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9801
p. 134-136
LETTRE A M. ***
Début :
Monsieur, la découverte du moyen de convertir le fer en acier, annoncée [...]
Mots clefs :
Découverte, Acier, Fer
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. ***
METALLURGIE.
LETTRE A M. ***
Onfieur , la découverte du
moyen
Mdeconvertirle fet en acier annon
cée dans les ouvrages périodiques , fáit y
fans contredit , beaucoup d'honneurà l'anteur
; elle lui affure un droit bien légiti
me fur la reconnoiffance de tout bon citoyen
, parce que l'avantage qui doit en
refulter pour le public eft infiniment audeffus
de celui que l'auteur peut avoir envifagé
pour lui- même. Pofe croire qu'en'
lui rendant en mon particulier toute la
juftice qu'il mérite du côté des fentimens
& du génie , il ne trouvera pas mauvais
fi je ne regarde pas fa découverte comme
nouvelle. Il y a plus de vingt- cinq ans
qu'elle a été faite pas un nommé Sebaſtien
Florès , fameux Serrurier de Madrid ,' qui
par ordre du Confeil de commerce en fit
l'expérience en préfence de deux députés ,
qui avoient pris la précaution de faire ap
pliquer une marque particuliere fur la barre
de fer , dont Florès fit une barre d'acier.
J'ignore les raifons qui ont pu empêcher
le miniftere Efpagnol de favorifer une fi
belle & fi avantageufe mutation , d'autane ?
AVRIL. 1755. 135
plus que Florès s'obligeoit d'établir l'acier
à un tiers meilleur marché que les '
étrangers , au moyen de l'exemption géné
rale de tous droits qu'il demandoit pour
vingt ans. Je ne fuis pas mieux inftruit
fi Florès dût cette découverte au feul has
zard , ou à des expériences déterminées
au fujet , ou enfin à la confidence de quelque
ouvrier plus habile que lui . L'inven
tion de différentes machines jufqu'alors in
connues , pourroit , ce me femble , lui faire
attribuer , avec quelque justice , celle du
fecret en queſtions Quoiqu'il en foit , je
n'ai nulle intention de porter la moindre
atteinte à la réputation d'homme de génie
que fe fait notre bon patriote : il a pût
ignorer que Florès l'avoit devancé ; celuici
peut avoir été à fon tour , & tous les
deux peuvent cependant être créateurs de
leur ouvrage mais quand cela ne feroit pas,
il leur reftera toujours une bonne portion
de l'eftine publique. Le grand maître de
langue que nous avons en France pour les
muets petd- il rien, de fon mérite pour fe
fervir d'une méthode ( qu'il a peut-être
perfectionnée ) dont le Journal de Tre
voux fit honneur en 1701 , d'abord â M.
Wallis , Profeffeur de Mathématiques yra
Oxford & enfuite à M.: Amman , Méder«
cin Hollandois ? ll étoit fans doute bien
t
136 MERCURE DE FRANCE.
flateur pour ces deux fçavans , de voir leur
art annoncé fous le titre de Nouvelle méthode
; il y avoit cependant cent cinquante
ans que le Pere Ponce Bénédictin Efpagnol
, l'avoit trouvée & mife heureufe
ment en pratique , tant pour la parole que
pour l'écrituren Ceft donc toujours un honneur
que de faire revivre des fciences ou
des arts ignorés de nos jours , & il eſt d'autant
plus grand & plus folide , à propor
tion de l'avantage que la nation retire de
ces découvertes, 16 Jibi 497 1
530
J'ai l'honeur d'être , &c.
De Rouen , co 26 Février asshd
LETTRE A M. ***
Onfieur , la découverte du
moyen
Mdeconvertirle fet en acier annon
cée dans les ouvrages périodiques , fáit y
fans contredit , beaucoup d'honneurà l'anteur
; elle lui affure un droit bien légiti
me fur la reconnoiffance de tout bon citoyen
, parce que l'avantage qui doit en
refulter pour le public eft infiniment audeffus
de celui que l'auteur peut avoir envifagé
pour lui- même. Pofe croire qu'en'
lui rendant en mon particulier toute la
juftice qu'il mérite du côté des fentimens
& du génie , il ne trouvera pas mauvais
fi je ne regarde pas fa découverte comme
nouvelle. Il y a plus de vingt- cinq ans
qu'elle a été faite pas un nommé Sebaſtien
Florès , fameux Serrurier de Madrid ,' qui
par ordre du Confeil de commerce en fit
l'expérience en préfence de deux députés ,
qui avoient pris la précaution de faire ap
pliquer une marque particuliere fur la barre
de fer , dont Florès fit une barre d'acier.
J'ignore les raifons qui ont pu empêcher
le miniftere Efpagnol de favorifer une fi
belle & fi avantageufe mutation , d'autane ?
AVRIL. 1755. 135
plus que Florès s'obligeoit d'établir l'acier
à un tiers meilleur marché que les '
étrangers , au moyen de l'exemption géné
rale de tous droits qu'il demandoit pour
vingt ans. Je ne fuis pas mieux inftruit
fi Florès dût cette découverte au feul has
zard , ou à des expériences déterminées
au fujet , ou enfin à la confidence de quelque
ouvrier plus habile que lui . L'inven
tion de différentes machines jufqu'alors in
connues , pourroit , ce me femble , lui faire
attribuer , avec quelque justice , celle du
fecret en queſtions Quoiqu'il en foit , je
n'ai nulle intention de porter la moindre
atteinte à la réputation d'homme de génie
que fe fait notre bon patriote : il a pût
ignorer que Florès l'avoit devancé ; celuici
peut avoir été à fon tour , & tous les
deux peuvent cependant être créateurs de
leur ouvrage mais quand cela ne feroit pas,
il leur reftera toujours une bonne portion
de l'eftine publique. Le grand maître de
langue que nous avons en France pour les
muets petd- il rien, de fon mérite pour fe
fervir d'une méthode ( qu'il a peut-être
perfectionnée ) dont le Journal de Tre
voux fit honneur en 1701 , d'abord â M.
Wallis , Profeffeur de Mathématiques yra
Oxford & enfuite à M.: Amman , Méder«
cin Hollandois ? ll étoit fans doute bien
t
136 MERCURE DE FRANCE.
flateur pour ces deux fçavans , de voir leur
art annoncé fous le titre de Nouvelle méthode
; il y avoit cependant cent cinquante
ans que le Pere Ponce Bénédictin Efpagnol
, l'avoit trouvée & mife heureufe
ment en pratique , tant pour la parole que
pour l'écrituren Ceft donc toujours un honneur
que de faire revivre des fciences ou
des arts ignorés de nos jours , & il eſt d'autant
plus grand & plus folide , à propor
tion de l'avantage que la nation retire de
ces découvertes, 16 Jibi 497 1
530
J'ai l'honeur d'être , &c.
De Rouen , co 26 Février asshd
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Résumé : LETTRE A M. ***
La lettre discute de la découverte d'un procédé pour convertir le fer en acier, attribuée à un inventeur contemporain. L'auteur reconnaît l'importance de cette découverte pour le public, mais conteste sa nouveauté. Il affirme que ce procédé a été développé plus de vingt-cinq ans auparavant par Sébastien Florès, un serrurier de Madrid. Florès avait démontré cette méthode devant des députés du Conseil de commerce espagnol et proposé de produire de l'acier à un coût inférieur à celui des étrangers, en échange d'une exemption de droits pendant vingt ans. La lettre mentionne également l'invention de machines inconnues jusqu'alors, potentiellement attribuées à Florès. L'auteur admire le génie de l'inventeur contemporain tout en reconnaissant les contributions antérieures de Florès. La lettre se conclut par une réflexion sur l'honneur de redécouvrir des sciences ou des arts oubliés et sur les avantages que la nation en retire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9802
p. 136-146
SEANCES PUBLIQUES De la Société littéraire d'Arras.
Début :
La Société littéraire d'Arras tint le 30. Mars 1754 son assemblée publique ordinaire [...]
Mots clefs :
Société littéraire d'Arras, Goût, Jugement, Atrébates
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCES PUBLIQUES De la Société littéraire d'Arras.
SEANCES PUBLIQUES
De la Société littératre d'Arrass
A Société littéraire d'Arras tint lezo
LMars 175 4. fon affemblée publique or
dinaire, dont M: Le Roux, Avochr , Directeurt
en exercices , fit l'ouverture par un diſcours
fur le jugement & far le goût , dans lequel
il établit les maximes fuivantes . » Les mê
» mes regles qui fervent à former le juge
»ment , font celles qui forment le goût
>>car le jugement & le goût ne font qu'un
5
AVRIL 1755. 137
même faculté de l'ame ; quand elle juge
» par fentiment & à la premiere impreffion
» que les chofes font , c'eft le goût ; quand
elle juge par raifonnement & fur des
principes dont elle tire des conféquen
» ces , c'est le jugement : ainfi , l'on peut
» dire que le goût eft le jugement de la
" nature , & que le jugement eft le goût
» de la taifon.
M. de Brandt de Marconne , nouvel affocié
, fit enfuite fonremerciment , auquel
le Directeur répondit au nom de la Société.
* gy & bingen .
M. Cauwer , Avocat , nommé à la députation
ordinaire des Etats d'Artois , lut un
mémoire , pour fervir à l'hiftoire de Mahaut,
Comteffe d'Artois, depuis la mort de
Robert II fon pere , tué en 1 302 , devant
Courtrai , jufqu'à celle de cette Princeffe ,
arrivée le 27 Octobre 1349. Ce mémoire
contenoit , parmi beaucoup de faits intéreffans
le détail des deux premiers procès
que Robert d'Artois , Comte de Beaumontle-
Roger , intenta à Mahaut fa tante , pour
la dépofféder du Comté d'Artois , dont il
Le prétendoit légitime héritier , étant fils
de Philippe d'Artois , mort avant Robert
II fon pere. La plupart des événemens rapportés
par M. Cauwet , étoient appuyés fur
des pieces authentiques , tirées du dépôt
2
138 MERCURE DE FRANCE.
des chartres d'Artois , qui fe confervé à
Arras dans l'ancien palais des Comtes de
cette Province , nommé la Cour- le- Comte.
M. Harduin , Avocat , Secrétaire perpétuel
de la Société , lut un mémoire tiré
des registres de la ville d'Arras , concernant
les cérémonies qui s'obfervoient fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race
, lorfque ces Ducs , en qualité de Comtes
d'Artois , ou les Rois de France , fouverains
de la Province , faifoient leur entrée
folemnelle dans cette ville . En décri
vant la réception qui fut faite à Iſabelle
de Portugal , Ducheffe de Bourgogne , au
mois de Janvier 1430 , M. Harduin parla
de l'Abbé de Lieffe , perfonnage fingulier ,
qui s'étoit trouvé fur le paffage de cette
Princeffe , pour lui faire des préfens , &
pour lui donner le ſpectacle des jeux auxquels
il préfidóit.
Cet Abbé de Lieffe s'élifoit tous les
ans par les Officiers du Bailliage , le
» Corps de Ville & la Bourgeoifie ; & on
»lui donnoit , pour ainfi dire , l'inveftiture
de fa charge , en lui remettant une
croffe d'argent doré , du poids de quatre
onces , qu'il étoit obligé de rendre
à la fin de fon exercice . On voit dans la
lifte de ces Abbés , des Officiers munici
paux & même un Gentilhomme ; mais le
AVRIL. 1795 139
choix tomboit pour l'ordinaire fur quel
» que Marchand ou Artifan . Sa principale
» fonction étoit de donner le Dimanche
» gras , avec fes fuppôts , qu'on appelloit
» Moines , un divertiffement public fur des
» échaffauds . Outre cela , pour entretenir
» une certaine amitié avec les villes voiff
» nes , on envoyoit l'Abbé de Lieffe & fa
» troupe aux jeux qui s'y faifoient , entre
lefquels on remarque la fête du Roi des
» Sots à Lille , & celle du Prince de Plaifan-
» ce à Valenciennes. Dans ces voyages que
» l'Abbé faifoit aux dépens de la ville d'Are
»
ras , il étoit accompagné de fon prédé
>> ceffeur & de quatre Echevins. On por-
» toit devant lui un étendart de foie rou
"ge , aux armes de l'Abbaye : il étoit auffi
» précédé de plufieurs tambours & trompettes
, & d'un Héraut vêtu d'une cotte
» d'armes de damas violet : à fa fuite mar
» choient fes pages & fes laquais.
M. Camp , Avocat & Echevin d'Arras ,
lut des recherches fur le commerce & les
manufactures des Atrebates , depuis les fiée
cles Gaulois , jufqu'à la defcente des Francs
dans les Gaules. Pour montrer l'ancien
neté de ces manufactures , il s'attacha d'a+
bord à établir celle de la ville d'Arras , que
Céfar , dans fes commentaires , appelle
Nemetocenna ou Nemetofena , nom compo
140 MERCURE DE FRANCE.
fé de Nemetos & de Sena , qui ne pouvoit
fignifier parmi les Gaulois , qu'un temple
de Druides ou de Druideffes , felon l'explication
de Fortunat , de Dom Bouquet ,
& de l'auteur de la Religion des Gaulois.
Après avoir prouvé par cette étymologie ,
que la ville d'Arras étoit anciennement
un lieu confacré à la religion , M. Camp
parla du culte particulier des Gaulois envers
Mercure , Dieu des Marchands , dont
le nom , fuivant les mêmes auteurs , eft
purement celtique , & il obferva que le
nom du village de Mercatel , près d'Arras ,
qui fe trouve rendu par Mercurii tellus ,
dans les anciens titres latins , nous offre
une étymologie celtique , relative au commerce
& au culte de Mercure parmi les
Atrébates .
M. Camp examina enfuite les divers
habillemens dont les Gaulois fe fervoient ,
particulierement les Druides & les nobles.
Il s'étendit principalement fur le Sagum
gaulois , dont les Romains adopterent l'ufage
& le nom depuis leur conquête . H
prouva , par le témoignage de plufieurs
hiftoriens , combien ces peuples eftimoient
les faies des fabriques d'Arras , & il en fit
remonter l'établiffement jufqu'avant leur
irruption dans les Gaules , fondé fur des
raifons tirées des auteurs & des loix RoAVRIL.
1755 14
maines. M. Camp paffa au détail des au
tres efpeces d'étoffes que les Atrébates fabriquoient
, & des teintures qu'ils y employoient.
Il commença par les Xérampelines
, Xerampelina veftes , que Suidas appelle
par excellence Atrebaticas veftes , &
dont les anciens nous défignent la couleur
par une compofition & un mêlange admirable
de teinture , inter coccinum & muriceum.
M. C. difcuta le paffage de Trebellius
Pollio touchant les faies & les draps
d'Arras , fi vantés par l'Empereur Gallien.
Il parla fort au long des birri de foye & de
laine , birri ferici , birri lane , que les Romains
mettoient au rang de leurs plus riches
parures. Il fit voir que les Atrébates
en fabriquoient de fi beaux , qu'on les recherchoit
à Rome avec empreffement . Il
expliqua ce que dit Flavius Vopifcus , in
Carino , des birri que les habitans d'Arras
& de Canyfium envoyoient à Rome , &
combattit le fentiment du Sr. Briffon , éleve
dans les manufactures de Beauvais , qui
par une lettre inférée dans le Mercure de
Février 1750 , a voulu perfuader qu'il
étoit fimplement queſtion , dans le paffage
de Vopifcus , d'habits militaires , qu'on
avoit demandés aux Atrébates . M. C. foutint
qu'on ne pouvoit interpréter ainfi ce
paffage , puifque Vopifcus , fe plaignant
142 MERCURE DE FRANCE.
•
des Romains de fon fiécle , qui fruftroient
Heurs héritiers légitimes pour enrichir les
gens de théatre , ajoute précisément que
cette manie de leur faire des prefens s'étoit
répandue dans tout l'empire , & que
ceux d'Arras & de Canufium leur envoyoient
en pur don des birri de leurs fabriques.
M. C.termina fa differtation par
des paffages de S. Jerôme , du concile de
Gangres , de S. Auguftin , & c. qui ache
vent de démontrer la fplendeur du commerce
& des manufactures des Atrébates ,
avant l'établiſſement de la monarchie françoiſe.
M. Enlart de Grandval , Confeiller au
Confeil provincial d'Artois , affocié de
l'Académie de Montauban , fit la lecture
d'un difcours préliminaire fur l'origine des
langues , & en particulier fur la langue
françoife , ce qui lui donna occafion de
parler ainfi de l'état des lettres & des ſciences
fous le regne de Louis XV . » Les fcien-
» ces & les arts ont été dans les derniers
» tems cultivés en France avec le fuccès le
» plus étonnant ...... Un poëme héroïque
, notre feul thréfor en ce genre , les
» odes d'un nouveau Pindare , fuivi d'un
» émule égal , ont perpétué jufqu'à nos
» jours la gloire des Mufes françoifes . Mais
duffions - nous céder la prééminence au
AVRIL. 1755. 143
fiécle précédent pour les belles lettres &
» les arts agréables , le nôtre l'emporte
»pour les fciences & les arts utiles . Un
" Roi , digne fucceffeur de Louis le Grand,
» a hérité de fon eftime pour les talens , &
a continué de répandre fur eux fes fe-
» cours & fes bienfaits. Nul objet d'étude
négligé fous fon regne , nul génie fans
récompenfe. Les mers ont vu fes vaif-
» ſeaux porter fous les deux pôles , & juf
» qu'aux extrêmités de l'Occident , non ,
» comme autrefois , les productions fura-
» bondantes de nos campagnes , ou les
» richeffes multipliées de nos manufactu-
» res , mais des Philofophes , des Aftrono-
»mes , qui à travers mille dangers de tou-
» te efpece , & dans des climats où le nom
» des fciences eft un nom inconnu , ont
été mefurer le ciel , & fixer la forme de
la terre. Un fluide merveilleux , une fubf-
»tance mystérieusement cachée dans le fein
» de la nature, & qui n'avoit permis que
des foupçons à la curiofité de nos ancêtres
, a perdu un fecret gardé depuis le
» jour de fa création , & s'eft dévoilée
malgré elle à nos regards plus fubtils &
» plus pénétrans . Chaque jour nous revele
» des myfteres ignorés de la plus fçavante
antiquité . Notre vûe , aidée du fecours
» de l'art , de ce tube admirable qu'elle
144 MERCURE DE FRANCE.
» doit au grand Newton , a franchi les bor
nes prefcrites à fes organes , & s'élan
nçant d'un côté dans les vaftes efpaces du
» firmament , y.va contempler à fon gré la
» ftructure , l'ordre & la marche de ces
» corps immenfes qui nous apprennent par
» de nouveaux fpectacles , à mieux con-
» noître la main qui les fit tandis que
» d'un autre côté , s'infinuant dans des
atômes imperceptibles , elle y découvre ,
elle y confidere un nouveau monde &
» de nouveaux habitans . Tout a cédé à nos
» efforts , à nos recherches , à nos difcuf-
» fions , &c.
M. l'Abbé Simon lut des réflexions fur
la complaisance , & prouva d'abord combien
elle eft , néceffaire dans toute fociété.
Il ne faut point , dit- il , étudier long-
» tems les hommes , pour appercevoir la
diverfité de leurs goûts & de leurs hu-
» meurs. Nous différons tous par mille en-
» droits de ceux avec qui nous avons à vivre
; l'expérience de tous les jours ne le
" prouve que trop , & nous ne pouvons
» prefque faire un pas dans le monde fans
» effuyer les plus fâcheufes contrariétés .
» Partons de ce principe . Nos caracteres
» nous mettant fans ceffe en oppofition les
» uns avec les autres , quelle fociété peut
» nous unir , fi la complaifance ne nous
rapproche ?
"
AVRIL. 1755. 145
rapproche ? Tranfportons dans le commerce
de la vie un homme inflexible
qui ne fcache ce que c'eft que de plier
» fon humeur dans l'occafion : quel perfonnage
y fera-t - il ? Comment, s'il eſt
» né taciturne , fe plaira - t-il avec des par-
"leurs infatigables ? Comment , fi c'eft un
nefprit fin & délicat , fupportera- t il tant
» de génies lourds & pefans , qu'il ren-
» contrera prefque à chaque pas ? Com-
» ment , s'il eſt enjoué , ſympatiſera - t - il
» avec un homme férieux , dont une couche
épaiffe de gravité obfcurcit toujours
» le vifage ? avec un cacochyme , un hy-
» pocondriaque , qui n'offrira à fes yeux
qu'un flegme rebutant , & dont le front
» couvert d'un deuil éternel , ne fe déride
jamais ? Si partifan des hautes fciences, il
» n'aime que les entretiens fublimes , com-
» ment pourra-t- il fe prêter à des converfations
puériles , &c? Incapable de transformer
fon inclination en celle des au-
» tres , également ennuyé & ennuyeux , il
» ne fera que porter en tous lieux la gêne
» & la contrainte.
10
33
22
→
Après quelques portraits détaillés , qui
firent fentir de plus en plus la néceffité de
la complaifance , M. l'Abbé S. eut foin de
précautionner les auditeurs contre l'abus
de cette qualité aimable & vertueufe. Il
G
146 MERCURE DE FRANCE.
attaqua ces perfonnes foibles , qui toujours
prêtes à recevoir les impreffions qu'on
veut leur donner , adoptent tour à tour
les fentimens les plus oppofés , femblables <
à l'écho , qui rend indiftinctement tous
les fons qu'on lui envoie. Il ne fe déchaîna
pas avec moins de force contre ceux
qui cachent les motifs les plus criminels
fous les dehors d'une complaifance affectée
; & il conclut fes réflexions par
mes fuivans. » CC''eeſftt aaiinnffii que le vice ;
» toujours odieux quand il paroît ce qu'il
les tereft
, fe montre fréquemment fous l'air
» de la vertu pour nous féduire plus fûre-
» ment ; c'eſt ainfi que la flaterie , la lâcheté
, la perfidie , l'injuftice n'emprun-
» tent que trop fouvent les livrées de la
complaifance , pour nous infpirer moins
» d'horreur. Arrachons -leur le voile ime
pofteur qui les couvre : point de moyen
plus infaillible pour les bannir à jamais
» de la fociété.
"
"
و ر
Cette féance fut terminée par deux épîtres
en vers de M. le Chevalier de Vauclaire
; l'une fur l'homme , & l'autre fur
le néant des richeffes.
Le mois prochain on inferera la feconde
feance , tenue le 22 Juin 1754.
De la Société littératre d'Arrass
A Société littéraire d'Arras tint lezo
LMars 175 4. fon affemblée publique or
dinaire, dont M: Le Roux, Avochr , Directeurt
en exercices , fit l'ouverture par un diſcours
fur le jugement & far le goût , dans lequel
il établit les maximes fuivantes . » Les mê
» mes regles qui fervent à former le juge
»ment , font celles qui forment le goût
>>car le jugement & le goût ne font qu'un
5
AVRIL 1755. 137
même faculté de l'ame ; quand elle juge
» par fentiment & à la premiere impreffion
» que les chofes font , c'eft le goût ; quand
elle juge par raifonnement & fur des
principes dont elle tire des conféquen
» ces , c'est le jugement : ainfi , l'on peut
» dire que le goût eft le jugement de la
" nature , & que le jugement eft le goût
» de la taifon.
M. de Brandt de Marconne , nouvel affocié
, fit enfuite fonremerciment , auquel
le Directeur répondit au nom de la Société.
* gy & bingen .
M. Cauwer , Avocat , nommé à la députation
ordinaire des Etats d'Artois , lut un
mémoire , pour fervir à l'hiftoire de Mahaut,
Comteffe d'Artois, depuis la mort de
Robert II fon pere , tué en 1 302 , devant
Courtrai , jufqu'à celle de cette Princeffe ,
arrivée le 27 Octobre 1349. Ce mémoire
contenoit , parmi beaucoup de faits intéreffans
le détail des deux premiers procès
que Robert d'Artois , Comte de Beaumontle-
Roger , intenta à Mahaut fa tante , pour
la dépofféder du Comté d'Artois , dont il
Le prétendoit légitime héritier , étant fils
de Philippe d'Artois , mort avant Robert
II fon pere. La plupart des événemens rapportés
par M. Cauwet , étoient appuyés fur
des pieces authentiques , tirées du dépôt
2
138 MERCURE DE FRANCE.
des chartres d'Artois , qui fe confervé à
Arras dans l'ancien palais des Comtes de
cette Province , nommé la Cour- le- Comte.
M. Harduin , Avocat , Secrétaire perpétuel
de la Société , lut un mémoire tiré
des registres de la ville d'Arras , concernant
les cérémonies qui s'obfervoient fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race
, lorfque ces Ducs , en qualité de Comtes
d'Artois , ou les Rois de France , fouverains
de la Province , faifoient leur entrée
folemnelle dans cette ville . En décri
vant la réception qui fut faite à Iſabelle
de Portugal , Ducheffe de Bourgogne , au
mois de Janvier 1430 , M. Harduin parla
de l'Abbé de Lieffe , perfonnage fingulier ,
qui s'étoit trouvé fur le paffage de cette
Princeffe , pour lui faire des préfens , &
pour lui donner le ſpectacle des jeux auxquels
il préfidóit.
Cet Abbé de Lieffe s'élifoit tous les
ans par les Officiers du Bailliage , le
» Corps de Ville & la Bourgeoifie ; & on
»lui donnoit , pour ainfi dire , l'inveftiture
de fa charge , en lui remettant une
croffe d'argent doré , du poids de quatre
onces , qu'il étoit obligé de rendre
à la fin de fon exercice . On voit dans la
lifte de ces Abbés , des Officiers munici
paux & même un Gentilhomme ; mais le
AVRIL. 1795 139
choix tomboit pour l'ordinaire fur quel
» que Marchand ou Artifan . Sa principale
» fonction étoit de donner le Dimanche
» gras , avec fes fuppôts , qu'on appelloit
» Moines , un divertiffement public fur des
» échaffauds . Outre cela , pour entretenir
» une certaine amitié avec les villes voiff
» nes , on envoyoit l'Abbé de Lieffe & fa
» troupe aux jeux qui s'y faifoient , entre
lefquels on remarque la fête du Roi des
» Sots à Lille , & celle du Prince de Plaifan-
» ce à Valenciennes. Dans ces voyages que
» l'Abbé faifoit aux dépens de la ville d'Are
»
ras , il étoit accompagné de fon prédé
>> ceffeur & de quatre Echevins. On por-
» toit devant lui un étendart de foie rou
"ge , aux armes de l'Abbaye : il étoit auffi
» précédé de plufieurs tambours & trompettes
, & d'un Héraut vêtu d'une cotte
» d'armes de damas violet : à fa fuite mar
» choient fes pages & fes laquais.
M. Camp , Avocat & Echevin d'Arras ,
lut des recherches fur le commerce & les
manufactures des Atrebates , depuis les fiée
cles Gaulois , jufqu'à la defcente des Francs
dans les Gaules. Pour montrer l'ancien
neté de ces manufactures , il s'attacha d'a+
bord à établir celle de la ville d'Arras , que
Céfar , dans fes commentaires , appelle
Nemetocenna ou Nemetofena , nom compo
140 MERCURE DE FRANCE.
fé de Nemetos & de Sena , qui ne pouvoit
fignifier parmi les Gaulois , qu'un temple
de Druides ou de Druideffes , felon l'explication
de Fortunat , de Dom Bouquet ,
& de l'auteur de la Religion des Gaulois.
Après avoir prouvé par cette étymologie ,
que la ville d'Arras étoit anciennement
un lieu confacré à la religion , M. Camp
parla du culte particulier des Gaulois envers
Mercure , Dieu des Marchands , dont
le nom , fuivant les mêmes auteurs , eft
purement celtique , & il obferva que le
nom du village de Mercatel , près d'Arras ,
qui fe trouve rendu par Mercurii tellus ,
dans les anciens titres latins , nous offre
une étymologie celtique , relative au commerce
& au culte de Mercure parmi les
Atrébates .
M. Camp examina enfuite les divers
habillemens dont les Gaulois fe fervoient ,
particulierement les Druides & les nobles.
Il s'étendit principalement fur le Sagum
gaulois , dont les Romains adopterent l'ufage
& le nom depuis leur conquête . H
prouva , par le témoignage de plufieurs
hiftoriens , combien ces peuples eftimoient
les faies des fabriques d'Arras , & il en fit
remonter l'établiffement jufqu'avant leur
irruption dans les Gaules , fondé fur des
raifons tirées des auteurs & des loix RoAVRIL.
1755 14
maines. M. Camp paffa au détail des au
tres efpeces d'étoffes que les Atrébates fabriquoient
, & des teintures qu'ils y employoient.
Il commença par les Xérampelines
, Xerampelina veftes , que Suidas appelle
par excellence Atrebaticas veftes , &
dont les anciens nous défignent la couleur
par une compofition & un mêlange admirable
de teinture , inter coccinum & muriceum.
M. C. difcuta le paffage de Trebellius
Pollio touchant les faies & les draps
d'Arras , fi vantés par l'Empereur Gallien.
Il parla fort au long des birri de foye & de
laine , birri ferici , birri lane , que les Romains
mettoient au rang de leurs plus riches
parures. Il fit voir que les Atrébates
en fabriquoient de fi beaux , qu'on les recherchoit
à Rome avec empreffement . Il
expliqua ce que dit Flavius Vopifcus , in
Carino , des birri que les habitans d'Arras
& de Canyfium envoyoient à Rome , &
combattit le fentiment du Sr. Briffon , éleve
dans les manufactures de Beauvais , qui
par une lettre inférée dans le Mercure de
Février 1750 , a voulu perfuader qu'il
étoit fimplement queſtion , dans le paffage
de Vopifcus , d'habits militaires , qu'on
avoit demandés aux Atrébates . M. C. foutint
qu'on ne pouvoit interpréter ainfi ce
paffage , puifque Vopifcus , fe plaignant
142 MERCURE DE FRANCE.
•
des Romains de fon fiécle , qui fruftroient
Heurs héritiers légitimes pour enrichir les
gens de théatre , ajoute précisément que
cette manie de leur faire des prefens s'étoit
répandue dans tout l'empire , & que
ceux d'Arras & de Canufium leur envoyoient
en pur don des birri de leurs fabriques.
M. C.termina fa differtation par
des paffages de S. Jerôme , du concile de
Gangres , de S. Auguftin , & c. qui ache
vent de démontrer la fplendeur du commerce
& des manufactures des Atrébates ,
avant l'établiſſement de la monarchie françoiſe.
M. Enlart de Grandval , Confeiller au
Confeil provincial d'Artois , affocié de
l'Académie de Montauban , fit la lecture
d'un difcours préliminaire fur l'origine des
langues , & en particulier fur la langue
françoife , ce qui lui donna occafion de
parler ainfi de l'état des lettres & des ſciences
fous le regne de Louis XV . » Les fcien-
» ces & les arts ont été dans les derniers
» tems cultivés en France avec le fuccès le
» plus étonnant ...... Un poëme héroïque
, notre feul thréfor en ce genre , les
» odes d'un nouveau Pindare , fuivi d'un
» émule égal , ont perpétué jufqu'à nos
» jours la gloire des Mufes françoifes . Mais
duffions - nous céder la prééminence au
AVRIL. 1755. 143
fiécle précédent pour les belles lettres &
» les arts agréables , le nôtre l'emporte
»pour les fciences & les arts utiles . Un
" Roi , digne fucceffeur de Louis le Grand,
» a hérité de fon eftime pour les talens , &
a continué de répandre fur eux fes fe-
» cours & fes bienfaits. Nul objet d'étude
négligé fous fon regne , nul génie fans
récompenfe. Les mers ont vu fes vaif-
» ſeaux porter fous les deux pôles , & juf
» qu'aux extrêmités de l'Occident , non ,
» comme autrefois , les productions fura-
» bondantes de nos campagnes , ou les
» richeffes multipliées de nos manufactu-
» res , mais des Philofophes , des Aftrono-
»mes , qui à travers mille dangers de tou-
» te efpece , & dans des climats où le nom
» des fciences eft un nom inconnu , ont
été mefurer le ciel , & fixer la forme de
la terre. Un fluide merveilleux , une fubf-
»tance mystérieusement cachée dans le fein
» de la nature, & qui n'avoit permis que
des foupçons à la curiofité de nos ancêtres
, a perdu un fecret gardé depuis le
» jour de fa création , & s'eft dévoilée
malgré elle à nos regards plus fubtils &
» plus pénétrans . Chaque jour nous revele
» des myfteres ignorés de la plus fçavante
antiquité . Notre vûe , aidée du fecours
» de l'art , de ce tube admirable qu'elle
144 MERCURE DE FRANCE.
» doit au grand Newton , a franchi les bor
nes prefcrites à fes organes , & s'élan
nçant d'un côté dans les vaftes efpaces du
» firmament , y.va contempler à fon gré la
» ftructure , l'ordre & la marche de ces
» corps immenfes qui nous apprennent par
» de nouveaux fpectacles , à mieux con-
» noître la main qui les fit tandis que
» d'un autre côté , s'infinuant dans des
atômes imperceptibles , elle y découvre ,
elle y confidere un nouveau monde &
» de nouveaux habitans . Tout a cédé à nos
» efforts , à nos recherches , à nos difcuf-
» fions , &c.
M. l'Abbé Simon lut des réflexions fur
la complaisance , & prouva d'abord combien
elle eft , néceffaire dans toute fociété.
Il ne faut point , dit- il , étudier long-
» tems les hommes , pour appercevoir la
diverfité de leurs goûts & de leurs hu-
» meurs. Nous différons tous par mille en-
» droits de ceux avec qui nous avons à vivre
; l'expérience de tous les jours ne le
" prouve que trop , & nous ne pouvons
» prefque faire un pas dans le monde fans
» effuyer les plus fâcheufes contrariétés .
» Partons de ce principe . Nos caracteres
» nous mettant fans ceffe en oppofition les
» uns avec les autres , quelle fociété peut
» nous unir , fi la complaifance ne nous
rapproche ?
"
AVRIL. 1755. 145
rapproche ? Tranfportons dans le commerce
de la vie un homme inflexible
qui ne fcache ce que c'eft que de plier
» fon humeur dans l'occafion : quel perfonnage
y fera-t - il ? Comment, s'il eſt
» né taciturne , fe plaira - t-il avec des par-
"leurs infatigables ? Comment , fi c'eft un
nefprit fin & délicat , fupportera- t il tant
» de génies lourds & pefans , qu'il ren-
» contrera prefque à chaque pas ? Com-
» ment , s'il eſt enjoué , ſympatiſera - t - il
» avec un homme férieux , dont une couche
épaiffe de gravité obfcurcit toujours
» le vifage ? avec un cacochyme , un hy-
» pocondriaque , qui n'offrira à fes yeux
qu'un flegme rebutant , & dont le front
» couvert d'un deuil éternel , ne fe déride
jamais ? Si partifan des hautes fciences, il
» n'aime que les entretiens fublimes , com-
» ment pourra-t- il fe prêter à des converfations
puériles , &c? Incapable de transformer
fon inclination en celle des au-
» tres , également ennuyé & ennuyeux , il
» ne fera que porter en tous lieux la gêne
» & la contrainte.
10
33
22
→
Après quelques portraits détaillés , qui
firent fentir de plus en plus la néceffité de
la complaifance , M. l'Abbé S. eut foin de
précautionner les auditeurs contre l'abus
de cette qualité aimable & vertueufe. Il
G
146 MERCURE DE FRANCE.
attaqua ces perfonnes foibles , qui toujours
prêtes à recevoir les impreffions qu'on
veut leur donner , adoptent tour à tour
les fentimens les plus oppofés , femblables <
à l'écho , qui rend indiftinctement tous
les fons qu'on lui envoie. Il ne fe déchaîna
pas avec moins de force contre ceux
qui cachent les motifs les plus criminels
fous les dehors d'une complaifance affectée
; & il conclut fes réflexions par
mes fuivans. » CC''eeſftt aaiinnffii que le vice ;
» toujours odieux quand il paroît ce qu'il
les tereft
, fe montre fréquemment fous l'air
» de la vertu pour nous féduire plus fûre-
» ment ; c'eſt ainfi que la flaterie , la lâcheté
, la perfidie , l'injuftice n'emprun-
» tent que trop fouvent les livrées de la
complaifance , pour nous infpirer moins
» d'horreur. Arrachons -leur le voile ime
pofteur qui les couvre : point de moyen
plus infaillible pour les bannir à jamais
» de la fociété.
"
"
و ر
Cette féance fut terminée par deux épîtres
en vers de M. le Chevalier de Vauclaire
; l'une fur l'homme , & l'autre fur
le néant des richeffes.
Le mois prochain on inferera la feconde
feance , tenue le 22 Juin 1754.
Fermer
Résumé : SEANCES PUBLIQUES De la Société littéraire d'Arras.
Le 17 mars 1754, la Société littéraire d'Arras organisa une séance publique dirigée par M. Le Roux, avocat et directeur en exercice. Il ouvrit la séance avec un discours sur le jugement et le goût, affirmant qu'ils sont une seule et même faculté de l'âme. M. de Brandt de Marconne, nouvel associé, exprima sa gratitude, à laquelle le directeur répondit au nom de la Société. M. Cauwer, avocat et député des États d'Artois, présenta un mémoire sur l'histoire de Mahaut, comtesse d'Artois, de 1302 à 1349. Ce mémoire détaillait les deux premiers procès intentés par Robert d'Artois contre Mahaut pour le comté d'Artois, soutenus par des documents authentiques des archives d'Artois. M. Harduin, avocat et secrétaire perpétuel de la Société, lut un mémoire sur les cérémonies observées sous les ducs de Bourgogne lors de leur entrée solennelle à Arras. Il décrivit la réception d'Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, en janvier 1430, et mentionna l'Abbé de Lieffe, chargé des divertissements publics. M. Camp, avocat et échevin d'Arras, présenta des recherches sur le commerce et les manufactures des Atrébates, depuis les siècles gaulois jusqu'à l'arrivée des Francs. Il souligna l'antiquité des manufactures d'Arras, mentionnées par César, et parla du culte de Mercure parmi les Gaulois. Il détailla divers tissus et teintures fabriqués par les Atrébates, appréciés à Rome. M. Enlart de Grandval, conseiller au Conseil provincial d'Artois, lut un discours préliminaire sur l'origine des langues, notamment la langue française, et parla de l'état des lettres et des sciences sous le règne de Louis XV. Il souligna les avancées scientifiques et les explorations menées sous ce règne. Enfin, M. l'Abbé Simon lut des réflexions sur la complaisance, nécessaire dans toute société pour rapprocher les individus malgré la diversité de leurs goûts et humeurs. Il mit en garde contre l'abus de cette qualité, qui peut masquer des vices comme la flatterie et la perfidie. La séance se conclut par la lecture de deux épîtres en vers de M. le Chevalier de Vauclaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9803
p. 147-152
LETTRE écrite de Belley, sur le Collége nouvellement établi dans cette ville.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, en quoi consiste le nouvel établissement [...]
Mots clefs :
Collège, Province, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Belley, sur le Collége nouvellement établi dans cette ville.
LETTRE écrite de Belley , fur le College.
nouvellement établi dans cette ville.
Ous me demandez , Monfieur , en
quoi confifte le nouvel établiffement
qui vient de fe former dans cette capitale
de notre province de Bugey. Il eft juſte de
fatisfaire votre curiofité fur un fujet qui ,
malgré votre éloignement , ne fçauroit
manquer de vous intéreffer , dès qu'il intéreffe
la patrie.
M. Pierre du Laurent , Evêque de Belley
, animé d'un zéle ardent pour la gloire.
de Dieu & le falut des ames confiées à fa
conduite , réfolut en l'année 1700 , d'ériger
à Belley un Séminaire , où les jeunes
Clercs qui fe préfenteroient pour être admis
aux Ordres facrés , puffent être inftruits
dans les fonctions eccléfiaftiques , &
élevés dans la faine doctrine. Dans cette
vûe il fit quelques arrangemens , qui furent
approuvés par Lettres patentes de Sa Majefté
, & il appliqua à cette oeuvre une
fomme provenant de la liquidation desi
biens que M. d'Arcollieres , Prêtre du
Diocéfe , avoit laiffés pour la même caufe ,
par teftament du 17 Novembre 1696.
Divers obftacles fufpendirent l'effet de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ces difpofitions jufqu'en l'année 1742 ,
que M. Jean du Doucer , fucceffeur de M.
du Laurent , s'efforça d'en procurer l'exécution
, en y faifant quelques changemens
qui lui parurent néceffaires. Sans abandonner
le projet de l'érection d'un Séminaire
le Prélat fe propofa pour objet principal
l'établiffement d'un College , où la jeuneſſe
de la province , qui étoit obligée d'en fortir
& d'aller étudier à grands frais dans
le pays étranger , pût déformais recevoir
l'éducation & l'enfeignement , depuis la
fixieme claffe jufques & compris la Théologie.
Pour y parvenir , il fit un teftament
le 23 Mai de la même année , par lequel.
il légue une fomme confidérable à la Communauté
qui fera chargée de la direction
de ce College , déclarant que la même
Communauté pourra être pareillement
chargée , fi fon fucceffeur le juge à pro-.
de la direction du Séminaire , & jouir
des revenus deftinés à cette fin. Ce premier
fonds a été augmenté dans la fuite par un
codicille de M. du Doucet , du 23 Décem
bre.1743 ; & par un legs de M. Jacques
Flavier , Curé de Flavieux.
pos ,
-
Après la mort de M. du Doucet , M.
Jean Antoine de Tinzeau , aujourd'hui
Evêque de Nevers , lui ayant fuccedé dans
e fiége de Belley , fe hâta de faire exécuAVRIL.
1755. 149
ter l'utile fondation de fon prédéceffeur ;
& pour en remplir l'objet il fit choix des
Chanoines Réguliers de l'ordre de S. Antoine
, dont l'Abbaye chef- lieu , fituée dans
le Dauphiné , n'eft éloignée que d'environ
quinze lieues de la ville de Belley. M. Etien
ne Galland , Abbé général de cet Ordre ,
s'eft généreufement prêté aux pieufes intentions
du Prélat , & de MM . les Maire ,
Syndics & Communauté de la même ville,
qui l'en follicitoient de concert. En conféquence
, & fous le bon plaifir du Roi ,
les parties pafferent un contrat pardevant
Notaires , le 27 Mars 1751 , dans lequel
tout ce qui concerne l'exécution de la fondation
de M. du Doucet fut provifoirement
arrêté. La ville de Belley s'engage
par cet acte , à fournir le terrein néceffaire
pour la conftruction des bâtimens du College.
Le contrat , & par conféquent l'érection
du College , ont été confirmés
Lettres patentes de Sa Majefté , du mois
de Février 1753 , régiftrées au Parlement
de Dijon le 28 Juin de la même
année , & à la Chambre des Comptes le
6 Février de l'année fuivante. Ce traité a
été confenti par M. Courtois de Quincy ,
qui a fuccédé à M. de Tinzeau , & qui
remplit aujourd'hui le fiége de Belley. Les
Profeffeurs ou Régens choifis , comme je
par
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'ai dit ci - devant , parmi les Chanoines
Réguliers de l'Ordre de S. Antoine , ont
ouvert leurs claffes dès 1751 , & remplif
fent leurs fonctions avec fuccès.
M. Joly de Fleury , Intendant de Bourgogne
, dont on connoît le zéle pour le
bien de la province , en a témoigné fa fatisfaction
lorfqu'il s'eft rendu à Belley
vers la fin du mois de Septembre de l'année
derniere ; & fur la réquifition de MM.
les Syndics Généraux , il a permis que l'on
défignât , pour la conſtruction du nouveau
College , un emplacement plus commode
& plus étendu que celui qui y avoit été
deftiné auparavant
.
Vous ne ferez pas fâché que je joigne
à ma lettre le compliment qui lui a été fait
dans cette circonftance , par M. Granier ,
Supérieur du College .
» Monfieur , l'hommage que nous vous
» rendons eft le fruit du refpect & de la
» reconnoiffance, Il est heureux pour nous
de trouver un protecteur dans l'objet
de la joie & de l'admiration publiques.
» Si vos rares qualités font le bonheur de
» cette province , vous le perpétuerez
» Monfieur , en affurant un établiſſement
39
2
qui a pour but l'éducation de la jeuneſſe.
>> Les vûes des grands hommes embraffent
» tous les tems. Flattés nous -mêmes de
AVRIL.. 1755. 151
1
» concourir à l'exécution d'un fi noble def-
» fein , nous n'oublierons rien pour for-
" mer des fujets utiles à l'Etat. Nous leur
infpirerons , en particulier , nos fenti-
» mens pour vous : la reconnoiffance pour
» le bienfaicteur durera autant que le fou-
>> venir du bienfait,
Ce difcours fut fuivi d'un fecond compliment
en vers , de la compofition de M.
Sutaine , l'un des Régens , qui fut prononcé
avec beaucoup de grace au nom des Ecoliers
, par le jeune M. de Précigny , penfionnaire
au College , & neveu de M. l'Evêque
: le voici .
Enfin à nos defirs fenfible ,
Pallas te conduit en ces lieux.
O l'heureux jour ! ô moment précieux !
"Pourrions-nous efperer un figne plus viſible
De la bonté des Dieux ?
Devant toi marche l'abondance ,
Mere des plaiſirs & des ris :
Les coeurs , de tes bontés épris ,
Suivent ton chat , guidés par la reconnoiffance:
Miniftre du plus grand des Rois ,
Tu fais adorer la fageffe
Qui lui dicte fes loix ;
Et de la plus vive tendreffe ,
Tout fon peuple animé ,
T'appelle ,comme lui , Fleuri le bien aimé.
Giv
192 MERCURE DE FRANCE.
Les chaftes Soeurs , dont nous t'offrons l'hommage
,
Reconnoiflent en toi l'image
De ce Proconful généreux ,
Qui fous Trajan , le plus fage des Princes ,
Parcouroit les provinces ,
En faifant des heureux.
Comme toi , plein de vigilance ,
Par fa féconde activité ,
Il pourvoyoit à tout , & fa mâle prudence
Suivoit toujours les loix de l'auftere équité :
Des Muſes , protecteur fincere ,
Il fut , ainfi que toi , leur foutien & leur pere ;
Les Muſes , comme à lui , t'élevent un autel ,
Où nous ferons brûler un encens immortel.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
applaudirez avec tout le public à des élages
bien mérités. J'ai l'honneur , &c.
nouvellement établi dans cette ville.
Ous me demandez , Monfieur , en
quoi confifte le nouvel établiffement
qui vient de fe former dans cette capitale
de notre province de Bugey. Il eft juſte de
fatisfaire votre curiofité fur un fujet qui ,
malgré votre éloignement , ne fçauroit
manquer de vous intéreffer , dès qu'il intéreffe
la patrie.
M. Pierre du Laurent , Evêque de Belley
, animé d'un zéle ardent pour la gloire.
de Dieu & le falut des ames confiées à fa
conduite , réfolut en l'année 1700 , d'ériger
à Belley un Séminaire , où les jeunes
Clercs qui fe préfenteroient pour être admis
aux Ordres facrés , puffent être inftruits
dans les fonctions eccléfiaftiques , &
élevés dans la faine doctrine. Dans cette
vûe il fit quelques arrangemens , qui furent
approuvés par Lettres patentes de Sa Majefté
, & il appliqua à cette oeuvre une
fomme provenant de la liquidation desi
biens que M. d'Arcollieres , Prêtre du
Diocéfe , avoit laiffés pour la même caufe ,
par teftament du 17 Novembre 1696.
Divers obftacles fufpendirent l'effet de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ces difpofitions jufqu'en l'année 1742 ,
que M. Jean du Doucer , fucceffeur de M.
du Laurent , s'efforça d'en procurer l'exécution
, en y faifant quelques changemens
qui lui parurent néceffaires. Sans abandonner
le projet de l'érection d'un Séminaire
le Prélat fe propofa pour objet principal
l'établiffement d'un College , où la jeuneſſe
de la province , qui étoit obligée d'en fortir
& d'aller étudier à grands frais dans
le pays étranger , pût déformais recevoir
l'éducation & l'enfeignement , depuis la
fixieme claffe jufques & compris la Théologie.
Pour y parvenir , il fit un teftament
le 23 Mai de la même année , par lequel.
il légue une fomme confidérable à la Communauté
qui fera chargée de la direction
de ce College , déclarant que la même
Communauté pourra être pareillement
chargée , fi fon fucceffeur le juge à pro-.
de la direction du Séminaire , & jouir
des revenus deftinés à cette fin. Ce premier
fonds a été augmenté dans la fuite par un
codicille de M. du Doucet , du 23 Décem
bre.1743 ; & par un legs de M. Jacques
Flavier , Curé de Flavieux.
pos ,
-
Après la mort de M. du Doucet , M.
Jean Antoine de Tinzeau , aujourd'hui
Evêque de Nevers , lui ayant fuccedé dans
e fiége de Belley , fe hâta de faire exécuAVRIL.
1755. 149
ter l'utile fondation de fon prédéceffeur ;
& pour en remplir l'objet il fit choix des
Chanoines Réguliers de l'ordre de S. Antoine
, dont l'Abbaye chef- lieu , fituée dans
le Dauphiné , n'eft éloignée que d'environ
quinze lieues de la ville de Belley. M. Etien
ne Galland , Abbé général de cet Ordre ,
s'eft généreufement prêté aux pieufes intentions
du Prélat , & de MM . les Maire ,
Syndics & Communauté de la même ville,
qui l'en follicitoient de concert. En conféquence
, & fous le bon plaifir du Roi ,
les parties pafferent un contrat pardevant
Notaires , le 27 Mars 1751 , dans lequel
tout ce qui concerne l'exécution de la fondation
de M. du Doucet fut provifoirement
arrêté. La ville de Belley s'engage
par cet acte , à fournir le terrein néceffaire
pour la conftruction des bâtimens du College.
Le contrat , & par conféquent l'érection
du College , ont été confirmés
Lettres patentes de Sa Majefté , du mois
de Février 1753 , régiftrées au Parlement
de Dijon le 28 Juin de la même
année , & à la Chambre des Comptes le
6 Février de l'année fuivante. Ce traité a
été confenti par M. Courtois de Quincy ,
qui a fuccédé à M. de Tinzeau , & qui
remplit aujourd'hui le fiége de Belley. Les
Profeffeurs ou Régens choifis , comme je
par
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'ai dit ci - devant , parmi les Chanoines
Réguliers de l'Ordre de S. Antoine , ont
ouvert leurs claffes dès 1751 , & remplif
fent leurs fonctions avec fuccès.
M. Joly de Fleury , Intendant de Bourgogne
, dont on connoît le zéle pour le
bien de la province , en a témoigné fa fatisfaction
lorfqu'il s'eft rendu à Belley
vers la fin du mois de Septembre de l'année
derniere ; & fur la réquifition de MM.
les Syndics Généraux , il a permis que l'on
défignât , pour la conſtruction du nouveau
College , un emplacement plus commode
& plus étendu que celui qui y avoit été
deftiné auparavant
.
Vous ne ferez pas fâché que je joigne
à ma lettre le compliment qui lui a été fait
dans cette circonftance , par M. Granier ,
Supérieur du College .
» Monfieur , l'hommage que nous vous
» rendons eft le fruit du refpect & de la
» reconnoiffance, Il est heureux pour nous
de trouver un protecteur dans l'objet
de la joie & de l'admiration publiques.
» Si vos rares qualités font le bonheur de
» cette province , vous le perpétuerez
» Monfieur , en affurant un établiſſement
39
2
qui a pour but l'éducation de la jeuneſſe.
>> Les vûes des grands hommes embraffent
» tous les tems. Flattés nous -mêmes de
AVRIL.. 1755. 151
1
» concourir à l'exécution d'un fi noble def-
» fein , nous n'oublierons rien pour for-
" mer des fujets utiles à l'Etat. Nous leur
infpirerons , en particulier , nos fenti-
» mens pour vous : la reconnoiffance pour
» le bienfaicteur durera autant que le fou-
>> venir du bienfait,
Ce difcours fut fuivi d'un fecond compliment
en vers , de la compofition de M.
Sutaine , l'un des Régens , qui fut prononcé
avec beaucoup de grace au nom des Ecoliers
, par le jeune M. de Précigny , penfionnaire
au College , & neveu de M. l'Evêque
: le voici .
Enfin à nos defirs fenfible ,
Pallas te conduit en ces lieux.
O l'heureux jour ! ô moment précieux !
"Pourrions-nous efperer un figne plus viſible
De la bonté des Dieux ?
Devant toi marche l'abondance ,
Mere des plaiſirs & des ris :
Les coeurs , de tes bontés épris ,
Suivent ton chat , guidés par la reconnoiffance:
Miniftre du plus grand des Rois ,
Tu fais adorer la fageffe
Qui lui dicte fes loix ;
Et de la plus vive tendreffe ,
Tout fon peuple animé ,
T'appelle ,comme lui , Fleuri le bien aimé.
Giv
192 MERCURE DE FRANCE.
Les chaftes Soeurs , dont nous t'offrons l'hommage
,
Reconnoiflent en toi l'image
De ce Proconful généreux ,
Qui fous Trajan , le plus fage des Princes ,
Parcouroit les provinces ,
En faifant des heureux.
Comme toi , plein de vigilance ,
Par fa féconde activité ,
Il pourvoyoit à tout , & fa mâle prudence
Suivoit toujours les loix de l'auftere équité :
Des Muſes , protecteur fincere ,
Il fut , ainfi que toi , leur foutien & leur pere ;
Les Muſes , comme à lui , t'élevent un autel ,
Où nous ferons brûler un encens immortel.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
applaudirez avec tout le public à des élages
bien mérités. J'ai l'honneur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Belley, sur le Collége nouvellement établi dans cette ville.
En 1700, M. Pierre du Laurent, évêque de Belley, décida de créer un séminaire pour former les jeunes clercs aux fonctions ecclésiastiques. Ce projet, approuvé par le roi, fut retardé jusqu'en 1742 en raison de divers obstacles. M. Jean du Doucer, successeur de M. du Laurent, modifia le projet pour établir un collège offrant une éducation complète, allant de la sixième classe à la théologie. Il légua une somme importante pour financer ce collège, somme qui fut augmentée par des legs ultérieurs. Après la mort de M. du Doucer, M. Jean Antoine de Tinzeau, évêque de Nevers, prit la relève et accéléra la mise en œuvre du projet. Il choisit les Chanoines Réguliers de l'ordre de Saint-Antoine pour diriger le collège. Un contrat fut signé en 1751 et confirmé par des lettres patentes royales en 1753. Les cours commencèrent dès 1751 sous la direction des Chanoines Réguliers. En 1754, M. Joly de Fleury, intendant de Bourgogne, visita Belley et approuva le choix de l'emplacement pour la construction du collège. Il reçut des compliments pour son soutien à cette initiative éducative.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9804
p. 153
PEINTURE. Vers pour être mis au bas du portrait de M. Boucher, dessiné par M. Cochin*.
Début :
Ses ouvrages charmans sont pleins de volupté. [...]
Mots clefs :
Portrait, Peintre
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Vers pour être mis au bas du portrait de M. Boucher, dessiné par M. Cochin*.
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE.
Vers pour être mis au bas du portrait de M.
Boucher , deffiné par M. Cochin *.
S.Es ouvrages charmans font pleins de volupté.
Rival de la nature , il marche fur fes traces :
C'eft le peintre de la beauté ;
Il embellit même les Graces.
SILEUIL.
PEINTURE.
Vers pour être mis au bas du portrait de M.
Boucher , deffiné par M. Cochin *.
S.Es ouvrages charmans font pleins de volupté.
Rival de la nature , il marche fur fes traces :
C'eft le peintre de la beauté ;
Il embellit même les Graces.
SILEUIL.
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9805
p. 153-158
GRAVURE.
Début :
TEMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE VENUS, décoration en relief, qui a [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Vénus, Rembrandt, Graveur
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs œuvres artistiques et événements historiques. En 1747, une décoration en relief honorant la déesse Vénus a été réalisée à Rome, sur la place Farnèse, à l'occasion d'une cérémonie annuelle où le royaume de Naples rend hommage au Saint-Siège. Cette cérémonie, dirigée par le Prince Colonne, se déroule la veille de la fête de Saint-Pierre et inclut la présentation d'une haquenée blanche portant une cassette contenant des cédules représentant la redevance annuelle. La décoration a été composée par un pensionnaire du Roi de France à Rome et gravée par P. Patte. Elle est disponible à la vente. Le texte mentionne également la place Louis XV, en construction à Paris. Il évoque aussi un portrait de M. Grandval peint par Lancret et gravé par J. Le Bas. Une collection de sculptures antiques grecques et romaines, découvertes dans les ruines du palais de Néron et de Marius, est présentée. Cette collection, composée de morceaux en marbre de Paros et de Salin, est disponible chez le sculpteur Adam l'aîné et chez Joullain, marchand d'estampes. Enfin, le texte évoque le travail de gravure de M. de Marcenay, qui a reproduit des portraits de Rembrandt et du Tintoret, peints par eux-mêmes. Ces gravures sont disponibles chez l'auteur, rue des Vieux Augustins.
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9806
p. 158-160
MUSIQUE.
Début :
Le sieur Lanzetti, Ordinaire de la musique de S. M. le Roi de Sardaigne, [...]
Mots clefs :
Violon, Flûte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
E fieur Lanzetti , Ordinaire de la mu-
Lfique de S. M. le Roi de Sardaigne ,
fait graver préfentement un quatrième
oeuvre de fix nouvelles fonates pour le
violoncelle , & un cinquiéme oeuvre de
fix duo à parties féparées , pour le même
inftrument , dont le deuxième deffus peut
fe jouer fur le violon , baffe de viele , &
baffon. Il avertit le Public que les deuxiéme
& troifiéme oeuvres de fonates pour le
violoncelle qu'on a fait graver à Paris,
fous fon nom & à fon infçu , font pleins
de fautes , contiennent même quelques
piéces qui ne font point de lui , & qu'il
compte les redonner par la fuite corrigées
AVRIL. 1755.
& comme il les a faits. Il demeure rue des
Bons Enfans , à l'hôtel d'Orléans , vis- àvis
le paffage du Cloître S. Honoré , où
on trouvera inceffamment les fufdits cuvres.
METHODE RAISONNE'E , pour apprendre
la mufique d'une façon plus claire & plus
précife , à laquelle on joint l'étendue de
lá flûte traverfiere , du violon , du pardeffus
de viole , de la vielle & de la mufette
; leur accord , quelques obfervations
fur la touche defdits inftrumens , & des
leçons fimples , mefurées & variées , fuivies
d'un recueil de plus de cent airs en
duo , choifis , faciles , & connus pour la
plupart , propres pour la flûte traverſiere ,
le violon & le par- deffus de viole , & mis
à l'ufage de la vielle & de la mufette par
des clefs fuppofées de tranfpofitions. Ou
vrage fait pour la commodité des maîtres
& l'utilité des écoliers ; dédié à M. le
Marquis de Montpezat , Lieutenant de
Roi de la province de Languedoc , l'un
des quatre premiers Barons du Dauphiné ;
par M. Bordet , maître de flûte traverfiere.
Livre premier , gravé par Labaffée ; prix
en blanc 6 livres. A Paris , chez l'Auteur ,
rue du Ponceau , la deuxième porte à droite
en entrant par la rue Saint Denis ; Bayard ,
160 MERCURE DE FRANCE .
Marchand , rue Saint Honoré , à la Regle
d'or ; Vernadé , Marchand , rue du Roule ,
à la Croix d'or'; Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique royale.
E fieur Lanzetti , Ordinaire de la mu-
Lfique de S. M. le Roi de Sardaigne ,
fait graver préfentement un quatrième
oeuvre de fix nouvelles fonates pour le
violoncelle , & un cinquiéme oeuvre de
fix duo à parties féparées , pour le même
inftrument , dont le deuxième deffus peut
fe jouer fur le violon , baffe de viele , &
baffon. Il avertit le Public que les deuxiéme
& troifiéme oeuvres de fonates pour le
violoncelle qu'on a fait graver à Paris,
fous fon nom & à fon infçu , font pleins
de fautes , contiennent même quelques
piéces qui ne font point de lui , & qu'il
compte les redonner par la fuite corrigées
AVRIL. 1755.
& comme il les a faits. Il demeure rue des
Bons Enfans , à l'hôtel d'Orléans , vis- àvis
le paffage du Cloître S. Honoré , où
on trouvera inceffamment les fufdits cuvres.
METHODE RAISONNE'E , pour apprendre
la mufique d'une façon plus claire & plus
précife , à laquelle on joint l'étendue de
lá flûte traverfiere , du violon , du pardeffus
de viole , de la vielle & de la mufette
; leur accord , quelques obfervations
fur la touche defdits inftrumens , & des
leçons fimples , mefurées & variées , fuivies
d'un recueil de plus de cent airs en
duo , choifis , faciles , & connus pour la
plupart , propres pour la flûte traverſiere ,
le violon & le par- deffus de viole , & mis
à l'ufage de la vielle & de la mufette par
des clefs fuppofées de tranfpofitions. Ou
vrage fait pour la commodité des maîtres
& l'utilité des écoliers ; dédié à M. le
Marquis de Montpezat , Lieutenant de
Roi de la province de Languedoc , l'un
des quatre premiers Barons du Dauphiné ;
par M. Bordet , maître de flûte traverfiere.
Livre premier , gravé par Labaffée ; prix
en blanc 6 livres. A Paris , chez l'Auteur ,
rue du Ponceau , la deuxième porte à droite
en entrant par la rue Saint Denis ; Bayard ,
160 MERCURE DE FRANCE .
Marchand , rue Saint Honoré , à la Regle
d'or ; Vernadé , Marchand , rue du Roule ,
à la Croix d'or'; Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique royale.
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Résumé : MUSIQUE.
Le texte annonce deux publications musicales. Le sieur Lanzetti, musicien du Roi de Sardaigne, publie un quatrième ouvrage de six nouvelles sonates pour violoncelle et un cinquième ouvrage de six duos pour violoncelle, certains pouvant être joués sur d'autres instruments comme le violon, la basse de viole et le basson. Lanzetti corrige les erreurs et les pièces non authentiques des deuxième et troisième œuvres de sonates pour violoncelle, gravées à Paris, et prévoit de les republier. Ses œuvres sont disponibles rue des Bons Enfants, à l'hôtel d'Orléans. Par ailleurs, une 'Méthode raisonnée' pour apprendre la musique est présentée. Elle inclut l'étendue de divers instruments comme la flûte traversière, le violon, le pardeffus de viole, la vielle et la musette. Cette méthode propose des observations sur la touche des instruments et des leçons simples et variées, suivies d'un recueil de plus de cent airs en duo. Ces airs sont adaptés à plusieurs instruments et peuvent être joués sur la vielle et la musette grâce à des clefs de transposition. L'ouvrage, dédié au Marquis de Montpezat, est écrit par M. Bordet, maître de flûte traversière, et gravé par Labaffée. Il est vendu six livres et disponible chez plusieurs marchands à Paris.
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9807
p. 163-166
MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
Début :
TRESOR ROYAL. Un grand fleuve qui se divise en plusieurs [...]
Mots clefs :
Jetons, Médailles, Trésor royal, Parties casuelles, Maison de la reine, Madame la Dauphine, Chambre aux deniers, Marine, Guerres, Artillerie, Colonies françaises en Amérique, Bâtiments du roi, Extraordinaire des guerres, Ordinaire des guerres, Affaires de la chambre
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texteReconnaissance textuelle : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
MÉDAILLES.
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
Devifes pour les Jettons du premier Janvier
1755.
TRESOR ROYAL.
UNgrand fleuve qui fe diviſe en plufieurs
canaux.
Légende . Divifus prodeft.
Exergue.
Tréfor royal.
1755.
164 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES .
Des greffes qu'on ente fur un arbre
effepé .
Legende. Carpent tua poma nepotes.
Exergue.
Parties cafuelles .
1755 .
MAISON DE LA REIN E.
Des lys plantés dans un parterre avec
fymmétrie.
Légende.
Exergue.
Novum ex ferie decus.
Maifon de la Reine.
1755 .
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un foleil , dont la lumiere peinte dans
des nuées voisines , forme trois autres foleils
ou parhélies , qui font les emblêmes
de Mgr le Dauphin , & de Mgrs les Ducs
de Bourgogne & de Berri.
Légende.
Exergue.
Cali Decus.
Maifon de Madame la Dauphine.
1755.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Une chambre au milieu de laquelle il y
a une table avec plufieurs facs d'argent deffus
, & quelques - uns de ces facs d'argent
monnoyé répandus fur la table .
Légende. Regali fuppetit ufui.
Exergue.
Chambre aux Deniers.
1755.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Deux Chevaliers armés joûtant dans une
lice .
Légende. Et ludus in armis .
Exergue.
Extraordinaire des guerres.
1755 .
ORDINAIRE DES GUERRES.
Un cheval couché , levant fierement la
tête,
Légende. Dum ad pralia furgat.
Exergue.
Ordinaire des Guerres.
1755 .
MARINE.
Jafon rapportant la toifon d'or .
Légende. Juvat nunc parta tueri.
Exergue.
Marine .
1755.
COLONIES FRANÇOISES EN AMÉRIQUE.
Le navire Argo , avec des peaux de caftor
fufpendues à la place de la toifon d'or.
Legende. Non vilius aures.
166 MERCURE DE FRANCE.
Exergue . Colonies françoiſes en.
Amérique.
1755.
BATIMENS DU ROY.
Minerve , avec l'égide & la cuiraffe , tenant
d'une main des inftrumens d'architecture
; dans le lointain un bâtiment commence
à s'élever .
་
Légende.
Exergue.
Condit quas incolet ades.
Bâtimens du Roi.
1755.
ARTILLERIE .
Des canons fur leurs affuts , liés enſemble
& enchaînés par des branches d'olivier
qui ferpentent à l'entour.
Légende. Va quibus has rupiffe catenas
contigerit.
1755.
MENUS PLAISIRS ET AFFAIRES
DE LA CHAMBRE.
Therpficore , Melpomene & Thalie.
Légende. Latitia lacrymaque decora .
Exergue. Argenterie & menus plaifirs.
1755
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Résumé : MÉDAILLES. Devises pour les Jettons du premier Janvier 1755.
En 1755, des médailles et jetons ont été émis pour diverses institutions et maisons royales françaises. Chaque médaille possède une légende et un exergue spécifiques. Pour le Trésor Royal, la médaille montre un fleuve se divisant en canaux, avec la légende 'Divifus prodeft' et l'exergue 'Trésor royal'. La médaille des Parties Casuelles représente des greffes sur un arbre effepé, avec la légende 'Carpent tua poma nepotes' et l'exergue 'Parties casuelles'. La Maison de la Reine est illustrée par des lys plantés symétriquement, avec la légende 'Novum ex ferie decus' et l'exergue 'Maison de la Reine'. La Maison de Madame la Dauphine présente un soleil formant trois autres soleils, symbolisant le Dauphin et les Ducs de Bourgogne et de Berry, avec la légende 'Cali Decus' et l'exergue 'Maison de Madame la Dauphine'. La Chambre aux Deniers montre une table avec des sacs d'argent défaits et des pièces monnoyées, avec la légende 'Regali fuppetit ufui' et l'exergue 'Chambre aux Deniers'. L'Extraordinaire des Guerres illustre deux chevaliers armés joutant dans une lice, avec la légende 'Et ludus in armis' et l'exergue 'Extraordinaire des guerres'. L'Ordinare des Guerres montre un cheval couché levant fièrement la tête, avec la légende 'Dum ad pralia furgat' et l'exergue 'Ordinare des Guerres'. La Marine représente Jason rapportant la toison d'or, avec la légende 'Juvat nunc parta tueri' et l'exergue 'Marine'. Les Colonies Françaises en Amérique montrent le navire Argo avec des peaux de castor suspendues, avec la légende 'Non vilius aures' et l'exergue 'Colonies françoises en Amérique'. Les Bâtimens du Roi présentent Minerve tenant des instruments d'architecture, avec la légende 'Condit quas incolet ades' et l'exergue 'Bâtimens du Roi'. L'Artillerie illustre des canons liés par des branches d'olivier, avec la légende 'Va quibus has rupiffe catenas contigerit' et l'exergue 'Artillerie'. Enfin, les Menus Plaisirs et Affaires de la Chambre montrent les muses Thespiscore, Melpomène et Thalie, avec la légende 'Latitia lacrymaque decora' et l'exergue 'Argenterie & menus plaifirs'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9808
p. 167-175
ARCHITECTURE.
Début :
Si les hommes n'étoient pas aussi portés qu'ils le sont à se livrer dans leurs opinions [...]
Mots clefs :
Ordre architectural, Goût, Colonnade, Arts, Architecture, Roi, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE .
pas
auffi portés
I les hommes n'étoient
qu'ils le font à fe livrer dans leurs opinions
à des excès toujours condamnables ,
s'ils n'autorifoient pas par des exemples
trop fouvent répétés ,à douter de l'équité de
leurs motifs , on ne pourroit leur conteſter
le droit honorable d'étendre leurs difcuffions
& leur critique fur les objets les plus
refpectables en tous genres : mais lorsqu'on
voit ( pour me reftreindre aux matieres de
goût ) qu'à peine a - t - on ofé ſubſtituer à
l'adoration d'Homere quelques recherches
fur de légers défauts , dont il eft certain
qu'il n'a pas dû être exempt , qu'auffi - tôt
on brife fes autels , on arrache fa couronne
, on méprife & on raille fes adorateurs ;
ne doit - on pas être porté à fouhaiter
qu'à l'exemple de Mahomet , on impoſe
un filence profond & mystérieux fur les
Divinités des fciences , des arts & du goût ?
Mais où fe trouvera le Légiflateur dont
la miſſion ſera affez généralement reconnue
, pour établir cette loi de prévoyance
que l'efprit impoferoit à l'efprit ? d'ailleurs,
ofer montrer de nos jours une pareille
168 MERCURE DE FRANCE.
méfiance , ne feroit- ce pas refufer à notre
fiécle ce titre refpectable de philofophe
dont il fe pare , & dont il efpere que la
postérité fera fon titre diftinctif ? Puifqu'il
en arbore l'étendart , il doit être louable
& permis aujourd'hui ou jamais de hazarder
quelques réflexions qui ont pour objet
un de ces chefs - d'oeuvres des arts faits pour
être adorés aveuglément dans un fiécle
d'enthouſiaſme & de préjugés ; mais faits
pour être difcutés dans un fiécle fage ,
éclairé , enfin dans un fiécle philofophe
comme le nôtre.
Il s'agit ici de la colonade & des projets
du rétabliſſement du Louvre.
Il est néceffaire d'établir premierement
les raifons pour lefquelles , fous le regne
de Louis XIV , les Architectes employés
à cet ouvrage ont pris pour le finir une
route différente de celle qu'avoient tenue
ceux qui l'avoient commencé.
En général , il est avantageux aux progrès
des connoiffances humaines , que les
efprits & les talens d'un fiécle profitent &
s'enrichiffent de ce que l'efprit & le talent
avoient amaffé déja de thréfors & de richeffes
; mais le profit feroit inconteſtablement
plus confidérable & plus rapide ,
fi les grands ouvrages & les vaftes projets
conduits & exécutés par la même main ,
qui
AVRIL. 11755. 1.69
qui en a tracé les efquiffes , nous offroient
plus fouvent les idées accomplies de ceux
qui les ont conçus . Il arrive malheureufement
que ces auteurs ont des jours plus
bornés que leur entreprife , & qu'après
eux on s'écarte toujours de leurs vûes , ou
bien que l'on abandonne leurs plans.
Il ne falloit pour finir l'édifice dont il
eft queftion , qu'ordonner aux Architectes
de fuivre ce qui étoit commencé , nous
aurions fous les yeux le plus fuperbe palais
de l'Europe. Louis XIV attribuant
aux artiftes les principes & les grands motifs
qui le faifoient agir , fit venir des pays
étrangers des hommes de réputation : tous
ceux qui étoient en France furent chargés
de travailler ; mais l'amour propre injufte
leur perfuada qu'il n'y avoit aucune
gloire à prétendre , s'ils fuivoient des idées
qu'ils n'auroient point créées.
On fit donc différens projets qui occafionnerent
, comme aujourd'hui , des conteftations
fans nombre parmi les artiſtes ,
& des libelles fans fin de la part des critiques,
Il fut réfolu qu'on éleveroit la colonade
pour former l'entrée du Louvre , &
que l'on doubleroit l'aîle fur la riviere ,
pour loger le Roi plus commodément dans
cette partie. 200
Réfléchiffons fur le réfultat de tant de
H
170 MERCURE DE FRANCE .
difcuffions , d'obfervations , de critiques ,
& d'avis différens .
-Quel eft - il ? 'une façade de palais fans
croifées , dont l'ufage n'a pu fe faire deviner
depuis qu'elle eft bâtie , dont les
inconvéniens font fans hombre , & dont
la beauté déplacée a cependant un droit
trop jufte fur notre admiration pour qu'on
puiffe être foupçonné de le lui refufer.
L'Architecte , emporté par le defir de concevoir
& d'enfanter une production neuve
& grande , a-t- il donc regardé comme
pen intéreffant l'ufage qu'on feroit de fes
travaux ? quelle eft la deftination de la
magnifique colonade qu'il a placée au premier
étage de cette façade L'a- t- il faite
pour placer du monde à l'arrivée , ou à la
fortie du Roi L'a - t-il ornée pour le Roi
lui-inême dans les occafions où l'on auroit
donné des fêtes dans la place fur laquelle
elle devoit dominer ? Dans l'un ou dans
l'autre cas , n'eût-il pas été encore à defirer
que la colonade fe trouvât placée dans
le milieu , comme l'endroit le plus convenable
& le plus décent ? La fuppofez - vous
propre à faciliter la communication d'un
côté du palais à l'autre ? Alors pourquoi
cette interruption ménagée pour faire une
mauvaiſe arcade , dans laquelle fe voit une
Petite porte ? C'eft ainfi que les idées de
AVRIL. 1755. 171
grandeur & cet enthouſiaſme qui femblent
pour nous un état violent , ne font pas ว
l'abri d'un mêlange de grandes & de petites
productions. J'ajoûterai encore , c'eft
ainfi que la perfection abfolue exige que
l'imagination prenne toujours l'ordre d'une
fage & utile convenance , qui eft la bafe
des fciences , des arts & du goût.
ger par
Pallons maintenant à l'examen de la façade
, qui placée du côté de la rivière , eſt
celle que l'Architecte a eu intention de
deftiner à l'appartement du Roi. A en jul'entrée
dont nous venons de parler
, & par lės progrès que doit offrir la
magnificence d'un palais , quelle devroit.
être la riche décoration de cette aîle qu'un
grand Monarque avoit choifie pour fon
féjour ? Cependant , oubliant cette conve
nance fi jufte , ou bien épuifé par l'effort
qu'il vient de faire , l'Architecte ne préfente
à notre curiofité qu'un bâtiment
froid , décoré d'architecture en bas relief,
autrement dit de pilaftres fans colonnes ,
& fans auctin avant-corps qui interrompe
par des repos & par des maffes l'ennuyeufe
monotonie qui y regne.
Des Architectes qui n'étant pas gênés ,
ont été capables de commettre des fautes
auffi avérées , ne nous autorifent - ils pas à
examiner avec moins de fertile ce qui
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
a pu
les engager à décorer la Cour d'un
troifieme ordre , par préférence à l'attique
de l'ancien projet.
Je m'imagine que deux raifons font les
principales caufes de ce changement : le
defir d'innover , & les difficultés qu'ils
ont rencontrées en voulant exécuter l'attique
, après avoir fait les façades extérieures.
Jugeons à préfent de la validité de ces
deux motifs : le premier fi général & fi
fouvent ennemi du bien , n'a pas befoin
d'une longue difcuffion . Les innovations
particulieres telles que celles - ci , ne faiſant
jamais partie d'un plan général , ont prefque
toujours l'air déplacé.
Cependant il étoit néceffaire de montrer
fa capacité : fuivre ce qui étoit commencé
, c'étoit , ou paroître plagiaire , ou
montrer un génie peu capable de reffource
& d'invention : d'ailleurs , par rapport
au dehors , qui ne peut entrer en comparaifon
avec le dedans , il falloit fe réfoudre
à fupprimer les dômes , les pavillons ,
les combles. Si l'on exécute ces retranchemens
, & fi l'on place ce feul attique , ne
paroîtra- t- il pas qu'on a cherché à appauvrir
un édifice que le projet d'un grand
Roi eft d'enrichir & d'orner ? Pourquoi
dirent- ils , cédant à toute la folidité de ces
raifons , ne formons - nous pas un troifieme
:I
AVRIL.
1755. 173
ordre qui , par fa nouveauté , fera briller
nos talens , & par fa richeffe fera conforme
au deffein de celui qui nous emploie ?
L'invention n'eft pas une déeffe docile ,
elle refuſe fouvent fes faveurs à ceux qui
les defirent . On eut beau propofer des prix
à celui qui ajoûteroit un nouvel ordre à
ceux que le caprice a fi fouvent défigurés ,
& que le bon goût a toujours rétablis ; if
ne fe trouva pas de Callimachus , & l'on
fe vit contraint de fe fervir d'une de ces
productions , dont la nouveauté fait le feut
mérite , & qu'on fe garderoit bien d'adopter
aujourd'hui.
Mais en fuppofant même que cet ordre
fût digne d'être joint à ceux que le
difcernement de tant de frécles nous a
tranfmis , feroit- il bien placé , & rendroit
il l'effet qu'on s'eft propofé ?
J'ofe répondre que non . On a eu deffein
fans doute , en fupprimant les pavillons ,
les dômes & les combles , qui ne peuvent
fubfifter relativement au dehors , de trouver
quelque chofe qui réparât cette perte.
Mais en établiffant ce troifieme ordre
dans toute l'étendue de l'édifice , tout le
bâtiment fe trouvera alors couronné à la
même hauteur & de niveau ; au lieu qu'en
confervant l'attique dans les ailes , en ádmettant
le troiſieme ordre dans les pavil-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
lons des milieux , en décorant le deffus 'de
l'attique dans les quatre pavillons des angles
, cette cour intérieure préfentera une
décoration , dont le jeu détruira cette uniformité
dont l'architecture doit autant fe
garantir que les autres productions des arts.
Il feroit aifé de développer ces réflexions
& de prouver que ce projet eft celui qui
convient mieux à l'entiere perfection , fi
defirée d'un des plus beaux monumens de
la nation. Un nombre infini d'inconvéniens
dans les partis différens qu'on peut
prendre, me fourniroit une matiere qui deviendroit
infenfiblement trop abondante.
Je fouhaite feulement qu'on fe repréfente
l'effet que produira l'ordre françois exécu
té dans les petits avant- corps du milieu des
aîles , où s'en trouve à préfent le modele
en maffe. Qui pourra fupporter l'exceffive
hauteur de ces avant - corps , comparée à
leur largeur , puifqu'ils font déja trop
hauts , en y employant même l'attique.
Au refte , je ne prétens pas juftifier
abfolument l'attique des défauts qu'on
peut lui imputer ; furchargé d'ornemens ,
décoré de figures & de trophées d'une
proportion trop forte , il ne peut foutenir
fes droits avec avantage que contre
un adverfaire dont la caufe eft infiniment
moins favorable que la fienne .
AVRILIS 1755. 175
4
De plus , tout changement dans cet ouvrage
confacré par la vénération publique ,
paroîtra toujours un crime à ceux qui ,
veulent jouir du plaifir de blâmer , fans
prendre la jufte peine d'approfondir & de
s'éclairer. Mais fi la critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire ,
& à la réputation durable des artiſtes
qu'elle applaudit , ces murmures paffagers
rien n'autorife , ne doivent jamais
fufpendre des réfolutions que la raifon
& le goût d'accord ont approuvées.
pas
auffi portés
I les hommes n'étoient
qu'ils le font à fe livrer dans leurs opinions
à des excès toujours condamnables ,
s'ils n'autorifoient pas par des exemples
trop fouvent répétés ,à douter de l'équité de
leurs motifs , on ne pourroit leur conteſter
le droit honorable d'étendre leurs difcuffions
& leur critique fur les objets les plus
refpectables en tous genres : mais lorsqu'on
voit ( pour me reftreindre aux matieres de
goût ) qu'à peine a - t - on ofé ſubſtituer à
l'adoration d'Homere quelques recherches
fur de légers défauts , dont il eft certain
qu'il n'a pas dû être exempt , qu'auffi - tôt
on brife fes autels , on arrache fa couronne
, on méprife & on raille fes adorateurs ;
ne doit - on pas être porté à fouhaiter
qu'à l'exemple de Mahomet , on impoſe
un filence profond & mystérieux fur les
Divinités des fciences , des arts & du goût ?
Mais où fe trouvera le Légiflateur dont
la miſſion ſera affez généralement reconnue
, pour établir cette loi de prévoyance
que l'efprit impoferoit à l'efprit ? d'ailleurs,
ofer montrer de nos jours une pareille
168 MERCURE DE FRANCE.
méfiance , ne feroit- ce pas refufer à notre
fiécle ce titre refpectable de philofophe
dont il fe pare , & dont il efpere que la
postérité fera fon titre diftinctif ? Puifqu'il
en arbore l'étendart , il doit être louable
& permis aujourd'hui ou jamais de hazarder
quelques réflexions qui ont pour objet
un de ces chefs - d'oeuvres des arts faits pour
être adorés aveuglément dans un fiécle
d'enthouſiaſme & de préjugés ; mais faits
pour être difcutés dans un fiécle fage ,
éclairé , enfin dans un fiécle philofophe
comme le nôtre.
Il s'agit ici de la colonade & des projets
du rétabliſſement du Louvre.
Il est néceffaire d'établir premierement
les raifons pour lefquelles , fous le regne
de Louis XIV , les Architectes employés
à cet ouvrage ont pris pour le finir une
route différente de celle qu'avoient tenue
ceux qui l'avoient commencé.
En général , il est avantageux aux progrès
des connoiffances humaines , que les
efprits & les talens d'un fiécle profitent &
s'enrichiffent de ce que l'efprit & le talent
avoient amaffé déja de thréfors & de richeffes
; mais le profit feroit inconteſtablement
plus confidérable & plus rapide ,
fi les grands ouvrages & les vaftes projets
conduits & exécutés par la même main ,
qui
AVRIL. 11755. 1.69
qui en a tracé les efquiffes , nous offroient
plus fouvent les idées accomplies de ceux
qui les ont conçus . Il arrive malheureufement
que ces auteurs ont des jours plus
bornés que leur entreprife , & qu'après
eux on s'écarte toujours de leurs vûes , ou
bien que l'on abandonne leurs plans.
Il ne falloit pour finir l'édifice dont il
eft queftion , qu'ordonner aux Architectes
de fuivre ce qui étoit commencé , nous
aurions fous les yeux le plus fuperbe palais
de l'Europe. Louis XIV attribuant
aux artiftes les principes & les grands motifs
qui le faifoient agir , fit venir des pays
étrangers des hommes de réputation : tous
ceux qui étoient en France furent chargés
de travailler ; mais l'amour propre injufte
leur perfuada qu'il n'y avoit aucune
gloire à prétendre , s'ils fuivoient des idées
qu'ils n'auroient point créées.
On fit donc différens projets qui occafionnerent
, comme aujourd'hui , des conteftations
fans nombre parmi les artiſtes ,
& des libelles fans fin de la part des critiques,
Il fut réfolu qu'on éleveroit la colonade
pour former l'entrée du Louvre , &
que l'on doubleroit l'aîle fur la riviere ,
pour loger le Roi plus commodément dans
cette partie. 200
Réfléchiffons fur le réfultat de tant de
H
170 MERCURE DE FRANCE .
difcuffions , d'obfervations , de critiques ,
& d'avis différens .
-Quel eft - il ? 'une façade de palais fans
croifées , dont l'ufage n'a pu fe faire deviner
depuis qu'elle eft bâtie , dont les
inconvéniens font fans hombre , & dont
la beauté déplacée a cependant un droit
trop jufte fur notre admiration pour qu'on
puiffe être foupçonné de le lui refufer.
L'Architecte , emporté par le defir de concevoir
& d'enfanter une production neuve
& grande , a-t- il donc regardé comme
pen intéreffant l'ufage qu'on feroit de fes
travaux ? quelle eft la deftination de la
magnifique colonade qu'il a placée au premier
étage de cette façade L'a- t- il faite
pour placer du monde à l'arrivée , ou à la
fortie du Roi L'a - t-il ornée pour le Roi
lui-inême dans les occafions où l'on auroit
donné des fêtes dans la place fur laquelle
elle devoit dominer ? Dans l'un ou dans
l'autre cas , n'eût-il pas été encore à defirer
que la colonade fe trouvât placée dans
le milieu , comme l'endroit le plus convenable
& le plus décent ? La fuppofez - vous
propre à faciliter la communication d'un
côté du palais à l'autre ? Alors pourquoi
cette interruption ménagée pour faire une
mauvaiſe arcade , dans laquelle fe voit une
Petite porte ? C'eft ainfi que les idées de
AVRIL. 1755. 171
grandeur & cet enthouſiaſme qui femblent
pour nous un état violent , ne font pas ว
l'abri d'un mêlange de grandes & de petites
productions. J'ajoûterai encore , c'eft
ainfi que la perfection abfolue exige que
l'imagination prenne toujours l'ordre d'une
fage & utile convenance , qui eft la bafe
des fciences , des arts & du goût.
ger par
Pallons maintenant à l'examen de la façade
, qui placée du côté de la rivière , eſt
celle que l'Architecte a eu intention de
deftiner à l'appartement du Roi. A en jul'entrée
dont nous venons de parler
, & par lės progrès que doit offrir la
magnificence d'un palais , quelle devroit.
être la riche décoration de cette aîle qu'un
grand Monarque avoit choifie pour fon
féjour ? Cependant , oubliant cette conve
nance fi jufte , ou bien épuifé par l'effort
qu'il vient de faire , l'Architecte ne préfente
à notre curiofité qu'un bâtiment
froid , décoré d'architecture en bas relief,
autrement dit de pilaftres fans colonnes ,
& fans auctin avant-corps qui interrompe
par des repos & par des maffes l'ennuyeufe
monotonie qui y regne.
Des Architectes qui n'étant pas gênés ,
ont été capables de commettre des fautes
auffi avérées , ne nous autorifent - ils pas à
examiner avec moins de fertile ce qui
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
a pu
les engager à décorer la Cour d'un
troifieme ordre , par préférence à l'attique
de l'ancien projet.
Je m'imagine que deux raifons font les
principales caufes de ce changement : le
defir d'innover , & les difficultés qu'ils
ont rencontrées en voulant exécuter l'attique
, après avoir fait les façades extérieures.
Jugeons à préfent de la validité de ces
deux motifs : le premier fi général & fi
fouvent ennemi du bien , n'a pas befoin
d'une longue difcuffion . Les innovations
particulieres telles que celles - ci , ne faiſant
jamais partie d'un plan général , ont prefque
toujours l'air déplacé.
Cependant il étoit néceffaire de montrer
fa capacité : fuivre ce qui étoit commencé
, c'étoit , ou paroître plagiaire , ou
montrer un génie peu capable de reffource
& d'invention : d'ailleurs , par rapport
au dehors , qui ne peut entrer en comparaifon
avec le dedans , il falloit fe réfoudre
à fupprimer les dômes , les pavillons ,
les combles. Si l'on exécute ces retranchemens
, & fi l'on place ce feul attique , ne
paroîtra- t- il pas qu'on a cherché à appauvrir
un édifice que le projet d'un grand
Roi eft d'enrichir & d'orner ? Pourquoi
dirent- ils , cédant à toute la folidité de ces
raifons , ne formons - nous pas un troifieme
:I
AVRIL.
1755. 173
ordre qui , par fa nouveauté , fera briller
nos talens , & par fa richeffe fera conforme
au deffein de celui qui nous emploie ?
L'invention n'eft pas une déeffe docile ,
elle refuſe fouvent fes faveurs à ceux qui
les defirent . On eut beau propofer des prix
à celui qui ajoûteroit un nouvel ordre à
ceux que le caprice a fi fouvent défigurés ,
& que le bon goût a toujours rétablis ; if
ne fe trouva pas de Callimachus , & l'on
fe vit contraint de fe fervir d'une de ces
productions , dont la nouveauté fait le feut
mérite , & qu'on fe garderoit bien d'adopter
aujourd'hui.
Mais en fuppofant même que cet ordre
fût digne d'être joint à ceux que le
difcernement de tant de frécles nous a
tranfmis , feroit- il bien placé , & rendroit
il l'effet qu'on s'eft propofé ?
J'ofe répondre que non . On a eu deffein
fans doute , en fupprimant les pavillons ,
les dômes & les combles , qui ne peuvent
fubfifter relativement au dehors , de trouver
quelque chofe qui réparât cette perte.
Mais en établiffant ce troifieme ordre
dans toute l'étendue de l'édifice , tout le
bâtiment fe trouvera alors couronné à la
même hauteur & de niveau ; au lieu qu'en
confervant l'attique dans les ailes , en ádmettant
le troiſieme ordre dans les pavil-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
lons des milieux , en décorant le deffus 'de
l'attique dans les quatre pavillons des angles
, cette cour intérieure préfentera une
décoration , dont le jeu détruira cette uniformité
dont l'architecture doit autant fe
garantir que les autres productions des arts.
Il feroit aifé de développer ces réflexions
& de prouver que ce projet eft celui qui
convient mieux à l'entiere perfection , fi
defirée d'un des plus beaux monumens de
la nation. Un nombre infini d'inconvéniens
dans les partis différens qu'on peut
prendre, me fourniroit une matiere qui deviendroit
infenfiblement trop abondante.
Je fouhaite feulement qu'on fe repréfente
l'effet que produira l'ordre françois exécu
té dans les petits avant- corps du milieu des
aîles , où s'en trouve à préfent le modele
en maffe. Qui pourra fupporter l'exceffive
hauteur de ces avant - corps , comparée à
leur largeur , puifqu'ils font déja trop
hauts , en y employant même l'attique.
Au refte , je ne prétens pas juftifier
abfolument l'attique des défauts qu'on
peut lui imputer ; furchargé d'ornemens ,
décoré de figures & de trophées d'une
proportion trop forte , il ne peut foutenir
fes droits avec avantage que contre
un adverfaire dont la caufe eft infiniment
moins favorable que la fienne .
AVRILIS 1755. 175
4
De plus , tout changement dans cet ouvrage
confacré par la vénération publique ,
paroîtra toujours un crime à ceux qui ,
veulent jouir du plaifir de blâmer , fans
prendre la jufte peine d'approfondir & de
s'éclairer. Mais fi la critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire ,
& à la réputation durable des artiſtes
qu'elle applaudit , ces murmures paffagers
rien n'autorife , ne doivent jamais
fufpendre des réfolutions que la raifon
& le goût d'accord ont approuvées.
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Résumé : ARCHITECTURE.
Le texte examine les critiques excessives des œuvres architecturales respectées, en prenant l'exemple des rénovations du Louvre sous Louis XIV. Les architectes ont fréquemment modifié les plans initiaux pour créer des œuvres originales, ce qui a engendré des controverses. La colonnade et l'aile sur la rivière sont particulièrement critiquées pour leur manque de fonctionnalité et d'esthétique. La façade côté rivière est décrite comme froide et monotone, dépourvue de richesse décorative. Les choix architecturaux pour la décoration d'une cour sont également abordés, notamment l'ajout d'un troisième ordre architectural à la place de l'attique prévu initialement. Cette décision est critiquée car elle semble déplacée et non intégrée dans un plan général. Les architectes ont peut-être opté pour ce changement en raison des difficultés techniques rencontrées. Deux raisons principales expliquent ce changement : le désir d'innovation et les problèmes techniques. Cependant, l'innovation non intégrée peut paraître inappropriée et les contraintes esthétiques et pratiques, comme la suppression des dômes et des pavillons, appauvrissent l'édifice. L'auteur critique la création d'un nouvel ordre architectural, jugé mal adapté et créant une uniformité préjudiciable. Il suggère de conserver l'attique dans les ailes et d'utiliser le troisième ordre dans les pavillons centraux pour éviter la monotonie. L'auteur souhaite que les décisions architecturales soient prises avec discernement, en évitant les critiques superficielles et en privilégiant la raison et le goût.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9809
p. 175-176
MANUFACTURES.
Début :
Comme l'article des Nouvelles littéraires s'est trouvé rempli, nous avons [...]
Mots clefs :
Commerce des laines, Laine, Manufactures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURES.
MANUFACTURES.
Omme l'article des Nouvelles litté
Cairess eft trouvé remplis nous avons
cru pouvoir inférer dans celui des arts ce
précis d'un mémoire fur les laines , où
l'on examine , 1°. quelles font les différentes
qualités des laines propres aux manu
factures de France 2. fi on ne pourroit
pas fe paffer de laines étrangeres ; com
ment on pourroit perfectionner la quali
té , & augmenter la qualité de nos laines.
Le titre fenl annonce la divifion de tout
J'ouvrage. Le mémoite eft précédé d'un
avertiffement , dans lequel on prévient
qu'il doit fa naiffance au zele de M. le
Duc de Chaulnes pour l'avancement des
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
L'académie
arts , & que les trois questions qu'on y difcute
, ont été propofées par l'Académie
d'Amiens , pour le fujet du prix de 1754
On finit ce prélude par prévenir ceux qui
prennent quelqu'intérêt au commerce desi
laines , de ne pas acquérir le même ouvrage
imprimé à Amiens ; l'édition de cette
ville ayant été faite à l'infeu & fans la
participation de l'auteur qui a préfidé à
celle- ci , & l'a augmentée d'obfervations ,
& rectifié le ftyle dans tous les endroits où
il étoit défectueux.usb.copa o ibon said
Le commerce des laines eft un des objets
les plus importans qui puiffent occuper
fe
gouvernement. L'accroiffement du nombre
de nos manufactures , & la multipli
cation des métiers rendant chaque jour
plus rares les laines de la meilleure efpéce
, c'eft rendre fervice à la patrie que
de s'étudier aux moyens de perfectionner
celles que nous avons , & d'en augmenter
la quantité. La recherche de ces moyens
occupe principalement l'auteur de ce mé4
moire ; & nous penfons qu'il procéde avec
l'ordre & la clarté dont cette queftion in
portante étoit fufceptible ; que l'ouvrage
eft bienfait , & que la lecture n'en fera pas
moins agréable qu'utile. Il fe vend à Paris
, chez Guillyn , Libraire , quai des Au
guftins , au Lys d'or.1755.5
Omme l'article des Nouvelles litté
Cairess eft trouvé remplis nous avons
cru pouvoir inférer dans celui des arts ce
précis d'un mémoire fur les laines , où
l'on examine , 1°. quelles font les différentes
qualités des laines propres aux manu
factures de France 2. fi on ne pourroit
pas fe paffer de laines étrangeres ; com
ment on pourroit perfectionner la quali
té , & augmenter la qualité de nos laines.
Le titre fenl annonce la divifion de tout
J'ouvrage. Le mémoite eft précédé d'un
avertiffement , dans lequel on prévient
qu'il doit fa naiffance au zele de M. le
Duc de Chaulnes pour l'avancement des
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
L'académie
arts , & que les trois questions qu'on y difcute
, ont été propofées par l'Académie
d'Amiens , pour le fujet du prix de 1754
On finit ce prélude par prévenir ceux qui
prennent quelqu'intérêt au commerce desi
laines , de ne pas acquérir le même ouvrage
imprimé à Amiens ; l'édition de cette
ville ayant été faite à l'infeu & fans la
participation de l'auteur qui a préfidé à
celle- ci , & l'a augmentée d'obfervations ,
& rectifié le ftyle dans tous les endroits où
il étoit défectueux.usb.copa o ibon said
Le commerce des laines eft un des objets
les plus importans qui puiffent occuper
fe
gouvernement. L'accroiffement du nombre
de nos manufactures , & la multipli
cation des métiers rendant chaque jour
plus rares les laines de la meilleure efpéce
, c'eft rendre fervice à la patrie que
de s'étudier aux moyens de perfectionner
celles que nous avons , & d'en augmenter
la quantité. La recherche de ces moyens
occupe principalement l'auteur de ce mé4
moire ; & nous penfons qu'il procéde avec
l'ordre & la clarté dont cette queftion in
portante étoit fufceptible ; que l'ouvrage
eft bienfait , & que la lecture n'en fera pas
moins agréable qu'utile. Il fe vend à Paris
, chez Guillyn , Libraire , quai des Au
guftins , au Lys d'or.1755.5
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Résumé : MANUFACTURES.
Le texte présente un mémoire sur les laines, publié dans les Nouvelles littéraires, qui examine les différentes qualités des laines adaptées aux manufactures françaises et explore la possibilité de se passer de laines étrangères. Ce mémoire, divisé en trois questions proposées par l'Académie d'Amiens pour le prix de 1754, est motivé par le zèle du Duc de Chaulnes pour l'avancement des arts. Il met en garde contre l'achat de l'édition d'Amiens, réalisée sans la participation de l'auteur. Le commerce des laines est considéré comme crucial pour le gouvernement en raison de l'accroissement des manufactures et de la rareté des laines de bonne qualité. L'auteur s'efforce de trouver des moyens pour améliorer et augmenter la production de laines françaises. Le texte conclut en soulignant que l'ouvrage est bien structuré, clair et utile, et est disponible à Paris chez Guillyn, libraire.
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9810
p. 177
OPERA.
Début :
L'Académie royale de musique a fermé son théatre le 15 Mars par Castor & [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
114
'Académie royale de mufique a fermé
L for theatre le 15 Mars par Caftor &
Pollux , Tragédie qu'elle a donnée trois
fois pour les acteurs. Elle avoit repréſenté
la veille Thefée qu'elle continuera après
Pâques.
114
'Académie royale de mufique a fermé
L for theatre le 15 Mars par Caftor &
Pollux , Tragédie qu'elle a donnée trois
fois pour les acteurs. Elle avoit repréſenté
la veille Thefée qu'elle continuera après
Pâques.
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9811
p. 177-178
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le premier Mars les Comédiens François ont donné la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
E premier Mars les Comédiens Fran
çois ont donné la premiere repréfentation
de Philoctete , tragédie de M. de
Châteaubrun , auteur des Troyennes . On
n'a point vû depuis long- tems de piéce
mieux jouée , ni de fuccès plus unanime
& mieux mérité ; il eft d'autant plus glorieux
pour l'auteur , qu'on peut appeller
fa tragédie la difficulté vaincue. Pour nous
intéreffer avec un fujet fi fimple & fi
étranger à nos moeurs , il falloit créer ; c'é-
Hy
•
178 MERCURE DE FRANCE.
toit le comble de l'art ; M. de Châteaubrun
y eft parvenu fans s'écarter de Sophacle.
Son triomphe eft celui des anciens ;
en les embellifant il ne les a point déguifés
, il les a rendus dans cette beauté
fimple qui les caractériſe , & qui ne perd
jamais fes droits fur les coeurs : elle eft intéreffante
dans tous les tems , & même
dans les lieux où la mode a le plus d'autorité
Philoctete en eft la preuve ; dès
qu'il a paru , il a réuni tous les fuffrages.
Ce qu'il y a de plus eftimable dans
M. de Châteaubrun , les maximes qu'il
met dans la bouche de fes héros font toujours
dictées par la vertu , & les fentimens
qui regnent dans fa piéce font puifés dans
l'humanité , dont on peut dire fans flaterie
qu'il eft le poëte.
Le 15 , les Comédiens ont fermé leur
fpectacle par la feptiéme repréſentation de
cette tragédie , avec un grand concours ;
nous en parlerons plus au long à fa reprife
. Nous ofons avancer , d'après le fentiment
général , qu'elle est faite pour ouvrir
non feulement le théatre avec gloire ,
mais pour y refter avec diftinction .
M. de Bellecourt a fait le compliment
au gré du public.
E premier Mars les Comédiens Fran
çois ont donné la premiere repréfentation
de Philoctete , tragédie de M. de
Châteaubrun , auteur des Troyennes . On
n'a point vû depuis long- tems de piéce
mieux jouée , ni de fuccès plus unanime
& mieux mérité ; il eft d'autant plus glorieux
pour l'auteur , qu'on peut appeller
fa tragédie la difficulté vaincue. Pour nous
intéreffer avec un fujet fi fimple & fi
étranger à nos moeurs , il falloit créer ; c'é-
Hy
•
178 MERCURE DE FRANCE.
toit le comble de l'art ; M. de Châteaubrun
y eft parvenu fans s'écarter de Sophacle.
Son triomphe eft celui des anciens ;
en les embellifant il ne les a point déguifés
, il les a rendus dans cette beauté
fimple qui les caractériſe , & qui ne perd
jamais fes droits fur les coeurs : elle eft intéreffante
dans tous les tems , & même
dans les lieux où la mode a le plus d'autorité
Philoctete en eft la preuve ; dès
qu'il a paru , il a réuni tous les fuffrages.
Ce qu'il y a de plus eftimable dans
M. de Châteaubrun , les maximes qu'il
met dans la bouche de fes héros font toujours
dictées par la vertu , & les fentimens
qui regnent dans fa piéce font puifés dans
l'humanité , dont on peut dire fans flaterie
qu'il eft le poëte.
Le 15 , les Comédiens ont fermé leur
fpectacle par la feptiéme repréſentation de
cette tragédie , avec un grand concours ;
nous en parlerons plus au long à fa reprife
. Nous ofons avancer , d'après le fentiment
général , qu'elle est faite pour ouvrir
non feulement le théatre avec gloire ,
mais pour y refter avec diftinction .
M. de Bellecourt a fait le compliment
au gré du public.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le 1er mars, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Philoctète' de M. de Châteaubrun, auteur des 'Troyennes'. La pièce a été acclamée pour sa qualité de jeu et son succès unanime, malgré la difficulté du sujet. 'Philoctète' traite d'un thème simple et étranger aux mœurs contemporaines, nécessitant une création artistique exceptionnelle. M. de Châteaubrun a su embellir les anciens sans les dénaturer, conservant leur beauté simple et intemporelle. La pièce a immédiatement remporté l'adhésion du public. Les maximes et sentiments exprimés par les héros sont dictés par la vertu et l'humanité, faisant de M. de Châteaubrun un poète remarquable. Le 15 mars, la tragédie a été jouée pour la septième fois avec un grand succès et est considérée comme digne d'ouvrir et de rester au répertoire. M. de Bellecourt a reçu les compliments du public pour sa performance.
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9812
p. 179
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont joué le 6 Camille, Esprit follet, comédie Italienne [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIEN NE.
Es Comédiens Italiens ont joué le 6
Camille,Espritfollet , comédie Italienne
en quatre aches , remife , avec deux
divertiffemens. Mlle Coraline y a beaubrillé
dans fon début. Mlle Camille
fa foeur , remplit aujourd'hui fon rôle avec
une égale réuffite : cette piece eft une heureufe
fucceffion dans la famille.
coup
Le 15 , les mêmes Comédiens ont donné
pour la clôture de leur théatre , la
quatorziéme repréfentation de Ninette à la
Cour, qu'on a vue avec plaifir & en nombreufe
compagnie. Mme Favart & Arlequin
ont fait le compliment de la clôture
en dialogue & en plaifanterie : le public
s'y eft prêté avec bonté , & l'a applaudi .
Voici l'extrait de Ninette à la Cour , qui
fe vend chez la veuve Delormel , rue du
Foin ; & Prault fils , quai de Conti . Prix
trente fols . Cette édition eft ornée d'une
eftampe , qui repréfente Mme Favart en
villageoife . Elle mérite bien cette diftinction
, par la maniere charmante dont elle
rend fon rôle
Es Comédiens Italiens ont joué le 6
Camille,Espritfollet , comédie Italienne
en quatre aches , remife , avec deux
divertiffemens. Mlle Coraline y a beaubrillé
dans fon début. Mlle Camille
fa foeur , remplit aujourd'hui fon rôle avec
une égale réuffite : cette piece eft une heureufe
fucceffion dans la famille.
coup
Le 15 , les mêmes Comédiens ont donné
pour la clôture de leur théatre , la
quatorziéme repréfentation de Ninette à la
Cour, qu'on a vue avec plaifir & en nombreufe
compagnie. Mme Favart & Arlequin
ont fait le compliment de la clôture
en dialogue & en plaifanterie : le public
s'y eft prêté avec bonté , & l'a applaudi .
Voici l'extrait de Ninette à la Cour , qui
fe vend chez la veuve Delormel , rue du
Foin ; & Prault fils , quai de Conti . Prix
trente fols . Cette édition eft ornée d'une
eftampe , qui repréfente Mme Favart en
villageoife . Elle mérite bien cette diftinction
, par la maniere charmante dont elle
rend fon rôle
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 6, les comédiens italiens ont joué 'Camille, Esprit follet'. Mlle Coraline et Mlle Camille ont brillé. Le 15, ils ont donné la quatorzième représentation de 'Ninette à la Cour'. Mme Favart et Arlequin ont clôturé la représentation. Un extrait de la pièce est en vente chez la veuve Delormel et Prault fils.
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9813
p. 180-193
EXTRAIT du Caprice amoureux, ou Ninette à la Cour.
Début :
Le théatre représente au premier acte une campagne agréable, coupée d'arbres [...]
Mots clefs :
Prince, Princesse, Coeur, Théâtre, Cour, Amour, Nature, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Caprice amoureux, ou Ninette à la Cour.
EXTRAIT du Caprice amoureux ,
Ninette àla Cour.
on
. Le théatre repréfente au premier acte
une campagne agréable , coupée d'arbres
fruitiers , avec des cabannes de païfans
fur les aîles. On les voit travailler à différens
ouvrages.
Ninette , en filant au rouer , ouvre la
premiere fcene avec Colas , & débute par
cette ariette .
Travaillons de bon courage ;
· La fraîcheur
De cet ombrage,.
La douceur
De ce ramage
Nous donne coeur
A l'ouvrage.
Près de l'objet, qui m'attendrit ,,
Je file à merveille ;
Quand la fatigue m'afſoupit ,.
L'amour me réveille.
Elle prie en même tems Colas d'aller
cueillir du fruit pour elle : il monte fur
un arbre , & voit la plaine couverte de
chiens & de piqueurs ; il defcend alors.
tour allarmé , & dit à Ninette :
Rentrez , rentsez morgué ces malins drilles ,,
AVRIL 1755. 181
Comme au gibier fefont la guerre aux filles.
Aftolphe , Roi de Lombardie , paroît
avec Fabrice , fon confident , & lui fait
l'aveu de fa paffion pour Ninette , par cette
jolie ariette ::
Oui , je l'aime pour jamais ;
Rien n'égale fes attraits.
De fon teint , la fleur naïve ,
Toujours fraîche , toujours vive ,
Confond les efforts de l'art.
C'eft la nature
Simple & pure ,
Elle enchante d'un regard.
Dans fon coeur eft l'innocence ';;
Dans les yeux eft la candeur ;
Sa parure eft la décence ,,
Et fon fard eft la pudeur.
Fabrice:fort , & Ninette revient em
chantant. Aftolphe lui témoigne fa furprife
de la voir fi contente dans un état fi
borné , & lui offre une fortune éclatante ,
en lui déclarant qu'il l'adore. Ninette qui
le prend pour un Officier de fa Cour , lui
répond naïvement que cette déclaration lui
fait grand plaifir gardez , lui dit-elle
Gardez tous vos tréfors ;je ne veux qu'une grace ;
• Vous fçavez que lpn chaffe
182 MERCURE DE FRANCE.
Tous les jours en ces lieux , du matin juſqu'au
foir.
Si vous avez quelque pouvoir ,
Parlez au Prince , afin que l'on nous débarraffe
De tout le train font fes gens.
que
Je ne comprens point quelle fievre
Peut faire ainfi courir les champs ;
Pour le plaifir de prendre un lievre
On ravage quarante arpens.
1 Elle le prie en conféquence de ne plus
revenir , en lui avouant franchement qu ' elle
aime Colas . Le Prince lui dit de mieux
placer fon ardeur , ajoutant qu'un fort
brillant l'attend à la Cour , & que les
charmes d'une toilette la rendront encore
plus belle. Qu'est- ce qu'une toilette , lui
demande Ninette ? Il lui en fait cette ingénieufe
defcription,
C'est un trône où triomphe Part :;
C'eft un autel que l'on érige aux graces;
C'est là qu'on peut , des tems rapprocher les ef
paces
Par l'heureux preftige d'un fard ,
Qui des ans applanit les traces.
Des couleurs du plaifir on ranime fon teint ;
Et le pinceau , rival de la nature ,
Par une agréable impofture , vrsti so'nd
Fait éclore la fleur d'un vilage enfantin.
AVRIL
$755. 183
Chaque jour on eft auf belle ;
D'un air plus triomphant la jeuneffe y fourit ,
La beauté même s'embellit
Se fixe , & devient immortelle .
Un tableau fi flateur pique la vanité curieufe
de Ninette ; mais elle craint de fâcher
Colas : il furvient dans cette irréfolution
, & fait éclater fa jalousie. Elle
l'avertit tout bas de la cacher , de
peur
d'irriter Aftolphe . Le Prince qui s'en apperçoit
, la raffure , en lui difant :
Si Colas vous eft cher , je deviens fon ami
Colas lui réplique : >
On n'eft guere ami du mari
Quand on yeut l'être de la femme.
Le Prince fort après avoir dit à Ni
-nette :
L'heureux Colas vous intéreſſe.
Paiffe-t-il mieux que moi faire votre bonheur !
Ninette reproche à Colas fa groffiereté ,
vis-à-vis d'un Seigneur fi poli , qui la veut
mener à la Cour : il lui répond qu'Aftolphe
lui parloit d'amour , & que cela ne
convient pas. Elle lui répart avec une ingénuité
rare aujourd'hui , même dans une
jeune païfanne.
184 MERCURE DE FRANCE .
Les Meffieurs de la Cour font trop bien élevés
Pour entreprendre rien contre la bienféance.
Colas qui apperçoit dans ce moment le
Prince qui revient , & qui la regarde de
loin , veut obliger Ninette à rentrer malgré
elle : elle refifte ; il la tire par le bras :
elle crie - alors , & chante avec toutes les
graces d'une jolie enfant qui pleure , cette
ariette fi , heureufement parodiée de Ber--
tholde à la Cour.
Ahi ahi ! il me fait grand mal ;:
Le brutal le brutal !
COLAS
Oui , je vous ai fait grand mal.
NINETTE.
Le Seigneur viant_ici ,
Ahi ! ahi ! puifqu'on me traite ainfi
Je vais me plaindre de ce pas..
COLAS.
Ninon..
NINETTENon
, non.
COLAS.
1
Morgué , quel embarras !
Ninon ,
A V.R IL
1.851 1755
Jte d'mande pardon. ,
NINETTE.
८
Non , non Y
Point de pardon.
Ahi ahi ! il m'a fait grand mal.
ASTOLPHE s'approchant , à Ninette.
Qu'avez -vous ?
NINETTE .
): Le brutal !
Ah ! qu'il m'a fait grand mal !
Ahi ! Ahi
NINETTE.
Ah ! j'ai bien du guignon . I'
ASTOLPH E.
O Dieux ! qu'avez-vous donc
NINETTE, ! |
Monfeigneur , c'eff Colas
Qui m'a , m'a , m'a demis le bras .
Hélas ! hélas !
à Colas.
Tu t'en repentiras.
Hélas ! hélas !
Oui , tu me le paîras.
KIM » Alii? ahiuvabi, le brash 10 4 alo
186 MERCURE DE FRANCE.
Aftolphe témoigne fa furprife en s'écriant
:
Eft-ce là ce tendre Colas ?
Colas veut s'emporter ; mais Fabrice lui
apprend qu'Aftolphe eft le Prince . Ninette
& Colas font furpris à leur tour . Le Prince
preffe Ninette de venir embellir fa Cour.
Elle y confent , en difant tout bas qu'elle
veut punir Colas fans lui manquer de foi .
Elle le quitte en lui adreffant cette Ariette
boufonne , qui commence par ces vers
Colas , je renonce au village ;
La cour me convient davantage.
& qui finit ainfi : JA
Quelque jour tu viendras
Tu verras. (bis.).
Sans ceffe
La preffe
Arrêtera tes pas ;
Et de loin , tu diras ,
Ah, Princeffe , Princeffe !
En t'inclinant bien bas
Protegez Colas ,
Ne l'oubliez pas.
Adieu , pauvre Colas,
1.
Colas fe defefpere , & veut fuivre NiAVRIL.
1755. 187
nette , mais il eft arrêté par une troupe de
chaffeurs . Ils le forcent à s'éloigner , &
forment une danfe qui termine le premier
acte. Il eſt brillant par le jeu & par le choix
des ariettes qui font parfaitement rendues
par Mme Favart & M. Rochart .
Le théatre change au fecond acte , & repréfente
un appartement du palais d'Aftolphe.
Ninette paroît en habit de Cour ; elle
eft fuivie de plufieurs femmes de chambre ,
qui portent chacune différentes parures ;
fan pannier l'embarraffe , & lui donne un
air gauche. Elle refufe le rouge dont on
veur l'embellir , & laiffe tomber les diamans
qu'on lui préfente, pour prendre des
fleurs artificielles , qu'elle jette un inſtant
après , en difant :
Elles ne fentent rien
Içi l'on ne doit rien qu'à l'arts
La beauté n'eft qu'une peinture ,
Jufqu'aux fleurs tout eſt impoſture.
Fabrice veut lui donner des leçons de
politeffe , mais elle le rebute , & prie le
Prince qui entre , de la débarrafler de cet
homme qui l'ennuie , ajoûtant qu'elle aimeroit
mieux voir Colas. Aftolphe lui répond
:
188 MERCURE DE FRANCE.
#
Vous allez voir Colas ; j'efpere qu'en ce jour
Vous mettrez entre nous un peu de différence ;
Je ne veux qu'à force d'amour
Lui difputer la préférence.
Il donne enfuite des ordres pour qu'on
montre à Ninette toute la magnificence
de fa Cour ; & voyant paroître la Princeffe
il fort pour l'éviter . Emilie ( c'eft le nom
de la Princeffe qui lui eft deftinée , ) tế-
moigne fes craintes à Clarice , fa confidente
, & la charge d'examiner les pas du Prince
& de Ninette. Elle exprime enfuite fes
fentimens par une ariette.
Viens , efpoir enchanteur ,
Viens confoler mon coeur , &c.
Voyant revenir Aftolphe avec fa petite
payfane , elle s'éloigne pour les obferver.
Le Prince demande à Ninette ce qu'elle
penfe de la Cour ; Ninette lui répond avec
une franchiſe fpirituelle.
J'ai vu de toute part de beaux petits objets
A talons rouges , en plumets ;
Ne font-ce pas des femmes en épées ?
J'ai vu trotter auffi de gentilles poupées ,
Qui portent des petits colets...
Ah ! que de plaifans perfonnages ,
AVRIL. 1755. 189
Crainte de déranger l'ordre de leurs vifages ,
Ils parlent tous comme des flageolets.
Tu , tu , tu tu. Dans nos villages -
2
Nous n'avons jamais vu de tels colifichets ,
Et puis j'ai vu de graves fréluquets ,
Qui prenoient un air d'importance.
Et de jolis vieillards coquets ,
Qui fembloient marcher en cadence ;
L'un d'eux , pour me voir de plus près ,
Jufques fous mon menton s'approche ,
En tirant un oeil de fa poche ;
C'eft un bijou , c'eft un Ange. Eh ! mais , mais..
Emilie s'avance , & fait un compliment
ironique à Ninette fur fes charmes , & la
félicite d'avoir fait la conquête d'Aſtolphe ,
qui s'en défend devant la Princeffe. Ninet
te répond qu'elle aime Colas . Le Prince
pour appuyer ce difcours , dit qu'il a donné
des ordres pour le faire venir. Ninette
réplique qu'elle aime mieux retourner au
village , & fort en chantant
ARI ETT E.
Dans nos prairies
Toujours fleuries ,
On voit fourire
Un doux zéphire , &c.
190 MERCURE DE FRANCE .
Le Prince raffare Emilie , & lui promet
de renvoyer Ninette ; mais dès qu'il eft
feul il peint fon irréfolution par une ariette.
Lé Nocher , loin du rivage
Lutte en vain contre l'orage , &c.
& fe retire fans fçavoir ce qu'il doit fai-
're.
Colas entre paré à peu - près comme Taler
dans Démocrite , & fe plaint comme
lui de la réception ridicule qu'on lui a
faite à la Cour . Ninette qui furvient , &
qui apperçoit Colas , baiffe fa coëffe , ſe
couvre le vifage de fon éventail , & contrefait
fa voix en grafféyant , pour éprou
ver Colas , & n'en être point reconnue .
Cette fcene a beſoin du jeu des acteurs
pour être fentie. Ninette en jouant les
vapeurs , déclare à Colas qu'elle eft épriſe
de fes charmes , & lui propofe de répondre
à fon ardeur , en l'affûrant que fa fortune
fera faite. Colas' qui la prend pour
une Dame de la Cour , répond qu'il y confent
, en difant tout bas :
Je ne veux qu'alarmer Ninette ,
Et le dépit me la ramenera.
Ninette alors fe dévoile , & fait éclater
fa colere contre Colas ; il a beau vouAVRIL
1755. 191
loir fe juſtifier , elle ne veut plus l'entendte.
Ce qui occafionne un duo dialogué
à l'Italienne , dont le contrafte toujours
foutenu , finit vivement le fecond acte.
20 Ninette ouvre feule le troifieme dans
le même appartement , où l'on voit des
lumieres fur une table. Elle fait entendre
dans une ariette qu'elle tirera bien-
-tôt vengeance d'un ingrat qui l'a trahie.
Fabrice vient l'avertir que le Prince doir
arriver dans un moment ; elle lui demande
fi Colas eft prévenu qu'elle doit parler
au Prince tête à tête ; Fabrice lui répond
qu'oui , & qu'il fait de gros foupirs . Emilie
entre , & paroit furpriſe de retrouver
encore Ninette , qui lui protefte qu'elle
eft à la Cour contre fon gré , & lui avoue
en riant qu'Aftolphe lui a demandé un
rendez - vous , qu'elle s'y trouvera , par la
raifon qu'une fille de bien ne craint rien.
Cette maxime n'eft pas toujours fure.
Comme on entend du bruit , Ninette en-
-gage la Princeffe à s'éloigner avec elle ,
ajoutant qu'elle a fur ce point un fecret
? à lui dire.
Colas arrive , guidé par fa jaloufie , & fe
cache fous la table pour entendre , › fans
cêtre vu l'entretien nocturne du Prince
avec Ninette , qui revient & qui éteint
les bougies en voyant entrer Aftolphe. Le
192 MERCURE DE FRANCE.
Prince lui en demande la raifon , & mon
tre une pudeur qu'elle paroît oublier. Elle
répond que fon coeur eft bien gardé la nuit
comme le jour , & le prie de lui apprendre
ce qu'il fouhaite d'elle. Il replique que fes
foupirs lui expliquent fes voeux : elle lui
repart qu'elle veut faire fon bonheur , &
qu'il attende un moment. Elle va chercher
la Princeffe ; & la met à fa place : le Prince
dit à Emilie , qu'il prend pour Ninette ,
J'ai defiré long-tems un coeur fans impofture ,
Un coeur fimple , ingenu , formé par la nature.
)
Ninette , en apportant des lumieres , répond
au Prince qu'il a trouvé ce thréfor
dans Emilie qui eft devant lui. Aftolphe ,
honteux de fon inconftance , rend fon
coeur à la Princeffe , qui lui pardonne. Colas
forti de deffous la table , paffe des plus
vives alarmes à la plus grande joie. Af-
-tolphe s'unit à la Princeffe , & Colas à Ninette.
Un bal dont nous avons rendu compte
, couronne agréablement ce troifieme
acte , dont le dénouement a paru moins
heureux que le refte de la piece : on peut
dire qu'elle eft pleine d'ingénieux détails ,
& qu'elle forme un recueil choisi d'ariettes
: italiennes en jolis vers françois.
Sila Servante Maîtrefle a fait des amans
paffionnés ,
AVRIL. 17558 193
paffionnés , Ninette à la Cour a trouvé
de zélés partifans ; chacune a fon mérite
particulier ; l'aînée eft peut - être mieux
faite , & la cadette eft plus fpirituelle.
Ninette àla Cour.
on
. Le théatre repréfente au premier acte
une campagne agréable , coupée d'arbres
fruitiers , avec des cabannes de païfans
fur les aîles. On les voit travailler à différens
ouvrages.
Ninette , en filant au rouer , ouvre la
premiere fcene avec Colas , & débute par
cette ariette .
Travaillons de bon courage ;
· La fraîcheur
De cet ombrage,.
La douceur
De ce ramage
Nous donne coeur
A l'ouvrage.
Près de l'objet, qui m'attendrit ,,
Je file à merveille ;
Quand la fatigue m'afſoupit ,.
L'amour me réveille.
Elle prie en même tems Colas d'aller
cueillir du fruit pour elle : il monte fur
un arbre , & voit la plaine couverte de
chiens & de piqueurs ; il defcend alors.
tour allarmé , & dit à Ninette :
Rentrez , rentsez morgué ces malins drilles ,,
AVRIL 1755. 181
Comme au gibier fefont la guerre aux filles.
Aftolphe , Roi de Lombardie , paroît
avec Fabrice , fon confident , & lui fait
l'aveu de fa paffion pour Ninette , par cette
jolie ariette ::
Oui , je l'aime pour jamais ;
Rien n'égale fes attraits.
De fon teint , la fleur naïve ,
Toujours fraîche , toujours vive ,
Confond les efforts de l'art.
C'eft la nature
Simple & pure ,
Elle enchante d'un regard.
Dans fon coeur eft l'innocence ';;
Dans les yeux eft la candeur ;
Sa parure eft la décence ,,
Et fon fard eft la pudeur.
Fabrice:fort , & Ninette revient em
chantant. Aftolphe lui témoigne fa furprife
de la voir fi contente dans un état fi
borné , & lui offre une fortune éclatante ,
en lui déclarant qu'il l'adore. Ninette qui
le prend pour un Officier de fa Cour , lui
répond naïvement que cette déclaration lui
fait grand plaifir gardez , lui dit-elle
Gardez tous vos tréfors ;je ne veux qu'une grace ;
• Vous fçavez que lpn chaffe
182 MERCURE DE FRANCE.
Tous les jours en ces lieux , du matin juſqu'au
foir.
Si vous avez quelque pouvoir ,
Parlez au Prince , afin que l'on nous débarraffe
De tout le train font fes gens.
que
Je ne comprens point quelle fievre
Peut faire ainfi courir les champs ;
Pour le plaifir de prendre un lievre
On ravage quarante arpens.
1 Elle le prie en conféquence de ne plus
revenir , en lui avouant franchement qu ' elle
aime Colas . Le Prince lui dit de mieux
placer fon ardeur , ajoutant qu'un fort
brillant l'attend à la Cour , & que les
charmes d'une toilette la rendront encore
plus belle. Qu'est- ce qu'une toilette , lui
demande Ninette ? Il lui en fait cette ingénieufe
defcription,
C'est un trône où triomphe Part :;
C'eft un autel que l'on érige aux graces;
C'est là qu'on peut , des tems rapprocher les ef
paces
Par l'heureux preftige d'un fard ,
Qui des ans applanit les traces.
Des couleurs du plaifir on ranime fon teint ;
Et le pinceau , rival de la nature ,
Par une agréable impofture , vrsti so'nd
Fait éclore la fleur d'un vilage enfantin.
AVRIL
$755. 183
Chaque jour on eft auf belle ;
D'un air plus triomphant la jeuneffe y fourit ,
La beauté même s'embellit
Se fixe , & devient immortelle .
Un tableau fi flateur pique la vanité curieufe
de Ninette ; mais elle craint de fâcher
Colas : il furvient dans cette irréfolution
, & fait éclater fa jalousie. Elle
l'avertit tout bas de la cacher , de
peur
d'irriter Aftolphe . Le Prince qui s'en apperçoit
, la raffure , en lui difant :
Si Colas vous eft cher , je deviens fon ami
Colas lui réplique : >
On n'eft guere ami du mari
Quand on yeut l'être de la femme.
Le Prince fort après avoir dit à Ni
-nette :
L'heureux Colas vous intéreſſe.
Paiffe-t-il mieux que moi faire votre bonheur !
Ninette reproche à Colas fa groffiereté ,
vis-à-vis d'un Seigneur fi poli , qui la veut
mener à la Cour : il lui répond qu'Aftolphe
lui parloit d'amour , & que cela ne
convient pas. Elle lui répart avec une ingénuité
rare aujourd'hui , même dans une
jeune païfanne.
184 MERCURE DE FRANCE .
Les Meffieurs de la Cour font trop bien élevés
Pour entreprendre rien contre la bienféance.
Colas qui apperçoit dans ce moment le
Prince qui revient , & qui la regarde de
loin , veut obliger Ninette à rentrer malgré
elle : elle refifte ; il la tire par le bras :
elle crie - alors , & chante avec toutes les
graces d'une jolie enfant qui pleure , cette
ariette fi , heureufement parodiée de Ber--
tholde à la Cour.
Ahi ahi ! il me fait grand mal ;:
Le brutal le brutal !
COLAS
Oui , je vous ai fait grand mal.
NINETTE.
Le Seigneur viant_ici ,
Ahi ! ahi ! puifqu'on me traite ainfi
Je vais me plaindre de ce pas..
COLAS.
Ninon..
NINETTENon
, non.
COLAS.
1
Morgué , quel embarras !
Ninon ,
A V.R IL
1.851 1755
Jte d'mande pardon. ,
NINETTE.
८
Non , non Y
Point de pardon.
Ahi ahi ! il m'a fait grand mal.
ASTOLPHE s'approchant , à Ninette.
Qu'avez -vous ?
NINETTE .
): Le brutal !
Ah ! qu'il m'a fait grand mal !
Ahi ! Ahi
NINETTE.
Ah ! j'ai bien du guignon . I'
ASTOLPH E.
O Dieux ! qu'avez-vous donc
NINETTE, ! |
Monfeigneur , c'eff Colas
Qui m'a , m'a , m'a demis le bras .
Hélas ! hélas !
à Colas.
Tu t'en repentiras.
Hélas ! hélas !
Oui , tu me le paîras.
KIM » Alii? ahiuvabi, le brash 10 4 alo
186 MERCURE DE FRANCE.
Aftolphe témoigne fa furprife en s'écriant
:
Eft-ce là ce tendre Colas ?
Colas veut s'emporter ; mais Fabrice lui
apprend qu'Aftolphe eft le Prince . Ninette
& Colas font furpris à leur tour . Le Prince
preffe Ninette de venir embellir fa Cour.
Elle y confent , en difant tout bas qu'elle
veut punir Colas fans lui manquer de foi .
Elle le quitte en lui adreffant cette Ariette
boufonne , qui commence par ces vers
Colas , je renonce au village ;
La cour me convient davantage.
& qui finit ainfi : JA
Quelque jour tu viendras
Tu verras. (bis.).
Sans ceffe
La preffe
Arrêtera tes pas ;
Et de loin , tu diras ,
Ah, Princeffe , Princeffe !
En t'inclinant bien bas
Protegez Colas ,
Ne l'oubliez pas.
Adieu , pauvre Colas,
1.
Colas fe defefpere , & veut fuivre NiAVRIL.
1755. 187
nette , mais il eft arrêté par une troupe de
chaffeurs . Ils le forcent à s'éloigner , &
forment une danfe qui termine le premier
acte. Il eſt brillant par le jeu & par le choix
des ariettes qui font parfaitement rendues
par Mme Favart & M. Rochart .
Le théatre change au fecond acte , & repréfente
un appartement du palais d'Aftolphe.
Ninette paroît en habit de Cour ; elle
eft fuivie de plufieurs femmes de chambre ,
qui portent chacune différentes parures ;
fan pannier l'embarraffe , & lui donne un
air gauche. Elle refufe le rouge dont on
veur l'embellir , & laiffe tomber les diamans
qu'on lui préfente, pour prendre des
fleurs artificielles , qu'elle jette un inſtant
après , en difant :
Elles ne fentent rien
Içi l'on ne doit rien qu'à l'arts
La beauté n'eft qu'une peinture ,
Jufqu'aux fleurs tout eſt impoſture.
Fabrice veut lui donner des leçons de
politeffe , mais elle le rebute , & prie le
Prince qui entre , de la débarrafler de cet
homme qui l'ennuie , ajoûtant qu'elle aimeroit
mieux voir Colas. Aftolphe lui répond
:
188 MERCURE DE FRANCE.
#
Vous allez voir Colas ; j'efpere qu'en ce jour
Vous mettrez entre nous un peu de différence ;
Je ne veux qu'à force d'amour
Lui difputer la préférence.
Il donne enfuite des ordres pour qu'on
montre à Ninette toute la magnificence
de fa Cour ; & voyant paroître la Princeffe
il fort pour l'éviter . Emilie ( c'eft le nom
de la Princeffe qui lui eft deftinée , ) tế-
moigne fes craintes à Clarice , fa confidente
, & la charge d'examiner les pas du Prince
& de Ninette. Elle exprime enfuite fes
fentimens par une ariette.
Viens , efpoir enchanteur ,
Viens confoler mon coeur , &c.
Voyant revenir Aftolphe avec fa petite
payfane , elle s'éloigne pour les obferver.
Le Prince demande à Ninette ce qu'elle
penfe de la Cour ; Ninette lui répond avec
une franchiſe fpirituelle.
J'ai vu de toute part de beaux petits objets
A talons rouges , en plumets ;
Ne font-ce pas des femmes en épées ?
J'ai vu trotter auffi de gentilles poupées ,
Qui portent des petits colets...
Ah ! que de plaifans perfonnages ,
AVRIL. 1755. 189
Crainte de déranger l'ordre de leurs vifages ,
Ils parlent tous comme des flageolets.
Tu , tu , tu tu. Dans nos villages -
2
Nous n'avons jamais vu de tels colifichets ,
Et puis j'ai vu de graves fréluquets ,
Qui prenoient un air d'importance.
Et de jolis vieillards coquets ,
Qui fembloient marcher en cadence ;
L'un d'eux , pour me voir de plus près ,
Jufques fous mon menton s'approche ,
En tirant un oeil de fa poche ;
C'eft un bijou , c'eft un Ange. Eh ! mais , mais..
Emilie s'avance , & fait un compliment
ironique à Ninette fur fes charmes , & la
félicite d'avoir fait la conquête d'Aſtolphe ,
qui s'en défend devant la Princeffe. Ninet
te répond qu'elle aime Colas . Le Prince
pour appuyer ce difcours , dit qu'il a donné
des ordres pour le faire venir. Ninette
réplique qu'elle aime mieux retourner au
village , & fort en chantant
ARI ETT E.
Dans nos prairies
Toujours fleuries ,
On voit fourire
Un doux zéphire , &c.
190 MERCURE DE FRANCE .
Le Prince raffare Emilie , & lui promet
de renvoyer Ninette ; mais dès qu'il eft
feul il peint fon irréfolution par une ariette.
Lé Nocher , loin du rivage
Lutte en vain contre l'orage , &c.
& fe retire fans fçavoir ce qu'il doit fai-
're.
Colas entre paré à peu - près comme Taler
dans Démocrite , & fe plaint comme
lui de la réception ridicule qu'on lui a
faite à la Cour . Ninette qui furvient , &
qui apperçoit Colas , baiffe fa coëffe , ſe
couvre le vifage de fon éventail , & contrefait
fa voix en grafféyant , pour éprou
ver Colas , & n'en être point reconnue .
Cette fcene a beſoin du jeu des acteurs
pour être fentie. Ninette en jouant les
vapeurs , déclare à Colas qu'elle eft épriſe
de fes charmes , & lui propofe de répondre
à fon ardeur , en l'affûrant que fa fortune
fera faite. Colas' qui la prend pour
une Dame de la Cour , répond qu'il y confent
, en difant tout bas :
Je ne veux qu'alarmer Ninette ,
Et le dépit me la ramenera.
Ninette alors fe dévoile , & fait éclater
fa colere contre Colas ; il a beau vouAVRIL
1755. 191
loir fe juſtifier , elle ne veut plus l'entendte.
Ce qui occafionne un duo dialogué
à l'Italienne , dont le contrafte toujours
foutenu , finit vivement le fecond acte.
20 Ninette ouvre feule le troifieme dans
le même appartement , où l'on voit des
lumieres fur une table. Elle fait entendre
dans une ariette qu'elle tirera bien-
-tôt vengeance d'un ingrat qui l'a trahie.
Fabrice vient l'avertir que le Prince doir
arriver dans un moment ; elle lui demande
fi Colas eft prévenu qu'elle doit parler
au Prince tête à tête ; Fabrice lui répond
qu'oui , & qu'il fait de gros foupirs . Emilie
entre , & paroit furpriſe de retrouver
encore Ninette , qui lui protefte qu'elle
eft à la Cour contre fon gré , & lui avoue
en riant qu'Aftolphe lui a demandé un
rendez - vous , qu'elle s'y trouvera , par la
raifon qu'une fille de bien ne craint rien.
Cette maxime n'eft pas toujours fure.
Comme on entend du bruit , Ninette en-
-gage la Princeffe à s'éloigner avec elle ,
ajoutant qu'elle a fur ce point un fecret
? à lui dire.
Colas arrive , guidé par fa jaloufie , & fe
cache fous la table pour entendre , › fans
cêtre vu l'entretien nocturne du Prince
avec Ninette , qui revient & qui éteint
les bougies en voyant entrer Aftolphe. Le
192 MERCURE DE FRANCE.
Prince lui en demande la raifon , & mon
tre une pudeur qu'elle paroît oublier. Elle
répond que fon coeur eft bien gardé la nuit
comme le jour , & le prie de lui apprendre
ce qu'il fouhaite d'elle. Il replique que fes
foupirs lui expliquent fes voeux : elle lui
repart qu'elle veut faire fon bonheur , &
qu'il attende un moment. Elle va chercher
la Princeffe ; & la met à fa place : le Prince
dit à Emilie , qu'il prend pour Ninette ,
J'ai defiré long-tems un coeur fans impofture ,
Un coeur fimple , ingenu , formé par la nature.
)
Ninette , en apportant des lumieres , répond
au Prince qu'il a trouvé ce thréfor
dans Emilie qui eft devant lui. Aftolphe ,
honteux de fon inconftance , rend fon
coeur à la Princeffe , qui lui pardonne. Colas
forti de deffous la table , paffe des plus
vives alarmes à la plus grande joie. Af-
-tolphe s'unit à la Princeffe , & Colas à Ninette.
Un bal dont nous avons rendu compte
, couronne agréablement ce troifieme
acte , dont le dénouement a paru moins
heureux que le refte de la piece : on peut
dire qu'elle eft pleine d'ingénieux détails ,
& qu'elle forme un recueil choisi d'ariettes
: italiennes en jolis vers françois.
Sila Servante Maîtrefle a fait des amans
paffionnés ,
AVRIL. 17558 193
paffionnés , Ninette à la Cour a trouvé
de zélés partifans ; chacune a fon mérite
particulier ; l'aînée eft peut - être mieux
faite , & la cadette eft plus fpirituelle.
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Résumé : EXTRAIT du Caprice amoureux, ou Ninette à la Cour.
L'extrait du 'Caprice amoureux' intitulé 'Ninette à la Cour' se compose de trois actes. Dans le premier acte, Ninette, une jeune fille vivant dans une campagne agréable, chante son amour pour Colas. Astolphe, roi de Lombardie, apparaît et avoue sa passion pour Ninette. Il lui propose une fortune et une vie à la cour, mais Ninette, fidèle à Colas, refuse et demande seulement que les chasseurs cessent de perturber leur village. Colas, jaloux, intervient et est rassuré par Astolphe. Ninette accepte finalement d'aller à la cour pour punir Colas, mais elle est arrêtée par des chasseurs et forcée de partir. Dans le deuxième acte, Ninette se trouve dans un appartement du palais d'Astolphe. Elle refuse les parures et les leçons de politesse, préférant la simplicité. Emilie, la princesse destinée à Astolphe, observe la situation et exprime ses craintes. Ninette décrit avec franchise et humour les personnages de la cour. Colas, déguisé, tente de séduire Ninette pour la tester, ce qui conduit à une dispute entre eux. Le troisième acte voit Ninette préparer sa vengeance contre Colas. Emilie et Astolphe se réconcilient après une méprise. Colas, caché, assiste à la scène et finit par se réjouir. Astolphe et Emilie se marient, et Colas se réconcilie avec Ninette. La pièce se termine par un bal. 'Ninette à la Cour' est décrite comme une pièce pleine d'ingéniosité et de détails, avec des ariettes italiennes en vers français.
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9814
p. 193-194
OPERA COMIQUE.
Début :
Le 15, on donna sur ce théatre les Jeunes Mariés. On les annonça comme [...]
Mots clefs :
Spectacle, Opéra-Comique
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texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMIQUE.
Les
E is , on donna fur ce théatre les Jeunes
Maries. On les annonça comme
une nouveauté , mais ils ne font que remis
: c'eſt un ancien Opéra comique de
M. Favart . On ne peut s'y méprendre ; il
eft trop bien fait pour être d'un autre .
On l'a joué le 16 , le 17 , le 18 & le
19 , avec les Troqueurs , & Jerôme &
Fanchonnette , que l'on a continués jufqu'au
Samedi 22 , jour de la cloture de
ce fpectacle. Les Troqueurs ont toujours
charmé les connoiffeurs , Fanchonnette a
conftamment diverti le public ; & la falle
tous les jours pleine , a fait rite M. Monet.
O
Na donné le Mardi 18 Mars , la
premiere repréſentation
du Triomphe
de l'Amour conjugal ; fpectacle tiré
d'Alcefte , par le fieur Servandoni , Peintre
& Architecte ordinaire du Roi.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Les premieres repréfentations d'un fi
grand fpectacle font toujours imparfaites.
Nous attendrons que celui- ci ait été exécuté
dans toutes les parties & dans l'exacte
précifion qu'il exige , avant que d'en dire
notre fentiment , ou plutôt celui du public ,
que nous devons prendre pour regle .
Les
E is , on donna fur ce théatre les Jeunes
Maries. On les annonça comme
une nouveauté , mais ils ne font que remis
: c'eſt un ancien Opéra comique de
M. Favart . On ne peut s'y méprendre ; il
eft trop bien fait pour être d'un autre .
On l'a joué le 16 , le 17 , le 18 & le
19 , avec les Troqueurs , & Jerôme &
Fanchonnette , que l'on a continués jufqu'au
Samedi 22 , jour de la cloture de
ce fpectacle. Les Troqueurs ont toujours
charmé les connoiffeurs , Fanchonnette a
conftamment diverti le public ; & la falle
tous les jours pleine , a fait rite M. Monet.
O
Na donné le Mardi 18 Mars , la
premiere repréſentation
du Triomphe
de l'Amour conjugal ; fpectacle tiré
d'Alcefte , par le fieur Servandoni , Peintre
& Architecte ordinaire du Roi.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Les premieres repréfentations d'un fi
grand fpectacle font toujours imparfaites.
Nous attendrons que celui- ci ait été exécuté
dans toutes les parties & dans l'exacte
précifion qu'il exige , avant que d'en dire
notre fentiment , ou plutôt celui du public ,
que nous devons prendre pour regle .
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Résumé : OPERA COMIQUE.
Du 16 au 19 mars, le théâtre de l'Opéra Comique a présenté 'Les Jeunes Mariés', un opéra comique de M. Favart, accompagné de 'Les Troqueurs' et 'Jérôme et Fanchonette'. Cette dernière pièce a continué jusqu'au 22 mars. 'Les Troqueurs' ont été appréciés par les connaisseurs, tandis que 'Fanchonnette' a diverti le public, assurant une salle comble et satisfaisant M. Monet. Le 18 mars, le 'Triomphe de l'Amour conjugal', adaptation d'Alceste par Servandoni, a été présenté pour la première fois. Servandoni, peintre et architecte du Roi, a réalisé cette œuvre. Le Mercure de France a souligné que les premières représentations d'un grand spectacle sont souvent imparfaites et préfère attendre une exécution complète avant de donner son avis.
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9815
p. 194-196
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Après la mort du sieur Royer, Inspecteur du Concert spirituel, avec le [...]
Mots clefs :
Concert, Choeur, Concert spirituel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
Près la mort du fieur Royer , Inf-
A pecteur du Concert fpirituel , avec le
fieur Capperan , ce dernier a fait choix
du fieur Mondonville , fi connu par fes talens
& fur-tout par fes moters , pour
remplacer le fieur Royer. Ce Concert demeure
en fociété entre la veuve & ces
deux Meffieurs , qui par leurs foins ne
laiffent rien à defirer au public.
> Le Dimanche de la Paffion , 16 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
de M. Martin ; enfuite Omnes gentes , motet
à grand choeur de M. Cordelet ; le
Signor Avolio joua un concerto de violon
. On donna après Diligam te , motet à
grand choeur de M. Giles , où Mlle Chevalier
chanta le récit Beata gens , de M. de
Lalande. Mme Pompeati chanta deux airs
Italiens avec l'applaudiffement général . Le
F 195 AVRIL. ~ 1755.
moter à
concert finit par Cæli enarrant
,
grand choeur de M. de Mondonville
. Mlle
Chevalier
, & M. Richer , Page de la mufique
du Roi , chanterent
le duo Non funt
loquela , & furent juftement
applaudis .
Le Mardi 18 le concert commença par
une fymphonie nouvelle de M. Davefne ;
enfuite Cantate Domino , motet à grand
choeur du même auteur. Mlle Duperey
chanta un petit moter ; enfuite Confitebor
motet à grand choeur de M. de Lalande ,
où Mlle Chevalier chanta feule . M. Canavas
joua un concerto . Le concert finit par
In exitu , motet nouveau à grand choeur de
M. de Mondonville , qui eut l'approbation
des connoiffeurs. Ils y ont reconnu les traits
& les tableaux du grand maître.
Le Vendredi de la Paffion , 21 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
enfuite Exaltabo te , moter à grand choeur
de M. de Lalande. Mme Pompeati chanta
deux airs Italiens avec le même fuccès. M.
Guenin joua un concerto de violon . Le
concert finit par In exitu , motet nouveau
à grand choeur de M. de Mondonville .
Mlle Chevalier , Mrs Benoît , Poirier &
Befche chanterent feuls .
Le Dimanche , jour des Rameaux , 23
Mars , le concert commença' par une fymphonie
; enfuite Diligam te , motet à grand
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
choeur de M. Madin. M. Jannfon , âgé de
13 ans , joua une fonate de violoncelle , &
charma toute l'affemblée . Enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton , qui eut tout le fuccès qu'il métite.
On eut la fatisfaction d'y applaudir
Mlle Fel , qui parut pour la premiere fois ;
une indifpofition avoit privé le public du
plaifir de l'entendre plutôt. Elle chanta
feule un petit motet. Le concert finit par
De profundis , de M. Mondonville , & renvoya
tous les auditeurs très -fatisfaits .
Près la mort du fieur Royer , Inf-
A pecteur du Concert fpirituel , avec le
fieur Capperan , ce dernier a fait choix
du fieur Mondonville , fi connu par fes talens
& fur-tout par fes moters , pour
remplacer le fieur Royer. Ce Concert demeure
en fociété entre la veuve & ces
deux Meffieurs , qui par leurs foins ne
laiffent rien à defirer au public.
> Le Dimanche de la Paffion , 16 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
de M. Martin ; enfuite Omnes gentes , motet
à grand choeur de M. Cordelet ; le
Signor Avolio joua un concerto de violon
. On donna après Diligam te , motet à
grand choeur de M. Giles , où Mlle Chevalier
chanta le récit Beata gens , de M. de
Lalande. Mme Pompeati chanta deux airs
Italiens avec l'applaudiffement général . Le
F 195 AVRIL. ~ 1755.
moter à
concert finit par Cæli enarrant
,
grand choeur de M. de Mondonville
. Mlle
Chevalier
, & M. Richer , Page de la mufique
du Roi , chanterent
le duo Non funt
loquela , & furent juftement
applaudis .
Le Mardi 18 le concert commença par
une fymphonie nouvelle de M. Davefne ;
enfuite Cantate Domino , motet à grand
choeur du même auteur. Mlle Duperey
chanta un petit moter ; enfuite Confitebor
motet à grand choeur de M. de Lalande ,
où Mlle Chevalier chanta feule . M. Canavas
joua un concerto . Le concert finit par
In exitu , motet nouveau à grand choeur de
M. de Mondonville , qui eut l'approbation
des connoiffeurs. Ils y ont reconnu les traits
& les tableaux du grand maître.
Le Vendredi de la Paffion , 21 Mars ,
le concert commença par une fymphonie
enfuite Exaltabo te , moter à grand choeur
de M. de Lalande. Mme Pompeati chanta
deux airs Italiens avec le même fuccès. M.
Guenin joua un concerto de violon . Le
concert finit par In exitu , motet nouveau
à grand choeur de M. de Mondonville .
Mlle Chevalier , Mrs Benoît , Poirier &
Befche chanterent feuls .
Le Dimanche , jour des Rameaux , 23
Mars , le concert commença' par une fymphonie
; enfuite Diligam te , motet à grand
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
choeur de M. Madin. M. Jannfon , âgé de
13 ans , joua une fonate de violoncelle , &
charma toute l'affemblée . Enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton , qui eut tout le fuccès qu'il métite.
On eut la fatisfaction d'y applaudir
Mlle Fel , qui parut pour la premiere fois ;
une indifpofition avoit privé le public du
plaifir de l'entendre plutôt. Elle chanta
feule un petit motet. Le concert finit par
De profundis , de M. Mondonville , & renvoya
tous les auditeurs très -fatisfaits .
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Après la mort de M. Royer, M. Capperan désigne M. Mondonville pour diriger le Concert Spirituel, en collaboration avec la veuve de Royer. Le Concert Spirituel se distingue par ses efforts pour satisfaire le public. Le 16 mars, le concert débuta avec une symphonie de M. Martin, suivie de motets et d'airs chantés par Mlle Chevalier et Mme Pompeati. Il se conclut par un grand chœur de M. Mondonville. Le 18 mars, une symphonie de M. Davenne ouvrit le concert, incluant des motets de M. Lalande et M. Mondonville. Mlle Duperey et Mlle Chevalier se distinguèrent par leurs performances vocales. Le 21 mars, une symphonie et un motet de M. Lalande inaugurèrent le concert, avec des applaudissements pour Mme Pompeati et M. Guenin. Le 23 mars, jour des Rameaux, une symphonie et des motets de M. Madin et M. Fanton furent interprétés. Mlle Fel fit ses débuts et fut acclamée. Le concert se termina par un motet de M. Mondonville, laissant les auditeurs très satisfaits.
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9816
p. 197
AFRIQUE.
Début :
Plusieurs des factieux qui ont eu part au meurtre du feu [...]
Mots clefs :
Alger, Meurtre, Dey d'Alger, Consuls
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AFRIQUE.
AFRIQUE.
D'ALGER , le 23 Decembre .
Purédu feu Dey
tre du feu Dey s'étoient cachés , en attendant
quelque occafion de prendre la fuite . On en a dé-
Couvert dix , dont fix ont été empalés , & les quatre
autres étranglés. Le nouveau Dey a fait allurer
les Confuls de France , d'Angleterre & de
Hollande , ainsi que le Conful Impérial , qu'il
étoit dans la réfolution d'entretenir la paix avec
leurs Souverains.
D'ALGER , le 23 Decembre .
Purédu feu Dey
tre du feu Dey s'étoient cachés , en attendant
quelque occafion de prendre la fuite . On en a dé-
Couvert dix , dont fix ont été empalés , & les quatre
autres étranglés. Le nouveau Dey a fait allurer
les Confuls de France , d'Angleterre & de
Hollande , ainsi que le Conful Impérial , qu'il
étoit dans la réfolution d'entretenir la paix avec
leurs Souverains.
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9817
p. 197-198
ALLEMAGNE.
Début :
Le Comte de Broglie, Ambassadeur du Roi de France, a obtenu [...]
Mots clefs :
Allemagne, Vienne, Dresde, Ambassadeur du roi, Archiduc, Empereur, Impératrice, Mathématique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DRESDE , le 23 Février.
Le Comte de Broglie , Ambafladeur du Roi de
France , a obtenu de Sa Majefté Très- Chrétienne
la permiffion de faire un voyage à Paris .
DE VIENNE , le 22 Février.
Les Archiducs Charles & Léopold foutinrent
le 17 de ce mois , en préſence de l'Empereur &
de l'Impératrice Reine , un examen fur l'art de
fortifier les places. Ils répondirent avec beaucoup
de jufteffe & de vivacité , & leurs Majeftés
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Impériales en témoignerent leur fatisfaction au
Major Brequin , qui enfeigne à ces Princes cette
partie des Mathématiques.
DE DRESDE , le 23 Février.
Le Comte de Broglie , Ambafladeur du Roi de
France , a obtenu de Sa Majefté Très- Chrétienne
la permiffion de faire un voyage à Paris .
DE VIENNE , le 22 Février.
Les Archiducs Charles & Léopold foutinrent
le 17 de ce mois , en préſence de l'Empereur &
de l'Impératrice Reine , un examen fur l'art de
fortifier les places. Ils répondirent avec beaucoup
de jufteffe & de vivacité , & leurs Majeftés
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Impériales en témoignerent leur fatisfaction au
Major Brequin , qui enfeigne à ces Princes cette
partie des Mathématiques.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 23 février à Dresde, le Comte de Broglie, ambassadeur de France, a obtenu l'autorisation de voyager à Paris. Le 22 février à Vienne, les Archiducs Charles et Léopold ont passé un examen sur l'art de fortifier les places, satisfaisant l'Empereur et l'Impératrice. Leur professeur, le Major Brequin, a été félicité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9818
p. 198-200
ITALIE.
Début :
Lorsque le Duc de Penthiévre est parti d'ici pour retourner à Rome, [...]
Mots clefs :
Rome, Naples, Milan, Modène, Florence, Duc de Penthiévre, Cardinal
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 3 Février.
Lorfque le Duc de Penthiévre eft parti d'ici
pour retourner à Rome , il a été ſalué , ainfi
qu'à fon arrivée , par l'artillerie de tous les vaiffeaux
françois qui étoient dans ce port..
Le monticule formé depuis quelques tems fur
le fommet du Vefuve , lance quantité de flammes
à une hauteur confidérable. Quelques curieux
ont ofé monter dernierement au haut de cette
montagne , pour examiner de près les effets de
l'éruption. Ils y ont découvert un baffin rempli
de bitume & de foufre , dont l'ébullition préfente
l'image du choc des flots foulevés par une violente
tempête . Le Cardinal , Archevêque de cette
ville , a ordonné des prieres publiques , pour demander
à Dieu qu'il lui plaife de la garantir de
tout événement funefte.
Le corps du Cardinal Cofcia , mort le 8 Février,
fat porté le 9 à l'Eglife del Gefu Nuovo ,
fans autre cortége que celui de deux carroffes de
deuil , accompagnés de fes Eftafiers. Ce Cardinal ,
outre un mobilier fort confidérable , a laiffé fept
cens mille écus en argent comptant. Il a inftitué
le Duc Cofcia , fon frere , pour fon légataire uni
verfel ; ordonnant que fi fa famille vient à s'éteindre
, fes biens feront dévolus à l'Hôpital qu'il a
fait conftruire. On s'eft trompé , en difant qu'il
avoit été de l'Ordre de S. Dominique.
AVRIL 175.5. 199
DE ROME , le 9 Février. 91
Par un decret qui fut publié le 3 , l'once d'or
de dix-neuf carats eft fixé à treize écus dix -fept
baïoques ; & l'once d'argent de feize deniers de
fin , à un écu deux baïoques.
Le 7 , le Pape envoya le Sr Arfelli ſouhaiter un
heureux voyage au Duc de Penthiévre , & fon Alteffe
Séréniffime partit le lendemain pour Floren.
ce . L'Ambaſſadeur de France & l'Abbé de Canillac
, Auditeur de Rote , l'accompagnerent avec un
cortége de plufieurs carroffes jufques hors de la
porte du Peuple. Pendant tout le tems que le Duc
de Penthiévre a paffé en cette capitale , il a donné
les marques les plus éclatantes de fa piété , de fa
libéralité& de fa charité. Il a laiffé fpécialement
au Curé de la paroiffe dans laquelle fe trouve
le palais de France , une ſomme confidérable, pour
être diftribuée aux pauvres de cette paroiffe..
DE FLORENCE , le 8 Février.
Le Comte Lorenzi , chargé des affaires de fa
Majefté Très - Chrétienne auprès de cette Régence
, fait de grands préparatifs pour la réception.
du Duc de Penthiévre , qui eft attendu en cette
ville le 16 de ce mois.
DE MODENE , le 27 Février.
Le Duc de Penthiévre , après s'être arrêté à Florence
depuis le 16 jufqu'au 21 de ce mois , s'eft
rendu à Bologne. De cette derniere ville il eſt revenu
ici , où il paffera quelques jours avant de
continuer fa route vers Turin.
I iv
100 MERCURE DE FRANCE.
DE MILAN , le 8 Février.
Une efpece de maladie épidémique enleve beaucoup
de monde dans quelques villages entre Pavie
& Lodi , particulierement dans ceux de Locate
& de Siziano. Elle commence par une fiévre
, qui d'une heure à l'autre va toujours en redoublant
, & qui en trois jours conduit le malade
au tombeau.
DE NAPLES , le 3 Février.
Lorfque le Duc de Penthiévre eft parti d'ici
pour retourner à Rome , il a été ſalué , ainfi
qu'à fon arrivée , par l'artillerie de tous les vaiffeaux
françois qui étoient dans ce port..
Le monticule formé depuis quelques tems fur
le fommet du Vefuve , lance quantité de flammes
à une hauteur confidérable. Quelques curieux
ont ofé monter dernierement au haut de cette
montagne , pour examiner de près les effets de
l'éruption. Ils y ont découvert un baffin rempli
de bitume & de foufre , dont l'ébullition préfente
l'image du choc des flots foulevés par une violente
tempête . Le Cardinal , Archevêque de cette
ville , a ordonné des prieres publiques , pour demander
à Dieu qu'il lui plaife de la garantir de
tout événement funefte.
Le corps du Cardinal Cofcia , mort le 8 Février,
fat porté le 9 à l'Eglife del Gefu Nuovo ,
fans autre cortége que celui de deux carroffes de
deuil , accompagnés de fes Eftafiers. Ce Cardinal ,
outre un mobilier fort confidérable , a laiffé fept
cens mille écus en argent comptant. Il a inftitué
le Duc Cofcia , fon frere , pour fon légataire uni
verfel ; ordonnant que fi fa famille vient à s'éteindre
, fes biens feront dévolus à l'Hôpital qu'il a
fait conftruire. On s'eft trompé , en difant qu'il
avoit été de l'Ordre de S. Dominique.
AVRIL 175.5. 199
DE ROME , le 9 Février. 91
Par un decret qui fut publié le 3 , l'once d'or
de dix-neuf carats eft fixé à treize écus dix -fept
baïoques ; & l'once d'argent de feize deniers de
fin , à un écu deux baïoques.
Le 7 , le Pape envoya le Sr Arfelli ſouhaiter un
heureux voyage au Duc de Penthiévre , & fon Alteffe
Séréniffime partit le lendemain pour Floren.
ce . L'Ambaſſadeur de France & l'Abbé de Canillac
, Auditeur de Rote , l'accompagnerent avec un
cortége de plufieurs carroffes jufques hors de la
porte du Peuple. Pendant tout le tems que le Duc
de Penthiévre a paffé en cette capitale , il a donné
les marques les plus éclatantes de fa piété , de fa
libéralité& de fa charité. Il a laiffé fpécialement
au Curé de la paroiffe dans laquelle fe trouve
le palais de France , une ſomme confidérable, pour
être diftribuée aux pauvres de cette paroiffe..
DE FLORENCE , le 8 Février.
Le Comte Lorenzi , chargé des affaires de fa
Majefté Très - Chrétienne auprès de cette Régence
, fait de grands préparatifs pour la réception.
du Duc de Penthiévre , qui eft attendu en cette
ville le 16 de ce mois.
DE MODENE , le 27 Février.
Le Duc de Penthiévre , après s'être arrêté à Florence
depuis le 16 jufqu'au 21 de ce mois , s'eft
rendu à Bologne. De cette derniere ville il eſt revenu
ici , où il paffera quelques jours avant de
continuer fa route vers Turin.
I iv
100 MERCURE DE FRANCE.
DE MILAN , le 8 Février.
Une efpece de maladie épidémique enleve beaucoup
de monde dans quelques villages entre Pavie
& Lodi , particulierement dans ceux de Locate
& de Siziano. Elle commence par une fiévre
, qui d'une heure à l'autre va toujours en redoublant
, & qui en trois jours conduit le malade
au tombeau.
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Résumé : ITALIE.
Le Duc de Penthièvre a quitté Naples pour Rome, où il a été accueilli par l'artillerie des vaisseaux français. Le Vésuve a montré des signes d'activité volcanique, avec des flammes et un bassin de bitume et de soufre en ébullition. Le Cardinal Archevêque de Naples a ordonné des prières publiques pour protéger la ville. Le Cardinal Coscia est décédé le 8 février, laissant une fortune de sept cent mille écus et un mobilier considérable à son frère, le Duc Coscia, et à l'hôpital qu'il avait construit. À Rome, un décret a fixé la valeur de l'once d'or et d'argent. Le Duc de Penthièvre, accompagné par l'Ambassadeur de France et l'Abbé de Canillac, a quitté Rome pour Florence, où il a séjourné du 16 au 21 février avant de se rendre à Bologne, Modène et Turin. Dans la région de Milan, une maladie épidémique a causé de nombreuses victimes entre Pavie et Lodi, caractérisée par une fièvre intense et rapide.
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9819
p. 200
Lettre à l'Auteur du Mercure de France.
Début :
En parcourant, Monsieur, * le Magasin anglois, j'y trouve dans l'article [...]
Mots clefs :
Angleterre, Prisons de Chelmsford, Médée, Infanticide, Le Magasin anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure de France.
Lettre à l'Auteur du Mercure de France.
EN
N parcourant , Monfieur , le Magaſin anglois
, j'y trouve dans l'article des Chroniques
hiftoriques une relation qui m'a rempli d'horreur,
& qui fait voir qu'il refte encore dans le monde
de la race d'Atrée ou de Médée , comme vous allez ,
le voir.
Le 8 Juillet 1754 ( Angleterre , province d'Effex
, près de Blachwater ) la femme d'un Fermier ,
pour fe venger de fon mari avec qui elle avoit
eu un violent démêlé , étouffa fa propre fille au
berceau , en pendit une feconde , âgée de quatre
ans , à un crochet , & fe difpofoit à égorger fon
fils mais ce dernier plus : heureux ou plus fort ,fe
débarraffa des mains fanglantes de cette Médée
angloife , & fe fauva par la fuite . Elle eft actuellement
dans les prifons de Chelmsford , & ne paroît
pas avoir l'efprit aliéné.
* Journal qui s'imprime à Londres.
EN
N parcourant , Monfieur , le Magaſin anglois
, j'y trouve dans l'article des Chroniques
hiftoriques une relation qui m'a rempli d'horreur,
& qui fait voir qu'il refte encore dans le monde
de la race d'Atrée ou de Médée , comme vous allez ,
le voir.
Le 8 Juillet 1754 ( Angleterre , province d'Effex
, près de Blachwater ) la femme d'un Fermier ,
pour fe venger de fon mari avec qui elle avoit
eu un violent démêlé , étouffa fa propre fille au
berceau , en pendit une feconde , âgée de quatre
ans , à un crochet , & fe difpofoit à égorger fon
fils mais ce dernier plus : heureux ou plus fort ,fe
débarraffa des mains fanglantes de cette Médée
angloife , & fe fauva par la fuite . Elle eft actuellement
dans les prifons de Chelmsford , & ne paroît
pas avoir l'efprit aliéné.
* Journal qui s'imprime à Londres.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure de France.
Le 8 juillet 1754, en Angleterre, une fermière a étouffé sa fille au berceau et pendu sa seconde fille, âgée de quatre ans, après une dispute avec son mari. Son fils a réussi à s'enfuir. La femme est incarcérée à Chelmsford et semble saine d'esprit.
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9820
p. 201-206
« Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...] »
Début :
Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...]
Mots clefs :
Saint, Sa Majesté, Abbaye, Arrêt du Conseil d'État, Académie royale de chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : « Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...] »
Selo
Elon les avis reçus de Lorraine , le feu prit la
nuit du 5 au 6 du mois dernier à l'aîle gauche
de l'avant-cour du château de Luneville. Malgré
les prompts fecours qu'on a apportés , cette aîle
a été totalement réduite en cendres , Plufieurs perfonnes
ont été bleffées en voulant arrêter le progrès
des flammes ou éviter d'en être la proie.
ཚ་
Sa Majefté s'étant fait repréfenter l'arrêt rendu
en fon Confeil le 25 Decembre 1753 , par lequel
il auroit été ordonné , en conformité des précédens
arrêts , que les Offices qui feroient levés vacans
en fes revenus cafuels pendant le courant de
Pannée 1754 , par mort ou autrement , ne payeroient
que moitié des droits de marc d'or , d'enregiftrement
chez les Gardes des rolles & de fceau ,
enfemble de ceux de réception & d'inſtallation
dans les Cours & Jurifdictions où ils feroient reçus
& inftallés ; & que ceux qui leveroient des
Offices de nouvelle création , ou aufquels n'auroit
été pourvût depuis leur création , ne payeroient
, pour s'en faire pourvoir , que le tiers
defdits droits de marc d'or , d'enregistrement , de
fceau , de réception & d'inftallation ; & Sa Majefté
voulant continuer la même grace pendant
Pannée 1755 , le Roi proroge pendant l'année
1755 , le délai porté par l'arrêt du 25 Décembre
à commencer du › premier Janvier juſqu'au
dernier Décembre inclufivement , & c.... Veut
néanmoins Sa Majefté , que ceux au profit de qui
1753
~IV
202 MERCURE DE FRANCE.
les porteurs de quittances de Finance d'Offices de
nouvelle création s'en feront démis après les fix
mois du jour de la date defdites quittances ,
foient tenus de payer après lefdits droits en entier.....
Ordonne Sa Majefté que ceux qui ont
levé , à ſes revenus cafuels , des Offices de pareille
nature que ceux ci -deffus mentionnés , à compter
du 4 Juin 1726 , & depuis , ou qui les leveront
pendant le délai accordé par le préfent Arrêt
, feront & demeureront déchargés du droit
de confirmation .
Il paroit un autre Arrêt du Confeil d'Etat ,
qui ordonne l'exécution des Ordonnances des Intendans
& Commiffaires départis dans le Comté
de Bourgogne , concernant les plantations & le
commerce du tabac.
Par un troifiéme Arrêt du Confeil d'Etat , le
Roi ordonne l'exécution de fa déclaration du zo
Décembre dernier , au fujet de la Monnoie de
Metz : voulant Sa Majefté , qu'à commencer
de l'année 1754 , le jugement du travail des
monnoies qui auront été ou feront faites en ladite
monnoie , foit fait & jugé en fa Cour des
monnoies de Paris ; qu'en conféquence les de
niers de boîte du travail fait en la Monnoie de
Metz pendant l'année 1754 , avec les regiftres
des délivrances qui en ont été faites , lefquels
zont été portés & remis en la Cour de Parlement
de Metz , en foient retirés en l'état qu'ils y ont été
portés , & remis par le Greffier dudit Parlement
ou autres dépofitaires .... pour être le tout envoyé
& remis au Greffe de la Cour des monnoies
de Paris .... à l'effet d'y être ledit travail
jugé en la maniere accoutumée pour les autres
monnoies.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
AVRIL. 1755. 203
phine & Mefdames de France , allerent le 26 fe
promener au pavillon du Marquis de Lhopital ,
près la machine de Marly.
Un Négre âgé de dix fept ans , appartenant
M. Riviere , Confeiller au Parlement , fut baptifé
le 24 du mois de Février dans l'Eglife de
Saint Côme. Il a eu pour parrein M. le Normant
, Intendant des armées navales , & pour marreine
Mme la Riviere. La cérémonie a été faite
en préfence du Curé de la Paroiffe , par M. l'Abbé
Drouet , qui avoit inftruit le nouveau Caté
chumene.
L'Académie royale de Chirurgie avoit propofé
pour le prix de l'année 1754 le fujet fuivant :
l'amputation étant abfolument néceffaire dans les
plaies compliquées des fracas des os , principalement
lorfqu'elles font faites par armes à feu , déterminer
les cas où il faut faire l'opération fur le
champ , & ceux où il convient de la différer : & en
donner les raifons. Cette queftion paroît n'avoir
pas été bien entendue. Pour déterminer les cas
dont il s'agit , on doit avoir égard à la différence
des plaies , à l'efpéce des accidens , à la nature
de la partie offenſée , même au lieu où le bleffé
fe trouve. Il eft néceffaire auffi de confidérer
s'il peut ou non être tranfporté , fi l'on eft obligé
de le mener loin , & fi l'on a les moyens de faire
commodément le tranfport. L'Académie n'ayant
rien trouvé de tout cela dans les mémoires qu'on
lui a préfentés , a décidé que le même fujet feroit
propofé pour l'année 1756. Le prix fera double
, & l'auteur de la piece couronnée aura deux
médailles , chacune de cinq cens livres , ou une
médaille & la valeur de l'autre , à fon choix. Les
perfonnes qui ont déja compofé , pourront renvoyer
de nouveau leurs mémoires , après y avoir
fait les changemens convenables.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Le 2 Mars , M. le Comte d'Argenſon , Minif
tre & Secrétaire d'Etat , ayant le Département de
la guerre , préfenta à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , pour fes premieres armes , un fufil
conftruit fuivant la derniere Ordonnance pour
l'infanterie. Ce fufil , de la fabrique de Saint-
Etienne en Forez , n'a que deux pieds de long ,
& il eft regardé comme un chef- d'oeuvre en ce
genre pour le travail & la richeffe. Il a été fait
par ies ordres & fous les yeux de M. de Saint- Perieux
, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , &
Directeur de ladite fabrique . Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , qui marque un goût décidé pour
les armes , a été très- fatisfait de ce préfent. 44
Le Roi a difpofé de l'Abbaye de Saint Jean de
Laon en faveur de l'Ecole royale militaire , pour
être unie à cet établiffement , & les revenus employés
à la defferte de la Chapelle & à l'entretien
des Prêtres & des Soeurs de la Charité , qui
ferviront dans l'Ecole militaire .
Sa Majefté a accordé l'Abbaye Réguliere &
élective de Lieffies , Ordre de Saint Benoît , Diocefe
de Cambrai , à Dom Lhomme , Religieux
de cette Abbaye ; le Prieuré Conventuel & électif
du Deffens , Ordre de Grandmont , Diocèfe
d'Agen , à M. Malaret , Prêtre du Diocèfe de
Toulouſe ; & le Prieuré de Chatenet , Ordre de
Saint- Benoît , Diocèſe de Limoges , à la Dame de
Brie de Soumagnac , Religieufe du même Ordre.
Le Roi a accordé l'Abbaye Réguliere de Sept-
Fonts , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Autun , à
Dom Alpheran , Religieux de cette Abbaye ; &
le Prieuré de Saint - Sever , Diocefe de Bourges ,
à M. Teftard , Curé du même Dioceſe.
Les Religieux de la Charité célébrerent le 8
Mars , avec beaucoup de folemnité , la fête de S.
AVRIL.
1755. 205
Jean - de-Dieu , fondateur de leur Ordre. Le Nonce
du Pape y officia pontificalement. Après le
Sermon , l'on fit la proceffion , & le Nonce donna
la bénédiction du Saint Sacrement dans les falles
des Malades. Elles étoient ornées de riches
tapifferies de velours & des Gobelins , & éclairées
par plus de deux cens luftres . Un grand nombre
de Seigneurs & de Dames de la premiere diftinction
ont contribué à la dépenfe de cette fête ,
& y ont affifté , ainfi qu'au fouper des malades.
Tout le monde a adıniré l'ordre , la propreté & la
charité qui regnent dans ce célebre hôpital.
Monfeigneur le Dauphin a pris pendant trois
jours les eaux de Vichi .
La Marquife de Bournelle fut préfentée le à
leurs Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
de Brancas .
Le 12 , le Comte d'Ayen , à qui le Roi vient
d'accorder un brevet d'honneurs , remercia Sa
Majefté.
Sa Majefté , toujours occupée du progrès des
fciences & des arts qui peuvent contribuer au bien
public , & voulant marquer aux Démonſtrateurs
royaux en Chirurgie , établis à Paris , la fatisfaction
qu'elle a de leurs travaux, a augmenté de cent
piftoles les appointemens de chacun des cinq anciens.
Le 4 Mars , à trois heures du matin , la Maiſon
Conventuelle de l'Abbaye de Sellieres , Ordre de
Citeaux , Dioceſe de Troyes , écroula jufqu'aux
fondemens . Les Religieux & les domeftiques auroient
été enfevelis fous les ruines, fans les prompts
fecours qu'on leur apporta.
Par un édit enregiftré le 12 de ce mois au Parlement
, le Roi fupprime les Offices de Lieutenans
Généraux d'épée , de Chevaliers d'honneur & de
206 MERCURE DE FRANCE.
Confeillers honoraires , établis dans les Préfi
diaux , Bailliages , Sénéchauffées , & autres Jurif
dictions inférieures , reffortiffantes nuement aux
Parlemens.
L'Evêque de Gap fut facré le 16 , dans l'Eglife
des Religieufes de Conflans , par l'Archevêque
de l'aris , affifté des Evêques de Séez & de Saint-
Omer.
La Comteffe le Danois fut préfentée le 16 à
Jeurs Majeftés & à la Famille royale.
Le 17 , les Ducs de Rochechouart , de Fitz -James
, d'Harcourt , d'Antin & de Valentinois , prirent
féance au Parlement , en qualité de Pairs de
France.
Le 20 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix -fept cens trente livres . Les billets de
la premiere lotterie royale & ceux de la feconde
lotterie n'avoient point de prix fixe.
Elon les avis reçus de Lorraine , le feu prit la
nuit du 5 au 6 du mois dernier à l'aîle gauche
de l'avant-cour du château de Luneville. Malgré
les prompts fecours qu'on a apportés , cette aîle
a été totalement réduite en cendres , Plufieurs perfonnes
ont été bleffées en voulant arrêter le progrès
des flammes ou éviter d'en être la proie.
ཚ་
Sa Majefté s'étant fait repréfenter l'arrêt rendu
en fon Confeil le 25 Decembre 1753 , par lequel
il auroit été ordonné , en conformité des précédens
arrêts , que les Offices qui feroient levés vacans
en fes revenus cafuels pendant le courant de
Pannée 1754 , par mort ou autrement , ne payeroient
que moitié des droits de marc d'or , d'enregiftrement
chez les Gardes des rolles & de fceau ,
enfemble de ceux de réception & d'inſtallation
dans les Cours & Jurifdictions où ils feroient reçus
& inftallés ; & que ceux qui leveroient des
Offices de nouvelle création , ou aufquels n'auroit
été pourvût depuis leur création , ne payeroient
, pour s'en faire pourvoir , que le tiers
defdits droits de marc d'or , d'enregistrement , de
fceau , de réception & d'inftallation ; & Sa Majefté
voulant continuer la même grace pendant
Pannée 1755 , le Roi proroge pendant l'année
1755 , le délai porté par l'arrêt du 25 Décembre
à commencer du › premier Janvier juſqu'au
dernier Décembre inclufivement , & c.... Veut
néanmoins Sa Majefté , que ceux au profit de qui
1753
~IV
202 MERCURE DE FRANCE.
les porteurs de quittances de Finance d'Offices de
nouvelle création s'en feront démis après les fix
mois du jour de la date defdites quittances ,
foient tenus de payer après lefdits droits en entier.....
Ordonne Sa Majefté que ceux qui ont
levé , à ſes revenus cafuels , des Offices de pareille
nature que ceux ci -deffus mentionnés , à compter
du 4 Juin 1726 , & depuis , ou qui les leveront
pendant le délai accordé par le préfent Arrêt
, feront & demeureront déchargés du droit
de confirmation .
Il paroit un autre Arrêt du Confeil d'Etat ,
qui ordonne l'exécution des Ordonnances des Intendans
& Commiffaires départis dans le Comté
de Bourgogne , concernant les plantations & le
commerce du tabac.
Par un troifiéme Arrêt du Confeil d'Etat , le
Roi ordonne l'exécution de fa déclaration du zo
Décembre dernier , au fujet de la Monnoie de
Metz : voulant Sa Majefté , qu'à commencer
de l'année 1754 , le jugement du travail des
monnoies qui auront été ou feront faites en ladite
monnoie , foit fait & jugé en fa Cour des
monnoies de Paris ; qu'en conféquence les de
niers de boîte du travail fait en la Monnoie de
Metz pendant l'année 1754 , avec les regiftres
des délivrances qui en ont été faites , lefquels
zont été portés & remis en la Cour de Parlement
de Metz , en foient retirés en l'état qu'ils y ont été
portés , & remis par le Greffier dudit Parlement
ou autres dépofitaires .... pour être le tout envoyé
& remis au Greffe de la Cour des monnoies
de Paris .... à l'effet d'y être ledit travail
jugé en la maniere accoutumée pour les autres
monnoies.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
AVRIL. 1755. 203
phine & Mefdames de France , allerent le 26 fe
promener au pavillon du Marquis de Lhopital ,
près la machine de Marly.
Un Négre âgé de dix fept ans , appartenant
M. Riviere , Confeiller au Parlement , fut baptifé
le 24 du mois de Février dans l'Eglife de
Saint Côme. Il a eu pour parrein M. le Normant
, Intendant des armées navales , & pour marreine
Mme la Riviere. La cérémonie a été faite
en préfence du Curé de la Paroiffe , par M. l'Abbé
Drouet , qui avoit inftruit le nouveau Caté
chumene.
L'Académie royale de Chirurgie avoit propofé
pour le prix de l'année 1754 le fujet fuivant :
l'amputation étant abfolument néceffaire dans les
plaies compliquées des fracas des os , principalement
lorfqu'elles font faites par armes à feu , déterminer
les cas où il faut faire l'opération fur le
champ , & ceux où il convient de la différer : & en
donner les raifons. Cette queftion paroît n'avoir
pas été bien entendue. Pour déterminer les cas
dont il s'agit , on doit avoir égard à la différence
des plaies , à l'efpéce des accidens , à la nature
de la partie offenſée , même au lieu où le bleffé
fe trouve. Il eft néceffaire auffi de confidérer
s'il peut ou non être tranfporté , fi l'on eft obligé
de le mener loin , & fi l'on a les moyens de faire
commodément le tranfport. L'Académie n'ayant
rien trouvé de tout cela dans les mémoires qu'on
lui a préfentés , a décidé que le même fujet feroit
propofé pour l'année 1756. Le prix fera double
, & l'auteur de la piece couronnée aura deux
médailles , chacune de cinq cens livres , ou une
médaille & la valeur de l'autre , à fon choix. Les
perfonnes qui ont déja compofé , pourront renvoyer
de nouveau leurs mémoires , après y avoir
fait les changemens convenables.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Le 2 Mars , M. le Comte d'Argenſon , Minif
tre & Secrétaire d'Etat , ayant le Département de
la guerre , préfenta à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , pour fes premieres armes , un fufil
conftruit fuivant la derniere Ordonnance pour
l'infanterie. Ce fufil , de la fabrique de Saint-
Etienne en Forez , n'a que deux pieds de long ,
& il eft regardé comme un chef- d'oeuvre en ce
genre pour le travail & la richeffe. Il a été fait
par ies ordres & fous les yeux de M. de Saint- Perieux
, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , &
Directeur de ladite fabrique . Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , qui marque un goût décidé pour
les armes , a été très- fatisfait de ce préfent. 44
Le Roi a difpofé de l'Abbaye de Saint Jean de
Laon en faveur de l'Ecole royale militaire , pour
être unie à cet établiffement , & les revenus employés
à la defferte de la Chapelle & à l'entretien
des Prêtres & des Soeurs de la Charité , qui
ferviront dans l'Ecole militaire .
Sa Majefté a accordé l'Abbaye Réguliere &
élective de Lieffies , Ordre de Saint Benoît , Diocefe
de Cambrai , à Dom Lhomme , Religieux
de cette Abbaye ; le Prieuré Conventuel & électif
du Deffens , Ordre de Grandmont , Diocèfe
d'Agen , à M. Malaret , Prêtre du Diocèfe de
Toulouſe ; & le Prieuré de Chatenet , Ordre de
Saint- Benoît , Diocèſe de Limoges , à la Dame de
Brie de Soumagnac , Religieufe du même Ordre.
Le Roi a accordé l'Abbaye Réguliere de Sept-
Fonts , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Autun , à
Dom Alpheran , Religieux de cette Abbaye ; &
le Prieuré de Saint - Sever , Diocefe de Bourges ,
à M. Teftard , Curé du même Dioceſe.
Les Religieux de la Charité célébrerent le 8
Mars , avec beaucoup de folemnité , la fête de S.
AVRIL.
1755. 205
Jean - de-Dieu , fondateur de leur Ordre. Le Nonce
du Pape y officia pontificalement. Après le
Sermon , l'on fit la proceffion , & le Nonce donna
la bénédiction du Saint Sacrement dans les falles
des Malades. Elles étoient ornées de riches
tapifferies de velours & des Gobelins , & éclairées
par plus de deux cens luftres . Un grand nombre
de Seigneurs & de Dames de la premiere diftinction
ont contribué à la dépenfe de cette fête ,
& y ont affifté , ainfi qu'au fouper des malades.
Tout le monde a adıniré l'ordre , la propreté & la
charité qui regnent dans ce célebre hôpital.
Monfeigneur le Dauphin a pris pendant trois
jours les eaux de Vichi .
La Marquife de Bournelle fut préfentée le à
leurs Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
de Brancas .
Le 12 , le Comte d'Ayen , à qui le Roi vient
d'accorder un brevet d'honneurs , remercia Sa
Majefté.
Sa Majefté , toujours occupée du progrès des
fciences & des arts qui peuvent contribuer au bien
public , & voulant marquer aux Démonſtrateurs
royaux en Chirurgie , établis à Paris , la fatisfaction
qu'elle a de leurs travaux, a augmenté de cent
piftoles les appointemens de chacun des cinq anciens.
Le 4 Mars , à trois heures du matin , la Maiſon
Conventuelle de l'Abbaye de Sellieres , Ordre de
Citeaux , Dioceſe de Troyes , écroula jufqu'aux
fondemens . Les Religieux & les domeftiques auroient
été enfevelis fous les ruines, fans les prompts
fecours qu'on leur apporta.
Par un édit enregiftré le 12 de ce mois au Parlement
, le Roi fupprime les Offices de Lieutenans
Généraux d'épée , de Chevaliers d'honneur & de
206 MERCURE DE FRANCE.
Confeillers honoraires , établis dans les Préfi
diaux , Bailliages , Sénéchauffées , & autres Jurif
dictions inférieures , reffortiffantes nuement aux
Parlemens.
L'Evêque de Gap fut facré le 16 , dans l'Eglife
des Religieufes de Conflans , par l'Archevêque
de l'aris , affifté des Evêques de Séez & de Saint-
Omer.
La Comteffe le Danois fut préfentée le 16 à
Jeurs Majeftés & à la Famille royale.
Le 17 , les Ducs de Rochechouart , de Fitz -James
, d'Harcourt , d'Antin & de Valentinois , prirent
féance au Parlement , en qualité de Pairs de
France.
Le 20 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix -fept cens trente livres . Les billets de
la premiere lotterie royale & ceux de la feconde
lotterie n'avoient point de prix fixe.
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Résumé : « Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...] »
Le 5 et 6 du mois dernier, un incendie a ravagé l'aile gauche de l'avant-cour du château de Luneville, malgré les interventions rapides des secours. Plusieurs personnes ont été blessées en tentant de maîtriser les flammes. Le roi a prolongé jusqu'à la fin de l'année 1755 un arrêt du Conseil d'État du 25 décembre 1753, réduisant de moitié les droits de marc d'or, d'enregistrement, de sceau, de réception et d'installation pour les offices vacants ou de nouvelle création. Les porteurs de quittances de finances doivent payer ces droits en entier s'ils se démettent de leurs offices après six mois. Un autre arrêt du Conseil d'État ordonne l'exécution des ordonnances des intendants et commissaires du comté de Bourgogne concernant les plantations et le commerce du tabac. Un troisième arrêt stipule que le jugement du travail des monnaies de Metz sera effectué à Paris à partir de l'année 1754. Le dauphin, la dauphine et les filles de France se sont promenés au pavillon du marquis de Lhôpital près de la machine de Marly. Un jeune esclave de 17 ans a été baptisé dans l'église de Saint-Côme. L'Académie royale de Chirurgie a proposé pour 1754 un sujet sur les amputations, mais n'a pas trouvé les mémoires satisfaisants et a décidé de proposer le même sujet pour 1756 avec un prix double. Le comte d'Argenson a offert au duc de Bourgogne un fusil fabriqué à Saint-Étienne. Le roi a attribué l'abbaye de Saint-Jean de Laon à l'École royale militaire et a accordé plusieurs abbayes et prieurés à divers religieux. Les religieuses de la Charité ont célébré la fête de saint Jean de Dieu avec solennité. Le dauphin a pris les eaux de Vichy. La marquise de Bournelle et la comtesse le Danois ont été présentées à la famille royale. Le roi a augmenté les appointements des démonstrateurs royaux en chirurgie. Le 4 mars, la maison conventuelle de l'abbaye de Sellières s'est écroulée. Un édit a supprimé les offices de lieutenants généraux d'épée, de chevaliers d'honneur et de conseillers honoraires dans les juridictions inférieures. L'évêque de Gap a été sacré, et plusieurs ducs ont pris séance au Parlement en qualité de pairs de France. Les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1730 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9821
p. 206-207
A Rouen, le 18 Mars 1755.
Début :
Monsieur, j'ai lû dans le Mercure de ce mois les remarques [...]
Mots clefs :
Loterie, Monnaie de Brabant, Bruxelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rouen, le 18 Mars 1755.
A Rouen , le 18 Mars 1755.
Monfieur, j'ai lú dans le Mercure de ce mois les remarques que vous y avez inférées au
fujet de la lotterie de Bruxelles. Il auroit été à
fouhaiter que l'auteur , en faifant connoître le
piege auquel on s'eft livré , eût prévenu celui auquel
on peut être de nouveau expofé .
On defireroit pour cela que l'auteur de ces re
marques inftruisît de ce qui fuit.
1. Pourquoi les billets de cette lotterie n'ontils
pas eu un prix fixe , ( s'en étant délivré depuis
vingt-fix jufqu'à vingt- huit livres ? )
2°. Quelle eft la différence de l'argent courant
de Brabant à l'argent de change
3º. Si l'évaluation des billets n'auroit pas dû
AVRIL. 175.5. 207
être faitee fur la parité des monnoies de Brabant
fur France ; en tout cas la jufte valeur deſdits billets
?
4°. Si les lots ne doivent pas être payés argent
Courant , pareillement fur la parité , fans aucune
déduction en France par les Collecteurs
Je me fate , Monfieur , qu'en ma confidération
vous voudrez bien inférer la préfente dans
votre Mercure prochain , fans faute : c'eft ce qu'a
lieu d'efperer celui qui à l'honneur d'être , & c.
L'Intérêt public.
Monfieur, j'ai lú dans le Mercure de ce mois les remarques que vous y avez inférées au
fujet de la lotterie de Bruxelles. Il auroit été à
fouhaiter que l'auteur , en faifant connoître le
piege auquel on s'eft livré , eût prévenu celui auquel
on peut être de nouveau expofé .
On defireroit pour cela que l'auteur de ces re
marques inftruisît de ce qui fuit.
1. Pourquoi les billets de cette lotterie n'ontils
pas eu un prix fixe , ( s'en étant délivré depuis
vingt-fix jufqu'à vingt- huit livres ? )
2°. Quelle eft la différence de l'argent courant
de Brabant à l'argent de change
3º. Si l'évaluation des billets n'auroit pas dû
AVRIL. 175.5. 207
être faitee fur la parité des monnoies de Brabant
fur France ; en tout cas la jufte valeur deſdits billets
?
4°. Si les lots ne doivent pas être payés argent
Courant , pareillement fur la parité , fans aucune
déduction en France par les Collecteurs
Je me fate , Monfieur , qu'en ma confidération
vous voudrez bien inférer la préfente dans
votre Mercure prochain , fans faute : c'eft ce qu'a
lieu d'efperer celui qui à l'honneur d'être , & c.
L'Intérêt public.
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Résumé : A Rouen, le 18 Mars 1755.
Le 18 mars 1755, un individu à Rouen adresse une lettre à un destinataire non nommé concernant la lotterie de Bruxelles. L'auteur a lu des remarques dans le Mercure de mars et souhaite alerter le public sur un potentiel piège. Il pose quatre questions spécifiques : pourquoi les billets de la lotterie n'avaient-ils pas un prix fixe variant de vingt-six à vingt-huit livres ? Quelle est la différence entre l'argent courant de Brabant et l'argent de change ? L'évaluation des billets aurait-elle dû être faite sur la parité des monnaies de Brabant et de France, et quelle est la juste valeur des billets ? Les lots doivent-ils être payés en argent courant, également sur la parité, sans déduction en France par les collecteurs ? L'auteur demande à son destinataire d'insérer ces questions dans le prochain Mercure pour informer le public.
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9822
p. 207-208
REPONSE.
Début :
Les quatre questions de l'intérêt public sont étrangeres au plan [...]
Mots clefs :
Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE.
REPONSE.
Les quatre queftions de l'intérêt public font
étrangeres au plan de la lotterie , & par conféquent
aux remarques qu'on y a faites. "Le plan &
les remarques dépendent de différentes combinaifons
pures & fimples , & les remarques étoient les
mêmes pour Bruxelles que pour Paris , au lieu
que les réponſes que l'intérêt public demande ,
dépendent de la connoiffance actuelle du change.
qui varie felon les tems & les lieux ; c'eft une
affaire de banque & de change ; ainfi , après les
tirages ceux qui auront des lots à retirer
s'adrefferont à quelque Banquier , Maîtres ou
Agens de change , qui leur diront ce qui leur
revient. Quant à ce que les billets de cette lotterie
fe font vendus 26 , 27 & 28 livres , cela peut
venir , ou du ridicule empreffement avec lequel
on y couroit , ou du peu de fidélité de la part de
ceux qui les livroient , & de ce qu'on ne fçavoir
pas quel étoit le rapport entre les monnoies.
L'auteur des remarques n'a eu & n'a dû avoir
en vue que de faire voir qu'on dupoit le public
>
208 MERCURE DE FRANCE .
& ce qui doit fûrement le fâcher , c'eſt de n'avoir
pas vú le plan de la lotterie deux mois plutôt
, il y auroit eu fans doute bien moins de
billets diftribués dans Paris . Mais fi ces remarques
n'ont pas eu dans cette occaſion tout l'effet
qu'elles auroient vraisemblablement eu fi on les
avoit connues plutôt , il faut efperer qu'elles mettront
en garde contre celles qu'on pourroit nous
envoyer l'avenir.
Les quatre queftions de l'intérêt public font
étrangeres au plan de la lotterie , & par conféquent
aux remarques qu'on y a faites. "Le plan &
les remarques dépendent de différentes combinaifons
pures & fimples , & les remarques étoient les
mêmes pour Bruxelles que pour Paris , au lieu
que les réponſes que l'intérêt public demande ,
dépendent de la connoiffance actuelle du change.
qui varie felon les tems & les lieux ; c'eft une
affaire de banque & de change ; ainfi , après les
tirages ceux qui auront des lots à retirer
s'adrefferont à quelque Banquier , Maîtres ou
Agens de change , qui leur diront ce qui leur
revient. Quant à ce que les billets de cette lotterie
fe font vendus 26 , 27 & 28 livres , cela peut
venir , ou du ridicule empreffement avec lequel
on y couroit , ou du peu de fidélité de la part de
ceux qui les livroient , & de ce qu'on ne fçavoir
pas quel étoit le rapport entre les monnoies.
L'auteur des remarques n'a eu & n'a dû avoir
en vue que de faire voir qu'on dupoit le public
>
208 MERCURE DE FRANCE .
& ce qui doit fûrement le fâcher , c'eſt de n'avoir
pas vú le plan de la lotterie deux mois plutôt
, il y auroit eu fans doute bien moins de
billets diftribués dans Paris . Mais fi ces remarques
n'ont pas eu dans cette occaſion tout l'effet
qu'elles auroient vraisemblablement eu fi on les
avoit connues plutôt , il faut efperer qu'elles mettront
en garde contre celles qu'on pourroit nous
envoyer l'avenir.
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Résumé : REPONSE.
Le texte aborde les questions liées à une lotterie et aux remarques associées. Il différencie les remarques basées sur des combinaisons mathématiques des questions d'intérêt public, qui dépendent du taux de change actuel et varient selon les lieux et les époques. Ces dernières sont considérées comme des affaires de banque et de change. Après les tirages, les gagnants doivent consulter des banquiers ou agents de change pour connaître la valeur de leurs lots. Le prix de vente des billets, fixé à 26, 27 et 28 livres, pourrait résulter d'un engouement excessif, d'une mauvaise gestion des vendeurs ou d'une méconnaissance des rapports entre les monnaies. L'auteur des remarques visait à révéler la tromperie du public et regrette de n'avoir pas pu publier son plan plus tôt pour limiter la distribution des billets. Bien que les remarques n'aient pas eu l'impact escompté cette fois-ci, elles servent de mise en garde pour l'avenir.
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9823
p. 208-211
MORTS.
Début :
On a mis dans le Mercure de Mars, à l'article des morts, [...]
Mots clefs :
Marquise d'Osmond, Françoise d'Osmond, Charles de Hallebout, Seigneur de Blondemare, Prévoté de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Na mis dans le Mercure de Mars , à l'arti-
ONe amis dans leMerruler au lieu de Dame
Jeanne -Lazare Thiroux , époufe de Michel Larcher
, Marquis d'Arcy , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître des Requêtes ordinaire de fon
Hôtel.
Françoife Ofmond , Marquife d'Oſmond , eft
morte dans fes terres de Normandie le 14 Février
1755 , âgée de quatre- vingt - deux ans & fix mois .
Elle étoit veuve depuis le is Août 1731 , de Henri
Ofmond , Marquis d'Ofmond , fon coufin germain
, Chevalier de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis , Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, dont elle laiffe cinq enfans ; fçavoir , Jean
Ofmond , Marquis d'Ofmond , Chevalier de l'Ordre
royal & militaire de S. Louis , à qui le Roi
vient d'accorder le gouvernement de la ville d'Argentan.
}
Euftache Ofmond , Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem .
Louiſe-Aimée Ofmond , mariée au Comte de
Sainte-Croix .
AVRIL 1755 1 209
Charlotte -Françoife , mariée au Baron de Perrochel.
Et Marie- Cecile , reçue au Chapitre de Remiremont
en 1750.
La maison d'Ofmond eft une des plus illuftrée
& des plus ancienne de la province de Normandie,
où elle paroît avec éclat dès fon établiſſement
dont les Hiftoriens placent l'époque vers l'an
900 , tems où Charles le Simple céda la Neuftrie
à Raoul , premier Duc de Normandie , qui avoit
un Ofmond pour un de fes Généraux.
Mezerai , Dumoulin , Manneville , & autres
Hiftoriens, rapportent que vers l'an 944 , Guillaume
, fecond Duc de Normandie , ayant été affaffiné
, les Etats de la province nommerent pour
Gouverneur du jeune Duc Richard , Rainophle Of
mond , Seigneur de Centeville , dont le fils époufa
l'an, 990 la niece dudit Richard.
Don Michel Félibien , dans fon hiftoire de l'Ab
baye de S. Denis , page 211 , fait mention d'une
chartre du Duc Richard , en date du 18 Mars 968,
fignée de Hugues , Duc des François ; de Richard,
Duc de Normandie ; de Hugues , Archevêque de
Rouen , & de Rainophle Ofmond.
Pierre Giannoné , dans fon hiftoire de Naples ;
tome fecond , page 10 & fuivantes , rapporte que
Dringot Olmond paffa en Italie vers l'an 1015 ,
avec quatre de fes freres nommés , Rainophle , Afclittin
, Rodolphe , Ofmond , accompagnés d'une
troupe de Normands , qu'ils furent fort bien recus
des Princes de Salerne & de Benevent , à qui ils
rendirent de grands fervices dans la guèrre que
ces Princes avoient contre les Sarrafins.
Peu de tems après , Rainophle Ofmond fonda la
ville d'Averfe , & en prit le titre de Comte . Afclittin
lui fuccéda , & fon fils Richard s'empara de
210 MERCURE DE FRANCE.
la Principauté de Capoue , dont fes defcendans ont
joui pendant plus d'un fiécle.
Plufieurs Hiftoriens font encore mention d'un
Ofmond , Seigneur de Guepré , qui fut tué l'an .
1088 , au fiége du château de Balon , que faifoit
en perfonne le Duc Robert , qui fit apporter le
corps dudit Ofmond dans l'Abbaye de S. Evroult
où il lui fit élever un tombeau qui fubfifte encore.
On voit un autre Ofmond qui affifta de fes ar
mes Louis le Gros à la bataille de Brenneville , qui
fe donna l'an 1119.
•
L'hiftoire chronique de Normandie , imprimée
à Rouen , parle d'un Ofmond , Seigneur du Pont
qui combattit toujours aux côtés du Duc Guillau
me dans la bataille qu'il donna en arrivant en Angleterre
, contre Harald qui lui diſputoit la Couronne.
Il y a un livre imprimé en Angleterre , fous le
titre de Monafterium Anglicanum , qui traite de
toutes les Eglifes d'Angleterre & de Normandie
: au feuillet 1 10 il parle d'un Oſmond , Evêque
de Saliſbury.
Enfin , dans le catalogue des Seigneurs renommés
en Normandie , depuis Raoul jufqu'en l'an
1212 , que ledit catalogue fut fait par l'ordre de
Philippe Augufte , qui conquit le Duché de Normandie
, l'on voit plufieurs Seigneurs Ofmond
qui fe font fignalés ; & depuis ce tems là qu'ils
produisent leur filiation , par contrats de mariages
& autres titres jufqu'à ce moment ici , l'on remar
que qu'ils ont occupé des charges confidérables
dans le militaire , & qu'ils ne fe font jamais mef
alliés , ayant pris des alliances dans les meilleures
Maifons , comme dans celles de Bouquetor , de
Franqueville , de Bures ,de Tournebut , de Dreux
de Ronferolles , de Sabrevois , de Hautemer ,. de
AVRIL. 1755. 211
Clinchamp , de Tillieres , de Rouxel de Medavi ,
& de Laval- Montmorenci.
Le 18 Février , eft mort à l'Hôtel royal des Invalides
, Meffire Charles de Hallebout , Chevalier
, Seigneur de Blondemare , âgé de foixantefeize
ans , qui laiffe par la mort, à Marc-Antoine
de Hallebout , fon neveu , Colonel d'infanterie ,
commandant le fecond bataillon du Régiment de
la Tour-Dupin , fa terre poffédée par leurs aïeuls
depuis plus de trois cens ans : il étoit le chef de
cette ancienne famille , dont Michel , le huitiéme
aïeul , a mérité de Charles VII une récompenfe
que poffede encore Marc-Antoine de Hallebout.
Ce dernier n'a de Marie de Hallebout fa femme ,
qu'un fils , Capitaine au même Régiment , dont
le grand- pere , Charles de Hallebout de Tourville ,
a été Commandant de Bataillon jufqu'en 1734.
Le Mars , mourut à Verſailles , M. Otho ,
Exempt-vétérant des Gardes de la P évôté de
l'Hôtel , grande Prévôté de France , âgé de quatievingt-
quatorze ans ; il étoit né le premier Novembre
1661 , le même jour que Monfeigneur le
Grand Dauphin , fils de Louis XIV.
Na mis dans le Mercure de Mars , à l'arti-
ONe amis dans leMerruler au lieu de Dame
Jeanne -Lazare Thiroux , époufe de Michel Larcher
, Marquis d'Arcy , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître des Requêtes ordinaire de fon
Hôtel.
Françoife Ofmond , Marquife d'Oſmond , eft
morte dans fes terres de Normandie le 14 Février
1755 , âgée de quatre- vingt - deux ans & fix mois .
Elle étoit veuve depuis le is Août 1731 , de Henri
Ofmond , Marquis d'Ofmond , fon coufin germain
, Chevalier de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis , Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, dont elle laiffe cinq enfans ; fçavoir , Jean
Ofmond , Marquis d'Ofmond , Chevalier de l'Ordre
royal & militaire de S. Louis , à qui le Roi
vient d'accorder le gouvernement de la ville d'Argentan.
}
Euftache Ofmond , Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem .
Louiſe-Aimée Ofmond , mariée au Comte de
Sainte-Croix .
AVRIL 1755 1 209
Charlotte -Françoife , mariée au Baron de Perrochel.
Et Marie- Cecile , reçue au Chapitre de Remiremont
en 1750.
La maison d'Ofmond eft une des plus illuftrée
& des plus ancienne de la province de Normandie,
où elle paroît avec éclat dès fon établiſſement
dont les Hiftoriens placent l'époque vers l'an
900 , tems où Charles le Simple céda la Neuftrie
à Raoul , premier Duc de Normandie , qui avoit
un Ofmond pour un de fes Généraux.
Mezerai , Dumoulin , Manneville , & autres
Hiftoriens, rapportent que vers l'an 944 , Guillaume
, fecond Duc de Normandie , ayant été affaffiné
, les Etats de la province nommerent pour
Gouverneur du jeune Duc Richard , Rainophle Of
mond , Seigneur de Centeville , dont le fils époufa
l'an, 990 la niece dudit Richard.
Don Michel Félibien , dans fon hiftoire de l'Ab
baye de S. Denis , page 211 , fait mention d'une
chartre du Duc Richard , en date du 18 Mars 968,
fignée de Hugues , Duc des François ; de Richard,
Duc de Normandie ; de Hugues , Archevêque de
Rouen , & de Rainophle Ofmond.
Pierre Giannoné , dans fon hiftoire de Naples ;
tome fecond , page 10 & fuivantes , rapporte que
Dringot Olmond paffa en Italie vers l'an 1015 ,
avec quatre de fes freres nommés , Rainophle , Afclittin
, Rodolphe , Ofmond , accompagnés d'une
troupe de Normands , qu'ils furent fort bien recus
des Princes de Salerne & de Benevent , à qui ils
rendirent de grands fervices dans la guèrre que
ces Princes avoient contre les Sarrafins.
Peu de tems après , Rainophle Ofmond fonda la
ville d'Averfe , & en prit le titre de Comte . Afclittin
lui fuccéda , & fon fils Richard s'empara de
210 MERCURE DE FRANCE.
la Principauté de Capoue , dont fes defcendans ont
joui pendant plus d'un fiécle.
Plufieurs Hiftoriens font encore mention d'un
Ofmond , Seigneur de Guepré , qui fut tué l'an .
1088 , au fiége du château de Balon , que faifoit
en perfonne le Duc Robert , qui fit apporter le
corps dudit Ofmond dans l'Abbaye de S. Evroult
où il lui fit élever un tombeau qui fubfifte encore.
On voit un autre Ofmond qui affifta de fes ar
mes Louis le Gros à la bataille de Brenneville , qui
fe donna l'an 1119.
•
L'hiftoire chronique de Normandie , imprimée
à Rouen , parle d'un Ofmond , Seigneur du Pont
qui combattit toujours aux côtés du Duc Guillau
me dans la bataille qu'il donna en arrivant en Angleterre
, contre Harald qui lui diſputoit la Couronne.
Il y a un livre imprimé en Angleterre , fous le
titre de Monafterium Anglicanum , qui traite de
toutes les Eglifes d'Angleterre & de Normandie
: au feuillet 1 10 il parle d'un Oſmond , Evêque
de Saliſbury.
Enfin , dans le catalogue des Seigneurs renommés
en Normandie , depuis Raoul jufqu'en l'an
1212 , que ledit catalogue fut fait par l'ordre de
Philippe Augufte , qui conquit le Duché de Normandie
, l'on voit plufieurs Seigneurs Ofmond
qui fe font fignalés ; & depuis ce tems là qu'ils
produisent leur filiation , par contrats de mariages
& autres titres jufqu'à ce moment ici , l'on remar
que qu'ils ont occupé des charges confidérables
dans le militaire , & qu'ils ne fe font jamais mef
alliés , ayant pris des alliances dans les meilleures
Maifons , comme dans celles de Bouquetor , de
Franqueville , de Bures ,de Tournebut , de Dreux
de Ronferolles , de Sabrevois , de Hautemer ,. de
AVRIL. 1755. 211
Clinchamp , de Tillieres , de Rouxel de Medavi ,
& de Laval- Montmorenci.
Le 18 Février , eft mort à l'Hôtel royal des Invalides
, Meffire Charles de Hallebout , Chevalier
, Seigneur de Blondemare , âgé de foixantefeize
ans , qui laiffe par la mort, à Marc-Antoine
de Hallebout , fon neveu , Colonel d'infanterie ,
commandant le fecond bataillon du Régiment de
la Tour-Dupin , fa terre poffédée par leurs aïeuls
depuis plus de trois cens ans : il étoit le chef de
cette ancienne famille , dont Michel , le huitiéme
aïeul , a mérité de Charles VII une récompenfe
que poffede encore Marc-Antoine de Hallebout.
Ce dernier n'a de Marie de Hallebout fa femme ,
qu'un fils , Capitaine au même Régiment , dont
le grand- pere , Charles de Hallebout de Tourville ,
a été Commandant de Bataillon jufqu'en 1734.
Le Mars , mourut à Verſailles , M. Otho ,
Exempt-vétérant des Gardes de la P évôté de
l'Hôtel , grande Prévôté de France , âgé de quatievingt-
quatorze ans ; il étoit né le premier Novembre
1661 , le même jour que Monfeigneur le
Grand Dauphin , fils de Louis XIV.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et événements historiques concernant des familles nobles françaises. Françoise Osmond, Marquise d'Osmond, est décédée le 14 février 1755 à l'âge de 82 ans. Veuve depuis le 11 août 1731, elle laisse cinq enfants : Jean Osmond, Marquis d'Osmond et Chevalier de l'Ordre royal de Saint-Louis, Eustache Osmond, Chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Louise-Aimée Osmond, mariée au Comte de Sainte-Croix, Charlotte-Françoise, mariée au Baron de Perrochel, et Marie-Cécile, reçue au Chapitre de Remiremont en 1750. La maison d'Osmond est l'une des plus illustres et anciennes de Normandie, remontant à l'an 900. Plusieurs historiens mentionnent les exploits des Osmond, notamment Rainulf Osmond, Gouverneur du jeune Duc Richard en 944, et Dringot Osmond, qui fonda la ville d'Aversa en Italie vers 1015. Le texte mentionne également la mort de Charles de Hallebout, Chevalier et Seigneur de Blondemare, décédé le 18 février à l'Hôtel royal des Invalides à l'âge de 62 ans. Il laisse ses terres à son neveu, Marc-Antoine de Hallebout, Colonel d'infanterie. Enfin, le texte rapporte la mort de M. Otho, Exempt-vétérant des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel, décédé en mars à Versailles à l'âge de 84 ans.
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9824
p. 211-212
AVIS.
Début :
Le sieur Maille, Vinaigrier-Distillateur ordinaire de leurs Majestés Impériales, & [...]
Mots clefs :
Vinaigre de turbie, Vinaigre romain, Maux de dents, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
Lafie deleurs &
E fieur Maille , Vinaigrier -Diftillateur ordinaire
de leurs Majeftés Impériales , & le feul
pour la compofition des vinaigres de propriété ,
donne avis qu'il continue avec fuccès la vente du
vinaigre de turbie , pour la guérifon du mal de
dent , & celle du vinaigre romain , qui les blanchit
parfaitement , raffermit les gencives , arrête les
progrès de la carie, prévient l'haleine forte , & guérit
les petits chancres & ulceres de la bouche. Les
212 MERCURE DE FRANCE..
heureux effets qu'il opere tous les jours , prouvent
que c'eft la compofition la plus parfaite qui fe
foit trouvée jufqu'à préfent pour la confervation
de la bouche . Ledit Sieur vend avec le même fuccès
différens vinaigres fervant à ôter les taches
de rouffeur , boutons , dartres farineufes , blanchir
la peau , & noircir les cheveux & fourcils
roux ou blancs ; & généralement toutes fortes
de vinaigres pour la table , les bains & toilettes ,
au nombre de cent cinquante- fix fortes ; comme
auffi toutes fortes de fruits confits au vinaigre , &
différentes moutardes qui ont la qualité de pouvoir
fe conferver deux ans avec la même bonté.
Les perfonnes de province qui defireront fe procurer
les vinaigres pour les dents ou pour le vi
fage ; les moindres bouteilles font de trois livres.
En écrivant une lettre d'avis audit fieur , & remettant
l'argent par la pofte , le tout affranchi de
port , on enverra les vinaigres qu'ils demanderont
très-exactement , avec la façon de s'en fervir.
Il demeure à Paris , rue de l'Hirondelle , aux Armes
Impériales.
Lafie deleurs &
E fieur Maille , Vinaigrier -Diftillateur ordinaire
de leurs Majeftés Impériales , & le feul
pour la compofition des vinaigres de propriété ,
donne avis qu'il continue avec fuccès la vente du
vinaigre de turbie , pour la guérifon du mal de
dent , & celle du vinaigre romain , qui les blanchit
parfaitement , raffermit les gencives , arrête les
progrès de la carie, prévient l'haleine forte , & guérit
les petits chancres & ulceres de la bouche. Les
212 MERCURE DE FRANCE..
heureux effets qu'il opere tous les jours , prouvent
que c'eft la compofition la plus parfaite qui fe
foit trouvée jufqu'à préfent pour la confervation
de la bouche . Ledit Sieur vend avec le même fuccès
différens vinaigres fervant à ôter les taches
de rouffeur , boutons , dartres farineufes , blanchir
la peau , & noircir les cheveux & fourcils
roux ou blancs ; & généralement toutes fortes
de vinaigres pour la table , les bains & toilettes ,
au nombre de cent cinquante- fix fortes ; comme
auffi toutes fortes de fruits confits au vinaigre , &
différentes moutardes qui ont la qualité de pouvoir
fe conferver deux ans avec la même bonté.
Les perfonnes de province qui defireront fe procurer
les vinaigres pour les dents ou pour le vi
fage ; les moindres bouteilles font de trois livres.
En écrivant une lettre d'avis audit fieur , & remettant
l'argent par la pofte , le tout affranchi de
port , on enverra les vinaigres qu'ils demanderont
très-exactement , avec la façon de s'en fervir.
Il demeure à Paris , rue de l'Hirondelle , aux Armes
Impériales.
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Résumé : AVIS.
Le Sieur Maille, vinaigrier et distillateur des Majestés Impériales, annonce la vente de divers vinaigres. Parmi ceux-ci, le vinaigre de turbie est recommandé pour soigner le mal de dent, tandis que le vinaigre romain est utilisé pour blanchir les dents, raffermir les gencives, arrêter la carie, prévenir l'haleine forte et guérir les petits chancres et ulcères de la bouche. Maille propose également des vinaigres pour ôter les taches de rousseur, les boutons, les dartres farineuses, blanchir la peau et noircir les cheveux et sourcils roux ou blancs. Sa gamme inclut des vinaigres pour la table, les bains et les toilettes, ainsi que des fruits confits au vinaigre et des moutardes conservables deux ans. Les commandes peuvent être passées par courrier, avec paiement affranchi de port. Maille réside à Paris, rue de l'Hirondelle, aux Armes Impériales.
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9825
p. 213-214
TABLES DES ARTICLES.
Début :
ARTICLE PREMIER.PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE . [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLES DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE .
Pître à M. Defmahis , p
Réflexions fur le goût ,
Les progrès de la Mufique Françoife , Cantatille, 14
Elexions
par M. ***
page f
8
16
17
23
27
Vers à Iris ,
Dialogue entre Epicure & Sardanapale ,
Epitre à M. de Saint- Auban ,
Ode fur la mort de M. de Montefquieu ,
Fragment d'un Ouvrage de M. de Marivaux , 31
Epître à M. de Châteaubrun ,
L'Avare & l'Indigent , Conte moral ,
45
47
Mots des Enigmes & Logogryphes du Mercure de
Mars ,
Enigmes & Logogryphes ,
Chanfon ,
48
49
54
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Extraits , Précis ou Indications des Livres nou
veaux ,
ss
Séance publique de la Société royale de Nanci , 92
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
Phyfique. Lettre à M. * *** ΙΟΙ
Lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé V. III
Réponse de M. l'Abbé V. à M. le P. H. 118
Géométrie. Lettre à Mlle L. A. Le Mire , 130
Réponse de M. Liger à l'affiche de M. le Chevalier
de Caufans , 131
Métallurgie. Lettre à M. * * *
Séances publiques de la Société Lit. d'Arras , 136
134
214
Lettre écrite de Beley, fur le College ;
ART. IV . BEAUX ARTS.
147.
Peinture. Vers pour être mis au bas du portrait de
M. Boucher , deffiné par M. Cochin ,
Gravure ,
Mufique ,
153
ibid.
158
Clavecin oculaire , Lettre de M. Rondet , &c. 160
Médailles. Deviles pour les Jettons du premier
Janvier 1755 ,
163
Architecture , 167
Manufactures ,
175
ART. V. SPECTACL
Opéra ,
177
Comédie Françoife ,
ibid.
Comédie Italienne , 179
Extrait de Ninette à la Cour , 180
Opéra Comique , 193
Spectacle de M. Servandoni , ibid.
Concerts Spirituels ,
194
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres ,
197
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Lettre de l'Intérêt public , & Réponse à cette Let-
201
tre >
Morts ,
Avis ,
206
208
211
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE .
Pître à M. Defmahis , p
Réflexions fur le goût ,
Les progrès de la Mufique Françoife , Cantatille, 14
Elexions
par M. ***
page f
8
16
17
23
27
Vers à Iris ,
Dialogue entre Epicure & Sardanapale ,
Epitre à M. de Saint- Auban ,
Ode fur la mort de M. de Montefquieu ,
Fragment d'un Ouvrage de M. de Marivaux , 31
Epître à M. de Châteaubrun ,
L'Avare & l'Indigent , Conte moral ,
45
47
Mots des Enigmes & Logogryphes du Mercure de
Mars ,
Enigmes & Logogryphes ,
Chanfon ,
48
49
54
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Extraits , Précis ou Indications des Livres nou
veaux ,
ss
Séance publique de la Société royale de Nanci , 92
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
Phyfique. Lettre à M. * *** ΙΟΙ
Lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé V. III
Réponse de M. l'Abbé V. à M. le P. H. 118
Géométrie. Lettre à Mlle L. A. Le Mire , 130
Réponse de M. Liger à l'affiche de M. le Chevalier
de Caufans , 131
Métallurgie. Lettre à M. * * *
Séances publiques de la Société Lit. d'Arras , 136
134
214
Lettre écrite de Beley, fur le College ;
ART. IV . BEAUX ARTS.
147.
Peinture. Vers pour être mis au bas du portrait de
M. Boucher , deffiné par M. Cochin ,
Gravure ,
Mufique ,
153
ibid.
158
Clavecin oculaire , Lettre de M. Rondet , &c. 160
Médailles. Deviles pour les Jettons du premier
Janvier 1755 ,
163
Architecture , 167
Manufactures ,
175
ART. V. SPECTACL
Opéra ,
177
Comédie Françoife ,
ibid.
Comédie Italienne , 179
Extrait de Ninette à la Cour , 180
Opéra Comique , 193
Spectacle de M. Servandoni , ibid.
Concerts Spirituels ,
194
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres ,
197
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Lettre de l'Intérêt public , & Réponse à cette Let-
201
tre >
Morts ,
Avis ,
206
208
211
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Résumé : TABLES DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles divisée en six sections principales. L'Article Premier rassemble des pièces fugitives en vers et en prose, telles que des épîtres, des dialogues, des odes, des fragments, des contes moraux, des énigmes et des logogryphes. Il inclut des réflexions sur le goût, des progrès de la musique française, et des vers dédiés à diverses personnes. L'Article II traite des nouvelles littéraires, avec des extraits et des indications de livres nouveaux, ainsi qu'une séance publique de la Société royale de Nancy. L'Article III couvre les sciences et les belles-lettres, incluant des lettres sur la physique, la géométrie, la métallurgie, et des séances publiques de sociétés littéraires. L'Article IV est consacré aux beaux-arts, avec des sections sur la peinture, la gravure, la musique, les médailles, l'architecture, et les manufactures. L'Article V aborde les spectacles, incluant l'opéra, la comédie française et italienne, l'opéra comique, et les concerts spirituels. Enfin, l'Article VI présente des nouvelles étrangères, des nouvelles de la cour et de Paris, des lettres sur l'intérêt public, ainsi que des avis et des annonces de décès.
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9826
p. 214
« La Chanson notée doit regarder la page 54. Les Médailles [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 54. Les Médailles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 54. Les Médailles [...] »
La Chanson notée doit regarder la page 54
Les Médailles doivent fe mettre entre les pages 164
& 165.
Les Médailles doivent fe mettre entre les pages 164
& 165.
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9827
p. 214
« De l'Imprimerie de Ch.A.Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch.A.Jombert. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Ch.A.Jombert. [...] »
De l'Imprimerie de Ch. A. JoMBERT.
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9828
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eſt chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier-Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis du
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 30 fols , & l'on payera
d'avance , en s'abonnant , 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes. Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols , fe payeront avec l'année qui les
Suivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
Fenvoyera par la pofte , payeront 3x livres
10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront que 30 fols par
volume , & 21 livres d'avance , en s'abonnant
pour l'année , fans les extraordinaires.
Les Libraires des provinces on des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mer-
A ij
T
cure , écriront à l'adresse ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la poffe , enpayant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que lepayement en foit fait d'avance au
Bureau
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Eutton ; & ik obfervera
de rester à fon Burean les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque ſemaine, aprèsmidi.
On peut feprocurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , les Livres qu'ils
annoncent , & tous autres généralement.
LE Bureau du Mercure eſt chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier-Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis du
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 30 fols , & l'on payera
d'avance , en s'abonnant , 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes. Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols , fe payeront avec l'année qui les
Suivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
Fenvoyera par la pofte , payeront 3x livres
10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront que 30 fols par
volume , & 21 livres d'avance , en s'abonnant
pour l'année , fans les extraordinaires.
Les Libraires des provinces on des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mer-
A ij
T
cure , écriront à l'adresse ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la poffe , enpayant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que lepayement en foit fait d'avance au
Bureau
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Eutton ; & ik obfervera
de rester à fon Burean les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque ſemaine, aprèsmidi.
On peut feprocurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , les Livres qu'ils
annoncent , & tous autres généralement.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant l'abonnement au Mercure, une publication périodique. Le Bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier-commis au Greffe Civil du Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres francs de port à M. Lutton, qui les transmettra à M. de Boissy, l'auteur du Mercure. Le prix d'un volume est de 30 sols. Un abonnement annuel pour quatorze volumes coûte 21 livres à l'avance. Les volumes extraordinaires sont facturés 30 sols et seront payés avec l'année suivante. Les résidents de province peuvent s'abonner en payant 33 livres 10 sols à l'avance et recevront les volumes francs de port. Ceux qui préfèrent prendre en charge les frais de port paieront 30 sols par volume et 21 livres pour l'abonnement annuel, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire à l'adresse indiquée pour obtenir le Mercure. Les personnes de province sont priées d'envoyer le paiement de leur abonnement par la poste ou de donner des instructions pour un paiement anticipé. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible pour répondre aux questions les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Il est également possible de se procurer d'autres journaux et livres annoncés dans le Mercure via le Bureau du Mercure.
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9829
p. 5-6
A M. LE COMTE D'ARGENSON, En lui présentant un manuscrit des médaillons, sur les campagnes du Roi.
Début :
A qui pourrois-je mieux offrir [...]
Mots clefs :
Jupiter, Pallas, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LE COMTE D'ARGENSON, En lui présentant un manuscrit des médaillons, sur les campagnes du Roi.
A M. LE COMTE D'ARGENSON,
En lui préfentant un manuſcrit des médaillons
, fur les campagnes du Roi.
A qui pourrois-je mieux offrir
Çes vers , fruit du repos que vos foins ont fait
naître ?
Vous aimez les beaux arts , vous les faites fleurir ;
Vous les exerceriez en maître :
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Mais , pour notre bonheur , vous manquez de
loifir.
C'eft ainfi que Pallas , des arts qu'elle difpenfe ,
Prépare les nobles fuccès ;
Un feul de fes regards oft une récompenſe ;
Le génie , ou s'annonce , ou croît par fes bien-
1 faits :
Adoptez avec elle une autre reffemblance.
Quand Jupiter , du haut des Cieux ,
Renverfoit des Titans la redoutable engeance ;
La Victoire , à pas lents , rendoit le calme aux
"
Dieux.
Pallas , prit foin de leur vengeance ;
La Foudre entre fes mains fit connoître en tous
lieux ,
2. Et Jupiter , & fa puiffance. ,
L'ame des grands fuccès , des exploits glorieux ;
C'eft le confeil & la prudence.
En lui préfentant un manuſcrit des médaillons
, fur les campagnes du Roi.
A qui pourrois-je mieux offrir
Çes vers , fruit du repos que vos foins ont fait
naître ?
Vous aimez les beaux arts , vous les faites fleurir ;
Vous les exerceriez en maître :
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Mais , pour notre bonheur , vous manquez de
loifir.
C'eft ainfi que Pallas , des arts qu'elle difpenfe ,
Prépare les nobles fuccès ;
Un feul de fes regards oft une récompenſe ;
Le génie , ou s'annonce , ou croît par fes bien-
1 faits :
Adoptez avec elle une autre reffemblance.
Quand Jupiter , du haut des Cieux ,
Renverfoit des Titans la redoutable engeance ;
La Victoire , à pas lents , rendoit le calme aux
"
Dieux.
Pallas , prit foin de leur vengeance ;
La Foudre entre fes mains fit connoître en tous
lieux ,
2. Et Jupiter , & fa puiffance. ,
L'ame des grands fuccès , des exploits glorieux ;
C'eft le confeil & la prudence.
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Résumé : A M. LE COMTE D'ARGENSON, En lui présentant un manuscrit des médaillons, sur les campagnes du Roi.
L'auteur dédie un manuscrit de médaillons relatifs aux campagnes du Roi à M. le Comte d'Argenston. Il exprime sa gratitude pour le repos accordé par les faveurs du comte et souligne son amour pour les beaux-arts. Le comte est comparé à Pallas, déesse des arts, et à Jupiter, symbolisant la force et la prudence nécessaires aux grands succès.
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9830
p. 9-17
ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS. PREMIERE FEUILLE PERIODIQUE.
Début :
- Biens Seigneuriaux à vendre & à louer. Plusieurs femmes de qualité proposent [...]
Mots clefs :
Femmes, Jeunes gens, Esprit, Changes, Biens seigneuriaux, Maisons, Charges, Offices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS. PREMIERE FEUILLE PERIODIQUE.
ANNONCES ,
AFFICHES
ET AKIS
DIVERS.
4
PREMIERE FEUILLE PERIO DI QUE,
-Biens Seigneuriaux à vendre & à louer.
Lufieurs femmes de qualité
propofent
Plufieurs
ris , des fantaiſies , que le public promet
de recevoir comme des ridicules de la
des
dernieres . ! rang
弹
part
Quatre femmes du bon ton promet→
tent d'aller avec pareil nombre de femmes
de la haute
bourgeoifie à l'opéra , en
grande loge , à condition qu'elles trouveront
au retour grand fouper , concect
Italien , & qu'elles prieront les hommes.
¿ Plufieurs jeunes
Seigneurs offrent à quels
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ques riches particuliers d'aller avec eux
en cabriolet , & de leur ferrer la main en
plein théatre , à condition que ces derniers
prêteront de l'argent aux autres , &
voudront bien fervir de peres à de jeunes
orphelines , dont le fort eft tout -à- fait touchant..
Un vieux gentilhomme
qui autrefois
a poffédé une très -belle terre , & qui n'a
perpour
tout défaut que d'être ruiné &
clus , cherche une fille de fortune qui ait
feulement cent mille livres de rente & de
la figure.
Plufieurs perfonnes de qualité des deux
fexes enfeignent l'art de parler fans rien
dire , & de rendre frivoles les chofes du
monde les plus férieufes , on en fera quitde
raifon par tête .
te pour un peu
Biens en roture à vendre & à louer.
On trouve chez plufieurs femmes de la
haute bourgeoisie
un grand nombre de ridicules
, provenant des femmes de qualité
; mais on craint que les premieres : ne
les gardent.
Les gens d'une certaine façon trouveront
tous les Dimanches un très-grand dîner
dans plufieurs bonnes maifons des
rues Saint Denis , Saint Martin & autres ; .
MA I. 1755. II
on y chantera des airs de Lully : les Demoifelles
joueront du clavecin , fi elles en
fçavent jouer , & les petits enfans récite-
- ront une fable de La Fontaine. On demande
que les convives aient une charge ,
ou du moins un carroffe à un cheval.
"
Quelques petits particuliers propofent
de troquer la fortune de leurs peres contre
un grand chapeau à plumet , afin d'être
des hommes de condition .
Maifons & emplacemens à vendre & à louer .
Plufieurs loges à la foire Saint Germain
,
propres
à montrer les bêtes fingulieres
qui fe trouvent à Paris.
Plufieurs petites maiſons dans les Faubourgs
de Paris , occupées ci - devant par
des jeunes gens qui fe font retirés du monde
pour penfer à leur fanté.
Un grand nombre d'appartemens aux
Petites-Maiſons , très-propres à loger les
gens à projets , à fyftêmes , & c.
Un grand emplacement au midi propre
bâtir un mur pour placer les nouvelliftes
du petit Collége.
Charges & offices à vendre.
Office d'un homme à la mode à vendre
pour un ridicule. Myli ang sa
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
•
Plufieurs charges lucratives que le luxe
promet de rendre honorables , à vendre
au poids de l'or.
Offices de flateur à vendre .
Office d'honnête homme à donner.
Charge de courtisan à vendre pour un
billet de lotterie.
Charge de plaifant à troquer contre
l'ennemi...
Charge de bel-efprit à vendre pour un
peu de fumée.
Il y a plufieurs charges de vrais amis à
vendre ; mais l'on ne trouve point d'acquereurs
, attendu les defagrémens qu'entraîne
une telle emplette.
Avis divers.
On avertit ceux qui voudront des ridicules
, qu'ils en trouveront à choifir chez
les perfonnes à la mode des deux fexes.
On avertit les femmes qui ont paffe un
certain âge , de ne plus mettre de fleurs
dans leurs cheveux ; & de grandir infenfiblement
leurs bonnets. On les prie de
mettre deux gros de bon efprit à la place
des fleurs . On avertit les maris d'être polis
& complaifans chez eux.
On avertit les bonnes bourgeoifes de
ne pas négliger leur ménage pour don
M A I. 1755. 13
f
ner des bals & des concerts , & de retrancher
les vis-à-vis , les culs-de- finges ,
&c.
On avertit les jeunes gens de s'occuper
à lire le matin , plutôt que de courir les
rues fans projet. On les prie , quand ils
fortiront en froc & en manchon de loup ,
d'avoir au moins une chemife blanche.
On prie les enfans de Paris de laiffer ce
ridicule aux gens de qualité.
On recommande aux perfonnes qui ont
la manie de fe croire bonne compagnie
d'apprendre au moins à parler François.
On avertit les femmes qui ont de l'efprit
& de l'ufage , de former nos jeunes
gens , au lieu d'applaudir à leurs ridicules
On avertit les hommes en général d'étudier
au moins deux heures par ſemaine ,
afin de ne pas oublier à lire.
On avertit ceux qui font des livres de
vers , de la mufique , des tableaux pour
leur plaifir , d'en faire auffi pour celui des
autres , ou de cacher leurs talens . On
avertit les jeunes gens dont l'état demande
une certaine gravité , d'avoir des chevaux
moins brillans , & un mérite plus folide.
On avertit les jeunes gens de raccourcir
leurs tailles , & de chauffer leurs talons.
Il y a un défi entre les femmes de la
cour & celles de la ville , à qui aura les
14 MERCURE DE FRANCE.
plus belles
parures
& les plus beaux
équi
pages
; on attend
l'événement
. Plufieurs
petits
particuliers
avertiffent
qu'ils protegent
depuis
midi jufqu'à
leur coucher
. On avertit
les fçavans
en tout genre
, d'être ce qu'on appelle
à leur place. Nous
aver- tiffons
les hommes
en général
de ne pas fe croire
fuperieurs
aux femmes
, s'ils ne le
font réellement
. On avertit
les femmes
,
malgré
ce qu'en
dit Moliere
, de lire de bons livres , afin de faire de bonnes
réfle- xions ; on les prie de croire qu'elles
font propres
à autre chofe
qu'à être jolies. On avertit
les jeunes
femmes
de moins
danfer & de dormir
davantage
. On avertit
les jeunes
gens d'attendre
au moins
à quarante
ans pour être des vieillards
.
. On a découvert un mari & une femme
qui s'aiment & s'eftiment depuis huit
ans ; on nous promet une differtation fur
ce prodige.
Demandes particulieres.
Un homme de qualité demande le moyen
de bannir l'ennui. Une femme de la cour
demande s'il eft vrai qu'il y ait eu des
mariages d'inclination . Une femme de qualité
demande une fille de compagnie , qui
fçache louer. Un vieillard cherche une
M. A I. 1755. 15
jeune fille qui foit amoureufe de lui ; il
lui donnera un état , des diamans , & lui
racontera tous les foirs l'hiftoire de fa jeuneffe.
Plufieurs bons bourgeois demandent
un fecret pour empêcher leurs femmes de
fe donner en fpectacle.
...Un
Un homme qui n'a pas le bon ton de
-mande, un maître à penfer pour fes enfans
, & promet de le payer autant qu'un
maître à danſer.
Plufieurs femmes demandent qu'il leur
foit permis de penfer auffi bien que les
hommes , & quelquefois mieux.
7 Un certain nombre de maris demandent
la permiffion d'aimer leurs femmes , fans
pour cela devenir ridicules. On prie les
jeunes gens à la mode de ne pas déchirer la
réputation des femmes ; on avertit cellesci
de n'y pas donner fujet.
Un homme fans fortune demande la
permiffion de fe trouver heureux. Un milionnaire
demande s'il eft vrai qu'on puifle
l'être.
Spectacles.
Il y aura cet été fur le Boulevard deux
mille cabriolets , autant de diables & de
culs- de- finges . Tous les petits- maîtres des
deux fexes , plufieurs convalefcens , beaucoup
de nourrices , les arrofaires de M.
16 MERCURE DE FRANCE. /
Outrequin , & quelques dévotes pour
critiquer le tout.
On y verra la nuit des femmes en perites
robes , & des maris avec une mine allongée.
Toutes les femmes qui ne fe piquent
pas de taille , refteront dans leurs
voitures , faifant des noeuds & des révérences
plus ou moins profondes , relativement
à la qualité des gens falués.
Mariages.
Il s'eft fait plufieurs marchés auxquels
on a donné le nom de mariages.
Une dévote s'eft mariée pour faire le
falut d'un homme beau & bienfait.
Une jeune fille vient d'époufer une
charge.
Un jeune homme s'eft marié à un coffrefort.
Un vieillard vient d'époufer un joli vifage.
Un homme fingulier s'eft marié pour
lui.
Enterremen's.
Un fot eft mort pour s'être connu .
Un bel efprit pour avoir entendu fiffler
vis - à- vis de fon cabinet.
Un écuyer eft mort d'une chûte de
cheval.
MAL 1755•
17
Un maître-d'armes d'un coup d'épée,
Un millionnaire eft mort de faim.
Un indigent d'indigeſtion.
Cours de changes & effets commerçables:
Depuis quelque tems la vertu , les bonnes
moeurs perdent beaucoup fur la place.
L'ambition & le luxe font dans la plus
grande valeur.
Le bel efprit eft à cent pour dix.
Le bon efprit à dix pour cent.
Changes.
L'honneur
Le bonheur
pour
l'or.
pour l'opinion.
Les
graces
L'efprit
pour les minauderies.
pour le jargon.
Le jugement pour l'efprit.
Le goût pour la mode.
La volupté pour la débauche.
Les plaifirs pour les vices.
Nous efperions de donner la continuation
de ces feuilles , mais on nous affure
que les ridicules & les vices vont devenir
firares à Paris qu'il nous feroit impoffible
de trouver dequoi remplir notre projet.
AFFICHES
ET AKIS
DIVERS.
4
PREMIERE FEUILLE PERIO DI QUE,
-Biens Seigneuriaux à vendre & à louer.
Lufieurs femmes de qualité
propofent
Plufieurs
ris , des fantaiſies , que le public promet
de recevoir comme des ridicules de la
des
dernieres . ! rang
弹
part
Quatre femmes du bon ton promet→
tent d'aller avec pareil nombre de femmes
de la haute
bourgeoifie à l'opéra , en
grande loge , à condition qu'elles trouveront
au retour grand fouper , concect
Italien , & qu'elles prieront les hommes.
¿ Plufieurs jeunes
Seigneurs offrent à quels
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ques riches particuliers d'aller avec eux
en cabriolet , & de leur ferrer la main en
plein théatre , à condition que ces derniers
prêteront de l'argent aux autres , &
voudront bien fervir de peres à de jeunes
orphelines , dont le fort eft tout -à- fait touchant..
Un vieux gentilhomme
qui autrefois
a poffédé une très -belle terre , & qui n'a
perpour
tout défaut que d'être ruiné &
clus , cherche une fille de fortune qui ait
feulement cent mille livres de rente & de
la figure.
Plufieurs perfonnes de qualité des deux
fexes enfeignent l'art de parler fans rien
dire , & de rendre frivoles les chofes du
monde les plus férieufes , on en fera quitde
raifon par tête .
te pour un peu
Biens en roture à vendre & à louer.
On trouve chez plufieurs femmes de la
haute bourgeoisie
un grand nombre de ridicules
, provenant des femmes de qualité
; mais on craint que les premieres : ne
les gardent.
Les gens d'une certaine façon trouveront
tous les Dimanches un très-grand dîner
dans plufieurs bonnes maifons des
rues Saint Denis , Saint Martin & autres ; .
MA I. 1755. II
on y chantera des airs de Lully : les Demoifelles
joueront du clavecin , fi elles en
fçavent jouer , & les petits enfans récite-
- ront une fable de La Fontaine. On demande
que les convives aient une charge ,
ou du moins un carroffe à un cheval.
"
Quelques petits particuliers propofent
de troquer la fortune de leurs peres contre
un grand chapeau à plumet , afin d'être
des hommes de condition .
Maifons & emplacemens à vendre & à louer .
Plufieurs loges à la foire Saint Germain
,
propres
à montrer les bêtes fingulieres
qui fe trouvent à Paris.
Plufieurs petites maiſons dans les Faubourgs
de Paris , occupées ci - devant par
des jeunes gens qui fe font retirés du monde
pour penfer à leur fanté.
Un grand nombre d'appartemens aux
Petites-Maiſons , très-propres à loger les
gens à projets , à fyftêmes , & c.
Un grand emplacement au midi propre
bâtir un mur pour placer les nouvelliftes
du petit Collége.
Charges & offices à vendre.
Office d'un homme à la mode à vendre
pour un ridicule. Myli ang sa
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
•
Plufieurs charges lucratives que le luxe
promet de rendre honorables , à vendre
au poids de l'or.
Offices de flateur à vendre .
Office d'honnête homme à donner.
Charge de courtisan à vendre pour un
billet de lotterie.
Charge de plaifant à troquer contre
l'ennemi...
Charge de bel-efprit à vendre pour un
peu de fumée.
Il y a plufieurs charges de vrais amis à
vendre ; mais l'on ne trouve point d'acquereurs
, attendu les defagrémens qu'entraîne
une telle emplette.
Avis divers.
On avertit ceux qui voudront des ridicules
, qu'ils en trouveront à choifir chez
les perfonnes à la mode des deux fexes.
On avertit les femmes qui ont paffe un
certain âge , de ne plus mettre de fleurs
dans leurs cheveux ; & de grandir infenfiblement
leurs bonnets. On les prie de
mettre deux gros de bon efprit à la place
des fleurs . On avertit les maris d'être polis
& complaifans chez eux.
On avertit les bonnes bourgeoifes de
ne pas négliger leur ménage pour don
M A I. 1755. 13
f
ner des bals & des concerts , & de retrancher
les vis-à-vis , les culs-de- finges ,
&c.
On avertit les jeunes gens de s'occuper
à lire le matin , plutôt que de courir les
rues fans projet. On les prie , quand ils
fortiront en froc & en manchon de loup ,
d'avoir au moins une chemife blanche.
On prie les enfans de Paris de laiffer ce
ridicule aux gens de qualité.
On recommande aux perfonnes qui ont
la manie de fe croire bonne compagnie
d'apprendre au moins à parler François.
On avertit les femmes qui ont de l'efprit
& de l'ufage , de former nos jeunes
gens , au lieu d'applaudir à leurs ridicules
On avertit les hommes en général d'étudier
au moins deux heures par ſemaine ,
afin de ne pas oublier à lire.
On avertit ceux qui font des livres de
vers , de la mufique , des tableaux pour
leur plaifir , d'en faire auffi pour celui des
autres , ou de cacher leurs talens . On
avertit les jeunes gens dont l'état demande
une certaine gravité , d'avoir des chevaux
moins brillans , & un mérite plus folide.
On avertit les jeunes gens de raccourcir
leurs tailles , & de chauffer leurs talons.
Il y a un défi entre les femmes de la
cour & celles de la ville , à qui aura les
14 MERCURE DE FRANCE.
plus belles
parures
& les plus beaux
équi
pages
; on attend
l'événement
. Plufieurs
petits
particuliers
avertiffent
qu'ils protegent
depuis
midi jufqu'à
leur coucher
. On avertit
les fçavans
en tout genre
, d'être ce qu'on appelle
à leur place. Nous
aver- tiffons
les hommes
en général
de ne pas fe croire
fuperieurs
aux femmes
, s'ils ne le
font réellement
. On avertit
les femmes
,
malgré
ce qu'en
dit Moliere
, de lire de bons livres , afin de faire de bonnes
réfle- xions ; on les prie de croire qu'elles
font propres
à autre chofe
qu'à être jolies. On avertit
les jeunes
femmes
de moins
danfer & de dormir
davantage
. On avertit
les jeunes
gens d'attendre
au moins
à quarante
ans pour être des vieillards
.
. On a découvert un mari & une femme
qui s'aiment & s'eftiment depuis huit
ans ; on nous promet une differtation fur
ce prodige.
Demandes particulieres.
Un homme de qualité demande le moyen
de bannir l'ennui. Une femme de la cour
demande s'il eft vrai qu'il y ait eu des
mariages d'inclination . Une femme de qualité
demande une fille de compagnie , qui
fçache louer. Un vieillard cherche une
M. A I. 1755. 15
jeune fille qui foit amoureufe de lui ; il
lui donnera un état , des diamans , & lui
racontera tous les foirs l'hiftoire de fa jeuneffe.
Plufieurs bons bourgeois demandent
un fecret pour empêcher leurs femmes de
fe donner en fpectacle.
...Un
Un homme qui n'a pas le bon ton de
-mande, un maître à penfer pour fes enfans
, & promet de le payer autant qu'un
maître à danſer.
Plufieurs femmes demandent qu'il leur
foit permis de penfer auffi bien que les
hommes , & quelquefois mieux.
7 Un certain nombre de maris demandent
la permiffion d'aimer leurs femmes , fans
pour cela devenir ridicules. On prie les
jeunes gens à la mode de ne pas déchirer la
réputation des femmes ; on avertit cellesci
de n'y pas donner fujet.
Un homme fans fortune demande la
permiffion de fe trouver heureux. Un milionnaire
demande s'il eft vrai qu'on puifle
l'être.
Spectacles.
Il y aura cet été fur le Boulevard deux
mille cabriolets , autant de diables & de
culs- de- finges . Tous les petits- maîtres des
deux fexes , plufieurs convalefcens , beaucoup
de nourrices , les arrofaires de M.
16 MERCURE DE FRANCE. /
Outrequin , & quelques dévotes pour
critiquer le tout.
On y verra la nuit des femmes en perites
robes , & des maris avec une mine allongée.
Toutes les femmes qui ne fe piquent
pas de taille , refteront dans leurs
voitures , faifant des noeuds & des révérences
plus ou moins profondes , relativement
à la qualité des gens falués.
Mariages.
Il s'eft fait plufieurs marchés auxquels
on a donné le nom de mariages.
Une dévote s'eft mariée pour faire le
falut d'un homme beau & bienfait.
Une jeune fille vient d'époufer une
charge.
Un jeune homme s'eft marié à un coffrefort.
Un vieillard vient d'époufer un joli vifage.
Un homme fingulier s'eft marié pour
lui.
Enterremen's.
Un fot eft mort pour s'être connu .
Un bel efprit pour avoir entendu fiffler
vis - à- vis de fon cabinet.
Un écuyer eft mort d'une chûte de
cheval.
MAL 1755•
17
Un maître-d'armes d'un coup d'épée,
Un millionnaire eft mort de faim.
Un indigent d'indigeſtion.
Cours de changes & effets commerçables:
Depuis quelque tems la vertu , les bonnes
moeurs perdent beaucoup fur la place.
L'ambition & le luxe font dans la plus
grande valeur.
Le bel efprit eft à cent pour dix.
Le bon efprit à dix pour cent.
Changes.
L'honneur
Le bonheur
pour
l'or.
pour l'opinion.
Les
graces
L'efprit
pour les minauderies.
pour le jargon.
Le jugement pour l'efprit.
Le goût pour la mode.
La volupté pour la débauche.
Les plaifirs pour les vices.
Nous efperions de donner la continuation
de ces feuilles , mais on nous affure
que les ridicules & les vices vont devenir
firares à Paris qu'il nous feroit impoffible
de trouver dequoi remplir notre projet.
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Résumé : ANNONCES, AFFICHES ET AVIS DIVERS. PREMIERE FEUILLE PERIODIQUE.
En mai 1755, le Mercure de France publiait diverses annonces et avis reflétant la société de l'époque. Le document incluait des offres de biens seigneuriaux et en roture à vendre ou à louer, ainsi que des annonces de charges et d'offices disponibles. Parmi les annonces notables, on trouvait des propositions de sorties à l'opéra, des offres de services de pères pour jeunes orphelines, et des recherches de partenaires fortunés. Le texte mentionnait également des ridicules et des modes de la société, comme l'art de parler sans rien dire ou l'importance des apparences. Des avis divers conseillaient sur les comportements à adopter, notamment pour les femmes, les jeunes gens et les enfants. Le document se terminait par des annonces de spectacles, de mariages et d'enterrements, ainsi que des cours de changes et des effets commerçables. Ces éléments illustraient les valeurs et les priorités de la société de l'époque, mettant en lumière les aspects économiques, sociaux et culturels.
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9831
p. 18-20
STANCES A MLLE ***
Début :
De zéphir l'haleine légere [...]
Mots clefs :
Amour, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES A MLLE ***
STANCES A MLLE ***
DEE zéphir l'haleine légere
Tempéroit les âpres chaleurs ;
Je m'amufois dans un parterre
A cueillir différentes fleurs.
Non loin étoit un lieu fauvage
Qu'un ruiffeau rendoit toujours frais ,
Et que plufieurs mýrtes épais
Couronnoient de leur verd feuillage.
P'approche , Iris , de cès boſquets ;
J'y vois le Dieu de la tendreffe
Qui , pour adoucir ma rudeffe ,
Aiguifoit méchamment les traits.
En vain , lui dis-je , de mon ame
Tu veux troubler la liberté ;
Une infenfible oifiveté
Vaut mieux que la plus vivė flamme.
M A I. 1755. 19
J'ai fçu , répond- il , tour -à-tour
Sur les Dieux gagner la victoire
Quel mortel ne mettroit fa gloire
A fentir les feux de l'amour ?
Ne fuis point un cher esclavage ;
Aime , mais tâche d'être aimé
De l'objet qui t'aura charmé ;
C'eft la fageffe de ton âge.
溺
Eh ! pourquoi gêner fes defirs ?
Ce font les biens de la jeuneffe.
Hélas ! le froid de la vieilleffe
Détruit affez tôt vos plaifirs.
Rends les armes à la plus belle ,
A tes yeux j'en laiffe le choix ;
Si tu la fléchis une fois ,
Ne lui deviens pas infidele.
Vous venez , Iris , dans ces lieux ;
Je vous vois , je rougis , foupire.
Je fens trop pour pouvoir rien dire ;
Mon trouble découvre mes feux.
20 MERCURE DE FRANCE.
N'allez point , par un air fevere ,
Me témoigner votre courroux ;
Notre bonhear dépend de vous ?
Voyez fi vous voulez le faire .
11. A
*
Exaucez aujourd'hui mes voeux !
Ce n'eft que pour les inhumaines
Que l'amour réferve fes peines .
Etre tendre , c'est être heureux.
Vons joignez le double avantage
De l'efprit & de la beauté ;
Et vous pourriez par la fierté
Ternir un fi rare aflemblage.
Cedez , & ne mépriſez pas
De mon coeur le fincere hommages
Si vous craignez qu'il foit volage ,
Ofez confulter vos appas.
Ad .... D'Arp ...
DEE zéphir l'haleine légere
Tempéroit les âpres chaleurs ;
Je m'amufois dans un parterre
A cueillir différentes fleurs.
Non loin étoit un lieu fauvage
Qu'un ruiffeau rendoit toujours frais ,
Et que plufieurs mýrtes épais
Couronnoient de leur verd feuillage.
P'approche , Iris , de cès boſquets ;
J'y vois le Dieu de la tendreffe
Qui , pour adoucir ma rudeffe ,
Aiguifoit méchamment les traits.
En vain , lui dis-je , de mon ame
Tu veux troubler la liberté ;
Une infenfible oifiveté
Vaut mieux que la plus vivė flamme.
M A I. 1755. 19
J'ai fçu , répond- il , tour -à-tour
Sur les Dieux gagner la victoire
Quel mortel ne mettroit fa gloire
A fentir les feux de l'amour ?
Ne fuis point un cher esclavage ;
Aime , mais tâche d'être aimé
De l'objet qui t'aura charmé ;
C'eft la fageffe de ton âge.
溺
Eh ! pourquoi gêner fes defirs ?
Ce font les biens de la jeuneffe.
Hélas ! le froid de la vieilleffe
Détruit affez tôt vos plaifirs.
Rends les armes à la plus belle ,
A tes yeux j'en laiffe le choix ;
Si tu la fléchis une fois ,
Ne lui deviens pas infidele.
Vous venez , Iris , dans ces lieux ;
Je vous vois , je rougis , foupire.
Je fens trop pour pouvoir rien dire ;
Mon trouble découvre mes feux.
20 MERCURE DE FRANCE.
N'allez point , par un air fevere ,
Me témoigner votre courroux ;
Notre bonhear dépend de vous ?
Voyez fi vous voulez le faire .
11. A
*
Exaucez aujourd'hui mes voeux !
Ce n'eft que pour les inhumaines
Que l'amour réferve fes peines .
Etre tendre , c'est être heureux.
Vons joignez le double avantage
De l'efprit & de la beauté ;
Et vous pourriez par la fierté
Ternir un fi rare aflemblage.
Cedez , & ne mépriſez pas
De mon coeur le fincere hommages
Si vous craignez qu'il foit volage ,
Ofez confulter vos appas.
Ad .... D'Arp ...
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Résumé : STANCES A MLLE ***
Le texte est un poème d'amour adressé à une demoiselle. Le narrateur se promène dans un jardin et rencontre le dieu de la tendresse, qui tente de troubler son âme. Initialement, le narrateur préfère une insensibilité tranquille à une passion ardente. Le dieu de la tendresse vante alors les mérites de l'amour, encourageant le narrateur à aimer et à être aimé, soulignant que c'est la sagesse de la jeunesse. Le narrateur exprime ses désirs et ses craintes, reconnaissant la beauté et l'esprit de la demoiselle. Il lui demande de ne pas mépriser ses hommages sincères et de ne pas craindre son inconstance, l'invitant à considérer ses charmes. Le poème se conclut par une supplique à la demoiselle de répondre favorablement à ses vœux, insistant sur le bonheur que l'amour tendre peut apporter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9832
p. 21-26
LA FORTUNE ET L'ESPERANCE. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Trop avides d'un sort heureux, [...]
Mots clefs :
Espérance, Yeux, Fortune, Gloire, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FORTUNE ET L'ESPERANCE. FABLE ALLEGORIQUE.
LA FORTUNE ET L'ESPERANCE.
FABLE ALLEGORIQUE.
TRop avides d'un fort heureux ,
L'Efpérance a toujours nos foupirs & nos voeux,
Loin d'affranchir nos coeurs de cette ardeur com-
1
mune ,
Tous les trésors de la Fortune
Ne font qu'en irriter les feux,
Sans interroger la chronique ,
Sur cette vérité tous les yeux font ouverts ;
Un apologue allégorique
En offre un exemple en ces vers ...
La Fortune avec l'Espérance
Se difputoient l'honneur de régir l'univers ;
Et pour finir la concurrence ,
Vouloient , en arbitres experts !
Juger de leur propre excellence...
Qu'oppofez -vous à mes bienfaits ,
Dit la Fortune à fa rivale ş
Depuis la rive orientale
Jufqu'aux bords où le jour précipite fes traits ,
On refpire pour mes attraits .
Je ne puis dévorer le dépit qui m'excede ;
Je fuis laffe de voir Prélat & Conquérant ,
22 MERCURE DE FRANCE,
Jufqu'au plus ignoble bipede ,
Me fufciter un différend.
11 fuffit qu'un mortel , en fa vaine cervelle ,
Raifonne en téméraire , & s'égare en projets ;
Vous fafcinez fes yeux d'une couleur fi belle ,
Qu'il s'épuife en efforts fans regle ni fuccès.
Vous faites la bévûe , il en a les regrets ;
Et moi j'effuie une querelle.
C'est trop d'impertinens procès.
Peut- être qu'à fes yeux votre audace s'exerce :
Mais pour regner , en vous fuyant ,
Je romps avec vous tout commerce.
C'eft un mauvais expédient ,
Dit l'Espérance , en fouriant .
Ma voix , dans tous les coeurs , fait germer le
courage :
Les hommes font émus à mes confeils flatteurs ;
Un feul de mes regards les charme & les engage.
De l'infortune enfin j'appaiſe les douleurs
Par un enchantement durable.
Je me fers à propos d'un peu d'illuſion.
A travers un prifme agréable ,
Je préſente un attrait à chaque paffion,
Par une vive enluminure
Je déguiſe le naturel ;
Et dans une aimable impoſture
Je leur forme un plaifir réel,
Admirez le roſeau fragile ,
MAI 1755. 23
Qui brave la tempête , & demeure immobile :
Le mortel inconnu , fans état , fans amis ,
N'ayant pour tout tréfor qu'un mérite ſtérile ;
A mes loix fon efprit docile ,
A toutes vos rigueurs n'eft point encor foumis ;
Digérant fa diſgrace avec une ame fiere ,
Ce nouvel Epictete affis dans la pouffiere ,
Envifage un bonheur qu'il efpere obtenir ;
Et tout chargé de ſa miſere , ·
Savourant la douceur d'une gloire à venir
A d'immortels honneurs croit déja parvenir ,
Et fourit à cette chimere.
Tant pis , dit la Fortune , il ſourit à ſes maux :
Attendez que le tems lui marque vos défauts
Vous jouirez de ſa ſurpriſe ;
Et vous verrez , je le prédis ,
Le plus cher de vos favoris ,
Ennuyé du preſtige , abjurer fa mépriſe.
Eh , quoi ! rien d'effectif , & tout en fiction !.
L'eſpoir , fans la difcrétion ,
N'eft qu'une fievre qui confume ;
Et tous les feux folets de cette illufion
Ne valent pas en fomme un rayon de fortune,
Elle dit , & part à ces mots.
Loin d'une rivale importune ,
Elle étale fa pompe au féjour des héros,
Mais ces tréfors fans l'Espérance ,
N'avoient plus les mêmes attraits ,
Un courtisan dans l'opulence ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Rêvait à fes deffeins au fond de fon palais :
C'eft moi , dit la Déeffe ; adorez mes bienfaits.
L'esclave fortuné faupire à la préſence :
Mais replongé dans le filence ,
Voyant borner le cours de fes vaſtes projets ,
Il ouvre fon coeur aux regrets ;
Ne refpirant qu'après la gloire ,
Ses rivaux abaiffés euffent fait la victoire ;
Un feul pas , difoit- il , alloit le rendre heureux.
Maisfur lui la Fortune épuifant fes largeſſes ,
Ne pouvoit fuffire à ſes voeux.
Le mépris la vengea de cet impérieux :
Auprès d'un autre ambitieux ,
Elle va perdre fes careffes.
Hélas ! un riche Abbé foupiroit de douleur
De vieillir au fond d'un Chapitre :
H brûloit , il féchoit , & fon humble candeur
Vouloit briller fous une mitre :
Il y préjugeoit fon bonheur.
Un partiſan bouffi , regorgeant de finance ,
Vouloit convertir Por en titrés de grandeur ;
Vifoit aux emplois d'importance :
Point de repos fans cet honneur.:
Un bourgeois rondelet , & tout fleuri d'aifance,
S'infinuoit à pas comptés
Dans le pourpris des dignités :
Sur la vigilance & l'adreffe ,
Dédaignant de fonder fes hautes qualités ,
Il vouloit pour fa gloire & pour les voluptés ,
Acquerir
M A I.
17558 25
'Acquerir àgrands frais un vernis de nobleffe.
Enfin , dans tout un peuple il n'en étoit pas un
Qui ne portât les yeux au- deffus de ſa ſphere :
Et la Fortune avoit beau faire ,
L'eſpoir étoit le Dieu.commun .
Pleine d'un trouble amer , & brûlant de ven
geance ,
La Fortune vers l'Espérance
Tourne fes pas précipités :
Triomphez , lui dit-elle , au milieu des cités ;
Qu'une foule de tributaires ,
D'adorateurs vifionnaires ,
Vous chériffent dès leur printems ,
Et devenus octogénaires ,
Vous confacrent encor les reftes de leurs ans ;
Peu m'importe : regnez trop heureuſe rivale ;
Je n'ai fait que des mécontens ;
J'ai prodigué les dons , vous recevez l'encens ;
Ma lâche complaifance à mes yeux me ravale.
Combien de fois , hélas ! propice aux voeux d'un
fat ,
L'ai-je fubitement environné d'éclat ?
Quel regret , ô Ciel ! me dévore !
Un traitant à mes yeux jouoit le potentat !
L'infecte m'oublioit & murmuroit
encore ,
Au moment que j'aidois à l'ingrate pécore
A s'engraiffer
de péculat .
Ah ! fi.... Mais à quoi bon , au gré de mon
caprice ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Effrayer l'univers & m'en faire juſtice ?
Soit , reprit l'Espérance , armez votre pouvoir.
Mais l'immortalité borne la convoitiſe ,
Et malgré la fureur d'avoir ,
Le coeur prendra pour ſa deviſe ,
Moins defortune & plus d'eſpoir.
FABLE ALLEGORIQUE.
TRop avides d'un fort heureux ,
L'Efpérance a toujours nos foupirs & nos voeux,
Loin d'affranchir nos coeurs de cette ardeur com-
1
mune ,
Tous les trésors de la Fortune
Ne font qu'en irriter les feux,
Sans interroger la chronique ,
Sur cette vérité tous les yeux font ouverts ;
Un apologue allégorique
En offre un exemple en ces vers ...
La Fortune avec l'Espérance
Se difputoient l'honneur de régir l'univers ;
Et pour finir la concurrence ,
Vouloient , en arbitres experts !
Juger de leur propre excellence...
Qu'oppofez -vous à mes bienfaits ,
Dit la Fortune à fa rivale ş
Depuis la rive orientale
Jufqu'aux bords où le jour précipite fes traits ,
On refpire pour mes attraits .
Je ne puis dévorer le dépit qui m'excede ;
Je fuis laffe de voir Prélat & Conquérant ,
22 MERCURE DE FRANCE,
Jufqu'au plus ignoble bipede ,
Me fufciter un différend.
11 fuffit qu'un mortel , en fa vaine cervelle ,
Raifonne en téméraire , & s'égare en projets ;
Vous fafcinez fes yeux d'une couleur fi belle ,
Qu'il s'épuife en efforts fans regle ni fuccès.
Vous faites la bévûe , il en a les regrets ;
Et moi j'effuie une querelle.
C'est trop d'impertinens procès.
Peut- être qu'à fes yeux votre audace s'exerce :
Mais pour regner , en vous fuyant ,
Je romps avec vous tout commerce.
C'eft un mauvais expédient ,
Dit l'Espérance , en fouriant .
Ma voix , dans tous les coeurs , fait germer le
courage :
Les hommes font émus à mes confeils flatteurs ;
Un feul de mes regards les charme & les engage.
De l'infortune enfin j'appaiſe les douleurs
Par un enchantement durable.
Je me fers à propos d'un peu d'illuſion.
A travers un prifme agréable ,
Je préſente un attrait à chaque paffion,
Par une vive enluminure
Je déguiſe le naturel ;
Et dans une aimable impoſture
Je leur forme un plaifir réel,
Admirez le roſeau fragile ,
MAI 1755. 23
Qui brave la tempête , & demeure immobile :
Le mortel inconnu , fans état , fans amis ,
N'ayant pour tout tréfor qu'un mérite ſtérile ;
A mes loix fon efprit docile ,
A toutes vos rigueurs n'eft point encor foumis ;
Digérant fa diſgrace avec une ame fiere ,
Ce nouvel Epictete affis dans la pouffiere ,
Envifage un bonheur qu'il efpere obtenir ;
Et tout chargé de ſa miſere , ·
Savourant la douceur d'une gloire à venir
A d'immortels honneurs croit déja parvenir ,
Et fourit à cette chimere.
Tant pis , dit la Fortune , il ſourit à ſes maux :
Attendez que le tems lui marque vos défauts
Vous jouirez de ſa ſurpriſe ;
Et vous verrez , je le prédis ,
Le plus cher de vos favoris ,
Ennuyé du preſtige , abjurer fa mépriſe.
Eh , quoi ! rien d'effectif , & tout en fiction !.
L'eſpoir , fans la difcrétion ,
N'eft qu'une fievre qui confume ;
Et tous les feux folets de cette illufion
Ne valent pas en fomme un rayon de fortune,
Elle dit , & part à ces mots.
Loin d'une rivale importune ,
Elle étale fa pompe au féjour des héros,
Mais ces tréfors fans l'Espérance ,
N'avoient plus les mêmes attraits ,
Un courtisan dans l'opulence ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Rêvait à fes deffeins au fond de fon palais :
C'eft moi , dit la Déeffe ; adorez mes bienfaits.
L'esclave fortuné faupire à la préſence :
Mais replongé dans le filence ,
Voyant borner le cours de fes vaſtes projets ,
Il ouvre fon coeur aux regrets ;
Ne refpirant qu'après la gloire ,
Ses rivaux abaiffés euffent fait la victoire ;
Un feul pas , difoit- il , alloit le rendre heureux.
Maisfur lui la Fortune épuifant fes largeſſes ,
Ne pouvoit fuffire à ſes voeux.
Le mépris la vengea de cet impérieux :
Auprès d'un autre ambitieux ,
Elle va perdre fes careffes.
Hélas ! un riche Abbé foupiroit de douleur
De vieillir au fond d'un Chapitre :
H brûloit , il féchoit , & fon humble candeur
Vouloit briller fous une mitre :
Il y préjugeoit fon bonheur.
Un partiſan bouffi , regorgeant de finance ,
Vouloit convertir Por en titrés de grandeur ;
Vifoit aux emplois d'importance :
Point de repos fans cet honneur.:
Un bourgeois rondelet , & tout fleuri d'aifance,
S'infinuoit à pas comptés
Dans le pourpris des dignités :
Sur la vigilance & l'adreffe ,
Dédaignant de fonder fes hautes qualités ,
Il vouloit pour fa gloire & pour les voluptés ,
Acquerir
M A I.
17558 25
'Acquerir àgrands frais un vernis de nobleffe.
Enfin , dans tout un peuple il n'en étoit pas un
Qui ne portât les yeux au- deffus de ſa ſphere :
Et la Fortune avoit beau faire ,
L'eſpoir étoit le Dieu.commun .
Pleine d'un trouble amer , & brûlant de ven
geance ,
La Fortune vers l'Espérance
Tourne fes pas précipités :
Triomphez , lui dit-elle , au milieu des cités ;
Qu'une foule de tributaires ,
D'adorateurs vifionnaires ,
Vous chériffent dès leur printems ,
Et devenus octogénaires ,
Vous confacrent encor les reftes de leurs ans ;
Peu m'importe : regnez trop heureuſe rivale ;
Je n'ai fait que des mécontens ;
J'ai prodigué les dons , vous recevez l'encens ;
Ma lâche complaifance à mes yeux me ravale.
Combien de fois , hélas ! propice aux voeux d'un
fat ,
L'ai-je fubitement environné d'éclat ?
Quel regret , ô Ciel ! me dévore !
Un traitant à mes yeux jouoit le potentat !
L'infecte m'oublioit & murmuroit
encore ,
Au moment que j'aidois à l'ingrate pécore
A s'engraiffer
de péculat .
Ah ! fi.... Mais à quoi bon , au gré de mon
caprice ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Effrayer l'univers & m'en faire juſtice ?
Soit , reprit l'Espérance , armez votre pouvoir.
Mais l'immortalité borne la convoitiſe ,
Et malgré la fureur d'avoir ,
Le coeur prendra pour ſa deviſe ,
Moins defortune & plus d'eſpoir.
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Résumé : LA FORTUNE ET L'ESPERANCE. FABLE ALLEGORIQUE.
Le texte 'La Fortune et l'Espérance' est une fable allégorique qui explore la relation entre la Fortune et l'Espérance. Ces deux entités se disputent la régulation de l'univers et décident de juger de leur propre excellence. La Fortune vante ses bienfaits, soulignant que ses attraits sont recherchés à travers le monde et que même les plus humbles la sollicitent. Elle reproche à l'Espérance de créer des illusions et des regrets chez les hommes. L'Espérance affirme qu'elle inspire le courage et apaise les douleurs de l'infortune par des illusions agréables. Elle donne l'exemple d'un homme méconnu qui, grâce à l'espérance, supporte sa misère en espérant une gloire future. La Fortune rétorque que cette espérance est éphémère et que les hommes finissent par se rendre compte de ses défauts. La Fortune étale ensuite sa pompe au séjour des héros, mais reconnaît que ses trésors n'ont plus les mêmes attraits sans l'Espérance. Elle décrit divers personnages, comme un courtisan, un esclave, un abbé, un financier et un bourgeois, tous insatisfaits malgré leurs richesses ou leurs positions, car ils aspirent toujours à plus de gloire ou de dignité. La Fortune, amère et vengeante, admet finalement que l'Espérance règne sur les cœurs des hommes, même après une longue vie. Elle reconnaît que ses dons n'apportent pas le bonheur, contrairement à l'Espérance qui inspire toujours plus d'espoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9833
p. 27-34
SUR LES CONTES.
Début :
Les contes sont un de ces petits ouvrages d'agrément, où les modernes [...]
Mots clefs :
Contes, Jean de La Fontaine, Jacques Vergier, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES CONTES.
SUR LES CONTES.
Es contes font un de ces petits ou
vrages
Lvrages d'agrément , où les modernes
ne doivent rien aux anciens ; on ne connoît
dans l'antiquité que peu de choſe de
ce genre là. C'eft aux Italiens à qui l'invention
en est dûe ; Boccace & le Pogge
en firent d'abord en profe ; l'Ariofte fut le
premier qui en mit en vers ceux de la
Reine de Navarre , de La Fontaine , &
de Vergier , font les meilleurs que nous
ayons dans notre langue. Des aventures
galantes , des féductions de filles encore
novices , des intrigues de moines & de
nones , des ftratagêmes plaifans pour
tromper la vigilance d'une mere , d'un jaloux
, d'une duegne ; ce font là les pivots
fur lefquels roulent tous ces contes ; un
ton libre & des images licentieufes en font
l'affaifonnement. Il faut regarder ces pc-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tits ouvrages comme des jeux d'une imagination
un peu libertine , qui ne peuvent
fe foutenir qu'à force de gaité , & une extrême
gaité ne va gueres avec une décence
trop exacte. Les Italiens y ont mis beaucoup
d'invention : la contrainte des femmes
dans leur pays , & l'ardeur du climat rendant
l'imagination des amans plus active
& plus fertile en expédiens , les aventures
fingulieres y font beaucoup plus communes
qu'ailleurs , & les faifeurs de contes
ont pû moiffonner en plein champ.
La Fontaine a pris des Italiens le fujet
de la plupart des liens , les autres fe trouvent
dans l'Heptameron de la Reine de
Navarre , dans Rabelais , & il n'y en a
que deux ou trois dont l'idée lui apparrienne
; mais il a une maniere de narrer
qui n'appartient qu'à lui , & c'eft là le
principal mérite de cette forte d'ouvrage :
quelque plaifans que foient les incidens
qui en font le fujet , ils deviendroient
bien infipides fi le récit en étoit froid &
languiffant. Il doit être vif , naturel &
faillant , il doit intéreffer , & perfonne:
n'a porté ce talent plus loin que La Fontaine
: cet homme dont le goût fi fûr pa-.
roiffoit n'être en lui qu'un tact fin & délicat
, & qu'un infinct admirable plutôt
qu'un fentiment éclairé & refléchi , a fçu
ΜΑΙ. 1755. 29
, peu
réunir dans fes contes les graces , la fineffe
, & la naïveté la plus piquante ; une
grande connoiffance du coeur humain dont
il faifit avec précifion les détails les plus
imperceptibles ; des réflexions délicates ,
dont le fens exquis fe cache fous un air de
fimplicité charmante ; une poëfie légere
& animée
d'exactitude dans le ftyle ,
mais beaucoup de feu & d'agrément ; enfin
le plus beau naturel & l'imagination la
plus riante. Tout s'embellit fous fon pinceau
; toujours original nême en imitant ,
il donne aux idées des autres un tour
neuf, en leur faifant prendre la teinte de
fon imagination. Tant de belles parties.
font ternies par quelques défauts ; outre
des négligences trop fréquentes on peut
lui reprocher des longueurs qui refroidiffent
quelquefois l'intérêt fon imagination
abandonnée à elle-même , s'égare
à chaque inftant , ce font quelquefois des
fleurs qu'il veut cueillir en paffant , &
qu'il auroit mieux valu facrifier à la chaleur
de la narration : auffi la plupart de
fes contes , même les mieux faits , Joconde ,
la Fiancée du Roi de Garbes , &c. pourroient
fe réduire à la moitié ; & il n'y a
que l'Hermite , le Berceau , le Comment
l'efprit vient aux filles , & deux ou trois
autres qui foient dans ce point de préci-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion , où l'on ne trouve rien à dire.
La Fontaine eft auffi le moins licentieux
de tous ceux qui ont travaillé dans ce genre
; point d'images dégoûtantes , point
d'expreffions cyniques : chez lui les idées
les plus voluptueufes font toujours enveloppées
; il eft vrai que ce n'eft qu'une
gaze légere , qui ne laiffe rien perdre à l'imagination
, & rend peut-être les objets
plus piquans. Dans les principes du Stoïcifme
, ces detours délicats d'une fauffe
modeftie ne font qu'une coquetterie raffinée
qui fait voir les objets en miniature , &
les préfente fous des traits bien plus féduifans
: les tableaux les plus voluptueux du
·Correge & de B*** font ceux où rien n'eft
préfenté trop à découvert , où ce qu'on ne
-voit pas fait beaucoup plus de plaifir que
ce qu'on voit ; une peinture trop nue ne fait
qu'une impreffion momentanée , l'imagination
fixée à la premiere vûe , s'émouffe
bientôt , il n'y a qu'un feul coup d'oeil
& qu'une feule jouiffance ; elle eft vis- àvis
d'une peinture voilée avec art , ce qu'eft
une courtifanne effrontée qui laiffe voir fes
appas fans draperie ; vis- à- vis d'une femme
adroitement coquette , qui ne montre de fes
charmes que ce qu'il faut pour faire defirer
ceux qu'on ne voit point.L'imagination toujours
au-delà de ce qu'on lui préfente ,
M&A I. 1755. 31
écarte le voile qui lui dérobe les beautés
qu'elle foupçonne ; elle en développe ellemême
tous les détails , & chaque détail eft
une jouiffance complette ; ceux qui connoiffent
le méchanifme de nos plaifirs , fçavent
qu'il n'y en a point de bien vifs que
ceux auxquels l'imagination met la main.
J'ai toujours été perſuadé que les contes
de La Fontaine étoient un des ouvrages les
plus féduifans pour un coeur encore neuf, &
des plus capables d'y faire naître des idées
de volupté bien dangereufes. La Fontaine a
voulu fe juftifier de ce reproche & a prétendu
que la gaité de fes contes ne pouvoit faire
aucune impreffion fur les ames , & qu'elle
étoit bien moins à craindre que cette douce
melancolie où les romans les plus chaftes & les
plus modeftesfont très- capables de nous plongen,
& qui eft une grande préparation à l'amour.
Bayle qui avoit tant de goût & de talens
pour foutenir des paradoxes , a voulu appuyer
celui-ci ; mais l'autorité de ces deux
hommes célébres ne m'en impofe pas ; its
ont beau dire , je ne vois rien de pernicieux
dans la lecture de la Princeffe de Clea
ves & de Zaïde ; mais je vois tout à craindre
d'un ouvrage où l'amour ne paroît
que comme un befoin machinal qu'il eft
finaturel de fatisfaire , où la vertu eft une
chimere , la fidélité conjugale une dupe-
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
rie , & l'innocence une bêtife . Les occafions
font fi gliffantes , le cri de la nature
eft fi preffant , il eft fi difficile de réſiſter , fi
doux de fuccomber ! les plaifirs font fi vifs
& fi touchans ! voilà la morale de ces contes,
elle n'a fûrement rien de bien édifiant. La
Fontaine fe défend là- deffus affez plai-.
famment au commencement de fon conte
des Oyes de Frere Philippe ; il dit : chaſſez
Les foupirans , belles , prenez mon livre , je réponds
de vous corps pour corps. Cette raiſon
me paroît fort finguliere ; je fens bien que
fon livre fans amans ne leur fera jamais
faire que de légeres fottifes , les amans
fans le livre feroient fans doute plus
dangereux ; mais malheureufement fon livre
ne les difpofe gueres à chaffer les foupirans.
Vergier eft celui qui a le plus approché
de La Fontaine , qu'il a pris pour modele ;
fes contes du Roffignol & du Tonnerre ne
feroient pas indignes de fon maître ; le
premier a été imprimé fous le nom de La
Fontaine dans prefque toutes les éditions
de fes contes. Vergier écrit toujours aſſez
naturellement ; mais quoiqu'il ne perdît
jamais fon modele de vûe , il n'a jamais
pû atteindre à cette naïveté de ſtyle où La
Fontaine eft inimitable ; il y a une diftinction
délicate du naturel & du naïf , qu'il
MA I. 1755. 33
faut bien faifir : le premier eft une copie
de la nature , & l'autre une copie de la belle
nature ; le naturel peut être fade & ennuyeux
, le naïfplaît toujours , parce qu'il
eft toujours gracieux & piquant.
Les contes de Vergier font quelquefois
découfus , & la narration fouvent lâche ;
il s'étend beaucoup fur les détails qu'il n'a
pas l'art d'affaifonner. Les longueurs chez
lui font bien plus fatiguantes que dans La
Fontaine, qui fçavoit les couvrir de fleurs ,
& il eft bien éloigné d'entendre comme lui
la vérité & la naïveté du dialogue : fon
ton eft bien moins décent que celui de fon
maître , mais il l'eft encore plus que celui
de Grécourt , dont nous avons un recueil
de contes où il a répandu beaucoup d'obfcénités
; c'eft peut-être même ce qui en eft
le plus faillant ; le ftyle en eft vif & trèspeu
correct , la narration preffée , & les
contes fort courts ; on les prendroit plutôt
pour des épigrammes ; c'eft prefque toujours
une image cynique terminée par une
faillie ou une répartie plaifante , du
moins qui voudroit l'être . Grécourt eft
bien an-deffous de La Fontaine ; il n'eſt
pas même à côté de Vergier.
Aucun auteur depuis ne s'eft attaché
totalement à ce genre. Nous avons quelques
contes épars , dont la plupart écrits
By
34 MERCURE DE FRANCE.
avec une liberté plus que cynique , ne doivent
pas être tirés de l'obfcurité qui les
couvre ; mais il en eftun qui n'eft pas dans
le cas de ceux- là , & auquel je ne connois
rien de préférable : c'eft le Rajeuniſſement
inutile de M. de Moncrif; il eft écrit fur un
ton un peu plus haut que les autres ; mais
quelle légereté & quelle aifance dans la
narration ! quelle douce harmonie dans les
vers ! & quelle fiction ingénieufe ! Les réflexions
les plus fines , les images les plus
voluptueufes préfentées avec une décence
qui n'ôte rien de ce quelles ont de
féduifant , & le ton de fentiment qui y
regne , en font un petit ouvrage que j'oferois
comparer aux deux meilleurs contes
de La Fontaine , & lui donner peut- être
la préférence.
Es contes font un de ces petits ou
vrages
Lvrages d'agrément , où les modernes
ne doivent rien aux anciens ; on ne connoît
dans l'antiquité que peu de choſe de
ce genre là. C'eft aux Italiens à qui l'invention
en est dûe ; Boccace & le Pogge
en firent d'abord en profe ; l'Ariofte fut le
premier qui en mit en vers ceux de la
Reine de Navarre , de La Fontaine , &
de Vergier , font les meilleurs que nous
ayons dans notre langue. Des aventures
galantes , des féductions de filles encore
novices , des intrigues de moines & de
nones , des ftratagêmes plaifans pour
tromper la vigilance d'une mere , d'un jaloux
, d'une duegne ; ce font là les pivots
fur lefquels roulent tous ces contes ; un
ton libre & des images licentieufes en font
l'affaifonnement. Il faut regarder ces pc-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tits ouvrages comme des jeux d'une imagination
un peu libertine , qui ne peuvent
fe foutenir qu'à force de gaité , & une extrême
gaité ne va gueres avec une décence
trop exacte. Les Italiens y ont mis beaucoup
d'invention : la contrainte des femmes
dans leur pays , & l'ardeur du climat rendant
l'imagination des amans plus active
& plus fertile en expédiens , les aventures
fingulieres y font beaucoup plus communes
qu'ailleurs , & les faifeurs de contes
ont pû moiffonner en plein champ.
La Fontaine a pris des Italiens le fujet
de la plupart des liens , les autres fe trouvent
dans l'Heptameron de la Reine de
Navarre , dans Rabelais , & il n'y en a
que deux ou trois dont l'idée lui apparrienne
; mais il a une maniere de narrer
qui n'appartient qu'à lui , & c'eft là le
principal mérite de cette forte d'ouvrage :
quelque plaifans que foient les incidens
qui en font le fujet , ils deviendroient
bien infipides fi le récit en étoit froid &
languiffant. Il doit être vif , naturel &
faillant , il doit intéreffer , & perfonne:
n'a porté ce talent plus loin que La Fontaine
: cet homme dont le goût fi fûr pa-.
roiffoit n'être en lui qu'un tact fin & délicat
, & qu'un infinct admirable plutôt
qu'un fentiment éclairé & refléchi , a fçu
ΜΑΙ. 1755. 29
, peu
réunir dans fes contes les graces , la fineffe
, & la naïveté la plus piquante ; une
grande connoiffance du coeur humain dont
il faifit avec précifion les détails les plus
imperceptibles ; des réflexions délicates ,
dont le fens exquis fe cache fous un air de
fimplicité charmante ; une poëfie légere
& animée
d'exactitude dans le ftyle ,
mais beaucoup de feu & d'agrément ; enfin
le plus beau naturel & l'imagination la
plus riante. Tout s'embellit fous fon pinceau
; toujours original nême en imitant ,
il donne aux idées des autres un tour
neuf, en leur faifant prendre la teinte de
fon imagination. Tant de belles parties.
font ternies par quelques défauts ; outre
des négligences trop fréquentes on peut
lui reprocher des longueurs qui refroidiffent
quelquefois l'intérêt fon imagination
abandonnée à elle-même , s'égare
à chaque inftant , ce font quelquefois des
fleurs qu'il veut cueillir en paffant , &
qu'il auroit mieux valu facrifier à la chaleur
de la narration : auffi la plupart de
fes contes , même les mieux faits , Joconde ,
la Fiancée du Roi de Garbes , &c. pourroient
fe réduire à la moitié ; & il n'y a
que l'Hermite , le Berceau , le Comment
l'efprit vient aux filles , & deux ou trois
autres qui foient dans ce point de préci-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion , où l'on ne trouve rien à dire.
La Fontaine eft auffi le moins licentieux
de tous ceux qui ont travaillé dans ce genre
; point d'images dégoûtantes , point
d'expreffions cyniques : chez lui les idées
les plus voluptueufes font toujours enveloppées
; il eft vrai que ce n'eft qu'une
gaze légere , qui ne laiffe rien perdre à l'imagination
, & rend peut-être les objets
plus piquans. Dans les principes du Stoïcifme
, ces detours délicats d'une fauffe
modeftie ne font qu'une coquetterie raffinée
qui fait voir les objets en miniature , &
les préfente fous des traits bien plus féduifans
: les tableaux les plus voluptueux du
·Correge & de B*** font ceux où rien n'eft
préfenté trop à découvert , où ce qu'on ne
-voit pas fait beaucoup plus de plaifir que
ce qu'on voit ; une peinture trop nue ne fait
qu'une impreffion momentanée , l'imagination
fixée à la premiere vûe , s'émouffe
bientôt , il n'y a qu'un feul coup d'oeil
& qu'une feule jouiffance ; elle eft vis- àvis
d'une peinture voilée avec art , ce qu'eft
une courtifanne effrontée qui laiffe voir fes
appas fans draperie ; vis- à- vis d'une femme
adroitement coquette , qui ne montre de fes
charmes que ce qu'il faut pour faire defirer
ceux qu'on ne voit point.L'imagination toujours
au-delà de ce qu'on lui préfente ,
M&A I. 1755. 31
écarte le voile qui lui dérobe les beautés
qu'elle foupçonne ; elle en développe ellemême
tous les détails , & chaque détail eft
une jouiffance complette ; ceux qui connoiffent
le méchanifme de nos plaifirs , fçavent
qu'il n'y en a point de bien vifs que
ceux auxquels l'imagination met la main.
J'ai toujours été perſuadé que les contes
de La Fontaine étoient un des ouvrages les
plus féduifans pour un coeur encore neuf, &
des plus capables d'y faire naître des idées
de volupté bien dangereufes. La Fontaine a
voulu fe juftifier de ce reproche & a prétendu
que la gaité de fes contes ne pouvoit faire
aucune impreffion fur les ames , & qu'elle
étoit bien moins à craindre que cette douce
melancolie où les romans les plus chaftes & les
plus modeftesfont très- capables de nous plongen,
& qui eft une grande préparation à l'amour.
Bayle qui avoit tant de goût & de talens
pour foutenir des paradoxes , a voulu appuyer
celui-ci ; mais l'autorité de ces deux
hommes célébres ne m'en impofe pas ; its
ont beau dire , je ne vois rien de pernicieux
dans la lecture de la Princeffe de Clea
ves & de Zaïde ; mais je vois tout à craindre
d'un ouvrage où l'amour ne paroît
que comme un befoin machinal qu'il eft
finaturel de fatisfaire , où la vertu eft une
chimere , la fidélité conjugale une dupe-
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
rie , & l'innocence une bêtife . Les occafions
font fi gliffantes , le cri de la nature
eft fi preffant , il eft fi difficile de réſiſter , fi
doux de fuccomber ! les plaifirs font fi vifs
& fi touchans ! voilà la morale de ces contes,
elle n'a fûrement rien de bien édifiant. La
Fontaine fe défend là- deffus affez plai-.
famment au commencement de fon conte
des Oyes de Frere Philippe ; il dit : chaſſez
Les foupirans , belles , prenez mon livre , je réponds
de vous corps pour corps. Cette raiſon
me paroît fort finguliere ; je fens bien que
fon livre fans amans ne leur fera jamais
faire que de légeres fottifes , les amans
fans le livre feroient fans doute plus
dangereux ; mais malheureufement fon livre
ne les difpofe gueres à chaffer les foupirans.
Vergier eft celui qui a le plus approché
de La Fontaine , qu'il a pris pour modele ;
fes contes du Roffignol & du Tonnerre ne
feroient pas indignes de fon maître ; le
premier a été imprimé fous le nom de La
Fontaine dans prefque toutes les éditions
de fes contes. Vergier écrit toujours aſſez
naturellement ; mais quoiqu'il ne perdît
jamais fon modele de vûe , il n'a jamais
pû atteindre à cette naïveté de ſtyle où La
Fontaine eft inimitable ; il y a une diftinction
délicate du naturel & du naïf , qu'il
MA I. 1755. 33
faut bien faifir : le premier eft une copie
de la nature , & l'autre une copie de la belle
nature ; le naturel peut être fade & ennuyeux
, le naïfplaît toujours , parce qu'il
eft toujours gracieux & piquant.
Les contes de Vergier font quelquefois
découfus , & la narration fouvent lâche ;
il s'étend beaucoup fur les détails qu'il n'a
pas l'art d'affaifonner. Les longueurs chez
lui font bien plus fatiguantes que dans La
Fontaine, qui fçavoit les couvrir de fleurs ,
& il eft bien éloigné d'entendre comme lui
la vérité & la naïveté du dialogue : fon
ton eft bien moins décent que celui de fon
maître , mais il l'eft encore plus que celui
de Grécourt , dont nous avons un recueil
de contes où il a répandu beaucoup d'obfcénités
; c'eft peut-être même ce qui en eft
le plus faillant ; le ftyle en eft vif & trèspeu
correct , la narration preffée , & les
contes fort courts ; on les prendroit plutôt
pour des épigrammes ; c'eft prefque toujours
une image cynique terminée par une
faillie ou une répartie plaifante , du
moins qui voudroit l'être . Grécourt eft
bien an-deffous de La Fontaine ; il n'eſt
pas même à côté de Vergier.
Aucun auteur depuis ne s'eft attaché
totalement à ce genre. Nous avons quelques
contes épars , dont la plupart écrits
By
34 MERCURE DE FRANCE.
avec une liberté plus que cynique , ne doivent
pas être tirés de l'obfcurité qui les
couvre ; mais il en eftun qui n'eft pas dans
le cas de ceux- là , & auquel je ne connois
rien de préférable : c'eft le Rajeuniſſement
inutile de M. de Moncrif; il eft écrit fur un
ton un peu plus haut que les autres ; mais
quelle légereté & quelle aifance dans la
narration ! quelle douce harmonie dans les
vers ! & quelle fiction ingénieufe ! Les réflexions
les plus fines , les images les plus
voluptueufes préfentées avec une décence
qui n'ôte rien de ce quelles ont de
féduifant , & le ton de fentiment qui y
regne , en font un petit ouvrage que j'oferois
comparer aux deux meilleurs contes
de La Fontaine , & lui donner peut- être
la préférence.
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Résumé : SUR LES CONTES.
Le texte explore le genre littéraire des contes, soulignant qu'il est moderne et distinct des œuvres anciennes. Les Italiens, notamment Boccace et le Pogge, sont reconnus pour avoir inventé les contes en prose, tandis qu'Arioste fut le premier à les mettre en vers. En français, les contes de la Reine de Navarre, de La Fontaine et de Vergier sont particulièrement notables. Ces contes se distinguent par des aventures galantes, des séductions, des intrigues et des stratagèmes pour tromper la vigilance des parents ou des époux. Ils sont marqués par un ton libre et des images licencieuses, reflétant une imagination libertine et une extrême gaieté. La Fontaine, bien qu'inspiré par les Italiens et l'Heptaméron de la Reine de Navarre, possède un style narratif unique. Ses contes se caractérisent par leur vivacité, leur naturel et leur capacité à captiver le lecteur. La Fontaine excelle dans l'art de rendre les incidents plaisants et les détails humains avec précision. Cependant, ses œuvres contiennent des négligences et des longueurs qui peuvent refroidir l'intérêt. Malgré cela, certains de ses contes, comme 'L'Hermite' et 'Le Berceau', sont considérés comme parfaits. La Fontaine est également le moins licencieux des auteurs de contes, enveloppant les idées voluptueuses dans une gaze légère qui stimule l'imagination. Le texte critique les contes de La Fontaine pour leur potentiel à éveiller des idées de volupté dangereuses, contrairement à ce que l'auteur prétendait. Vergier, qui a pris La Fontaine comme modèle, n'a pas atteint la même naïveté de style, bien que ses contes soient naturels. Grécourt, un autre auteur de contes, est jugé obscène et moins talentueux. Le texte mentionne également quelques contes épars, dont le 'Rajeunissement inutile' de Moncrif, qui est loué pour sa légèreté, son harmonie et ses réflexions fines. Ce conte est comparé aux meilleurs de La Fontaine et pourrait même leur être préféré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9834
p. 59-60
Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Avril, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Avril est Soupir. Celui du premier [...]
Mots clefs :
Soupir, Parchemin, Marguillier, Lettre M
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Avril, [titre d'après la table]
LE mot de la premiere Enigme du Mer
cure d'Avril eft Soupir. Celui du premier
Logogryphe eft Parchemin , dans lequel on
trouve Pair , chemin , âne , Icare , re, mi ,
pain, cire , épi , air , Pie Pape , carpe , raie ,
Marche d'Ancone , Chine , cri , pie oifeau
Cypre , Priam , Racine , Inca , nacre , ire ,
chaire , crâne , arc , rame. Le mot de la feconde
Enigme eft la lettre M. Celui du
fecond Logogryphe eft Marguillier , dans
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
lequel fe trouvent râle , limier , re , mi , laž
faint Meri , gale , Guilleri , lire , ifle , gril ,
vrille , aiguille , ire , Marli , ame , mare ,
mail , grille , argille , rame , lime , Mire.
cure d'Avril eft Soupir. Celui du premier
Logogryphe eft Parchemin , dans lequel on
trouve Pair , chemin , âne , Icare , re, mi ,
pain, cire , épi , air , Pie Pape , carpe , raie ,
Marche d'Ancone , Chine , cri , pie oifeau
Cypre , Priam , Racine , Inca , nacre , ire ,
chaire , crâne , arc , rame. Le mot de la feconde
Enigme eft la lettre M. Celui du
fecond Logogryphe eft Marguillier , dans
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
lequel fe trouvent râle , limier , re , mi , laž
faint Meri , gale , Guilleri , lire , ifle , gril ,
vrille , aiguille , ire , Marli , ame , mare ,
mail , grille , argille , rame , lime , Mire.
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Résumé : Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mercure d'Avril, [titre d'après la table]
Le texte présente deux énigmes et deux logogryphes. La première énigme, 'Mer cure d'Avril', a pour solution 'Soupir'. Le premier logogryphe, 'Parchemin', inclut des sous-mots comme 'Pair', 'chemin', 'âne' et 'Icare'. La seconde énigme a pour solution la lettre 'M'. Le second logogryphe, 'Marguillier', inclut des sous-mots comme 'râle', 'limier' et 'lire'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9835
p. 60-61
ENIGME.
Début :
Quand je suis né, je rentre au ventre de ma mere ; [...]
Mots clefs :
Grain de blé ou d'orge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Uand je fuis né , je rentre au ventre
mere ;
de ma
Mais par un prompt trépas j'y trouve mon tombeau
,
Et puis y renaiffant j'y trouve mon berceau ,
Où de plufieurs enfans je fuis enfin le pere .
Il femble que du ciel je fois originaire .
Je me bâtis en l'air comme un trône nouveau .
Si pour trop m'élever je redoute un fléau ,
J'ai cent hallebardiers pour ma garde févere.
En vain je me défens , la mort avec ſa faux ,
Au fort de mes beaux jours met le comble à mes
maux ,
Et fait de mes états un vafte cimetiere .
ODieu ! que l'on exerce envers moi de rigueurs !
On m'accable de coups , on me met en pouffiere ,
Et pour ces cruautés je n'ai que des douceurs.
L'auteur de cette Enigme a quatre - vingt
ans , & l'auteur du Logogryphe fuivant en
a quatorze . La fingularité de ce contraſte
M A I. :1755: 61
m'a fait donner la préférence aux deux ouvrages.
La caducité & l'adolefcence méri ÷
tent également l'indulgence du lecteur,
Uand je fuis né , je rentre au ventre
mere ;
de ma
Mais par un prompt trépas j'y trouve mon tombeau
,
Et puis y renaiffant j'y trouve mon berceau ,
Où de plufieurs enfans je fuis enfin le pere .
Il femble que du ciel je fois originaire .
Je me bâtis en l'air comme un trône nouveau .
Si pour trop m'élever je redoute un fléau ,
J'ai cent hallebardiers pour ma garde févere.
En vain je me défens , la mort avec ſa faux ,
Au fort de mes beaux jours met le comble à mes
maux ,
Et fait de mes états un vafte cimetiere .
ODieu ! que l'on exerce envers moi de rigueurs !
On m'accable de coups , on me met en pouffiere ,
Et pour ces cruautés je n'ai que des douceurs.
L'auteur de cette Enigme a quatre - vingt
ans , & l'auteur du Logogryphe fuivant en
a quatorze . La fingularité de ce contraſte
M A I. :1755: 61
m'a fait donner la préférence aux deux ouvrages.
La caducité & l'adolefcence méri ÷
tent également l'indulgence du lecteur,
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9836
p. 61
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour un vil intérêt, pour de légers plaisirs, [...]
Mots clefs :
Absolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Pour un vil intérêt , pour de légers plaiſirs ,
Pour contenter fon coeur & combler fes defirs ,
Connoiflant tout mon prix l'homme ſouvent me
laiffe.
Faut -il que fa raiſon fuccombe à ſa foibleffe ?
Mes pieds décompofés offriront à tes yeux ,
Lecteur , ce qui fouvent accompagne les gueux.
Une ville en Lorraine , une autre en Amérique ,
Un fage de la Grece , un oifeau domestique ,
Et ce qui foutient l'homme ainfi que l'animal ,
Un infecte volant redouté du cheval ;
Un fleuve impétueux qui traverſe l'Afrique ,
La femme d'Athamas ; des notes de Muſique ,
Un port célebre en France ; un grand Législateur,
Et ce que tout foldat defire avec ardeur.
Enfin pour m'obtenir il faut un tête-à- tête.
Je t'en ai dit affez pour que rien ne t'arrête.
Pour un vil intérêt , pour de légers plaiſirs ,
Pour contenter fon coeur & combler fes defirs ,
Connoiflant tout mon prix l'homme ſouvent me
laiffe.
Faut -il que fa raiſon fuccombe à ſa foibleffe ?
Mes pieds décompofés offriront à tes yeux ,
Lecteur , ce qui fouvent accompagne les gueux.
Une ville en Lorraine , une autre en Amérique ,
Un fage de la Grece , un oifeau domestique ,
Et ce qui foutient l'homme ainfi que l'animal ,
Un infecte volant redouté du cheval ;
Un fleuve impétueux qui traverſe l'Afrique ,
La femme d'Athamas ; des notes de Muſique ,
Un port célebre en France ; un grand Législateur,
Et ce que tout foldat defire avec ardeur.
Enfin pour m'obtenir il faut un tête-à- tête.
Je t'en ai dit affez pour que rien ne t'arrête.
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9837
p. 63-69
« EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
Début :
EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Philosophe, Philosophie, Amants, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
XTRAI
EX
RAIT DES AMANS PHILOSOPHES ,
ouvrage annoncé dans le Mercure
précédent.
›
Les caracteres en font vrais , les fentimens
nobles , la morale en eft fage
l'intrigue fimple , & le ftyle naturel. Je
me borne à l'analyfe des principaux carac
teres. Comme ce roman eft peu chargé
elle fuffira pour en faire le précis.
Merindor unit les dons extérieurs à toutes
les qualités de l'ame ; elles font perfectionnées
par l'étude , & plus encore par
l'adverfité. Un procès injuftement perdu
& le lâche abandon d'une premiere maîtreffe
l'ont rendu philofophe ; il fuit le
monde plus par fageffe que par humeur.
L'amitié de Damon & l'eftime d'Uranie lui
tiennent lieu de tout , & leur compagnie
forme fa fociété. Damon lui a donné des
preuves d'un zele véritable ; fes foins ont
contribué à faire revoir fon procès , &
l'ont rétabli dans fes biens : il a les mêmes
vertus que fon ami ; mais comme il a
moins d'expérience , qu'il ignore l'empire
1
*
64 MERCURE DE FRANCE .
des paffions , il eft moins ferme dans fes
principes , & fe laiffe prendre au piége
que lui tend Emilie , coquette artificieufe ;
il en devient l'adorateur , conféquemment
la dupe. Merindor l'avertit du danger. La
froideur de Damon eft le prix de fa remontrance
on le fuit comme un cenfeur
incommode ; il ne lui refte qu'Uranie .
Cette veuve eſtimable eft plus philofophe
que Damon ; fupérieure à l'amour fecret
qu'elle fent pour lui , elle le foumet à fa
raifon , & confole Merindor de cette perte.
Elle fait plus pour la mieux réparer ,
elle lui fait connoître Dericourt , dont elle
lui affure que l'attachement fera plus folide
que celui de Damon : elle ne le trompe
pas. Merindor trouve dans ce nouvel
ami une maîtreffe parfaite. Victoire , digne
éleve d'Uranie , joint comme elle
aux charmes de fon fexe , les fentimens
d'un honnête homme , & la raifon d'un
vrai fage. Trop aimée de Dorante ( c'eſt le
nom d'un frere coupable dont elle dépend
) elle a été forcée de fe traveſtir en
homme pour fe fouftraire à fes emportemens
, & de fe réfugier chez Uranie.
Sous les habits & fous le nom de Deri .
court , elle fait dans une promenade la
conquête d'Emilie , qui lui écrit un billet
des plus tendres. Cette lettre furpriſe par
1
MA I.
1755. 65
Damon , occafionne l'aveu qu'on lui fait
du déguiſement de fon'faux rival. La perfide
Emilie tire par adreffe ce fatal fecret
de la bouche de Damon , qui a la foibleffe
de renouer avec elle , & s'en ferr
pour perdre Victoire. Elle écrit à Dorante
que fa foeur , pour mieux couvrir une intrigue
fecrette , s'eft déguifée en cavalier
& que la maifon d'Uranie lui fert d'afyle.
Dorante arrive furieux , arrache Victoire
des bras de fon amie , & la contraint
d'entrer dans un couvent , où elle eft expofée
à toutes les violences de ce cruel
tuteur. La philofophie de Merindor ne
tient pas contre ce revers , il tombe malade.
Damon inftruit que fon indifcrétion en
eft la caufe , rifque tout pour réparer fa
faute. Il vole fur les lieux où Dorante
tient fa four captive : le premier objet
qu'il rencontre eft ce frere criminel , qui
le provoque lui-même au combat. Damon
le tue : Victoire fort d'efclavage ; fa liberté
rend la fanté à Merindor. 11 obtient
la
grace de fon ami , & reçoit le prix de
fes vertus , il époufe ce qu'il aime. Merindor
& Victoire , dit l'aimable auteur de ce
roman , marchent à l'autel , la raifon &
l'amour font leurs guides ; l'innocence & la
vertu les accompagnent , fans emprunter le
fecoursde l'art. Victoire n'a pour parure que
66 MERCURE DE FRANCE.
fes charmes naturels ; Merindor a obfervé la
même fimplicité le ferment qu'il fe font de
s'aimer fidelement n'est qu'une répétition de
celui qu'ils fe font déja fait mille fois ; la
même fincerité , la même droiture y prefide :
peut- il n'être pas folide? Uranie partage leur
joie ; & pour y mettre le comble , cette
veuve donne la main à Damon , qu'elle
aimoit fecrettement. Il brife fans retour
les indignes fers d'Emilie , & l'hymen le
ramene au ſein de la fageffe dont l'erreur
d'une paffion' aveugle l'avoit écarté.
Qu'on juge par la conclufion de l'ouvrage
, du mérite de fa morale . Nos faifeurs
de romans , dans un âge mûr , mettent
leur art à rendre le vice agréable & la
volupté décente. Ils ne fongent à nous intéreffer
que pour nous féduire . Mlle Brohon
à dix - huit ans applique tous fes foins
à rendre la raifon aimable , & la vertu.
touchante ; elle veut nous plaire pour
nous inftruire : quel éloge pour elle ! quelle
leçon pour eux
'ESSAI SUR L'ÉTAT DU COMMERCE D'ANGLETERRE
, deux volumes in- 12 . Il fe vend
chez Guillyn , au Lys d'or ; & chez Nyon ,
à l'Occafion , quai des Auguftins,
Il eft de l'auteur des Colonies Angloifes
: c'est un préjugé favorable pour l'ouROMAMA
I. 3 1755. 67
*
vrage qui eft moins la traduction de
Telai de Cary, qu'une imitation étendue
& fouvent critique de ce traité. L'Effai
François eft divifé en trois parties ; la premiere
traite du commerce intérieur dé
l'Angleterre. Ce que l'auteur a pris de l'original
anglois pour cette premiere partie ,
qui forme un gros volume , fe réduit au
plusa quarante - trois pages.
A
La deuxième , qui doit encore moins à
Cary , a pour objet le commerce extérieur
de la Grande- Bretagne , & s'étend parti
culierement fur celui que les Anglois font ,
tant aux Indes Orientales qu'en Afrique .
La troifiéme partie , qui n'a pas encore
paru , comprendra toutes les autres bran
ches du même cómmerce , foit en Ame .
rique , foit dans les différens ports de
l'Europe . Cet ouvrage eft celui d'un ci
toyen inftruit. L'analyfe qu'il fait du commercé
de nos voifins doit nous éclairer fur
le nôtre ; nous devons l'en remercier , &
tourner l'inftruction à notre profit.
- DISCOURS SUR LE BARREAU D'Athenes
& fur celui de Rome ; par M. l'Abbé Le
Moine d'Orgival ; deux volumes in - 12 .
chez Prault pere , quai de Gêvres , au
Paradis , & Leclerc , au Palais , à la Prudenice
; 1755.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le Libraire nous apprend par un avis ,
que M. Terraffon , cenfeur du manufcrit
a fait fentir que ce livre , dont le fond
eft fi bon , deviendroit plus intéreffant ,
s'il étoit retouché. On a profité de ce fage
confeil , & M. l'Abbé Roger s'eft chargé
en l'abfence de l'auteur , d'être l'éditeur
d'un ouvrage auffi néceffaire à la connoiffance
de l'hiftoire ancienne , qu'utile à
ceux qui fréquentent le barreau .
EUVRES de Chapelle & de Bachau
mont , nouvelle édition , in- 12 , petit format
, 1755. Elle fe trouve chez Quillan
rue Saint Jacques , aux Armes de l'Univerfité.
Le Libraire donne avis qu'on a fait tiş
rer de cet ouvrage , en grand papier , un
petit nombre d'exemplaires.
DISCOURS de M. Le Corvaifier , Secrétaire
perpétuel de l'Académie d'Angers ;
lû dans une Séance publique de la Société
royale des Sciences & Belles- Lettres de
Nanci , lorfqu'il a été reçu affocié étranger
avec M. de Maupertuis , &c.
Comme il en a été parlé avec éloge
dans le Mercure d'Avril , où cette Séance
fe trouve inférée ; j'y renvoye le lecteur, ou
plutôt je lui confeille d'acheter ce difcours
MA I. 1755. 69
1
chez Martin Lottin , au Cocq , rue faint
Jacques. Il ne contient que trente- deux
pages , & il eft écrit de façon à mériter
d'être lû tout entier,
L'HISTOIRE NATURELLE éclaircie dans .
une de fes parties principales , l'Oryctolo
gie , qui traite des terres , des pierres
des métaux , des minéraux , & autres foffilles
; par M. D *** des Sociétés royales
de Londres & de Montpellier,
On trouve dans cet ouvrage une nou
velle méthode latine & françoife de les
divifer , avec une notice critique des principaux
écrits qui ont paru fur ces matie
res, Il eft enrichi de figures deffinées d'après
nature ; & fe vend chez Debure l'aî
né , quai des Auguftins , à S, Paul 1755.
Un volume in- 4° . prix 24 livres relié. M.
le Baron de Sparre , Gentilhomme Sué→
dois , a fait les frais de l'impreffion ,
PLAN DE L'UNIVERS ET EPHEMERIDES
EN FIGURES , d'après les éphemerides en
chiffres , pour 1755 & 1756 ; par M.
l'Abbé de Brancas , chez le fieur le Rouge ,
Géographe du Roi , rue des Grands Auguftins
, avec une explication inftructive
des cartes de Cofmographie & d'Aftronomie
, où l'on voit le fyftême de M. l'Abbé
de Brancas mieux développé.
EX
RAIT DES AMANS PHILOSOPHES ,
ouvrage annoncé dans le Mercure
précédent.
›
Les caracteres en font vrais , les fentimens
nobles , la morale en eft fage
l'intrigue fimple , & le ftyle naturel. Je
me borne à l'analyfe des principaux carac
teres. Comme ce roman eft peu chargé
elle fuffira pour en faire le précis.
Merindor unit les dons extérieurs à toutes
les qualités de l'ame ; elles font perfectionnées
par l'étude , & plus encore par
l'adverfité. Un procès injuftement perdu
& le lâche abandon d'une premiere maîtreffe
l'ont rendu philofophe ; il fuit le
monde plus par fageffe que par humeur.
L'amitié de Damon & l'eftime d'Uranie lui
tiennent lieu de tout , & leur compagnie
forme fa fociété. Damon lui a donné des
preuves d'un zele véritable ; fes foins ont
contribué à faire revoir fon procès , &
l'ont rétabli dans fes biens : il a les mêmes
vertus que fon ami ; mais comme il a
moins d'expérience , qu'il ignore l'empire
1
*
64 MERCURE DE FRANCE .
des paffions , il eft moins ferme dans fes
principes , & fe laiffe prendre au piége
que lui tend Emilie , coquette artificieufe ;
il en devient l'adorateur , conféquemment
la dupe. Merindor l'avertit du danger. La
froideur de Damon eft le prix de fa remontrance
on le fuit comme un cenfeur
incommode ; il ne lui refte qu'Uranie .
Cette veuve eſtimable eft plus philofophe
que Damon ; fupérieure à l'amour fecret
qu'elle fent pour lui , elle le foumet à fa
raifon , & confole Merindor de cette perte.
Elle fait plus pour la mieux réparer ,
elle lui fait connoître Dericourt , dont elle
lui affure que l'attachement fera plus folide
que celui de Damon : elle ne le trompe
pas. Merindor trouve dans ce nouvel
ami une maîtreffe parfaite. Victoire , digne
éleve d'Uranie , joint comme elle
aux charmes de fon fexe , les fentimens
d'un honnête homme , & la raifon d'un
vrai fage. Trop aimée de Dorante ( c'eſt le
nom d'un frere coupable dont elle dépend
) elle a été forcée de fe traveſtir en
homme pour fe fouftraire à fes emportemens
, & de fe réfugier chez Uranie.
Sous les habits & fous le nom de Deri .
court , elle fait dans une promenade la
conquête d'Emilie , qui lui écrit un billet
des plus tendres. Cette lettre furpriſe par
1
MA I.
1755. 65
Damon , occafionne l'aveu qu'on lui fait
du déguiſement de fon'faux rival. La perfide
Emilie tire par adreffe ce fatal fecret
de la bouche de Damon , qui a la foibleffe
de renouer avec elle , & s'en ferr
pour perdre Victoire. Elle écrit à Dorante
que fa foeur , pour mieux couvrir une intrigue
fecrette , s'eft déguifée en cavalier
& que la maifon d'Uranie lui fert d'afyle.
Dorante arrive furieux , arrache Victoire
des bras de fon amie , & la contraint
d'entrer dans un couvent , où elle eft expofée
à toutes les violences de ce cruel
tuteur. La philofophie de Merindor ne
tient pas contre ce revers , il tombe malade.
Damon inftruit que fon indifcrétion en
eft la caufe , rifque tout pour réparer fa
faute. Il vole fur les lieux où Dorante
tient fa four captive : le premier objet
qu'il rencontre eft ce frere criminel , qui
le provoque lui-même au combat. Damon
le tue : Victoire fort d'efclavage ; fa liberté
rend la fanté à Merindor. 11 obtient
la
grace de fon ami , & reçoit le prix de
fes vertus , il époufe ce qu'il aime. Merindor
& Victoire , dit l'aimable auteur de ce
roman , marchent à l'autel , la raifon &
l'amour font leurs guides ; l'innocence & la
vertu les accompagnent , fans emprunter le
fecoursde l'art. Victoire n'a pour parure que
66 MERCURE DE FRANCE.
fes charmes naturels ; Merindor a obfervé la
même fimplicité le ferment qu'il fe font de
s'aimer fidelement n'est qu'une répétition de
celui qu'ils fe font déja fait mille fois ; la
même fincerité , la même droiture y prefide :
peut- il n'être pas folide? Uranie partage leur
joie ; & pour y mettre le comble , cette
veuve donne la main à Damon , qu'elle
aimoit fecrettement. Il brife fans retour
les indignes fers d'Emilie , & l'hymen le
ramene au ſein de la fageffe dont l'erreur
d'une paffion' aveugle l'avoit écarté.
Qu'on juge par la conclufion de l'ouvrage
, du mérite de fa morale . Nos faifeurs
de romans , dans un âge mûr , mettent
leur art à rendre le vice agréable & la
volupté décente. Ils ne fongent à nous intéreffer
que pour nous féduire . Mlle Brohon
à dix - huit ans applique tous fes foins
à rendre la raifon aimable , & la vertu.
touchante ; elle veut nous plaire pour
nous inftruire : quel éloge pour elle ! quelle
leçon pour eux
'ESSAI SUR L'ÉTAT DU COMMERCE D'ANGLETERRE
, deux volumes in- 12 . Il fe vend
chez Guillyn , au Lys d'or ; & chez Nyon ,
à l'Occafion , quai des Auguftins,
Il eft de l'auteur des Colonies Angloifes
: c'est un préjugé favorable pour l'ouROMAMA
I. 3 1755. 67
*
vrage qui eft moins la traduction de
Telai de Cary, qu'une imitation étendue
& fouvent critique de ce traité. L'Effai
François eft divifé en trois parties ; la premiere
traite du commerce intérieur dé
l'Angleterre. Ce que l'auteur a pris de l'original
anglois pour cette premiere partie ,
qui forme un gros volume , fe réduit au
plusa quarante - trois pages.
A
La deuxième , qui doit encore moins à
Cary , a pour objet le commerce extérieur
de la Grande- Bretagne , & s'étend parti
culierement fur celui que les Anglois font ,
tant aux Indes Orientales qu'en Afrique .
La troifiéme partie , qui n'a pas encore
paru , comprendra toutes les autres bran
ches du même cómmerce , foit en Ame .
rique , foit dans les différens ports de
l'Europe . Cet ouvrage eft celui d'un ci
toyen inftruit. L'analyfe qu'il fait du commercé
de nos voifins doit nous éclairer fur
le nôtre ; nous devons l'en remercier , &
tourner l'inftruction à notre profit.
- DISCOURS SUR LE BARREAU D'Athenes
& fur celui de Rome ; par M. l'Abbé Le
Moine d'Orgival ; deux volumes in - 12 .
chez Prault pere , quai de Gêvres , au
Paradis , & Leclerc , au Palais , à la Prudenice
; 1755.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le Libraire nous apprend par un avis ,
que M. Terraffon , cenfeur du manufcrit
a fait fentir que ce livre , dont le fond
eft fi bon , deviendroit plus intéreffant ,
s'il étoit retouché. On a profité de ce fage
confeil , & M. l'Abbé Roger s'eft chargé
en l'abfence de l'auteur , d'être l'éditeur
d'un ouvrage auffi néceffaire à la connoiffance
de l'hiftoire ancienne , qu'utile à
ceux qui fréquentent le barreau .
EUVRES de Chapelle & de Bachau
mont , nouvelle édition , in- 12 , petit format
, 1755. Elle fe trouve chez Quillan
rue Saint Jacques , aux Armes de l'Univerfité.
Le Libraire donne avis qu'on a fait tiş
rer de cet ouvrage , en grand papier , un
petit nombre d'exemplaires.
DISCOURS de M. Le Corvaifier , Secrétaire
perpétuel de l'Académie d'Angers ;
lû dans une Séance publique de la Société
royale des Sciences & Belles- Lettres de
Nanci , lorfqu'il a été reçu affocié étranger
avec M. de Maupertuis , &c.
Comme il en a été parlé avec éloge
dans le Mercure d'Avril , où cette Séance
fe trouve inférée ; j'y renvoye le lecteur, ou
plutôt je lui confeille d'acheter ce difcours
MA I. 1755. 69
1
chez Martin Lottin , au Cocq , rue faint
Jacques. Il ne contient que trente- deux
pages , & il eft écrit de façon à mériter
d'être lû tout entier,
L'HISTOIRE NATURELLE éclaircie dans .
une de fes parties principales , l'Oryctolo
gie , qui traite des terres , des pierres
des métaux , des minéraux , & autres foffilles
; par M. D *** des Sociétés royales
de Londres & de Montpellier,
On trouve dans cet ouvrage une nou
velle méthode latine & françoife de les
divifer , avec une notice critique des principaux
écrits qui ont paru fur ces matie
res, Il eft enrichi de figures deffinées d'après
nature ; & fe vend chez Debure l'aî
né , quai des Auguftins , à S, Paul 1755.
Un volume in- 4° . prix 24 livres relié. M.
le Baron de Sparre , Gentilhomme Sué→
dois , a fait les frais de l'impreffion ,
PLAN DE L'UNIVERS ET EPHEMERIDES
EN FIGURES , d'après les éphemerides en
chiffres , pour 1755 & 1756 ; par M.
l'Abbé de Brancas , chez le fieur le Rouge ,
Géographe du Roi , rue des Grands Auguftins
, avec une explication inftructive
des cartes de Cofmographie & d'Aftronomie
, où l'on voit le fyftême de M. l'Abbé
de Brancas mieux développé.
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Résumé : « EXTRAIT DES AMANS PHILOSOPHES, ouvrage annoncé dans le Mercure [...] »
Le roman 'Les Amans Philosophes' de Mlle Brohon met en scène plusieurs personnages principaux : Merindor, Damon, Uranie, Emilie et Victoire. Merindor, un homme philosophe et sage, est soutenu par Damon et Uranie. Damon, moins expérimenté, est trompé par Emilie, une coquette. Uranie, une veuve estimable, présente Merindor à Dericourt, qui se révèle être Victoire, une jeune femme déguisée en homme pour échapper à son frère tyrannique, Dorante. Emilie découvre le déguisement de Victoire et la dénonce à Dorante, qui enferme Victoire dans un couvent. Damon tue Dorante pour libérer Victoire, et Merindor retrouve la santé. Le roman se conclut par les mariages de Merindor avec Victoire et de Damon avec Uranie, tous guidés par la raison et la vertu. Le texte loue l'ouvrage pour son moralisme et son style naturel. Par ailleurs, il mentionne plusieurs autres publications, notamment un essai sur le commerce anglais, un discours sur les barreaux d'Athènes et de Rome, et des œuvres de Chapelle et Bachaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9838
p. 70-76
« J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Début :
J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...]
Mots clefs :
Chant, Musique, Art du chant, Plaisirs, Méthode, Étude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
J'infere ici le fentiment d'un amateur
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
fur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait
que j'en avois promis , & je fuis perfuadé
que le lecteur y gagnera.
L'ART du chant eft compofé avec tant
de méthode & de précifion , que je crois
plus à propos d'expofer les avantages qui
doivent naturellement réfulter de cet
écrit , que d'en donner une analyfe fuperficielle
& inutile. M. Bérard , après avoir
examiné avec une finguliere attention les
organes de la voix , confidérée par rapport
au chant , emploie les deux autres parties
à établir des principes & des régles pour
donner à la Mufique chantante toute l'expreffion
dont elle eft fufceptible ; & afini
de mettre tous les amateurs plus à portée
de profiter des réflexions & des nouvelles
découvertes qu'il venoit de leur offrir , on
trouve à la fin de fon ouvrage un affez
grand nombre d'exemples choifis de tou
tes les efpeces de chant , qui , en répandant
un nouveau jour fur fes principes ,
en rendront l'application facile & l'ufage
invariable. Un pareil ouvrage exécuté par
un homme qui joindroit à un goût fûr &
délicat une expérience confommée , & une
étude réfléchie de fon art , ne pourroit
manquer de produire les effets les plus
utiles. L'accueil que toutes les perfonnes
M A I.
1755 71
éclairées , à qui la Mufique françoiſe eſt
chere , ont fait à l'art du chant , annonce
que le public le recevra volontiers cómme
une production de ce genre. Le premier
avantage qui fe préfente & qui intéreſſe
toute la nation , c'eft que ce livre bien lû
& bien médité , fera enfin connoître à toutes
les perfonnes impartiales , qu'il eft faux
(comme le publient la prévention & l'injuftice
) que le chant françois endorme par
une fade uniformité . Pour peu qu'on réfléchiffe
avec quel foin , avec quel détail l'auteur
enfeigne la maniere d'exprimer les divers
effets de la nature & des paffions , on
fera convaincu qu'il n'y a point de peuple
au monde qui ait autant penfé que nous a
donner à fon chant plus de variété , plus
de vérité & d'analogie avec les différens
objets qu'on fe propofe de préfenter. Mais
ce n'eft point affez pour M. B. d'avoir
contribué à notre gloire , il multiplie encore
& affure nos plaifirs. Jamais le goût
du chant ne fut auffi général qu'il l'eft
aujourd'hui parmi nous : cependant com
bien de perfonnes fe trouvent dans une
efpece d'impoffibilité de fe livrer à une
étude fi flateufe , foit par la rareté des
bons Maîtres , foit par les différentes occupations
, qui ne laiffent que peu de momens
à employer pour les chofes de goût
ou de fimple amufement ?
72 MERCURE
DE FRANCE.
Le préfent que M. B. vient de faire au
public , remédie , du moins en grande partie
, à ces difficultés , qui jufqu'à préfent
avoient été infurmontables
: en effet , les
perfonnes qui font abfolument étrangeres
à la mufique , & celles qui en ont déja une
connoiffance commencée, ne peuvent manquer
de tirer les plus grands fecours de cet
ouvrage , les premieres , conduites par un
Maître qui pendant quelque tems leur developpera
tous les principes de l'art du
chant ; les autres , par leurs propres réflexions
, parviendront
facilement & fûrement
au même but où jufques-là ils n'auroient
pû atteindre qu'avec beaucoup de
peines , & après bien des années . Dans
toutes nos fociétés particulieres où le goût
du chant fait une des principales occupations
, quels avantages ne recueillera-t - on
pas du livre de M. Bérard , pour peu qu'on
acquiere par habitude & par réflexion un
ufage familier de ces principes , au lieu
de ces contre fens fi ordinaires à des perfonnes
peu verfées dans l'art du chant ,
& qui font gémir tous les gens de bon
goût ? par la méthode des nouveaux fignes ,
fi l'on ne parvient pas à la perfection qu'on
ne doit attendre que des grands Maîtres ,
ne fera- t-on pas für du moins de pouvoir
chanter les morceaux même les plus frappans
,
M A I. 1755. 73'
pans , avec le caractere , la vérité & les
agrémens qui leur font propres ?
Parmi toutes les découvertes dont M. Bérard
a enrichi fon ouvrage , celle de l'invention
des fignes nous paroît mériter les plus
grands éloges: jufqu'ici nous avons entendu
nos excellens chanteurs exécuter plufieurs
endroits de nos Opéra avec tant de vérité
& tant de graces , que nous defefpérions
qu'ils puffent être imités ; comme ils devoient
à une étude profonde & réfléchie
des organes de la voix ces traits éclatans
ces paffages heureux qui nous faififfent &
qui nous enlevent , il étoit impoffible à
des perfonnes peu appliquées de faifir leur
fecret. M. Bérard vient de nous découvrir
ce méchanifme curieux , que nous admirions
fans en connoître les refforts , & par
là nous a mis en état de devenir les rivaux
même de ceux que nous n'aurions jamais
ofé regarder que comme nos maîtres . Mais
c'eft principalement aux compofiteurs en
mufique de marquer à l'auteur toute leur
reconnoiffance : quel fupplice n'étoit - ce
pas pour un habile Muficien de voir le mê
me ouvrage , qui dans la bouche d'excellens
acteurs confervoit toutes fes graces ,
défiguré enfuite fouvent au point de ne
pouvoir lui même fe reconnoître ? La méthode
des nouveaux fignes va lui fauver
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tous ces dégoûts fi ordinaires dans la capitale
même , & infiniment plus communs
encore dans nos provinces : il peut être
fur à préfent que tous ceux qui voudront
profiter des moyens que M. B. leur offre
rendront les compofitions avec la principale
partie de tous les agrémens qui lui
font propres
.
>
Nous ne pouvons avec bienféance ters
miner cet article fans nous arrêter un mo
ment fur l'Opéra , cette partie fi importan
te de nos plaifirs . Nous accufons la nature
d'être pour nous plus avare que pour nos
peres , on veut que les bons fujets foient
plus rares qu'ils n'ont jamais été , & c'eft
à cette prétendue difette qu'on attribue la
diminution trop fenfible de nos plaifirs
cependant fi nous voulons examiner les
chofes avec attention nous verrons que
le défaut d'art & non pas de fujets , eft la
vraie caufe de cette décadence de talens
dont nous nous plaignons. Depuis bien
des années nous avons vû débuter plus
d'un acteur qui donnoit d'abord les plus
belles efperances , nous nous flations avec
juftice que le tems & l'étude acheveroient
infenfiblement ce que la nature avoit fi
heureuſement commencé ; cependant loin
de voir le talent fe perfectionner & s'ac
croître , il tombe bientôt dans l'oubli , &
MA I.
1755575
nous nous étonnons feulement d'avoir pu
l'admirer. Si l'on veut remonter à la vraie
fource de ce mal , on verra qu'il naît principalement
du peu de foin que nous prenons
de former nos éleves : un jeune acteur
abandonné à lui - même , où fuivant
une routine imparfaite & aveugle , pourrat-
il corriger ou adoucir ce qui peut être
défectueux dans fa voix pourra- t- il ac
querit ces graces touchantes , ces fineſſes
de chant qui font le fruit de l'art le plus
confommé ?
Nous ne pouvons trop les avertir ici
que nos acteurs s'appliquent avec foin à
méditer les principes de M. Bérard fur l'ar❤
ticulation & la prononciation , fur la nouvelle
ortographe de chant qu'il propofe ,
fur la néceffité de doubler de certaines lettres
; mais fur - tout qu'ils faffent un ufage
un peu conftant de tous les fecrets qu'il
leur indique pour l'infpiration & pour
l'expiration , ils fe verront bientôt dédom
magés par les fuffrages du public , des peines
que cette étude pourroit leur caufer.
La méthode qu'on leur propofe , doit d'aurant
plus mériter leur confiance ; qu'elle a
été jufqu'ici le fondement des fuccès de
tous les excellens chanteurs que nous avons
admiré jufqu'aujourd'hui . Ces réflexions
déja confirmées par l'expérience , doivent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
+
nous faire augurer qu'il eft encore des
moyens de rétablir l'Opéra dans fon ancienne
gloire , du moins pouvons - nous
nous affurer que fi nous manquons de
fujets & par conféquent de plaifirs , nous
ne devons en accufer que nous-mêmes.
On délivre actuellement chez Ch. Ant
Jombert , Libraire , rue Dauphine , le tome
III de l'Architecture françoife . Le to
me IV de cet ouvrage utile ne pourra pa◄
roître que vers la fin de cette année , par
les raifons que l'on verra dans le Profpectus
qui vient d'être publié à ce fujet.
Le même Libraire vient de mettre en
vente un Dictionnaire portatif de l'Ingénieur
, où l'on explique les principaux ter
mes des ſciences les plus néceffaires à un
Ingénieur , fçavoir , l'Arithmétique , l'Algebre
, la Géométrie , l'Architecture civile ,
fa Charpenterie , la Serrurerie , l'Architec
ture hydraulique , l'Architecture militaire,
la Fortification , l'attaque & la défenfe des
places , les mines , l'Artillerie , la Marine ,
la Pyrotechnie . Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , ancien Profeffeur de Mathé
matiques , &c. un vol . in- 8 ° . petit format,
Prix 3 liv . 12 f. relié.
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Résumé : « J'insere ici le sentiment d'un amateur sur l'art du chant ; il tiendra lieu de l'extrait [...] »
Le texte présente une critique élogieuse de l'ouvrage 'L'Art du chant' de M. Bérard, publié en 1755. L'auteur admire la méthode et la précision de Bérard, soulignant que l'ouvrage ne se contente pas d'une analyse superficielle mais examine en profondeur les organes de la voix et établit des principes et des règles pour enrichir l'expression musicale. L'ouvrage inclut de nombreux exemples illustrant l'application de ces principes. L'auteur conteste l'idée que le chant français soit monotone, comme le prétendent certaines préventions injustes. Bérard démontre comment exprimer divers effets de la nature et des passions, apportant ainsi variété et vérité au chant français. L'ouvrage remédie également aux difficultés rencontrées par ceux qui souhaitent étudier le chant, que ce soit par manque de maîtres qualifiés ou de temps. Il est utile tant pour les débutants que pour les musiciens déjà expérimentés. Dans les sociétés où le chant est une occupation principale, l'ouvrage de Bérard permet d'éviter les erreurs courantes et d'améliorer la qualité du chant. L'auteur loue particulièrement l'invention de nouveaux signes par Bérard, qui permettent de reproduire les performances des grands chanteurs et d'améliorer les compositions musicales. Il encourage les compositeurs et les acteurs à utiliser les principes de Bérard pour améliorer leurs performances et restaurer la gloire de l'Opéra français. Enfin, le texte mentionne la disponibilité du tome III de 'L'Architecture françoise' et d'un 'Dictionnaire portatif de l'Ingénieur' chez le libraire Ch. Ant Jombert.
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9839
p. 92-94
Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Début :
On envoie trois détachemens pour s'emparer de trois postes différens. [...]
Mots clefs :
Science de la guerre, Algèbre, Problème d'algèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Problême d'Algebre très- intéreſſant appliqué
à la fcience de la guerre.
ON envoie trois détachemens pour
s'emparer de trois poftes différens.
1º. L'on fcait que lorfqu'on rangeoit le
premier détachement fur trois foldats de
hauteur , il y en avoit deux de rcſte ; &
lorfqu'on les rangeoit fur quatre de hauteur
, il en reftoit trois .
2°. A l'égard du fecond détachement
M A. I. 1755. 23
lorfqu'on plaçoit les hommes à cinq de
hauteur , il y en avoit un de refte , &
lorfqu'on les rangeoit fur fept , il en reftoit
quatre.
3°. Le troifiéme détachement étoit tel
que les foldats rangés fur trois de hauteur
, il en reftoit trois ; & rangés fur
neuf, il en reſtoit cinq.
4°. Le nombre des troupes du premier
& du troifiéme détachement jointes enfemble
, étoit double de celui du deuxiéme
.
5°. Le Général envoie des ordres à
quatre Officiers de mérite du fecond détachement
, & à cinq du troifiéme , de
joindre le premier détachement.
6°. Après cet ordre exécuté , le premier
poſte coûta à emporter le quart du monde
qui y étoit deſtiné.
7°. Il périt au fecond pofte le feptiéme
des troupes qu'on y avoit envoyées , lequel
montoit à neuf hommes de moins
que la moitié des foldats tués au premier
pofte ; c'est- à-dire que le rapport des trou
pes défaites au premier pofte , étoit à celui
des troupes défaites au fecond , comme
140 eft à 61 .
8. L'on perdit , pour emporter le troifiéme
pofte , le tiers des troupes qui y
étoient commandées , & cette perte étoit
94 MERCURE DE FRANCE.
relativement à celle qu'on fit au premier
pofte , comme 51 eft à 70.1
9°. L'on demande de combien d'hommes
chaque détachement étoit compofé ?
On donnera dans le Mercure du mois.
prochain la méthode de la folution .
à la fcience de la guerre.
ON envoie trois détachemens pour
s'emparer de trois poftes différens.
1º. L'on fcait que lorfqu'on rangeoit le
premier détachement fur trois foldats de
hauteur , il y en avoit deux de rcſte ; &
lorfqu'on les rangeoit fur quatre de hauteur
, il en reftoit trois .
2°. A l'égard du fecond détachement
M A. I. 1755. 23
lorfqu'on plaçoit les hommes à cinq de
hauteur , il y en avoit un de refte , &
lorfqu'on les rangeoit fur fept , il en reftoit
quatre.
3°. Le troifiéme détachement étoit tel
que les foldats rangés fur trois de hauteur
, il en reftoit trois ; & rangés fur
neuf, il en reſtoit cinq.
4°. Le nombre des troupes du premier
& du troifiéme détachement jointes enfemble
, étoit double de celui du deuxiéme
.
5°. Le Général envoie des ordres à
quatre Officiers de mérite du fecond détachement
, & à cinq du troifiéme , de
joindre le premier détachement.
6°. Après cet ordre exécuté , le premier
poſte coûta à emporter le quart du monde
qui y étoit deſtiné.
7°. Il périt au fecond pofte le feptiéme
des troupes qu'on y avoit envoyées , lequel
montoit à neuf hommes de moins
que la moitié des foldats tués au premier
pofte ; c'est- à-dire que le rapport des trou
pes défaites au premier pofte , étoit à celui
des troupes défaites au fecond , comme
140 eft à 61 .
8. L'on perdit , pour emporter le troifiéme
pofte , le tiers des troupes qui y
étoient commandées , & cette perte étoit
94 MERCURE DE FRANCE.
relativement à celle qu'on fit au premier
pofte , comme 51 eft à 70.1
9°. L'on demande de combien d'hommes
chaque détachement étoit compofé ?
On donnera dans le Mercure du mois.
prochain la méthode de la folution .
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Résumé : Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Le texte expose un problème d'algèbre appliqué à la science de la guerre, impliquant trois détachements envoyés pour s'emparer de trois postes différents. Les conditions spécifiques pour chaque détachement sont les suivantes : le premier détachement laisse un reste de deux lorsqu'il est rangé par trois et un reste de trois lorsqu'il est rangé par quatre. Le second détachement laisse un reste de un lorsqu'il est rangé par cinq et un reste de quatre lorsqu'il est rangé par sept. Le troisième détachement laisse un reste de trois lorsqu'il est rangé par trois et un reste de cinq lorsqu'il est rangé par neuf. Le nombre total de troupes du premier et du troisième détachement combinés est double de celui du second détachement. Quatre officiers du second détachement et cinq du troisième rejoignent le premier détachement. Après cette réorganisation, le premier poste coûte un quart des troupes destinées à l'emporter. Au second poste, un septième des troupes envoyées périssent, soit neuf hommes de moins que la moitié des soldats tués au premier poste. Le rapport des troupes défaites au premier poste à celles du second est de 140 à 61. Pour le troisième poste, un tiers des troupes commandées périssent, et cette perte est proportionnelle à celle du premier poste dans un rapport de 51 à 70. Le texte demande de déterminer le nombre d'hommes composant chaque détachement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9840
p. 104-105
« Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Début :
Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...]
Mots clefs :
Métallurgie, Fer, Acier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Ans le Mercure d'Avril , page 13.45
à l'article Métallurgie , un anonyme
afin d'ôter avec raifon l'honneur de l'invention
de l'art de convertir le fer en
acier à celui qui en a établi une manufacture
, fans faire mention de M. de Réaumur
, en attribue la découverte à Sebaſtien
Florès , Serrurier de Madrid , qui en fit
l'heureuſe expérience il y a plus de vingtcinq
ans , par ordre du Confeil de Commerce.
Cet anonyme n'a pas lu fans doute
dans le volume des Ephémerides cofmographiques
pour 1754 , page 318 , ce
qui fuit.
* » L'ancienne connoiffance qu'en EgypMAI
1755. 105
"}
te on fait éclore des oeufs par le feul dégré
de la chaleur d'un four convena-
» ble , tant d'autres ufages & analogies
pouvoient conduire plutôt à l'électrifation
lente & graduelle , & à un art qui,
» 1fans la fagacité d'un Réaumur , feroit
encore à defirer , ainfi que l'art de convertir
le fer en acier. En auroit- on moins
d'obligation à un fi zélé naturalifte , malgré
l'ancien ufage de tremper ces métaux
fortant de la forge , dans l'eau pour
» les durcir , comme le Pere Merfene l'a
rapporté dès 1634 , dans fes queſtions
» phyfiques.
à l'article Métallurgie , un anonyme
afin d'ôter avec raifon l'honneur de l'invention
de l'art de convertir le fer en
acier à celui qui en a établi une manufacture
, fans faire mention de M. de Réaumur
, en attribue la découverte à Sebaſtien
Florès , Serrurier de Madrid , qui en fit
l'heureuſe expérience il y a plus de vingtcinq
ans , par ordre du Confeil de Commerce.
Cet anonyme n'a pas lu fans doute
dans le volume des Ephémerides cofmographiques
pour 1754 , page 318 , ce
qui fuit.
* » L'ancienne connoiffance qu'en EgypMAI
1755. 105
"}
te on fait éclore des oeufs par le feul dégré
de la chaleur d'un four convena-
» ble , tant d'autres ufages & analogies
pouvoient conduire plutôt à l'électrifation
lente & graduelle , & à un art qui,
» 1fans la fagacité d'un Réaumur , feroit
encore à defirer , ainfi que l'art de convertir
le fer en acier. En auroit- on moins
d'obligation à un fi zélé naturalifte , malgré
l'ancien ufage de tremper ces métaux
fortant de la forge , dans l'eau pour
» les durcir , comme le Pere Merfene l'a
rapporté dès 1634 , dans fes queſtions
» phyfiques.
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Résumé : « Dans le Mercure d'Avril, page 134, à l'article Métallurgie, un anonyme, [...] »
Un article anonyme publié dans le Mercure d'Avril, page 13.45, remet en question l'attribution de l'invention de la conversion du fer en acier à Sébastien Florès, serrurier de Madrid. L'auteur anonyme critique ceux qui attribuent cette découverte à Florès, qui aurait réalisé cette expérience il y a plus de vingt-cinq ans sur ordre du Conseil de Commerce. L'anonyme souligne que ces auteurs n'ont probablement pas consulté les Éphémérides géographiques de 1754, où des informations pertinentes sont publiées. Le texte mentionne également des connaissances anciennes en Égypte sur l'éclosion des œufs par la chaleur d'un four, ainsi que d'autres usages similaires pouvant avoir conduit à la découverte de l'électrification lente et graduelle. Il met en avant l'importance des travaux de Réaumur dans ce domaine, malgré les anciens usages de tremper les métaux dans l'eau pour les durcir, comme rapporté par le Père Mersenne dès 1634.
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9841
p. 105-106
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
L'Académie royale des Inscriptions & Belles-Lettres fit sa rentrée publique [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres.
' Académie royale des Infcriptions &
Belles-Lettres fit fa rentrée publique
d'après Pâques le 8 d'Avril. Après l'annonce
des fujers propofés pour les prix de
1756 , M. l'Abbé Batteux fit la lecture d'un
mémoire , qui a pour titre Développement
de la doctrine d'Ariftippe , pour fervir d'explication
à un paffage important de la premiere
Epitre d'Horace . M. de Bougainville ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , lut
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
enfuite un mémoire , intitulé Hiftoire du
voyage d'Hannon fur les côtes d'Afrique , tirée
de fa relation éclaircie par celles des voyageurs
de Médie. M. d'Anville eft l'auteur
du troifieme mémoire qui fut lu , & qüi
regarde un monument fculpté fur une montagne
d'une des provinces de cet ancien
royaume. La lecture du fixieme mémoire
de M. le Beau fur la Légion Romaine ter-
-mina la féance. obog
Le prix a été remis pour l'année prochaine.
Le fujet propoſe n'ayant pas été
traité au gré de l'Académie , elle propofe
de nouveau la même queftion ; fçavoir ,
En quel tems , & par quels moyens le Paganifme
a été entierement éteint dans les Gaules.
L'Académie donnera auffi ens le
prix fondé Le
r M. le Comte de
Caylus
.
fujet confifte à déterminer , Quels font les
attributs diftinctifs qui caracteriſent Jupiter
Ammon dans les auteurs , & fur les menumens
? Quelles pouvoient être l'origine & les
·raifons de ces attributs ? avoient- ils tous éga-
·lement rapport aux dogmes de la religion
égyptienne ? ont-ils éprouvé , foit en Egypte ,
foit ailleurs , des alterations propres a fixer
à peu-près l'âge des monumens où ils font repréfentés
? Le premier de ces deux prix Tera
diftribué dans la féance publique d'après
Pâques , & le fecond dans celle d'après la
S. Martin.
De l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres.
' Académie royale des Infcriptions &
Belles-Lettres fit fa rentrée publique
d'après Pâques le 8 d'Avril. Après l'annonce
des fujers propofés pour les prix de
1756 , M. l'Abbé Batteux fit la lecture d'un
mémoire , qui a pour titre Développement
de la doctrine d'Ariftippe , pour fervir d'explication
à un paffage important de la premiere
Epitre d'Horace . M. de Bougainville ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie , lut
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
enfuite un mémoire , intitulé Hiftoire du
voyage d'Hannon fur les côtes d'Afrique , tirée
de fa relation éclaircie par celles des voyageurs
de Médie. M. d'Anville eft l'auteur
du troifieme mémoire qui fut lu , & qüi
regarde un monument fculpté fur une montagne
d'une des provinces de cet ancien
royaume. La lecture du fixieme mémoire
de M. le Beau fur la Légion Romaine ter-
-mina la féance. obog
Le prix a été remis pour l'année prochaine.
Le fujet propoſe n'ayant pas été
traité au gré de l'Académie , elle propofe
de nouveau la même queftion ; fçavoir ,
En quel tems , & par quels moyens le Paganifme
a été entierement éteint dans les Gaules.
L'Académie donnera auffi ens le
prix fondé Le
r M. le Comte de
Caylus
.
fujet confifte à déterminer , Quels font les
attributs diftinctifs qui caracteriſent Jupiter
Ammon dans les auteurs , & fur les menumens
? Quelles pouvoient être l'origine & les
·raifons de ces attributs ? avoient- ils tous éga-
·lement rapport aux dogmes de la religion
égyptienne ? ont-ils éprouvé , foit en Egypte ,
foit ailleurs , des alterations propres a fixer
à peu-près l'âge des monumens où ils font repréfentés
? Le premier de ces deux prix Tera
diftribué dans la féance publique d'après
Pâques , & le fecond dans celle d'après la
S. Martin.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres.
La séance publique de l'Académie royale des Inscriptions & Belles-Lettres s'est tenue le 8 avril, après Pâques. L'abbé Batteux a présenté un mémoire sur la doctrine d'Aristippe en lien avec un passage d'Horace. M. de Bougainville a ensuite exposé un mémoire sur le voyage d'Hannon sur les côtes d'Afrique, éclairé par les récits des voyageurs de Médie. M. d'Anville a lu un mémoire sur un monument sculpté dans une province d'un ancien royaume. La séance s'est conclue par la lecture d'un mémoire de M. le Beau sur la Légion Romaine. Pour l'année suivante, l'Académie a proposé deux sujets de prix. Le premier, repris car non traité à la satisfaction de l'Académie, porte sur l'extinction du paganisme dans les Gaules. Le second, fondé par M. le Comte de Caylus, vise à déterminer les attributs distinctifs de Jupiter Ammon dans les auteurs et les monuments, leur origine, et les éventuelles alterations permettant de dater les monuments. Les prix seront distribués lors des séances publiques d'après Pâques et d'après la Saint-Martin.
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9842
p. 107-108
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie royale des Sciences.
Début :
Le 9. l'Académie royale des Sciences rentra publiquement. M. de Fouchy, Secrétaire [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Prix, Constructeur des vaisseaux du roi, Navire
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie royale des Sciences.
SEANCE PUBLIQUE
L
De l'Académie royale des Sciences .
E 9 l'Académie royale des Sciences rentra
publiquement . M. de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie , fit la lecture
de l'éloge du feu Baron Wolf , affocié
étranger. Elle fut fuivie de celle d'un
mémoire de M. de Mairan fur la balance
des Peintres , du feu Sr de Piles . M. le Roi
lut un mémoire fur l'Electricité. La féance
fut terminée par la lecture que fit M. Duhamel
de la Préface d'un ouvrage qu'il va
publier en deux volumes , fur les arbres&
arbuftes qu'on peut élever en pleine terre dans
les différentes provinces du royaume . Il doit
faire partie d'un grand traité fur les bois &
les forêts.
Le fujet du prix de cette année étoit la
maniere de diminuer , le plus qu'il eft poffible
, le roulis & le tangage d'un navire , fans
qu'il perde fenfiblement par cette diminution
- aucune des bonnes qualités que fa conftruction
doit lui donner. Ce prix a été adjugé à la
piéce Nos , qui a pour devife , per varios
ufus arfem experientia fecit. M. Chauchor ,
fous - conftructeur des vaiffeaux du Roi à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
Breft , en eft l'auteur. Comme ce fujet eft
important , & qu'il peut être plus approfondi
, fur-tout par rapport au tangage ,
l'Académie le propofe une feconde fois
pour 1757 .
L
De l'Académie royale des Sciences .
E 9 l'Académie royale des Sciences rentra
publiquement . M. de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie , fit la lecture
de l'éloge du feu Baron Wolf , affocié
étranger. Elle fut fuivie de celle d'un
mémoire de M. de Mairan fur la balance
des Peintres , du feu Sr de Piles . M. le Roi
lut un mémoire fur l'Electricité. La féance
fut terminée par la lecture que fit M. Duhamel
de la Préface d'un ouvrage qu'il va
publier en deux volumes , fur les arbres&
arbuftes qu'on peut élever en pleine terre dans
les différentes provinces du royaume . Il doit
faire partie d'un grand traité fur les bois &
les forêts.
Le fujet du prix de cette année étoit la
maniere de diminuer , le plus qu'il eft poffible
, le roulis & le tangage d'un navire , fans
qu'il perde fenfiblement par cette diminution
- aucune des bonnes qualités que fa conftruction
doit lui donner. Ce prix a été adjugé à la
piéce Nos , qui a pour devife , per varios
ufus arfem experientia fecit. M. Chauchor ,
fous - conftructeur des vaiffeaux du Roi à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
Breft , en eft l'auteur. Comme ce fujet eft
important , & qu'il peut être plus approfondi
, fur-tout par rapport au tangage ,
l'Académie le propofe une feconde fois
pour 1757 .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie royale des Sciences.
Lors d'une séance publique de l'Académie royale des Sciences, M. de Fouchy a lu l'éloge du Baron Wolf. M. de Mairan a ensuite présenté un mémoire sur la balance des Peintres, œuvre du défunt Sr de Piles. Le Roi a lu un mémoire sur l'Électricité. La séance s'est conclue par la lecture de la préface d'un ouvrage de M. Duhamel sur les arbres et arbustes cultivables en pleine terre dans les différentes provinces du royaume, destiné à faire partie d'un grand traité sur les bois et les forêts. Le sujet du prix de l'année concernait la réduction du roulis et du tangage d'un navire sans compromettre ses qualités de construction. Le prix a été attribué à M. Chauchor, sous-constructeur des vaisseaux du Roi à Brest, pour sa pièce intitulée 'per varios usus arsem experientia fecit'. En raison de l'importance du sujet, notamment en ce qui concerne le tangage, l'Académie a proposé de le soumettre à nouveau pour l'année 1757.
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9843
p. 108-122
SEANCE PUBLIQUE De la Société Littéraire d'Arras.
Début :
La Société Littéraire d'Arras tint le 22 Juin une assemblée publique à l'occasion [...]
Mots clefs :
Société littéraire d'Arras, Naturaliste, Pierre, Monuments antiques, Terre, Sable, Province, Poésie, Versification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De la Société Littéraire d'Arras.
SEANCE PUBLIQUE
De la Société Littéraire d'Arras.
A Société Littéraire d'Arras tint le 22
Juin une affemblée publique à l'occafion
de la réception du R. P. Lucas , Jéfuite.
Le remerciment qu'il fit à ce fujet
fervit d'introduction à un difcours fur
l'excellence de l'hiftoire naturelle , dont
l'utilité & les agrémens firent les deux objets
de fa divifion.
Pour ne pas fortir des bornes d'un extrait
, on fe contentera de rapporter ici
quelques morceaux , dont le but étoit de
prouver que l'Artois renferme une égale
abondance de curiofités naturelles & de
'monumens antiques. Voici comment le P.
Lucas s'exprima fur ce point dans l'exorde
´de fon difcours. » L'Artois , votre patrie
» & la mienne , Meffieurs , offre aux dif-
» fertations des curieux tant d'objets inté
reffans , que la nature femble avoir fe
MAI. 1755: 100
» condé vos intentions & les miennes , en
» réuniffant dans les bornes étroites de cet-
» te province tout ce qui peut être utile
» au bien public , & fatisfaire la curiofité
des Naturaliſtes. La multitude des cho-
» fes fingulieres & même uniques qui fe
préfentent , comme d'elles-mêmes , fous
» nos yeux & fous nos pas , les pierres du
» res & molles , les pierres à grains & à
» feuilles , les pétrifications de toute ef-
» pece , les cryftallifations différentes , les
» bitumes , les foufres , les eaux , les végé-
"
»
taux , les minéraux , les médailles ro-
» maines du haut & du bas Empire , les
antiquités celtiques , tout s'y trouve ,
» tout s'y offre à nos recherches ; on ne
» peut faire un pas fans fouler aux pieds
» les tréfors de l'Hiftoire naturelle & de
l'Hiftoire ancienne.
ود
Le P. L. s'étendit dans fa premiere partie
fur les fecours que le Naturaliſte procure
à l'Hiftorien , en lui fourniffant de
précieuſes antiquités , & il détailla ainſi
les découvertes de ce genre qu'il a faites
dans l'Artois . » Toutes les parties de cette
province ne femblent- elles pas fe difpu-
» ter l'honneur de perfectionner l'hiſtoire ?
» Dainville & Gouy en Artois réfervoient à
» notre fiècle , depuis plus de deux mille
ans peut-être , la découverte de douze
a10 MERCURE DE FRANCE.
.ود
tombeaux finguliers , dont l'antiquité ,
» la matiere & la figure peuvent être le fu-
» jet d'une differtation également curieuſe
» & inftructive. Les marais d'Ecourt- Saint-
Quentin , après avoir fourni long - tems
» des tourbes plus noires & plus compac-
» tes que les tourbes ordinaires , n'en pa-
» roiffent refuſer aujourd'hui à vingt pieds
» de profondeur , que pour nous décou-
» vrir d'un côté une antiquité cachée , une
» chauffée romaine , large de vingt- quatre
» pieds , dont le commencement & le ter-
» me font encore inconnus .... & d'un
» autre côté , un amas de piques , de ha-
» ches , de maffes & de diverſes armes
gauloifes & romaines . La fabliere de
» Barale , à fix lieues d'Arras , nous a confervé
depuis mille trois cens ans , fous
vingt-deux pieds de fable , des vafes ro-
» mains de différentes figures , des pate-
» res , des fympules , des jattes rondes &
polies . Arras , Recourt , Foucquieres , & c .
préfentent aux differtations des Natura-
» liſtes de nos jours , tantôt à vingt- deux
» pieds , tantôt à plus de cent pieds de pro-
» fondeur , des arbres entiers dans une
» terre tourbeufe , dont ils font noircis &
pénétrés depuis plufieurs fiècles , fans
" avoir rien perdu de leur nature combuftible
, en perdant leur couleur naturelle...
23
ور
AMA I. 1755. Ir
爆
:
Quel fonds pour des differtations fçavan-
» tes ! quelles richeffes pour l'hiftoire ana
cienne ! quel tréfor celle de cette
≫ province
pour
Le nouvel affocié traita enfuite dės diverfes
reffources que nous devons au Naruralifte
, foit pour les befoins , foit pour
les commodités de la vie. Il parla des vulnéraires
, dont mille efpéces fe trouvent
réunies fur les montagnes d'Hefdin , comme
fur celles de la Suiffe & de l'Espagne .
Il indiqua deux ou trois fources d'eaux
minérales , jufqu'ici prefque inconnues
en Artois , & plufieurs mines de fer , de
plomb , de vitriol , dont les marques caractéristiques
, qui fe rencontrent par- tout
au centre & vers les extrêmités de l'Artois ,
femblent promettre un fuccès certain aux
travaux des Entrepreneurs. N'envions
·
" point , ( dit il en parlant du plâtre )
» n'envions point , Meffieurs , aux autres
contrées cette matiere fi utile ; nous en
S❞ trouvons dans celle-ci on peut faire
:
dans l'Artois ce qu'on fait dans l'Ile de
- France : Bourlon & Carency nous donne-
»ront un plâtre plus fin que celui de -Mont-
» martre ... ! du moins la découverte nous
» annonce un heureux fuccès : l'épreuve
de la calcination & de l'humectation
l'affûrera & l'expérience le perpétuera
112 MERCURE DE FRANCE.
»pour l'honneur du Naturaliſte , & pour
» le profit de l'Artois .
Sur la fin de fon difcours le P. L. entreprit
de faire voir que le Naturaliſte fatisfait
prefque toujours fa curiofité , en
trouvant ou ce qu'il cherche , ou ce qu'il
ne cherche pas , & l'Artois & fes environs
lui fourniffent encore des preuves de cette
vérité. Vous cherchiez , dit- il , dans les
carrieres , la pofition , l'étendue , la con-
» tinuité & l'épaiffeur des couches de ter-
"re , & vous avez apperçu dans des blocs
de pierre à la carriere royale de Ronville ,
»près d'Arras , des empreintes & des lits.
>> entiers de coquillages ; dans celle de
» Saint Vaaft , à la porte d'Amiens , dės
99
globes de matiere minérale , dont tous
» les rayons partent du point central , &
» aboutiffent à une circonférence inégale
»& champignoneufe ; & dans celles de
» Berles , à quatre lieues d'Arras , & de
» Saint Pol , à fept lieues de cette ville , des
» huîtres pétrifiées & des marcaffites de
plufieurs efpeces. Vous cherchiez dans
» des coquilles pétrifiées l'ouvrage des in-
» fectes marins confervé dans des carrie-
»res profondes depuis le déluge général ;
» & vous trouvez dans des monumens
antiques , ou l'ouvrage des premiers
» Gaulois , ou celui des anciens Romains...
""
"2
M A I.
1755. 11}
Vous cherchiez à Méricourt , à vingtquatre
pieds de profondeur , quelle eft
la couche de terre ou de gravier où finît
la matiere tourbeufe des marais , & la
» Drague *vous a rapporté différens fruits,
» des noix , des noifettes , dont la coque
» s'eft confervée entiere & folide pendant
» des milliers d'années .... Vous cherchiez
» dans les fontaines des fimples aquatiques,
& des roſeaux pétrifiés fe font offerts à
» vos yeux dans celle d'Albert fur les confins
de cette province .... Vous faifiez
» creufer les terres de Flers pour en exami
ner les différentes couches , & vous y
» avez déterré un amas confidérable de
> médailles romaines bien confervées , &
» réunies dans des vafes de terre dure &
folide .... Vous cherchiez près de Bou-
» chain des fources peu profondes , & vous
» avez tiré de la terre des monnoies farra-
» zines qui ont enrichi votre cabinet ……….
» Vous cherchiez dans les campagnes de
l'Abbaye de Dommartin des échinites
marins changés en cailloux , & avec quel
agréable étonnement vos yeux y ont
» trouvé des monnoies celtiques de fer ! ...
»Vous faifiez jetter les fondemens d'une
" Eglife paroiffiale à Gouy en Artois , &
* Inftrument pour tirer la terre à tourbe.
114 MERCURE DE FRANCE .
cette terre autrefois fanctifiée par de
pareilles fondations , vous a offert des
» médailles françoifes auffi curieuſes &
» inftructives qu'elles font antiques &
"
3 rares.
M. Leroux , Directeur , répondit au
Pere Lucas , & lui dit entr'autres chofes :
» Nous croyons comme vous , mon Révé-
» rend Pere , que la connoiffance de l'hiſtoi-
» re naturelle a toute l'utilité & les agré-
»mens qui peuvent attacher l'honnête
» homme : on ne peut rien ajoûter aux
❞preuves que vous avez fçu rendre fi inté-
» reffantes : on reconnoît avec plaifir que
» vous ne trouvez rien qui foit trop fé-
» rieux pour vos amuſemens , quand vous
» croyez pouvoir les faire fervir à éclairer
» vos compatriotes .... Hâtez - vous , mon
» R. Pere , de leur faire part des recherches
fçavantes que vous leur annoncez.;
» empreffez - vous à leur développer ces
» phénomenes qui ont bien pu arrêter pour
quelques momens leur attention , mais
dont il ne paroît pas qu'ils ayent fçu juſ-
» qu'aujourd'hui pénétrer la fource , ou
» démêler les avantages ; dirigez leur contemplation
: ouvrez - leur la terre qu'ils
habitent ; expliquez -leur comment , depuis
le déluge , elle n'eft qu'une maffe
formée d'un affemblage de mille chofes ,
C
99
ود
99
MATI 1755
९
و د
qui paroiffant déplacées dans fon fein ,
ne femblent offrir que des conjectures
fur les caufes de ce mêlange étonnant.
Placé avec eux comme dans un monde
»fouterrein , montrez-leur que c'eſt ſou-
» vent là que fe trouve l'origine de ces
changemens qui nous arrivent à nous-
» mêmes , ou aux autres, corps qui font fur
la furface de la terre ; dites-leur ce qu'ils
In doivent penfer des fontaines , des rivieres
, des vapeurs , de la formation & de
l'accroiffement des animaux & des végétaux
; en un mot , de toutes les merveil-
» les qui peuvent échapper à leurs lumieres
, ou réfifter à leur entendement. <
¡ M. Enlard de Grandval lur des remarques
fur les difficultés de la verfification
françoife . Il fit voir que ces difficultés réfultoient
principalement de la multitude
des articles , des pronoms , de certaines
prépofitions & conjonctions , des verbes
auxiliaires fouvent doublés. » Toutes cho-
>>> fes qui ne peignent rien , mais qui rempliffent
en partie la mefure , & y tien-
» nent la place d'autres mots qui exprime-
. . و ر
C
roient un fentiment , ou une image , uni-
» ques refforts du nerfpoëtique. » Il fit encore
obferver que le défaut d'élifion dans
les voyelles , excepté le muet , excluoit ła
rencontre d'une infinité de mots , qui ne
16 MERCURE DE FRANCE.
pouvoient plus fe trouver enfemble dan's
notre poëfie ; que notre profodie , quoique
peu marquée , exigeoit des attentions trèsdélicates
, parce que trop de breves ou de
longues dans un vers , le rendoient défectueux
; que non feulement la quantité des
fyllabes , mais encore leurs fons qui doivent
être variés , & le choix des rimes ,
qui , quoique différentes entr'elles , font
cependant monotones & choquantes quand
elles roulent de fuite fur une même voyelle
, en rendoient l'arrangement très- difficile.
Ce qu'il y a de pis , ajoûta M. de
» G. eft que nous n'avons fur cela aucune
régle qui puiffe nous gouverner ; la li-
» berté même fait le danger : rien de fi
borné que les préceptes de notre poëfie ,
rien de fi embarraſſant que l'exécution .
» Le choix des fyllabes breves ou longues ,
» celui des rimes & des fons eft purement
و د
ود
""
arbitraire ; il ne dépend que du goût dự
» Verfificateur ; mais combien ce goût
» doit- il être fûr & exercé pour ne s'y pas
méprendre , & qu'il eft rare de l'avoir
» tel !..... Les autres nations ont pour
»la poëfie un langage à part , une langue
» des Dieux : nous retenons la nôtre dans
» toutes fes entraves ; nul écart de la Gram-
» maire , nulle licence n'y eft permiſe . Les
figures , la métaphore font l'ame de la
MA 1. 1755. 117
poëfie , nous en exigeons fans doute , &
nous prétendons que le Poëte nous anime
, nous éleve , nous échauffe , mais
» à condition que l'art fe cache avec foin ,
& que l'enthoufiafme ne s'éloigne pas
trop du langage naturel . Peuple léger ,
vif & capricieux , nous voulons que la
fageffe regne jufques dans la fureur poë-
" tique ! &c.
M. le Chevalier de Vauclaire récita
deux pieces de poësie morale , imitées des
vers de Bocce , fur la confolation philofophique.
L'on termina cette féance par
un mémoire que M. Dupré d'Aulnay ,
membre de la Société littéraire de Châlons
en Champagne , avoit envoyé pour
tribut à celle d'Arras , à laquelle il eft
aggrégé depuis peu , comme affocié externe.
Ce mémoire confiftoit en des obfervations
phyfiques fur le fel marin , pour
réfuter les conjectures de M. R. P. V. J.
au fujet d'un ouvrage imprimé dans un
recueil de l'Académie de la Rochelle.
Nous apprenons que depuis la féance
publique dont on vient de rendre compte
, la Société littéraire d'Arras en a encore
tenu deux autres , le 26 Octobre
1754, & le 15 Mars dernier. Voici la
lifte des pièces qui ont rempli ces nouvelles
féances...
118 MERCURE DE FRANCE.
Effai fur la néceffité & l'utilité des rew
cherches de monumens antiques & de médailles
dans la province d'Artois , relative
ment à l'histoire du pays , par M. Camp. x
2 Obfervations fur l'origine & les étymolo
gies de plufieurs noms de lieux anciens fitues
en Artois ; par le même .
Remerciment de M. Foacier de Ruzé ,
nouvel Affocié , auquel M. Camp a tépondu
en qualité de Directeur.
A
Difcours de M. Brunel , Avocat , Chan
celier de la Société , dont l'objet étoit de
prouver combien le mépris de la littérature
nuit au bien public.
Suite du mémoire hiftorique , lû par M.
Harduin , à l'affemblée du 3o Mars 1754 ,
contenant la relation des cérémonies qui
fe pratiquoient dans la ville d'Arras , fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race ,
aux entrées folemnelles de ces Princes &
des Rois de France leurs Souverains .
Effai hiftorique fur l'origine de la langue
françoife , par M. Enlart de Grandval ,
qui avoit donné le difcours préliminaire
de cet ouvrage à la féance du 30 Mars
1754.
Obfervations phyfiques du R. P. Lucas ,
fur les découvertes qu'on a faites en creufant
le lit du nouveau canal qui doit for--
mer une communication entre la riviero
MAI. 119
1755.
d'Aa & la Lis , dont les travaux ont été
commencés en 1753 , à trois quarts de
lieue de Saint - Omer , par l'ouverture dè
la montagne des Fontinettes.
Pour procéder avec ordre , le P. L. a
divifé fa differtation en quatre articles.
Il expofe dans le premier , quelle eft la
matiere , la couleur , la fituation , l'épaiffeur
& le nombre des différentes couches
qu'on a coupées dans la montagne
des Fontinettes. En parlant de la derniere
couche de glaife , il rapporte les expériences
qu'il a multipliées , pour fe convaincre
par les yeux que l'origine des fontaines
& des rivieres doit être attribuée aux
brouillards , à la rofée , à l'eau de pluie ,
&c. & il réfute les autres fyftêmes qu'on a
imaginés à cet égard. Il ajoute quelques
réflexions fur les couches de fable qu'on
á découvertes dans la montagne , du côté
du village d'Arques ; il obferve que les
grains de ce fable , qui eft vitrifiable , font
plus gros que ceux du fable ordinaire des
fablieres d'Artois , & que la plupart de
ces grains font taillés à fix pans , qui aboutiffent
à une pointe commune ; ce qui
pourroit faire conjecturer que ce font de
petites primes de cryſtal , femblables à celles
des cryftaux colorés & non colorés
de Suiffe , de Portugal , &c.
120 MERCURE DE FRANCE.
2
Dans le fecond article , le P. L. diftingue
deux efpéces tout à fait différentes de
minéraux , trouvées dans les mêmes fouilles
, à vingt- cinq pieds de profondeur. La.
premiere efpéce eſt une matiere lourde
jaune & brillante , qui paroît métallique
au premier coup d'oeil , mais qui ne l'eft
Il pas. prouve que plufieurs de ces fragmens
minéraux ont été autrefois de vrai
bois , dont ils confervent encore les fibres
ligneufes , les noeuds convexes & concayes
, les racines & les branches naiſlantes .
Il explique comment une métamorphofe
auffi finguliere a pû fe faire , comment ce
bois a changé de nature , fans changer de
configuration extérieure , & fur-tout comment
il peut fe rencontrer dans le fein
d'une montagne , dont la formation n'a
point d'époque connue , & paroît être de
la plus haute antiquité. Il paffe enfuite à
la décompofition qu'il a faite de ce bois
minéralife ; & après avoir prouvé qu'on
n'y reconnoît pas les qualités d'un métal ,
il conclut que c'eft un foufre minéral २
mêlé de quelques parties de fel neutre ,
& d'une grande partie de terre.
Le fecond minéral eft une matiere
talqueufe & tranſparente , compofée de
feuilles prefque infiniment minces , appliquées
& collées les unes fur les autres ,
de
MAI. 1755. 121
1
de maniere que ce grand nombre de couches
ne diminue point la tranfparence de
la maffe continue , & n'interrompt point la
direction des rayons de lumiere qui y
paffent en ligne droite prefque aufli aifément
que dans le verre . Ces morceaux
talqueux forment dans la glaiſe des étoiles
en tout fens , dont les rayons divergens partent
d'un centre commun , qui n'eft qu'un
point , ou plutôt qui n'eft formé que par
les pointes inférieures des rayons mêmes ,
qui y aboutiffent & s'y réuniffent tous en
un feul point. Le P. L. décrit leur figure
extérieure & leurs différentes dimenfions ;
& après avoir montré pourquoi quelquesuns
de ces rayons paroiffent entés les uns
fur les autres , il s'attache à expliquer la
formation finguliere des épis de folle
avoine qu'on y remarque diftinctement, &
qui s'étendent dans le fein & felon la longueur
de chaque rayon . Il foutient que
cette matiere talqueufe , bien broyée &
bien pilée , eft préférable au tripoli & au
foufre pour les maftics fins , & qu'elle peut
fervir à blanchir l'argent quand elle a été
calcinée dans le creufet , & réduite en poudre
impalpable. Il explique enfin comment
cette matiere paroît vitrefcible dans
l'eau forte , où elle ne fe diffout point ,
& femble cependant fe calciner dans un
F
22 MERCURE DE FRANCE.
grand feu , où elle ne fe vitrifie pas.
Le P. L. a détaillé , dans le troifiéme
article , les indices qui paroiffent annoncer
aux environs du nouveau canal quelques
mines de plomb , à une plus grande
profondeur. Il a remis à une autre féance
le quatrième article , dans lequel il parlera
des divers fragmens de végétaux & de parties
animales qui ont été trouvées dans les
couches de fable , vers l'endroit où l'on a
commencé l'excavation du canal.
De la Société Littéraire d'Arras.
A Société Littéraire d'Arras tint le 22
Juin une affemblée publique à l'occafion
de la réception du R. P. Lucas , Jéfuite.
Le remerciment qu'il fit à ce fujet
fervit d'introduction à un difcours fur
l'excellence de l'hiftoire naturelle , dont
l'utilité & les agrémens firent les deux objets
de fa divifion.
Pour ne pas fortir des bornes d'un extrait
, on fe contentera de rapporter ici
quelques morceaux , dont le but étoit de
prouver que l'Artois renferme une égale
abondance de curiofités naturelles & de
'monumens antiques. Voici comment le P.
Lucas s'exprima fur ce point dans l'exorde
´de fon difcours. » L'Artois , votre patrie
» & la mienne , Meffieurs , offre aux dif-
» fertations des curieux tant d'objets inté
reffans , que la nature femble avoir fe
MAI. 1755: 100
» condé vos intentions & les miennes , en
» réuniffant dans les bornes étroites de cet-
» te province tout ce qui peut être utile
» au bien public , & fatisfaire la curiofité
des Naturaliſtes. La multitude des cho-
» fes fingulieres & même uniques qui fe
préfentent , comme d'elles-mêmes , fous
» nos yeux & fous nos pas , les pierres du
» res & molles , les pierres à grains & à
» feuilles , les pétrifications de toute ef-
» pece , les cryftallifations différentes , les
» bitumes , les foufres , les eaux , les végé-
"
»
taux , les minéraux , les médailles ro-
» maines du haut & du bas Empire , les
antiquités celtiques , tout s'y trouve ,
» tout s'y offre à nos recherches ; on ne
» peut faire un pas fans fouler aux pieds
» les tréfors de l'Hiftoire naturelle & de
l'Hiftoire ancienne.
ود
Le P. L. s'étendit dans fa premiere partie
fur les fecours que le Naturaliſte procure
à l'Hiftorien , en lui fourniffant de
précieuſes antiquités , & il détailla ainſi
les découvertes de ce genre qu'il a faites
dans l'Artois . » Toutes les parties de cette
province ne femblent- elles pas fe difpu-
» ter l'honneur de perfectionner l'hiſtoire ?
» Dainville & Gouy en Artois réfervoient à
» notre fiècle , depuis plus de deux mille
ans peut-être , la découverte de douze
a10 MERCURE DE FRANCE.
.ود
tombeaux finguliers , dont l'antiquité ,
» la matiere & la figure peuvent être le fu-
» jet d'une differtation également curieuſe
» & inftructive. Les marais d'Ecourt- Saint-
Quentin , après avoir fourni long - tems
» des tourbes plus noires & plus compac-
» tes que les tourbes ordinaires , n'en pa-
» roiffent refuſer aujourd'hui à vingt pieds
» de profondeur , que pour nous décou-
» vrir d'un côté une antiquité cachée , une
» chauffée romaine , large de vingt- quatre
» pieds , dont le commencement & le ter-
» me font encore inconnus .... & d'un
» autre côté , un amas de piques , de ha-
» ches , de maffes & de diverſes armes
gauloifes & romaines . La fabliere de
» Barale , à fix lieues d'Arras , nous a confervé
depuis mille trois cens ans , fous
vingt-deux pieds de fable , des vafes ro-
» mains de différentes figures , des pate-
» res , des fympules , des jattes rondes &
polies . Arras , Recourt , Foucquieres , & c .
préfentent aux differtations des Natura-
» liſtes de nos jours , tantôt à vingt- deux
» pieds , tantôt à plus de cent pieds de pro-
» fondeur , des arbres entiers dans une
» terre tourbeufe , dont ils font noircis &
pénétrés depuis plufieurs fiècles , fans
" avoir rien perdu de leur nature combuftible
, en perdant leur couleur naturelle...
23
ور
AMA I. 1755. Ir
爆
:
Quel fonds pour des differtations fçavan-
» tes ! quelles richeffes pour l'hiftoire ana
cienne ! quel tréfor celle de cette
≫ province
pour
Le nouvel affocié traita enfuite dės diverfes
reffources que nous devons au Naruralifte
, foit pour les befoins , foit pour
les commodités de la vie. Il parla des vulnéraires
, dont mille efpéces fe trouvent
réunies fur les montagnes d'Hefdin , comme
fur celles de la Suiffe & de l'Espagne .
Il indiqua deux ou trois fources d'eaux
minérales , jufqu'ici prefque inconnues
en Artois , & plufieurs mines de fer , de
plomb , de vitriol , dont les marques caractéristiques
, qui fe rencontrent par- tout
au centre & vers les extrêmités de l'Artois ,
femblent promettre un fuccès certain aux
travaux des Entrepreneurs. N'envions
·
" point , ( dit il en parlant du plâtre )
» n'envions point , Meffieurs , aux autres
contrées cette matiere fi utile ; nous en
S❞ trouvons dans celle-ci on peut faire
:
dans l'Artois ce qu'on fait dans l'Ile de
- France : Bourlon & Carency nous donne-
»ront un plâtre plus fin que celui de -Mont-
» martre ... ! du moins la découverte nous
» annonce un heureux fuccès : l'épreuve
de la calcination & de l'humectation
l'affûrera & l'expérience le perpétuera
112 MERCURE DE FRANCE.
»pour l'honneur du Naturaliſte , & pour
» le profit de l'Artois .
Sur la fin de fon difcours le P. L. entreprit
de faire voir que le Naturaliſte fatisfait
prefque toujours fa curiofité , en
trouvant ou ce qu'il cherche , ou ce qu'il
ne cherche pas , & l'Artois & fes environs
lui fourniffent encore des preuves de cette
vérité. Vous cherchiez , dit- il , dans les
carrieres , la pofition , l'étendue , la con-
» tinuité & l'épaiffeur des couches de ter-
"re , & vous avez apperçu dans des blocs
de pierre à la carriere royale de Ronville ,
»près d'Arras , des empreintes & des lits.
>> entiers de coquillages ; dans celle de
» Saint Vaaft , à la porte d'Amiens , dės
99
globes de matiere minérale , dont tous
» les rayons partent du point central , &
» aboutiffent à une circonférence inégale
»& champignoneufe ; & dans celles de
» Berles , à quatre lieues d'Arras , & de
» Saint Pol , à fept lieues de cette ville , des
» huîtres pétrifiées & des marcaffites de
plufieurs efpeces. Vous cherchiez dans
» des coquilles pétrifiées l'ouvrage des in-
» fectes marins confervé dans des carrie-
»res profondes depuis le déluge général ;
» & vous trouvez dans des monumens
antiques , ou l'ouvrage des premiers
» Gaulois , ou celui des anciens Romains...
""
"2
M A I.
1755. 11}
Vous cherchiez à Méricourt , à vingtquatre
pieds de profondeur , quelle eft
la couche de terre ou de gravier où finît
la matiere tourbeufe des marais , & la
» Drague *vous a rapporté différens fruits,
» des noix , des noifettes , dont la coque
» s'eft confervée entiere & folide pendant
» des milliers d'années .... Vous cherchiez
» dans les fontaines des fimples aquatiques,
& des roſeaux pétrifiés fe font offerts à
» vos yeux dans celle d'Albert fur les confins
de cette province .... Vous faifiez
» creufer les terres de Flers pour en exami
ner les différentes couches , & vous y
» avez déterré un amas confidérable de
> médailles romaines bien confervées , &
» réunies dans des vafes de terre dure &
folide .... Vous cherchiez près de Bou-
» chain des fources peu profondes , & vous
» avez tiré de la terre des monnoies farra-
» zines qui ont enrichi votre cabinet ……….
» Vous cherchiez dans les campagnes de
l'Abbaye de Dommartin des échinites
marins changés en cailloux , & avec quel
agréable étonnement vos yeux y ont
» trouvé des monnoies celtiques de fer ! ...
»Vous faifiez jetter les fondemens d'une
" Eglife paroiffiale à Gouy en Artois , &
* Inftrument pour tirer la terre à tourbe.
114 MERCURE DE FRANCE .
cette terre autrefois fanctifiée par de
pareilles fondations , vous a offert des
» médailles françoifes auffi curieuſes &
» inftructives qu'elles font antiques &
"
3 rares.
M. Leroux , Directeur , répondit au
Pere Lucas , & lui dit entr'autres chofes :
» Nous croyons comme vous , mon Révé-
» rend Pere , que la connoiffance de l'hiſtoi-
» re naturelle a toute l'utilité & les agré-
»mens qui peuvent attacher l'honnête
» homme : on ne peut rien ajoûter aux
❞preuves que vous avez fçu rendre fi inté-
» reffantes : on reconnoît avec plaifir que
» vous ne trouvez rien qui foit trop fé-
» rieux pour vos amuſemens , quand vous
» croyez pouvoir les faire fervir à éclairer
» vos compatriotes .... Hâtez - vous , mon
» R. Pere , de leur faire part des recherches
fçavantes que vous leur annoncez.;
» empreffez - vous à leur développer ces
» phénomenes qui ont bien pu arrêter pour
quelques momens leur attention , mais
dont il ne paroît pas qu'ils ayent fçu juſ-
» qu'aujourd'hui pénétrer la fource , ou
» démêler les avantages ; dirigez leur contemplation
: ouvrez - leur la terre qu'ils
habitent ; expliquez -leur comment , depuis
le déluge , elle n'eft qu'une maffe
formée d'un affemblage de mille chofes ,
C
99
ود
99
MATI 1755
९
و د
qui paroiffant déplacées dans fon fein ,
ne femblent offrir que des conjectures
fur les caufes de ce mêlange étonnant.
Placé avec eux comme dans un monde
»fouterrein , montrez-leur que c'eſt ſou-
» vent là que fe trouve l'origine de ces
changemens qui nous arrivent à nous-
» mêmes , ou aux autres, corps qui font fur
la furface de la terre ; dites-leur ce qu'ils
In doivent penfer des fontaines , des rivieres
, des vapeurs , de la formation & de
l'accroiffement des animaux & des végétaux
; en un mot , de toutes les merveil-
» les qui peuvent échapper à leurs lumieres
, ou réfifter à leur entendement. <
¡ M. Enlard de Grandval lur des remarques
fur les difficultés de la verfification
françoife . Il fit voir que ces difficultés réfultoient
principalement de la multitude
des articles , des pronoms , de certaines
prépofitions & conjonctions , des verbes
auxiliaires fouvent doublés. » Toutes cho-
>>> fes qui ne peignent rien , mais qui rempliffent
en partie la mefure , & y tien-
» nent la place d'autres mots qui exprime-
. . و ر
C
roient un fentiment , ou une image , uni-
» ques refforts du nerfpoëtique. » Il fit encore
obferver que le défaut d'élifion dans
les voyelles , excepté le muet , excluoit ła
rencontre d'une infinité de mots , qui ne
16 MERCURE DE FRANCE.
pouvoient plus fe trouver enfemble dan's
notre poëfie ; que notre profodie , quoique
peu marquée , exigeoit des attentions trèsdélicates
, parce que trop de breves ou de
longues dans un vers , le rendoient défectueux
; que non feulement la quantité des
fyllabes , mais encore leurs fons qui doivent
être variés , & le choix des rimes ,
qui , quoique différentes entr'elles , font
cependant monotones & choquantes quand
elles roulent de fuite fur une même voyelle
, en rendoient l'arrangement très- difficile.
Ce qu'il y a de pis , ajoûta M. de
» G. eft que nous n'avons fur cela aucune
régle qui puiffe nous gouverner ; la li-
» berté même fait le danger : rien de fi
borné que les préceptes de notre poëfie ,
rien de fi embarraſſant que l'exécution .
» Le choix des fyllabes breves ou longues ,
» celui des rimes & des fons eft purement
و د
ود
""
arbitraire ; il ne dépend que du goût dự
» Verfificateur ; mais combien ce goût
» doit- il être fûr & exercé pour ne s'y pas
méprendre , & qu'il eft rare de l'avoir
» tel !..... Les autres nations ont pour
»la poëfie un langage à part , une langue
» des Dieux : nous retenons la nôtre dans
» toutes fes entraves ; nul écart de la Gram-
» maire , nulle licence n'y eft permiſe . Les
figures , la métaphore font l'ame de la
MA 1. 1755. 117
poëfie , nous en exigeons fans doute , &
nous prétendons que le Poëte nous anime
, nous éleve , nous échauffe , mais
» à condition que l'art fe cache avec foin ,
& que l'enthoufiafme ne s'éloigne pas
trop du langage naturel . Peuple léger ,
vif & capricieux , nous voulons que la
fageffe regne jufques dans la fureur poë-
" tique ! &c.
M. le Chevalier de Vauclaire récita
deux pieces de poësie morale , imitées des
vers de Bocce , fur la confolation philofophique.
L'on termina cette féance par
un mémoire que M. Dupré d'Aulnay ,
membre de la Société littéraire de Châlons
en Champagne , avoit envoyé pour
tribut à celle d'Arras , à laquelle il eft
aggrégé depuis peu , comme affocié externe.
Ce mémoire confiftoit en des obfervations
phyfiques fur le fel marin , pour
réfuter les conjectures de M. R. P. V. J.
au fujet d'un ouvrage imprimé dans un
recueil de l'Académie de la Rochelle.
Nous apprenons que depuis la féance
publique dont on vient de rendre compte
, la Société littéraire d'Arras en a encore
tenu deux autres , le 26 Octobre
1754, & le 15 Mars dernier. Voici la
lifte des pièces qui ont rempli ces nouvelles
féances...
118 MERCURE DE FRANCE.
Effai fur la néceffité & l'utilité des rew
cherches de monumens antiques & de médailles
dans la province d'Artois , relative
ment à l'histoire du pays , par M. Camp. x
2 Obfervations fur l'origine & les étymolo
gies de plufieurs noms de lieux anciens fitues
en Artois ; par le même .
Remerciment de M. Foacier de Ruzé ,
nouvel Affocié , auquel M. Camp a tépondu
en qualité de Directeur.
A
Difcours de M. Brunel , Avocat , Chan
celier de la Société , dont l'objet étoit de
prouver combien le mépris de la littérature
nuit au bien public.
Suite du mémoire hiftorique , lû par M.
Harduin , à l'affemblée du 3o Mars 1754 ,
contenant la relation des cérémonies qui
fe pratiquoient dans la ville d'Arras , fous
les Ducs de Bourgogne de la feconde race ,
aux entrées folemnelles de ces Princes &
des Rois de France leurs Souverains .
Effai hiftorique fur l'origine de la langue
françoife , par M. Enlart de Grandval ,
qui avoit donné le difcours préliminaire
de cet ouvrage à la féance du 30 Mars
1754.
Obfervations phyfiques du R. P. Lucas ,
fur les découvertes qu'on a faites en creufant
le lit du nouveau canal qui doit for--
mer une communication entre la riviero
MAI. 119
1755.
d'Aa & la Lis , dont les travaux ont été
commencés en 1753 , à trois quarts de
lieue de Saint - Omer , par l'ouverture dè
la montagne des Fontinettes.
Pour procéder avec ordre , le P. L. a
divifé fa differtation en quatre articles.
Il expofe dans le premier , quelle eft la
matiere , la couleur , la fituation , l'épaiffeur
& le nombre des différentes couches
qu'on a coupées dans la montagne
des Fontinettes. En parlant de la derniere
couche de glaife , il rapporte les expériences
qu'il a multipliées , pour fe convaincre
par les yeux que l'origine des fontaines
& des rivieres doit être attribuée aux
brouillards , à la rofée , à l'eau de pluie ,
&c. & il réfute les autres fyftêmes qu'on a
imaginés à cet égard. Il ajoute quelques
réflexions fur les couches de fable qu'on
á découvertes dans la montagne , du côté
du village d'Arques ; il obferve que les
grains de ce fable , qui eft vitrifiable , font
plus gros que ceux du fable ordinaire des
fablieres d'Artois , & que la plupart de
ces grains font taillés à fix pans , qui aboutiffent
à une pointe commune ; ce qui
pourroit faire conjecturer que ce font de
petites primes de cryſtal , femblables à celles
des cryftaux colorés & non colorés
de Suiffe , de Portugal , &c.
120 MERCURE DE FRANCE.
2
Dans le fecond article , le P. L. diftingue
deux efpéces tout à fait différentes de
minéraux , trouvées dans les mêmes fouilles
, à vingt- cinq pieds de profondeur. La.
premiere efpéce eſt une matiere lourde
jaune & brillante , qui paroît métallique
au premier coup d'oeil , mais qui ne l'eft
Il pas. prouve que plufieurs de ces fragmens
minéraux ont été autrefois de vrai
bois , dont ils confervent encore les fibres
ligneufes , les noeuds convexes & concayes
, les racines & les branches naiſlantes .
Il explique comment une métamorphofe
auffi finguliere a pû fe faire , comment ce
bois a changé de nature , fans changer de
configuration extérieure , & fur-tout comment
il peut fe rencontrer dans le fein
d'une montagne , dont la formation n'a
point d'époque connue , & paroît être de
la plus haute antiquité. Il paffe enfuite à
la décompofition qu'il a faite de ce bois
minéralife ; & après avoir prouvé qu'on
n'y reconnoît pas les qualités d'un métal ,
il conclut que c'eft un foufre minéral २
mêlé de quelques parties de fel neutre ,
& d'une grande partie de terre.
Le fecond minéral eft une matiere
talqueufe & tranſparente , compofée de
feuilles prefque infiniment minces , appliquées
& collées les unes fur les autres ,
de
MAI. 1755. 121
1
de maniere que ce grand nombre de couches
ne diminue point la tranfparence de
la maffe continue , & n'interrompt point la
direction des rayons de lumiere qui y
paffent en ligne droite prefque aufli aifément
que dans le verre . Ces morceaux
talqueux forment dans la glaiſe des étoiles
en tout fens , dont les rayons divergens partent
d'un centre commun , qui n'eft qu'un
point , ou plutôt qui n'eft formé que par
les pointes inférieures des rayons mêmes ,
qui y aboutiffent & s'y réuniffent tous en
un feul point. Le P. L. décrit leur figure
extérieure & leurs différentes dimenfions ;
& après avoir montré pourquoi quelquesuns
de ces rayons paroiffent entés les uns
fur les autres , il s'attache à expliquer la
formation finguliere des épis de folle
avoine qu'on y remarque diftinctement, &
qui s'étendent dans le fein & felon la longueur
de chaque rayon . Il foutient que
cette matiere talqueufe , bien broyée &
bien pilée , eft préférable au tripoli & au
foufre pour les maftics fins , & qu'elle peut
fervir à blanchir l'argent quand elle a été
calcinée dans le creufet , & réduite en poudre
impalpable. Il explique enfin comment
cette matiere paroît vitrefcible dans
l'eau forte , où elle ne fe diffout point ,
& femble cependant fe calciner dans un
F
22 MERCURE DE FRANCE.
grand feu , où elle ne fe vitrifie pas.
Le P. L. a détaillé , dans le troifiéme
article , les indices qui paroiffent annoncer
aux environs du nouveau canal quelques
mines de plomb , à une plus grande
profondeur. Il a remis à une autre féance
le quatrième article , dans lequel il parlera
des divers fragmens de végétaux & de parties
animales qui ont été trouvées dans les
couches de fable , vers l'endroit où l'on a
commencé l'excavation du canal.
Fermer
Résumé : SEANCE PUBLIQUE De la Société Littéraire d'Arras.
Le 22 juin 1755, la Société Littéraire d'Arras organisa une séance publique pour accueillir le Père Lucas, jésuite, qui prononça un discours sur l'excellence de l'histoire naturelle. Il souligna l'utilité et les agréments de cette discipline, mettant en avant l'abondance des curiosités naturelles et des monuments antiques en Artois. Le Père Lucas détailla plusieurs découvertes, telles que des tombeaux anciens à Dainville et Gouy, des vestiges romains dans les marais d'Ecourt-Saint-Quentin, et des artefacts gaulois et romains dans la sablière de Baralle. Il mentionna également des arbres fossilisés à Arras, Recourt, et Fouquières, ainsi que diverses ressources naturelles comme des plantes médicinales, des sources d'eau minérale, et des mines de fer, plomb, et vitriol. Dans la deuxième partie de son discours, le Père Lucas expliqua comment les naturalistes contribuent à l'histoire en fournissant des antiquités précieuses. Il illustra cela par des exemples de découvertes faites en Artois, comme des empreintes de coquillages, des globes minéraux, et des médailles romaines. M. Leroux, Directeur de la Société, répondit en soulignant l'importance de la connaissance de l'histoire naturelle pour éclairer les compatriotes. M. Enlard de Grandval fit des remarques sur les difficultés de la versification française, tandis que le Chevalier de Vauclaire récita des poèmes moraux. La séance se conclut par la lecture d'un mémoire de M. Dupré d'Aulnay sur le sel marin, réfutant des conjectures de M. R. P. V. J. Le Père Lucas a également structuré ses observations sur les découvertes faites lors du creusement du lit d'un nouveau canal entre la rivière d'Aa et la Lis, près de Saint-Omer, en quatre articles. Dans le premier article, il décrit les différentes couches de matière trouvées dans la montagne des Fontinettes, discutant de l'origine des fontaines et des rivières, et observant des couches de sable vitrifiable près d'Arques. Le deuxième article distingue deux types de minéraux trouvés à vingt-cinq pieds de profondeur : un bois fossilisé transformé en soufre minéral et une matière talqueuse et transparente utilisée dans les mastics fins et pour blanchir l'argent. Le troisième article mentionne des indices de mines de plomb à une plus grande profondeur. Le quatrième article, non détaillé dans le texte, traitera des divers fragments de végétaux et de parties animales trouvés dans les couches de sable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9844
p. 123-126
MUSIQUE.
Début :
Le Vendredi 4 Avril, Mlle Fel chanta au Concert spirituel Exultate Deo, [...]
Mots clefs :
Musique, Succès, Concert spirituel, Opéra italien, Chevalier d'Herbain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.·´
E Vendredi 4 Avril , Mlle Fel chanta
au Concert fpirituel Exultate Deo ,
petit motet nouveau , dont le fuccès engagea
l'auteur , qu'on ne connoiffoit pas ,
à fe déclarer.
C'eft M. le Chevalier d'Herbain , de
l'Ordre militaire de S. Louis , Capitaine
d'infanterie dans le régiment de Tournaifis
, fi connu en Italie par plufieurs grands
ouvrages en mufique qu'il y a fait repréfenter
en des tems différens , & qui
y ont été reçus avec l'applaudiffement général
d'une nation trop riche en grands
compofiteurs , & trop exercée à les apprécier
, pour que fon fuffrage en ce genre
puiffe être jamais foupçonné de méprife.
M. le Chevalier d'Herbain avoit débuté
à Rome par Il Gelofo , intermede qu'il y
fit repréfenter en 1751 , & qui le fut en-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à fuite à Florence & à la Baſtia en 1753 ›
la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Les troupes Françoifes qui
étoient en Corfe, chercherentfà feconder le
zele de leur Général , pour faire éclater aux
yeux d'une nation étrangere la joie vive
des François . C'eſt toujours le caractere
d'efprit de celui qui commande qui devient
l'efprit du corps entier qu'il a fous
fes ordres ; auffi dans cette occafion on eut
l'adreffe de joindre à beaucoup de foin &
de dépenfe toutes les graces ingénieufes
des arts ; & les fêtes que M. le Marquis
de Curfay donna à la Baſtia en 1751 , commencerent
par le Triomphe des lys , opéra
Italien en trois actes , poëme fait exprès ,
que M. le Chevalier d'Herbain mit en
mufique , qu'on repréfenta avec beaucoup
de magnificence , qui mérita un fort grand
fuccès , & qui fut dédié à Monfeigneur
le Dauphin , dont il fut reçu avec cette
bonté qui lui eft fi naturelle .
M. le Chevalier d'Herbain donna l'année
fuivante l'opéra de * Lavinie fur le
théatre de la Baftia. Le fort de cet ouvrage
fut fi heureux , qu'on voulut l'avoir
à Milan pendant le carnaval de 17.53 ,
& qu'on le donna enfuite à Florence & à
* Lavinia,
1
MA 1. 1755. 125
Genes pendant le carnaval de 1754 , avec
le même fuccès.
De retour en France , M. le Chevalier
d'Herbain a fait graver les Charmes du
Sommeil, & le Retour de Flore , cantates , qu'on
trouvera aux adreffes ordinaires , & qu'il
a eu l'honneur de dédier & de préfenter
à Madame la Dauphine le premier jour de
cette année .
la
Exultate , petit motet qui a donné lieu
à cette digreffion , eft le dernier ouvrage
que nous avons de cet auteur fi digne de
nos applaudiffemens. Il fut exécuté pour
feconde fois au Concert fpirituel , avec un
très -grand fuccès , le Lundi 7 de ce mois ,
par Mlle Fel , qui lui prêta les charmes
d'une voix unique , ces graces vives d'une
exécution toujours précife , & ces traits
finis , que leur facilité fait attribuer à la
nature , & qui font le chef-d'oeuvre du
talent & de l'art. Tous les fpectateurs en
écoutant des chants fi agréables & de fi
bon goût , formoient le voeu unanime de
voir un jour M. d'Herbain confacrer fest
loisirs à un plus grand théatre qui réclame
fes talens , & aux plaifirs de fa nation.
qui en fent déja tout le prix.
Ce motet fe vend à Paris , chez le fieur
Bayard , à la Régle d'or , rue S. Honoré ;
Mlle le Clair , à la Croix d'or , rue du Rou-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le ; & Mlle Caftagneri , rue des Prouvairos
, à la Mufique royale .
On y trouve auffi , Scelta d'Arie del
dramma ( la Lavinia ) e di alcuni altri ,
meffi in mufica dal Signore Cavagliere
d'Herbain , e rappreſentati in varri teatri
d'Italia ; dedicate a fua Altezza Sereniffima
il Principe Luigi , Duca di Wurtemberg
, & c.
Recueil d'Aria de l'Opéra italien , intitulé
Lavinie , & de quelques autres , mis
en mufique par M. le Chevalier d'Herbain
, & exécutés fur plufieurs théatres.
d'Italie ; dédiés à fon A. S. Mgr le Prince
Louis , Duc de Wurtemberg , &c.
E Vendredi 4 Avril , Mlle Fel chanta
au Concert fpirituel Exultate Deo ,
petit motet nouveau , dont le fuccès engagea
l'auteur , qu'on ne connoiffoit pas ,
à fe déclarer.
C'eft M. le Chevalier d'Herbain , de
l'Ordre militaire de S. Louis , Capitaine
d'infanterie dans le régiment de Tournaifis
, fi connu en Italie par plufieurs grands
ouvrages en mufique qu'il y a fait repréfenter
en des tems différens , & qui
y ont été reçus avec l'applaudiffement général
d'une nation trop riche en grands
compofiteurs , & trop exercée à les apprécier
, pour que fon fuffrage en ce genre
puiffe être jamais foupçonné de méprife.
M. le Chevalier d'Herbain avoit débuté
à Rome par Il Gelofo , intermede qu'il y
fit repréfenter en 1751 , & qui le fut en-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à fuite à Florence & à la Baſtia en 1753 ›
la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Les troupes Françoifes qui
étoient en Corfe, chercherentfà feconder le
zele de leur Général , pour faire éclater aux
yeux d'une nation étrangere la joie vive
des François . C'eſt toujours le caractere
d'efprit de celui qui commande qui devient
l'efprit du corps entier qu'il a fous
fes ordres ; auffi dans cette occafion on eut
l'adreffe de joindre à beaucoup de foin &
de dépenfe toutes les graces ingénieufes
des arts ; & les fêtes que M. le Marquis
de Curfay donna à la Baſtia en 1751 , commencerent
par le Triomphe des lys , opéra
Italien en trois actes , poëme fait exprès ,
que M. le Chevalier d'Herbain mit en
mufique , qu'on repréfenta avec beaucoup
de magnificence , qui mérita un fort grand
fuccès , & qui fut dédié à Monfeigneur
le Dauphin , dont il fut reçu avec cette
bonté qui lui eft fi naturelle .
M. le Chevalier d'Herbain donna l'année
fuivante l'opéra de * Lavinie fur le
théatre de la Baftia. Le fort de cet ouvrage
fut fi heureux , qu'on voulut l'avoir
à Milan pendant le carnaval de 17.53 ,
& qu'on le donna enfuite à Florence & à
* Lavinia,
1
MA 1. 1755. 125
Genes pendant le carnaval de 1754 , avec
le même fuccès.
De retour en France , M. le Chevalier
d'Herbain a fait graver les Charmes du
Sommeil, & le Retour de Flore , cantates , qu'on
trouvera aux adreffes ordinaires , & qu'il
a eu l'honneur de dédier & de préfenter
à Madame la Dauphine le premier jour de
cette année .
la
Exultate , petit motet qui a donné lieu
à cette digreffion , eft le dernier ouvrage
que nous avons de cet auteur fi digne de
nos applaudiffemens. Il fut exécuté pour
feconde fois au Concert fpirituel , avec un
très -grand fuccès , le Lundi 7 de ce mois ,
par Mlle Fel , qui lui prêta les charmes
d'une voix unique , ces graces vives d'une
exécution toujours précife , & ces traits
finis , que leur facilité fait attribuer à la
nature , & qui font le chef-d'oeuvre du
talent & de l'art. Tous les fpectateurs en
écoutant des chants fi agréables & de fi
bon goût , formoient le voeu unanime de
voir un jour M. d'Herbain confacrer fest
loisirs à un plus grand théatre qui réclame
fes talens , & aux plaifirs de fa nation.
qui en fent déja tout le prix.
Ce motet fe vend à Paris , chez le fieur
Bayard , à la Régle d'or , rue S. Honoré ;
Mlle le Clair , à la Croix d'or , rue du Rou-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
le ; & Mlle Caftagneri , rue des Prouvairos
, à la Mufique royale .
On y trouve auffi , Scelta d'Arie del
dramma ( la Lavinia ) e di alcuni altri ,
meffi in mufica dal Signore Cavagliere
d'Herbain , e rappreſentati in varri teatri
d'Italia ; dedicate a fua Altezza Sereniffima
il Principe Luigi , Duca di Wurtemberg
, & c.
Recueil d'Aria de l'Opéra italien , intitulé
Lavinie , & de quelques autres , mis
en mufique par M. le Chevalier d'Herbain
, & exécutés fur plufieurs théatres.
d'Italie ; dédiés à fon A. S. Mgr le Prince
Louis , Duc de Wurtemberg , &c.
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Résumé : MUSIQUE.
Le 4 avril, Mlle Fel a interprété le motet 'Exultate Deo' au Concert Spirituel, révélant ainsi l'auteur comme étant le Chevalier d'Herbain. Ce dernier, membre de l'Ordre militaire de Saint-Louis et capitaine d'infanterie dans le régiment de Tournai, est reconnu en Italie pour ses œuvres musicales. Il a débuté à Rome en 1751 avec l'intermède 'Il Geloso', représenté ensuite à Florence et à Bastia en 1753. En Corse, les troupes françaises, sous le commandement du Marquis de Cursay, ont célébré la naissance du Duc de Bourgogne avec l'opéra 'Le Triomphe des lys' du Chevalier d'Herbain, dédié au Dauphin. L'année suivante, son opéra 'Lavinie' a été représenté à Bastia, puis à Milan, Florence et Gênes, rencontrant un grand succès. De retour en France, le Chevalier d'Herbain a fait graver les cantates 'Les Charmes du Sommeil' et 'Le Retour de Flore', dédiées à la Dauphine. Le motet 'Exultate Deo' a été exécuté une seconde fois le 7 avril au Concert Spirituel, avec Mlle Fel, et a été acclamé par le public. Ce motet est disponible à la vente à Paris chez plusieurs adresses mentionnées. Un recueil d'airs de l'opéra 'Lavinie' et d'autres œuvres est dédié au Prince Louis, Duc de Wurtemberg.
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9845
p. 126-131
PEINTURE. Avis aux Dames.
Début :
C'est bien injustement qu'on accuse les Dames d'oisiveté, & qu'on leur [...]
Mots clefs :
Peinture, Dames, Cire, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Avis aux Dames.
PEINTURE.
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
Avis aux Dames.
C'ler Dames d'oifiveté , & qu'on leur
reproche le tems qu'elles paffent à leur
toilette. Si l'on y réfléchit , on trouvera
qu'elles y donnent le moins de momens
qu'il leur eft poffible , & qu'elles faiſiſſent
avec avidité tous les moyens qu'on leur
préfente de les abréger. Une preuve convaincante
de cette vérité eft la mode des
' Eft bien injuftement qu'on accufe
MAI. 1755. 127
perruques qu'elles ont adoptées , quoiqu'elles
fçachent bien qu'elles en font défigurées
, & que tout le monde s'apperçoit
qu'elles portent de faux cheveux : on
a vû même plufieurs d'entr'elles facrifier
la plus belle chevelure , & par conféquent
une partie confidérable de leurs graces naturelles
, à cette commodité.
Cette expérience fait croire que toutes
les inventions qui pourront tendre au bur
de leur épargner du tems , feront également
bien reçues d'elles . Une des chofes
qui les occupe le plus , c'eft l'art de fe mettre
le rouge , qui eft devenu une chofe fi
importante dans l'état , quelque laid qu'il
paroiffe en foi , qu'il eft la marque diftinctive
du rang ou de la richeffe , ou du défaut
de l'un & de l'autre , réparé par des
fervices rendus à la fociété . On a donc
çru faire fa cour aux Dames , en leur donnant
des moyens de fe rendre auffi de fe rendre auffi rouges
qu'elles peuvent le defirer , en peu d'inftans
& d'une maniere permanente , qui
leur épargnera la peine de recommencer
tous les jours.
Le Sr P.... qui depuis long- tems eft
confommé dans l'art de maroufler , c'est- àdire
de coller les toiles peintes ou à peindre
, avertit qu'il a trouvé un fecret admirable
pour maroufler fur le vifage des Da-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
mes , de petites pieces de la plus belle écarlate
, taillées dans la meilleure forme de
couper le rouge , & du dernier goût. Il ofe
affurer qu'ainfi collées , elles pourront
refter attachées pendant environ une an
née pour les perfonnes qui voudront économifer
, & au moins fix mois dans toute
leur fraîcheur
pour les perfonnes plus opulentes
.
On doit remarquer en bon citoyen ,
que ce feroit un encouragement pour les
manufactures d'écarlate établies dans le
royaume , & que cela leur procureroit une
grande confommation , fans fouler perfonne
.
Second avis . Le fieur Loriot a trouvé le
fecret de fixer les paſtels fans altérer la
beauté des couleurs . Il feroit donc facile
de fe faire une fois bien peindre les joues,
foit dans la maniere noble , c'eſt - à - dire
tranchée , foit dans la maniere bourgeoife ,
c'eſt-à- dire imitant le naturel. On pourroit
s'adreffer à quelqu'un des Peintres en paftel
, dont Paris fourmille , & enfuite fixer
cette couleur , de telle maniere que rien
ne puiffe l'altérer.
Troifieme avis. Celui- ci eft le plus important.
Le Sr B .... Peintre du Roi , a
trouvé un nouveau fecret de peindre en
cire , qui n'a ni mauvaiſe odeur ni aucun
MAI. 1755. 129
defagrément ; il délaye la cire dans de l'eau,
& la broye avec les couleurs dont elle femble
diminuer un peu la vivacité ; enfuite il
paffe auprès un fer chaud , qui fond la cire ,
la lie parfaitement avec les couleurs , leur
rend toute leur beauté , & leur procure un
dégré de folidité immuable . On n'oſe cependant
confeiller l'ufage de ce merveilfeux
fecret à toute Dame qui craindroit de
hazarder l'épreuve du fer chaud : peut- être
cette difficulté pourroit - elle reftreindre
l'emploi de cette cire colorée à fi peu de
perfonnes , que celles qui feroient les plus
fûres de s'en fervir fans danger , auroient
lieu de craindre qu'on ne les accusât de
vouloir fe diftinguer dans la fociété .
Ce feroit dommage cependant qu'une
fi belle découverte demeurât inutile , car
elle a un avantage que n'ont pas les deux
autres : c'eft que l'on peut fe laver le vifage
avec de l'eau fans rien ôter à la beauté
de ce rouge. De plus , avec une petite
vergette on y peut donner un luifant qui
égale les plus beaux vernis .
Au refte , comme on donne ici trois
moyens tendans au même but, chacun peut
choifir celui qui lui eft convenable . On efpere
que le beau fexe voudra bien fçavoir
quelque gré à ceux qui s'occupent ainfi
de ce qui peut lui être commode .
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Réflexion.
On fçait affez que le rouge n'eft que la
marque du rang ou de l'opulence ; car on:
ne peut pas fuppofer que perfonne ait cru
s'embellir avec cette effroyable tache cramoiſie
. Il eſt étonnant qu'on ait attaché cette
diſtinction à une couleur qui eft fi commune
& à fi bon marché , que les plus petites
grifettes pourroient faire cette dépense
auffi abondamment qu'une perfonne de la
plus haute naiffance ; il fembleroit bien plus.
raifonnable qu'on eût adopté l'ufage du
bleu d'outre- mer. *. Cette couleur qui eft
plus chere que la poudre d'or , & dont une
Dame pourroit confommer dans une année
pour la valeur de plus de deux mille écus ,
feroit une preuve de richeffe bien moins
équivoque .
C'eft un Lord qui donne ces importans
avis â nos Dames . Elles trouveront peutêtre
la plaifanterie un peu trop angloife ,
& diront avec dédain qu'elle eft de mauvais
goût ; mais elles doivent la pardonner
à un étranger qui eft plus au fait des
,
* Cet ufage n'eft pas fans exemple. Il y a des
beautés indiennes qui mettent du bleu comme
les nôtres mettent du rouge ; il eft vrai qu'elles
le diftribuent avec plus d'économie , & par petites
veines.
MA I 1755 : 131
beaux arts que du bon ton . D'ailleurs , l'attachement
au rouge eft un mal invétéré ;
on ne peut le guérir que par un cauftique .
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Résumé : PEINTURE. Avis aux Dames.
En mai 1755, un texte traite des pratiques de maquillage des femmes et des innovations visant à simplifier leur toilette. Les femmes cherchent à réduire le temps passé à leur maquillage et adoptent des perruques malgré leurs inconvénients esthétiques. Plusieurs inventions sont présentées pour faciliter l'application du rouge, un marqueur de rang ou de richesse. Le Sr P.... propose des pièces d'écarlate à coller sur le visage pour un effet durable. Le sieur Loriot offre un secret pour fixer les pastels, permettant une application permanente du rouge. Le Sr B...., peintre du Roi, présente une technique de peinture en cire sans odeur désagréable, offrant une solidité et une durabilité supérieures. Cependant, son usage pourrait être limité par la peur du fer chaud. Le texte se termine par une réflexion sur l'usage du rouge comme marque de statut, suggérant que le bleu d'outre-mer serait un meilleur indicateur de richesse. Un lord anglais propose ces idées, reconnaissant que les femmes pourraient trouver ses suggestions trop anglo-saxonnes.
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9846
p. 177-178
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont ouvert leur théatre le 8 de ce mois par [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LES
Es Comédiens François ont ouvert
leur théatre le 8 de ce mois par
Athalie . Cette Tragédie a été précédée ,
felon l'uſage , d'un compliment prononcé
par M. de Bellecourt , & applaudi par
le Parterre , fuivant la coutume,
Le 10 , ils ont donné la huitieme repréſentation
de Philoctete ; & le 19 , ils
L'ont joué pour la douzieme & derniere
fois. Le public l'a reçu avec toute la
chaleur & les applaudiffemens du premier
jour. Voici des vers de M. Tannevot
fur cette Tragédie .
Difparoiffez Romans , fléau de Melpomene ,
Qui depuis fi long- tems defigurez la ſcène ;
Le Cothurne français par vous dépayſé ,
A retrouvé la fource où Sophocle a puiſé.
Queljeu des paffions ! quelles moeurs héroïques !
Quels nobles fentimens que de traits pathétitiques
!
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Quel refpect pour les Dieux ! & quelle vérité
A de fages crayons fournit l'antiquité !
Zele , force , courage , amour de la patrie ,
Celeftes alimens dont notre ame eft nourrie ,
Germent dans un fujet fimple , & toujours fé
cond ,
Plein de grands mouvemens , pour un efprit pro♣
fond.
Les incidens nombreux découvrent l'indigence
L'action ifolée indique l'abondance.
Philoctete obftiné dans fes reffentimens ,
Suffit pour enlever nos applaudiffemens.
La clémence toujours oppoſée à la haine ,
La combat conftamment , en triomphe & l'en
chaîne.
Dans le jeune Pyrrhus l'amour cede au devoirs
L'éloquente raiſon fignale fon pouvoir.
Combien aux voeux des Grecs devient - elle propice
!
Il falloit Chateaubrun pour bien nous peindre
Ulyffe.
Auteur judicieux , il te falloit far-tour
Pour guider le génie , & ramener le goû
LES
Es Comédiens François ont ouvert
leur théatre le 8 de ce mois par
Athalie . Cette Tragédie a été précédée ,
felon l'uſage , d'un compliment prononcé
par M. de Bellecourt , & applaudi par
le Parterre , fuivant la coutume,
Le 10 , ils ont donné la huitieme repréſentation
de Philoctete ; & le 19 , ils
L'ont joué pour la douzieme & derniere
fois. Le public l'a reçu avec toute la
chaleur & les applaudiffemens du premier
jour. Voici des vers de M. Tannevot
fur cette Tragédie .
Difparoiffez Romans , fléau de Melpomene ,
Qui depuis fi long- tems defigurez la ſcène ;
Le Cothurne français par vous dépayſé ,
A retrouvé la fource où Sophocle a puiſé.
Queljeu des paffions ! quelles moeurs héroïques !
Quels nobles fentimens que de traits pathétitiques
!
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Quel refpect pour les Dieux ! & quelle vérité
A de fages crayons fournit l'antiquité !
Zele , force , courage , amour de la patrie ,
Celeftes alimens dont notre ame eft nourrie ,
Germent dans un fujet fimple , & toujours fé
cond ,
Plein de grands mouvemens , pour un efprit pro♣
fond.
Les incidens nombreux découvrent l'indigence
L'action ifolée indique l'abondance.
Philoctete obftiné dans fes reffentimens ,
Suffit pour enlever nos applaudiffemens.
La clémence toujours oppoſée à la haine ,
La combat conftamment , en triomphe & l'en
chaîne.
Dans le jeune Pyrrhus l'amour cede au devoirs
L'éloquente raiſon fignale fon pouvoir.
Combien aux voeux des Grecs devient - elle propice
!
Il falloit Chateaubrun pour bien nous peindre
Ulyffe.
Auteur judicieux , il te falloit far-tour
Pour guider le génie , & ramener le goû
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Les comédiens français ont inauguré leur théâtre le 8 du mois avec la tragédie 'Athalie', précédée d'un compliment de M. de Bellecourt, acclamé par le public. Le 10, ils ont présenté la huitième représentation de 'Philoctète', et le 19, ils l'ont jouée pour la douzième et dernière fois. La pièce a été accueillie avec enthousiasme et applaudissements constants. M. Tannevot a écrit des vers élogieux sur 'Philoctète', soulignant la force et l'authenticité des passions et des mœurs héroïques présentées. Il critique les Romains pour avoir défiguré la scène et loue le retour du cothurne français à la source de Sophocle. Les personnages de la pièce, notamment Philoctète et Pyrrhus, sont loués pour leurs nobles sentiments et leur respect des dieux. L'action est décrite comme riche en incidents et en profondeur, avec une opposition constante entre clémence et haine. L'éloquence et la raison triomphent dans le personnage d'Ulysse, interprété par Chateaubrun.
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9847
p. 178-179
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur spectacle par Arlequin [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
Es Comédiens Italiens ont fait l'ou
Lverture de leur fpectacle par priem
lequin Voleur , Juge & Prévât , ComéM
A I 1735. 179
die Italienne. Mme Favart fait avec Arlequin
un compliment dialogue dans le goût
de celui de la clôture.
Le 17 les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation des Deux
Soeurs , Comédie en vers , en trois actes ,
de M. Yon. Les deux premiers furent applaudis
; on fut moins fatisfait du troifieme.
En général on a trouvé la piéce bien
écrité , & les détails bien faits ; mais on y
eut defiré plus d'action & de gaieté. Cet
te Comédie fut fuivie des Amours de Baftien
, & de la Matinée Villageoife , nouveau
Ballet de M. Deheffe. Il y a un pas de
trois charmant ; il eft exécuté par Mlle Ca
tinon , Mlle Camille , & Mr. Saudi ,
avec une précision qui ne laiffe rien à defirer.
Es Comédiens Italiens ont fait l'ou
Lverture de leur fpectacle par priem
lequin Voleur , Juge & Prévât , ComéM
A I 1735. 179
die Italienne. Mme Favart fait avec Arlequin
un compliment dialogue dans le goût
de celui de la clôture.
Le 17 les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation des Deux
Soeurs , Comédie en vers , en trois actes ,
de M. Yon. Les deux premiers furent applaudis
; on fut moins fatisfait du troifieme.
En général on a trouvé la piéce bien
écrité , & les détails bien faits ; mais on y
eut defiré plus d'action & de gaieté. Cet
te Comédie fut fuivie des Amours de Baftien
, & de la Matinée Villageoife , nouveau
Ballet de M. Deheffe. Il y a un pas de
trois charmant ; il eft exécuté par Mlle Ca
tinon , Mlle Camille , & Mr. Saudi ,
avec une précision qui ne laiffe rien à defirer.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
En 1735, des comédiens italiens ont présenté 'L'Équin Voleur, Juge & Prévôt' le 17 janvier, avec Mme Favart dans un dialogue de clôture. Le même jour, ils ont joué 'Les Deux Soeurs', une comédie en vers en trois actes de M. Yon, jugée bien écrite mais manquant d'action et de gaieté. La représentation a inclus 'Les Amours de Bastien' et 'La Matinée Villageoise', un ballet de M. Deheffe. Un pas de trois a été particulièrement apprécié.
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9848
p. 180-184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Lundi Saint 24 Mars, le Concert commença par une symphonie, qui [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Choeur, Symphonie, Concert, Concerto, Orgue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE
E Lundi Saint 24 Mars , le Concert
commença par une fymphonie , qui
fur fuivie du Venite exultemus , motet à grand
choeur de M. Davefne. Mme Pompeati
chanta un air italien . Mlle Fel chanta
un concerto accompagné de voix . Mme
Pompeati chanta un air italien. Le Concert
finit par Jubilate , motet à grand
choeur de M. de Mondonville.
Le Concert du Mardi Saint fut trèsbeau
; il commença par une fymphonie
de Jumelli , enfuite Domini eft terra ,
motet à grand choeur de M. le Febvre ,
organiſte de S. Louis. Le jeune M. Jannfon
jouaune fonate devioloncelle avec l'ap
plaudiffement général . M. Godard chanta
un petit motet au gré des auditeurs. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition , qui furprit & enchanta
toute l'affemblée ; fon jeu brillant fit
parler cet inftrument en maître , & fit
fentir qu'il a feul le droit de commander
à tous les autres. On ne peut faire
un trop grand éloge de cette nouveauté
& du talent fingulier de M. Balbatre à
qui nous la devons. Le Concert finit par
MAI. 1755 181-
Magnus Dominus, motet à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Mercredi Saint 26 , le Concert commença
par une fymphonie de Geminiani
; enfuite Nifi Dominus , motet à grand
choeur de M. de Mondonville. Mme . Pompeati
chanta un air Italien ; il fut fuivi
d'une fymphonie de Stamich , avec clarinets
& cors de chaffe . Mme. Pompeati
chanta un fecond air Italien. M, Balbatre
joua fon concerto d'orgue avec le
même fuccès. Le Concert finit par le Miferere
de M. de Lalande .
Le Jeudi Saint 27 , on commença par
une fymphonie del Signor Zanni , enfuite
Deus nofter , motet à grand choeur
de M. Cordelet . M. Albaneze chanta
deux airs Italiens . M. Godard chanta un
petit motet de M. le Febvre , organiſte de
S. Louis. Mlle Fel chanta un concerto
accompagné de voix . M. Beche en chanta
l'Adagio. On finit par In exitu , motet
nouveau de M. de Mondonville , qui fut
très applaudi.
Le Vendredi Saint 28 , on commença
par une fymphonie de M. Guillemain ;
enfuite Stabat de Pergoleze . M. Canavas
joua un concerto. Mme Pompeati chanta
un air Italien. M. Balbatre joua fur l'orgue
une fonnate des pieces de Clavecin
1821 MERCURE DE FRANCE:
de M. de Mondonville . On finit par le De
profundis de M. de Mondonville ...
Le Samedi Saint 29 , on commença
par une fymphonie del Signor Haffe ,
qui fut fuivie du Stabat de Pergoleze. M.
Gelin chanta un petit motet. Ön exécuta
une fymphonie del Signor Holzbaur.
Mme Veftris de Giardini chanta deux
airs Italiens ; elle fut applaudie à plus
d'un titre ; elle joint à un bel organe
une figure très aimable : on finit par
Bonum eft , motet à grand choeur de M. de
Mondonville.
Le Dimanche jour de Pâques 30 Mars ,
on commença par une fymphonie de M.
de Mondonville ; enfuite Cantate , moter à
grand choeur de M. de Lalande . Mme
Pompeati chanta deux airs Italiens . Mlle
Fel chanta un petit motet del Signor Fifco.
M. Balbatre joua un concerto d'orgue
de fa compofition. On finit par enite
exultemus , moter à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Lundi de Pâques 31 , on commença
par une fymphonie; enfuite Domine , in
virtute tua , motet à grand choeur de M.
Cordeler. Mme Veftris de Giardini chanta
deux airs. Mlle Fel chanta un nouveau
Regina cæli. M. Balbatre joua un concerto
d'orgue de fa compofition. On finit par
MAI 17551 183
Dominus regnavit , de M. de Mondonville .
Le Mardi de Pâques premier Avril , on
commença par une fymphonic ; enſuite
Dominus regnavit , motet à grand choeur
de M. de Lalande . Mme Pompeati chanta
un air Italien, M. Taillard joua un concerto
de Alûte. Mme Pompeati chanta
un fecond air Italien . M. Balbatre joua
de l'orgue . On finit par In exitu , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Vendredi de Pâques 4 Avril , on
commença par une fymphonie de Mrs
Pla ; enfuite Exaltabo te , moter à grand
choeur de M. de Lalande . M. Moria joua
un concerto de violon . Mlle Fel chanta
avec un grand fuccès Exultate Deo , petit
motet nouveau . M. Balbatre joua fur
l'orgue l'ouverture de l'Opéra Languedocien.
On finit par Coeli enarrant , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Dimanche de Quafimodo 6 , on
commença par une fymphonie de Jumelli
; enfuite Cantate , moter à grand
choeur de M. de Lalande. Mme Veftris
de Giardini chanta deux airs Italiens. M.
Moria joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta le nouveau Regina coeli. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition . On finit par Venite exultemus
, de M. de Mondonville.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi 7 Avril , jour de l'Annonciation
, on commença par une fymphonie
nouvelle ; enfuite Cantate , motet à grand
choeur de M. Martin. Mme Pompeati
chanta un air Italien . M. Godard chanta
le petit motet de M. le Febvre. M. Tarrade
joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta pour la feconde fois Exultate
Deo , qui eut une nouvelle réuffite . Pour
rendre le Concert parfait , M. Balbatre
joua un concerto d'orgue de fa compofition
; & l'on finit par In exitu , de M. de
Mondonville,
* Voyez l'article IV , au mot Muſique.
LE
E Lundi Saint 24 Mars , le Concert
commença par une fymphonie , qui
fur fuivie du Venite exultemus , motet à grand
choeur de M. Davefne. Mme Pompeati
chanta un air italien . Mlle Fel chanta
un concerto accompagné de voix . Mme
Pompeati chanta un air italien. Le Concert
finit par Jubilate , motet à grand
choeur de M. de Mondonville.
Le Concert du Mardi Saint fut trèsbeau
; il commença par une fymphonie
de Jumelli , enfuite Domini eft terra ,
motet à grand choeur de M. le Febvre ,
organiſte de S. Louis. Le jeune M. Jannfon
jouaune fonate devioloncelle avec l'ap
plaudiffement général . M. Godard chanta
un petit motet au gré des auditeurs. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition , qui furprit & enchanta
toute l'affemblée ; fon jeu brillant fit
parler cet inftrument en maître , & fit
fentir qu'il a feul le droit de commander
à tous les autres. On ne peut faire
un trop grand éloge de cette nouveauté
& du talent fingulier de M. Balbatre à
qui nous la devons. Le Concert finit par
MAI. 1755 181-
Magnus Dominus, motet à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Mercredi Saint 26 , le Concert commença
par une fymphonie de Geminiani
; enfuite Nifi Dominus , motet à grand
choeur de M. de Mondonville. Mme . Pompeati
chanta un air Italien ; il fut fuivi
d'une fymphonie de Stamich , avec clarinets
& cors de chaffe . Mme. Pompeati
chanta un fecond air Italien. M, Balbatre
joua fon concerto d'orgue avec le
même fuccès. Le Concert finit par le Miferere
de M. de Lalande .
Le Jeudi Saint 27 , on commença par
une fymphonie del Signor Zanni , enfuite
Deus nofter , motet à grand choeur
de M. Cordelet . M. Albaneze chanta
deux airs Italiens . M. Godard chanta un
petit motet de M. le Febvre , organiſte de
S. Louis. Mlle Fel chanta un concerto
accompagné de voix . M. Beche en chanta
l'Adagio. On finit par In exitu , motet
nouveau de M. de Mondonville , qui fut
très applaudi.
Le Vendredi Saint 28 , on commença
par une fymphonie de M. Guillemain ;
enfuite Stabat de Pergoleze . M. Canavas
joua un concerto. Mme Pompeati chanta
un air Italien. M. Balbatre joua fur l'orgue
une fonnate des pieces de Clavecin
1821 MERCURE DE FRANCE:
de M. de Mondonville . On finit par le De
profundis de M. de Mondonville ...
Le Samedi Saint 29 , on commença
par une fymphonie del Signor Haffe ,
qui fut fuivie du Stabat de Pergoleze. M.
Gelin chanta un petit motet. Ön exécuta
une fymphonie del Signor Holzbaur.
Mme Veftris de Giardini chanta deux
airs Italiens ; elle fut applaudie à plus
d'un titre ; elle joint à un bel organe
une figure très aimable : on finit par
Bonum eft , motet à grand choeur de M. de
Mondonville.
Le Dimanche jour de Pâques 30 Mars ,
on commença par une fymphonie de M.
de Mondonville ; enfuite Cantate , moter à
grand choeur de M. de Lalande . Mme
Pompeati chanta deux airs Italiens . Mlle
Fel chanta un petit motet del Signor Fifco.
M. Balbatre joua un concerto d'orgue
de fa compofition. On finit par enite
exultemus , moter à grand choeur de
M. de Mondonville.
Le Lundi de Pâques 31 , on commença
par une fymphonie; enfuite Domine , in
virtute tua , motet à grand choeur de M.
Cordeler. Mme Veftris de Giardini chanta
deux airs. Mlle Fel chanta un nouveau
Regina cæli. M. Balbatre joua un concerto
d'orgue de fa compofition. On finit par
MAI 17551 183
Dominus regnavit , de M. de Mondonville .
Le Mardi de Pâques premier Avril , on
commença par une fymphonic ; enſuite
Dominus regnavit , motet à grand choeur
de M. de Lalande . Mme Pompeati chanta
un air Italien, M. Taillard joua un concerto
de Alûte. Mme Pompeati chanta
un fecond air Italien . M. Balbatre joua
de l'orgue . On finit par In exitu , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Vendredi de Pâques 4 Avril , on
commença par une fymphonie de Mrs
Pla ; enfuite Exaltabo te , moter à grand
choeur de M. de Lalande . M. Moria joua
un concerto de violon . Mlle Fel chanta
avec un grand fuccès Exultate Deo , petit
motet nouveau . M. Balbatre joua fur
l'orgue l'ouverture de l'Opéra Languedocien.
On finit par Coeli enarrant , motet
à grand choeur de M. de Mondonville.
Le Dimanche de Quafimodo 6 , on
commença par une fymphonie de Jumelli
; enfuite Cantate , moter à grand
choeur de M. de Lalande. Mme Veftris
de Giardini chanta deux airs Italiens. M.
Moria joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta le nouveau Regina coeli. M.
Balbatre joua un concerto d'orgue de fa
compofition . On finit par Venite exultemus
, de M. de Mondonville.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi 7 Avril , jour de l'Annonciation
, on commença par une fymphonie
nouvelle ; enfuite Cantate , motet à grand
choeur de M. Martin. Mme Pompeati
chanta un air Italien . M. Godard chanta
le petit motet de M. le Febvre. M. Tarrade
joua un concerto de violon . Mlle
Fel chanta pour la feconde fois Exultate
Deo , qui eut une nouvelle réuffite . Pour
rendre le Concert parfait , M. Balbatre
joua un concerto d'orgue de fa compofition
; & l'on finit par In exitu , de M. de
Mondonville,
* Voyez l'article IV , au mot Muſique.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert Spirituel s'est tenu du 24 mars au 7 avril 1755. Chaque jour, les concerts débutaient par une symphonie, suivie de divers motets à grand chœur, airs italiens et concertos. Parmi les compositeurs et interprètes notables figuraient M. Daveine, M. de Mondonville, M. le Febvre, M. Balbastre, Mme Pompeati, Mlle Fel et Mme Vestrys de Giardini. Les œuvres de M. de Mondonville, telles que 'Jubilate', 'Magnus Dominus' et 'In exitu', ont été fréquemment exécutées et acclamées par le public. Les performances de M. Balbastre à l'orgue ont été particulièrement saluées pour leur brillance et leur maîtrise. D'autres moments marquants incluaient les interprétations de M. Jannson au violoncelle et de M. Godard en chant, ainsi que divers concertos de violon et de flûte. Chaque concert se concluait par un motet à grand chœur, souvent composé par M. de Mondonville.
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9849
p. 185
DU LEVANT.
Début :
Mustapha Effendi est nommé pour aller notifier à l'Impératrice de Russie [...]
Mots clefs :
Constantinople, Grand vizir, Osman III, Avènement au trône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 3 Février.
Am
USTAPHA EFFENDI eft nommé pour aller
notifier à l'Impératrice de Ruffie l'avènement
d'Ofman III au trône , & Chalil Aga , Capigi
Bachi , eft chargé de s'acquitter de la même
commiffion auprès du Roi & de la République de
Pologne. Lorfque le Baron de Hochepied ,
baffadeur des Etats Généraux des Provinces -Unies,
eut le du mois dernier fon audience publique
du Grand Vifir , il harangua ce premier Miniftre
en françois , & le Grand Vifir lui répondit en la
même langue.
Tout fembloit promettre au Grand Vilir
qu'il conferveroit fa dignité. Cependant Sa Hau→
teffe lui envoya redemander les Sceaux le IS Février.
C'eft à Metelin qu'il eft relegué. Son Succeffeur
n'eft pas encore déclaré ; l'Aga des Janiſfaires
exerce les fonctions de premier Miniftre.
Près de quatre-vingt mille ouvriers font employés
actuellement à réparer les dommages
caufés par les derniers tremblemens de terre. La
partie du Sérail , qui avoit été renversée , a été
rebâtie fur les deffeins du fieur Eſpinelluzzi , Arę
chitecte Italien.
DE CONSTANTINOPLE , le 3 Février.
Am
USTAPHA EFFENDI eft nommé pour aller
notifier à l'Impératrice de Ruffie l'avènement
d'Ofman III au trône , & Chalil Aga , Capigi
Bachi , eft chargé de s'acquitter de la même
commiffion auprès du Roi & de la République de
Pologne. Lorfque le Baron de Hochepied ,
baffadeur des Etats Généraux des Provinces -Unies,
eut le du mois dernier fon audience publique
du Grand Vifir , il harangua ce premier Miniftre
en françois , & le Grand Vifir lui répondit en la
même langue.
Tout fembloit promettre au Grand Vilir
qu'il conferveroit fa dignité. Cependant Sa Hau→
teffe lui envoya redemander les Sceaux le IS Février.
C'eft à Metelin qu'il eft relegué. Son Succeffeur
n'eft pas encore déclaré ; l'Aga des Janiſfaires
exerce les fonctions de premier Miniftre.
Près de quatre-vingt mille ouvriers font employés
actuellement à réparer les dommages
caufés par les derniers tremblemens de terre. La
partie du Sérail , qui avoit été renversée , a été
rebâtie fur les deffeins du fieur Eſpinelluzzi , Arę
chitecte Italien.
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Résumé : DU LEVANT.
Le texte décrit des événements politiques et administratifs à Constantinople. Usapha Effendi est chargé d'informer l'Impératrice de Russie de l'accession d'Osman III au trône, tandis que Chalil Aga, Capigi Bachi, doit en informer le Roi et la République de Pologne. Le Baron de Hochepied, représentant des Provinces-Unies, a eu une audience publique avec le Grand Vizir, lors de laquelle ils ont communiqué en français. Le Grand Vizir, bien que prometteur de conserver sa dignité, a été démis de ses fonctions le 11 février et relégué à Metelin. Son successeur n'est pas encore nommé, et l'Aga des Janissaires assure l'intérim. Par ailleurs, près de quatre-vingt mille ouvriers sont mobilisés pour réparer les dégâts causés par les récents tremblements de terre, notamment au Sérail, reconstruit selon les plans de l'architecte italien Espinelluzzi.
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9850
p. 186-187
DU NORD.
Début :
Plusieurs personnes versées dans la connaissance des loix, ont reçu l'ordre [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Varsovie, Stockholm
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NORD.
DE PETERSBOURG , le 28 Février.
Plufieurs perfonnes verfées dans la connoiffance
des loix , ont reçu ordre de P'Impératrice de
travailler à la réduction d'un nouveau Code. Ik
portera Ie nom de Code Elizabeth . Sa Majefté
Împériale vient d'affigner un fonds de trente mille
roubles , pour fubvenir aux premieres dépenses de
l'établiffement d'une Univerfité dans la ville de
Mofcou. Le Chevalier de Luffy , François de nation
, a entrepris de donner une feuille périodi
que , intitulée le Cameleon littéraire. Tous les Seigneurs
de cette Cour étant dans le goût de la
littérature françoife , s'intéreffent vivement au
fuccès de cet ouvrage.-
DE WARSOVIE , le 17 Mars.
Selon les avis reçus de Dubno , Hadzi Ali Aga ,
Ambaffadeur du Grand Seigneur , a amené de
Conftantinople deux Sauvages qui ont été trouvés
dans les bois , & qu'il doit préfenter au Roi de la
part de Sa Hauteffe. Le fieur Durand , Miniftre de
Sa Majesté très -Chrétienne auprès de la République
, arriva ici le 4 .
DE STOCKHOLM , le 4 Mars.
Il paroît un Edit , par lequel il eft défendu à
tous Matelots , employés fur les vaiffeaux Suédois ,
de paffer dans les pays étrangers , fous peine d'être
déclarés inhabiles à recueillir les fucceffions qui
pourroient dans la fuite leur écheoir , & de perdre
MAI 1759. 187
ce qui leur fera dû fur les bâtimens , à bord defquels
ils auront fervi .
Sa Majefté vient de faire publier qu'elle accorderoit
des gratifications confidérables & plufieurs
priviléges aux entrepreneurs qui voudroient établir
des carroffes publics pour aller d'une Province
à l'autre , & des voitures pour le tranfport des
marchandifes.
DE PETERSBOURG , le 28 Février.
Plufieurs perfonnes verfées dans la connoiffance
des loix , ont reçu ordre de P'Impératrice de
travailler à la réduction d'un nouveau Code. Ik
portera Ie nom de Code Elizabeth . Sa Majefté
Împériale vient d'affigner un fonds de trente mille
roubles , pour fubvenir aux premieres dépenses de
l'établiffement d'une Univerfité dans la ville de
Mofcou. Le Chevalier de Luffy , François de nation
, a entrepris de donner une feuille périodi
que , intitulée le Cameleon littéraire. Tous les Seigneurs
de cette Cour étant dans le goût de la
littérature françoife , s'intéreffent vivement au
fuccès de cet ouvrage.-
DE WARSOVIE , le 17 Mars.
Selon les avis reçus de Dubno , Hadzi Ali Aga ,
Ambaffadeur du Grand Seigneur , a amené de
Conftantinople deux Sauvages qui ont été trouvés
dans les bois , & qu'il doit préfenter au Roi de la
part de Sa Hauteffe. Le fieur Durand , Miniftre de
Sa Majesté très -Chrétienne auprès de la République
, arriva ici le 4 .
DE STOCKHOLM , le 4 Mars.
Il paroît un Edit , par lequel il eft défendu à
tous Matelots , employés fur les vaiffeaux Suédois ,
de paffer dans les pays étrangers , fous peine d'être
déclarés inhabiles à recueillir les fucceffions qui
pourroient dans la fuite leur écheoir , & de perdre
MAI 1759. 187
ce qui leur fera dû fur les bâtimens , à bord defquels
ils auront fervi .
Sa Majefté vient de faire publier qu'elle accorderoit
des gratifications confidérables & plufieurs
priviléges aux entrepreneurs qui voudroient établir
des carroffes publics pour aller d'une Province
à l'autre , & des voitures pour le tranfport des
marchandifes.
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Résumé : DU NORD.
En 1759, plusieurs événements politiques et culturels marquants ont eu lieu en Europe. À Saint-Pétersbourg, l'impératrice Élisabeth a ordonné la création du Code Élisabeth, un nouveau code législatif, et a alloué trente mille roubles pour fonder une université à Moscou. Le Chevalier de Luffy a lancé la publication périodique 'Le Caméléon littéraire', soutenue par des seigneurs de la cour intéressés par la littérature française. À Varsovie, Hadzi Ali Aga, ambassadeur du Grand Seigneur, a présenté deux individus sauvages au roi, et le ministre français Durand est arrivé le 4 mars. À Stockholm, un édit a interdit aux matelots suédois de s'expatrier, sous peine de perdre leurs droits successoraux et leurs salaires. La reine suédoise a annoncé des gratifications et des privilèges pour les entrepreneurs établissant des services de carrosses publics et de transport de marchandises entre provinces.
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