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1
p. 3-45
LA BLONDE BRUNE femme & maistresse.
Début :
Une Dame jolie, enjoüée, & de beaucoup d'esprit, vertueuse [...]
Mots clefs :
Blonde, Brune, Languedoc, Mari absent, Galanterie, Maîtresse, Soupçon, Amant jaloux, Convalescence, Paris, Abbesse, Conseiller, Amour, Carrosse, Abbaye, Veuve, Couvent, Tromperie, Jalousie, Cheveux
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texteReconnaissance textuelle : LA BLONDE BRUNE femme & maistresse.
LA BLONDE BRUNE
femme & maistreffe.
UNeDame jolie , enjouée , & de beaucoup
d'efprit , vertueufe dans
le fond , mais aimant le
Septembre 1712. Aij
4 MERCURE
monde , & les amufe->
ments d'une galanterie
fans vice , ne put s'empefcher de fuivre cette
maniere de vie pendant
l'abfence de fon mary ,
que d'importantes affai
res avoient appellé dans
le Languedoc pour quelque temps. Il eftoit tresnouveau marić , & avoit
épousé la femme par un
accommodement de famille , & ne l'avoit pas
veuë plus de deux outrois
GALANT.
jours avant ſon mariage,
& avoit efté contraint de
partir peu de jours après.
Il aima d'abord cette
femme ; mais foit jaloufic , foit delicateffe fcrupuleufe fur le point
d'honneuril eftoit un
peu trop fevere für fa
conduite ; & il luy recommanda en partant
une regularité devivie
fort efloignée des innocentes libertez qu'elle s'eftoit donnée eftant fille ,
Aiij
6 MERCURE
& qu'elle s'eftoit promis
de continuer après fon
mariage , ainfi fe voyant
maitreffe de fes actions
par ce départ , elle oùblia tous les fcrupules
qu'onlui avoit donnez en
partant , elle eftoit née
pour la vie agréable ,
l'occafion eftoit belle
elle crut qu'il luy eftoit
permis de s'en fervir ,
pourveu qu'elle évitaft
l'éclat ; elle ne vouloit
point recevoir de vifites
GALANT.
7
chez elle , mais elle avoit
des amis & des amies de
fon humeur , on la vit ,
elle plut & n'en fut point
fafchée. On lui fit de tendres déclarations , elle les
reçeut en femme d'efprit
qui veut eftre aimée &
ne point aimer, elle ne fe
faſchoit de rien, pourveu
qu'onne paffaft point les
bornes qu'elles s'eftoit
prefcrites conformément
à un fond de fageffe qui
ne pourroit eftre alteré ,
*
A iiij
8 MERCURE
les plus médifans one
pouvoient avoir que des
foupçons mal fondez , &
ceux qui eftoient les plus
entreprenans s'aperceurent bien - toft qu'il n'y
avoit à efperer d'elle que
l'agrément de la focieté
generale , ils l'en eſtimerent davantage & n'en
curent pas moins d'empreffement à la voir, car
elle plaifoit , mefme aux
femmes qui fe fentoient
un merite inferieur au
GALANT
fien , tout alloit bien jufque là mais un de ces
jeunes conquerants qui
ne veulent des femmes
que la gloire de s'en eſtre
fait aimer , prétendit un
jour eftre aimé d'elle
plus férieufement qu'elle
ne vouloit , elle le regarada fierement , changea
de ftile , prit un air fevere
& rabbatit tellement fa
vanité , qu'elle s'en fit un
ennemi tres- dangereux
il examina de prés toutes
10 MERCURE
fes demarches , la vit de
facile accès à tous ceux
qu'il regardoit comme
fes rivaux , & fans fonger qu'ils ne luy avoient
pas donné les mefmes fujets de plainte que luy , il
les mit tous fur fon compte , il prit confeil de fa
jaloufie , & ne fongea
plus qu'à fe vanger , il en
trouva une occafion toute autre qu'il ne l'efpe
roit.
La Dame eftoit allée à
GALANT.
IF
une Campagne pour
quelques jours avec une
amie;
par malheur pour
elle fon mary revint
justement de Languedoc le lendemain du
départ de fa femme , &
fut fort défagreablement
furpris de nela point
trouver chez elle en arrivant. Le premier homme qu'il vit en fortant
de chez luy ce fut l'amant jaloux , avec qui
il avoit toujours vécu
12 MERCURE
affez familierement , le
mary luy confia le chagrin qu'il avoit contre ſa
femme; il prit cette occafionpour la juftifier de la
maniere dont les prudes
medifent ordinairement
de leurs émules , c'eſtà- dire en excufant malignement les fautes qu'on
ignoreroit fans elle; il entra dans le détail de toutes les connoiffances qu
elleavoit faites depuisfon
départ , & de toutes les
GALANT. 13
parties où elles'étoit trouvée, en louant une vertu
qui pouvoit eftre à l'épreuve de tout cela , mais
cette vertu eftoit ce qui
frappoit moins le mary
les épreuves où elle s'eftoit mife le frappoient
bien davantage , en un
motil l'enviſageacomme
tres-coupable, il s'emporte, il fulmine, & il auroit
pris quelque refolution
violente, fi quelques amis
mieux intentionnez
MERCURE
n'cuffent un peu adouci
le venin que le premier
avoit infinue dans le
cœur de ce pauvre mari ,
cependant tout ce que
ceux- cy purent gagner
ce fut qu'en attendant
un éclairciſſement plus
ample cette femme iroit,
fous quelque prétexte
qu'ils trouverent , paffer
quelques femaines dans
un Couvent à quinze
lieues de Paris , dont par
bonheur l'Abeffe fe trouE
GALANT. S
foeur d'un de ces prudents amis , & la femme
va
executa cette retraite demivolontaire dès qu'elle
fut de retour ; & deux
parentes du maryfechargerent de l'y conduire.
La voila donc dans le
Couvent , fes manieres
engageantes & flateufes
la rendirent bien- toft intime amie de l'Abbeffe ,
elle fe fit aimer de tout le
Couvent, c'eftoit une neceffité pour elle que la
stoleg
16 MERCURE
vie gaye , elle fe fit des
plaifirs de tout ce qui en
peut donner dans la retraite , & elle fit amitié
avec une jeune Provençale, parente de l'Abbeſſe
qui eftoit aufli dans le
Couvent pour paſſer la
premiere année de fon
veuvage, mais elle eftoit
auffi gaye que celle - cy
qui n'eftoit pas veuve
celle - cy eut une fantaifie fi forte d'apprendre
le Provençal qu'elle le
parloit
GALANT. 17
parloit au bout de quelque temps auffi bien que
cette veuve qu'elle ne
quittoit pas d'un moment.
Le temps de cette retraite dura prés d'une an
née au lieu de quelques
femaines › parce que le
mary fut obligé de retourner en Languedoc
& qu'il ne voulut pas la
laiffer feule à Paris une
feconde fois. Pendant ce
temps là elle eut la petite
Septembre 1712. B
18 MERCURE
verole , & n'en fut prefque point marquée, mais
il fe fit un petit changementdans les traits defon
de temps vifage , en peu
la convalefcence joignit
de l'embonpoint à fa taille qui eftoit fort menuë ;
& fon teint s'éclaircit
beaucoup , elle perdit de
beaux cheveux blonds
qu'elle avoit , en forte
que mettant un jour en
badinant une coifure de
la veuve , qui eftoit bru
GALANT 19
ne , elle fe trouva fi jolic
en brun & en mefme
temps fi diférente de ce
qu'elle eftoit en blond
avant fa petite verolo
que joignant à cela le
langage Provençal, qu'el
le s'eftoit rendu naturel ,
ellecrutpouvoir fatisfaire
une fantaiſie qui luyvint;
c'eftoit d'accompagner
fan amie dans un pe
tit voyage qu'elle alloit
faire à Paris , & d'y paſfer
incognito pour une Pra
Bij
20 MERCURE
vençale parente de cette
veuve , elle en obtint la
permiffion de l'Abbeffe
& du frere de cetteAbbef
fe, qui eftoit, commej'ay
dit , le vray ami de confiance du mary , & qui
avoit mefme affez d'af1
cendant fur luy pour ſe
charger de ce qui pourroit arriver , lorſque par
hazard elle feroit reconnuë par quelqu'un. En
unmot , il ne put refuſer
cette petite confolation
GALANT. 28
d'aller voir Paris , à une
femme qu'il fçavoit innocente , & que fon mary qui menaçoit d'eftre
encore trois mois en Lan
guedoc, avoit déja laiffé
un an dans le Couvent ,
il partit donc avec la veritable & la fauffe brune,
qu'il mena en arrivant à
Paris chez unvieux Confeiller dont la femme eftoit tres vertueuse , il ne
pouvoit la placer mieux
pour la fureté du mary.
22 MERCURE
Il fit croire aifément au
vieux Confeiller & à fa
femme qu'elle eftoit Provençale & parente de la
veuve.
Nos deux brunes firent pendant quelques
jours l'admiration du petit nombre de gens que
voyoit la Confeillere , &
elles eftoient un jourtoutes trois avec le Confeiller dans fon Cabinet en
fortant de Table , lorfqu'un Soliciteur impa
}
GALANT. 27
que
tes
tient ne trouvant perfonne pour l'annoncer, parce
gens difnoient
entra dans le Cabinet du
Confeiller. Qui pourroit
imaginer la bizarerie de
cette incident , le mary
jaloux eftoit revenu en
poſté pour un procèsimportant dont ce Confeil
ler venoit d'eftre nommé
Rapporteur , il eſtoit encore aux compliments
avec le Confeiller quand
la parole luy manqua
&
24 MERCURE
tout à coup , par la ref
femblance eftonnante
qui le frappa malgré les
changemens dont j'ay
parlé ; le Conſeiller luy
dit ce qu'il croyoit de
bonne foy , que cette
belle Provençale eftoit
arrivée de Provence depuis deux jours avec la
veuve. Le mary ne put
s'empefcher contre lá
bienséance mefme de s'avancer vers les deux Dames , il leur marqua là
caufe
GALANT.
caufedefoneftonnement,
& il cuftfansdoutereconneu fa femme fans la préfence d'efprit qu'elle cut
de neparler que Provençal , comme fi elle n'euft
pas fceu bien parler
François , ce jargon dépayfa encore le mary qui
s'en tint à l'eftonnement
d'une telle reffemblance
entre une brune & fa
femme qui eftoit blonde.
En ce moment l'ami qui
avoit difné avec les DaSeptembre 1712, C
26 MERCURE
mes, & qui eftoit reſté un
moment dans le Jardin ,
fut eftonnéen remontant
de trouver dans l'antichambre un Laquais de
fon ami qu'il croyoit encore en Languedoc , &
fut bien plus furpris encore quand ce Laquais
lui dit que fon Maiſtre
eftoit dans le Cabinet du
Confeiller , il entra fort
allarmé , mais la fcene
qu'il y trouva l'ayant un
peu raffuré , lui fit naiſtre
GALANT
. 17
en grossune idée qu'il
perfectionna dans la fuite , & aprés avoir appuyé
ta folicitation de fon ami
auprès du Conſeiller , il
fortit avec luy , le fortifia dans l'idée de la
reffemblance , & lui promit pour la rareté dufait
de luy faire voir le lende-
-main cette brune, & dès
le foir mefme il prévint
ola Confeillere en lui contant la verité de tout , &
luy faiſant approuver le
C ij
& MERCURE
deffein qu'il avoit , car
foupçonnoit desja le mary d cftre un peu amoureux de fa femme traveftie. ?
La vifite du lendemain
fe pafla plus gayement
que la premiere entreveuë, car la femme ayant
concertéfon perfonnage,
le fouftint à merveille, &
dit à fon mary en langage Provençal cent jolies
chofes , que la veuve lui
interpretoit à mefure ,
GALANT. 29
elle interpretoit enfuite
la femme ce que fon mary lui difoit bon François : ce jeu donna à l'amyla fene du monde la
en
plus divertiflante , & le
maryfortit delà fì amouBeux , que fon amy n'en
douta plus ; mais il fe
garda bien de lui tefmoi
gner qu'il s'en apperceut,
de peur de le de le contraindre. Le fingulier de cett
avanture , c'eft qu'en certains momens le maryreCij
30 MERCURE
connoiffoit fi fort fa femme, que cela refroidiffoit
un peueu fon amour, toutes les differences qu'il
trouvoit le frappant , enfuite fon amour redoubloit , & les fcrupules lui
prenoient , il vit ainfi plufieurs fois fa femme, mais
le jour de fon départ eftoit arrivé , on dit hautement qu'elle retournoit
en Provence, & elle partit
pour fe rendre au Cou
vent.
ALANT 31
Ce départ mit le mary
dans un tel abbatement
qu'il ne put s'empeſcher
de faire confidence àa fon
amy du cruel cftat où
cette feparation l'avoit
que
mis. Alors Famylui confeilla de profiter de la reffemblance, de taſcher
fa femme remplaçaft cette perte dans fon cœur.
Ils partirent tous deux
pour aller au Couvent ,
où la femme redevenue
blonde , prit des ajuſte
C iiij
32 MERCURI
ments if differents de
ceux qu'elle avoit cftant
brune , que le mary crup
voirune autre perfonne ,
il y trouvoit pourtant
quelques uns des mefmes
charmes , mais celle - cy
ne fervoit qu'à lui faire
regreter l'autre , en lus
en reveillant lidée. vio
Sur ces entrefaites un
courier vint apporter une
lettre à l'amy & cette
lettre eftoit de la veuve,
qui de concert avec lui
CALANTI #
cftoit allée à une terre
qu'avoit le Confeiller à
quatre lieues du Cou
vent, cette lettre portoit,
que la belle brune s'erant
trouvée indifposée &
cette femme fe trouvant
fur la route du Langue
doc elle y séjourneroit
deux où trois jours. Il
montra le commencement de cette lettre au
mary , qui en lut en mef.
me temps la fin , où la
veuve marquoit à l'amy
34 MERCURE
comme par une espece de
confidence , que l'indif
pofition de la brune n'eftoit qu'un prétexte pour
taſcher de retournerà Paris , pour revoir fon amy
pour qui elle avoit le
cœur pris. Jugez de l'effet que cette fin de lettre
fit fur le pauvre mary .
l'amy reprit fa lettre fans
lui parler davantage de
la veuve ni de fa compagne , & dit enfuite qu'ef
tant obligé de refter deux
GALANT. 35
ou trois jours avec la
foeur Abbeffe ; il lui
donnoit fon Caroffe pour
s'en retourner à Paris ; le
mary fut charmé de cet
incident & profita du
Caroffe , il gagna le Cocher & marcha droit
vers la terre où il croyoit
trouver la brune , & c'eft
ce que l'amy avoit prévû,
la blonde partit àl'inftant
par un chemin de traverfe avec une Chaife de
pofte , & l'amy à Che-
36 MERCURE
val , ils arriverent une
heure avant le Caroffe
dont le Cocher avoit ordre d'aller fort douce,
ment, & la blonde cut
tout le loifir de le faire
brune ,
avant que fon
maryfuftarrivé, l'amyfe
fit cacher dans le Chaf
teau , & cette entreveuë
fut fi vive qu'il y eut déclaration d'amour depart
&
d'autre , car le mary
eut la tefte fi troublée de
puis la lecture de la lettre,
GALANT. 37-
qu'il fut incapable d'aucune reflexion fur l'infi- .
delitéqu'il faifoit à fa femme dans le moment
qu'ils eftoient dans le fort
de leur tendreffe l'amy
parut , la brune feignit
?
d'eftre furpriſe & troublée , fe retira avec précipitation & laiffa les
deux amis feuls enfemble , alors l'amy prenant
un ton fort fevere , dite
au mary qu'il s'etoit bien
douté de l'infidelité qu'il
38 MERCURE
vouloit faire à fa femme,
& qu'il lui avoit exprés
laiffé fon Carroffe pour
avoir lieu de le furprendre , & de lui faire cent
reproches des mauvais
procedez qu'il avoit eus
avec fa femme fur de
fimples apparences , lorf
qu'il eftoit réellement infidelle. Ce mary fut tres
honteux , fon amy avoit
beaucoupd'afcendant fur
fon efprit , il lui fit promettre qu'il ne reverroit
CALANT. 39
pas
་
jamaistla brune ?, ible
promit , mais ce n'eftoit
là ce qu'on vouloit
de lui , l'amy reprit avec
lui le chemin de l'Abbaye , & le détermina à
reprendre fa femme pour
la remener à Paris , il le
promit , mais il eut befoin de toute fa raiſon &
de toute celle de fon amy
pour faire un tel effort
fur lui-mefme. Il arriva à
l'Abbaye dans un eſtat
qui cuft fait pitié à tout
40 MERCURE
a
autre qu'à cet amy. Ils
prirent leurs mefures en
arrivant à l'Abbaye pour
pouvoir partir le lendemain pour Paris , la femme eftoit à l'Abbaye avant eux , & par le mefme chemin qu'elle avoit
pris pour aller , elle en
eftoit revenue , & reparut en blonde , mais ce
n'eftoit plus cette blonde
foumife , gracieuſe , &
fuppliante que le maryy
avoit laiffée le matin , elle
prit
GALANT 41
prit un autre ton , elle fit
la ferme jaloufe , & en
prétence de l'Abbofle dé
clara qu'elle fçavoit l'in ,
fidelité de fon mary , l'amy & l'Abbele joue
rent fr bien leur perfonnage , & feconderent fi
bien les juftes reproches
de la femme irritée , quo
le mary veritablement
convaincu de fon tort refolut fincerement de tafa
cher debien vivre avec fa
femme & d'oublier la
Septembre 1712.
D.
42 MERCURE
Provençale , il le promit,
mais la femme feignit de
ne fe fier pas à fes promeffes , de vouloir refter
au Couvent , & fe retira
fierement. L'Abbeffe, l'a
my, & le mary difnerent
fort triftement , & on le
fit refter à table autant de
temps qu'il fallut pour
donner le loifir à la blonde de redevenir brune ;
elle n'oublia rien cette
derniere fois pour plaire
à fon amant mary , il fut
GALANT
fort furpris de la voir entrer dans le parloir où ils
mangcoient, l'Abbeffe &
l'amyfeignirent auffi d'eftre furpris , la fcene qui
fe paffa s'imagine mieux
qu'elle ne fe peut écrire ,
jamais mary ne s'eft trou
vé dans un pareil embar
ras , car l'Abbeffe & l'amyne pouvoient traiter
la chofe fi férieuſement
qu'ils ne leur échapaft
quelques éclats de rire ,
ils eftoient dans cette fi
Dij
44 MERCURE
tuation lorfque la Pro
vençale commença à par
ler bon François , & à
déclarer ouvertementfon
amour , fans lui dire encore qu'elle eftoit fa fenrme, & ils firentprudem
ment de tromper le mari
par degrez, car s'ileuft appris tout d'un coup que
celle qu'il aimoit fi pafs
fionnément alloit eftre en
fa poffeffion , il en feroit
mort de joye. Enfin le
dénouement fut mené
GALANT. 45
de maniere , que le mary
fut auffi amoureux aprés
Féclairciffement , & mef
me plus qu'il ne l'avoit
eftéavant & dans la fuitele mary devenant
moins amoureux &
moins jaloux , & la femme devenant plus refervée cela fit un très bon
menage : enfin l'amy fut
remercié de la tromperie
innocente comme du
meilleure office qu'il
pouvoit rendre au mary
& à la femme
femme & maistreffe.
UNeDame jolie , enjouée , & de beaucoup
d'efprit , vertueufe dans
le fond , mais aimant le
Septembre 1712. Aij
4 MERCURE
monde , & les amufe->
ments d'une galanterie
fans vice , ne put s'empefcher de fuivre cette
maniere de vie pendant
l'abfence de fon mary ,
que d'importantes affai
res avoient appellé dans
le Languedoc pour quelque temps. Il eftoit tresnouveau marić , & avoit
épousé la femme par un
accommodement de famille , & ne l'avoit pas
veuë plus de deux outrois
GALANT.
jours avant ſon mariage,
& avoit efté contraint de
partir peu de jours après.
Il aima d'abord cette
femme ; mais foit jaloufic , foit delicateffe fcrupuleufe fur le point
d'honneuril eftoit un
peu trop fevere für fa
conduite ; & il luy recommanda en partant
une regularité devivie
fort efloignée des innocentes libertez qu'elle s'eftoit donnée eftant fille ,
Aiij
6 MERCURE
& qu'elle s'eftoit promis
de continuer après fon
mariage , ainfi fe voyant
maitreffe de fes actions
par ce départ , elle oùblia tous les fcrupules
qu'onlui avoit donnez en
partant , elle eftoit née
pour la vie agréable ,
l'occafion eftoit belle
elle crut qu'il luy eftoit
permis de s'en fervir ,
pourveu qu'elle évitaft
l'éclat ; elle ne vouloit
point recevoir de vifites
GALANT.
7
chez elle , mais elle avoit
des amis & des amies de
fon humeur , on la vit ,
elle plut & n'en fut point
fafchée. On lui fit de tendres déclarations , elle les
reçeut en femme d'efprit
qui veut eftre aimée &
ne point aimer, elle ne fe
faſchoit de rien, pourveu
qu'onne paffaft point les
bornes qu'elles s'eftoit
prefcrites conformément
à un fond de fageffe qui
ne pourroit eftre alteré ,
*
A iiij
8 MERCURE
les plus médifans one
pouvoient avoir que des
foupçons mal fondez , &
ceux qui eftoient les plus
entreprenans s'aperceurent bien - toft qu'il n'y
avoit à efperer d'elle que
l'agrément de la focieté
generale , ils l'en eſtimerent davantage & n'en
curent pas moins d'empreffement à la voir, car
elle plaifoit , mefme aux
femmes qui fe fentoient
un merite inferieur au
GALANT
fien , tout alloit bien jufque là mais un de ces
jeunes conquerants qui
ne veulent des femmes
que la gloire de s'en eſtre
fait aimer , prétendit un
jour eftre aimé d'elle
plus férieufement qu'elle
ne vouloit , elle le regarada fierement , changea
de ftile , prit un air fevere
& rabbatit tellement fa
vanité , qu'elle s'en fit un
ennemi tres- dangereux
il examina de prés toutes
10 MERCURE
fes demarches , la vit de
facile accès à tous ceux
qu'il regardoit comme
fes rivaux , & fans fonger qu'ils ne luy avoient
pas donné les mefmes fujets de plainte que luy , il
les mit tous fur fon compte , il prit confeil de fa
jaloufie , & ne fongea
plus qu'à fe vanger , il en
trouva une occafion toute autre qu'il ne l'efpe
roit.
La Dame eftoit allée à
GALANT.
IF
une Campagne pour
quelques jours avec une
amie;
par malheur pour
elle fon mary revint
justement de Languedoc le lendemain du
départ de fa femme , &
fut fort défagreablement
furpris de nela point
trouver chez elle en arrivant. Le premier homme qu'il vit en fortant
de chez luy ce fut l'amant jaloux , avec qui
il avoit toujours vécu
12 MERCURE
affez familierement , le
mary luy confia le chagrin qu'il avoit contre ſa
femme; il prit cette occafionpour la juftifier de la
maniere dont les prudes
medifent ordinairement
de leurs émules , c'eſtà- dire en excufant malignement les fautes qu'on
ignoreroit fans elle; il entra dans le détail de toutes les connoiffances qu
elleavoit faites depuisfon
départ , & de toutes les
GALANT. 13
parties où elles'étoit trouvée, en louant une vertu
qui pouvoit eftre à l'épreuve de tout cela , mais
cette vertu eftoit ce qui
frappoit moins le mary
les épreuves où elle s'eftoit mife le frappoient
bien davantage , en un
motil l'enviſageacomme
tres-coupable, il s'emporte, il fulmine, & il auroit
pris quelque refolution
violente, fi quelques amis
mieux intentionnez
MERCURE
n'cuffent un peu adouci
le venin que le premier
avoit infinue dans le
cœur de ce pauvre mari ,
cependant tout ce que
ceux- cy purent gagner
ce fut qu'en attendant
un éclairciſſement plus
ample cette femme iroit,
fous quelque prétexte
qu'ils trouverent , paffer
quelques femaines dans
un Couvent à quinze
lieues de Paris , dont par
bonheur l'Abeffe fe trouE
GALANT. S
foeur d'un de ces prudents amis , & la femme
va
executa cette retraite demivolontaire dès qu'elle
fut de retour ; & deux
parentes du maryfechargerent de l'y conduire.
La voila donc dans le
Couvent , fes manieres
engageantes & flateufes
la rendirent bien- toft intime amie de l'Abbeffe ,
elle fe fit aimer de tout le
Couvent, c'eftoit une neceffité pour elle que la
stoleg
16 MERCURE
vie gaye , elle fe fit des
plaifirs de tout ce qui en
peut donner dans la retraite , & elle fit amitié
avec une jeune Provençale, parente de l'Abbeſſe
qui eftoit aufli dans le
Couvent pour paſſer la
premiere année de fon
veuvage, mais elle eftoit
auffi gaye que celle - cy
qui n'eftoit pas veuve
celle - cy eut une fantaifie fi forte d'apprendre
le Provençal qu'elle le
parloit
GALANT. 17
parloit au bout de quelque temps auffi bien que
cette veuve qu'elle ne
quittoit pas d'un moment.
Le temps de cette retraite dura prés d'une an
née au lieu de quelques
femaines › parce que le
mary fut obligé de retourner en Languedoc
& qu'il ne voulut pas la
laiffer feule à Paris une
feconde fois. Pendant ce
temps là elle eut la petite
Septembre 1712. B
18 MERCURE
verole , & n'en fut prefque point marquée, mais
il fe fit un petit changementdans les traits defon
de temps vifage , en peu
la convalefcence joignit
de l'embonpoint à fa taille qui eftoit fort menuë ;
& fon teint s'éclaircit
beaucoup , elle perdit de
beaux cheveux blonds
qu'elle avoit , en forte
que mettant un jour en
badinant une coifure de
la veuve , qui eftoit bru
GALANT 19
ne , elle fe trouva fi jolic
en brun & en mefme
temps fi diférente de ce
qu'elle eftoit en blond
avant fa petite verolo
que joignant à cela le
langage Provençal, qu'el
le s'eftoit rendu naturel ,
ellecrutpouvoir fatisfaire
une fantaiſie qui luyvint;
c'eftoit d'accompagner
fan amie dans un pe
tit voyage qu'elle alloit
faire à Paris , & d'y paſfer
incognito pour une Pra
Bij
20 MERCURE
vençale parente de cette
veuve , elle en obtint la
permiffion de l'Abbeffe
& du frere de cetteAbbef
fe, qui eftoit, commej'ay
dit , le vray ami de confiance du mary , & qui
avoit mefme affez d'af1
cendant fur luy pour ſe
charger de ce qui pourroit arriver , lorſque par
hazard elle feroit reconnuë par quelqu'un. En
unmot , il ne put refuſer
cette petite confolation
GALANT. 28
d'aller voir Paris , à une
femme qu'il fçavoit innocente , & que fon mary qui menaçoit d'eftre
encore trois mois en Lan
guedoc, avoit déja laiffé
un an dans le Couvent ,
il partit donc avec la veritable & la fauffe brune,
qu'il mena en arrivant à
Paris chez unvieux Confeiller dont la femme eftoit tres vertueuse , il ne
pouvoit la placer mieux
pour la fureté du mary.
22 MERCURE
Il fit croire aifément au
vieux Confeiller & à fa
femme qu'elle eftoit Provençale & parente de la
veuve.
Nos deux brunes firent pendant quelques
jours l'admiration du petit nombre de gens que
voyoit la Confeillere , &
elles eftoient un jourtoutes trois avec le Confeiller dans fon Cabinet en
fortant de Table , lorfqu'un Soliciteur impa
}
GALANT. 27
que
tes
tient ne trouvant perfonne pour l'annoncer, parce
gens difnoient
entra dans le Cabinet du
Confeiller. Qui pourroit
imaginer la bizarerie de
cette incident , le mary
jaloux eftoit revenu en
poſté pour un procèsimportant dont ce Confeil
ler venoit d'eftre nommé
Rapporteur , il eſtoit encore aux compliments
avec le Confeiller quand
la parole luy manqua
&
24 MERCURE
tout à coup , par la ref
femblance eftonnante
qui le frappa malgré les
changemens dont j'ay
parlé ; le Conſeiller luy
dit ce qu'il croyoit de
bonne foy , que cette
belle Provençale eftoit
arrivée de Provence depuis deux jours avec la
veuve. Le mary ne put
s'empefcher contre lá
bienséance mefme de s'avancer vers les deux Dames , il leur marqua là
caufe
GALANT.
caufedefoneftonnement,
& il cuftfansdoutereconneu fa femme fans la préfence d'efprit qu'elle cut
de neparler que Provençal , comme fi elle n'euft
pas fceu bien parler
François , ce jargon dépayfa encore le mary qui
s'en tint à l'eftonnement
d'une telle reffemblance
entre une brune & fa
femme qui eftoit blonde.
En ce moment l'ami qui
avoit difné avec les DaSeptembre 1712, C
26 MERCURE
mes, & qui eftoit reſté un
moment dans le Jardin ,
fut eftonnéen remontant
de trouver dans l'antichambre un Laquais de
fon ami qu'il croyoit encore en Languedoc , &
fut bien plus furpris encore quand ce Laquais
lui dit que fon Maiſtre
eftoit dans le Cabinet du
Confeiller , il entra fort
allarmé , mais la fcene
qu'il y trouva l'ayant un
peu raffuré , lui fit naiſtre
GALANT
. 17
en grossune idée qu'il
perfectionna dans la fuite , & aprés avoir appuyé
ta folicitation de fon ami
auprès du Conſeiller , il
fortit avec luy , le fortifia dans l'idée de la
reffemblance , & lui promit pour la rareté dufait
de luy faire voir le lende-
-main cette brune, & dès
le foir mefme il prévint
ola Confeillere en lui contant la verité de tout , &
luy faiſant approuver le
C ij
& MERCURE
deffein qu'il avoit , car
foupçonnoit desja le mary d cftre un peu amoureux de fa femme traveftie. ?
La vifite du lendemain
fe pafla plus gayement
que la premiere entreveuë, car la femme ayant
concertéfon perfonnage,
le fouftint à merveille, &
dit à fon mary en langage Provençal cent jolies
chofes , que la veuve lui
interpretoit à mefure ,
GALANT. 29
elle interpretoit enfuite
la femme ce que fon mary lui difoit bon François : ce jeu donna à l'amyla fene du monde la
en
plus divertiflante , & le
maryfortit delà fì amouBeux , que fon amy n'en
douta plus ; mais il fe
garda bien de lui tefmoi
gner qu'il s'en apperceut,
de peur de le de le contraindre. Le fingulier de cett
avanture , c'eft qu'en certains momens le maryreCij
30 MERCURE
connoiffoit fi fort fa femme, que cela refroidiffoit
un peueu fon amour, toutes les differences qu'il
trouvoit le frappant , enfuite fon amour redoubloit , & les fcrupules lui
prenoient , il vit ainfi plufieurs fois fa femme, mais
le jour de fon départ eftoit arrivé , on dit hautement qu'elle retournoit
en Provence, & elle partit
pour fe rendre au Cou
vent.
ALANT 31
Ce départ mit le mary
dans un tel abbatement
qu'il ne put s'empeſcher
de faire confidence àa fon
amy du cruel cftat où
cette feparation l'avoit
que
mis. Alors Famylui confeilla de profiter de la reffemblance, de taſcher
fa femme remplaçaft cette perte dans fon cœur.
Ils partirent tous deux
pour aller au Couvent ,
où la femme redevenue
blonde , prit des ajuſte
C iiij
32 MERCURI
ments if differents de
ceux qu'elle avoit cftant
brune , que le mary crup
voirune autre perfonne ,
il y trouvoit pourtant
quelques uns des mefmes
charmes , mais celle - cy
ne fervoit qu'à lui faire
regreter l'autre , en lus
en reveillant lidée. vio
Sur ces entrefaites un
courier vint apporter une
lettre à l'amy & cette
lettre eftoit de la veuve,
qui de concert avec lui
CALANTI #
cftoit allée à une terre
qu'avoit le Confeiller à
quatre lieues du Cou
vent, cette lettre portoit,
que la belle brune s'erant
trouvée indifposée &
cette femme fe trouvant
fur la route du Langue
doc elle y séjourneroit
deux où trois jours. Il
montra le commencement de cette lettre au
mary , qui en lut en mef.
me temps la fin , où la
veuve marquoit à l'amy
34 MERCURE
comme par une espece de
confidence , que l'indif
pofition de la brune n'eftoit qu'un prétexte pour
taſcher de retournerà Paris , pour revoir fon amy
pour qui elle avoit le
cœur pris. Jugez de l'effet que cette fin de lettre
fit fur le pauvre mary .
l'amy reprit fa lettre fans
lui parler davantage de
la veuve ni de fa compagne , & dit enfuite qu'ef
tant obligé de refter deux
GALANT. 35
ou trois jours avec la
foeur Abbeffe ; il lui
donnoit fon Caroffe pour
s'en retourner à Paris ; le
mary fut charmé de cet
incident & profita du
Caroffe , il gagna le Cocher & marcha droit
vers la terre où il croyoit
trouver la brune , & c'eft
ce que l'amy avoit prévû,
la blonde partit àl'inftant
par un chemin de traverfe avec une Chaife de
pofte , & l'amy à Che-
36 MERCURE
val , ils arriverent une
heure avant le Caroffe
dont le Cocher avoit ordre d'aller fort douce,
ment, & la blonde cut
tout le loifir de le faire
brune ,
avant que fon
maryfuftarrivé, l'amyfe
fit cacher dans le Chaf
teau , & cette entreveuë
fut fi vive qu'il y eut déclaration d'amour depart
&
d'autre , car le mary
eut la tefte fi troublée de
puis la lecture de la lettre,
GALANT. 37-
qu'il fut incapable d'aucune reflexion fur l'infi- .
delitéqu'il faifoit à fa femme dans le moment
qu'ils eftoient dans le fort
de leur tendreffe l'amy
parut , la brune feignit
?
d'eftre furpriſe & troublée , fe retira avec précipitation & laiffa les
deux amis feuls enfemble , alors l'amy prenant
un ton fort fevere , dite
au mary qu'il s'etoit bien
douté de l'infidelité qu'il
38 MERCURE
vouloit faire à fa femme,
& qu'il lui avoit exprés
laiffé fon Carroffe pour
avoir lieu de le furprendre , & de lui faire cent
reproches des mauvais
procedez qu'il avoit eus
avec fa femme fur de
fimples apparences , lorf
qu'il eftoit réellement infidelle. Ce mary fut tres
honteux , fon amy avoit
beaucoupd'afcendant fur
fon efprit , il lui fit promettre qu'il ne reverroit
CALANT. 39
pas
་
jamaistla brune ?, ible
promit , mais ce n'eftoit
là ce qu'on vouloit
de lui , l'amy reprit avec
lui le chemin de l'Abbaye , & le détermina à
reprendre fa femme pour
la remener à Paris , il le
promit , mais il eut befoin de toute fa raiſon &
de toute celle de fon amy
pour faire un tel effort
fur lui-mefme. Il arriva à
l'Abbaye dans un eſtat
qui cuft fait pitié à tout
40 MERCURE
a
autre qu'à cet amy. Ils
prirent leurs mefures en
arrivant à l'Abbaye pour
pouvoir partir le lendemain pour Paris , la femme eftoit à l'Abbaye avant eux , & par le mefme chemin qu'elle avoit
pris pour aller , elle en
eftoit revenue , & reparut en blonde , mais ce
n'eftoit plus cette blonde
foumife , gracieuſe , &
fuppliante que le maryy
avoit laiffée le matin , elle
prit
GALANT 41
prit un autre ton , elle fit
la ferme jaloufe , & en
prétence de l'Abbofle dé
clara qu'elle fçavoit l'in ,
fidelité de fon mary , l'amy & l'Abbele joue
rent fr bien leur perfonnage , & feconderent fi
bien les juftes reproches
de la femme irritée , quo
le mary veritablement
convaincu de fon tort refolut fincerement de tafa
cher debien vivre avec fa
femme & d'oublier la
Septembre 1712.
D.
42 MERCURE
Provençale , il le promit,
mais la femme feignit de
ne fe fier pas à fes promeffes , de vouloir refter
au Couvent , & fe retira
fierement. L'Abbeffe, l'a
my, & le mary difnerent
fort triftement , & on le
fit refter à table autant de
temps qu'il fallut pour
donner le loifir à la blonde de redevenir brune ;
elle n'oublia rien cette
derniere fois pour plaire
à fon amant mary , il fut
GALANT
fort furpris de la voir entrer dans le parloir où ils
mangcoient, l'Abbeffe &
l'amyfeignirent auffi d'eftre furpris , la fcene qui
fe paffa s'imagine mieux
qu'elle ne fe peut écrire ,
jamais mary ne s'eft trou
vé dans un pareil embar
ras , car l'Abbeffe & l'amyne pouvoient traiter
la chofe fi férieuſement
qu'ils ne leur échapaft
quelques éclats de rire ,
ils eftoient dans cette fi
Dij
44 MERCURE
tuation lorfque la Pro
vençale commença à par
ler bon François , & à
déclarer ouvertementfon
amour , fans lui dire encore qu'elle eftoit fa fenrme, & ils firentprudem
ment de tromper le mari
par degrez, car s'ileuft appris tout d'un coup que
celle qu'il aimoit fi pafs
fionnément alloit eftre en
fa poffeffion , il en feroit
mort de joye. Enfin le
dénouement fut mené
GALANT. 45
de maniere , que le mary
fut auffi amoureux aprés
Féclairciffement , & mef
me plus qu'il ne l'avoit
eftéavant & dans la fuitele mary devenant
moins amoureux &
moins jaloux , & la femme devenant plus refervée cela fit un très bon
menage : enfin l'amy fut
remercié de la tromperie
innocente comme du
meilleure office qu'il
pouvoit rendre au mary
& à la femme
Fermer
Résumé : LA BLONDE BRUNE femme & maistresse.
Le texte raconte l'histoire d'une femme mariée, décrite comme jolie, enjouée et spirituelle, mais vertueuse. En septembre 1712, son mari, nouvellement marié et parti pour le Languedoc, lui recommande de mener une vie régulière. Libérée de la surveillance de son mari, la femme oublie les recommandations et profite de sa liberté tout en évitant les scandales. Elle reçoit des déclarations d'amour mais reste maîtresse de ses actions. Un jeune homme, jaloux et offensé par son refus, décide de se venger en révélant au mari les fréquentations de sa femme. Furieux, le mari envoie sa femme dans un couvent. Là, elle se lie d'amitié avec une jeune veuve provençale et apprend le provençal. Après avoir contracté la variole, elle change d'apparence et décide de se faire passer pour une Provençale. Avec l'aide de l'abbé et du frère de l'abbesse, elle retourne à Paris incognito. Par un hasard extraordinaire, son mari la rencontre sans la reconnaître. Grâce à une lettre trompeuse, le mari découvre la supercherie et retrouve sa femme. L'histoire se termine par une réconciliation et une déclaration d'amour entre les époux. Parallèlement, une intrigue complexe implique le mari, sa femme et un ami. Lors d'un moment d'intimité entre le mari et sa femme, cette dernière, déguisée en brune, feint la surprise et se retire, laissant les deux amis seuls. L'ami, prenant un ton sévère, accuse le mari d'infidélité et lui révèle qu'il a laissé son carrosse pour le surprendre. Le mari, honteux, promet de ne plus revoir la brune. L'ami le convainc de reprendre sa femme pour la ramener à Paris. À l'abbaye, la femme, désormais blonde, joue la jalouse et accuse son mari d'infidélité. L'ami et l'abbé jouent leur rôle pour convaincre le mari de son tort. La femme feint de ne pas croire aux promesses du mari et se retire au couvent. Pendant le dîner, la femme redevient brune et surprend son mari. L'ami et l'abbesse parviennent à tromper le mari par degrés, révélant progressivement l'amour de la femme. Finalement, le mari devient encore plus amoureux après l'éclaircissement. La situation évolue vers un ménage harmonieux, avec le mari moins jaloux et la femme plus réservée. L'ami est remercié pour sa tromperie innocente, considérée comme un service précieux rendu au couple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 160-178
Lettre curieuse & tres-amusante sur le même sujet. [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui prennent serieusement parti dans cette cause, [...]
Mots clefs :
Brune, Blonde, Anciens, Modernes, Homère, Madame Dacier, Dames
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texteReconnaissance textuelle : Lettre curieuse & tres-amusante sur le même sujet. [titre d'après la table]
Ceux qui prennent ferieufement
parti dans cette cause,
fendront mieux quemoy l'espritde
la Lettre suivante,ils
en feront l'urage & l'application
que bon leur femblcra;
mais il ya une autre forte de
public qui ne cherche qu'à
samuser & qui exige des fameux
metix Auteurs comme moy, des
pieces dont les sçavants &
grands raisonnements ne donnent
point la torture à l'imagination.
Jayjustement son
fffaire,& en voicy une qui luy
convient. C'est
,
Messieurs
à
ine Lettre qu'un galant homme
qui a certainement beaucou
p desprit,adresseàvous
,
i moy) ou putoc à tout ta
monde.
r Je ne puis, Monsieur, répondre
mieux à la curiosité,
jue vous me paroiflez avoir
ic ce qu'on pense dans !«.
monde pour & contre les-
Avril 1715.O
Auteurs anciens, qu'en vous
racontant une conversation
qui se p essa hier aux Thuilleries
assez prés de moy entre
deux Dames
,
dont l'une est
grande, blonde & serieuse
J l'autre est brune,de taille me.
diocre
,
mais libre, & d'un
air assez vif
Apres que chacune d'elles
eût donné des loüanges à la
beauté de l'autre, & que
pour exeufer les deffauts de la
Îîenne
,
elle eût allégué ou fupporé
quelque legereincommo-
-
ditéj enfin après qu'elles eurent
épuisé tout ce quenfeigne
le grand arc de flatter
l'amour propre d'autruy
,
&
de ménager les intérêts du fien,
j'entendis la plus grande dire
à l'autre.
Avez-vous lû le Livre de
Madame D. Madame.
LA BRUNE.
J'en ay parcouru quelques
Feuillets
,
Madame
,
pendant
qu'on me coëffoit, & hier au
oir que j'avoislatête encore.
échauffée d'une reprisede Beran;&
quejene pouvoism'endormir
je me le fis lire, &
l'en fus tres. satisfaite.
LA BLONDE.
Oh,Madame, il n'yarien
de si beau, nostre sexe a bien
de l'obligation à Madame
Da. son exemple suffit à faire
voir l'injustice des hommes
qui nous veulent exclurre de
-
la République des Lettres, &
qui non contents de nous faire
un crime de l'usage de nos
coeurs,nousinterdisent encore
l'usage de nostre esprit.
N'avez vous pas esté bienaise
de voir avec quel air de
superioritéelle traite ce pauvre
la M.
LA BRUNE.
Nous avons toutes interest
à luy applaudir, Madame, je
voudrois feulement qu'en se
saisissant des avantages que les
hommes se sontreservez,elle
conservât toute la douceur,
toute la modestie qui font
nostrepartage & qui nous
siéent sibien,mais ce que j'ay
le plus de peine à luy pardonner
,
c'est qu'elle mêle dans sa
querelle,les Romans & l'Opera.
Qu'elleaugmente nostre
gloire à la bonne heure;mais
qu'elle ne retranche rien à nos
plaisirs.
-
LA BLONDE.
- Ah ma chere ! ctt- il possible
que depuis que vous avez
douze ans passez, vous ayez
encore du goût pour des choses
si frivoles.
LA BRUNE.
Mais,Madame, cette Iliade
devant laquelleMadame D. est
toujours à genoux, est-ce
donc une Histoiresacrée?
-- LA BLONDE.
Oh non, Madame, si c'étoit
une Histoire çe ne pourroit
être le sujet d'un Poëme
Epique; & si vous avez lû ce
qu'en dit le grand
LABRUNE.
r< Je ne sçay point ce qu'ont
dit ces grands
,
Madame
quand , je trouve leurs noms
dans un Livre,je les faute commeceschoses
qu'il ne nousest
pas permis de prononcer; mais
j'aytoujourscomprisqu'un
tissu d'avantures qui n'est pas
une Histoire, est un Roman.
LABLONDE.
auRoman si vous voulez, mais
moins ce n'est pas de ceux
dont lesHeros toûjours polis,
toûjoursgenereux, font insupportables
à force de mérite.
Icy vous voyez peints au naturel
tous les deffauts d'un fieclc
grossier, vousyreconnoissezla
simplenature, & j'aime
bien mieux voir ces illustres
grivois se chanter poüilles, &
faire eux mêmesleur fricassée,
que d'entendre nos braves &
nos mignons, toujours guindez
dans les plus nobles sentimens
defierté, ou confits dans
les plus tendres sentiments de
l'amour.
LA BRUNE, -
Il est vray que la peinture
de ces tems impolisaquelque
chose de curieux,le portrait
d'un païsage brute &sauvage
peuri
peut avoir sa force & Ces graces
: je comprens bien que des
siecles plus policez ont pû en
être charmez;on aime à voir
les petites malices & les jeux
ridicules de l'enfance dont on
est revenu; mais je ne f<¡ay si
nos Modernes ont eu tort de
tracer quelque chose d'utile
dans des peintures qui ne sont
pas faites feulement pour le
plaisir des yeux, & si en montrant
les hommes tels qu'ils
font, ils n'ont pas dû les representer
quelquefois tels qu'ils
doivent être, quand leur siecle
plus heureux que les premiers,
a fourni des exemples, ou du
moins des idées de dignité Si
de delicatesse,c'eût esté trahit
sa gloire & l'utilité des tems
à venir, que de les supprimes
par une scrupuleuse imitation
des Anciens.
- LA BLONDE. 1
Oh ma chere! les sentimens
ont pû se perfectionner
, 1
connoissances se développera
& s'étendre; mais 1arc de la
Poësie fut porté tout d'un
coup par Homere à un degré
de perfectionauquel il nJc.
pas permisde prétendre. "1
l' LA BRUNE.
Oüy. Je comprens partout
ce que j'entens dire d'Homere
qu'il eût plus que tout autre
l'esprit Poëtique ; je crois que
le feu de son imagination a
échauffé celle des Poëtes qui
- l'ont suivy,& a merité par là
leurs hommages. Je ne doute
point que M. de la M.luy même
n'en ait esté touché, quand
il a entrepris de l'imiter; mais
j'ay peine à croire que les avantures
de l'Iliade soient aussiinteressantes
que celles de Cleopatre.
La versification d'Homerc
dans une Langue qui luy
estavantageuse, peut luy fournir
des graces que nôtre prose
n'apas, & que nos rimes ne
peuvent peut-être avoir;mais
pour ce qui est de laconduite
d'un Ouvrage, de la noblesse
des caracteres, de la beauté des
situations, bien des gens
croyent l'avantage du costé
des Modernes.
LA BLONDE.
Oh Madame!que ces genslà
auroient besoin des leçons
de Madame D. pour apprendre
à discerner ce qui ca admirable,
ce qui est divin,d'avec
ce qui n'est que - fade &insipide,
Osent-ils. se revolter
contre des approbationssi anciennes,
siautentiques ? quelle
audacelouct orguëil!
LA BRUNE.
L'orguëil se cache sous bien
des formes, Madame; il se mê.
le dans les loüanges aussi bien
que dans les critiques, & c'est
ce qui fait que les unes ni les -
autresne s'arrêtent guere dans
leurs justes bor nes. S'il y a de la
vanitéà ne se pas soumettre à
des autorirezrespectables,n'y
m a-t il point à soûtenir ses
prejugez contre les lumières
que la raison vient offrir. Un
-
Grec en loüant son Compatriote
aura cru ne pouvoir élever
trop haut une gloire à laquelleil
étoit associé. Les premiers
Latins qui connurent le
Grec ne pouvoient trop priser
un tresor qui n'estoit que pour
eux; un sentiment si naturel
est de tous les siecles, Madame.
LA BLONDE.
Ah Madame! peut-on soupçonnerdes
ames si tlevéesJdes
cfprits si éclairez, d'avoir esté
susceptibles de quelque vanité
,
& prodigues de loiiwgcs,
Sçavez vous, Madame ,qu'ils
avoient fait écrire lesOuvrages
d'Homere en Lettres d'or
sur la peau d'un Dragon;oseroit-
on encore voir des dessauts
dans un monument si
respectable,s'ilestoitparvenu
jusques à nous;mais helas il
perit dans cet incendie qui arriva
à Constantinople
,
lorsque
Leon l'Isaurien fit condamner
les briseursd'Images.
LABRUNE.
J'ignorois, Madame, une
chosesicurieuse; mais cela me
fait venir à l'esprit une penséc:
fie se pourroit-il pas que dans
cet incendie ou d'autres semblables,
les Ouvrages d'Homere
eussent peri, & qu'il ne
s'en fut sauvé que quelque imitation
,telle que feroit à present
le Virgile travesti, ou la
Critique de Telemaque , si
nous en avions perdu les originaux
,qu'en ditcs-vous.
Madame ? ces Dieux qui battent
leurs femmes& qui fuïent
devant les hommes, ces harangercs
immortelles, ces braves
qui rapportent si à propos leur
genealogie, & y trouvent de
si bonnes raisons pourmettre
bas leurs armes redoutables.
Ce Heros si fier & si terri ble
qui va bouder dans son Vaisseau,
aprés s'être laissé ôter sa
Maistresse , sans faire autre
chose que de porter la main
sur la garde de son épée, tout
cela n'at-il point l'air d'êstre
quelque descendant du costé
gauche,qui aura recuëilli les
magnifiques loüanges données
à la verita ble tige.
LA BLONDE.
Vous riez
,
Madame,de
i
chosebien serieuses .c'e*ft une
impictequi'refremble en quelq,
ue façon à celle que Leon ex- termina.
> LA BRUNE.
Oh Madame!je ne prétends
pointestreimpie,j'aime mieux
donner de l'encens à Homere,
& je le respecteray en VOUS)
comme s'il estoit encore sur
la peau de ceDragon.
La grande Blonde rougit ài
ce mot de Dragon; les tons
s'aigrirent, & nos deux Dames
commençoient à faire les
Déesses, quand un de mes amis
qui me vint embrasser, me fit
perdre la fuite de leurs discours.
Je suisde tourmon
coeur,
&c.
parti dans cette cause,
fendront mieux quemoy l'espritde
la Lettre suivante,ils
en feront l'urage & l'application
que bon leur femblcra;
mais il ya une autre forte de
public qui ne cherche qu'à
samuser & qui exige des fameux
metix Auteurs comme moy, des
pieces dont les sçavants &
grands raisonnements ne donnent
point la torture à l'imagination.
Jayjustement son
fffaire,& en voicy une qui luy
convient. C'est
,
Messieurs
à
ine Lettre qu'un galant homme
qui a certainement beaucou
p desprit,adresseàvous
,
i moy) ou putoc à tout ta
monde.
r Je ne puis, Monsieur, répondre
mieux à la curiosité,
jue vous me paroiflez avoir
ic ce qu'on pense dans !«.
monde pour & contre les-
Avril 1715.O
Auteurs anciens, qu'en vous
racontant une conversation
qui se p essa hier aux Thuilleries
assez prés de moy entre
deux Dames
,
dont l'une est
grande, blonde & serieuse
J l'autre est brune,de taille me.
diocre
,
mais libre, & d'un
air assez vif
Apres que chacune d'elles
eût donné des loüanges à la
beauté de l'autre, & que
pour exeufer les deffauts de la
Îîenne
,
elle eût allégué ou fupporé
quelque legereincommo-
-
ditéj enfin après qu'elles eurent
épuisé tout ce quenfeigne
le grand arc de flatter
l'amour propre d'autruy
,
&
de ménager les intérêts du fien,
j'entendis la plus grande dire
à l'autre.
Avez-vous lû le Livre de
Madame D. Madame.
LA BRUNE.
J'en ay parcouru quelques
Feuillets
,
Madame
,
pendant
qu'on me coëffoit, & hier au
oir que j'avoislatête encore.
échauffée d'une reprisede Beran;&
quejene pouvoism'endormir
je me le fis lire, &
l'en fus tres. satisfaite.
LA BLONDE.
Oh,Madame, il n'yarien
de si beau, nostre sexe a bien
de l'obligation à Madame
Da. son exemple suffit à faire
voir l'injustice des hommes
qui nous veulent exclurre de
-
la République des Lettres, &
qui non contents de nous faire
un crime de l'usage de nos
coeurs,nousinterdisent encore
l'usage de nostre esprit.
N'avez vous pas esté bienaise
de voir avec quel air de
superioritéelle traite ce pauvre
la M.
LA BRUNE.
Nous avons toutes interest
à luy applaudir, Madame, je
voudrois feulement qu'en se
saisissant des avantages que les
hommes se sontreservez,elle
conservât toute la douceur,
toute la modestie qui font
nostrepartage & qui nous
siéent sibien,mais ce que j'ay
le plus de peine à luy pardonner
,
c'est qu'elle mêle dans sa
querelle,les Romans & l'Opera.
Qu'elleaugmente nostre
gloire à la bonne heure;mais
qu'elle ne retranche rien à nos
plaisirs.
-
LA BLONDE.
- Ah ma chere ! ctt- il possible
que depuis que vous avez
douze ans passez, vous ayez
encore du goût pour des choses
si frivoles.
LA BRUNE.
Mais,Madame, cette Iliade
devant laquelleMadame D. est
toujours à genoux, est-ce
donc une Histoiresacrée?
-- LA BLONDE.
Oh non, Madame, si c'étoit
une Histoire çe ne pourroit
être le sujet d'un Poëme
Epique; & si vous avez lû ce
qu'en dit le grand
LABRUNE.
r< Je ne sçay point ce qu'ont
dit ces grands
,
Madame
quand , je trouve leurs noms
dans un Livre,je les faute commeceschoses
qu'il ne nousest
pas permis de prononcer; mais
j'aytoujourscomprisqu'un
tissu d'avantures qui n'est pas
une Histoire, est un Roman.
LABLONDE.
auRoman si vous voulez, mais
moins ce n'est pas de ceux
dont lesHeros toûjours polis,
toûjoursgenereux, font insupportables
à force de mérite.
Icy vous voyez peints au naturel
tous les deffauts d'un fieclc
grossier, vousyreconnoissezla
simplenature, & j'aime
bien mieux voir ces illustres
grivois se chanter poüilles, &
faire eux mêmesleur fricassée,
que d'entendre nos braves &
nos mignons, toujours guindez
dans les plus nobles sentimens
defierté, ou confits dans
les plus tendres sentiments de
l'amour.
LA BRUNE, -
Il est vray que la peinture
de ces tems impolisaquelque
chose de curieux,le portrait
d'un païsage brute &sauvage
peuri
peut avoir sa force & Ces graces
: je comprens bien que des
siecles plus policez ont pû en
être charmez;on aime à voir
les petites malices & les jeux
ridicules de l'enfance dont on
est revenu; mais je ne f<¡ay si
nos Modernes ont eu tort de
tracer quelque chose d'utile
dans des peintures qui ne sont
pas faites feulement pour le
plaisir des yeux, & si en montrant
les hommes tels qu'ils
font, ils n'ont pas dû les representer
quelquefois tels qu'ils
doivent être, quand leur siecle
plus heureux que les premiers,
a fourni des exemples, ou du
moins des idées de dignité Si
de delicatesse,c'eût esté trahit
sa gloire & l'utilité des tems
à venir, que de les supprimes
par une scrupuleuse imitation
des Anciens.
- LA BLONDE. 1
Oh ma chere! les sentimens
ont pû se perfectionner
, 1
connoissances se développera
& s'étendre; mais 1arc de la
Poësie fut porté tout d'un
coup par Homere à un degré
de perfectionauquel il nJc.
pas permisde prétendre. "1
l' LA BRUNE.
Oüy. Je comprens partout
ce que j'entens dire d'Homere
qu'il eût plus que tout autre
l'esprit Poëtique ; je crois que
le feu de son imagination a
échauffé celle des Poëtes qui
- l'ont suivy,& a merité par là
leurs hommages. Je ne doute
point que M. de la M.luy même
n'en ait esté touché, quand
il a entrepris de l'imiter; mais
j'ay peine à croire que les avantures
de l'Iliade soient aussiinteressantes
que celles de Cleopatre.
La versification d'Homerc
dans une Langue qui luy
estavantageuse, peut luy fournir
des graces que nôtre prose
n'apas, & que nos rimes ne
peuvent peut-être avoir;mais
pour ce qui est de laconduite
d'un Ouvrage, de la noblesse
des caracteres, de la beauté des
situations, bien des gens
croyent l'avantage du costé
des Modernes.
LA BLONDE.
Oh Madame!que ces genslà
auroient besoin des leçons
de Madame D. pour apprendre
à discerner ce qui ca admirable,
ce qui est divin,d'avec
ce qui n'est que - fade &insipide,
Osent-ils. se revolter
contre des approbationssi anciennes,
siautentiques ? quelle
audacelouct orguëil!
LA BRUNE.
L'orguëil se cache sous bien
des formes, Madame; il se mê.
le dans les loüanges aussi bien
que dans les critiques, & c'est
ce qui fait que les unes ni les -
autresne s'arrêtent guere dans
leurs justes bor nes. S'il y a de la
vanitéà ne se pas soumettre à
des autorirezrespectables,n'y
m a-t il point à soûtenir ses
prejugez contre les lumières
que la raison vient offrir. Un
-
Grec en loüant son Compatriote
aura cru ne pouvoir élever
trop haut une gloire à laquelleil
étoit associé. Les premiers
Latins qui connurent le
Grec ne pouvoient trop priser
un tresor qui n'estoit que pour
eux; un sentiment si naturel
est de tous les siecles, Madame.
LA BLONDE.
Ah Madame! peut-on soupçonnerdes
ames si tlevéesJdes
cfprits si éclairez, d'avoir esté
susceptibles de quelque vanité
,
& prodigues de loiiwgcs,
Sçavez vous, Madame ,qu'ils
avoient fait écrire lesOuvrages
d'Homere en Lettres d'or
sur la peau d'un Dragon;oseroit-
on encore voir des dessauts
dans un monument si
respectable,s'ilestoitparvenu
jusques à nous;mais helas il
perit dans cet incendie qui arriva
à Constantinople
,
lorsque
Leon l'Isaurien fit condamner
les briseursd'Images.
LABRUNE.
J'ignorois, Madame, une
chosesicurieuse; mais cela me
fait venir à l'esprit une penséc:
fie se pourroit-il pas que dans
cet incendie ou d'autres semblables,
les Ouvrages d'Homere
eussent peri, & qu'il ne
s'en fut sauvé que quelque imitation
,telle que feroit à present
le Virgile travesti, ou la
Critique de Telemaque , si
nous en avions perdu les originaux
,qu'en ditcs-vous.
Madame ? ces Dieux qui battent
leurs femmes& qui fuïent
devant les hommes, ces harangercs
immortelles, ces braves
qui rapportent si à propos leur
genealogie, & y trouvent de
si bonnes raisons pourmettre
bas leurs armes redoutables.
Ce Heros si fier & si terri ble
qui va bouder dans son Vaisseau,
aprés s'être laissé ôter sa
Maistresse , sans faire autre
chose que de porter la main
sur la garde de son épée, tout
cela n'at-il point l'air d'êstre
quelque descendant du costé
gauche,qui aura recuëilli les
magnifiques loüanges données
à la verita ble tige.
LA BLONDE.
Vous riez
,
Madame,de
i
chosebien serieuses .c'e*ft une
impictequi'refremble en quelq,
ue façon à celle que Leon ex- termina.
> LA BRUNE.
Oh Madame!je ne prétends
pointestreimpie,j'aime mieux
donner de l'encens à Homere,
& je le respecteray en VOUS)
comme s'il estoit encore sur
la peau de ceDragon.
La grande Blonde rougit ài
ce mot de Dragon; les tons
s'aigrirent, & nos deux Dames
commençoient à faire les
Déesses, quand un de mes amis
qui me vint embrasser, me fit
perdre la fuite de leurs discours.
Je suisde tourmon
coeur,
&c.
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3
p. 292-295
CHANSON. La Blonde & la Brune. Vaudeville.
Début :
A l'ombre de ce verd bocage, [...]
Mots clefs :
Blonde, Brune, Amour, Coeur, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. La Blonde & la Brune. Vaudeville.
CHANSON.
La Blonde &: la Brune.YIINdevi//e.
Al'ombre- de ce verd bocage,
J'ay trouvedeux rares beautez,
L'Amour a forméleurvisage
Sur celuy des Divinitez;
Mais à qui rendrai-je lesarmes,
Amour détermine mes voeux9
Elles brillant de tant du charmes
One je les aime toutes deux.
Lune est une blonde mourante
Oui me ravitparsa douceur,
Et l'autre une brunepiquante
Dont les traits me percent le coeur.
Aquifaut-il rendre les armes
Amour determinemesvaux,
Elles brillent de tant de charmes,
Queje lesaime toutesdeux.
Incertainsur la préférence
Je ne puisfixer mes desirs,
Jesens bien que mon coeur s'offense
Du partage de mes soupirs ;
Mais la blonde comme la brune
M'enchaîne par de si doux noeuds
Qu'ilfaudroitpourn'enaimer
qu'une
N'en avoir veu qu'une des deux.
Mon coeur est toujours lavie*
time
De leurs merites differens, Je mefais à moy-même un crime
Du double hommage queje rends.
Ainsiparune Loycruelle
Je fuis à lafois dansmesfeux
Perside,volage, infidele,
Confiant,sincere malheureux.
Si j'exprime al'unemaflamme
J'éprouveàl'instant malgrémoy,
Que l'autre en courroux dans mon
ame
M'accuse de mauvaisefoy.
Charmante brune, aimable blonde.
Blonde auxyeux nOIrs, brune
aux yeux bleux,
En ma place personne au monde
Ne pourroit choisir de vous deux.
Ondit cet Air de M. Deon
,
& les paroles de l'Auteur d'un
jour au feu des beauxyeux d'une
brune.
Nous
La Blonde &: la Brune.YIINdevi//e.
Al'ombre- de ce verd bocage,
J'ay trouvedeux rares beautez,
L'Amour a forméleurvisage
Sur celuy des Divinitez;
Mais à qui rendrai-je lesarmes,
Amour détermine mes voeux9
Elles brillant de tant du charmes
One je les aime toutes deux.
Lune est une blonde mourante
Oui me ravitparsa douceur,
Et l'autre une brunepiquante
Dont les traits me percent le coeur.
Aquifaut-il rendre les armes
Amour determinemesvaux,
Elles brillent de tant de charmes,
Queje lesaime toutesdeux.
Incertainsur la préférence
Je ne puisfixer mes desirs,
Jesens bien que mon coeur s'offense
Du partage de mes soupirs ;
Mais la blonde comme la brune
M'enchaîne par de si doux noeuds
Qu'ilfaudroitpourn'enaimer
qu'une
N'en avoir veu qu'une des deux.
Mon coeur est toujours lavie*
time
De leurs merites differens, Je mefais à moy-même un crime
Du double hommage queje rends.
Ainsiparune Loycruelle
Je fuis à lafois dansmesfeux
Perside,volage, infidele,
Confiant,sincere malheureux.
Si j'exprime al'unemaflamme
J'éprouveàl'instant malgrémoy,
Que l'autre en courroux dans mon
ame
M'accuse de mauvaisefoy.
Charmante brune, aimable blonde.
Blonde auxyeux nOIrs, brune
aux yeux bleux,
En ma place personne au monde
Ne pourroit choisir de vous deux.
Ondit cet Air de M. Deon
,
& les paroles de l'Auteur d'un
jour au feu des beauxyeux d'une
brune.
Nous
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4
p. 23-24
LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
Début :
DANS un parterre où mille fleurs [...]
Mots clefs :
Lys, Violette, Blonde, Brune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
LE LYS ET LA VIOLETTE,
FABLE fur une grande Blonde , qui mépri
foit une petite Brune.
#
D ANS un parterre où mille fleurs
Brilloient des plus vives couleurs ,
Elevant ſa tête arrogante ,
Fier de fa blancheur éclatante ,
Et de fon port majestueux ,
Un lys , d'un air présomptueux ,
Infultoit à la violette ,
Couchée humblement fur l'herbette ,
A l'ombre d'un mirthe amoureux,
Tu fais bien , petite Brunette ,
De te cacher dans ce féjour
Où Flore même tient fa cour :
Pour être digne de paroître
Devant elle dans ce jardin ,
Apprends comment il faudroit être ,
En voyant ma taille & mon tein,
Je fais bien que je fuis brunette
Répond la fimple violette ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Cependant on ne laiffe pas
De me trouver quelques appas.
La preuve que je fuis jolie ,
C'eft que je fuis fouvent cueillie :
Tandis que vous , fuperbe fleur ,
Malgré cette extrême blancheur ,
Dont vous me paroiffez fi vaine ,
On vous laiffe monter en graine.
Ne méprifez point ma couleur ,
Vous êtes blonde , je fuis brune ;
Sans faire de comparaifons ,
Je me conferve trois faifons ,
A peine vous en durez une.
On prife fort peu votre odeur ;
J'exhale un parfum agréable.
En quoi m'êtes -vous préférable ?
Vous me furpaſſez en grandeur ,
Mais je vous porte peu d'envie :
Eft - ce à la taille , je vous prie ,
Qu'on doit eftimer une fleur ?
FABLE fur une grande Blonde , qui mépri
foit une petite Brune.
#
D ANS un parterre où mille fleurs
Brilloient des plus vives couleurs ,
Elevant ſa tête arrogante ,
Fier de fa blancheur éclatante ,
Et de fon port majestueux ,
Un lys , d'un air présomptueux ,
Infultoit à la violette ,
Couchée humblement fur l'herbette ,
A l'ombre d'un mirthe amoureux,
Tu fais bien , petite Brunette ,
De te cacher dans ce féjour
Où Flore même tient fa cour :
Pour être digne de paroître
Devant elle dans ce jardin ,
Apprends comment il faudroit être ,
En voyant ma taille & mon tein,
Je fais bien que je fuis brunette
Répond la fimple violette ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Cependant on ne laiffe pas
De me trouver quelques appas.
La preuve que je fuis jolie ,
C'eft que je fuis fouvent cueillie :
Tandis que vous , fuperbe fleur ,
Malgré cette extrême blancheur ,
Dont vous me paroiffez fi vaine ,
On vous laiffe monter en graine.
Ne méprifez point ma couleur ,
Vous êtes blonde , je fuis brune ;
Sans faire de comparaifons ,
Je me conferve trois faifons ,
A peine vous en durez une.
On prife fort peu votre odeur ;
J'exhale un parfum agréable.
En quoi m'êtes -vous préférable ?
Vous me furpaſſez en grandeur ,
Mais je vous porte peu d'envie :
Eft - ce à la taille , je vous prie ,
Qu'on doit eftimer une fleur ?
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Résumé : LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
Dans une fable, un lys blanc, fier de sa beauté et de sa majesté, méprise une petite violette brune cachée à l'ombre d'un myrte. La violette rétorque qu'elle est souvent cueillie, contrairement au lys laissé à se faner. Elle ajoute que son parfum est apprécié, tandis que celui du lys ne l'est pas. La violette conclut que la valeur d'une fleur ne dépend pas seulement de sa taille ou de sa couleur, mais aussi de ses autres qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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