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4801
p. 66-70
Air : Reçois dans ton galletas.
Début :
Signalons en ce grand jour [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Roi, Amour, Hymen
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texteReconnaissance textuelle : Air : Reçois dans ton galletas.
Air : Reçois dans ton galletas.
Signalons en ce grand jour
La vive reconnoissance
Le respect, le tendre amour
Que nous devons au Roi de France
Qui pour combler tous nos vœux
bia.
Nous met aujourd'hui deux à deux.
Son fils pour notre bonheur
A fait un Duc de Bourgogne;
Pour témoigner que son cœur
Est charmé de cette besogne,
Il nous fait à notre tour
die.
Célebter l'Hymen & l'Amour.
Le Nouveau-né très long. tems
N'aura de nous qu'un hommage:
C'estpour servir ses parens
Que nous nous mettons en ménage,
Et nos descendans après
Lui fabriqueront des sujets.
JANVIER.
1752.
Louis sçait en vrai Héros
Faire gronder le tonnerre,
Il sçait calmer à propos
Toutes les hofreurs de la guerre;
I veut que ses bons sujets
Réparent les maux qu'elle a faiu.
N
Mais si ce maître chéti
Montre qu'il est notre pere;
La Ville fait voit aussi
Qu'elle est une excellente mere;
Nos enfans seront heureux
D'avoir de si nobles Ayeux.
Rendons grace au Magistrat
Qui sçait par un trait habile
Fai: e le bien de l'Etat,
En rendant sa dépense utile;
Le prosit en est plus clait
que de tiret sa poudre en l'air.
Quand on a fait de beaux feux
Il n'en reste que fumée
L'ardeur de nos tendres voux
Plus durable & plus animée
67
68 MERCURE DE FRANCE.
Produira des monumens
D'age en âge toujours vivans.
Vive notre bon Dauphia,
Son exemple nous convie
A nous appliquer sans fin
Au soutien de notre Patrie;
Donnons lui des serviteurs
Puisqu'il leur fait des protecteurs
Buvons tous à la santé
Du Prince qui vient de nastre,
Sa valeur, sa fermeté
Se sont deja fait reconnoître
Comme s'il eût sçu prévois
Notre empressement à le voit.
Nous verrons avant quinze ans
Briller aussi sa sagesse,
Ses papas & ses mamaus
Sont de la meilleure noblesse,
De plus, ils sont en vertus
Cent fois plus riches qu'en écus.
JANVIER.
1752.
Qu'en lui la bonté de cœur
Grande Reigne, soit transmise,
Qu'il ait aussi la douceur
Et que chez nous il éternise;
Tu fus un présent des cieux
S'il te ressemble, c'est tant mieux.
La Dauphine en le faisant
A fait le bonheur du mondo,
Ce Prince annonce en naissant
Qu'elle doit être aussi féconde
En Héros, en Conquérans
Comme elle est en agrémens.
De notre cher Gouverneur
Celebrons la bienveillance
La noblesse de son coeut
Egale sa magnificence
son plus agréable emploi
C'est d'aimer le peuple & le Roi.
L'amour que dans norre cœeur
Le Dien de l'Hymen fait naître
N'affoiblira point l'ardeur
Que nous sentons pour notre maître;
»..
69
70 MERCUREDEFRANCE.
En aimant bien nos maris
Nous en servirons mieux Louis,
Buvons à notre Curé
C'est l'arc boutan de la fête,
Son zéle a tout préparé
Il nous promet le tête à tête;
Mais il n'a pas tout fini
Et nous aurons besoin de lui.
La Ville qui dans son sein
Nous a donné la naissanoe,
Mettra la derniere main
Aux faveurs qu'elle nous dispense,
Si nous avons pour pareins
Le Prevôt & les Echevins.
C'est avec plaisir, grand Roi,
Que notre zéle s'exhale,
L'avenir verra qu'an Roi
Fut une ame vrayment Royale;
Car notre postérité
Sera l'œeuvre de ta bonté,
Signalons en ce grand jour
La vive reconnoissance
Le respect, le tendre amour
Que nous devons au Roi de France
Qui pour combler tous nos vœux
bia.
Nous met aujourd'hui deux à deux.
Son fils pour notre bonheur
A fait un Duc de Bourgogne;
Pour témoigner que son cœur
Est charmé de cette besogne,
Il nous fait à notre tour
die.
Célebter l'Hymen & l'Amour.
Le Nouveau-né très long. tems
N'aura de nous qu'un hommage:
C'estpour servir ses parens
Que nous nous mettons en ménage,
Et nos descendans après
Lui fabriqueront des sujets.
JANVIER.
1752.
Louis sçait en vrai Héros
Faire gronder le tonnerre,
Il sçait calmer à propos
Toutes les hofreurs de la guerre;
I veut que ses bons sujets
Réparent les maux qu'elle a faiu.
N
Mais si ce maître chéti
Montre qu'il est notre pere;
La Ville fait voit aussi
Qu'elle est une excellente mere;
Nos enfans seront heureux
D'avoir de si nobles Ayeux.
Rendons grace au Magistrat
Qui sçait par un trait habile
Fai: e le bien de l'Etat,
En rendant sa dépense utile;
Le prosit en est plus clait
que de tiret sa poudre en l'air.
Quand on a fait de beaux feux
Il n'en reste que fumée
L'ardeur de nos tendres voux
Plus durable & plus animée
67
68 MERCURE DE FRANCE.
Produira des monumens
D'age en âge toujours vivans.
Vive notre bon Dauphia,
Son exemple nous convie
A nous appliquer sans fin
Au soutien de notre Patrie;
Donnons lui des serviteurs
Puisqu'il leur fait des protecteurs
Buvons tous à la santé
Du Prince qui vient de nastre,
Sa valeur, sa fermeté
Se sont deja fait reconnoître
Comme s'il eût sçu prévois
Notre empressement à le voit.
Nous verrons avant quinze ans
Briller aussi sa sagesse,
Ses papas & ses mamaus
Sont de la meilleure noblesse,
De plus, ils sont en vertus
Cent fois plus riches qu'en écus.
JANVIER.
1752.
Qu'en lui la bonté de cœur
Grande Reigne, soit transmise,
Qu'il ait aussi la douceur
Et que chez nous il éternise;
Tu fus un présent des cieux
S'il te ressemble, c'est tant mieux.
La Dauphine en le faisant
A fait le bonheur du mondo,
Ce Prince annonce en naissant
Qu'elle doit être aussi féconde
En Héros, en Conquérans
Comme elle est en agrémens.
De notre cher Gouverneur
Celebrons la bienveillance
La noblesse de son coeut
Egale sa magnificence
son plus agréable emploi
C'est d'aimer le peuple & le Roi.
L'amour que dans norre cœeur
Le Dien de l'Hymen fait naître
N'affoiblira point l'ardeur
Que nous sentons pour notre maître;
»..
69
70 MERCUREDEFRANCE.
En aimant bien nos maris
Nous en servirons mieux Louis,
Buvons à notre Curé
C'est l'arc boutan de la fête,
Son zéle a tout préparé
Il nous promet le tête à tête;
Mais il n'a pas tout fini
Et nous aurons besoin de lui.
La Ville qui dans son sein
Nous a donné la naissanoe,
Mettra la derniere main
Aux faveurs qu'elle nous dispense,
Si nous avons pour pareins
Le Prevôt & les Echevins.
C'est avec plaisir, grand Roi,
Que notre zéle s'exhale,
L'avenir verra qu'an Roi
Fut une ame vrayment Royale;
Car notre postérité
Sera l'œeuvre de ta bonté,
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Résumé : Air : Reçois dans ton galletas.
En janvier 1752, un poème célèbre plusieurs événements et figures royales. Il exprime la reconnaissance envers le Roi de France pour avoir uni son fils, le Duc de Bourgogne, afin de garantir le bonheur du peuple. Le nouveau-né royal reçoit l'hommage des sujets, qui s'engagent à servir ses parents et à assurer la continuité de la lignée royale. Louis XV est loué pour sa capacité à contrôler la guerre et à réparer ses ravages. La ville est comparée à une mère excellente, apportant bonheur grâce à des ancêtres nobles. Le magistrat est remercié pour sa gestion utile et durable de l'État. Le poème célèbre également la naissance d'un prince, soulignant sa future valeur, fermeté et sagesse, ainsi que la noblesse et les vertus de ses parents. La Dauphine est félicitée pour sa fécondité. Le gouverneur est loué pour sa bienveillance et sa noblesse, et le curé est remercié pour son rôle dans la fête. Le texte exprime l'amour pour les maris et le service au roi, remerciant la ville et ses dirigeants pour leurs faveurs. Il conclut en espérant que la postérité témoignera de la bonté royale.
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4802
p. 71-72
CHANSON NOUVELLE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Sur l'air : La bonne avanture au gué.
Début :
A Versailles après mi nuit, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Bonne besogne, Au gué, Nuit, Boire, Danser
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON NOUVELLE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Sur l'air : La bonne avanture au gué.
CHANSON NOUVELLE
Sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Sur l'air : La bonne avanture au gué.
A Versailles après mi nuit,
Le Duc de Bourgogne
Est arrivé cette nuit
Sans appareil & sans bruit;
La bonne besogne au gué
La bonne besogne.
Pour boire à ce Nouveau-né
Faut rougir sa trogne;
Ce Prince est un Dieu donné,
Nous serons tous fortunés;
La bonne besogne au gué.
bis.
Buvons donc à sa santé;
En vin de Bourgogne,
De Champagne & Montraché
Il faut tout nous ennivrer,
La bonne besogne, &c.
72 MERCUREDEFRANCE.
Ma commere Magdelon,
Allons à Boulogne,
Pour danser un cotillon,
Et manger le saucisson
La bonne besogne.
bic
Il est permis en ce jour
D'être un bon yvrogne
De danser, & tour à tour,
De boire, & faire l'amour;
La bonne besogne au gué.
bis.
Vive le Roi, le Dauphia
Le Duc de Bourgogne;
Et de la Danphine enfio
Il nous faut chanter sans fin;
La bonne besogne au gué,
La bonne besogne.
Sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Sur l'air : La bonne avanture au gué.
A Versailles après mi nuit,
Le Duc de Bourgogne
Est arrivé cette nuit
Sans appareil & sans bruit;
La bonne besogne au gué
La bonne besogne.
Pour boire à ce Nouveau-né
Faut rougir sa trogne;
Ce Prince est un Dieu donné,
Nous serons tous fortunés;
La bonne besogne au gué.
bis.
Buvons donc à sa santé;
En vin de Bourgogne,
De Champagne & Montraché
Il faut tout nous ennivrer,
La bonne besogne, &c.
72 MERCUREDEFRANCE.
Ma commere Magdelon,
Allons à Boulogne,
Pour danser un cotillon,
Et manger le saucisson
La bonne besogne.
bic
Il est permis en ce jour
D'être un bon yvrogne
De danser, & tour à tour,
De boire, & faire l'amour;
La bonne besogne au gué.
bis.
Vive le Roi, le Dauphia
Le Duc de Bourgogne;
Et de la Danphine enfio
Il nous faut chanter sans fin;
La bonne besogne au gué,
La bonne besogne.
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Résumé : CHANSON NOUVELLE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Sur l'air : La bonne avanture au gué.
La chanson célèbre la naissance du Duc de Bourgogne à Versailles, survenue après minuit sans cérémonie. Elle invite à fêter cet événement avec des vins prestigieux comme ceux de Bourgogne, de Champagne et de Montrachet. Le duc est vu comme un don divin apportant la fortune. La chanson encourage la joie, la danse, la boisson et l'amour. Elle exalte la santé du roi, du dauphin, du duc et de la dauphine. Le refrain 'La bonne besogne au gué' souligne la liesse populaire.
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4803
p. 73-77
STANISLAO PRIMO, Polonorum Regi, Duci Lotharingiae & Barriae, Serenissimo Proavo, Serenissim[u]m Burgundiae Ducem recèns ortum, relevatamque Partu Delphinam Serenissimam LUCINA GRATULANS.
Début :
Olim quae fueram terris praenuntia Phoebi, [...]
Mots clefs :
Rex, Conjux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANISLAO PRIMO, Polonorum Regi, Duci Lotharingiae & Barriae, Serenissimo Proavo, Serenissim[u]m Burgundiae Ducem recèns ortum, relevatamque Partu Delphinam Serenissimam LUCINA GRATULANS.
STANISLAO PRIMO,
Polonorum Regi, Duci Lotharingiae &
Batriae, Serenissimo Proavo, Serenissim[u]m
Burgundiae Ducem recèns ortum,
relevatamque Partu Delphinam Serenissimam
LUCINA GRATULANS.
Olim quae fueram terris praenuntia Phoebi,
Talem Burgundis se protulit altera, Phoebe,
Venturumque Ducem Soror almo dixit ab ortu.
Dixit: & ipse Fidem revoluto tempore Princeps
Præstat, Maxime Rex; nostris en prosilit ulnis,
Ut videt hic Proavum, tua totus in oscula pendens;
Provocat ore micans roseo, risuque lacessit.
Ergò, quod pietas precibus poscebat anhelis
Deduxitque Polo; concessum amplectere munus
Deliciasque omnes florentis carpe Senectæ.
Gano quòd vegetae constent tibi corpore vires,
Hoc dedit Hectoreis exacta laboribus aetas:
Aurea quòd blando Proavi cognomine Proles
Te donet, tecumque pari contendat amore
Hoc tulit in pretium, quæ vertice sidera vincit,
Nota Deo Virtus. Tali nam pignore summus
Rex idemque bominum Pater optimus ornat &
auget
D
II. Vol
zed by Goo
74 MERCUREDE FRANCE.
Quos amat Heroas. Per natos perque nepotes
Gentem hanc aeternum producere gaudet in aevum
Quae gernaana Patres animis ut nomine reddit.
Jam sibi gratantes tàm fausta sub omina Gallos,
Et Gallis totam simili circumspice plausu
Europam unanimem. Laetis quàm vultibus omnes
In te conversi Puerum mirantur, amico
Ludentem gremio, manibus curvare tenellis
Pacales oleas; quibus & tua tempota nectit
Et sua jam victor: Fitmat qui foedera nascens,
Quosque bonis crebiò discordia fratribus audet
Subdere, pestiseros jam è cunis proterit angues
Altor ab Alcide. Præsenti numinis aurâ
Nubibus occurrat quantis Infantulus Heros
Civibus & jubeat quàm puros currere Soles,
Volvit quisque libens secum: nec lumina possunt
Non à te, non à Puero divellere: mentem
Nec satiant: Puero pariter Proavoque moventur
Agnoscunt adeò vultus in utroque paternos;
Tantaque pervadit sidissima corda voluptas.
Et mihi quanta redit, quæ laus! Rex optime,
donis
Quòd capiare meis; cum vel tibi sufficis unus,
Certant mille pium virtutes cingere pectus
Orande satellitium! Populis mens nata beandis
Alta præit: Veras animus diademate major
Praestat opes, ludos Fottunae doctus inanes
ized by Goo
JANVIER.
1752.
75
Reddere, ut incertas certus ridere procellas.
Qualis & Aula! sibi Pallas quam elegit in arcem
Jam secura; bonas ubi vindice Principis ore
Artes defendi; sanctoque sub auspice puras
Flagitii, ad summos assurgere cernit honores.
Inde tibi pleno dimanant gaudia fonte;
Est tamen in tantis etiam quod forte requiras
Majus deliciis, Lucinae ni favor adsit:
Ni Sobole in tenerâ patrias splendescere dotes
In speculo veluti mireris; & ipse sidelem
Expressamque tui redames sine crimine formam.
Quis te nobilior testis? Dulcedine captum
Te quantâ referam, grandi cum matris in umbra
Virtutumque choro tibi cresceret unica Proles
Filia, quæ celso jam frontis honore probaret
Qualibus & Fatis, qualis & dignanda Marito.
Regia nam Conjux tibi quæ, spectacula pandit:
Haud secus ae vitis viridantia brachia latè
Fundit; & Italiam foliis fructuque coronat,
Antiquam proptia ditans propagine Parmam.
Aspicis ut caro festinat in agmine mater
Ut sese agglomerant circùm, nova sidera, Natæ;
Haec Patris; illæ Avi, Proavi Puer æmulus ardet
Se dare in amplexus; hinc inde quot oscula luc-
tans
Hic capit! At nostris relevata laboribus urget
Laetos salva gradus tenero cum Conjuge Conjux:
lle Ducis Populique animos sub corde recondens;
Dij
76 MERCUREDEFRANCE,
Postulat hisce tuis ut Natum dotibus affles
Qui sibi Borboniis addatur spes nova regnis:
Haec te spectat ovans; Augusto quanta resignas,
Isto tanta tibi dono memor ipsa rependit.
Et nova succedent: facilem me experta vocanti,
Dulcia nil metuet posthac discrimina Partûs.
Pacifer ut Victor lauroque oleâque revinctus
Tempora, Magnus adest Lodoix, Socero-ne mo-
retur
Prodere laetitiam, pulchros & pectoris aestus:
Jam fruere aspectu..... jam tecum concipe quid,
quam
Dulcius in terris. Omnis dum Gallia plausu
Personat & Festis scintillaus ignibus aether
Sulphuteo pingit latantum pulvere voces:
Quàm benè fida tuas iterat Lotharingia laudes !
Et tua, quæ sua sunt, quàm grato gaudia cantu
Concelebrat: meritis nam cui non solveris ora
Fallit egestatem pauper, te Principe, dives:
Consule te, clamosa Forum Discordia Palla
Deseruit scissâ; placidis procul exulat oris;
Te vade damnosos minus expallescere casus
Mercator didicit, solido fundatus in aere;
Quid non Sancta Fides poterit, quid spreta pro
fanis
Relligio Supersim, poterunt te ultore quid artes t
Hunc fore quem dicam Puerum, cui Regia tantis
Totque Virùm exemplis fulgent cunabula cirt-
cùm
JANVIER.
1752.
77
Ille annis crescet, crescent exempla videndo;
Crescet laudis amon, Populorum gratia crescet.
Crescant & Populi, nec sat numerentur: adultum
Et stupeant Ductorem, & ament sibi Jura ferentem.
Quid taedis Hymenaec domos incendere cessas?
I, Frater comitetur, Amor, per rura, per urbes
Nostris incaleant juvenalia pectora flammis:
Mille & mille tuis dextras cohibere catenis
Gertatim properent: sancto Concordla vultu
Nexus perpetuet: thalamos tot casta voluptas
Floribus inspergat: tam certo copia cornu
Fundat opes Sponsis: almos tam læta Parentes
Obsideatque hilaretque suis hinc lusibus illine
Progenies; nimio jam ut libertatis amore
Leges nemo tuas odio detrectet iniquo;
Sed Patriæ genitus Regique educere dignos
Cives Civis amet: dulcesque in Conjuge Nati
Dulcis ut in Natis Conjux ambobus & ignes
Duplicet & nodos; utroque beentur uterque:
Idque Deos poscant tollat vis improba neutrum,
Vel jubeant ambos uno se funere tolli.
AUGUSTISSIMAE MAJESTATI
OPFFREBAT
Devotissimus atque observantissimus Subdi:us
FRANCISCUS-NICOLAUS-CAMILLUS
LAMBERTI DE TORNIEL, Nanciacus,
Convictor è Collegio Cardinalitio, in Universitate
Parisiensi[.]
Polonorum Regi, Duci Lotharingiae &
Batriae, Serenissimo Proavo, Serenissim[u]m
Burgundiae Ducem recèns ortum,
relevatamque Partu Delphinam Serenissimam
LUCINA GRATULANS.
Olim quae fueram terris praenuntia Phoebi,
Talem Burgundis se protulit altera, Phoebe,
Venturumque Ducem Soror almo dixit ab ortu.
Dixit: & ipse Fidem revoluto tempore Princeps
Præstat, Maxime Rex; nostris en prosilit ulnis,
Ut videt hic Proavum, tua totus in oscula pendens;
Provocat ore micans roseo, risuque lacessit.
Ergò, quod pietas precibus poscebat anhelis
Deduxitque Polo; concessum amplectere munus
Deliciasque omnes florentis carpe Senectæ.
Gano quòd vegetae constent tibi corpore vires,
Hoc dedit Hectoreis exacta laboribus aetas:
Aurea quòd blando Proavi cognomine Proles
Te donet, tecumque pari contendat amore
Hoc tulit in pretium, quæ vertice sidera vincit,
Nota Deo Virtus. Tali nam pignore summus
Rex idemque bominum Pater optimus ornat &
auget
D
II. Vol
zed by Goo
74 MERCUREDE FRANCE.
Quos amat Heroas. Per natos perque nepotes
Gentem hanc aeternum producere gaudet in aevum
Quae gernaana Patres animis ut nomine reddit.
Jam sibi gratantes tàm fausta sub omina Gallos,
Et Gallis totam simili circumspice plausu
Europam unanimem. Laetis quàm vultibus omnes
In te conversi Puerum mirantur, amico
Ludentem gremio, manibus curvare tenellis
Pacales oleas; quibus & tua tempota nectit
Et sua jam victor: Fitmat qui foedera nascens,
Quosque bonis crebiò discordia fratribus audet
Subdere, pestiseros jam è cunis proterit angues
Altor ab Alcide. Præsenti numinis aurâ
Nubibus occurrat quantis Infantulus Heros
Civibus & jubeat quàm puros currere Soles,
Volvit quisque libens secum: nec lumina possunt
Non à te, non à Puero divellere: mentem
Nec satiant: Puero pariter Proavoque moventur
Agnoscunt adeò vultus in utroque paternos;
Tantaque pervadit sidissima corda voluptas.
Et mihi quanta redit, quæ laus! Rex optime,
donis
Quòd capiare meis; cum vel tibi sufficis unus,
Certant mille pium virtutes cingere pectus
Orande satellitium! Populis mens nata beandis
Alta præit: Veras animus diademate major
Praestat opes, ludos Fottunae doctus inanes
ized by Goo
JANVIER.
1752.
75
Reddere, ut incertas certus ridere procellas.
Qualis & Aula! sibi Pallas quam elegit in arcem
Jam secura; bonas ubi vindice Principis ore
Artes defendi; sanctoque sub auspice puras
Flagitii, ad summos assurgere cernit honores.
Inde tibi pleno dimanant gaudia fonte;
Est tamen in tantis etiam quod forte requiras
Majus deliciis, Lucinae ni favor adsit:
Ni Sobole in tenerâ patrias splendescere dotes
In speculo veluti mireris; & ipse sidelem
Expressamque tui redames sine crimine formam.
Quis te nobilior testis? Dulcedine captum
Te quantâ referam, grandi cum matris in umbra
Virtutumque choro tibi cresceret unica Proles
Filia, quæ celso jam frontis honore probaret
Qualibus & Fatis, qualis & dignanda Marito.
Regia nam Conjux tibi quæ, spectacula pandit:
Haud secus ae vitis viridantia brachia latè
Fundit; & Italiam foliis fructuque coronat,
Antiquam proptia ditans propagine Parmam.
Aspicis ut caro festinat in agmine mater
Ut sese agglomerant circùm, nova sidera, Natæ;
Haec Patris; illæ Avi, Proavi Puer æmulus ardet
Se dare in amplexus; hinc inde quot oscula luc-
tans
Hic capit! At nostris relevata laboribus urget
Laetos salva gradus tenero cum Conjuge Conjux:
lle Ducis Populique animos sub corde recondens;
Dij
76 MERCUREDEFRANCE,
Postulat hisce tuis ut Natum dotibus affles
Qui sibi Borboniis addatur spes nova regnis:
Haec te spectat ovans; Augusto quanta resignas,
Isto tanta tibi dono memor ipsa rependit.
Et nova succedent: facilem me experta vocanti,
Dulcia nil metuet posthac discrimina Partûs.
Pacifer ut Victor lauroque oleâque revinctus
Tempora, Magnus adest Lodoix, Socero-ne mo-
retur
Prodere laetitiam, pulchros & pectoris aestus:
Jam fruere aspectu..... jam tecum concipe quid,
quam
Dulcius in terris. Omnis dum Gallia plausu
Personat & Festis scintillaus ignibus aether
Sulphuteo pingit latantum pulvere voces:
Quàm benè fida tuas iterat Lotharingia laudes !
Et tua, quæ sua sunt, quàm grato gaudia cantu
Concelebrat: meritis nam cui non solveris ora
Fallit egestatem pauper, te Principe, dives:
Consule te, clamosa Forum Discordia Palla
Deseruit scissâ; placidis procul exulat oris;
Te vade damnosos minus expallescere casus
Mercator didicit, solido fundatus in aere;
Quid non Sancta Fides poterit, quid spreta pro
fanis
Relligio Supersim, poterunt te ultore quid artes t
Hunc fore quem dicam Puerum, cui Regia tantis
Totque Virùm exemplis fulgent cunabula cirt-
cùm
JANVIER.
1752.
77
Ille annis crescet, crescent exempla videndo;
Crescet laudis amon, Populorum gratia crescet.
Crescant & Populi, nec sat numerentur: adultum
Et stupeant Ductorem, & ament sibi Jura ferentem.
Quid taedis Hymenaec domos incendere cessas?
I, Frater comitetur, Amor, per rura, per urbes
Nostris incaleant juvenalia pectora flammis:
Mille & mille tuis dextras cohibere catenis
Gertatim properent: sancto Concordla vultu
Nexus perpetuet: thalamos tot casta voluptas
Floribus inspergat: tam certo copia cornu
Fundat opes Sponsis: almos tam læta Parentes
Obsideatque hilaretque suis hinc lusibus illine
Progenies; nimio jam ut libertatis amore
Leges nemo tuas odio detrectet iniquo;
Sed Patriæ genitus Regique educere dignos
Cives Civis amet: dulcesque in Conjuge Nati
Dulcis ut in Natis Conjux ambobus & ignes
Duplicet & nodos; utroque beentur uterque:
Idque Deos poscant tollat vis improba neutrum,
Vel jubeant ambos uno se funere tolli.
AUGUSTISSIMAE MAJESTATI
OPFFREBAT
Devotissimus atque observantissimus Subdi:us
FRANCISCUS-NICOLAUS-CAMILLUS
LAMBERTI DE TORNIEL, Nanciacus,
Convictor è Collegio Cardinalitio, in Universitate
Parisiensi[.]
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Résumé : STANISLAO PRIMO, Polonorum Regi, Duci Lotharingiae & Barriae, Serenissimo Proavo, Serenissim[u]m Burgundiae Ducem recèns ortum, relevatamque Partu Delphinam Serenissimam LUCINA GRATULANS.
Le poème latin célèbre la naissance d'un enfant, probablement un membre de la famille royale française, en janvier 1752. Il commence par saluer Stanislas Leszczyński, roi de Pologne et duc de Lorraine et de Bar, ainsi que le nouveau duc de Bourgogne, descendant de Stanislas. Le texte exprime la joie et les bénédictions entourant cette naissance, comparant l'enfant à un héros et soulignant ses qualités exceptionnelles. L'auteur espère que l'enfant héritera des vertus de ses ancêtres et apportera prospérité et paix. Il mentionne la fierté et l'admiration des Gallois et des Européens face à cet événement. Le poème loue les vertus du père et de la mère, soulignant leur noblesse et leurs mérites. Le texte souhaite que l'enfant grandisse entouré d'exemples de vertu et de courage, et qu'il apporte bonheur et stabilité à son peuple. Il se termine par une offrande respectueuse à Sa Majesté Auguste, signée par François-Nicolas-Camille Lamberti de Torniel, membre du Collège Cardinalice et de l'Université de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4804
p. 78-82
ODE Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. LANCELIN. Fortes generantur à fortibus.
Début :
L'Oiseau qui d'un oeil immobile [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Sang, Gloire, Roi, Héros, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. LANCELIN. Fortes generantur à fortibus.
ODE
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
Par M. LANCELIN.
Fortes generantur à fortibus.
L'Oiseau qui d'un oeil immobile
Soutient les regards du Soleil
Rempli d'une vigueur fertile
Engendre toujours son pareil.
C'est du coursier plein de courage,
Que naît sur les rives du Tage
Le coursier vainqueur du repos;
De-là par un effort suprême
Dans son sang se peignant lui-même
Le Hétos produit le Héros.
N'en cherchons point ailleurs les marques
Que dans la race des Bourbons:
L'hétoisme de nos Morarques
A passé dans leurs rejettons;
Ainsi l'Enfant qui vient de naîtro
Anos yeux fera reparoître
zed by Goo
JANVIER. 1752.
Les fameux Hétos de son Sang;
Toujours aussi vaillant que juste
Il sera l'héritier auguste
De leurs vertus & de leur rang.
De ta vie il lira l'Histoire.
GRAND ROI, pour apprendre à regner;
S'il cherche le champ de la gloire
Ton exemple peut l'enseigner.
Ne t'a-t-on pas vd dans l'orage,
De la prudence & du courage
A tes Chess disputer le prix?
Ton audace au fort des batailles,
Parmi d'horribles funérailles,,
A sixé nos regards surpris.
La Lis de toi seul occupée,
Pour te voir, suspendoit son cours.
Des miracles de ton épée
L'Escaut se souviendra toujours.
Quel pouvoir au sein de la gloire
T'a fait abjurer la Victoire?
Tu gémis du sort des humains;
Leur sang crie & se fait enteudre,
Une voix si chere & si tendre
Eteint la foudre dans tes mains.
Diiij
79
80 MERCUREDEFRANCE.
Tu parles ... la paix ressuscite:
Le Ciel fait briller un beau jour.
L'affreuse troupe du Cocyte
Rentre dans l'infernal séjour.
Forcé de respecter nos têtes
Mars neévoque plus les tempêtes
Des flancs de l'airain embrasé:
Le Citoyen libre & tranquile
Ne craint plus de voir son azile
Tomber sous la foudre écrasé.
Mais quels noirs objets se découvrent
A mes sens d'horreur suspendus?
Sous mes pas les ensers s'entrouvrent
Je vois des monstres confondus.
Le bras d'un autre fils d'Alcmene
A dompté l'orgueil & la haine
A mis la vengeance au tombeau.
Par un nouveau coup terrassée,
Je vois la discorde insensée
Gémir sans glaive & sans flambeau.
Plongée au gouffre du Tartare
Par l'effort d'un Roi triomphant
Cette divinité barbare
Pleure son couroux impuissant
JANVIER.
1752.
Sur ses couleuvres étouffées
LOUIS érige des trophées
De sa valeur fruits immortels,
De son sang la source féconde
Fixe enfin le bonheur du monde
Sur des fondemens éternels.
Que vois-je ? quel otdre d'années
Vient se présenter à mes yeux:
Pour nous les Parques fortunées
Filent des jours délicieux.
Le Héros naissant qu'environne
L'auguste Majesté du Tróne
De Trajan auta les vertus,
LQUIS, tu seras son modéle,
S'il t'écoute, il est Marc-Aurele,
Et s'il t'imite, il est Titus.
Du brillant sejour du Tonnerre
Déja la céleste Pallas
Pour lui s'élance sur la Terre:
Les Arts accompagnent ses pas.
Le pinceau sçavant des Apelles
Et le ciseau des Praxitelles
Se ranimeront à sa voix;
Dans les archives de l'histoire,
81
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
Clio consacrera sa gloire
Et la justice de ses loix.
Zerer.
ee
D'un chene dont le vaste ombrage
Met à couvert les arbrisseaux,
Ce rejetton sous son feuillage
S'éleve parmi les rameaux;
Mais bientôt cherchant la lumiere
Il portera sa cime altiere
Plus haut qu'un ced e ambitieux:
Phénomene étonnant & rare
Ses pieds toucheront le Tenare,
Sa tête sera dans les Cieux.
GRAND ROI, déja d'un nouveau lustro
L'Univers voit briller tes Lis:
Par le fruit d'un Hymen illustre
Tes augustes voux sont remplis.
Quel terus peut borner ta puissance :
Ta gloire est comme un fleuve immense
Qui coule plein de Majesté,
Inépuisable dans sa source
Elle ne finira sa course
Qu'au sein de l'immortalité.
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
Par M. LANCELIN.
Fortes generantur à fortibus.
L'Oiseau qui d'un oeil immobile
Soutient les regards du Soleil
Rempli d'une vigueur fertile
Engendre toujours son pareil.
C'est du coursier plein de courage,
Que naît sur les rives du Tage
Le coursier vainqueur du repos;
De-là par un effort suprême
Dans son sang se peignant lui-même
Le Hétos produit le Héros.
N'en cherchons point ailleurs les marques
Que dans la race des Bourbons:
L'hétoisme de nos Morarques
A passé dans leurs rejettons;
Ainsi l'Enfant qui vient de naîtro
Anos yeux fera reparoître
zed by Goo
JANVIER. 1752.
Les fameux Hétos de son Sang;
Toujours aussi vaillant que juste
Il sera l'héritier auguste
De leurs vertus & de leur rang.
De ta vie il lira l'Histoire.
GRAND ROI, pour apprendre à regner;
S'il cherche le champ de la gloire
Ton exemple peut l'enseigner.
Ne t'a-t-on pas vd dans l'orage,
De la prudence & du courage
A tes Chess disputer le prix?
Ton audace au fort des batailles,
Parmi d'horribles funérailles,,
A sixé nos regards surpris.
La Lis de toi seul occupée,
Pour te voir, suspendoit son cours.
Des miracles de ton épée
L'Escaut se souviendra toujours.
Quel pouvoir au sein de la gloire
T'a fait abjurer la Victoire?
Tu gémis du sort des humains;
Leur sang crie & se fait enteudre,
Une voix si chere & si tendre
Eteint la foudre dans tes mains.
Diiij
79
80 MERCUREDEFRANCE.
Tu parles ... la paix ressuscite:
Le Ciel fait briller un beau jour.
L'affreuse troupe du Cocyte
Rentre dans l'infernal séjour.
Forcé de respecter nos têtes
Mars neévoque plus les tempêtes
Des flancs de l'airain embrasé:
Le Citoyen libre & tranquile
Ne craint plus de voir son azile
Tomber sous la foudre écrasé.
Mais quels noirs objets se découvrent
A mes sens d'horreur suspendus?
Sous mes pas les ensers s'entrouvrent
Je vois des monstres confondus.
Le bras d'un autre fils d'Alcmene
A dompté l'orgueil & la haine
A mis la vengeance au tombeau.
Par un nouveau coup terrassée,
Je vois la discorde insensée
Gémir sans glaive & sans flambeau.
Plongée au gouffre du Tartare
Par l'effort d'un Roi triomphant
Cette divinité barbare
Pleure son couroux impuissant
JANVIER.
1752.
Sur ses couleuvres étouffées
LOUIS érige des trophées
De sa valeur fruits immortels,
De son sang la source féconde
Fixe enfin le bonheur du monde
Sur des fondemens éternels.
Que vois-je ? quel otdre d'années
Vient se présenter à mes yeux:
Pour nous les Parques fortunées
Filent des jours délicieux.
Le Héros naissant qu'environne
L'auguste Majesté du Tróne
De Trajan auta les vertus,
LQUIS, tu seras son modéle,
S'il t'écoute, il est Marc-Aurele,
Et s'il t'imite, il est Titus.
Du brillant sejour du Tonnerre
Déja la céleste Pallas
Pour lui s'élance sur la Terre:
Les Arts accompagnent ses pas.
Le pinceau sçavant des Apelles
Et le ciseau des Praxitelles
Se ranimeront à sa voix;
Dans les archives de l'histoire,
81
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
Clio consacrera sa gloire
Et la justice de ses loix.
Zerer.
ee
D'un chene dont le vaste ombrage
Met à couvert les arbrisseaux,
Ce rejetton sous son feuillage
S'éleve parmi les rameaux;
Mais bientôt cherchant la lumiere
Il portera sa cime altiere
Plus haut qu'un ced e ambitieux:
Phénomene étonnant & rare
Ses pieds toucheront le Tenare,
Sa tête sera dans les Cieux.
GRAND ROI, déja d'un nouveau lustro
L'Univers voit briller tes Lis:
Par le fruit d'un Hymen illustre
Tes augustes voux sont remplis.
Quel terus peut borner ta puissance :
Ta gloire est comme un fleuve immense
Qui coule plein de Majesté,
Inépuisable dans sa source
Elle ne finira sa course
Qu'au sein de l'immortalité.
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Résumé : ODE Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. LANCELIN. Fortes generantur à fortibus.
Le poème 'ODE Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne', écrit par M. Lancelin en janvier 1752, célèbre la naissance d'un membre de la famille royale française. Il souligne la transmission des vertus et du courage à travers les générations des Bourbons. La lignée royale est comparée à des oiseaux et des chevaux nobles, symbolisant la force et la bravoure. Le poème loue les qualités du roi Louis XV, mettant en avant sa prudence, son courage et sa capacité à établir la paix. Il évoque également les exploits militaires du roi et son rôle dans la consolidation de la paix. Le texte prédit que le nouvel enfant royal suivra les exemples de ses ancêtres, notamment ceux de Louis XV, et héritera de leurs vertus. Le poème se conclut en exaltant la grandeur et la pérennité de la dynastie, comparant la gloire du roi à un fleuve immense et éternel.
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4805
p. 83-85
AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
GRAND ROI, tes voeux enfin, & les nôtres remplis [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Gloire, Fils, Yeux, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
AU ROI,
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
GRAND ROI, tes voeux enfin, & les nôtres
remplis
Eternisent ton sang, & la gloire des Lys.
Le Ciel qui dans tes mains déposa le Tonnerre,
Qui te soumit la Paix, pour la rendre à la Terre,
Par un dernier bienfait couronne ton bonheur.
Un Fils, de tes vertus fidele imitateur,
Vainqueur à tes côtés, au sortir de l'enfance,
Renfermoit en lui seul toute notre espérance.
Ta sagesse veillant pour ce fils, & pour nous,
Lui choisit un objet digne d'un tel Epoux,
La Vertu, sous les traits d'une jeune Mortelle,
Du Sexe né pour plaire ornement & modele.
Elle acquitte aujourd'hui la gloire de ton choix
De leurs chastes ardeurs quel doux fruit tu reçois
VoI tous les yeux trempés de larmes d'allégresse,
Tu peux avec ton Peuple en verset sans foiblesse,
Tes périls, tes combats, tes succès signalés;
Tes jours même, tes jours deux sois renouvellés,
Et le Ciel atrétant le ciseau de la Parque,
Rien ne put décelet l'homme dans le Monarque.
Tu vis d'un œil égal ces grands évenemens
Mais ce beau jour permet l'essor aux sentimens.
DV
84 MERCUREDEFRANCE.
Quand notre joie éclate & si vive, & si pure,
Laisse éclater aussi la voix de la Nature.
Des rives de la Seine Habitans fortunés,
Et du meilleur des Rois Sujets passionnés,
Sur le marbre & l'airain vous tracez son image;
De ses traits si chéris l'aspect vous dédommage
Des momens que l'on perd éloigné de ses yeux;
Du plus fidel amour ce gage précieux
Annonce les récits réservés à l'Histoire.
Mais tout l'effort des Arts suffit. il pour sa gloire ?
Des Vertus du Héros symboles éclatans
Renfermés dans l'espace, assujettis au Tems.
LOUIS se peindra mieux dans son auguste Race.
Eh! quels seront les tems, les lieux, qu'elle n'em-
brasse?
Ses Fils commanderont à nos derniers Neveux,
Et ses Filles rendront d'autres Peuples heureux.
CROISSIZ, cher Rejetton d'une Tige inimos-
t:lie;
Ajoutez à l'éclat que vous recevez d'elle.
Vous avez de l'Amour la douceur, la beauté,
Mais l'Amour est enfant, il l'a toujours été:
Bientôt, grace aux Destius, vous cesserez de
l'être,
La foiblesse de l'âge est prête à disparêtre.
AUTOUR de son berceau volez Jeux inocens,
Mais ne vous flattez pas de l'amuser long. tems;
JANVIER. 1752.
8
Il va vous échapper, la Gloire le réclame,
La Gloire, seule Amante à captiver son ame.
MUSES, déja pour lui vos trésors sont ouverts,
Vous allez à ses yeux offrir tout l'univers,
Tous les climats, où doit voler sa Renommée
Par des progrès constans accrue, & confirmée
Vous allez de l'Histoire évoquer les Hétos
Qui sçurent des Mortels assurer le repos,
Ses Ayeux couronnés, à qui l'heureuse France
Doit ses Autels, ses loix, ses armes, sa puissance;
Mais parmi tant d'objets, Muses, arrêtez-vous
A l'Exemple yivant, qui les rassemble tous.
Sit tibi consimilis natus.
Ovid Trist. 4.
ROY, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
GRAND ROI, tes voeux enfin, & les nôtres
remplis
Eternisent ton sang, & la gloire des Lys.
Le Ciel qui dans tes mains déposa le Tonnerre,
Qui te soumit la Paix, pour la rendre à la Terre,
Par un dernier bienfait couronne ton bonheur.
Un Fils, de tes vertus fidele imitateur,
Vainqueur à tes côtés, au sortir de l'enfance,
Renfermoit en lui seul toute notre espérance.
Ta sagesse veillant pour ce fils, & pour nous,
Lui choisit un objet digne d'un tel Epoux,
La Vertu, sous les traits d'une jeune Mortelle,
Du Sexe né pour plaire ornement & modele.
Elle acquitte aujourd'hui la gloire de ton choix
De leurs chastes ardeurs quel doux fruit tu reçois
VoI tous les yeux trempés de larmes d'allégresse,
Tu peux avec ton Peuple en verset sans foiblesse,
Tes périls, tes combats, tes succès signalés;
Tes jours même, tes jours deux sois renouvellés,
Et le Ciel atrétant le ciseau de la Parque,
Rien ne put décelet l'homme dans le Monarque.
Tu vis d'un œil égal ces grands évenemens
Mais ce beau jour permet l'essor aux sentimens.
DV
84 MERCUREDEFRANCE.
Quand notre joie éclate & si vive, & si pure,
Laisse éclater aussi la voix de la Nature.
Des rives de la Seine Habitans fortunés,
Et du meilleur des Rois Sujets passionnés,
Sur le marbre & l'airain vous tracez son image;
De ses traits si chéris l'aspect vous dédommage
Des momens que l'on perd éloigné de ses yeux;
Du plus fidel amour ce gage précieux
Annonce les récits réservés à l'Histoire.
Mais tout l'effort des Arts suffit. il pour sa gloire ?
Des Vertus du Héros symboles éclatans
Renfermés dans l'espace, assujettis au Tems.
LOUIS se peindra mieux dans son auguste Race.
Eh! quels seront les tems, les lieux, qu'elle n'em-
brasse?
Ses Fils commanderont à nos derniers Neveux,
Et ses Filles rendront d'autres Peuples heureux.
CROISSIZ, cher Rejetton d'une Tige inimos-
t:lie;
Ajoutez à l'éclat que vous recevez d'elle.
Vous avez de l'Amour la douceur, la beauté,
Mais l'Amour est enfant, il l'a toujours été:
Bientôt, grace aux Destius, vous cesserez de
l'être,
La foiblesse de l'âge est prête à disparêtre.
AUTOUR de son berceau volez Jeux inocens,
Mais ne vous flattez pas de l'amuser long. tems;
JANVIER. 1752.
8
Il va vous échapper, la Gloire le réclame,
La Gloire, seule Amante à captiver son ame.
MUSES, déja pour lui vos trésors sont ouverts,
Vous allez à ses yeux offrir tout l'univers,
Tous les climats, où doit voler sa Renommée
Par des progrès constans accrue, & confirmée
Vous allez de l'Histoire évoquer les Hétos
Qui sçurent des Mortels assurer le repos,
Ses Ayeux couronnés, à qui l'heureuse France
Doit ses Autels, ses loix, ses armes, sa puissance;
Mais parmi tant d'objets, Muses, arrêtez-vous
A l'Exemple yivant, qui les rassemble tous.
Sit tibi consimilis natus.
Ovid Trist. 4.
ROY, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
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Résumé : AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Le texte célèbre la naissance du Duc de Bourgogne, fils du roi, réalisée grâce aux vœux royaux et assurant la continuité de la lignée royale. Le ciel a accordé au roi un dernier bienfait en lui offrant un fils, déjà porteur des vertus royales et promis à devenir un grand vainqueur. La sagesse du roi a choisi une épouse vertueuse pour ce fils, incarnant la vertu et la beauté. Cette naissance est perçue comme un moment de grande joie, justifiant les combats et les périls affrontés par le roi. Le texte exprime l'espoir que la postérité se souviendra des exploits du roi et de sa descendance, destinée à gouverner et à apporter le bonheur à divers peuples. Les muses sont appelées à inspirer le jeune duc avec des exemples héroïques et l'exemple vivant de ses ancêtres. Le texte se conclut par une citation latine d'Ovide, exprimant le désir d'avoir un héritier semblable au père.
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4806
p. 86-87
Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. 13 Septembre 1751.
Début :
O Nuit, qui des jours les plus beaux [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Monde, Dieux, Auguste enfant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. 13 Septembre 1751.
Sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
13 Septembre 1751.
O Nuit, qui des jours les plus beaux
Deviendra la source féconde,
Et qui déssechant nos pavots,
Viens de troubler notre repos
Pour assurer celui du monde
Quel sommeil tranquille & profond
Vaut l'insomnie universe le
Que le bruit heureux du canon,
Que d'une naissance si belle
A causé par tout la nouvelle?
Auguste Enfant, amour de l'Univers.
Sur les biens que tu fais éclore
Lorsque tous les yeux sont ouverts,
Les tiens seuls sont fermés encore;
Sourd à nos vœnx tu les remplis,
Dieux! que ta foiblesse est puissante!
Tu fais déja l'apui des Lys,
Tu naîs à peine, & leur éclat s'augmente.
Au gré du monde satisfait
Commence une illustre cartiere,
JANVIER.
1752.
Si ta naissance est un bienfait
Que sera donc ta vie entiere:
ENVOY
A Madame la Duchesse de Tallard.
Ovous que la vertu comme le rang appelle
A veiller sur le sang des Rois,
Digne de leur auguste choix,
Cultivez cette fleur nouvelle;
D'un tel honneur qui ne seroit jaloux!
Ces demi Dieux sur qui notre bonheur se fonde,
Nés pour donner des loix au monde,
Semblent en recevoir de vous.
M. Lemiere.
Duc de Bourgogne.
13 Septembre 1751.
O Nuit, qui des jours les plus beaux
Deviendra la source féconde,
Et qui déssechant nos pavots,
Viens de troubler notre repos
Pour assurer celui du monde
Quel sommeil tranquille & profond
Vaut l'insomnie universe le
Que le bruit heureux du canon,
Que d'une naissance si belle
A causé par tout la nouvelle?
Auguste Enfant, amour de l'Univers.
Sur les biens que tu fais éclore
Lorsque tous les yeux sont ouverts,
Les tiens seuls sont fermés encore;
Sourd à nos vœnx tu les remplis,
Dieux! que ta foiblesse est puissante!
Tu fais déja l'apui des Lys,
Tu naîs à peine, & leur éclat s'augmente.
Au gré du monde satisfait
Commence une illustre cartiere,
JANVIER.
1752.
Si ta naissance est un bienfait
Que sera donc ta vie entiere:
ENVOY
A Madame la Duchesse de Tallard.
Ovous que la vertu comme le rang appelle
A veiller sur le sang des Rois,
Digne de leur auguste choix,
Cultivez cette fleur nouvelle;
D'un tel honneur qui ne seroit jaloux!
Ces demi Dieux sur qui notre bonheur se fonde,
Nés pour donner des loix au monde,
Semblent en recevoir de vous.
M. Lemiere.
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Résumé : Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. 13 Septembre 1751.
Le texte célèbre la naissance du Duc de Bourgogne le 13 septembre 1751, une nuit de tranquillité et de bonheur universel marquée par le bruit joyeux du canon. Le nouveau-né, décrit comme un 'auguste Enfant' et 'amour de l'Univers', symbolise une puissance et un espoir pour l'avenir. Sa venue accroît l'éclat de la maison royale des Lys. Le poème exprime l'espoir que sa vie future apportera davantage de bienfaits. Une dédicace à Madame la Duchesse de Tallard souligne son rôle crucial dans l'éducation et la protection de ce sang royal, la qualifiant de digne de cette responsabilité. Les rois semblent recevoir des lois de sa part. L'auteur, M. Lemiere, exprime sa gratitude et son admiration pour la Duchesse et l'importance de la naissance du Duc de Bourgogne.
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4807
p. 88
VERS Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
L'autre jour en ces lieux qu'arrose le Permesse [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
VERS
Sur la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
L'autre jour en ces lieux qu'arrose le Permesse
Guidé par le désir de chanter mes amours,
Du Dieu, qui d'Arouet regit la douce ivresse
A nos Rimeurs François j'eutendis ce discours:
vous chers Nourissons, qui pat d'heuteuses
veilles
De l'Empire des Lis consacrez les merveilles,
Vous, que j'ornai toujours de mes plus tendres
dons
Pour cet illustre Enfant dont le sang des Bourbons
Dans ces jours si cheris vient d'enrichir la France
De vos doctes transports montrez la violence:
Ranimez vos concerts, redoublez vos chansons
Que votre zèle au monde annonce sa naissance
Le chanter aujourd'hui doit êtte votre emploi;
Mais lorsque sur les pas de votre auguste Roi
Il ira nouveau Mars, enchainer la victoire;
Pour célébrer alors ses hauts faits & sa gloire
Ce ne sera pas trop que moi.
Sur la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
L'autre jour en ces lieux qu'arrose le Permesse
Guidé par le désir de chanter mes amours,
Du Dieu, qui d'Arouet regit la douce ivresse
A nos Rimeurs François j'eutendis ce discours:
vous chers Nourissons, qui pat d'heuteuses
veilles
De l'Empire des Lis consacrez les merveilles,
Vous, que j'ornai toujours de mes plus tendres
dons
Pour cet illustre Enfant dont le sang des Bourbons
Dans ces jours si cheris vient d'enrichir la France
De vos doctes transports montrez la violence:
Ranimez vos concerts, redoublez vos chansons
Que votre zèle au monde annonce sa naissance
Le chanter aujourd'hui doit êtte votre emploi;
Mais lorsque sur les pas de votre auguste Roi
Il ira nouveau Mars, enchainer la victoire;
Pour célébrer alors ses hauts faits & sa gloire
Ce ne sera pas trop que moi.
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Résumé : VERS Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Le poème 'Vers' célèbre la naissance du Duc de Bourgogne, membre des Bourbons. Une voix divine inspire les poètes français à chanter les mérites de cet enfant. Elle les encourage à montrer leur talent et leur enthousiasme. La voix promet aussi de célébrer les futurs exploits militaires du Duc.
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4808
p. 89-90
AUTRES Présentés à Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
FRANCE ! voici l'objet de tes voeux les plus tendres, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Vertus, Heureux, État, Amour, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES Présentés à Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
AUTRES
Présentés à Madame la Dauphine, sur la
naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
FRANCE ! voici l'objet de tes voeux les plus
tendres,
De ton espoir le plus charmant.
O Capets! 6 Bombons! vos genereuses cendres
Ont tréssailli de joie en cet heureux moment!
Ce Prince à tout l'Etat si cher, si nécessaire,
Soutiendra de vos nous la gloire hétéditaite;
Muses: favorisez un présage si beau !
Ecartez à jamais de ce sacré berceau
La dangereuse ffatterie.
Que l'infléxible vérité,
Le tendre amour de la Patrie,
Et la sagesse & l'équité
Réglent le cours heureux de cette auguste vie;
Dites-lui que ces feux, ces concerts enchanteurs,
Ces accens du plaisir, ces viss transports des
cœurs
Sont un prix que l'Amour aime à payer d'avance
Aux vertus qui feront le bonheur de la France,
Aux vertus dont son Pere, aux vertus dont Louis
(0
90 MERCUREDE FRANCE.
Donnent l'exemple au Monde & surtout à leur
fils.
O toi! des Souverains l'arbitre & le modele,
Noble esclave des loix que te dicta ton zèle,
Penitent sur le Thrône & grand Roi daus les fers
Louis! sur cet enfant que tes yeux soient ouverts!
Veille sur les Destins d'une tête si chere;
De l'Etat, comme Toi, qu'il soit un jour le Pere;
Touché de ton exemple, instruit par tes leçons
Qu'il ait encor l'esprit, les graces de sa Mere
Et qu'il nous aime autant que nous la cherissons.
GAILLARD.
Présentés à Madame la Dauphine, sur la
naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
FRANCE ! voici l'objet de tes voeux les plus
tendres,
De ton espoir le plus charmant.
O Capets! 6 Bombons! vos genereuses cendres
Ont tréssailli de joie en cet heureux moment!
Ce Prince à tout l'Etat si cher, si nécessaire,
Soutiendra de vos nous la gloire hétéditaite;
Muses: favorisez un présage si beau !
Ecartez à jamais de ce sacré berceau
La dangereuse ffatterie.
Que l'infléxible vérité,
Le tendre amour de la Patrie,
Et la sagesse & l'équité
Réglent le cours heureux de cette auguste vie;
Dites-lui que ces feux, ces concerts enchanteurs,
Ces accens du plaisir, ces viss transports des
cœurs
Sont un prix que l'Amour aime à payer d'avance
Aux vertus qui feront le bonheur de la France,
Aux vertus dont son Pere, aux vertus dont Louis
(0
90 MERCUREDE FRANCE.
Donnent l'exemple au Monde & surtout à leur
fils.
O toi! des Souverains l'arbitre & le modele,
Noble esclave des loix que te dicta ton zèle,
Penitent sur le Thrône & grand Roi daus les fers
Louis! sur cet enfant que tes yeux soient ouverts!
Veille sur les Destins d'une tête si chere;
De l'Etat, comme Toi, qu'il soit un jour le Pere;
Touché de ton exemple, instruit par tes leçons
Qu'il ait encor l'esprit, les graces de sa Mere
Et qu'il nous aime autant que nous la cherissons.
GAILLARD.
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Résumé : AUTRES Présentés à Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Le texte célèbre la naissance du Duc de Bourgogne, fils de la Dauphine et petit-fils du roi Louis XIV. Il exprime des vœux pour l'avenir du prince, espérant qu'il devienne un soutien précieux pour l'État et porte la gloire des Capétiens et des Bourbons. Les Muses sont invoquées pour protéger l'enfant de la flatterie et guider sa vie par la vérité, l'amour de la patrie, la sagesse et l'équité. Le poème encourage le prince à suivre l'exemple de vertu de son père et de son grand-père, Louis XIV, présenté comme un modèle de souveraineté et de piété. Il souhaite aussi que l'enfant hérite des qualités de sa mère et devienne un futur père de la nation, inspiré par les enseignements de Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4809
p. 91-93
EPITRE De M. V. R. M. L. à M. D***, en Province, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Viens ami, vole au sein des jeux & de l'amour, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Amour, Prince
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. V. R. M. L. à M. D***, en Province, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
EPITRE
De M. V. R. M. L. à M. D***,
en
Province, à l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Viens ami, vole au sein des jeux & de l'amour,
Viens partager ma joie & la rendre parfaite;
Paris à quitter ta retraite
Par de nouveaux plaisirs, t'invite chaque jour;
Tu sçais pour quel objet, * la Princesse emptessée:
Formoit les plus sincéres vœux;
Le ciel enfin lui donne un enfant précieux
Armé du même trait dont elle fut blessée.
De la vie en naissant il goûte la douceur
Sa mere la partage avec lui sans allarmes,
Un Prince né pour le commun bonheur,
Pouvoit- il naître dans les larmes:
Des graces le trio sacré
Etoit prése nt à sa naissance;
L'Hymenée & l'Amour pour lui d'intelligence,
De leurs flambeaux l'ont éclairé;
Les Nimph es de la Seine arrivant en cadence,
De leurs roseaux l'ont décoté.
Madame le Dauphine.
———
92 MERCURE DE FRANCE.
Des combats la Déesse altiere
Voulut ouvrir, dit-on, sa débile paupiere;
Et rit, en découvrant dans d'aussi foibles yeux,
Le feu noble & sacré qui rendit ses ayeux
Si chétis dans la paix, & si grands dano la
guerre.
Déja par cent Coursiers fougueux
La Renommée instruit toute la terre
Du présent que nous font les Dieux
Et ces bouches d'airain, dont l'Anglois fut la
proye
Instrumens meurtiiers des guerrieres fureurs,
Ne sont plus que ceux de la joye
Qui regne dans tous les cœurs.
Dans ce séjour d'opulence,
De la corne d'abondance
Je vois les trésors s'écouler
Chacun par sa magnificence
Veut aujourd'hui se signaler.
La Bourgogno en faveur d'un Prince,
Nouvel appui de sa Province,
S'efforçant de briller d'un plus beau coloris,
Rassemble autour du verre & les jeux & les riu
Six cent Vierges infortunées
De leurs Amants accompagnées
Vont subir aux Autels une plus douce lot;
Et croiront satisfaire à la reconnoissance
JANVIER. 1752.
91
En se hâtant de donner à la France
Des Sojets dignes de leur Roi....
Mais cher D**, quel nouvel êtro
Vient tout à coup frapper mes sens!
Déjà le soustre & le salpêtre
Jusqu'aux cieux portent notre encens,
Et dans l'air agité tracent en traits de flàmme
L'ardeur des sentimens qui ravissent notre ame.
Eu ce moment la plume échappe de mes
mains,
Saus doute tu permets qu'on cesse de t'écrire;
Quand avec tout Paris il faut dire & redire,
Vive le Roi, le pere & l'ami des humains.
De M. V. R. M. L. à M. D***,
en
Province, à l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Viens ami, vole au sein des jeux & de l'amour,
Viens partager ma joie & la rendre parfaite;
Paris à quitter ta retraite
Par de nouveaux plaisirs, t'invite chaque jour;
Tu sçais pour quel objet, * la Princesse emptessée:
Formoit les plus sincéres vœux;
Le ciel enfin lui donne un enfant précieux
Armé du même trait dont elle fut blessée.
De la vie en naissant il goûte la douceur
Sa mere la partage avec lui sans allarmes,
Un Prince né pour le commun bonheur,
Pouvoit- il naître dans les larmes:
Des graces le trio sacré
Etoit prése nt à sa naissance;
L'Hymenée & l'Amour pour lui d'intelligence,
De leurs flambeaux l'ont éclairé;
Les Nimph es de la Seine arrivant en cadence,
De leurs roseaux l'ont décoté.
Madame le Dauphine.
———
92 MERCURE DE FRANCE.
Des combats la Déesse altiere
Voulut ouvrir, dit-on, sa débile paupiere;
Et rit, en découvrant dans d'aussi foibles yeux,
Le feu noble & sacré qui rendit ses ayeux
Si chétis dans la paix, & si grands dano la
guerre.
Déja par cent Coursiers fougueux
La Renommée instruit toute la terre
Du présent que nous font les Dieux
Et ces bouches d'airain, dont l'Anglois fut la
proye
Instrumens meurtiiers des guerrieres fureurs,
Ne sont plus que ceux de la joye
Qui regne dans tous les cœurs.
Dans ce séjour d'opulence,
De la corne d'abondance
Je vois les trésors s'écouler
Chacun par sa magnificence
Veut aujourd'hui se signaler.
La Bourgogno en faveur d'un Prince,
Nouvel appui de sa Province,
S'efforçant de briller d'un plus beau coloris,
Rassemble autour du verre & les jeux & les riu
Six cent Vierges infortunées
De leurs Amants accompagnées
Vont subir aux Autels une plus douce lot;
Et croiront satisfaire à la reconnoissance
JANVIER. 1752.
91
En se hâtant de donner à la France
Des Sojets dignes de leur Roi....
Mais cher D**, quel nouvel êtro
Vient tout à coup frapper mes sens!
Déjà le soustre & le salpêtre
Jusqu'aux cieux portent notre encens,
Et dans l'air agité tracent en traits de flàmme
L'ardeur des sentimens qui ravissent notre ame.
Eu ce moment la plume échappe de mes
mains,
Saus doute tu permets qu'on cesse de t'écrire;
Quand avec tout Paris il faut dire & redire,
Vive le Roi, le pere & l'ami des humains.
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Résumé : EPITRE De M. V. R. M. L. à M. D***, en Province, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
L'épître célèbre la naissance du Duc de Bourgogne, fils de la Princesse et du Dauphin. L'auteur invite son ami à quitter sa retraite parisienne pour partager cette joie. La Princesse avait exprimé des vœux sincères pour cet événement, et le ciel lui a accordé un enfant précieux. Le nouveau-né est décrit comme apportant le bonheur commun et naissant sans larmes. À sa naissance, les grâces sacrées, l'Hyménée et l'Amour étaient présents, éclairant le prince de leurs flambeaux. Les nymphes de la Seine l'ont accueilli avec des roseaux. La déesse Bellone a ouvert les yeux pour voir le feu noble dans ceux du prince. La Renommée annonce la nouvelle à travers le monde, et les bouches d'airain célèbrent désormais la joie. La Bourgogne se pare de ses plus beaux atours pour honorer le nouveau prince. Six cents vierges, accompagnées de leurs amants, se préparent à se marier en signe de reconnaissance. L'auteur est interrompu par les feux d'artifice célébrant la naissance et conclut en acclamant le roi, père et ami des humains.
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4810
p. 164-169
CANZONE Da Cantarsi a voce sola interrotta dal Coro.
Début :
Voce sola. PIANTA seconda / Ne' Germi tuoi [...]
Mots clefs :
Voce sola, Coro, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : CANZONE Da Cantarsi a voce sola interrotta dal Coro.
CANZONE
Da Cantarsi a voce sola interrotta dal Coro.
Voce sola. PIANTA seconda /
Ne' Germi tuoi
Di tanti EROI,
Di tanti RE,
Come tornasti
Al primo onore !
Come il timore
Gioja si fe!
Il tuo SOSTEGNO
E'NATO,eNATO,
Ben sospirato
Per lunghi di.
Come Felice,
Alteramente
Impaziente
Nell' aure usci !
Vanne, o LUCINA,
Vanne orgogliosa,
Avventurosa
FECONDITA.
Nacque con questo
FRUTTO immortale
Coro.
JANVIER. 1752.
L'universale
FELICITA.
Gracie, mirate,
Mirate, Amori,
I suoi tesori
PACE versar:
Mirate l'Arti
Liete fra loro
Il Secol d' oro
Ricominciar.
II Mondo a i Geni
Tranquilli in send
Bello, e sereno
Tutto divien:
Muse, vincete
L'usato suono:
Tropp' alto DONG
Cantar convien.
BORBONIO
Almo,
PEGNO adorabile,
Un DONO sei.
Che ugual non à.
FRANCIA Magnanima,
L'alta tua Glotia
Dei sommi Dei
Pensier si fa.
165
166 MERCUREDEFRANCE.
Voce sola. Ridente volge
Al nobil FIGLIO
Il fiero ciglio
IL DIO GUERRIER;
E in Lui gli sembra
Fra mille squadre
Già l'AVO, e il PADRE
Vivo vedet.
Posa sull' Armii
Ma in quel sembiante,
Che trionfante
Di là portò
Dove le Rocche
Vinte non anco
II VALORFRANCO
Primo espugno.
D'un PARGOLETTO
Augusto in CUNA
Vede Fortuua
Già, setva al piè;
Vede il suo grande
Destino in ciélo
Che sotto il velo
Tutto ancoâ è.
Nemiche fronti
Più volte dome
165
JANVIER. 1752.
Vede al suo NOME
Già impallidir;
Che un SANGUE invitto
Di gloria impresso
Giammai se stesso
Non può mentit.
REGIUSTI, ePRODI
Col braccio eterno
FAVOR superno
Cosi sostien:
Muse, vincete
L'usato suono:
Tropp' alto DONO
Cantar convien.
De i Forti l'Indole,
Cov.
LASTIRPE EROICA
Del GRANLUIGI
Rigermogliò.
Vadan men celebri
Alcmena, e Tetide;
Maggior prodigi
GALLIA dar può.
Voce sola. ELBA, che udisti
Là sul tuo lido
168 MERCUREDE FRANCE.
Il fausto grido
Del gran NATAL.
Mira per esso
La GENITRICE
Fatta felice
Fatta immortal.
penti la SENNA
Sonanti, e liete
L'onde inquiete
Tutte agitar
Ed affrettarsi
Per incontrarti,
Per abbracciarti
In grembo al Mar.
Muse, il SUGGETTO
D'Omero degno
Vince l' ingegno,
Forza è tacer.
Vengan le Danze
Portando in viso
L'amico riso
Ed il piacer.
Coro. Le Danze amabili
Guida, o Tersicore:
Go
Gioja
JANVIER. 1752.
169
Gioja più giusta
Qual mai sara ?
Voti più teneri,
Cure più fervide
Qual CUNA AUGUSTA
Intorno avrà?
Da Cantarsi a voce sola interrotta dal Coro.
Voce sola. PIANTA seconda /
Ne' Germi tuoi
Di tanti EROI,
Di tanti RE,
Come tornasti
Al primo onore !
Come il timore
Gioja si fe!
Il tuo SOSTEGNO
E'NATO,eNATO,
Ben sospirato
Per lunghi di.
Come Felice,
Alteramente
Impaziente
Nell' aure usci !
Vanne, o LUCINA,
Vanne orgogliosa,
Avventurosa
FECONDITA.
Nacque con questo
FRUTTO immortale
Coro.
JANVIER. 1752.
L'universale
FELICITA.
Gracie, mirate,
Mirate, Amori,
I suoi tesori
PACE versar:
Mirate l'Arti
Liete fra loro
Il Secol d' oro
Ricominciar.
II Mondo a i Geni
Tranquilli in send
Bello, e sereno
Tutto divien:
Muse, vincete
L'usato suono:
Tropp' alto DONG
Cantar convien.
BORBONIO
Almo,
PEGNO adorabile,
Un DONO sei.
Che ugual non à.
FRANCIA Magnanima,
L'alta tua Glotia
Dei sommi Dei
Pensier si fa.
165
166 MERCUREDEFRANCE.
Voce sola. Ridente volge
Al nobil FIGLIO
Il fiero ciglio
IL DIO GUERRIER;
E in Lui gli sembra
Fra mille squadre
Già l'AVO, e il PADRE
Vivo vedet.
Posa sull' Armii
Ma in quel sembiante,
Che trionfante
Di là portò
Dove le Rocche
Vinte non anco
II VALORFRANCO
Primo espugno.
D'un PARGOLETTO
Augusto in CUNA
Vede Fortuua
Già, setva al piè;
Vede il suo grande
Destino in ciélo
Che sotto il velo
Tutto ancoâ è.
Nemiche fronti
Più volte dome
165
JANVIER. 1752.
Vede al suo NOME
Già impallidir;
Che un SANGUE invitto
Di gloria impresso
Giammai se stesso
Non può mentit.
REGIUSTI, ePRODI
Col braccio eterno
FAVOR superno
Cosi sostien:
Muse, vincete
L'usato suono:
Tropp' alto DONO
Cantar convien.
De i Forti l'Indole,
Cov.
LASTIRPE EROICA
Del GRANLUIGI
Rigermogliò.
Vadan men celebri
Alcmena, e Tetide;
Maggior prodigi
GALLIA dar può.
Voce sola. ELBA, che udisti
Là sul tuo lido
168 MERCUREDE FRANCE.
Il fausto grido
Del gran NATAL.
Mira per esso
La GENITRICE
Fatta felice
Fatta immortal.
penti la SENNA
Sonanti, e liete
L'onde inquiete
Tutte agitar
Ed affrettarsi
Per incontrarti,
Per abbracciarti
In grembo al Mar.
Muse, il SUGGETTO
D'Omero degno
Vince l' ingegno,
Forza è tacer.
Vengan le Danze
Portando in viso
L'amico riso
Ed il piacer.
Coro. Le Danze amabili
Guida, o Tersicore:
Go
Gioja
JANVIER. 1752.
169
Gioja più giusta
Qual mai sara ?
Voti più teneri,
Cure più fervide
Qual CUNA AUGUSTA
Intorno avrà?
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Résumé : CANZONE Da Cantarsi a voce sola interrotta dal Coro.
La canzone célèbre la naissance d'un enfant royal en janvier 1752. Une voix solitaire loue la lignée héroïque et royale de l'enfant, soulignant son retour à l'honneur et la joie qu'il apporte. Un chœur rejoint ensuite pour célébrer la félicité universelle et la paix promise par cet événement. La France est décrite comme magnanime, avec des pensées comparables à celles des dieux. Le dieu de la guerre voit en l'enfant des qualités de courage et de victoire. La voix évoque l'île d'Elbe, témoin du cri joyeux de la naissance, et imagine la mère heureuse et immortelle. Les muses sont invitées à chanter ce sujet digne d'Homère. Des danses et des joies entourent cette naissance auguste, accompagnées de vœux tendres et de soins fervents.
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4811
p. 3-9
HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
Début :
Vous qui faites, gloire [...]
Mots clefs :
Iphis, Jour, Anaxarète, Amour, Dieu, Belle, Gloire, Vengeance
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
HISTOIRE
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
F
—-++-
—
Vous qui faites, gloire De fuir les
.
.pnp
SFnggupg
-
Amanta & l'Amour: Lisez cette His-
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
N. K.
Na
.
——
2
toire, Et prosi- tez-en quelque jour.
.
-—
.
.
P.
—
—
——
Crai- gnez la vengeance D'un Dieu qu'on
-K.
N.
Tp
-F;
--
..L.
—-—-—
ne peur é-vi-ter, L'a- mour qu'on
.—
-t-x
S
P.
of- fense Helas! est trop à te-
Du
S
M.-
—-
dou- ter.
Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
5
6
MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
D'ANAXARETE ET D'IPHIS,
Tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Romance nouvelle.
F
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—
Vous qui faites, gloire De fuir les
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Amanta & l'Amour: Lisez cette His-
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4 MERCURE DEFRANCE.
N. K.
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——
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toire, Et prosi- tez-en quelque jour.
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——
Crai- gnez la vengeance D'un Dieu qu'on
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ne peur é-vi-ter, L'a- mour qu'on
.—
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of- fense Helas! est trop à te-
Du
S
M.-
—-
dou- ter.
Près d'Anaxarete
Iphis perdit la liberté
Sa flâme parfaite
S'augmentoit par sa cruautes
FEVRIER.
1752.
La belle invincible
Dédaignoit l'offre de ses vœux,
Et plus insensible
De ses toutmens se fit des jeux.
M8
Si ta main presente
Du Myrthe arrosé de tes pleurs,
Iphis ton amante,
Préfére au Myrthe d'autres fleurs.
Plus ton cœeur fidele
De ses charmes se sant épris,
Et plus la cruelle
Aime à t'accabler de mépris.
L'Univers repose
Privé de la clarté du jour;
Et d'un doigt de rose
L'Aurore en marque le retour.
Mais Iphis, sans cesse
Languit sans trouver de repos.
Plein de sa tendresse
Il cherit même encore ses maux:
Image des songes
Espoir fragile & seduisant,
Vos riants mensonges
Sont des plaisirs pour un Amant:
AII
5
6
MERCURE DEFRANC E.
Mais Anaxarete
Iphis t'envioit ce bonheur;
Elle est satisfaite
De pouvoit déchirer ton coeus.
Privé d'espérance
Iphis se livre à la douleur,
Toute sa constance
Cede à l'excès de son malheur.
Beauté trop chérie
Dit-il, prêt à quitto le jour,
Je perdrai la vie
Avant de perdre mon amour.
Oui belle inbumaine
Vous triomphez à votre gré.
Et ma mort certaine
Rendra ce triomphe assuré.
De vous satisfaire
Je trouve un moyen dans la mort,
Puisque c'est vous plaire
Je meurs content, & sans effort.
Mais cessez de croire
Que loin de vous j'aille mourir,
FEVRIER.
1752.
De votre victoire
Jusqu'au bout vous pourrez jouir.
Voilà le Ministre
De mon Arrêt par vous dicté,
Ce lacet sinistre
Remplira votre volonté.
Puisse cette offrande
Comme à vous être chére aux Dieux!
Je ne leur demande
Que d'exaucer mes derniers vœeux.
Que leur loi suprême
Qui, par vous, me prive du jour,
Donne à ce que j'aime
Les jours que m'ô ta mon amoun.
A ces mots sa têto
Reste suspendue au lacet,
Son ame s'artête
Par l'effort d'un instinct secret.
Il paroît encore
Dire à l'objet de ses malheurs,
C'est vous que j'adore
se ne vois que vous... & je meurs,
N
Aiiij
009
2
S MERCURE DE FRANCE.
Cette affreuse scene
Que venoit de donner l'amour,
D'une erreur soudaine
Remplit tous les lieux d'alentour a
Mais Anaxarete
La voit avec tranquillité,
Et sort satisfaite
Du triomphe de sa beauté-
Au Dieu de Cythere
Ce jour même étoit consacre
Ce Dieu sans colere
Ne vit point son culte abjuré.
Superbe mortelle
Dit-il, que rien n'a pu touchet
Vous étiez trop belle
Pour n'avoir qu'un cour de rocher.
C'étoit la nature
Qui se trompoit en vous formant.
Mais ma main plus sure
Va vous rendre à votre Element
Sa taille parfaite
Soudain commence à se changer,
Toute Anaxarete
N'étoit déja plus qu'un rocher.
FEVRIER.
1752.
Vous qui faites gloire
De fuir les Amans & l'Amour
Lisez cette Histoite
Et prositez-en quelque jour.
Craignez la vengeance
D'un Dieu qu'on ne peut éviter,
L'Amour qu'on offense,
Hélas! est trop à redouter,
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Résumé : HISTOIRE D'ANAXARETE ET D'IPHIS, Tirée des Métamorphoses d'Ovide. Romance nouvelle.
Le texte raconte l'histoire d'Anaxarete et d'Iphis, tirée des Métamorphoses d'Ovide. Iphis, épris d'Anaxarete, voit sa passion grandir malgré le mépris de celle-ci. Anaxarete repousse les avances d'Iphis et se moque de ses sentiments. Désespéré, Iphis choisit de se suicider pour échapper à sa douleur. Avant de mourir, il souhaite qu'Anaxarete subisse le même sort. Les dieux, témoins de la scène, transforment Anaxarete en roche en punition de son cœur impitoyable. Le récit se termine par une mise en garde contre l'offense faite à l'amour et la vengeance divine.
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4812
p. 10-64
HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
Début :
AVERTISSEMENT. Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit qui a / Qui de vous veut bon vers ouir [...]
Mots clefs :
Aucassin, Nicolette, Romance, Dieu, Père, Ami, Douce amie, Belle, Terre, Fils, Beau, Cheval, Roi, Conte, Sire, Chanter, Pays, Homme, Château, Vers, Amour, Doux, Chambre, Forêt, Mal, Fille, Yeux, Garins de Beaucaire, Mots, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
HISTOIRE
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
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Résumé : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
L'œuvre 'Histoire, ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette' est un manuscrit ancien, destiné à être récité et chanté dans les cours royales sous le règne de Saint Louis. Le récit alterne entre prose et vers, ces derniers étant mis en musique et chantés en chœur. Le traducteur a modernisé le langage tout en conservant la simplicité et la naïveté du dialogue original. L'histoire commence avec le Comte Garins de Beaucaire et son fils Aucassin. Le Comte Bongars de Valens attaque Garins, ravageant ses terres. Garins, âgé et faible, a pour seul héritier Aucassin, épris de Nicolette, une esclave élevée par le vicomte de la ville. Aucassin refuse de devenir chevalier tant qu'il ne peut épouser Nicolette. Ses parents tentent de le dissuader, mais Aucassin reste inflexible. Garins, désespéré, demande au vicomte de chasser Nicolette, qui est alors enfermée. Nicolette exprime son amour pour Aucassin. Ce dernier, désespéré par sa disparition, accuse le vicomte de l'avoir enlevée. Le vicomte refuse de la rendre, arguant qu'elle est une esclave. Aucassin se retire pour pleurer. Pendant ce temps, le comte Bongars attaque le château. Garins exhorte Aucassin à défendre le château, qui accepte à condition de voir Nicolette à son retour. Armé, Aucassin se dirige vers la bataille, absorbé par ses pensées pour Nicolette. Capturé par ses ennemis, Aucassin se libère en tuant plusieurs adversaires et capture le vicomte Bongars. Il réclame la permission de voir Nicolette, mais son père refuse. Nicolette, enfermée, pense à Aucassin et craint pour sa vie. Nicolette s'évade de sa prison et rejoint Aucassin. Ils sont interrompus par des soldats, mais Nicolette se cache et retourne au château, blessée, elle se réfugie dans la forêt. Elle demande à des pasteurs d'informer Aucassin qu'une biche miraculeuse peut le guérir. Intrigué, Aucassin part à sa recherche et rencontre Nicolette. Ils discutent des dangers potentiels s'ils sont découverts par le père d'Aucassin. Après diverses aventures, Aucassin et Nicolette arrivent au port du Château de Torelore. Ils rejoignent ensuite l'armée dirigée par la reine. Capturés par une escadre de Sarrazins, ils sont séparés. Aucassin reprend la gouvernance de ses terres après la mort de ses parents. Nicolette, emmenée à Carthage, est reconnue comme la fille du roi et refuse de se marier avec un prince païen. Déguisée en jongleur, elle rejoint Aucassin en Provence. Ils se retrouvent et se marient.
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4813
p. 65-66
VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
Début :
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes, [...]
Mots clefs :
Dieux, Argouge, Rétablissement de la santé, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
VERS
Sur le rétablissement de la santé de M. le
Lieutenant Civil.
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes,
Paris dans la terreur & Fleuri dans les larmes;
Au Palais d' Atropos tous les cours éperdus
Portoient leur désespoir & leurs vœux consondus,
L'Orphelin y pleuroit un pere,
L'innocence un vengeur, le soible son appur;
Les Dieux de tout pays & de tout caractere,
D'Helicon, & d'Olympe & même de Cithere
Sans le sçavoir, conspiroient tous pour lui-
Les Vertus demandoient la vie inestimable
Du Mortel le plus révéré,
Les Muses du plus éclairé,
Et les Graces du plus aimable;
Non, non, disoit Thémis, c'est le plus équitable
Qui des Dieux de l'Enfer doit fléchir le courroux,
Ainsi par des transports opposez & jaloux
Leur erreur divisant leurs désirs unanimes
Sembloit vouloit au Stix ravir mille victimes
Mais d'Argouge nommé réunit tous les coeurs:
A ce nom un soul cri par tout se fit entendre
(Cri du coeur, vif accent de l'amout le plas
mudte
es
66 MERCUREDE FRANCE.
C'est d'Argouge, c'est lui que demandent nos
pleurs.
Mais l'horrible Atropos, savourant leur tristesse,
Déployant sur son front sa baibare allegresse
Des mains de Lachesis afrachoit le fuse au;
Soudain... 8 doux spectacle! ô prodige nouveau;
Un Dieu Liberateur vole aux ordres d'Hygie,
De l'impitoyable Furie
Il désarme la rage, il brise le Ciseau;
Dieux! avec quel transport tous les cœurs applau-
dirent;
De quels concerts flatteurs tous les airs retenti-
rent. ..
»La Mort a respecté l'ouvrage de mes mains,
» Dit Pallas, & le Ciel rend d'Argouge aux hu
„ mains;
„ Parques! recommencez une trame nouvelle;
»A ses nobles travaux, à sa gloire immortelle
»Egalez ses honneurs & ses heureux destins:
»Magistrat, Orateur, Bel-Esprit & Grand'homme,
* Dig. ne des plus beaux jours de la Grece & de
»Rome;
»Ila tous les talens & toutes les vertus;
Ah! dit l'Amour, il a bien plus,
»Des injustes Mortels Juge integre & sévère,
„ Même en les condamnant il sçait l'art de leu,
» plaite.
Par M. GAILLARD, Avocat au Parlement.
Sur le rétablissement de la santé de M. le
Lieutenant Civil.
J'ai vu Themis en proye aux plus vives allarmes,
Paris dans la terreur & Fleuri dans les larmes;
Au Palais d' Atropos tous les cours éperdus
Portoient leur désespoir & leurs vœux consondus,
L'Orphelin y pleuroit un pere,
L'innocence un vengeur, le soible son appur;
Les Dieux de tout pays & de tout caractere,
D'Helicon, & d'Olympe & même de Cithere
Sans le sçavoir, conspiroient tous pour lui-
Les Vertus demandoient la vie inestimable
Du Mortel le plus révéré,
Les Muses du plus éclairé,
Et les Graces du plus aimable;
Non, non, disoit Thémis, c'est le plus équitable
Qui des Dieux de l'Enfer doit fléchir le courroux,
Ainsi par des transports opposez & jaloux
Leur erreur divisant leurs désirs unanimes
Sembloit vouloit au Stix ravir mille victimes
Mais d'Argouge nommé réunit tous les coeurs:
A ce nom un soul cri par tout se fit entendre
(Cri du coeur, vif accent de l'amout le plas
mudte
es
66 MERCUREDE FRANCE.
C'est d'Argouge, c'est lui que demandent nos
pleurs.
Mais l'horrible Atropos, savourant leur tristesse,
Déployant sur son front sa baibare allegresse
Des mains de Lachesis afrachoit le fuse au;
Soudain... 8 doux spectacle! ô prodige nouveau;
Un Dieu Liberateur vole aux ordres d'Hygie,
De l'impitoyable Furie
Il désarme la rage, il brise le Ciseau;
Dieux! avec quel transport tous les cœurs applau-
dirent;
De quels concerts flatteurs tous les airs retenti-
rent. ..
»La Mort a respecté l'ouvrage de mes mains,
» Dit Pallas, & le Ciel rend d'Argouge aux hu
„ mains;
„ Parques! recommencez une trame nouvelle;
»A ses nobles travaux, à sa gloire immortelle
»Egalez ses honneurs & ses heureux destins:
»Magistrat, Orateur, Bel-Esprit & Grand'homme,
* Dig. ne des plus beaux jours de la Grece & de
»Rome;
»Ila tous les talens & toutes les vertus;
Ah! dit l'Amour, il a bien plus,
»Des injustes Mortels Juge integre & sévère,
„ Même en les condamnant il sçait l'art de leu,
» plaite.
Par M. GAILLARD, Avocat au Parlement.
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Résumé : VERS Sur le rétablissement de la santé de M. le Lieutenant Civil.
Le poème célèbre la guérison de M. le Lieutenant Civil, surnommé Argouge. La déesse Thémis observe Paris en détresse et les cours en désarroi. Les dieux, les vertus, les muses et les grâces prient pour la vie d'Argouge, reconnu comme révéré, éclairé et aimable. Thémis affirme que sa justice doit apaiser les dieux infernaux. Le nom d'Argouge unit les cœurs et suscite un cri unanime. Atropos, déesse du destin, s'apprête à couper le fil de sa vie, mais un dieu envoyé par Hygie désarme la furie et brise le ciseau fatal. Les dieux applaudissent et célèbrent la survie d'Argouge. Pallas déclare que la mort a respecté son œuvre et que le ciel rend Argouge à la vie. Les Parques sont invitées à tisser une nouvelle destinée pour lui. Argouge est loué pour ses talents et ses vertus, comparé aux grands hommes de la Grèce et de Rome, et reconnu comme un juge intègre et sévère, capable de plaider même en condamnant.
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4814
p. 79-83
JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
Début :
Voici le tems où la cérémonie, [...]
Mots clefs :
Janus, Voix, Coeur, Esprit, M. de Vacon, Mort
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texteReconnaissance textuelle : JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
JANUS,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
30
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81
82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
ALLÉGORIE.
A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres.
Par M. l'Abbé Clément, Chanoine
de St. Louis du Louvre.
Voici le tems où la cérémonie,
Renouvellant son antique manie
Va cajoler la Ville & les Fauxbourgs
Par l'art caché qui regne en ses discours:
Vous la verrez feitile en fariboles
Vous amorcer pat miéleuses paroles
Et debiter pour métal précieux
Tout le clinquant qu'elle étale à vos yeux:
Amour coquet, préside à sa toilette,
Et les couleurs qu'en secret elle achette,
D'un teint ridé remplissant les fossés,
Font refleurir ses attraits effacés.
Galans atours composent sa parure
Robbe garnie & brillante guipure,
Fine dentelle & scarboncles de Stias*
Lui tieunent lieu de jeunesse & d'appas.
Sa voix flatteuse, organe de la feinte
De la candeur a si bien pris l'empreinte
Que les plus fins se verroient attrapés
Fameux Compositeur de fausses pierras,
Dii
80 MERCUREDE FRANCE.
A ses propos de louanges jaspés
S'ils ne sçavoient qu'en ces jours hypocrites
Avec la fraude elle fait ses visites
Et que ses vœux ne sont qu'un complimeni
Quo l'esprit dicte & que le cœur dément.
Du vieux Janus qui l'a tient à ses gages
Avec le ton elle a les deux visages;
L'un gracieux vous fera les yeux doux,
L'autre sournois se mocquera de vous:
Tout est masqué dans ce qui la compose,
Pointe au-dedans, au-dehors tout est rose:
Dans tous les lieux où l'orgueil l'introduit
Vieux Ecuyer, l'usage la conduit.
Fatuité la précéde & l'annonce
Patelinage apprête sa réponse
L'ennui sectet, l'embarras, le dédain,
Vont à sa suite & grossissent son train.
A ses côtés marche la courtoisie
Qui distillant l'insipide ambroisie
Dont l'Italie inventa le secret,
A tout venant en fait boire à long trait;
Malheur à ceux que seduit son yvresse,
Ils seront pris aux pièges qu'elle dresse:
Défiez vous, ami, de sa boisson
Sous la douceur est caché le poison.
La Déité dont elle est le cortège
De longue main la fit à ce manége:
Sous un tel maitre on n'apprend que trop biei
zed by
FEVRIER.
1752.
A déguiser sa voix & son maintien.
Ses favoris qu'elle traite en esclaves
Lui sont soumis & portent ses entraves;
Polis comnie elle & comme elle menteurs,
De son jargon parfaits imitateurs
Aux complimens ils joignent les caresses,
Et le serment garantit leurs promesses,
Mais au besoin éprouvez ces amis,
Ils ne font rien de ce qu'ils ont promis.
De telles gens ce monde ici fourmille,
Et moins d'épics tombent sous la faucille,
Lorsque Cerés ordonne la Moisson;
Grands & petits parlent à l'unisson.
Quoy! direz-vous, ce temps périodique
N'est- il donc fait que pour la politique
Et l'artifice animant les Mortels
Les force-t-il d'abattre tes Autels
Sincérité non, la bonté céleste
N'a pas permis cet attentat funeste:
Sous ses parvis la naive candeur
D'un peu d'encens reçoit encore l'odeur,
S'il est des cœurs couvetts d'enluminure
Tous ne sont pas livrés à l'imposture:
Nous possedons de ses hommes sans faud
Dont la vertu ne connoît point d'écart,
Qui Sectateurs du vrai qui les maxtise
Sont révoltés au seul nom de furptise,
Et des humains une foible moitié
DV
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82 MERCUREDE FRANCE.
Marche soumise aux loix de l'amitié;
On lit encor dans ses courtes annales
Les tendres noms des C. ... des Vaumales,
Dont la franchise & la sincérité
Font le procès à la duplicité.
Depuis long-temps ses plus saintes maximes
De leur esprit ont passe dans leurs rimes;
La vérité simple dans leuis discours
En a banni les obliques détours:
Aujourd'hui même & leur voix & leur plume
Suivent le cœur & non pas la coutume:
De leurs souhaits le Ciel même est garant
L'estime en eux les reçoit & les rend:
Avec le vrai toujours d'intelligence
Leur bouche dit ce que leur esprit pense.
Dès leur jeunesse un illustre Pasteur
Par ses bontés avoit gagné leur cœur;
De l'écouter se faisant une étude,
Ils nourtissoient pour lui leur gratitude;
Le Ciel jaloux vient de les désunir,
Vacon n'est plus: leurs plaisirs vont finit,
Dans ce Prelat ils regrettent un Pere,
Un ami tendre, un Conseiller sincere,
Leur ame entiere en proie au sentiment
Dans les soupirs cherche un soulagement:
Leur triste voix que la douleur rend tendre
Par ses accens va téveiller sa cendre.
M. de Vacon, Eveque d'Apt mort au mois de
Decembre 1751.
oogle
FEVRIER
1752.
Que maint ingrat dans sa fourbe nourri,
Qui du vivant de ce Prélat chéri
Préconisoit ses bienfaits & sa gloire,
Lors qu'il est mort, attaque sa memoire !
L'horreur publique & nos justes mépris
De sa noirceur doivent erre le prix:
Tant do vertus, un zele si sublime
Dans ses progrès artentoient trop le crime;
Vacon expire, ah! l'obstacle est levé
Le vice éclate, il n'est plus observé.
Tristes climats, 6 ma chere Patrie
Dont sa tendresse excitoit l'industrie
Par les secours que sa prodigue main
Sécretement répandoit dans ton sein.
Qui désormais touché de ta misere
Dans tes besoins te tiendra lieu de Pere)
En attendant qu'un digne Successeur
Dans ses vertus nous retrace son cœur,
Par l'amitié rassemblés l'un & l'autre
Sur le tombeau de ce nouvel Apôtre
Qii de la mort vient de subit les lois,
A la douleur consacrons notre voiz,
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Résumé : JANUS, ALLÉGORIE. A M. de Vaumale, Commissaire des Guerres. Par M. l'Abbé Clément, Chanoine de St. Louis du Louvre.
L'allégorie 'JANUS', dédiée à M. de Vaumale, Commissaire des Guerres, est écrite par l'Abbé Clément, Chanoine de Saint-Louis du Louvre. Elle met en scène une figure allégorique utilisant des discours trompeurs et des apparences séduisantes pour dissimuler sa véritable nature hypocrite. Cette figure, comparée au dieu Janus, possède deux visages : l'un gracieux et l'autre moqueur. Elle est entourée de flatteurs et de courtisans qui, bien qu'ils semblent loyaux, ne tiennent pas leurs promesses. L'allégorie met en garde contre cette duplicité, soulignant que malgré la prévalence de l'hypocrisie, la sincérité et la bonté existent encore. L'auteur cite des exemples de personnes sincères et vertueuses, notamment les familles C... et Vaumale, qui pratiquent la franchise et la sincérité. Ces individus ont été influencés par un pasteur illustre, M. de Vacon, évêque d'Apt, décédé en décembre 1751. Sa perte est profondément regrettée par ceux qui l'ont connu. Le texte critique également les ingrats qui attaquent la mémoire de ce prélat après sa mort, soulignant que ses vertus et son zèle avaient un impact positif sur la société.
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4815
p. 101-103
A MADAME DE *** LA LINOTE ET LA FAUVETTE. FABLE.
Début :
L'Emulation & la gloire [...]
Mots clefs :
Linotte, Fauvette, Succès
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE *** LA LINOTE ET LA FAUVETTE. FABLE.
A MADAME DE ***
LA LINOTE ET LA FAUVETTE.
FABLE.
L'Emulation & la gloire
Echauffent les talens, encouragent les arts:
Du public inttaitable on soutient les regards
Dans l'espoir d'être inscrit au Temple de Mémoire;
Le Nautonier hardi, pour vivre dans l'Histoire,
D'un Element perfide affronte les hazards
Et les palmes de la victoire
Font des Bourbons & des Césars.
Quelque vaine que soit cette folle chimere,
On l'aime, on s'en faisit avec avidité:
C'est une ombre, une erreur: mais cette erreur est
chere
Et ce grand rien souvent produit à la lumiere
Des œuvres qu'on consacre à l'immortalité.
Peut être nous devons à Mélite applaudie
Du Prince de la Tragédie
Les succès éclatans, les écrits immortels:
Et peut-être N** sans l'heureuse victoire
Qui couronna d'abord sa jeunesse de gloite
Ne fût pas devenu digne de nos Autels.
O vous dont l'esprit adorable
E iij
102 MERCUREDE FRANCEI
De ma muse enhardie assure le succès:
Vous qui d'une main favorable
Couronnez de soibles essais,
Recevez avec cette fable
Le tribut que mon cour doit à tant de bienfaita
Une Linote avoit sa cage
Auprès d'un parterre de fleurs:
C'étoit le plus joli langage,
C'étoit les sons les plus flatteurs
C'étoit enfin la Reine du bocage,
Da moins par la douceur de son charmant ramage
Elle regnoit sut tous les cœurs.
Les oiseaus d'alentour venoient lui rendre hom-
mage
On n'entendoit que des concerts
En son honneur dans tout le voisinage.
Une Fauvette errant sous le prochain ombrage
Admiroit ses charmes divers;
Un mouvement secret l'inspire & l'encourage,
Elle ose aussi pour elle essayer quelques airs.
Ce coup lui réussit: on la flatte, on la vante :
Même la Linote charmante
Daigna répéter sa chansou.
Voilà la pauvrette imprudente
Déja prête à hausser le ton,
Le prix qu'elle a reçu l'enchante;
Ille se croit dans son ardeur naissante
103
FEVRIER. 1752.
Le Phénix du sacré vallon.
Fauvette modérez le zele qui vous tente,
Et rete nez cette leçon
Que la sagesse vous présente.
Un succès flatteur quelquefois
N'est pas un Conseiller trop sage.
esperez enchantet tous les bois,
Déja vous
N'en étant qu'à l'apprentissage;
Laissez se formet votre voix,
Peut-être quelque jour vous plairez davantage.
LA LINOTE ET LA FAUVETTE.
FABLE.
L'Emulation & la gloire
Echauffent les talens, encouragent les arts:
Du public inttaitable on soutient les regards
Dans l'espoir d'être inscrit au Temple de Mémoire;
Le Nautonier hardi, pour vivre dans l'Histoire,
D'un Element perfide affronte les hazards
Et les palmes de la victoire
Font des Bourbons & des Césars.
Quelque vaine que soit cette folle chimere,
On l'aime, on s'en faisit avec avidité:
C'est une ombre, une erreur: mais cette erreur est
chere
Et ce grand rien souvent produit à la lumiere
Des œuvres qu'on consacre à l'immortalité.
Peut être nous devons à Mélite applaudie
Du Prince de la Tragédie
Les succès éclatans, les écrits immortels:
Et peut-être N** sans l'heureuse victoire
Qui couronna d'abord sa jeunesse de gloite
Ne fût pas devenu digne de nos Autels.
O vous dont l'esprit adorable
E iij
102 MERCUREDE FRANCEI
De ma muse enhardie assure le succès:
Vous qui d'une main favorable
Couronnez de soibles essais,
Recevez avec cette fable
Le tribut que mon cour doit à tant de bienfaita
Une Linote avoit sa cage
Auprès d'un parterre de fleurs:
C'étoit le plus joli langage,
C'étoit les sons les plus flatteurs
C'étoit enfin la Reine du bocage,
Da moins par la douceur de son charmant ramage
Elle regnoit sut tous les cœurs.
Les oiseaus d'alentour venoient lui rendre hom-
mage
On n'entendoit que des concerts
En son honneur dans tout le voisinage.
Une Fauvette errant sous le prochain ombrage
Admiroit ses charmes divers;
Un mouvement secret l'inspire & l'encourage,
Elle ose aussi pour elle essayer quelques airs.
Ce coup lui réussit: on la flatte, on la vante :
Même la Linote charmante
Daigna répéter sa chansou.
Voilà la pauvrette imprudente
Déja prête à hausser le ton,
Le prix qu'elle a reçu l'enchante;
Ille se croit dans son ardeur naissante
103
FEVRIER. 1752.
Le Phénix du sacré vallon.
Fauvette modérez le zele qui vous tente,
Et rete nez cette leçon
Que la sagesse vous présente.
Un succès flatteur quelquefois
N'est pas un Conseiller trop sage.
esperez enchantet tous les bois,
Déja vous
N'en étant qu'à l'apprentissage;
Laissez se formet votre voix,
Peut-être quelque jour vous plairez davantage.
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Résumé : A MADAME DE *** LA LINOTE ET LA FAUVETTE. FABLE.
La fable 'La Linote et la Fauvette' traite du thème de l'émulation et de la quête de gloire, qui stimulent les talents et encouragent les arts. Les individus cherchent à se distinguer pour entrer dans l'histoire, affrontant des dangers pour obtenir des récompenses prestigieuses. Cette quête peut sembler vaine, mais elle inspire souvent des œuvres immortelles, comme les succès de Mélite ou les victoires de N**. L'histoire met en scène une linotte, célèbre pour son chant doux et flatteur, régnant sur les cœurs des oiseaux environnants. Une fauvette, admirant les talents de la linotte, tente de chanter à son tour et rencontre un succès initial. Encouragée par les éloges, elle s'apprête à pousser davantage sa voix. Cependant, une voix sage l'avertit de modérer son zèle, mettant en garde contre les dangers de l'excès de confiance après un premier succès. Elle recommande à la fauvette de laisser sa voix se former avant de chercher à surpasser la linotte.
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4816
p. 104
ENIGME.
Début :
J'altere la délicatesse [...]
Mots clefs :
Barbe
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Altere la délicateſſe
D'un lieu dont je fais l'ornement ;
Je viens toujours très doucement ,
Er Yon me chaſſe avec viteſſe.
On feroit fort fâché de ne me point avoir,
On me traite avec violence.
Dans l'endroit où j'ai pris nai ance
On ne peut pas ſe réſoudre à me voir.
Quard je parois , on veut paroître ſage ,
Sans pour cela qu'on le ſoit davantage .
J'embellis , j'enlaidis , on m'aime , l'on me hait
Et l'on me fait lorſque l'on me défait.
Des gens de piété profonde
Pour me garder quittent le monde.
Tout le reſte du genre humain
Me traite tour à tour d'une façon levere.
Mais malgré tout ce qu'on peut faire ,
Aujourd'hui l'on me chaſſe , & je reviens demain
ParMademoiselle le Mercier,
Altere la délicateſſe
D'un lieu dont je fais l'ornement ;
Je viens toujours très doucement ,
Er Yon me chaſſe avec viteſſe.
On feroit fort fâché de ne me point avoir,
On me traite avec violence.
Dans l'endroit où j'ai pris nai ance
On ne peut pas ſe réſoudre à me voir.
Quard je parois , on veut paroître ſage ,
Sans pour cela qu'on le ſoit davantage .
J'embellis , j'enlaidis , on m'aime , l'on me hait
Et l'on me fait lorſque l'on me défait.
Des gens de piété profonde
Pour me garder quittent le monde.
Tout le reſte du genre humain
Me traite tour à tour d'une façon levere.
Mais malgré tout ce qu'on peut faire ,
Aujourd'hui l'on me chaſſe , & je reviens demain
ParMademoiselle le Mercier,
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4818
p. 105-106
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis un Etre d'importance [...]
Mots clefs :
Tarentule
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP
HE .
JE fuis un Etre d'importance
Qu'où j'habite , on fuit avec ſoin ;
Ennemí de l'air de la France ,
Comme la femme forte , on ne me voit qu'au
loin.
A mes côtés les Parques veillent :
Je conduis l'homme chez les morts
Si du ſommeil dont je t'endors ,
Des airs bruians ne le reveillent.
Ami Lecteur , fur ces trois traits
Tu perces déja le miſtere :
Mais fi tu veux te fatisfaire ,
En me décompofant , tu me verras de près.
Je marche ſur dix pieds fertiles
Qui t'offrent d'abord quatre villes:
Une dans les vieux tems où , fils du Saint Amour
Le plus grand Patriarche a vû naître le jour.
Une , changeante en fa fortune,
Que bâtit un fils de Neptune
Dont le nom lui reſta toujours :
Une autre où , preſquede nos jours ,
D'un Concile fameux a brillé la puiſſance :
Une autre affez connue en France.
Je t'offre encore un bon oiſeau :
E
106 MERCURE DEFRANCE .
Une Déeſſe d'impoſture :
Lebeau rival de la nature :
Un Aftre qui paroît de tems en tems nouveau
Un matais dans Argos : un antique exercice :
Un Roi , connu par ſa fureur
Dont le ſeul nom remplit d'horreur :
Un autre le pere d'Ulyſſe :
Un chemin où le pied nous gliſſe :
I
Ce qui ſert à marquer les grands événemens :
Une ſaiſon de l'an , un infecte , un faint tems ,
Qui fait enrager bien des filles ;
Trente jours de tourment ne ſont point des véti
les :
Un promontoire , un Mont , un nombre , un animal
,
Un autre moins ruſé , dont un Auteur pour rire
A dit que fon nom ſeul comprend une ſatire :
Ce qui fait ſur la mer ou du bien ou du mal ;
Une maiſon d'Armée , une parente en mille ,
Une Nymphe changée en ille :
Ce qui fait le marchand : ce qui fait le Seigneur
Un lieu qui n'est pas en honneur :
A bâtir une choſe utile :
Le fiége enfin de la raiſon.
Mais , cher Lecteur , je te chagrinea
Je ſuis ... te dirai je mon nom ?
Je ſuis quelque choſe,Devine.
Par M. D. L.
HE .
JE fuis un Etre d'importance
Qu'où j'habite , on fuit avec ſoin ;
Ennemí de l'air de la France ,
Comme la femme forte , on ne me voit qu'au
loin.
A mes côtés les Parques veillent :
Je conduis l'homme chez les morts
Si du ſommeil dont je t'endors ,
Des airs bruians ne le reveillent.
Ami Lecteur , fur ces trois traits
Tu perces déja le miſtere :
Mais fi tu veux te fatisfaire ,
En me décompofant , tu me verras de près.
Je marche ſur dix pieds fertiles
Qui t'offrent d'abord quatre villes:
Une dans les vieux tems où , fils du Saint Amour
Le plus grand Patriarche a vû naître le jour.
Une , changeante en fa fortune,
Que bâtit un fils de Neptune
Dont le nom lui reſta toujours :
Une autre où , preſquede nos jours ,
D'un Concile fameux a brillé la puiſſance :
Une autre affez connue en France.
Je t'offre encore un bon oiſeau :
E
106 MERCURE DEFRANCE .
Une Déeſſe d'impoſture :
Lebeau rival de la nature :
Un Aftre qui paroît de tems en tems nouveau
Un matais dans Argos : un antique exercice :
Un Roi , connu par ſa fureur
Dont le ſeul nom remplit d'horreur :
Un autre le pere d'Ulyſſe :
Un chemin où le pied nous gliſſe :
I
Ce qui ſert à marquer les grands événemens :
Une ſaiſon de l'an , un infecte , un faint tems ,
Qui fait enrager bien des filles ;
Trente jours de tourment ne ſont point des véti
les :
Un promontoire , un Mont , un nombre , un animal
,
Un autre moins ruſé , dont un Auteur pour rire
A dit que fon nom ſeul comprend une ſatire :
Ce qui fait ſur la mer ou du bien ou du mal ;
Une maiſon d'Armée , une parente en mille ,
Une Nymphe changée en ille :
Ce qui fait le marchand : ce qui fait le Seigneur
Un lieu qui n'est pas en honneur :
A bâtir une choſe utile :
Le fiége enfin de la raiſon.
Mais , cher Lecteur , je te chagrinea
Je ſuis ... te dirai je mon nom ?
Je ſuis quelque choſe,Devine.
Par M. D. L.
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4819
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je fus jadis, Lecteur, très-florissante à Rome, [...]
Mots clefs :
République
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
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4820
p. 109-110
AUTRE.
Début :
Je fuis le jour, Lecteur, j'aime l'obscurité, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
Efuis le jour , Lecteur , j'aime l'obſcurité ,
Je ne ſuis preſque rien , ou du moins peu de
choſe ,
Cependant ton eſprit , lorſque l'on me propoſe ,
Ne me connoît à fond qu'avec difficulté.
Je ſuis comme un filet , quand on me dévelope ,
Qu'on me tourne , ou retourne , ou bien qu'on
me ſyncope ,
Sitôt que je ſuis reconnu ,
;
De mille fens divers on me trouve pourvû.
Dix pieds comparent ma ſtructure ;
Ils offrent à tes yeux la trifte couverture ,
Qu'on fera ſur la biere étendre à ton trépas ,
Ou ce qu'on fait porter pour les Rois ou Prélats.
Ce qu'on voit dans les corps de toute la Nature ,
L'oiſeau qui fait donner ſon nom à des chevaux ;
Ce que toute liqueur laiſſe dans les tonneaux ;
Un instrument de fer utile à la cuiſine ;
Un péché dangereux ; le plus cher des métaux .
Lecteur , tu dois trouver la fçavante machine ,
Qui ſert dans l'univers à meſurer le tems ,
Et fait entendre à tous les heures , les momens ;
Ce qu'un Prince ou Héros , de laurier trop avide
Gagne plus par exploits , que par vertu ſolide ;
10 MERCUREDE FRANCE.
Un grain qui , quoique bon , differe du froment ;
Du ſexe feminin le plus bel agrément ;
Grande riviere d'Italie .
Ce réduit dans lequel on voit la Comédie ;
Ce que ſur le Théatre un Acteur pour charmer ,
Se pique tous les jours de ſçavoir déclamer ;
L'inſtrument d'Apollon , plus un petit Prophéte ;
L'ancien nom que portoient la Ville & Port
d'Alger;
La Maitreſſe de Jupiter ,
Dont Junon fut jaloufe & long-tems inquiéte ;
Enfin ce fameux point ſur lequel on peut voir
Afon aiſe , Lecteur , la ſphere ſe mouvoir.
Parlemême.
Efuis le jour , Lecteur , j'aime l'obſcurité ,
Je ne ſuis preſque rien , ou du moins peu de
choſe ,
Cependant ton eſprit , lorſque l'on me propoſe ,
Ne me connoît à fond qu'avec difficulté.
Je ſuis comme un filet , quand on me dévelope ,
Qu'on me tourne , ou retourne , ou bien qu'on
me ſyncope ,
Sitôt que je ſuis reconnu ,
;
De mille fens divers on me trouve pourvû.
Dix pieds comparent ma ſtructure ;
Ils offrent à tes yeux la trifte couverture ,
Qu'on fera ſur la biere étendre à ton trépas ,
Ou ce qu'on fait porter pour les Rois ou Prélats.
Ce qu'on voit dans les corps de toute la Nature ,
L'oiſeau qui fait donner ſon nom à des chevaux ;
Ce que toute liqueur laiſſe dans les tonneaux ;
Un instrument de fer utile à la cuiſine ;
Un péché dangereux ; le plus cher des métaux .
Lecteur , tu dois trouver la fçavante machine ,
Qui ſert dans l'univers à meſurer le tems ,
Et fait entendre à tous les heures , les momens ;
Ce qu'un Prince ou Héros , de laurier trop avide
Gagne plus par exploits , que par vertu ſolide ;
10 MERCUREDE FRANCE.
Un grain qui , quoique bon , differe du froment ;
Du ſexe feminin le plus bel agrément ;
Grande riviere d'Italie .
Ce réduit dans lequel on voit la Comédie ;
Ce que ſur le Théatre un Acteur pour charmer ,
Se pique tous les jours de ſçavoir déclamer ;
L'inſtrument d'Apollon , plus un petit Prophéte ;
L'ancien nom que portoient la Ville & Port
d'Alger;
La Maitreſſe de Jupiter ,
Dont Junon fut jaloufe & long-tems inquiéte ;
Enfin ce fameux point ſur lequel on peut voir
Afon aiſe , Lecteur , la ſphere ſe mouvoir.
Parlemême.
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4821
p. 180-181
CHANSON.
Début :
Depuis qu'à l'aimable Cloris [...]
Mots clefs :
Aimer, Tendre, Cloris, Doux, Amour
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Depuis qu'à l'aimable Cloris
Mon tendre cœeur rendit les armes,
Toujours réveur, toujours soumis,
Nuit & jour rempli de ses charmes,
Les craintes venoient m'allarmer;
N'est-ce pas comme on doit aimer
Auprès d'elle j'étois content;
Son absence faisoit ma peine;
Vif, empressé, toujours constant,
Et Clotis roujours inhumaine,
Souffrant saus oser l'en blâmes;
N'est-ce pas, &c.
L'objet de mes tendres désits
Et de mon amoureux délire
Peu sensible à tous mes soupits,
Ignoroit mon cruel martire
Sa froideur sembloit m'animer;
N'est-ce pas, &c.
*—
—.—
*—
FEVRIER.
1752.
Souvent par mes tendres chansons
Je peignois ma timide flâme;
J'esperois que les plus doux sons
Attendriicient enfin son ame,
Parlant d'amour, sans le nommes;
N'est ce pas, & c.
Chaque jour de nouvelles fleurs
J'ornois le sein de cette belle
Mes soins & mes tendres langueurs
Tout prouvoit mon ardeur fidelle:
Mes yeux sçavoient bien l'exprimes.
N'est-ce pas, &c.
N
Dans nos bois je trouvai Cloris
Reposant seule sur l'herbette
Je fis tant que je l'attendris
Pat les doux chants de ma musette,
L'Amour scut si bien l'enflâmer
Qu'elle apprit comme on doit aimer
Qu'elle apprit comme on doit aimer.
Depuis qu'à l'aimable Cloris
Mon tendre cœeur rendit les armes,
Toujours réveur, toujours soumis,
Nuit & jour rempli de ses charmes,
Les craintes venoient m'allarmer;
N'est-ce pas comme on doit aimer
Auprès d'elle j'étois content;
Son absence faisoit ma peine;
Vif, empressé, toujours constant,
Et Clotis roujours inhumaine,
Souffrant saus oser l'en blâmes;
N'est-ce pas, &c.
L'objet de mes tendres désits
Et de mon amoureux délire
Peu sensible à tous mes soupits,
Ignoroit mon cruel martire
Sa froideur sembloit m'animer;
N'est-ce pas, &c.
*—
—.—
*—
FEVRIER.
1752.
Souvent par mes tendres chansons
Je peignois ma timide flâme;
J'esperois que les plus doux sons
Attendriicient enfin son ame,
Parlant d'amour, sans le nommes;
N'est ce pas, & c.
Chaque jour de nouvelles fleurs
J'ornois le sein de cette belle
Mes soins & mes tendres langueurs
Tout prouvoit mon ardeur fidelle:
Mes yeux sçavoient bien l'exprimes.
N'est-ce pas, &c.
N
Dans nos bois je trouvai Cloris
Reposant seule sur l'herbette
Je fis tant que je l'attendris
Pat les doux chants de ma musette,
L'Amour scut si bien l'enflâmer
Qu'elle apprit comme on doit aimer
Qu'elle apprit comme on doit aimer.
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Résumé : CHANSON.
En février 1752, une chanson d'amour relate la passion du narrateur pour Cloris. Depuis qu'il a été séduit par elle, il vit dans un état perpétuel de rêverie et de soumission. Proche d'elle, il est heureux, mais son absence le fait souffrir. Cloris, cependant, ne semble pas affectée par ses tourments ni par sa fidélité. Le narrateur espère que ses chansons et ses gestes, comme offrir des fleurs quotidiennement, adouciront son cœur. Un jour, dans les bois, il parvient à toucher Cloris grâce à la musique de sa musette, lui apprenant ainsi à aimer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4822
p. 3-6
EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
Début :
Heritier d'un nom Héroïque [...]
Mots clefs :
Dieu, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
EPITRE
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
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Résumé : EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
L'épître félicite le Marquis de Crillon, député d'Avignon, pour sa mission de complimenter le roi à l'occasion de la naissance du Duc de Bourgogne. Le Marquis est loué pour son éloquence, qu'il utilise pour honorer le roi en temps de paix, alors qu'il ne peut pas démontrer sa bravoure sur le champ de bataille en raison de la paix instaurée par le roi. Le texte compare les champs de bataille aux champs littéraires, où les auteurs sont des guerriers et les lyres des trompettes. Le Marquis est encouragé à prouver qu'il peut aussi bien écrire que combattre, affirmant que la gloire le suivra dans ses écrits comme sur le champ de bataille. Ainsi, en tant qu'orateur, il pourra conserver son grade et être honoré comme un héros.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4823
p. 11-16
ELOGE DE LA POESIE. Epître à Monsieur F***.
Début :
Voulez-vous qu'en rimes fleuries, [...]
Mots clefs :
Poésie, Aimable, Secours, Regards, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE DE LA POESIE. Epître à Monsieur F***.
ELOGE DE LA POESIE.
Epître à Monsieur F***.
Voulez-vous qu'en rimes fleuries,
Du Pinde Eleve ambitieux
J'offre à vos regards curieux
Un Tableau de mes rêveries;
Que par des traits fastidieux,
Je compose mes broderies
D'Amours de Diables, de Furies,
De Bergers, de Rois, & de Dieux?
Non, non, d'un pareil assemblage
La bisarre difformité,
Loin de gagner votre suffrage,
S'oppose à la naiveté
Dont le bon goût vous a doté.
C'est par lui que, Juge équitable,
Amant de la solidité,
Vous préférez la Vérité
Aux vains ornemens de la Fable.
Ce n'est pas qu'un conte agréable,
Fils d'une heureuse invention,
Quelquesois, par un tour aimable,
Ne flate votre attention;
Mais notez que la fiction
Avj
12
MERCURE DEFRANCE.
Marquée au coin de la justesse,
Doit unir dans l'expression
La force à la délicatesse.
Envain, par un effort nouveau,
Pour créer telle mignature,
A la contrainte la plus dure
J'abandonnerois mon cerveau;
Rebuté d'un travail extrême
Plein de dépit contre moi même,
Je briserois Lime & Rabot.
C'est dans le vrai que je réside;
Lui seul m'enhardit, & me guide,
La Nature en a fait mon lot:
Aimable don, simple avantage
Banni du précieux jargon,
Que fourde aux cris de la raison,
Des François arbure volage,
La Mode introduit en usage.
Qu'elle accorde à ses Favoris,
Pour prix d'un hommage fidéle,
La qualité de beaux esprits;
Que maint Lecteur seduit par elle
Applaudisse à leurs faux écrits
Masqués d'un fade coloris;
Qu'ils reçoivent de l'artifice
Vagues recueils, objets proscrits
D'un choix aux vrais taleus propice
Mots ambigus, tiens affectés.
MARS. 1752.
Qui par le caprice enfantés,
Seront détruits par le caprice.
Du bon sens esclave soumis,
Je regle mes pas affermis
Dans une route plus unie.
Ennemi de la nouveauté
Je soustrais mon foible génie
A la fastueuse manie
Dont notre siecle est entêté;
Et j'ose au gré de mon envie,
D'un pressant délire agité,
A l'immortelle Poësie,
Par une breve apologie,
Donner un Encens mérité.
Des vastes Cieux Etres sublimes,
Pour jamais, brulans Seraphins,
Dans vos Cantiques magnanimes,
Dévouez ses Charmes divins
Aux louanges du Saint des Saints.
De vos coeurs aimable interprête,
Courez au pied de vos Autels,
Signalez vous, heureux Mortels,
Par le secours qu'elle vous prête:
Livrés à ses accords puissans
Qu'ils soient Pame de votre zele,
Qu'elle dispense à vos accens
Une force toujours nouvelle.
Volex dans les Plaines de Mars,
oog
13
14 MERCURE DEFRANCE.
Suivez une fougue rapide
Héros; au milieu des hazards
Prenez un essor intrepide;
Ardens, à déployer vos bras
Pénétrés du feu de la gloire,
Cherchez dans l'horreur des combats,
Ou le trépas, ou la victoire.
Une Muse bien- tôt, de vos Exploits faneux
Va d'un crayon leger tracer la noble image
Où vainqueur de l'oubli, leut pompeux étalage
Instruira nos derniers neveux
Des efforts de votre courage.
Et vous, Monarques fortunés,
Qui libres sous vos Diadêmes,
Vrais Philosophes couronnés,
Louissez toujours de vous-mêmes;
Que soutenus par vos bienfaits
Amoureux de votre puissance,
Les beaux Arts, Enfans de la Paix,
Heureux germe de l'abondance,
Comblent vos utiles souhaits,
Des Fruits de leur reconnoissance.
Toujours craints, & toujours aimés,
Toujours contre le vice armés,
Rois vigilans, Amis sinoeres,
Zélés, tendres, généreux Peres,
Sçachea, à la vertu formés,
MARS. 1752.
Embellir de ses caracteres
Les coeurs de vos Peuples charmés.
Que voi-je? loin de la barierre,
Asservis aux regles du tems,
Vous touchez, conduits par les ans,
Au terme de votre carriere !
Un voile affreux dérobe à vos regards pesans
Les Rayons affoiblis d'un reste de lumiere
La Mort ètend sur vous une main meurtriere:
Déja vous expirex sous ses coups triomphans..
Déja l'auguste Poësie,
Vous ravit au sein des Tombeaux,
Glorieuse par ses travaux
De vous donner une autre vie,
Et que de vos vertus l'Univers enchanté
Vous consacre par elle à l'immortalité.
Des plaisits de la Scene arbitre favorable,
Elle y devient fertile en préceptes chéris;
Et tantôt sa morale est un sel agréable,
Qui corrige les moeurs par le secours des ris: (a)
Tantôt elle nous montre au milieu des allarmes (6)
Des vives passions l'effet précipité.
Elle nous plaît, nous touche, & maintient par nos
larmes
(a) La Comédio.
(b) La Tragédie.
Digitzed by Goo-
15
16 MERCURE DE FRANCE.
L'Empire de l'humanité.
Vous dont l'astre vainqueur, par sa douce in-
fluence
De Despreaux en vous confirme la sentence;
Vous qui cedant aux Loix d'un penchant précieux,
Loin du vaste sentier des rimeurs ennuyeux,
Soutenus, enflammés par les Leçons d'Horace,
Suivez en liberté les routes qu'il vous trace
Partisans du bon goût, que son mâle secours
Attache à vos succès la splendeur de nos jours.
Le vieux Timon vous hait, contre un talent su-
prême
Il lance injustement un frivole anathême;
Accablé sous le joug de la prévention,
Il doit piquer encor votre émulation.
Gardez- vous, entrainés par une ardeur caustique
De suivre les fureurs du Démon Satyrique.
Auteurs gays & badins, mais sans obscuritem,
Et plus graves bien-tôt, mais sans austérité;
Soigneux de contenter un désir salutaire:
Jouissez du bonheur & d'instruire & de plaire.
Montrez qu'on peut enfin, par d'invincibles
nouds,
Allier le Poôte à l'homme vertueux.
Qu'un Zoile insensible aux traits de la nature,
Oppose à vos écrits une indigne censure;
Contens de mépriser un soible jugement
Soyez toujours par oux l'écho du Sentimeat
Epître à Monsieur F***.
Voulez-vous qu'en rimes fleuries,
Du Pinde Eleve ambitieux
J'offre à vos regards curieux
Un Tableau de mes rêveries;
Que par des traits fastidieux,
Je compose mes broderies
D'Amours de Diables, de Furies,
De Bergers, de Rois, & de Dieux?
Non, non, d'un pareil assemblage
La bisarre difformité,
Loin de gagner votre suffrage,
S'oppose à la naiveté
Dont le bon goût vous a doté.
C'est par lui que, Juge équitable,
Amant de la solidité,
Vous préférez la Vérité
Aux vains ornemens de la Fable.
Ce n'est pas qu'un conte agréable,
Fils d'une heureuse invention,
Quelquesois, par un tour aimable,
Ne flate votre attention;
Mais notez que la fiction
Avj
12
MERCURE DEFRANCE.
Marquée au coin de la justesse,
Doit unir dans l'expression
La force à la délicatesse.
Envain, par un effort nouveau,
Pour créer telle mignature,
A la contrainte la plus dure
J'abandonnerois mon cerveau;
Rebuté d'un travail extrême
Plein de dépit contre moi même,
Je briserois Lime & Rabot.
C'est dans le vrai que je réside;
Lui seul m'enhardit, & me guide,
La Nature en a fait mon lot:
Aimable don, simple avantage
Banni du précieux jargon,
Que fourde aux cris de la raison,
Des François arbure volage,
La Mode introduit en usage.
Qu'elle accorde à ses Favoris,
Pour prix d'un hommage fidéle,
La qualité de beaux esprits;
Que maint Lecteur seduit par elle
Applaudisse à leurs faux écrits
Masqués d'un fade coloris;
Qu'ils reçoivent de l'artifice
Vagues recueils, objets proscrits
D'un choix aux vrais taleus propice
Mots ambigus, tiens affectés.
MARS. 1752.
Qui par le caprice enfantés,
Seront détruits par le caprice.
Du bon sens esclave soumis,
Je regle mes pas affermis
Dans une route plus unie.
Ennemi de la nouveauté
Je soustrais mon foible génie
A la fastueuse manie
Dont notre siecle est entêté;
Et j'ose au gré de mon envie,
D'un pressant délire agité,
A l'immortelle Poësie,
Par une breve apologie,
Donner un Encens mérité.
Des vastes Cieux Etres sublimes,
Pour jamais, brulans Seraphins,
Dans vos Cantiques magnanimes,
Dévouez ses Charmes divins
Aux louanges du Saint des Saints.
De vos coeurs aimable interprête,
Courez au pied de vos Autels,
Signalez vous, heureux Mortels,
Par le secours qu'elle vous prête:
Livrés à ses accords puissans
Qu'ils soient Pame de votre zele,
Qu'elle dispense à vos accens
Une force toujours nouvelle.
Volex dans les Plaines de Mars,
oog
13
14 MERCURE DEFRANCE.
Suivez une fougue rapide
Héros; au milieu des hazards
Prenez un essor intrepide;
Ardens, à déployer vos bras
Pénétrés du feu de la gloire,
Cherchez dans l'horreur des combats,
Ou le trépas, ou la victoire.
Une Muse bien- tôt, de vos Exploits faneux
Va d'un crayon leger tracer la noble image
Où vainqueur de l'oubli, leut pompeux étalage
Instruira nos derniers neveux
Des efforts de votre courage.
Et vous, Monarques fortunés,
Qui libres sous vos Diadêmes,
Vrais Philosophes couronnés,
Louissez toujours de vous-mêmes;
Que soutenus par vos bienfaits
Amoureux de votre puissance,
Les beaux Arts, Enfans de la Paix,
Heureux germe de l'abondance,
Comblent vos utiles souhaits,
Des Fruits de leur reconnoissance.
Toujours craints, & toujours aimés,
Toujours contre le vice armés,
Rois vigilans, Amis sinoeres,
Zélés, tendres, généreux Peres,
Sçachea, à la vertu formés,
MARS. 1752.
Embellir de ses caracteres
Les coeurs de vos Peuples charmés.
Que voi-je? loin de la barierre,
Asservis aux regles du tems,
Vous touchez, conduits par les ans,
Au terme de votre carriere !
Un voile affreux dérobe à vos regards pesans
Les Rayons affoiblis d'un reste de lumiere
La Mort ètend sur vous une main meurtriere:
Déja vous expirex sous ses coups triomphans..
Déja l'auguste Poësie,
Vous ravit au sein des Tombeaux,
Glorieuse par ses travaux
De vous donner une autre vie,
Et que de vos vertus l'Univers enchanté
Vous consacre par elle à l'immortalité.
Des plaisits de la Scene arbitre favorable,
Elle y devient fertile en préceptes chéris;
Et tantôt sa morale est un sel agréable,
Qui corrige les moeurs par le secours des ris: (a)
Tantôt elle nous montre au milieu des allarmes (6)
Des vives passions l'effet précipité.
Elle nous plaît, nous touche, & maintient par nos
larmes
(a) La Comédio.
(b) La Tragédie.
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16 MERCURE DE FRANCE.
L'Empire de l'humanité.
Vous dont l'astre vainqueur, par sa douce in-
fluence
De Despreaux en vous confirme la sentence;
Vous qui cedant aux Loix d'un penchant précieux,
Loin du vaste sentier des rimeurs ennuyeux,
Soutenus, enflammés par les Leçons d'Horace,
Suivez en liberté les routes qu'il vous trace
Partisans du bon goût, que son mâle secours
Attache à vos succès la splendeur de nos jours.
Le vieux Timon vous hait, contre un talent su-
prême
Il lance injustement un frivole anathême;
Accablé sous le joug de la prévention,
Il doit piquer encor votre émulation.
Gardez- vous, entrainés par une ardeur caustique
De suivre les fureurs du Démon Satyrique.
Auteurs gays & badins, mais sans obscuritem,
Et plus graves bien-tôt, mais sans austérité;
Soigneux de contenter un désir salutaire:
Jouissez du bonheur & d'instruire & de plaire.
Montrez qu'on peut enfin, par d'invincibles
nouds,
Allier le Poôte à l'homme vertueux.
Qu'un Zoile insensible aux traits de la nature,
Oppose à vos écrits une indigne censure;
Contens de mépriser un soible jugement
Soyez toujours par oux l'écho du Sentimeat
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Résumé : ELOGE DE LA POESIE. Epître à Monsieur F***.
L'épître est un éloge de la poésie adressé à Monsieur F***. L'auteur rejette les poèmes ornés de fables et de fictions, privilégiant la vérité et la simplicité. Il critique la mode et les écrivains qui se dissimulent derrière des écrits artificiels et affectés, affirmant que la véritable poésie réside dans la vérité et la nature. La poésie est louée pour sa capacité à inspirer et à guider, que ce soit dans les batailles, les exploits héroïques ou les actions des monarques. Elle immortalise les vertus et les actions des grands hommes, leur offrant une vie éternelle à travers ses œuvres. Sur scène, la poésie enseigne des leçons morales et touche les cœurs. L'auteur admire ceux qui suivent les préceptes d'Horace et du bon goût, tout en mettant en garde contre les critiques injustes et les préjugés. Il encourage les poètes à allier plaisir et instruction, et à rester vertueux malgré les jugements négatifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4824
p. 26-29
EPITRE De M. Desforges Maillard à sa femme, le premier de l'an 1752. Envoi à M. le Marquis du C**. Capitaine dans le R. D. G. D.
Début :
Intime moitié de moi-même, [...]
Mots clefs :
Femme, Volonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. Desforges Maillard à sa femme, le premier de l'an 1752. Envoi à M. le Marquis du C**. Capitaine dans le R. D. G. D.
EPITRE
De M. Desforges Maillard à sa femme,
le premier de l'an 1752.
Envoi à M. le Marquis du C**. Capitaine
dans le R. D. G. D.
Intime moitié de moi-même,
Toi qui naquis pour m'enflâmer,
Peut-on aimer plus que je t'aime?
Et pourrois- je te moins aimer?
Il semble à te voir entourée
Des Graces, des Jeux ingénus
Que la Sagesse s'est parée
De la ce inture de Venus.
Ta volonté qui suit la mienne,
Prévient mon goût & mes désirs;
Ma volonté qui suit la tienne,
Prévient & cherche tes plaisirs.
C'est le stile de la Nature,
Que ton entretien si charmant,
Dont chaque terme est la peinture
D'un agréable sentiment.
aiuas vO
MARS. 1752.
Mais quand aux rives du Permesse,
Nous allons moissonner des fleurs
C'est là que brille ton adresse,
Dans l'art d'assortir les couleurs.
C'est-là que ta juste critique
Respire la sagacité,
Et joint an piquant sel attique,
La douceur de l'urbanité.
Nous sommes délicats sans gene,
Et de notre étroite union
Nous recueillons les fruits sans peine
Constans par inclination.
Mais quoi! funeste à toutes choses,
Le temps même, loin de flétrit.
Semble avoir oublié tes roses,
Ou se plaire à les embellir.
Par quelques filtres efficaces
Entretiens-tu ma vive ardeur :
Non, tout ton art est dans tes graces,
Et tout le charme est dans ton coeur.
Qui, ma Chloé tout renouvelle
Les tendres feux de mon amour,
Et je te trouve encor plus belle,
Ce premier de l'an, que le jour
Qu'un Ministre en une chapelle,
Suivi de notre parentelle
Au bord du liquide Elément,
BI
27
2B MERCUREDEFRANCE.
Prononça pathétiquement
Une formule solemnelle,
Qui nous permit publiquement
D'avouer qu'une ardeur fidelle
Nous embrasoit également.
Les Tritons, les Nymphes de l'onde,
Jouoient ensemble sur les flots,
Comme le jour que vint au monde
La belle Reine de Paphos;
Et la cohorte qui désole
Les plus habiles Matelots,
Captive dans l'antre d'Eole,
Au gré d'une sage boussole,
Les laisse voguer en repos.
Mais le sublime ministère
Que la raison doit respecter,
Et que l'honneur sage & sévere
Eut intérêt d'acréditer.
S'il consacra nos pures flames
Et l'attachement de nos ames,
Il ne put y rien ajouter.
Ce jour, quelque beau qu'il put être,
N'est pour nous que le même jour,
Que feront à jamais renaître
La foi, les Talens & l'Amour.
Louer sa femme fut la mode
Au bon siécle des Amadis,
MARS.
1752.
Je suis cette antique méthode
Et j'aime comme au temps jadis.
„ Aimable, s'il en est en France,
„ Marquis l'exemple des Epoux,
„A qui le Ciel pour récompense
„Donne une Epouse comme vous.
„ Je vois que de mon mariage
„ Faisant ici mon entretien:
„J'ai peint votre charmant ménage,
„ Ne croyant peindre que le mien.
„ Puisse pour vous deux sans vitesse
„ Lachésis tourner ses fuseaux,
„ Sa Sœur à l'heureuse vieillesse
„ Laissant le soin de ses ciseaux.
„ Alors dans vos douceurs suprê mes
„ Du froid dégoût vos yeux vainqueurs
„ Vous trouveront toujours les mêmes,
„Vous rettouvant les mêmes cœeuts,
„ Et d'une course fortunée,
„ Libre de soucis superflus.
„ Pour l'un & l'autre chaque année
nNe sera qu'un nombre de plus.
De M. Desforges Maillard à sa femme,
le premier de l'an 1752.
Envoi à M. le Marquis du C**. Capitaine
dans le R. D. G. D.
Intime moitié de moi-même,
Toi qui naquis pour m'enflâmer,
Peut-on aimer plus que je t'aime?
Et pourrois- je te moins aimer?
Il semble à te voir entourée
Des Graces, des Jeux ingénus
Que la Sagesse s'est parée
De la ce inture de Venus.
Ta volonté qui suit la mienne,
Prévient mon goût & mes désirs;
Ma volonté qui suit la tienne,
Prévient & cherche tes plaisirs.
C'est le stile de la Nature,
Que ton entretien si charmant,
Dont chaque terme est la peinture
D'un agréable sentiment.
aiuas vO
MARS. 1752.
Mais quand aux rives du Permesse,
Nous allons moissonner des fleurs
C'est là que brille ton adresse,
Dans l'art d'assortir les couleurs.
C'est-là que ta juste critique
Respire la sagacité,
Et joint an piquant sel attique,
La douceur de l'urbanité.
Nous sommes délicats sans gene,
Et de notre étroite union
Nous recueillons les fruits sans peine
Constans par inclination.
Mais quoi! funeste à toutes choses,
Le temps même, loin de flétrit.
Semble avoir oublié tes roses,
Ou se plaire à les embellir.
Par quelques filtres efficaces
Entretiens-tu ma vive ardeur :
Non, tout ton art est dans tes graces,
Et tout le charme est dans ton coeur.
Qui, ma Chloé tout renouvelle
Les tendres feux de mon amour,
Et je te trouve encor plus belle,
Ce premier de l'an, que le jour
Qu'un Ministre en une chapelle,
Suivi de notre parentelle
Au bord du liquide Elément,
BI
27
2B MERCUREDEFRANCE.
Prononça pathétiquement
Une formule solemnelle,
Qui nous permit publiquement
D'avouer qu'une ardeur fidelle
Nous embrasoit également.
Les Tritons, les Nymphes de l'onde,
Jouoient ensemble sur les flots,
Comme le jour que vint au monde
La belle Reine de Paphos;
Et la cohorte qui désole
Les plus habiles Matelots,
Captive dans l'antre d'Eole,
Au gré d'une sage boussole,
Les laisse voguer en repos.
Mais le sublime ministère
Que la raison doit respecter,
Et que l'honneur sage & sévere
Eut intérêt d'acréditer.
S'il consacra nos pures flames
Et l'attachement de nos ames,
Il ne put y rien ajouter.
Ce jour, quelque beau qu'il put être,
N'est pour nous que le même jour,
Que feront à jamais renaître
La foi, les Talens & l'Amour.
Louer sa femme fut la mode
Au bon siécle des Amadis,
MARS.
1752.
Je suis cette antique méthode
Et j'aime comme au temps jadis.
„ Aimable, s'il en est en France,
„ Marquis l'exemple des Epoux,
„A qui le Ciel pour récompense
„Donne une Epouse comme vous.
„ Je vois que de mon mariage
„ Faisant ici mon entretien:
„J'ai peint votre charmant ménage,
„ Ne croyant peindre que le mien.
„ Puisse pour vous deux sans vitesse
„ Lachésis tourner ses fuseaux,
„ Sa Sœur à l'heureuse vieillesse
„ Laissant le soin de ses ciseaux.
„ Alors dans vos douceurs suprê mes
„ Du froid dégoût vos yeux vainqueurs
„ Vous trouveront toujours les mêmes,
„Vous rettouvant les mêmes cœeuts,
„ Et d'une course fortunée,
„ Libre de soucis superflus.
„ Pour l'un & l'autre chaque année
nNe sera qu'un nombre de plus.
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Résumé : EPITRE De M. Desforges Maillard à sa femme, le premier de l'an 1752. Envoi à M. le Marquis du C**. Capitaine dans le R. D. G. D.
Dans une lettre datée du 1er janvier 1752, M. Desforges Maillard exprime son amour profond et constant à sa femme. Il admire sa sagesse et sa beauté, soulignant leur complicité et leur harmonie. Il compare leur union à celle des divinités et des nymphes, rappelant leur mariage comme un moment de pure passion. Il loue sa femme pour ses talents et sa grâce, affirmant que son amour pour elle grandit avec le temps. Il souhaite longévité et bonheur à leur couple, espérant que chaque année renforce leur amour inaltérable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4825
p. 52-56
LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Début :
Il est donc vrai ! de ses années [...]
Mots clefs :
Louise de Grande-Bretagne, Dieux, Vertus, Couronne, Coeur, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
LA MORT DE LOUISE
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
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Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
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Résumé : LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Le texte est une ode dédiée à Louise, reine de Danemark, récemment décédée. L'auteur exprime sa tristesse face à cette perte et critique l'injustice de la mort qui frappe les personnes vertueuses. Il met en garde les grands de la terre contre leur orgueil et leur vanité, rappelant que même les rois doivent mourir. Louise est décrite comme une femme aimante et aimée, privilégiant l'amour à la grandeur. Elle était une mère attentionnée et une protectrice des arts. Ses qualités de gouvernante suggèrent qu'elle aurait pu régner avec sagesse et justice. L'auteur s'adresse ensuite au roi Frédéric, lui demandant de sécher ses larmes et de continuer à gouverner pour le bien du royaume, car ses moments de tristesse sont perdus pour l'histoire et pour son pays.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4826
p. 64-65
IMITATION DE L'ITALIEN.
Début :
Dans cet age heureux, innocent, [...]
Mots clefs :
Cloris, Coeur, Tendre, Baiser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION DE L'ITALIEN.
IMITATION DE L'ITALIEN.
Dans cet age heureux, innocent,
Où le plaisir est sans nuage,
Je folâtrois au paturage
Avec un chevreau bondissant:
Je vis Cloris. .. qu'elle étoit belle !
De son port mon coeur enchanté,
Crut voir dans la jeune mortelle,
Les traits de la Divinité.
Aimable Cloris, je t'adore,
(A ses genoux, lui dis-je un jour, )
Mon coeur te dit ce que j'ignore,
Je n'ai jamais connu l'amour.
Vas, reprit Cloris, d'un air tendre,
En me dounant un doux baiser,
Bel enfant, crains de t'expoler
Aux pieges que ce Dieu peut tendre.
Cependant, Lycas à Cloris
Scut bientôt inspirer sa flamme,
Et je porte encor dans mon arue
Le rrait cruel que je cheris!
MARS. 1752.
65
Ingrate! ... j'ai grandi .... je t'aime,
Et tu te ris de mes amours,
Vois mon malheur, il est extrême,
Ton baiser m'enslamme tonjours.
Par M. Feutry.
Dans cet age heureux, innocent,
Où le plaisir est sans nuage,
Je folâtrois au paturage
Avec un chevreau bondissant:
Je vis Cloris. .. qu'elle étoit belle !
De son port mon coeur enchanté,
Crut voir dans la jeune mortelle,
Les traits de la Divinité.
Aimable Cloris, je t'adore,
(A ses genoux, lui dis-je un jour, )
Mon coeur te dit ce que j'ignore,
Je n'ai jamais connu l'amour.
Vas, reprit Cloris, d'un air tendre,
En me dounant un doux baiser,
Bel enfant, crains de t'expoler
Aux pieges que ce Dieu peut tendre.
Cependant, Lycas à Cloris
Scut bientôt inspirer sa flamme,
Et je porte encor dans mon arue
Le rrait cruel que je cheris!
MARS. 1752.
65
Ingrate! ... j'ai grandi .... je t'aime,
Et tu te ris de mes amours,
Vois mon malheur, il est extrême,
Ton baiser m'enslamme tonjours.
Par M. Feutry.
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Résumé : IMITATION DE L'ITALIEN.
Dans 'Imitation de l'italien', le narrateur admire la beauté de Cloris et lui avoue son amour. Cloris le met en garde contre les dangers de l'amour. Plus tard, Lycas conquiert Cloris, laissant le narrateur marqué par la douleur. En mars 1752, le narrateur exprime son désespoir face à l'indifférence de Cloris. Le poème est signé M. Feutry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4827
p. 73-83
EPITRE De M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le Colonel Comte de Schmettow.
Début :
Il n'est rien tel que la bouteille [...]
Mots clefs :
Comte, Âme, Aimable, Esprit, Plaisirs, Gloire, Goût, Enjouement, Champagne, Volupté
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le Colonel Comte de Schmettow.
EPITRE
De M. Angliviel de la Beaumelle, à
M. le Colonel Comte de Schmettow.
Il n'est rien tel que la bouteille
Pour inspirer des vers charmans;
Un Poëte gris fait merveille;
Que les vers sont viss & coulans,
Quand le Dieu badin de la treille
Est l'Apollon de nos accens !
Le Champagne échauffe & réveille
Mon expirante gayeté;
De sang froid, mon ame sommeille
Gris, j'ai de la vivacité.
Avec quel plaisir je me livre
Aux charmes de la volupté :
Boire du Champagne, c'est vivre:
Bacchus, à tes loix révolté,
Je n'ai pas encor sçu te suivre;
J'abjure ma sobrieté,
Et je préfere, en vérité
Au plaisir de faire un beau livre
La séve d'un nectar vanté:
Dieux! que ne suis- je toujours yvre!
74 MERCURE DEFRANCE.
Eleve du grand Lowendabl.
Eleve de l'aimable Horace,
COMTE, qui sçais d'un pas égal
Suivre l'un & l'autre à la trace;
Aujourd'hui, tu n'es que rival
Du Poete & du Maréchal;
Un jour au sommet du Parnasse,
A côté de La Fare, occupant une place,
Nous te verrons. assis en grave Général.
Pour en venir là, le mérite
En ce siécle, ne suffit pas,
Et voilà ce qui me dépite
C'est l'âge qui régle nos pas.
Tout prêt à descendre au Cocyte
Commencerions.nous d'être heureux ?
L'âge, de la gloire est l'arbitre;
Quand l'âge a blanchi nos cheveux;
Quand, risibles à plus d'un titre
Nous somnues tristes & gouteux:
La gloire lente ment couronne
De nos jeunes aus les succès
Dans la saison, où ses attraits
Ne flattent le goût de personne.
De ses inutiles lauriers
Permets que sa main environne
Le front ridé de ces guerriers,
. . * * *
MARS.
1752.
75
Grands cœurs, esprits faux, que Bellone
Occupa vingt lustres entiers.
Pour toi dont l'ame ambitionne
Deux gentes de gloire à la fois
Toi, qui joins au coeur militaire
L'esprit, le sçavoir, l'art de plaire,
Toi, qui suis tour à tout les loix
Des folâtres plaisirs & du bon sens austère
Sans que la Sagesse severe
Empiete jamais sur les droits
De cette volupté légere,
Fruit de ton goût, fruit de ton choix,
En attendant que la vieillesse
Trop tôt propice à tes desirs,
En t'anéantissant soutienne ta foiblesse
En égalant ton nom aux plus beaux, noms de
Gréce,
Use des précieux loisirs
De la fugitive jeunesse;
Nos jours coulent avec vitesse;
Qu'ils soient du moins filés par les mains des
plaisirs!
On a toujours assez de gloire,
Toujours trop peu d'amusemens;
On arrive assez tôt au Temple de Mémoire,
Et la saison des agrèmens
Cet âge, où l'on se plait à folâtrer, à boire,
N'est qu'un tissu de courts momens,
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
Qui; dusses-tu ne pas m'en croire;
De ces vins mousseux, petillans.
Qui chassent de l'esprit toute humeur sombre &
noire
J'en préfere deux doigts au gain d'une victoire.
Que servent les succès brillans?
S'ils fixoient la course du tems
S'ils faisoient exister ailleurs que dans l'histoire,
J'adorerois les conquérans.
Mais est- ce un plaisir que l'encens?
Le titre de foudre de guerre
Fait- il de ces Héros qui font trembler la terre
Des Etres heureux & contens !
L'espoir de l'obtenir en trente ou quarante ans
Peut en imposer au vulgaire
Mais l'etreur n'indemnise guére
Ces valeureux extravagans,
Qui, trop épris d'une chimère,
Vont lui sacrifier le rapide printems
D'une existence passagére.
Est-on grand? on est respecté,
Couru, courtisé, je l'avoue;
Mais que m'importe qu'on me love)
Que m'importe d'être flatté
Par gens qui, dans l'adversité,
Me feroient peut-être la moue ?
Je dirois volontiers à ces ames de boue;
„ Flattez ma sensualité
Digires boLOO
MARS.
1752.
»Et laissez-là ma vanité;
»Messieurs, qui m'encense me joue.
» Tel, qui d'un éloge appiêté
„ Veut que mon cœur soit enchanté,
»Rira, quand, du haut de sa roue
»La Fortune, à mon tour, m'aura précipité.
Et puis, quel triste personnage
Soutient-on, quand du haut étage
D'une héroique gravité,
e On est presque nécessité
A proscrire le badinage
Le goût, l'esprit, l'aménité,
Les graces & la liberté;
A s'honorer de l'esclavage
D'une insipide urbanité;
A rire avec austérité;
A faire un grotesque étalage
D'un cordon bien cher acheté
Et souvent très-peu mérité:
A se donner l'air, le langage,
Le ton d'une Sérénité;
A se sillonner le visage
Au moindre trait de gayeté,
A former un épais nuage
Entre soi & la volupté?
Le respectable, en vérité,
Joue un ennuyeux personnage.
Diij
77.
78 MERCURE DEFRANCE.
Qu'il est dur de se refuser,
COMTE, aux vrais plaisirs de la vie!
Entre les bras de la folie
Ah: qu'il est doux de reposer !
A la sombre misantropie
La sombre raison nous conduit,
Et, dès que son flambeau nous luit,
Imene à la mélancolie.
C'est dans les écarts de l'esptit,
Que la félicité refide,
Boit-on ? La fortune nous rit,
Et Caton même se déride;
Un repas où Bacclius préside
De tous nos chagrius nous guérit.
Choisit-on le bon seus pour guide:
En nous, que d'erreurs il nourrit!
Soucis, projets, vapeurs, dépit
Assiégent notre ame timide,
Et la tourmentent jour & nuit.
La raison du bonheur avide.
Envain le cherche & le pourfuit,
Elle croit le tenir; il fuis
Et vole sur l'aile rapide
Du moment qui s'évanouit.
L'Epicurien seul est Sage,
L'Epicurien seul jouit
Du tems, dont il sçait faire usage
MARS. 1752.
Seul il sçait recueillir le fruit:
.. . . .
De son aimable compagnie
L'ennui volontiers se bannit;
Couvert des alles de la nuit,
Le Dieu de la plaisanterie,
Momus, sans fracas & sans bruit,
De son sel, de sa raillerie,
Y cherche & trouve le débit.
Alors, suivant que l'ambroisie
Dans les veines circule, agit,
Ou l'on chante, ou l'on s'assoupit;
O Dieux! la douce létargie!
On est tout glace, ou tout génie,
Tout sentiment, ou tout esprit.
Au naturel on s'abandonne,
Tout plait, tout rit, tout est sans fard,
Chaque propos est un écarr
Et l'enjoument est sur le trône;
Ces riens, dont soi-même on s'étonne,
Ces riens, l'ouvrage du hazard,
Sont créés sans suite & sans art:
On s'amuse, on jase, on raisonne,
Suivant que d'Ai le nectar
Dans le sang plus ou moins bouillonne.
A Copenhague peu connus,
Innocens plaifirs de la table
D iij
9
80 MERCUREDE FRANCE.
Vous formez des cœurs ingénus,
Vous rendez l'homme sociable,
La férocité de ses mours
Par vos leçons est adoucie:
Plaisirs délicats, sur la vie
Vous répandez mille douceurs.
Que j'aime à marcher sur les fleurs,
Dont votre route est embellie !
Et que je hais la frénésie
De ces esprits chagrins réveurs,
Qui pensent, qu'une ame amollie
A suivre vos drapeaux vainqueurs
Ne vaut pas celle, où la folie
Fait naître de tristes erreurs,
Noirs enfans des pâles vapeurs!
Instruit à votre école aimable;
Le paresseux devient actif;
Vous déridez l'homme pensif,
Vous chassez l'ennui qui l'accable:
Par vous le quinteux est affable,
Et le laborieux, oisif:
A votre ton persuasif,
Plaisirs, quand on est attentif,
Ah! qu'il est aisé d'être aimable!
C'est vous qui formates Chapelle,
Ce délicat voluptueux,
Qui tonjours à vos loix sidelo,
MARS. 1752.
Vécut content, mourut heureux.
A Deshouliere, à Fontenelle
Aux La Fontaines, aux Rousseaux
Vous avez de mille bons mots
Dicté l'amusante Kirielle.
C'est vous, qui sur le ton naif
De Chaulieu montâtes la lyre;
Par vous, il eut, jusqu'au délire,
Le teint frais, l'air galant, l'oil vif;
Quand du nocher rebarbatif
Ce bon vieillard passa l'esquif,
C'est par vous qu'il se prit à rire.
Vous rallumez les feux divers
D'un esprit qui s'éteint, qui s'use;
Que Voltaire vous doit de vers !
Qu'à table, oubliant l'univers,
Il étoit facile à la Suse
De préluder de jolis airs!
C'est vous qui créâtes la Muse
Du pere du charmant Ververs.
C'est vous.... Quoi! ma verve est glacee
Mon feu se seroit- il éteint ?....
Avec les vapeurs du bon vin
Hélas! ma chaleur est passée.
Ma tête est libre. Après demain
Le Champagne à ma veine usée
Donnera cet air enfantin,
DV
30
81
84
MERCURE DEFRANCE,
Ce brillant, cette grace aifée,
Ce ton quelquefois libertin.
Tiranit un peu sur l'Aretin.
..
. . .
* * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * *
Encore un mot, & j'ai fini:
Aimable COMTE, chez Le Maite
Nous nous reverrons vendredi.
Donne aux grands maitres de la guerre,
A Puységur, Folard, Quincy,
Congé jusques à samedi.
Viens animer la bonne cheré;
Les bagatelles & les riens
(Soit dit en passant sans déplaire
A ton Volfianisme austère)
Sont l'ame des bons entretiens.
Ces diners de cérémonie
Magnisiques, mais dégosstans,
Où pompeusement on s'ennuie,
Où les cordons réglent les rangs.
Où l'Excellence, à chaque instant,
Vient frapper l'oreille étourdie,
COMTE, te plaitoient- ils autant,
Que ceux où Le Maire associe
A l'élégance l'enjoument?
- *
MARS. 1752.
Cet enjoument auquel s'allie
La réflexion, le bon sens,
Le goût, & de rares talens
Essentiels à la Patrie.
Cet enjoument, qui de sa vie
Transforme les jours en momens.
Venez, Monsieur le Militaire,
N . . . . . .
* * .
L. . . * * * * * * *
C.. . ........
F. . . . . . . . . . .
D.... . . . . . . .
Venez, vous verrez en Le Maire
Et l'honnête homme & l'homme heureus,
Que puis je vous offrir: rien qui puisse vous plaire:
Mais à coup sur en moi vous verrez sans mistere
Le serviteur de tous les deux.
A Copenhague mois de Janvier.
De M. Angliviel de la Beaumelle, à
M. le Colonel Comte de Schmettow.
Il n'est rien tel que la bouteille
Pour inspirer des vers charmans;
Un Poëte gris fait merveille;
Que les vers sont viss & coulans,
Quand le Dieu badin de la treille
Est l'Apollon de nos accens !
Le Champagne échauffe & réveille
Mon expirante gayeté;
De sang froid, mon ame sommeille
Gris, j'ai de la vivacité.
Avec quel plaisir je me livre
Aux charmes de la volupté :
Boire du Champagne, c'est vivre:
Bacchus, à tes loix révolté,
Je n'ai pas encor sçu te suivre;
J'abjure ma sobrieté,
Et je préfere, en vérité
Au plaisir de faire un beau livre
La séve d'un nectar vanté:
Dieux! que ne suis- je toujours yvre!
74 MERCURE DEFRANCE.
Eleve du grand Lowendabl.
Eleve de l'aimable Horace,
COMTE, qui sçais d'un pas égal
Suivre l'un & l'autre à la trace;
Aujourd'hui, tu n'es que rival
Du Poete & du Maréchal;
Un jour au sommet du Parnasse,
A côté de La Fare, occupant une place,
Nous te verrons. assis en grave Général.
Pour en venir là, le mérite
En ce siécle, ne suffit pas,
Et voilà ce qui me dépite
C'est l'âge qui régle nos pas.
Tout prêt à descendre au Cocyte
Commencerions.nous d'être heureux ?
L'âge, de la gloire est l'arbitre;
Quand l'âge a blanchi nos cheveux;
Quand, risibles à plus d'un titre
Nous somnues tristes & gouteux:
La gloire lente ment couronne
De nos jeunes aus les succès
Dans la saison, où ses attraits
Ne flattent le goût de personne.
De ses inutiles lauriers
Permets que sa main environne
Le front ridé de ces guerriers,
. . * * *
MARS.
1752.
75
Grands cœurs, esprits faux, que Bellone
Occupa vingt lustres entiers.
Pour toi dont l'ame ambitionne
Deux gentes de gloire à la fois
Toi, qui joins au coeur militaire
L'esprit, le sçavoir, l'art de plaire,
Toi, qui suis tour à tout les loix
Des folâtres plaisirs & du bon sens austère
Sans que la Sagesse severe
Empiete jamais sur les droits
De cette volupté légere,
Fruit de ton goût, fruit de ton choix,
En attendant que la vieillesse
Trop tôt propice à tes desirs,
En t'anéantissant soutienne ta foiblesse
En égalant ton nom aux plus beaux, noms de
Gréce,
Use des précieux loisirs
De la fugitive jeunesse;
Nos jours coulent avec vitesse;
Qu'ils soient du moins filés par les mains des
plaisirs!
On a toujours assez de gloire,
Toujours trop peu d'amusemens;
On arrive assez tôt au Temple de Mémoire,
Et la saison des agrèmens
Cet âge, où l'on se plait à folâtrer, à boire,
N'est qu'un tissu de courts momens,
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
Qui; dusses-tu ne pas m'en croire;
De ces vins mousseux, petillans.
Qui chassent de l'esprit toute humeur sombre &
noire
J'en préfere deux doigts au gain d'une victoire.
Que servent les succès brillans?
S'ils fixoient la course du tems
S'ils faisoient exister ailleurs que dans l'histoire,
J'adorerois les conquérans.
Mais est- ce un plaisir que l'encens?
Le titre de foudre de guerre
Fait- il de ces Héros qui font trembler la terre
Des Etres heureux & contens !
L'espoir de l'obtenir en trente ou quarante ans
Peut en imposer au vulgaire
Mais l'etreur n'indemnise guére
Ces valeureux extravagans,
Qui, trop épris d'une chimère,
Vont lui sacrifier le rapide printems
D'une existence passagére.
Est-on grand? on est respecté,
Couru, courtisé, je l'avoue;
Mais que m'importe qu'on me love)
Que m'importe d'être flatté
Par gens qui, dans l'adversité,
Me feroient peut-être la moue ?
Je dirois volontiers à ces ames de boue;
„ Flattez ma sensualité
Digires boLOO
MARS.
1752.
»Et laissez-là ma vanité;
»Messieurs, qui m'encense me joue.
» Tel, qui d'un éloge appiêté
„ Veut que mon cœur soit enchanté,
»Rira, quand, du haut de sa roue
»La Fortune, à mon tour, m'aura précipité.
Et puis, quel triste personnage
Soutient-on, quand du haut étage
D'une héroique gravité,
e On est presque nécessité
A proscrire le badinage
Le goût, l'esprit, l'aménité,
Les graces & la liberté;
A s'honorer de l'esclavage
D'une insipide urbanité;
A rire avec austérité;
A faire un grotesque étalage
D'un cordon bien cher acheté
Et souvent très-peu mérité:
A se donner l'air, le langage,
Le ton d'une Sérénité;
A se sillonner le visage
Au moindre trait de gayeté,
A former un épais nuage
Entre soi & la volupté?
Le respectable, en vérité,
Joue un ennuyeux personnage.
Diij
77.
78 MERCURE DEFRANCE.
Qu'il est dur de se refuser,
COMTE, aux vrais plaisirs de la vie!
Entre les bras de la folie
Ah: qu'il est doux de reposer !
A la sombre misantropie
La sombre raison nous conduit,
Et, dès que son flambeau nous luit,
Imene à la mélancolie.
C'est dans les écarts de l'esptit,
Que la félicité refide,
Boit-on ? La fortune nous rit,
Et Caton même se déride;
Un repas où Bacclius préside
De tous nos chagrius nous guérit.
Choisit-on le bon seus pour guide:
En nous, que d'erreurs il nourrit!
Soucis, projets, vapeurs, dépit
Assiégent notre ame timide,
Et la tourmentent jour & nuit.
La raison du bonheur avide.
Envain le cherche & le pourfuit,
Elle croit le tenir; il fuis
Et vole sur l'aile rapide
Du moment qui s'évanouit.
L'Epicurien seul est Sage,
L'Epicurien seul jouit
Du tems, dont il sçait faire usage
MARS. 1752.
Seul il sçait recueillir le fruit:
.. . . .
De son aimable compagnie
L'ennui volontiers se bannit;
Couvert des alles de la nuit,
Le Dieu de la plaisanterie,
Momus, sans fracas & sans bruit,
De son sel, de sa raillerie,
Y cherche & trouve le débit.
Alors, suivant que l'ambroisie
Dans les veines circule, agit,
Ou l'on chante, ou l'on s'assoupit;
O Dieux! la douce létargie!
On est tout glace, ou tout génie,
Tout sentiment, ou tout esprit.
Au naturel on s'abandonne,
Tout plait, tout rit, tout est sans fard,
Chaque propos est un écarr
Et l'enjoument est sur le trône;
Ces riens, dont soi-même on s'étonne,
Ces riens, l'ouvrage du hazard,
Sont créés sans suite & sans art:
On s'amuse, on jase, on raisonne,
Suivant que d'Ai le nectar
Dans le sang plus ou moins bouillonne.
A Copenhague peu connus,
Innocens plaifirs de la table
D iij
9
80 MERCUREDE FRANCE.
Vous formez des cœurs ingénus,
Vous rendez l'homme sociable,
La férocité de ses mours
Par vos leçons est adoucie:
Plaisirs délicats, sur la vie
Vous répandez mille douceurs.
Que j'aime à marcher sur les fleurs,
Dont votre route est embellie !
Et que je hais la frénésie
De ces esprits chagrins réveurs,
Qui pensent, qu'une ame amollie
A suivre vos drapeaux vainqueurs
Ne vaut pas celle, où la folie
Fait naître de tristes erreurs,
Noirs enfans des pâles vapeurs!
Instruit à votre école aimable;
Le paresseux devient actif;
Vous déridez l'homme pensif,
Vous chassez l'ennui qui l'accable:
Par vous le quinteux est affable,
Et le laborieux, oisif:
A votre ton persuasif,
Plaisirs, quand on est attentif,
Ah! qu'il est aisé d'être aimable!
C'est vous qui formates Chapelle,
Ce délicat voluptueux,
Qui tonjours à vos loix sidelo,
MARS. 1752.
Vécut content, mourut heureux.
A Deshouliere, à Fontenelle
Aux La Fontaines, aux Rousseaux
Vous avez de mille bons mots
Dicté l'amusante Kirielle.
C'est vous, qui sur le ton naif
De Chaulieu montâtes la lyre;
Par vous, il eut, jusqu'au délire,
Le teint frais, l'air galant, l'oil vif;
Quand du nocher rebarbatif
Ce bon vieillard passa l'esquif,
C'est par vous qu'il se prit à rire.
Vous rallumez les feux divers
D'un esprit qui s'éteint, qui s'use;
Que Voltaire vous doit de vers !
Qu'à table, oubliant l'univers,
Il étoit facile à la Suse
De préluder de jolis airs!
C'est vous qui créâtes la Muse
Du pere du charmant Ververs.
C'est vous.... Quoi! ma verve est glacee
Mon feu se seroit- il éteint ?....
Avec les vapeurs du bon vin
Hélas! ma chaleur est passée.
Ma tête est libre. Après demain
Le Champagne à ma veine usée
Donnera cet air enfantin,
DV
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MERCURE DEFRANCE,
Ce brillant, cette grace aifée,
Ce ton quelquefois libertin.
Tiranit un peu sur l'Aretin.
..
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* * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * *
Encore un mot, & j'ai fini:
Aimable COMTE, chez Le Maite
Nous nous reverrons vendredi.
Donne aux grands maitres de la guerre,
A Puységur, Folard, Quincy,
Congé jusques à samedi.
Viens animer la bonne cheré;
Les bagatelles & les riens
(Soit dit en passant sans déplaire
A ton Volfianisme austère)
Sont l'ame des bons entretiens.
Ces diners de cérémonie
Magnisiques, mais dégosstans,
Où pompeusement on s'ennuie,
Où les cordons réglent les rangs.
Où l'Excellence, à chaque instant,
Vient frapper l'oreille étourdie,
COMTE, te plaitoient- ils autant,
Que ceux où Le Maire associe
A l'élégance l'enjoument?
- *
MARS. 1752.
Cet enjoument auquel s'allie
La réflexion, le bon sens,
Le goût, & de rares talens
Essentiels à la Patrie.
Cet enjoument, qui de sa vie
Transforme les jours en momens.
Venez, Monsieur le Militaire,
N . . . . . .
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L. . . * * * * * * *
C.. . ........
F. . . . . . . . . . .
D.... . . . . . . .
Venez, vous verrez en Le Maire
Et l'honnête homme & l'homme heureus,
Que puis je vous offrir: rien qui puisse vous plaire:
Mais à coup sur en moi vous verrez sans mistere
Le serviteur de tous les deux.
A Copenhague mois de Janvier.
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Résumé : EPITRE De M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le Colonel Comte de Schmettow.
Dans son épître adressée au Colonel Comte de Schmettow, M. Angliviel de la Beaumelle exalte les vertus du vin, notamment du champagne, qui stimule la poésie et la joie. L'auteur exprime le désir de vivre dans un état d'ivresse perpétuelle, privilégiant les plaisirs immédiats à la quête de la gloire future. Il critique l'âge comme critère de reconnaissance, soulignant que la renommée arrive souvent trop tard. Le texte met en avant la brièveté de la jeunesse et l'importance de savourer les plaisirs présents. L'auteur prône une vie épicurienne, valorisant les plaisirs et la volupté, tout en rejetant les honneurs militaires et les flatteries, préférant la sincérité et la liberté. La raison est vue comme une source de mélancolie, tandis que les excès et les moments de débauche apportent bonheur. Le texte se conclut par une défense de l'épicurisme, savourant chaque instant. Les plaisirs simples et l'enjouement rendent les gens sociables et adoucissent les mœurs. Bien que fugaces, ces plaisirs enrichissent la vie. L'auteur cite des figures littéraires telles que Chapelle, Deshoulières, Fontenelle, La Fontaine, Rousseau et Voltaire, inspirées par ces plaisirs. Regrettant la perte de son enthousiasme, il espère le retrouver grâce au champagne et invite le Comte à une réunion conviviale, préférant les dîners joyeux aux cérémonies pompeuses. L'enjouement, combiné à la réflexion, au bon sens et au goût, est essentiel pour la patrie. L'auteur se présente comme le serviteur de ses invités, offrant une hospitalité sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4828
p. 84-108
LES ALPES.
Début :
Nous ne connoissions jusqu'ici de Livres Allemans que ceux qui rouloient sur des / Cherchez, Mortels, à changer votre sort, profitez des inventions de [...]
Mots clefs :
Nature, Rochers, Berger, Doux, Heureux, Monde, Vie, Terre, Fleurs, Jours, Amour, Montagne, Montagnes, Plaisir, Lait, Vallons, Aimer, Peuple, Rayons, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : LES ALPES.
Nous ne connoissions jusqu'ici de Livres
Allemans que ceux qui rouloient sur des
objets de scicnce au d'érudition. M. Grimm
nous a avertis dans ses Lettres ecrites tout- à
fait agréablement, & remplies d'une criti-
que très-délicate, que sa Nation avoit des
Ouvrages de gout & de genie. Vn autre
Allemand vient de nous en couvaincre par
la traduction des Poësies de M. Haller.
Les Lecteurs les plus difficiles y ont trouve
de l'élévation, de la force, des images,
de la Philosophie & assez souvent des gra-
ces. Comme le recueil que nous annonçons
est peu répandu, nous croyons devoir trans-
crire ici pour l'intérêt des Letires, celui
des Poemes de M. Hiller, qui a réuni un
plus grand nombre de suffrages.
LES ALPES.
Cherchez, Mortels, à changer votre
sort, profitez des inventions de
l'Art, & des bienfaits de la Nature;
animez par de superbes jets-d'eau vos
parterres, taillez des rochers suivant les
loix de Corinthe, couvrez vos marbres
de riches tapis 2 mangez dans l'or des
nids de Tonquin, buvez des perles dans
MARS. 1752.
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des coupes d'émeraude; appellez le som-
meil par les accords les plus doux; re-
veillez-vous au bruit des trompettes; ap-
planissez des montagnes, changez en
pares des Domaines entiers, que le Des-
tin remplisse tous vos desirs, vous serez
pauvres dans l'abondance même, & la
misere vous suivra au milieu des ri-
chesses.
L'ame fait elle-même son bonheur, ce
qui est hors d'elle n' est que l'occasion du
plaisir & de la peine; une humeur égale
adoucit les chagrins les plus amers, pen-
dant qu'un esprit inquiet empoisonne
rous les plaisirs. Le Monarque ne posse-
de aucun bien qui manque au Berger,
il se dégoûte du sceptre, comme celui-ci
de la houlette. Malheur à lui si l'avarice
ou l'ambition le dévore, les Gardes qui
l'environnent, n'écartent pas les noirs
chagrins. Mais celui dont 1 ame est dans
une assiete tranquille, ne demande pas
des plumes de prix pour se procurer un
fommeil délicieux.
Heureux Siécle d'or, préfent de la
bonté suprême ! Pourquoi le Ciel a-t. il
borné ta durée ? Nous ne regrettons pas
le printems éternel de la jeunesse du
monde, où jamais un froid Aquilon
ne moissonna les fleurs, où le bled
86 MERCURE DE FRANCE.
couvroit les champs fertiles sans exiger
de culture, où les fleuves couloient de
miel & de lait, où le téméraire Lion
n'allarmoit pas les foibles troupeaux, &
où un agneau égaré dormoit tranquille-
ment au milieu des loups. Nous le re-
grettons, parce que l'homme ne cher-
choit pas encore son malheur dans le
superflu, parce qu'il trouvoit des ri-
chesses dans la simple nature, & que
l'or n allumoit pas encore des desirs in-
satiables.
Disciples de la Nature, vous connois-
sez encore cet âge d'or; non pas à la
vérité ce siécle pompeux imagine par les
Poctes. Peut-on desirer l'éclat extérieur
des brillantes vanités, quand la vertu
fait trouver le plaisir dans le travail, &
le bonheur dans la pauvreté ? Le ciel, il
est vrai, ne vous a pas fait naître dans
les vallées délicieuses de la Thessalie:
les nuages, qui vous couvrent, sont char-
gées de neiges & de foudre : un long
hyver abrege vos printems tardifs, & vos
froids vallons sont entourés d'une glace
éternelle; mais la pureté de vos moeurs
adoucit ces incommodités, la rigueur
même des Elémens augmente votre
bonheur.
Peuples heureux & contens, à qui le
1752.
MARS.
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Destin favorable a refusé l'abondance
cette riche source de tous les vices. Celui
qui est satisfait de son état, trouve son
bonheur dans l'indigence même, pendant
que la pompe & le luxe sapent les fon-
demens des Etats. Dans le tems que Ro-
me comptoit ses victoires par ses com-
bats, le lait faisoit la nourriture des Hé-
ros, & ses Dieux habitoient des Tem-
ples de bois. Mais lorsque les richesses
devinrent immenses, l'ennemi le plus
foible confondit bientôt fon lâche or-
gueil. Garde-toi d'aspirer à quelque chose
de plus grand, ta prospérité durera aussi
long-tems que la fimplicité de tes moeurs.
La Nature, il est vrai, couvre de
pierres ton Pays raboteux, mais ta cha-
fue s'ouvre un passage, & tes grains
meurissent. Elle éleva les Alpes pour te
séparer du monde, parce que les hom-
mes procurent aux hommes les plus
grands malheurs. L'eau pure est ta bois-
fon, & le lait fait ta nourtiture, mais
l'appétit ptête du goût aux glands mê-
mes. Les mines profondes de tes mon-
tagnes ne te donnent qu'un fer grossier;
mais le Pérou t'envie ta pauvreté. Tou-
tes les peines sont légéres, où regne
la liberte, les rochers y portent des
88 MERCURE DEFRANCE.
fleurs, & Borée y radoucit son soufse
impétueux.
Heureux, qui est privé de ces avanta-
ges dangereux: les richesses nont aucun
bien qui égale votre indigence. Chez
vous l'union habite dans des ames paci-
fiques, parce que la vanité séduisante n'y
seme jamais des pommes de discorde. Ici
le plaisir n est accompagné d'aucune crain-
te inquiéte, on aime la vie sans hair la
mort. La raison y regne guidée par la Na-
ture, elle ne cherche que le nécessaire,
& regarde le superfsu comme une charge
pesante: on observe ici sans étude & sans
contrainte ce qu'Epictete pratiqua, &
ce que Seneque ne fit qu'enseigner.
Ici l'on ne connoît point ces distinctions
inventées par l'orgueil, qui assujettissent
la vertu, & qui annoblissent le vice;
l'oisiveté chagrine n'y fait pas craindre la
longueur des heures, le travail remplit le
jour, & le repos occupe la nuit: un esprit
sublime ne s'y laisse pas éblouir par l'am-
bition, les soins de l'avenir n'empoison-
nent point les plaisirs du présent. La liber-
té dispense d'une main impartiale, & avec
une mesure toujours égale, le contente-
ment, le repos & la peine. Aucun esprit
mécontent naccuse ici la fortune, on
oogle
red b
MARS. 1752.
89
mange, on dort, on aime, & l'on rend
grace à son Destin.
Le sçavoir n'étale point ici ses trésors
dans les livres; on ne mesure pas les
chemins de Rome & d'Athènes, on
ne soumet point la raison aux loix de
l'Ecole, & personne ne prescrit au Soleil
la route qu'il doit suivre. Mais qu'y per-
dez-vous ? Le Sage vit-il avec plus de
contentement? Il connoît la structure du
monde, mais il meurt sans se connoître
lui-même. Sans triompher de la volupté,
il s'en refuse les douceurs, & sa délicatesse
le dégoûte de son sort; c'est dans le coeur
des hommes, & non pas dans le cer-
veau que la Nature a gravé l'art de bien
vivre.
La fortune inconstante ne distingue
point chez vous les tems. Les larmes n'y
succedent pas à une joie passagere: la vie
s'écoule dans une paix inaltérable, le pré-
sent ressemble au passé, & l'avenir sera
comme le présent. Aucune disgrace ne
marque ici les jours d'une distinction fu-
neste, comme une fortune subite n'en
met point au nombre des fêtes. Les plai-
sirs & les peines de la vie se soutiennent
dans une balance égale, & il ny a point
d'époque entre la naissance & la mort.
A peine la gaieté arrache-t-elle quelques
30 MERCUREDEFRANCE.
momens à ce peuple, uniforme dans ses
devoirs.
Quand les tiédes zéphirs commencent
à faire sentir leurs haleines, & qu'un
sang plus vif ranime la jeunesse, tont un
village s'assemble sous l'ombre d'un grand
chêne, l'adresse & la beauté y vont mé-
riter l'applaudissement & l'amour: ici
deux jeunes combattans se saisissent, &
lutrent avec effort, le sérieux se mêle au
badinage. Là poussée d'une main vigoureu-
se, une pierre pesante vole au travers de
l'air au but marqué. Un berger, guidé par
une espérance plus relevée, s'avance vers
la troupe attrayante des jeunes Bergeres.
Ici le plomb past avec une vitesse pa-
reille à la foudre, l'éclair brille, & dans
le même instant l'ait & le but sont percés.
Là une boule roule en bondissant dans
une ligne prescrite, frappe au terme choi-
si. Ici une troupe bigarée foule l'herbe
naissante, en s'entrelaçant les mains &
en dansant au son de la musette; l'art ne
seur apprend pas à se tourner en caden-
ce, mais la gaieté leur prête des alles. Les
vieillards se reposent dans une autre
place; ils forment de longues lignes, &
le plaisir de leurs enfans ranime leur
cœeur.
Car ici où la nature seule donne des
MARS. 1752.
9
Joix, aucune contrainte ne borne l'agréa-
ble empire de l'amour; on aime sans hon-
to ce qui est aimable; le mérite rend
tout estimable, & l'amour rend tout égal.
La beauté est adorée même dans la pau-
vreté; l'on ne vend point les faveurs pour
les richesses; l'ambition ne sépare jamais
ce que le mérite & la tendresse ont uni;
la politique ne forme pas des liens mal-
heureux; l'amour brule sans gêne, & ne
cramt point d'orage; on aime pour soi-
même, & non pout des parens ambi-
tieux.
Dès qu'an jeune Berger éprouve cette
doute flamme, que les beaux yeux d'un
objet aimé allument dans un coeur sensible,
la crainte ne l'arrête point, un discours
sincere déclare son tourment; la Bergere
l'écoute, & si la flamme du Berger mérite
d'être couronnée, elle avoue ses senti-
mens, & répond à ses desirs. Les tendres
mouvemens ne deshonorent point les bel-
les, quand l'agrément les a produits, &
que la vertu les soutient. Refus d'une
fausse pudeur, singe de la véritable chas-
teté, l'orgueil ne vous a créé que pour
notre suplice.
Ici les désirs de deux Amans ne sont
point gênés par une vaine pompe, un
amour réciproque acheve le contrat; sou-
92 MERCUREDEFRANCE.
vent le contrat n est confirmé que par
la fidélité de deux Amans; de simples
promesses tiennent lieu de ferment, &
un baiser en est le sceau. Le tendre rossi-
gnol les salue d'une branche voisine; la
volupté leur prépare un lit sur la mousfe
mollement enflée, un arbre leur sert de
rideaux, la solitude est leur témoin, &
l'amour conduit l'épouse entre les bras de
son berger. Amans fortunés, dignes de
l'envie des Princes, la tendtesse embau-
me le gazon, & le dégoût regne sur
la soye.
Dans ces lieux charmans la foi con-
jugale n est jamais violée, elle n'a pas be-
soin de gardes, la pudeur & le bon sens
veillent sur elle; la curiosité ne porte
point aux plaisirs défendus, celle que
Ton aime est encore belle après la jouis-
sance. Le chaste amour répand des roses
sur les travaux. Le devoir a des charmes,
quand on travaille pour ce qu'on aime.
Si l'on napprend pas l'art d'aimer suivant
les regles, le langage le plus rustique est
doux, pourvû que ce soit le cœeur qui
parle. La complaisance & le badinage,
ai mables compagnes de l'union, animent
les baisers, & regnent dans les coeurs.
Eloignée de la vanité des occupations
pénibles & du tumulte des Villes, la
MARS. 1752.
95
tranquilité de l'ame habite dans ces
lieux. La vie active de ces peuples aug
mente la force de leurs corps robustes;
ils ne s'engraissent point d'une oisiveté
paresseuse, le travail les éveille, le même
travail tranquilise leurs esprits, le plaisir
& la santé adoucissent leurs peines. Un
sang pur coule dans leurs veines, aucun
poison héréditaire, fruit des déréglemens
d'un pere vicieux, ne s'y est glissé; il
n'est ni corrompu par le chagrin, ni en-
flâmé par des vins étrangers, ni gâté par
un venin lascif, ni aigri par des ragoûts
artificieux.
Dès que le rude aquilon a perdu
l'empire des airs, dès qu'une sêve animée
pénêtre les plantes, & que la terre s'orne
d'une nouvelle parure, qu'un doux zé-
phir lui apporte sur des aîles échauffées
dans des climats plus doux; aussi-tôt le
peuple fuit les vallons, dont la neige s'é-
coule en formant des ruisseaux d'une eau
trouble: il s'empresse à retrouver sur les
Alpes l'herbe printanniere, qui pousse à
peine à travers la glace. Le bétail qui qui-
te l'étable, salue avec joie la montagne,
ornée pour son usage par le printems &
par la Nature.
Aussi-tôt que les allouettes annoncent
la naissance du jour, & que la lumiete du
Digsinas vOO
94 MERCURE DEFRANCE.
monde nous jette ses premiors regards, le
berger s'arrache aux caresses de son épou-
sse, qui hait son départ, sans le retarder.
Les lents troupeaux de ses génisses mar-
chent pesamment devant lui avec un mu-
gissement joyeux, sur des sentiers cou-
verts de rosées, ils se promenent sans se
hâter dans les prairies, où fleurissent le
tresse & le sainfoin, en fauchant l'herbę
tendre avec des langues tranchantes. Le
Berger assis auprès d'une chûte d'eau, ap-
pelle du cor les échos des environs.
Lorsque les rayons obliques allongent
les ombres, & que le Soleil fatigué se
baisse pour rappeller un repos rafraîchis-
sant, le troupeau rassassié, regagne avec
un meuglement confus ses gîtes ordinai-
res, la Bergere salue son mary, qui la
revoit avec plaisir; là la troupe empressée
des enfans badine & se réjouit autour de
lui, & dès que l'écume du lait est tirée,
le couple fatigué va goûter un repas rus-
tique: l'appétit donne du goût à ce que
la simplicité a préparé, le sommeil & l'a-
mour les menent à leur couche paisible.
Quand la chaleur de l'été commence à
bruler la campagne, & que l'espoir des
peuples meurit dans la couleur blonde des
prés, le Berger industrieux vole dans les
vallons couverts de rosées, avant même
MARS.
1752.
95
qu elau rore ait doré le sommet des mon-
tagnes. Flore est chassée de son aimable
royaume, la parure de la terre tombe sous
les coups obliques de la faulx, une odeur
agréable composée de mille odeurs diffé-
rentes s'élève des rangs émaillés des her-
bes abattues. Les boeuts amenent d'un pas
pesant la provision de l'hyver, & leur
marche est accompagnée de chansons que
dicte la joie.
Quand la triste Automne fait tomber les
feuilles fanées, & que l'air plus frais
s'enveloppe danodes brouillards épais, le
sein de la terre se pare d'une décoration
nouvelle. Pauvre en éclat & en fleurs
elle est riche en production utile. L'agréa-
ble coup d'œeil du printemps cede à des
biens plus solides. Les fruits brillent à la
place des fleurs, des pommes d'or parse-
mées de rayes pourprées, font ployer la
branche étayée pour s'approcher de la
bouche, la poire parfumee, les prunes
aussi douces que le miel, invitent la main
du Maître & l'attendent sur l'arbre.
L'Automne ne couronne pas ici les cô-
teaux de ses vignes, on n'y presse point
des grapes foulées un jus qui fermente.
La terre ne présente à la soif que des fon-
taines; aucunes liqueurs artificielles ne
nous précipitent dans le tombeau. Ne
Niues VO
96 MERCUREDEFRANCE.
vous plaignez pas, Peuples heureux, vous
gagnez en paroissant perdre. Ce n est pas
d'un bien ni d'une boisson nécessaire,
c'est d'un poison que vous êtes privés. La
bienfaisante Nature a défendu le vin aux
bêtes, l'homme seul en boit, & devient
brute. Le Destin qui s'interesse pour vous
a caché à vos yeux le chemin qui vous
conduiroit à la ruine.
Votre Automne ne manque pas de trè-
sors que l'industrie & la vigilance vous
font trouver sur les montagnes les plus
élevées. Dès l'aube du jour, quand les
brouillards tombent, le Chasseur fait re-
tentir son cor, & appelle l'écho, l'enfant
des rochers. Là un daim timide à qui
la peur donne des aîles, franchit d'un
saut le vaste intervalle de deux rochers. Un
plomb rapide arrête la course d'un cha-
mois agile; un chevreuil léger fuit, chan-
celle, & va tomber. Les cris de la meu-
re, l'éclat mortel du métal raisonne dans
les vallons couronnés, & fait retentit
les bois.
Pour ne pas être surpris par l'hyver, le
peuple laborieux tire du lait le pain des
Alpes. Ici le lait s'épaissit sur la braise ar-
dente, il se condense, & se change en
huile figée. Une liqueur acide sépare l'eau
de la graisse. Ici l'on cuit la seconde prise
pour
MARS.
1752.
97
pour les Pauvres, & là le nouveau froma-
ge prend sa forme dans un cercle de bois.
Tout le ménage y prête la main; on au-
roit honte de ne pas s'occuper, il n'est
point d'esclavage plus pénible que l'oi-
liveté.
Lorsque la tetre est enterrée sous le
froid, que les vallons sont couverts de
glace, & les montagnes de neige, que les
champs épuisés se reposent pour une nou-
velle récolte, & qu'une digue de cristal
arrête le cours des eaux; le Berger se re-
tire dans sa cabane chargée de neige, la
fumée des pins résineux y noircit les pou-
tres desséchées; un doux repos le dédom-
mage de la peine qu'il a souffert, les
jours s'écoulent sans soucil au milieu des
jeux, & lorsque ses voisins s'assemblent au-
tour du foyer, leurs entretiens méritent
l'attention d'un Philosophe.
Un Berger apprend à la compagnie à
prévoir le tems que les nuages nous pré-
parent, il prédit la route des vents &
des tempêtes, & il voit de loin l'orage
qui s'approche. Il connoît l'influënce de
la lune, & l'effet de ses couleurs, il dis-
cingue les menaces d'un brouillard, qui
sort d'une montagne avec le jour. Il comp-
te dès le printems les gerbes d'une mois-
son éloignée, & pendant que tout le
98 MERCUREDEFRANCE.
monde est occupé à faucher, il s'arrête
pour éviter une pluie prochaine: il est
l'Oracle du hameau, sa décision inspire
de la confiance, & l'expérience lui tient
lieu de mille livres.
Un jeune Berger accorde sa lyre, &
l'accompagne d'une chanson nouvelle,
un doux transport l'anime, la nature &
l'amour lui inspirent une flâme sécrette
qui brule dans le coeur, & que l'att ne
scauroit imiter. L'étude n'a point de part à
les éclogues, son génie convient à son
état, & sa chanson dépeint son génie ;
les moutons sont l'objet de ses vers, & sa
muse parle comme sa Bergere, le coeur lui
dicte ce qu'il chante, sa belle est son
Appollon, c'est le sentiment qui fait la
Poësie, & non pas des sons mesurés.
Tantôt c'est un vieillard qui prend la
parole; des cheveux gris asbutent un nou-
veau poids à ses discours: nos Peres l'ont
déja vu, le fardeau d'un siécle n'a affoibli
que son corps, il a donné des forces à
son esprit. Exemple vivant de nos Ancê-
tres hétoiques qui, la foudre à la main,
avoient Dieu dans le coeur, il peint les
batailles, compte ses drapeaux conquis,
retrace les remparts des ennemis, & dé-
crit les victoites qu'il a aidé à remporter.
La jeunesse étonnée l'écoute attentive-
ad by Goog
MARS. 1752.
92
ment, elle marque dans ses gestes une no-
ble impatience de surpasser sa gloire.
Un autre vieillard également vénéra-
ble, est la loi vivante & la régle de son
peuple; il apprend à ses voisins comment
le monde entier s'est soumis lâchement au
joug, & comment le luxe des Princes
consume les forces des peuples. Il retrace
le courage audacieux de Tell, qui osa
briser ce joug pésant, sous lequel la moi-
tié de l'Europe gémit encore. Il fait sentit
la misere de nos voisins, qui gémissent
dans la pauvreté & dans les chaînes. L'Ita-
lie na que des Habitans indignes & mal-
heureux: l'union, la fidélite & le cou-
rage attachent les alles de la fortune à l'e-
tat le plus foible.
Un cercle d'Auditeurs s'assemblent an-
tour d'un vieillatd vigoureux, qui fonde
la nature, & qui en connoît toutes les
beantés. Ses recherches, ont épuisé les
vertus merveilleuses des plantes & leurs
formes variées; il jette des regards péné-
trans dans les voûtes souterraines; en vain
la. terre dérobe l'or à sa vue. Il perce l'air, &
voit ces vapeurs chargées de soufre, qui ren-
ferment dans leur sein humide un tonnerre
qui gronde avec fureur. Il connoît sa Pa-
trie, ses yeux y trouvent tous les jours
de nouveaux trésors.
E ij
190 MERCUREDEFRANCE.
Car ici, où le sommet de Golthard
perce les nues, où le Soleil éclaire de plus
près un monde ésevé, la Nature variée a
renfermé dans un petit Pays tout ce que la
terre peut produire de curieux. La Lybis
offre plus souvent de rares objets, & fes
déserts voyent tous les jours quelques
monstres nouveaux; mais le Ciel plus fa-
vorable à notre Patrie, lui fournit ses
dons secourables, & ne lui refuse que le
superflu & l'inutile. Ces glaces mêmes qui
s'amoncelent entre les montagnes, ces ro-
chers escarpes sont faits pour notre usage:
ils produisent les fleuves qui arrosent les
plaines fertiles.
Quand les premiers rayons du Soleil do-
rent les pointes des rochers, & qu'un de
ses regards dissipe les brouillards, on dé-
couvre du sommet d'une montagne avec
un plaisir toujours nouveau. Le spectacle
le plus superbe de la Nature, le théâtre
d'un monde entier s'y présente dans un
instant au travers des vapeurs transparen-
tes d'un nuage léger. Le séjour immense
de plusieurs peuples se découvre à la fois.
Une agréable confusion nous force à fer-
mer les yeux, trop foibles pour parcourir
un cercle sans bornes qui s'étend sous
nos pieds.
Un mélange agréable de montagnes,
101
MARS.
1752.
de lacs & de rochers, s'offre à la vue,
les couleurs s'en affoiblissent peu à peu;
mais, on y distingue mille objets. L'éloi-
gnement est terminé par des hauteurs, où
de sombres forêts étouffent les derniers
rayons. Une montagne peu éloignée pré-
sente des collines qui s'élevent insensible-
ment; le mugissement des troupeaux en fait
retentir les vallons. Un lac qui s'étend en-
tre les montagnes offre un mitoir immen-
se, une lumiere tremblante brille sur ses
flots unis. Là les vallons tapissés de verdure
souvrent à la vue, ils forment des replis-
qui se rétrécissent dans l'éloignement.
Une montagne chauve revet ses préci-
pices d'une glace éternelle, qui sembla-
ble au cristal., renvoye les rayons du So-
leil; la chaleur brûlante de la canicule
fait de vains efforts contr'elle. Une autre
montagne fertile se couvre de pâturages
abondans; sa pente insensible brille de
l'éclat des bleds qui meurissent, & ses co-
teaux sont couverts de cent troupeaux.
Des climats si opposés ne sont séparés que
par un vallon étroit qu'habite une ombre
toujours fraîche.
Là une montagne escarpée & taillée en
précipices aussi rapides que des murs; un
trrent passe avec fureur entre les rochers
H tombe par une ouverture, une chûte-
E iij.
102 MERCUREDEFRANCE.
suit l'autre, ses flots écumeun s'élancent
avec une force impétueuse au delà du roc.
L'eau dispersée par la vitesse de sa chûnte
profonde, forme une vapeur grise & mo-
bile, qui est suspendue dans un ait épais-
si: un arc-en-ciel brille au travers de ces
gouttes légéres, & la vallée éloignée s'ab-
breuve d'une rosée continuelle. L'Etranger
voit avec lurprise des rivieres couler dans
les airs, qui sortent des nues, & forment
elles mêmes des nuages.
L'œeil éclairé par l'art & par la science,
ne sçauroit s'arrêter ici sana trouver une
merveille qui l'arrête & qui l'étonne.
Portez le flambeau de la Physique jusques.
dans le sein de la terre, vous verrez l'ar-
gent végeter dans les mines, vous y dé-
couvriroz l'or qui enrichit nos rivieres:
parcourez l'aimable empire des plantes bi-
garées qu'un zéphir amoureux couronne le
matin des perles de la rosée, vous trouvo-
rez par tout des beautés toujours différen-
tes, & vous découvrirez tous les jours
des trésors sans les épuiser.
L'astre du jour perce les brouillards lé-
gers, il essuie du front de la terre les
iarmes que les nues y ont répandues :
voyez les plantes qui brillent d'un éclat
nouveau qui nage sur les feuilles, & qui
rafraîchit la Nature. L'air se remplit
«
MARS.
1752.
103
d'une odeur agréable; c'est un tribut que
les enfans de Flore payent aux doux zé-
phirs. Les fleurs panachées semblent se dis-
puter le rang, un vif azut combat l'or d'une
plante voisine; une montagne entiere pa-
roît un tapis de verdure brodée d'arcs-
en-ciel.
La noble gentiane élève sa tête altiero
au dessus de la foule rampante des plan-
tes plébéiennes, tout un peuple de fleuts
se range sous son étendart, son frere men-
me couvort d'un tapis bleu s'humilie de-
vant elle. L'or de ses fleurs est formé en
rayons; il embrasse sa tige, ses feuillles
rayées d'un verd foncé, brillent du feu
d'un diamanr humide. La Nature y suit la
plus juste des loin; elle unit la vertu
avec la beauté, un beau corps renferme
une ame encore plus be He.
Ici une plante rampante étale ses feuilles
cendrées, qui formées en pointes par la
Mature, sont rangées en croix, sa fleur
porte deun becs dorés, qui soutiennent
un oiseau d'Améthiste: là une herbe lui-
ante, dont les feuilles imitent des mains,
voit son image verte refléchie sur une
onde pure: là la tendre neige de ses fleurs
omnée d'une pourpre affoiblie, est envi-
ronnée de rayons blancs d'une étoile so-
lide. L'émeraude: & la roze fleurissent jus-
....
Eun
104 MERCURE DE FRANCE.
ques dans les bruyeres qu'on foule aub
pieds, & les rochers se couvrent d'un
tapis de pourpre.
Dans les lieux mêmes où le Soleil ne
jette jamais ses doux regards, une glace
éternelle prive le vallon désolé de l'hon-
neur de la verdure, le sein des rochers est
orné d'une parure, que le tems ne flétrit
jamais, & que l'hyver ne peut lui enle-
ver. Le limon humide forme des voutes
d'un cristal brillant & des grottes natu-
relles; un roc de diamant où se jouent
mille couleurs éclate à travers l'air téné-
breux, & l'éclaire de ses rayons. O ri-
chesses de la Nature! disparoissez foibles
productions de l'Italie; ici le diamant de
l'Europe porte des fleurs, il croît, & for-
fhera bientôt un rocher solide.
Vous voyez un vallon formé par des
glaces d'uue hauteur immense, le froid
aquilon y a élevé son trône glacé. Une
riche source en sort, son onde est brulan-
te, elle roule ses flots fumans à travers
l'herbe flétrie, & brûle tout ce qu'elle
touche. Son eau transparente est chargée
de métaux liquides: un fer salutaire dore
sa route, le sein de la terre l'échauffe,
& ses veines bouillonnent par le combat
intérieur des élémens: en vain les vents
& la neige conjurent contre ses flots, le
MARS. 1752. 105.
fou est leur essence, & ses ondes ressem-
blent aux flâmes:
Là où le rapide Avançon entraîne des
forêts dans les goufres écumeux de ses-
ondes, les montagnes voisines fournis-
sent des sources souterraines qui fondent
le sel des rochers: une colline creuse,
voûtée d'albâtre renferme cette mer dans.
des bassins profonds; mais ses eaux ron-
gent le ciment du marbre, pénétrent les:
fentes des rochers, & S'empressent à sor-
tir pour notre usage; l'assaisonnement de-
la Nature, le plus grand trésor d'un pays,
so présente de lui-même, il se hâte de
venir au devant de nos besoins.
La Fourche produit de ses cimes gla-
cées, les plus grands fleuves de l'Europe,.
& les eaux qu'elle verse, nourrissent les-
deux mers. L'Aure y prend sa source,
qui se précipite avec un bruit terrible,
& des chûtes rapides par des rochers cou-
verts d'écume: les riches mines Ves Alpes:
dorent sa course; elle mêle à ses ondes
cristallines le métal le plus précieux; le-
fleuve chargé d'or en jette sur, ses bords-
des grains solides, comme un sable gri-
sâtre. couvre les rivages ordinaires:: le-
Berger voit ses trésors: quel exemple-
pour le monde! Il les voit, il les laisse-
couler.!
Ew
106 MERCUREDE FRANCE.
Aveugles mortels, que l'avarice, l'am-
bition & la volupté amorcent par de
vains appas jusqu'au bord du tombeau,
vous qui empoisonnez les plaisirs bornés
d'une vie passagere, par des soins tou-
jours nouveaux, & par des peines inuti-
les: vous qui méprisez le tranquille bon-
heur de la médiocrité, qui demandez plus
au Destin que la Nature n'exige de vous,
& qui prenez pour des besoins, ce que
la folie vous fait souhaiter: croyez-moi,
une étoile rayonnante ne rend pas heu-
reux; un colier de perles nenrichit pas
le coeur: voyez ce peuple que vous mé-
prisez; il est content au milieu des tra-
vaux & de la pauvreté; apprenez de lui,
que la Nature suffit pour nous rendre
heureux.
Malheureux, ne vantez pas la fumée
de vos villes, où la malice & la trahison,
se parent du masque de la vertu. La pom-
pe qui vous environne, vous retient dans
des chaînes d'or, elle accable celui qu'el-
le couvre, & n'a du brillant que pour
des yeux étrangers. L'ambition entraîne
sos esclaves avant le lever du Soleil, aux
portes fermées des citoyens puissans. La
soif insatiable d'un profit inutile vous
ravit le repos de la nuit. Le feu céleste de
l'amitié ne sçauroit s'allumer dans vo-
Digsiened vOO
MARS.
1791.
16
ames, car l'envie & l'intérêt desunissent
les cœurs des freres.
C'est là qu'un tyran inhumain se Joue
de la vie de ses esclaves; sa pourpre est
teinte du sang de ses sujets: la calomnie,.
la haine & le mépris payent la vertu de
honte, & l'envie enflée de venin ronge
le bien de son voisin; la volupté abrége:
des jours qui s'échapent à nos plaisirs, &
le tonnerre éclate autour de son lit somé-
de roses: l'avarice couvre des trésors ra-
massés pour son suplice, & pour celui
des autres humains; des trésors dont per-
sonne ne jouit moins que celui qui les
possede: les desirs succedent aux cha-
grins, votre vie entiere n'est qu'un fon-
ge inquiet.
Peuple heureux, la noire engeance:
des vices ne s'empara jamais de vos coeurs,.
la Nature vous rassasie de ses biens, ils-
s'offrent d'eux mêmes, l'opinion ne les-
rend pas difficiles, & la jouissance ne les:
change pas en dégoûts; aucun ennemi
fecret ne ronge vos corurs, & la repen-
tance tardive ne paye point vos plaisira:
de larmes de sang; le torrent impétueuxt
des passions, à qui la raison des Philo-
sophes oppose de foibles barrieres, ne-
vous entraine jamais, rien ne vous abbais--
se, rien ne vous élexe, votre vie est tou-
Evj.
108 MERCURE DE FRANCE.
jours égale, & votre mort est aussi unie
que votre vie.
Heureux qui comme vous laboure son.
héritage avec des bœeufs qu'il a élevés lui-
même; qui couvert d'une laine pure, &
couronné de guilandes, se contente d'un
simple repas de lait doux, à qui lè soufse
agréable des zéphirs, & la frascheur des
cascades font goûter un sommeil tranquile
sur le tendre gazon; que jamais le bruit
des vagues furieuses n eveille sur les mers.
irritées, ni le son des trompettes fatales
sous des tentes voisines de la mort; con-
tent de son sort, il nen souhaite point
d'autre assurément, le Ciel ne peut rien.
ajoûter à son bonheur.
Allemans que ceux qui rouloient sur des
objets de scicnce au d'érudition. M. Grimm
nous a avertis dans ses Lettres ecrites tout- à
fait agréablement, & remplies d'une criti-
que très-délicate, que sa Nation avoit des
Ouvrages de gout & de genie. Vn autre
Allemand vient de nous en couvaincre par
la traduction des Poësies de M. Haller.
Les Lecteurs les plus difficiles y ont trouve
de l'élévation, de la force, des images,
de la Philosophie & assez souvent des gra-
ces. Comme le recueil que nous annonçons
est peu répandu, nous croyons devoir trans-
crire ici pour l'intérêt des Letires, celui
des Poemes de M. Hiller, qui a réuni un
plus grand nombre de suffrages.
LES ALPES.
Cherchez, Mortels, à changer votre
sort, profitez des inventions de
l'Art, & des bienfaits de la Nature;
animez par de superbes jets-d'eau vos
parterres, taillez des rochers suivant les
loix de Corinthe, couvrez vos marbres
de riches tapis 2 mangez dans l'or des
nids de Tonquin, buvez des perles dans
MARS. 1752.
85
des coupes d'émeraude; appellez le som-
meil par les accords les plus doux; re-
veillez-vous au bruit des trompettes; ap-
planissez des montagnes, changez en
pares des Domaines entiers, que le Des-
tin remplisse tous vos desirs, vous serez
pauvres dans l'abondance même, & la
misere vous suivra au milieu des ri-
chesses.
L'ame fait elle-même son bonheur, ce
qui est hors d'elle n' est que l'occasion du
plaisir & de la peine; une humeur égale
adoucit les chagrins les plus amers, pen-
dant qu'un esprit inquiet empoisonne
rous les plaisirs. Le Monarque ne posse-
de aucun bien qui manque au Berger,
il se dégoûte du sceptre, comme celui-ci
de la houlette. Malheur à lui si l'avarice
ou l'ambition le dévore, les Gardes qui
l'environnent, n'écartent pas les noirs
chagrins. Mais celui dont 1 ame est dans
une assiete tranquille, ne demande pas
des plumes de prix pour se procurer un
fommeil délicieux.
Heureux Siécle d'or, préfent de la
bonté suprême ! Pourquoi le Ciel a-t. il
borné ta durée ? Nous ne regrettons pas
le printems éternel de la jeunesse du
monde, où jamais un froid Aquilon
ne moissonna les fleurs, où le bled
86 MERCURE DE FRANCE.
couvroit les champs fertiles sans exiger
de culture, où les fleuves couloient de
miel & de lait, où le téméraire Lion
n'allarmoit pas les foibles troupeaux, &
où un agneau égaré dormoit tranquille-
ment au milieu des loups. Nous le re-
grettons, parce que l'homme ne cher-
choit pas encore son malheur dans le
superflu, parce qu'il trouvoit des ri-
chesses dans la simple nature, & que
l'or n allumoit pas encore des desirs in-
satiables.
Disciples de la Nature, vous connois-
sez encore cet âge d'or; non pas à la
vérité ce siécle pompeux imagine par les
Poctes. Peut-on desirer l'éclat extérieur
des brillantes vanités, quand la vertu
fait trouver le plaisir dans le travail, &
le bonheur dans la pauvreté ? Le ciel, il
est vrai, ne vous a pas fait naître dans
les vallées délicieuses de la Thessalie:
les nuages, qui vous couvrent, sont char-
gées de neiges & de foudre : un long
hyver abrege vos printems tardifs, & vos
froids vallons sont entourés d'une glace
éternelle; mais la pureté de vos moeurs
adoucit ces incommodités, la rigueur
même des Elémens augmente votre
bonheur.
Peuples heureux & contens, à qui le
1752.
MARS.
87
Destin favorable a refusé l'abondance
cette riche source de tous les vices. Celui
qui est satisfait de son état, trouve son
bonheur dans l'indigence même, pendant
que la pompe & le luxe sapent les fon-
demens des Etats. Dans le tems que Ro-
me comptoit ses victoires par ses com-
bats, le lait faisoit la nourriture des Hé-
ros, & ses Dieux habitoient des Tem-
ples de bois. Mais lorsque les richesses
devinrent immenses, l'ennemi le plus
foible confondit bientôt fon lâche or-
gueil. Garde-toi d'aspirer à quelque chose
de plus grand, ta prospérité durera aussi
long-tems que la fimplicité de tes moeurs.
La Nature, il est vrai, couvre de
pierres ton Pays raboteux, mais ta cha-
fue s'ouvre un passage, & tes grains
meurissent. Elle éleva les Alpes pour te
séparer du monde, parce que les hom-
mes procurent aux hommes les plus
grands malheurs. L'eau pure est ta bois-
fon, & le lait fait ta nourtiture, mais
l'appétit ptête du goût aux glands mê-
mes. Les mines profondes de tes mon-
tagnes ne te donnent qu'un fer grossier;
mais le Pérou t'envie ta pauvreté. Tou-
tes les peines sont légéres, où regne
la liberte, les rochers y portent des
88 MERCURE DEFRANCE.
fleurs, & Borée y radoucit son soufse
impétueux.
Heureux, qui est privé de ces avanta-
ges dangereux: les richesses nont aucun
bien qui égale votre indigence. Chez
vous l'union habite dans des ames paci-
fiques, parce que la vanité séduisante n'y
seme jamais des pommes de discorde. Ici
le plaisir n est accompagné d'aucune crain-
te inquiéte, on aime la vie sans hair la
mort. La raison y regne guidée par la Na-
ture, elle ne cherche que le nécessaire,
& regarde le superfsu comme une charge
pesante: on observe ici sans étude & sans
contrainte ce qu'Epictete pratiqua, &
ce que Seneque ne fit qu'enseigner.
Ici l'on ne connoît point ces distinctions
inventées par l'orgueil, qui assujettissent
la vertu, & qui annoblissent le vice;
l'oisiveté chagrine n'y fait pas craindre la
longueur des heures, le travail remplit le
jour, & le repos occupe la nuit: un esprit
sublime ne s'y laisse pas éblouir par l'am-
bition, les soins de l'avenir n'empoison-
nent point les plaisirs du présent. La liber-
té dispense d'une main impartiale, & avec
une mesure toujours égale, le contente-
ment, le repos & la peine. Aucun esprit
mécontent naccuse ici la fortune, on
oogle
red b
MARS. 1752.
89
mange, on dort, on aime, & l'on rend
grace à son Destin.
Le sçavoir n'étale point ici ses trésors
dans les livres; on ne mesure pas les
chemins de Rome & d'Athènes, on
ne soumet point la raison aux loix de
l'Ecole, & personne ne prescrit au Soleil
la route qu'il doit suivre. Mais qu'y per-
dez-vous ? Le Sage vit-il avec plus de
contentement? Il connoît la structure du
monde, mais il meurt sans se connoître
lui-même. Sans triompher de la volupté,
il s'en refuse les douceurs, & sa délicatesse
le dégoûte de son sort; c'est dans le coeur
des hommes, & non pas dans le cer-
veau que la Nature a gravé l'art de bien
vivre.
La fortune inconstante ne distingue
point chez vous les tems. Les larmes n'y
succedent pas à une joie passagere: la vie
s'écoule dans une paix inaltérable, le pré-
sent ressemble au passé, & l'avenir sera
comme le présent. Aucune disgrace ne
marque ici les jours d'une distinction fu-
neste, comme une fortune subite n'en
met point au nombre des fêtes. Les plai-
sirs & les peines de la vie se soutiennent
dans une balance égale, & il ny a point
d'époque entre la naissance & la mort.
A peine la gaieté arrache-t-elle quelques
30 MERCUREDEFRANCE.
momens à ce peuple, uniforme dans ses
devoirs.
Quand les tiédes zéphirs commencent
à faire sentir leurs haleines, & qu'un
sang plus vif ranime la jeunesse, tont un
village s'assemble sous l'ombre d'un grand
chêne, l'adresse & la beauté y vont mé-
riter l'applaudissement & l'amour: ici
deux jeunes combattans se saisissent, &
lutrent avec effort, le sérieux se mêle au
badinage. Là poussée d'une main vigoureu-
se, une pierre pesante vole au travers de
l'air au but marqué. Un berger, guidé par
une espérance plus relevée, s'avance vers
la troupe attrayante des jeunes Bergeres.
Ici le plomb past avec une vitesse pa-
reille à la foudre, l'éclair brille, & dans
le même instant l'ait & le but sont percés.
Là une boule roule en bondissant dans
une ligne prescrite, frappe au terme choi-
si. Ici une troupe bigarée foule l'herbe
naissante, en s'entrelaçant les mains &
en dansant au son de la musette; l'art ne
seur apprend pas à se tourner en caden-
ce, mais la gaieté leur prête des alles. Les
vieillards se reposent dans une autre
place; ils forment de longues lignes, &
le plaisir de leurs enfans ranime leur
cœeur.
Car ici où la nature seule donne des
MARS. 1752.
9
Joix, aucune contrainte ne borne l'agréa-
ble empire de l'amour; on aime sans hon-
to ce qui est aimable; le mérite rend
tout estimable, & l'amour rend tout égal.
La beauté est adorée même dans la pau-
vreté; l'on ne vend point les faveurs pour
les richesses; l'ambition ne sépare jamais
ce que le mérite & la tendresse ont uni;
la politique ne forme pas des liens mal-
heureux; l'amour brule sans gêne, & ne
cramt point d'orage; on aime pour soi-
même, & non pout des parens ambi-
tieux.
Dès qu'an jeune Berger éprouve cette
doute flamme, que les beaux yeux d'un
objet aimé allument dans un coeur sensible,
la crainte ne l'arrête point, un discours
sincere déclare son tourment; la Bergere
l'écoute, & si la flamme du Berger mérite
d'être couronnée, elle avoue ses senti-
mens, & répond à ses desirs. Les tendres
mouvemens ne deshonorent point les bel-
les, quand l'agrément les a produits, &
que la vertu les soutient. Refus d'une
fausse pudeur, singe de la véritable chas-
teté, l'orgueil ne vous a créé que pour
notre suplice.
Ici les désirs de deux Amans ne sont
point gênés par une vaine pompe, un
amour réciproque acheve le contrat; sou-
92 MERCUREDEFRANCE.
vent le contrat n est confirmé que par
la fidélité de deux Amans; de simples
promesses tiennent lieu de ferment, &
un baiser en est le sceau. Le tendre rossi-
gnol les salue d'une branche voisine; la
volupté leur prépare un lit sur la mousfe
mollement enflée, un arbre leur sert de
rideaux, la solitude est leur témoin, &
l'amour conduit l'épouse entre les bras de
son berger. Amans fortunés, dignes de
l'envie des Princes, la tendtesse embau-
me le gazon, & le dégoût regne sur
la soye.
Dans ces lieux charmans la foi con-
jugale n est jamais violée, elle n'a pas be-
soin de gardes, la pudeur & le bon sens
veillent sur elle; la curiosité ne porte
point aux plaisirs défendus, celle que
Ton aime est encore belle après la jouis-
sance. Le chaste amour répand des roses
sur les travaux. Le devoir a des charmes,
quand on travaille pour ce qu'on aime.
Si l'on napprend pas l'art d'aimer suivant
les regles, le langage le plus rustique est
doux, pourvû que ce soit le cœeur qui
parle. La complaisance & le badinage,
ai mables compagnes de l'union, animent
les baisers, & regnent dans les coeurs.
Eloignée de la vanité des occupations
pénibles & du tumulte des Villes, la
MARS. 1752.
95
tranquilité de l'ame habite dans ces
lieux. La vie active de ces peuples aug
mente la force de leurs corps robustes;
ils ne s'engraissent point d'une oisiveté
paresseuse, le travail les éveille, le même
travail tranquilise leurs esprits, le plaisir
& la santé adoucissent leurs peines. Un
sang pur coule dans leurs veines, aucun
poison héréditaire, fruit des déréglemens
d'un pere vicieux, ne s'y est glissé; il
n'est ni corrompu par le chagrin, ni en-
flâmé par des vins étrangers, ni gâté par
un venin lascif, ni aigri par des ragoûts
artificieux.
Dès que le rude aquilon a perdu
l'empire des airs, dès qu'une sêve animée
pénêtre les plantes, & que la terre s'orne
d'une nouvelle parure, qu'un doux zé-
phir lui apporte sur des aîles échauffées
dans des climats plus doux; aussi-tôt le
peuple fuit les vallons, dont la neige s'é-
coule en formant des ruisseaux d'une eau
trouble: il s'empresse à retrouver sur les
Alpes l'herbe printanniere, qui pousse à
peine à travers la glace. Le bétail qui qui-
te l'étable, salue avec joie la montagne,
ornée pour son usage par le printems &
par la Nature.
Aussi-tôt que les allouettes annoncent
la naissance du jour, & que la lumiete du
Digsinas vOO
94 MERCURE DEFRANCE.
monde nous jette ses premiors regards, le
berger s'arrache aux caresses de son épou-
sse, qui hait son départ, sans le retarder.
Les lents troupeaux de ses génisses mar-
chent pesamment devant lui avec un mu-
gissement joyeux, sur des sentiers cou-
verts de rosées, ils se promenent sans se
hâter dans les prairies, où fleurissent le
tresse & le sainfoin, en fauchant l'herbę
tendre avec des langues tranchantes. Le
Berger assis auprès d'une chûte d'eau, ap-
pelle du cor les échos des environs.
Lorsque les rayons obliques allongent
les ombres, & que le Soleil fatigué se
baisse pour rappeller un repos rafraîchis-
sant, le troupeau rassassié, regagne avec
un meuglement confus ses gîtes ordinai-
res, la Bergere salue son mary, qui la
revoit avec plaisir; là la troupe empressée
des enfans badine & se réjouit autour de
lui, & dès que l'écume du lait est tirée,
le couple fatigué va goûter un repas rus-
tique: l'appétit donne du goût à ce que
la simplicité a préparé, le sommeil & l'a-
mour les menent à leur couche paisible.
Quand la chaleur de l'été commence à
bruler la campagne, & que l'espoir des
peuples meurit dans la couleur blonde des
prés, le Berger industrieux vole dans les
vallons couverts de rosées, avant même
MARS.
1752.
95
qu elau rore ait doré le sommet des mon-
tagnes. Flore est chassée de son aimable
royaume, la parure de la terre tombe sous
les coups obliques de la faulx, une odeur
agréable composée de mille odeurs diffé-
rentes s'élève des rangs émaillés des her-
bes abattues. Les boeuts amenent d'un pas
pesant la provision de l'hyver, & leur
marche est accompagnée de chansons que
dicte la joie.
Quand la triste Automne fait tomber les
feuilles fanées, & que l'air plus frais
s'enveloppe danodes brouillards épais, le
sein de la terre se pare d'une décoration
nouvelle. Pauvre en éclat & en fleurs
elle est riche en production utile. L'agréa-
ble coup d'œeil du printemps cede à des
biens plus solides. Les fruits brillent à la
place des fleurs, des pommes d'or parse-
mées de rayes pourprées, font ployer la
branche étayée pour s'approcher de la
bouche, la poire parfumee, les prunes
aussi douces que le miel, invitent la main
du Maître & l'attendent sur l'arbre.
L'Automne ne couronne pas ici les cô-
teaux de ses vignes, on n'y presse point
des grapes foulées un jus qui fermente.
La terre ne présente à la soif que des fon-
taines; aucunes liqueurs artificielles ne
nous précipitent dans le tombeau. Ne
Niues VO
96 MERCUREDEFRANCE.
vous plaignez pas, Peuples heureux, vous
gagnez en paroissant perdre. Ce n est pas
d'un bien ni d'une boisson nécessaire,
c'est d'un poison que vous êtes privés. La
bienfaisante Nature a défendu le vin aux
bêtes, l'homme seul en boit, & devient
brute. Le Destin qui s'interesse pour vous
a caché à vos yeux le chemin qui vous
conduiroit à la ruine.
Votre Automne ne manque pas de trè-
sors que l'industrie & la vigilance vous
font trouver sur les montagnes les plus
élevées. Dès l'aube du jour, quand les
brouillards tombent, le Chasseur fait re-
tentir son cor, & appelle l'écho, l'enfant
des rochers. Là un daim timide à qui
la peur donne des aîles, franchit d'un
saut le vaste intervalle de deux rochers. Un
plomb rapide arrête la course d'un cha-
mois agile; un chevreuil léger fuit, chan-
celle, & va tomber. Les cris de la meu-
re, l'éclat mortel du métal raisonne dans
les vallons couronnés, & fait retentit
les bois.
Pour ne pas être surpris par l'hyver, le
peuple laborieux tire du lait le pain des
Alpes. Ici le lait s'épaissit sur la braise ar-
dente, il se condense, & se change en
huile figée. Une liqueur acide sépare l'eau
de la graisse. Ici l'on cuit la seconde prise
pour
MARS.
1752.
97
pour les Pauvres, & là le nouveau froma-
ge prend sa forme dans un cercle de bois.
Tout le ménage y prête la main; on au-
roit honte de ne pas s'occuper, il n'est
point d'esclavage plus pénible que l'oi-
liveté.
Lorsque la tetre est enterrée sous le
froid, que les vallons sont couverts de
glace, & les montagnes de neige, que les
champs épuisés se reposent pour une nou-
velle récolte, & qu'une digue de cristal
arrête le cours des eaux; le Berger se re-
tire dans sa cabane chargée de neige, la
fumée des pins résineux y noircit les pou-
tres desséchées; un doux repos le dédom-
mage de la peine qu'il a souffert, les
jours s'écoulent sans soucil au milieu des
jeux, & lorsque ses voisins s'assemblent au-
tour du foyer, leurs entretiens méritent
l'attention d'un Philosophe.
Un Berger apprend à la compagnie à
prévoir le tems que les nuages nous pré-
parent, il prédit la route des vents &
des tempêtes, & il voit de loin l'orage
qui s'approche. Il connoît l'influënce de
la lune, & l'effet de ses couleurs, il dis-
cingue les menaces d'un brouillard, qui
sort d'une montagne avec le jour. Il comp-
te dès le printems les gerbes d'une mois-
son éloignée, & pendant que tout le
98 MERCUREDEFRANCE.
monde est occupé à faucher, il s'arrête
pour éviter une pluie prochaine: il est
l'Oracle du hameau, sa décision inspire
de la confiance, & l'expérience lui tient
lieu de mille livres.
Un jeune Berger accorde sa lyre, &
l'accompagne d'une chanson nouvelle,
un doux transport l'anime, la nature &
l'amour lui inspirent une flâme sécrette
qui brule dans le coeur, & que l'att ne
scauroit imiter. L'étude n'a point de part à
les éclogues, son génie convient à son
état, & sa chanson dépeint son génie ;
les moutons sont l'objet de ses vers, & sa
muse parle comme sa Bergere, le coeur lui
dicte ce qu'il chante, sa belle est son
Appollon, c'est le sentiment qui fait la
Poësie, & non pas des sons mesurés.
Tantôt c'est un vieillard qui prend la
parole; des cheveux gris asbutent un nou-
veau poids à ses discours: nos Peres l'ont
déja vu, le fardeau d'un siécle n'a affoibli
que son corps, il a donné des forces à
son esprit. Exemple vivant de nos Ancê-
tres hétoiques qui, la foudre à la main,
avoient Dieu dans le coeur, il peint les
batailles, compte ses drapeaux conquis,
retrace les remparts des ennemis, & dé-
crit les victoites qu'il a aidé à remporter.
La jeunesse étonnée l'écoute attentive-
ad by Goog
MARS. 1752.
92
ment, elle marque dans ses gestes une no-
ble impatience de surpasser sa gloire.
Un autre vieillard également vénéra-
ble, est la loi vivante & la régle de son
peuple; il apprend à ses voisins comment
le monde entier s'est soumis lâchement au
joug, & comment le luxe des Princes
consume les forces des peuples. Il retrace
le courage audacieux de Tell, qui osa
briser ce joug pésant, sous lequel la moi-
tié de l'Europe gémit encore. Il fait sentit
la misere de nos voisins, qui gémissent
dans la pauvreté & dans les chaînes. L'Ita-
lie na que des Habitans indignes & mal-
heureux: l'union, la fidélite & le cou-
rage attachent les alles de la fortune à l'e-
tat le plus foible.
Un cercle d'Auditeurs s'assemblent an-
tour d'un vieillatd vigoureux, qui fonde
la nature, & qui en connoît toutes les
beantés. Ses recherches, ont épuisé les
vertus merveilleuses des plantes & leurs
formes variées; il jette des regards péné-
trans dans les voûtes souterraines; en vain
la. terre dérobe l'or à sa vue. Il perce l'air, &
voit ces vapeurs chargées de soufre, qui ren-
ferment dans leur sein humide un tonnerre
qui gronde avec fureur. Il connoît sa Pa-
trie, ses yeux y trouvent tous les jours
de nouveaux trésors.
E ij
190 MERCUREDEFRANCE.
Car ici, où le sommet de Golthard
perce les nues, où le Soleil éclaire de plus
près un monde ésevé, la Nature variée a
renfermé dans un petit Pays tout ce que la
terre peut produire de curieux. La Lybis
offre plus souvent de rares objets, & fes
déserts voyent tous les jours quelques
monstres nouveaux; mais le Ciel plus fa-
vorable à notre Patrie, lui fournit ses
dons secourables, & ne lui refuse que le
superflu & l'inutile. Ces glaces mêmes qui
s'amoncelent entre les montagnes, ces ro-
chers escarpes sont faits pour notre usage:
ils produisent les fleuves qui arrosent les
plaines fertiles.
Quand les premiers rayons du Soleil do-
rent les pointes des rochers, & qu'un de
ses regards dissipe les brouillards, on dé-
couvre du sommet d'une montagne avec
un plaisir toujours nouveau. Le spectacle
le plus superbe de la Nature, le théâtre
d'un monde entier s'y présente dans un
instant au travers des vapeurs transparen-
tes d'un nuage léger. Le séjour immense
de plusieurs peuples se découvre à la fois.
Une agréable confusion nous force à fer-
mer les yeux, trop foibles pour parcourir
un cercle sans bornes qui s'étend sous
nos pieds.
Un mélange agréable de montagnes,
101
MARS.
1752.
de lacs & de rochers, s'offre à la vue,
les couleurs s'en affoiblissent peu à peu;
mais, on y distingue mille objets. L'éloi-
gnement est terminé par des hauteurs, où
de sombres forêts étouffent les derniers
rayons. Une montagne peu éloignée pré-
sente des collines qui s'élevent insensible-
ment; le mugissement des troupeaux en fait
retentir les vallons. Un lac qui s'étend en-
tre les montagnes offre un mitoir immen-
se, une lumiere tremblante brille sur ses
flots unis. Là les vallons tapissés de verdure
souvrent à la vue, ils forment des replis-
qui se rétrécissent dans l'éloignement.
Une montagne chauve revet ses préci-
pices d'une glace éternelle, qui sembla-
ble au cristal., renvoye les rayons du So-
leil; la chaleur brûlante de la canicule
fait de vains efforts contr'elle. Une autre
montagne fertile se couvre de pâturages
abondans; sa pente insensible brille de
l'éclat des bleds qui meurissent, & ses co-
teaux sont couverts de cent troupeaux.
Des climats si opposés ne sont séparés que
par un vallon étroit qu'habite une ombre
toujours fraîche.
Là une montagne escarpée & taillée en
précipices aussi rapides que des murs; un
trrent passe avec fureur entre les rochers
H tombe par une ouverture, une chûte-
E iij.
102 MERCUREDEFRANCE.
suit l'autre, ses flots écumeun s'élancent
avec une force impétueuse au delà du roc.
L'eau dispersée par la vitesse de sa chûnte
profonde, forme une vapeur grise & mo-
bile, qui est suspendue dans un ait épais-
si: un arc-en-ciel brille au travers de ces
gouttes légéres, & la vallée éloignée s'ab-
breuve d'une rosée continuelle. L'Etranger
voit avec lurprise des rivieres couler dans
les airs, qui sortent des nues, & forment
elles mêmes des nuages.
L'œeil éclairé par l'art & par la science,
ne sçauroit s'arrêter ici sana trouver une
merveille qui l'arrête & qui l'étonne.
Portez le flambeau de la Physique jusques.
dans le sein de la terre, vous verrez l'ar-
gent végeter dans les mines, vous y dé-
couvriroz l'or qui enrichit nos rivieres:
parcourez l'aimable empire des plantes bi-
garées qu'un zéphir amoureux couronne le
matin des perles de la rosée, vous trouvo-
rez par tout des beautés toujours différen-
tes, & vous découvrirez tous les jours
des trésors sans les épuiser.
L'astre du jour perce les brouillards lé-
gers, il essuie du front de la terre les
iarmes que les nues y ont répandues :
voyez les plantes qui brillent d'un éclat
nouveau qui nage sur les feuilles, & qui
rafraîchit la Nature. L'air se remplit
«
MARS.
1752.
103
d'une odeur agréable; c'est un tribut que
les enfans de Flore payent aux doux zé-
phirs. Les fleurs panachées semblent se dis-
puter le rang, un vif azut combat l'or d'une
plante voisine; une montagne entiere pa-
roît un tapis de verdure brodée d'arcs-
en-ciel.
La noble gentiane élève sa tête altiero
au dessus de la foule rampante des plan-
tes plébéiennes, tout un peuple de fleuts
se range sous son étendart, son frere men-
me couvort d'un tapis bleu s'humilie de-
vant elle. L'or de ses fleurs est formé en
rayons; il embrasse sa tige, ses feuillles
rayées d'un verd foncé, brillent du feu
d'un diamanr humide. La Nature y suit la
plus juste des loin; elle unit la vertu
avec la beauté, un beau corps renferme
une ame encore plus be He.
Ici une plante rampante étale ses feuilles
cendrées, qui formées en pointes par la
Mature, sont rangées en croix, sa fleur
porte deun becs dorés, qui soutiennent
un oiseau d'Améthiste: là une herbe lui-
ante, dont les feuilles imitent des mains,
voit son image verte refléchie sur une
onde pure: là la tendre neige de ses fleurs
omnée d'une pourpre affoiblie, est envi-
ronnée de rayons blancs d'une étoile so-
lide. L'émeraude: & la roze fleurissent jus-
....
Eun
104 MERCURE DE FRANCE.
ques dans les bruyeres qu'on foule aub
pieds, & les rochers se couvrent d'un
tapis de pourpre.
Dans les lieux mêmes où le Soleil ne
jette jamais ses doux regards, une glace
éternelle prive le vallon désolé de l'hon-
neur de la verdure, le sein des rochers est
orné d'une parure, que le tems ne flétrit
jamais, & que l'hyver ne peut lui enle-
ver. Le limon humide forme des voutes
d'un cristal brillant & des grottes natu-
relles; un roc de diamant où se jouent
mille couleurs éclate à travers l'air téné-
breux, & l'éclaire de ses rayons. O ri-
chesses de la Nature! disparoissez foibles
productions de l'Italie; ici le diamant de
l'Europe porte des fleurs, il croît, & for-
fhera bientôt un rocher solide.
Vous voyez un vallon formé par des
glaces d'uue hauteur immense, le froid
aquilon y a élevé son trône glacé. Une
riche source en sort, son onde est brulan-
te, elle roule ses flots fumans à travers
l'herbe flétrie, & brûle tout ce qu'elle
touche. Son eau transparente est chargée
de métaux liquides: un fer salutaire dore
sa route, le sein de la terre l'échauffe,
& ses veines bouillonnent par le combat
intérieur des élémens: en vain les vents
& la neige conjurent contre ses flots, le
MARS. 1752. 105.
fou est leur essence, & ses ondes ressem-
blent aux flâmes:
Là où le rapide Avançon entraîne des
forêts dans les goufres écumeux de ses-
ondes, les montagnes voisines fournis-
sent des sources souterraines qui fondent
le sel des rochers: une colline creuse,
voûtée d'albâtre renferme cette mer dans.
des bassins profonds; mais ses eaux ron-
gent le ciment du marbre, pénétrent les:
fentes des rochers, & S'empressent à sor-
tir pour notre usage; l'assaisonnement de-
la Nature, le plus grand trésor d'un pays,
so présente de lui-même, il se hâte de
venir au devant de nos besoins.
La Fourche produit de ses cimes gla-
cées, les plus grands fleuves de l'Europe,.
& les eaux qu'elle verse, nourrissent les-
deux mers. L'Aure y prend sa source,
qui se précipite avec un bruit terrible,
& des chûtes rapides par des rochers cou-
verts d'écume: les riches mines Ves Alpes:
dorent sa course; elle mêle à ses ondes
cristallines le métal le plus précieux; le-
fleuve chargé d'or en jette sur, ses bords-
des grains solides, comme un sable gri-
sâtre. couvre les rivages ordinaires:: le-
Berger voit ses trésors: quel exemple-
pour le monde! Il les voit, il les laisse-
couler.!
Ew
106 MERCUREDE FRANCE.
Aveugles mortels, que l'avarice, l'am-
bition & la volupté amorcent par de
vains appas jusqu'au bord du tombeau,
vous qui empoisonnez les plaisirs bornés
d'une vie passagere, par des soins tou-
jours nouveaux, & par des peines inuti-
les: vous qui méprisez le tranquille bon-
heur de la médiocrité, qui demandez plus
au Destin que la Nature n'exige de vous,
& qui prenez pour des besoins, ce que
la folie vous fait souhaiter: croyez-moi,
une étoile rayonnante ne rend pas heu-
reux; un colier de perles nenrichit pas
le coeur: voyez ce peuple que vous mé-
prisez; il est content au milieu des tra-
vaux & de la pauvreté; apprenez de lui,
que la Nature suffit pour nous rendre
heureux.
Malheureux, ne vantez pas la fumée
de vos villes, où la malice & la trahison,
se parent du masque de la vertu. La pom-
pe qui vous environne, vous retient dans
des chaînes d'or, elle accable celui qu'el-
le couvre, & n'a du brillant que pour
des yeux étrangers. L'ambition entraîne
sos esclaves avant le lever du Soleil, aux
portes fermées des citoyens puissans. La
soif insatiable d'un profit inutile vous
ravit le repos de la nuit. Le feu céleste de
l'amitié ne sçauroit s'allumer dans vo-
Digsiened vOO
MARS.
1791.
16
ames, car l'envie & l'intérêt desunissent
les cœurs des freres.
C'est là qu'un tyran inhumain se Joue
de la vie de ses esclaves; sa pourpre est
teinte du sang de ses sujets: la calomnie,.
la haine & le mépris payent la vertu de
honte, & l'envie enflée de venin ronge
le bien de son voisin; la volupté abrége:
des jours qui s'échapent à nos plaisirs, &
le tonnerre éclate autour de son lit somé-
de roses: l'avarice couvre des trésors ra-
massés pour son suplice, & pour celui
des autres humains; des trésors dont per-
sonne ne jouit moins que celui qui les
possede: les desirs succedent aux cha-
grins, votre vie entiere n'est qu'un fon-
ge inquiet.
Peuple heureux, la noire engeance:
des vices ne s'empara jamais de vos coeurs,.
la Nature vous rassasie de ses biens, ils-
s'offrent d'eux mêmes, l'opinion ne les-
rend pas difficiles, & la jouissance ne les:
change pas en dégoûts; aucun ennemi
fecret ne ronge vos corurs, & la repen-
tance tardive ne paye point vos plaisira:
de larmes de sang; le torrent impétueuxt
des passions, à qui la raison des Philo-
sophes oppose de foibles barrieres, ne-
vous entraine jamais, rien ne vous abbais--
se, rien ne vous élexe, votre vie est tou-
Evj.
108 MERCURE DE FRANCE.
jours égale, & votre mort est aussi unie
que votre vie.
Heureux qui comme vous laboure son.
héritage avec des bœeufs qu'il a élevés lui-
même; qui couvert d'une laine pure, &
couronné de guilandes, se contente d'un
simple repas de lait doux, à qui lè soufse
agréable des zéphirs, & la frascheur des
cascades font goûter un sommeil tranquile
sur le tendre gazon; que jamais le bruit
des vagues furieuses n eveille sur les mers.
irritées, ni le son des trompettes fatales
sous des tentes voisines de la mort; con-
tent de son sort, il nen souhaite point
d'autre assurément, le Ciel ne peut rien.
ajoûter à son bonheur.
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Résumé : LES ALPES.
Le texte explore la véritable source du bonheur en critiquant les excès de richesse et de luxe. Initialement, les lecteurs français étaient principalement familiers avec des ouvrages scientifiques allemands. Les traductions des poésies de M. Haller et M. Hiller ont révélé des œuvres de goût et de génie. Le poème 'Les Alpes' de M. Hiller met en garde contre la quête de richesses matérielles, soulignant que le bonheur dépend de l'état d'esprit et de la simplicité des mœurs. Le texte oppose l'âge d'or mythique, où l'homme vivait en harmonie avec la nature, à la corruption apportée par l'abondance et le luxe. Il loue les peuples vivant dans des conditions modestes mais heureux, trouvant leur contentement dans la liberté et la simplicité, ignorant les distinctions sociales et vivant en paix. La société pastorale décrite est idyllique, où les gens vivent en harmonie avec la nature, sans contraintes académiques ou lois rigides. Ils connaissent la structure du monde mais ignorent leur propre essence, vivant dans une paix constante. Leur vie est marquée par des activités simples et joyeuses, comme des jeux et des danses. Les relations amoureuses sont sincères et libres, basées sur le mérite et la tendresse. Le travail est motivé par l'amour et la nécessité, apportant force et santé. La vie est active et saine, éloignée des vices et des excès. Le texte décrit également la vie pastorale dans les Alpes à travers les saisons. Au printemps, les bergers mènent leurs troupeaux dans les prairies fleuries. En été, ils récoltent le foin, et l'automne est marqué par la cueillette des fruits et la chasse. En hiver, ils se retirent dans leurs cabanes, fabriquant des produits laitiers et observant les signes de la nature. La vie pastorale est marquée par une profonde connexion avec la nature et une sagesse acquise par l'expérience. Divers personnages, comme un poète, un vieillard sage, et un naturaliste, illustrent des aspects de la nature humaine et de la beauté naturelle. La nature est décrite comme une source inépuisable de trésors et de merveilles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4829
p. 110
ENIGME.
Début :
Comme un Guerrier je suis armée, [...]
Mots clefs :
Puce
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
EN IG. ME..
Comme un Guerrier je fuis armée ;
Et d'une ardeur cruelle en tour tems animée :
Pour affouvir ma faim je cours avidement
Après le fang & le carnage ,
Et m'élançant rapidement
Sans ceffe je perce & ravage.
Je puis feule exercer & fatiguer les Rois;
Ma figure eft petite & je n'ai point de voix :
On me connoît bientôt faus me voir ni m❜eną
tendre ;
Le corps le mieux nourri , le plus frais , le plus
tendré
Souvent détermine mon choix.
Lorfque mon ennemi m'a féduite à la fuite ,
Par cent mille détours , j'évite la pourſuite :
S'il me prend il me traite en vainqueur offenfé
Mais je ne meurs du moins qu'aprés l'avoir bleffé.
Comme un Guerrier je fuis armée ;
Et d'une ardeur cruelle en tour tems animée :
Pour affouvir ma faim je cours avidement
Après le fang & le carnage ,
Et m'élançant rapidement
Sans ceffe je perce & ravage.
Je puis feule exercer & fatiguer les Rois;
Ma figure eft petite & je n'ai point de voix :
On me connoît bientôt faus me voir ni m❜eną
tendre ;
Le corps le mieux nourri , le plus frais , le plus
tendré
Souvent détermine mon choix.
Lorfque mon ennemi m'a féduite à la fuite ,
Par cent mille détours , j'évite la pourſuite :
S'il me prend il me traite en vainqueur offenfé
Mais je ne meurs du moins qu'aprés l'avoir bleffé.
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4830
p. 111-112
LOGOGRIPHE.
Début :
De mes pieds, cher Lecteur, le nombre est inégal, [...]
Mots clefs :
Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE
E mes pieds , cher Lecteur , le nombre ef
inégal ?
Le nom de certain animal
Fait les deux tiers du mien . Si tu brouilles les
cattes
*
Tu trouveras premierement ,
Le nom d'un fluide élement ;
Sur lequel le fçavant Descartes ,
Sans nommer mainte autre Ecrivain ,
A difputé long- tems en vain.
Un menton portant barbe , &, pourtant féminin ,
Un inftrument de pénitence.
Un mets de trois couleurs qu'on ne fait point c
bouillir.
Un théâtre de l'éloquence ;
Ce qui n'eft proprement ni veiller ni dormir ;;
Un nom très défité , quoique peu , defitable ,
Un énorme animal , dont le front menaçant r
Porte une armure formidable ;
Et cependant moins redoutable .
Qu'il n'eft utile & bienfaifant.
Le nom d'un homme tout celeste ,
Et que s'ils l'avoient vu les Payens auroient :
pris.
L12 MERCURE DE FRANCE.
Four ce Dieu rayonnant , dont le malheureux
Fils
Effraya l'anivers par fa chûte funefte.
Un fynonime de fureur ,
Une herbe falutaire ,
Une autre affez forte en odeur
Une femme fans mere ;
Un meuble aux Ecoliers fouvent fort odieux;
Un mot bien rimant avec grive :
Et qui , dès qu'on le nomme , offre d'abord aux
yeux ,
Des anchres , des batteaux , des mâts & des cor
dages.
Deux notes de mufique , un terme de Blafon ;
Un amas d'eau par tout entouré de rivages :
Ce que l'homme à l'argent préfere avec raiſon ;
Mais dont jamais l'honneur fans crime ,,
Ne peut devenir la victime :
L'excrément d'un tonneau :
Les rames d'un oyſeau :
Un des ouvrages de l'Abeille ,
Ce qui fur le vifage eft de couleur vermeille .
L'ennemi de l'efprit , le féjour des heureux.
Mais j'en dis trop . Adieu, Devine fi tu peux.
Par M. de Meaux de Boifoudrama.
E mes pieds , cher Lecteur , le nombre ef
inégal ?
Le nom de certain animal
Fait les deux tiers du mien . Si tu brouilles les
cattes
*
Tu trouveras premierement ,
Le nom d'un fluide élement ;
Sur lequel le fçavant Descartes ,
Sans nommer mainte autre Ecrivain ,
A difputé long- tems en vain.
Un menton portant barbe , &, pourtant féminin ,
Un inftrument de pénitence.
Un mets de trois couleurs qu'on ne fait point c
bouillir.
Un théâtre de l'éloquence ;
Ce qui n'eft proprement ni veiller ni dormir ;;
Un nom très défité , quoique peu , defitable ,
Un énorme animal , dont le front menaçant r
Porte une armure formidable ;
Et cependant moins redoutable .
Qu'il n'eft utile & bienfaifant.
Le nom d'un homme tout celeste ,
Et que s'ils l'avoient vu les Payens auroient :
pris.
L12 MERCURE DE FRANCE.
Four ce Dieu rayonnant , dont le malheureux
Fils
Effraya l'anivers par fa chûte funefte.
Un fynonime de fureur ,
Une herbe falutaire ,
Une autre affez forte en odeur
Une femme fans mere ;
Un meuble aux Ecoliers fouvent fort odieux;
Un mot bien rimant avec grive :
Et qui , dès qu'on le nomme , offre d'abord aux
yeux ,
Des anchres , des batteaux , des mâts & des cor
dages.
Deux notes de mufique , un terme de Blafon ;
Un amas d'eau par tout entouré de rivages :
Ce que l'homme à l'argent préfere avec raiſon ;
Mais dont jamais l'honneur fans crime ,,
Ne peut devenir la victime :
L'excrément d'un tonneau :
Les rames d'un oyſeau :
Un des ouvrages de l'Abeille ,
Ce qui fur le vifage eft de couleur vermeille .
L'ennemi de l'efprit , le féjour des heureux.
Mais j'en dis trop . Adieu, Devine fi tu peux.
Par M. de Meaux de Boifoudrama.
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4831
p. 113-114
AUTRE.
Début :
Fille des jeux, des ris, charme de la jeunesse, [...]
Mots clefs :
Escarpolette
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A ÜTRE .
Ille des jeux , des ris , charme de la jeuneffe
On me conftruit fans frais , & fans beaucoup d'adreffe
,
Je fuis le plus fouvent dans de charmans vergers ;
Où mainte Bergerette avec jeunes Bergers ,
Sans crainte , fans défirs , guidés par l'innocence
Viennent goûter en paix les plaifirs de l'enfance.
En me voyant aller , le bon vieillard fourit ,
La tendre mere tremble , & bientôt me détruit
Elle à grande raifon , & prend un parti fage
Le philofophe en moi , reconnoît une image
De l'aveugle Déeffe , à qui tous les morteis
Plus aveugles encore élevent des Autels ,
Si je viens à caffer , je caufe des allarmes ,
Quelque fois des malhears , & fais verfer des
larmes.
"
2
On peut parer ce coup par quelqu'attention :
Mafquons un peu mes traits. Ma compofition
Six confonnes raffemble aveque fix voyelles
Suivons notre Protée , & fes formes nouvelles ,.
Dette , qu'un homme prudent a grand foin de
payer ;
Meuble très- néceffaire en byver au foyer ,
Deux bons poiffons d'eau douce un fleuve d'I
salie ,,
F14 MERCURE DEFRANCE.
Où Mazale le Comte acquit gloire infinie ;,
Fléau dont la peinture excite latterreur ;
Ce qu'un Abbé vondroit voir changer de couleur,
Piéce utile , importante à qui fait fon ménage ,
Ce qui fur la toilette eft d'un fréquent ufage
Grains qui dans un ragoût éguifent l'appétit ,
Un fort gras animal , d'un excellent débit ,
Ce qui fait des heureux trente fix fois l'année ,
Et dans quoi l'on vous fert foupe bien mitonnée ; ,
Ce que fille éloignée attend de fon Amant ,
"
Argent que fans regret on paye fort fouvent.
C'eft affez , cher. Lecteur cher. Lecteur , vous peindre une
amufette:
Comme le cache- cache , ou bien la climufette..
Ille des jeux , des ris , charme de la jeuneffe
On me conftruit fans frais , & fans beaucoup d'adreffe
,
Je fuis le plus fouvent dans de charmans vergers ;
Où mainte Bergerette avec jeunes Bergers ,
Sans crainte , fans défirs , guidés par l'innocence
Viennent goûter en paix les plaifirs de l'enfance.
En me voyant aller , le bon vieillard fourit ,
La tendre mere tremble , & bientôt me détruit
Elle à grande raifon , & prend un parti fage
Le philofophe en moi , reconnoît une image
De l'aveugle Déeffe , à qui tous les morteis
Plus aveugles encore élevent des Autels ,
Si je viens à caffer , je caufe des allarmes ,
Quelque fois des malhears , & fais verfer des
larmes.
"
2
On peut parer ce coup par quelqu'attention :
Mafquons un peu mes traits. Ma compofition
Six confonnes raffemble aveque fix voyelles
Suivons notre Protée , & fes formes nouvelles ,.
Dette , qu'un homme prudent a grand foin de
payer ;
Meuble très- néceffaire en byver au foyer ,
Deux bons poiffons d'eau douce un fleuve d'I
salie ,,
F14 MERCURE DEFRANCE.
Où Mazale le Comte acquit gloire infinie ;,
Fléau dont la peinture excite latterreur ;
Ce qu'un Abbé vondroit voir changer de couleur,
Piéce utile , importante à qui fait fon ménage ,
Ce qui fur la toilette eft d'un fréquent ufage
Grains qui dans un ragoût éguifent l'appétit ,
Un fort gras animal , d'un excellent débit ,
Ce qui fait des heureux trente fix fois l'année ,
Et dans quoi l'on vous fert foupe bien mitonnée ; ,
Ce que fille éloignée attend de fon Amant ,
"
Argent que fans regret on paye fort fouvent.
C'eft affez , cher. Lecteur cher. Lecteur , vous peindre une
amufette:
Comme le cache- cache , ou bien la climufette..
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4832
p. 115-117
AUTRE.
Début :
Serai-je donc toujours auditeur bénévole ? [...]
Mots clefs :
Bouclier
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
Erai-je donc toujours auditeur bénévole z
Ne pourrai- je pas à mon tour
Exercer mon efprit. fur un objet, frivole
Compofer Logogriphe ? Oui , je veux en ce jour
Prendre fur moi le grave rôle
D'ennuyer , d'exceder un Lecteur morfondu
Et me vanger ainſi du tems que j'ai perdu ,
En m'arrêtant fur telle faribole.
Je ferois attrapé , fije n'étois pas lu.
A mes pareils choſe très- ordinaire :
Voyons , cachons- nous bien fous l'aile du myf
tere ,
Car fi j'étois , par malheur entendu ,
Cela gâteroit mon affaire.
Chez les Anciens mon nom eft très- fameux,
Je fus préfent à plus de cent batailles ,
Fai vu tomber les plus fortes murailles ;
Un Capitaine , un foldat valeureux.
Combattoit près de moi , jufqu'à l'heure deze
niere ,
Ma préſence augmentoit fon audace guerriera,
De l'ennemi victorieux
Si je devenois la conquête ,
Un guerrier généreux
Ne vouloit point furvivre à ma défaite .
116 MERCURE DE FRANCE.
Je méritois par mes exploits
Les regrets dont ma perte étoit toujours fuivie
On m'a vu mille & mille fois
A mes dépens fauver la vie
Aux Héros rangés fons mes loix.
Trempé de fang & couvert de pouffiere ,
On me vit au milieu des plus affieux hazards
Braver la lance meurtriere ,
M'expofer fans défente à tous les coups de Mars .
Ces Phalanges prefqu'invincibles
Qui femoient fous leurs pas le carnage & l'effroi
C'étoit ma valeur , c'étoit moi
Qui les rendois fi fortes , fi terribles .
Aujourdhui , vieux foldat , on me compte pour riem
Et l'on m'a mis au rang des Invalides ,
Quoique je pûffe encor fort bien
Parer plufieurs traits homicides."
Vous trouverez en renverfant mon nom
L'inftrument d'un jeu d'exercice ,
: 0
Et le lit fur lequel expire maint laron
Condamné par le juge au plus affreux fuplice ,,
L'art dans lequel excelle tout Aatteur ;
Une piéce d'argent qui vaut plus d'une obole ,.
Du Réprouvé le vrai fimbole ,
La bafe de la tête , un ton , une couleur ,
y
Ce qu'on trouve à Paris dans la plupart des rues
Ce que font jour & nuit des gens aux mains
crachues ;,
M. AR S.
17521 117
Un folitaire au cloître condaniné ,
Ce que fait le jus de la treille ,
Lorfque le doux glou glou vient frapper notre
oreille ;
Le titre faftueux d'un homme couronné ;
Un fer armé de pointe. & pourvû d'une tête ;
Ce que pour le dîner tous les jours on apprête ,
Ce qui fait des cheveux la grace & l'ornement,
De notre corps la plus -noble partie
Que tout le monde fçait néceffaire à la vie
Et qui bat & fe trouble , auffi -tôt que Siivie ,
Voit approcher fon tendre Amant.
Cen eft affez ; devincz maintenant.
Erai-je donc toujours auditeur bénévole z
Ne pourrai- je pas à mon tour
Exercer mon efprit. fur un objet, frivole
Compofer Logogriphe ? Oui , je veux en ce jour
Prendre fur moi le grave rôle
D'ennuyer , d'exceder un Lecteur morfondu
Et me vanger ainſi du tems que j'ai perdu ,
En m'arrêtant fur telle faribole.
Je ferois attrapé , fije n'étois pas lu.
A mes pareils choſe très- ordinaire :
Voyons , cachons- nous bien fous l'aile du myf
tere ,
Car fi j'étois , par malheur entendu ,
Cela gâteroit mon affaire.
Chez les Anciens mon nom eft très- fameux,
Je fus préfent à plus de cent batailles ,
Fai vu tomber les plus fortes murailles ;
Un Capitaine , un foldat valeureux.
Combattoit près de moi , jufqu'à l'heure deze
niere ,
Ma préſence augmentoit fon audace guerriera,
De l'ennemi victorieux
Si je devenois la conquête ,
Un guerrier généreux
Ne vouloit point furvivre à ma défaite .
116 MERCURE DE FRANCE.
Je méritois par mes exploits
Les regrets dont ma perte étoit toujours fuivie
On m'a vu mille & mille fois
A mes dépens fauver la vie
Aux Héros rangés fons mes loix.
Trempé de fang & couvert de pouffiere ,
On me vit au milieu des plus affieux hazards
Braver la lance meurtriere ,
M'expofer fans défente à tous les coups de Mars .
Ces Phalanges prefqu'invincibles
Qui femoient fous leurs pas le carnage & l'effroi
C'étoit ma valeur , c'étoit moi
Qui les rendois fi fortes , fi terribles .
Aujourdhui , vieux foldat , on me compte pour riem
Et l'on m'a mis au rang des Invalides ,
Quoique je pûffe encor fort bien
Parer plufieurs traits homicides."
Vous trouverez en renverfant mon nom
L'inftrument d'un jeu d'exercice ,
: 0
Et le lit fur lequel expire maint laron
Condamné par le juge au plus affreux fuplice ,,
L'art dans lequel excelle tout Aatteur ;
Une piéce d'argent qui vaut plus d'une obole ,.
Du Réprouvé le vrai fimbole ,
La bafe de la tête , un ton , une couleur ,
y
Ce qu'on trouve à Paris dans la plupart des rues
Ce que font jour & nuit des gens aux mains
crachues ;,
M. AR S.
17521 117
Un folitaire au cloître condaniné ,
Ce que fait le jus de la treille ,
Lorfque le doux glou glou vient frapper notre
oreille ;
Le titre faftueux d'un homme couronné ;
Un fer armé de pointe. & pourvû d'une tête ;
Ce que pour le dîner tous les jours on apprête ,
Ce qui fait des cheveux la grace & l'ornement,
De notre corps la plus -noble partie
Que tout le monde fçait néceffaire à la vie
Et qui bat & fe trouble , auffi -tôt que Siivie ,
Voit approcher fon tendre Amant.
Cen eft affez ; devincz maintenant.
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4833
p. 168-170
LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
Début :
Cessant enfin de se contraindre [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
LE CHOIX D'UN BERGER.
CHANSON NOUVELLE.
Cessant enfin de se contraindre
Delphire va dire son choix;
Dieu! que ce moment est à craindre
Pour tous ceux qui suivent ses loix !
Mais si ma Delphire préfére
Le Berger le plus amoureux,
Le plus tendre, le plus sincere,
Je serai l'Amant heureux.
Mes Rivaux célébrent des charmes.
Que dans l'Onde on aime à mirer
Que leurs chants me causent d'ailarmes
A moi qui ne sçais qu'admirer!
Mais si ma Delphite, &c.
Avec un brillant étalage
J'ai vû Silvandre de retour
La simplicité du Village
Tiendra t-elle contre la Court
Mais si ma Delphire, &c.
Lorsque
La
**..
t
1.
—
LREDE
—.—
CE.
MARS. 1752.
Lorsque Daphnis sur la fougère
De ma Bergere suit les pas,
De sa danse vive & légère
Que je redoute les appas!
Mais si ma Delphire, &c.
(..
De Tityre on vante la grace,
D'Adonis il a les attraits
Je prévois déja ma disgrace,
Tityre plaita par ses traits;
Mais si ma Delphire, &c.
Si la richesse a l'avantage,
Puis- je esperer quelque retour?
Je n'ai pour tout bien en partage
Que ma houlette & mon amour
Mais si ma Delphire, &c.
Près d'elle Hilas s'est fait entendre,
Il forme d'agréables sons
Qu'ai-je désormais à prétendre,
Si l'on écoute ses chansons:
Mais si ma Delphire, &c.
169
H
(170 MERCURE DE FRANCE.
Palés a pria dans un Parterre
Des fleurs qu'il arrange avec art;
Les miennes sont comme la terre
Les a fait éclore au hazard.,
Mais si ma Delphire, &c.
Ressentir l'Amour doit sufsire
Quand on ne sçauroit P'inspirer;
Si je ne puis plaire à Delphite
Je pourrai du moins l'adoret;
Mais si ma Delphire, &c.
Pesselier.
CHANSON NOUVELLE.
Cessant enfin de se contraindre
Delphire va dire son choix;
Dieu! que ce moment est à craindre
Pour tous ceux qui suivent ses loix !
Mais si ma Delphire préfére
Le Berger le plus amoureux,
Le plus tendre, le plus sincere,
Je serai l'Amant heureux.
Mes Rivaux célébrent des charmes.
Que dans l'Onde on aime à mirer
Que leurs chants me causent d'ailarmes
A moi qui ne sçais qu'admirer!
Mais si ma Delphite, &c.
Avec un brillant étalage
J'ai vû Silvandre de retour
La simplicité du Village
Tiendra t-elle contre la Court
Mais si ma Delphire, &c.
Lorsque
La
**..
t
1.
—
LREDE
—.—
CE.
MARS. 1752.
Lorsque Daphnis sur la fougère
De ma Bergere suit les pas,
De sa danse vive & légère
Que je redoute les appas!
Mais si ma Delphire, &c.
(..
De Tityre on vante la grace,
D'Adonis il a les attraits
Je prévois déja ma disgrace,
Tityre plaita par ses traits;
Mais si ma Delphire, &c.
Si la richesse a l'avantage,
Puis- je esperer quelque retour?
Je n'ai pour tout bien en partage
Que ma houlette & mon amour
Mais si ma Delphire, &c.
Près d'elle Hilas s'est fait entendre,
Il forme d'agréables sons
Qu'ai-je désormais à prétendre,
Si l'on écoute ses chansons:
Mais si ma Delphire, &c.
169
H
(170 MERCURE DE FRANCE.
Palés a pria dans un Parterre
Des fleurs qu'il arrange avec art;
Les miennes sont comme la terre
Les a fait éclore au hazard.,
Mais si ma Delphire, &c.
Ressentir l'Amour doit sufsire
Quand on ne sçauroit P'inspirer;
Si je ne puis plaire à Delphite
Je pourrai du moins l'adoret;
Mais si ma Delphire, &c.
Pesselier.
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Résumé : LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
La chanson 'Le Choix d'un Berger' relate l'anxiété d'un berger face au choix imminent de Delphire, l'objet de son affection, parmi plusieurs prétendants. Le berger espère être préféré pour sa sincérité et son amour. Ses rivaux incluent Silvandre, connu pour son étalage brillant, Daphnis pour sa danse légère, Tityre pour sa grâce et ses attraits, Hilas pour sa musique agréable, et Palès pour son art de disposer les fleurs. Conscient de ses propres limites, le berger ne possède que sa houlette et son amour. Il exprime néanmoins sa détermination à adorer Delphire, même s'il ne peut la séduire. La répétition de la phrase 'Mais si ma Delphire' souligne l'incertitude et l'espoir du berger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4834
p. 3-12
EPITRE A un Ami.
Début :
TOI, de mon coeur l'autre moitié, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A un Ami.
EPITRE
A un Ami.
TOI, de mon coeur l'autre moitié,
L****, dont l'ame sincere,
De la tendre & sainte amitiè
Semble l'auguste sanctuaire:
Daus ce profond recueillement
Dans ce doux état d'apathie
Où pour juger plus sainement
Des biens & des maux de la vie,
La solide Philosophie
A ij
4 MERCUREDE FRANCE.
De notre ame ordinairement
Entretient la mélancolie
Conçois-tu bien, par quel travers.
J'évoque tout à-coup ma Muse
Pour te tracer ici des vers,
Et, faisant trêve avec Baluze, (a)
Je chante sur des tons divers
Ce qui m'occupe, ou, qui m'amuse
Au milieu de cet Univers.
Pour toi des Saphos, des Orphées
Je vais donc revoir le séjour:
Je veis donc des sçavantes Fées
Revoir pour toi l'aimable Cour.
J'ai sçù, mon cher, selon l'usage
Me préparer, en vérité
A ce charmant pélerinage
Par une sainte oisiveté;
Et trois sois Diane & son frere
Ont brillé sur notre Hemisphére,
Et se sont chassés tour-à-tour:
Trois fois, Déesse de Cithére
Des Ombres & de la lumière
Ton Astre annonça le retour,
Depuis que sur les pas d'Horace,
De Rousseau; de Milton, du Tasse,
Et des guides les plus fameux
Du chemin qui. mêne au Parnasse,
(a) Auteur qui nous a donné une compilation des
Capiiulaires & des anciennes Ordonnances de nos Rois.
AVRIL.
1752.
Je cherche à déméler la trace,
Et les sentiers trop épineux.
Mon Pégase agite ses aîles,
Il s'essaye & s'essaye encor
Et vers le Mont des neuf Pucelles
Prend enfin son sublime effor;
Il franchit les hautes montagnes
Et, tel qu'un Aigle ambitieux
Tour-â-coup des airs spatieux
Traverse les vastes campagnes,
Et bientôt se dérobe aux yeux.
De ce fameux laboratoire
Où, sans relâche nui: & jour,
Pour le proffit & pour la gloire,
Sur le Digeste & sur l'Histoire
Je me consume tour- à-tour:
De ce réduit où je rassemble
Catulle avec Justinien,
Où je fais habiter ensemble
L'Anglois ayec l'Italien:
De ce Manoir, où je compose,
Et je fabrique incessamment
Contredits, Avertissement
Ode, Epitre, ou méchante Prose:
De ce Cabinet enchanté,
Où, loin du profane vulgaire
Et du fracas de la Cité,
Je m'entretiens avec Homère,
OO
A iij
5
6 MERCUREDEFRANCE.
Et la sçavante Antiquité
Soudain, par la vertu magique
De ma Baguette poëtique
Me voilà, mon cher, transporté
Près de toi dans ce lieu rustique,
Séjour de la simpliciu
Où ton ame philosophique
Sędt, par un privilège unique,
Fixer pour toi la volupté:
Là, couché sur un tendre herbage,
Je surprens mon fripon de Sage
Dans le plus doux ravissement;
Ses yeux sur un beau paysage
Se promenent nonchalament;
Les prés, les bois & la verdure
Tout le frappe d'étonnement;
Assis au bord d'une onde pure,
Il rend grace à la Nature
De son heureux enchantement;
»Lieux charmans, dit-il, où j'éproure
„ Les plaisirs les plus seduisans
„Où dans moi-même je retrouve
» Un cœeur tout neuf, de nouveaux sens;
„ Où la Nature sibérale,
„ Sans se permertre aucun repos,
„ En tous temps à nos yeux étale
„ Des trésors divers & nouveaux:
»Champs fortunés, ou tout engage,
AVRIL.
1752.
„Tout invite un sage à jouir
»Loin des facheux & sans partage,
„ De soi-même & de son loisir
»Que vos douceurs seroient complettes?
»Combien Hélas! de mon bonheur
„Les délices seroient parfaites,
»Si dans vos paisibles retraites
»Je voyois l'Ami de mon cout? ce
Ainsi brulant de mes flâmes,
Unis par de puissans accords,
L'amitié raproche nos ames
Quand le Ciel sépare nos corps.
Ainsi ton cour toujours le même,
Ne cesse de songer à moi;
Ainsi le mien, qui toujours t'aime,
Ne cesse de penser à toi.
Au milieu des plaisirs champêtres
Tandis que seul, au pied des hêtres,
Tu fais entendre tes regrets;
Tandis qu'aux échos de T
Tes accens demandent sans cesse,
L'unique objet de tes souhaits,
L'Ami digne de ta tendresie:
rci, dans les murs de Lutéce;
Sçais tu, mon cher, ce que je fais:
Dans ces brillantes promenades
Où sous d'antiques Maronniers,
Des Caillettes sottes, maullades,
OO
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
Portent leurs airs minaudiers
Leurs propos médisans & fades
Leurs Falbalas & leurs panniers;
Occupé de ma réverie,
Seul au milieu de tant de gens,
Je rappelle à ma fantaisie
Ces beaux jours, où, dignes d'envie,
Se formèrent des nœeuds charinans,
Qui font le bonheur de ma vie,
Ces heureux & divins instans,
Où par ses attraits invincibles
Subjuguant nos affections
La plus belle des passions
Fit sur nos cœurs tendres, sensibles,
Ses premieres impressions.
Tu sçais, qu'amant de la droiture,
J'ai de tout temps facrifié.
Dans mon ame innocente & pure
Sur les Autels de l'Amitié
Négligeant toute autre Science,
Sur le principe, & sur l'essence
De l'humaine félicité
A peine sorti de l'enfance,
Profondement je méditai:
Je comparai bientôt mon Etre
Avec tous ceux qui l'affectoient;
Je sondai mon cœur pour connoître
Les mouvemens qui l'agitoient.
Par mille objets à la fois muë,
AVRIL.
Quelque temps entre les plaisirs,
Qui sollicitent ses désirs;
Mon ame resta suspendue:
Tous à l'envi sembloient entr'eux
Se disputer la préférence,
Et le droit de me rendre heureux;
La fortune, avec complaisance,
Fit alors briller à mes yeux
Ses trésors, sa magnificence
Et ses dons les plus précieux:
L'Ambition toujours avide
Offrit à mon coeur neuf & vuide
Ses charmes les plus ravissans:
Là, les voluptés seduisantes,
De leurs douceurs les plus touchantes
S'empressoient de flatter mes sens.
Ici la Gloire, par son faste
Interessant mon jeune orgueil,
M'ouvroit une carriere vaste,
Et de fleurs parsemorent l'écueil.
Mais averti par la Sagesse
Du vuide de ses passions,
Dédaignant leut vaine promesse,
Je sçus préserver la jeunesse
De leurs douces illusions.
J'osai, recueilli dans moi-même,
Avec un soin toujours extrême,
M'étudiet uniquement,
1752.
AV
9
10 MERCUREDEFRANCE.
Et résolus consequemment
D'aller puiser le vrai sistême
De ma félicité suprême
Dans les sources du sentiment.
Ecourant ma reconnoissance
Beaucoup plus que ma vanité,
J'entrepris avec confiance
De rendre ma foible existance
Utile à la société:
Je respectai dans mes semblables
Les droits sacrés, inviolables
Et le sceau de l'humanité.
Je fléchis mon humeur austère
Je tâchai d'adoucir mes moeurs
Et cherchai pattout à me faire
Des ainis droits, seachant se taire,
Et laissant au simple vulgaire
Ses préjugés & ses etreurs:
Je sçus aimer, & je fçùs plaire,
Et graces à mon caractère
Franc, généreux, & sans détour,
Je jouis d'un destin prospère
En amitié comme en amour.
Je te vis, objet adorable,
Et bientôt je lus dans tes yeux
L'augure d'un bonheur durable
Né du concours délicieux
30C
AVRIL.
1752.
De la beauté la plus aimable
Du mortel le plus amoureux,
De l'ame la plus respectable,
Et du cœeur le plus vertueux.
Cher L****, tendre Silvie,
Vous mes Rois, mes Dieux, & ma vie,
Je regne sur vos sentimens:
Ainsi toujours, sans jalousie,
Partagés mon ame attendrie
Et reglés tous ses mouvemens,
Toujours attachés l'un à l'autre,
Votre bonheur sera le mien,
Qui, mon bonheur sera le vôtre,
Ainsi, pour nous, tout ira bien:
Ainsi, dans le sein des délices,
Que notre cour savourera,
*.
Sans s'émouvoit il bravera
Le vulgaire & ses injustices
La Fortune & tous ses caprices,
Les sots, l'envie, & catera.
Pardonue, Ami, si ma paresse
Néglige de limer ces vers,
Où ma tendre amitié s'empresse
De t'offiir des tableaux divers,
S'ils n'ont qu'une dose légère
De ce sel de cet agrément,
AV
11
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont ta Muse sûre de plaire,
Assaisonne le sentiment:
Daigne longer pour un moment,
Qu'à la crainte de ta colere
Sacrifiant sa vanité,
Ton ami n'a pas hésité
A rimer pour te satisfaire.
LEFEBVRE DE BEAUVRAY.
A Paris ce Novembre 1751.
A un Ami.
TOI, de mon coeur l'autre moitié,
L****, dont l'ame sincere,
De la tendre & sainte amitiè
Semble l'auguste sanctuaire:
Daus ce profond recueillement
Dans ce doux état d'apathie
Où pour juger plus sainement
Des biens & des maux de la vie,
La solide Philosophie
A ij
4 MERCUREDE FRANCE.
De notre ame ordinairement
Entretient la mélancolie
Conçois-tu bien, par quel travers.
J'évoque tout à-coup ma Muse
Pour te tracer ici des vers,
Et, faisant trêve avec Baluze, (a)
Je chante sur des tons divers
Ce qui m'occupe, ou, qui m'amuse
Au milieu de cet Univers.
Pour toi des Saphos, des Orphées
Je vais donc revoir le séjour:
Je veis donc des sçavantes Fées
Revoir pour toi l'aimable Cour.
J'ai sçù, mon cher, selon l'usage
Me préparer, en vérité
A ce charmant pélerinage
Par une sainte oisiveté;
Et trois sois Diane & son frere
Ont brillé sur notre Hemisphére,
Et se sont chassés tour-à-tour:
Trois fois, Déesse de Cithére
Des Ombres & de la lumière
Ton Astre annonça le retour,
Depuis que sur les pas d'Horace,
De Rousseau; de Milton, du Tasse,
Et des guides les plus fameux
Du chemin qui. mêne au Parnasse,
(a) Auteur qui nous a donné une compilation des
Capiiulaires & des anciennes Ordonnances de nos Rois.
AVRIL.
1752.
Je cherche à déméler la trace,
Et les sentiers trop épineux.
Mon Pégase agite ses aîles,
Il s'essaye & s'essaye encor
Et vers le Mont des neuf Pucelles
Prend enfin son sublime effor;
Il franchit les hautes montagnes
Et, tel qu'un Aigle ambitieux
Tour-â-coup des airs spatieux
Traverse les vastes campagnes,
Et bientôt se dérobe aux yeux.
De ce fameux laboratoire
Où, sans relâche nui: & jour,
Pour le proffit & pour la gloire,
Sur le Digeste & sur l'Histoire
Je me consume tour- à-tour:
De ce réduit où je rassemble
Catulle avec Justinien,
Où je fais habiter ensemble
L'Anglois ayec l'Italien:
De ce Manoir, où je compose,
Et je fabrique incessamment
Contredits, Avertissement
Ode, Epitre, ou méchante Prose:
De ce Cabinet enchanté,
Où, loin du profane vulgaire
Et du fracas de la Cité,
Je m'entretiens avec Homère,
OO
A iij
5
6 MERCUREDEFRANCE.
Et la sçavante Antiquité
Soudain, par la vertu magique
De ma Baguette poëtique
Me voilà, mon cher, transporté
Près de toi dans ce lieu rustique,
Séjour de la simpliciu
Où ton ame philosophique
Sędt, par un privilège unique,
Fixer pour toi la volupté:
Là, couché sur un tendre herbage,
Je surprens mon fripon de Sage
Dans le plus doux ravissement;
Ses yeux sur un beau paysage
Se promenent nonchalament;
Les prés, les bois & la verdure
Tout le frappe d'étonnement;
Assis au bord d'une onde pure,
Il rend grace à la Nature
De son heureux enchantement;
»Lieux charmans, dit-il, où j'éproure
„ Les plaisirs les plus seduisans
„Où dans moi-même je retrouve
» Un cœeur tout neuf, de nouveaux sens;
„ Où la Nature sibérale,
„ Sans se permertre aucun repos,
„ En tous temps à nos yeux étale
„ Des trésors divers & nouveaux:
»Champs fortunés, ou tout engage,
AVRIL.
1752.
„Tout invite un sage à jouir
»Loin des facheux & sans partage,
„ De soi-même & de son loisir
»Que vos douceurs seroient complettes?
»Combien Hélas! de mon bonheur
„Les délices seroient parfaites,
»Si dans vos paisibles retraites
»Je voyois l'Ami de mon cout? ce
Ainsi brulant de mes flâmes,
Unis par de puissans accords,
L'amitié raproche nos ames
Quand le Ciel sépare nos corps.
Ainsi ton cour toujours le même,
Ne cesse de songer à moi;
Ainsi le mien, qui toujours t'aime,
Ne cesse de penser à toi.
Au milieu des plaisirs champêtres
Tandis que seul, au pied des hêtres,
Tu fais entendre tes regrets;
Tandis qu'aux échos de T
Tes accens demandent sans cesse,
L'unique objet de tes souhaits,
L'Ami digne de ta tendresie:
rci, dans les murs de Lutéce;
Sçais tu, mon cher, ce que je fais:
Dans ces brillantes promenades
Où sous d'antiques Maronniers,
Des Caillettes sottes, maullades,
OO
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
Portent leurs airs minaudiers
Leurs propos médisans & fades
Leurs Falbalas & leurs panniers;
Occupé de ma réverie,
Seul au milieu de tant de gens,
Je rappelle à ma fantaisie
Ces beaux jours, où, dignes d'envie,
Se formèrent des nœeuds charinans,
Qui font le bonheur de ma vie,
Ces heureux & divins instans,
Où par ses attraits invincibles
Subjuguant nos affections
La plus belle des passions
Fit sur nos cœurs tendres, sensibles,
Ses premieres impressions.
Tu sçais, qu'amant de la droiture,
J'ai de tout temps facrifié.
Dans mon ame innocente & pure
Sur les Autels de l'Amitié
Négligeant toute autre Science,
Sur le principe, & sur l'essence
De l'humaine félicité
A peine sorti de l'enfance,
Profondement je méditai:
Je comparai bientôt mon Etre
Avec tous ceux qui l'affectoient;
Je sondai mon cœur pour connoître
Les mouvemens qui l'agitoient.
Par mille objets à la fois muë,
AVRIL.
Quelque temps entre les plaisirs,
Qui sollicitent ses désirs;
Mon ame resta suspendue:
Tous à l'envi sembloient entr'eux
Se disputer la préférence,
Et le droit de me rendre heureux;
La fortune, avec complaisance,
Fit alors briller à mes yeux
Ses trésors, sa magnificence
Et ses dons les plus précieux:
L'Ambition toujours avide
Offrit à mon coeur neuf & vuide
Ses charmes les plus ravissans:
Là, les voluptés seduisantes,
De leurs douceurs les plus touchantes
S'empressoient de flatter mes sens.
Ici la Gloire, par son faste
Interessant mon jeune orgueil,
M'ouvroit une carriere vaste,
Et de fleurs parsemorent l'écueil.
Mais averti par la Sagesse
Du vuide de ses passions,
Dédaignant leut vaine promesse,
Je sçus préserver la jeunesse
De leurs douces illusions.
J'osai, recueilli dans moi-même,
Avec un soin toujours extrême,
M'étudiet uniquement,
1752.
AV
9
10 MERCUREDEFRANCE.
Et résolus consequemment
D'aller puiser le vrai sistême
De ma félicité suprême
Dans les sources du sentiment.
Ecourant ma reconnoissance
Beaucoup plus que ma vanité,
J'entrepris avec confiance
De rendre ma foible existance
Utile à la société:
Je respectai dans mes semblables
Les droits sacrés, inviolables
Et le sceau de l'humanité.
Je fléchis mon humeur austère
Je tâchai d'adoucir mes moeurs
Et cherchai pattout à me faire
Des ainis droits, seachant se taire,
Et laissant au simple vulgaire
Ses préjugés & ses etreurs:
Je sçus aimer, & je fçùs plaire,
Et graces à mon caractère
Franc, généreux, & sans détour,
Je jouis d'un destin prospère
En amitié comme en amour.
Je te vis, objet adorable,
Et bientôt je lus dans tes yeux
L'augure d'un bonheur durable
Né du concours délicieux
30C
AVRIL.
1752.
De la beauté la plus aimable
Du mortel le plus amoureux,
De l'ame la plus respectable,
Et du cœeur le plus vertueux.
Cher L****, tendre Silvie,
Vous mes Rois, mes Dieux, & ma vie,
Je regne sur vos sentimens:
Ainsi toujours, sans jalousie,
Partagés mon ame attendrie
Et reglés tous ses mouvemens,
Toujours attachés l'un à l'autre,
Votre bonheur sera le mien,
Qui, mon bonheur sera le vôtre,
Ainsi, pour nous, tout ira bien:
Ainsi, dans le sein des délices,
Que notre cour savourera,
*.
Sans s'émouvoit il bravera
Le vulgaire & ses injustices
La Fortune & tous ses caprices,
Les sots, l'envie, & catera.
Pardonue, Ami, si ma paresse
Néglige de limer ces vers,
Où ma tendre amitié s'empresse
De t'offiir des tableaux divers,
S'ils n'ont qu'une dose légère
De ce sel de cet agrément,
AV
11
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont ta Muse sûre de plaire,
Assaisonne le sentiment:
Daigne longer pour un moment,
Qu'à la crainte de ta colere
Sacrifiant sa vanité,
Ton ami n'a pas hésité
A rimer pour te satisfaire.
LEFEBVRE DE BEAUVRAY.
A Paris ce Novembre 1751.
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Résumé : EPITRE A un Ami.
L'épître est adressée à deux personnes distinctes : un ami nommé L**** et une femme nommée Silvie. Dans la première partie, l'auteur exprime sa réflexion philosophique et sa décision d'évoquer sa muse pour écrire des vers dédiés à son ami L***. Inspiré par des figures littéraires telles qu'Horace, Rousseau, Milton et le Tasse, il imagine un voyage poétique vers le Parnasse. Il décrit son ami savourant la nature dans un cadre rustique et simple, exprimant sa gratitude envers elle. L'auteur regrette de ne pas pouvoir partager ce moment avec lui et souligne la force de leur amitié, qui unit leurs âmes malgré la distance. Il contraste les plaisirs champêtres de son ami avec les distractions mondaines observées à Paris, se remémorant les moments heureux passés ensemble. L'auteur révèle sa quête de la véritable félicité, rejetant les tentations de la fortune, de l'ambition et des voluptés au profit de l'amitié et des sentiments authentiques. Il choisit de baser son bonheur sur les sentiments plutôt que sur la vanité. Dans la seconde partie, l'auteur adresse une lettre poétique à Silvie, exprimant ses résolutions et ses sentiments. Il décide de trouver son bonheur dans les sentiments et de rendre son existence utile à la société en respectant les droits des autres et en adoucissant ses mœurs. Il cherche à se faire des amis sincères et à éviter les préjugés. Grâce à son caractère franc et généreux, il connaît un destin prospère en amitié et en amour. Il rencontre Silvie, qu'il décrit comme belle, aimante, respectable et vertueuse. Il exprime son désir de partager un bonheur durable avec elle, bravant ensemble les injustices et les caprices de la fortune. La lettre est signée Lefebvre de Beauvray et datée de novembre 1751 à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4835
p. 34-37
EPITRE A MONSIEUR B. A N.
Début :
AINSI par un tendre esclavage. [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A MONSIEUR B. A N.
EPITRE
A MONSIEUR B. A N.
AINSI par un tendre esclavage.
L'Hymen captive votre coeur:
Themire à la fleur de son âge
Va donc faire votre bonheur :
Damon, sans doute la sagesse
Enchaînant l'Amour sous ses loix
De concert avec la tendresse
Inspire & sixe votre choix.
Le Dieu séduisaut de Cythere
Au milieu des Ris & des Jeux,
Des Mortels attire les voeux
Par le charme du doux mystére;,
A peine a-t. il lancé ses traits
Qu'on fent les plus vives allarmes:
On se plaint, on verse des larmes,
Bientôt l'amour perd ses attraits.
Celui que la raison asfure
Contre la fougue des désits,
Sent naître de nouveaux plaisirs,
Dans une félicité pure.
De son épouse encore amant,
Et chaque jour plus complaisant,
AVRIL.
Satisfait, il vit auprès d'elle,
Comptant sur sa vertu fidelle.
Il sçait que la captivité
la gêne, & la févérité.
Eteignent la vive étincelle
Et l'ame de la volupté;
Et que la flamme la plus belle
Expire sans la liberté.
Dans les liens du mariage,
S'il éprouve quelques dégodis,
Il sçait bientôt en faire usage :
Pour rendre ses plaisirs plus doux-
Ainsi d'une chaîne légère
Il chérit les tendres auraits;
Son ardeur n'est point passagere,
Et dans l'objet qui veut lui plaire-
Il trouve tous les biens parfaits.
Chez le beau monde ridicule
On connoît peu le sentiment;
L'intérêt dicte la formule
D'un mutuel engagement.
Le goût préside rarement,
Et l'Hymen se fait un scrupule:
D'aimer avec attachement.
Parjure, infidele, volage,
Malgré la foi de son serment,
Ilibrave l'Amout, il l'outrage,
Pour la gloire d'Atte inconstant,
1752.
3
B.V
36 MERCUREDE FRANCE.
Simplicité du premier âge,
Où régnoit l'amour ingenu,
Heureux tems qu'es- tu devenu?
Hymen, jadis constant & sage,
Des Mortels de notre rivage
Seras tu toujours méconnu:
Vis tu dans les Foyers ant iques
De nos Ancêtres vertueux,
Les dissensions domestiques
Troubler leur sort délicieux:
Vis tu dans sa fureur jalouse
Un Epoux aveugle, emporté
Publiquement de son Epouse
Poursuivre l'infidélité?
Deux coeurs unis sous tes auspices
Vivoient heureux par tes bienfaits
Loin du dégoût, loin des caprices,
Ils goûtoient les tendres délices
Des plaisirs filés par la Paix.
Jamais la trist esse & les larmes
Ne venoient altérer leurs jours,
Ils s'aimoient pour s'aimer toujouis,
Et trouvoient encore des charmes,
Dans la viellesse des amours.
Vous, que l'Hymen à son empire-
A soumis par un trait vainqueur
Cher Damon, vengez son honaeur,
AVRIL.
1752. 37
Eui-mème à vos vœeux il conspire.
Gputez le tranquille bonheur
Au sein des plaisirs qu'il inspire;
Et que de plus en plus Themire
Devienne chere à votre cœeur.
RAOULT.
A MONSIEUR B. A N.
AINSI par un tendre esclavage.
L'Hymen captive votre coeur:
Themire à la fleur de son âge
Va donc faire votre bonheur :
Damon, sans doute la sagesse
Enchaînant l'Amour sous ses loix
De concert avec la tendresse
Inspire & sixe votre choix.
Le Dieu séduisaut de Cythere
Au milieu des Ris & des Jeux,
Des Mortels attire les voeux
Par le charme du doux mystére;,
A peine a-t. il lancé ses traits
Qu'on fent les plus vives allarmes:
On se plaint, on verse des larmes,
Bientôt l'amour perd ses attraits.
Celui que la raison asfure
Contre la fougue des désits,
Sent naître de nouveaux plaisirs,
Dans une félicité pure.
De son épouse encore amant,
Et chaque jour plus complaisant,
AVRIL.
Satisfait, il vit auprès d'elle,
Comptant sur sa vertu fidelle.
Il sçait que la captivité
la gêne, & la févérité.
Eteignent la vive étincelle
Et l'ame de la volupté;
Et que la flamme la plus belle
Expire sans la liberté.
Dans les liens du mariage,
S'il éprouve quelques dégodis,
Il sçait bientôt en faire usage :
Pour rendre ses plaisirs plus doux-
Ainsi d'une chaîne légère
Il chérit les tendres auraits;
Son ardeur n'est point passagere,
Et dans l'objet qui veut lui plaire-
Il trouve tous les biens parfaits.
Chez le beau monde ridicule
On connoît peu le sentiment;
L'intérêt dicte la formule
D'un mutuel engagement.
Le goût préside rarement,
Et l'Hymen se fait un scrupule:
D'aimer avec attachement.
Parjure, infidele, volage,
Malgré la foi de son serment,
Ilibrave l'Amout, il l'outrage,
Pour la gloire d'Atte inconstant,
1752.
3
B.V
36 MERCUREDE FRANCE.
Simplicité du premier âge,
Où régnoit l'amour ingenu,
Heureux tems qu'es- tu devenu?
Hymen, jadis constant & sage,
Des Mortels de notre rivage
Seras tu toujours méconnu:
Vis tu dans les Foyers ant iques
De nos Ancêtres vertueux,
Les dissensions domestiques
Troubler leur sort délicieux:
Vis tu dans sa fureur jalouse
Un Epoux aveugle, emporté
Publiquement de son Epouse
Poursuivre l'infidélité?
Deux coeurs unis sous tes auspices
Vivoient heureux par tes bienfaits
Loin du dégoût, loin des caprices,
Ils goûtoient les tendres délices
Des plaisirs filés par la Paix.
Jamais la trist esse & les larmes
Ne venoient altérer leurs jours,
Ils s'aimoient pour s'aimer toujouis,
Et trouvoient encore des charmes,
Dans la viellesse des amours.
Vous, que l'Hymen à son empire-
A soumis par un trait vainqueur
Cher Damon, vengez son honaeur,
AVRIL.
1752. 37
Eui-mème à vos vœeux il conspire.
Gputez le tranquille bonheur
Au sein des plaisirs qu'il inspire;
Et que de plus en plus Themire
Devienne chere à votre cœeur.
RAOULT.
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Résumé : EPITRE A MONSIEUR B. A N.
L'épître célèbre l'union prochaine de Damon et Themire. L'auteur souligne que l'amour, lorsqu'il est dirigé par la sagesse et la tendresse, conduit à un bonheur durable. Il explique que l'amour initial, souvent tumultueux, peut se transformer en une félicité stable grâce à la raison. Le mariage est vu comme un lien contraignant mais permettant de jouir de plaisirs authentiques et durables. L'auteur critique le 'beau monde' où les unions sont dictées par l'intérêt plutôt que par le sentiment, entraînant infidélité et inconstance. Il déplore la perte de la simplicité et de l'amour véritable des temps anciens, où les couples vivaient heureux et unis jusqu'à la vieillesse. Damon est encouragé à chérir Themire et à préserver l'honneur du mariage en cultivant un amour sincère et constant.
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4836
p. 58-59
FABLE NOUVELLE De M. Pesselier. TIMARETTE, HILAS.
Début :
HILAS. TU dédaignes l'Amour ? ... [...]
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texteReconnaissance textuelle : FABLE NOUVELLE De M. Pesselier. TIMARETTE, HILAS.
FABLE NOUVELLE
De M. Pesselier.
TIMARETTE, HILAS.
HILAS.
TU dédaignes l'Amour ? ...
THIMARETTE.
Non, mais je le redoute;
HII4S.
C'est que tu méconnois sans doute,
Les charmantes douceurs de l'Empire amoure ua
TIMARETYE.
Ab! Je ne cherche point, Berger à les connostre;
AVRIL. 1752. 39
HILAS.
Pourquoi cet Arrêt rigoureux:
TTMARITTE.
Si je les connoissois, je m'y plairois peut-être;
Les penchans les plus doux sont les plus dange-
reux.
HILaS.
Reçois du moins la Tourterelle
Qu'en chassant l'autre jour j'ai prise dans nos Boi
Tu pourras apprendre par elle
Ce que l'on souffre sous tes loix.
TIMARETTE.
Non Hilas, je ne veux ni la vois ni l'entendee,
Et tu peux la garder pour toi,
Quand on craint de devenir tendre.
Il ne faut point avoir de tels oiseaux chez soi.
De M. Pesselier.
TIMARETTE, HILAS.
HILAS.
TU dédaignes l'Amour ? ...
THIMARETTE.
Non, mais je le redoute;
HII4S.
C'est que tu méconnois sans doute,
Les charmantes douceurs de l'Empire amoure ua
TIMARETYE.
Ab! Je ne cherche point, Berger à les connostre;
AVRIL. 1752. 39
HILAS.
Pourquoi cet Arrêt rigoureux:
TTMARITTE.
Si je les connoissois, je m'y plairois peut-être;
Les penchans les plus doux sont les plus dange-
reux.
HILaS.
Reçois du moins la Tourterelle
Qu'en chassant l'autre jour j'ai prise dans nos Boi
Tu pourras apprendre par elle
Ce que l'on souffre sous tes loix.
TIMARETTE.
Non Hilas, je ne veux ni la vois ni l'entendee,
Et tu peux la garder pour toi,
Quand on craint de devenir tendre.
Il ne faut point avoir de tels oiseaux chez soi.
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Résumé : FABLE NOUVELLE De M. Pesselier. TIMARETTE, HILAS.
En avril 1752, la fable 'Timarette et Hilas' de M. Pesselier montre Timarette, méfiante envers l'amour malgré ses attraits. Hilas lui offre une tourterelle pour symboliser les souffrances amoureuses. Timarette refuse, craignant de devenir sensible. Elle préfère éviter les signes d'amour pour ne pas tomber amoureuse.
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4837
p. 60-62
VERS A MLLE ***. Dont M. M. ***. Pere & Fils sont amoureux.
Début :
Philis mes beaux jours sont passez, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS A MLLE ***. Dont M. M. ***. Pere & Fils sont amoureux.
VERS A MLLE ***.
Dont M. M. ***. Pere & Fils sont
amoureux.
Philis mes beaux jours sont passez,
Et mon fils n'est qu'à son autore.
Pour vous, il est trop jeune encore,
Et je ne le suis pas assez.
UUne maligne destinée
Sauve nos coeurs de votre loi,
Vous naquîtes trop tard pour moi,
Pour lui vous êtes trop tôt née.
Ni moi ni ce jeune Ecolier
A votre cœeur n'osons prétendre;
A peine il commence d'apprendre
Et je commence d'oublier.
Que votre destin & le nôtre
Seroit charmant, seroit heureux
Si ce qui manque à l'un des deux
Pouvoit se reprendre sur l'autre.
OO
AVRIL.
1752.
Si de mon âge joint au sien
On faisoit un égal partage,
Et qu'on ajoutât a son âge
Ce que l'on ôteroit du mien !
Pesden.
reto
Par- la vous pourriez voir éclore
Pour vous deux Serviteurs parfaits,
Je deviendrois ce que j'étois
Et lui ce qu'il n'est pas encore.
Mais pourquoi former ce désit?
Si notre âge approchoit du vôtre
Nous serions rivaux l'un de l'autre,
Et vous auriez peine à choisir.
e
Qie mon fils, done, seul y prétende:
Que pour atteindre vos appas
L'amour en lui double le pas,
Ou que votre beauté l'attende.
Que fera-t-elle en l'attendant?
Votre coeur avant qu'il s'engage
Voudroit- il se mettre en ôtage
Entre les mains d'un consident?
61
61 MERCUREDEFRANCE.
Mais, Dieux! Quelle assurance prendre
Sur un jeun: cœur en dépôt !
Tel qui l'auroit mourroit plutôt
Que de se résoudre à le rendre.
Ce cour, s'il vouloit prendre avis
Sur un si délicat mistere
Pourroit essayet sur le pere
Comment il aimera le fils.
Par M. MAUDET de S. Mathurin.
Dont M. M. ***. Pere & Fils sont
amoureux.
Philis mes beaux jours sont passez,
Et mon fils n'est qu'à son autore.
Pour vous, il est trop jeune encore,
Et je ne le suis pas assez.
UUne maligne destinée
Sauve nos coeurs de votre loi,
Vous naquîtes trop tard pour moi,
Pour lui vous êtes trop tôt née.
Ni moi ni ce jeune Ecolier
A votre cœeur n'osons prétendre;
A peine il commence d'apprendre
Et je commence d'oublier.
Que votre destin & le nôtre
Seroit charmant, seroit heureux
Si ce qui manque à l'un des deux
Pouvoit se reprendre sur l'autre.
OO
AVRIL.
1752.
Si de mon âge joint au sien
On faisoit un égal partage,
Et qu'on ajoutât a son âge
Ce que l'on ôteroit du mien !
Pesden.
reto
Par- la vous pourriez voir éclore
Pour vous deux Serviteurs parfaits,
Je deviendrois ce que j'étois
Et lui ce qu'il n'est pas encore.
Mais pourquoi former ce désit?
Si notre âge approchoit du vôtre
Nous serions rivaux l'un de l'autre,
Et vous auriez peine à choisir.
e
Qie mon fils, done, seul y prétende:
Que pour atteindre vos appas
L'amour en lui double le pas,
Ou que votre beauté l'attende.
Que fera-t-elle en l'attendant?
Votre coeur avant qu'il s'engage
Voudroit- il se mettre en ôtage
Entre les mains d'un consident?
61
61 MERCUREDEFRANCE.
Mais, Dieux! Quelle assurance prendre
Sur un jeun: cœur en dépôt !
Tel qui l'auroit mourroit plutôt
Que de se résoudre à le rendre.
Ce cour, s'il vouloit prendre avis
Sur un si délicat mistere
Pourroit essayet sur le pere
Comment il aimera le fils.
Par M. MAUDET de S. Mathurin.
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Résumé : VERS A MLLE ***. Dont M. M. ***. Pere & Fils sont amoureux.
Dans une lettre poétique datée d'avril 1752, M. Maudet de Saint-Mathurin exprime les sentiments amoureux qu'il éprouve, ainsi que ceux de son fils, envers une demoiselle anonyme. Il souligne que son fils est trop jeune et qu'il est, lui-même, trop âgé pour elle. Une 'maligne destinée' les empêche de déclarer leur amour. Il imagine un scénario idéal où leurs âges seraient équilibrés, mais reconnaît que cela créerait une rivalité entre lui et son fils. Il suggère que son fils devrait attendre que la demoiselle soit prête, tout en exprimant des doutes sur la fidélité d'un jeune cœur. Cette lettre a été publiée dans le Mercure de France.
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4838
p. 78-80
LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
Début :
D[']A*****, ne croyez point que je chante ces graces, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
LES GRACES.
A MADAME LA COMTESSE D'A*****
D[']A*****, ne croyez point que je chante
ces graces,
Dont souvent les remords accompagnent les
traces;
La Muse dont les soins veillent sur mes projets,
Ne permet à mes vers que de nobles sujets.
Non, je ne chante point ces graces passageres,
Compagnes des plaisirs, inconstantes, légéres,
Dont la veine beauté mere de nos regrets
Ne brille qu'au matin, & s'enfuit pour jamais;
Mais celles que * * Socrate honoi a de ses peines;
* Socrate. fils de Sculpteur, avoit exercé dans
Vigisires bolOO
AVRIL.
1752.
79
Celles dont il orna les murailles d'Athenes,
Dont l'aimable décence inspiroit la pudeur
Tendres soeurs des vertus, & filles de l'honneur,
Ces graces dont l'auguste & douce intelligence
Désigne les bienfaits & la reconnoistance,
Qui marquent de l'esprit les talens dévoilés,
Celles qu'ensin j'admire, & que vous rassemblez.
Eh! Quel autre que vous en trace mieux l'i-
mage ?
Quel autre jouit plus de leur doux assemblage,
Vons dont le caractere à la sois réunit
Des rares qualités du cœur & de l'esprit:
Dans vos moindres discours quel feu! quelle
éloquence!
Sur les moindres objets quelle heureuse élégance!
Tout se pare en vos mains de nouveaux ornemens,
Tout jusqu'au sérieux se change en agrémens:
Le plus riant sujet devient plus agréable
Vous le rendez utile, & l'utile est aimable.
Tout plein de votre esprit on sent croître le sien:
Et l'esprit le moins vaste, après votre entretien
sa jeunesse la profession de son pere, honorable
dans la Gréce. Plusieurs auteurs assurent qu'il fit
tant de progrès dans la Sculpture, que c'étoit lui
qui avoit sculptées ces graces si vantées, placées
sur les murailles de la Citadelle d'Athénes, der-
riere la Statue de Minerve; ces graces, contre
l'usage ordinaire, étoient drapées. Les graces
chez les Grecs présidoient aux bienfaits & à la re-
connoissance.
D iiij
80 MERCURE DEFRANCE.
Eloquent, semble prendre une nouvelle vie,
Vos discours créateurs lui donnent du génie,
Et surpris de lui-même il se fait des jaloux,
Par des talens nouveaux qu'il ne tient que de
vous.
Mais si de votre coeur ma Muse tém éraire
Veut peindre les vertus si dignes de lui plaire,
Je peindrai la grandeur & l'affabilité,
Laprudence que suit la générosité
Et dans tous vos bienfaits cette noblesse extrême,
Plus flatteuse cent fois que le bienfait lui-même:
Je peindrai ce cour grand, bravant l'adversité
Ce coeur qui ne voit rien dans la prospé tité,
Que le bonheur si doux d'employer sa puissance
A confondre le crime & servir l'innocence
Qui plaint les malheureux, gémit de leurs doun
leurs
Et ne sçait mépriser que ses propres malheurs.
Voilà ce qui des vers exige l'harmonie;
Si le Ciel m'e ût donné la force & le génie;
Voilà les grands sujets dont ma Muse eut fait
choix
Mon esprit & mon coeur parler oit à la fois:
Mais cette ambition convient nial à ma Lyre,
Et n'ayant que des vœux, je me tais, & j'admire.
PORTELANCE.
A MADAME LA COMTESSE D'A*****
D[']A*****, ne croyez point que je chante
ces graces,
Dont souvent les remords accompagnent les
traces;
La Muse dont les soins veillent sur mes projets,
Ne permet à mes vers que de nobles sujets.
Non, je ne chante point ces graces passageres,
Compagnes des plaisirs, inconstantes, légéres,
Dont la veine beauté mere de nos regrets
Ne brille qu'au matin, & s'enfuit pour jamais;
Mais celles que * * Socrate honoi a de ses peines;
* Socrate. fils de Sculpteur, avoit exercé dans
Vigisires bolOO
AVRIL.
1752.
79
Celles dont il orna les murailles d'Athenes,
Dont l'aimable décence inspiroit la pudeur
Tendres soeurs des vertus, & filles de l'honneur,
Ces graces dont l'auguste & douce intelligence
Désigne les bienfaits & la reconnoistance,
Qui marquent de l'esprit les talens dévoilés,
Celles qu'ensin j'admire, & que vous rassemblez.
Eh! Quel autre que vous en trace mieux l'i-
mage ?
Quel autre jouit plus de leur doux assemblage,
Vons dont le caractere à la sois réunit
Des rares qualités du cœur & de l'esprit:
Dans vos moindres discours quel feu! quelle
éloquence!
Sur les moindres objets quelle heureuse élégance!
Tout se pare en vos mains de nouveaux ornemens,
Tout jusqu'au sérieux se change en agrémens:
Le plus riant sujet devient plus agréable
Vous le rendez utile, & l'utile est aimable.
Tout plein de votre esprit on sent croître le sien:
Et l'esprit le moins vaste, après votre entretien
sa jeunesse la profession de son pere, honorable
dans la Gréce. Plusieurs auteurs assurent qu'il fit
tant de progrès dans la Sculpture, que c'étoit lui
qui avoit sculptées ces graces si vantées, placées
sur les murailles de la Citadelle d'Athénes, der-
riere la Statue de Minerve; ces graces, contre
l'usage ordinaire, étoient drapées. Les graces
chez les Grecs présidoient aux bienfaits & à la re-
connoissance.
D iiij
80 MERCURE DEFRANCE.
Eloquent, semble prendre une nouvelle vie,
Vos discours créateurs lui donnent du génie,
Et surpris de lui-même il se fait des jaloux,
Par des talens nouveaux qu'il ne tient que de
vous.
Mais si de votre coeur ma Muse tém éraire
Veut peindre les vertus si dignes de lui plaire,
Je peindrai la grandeur & l'affabilité,
Laprudence que suit la générosité
Et dans tous vos bienfaits cette noblesse extrême,
Plus flatteuse cent fois que le bienfait lui-même:
Je peindrai ce cour grand, bravant l'adversité
Ce coeur qui ne voit rien dans la prospé tité,
Que le bonheur si doux d'employer sa puissance
A confondre le crime & servir l'innocence
Qui plaint les malheureux, gémit de leurs doun
leurs
Et ne sçait mépriser que ses propres malheurs.
Voilà ce qui des vers exige l'harmonie;
Si le Ciel m'e ût donné la force & le génie;
Voilà les grands sujets dont ma Muse eut fait
choix
Mon esprit & mon coeur parler oit à la fois:
Mais cette ambition convient nial à ma Lyre,
Et n'ayant que des vœux, je me tais, & j'admire.
PORTELANCE.
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Résumé : LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
En avril 1752, l'auteur adresse une lettre à Madame la Comtesse d'A***** pour louer ses grâces authentiques, liées à la vertu et à l'honneur. Il évoque Socrate, fils de sculpteur, dont les œuvres symbolisaient les bienfaits et la reconnaissance. La comtesse est admirée pour ses qualités exceptionnelles, tant dans le cœur que dans l'esprit, et pour sa capacité à rendre tout sujet agréable et utile. Ses discours sont élégants et éloquents, inspirant et élevant ceux qui l'écoutent. L'auteur apprécie également sa grandeur, son affabilité, sa prudence et sa générosité, ainsi que son dévouement à aider les malheureux et à servir l'innocence. Il exprime son désir de célébrer ces vertus mais reconnaît humblement ses limites et se contente d'admirer.
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4839
p. 81-82
LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
Début :
Dans un bois, où l'Amour couronne les Amans, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
LA VEILLE NOUVELLE.
VERS A ISMENE.
Dans un bois, où l'Amour couronne les
Amans,
l'apprenois aux échos mes teudres sentimens:
Bergere, qu'en ce lieu tout Berger trouve aimable-
Vous causiez mes transports dans ce lieu favorable
Quelle bouche! quel teint! quels yeuxl ali, que
d'appas!
Oui, qui lui plaît, disois je, & ne m'en deffend
pas
Est au nombre des Dieux, ou leur est bien sem-
blable.
Une Nymplie indiscrette écoutoit mes soupits?
Elle approche, quel est l'objet de tes desits,
Dit elle: est-ce Climene ?
Est-ce Hermione? Helene ?
Non, dis-je, belle Nymphe, helas,
Non, vous ne la connoissez pas;
Cette beauté n'est point l'Aurore „
Ce n'est ni Pomone ni Flore,
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Elle n'a point leuis noms, mais elle a leurs appar-
Est ce Hebé ? non : elle en a la jeunesse.
Est ce Venus ? elle en a la beauté.
Dy.
82 MERCURE DEFRANCE.
Eft ce Diane? non elle a de la tendresse,
Elle est sage sans cruau té;
Elle aime les plaisirs, & cette enchanteresse
N'est point une Divinité.
Mais c'est donc Ismene ? oui sans doute, pourquoi
rire?
La belle nouvelle pour moi,
Dit elle ! Te crois tu le premier à le dire ?
Cent fois l'Amour l'avoit dit avant toi.
PORTELANCE.
VERS A ISMENE.
Dans un bois, où l'Amour couronne les
Amans,
l'apprenois aux échos mes teudres sentimens:
Bergere, qu'en ce lieu tout Berger trouve aimable-
Vous causiez mes transports dans ce lieu favorable
Quelle bouche! quel teint! quels yeuxl ali, que
d'appas!
Oui, qui lui plaît, disois je, & ne m'en deffend
pas
Est au nombre des Dieux, ou leur est bien sem-
blable.
Une Nymplie indiscrette écoutoit mes soupits?
Elle approche, quel est l'objet de tes desits,
Dit elle: est-ce Climene ?
Est-ce Hermione? Helene ?
Non, dis-je, belle Nymphe, helas,
Non, vous ne la connoissez pas;
Cette beauté n'est point l'Aurore „
Ce n'est ni Pomone ni Flore,
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Elle n'a point leuis noms, mais elle a leurs appar-
Est ce Hebé ? non : elle en a la jeunesse.
Est ce Venus ? elle en a la beauté.
Dy.
82 MERCURE DEFRANCE.
Eft ce Diane? non elle a de la tendresse,
Elle est sage sans cruau té;
Elle aime les plaisirs, & cette enchanteresse
N'est point une Divinité.
Mais c'est donc Ismene ? oui sans doute, pourquoi
rire?
La belle nouvelle pour moi,
Dit elle ! Te crois tu le premier à le dire ?
Cent fois l'Amour l'avoit dit avant toi.
PORTELANCE.
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Résumé : LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
Le poème 'La Veille Nouvelle' est adressé à Ismène et se déroule dans un bois gouverné par l'Amour. Le narrateur y exprime ses sentiments amoureux en vantant la beauté de la personne aimée, qu'il compare à celle des déesses et des nymphes telles que l'Aurore, Pomone, Flore, Hébe, Vénus et Diane. Une nymphe curieuse écoute ses confidences et lui demande si l'objet de son désir est Climène, Hermione ou Hélène. Le narrateur nie, affirmant que la beauté et la jeunesse de sa bien-aimée surpassent celles de ces femmes. La nymphe devine alors qu'il s'agit d'Ismène et révèle que l'Amour avait déjà proclamé cet amour à maintes reprises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4840
p. 114-121
DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
Début :
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses chaînes, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
DISCOURS EN VERS,
SUR LE PLAISIR D'AIMER.
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses
chaînes,
Les plaisirs de l'Amour surpassent bien ses peines;
Si sur des coeurs cruels, tyran impétueux
Il lance avec fureur des traits cruels comme eux
Monarque bien-faisant des ames généreuses,
La loi qu'il leur impose est celle d'être heureuses.
Frivoles habitans des Cités & des Cours
Colifichets brillans formés pour les Amours
Mais dont le cour, n'apporte aux jardins de Cy-
there
AVRIL. 1752.
115
Que le godt de l'intrigue & la fureur de plaire,
Vous ignorez encor les charmes du vrai bien;
La Mode est votre Dien, l'Amour seul est le mien,
Doux & terrible enfant, ton empire adorable
A fixé dans mon corur son trône inébranlable:
Tu sçais si j'en suis digne, & s'il est sous ta loi
Un sujet plus sidele & plus tendre que moi.
Trop heureux qui connoît ces langueurs innéfa-
bles,
Ces désirs inquiets, ces mouvemens aimables
Nectar délicieux des esprits & des cours:
Les larmes des amans ont pour eux des douceurs,
Leurs plaisirs sont inexprimables
La Volupté pour eux naît du sein des douleurs.
Si du destin jaloux l'autorité sévere
El oigne d'Adonis la Reine de Cythere,
Les plaisirs du retour en seront plus touchans.
»Comme on voit en un jour d'automne & de
» primtems.
»Les brouillards élancés du sein de Vallombreuse,
»Elever jusqu'aux cieux leur vapeur ténébreuse.
» Et briser du soleil les rayons amortis;
»Si, prête à se plonger dans le lit de Thetis
»De ses voiles affreux sa splendeur dégagée
»Console d'un regard la nature affligée,
„Tout renaît, tout s'anime. Acanthis par ses
»chants
»Rend le plus tendre hommage à ses seux écla-
»» taus:
116 MERCURE DE FRANCE.
„ Les ruisseaux sont plus purs, les feuillages plus
„ sombres
»Redoublent leur fraîcheur, leur verdure & leurs
» ombres:
» Les parfums les plus doux, de la terre exhalés
„ Rappellent dans nos bois les amours envolés,
» Zephir caresse Flore avec plus de tendresse;
»Les Nymphes, les Sylvaine, dans une douce
»yvresse,
»Unissant leurs transports goûtent mille douceurs,
„Lès gazons sous leurs pas se tapissent de fleurs
„ La rose ouvre son sein, pleine d'impatience
»Tel après les horreurs d'une creelle absence
nA l'aspect de Cypris, s'élançant du tombean,
„Mon cœeur épanoui reçoit un nouvel être;
„ Dans ses yeux adorés mon amour voit renaître
„ Un nouvel univers & plus noble & p lus beau;
„Otransports! 6 plaisirs, ó suprême puissance !
„O combien la tendresse augmente l'existence !
„Déserts où j'ai passé les plus beaux de mes jours,
„ Doux & discrets témoins du plus pur des amours,
„ Beaux lieux, où de Cloris la grace enchante-
„ resse
o Plongea mes sens ravis dans des torrens d'y-
vresse
» Que pour moi votre aspect a des charmes puil-
„ sans !
„ Dans quel souvenir tendre il égare mes sens !
»Là, d'un soupir flatteur qui pénétra mon ame
Digsirad v L0O
AVRIL.
1752.
117
„L'adorable Cloris daigna payer ma flamme
»Ici, ses yeux divins partageant ma langueur
»Me disoient (si j'entend leur langage enchan,
„teur)
„ Aimez-moi, mais soyez fidelle.
» Ciel! avec quels transports tous mes vœeux,
„tout mon coeur
» Lui juroient une ardeur toujours vive & nou-
„velle
„ Sans doute les Dieux seuls connoissent ces dou-
ceurs.
C'est ainsi qu'Adonis au mystere au silence
Consioit tour à tour ses plaisirs, ses douleurs;
Et sa discrétion égale à sa constance
Méritoient de Cypris les plus tendres faveurs.
La Gréce a publié dans ses fastes menteurs
Que du Ciel autrefois chassé par la Folie
Apollon fut Berger aux champs de Thessalie
Mais j'ai sçu le secret. Son cour trop généreux
Voyant avec pitié nos erreurs, nos chiméres
Nos plaisirs languissans, nos chagrins volontaires
Vint apprendre aux mortels l'art divin d'erte heu-
reux.
Athénes l'attira par sa magnificence,
D'abord elle offrit à ses yeux
Le Temple des Beaux Aits enfans de l'abondance
BAti par le bon goût qui veille à leur deffense;
Mais le Palais brillant de la Frivolité,
Elevé par la Mode & par la Nouveauté
oog
118 MERCURE DEFRANCE.
Eblouit tous les yeux, obtient tous les hommages
Le Dieu voit confondus les fols & les faux sages
Pleins d'yvresse & d'ennui, vains, rampans &
jaloux
Se cherchant, se craignant, & se méptisans tous;
En vain il prodiguoit les trésors du génie
Envain du tendre amour il chantoit les appas,
Le p euple l'écoutoit & ne l'entendoit pas,
Les Dévots frémissoient; la bonne compagnie
Siffloit ses sentimens, ses vers, son harmonie;
Sa douceur étoit fade, & ses tons excedans
Son étiquette antique & ses propos pédans . ..
„ Laissons ces insensés, dit Phébus en colere,
„Leur mépris mutuel est leur digne salaire.
Il s'envole à l'instant vers ces bords enchantés
Que Penée enrichit de ses flots argentés.
Les arbres, les rochers accourent pour l'enten-
dre
Aux vœux d'un digne Amant Lise n'osoit se
rendre
Elle vit Apollon: elle lui dit un jour,
„ Que faites vous là haut dans ce brillant séjour ?
»Quels y sont vos plaisirs : Je ne puis les com-
„prendre
Apollon répondit avec un souris tendre
i Nous aimons, & peut-on être heureux sans
„ l'amour?
»C'est lui qui fait couler dans notre ame ravie
AVRIL. 1752.
119
» Les sources de bonheur & celles de la vie;
„Je viens vous départir des dons si précieux
» Aimez-vous, mes enfans, & vous êtes des
» Dieux
„ Quoi! N'entendez-vous pas la voix de la Na-
»tuxe
„Qui de vos préjugés condamne l'imposture !
» Ah! Que l'amour sur vous épuise tous ses traitsl
„Que feriez-vous, jeune Bergere,
»De votre cœeur, de vos attraits
„ Si vous ne connoissiez jamais
„ La douceur d'aimer & de plaire.
.
Prositons des conseils d'un Dieu qui nous instruit,
Et qui vers le bonheur par la main nous conduit.
Suivons des vrais Amans cet illustre modele,
Pétraque qui rendit son Amante immortelle
Par ses vers & ses feux constans.
Envain le tems jaloux avec sa faulx cruelle,
Avoit cru moissonner leurs plaisirs ravissans,
Leurs vœux toujours comblés & toujours renais-
sans
Près d'une Vaucluse nouvelle
Aux Champs Elysiens, Venus & les Amours
Ont réuni Pétraque à sa divine Laure;
Ils se revoyent tous les jours
Plus charmans, plus tendres encore;
Sous l'ombrage délicieux
D'un bois de Myrthe & d'Amaranthe,
. . .. .
..)
120 MERCURE DE FRANCE.
Ils cueuillent les fruits précieux
De cette ardeur persévérante
Qui les rendit égaux aux Dieux:
Toi que la mort frappa de son dard exécrable
Dans les bras des plaisirs, dans le sein adorable
De la jeunesse & de l'amour
Tendre & charmante Eglé, qui renais chaque
jour
Au fond d'un cœur inconsolable
Seul digne de t'aimer, sans espoir de retour
Vois l'Amour qui s'envole au Temple de Mémoire
Qui grave en traits de feu tes graces, ta vertu»
Et qui dit en pleurant hélas! elle a vécu
Trop peu pour ses amis, mais assez pour sa gloire.
Si dix ans de fureur, de haine ou de victoire
Ont du fier meurtrier d'Hector
A la carriere de Nestor
Egalé la vie immortelle
Combien douze ans d'amour, d'amitié de plaisirs
Doivent rendre la tienne & plus pleine & plus
belle !
Loin de nous ces Mortels sans ame, sans désirs,
Croupis dans le bourbier d'une morne indolence
Du néant au sommeil (vaine ombre d'existence
Du sommeil au néant transportés tour à tour,
Nourris d'absurdités, engraissés d'ignorance
Ils végetent cent ans, mais vivent-ils un jour ?
Non la vie est dans l'ame, & l'ame n'est qu'amour
Cependant
as O
AVRIL. 1752. 121
Cependant, vils jouets d'un sort toujours bar,
bare.
Nous voulons nous unir, & l'erreur nous sépare
La mort brise nos noeuds, & l'absence & le tems,
Nous font mourirencore au coeur de nos amans:
Ah ! sans doute il faudroit voir toujours ce qu'on
aime
s'enyvrer à longs traits de ce bonheur suprême
En pénétrer son ame, en assouvir ces yeux
Et par un goût industrieux,
Toujours vif & toujours durable,
Aiguiser chaque jour les traits délicieux
De cette joye inaltérable !
Mais. .. ò misere humaine! ô destin déplorable
Helas ! des vrais plaisirs la source intarissable
Ne fut découverte qu'aux Dieux:
Cessons pourtant d'être envieux
De leur joye éternelle & de leur gloire extrême;
Il est un bien plus précieux
Que leur immortalité même,
C'est celui d'expirer d'un transport amoureux
Dans les bras de l'objet qu'on aime.
GAILLARD.
SUR LE PLAISIR D'AIMER.
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses
chaînes,
Les plaisirs de l'Amour surpassent bien ses peines;
Si sur des coeurs cruels, tyran impétueux
Il lance avec fureur des traits cruels comme eux
Monarque bien-faisant des ames généreuses,
La loi qu'il leur impose est celle d'être heureuses.
Frivoles habitans des Cités & des Cours
Colifichets brillans formés pour les Amours
Mais dont le cour, n'apporte aux jardins de Cy-
there
AVRIL. 1752.
115
Que le godt de l'intrigue & la fureur de plaire,
Vous ignorez encor les charmes du vrai bien;
La Mode est votre Dien, l'Amour seul est le mien,
Doux & terrible enfant, ton empire adorable
A fixé dans mon corur son trône inébranlable:
Tu sçais si j'en suis digne, & s'il est sous ta loi
Un sujet plus sidele & plus tendre que moi.
Trop heureux qui connoît ces langueurs innéfa-
bles,
Ces désirs inquiets, ces mouvemens aimables
Nectar délicieux des esprits & des cours:
Les larmes des amans ont pour eux des douceurs,
Leurs plaisirs sont inexprimables
La Volupté pour eux naît du sein des douleurs.
Si du destin jaloux l'autorité sévere
El oigne d'Adonis la Reine de Cythere,
Les plaisirs du retour en seront plus touchans.
»Comme on voit en un jour d'automne & de
» primtems.
»Les brouillards élancés du sein de Vallombreuse,
»Elever jusqu'aux cieux leur vapeur ténébreuse.
» Et briser du soleil les rayons amortis;
»Si, prête à se plonger dans le lit de Thetis
»De ses voiles affreux sa splendeur dégagée
»Console d'un regard la nature affligée,
„Tout renaît, tout s'anime. Acanthis par ses
»chants
»Rend le plus tendre hommage à ses seux écla-
»» taus:
116 MERCURE DE FRANCE.
„ Les ruisseaux sont plus purs, les feuillages plus
„ sombres
»Redoublent leur fraîcheur, leur verdure & leurs
» ombres:
» Les parfums les plus doux, de la terre exhalés
„ Rappellent dans nos bois les amours envolés,
» Zephir caresse Flore avec plus de tendresse;
»Les Nymphes, les Sylvaine, dans une douce
»yvresse,
»Unissant leurs transports goûtent mille douceurs,
„Lès gazons sous leurs pas se tapissent de fleurs
„ La rose ouvre son sein, pleine d'impatience
»Tel après les horreurs d'une creelle absence
nA l'aspect de Cypris, s'élançant du tombean,
„Mon cœeur épanoui reçoit un nouvel être;
„ Dans ses yeux adorés mon amour voit renaître
„ Un nouvel univers & plus noble & p lus beau;
„Otransports! 6 plaisirs, ó suprême puissance !
„O combien la tendresse augmente l'existence !
„Déserts où j'ai passé les plus beaux de mes jours,
„ Doux & discrets témoins du plus pur des amours,
„ Beaux lieux, où de Cloris la grace enchante-
„ resse
o Plongea mes sens ravis dans des torrens d'y-
vresse
» Que pour moi votre aspect a des charmes puil-
„ sans !
„ Dans quel souvenir tendre il égare mes sens !
»Là, d'un soupir flatteur qui pénétra mon ame
Digsirad v L0O
AVRIL.
1752.
117
„L'adorable Cloris daigna payer ma flamme
»Ici, ses yeux divins partageant ma langueur
»Me disoient (si j'entend leur langage enchan,
„teur)
„ Aimez-moi, mais soyez fidelle.
» Ciel! avec quels transports tous mes vœeux,
„tout mon coeur
» Lui juroient une ardeur toujours vive & nou-
„velle
„ Sans doute les Dieux seuls connoissent ces dou-
ceurs.
C'est ainsi qu'Adonis au mystere au silence
Consioit tour à tour ses plaisirs, ses douleurs;
Et sa discrétion égale à sa constance
Méritoient de Cypris les plus tendres faveurs.
La Gréce a publié dans ses fastes menteurs
Que du Ciel autrefois chassé par la Folie
Apollon fut Berger aux champs de Thessalie
Mais j'ai sçu le secret. Son cour trop généreux
Voyant avec pitié nos erreurs, nos chiméres
Nos plaisirs languissans, nos chagrins volontaires
Vint apprendre aux mortels l'art divin d'erte heu-
reux.
Athénes l'attira par sa magnificence,
D'abord elle offrit à ses yeux
Le Temple des Beaux Aits enfans de l'abondance
BAti par le bon goût qui veille à leur deffense;
Mais le Palais brillant de la Frivolité,
Elevé par la Mode & par la Nouveauté
oog
118 MERCURE DEFRANCE.
Eblouit tous les yeux, obtient tous les hommages
Le Dieu voit confondus les fols & les faux sages
Pleins d'yvresse & d'ennui, vains, rampans &
jaloux
Se cherchant, se craignant, & se méptisans tous;
En vain il prodiguoit les trésors du génie
Envain du tendre amour il chantoit les appas,
Le p euple l'écoutoit & ne l'entendoit pas,
Les Dévots frémissoient; la bonne compagnie
Siffloit ses sentimens, ses vers, son harmonie;
Sa douceur étoit fade, & ses tons excedans
Son étiquette antique & ses propos pédans . ..
„ Laissons ces insensés, dit Phébus en colere,
„Leur mépris mutuel est leur digne salaire.
Il s'envole à l'instant vers ces bords enchantés
Que Penée enrichit de ses flots argentés.
Les arbres, les rochers accourent pour l'enten-
dre
Aux vœux d'un digne Amant Lise n'osoit se
rendre
Elle vit Apollon: elle lui dit un jour,
„ Que faites vous là haut dans ce brillant séjour ?
»Quels y sont vos plaisirs : Je ne puis les com-
„prendre
Apollon répondit avec un souris tendre
i Nous aimons, & peut-on être heureux sans
„ l'amour?
»C'est lui qui fait couler dans notre ame ravie
AVRIL. 1752.
119
» Les sources de bonheur & celles de la vie;
„Je viens vous départir des dons si précieux
» Aimez-vous, mes enfans, & vous êtes des
» Dieux
„ Quoi! N'entendez-vous pas la voix de la Na-
»tuxe
„Qui de vos préjugés condamne l'imposture !
» Ah! Que l'amour sur vous épuise tous ses traitsl
„Que feriez-vous, jeune Bergere,
»De votre cœeur, de vos attraits
„ Si vous ne connoissiez jamais
„ La douceur d'aimer & de plaire.
.
Prositons des conseils d'un Dieu qui nous instruit,
Et qui vers le bonheur par la main nous conduit.
Suivons des vrais Amans cet illustre modele,
Pétraque qui rendit son Amante immortelle
Par ses vers & ses feux constans.
Envain le tems jaloux avec sa faulx cruelle,
Avoit cru moissonner leurs plaisirs ravissans,
Leurs vœux toujours comblés & toujours renais-
sans
Près d'une Vaucluse nouvelle
Aux Champs Elysiens, Venus & les Amours
Ont réuni Pétraque à sa divine Laure;
Ils se revoyent tous les jours
Plus charmans, plus tendres encore;
Sous l'ombrage délicieux
D'un bois de Myrthe & d'Amaranthe,
. . .. .
..)
120 MERCURE DE FRANCE.
Ils cueuillent les fruits précieux
De cette ardeur persévérante
Qui les rendit égaux aux Dieux:
Toi que la mort frappa de son dard exécrable
Dans les bras des plaisirs, dans le sein adorable
De la jeunesse & de l'amour
Tendre & charmante Eglé, qui renais chaque
jour
Au fond d'un cœur inconsolable
Seul digne de t'aimer, sans espoir de retour
Vois l'Amour qui s'envole au Temple de Mémoire
Qui grave en traits de feu tes graces, ta vertu»
Et qui dit en pleurant hélas! elle a vécu
Trop peu pour ses amis, mais assez pour sa gloire.
Si dix ans de fureur, de haine ou de victoire
Ont du fier meurtrier d'Hector
A la carriere de Nestor
Egalé la vie immortelle
Combien douze ans d'amour, d'amitié de plaisirs
Doivent rendre la tienne & plus pleine & plus
belle !
Loin de nous ces Mortels sans ame, sans désirs,
Croupis dans le bourbier d'une morne indolence
Du néant au sommeil (vaine ombre d'existence
Du sommeil au néant transportés tour à tour,
Nourris d'absurdités, engraissés d'ignorance
Ils végetent cent ans, mais vivent-ils un jour ?
Non la vie est dans l'ame, & l'ame n'est qu'amour
Cependant
as O
AVRIL. 1752. 121
Cependant, vils jouets d'un sort toujours bar,
bare.
Nous voulons nous unir, & l'erreur nous sépare
La mort brise nos noeuds, & l'absence & le tems,
Nous font mourirencore au coeur de nos amans:
Ah ! sans doute il faudroit voir toujours ce qu'on
aime
s'enyvrer à longs traits de ce bonheur suprême
En pénétrer son ame, en assouvir ces yeux
Et par un goût industrieux,
Toujours vif & toujours durable,
Aiguiser chaque jour les traits délicieux
De cette joye inaltérable !
Mais. .. ò misere humaine! ô destin déplorable
Helas ! des vrais plaisirs la source intarissable
Ne fut découverte qu'aux Dieux:
Cessons pourtant d'être envieux
De leur joye éternelle & de leur gloire extrême;
Il est un bien plus précieux
Que leur immortalité même,
C'est celui d'expirer d'un transport amoureux
Dans les bras de l'objet qu'on aime.
GAILLARD.
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Résumé : DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
Le poème 'Discours en vers, Sur le plaisir d'aimer', publié en avril 1752, met en avant les plaisirs de l'amour, considérés comme supérieurs à ses peines. L'amour est présenté comme un monarque bienveillant pour les âmes nobles, imposant une loi de bonheur. Le poète critique les habitants des villes et des cours, qui privilégient la mode aux véritables charmes de l'amour. Il célèbre les douceurs de l'amour, même dans les moments de tristesse des amants, et compare ses plaisirs à la renaissance de la nature après une période sombre. Le texte évoque des souvenirs tendres liés à une personne nommée Cloris et affirme une ardeur éternelle. Apollon, déçu par la folie humaine, enseigne l'art de devenir heureux à travers l'amour, illustré par son dialogue avec une bergère nommée Lise. Le poème conclut en exhortant à suivre l'exemple des vrais amants, comme Pétrarque, et à écouter les conseils d'Apollon. Il célèbre l'amour immortel entre Pétrarque et Laure, réunis dans les Champs Élyséens malgré la mort. Le poète exprime sa douleur face à la perte de sa bien-aimée, Églé, soulignant que douze ans d'amour enrichissent la vie. Il critique ceux qui vivent sans désir ni passion et déplore les obstacles séparant les amants, tels que la mort et l'absence. Selon lui, le plus grand bonheur est de mourir dans les bras de l'être aimé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4841
p. 123
ENIGME.
Début :
J'ai des milliers de soeurs, je suis en tous pays, [...]
Mots clefs :
Aiguille
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
A 1 des milliers de foeurs , je fuis en tous pays ,
Lecteur tu nous connois , notre emploi n'eft pas
rare.
Tu fçais que de nos jours l'Auteur dur & barbare
Nous habillant en bleu , va nous vendre à vil prix :
Efclavage cruel ! qui peut nombrer nos maîtres ?
Sur le champ au travail nos momens font foumis ,
On nous garde de près ; ainfique pour les traîtres;
La prifon eft pour nous le lieu le plus heureux .
Nous ne voyons le jour que pour notre infortune ;
Pour faire notre ouvrage , ô fort malencontreux !
Il faut que l'on nous mette une chaîne importune ,
Qui par tout nous pourſuit , & ce n'eft qu'à la fin
Qu'un inftant de repos vange notre esclavage ,
Pliants fous les travaux , mes foeurs de leur deftia
Terminent la carriere , & par leur propre ouvrage
Quelques- unes par fois le font décapiter.
Fuyez notre couroux , imprudente jeuneffe ,
Votre fang innocent pourroit feul vous vanger ,
Des maux que vos pareils font à notre foibleffe.
REGNARD , Lieutenant au Régiment
de Saintonge.
A 1 des milliers de foeurs , je fuis en tous pays ,
Lecteur tu nous connois , notre emploi n'eft pas
rare.
Tu fçais que de nos jours l'Auteur dur & barbare
Nous habillant en bleu , va nous vendre à vil prix :
Efclavage cruel ! qui peut nombrer nos maîtres ?
Sur le champ au travail nos momens font foumis ,
On nous garde de près ; ainfique pour les traîtres;
La prifon eft pour nous le lieu le plus heureux .
Nous ne voyons le jour que pour notre infortune ;
Pour faire notre ouvrage , ô fort malencontreux !
Il faut que l'on nous mette une chaîne importune ,
Qui par tout nous pourſuit , & ce n'eft qu'à la fin
Qu'un inftant de repos vange notre esclavage ,
Pliants fous les travaux , mes foeurs de leur deftia
Terminent la carriere , & par leur propre ouvrage
Quelques- unes par fois le font décapiter.
Fuyez notre couroux , imprudente jeuneffe ,
Votre fang innocent pourroit feul vous vanger ,
Des maux que vos pareils font à notre foibleffe.
REGNARD , Lieutenant au Régiment
de Saintonge.
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4842
p. 124
AUTRE.
Début :
Aux Ministres Chrétiens j'offre un rare tableau. [...]
Mots clefs :
Cloche
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ux Miniftres Chrétiens j'offre un fare tableau
.
J'ai reçu le Baptême , & j'ai quitté la terre ;
Du culte du vrai Dieu j'inftruis tout fon troupeau ;
De la Religion mieux qu'un Miffionnaire
J'annonce les grandeurs , je t'appelle au tombeau
Pour tes befoins j'implore un fecours falutaire ;
Tu me maudis fouvent , & par un fort nouveau
Je parle également aux Rois comme au vulgaire.
Par le même.
Ux Miniftres Chrétiens j'offre un fare tableau
.
J'ai reçu le Baptême , & j'ai quitté la terre ;
Du culte du vrai Dieu j'inftruis tout fon troupeau ;
De la Religion mieux qu'un Miffionnaire
J'annonce les grandeurs , je t'appelle au tombeau
Pour tes befoins j'implore un fecours falutaire ;
Tu me maudis fouvent , & par un fort nouveau
Je parle également aux Rois comme au vulgaire.
Par le même.
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4843
p. 124-125
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis à tout le monde utile à la toilette, [...]
Mots clefs :
Papillote
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIPHE
,
E fuis à tout le monde utile à la toilette ,
Quelquefois néceffaire à plufieurs tous les jours
La parure , Lecteur , emprunte mon fecours ,
Et peut -être à préfent l'on me voit à la tête.
Mon tout eft compofé de neuf pieds ſeulement .
Amufe- toi , tourne- les , & combinne ,
Auffi-tôt dans la Paleſtine
Tu découvriras aisément
Près de Jerufalem une ville placée
Et qu'on dit par Japhet avoir été fondée ....
Son Evêque , Lecteur , eft un Moine Français,
AVRIL. 1752 . 125
Tu dois auffi trouver un grand Auteur Anglais.. ,
Un poiffon délicat qu'on pêche dans la Saône...
Ce qu'à fon jeune enfant une Nourrice donnne.
Une ventofité , qui d'un fale conduit
Se fait fentir , entendre , en fortant avec bruit....
Un oiſeau fort criard. . . Un terme anatomique..
Un poiffon que l'on voit dans les mers d'Amérique
Qui par fa forme égale un maquereau ,
Et qui juſqu'au port fuit toujours un vaiſſeau.
§ 7 & 4 aprés , c'est moi qui juge en France....
23 & 8 ,je fuis ville de la Provence ...
245 & 9 le foutien d'un oiſeau.
12 3 & 9 , le Prince & le Chef de l'Eglife... ୨
874 59, fans moi point de chemiſe..
6 avec 7. plus 8 , j'arrofe l'Agenois . ...
52 4 avant 9 , on me craint dans les bois..
On chaffe mes petits , quelquefois on m'y laiſſe.
1 2 5.9 &.8 , je fuis jeu de jufteffe ....
Je finis , cher Lecteur , voici le trait dernier.
Retranche 1 2 & 5 , je fuis un Officier ,
Qui fçais dans un gros tems de tempête & d'orage
Garentir par mon art un vaiffeau du naufrage.
Par M. de MONTPELLIER.
,
E fuis à tout le monde utile à la toilette ,
Quelquefois néceffaire à plufieurs tous les jours
La parure , Lecteur , emprunte mon fecours ,
Et peut -être à préfent l'on me voit à la tête.
Mon tout eft compofé de neuf pieds ſeulement .
Amufe- toi , tourne- les , & combinne ,
Auffi-tôt dans la Paleſtine
Tu découvriras aisément
Près de Jerufalem une ville placée
Et qu'on dit par Japhet avoir été fondée ....
Son Evêque , Lecteur , eft un Moine Français,
AVRIL. 1752 . 125
Tu dois auffi trouver un grand Auteur Anglais.. ,
Un poiffon délicat qu'on pêche dans la Saône...
Ce qu'à fon jeune enfant une Nourrice donnne.
Une ventofité , qui d'un fale conduit
Se fait fentir , entendre , en fortant avec bruit....
Un oiſeau fort criard. . . Un terme anatomique..
Un poiffon que l'on voit dans les mers d'Amérique
Qui par fa forme égale un maquereau ,
Et qui juſqu'au port fuit toujours un vaiſſeau.
§ 7 & 4 aprés , c'est moi qui juge en France....
23 & 8 ,je fuis ville de la Provence ...
245 & 9 le foutien d'un oiſeau.
12 3 & 9 , le Prince & le Chef de l'Eglife... ୨
874 59, fans moi point de chemiſe..
6 avec 7. plus 8 , j'arrofe l'Agenois . ...
52 4 avant 9 , on me craint dans les bois..
On chaffe mes petits , quelquefois on m'y laiſſe.
1 2 5.9 &.8 , je fuis jeu de jufteffe ....
Je finis , cher Lecteur , voici le trait dernier.
Retranche 1 2 & 5 , je fuis un Officier ,
Qui fçais dans un gros tems de tempête & d'orage
Garentir par mon art un vaiffeau du naufrage.
Par M. de MONTPELLIER.
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4844
p. 126-127
AUTRE.
Début :
Je fus pour critiquer, cher Lecteur, inventée, [...]
Mots clefs :
Épigramme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus pour critiquer , cher Lecteur , inventée ,
Je fuis avec efprit rarement compofée.
A ma pointe , à ma chûte on manque tous les
jours ,
On me voit cependant courir les carrefours.
Pour te plaire il me faut l'élégant badinage ,
D'inftruire c'est mon but les hommes à tout âge
Je renferme en neuf pieds dequoi bien t'amuſer ,
Tu dois trouver d'abord ce qui re fait penſer.. ,
Avec un pied de plus je fuis pour ta deffenfe...
76431 une infame fcience , "
Et qui n'a du crédit que chez les Idiots.. -
Moins 3 , le nom qu'on donne aux Rois Orien-
.taux.
1 46 , je fuis riviere dans l'Espagne.. :
... Plus S mis avant 6 riviere d'Allemagne.
J'offre en lifant mon nom un tréfor à tes yeux,
Le plus grand de la terre & le plus précieux . . .
Je poffède un ami qui fûr toujours fincere. …..
Une pièce de bois utile à la galere ...
Une terre , où le foin croît naturellement....
L'Oiſeau qui cache tout... de plus un élément . ..
Un outil d'artiſan ... mortelle maladie. . .
Deux nottes de mufique.. un Duché d'Ita'ie …. ...
De la Mere de Dieu , Lecteur , cherche le nom ..
AVRIL 17523 127
Ce qui dans divers mots donne le même fon...
Ce qu'on te fait chanter pour fçavoir la muſique.
Le maître d'une femme... un Etat Monarchique.
Un Sanglier de cinq ans. trouve trois mots Latins,
2 3 1 4 & 9 , j'attrape les lapins....
Malgré toute la Rhétorique
Je fçais t'attraper quelquefois.
› 264 avant 1 aux Princes , même aux Rois
J'appartiens ; & je fuis à la Cour , à la Ville
En fait d'amour jeune homme habile.. ;
Les gens de mon état foupirent peu de tems ,
Hs font fous , fort hardis , & très- entreprenans.
Par le même
E fus pour critiquer , cher Lecteur , inventée ,
Je fuis avec efprit rarement compofée.
A ma pointe , à ma chûte on manque tous les
jours ,
On me voit cependant courir les carrefours.
Pour te plaire il me faut l'élégant badinage ,
D'inftruire c'est mon but les hommes à tout âge
Je renferme en neuf pieds dequoi bien t'amuſer ,
Tu dois trouver d'abord ce qui re fait penſer.. ,
Avec un pied de plus je fuis pour ta deffenfe...
76431 une infame fcience , "
Et qui n'a du crédit que chez les Idiots.. -
Moins 3 , le nom qu'on donne aux Rois Orien-
.taux.
1 46 , je fuis riviere dans l'Espagne.. :
... Plus S mis avant 6 riviere d'Allemagne.
J'offre en lifant mon nom un tréfor à tes yeux,
Le plus grand de la terre & le plus précieux . . .
Je poffède un ami qui fûr toujours fincere. …..
Une pièce de bois utile à la galere ...
Une terre , où le foin croît naturellement....
L'Oiſeau qui cache tout... de plus un élément . ..
Un outil d'artiſan ... mortelle maladie. . .
Deux nottes de mufique.. un Duché d'Ita'ie …. ...
De la Mere de Dieu , Lecteur , cherche le nom ..
AVRIL 17523 127
Ce qui dans divers mots donne le même fon...
Ce qu'on te fait chanter pour fçavoir la muſique.
Le maître d'une femme... un Etat Monarchique.
Un Sanglier de cinq ans. trouve trois mots Latins,
2 3 1 4 & 9 , j'attrape les lapins....
Malgré toute la Rhétorique
Je fçais t'attraper quelquefois.
› 264 avant 1 aux Princes , même aux Rois
J'appartiens ; & je fuis à la Cour , à la Ville
En fait d'amour jeune homme habile.. ;
Les gens de mon état foupirent peu de tems ,
Hs font fous , fort hardis , & très- entreprenans.
Par le même
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4845
p. 160
CHANSON. A Madame de *** qui m'avoit placée entre deux des plus belles femmes de Paris.
Début :
Entre deux Graces l'autre jour [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON. A Madame de *** qui m'avoit placée entre deux des plus belles femmes de Paris.
CHANSON.
A Madame de *** qui m'avoit placée entre
deux des plus belles femmes de Paris.
Entre deux Graces l'autre jour
Je me trouvai placée;
Qui peut m'avoir joué ce tour!
Ah! que je suis piquée:
Bon, dit l'Amour, d'un air badin;
Cesse d'être en colere,
Car à ce trait un peu malin,
Je reconnois ma mere.
A Madame de *** qui m'avoit placée entre
deux des plus belles femmes de Paris.
Entre deux Graces l'autre jour
Je me trouvai placée;
Qui peut m'avoir joué ce tour!
Ah! que je suis piquée:
Bon, dit l'Amour, d'un air badin;
Cesse d'être en colere,
Car à ce trait un peu malin,
Je reconnois ma mere.
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4846
p. 3-7
VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
Début :
On peut mériter des lauriers [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
VERS
Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le
Duc d'Orléans Premier Prince
du Sang.
Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
On peut mériter des lauriers
Sans traînet après soi les horreurs de
la guerre.
Qu'on ne nous vante plus ces funestes
guerriers
Qui du sang des Mortels faisoient fumer la terre,
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ministres sanglans des cruautés du sort,
Vouloient voir en tous lieux leur fureur assouvie;
Ils portoient dans leurs mains l'instrument de la
mort;
LOUIS portoit toujours le soutien de la vie,
Ce Héros de l'humanité
A fait voir au siécle où nous sommes,
Un exemple accompli. digne d'être imité
Par toute la postérité.
Les uns mettoient leur gloire à détruire les hom-
mes
Mais toi. qui sur leurs maux aimois à t'attendrir
Tu mis ta gloire à les nourrit.
Ta présence apportoit l'abondance & la jole;
A la cruelle faim tu dérobois sa proie;
Sans cesse on voyoit tes bienfaits
Et ta pieuse vigilance
Du vice sans pudeur arrêter les effets,
Ou prévenir, avec prudence,
Les perfides conseils qu'apptêtoit l'indigence,
Pour mieux faire tomber dans de honteux filets
La crédule & foible innocence.
Quelle foule de malheureux
Auroient longtems gémi sans tes soins généteux!
Objet de nos regrets sinceres
Tu mérites les pleurs des enfans & des peres.
Pleurez, pleurez sur son cercueil;
Votre Pere n'est plus, familles désolées;
MAI. 1752.
Jamais d'un aussi juste deuil
Vos ames n'ont été troublées;
Votre Pere n'est plus! il conservoit ses jours
Pour vous prodiguer ses secours:
Mais la Mort s'indignant de ses soins magnanimes,
A voulu d'un seul coup frapper mille victimes.
Cher Prince, dont le Ciel couronne les vertus
Hélas! combien ta Mort fait renaître d'allarmes !
Le pauvre & l'oiphelin ne te verront donc plus!
Quelles mains désormais vont sécher tantde larmest
La Pénitence & la douceur
Ont illustré David bien plus que sa valeur,
Et Salomon son Fils, consacrant sa richesse
A bâtir un Temple au Seigneur,
A d'immenses trésors préféra la Sagesse.
On sçait. de son esprit quelle fût la hauteur
Il connut les secrets de la nature entière;
Le Cédre du Liban & la simple Bruyere
De ce vaste Univers lui découvroient l'auteur.
LOUIS, formé sur ce modéle,
Vient de nous retracer son génie & son zèle.
Sa sainte obscurité fit toute sa splendeur,
Et dans l'abaissement il meitoit sa grandeur.
Aux pieds du Dieu vivant dont l'amour le dévore,
*Monseigneur lo Duc d'Orléans, ainsi que Salo-
mon, étoit fort versé dans la Botanique; il avoit un
Jardin qu'il prenoit plaisir à cultiver pour le soulage-
ment des Pauvres.
A iij
0
6 MERCUREDEFRANCE.
Confondu dans la foule en un temple écarté
Il cache ses verrus, il veut qu'on les ignore,
Mais ses rares vertus le trahissent encore,
Et quand il croit jouir de tant d'obscurité,
Il frappe tous les yeux par plus d'humilité.
Ange, qui dès long. tems avez marqué sa place,
Recevez l'ame de Louis;
Et vous saints Rois, Héros de cette Auguste Race,
Sur un Trône éternel contemplez votre Fils.
Comme vous sur la terre il aima la justice;
Il changea sa Pourpre en cilice;
La timide vertu l'approchoit sans rougir,
Lui parloit avec assurance,
Et contente de sa présence
Elle revenoit sans gémir.
Qu'il veille donc, ce Prince aimable
Sur ce Roi bien-aimé dont nous suivons les Loix
Qu'il demande au Seigneur une santé durable
Pour ce nouvel enfant le sang de tant de Rois:
Et toi, Prince son Fils, qui fermas sa paupiere
Toi, qui vins recueillir ses pieux sentimens,
Tu l'as vû s'attendrir à son heure derniere;
Il étoit toujours Pere en ces tristes momens.
Tel on voit le Soleil terminant sa carriére
Nous consoler encor par sa douce lumiere;
s'il paroît pour un tems s'éclipser à nos yeux,
Il brille toujours dans les Cieux
Et conserve pour nous sa chaleur toute entiere,
lized by Goc
MAI. 1752.
7
En un si grand sujet de pleurs,
Daigne agréer ces Vers que ma main te présente,
Pai une peinture touchante,
Prince, je n'ai pas craint d'augmenter tes dou-
leurs
Four un coeur aussi bon la douleur est bien che-
te...
Mais, ma lyre, suspends des sons trop affoiblis;
J'ai trop pleuté la mort du Pere.
Pour entreprendre encor de célebrer le Fils.
Inter honoratos excipietur Avos. Ovid.
Présentés à leurs Altesses Sérénissimes
Monseigneur le Duc & Madame la
Duchesse d'Orléans; pat leur très-
humble, très-obéissant & très-respec-
tueux serviteur, LE CLERC DE MONTMERCI.
MERCI.
Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le
Duc d'Orléans Premier Prince
du Sang.
Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
On peut mériter des lauriers
Sans traînet après soi les horreurs de
la guerre.
Qu'on ne nous vante plus ces funestes
guerriers
Qui du sang des Mortels faisoient fumer la terre,
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ministres sanglans des cruautés du sort,
Vouloient voir en tous lieux leur fureur assouvie;
Ils portoient dans leurs mains l'instrument de la
mort;
LOUIS portoit toujours le soutien de la vie,
Ce Héros de l'humanité
A fait voir au siécle où nous sommes,
Un exemple accompli. digne d'être imité
Par toute la postérité.
Les uns mettoient leur gloire à détruire les hom-
mes
Mais toi. qui sur leurs maux aimois à t'attendrir
Tu mis ta gloire à les nourrit.
Ta présence apportoit l'abondance & la jole;
A la cruelle faim tu dérobois sa proie;
Sans cesse on voyoit tes bienfaits
Et ta pieuse vigilance
Du vice sans pudeur arrêter les effets,
Ou prévenir, avec prudence,
Les perfides conseils qu'apptêtoit l'indigence,
Pour mieux faire tomber dans de honteux filets
La crédule & foible innocence.
Quelle foule de malheureux
Auroient longtems gémi sans tes soins généteux!
Objet de nos regrets sinceres
Tu mérites les pleurs des enfans & des peres.
Pleurez, pleurez sur son cercueil;
Votre Pere n'est plus, familles désolées;
MAI. 1752.
Jamais d'un aussi juste deuil
Vos ames n'ont été troublées;
Votre Pere n'est plus! il conservoit ses jours
Pour vous prodiguer ses secours:
Mais la Mort s'indignant de ses soins magnanimes,
A voulu d'un seul coup frapper mille victimes.
Cher Prince, dont le Ciel couronne les vertus
Hélas! combien ta Mort fait renaître d'allarmes !
Le pauvre & l'oiphelin ne te verront donc plus!
Quelles mains désormais vont sécher tantde larmest
La Pénitence & la douceur
Ont illustré David bien plus que sa valeur,
Et Salomon son Fils, consacrant sa richesse
A bâtir un Temple au Seigneur,
A d'immenses trésors préféra la Sagesse.
On sçait. de son esprit quelle fût la hauteur
Il connut les secrets de la nature entière;
Le Cédre du Liban & la simple Bruyere
De ce vaste Univers lui découvroient l'auteur.
LOUIS, formé sur ce modéle,
Vient de nous retracer son génie & son zèle.
Sa sainte obscurité fit toute sa splendeur,
Et dans l'abaissement il meitoit sa grandeur.
Aux pieds du Dieu vivant dont l'amour le dévore,
*Monseigneur lo Duc d'Orléans, ainsi que Salo-
mon, étoit fort versé dans la Botanique; il avoit un
Jardin qu'il prenoit plaisir à cultiver pour le soulage-
ment des Pauvres.
A iij
0
6 MERCUREDEFRANCE.
Confondu dans la foule en un temple écarté
Il cache ses verrus, il veut qu'on les ignore,
Mais ses rares vertus le trahissent encore,
Et quand il croit jouir de tant d'obscurité,
Il frappe tous les yeux par plus d'humilité.
Ange, qui dès long. tems avez marqué sa place,
Recevez l'ame de Louis;
Et vous saints Rois, Héros de cette Auguste Race,
Sur un Trône éternel contemplez votre Fils.
Comme vous sur la terre il aima la justice;
Il changea sa Pourpre en cilice;
La timide vertu l'approchoit sans rougir,
Lui parloit avec assurance,
Et contente de sa présence
Elle revenoit sans gémir.
Qu'il veille donc, ce Prince aimable
Sur ce Roi bien-aimé dont nous suivons les Loix
Qu'il demande au Seigneur une santé durable
Pour ce nouvel enfant le sang de tant de Rois:
Et toi, Prince son Fils, qui fermas sa paupiere
Toi, qui vins recueillir ses pieux sentimens,
Tu l'as vû s'attendrir à son heure derniere;
Il étoit toujours Pere en ces tristes momens.
Tel on voit le Soleil terminant sa carriére
Nous consoler encor par sa douce lumiere;
s'il paroît pour un tems s'éclipser à nos yeux,
Il brille toujours dans les Cieux
Et conserve pour nous sa chaleur toute entiere,
lized by Goc
MAI. 1752.
7
En un si grand sujet de pleurs,
Daigne agréer ces Vers que ma main te présente,
Pai une peinture touchante,
Prince, je n'ai pas craint d'augmenter tes dou-
leurs
Four un coeur aussi bon la douleur est bien che-
te...
Mais, ma lyre, suspends des sons trop affoiblis;
J'ai trop pleuté la mort du Pere.
Pour entreprendre encor de célebrer le Fils.
Inter honoratos excipietur Avos. Ovid.
Présentés à leurs Altesses Sérénissimes
Monseigneur le Duc & Madame la
Duchesse d'Orléans; pat leur très-
humble, très-obéissant & très-respec-
tueux serviteur, LE CLERC DE MONTMERCI.
MERCI.
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Résumé : VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
Le poème rend hommage à Louis d'Orléans, duc d'Orléans et premier prince du sang, décédé en mai 1752. Il met en lumière ses vertus humanitaires et son dévouement envers les malheureux, contrastant avec les guerriers cruels du passé. Le duc est présenté comme un héros de l'humanité, apportant abondance et joie, et protégeant les innocents. Sa mort est vue comme une perte immense pour les familles et les pauvres, qui perdaient un protecteur bienveillant. Le poème compare Louis à des figures bibliques telles que David et Salomon, soulignant sa sagesse et sa piété. Il mentionne également son intérêt pour la botanique et son jardin cultivé pour aider les pauvres. Le duc est décrit comme un modèle de justice et de vertu, aimant la justice et se montrant humble malgré sa grandeur. Le poème se conclut par une prière pour la santé du nouveau roi et l'espoir que le fils du duc continue son œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4847
p. 29-30
LA RECRUE DE CUPIDON. VERS à Mesdemoiselles B**.
Début :
AMOUR voulant un jour lever Milice, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA RECRUE DE CUPIDON. VERS à Mesdemoiselles B**.
LA RECRUE DE CUPIDON.
VERS
à Mesdemoiselles B**.
AMOUR voulant un jour lever Milice,
Pour reussir s'y prit adtoitement.
Deux soeurs étoient, couple jeune & charmant,
L'aimable Laure & la fine Clarice.
Esprit, beauté, douceur, grace, enjouement,
Avoient toujours été leur appanage,
Et ne pouvez nommer quelque agrément
Qu'une des deux n'eût avec avantage.
Bon, dit l'Amour, de notre Regiment
Sans différer faisons-les Capitaines,
Et nous verrons avec empressement,
Cœurs à l'envi se soumettre à nos chaînes.
Que deux beautés ont de puissans attraits !
(Amour parloit en sage politique)
A leur aspect mille & mille Sujets
Viennent grossir la tendre Republique.
Si que leurs yeux firent plus de progrès
En un seul jour, qu'Amour avec ses traits
N'en auroit fait en dix ans de Recruë:
Avec plaisir le Dieu fait sa revuen
Et s'applaudit d'un si brillant succès.
Puis désirant assurer sa Conquête,
B iij
Digsinediv 200
30 MERCURE DE FRANCE.
Il les appelle, & renforçant sa voix,
Enfans, dit-il, écoutez bien mes loix,
Et qu'à les suivre, avec zéle on s'apprêto.
Laure & Clarice iront à votre tête
Et l'Espérance au front gay les suivra,
Vif enjouement les accompagnera.
Aux jeux, aux ris pour présenter requête,
Tout mécontent d'abord s'adressera,
Aree grand soin chacun éloignera
Libres discours ou propos malhonnete;
Soins & soupirs seront de cette fête
Tendre desir après eux marchera,
C'est du pla sic le fidéle interpréte,
A les goûter il vous enseignera,
Et le respect les assaisonnera.
Pour moi, toujours vous me verrez paroître
Aux lieux où Laure & Clarice seront,
Et dans les cœurs qui les approcheront,
Sans y manquer je me rendrai le maître,
Sur un point seul je me retrancherai;
Mon nom souvent effarouche une Belle,
Les approchant alors j'en changerai
Et tendre estime enfin me nommerai.
Mes loix pourtant n'en seront différentes
Sous autre nom le même je serai,
Perdrai le titre & jouirai des rentes.
L. DUTEMS, de Tours.
VERS
à Mesdemoiselles B**.
AMOUR voulant un jour lever Milice,
Pour reussir s'y prit adtoitement.
Deux soeurs étoient, couple jeune & charmant,
L'aimable Laure & la fine Clarice.
Esprit, beauté, douceur, grace, enjouement,
Avoient toujours été leur appanage,
Et ne pouvez nommer quelque agrément
Qu'une des deux n'eût avec avantage.
Bon, dit l'Amour, de notre Regiment
Sans différer faisons-les Capitaines,
Et nous verrons avec empressement,
Cœurs à l'envi se soumettre à nos chaînes.
Que deux beautés ont de puissans attraits !
(Amour parloit en sage politique)
A leur aspect mille & mille Sujets
Viennent grossir la tendre Republique.
Si que leurs yeux firent plus de progrès
En un seul jour, qu'Amour avec ses traits
N'en auroit fait en dix ans de Recruë:
Avec plaisir le Dieu fait sa revuen
Et s'applaudit d'un si brillant succès.
Puis désirant assurer sa Conquête,
B iij
Digsinediv 200
30 MERCURE DE FRANCE.
Il les appelle, & renforçant sa voix,
Enfans, dit-il, écoutez bien mes loix,
Et qu'à les suivre, avec zéle on s'apprêto.
Laure & Clarice iront à votre tête
Et l'Espérance au front gay les suivra,
Vif enjouement les accompagnera.
Aux jeux, aux ris pour présenter requête,
Tout mécontent d'abord s'adressera,
Aree grand soin chacun éloignera
Libres discours ou propos malhonnete;
Soins & soupirs seront de cette fête
Tendre desir après eux marchera,
C'est du pla sic le fidéle interpréte,
A les goûter il vous enseignera,
Et le respect les assaisonnera.
Pour moi, toujours vous me verrez paroître
Aux lieux où Laure & Clarice seront,
Et dans les cœurs qui les approcheront,
Sans y manquer je me rendrai le maître,
Sur un point seul je me retrancherai;
Mon nom souvent effarouche une Belle,
Les approchant alors j'en changerai
Et tendre estime enfin me nommerai.
Mes loix pourtant n'en seront différentes
Sous autre nom le même je serai,
Perdrai le titre & jouirai des rentes.
L. DUTEMS, de Tours.
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Résumé : LA RECRUE DE CUPIDON. VERS à Mesdemoiselles B**.
Le poème 'La Recrue de Cupidon' est dédié à Laure et Clarice, célèbres pour leur esprit, beauté, douceur, grâce et enjouement. Amour, désirant renforcer sa milice, les nomme capitaines pour attirer plus de sujets. Leur influence est si puissante qu'elles réalisent en un jour ce qu'Amour mettrait dix ans à accomplir. Amour leur dicte ses lois : elles dirigeront ses troupes avec l'Espérance et l'enjouement. Les mécontents devront se tourner vers elles pour les jeux et les rires, tandis que les discours malhonnêtes seront exclus. Les soins, les soupirs et le désir tendre seront interprétés par le plaisir, et le respect accompagnera ces sentiments. Amour promet de toujours être présent là où se trouvent Laure et Clarice, ainsi que dans les cœurs qui les approchent. Pour ne pas les effrayer, il changera son nom en 'tendre estime', tout en conservant ses lois et ses effets.
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4848
p. 49
MADRIGAL. A Mlle la Comtesse de Poninska l'ainée.
Début :
VA, dit un jour Venus à son fils infidéle, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A Mlle la Comtesse de Poninska l'ainée.
MADRIGAL.
A Mlle la Comtesse de Poninska
l'ainée.
VA, dit un jour Venus à son fils infidéle,
Va, préfére à Cypris une simple mortelle,
A ta légereté je laisse un libre cours
Cypris est sans doute moins belle
Que le nouvel objet de tes tendres amours-
Vous êtes, répondit-il avec un doux sourire,
Plus belle mille sois; mais maman, mais Themire
N'est belle que depuis deux jours.
A Berlin, ce 1. Mars.
L. B.
A Mlle la Comtesse de Poninska
l'ainée.
VA, dit un jour Venus à son fils infidéle,
Va, préfére à Cypris une simple mortelle,
A ta légereté je laisse un libre cours
Cypris est sans doute moins belle
Que le nouvel objet de tes tendres amours-
Vous êtes, répondit-il avec un doux sourire,
Plus belle mille sois; mais maman, mais Themire
N'est belle que depuis deux jours.
A Berlin, ce 1. Mars.
L. B.
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4849
p. 64-66
ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
Début :
Protecteur des Romains, Prince du sang des Dieux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
ODE D'ORACE,
A L'EMPEREUR AUGUSTE,
Livre 4. Ode 5.
Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du
Mercure de Septembre, & des Morceaux
du premier volume de Décembre 1751.
Protecteur des Romains, Prince du sang des
Dieux,
Trop long. tems votre absence a fait gémir ces
lieux.
Retournez promptement, rappellant la promesse-
Qu'à l'auguste Sénat en fit votre tendresse.
Malheureuse sans vous, Rome est dans la douleura
Votre retour peut seul la rendre à son bonheur.
Votre séjour à Rome est un primtems pour elle:
Les Cieux sont peints alors d'une couleur plus
belle :
Les jours sont plus brillans: on goûte des plaisirs :
Où le Prince paroît, finissent les désirs.
Comme une mere, en pleurs, attend sur le rivage-
Un fils, cher à son coeur, qu'un trop constant.
orage
Au-delà de la Mer, retient doin de ses yeux,
Fnisant des voux au Ciel pour l'obtenit des-
Dieux:
MAI 1752:
55
Aptès son Empereur ainsi Rome soupire.
Venez, Prince: regnez. Le boeuf, sous votro
Empire,
Sans être, comme ailleurs, pressé d'un aiguillon;
Trace paisiblement son pénible sillon.
Qui peut peindre vos dons, votre magnificence?
On voit regner partout une aimable abondance.
Tranquille, promenant ses regards dans les airs,
Le Pilote aujourd'hui court sans crainte les mers.
L'honneur parle, il sufsit, sa loi n'est point frivole;
On ose rarement manquer à sa parole;
L'épouse, à son époux sidéle en son ardeur
D'un amour étranger ne souille point son cœuf;
Ses crimes, à leur suite amenant l'infamie,
Respectent de vos loix la sagesse infinie.
Une mere triomphe, & son sort est trop doux,
En voyant que son fils ressemble à son époux.
La honte d'une femme est constamment punie.
Quand vos jours sont sereins, tranquille sur sa vie,
Un Romain fur ses pas ne voit point de danger.
Votre gloire, son cœur, lui rendent tout léger-
On lit dans ses regards, où la valeur est peinte,
Qu'il auroit ignoré jusqu'au nom de la crainte,
Si, plein d'amour pour vous, un souvenir cruel
Ne lui rappelloit pas que vous êtes mortel.
Triomphant dans la paix, saus redouter la guerre,
Rome fait aujourd'hui le destin de la Terre.
Les Romains sont heureux! chacun, sur son co-
tean,
66 MERCURE DEFRANCE.
S'occupe à marier la vigne avec l'Ormeau;
Et, sur la fin du jour, une épouse attentive,
Connoissant le moment où son époux arrive,
Lui prépare un repas où leuts cours généreux,
Adorant votre nom, vous adressent leurs vœux.
Avec les autres Dieux, sur la fin, on vous nomme:
Ainsi qu'Hercule en Gréce, on vous invoque à
Rome.
Cher Prince, éternisez ce repos, ces plaisits:
En tout tems, en tout lieu, nous formons cel
désirs.
A L'EMPEREUR AUGUSTE,
Livre 4. Ode 5.
Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du
Mercure de Septembre, & des Morceaux
du premier volume de Décembre 1751.
Protecteur des Romains, Prince du sang des
Dieux,
Trop long. tems votre absence a fait gémir ces
lieux.
Retournez promptement, rappellant la promesse-
Qu'à l'auguste Sénat en fit votre tendresse.
Malheureuse sans vous, Rome est dans la douleura
Votre retour peut seul la rendre à son bonheur.
Votre séjour à Rome est un primtems pour elle:
Les Cieux sont peints alors d'une couleur plus
belle :
Les jours sont plus brillans: on goûte des plaisirs :
Où le Prince paroît, finissent les désirs.
Comme une mere, en pleurs, attend sur le rivage-
Un fils, cher à son coeur, qu'un trop constant.
orage
Au-delà de la Mer, retient doin de ses yeux,
Fnisant des voux au Ciel pour l'obtenit des-
Dieux:
MAI 1752:
55
Aptès son Empereur ainsi Rome soupire.
Venez, Prince: regnez. Le boeuf, sous votro
Empire,
Sans être, comme ailleurs, pressé d'un aiguillon;
Trace paisiblement son pénible sillon.
Qui peut peindre vos dons, votre magnificence?
On voit regner partout une aimable abondance.
Tranquille, promenant ses regards dans les airs,
Le Pilote aujourd'hui court sans crainte les mers.
L'honneur parle, il sufsit, sa loi n'est point frivole;
On ose rarement manquer à sa parole;
L'épouse, à son époux sidéle en son ardeur
D'un amour étranger ne souille point son cœuf;
Ses crimes, à leur suite amenant l'infamie,
Respectent de vos loix la sagesse infinie.
Une mere triomphe, & son sort est trop doux,
En voyant que son fils ressemble à son époux.
La honte d'une femme est constamment punie.
Quand vos jours sont sereins, tranquille sur sa vie,
Un Romain fur ses pas ne voit point de danger.
Votre gloire, son cœur, lui rendent tout léger-
On lit dans ses regards, où la valeur est peinte,
Qu'il auroit ignoré jusqu'au nom de la crainte,
Si, plein d'amour pour vous, un souvenir cruel
Ne lui rappelloit pas que vous êtes mortel.
Triomphant dans la paix, saus redouter la guerre,
Rome fait aujourd'hui le destin de la Terre.
Les Romains sont heureux! chacun, sur son co-
tean,
66 MERCURE DEFRANCE.
S'occupe à marier la vigne avec l'Ormeau;
Et, sur la fin du jour, une épouse attentive,
Connoissant le moment où son époux arrive,
Lui prépare un repas où leuts cours généreux,
Adorant votre nom, vous adressent leurs vœux.
Avec les autres Dieux, sur la fin, on vous nomme:
Ainsi qu'Hercule en Gréce, on vous invoque à
Rome.
Cher Prince, éternisez ce repos, ces plaisits:
En tout tems, en tout lieu, nous formons cel
désirs.
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Résumé : ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
L'ode d'Horace à l'empereur Auguste, traduite par M. de Lafargue, exprime le souhait des Romains de voir Auguste revenir à Rome après une longue absence. Rome est présentée comme malheureuse et douloureuse sans lui, car sa présence apporte bonheur et prospérité. Son retour est comparé à un printemps, illuminant les cieux et apportant des plaisirs. Sous son règne, la nature et les hommes vivent en harmonie : les bœufs labourent sans contrainte, les marins naviguent sans peur, et la justice prévaut. Les citoyens respectent les lois et les valeurs familiales, et les mères sont fières de voir leurs fils imiter Auguste. La paix et la sécurité règnent, permettant aux Romains de se consacrer à leurs activités quotidiennes. L'ode se conclut par un vœu pour que cette paix et ces plaisirs durent éternellement.
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4850
p. 71-74
SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
Début :
Avant que j'obtinsse la marque [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
Avant que j'obtinsse la marque
Dont notre équitable Monarque
Décore ses braves sujets,
Je formois mille vœux pour elle,
Mais que nos voeux sont indiscrets:
Qui diable autoit pensé jamais
Qu'une distinction si belle
Fût une source de regrets:
La chose n' est que trop réelle;
Elle m'avertit durement
Que les heures incessamment
Vont frapper mon septième lustre,
J'entens ce Pédagogue illustrę
Me répeter à tout moment:
Garde-toi de te laisser prendre
Au frivole appas des hooneurs,
Leur clinquant ne sçauroit te rendre
Ces beaux jours, ces brillantes fleun
Dont ta jeunesse étoit parée
Une Automne prématurée
En teruit déja les couleurs:
Son aspect me décontenance,
Sans cesle il vient me présager
Une prochaine décadence.
72 MERCURE DE FRANCE.
D'un pas encor ferme & léger
A la Déesse de la danse
Si j'offre un tribut passager,
Soudain la Croix persécutrice
Me représente avec malice
Qu'à mon âge il est probibé
De paroître daus une lice
Qui n'est faite, en bonne police,
Que pour les favoris d'Hébé:
A la critique qui l'écoute
La cruelle se fait un jeu
D'apprendre que longue est la route
Entr'elle & la Croix de par Dieu.
A cette remontrance insigne
Exhalant un profond soupir
J'apperçois que ce grave signe
Verse souvent sur le plaisir
L'influence la plus maligne.
Qu'est devenu ce tems serein
Où, sans veilles & sans chagrin,
J'obtenois ces Croix pacisiques
Que donnent les Princes classiques
Aux Héros du pays Latin:
Elles pouvoient me rendre aimable
Aux yeux d'un maître complaisant
Celle que je potte à présent
Me rend tout au plus vénérable,
Et ce titre un peu séduisant
Auprès d'un objet adorable,
Dès
MAI.
1752. 73
Dès qu'un Guerrier tient de la Cour
Ce prix des ames intrépides,
On s'imagine dès ce jour
Qu'il est réformé par l'amour,
Et marqué pour les Invalides.
Il est sur, & j'en fais l'aveu
Il est sûr que ce jeune Dieu
N'admet guere dans ses recrues
De ces personnages croisés
Qui pour la plupart sont sensés
Peu proptes à remplir ses vues.
Il bannit de son Régiment
Ces perruques qui dans les nôtres
Narguent celles du Parlement,
Ces vieux diseurs de patenotres,
Tristes de la gayeté des autres
Qu'ils censurent amerement.
La décoration guerriere
L'ordre enfin dont je suis paré
N'est pas chose qu'on y révere;
Dans la Milice de Cithere
Il n'est d'autre ordre toléré
Que celui de la Jarretiere.
Mais quelle soudaine lumiere
Vient frapper mes yeux éblouis!
Croix célebre! Croix Militaire
Qui porte le nom de Louis!
D
74 MERCURE DEFRANCE.
A tort ma bouche téméraire
Osa t'imputer des défauts
Je commence, loin du vulgaire,
A connoître ce que tu vaux:
Amis, que sa morale est belle!
Heureux qui sçait en prositer!
La Croix que nous portons est telle
Que souvent elle nous rappelle
Acelle que l'on doit porter.
Le Chevalier DE PIERRES de Fontenailles,
Capitaine au Régiment de Poitou.
Avant que j'obtinsse la marque
Dont notre équitable Monarque
Décore ses braves sujets,
Je formois mille vœux pour elle,
Mais que nos voeux sont indiscrets:
Qui diable autoit pensé jamais
Qu'une distinction si belle
Fût une source de regrets:
La chose n' est que trop réelle;
Elle m'avertit durement
Que les heures incessamment
Vont frapper mon septième lustre,
J'entens ce Pédagogue illustrę
Me répeter à tout moment:
Garde-toi de te laisser prendre
Au frivole appas des hooneurs,
Leur clinquant ne sçauroit te rendre
Ces beaux jours, ces brillantes fleun
Dont ta jeunesse étoit parée
Une Automne prématurée
En teruit déja les couleurs:
Son aspect me décontenance,
Sans cesle il vient me présager
Une prochaine décadence.
72 MERCURE DE FRANCE.
D'un pas encor ferme & léger
A la Déesse de la danse
Si j'offre un tribut passager,
Soudain la Croix persécutrice
Me représente avec malice
Qu'à mon âge il est probibé
De paroître daus une lice
Qui n'est faite, en bonne police,
Que pour les favoris d'Hébé:
A la critique qui l'écoute
La cruelle se fait un jeu
D'apprendre que longue est la route
Entr'elle & la Croix de par Dieu.
A cette remontrance insigne
Exhalant un profond soupir
J'apperçois que ce grave signe
Verse souvent sur le plaisir
L'influence la plus maligne.
Qu'est devenu ce tems serein
Où, sans veilles & sans chagrin,
J'obtenois ces Croix pacisiques
Que donnent les Princes classiques
Aux Héros du pays Latin:
Elles pouvoient me rendre aimable
Aux yeux d'un maître complaisant
Celle que je potte à présent
Me rend tout au plus vénérable,
Et ce titre un peu séduisant
Auprès d'un objet adorable,
Dès
MAI.
1752. 73
Dès qu'un Guerrier tient de la Cour
Ce prix des ames intrépides,
On s'imagine dès ce jour
Qu'il est réformé par l'amour,
Et marqué pour les Invalides.
Il est sur, & j'en fais l'aveu
Il est sûr que ce jeune Dieu
N'admet guere dans ses recrues
De ces personnages croisés
Qui pour la plupart sont sensés
Peu proptes à remplir ses vues.
Il bannit de son Régiment
Ces perruques qui dans les nôtres
Narguent celles du Parlement,
Ces vieux diseurs de patenotres,
Tristes de la gayeté des autres
Qu'ils censurent amerement.
La décoration guerriere
L'ordre enfin dont je suis paré
N'est pas chose qu'on y révere;
Dans la Milice de Cithere
Il n'est d'autre ordre toléré
Que celui de la Jarretiere.
Mais quelle soudaine lumiere
Vient frapper mes yeux éblouis!
Croix célebre! Croix Militaire
Qui porte le nom de Louis!
D
74 MERCURE DEFRANCE.
A tort ma bouche téméraire
Osa t'imputer des défauts
Je commence, loin du vulgaire,
A connoître ce que tu vaux:
Amis, que sa morale est belle!
Heureux qui sçait en prositer!
La Croix que nous portons est telle
Que souvent elle nous rappelle
Acelle que l'on doit porter.
Le Chevalier DE PIERRES de Fontenailles,
Capitaine au Régiment de Poitou.
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Résumé : SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
Le poème 'Sur la croix de Saint-Louis' du Chevalier de Pierres de Fontenailles, capitaine au Régiment de Poitou, exprime les regrets de l'auteur après avoir reçu la Croix de Saint-Louis. Cette distinction lui rappelle l'approche de ses 35 ans et la fin de sa jeunesse, symbolisant pour lui un 'automne prématuré' et une décadence imminente. La croix l'empêche de jouir pleinement des plaisirs de la vie, comme la danse, en lui rappelant son âge avancé. Il compare cette croix aux distinctions classiques des héros latins, qu'il trouve plus agréables. La Croix de Saint-Louis, bien qu'honorifique, le rend 'vénérable' plutôt qu''aimable'. Dans le domaine amoureux, elle est perçue négativement, associée à des personnes âgées et peu aptes à l'amour. Cependant, l'auteur reconnaît finalement la valeur morale de cette croix, qui rappelle aux porteurs leurs devoirs et responsabilités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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