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1
p. 159-175
EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Début :
Des marques de pieté aussi éclatantes que celles dont je / Sous le debris de vos attraits [...]
Mots clefs :
Coeur, Dévots, Imposteurs, Intérêt, Hypocrite, Louis, Péché, Cabale, Débauche, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Des marques de picté auffi
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler, font d'une grande édification pour
les peuples. Heureux qui ne
les donne point par hypocrific , & qui eft dans l'ame
ce qu'il paroiſt au dehors . Si
ceux qui ont le cœur veritablement touché des veritez
que la Religion nous enfei-
160 MERCURE
gne font tres eftimables , il
n'y a rien de plus dangereux
que les faux Deyors , qui
n'ayant en veuë que leurs interefts , font feulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader que l'Esprit de Dieu regle
leur conduite. Vous verrez
leur caractere admirablement
dépeint dans l'excellent Ouvrage que vous allez lite . Il
eft de l'Illuftre Madame des
Houlieres , que la beauté de
fes Vers , & le tour heureux
GALANT. 161
& delicat qu'elle donne à fes
penfées , mettent au deffus de
toute loüange.
SS22222252 SSE2527
EPITRE CHAGRINE,
Au R. P. de la Chaife.
SONSOus le debris de vos attraits
Voulez- vous demeurer toujours enfe--
velie ?
M'aditquelqu'un , d'un nom quepar
raifon je tais ,
Qui s'est imaginé que mamélancolie
Vient moins d'une fanté dés longtemps affaiblie,
Que du reproche amer qu'en fecres
je me fais ,
Mars 1692
162 MERCURE
De n'eftre plus affezjolie
Pourfaire naiftre encor quelque tendre folie
Frivole honneur , fur quòy je ne
comptayjamais.
2
Apprenez , me difoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lorsque ce qu'on ade beau
Eftdu ou des maux devenu la temps victime ,
Il faut , pour acquerir une nouvelle
eftime,
Se faire un merite nouveau;
Que c'eft ne vivre plus que de vi.
vre inutile;
?
Qu'ilfaut dans quelque rang
qu'onfait,
Que jusqu'au dernierjour une perJonne babile
Tienne au monde par quelque endroit.
GALANT. 163
Vous nerépondez point ! d'où vient
voftrefilence?
Il vient , luy dis-je alors exprés pour
découvrir
où tendoit cette belle &fage remontrance.
De ce qu'en moy-mefmeje pense
Quel merite nouveau je pourrois ac--
querir.
Je n'en vois points tant jefuis
fotte.
Abus , s'êcria-t-il ! bé, devenez devote.
Ne le devient-on pas à la ville , à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ?m'écriay-je à
mon tour
L'efprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite onparle avic
détour?
Oij
164 MERCURE
Ony , vous, repliqua-t-il ; vous ne
Scauriez mieux faire
De la devotion ayez moins defrayeur.
Elle eft rude pour le vulgaire,
Mais pour nous il ne faut qu'un peu
d'exterieur.
Allez pourfoutenir le devot caractere,
Il n'en coutera pas beaucoup à vostre
cœur. 2
Tout ce que la fortune a pour vous.
d'injustices
Par là pourroitfe réparer.
·Regardez vos Parens vieillir fans
Benefices.
Songez qu'à voftre Epoux cinquante
ans defervices
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à votre
portegronde,
Et que chez les Devots , biens , honneurs. tout abonde.
GALANT. 165
Que la mode eftpour eux , & peus
longtemps durer,
Et qu'outre ces raisons fur quoy cha
cunfe fonde,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
S
Allons doucement, s'il vousplaift,,
Luy dis-je , &fupposé qu'à vos leçonsfidelle
Fe prenne aux jeux du monde une
forme nouvelle
Par une raifon d'intereft ,
LOVIS , éclairé comme il eft,
Quoy que vous vfiezmepromettre,
Connoiftra ma fourbe; il penetre
Au delà de ce qui paroift.
Aquoy m'aura fervy, ma devote grimace,
Qu'à m'en faire moins eftimer;
Malheur dont la fimple menace.
166 MERCURE
Plus
quela mort peut m'alarmer?
S
Quand, me repliqua-t- il , on eft à
voftre place ,
Il nefautpas avoir tant de précaution ;
Mais dûtpour vous lefort-ne changer
point deface,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'on n'estplusjeune , a toû→
jours bonne grace;
Redoublez votre attention.
Voyez quel privilege au noftre peut
atteindre.
Avec des mots choifis auffi doux que
le miel;
Sur les gens d'un merite à craindre
on répand àgrandsflots lefiel.
On peut impunément pour l'intereft
du Ciel
Eire dur, fe vanger ,faire des injufti
ces.
GALANT. 167.
Tout n'eft pour les Devots quepeché
veniel.
Nous fçavons en vertu transformer
tous les vices ,
De ladevotion c'est là l'effentiel.
2
Taifez- vous , Scelerat , m'écriay-je
irritée ,
Tout commerce eft fini pour jamais.
entre nous.
Fen aurois avec un Athée,
Millefois pluftoft qu'avec vous.
Mais tandis qu'en difcours ma colere
s'exhale ,
Ce faux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet , traverse cham
bre &falle
D'un air brufque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiffe une horreur , qu'aucune
horreur n'égale.
168 MERCURE
Ah ! c'est unDevot de cabale,
Mais qui ne fait encor fon mestier
qu'à demi.
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on eftale.
Auffi les habiles Devots
Selon lesgens ont leur morale ,
Et nefe livrentpas ainfimalàpropos,
2
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne-t- on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle.
On n'apoint avec eux de legere querelle..
Fafche-t-on un Devot , c'eft Dien
qu'on fafche en luy.
Ces Apoftre du temps , qui des premiers Apoftres
Nenousfontpoint r effouvenir,
Pardonnent
GALANT.. 169
Pardonnent bien moins que nous
autres.
Contr'eux vent-onfe maintenir,
Empefcher qu'à leurs biens ils ne
joignent les noftres ,
C'est une impieté qu'on ne peut trop
punit.
De la Religion c'est ainsi qu'ils fe
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu fur le
front
Que leurs actions defavouënt ,
Ils fontfauxen tout ce qu'ilsfont.
2
Le mestierde Devot, ou plustoft d'Hypocrite,
Devient presque toujours la reſource
des
gens,
Qu'une longue débauche a rendus.
indigens;
Des. Femmes que là beauté quitte ,
Mars 1692 P
170 MERCURE
Ou qui d'un mauvais bruit n'ontpú
Sepreferver,
Dés
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite.
que du Cagotifme on fait profeffion,
De tout ce qu'on a fait la memoire
s'efface.
C'eft fur la réputation
Un excellent vernis qu'on paffè.
Sijepouvois trouver d'affe noires
couleurs ,
Que j'aimerais à faire une fidelle
image
Du fondde leurs perfides cœurs,
Moy qui hais le fard dans les
mœurs
Encor plus quefurle visage,
Et quifçais tous les tours que mettent
en usage
Nosplus celebres impoßicurs !
GALANT. 171
Quelplaifir pourmoy! quellejoye,
De demafquer ces fcelerats ,
Aquile vray merite eft tous lesjours
en proye
Et qui pour l'accabler par une feure
voye
De l'intereft du Ciel couvrent leurs
attentats !
2
Mais, me pourradire un Critique,
Voftre efprit s'égare , arrestez
Quandpour les faux Devots voftre
haine s'explique,
Songez bien contre vous quelles gens
vous mettez.
Pour affaiblir les coups quefur eux
vous portez ,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremisdes ennuis que vous vous
appreftez.
Pij
172 MERCURE
Croyez- moy, contre vous que rien ne
les chagrine.
2
Non, non, dirois-je à ce Cenfeur,
Je fuis leur ennemie , &fais gloire
de l'eftre ,
Et s'ils ofoientfur moy répandre leur
noirceur ,
Quelque Ouvrage pourroit paroi
Stre,
Où je les traiterois avec moins de
douccur ,
Etpar leurs noms enfinje les ferois
connoiftre.
Hé quoy donc,parce que le Roy
Detoutes les vertus donne de grands
exemples,
Quepieux , charitable , affidu dans
nosTemples ,
Il aime le Seigneur , lefert de bonne
foy›
GALANT. 173
Que pour les interests il foûtiens
feul la guerre,
Qu'il a planté la Croix aux deux
bouts de la terre ,
Et
que des libertins il fut toujours
l'effroy ,
On n'ofera parler contre les Hypocrites ?
Hé, qu'ont-ils de commun avec un
un tel Heros ?
Cenfeur , fur ce que vous me dites
Fay Sprit dans un plein repos.
2
Ovous, qui de Louis heureux &facré guide ,
Luy difpenfez du Ciel les celeftes
trefors ,
Vous dont la pietéfolide,
Loin d'étaler aux yeux de faftueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranfports,
Piij
174 MERCURE
Et pourjuger d'autruy toujours lente
& timide,
Vous enfin dont la probité
Dufang dont vous fortez égale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliffe.
De mafoy , de mes mœurs vous éftes
fatisfait.
Vous ne l'eftes pas tant, peut- eftre,
De mafoumiffion pour le Souverain
Eftre,
Dans les maux que fouvent la furtune mefait';
Mais fije nefuis pas dans un eftat
parfait,
Je sens quej'y voudrois bien eftre.
Ony, je voudrois pouvoir , comme
vous le voulez,
GALANT. 175.
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ah! que mon cœur n'est- il de ces
cœurs ifolez
Qui par aucun endroit ne tiennent
à la terre,
Quifont à leurs devoirsfans referve immolez,
A qui la Grace affure une pleine victoire ,
Es qui d'un divin feu brûlez,
A la poffeffion de l'Eternelle Gloire
Ne font pas en vain appellez!
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Résumé : EPITRE CHAGRINE, AU R. P. de la Chaise.
Le texte explore la distinction entre la véritable piété et l'hypocrisie religieuse, mettant en garde contre les faux dévots qui exploitent la religion pour des intérêts personnels. Ces hypocrites sont décrits comme dangereux, utilisant des apparences trompeuses pour convaincre les autres de leur dévotion sincère. L'auteur mentionne un ouvrage de Madame des Houlières, appréciant la beauté de ses vers et la délicatesse de ses pensées. Ensuite, une épître adressée au R. P. de la Chaise est présentée. Une voix anonyme suggère à l'auteur de se faire un nouveau mérite pour acquérir une nouvelle estime, en devenant dévote par intérêt. L'auteur refuse, trouvant le terme 'dévote' offensant et associé à l'hypocrisie. La voix anonyme insiste sur les avantages matériels et sociaux de la dévotion, mais l'auteur reste sceptique, craignant que sa feinte dévotion ne soit démasquée par le roi Louis, connu pour sa piété et son discernement. L'auteur exprime son désir de sanctifier ses maux et de vivre dans un état parfait, tout en reconnaissant ses imperfections. Le texte critique sévèrement les faux dévots, les décrivant comme des personnes qui utilisent la religion pour masquer leurs vices et leurs intérêts égoïstes. Il exprime le souhait de démasquer ces hypocrites et de révéler leur véritable nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 119-129
COPIE D'un Memoire manuscrit de feu M. de Rosen, Maréchal de France.
Début :
Le sujet qui nous fait parler aujourd'huy de cet illustre General, [...]
Mots clefs :
Général, Manuscrit, Honneur, Seigneurs, Qualités, Sagesse, Dieu, Piété, Conseils, Études, Disputes, Débauche, Règles, Politesse, Cour, Langues, Éducation, Discours, Compagnie, Fonction militaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE D'un Memoire manuscrit de feu M. de Rosen, Maréchal de France.
COPIE
D'un Memoire manuferit de feu
M. de Rofen, Maréchal de France.
LE
E fujet qui nous fait parler 11 mouaujourd'huy
de cet illuftre Ge- rut au
neral , eft un Manufcrit de fa main, mois de
que l'on a trouvé parmi fes papiers : Septemil
contient une petite inftruction bre 1715
remplie de fentimens d'honneur &
de probité , que ce Maréchal dans
fon grand âge, lailla à fon petit fils ,
lorfqu'il l'envoya à Paris pour y
être élevé : il feroit à fouhaiter que
les jeunes Seigneurs qui entrent
dans le monde , connûffent & voulûffent
fuivre des confeils auffi fages
que ceux qu'ils liront dans cet écrit ,
fi la mort n'avoit enlevé , à la fleur
de fon âge , celui pour qui ils
avoient été dreffez en particulier :
on eftoit perfuadé par fès heureufes
difpofitions , de les lui voir mettre
LE MERCURE 120
en pratique dans le cours de fa vie ;
la facilité de fon efprit pour les
Sciences , fa politeffe , fa maniere
de penfer avec élevation , fon envie
de plaire , & de s'attirer l'eftime
des honnêtes gens , jointe à un exterieur
qui raflembloit toutes les
graces , lui avoient gagné les fuffrages
du Public avec autant de
juftice, que fa perte a merité depuis,
fes regrets . Ce Memoire dont il
s'agit ici & qui nous eft tombé entre
les mains , eft donc dû à ce même
Public par des raifons trop particuliéres
, pour qu'il ne foit pas en
droit de l'exiger , & nous le lui
donnons avec d'autant plus de fatisfaction
, qu'il n'y trouvera
que
des maximes
pleines de fageffe
,
de folidité
& de Religion
.
و د
· 39 Le grand âge , où je me vois ,
Mon cher fils , ne me permettant
pas d'efperer de pouvoir
,, vous guider moi-même dans la
fuite , lorfque vous ferez engagé
dans le monde , & vous faire re-
» marquer avec une tendreffe
paternelle
""
و د
D'AVRIL. 121
"
"
paternelle , les écueils où vous
» pourriez donner la feule fatis-
,,faction qui me refte , eft de vous
laiffer
par cet écrit des confeils
», que la confcience & l'honneur
,, m'obligent de vous donner , &
» que je vous prie de fuivre, comme
» mes dernieres volontez , perfuadé
que ce bien eft infiniment plus
précieux , que ce que la fortune
», vous pourra jamais préfenter-
Je vous recommande fur toutes
,, chofes la crainte de Dieu , qui eft
le commencement de la fagef-
,, fe, & le principe de tout honnête
,, homme fi vous la poffedez au
,, fond de vôtre coeur , & que vous
,, mettiez toute votre espérance &
» Votre confiance dans le Seigneur,
il vous protegera & conduira par
fa divine bonté.
"
و د
و د
""
""
و و
و د
Honorez vôtre Pere & vôtre
,, Mere ; fouvenez - vous que vous
leurdevez vôtre Etre, & que Dieu
, vous ordonne de leur porter du
refpect & de l'attachement : ayez
toute la déference imaginable
Avril 1717.
"
"
L
122 LE MERCURE
M *** qui eft préposé pour
pour
vous gouverner & pour avoir foin
de votre éducation ; foyez attentif
à fuivre les confeils & fes bons avis ,
puifqu'il vous doit tenir lieu de tout.
Soyez honnête & poli envers tout
le monde , vrai dans vos paroles
plein de droiture & de probité dans
toutes vos actions ; Ne fréquentez
jamais que d'honnêtes gens ,remplis
de vertu & de bonnes moeurs : Îâchez
de les imiter , & propofez- vous
toujours les plus grands modeles.
>
Je vous recommande d'avoir une
application perpetuelle à vos études
& exercices ; afin de vous mettre
en état de' fervir le Roy dignement
& marcher fur les traces de vos
Ancêtres .
Evitez les jeux du hazard & ne
vous y engagés jamais , que lorfque
l'obligation indifpenfable de faire
vôtreCour,vous y fera trouver,comme
malgré vous : Perfuadez - vous
que ces jeux là font capables , nonfeulement
de vous ruiner , mais encore
de vous attirer cent mauvaifes
D'AVRIL. 123
&
affaires pour perdre vôtre fortune ,
honneur & réputation : Apprenez
ceux qui fe joueront toujours parmi
les honnêtes gens ; Tâchez de vous
y perfectionner , pour n'y être point
dupe foyez égal dans la perte
dans le gain , & faites- vous un point
d'honneur de paffer dans le monde
pour un beau joueur , incapable de
faire des incidens & de mauvaiſes
difputes.
Fuyez la débauche & les femmes
d'une vie déreglée , car elles ne font
propres qu'à vous perdre de corps
& d'ame ; Ne fréquentez que celles
qui ont de la vertu & de l'efprit
capables de vous faire honneur ,
pour aprendre d'elles l'honnêteté &
la politeffe : s'il s'en trouve quelqu'une
qui vous affectionne & traite
favorablement , gardez - vous bien
d'en tirer vanité , ni de le faire remarquer
: Vous êtes obligé de ménager
fa reputation par raport aux
bons fentimens qu'elle a pour vous :
Prenez garde auffi d'un autre côté
d'en être la dupe;car il n'y a que trop
Lij
124 LE MERCURE
d'exemples, que d'autres auffi finsque
vous en ont été attrapez ; leurs parens
ou amis interviennent ordinairement
dans ces fortes d'engagemens , qui
n'ont que de fâcheufes fuites.
Quand vous voudrez vous regaler
avec vos amis , n'allez jamais au
Cabaret , ni chez les Traitteurs , car
il s'y trouve fouvent des Filoux
Breteurs & autres mauvais efprits
qui ne refpirent que le défordre :
vous tomberiez dans des inconvé.
niens qui vous perdroient dans l'efprit
du Roy & des honnêtes gens
qui vous regarderoient , comme un
yvrogne , un débauché , qui n'eſt
propre à rien.
Lorfque vous ferez en âge de
vous produire dans le grand monde ,
foyez attentif à faire vôtre Cour
au Roy & aux Princes , aux Officiers
Generaux , aux Miniftres &
autres Gens de diftinction ; Tâchez
de mériter leurs bonnes graces , appui
& protection ; à quoi vous
parviendrez par une grande retenuë
& une réputation de fagelle qui
D'AVRIL. 125
attire l'eftime& la confiance;joignez
y une attention finguliere à ne jamais
blamer les démarches.de ceux
qui font au deffus de vous , foit dans
le Commandement à la Guerre ,
ou dans l'Adminiſtration des affaiperfuadé
qu'outre les raifons
de juftice & de fidélité qui regnent
dans l'un & dans l'autre , il y a toujours
des refforts de prudence & de
politique , où il n'eft pas permis
de pénetrer.
res ,
Tâchez de vous perfectioner dans
les belles Lettres , Langues Etran.
geres , Mathematiques , & autres
Sciences propres à vous élever à
quelque chofe de grand , car on
n'épargnera rien pour votre éducation
: Rendez - vous auffi adroit au
fait des Armes , non pour vous ériger
en Bréteur , mais fçavoir vous
deffendre dans les occafions.
Si quelqu'un vous agace par des
railleries piquantes , ne prénez pas
feu d'abord , mais tâchez par un
air froid & des répoufes ambiguës
d'en détourner les fuites ; fi après
Lij
126
LE MERCURE
cela il vous preffe , faites lui comprendre
que , fi vous vous tenez
dans les bornes de la modération ,.
ce n'eft ni faute de fentiment, ni de
courage.
Soyez fidéle à vos amis , incapable
de reveler un fécret qu'on
vous aura confié : Ne parlez jamais
mal de Perfonne , pas même
de vos ennemis ; Ne foyez pas trop
avide à parler , pefez vos paroles
& faites réflexion fur vos difcours ;
ne conteſtez jamais avec opiniâtreté
dans l'incertitude , ou dans une
mauvaiſe cauſe , car il vaut mieux
céder honêtement , que de foûtenir
avec confufion.
Quand vous ferez en bonne
Compagnie, perfuadé que vous n'en
fréquenterez jamais d'autres , ne faites
ni le Fanfaron, ni le petit Maître:
Ne vous vantez jamais de rien ,
mais tenez -vous dans une honnête
modeltie , vous ferez aimé & eftimé
de tous ceux qui vous verront.
Ne foyez ni avare , ni dépenfier
mal-à-propos ; ne donnez pas dans
D'AVRIL. 127
la bagatelle , ni dans les colifichets ;
Evitez cependant de paffer pour
Mefquin , quand il s'agira de vous
faire honneur.
Quand vous ferez en état d'avoir
quelque Employ Militaire , tenezvous
à vôtre Troupe fans la quitter;
foyez exact , attentif & vigilant à
vô:re devoir ; Voyez toutes chofes
par vous même , & ne vous repofez
jamais fur ce que feront les
autres ; Ayez toujours quelqu'un à
la découverte, pour n'être pas furpris
; & gravez bien dans vôtre
efprit , qu'un feul quart d'heure
de pareffe ou de négligence , eft
capable, non feulement de vous faire
perdre tout le fruit de vos fervices,
mais auffi de ternir pour jamais
vôtre honneur & vôtre réputation.
-
Si Dieu vous fait la grace devous
élever à des Emplois confi
dérables , où se trouvent des Officiers
fous vôtre Commandement, &
qu'il arrive malhûreufement à
quelqu'un d'avoir fait une faute
dans le Service , ne le traitez pas
128 LE MERCURE
1
gnez
avec rigueur ni avec dureté , en lui
faifant une réprimende féche ; Plaile
& remontrez lui avec douceur
le tort qu'il s'eft fait d'avoir
manqué ; Priez-le d'être une autrefois
plus exact & plus régulier à
remplir fon devoir , pour vous éviter
le déplaifir que vous auriez d'être
contraint à lui faire du mal ,
contre vôtre inclination & vôtre
naturel..
Aimez ceux qui vous corrigent
& qui vous font remarquer vos défauts
, ce font vos véritables amis
car ils n'en ufent ainfi que pour
vôtre bien ; au lieu que vos ennemis
feront toujours ceux qui vous
flateront en vôtre préfence , dans
la maligne efpérance que vous conferverez
vos imperfections , qui leur
donneront toujours de l'avantage
fur vous , & la facilité de vous détruire
plus aifément .
J'aurois encore bien des chofes
à vous dire pour le dérail d'une
vie qui merite tant de réflexions ;
j'en laiffe lefoin à Mr *** qui vous
D'AVRIL. 129
les fera remarquer dans les occafions
& dans vos entretiens particuliers
; fi vous faites attention ,
Mon cher fils , à ces confeils paternels
, comme je l'efpere , & que
vous les imprimiez dans vôtre efprit
, vous pouvez compter que je
me retrancherai de tout pour vous
mettre en état de foûtenir vôtre
Naiffance honêtement.
9
La Nature vous a formé à fouhait
, & vous a donné affés d'efprit
pour difcerner le bien d'avec le
mal Si vous aimés & adorés du
fond du coeur, Dieu qui en elt l'Auteur
& que vous mettiez toute
vôtre confiance en lui , il vous com
blera de fes graces , & vous conduira
dans les voyes d'honneur &
du falut : Je prie fa Divine Bonté
de vous guider , conferver , & ne
vous jamais abandonner.
D'un Memoire manuferit de feu
M. de Rofen, Maréchal de France.
LE
E fujet qui nous fait parler 11 mouaujourd'huy
de cet illuftre Ge- rut au
neral , eft un Manufcrit de fa main, mois de
que l'on a trouvé parmi fes papiers : Septemil
contient une petite inftruction bre 1715
remplie de fentimens d'honneur &
de probité , que ce Maréchal dans
fon grand âge, lailla à fon petit fils ,
lorfqu'il l'envoya à Paris pour y
être élevé : il feroit à fouhaiter que
les jeunes Seigneurs qui entrent
dans le monde , connûffent & voulûffent
fuivre des confeils auffi fages
que ceux qu'ils liront dans cet écrit ,
fi la mort n'avoit enlevé , à la fleur
de fon âge , celui pour qui ils
avoient été dreffez en particulier :
on eftoit perfuadé par fès heureufes
difpofitions , de les lui voir mettre
LE MERCURE 120
en pratique dans le cours de fa vie ;
la facilité de fon efprit pour les
Sciences , fa politeffe , fa maniere
de penfer avec élevation , fon envie
de plaire , & de s'attirer l'eftime
des honnêtes gens , jointe à un exterieur
qui raflembloit toutes les
graces , lui avoient gagné les fuffrages
du Public avec autant de
juftice, que fa perte a merité depuis,
fes regrets . Ce Memoire dont il
s'agit ici & qui nous eft tombé entre
les mains , eft donc dû à ce même
Public par des raifons trop particuliéres
, pour qu'il ne foit pas en
droit de l'exiger , & nous le lui
donnons avec d'autant plus de fatisfaction
, qu'il n'y trouvera
que
des maximes
pleines de fageffe
,
de folidité
& de Religion
.
و د
· 39 Le grand âge , où je me vois ,
Mon cher fils , ne me permettant
pas d'efperer de pouvoir
,, vous guider moi-même dans la
fuite , lorfque vous ferez engagé
dans le monde , & vous faire re-
» marquer avec une tendreffe
paternelle
""
و د
D'AVRIL. 121
"
"
paternelle , les écueils où vous
» pourriez donner la feule fatis-
,,faction qui me refte , eft de vous
laiffer
par cet écrit des confeils
», que la confcience & l'honneur
,, m'obligent de vous donner , &
» que je vous prie de fuivre, comme
» mes dernieres volontez , perfuadé
que ce bien eft infiniment plus
précieux , que ce que la fortune
», vous pourra jamais préfenter-
Je vous recommande fur toutes
,, chofes la crainte de Dieu , qui eft
le commencement de la fagef-
,, fe, & le principe de tout honnête
,, homme fi vous la poffedez au
,, fond de vôtre coeur , & que vous
,, mettiez toute votre espérance &
» Votre confiance dans le Seigneur,
il vous protegera & conduira par
fa divine bonté.
"
و د
و د
""
""
و و
و د
Honorez vôtre Pere & vôtre
,, Mere ; fouvenez - vous que vous
leurdevez vôtre Etre, & que Dieu
, vous ordonne de leur porter du
refpect & de l'attachement : ayez
toute la déference imaginable
Avril 1717.
"
"
L
122 LE MERCURE
M *** qui eft préposé pour
pour
vous gouverner & pour avoir foin
de votre éducation ; foyez attentif
à fuivre les confeils & fes bons avis ,
puifqu'il vous doit tenir lieu de tout.
Soyez honnête & poli envers tout
le monde , vrai dans vos paroles
plein de droiture & de probité dans
toutes vos actions ; Ne fréquentez
jamais que d'honnêtes gens ,remplis
de vertu & de bonnes moeurs : Îâchez
de les imiter , & propofez- vous
toujours les plus grands modeles.
>
Je vous recommande d'avoir une
application perpetuelle à vos études
& exercices ; afin de vous mettre
en état de' fervir le Roy dignement
& marcher fur les traces de vos
Ancêtres .
Evitez les jeux du hazard & ne
vous y engagés jamais , que lorfque
l'obligation indifpenfable de faire
vôtreCour,vous y fera trouver,comme
malgré vous : Perfuadez - vous
que ces jeux là font capables , nonfeulement
de vous ruiner , mais encore
de vous attirer cent mauvaifes
D'AVRIL. 123
&
affaires pour perdre vôtre fortune ,
honneur & réputation : Apprenez
ceux qui fe joueront toujours parmi
les honnêtes gens ; Tâchez de vous
y perfectionner , pour n'y être point
dupe foyez égal dans la perte
dans le gain , & faites- vous un point
d'honneur de paffer dans le monde
pour un beau joueur , incapable de
faire des incidens & de mauvaiſes
difputes.
Fuyez la débauche & les femmes
d'une vie déreglée , car elles ne font
propres qu'à vous perdre de corps
& d'ame ; Ne fréquentez que celles
qui ont de la vertu & de l'efprit
capables de vous faire honneur ,
pour aprendre d'elles l'honnêteté &
la politeffe : s'il s'en trouve quelqu'une
qui vous affectionne & traite
favorablement , gardez - vous bien
d'en tirer vanité , ni de le faire remarquer
: Vous êtes obligé de ménager
fa reputation par raport aux
bons fentimens qu'elle a pour vous :
Prenez garde auffi d'un autre côté
d'en être la dupe;car il n'y a que trop
Lij
124 LE MERCURE
d'exemples, que d'autres auffi finsque
vous en ont été attrapez ; leurs parens
ou amis interviennent ordinairement
dans ces fortes d'engagemens , qui
n'ont que de fâcheufes fuites.
Quand vous voudrez vous regaler
avec vos amis , n'allez jamais au
Cabaret , ni chez les Traitteurs , car
il s'y trouve fouvent des Filoux
Breteurs & autres mauvais efprits
qui ne refpirent que le défordre :
vous tomberiez dans des inconvé.
niens qui vous perdroient dans l'efprit
du Roy & des honnêtes gens
qui vous regarderoient , comme un
yvrogne , un débauché , qui n'eſt
propre à rien.
Lorfque vous ferez en âge de
vous produire dans le grand monde ,
foyez attentif à faire vôtre Cour
au Roy & aux Princes , aux Officiers
Generaux , aux Miniftres &
autres Gens de diftinction ; Tâchez
de mériter leurs bonnes graces , appui
& protection ; à quoi vous
parviendrez par une grande retenuë
& une réputation de fagelle qui
D'AVRIL. 125
attire l'eftime& la confiance;joignez
y une attention finguliere à ne jamais
blamer les démarches.de ceux
qui font au deffus de vous , foit dans
le Commandement à la Guerre ,
ou dans l'Adminiſtration des affaiperfuadé
qu'outre les raifons
de juftice & de fidélité qui regnent
dans l'un & dans l'autre , il y a toujours
des refforts de prudence & de
politique , où il n'eft pas permis
de pénetrer.
res ,
Tâchez de vous perfectioner dans
les belles Lettres , Langues Etran.
geres , Mathematiques , & autres
Sciences propres à vous élever à
quelque chofe de grand , car on
n'épargnera rien pour votre éducation
: Rendez - vous auffi adroit au
fait des Armes , non pour vous ériger
en Bréteur , mais fçavoir vous
deffendre dans les occafions.
Si quelqu'un vous agace par des
railleries piquantes , ne prénez pas
feu d'abord , mais tâchez par un
air froid & des répoufes ambiguës
d'en détourner les fuites ; fi après
Lij
126
LE MERCURE
cela il vous preffe , faites lui comprendre
que , fi vous vous tenez
dans les bornes de la modération ,.
ce n'eft ni faute de fentiment, ni de
courage.
Soyez fidéle à vos amis , incapable
de reveler un fécret qu'on
vous aura confié : Ne parlez jamais
mal de Perfonne , pas même
de vos ennemis ; Ne foyez pas trop
avide à parler , pefez vos paroles
& faites réflexion fur vos difcours ;
ne conteſtez jamais avec opiniâtreté
dans l'incertitude , ou dans une
mauvaiſe cauſe , car il vaut mieux
céder honêtement , que de foûtenir
avec confufion.
Quand vous ferez en bonne
Compagnie, perfuadé que vous n'en
fréquenterez jamais d'autres , ne faites
ni le Fanfaron, ni le petit Maître:
Ne vous vantez jamais de rien ,
mais tenez -vous dans une honnête
modeltie , vous ferez aimé & eftimé
de tous ceux qui vous verront.
Ne foyez ni avare , ni dépenfier
mal-à-propos ; ne donnez pas dans
D'AVRIL. 127
la bagatelle , ni dans les colifichets ;
Evitez cependant de paffer pour
Mefquin , quand il s'agira de vous
faire honneur.
Quand vous ferez en état d'avoir
quelque Employ Militaire , tenezvous
à vôtre Troupe fans la quitter;
foyez exact , attentif & vigilant à
vô:re devoir ; Voyez toutes chofes
par vous même , & ne vous repofez
jamais fur ce que feront les
autres ; Ayez toujours quelqu'un à
la découverte, pour n'être pas furpris
; & gravez bien dans vôtre
efprit , qu'un feul quart d'heure
de pareffe ou de négligence , eft
capable, non feulement de vous faire
perdre tout le fruit de vos fervices,
mais auffi de ternir pour jamais
vôtre honneur & vôtre réputation.
-
Si Dieu vous fait la grace devous
élever à des Emplois confi
dérables , où se trouvent des Officiers
fous vôtre Commandement, &
qu'il arrive malhûreufement à
quelqu'un d'avoir fait une faute
dans le Service , ne le traitez pas
128 LE MERCURE
1
gnez
avec rigueur ni avec dureté , en lui
faifant une réprimende féche ; Plaile
& remontrez lui avec douceur
le tort qu'il s'eft fait d'avoir
manqué ; Priez-le d'être une autrefois
plus exact & plus régulier à
remplir fon devoir , pour vous éviter
le déplaifir que vous auriez d'être
contraint à lui faire du mal ,
contre vôtre inclination & vôtre
naturel..
Aimez ceux qui vous corrigent
& qui vous font remarquer vos défauts
, ce font vos véritables amis
car ils n'en ufent ainfi que pour
vôtre bien ; au lieu que vos ennemis
feront toujours ceux qui vous
flateront en vôtre préfence , dans
la maligne efpérance que vous conferverez
vos imperfections , qui leur
donneront toujours de l'avantage
fur vous , & la facilité de vous détruire
plus aifément .
J'aurois encore bien des chofes
à vous dire pour le dérail d'une
vie qui merite tant de réflexions ;
j'en laiffe lefoin à Mr *** qui vous
D'AVRIL. 129
les fera remarquer dans les occafions
& dans vos entretiens particuliers
; fi vous faites attention ,
Mon cher fils , à ces confeils paternels
, comme je l'efpere , & que
vous les imprimiez dans vôtre efprit
, vous pouvez compter que je
me retrancherai de tout pour vous
mettre en état de foûtenir vôtre
Naiffance honêtement.
9
La Nature vous a formé à fouhait
, & vous a donné affés d'efprit
pour difcerner le bien d'avec le
mal Si vous aimés & adorés du
fond du coeur, Dieu qui en elt l'Auteur
& que vous mettiez toute
vôtre confiance en lui , il vous com
blera de fes graces , & vous conduira
dans les voyes d'honneur &
du falut : Je prie fa Divine Bonté
de vous guider , conferver , & ne
vous jamais abandonner.
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