trou-
voit dans fes vifites une forte d'adoucif-
fement à fes difgraces. Il ne fe trompoit
pas ; & , avec un peu moins de modef-
tre , il eût pu voir beaucoup plus qu'il
n'ofoit même foupçonner. Taher joi-
gnoit à une figure des plus intéreffantee
& des plus nobles , cet air de candeur &
d'aménité qui plaît toujours aux âmes à
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
qui ces vertus ne font point étrangères ,
& fouvent même à celles qui les con-
noiffent le moins. Ifaure , qui les pof-
fédoit entièrement , pouvoit- elle ne pas
les chérir dans notre Afiatique ?
Il eft
rare que le cœur s'affujettiffe à raison-
ner ; mais quand la raiſon le prévient ,
& fe trouve d'accord avec lui , il eft en-
core plus rare qu'il la rebute. La belle
Marfeilloife , qui n'avoit nulle efpé-
rance de revoir fa Patrie , devoit fouhai-
ter & fouhaitoit ardemment de fortir
des mains du Pirate. Elle ne prévoyoit
pas y pouvoir parvenir fans paffer dans
d'autres mains , & Taher lui fembloit
mériter la préférence. Elle la lui eût don-
née même fur le Calife.
Mais tandis que fes vœux fecondoient
fi bien ceux de l'amoureux Muſulman ,
il étoit plongé dans la plus exceffive dou-
leur. Le Pirate mettoit la jeune Eſclave
à un prix qui ſurpaffoit tout ce qu'il en
pouvoit offrir. J'ai déja dit que Taher
étoit un Courtifan défintéreffé : mais peu
s'en fallut que dans ce moment il ne re-
grettât d'avoir porté cette vertu fi loin.
C'étoit la premiere fois fans doute qu'au
défaut d'une fomme affez modique , le
Favori d'un Monarque puiffant fe trou-
voit hors d'état de fatisfaire un goût dé-
1
JANVIER. 1764.
37
cidé , & même un fimple caprice. On
préfume bien que le Corfaire fit la même
réfléxion. Taher peu riche , lui parut né-
ceffairement peu confidéré de fon Maî-
tre , & encore moins digne de pofféder
Ifaure , puifqu'il étoit hors d'état de la
lui payer.
Qu'on fe figure la défolation où étoit
ce malheureux Favori. O vertu ! s'é-
crioit-il , que d'épreuves il faut foutenir
pour te fuivre fans s'égarer. Mais celle
que j'effuie aujourd'hui eft à coup für
la plus cruelle de toutes. Il retourne au-
près de la belle Efclave , qui ignoroit
une partie de ſes inquiétudes ; il les lui
avoue , & la rend auffi affligée que lui-
même. Oui , charmante Ifaure , ajou-
toit- il , je commence à croire que l'or
eſt véritablement précieux , puifque lui
feul peut m'affurer votre poffeffion :
il
ne falloit pas moins que cette preuve
pour me convaincre de ce qu'il vaut.
Hélas ! reprenoit Ifaure , en verfant des
larmes , tout cela me prouve encore
mieux l'horreur de mon état. En vain
mon cœur voudroit fe donner ; toute ma
perfonne eft miſe à l'encan : je dois être à
quiconque donnera plus pour m'acqué-
rir. O Dieu ! s'écrioit de nouveau Taher,
faudra- t- il me réfoudre à la voir paffer
28 MERCURE DE FRANCE.
38
dans des mains peut-être indignes de la
pofféder ? Et , en fuffent - elles même
dignes , ma douleur en fera- t - elle moins
réelle ,fa perte moins irréparable ? Ifaure
ne répliqua rien ; mais fes larmes cou-
loient toujours
forte d'expreffion qui
en valoit bien d'autres. Taher n'y put
réfifter plus long temps. Il prit une ré-
folution qui lui coûta beaucoup à pren-
dre , parce qu'elle fembloit démentir
toute fa conduite paffée. Ce fut de
recourir au Gouverneur d'Egypte ,
non pour qu'il interpofât fon autorité
dans cette affaire ; mais pour lui em-
prunter ce qui manquoit à la fomme
qu'exigeoit le Pirate. Un riche Citoyen
d'Alexandrie , qui eftimoit la vertu de
Taher , & que le hafard inftruifit de for
embarras , le prévint par des offres qui ,
dans tout autre cas , n'euffent point été
acceptées. Elles le furent dans cette oc-
cafion preffante. Déja Taher ſe croyoit
au comble de fes vœux ; déja Ifaure par-
tageoit la fatisfaction qu'elle lifoit fur fon
vifage un nouvel incident les replon-
gea dans de nouvelles allarmes.
L'extrême beauté de la jeune Eſclave
étoit célébrée de toutes parts dans Alé-
xandrie. Acmet , Gouverneur de la haute
& baffe Egypte , en fut inftruit des pre-
JANVIER. 1764.
39
miers , & voulut en juger par lui- même.
Il envoya ordre au Pirate de lui amener
cette merveille fi vantée. Cet ordre arri-
va dans l'inſtant même où Taher croyoit
n'avoir plus aucun obſtacle à vaincre, où
il étoit prêt à payer le prix qu'exigeoit
le Corfaire pour lui livrer Ifaure. Mais
l'Africain jugea qu'il falloit d'abord fa-
tisfaire la curiofité du Gouverneur. C'é-
toit bien moins docilité de fa part , que
rafinement d'avarice. Il ne doutoit pas
que les charmes de la jeune Françoife ne
fiffent l'impreffion la plus vive fur l'âme
de ce Commandant , & il efpéro it tirer
meilleur parti d'un homme qui pouvoit
à fon gré véxer tout un grand Etat , que
d'un Favori qui avoit fait vœu de ne ja-
mais véxer perfonne.
Ce fut en vain que Taher combattit
cette réfolution .
Il prit enfin le parti
d'aller lui-même inftruire Acmet de ce
qui s'étoit paffé. Son but étoit de lui
ôter l'envie de voir Ifaure , perfuadé qu'il
l'auroit pour rival dès l'inftant qu'elle
s'offriroit à fes yeux. Le Gouverneur ,
qui au fonds le haïffoit , ne pouvoit ce-
pendant lui refufer fon eftime , encore
moins des égards mefurés fur ceux qu'a-
voit pour lui le Calife même. Il fit plus ;
il parut prêt à fe défifter de toutes préten-
tions fur Ifaure. Malheureufement le
40 MERCURE DE FRANCE.
Pirate furvint , accompagné de la jeune
Efclave , qu'il avoit fait tranſporter mal-
gré elle dans ce Palais . A cette vue
,
Acmet changea de langage , ou plutôt
il fembla perdre tout-à - coup la parole :
mais fon filence étoit expreffif. Celui
de Taher l'étoit encore plus , & il ne tar-
da pas à le rompre. Il demande que ,
fans aucun délai , Ifaure lui foit remife.
Mais une décifion fi prompte n'étoit dé-
ja plus du goût d'Acmet. Il prenoit un
plaifir infini à contempler Ifaure , qui ,
de fon côté , ne regardoit , ne voyoit
que Taher. Pour ce dernier , l'irréfolu-
tion ou plutôt le changement trop vifi-
ble du Gouverneur le défefpéroit. Ce
fut bien pis lorfqu'il le vit interroger la
jeune Efclave fur fes divers talens , &
lui demander , entre autres chofes , un
effai de la beauté de fa voix. Le Pirate
joignit un ordre abfolu à cette demande.
Mais , au lieu de chants , on ne put tirer
d'Ifanre que des foupirs , des fanglots &
des larmes. Taher , hors de lui- même
9
s'écria qu'Ifaure lui appartenoit , & ne
devoit plus être commandée par perfon-
ne. Brave Taher , lui répondit le Gouver-
neur , Ifaure appartient à un Corfaire
d'Afrique , & partant à celui de nous
deux qui pourra la mettre à plus haut
prix. C'est ici une forte de combat dans
i
JANVIER. 1764.
41
lequel on peut efpérer de vous vaincre.
Contentez- vous d'avoir triomphé tant
de fois ailleurs . Acmet joignit à ce dif-
cours une offre qui furpaffoit toutes les
facultés de fon rival. On préfume bien
qu'elle fut acceptée. On préfume éga
lement que celle qui en étoit l'objet s'af-
fligea de plus en plus. Mais Taher devint
furieux. Ne rougis-tu pas , dit- il au Gou-
verneur , d'abufer ainfi des richeffes qui
font ta honte , pour infulter à une pau→
vreté qui fait ma gloire ? La manière
dont ce Pirate en ufe envers moi n'a
* rien qui m'étonne : il remplit unique-
ment l'idée qu'on attache à fa profef
fion . Ta conduite eft mille fois plus ré-
préhenfible que la fienne.
Acmet refta quelques momens rêveur.
Enfuite , reprenant le ton de l'ironie :
hé quoi ! dit-il , fage Député du Com-
mandant des Fidèles , ne vous fuffit-il
pas de paffer pour l'homme le plus défin-
téreffé que renferme tout fon vafte Em-
pire ? Cette gloire n'eft-elle plus rien à
vos yeux ? Eft-il naturel que vous jouif-
fiez en même temps des avantages que
procurent les richeffes ?
Taher alloit répondre ; Ifaure le pré-
vint
ce qui étonna beaucoup , & le
Pirate , & Acmet , & Taher lui-même.
42 MERCURE DE FRANCE.
Vos richeffes , dit- elle au Gouverneur
peuvent éblouir celui qui fe croit l'ar-
bitre de ma deftinée ; celui qui , pour
m'avoir arrachée à ma famille , penfe
être en droit de me vendre à qui lui don-
nera plus. Une Efclave Afiatique obéi-
roit fans murmurer , fans même fe per-
mettre aucune réfléxion . L'air qu'on
refpire dans ma Patrie infpire d'autres
fentimens aux perfonnes de mon féxe.
Accoutumées aux hommages du vôtre
elles y règlent fes plaifirs , partagent vo-
lontairement fes travaux , & quelque-
fois fes dangers : en un mot , nous fom
mes fes Compagnes , & non fes Efcla-
ves. N'efpérez donc pas , pourfuivit-elle
d'un ton ferme , exercer jamais fur moi
l'autorité d'un maître impérieux & ab-
folu. Ce Corfaire , en tranfportant mon
corps dans un climat étranger , n'a point
changé mon âme : elle refte libre au mi-
lieu de mes chaînes. Il ne fuffit pas de
m'achetter pour m'obtenir , il faut en-
core que je me donne.
Le fort que je vous deftine , reprit
Acmet , vaincra l'indocilité de votre
âme. Vous chérirez ces fers qui vous
femblent fi odieux. Je prétends faire
votre bonheur..... Il n'eft plus temps ,
interrompit vivement Ifaure ; & , en
•
JANVIER. 1764.
43
prononçant ces mots , elle fixa Taher.
J'entends , reprit le Gouverneur ; un
autre m'a prévenu
mais vous ignorez
ce que je puis , & fur- tout ce que je me
propofe. Tremble ! lui dit Taher , fi tu
projette le moindre attentat , la moindre
violence contre Ifaure. Souviens - toi
que je périrois plutôt que de ne pas la
venger. Quant à préfent , je me borne
à recourir à l'autorité du Calife , à le
prier de vouloir être notre Juge. Mais
fur-tout,garde-toi d'ofer prévenir fa dé-
cifion . Soit , repliqua le Gouverneur ;
. le Calife nous mettra d'accord . En at-
tendant , Ifaure peut , en toute fûreté ,
habiter mon Palais . Cette promeffe ne
tranquilifa que médiocrement l'amou-
:
reux Taher il lui en coûtoit pour laif-
fer ainfi fa Maîtreffe au pouvoir de fon
Rival ; cependant il fallut y foufcrire.
Ifaure , de fon côté , lui tint les difcours
les plus propres à le raffurer , fi , dans de
pareilles circonftances , un Amant pou-
voit être fans crainte.
Leur féparation fut des plus doulou-
reufes. Il ne feroit pas facile d'exprimer
ce qui fe paffoit dans l'âme de l'un & de
l'autre. Ifaure craignoit que le Calife ne
fût injufte , & Taher que le Gouverneur
ne devint trop preffant , qu'Ifaure elle-
44 MERCURE DE FRANCE.
même ne fe lafsât de réfifter. Heureu-
fement nulle affaire d'Etat ne le retenoit
plus en Egypte , & il fit une diligence
prodigieufe pour fe rendre à Bagdat où
réfidoit le Calife. L'accueil qu'il reçut
de ce Prince étoit déja pour fui un au
gure très- favorable. Taher entra d'abord
dans quelques détails relatifs à la Com-
miffion dont il avoit été chargé. Ils lui
attirerent les éloges du Souverain , qui
enfuite le queſtionna fur ce qu'il avoit
vu de remarquable dans fon voyage.
C'étoit lui fournir l'occafion de s'expli-
quer fur un objet qui l'intéreffoit infini-
ment plus que des Obélifques , des Py-
ramides , & toutes les autres Antiquités
Egyptiennes. Seigneur Commandant
des Fidèles , dit- il au Calife , ce que j'ai
le plus admiré dans ce pays , fi fertile
en merveilles , en eſt une qui les efface
toutes , & dont la privation feroit le mal-
heur de mes jours , comme fa poffeffion
pourroit en faire le bonheur. Ce début
intéreffa vivement le Prince ; il voulut
que Taher s'expliquât fans emblême , &
c'eft ce que demandoit ce dernier .
Il
détailla fon aventure , mais avec tant de
chaleur & de vivacité qu'il étoit facile
de voir qu'en lui le Philofophe avoit fait
place à l'Amant. Le Calife parut l'écou
gypte
JANVIER, 1764.
45
ter avec beaucoup d'attention ; enfuite
il refta quelque temps rêveur, C'en fut
affez pour allarmer Taher au dernier
point. Mais que devint-il quand , pour.
toute réponse , il entendit ce Prince le
charger d'une Commiffion nouvelle
pour une contrée entierementoppofée
à celle de l'Egypte , & avec ordre de
partir fur le champ ?
Il s'agiffoit de repouffer une armée de
Grecs entrée inopinément fur les terres
du Calife. Un emploi de cette nature ne
pouvoit décemment fe refufer , & moins
encore par Taher que par tout autre. Il
l'accepta , mais ce fut avec une répu-
gnance que furmontoit le devoir plutôt
que l'ambition. Le devoir même ne put
impoſer filence à l'amour. Seigneur ,
dit Taher au Calife , je vais combattre
& , comme je l'efpère , vaincre vos en-
nemis. Puis-je efpérer de n'être pas moi-
même vaincu par le Gouverneur d'E-
Eft-il poffible , s'écria le Prince
que le fouvenir d'une Efclave partage
les foins d'un Général que la gloire pa-
rut toujours feule occuper ? Va ravager
les Provinces de la Grece , & tu y trou-
veras des Efclaves à choisir.
Taher vit bien que toute replique fe-
roit fuperflue. Il ne fçavoit comment
46 MERCURE DE FRANCE .
interpréter les réponfes du Calife. Tan-
tôt il les attribuoit à fa dureté naturelle ,
qui le portoit à mortifier ceux même
qu'il chériffoit le plus ; tantôt il craignoit
que ce Prince ne fût devenu amoureux
de la jeune Efclave , fur le portrait que
lui-même en avoit tracé. Eh que feroit-
ce donc , s'écrioit Taher ,
s'il voyoit
Ifaure en perfonne ? Ainfi l'amoureux
Mufulman n'appercevoit de toutes parts
que des motifs de crainte , fans même
entrevoir un feul motif d'efpérance .
Il partit , & fe vengea fur les Grecs
des chagrins qu'on lui faifoit éprouver
dans fa Patrie. L'ennemi fut battu &
pourfuivi jufques dans l'intérieur de fest
Provinces. Là il eût été facile à Taher de
mettre à profit le confeil du Calife. Il
pouvoit , dis-je , emmener en efclavage
une foule d'aimables Grecques. Il en
vit plufieurs dont les charmes l'auroient
féduit , s'il eût été moins épris de ceux
d'Ifaure. Mais il ne chercha pas même
à fe diftraire de fon fouvenir. Unique-
ment livré à ſes inquiétudes & à ſa ja-
loufie ,
il goûtoit peu la fatisfaction
qu'éprouve un Général après la victoire.
Le prix qu'en efpéroit celui- ci étoit,
une décifion en fa faveur , fuppofé qu'il
JANVIER. 1764.
tombeau.
47
fût encore temps de la rendre. Il n'ofoit
approfondir fes idées fur cette matière.
Il arrive à la Cour , & eft comblé d'hon-
neurs par le Calife . Ces honneurs euffent
pû le flatter dans tout autre temps : mais
alors il n'étoit occupé que d'un feul ob-
let. Ifaure lui feroit elle rendue ? Son
Juge n'étoit-il point devenu fon Rival ?
Tandis qu'il s'interrogeoit ainfi lui-mê-
me , le Calife lui fit une queftion toute
oppofée. Il s'agiffoit de fçavoir fi la belle
Efclave l'occupoit encore. Ciel ! fi elle
m'occupe ! s'écria Taher , fon image me
fuit por tout , & ne me quittera qu'au
Souffrirez - vous ,
Grand
Prince ,, que fa perfonne refte plus long-
temps au pouvoir de l'injufte Acmet ? Le
Calife ne répondit rien , ou plutôt , pour
toute réponſe , il retint Taher à fouper.
Cette faveur , qui n'étoit point rare à
la Cour des Califes , ne parut à l'Amant
d'Ifaure qu'une décifion contraire à fes
vœux , un arrêt foudroyant , quoique
tacite.
Il ne doutoit plus , ou que fa
Maîtreffe ne fût adjugée à fon Rival , ou
que le Calife ne l'eût prife pour lui-mê-
me; & l'un & l'autre cas le défeſpéroit
également. Bien-tôt même fes doutes lut
parurent éclaircis. Le Prince , dans le
+
48 MERCURE DE FRANCE .
cours du repas l'entretint encore une
fois de la jeune Eſclave ; & , entre autres
chofes , il lui demanda fi la voix d'Ifaure
étoit réellement auffi parfaite qu'il l'affu-
roit dans fes difcours ? Taher le lui attefta
de nouveau. Je crois pourtant , reprit le
Calife , avoir parmi mes Efclaves une
jeune Chanteufe qui peut , à cet égard ,
le difputer à la vôtre. A ces mots
fur un figne qu'il fait à un de fes Eu-
nuques , & fur un autre figne que fait
celui-ci à quelqu'un que Taher ne voyoit
pas , une voix touchante & harmonieuſe
fe fait entendre. L'oreille en étoit flat-
tée , le cœur en étoit ému. C'étoit néan-
moins encore peu de chofe en compa-
raifon de ce qu'éprouvoit Taher. Il fré-
mit , change de couleur , s'agite invo-
lontairement , & eft prêt à perdre toute
refpiration
en un mot , les accens de
la jeune Efclave lui paroiffent abfolu-
ment les mêmes que ceux d'Ifaure ; c'eſt
Ifaure qu'il croit entendre , & que , par
cette raifon , il juge être entierement
4
perdue pour
lui.
Les chants de l'Efclave invifible
étoient plaintifs , languiffans , & carac-
térifoient une ame triftement affectée :
ils étoient de plus dans le langage des
Troubadours Provençaux : langage que
n'entendoient
JANVIER. 1764.
n'entendoient ni le Calife ,
49.
ni Taher.
Mais ce dernier reconnut aifément que
c'étoit le même dans lequel chantoit
Ifaure. Nouveau motif de conviction
pour lui. Le Calife examinoit tous fes
mouvemens , & lui demanda quelle en
pouvoit être la caufe. Ah , Seigneur !
s'écria l'amoureux Mufulman , ou mon
imagination troublée me tranfporte en
Egypte , ou l'aimable Ifaure eft dans ce
Palais.
*
Montaffer, fans rien répondre , fit un
autre figne. Alors un grand rideau s'ou
vrit , & Ifaure elle-même , Ifaure parut
aux yeux de fon Amant , vêtue avec une
magnificence incroyable , & fous l'ex-
térieur d'une Reine de tout l'Orient ,
plutôt que d'une Efclave Européenne .
A cette vue Taher jette un cri d'étonne-
ment & de douleur : il ne peut plus douter
de fon infortune . Tout , dans cette ren-
contre , annonce l'amour du Calife & la
fragilité d'Ifaure. Ce qui achevoit d'en
convaincre l'affligé Taher , c'étoit le fi-
lence de la jeune Efclave. Elle fe bor-
noit à le fixer , & reftoit immobile. Une
attitude fi froide acheva de le mettre
* Cette réponſe eft citée dans l'Hiftoire des
Arabes , par M. l'Abbé de Marigny , où l Anec-
dote même fe trouve rapportée en peu de mots.
I. Vol
C
1
1
50
MERCURE DE FRANCE.
hors de lui- même. Seigneur ! dit-il au
Calife , en tombant à fes genoux , per-
mettez-moi de fuir une épreuve trop
au-deffus de mes forces. Ifaure a du
vous préférer à moi, N'efpérez pas tou-
tefois que j'approuve la conduite. N'exi-
gez pas fur-tout que j'en fois plus long-
temps le témoin. Je vous fervis avec un
zèle que rien n'a pu ralentir ; voici le
falaire que j'ofe en attendre. Souffrez
qu'au fonds du plus lointain défert , j'aille
oublier l'unique objet qui fçut toucher
mon âme , ou du moins gémir à mon
aife de fon oubli.
Les foupirs & les larmes d'Ifaure in-
terrompirent la fin de ce difcours Il n'é-
toit pas facile à Taher d'en pénétrer le
vrai motif. Etoit-ce remords ? étoit-ce
pure tendreffe ? le Calife , enfin , crut de-
voir terminer cette affreufe perpléxité.
Raffure-toi , dit-il à fon favori . c'eft
trop longtemps abufer de ton erreur.
Ifaure eft à toi. Elle me fut deſtinée
par Acmet , & je t'en fais un facrifice :
je te la rends telle que l'ai reçue. Je ne
voulois que jouir un peu de ton em-
barras.C'est moi qui ai prefcrit à Ifaure
la conduite qu'elle vient de tenir & qui
lui a tant coûté. Il m'étoit fans doute
permis d'éxiger d'elle cette complaifance
JANVIER. 1764.
51
frivole, puifque je me fuis interdit juf-
qu'à la volonté d'en éxiger de plus
grandes.
Taher , au comble de la joie , eut la
fatisfaction de voir Ifaure la partager.
Il étoit fort éloigné d'avoir aucun foup-
çon fâcheux à fon égard. L'eftime en
amour produit la paifible confiance ;
& Taher avoit le bonheur d'eftimer ce
ce qu'il aimoit.
ANECDOTE HISTORIQUE.
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes
avoit le malheur de ne pas aimer sa Patrie,
je lui dirois , parcourez le monde
entier, & bien-tôt vous regretterez le
le climat qui vous a vu naître ; fréquen-
tez , étudiez toutes les Nations , & vous
rendrez enfin juſtice à la vôtre. Je dirois
à certains frondeurs obfcurs , lifez l'Hif-
toire de toutes les Monarchies , vous ne
trouverez nulle-part le même fpectacle
que vous offrent nos Annales. Eh quel
fpectacle ! Une Maifon qui depuis près de
800 ans occupe le Trône fans interrup-
tion , & qui , parmi une foule de grands
Rois , n'en a pas produit un feul qu'on
puiffe mettre dans la claffe des Princes
cruels & fanguinaires. La moitié des
Empereurs Romains furent des monf-
tres.
Il est peu d'Etats qui n'ayent eu
leurs Nerons , ou leurs Bufiris. L'Afie
fur-tout , ce pays d'efclavage , fut une
pépinière de tyrans. On a exalté parmi
nous le regne des Califes : mais lions
leurs propres Hiftoriens ; nous verrons
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
dans les meilleurs de ces Princes un mê-
lange de férocité qui ternit leurs actions
les plus louables. Le maffacre de tous
les Barmécides , ordonné pour une cauſe
des plus frivoles , & par un Souverain
qui paffoit pour jufte , eft une preuve
de cette vérité. Il pouvoit arriver auffi
qu'un Prince naturellement barbare laif-
fat , par caprice , échapper quelque trait
de grandeur d'âme. Le hafard peut faire
naître une plante utile dans un terroir
qui jamais ne produifit que des ronces ;
quelques rayons peuvent percer le nuage
le plus fombre : ce qui n'empêche pas ,
& qu'un pareil jour né foit réputé obf-
cur & qu'un pareil fol ne foit jugé
•
ftérile.
Le Calife Montaffer , trentième fuc-
ceffeur de Mahomet , s'étoit frayé le che-
min du Trône par le maffacre de fon
propre père. Cela dit affez que ce Prince
cruel avoit alors des amis & des partiſans
dignes de lui. Il donna depuis une par-
tie de fa confiance à un Officier ver-
tueux , brave , & d'un défintéreffement
bien rare , fur-tout dans une Cour Afia-
tique. Taher, c'eſt le nom de cet Off-
cier , ne prit jamais de part aux crimes
de fon Maître , & le fervit toujours fidé-
lement , parce qu'il fe regardoit comme
voit
JANVIER. 1764.
33
fon Sujet , & non comme fon Juge.
Envoyé en Egypte par le Calife , &
chargé d'une commiffion des plus im-
portantes , il s'en acquitta avec autant
de zèle que de fuccès.
Taher , en parcourant l'Egypte , fé-
journa quelque tems à Alexandrie .
Il
étoit occupé à vifiter le Port de cette
Ville , quand un vaiffeau Tunifien y
arriva. Entre plufieurs marchandiſes pré-
cieufes que portoit ce vaiffeau , il y en
avoit une d'un prix ineftimable : c'étoit
une jeune Efclave digne du rang & du
titre de Reine , fi la beauté feule pou-
le donner. Elle joignoit même
à cette extrême beauté tous les talens
qui peuvent en augmenter le prix. On
admiroit particulierement le charme de
fa voix , ainfi que l'art & le goût qu'ejle
mettoit dans fon chant. Taher la vit , &
fut furpris de l'impreffion qu'elle faifoit
fur fon ame. Il étoit parvenu à l'âge de
35 ans , & ignoroit encore les patlions
vives , excepté celle de la gloire : il efpé-
roit même n'en jamais connoître d'autre.
La vue de cette jeune Efclave le dé-
trompa. Il l'aima comme on aime pour
la premiere fois ; c'eſt-à-dire , exceffive-
ment.
La belle captive étoit née à Marſeille ,
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
& parloit fort bien la langue Arabe ,
fuite naturelle du grand commerce de
cette Ville avec l'Orient. Elle répondit
à toutes les queftions que lui fit Taher
& il lui en fit un grand nombre. Toutes
cependant n'étoient relatives qu'à elle-
même. Elle lui apprit & fon origine , &
fon nom , & toutes les circonstances de
fa captivité. Son nom étoit Ifaure ; fa
famille avoit occupé les premieres places
dans fa République : mais dépouillée de
fes richeffes , elle avoit perdu une par-
tie de fa fplendeur. Ifaure elle-même ,
reftée orpheline , & fous la tutelle d'un
parent déjà vieux , eut de plus le mal-
heur de lui plaire , & le défagrément de
l'entendre lui en faire l'aveu : ce qu'il
fit de l'air & du ton d'un Tuteur. Elle y
répondit de l'air & du ton d'une Pupile
qui n'ofe témoigner toute fa répugnan-
ce , mais qui ne la déguife qu'imparfai-
rement. Dès-lors elle fongea aux moyens
de fe fouftraire au malheur qui la me-
naçoit. Une partie de fa famille s'etoit
réfugiée en Italie : elle réfolut d'imiter
cet exemple , & d'aller joindre des parens
qui pourroient n'avoir pas les mêmes.
vues que fon Tuteur , ou qui pourroient
mériter mieux de les avoir. Un vaiffeau
qui partoit pour Veniſe , lui en fournit
JANVIER. 1764.
35
une occafion qu'elle mit à profit. Mal-
heureuſement un Corfaite Africain atta-
qua & prit le vaiffeau Marſeillois. Il y
avoit fur ce Navire dequoi fatisfaire
amplement l'avidité du Pirate. Ifaure
craignoit fur-tout de devenir la proie de
fa brutalité. Mais l'Africain étoit encore
plus avare que diffolu : il jugea que faire
violence à la jeune Provençale , c'étoit
altérer fon prix , & cette réflexion la
fauva de ce danger. Ifaure fe vit réſer-
vée pour quelque perfonnage puiffant de
l'Empire du Calife , fuppofé que le Pirate
ne pût arriver jufqu'au Calife même.
Taherfongeoit à profiter de ces difpo
fitions. Il lui étoit libre de voir & d'en-
tretenir la jeune Captive à toute heure
du jour , comme il eft permis à tout par-
ticulier d'examiner , à différentes repri-
fes , un diamant ou tel autre bijou qu'un
Marchand met en vente . Il crut même
s'appercevoir que l'aimable Ifaure trou-
voit dans fes vifites une forte d'adoucif-
fement à fes difgraces. Il ne fe trompoit
pas ; & , avec un peu moins de modef-
tre , il eût pu voir beaucoup plus qu'il
n'ofoit même foupçonner. Taher joi-
gnoit à une figure des plus intéreffantee
& des plus nobles , cet air de candeur &
d'aménité qui plaît toujours aux âmes à
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
qui ces vertus ne font point étrangères ,
& fouvent même à celles qui les con-
noiffent le moins. Ifaure , qui les pof-
fédoit entièrement , pouvoit- elle ne pas
les chérir dans notre Afiatique ?
Il eft
rare que le cœur s'affujettiffe à raison-
ner ; mais quand la raiſon le prévient ,
& fe trouve d'accord avec lui , il eft en-
core plus rare qu'il la rebute. La belle
Marfeilloife , qui n'avoit nulle efpé-
rance de revoir fa Patrie , devoit fouhai-
ter & fouhaitoit ardemment de fortir
des mains du Pirate. Elle ne prévoyoit
pas y pouvoir parvenir fans paffer dans
d'autres mains , & Taher lui fembloit
mériter la préférence. Elle la lui eût don-
née même fur le Calife.
Mais tandis que fes vœux fecondoient
fi bien ceux de l'amoureux Muſulman ,
il étoit plongé dans la plus exceffive dou-
leur. Le Pirate mettoit la jeune Eſclave
à un prix qui ſurpaffoit tout ce qu'il en
pouvoit offrir. J'ai déja dit que Taher
étoit un Courtifan défintéreffé : mais peu
s'en fallut que dans ce moment il ne re-
grettât d'avoir porté cette vertu fi loin.
C'étoit la premiere fois fans doute qu'au
défaut d'une fomme affez modique , le
Favori d'un Monarque puiffant fe trou-
voit hors d'état de fatisfaire un goût dé-
1
JANVIER. 1764.
37
cidé , & même un fimple caprice. On
préfume bien que le Corfaire fit la même
réfléxion. Taher peu riche , lui parut né-
ceffairement peu confidéré de fon Maî-
tre , & encore moins digne de pofféder
Ifaure , puifqu'il étoit hors d'état de la
lui payer.
Qu'on fe figure la défolation où étoit
ce malheureux Favori. O vertu ! s'é-
crioit-il , que d'épreuves il faut foutenir
pour te fuivre fans s'égarer. Mais celle
que j'effuie aujourd'hui eft à coup für
la plus cruelle de toutes. Il retourne au-
près de la belle Efclave , qui ignoroit
une partie de ſes inquiétudes ; il les lui
avoue , & la rend auffi affligée que lui-
même. Oui , charmante Ifaure , ajou-
toit- il , je commence à croire que l'or
eſt véritablement précieux , puifque lui
feul peut m'affurer votre poffeffion :
il
ne falloit pas moins que cette preuve
pour me convaincre de ce qu'il vaut.
Hélas ! reprenoit Ifaure , en verfant des
larmes , tout cela me prouve encore
mieux l'horreur de mon état. En vain
mon cœur voudroit fe donner ; toute ma
perfonne eft miſe à l'encan : je dois être à
quiconque donnera plus pour m'acqué-
rir. O Dieu ! s'écrioit de nouveau Taher,
faudra- t- il me réfoudre à la voir paffer
28 MERCURE DE FRANCE.
38
dans des mains peut-être indignes de la
pofféder ? Et , en fuffent - elles même
dignes , ma douleur en fera- t - elle moins
réelle ,fa perte moins irréparable ? Ifaure
ne répliqua rien ; mais fes larmes cou-
loient toujours
forte d'expreffion qui
en valoit bien d'autres. Taher n'y put
réfifter plus long temps. Il prit une ré-
folution qui lui coûta beaucoup à pren-
dre , parce qu'elle fembloit démentir
toute fa conduite paffée. Ce fut de
recourir au Gouverneur d'Egypte ,
non pour qu'il interpofât fon autorité
dans cette affaire ; mais pour lui em-
prunter ce qui manquoit à la fomme
qu'exigeoit le Pirate. Un riche Citoyen
d'Alexandrie , qui eftimoit la vertu de
Taher , & que le hafard inftruifit de for
embarras , le prévint par des offres qui ,
dans tout autre cas , n'euffent point été
acceptées. Elles le furent dans cette oc-
cafion preffante. Déja Taher ſe croyoit
au comble de fes vœux ; déja Ifaure par-
tageoit la fatisfaction qu'elle lifoit fur fon
vifage un nouvel incident les replon-
gea dans de nouvelles allarmes.
L'extrême beauté de la jeune Eſclave
étoit célébrée de toutes parts dans Alé-
xandrie. Acmet , Gouverneur de la haute
& baffe Egypte , en fut inftruit des pre-
JANVIER. 1764.
39
miers , & voulut en juger par lui- même.
Il envoya ordre au Pirate de lui amener
cette merveille fi vantée. Cet ordre arri-
va dans l'inſtant même où Taher croyoit
n'avoir plus aucun obſtacle à vaincre, où
il étoit prêt à payer le prix qu'exigeoit
le Corfaire pour lui livrer Ifaure. Mais
l'Africain jugea qu'il falloit d'abord fa-
tisfaire la curiofité du Gouverneur. C'é-
toit bien moins docilité de fa part , que
rafinement d'avarice. Il ne doutoit pas
que les charmes de la jeune Françoife ne
fiffent l'impreffion la plus vive fur l'âme
de ce Commandant , & il efpéro it tirer
meilleur parti d'un homme qui pouvoit
à fon gré véxer tout un grand Etat , que
d'un Favori qui avoit fait vœu de ne ja-
mais véxer perfonne.
Ce fut en vain que Taher combattit
cette réfolution .
Il prit enfin le parti
d'aller lui-même inftruire Acmet de ce
qui s'étoit paffé. Son but étoit de lui
ôter l'envie de voir Ifaure , perfuadé qu'il
l'auroit pour rival dès l'inftant qu'elle
s'offriroit à fes yeux. Le Gouverneur ,
qui au fonds le haïffoit , ne pouvoit ce-
pendant lui refufer fon eftime , encore
moins des égards mefurés fur ceux qu'a-
voit pour lui le Calife même. Il fit plus ;
il parut prêt à fe défifter de toutes préten-
tions fur Ifaure. Malheureufement le
40 MERCURE DE FRANCE.
Pirate furvint , accompagné de la jeune
Efclave , qu'il avoit fait tranſporter mal-
gré elle dans ce Palais . A cette vue
,
Acmet changea de langage , ou plutôt
il fembla perdre tout-à - coup la parole :
mais fon filence étoit expreffif. Celui
de Taher l'étoit encore plus , & il ne tar-
da pas à le rompre. Il demande que ,
fans aucun délai , Ifaure lui foit remife.
Mais une décifion fi prompte n'étoit dé-
ja plus du goût d'Acmet. Il prenoit un
plaifir infini à contempler Ifaure , qui ,
de fon côté , ne regardoit , ne voyoit
que Taher. Pour ce dernier , l'irréfolu-
tion ou plutôt le changement trop vifi-
ble du Gouverneur le défefpéroit. Ce
fut bien pis lorfqu'il le vit interroger la
jeune Efclave fur fes divers talens , &
lui demander , entre autres chofes , un
effai de la beauté de fa voix. Le Pirate
joignit un ordre abfolu à cette demande.
Mais , au lieu de chants , on ne put tirer
d'Ifanre que des foupirs , des fanglots &
des larmes. Taher , hors de lui- même
9
s'écria qu'Ifaure lui appartenoit , & ne
devoit plus être commandée par perfon-
ne. Brave Taher , lui répondit le Gouver-
neur , Ifaure appartient à un Corfaire
d'Afrique , & partant à celui de nous
deux qui pourra la mettre à plus haut
prix. C'est ici une forte de combat dans
i
JANVIER. 1764.
41
lequel on peut efpérer de vous vaincre.
Contentez- vous d'avoir triomphé tant
de fois ailleurs . Acmet joignit à ce dif-
cours une offre qui furpaffoit toutes les
facultés de fon rival. On préfume bien
qu'elle fut acceptée. On préfume éga
lement que celle qui en étoit l'objet s'af-
fligea de plus en plus. Mais Taher devint
furieux. Ne rougis-tu pas , dit- il au Gou-
verneur , d'abufer ainfi des richeffes qui
font ta honte , pour infulter à une pau→
vreté qui fait ma gloire ? La manière
dont ce Pirate en ufe envers moi n'a
* rien qui m'étonne : il remplit unique-
ment l'idée qu'on attache à fa profef
fion . Ta conduite eft mille fois plus ré-
préhenfible que la fienne.
Acmet refta quelques momens rêveur.
Enfuite , reprenant le ton de l'ironie :
hé quoi ! dit-il , fage Député du Com-
mandant des Fidèles , ne vous fuffit-il
pas de paffer pour l'homme le plus défin-
téreffé que renferme tout fon vafte Em-
pire ? Cette gloire n'eft-elle plus rien à
vos yeux ? Eft-il naturel que vous jouif-
fiez en même temps des avantages que
procurent les richeffes ?
Taher alloit répondre ; Ifaure le pré-
vint
ce qui étonna beaucoup , & le
Pirate , & Acmet , & Taher lui-même.
42 MERCURE DE FRANCE.
Vos richeffes , dit- elle au Gouverneur
peuvent éblouir celui qui fe croit l'ar-
bitre de ma deftinée ; celui qui , pour
m'avoir arrachée à ma famille , penfe
être en droit de me vendre à qui lui don-
nera plus. Une Efclave Afiatique obéi-
roit fans murmurer , fans même fe per-
mettre aucune réfléxion . L'air qu'on
refpire dans ma Patrie infpire d'autres
fentimens aux perfonnes de mon féxe.
Accoutumées aux hommages du vôtre
elles y règlent fes plaifirs , partagent vo-
lontairement fes travaux , & quelque-
fois fes dangers : en un mot , nous fom
mes fes Compagnes , & non fes Efcla-
ves. N'efpérez donc pas , pourfuivit-elle
d'un ton ferme , exercer jamais fur moi
l'autorité d'un maître impérieux & ab-
folu. Ce Corfaire , en tranfportant mon
corps dans un climat étranger , n'a point
changé mon âme : elle refte libre au mi-
lieu de mes chaînes. Il ne fuffit pas de
m'achetter pour m'obtenir , il faut en-
core que je me donne.
Le fort que je vous deftine , reprit
Acmet , vaincra l'indocilité de votre
âme. Vous chérirez ces fers qui vous
femblent fi odieux. Je prétends faire
votre bonheur..... Il n'eft plus temps ,
interrompit vivement Ifaure ; & , en
•
JANVIER. 1764.
43
prononçant ces mots , elle fixa Taher.
J'entends , reprit le Gouverneur ; un
autre m'a prévenu
mais vous ignorez
ce que je puis , & fur- tout ce que je me
propofe. Tremble ! lui dit Taher , fi tu
projette le moindre attentat , la moindre
violence contre Ifaure. Souviens - toi
que je périrois plutôt que de ne pas la
venger. Quant à préfent , je me borne
à recourir à l'autorité du Calife , à le
prier de vouloir être notre Juge. Mais
fur-tout,garde-toi d'ofer prévenir fa dé-
cifion . Soit , repliqua le Gouverneur ;
. le Calife nous mettra d'accord . En at-
tendant , Ifaure peut , en toute fûreté ,
habiter mon Palais . Cette promeffe ne
tranquilifa que médiocrement l'amou-
:
reux Taher il lui en coûtoit pour laif-
fer ainfi fa Maîtreffe au pouvoir de fon
Rival ; cependant il fallut y foufcrire.
Ifaure , de fon côté , lui tint les difcours
les plus propres à le raffurer , fi , dans de
pareilles circonftances , un Amant pou-
voit être fans crainte.
Leur féparation fut des plus doulou-
reufes. Il ne feroit pas facile d'exprimer
ce qui fe paffoit dans l'âme de l'un & de
l'autre. Ifaure craignoit que le Calife ne
fût injufte , & Taher que le Gouverneur
ne devint trop preffant , qu'Ifaure elle-
44 MERCURE DE FRANCE.
même ne fe lafsât de réfifter. Heureu-
fement nulle affaire d'Etat ne le retenoit
plus en Egypte , & il fit une diligence
prodigieufe pour fe rendre à Bagdat où
réfidoit le Calife. L'accueil qu'il reçut
de ce Prince étoit déja pour fui un au
gure très- favorable. Taher entra d'abord
dans quelques détails relatifs à la Com-
miffion dont il avoit été chargé. Ils lui
attirerent les éloges du Souverain , qui
enfuite le queſtionna fur ce qu'il avoit
vu de remarquable dans fon voyage.
C'étoit lui fournir l'occafion de s'expli-
quer fur un objet qui l'intéreffoit infini-
ment plus que des Obélifques , des Py-
ramides , & toutes les autres Antiquités
Egyptiennes. Seigneur Commandant
des Fidèles , dit- il au Calife , ce que j'ai
le plus admiré dans ce pays , fi fertile
en merveilles , en eſt une qui les efface
toutes , & dont la privation feroit le mal-
heur de mes jours , comme fa poffeffion
pourroit en faire le bonheur. Ce début
intéreffa vivement le Prince ; il voulut
que Taher s'expliquât fans emblême , &
c'eft ce que demandoit ce dernier .
Il
détailla fon aventure , mais avec tant de
chaleur & de vivacité qu'il étoit facile
de voir qu'en lui le Philofophe avoit fait
place à l'Amant. Le Calife parut l'écou
gypte
JANVIER, 1764.
45
ter avec beaucoup d'attention ; enfuite
il refta quelque temps rêveur, C'en fut
affez pour allarmer Taher au dernier
point. Mais que devint-il quand , pour.
toute réponse , il entendit ce Prince le
charger d'une Commiffion nouvelle
pour une contrée entierementoppofée
à celle de l'Egypte , & avec ordre de
partir fur le champ ?
Il s'agiffoit de repouffer une armée de
Grecs entrée inopinément fur les terres
du Calife. Un emploi de cette nature ne
pouvoit décemment fe refufer , & moins
encore par Taher que par tout autre. Il
l'accepta , mais ce fut avec une répu-
gnance que furmontoit le devoir plutôt
que l'ambition. Le devoir même ne put
impoſer filence à l'amour. Seigneur ,
dit Taher au Calife , je vais combattre
& , comme je l'efpère , vaincre vos en-
nemis. Puis-je efpérer de n'être pas moi-
même vaincu par le Gouverneur d'E-
Eft-il poffible , s'écria le Prince
que le fouvenir d'une Efclave partage
les foins d'un Général que la gloire pa-
rut toujours feule occuper ? Va ravager
les Provinces de la Grece , & tu y trou-
veras des Efclaves à choisir.
Taher vit bien que toute replique fe-
roit fuperflue. Il ne fçavoit comment
46 MERCURE DE FRANCE .
interpréter les réponfes du Calife. Tan-
tôt il les attribuoit à fa dureté naturelle ,
qui le portoit à mortifier ceux même
qu'il chériffoit le plus ; tantôt il craignoit
que ce Prince ne fût devenu amoureux
de la jeune Efclave , fur le portrait que
lui-même en avoit tracé. Eh que feroit-
ce donc , s'écrioit Taher ,
s'il voyoit
Ifaure en perfonne ? Ainfi l'amoureux
Mufulman n'appercevoit de toutes parts
que des motifs de crainte , fans même
entrevoir un feul motif d'efpérance .
Il partit , & fe vengea fur les Grecs
des chagrins qu'on lui faifoit éprouver
dans fa Patrie. L'ennemi fut battu &
pourfuivi jufques dans l'intérieur de fest
Provinces. Là il eût été facile à Taher de
mettre à profit le confeil du Calife. Il
pouvoit , dis-je , emmener en efclavage
une foule d'aimables Grecques. Il en
vit plufieurs dont les charmes l'auroient
féduit , s'il eût été moins épris de ceux
d'Ifaure. Mais il ne chercha pas même
à fe diftraire de fon fouvenir. Unique-
ment livré à ſes inquiétudes & à ſa ja-
loufie ,
il goûtoit peu la fatisfaction
qu'éprouve un Général après la victoire.
Le prix qu'en efpéroit celui- ci étoit,
une décifion en fa faveur , fuppofé qu'il
JANVIER. 1764.
tombeau.
47
fût encore temps de la rendre. Il n'ofoit
approfondir fes idées fur cette matière.
Il arrive à la Cour , & eft comblé d'hon-
neurs par le Calife . Ces honneurs euffent
pû le flatter dans tout autre temps : mais
alors il n'étoit occupé que d'un feul ob-
let. Ifaure lui feroit elle rendue ? Son
Juge n'étoit-il point devenu fon Rival ?
Tandis qu'il s'interrogeoit ainfi lui-mê-
me , le Calife lui fit une queftion toute
oppofée. Il s'agiffoit de fçavoir fi la belle
Efclave l'occupoit encore. Ciel ! fi elle
m'occupe ! s'écria Taher , fon image me
fuit por tout , & ne me quittera qu'au
Souffrirez - vous ,
Grand
Prince ,, que fa perfonne refte plus long-
temps au pouvoir de l'injufte Acmet ? Le
Calife ne répondit rien , ou plutôt , pour
toute réponſe , il retint Taher à fouper.
Cette faveur , qui n'étoit point rare à
la Cour des Califes , ne parut à l'Amant
d'Ifaure qu'une décifion contraire à fes
vœux , un arrêt foudroyant , quoique
tacite.
Il ne doutoit plus , ou que fa
Maîtreffe ne fût adjugée à fon Rival , ou
que le Calife ne l'eût prife pour lui-mê-
me; & l'un & l'autre cas le défeſpéroit
également. Bien-tôt même fes doutes lut
parurent éclaircis. Le Prince , dans le
+
48 MERCURE DE FRANCE .
cours du repas l'entretint encore une
fois de la jeune Eſclave ; & , entre autres
chofes , il lui demanda fi la voix d'Ifaure
étoit réellement auffi parfaite qu'il l'affu-
roit dans fes difcours ? Taher le lui attefta
de nouveau. Je crois pourtant , reprit le
Calife , avoir parmi mes Efclaves une
jeune Chanteufe qui peut , à cet égard ,
le difputer à la vôtre. A ces mots
fur un figne qu'il fait à un de fes Eu-
nuques , & fur un autre figne que fait
celui-ci à quelqu'un que Taher ne voyoit
pas , une voix touchante & harmonieuſe
fe fait entendre. L'oreille en étoit flat-
tée , le cœur en étoit ému. C'étoit néan-
moins encore peu de chofe en compa-
raifon de ce qu'éprouvoit Taher. Il fré-
mit , change de couleur , s'agite invo-
lontairement , & eft prêt à perdre toute
refpiration
en un mot , les accens de
la jeune Efclave lui paroiffent abfolu-
ment les mêmes que ceux d'Ifaure ; c'eſt
Ifaure qu'il croit entendre , & que , par
cette raifon , il juge être entierement
4
perdue pour
lui.
Les chants de l'Efclave invifible
étoient plaintifs , languiffans , & carac-
térifoient une ame triftement affectée :
ils étoient de plus dans le langage des
Troubadours Provençaux : langage que
n'entendoient
JANVIER. 1764.
n'entendoient ni le Calife ,
49.
ni Taher.
Mais ce dernier reconnut aifément que
c'étoit le même dans lequel chantoit
Ifaure. Nouveau motif de conviction
pour lui. Le Calife examinoit tous fes
mouvemens , & lui demanda quelle en
pouvoit être la caufe. Ah , Seigneur !
s'écria l'amoureux Mufulman , ou mon
imagination troublée me tranfporte en
Egypte , ou l'aimable Ifaure eft dans ce
Palais.
*
Montaffer, fans rien répondre , fit un
autre figne. Alors un grand rideau s'ou
vrit , & Ifaure elle-même , Ifaure parut
aux yeux de fon Amant , vêtue avec une
magnificence incroyable , & fous l'ex-
térieur d'une Reine de tout l'Orient ,
plutôt que d'une Efclave Européenne .
A cette vue Taher jette un cri d'étonne-
ment & de douleur : il ne peut plus douter
de fon infortune . Tout , dans cette ren-
contre , annonce l'amour du Calife & la
fragilité d'Ifaure. Ce qui achevoit d'en
convaincre l'affligé Taher , c'étoit le fi-
lence de la jeune Efclave. Elle fe bor-
noit à le fixer , & reftoit immobile. Une
attitude fi froide acheva de le mettre
* Cette réponſe eft citée dans l'Hiftoire des
Arabes , par M. l'Abbé de Marigny , où l Anec-
dote même fe trouve rapportée en peu de mots.
I. Vol
C
1
1
50
MERCURE DE FRANCE.
hors de lui- même. Seigneur ! dit-il au
Calife , en tombant à fes genoux , per-
mettez-moi de fuir une épreuve trop
au-deffus de mes forces. Ifaure a du
vous préférer à moi, N'efpérez pas tou-
tefois que j'approuve la conduite. N'exi-
gez pas fur-tout que j'en fois plus long-
temps le témoin. Je vous fervis avec un
zèle que rien n'a pu ralentir ; voici le
falaire que j'ofe en attendre. Souffrez
qu'au fonds du plus lointain défert , j'aille
oublier l'unique objet qui fçut toucher
mon âme , ou du moins gémir à mon
aife de fon oubli.
Les foupirs & les larmes d'Ifaure in-
terrompirent la fin de ce difcours Il n'é-
toit pas facile à Taher d'en pénétrer le
vrai motif. Etoit-ce remords ? étoit-ce
pure tendreffe ? le Calife , enfin , crut de-
voir terminer cette affreufe perpléxité.
Raffure-toi , dit-il à fon favori . c'eft
trop longtemps abufer de ton erreur.
Ifaure eft à toi. Elle me fut deſtinée
par Acmet , & je t'en fais un facrifice :
je te la rends telle que l'ai reçue. Je ne
voulois que jouir un peu de ton em-
barras.C'est moi qui ai prefcrit à Ifaure
la conduite qu'elle vient de tenir & qui
lui a tant coûté. Il m'étoit fans doute
permis d'éxiger d'elle cette complaifance
JANVIER. 1764.
51
frivole, puifque je me fuis interdit juf-
qu'à la volonté d'en éxiger de plus
grandes.
Taher , au comble de la joie , eut la
fatisfaction de voir Ifaure la partager.
Il étoit fort éloigné d'avoir aucun foup-
çon fâcheux à fon égard. L'eftime en
amour produit la paifible confiance ;
& Taher avoit le bonheur d'eftimer ce
ce qu'il aimoit.
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Résumé : QU'EN DOIT-IL ARRIVER ? ANECDOTE HISTORIQUE.
Le texte présente une anecdote historique mettant en lumière l'amour patriotique et compare favorablement l'histoire de la France à celle d'autres monarchies dominées par des tyrans, tels que les empereurs romains, les tyrans asiatiques et les califes comme Al-Mamoun. Ce dernier accéda au trône en assassinant son père et ordonna le massacre des Barmécides. L'histoire se concentre sur Taher, un officier loyal au calife Al-Mamoun. En Égypte, Taher rencontre Isaure, une esclave marseillaise belle et talentueuse. Taher, âgé de 35 ans, tombe amoureux d'Isaure, qui lui raconte son histoire tragique : orpheline, elle dut fuir un tuteur indésirable et fut capturée par des pirates. Taher souhaite acheter Isaure mais ne peut payer le prix demandé. Il emprunte la somme nécessaire, mais le gouverneur d'Égypte, Acmet, s'intéresse également à Isaure. Une dispute éclate entre Taher et Acmet, qui souhaite vendre Isaure au plus offrant. Isaure refuse de se soumettre à un maître impérieux. Taher menace Acmet et sollicite l'aide du Calife, qui lui confie une mission urgente loin de l'Égypte. Taher doit repousser une armée grecque envahissante. Bien qu'il accepte la mission, il reste obsédé par Isaure. De retour à la cour, il est honoré par le Calife, qui confirme que Isaure est devenue sa favorite. Dévasté, Taher implore le Calife de le laisser partir. Le Calife, après réflexion, décide de rendre Isaure à Taher, avouant avoir manipulé la conduite d'Isaure pour tester Taher. Taher, heureux, partage ce bonheur avec Isaure sans suspecter de mauvaises intentions. Leur relation est caractérisée par une confiance réciproque et sereine.
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9
p. 51
EXCUSE à une Dame, pour qui l'Auteur n'avoit point fait de vers.
Début :
Vous avez tort d'être en courroux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXCUSE à une Dame, pour qui l'Auteur n'avoit point fait de vers.
EXCUSE à une Dame, pour qui
l'Auteur n'avoit point fait de vers.
Vous avez tort d'être en courroux,
Iris , pardonnez mon filence ,
Sije n'ai point parlé de vous ,
C'eft que je bais la médisance.
l'Auteur n'avoit point fait de vers.
Vous avez tort d'être en courroux,
Iris , pardonnez mon filence ,
Sije n'ai point parlé de vous ,
C'eft que je bais la médisance.
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10
p. 51-53
VERS à Madame DE MONT...
Début :
HEUREUX celui dont le sage génie, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame DE MONT...
VERS à Madame DE MONT...
HEUREUX celui dont le sage génie,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui-même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi
le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible cœur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce cœur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
T
JANVIER. 1764.
Défefpéré du trouble de mes fens , Depuis l'instant que mes yeux vous ont vue,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue. De B.
HEUREUX celui dont le sage génie,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui-même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi
le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible cœur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce cœur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
T
JANVIER. 1764.
Défefpéré du trouble de mes fens , Depuis l'instant que mes yeux vous ont vue,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue. De B.
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Résumé : VERS à Madame DE MONT...
L'auteur d'une lettre poétique adresse ses mots à Madame de Mont, exprimant son admiration pour ceux qui se perdent dans la lecture et la littérature. Il évoque des figures telles que Racine, Locke, Malebranche et Voltaire. Il se souvient d'une période où il trouvait du réconfort et de l'inspiration dans les œuvres de ces auteurs, notamment les pièces de Racine, de Crébillon et les tragédies de Voltaire. Les personnages littéraires comme Xipharès, Monime, Phèdre, Oreste, Zaïre, Zamore et Alzire suscitaient en lui des émotions profondes. Cependant, il constate que cette époque est révolue. Désormais, il est tourmenté par une 'force étrangère' qui le fait pleurer sur sa propre misère et sa perte de liberté depuis qu'il a vu Madame de Mont.
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11
p. 53
A Madame D***, qui demandoit ce que c'étoit que la Société des DOMINICAUX.
Début :
DU Plaisir joyeux Apôtres, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame D***, qui demandoit ce que c'étoit que la Société des DOMINICAUX.
A Madame D***, qui demandoit ce
que c'étoit que la Société des DOMINICAUX.
DU Plaisir joyeux Apôtres, A la Décence foumis ,
Nous rions les uns des autres , Sans en être moins amis.
D. L. P.
Elle est compofee de neuf Gens de Lettres
quife raffemblent le Dimanche & dinent alternativement les uns chez les autres.
que c'étoit que la Société des DOMINICAUX.
DU Plaisir joyeux Apôtres, A la Décence foumis ,
Nous rions les uns des autres , Sans en être moins amis.
D. L. P.
Elle est compofee de neuf Gens de Lettres
quife raffemblent le Dimanche & dinent alternativement les uns chez les autres.
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12
p. 53-54
« LE mot de la première Énigme du mois de Décembre est le Fusil ; il y a [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du mois de Décembre est le Fusil ; il y a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du mois de Décembre est le Fusil ; il y a [...] »
LE mot de la première Énigme du
mois de Décembre est le Fusil ; il y a
une Loi pour le port d'armes & un
Code de chaffes. Celui de la feconde
eſt le Cerf-volant. Celui du premier Lo-
gogryphe eft Lavement , dans lequel on
trouve Venal , la , Mante , valet , âne ,
âme , vent , mat , lame d'épée , lave ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
male , mat , élan , muet , tême , mennet.
Celui du fecond eft Poiffon , où l'on
trouve poifon , oifon , pois & fon. Et
celui du troifiéme eft Sara & Rachel
mois de Décembre est le Fusil ; il y a
une Loi pour le port d'armes & un
Code de chaffes. Celui de la feconde
eſt le Cerf-volant. Celui du premier Lo-
gogryphe eft Lavement , dans lequel on
trouve Venal , la , Mante , valet , âne ,
âme , vent , mat , lame d'épée , lave ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
male , mat , élan , muet , tême , mennet.
Celui du fecond eft Poiffon , où l'on
trouve poifon , oifon , pois & fon. Et
celui du troifiéme eft Sara & Rachel
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13
p. 54
ENIGME.
Début :
Quoique peu de monde m'honore, [...]
Mots clefs :
Diable
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
QUOIQUE peu de mondé m'honore ,
Je fais d'un affez grand fecours :
A moi bien des gens ont rècours
Pour exprimer ce qu'on abhorre.
Je fuis ce qu'on veut que je fois ,
Sec , humide , ertant , immobile ,
Docte , ignorant , maître , fervile
Je géle & brûle quelquefois.
Illuftre dans mon origine ,
Je nâquis bien avant Néron.
La terre entiére fçait mon nom ,
Et voit qui je fuis à ma mine.
QUOIQUE peu de mondé m'honore ,
Je fais d'un affez grand fecours :
A moi bien des gens ont rècours
Pour exprimer ce qu'on abhorre.
Je fuis ce qu'on veut que je fois ,
Sec , humide , ertant , immobile ,
Docte , ignorant , maître , fervile
Je géle & brûle quelquefois.
Illuftre dans mon origine ,
Je nâquis bien avant Néron.
La terre entiére fçait mon nom ,
Et voit qui je fuis à ma mine.
Fermer
14
p. 54
AUTRE.
Début :
Avec un air très-fra[n]c j'aborde tout le monde ; [...]
Mots clefs :
Fausse monnaie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Avec un air très -fraac j'aborde tout le monde ; VEC
Je cache mes défauts autant que je le puis .
Mais , j'ai beau feindre une bonté profonde :
L'on me fuit auffitôt qu'on connoît qui je fuis.
Je bénis Dieu , c'eſt là mon caractère ;
Je fais des voeux pour la fanté du Roi.
Mais tout l'éclat de cet emploi ,
Souvent n'empêche pas le trépas de mon père.
Avec un air très -fraac j'aborde tout le monde ; VEC
Je cache mes défauts autant que je le puis .
Mais , j'ai beau feindre une bonté profonde :
L'on me fuit auffitôt qu'on connoît qui je fuis.
Je bénis Dieu , c'eſt là mon caractère ;
Je fais des voeux pour la fanté du Roi.
Mais tout l'éclat de cet emploi ,
Souvent n'empêche pas le trépas de mon père.
Fermer
15
p. 55
VERS ENIGMATIQUES.
Début :
Je suis le chef d'une tribu, [...]
Mots clefs :
An ou l'année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS ENIGMATIQUES.
VERS ENIGMATIQUES.
J fais le chef d'une tribu , E
Dont l'origine & la fin font le monde ,
Quoique vieillard , je fuis tout nu
Et ne crains point que d'hyver me morfonde.
J'ai deux noms de genres divers ,
Je fuis au gré des gens , ou mâle , ou bien femelle
Peu m'importe comme on m'appelle ) ".
J'expire , & je renaîs dans ce vafte Univers .
Ma naiffance & ma mort ont un terme fidéle.
Je ſuis père de douze enfans ,
Mère , fi vous voulez ( c'est même parentage )
Chacun de ces enfans en a bien davantage
Et pour le moins m'a doublé dans ce fens .
Dans ce nombreux & fingulier ménage ,
Les uns font beaux , d'autres noirs & méchans
Et malgré qu'ils foient d'un même âge ,
Il en eft prèfque autant de petits que de grands ,
Je ne dis plus qu'un mot de toute ma fequelle :
De ce nombre d'enfans , que m'a donné le fort ,
Tous font ainfi que moi d'une race immortelle ,
Nul d'entre eux cependant n'eft exempt de la
mort.
Par M. DE BOUSSANELLE , Meftre de Camp
de Cavalerie , Capitaine dans le Commiffaire- Ge
néral
J fais le chef d'une tribu , E
Dont l'origine & la fin font le monde ,
Quoique vieillard , je fuis tout nu
Et ne crains point que d'hyver me morfonde.
J'ai deux noms de genres divers ,
Je fuis au gré des gens , ou mâle , ou bien femelle
Peu m'importe comme on m'appelle ) ".
J'expire , & je renaîs dans ce vafte Univers .
Ma naiffance & ma mort ont un terme fidéle.
Je ſuis père de douze enfans ,
Mère , fi vous voulez ( c'est même parentage )
Chacun de ces enfans en a bien davantage
Et pour le moins m'a doublé dans ce fens .
Dans ce nombreux & fingulier ménage ,
Les uns font beaux , d'autres noirs & méchans
Et malgré qu'ils foient d'un même âge ,
Il en eft prèfque autant de petits que de grands ,
Je ne dis plus qu'un mot de toute ma fequelle :
De ce nombre d'enfans , que m'a donné le fort ,
Tous font ainfi que moi d'une race immortelle ,
Nul d'entre eux cependant n'eft exempt de la
mort.
Par M. DE BOUSSANELLE , Meftre de Camp
de Cavalerie , Capitaine dans le Commiffaire- Ge
néral
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16
p. 56
LOGOGRYPHE.
Début :
Peu fait pour le plaisir champêtre, [...]
Mots clefs :
Hiver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
PEEU fait pour le plaifir champêtre ,
Toujours trop tôt j'ole paroître.
Je porte fur mon dos un animal rongeur .
Mais ce qui furprendra peut- être ,
C'eſt qu'en voulant m'ôter le coeur ,
On trouve que je fuis ce qui ne peut plus être .
PEEU fait pour le plaifir champêtre ,
Toujours trop tôt j'ole paroître.
Je porte fur mon dos un animal rongeur .
Mais ce qui furprendra peut- être ,
C'eſt qu'en voulant m'ôter le coeur ,
On trouve que je fuis ce qui ne peut plus être .
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17
p. 56-57
AUTRE.
Début :
Je suis de grande utilité ; [...]
Mots clefs :
Chandelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
Ja fuis de grande utilité ;
Et même il eft de toute vérité ,
Que je fuis en tous lieux néceffaire & de mife :
Le riche toutefois par faux air me mépriſe ,
Il hait jufqu'à mon nom , & n'étoient ſes valets
Peut-être que chez lui je n'entrerois jamais.
Très- rarement je loge où gîtent nos Poëtes :
( Je n'entens point parler de ces rares Eſprits
Dont à bon titre on vante les Ecrits ,
Mais de ces difeurs de fornettes ,
Qui du facré vallon habitent les bourbiers
Et font l'hyver fans feu dans leurs greniers. )
Renverſe mes neuf pieds , & tu verras paroître
" Un Temple que jadis bâtit la Piété ,
Où l'on fert nuit & jour le Dieu de Vérité .
Tendrem
W
ЖӨ
Du charmant
berger que j'a -dore , Un sort cru
=el mena- ce les beauxjours,Ruisseaux vous le
sa
+
Wi
ves et vous cou le's
toujours; Rossi_ =
+
gnols vous chantés
seuls confidens de nos tendres a -mours, Taises
encore,Vous,les
+
+
vous, taisés
vous, arré - tes . votre
EXO
cours. Du charmant ber -gerquej'adore Un sort cru
- el menace les.
+
beaux jours Un sort cru =
= el menace les beaux jours .
JANVIER. 1764. 57
sa
i..
Qu'embellit la Vertu , que détefte le Vice .
J'offre enfuite à tes yeux un endroit bienfaifant
Qu'on protége partout , qu'une fage police
Ne perd jamais de vue un feul inftant.
Je te préfente enfin un pays où s'engraiffe
La perdrix dont la chair le goût & la fineffe
Sont préférés à ces fades perdrix
Qu'on affalline aux portes de Paris.
P. H. C. A. A. P. D. P.
Ja fuis de grande utilité ;
Et même il eft de toute vérité ,
Que je fuis en tous lieux néceffaire & de mife :
Le riche toutefois par faux air me mépriſe ,
Il hait jufqu'à mon nom , & n'étoient ſes valets
Peut-être que chez lui je n'entrerois jamais.
Très- rarement je loge où gîtent nos Poëtes :
( Je n'entens point parler de ces rares Eſprits
Dont à bon titre on vante les Ecrits ,
Mais de ces difeurs de fornettes ,
Qui du facré vallon habitent les bourbiers
Et font l'hyver fans feu dans leurs greniers. )
Renverſe mes neuf pieds , & tu verras paroître
" Un Temple que jadis bâtit la Piété ,
Où l'on fert nuit & jour le Dieu de Vérité .
Tendrem
W
ЖӨ
Du charmant
berger que j'a -dore , Un sort cru
=el mena- ce les beauxjours,Ruisseaux vous le
sa
+
Wi
ves et vous cou le's
toujours; Rossi_ =
+
gnols vous chantés
seuls confidens de nos tendres a -mours, Taises
encore,Vous,les
+
+
vous, taisés
vous, arré - tes . votre
EXO
cours. Du charmant ber -gerquej'adore Un sort cru
- el menace les.
+
beaux jours Un sort cru =
= el menace les beaux jours .
JANVIER. 1764. 57
sa
i..
Qu'embellit la Vertu , que détefte le Vice .
J'offre enfuite à tes yeux un endroit bienfaifant
Qu'on protége partout , qu'une fage police
Ne perd jamais de vue un feul inftant.
Je te préfente enfin un pays où s'engraiffe
La perdrix dont la chair le goût & la fineffe
Sont préférés à ces fades perdrix
Qu'on affalline aux portes de Paris.
P. H. C. A. A. P. D. P.
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18
p. 57
AIR EN RONDEAU.
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texteReconnaissance textuelle : AIR EN RONDEAU.
AIR EN RONDEAU.
DUu charmant Berger que j'adore ,
Un fort cruel menace les beaux jours.
Ruiffeaux , vous le fçavez, & vous coulez toujours;
Vous , les feuls confidens de nos tendres amours!
Tailez-vous , taifez -vous , arrêtez votre cours :
Les Paroles font de Mde DESHOULIERES ; la Mufique de M. FRIZON , Maître de Mufique
DUu charmant Berger que j'adore ,
Un fort cruel menace les beaux jours.
Ruiffeaux , vous le fçavez, & vous coulez toujours;
Vous , les feuls confidens de nos tendres amours!
Tailez-vous , taifez -vous , arrêtez votre cours :
Les Paroles font de Mde DESHOULIERES ; la Mufique de M. FRIZON , Maître de Mufique
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