Résultats : 12832 texte(s)
Détail
Liste
11352
p. 51
Traduction.
Début :
Je t'habille, lecteur, & je suis nud moi-même. [...]
Mots clefs :
Ver
11353
p. 52
ÉPITAPHE-ÉNIGMATIQUE.
Début :
Ecce virum, lector, furto qui furta redemit : [...]
Mots clefs :
Latro poenitens
11354
p. 52
Traduction.
Début :
Un vol a fait mon crime, un vol a fait ma gloire. [...]
Mots clefs :
Bon larron
11355
p. 179
« Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Début :
Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...]
Mots clefs :
Sonates, Musique, Ouvrage, Genre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Six Sonates à violon feul avec la baffe ,
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
Fermer
11356
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
M. DE LA PLACE, dont le nom & les ouvrages sont si avantageusement connus, ayant desiré de [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Livres, Port, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
M.. DE LA PLACE , dont le nom & les
ouvrages
font fi avantageufement connus , ayant defiré de
quitter les occupations affujettiffantes du Mercure ,
à caufe de fa fanté qui exige du repos , elles
viennent d'être tranfportées par Brevet au fieur
LACOMBE , Libraire à Paris , quai de Conti.
Le Bureau du Mercure fera donc , à commencer
du premier juillet 1768 , chez le fieur LACOMBES
& c'eft à lui feul que l'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , ainfi que les
livres , les eftampes , les piéces de vers ou de
profe , les annonces , avis , obfervations , anecdotes,
événemens finguliers , remarques fur les fciences ,
& arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qui peut inftruire ou amufer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
; on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure , réfervés à cet effet ,
comme le porte expreffément le brevet accordé
au fieur LACOMBE..
Le prix de chaque volume eft de 36 fols , mais
Ton ne paiera d'avance , én s'abonnant , que 24 liv.
pour feize volumes , à raison de 30 fols pièce.
Lesperfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure , par la pofte , paieront , pour feize
volumes , 31 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevront franes de port.
Celles qui auront d'autres voies que la pofte
pour le faire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne paieront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'està-
dire , de 24 livres d'avance , en s'abonnantpour
feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays étran
gers , qui voudront faire venir le Mercure , écriront
à l'adreffe indiquée.
Onfupplie les perfonnes des provinces d'envoyer
par lapofte , en acquittant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
Les volumes du nouveau choix des piéces
tirées des Mercures & autres Journaux , fe trouvent
auffi au Bureau du Mercrre.
M.. DE LA PLACE , dont le nom & les
ouvrages
font fi avantageufement connus , ayant defiré de
quitter les occupations affujettiffantes du Mercure ,
à caufe de fa fanté qui exige du repos , elles
viennent d'être tranfportées par Brevet au fieur
LACOMBE , Libraire à Paris , quai de Conti.
Le Bureau du Mercure fera donc , à commencer
du premier juillet 1768 , chez le fieur LACOMBES
& c'eft à lui feul que l'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , ainfi que les
livres , les eftampes , les piéces de vers ou de
profe , les annonces , avis , obfervations , anecdotes,
événemens finguliers , remarques fur les fciences ,
& arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qui peut inftruire ou amufer le lecteur.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
en général des amateurs des lettres & de ceux qui
les cultivent , fans être l'ouvrage d'aucun en particulier
, ils font tous invités à y concourir : on recevra
avec reconnoiffance ce qu'ils enverront au Libraire
; on les nommera quand ils voudront bien
le permettre : & leurs travaux , utiles au fuccès &
à la réputation du Journal , deviendront même un
titre de préférence pour obtenir des récompenfes
fur les produits du Mercure , réfervés à cet effet ,
comme le porte expreffément le brevet accordé
au fieur LACOMBE..
Le prix de chaque volume eft de 36 fols , mais
Ton ne paiera d'avance , én s'abonnant , que 24 liv.
pour feize volumes , à raison de 30 fols pièce.
Lesperfonnes de province auxquelles on enverra
le Mercure , par la pofte , paieront , pour feize
volumes , 31 livres d'avance en s'abonnant , &
elles les recevront franes de port.
Celles qui auront d'autres voies que la pofte
pour le faire venir , & qui prendront les frais du
port fur leur compte , ne paieront , comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume , c'està-
dire , de 24 livres d'avance , en s'abonnantpour
feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays étran
gers , qui voudront faire venir le Mercure , écriront
à l'adreffe indiquée.
Onfupplie les perfonnes des provinces d'envoyer
par lapofte , en acquittant le droit , le prix de leur
abonnement , & d'ordonner que le paiement en foit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis refteront
au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des livres ,
eftampes & mufique à annoncer , d'en marquer le
prix.
Les volumes du nouveau choix des piéces
tirées des Mercures & autres Journaux , fe trouvent
auffi au Bureau du Mercrre.
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT.
À partir du 1er juillet 1768, la gestion du journal 'Mercure' est transférée à M. Lacombe, libraire à Paris, quai de Conti. Toutes les communications, articles et abonnements doivent dorénavant lui être adressés. Le journal accepte diverses contributions comme des livres, estampes, poèmes, annonces, observations, anecdotes et remarques sur les sciences et les arts. Les contributeurs peuvent choisir d'être reconnus et leurs travaux peuvent être récompensés. Le prix d'un volume est de 36 sols, tandis qu'un abonnement pour douze volumes coûte 24 livres à l'avance à Paris. Pour les provinces, le coût est de 31 livres à l'avance avec livraison gratuite par la poste. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent contacter le bureau pour obtenir le journal. Les paiements doivent être effectués à l'avance et les paquets non affranchis seront rejetés. Les personnes envoyant des livres ou des estampes à annoncer doivent indiquer leur prix. Les volumes du 'nouveau choix des pièces tirées des Mercures et autres Journaux' sont disponibles au bureau du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11357
p. 8-10
ALLÉGORIE à Mlle ***.
Début :
Je rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère, [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLÉGORIE à Mlle ***.
ALLÉGORIE à Mlle ***
E rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère ,
Sans bandeau , fans carquois , éloigné de ſa mère :
Accompagné des Ris , environné des Jeux ,
Il folâtroit fur l'herbe , & danſoit avec eux.
Il apperçoit Iris , il vole fur fes traces ,
11 la prend aifément pour une des trois Grâces..
Sa taille , fon maintien , tout nourrit fon erreur.
Il approche , il la voit , hélas ! pour fon malheur.
Il tombe à fes genoux , elle fuit , il s'enflamme .
Il veut la retenir pour lui peindre fa flamme .
Iris fe débattoit , rien ne put m'arrêter :
L'Amour étoit un Dieu , j'ofai la diſputer .
JUIN 1768. 9
Je favois qu'un amant qui défend ce qu'il aime ,
L'emporteroit encor fur Jupiter lui- mê nie.
Je terraffai l'Amour : il appella les Ris ,
Ils m'enchaînoient déja quand ils virent Iris.
Ils tombent à fes pieds. Enflammé de colère ”
L'Amour à cet afpect vole auprès de fa mère :
Accourez , lui dit - il , & venez me venger ;
J'aime , je fuis l'Amour , on ofe m'outrager.
Il embraffe Cypris , & demande vengeance.
Il veut qu'un prompt trépas répare mon offenfe.
Il demandoit Iris... Mon fils , lui dit Vénus
Iris eft pour celui qui l'aimera le plus.
L'Amour peint auffi- tôt fa flamme & fon tourment.
Iris me regarda , je demeurai tremblant 5
Un foupir , de mes feux , fut le feul témoignage ,
Et Vénus décida que j'aimois davantage.
Iris m'appartient donc , au jugement des dieux :
Qu'elle fe donne à moi , je ferai plus heureux..
Suite de l'allégorie.
L'Amour , plein de fureur , défefpéré , confus
Vous regrettoit , Iris , & maudiffoit Vénus :
J'ai fouffert , difoit- il , qu'un amant téméraire :
Arrachât de mes bras une aimable bergère ;
Ne fuis-je plus l'Amour ? Méconnoît - on mes loix ?..
A ces mots il faifit fes flèches , fon carquois ;;
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
Son arc étoit bandé quand je vins à paroître.
Le trait part , il me frappe : apprends à me connoître
:
Tu m'as bravé , dit- il , reffens tout mon pouvoir.
Il fe tait ; auffi tôt je fens fur moi pleuvoir
Une grêle de traits. Charmant Dieu de Cythère ,
Arrête m'écriai - je , on brave ta colère .
Tous tes traits raffemblés font bien moins dangéreux
,
Quand on connoît Iris , qu'un regard de les yeux.
E rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère ,
Sans bandeau , fans carquois , éloigné de ſa mère :
Accompagné des Ris , environné des Jeux ,
Il folâtroit fur l'herbe , & danſoit avec eux.
Il apperçoit Iris , il vole fur fes traces ,
11 la prend aifément pour une des trois Grâces..
Sa taille , fon maintien , tout nourrit fon erreur.
Il approche , il la voit , hélas ! pour fon malheur.
Il tombe à fes genoux , elle fuit , il s'enflamme .
Il veut la retenir pour lui peindre fa flamme .
Iris fe débattoit , rien ne put m'arrêter :
L'Amour étoit un Dieu , j'ofai la diſputer .
JUIN 1768. 9
Je favois qu'un amant qui défend ce qu'il aime ,
L'emporteroit encor fur Jupiter lui- mê nie.
Je terraffai l'Amour : il appella les Ris ,
Ils m'enchaînoient déja quand ils virent Iris.
Ils tombent à fes pieds. Enflammé de colère ”
L'Amour à cet afpect vole auprès de fa mère :
Accourez , lui dit - il , & venez me venger ;
J'aime , je fuis l'Amour , on ofe m'outrager.
Il embraffe Cypris , & demande vengeance.
Il veut qu'un prompt trépas répare mon offenfe.
Il demandoit Iris... Mon fils , lui dit Vénus
Iris eft pour celui qui l'aimera le plus.
L'Amour peint auffi- tôt fa flamme & fon tourment.
Iris me regarda , je demeurai tremblant 5
Un foupir , de mes feux , fut le feul témoignage ,
Et Vénus décida que j'aimois davantage.
Iris m'appartient donc , au jugement des dieux :
Qu'elle fe donne à moi , je ferai plus heureux..
Suite de l'allégorie.
L'Amour , plein de fureur , défefpéré , confus
Vous regrettoit , Iris , & maudiffoit Vénus :
J'ai fouffert , difoit- il , qu'un amant téméraire :
Arrachât de mes bras une aimable bergère ;
Ne fuis-je plus l'Amour ? Méconnoît - on mes loix ?..
A ces mots il faifit fes flèches , fon carquois ;;
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
Son arc étoit bandé quand je vins à paroître.
Le trait part , il me frappe : apprends à me connoître
:
Tu m'as bravé , dit- il , reffens tout mon pouvoir.
Il fe tait ; auffi tôt je fens fur moi pleuvoir
Une grêle de traits. Charmant Dieu de Cythère ,
Arrête m'écriai - je , on brave ta colère .
Tous tes traits raffemblés font bien moins dangéreux
,
Quand on connoît Iris , qu'un regard de les yeux.
Fermer
Résumé : ALLÉGORIE à Mlle ***.
Dans le poème 'ALLÉGORIE à Mlle ***', une rencontre avec l'Amour se déroule dans le bois de Cythère. L'Amour, dépourvu de ses attributs traditionnels, est accompagné des Ris et des Jeux. Il confond Iris avec une Grâce et tente de l'aborder, mais elle s'enfuit. Le narrateur intervient et défie l'Amour, qui appelle les Ris pour l'enchaîner. Cependant, ceux-ci se prosternent devant Iris, provoquant la colère de l'Amour. Ce dernier se rend chez Vénus pour réclamer vengeance. Vénus décide qu'Iris appartiendra à celui qui l'aime le plus. L'Amour, furieux, prépare ses flèches, mais le narrateur affirme que connaître Iris rend les traits de l'Amour moins dangereux que son regard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11358
p. 10-11
AUTRE pièce sur le même sujet.
Début :
CROIRIEZ-vous que l'Amour, devenu plus traitable, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE pièce sur le même sujet.
AUTRE pièce fur le même fujet .
СKROOIIRRIIEEZZ--VOUS que l'Amour , devenu plus
traitable ,
Me preffe de vous rendre à fes voeux favorable ?
Honteux de fa défaite , il vous fait demander ,
De daigner une fois au moins le regarder.
Pourquoi lui refufer cette faveur légère ?
On peut le contenter fans courir à Cythère.
Vous régnez dans fon coeur , il vous fuit en tous
lieux.
Iris , pour voir l'Amour , regardez dans vos yeux.
JUIN 1768 .
ENVO I.
Ne vous étonnez point fi , fous le nom d'Iris ,
J'ai chanté les attraits dont mon coeur est épris.
C'eſt le nom fortuné que porte la déeffe
Qui brille dans les airs quand la tempête ceffe.
Ce nom fut de tout temps fymbole de l'eſpoir ;
C'eft le feul fentiment qui foit en mon pouvoir.
Mon coeur ne s'eft encore ouvert qu'à l'efpérance :
Ah , quand s'ouvrira - t- il à la reconnoiffance !
Par M. T. D. M **
СKROOIIRRIIEEZZ--VOUS que l'Amour , devenu plus
traitable ,
Me preffe de vous rendre à fes voeux favorable ?
Honteux de fa défaite , il vous fait demander ,
De daigner une fois au moins le regarder.
Pourquoi lui refufer cette faveur légère ?
On peut le contenter fans courir à Cythère.
Vous régnez dans fon coeur , il vous fuit en tous
lieux.
Iris , pour voir l'Amour , regardez dans vos yeux.
JUIN 1768 .
ENVO I.
Ne vous étonnez point fi , fous le nom d'Iris ,
J'ai chanté les attraits dont mon coeur est épris.
C'eſt le nom fortuné que porte la déeffe
Qui brille dans les airs quand la tempête ceffe.
Ce nom fut de tout temps fymbole de l'eſpoir ;
C'eft le feul fentiment qui foit en mon pouvoir.
Mon coeur ne s'eft encore ouvert qu'à l'efpérance :
Ah , quand s'ouvrira - t- il à la reconnoiffance !
Par M. T. D. M **
Fermer
Résumé : AUTRE pièce sur le même sujet.
En juin 1768, M. T. D. M. écrit à Iris pour lui déclarer son amour. Il souhaite qu'elle voie cet amour dans ses yeux, sans visiter Cythère. L'amour le poursuit partout. Iris, symbole d'espoir, doit reconnaître ses sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11359
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11360
p. 17
STANCES à Mlle A***, qui demandoit à l'Auteur la liste de ses desirs.
Début :
DANS les amis sincérité, [...]
Mots clefs :
Désirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES à Mlle A***, qui demandoit à l'Auteur la liste de ses desirs.
STANCES à Mlle A *** , qui demandoit
à l'Auteur la lifte de fes defirs.
DAANS les amis fincérité ,
Quelques grains de philofophie ,
Quelquefois de l'étourderie
Pour mieux varier la gaîté.
Agréable fociété ,
Dont l'indulgence fans baffeffe
Me pardonne quelque foibleffe ,
Vu celles de l'humanité.
Compagne en qui l'efprit s'allie
'Aux charmes de la volupté :
Un peu de bien , force fanté ,
Par fois une tendre folie.
Tu pardonneras , ma Sophie
A l'excès de certains defirs ,
En faveur de tous les plaifirs
Dont je veux amufer la vie.
COSTARDA
à l'Auteur la lifte de fes defirs.
DAANS les amis fincérité ,
Quelques grains de philofophie ,
Quelquefois de l'étourderie
Pour mieux varier la gaîté.
Agréable fociété ,
Dont l'indulgence fans baffeffe
Me pardonne quelque foibleffe ,
Vu celles de l'humanité.
Compagne en qui l'efprit s'allie
'Aux charmes de la volupté :
Un peu de bien , force fanté ,
Par fois une tendre folie.
Tu pardonneras , ma Sophie
A l'excès de certains defirs ,
En faveur de tous les plaifirs
Dont je veux amufer la vie.
COSTARDA
Fermer
Résumé : STANCES à Mlle A***, qui demandoit à l'Auteur la liste de ses desirs.
L'auteur adresse une dédicace poétique à Mlle ***, exprimant son désir de lui offrir des moments de divertissement et de plaisir, mêlés de philosophie et d'étourderie. Il sollicite son indulgence face à ses faiblesses et la décrit comme une compagne idéale alliant esprit et charme. Il promet du bien-être, de la santé et parfois des folies tendres, demandant de pardonner l'excès de certains désirs motivés par le souhait de remplir la vie de plaisirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11361
p. 19-22
LE LION RECONNOISSANT. A la même.
Début :
QUOI ! vous aimez les vers, & je n'en saurois faire ? [...]
Mots clefs :
Lion, Amour, Vers, Leçons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LION RECONNOISSANT. A la même.
LE LION RECONNOISSANT.
QUOI
A la même.
UOI ! vous aimez les vers , & je n'en faurois
faire ?
Que ne ferois- je pas dans l'eſpoir de vous plaire ?
L'amour eft un enfant , mais , charmante Babet ,
Croyez qu'il n'en est pas encore à l'alphabet
Et que vous ne fauriez connoître ,
En profe comme en vers , un plus habile maître,
Prenez de fes leçons . Ciel ! avec quelle ardeur
Cet admirable précepteur
Enfeigneroit telle écolière !
Yous lui feriez allûrément
De fes élèves la plus chère.
MERCURE DE FRANCE.
Pour moi qui ne puis , en aimant ,
Trouver le moyen de vous plaire ,
Plaife au Ciel que je fois plus heureux en rimant!
Mais , ce que n'a pas fait l'amant
Le poëte le peut - il faire ?
Je n'en crois rien ; je fais aimer
Beaucoup mieux , hélas ! que rimer.
Sur un tendre gaſon , au bord d'une onde claire ,
Sous l'ombrage épais d'un ormeau ,
J'avois deffein d'abord , enfant le chalumeau ,
D'introduire en mes vers , aux pieds de ſa bergère,
Un berger qui , d'un air timide & languillant ,
Eût hafardé l'aveu de fa flamme fincère :
La belle eût écouté d'un air compatiſſant ,
Puis de quelque faveur légère ,
De quelque mot flatteur , foulagé le tourment
De fon tendre & fidèle amant .
J'euffe été ce berger timide & téméraire.
Que mon perſonnage eût été ,
De ma part , bien exécuté !
'Auriez - vous avoué le rôle de bergère ?
La pitié dans votre âme eût-elle enfin paſſe
Oui, de cette pitié dédaigneufe & févère ,
Plus cruelle que la colère ,
J'aurois de mon travail été récompenfé.
Cherchons donc quelqu'autre matière
Plus conforme à votre humeur fière.
Ecoutez un barbare , un lion , dépouillant
Le féroce tempérament
JUIN 1768. 21
Qu'ils ont reçu de leur naiffance ,
Vous donner de tendres leçons
De pitié , de reconnoiffance ,
Leçons dont vous avez grand befoin. Commençons.
Dans les déferts de la Lybie ,
Un arc entre les mains , fur l'épaule un carquois
Un Maure , en s'expofant à la mort mille fois
Tâchoit d'entretenir ſa miſérable vie .
Aux plus féroces animaux
Il faifoit fans ceffe la guerre .
En ce pays brûlant , dont jamais les ruiffeau
N'ont abreuvé la foif, ni décoré la terre
De gafons verdoyans , où les arbres jamais
Ne donnèrent ombre ni frais ;
En ce pays on ne voit guère
Ni le timide cerf , ni la biche légère ;
Les tigres , les lions , la rage & la fureur
Habitent feuls ces lieux où domine l'horreur.
Un jour qu'il exerçoit fon métier déplorable ;
Il apperçoit , en frémiſſant ,
Un lion , mais le plus puiſſant
Qu'eût vu naître Barca dans les plaines de fable
Sa peur ne dura qu'un moment.
Aucun regard affreux , aucun rugiſſement
Du fuperbe animal n'annonçoit la colère ;
Il ne le voyoit point hériffer fa crinière
22 MERCURE DE FRANCE.
Ni des coups de fa queue animer ſa fureur :
Un feu fombre brilloit fous fa trifte paupière ;
Ses longs gémiffemens , garans de fa douleur ,
Excitoient la pitié plutôt que la terreur ;
L'air morne , fuppliant , & la tête baiffée ,
Il traînoit avec peine une patte bleſſée .
Le Maure en eut pitié ; non fans quelque frayeur
Il approche , & du pied lui tire avec adreſſe
L'épine qui caufoit cette vive douleur.
Le lion cependant lèche fon bienfaiteur :
Avec fa queue il le careſſe ,
Il le fuit , & par- tour accompagnant fes pas ,
Il le fuivit jufqu'au trépas.
Des animaux le plus farouche ,
C'eſt fans doute celui qu'aucun bienfait ne touche.
Tout le monde en convient ; mais cependant ,
hélas !
Voit -on pour cela moins d'ingrats ?
Babet , dont on connoît l'ingratitude extrême ;
Qui n'a jamais payé , que par un ris mocqueur ,
L'amour , l'ardent amour qui dévore mon coeur ,
Babet en conyient elle-même,
QUOI
A la même.
UOI ! vous aimez les vers , & je n'en faurois
faire ?
Que ne ferois- je pas dans l'eſpoir de vous plaire ?
L'amour eft un enfant , mais , charmante Babet ,
Croyez qu'il n'en est pas encore à l'alphabet
Et que vous ne fauriez connoître ,
En profe comme en vers , un plus habile maître,
Prenez de fes leçons . Ciel ! avec quelle ardeur
Cet admirable précepteur
Enfeigneroit telle écolière !
Yous lui feriez allûrément
De fes élèves la plus chère.
MERCURE DE FRANCE.
Pour moi qui ne puis , en aimant ,
Trouver le moyen de vous plaire ,
Plaife au Ciel que je fois plus heureux en rimant!
Mais , ce que n'a pas fait l'amant
Le poëte le peut - il faire ?
Je n'en crois rien ; je fais aimer
Beaucoup mieux , hélas ! que rimer.
Sur un tendre gaſon , au bord d'une onde claire ,
Sous l'ombrage épais d'un ormeau ,
J'avois deffein d'abord , enfant le chalumeau ,
D'introduire en mes vers , aux pieds de ſa bergère,
Un berger qui , d'un air timide & languillant ,
Eût hafardé l'aveu de fa flamme fincère :
La belle eût écouté d'un air compatiſſant ,
Puis de quelque faveur légère ,
De quelque mot flatteur , foulagé le tourment
De fon tendre & fidèle amant .
J'euffe été ce berger timide & téméraire.
Que mon perſonnage eût été ,
De ma part , bien exécuté !
'Auriez - vous avoué le rôle de bergère ?
La pitié dans votre âme eût-elle enfin paſſe
Oui, de cette pitié dédaigneufe & févère ,
Plus cruelle que la colère ,
J'aurois de mon travail été récompenfé.
Cherchons donc quelqu'autre matière
Plus conforme à votre humeur fière.
Ecoutez un barbare , un lion , dépouillant
Le féroce tempérament
JUIN 1768. 21
Qu'ils ont reçu de leur naiffance ,
Vous donner de tendres leçons
De pitié , de reconnoiffance ,
Leçons dont vous avez grand befoin. Commençons.
Dans les déferts de la Lybie ,
Un arc entre les mains , fur l'épaule un carquois
Un Maure , en s'expofant à la mort mille fois
Tâchoit d'entretenir ſa miſérable vie .
Aux plus féroces animaux
Il faifoit fans ceffe la guerre .
En ce pays brûlant , dont jamais les ruiffeau
N'ont abreuvé la foif, ni décoré la terre
De gafons verdoyans , où les arbres jamais
Ne donnèrent ombre ni frais ;
En ce pays on ne voit guère
Ni le timide cerf , ni la biche légère ;
Les tigres , les lions , la rage & la fureur
Habitent feuls ces lieux où domine l'horreur.
Un jour qu'il exerçoit fon métier déplorable ;
Il apperçoit , en frémiſſant ,
Un lion , mais le plus puiſſant
Qu'eût vu naître Barca dans les plaines de fable
Sa peur ne dura qu'un moment.
Aucun regard affreux , aucun rugiſſement
Du fuperbe animal n'annonçoit la colère ;
Il ne le voyoit point hériffer fa crinière
22 MERCURE DE FRANCE.
Ni des coups de fa queue animer ſa fureur :
Un feu fombre brilloit fous fa trifte paupière ;
Ses longs gémiffemens , garans de fa douleur ,
Excitoient la pitié plutôt que la terreur ;
L'air morne , fuppliant , & la tête baiffée ,
Il traînoit avec peine une patte bleſſée .
Le Maure en eut pitié ; non fans quelque frayeur
Il approche , & du pied lui tire avec adreſſe
L'épine qui caufoit cette vive douleur.
Le lion cependant lèche fon bienfaiteur :
Avec fa queue il le careſſe ,
Il le fuit , & par- tour accompagnant fes pas ,
Il le fuivit jufqu'au trépas.
Des animaux le plus farouche ,
C'eſt fans doute celui qu'aucun bienfait ne touche.
Tout le monde en convient ; mais cependant ,
hélas !
Voit -on pour cela moins d'ingrats ?
Babet , dont on connoît l'ingratitude extrême ;
Qui n'a jamais payé , que par un ris mocqueur ,
L'amour , l'ardent amour qui dévore mon coeur ,
Babet en conyient elle-même,
Fermer
Résumé : LE LION RECONNOISSANT. A la même.
Le texte 'Le Lion reconnaissant' est une lettre poétique adressée à Babet. L'auteur y exprime son amour et son désir de plaire à Babet, tout en reconnaissant ses limites en poésie. Il imagine un scénario pastoral où il aurait aimé déclarer son amour timidement et être réconforté par elle. Cependant, il choisit de narrer une autre histoire pour mieux correspondre à l'humeur de Babet. L'histoire se déroule dans les déserts de Libye. Un Maure, chassant pour survivre, rencontre un lion blessé. Ému par la douleur et les supplications de l'animal, il retire une épine de sa patte. En signe de gratitude, le lion lèche et caresse le Maure, le suivant jusqu'à sa mort. Cette anecdote illustre la reconnaissance et la pitié, des qualités que l'auteur souhaite voir chez Babet, qu'il accuse d'ingratitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11362
p. 23-24
LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
Début :
DANS un parterre où mille fleurs [...]
Mots clefs :
Lys, Violette, Blonde, Brune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
LE LYS ET LA VIOLETTE,
FABLE fur une grande Blonde , qui mépri
foit une petite Brune.
#
D ANS un parterre où mille fleurs
Brilloient des plus vives couleurs ,
Elevant ſa tête arrogante ,
Fier de fa blancheur éclatante ,
Et de fon port majestueux ,
Un lys , d'un air présomptueux ,
Infultoit à la violette ,
Couchée humblement fur l'herbette ,
A l'ombre d'un mirthe amoureux,
Tu fais bien , petite Brunette ,
De te cacher dans ce féjour
Où Flore même tient fa cour :
Pour être digne de paroître
Devant elle dans ce jardin ,
Apprends comment il faudroit être ,
En voyant ma taille & mon tein,
Je fais bien que je fuis brunette
Répond la fimple violette ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Cependant on ne laiffe pas
De me trouver quelques appas.
La preuve que je fuis jolie ,
C'eft que je fuis fouvent cueillie :
Tandis que vous , fuperbe fleur ,
Malgré cette extrême blancheur ,
Dont vous me paroiffez fi vaine ,
On vous laiffe monter en graine.
Ne méprifez point ma couleur ,
Vous êtes blonde , je fuis brune ;
Sans faire de comparaifons ,
Je me conferve trois faifons ,
A peine vous en durez une.
On prife fort peu votre odeur ;
J'exhale un parfum agréable.
En quoi m'êtes -vous préférable ?
Vous me furpaſſez en grandeur ,
Mais je vous porte peu d'envie :
Eft - ce à la taille , je vous prie ,
Qu'on doit eftimer une fleur ?
FABLE fur une grande Blonde , qui mépri
foit une petite Brune.
#
D ANS un parterre où mille fleurs
Brilloient des plus vives couleurs ,
Elevant ſa tête arrogante ,
Fier de fa blancheur éclatante ,
Et de fon port majestueux ,
Un lys , d'un air présomptueux ,
Infultoit à la violette ,
Couchée humblement fur l'herbette ,
A l'ombre d'un mirthe amoureux,
Tu fais bien , petite Brunette ,
De te cacher dans ce féjour
Où Flore même tient fa cour :
Pour être digne de paroître
Devant elle dans ce jardin ,
Apprends comment il faudroit être ,
En voyant ma taille & mon tein,
Je fais bien que je fuis brunette
Répond la fimple violette ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Cependant on ne laiffe pas
De me trouver quelques appas.
La preuve que je fuis jolie ,
C'eft que je fuis fouvent cueillie :
Tandis que vous , fuperbe fleur ,
Malgré cette extrême blancheur ,
Dont vous me paroiffez fi vaine ,
On vous laiffe monter en graine.
Ne méprifez point ma couleur ,
Vous êtes blonde , je fuis brune ;
Sans faire de comparaifons ,
Je me conferve trois faifons ,
A peine vous en durez une.
On prife fort peu votre odeur ;
J'exhale un parfum agréable.
En quoi m'êtes -vous préférable ?
Vous me furpaſſez en grandeur ,
Mais je vous porte peu d'envie :
Eft - ce à la taille , je vous prie ,
Qu'on doit eftimer une fleur ?
Fermer
Résumé : LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
Dans une fable, un lys blanc, fier de sa beauté et de sa majesté, méprise une petite violette brune cachée à l'ombre d'un myrte. La violette rétorque qu'elle est souvent cueillie, contrairement au lys laissé à se faner. Elle ajoute que son parfum est apprécié, tandis que celui du lys ne l'est pas. La violette conclut que la valeur d'une fleur ne dépend pas seulement de sa taille ou de sa couleur, mais aussi de ses autres qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11363
p. 29-32
AUTRE réponse à la même lettre.
Début :
J'IGNORE, Monsieur, ce que l'esprit décidera sur la question proposée, page [...]
Mots clefs :
Malheur, Malheureux, Tendresse, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE réponse à la même lettre.
AUTRE réponse à la même lettre.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
Fermer
Résumé : AUTRE réponse à la même lettre.
Dans une lettre publiée dans le Mercure de France, l'auteur répond à une question sur la possibilité que les malheurs d'autrui consolent les malheureux. Il commence par déclarer que cette question ne le concerne pas personnellement. Il partage ensuite ses expériences tragiques : la mort de son père après six années de bonheur familial, suivie du décès de sa femme et de sa mère en l'espace de trois ans. Ces pertes l'ont profondément marqué et il n'a trouvé aucune consolation dans les malheurs des autres. Au contraire, voir des amis ou des proches souffrir ravive sa douleur. Cependant, assister à des scènes de bonheur familial lui rappelle ses moments heureux passés. L'auteur exprime ensuite son souhait pour un jeune parent sur le point de se marier, espérant qu'il connaisse un bonheur durable. Il conclut en exprimant son désir de voir le préjugé selon lequel les malheurs d'autrui consolent les malheureux être réfuté. La lettre est datée du 27 avril 1768 et signée 'D.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11364
p. 44
VERS à Mlle SI...
Début :
p [...]
Mots clefs :
Églé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle SI...
VERS à Mlle St...
EUNE & charmante Eglé , vous à qui la
nature
Prodigua fes faveurs ,
Accorda fans meſure ,
Ses dons les plus flatteurs ;
Daignez écouter , fans colère ,
Les peines d'un amant qu'un deſtin trop févère
Accabla toujours de rigueurs.
J'adorois la belle Glycère ,
Elle étoit digne de mon choix :
Attraits , fageffe , efprit , elle avoit tout pour
plaire ;
Cent fois je lui jurai de mourir fous fes loix.
Cent fois .... ô comble d'impoſture !
Je vous vis une feule fois ;
Hélas ! c'en fut affez pour me rendre´parjure.
***.
EUNE & charmante Eglé , vous à qui la
nature
Prodigua fes faveurs ,
Accorda fans meſure ,
Ses dons les plus flatteurs ;
Daignez écouter , fans colère ,
Les peines d'un amant qu'un deſtin trop févère
Accabla toujours de rigueurs.
J'adorois la belle Glycère ,
Elle étoit digne de mon choix :
Attraits , fageffe , efprit , elle avoit tout pour
plaire ;
Cent fois je lui jurai de mourir fous fes loix.
Cent fois .... ô comble d'impoſture !
Je vous vis une feule fois ;
Hélas ! c'en fut affez pour me rendre´parjure.
***.
Fermer
Résumé : VERS à Mlle SI...
Le poème s'adresse à Mlle St..., décrite comme une 'charmante Églé' favorisée par la nature. Le narrateur, amant malheureux, avoue avoir aimé Glycère et lui avoir juré fidélité. Après avoir rencontré Mlle St..., il se déclare infidèle, reconnaissant que cette rencontre a changé ses sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11365
p. 45
MADRIGAL à deux nouveaux Mariés.
Début :
N***, que tu vas être heureux ! [...]
Mots clefs :
Mariés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL à deux nouveaux Mariés.
MADRIGAL à deux nouveaux Mariés.
N ** , que tu vas être heureux !
Le Dieu d'Hymen comble tes voeux.
N'abuſe pas de ta fortune ,
Ménage ta charmante brune.
Si tu veux garder les defirs ,
Economiſe les plaifirs.
Vous , Life , écoutez ma leçon :
D'amours laiffez faire moiffon.
Mais , fans être jamais hautaine ,
Soyez quelquefois inhumaine :
En réſerve , pour le bonheur ,
Gardez toujours une faveur.
N ** , que tu vas être heureux !
Le Dieu d'Hymen comble tes voeux.
N'abuſe pas de ta fortune ,
Ménage ta charmante brune.
Si tu veux garder les defirs ,
Economiſe les plaifirs.
Vous , Life , écoutez ma leçon :
D'amours laiffez faire moiffon.
Mais , fans être jamais hautaine ,
Soyez quelquefois inhumaine :
En réſerve , pour le bonheur ,
Gardez toujours une faveur.
Fermer
11366
p. 46-52
SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
Début :
J'ai l'honneur d'envoyer à Mylady les réflexions de notre bon ami R***, sur [...]
Mots clefs :
Cromwell, Corps, Restauration, Sergent, Tyran, John Barkstead, Angleterre, Funérailles, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
SECONDE lettre ( 1 ) de M. V *** , à
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
Fermer
Résumé : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
La lettre de M. V*** à Milady traite des funérailles d'Oliver Cromwell et des événements postérieurs à la restauration de la monarchie Stuart en Angleterre. Après la restauration, le sergent de la Chambre des Communes reçut l'ordre de récupérer le corps de Cromwell enterré à Westminster. Il découvrit une plaque de cuivre dorée sur le cercueil, conservée par M. Giffard, gendre du sergent. M. Barkstead, fils d'un régicide, révéla que Cromwell souhaitait être inhumé à Naseby, lieu de sa victoire la plus célèbre. Son corps y fut secrètement enterré, et des mesures furent prises pour dissimuler la tombe. Barkstead mentionna aussi des discussions avec le duc de Buckingham sur ce sujet. Le révérend M. Sen... rapporta que des partisans de Cromwell, réfugiés en Italie, avaient envisagé de venger Charles Ier en utilisant son corps pour protéger la mémoire de Cromwell. À la restauration de Charles II, le corps de Cromwell fut exhumé, transféré à Tyburn et pendu publiquement. La foule remarqua des traits de ressemblance avec une autre personne et une couture autour du cou, suggérant que la tête avait été réattachée. Des soupçons se propagèrent, incitant un officier à informer la cour. Un ordre fut donné de décrocher et de réenterrer le corps pour éviter toute infection. Le corps, destiné à être brûlé, ne le fut pas, renforçant les doutes sur son identité. Le révérend M. Sen... rapporta ces événements, bien que leur véracité complète reste incertaine. Les partisans de Cromwell affirmèrent la vérité de ces événements jusqu'à leur mort. Le document est daté du 29 mars 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11367
p. 57-84
ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
Début :
CETTE singulière comédie a un fondement historique, & le fait qui y a donné [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Capitaine, Honneur, Père, Fille, Sergent, Soldat, Procès, Prisonnier, Juge, Roi, Justice, Épée, Village
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
ELGARROTE * masbiendado , y Alcalde
de Zalamea. Le Tourniquet bien appli
qué , & le Juge de Zalamea , comédie
de CALDERON.
CETTE ETTE fingulière comédie a un fondement
hiftorique , & le fait qui y a donné
lieu eft très - réel . Elle peint , avec une
vérité frappante , les moeurs & les préjugés
des perfonnages qui y font introduits. On
y voit au naturel le caractère d'un brave
* Garrote fignifie carcan. C'eſt un genre de fupplice
particulier qui n'eft pas très- cruel , parce
qu'il est très- court. On fait affeoir le patient far
une chaife , on lui met au cou'un carcan , au devant
duquel il y a intérieurement un bouton qui avance
fur le noeud de la gorge. Avec un tourniquet on
ferre le carcan , & le patient eft étranglé fans
douleur & fur le champ.
€ v
18 MERCURE DE FRANCE.
1
& franc guerrier qui commande un corps
de troupe , la licence que fe promet fouvent
un Officier fubalterne avec les gens
du peuple , les mifères du Soldat , les abus
qui les augmentent , la gaieté qui le confole
, l'efprit de libertinage & les tours de
fubtilité qui lui font trouver des charmes
dans ce pénible efclavage. Mais , ce qui
intéreffe le plus dans ce tableau , ce font
les fentimens élevés & la conduite ferme
& hardie d'un fimple laboureur qui venge
avec une intrépidité héroïque fon honneur
offenfé , fans être retenu par aucun égard
ni aucune crainte .
La fcène s'ouvre par une marche de
foldats. Il y en a un qui fe diftingue particulièrement
par fes murmures , auxquels
toute la troupe applaudit. Patience , lui
dit un camarade , toutes nos fatigues vont
s'oublier dès que nous ferons au gîte. De
quoi cela me foulagera - t il , reprend le
raiſonneur , fi je créve avant d'y arriver ?
& quand j'y arriverois en vie , Dieu fair
encore fi on nous y logera. N'avons nous
pas nos conducteurs auxquels les Mayeurs
& Syndics vont propofer de nous faire
paffer outre en offrant quelque rafraîchif
fement ? On leur répondra d'abord que
cela eft impoffible , & que la troupe eft
rendue ; mais files manans ont de l'argent,
d'un feul mot, marche , on nous fera obéir
JUIN 1768. ༨༡
à l'inftant. Pour moi , fi cela arrive , je
jure qu'on partira fans moi . Je fais déja
comme on déferte. Mais je fais auffi
reprend le camarade , que cette petite fantaifie
coûte la vie à un malheureux foldat
, fur- tout fous les ordres du général
qui nous commande ; car fi Don Lope de
Figueroa paffe pour vaillant & grand capitaine
, il a auffi la réputation d'être le plus
emporté , le plus impitoyable , & le plus
étrange blafphémateur de toute l'armée ;
& , pour la difcipline , il fera périr fon
meilleur ami fans nulle forme de procès.
C'est moins moi que je plains , répart le
mutin , que cette pauvre femme qui me
fuit. La bonne créature prend la parole ,
& dit qu'elle fouffre volontiers ; elle conte
tous les facrifices qu'elle a faits pour vivre
avec fon cher foldat. Cela lui attire beaucoup
d'éloges ; on crie viva La Chifpa , &
infenfiblement on oublie le mal dont on
fe plaignoit , on chante , on fait chorus
& on arrive
ད
Le Capitaine de la compagnie vint annoncer
à fes foldats qu'il y a apparence
qu'on paffera plufieurs jours à Zalamea
& tout le monde s'en réjouir. Il demande
à fon Sergent , qui vient du logement ,
où eft fon billet. Vous êtes , dit le Sergent
, chez l'habitant le plus riche du lieu
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& qui , outre cela , a la plus belle fille du
pays. Bon , dit le Capitaine , ne fera - ce
pas toujours une payfanne glorieufe avec
des mains & des pieds effroyables . Pour
moi , à moins que je ne voie de la parure
& de l'élégance , je ne crois pas être avec
une femme. On lui dit auffi que le père
eft le plus vain & le plus préfomptueux
des hommes. La vanité , dit le Capitaine ,
eft toujours l'apanage d'un manant riche .
Leur converfation eft interrompue par
l'arrivée d'une figure de Don - Quichote.
C'est un perfonnage très - peu intéreffant ;
un gentilhomme ridicule , amoureux de
la fille du laboureur , ouplutôt de les écus ,
car il meurt de faim à la lettre . Il ne
parle que de la belle généalogie en or &
azur que lui a laiffée fon père. Il auroit
dû , dit fon valet , vous laiffer plus d'or
& moins de parchemin,
Au refte , reprend le perfonnage , je
n'ai pas grande obligation à ce père de
m'avoir fait gentilhomme , car s'il n'eût
pas été noble il n'eût pas
été mon père,
& je me ferois bien gardé de me laiffer
engendrer par un roturier. La converfation
continue fur ce ton jufqu'à ce que
fon Ifabelle paroiffe à fa fenêtre. Elle le
traite fort mal & fe moque de lui. Il fe
retire en voyant arriver Pedro Crespo ,
père de fa Dame. Ce vieillard murmure ,
"
JUIN 1768 .
en entrant , de trouver toujours cette figure
de tapillerie à fa porte . Juan , fon fils ,
arrive d'un autre côté & fe fâche de même
contre ce revenant perpétuel . Ce jeune
homme eft un petit mutin qui promet fort
de reffembler un jour à fon père. L'un &
l'autre fe diffimulent ce qui vient de les
choquer , & ils ne fe parlent que de leurs
Occupations. Crespo conte qu'il vient des
champs , & qu'il eft très-content de fes
troupeaux & de fes moiffons. Et toi ,
Juan , dit-il à fon fils , d'où viens-tu ?
Juan. Je vous facherai peut être en vous
le difant. J'ai joué à la paume , & perdu
deux parties.
Crefpo. Il n'y a pas grand mal fi tu as payć.
Juan. Je n'ai pas payé , faute d'argent ,
& je venois même vous en demander.
Crefpo. Avant tout , écoute ce que j'ai
à te dire. Ne t'engage de ta vie qu'à ce
que tu es fûr de pouvoir faire , & ne joue
jamais plus d'argent que tu n'en as , de
peur de rifquer ta renommée fi tu ne pouvois
pas remplir tes obligations .
Juan. Le confeil eft comme venant de
vous ; & , pour vous marquer combien
j'en fais cas , je le paierai par un autre.
Ne donnez jamais d'avis à un homme qui
vous demande de l'argent .
Crefpo. Tu m'as rendu le change.
Ils font interrompus par le Sergent qui
61 MERCURE DE FRANCE.
leur annonce que Don Alvaro de Atayde,
fon Capitaine , doit loger chez eux. Crefpo
offre tout ce qui eft dans fa maiſon . Juan
lui fait reproche de ce qu'étant riche , ik
n'achete pas un privilége pour s'exempter
de ces charges.
Crefpo. Dis-moi de bonne foi , Juan ,
quelqu'un ignore- t- il que je ne fuis qu'un
payfan ? Quand j'acheterai de la nobleſſe
ferai-je noble pour cela ? Il m'en coûtera
cinq ou fix mille, réaux , c'eſt de bon argent,
& je n'aurai pas acquis de l'honneur ,
car il ne fe vend point. Qu'un homme
qu'on a vu chauve route fa vie , mette une
perruque , on dira qu'il eft bien coeffé.
Mais qu'y gagnera - t - il ? Quoiqu'on ne
voie pas fa tête pelée , chacun ne fait- il
pas qu'il n'a pas un cheveu à lui ?
Juan. Il y gagnera de mettre fa tête à
couvert du foleil , du vent & de la pluie.
Crefpo. Je ne veux point d'un honneur
précaire. Je veux demeurer ce que je fuis
& ce qu'ont été avant moi mes pères.
Il fait defcendre fa fille & lui annonce
que des troupes vont loger dans le village,
& qu'il aura chez lui un Capitaine. Il lui
ordonne de fe retirer dans un grenier pen
dant leur féjour . Je venois , dit - elle , mon
père , vous demander la permiffion de m'y
renfermer avec Inès , ma couline.
Apeine eft- elle rentrée que le Capitaine
JUIN 1768.
furvient ; le père & le fils lui font de grands
complimens qu'il reçoit avec civilité , mais
avec hauteur . Ils le laiffent avec fon Sergent.
Hé bien , dit l'Officier , as-tu vu la
payſanne ?
Le Sergent. J'ai parcouru toutes les
chambres & la cuifine , fans la trouver.
Une fervante m'a dit qu'elle eft cachée
dans les greniers , d'où elle ne deſcendra
pas , parce que le vieillard eft fort jaloux.
Don Alvar. Si je l'avois rencontrée tout
fimplement , je n'y aurois fait nulle attention
; mais précisément parce qu'on me la
cache , vive Dieu ! je veux pénétrer où elle
eft. Il faudroit , dit le Sergent , trouver un
prétexte pour y entrer fans donner de
foupçon.
Sur ces entrefaites le Soldat harangueur,
avec fa Chifpa , fe préfentent. Ils viennent
demander à Don Alvar le privilége
du jeu . Le Capitaine trouve cette occafion
merveilleufe. Il dit à Rebolledo ( c'eſt le
Soldat ) qu'il veut entrer , fur quelque mo
tif plausible , dans une chambre haute de
la maifon ; qu'il faut qu'il feigne de lui
manquer de reſpect , qu'il le menacera de
fon côté , qu'il fuira au grenier où il le
fuivra. La fcène fe joue fur le champ , le
Soldat fait l'infolent , le Capitaine tire
l'épée & le pourſuit.
64 MERCURE DE FRANCE .
On voit entrer le Soldat hors d'haleine
dans la retraite où font les femmes. Le
Capitaine & le Sergent furviennent , elles
prient pour le prétendu coupable , & obtiennent
fa grace. Pedro Crefpe & Juan
patoiffent l'épée à la main. Ils ont entendu
le bruit de la querelle & fu que le Capitaine
court après un Soldat.
Crefpo . Qu'eft ceci , Seigneur Cavalier ?
quand je vous crois occupé à tuer un
homme , je vous trouve à courtifer une
femme ! Alvar répond qu'il fait ce qu'il
doit au fexe , & qu'il a facrifié fon reffentiment
à cette Dame.
Crefpo. Ce n'est point une Dame : c'eſt
ma fille.
Juan. Tout ceci n'eft , vive Dieu ! qu'une
rufe pour vous introduire ici. Je fuis piqué
de ce que vous croyez me tromper . Il n'en
eft pardieu rien , & vous pourriez , Seigneur
Capitaine , payer autrement les
offres de fervice de mon père , & lui épargner
cette offenfe.
Crefpo. De quoi vous mêlez - vous , petit
garçon Si ce Soldat l'a mis en colère
pourquoi ne l'auroit- il pas pourfuivi ? Sei
gneur , ma fille vous eft obligée de votre
attention pour elle.
Don Alvar à Juan. Je n'ai fans de te
eu aucune autre raifon. Songez mieux à
ce que vous dites.
JULN 1768. 69
Juan. J'y fonge très - bien .
Alvar. Si votre père n'étoit
pas là , petit
garçon , je vous traiterois comme vous
méritez.
Crefpo . Doucement, Seigneur Capitaine.
Je puis parler à mon fils comme il me
plaît , mais non pas vous.
Juan. Je puis tout fouffrir de mon père ,
mais rien d'un autre.
Alvar. Et que feriez - vous ?
Juan. Je perdrois la vie plutôt que de
fouffrir un affront.
Alvar. Un payfan fe piquer d'honneur !
Juan. Autant que vous ; il n'y auroit
pas de Capitaines s'il n'y avoit
laboureurs.
da
pas de
Il met
Alvar. Ah , c'en eft trop.
l'épée à la main , Juan en fait de même ,
& Crespo tire la fienne pour les féparer ;
on crie à la garde , & le Général furvient.
Qu'est ceci ? dit - il. La première chofe
que je rencontre ici c'est une bataille ?
Parlez , qu'eft- il arrivé ? Répondez donc ,
vive Dieu hommes , femines , je vais
tour jenter par les fenêtres . N'ai - je pas
affez de la douleur que me fait fouffrir,
ma diable de jambe , fans que vous m'impatientiez
encore par votre filence.
On eft obligé de lui dire le fujet de la
querelle. Où eft le Soldat ? dit - il . Qu'on
66 MERCURE DE FRANCE.
lui donne fur le champ l'eftrapade. Alvar
prie tout bas le Soldat de fe taire , & lui
promet de le fauver. Je n'en ferai tien
s'écrie le malheureux . Je ne veux pas être
eftropié pour vous. Il conte alors la choſe
comme elle eft. Vous voyez , dit Crefpo
fi nous avions raifon. Il n'y en a point de
bonne , répond Don Lope , pour expofer
tout un village à fa ruine.
Il fait fur l'heure battre un ban , &
publier ordre à tous les Soldats de fe rendre
au corps de- garde , & défenfe d'en
fortir de tout le jour , fous peine de la vie ,
puis il ordonne au Capitaine d'aller à
l'inftant fe pourvoir d'un autre logement ,
& prend lui-même le fien chez Crefpo.
Chacun obéit , & Crespo , après avoir fait
rentrer les femmes , refte avec le Général.
Crefpo. Je vous rends graces , Seigneur ,
de m'avoir fauvé l'occafion de me perdre.
Lope. A quel propos dites - vous que
vous vous feriez perdu ?
Crefpo. En ôtant la vie à quiconque
m'eût outragé.
Don Lope. Comment , vive Dieu ! favez-
vous que vous aviez affaire à un Capitaine
?
Crefpo. Fût- ce un Général même , vive
Dieu je le tuerois s'il attaquoit mon
honneur.
JUIN 1768. 67
Lope. Je jure le ciel que je ferai pendre
le premier qui ofera toucher un Soldat.
Crefpo. Je jure le ciel d'étrangler moimême
qui ofera me faire le moindre outrage.
Lope. Mais favez- vous
que n'étant que
ce que vous êtes , vous êtes obligé de -fouffrir
des gens de guerre ?
Crefpo. Oui , dans mes facultés , mais
non dans mon honneur. On doit au Roi
fa vie & fes biens ; mais l'honneur eft le
patrimoine de l'âme , & l'âme n'eft fujette
qu'à Dieu.
Lope. Je crois , vive Dieu ! que vous
avez raiſon !
Crefpo. Oui , vive Dieu ! & je l'ai toujours
eu .
Lope. J'arrive ici bien fatigué , & le
diable m'a donné une maudite jambe qui
a befoin de repos.
Crefpo. Qui vous dit le contraire ? le
diable m'a donné un lit , vous n'avez qu'à
Vous y mettre .
Lope. Et vous l'a-t- il donné tout fait , ce lit?
Crefpo. Oui , par Dieu !
Lope. Hé bien je vais , par Dieu ! le dé
faire , car je fuis , vive Dieu , bien las.
Crefpo. Hé , vive Dieu ! délaffez - vous.
68 MERCURE DE FRANCE.
Lope s'en allant. Le manant eft têtu !
il jure par Dieu ! comme moi .
Crefpo. Le Don Lope eft revêche ! nous
aurons maille à partir enfemble.
Le fantôme extravagant & amoureux
ouvre le fecond acte avec fon valet ;
mais nous laifferons ce perfonnage affez
inutile. Le Capitaine & fon Sergent repa
roiffent, & s'entretiennent de la difficulté
de voir Ifabelle. Alvar veut lui donner.
une férénade , & ils vont tout difpofer.
Rebolledo & la Chifpa doivent en être les
principaux acteurs.
Crespo fait fervir à fouper dans un cabinet
qui donne fur un jardin , qui fait
dit- il , l'amuſement de fa fille. Lope l'invite
à s'affeoir près de lui , il obéit après
s'en être défendu.
Lope. Savez - vous que la colère vous
met quelquefois hors de vous - même ?
Crefpo. Elle ne me fait jamais perdre le
jugement.
Lope. Comment donc hier , vous êtesvous
affis fans que je vous le dife ? & encore
à la premiere place !
Crefpo. C'est parce que vous ne me le
difiez pas , & aujourd'hui que vous me le
dites , je m'en abftiendrois volontiers. Je
fais rendre l'honneur qu'on me fait.
JUIN 1768, 69
Lope. Mais hier , vous ne faifiez que
jurer & vous emporter , & aujourd'hui
je vous trouve doux & pailible.
Crefpo. Seigneur , je prends toujours le
ton des gens avec qui je traite. Hier vous
ne parliez que par imprécations , & je vous
répondois de même. J'ai pour principe de
jurer avec celui qui jure , & de prier avec
celui qui prie. Je pouffe cela fi loin , que
parce qu'hier vous vous plaigniez d'une
jambe , j'en ai fenti une douleur qui m'a
empêché de dormir toute la nuit ; & parce
que je n'ai pas fu laquelle vous faifoir
mal , j'en avois à toutes les deux . Ditesmoi
, par charité , quelle eft la mauvaiſe ,
afin que je ne fouffre que d'un côté.
Lope . Ai-je tort de me plaindre ? Il y
a plus de trente ans que ce mal me prit
en Flandre , caufé par l'outrage des faifons
, les veilles & les fatigues , fans que
j'aie eu depuis ce tems une heure de repos.
Crefpo. Dieu vous donne patience!
Lope. Eft-ce que je la demande ?
Crefpo, Hé bien , qu'il ne vous la donne
pas.
Lope. Que cent mille diables emportent
la patience , & moi avec !
Crefpo, Amen. S'ils ne le font pas , c'eſt
de peur de bien faire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Lope. Hai , hai ! Jéfus , mille fois !
Crefpo. Qu'il foit avec vous & moi.
Lope. Vive Dieu ! la douleur m'extermine.
Crefpo. Vive Dieu ! J'en fuis faché.
Il fait defcendre fa fille pour fouper
avec le Général . Si tous les Officiers étoient
comme vous, lui dit- il , je voudrois qu'elle
fût la premiere à les fervir.
Le Général admire fa rufe & fa prudence.
Tandis qu'ils font à table , on entend
la férénade . Lope diffimule fon mécontentement
de ce manque de refpect. il
faut , dit- il tout haut , paffer ces gaîtés au
foldat , elles lui font fupporter les dégoûts
de fon état. Juan trouve que c'eft un métier
fort agréable. En êtes - vous tenté ?
dit Løpe. De grand coeur , répondit Juan ,
fi vous m'accordiez votre protection .
Cependant on jette une pierre contre
la fenêtre , & le nom d'Ifabelle eft prononcé
par la mufique . Lope eft indigné ,
& le cache à caufe de Crespo , qui , de
fon côté , cache fon dépit à caufe de Don
Lope. Juan fe lève & va fourdement fe
faifir d'une rondache qu'il a vu fufpendue
dans la chambre du Général.
Les chants recommencent , & répétent
le nom d'Isabelle . Elle déplore fon fort
d'être expoſée à ces entreprifes, Lope ne
JUIN 1768. 71
peut y tenir , il fe lève en fureur & renverfe
la table. Crespo fe lève de même &
renverſe fa chaife.
Lope. La douleur que me fait cette
jambe diabolique m'a caufé cette impatience.
Crefpo. La même raifon m'a fait lever
fi brufquement,
Lope. J'ai cru que vous en aviez quelqu'autre
, quand je vous ai vu jetter cette
chaife .
je Crefpo . Vous aviez jetté la table ,
n'ai pas trouvé autre chofe fous ma main,
Lope. Je ne puis fouper , je vais me
retirer, mon hôte.
Crefpo. A la bonne heure.
Lope , bas. N'ai - je pas une rondache
dans ma chambre ?
Crefpo , bas. N'ai - je pas une fortie par
la baffe- cour ?
Lope. Bon foir,
Crefpo . Bonne nuit. ( J'enfermerai mes
enfans par dehors. )
Il envoie coucher fon fils , & tandis
que les donneurs de férénade font dans
la rue à galantifer , Lope fort d'un côté ,
& Crefpo d'un autre. Ils mettent la mufique
en déroute & reftent feuls , & fe croyant
réciproquement les auteurs de la fête , ils
s'attaquent & fe battent avec une adreſſe
72 MERCURE DE FRANCE.
& une vigueur égale , & s'étonnent l'un
de l'autre, Juan fort auffi l'épée à la main ,
ils parlent & fe reconnoiffent. Le Capitaine
, piqué de l'affront , revient avec un
renfort de foldats , & eft fort étonné de
trouver là le Général. Il s'excufe , & feint
d'être venu au bruit pour appaifer le
tumulte . Lope lui cache fes foupçons , mais
lui ordonne de fe mettre en marche fur le
champ avec fa compagnie , & de fortir de
Zalamea. Il rentre avec fes hôtes .
Le Capitaine , piqué au jeu , veut abſolument
revoir Ifabelle. Rebolledo lui apprend
qu'il a un efpion de moins , & que
Juan a obtenu de fon père la permiflion
de fuivre Don Lope à l'armée.
Le Général fe difpofe à partir. Il prend
congé de fon hôte , & lui promet d'avoir
foin de fon fils. Il fait préfent d'un diamant
à Ifabelle. Juan vient l'avertir que
fa litière eft prête,
Lope. Adieu , mon cher hôte ,
Crefpo. Qu'il vous conduife.
Lope. Ha ! bon Pedro Crefpo !
Crefpo. Ha vaillant Don Lope !
Lope. Qui eût dit , à notre première
entrevue , que nous deviendrions amis
pour la vie !
Crefpo. Moi , Seigneur , je l'euffe prédit
fi je vous eulle connu pour un....
Lope ,
JUIN 1768. 73.
Lope , s'en allant. Achevez , allez , ne
Yous gênez pas.
Crefpo. Pour un fou d'une auffi bonne
pâte.
Il donne à fon fils des confeils fort
fages & fort prolixes , & enfuite fa bénédiction
, & le laiffe fuivre le Général.
Il reste avec fa fille à prendre le frais
hors de fa maifon fur une banquette. Don
Alvar , le Sergent , Rebolledo, La Chifpa,
& d'autres Soldats s'approchent à la faveur
de l'obfcurité , faififfent Ifabelle , & l'emmènent
malgré fes cris. Crefpo demande
une épée , & Inès lui en apporte une. Le
Sergent lui dit que la réfiftance eft vaine
contre tant de monde. Rien ne l'arrête ,
il veut les attaquer , & tombe. Tuez- le ,
s'écrie Rebolledo. Non , dir le Sergent , il
y
auroit de la barbarie à lui ôter l'honneur
& la vie. Emmenons-le & attachons-le
quelque part dans la montagne. On l'y
entraîne malgré les cris .
Ifabelle , en pleurs , commence le troifième
acte. On peut imaginer le fujet de
fes longues plaintes. Elle entend les gémiffemens
d'un homme ; c'eft fon père
lié qui demande du fecours. Elle n'oſe le
mettre en liberté avant d'avoir conté fes
malheurs elle veut bien mourir de fa
main, mais après qu'il aura entendu fa
Ꭰ
4744 MERCURE DE FRANCE.
juftification. Ils s'attendriffent , & pleurent
enfemble. Elle brife fes liens , & lui
conte que l'indigne Alvara triomphé d'elle
par la force , & qu'au point du jour ſes
eris ont attiré un paffant qu'elle a reconnu
pour fon frère ; qu'ayant appris fon malheur
, il a attaque & bleffé dans l'inftant
le Capitaine , & s'eft fauvé en voyant des
Soldats qui venoient à fon fecours ; qu'on
a relevé le raviffeur & qu'on l'a ramené
à Zalamea pour le faire panfer. Crefpo la
confole ; ils retournent enfemble à leur
maifon. Le plus court pour Alvar , dit
Crespo , eft de mourir de ſa bleſſure , car
s'il en réchappe , je n'aurai jamais de
repos que je ne lui aie donnné la mort.
L
En approchant du village il eft rencon
tré par le Greffier de la communauté , qui
le cherche pour lui annoncer qu'il vient
d'être élu Alcade , & dans une occafion
bien glorieufe & bien heureufet
pour deux
objets bien intéreffans. L'un eft l'arrivée du
Roi qui doit venir le jour même à Zalamea
, & l'autre eft , qu'on vient d'amener
dans le bourg un Capitaine bleffé fans
qu'on fache par qui , & que c'eſt la
matière d'une information , & d'une caufe
de grande importance. Crespo remercie le
Ciel de l'occafion qu'il lui offre de venger
fon honneur. Sa fille rentre dans fa
JUIN 1768. 75
maifon , & il va avec le Greffier à la falle
du confeil , où il doit recevoir la baguette
& l'autorité de Juge.
On voit le Capitaine bleffé ; il fe plaint
de ce qu'on l'a ramené à Zalamea. Son
Sergent s'excufe fur le befoin qu'il avoit
d'être fecouru. Cependant Alvar , qui fe
trouve mieux , fonge à partir , lorfque la
Juftice arrive. Il s'en met peu en peine
mais fa furpriſe eft grande de voir Crespo ,
avec les marques de fon autorité , qui fait
occuper toutes les avenues. Soit que vous
foyez Juge depuis hier , lui dit- il , ou plus
anciennement , fachez que je n'ai rien à
démêler avec vous. Ne vous échauffez
pas , Seigneur , lui dit Crefpo. Je viens ,
avec votre permiffion , faire quelques diligences
fur une matière importante ; & je
vous prie de m'écouter fans témoins. Le
Capitaine fait fortir fon monde , & Crefpo
en ufe de même .
Crefpo. Je me fuis fervi de mon autorité
pour vous obliger à m'entendre , à
préfent je la mets à part pour vous parler
en fimple particulier ( Ilquittefa baguette ) .
A préfent , dit-il , parlons à coeur ouvert.
14 lui étale au long fes fentimens , fes richeffes
, l'honnêteté de fa fille , & emploie
toute fon éloquence pour lui perfuader de
réparer fon honneur. Vos enfans , ajoute-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
t-il , profiteront de mes biens , & ce qu'ils
perdront de nobleffe de mon côté fera
bien réparé par celle qu'ils tiendront de
vous. Une action fi équitable ne peut faire
tort à votre gloire. Enfin , dit- il en fe prof
ternant à fes genoux , ayez pitié de mes
cheveux blancs. Qu'est- ce que je vous
demande ? Mon honneur que vous m'avez
ravi. De la manière humble dont je vous
fupplie , n'imagineroit-on pas que je defire
de vous une chofe qui vous appartienne ?
Songez que je pourrois ici le réparer de
ma propre main & de ma feule volonté ,
& que je préfère de le tenir de vous.
Alvar lui répond durement , & avec
l'orgueil le plus méprifant. Il le traite de
vieux fou & de téméraire , & ajoute que
s'il ne le tue pas , c'eſt en confidération de
La fille.
Crefpo. Enfin , ma plainte ne peut vous
toucher ?
Alvar. On ne doit faire nul cas des
larmes des enfans , des femmes & des
vieillards imbécilles,
Crefpo. Vous ne donnerez nulle confolation
à mon âme affligée ?
Alvar, Contente- toi que je te laiffe la
vie.
Crefpo. Songez que c'eft mon honneur
que je vous demandé à genoux,
JUIN 1768. 77
Alvar. Ceffe de m'importuner.
Crefpo. Réfléchiffez que je fuis ici
Alcade .
Alvar. Que m'importe ? vous n'avez
fur moi nulle jurifdiction . Vous me remettrez
au confeil de guerre qui me fera
réclamer.
Crefpo. C'eft- là votre réfolution ?
Alvar. Oui , vieux infenfé.
Crefpo. C'en eft donc fait ?
Alvar. Oui , pour la dernière fois.
Crefpo. Hé bien , je jure Dieu que vous
me le paierez ( Il fe lève & reprend fa
baguette ) . Hola !
Un Garde. Que vous plaît -il , Seigneur ?
Alvar. Qu'oferont entreprendre ces ruftres
?
Greſpo. Saififfez le Seigneur Capitaine .
Alvar. Vous êtes bien ofé de mettre
la main fur un Cavalier qui fert le Roi.
Vous n'avez pas ce pouvoir.
Crefpo. Nous verrons fi vous fortirez
d'ici autrement que mort ou prifonnier.
Alvar. Je vous fignifie que je fuis
Capitaine .
Crefpo. Vous n'en irez pas moins en
prifon.
Alvar. Je fuis forcé de céder à la violence
, mais je me plaindrai au Roi de
cette injuftice.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
Crefpo. Et moi d'une autre. Rendez
votre épée .
•
Alvar. Il n'eft pas d'ufage.
Crefpo. C'eſt la loi quand on eft prifonnier.
Alvar. Traitez - moi avec respect.
Crefpo. Oh , cela eft très- raifonnable.
Menez ce Cavalier à la tour avec reſpect ,
mettez-lui civilement les fers aux pieds ,
& attachez-le poliment d'une bonne chaîne .
Qu'on traite auffi bien honnêtement ces
Seigneurs Soldats , qu'on les mette au cachot
, & qu'on prenne leurs dépofitions.
Ha , certes , pour peu que j'aie de preuves
légales , Seigneur Cavalier , je jure Dieu
que je vous ferai étrangler avec tout le
refpect qui vous eft dû.
Alvar. Ah canaille ! que la force à la
main vous rend infolens!
Cependant Juan ayant bleffé le Capitaine
, eft revenu à Zalamea , & trouvant
fa foeur à la maifon , veut la tuer malgré
fes cris & fes juſtifications. Crespo furvient ,
& s'emporte contre lui . Ne fuffit- il pas
dit- il , que tu aies ofé bleffer un Officier ?
Comment es-tu affez téméraire pour te
montter ici ? Il l'envoie en prifon , malgré
fes proteftations de ne s'être armé
contre Alvar que pour fatisfaire fon hon
neur offenfé. Il ne fuffit pas que votre père
JUIN 1768. 79
le fache , répond Crefpo : il faut que j'en
fois convaincu comme Juge , & je vous
rendrai juftice.
Au bruit de ces événemens Don Lope
revient furieux. Il defcend chez fon ami
Crefpo , & s'emporte fort contre la témérité
d'un petit Juge de village qui a eu
l'audace d'emprisonner un Capitaine. Il
veut le faire mourir fous le bâton.
II
Crefpo, Si vous venez pour cela , vous
avez fait un voyage inutile , car je penfe
que l'Alcade ne confentira pas à ce traitement.
Lope. Je le lui ferai bien fans fon confentement.
Crefpo. J'en doute , & ne crois pas que
perfonne vous le confeille. Savez - vous
pourquoi il a fait arrêter cet Officier ?
Lope. Non. Mais pour quelque caufe
que ce foit , ce n'eft pas à lui , c'eft à moi
à en faire juftice , & je ferai couper le
tou au coupable s'il l'a mérité .
Crespo. Il faut que vous ne connoiffiez
pas , Seigneur , quelle eft l'autorité d'un
Alcade.
Lope . Un Alcade eft-il autre chofe qu'un
payfan ? 5
Crefpo: Hé bien , fi ce payfan s'eft mis
dans la tête de faire étrangler le prifonnier ,
il en paffera , par Dieu , la fantaisie.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
?
Lope. Il n'en fera , par Dieu , rien ; &
vous allez le voir. Dites- moi fa demeure.
Crefpo. Elle n'eft pas loin d'ici.
Lope. Nommez - moi donc cer Alcade.
Crefpo. C'est moi.
Lope. Vive Dieu ! je l'ai ſoupçonné.
Crefpo. Vive Dieu ! rien n'eſt plus vrai.
Lope. Hé bien , Crespo , ce qui eft dit
eft dit.
Crefpo. Hé bien , Seigneur , ce qui eft
fait eft fait.
Lope. Je fuis venu réclamer ce prifonnier
pour en faire juſtice.
Crefpo. Moi , je te garde ici pour le
crime qu'il a commis .
Lope. Vous favez qu'il eft Officier , &
que je fuis fon Juge ?
Crefpo. Vous favez qu'il a fait violence
à ma fille ?
Lope. Vous favez de combien mon
autorité prévaut für la vôtre ?
Crefpo. Vous favez que je l'ai prié à
genoux de me rendre l'honneur ?
Lope. Vous n'avez qu'à le pourfuivre à
mon tribunal.
Crefpo. Mon avis eft qu'il ne forte pas
du mien.
Lope . Je m'oblige à vous rendre juſtice.
Crefpo. Je ne demande à perfonne ce
que je puis me procurer moi - même.
JUIN 1768 .
81.
Lope. Il y va de mon honneur de reprendre
ce prifonnier.
Crefpo. Son procès eft déja ici tout fait,
& terminé.
Lope. Qu'est- ce qu'un procès ?
Crefpo. Une fuite de papiers qui contiennent
la vérification du fait & du jugement.
Lope. Je vais de ce pas à la prifon.
Crefpo. Je ne vous en empêche pas ,
mais je vous avertis feulement que les
Gardes ont ordre de faire feu fur le premier
qui fe préfentera.
Lope . Vos balles ne me font pas peur ,
je fuis familier avec elles ; mais il ne me
convient pas de m'aventurer ici. Soldat ,
courez au camp : que toutes les compagnies
marchent ici à l'inftant avec leurs
armes prêtes.
Le Soldat. Il n'eſt pas besoin de les
aller chercher , Seigneur , elles font déja
accourues dans ce village fur le bruit de
cette entreprife.
Lope. Nous allons donc voir fi on me
rendra le prifonnier ou non.
Crefpo. Avant que cela arrive , vive
Dieu ! je vais y mettre bon ordre.
On entend les tambours ; les Soldats
attaquent les Villageois qui fe défendent ,
& lorfque la mêlée eft la plus chaude , le
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Roi arrive. Sa préfence arrête les combattans
, & il demande la raifon de ce défordre.
Lope. Il provient , Sire , de la témérité
la plus inouïe dont, air jamais été capable
un vil payfan ; & , fans votre arrivée , ce
village feroit déja en flammes .
Le Roi. Qu'eft- il arrivé ?
Lope. L'Alcade de ce lieu a fait emprifonner
un Capitaine , & m'a refufé de le
remettre entre mes mains .
Le Roi. Qui eft cet Alcade ?
Crefpo. C'est moi , Sire.
!
Le Roi. Quelle excufe avez- vous à m'alléguer
?
Crefpo . Ce procès , Sire , qui contient
les preuves contre le coupable , & fa fentence
de mort , pour avoir enlevé & defhonoré
une fille , & avoir refufé à fon
père de réparer fon honneur en l'époufant.
Lope . Lui-même , Sire , eft le Juge &
le père.
Crefpo. Hé qu'importe ! fi un étranger
me portoit une plainte , ne lui devrois- je
pas juftice ? Ne la dois- je donc pas à ma
fille autant qu'à un étranger ? Je viens de
faire einprifonner mon propre fils , & je
dois être équitable pour tout le monde
fans aucun égard . Il n'eft question que de
voir fi le procès eft fait en régle , & s'il
JUIN 1768. 83
s'y trouve la moindre prévarication , je me
foumets à la mort.
Le Roi. Le procès me femble en régle ;
mais il ne vous appartient pas de faire exécuter
un coupable jufticiable d'un autres
tribunal . Rendez le prifonnier.
Crefpo. La chofe , Sire , n'eft pas facile.
Comme cette jurifdiction eft fans appel ,
quelle que foit une fentence , elle s'exécute
toujours fur le champ .
Le Roi. Que dites - vous ?
Crefpo. Si vous ne me croyez pas , Sire ,
tournez les yeux de ce côté * : voici le criminel
.
Le Roi. Mais , comment avez- vous eu
la hardieffe ? {
Crefpo. Vous voyez , Sire , qué le procès
eft fait dans toutes les formes...
Le Roi. Le confeil de guerre n'auroit- il
pas également fait juftice ?
Crefpo. Toute la juftice de vos Etats ,
Sire , n'eft qu'un feul corps dont vous êtes
le chef quoique vous ayez plufieurs mains ;
qu'importe que ce foit votre droite ou
votre gauche qui ait puni le crime ? L'effentiel
étoir de punir , & le refte eft de
peu de conféquence.
* On ouvre une porte au fond de la scène
& on voit Don Alvar affis fur une cha ife le carcan
encore au col , & étranglé.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi. Mais puifqu'il étoit Capitaine
& Cavalier , il falloit lui faire du moins
couper la tête , & non l'étrangler ignominieufement.
Crefpo. Sire , il y a ici très - peu de nobleffe
, ce qui fait qu'on n'y eft pas dans
l'exercice de couper des têtes ; mais c'eſt
au mort à fe plaindre de cette rigueur ,
& elle ne regarde que lui feul.
Le Roi. Don Lope , ce qui eft fait eſt
fans remède. La punition étoit méritée ,
c'eft le principal. Faites partir fur le champ
d'ici toutes les troupes , & qu'elles me
fuivent en Portugal . ( à Crefpo ) Vous , je
vous fais Juge perpétuel de Zalamea.
Crefpo remercie le Roi , Lope lui dit
de fe féliciter de l'arrivée de Sa Majefté ,
& demande qu'on lui remette les autres
Soldats prifonniers. Ils lui font rendus fur
le champ. Il fe réconcilie avec Crespo ,
& emmène avec lui fon fils qu'il fait fortir
de prifon. Ifabelle entre dans un couvent
, où elle fe renferme pour toute fa
vie , & ainfi finit cette comédie.
de Zalamea. Le Tourniquet bien appli
qué , & le Juge de Zalamea , comédie
de CALDERON.
CETTE ETTE fingulière comédie a un fondement
hiftorique , & le fait qui y a donné
lieu eft très - réel . Elle peint , avec une
vérité frappante , les moeurs & les préjugés
des perfonnages qui y font introduits. On
y voit au naturel le caractère d'un brave
* Garrote fignifie carcan. C'eſt un genre de fupplice
particulier qui n'eft pas très- cruel , parce
qu'il est très- court. On fait affeoir le patient far
une chaife , on lui met au cou'un carcan , au devant
duquel il y a intérieurement un bouton qui avance
fur le noeud de la gorge. Avec un tourniquet on
ferre le carcan , & le patient eft étranglé fans
douleur & fur le champ.
€ v
18 MERCURE DE FRANCE.
1
& franc guerrier qui commande un corps
de troupe , la licence que fe promet fouvent
un Officier fubalterne avec les gens
du peuple , les mifères du Soldat , les abus
qui les augmentent , la gaieté qui le confole
, l'efprit de libertinage & les tours de
fubtilité qui lui font trouver des charmes
dans ce pénible efclavage. Mais , ce qui
intéreffe le plus dans ce tableau , ce font
les fentimens élevés & la conduite ferme
& hardie d'un fimple laboureur qui venge
avec une intrépidité héroïque fon honneur
offenfé , fans être retenu par aucun égard
ni aucune crainte .
La fcène s'ouvre par une marche de
foldats. Il y en a un qui fe diftingue particulièrement
par fes murmures , auxquels
toute la troupe applaudit. Patience , lui
dit un camarade , toutes nos fatigues vont
s'oublier dès que nous ferons au gîte. De
quoi cela me foulagera - t il , reprend le
raiſonneur , fi je créve avant d'y arriver ?
& quand j'y arriverois en vie , Dieu fair
encore fi on nous y logera. N'avons nous
pas nos conducteurs auxquels les Mayeurs
& Syndics vont propofer de nous faire
paffer outre en offrant quelque rafraîchif
fement ? On leur répondra d'abord que
cela eft impoffible , & que la troupe eft
rendue ; mais files manans ont de l'argent,
d'un feul mot, marche , on nous fera obéir
JUIN 1768. ༨༡
à l'inftant. Pour moi , fi cela arrive , je
jure qu'on partira fans moi . Je fais déja
comme on déferte. Mais je fais auffi
reprend le camarade , que cette petite fantaifie
coûte la vie à un malheureux foldat
, fur- tout fous les ordres du général
qui nous commande ; car fi Don Lope de
Figueroa paffe pour vaillant & grand capitaine
, il a auffi la réputation d'être le plus
emporté , le plus impitoyable , & le plus
étrange blafphémateur de toute l'armée ;
& , pour la difcipline , il fera périr fon
meilleur ami fans nulle forme de procès.
C'est moins moi que je plains , répart le
mutin , que cette pauvre femme qui me
fuit. La bonne créature prend la parole ,
& dit qu'elle fouffre volontiers ; elle conte
tous les facrifices qu'elle a faits pour vivre
avec fon cher foldat. Cela lui attire beaucoup
d'éloges ; on crie viva La Chifpa , &
infenfiblement on oublie le mal dont on
fe plaignoit , on chante , on fait chorus
& on arrive
ད
Le Capitaine de la compagnie vint annoncer
à fes foldats qu'il y a apparence
qu'on paffera plufieurs jours à Zalamea
& tout le monde s'en réjouir. Il demande
à fon Sergent , qui vient du logement ,
où eft fon billet. Vous êtes , dit le Sergent
, chez l'habitant le plus riche du lieu
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& qui , outre cela , a la plus belle fille du
pays. Bon , dit le Capitaine , ne fera - ce
pas toujours une payfanne glorieufe avec
des mains & des pieds effroyables . Pour
moi , à moins que je ne voie de la parure
& de l'élégance , je ne crois pas être avec
une femme. On lui dit auffi que le père
eft le plus vain & le plus préfomptueux
des hommes. La vanité , dit le Capitaine ,
eft toujours l'apanage d'un manant riche .
Leur converfation eft interrompue par
l'arrivée d'une figure de Don - Quichote.
C'est un perfonnage très - peu intéreffant ;
un gentilhomme ridicule , amoureux de
la fille du laboureur , ouplutôt de les écus ,
car il meurt de faim à la lettre . Il ne
parle que de la belle généalogie en or &
azur que lui a laiffée fon père. Il auroit
dû , dit fon valet , vous laiffer plus d'or
& moins de parchemin,
Au refte , reprend le perfonnage , je
n'ai pas grande obligation à ce père de
m'avoir fait gentilhomme , car s'il n'eût
pas été noble il n'eût pas
été mon père,
& je me ferois bien gardé de me laiffer
engendrer par un roturier. La converfation
continue fur ce ton jufqu'à ce que
fon Ifabelle paroiffe à fa fenêtre. Elle le
traite fort mal & fe moque de lui. Il fe
retire en voyant arriver Pedro Crespo ,
père de fa Dame. Ce vieillard murmure ,
"
JUIN 1768 .
en entrant , de trouver toujours cette figure
de tapillerie à fa porte . Juan , fon fils ,
arrive d'un autre côté & fe fâche de même
contre ce revenant perpétuel . Ce jeune
homme eft un petit mutin qui promet fort
de reffembler un jour à fon père. L'un &
l'autre fe diffimulent ce qui vient de les
choquer , & ils ne fe parlent que de leurs
Occupations. Crespo conte qu'il vient des
champs , & qu'il eft très-content de fes
troupeaux & de fes moiffons. Et toi ,
Juan , dit-il à fon fils , d'où viens-tu ?
Juan. Je vous facherai peut être en vous
le difant. J'ai joué à la paume , & perdu
deux parties.
Crefpo. Il n'y a pas grand mal fi tu as payć.
Juan. Je n'ai pas payé , faute d'argent ,
& je venois même vous en demander.
Crefpo. Avant tout , écoute ce que j'ai
à te dire. Ne t'engage de ta vie qu'à ce
que tu es fûr de pouvoir faire , & ne joue
jamais plus d'argent que tu n'en as , de
peur de rifquer ta renommée fi tu ne pouvois
pas remplir tes obligations .
Juan. Le confeil eft comme venant de
vous ; & , pour vous marquer combien
j'en fais cas , je le paierai par un autre.
Ne donnez jamais d'avis à un homme qui
vous demande de l'argent .
Crefpo. Tu m'as rendu le change.
Ils font interrompus par le Sergent qui
61 MERCURE DE FRANCE.
leur annonce que Don Alvaro de Atayde,
fon Capitaine , doit loger chez eux. Crefpo
offre tout ce qui eft dans fa maiſon . Juan
lui fait reproche de ce qu'étant riche , ik
n'achete pas un privilége pour s'exempter
de ces charges.
Crefpo. Dis-moi de bonne foi , Juan ,
quelqu'un ignore- t- il que je ne fuis qu'un
payfan ? Quand j'acheterai de la nobleſſe
ferai-je noble pour cela ? Il m'en coûtera
cinq ou fix mille, réaux , c'eſt de bon argent,
& je n'aurai pas acquis de l'honneur ,
car il ne fe vend point. Qu'un homme
qu'on a vu chauve route fa vie , mette une
perruque , on dira qu'il eft bien coeffé.
Mais qu'y gagnera - t - il ? Quoiqu'on ne
voie pas fa tête pelée , chacun ne fait- il
pas qu'il n'a pas un cheveu à lui ?
Juan. Il y gagnera de mettre fa tête à
couvert du foleil , du vent & de la pluie.
Crefpo. Je ne veux point d'un honneur
précaire. Je veux demeurer ce que je fuis
& ce qu'ont été avant moi mes pères.
Il fait defcendre fa fille & lui annonce
que des troupes vont loger dans le village,
& qu'il aura chez lui un Capitaine. Il lui
ordonne de fe retirer dans un grenier pen
dant leur féjour . Je venois , dit - elle , mon
père , vous demander la permiffion de m'y
renfermer avec Inès , ma couline.
Apeine eft- elle rentrée que le Capitaine
JUIN 1768.
furvient ; le père & le fils lui font de grands
complimens qu'il reçoit avec civilité , mais
avec hauteur . Ils le laiffent avec fon Sergent.
Hé bien , dit l'Officier , as-tu vu la
payſanne ?
Le Sergent. J'ai parcouru toutes les
chambres & la cuifine , fans la trouver.
Une fervante m'a dit qu'elle eft cachée
dans les greniers , d'où elle ne deſcendra
pas , parce que le vieillard eft fort jaloux.
Don Alvar. Si je l'avois rencontrée tout
fimplement , je n'y aurois fait nulle attention
; mais précisément parce qu'on me la
cache , vive Dieu ! je veux pénétrer où elle
eft. Il faudroit , dit le Sergent , trouver un
prétexte pour y entrer fans donner de
foupçon.
Sur ces entrefaites le Soldat harangueur,
avec fa Chifpa , fe préfentent. Ils viennent
demander à Don Alvar le privilége
du jeu . Le Capitaine trouve cette occafion
merveilleufe. Il dit à Rebolledo ( c'eſt le
Soldat ) qu'il veut entrer , fur quelque mo
tif plausible , dans une chambre haute de
la maifon ; qu'il faut qu'il feigne de lui
manquer de reſpect , qu'il le menacera de
fon côté , qu'il fuira au grenier où il le
fuivra. La fcène fe joue fur le champ , le
Soldat fait l'infolent , le Capitaine tire
l'épée & le pourſuit.
64 MERCURE DE FRANCE .
On voit entrer le Soldat hors d'haleine
dans la retraite où font les femmes. Le
Capitaine & le Sergent furviennent , elles
prient pour le prétendu coupable , & obtiennent
fa grace. Pedro Crefpe & Juan
patoiffent l'épée à la main. Ils ont entendu
le bruit de la querelle & fu que le Capitaine
court après un Soldat.
Crefpo . Qu'eft ceci , Seigneur Cavalier ?
quand je vous crois occupé à tuer un
homme , je vous trouve à courtifer une
femme ! Alvar répond qu'il fait ce qu'il
doit au fexe , & qu'il a facrifié fon reffentiment
à cette Dame.
Crefpo. Ce n'est point une Dame : c'eſt
ma fille.
Juan. Tout ceci n'eft , vive Dieu ! qu'une
rufe pour vous introduire ici. Je fuis piqué
de ce que vous croyez me tromper . Il n'en
eft pardieu rien , & vous pourriez , Seigneur
Capitaine , payer autrement les
offres de fervice de mon père , & lui épargner
cette offenfe.
Crefpo. De quoi vous mêlez - vous , petit
garçon Si ce Soldat l'a mis en colère
pourquoi ne l'auroit- il pas pourfuivi ? Sei
gneur , ma fille vous eft obligée de votre
attention pour elle.
Don Alvar à Juan. Je n'ai fans de te
eu aucune autre raifon. Songez mieux à
ce que vous dites.
JULN 1768. 69
Juan. J'y fonge très - bien .
Alvar. Si votre père n'étoit
pas là , petit
garçon , je vous traiterois comme vous
méritez.
Crefpo . Doucement, Seigneur Capitaine.
Je puis parler à mon fils comme il me
plaît , mais non pas vous.
Juan. Je puis tout fouffrir de mon père ,
mais rien d'un autre.
Alvar. Et que feriez - vous ?
Juan. Je perdrois la vie plutôt que de
fouffrir un affront.
Alvar. Un payfan fe piquer d'honneur !
Juan. Autant que vous ; il n'y auroit
pas de Capitaines s'il n'y avoit
laboureurs.
da
pas de
Il met
Alvar. Ah , c'en eft trop.
l'épée à la main , Juan en fait de même ,
& Crespo tire la fienne pour les féparer ;
on crie à la garde , & le Général furvient.
Qu'est ceci ? dit - il. La première chofe
que je rencontre ici c'est une bataille ?
Parlez , qu'eft- il arrivé ? Répondez donc ,
vive Dieu hommes , femines , je vais
tour jenter par les fenêtres . N'ai - je pas
affez de la douleur que me fait fouffrir,
ma diable de jambe , fans que vous m'impatientiez
encore par votre filence.
On eft obligé de lui dire le fujet de la
querelle. Où eft le Soldat ? dit - il . Qu'on
66 MERCURE DE FRANCE.
lui donne fur le champ l'eftrapade. Alvar
prie tout bas le Soldat de fe taire , & lui
promet de le fauver. Je n'en ferai tien
s'écrie le malheureux . Je ne veux pas être
eftropié pour vous. Il conte alors la choſe
comme elle eft. Vous voyez , dit Crefpo
fi nous avions raifon. Il n'y en a point de
bonne , répond Don Lope , pour expofer
tout un village à fa ruine.
Il fait fur l'heure battre un ban , &
publier ordre à tous les Soldats de fe rendre
au corps de- garde , & défenfe d'en
fortir de tout le jour , fous peine de la vie ,
puis il ordonne au Capitaine d'aller à
l'inftant fe pourvoir d'un autre logement ,
& prend lui-même le fien chez Crefpo.
Chacun obéit , & Crespo , après avoir fait
rentrer les femmes , refte avec le Général.
Crefpo. Je vous rends graces , Seigneur ,
de m'avoir fauvé l'occafion de me perdre.
Lope. A quel propos dites - vous que
vous vous feriez perdu ?
Crefpo. En ôtant la vie à quiconque
m'eût outragé.
Don Lope. Comment , vive Dieu ! favez-
vous que vous aviez affaire à un Capitaine
?
Crefpo. Fût- ce un Général même , vive
Dieu je le tuerois s'il attaquoit mon
honneur.
JUIN 1768. 67
Lope. Je jure le ciel que je ferai pendre
le premier qui ofera toucher un Soldat.
Crefpo. Je jure le ciel d'étrangler moimême
qui ofera me faire le moindre outrage.
Lope. Mais favez- vous
que n'étant que
ce que vous êtes , vous êtes obligé de -fouffrir
des gens de guerre ?
Crefpo. Oui , dans mes facultés , mais
non dans mon honneur. On doit au Roi
fa vie & fes biens ; mais l'honneur eft le
patrimoine de l'âme , & l'âme n'eft fujette
qu'à Dieu.
Lope. Je crois , vive Dieu ! que vous
avez raiſon !
Crefpo. Oui , vive Dieu ! & je l'ai toujours
eu .
Lope. J'arrive ici bien fatigué , & le
diable m'a donné une maudite jambe qui
a befoin de repos.
Crefpo. Qui vous dit le contraire ? le
diable m'a donné un lit , vous n'avez qu'à
Vous y mettre .
Lope. Et vous l'a-t- il donné tout fait , ce lit?
Crefpo. Oui , par Dieu !
Lope. Hé bien je vais , par Dieu ! le dé
faire , car je fuis , vive Dieu , bien las.
Crefpo. Hé , vive Dieu ! délaffez - vous.
68 MERCURE DE FRANCE.
Lope s'en allant. Le manant eft têtu !
il jure par Dieu ! comme moi .
Crefpo. Le Don Lope eft revêche ! nous
aurons maille à partir enfemble.
Le fantôme extravagant & amoureux
ouvre le fecond acte avec fon valet ;
mais nous laifferons ce perfonnage affez
inutile. Le Capitaine & fon Sergent repa
roiffent, & s'entretiennent de la difficulté
de voir Ifabelle. Alvar veut lui donner.
une férénade , & ils vont tout difpofer.
Rebolledo & la Chifpa doivent en être les
principaux acteurs.
Crespo fait fervir à fouper dans un cabinet
qui donne fur un jardin , qui fait
dit- il , l'amuſement de fa fille. Lope l'invite
à s'affeoir près de lui , il obéit après
s'en être défendu.
Lope. Savez - vous que la colère vous
met quelquefois hors de vous - même ?
Crefpo. Elle ne me fait jamais perdre le
jugement.
Lope. Comment donc hier , vous êtesvous
affis fans que je vous le dife ? & encore
à la premiere place !
Crefpo. C'est parce que vous ne me le
difiez pas , & aujourd'hui que vous me le
dites , je m'en abftiendrois volontiers. Je
fais rendre l'honneur qu'on me fait.
JUIN 1768, 69
Lope. Mais hier , vous ne faifiez que
jurer & vous emporter , & aujourd'hui
je vous trouve doux & pailible.
Crefpo. Seigneur , je prends toujours le
ton des gens avec qui je traite. Hier vous
ne parliez que par imprécations , & je vous
répondois de même. J'ai pour principe de
jurer avec celui qui jure , & de prier avec
celui qui prie. Je pouffe cela fi loin , que
parce qu'hier vous vous plaigniez d'une
jambe , j'en ai fenti une douleur qui m'a
empêché de dormir toute la nuit ; & parce
que je n'ai pas fu laquelle vous faifoir
mal , j'en avois à toutes les deux . Ditesmoi
, par charité , quelle eft la mauvaiſe ,
afin que je ne fouffre que d'un côté.
Lope . Ai-je tort de me plaindre ? Il y
a plus de trente ans que ce mal me prit
en Flandre , caufé par l'outrage des faifons
, les veilles & les fatigues , fans que
j'aie eu depuis ce tems une heure de repos.
Crefpo. Dieu vous donne patience!
Lope. Eft-ce que je la demande ?
Crefpo, Hé bien , qu'il ne vous la donne
pas.
Lope. Que cent mille diables emportent
la patience , & moi avec !
Crefpo, Amen. S'ils ne le font pas , c'eſt
de peur de bien faire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Lope. Hai , hai ! Jéfus , mille fois !
Crefpo. Qu'il foit avec vous & moi.
Lope. Vive Dieu ! la douleur m'extermine.
Crefpo. Vive Dieu ! J'en fuis faché.
Il fait defcendre fa fille pour fouper
avec le Général . Si tous les Officiers étoient
comme vous, lui dit- il , je voudrois qu'elle
fût la premiere à les fervir.
Le Général admire fa rufe & fa prudence.
Tandis qu'ils font à table , on entend
la férénade . Lope diffimule fon mécontentement
de ce manque de refpect. il
faut , dit- il tout haut , paffer ces gaîtés au
foldat , elles lui font fupporter les dégoûts
de fon état. Juan trouve que c'eft un métier
fort agréable. En êtes - vous tenté ?
dit Løpe. De grand coeur , répondit Juan ,
fi vous m'accordiez votre protection .
Cependant on jette une pierre contre
la fenêtre , & le nom d'Ifabelle eft prononcé
par la mufique . Lope eft indigné ,
& le cache à caufe de Crespo , qui , de
fon côté , cache fon dépit à caufe de Don
Lope. Juan fe lève & va fourdement fe
faifir d'une rondache qu'il a vu fufpendue
dans la chambre du Général.
Les chants recommencent , & répétent
le nom d'Isabelle . Elle déplore fon fort
d'être expoſée à ces entreprifes, Lope ne
JUIN 1768. 71
peut y tenir , il fe lève en fureur & renverfe
la table. Crespo fe lève de même &
renverſe fa chaife.
Lope. La douleur que me fait cette
jambe diabolique m'a caufé cette impatience.
Crefpo. La même raifon m'a fait lever
fi brufquement,
Lope. J'ai cru que vous en aviez quelqu'autre
, quand je vous ai vu jetter cette
chaife .
je Crefpo . Vous aviez jetté la table ,
n'ai pas trouvé autre chofe fous ma main,
Lope. Je ne puis fouper , je vais me
retirer, mon hôte.
Crefpo. A la bonne heure.
Lope , bas. N'ai - je pas une rondache
dans ma chambre ?
Crefpo , bas. N'ai - je pas une fortie par
la baffe- cour ?
Lope. Bon foir,
Crefpo . Bonne nuit. ( J'enfermerai mes
enfans par dehors. )
Il envoie coucher fon fils , & tandis
que les donneurs de férénade font dans
la rue à galantifer , Lope fort d'un côté ,
& Crefpo d'un autre. Ils mettent la mufique
en déroute & reftent feuls , & fe croyant
réciproquement les auteurs de la fête , ils
s'attaquent & fe battent avec une adreſſe
72 MERCURE DE FRANCE.
& une vigueur égale , & s'étonnent l'un
de l'autre, Juan fort auffi l'épée à la main ,
ils parlent & fe reconnoiffent. Le Capitaine
, piqué de l'affront , revient avec un
renfort de foldats , & eft fort étonné de
trouver là le Général. Il s'excufe , & feint
d'être venu au bruit pour appaifer le
tumulte . Lope lui cache fes foupçons , mais
lui ordonne de fe mettre en marche fur le
champ avec fa compagnie , & de fortir de
Zalamea. Il rentre avec fes hôtes .
Le Capitaine , piqué au jeu , veut abſolument
revoir Ifabelle. Rebolledo lui apprend
qu'il a un efpion de moins , & que
Juan a obtenu de fon père la permiflion
de fuivre Don Lope à l'armée.
Le Général fe difpofe à partir. Il prend
congé de fon hôte , & lui promet d'avoir
foin de fon fils. Il fait préfent d'un diamant
à Ifabelle. Juan vient l'avertir que
fa litière eft prête,
Lope. Adieu , mon cher hôte ,
Crefpo. Qu'il vous conduife.
Lope. Ha ! bon Pedro Crefpo !
Crefpo. Ha vaillant Don Lope !
Lope. Qui eût dit , à notre première
entrevue , que nous deviendrions amis
pour la vie !
Crefpo. Moi , Seigneur , je l'euffe prédit
fi je vous eulle connu pour un....
Lope ,
JUIN 1768. 73.
Lope , s'en allant. Achevez , allez , ne
Yous gênez pas.
Crefpo. Pour un fou d'une auffi bonne
pâte.
Il donne à fon fils des confeils fort
fages & fort prolixes , & enfuite fa bénédiction
, & le laiffe fuivre le Général.
Il reste avec fa fille à prendre le frais
hors de fa maifon fur une banquette. Don
Alvar , le Sergent , Rebolledo, La Chifpa,
& d'autres Soldats s'approchent à la faveur
de l'obfcurité , faififfent Ifabelle , & l'emmènent
malgré fes cris. Crefpo demande
une épée , & Inès lui en apporte une. Le
Sergent lui dit que la réfiftance eft vaine
contre tant de monde. Rien ne l'arrête ,
il veut les attaquer , & tombe. Tuez- le ,
s'écrie Rebolledo. Non , dir le Sergent , il
y
auroit de la barbarie à lui ôter l'honneur
& la vie. Emmenons-le & attachons-le
quelque part dans la montagne. On l'y
entraîne malgré les cris .
Ifabelle , en pleurs , commence le troifième
acte. On peut imaginer le fujet de
fes longues plaintes. Elle entend les gémiffemens
d'un homme ; c'eft fon père
lié qui demande du fecours. Elle n'oſe le
mettre en liberté avant d'avoir conté fes
malheurs elle veut bien mourir de fa
main, mais après qu'il aura entendu fa
Ꭰ
4744 MERCURE DE FRANCE.
juftification. Ils s'attendriffent , & pleurent
enfemble. Elle brife fes liens , & lui
conte que l'indigne Alvara triomphé d'elle
par la force , & qu'au point du jour ſes
eris ont attiré un paffant qu'elle a reconnu
pour fon frère ; qu'ayant appris fon malheur
, il a attaque & bleffé dans l'inftant
le Capitaine , & s'eft fauvé en voyant des
Soldats qui venoient à fon fecours ; qu'on
a relevé le raviffeur & qu'on l'a ramené
à Zalamea pour le faire panfer. Crefpo la
confole ; ils retournent enfemble à leur
maifon. Le plus court pour Alvar , dit
Crespo , eft de mourir de ſa bleſſure , car
s'il en réchappe , je n'aurai jamais de
repos que je ne lui aie donnné la mort.
L
En approchant du village il eft rencon
tré par le Greffier de la communauté , qui
le cherche pour lui annoncer qu'il vient
d'être élu Alcade , & dans une occafion
bien glorieufe & bien heureufet
pour deux
objets bien intéreffans. L'un eft l'arrivée du
Roi qui doit venir le jour même à Zalamea
, & l'autre eft , qu'on vient d'amener
dans le bourg un Capitaine bleffé fans
qu'on fache par qui , & que c'eſt la
matière d'une information , & d'une caufe
de grande importance. Crespo remercie le
Ciel de l'occafion qu'il lui offre de venger
fon honneur. Sa fille rentre dans fa
JUIN 1768. 75
maifon , & il va avec le Greffier à la falle
du confeil , où il doit recevoir la baguette
& l'autorité de Juge.
On voit le Capitaine bleffé ; il fe plaint
de ce qu'on l'a ramené à Zalamea. Son
Sergent s'excufe fur le befoin qu'il avoit
d'être fecouru. Cependant Alvar , qui fe
trouve mieux , fonge à partir , lorfque la
Juftice arrive. Il s'en met peu en peine
mais fa furpriſe eft grande de voir Crespo ,
avec les marques de fon autorité , qui fait
occuper toutes les avenues. Soit que vous
foyez Juge depuis hier , lui dit- il , ou plus
anciennement , fachez que je n'ai rien à
démêler avec vous. Ne vous échauffez
pas , Seigneur , lui dit Crefpo. Je viens ,
avec votre permiffion , faire quelques diligences
fur une matière importante ; & je
vous prie de m'écouter fans témoins. Le
Capitaine fait fortir fon monde , & Crefpo
en ufe de même .
Crefpo. Je me fuis fervi de mon autorité
pour vous obliger à m'entendre , à
préfent je la mets à part pour vous parler
en fimple particulier ( Ilquittefa baguette ) .
A préfent , dit-il , parlons à coeur ouvert.
14 lui étale au long fes fentimens , fes richeffes
, l'honnêteté de fa fille , & emploie
toute fon éloquence pour lui perfuader de
réparer fon honneur. Vos enfans , ajoute-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
t-il , profiteront de mes biens , & ce qu'ils
perdront de nobleffe de mon côté fera
bien réparé par celle qu'ils tiendront de
vous. Une action fi équitable ne peut faire
tort à votre gloire. Enfin , dit- il en fe prof
ternant à fes genoux , ayez pitié de mes
cheveux blancs. Qu'est- ce que je vous
demande ? Mon honneur que vous m'avez
ravi. De la manière humble dont je vous
fupplie , n'imagineroit-on pas que je defire
de vous une chofe qui vous appartienne ?
Songez que je pourrois ici le réparer de
ma propre main & de ma feule volonté ,
& que je préfère de le tenir de vous.
Alvar lui répond durement , & avec
l'orgueil le plus méprifant. Il le traite de
vieux fou & de téméraire , & ajoute que
s'il ne le tue pas , c'eſt en confidération de
La fille.
Crefpo. Enfin , ma plainte ne peut vous
toucher ?
Alvar. On ne doit faire nul cas des
larmes des enfans , des femmes & des
vieillards imbécilles,
Crefpo. Vous ne donnerez nulle confolation
à mon âme affligée ?
Alvar, Contente- toi que je te laiffe la
vie.
Crefpo. Songez que c'eft mon honneur
que je vous demandé à genoux,
JUIN 1768. 77
Alvar. Ceffe de m'importuner.
Crefpo. Réfléchiffez que je fuis ici
Alcade .
Alvar. Que m'importe ? vous n'avez
fur moi nulle jurifdiction . Vous me remettrez
au confeil de guerre qui me fera
réclamer.
Crefpo. C'eft- là votre réfolution ?
Alvar. Oui , vieux infenfé.
Crefpo. C'en eft donc fait ?
Alvar. Oui , pour la dernière fois.
Crefpo. Hé bien , je jure Dieu que vous
me le paierez ( Il fe lève & reprend fa
baguette ) . Hola !
Un Garde. Que vous plaît -il , Seigneur ?
Alvar. Qu'oferont entreprendre ces ruftres
?
Greſpo. Saififfez le Seigneur Capitaine .
Alvar. Vous êtes bien ofé de mettre
la main fur un Cavalier qui fert le Roi.
Vous n'avez pas ce pouvoir.
Crefpo. Nous verrons fi vous fortirez
d'ici autrement que mort ou prifonnier.
Alvar. Je vous fignifie que je fuis
Capitaine .
Crefpo. Vous n'en irez pas moins en
prifon.
Alvar. Je fuis forcé de céder à la violence
, mais je me plaindrai au Roi de
cette injuftice.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
Crefpo. Et moi d'une autre. Rendez
votre épée .
•
Alvar. Il n'eft pas d'ufage.
Crefpo. C'eſt la loi quand on eft prifonnier.
Alvar. Traitez - moi avec respect.
Crefpo. Oh , cela eft très- raifonnable.
Menez ce Cavalier à la tour avec reſpect ,
mettez-lui civilement les fers aux pieds ,
& attachez-le poliment d'une bonne chaîne .
Qu'on traite auffi bien honnêtement ces
Seigneurs Soldats , qu'on les mette au cachot
, & qu'on prenne leurs dépofitions.
Ha , certes , pour peu que j'aie de preuves
légales , Seigneur Cavalier , je jure Dieu
que je vous ferai étrangler avec tout le
refpect qui vous eft dû.
Alvar. Ah canaille ! que la force à la
main vous rend infolens!
Cependant Juan ayant bleffé le Capitaine
, eft revenu à Zalamea , & trouvant
fa foeur à la maifon , veut la tuer malgré
fes cris & fes juſtifications. Crespo furvient ,
& s'emporte contre lui . Ne fuffit- il pas
dit- il , que tu aies ofé bleffer un Officier ?
Comment es-tu affez téméraire pour te
montter ici ? Il l'envoie en prifon , malgré
fes proteftations de ne s'être armé
contre Alvar que pour fatisfaire fon hon
neur offenfé. Il ne fuffit pas que votre père
JUIN 1768. 79
le fache , répond Crefpo : il faut que j'en
fois convaincu comme Juge , & je vous
rendrai juftice.
Au bruit de ces événemens Don Lope
revient furieux. Il defcend chez fon ami
Crefpo , & s'emporte fort contre la témérité
d'un petit Juge de village qui a eu
l'audace d'emprisonner un Capitaine. Il
veut le faire mourir fous le bâton.
II
Crefpo, Si vous venez pour cela , vous
avez fait un voyage inutile , car je penfe
que l'Alcade ne confentira pas à ce traitement.
Lope. Je le lui ferai bien fans fon confentement.
Crefpo. J'en doute , & ne crois pas que
perfonne vous le confeille. Savez - vous
pourquoi il a fait arrêter cet Officier ?
Lope. Non. Mais pour quelque caufe
que ce foit , ce n'eft pas à lui , c'eft à moi
à en faire juftice , & je ferai couper le
tou au coupable s'il l'a mérité .
Crespo. Il faut que vous ne connoiffiez
pas , Seigneur , quelle eft l'autorité d'un
Alcade.
Lope . Un Alcade eft-il autre chofe qu'un
payfan ? 5
Crefpo: Hé bien , fi ce payfan s'eft mis
dans la tête de faire étrangler le prifonnier ,
il en paffera , par Dieu , la fantaisie.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
?
Lope. Il n'en fera , par Dieu , rien ; &
vous allez le voir. Dites- moi fa demeure.
Crefpo. Elle n'eft pas loin d'ici.
Lope. Nommez - moi donc cer Alcade.
Crefpo. C'est moi.
Lope. Vive Dieu ! je l'ai ſoupçonné.
Crefpo. Vive Dieu ! rien n'eſt plus vrai.
Lope. Hé bien , Crespo , ce qui eft dit
eft dit.
Crefpo. Hé bien , Seigneur , ce qui eft
fait eft fait.
Lope. Je fuis venu réclamer ce prifonnier
pour en faire juſtice.
Crefpo. Moi , je te garde ici pour le
crime qu'il a commis .
Lope. Vous favez qu'il eft Officier , &
que je fuis fon Juge ?
Crefpo. Vous favez qu'il a fait violence
à ma fille ?
Lope. Vous favez de combien mon
autorité prévaut für la vôtre ?
Crefpo. Vous favez que je l'ai prié à
genoux de me rendre l'honneur ?
Lope. Vous n'avez qu'à le pourfuivre à
mon tribunal.
Crefpo. Mon avis eft qu'il ne forte pas
du mien.
Lope . Je m'oblige à vous rendre juſtice.
Crefpo. Je ne demande à perfonne ce
que je puis me procurer moi - même.
JUIN 1768 .
81.
Lope. Il y va de mon honneur de reprendre
ce prifonnier.
Crefpo. Son procès eft déja ici tout fait,
& terminé.
Lope. Qu'est- ce qu'un procès ?
Crefpo. Une fuite de papiers qui contiennent
la vérification du fait & du jugement.
Lope. Je vais de ce pas à la prifon.
Crefpo. Je ne vous en empêche pas ,
mais je vous avertis feulement que les
Gardes ont ordre de faire feu fur le premier
qui fe préfentera.
Lope . Vos balles ne me font pas peur ,
je fuis familier avec elles ; mais il ne me
convient pas de m'aventurer ici. Soldat ,
courez au camp : que toutes les compagnies
marchent ici à l'inftant avec leurs
armes prêtes.
Le Soldat. Il n'eſt pas besoin de les
aller chercher , Seigneur , elles font déja
accourues dans ce village fur le bruit de
cette entreprife.
Lope. Nous allons donc voir fi on me
rendra le prifonnier ou non.
Crefpo. Avant que cela arrive , vive
Dieu ! je vais y mettre bon ordre.
On entend les tambours ; les Soldats
attaquent les Villageois qui fe défendent ,
& lorfque la mêlée eft la plus chaude , le
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Roi arrive. Sa préfence arrête les combattans
, & il demande la raifon de ce défordre.
Lope. Il provient , Sire , de la témérité
la plus inouïe dont, air jamais été capable
un vil payfan ; & , fans votre arrivée , ce
village feroit déja en flammes .
Le Roi. Qu'eft- il arrivé ?
Lope. L'Alcade de ce lieu a fait emprifonner
un Capitaine , & m'a refufé de le
remettre entre mes mains .
Le Roi. Qui eft cet Alcade ?
Crefpo. C'est moi , Sire.
!
Le Roi. Quelle excufe avez- vous à m'alléguer
?
Crefpo . Ce procès , Sire , qui contient
les preuves contre le coupable , & fa fentence
de mort , pour avoir enlevé & defhonoré
une fille , & avoir refufé à fon
père de réparer fon honneur en l'époufant.
Lope . Lui-même , Sire , eft le Juge &
le père.
Crefpo. Hé qu'importe ! fi un étranger
me portoit une plainte , ne lui devrois- je
pas juftice ? Ne la dois- je donc pas à ma
fille autant qu'à un étranger ? Je viens de
faire einprifonner mon propre fils , & je
dois être équitable pour tout le monde
fans aucun égard . Il n'eft question que de
voir fi le procès eft fait en régle , & s'il
JUIN 1768. 83
s'y trouve la moindre prévarication , je me
foumets à la mort.
Le Roi. Le procès me femble en régle ;
mais il ne vous appartient pas de faire exécuter
un coupable jufticiable d'un autres
tribunal . Rendez le prifonnier.
Crefpo. La chofe , Sire , n'eft pas facile.
Comme cette jurifdiction eft fans appel ,
quelle que foit une fentence , elle s'exécute
toujours fur le champ .
Le Roi. Que dites - vous ?
Crefpo. Si vous ne me croyez pas , Sire ,
tournez les yeux de ce côté * : voici le criminel
.
Le Roi. Mais , comment avez- vous eu
la hardieffe ? {
Crefpo. Vous voyez , Sire , qué le procès
eft fait dans toutes les formes...
Le Roi. Le confeil de guerre n'auroit- il
pas également fait juftice ?
Crefpo. Toute la juftice de vos Etats ,
Sire , n'eft qu'un feul corps dont vous êtes
le chef quoique vous ayez plufieurs mains ;
qu'importe que ce foit votre droite ou
votre gauche qui ait puni le crime ? L'effentiel
étoir de punir , & le refte eft de
peu de conféquence.
* On ouvre une porte au fond de la scène
& on voit Don Alvar affis fur une cha ife le carcan
encore au col , & étranglé.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi. Mais puifqu'il étoit Capitaine
& Cavalier , il falloit lui faire du moins
couper la tête , & non l'étrangler ignominieufement.
Crefpo. Sire , il y a ici très - peu de nobleffe
, ce qui fait qu'on n'y eft pas dans
l'exercice de couper des têtes ; mais c'eſt
au mort à fe plaindre de cette rigueur ,
& elle ne regarde que lui feul.
Le Roi. Don Lope , ce qui eft fait eſt
fans remède. La punition étoit méritée ,
c'eft le principal. Faites partir fur le champ
d'ici toutes les troupes , & qu'elles me
fuivent en Portugal . ( à Crefpo ) Vous , je
vous fais Juge perpétuel de Zalamea.
Crefpo remercie le Roi , Lope lui dit
de fe féliciter de l'arrivée de Sa Majefté ,
& demande qu'on lui remette les autres
Soldats prifonniers. Ils lui font rendus fur
le champ. Il fe réconcilie avec Crespo ,
& emmène avec lui fon fils qu'il fait fortir
de prifon. Ifabelle entre dans un couvent
, où elle fe renferme pour toute fa
vie , & ainfi finit cette comédie.
Fermer
Résumé : ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
La pièce 'El Alcalde de Zalamea' de Calderón de la Barca met en scène Pedro Crespo, un laboureur respecté, et les tensions entre les soldats dirigés par Don Lope de Figueroa. L'intrigue commence avec des conflits internes parmi les soldats et l'intérêt de Don Alonso pour Isabela, la fille de Crespo. Crespo conseille son fils Juan sur la gestion prudente des finances familiales. L'arrivée du Capitaine Don Alvaro de Atayde chez Crespo déclenche des incidents, notamment une dispute entre Alvar et Juan après une tentative d'Alvar de voir Inès, la fille de Crespo. Lope impose une interdiction aux soldats de sortir, aggravant les tensions avec Crespo. Lors d'un repas perturbé par une sérénade, une bagarre éclate entre Crespo et Lope. Juan intervient, et un capitaine trouve Lope sur les lieux. Alvar enlève Isabelle malgré les efforts de Crespo pour l'en empêcher. Élu Alcade, Crespo confronte Alvar pour restaurer l'honneur familial, mais Alvar refuse de coopérer. En juin 1768, une confrontation entre Crespo et Alvar conduit à l'arrestation de ce dernier. Juan blesse Alvar et tente de tuer sa sœur, mais Crespo intervient. Lope exige la libération de son fils, provoquant une altercation entre les soldats et les villageois. Le Roi arrive et écoute les preuves présentées par Crespo. Crespo explique au Roi qu'il a fait exécuter son fils pour avoir déshonoré une jeune fille. Le Roi reconnaît la légalité du procès mais ordonne le transfert du prisonnier. Crespo révèle alors que son fils a déjà été exécuté. Le Roi accepte la punition et nomme Crespo juge perpétuel de Zalamea. Les troupes doivent quitter la ville, et Isabelle choisit d'entrer dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11368
p. 91
« Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...] »
Début :
Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...]
Mots clefs :
Papillon, Ver, Latro poenitens, Bon larron, Corde, Carme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...] »
LEE mot de la première énigme du Mer
cure de mai eft le ver devenu papillon .
Ceux de l'épitaphe - énigmatique font :
Latro pænitens , ou le bon Larron. Celui
du premier logogryphe eft corde ; dans
lequel on trouve , en fupprimant la lettre
r, code : l'on y trouve de plus cor , or,
roc , ode. Et celui du fecond eft Carme :
on y trouve la particule car , le pronom
me , arme , âme.
cure de mai eft le ver devenu papillon .
Ceux de l'épitaphe - énigmatique font :
Latro pænitens , ou le bon Larron. Celui
du premier logogryphe eft corde ; dans
lequel on trouve , en fupprimant la lettre
r, code : l'on y trouve de plus cor , or,
roc , ode. Et celui du fecond eft Carme :
on y trouve la particule car , le pronom
me , arme , âme.
Fermer
11369
p. 93
AUTRE.
Début :
Lecteur, mères d'enfans jumeaux, [...]
Mots clefs :
Mains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
LICTE ECTEUR , mères d'enfans jumeaux ,
Nous fommes nous- mêmes jumellės,
Rarement on nous trouve belles ;
Mais l'on doit tout à nos travaux.
Sans nous des Zeuxis , des Apelles ,
Connoîtroit- on l'art enchanteur :
Et le talent , non moins flatteur ,
Des Phidias , des Praxiteles ?
Nous avons même utilité ,
Lorfqu'une fotte préférence
N'a pas détruit dans notre enfance
Notre parfaite égalité.
Tes yeux nous devinent peut-être ,
Après ce fidèle portrait ;
Mais tu ne pourrois nous connoître ,
Si l'une de nous ne l'eût fait .
Par une Société de Gens de Lettres,
LICTE ECTEUR , mères d'enfans jumeaux ,
Nous fommes nous- mêmes jumellės,
Rarement on nous trouve belles ;
Mais l'on doit tout à nos travaux.
Sans nous des Zeuxis , des Apelles ,
Connoîtroit- on l'art enchanteur :
Et le talent , non moins flatteur ,
Des Phidias , des Praxiteles ?
Nous avons même utilité ,
Lorfqu'une fotte préférence
N'a pas détruit dans notre enfance
Notre parfaite égalité.
Tes yeux nous devinent peut-être ,
Après ce fidèle portrait ;
Mais tu ne pourrois nous connoître ,
Si l'une de nous ne l'eût fait .
Par une Société de Gens de Lettres,
Fermer
11370
p. 94-95
LOGOGRYPHE.
Début :
Cher lecteur, soumis à la loi [...]
Mots clefs :
Hermaphrodite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PH E.
CHER HER lecteur , foumis à la loi
De la trop févère fortune ,
J'ai deux exiftences en moi ,
Et je n'en faurois donner une.
Dans mes douze pieds tu verras ;
Ce que tu crains ; un coquillage ;
Ce qu'en jouant fon met à bas ;
L'inftrument qui défend la vie ;
Ce qui naît à chaque minuit ;
Ce dont bien des corps font l'étai ;
Ce dont le foir on meurt d'envie ;
Ce qui couronne les palais ;
Un lien ; l'élément perfide ;
Ce qu'on regrette ; ce qui guide ;
Ce qu'on ne doit faire jamais ;
Ce que l'on va voir au théâtre }
Ce qui fait fouetter l'écolier ;
Ce qui fait monter l'escalier ;
Ce dont Paris eft idolâtre ;
Un facrement ; le mois d'amour ;
Un des fept jours de la femaine ;
Des villes autrefois la reine ;
Ce qui m'oblige à mettre jour
JUIN 1768. 95
Un titre cher & refpectable ;
Un mot commun aux teftamens ;
Ce qu'on ne peut faire fans dents ;
Ce qu'une femme coëffe en diable ;
Tout ce qui fert à nous vêtir ;
Ce qui feul mérite l'eftime ;
Un des mots qui n'ont point de rime ;
Ce qu'on n'aime point à fentir ;
Ce qui fait avancer la barque ;
Ce qu'on eft quand on eft tout droits
Ce qu'on ferme quand il fait froid ;
Des Galiléens un Tétrarque ;
Le bain favori d'un canard ;
Le métal le plus magnifique ;`
Encor deux notes de mufique
Et puis adieu , car il eft tard .
Par la même Société.
CHER HER lecteur , foumis à la loi
De la trop févère fortune ,
J'ai deux exiftences en moi ,
Et je n'en faurois donner une.
Dans mes douze pieds tu verras ;
Ce que tu crains ; un coquillage ;
Ce qu'en jouant fon met à bas ;
L'inftrument qui défend la vie ;
Ce qui naît à chaque minuit ;
Ce dont bien des corps font l'étai ;
Ce dont le foir on meurt d'envie ;
Ce qui couronne les palais ;
Un lien ; l'élément perfide ;
Ce qu'on regrette ; ce qui guide ;
Ce qu'on ne doit faire jamais ;
Ce que l'on va voir au théâtre }
Ce qui fait fouetter l'écolier ;
Ce qui fait monter l'escalier ;
Ce dont Paris eft idolâtre ;
Un facrement ; le mois d'amour ;
Un des fept jours de la femaine ;
Des villes autrefois la reine ;
Ce qui m'oblige à mettre jour
JUIN 1768. 95
Un titre cher & refpectable ;
Un mot commun aux teftamens ;
Ce qu'on ne peut faire fans dents ;
Ce qu'une femme coëffe en diable ;
Tout ce qui fert à nous vêtir ;
Ce qui feul mérite l'eftime ;
Un des mots qui n'ont point de rime ;
Ce qu'on n'aime point à fentir ;
Ce qui fait avancer la barque ;
Ce qu'on eft quand on eft tout droits
Ce qu'on ferme quand il fait froid ;
Des Galiléens un Tétrarque ;
Le bain favori d'un canard ;
Le métal le plus magnifique ;`
Encor deux notes de mufique
Et puis adieu , car il eft tard .
Par la même Société.
Fermer
11371
p. 102-116
L'ISLE MERVEILLEUSE, poëme en trois chants, traduit du grec, suivi d'ALPHONSE, ou de l'ALCIDE Espagnol, conte très-moral. A Paris, chez DELALAIN, rue Saint-Jacques ; brochure in-8o.
Début :
CET ouvrage nous est annoncé comme une traduction de Callimaque. Tant mieux [...]
Mots clefs :
Amour, Poème, Chants, Île, Fleurs, Nature, Poème, Plaisir, Désirs, Yeux, Beauté, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ISLE MERVEILLEUSE, poëme en trois chants, traduit du grec, suivi d'ALPHONSE, ou de l'ALCIDE Espagnol, conte très-moral. A Paris, chez DELALAIN, rue Saint-Jacques ; brochure in-8o.
L'ISLE MERVEILLEUSE , poëme en trois
thants , traduit du grec , fuivi d'ALPHONSE
, ou de l'ALCIDE Efpagnol ,
conte très-moral. A Paris , chez Dela-
LAIN rue Saint - Jacques ; brochure
in - 8°.
"
CETET Ouvrage nous eft annoncé comme
une traduction de Callimaque . Tant mieux
pour Callimaque s'il eft vraiment le premier
auteur de cette production charmante.
En Grèce comme en France , il y a
vingt fiècles comme aujourd'hui , on méritoit
des éloges quand on favoit égayer
la raifon , couronner la philofophie des
fleurs de l'imagination la plus brillante ,
offrir à l'homme, dans un cadre agréable ,
le tableau mouvant de fes excès , de fes
foibleffes , de fes plaifirs , le corriger en
riant , & le critiquer en le faifant rire.
J'ai peine , comme bon François , à
laiffer à un Grec l'honneur que je crois
appartenir à un de mes compatriotes ; &
l'enthoufiafme patriotique ne m'aveugle
pas affez , pour croire que dans les genres.
de littérature voluptueux , comme dans
JUIN 1768. 103
les autres , la France foit affez riche pour
enrichir la Grèce à fes dépens.
J'aime , au contraite , à reconnoître fous
fon voile la mufe modefte qui veut fe
cacher. Le petit fafte d'érudition attique
qu'elle étalé dans l'avis du traducteur qui
précède ce poëme , ne peut m'en impofer
davantage. Elle reffemble alors , felon moi ,
à une jolie femme qui , pour mieux fe
déguifer , veut parler politique au bal de
l'opéra , mais dont la voix douce trahit
des argumens fi étrangers à fes grâces. Ne
dénouons pas ici les cordons de fon mafque,
puifqu'elle veut être inconnue , ( il faut
refpecter les myftères des belles comme
leurs caprices ) & contentons- nous de jouir
des charmes que fon déguifement nous
laiffe entrevoir.
Callimaque commence fon poëme par
ces vers , où il nous apprend que les amans
& les poëtes étoient arjures pà Cythère
comme à Paris.
Aux peupliers qui bordent mon ſéjour ,
J'avois juré de fufpendre ma lyre ,
De refpirer , d'être heureux fans délire ,
D'ofer fur-tout être heureux fans l'amour :
J'avois juré ; mais je l'ai vu foûrire ,
Et fur fon aîle il emporte aujourd'hui
Tous les fermens que j'ai faits contre luis
Ce dieu ramène un transfuge volages
104 MERCURE DE FRANCE .
Il me promet de nouvelles erreurs ,
Des fens nouveaux , les defirs du bel âge ;
Me dit fans ceffe , en m'offrant les faveurs ,
» Vois-tu le temps qui moiffonne les fleurs ?
Il t'avertit d'en femer fon paffage.
Quand l'amour veut , qui pourroit échapper !
Je vais chanter , je vais chanter & j'aime :
Il m'a foumis & je plains en moi- même
Les malheureux qu'il ceffe de tromper.
Ce bel enfant , d'une mère plus belle ,
De fon pouvoir s'applaudiffoit un jour ,
Défioit Mars , fe mocquoit de Cybèle ,
Et provoquoit tous les dieux à leur tour :
De Jupin même il bravoit la colère ,
Lui foutenoit qu'infpirer un defir ,
C'étoit bien plus que lancer le tonnerre ;
Et que le droit d'épouvanter la terre,
N'égale pas le droit de l'embellir.
Le fouverain de la voûte éthérée
Fronce un fourcil & fait trembler les cieux :
Vulcain pâlit , Vénus fuit éplorée ;
L'amour s'échappe & vole à d'autres jeux.
Dans fon courroux le monarque fuprême
Promet au Styx , qui frémit du ferment ,
D'humilier l'audacieux enfant ,
Et veut qu'enfin il convienne lui- même
Qu'un autre eft maître , & l'Amour dépendant
JUIN 1768 . 105.
¡
- Sous le beau ciel , où l'or des Hefpérides.
Pend en feftons aux arbres jauniffans ,
Du fein des flots , d'écume blanchiffans
Divifant l'onde en deux remparts liquides ;
Une ifle fort , s'élève dans les airs ,
Monde flottant , inconnu fur les mers.
La peinture de cette ifle délicieufe fuit
& invite autant le navigateur à cingler
vers ces rives , que la défenſe d'y aborder
pouvoit exciter l'Amour à y defcendre. La
beauté & la privation font par-tout les
deux , les plus grands aiguillons du defir.
Les habitans de la belle colonie avoient
tout ce que l'on peut avoir fans l'amour ; .
& c'eſt bien peu de choſe .
Ils avoient tout , ( un Dieu m'en eſt garant ) '
Hors le plaifir , qui vaut feul tout le refte
· •
Les yeux fereins & jamais attendris ,
De leur côté nos belles infulaires ,
Ne favent rien des amoureux myſtères.
Froides Vénus de ces froids Adonis ,
Que fur leur fein un doux baifer repofe
Leur fein n'éprouve aucun frémiſſement ; -
Si de leur bouche on va preffer la roſe ›
Même froideur , jamais un fentiment .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Rien fur leurs fronts ne ternit la jeuneffe :
Leurs coeurs glacés ne craignent rien du temps.
Comment vieillir quand on vit fans ivrelſe ! .
Les malheureux ! ...ils n'ont pas nos tourmens.
Rien de plus doux que ce dernier vers.
Que j'aime à voir le poëte juftifier la nature
que nous avons toujours tort d'accufer !
L'amitié , dit notre Callimaque , reftoit
à nos infulaires . Je les plains moins. Mais
quel trifte ami que celui qui ne peut être
amant ! J'aimerois mieux celui même qui
devroit me trahir pour fa maîtreffe. Cela
n'empêche pas le poëte de finit fon premier
chant par des vers bien fûrs de leurs
fuccès. Les vers à la louange des belles ,
comme ceux qui en difent du mal , fons
toujours fûrs de nos éloges.
SECOND CHANT.
Jeunes amans , fortons de notre ivtelle ;
Je le vois bien , c'eft trop fe tourmenter
C'est trop fervir une ingrate maîtreffe :
Tout dans l'amour invite à déferter.
Je vous ai peint de tranquilles rivages ,
Des jours fereins , l'abfence des defirs ,
Mille beautés dans le fond des boccages ,
A ne rien faire occupant leurs loisirs ;
Des charmes nuds carellés des zéphirs..
Embarquons- nous , ouvrons-nous les pallages.
JUIN 1768. 107
Ou m'égarai -je ? irons - nous fans appui ,
De cent rochers franchir la vafte enceinte ?
Le feu du ciel y laiffa fon empreinte :
Craignons fa foudre... & plus encor l'ennui.
Puifqu'il le faut , gardons nos infidelles ;
Soyons heureux pour nous bien venger d'elles.
A leur exemple ayons un coeur léger ,
Laiffons leurs feux & mourir & renaître.
Eh ! que fait-on nous les verrons peut-être
Nous revenir à force de changer.
L'amour déja s'excite à la vengeance :
Dans fon empire il fent qu'il eft borné.
Quand un lieu feul ignore fa puiffance ,
Maîtré dů monde , il s'y croit enchaîné..
BOUDERIE de l'Amour , & défolation de 1.
la nature.
Plus clairvoyant il interprête enfin
L'oracle obfcur rendu par le deftin.
·
Dans un hameau de certe ifle võifin ,
Le beau Marfis , au printemps de fon âge ,
Et non Aétri par le précoce uſage
De ce feu fourd qu'il cachoit dans fon fein
Eft le héros choisi pour fa conquête.
E vj
108
MERCURE DE FRANCE:
Le long d'un pré que coupent des ruiffeaux ?
Les yeux baillés , recueillis fans étude ,
Il promenoit fa vague inquiétude
Şous des palmiers qui joignoient leurs rameaux.
Rien ne lui plut , ni danſe ni parure :
Il touche au terme où , las de fermenter ,
Le doux volcan qu'anime la nature ,
Dans chaque veine eft tout prêt d'éclater.
L'Amour paroît , l'arrête & l'envisage..
Suis- moi , dit- il , ce n'eft point une erreur :
Je fuis le dieu qui préfide à ton âge ;
Je fuis le dieu qui va guérir ton coeur.
Tes feux fecrets , Marfis , font mon ouvrage.
Tu vois cette ifle , il faudra m'y fervir ;
Les chants de l'air devant toi vont s'ouvrir :
Tu t'abattras fur cet épais feuillage ;
Vas , creis l'Amour , & connois le plaifir .
• Ici l'Amour prête fes aîles à Marfis pour
traverfer les airs & voler le fervir dans
l'ifle merveilleufe
Que deviendra , dépouillé de fes aîles ,
L'enfant malin Dieux s'il étoit furpris !
S'il furvenoit quelques Nymphes cruelles !
Ne pouvant fuir , il feroit bientôt pris.
Il faut le voir , redoutant l'esclavage ,
S'effaroucher au feul bruit du feuillage ;
JUIN 1768. 100
Mais auffi- tôt Zéphir officieux ,
L'enveloppant de l'azur d'un nuage ,
Dans un jardin l'enlève à tous les yeux.
Flore foûrit en le voyant fi fage ,
De noeuds de fleurs charge le dieu volage
Et dans les bras lui fait trouver les cieux,
Hôte nouveau de la plaine éthérée ,
Marfis s'abat fur la forêt facrée.
Qu'apperçoit- il dans fes détours fecrets ?
La fraîche Irza , cette heureuſe infulaire
Que le deftin avoit conduite exprès
Dans l'épaiffeur de ce bois folitaire ,
Pour y remplir les éternels décrets .
En longs replis fa noire chevelure
Forme autour d'elle un beau voile mouvant .
Voile jaloux , importune parure ,
Que fait aller , que dérange le vent ,
Tant de beautés font tour à tour écloſes ,
"Que l'on héfite à fixer fon larcin .
Les deux boutons qui colorent ce ſein
Reffemblent bien à deux boutons de roles :
Qui charment l'oeil en invitant là main .
Que la moiffon pour Marfis fera belle !
O Jupiter ! l'Amour , du bout de l'aîle ,
N'a point encore effleuré fes attraits ;
Baifer d'amant ne les teignit jamais 3:
Hercule enfin , trouve une Hébé nouvelle.
10 MERCURE DE FRANCE.
De même effor l'un vers l'autre s'élance,
Sans autre loi qu'an inftinet enchanteur ,
Et nos amans , malgré leur ignorance ,
Savent trouver la route du bonheur.
Trifte pudeur qu'on prend pour l'innocence ,
Ton vain preftige & ton art féducteur
Valent- ils donc la pure jouiffance ,
L'égarement , le défordre flatteur
D'une beauté qui tombe fans défenſe ,
Et peut , fans crainte , adorer ſon vainqueur ?
Jouis , Irza , d'une volupté pure ,
Saifis l'inftant , il va s'évanouir ;
Le Ciel , hélas ! fait payer le plaifir ,
Et la douleur te rend à la nature ;
Pour toi l'amour vient de naître aujourd'huis
Tous les befoins vont renaître avec lui.
Voilà fans contredit la plus jolie fiction
de l'ouvrage , & la morale la plus vraie
de toute cette fable agréable. Il est bien
de remontrer à l'homme la correfpondance
de fes peines & de fes plaifirs , & de l'engager
à fe confoler des maux par le fouvenir
de leur caufe.
Mais dans fon trouble ( Marfis ) il va compter
enfin
Le nombre heureux marqué par le deſtin
JUIN 1768.
La foudre gronde & le charme commence
Dans ces rochers l'onde murmure & fuit :
' De nouveaux dons la terre s'embellit ;
Et de fes flancs veit germer l'abondance.
Chaque buiffon fe transforme en verger :
L'anana croît , la grenade vermeille
Mêle fa pourpre à l'ombre de la treille ;
Des pommes d'or parfument l'oranger.
Je connois peu de peinture plus riche
& plus brillante.
CHANT TROISIEME.
Les defirs naiffent & le trouble avec
eux. La beauté devient un prix pour lequel
on combat. L'écho folitaire de cette ifle ,
jadis tranquille , & réveillé par les cris
furieux des rivaux , & fon fol fleuri eft
arrofé du fang des combattans , devenu
jaloux & devenant amoureux.
Il Marfis ) voit de loin la troupe frémiffante ,
Et , faififfant un branchage noueux ,
Forme à la hâre , au tour de fon amante ,
De troncs brifés un rempart épineux.
Vers fes rivaux Marfis vole & s'élance
Il fend les airs : les aîles de l'Amour ,
Les yeux d'Irza le fervent tour à tour.
12 MERCURE DE FRANCE.
Tel un lion , quand le chaſſeur Numide
Ole attaquer les jeunes lionceaux ,
Les crins dreffés , le regard intrépide ,
Vient s'opposer aux mortels javelots.
On tremble au loin : fes ardentes prunelles ;
Teintes du fang , dardant des étincelles ,
Et fon courroux fait rugir les échos.
Tout eft calmé : des lyres amoureuſes ,
L'accord brillant réfonne dans les airs ,.
Et les oiſeaux , à ces tendres concerts
Ont marié leurs voix mélodieuſes .
Sur les débris des rameaux difperfés ,
Du haut des cieux on voit pleuvoir des roſes;
Et , déſarmés par ces métamorphofes ,
Nos combattans font tous entrelacés .
Moins animé , leur regard eft plus tendre ,
Ils vont jouir , & l'amour va deſcendre.
Comme il triomphe en parcourant cette iflè
A fon pouvoir fi long-temps indocile !
Mais , pour fonder quels font les voeux ſecrets ,
Marquant fa joie , en conquérant habile ,
Il dit ces mots à fes nouveaux fujets :
< Peuple charmant , tu connois ma puiſſance ;
Mais fi tu hais l'amour & fes combats ,
» Je puis te rendre à ton indifférence ;
>> Parle & choifis ... le Dieu n'achève pas.
Vive l'Amour eſt le cri qui s'élève ,
» Cri de l'inftinét , le fentiment t'achève »»»
JUIN 1768. 113
Enumération brillante des atours appor
tés aux infulaires l'ordre de leur nouveau
maître.
par
Le Dieu foûrit , il ordonne , & foudain
Sur tous les fronts doit naître la décence :
Chaque beauté , fuyant fon ceil malin ,
Eft plus timide avec moins d'innocence.
Tous à la fois courent aux vêtemens ,
Qu'Amour façonne & change en ornemens.
Alors le Dieu , plein de rufes nouvelles ,
Fait aux amours figne de s'éloigner ;
Et , refté feul , entouré de leurs belles ,
Céde au plaifir de les endoctriner.
"Nymphes , dit- il , en foûriant encore ,
Orez à l'oeil le temps de s'affoupir :
» Ce qu'il devine il le fait embellir :
» Voilez un charme & mille vont éclore ;
La nudité fatigue le defir.
» Pour l'éveiller la pudeur m'eft utile ,
C'est mon fecret ; c'eft un jeu ſéduiſant ;
» Qui du bonheur rend l'accès moins facile
Mais il le faur employer fobrement.
» Prêtez de graće une oreille attentive.
» Les cieux fur vous ont femé les attraits ;
>> Eh ! que
font- ils fans mes autres bienfaits ?
» Naiffantes fleurs , c'est moi qui vous cultive,
» Tout dans l'amour n'eſt qu'un rafinement.
»A vos traits feuls défendez l'impoſtures
114 MERCURE DE FRANCE.
Et , croyez- moi , réſervez prudemment
L'art pour vos coeurs, pour vos traits la nature.
» Près de trahir un trop crédule amant ,
Jurez-lui bien de n'être point parjure :
Je ferai - là pour rire du ferment.
» D'un air naïf verfez des pleurs perfides
>> Sachez vous rendre & fur- tout réfilter.
>> Intimidez les defirs trop avides ,
»N'effrayez pas ceux qu'il faut exciter.
»Feintes langueurs , infidieux foûrire ,
Tranſports charmans , quoiqu'ils foient cón
» certés ,
>>
$
›› Rare abandon des fecrettes beautés ,
» Employez tout pour fonder mon empire.
On s'apperçoit bien que les archives de
Fille n'ont pas été perdues ; & plus d'une
de nos jolies femmes pourroient être foupçonnées
d'avoir feuilleté ce vieux manuf
crit.
Par l'orateur trop long - temps exilés ,
Tous nos amans font enfin rappellés.
L'Amour alors fait élever un trône :
En grande pompe on y place Marfis ,
Qu'il a nommé Roi du peuple conquis.
I tient le fceptre , Irza tient la couronne.
Le beau pasteur , dans ce riant féjour ,
Voit à fes pieds fes fujettes nouvelles.
1
JUIN 1768. 115
On prévoit bien ce qu'il fit de fes ailes :
Aimer Irza c'eſt les rendre à l'Amour.
Ainfi finit le poëme de l'ifle merveilleufe.
On auroit peut- être pu defirer que
Callimaque y eût plus fouvent fubſtitué
des détails philofophiques aux defcriptions
voluptueufes qui y font prodiguées d'une
main fi libérale. Le champ abondoit en
fruits & en fleurs , & le poëte a plus cueilli
que moiſſonné ; mais on doit pardonner
à Callimaque , qui , je crois , étoit jeune ,
de préférer Flore à Pomone. Le mérite de
l'exécution de ce petit ouvrage eft beaucoup
; celui de l'invention eft peut- être
fupérieur. Il me femble en effet difficile
d'écrire l'hiftoire d'un peuple qui , probablement
, a laiffé peu de matériaux à confulter.
Nous ne nous fommes permis aucunes
citations ni aucunes réflexions fur
le Conte d'Alphonfe. Le lecteur jugera
lui - même de la rapidité du ftyle , de la
fraîcheur des images , de la variété des
tons , des plaifanteries & des tranfitions
toujours heureuſes & inattendues qui permettent
de donner ce petit ouvrage pour
modèle à nos conteurs modernes . Ils font
rares , & j'en fuis étonné . Seroit - ce que
le genre eft affez difficile pour effrayer
leur modeftie , & parce qu'en effet très116
MERCURE DE FRANCE.
peu
de gens doivent fe flatter de réunir
les grâces de la diction à la fimplicité ,
une imagination riche à une imagination
rianse , l'uſage de ce qu'on appelle la
bonne compagnie à la connoiffance de
cette portion plus nombreufe de la fociété ,
& que nous femblons prefque méprifer ,
parce qu'elle eft apparemment moins ridicule
, & chez laquelle le bon La Fontaine
a pourtant fu puifer les tréfors qui nous
enchantent ? S'il eſt ainfi , réjouiſſons - nous
d'avoir trouvé un genre où nos jeunes
littérateurs foient modeftes. Les découvertes
font toujours plaifir.
thants , traduit du grec , fuivi d'ALPHONSE
, ou de l'ALCIDE Efpagnol ,
conte très-moral. A Paris , chez Dela-
LAIN rue Saint - Jacques ; brochure
in - 8°.
"
CETET Ouvrage nous eft annoncé comme
une traduction de Callimaque . Tant mieux
pour Callimaque s'il eft vraiment le premier
auteur de cette production charmante.
En Grèce comme en France , il y a
vingt fiècles comme aujourd'hui , on méritoit
des éloges quand on favoit égayer
la raifon , couronner la philofophie des
fleurs de l'imagination la plus brillante ,
offrir à l'homme, dans un cadre agréable ,
le tableau mouvant de fes excès , de fes
foibleffes , de fes plaifirs , le corriger en
riant , & le critiquer en le faifant rire.
J'ai peine , comme bon François , à
laiffer à un Grec l'honneur que je crois
appartenir à un de mes compatriotes ; &
l'enthoufiafme patriotique ne m'aveugle
pas affez , pour croire que dans les genres.
de littérature voluptueux , comme dans
JUIN 1768. 103
les autres , la France foit affez riche pour
enrichir la Grèce à fes dépens.
J'aime , au contraite , à reconnoître fous
fon voile la mufe modefte qui veut fe
cacher. Le petit fafte d'érudition attique
qu'elle étalé dans l'avis du traducteur qui
précède ce poëme , ne peut m'en impofer
davantage. Elle reffemble alors , felon moi ,
à une jolie femme qui , pour mieux fe
déguifer , veut parler politique au bal de
l'opéra , mais dont la voix douce trahit
des argumens fi étrangers à fes grâces. Ne
dénouons pas ici les cordons de fon mafque,
puifqu'elle veut être inconnue , ( il faut
refpecter les myftères des belles comme
leurs caprices ) & contentons- nous de jouir
des charmes que fon déguifement nous
laiffe entrevoir.
Callimaque commence fon poëme par
ces vers , où il nous apprend que les amans
& les poëtes étoient arjures pà Cythère
comme à Paris.
Aux peupliers qui bordent mon ſéjour ,
J'avois juré de fufpendre ma lyre ,
De refpirer , d'être heureux fans délire ,
D'ofer fur-tout être heureux fans l'amour :
J'avois juré ; mais je l'ai vu foûrire ,
Et fur fon aîle il emporte aujourd'hui
Tous les fermens que j'ai faits contre luis
Ce dieu ramène un transfuge volages
104 MERCURE DE FRANCE .
Il me promet de nouvelles erreurs ,
Des fens nouveaux , les defirs du bel âge ;
Me dit fans ceffe , en m'offrant les faveurs ,
» Vois-tu le temps qui moiffonne les fleurs ?
Il t'avertit d'en femer fon paffage.
Quand l'amour veut , qui pourroit échapper !
Je vais chanter , je vais chanter & j'aime :
Il m'a foumis & je plains en moi- même
Les malheureux qu'il ceffe de tromper.
Ce bel enfant , d'une mère plus belle ,
De fon pouvoir s'applaudiffoit un jour ,
Défioit Mars , fe mocquoit de Cybèle ,
Et provoquoit tous les dieux à leur tour :
De Jupin même il bravoit la colère ,
Lui foutenoit qu'infpirer un defir ,
C'étoit bien plus que lancer le tonnerre ;
Et que le droit d'épouvanter la terre,
N'égale pas le droit de l'embellir.
Le fouverain de la voûte éthérée
Fronce un fourcil & fait trembler les cieux :
Vulcain pâlit , Vénus fuit éplorée ;
L'amour s'échappe & vole à d'autres jeux.
Dans fon courroux le monarque fuprême
Promet au Styx , qui frémit du ferment ,
D'humilier l'audacieux enfant ,
Et veut qu'enfin il convienne lui- même
Qu'un autre eft maître , & l'Amour dépendant
JUIN 1768 . 105.
¡
- Sous le beau ciel , où l'or des Hefpérides.
Pend en feftons aux arbres jauniffans ,
Du fein des flots , d'écume blanchiffans
Divifant l'onde en deux remparts liquides ;
Une ifle fort , s'élève dans les airs ,
Monde flottant , inconnu fur les mers.
La peinture de cette ifle délicieufe fuit
& invite autant le navigateur à cingler
vers ces rives , que la défenſe d'y aborder
pouvoit exciter l'Amour à y defcendre. La
beauté & la privation font par-tout les
deux , les plus grands aiguillons du defir.
Les habitans de la belle colonie avoient
tout ce que l'on peut avoir fans l'amour ; .
& c'eſt bien peu de choſe .
Ils avoient tout , ( un Dieu m'en eſt garant ) '
Hors le plaifir , qui vaut feul tout le refte
· •
Les yeux fereins & jamais attendris ,
De leur côté nos belles infulaires ,
Ne favent rien des amoureux myſtères.
Froides Vénus de ces froids Adonis ,
Que fur leur fein un doux baifer repofe
Leur fein n'éprouve aucun frémiſſement ; -
Si de leur bouche on va preffer la roſe ›
Même froideur , jamais un fentiment .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Rien fur leurs fronts ne ternit la jeuneffe :
Leurs coeurs glacés ne craignent rien du temps.
Comment vieillir quand on vit fans ivrelſe ! .
Les malheureux ! ...ils n'ont pas nos tourmens.
Rien de plus doux que ce dernier vers.
Que j'aime à voir le poëte juftifier la nature
que nous avons toujours tort d'accufer !
L'amitié , dit notre Callimaque , reftoit
à nos infulaires . Je les plains moins. Mais
quel trifte ami que celui qui ne peut être
amant ! J'aimerois mieux celui même qui
devroit me trahir pour fa maîtreffe. Cela
n'empêche pas le poëte de finit fon premier
chant par des vers bien fûrs de leurs
fuccès. Les vers à la louange des belles ,
comme ceux qui en difent du mal , fons
toujours fûrs de nos éloges.
SECOND CHANT.
Jeunes amans , fortons de notre ivtelle ;
Je le vois bien , c'eft trop fe tourmenter
C'est trop fervir une ingrate maîtreffe :
Tout dans l'amour invite à déferter.
Je vous ai peint de tranquilles rivages ,
Des jours fereins , l'abfence des defirs ,
Mille beautés dans le fond des boccages ,
A ne rien faire occupant leurs loisirs ;
Des charmes nuds carellés des zéphirs..
Embarquons- nous , ouvrons-nous les pallages.
JUIN 1768. 107
Ou m'égarai -je ? irons - nous fans appui ,
De cent rochers franchir la vafte enceinte ?
Le feu du ciel y laiffa fon empreinte :
Craignons fa foudre... & plus encor l'ennui.
Puifqu'il le faut , gardons nos infidelles ;
Soyons heureux pour nous bien venger d'elles.
A leur exemple ayons un coeur léger ,
Laiffons leurs feux & mourir & renaître.
Eh ! que fait-on nous les verrons peut-être
Nous revenir à force de changer.
L'amour déja s'excite à la vengeance :
Dans fon empire il fent qu'il eft borné.
Quand un lieu feul ignore fa puiffance ,
Maîtré dů monde , il s'y croit enchaîné..
BOUDERIE de l'Amour , & défolation de 1.
la nature.
Plus clairvoyant il interprête enfin
L'oracle obfcur rendu par le deftin.
·
Dans un hameau de certe ifle võifin ,
Le beau Marfis , au printemps de fon âge ,
Et non Aétri par le précoce uſage
De ce feu fourd qu'il cachoit dans fon fein
Eft le héros choisi pour fa conquête.
E vj
108
MERCURE DE FRANCE:
Le long d'un pré que coupent des ruiffeaux ?
Les yeux baillés , recueillis fans étude ,
Il promenoit fa vague inquiétude
Şous des palmiers qui joignoient leurs rameaux.
Rien ne lui plut , ni danſe ni parure :
Il touche au terme où , las de fermenter ,
Le doux volcan qu'anime la nature ,
Dans chaque veine eft tout prêt d'éclater.
L'Amour paroît , l'arrête & l'envisage..
Suis- moi , dit- il , ce n'eft point une erreur :
Je fuis le dieu qui préfide à ton âge ;
Je fuis le dieu qui va guérir ton coeur.
Tes feux fecrets , Marfis , font mon ouvrage.
Tu vois cette ifle , il faudra m'y fervir ;
Les chants de l'air devant toi vont s'ouvrir :
Tu t'abattras fur cet épais feuillage ;
Vas , creis l'Amour , & connois le plaifir .
• Ici l'Amour prête fes aîles à Marfis pour
traverfer les airs & voler le fervir dans
l'ifle merveilleufe
Que deviendra , dépouillé de fes aîles ,
L'enfant malin Dieux s'il étoit furpris !
S'il furvenoit quelques Nymphes cruelles !
Ne pouvant fuir , il feroit bientôt pris.
Il faut le voir , redoutant l'esclavage ,
S'effaroucher au feul bruit du feuillage ;
JUIN 1768. 100
Mais auffi- tôt Zéphir officieux ,
L'enveloppant de l'azur d'un nuage ,
Dans un jardin l'enlève à tous les yeux.
Flore foûrit en le voyant fi fage ,
De noeuds de fleurs charge le dieu volage
Et dans les bras lui fait trouver les cieux,
Hôte nouveau de la plaine éthérée ,
Marfis s'abat fur la forêt facrée.
Qu'apperçoit- il dans fes détours fecrets ?
La fraîche Irza , cette heureuſe infulaire
Que le deftin avoit conduite exprès
Dans l'épaiffeur de ce bois folitaire ,
Pour y remplir les éternels décrets .
En longs replis fa noire chevelure
Forme autour d'elle un beau voile mouvant .
Voile jaloux , importune parure ,
Que fait aller , que dérange le vent ,
Tant de beautés font tour à tour écloſes ,
"Que l'on héfite à fixer fon larcin .
Les deux boutons qui colorent ce ſein
Reffemblent bien à deux boutons de roles :
Qui charment l'oeil en invitant là main .
Que la moiffon pour Marfis fera belle !
O Jupiter ! l'Amour , du bout de l'aîle ,
N'a point encore effleuré fes attraits ;
Baifer d'amant ne les teignit jamais 3:
Hercule enfin , trouve une Hébé nouvelle.
10 MERCURE DE FRANCE.
De même effor l'un vers l'autre s'élance,
Sans autre loi qu'an inftinet enchanteur ,
Et nos amans , malgré leur ignorance ,
Savent trouver la route du bonheur.
Trifte pudeur qu'on prend pour l'innocence ,
Ton vain preftige & ton art féducteur
Valent- ils donc la pure jouiffance ,
L'égarement , le défordre flatteur
D'une beauté qui tombe fans défenſe ,
Et peut , fans crainte , adorer ſon vainqueur ?
Jouis , Irza , d'une volupté pure ,
Saifis l'inftant , il va s'évanouir ;
Le Ciel , hélas ! fait payer le plaifir ,
Et la douleur te rend à la nature ;
Pour toi l'amour vient de naître aujourd'huis
Tous les befoins vont renaître avec lui.
Voilà fans contredit la plus jolie fiction
de l'ouvrage , & la morale la plus vraie
de toute cette fable agréable. Il est bien
de remontrer à l'homme la correfpondance
de fes peines & de fes plaifirs , & de l'engager
à fe confoler des maux par le fouvenir
de leur caufe.
Mais dans fon trouble ( Marfis ) il va compter
enfin
Le nombre heureux marqué par le deſtin
JUIN 1768.
La foudre gronde & le charme commence
Dans ces rochers l'onde murmure & fuit :
' De nouveaux dons la terre s'embellit ;
Et de fes flancs veit germer l'abondance.
Chaque buiffon fe transforme en verger :
L'anana croît , la grenade vermeille
Mêle fa pourpre à l'ombre de la treille ;
Des pommes d'or parfument l'oranger.
Je connois peu de peinture plus riche
& plus brillante.
CHANT TROISIEME.
Les defirs naiffent & le trouble avec
eux. La beauté devient un prix pour lequel
on combat. L'écho folitaire de cette ifle ,
jadis tranquille , & réveillé par les cris
furieux des rivaux , & fon fol fleuri eft
arrofé du fang des combattans , devenu
jaloux & devenant amoureux.
Il Marfis ) voit de loin la troupe frémiffante ,
Et , faififfant un branchage noueux ,
Forme à la hâre , au tour de fon amante ,
De troncs brifés un rempart épineux.
Vers fes rivaux Marfis vole & s'élance
Il fend les airs : les aîles de l'Amour ,
Les yeux d'Irza le fervent tour à tour.
12 MERCURE DE FRANCE.
Tel un lion , quand le chaſſeur Numide
Ole attaquer les jeunes lionceaux ,
Les crins dreffés , le regard intrépide ,
Vient s'opposer aux mortels javelots.
On tremble au loin : fes ardentes prunelles ;
Teintes du fang , dardant des étincelles ,
Et fon courroux fait rugir les échos.
Tout eft calmé : des lyres amoureuſes ,
L'accord brillant réfonne dans les airs ,.
Et les oiſeaux , à ces tendres concerts
Ont marié leurs voix mélodieuſes .
Sur les débris des rameaux difperfés ,
Du haut des cieux on voit pleuvoir des roſes;
Et , déſarmés par ces métamorphofes ,
Nos combattans font tous entrelacés .
Moins animé , leur regard eft plus tendre ,
Ils vont jouir , & l'amour va deſcendre.
Comme il triomphe en parcourant cette iflè
A fon pouvoir fi long-temps indocile !
Mais , pour fonder quels font les voeux ſecrets ,
Marquant fa joie , en conquérant habile ,
Il dit ces mots à fes nouveaux fujets :
< Peuple charmant , tu connois ma puiſſance ;
Mais fi tu hais l'amour & fes combats ,
» Je puis te rendre à ton indifférence ;
>> Parle & choifis ... le Dieu n'achève pas.
Vive l'Amour eſt le cri qui s'élève ,
» Cri de l'inftinét , le fentiment t'achève »»»
JUIN 1768. 113
Enumération brillante des atours appor
tés aux infulaires l'ordre de leur nouveau
maître.
par
Le Dieu foûrit , il ordonne , & foudain
Sur tous les fronts doit naître la décence :
Chaque beauté , fuyant fon ceil malin ,
Eft plus timide avec moins d'innocence.
Tous à la fois courent aux vêtemens ,
Qu'Amour façonne & change en ornemens.
Alors le Dieu , plein de rufes nouvelles ,
Fait aux amours figne de s'éloigner ;
Et , refté feul , entouré de leurs belles ,
Céde au plaifir de les endoctriner.
"Nymphes , dit- il , en foûriant encore ,
Orez à l'oeil le temps de s'affoupir :
» Ce qu'il devine il le fait embellir :
» Voilez un charme & mille vont éclore ;
La nudité fatigue le defir.
» Pour l'éveiller la pudeur m'eft utile ,
C'est mon fecret ; c'eft un jeu ſéduiſant ;
» Qui du bonheur rend l'accès moins facile
Mais il le faur employer fobrement.
» Prêtez de graće une oreille attentive.
» Les cieux fur vous ont femé les attraits ;
>> Eh ! que
font- ils fans mes autres bienfaits ?
» Naiffantes fleurs , c'est moi qui vous cultive,
» Tout dans l'amour n'eſt qu'un rafinement.
»A vos traits feuls défendez l'impoſtures
114 MERCURE DE FRANCE.
Et , croyez- moi , réſervez prudemment
L'art pour vos coeurs, pour vos traits la nature.
» Près de trahir un trop crédule amant ,
Jurez-lui bien de n'être point parjure :
Je ferai - là pour rire du ferment.
» D'un air naïf verfez des pleurs perfides
>> Sachez vous rendre & fur- tout réfilter.
>> Intimidez les defirs trop avides ,
»N'effrayez pas ceux qu'il faut exciter.
»Feintes langueurs , infidieux foûrire ,
Tranſports charmans , quoiqu'ils foient cón
» certés ,
>>
$
›› Rare abandon des fecrettes beautés ,
» Employez tout pour fonder mon empire.
On s'apperçoit bien que les archives de
Fille n'ont pas été perdues ; & plus d'une
de nos jolies femmes pourroient être foupçonnées
d'avoir feuilleté ce vieux manuf
crit.
Par l'orateur trop long - temps exilés ,
Tous nos amans font enfin rappellés.
L'Amour alors fait élever un trône :
En grande pompe on y place Marfis ,
Qu'il a nommé Roi du peuple conquis.
I tient le fceptre , Irza tient la couronne.
Le beau pasteur , dans ce riant féjour ,
Voit à fes pieds fes fujettes nouvelles.
1
JUIN 1768. 115
On prévoit bien ce qu'il fit de fes ailes :
Aimer Irza c'eſt les rendre à l'Amour.
Ainfi finit le poëme de l'ifle merveilleufe.
On auroit peut- être pu defirer que
Callimaque y eût plus fouvent fubſtitué
des détails philofophiques aux defcriptions
voluptueufes qui y font prodiguées d'une
main fi libérale. Le champ abondoit en
fruits & en fleurs , & le poëte a plus cueilli
que moiſſonné ; mais on doit pardonner
à Callimaque , qui , je crois , étoit jeune ,
de préférer Flore à Pomone. Le mérite de
l'exécution de ce petit ouvrage eft beaucoup
; celui de l'invention eft peut- être
fupérieur. Il me femble en effet difficile
d'écrire l'hiftoire d'un peuple qui , probablement
, a laiffé peu de matériaux à confulter.
Nous ne nous fommes permis aucunes
citations ni aucunes réflexions fur
le Conte d'Alphonfe. Le lecteur jugera
lui - même de la rapidité du ftyle , de la
fraîcheur des images , de la variété des
tons , des plaifanteries & des tranfitions
toujours heureuſes & inattendues qui permettent
de donner ce petit ouvrage pour
modèle à nos conteurs modernes . Ils font
rares , & j'en fuis étonné . Seroit - ce que
le genre eft affez difficile pour effrayer
leur modeftie , & parce qu'en effet très116
MERCURE DE FRANCE.
peu
de gens doivent fe flatter de réunir
les grâces de la diction à la fimplicité ,
une imagination riche à une imagination
rianse , l'uſage de ce qu'on appelle la
bonne compagnie à la connoiffance de
cette portion plus nombreufe de la fociété ,
& que nous femblons prefque méprifer ,
parce qu'elle eft apparemment moins ridicule
, & chez laquelle le bon La Fontaine
a pourtant fu puifer les tréfors qui nous
enchantent ? S'il eſt ainfi , réjouiſſons - nous
d'avoir trouvé un genre où nos jeunes
littérateurs foient modeftes. Les découvertes
font toujours plaifir.
Fermer
Résumé : L'ISLE MERVEILLEUSE, poëme en trois chants, traduit du grec, suivi d'ALPHONSE, ou de l'ALCIDE Espagnol, conte très-moral. A Paris, chez DELALAIN, rue Saint-Jacques ; brochure in-8o.
Le texte présente 'L'Isle Merveilleuse', un poème en trois chants traduit du grec, suivi d'un conte moral intitulé 'Alphonse, ou de l'Alcide Espagnol'. Publié à Paris par Dela-Lain, cet ouvrage est décrit comme une œuvre charmante qui égaye la raison et couronne la philosophie avec une imagination brillante. Il offre un tableau des excès, faiblesses et plaisirs humains tout en corrigeant et critiquant l'homme de manière ludique. L'auteur exprime son scepticisme quant à l'attribution du poème à Callimaque, suggérant qu'il pourrait être l'œuvre d'un compatriote français. Le poème commence par un serment de renoncement à l'amour, mais finit par céder à ses charmes. Il décrit une île merveilleuse où les habitants, privés d'amour, sont froids et insensibles. Le poète justifie la nature humaine et ses tourments amoureux, soulignant que même l'amitié sans amour est triste. Dans le second chant, le poète conseille aux jeunes amants de ne pas se tourmenter pour une maîtresse ingrate, car l'amour invite à la désertion. Il décrit des rivages tranquilles et des beautés naturelles, mais met en garde contre les dangers et l'ennui, recommandant de garder ses infidèles et de chercher le bonheur ailleurs. Le texte relate également une histoire mythologique impliquant Marsyas, choisi par l'Amour pour accomplir une quête. Marsyas rencontre Irza, une jeune femme innocente et belle, et ils succombent à leur passion. Leur bonheur est de courte durée en raison de rivaux, mais Marsyas triomphe et ramène la paix. L'Amour offre ensuite à ses sujets de choisir entre l'amour et l'indifférence, soulignant la correspondance entre les peines et les plaisirs humains. Une critique littéraire datée de juin 1768, publiée dans le Mercure de France, évalue positivement le poème, notant son style rapide, ses images fraîches et sa variété tonale. Elle admire l'invention et l'exécution de l'œuvre, malgré la difficulté de traiter un sujet spécifique. La critique regrette que peu de contemporains maîtrisent les grâces de la diction, la simplicité et la connaissance des différentes classes sociales, qualités que le poème illustre parfaitement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11372
p. 117-120
MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
Début :
Le seul motif du bien de l'humanité a inspiré cet ouvrage à l'auteur ; le même [...]
Mots clefs :
Médecine, Campagne, Maladies, Seigneurs, Plantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
MÉDECINE rurale & pratique , tirée uniquement
desplantes ufuelles de la France,
appliquées aux différentes maladies qui
règnent dans les campagnes , ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés , & aux Cultivateurs ; par
M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ , Docteur
aggrégé au Collège Royal des Médecins
de Nancy , & à la Faculté de Médecine
de Pont- à- Mouffon , Membre de
plufieurs Académies : un vol. in - 12 . A
Paris , chez LACOMBE , Libraire , quai
de Conti.
LEE feul motif du bien de l'humanité a
infpiré cet ouvrage à l'auteur ; le même
motif doit le faire accueillir favorablement
du public , & fur-tout des perſonnes
à qui il paroît être plus fpécialement confacré
, je veux dire , des Seigneurs de campagne
, de MM. les Curés , & des Cultivateurs.
Les premiers font déja dans le
goût , pour la plupart , d'entretenir , dans
leurs châteaux , de petites pharmacies au
fervice & pour le befoin de leurs vaffaux ,
སྙ་
118 MERCURE DE FRANCE.
dont ils ne font plus feulement les Seigneurs
, mais dont ils deviennent encore
les pères par ce zèle louable & précieux.
La médecine rurale ne peut que leur fournir
de nouveaux moyens de l'exercer avec
moins de frais , puifque les remèdes fimples
, qu'elle indique , n'exigent pas même,
les apprêts toujours difpendicux d'une
pharmacie.
Les feconds , par les feuls devoirs attachés
à leur ministère , & par les mouvemens
de leur propre coeur , ne feroient
que trop portés fans doute à procurer à
leurs paroiffiens fouffrans & malades les
fecours que ces pauvres gens vont fouvent
leur demander en vain. La modicité de
leur bénéfice ne leur permet pas toujours
d'avoir dans leur presbytère des pharmacies
bien fournies & bien montées. Ils
font quelquefois eux-mêmes dans le cas ,
à caufe de leur éloignement des villes , de
manquer des fecours de la médecine . L'ouvrage
que nous annonçons remédie à ce
double inconvénient , en les mettant à
portée de devenir en quelque forte leurs
propres médecins , & de l'être encore de
leurs pauvres paroiffiens. Ce fecond titre ,
ajouté à celui de pafteur , ne pourroit que
leur attirer plus de confiance , de refpect
& d'amour de la part de leurs ouailles.
JUIN 1768. 119
La petite peine qu'ils auroient d'ailleurs
à aller herborifer quelquefois autour de
leurs villages , & à fe procurer par euxmêmes
les plantes dont l'ufage & la vertu
leur font indiqués dans ce livre , cette
peine , dis-je , ne feroit bientôt plus qu'une
diftraction agréable à leurs autres fonctions,
& occupation fatisfaifante pour leur zèle
& leur charité. Le Botaniste François ,
qui fe vend en deux petits volumes chez
le même Libraire , pourroit fervir à leur
donner une connoiffance plus parfaite .
encore des plantes médicales , afin de ne
pas fe
tromper
dans le choix , ni dans le
temps de les cueillir , ou la manière de
les fécher , & c. & c.
A l'égard des Cultivateurs , cet ouvrage
peut du moins être acheté par les plus
aifés d'entre eux qui , dès qu'ils auront
reconnu la facilité & l'efficacité des remèdes
, qu'il fuggère , ne manqueront pas
d'en faire part à leurs voifins dans le befoin.
Il y a de l'humanité dans les campagnes.
Ainfi le fervice que l'Auteur cherche à
rendre aux villageois s'étendroit peu à peu
& deviendroit général. Tout bon citoyen
ne peut que feconder des vues auffi falutaires
à l'Etat que précieufes pour l'huinanité.
L'Auteur a divifé fon livre en trois parties
, la première comprend toutes les for120
MERCURE DE FRANCE.
mules dont on peut fe fervir dans les différentes
maladies qui régnent dans les campagnes
, & que l'Auteur a employées avec
fuccès dans une infinité d'occafions : ces
recettes font toutes tirées , comme il l'a
dit lui-même , du régne végétal , & appliquées
aux maladies les plus fréquentes.
Nous avons fait , ajoute-t-il , rarement
ufage des médicamens des autres régnes ,
& fi nous avons été obligés d'en employer
quelques- uns , ce n'eft que comme véhicules
, tels que l'eau , le beurre , la cire ,
les chairs de poulet , de veau , & d'autres
chofes de pareille nature qu'on a toujours
fous la main à la campagne.
La feconde partie eft une lifte alphabé
tique des différentes plantes qui entrent
dans les formules ou recettes de la première
partie. On a ajouté à chaque plante
une note fommaire de ſes vertus . La troifième
eft deftinée aux définitions des différentes
maladies communes à la campagne
on en rapporte les fymptômes & les
caractères diftinctifs , & toujours en termes
les plus clairs , & les plus à portée de toutes
fortes de perfonnes. On renvoie aux différentes
formules fuivant l'exigeance des
cas. L'ouvrage eft terminé par des obfervations
fur des cures intéreffantes opérées
par des végétaux.
desplantes ufuelles de la France,
appliquées aux différentes maladies qui
règnent dans les campagnes , ouvrage également
utile aux Seigneurs de campagne ,
aux Curés , & aux Cultivateurs ; par
M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ , Docteur
aggrégé au Collège Royal des Médecins
de Nancy , & à la Faculté de Médecine
de Pont- à- Mouffon , Membre de
plufieurs Académies : un vol. in - 12 . A
Paris , chez LACOMBE , Libraire , quai
de Conti.
LEE feul motif du bien de l'humanité a
infpiré cet ouvrage à l'auteur ; le même
motif doit le faire accueillir favorablement
du public , & fur-tout des perſonnes
à qui il paroît être plus fpécialement confacré
, je veux dire , des Seigneurs de campagne
, de MM. les Curés , & des Cultivateurs.
Les premiers font déja dans le
goût , pour la plupart , d'entretenir , dans
leurs châteaux , de petites pharmacies au
fervice & pour le befoin de leurs vaffaux ,
སྙ་
118 MERCURE DE FRANCE.
dont ils ne font plus feulement les Seigneurs
, mais dont ils deviennent encore
les pères par ce zèle louable & précieux.
La médecine rurale ne peut que leur fournir
de nouveaux moyens de l'exercer avec
moins de frais , puifque les remèdes fimples
, qu'elle indique , n'exigent pas même,
les apprêts toujours difpendicux d'une
pharmacie.
Les feconds , par les feuls devoirs attachés
à leur ministère , & par les mouvemens
de leur propre coeur , ne feroient
que trop portés fans doute à procurer à
leurs paroiffiens fouffrans & malades les
fecours que ces pauvres gens vont fouvent
leur demander en vain. La modicité de
leur bénéfice ne leur permet pas toujours
d'avoir dans leur presbytère des pharmacies
bien fournies & bien montées. Ils
font quelquefois eux-mêmes dans le cas ,
à caufe de leur éloignement des villes , de
manquer des fecours de la médecine . L'ouvrage
que nous annonçons remédie à ce
double inconvénient , en les mettant à
portée de devenir en quelque forte leurs
propres médecins , & de l'être encore de
leurs pauvres paroiffiens. Ce fecond titre ,
ajouté à celui de pafteur , ne pourroit que
leur attirer plus de confiance , de refpect
& d'amour de la part de leurs ouailles.
JUIN 1768. 119
La petite peine qu'ils auroient d'ailleurs
à aller herborifer quelquefois autour de
leurs villages , & à fe procurer par euxmêmes
les plantes dont l'ufage & la vertu
leur font indiqués dans ce livre , cette
peine , dis-je , ne feroit bientôt plus qu'une
diftraction agréable à leurs autres fonctions,
& occupation fatisfaifante pour leur zèle
& leur charité. Le Botaniste François ,
qui fe vend en deux petits volumes chez
le même Libraire , pourroit fervir à leur
donner une connoiffance plus parfaite .
encore des plantes médicales , afin de ne
pas fe
tromper
dans le choix , ni dans le
temps de les cueillir , ou la manière de
les fécher , & c. & c.
A l'égard des Cultivateurs , cet ouvrage
peut du moins être acheté par les plus
aifés d'entre eux qui , dès qu'ils auront
reconnu la facilité & l'efficacité des remèdes
, qu'il fuggère , ne manqueront pas
d'en faire part à leurs voifins dans le befoin.
Il y a de l'humanité dans les campagnes.
Ainfi le fervice que l'Auteur cherche à
rendre aux villageois s'étendroit peu à peu
& deviendroit général. Tout bon citoyen
ne peut que feconder des vues auffi falutaires
à l'Etat que précieufes pour l'huinanité.
L'Auteur a divifé fon livre en trois parties
, la première comprend toutes les for120
MERCURE DE FRANCE.
mules dont on peut fe fervir dans les différentes
maladies qui régnent dans les campagnes
, & que l'Auteur a employées avec
fuccès dans une infinité d'occafions : ces
recettes font toutes tirées , comme il l'a
dit lui-même , du régne végétal , & appliquées
aux maladies les plus fréquentes.
Nous avons fait , ajoute-t-il , rarement
ufage des médicamens des autres régnes ,
& fi nous avons été obligés d'en employer
quelques- uns , ce n'eft que comme véhicules
, tels que l'eau , le beurre , la cire ,
les chairs de poulet , de veau , & d'autres
chofes de pareille nature qu'on a toujours
fous la main à la campagne.
La feconde partie eft une lifte alphabé
tique des différentes plantes qui entrent
dans les formules ou recettes de la première
partie. On a ajouté à chaque plante
une note fommaire de ſes vertus . La troifième
eft deftinée aux définitions des différentes
maladies communes à la campagne
on en rapporte les fymptômes & les
caractères diftinctifs , & toujours en termes
les plus clairs , & les plus à portée de toutes
fortes de perfonnes. On renvoie aux différentes
formules fuivant l'exigeance des
cas. L'ouvrage eft terminé par des obfervations
fur des cures intéreffantes opérées
par des végétaux.
Fermer
Résumé : MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
Le texte présente l'ouvrage 'Médecine rurale & pratique' rédigé par Pierre-Joseph Buchoz, docteur agrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy et à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mouffon, ainsi que membre de plusieurs académies. Cet ouvrage vise à promouvoir l'utilisation des plantes locales pour traiter les maladies courantes dans les campagnes. Il s'adresse principalement aux seigneurs de campagne, aux curés et aux cultivateurs. Les seigneurs de campagne sont invités à utiliser cet ouvrage pour créer des petites pharmacies dans leurs châteaux, permettant ainsi de prodiguer des soins à leurs vassaux. Les curés, souvent confrontés à des ressources financières limitées et à un accès restreint aux soins médicaux, peuvent également tirer profit de cet ouvrage pour soigner leurs paroissiens. Les cultivateurs, de leur côté, peuvent partager les remèdes simples et efficaces décrits dans le livre avec leurs voisins. L'ouvrage est organisé en trois parties. La première partie énumère les formules de remèdes dérivés du règne végétal pour diverses maladies rurales. La deuxième partie propose une liste alphabétique des plantes utilisées dans ces formules, accompagnée de notes sur leurs vertus. La troisième partie définit les maladies courantes en milieu rural, leurs symptômes et les traitements appropriés. Le livre se conclut par des observations sur des guérisons intéressantes obtenues grâce à des végétaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11372
MÉDECINE rurale & pratique, tirée uniquement des plantes usuelles de la France, appliquées aux différentes maladies qui règnent dans les campagnes, ouvrage également utile aux Seigneurs de campagne, aux Curés, & aux Cultivateurs ; par M. PIERRE-JOSEPH BUCHOZ, Docteur aggrégé au Collège Royal des Médecins de Nancy, & à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson, Membre de plusieurs Académies : un vol. in-12. A Paris, chez LACOMBE, Libraire, quai de Conti.
11373
p. 121-129
LETTRE à M. D'ARNAUD, Conseiller d'Ambassade de la Cour de Saxe, &c.
Début :
Je choisis, Monsieur, la voie du Journal le plus répandu pour consacrer la reconnoissance [...]
Mots clefs :
Dieu, Âme, Théâtre, Sentiment, Lecture, Amour, Drames, Yeux, Homme, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. D'ARNAUD, Conseiller d'Ambassade de la Cour de Saxe, &c.
LETTRE à M. D'ARNAUD , Confeiller
d'Ambaffade de la Cour de Saxe , &c .
JRE choifis , Monfieur , la voie du Journal
le plus répandu pour confacrer la reconnoiffance
que je vous dois par rapport
à tous les plaifirs que me fait goûter la
lecture de vos excellens ouvrages , & en
même temps pour vouscommuniquer quelques
réflexions dont vous tirerez le parti
que vous jugerez à propos. Ce que j'aime
dans vos écrits , c'eft que l'auteur fait s'y
cacher , & qu'on y voit éclater par- tout
l'homme , & l'homme le plus fenfible. Ce
font des effufions de l'âme la plus éloquente.
Je ne connois que M. Rouffeau ,
de Genève , & vous , qui ayez le talent
d'émouvoir à ce point , & d'exciter cet
attendriffement délicieux qui tourne toujours
au profit de l'humanité. Malheur au
bel efprit qui ne cherche qu'à fe faire admirer
comme des bateleurs à la foire qui
veulent nous attacher par des tours de
force ; la curiofité eft bientôt fatisfaite ;
les defirs du fentiment font inépuifables ,
& cette riche mine fe renouvelle fans
ceffe fous vos mains. Votre tragédie de
F
112 MERCURE
DE FRANCE
.
Comminge
, car c'en eit une des plus belles
que nous ayons depuis celles de M. de
Voltaire , avoit mis en quelque forte le
fceau à votre réputation
littéraire. On ne
pouvoit imaginer
qu'il fût guères poffible
d'aller plus loin dans la route toute neuve que vous avez ouverte au dramatique
, on
croyoit même que vous aviez parcouru
la
carrière du fombre dans toute ſon étendue.
Vous venez de nous prouver qu'il eſt toujours
de nouveaux
moyens de plaire pour
a
le génie , & que l'art à des reffources
infinies
, & qui ne font point apperçues
de
l'efprit.
Votre Euphémie eft peut - être encore
Au-deffus de Comminge pour les développemens
, les caractères & le pathétique,
Rien de plus mâle & de plus propre au
fujet que la verfification
. Rien de plus
brûlant de la flamme des paffions , que
le rôle d'Euphémie
; on a le coeur déchiré
avec cette malheureufe
victime abandon-
-née aux combats de l'amour & de la religion
mais que l'âme eft délicieufement
affectée par le perfonnage
de Mélanie !
Que cette Mélanie eft touchante ! qu'on
aime fa vertu ! qu'elle fait adorer l'Auteur
de notre exiftence ! que fa piété eft douce , attendriffante
, onctueufe ! Ces vers resteront
gravésdans tous les coeurs , acte 1 , ſc. 2 , p. 8.
:
JUIN 1768. 123
Dans mon premier foupir j'exhalai la tendreffe ;
D'un fentiment fi cher je nourriffois l'ivreffe :
Tout ce qui m'entouroit intéroiffoit mon coeur
M'attachoit par un noeud toujours plus enchanteur;
Je touchois à cet âge où l'âme inquiétée
S'étonne des tranſports dont elle eſt agitée :
L'amour déterminoit fon afcendant fur moi ;
Il m'alloit captiver. Mes yeux s'ouvrent ; je voï
Mes deux foeeurs que devoit flatter l'erreur du
monde ,
Dans les fombres ennuis . dans la douleur pro
fonde ,
L'une pleurant fans ceffe un époux adoré ,
Aux premiers jours d'hymen dans les bras expiré ;
L'autre , prête à mourir , amante infortunée
Par un vil féducteur trahie , abandonnée ;
Mon père , auprès de nous ramené par la paix ,
Tout à coup dans la tombe emportant nos regrets ;
Son ami malheureux , & que les fers attendent.
Mes regards confternés fur l'univers s'étendent ;
Je contemple ces grands , les maîtres des humains ;
Je les vois affiégés de femblables chagrins ;
Je vois le trône même environné d'alarmes ,
Et le bandeau des Rois tout trempé de leurs larmes,
Cette image auroit dû vaincre & détruire en moi
Le tendre fentiment qui m'impoſoit la loi .
Mais en vain ma raifon oppofoit fon murmure
A ce befoin d'aimer , le cri de la nature :
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Mon coeur me trahiſſoit ; je ne combattis plus ;
Je cédai ; je fixai mes voeux irréfolus .
Il falloit que l'amour remplît toute mon âme ,
Et je choisis un Dieu pour l'objet de ma flâme.
Dès ce moment le monde à mes yeux fe perdit
Comme une ombre qui paſſe & qui s'anéantit ;
Je rejettai bientôt les trompeufes promefles ;
Malgré l'efpoir flatteur du rang & des richeffes ,
Malgré tous mes parens , je courus aux autels
M'enchaîner : Dieu reçut mes fermens folemnels ;
J'ai trouvé tout en lui ; pour lui feul je reſpire ,`
Ma four , à mes tranfports Dieu feul pouvoit
fuffire ;
Maître des fentimens , il les fatisfait tous ;
Je n'eus point d'autre amant , je n'ai point d'autre
époux .
Ma flamme tous les jours & s'épure & s'augmente
;
Cette céleste ardeur , du fort indépendante ,
Ne craint pas le deftin de ces engagemens
Que détruit le caprice , ou la mort , ou le temps.
Non , je ne brûle point pour un amant vulgaire
Qui change , qui périt , ou qui ceffe de plaire :
Je brûle pour un Dieu ; mon efprit immortel
S'embrâfera des feux d'un amour éternel. • •
En grand maître de l'art vous vous êtes
plus appuyé fur ce rôle que fur celui de
Cécile, qui forme un contraite extrêmement
JUIN 1768 . 125
heureux. Je ne pense pas qu'aucun théâtre
ancien ou moderne ait des fcènes comparables
à celles de la Comteffe avec Mélanie
& avec fa fille , d'Euphémie avec Théotime
au fecond & troifième acte. Ces
vers font de toute beauté , & d'une force
inexprimable. Acte 3 , 1 , 3 , p . 84.
Enfin Dieu me punit 3
Je tombe fous fon bras ; c'eft ici qu'il m'appelle ;
C'est ici qu'il détruit ma fubftance mörtelle ,
Qu'il a marqué le terme à mes égaremens ,
Que vont rouler pour moi des fiècles de tourmens
L'éternité ... terrible à mes regards offerte ;
Ici j'attends la mort . . . & ma tombe eſt ouverte.
Théotime veut la relever elle le repouse avec
indignation.
Homme trop criminel , va , fuis loin de ces lieux ;
Et puiffe mon trépas te diffiller les yeux !
N'as-tu point dans cette âme , à mon repos fatale ,
Entendu retentir la pierre fépulchrale ?
Nas-tu point vu ce Dieu la brifer fous mes pas ?
Lui- même eft accouru m'arracher de tes bras ;
Dans ce tombeau , lui -même il m'a précipitée ;
Aux pieds de la justice il m'a déja citée ;
I t'y traîne avec moi ; ne crois pas échapper
A fon glaive... Il menace , il s'apprête à frapper ;
Son flambeau te pourſuit à travers ces ténèbres ;
` Lis ton arrêt écrit fur ces marbres funèbres ...
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
La foudre approche , éclate ... elle fond fur nous
deux ;
L'enfer s'ouvre. ... Sainval , quels fantômes ô
hideux !
Des fpectres agités errent dans ces lieux fombres ;
Sous le même linceul je vois un peuple d'ombres ,
Tous les morts , réunis dans ces murs plein d'effroi ,
Du fond de leurs tombeaux s'élèvent contre moi.
Ils m'entraînent ! .. Je vais auprès de vous m'étendre
,
A vos triftes débris mêler ma froide cendre ;
Par vos accens plaintifs ceffez de m'accufer.
La colère du Ciel ne fauroit s'appaifer !
O maître des humains , qu'ont laffé mes offenſes ,
Sur moi feule répands la coupe des vengeances !
Quel pathétique ! quelle terreur admirable
, & dans le goût de cette terreur
employée fi bien par les Grecs ! On voit
bien , Monfieur , que vous êtes rempli de
la lecture des anciens. Jouiffez de votre
triomphe ; ce n'eft pas une foible gloire
que d'ofer , après M. de Voltaire , manier
le tragique & d'y réuffir . D'ailleurs , ce
qui mettra le comble à vos fuccès , c'eſt
que vous êtes l'inventeur d'un genre , &
qu'il étoit difficile de nous donner du
nouveau. Depuis un nombre d'années je
vois paffer fous mes yeux & fe faire oublier
JUIN 168. 127
fucceffivement une infinité de drames qui
tous fe reffemblent. Que la collection de
nos théâtres feroit bornée pour quiconque
ne voudroit placer dans fon cabinet que
les pièces qui attacheront les regards de
la postérité !
l'on
Je vous ai donné , Monfieur , les éloges
que je vous crois dus. Préfentement j'ima
gine avoir le droit de vous faire quelques
reproches qui , felon moi , ne font pas
moins fondés que les louanges que
vous accorde avec tant de plaifir ; je prendrai
donc la liberté de me plaindre , & à
vous-même en mon nom & en celui de
tout le public , de ce que vous ne faites
point paroître de pièces au théâtre françois ,
qui eft le théâtre de la nation. On vous
dit une âme très- fenfible & n'afpirant
qu'à la belle gloire ; & qu'y a- t- il de plus
flatteur que d'expofer dans tout fon jout
des talens qui peuvent être utiles au bien
de l'humanité ? Un fentiment d'honneur ,
de vertu , de piété , de clémence , frappe
beaucoup plus au théâtre qu'à la lecture.
Et qui pofféde plus que vous l'heureux
talent de remuer les âmes , de les attendrir
, de les déchirer , de faire couler nos
larmes ? Quelle peut donc être la raifon
de cette obftination à ne pas vous montrer
fur notre fcène , tandis que tous les voeux
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
du public éclairé vous y rappellent ? Je
voudrois avoir le pouvoir de vous faire
interdire l'impreffion des drames , & de
vous ordonner abſolument , de les confacrer
à la repréſentation . Vous êtes comptable
, j'oſe le dire , à vos concitoyens de
ce talent fi rare d'être éloquent en vers ,
& de prêter de la force & des charmes à
la morale. C'eft ce qui affure l'immortalité
aux pièces de M. de Voltaire. Qui
peut donc vous empêcher d'entrer dans
une carrière qui s'ouvre fi aifément pour
vous ? Les cabales , les brigues. Le génie ,
ne doit pas craindre d'obftacles ; un homme
tel que vous n'a qu'à fe préfenter. Je fuppofe
que vous ne vous relâcherez pas de
vos efforts , & que vous ne dormirez point
fur le champ de bataille , Allons , Monfieur
, rendez -vous , & que nous ayons ,
l'hiver prochain au théâtre , une tragédie
de vous ; fans cela , je me reprocherai
éternellement le plaifir que je me promets
à la lecture de vos nouveaux drames . Pourquoi
, lorfqu'on a fix pieds de haut , ne
vouloir fe montrer que fous taille ordinaire
? Encore un coup , c'eft fur la fcène
françoife que votre génie pourra fe déployer
dans toute fa force ; & , en bon
citoyen , vous devez rechercher ce qui
flatte davantage le goût de votre nation ,
JUIN 1768. 129
& ce qui peut contribuer autant à fes moeurs
& à fes vertus , qu'à fes amuſemens honnêtes.
J'attends avec impatience la fuite de
vos charmantes anecdotes morales , je les
regarde comme le code même du fentiment.
Fanni , Lucie , Clari , Julie Nanci
Batilde font , dans leurs genres , autant de
petits drames complets qui produiſent
leur effet.
Je fuis , Monfieur , &c.
L. B. DE C. L.
و
Nous donnerons inceffamment les extraits
que nous avons annoncés de la qua
trième édition de Comminge , ainfi que du
nouveau drame d'Euphémie , dont le fuccès
eft confirmé. L'abondance des matièresne
nous a pas permis de parler encore de
ces deux intérellans ouvrages .
d'Ambaffade de la Cour de Saxe , &c .
JRE choifis , Monfieur , la voie du Journal
le plus répandu pour confacrer la reconnoiffance
que je vous dois par rapport
à tous les plaifirs que me fait goûter la
lecture de vos excellens ouvrages , & en
même temps pour vouscommuniquer quelques
réflexions dont vous tirerez le parti
que vous jugerez à propos. Ce que j'aime
dans vos écrits , c'eft que l'auteur fait s'y
cacher , & qu'on y voit éclater par- tout
l'homme , & l'homme le plus fenfible. Ce
font des effufions de l'âme la plus éloquente.
Je ne connois que M. Rouffeau ,
de Genève , & vous , qui ayez le talent
d'émouvoir à ce point , & d'exciter cet
attendriffement délicieux qui tourne toujours
au profit de l'humanité. Malheur au
bel efprit qui ne cherche qu'à fe faire admirer
comme des bateleurs à la foire qui
veulent nous attacher par des tours de
force ; la curiofité eft bientôt fatisfaite ;
les defirs du fentiment font inépuifables ,
& cette riche mine fe renouvelle fans
ceffe fous vos mains. Votre tragédie de
F
112 MERCURE
DE FRANCE
.
Comminge
, car c'en eit une des plus belles
que nous ayons depuis celles de M. de
Voltaire , avoit mis en quelque forte le
fceau à votre réputation
littéraire. On ne
pouvoit imaginer
qu'il fût guères poffible
d'aller plus loin dans la route toute neuve que vous avez ouverte au dramatique
, on
croyoit même que vous aviez parcouru
la
carrière du fombre dans toute ſon étendue.
Vous venez de nous prouver qu'il eſt toujours
de nouveaux
moyens de plaire pour
a
le génie , & que l'art à des reffources
infinies
, & qui ne font point apperçues
de
l'efprit.
Votre Euphémie eft peut - être encore
Au-deffus de Comminge pour les développemens
, les caractères & le pathétique,
Rien de plus mâle & de plus propre au
fujet que la verfification
. Rien de plus
brûlant de la flamme des paffions , que
le rôle d'Euphémie
; on a le coeur déchiré
avec cette malheureufe
victime abandon-
-née aux combats de l'amour & de la religion
mais que l'âme eft délicieufement
affectée par le perfonnage
de Mélanie !
Que cette Mélanie eft touchante ! qu'on
aime fa vertu ! qu'elle fait adorer l'Auteur
de notre exiftence ! que fa piété eft douce , attendriffante
, onctueufe ! Ces vers resteront
gravésdans tous les coeurs , acte 1 , ſc. 2 , p. 8.
:
JUIN 1768. 123
Dans mon premier foupir j'exhalai la tendreffe ;
D'un fentiment fi cher je nourriffois l'ivreffe :
Tout ce qui m'entouroit intéroiffoit mon coeur
M'attachoit par un noeud toujours plus enchanteur;
Je touchois à cet âge où l'âme inquiétée
S'étonne des tranſports dont elle eſt agitée :
L'amour déterminoit fon afcendant fur moi ;
Il m'alloit captiver. Mes yeux s'ouvrent ; je voï
Mes deux foeeurs que devoit flatter l'erreur du
monde ,
Dans les fombres ennuis . dans la douleur pro
fonde ,
L'une pleurant fans ceffe un époux adoré ,
Aux premiers jours d'hymen dans les bras expiré ;
L'autre , prête à mourir , amante infortunée
Par un vil féducteur trahie , abandonnée ;
Mon père , auprès de nous ramené par la paix ,
Tout à coup dans la tombe emportant nos regrets ;
Son ami malheureux , & que les fers attendent.
Mes regards confternés fur l'univers s'étendent ;
Je contemple ces grands , les maîtres des humains ;
Je les vois affiégés de femblables chagrins ;
Je vois le trône même environné d'alarmes ,
Et le bandeau des Rois tout trempé de leurs larmes,
Cette image auroit dû vaincre & détruire en moi
Le tendre fentiment qui m'impoſoit la loi .
Mais en vain ma raifon oppofoit fon murmure
A ce befoin d'aimer , le cri de la nature :
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Mon coeur me trahiſſoit ; je ne combattis plus ;
Je cédai ; je fixai mes voeux irréfolus .
Il falloit que l'amour remplît toute mon âme ,
Et je choisis un Dieu pour l'objet de ma flâme.
Dès ce moment le monde à mes yeux fe perdit
Comme une ombre qui paſſe & qui s'anéantit ;
Je rejettai bientôt les trompeufes promefles ;
Malgré l'efpoir flatteur du rang & des richeffes ,
Malgré tous mes parens , je courus aux autels
M'enchaîner : Dieu reçut mes fermens folemnels ;
J'ai trouvé tout en lui ; pour lui feul je reſpire ,`
Ma four , à mes tranfports Dieu feul pouvoit
fuffire ;
Maître des fentimens , il les fatisfait tous ;
Je n'eus point d'autre amant , je n'ai point d'autre
époux .
Ma flamme tous les jours & s'épure & s'augmente
;
Cette céleste ardeur , du fort indépendante ,
Ne craint pas le deftin de ces engagemens
Que détruit le caprice , ou la mort , ou le temps.
Non , je ne brûle point pour un amant vulgaire
Qui change , qui périt , ou qui ceffe de plaire :
Je brûle pour un Dieu ; mon efprit immortel
S'embrâfera des feux d'un amour éternel. • •
En grand maître de l'art vous vous êtes
plus appuyé fur ce rôle que fur celui de
Cécile, qui forme un contraite extrêmement
JUIN 1768 . 125
heureux. Je ne pense pas qu'aucun théâtre
ancien ou moderne ait des fcènes comparables
à celles de la Comteffe avec Mélanie
& avec fa fille , d'Euphémie avec Théotime
au fecond & troifième acte. Ces
vers font de toute beauté , & d'une force
inexprimable. Acte 3 , 1 , 3 , p . 84.
Enfin Dieu me punit 3
Je tombe fous fon bras ; c'eft ici qu'il m'appelle ;
C'est ici qu'il détruit ma fubftance mörtelle ,
Qu'il a marqué le terme à mes égaremens ,
Que vont rouler pour moi des fiècles de tourmens
L'éternité ... terrible à mes regards offerte ;
Ici j'attends la mort . . . & ma tombe eſt ouverte.
Théotime veut la relever elle le repouse avec
indignation.
Homme trop criminel , va , fuis loin de ces lieux ;
Et puiffe mon trépas te diffiller les yeux !
N'as-tu point dans cette âme , à mon repos fatale ,
Entendu retentir la pierre fépulchrale ?
Nas-tu point vu ce Dieu la brifer fous mes pas ?
Lui- même eft accouru m'arracher de tes bras ;
Dans ce tombeau , lui -même il m'a précipitée ;
Aux pieds de la justice il m'a déja citée ;
I t'y traîne avec moi ; ne crois pas échapper
A fon glaive... Il menace , il s'apprête à frapper ;
Son flambeau te pourſuit à travers ces ténèbres ;
` Lis ton arrêt écrit fur ces marbres funèbres ...
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
La foudre approche , éclate ... elle fond fur nous
deux ;
L'enfer s'ouvre. ... Sainval , quels fantômes ô
hideux !
Des fpectres agités errent dans ces lieux fombres ;
Sous le même linceul je vois un peuple d'ombres ,
Tous les morts , réunis dans ces murs plein d'effroi ,
Du fond de leurs tombeaux s'élèvent contre moi.
Ils m'entraînent ! .. Je vais auprès de vous m'étendre
,
A vos triftes débris mêler ma froide cendre ;
Par vos accens plaintifs ceffez de m'accufer.
La colère du Ciel ne fauroit s'appaifer !
O maître des humains , qu'ont laffé mes offenſes ,
Sur moi feule répands la coupe des vengeances !
Quel pathétique ! quelle terreur admirable
, & dans le goût de cette terreur
employée fi bien par les Grecs ! On voit
bien , Monfieur , que vous êtes rempli de
la lecture des anciens. Jouiffez de votre
triomphe ; ce n'eft pas une foible gloire
que d'ofer , après M. de Voltaire , manier
le tragique & d'y réuffir . D'ailleurs , ce
qui mettra le comble à vos fuccès , c'eſt
que vous êtes l'inventeur d'un genre , &
qu'il étoit difficile de nous donner du
nouveau. Depuis un nombre d'années je
vois paffer fous mes yeux & fe faire oublier
JUIN 168. 127
fucceffivement une infinité de drames qui
tous fe reffemblent. Que la collection de
nos théâtres feroit bornée pour quiconque
ne voudroit placer dans fon cabinet que
les pièces qui attacheront les regards de
la postérité !
l'on
Je vous ai donné , Monfieur , les éloges
que je vous crois dus. Préfentement j'ima
gine avoir le droit de vous faire quelques
reproches qui , felon moi , ne font pas
moins fondés que les louanges que
vous accorde avec tant de plaifir ; je prendrai
donc la liberté de me plaindre , & à
vous-même en mon nom & en celui de
tout le public , de ce que vous ne faites
point paroître de pièces au théâtre françois ,
qui eft le théâtre de la nation. On vous
dit une âme très- fenfible & n'afpirant
qu'à la belle gloire ; & qu'y a- t- il de plus
flatteur que d'expofer dans tout fon jout
des talens qui peuvent être utiles au bien
de l'humanité ? Un fentiment d'honneur ,
de vertu , de piété , de clémence , frappe
beaucoup plus au théâtre qu'à la lecture.
Et qui pofféde plus que vous l'heureux
talent de remuer les âmes , de les attendrir
, de les déchirer , de faire couler nos
larmes ? Quelle peut donc être la raifon
de cette obftination à ne pas vous montrer
fur notre fcène , tandis que tous les voeux
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
du public éclairé vous y rappellent ? Je
voudrois avoir le pouvoir de vous faire
interdire l'impreffion des drames , & de
vous ordonner abſolument , de les confacrer
à la repréſentation . Vous êtes comptable
, j'oſe le dire , à vos concitoyens de
ce talent fi rare d'être éloquent en vers ,
& de prêter de la force & des charmes à
la morale. C'eft ce qui affure l'immortalité
aux pièces de M. de Voltaire. Qui
peut donc vous empêcher d'entrer dans
une carrière qui s'ouvre fi aifément pour
vous ? Les cabales , les brigues. Le génie ,
ne doit pas craindre d'obftacles ; un homme
tel que vous n'a qu'à fe préfenter. Je fuppofe
que vous ne vous relâcherez pas de
vos efforts , & que vous ne dormirez point
fur le champ de bataille , Allons , Monfieur
, rendez -vous , & que nous ayons ,
l'hiver prochain au théâtre , une tragédie
de vous ; fans cela , je me reprocherai
éternellement le plaifir que je me promets
à la lecture de vos nouveaux drames . Pourquoi
, lorfqu'on a fix pieds de haut , ne
vouloir fe montrer que fous taille ordinaire
? Encore un coup , c'eft fur la fcène
françoife que votre génie pourra fe déployer
dans toute fa force ; & , en bon
citoyen , vous devez rechercher ce qui
flatte davantage le goût de votre nation ,
JUIN 1768. 129
& ce qui peut contribuer autant à fes moeurs
& à fes vertus , qu'à fes amuſemens honnêtes.
J'attends avec impatience la fuite de
vos charmantes anecdotes morales , je les
regarde comme le code même du fentiment.
Fanni , Lucie , Clari , Julie Nanci
Batilde font , dans leurs genres , autant de
petits drames complets qui produiſent
leur effet.
Je fuis , Monfieur , &c.
L. B. DE C. L.
و
Nous donnerons inceffamment les extraits
que nous avons annoncés de la qua
trième édition de Comminge , ainfi que du
nouveau drame d'Euphémie , dont le fuccès
eft confirmé. L'abondance des matièresne
nous a pas permis de parler encore de
ces deux intérellans ouvrages .
Fermer
Résumé : LETTRE à M. D'ARNAUD, Conseiller d'Ambassade de la Cour de Saxe, &c.
Dans une lettre à M. d'Arnaud, l'auteur exprime sa reconnaissance pour les émotions suscitées par ses œuvres, comparant son talent à celui de Jean-Jacques Rousseau. La tragédie 'Comminge' est acclamée comme l'une des plus remarquables depuis celles de Voltaire, inaugurant une nouvelle approche dans le drame. L'œuvre 'Euphémie' est également louée pour ses intrigues, ses personnages et son pathos. Le rôle d'Euphémie est décrit comme déchirant, tandis que celui de Mélanie est qualifié de touchant et vertueux. L'auteur cite des vers de l'acte 1, scène 2, pour illustrer la profondeur des émotions et la piété du personnage de Mélanie. L'auteur, probablement un dramaturge contemporain de Voltaire, admire la maîtrise de l'art dramatique de M. d'Arnaud, soulignant sa capacité à tirer inspiration des anciens. Cependant, il regrette que M. d'Arnaud ne présente pas ses œuvres sur la scène française, malgré ses talents évidents pour émouvoir et instruire le public. Il encourage le dramaturge à surmonter les obstacles tels que les cabales et les intrigues, et à se produire sur la scène nationale pour le bien de la société. La lettre se conclut par une attente impatiente des futures œuvres de M. d'Arnaud, notamment des anecdotes morales comparées à un code de sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11374
p. 130-134
LES Plaisirs de l'Esprit, ode qui remporté le Prix de l'Académie de PAU en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE MALESPINE. A Paris, chez L'ESCLAPART, Libraire, au quai de Gêvres.
Début :
Le sujet du Prix que l'Académie de Pau avoit proposé a dû plaire aux gens de [...]
Mots clefs :
Académie de Pau, Prix de l'Académie de Pau, Ode, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES Plaisirs de l'Esprit, ode qui remporté le Prix de l'Académie de PAU en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE MALESPINE. A Paris, chez L'ESCLAPART, Libraire, au quai de Gêvres.
LES Plaifirs de PEfprit , ode qui a remporté
le Prix de l'Académie de PAU
en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE
MALESPINE. A Paris , chez L'Es-
CLAPART , Libraire , au quai de Gèvres.
LEE fujet du Prix que l'Académie de
Pau avoit propofé a dû plaire aux gens de
lettres . On les invitoit à célébrer les plaifirs
qu'ils goûtent ; ils devoient par conféquent
mettre beaucoup de vérité dans
leurs ouvrages. Nous favons que le concours
a été très- nombreux ; l'ode de M.
l'Abbé Malefpine a réuni tous les fuffrages ,
& nous croyons que le public approuvera
ce jugement. On trouve , au commencement
de cette brochure , dont la forme
typographique plaira aux amateurs , une
préface lumineufe & bien écrite. L'auteur
y parle du genre de l'ode comme un homme
qui le connoît bien , & qui eft fait pour y
avoir les plus grands fuccès ; les bornes
d'un extrait ne nous permettent pas d'analyfer
cette préface , dont nous ne faurions
trop louer le ſtyle pur , noble , & véhément.
M. l'Abbé de Maleffine entre dans
fon fujet par ce début :
JUIN 1768, ས 3 ་
Fuis , volupté , mère du crime :
Que peuvent fur moi tes appas ?
Je m'élance & franchis l'abîme
Que tes fleurs couvrent fous mes pas.
A mes fens j'inapofe filence :
Leur paffagère jouiſſance
Eteint l'ivrefle des defirs.
Mon efprit s'échauffe , s'enflamme ;
La pensée élève mon âme ,
Elle éternife mes plaifirs .
L'Auteur prend fon effor & va , comme
Prométhée , s'enflammer du feu céleſte :
il contemple enfuite la divinité :
Au feul afpect de les ouvrages
Quels fecrets me font découverts !
Mon efprit devance les âges ,
Je vois éclorre l'univers.
Le télescope d'Uranie
Me montre l'ordre , l'harmonie
Des mondes flottans dans les cieux.
Ces foleils , ces globes immenfes,
Rapprochés malgré leurs diftances ,
Semblent defcendre fous mes yeux.
Cette image nous paroît fublime. L'Au.
teur revient enfuite dans fon cabinet , il y
trouve la Vérité & la Liberté ; tout ceci
eft mis en action ; on a fouvent obfervé
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
ces petits drames dans Pindare & dans le
grand Rouffeau. Il faut du goût pour en
faire ufage , & M. l'Abbé de Malefpine
y a parfaitement réuffi ; il rend enfuite ,
en très-beaux vers , les fenfations agréables
qu'il éprouve à la lecture de fes maîtres.
Du fruit de vos veilles favantes
Je m'enrichis , illuftres morts !
Fils de Calliope , tu chantes ,
Mon âme éprouve tes tranfports.
Sophocle excite mes alarmes ,
Son rival m'arrache des larmes :
Je ris avec Anacréon.
Quand j'entends tonner Démosthène ,
Mon coeur eft citoyen d'Athène ,
Je vole aux champs de Marathon.
L'étude de l'hiftoire & de la mytholo
gie préfentent deux tableaux bien variés ,
bien contraftés , pleins de délicateffe &
de goût. Nous tranfcrirons , avec plaifir ,.
une ftrophe fur la compofition , elle nous
paroît mériter les plus grands éloges : l'enthoufiafme
de l'Auteur y eft à fon comble ,
& cet endroit , qui eft le plus beau de
fon ouvrage , peut être comparé à tout ce
que nous avons de plus admirable dans.
le genre lyrique,
Un feu dévorant me conſume !
Quel fouffle anime mes efprits ! -
•
1.3,
JUIN 1768.
Mon âme coule fous ma plume ,
Elle paffe dans mes écrits .
>
Ainfi la matière écumante
S'élève , gronde , impatiente
D'échapper au gouffre enflammé ;
Et , par un dédale rapide ,
Court au gré de l'art qui la guide ,
Reproduire un Roi bien - aimé.
où
Nous n'étendrons pas plus loin cet extrait
; il faut lire toute cette ode pour en
connoître toutes les beautés . M. l'Abbé de
Malefpine a ajouté une autre ode à celle
dont nous avons rendu compte : le fujet
de ce fecond ouvrage eft la fête de la rofe ,
qu'on célèbre à Salency , en Picardie ,
la fille la plus vertueufe eft couronnée de
rofes le 8 juin ; nous en prendrons au
hafard deux ftrophes qui feront connoître
à nos lecteurs le mérite de cet ouvrage..
Que la molleffe ailleurs l'encenſe ,
Fuis , dangereufe volupté ;
L'air que refpire l'innocence
De tes feux feroit infecté.
Ainfi la vapeur infernale
Que du volcan la bouche exhale ,
Ternit l'émail des tendres fleurs
Quand , échappés, des bords du gouffre ,
Des flots de bitume & de fouffre ,
Couvrent les champs de leur fureur.
134 MERCURE DE FRANCE.
Arbitres du bonheur du monde ,
Sur les moeurs portez vos regards ;
Parlez à votre voix féconde :
Élles naîtront de toutes parts.
La vertu modefte & timide
De vils tréfors n'eft point avide
Sa récompenfe eft une fleur.
Tel un fimple rameau d'Athène
Etoit pour une âme romaine
Le falaire de la valeur.
+
Le ftyle de M. l'Abbé de Malefpine est
pur , noble , harmonieux & pittorefque.
Cet Auteur eft fait pour accréditer le genre
de l'ode , qui eft trop négligé en France.
Nous avons peu d'écrivains dont la manière
foit plus intéreffante & le goût plus délicat.
Les juftes fuccès qu'il a eus à Pau lui en
promettent de nouveaux fur un plus grand
théâtre. Les philofophes & les poëtes feront
également fatisfaits de ces deux ouvrages.
le Prix de l'Académie de PAU
en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE
MALESPINE. A Paris , chez L'Es-
CLAPART , Libraire , au quai de Gèvres.
LEE fujet du Prix que l'Académie de
Pau avoit propofé a dû plaire aux gens de
lettres . On les invitoit à célébrer les plaifirs
qu'ils goûtent ; ils devoient par conféquent
mettre beaucoup de vérité dans
leurs ouvrages. Nous favons que le concours
a été très- nombreux ; l'ode de M.
l'Abbé Malefpine a réuni tous les fuffrages ,
& nous croyons que le public approuvera
ce jugement. On trouve , au commencement
de cette brochure , dont la forme
typographique plaira aux amateurs , une
préface lumineufe & bien écrite. L'auteur
y parle du genre de l'ode comme un homme
qui le connoît bien , & qui eft fait pour y
avoir les plus grands fuccès ; les bornes
d'un extrait ne nous permettent pas d'analyfer
cette préface , dont nous ne faurions
trop louer le ſtyle pur , noble , & véhément.
M. l'Abbé de Maleffine entre dans
fon fujet par ce début :
JUIN 1768, ས 3 ་
Fuis , volupté , mère du crime :
Que peuvent fur moi tes appas ?
Je m'élance & franchis l'abîme
Que tes fleurs couvrent fous mes pas.
A mes fens j'inapofe filence :
Leur paffagère jouiſſance
Eteint l'ivrefle des defirs.
Mon efprit s'échauffe , s'enflamme ;
La pensée élève mon âme ,
Elle éternife mes plaifirs .
L'Auteur prend fon effor & va , comme
Prométhée , s'enflammer du feu céleſte :
il contemple enfuite la divinité :
Au feul afpect de les ouvrages
Quels fecrets me font découverts !
Mon efprit devance les âges ,
Je vois éclorre l'univers.
Le télescope d'Uranie
Me montre l'ordre , l'harmonie
Des mondes flottans dans les cieux.
Ces foleils , ces globes immenfes,
Rapprochés malgré leurs diftances ,
Semblent defcendre fous mes yeux.
Cette image nous paroît fublime. L'Au.
teur revient enfuite dans fon cabinet , il y
trouve la Vérité & la Liberté ; tout ceci
eft mis en action ; on a fouvent obfervé
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
ces petits drames dans Pindare & dans le
grand Rouffeau. Il faut du goût pour en
faire ufage , & M. l'Abbé de Malefpine
y a parfaitement réuffi ; il rend enfuite ,
en très-beaux vers , les fenfations agréables
qu'il éprouve à la lecture de fes maîtres.
Du fruit de vos veilles favantes
Je m'enrichis , illuftres morts !
Fils de Calliope , tu chantes ,
Mon âme éprouve tes tranfports.
Sophocle excite mes alarmes ,
Son rival m'arrache des larmes :
Je ris avec Anacréon.
Quand j'entends tonner Démosthène ,
Mon coeur eft citoyen d'Athène ,
Je vole aux champs de Marathon.
L'étude de l'hiftoire & de la mytholo
gie préfentent deux tableaux bien variés ,
bien contraftés , pleins de délicateffe &
de goût. Nous tranfcrirons , avec plaifir ,.
une ftrophe fur la compofition , elle nous
paroît mériter les plus grands éloges : l'enthoufiafme
de l'Auteur y eft à fon comble ,
& cet endroit , qui eft le plus beau de
fon ouvrage , peut être comparé à tout ce
que nous avons de plus admirable dans.
le genre lyrique,
Un feu dévorant me conſume !
Quel fouffle anime mes efprits ! -
•
1.3,
JUIN 1768.
Mon âme coule fous ma plume ,
Elle paffe dans mes écrits .
>
Ainfi la matière écumante
S'élève , gronde , impatiente
D'échapper au gouffre enflammé ;
Et , par un dédale rapide ,
Court au gré de l'art qui la guide ,
Reproduire un Roi bien - aimé.
où
Nous n'étendrons pas plus loin cet extrait
; il faut lire toute cette ode pour en
connoître toutes les beautés . M. l'Abbé de
Malefpine a ajouté une autre ode à celle
dont nous avons rendu compte : le fujet
de ce fecond ouvrage eft la fête de la rofe ,
qu'on célèbre à Salency , en Picardie ,
la fille la plus vertueufe eft couronnée de
rofes le 8 juin ; nous en prendrons au
hafard deux ftrophes qui feront connoître
à nos lecteurs le mérite de cet ouvrage..
Que la molleffe ailleurs l'encenſe ,
Fuis , dangereufe volupté ;
L'air que refpire l'innocence
De tes feux feroit infecté.
Ainfi la vapeur infernale
Que du volcan la bouche exhale ,
Ternit l'émail des tendres fleurs
Quand , échappés, des bords du gouffre ,
Des flots de bitume & de fouffre ,
Couvrent les champs de leur fureur.
134 MERCURE DE FRANCE.
Arbitres du bonheur du monde ,
Sur les moeurs portez vos regards ;
Parlez à votre voix féconde :
Élles naîtront de toutes parts.
La vertu modefte & timide
De vils tréfors n'eft point avide
Sa récompenfe eft une fleur.
Tel un fimple rameau d'Athène
Etoit pour une âme romaine
Le falaire de la valeur.
+
Le ftyle de M. l'Abbé de Malefpine est
pur , noble , harmonieux & pittorefque.
Cet Auteur eft fait pour accréditer le genre
de l'ode , qui eft trop négligé en France.
Nous avons peu d'écrivains dont la manière
foit plus intéreffante & le goût plus délicat.
Les juftes fuccès qu'il a eus à Pau lui en
promettent de nouveaux fur un plus grand
théâtre. Les philofophes & les poëtes feront
également fatisfaits de ces deux ouvrages.
Fermer
Résumé : LES Plaisirs de l'Esprit, ode qui remporté le Prix de l'Académie de PAU en l'année 1768 ; par M. l'Abbé DE MALESPINE. A Paris, chez L'ESCLAPART, Libraire, au quai de Gêvres.
En 1768, l'Académie de Pau a décerné son prix à l'abbé de Malespine pour son ode intitulée 'Les Plaisirs de l'esprit'. Le sujet, qui consistait à célébrer les plaisirs intellectuels, a suscité un grand intérêt parmi les participants. L'œuvre de Malespine a été unanimement saluée pour sa vérité et sa qualité. La brochure contenant l'ode inclut une préface bien rédigée, démontrant la maîtrise de l'auteur dans le genre de l'ode. Dans cette œuvre, Malespine rejette les voluptés terrestres au profit des plaisirs spirituels, illustrant une élévation de l'esprit vers des contemplations sublimes. Il met en avant la découverte de secrets grâce à l'étude et la contemplation des œuvres littéraires et scientifiques, ainsi que les émotions suscitées par la lecture des grands auteurs classiques. L'ode se conclut par une description enthousiaste de l'inspiration poétique. Malespine a également composé une seconde ode sur la fête de la rose à Salency, en Picardie, où la jeune fille la plus vertueuse est couronnée. Cette œuvre met en garde contre les dangers de la volupté et exalte la vertu modeste. Le style de Malespine est loué pour sa pureté, sa noblesse et son harmonie, et il est reconnu comme un défenseur du genre de l'ode en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11375
p. 135-152
« DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Ouvrage, Livres, Approbation, Prix, Privilège, Imprimeur, Livres rares, Catalogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
ICTIONNAIRE typographique , hiftorique
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
Fermer
Résumé : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
En 1768, plusieurs ouvrages remarquables ont été publiés. Parmi eux, le 'Dictionnaire typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, estimés & recherchés' de J. B. L. Ofmont, en deux volumes, est particulièrement estimé par des bibliographes comme M. Mercier et M. Floncel. Cet ouvrage fournit des informations détaillées sur les auteurs, leurs lieux de naissance, leurs périodes de vie, et des remarques pour identifier les bonnes éditions. Il inclut également des catalogues de livres recherchés, des chronologies de pères de l'Église et de poètes, ainsi qu'une liste pour constituer une collection complète de mémoires du clergé. D'autres publications notables incluent le 'Dictionnaire grammatical de la langue françoise' édité chez Vincent, le 'Traité pratique de l'inoculation' de M. Gandoger de Foigny, et 'Le Courrier de la mode, ou le Journal du goût', un périodique sur les nouveautés de mode. Le texte mentionne également 'Des causes du bonheur public' de l'Abbé Gros de Befplas et le 'Cours d'histoire universelle' de M. Luneau de Boisfgermain. Le 'Journal d'éducation' présenté au Roi par M. Leroux est disponible à Amiens, Paris, Versailles et d'autres grandes villes. Parmi les autres ouvrages, on trouve 'Histoire de l'opéra bouffon', qui contient des jugements sur les pièces de théâtre parisiennes et est disponible à Amsterdam et Paris. L''Armorial des États de Languedoc' par M. Gastelier de la Tour, publié en 1767, rassemble les armoiries des commissaires, du clergé, de la noblesse et des villes, avec des notes historiques sur les baronies et les cathédrales. Le 'Panégyrique de Saint Louis' a été prononcé au Louvre en 1767 par l'Abbé de Bassinet et publié en 1768. 'La bataille de Fontenoy', un opéra-tragédie traduit du grec, est disponible à Chambord et Paris. Le 'Nouveau Commentaire sur la coutume de la Rochelle' par René-Josué Valin est publié à Paris. La 'Légende dorée' est disponible à Genève et Paris. 'L'Existence de Dieu' par M. Bullet, professeur de théologie, répond aux philosophes contemporains et est publié à Paris. Enfin, 'Icones rerum naturalium' contient des figures enluminées d'histoire naturelle, imprimé à Copenhague et disponible à Genève et Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11376
p. 152-154
AVIS.
Début :
C. Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise, a mis en vente [...]
Mots clefs :
Libraire, Volumes, Charles-Joseph Panckoucke
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
C. Panckoucke , Libraire , rue & à côté
de la Comédie Françoiſe , a mis en vente
les ouvrages fuivans .
Les tomes 31 , 32 des Mémoires de
l'Académie royale des infcriptions &
belles-lettres , in- 4° ; 12 liv. le volume.
L'année 1764 des Mémoires de l'Académie
royale des fciences, 12 livres le volume.
Les tomes 28 , 29 , 30 , 31 de l'hiftoire
naturelle , in 12 , par MM. Buffon & Daubenton
, en quatres volumes , complettent
l'hiftoire naturelle des animaux quadrupèdes
, & mettent l'édition in 12 au pair
de l'in-4 . Chaque volume in - 12 pris féparément
coûte livres , & 3 liv. is fre 3
JUIN 1768 .
lié. Les volumes in - 12 , qu'on relie en 32
tomes coûtent 106 liv. reliés.
Chaque volume in-4° . coûte 15 liv. &
17 liv. relié. Les 15 volumes in- 4°. 255
liv.
L'hiftoire naturelle des oifeaux formera.
un ouvrage à તે part & commencera tome i
2,3 , & c.
Le Libraire avertit que tous ceux qui
auront négligé de retirer leurs volumes
féparés dans tout le cours de cette année ,
nepourront completter l'ouvrage pour aueun
prix , paffé ce tems , parce que tout
fera mis en corps complets.
"
Les fept premiers volumes in - 4° . desi
oeuvres M. de Voltaire , ornés d'eftampes :
gravées par les meilleurs maîtres , & deffinées
par M. Gravelot , font actuellement
en vente. Toute l'édition eft en grand pa
pier , & imprimée avec les caractères de
M. Fournier le jeune; chaque volume in- 4°.
coûte 11 livres ; chaque planche 15 fols.
On eft le maître d'acheter les volumes fans:
les planches.
L'édition comprendra 19 à 20 vol. &
coûtera 200 ou 211 liv.
Le total des eftampes , favoir les 11 de:
la Henriade , & les 31 des pièces de théatre
, coûtera 31 liv. 10 f. Ainfi chaque:
volume in-4 . grand papier , ne reviendra
Gw
154 MERCURE DE FRANCE.
aux foufcripteurs qu'à 12 liv. 10 à 12 £.
avec les eftampes.
Le même Libraire continue de donner
par foufcription , & au prix de 210 liv. ,
au lieu de 348 liv. , les belles fables de la
Fontaine , 4 volumes in- fol. grandpapier
ornés de 300 planches du célèbre Oudry.
Le très- grand papier vaut 300 liv. au lieu
de 400 liv.
Le tome 9 de la collection académique
in-4° . Le dixieme paroîtra inceffamment.
Traité des vertus & des récompenfes ,
in- 12 , en italien & en françois ; c'eſt une
fuite du traité des peines & des délits.
La connoiffance des tems. 1769 , 8 liv.
Réflexions détachées fur l'efprit ; in- 12 .,
Mémoire fur la deftruction des loups.
Hiftoire du Préfident Hainault , in-4° ·
& in- 12.
Nous donnerons , dans un des Mercures
faivans , la fuite de l'extrait de l'élégante
traduction ou imitation de Lucrèce , par
M. Panckoucke , Libraire , qui débite tous
les livres ci - deffus annoncés .
C. Panckoucke , Libraire , rue & à côté
de la Comédie Françoiſe , a mis en vente
les ouvrages fuivans .
Les tomes 31 , 32 des Mémoires de
l'Académie royale des infcriptions &
belles-lettres , in- 4° ; 12 liv. le volume.
L'année 1764 des Mémoires de l'Académie
royale des fciences, 12 livres le volume.
Les tomes 28 , 29 , 30 , 31 de l'hiftoire
naturelle , in 12 , par MM. Buffon & Daubenton
, en quatres volumes , complettent
l'hiftoire naturelle des animaux quadrupèdes
, & mettent l'édition in 12 au pair
de l'in-4 . Chaque volume in - 12 pris féparément
coûte livres , & 3 liv. is fre 3
JUIN 1768 .
lié. Les volumes in - 12 , qu'on relie en 32
tomes coûtent 106 liv. reliés.
Chaque volume in-4° . coûte 15 liv. &
17 liv. relié. Les 15 volumes in- 4°. 255
liv.
L'hiftoire naturelle des oifeaux formera.
un ouvrage à તે part & commencera tome i
2,3 , & c.
Le Libraire avertit que tous ceux qui
auront négligé de retirer leurs volumes
féparés dans tout le cours de cette année ,
nepourront completter l'ouvrage pour aueun
prix , paffé ce tems , parce que tout
fera mis en corps complets.
"
Les fept premiers volumes in - 4° . desi
oeuvres M. de Voltaire , ornés d'eftampes :
gravées par les meilleurs maîtres , & deffinées
par M. Gravelot , font actuellement
en vente. Toute l'édition eft en grand pa
pier , & imprimée avec les caractères de
M. Fournier le jeune; chaque volume in- 4°.
coûte 11 livres ; chaque planche 15 fols.
On eft le maître d'acheter les volumes fans:
les planches.
L'édition comprendra 19 à 20 vol. &
coûtera 200 ou 211 liv.
Le total des eftampes , favoir les 11 de:
la Henriade , & les 31 des pièces de théatre
, coûtera 31 liv. 10 f. Ainfi chaque:
volume in-4 . grand papier , ne reviendra
Gw
154 MERCURE DE FRANCE.
aux foufcripteurs qu'à 12 liv. 10 à 12 £.
avec les eftampes.
Le même Libraire continue de donner
par foufcription , & au prix de 210 liv. ,
au lieu de 348 liv. , les belles fables de la
Fontaine , 4 volumes in- fol. grandpapier
ornés de 300 planches du célèbre Oudry.
Le très- grand papier vaut 300 liv. au lieu
de 400 liv.
Le tome 9 de la collection académique
in-4° . Le dixieme paroîtra inceffamment.
Traité des vertus & des récompenfes ,
in- 12 , en italien & en françois ; c'eſt une
fuite du traité des peines & des délits.
La connoiffance des tems. 1769 , 8 liv.
Réflexions détachées fur l'efprit ; in- 12 .,
Mémoire fur la deftruction des loups.
Hiftoire du Préfident Hainault , in-4° ·
& in- 12.
Nous donnerons , dans un des Mercures
faivans , la fuite de l'extrait de l'élégante
traduction ou imitation de Lucrèce , par
M. Panckoucke , Libraire , qui débite tous
les livres ci - deffus annoncés .
Fermer
Résumé : AVIS.
Le libraire C. Panckoucke, situé rue et à côté de la Comédie Françoise, propose divers ouvrages. Les tomes 31 et 32 des 'Mémoires de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres' ainsi que l'année 1764 des 'Mémoires de l'Académie royale des sciences' sont disponibles à 12 livres le volume. Les tomes 28 à 31 de l''Histoire naturelle' des animaux quadrupèdes, écrits par MM. Buffon et Daubenton, sont en vente. Les volumes in-12 coûtent 6 livres chacun ou 106 livres pour 32 volumes reliés, tandis que les volumes in-4° coûtent 15 livres chacun ou 255 livres pour 15 volumes. Les sept premiers volumes in-4° des 'Œuvres de M. de Voltaire', ornés d'estampes gravées, sont vendus à 11 livres chacun et les planches à 15 sols chacune. L'édition complète, comprenant 19 à 20 volumes, coûtera entre 200 et 211 livres, avec les estampes à 31 livres et 10 sols. Une édition des 'Fables de La Fontaine' est proposée par souscription à 210 livres, au lieu de 348 livres. Les volumes in-folio grand papier, ornés de 300 planches du célèbre Oudry, valent 300 livres au lieu de 400 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11377
p. 155-156
ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
Début :
L'ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de Marseille a tenu sa [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres, sciences et arts de Marseille, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
ACADÉMIE des Belles - Lettres , Sciences
& Arts de MARSEILLE.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres
Sciences & Arts de Marfeille a tenu fa
première affemblée publique d'après Pâques
le 13 de ce mois.
M. le Chancelier , en l'abfence du
Directeur , a ouvert la féance par un
difcours relatif à l'objet de cette affemblée.
M. Guis a la un mémoire fur les
manufactures placées dans les villes maritimes
& commerçantes. M. de Saint--
Jacques a lu un mémoire fur la manière
de trouver les longitudes far mer.
M. Fortic a lu une differtation fur les
volcans & fur quelques phénomènes par
ticuliers du Véfuve. M. Mourrailles a lu
un mémoire fur la méthode des fluxions
& fur les infiniment petits.
G vj
156 1
MERCURE DE FRANCE.
La féance a été terminée par la lec
ture de l'éloge hiftorique de feu M. le
Marquis de Beauffet, fait par M. Audibert.
L'Académie n'ayant point adjugé le
prix , en aura deux à donner l'année
prochaine.
Elle a propofé , pour ces deux prix ,
les fujets fuivans :
Quelles font les caufes de la diminution
de la pêche fur les côtes de Provence , &
quels feroient les moyens de la rendre
plus abondante.
Quelle eft la meilleure manière de faire
&gouverner le vin de Provence , foit pour
l'ufage , foit pour le tranſport.
Les ouvrages ne feront reçus que
jufqu'au premier janvier 1769. Ils deivent
être adreffés à MM. de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
Marſeille , & remis , francs de port , fans
quoi ils ne feront pas retirés..
& Arts de MARSEILLE.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres
Sciences & Arts de Marfeille a tenu fa
première affemblée publique d'après Pâques
le 13 de ce mois.
M. le Chancelier , en l'abfence du
Directeur , a ouvert la féance par un
difcours relatif à l'objet de cette affemblée.
M. Guis a la un mémoire fur les
manufactures placées dans les villes maritimes
& commerçantes. M. de Saint--
Jacques a lu un mémoire fur la manière
de trouver les longitudes far mer.
M. Fortic a lu une differtation fur les
volcans & fur quelques phénomènes par
ticuliers du Véfuve. M. Mourrailles a lu
un mémoire fur la méthode des fluxions
& fur les infiniment petits.
G vj
156 1
MERCURE DE FRANCE.
La féance a été terminée par la lec
ture de l'éloge hiftorique de feu M. le
Marquis de Beauffet, fait par M. Audibert.
L'Académie n'ayant point adjugé le
prix , en aura deux à donner l'année
prochaine.
Elle a propofé , pour ces deux prix ,
les fujets fuivans :
Quelles font les caufes de la diminution
de la pêche fur les côtes de Provence , &
quels feroient les moyens de la rendre
plus abondante.
Quelle eft la meilleure manière de faire
&gouverner le vin de Provence , foit pour
l'ufage , foit pour le tranſport.
Les ouvrages ne feront reçus que
jufqu'au premier janvier 1769. Ils deivent
être adreffés à MM. de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
Marſeille , & remis , francs de port , fans
quoi ils ne feront pas retirés..
Fermer
Résumé : ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
Le 13 mai, l'Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Marseille a tenu sa première assemblée publique après Pâques. M. le Chancelier a inauguré la séance en l'absence du Directeur, en expliquant l'objectif de la réunion. Plusieurs membres ont présenté des mémoires : M. Guis sur les manufactures dans les villes maritimes et commerciales, M. de Saint-Jacques sur la détermination des longitudes en mer, M. Fortic sur les volcans et les phénomènes du Vésuve, et M. Mourrailles sur la méthode des fluxions et les infiniment petits. La séance s'est achevée par la lecture de l'éloge historique du Marquis de Beauffet, rédigé par M. Audibert. L'Académie n'a pas attribué de prix cette année mais en proposera deux l'année suivante. Les sujets proposés sont la diminution de la pêche sur les côtes de Provence et les moyens de la rendre plus abondante, ainsi que la meilleure manière de fabriquer et de gouverner le vin de Provence. Les travaux doivent être soumis avant le 1er janvier 1769 aux membres de l'Académie, les frais de port étant à la charge des auteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11378
p. 170-171
GRAVURES.
Début :
M. de Mornas, Géographe du Roi & des Enfans de France, a eu l'honneur, le [...]
Mots clefs :
Gravure, Cartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURES.
GRAVURES.
M. de Mornas , Géographe du Roi &
des Enfans de France , a eu l'honneur , le
22 mai dernier , de préſenter à Sa Majeſté
& à la Famille Royale la huitième livraifon
de fon Atlas , confiftante en vingt
cartes qui forment une fuite du quatrième
volume. Ces cartes ont encore rapport à
la feconde époque du fixième âge du
monde , c'eſt - à- dire , depuis la mort d'Alexandre
le Grand jufqu'à la deftruction de
Carthage. On y traite de la fuite des évé
nemens de l'hiftoire de Pergame , de Bithi
nie , d'Héraciée , de Sparte , d'Athènes ,
d'Achaïe , d'Etolie , de Syracufe , & de
Rome.
L'Auteur fe plaint , avec raiſon , de la
négligence des foufcripteurs à venir retirer
les livraiſons à mesure qu'elles paroiffent ,
& ce n'eft que fur leur exactitude qu'il
compte de pouvoir remplir fes engagemens
pris avec le public. Il ne lui feroit
pas poffible , fans cela , de continuer une
ntreprise qui l'oblige à faire des avances
JUIN 1768. 171
confidérables qu'il ne peut retirer que fucceffivement
& à mesure que les foufcripteurs
viennent fe completter.Il prévient qu'à
compter du premier août prochain , & conformément
à fon dernier avis , il fera
payer ſes cartes un tiers au - deffus du prix
fixé par la première foufcription à tous
ceux qui , avant cette époque , n'auront
pas retiré les fix , fept & huitième livraifons
de fon Atlas , que l'on ne trouve que
chez lui , rue Saint - Jacques , à côté de
Saint Yves.
M. de Mornas , Géographe du Roi &
des Enfans de France , a eu l'honneur , le
22 mai dernier , de préſenter à Sa Majeſté
& à la Famille Royale la huitième livraifon
de fon Atlas , confiftante en vingt
cartes qui forment une fuite du quatrième
volume. Ces cartes ont encore rapport à
la feconde époque du fixième âge du
monde , c'eſt - à- dire , depuis la mort d'Alexandre
le Grand jufqu'à la deftruction de
Carthage. On y traite de la fuite des évé
nemens de l'hiftoire de Pergame , de Bithi
nie , d'Héraciée , de Sparte , d'Athènes ,
d'Achaïe , d'Etolie , de Syracufe , & de
Rome.
L'Auteur fe plaint , avec raiſon , de la
négligence des foufcripteurs à venir retirer
les livraiſons à mesure qu'elles paroiffent ,
& ce n'eft que fur leur exactitude qu'il
compte de pouvoir remplir fes engagemens
pris avec le public. Il ne lui feroit
pas poffible , fans cela , de continuer une
ntreprise qui l'oblige à faire des avances
JUIN 1768. 171
confidérables qu'il ne peut retirer que fucceffivement
& à mesure que les foufcripteurs
viennent fe completter.Il prévient qu'à
compter du premier août prochain , & conformément
à fon dernier avis , il fera
payer ſes cartes un tiers au - deffus du prix
fixé par la première foufcription à tous
ceux qui , avant cette époque , n'auront
pas retiré les fix , fept & huitième livraifons
de fon Atlas , que l'on ne trouve que
chez lui , rue Saint - Jacques , à côté de
Saint Yves.
Fermer
Résumé : GRAVURES.
Le 22 mai, M. de Mornas, géographe du Roi et des Enfants de France, a présenté à Sa Majesté et à la Famille Royale la huitième livraison de son Atlas, contenant vingt cartes. Ces cartes couvrent la période allant de la mort d'Alexandre le Grand à la destruction de Carthage, et détaillent les événements historiques de Pergame, Bithynie, Héraclée, Sparte, Athènes, Achaïe, Étolie, Syracuse et Rome. M. de Mornas exprime sa déception face à la négligence des souscripteurs qui ne retirent pas les livraisons à mesure qu'elles paraissent. Il insiste sur l'importance de la ponctualité des souscripteurs pour honorer ses engagements financiers. À partir du 1er août, le prix des cartes augmentera d'un tiers pour ceux n'ayant pas retiré les sixième, septième et huitième livraisons. Ces livraisons sont disponibles chez lui, rue Saint-Jacques, près de Saint-Yves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11379
p. 171-173
MUSIQUE.
Début :
DEUX concerto de violon, avec des cors & hautbois obligés ; de la composition [...]
Mots clefs :
Musique, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
DEUX concerto de violon , avec des
cors & hautbois obligés ; de la compofition
de M. Frantzl, Ördinaire de la Mufique
de S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin ;
fe vendent à Paris , aux adreffes ordinaires.
LES Larmes de l'Amour : quatre ariettes
avec la baffe ; par M. Bouvin : fe trouvent
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis à- vis
Saint Eustache , chez le Teinturier , & aux
adreffes ordinaires de mufique : prix 12 f.
L'Oracle des Amans , cantatille nouvelle
, à voix feule , avec fymphonie ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à Mgr le Comte de Noailles , Grand
d'Efpagne , & c. par M. Dellain , Ecrivain
de la Marine & des Claffes : prix 1 liv.
16 fols. Se vend à Paris , chez Mlle Caftagnery
, rue des Prouvaires , & aux adreffes
ordinaires à Nantes , chez M. Tanqueray,
grande rue ; & à Rouen , chez M. PAigle ,
rue des Carmes.
AIRS , ariettes & duo de la Vénitienne
comédie-ballet , repréfentée par l'Académie
Royale de Mufique , le vendredi 6
mai 1768 : la mufique par M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi. Prix
4'liv. 16 fols. Cet agréable recueil ſe vend
à Paris , chez l'Auteur , rue Saint - Honoré ,
au coin du Boulevard , à la falle de l'opéra
, & aux adreffes ordinaires.
Six fonates pour le violon feul , avec
accompagnement de baffe ; par M. de
Zimermann , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , premier Lieutenant
au Régiment des Gardes Suiffes du
Roi ; dédiées à M. de Bachman , Major
dudit Régiment. Se vendent à Paris , chez
M. Huberty, rue des Deux - Ecus , au pigeon
blanc prix 7 livi 4 fols.
t
MÉTHODE raiſonnée pour paffer du violon
à la mandoline , & de l'archer à la
plume , ou le moyen für de jouer . fans
JUIN 1768. 173
maître , en peu de temps , par des fignes de
convention affortis à des exemples de
mufique facile ; contenant vingt - quatre
airs danfans à deux mandolines ; fix menuets
, avec accompagnement ;
deux duo ;
une fonate , avec la baffe , & plufieurs airs
connus variés. Par M. Léone , de Naples ,
Maître de mandoline de S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres , Prince du Sang. Se vend
rue Saint- Honoré , vis-à- vis Saint- Honoré.
DEUX concerto de violon , avec des
cors & hautbois obligés ; de la compofition
de M. Frantzl, Ördinaire de la Mufique
de S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin ;
fe vendent à Paris , aux adreffes ordinaires.
LES Larmes de l'Amour : quatre ariettes
avec la baffe ; par M. Bouvin : fe trouvent
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis à- vis
Saint Eustache , chez le Teinturier , & aux
adreffes ordinaires de mufique : prix 12 f.
L'Oracle des Amans , cantatille nouvelle
, à voix feule , avec fymphonie ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à Mgr le Comte de Noailles , Grand
d'Efpagne , & c. par M. Dellain , Ecrivain
de la Marine & des Claffes : prix 1 liv.
16 fols. Se vend à Paris , chez Mlle Caftagnery
, rue des Prouvaires , & aux adreffes
ordinaires à Nantes , chez M. Tanqueray,
grande rue ; & à Rouen , chez M. PAigle ,
rue des Carmes.
AIRS , ariettes & duo de la Vénitienne
comédie-ballet , repréfentée par l'Académie
Royale de Mufique , le vendredi 6
mai 1768 : la mufique par M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi. Prix
4'liv. 16 fols. Cet agréable recueil ſe vend
à Paris , chez l'Auteur , rue Saint - Honoré ,
au coin du Boulevard , à la falle de l'opéra
, & aux adreffes ordinaires.
Six fonates pour le violon feul , avec
accompagnement de baffe ; par M. de
Zimermann , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , premier Lieutenant
au Régiment des Gardes Suiffes du
Roi ; dédiées à M. de Bachman , Major
dudit Régiment. Se vendent à Paris , chez
M. Huberty, rue des Deux - Ecus , au pigeon
blanc prix 7 livi 4 fols.
t
MÉTHODE raiſonnée pour paffer du violon
à la mandoline , & de l'archer à la
plume , ou le moyen für de jouer . fans
JUIN 1768. 173
maître , en peu de temps , par des fignes de
convention affortis à des exemples de
mufique facile ; contenant vingt - quatre
airs danfans à deux mandolines ; fix menuets
, avec accompagnement ;
deux duo ;
une fonate , avec la baffe , & plufieurs airs
connus variés. Par M. Léone , de Naples ,
Maître de mandoline de S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres , Prince du Sang. Se vend
rue Saint- Honoré , vis-à- vis Saint- Honoré.
Fermer
Résumé : MUSIQUE.
En 1768, plusieurs publications musicales étaient disponibles à Paris et dans d'autres villes françaises. Parmi elles, deux concertos pour violon de M. Frantzl, musicien de l'Électeur Palatin, étaient en vente à Paris. Les 'Larmes de l'Amour', une série de quatre ariettes avec basse de M. Bouvin, étaient disponibles chez l'auteur et dans les magasins de musique parisiens. 'L'Oracle des Amants', une cantatille pour voix seule avec symphonie dédiée au Comte de Noailles, était composée par M. Dellain et se vendait à Paris, Nantes et Rouen. Les airs, ariettes et duos de la comédie-ballet vénitienne, représentée par l'Académie Royale de Musique le 6 mai 1768, avec musique de M. d'Auvergne, étaient également en vente. Six sonates pour violon avec accompagnement de basse de M. de Zimmermann, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, dédiées à M. de Bachman, étaient disponibles à Paris. Enfin, une méthode pour passer du violon à la mandoline, écrite par M. Léone, maître de mandoline du Duc de Chartres, était accessible rue Saint-Honoré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11380
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur , Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
Fermer
Résumé : OPÉRA.
Le 6 mai, la première représentation de 'La Vénitienne', comédie-ballet en trois actes, a eu lieu. Le poème original de La Motte a été réorchestré par M. d'Auvergne. Initialement, le succès de l'opéra était incertain, mais le public a progressivement apprécié les talents du compositeur. L'opéra, joué pour la première fois en 1705, n'avait pas été repris depuis. Malgré des paroles imparfaites, le fond de l'œuvre a contribué à équilibrer les avis. Le texte met en garde contre le respect excessif des anciennes productions et l'indulgence excessive envers les nouvelles. L'opéra raconte l'histoire d'Isabelle, Léonore, Octave et leurs serviteurs. Léonore regrette d'avoir tardé à céder à l'amour. Isabelle accuse Léonore d'infidélité, mais Léonore explique aimer un inconnu rencontré lors de jeux. Isabelle, déguisée, a séduit cet inconnu, qui est Octave. Spinette, la suivante d'Isabelle, observe Octave et Léonore. Léonore repousse Octave, qui consulte alors la devineresse Isménide. Spinette informe Isabelle des intentions d'Octave. Dans le second acte, Octave et Zerbin, déguisés, se rendent chez Isménide. Zerbin, ivre, tremble face à l'antre de la magicienne. Zerbin s'endort et rêve de spectres et de monstres. Isabelle tente de se suicider mais reconnaît Zerbin avant d'agir. Zerbin révèle qu'Octave consulte Isménide. Isabelle écoute leur conversation. Isménide prononce un oracle prédisant la mort d'Octave s'il ne revient pas à Isabelle. Terrifiés, ils fuient. Isabelle reste seule, espérant que l'amour lui rendra son amant. Dans la pièce, Léonore tente d'éloigner Isabelle d'Octave. Isabelle joue avec les sentiments de Léonore. Octave, jaloux, menace le prétendu rival. Ils se réconcilient et le bal commence avec des danses et des chants. En juin 1768, une pièce montre Octave et Isabelle se réconcilier. Léonore se réjouit de leur réconciliation. Plusieurs changements de distribution sont mentionnés, notamment Mlle Rosalie remplaçant Mlle Ritter dans le rôle de Léonore.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11381
p. 193-194
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le samedi 7 mai, on donna la première représentation de Beverlei, tragédie bourgeoise [...]
Mots clefs :
Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le famedi 7 mai , on donna la première
repréſentation de Beverlei , tragédie bourgeoife
, imitée de l'Anglois , en cinq actes
& en vers libres ; par M. Saurin , de l'Académie
Françoife.
Nous nous difpofions à donner une idée
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de cette pièce affez étendue pour mettre en
évidence une partie des beautés qu'on y
admire & qui juftifient tout l'éclat de fon
fuccès ; lorfque nous avons appris que cet
ouvrage étoit fous preffe , & paroîtroit au
premier jour. Nous dirons donc feulement,
en attendant un extrait détaillé , que peu
d'ouvrages dramatiques ont produit autant
d'effet que celui- ci fur l'âme des fpectateurs
; que la pièce eft extrêmement bien
rendue ; & que M. Molle, qui y joue le principal
rôle , y donne des preuves d'intelligence
& de force , qui furpaffent les idées
que les connoiffeurs mêmes avoient pu concevoir
du degré de perfection dont l'art
uni au plus beau naturel , peut être fufceptible
.
Le vendredi 27 , on joua pour la première
fois , la Gageure imprévue , Comédie
en un acte & en profe , de M. Sédaine ,
qui a été fort applaudie , dont le fuccès
augmente encore à mesure que les beautés
en font mieux fenties , & dont on fe propofe
de parler plus amplement dans le
prochain Mercure.
Le famedi 7 mai , on donna la première
repréſentation de Beverlei , tragédie bourgeoife
, imitée de l'Anglois , en cinq actes
& en vers libres ; par M. Saurin , de l'Académie
Françoife.
Nous nous difpofions à donner une idée
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de cette pièce affez étendue pour mettre en
évidence une partie des beautés qu'on y
admire & qui juftifient tout l'éclat de fon
fuccès ; lorfque nous avons appris que cet
ouvrage étoit fous preffe , & paroîtroit au
premier jour. Nous dirons donc feulement,
en attendant un extrait détaillé , que peu
d'ouvrages dramatiques ont produit autant
d'effet que celui- ci fur l'âme des fpectateurs
; que la pièce eft extrêmement bien
rendue ; & que M. Molle, qui y joue le principal
rôle , y donne des preuves d'intelligence
& de force , qui furpaffent les idées
que les connoiffeurs mêmes avoient pu concevoir
du degré de perfection dont l'art
uni au plus beau naturel , peut être fufceptible
.
Le vendredi 27 , on joua pour la première
fois , la Gageure imprévue , Comédie
en un acte & en profe , de M. Sédaine ,
qui a été fort applaudie , dont le fuccès
augmente encore à mesure que les beautés
en font mieux fenties , & dont on fe propofe
de parler plus amplement dans le
prochain Mercure.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 7 mai, la tragédie bourgeoise 'Beverlei' en cinq actes et en vers libres, écrite par M. Saurin de l'Académie Française, a été représentée pour la première fois. La pièce a suscité une grande admiration parmi les spectateurs. M. Molle, dans le rôle principal, a montré une intelligence et une force remarquables, dépassant les attentes des connaisseurs. Le 27 mai, la comédie 'La Gageure imprévue' de M. Sédaine, en un acte et en prose, a également été jouée pour la première fois. Cette pièce a été très applaudie et son succès grandit à mesure que ses qualités sont mieux appréciées. Une analyse plus détaillée de cette dernière sera publiée dans le prochain numéro du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11382
p. 195-196
LETTRE à MM. D. D.
Début :
Vous avez raison, Monsieur, de vous plaindre de l'inadvertance qui m'est échappée [...]
Mots clefs :
Carlo Goldoni
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à MM. D. D.
LETTRE à MM. D. D.
V ous
avez
raiſon
, Monfieur
, de vous
plaindre
de l'inadvertance
qui m'eft
échappée
, lorfque
j'ai parlé
de la pièce
du Valet
des deux
Maîtres
, imitée
de Goldoni
.
Je favois
que M. François
l'avoit
faite
en
fociété
avec
vous
, je fais même
à préſent
quels
font
les détails
qui vous appartiennent
& ceux qu'il
a droit
de réclamer
.Vous
n'avez
pas à vous
plaindre
de votre
part, Monfieur
;
& depuis
que
vous
m'avez
confié
votre
manufcrit
, je crois
plus fermement
encore
que je ne l'avois
penfé
, que le fuccès
de
cette
pièce
ne dépend
que de quelques
légères
corrections
. Le refus
des Comédiens
ne doit
pas vous décourager
; ils font
loin
de prétendre
à l'infaillibilité
, & je
les ai vus fouvent
reprendre
avec
le plus
grand
intérêt
des pièces
qu'ils
avoient
jugées
d'abord
avec
trop
de précipitation
,
J'ai vu le public
lui- même
fe conduire
à
peu près ainfi
, & applaudir
dans
un rems
ce qu'il
avoit
négligé
dans
un autre
. Habent
fua fata
libelli
.
•
Vous avez trop de talens , Monfieur
, pour ne pas voir toute les reffources
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
du fujet que vous avez traité , & pour facrifier
la gloire que vous pouvez en attendre.
Je voudrois avoir débuté comme
vous. "
J'ai lu le petit volume de poéfie que
vous avez fait auffi en fociété avec M.
François. J'ignore ce qui eft de lui , & ce
qui eft de vous ; mais j'ai été très - content
de l'épître aux Rois conquérans , de celle
qui eft adreffée à M. Piron , de celle d'un
père à fonfils fur les voyages , & enfin de
l'héroide de Servilie à Brutus. L'élégiefur
la mort de Monfeigneur le Dauphin , eſt
remplie de nobleffe & de fentiment. Voilà ,
Monfieur , ce qui me paroît , dans ce recueil
, annoncer les plus heureuſes difpofitions.
Si je fuis tombé , par hafard , fur
quelques pièces dont vous foyez l'auteur ,
je vous en fais mon compliment , & j'en
fais un à votre province * qui conferve
toujours le double avantage de fournir à
la France plus d'excellens efprits qu'aucune
autre , & d'avoir des héros pour
Gouverneurs ,
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Argenteuil , ce 8 mai 1768.
* La Bourgogne.
V ous
avez
raiſon
, Monfieur
, de vous
plaindre
de l'inadvertance
qui m'eft
échappée
, lorfque
j'ai parlé
de la pièce
du Valet
des deux
Maîtres
, imitée
de Goldoni
.
Je favois
que M. François
l'avoit
faite
en
fociété
avec
vous
, je fais même
à préſent
quels
font
les détails
qui vous appartiennent
& ceux qu'il
a droit
de réclamer
.Vous
n'avez
pas à vous
plaindre
de votre
part, Monfieur
;
& depuis
que
vous
m'avez
confié
votre
manufcrit
, je crois
plus fermement
encore
que je ne l'avois
penfé
, que le fuccès
de
cette
pièce
ne dépend
que de quelques
légères
corrections
. Le refus
des Comédiens
ne doit
pas vous décourager
; ils font
loin
de prétendre
à l'infaillibilité
, & je
les ai vus fouvent
reprendre
avec
le plus
grand
intérêt
des pièces
qu'ils
avoient
jugées
d'abord
avec
trop
de précipitation
,
J'ai vu le public
lui- même
fe conduire
à
peu près ainfi
, & applaudir
dans
un rems
ce qu'il
avoit
négligé
dans
un autre
. Habent
fua fata
libelli
.
•
Vous avez trop de talens , Monfieur
, pour ne pas voir toute les reffources
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
du fujet que vous avez traité , & pour facrifier
la gloire que vous pouvez en attendre.
Je voudrois avoir débuté comme
vous. "
J'ai lu le petit volume de poéfie que
vous avez fait auffi en fociété avec M.
François. J'ignore ce qui eft de lui , & ce
qui eft de vous ; mais j'ai été très - content
de l'épître aux Rois conquérans , de celle
qui eft adreffée à M. Piron , de celle d'un
père à fonfils fur les voyages , & enfin de
l'héroide de Servilie à Brutus. L'élégiefur
la mort de Monfeigneur le Dauphin , eſt
remplie de nobleffe & de fentiment. Voilà ,
Monfieur , ce qui me paroît , dans ce recueil
, annoncer les plus heureuſes difpofitions.
Si je fuis tombé , par hafard , fur
quelques pièces dont vous foyez l'auteur ,
je vous en fais mon compliment , & j'en
fais un à votre province * qui conferve
toujours le double avantage de fournir à
la France plus d'excellens efprits qu'aucune
autre , & d'avoir des héros pour
Gouverneurs ,
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Argenteuil , ce 8 mai 1768.
* La Bourgogne.
Fermer
Résumé : LETTRE à MM. D. D.
La lettre adressée à MM. D. D. discute de la pièce de théâtre 'Le Valet des deux Maîtres', inspirée de Goldoni. L'auteur reconnaît une erreur concernant la paternité de certains détails de la pièce, partagée avec M. François. Il souligne que la réussite de la pièce dépend de quelques corrections mineures et encourage le destinataire à persévérer malgré le refus initial des comédiens, citant des exemples d'œuvres initialement rejetées puis appréciées. L'auteur admire les talents du destinataire et les ressources du sujet traité, exprimant son souhait d'avoir débuté de manière similaire. Il a également lu un recueil de poésie écrit en collaboration avec M. François et apprécie particulièrement plusieurs pièces, notamment l'épître aux Rois conquérants, celle adressée à M. Piron, celle d'un père à ses fils sur les voyages, et l'héroïde de Servilie à Brutus. Il complimente aussi l'élégie sur la mort du Dauphin pour sa noblesse et son sentiment. Enfin, il félicite la Bourgogne pour son apport en excellents esprits et en héros gouverneurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11383
p. 197-206
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le 2 mai, on a donné une représentation de l'École de la jeunesse, ou le Barnevelt [...]
Mots clefs :
Comédie italienne, Baron, Chevalier, Opéra, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
2 mai , on a donné une repréfentation
de l'École de la jeuneffe , ou le Bar
nevelt François , Comédie en trois actes
& en vers , mêlée d'ariettes , qui a reçu
beaucoup d'applaudiffemens , ainfi que la
fcène qui y a été ajoutée par M. Anfeaume,
dont les talens font conftatés par différens
ouvrages eftimés. Nous croyons
obliger nos lecteurs en leur en faiſant
part.
SCÈNE ajoutée à l'Ecole de la Jeuneffe .
ACTE II. SCENE CINQUIEME..
CLÉON , MONDOR , HORTENCE , SOUCRÉON , JULIE
, UN CHEVALIER GASCON , UN BARON ,
JOUEUR , FINETTE.
Hortence entre avec les deux Joueurs
& Julie.
Meffieurs , vous vous faites attendre..
Pour toi , Julie , ho ! je t'en veux.
JULIE.
Pourquoi cela
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Pourquoi ! Je ne fais où te prendre.
Depuis deux mois je te cherche en tous lieux ;
Tu deviens d'un rare ! · ·
JULTE.
Ma chère ,
Il faut me pardonner.
HORTINGS.
Non , je fuis en colère ;
C'eft manquer au devoir de l'amitié .
JULI mystérieusement.
Dis donc.
Tes affaires ont pris aſſez bonne tournure ,
Je croyois en entrant me tromper de maiſon ;
Te voilà fur un ton.
Il eft ici.
HORTENCE ( bas. )
Tais- toi , je t'en conjure ! ...
JULIE.
Monfieur Cléon ?
LE BARON à CLÉON.
Sais- tu quelques nouvelles ?
(
CLÉON,
Non.
JUIN 1768. 199
HOKTENCE À JULIE .
Dis-moi donc par quelle aventure ? .
JULIE.
Voici ce que c'eft en deux mots :
Ce vieux Baron qui m'excédoit fans ceffe ,
Croyant enfin trouver un remède à fes maux ,
(Carpour lui mes rigueurs égaloient fa tendreffe )
S'en vint un jour me propofer ,
Tout uniment de m'époufer. ,
HORTANCE.
Tout de bon ?
JULIE.
En honneur !
HORTENCE.
Ab la bonne folie !
MONDOR.
De quoi riez - vous done ?
HORTENCE.
Ce n'est rien. C'eſt Julie ;
Que l'hymen fous fes loix menace d'enchaîner .
JULIE.
J'en fuis quitte pour la menace ,
Et c'est encore une diſgrace. •
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Tu plaifantes fans doute ?
JULIE.
Et non , fans badiner.
( à Cléon qui la regarde. )
La perfonne. · ·
( à Hortence. )
Monfieur , je fuis votre fervante.
La perfonne , il eft vrai , n'étoit pas attrayante ;
Mais un titre , des biens , un nom . . .
HORTENC E.
Oui , je conçois
JULIE.
Font paffer les défauts qu'on trouve à la perfonne,
HORTENCI
Eh bien ?
JULIE.
Huit jours plus tard enfin , j'étois Baronne
HORTENCE.
Ton Baron t'a manqué de foi ? . ;
JULIE.
Heft mort.
JUIN 1768 ) 201
HORTENCE.
Ah le traître !
JULIE .
Au moment de conclure
MONDOR.
Qui donc qui donc ?
HORTENCE.
Son vieil amant.
JULIE.
Le jour pris pour la fignature ,
Il eft parti fubitement.
HORTENCE.
Eh , que deviens - tu maintenant ?
JULIE.
Ma foi je m'en confele.
HORTENCE.
Et tu fais fagement
J'en ferois autant à ta place.
JULIE..
Quand je fonge pourtant que la beauté fe paffe
Qu'avec le temps la vieilleffe viendra , ...
I v
201 MERCURE DE FRANCE.
HORTEN CE.
Fi donc quelle idée eft-ce là ?
JULIE.
Au fond , pourquoi s'en faire accroire
De tout le monde c'est l'hiftoire.
Je veux faire une fin ... &... j'entre à l'opéra,
MONDO R.
A l'opéra ! .. je vous en félicite.
LE CHEVALIER.
Eh bien mon cher Cléon ,
?
Veux-tu qu'avec toi je m'acquitte ?
Tu nous gagnois hier.
CLÉON.
Moi , non. C'eſt le Baron.
MONDOR à JULIE.
Je veux contribuer à votre réuffite :
J'ai des amis dans ce pays ,
Zélés partiſans du mérite ,
Qui vous y ferviront ; c'eft moi qui vous le dis,
HORTINCI
Tu vas donc débuter ?
JULIE
La femaine prochaine.
JUIN 1768. 205
MONDOR,
J'y ferai , foyez-en certaine .
HORTENCE.
Dans un rôle ?
JULIE.
Non pas , j'aurois trop de frayeur.
Il me prendroit d'abord un battement de coeur,
Je ne finirois pas la fcène.
LE CHEVALIER au BARON.
Nous donne-tu notre revanche ?
LE BARON.
Oui da , très - volontiers.
CLÉON à FINETTE.
Fais apporter la table.
Mois
HORTENCE à JULIE LO
Il faut favoir prendre fur foi.
MONDO R..
Le public aux attraits eſt toujours favorable.
JULIE.
17
On m'a donné deux airs de divertiffement,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MO-N DOR.
Sont- ils jolis ?
+
JULIE, les tirant de fon fac à ouvrage.
Voyez... eh bien , que vous en femble ?
MONDOR.
C'eft de la mufique du temps.
Chantons cela nous deux. Voulez-vous
JULIE.
Ah ! je tremble.
MONDOR.
Bon ! nous fommes ici tous amis. Venez ça
Ilfe place au clavecin.
HORTENCE À CLÉON & aux autres.
Meffieurs , il ne faut pas manquer ce début-là,
LE CHEVALIER,
Dui , Madame....
LE BARON.
Voyons , Meffieurs , à qui fera,
MONDOR..
Courage allons , Mademoiſelle ,
La peur ne vaut rien pour le chant ,
Elle fait tort à la voix la plus belle
JUIN 1768. 20501
HORTENCE.
Allons , ne fais donc pas l'enfant,
JULIE.
ARIETTE.
Sur vos mufettes ,
Chantez , bergers , chantez l'amour,
Dans ces retraites ,
Il tient fa cour.
Exempt d'alarmes ,
De tous fes charmes ,
Venez jouir ;
Sous fon empire ,
Si l'on foupire ,
C'eſt de plaifir.
Sur vos mufettes ?
Chantez , bergers , &c.
HORTENCE.
Comme un ange !
MONDO K.
Fort bien fort bien !
HORTENCE.
Elle m'enchante
MONDOR.
Voyons l'ariette fuivante.
206 MERCURE DE FRANCE.
JULIE.
ARIETTE.
Laiffons gronder la fagefle ,
Elle aura fon tour un jour , & c.
Comme dans la pièce imprimée.
N. B. La maladie de M. Lejeune a cmpêché
qu'on en continuât les repréfentations.
Le 18 , on a repris avec fuccès Sancho
Pança dans fon ile , opéra-bouffon , en
deux actes , de MM . Poinfinet & Philidor.
LEE
2 mai , on a donné une repréfentation
de l'École de la jeuneffe , ou le Bar
nevelt François , Comédie en trois actes
& en vers , mêlée d'ariettes , qui a reçu
beaucoup d'applaudiffemens , ainfi que la
fcène qui y a été ajoutée par M. Anfeaume,
dont les talens font conftatés par différens
ouvrages eftimés. Nous croyons
obliger nos lecteurs en leur en faiſant
part.
SCÈNE ajoutée à l'Ecole de la Jeuneffe .
ACTE II. SCENE CINQUIEME..
CLÉON , MONDOR , HORTENCE , SOUCRÉON , JULIE
, UN CHEVALIER GASCON , UN BARON ,
JOUEUR , FINETTE.
Hortence entre avec les deux Joueurs
& Julie.
Meffieurs , vous vous faites attendre..
Pour toi , Julie , ho ! je t'en veux.
JULIE.
Pourquoi cela
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Pourquoi ! Je ne fais où te prendre.
Depuis deux mois je te cherche en tous lieux ;
Tu deviens d'un rare ! · ·
JULTE.
Ma chère ,
Il faut me pardonner.
HORTINGS.
Non , je fuis en colère ;
C'eft manquer au devoir de l'amitié .
JULI mystérieusement.
Dis donc.
Tes affaires ont pris aſſez bonne tournure ,
Je croyois en entrant me tromper de maiſon ;
Te voilà fur un ton.
Il eft ici.
HORTENCE ( bas. )
Tais- toi , je t'en conjure ! ...
JULIE.
Monfieur Cléon ?
LE BARON à CLÉON.
Sais- tu quelques nouvelles ?
(
CLÉON,
Non.
JUIN 1768. 199
HOKTENCE À JULIE .
Dis-moi donc par quelle aventure ? .
JULIE.
Voici ce que c'eft en deux mots :
Ce vieux Baron qui m'excédoit fans ceffe ,
Croyant enfin trouver un remède à fes maux ,
(Carpour lui mes rigueurs égaloient fa tendreffe )
S'en vint un jour me propofer ,
Tout uniment de m'époufer. ,
HORTANCE.
Tout de bon ?
JULIE.
En honneur !
HORTENCE.
Ab la bonne folie !
MONDOR.
De quoi riez - vous done ?
HORTENCE.
Ce n'est rien. C'eſt Julie ;
Que l'hymen fous fes loix menace d'enchaîner .
JULIE.
J'en fuis quitte pour la menace ,
Et c'est encore une diſgrace. •
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Tu plaifantes fans doute ?
JULIE.
Et non , fans badiner.
( à Cléon qui la regarde. )
La perfonne. · ·
( à Hortence. )
Monfieur , je fuis votre fervante.
La perfonne , il eft vrai , n'étoit pas attrayante ;
Mais un titre , des biens , un nom . . .
HORTENC E.
Oui , je conçois
JULIE.
Font paffer les défauts qu'on trouve à la perfonne,
HORTENCI
Eh bien ?
JULIE.
Huit jours plus tard enfin , j'étois Baronne
HORTENCE.
Ton Baron t'a manqué de foi ? . ;
JULIE.
Heft mort.
JUIN 1768 ) 201
HORTENCE.
Ah le traître !
JULIE .
Au moment de conclure
MONDOR.
Qui donc qui donc ?
HORTENCE.
Son vieil amant.
JULIE.
Le jour pris pour la fignature ,
Il eft parti fubitement.
HORTENCE.
Eh , que deviens - tu maintenant ?
JULIE.
Ma foi je m'en confele.
HORTENCE.
Et tu fais fagement
J'en ferois autant à ta place.
JULIE..
Quand je fonge pourtant que la beauté fe paffe
Qu'avec le temps la vieilleffe viendra , ...
I v
201 MERCURE DE FRANCE.
HORTEN CE.
Fi donc quelle idée eft-ce là ?
JULIE.
Au fond , pourquoi s'en faire accroire
De tout le monde c'est l'hiftoire.
Je veux faire une fin ... &... j'entre à l'opéra,
MONDO R.
A l'opéra ! .. je vous en félicite.
LE CHEVALIER.
Eh bien mon cher Cléon ,
?
Veux-tu qu'avec toi je m'acquitte ?
Tu nous gagnois hier.
CLÉON.
Moi , non. C'eſt le Baron.
MONDOR à JULIE.
Je veux contribuer à votre réuffite :
J'ai des amis dans ce pays ,
Zélés partiſans du mérite ,
Qui vous y ferviront ; c'eft moi qui vous le dis,
HORTINCI
Tu vas donc débuter ?
JULIE
La femaine prochaine.
JUIN 1768. 205
MONDOR,
J'y ferai , foyez-en certaine .
HORTENCE.
Dans un rôle ?
JULIE.
Non pas , j'aurois trop de frayeur.
Il me prendroit d'abord un battement de coeur,
Je ne finirois pas la fcène.
LE CHEVALIER au BARON.
Nous donne-tu notre revanche ?
LE BARON.
Oui da , très - volontiers.
CLÉON à FINETTE.
Fais apporter la table.
Mois
HORTENCE à JULIE LO
Il faut favoir prendre fur foi.
MONDO R..
Le public aux attraits eſt toujours favorable.
JULIE.
17
On m'a donné deux airs de divertiffement,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MO-N DOR.
Sont- ils jolis ?
+
JULIE, les tirant de fon fac à ouvrage.
Voyez... eh bien , que vous en femble ?
MONDOR.
C'eft de la mufique du temps.
Chantons cela nous deux. Voulez-vous
JULIE.
Ah ! je tremble.
MONDOR.
Bon ! nous fommes ici tous amis. Venez ça
Ilfe place au clavecin.
HORTENCE À CLÉON & aux autres.
Meffieurs , il ne faut pas manquer ce début-là,
LE CHEVALIER,
Dui , Madame....
LE BARON.
Voyons , Meffieurs , à qui fera,
MONDOR..
Courage allons , Mademoiſelle ,
La peur ne vaut rien pour le chant ,
Elle fait tort à la voix la plus belle
JUIN 1768. 20501
HORTENCE.
Allons , ne fais donc pas l'enfant,
JULIE.
ARIETTE.
Sur vos mufettes ,
Chantez , bergers , chantez l'amour,
Dans ces retraites ,
Il tient fa cour.
Exempt d'alarmes ,
De tous fes charmes ,
Venez jouir ;
Sous fon empire ,
Si l'on foupire ,
C'eſt de plaifir.
Sur vos mufettes ?
Chantez , bergers , &c.
HORTENCE.
Comme un ange !
MONDO K.
Fort bien fort bien !
HORTENCE.
Elle m'enchante
MONDOR.
Voyons l'ariette fuivante.
206 MERCURE DE FRANCE.
JULIE.
ARIETTE.
Laiffons gronder la fagefle ,
Elle aura fon tour un jour , & c.
Comme dans la pièce imprimée.
N. B. La maladie de M. Lejeune a cmpêché
qu'on en continuât les repréfentations.
Le 18 , on a repris avec fuccès Sancho
Pança dans fon ile , opéra-bouffon , en
deux actes , de MM . Poinfinet & Philidor.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
La comédie 'L'École de la jeunesse, ou le Baron François' a été représentée en trois actes et en vers, accompagnée d'ariettes, et a reçu de nombreux applaudissements. Une scène ajoutée par M. Anseaume a également été bien accueillie. La scène clé se déroule lors de l'acte II, scène cinquième, impliquant plusieurs personnages : Cléon, Mondor, Hortense, Soucréon, Julie, un Chevalier Gascon, un Baron, un Joueur et Finette. Dans cette scène, Julie révèle à Hortense qu'elle a échappé à un mariage avec un vieux baron décédé avant la cérémonie. Julie envisage désormais de débuter à l'opéra. Mondor, un ami, lui promet son soutien, bien que Julie soit nerveuse. Ils chantent ensemble une ariette. La représentation a été interrompue en raison de la maladie de M. Lejeune. Le 18 juin, la pièce 'Sancho Pança dans son île' a été reprise avec succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11384
p. 206-207
CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
Début :
Il commença par une simphonie de la composition de M. Moulinghem. On exécuta [...]
Mots clefs :
Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
CONCERT SPIRITUEL.
Dujeudi , 12 mai, fête de l'Afcenfion.
I
I commença par une fimphonie de la
compofition de M. Moulinghem. On exécuta
enfuiteDominus regnavit , &c. motet à
grand choeur de Lalande , dans lequel Mde
PArrivée , que l'on fut charmé de revoir
à ce fpectacle , chanta avec beaucoup d'ap
plaudiffemens le beau récit adorate , &c.
Mlle le Chantre , dont les talens font connus
, exécuta un concerto d'orgues . M. Durand
, de l'Académie royale de mufique ,
JUIN 1768. 207
chanta , avec beaucoup de goût & de fuc,
cès , inclina Domine, & c.motet à voix feule
de M. Martin. M. Frantzl, de la muſique
de S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
, exécuta , à la grande fatisfaction de
l'auditoire , un nouveau concerto de violon ,
de fa compofition. Mile Fel chanta ( &
c'est tout dire , quand on la nomme ) un
motet à voix feule. Le Concert fut terminé
par Noli amulari , &c . motet à grand
choeur , déja connu & applaudi , de M.
l'Abbé Buée , Maître de mufique de l'Eglife
de Coutances.
Dujeudi , 12 mai, fête de l'Afcenfion.
I
I commença par une fimphonie de la
compofition de M. Moulinghem. On exécuta
enfuiteDominus regnavit , &c. motet à
grand choeur de Lalande , dans lequel Mde
PArrivée , que l'on fut charmé de revoir
à ce fpectacle , chanta avec beaucoup d'ap
plaudiffemens le beau récit adorate , &c.
Mlle le Chantre , dont les talens font connus
, exécuta un concerto d'orgues . M. Durand
, de l'Académie royale de mufique ,
JUIN 1768. 207
chanta , avec beaucoup de goût & de fuc,
cès , inclina Domine, & c.motet à voix feule
de M. Martin. M. Frantzl, de la muſique
de S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
, exécuta , à la grande fatisfaction de
l'auditoire , un nouveau concerto de violon ,
de fa compofition. Mile Fel chanta ( &
c'est tout dire , quand on la nomme ) un
motet à voix feule. Le Concert fut terminé
par Noli amulari , &c . motet à grand
choeur , déja connu & applaudi , de M.
l'Abbé Buée , Maître de mufique de l'Eglife
de Coutances.
Fermer
Résumé : CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
Le concert spirituel du 12 mai 1768, jour de l'Ascension, débuta avec une symphonie de M. Moulinghem. Madame d'Arrivée interpréta le récit 'adorate' du motet 'Dominus regnavit' de Lalande. Mademoiselle le Chantre joua un concerto d'orgue et M. Durand exécuta le motet 'inclina Domine' de M. Martin. M. Frantzl présenta un concerto de violon. Mademoiselle Fel chanta un motet solo. Le concert se termina par le motet 'Noli amulari' de l'Abbé Buée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11385
p. 208
« La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
Début :
La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes, Syndics et directeurs de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
LA Compagnie des Indes , au cours du
procès qu'elle a eu avec M. le Marquis
DE BUSSY , ci - devant commandant les
troupes de cette même Compagnie dans
le Dekan , eft parvenue à fe procurer les
pièces concernant la gestion de cet Offcier
Général , ce qui a fait foupçonner
la fidélité des Secrétaires auxquels il
avoit accordé fa confiance. Le fieur BACHELIER
, l'un d'eux , croit devoir fe
juftifier de ces foupçons en rendant publique
la réponse que MM. les Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes
ont faite à la lettre qu'il leur avoit écrite
le 29 août 1767 ; ainfi quela lettre qu'il a
adreffée en conféquence à M. le Marquis
DE BUSSY, & la réponse qu'il en a reçue.
procès qu'elle a eu avec M. le Marquis
DE BUSSY , ci - devant commandant les
troupes de cette même Compagnie dans
le Dekan , eft parvenue à fe procurer les
pièces concernant la gestion de cet Offcier
Général , ce qui a fait foupçonner
la fidélité des Secrétaires auxquels il
avoit accordé fa confiance. Le fieur BACHELIER
, l'un d'eux , croit devoir fe
juftifier de ces foupçons en rendant publique
la réponse que MM. les Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes
ont faite à la lettre qu'il leur avoit écrite
le 29 août 1767 ; ainfi quela lettre qu'il a
adreffée en conféquence à M. le Marquis
DE BUSSY, & la réponse qu'il en a reçue.
Fermer
Résumé : « La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
Un procès opposant la Compagnie des Indes au Marquis de Bussy a révélé des documents sur la gestion de ce dernier. Des doutes sur la loyauté des secrétaires de Bussy ont émergé. Monsieur Bachelier, un secrétaire, a publié des correspondances pour se justifier, incluant une lettre des Syndics et Directeurs de la Compagnie des Indes datée du 29 août 1767, ainsi que ses échanges avec le Marquis de Bussy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11386
p. 212-213
MORT ET POMPE FUNEBRE.
Début :
LOUIS-ALEXANDRE JOSEPH-STANISLAS DE BOURBON, Prince de LAMBALLLE, Grand Veneur de [...]
Mots clefs :
Mort, Prince, Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORT ET POMPE FUNEBRE.
MORT ET PPOOMMPPEE FUNEBRE.
LOUIS-ALEXANDR
JIS- ALEXANDRE JOSEPH-STANISLAS DE BOURBON
, Prince DE LAMBALLE , Grand Veneur de
France , Chevalier des Ordres du Roi , eft mort
´au château de Lucienne , auprès de Verfailles ,
le 6 mai , à huit heures & demie du matin , âgé
de vingt ans & huit mois , étant né le 6 feptembre
1747. Les facremens de l'égliſe lui avoient
été adminiftrés le 20 avril , à quatre heures aprèsmidi.
Il étoit fils de Louis-Jean- Marie de Bourbon
, Duc de Penthievre , de Châteauvillain &
de Rambouillet , Pair & Amiral de France , Chevalier
des Ordres du Roi & de la Teiſon d'Or ,
Lieutenant- Général des Armées de Sa Majefté ,
Gouverneur de la Province de Bretagne , Grand
Veneur de France , &c ; & de Marie - Félicité de
Modene , Ducheſſe de Penthievre , morte le 30
mai 1754 , & petit- fils de Louis-Alexandre de
Bourbon , Comte de Toulouſe , Prince légitimé
de France , auffi Duc de Penthievre , de Châteauvillain
& de Rambouillet , Pair , Amiral &
Grand Veneur de France , Chevalier des Ordres
du Roi , & de la Toifon d'Or , Lieutenant - Général
des Armées de Sa Majefté , & Gouverneur de
la Province de Bretagne , mort le premier décem
JUIN 1768 . 213
bre 1737. Le Prince de Lamballe avoit été marié
le 17 janvier 1767 , avec Marie-Thérèſe - Louiſe ,
fille du Prince de Carignan . On ne peut trop louer
les fentimens de piété & de réfignation , & le
courage que ce Prince a montrés dans fes longues
fouffrances , jufqu'aux derniers momens de fa vie.
Le 8 le convoi de ce Prince ayant été ordonné
fans cérémonie , eft parti de Lucienne vers les
onze heures & demie du foir . Le cortége étoit
compofé 1 ° . de trois carroffes , dans l'un defquels
étoit le corps du Prince défunt : dans le fecond le
Curé & le Vicaire de la paroiffe de Lucienne avec
un Aumônier , & dans le troisième le Marquis de
Beuffeville & le Vicomte de Caftellane , premiers
Ecuyers , portant la couronne ; 2 °. de deux Gentilshommes
à cheval ; 3° . de quatre Pages & d'un
Piqueur ; 4. d'un grand nombre de Valets de
Pied portant des flambeaux , & enfin de cent Pauvres
. Le convoi eſt arrivé à fix heures du matin à
Rambouillet , où le corps a été reçu par le Curé ;
le Vicaire & un grand nombre d'Eccléfiaftiques.
LOUIS-ALEXANDR
JIS- ALEXANDRE JOSEPH-STANISLAS DE BOURBON
, Prince DE LAMBALLE , Grand Veneur de
France , Chevalier des Ordres du Roi , eft mort
´au château de Lucienne , auprès de Verfailles ,
le 6 mai , à huit heures & demie du matin , âgé
de vingt ans & huit mois , étant né le 6 feptembre
1747. Les facremens de l'égliſe lui avoient
été adminiftrés le 20 avril , à quatre heures aprèsmidi.
Il étoit fils de Louis-Jean- Marie de Bourbon
, Duc de Penthievre , de Châteauvillain &
de Rambouillet , Pair & Amiral de France , Chevalier
des Ordres du Roi & de la Teiſon d'Or ,
Lieutenant- Général des Armées de Sa Majefté ,
Gouverneur de la Province de Bretagne , Grand
Veneur de France , &c ; & de Marie - Félicité de
Modene , Ducheſſe de Penthievre , morte le 30
mai 1754 , & petit- fils de Louis-Alexandre de
Bourbon , Comte de Toulouſe , Prince légitimé
de France , auffi Duc de Penthievre , de Châteauvillain
& de Rambouillet , Pair , Amiral &
Grand Veneur de France , Chevalier des Ordres
du Roi , & de la Toifon d'Or , Lieutenant - Général
des Armées de Sa Majefté , & Gouverneur de
la Province de Bretagne , mort le premier décem
JUIN 1768 . 213
bre 1737. Le Prince de Lamballe avoit été marié
le 17 janvier 1767 , avec Marie-Thérèſe - Louiſe ,
fille du Prince de Carignan . On ne peut trop louer
les fentimens de piété & de réfignation , & le
courage que ce Prince a montrés dans fes longues
fouffrances , jufqu'aux derniers momens de fa vie.
Le 8 le convoi de ce Prince ayant été ordonné
fans cérémonie , eft parti de Lucienne vers les
onze heures & demie du foir . Le cortége étoit
compofé 1 ° . de trois carroffes , dans l'un defquels
étoit le corps du Prince défunt : dans le fecond le
Curé & le Vicaire de la paroiffe de Lucienne avec
un Aumônier , & dans le troisième le Marquis de
Beuffeville & le Vicomte de Caftellane , premiers
Ecuyers , portant la couronne ; 2 °. de deux Gentilshommes
à cheval ; 3° . de quatre Pages & d'un
Piqueur ; 4. d'un grand nombre de Valets de
Pied portant des flambeaux , & enfin de cent Pauvres
. Le convoi eſt arrivé à fix heures du matin à
Rambouillet , où le corps a été reçu par le Curé ;
le Vicaire & un grand nombre d'Eccléfiaftiques.
Fermer
Résumé : MORT ET POMPE FUNEBRE.
Louis-Alexandre-Joseph-Stanislas de Bourbon, Prince de Lamballe, Grand Veneur de France et Chevalier des Ordres du Roi, est décédé au château de Lucienne, près de Versailles, le 6 mai à huit heures et demie du matin, à l'âge de vingt ans et huit mois. Né le 6 septembre 1747, il avait reçu les sacrements de l'Église le 20 avril à quatre heures de l'après-midi. Fils de Louis-Jean-Marie de Bourbon, Duc de Penthièvre, et de Marie-Félicité de Modène, Duchesse de Penthièvre, il était également petit-fils de Louis-Alexandre de Bourbon, Comte de Toulouse. Le Prince de Lamballe s'était marié le 17 janvier 1767 avec Marie-Thérèse-Louise, fille du Prince de Carignan. Il a montré une grande piété, résignation et courage face à ses souffrances jusqu'à sa mort. Le 8 mai, son convoi funéraire, composé de trois carrosses, des gentilshommes, pages, valets et pauvres, a quitté Lucienne pour Rambouillet, où le corps a été accueilli par le curé, le vicaire et plusieurs ecclésiastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11387
p. 214-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
ARTICLE PREMIER. PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE. TRADUCTION [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
TRA RADUCTION libre de la quinzième ode
ADUCT
d'Horace.
ALLEGORIE à Mlle *** .
AUTRE pièce fur le même fujet,
LE Printemps. Stances.
Pages
8
10
II
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen- Sul , ancienne
divinité des Germains .
STANCES à Mile A ***.
14
17
"PIRRHA , à Babet . Fables de feu M. de Senant. 18
LE Lion reconnoiffant. A la même.
LE Lys & la Violette .
19
2.9
LETTRE à M. de la Place , fur l'abus du mot
coeur. 25
RÉPONSE à la lettre inférée dans le Mercure du
mois d'avril 1768 , page 16. « Savoir fi les
» malheurs d'autrui font un motifde confolation
» pour les malheureux ? »
AUTRE réponſe à la même lettre.
27
-79
AUTRE réponse à la queftion propofée dans le
premier Mercure d'avril ; « Les malheurs d'au,
trui font- ils un motifde confolation pour les
››› malheureux ??s
VERS à Mile Si. •
MADRIGAL à deux nouveaux Marićs.
SECONDE lettre de M. V *** , à Milady
Concernant les funérailles de Crommel.
33
44
45
***
46
JUIN 1768. 215
SUR le tombeau du Cardinal de Fleury , fait par
M. Lemoine.
EPIGRAMME Contre une Dame affez jolie.
LF Retour du Printemps . Idylle.
QUATRAIN.
53
SA
55
57
.57
ELGARROTE masbiendado , y Alcalde de Zala
mea. Le Tourniquet bien appliqué , & le Juge
de Zalamea , comédie de Calderon.
EPIGRAMMES fur différens fujets . 85 , 86 , 87
Air L'amour m'a fait la peinture , &c. lbid,
A-M. Flipart , fur une marine gravée d'après
M. Vernet.
:
RECEPTION d'une nouvelle Mufe.
88
Ibid.
A M. Saurin , de l'Académie Françoiſe , fur fa
tragédie bourgeoife .
LE Lion & le Serpent. Fable,
ENIGMES.
LOGOGRYPHE.
CHANSON galante,
89
20
92
94
96
97
ARTICLE II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE à M. de la Place , auteur du Mercure ,
fur un pallage d'Horace.
L'ISLE Merveilleufe , poëme en trois chants
traduit du grec , fuivi d'Alphonfe , ou de
Alcide Espagnol , conte très-moral .
MEDECINE rurale & pratique , tirée uniquement
des plantes ufuelles de la France , appliquées
aux différentes maladies qui règnent dans les
campagnes , & c.
102
117
LETTRE de M. d'Arnaud , Confeiller d'Ambaffade
de la Cour de Saxe , & c. 121
Les Plaitirs de l'Esprit , ode qui a remporté le
prix de l'Académie de Pau en l'année 1768 , 139
ANNONCES de Livres , 738
216 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
ACADÉMIE des Belles - Lettres , Sciences & Arts
de Marſeille . ISS
DISCOURS prononcé par M. de Clugny , Maître
des Requêtes , Confeiller honoraire au Parlement
de Bourgogne , &c. lors de fa réception
en l'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon , en qualité d'Académicien
honoraire.
AGRICULTURE.
157
LETTRE à M. de la Place , auteur du Mercure ,
fur la façon de conſerver le bled.
ARTICLE IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES . CHIRURGIE.
OBSERVATION fur un enfant nouveau né.
ARTS AGRÉABLES.
163
166
GRAVURE . 170
MUSIQUE. 171
ARTICLE V. SPECTACLES.
OPÉRA. 174
COMÉDIE Françoiſe.
193
LETTRE à MM. D. D. 195
COMÉDIE Italienne . 197
CONCERT Spirituel . 206
MORT & pompe funèbre.
212
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
TRA RADUCTION libre de la quinzième ode
ADUCT
d'Horace.
ALLEGORIE à Mlle *** .
AUTRE pièce fur le même fujet,
LE Printemps. Stances.
Pages
8
10
II
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen- Sul , ancienne
divinité des Germains .
STANCES à Mile A ***.
14
17
"PIRRHA , à Babet . Fables de feu M. de Senant. 18
LE Lion reconnoiffant. A la même.
LE Lys & la Violette .
19
2.9
LETTRE à M. de la Place , fur l'abus du mot
coeur. 25
RÉPONSE à la lettre inférée dans le Mercure du
mois d'avril 1768 , page 16. « Savoir fi les
» malheurs d'autrui font un motifde confolation
» pour les malheureux ? »
AUTRE réponſe à la même lettre.
27
-79
AUTRE réponse à la queftion propofée dans le
premier Mercure d'avril ; « Les malheurs d'au,
trui font- ils un motifde confolation pour les
››› malheureux ??s
VERS à Mile Si. •
MADRIGAL à deux nouveaux Marićs.
SECONDE lettre de M. V *** , à Milady
Concernant les funérailles de Crommel.
33
44
45
***
46
JUIN 1768. 215
SUR le tombeau du Cardinal de Fleury , fait par
M. Lemoine.
EPIGRAMME Contre une Dame affez jolie.
LF Retour du Printemps . Idylle.
QUATRAIN.
53
SA
55
57
.57
ELGARROTE masbiendado , y Alcalde de Zala
mea. Le Tourniquet bien appliqué , & le Juge
de Zalamea , comédie de Calderon.
EPIGRAMMES fur différens fujets . 85 , 86 , 87
Air L'amour m'a fait la peinture , &c. lbid,
A-M. Flipart , fur une marine gravée d'après
M. Vernet.
:
RECEPTION d'une nouvelle Mufe.
88
Ibid.
A M. Saurin , de l'Académie Françoiſe , fur fa
tragédie bourgeoife .
LE Lion & le Serpent. Fable,
ENIGMES.
LOGOGRYPHE.
CHANSON galante,
89
20
92
94
96
97
ARTICLE II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE à M. de la Place , auteur du Mercure ,
fur un pallage d'Horace.
L'ISLE Merveilleufe , poëme en trois chants
traduit du grec , fuivi d'Alphonfe , ou de
Alcide Espagnol , conte très-moral .
MEDECINE rurale & pratique , tirée uniquement
des plantes ufuelles de la France , appliquées
aux différentes maladies qui règnent dans les
campagnes , & c.
102
117
LETTRE de M. d'Arnaud , Confeiller d'Ambaffade
de la Cour de Saxe , & c. 121
Les Plaitirs de l'Esprit , ode qui a remporté le
prix de l'Académie de Pau en l'année 1768 , 139
ANNONCES de Livres , 738
216 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
ACADÉMIE des Belles - Lettres , Sciences & Arts
de Marſeille . ISS
DISCOURS prononcé par M. de Clugny , Maître
des Requêtes , Confeiller honoraire au Parlement
de Bourgogne , &c. lors de fa réception
en l'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon , en qualité d'Académicien
honoraire.
AGRICULTURE.
157
LETTRE à M. de la Place , auteur du Mercure ,
fur la façon de conſerver le bled.
ARTICLE IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES . CHIRURGIE.
OBSERVATION fur un enfant nouveau né.
ARTS AGRÉABLES.
163
166
GRAVURE . 170
MUSIQUE. 171
ARTICLE V. SPECTACLES.
OPÉRA. 174
COMÉDIE Françoiſe.
193
LETTRE à MM. D. D. 195
COMÉDIE Italienne . 197
CONCERT Spirituel . 206
MORT & pompe funèbre.
212
Fermer
Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document est une table des articles d'une publication littéraire ou d'un recueil de textes divers, organisée en cinq sections principales. L'Article Premier rassemble diverses pièces littéraires telles que des poèmes, des lettres, des fables et des épigrammes. On y trouve des traductions libres de la quinzième ode d'Horace, des stances dédiées à des personnes spécifiques, des fables de M. de Senant, et des réponses à des questions posées dans le Mercure. Des textes sur les abus linguistiques, les funérailles de Crommel, et des épitaphes sont également présents. L'Article II traite des nouvelles littéraires, incluant une lettre à M. de la Place sur un passage d'Horace, des traductions de poèmes grecs, un traité de médecine rurale, et une lettre de M. d'Arnaud, suivi d'annonces de livres. L'Article III aborde les sciences et les belles-lettres, avec des mentions de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon et de Marseille, un discours de M. de Clugny, et une lettre sur la conservation du blé. L'Article IV explore les beaux-arts, divisés en arts utiles et arts agréables, avec des observations chirurgicales, des gravures et de la musique. Enfin, l'Article V se concentre sur les spectacles, incluant des sections sur l'opéra, la comédie française et italienne, les concerts spirituels, ainsi que des informations sur des décès et des pompes funèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11388
p. 216
« De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine. [...] »
De l'Imprimerie de LOUIS CELLOT, rue Dauphine
Fermer
11389
p. 79-80
AUTRE.
Début :
François, je fais pâlir ces braves insulaires, [...]
Mots clefs :
Baïonnette
11390
p. 80
LOGOGRYPHE.
Début :
Un fleuve, un mot latin composent tout mon être ; [...]
Mots clefs :
Nil
11396
p. 1-8
JOURNAUX & LIVRES qui se trouvent chez LACOMBE, Libraire, à Paris.
Début :
Ce Libraire se charge d'envoyer en Province les Livres, Estampes, Musiques, &c. aux particuliers [...]
Mots clefs :
Broché, Relié, Paris, Province, Français, Dictionnaire, Port franc, Poste, Abonnement, Journal, Livre, David Hume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAUX & LIVRES qui se trouvent chez LACOMBE, Libraire, à Paris.
JOURNAUX & LIVRES qui ſe trouvent
chez LACOMBE , Libraire , à Paris.
CeLibraire se charge d'envoyer en Province les
Livres, Estampes , Muſiques , &c. aux particuliers
qui lui marquent leurs intentions en lui
faisant remettre d'avance les fonds néceſſaires
en argent , ou en effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX.
Pour lesquels on s'abonne , foit pour Paris, fois
pour la Province , chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Pofte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
ML
ERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol.
in 12 par an ; l'abonnement eſt à Paris de 24 liv.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 32 liv.
JOURNAL DES SÇAVANS , in 4 ou in 12 , 14 vol.
àParis. 16 liv.
Franc de port en Province. 201.4f.
ANNÉE LITTÉRAIRE , compoſée de quarante
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris, 24 liv.
En Province , port franc par la Poſte , 32 liv.
L'AVANT- COUREUR , feuille qui paroît le lundi
de chaque ſemaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
&méchaniques , de l'Induſtrie &de la Littérature
. L'abonnement , ſoit pour Paris , ſoit pour
laProvince, port franc par la poſte,eſtde 12 liv.
2
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart
; il en paroît 14 vol. par an . L'abonnement
pour Paris eft de 9 liv. 16 fols.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 14 1.
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN, ou bibliotheque rai-
:Yonnée des Sciences morale & politique, in- 12 ,
12 vol . par an. L'abonnement pour Paris eft
de 18 liv.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 24 1.
JOURNAL ENCYCLOPÉDIQUE , in- 12 , composé de
24 vol . par an , port franc par la poſte , à Pa-
-ris& en Province 33 liv. 12 f.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la poſte à
Paris& en Province 14liv.
LIVRES.
DICTIONNAIRE raiſonné univerſel d'HISTOIRE
NATURELLE, par M. Valmont de Bomare , nouvelle
édition , 6 vol. in-8°. relié. 27 liv .
Et en 4 vol. in- 4°. relié. 48 liv.
Dictionnaire de CHYMIE, par M. Macquer, 2 vol.
-in-8º reliés . 9 liv .
vol . in 8° . reliés . 9 liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
Dictionnaire de CHIRURGIE, 2 vol. in-8°. rel. 9 liv .
Dictionnaire interprete de MATIERE MEDICALE ,
*&c. vol. in-8 ° d'environ 900 pages relić. s liv .
Dict. d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers, faillies , bons mots & réparties ingénieufes
,&c . I vol. in- 8º relié. 4liv. 10f.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
& traits remarquables des hommes illuftres , 3
vol. in 8 reliés . Is liv.
Diet. ECCLESIASTIQUE & CANONIQUE , portatif ,
vophin-80 reliés .
وliv.
Dict. portatif de Jurisprudence & de pratique ,
3 vol. in 8º reliés. τοliv. to
Dict. lyrique , portatif , ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , diſpoſées pour la
voix & les inſtrumens , avec les paroles fran
çoiſes ſous la muſique , 2 vol. in-8° , Is liv.
Dict. typographique , historique & critique des
livres rares ,finguliers , estimés & recherchés ,
avec les prix , 2 vol. in- 8º reliés .
Dict. historique , par M. l'abbé Ladvocat, 2 vol.
10 liv. 10 f.
و liv.
in- 8 reliés .
Dict. géographique de Voſgien, revu par M. l'abbé
Ladvocat, 2 vol . in- 8°, nouv.édit. 4liv. 10 6.
Dict. de droit canonique , par Durandde Maillane,
2 vol. in -4° reliés . 24 liv.
Dict. de phyſique , par le Pere Paulian , 3 vol .
in-4° brochés. 27.1.
Dict. univerſel des fofſiles propres &des folfiles
accidentels , &c. in - 8º , par M. Bertrand , relić.
41. 10 f.
Dict. anglois & françois , françois & anglois
in-8° relié. 10 liv.
Dict. allemand & françois , & françois & alle.
mand , in- 80 , relié. 61.
-Idem in 4°. relié. 121.
Dict.dedroit&de pratiq. 2 vol. in- 4°. relié. 20 1.
Avis aux meres qui veulent nourrir leurs enfans
, broché. I liv.
Trois avis au peuple fur leblé , la farine & le
pain.
Almanach philofophique.
2 liv. 12
1 liv. 4C.
Anecdotes de médecine , in- 12 relié.
Antropologie , 2 vol, in- 12 , broché,
L
3 liv.
-Idem. in- 4º broché.
4
liv
.
6lix.
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval,
in - 4° relié.
t
12liv.
Almahide , 8 vol. in- 8 , reliés . 3.2liv.
ai
4
LeBotaniste François , 2 vol. reliés. s liv
Le bon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs , in - 12
broché. 2 liv.
La bonne Fermiere , broché. 1 liv. 16 (.
Bocace Italien, édit, de Londres, in- 4°, br. 24 liv .
Bibliotheque des jeunes négocians , par Jean Larue
, 2 vol. in 4º relié. 18 liv.
La ſainte Bible par le Cêne, 2 vol. in- fol. rel . 40 1.
Catéch.de Montpell. en lat. 6 vol. in 4º, br. 48 1.
Celiane , ou les Amans féduits par leur vertu ,
in- 12 , broché. 1 liv. 10 f.
Le Citoyen défintéreſſé, 2 vol. in-8 ° , br. 4 1. 10 f.
Commentaire des aphorismes de médecine d'Herman
Bse have par Wans Wieten en françois
, 2 vol. in- 12 , brochés. 4liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in-4º , reliés. 24 1.
Controverfefur la religion chrétienne & celle des
Mahometans, in- 12 , 1767 , broché. 1 1. 16 (.
Le Docteur Panſophe , ou lettre de M. de Voltaire
a M. Home , in 12 , broché. 12 C.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in- 12
brochés. 4liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in 4º ,
reliés. 60 liv.
Difputationes chirurgicæ ſelectæ , Albertus Hallerus
, vol. in 4º , reliés . so liv.
Diſpenſatorium Pharmaceuticum , in-4 ° , 2 vol.
brochés. 24 liv.
Differtation fur la littérature , 4 vol. in 80. 6 liv .
Elemens de pharmacie , théorique & pratique , par
M. Beaumé , Maître Apothicaire de Paris ,
I vol. in 8 °, grand papier, avec fig. relić. 6 liv .
Examen des faits qui fervent de fondement à la
religion chrétienne , 3 vol. in- 12 , par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv . 10 f.
Eſſai fur les erreurs & fuperftitions anciennes&
5
modernes , nouvelle édition , augmentée ,
1767 , grand in- 8 ° , relié. sliv.
Elemens de philofophie rurale , broché 2liv.
Effſaisfur l'art de la guerre , avec cartes &planches,
parM. le comte deTurpin , 2vol. in-4 ,
brochés. 24 liv.
24f.
Exposéfuccinct de la contestationdeM. Rousseau
avec M. Hume , in 12,broché.
Eſſai ſur l'hiſt. des belles lettres, 4vol. rel. 12 liv.
Entretien d'une ame pénitente, in 12 broché. 2 liv.
Les élémens de la médecine pratique , par M.
Bouillet , in 4º , relié. 7 liv.
Elém. de métaph. facrée&profane, in-sobr. 3 liv.
Histoire naturelle de l'homme dans l'état demaladie,
in-89 , 2 vol . relié. 9 liv.
Hift. desprogrès de l'esprit kumaindans lesſciences
exactes , & dans les arts qui endépendent ,
&c. par M. Saverien , grand in- 8 ° relić. 5 liv.
Hift. de Christine , Reine de Suede , in- 12 , relié.
2 liv. 10 f.
Hift. de la prédication, 1 vol. in- 12, rel.2 liv. 10 f.
Hift. des Empereurs , 12 vol. reliés in- 12..361.
Hift. du bas Empire , 10 vol. reliés . 30 liv.
Hift. ecclef. de Racine , 15 vol.in- 12, relié. 48 liv.
in-4° , 13 vol. 130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol . reliés , in 12.
54 liv.
Hift. moderne , 12 vol. reliés , in- 12 . 36 liv .
Hift. de Lucie Weller , 2 vol. in 12 , broché. 4 liv .
Hift. des révolutions de Florence ſous les Medicis ,
3 vol. in- 12 reliés . 7liv. 10 f.
Hift. de l'Afrique ( nouvelle ) françoise , 2 vol.
in- 12 , reliés. 6liv.
Hift. de l'empire ottoman , in-4º, relić . 9 liv.
Hift. des navigations aux terres Auſtrales , 2 vol.
in-4° , reliés. 24liv.
6
Hift.navaled'Angleterre,3 vol. in-4°.rel. 27 liv.
Mélangesintéreſſans & curieux , contenant l'hiſ-
12 , re'iés .
toire naturelle , morale , civile & politique
de l'Afie , de l'Afrique & des terres Polaires ,
par M. Rouffelor de Surgy , 1766 , 10 vol. in-
25 liv.
Mém. de Mile de Valcourt , 2 vol. broc. 2 liv . 8 .
M.decine rurale& pratique , rel . in- 12. 21. 10 f.
Henry IV, ou la réduction de Paris , poëme en
1 liv. 4 (.
Manu'l de chymie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié. 2 liv. ro f.
Manuel lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in 8 ° , reliés .
trois actes.
و liv.
Manuel harmonique, &c . par M. Dubreuil , maître
de clavecin , in- 8 ° ; 1767 , broché . 1 liv. 16 f.
Mémoires militaires , & voyages du Pere de Singlande
, 2.vol. in-12 , 1766 , broc.
Mémoirefur l'adminiſtration des finances d'Angle-
21.101.
terre , in -4° , broché. 6liv.
Maladies des gens de mer , par M. Poiffonnier ,
in 8°, relić. sliv.
Monades de Leibnitz , in , broché. 9liv
Mémoire ſur le ſafran , in- 80 , broché. I liv. 4
Notesfur la lettre de M. de Voltaire , br. 9 fols .
Oeuvres dramatiques , avec des obſervations , par
M. Marin , in 8° , broché. 2 liv.
Olave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des morceaux hiſtoriques ,
I vol. in- 8 ° , broché . 1 liv. 16
Les OEuvres de Rouſſeau , in- 12 , petit format ,
5 vol. reliés. 10liv.
Les Cuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in-4 ° ,
reliés.. 40liv.
Obfervationsfur la mouture des bleds , & fur leur
produit. 101.
La poétique de M. de Voltaire , 2 part. en un
7
grand in- 8° , relić. s liv .
Pensées & réflexions morales , nouv. édit. revue &
augmentée , broché. I liv. 10 f.
Polypes d'eau douce , ou lettre de M. Romé de
l'Iſle à M. Bertrand , &c. broché . 12 .
La paſſion de notre Seigneur Jesus- Chrift , miſe
en vers & en dialogues , in-8 ° , broché. 12 f.
Richardet , poëme héroï- comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Arioſte , I vol. grand in-8°,
relić.
s liv.
Les Scythes , tragédie de M. de Voltaire , nouv .
11.10 6. édition , in- 8 ° , broché.
Syphilis , ou le mal vénérien , poëme latin de
Jerôme Fracaſtor , avec la traduction en françois
& des notes , I vol . in. 8 ° broché . 1 1. 10 f.
La Sechia Rapita , 2 vol . in- 8º reliés. 36 liv.
Table des monnoies courantes dans les quatre
parties du monde , brochés. 1 1.4f.
Traité de toutes les coliques , in-12 , 1767 ,
broché. 1 liv. 10(.
Traité des principaux objets de médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés . sliv.
Théorie du plaifir , I vol. broché. 1 liv. 16f.
Traité des jacinthes , broché. 1 liv. 4 f.
Traitédes tulipes , broché. I liv. 106.
2 liv. Traité des renoncules , broché.
Recueil de divers traités ſur l'hiſtoire naturelle de
laterre & des foſſiles , in-4° , broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro, 2 vol, in- 8 °, reliés. 36 1.
OUVRAGES fous preſſe & qui doivent paroître
inceffamment.
in-89.
Supplément pour la premiere édition du dictionnaire
d'histoire naturelle , volume
Hiſtoire du Patriotisme François , ou nouvelle
hiſtoire de France , dans laquelle on s'eft
8
S
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiline qui ont illustré nos Rois , la Nobleſle
& le Peuple François , depuis l'origine
de la monarchie , juſqu'a nos jours , 6vol.
in- 12.
Variétés littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les ſciences ,
les arts & la littérature , 4 vol . in- 12.
Dictionnaire de Telocution françoise , contenant
les regles & les exemples de la grammaire ,
de l'éloquence&de la poéſie , 2 vol. in-১০.
Hiſtoire littérairedes Femmes Françoises , contenant
une analyte raifonnée de leurs ouvrages ,
&c. s vol. grand in 8°.
Hiltoire des théâtres de la Comédie Italienne
& de l'Opéra- comique , depuis leur établiſſement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée , & Thiſtoire anecdotiquede
ces théâtres , 6 vol. in 12.
Les Nuits parifiennes , ou recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de pentées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux áges du goût & du génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les ſciences , les arts & la littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV ,
vol. grand in-8°.
Nouvelles recherches fur les êtres microscopiques
, & fur la génération des corps orgapifés
, vol. grand in 80 , avec figures.
Dictionnaire de lagéographie ancienne , vol. in-8º.
chez LACOMBE , Libraire , à Paris.
CeLibraire se charge d'envoyer en Province les
Livres, Estampes , Muſiques , &c. aux particuliers
qui lui marquent leurs intentions en lui
faisant remettre d'avance les fonds néceſſaires
en argent , ou en effets à recevoir à Paris.
JOURNAUX.
Pour lesquels on s'abonne , foit pour Paris, fois
pour la Province , chez LACOMBE , Libraire.
Les Soufcripteurs de Province font priés de remettre
leur argent à la Pofte , avec une Lettre
d'avis , & d'affranchir l'un & l'autre.
ML
ERCURE DE FRANCE ; il en paroît 16 vol.
in 12 par an ; l'abonnement eſt à Paris de 24 liv.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 32 liv.
JOURNAL DES SÇAVANS , in 4 ou in 12 , 14 vol.
àParis. 16 liv.
Franc de port en Province. 201.4f.
ANNÉE LITTÉRAIRE , compoſée de quarante
cahiers de trois feuilles chacun , à Paris, 24 liv.
En Province , port franc par la Poſte , 32 liv.
L'AVANT- COUREUR , feuille qui paroît le lundi
de chaque ſemaine , & qui donne la notice
des nouveautés des Sciences , des Arts libéraux
&méchaniques , de l'Induſtrie &de la Littérature
. L'abonnement , ſoit pour Paris , ſoit pour
laProvince, port franc par la poſte,eſtde 12 liv.
2
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart
; il en paroît 14 vol. par an . L'abonnement
pour Paris eft de 9 liv. 16 fols.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 14 1.
EPHÉMÉRIDES DU CITOYEN, ou bibliotheque rai-
:Yonnée des Sciences morale & politique, in- 12 ,
12 vol . par an. L'abonnement pour Paris eft
de 18 liv.
Et pour la Province, port franc par la poſte, 24 1.
JOURNAL ENCYCLOPÉDIQUE , in- 12 , composé de
24 vol . par an , port franc par la poſte , à Pa-
-ris& en Province 33 liv. 12 f.
JOURNAL POLITIQUE , port franc par la poſte à
Paris& en Province 14liv.
LIVRES.
DICTIONNAIRE raiſonné univerſel d'HISTOIRE
NATURELLE, par M. Valmont de Bomare , nouvelle
édition , 6 vol. in-8°. relié. 27 liv .
Et en 4 vol. in- 4°. relié. 48 liv.
Dictionnaire de CHYMIE, par M. Macquer, 2 vol.
-in-8º reliés . 9 liv .
vol . in 8° . reliés . 9 liv.
Dictionnaire portatif des ARTS ET METIERS , 2
Dictionnaire de CHIRURGIE, 2 vol. in-8°. rel. 9 liv .
Dictionnaire interprete de MATIERE MEDICALE ,
*&c. vol. in-8 ° d'environ 900 pages relić. s liv .
Dict. d'ANECDOTES , de traits caractériſtiques &
finguliers, faillies , bons mots & réparties ingénieufes
,&c . I vol. in- 8º relié. 4liv. 10f.
Dict. des PORTRAITS HISTORIQUES , anecdotes ,
& traits remarquables des hommes illuftres , 3
vol. in 8 reliés . Is liv.
Diet. ECCLESIASTIQUE & CANONIQUE , portatif ,
vophin-80 reliés .
وliv.
Dict. portatif de Jurisprudence & de pratique ,
3 vol. in 8º reliés. τοliv. to
Dict. lyrique , portatif , ou choix des plus jolies
ariettes de tous les genres , diſpoſées pour la
voix & les inſtrumens , avec les paroles fran
çoiſes ſous la muſique , 2 vol. in-8° , Is liv.
Dict. typographique , historique & critique des
livres rares ,finguliers , estimés & recherchés ,
avec les prix , 2 vol. in- 8º reliés .
Dict. historique , par M. l'abbé Ladvocat, 2 vol.
10 liv. 10 f.
و liv.
in- 8 reliés .
Dict. géographique de Voſgien, revu par M. l'abbé
Ladvocat, 2 vol . in- 8°, nouv.édit. 4liv. 10 6.
Dict. de droit canonique , par Durandde Maillane,
2 vol. in -4° reliés . 24 liv.
Dict. de phyſique , par le Pere Paulian , 3 vol .
in-4° brochés. 27.1.
Dict. univerſel des fofſiles propres &des folfiles
accidentels , &c. in - 8º , par M. Bertrand , relić.
41. 10 f.
Dict. anglois & françois , françois & anglois
in-8° relié. 10 liv.
Dict. allemand & françois , & françois & alle.
mand , in- 80 , relié. 61.
-Idem in 4°. relié. 121.
Dict.dedroit&de pratiq. 2 vol. in- 4°. relié. 20 1.
Avis aux meres qui veulent nourrir leurs enfans
, broché. I liv.
Trois avis au peuple fur leblé , la farine & le
pain.
Almanach philofophique.
2 liv. 12
1 liv. 4C.
Anecdotes de médecine , in- 12 relié.
Antropologie , 2 vol, in- 12 , broché,
L
3 liv.
-Idem. in- 4º broché.
4
liv
.
6lix.
Anatomie du corps humain , par M. J. Proſteval,
in - 4° relié.
t
12liv.
Almahide , 8 vol. in- 8 , reliés . 3.2liv.
ai
4
LeBotaniste François , 2 vol. reliés. s liv
Le bon Fermier , ou l'Ami des Laboureurs , in - 12
broché. 2 liv.
La bonne Fermiere , broché. 1 liv. 16 (.
Bocace Italien, édit, de Londres, in- 4°, br. 24 liv .
Bibliotheque des jeunes négocians , par Jean Larue
, 2 vol. in 4º relié. 18 liv.
La ſainte Bible par le Cêne, 2 vol. in- fol. rel . 40 1.
Catéch.de Montpell. en lat. 6 vol. in 4º, br. 48 1.
Celiane , ou les Amans féduits par leur vertu ,
in- 12 , broché. 1 liv. 10 f.
Le Citoyen défintéreſſé, 2 vol. in-8 ° , br. 4 1. 10 f.
Commentaire des aphorismes de médecine d'Herman
Bse have par Wans Wieten en françois
, 2 vol. in- 12 , brochés. 4liv.
Conférence de Bornier , 2 vol . in-4º , reliés. 24 1.
Controverfefur la religion chrétienne & celle des
Mahometans, in- 12 , 1767 , broché. 1 1. 16 (.
Le Docteur Panſophe , ou lettre de M. de Voltaire
a M. Home , in 12 , broché. 12 C.
Les DELASSEMENS CHAMPÊTRES , 2 vol. in- 12
brochés. 4liv.
Difputationes ad morborum hiftoriam & curationem
, &c. Albertus Hallerus , 6 vol . in 4º ,
reliés. 60 liv.
Difputationes chirurgicæ ſelectæ , Albertus Hallerus
, vol. in 4º , reliés . so liv.
Diſpenſatorium Pharmaceuticum , in-4 ° , 2 vol.
brochés. 24 liv.
Differtation fur la littérature , 4 vol. in 80. 6 liv .
Elemens de pharmacie , théorique & pratique , par
M. Beaumé , Maître Apothicaire de Paris ,
I vol. in 8 °, grand papier, avec fig. relić. 6 liv .
Examen des faits qui fervent de fondement à la
religion chrétienne , 3 vol. in- 12 , par M. l'abbé
François , reliés . 7 liv . 10 f.
Eſſai fur les erreurs & fuperftitions anciennes&
5
modernes , nouvelle édition , augmentée ,
1767 , grand in- 8 ° , relié. sliv.
Elemens de philofophie rurale , broché 2liv.
Effſaisfur l'art de la guerre , avec cartes &planches,
parM. le comte deTurpin , 2vol. in-4 ,
brochés. 24 liv.
24f.
Exposéfuccinct de la contestationdeM. Rousseau
avec M. Hume , in 12,broché.
Eſſai ſur l'hiſt. des belles lettres, 4vol. rel. 12 liv.
Entretien d'une ame pénitente, in 12 broché. 2 liv.
Les élémens de la médecine pratique , par M.
Bouillet , in 4º , relié. 7 liv.
Elém. de métaph. facrée&profane, in-sobr. 3 liv.
Histoire naturelle de l'homme dans l'état demaladie,
in-89 , 2 vol . relié. 9 liv.
Hift. desprogrès de l'esprit kumaindans lesſciences
exactes , & dans les arts qui endépendent ,
&c. par M. Saverien , grand in- 8 ° relić. 5 liv.
Hift. de Christine , Reine de Suede , in- 12 , relié.
2 liv. 10 f.
Hift. de la prédication, 1 vol. in- 12, rel.2 liv. 10 f.
Hift. des Empereurs , 12 vol. reliés in- 12..361.
Hift. du bas Empire , 10 vol. reliés . 30 liv.
Hift. ecclef. de Racine , 15 vol.in- 12, relié. 48 liv.
in-4° , 13 vol. 130 liv.
Hift. de France de Vely , 18 vol . reliés , in 12.
54 liv.
Hift. moderne , 12 vol. reliés , in- 12 . 36 liv .
Hift. de Lucie Weller , 2 vol. in 12 , broché. 4 liv .
Hift. des révolutions de Florence ſous les Medicis ,
3 vol. in- 12 reliés . 7liv. 10 f.
Hift. de l'Afrique ( nouvelle ) françoise , 2 vol.
in- 12 , reliés. 6liv.
Hift. de l'empire ottoman , in-4º, relić . 9 liv.
Hift. des navigations aux terres Auſtrales , 2 vol.
in-4° , reliés. 24liv.
6
Hift.navaled'Angleterre,3 vol. in-4°.rel. 27 liv.
Mélangesintéreſſans & curieux , contenant l'hiſ-
12 , re'iés .
toire naturelle , morale , civile & politique
de l'Afie , de l'Afrique & des terres Polaires ,
par M. Rouffelor de Surgy , 1766 , 10 vol. in-
25 liv.
Mém. de Mile de Valcourt , 2 vol. broc. 2 liv . 8 .
M.decine rurale& pratique , rel . in- 12. 21. 10 f.
Henry IV, ou la réduction de Paris , poëme en
1 liv. 4 (.
Manu'l de chymie , par M. Beaumé , nouvelle
édition augmentée , in- 12 , relié. 2 liv. ro f.
Manuel lexique , par M. l'abbé Prevôt , 2 vol.
in 8 ° , reliés .
trois actes.
و liv.
Manuel harmonique, &c . par M. Dubreuil , maître
de clavecin , in- 8 ° ; 1767 , broché . 1 liv. 16 f.
Mémoires militaires , & voyages du Pere de Singlande
, 2.vol. in-12 , 1766 , broc.
Mémoirefur l'adminiſtration des finances d'Angle-
21.101.
terre , in -4° , broché. 6liv.
Maladies des gens de mer , par M. Poiffonnier ,
in 8°, relić. sliv.
Monades de Leibnitz , in , broché. 9liv
Mémoire ſur le ſafran , in- 80 , broché. I liv. 4
Notesfur la lettre de M. de Voltaire , br. 9 fols .
Oeuvres dramatiques , avec des obſervations , par
M. Marin , in 8° , broché. 2 liv.
Olave ou le jeune Pompée , ou le Triumvirat ,
avec des notes & des morceaux hiſtoriques ,
I vol. in- 8 ° , broché . 1 liv. 16
Les OEuvres de Rouſſeau , in- 12 , petit format ,
5 vol. reliés. 10liv.
Les Cuvres de M. d'Héricourt , 4 vol. in-4 ° ,
reliés.. 40liv.
Obfervationsfur la mouture des bleds , & fur leur
produit. 101.
La poétique de M. de Voltaire , 2 part. en un
7
grand in- 8° , relić. s liv .
Pensées & réflexions morales , nouv. édit. revue &
augmentée , broché. I liv. 10 f.
Polypes d'eau douce , ou lettre de M. Romé de
l'Iſle à M. Bertrand , &c. broché . 12 .
La paſſion de notre Seigneur Jesus- Chrift , miſe
en vers & en dialogues , in-8 ° , broché. 12 f.
Richardet , poëme héroï- comique , en 12 chants ,
dans le goût de l'Arioſte , I vol. grand in-8°,
relić.
s liv.
Les Scythes , tragédie de M. de Voltaire , nouv .
11.10 6. édition , in- 8 ° , broché.
Syphilis , ou le mal vénérien , poëme latin de
Jerôme Fracaſtor , avec la traduction en françois
& des notes , I vol . in. 8 ° broché . 1 1. 10 f.
La Sechia Rapita , 2 vol . in- 8º reliés. 36 liv.
Table des monnoies courantes dans les quatre
parties du monde , brochés. 1 1.4f.
Traité de toutes les coliques , in-12 , 1767 ,
broché. 1 liv. 10(.
Traité des principaux objets de médecine , 2 vol.
in- 12 , reliés . sliv.
Théorie du plaifir , I vol. broché. 1 liv. 16f.
Traité des jacinthes , broché. 1 liv. 4 f.
Traitédes tulipes , broché. I liv. 106.
2 liv. Traité des renoncules , broché.
Recueil de divers traités ſur l'hiſtoire naturelle de
laterre & des foſſiles , in-4° , broché. 9 liv.
Virgile d'Annibal Carro, 2 vol, in- 8 °, reliés. 36 1.
OUVRAGES fous preſſe & qui doivent paroître
inceffamment.
in-89.
Supplément pour la premiere édition du dictionnaire
d'histoire naturelle , volume
Hiſtoire du Patriotisme François , ou nouvelle
hiſtoire de France , dans laquelle on s'eft
8
S
principalement attaché à décrire les traits de
patriotiline qui ont illustré nos Rois , la Nobleſle
& le Peuple François , depuis l'origine
de la monarchie , juſqu'a nos jours , 6vol.
in- 12.
Variétés littéraires , ou choix de morceaux intéreffans
& curieux , concernant les ſciences ,
les arts & la littérature , 4 vol . in- 12.
Dictionnaire de Telocution françoise , contenant
les regles & les exemples de la grammaire ,
de l'éloquence&de la poéſie , 2 vol. in-১০.
Hiſtoire littérairedes Femmes Françoises , contenant
une analyte raifonnée de leurs ouvrages ,
&c. s vol. grand in 8°.
Hiltoire des théâtres de la Comédie Italienne
& de l'Opéra- comique , depuis leur établiſſement
en France juſqu'à nos jours , avec l'analyſe
raiſonnée , & Thiſtoire anecdotiquede
ces théâtres , 6 vol. in 12.
Les Nuits parifiennes , ou recueil de traits finguliers
, d'anecdotes , de pentées , &c. 2 vol.
in-8°.
Les deux áges du goût & du génie , ou les efforts
& les progrès du goût & du génie dans
les ſciences , les arts & la littérature , ſous
les regnes de Louis XIV & de Louis XV ,
vol. grand in-8°.
Nouvelles recherches fur les êtres microscopiques
, & fur la génération des corps orgapifés
, vol. grand in 80 , avec figures.
Dictionnaire de lagéographie ancienne , vol. in-8º.
Fermer
11399
p. 64-65
AUTRE.
Début :
Peut-on si peu ressembler à son frere [...]
Mots clefs :
Bémol et dièse