Résultats : 2587 textes (indexation en cours)
Détail
Liste
2001
p. 320-322
Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Début :
La nouvelle de la mort du Roy de Siam est veritable, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Prince, Mort, Manière, Père le Blanc, Secours, Couronne de Siam, Talapoins
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
La nouvelle de la mort du
Roy de Siam eft veritable ,
mais on ne convient pas en,
core bien de quelle maniere
fe font faits les grands chan
gemens qui font arrivez aprés
fa mort . Il y avoit quatre ans
qu'il avoit un mal dont il ne
pouvoir efperer la guerifon .
Le Grand - pere de ce Prince
avoit , dit- on, ufurpéla Cou
ronne de Siam , & parmy les
Talapoins il fe trouvoit un
Prince du Sang , à qui elle
appartenoit. On pretend que
ce Prince Talapoin a obtenu
GALANT
321
du fecours de quelques Princes
voifins , & qu'avec ce
fecours , & une intrigue
qu'il avoit avec des Grands
du Pays , il a chaffé celuy que
le défunt Roy avoit étably
pour fuceffeur. Voilà dequoy
on convient le plus , mais
l'on n'eft pas bien d'accord
de ce qui s'eft fait pour exe
cuter toutes ces chofes , ny
de la maniere dont on a fait
mourir toute la Famille
2
Royale . Les Priſonniers qui
font en Hollande en fçavent
des nouvelles affurées .
On attend icy à tous mo
322 MERCURE
mens le Pere le Blanc Jefuite,
pour travailler à l'échange ;
ainfi la verité fera bien- toft
éclaircie .
Roy de Siam eft veritable ,
mais on ne convient pas en,
core bien de quelle maniere
fe font faits les grands chan
gemens qui font arrivez aprés
fa mort . Il y avoit quatre ans
qu'il avoit un mal dont il ne
pouvoir efperer la guerifon .
Le Grand - pere de ce Prince
avoit , dit- on, ufurpéla Cou
ronne de Siam , & parmy les
Talapoins il fe trouvoit un
Prince du Sang , à qui elle
appartenoit. On pretend que
ce Prince Talapoin a obtenu
GALANT
321
du fecours de quelques Princes
voifins , & qu'avec ce
fecours , & une intrigue
qu'il avoit avec des Grands
du Pays , il a chaffé celuy que
le défunt Roy avoit étably
pour fuceffeur. Voilà dequoy
on convient le plus , mais
l'on n'eft pas bien d'accord
de ce qui s'eft fait pour exe
cuter toutes ces chofes , ny
de la maniere dont on a fait
mourir toute la Famille
2
Royale . Les Priſonniers qui
font en Hollande en fçavent
des nouvelles affurées .
On attend icy à tous mo
322 MERCURE
mens le Pere le Blanc Jefuite,
pour travailler à l'échange ;
ainfi la verité fera bien- toft
éclaircie .
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Résumé : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
La mort du roi de Siam est confirmée, mais les événements suivants restent obscurs. Le roi était malade depuis quatre ans sans espoir de guérison. Son grand-père avait usurpé le trône, et un prince du sang légitime, membre des Talapoins, a obtenu le soutien de princes voisins et de grands du pays pour destituer le successeur désigné par le défunt roi. Les détails sur l'exécution de ce plan et l'élimination de la famille royale varient. Des prisonniers en Hollande rapportent des nouvelles inquiétantes. L'arrivée du Père Le Blanc, jésuite, est attendue pour clarifier la situation par un échange d'informations.
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2002
p. 322-325
Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
Début :
On a nommé des quartiers aux Officiers Generaux pour commander [...]
Mots clefs :
Quartiers, Officiers généraux
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texteReconnaissance textuelle : Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
On a nommé des quartiers
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
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Résumé : Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
Le document traite de la nomination de quartiers pour les officiers généraux afin de commander pendant l'hiver. L'auteur mentionne des incertitudes concernant la précision des noms listés. Les nominations sont les suivantes : le maréchal de Lorge en Alsace, basé à Strasbourg, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; les marquis de Bertillac et de Melac à Mont-Royal ; les marquis Duffon et de Romainville sur la Sarre ; Monsieur Prochat en Rouffillon ; Monsieur Servon en Provence ; les marquis Grillon et Saint Silvestre en Guyenne ; Monsieur Lombrans à Cazal et Pignerol ; Monsieur Bachervilliers en Dauphiné ; les marquis de Varenne et Vilpion en Comté ; les marquis Saint Franon et Paris en Champagne ; Monsieur Cajena à Soissons et Amiens ; Monsieur Courtebonne en Normandie ; Monsieur Bullonde de Abbeville à Calais ; Monsieur Maulevrier à Ypres, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Calvo à Tournay, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Vertillac à Valenciennes, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Gournay en Hainaut, avec le marquis de Vignon sous ses ordres ; Monsieur de Vatteville à Philippeville ; Monsieur de Guiscar à Dinan ; Monsieur de Bouflers au Luxembourg et en Lorraine, avec plusieurs marquis sous ses ordres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2004
p. 28-54
Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday la derniere fois qu'on devoit avoir bientost [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Constantin Phaulkon, Français, Enfants, Royaume, Religion, Bangkok, Siamois, France, Forteresse, Vaisseau, Lettres de naturalité, Siamoise, Mandarins, Mandarin, Hollandais, Secours, Mourir, Hommes, Troupes, Usurpateur, Assiégés, Canon, Côte, Vivres
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texteReconnaissance textuelle : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Je vous manday la derniere
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
Fermer
Résumé : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
En mai de l'année précédente, le roi de Siam tomba gravement malade, ce qui permit à Opra Petrarcha, un mandarin influent, de tenter de prendre le pouvoir avec le soutien des grands, des talapoins et du peuple. Profitant de la coutume qui enferme les principaux du royaume dans le palais lors de la maladie du roi, Opra Petrarcha obtint la garde de ces mandarins avec une armée de quinze mille hommes. Monsieur Constance demanda l'aide de Monsieur des Farges, gouverneur de Bangkok, mais ce dernier refusa. Opra Petrarcha fit alors assassiner le fils adoptif du roi, Monsieur Constance et les frères du roi. Madame Constance, catholique et japonaise, fut torturée avant d'être sauvée par un officier français. Les rebelles pillèrent les biens des chrétiens. Le roi, impuissant et prisonnier, distribua de l'argent aux jésuites et mourut peu après. En décembre 1689, des conflits éclatèrent entre les Français, les Anglais et les alliés du nouveau roi de Siam. Les Français et les Anglais furent assiégés dans une forteresse à Bangkok pendant cinq mois avant de capituler. Les Français quittèrent Bangkok après avoir rendu inutilisables une partie de leurs canons. Parallèlement, M. de Bruan réussit à s'échapper après un siège à Mergui. Plusieurs officiers français furent capturés. M. des Farges envoya M. de Beauchamp en France pour informer le roi de la situation, mais celui-ci fut capturé par les Hollandais. Le roi de France envoya six vaisseaux pour rapatrier les troupes françaises. Un acte royal de février 1689 accorda des privilèges aux enfants du sieur Constance et à leurs descendants, leur permettant de s'établir en France avec les mêmes droits que les sujets originaires. Ils furent dispensés de toute finance ou taxe liée à leur statut d'étranger. L'acte ordonna aux autorités de garantir l'application perpétuelle de ces dispositions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2006
p. 295-297
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye vient de fort / Nous sommes deux Soeurs de mesme âge, [...]
Mots clefs :
Lunettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de fort
bon lieu elle merite que
vous en faffiez part à vos
Amies .
;
Bb iiij
296 MERCURE
222SSS22-2222S5252
ENIGME.
N
us fommes deux Soeurs de
jamesme âge , de eg
Qui n'avons rien de different
Dans noftre ordinaire ufage ,
On nous place toûjours en lieu fort
apparent.
S
Quoy que de bien des
1.
gens yous
fecondions l'adreffe ,
En commerce amoureux cet ufage eſt
Suspects
Et malgré d'un Amant le plus profond
respect
GALANT. 297
Nous luy nuifons auprés de fa
Maiftreffe.
On nous en chaffe artiſtement ,
Comme eftant alors inutiles ;
On nous conferve affez soigneusement
,
Auffi fommes-nous bien fragiles.
Fugez fi noftrefort eft doux ;
Tels ont des Rois l'entiere confi
dence
Qui , dans le Cabinet , ne voyent:
qu'avec nous
Les fecrets de plus d'importance..
vous envoye vient de fort
bon lieu elle merite que
vous en faffiez part à vos
Amies .
;
Bb iiij
296 MERCURE
222SSS22-2222S5252
ENIGME.
N
us fommes deux Soeurs de
jamesme âge , de eg
Qui n'avons rien de different
Dans noftre ordinaire ufage ,
On nous place toûjours en lieu fort
apparent.
S
Quoy que de bien des
1.
gens yous
fecondions l'adreffe ,
En commerce amoureux cet ufage eſt
Suspects
Et malgré d'un Amant le plus profond
respect
GALANT. 297
Nous luy nuifons auprés de fa
Maiftreffe.
On nous en chaffe artiſtement ,
Comme eftant alors inutiles ;
On nous conferve affez soigneusement
,
Auffi fommes-nous bien fragiles.
Fugez fi noftrefort eft doux ;
Tels ont des Rois l'entiere confi
dence
Qui , dans le Cabinet , ne voyent:
qu'avec nous
Les fecrets de plus d'importance..
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2011
p. 315-318
ENIGME
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle dont l'Auteur cache / Il ne m'est point honteux d'estre petite, [...]
Mots clefs :
Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME
Je vous envoye une Enigme
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom . Elle eft affez étendue
pour faciliter à vos Amies
la connoiffance du mot qu'elle
cache.
Dd ij
316 MERCURE
12.
ENIGME
L ne m'eft point honteux d'eftre
petite ,
Fen fuis plus innocente , & moins
Suspecte ; auffi
De mejuftifier on prend peu defoucy.
Quoy qu'ordinairement on craigne
ma vifite ,
e ne fais jamais rien qui bieffe la
pudeur.
Pourtant ma compagnie eft de manvaife
odeur,
Puis qu'elle fait rougir la plus honnefte
Fille.
Jay foulagé bien plus d'une Famille
;
Et l'on ne dira pas que je ne fers de
rien,
Car,fi les uns cedent àma puiffance
GALANT.
317
Par leur trop foible refiftance ,
A d'autres bien fouventje procure du
bien.
Ma puiffance en effet est bien grande
& bien forte.
Fe feme en bien des lieux, & ce n'eft
point en vain ;
Mais l'abondance de mon grain
Defole le champ qui le porte.
Dés la premiere impreffion
Que je fais fur un coeur , on voit
que la plus Belle
Se rend à ma difcretion
Et me met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
Elle me dorlote & mitonne ,
Pour me faire au plûtoft fortir,
Parce queje la fais pâtir
Par la peine que je luy donne.
L'air me porte, & partant fi je fuis
un fardeau ,
Dd iij
318 MERCURE
Ileft leger, puis que l'air le voiture
Je n'ay jamais appris ny Deffein , ny
Peinture >
Et ne fais vanité de crayon ny pinceau
,
Je me diftingue affez par la Graveure.
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom . Elle eft affez étendue
pour faciliter à vos Amies
la connoiffance du mot qu'elle
cache.
Dd ij
316 MERCURE
12.
ENIGME
L ne m'eft point honteux d'eftre
petite ,
Fen fuis plus innocente , & moins
Suspecte ; auffi
De mejuftifier on prend peu defoucy.
Quoy qu'ordinairement on craigne
ma vifite ,
e ne fais jamais rien qui bieffe la
pudeur.
Pourtant ma compagnie eft de manvaife
odeur,
Puis qu'elle fait rougir la plus honnefte
Fille.
Jay foulagé bien plus d'une Famille
;
Et l'on ne dira pas que je ne fers de
rien,
Car,fi les uns cedent àma puiffance
GALANT.
317
Par leur trop foible refiftance ,
A d'autres bien fouventje procure du
bien.
Ma puiffance en effet est bien grande
& bien forte.
Fe feme en bien des lieux, & ce n'eft
point en vain ;
Mais l'abondance de mon grain
Defole le champ qui le porte.
Dés la premiere impreffion
Que je fais fur un coeur , on voit
que la plus Belle
Se rend à ma difcretion
Et me met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
Elle me dorlote & mitonne ,
Pour me faire au plûtoft fortir,
Parce queje la fais pâtir
Par la peine que je luy donne.
L'air me porte, & partant fi je fuis
un fardeau ,
Dd iij
318 MERCURE
Ileft leger, puis que l'air le voiture
Je n'ay jamais appris ny Deffein , ny
Peinture >
Et ne fais vanité de crayon ny pinceau
,
Je me diftingue affez par la Graveure.
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2013
p. 68
MADRIGAL.
Début :
Fiers Ennemis, il faut vous rendre, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Éléments, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
FIers Ennemis , il faut vous
rendre
LaTerre& laMerfont pournous.
Sur quel autre Element pourriez-
vous vous défendre?
Dieu quiſoutient Louis,est leMaître
de tous
Mlle
deScudery
.
FIers Ennemis , il faut vous
rendre
LaTerre& laMerfont pournous.
Sur quel autre Element pourriez-
vous vous défendre?
Dieu quiſoutient Louis,est leMaître
de tous
Mlle
deScudery
.
Fermer
2015
p. 7-13
STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Début :
La conjoncture presente des affaires fait meriter tant de / Fille du Ciel, aimable Paix, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Armes, Gloire, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
A
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
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Résumé : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Le texte est une lettre du périodique Mercure, qui commence par louer le roi et mentionne les éloges qu'il reçoit. L'auteur décide de partager des poèmes récents, notamment ceux de Madame des Houlières, reconnue pour ses vers de qualité. Le poème principal, intitulé 'Stances sur les Victoires du Roy', célèbre les triomphes du roi Louis. Il décrit la paix comme une fille du ciel, exilée par l'erreur et la jalousie, mais appelée à revenir grâce aux succès du roi. Le poème souligne la générosité du roi, qui préfère la paix et le bien-être de ses peuples à la gloire personnelle. Il mentionne également la rage des ennemis du roi, vaincus sur terre et sur mer, et exprime l'espoir que la paix reviendra grâce aux victoires du roi.
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2016
p. 101-108
SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Début :
Cependant pour ne vous pas priver du plaisir de voir / Sur le bord d'un ruisseau paisible [...]
Mots clefs :
Muses, Duc de Montausier, Gloire, Vertus, Héros, Protecteur
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Cependant
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau paiSo
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs ,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Lestitresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire ,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Quipar des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre appuy?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy ?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle ?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Faybien d'autresfujets de murmurercontr'elle.
Puis-je voirfans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
Queue dansfa pareffe elle forme
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe ,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que delafin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pourfauver une Teftefi chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds!
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle,
Et qui devoit durer toujours
Sile merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon cœur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée àfa prudence ,
Unefeconde fois Vainqueur
Des fieres Nations que l'Envie &
[Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fatisfaits Satisfaits . Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefurles fombres bords
Montaufier a rejointfa divineJulie.
Tous deuxmalgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux fontfuivis de as illuftres Morts ,
Quidans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice,
Tandis que des grands noms du Heros que je plains
Auxfiecles à venir on transmet la memoire ,
Etque les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau paiSo
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs ,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Lestitresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire ,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Quipar des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre appuy?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy ?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle ?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Faybien d'autresfujets de murmurercontr'elle.
Puis-je voirfans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
Queue dansfa pareffe elle forme
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe ,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que delafin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pourfauver une Teftefi chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds!
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle,
Et qui devoit durer toujours
Sile merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon cœur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée àfa prudence ,
Unefeconde fois Vainqueur
Des fieres Nations que l'Envie &
[Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fatisfaits Satisfaits . Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefurles fombres bords
Montaufier a rejointfa divineJulie.
Tous deuxmalgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux fontfuivis de as illuftres Morts ,
Quidans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice,
Tandis que des grands noms du Heros que je plains
Auxfiecles à venir on transmet la memoire ,
Etque les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire
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Résumé : SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Le texte est un poème funèbre sur la mort du duc de Montausier. Il commence par une lettre de Madame des Houlières, qui évoque le malheur des Muses ayant perdu leur protecteur. Le poème exprime la douleur d'Olimpe face à cette perte, soulignant le rôle du duc comme protecteur des Muses et des vertus héroïques. Il déplore l'avenir incertain des Muses et des vertus sans son appui. Le texte critique l'injustice de la nature, qui permet aux arbres de vivre plus longtemps que les hommes. Il exprime une colère face à la mort prématurée du duc, comparée à celle des hommes indignes qui vivent plus longtemps. Le poème s'adresse ensuite aux dieux, reprochant leur ingratitude et leur refus de prolonger la vie du duc, malgré ses mérites et ses victoires. Il conclut en évoquant la réunion du duc avec sa divine Julie dans l'au-delà et la mémoire durable de ses exploits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2017
p. 109-111
SONNET.
Début :
Mr le Clerc, de l'Academie Françoise, s'est aussi adressé / Montausier ne voit plus la lumiere du jour, [...]
Mots clefs :
Muses, Monsieur de Montausier, Louis, Perte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
r le Clerc , de l'AcademieFrançoife ,s'eft auffi adref,
fé aux Mufes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de M de Montaufier ,
luy a fourny la matiere. II
eft trop beau pour ne vous
en pas envoyer une Copie.
SONNE T.
Ontaufier ne voit plus la lumiere du jour,
Mufes , que fon trepas a fi fort de
folées ,
A l'honneur de fon nom dreſſez des
Maufolées,
Dignes defa vertu , dignes de vostre
amour.
110 MERCURE
[
2
Dés fes plusjeunes ans il vous faifoit la cour,
Et quand de nos Climats Mars vous
eut exilées ,
On vous y vidbien- toft parfesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants aufier bruit
du tambour.
S
Que nos derniers Neveux , par voftre miniftere,
Apprennent à quelpoint il fut jufte
&fincere
Vaillant & liberal , fage : actif,
éclairé.
$
>
Mais non , LOVIS a fait son vray
Panegyrique ,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroïqne ,
GALANT III
A fes plus grands Sujets fon choix
l'a préféré.
fé aux Mufes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de M de Montaufier ,
luy a fourny la matiere. II
eft trop beau pour ne vous
en pas envoyer une Copie.
SONNE T.
Ontaufier ne voit plus la lumiere du jour,
Mufes , que fon trepas a fi fort de
folées ,
A l'honneur de fon nom dreſſez des
Maufolées,
Dignes defa vertu , dignes de vostre
amour.
110 MERCURE
[
2
Dés fes plusjeunes ans il vous faifoit la cour,
Et quand de nos Climats Mars vous
eut exilées ,
On vous y vidbien- toft parfesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants aufier bruit
du tambour.
S
Que nos derniers Neveux , par voftre miniftere,
Apprennent à quelpoint il fut jufte
&fincere
Vaillant & liberal , fage : actif,
éclairé.
$
>
Mais non , LOVIS a fait son vray
Panegyrique ,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroïqne ,
GALANT III
A fes plus grands Sujets fon choix
l'a préféré.
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Résumé : SONNET.
Le sonnet de r le Clerc rend hommage à M. de Montausier, soulignant sa vertu et son attachement aux Muses. Il exalte ses qualités telles que la justice, le courage et la sagesse, et rappelle que Louis XIV a honoré Montausier en le choisissant pour éduquer son fils.
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2019
p. 287-288
ENIGME.
Début :
Bien que d'abord je frape sans parler, [...]
Mots clefs :
Marteau d'une porte
2020
p. 73-93
Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, quelle grande contestation s'est émeuë / Nous nous jettons, Seigneur, toutes à vos genoux, [...]
Mots clefs :
Apollon, Polimnie, Temps, Perrault, Gloire, Génie, Montmor, Esprits, Parnasse, Beau sexe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
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Résumé : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
En novembre 1690, une controverse majeure a éclaté entre les savants à propos du poème 'Le Siècle de Louis le Grand' de Charles Perrault. Ce poème, publié par le libraire Coignard, a suscité des critiques, notamment de la part d'un poète hollandais se faisant appeler Montmor. Cette critique a incité M. de Vin à écrire un dialogue intitulé 'Le Galant Dialogue', impliquant Apollon et la Muse Polymnie. Dans ce dialogue, les Muses se plaignent à Apollon des attaques dont elles sont victimes, notamment de la part de Montmor, qui les accuse de froide éloquence et de vieillesse. Elles expriment leur frustration face à l'ingratitude des Pays-Bas, malgré leurs efforts pour y apporter la lumière. Apollon les rassure en leur affirmant que leurs ennemis ne sont pas aussi puissants qu'ils le croient et que leur talent est toujours vivant. Apollon mentionne également que Perrault, un de ses favoris, travaille à défendre les Muses et à prouver que la littérature moderne peut égaler l'antiquité. Il cite des exemples de grands écrivains et artistes anciens et modernes pour illustrer la persistance de la créativité et du génie. Apollon souligne également le soutien des grands souverains, comme Alexandre, César et Auguste, aux arts, et compare leur patronage à celui de Louis XIV en France. Le dialogue se termine par une défense vigoureuse de la littérature moderne et une critique des préjugés en faveur de l'antiquité. Apollon encourage les Muses à mépriser les critiques de Montmor et à continuer de briller par leur talent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2021
p. 158-164
Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est si commun que les Vers, rien n'est si rare / Permettez-moy Madame, de vous dire, que je suis [...]
Mots clefs :
Héros, Idées brillantes, Madame, Admiration
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Rien n'eft fi.commun que
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
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Résumé : Lettre à Madame Deshoullieres. [titre d'après la table]
Le texte souligne la rareté des bons poètes parmi les nombreux auteurs. Il met en lumière M. de Sencé, premier valet de chambre de la reine défunte, comme un exemple de poète talentueux. Son idylle est appréciée pour son inventivité, ses pensées bien formulées et ses vers agréables. L'auteur espère que M. de Sencé écrira plus fréquemment. Une lettre de M. de Sencé à Madame Deshoulières, datée du 16 novembre 1690, est également mentionnée. Dans cette lettre, M. de Sencé compare sa situation à celle des héros de comédie conservant leur dignité malgré les adversités. Il exprime son honneur d'être connu et estimé par Madame Deshoulières et son désir de recevoir des nouvelles directes d'elle. Il lui envoie une idylle de sa composition, espérant en retour un présent littéraire de sa part. La lettre se conclut par des marques de respect et d'admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2022
p. 165-177
LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Début :
La Sône, si tranquille autrefois dans sa course, [...]
Mots clefs :
Eaux , Âme, Temps, Amour, Saône, Berger, Fleuve, Cours
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texteReconnaissance textuelle : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
LES GRANDES EAUX.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuples voifins defa fource
Ont àfon cœurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nosyeux réveille les
idées >
Et vomit àflots écumans
Surnos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre &fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant ;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre uneguerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonnerfa Belle >
Ilfe retire en gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écumefouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement ,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferablejouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
vœux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy,Servilement contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
Apeine leur tremblante crainte
Laiffe échaperce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achantefeul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169
•
Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il, tn n'es plus cette paifiblesône
De qui les bords delicieux 2.
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue, helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defirfunefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi mal?
Voy de combien de mauxton orgueil
eft coupable,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre 1690. P
170 MERCURE
< Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tuguindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , &nos tendres chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Oufçait affez lefujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un œiljaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits defon
vifaga,
Etcourir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
Ace zerrible emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Ehbien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tufurpasses en fureur
Le Drac, la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fanspitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumesfombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine >
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar, pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eftpoint pour s'unir d'une immortelle chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient leur empire ,
N'eft qu'une purefiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne mecite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah! d'aucune divinité
par
Lefonddes Eaux n'eft habité,
Ou s'il en eft parmi les ondes,
Jamais l'Amour, pour mon mal- heur,
Nefit dans leurs grottes profon- des ,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur?
GALANT. 175
2
ل
De cesfantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable cœur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le cœur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vousaurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefencefi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
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Résumé : LES GRANDES EAUX. IDILLE.
Le texte relate les conséquences désastreuses de la crue de la rivière Sône, autrefois tranquille. Les eaux en furie sèment la terreur et la colère parmi les populations voisines, rappelant le Déluge. La nature est sévèrement touchée : les herbes sont recouvertes de limon, la végétation est en détresse, et les arbres sont réduits à l'état de débris. Les bergers, effrayés, voient dans cette catastrophe une vengeance divine. Achante, un berger, déplore le retard du retour de Climène en raison des inondations. Il reproche à la rivière son comportement furieux et son orgueil. La Sône est comparée à d'autres fleuves dévastateurs tels que le Drac, la Drome et la Durance. Le texte critique les légendes antiques sur les dieux des eaux, affirmant que ces divinités n'existent pas et ne peuvent pas secourir les amants. Achante supplie la rivière de se calmer pour permettre le retour de Climène et espère que l'amour interviendra pour améliorer la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2023
p. 282-284
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle qui merite bien l'application / Ie ne vois jamais rien, cependant jour & nuit [...]
Mots clefs :
Coq d'un clocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enig
me nouvelle qui merite bien
l'application de vos Amies.
52525552-222252255
ENIGME.
E ne vois jamais rien , cependant
jour&nuit
I ne
Je fuis au guet, fans craindre vent
ny pluye ;
Quoy qu'on dife de moy , fort peu
je m'en foucie ;
Carje fuis au deus du bruit.
S
Si le rangque je tiens peut donner
de l'envie ,
Du moins j'ofe bien me vanter
GALANT. 283
Que l'homme le plus fierjamais par
jalousie
N'entreprendra de me le contefter.
$
Je fuis toujours fi bien en garde,
Que ce n'est qu'en tremblant qu'on
ofe m'approcher,
Et le plus refolu , fans vouloir me
toucher
Seulement de loin me regarde.
20
Mon corps , quoy que fort gros , Se
remue aifément ;
Toujours fobre, jamais je ne fais de
débauche s
Auffi je fais alaigrement bet
Le demy tour à droit , le demy tour
à gauche.
S
Aux endroits les plus frequente
A a ij
284 MERCURE
On me voit à Paris tourner de tous
coftez,
Sans craindre , comme font les Coquets
& Coquettes ,
Ny les crottes , ny les charettes.
S
De mon pofte jamais je ne fuis en
nuyé ;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
faffe,
Je conferve toujours ma place,
Et refte fur un mefme pied.
me nouvelle qui merite bien
l'application de vos Amies.
52525552-222252255
ENIGME.
E ne vois jamais rien , cependant
jour&nuit
I ne
Je fuis au guet, fans craindre vent
ny pluye ;
Quoy qu'on dife de moy , fort peu
je m'en foucie ;
Carje fuis au deus du bruit.
S
Si le rangque je tiens peut donner
de l'envie ,
Du moins j'ofe bien me vanter
GALANT. 283
Que l'homme le plus fierjamais par
jalousie
N'entreprendra de me le contefter.
$
Je fuis toujours fi bien en garde,
Que ce n'est qu'en tremblant qu'on
ofe m'approcher,
Et le plus refolu , fans vouloir me
toucher
Seulement de loin me regarde.
20
Mon corps , quoy que fort gros , Se
remue aifément ;
Toujours fobre, jamais je ne fais de
débauche s
Auffi je fais alaigrement bet
Le demy tour à droit , le demy tour
à gauche.
S
Aux endroits les plus frequente
A a ij
284 MERCURE
On me voit à Paris tourner de tous
coftez,
Sans craindre , comme font les Coquets
& Coquettes ,
Ny les crottes , ny les charettes.
S
De mon pofte jamais je ne fuis en
nuyé ;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
faffe,
Je conferve toujours ma place,
Et refte fur un mefme pied.
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2024
p. 330-331
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle, qui ne vous donnera / Qui que tu sois qui crois calculer bien, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , qui ne vous donnera
que la peine de bien calculer
pour en découvrir le
fens.
GALANT. 331
$2525552 :222252255
ENIGME.
Vi que tu fois qui crois calculer
bien ,
J'entreprens aujourd'huy de te faire
la nique ,
Est'apprendre une Arithmetique,
Où le Diable ne connoift rien.
2
Sans rien ajoûter ny rabattre,
Quatre fois trois font vingt, comme
quinze font fix ;
De mefme trente -fept font dix;
Cependant tout ne fait que quatre.
nouvelle , qui ne vous donnera
que la peine de bien calculer
pour en découvrir le
fens.
GALANT. 331
$2525552 :222252255
ENIGME.
Vi que tu fois qui crois calculer
bien ,
J'entreprens aujourd'huy de te faire
la nique ,
Est'apprendre une Arithmetique,
Où le Diable ne connoift rien.
2
Sans rien ajoûter ny rabattre,
Quatre fois trois font vingt, comme
quinze font fix ;
De mefme trente -fept font dix;
Cependant tout ne fait que quatre.
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2029
p. 91-128
Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 5. de ce mois, Mr de Fontenelle fut receu à [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Académie française, Corneille, Éloge, Anciens, Modernes, Louis, Discours, Charpentier, Harangue, Lecture, Académie d'Arles, Académie des Ricovrati de Padoue, Madame Deshoulières, Abbé de Lavau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
e Samedy.5. de ce mois
M' de Fontenelle fut receu à
l'Academie Françoife, & s'attira de grands applaudiffemens par le remerciement
qu'il y fit . Il dit d'abord
fi jamais il avoir efté capable
de fe laiffer furprendre aux
douces illufions de la vanité,
il n'auroit pû s'en défendre
dans l'occafion cù il fe trouvoit, s'il n'avoit confideré
qu'on avoit bien voulu luy
faire un merite de ce qu'il
avoit prouvé par fa conduite
qu'il fçavoit parfaitement le
prix du bienfait qu'il recevoir.
Hij
92 MERCURE
Il ajoûta qu'il ne pouvoit
d'ailleurs fe cacher qu'il devoit l'honneur qu'on luy avoit fait de l'admettre dans
un fi celebre Corps , au bonheur de fa naiTance qui le
faifoit tenir à un Nom qu'un
illuftre Mort avoit ennobly,
& qui eftoit demeuré en veneration dans la Compagnie.
Tout le monde connut bien
qu'il vouloit parler du grand
Corneille, donr il fit l'Eloge
en peu de mots , auffi bien
que de M' de Villayer, Doyen
du Confeil d'Etat , auquel il a
fuccedé dans la place qu'il
GALANT. 93
avoit laiffée vacante. Il paffa
de là au grand fpectacle qui
devoit le plus intereffer toute
l'Affemblée , & parla de la
conquefte de Mons , d'une
maniere fi vive , fi fine , & fi
éloquente , qu'on peut affurer
que dans tout ce qu'il en dit
il y avoit prefque autant de
penfées que de paroles. Son
tile fut ferré & plein de
force , & aprés que la
peinture qu'il fit de la prife
de cette importante Place ,
cut fait paroistre tout ce qu'-
elle avoit de furprenant , il
n'eut pas de peine à fe faire
94 MERCURE
croire lors qu'il ajoûta, que fi
le grand Cardinal de Richelieu , à qui l'Academie Françoife devoit le bonheur de
fon établiffement, & qui avoit
commencé à travailler avec
de fi grands fuccés à la grandeur de la France , revenoit
au monde , il auroit peine à
s'imaginer que LOUIS LE
GRAND cult pû l'élever
à un fi haut degré de gloire.
C'eftoit à M' l'Abbé Teftu,
commeDirecteur de la Compagnie , à répondre à ce Difcours , mais fon peu de fanté
ne luy permettant alors au-
GALANT. 95
cune application , M' de Corneille qui en eftoit Chancelier , fut obligé de parler au
lieu de luy , ce qui caufoit
quelque curiofité parmyceux
quicompofoient l'Affemblée,
puis qu'eftant Oncle de M'de
Fontenelle , la bien . feance
vouloit qu'il cherchaft un
tour particulier pour fe difpenfer de luy donner des
louanges. Comme l'amitié
qui eft entre nous me défend
de vous rien dire à fon avantage , je me contenteray de
vous faire part de fa réponſe,
telle qu'il l'a prononcée ,
96 MERCURE
ainfi vous en allez juger par
yous mefme. Voicy les termes dontil fe fervit.
MONSONSIEUR,
Nousfommes traitez vous &
moy bien differemment dans le
mefme jour. L'Academie a be
foin d'un digne Sujet pour remplirle nombre qui luy eft prefcrit
par fes Statuts. Pleine de difcernement , n'ayant en veuë que
le feul merite, & dans l'entiere liberté de fes fuffrages , elle
vous choisit pour vous donner ,
non feulement une place dans
Son
GALANT.
97
fonCorps , mais celle d'un Magistrat éclairé , qui dans une noble
concurrence ayant eu l'honneur
d'etre declaré Doyen du Confeil
d'Estat par le jugement meſme
de Sa Majefté, faifoit fon plus
grand plaifir de fe dérober à ſes
importantes fonctions , pour nous
venir quelquefois faire part de
fes lumieres ; que pouvoit- il arriver de plus glorieux pour vous?
Dans le mefme temps , cette
mefme Academie change d'Officiers ,felon fa coutume. Le Sort
qui décide de leur choix, n'auroit
pu qu'eftre applaudy, s'il l'euft
fait tomber fur tout autre que
May 1691.
I
98 MERCURE
fur moy, & quoy qu'incapable
de foutenir le poids qu'il impofe,.
c'eft moy qui le dois porter. Il eft
vray qu'il a fait voir fa justice
par l'illuftre Directeur qu'il nous
a donné. La joye que chacun de
nous en fit paroiftre, luy marqua
affez que le hazard n'avoitfait .
s'accommoder ànos fouhaits,
je n'enfçaurois douter , vous
ne le pustes apprendre fans vous.
fentir auffi - toft flatéde ce qui auroit faifi le cœur le plus détachés
de l'amour propre. La qualité des
Chefde la Compagnie l'engageant
dans la place qu'il occupe , à vous
repondre pour Elle , il vous auroit
que
P
GALANT. 99
esté doux qu'un homme, dont l'éloquence s'eftfait admirer en tant
d'actions publiques, vous eustfait
connoiftre fur quels fentimens.
d'eftime pour vous l'Academie
s'eft determinée à fe declarer en
vostrefaveur.
Son peu defanté l'ayant obligé de s'en repofer fur moy, vous
prive de cette gloire , & quand
le défir de repondre dignement à
l'honneur quej'ay de portericy!
parole à fondefaut , pourroit n'animer affez pour me donner la
force d'efprit qui meferoit neceffaire dans un fi glorieux pofte, ce
que je vous fuis me fermant la
I ij
100 MERCURE
bouche fur toutes les choſes qui
feroient trop à votre avantage ,
vous ne devez attendre de moy
qu'un épanchement de cœur qui
vousfaffe voir la part que je
prens au bonheur qui vous arrive , des fentimens & non des
lou
inges.
M'abandonnerai
-je à ce
qu'ils
m'inſpirent
? La
proximité
du
Sang
, la
tendre
amitié
quej'ay
pour
vous
, lafuperiorité
que me
"donne
l'âge
,toutfemble
me lepermettre
, vous
le devez
fouffrir
,
j'iray
jufques
à vous
donner
des
confeils
. Au lieu
de vous
dire que
celuy
qui afi bienfait
parler
les
GALANT. ΙΟΙ
Morts n'eftoit pas indigne d'entrer en commerce avec d'illuftres
Vivans ; au lieu de vous applau
dirfur cet agréable arrangemens
de differens Mondes dont vous
nous avez offert le spectacle ,
furcet Art fidifficile , & qu'ilme
paroift que le Public trouve en
vous fi- naturel , de donner de
l'agrément aux matieres les plus
feches , je vous diray que quelque
gloire que vous ayent acquife dés
vos plus jeunes années les talens
qui vous diftinguent, vous devez
les regarder, non pas comme des
dons affez forts de la nature pour
vous faire atteindre , fans autre
Í iij
102 MERCURE
a
fecours que de vous mefme , à la
perfection du merite que je vous
fouhaite ; mais comme d'heureufes difpofitions qui vous y peuvent conduire. Cherchez avec
fin pour y parvenir les lumieres
qui vous manquentile choix qu'on
fait de vous vous met en eftat
de lespuifer dans leur fource.
En effet , rien ne vous les peut
fournir fi abondamment que les
Conferences d'une Compagnie ,
oùfi vous m'en exceptez , vous
ne trouverez que de ces Genies
fublimes à qui l'immortalité eſt
deue. Tout ce qu'on peut acquerir de connoiffances utiles par les
1
GALANT. · 103
aura
belles Lettres , l'Eloquence , la
Poëfie , l'Art de bien traiter
l'Histoire , ils le poffedent dans
le degré le plus éminent › &
quand un peu de pratique vous
facilité les moyens de connoistre a fond tout le merite de
- ces celebres Modernes , peut eftre
ferez- vous autorisé , je ne dis pas
à les préferer , mais à ne les pas
trouver indignes d'eftre comparez
aux Anciens. Ce n'est pas que
toutejufte que cette loüange puiffe
eſtre pour eux, ils ne la regardent
comme une loüange qui ne leur
Sçauroit appartenir. Ils ne l'écoutent qu'avec repugnance , &la
I iiij
104 MERCURE
veneration qui eft deue à ceux
qui nous ont tracé la voye dans
le chemin de l'esprit , s'il m'eſt
permis de me fervir de ces termes, prévaut en eux contre euxmefmes , enfaveur de ces grands
Hommes, dont les excellens Ouvrages toûjours admire de toutes les Nations, ont paffejuſques
à nous malgré un nombre infiny
d'années, comme des Originaux
qu'on ne peut trop eftimer. Mais
pourquoy nous fera-t- il défendu
de croire que dans les Arts &
dans les Sciences les Modernes
puiffent aller auffi- loin , &mêplus loin que les Anciens , puis
GALANT. 105
qu'il eft certain , en matiere de
Heros , que toute l'Antiquité,
cette Antiquitéfi venerable, n'a
l'on puiffe comparer à
rien que
celuy de noftre Siecle?
Quel amas de gloirefe prefente
à vous, Meffieurs , à la fimple,
idée que je vous en donne !
Nentrons point dans cette foule
d'actions brillantes dont l'éclat
trop vifnepeut que nous ébloüir.
N'examinons point tous ces furprenans prodiges dont chaque
année de fon regne fe trouve
marquée. Les Cefars , les Ale
xandres ont befoin que l'on
rap
pelle tout ce qu'ils ont fait pen-
106 MERCURE
"
dant leur vie pour paroiftre di
gnes de leur reputation , mais il
n'en est pas de mefme de Louis
le Grand. Quand nous pourrions
oublier cette longue fuite d'évenemens merveilleux qui font
l'effet d'une intelligence incomprehenfible, l'Hertfie détruite ,
la protection qu'il donne feul
aux Rois opprimez , trois Ba
tailles gagnées encore depuis
peu dans une mefme Campagne,
il nous fuffiroit de regarder ce
qu'il vient defaire, pour demeurer convaincus qu'il est le plus
grand de tous les hommes.
Seur des conqueftes qu'il vou-
GALANT. 107
› y renonce pour dra tenter il
donner la paix à toute l'Europe.
L'Envie en fremit ; la Faloufie
qui faifit de redoutables Puiffances ne peut fouffrir le triomphe que luy affure une fi haute
vertu. Sa grandeur les bleffe , il
faut l'affaiblir. Un nombre infiny de Princes qui ne poffedent
encore leurs Etats queparce qu'il
dédaigné de les attaquer , ofent
oublier ce qu'ils luy doivent pour
entrer dans une Ligue, où ils s'imaginent que leursforces jointes
feront en eftat d'ébranler une
Puiffance qui a jufque là refifte
à tout. Que les Ennemis de la
a
108 MERCURE
Chreftienté fe refaififfent de tour
un Royaume qu'ils n'ont perdu
que par cette Paix, qui a donné
lieu aux avantages qu'on a remportez fur eux, n'importe,il n'y a
rien qui ne foit à préferer au chagrin infupportable de voir le Roy
jouir de fa gloire.LesAlliezfe refolvent àprendre les armes des
Princes Catholiques , l'Espagne
mefme que fa fevere Inquifition
rend fi renommée furfon exactitude à punir les moindres fautes
qui puiffent bleffer la Religion ,
ne font point difficulté de renouveller la guerre,pour appuyer les
deffeins d'un Princesà qui toutes
1
GALANT.
109
les Religions paroiffent indiffe
rentes , pourveu qu'il nuife à la
veritable ; d'un Prince qui pour
fe placer au Trône ofe violer les
plusfaintes loix de la nature, &
qui ne s'eft rendu redoutable qu'à
cauſe qu'il a trouvé autant d'a¬
veuglement dans ceux qui l'élevent, qu'il a d'injuſtice dans tous
les projets qu'il forme.
Voyons les fruits de cette
union ; des pertes continuelles.
tous les jours des malheurs à
craindre plus grands que ceux
qu'ils ont déja éprouvez. Il faut
pourtant faire un dernier effort ,
pour arteter les gemiffemens des
Peuples, à qui de dures exactions.
110 MERCURE
"
font ouvrir les yeux fur leur efclavage. Onmarque le temps
le lieu d'une Affemblée. Des
Souverains , que la grandeur de
leur caractere devroit retenir › y
viennent de toutes parts rendre
dehonteux hommages à ce témeraire Ambitieux, que le crime a
couronné, & qui n'est au deffus
d'eux, qu'autant qu'ils ont bien
voulu by mettre. Il les entre
tient d'efperances chimeriques.
Leur formidable puiffance ne
trouvera rien qui luy puiffe refifter. S'ils l'en ofent croire, le Roy
qui veut demeurer tranquille
ne fe fait plus un plaifir d'aller
GALANT. III
animerfes Armées parfa prefen-·
ce; & dès que le tempsfera venu
d'entrer en campagne , ils font
affure de nous accabler.
Il est vray que le Roy garde
beaucoup de tranquillité ; mais
qu'ils ne s'y trompent pas. Son
repos eft agiffant , fon calme l'emporte fur toute l'inquietude de
leur vigilance , & la regle des
faifons n'eft point une regle pour
ce qu'il luy plaift de faire. Nos
Ennemis confument le temps
examiner ce qu'ils doivent entreprendre , Louis eft preft
à
d'executer. Il n'a point fait de
menaces mais fes ordres font
112 MERCURE
donnez ; il part , Mons eft inwesty , fes plus forts remparts
ne peuvent tenir enfa prefence,
&en peu de jours fa prife nous
delivre des alarmes où il nous
jettoit en s'expofant. Que de
glorieufes circonstances relevent
cette conqueste! C'est peu qu'elle
foit rapide , c'est peu qu'elle ne
nous coute aucune, perte qu'on
puiffe trouverconfiderable. Ellefe
fait auxyeux mefmes de ce Chef
de tant de Ligues , qui avoitjuré
la ruine de la France. Il devoit
venir nous attaquer , on va au
devant de luy, & il ne sçauroit
défendre laplus importante Place
GALANT. 113
qu'on pouvoit êter à fes Alliez.
S'il ofe approcher, c'est feulement pour voir de plusprés l'heureux triomphedefon augufte Ennemy.
Nos avantages ne font pas
moins grands du cofté de
l'Italie . Une des Places qui
vient d'y efire conquife , avoit
bravé, il y a cent cinquante ans,
les efforts de deux Ármées , &
dés la premiere attaque de nos
Troupes elle est contrainte de capituler. Gloire par tout pour le
Roy !
Confufion par tout pourfes
Ennemis ! Ils fe retirent tout
couverts de honte ; le Royrevient
May 1691.
K
114 MERCURE
couronné par la Victoire , & lå
Campagne s'ouvrira dansfafaifon. Quelles merveilles n'avonsnous pas lieu de croire qu'elle produira , quand nous voyons celles
qui l'ont precedée.
Voilà, Meffieurs, une brillante
matiere pour employer vos rares
talens. Vous avez une occafion
bien avantageuse de les faire
voirdans toute leurforce , fipourtant il vous eft poffible de trouver
des expreffions qui répondent à la
grandeur du Sujet. Quelques
foins que nous prenions de chercher l'ufage de tous les mots de la
"Langue , nous ne sçaurions nous
GALANT.
cacher que les Actions du Roy
font au deffus de toutes fortes de
termes. Nous croyons les grandes
chofes qu'il afaites, parce que nos
yeux en ont efte les témoins, mais
fur le rapport que nous en ferons,
quoy qu'imparfait , quoy quefoible, quoy qu'infiniment au deffous
de ce que nous voudrons dire ,
pofterite ne les croira pas.
la
Vous nous aidere de vos lumieres , vous , Monfieur, que
l'Academie reçoit en focieté pour
le travail qu'elle a entrepris. Elle
pense avec plaifir que vous luy
ferez utile ; je luy ay répondu
de voftre zele , & j'espere que
Kij
116 MERCURE
vosfoins àdégagermaparole luy
feront connoistre qu'elle ne s'eft
point trompée dans fon choix.
de
Ces deux Difcours ayantefté
prononcez , M' Charpentier,
Doyen, prit la parole , & dit
que devant avoir l'honneur
complimenter le Royfur
fes nouvelles conqueftes.comme le plus ancien de la Com、
pagnie , fi la modeftie de Sa
Majefté ne luy cuſt
refuſer toutes fortes de Harangues , il alloit lire ce qu'il
avoit préparé pour s'acquitter
d'un devoir fi glorieux. Vous
pas fait
GALANT. 117
connoiffez la beauté de fon
genic & fa profonde érudition, & il vous eft aifé de
"
juger par là des graces qu'il
donne à tout ce qui part de
luy. Aprés qu'il eut lû cette
harangue , il dit que le refte
de la Seance ayant à eftre employé , felon la coutume, à
la lecture des Ouvrages de
ceux de la Compagnie qui en
voudroient faire part à l'Af
femblée , il croyoit qu'on ne
-feroit pas faché d'entendreune Epiftre de l'illuftre Madame des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgo-
118 MERCURE
gne , fur les Conqueftes du
Roy, puis qu'outre un merite
tout particulier qui diftinguoit cette Dame , elle avoit
l'avantage d'eftre affociée à
l'Academie d'Arles , & à celle
dè i Ricourati de Padouë , &
qu'ainfi ce feroit une digne
Academicienne qui paroiftroit parmy des Academiciens. La propofition fut receue avec applaudiffement, &
l'Epiftre de Madame des Houlieres fut donnée à M' l'Abbé de Lavau , qui avoit déja
entre les mains quelques Ougraves qu'il avoit bien voulu
GALANT. 11g
fe charger de lire. Avant que
de commencer il dit qu'il
auroit bien voulu contribuer
à la folemnité de cette journée , enfaisant quelque autre
chofe que de lire les Ouvrages des autres, mais qu'il n'ctoit
pas aifé de bien parler
de ce qui
faifoit
l'éronnement
de l'Europe
; que
les productions
de tant
de rares
genies
qui
avoient
paru
jufque
- là ,
loin
de frayer
le chemin
, le
faifoient
paroiftre
plus
difficile
, &
que
mefme
il le paroiffoit
encore
davantage
aprés
les Difcours
qu'on
venoit
Ï20 MERCURE
d'entendre , fur tout celuy de
M' de Fontenelle , qui avoit
parlé de l'Augufte Protecteur
de la Compagnie , d'une maniere qui faifoit connoiſtre
qu'il eftoit déja parfaitement
inftruit des devoirs d'un Academicien, & qui donnoit de
grandes idées de ce qu'il fçauroit faire àl'avenir ; que fi fes
Ouvrages eftoient pleins d'un
agrément qui montroit la dé.
licateffe de fon efprit , il avoit
de grands exemples dans fa
Famille , & qu'il venoit de
leur renouveller la memoire
du grand Corneille , fon Oncle,
GALANT. ` 121
cle, un des principaux orne?
mens du fiecle & de l'Academie Françoiſe , generalement
eftimé & honoré de toutes
les Nations où il fe trouve des
gens qui aiment les Lettres.
Il pourfuivit en difant , que
fi cet excellent homme ne
nous manquoit pas , il auroit
bien fceu faire påffer à la pofterité noftre incomparable
Monarque, finon tel qu'il eft,
au moins tel qu'il eft permis aux hommes de le concevoir ; que nous en avions
de feurs garants dans les Heros des ficcles paffez , qu'il a
May1691.
L
122 MERCURE
fait revivre d'une maniere fi
glorieufe pour l'Antiquité,
& qu'il femble n'avoir rame.
nez juſques à nous avec tour
leur éclat , que pour faire pa
roistre encore davantage la
gloire de fon Souverain. Mr
Abbéde Lavau dit encore ,
qu'il auroit cu à parler des
prifes de Mons , de Villefranche & de Nice, mais que
connoiffant par experience
combien il eftoit. difficile
d'en parler d'une maniere qui
convint à de fi grandes conqueftes , il croyoit devoit fe
retrancher à ce qu'il avoit en-
GALANT. 123
tendu dire à un des plus
grands Prelats du monde, que
nos voix en devoient eftre étoufees, qu'elles eftoient trop foibles,
qu'ilfalloit laiffer agir nos cœurs
& noftre joye , & lever les
mains au Ciel pour le remercier
de tant de prodiges. Ce qu'il
ajoûta , que la reputation de
ce Prelar n'avoit point de bornes, & qu'on ne pouvoit le
connoiftre fans avouer qu'il
eftoit impoffible d'occuper
plus dignement le premier
rang dans l'Eglife de France,
c'est à dire , le fecond de l'Eglife Univerſelle, fit nommer
7
Lij
124 MERCURE
à tout le monde Mr l'Archevefque de Paris. Il finit en difant que puis qu'un fi grand
homne, quia fceu fi fouvent
& fi excellemment parler de
fon Maistre & des évenemens
de fon Regne , faifoit entendre qu'en cette derniere occafion , le party du filence
eftoit à fuivre, &qu'il falloit
s'abandonner à la joye , fouvent plus éloquente que les
paroles , c'eftoit à luy plus
qu'à un autre de fe conformer à ce confeil ; qu'il falloit
attendre que le Ciel , à qui
l'on ne pouvoit douter que
GALANT. 125
Louis le Grand ne fuft précieux, donnaft de ces hommes
merveilleux, dont il luy plaift
quelquefois d'enrichir les ficcles , qui fçauroient peindre
ce grand évenement auffi
grand qu'il l'eft , & recueillir
tout ce que fait & dit ce Roy
invincible , pour l'apprendre
à nos Neveux d'une maniere
qui puft les perfuader , Ouvrage qui n'appartenoit pas
des hommes ordinaires , &
d'autant plus difficile , que
depuis plufieurs années nous
voyons des prodiges fe fuccéder continuellement les uns
à
Liij
126 MERCURE
aux autres. Si nous ne les
des exemcroyons qu'avec peine , continua- t-il , quoy que nous en
foyons convaincus , que feront
ceux qui verront un jour tout
d'un coup tant de merveilles
dans toute leur étenduë, fans y
avoir efté preparez par
plés qui auroient pú les difpofer
à croine ce que la valeur, la
juftice , la clemence , la bonté, la
magnificence , la fageffe ,
gloire enfin , & plus que tout
cela la Religion font executer
chaque jourà Louis, leplusgrand
des Rois.
Aprés que M de Lavau
GALANT. 127
une
eut parlé de cette forte , il
leut un Ouvrage de M' Boyer
fur la prise de Mons ,
Lettre familiere en Vers de
M' Perrault, adreffée à M' le
Prefident Rofe , fur les alarmesoù l'on eftoit à Paris de
ce que le Roy s'expoſoit tous
les jours pendant le Siege , &
l'Epitre auffi en Vers de Madáme des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgogne. M' le Clerc leut enfuite
une Ode , qui eftoit la Paraphrafe d'un Pleaume fur cette
mefme conquefte , & M' de
Benferade finit la feance par
Lij
128 MERCURE
3
une Piece toute en quadrains,
dont chaque dernier Vers ,
qui eftoit feulement de quatre fillabes , faifoit une cheute tres- agreable. Je ne vous
dis rien de la beauté de tous
ces Ouvrages, puis que vous
pourrez les lire bien- toft dans
un recueil qne doit debiter
au premier jour le S Coi
gnard , Libraire de l'Academic.
M' de Fontenelle fut receu à
l'Academie Françoife, & s'attira de grands applaudiffemens par le remerciement
qu'il y fit . Il dit d'abord
fi jamais il avoir efté capable
de fe laiffer furprendre aux
douces illufions de la vanité,
il n'auroit pû s'en défendre
dans l'occafion cù il fe trouvoit, s'il n'avoit confideré
qu'on avoit bien voulu luy
faire un merite de ce qu'il
avoit prouvé par fa conduite
qu'il fçavoit parfaitement le
prix du bienfait qu'il recevoir.
Hij
92 MERCURE
Il ajoûta qu'il ne pouvoit
d'ailleurs fe cacher qu'il devoit l'honneur qu'on luy avoit fait de l'admettre dans
un fi celebre Corps , au bonheur de fa naiTance qui le
faifoit tenir à un Nom qu'un
illuftre Mort avoit ennobly,
& qui eftoit demeuré en veneration dans la Compagnie.
Tout le monde connut bien
qu'il vouloit parler du grand
Corneille, donr il fit l'Eloge
en peu de mots , auffi bien
que de M' de Villayer, Doyen
du Confeil d'Etat , auquel il a
fuccedé dans la place qu'il
GALANT. 93
avoit laiffée vacante. Il paffa
de là au grand fpectacle qui
devoit le plus intereffer toute
l'Affemblée , & parla de la
conquefte de Mons , d'une
maniere fi vive , fi fine , & fi
éloquente , qu'on peut affurer
que dans tout ce qu'il en dit
il y avoit prefque autant de
penfées que de paroles. Son
tile fut ferré & plein de
force , & aprés que la
peinture qu'il fit de la prife
de cette importante Place ,
cut fait paroistre tout ce qu'-
elle avoit de furprenant , il
n'eut pas de peine à fe faire
94 MERCURE
croire lors qu'il ajoûta, que fi
le grand Cardinal de Richelieu , à qui l'Academie Françoife devoit le bonheur de
fon établiffement, & qui avoit
commencé à travailler avec
de fi grands fuccés à la grandeur de la France , revenoit
au monde , il auroit peine à
s'imaginer que LOUIS LE
GRAND cult pû l'élever
à un fi haut degré de gloire.
C'eftoit à M' l'Abbé Teftu,
commeDirecteur de la Compagnie , à répondre à ce Difcours , mais fon peu de fanté
ne luy permettant alors au-
GALANT. 95
cune application , M' de Corneille qui en eftoit Chancelier , fut obligé de parler au
lieu de luy , ce qui caufoit
quelque curiofité parmyceux
quicompofoient l'Affemblée,
puis qu'eftant Oncle de M'de
Fontenelle , la bien . feance
vouloit qu'il cherchaft un
tour particulier pour fe difpenfer de luy donner des
louanges. Comme l'amitié
qui eft entre nous me défend
de vous rien dire à fon avantage , je me contenteray de
vous faire part de fa réponſe,
telle qu'il l'a prononcée ,
96 MERCURE
ainfi vous en allez juger par
yous mefme. Voicy les termes dontil fe fervit.
MONSONSIEUR,
Nousfommes traitez vous &
moy bien differemment dans le
mefme jour. L'Academie a be
foin d'un digne Sujet pour remplirle nombre qui luy eft prefcrit
par fes Statuts. Pleine de difcernement , n'ayant en veuë que
le feul merite, & dans l'entiere liberté de fes fuffrages , elle
vous choisit pour vous donner ,
non feulement une place dans
Son
GALANT.
97
fonCorps , mais celle d'un Magistrat éclairé , qui dans une noble
concurrence ayant eu l'honneur
d'etre declaré Doyen du Confeil
d'Estat par le jugement meſme
de Sa Majefté, faifoit fon plus
grand plaifir de fe dérober à ſes
importantes fonctions , pour nous
venir quelquefois faire part de
fes lumieres ; que pouvoit- il arriver de plus glorieux pour vous?
Dans le mefme temps , cette
mefme Academie change d'Officiers ,felon fa coutume. Le Sort
qui décide de leur choix, n'auroit
pu qu'eftre applaudy, s'il l'euft
fait tomber fur tout autre que
May 1691.
I
98 MERCURE
fur moy, & quoy qu'incapable
de foutenir le poids qu'il impofe,.
c'eft moy qui le dois porter. Il eft
vray qu'il a fait voir fa justice
par l'illuftre Directeur qu'il nous
a donné. La joye que chacun de
nous en fit paroiftre, luy marqua
affez que le hazard n'avoitfait .
s'accommoder ànos fouhaits,
je n'enfçaurois douter , vous
ne le pustes apprendre fans vous.
fentir auffi - toft flatéde ce qui auroit faifi le cœur le plus détachés
de l'amour propre. La qualité des
Chefde la Compagnie l'engageant
dans la place qu'il occupe , à vous
repondre pour Elle , il vous auroit
que
P
GALANT. 99
esté doux qu'un homme, dont l'éloquence s'eftfait admirer en tant
d'actions publiques, vous eustfait
connoiftre fur quels fentimens.
d'eftime pour vous l'Academie
s'eft determinée à fe declarer en
vostrefaveur.
Son peu defanté l'ayant obligé de s'en repofer fur moy, vous
prive de cette gloire , & quand
le défir de repondre dignement à
l'honneur quej'ay de portericy!
parole à fondefaut , pourroit n'animer affez pour me donner la
force d'efprit qui meferoit neceffaire dans un fi glorieux pofte, ce
que je vous fuis me fermant la
I ij
100 MERCURE
bouche fur toutes les choſes qui
feroient trop à votre avantage ,
vous ne devez attendre de moy
qu'un épanchement de cœur qui
vousfaffe voir la part que je
prens au bonheur qui vous arrive , des fentimens & non des
lou
inges.
M'abandonnerai
-je à ce
qu'ils
m'inſpirent
? La
proximité
du
Sang
, la
tendre
amitié
quej'ay
pour
vous
, lafuperiorité
que me
"donne
l'âge
,toutfemble
me lepermettre
, vous
le devez
fouffrir
,
j'iray
jufques
à vous
donner
des
confeils
. Au lieu
de vous
dire que
celuy
qui afi bienfait
parler
les
GALANT. ΙΟΙ
Morts n'eftoit pas indigne d'entrer en commerce avec d'illuftres
Vivans ; au lieu de vous applau
dirfur cet agréable arrangemens
de differens Mondes dont vous
nous avez offert le spectacle ,
furcet Art fidifficile , & qu'ilme
paroift que le Public trouve en
vous fi- naturel , de donner de
l'agrément aux matieres les plus
feches , je vous diray que quelque
gloire que vous ayent acquife dés
vos plus jeunes années les talens
qui vous diftinguent, vous devez
les regarder, non pas comme des
dons affez forts de la nature pour
vous faire atteindre , fans autre
Í iij
102 MERCURE
a
fecours que de vous mefme , à la
perfection du merite que je vous
fouhaite ; mais comme d'heureufes difpofitions qui vous y peuvent conduire. Cherchez avec
fin pour y parvenir les lumieres
qui vous manquentile choix qu'on
fait de vous vous met en eftat
de lespuifer dans leur fource.
En effet , rien ne vous les peut
fournir fi abondamment que les
Conferences d'une Compagnie ,
oùfi vous m'en exceptez , vous
ne trouverez que de ces Genies
fublimes à qui l'immortalité eſt
deue. Tout ce qu'on peut acquerir de connoiffances utiles par les
1
GALANT. · 103
aura
belles Lettres , l'Eloquence , la
Poëfie , l'Art de bien traiter
l'Histoire , ils le poffedent dans
le degré le plus éminent › &
quand un peu de pratique vous
facilité les moyens de connoistre a fond tout le merite de
- ces celebres Modernes , peut eftre
ferez- vous autorisé , je ne dis pas
à les préferer , mais à ne les pas
trouver indignes d'eftre comparez
aux Anciens. Ce n'est pas que
toutejufte que cette loüange puiffe
eſtre pour eux, ils ne la regardent
comme une loüange qui ne leur
Sçauroit appartenir. Ils ne l'écoutent qu'avec repugnance , &la
I iiij
104 MERCURE
veneration qui eft deue à ceux
qui nous ont tracé la voye dans
le chemin de l'esprit , s'il m'eſt
permis de me fervir de ces termes, prévaut en eux contre euxmefmes , enfaveur de ces grands
Hommes, dont les excellens Ouvrages toûjours admire de toutes les Nations, ont paffejuſques
à nous malgré un nombre infiny
d'années, comme des Originaux
qu'on ne peut trop eftimer. Mais
pourquoy nous fera-t- il défendu
de croire que dans les Arts &
dans les Sciences les Modernes
puiffent aller auffi- loin , &mêplus loin que les Anciens , puis
GALANT. 105
qu'il eft certain , en matiere de
Heros , que toute l'Antiquité,
cette Antiquitéfi venerable, n'a
l'on puiffe comparer à
rien que
celuy de noftre Siecle?
Quel amas de gloirefe prefente
à vous, Meffieurs , à la fimple,
idée que je vous en donne !
Nentrons point dans cette foule
d'actions brillantes dont l'éclat
trop vifnepeut que nous ébloüir.
N'examinons point tous ces furprenans prodiges dont chaque
année de fon regne fe trouve
marquée. Les Cefars , les Ale
xandres ont befoin que l'on
rap
pelle tout ce qu'ils ont fait pen-
106 MERCURE
"
dant leur vie pour paroiftre di
gnes de leur reputation , mais il
n'en est pas de mefme de Louis
le Grand. Quand nous pourrions
oublier cette longue fuite d'évenemens merveilleux qui font
l'effet d'une intelligence incomprehenfible, l'Hertfie détruite ,
la protection qu'il donne feul
aux Rois opprimez , trois Ba
tailles gagnées encore depuis
peu dans une mefme Campagne,
il nous fuffiroit de regarder ce
qu'il vient defaire, pour demeurer convaincus qu'il est le plus
grand de tous les hommes.
Seur des conqueftes qu'il vou-
GALANT. 107
› y renonce pour dra tenter il
donner la paix à toute l'Europe.
L'Envie en fremit ; la Faloufie
qui faifit de redoutables Puiffances ne peut fouffrir le triomphe que luy affure une fi haute
vertu. Sa grandeur les bleffe , il
faut l'affaiblir. Un nombre infiny de Princes qui ne poffedent
encore leurs Etats queparce qu'il
dédaigné de les attaquer , ofent
oublier ce qu'ils luy doivent pour
entrer dans une Ligue, où ils s'imaginent que leursforces jointes
feront en eftat d'ébranler une
Puiffance qui a jufque là refifte
à tout. Que les Ennemis de la
a
108 MERCURE
Chreftienté fe refaififfent de tour
un Royaume qu'ils n'ont perdu
que par cette Paix, qui a donné
lieu aux avantages qu'on a remportez fur eux, n'importe,il n'y a
rien qui ne foit à préferer au chagrin infupportable de voir le Roy
jouir de fa gloire.LesAlliezfe refolvent àprendre les armes des
Princes Catholiques , l'Espagne
mefme que fa fevere Inquifition
rend fi renommée furfon exactitude à punir les moindres fautes
qui puiffent bleffer la Religion ,
ne font point difficulté de renouveller la guerre,pour appuyer les
deffeins d'un Princesà qui toutes
1
GALANT.
109
les Religions paroiffent indiffe
rentes , pourveu qu'il nuife à la
veritable ; d'un Prince qui pour
fe placer au Trône ofe violer les
plusfaintes loix de la nature, &
qui ne s'eft rendu redoutable qu'à
cauſe qu'il a trouvé autant d'a¬
veuglement dans ceux qui l'élevent, qu'il a d'injuſtice dans tous
les projets qu'il forme.
Voyons les fruits de cette
union ; des pertes continuelles.
tous les jours des malheurs à
craindre plus grands que ceux
qu'ils ont déja éprouvez. Il faut
pourtant faire un dernier effort ,
pour arteter les gemiffemens des
Peuples, à qui de dures exactions.
110 MERCURE
"
font ouvrir les yeux fur leur efclavage. Onmarque le temps
le lieu d'une Affemblée. Des
Souverains , que la grandeur de
leur caractere devroit retenir › y
viennent de toutes parts rendre
dehonteux hommages à ce témeraire Ambitieux, que le crime a
couronné, & qui n'est au deffus
d'eux, qu'autant qu'ils ont bien
voulu by mettre. Il les entre
tient d'efperances chimeriques.
Leur formidable puiffance ne
trouvera rien qui luy puiffe refifter. S'ils l'en ofent croire, le Roy
qui veut demeurer tranquille
ne fe fait plus un plaifir d'aller
GALANT. III
animerfes Armées parfa prefen-·
ce; & dès que le tempsfera venu
d'entrer en campagne , ils font
affure de nous accabler.
Il est vray que le Roy garde
beaucoup de tranquillité ; mais
qu'ils ne s'y trompent pas. Son
repos eft agiffant , fon calme l'emporte fur toute l'inquietude de
leur vigilance , & la regle des
faifons n'eft point une regle pour
ce qu'il luy plaift de faire. Nos
Ennemis confument le temps
examiner ce qu'ils doivent entreprendre , Louis eft preft
à
d'executer. Il n'a point fait de
menaces mais fes ordres font
112 MERCURE
donnez ; il part , Mons eft inwesty , fes plus forts remparts
ne peuvent tenir enfa prefence,
&en peu de jours fa prife nous
delivre des alarmes où il nous
jettoit en s'expofant. Que de
glorieufes circonstances relevent
cette conqueste! C'est peu qu'elle
foit rapide , c'est peu qu'elle ne
nous coute aucune, perte qu'on
puiffe trouverconfiderable. Ellefe
fait auxyeux mefmes de ce Chef
de tant de Ligues , qui avoitjuré
la ruine de la France. Il devoit
venir nous attaquer , on va au
devant de luy, & il ne sçauroit
défendre laplus importante Place
GALANT. 113
qu'on pouvoit êter à fes Alliez.
S'il ofe approcher, c'est feulement pour voir de plusprés l'heureux triomphedefon augufte Ennemy.
Nos avantages ne font pas
moins grands du cofté de
l'Italie . Une des Places qui
vient d'y efire conquife , avoit
bravé, il y a cent cinquante ans,
les efforts de deux Ármées , &
dés la premiere attaque de nos
Troupes elle est contrainte de capituler. Gloire par tout pour le
Roy !
Confufion par tout pourfes
Ennemis ! Ils fe retirent tout
couverts de honte ; le Royrevient
May 1691.
K
114 MERCURE
couronné par la Victoire , & lå
Campagne s'ouvrira dansfafaifon. Quelles merveilles n'avonsnous pas lieu de croire qu'elle produira , quand nous voyons celles
qui l'ont precedée.
Voilà, Meffieurs, une brillante
matiere pour employer vos rares
talens. Vous avez une occafion
bien avantageuse de les faire
voirdans toute leurforce , fipourtant il vous eft poffible de trouver
des expreffions qui répondent à la
grandeur du Sujet. Quelques
foins que nous prenions de chercher l'ufage de tous les mots de la
"Langue , nous ne sçaurions nous
GALANT.
cacher que les Actions du Roy
font au deffus de toutes fortes de
termes. Nous croyons les grandes
chofes qu'il afaites, parce que nos
yeux en ont efte les témoins, mais
fur le rapport que nous en ferons,
quoy qu'imparfait , quoy quefoible, quoy qu'infiniment au deffous
de ce que nous voudrons dire ,
pofterite ne les croira pas.
la
Vous nous aidere de vos lumieres , vous , Monfieur, que
l'Academie reçoit en focieté pour
le travail qu'elle a entrepris. Elle
pense avec plaifir que vous luy
ferez utile ; je luy ay répondu
de voftre zele , & j'espere que
Kij
116 MERCURE
vosfoins àdégagermaparole luy
feront connoistre qu'elle ne s'eft
point trompée dans fon choix.
de
Ces deux Difcours ayantefté
prononcez , M' Charpentier,
Doyen, prit la parole , & dit
que devant avoir l'honneur
complimenter le Royfur
fes nouvelles conqueftes.comme le plus ancien de la Com、
pagnie , fi la modeftie de Sa
Majefté ne luy cuſt
refuſer toutes fortes de Harangues , il alloit lire ce qu'il
avoit préparé pour s'acquitter
d'un devoir fi glorieux. Vous
pas fait
GALANT. 117
connoiffez la beauté de fon
genic & fa profonde érudition, & il vous eft aifé de
"
juger par là des graces qu'il
donne à tout ce qui part de
luy. Aprés qu'il eut lû cette
harangue , il dit que le refte
de la Seance ayant à eftre employé , felon la coutume, à
la lecture des Ouvrages de
ceux de la Compagnie qui en
voudroient faire part à l'Af
femblée , il croyoit qu'on ne
-feroit pas faché d'entendreune Epiftre de l'illuftre Madame des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgo-
118 MERCURE
gne , fur les Conqueftes du
Roy, puis qu'outre un merite
tout particulier qui diftinguoit cette Dame , elle avoit
l'avantage d'eftre affociée à
l'Academie d'Arles , & à celle
dè i Ricourati de Padouë , &
qu'ainfi ce feroit une digne
Academicienne qui paroiftroit parmy des Academiciens. La propofition fut receue avec applaudiffement, &
l'Epiftre de Madame des Houlieres fut donnée à M' l'Abbé de Lavau , qui avoit déja
entre les mains quelques Ougraves qu'il avoit bien voulu
GALANT. 11g
fe charger de lire. Avant que
de commencer il dit qu'il
auroit bien voulu contribuer
à la folemnité de cette journée , enfaisant quelque autre
chofe que de lire les Ouvrages des autres, mais qu'il n'ctoit
pas aifé de bien parler
de ce qui
faifoit
l'éronnement
de l'Europe
; que
les productions
de tant
de rares
genies
qui
avoient
paru
jufque
- là ,
loin
de frayer
le chemin
, le
faifoient
paroiftre
plus
difficile
, &
que
mefme
il le paroiffoit
encore
davantage
aprés
les Difcours
qu'on
venoit
Ï20 MERCURE
d'entendre , fur tout celuy de
M' de Fontenelle , qui avoit
parlé de l'Augufte Protecteur
de la Compagnie , d'une maniere qui faifoit connoiſtre
qu'il eftoit déja parfaitement
inftruit des devoirs d'un Academicien, & qui donnoit de
grandes idées de ce qu'il fçauroit faire àl'avenir ; que fi fes
Ouvrages eftoient pleins d'un
agrément qui montroit la dé.
licateffe de fon efprit , il avoit
de grands exemples dans fa
Famille , & qu'il venoit de
leur renouveller la memoire
du grand Corneille , fon Oncle,
GALANT. ` 121
cle, un des principaux orne?
mens du fiecle & de l'Academie Françoiſe , generalement
eftimé & honoré de toutes
les Nations où il fe trouve des
gens qui aiment les Lettres.
Il pourfuivit en difant , que
fi cet excellent homme ne
nous manquoit pas , il auroit
bien fceu faire påffer à la pofterité noftre incomparable
Monarque, finon tel qu'il eft,
au moins tel qu'il eft permis aux hommes de le concevoir ; que nous en avions
de feurs garants dans les Heros des ficcles paffez , qu'il a
May1691.
L
122 MERCURE
fait revivre d'une maniere fi
glorieufe pour l'Antiquité,
& qu'il femble n'avoir rame.
nez juſques à nous avec tour
leur éclat , que pour faire pa
roistre encore davantage la
gloire de fon Souverain. Mr
Abbéde Lavau dit encore ,
qu'il auroit cu à parler des
prifes de Mons , de Villefranche & de Nice, mais que
connoiffant par experience
combien il eftoit. difficile
d'en parler d'une maniere qui
convint à de fi grandes conqueftes , il croyoit devoit fe
retrancher à ce qu'il avoit en-
GALANT. 123
tendu dire à un des plus
grands Prelats du monde, que
nos voix en devoient eftre étoufees, qu'elles eftoient trop foibles,
qu'ilfalloit laiffer agir nos cœurs
& noftre joye , & lever les
mains au Ciel pour le remercier
de tant de prodiges. Ce qu'il
ajoûta , que la reputation de
ce Prelar n'avoit point de bornes, & qu'on ne pouvoit le
connoiftre fans avouer qu'il
eftoit impoffible d'occuper
plus dignement le premier
rang dans l'Eglife de France,
c'est à dire , le fecond de l'Eglife Univerſelle, fit nommer
7
Lij
124 MERCURE
à tout le monde Mr l'Archevefque de Paris. Il finit en difant que puis qu'un fi grand
homne, quia fceu fi fouvent
& fi excellemment parler de
fon Maistre & des évenemens
de fon Regne , faifoit entendre qu'en cette derniere occafion , le party du filence
eftoit à fuivre, &qu'il falloit
s'abandonner à la joye , fouvent plus éloquente que les
paroles , c'eftoit à luy plus
qu'à un autre de fe conformer à ce confeil ; qu'il falloit
attendre que le Ciel , à qui
l'on ne pouvoit douter que
GALANT. 125
Louis le Grand ne fuft précieux, donnaft de ces hommes
merveilleux, dont il luy plaift
quelquefois d'enrichir les ficcles , qui fçauroient peindre
ce grand évenement auffi
grand qu'il l'eft , & recueillir
tout ce que fait & dit ce Roy
invincible , pour l'apprendre
à nos Neveux d'une maniere
qui puft les perfuader , Ouvrage qui n'appartenoit pas
des hommes ordinaires , &
d'autant plus difficile , que
depuis plufieurs années nous
voyons des prodiges fe fuccéder continuellement les uns
à
Liij
126 MERCURE
aux autres. Si nous ne les
des exemcroyons qu'avec peine , continua- t-il , quoy que nous en
foyons convaincus , que feront
ceux qui verront un jour tout
d'un coup tant de merveilles
dans toute leur étenduë, fans y
avoir efté preparez par
plés qui auroient pú les difpofer
à croine ce que la valeur, la
juftice , la clemence , la bonté, la
magnificence , la fageffe ,
gloire enfin , & plus que tout
cela la Religion font executer
chaque jourà Louis, leplusgrand
des Rois.
Aprés que M de Lavau
GALANT. 127
une
eut parlé de cette forte , il
leut un Ouvrage de M' Boyer
fur la prise de Mons ,
Lettre familiere en Vers de
M' Perrault, adreffée à M' le
Prefident Rofe , fur les alarmesoù l'on eftoit à Paris de
ce que le Roy s'expoſoit tous
les jours pendant le Siege , &
l'Epitre auffi en Vers de Madáme des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgogne. M' le Clerc leut enfuite
une Ode , qui eftoit la Paraphrafe d'un Pleaume fur cette
mefme conquefte , & M' de
Benferade finit la feance par
Lij
128 MERCURE
3
une Piece toute en quadrains,
dont chaque dernier Vers ,
qui eftoit feulement de quatre fillabes , faifoit une cheute tres- agreable. Je ne vous
dis rien de la beauté de tous
ces Ouvrages, puis que vous
pourrez les lire bien- toft dans
un recueil qne doit debiter
au premier jour le S Coi
gnard , Libraire de l'Academic.
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Résumé : Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 mai, Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut accueilli à l'Académie française et reçut des applaudissements pour son discours de remerciement. Fontenelle exprima sa surprise et sa gratitude, attribuant cette reconnaissance à sa naissance, qui le liait au nom illustre de Pierre Corneille. Il rendit hommage à Michel Le Tellier, Doyen du Conseil d'État, dont il avait pris la succession. Fontenelle décrivit avec vivacité et éloquence la conquête de Mons, évoquant l'admiration que le cardinal Richelieu aurait eue pour les exploits de Louis XIV. L'abbé Testu, directeur de la Compagnie, étant indisposé, Pierre Corneille, chancelier et oncle de Fontenelle, prit la parole. Corneille souligna le mérite de Fontenelle et l'honneur de sa nomination. Il compara les conquêtes de Louis XIV à celles des grands hommes de l'Antiquité et exhorta Fontenelle à développer ses talents et à tirer profit des échanges au sein de l'Académie. Lors de la même séance, l'Académie accueillit un nouveau membre et espéra qu'il contribuerait utilement. Le doyen, M. Charpentier, complimenta le roi pour ses nouvelles conquêtes et lut une harangue préparée à cet effet. Une épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Bourgogne fut ensuite lue, suivie de divers ouvrages littéraires. L'abbé de Lavau exprima l'admiration pour les conquêtes du roi et la difficulté de les décrire adéquatement. Il mentionna également les œuvres de grands écrivains et la gloire du roi, comparée à celle des héros des siècles passés. La séance se termina par la lecture de plusieurs poèmes et œuvres littéraires célébrant les conquêtes du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2030
p. 328-330
ENIGME.
Début :
La nouvelle Enigme que je vous envoye, pourra donner / D'une troupe d'honnestes Soeurs, [...]
Mots clefs :
Voyelles E, I, U
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
La nouvelle Enigme que je
Vous envoye , pourra donner
à rêver à vos Amics
GALANT.
329
225525 2552255255&
D
ENIGME.
"Une troupe d'ḥonneftes
Soeurs ,
Dont chacun reçoit des faveurs ,
Sans que la médifance en gronde ,
La trois , la feconde , & la cing,
Formentdeux chofes dans le monde,
Quigagnent la raison auffi-bien que
l'inftinet.
S
Dans ces deux chofes, la Jeunesse,
Sans que j'en veüille exclure la
Vieilleffe ,
Trouve de merveilleux attraits.
Elle s'y plaift , les aime , & defire
fans ceffe
Qu'elles ne finiffent jamais,
May 1691.
Ec
330 MERCURÊ
៥ .
Ilfautpourtant,pourpercer le miftere,
Que tu fcaches, mon cher Lecteur,
Que l'une & l'autre fans bonheur
Ne font qu'ennuy, que plainte , &
que mifere.
Vous envoye , pourra donner
à rêver à vos Amics
GALANT.
329
225525 2552255255&
D
ENIGME.
"Une troupe d'ḥonneftes
Soeurs ,
Dont chacun reçoit des faveurs ,
Sans que la médifance en gronde ,
La trois , la feconde , & la cing,
Formentdeux chofes dans le monde,
Quigagnent la raison auffi-bien que
l'inftinet.
S
Dans ces deux chofes, la Jeunesse,
Sans que j'en veüille exclure la
Vieilleffe ,
Trouve de merveilleux attraits.
Elle s'y plaift , les aime , & defire
fans ceffe
Qu'elles ne finiffent jamais,
May 1691.
Ec
330 MERCURÊ
៥ .
Ilfautpourtant,pourpercer le miftere,
Que tu fcaches, mon cher Lecteur,
Que l'une & l'autre fans bonheur
Ne font qu'ennuy, que plainte , &
que mifere.
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2032
p. 329-331
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye n'est pas indigne de vostre / La noblesse de mon employ [...]
Mots clefs :
Encensoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je vous
pas indigne de voſtre
envoye
n'eft
application
..
2525 222555225552 2
L
ENIGME.
A noblefe de mon employ
Peut bien faire dire de moy,
Qu'avec le Ciel jay beaucoup de
commerce :
Dans cet employ , pourtant , oùje
fuis deftiné ,
On me balance ; l'on me berce ,
Et fort étroitement on me tient enchaisné.
Juillet 1691 , Ec
330 MERCURE
2
Mes chaifnes , il est vray , ne mo
font point d'outrage ;
Je m'en plaindrois à tort 5
Avec elles , auffi , volontiers je par
tage
La gloire de mon fort.
2
On est charmé de l'effet magnifique
Du noblefeu dontje reffens l'ardeur.
Je suis muet , & neanmoins j'explique
Les plus purs mouvemens du coeur,
Quand à mon ufage on m'applique.
S
Je conferve avec peu defoin
Un bien qu'on apporte de loin ,
Et qu'en bon lieu l'on me confie ,
Fe le diffipe avec honneur,
Librement je lefacrific,
GALANT . 331
Et s'il eft bien recen , c'est le plus
grand bonheur.
pas indigne de voſtre
envoye
n'eft
application
..
2525 222555225552 2
L
ENIGME.
A noblefe de mon employ
Peut bien faire dire de moy,
Qu'avec le Ciel jay beaucoup de
commerce :
Dans cet employ , pourtant , oùje
fuis deftiné ,
On me balance ; l'on me berce ,
Et fort étroitement on me tient enchaisné.
Juillet 1691 , Ec
330 MERCURE
2
Mes chaifnes , il est vray , ne mo
font point d'outrage ;
Je m'en plaindrois à tort 5
Avec elles , auffi , volontiers je par
tage
La gloire de mon fort.
2
On est charmé de l'effet magnifique
Du noblefeu dontje reffens l'ardeur.
Je suis muet , & neanmoins j'explique
Les plus purs mouvemens du coeur,
Quand à mon ufage on m'applique.
S
Je conferve avec peu defoin
Un bien qu'on apporte de loin ,
Et qu'en bon lieu l'on me confie ,
Fe le diffipe avec honneur,
Librement je lefacrific,
GALANT . 331
Et s'il eft bien recen , c'est le plus
grand bonheur.
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2034
p. 212-227
LE PRINTEMPS. DIALOGUE De la Nature & de Damon, pour tous les hommes. Sur ce que le Printemps est plus sujet aux fluxions, & autres maladies, que les autres Saisons de l'année.
Début :
DAMON. / Pourquoy faut-il que la Nature [...]
Mots clefs :
Printemps, Eau, Temps, Heureux, Ardeur, Mal, Plaisir, Froid, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRINTEMPS. DIALOGUE De la Nature & de Damon, pour tous les hommes. Sur ce que le Printemps est plus sujet aux fluxions, & autres maladies, que les autres Saisons de l'année.
LEPRINTEMPS.
DIALOGVE-
De la Nature CM' de Damon,
four tous les hommes.
Sur ce que le Printemps eff
plus sujet aux fluxions, &
autres maladies
, que les
autres Saisons de l'année.
D A}yf 0 N.
POuYquoy faut-il que la N4
ture
'Empoijonnetousfispresens?
Jgue lors quesesruisseaux roulent
une eau sipure;
Jgue lors qu'ellerend à nos
champs
SesJeux,ses Ris, ses Fleurs,fis
Oiseaux,sa verdure;
J>)ue lors que l'aimable Printemps
Fait briller le Soleil d'une clarté
nouvelle,
Et
, pltU doux quejamais, auxplai
sirs nous appelle
;
,dis-je ,
faut-il que fit
fourquoy
belle finfon
Jgui fcmblerajeunir le Monde*
En tantde maux diverssoisenfinsi
féconde ?
Parle
y nous dirds-tu , qu'avecpltt
de raison
>Chacunparoiss surpris de cesejfcts
Bizarres ,
rEt de ce quon ne peut en gousser
les douceurs
Sans dans le mesme temps e/Jityer
les rigueurs
Desfluxions Ô" des catharres.
Sipar là tu nous mets hors d'étatd'en
joiiir.
A quoy nomfervent donc tes appas
dr tes charmes ?
Ofiroit-ons'en réjoüir
Etles voit-on ,
helas !sans chagriny
sans alarmes?
LANATVRE.
J'ay souvent écouté les plaintes
que tIi fais,
Etje fuismoy-mefmt étonnée
Jgue le plus beau temps de l'année
NattIre contre moy que murmures
secrets.
Cependant quelle ingratitude,
Qi4et edpriee, quelle habitude
Trend-on de tons ses maux d'accu
fer mes presens :
Ui vous autres Mortels ,
plus mode
rtZ,pIN! /'l^lS
>
EnJsa-J.fhz, de meilietash Tao'/es,'
Vous(IrieT^plm reconnoifjarts ,
Et vous vcrritz bien tofl qnc ce n'efi
pa! leurfaute.
Vofhede[ordre [cul vous osie
letic ccsplafrs ou tendent
tous vos vœux
,
Et vu)usauriez, toujoursdes Prin
temps pins heureux
.i vous en jOHilli:Z avec la tempe
r.l:,ce
rQ¿h dons ordonne la prudence :
Jl,riJ .i tJ:f¡j( .n-J'~ eÍÍ t¡iJ GI:sf.Út 't.'0;
idiitfà peine ay-jt enfin fut:sfaitVOJ
fouhai;s
.¡',,si
¡
~9~~ vous en faitesdesexcèsy
*>)ui des douces humeurs altérant
l'harmonie,
DeIIInile aujji tost excitentlafurie,
"ombienpeu d'entre-vousménagent
comme
ilfaut
Le temperè,l'humide
> ou le froid,
ou le chaud
?
( donne
Car tous les temps que je vous
Sont & charmans
, &bons. DAns
celuy de £Autonne
Sansde mesfruits nouveaux crain
are la crudité
Vous en mangez, en abondance>
Et de la vient la dejfaillance
De celuy que désa lEjlé*
PArfisgrandes chaleurs Itvoitdebi.
lité.
pou/ant cettefaison brûlante
Loin de vous rafraiJèhir, vous beu
vez à longs traits
Du vin pur, pourveu qu'ilfiitj
frais,
Et vojîrefoisimpatiente
Ne peut se donner le loisir
D'attendreau msins qu'une Ser
vante
An\
dit apporte de l'eau
, feule rafraif
chiffinte,
Et quifeulepeut l'adoucir.
ltlais bien-tofl, malgré vous , une
,
ardeur de poitrine
Acette eau qu'on fuyoitvous force
de c'llrir,
Etsouvent à la Medeciue.
Lors que CHyver , le tempsdis
Jeux,
Des Bills, & de la bonne chere
Couvre tout L'ZJnivtrs defis fri
mats affreux ,
£
t cheZ vous , prés da [feu vous
retient, vous re(je'rre
,
Dites>nenfortez,-*vgusjamais?
Le Bal a pourvous trop .ïattraits
t
La table,& lejeutrop decharmes
Tourdûmal qui lesJuitvouscaufr
des allarmes.
Vou
sy paffz toutes les nuits,
et ce mal,pire que mesfruitç
.f¿fJe la Rose nouvelle p& que 14
Canicule
s
Ce mal, dis-je, que fait lA perte du
repos ,
Etcefriand morceau qu'on rongç
jusqu'aux os ,
fouséchauffe le fang, vousconfiée
dr vous brûle.
De la cette abondanced'eau
Zai s'amajse dans le cerveau
;
<%ui par le rude froid trop long.
temps retenue,
Et qui par cOlJflqllelJtaigrie & car.
rompue ,
Des que ce froid ceffi au Prin
V
temPsfroid cefe dv Prin
piflille en fluxions comme une é
paijft nue
£>ue leSoleildissoutfarses rayons\
arderts.
faut-ildonc s'étonner,Jïcette eau
vient À fondre
Jhtand il darde fis premiers
traits?
£)ttoy
, d'un moinsfuneflefncccs»
Vous ménageantsipeu
, pouvleZ
vous vous répondre,
Et vos prodigieux & differEns (X
ces ,
Nefitffiflnt-ilJ pas enjia pour vous
Mais
confondre?
D A M 0 N.
si l'onveutt'encroire
,
adieu tous les plu:sir
s j
*
ilfaudradéformais s'en priver, s'en.
7/ j'~~T~j M
auxcl-[T.s,
défaire,
Et qu'enStoiqtte trop ftverc
Chacunfrmesoncœuràl'iyfiïr.cl,
C, ur
:J^uidésnofireplustendre
:
~¡ dés ¡itJjl-re pt/Ji te¡¡d,c ril
sance
en
Nous font en leur faveur Jentir
leur violence.
Nousnaissons avec cespenchans;
Fers tout ce quiflatte lel/èns
Onselaisse entraifner en défit de
foy'tnefme.
On croit mesme quand on les aime
Jguon ne fuit que tes propres
loix
i
Àinsi quand on
ltsvoit, on leur
ouvre la porte,
Et dans l'ardeur qui nousyporte
On n'est embarrasséqu'auchoix.
Commentpouvoircombattre unepen
te siforte?
Cependant quelque né que l'on floit
avec eux,(les regarde,
Comme desEnnemis fit vtus quon
Et qu'en ccla plus n\iibcn<'cux
J^ue les. Biflcs
, contre-eux on Joit
toujours en garde.
LA NATVRE.
Ah ! si vous en usiez. comme les
Animaux
J
1"
Me verroit-on rcàuitc a repondre a
vas p!si/.te
s
y
1
d'
Et ferlez-vousJ'rjtts à tant de di
versmau::
Dont, plusindijcrctsqu'eux , vous
fiïitez, les atteintes ?
1 J
Des plaisirs que
je donne ils usent
comme ilfaut,
ils ne vont point pendant le
chaud
Affronter>comme vous, l'ardente Ca
ri;eule
,
Etfiecachant pour lors du Soleil qui
vous brule,
Attendent poursortirqu
il foitfous
l'horizon.
Mais l'homme quisi croitsifiagt
Vesi-il au fond, Ó. quel. ufiage
Levoit~on,>Muis les jours fairedesa
tassin?
La tient-ilmoins de moy que cette
douce fente
J?yi' dit avoir fourles- plaijîrs?
jïue nej'enstri-il dont:>$iljéJèrl
hLv.riJ
ClCSULsiYS
<QHC U Nature bien-faifante
,
jijî.,edonfiemesme à fin
,
J
sensible fiante ?
Ain
¡;.
'J'
si ,/ansdeformû
smurmurercon
tre moy,
/1
J9uov ne s'en prenne fins qu'a,
,/, ,
fiJ.
Vous-mefmcs, au retour des Zepbirs
&de Flore,
orrornpcz ces-plilijirs qu'il donnait
autrefois,
Et qu'il vous donneroit encore,
si, mointfous
,vous vouliez, suivre
mesfages loir" ,
Etquitter cette innmperance,
.&Uene connut jamatt le Monde en
fin enfance.
Content de laftmplicité,
Du lait. du fruit,d;" de l'eaupure,
'.Z,ue gratuitement leur donnoit la
Nature,
Les hommespat la volupté
Zui nofoit pas encor leur montrer
ses amorces,
N'affoibliffiient point lors leur vi
gtuur,& leurs forces,
EljouiJflÙnttOlfjours d'une pleine
fanté.
Mais lors que leur Cupidité
Tira l'or du fein de la terre,
Ce métail à son tour leur decUra U
guerre,
"Et pourfemangtrd'eux leur inspira
fouàain
Iif, haine de lafibretable,
£7 cetamourfatal qu'ils ont pour le
Du necejfùre au deleciable,
ftftin.
Séduits parses attrait;
) ils nefrent
quuti pas>
Et hien-tojldégoûteZde l'utile lai
ttlge
,
Composerent à leurdommage,
Z>£ragoûts différent leurs splendides
repas.
De là cette humeur indigejle
Jgjii cause leurs v4peurJ"
leur en reste,
,'lNI ftule
Et qui détruisant leur chaleur,
Lesréduit à tellelangueur,
Qu'après une débauchefaite
Il faut en dépit d'eux , venir à /*
diette.
Yoila ce qu'à produit l'avide foisde
for.
Trop heureux
>
trop heureux encor
e,)&and àJî bon marchélegourmand
en cfl quittey
Car comme de ses biens il veut
Tirer tout
lequ'ilpeut,
Cette hnmeur à la longue & s'en
flamme
3&s)irrite)
Etytrompé par cet appétit
eue luy donnesouvent cette ardeur
étrangère,
etrangere,
De nouveau l'imprudent
hors du lit
, àpeine
Ou l'arrtjlpit fin mal, cherche la
bonne chere.
Jgtfen peutilarriver ? LArechute,
&la mort.
Après cela
,
Damon,vois, dis-moy
sij'ay tort,
Etsi l'on peutsans injufiiee
M'imputeraujourdlitigourmande
avarice.
je ne teparle point de cesfoins de*
vorans
9ge-se donnent petits e-gràndr
pour, pltu haut qu'tUe r/ejl) élever
Jeftrois &
leurfortune.
trûplongueeut-ejfre
,
importune
Si de vos pajjions j'dllois
pn vain m'étendre icy sur la cathe
gorie.
Chacunsçait quelsfontceux de la
tendrefurie,
Et toutes tour à tour
, &souvent 4
hfois
Envous âjfûibiijfantabregentvostre
vie.
Vfmieux, en fin mot
dons d'ferens>
, de mes
Soyez, fibres) réglez, comme dMi
lcs vieux temps
A-IUndcz avec patience
,
la maturité de mes fruits,
Et joignitlerfpos des nuits
A Li diferete vigilance
Jgjfe de tous Les Mortels exige enfin
le jour;
Alors
je promets a mon tcj.r
* ,
De lesgrurir de lufoilUjfe
Dontsi nul à prepss ilsseplaignent
JJHS Cfjjc
,
Et, devenus parlà plusJains, plus
vIgoureux,
j'espere , é" mifmt je fuis fatrt
£u<des maux qui a'ailleurspour
.ue dec n~atix qu a~'aiiieurçpour
roitnt tombirfur eux
ilsn'aceufiront plus l'innocente Na
ture.
DIALOGVE-
De la Nature CM' de Damon,
four tous les hommes.
Sur ce que le Printemps eff
plus sujet aux fluxions, &
autres maladies
, que les
autres Saisons de l'année.
D A}yf 0 N.
POuYquoy faut-il que la N4
ture
'Empoijonnetousfispresens?
Jgue lors quesesruisseaux roulent
une eau sipure;
Jgue lors qu'ellerend à nos
champs
SesJeux,ses Ris, ses Fleurs,fis
Oiseaux,sa verdure;
J>)ue lors que l'aimable Printemps
Fait briller le Soleil d'une clarté
nouvelle,
Et
, pltU doux quejamais, auxplai
sirs nous appelle
;
,dis-je ,
faut-il que fit
fourquoy
belle finfon
Jgui fcmblerajeunir le Monde*
En tantde maux diverssoisenfinsi
féconde ?
Parle
y nous dirds-tu , qu'avecpltt
de raison
>Chacunparoiss surpris de cesejfcts
Bizarres ,
rEt de ce quon ne peut en gousser
les douceurs
Sans dans le mesme temps e/Jityer
les rigueurs
Desfluxions Ô" des catharres.
Sipar là tu nous mets hors d'étatd'en
joiiir.
A quoy nomfervent donc tes appas
dr tes charmes ?
Ofiroit-ons'en réjoüir
Etles voit-on ,
helas !sans chagriny
sans alarmes?
LANATVRE.
J'ay souvent écouté les plaintes
que tIi fais,
Etje fuismoy-mefmt étonnée
Jgue le plus beau temps de l'année
NattIre contre moy que murmures
secrets.
Cependant quelle ingratitude,
Qi4et edpriee, quelle habitude
Trend-on de tons ses maux d'accu
fer mes presens :
Ui vous autres Mortels ,
plus mode
rtZ,pIN! /'l^lS
>
EnJsa-J.fhz, de meilietash Tao'/es,'
Vous(IrieT^plm reconnoifjarts ,
Et vous vcrritz bien tofl qnc ce n'efi
pa! leurfaute.
Vofhede[ordre [cul vous osie
letic ccsplafrs ou tendent
tous vos vœux
,
Et vu)usauriez, toujoursdes Prin
temps pins heureux
.i vous en jOHilli:Z avec la tempe
r.l:,ce
rQ¿h dons ordonne la prudence :
Jl,riJ .i tJ:f¡j( .n-J'~ eÍÍ t¡iJ GI:sf.Út 't.'0;
idiitfà peine ay-jt enfin fut:sfaitVOJ
fouhai;s
.¡',,si
¡
~9~~ vous en faitesdesexcèsy
*>)ui des douces humeurs altérant
l'harmonie,
DeIIInile aujji tost excitentlafurie,
"ombienpeu d'entre-vousménagent
comme
ilfaut
Le temperè,l'humide
> ou le froid,
ou le chaud
?
( donne
Car tous les temps que je vous
Sont & charmans
, &bons. DAns
celuy de £Autonne
Sansde mesfruits nouveaux crain
are la crudité
Vous en mangez, en abondance>
Et de la vient la dejfaillance
De celuy que désa lEjlé*
PArfisgrandes chaleurs Itvoitdebi.
lité.
pou/ant cettefaison brûlante
Loin de vous rafraiJèhir, vous beu
vez à longs traits
Du vin pur, pourveu qu'ilfiitj
frais,
Et vojîrefoisimpatiente
Ne peut se donner le loisir
D'attendreau msins qu'une Ser
vante
An\
dit apporte de l'eau
, feule rafraif
chiffinte,
Et quifeulepeut l'adoucir.
ltlais bien-tofl, malgré vous , une
,
ardeur de poitrine
Acette eau qu'on fuyoitvous force
de c'llrir,
Etsouvent à la Medeciue.
Lors que CHyver , le tempsdis
Jeux,
Des Bills, & de la bonne chere
Couvre tout L'ZJnivtrs defis fri
mats affreux ,
£
t cheZ vous , prés da [feu vous
retient, vous re(je'rre
,
Dites>nenfortez,-*vgusjamais?
Le Bal a pourvous trop .ïattraits
t
La table,& lejeutrop decharmes
Tourdûmal qui lesJuitvouscaufr
des allarmes.
Vou
sy paffz toutes les nuits,
et ce mal,pire que mesfruitç
.f¿fJe la Rose nouvelle p& que 14
Canicule
s
Ce mal, dis-je, que fait lA perte du
repos ,
Etcefriand morceau qu'on rongç
jusqu'aux os ,
fouséchauffe le fang, vousconfiée
dr vous brûle.
De la cette abondanced'eau
Zai s'amajse dans le cerveau
;
<%ui par le rude froid trop long.
temps retenue,
Et qui par cOlJflqllelJtaigrie & car.
rompue ,
Des que ce froid ceffi au Prin
V
temPsfroid cefe dv Prin
piflille en fluxions comme une é
paijft nue
£>ue leSoleildissoutfarses rayons\
arderts.
faut-ildonc s'étonner,Jïcette eau
vient À fondre
Jhtand il darde fis premiers
traits?
£)ttoy
, d'un moinsfuneflefncccs»
Vous ménageantsipeu
, pouvleZ
vous vous répondre,
Et vos prodigieux & differEns (X
ces ,
Nefitffiflnt-ilJ pas enjia pour vous
Mais
confondre?
D A M 0 N.
si l'onveutt'encroire
,
adieu tous les plu:sir
s j
*
ilfaudradéformais s'en priver, s'en.
7/ j'~~T~j M
auxcl-[T.s,
défaire,
Et qu'enStoiqtte trop ftverc
Chacunfrmesoncœuràl'iyfiïr.cl,
C, ur
:J^uidésnofireplustendre
:
~¡ dés ¡itJjl-re pt/Ji te¡¡d,c ril
sance
en
Nous font en leur faveur Jentir
leur violence.
Nousnaissons avec cespenchans;
Fers tout ce quiflatte lel/èns
Onselaisse entraifner en défit de
foy'tnefme.
On croit mesme quand on les aime
Jguon ne fuit que tes propres
loix
i
Àinsi quand on
ltsvoit, on leur
ouvre la porte,
Et dans l'ardeur qui nousyporte
On n'est embarrasséqu'auchoix.
Commentpouvoircombattre unepen
te siforte?
Cependant quelque né que l'on floit
avec eux,(les regarde,
Comme desEnnemis fit vtus quon
Et qu'en ccla plus n\iibcn<'cux
J^ue les. Biflcs
, contre-eux on Joit
toujours en garde.
LA NATVRE.
Ah ! si vous en usiez. comme les
Animaux
J
1"
Me verroit-on rcàuitc a repondre a
vas p!si/.te
s
y
1
d'
Et ferlez-vousJ'rjtts à tant de di
versmau::
Dont, plusindijcrctsqu'eux , vous
fiïitez, les atteintes ?
1 J
Des plaisirs que
je donne ils usent
comme ilfaut,
ils ne vont point pendant le
chaud
Affronter>comme vous, l'ardente Ca
ri;eule
,
Etfiecachant pour lors du Soleil qui
vous brule,
Attendent poursortirqu
il foitfous
l'horizon.
Mais l'homme quisi croitsifiagt
Vesi-il au fond, Ó. quel. ufiage
Levoit~on,>Muis les jours fairedesa
tassin?
La tient-ilmoins de moy que cette
douce fente
J?yi' dit avoir fourles- plaijîrs?
jïue nej'enstri-il dont:>$iljéJèrl
hLv.riJ
ClCSULsiYS
<QHC U Nature bien-faifante
,
jijî.,edonfiemesme à fin
,
J
sensible fiante ?
Ain
¡;.
'J'
si ,/ansdeformû
smurmurercon
tre moy,
/1
J9uov ne s'en prenne fins qu'a,
,/, ,
fiJ.
Vous-mefmcs, au retour des Zepbirs
&de Flore,
orrornpcz ces-plilijirs qu'il donnait
autrefois,
Et qu'il vous donneroit encore,
si, mointfous
,vous vouliez, suivre
mesfages loir" ,
Etquitter cette innmperance,
.&Uene connut jamatt le Monde en
fin enfance.
Content de laftmplicité,
Du lait. du fruit,d;" de l'eaupure,
'.Z,ue gratuitement leur donnoit la
Nature,
Les hommespat la volupté
Zui nofoit pas encor leur montrer
ses amorces,
N'affoibliffiient point lors leur vi
gtuur,& leurs forces,
EljouiJflÙnttOlfjours d'une pleine
fanté.
Mais lors que leur Cupidité
Tira l'or du fein de la terre,
Ce métail à son tour leur decUra U
guerre,
"Et pourfemangtrd'eux leur inspira
fouàain
Iif, haine de lafibretable,
£7 cetamourfatal qu'ils ont pour le
Du necejfùre au deleciable,
ftftin.
Séduits parses attrait;
) ils nefrent
quuti pas>
Et hien-tojldégoûteZde l'utile lai
ttlge
,
Composerent à leurdommage,
Z>£ragoûts différent leurs splendides
repas.
De là cette humeur indigejle
Jgjii cause leurs v4peurJ"
leur en reste,
,'lNI ftule
Et qui détruisant leur chaleur,
Lesréduit à tellelangueur,
Qu'après une débauchefaite
Il faut en dépit d'eux , venir à /*
diette.
Yoila ce qu'à produit l'avide foisde
for.
Trop heureux
>
trop heureux encor
e,)&and àJî bon marchélegourmand
en cfl quittey
Car comme de ses biens il veut
Tirer tout
lequ'ilpeut,
Cette hnmeur à la longue & s'en
flamme
3&s)irrite)
Etytrompé par cet appétit
eue luy donnesouvent cette ardeur
étrangère,
etrangere,
De nouveau l'imprudent
hors du lit
, àpeine
Ou l'arrtjlpit fin mal, cherche la
bonne chere.
Jgtfen peutilarriver ? LArechute,
&la mort.
Après cela
,
Damon,vois, dis-moy
sij'ay tort,
Etsi l'on peutsans injufiiee
M'imputeraujourdlitigourmande
avarice.
je ne teparle point de cesfoins de*
vorans
9ge-se donnent petits e-gràndr
pour, pltu haut qu'tUe r/ejl) élever
Jeftrois &
leurfortune.
trûplongueeut-ejfre
,
importune
Si de vos pajjions j'dllois
pn vain m'étendre icy sur la cathe
gorie.
Chacunsçait quelsfontceux de la
tendrefurie,
Et toutes tour à tour
, &souvent 4
hfois
Envous âjfûibiijfantabregentvostre
vie.
Vfmieux, en fin mot
dons d'ferens>
, de mes
Soyez, fibres) réglez, comme dMi
lcs vieux temps
A-IUndcz avec patience
,
la maturité de mes fruits,
Et joignitlerfpos des nuits
A Li diferete vigilance
Jgjfe de tous Les Mortels exige enfin
le jour;
Alors
je promets a mon tcj.r
* ,
De lesgrurir de lufoilUjfe
Dontsi nul à prepss ilsseplaignent
JJHS Cfjjc
,
Et, devenus parlà plusJains, plus
vIgoureux,
j'espere , é" mifmt je fuis fatrt
£u<des maux qui a'ailleurspour
.ue dec n~atix qu a~'aiiieurçpour
roitnt tombirfur eux
ilsn'aceufiront plus l'innocente Na
ture.
Fermer
2035
p. 310-311
ENIGME.
Début :
Encor que je ne sois qu'une simple femelle, [...]
Mots clefs :
Eau de la rivière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME. ENcor que je ne fois quuneJimpie
femelle,
J'aj) de Uforce aux bras anssi-bien
quen mon corps;
On dit qne je ftiJ bonne & belle9
mais ilfaut craindre mes efforts.
jay beaucêup d'ennemis sur la terre
& sur l'onde,
Jïui parlenttoujours maldemoyy
Et cependant je fais plaisîr a tout le
monde,
Sans mifme en excepter leRoy.
Jj)uand on _ffat.tpir expertence
L'effet de ma Vtrtu) mes bonnes
''lI/aliteZ)
On vient avec toute ajfurancc
M*confiermille beautcZ,
jecourssans piedstje dorssans
« Jeux., jefers en Medeciue, & j'embellisla
Rose,
Je defcens dans l'abijme
,
& monte.
ven les Chut;
Enflnje fers ou nuis félon que l'on
m'expose.
femelle,
J'aj) de Uforce aux bras anssi-bien
quen mon corps;
On dit qne je ftiJ bonne & belle9
mais ilfaut craindre mes efforts.
jay beaucêup d'ennemis sur la terre
& sur l'onde,
Jïui parlenttoujours maldemoyy
Et cependant je fais plaisîr a tout le
monde,
Sans mifme en excepter leRoy.
Jj)uand on _ffat.tpir expertence
L'effet de ma Vtrtu) mes bonnes
''lI/aliteZ)
On vient avec toute ajfurancc
M*confiermille beautcZ,
jecourssans piedstje dorssans
« Jeux., jefers en Medeciue, & j'embellisla
Rose,
Je defcens dans l'abijme
,
& monte.
ven les Chut;
Enflnje fers ou nuis félon que l'on
m'expose.
Fermer
2036
p. 17-71
LETTRE D'UN PHILOSOPHE A MADEMOISELLE DE SCUDERY ; Sur les Maladies des Vapeurs.
Début :
Ce n'est pas sans raison, Mademoiselle, que j'ay peine [...]
Mots clefs :
Vapeurs, Chaleur, Parties, Maladie, Corps, Ventre, Matières, Médecins, Symptômes, Entrailles, Causes, Humeurs, Remèdes, Vie, Estomac, Cerveau, Veines, Esprit, Alambic, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN PHILOSOPHE A MADEMOISELLE DE SCUDERY ; Sur les Maladies des Vapeurs.
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE
A MADEMOISELLE
PE SCUDERY ;
C
Sur les Maladies
des
Vapeurs.
E n'eft pas fans raiſon
Mademoiselle,quejay peine
à me refoudre de donner au pu .
blic mes reflexions fur la ma-
Octobre 1691 .
B
18 MERCURE
ladie des Vapeurs , car fi tous
ceux qui mettent au jour des
fentimens qui ne font pas fort
éloignez de ceux du commun ;
ne laiffent pas de s'attirer fort
fouvent les traits piquants de la
critique , avec combien plus de
raifon dois-je les apprehender
puis que je m'éloigne entiere
ment du fentiment de l'Ecole ',
même de celuy de la pluspart
des hommes, & que je m'en
éloigne d'autant plus , que je táche
de defabufer le Public de
certaines preventions , qui ne font
guere moins difficiles à détruire ,
que s'il s'agiffoit d'un Article
GALANT. 19
de Foy ? Car quoy que l'intereft
de la vie foit un fort puiſſant
motif, pour porter le peuple à
faire quelque reflexion fur les
chofes qui la regardent › les Medecins
le tiennent tellement engagé
dans leurs opinions › qu'il
n'y ajoute pas moins de foy que
les Turcs à leur Alcoran. Ainfi
vous pouvez juger de la difficulté
de mon entrepriſe ; & commej'ay
les Anciens les Modernes
à combatre , & que
ple même a foufcrit à l'opinion
contre laquelle j'ay la hardieffe
de me declarer , jeje ne fçaurois
trouver parmy eux que
le
pessdes
Fu-
Bij
20 MERCURE
.
ges fufpects & des gens à ne ceder
ny à la raison , ny à l'expes
rience , à moins qu'ils n'y foient
portez par l'approbation d'un efprit
auffi éclairé que le vostre.
Ouy, Mademoiselle , c'est vous
feule , dont la vertu , le genie ,
le merite connus par toute
l'Europe , vous ont acquis une fi
jufte reputation , qui pouvezobliger
le Public à ne pas rejetter des
Sentimens qui font fondezfur la`
l'experience , & ày raifon
faire une meure reflexion , fans
s'arrefter aveuglement à des opinions
qui font aifées à détruire
quand on veut bien les examiGALANT.
21
>
ner de prés. Mr. Defcartes , ce
grand Philofophe , a euraifon de
dire , qu'à l'égard des matieres
phyfiques il falloit douter de
toutes chofes une fois en fa vie ,
pour en decouvrir la verité , car
'il n'y a que le doute qui nous
porte à faire des experiences ,&
ce n'est que l'experience qui nous
rend pleinement convaincus de
la verité d'une chofe . Si tous les
Medecins fuivoient la pensée de
ce Grand Homme , ils ne demeureroient
pas enfervelis dans des
erreurs , qui captivent fifort leur
entendement, qu'elles ne leur per
mettent pas de joüir des lumieres
22 MERCURE
qu'ils ont receuës de l'Auteur de
la Nature , & ce que je trouve
de plus extraordinaire , c'est que
malgré leur vaine pratique , ils
pretendent que leur art eft établi
fur l'experience & la raison , &
ne peuventfouffrir ceux qui fondezfur
de continuelles experiences,
raiſonnent autrement qu'eux.
Ils veulent qu'on foit aveugle
comme ils lefontes que l'on n'oppofe
rien à l'autorité des Anciens,
comme fi la Medecine , qui eft
le plus noble & le plus difficile
de tous les Arts , pouvoit avoir
acquis dans fon commencement
plus de perfection que tous les
GALANT.
23
que
autres , que nous voyons tous les
jours fe perfectionner. Ne fommes
nous pas en même droit , que
ceux qui font venus immediatement
aprés Hypocrate & Galien
, de verifier ce qu'ils ont
avancé dans leurs Ecrits ?
Y a- t-il rien de plus ridicule
d'alleguer qu'il eft impoffible que
tant d'habiles gens qui ont paru
avant nous , fe foient trompez ?
Pourquoy voulons- nous que ces
gens- là ayent decouvert plus que
nous, s'il est vray qu'ils en ayent
ufé de mefme que nous , & qu'ils
s'en foient entierement rapportez
à leurs Devanciers , fans y avoir
24 MERCURE
fait aucune reflexion ? Le nom-
"bre exceffifdes morts prématurées
la quantité des Malades
languiffans , non feulement des
femaines , des mois , & des années
entieres dans leur lit , mais mefme
toute leur vie , ne fourniſſent- ils
pas des preuves plus que fuffifantes
, pour faire connoiftre que
Medecine que l'on exerce à prefent
, n'eft qu'une ombre de celle
que Dieu a donnée à nos premiers
Peres ? Que fi je m'éloigne du
fentiment des Medecins fur la
nature de la maladie des Vapeurs ,
c'est que la raison & l'experience
me font connoiftre de jour en jour
la
GALANT.
25
la verité de mon hypothefe , &
pour ne pas tarder davantage à
vous decouvrir mon opinion , je
dis que la pretenduë maladie des
Vapeurs n'eft autre choſe que l'affection
hypocondriaque dont les
Anciens font mention . Mais
comme les Medecins croyent que
tous les fymptomes qui accompagnent
cette maladie, ne font qu'un
effet des vapeurs qui s'eflevent
des hypocondres jufques à la tefte,
ils ont nommé depuis quelque
temps cette maladie , Vapeurs , &
cela d'autant plus que ceux qui en
fon atteints ne peuvent fouffrir
ce nom d'affection hypocondria-
Oct. 1691.
C
26 MERCURE
que , comme fi cette maladie në
venoit pas de l'alteration des humeurs
comme les autres .
Il est certain que comme elle
est peu
de chofe dans fon commencement
il feroit aisé de
l'emporter fi l'on fe fervoit
des remedes convenables , mais
elle prend infenfiblement des ra
cines fi profondes que ceux qui
en font atteints fe voyent enfin
hors d'eftat de pouvoir guerir, ne
trouvant aucunfoulagement dans
l'ufage des remedes. Cela vient
de ce que les Medecins ne cherchent
qu'àrafraichir les entrailles
qu'ils croyent toujours embrafees,
GALANT.
27
**
au lieu de fortifier l'eftomach, &
d'empefcher la
generation des
humeurs
excrementeufes qui produifent
tous les
Symptomes 2
dont je feray le détail , & ce que
je trouve de plus pernicieux pour
les malades , c'eft la
prevention
de cette chaleur d'entrailles , dans
laquelle les Medecins les ont
tellement fortifiez par la comparaison
qu'ils leur font d'un
alembic au corps humain , qu'il
n'y a ny raifon ny experience à
laquelle ils veuillent ceder. Mais
pour vous faire voir la tromperie
de cette comparaison , je vais
faire la defcription d'un alembic.
Cij
28 MERCURE
de la maniere qu'on procede à
enfuite je la diftillation ,
feray voir fi les chofes fe paffent
dans le corps
un alembic.
humain comme dans
Un alembic eft un Vaiffeau
composé de deux parties , l'Inferieure
la Superieure . L'Inferieure
s'appelle Cucurbite , & la
Superieure Chapiteau . Ce Chapi
teau a un bec par où fort la liqueur
qui diftille . On met la matiere
dans la Cucurbite, on la
de fon chapiteau. On pofe cet a
lembic fur un trepied , ou fur un
Fourneau , fous lequel on met le
feu , qui ayant échaufe la Cucur
bite fait que l'humidité de la
couvre
GALANT. 29
matiere qu'elle contient s'éleve en
vapeurs , lesquelles paffant par le
col de la cucurbite , font portées
dans le Chapiteau , où par le moyen
de la froideur de l'air qui l'environne
, elles font condenfees en
eau, & cette eau diftille par le bec
du Chapiteau dans un recipiant.
Que s'il y avoit une ouverture
au col de la Cucurbite , les va
peurs pafferoient par cette ouverture
, ce qui eft à remarquer.
Cette comparaison qui a quel
que reffemblance dans fon exte
rieur , a eu l'applaudiffement de
tous ceux qui ne regardent que
l'écorce d'une chofe , mais je vais
Ciij
go MERCURE
faire voir qu'elle cloche dans
toutes fes parties , je commence
par l'operation du feu , premier
agent de la diftillation.
Tous les Medecins demeurent
le coeur est la partie
d'accord
que
la plus
chaude
du corps
, & par.
tant
il faudroit
pour
quadrer
à
leur
comparaison
, que le coeur
fût
placé
fous
le mefentere
, car eftant
placé
comme
il eft dans
la poitri
ne, il faut
de toute
neceffité
que
par
fa
chaleur
il precipite
les
vapeurs
en bas , de même
que
les Chymiftes
diftillent
certaines
matieres
par
depreffion
, ou per
defcenfum
, en mettant
le feu
GALANT.
31
la
allentour de la partie fuperieure
du vaiffeau qui contient la matiere.
Ils diront fans doute que
chaleur qui provient d'une bile
ou atrabile enflamée dans les entrailles
, eft beaucoup Superieure
à celle du coeur , & comme ils ne
peuvent donner aucune raison
qui faffe voir comment se fait
cette inflammation & chaleur
extraordinaire de bile , ils ont recours
aux diverfes effervescences
que les Chymiftes leur font remarquer
dans le meflange d'un
acide d'un alkali , & difent
que la bile fe meflant avec un
acide , il fe fait une grande effer-
Ciiij
32
22 MERCURE
le
vefcence , mais je les deffie , eux
tous les Anatomiftes , de trouver
dans le corps humain deux .
liqueurs qui meflées enfemble faffent
une effervescence tant foit
peu fenfible. Je fçay bien que
bas ventre n'est pas fans vapeurs,
mais je fçay bien auffi que ces
vapeurs ne peuvent pas eftre élevées
jufque dans le Cerveau , à
caufe des divers obftacles qui s'y
oppofent. Premierement le diaphragme
que la nature a eſtabli
fur le bas des coftes , tire au travers
du corps , jufques à l'efpine
du dos , tant pour aider à larefpiration
, que pour feparer les par
GALANT. 33
ties vitales d'avec les naturelles,
cela ne
& empefcher que les vapeurs des
excrements des vifceres naturels,
n'infectent les parties vitales ;
mais fuppofé , quoy que
foit pas , que ces vapeurs paffent
à travers le diaphragme , & entrent
dans la capacité de la poitrine
, par où fortiront- elles , puis
que la poitrine est revestuë d'une
membrane tres - épaiffe , qui ne
donne pas feulement paffage
l'air? Il faudra donc qu'elles foient
bumées é imbibées
par la
fuba
ftance molaffe des Poumons . Cela
eftant , elles feront jettées dehors
par la bouche en l'expiration .
34 MERCURE
Mais fuppofons , pour faire voir
plus amplement la fauffete de leur
hypothefe , qu'elles paſſent à travers
cette membrane qu'on nomme
plevre, & que les parties jugulaires
fi bien clofes , jointes &
uniesfous les clavicules ,foient af
Sez ouvertes
dilatées pour
que ces vapeurs y trouvent paffage
, quand elles auront paffé la
region du col , elles trouveront le
paffage de la bouche ouvert , par
lequel elles feront jettées dehors,
de mefme que fi un Alembic avoit
,
que
le
une ouverture plus bas
chapiteau , les vapeurs fortiroient
par cette ouverture , comme j'ay
GALANT.
35
dit cy-devant. Mais outre tous
ces obftacles , il y a l'os bafilaire
qui en eft un puiffant , & qui ne
leur donnant pas paffage , les
obligera à fortir par le nez. Mais
accordons leur , par fauſſe poſition
, un libre paffage par l'os bafilaire
, elles trouveront la dure
mere qui envelope le Cerveau ,
fi ferme , fiépaiffe , d'une tissure
fi bien battue , qu'elle ne donne
pas paffage à la moindre chofe,
pas même à l'efprit animal qui eft
d'une fubftance tres-fubtile.
Je croy avoir affez clairement
demonstré , que les vapeurs qui
pourroient s'eflever dans le bas
36 MERCURE
ventre , ne sçauroient eftre portées
jufque dans la tefte , à raison du
grand nombre des parties qui font
interpofées , lesquelles toutefois
donnent paffage à trois fortes de
vaißeaux , qui font les veines ,
les arteres , les nerfs , afin que
les humeurs neceffaires pour la
confervation de la vie puiffent
eftre portées dans toutes les parties
du corps . Puis qu'il n'y a
donc que ces trois conduits par
lefquels ce qui peut eftre porté à
la tete puiffe trouver paßage , il
faut de toute neceffité que ce foit
par leur capacité , ou partie interieure
, qui fe trouve pourtant fi
GALANT.
37
remplie de diverfes fubftances ,
qu'elle nesçauroit eftre affez va
fte pour donner paffage aux vapeurs
, car les veines font continuellement
pleines de fang. Les
arteres , quoy que moins remplies,
font encore moins capables de donner
paffage à des vapeurs , dont
la molleffe ne sçauroit penetrer
les fortes & epaiffes tuniques de
ces arteres , outre que quand même
elles y feroient entrées , elles
feroient diffipées confumées par
la grande ardeur du fang ) des
efprits vitaux. A l'egard des nerfs,
ils font fi remplis de la pulpe cerebrale
, qui eft plus condensée &
า
38 MERCURE
un peu plus feiche que n'eft le
corps du cerveau , que ces fubftances
vaporeuſes y trouveront enco
re moins de paffage que dans les
veines. Ajoutez à cela , que fi
ces vapeurs montoient par les
nerfs , elles s'y condenferoient en
eau , àraifon de la frigidité de ces
parties , qui eft beaucoup plus grande
celle du Cerveau.
que
Les Medecins tafchant d'éluder
la force de ce raisonnement
ne manqueront pas d'alleguer l'autorité
des Anciens lors que parlant
de l'épilepſie qui ſe fait par
Sympathie , ils difent que
peurmaligne monte dupiedpar les
ร
la va
GALANT:
39
les
parties mufculeufes &nerveuses
jufques à la tefte , ce qui ne pour
roit eftre , difent- ils , s'il n'y avoit
quelque efpace fuffifant en la
partie
interieure des nerfs pour luy
donner paffage. Fe fçay bien que
La fubftance maligne qui fait l'Epilepfie
, trouve paffage par
nerfspour monter jusques au cerveau
, mais il ne s'enfuit pas de
les vapeurs trouvent lies.
d'y paffer , car la fubftance maligne
qui fait l'Epilepfie , estant
auffi fubiile que celle de l'efprit
animal , eft bien differente de celle
des vapeurs qui eft groffiere comme
celle des vapeurs que nous
là
que
40 MERCURE
voyons s'élever de la terre. Mais
enfin files vapeurs du bus venire
montoient jufque dans la tefte,
nous aurions continuellement an
nez les odeurs puantes des matieres
excrementeufes , d'autant
plus que ces odeurs font d'une
fubftance beaucoup plus fubtile
les
que vapeurs.
Il eft facile de juger par ce que
je viens de dire , fi un alembic
dans lequel il n'y a nul obftacle
pour empefcher les vapeurs de
monter au chapiteau , fans parler
de la differente conftruction, peut
eftre comparé au corps humain ,
qui eft l'ouvrage vifible le plus
GALANT.
4I
admirable que Dieu ait fait ;
& pour voir que peu de choſe
change une operation , il n'y a
qu'à prendre du papier trempé
dans l'huile , ou une éponge , &
l'appliquer au fommet de la
cucurbite lors qu'on diftille du
vin , & l'on verra fi une chofe
interposée change l'operation :
car ce papier, ou cette éponge
laifferont paffer l'esprit du vin ,
& retiendront le phlegme , qui
s'éleve en vapeurs jusqu'à cette
interpofition . N'y ayant donc
pas de vapeurs qui montent jufque
dans la teste , non plus que
deprétendues effervescences d'en-
Oct. 1691. D
ந 4
42 MERCURE
trailles, il ne faut pas s'étonner
files Medecins ne peuvent guerir
ceux quifont atteints de cette
maladie , puis qu'ils n'en connoiffent
pas la caufe. Mais
afin que chacun puiffe mieux
juger de fa nature , je vais
faire un dénombrement des
Symptômes qui l'accompagnent,
enfuite je parleray de leur
cauſe.
Les fymptômes en general qui
accompagnent cette maladie, font
des rots aigres , des nauſées , vomiffemens
des chofes aigres , aufteres
, & acerbes
douleur &
onftipation de ventre , tenfion
→
GALANT.
43
aux hypocondres , palpitation de
coeur, compreffion des parties précordiales
refpiration difficile , &
quelquefois , crainte de fuffocation
& étranglement , de mesme
que les Femmes hyfleriques , pe-
Janteur & douleur de teste ,
bourdonnement aux oreilles , falivation
, ébloÿiſſement, vertige,
ardeur dans les hypocondres
bruit
vague
fiéures errantes ,
dans le ventre , laffitude fpontanée
, veilles ,fommeil interrompu,
crainte , triftoffe , chagrin , incon-
Stance & quelquefois convul
fions & delire. Tous ces fymptômes
ne ſe manifeftent pas à cha-
Dij
44 MERCURE
cun de ceux qui font atteints de
cette maladie ; car il ༧ en a qui
n'en reffentent qu'un , d'autres
deux , d'autres trois , & d'autres
davantage. Aux uns ces fymptômes
font fort legers , aux autres
fort violens felon la diverfe
dépravation du fang. & des efprits
; mais comme cette maladie
devient fort commune , je veux
tâcher de ne rien obmettre de ce
qui peut donner quelque lumiere
pour en connoiftre la vraye cause,
pour cet effet , je vous diray
qu'il y a certaines gens qui yfont
beaucoup plus fujets que
tres ; fçavoir ceux qui de naifd'auGALANT.
45
-
fance ont les vifceres naturels
debiles & mal conftituez ; ceux
qui fontfujets à la crapule ; ceux
qui mangent une grande divers
fité de viandes , menent une
vie fedentaire ; ceux qui travaillent
beaucoup d'esprit ,
principalement dès qu'ils ont pris
leur repas , & ceux qui perdent
quelque évacuation naturelle .
Toutes ces perfonnes - là font fu
jettes à des crudite d'eftomach,
qui font la fource de tous ces
Symptômes.
Ccux qui ont les viſceres nai
turels debiles & mal conftituez,
font fujets à cette maladie , parce
46 MERCURE
que
leurs vifceres ne faifant pas
bien leur for ction , à raifor de
leur foibleffe , les alimens ne reçoivent
pas une coction leüable ,
d'où procedent des humeurs excrementeufes
, cruës , acres , aufteres
, & acerbes , quife meflent
avec le fang, l'alterent ,forment
des obstructions , & caufent tous
les fymptômes dont nous avons
fait mention.
Ceux qui s'adonnent à la crapule
font fujets à cette maladie ,
parce que mangeant & beuvant.
à toute heure fans difcretion , &
fans que la digeftion foit faite,
il fe fait un mélange des parties.
GALANT.
47
ites du chile avec les cruës,
lesquelles eftant portées dans les
veines alterent le fang. & enfuite
les vifceres , & caufent ces
divers fymptômes.
Ceux qui mangent diverfité
de viandes ( quoy qu'is n'exce
dentpas en quantité ) menent
une vie fedentaire ,font fujets à
la même maladie, parce que quelques
petites parties trues des
viandes , moins fácilesà digerer,
étant entraînées par celles qui
font de facile digeftion , jufque
dans les veines ne sçauroient
eftre domptées par la chaleur naturelle
des parties , à raison
48 MERCURE
qu'elle est moins vigoureufe
ceux qui menent une vie fem
dentaire , qu'en ceux qui travaillent
, ce qui fait que ces pe
tites parties crues venant à fe
multiplier , caufent alteration
au fang & aux viſceres , &
produifent ces fymptômes.
Ceux qui travaillent beaucoup
de l'efprit , & fur tout immediatement
aprés le repas , ne
font pas moins fujets aux vaà
raison des crudite
peurs ,
qu'ils engendrent , parce que par
ta grande application & reflexion
fur quelque matiere , les
efprits des parties naturelles qui
doivent
GALANT
49
doivent s'occuper à la coction des
alimens,font attirez au cerveau,
ce qui fait que l'estomach fe
trouve dénué de la quantité neceffaire
des efprits pour faire la
coction des alimens , d'où s'enfuit
un chile crud , & indigefte , capable
de produire tous ces fymptômes
, par les raifons que j'ay
alleguées.
Ceux qui perdent quelque éva
cuation naturelle , comme les Filles
& les Femmes ,&les hommes
fujets au flux hémorrohidal , Se
trouvent auffi tourmentez de
vapeurs , parce que la maffe du
fang eftant purifiée de toutes les
Octobre 1691 . E
50 MERCURE
matieres fuperflues & heteroge
nes , par
le moyen de ces évacuations
, il
arrive que lors
qu'
elles viennent à ceſſer , le fang
& les efprits en restent alterez ,
& caufent divers fymptomes ,
comme l'on peut facilement remarquer
aux Filles & aux Femmes
qui perdent leurs menftruës
avant le temps.
On me pourra objecter qu'une
facheufe nouvelle de la mort
d'une perfonne que l'on aime
tendrement , ou de la ppeerrttee d'un
procés de confequence , peut produire
cette maladie , fans qu'on
en puiſſe attribuer la cause à
GALANT.
51
l'eftomach. Mais confiderez, s'il
vous plaift , les effets d'une facheufe
nouvelle, & vous verrez
que c'est l'estomach qui en pâtit
le premier ; car il eft conftant que
fi cette mauvaise nouvelle arrive
à un homme qui fe met à table
avec bon appetit , il le perd d'abord
,
parce que
les esprits eftant
agitez& troublezpar le rapport
qu'on luyfair, tiennent un mouvement
quipervertit l'oeconomie
de l'eftomach , d'où procedent enfiute
des cruditez,quietant aigres
coagulent le fang, embaraffent
les efprits , & caufent cette tri-
Steffe , qui fe manifefte fur le
E ij
52 MERCURE
vifage , & enfuite tous les autres
Symptomes.
Par toutes ces raisons il me
femble qu'on peut conclurre hardiment
, que la fource de cette maladie
eft à l'estomach , d'autant
plus que dans fon commencement,
ilfe manifefte des symptomes , qui
marquent affez que cette partie
est affectée , comme font les rots,
la nauſée , le vomiſſement & les
cruditez , fouvent pesanteur
à l'estomach aprés le repas . Il
faut maintenant examiner les
Symptomes , & principalement
ceux qui portent le plus les Medecins
à fe fervirde rafraichisans,
GALANT
53
comme font l'ardeur qu'on fent
aux entrailles , la conftipation
aftriction de ventre.
E
que ceux qui Il est constant
font atteints de cette maladie
fentent quelquefois une grande
ardeur aux entrailles ; mais il
eft vray de dire auffi que cette
ardeur n'est qu'un fymptome qui
nefuit pas mefme toujours cette
maladie. Cependant les Medecins
prétendent que c'est la chaleur
d'entrailles , foit qu'elle fe
manifefte oouu nnoonn ,, qui en eft
la caufe efficiente & c'est làdeffus
qu'ils fondent leur pratique
; mais malheur à ceux qui
E iij
54 MERCURE
par
ques
la fuivent. Fay fait affez voir
la Lettre que j'ay écrite à
"M Chapelas , Curé de S. Facde
la Boucherie , la verita
ble caufe des chaleurs extraor
dinaires que nous fentons , & il
feroit à fouhaiter que quelqu'un
de ces Meffieurs vouluſt prendre
la peine d'expliquer comme quoy
fe fait cette chaleur d'entrailles,
comment s'enflame la bile.
me ferois un grand plaifir de
leur repliquer, de leur faire
voir que cette chaleur est un effet
de l'indigeftion des cruditez ;
à quoy les rafraichiffans font
contraires , & ce n'est pas eftre
Fe
GALANT.
55
Medecin que de vouloir détruire
un fymptome par des remedes
tout- à-fait contraires à la cauſe
de la maladie du fymptome ;
&pour voir
fans font contraires à cette maladie
, quand me
que
les rafraichif
mesme
elle
proviendroit
d'une effervescence
caufée par le mélange de la bile
& d'un acide , il n'y a qu
confiderer que cet acide morbifi
que, qui est de qualité froide,provient
de l'indigeftion & des cru
ditez de l'eftomac , & partant
l'effet auffi- bien que fa caufe ,
demande des remedes chauds
pour aider la coction des alimens,
E iiij
56 MERCURE
& empefcher la generation de
l'acide , lequel estant détruit
il n'y fçauroit avoir aucune effervefcence
, comme ils fuppofent.
A l'égard de la conftipation du
ventre , ils pretendent auffi que
c'eſt un effet de la chaleur d'entrailles
, laquelle deffeche les matieres
excrementeufes ; mais fi
nous faifons reflexion fur ce qui
endurcit deffeche les matieres
humides , nous verrons qu'il
eft impoffible que la chaleur d'entrailles
puiffe endurcir &fecher
les matieres excrementeufes dans
les inteftins. Je remarque que
GALANT.
57
les fubftances molles & liquides
deviennent dures & feches par
trois voyes , fçavoir par la chaleur
qui en fait evaporer l'humidité
, ou par le froid qui en
arrefte le mouvement & les congele,
oupar l'intervention ou mélange,
de quelque matiere , qui en
lie & refferre les parties . Or
comme il n'y a dans le corps
main aucun feu materiel & vifible
, & que noftre feu interne
n'est que l'humide radical
qu'Hippocrate appelle ignis
mollis , qui fait toutes les fontions
&la chaleur du corps hu
main , il faut croire que
la
bucon58
MERCURE
ftipation du ventre exficcation
des matieres excrementeuses , ne
viennent pas d'une chaleur . Que
s'il y avoit unfeu dans le feu dans le corps
humain , capable de deffecher les
excrements fecaux , il est conftant
qu'il deffecheroit auparavant
les inteftins , car on ne peut
jamais deffecher une fubftance
humide dans un vaisseau humide
, que le vaiffeau ne foit
prealablement deffeché. Ainfi fi
les excrements fecaux étoient deffechezpar
la chaleur , il eft certain
qu'il faudroit que les inteftins
fuffent auparavant def-
Lechez ce qui ne peut arriver
f
7
59
GALANT.
qu'en perdant la vie . D'ailleurs
fi les matieres excrementeuses
étoient deffechées par la chaleur ,
l'humidité qui en evaporeroit
,
devroit infailliblement
paſſer par
l'eftomach
, enfuite fortir par
La bouche , par le nez &
ainfi caufer continuellement de
mauvaifes odeurs. Si la chaleur
eft la caufe de la conftipation du
ventre , d'où vient qu'il eft fou
vent trop libre , dans les fievres
les plus violentes ? Ce n'est pas
non plus la chaleur qui deffeche
les febricitans , c'est une era
reur de croire la
chaleur
qui
accompagne les hectiques , foit
que
60 MERCURE
caufe de leur ficcité & extenuation
, car cette chaleur n'eſt qu'un
Symptome auffi bien que laficcité,
qui provient de l'humeur excrementeuse
de la premiere digeftion ,
laquelle étant portée dans les veines
avec le chile , devient la caufe
occafionelle de la chaleur febrile
corrompant la maffe du
fang , la rend impropre pour la
nutrition des parties , lefquelles
ne pouvant jouir d'un aliment
convenable , pour reparer l'humide
radical qui fe confume continuellement,
il faut de toute necef
fité qu'elles fe deffechent , & remarquez
, s'il vous plaiſt , qu'un
GALANT. 61
arbre qui devient fec , eftant plan
té en terre , ne contracte pas cette
ficcité par l'ardeur du Soleil, mais
bien faute de pouvoir recevoir de
la terre fon aliment convenable.
Il me femble que jay fait
veir affez clairement que les matieres
excrementeufes ne font pas
durcies & fechées par le moyen
de la chaleur des entrailles , o
il ne me fera pas fort difficile de
perfuader qu'elles ne peuvent
estre durcies & coagulées par le
froid , parce qu'il n'y a qui que
ce foit qui ne fcache qu'un tel
degré de froideur dans le
humain cauferoit infailliblement
corps
62 MERCURE
la mort ; de forte que les matieres
excrementeufes ne pouvant
eftre durcies & fechées , ny par
la chaleur , ny par la froideur,
il faut donc que ce foit par le
mélange de quelque matiere qui
en lie & refferre les parties , de
mefme que nous voyons la liqueur
de Tartre & celle de l'Alum mêlées
enfemble former une craye
dure & feche, fans le fecours
d'aucune chaleur . Or comme nous
que
les bumeurs
avons fait voir
excrementeufes
de la premiere
coction font la caufe de tous les
Symptomes
qui accompagnent
cette maladie , & que
la confti2
63
GALANT.
que
pation de ventre en est un des
plus frequens , il eft vray de dire
les humeurs excrementeuses
qui proviennent de la premiere
coction eftant aigres , austeres
acerbes, font la cauſe de la conftipation
du ventre. Auffi voyonsnous
que le Vinaigre , les Coins ,
les Sorbes & le Verjus , qui font
aigres, austeres , & acerbes, font
astringens propres pour arrêter
les flux de ventre , & filon
confideroit que les fruits qui font
aigres , aufteres & acerbes avant
leur maturité , meuriffert & deviennent
doux par le moyen de
la chaleur du Soleil , on fe fer64
MERCURE
ture ,
viroit ,fuivant l'ordre de la na
des remedes chauds , ftomachiques
, & convenables pour
aider la coction de l'eftomach &
dulcifier ces humeurs aigres , aufteres
& acerbes , afin de les rendre
propres & utiles à la nutrition
des parties , & éviter tous
les fymptomes qu'elles produifent;
& mesme fi l'onfaifoit reflexion
fur l'ufage desClifteres rafraichif
fan on s'appercevroit bien qu'ils
ne font pas d'une grande utilité,
puis qu'en vuidant les inteftins,
ils les rendent plus propres à endurcir
les matieres excrementeufes.
Auffi l'on voit ordinairement
GALANT.
65
que ceux qui ufent ſouvent de
Clisteres , font toujours conftipez
du ventre , parce qu'ils refroidiffent
& refferrent les inteftins,
leur impriment une qualité
astringente.
Ayant affez verifié que ces
deux symptomes , fçavoir l'ardeur
des entrailles , & la conftipation
du ventre , viennent des
cruditez de la premiere coction ,
& partant qu'ils requierent des
remedes qui
échauffent & fortifient
l'eftomach, vous n'aurez pas
peine à croire que les naufées , les
vomiffemens , les rots aigres &
la falivation qui proviennent
O &. 1691. F
66 MERCURE
des humeurs cruës , indigestes &
acides de l'eftomach, & qui marquent
visiblement la foibleffe &
dépravation de la premiere coction
, veulent des remedes de la
mefme nature ; & quant aux
autres fymptomes, fi ces humeurs
excrementeuses font portées avec
le chile dans les veines , elles
affectent les parties où elles font
déchargées , & y cauſent divers
accidens , felon la diverfité des
parties & la qualité des humeurs .
Si c'est à la tefte , elles y caufent
douleur , vertige , bourdonnement
aux oreilles , & fi elle's
font portées à la poitrine , elles
GALANT: 67
caufent difficulté de respirer ,fuffocation
palpitation de coeur .Que
fi ellesfont portées au bas ventre ,
elles y caufent la colique , ardeur
, tenfion aux hypocondres ,
ainfi des autres parties . Mais
quelquefois par le fejour qu'el
les font dans quelque vifcere
elles acquiérent une malignité
dont les accidens font auffi dangereux
que ceux des plus pernicieux
poifons ; & ce qui est à
confidérer , c'est que ces humeurs
font capables de recevoir autant
d'impreffions malignes , qu'il y a
d'animaux , de vegetaux , & de
mineraux veneneux , & d'atta
Fij
68 MERCURE
quer
les mefmes parties du corps
humain que la fubstance maligne
de ces trois regnes attaque,
Car de mefme que l'Opium affoupit
les fens , que la Cantaride
bleffe particulièrement la veffie de
Purine ; & le Liévre marin , le
poumon ; & que la vertu de la
Torpille marine paffant à la main
du Pefcheur par la continuité du
bâton , dont il l'aura touchée , &
de la main au bras , puis confécutivement
au cerveau , caufe
une ftupeur engourdiffement
par tout le corps , & que le fouphre
arfenical des mineraux , caufe
des évacuations violentes par
GALANT.
69
2
haut & par bas , des fueurs froi
des & des fyncopes ; de mefme
ces - matieres excrementeuses
quand elles ont acquis la qualité
maligne de l'Opium , caufent les
affections comateuses . Si elles ac
quiérent la qualité des Cantarides
, elles caufent des ardeurs
d'urine , & ulceration à la
veffie. Si elles acquiérent la qualité
du Liévre marin , elles caufent
des Peripneumonies › Phtifies
, Aftmes , autres affections
des poumons . Si elles acquiérent
la qualité de la Torpille marine ,
elles caufent des Stupeurs & Pavalifies,
& fi elles acquiérent la
qualité du Souphre Arfenical
70 MERCURE
des Mineraux » elles cauſent des
fueursfroides, des fyncopes , des
vomiffemens , des diarrhées , &
cette dangereufe maladie qu'on
appelle Cholera morbus on Mi
ferere ; & ces Symptomes ve
nant de la mefme fource que
autres demandent les mefmes
remédes . Voila , Mademoiselle ,
quelles font mes reflexions fur
cette maladie , qui eft le fleau des
Medecins ; mais comme l'on n'ales
bandonne pasfacilement les préjugez,
& qu'on trouve toujours
quelques difficultez àoppofersj'of
fre de les refoudre à tous ceux qui
lefouhaiteront ; ils n'auront qu'à
GALANT . 71
prendre la peine de venir chez
moy , rue Bourtibourg › vis- à- vis
les Coches de Fontainebleau.
D'UN PHILOSOPHE
A MADEMOISELLE
PE SCUDERY ;
C
Sur les Maladies
des
Vapeurs.
E n'eft pas fans raiſon
Mademoiselle,quejay peine
à me refoudre de donner au pu .
blic mes reflexions fur la ma-
Octobre 1691 .
B
18 MERCURE
ladie des Vapeurs , car fi tous
ceux qui mettent au jour des
fentimens qui ne font pas fort
éloignez de ceux du commun ;
ne laiffent pas de s'attirer fort
fouvent les traits piquants de la
critique , avec combien plus de
raifon dois-je les apprehender
puis que je m'éloigne entiere
ment du fentiment de l'Ecole ',
même de celuy de la pluspart
des hommes, & que je m'en
éloigne d'autant plus , que je táche
de defabufer le Public de
certaines preventions , qui ne font
guere moins difficiles à détruire ,
que s'il s'agiffoit d'un Article
GALANT. 19
de Foy ? Car quoy que l'intereft
de la vie foit un fort puiſſant
motif, pour porter le peuple à
faire quelque reflexion fur les
chofes qui la regardent › les Medecins
le tiennent tellement engagé
dans leurs opinions › qu'il
n'y ajoute pas moins de foy que
les Turcs à leur Alcoran. Ainfi
vous pouvez juger de la difficulté
de mon entrepriſe ; & commej'ay
les Anciens les Modernes
à combatre , & que
ple même a foufcrit à l'opinion
contre laquelle j'ay la hardieffe
de me declarer , jeje ne fçaurois
trouver parmy eux que
le
pessdes
Fu-
Bij
20 MERCURE
.
ges fufpects & des gens à ne ceder
ny à la raison , ny à l'expes
rience , à moins qu'ils n'y foient
portez par l'approbation d'un efprit
auffi éclairé que le vostre.
Ouy, Mademoiselle , c'est vous
feule , dont la vertu , le genie ,
le merite connus par toute
l'Europe , vous ont acquis une fi
jufte reputation , qui pouvezobliger
le Public à ne pas rejetter des
Sentimens qui font fondezfur la`
l'experience , & ày raifon
faire une meure reflexion , fans
s'arrefter aveuglement à des opinions
qui font aifées à détruire
quand on veut bien les examiGALANT.
21
>
ner de prés. Mr. Defcartes , ce
grand Philofophe , a euraifon de
dire , qu'à l'égard des matieres
phyfiques il falloit douter de
toutes chofes une fois en fa vie ,
pour en decouvrir la verité , car
'il n'y a que le doute qui nous
porte à faire des experiences ,&
ce n'est que l'experience qui nous
rend pleinement convaincus de
la verité d'une chofe . Si tous les
Medecins fuivoient la pensée de
ce Grand Homme , ils ne demeureroient
pas enfervelis dans des
erreurs , qui captivent fifort leur
entendement, qu'elles ne leur per
mettent pas de joüir des lumieres
22 MERCURE
qu'ils ont receuës de l'Auteur de
la Nature , & ce que je trouve
de plus extraordinaire , c'est que
malgré leur vaine pratique , ils
pretendent que leur art eft établi
fur l'experience & la raison , &
ne peuventfouffrir ceux qui fondezfur
de continuelles experiences,
raiſonnent autrement qu'eux.
Ils veulent qu'on foit aveugle
comme ils lefontes que l'on n'oppofe
rien à l'autorité des Anciens,
comme fi la Medecine , qui eft
le plus noble & le plus difficile
de tous les Arts , pouvoit avoir
acquis dans fon commencement
plus de perfection que tous les
GALANT.
23
que
autres , que nous voyons tous les
jours fe perfectionner. Ne fommes
nous pas en même droit , que
ceux qui font venus immediatement
aprés Hypocrate & Galien
, de verifier ce qu'ils ont
avancé dans leurs Ecrits ?
Y a- t-il rien de plus ridicule
d'alleguer qu'il eft impoffible que
tant d'habiles gens qui ont paru
avant nous , fe foient trompez ?
Pourquoy voulons- nous que ces
gens- là ayent decouvert plus que
nous, s'il est vray qu'ils en ayent
ufé de mefme que nous , & qu'ils
s'en foient entierement rapportez
à leurs Devanciers , fans y avoir
24 MERCURE
fait aucune reflexion ? Le nom-
"bre exceffifdes morts prématurées
la quantité des Malades
languiffans , non feulement des
femaines , des mois , & des années
entieres dans leur lit , mais mefme
toute leur vie , ne fourniſſent- ils
pas des preuves plus que fuffifantes
, pour faire connoiftre que
Medecine que l'on exerce à prefent
, n'eft qu'une ombre de celle
que Dieu a donnée à nos premiers
Peres ? Que fi je m'éloigne du
fentiment des Medecins fur la
nature de la maladie des Vapeurs ,
c'est que la raison & l'experience
me font connoiftre de jour en jour
la
GALANT.
25
la verité de mon hypothefe , &
pour ne pas tarder davantage à
vous decouvrir mon opinion , je
dis que la pretenduë maladie des
Vapeurs n'eft autre choſe que l'affection
hypocondriaque dont les
Anciens font mention . Mais
comme les Medecins croyent que
tous les fymptomes qui accompagnent
cette maladie, ne font qu'un
effet des vapeurs qui s'eflevent
des hypocondres jufques à la tefte,
ils ont nommé depuis quelque
temps cette maladie , Vapeurs , &
cela d'autant plus que ceux qui en
fon atteints ne peuvent fouffrir
ce nom d'affection hypocondria-
Oct. 1691.
C
26 MERCURE
que , comme fi cette maladie në
venoit pas de l'alteration des humeurs
comme les autres .
Il est certain que comme elle
est peu
de chofe dans fon commencement
il feroit aisé de
l'emporter fi l'on fe fervoit
des remedes convenables , mais
elle prend infenfiblement des ra
cines fi profondes que ceux qui
en font atteints fe voyent enfin
hors d'eftat de pouvoir guerir, ne
trouvant aucunfoulagement dans
l'ufage des remedes. Cela vient
de ce que les Medecins ne cherchent
qu'àrafraichir les entrailles
qu'ils croyent toujours embrafees,
GALANT.
27
**
au lieu de fortifier l'eftomach, &
d'empefcher la
generation des
humeurs
excrementeufes qui produifent
tous les
Symptomes 2
dont je feray le détail , & ce que
je trouve de plus pernicieux pour
les malades , c'eft la
prevention
de cette chaleur d'entrailles , dans
laquelle les Medecins les ont
tellement fortifiez par la comparaison
qu'ils leur font d'un
alembic au corps humain , qu'il
n'y a ny raifon ny experience à
laquelle ils veuillent ceder. Mais
pour vous faire voir la tromperie
de cette comparaison , je vais
faire la defcription d'un alembic.
Cij
28 MERCURE
de la maniere qu'on procede à
enfuite je la diftillation ,
feray voir fi les chofes fe paffent
dans le corps
un alembic.
humain comme dans
Un alembic eft un Vaiffeau
composé de deux parties , l'Inferieure
la Superieure . L'Inferieure
s'appelle Cucurbite , & la
Superieure Chapiteau . Ce Chapi
teau a un bec par où fort la liqueur
qui diftille . On met la matiere
dans la Cucurbite, on la
de fon chapiteau. On pofe cet a
lembic fur un trepied , ou fur un
Fourneau , fous lequel on met le
feu , qui ayant échaufe la Cucur
bite fait que l'humidité de la
couvre
GALANT. 29
matiere qu'elle contient s'éleve en
vapeurs , lesquelles paffant par le
col de la cucurbite , font portées
dans le Chapiteau , où par le moyen
de la froideur de l'air qui l'environne
, elles font condenfees en
eau, & cette eau diftille par le bec
du Chapiteau dans un recipiant.
Que s'il y avoit une ouverture
au col de la Cucurbite , les va
peurs pafferoient par cette ouverture
, ce qui eft à remarquer.
Cette comparaison qui a quel
que reffemblance dans fon exte
rieur , a eu l'applaudiffement de
tous ceux qui ne regardent que
l'écorce d'une chofe , mais je vais
Ciij
go MERCURE
faire voir qu'elle cloche dans
toutes fes parties , je commence
par l'operation du feu , premier
agent de la diftillation.
Tous les Medecins demeurent
le coeur est la partie
d'accord
que
la plus
chaude
du corps
, & par.
tant
il faudroit
pour
quadrer
à
leur
comparaison
, que le coeur
fût
placé
fous
le mefentere
, car eftant
placé
comme
il eft dans
la poitri
ne, il faut
de toute
neceffité
que
par
fa
chaleur
il precipite
les
vapeurs
en bas , de même
que
les Chymiftes
diftillent
certaines
matieres
par
depreffion
, ou per
defcenfum
, en mettant
le feu
GALANT.
31
la
allentour de la partie fuperieure
du vaiffeau qui contient la matiere.
Ils diront fans doute que
chaleur qui provient d'une bile
ou atrabile enflamée dans les entrailles
, eft beaucoup Superieure
à celle du coeur , & comme ils ne
peuvent donner aucune raison
qui faffe voir comment se fait
cette inflammation & chaleur
extraordinaire de bile , ils ont recours
aux diverfes effervescences
que les Chymiftes leur font remarquer
dans le meflange d'un
acide d'un alkali , & difent
que la bile fe meflant avec un
acide , il fe fait une grande effer-
Ciiij
32
22 MERCURE
le
vefcence , mais je les deffie , eux
tous les Anatomiftes , de trouver
dans le corps humain deux .
liqueurs qui meflées enfemble faffent
une effervescence tant foit
peu fenfible. Je fçay bien que
bas ventre n'est pas fans vapeurs,
mais je fçay bien auffi que ces
vapeurs ne peuvent pas eftre élevées
jufque dans le Cerveau , à
caufe des divers obftacles qui s'y
oppofent. Premierement le diaphragme
que la nature a eſtabli
fur le bas des coftes , tire au travers
du corps , jufques à l'efpine
du dos , tant pour aider à larefpiration
, que pour feparer les par
GALANT. 33
ties vitales d'avec les naturelles,
cela ne
& empefcher que les vapeurs des
excrements des vifceres naturels,
n'infectent les parties vitales ;
mais fuppofé , quoy que
foit pas , que ces vapeurs paffent
à travers le diaphragme , & entrent
dans la capacité de la poitrine
, par où fortiront- elles , puis
que la poitrine est revestuë d'une
membrane tres - épaiffe , qui ne
donne pas feulement paffage
l'air? Il faudra donc qu'elles foient
bumées é imbibées
par la
fuba
ftance molaffe des Poumons . Cela
eftant , elles feront jettées dehors
par la bouche en l'expiration .
34 MERCURE
Mais fuppofons , pour faire voir
plus amplement la fauffete de leur
hypothefe , qu'elles paſſent à travers
cette membrane qu'on nomme
plevre, & que les parties jugulaires
fi bien clofes , jointes &
uniesfous les clavicules ,foient af
Sez ouvertes
dilatées pour
que ces vapeurs y trouvent paffage
, quand elles auront paffé la
region du col , elles trouveront le
paffage de la bouche ouvert , par
lequel elles feront jettées dehors,
de mefme que fi un Alembic avoit
,
que
le
une ouverture plus bas
chapiteau , les vapeurs fortiroient
par cette ouverture , comme j'ay
GALANT.
35
dit cy-devant. Mais outre tous
ces obftacles , il y a l'os bafilaire
qui en eft un puiffant , & qui ne
leur donnant pas paffage , les
obligera à fortir par le nez. Mais
accordons leur , par fauſſe poſition
, un libre paffage par l'os bafilaire
, elles trouveront la dure
mere qui envelope le Cerveau ,
fi ferme , fiépaiffe , d'une tissure
fi bien battue , qu'elle ne donne
pas paffage à la moindre chofe,
pas même à l'efprit animal qui eft
d'une fubftance tres-fubtile.
Je croy avoir affez clairement
demonstré , que les vapeurs qui
pourroient s'eflever dans le bas
36 MERCURE
ventre , ne sçauroient eftre portées
jufque dans la tefte , à raison du
grand nombre des parties qui font
interpofées , lesquelles toutefois
donnent paffage à trois fortes de
vaißeaux , qui font les veines ,
les arteres , les nerfs , afin que
les humeurs neceffaires pour la
confervation de la vie puiffent
eftre portées dans toutes les parties
du corps . Puis qu'il n'y a
donc que ces trois conduits par
lefquels ce qui peut eftre porté à
la tete puiffe trouver paßage , il
faut de toute neceffité que ce foit
par leur capacité , ou partie interieure
, qui fe trouve pourtant fi
GALANT.
37
remplie de diverfes fubftances ,
qu'elle nesçauroit eftre affez va
fte pour donner paffage aux vapeurs
, car les veines font continuellement
pleines de fang. Les
arteres , quoy que moins remplies,
font encore moins capables de donner
paffage à des vapeurs , dont
la molleffe ne sçauroit penetrer
les fortes & epaiffes tuniques de
ces arteres , outre que quand même
elles y feroient entrées , elles
feroient diffipées confumées par
la grande ardeur du fang ) des
efprits vitaux. A l'egard des nerfs,
ils font fi remplis de la pulpe cerebrale
, qui eft plus condensée &
า
38 MERCURE
un peu plus feiche que n'eft le
corps du cerveau , que ces fubftances
vaporeuſes y trouveront enco
re moins de paffage que dans les
veines. Ajoutez à cela , que fi
ces vapeurs montoient par les
nerfs , elles s'y condenferoient en
eau , àraifon de la frigidité de ces
parties , qui eft beaucoup plus grande
celle du Cerveau.
que
Les Medecins tafchant d'éluder
la force de ce raisonnement
ne manqueront pas d'alleguer l'autorité
des Anciens lors que parlant
de l'épilepſie qui ſe fait par
Sympathie , ils difent que
peurmaligne monte dupiedpar les
ร
la va
GALANT:
39
les
parties mufculeufes &nerveuses
jufques à la tefte , ce qui ne pour
roit eftre , difent- ils , s'il n'y avoit
quelque efpace fuffifant en la
partie
interieure des nerfs pour luy
donner paffage. Fe fçay bien que
La fubftance maligne qui fait l'Epilepfie
, trouve paffage par
nerfspour monter jusques au cerveau
, mais il ne s'enfuit pas de
les vapeurs trouvent lies.
d'y paffer , car la fubftance maligne
qui fait l'Epilepfie , estant
auffi fubiile que celle de l'efprit
animal , eft bien differente de celle
des vapeurs qui eft groffiere comme
celle des vapeurs que nous
là
que
40 MERCURE
voyons s'élever de la terre. Mais
enfin files vapeurs du bus venire
montoient jufque dans la tefte,
nous aurions continuellement an
nez les odeurs puantes des matieres
excrementeufes , d'autant
plus que ces odeurs font d'une
fubftance beaucoup plus fubtile
les
que vapeurs.
Il eft facile de juger par ce que
je viens de dire , fi un alembic
dans lequel il n'y a nul obftacle
pour empefcher les vapeurs de
monter au chapiteau , fans parler
de la differente conftruction, peut
eftre comparé au corps humain ,
qui eft l'ouvrage vifible le plus
GALANT.
4I
admirable que Dieu ait fait ;
& pour voir que peu de choſe
change une operation , il n'y a
qu'à prendre du papier trempé
dans l'huile , ou une éponge , &
l'appliquer au fommet de la
cucurbite lors qu'on diftille du
vin , & l'on verra fi une chofe
interposée change l'operation :
car ce papier, ou cette éponge
laifferont paffer l'esprit du vin ,
& retiendront le phlegme , qui
s'éleve en vapeurs jusqu'à cette
interpofition . N'y ayant donc
pas de vapeurs qui montent jufque
dans la teste , non plus que
deprétendues effervescences d'en-
Oct. 1691. D
ந 4
42 MERCURE
trailles, il ne faut pas s'étonner
files Medecins ne peuvent guerir
ceux quifont atteints de cette
maladie , puis qu'ils n'en connoiffent
pas la caufe. Mais
afin que chacun puiffe mieux
juger de fa nature , je vais
faire un dénombrement des
Symptômes qui l'accompagnent,
enfuite je parleray de leur
cauſe.
Les fymptômes en general qui
accompagnent cette maladie, font
des rots aigres , des nauſées , vomiffemens
des chofes aigres , aufteres
, & acerbes
douleur &
onftipation de ventre , tenfion
→
GALANT.
43
aux hypocondres , palpitation de
coeur, compreffion des parties précordiales
refpiration difficile , &
quelquefois , crainte de fuffocation
& étranglement , de mesme
que les Femmes hyfleriques , pe-
Janteur & douleur de teste ,
bourdonnement aux oreilles , falivation
, ébloÿiſſement, vertige,
ardeur dans les hypocondres
bruit
vague
fiéures errantes ,
dans le ventre , laffitude fpontanée
, veilles ,fommeil interrompu,
crainte , triftoffe , chagrin , incon-
Stance & quelquefois convul
fions & delire. Tous ces fymptômes
ne ſe manifeftent pas à cha-
Dij
44 MERCURE
cun de ceux qui font atteints de
cette maladie ; car il ༧ en a qui
n'en reffentent qu'un , d'autres
deux , d'autres trois , & d'autres
davantage. Aux uns ces fymptômes
font fort legers , aux autres
fort violens felon la diverfe
dépravation du fang. & des efprits
; mais comme cette maladie
devient fort commune , je veux
tâcher de ne rien obmettre de ce
qui peut donner quelque lumiere
pour en connoiftre la vraye cause,
pour cet effet , je vous diray
qu'il y a certaines gens qui yfont
beaucoup plus fujets que
tres ; fçavoir ceux qui de naifd'auGALANT.
45
-
fance ont les vifceres naturels
debiles & mal conftituez ; ceux
qui fontfujets à la crapule ; ceux
qui mangent une grande divers
fité de viandes , menent une
vie fedentaire ; ceux qui travaillent
beaucoup d'esprit ,
principalement dès qu'ils ont pris
leur repas , & ceux qui perdent
quelque évacuation naturelle .
Toutes ces perfonnes - là font fu
jettes à des crudite d'eftomach,
qui font la fource de tous ces
Symptômes.
Ccux qui ont les viſceres nai
turels debiles & mal conftituez,
font fujets à cette maladie , parce
46 MERCURE
que
leurs vifceres ne faifant pas
bien leur for ction , à raifor de
leur foibleffe , les alimens ne reçoivent
pas une coction leüable ,
d'où procedent des humeurs excrementeufes
, cruës , acres , aufteres
, & acerbes , quife meflent
avec le fang, l'alterent ,forment
des obstructions , & caufent tous
les fymptômes dont nous avons
fait mention.
Ceux qui s'adonnent à la crapule
font fujets à cette maladie ,
parce que mangeant & beuvant.
à toute heure fans difcretion , &
fans que la digeftion foit faite,
il fe fait un mélange des parties.
GALANT.
47
ites du chile avec les cruës,
lesquelles eftant portées dans les
veines alterent le fang. & enfuite
les vifceres , & caufent ces
divers fymptômes.
Ceux qui mangent diverfité
de viandes ( quoy qu'is n'exce
dentpas en quantité ) menent
une vie fedentaire ,font fujets à
la même maladie, parce que quelques
petites parties trues des
viandes , moins fácilesà digerer,
étant entraînées par celles qui
font de facile digeftion , jufque
dans les veines ne sçauroient
eftre domptées par la chaleur naturelle
des parties , à raison
48 MERCURE
qu'elle est moins vigoureufe
ceux qui menent une vie fem
dentaire , qu'en ceux qui travaillent
, ce qui fait que ces pe
tites parties crues venant à fe
multiplier , caufent alteration
au fang & aux viſceres , &
produifent ces fymptômes.
Ceux qui travaillent beaucoup
de l'efprit , & fur tout immediatement
aprés le repas , ne
font pas moins fujets aux vaà
raison des crudite
peurs ,
qu'ils engendrent , parce que par
ta grande application & reflexion
fur quelque matiere , les
efprits des parties naturelles qui
doivent
GALANT
49
doivent s'occuper à la coction des
alimens,font attirez au cerveau,
ce qui fait que l'estomach fe
trouve dénué de la quantité neceffaire
des efprits pour faire la
coction des alimens , d'où s'enfuit
un chile crud , & indigefte , capable
de produire tous ces fymptômes
, par les raifons que j'ay
alleguées.
Ceux qui perdent quelque éva
cuation naturelle , comme les Filles
& les Femmes ,&les hommes
fujets au flux hémorrohidal , Se
trouvent auffi tourmentez de
vapeurs , parce que la maffe du
fang eftant purifiée de toutes les
Octobre 1691 . E
50 MERCURE
matieres fuperflues & heteroge
nes , par
le moyen de ces évacuations
, il
arrive que lors
qu'
elles viennent à ceſſer , le fang
& les efprits en restent alterez ,
& caufent divers fymptomes ,
comme l'on peut facilement remarquer
aux Filles & aux Femmes
qui perdent leurs menftruës
avant le temps.
On me pourra objecter qu'une
facheufe nouvelle de la mort
d'une perfonne que l'on aime
tendrement , ou de la ppeerrttee d'un
procés de confequence , peut produire
cette maladie , fans qu'on
en puiſſe attribuer la cause à
GALANT.
51
l'eftomach. Mais confiderez, s'il
vous plaift , les effets d'une facheufe
nouvelle, & vous verrez
que c'est l'estomach qui en pâtit
le premier ; car il eft conftant que
fi cette mauvaise nouvelle arrive
à un homme qui fe met à table
avec bon appetit , il le perd d'abord
,
parce que
les esprits eftant
agitez& troublezpar le rapport
qu'on luyfair, tiennent un mouvement
quipervertit l'oeconomie
de l'eftomach , d'où procedent enfiute
des cruditez,quietant aigres
coagulent le fang, embaraffent
les efprits , & caufent cette tri-
Steffe , qui fe manifefte fur le
E ij
52 MERCURE
vifage , & enfuite tous les autres
Symptomes.
Par toutes ces raisons il me
femble qu'on peut conclurre hardiment
, que la fource de cette maladie
eft à l'estomach , d'autant
plus que dans fon commencement,
ilfe manifefte des symptomes , qui
marquent affez que cette partie
est affectée , comme font les rots,
la nauſée , le vomiſſement & les
cruditez , fouvent pesanteur
à l'estomach aprés le repas . Il
faut maintenant examiner les
Symptomes , & principalement
ceux qui portent le plus les Medecins
à fe fervirde rafraichisans,
GALANT
53
comme font l'ardeur qu'on fent
aux entrailles , la conftipation
aftriction de ventre.
E
que ceux qui Il est constant
font atteints de cette maladie
fentent quelquefois une grande
ardeur aux entrailles ; mais il
eft vray de dire auffi que cette
ardeur n'est qu'un fymptome qui
nefuit pas mefme toujours cette
maladie. Cependant les Medecins
prétendent que c'est la chaleur
d'entrailles , foit qu'elle fe
manifefte oouu nnoonn ,, qui en eft
la caufe efficiente & c'est làdeffus
qu'ils fondent leur pratique
; mais malheur à ceux qui
E iij
54 MERCURE
par
ques
la fuivent. Fay fait affez voir
la Lettre que j'ay écrite à
"M Chapelas , Curé de S. Facde
la Boucherie , la verita
ble caufe des chaleurs extraor
dinaires que nous fentons , & il
feroit à fouhaiter que quelqu'un
de ces Meffieurs vouluſt prendre
la peine d'expliquer comme quoy
fe fait cette chaleur d'entrailles,
comment s'enflame la bile.
me ferois un grand plaifir de
leur repliquer, de leur faire
voir que cette chaleur est un effet
de l'indigeftion des cruditez ;
à quoy les rafraichiffans font
contraires , & ce n'est pas eftre
Fe
GALANT.
55
Medecin que de vouloir détruire
un fymptome par des remedes
tout- à-fait contraires à la cauſe
de la maladie du fymptome ;
&pour voir
fans font contraires à cette maladie
, quand me
que
les rafraichif
mesme
elle
proviendroit
d'une effervescence
caufée par le mélange de la bile
& d'un acide , il n'y a qu
confiderer que cet acide morbifi
que, qui est de qualité froide,provient
de l'indigeftion & des cru
ditez de l'eftomac , & partant
l'effet auffi- bien que fa caufe ,
demande des remedes chauds
pour aider la coction des alimens,
E iiij
56 MERCURE
& empefcher la generation de
l'acide , lequel estant détruit
il n'y fçauroit avoir aucune effervefcence
, comme ils fuppofent.
A l'égard de la conftipation du
ventre , ils pretendent auffi que
c'eſt un effet de la chaleur d'entrailles
, laquelle deffeche les matieres
excrementeufes ; mais fi
nous faifons reflexion fur ce qui
endurcit deffeche les matieres
humides , nous verrons qu'il
eft impoffible que la chaleur d'entrailles
puiffe endurcir &fecher
les matieres excrementeufes dans
les inteftins. Je remarque que
GALANT.
57
les fubftances molles & liquides
deviennent dures & feches par
trois voyes , fçavoir par la chaleur
qui en fait evaporer l'humidité
, ou par le froid qui en
arrefte le mouvement & les congele,
oupar l'intervention ou mélange,
de quelque matiere , qui en
lie & refferre les parties . Or
comme il n'y a dans le corps
main aucun feu materiel & vifible
, & que noftre feu interne
n'est que l'humide radical
qu'Hippocrate appelle ignis
mollis , qui fait toutes les fontions
&la chaleur du corps hu
main , il faut croire que
la
bucon58
MERCURE
ftipation du ventre exficcation
des matieres excrementeuses , ne
viennent pas d'une chaleur . Que
s'il y avoit unfeu dans le feu dans le corps
humain , capable de deffecher les
excrements fecaux , il est conftant
qu'il deffecheroit auparavant
les inteftins , car on ne peut
jamais deffecher une fubftance
humide dans un vaisseau humide
, que le vaiffeau ne foit
prealablement deffeché. Ainfi fi
les excrements fecaux étoient deffechezpar
la chaleur , il eft certain
qu'il faudroit que les inteftins
fuffent auparavant def-
Lechez ce qui ne peut arriver
f
7
59
GALANT.
qu'en perdant la vie . D'ailleurs
fi les matieres excrementeuses
étoient deffechées par la chaleur ,
l'humidité qui en evaporeroit
,
devroit infailliblement
paſſer par
l'eftomach
, enfuite fortir par
La bouche , par le nez &
ainfi caufer continuellement de
mauvaifes odeurs. Si la chaleur
eft la caufe de la conftipation du
ventre , d'où vient qu'il eft fou
vent trop libre , dans les fievres
les plus violentes ? Ce n'est pas
non plus la chaleur qui deffeche
les febricitans , c'est une era
reur de croire la
chaleur
qui
accompagne les hectiques , foit
que
60 MERCURE
caufe de leur ficcité & extenuation
, car cette chaleur n'eſt qu'un
Symptome auffi bien que laficcité,
qui provient de l'humeur excrementeuse
de la premiere digeftion ,
laquelle étant portée dans les veines
avec le chile , devient la caufe
occafionelle de la chaleur febrile
corrompant la maffe du
fang , la rend impropre pour la
nutrition des parties , lefquelles
ne pouvant jouir d'un aliment
convenable , pour reparer l'humide
radical qui fe confume continuellement,
il faut de toute necef
fité qu'elles fe deffechent , & remarquez
, s'il vous plaiſt , qu'un
GALANT. 61
arbre qui devient fec , eftant plan
té en terre , ne contracte pas cette
ficcité par l'ardeur du Soleil, mais
bien faute de pouvoir recevoir de
la terre fon aliment convenable.
Il me femble que jay fait
veir affez clairement que les matieres
excrementeufes ne font pas
durcies & fechées par le moyen
de la chaleur des entrailles , o
il ne me fera pas fort difficile de
perfuader qu'elles ne peuvent
estre durcies & coagulées par le
froid , parce qu'il n'y a qui que
ce foit qui ne fcache qu'un tel
degré de froideur dans le
humain cauferoit infailliblement
corps
62 MERCURE
la mort ; de forte que les matieres
excrementeufes ne pouvant
eftre durcies & fechées , ny par
la chaleur , ny par la froideur,
il faut donc que ce foit par le
mélange de quelque matiere qui
en lie & refferre les parties , de
mefme que nous voyons la liqueur
de Tartre & celle de l'Alum mêlées
enfemble former une craye
dure & feche, fans le fecours
d'aucune chaleur . Or comme nous
que
les bumeurs
avons fait voir
excrementeufes
de la premiere
coction font la caufe de tous les
Symptomes
qui accompagnent
cette maladie , & que
la confti2
63
GALANT.
que
pation de ventre en est un des
plus frequens , il eft vray de dire
les humeurs excrementeuses
qui proviennent de la premiere
coction eftant aigres , austeres
acerbes, font la cauſe de la conftipation
du ventre. Auffi voyonsnous
que le Vinaigre , les Coins ,
les Sorbes & le Verjus , qui font
aigres, austeres , & acerbes, font
astringens propres pour arrêter
les flux de ventre , & filon
confideroit que les fruits qui font
aigres , aufteres & acerbes avant
leur maturité , meuriffert & deviennent
doux par le moyen de
la chaleur du Soleil , on fe fer64
MERCURE
ture ,
viroit ,fuivant l'ordre de la na
des remedes chauds , ftomachiques
, & convenables pour
aider la coction de l'eftomach &
dulcifier ces humeurs aigres , aufteres
& acerbes , afin de les rendre
propres & utiles à la nutrition
des parties , & éviter tous
les fymptomes qu'elles produifent;
& mesme fi l'onfaifoit reflexion
fur l'ufage desClifteres rafraichif
fan on s'appercevroit bien qu'ils
ne font pas d'une grande utilité,
puis qu'en vuidant les inteftins,
ils les rendent plus propres à endurcir
les matieres excrementeufes.
Auffi l'on voit ordinairement
GALANT.
65
que ceux qui ufent ſouvent de
Clisteres , font toujours conftipez
du ventre , parce qu'ils refroidiffent
& refferrent les inteftins,
leur impriment une qualité
astringente.
Ayant affez verifié que ces
deux symptomes , fçavoir l'ardeur
des entrailles , & la conftipation
du ventre , viennent des
cruditez de la premiere coction ,
& partant qu'ils requierent des
remedes qui
échauffent & fortifient
l'eftomach, vous n'aurez pas
peine à croire que les naufées , les
vomiffemens , les rots aigres &
la falivation qui proviennent
O &. 1691. F
66 MERCURE
des humeurs cruës , indigestes &
acides de l'eftomach, & qui marquent
visiblement la foibleffe &
dépravation de la premiere coction
, veulent des remedes de la
mefme nature ; & quant aux
autres fymptomes, fi ces humeurs
excrementeuses font portées avec
le chile dans les veines , elles
affectent les parties où elles font
déchargées , & y cauſent divers
accidens , felon la diverfité des
parties & la qualité des humeurs .
Si c'est à la tefte , elles y caufent
douleur , vertige , bourdonnement
aux oreilles , & fi elle's
font portées à la poitrine , elles
GALANT: 67
caufent difficulté de respirer ,fuffocation
palpitation de coeur .Que
fi ellesfont portées au bas ventre ,
elles y caufent la colique , ardeur
, tenfion aux hypocondres ,
ainfi des autres parties . Mais
quelquefois par le fejour qu'el
les font dans quelque vifcere
elles acquiérent une malignité
dont les accidens font auffi dangereux
que ceux des plus pernicieux
poifons ; & ce qui est à
confidérer , c'est que ces humeurs
font capables de recevoir autant
d'impreffions malignes , qu'il y a
d'animaux , de vegetaux , & de
mineraux veneneux , & d'atta
Fij
68 MERCURE
quer
les mefmes parties du corps
humain que la fubstance maligne
de ces trois regnes attaque,
Car de mefme que l'Opium affoupit
les fens , que la Cantaride
bleffe particulièrement la veffie de
Purine ; & le Liévre marin , le
poumon ; & que la vertu de la
Torpille marine paffant à la main
du Pefcheur par la continuité du
bâton , dont il l'aura touchée , &
de la main au bras , puis confécutivement
au cerveau , caufe
une ftupeur engourdiffement
par tout le corps , & que le fouphre
arfenical des mineraux , caufe
des évacuations violentes par
GALANT.
69
2
haut & par bas , des fueurs froi
des & des fyncopes ; de mefme
ces - matieres excrementeuses
quand elles ont acquis la qualité
maligne de l'Opium , caufent les
affections comateuses . Si elles ac
quiérent la qualité des Cantarides
, elles caufent des ardeurs
d'urine , & ulceration à la
veffie. Si elles acquiérent la qualité
du Liévre marin , elles caufent
des Peripneumonies › Phtifies
, Aftmes , autres affections
des poumons . Si elles acquiérent
la qualité de la Torpille marine ,
elles caufent des Stupeurs & Pavalifies,
& fi elles acquiérent la
qualité du Souphre Arfenical
70 MERCURE
des Mineraux » elles cauſent des
fueursfroides, des fyncopes , des
vomiffemens , des diarrhées , &
cette dangereufe maladie qu'on
appelle Cholera morbus on Mi
ferere ; & ces Symptomes ve
nant de la mefme fource que
autres demandent les mefmes
remédes . Voila , Mademoiselle ,
quelles font mes reflexions fur
cette maladie , qui eft le fleau des
Medecins ; mais comme l'on n'ales
bandonne pasfacilement les préjugez,
& qu'on trouve toujours
quelques difficultez àoppofersj'of
fre de les refoudre à tous ceux qui
lefouhaiteront ; ils n'auront qu'à
GALANT . 71
prendre la peine de venir chez
moy , rue Bourtibourg › vis- à- vis
les Coches de Fontainebleau.
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2037
p. 312-314
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye, est d'un homme / On me connoist assez, je n'ay vertu ny vice. [...]
Mots clefs :
Jeu de cartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye , eft d'un homme
que vous cftimez , & de la
plume
GALANT. 313
plume de qui il ne part rien,
Si ne foit d'un fort bon
gouft.
ES55525§ZZZSSSSSZ
O
ENIGME.
N me connoift affez , je n'ay
vertu ny vice.
fe fuis de diverfes couleurs ,
Et plaisfurtoutaux jeunes coeurs,
Quoy que fort fujet au caprice.
$
Fe parois toujours fort commode,
On fait de moy ce que l'on peut,
Mais non pas ce qu'on veut;
Je feray toujours à la mode.
Oct. 1691 .
Dd
314 MERCURE
$
Je n'ay point de chagrin , mais bie ,,
fouvent j'en donne ;
Pour m'avoir favorable on fait en
vain des voeux.
Ce n'est qu'aux plus heureux
A qui je m'abandonne.
S
Ou m'a fait pour le Roy, le Marchand,
le Soldat,
Pour la Coquette & la Devote,
Pour la Prude & la Sotte ,
Et plus je plais , plus on me bat.
Vous envoye , eft d'un homme
que vous cftimez , & de la
plume
GALANT. 313
plume de qui il ne part rien,
Si ne foit d'un fort bon
gouft.
ES55525§ZZZSSSSSZ
O
ENIGME.
N me connoift affez , je n'ay
vertu ny vice.
fe fuis de diverfes couleurs ,
Et plaisfurtoutaux jeunes coeurs,
Quoy que fort fujet au caprice.
$
Fe parois toujours fort commode,
On fait de moy ce que l'on peut,
Mais non pas ce qu'on veut;
Je feray toujours à la mode.
Oct. 1691 .
Dd
314 MERCURE
$
Je n'ay point de chagrin , mais bie ,,
fouvent j'en donne ;
Pour m'avoir favorable on fait en
vain des voeux.
Ce n'est qu'aux plus heureux
A qui je m'abandonne.
S
Ou m'a fait pour le Roy, le Marchand,
le Soldat,
Pour la Coquette & la Devote,
Pour la Prude & la Sotte ,
Et plus je plais , plus on me bat.
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2038
p. 291-292
ENIGME.
Début :
Voicy une Enigme dont le sens ne doit pas échaper à / Il n'est rien de si grand dans l'Etat, dans la Loy, [...]
Mots clefs :
Anagramme
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy une Enigme dont
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
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2040
p. 37-75
RÉPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Début :
Je vous envoye une réponse au Traité des Vapeurs de / J'ay esté surpris, Mademoiselle, qu'un Philosophe de nos [...]
Mots clefs :
Vapeurs, Cerveau, Vapeur, Philosophe, Parties, Maladie, Corps, Matière, Symptôme, Affection, Femmes, Intestins, Hypocondriaque, Vin, Chaleur, Opinions, Diaphragme, Plèvre, Affection, Entrailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Jevous envoyé une réponse
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
Fermer
2042
p. 128-134
A MADAME D'USSÉ, Fille de M. de Vauban.
Début :
La Lettre en Vers que vous allez lire, est de l'illustre Madam / Quelqu'un qui n'est pas vostre Epoux, [...]
Mots clefs :
Époux, Raison, Jeunesse, Temps, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME D'USSÉ, Fille de M. de Vauban.
La Lettre en Vers que vou
allez lire, cft de lillultre Ma illalre Pere.
dame des Houlieres,. Que pout
Elle papillonne toujours , roi-je vous dire de plus pout
94 ME RCURE
Mdifoitce grand bomme, rin
ne la corrige.
En attendant qu'un jour la tailan
la dirige;
Ele axroit grand befoin de quelgu
antre fecours.
Employtz tos les ttaits que foatnit
la Satyre
Contre wne ativite, qui dn matin
au foir
La fait conyir ,fantere rir.
Alfez imprndemment je lay premti
d'écrire;
Car quelle raion peut valoir
Conttc ap lkger defaut que la jeo.
neffe donnè,
Etqac je me connois perfonne
Quine vonlaft encore avoit.
Avecque quatorze ans écris far b
vilage,
lvons firoit beau voir prendre as air ferieux.ig0
GALANT. 95
X renverfeK, point lorde étably
par lufag.
Hés q9e peut on faire de mnieas
Que de folafhrer à voftre hze ?
Vous avez devant vous dix ans de
badinage.
Qu'ilne s'y mêle point de momens
ennuyenX.
Qu'entre les feux , les Ris ,séconle
ofe partage
Un temps f beau ,fprecieux,
Vows n'en aurcz que trop , belas 1
pour efre fage.
Tout bien confdert ,qu'ch-ce que
gate en vons
L'attivité qu'on vous reproche ?
Vofre fpris n'en el pas moins
doux.
Voiyeax n'en ble(lent pas , de moins
dangerenx coups
LInfenfible qui vons APproche.
Pous mene-toelle à ganche , os plus
loin qu'il ne fant
MEROVRE
Moins je trouve quun tel defaut
ofe lesagrémens que la natnytdon.
Par exemple voity der faiti
AeK conzus pour gu on sy fonit,
Les Zephirs, les Ruilfeans nn sar.
oftent jamais.
Parlear etrvité perdent ils lam
attraits?
Contre. elle p-il guelqu'un gu
gronde ,
Et voit on qu'on tronye .malvaš
Que ce Dieu que déja tboasfoarniAille fans cefle par le monde
Tioabler des ceurs lhurenfe paix!
Mais fans chercher f loin fani Tant de mifere,tt
Qocs cxemples d'attivind
Ne rencontrez, vons potnt dat
GALANT, 97
Il luy ficd bien, cn verile,
DE me propofer de vou s faire
Disleçons de tranguilittyo
Lny , gui foit n paix , foit en
Gonte moins le repos qe ne font les
Luy,guiprë/quefemblable à cei fers Paladins.i
Qui partouroient toute. la terte
Enleveà des Geans enuienx mae
tins
Nop de libertines Infantes,l
Mais en chemin faifant des Rlaces
tti mportant es ,sgnap ait
Qai de Theureufe. Francen árent
les deflins. atase A
Que far fes proccdez, Iris ,il refleEt quil nous dife un pèayil eroie
qe'ilfoit permjs sh
De confiderer com ne #p viceT
Ce counagensilant qi'ez luyle Ciel
Feurier 1692. E
MERCVRE
S quelqu' an pcat is'en plaindr
NO AVEC quelque jufice,usg
-9 ceneJont que nos Ennemis:
Comie la bonne foy dans mes dif.
Qh cours tolate,sRT934
sbdnte ne vous difimule pas E
Qoenfaivant mes confeils on peut
SAR faireun faux pas,ta"
Er que laffaire eft delicate.
font bons cependant;masjtate
E02 belle Iris
-b l.ne aur point qae je me fate,
2Le temps diminuèra leur prix.
*Ain qúand vos voudrez fuon
9i Regaidez-en totjours la datt.
al pe Pavis, la veille des Roi,
c4L'Anmil fex cens quatre:om
Temps ow par de feveres lois
-41ZEglife defend qu'os dpoufe
allez lire, cft de lillultre Ma illalre Pere.
dame des Houlieres,. Que pout
Elle papillonne toujours , roi-je vous dire de plus pout
94 ME RCURE
Mdifoitce grand bomme, rin
ne la corrige.
En attendant qu'un jour la tailan
la dirige;
Ele axroit grand befoin de quelgu
antre fecours.
Employtz tos les ttaits que foatnit
la Satyre
Contre wne ativite, qui dn matin
au foir
La fait conyir ,fantere rir.
Alfez imprndemment je lay premti
d'écrire;
Car quelle raion peut valoir
Conttc ap lkger defaut que la jeo.
neffe donnè,
Etqac je me connois perfonne
Quine vonlaft encore avoit.
Avecque quatorze ans écris far b
vilage,
lvons firoit beau voir prendre as air ferieux.ig0
GALANT. 95
X renverfeK, point lorde étably
par lufag.
Hés q9e peut on faire de mnieas
Que de folafhrer à voftre hze ?
Vous avez devant vous dix ans de
badinage.
Qu'ilne s'y mêle point de momens
ennuyenX.
Qu'entre les feux , les Ris ,séconle
ofe partage
Un temps f beau ,fprecieux,
Vows n'en aurcz que trop , belas 1
pour efre fage.
Tout bien confdert ,qu'ch-ce que
gate en vons
L'attivité qu'on vous reproche ?
Vofre fpris n'en el pas moins
doux.
Voiyeax n'en ble(lent pas , de moins
dangerenx coups
LInfenfible qui vons APproche.
Pous mene-toelle à ganche , os plus
loin qu'il ne fant
MEROVRE
Moins je trouve quun tel defaut
ofe lesagrémens que la natnytdon.
Par exemple voity der faiti
AeK conzus pour gu on sy fonit,
Les Zephirs, les Ruilfeans nn sar.
oftent jamais.
Parlear etrvité perdent ils lam
attraits?
Contre. elle p-il guelqu'un gu
gronde ,
Et voit on qu'on tronye .malvaš
Que ce Dieu que déja tboasfoarniAille fans cefle par le monde
Tioabler des ceurs lhurenfe paix!
Mais fans chercher f loin fani Tant de mifere,tt
Qocs cxemples d'attivind
Ne rencontrez, vons potnt dat
GALANT, 97
Il luy ficd bien, cn verile,
DE me propofer de vou s faire
Disleçons de tranguilittyo
Lny , gui foit n paix , foit en
Gonte moins le repos qe ne font les
Luy,guiprë/quefemblable à cei fers Paladins.i
Qui partouroient toute. la terte
Enleveà des Geans enuienx mae
tins
Nop de libertines Infantes,l
Mais en chemin faifant des Rlaces
tti mportant es ,sgnap ait
Qai de Theureufe. Francen árent
les deflins. atase A
Que far fes proccdez, Iris ,il refleEt quil nous dife un pèayil eroie
qe'ilfoit permjs sh
De confiderer com ne #p viceT
Ce counagensilant qi'ez luyle Ciel
Feurier 1692. E
MERCVRE
S quelqu' an pcat is'en plaindr
NO AVEC quelque jufice,usg
-9 ceneJont que nos Ennemis:
Comie la bonne foy dans mes dif.
Qh cours tolate,sRT934
sbdnte ne vous difimule pas E
Qoenfaivant mes confeils on peut
SAR faireun faux pas,ta"
Er que laffaire eft delicate.
font bons cependant;masjtate
E02 belle Iris
-b l.ne aur point qae je me fate,
2Le temps diminuèra leur prix.
*Ain qúand vos voudrez fuon
9i Regaidez-en totjours la datt.
al pe Pavis, la veille des Roi,
c4L'Anmil fex cens quatre:om
Temps ow par de feveres lois
-41ZEglife defend qu'os dpoufe
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Résumé : A MADAME D'USSÉ, Fille de M. de Vauban.
Dans une lettre en vers datée du 2 février 1692, un père s'adresse à sa fille, surnommée 'Iris', exprimant son inquiétude face à son activité incessante, qu'il compare à celle d'un papillon. Il reconnaît la difficulté de la corriger et son besoin d'aide. Le père critique cette activité, la décrivant comme allant du matin au soir, et faisant courir, chanter et rire sa fille. Il avoue ne pas avoir de raison valable pour lui reprocher ce défaut, soulignant que tout le monde en est pourvu. À quatorze ans, il aimerait la voir adopter un air plus sérieux. Il se demande ce qu'il peut faire de mieux que de la conseiller, notant qu'elle a devant elle dix ans de badinage sans moments ennuyeux, partageant son temps entre les feux, les rires et les seconds rôles. Il reconnaît que son esprit n'en est pas moins doux et ses coups pas moins dangereux. Il compare son activité à un infatigable qui la mène plus loin qu'il ne faut. Il mentionne que moins il trouve ce défaut agréable, plus il voit qu'il a des agréments que la nature donne, comme les Zéphyrs et les Ruisseaux. Il se demande si parler d'activité perd ses attraits et s'il y a quelqu'un qui gronde contre elle. Il évoque un Dieu qui troublerait la paix des cœurs sans cette activité. Le père conclut en suggérant que des leçons de tranquillité, comme celles des Paladins, seraient nécessaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2043
p. 299-301
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye est de Mr Comiers. / Pour s'addonner à ma profession [...]
Mots clefs :
Petit garçon qui conduit les aveugles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
" L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M Co.
miers .
300 MERCURE
P
ENIG ME.
Our s'addonner à ma profeffion
fuffit d'eftre adroit , & fans ambition
.
Du Peuple que je fers je feay bien
des mifteres.
On permet que les Saurs couchent
avec les Freres ,
Et fi l'on y fouffroit un Roy
Fe ferois pour luy fan's employ,
Sans rien fçavoir dans la noire
Magie ,
Et fans rien emprunter de l'art de
Chirurgie ,
Faffronte le premier tous les pas
dangereux ,
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux
GALANT 301
1
mille alarms
L'Efté me remplifoit d'effroy ,
Et l'Automne fouvent me coutoit bien
des larmes.
300 MERCURE
wenuvo
•pleurs,
frente le premier tous
dangereux ,
les
pas
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux.
GALANT: 301
Si tu ne peux encore icy me reconnoiftre,
Dieu te garde, Lecteur , de devenir
mon Maistre.
vous envoye eft de M Co.
miers .
300 MERCURE
P
ENIG ME.
Our s'addonner à ma profeffion
fuffit d'eftre adroit , & fans ambition
.
Du Peuple que je fers je feay bien
des mifteres.
On permet que les Saurs couchent
avec les Freres ,
Et fi l'on y fouffroit un Roy
Fe ferois pour luy fan's employ,
Sans rien fçavoir dans la noire
Magie ,
Et fans rien emprunter de l'art de
Chirurgie ,
Faffronte le premier tous les pas
dangereux ,
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux
GALANT 301
1
mille alarms
L'Efté me remplifoit d'effroy ,
Et l'Automne fouvent me coutoit bien
des larmes.
300 MERCURE
wenuvo
•pleurs,
frente le premier tous
dangereux ,
les
pas
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux.
GALANT: 301
Si tu ne peux encore icy me reconnoiftre,
Dieu te garde, Lecteur , de devenir
mon Maistre.
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2044
p. 159-175
EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Début :
Des marques de pieté aussi éclatantes que celles dont je / Sous le debris de vos attraits [...]
Mots clefs :
Coeur, Dévots, Imposteurs, Intérêt, Hypocrite, Louis, Péché, Cabale, Débauche, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Des marques de picté auffi
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
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Résumé : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Le texte explore la distinction entre la véritable piété et l'hypocrisie religieuse, mettant en garde contre les faux dévots qui exploitent la religion pour des intérêts personnels. Ces hypocrites sont décrits comme dangereux, utilisant des apparences trompeuses pour convaincre les autres de leur dévotion sincère. L'auteur mentionne un ouvrage de Madame des Houlières, appréciant la beauté de ses vers et la délicatesse de ses pensées. Ensuite, une épître adressée au R. P. de la Chaise est présentée. Une voix anonyme suggère à l'auteur de se faire un nouveau mérite pour acquérir une nouvelle estime, en devenant dévote par intérêt. L'auteur refuse, trouvant le terme 'dévote' offensant et associé à l'hypocrisie. La voix anonyme insiste sur les avantages matériels et sociaux de la dévotion, mais l'auteur reste sceptique, craignant que sa feinte dévotion ne soit démasquée par le roi Louis, connu pour sa piété et son discernement. L'auteur exprime son désir de sanctifier ses maux et de vivre dans un état parfait, tout en reconnaissant ses imperfections. Le texte critique sévèrement les faux dévots, les décrivant comme des personnes qui utilisent la religion pour masquer leurs vices et leurs intérêts égoïstes. Il exprime le souhait de démasquer ces hypocrites et de révéler leur véritable nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2049
p. 331-333
« Vos Amies ne plaindront pas le temps qu'elles donneront à chercher / Il est des gens que je fais enrager, [...] »
Début :
Vos Amies ne plaindront pas le temps qu'elles donneront à chercher / Il est des gens que je fais enrager, [...]
Mots clefs :
Jeu de cartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vos Amies ne plaindront pas le temps qu'elles donneront à chercher / Il est des gens que je fais enrager, [...] »
Vos Amies ne plaindront pas le
temps qu'elles donneront à chercher
le mot de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye .
1
Left des gens que je fais enskrager
Et pour d'autres jefuis utile & delectable.
C
On me bat , on me compe , & l'on me
Jestfur table;
Ee ij
332 MERCURE
Mais je ne vaux rien à manger.
29m 2390# art 13
Fay des Troupes bien ordonnées,
Dont pourtant le defordre eft fouvent
fans pareil,
Fe marche en fuperbe appareil,
Cardans ma fuite on voit des teftes
Couronnées
spots a
Sous deux couleurs, en quelque part
que j'aille
ház
Sans deffein toutefois de donner de
de l'effroy
2001490
mere toujours avec moy sobe
Quatre Regimens en bataille..
S
Ze
De tous mes Courtisans j'entretiens
L'esperances
Auffi m'en fervent- ils avec beaucoup
d'ardeur ;
Sans me vanter,j'ay bien du coeur,
GALANT. 335
Et fais bien router lafinances. ^
Avec moyle
$
moy le beau Sexe a beaucoup
d'habitude , of takimet tw
Et trouve en mes faveurs un plaifir
bien charmantments
Mais je fers bien plus frequem-
A la Coquette qu'à la Prude.
temps qu'elles donneront à chercher
le mot de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye .
1
Left des gens que je fais enskrager
Et pour d'autres jefuis utile & delectable.
C
On me bat , on me compe , & l'on me
Jestfur table;
Ee ij
332 MERCURE
Mais je ne vaux rien à manger.
29m 2390# art 13
Fay des Troupes bien ordonnées,
Dont pourtant le defordre eft fouvent
fans pareil,
Fe marche en fuperbe appareil,
Cardans ma fuite on voit des teftes
Couronnées
spots a
Sous deux couleurs, en quelque part
que j'aille
ház
Sans deffein toutefois de donner de
de l'effroy
2001490
mere toujours avec moy sobe
Quatre Regimens en bataille..
S
Ze
De tous mes Courtisans j'entretiens
L'esperances
Auffi m'en fervent- ils avec beaucoup
d'ardeur ;
Sans me vanter,j'ay bien du coeur,
GALANT. 335
Et fais bien router lafinances. ^
Avec moyle
$
moy le beau Sexe a beaucoup
d'habitude , of takimet tw
Et trouve en mes faveurs un plaifir
bien charmantments
Mais je fers bien plus frequem-
A la Coquette qu'à la Prude.
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2050
p. 25-35
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Début :
L'Illustre Madame des Houlieres qui ne suit jamais / Fille des plaisirs, triste Goutte, [...]
Mots clefs :
Goutte, Santé, Louis, Guerriers, Héros, Camp de Namur, Ennemis, Plaisir, Victorieux, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Le poème est dédié à Madame des Houlières et célèbre son talent poétique ainsi que son courage face aux dangers auxquels le roi Louis XIV est confronté. Il commence par louer Madame des Houlières pour son génie et sa bravoure, soulignant les périls que le roi affronte, notamment lors du siège de Namur. Le texte exprime une admiration profonde pour l'intrépidité du roi malgré les risques qu'il encourt. Le poème aborde également la maladie du roi, la 'Goutte', et exprime le souhait qu'elle ne revienne pas afin de permettre au roi de poursuivre ses exploits militaires. La 'Goutte' est personnifiée et implorée de ne pas revenir, afin que le roi puisse rester en bonne santé et continuer à triompher sur le champ de bataille. Le texte se termine par une expression d'espoir que la 'Goutte' ne revienne jamais, permettant ainsi au roi de rester victorieux et d'inspirer admiration et respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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