Résultats : 21932 texte(s)
Détail
Liste
6801
p. 214-215
ENIGMES du mois.
Début :
Au mot de cette énigme on peut parler ainsi. [...]
Mots clefs :
Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGMES du mois.
ENIGMES
du mois.
Au mot de cette
énigme
on peut parler
ainfi
Impetueux
torrent
, qui
ccurs apres toy -mefme ,
GALANT . arg
.Et qui te fuis toy-mefine
auffi ,
Que tu me caufe de foucy.
C'eft ton rapide cours qui
fait l'amour extrême .
D'un Berger fidele €5
charmant :
Mais ton rapide cours
peut le rendre incon- ·
ftant.
du mois.
Au mot de cette
énigme
on peut parler
ainfi
Impetueux
torrent
, qui
ccurs apres toy -mefme ,
GALANT . arg
.Et qui te fuis toy-mefine
auffi ,
Que tu me caufe de foucy.
C'eft ton rapide cours qui
fait l'amour extrême .
D'un Berger fidele €5
charmant :
Mais ton rapide cours
peut le rendre incon- ·
ftant.
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6802
p. 2330-2331
Détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
Début :
On avoit appris par des lettres du camp de l'Infant Don Philippe, que la nuit du 12 au 13 du mois [...]
Mots clefs :
Lettres, Nuit, Tranchée, Parallèle, Espagnols, Roi de Sardaigne, Coni
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texteReconnaissance textuelle : Détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
On avoit appris par des lettres du camp de l'In
fantDon Philippe , que la nuit du 12 au 13du mois.
dernier la tranchée avoit été ouverte devant Coni ,
&que la premiere Parallele , ſans qu'il en eut coûté
plus de 12 hommes aux affiégeans , avoit été miſe
cette même nuit en tel état , que les Travailleurs
a'avoient preſque plus rien à craindre.
Les mêmes lettres marquoient que les affiégés
avoient fait le 13 , ſur une Redoute que les Eſpagnols
conſtruifoient , une fortie dans laquelle ces
derniers avoient eû' environ 20 Officiers & cent
Soldats de tués .
Depuis l'arrivée de ces lettres , on a reçû avis que
la ſeconde Parallele avoit été commencée la nuit
du 18 au 19 , & qu'elle avoit étépoufiée à vingt
toiſesdes Lunettes,
Le
OCTOBRE. 1744. 2331
1 Le 1s les François battoient la Place avec 22
piéces de canon & avec huit mortiers , & les Eſpagnols
ont achevé le 18 d'établir une batterie de fix
mortiers &de fix canons.
M. de Ramſau , Ingénieur& Aide de Camp du
Prince de Conty , a eû dans la tranchée l'épaule
emportée par un boulet. :
LeMarquis Pignatelli , qui étoit à Centale avec
TOOOGrenadiers & 2000 hommes de Cavalerie ,
pour obſerverles mouvemens du Roi de Sardaigne ,
repaſſa le 18 la riviere de Steure ,& par ce moyen
on a achevé d'investir entierement la Ville de Coni
, qui n'étoit pas enfermée du côté de Mondovi.
Deux jours avant l'ouverture de la tranchée , le
Marquis de Campo Santo , ayant marché avec un
Détachement conſidérable , pour s'emparer de la
Chiuſa, 500 hommes des troupes du Roi de Sardaigne
& 1500 Payſans Piemontois , qui gardoient
ce Pofte , l'ont abandonné à l'approche des Eſpagnols
, après avoir mis le feu aux magaſins que le
Roi de Sardaigne y avoit établis.
fantDon Philippe , que la nuit du 12 au 13du mois.
dernier la tranchée avoit été ouverte devant Coni ,
&que la premiere Parallele , ſans qu'il en eut coûté
plus de 12 hommes aux affiégeans , avoit été miſe
cette même nuit en tel état , que les Travailleurs
a'avoient preſque plus rien à craindre.
Les mêmes lettres marquoient que les affiégés
avoient fait le 13 , ſur une Redoute que les Eſpagnols
conſtruifoient , une fortie dans laquelle ces
derniers avoient eû' environ 20 Officiers & cent
Soldats de tués .
Depuis l'arrivée de ces lettres , on a reçû avis que
la ſeconde Parallele avoit été commencée la nuit
du 18 au 19 , & qu'elle avoit étépoufiée à vingt
toiſesdes Lunettes,
Le
OCTOBRE. 1744. 2331
1 Le 1s les François battoient la Place avec 22
piéces de canon & avec huit mortiers , & les Eſpagnols
ont achevé le 18 d'établir une batterie de fix
mortiers &de fix canons.
M. de Ramſau , Ingénieur& Aide de Camp du
Prince de Conty , a eû dans la tranchée l'épaule
emportée par un boulet. :
LeMarquis Pignatelli , qui étoit à Centale avec
TOOOGrenadiers & 2000 hommes de Cavalerie ,
pour obſerverles mouvemens du Roi de Sardaigne ,
repaſſa le 18 la riviere de Steure ,& par ce moyen
on a achevé d'investir entierement la Ville de Coni
, qui n'étoit pas enfermée du côté de Mondovi.
Deux jours avant l'ouverture de la tranchée , le
Marquis de Campo Santo , ayant marché avec un
Détachement conſidérable , pour s'emparer de la
Chiuſa, 500 hommes des troupes du Roi de Sardaigne
& 1500 Payſans Piemontois , qui gardoient
ce Pofte , l'ont abandonné à l'approche des Eſpagnols
, après avoir mis le feu aux magaſins que le
Roi de Sardaigne y avoit établis.
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6803
p. 224-225
AU ROY.
Début :
Voicy un autre Madrigal sur cette mesme défaite. Il est / LOUIS, que vous imitez bien [...]
Mots clefs :
Louis, Europe, Guerre, Paix
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy un autre Madrigal
fur cetre mefme défaite. Il eft
de Madame des Houlieres.
AU ROY.
OVIS, que vous imitez L°bien
Cet Eftre indépendant dont vous eftes
l'Image"!
Comme luy, des Rois qu'on outrage
Vous eftes le vangeur & l'unique foutien.
GALANT 225
• Comme luy, vostre mainfoudroye
Ces coupables Mortels, dont les noires
Byfureurs
Ont mis toute l'Europe en proyes.
A ce que la guerre a d'horreurs.
Comme luy , rempli de clemence,
Quelque douceur qu'ait la vangeance,
Vons eftes preft à pardonner';
Etfur les bords du Pô‚du Rhin , &
de la Meufe ,
Vous ne les accable que pour les
amener
Par un prompt repentir , à cette Paix
heureuse ,
Que vousfeulpouvezleur donner.
fur cetre mefme défaite. Il eft
de Madame des Houlieres.
AU ROY.
OVIS, que vous imitez L°bien
Cet Eftre indépendant dont vous eftes
l'Image"!
Comme luy, des Rois qu'on outrage
Vous eftes le vangeur & l'unique foutien.
GALANT 225
• Comme luy, vostre mainfoudroye
Ces coupables Mortels, dont les noires
Byfureurs
Ont mis toute l'Europe en proyes.
A ce que la guerre a d'horreurs.
Comme luy , rempli de clemence,
Quelque douceur qu'ait la vangeance,
Vons eftes preft à pardonner';
Etfur les bords du Pô‚du Rhin , &
de la Meufe ,
Vous ne les accable que pour les
amener
Par un prompt repentir , à cette Paix
heureuse ,
Que vousfeulpouvezleur donner.
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Résumé : AU ROY.
Le madrigal de Madame des Houlières compare le roi à Ovide, le décrivant comme un justicier indépendant et vengeur des rois outragés. Le roi punit les coupables ayant plongé l'Europe dans la guerre, mais agit avec clémence et cherche à amener ses ennemis à la paix. Il exerce son influence sur les bords du Pô, du Rhin et de la Meuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6804
p. 7-9
SONNET, A M. le Chevalier de S. Gilles.
Début :
Apollon au Parnasse hier s'estant rendu, [...]
Mots clefs :
Apollon, Auteurs
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texteReconnaissance textuelle : SONNET, A M. le Chevalier de S. Gilles.
SONNET,
4 M. le Chevalier de S. Gilles. APollon au Parnasse
hier s'estant
rendu,
tuteurs vieux &nouveaux
vinrent de
compagnie,
Etdisputoient entr'eux
avec telle manie,
Que le Dieumême à
peine était-il entendu.
Entre autres Sarrazin
crioit comme un
perdu.,
Se plaignant queSaint
Gillesavoit pris son
genie.
-
Non, Meilleurs, disoitil,
ce n'est point
ironie,
Et s'il ne me le rend,
je veux estrependu.
Un genieeft là-baschole
si familiere; j
Que ne prend-il celuy
de Pie, de Frontinierel
Lors Apollon luy dit:
ah! tu fais le fâché,
Eh bien, pour te montrer
a quel point je
l'honnore,
Il gardera le tien, & je
luy donne encore
Celuy d'Anacreon pardessus
le marché.
4 M. le Chevalier de S. Gilles. APollon au Parnasse
hier s'estant
rendu,
tuteurs vieux &nouveaux
vinrent de
compagnie,
Etdisputoient entr'eux
avec telle manie,
Que le Dieumême à
peine était-il entendu.
Entre autres Sarrazin
crioit comme un
perdu.,
Se plaignant queSaint
Gillesavoit pris son
genie.
-
Non, Meilleurs, disoitil,
ce n'est point
ironie,
Et s'il ne me le rend,
je veux estrependu.
Un genieeft là-baschole
si familiere; j
Que ne prend-il celuy
de Pie, de Frontinierel
Lors Apollon luy dit:
ah! tu fais le fâché,
Eh bien, pour te montrer
a quel point je
l'honnore,
Il gardera le tien, & je
luy donne encore
Celuy d'Anacreon pardessus
le marché.
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Résumé : SONNET, A M. le Chevalier de S. Gilles.
Au Parnasse, Apollon reçoit des tuteurs discutant avec animation. Sarrazin accuse Saint-Gilles d'avoir pris son génie. Apollon apaise Sarrazin en lui montrant l'honneur fait à Saint-Gilles, qui conserve son génie et reçoit celui d'Anacréon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6805
p. 224-226
MARIAGES.
Début :
M. le Marquis d'Harcourt, Mestre de Camp d'un Regiment [...]
Mots clefs :
Roi, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
M. le Marquis d'Harcourt,
Meſtre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie&Capitaine
des Gardes du Corps du Roy,
fils aiſné de Meffire Henry
deHarcourt,Duc d'Harcourt,
Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General pour Sa
Majesté de la Province de
Normandie , & Capitaine de
fes Gardes du Corps , & de
GALANT. 225
Dame Maric Anne - Claude
deBrulart deGenlis , a épousé
le ... de ce mois N .. de Neufville
,Damoiſelle de Villeroy ,
fille aiſnée de Meſſire François
deNeufville, Duc de Villeroy,
Pair de France , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy &
CapitainedesGardes du Corps
de Sa Majefté , & de feuë Dame
Marguerite le Tellier de
Louvoy , & petite fille de
Meffire François de Neufville,
Duc de Villeroy , Pair & Maréchal
de France , Chevalier
desOrdres du Roy , Gouverneur
des Provinces de Lyon226
MERCURE
nois, Forets&Beaujollois,&c.
La Maiſon d'Harcourt eft fr
ancienne& fi illuftre &cellede
Neufville eft finoble&fi décoséc,&
par confequent ficonnue,
queje nevousen diray rien
icy, me contentant de vous
renvoyer à l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne
, dans laquelle vous trouverez
amplement de quoy
fatisfaire voſtre curiofité fur
ces deux illuftres Maiſons.
M. le Marquis d'Harcourt,
Meſtre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie&Capitaine
des Gardes du Corps du Roy,
fils aiſné de Meffire Henry
deHarcourt,Duc d'Harcourt,
Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General pour Sa
Majesté de la Province de
Normandie , & Capitaine de
fes Gardes du Corps , & de
GALANT. 225
Dame Maric Anne - Claude
deBrulart deGenlis , a épousé
le ... de ce mois N .. de Neufville
,Damoiſelle de Villeroy ,
fille aiſnée de Meſſire François
deNeufville, Duc de Villeroy,
Pair de France , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy &
CapitainedesGardes du Corps
de Sa Majefté , & de feuë Dame
Marguerite le Tellier de
Louvoy , & petite fille de
Meffire François de Neufville,
Duc de Villeroy , Pair & Maréchal
de France , Chevalier
desOrdres du Roy , Gouverneur
des Provinces de Lyon226
MERCURE
nois, Forets&Beaujollois,&c.
La Maiſon d'Harcourt eft fr
ancienne& fi illuftre &cellede
Neufville eft finoble&fi décoséc,&
par confequent ficonnue,
queje nevousen diray rien
icy, me contentant de vous
renvoyer à l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne
, dans laquelle vous trouverez
amplement de quoy
fatisfaire voſtre curiofité fur
ces deux illuftres Maiſons.
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6806
p. 227-230
Oraison funebre de l'Auteur à la loüange de son Genealogiste. [titre d'après la table]
Début :
Je tombe aujourd'huy dans un inconvenient que je donnerois à [...]
Mots clefs :
Généalogiste, Accident, Enterrer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oraison funebre de l'Auteur à la loüange de son Genealogiste. [titre d'après la table]
Je tombe aujourd'huy dafli
un inconvenient que je doiU
nerois a deviner à toute, la
terre. Je croy que c'est un
nouveau tour que la fortune
me joüeexpréspourmesouffler
toutes les marques que
j'essayerois de donner demon
zele & de mon attention à
deux des plusillustres familles
du Royaume. Permettezmoy
s'ilvous plaist
,
de reprendre
les choses de plus loin, pour
vousmettremieuxaufait de
mes
plaintes. Il y a environ
six mois que j'eûs l'honneur
de vous dire que mon Genealogisteétoitun
Cuistre incorrigible.
Cela n'est que trop .1
vray, Messieurs, & quoyquc
nous soyons camarades d'école,
il s'est acharné tellement à
suivre une étude de Blazon,
d'Histoire,&de bonnes & de
mauvaisesChroniques, qu'à
force de chercher à déterrer les
uns & les autres ,
il vient de
s'enterrer luy-Même. Je pense
, que cet accident n'a été
causé que par le chagrin qu'il
a eû de voir que je le payois
assezmal.
Car l'autrejour ilme disoit
N'eflce pas une chose étrange
, Que tous les jours tu me donnes
le change,
JVefcais tu pas tout net,
Que mon Cabinet Grange*
-
jç tâçhay de le rasseurer à
force de promesses, mais il s'en
est mocqué ; & je pense
qu'il a mieux aimé. mourir
subitement que compter sur
ma paroje. Si j'en étois biensûr
,je feroistout à l'heure
son Epitaphe,&sa Genealogie
même, mais cette nouvelle
mérité confirmation. r: Cependant raillerieà
un inconvenient que je doiU
nerois a deviner à toute, la
terre. Je croy que c'est un
nouveau tour que la fortune
me joüeexpréspourmesouffler
toutes les marques que
j'essayerois de donner demon
zele & de mon attention à
deux des plusillustres familles
du Royaume. Permettezmoy
s'ilvous plaist
,
de reprendre
les choses de plus loin, pour
vousmettremieuxaufait de
mes
plaintes. Il y a environ
six mois que j'eûs l'honneur
de vous dire que mon Genealogisteétoitun
Cuistre incorrigible.
Cela n'est que trop .1
vray, Messieurs, & quoyquc
nous soyons camarades d'école,
il s'est acharné tellement à
suivre une étude de Blazon,
d'Histoire,&de bonnes & de
mauvaisesChroniques, qu'à
force de chercher à déterrer les
uns & les autres ,
il vient de
s'enterrer luy-Même. Je pense
, que cet accident n'a été
causé que par le chagrin qu'il
a eû de voir que je le payois
assezmal.
Car l'autrejour ilme disoit
N'eflce pas une chose étrange
, Que tous les jours tu me donnes
le change,
JVefcais tu pas tout net,
Que mon Cabinet Grange*
-
jç tâçhay de le rasseurer à
force de promesses, mais il s'en
est mocqué ; & je pense
qu'il a mieux aimé. mourir
subitement que compter sur
ma paroje. Si j'en étois biensûr
,je feroistout à l'heure
son Epitaphe,&sa Genealogie
même, mais cette nouvelle
mérité confirmation. r: Cependant raillerieà
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6807
p. 1022-1026
ITALIE.
Début :
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour la Canonisation de la Bienheureuse Catherine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
Fermer
6808
p. 204-211
QUESTION importante, jugée par le Parlement de Provence.
Début :
L'Empereur Justinien, par les Nouvelles 53. 74. et 117. ordonne que si [...]
Mots clefs :
Mari, Dlle Raillon, Mariage, Mort, Sieur Laugier, Héritier, Provence, Demanderesse, Loi, Survivant, Parlement de Provence, Parlement de Toulouse, Parlement d'Aix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION importante, jugée par le Parlement de Provence.
QUESTION importante , jugée par le
Parlement de Provence.
L
'Empereur Justinien , par les Nouvelles
53. 74. et 117. ordonne que si
l'un des Conjoints meurt riche et que le
survivant , au contraire , soit sans biens .,
ce survivant puisse demander le quare
de la succession du Prédecedé , et que ce
quart A
FEVRIER . 1733. 205:
>
quart lui appartienne en toute proprieté,
si le Prédecedé n'a point laissé d'Enfans
ou en usufruit, s'il y a des enfans ; et cela
afin que par la mort du Prédecedé le survivant
ne tombe pas d'un état honora
ble et commode dans un état de misere.
De ces trois dispositions Imperiales ,
Irnerius a tiré l'authentique præterea , cod .
unde vir et uxor. Cette Loi Romaine est
assûrément l'une des plus belles , des plus
justes , des plus conformes au Droit divin
et au Droit naturel . Cependant on a
douté long- tems si elle devoit être suivie
dans les Provinces de France , réglées par
le Droit écrit. Le Parlement de Toulouse
et plusieurs autres Parlemens l'ont reçûë.
Les Arrêts rapportez dans les differens,
Recüeils le prouvent enfin il a été jugé
par un Arrêt solemnel du Parlement
d'Aix du 21 Février 1732. que cette Loi
devoit aussi avoir lieu en Provence.
Quelque importante que soit cette dé--
cision , et quelque érudition que contienne
le Mémoire qui nous a été envoyé
sur ce sujet par un fameux Avocat , les
bornes ausquelles nous sommes assujettis
ne nous permettent pas de le rapporter.
en son entier. Nous nous contenterons
d'exposer ici en peu de mots le fait qu
A v
206 MERCURE DE FRANCE
a donné lieu à l'Arrêt , et le précis des
Moyens des deux Parties .
Joseph Laugier de la Ville d'Arles entra
en qualité de Clerc chez Sebastien
Raillon , Procureur en la Sénéchaussée .
Ce Procureur avoit une fille qu'il ne destinoit
assûrement pas pour être l'Epouse
de son jeune Clerc , parce que ce Pere
joüissoit alors d'un bien assez considerable
, et que Laugier n'avoit rien . Si le
Clerc n'avoit pas de bien , il avoit de
l'esprit. Il songea à vaincre par adresse
l'obstacle que la Fortune mettoit à son
mariage avec la Dlle Raillon , il lui conta
fleurete , et après six ans de poursuites
, il triompha de la vertu de cette fille.
La mauvaise conduite de ces Amans étant
déclarée par les effets , Laugier sortit de
la maison du sieur Raillon ; ilfallut employer
l'autorité de la Justice pour l'obliger
à un mariage , qu'au fond il souhaitoit
avec ardeur. Ce mariage fur cele
bré le 28 Février 1689. avec les solemnitez
prescrites par les Canons et par les
Ordonnances >
La cerémonie faite , le sieur Raillon
outré de cet évenement , ne laissa pas
de garder sa fille chez lui , mais le Gendre
fut contraint d'aller tenter fortune ailleurs
, il y réussit si heureusement, qu'en
moins
FEVRIER. 1732.
207
•
moins de trois ou quatre ans il devint
beaucoup plus riche que son beau- Pere.
Le sieur Raillon 'voulut alors l'obliger de
recevoir son Epouse . Le sieur Laugier par
ressentiment du mépris que la famille de
son épouse avoit pour lui , peut-être par
dégoût ou par refroidissement causé par
l'absence , ou par quelque nouvelle inclination
, ne voulut pas recevoir chez lui
la Dlle Raillon ; elle lui demanda une
provision , il la lui refusa , il attaqua même
le mariage , et il mit si bien en usage
la science qu'il avoit acquise dans l'Etude
du Procureur , que tous les Jugemens qui
confirmoient le mariage , qui le condamnoient
à reprendre sa femme , qui adjugeoient
à celle- ci des provisions , furent
inutiles. Les seuls fruits que remporta
le sieur Raillon après plus de sept ans de
procedures , furent des jugemens sans
éxécution , une ruine totale de ses biens ,
et un chagrin dont il mourut enfin.
La Dlle Raillon se trouva , après la
mort de son Pere , réduite à la plus af
freuse nécessité , elle passa dans cet état
miserable depuis 1702. jusqu'en 1731 .
' Au mois de Janvier 173 1. le sieur Laugier
son mari mourut riche de plus de
Sooooo . liv . Par son Testament du 12.
Juillet 1730. il fit pour 20000. 1. de legs ,
A vj tant
208 MERCURE DE FRANCE
tant pieux qu'autres , et institua son héritier
Jacques Meiffren .
La Dile Raillon ayant appris la mort
de son mari , et le Testament qu'il avoit
fait, se pourvut contre l'heritier institué,
lui demanda le quart de la succession
conformément aux nouvelles 53.74. et
117. et à l'Authentique Præterea si matrimonium.
Elle rapportoit deux autoritez
pour prouver que ces Nouvelles et cette
Authentique faisoient loy dans la Provence
; elle ajoûtoit qu'elles avoient d'autant
plus d'application à l'espece présente
, qu'elle ne se trouvoit dans ce miserable
état que par la véxation de son
mari.
Les deffenses au contraire de l'héritier
institué , étoient 1 ° . Que l'Authentique
ni les Nouvelles dont on imploroit la disposition
, n'avoient aucune autorité dans
le pays ; il citoit plusieurs Arrêts qu'il
prétendoit l'avoir ainsi jugé.
. 2 °. Que quand ces Loix auroient été
en vigueur en Provence , elles ne devoient
pas favoriser la Demanderesse
parce qu'elle ne se trouvoit pas dans les
circonstances qu'elles éxigent , et que leur
motif ne se rencontroit pas dans le cas
dont il s'agit .
La premiere condition , disoit-on , que
demanFEVRIER.
1733. 2.09
demandent ces Loix , est que le mariage
ait été contracté par la seule tendresse ;
ici il avoit fallu forcer le sieur Laugier
par autorité de Justice , on l'avoit constitué
prisonnier , et ce ne fut que pour se
procurer la liberté qu'il épousa la Demanderesse.
elle
La seconde condition est , que la fem--
me , jusqu'à la mort de son mari , ait toujours
demeuré avec lui. Ici la Dlle Raillon
avoit été éloignée de son mari depuis
son mariage , c'est à- dire , depuis 41 ans :
pendant ce long espace de tems ,
avoit passé plusieurs Actes dans lesquels
elle n'avoit pas même pris la qualité de
femme du sieur Laugier : elle ne l'étoit
pas venu voir dans la maladie dont il est
elle n'en avoit pas même pris le
mort ,
deüil.
par
Le inotif de la Loi est , de crainte que
la mort du Prédecedé le survivant.ne
changeât d'état en tombant de l'opulénce
dans la misere . Ici au contraire la
Demanderesse vouloit changer d'état , et
après avoir vêcu pauvre pendant plus de
30 ans , elle vouloit se mettre dans l'opulence.
On répondoit pour la veuve 1 °. que
les Arrêts citez , loin d'avoir aucune application
à l'espéce , formoient même
une
210 MERCURE DE FRANCE
une espéce de préjugé en faveur de la
yeuve.
2°. Que ces termes de la Nouvelle per
solum affectum nuptialem ne signifioient pas ,
par la seule affection conjugale , mais un
mariage contracté , par paroles de présent
seulement ; qu'on ne leur avoit jamais donné
une autre signification .
3 ° . Que si elle n'avoit pas demeuréavec
son mari , c'étoit la seule faute du
mari .
4º. Que si elle n'avoit pas été le voir
dans sa derniere maladie , c'est que d'un
côté elle étoit alors elle- même malade
qu'elle ne l'avoit appris qu'après la mort,
la maladie n'ayant duré que trois jours ;
que d'un autre côté , cette démarche auroit
été inutile , parce que son mari lui
auroit fait refuser l'entrée de sa maison >
dans les dispositions où il étoit à son
égard.
5. Que si tôt qu'on avoit sçû la mort;
ses parens lui avoient donné quelques
mauvais habits noirs dont elle s'étoit vêtuë
; qu'ainsi elle avoit pris le deuil , cerémonie
dont son extrême pauvreté pouvoit
d'ailleurs la dispenser.
Enfin , que la pieté , les sentimens de
la Nature , étoient les motifs de la Loi
motifs qui devoient d'autant mieux prévaloir
FEVRIER . 1733. 211
valoir ici , que son mari seul l'avoit réduite
dans la pauvreté où elle se trouvoit.
gea
Sur ces raisons de part et d'autre , le
Parlement d'Aix , après plusieurs Audiences
, par son Arrêt du 21 Février
1732. conformément aux Conclusions de
M. l'Avocat General de Seguiran , adjuà
la veuve le quart dans la succession ,
avec restitution des fruits depuis le décès.
du mari , suivant l'estimation qui en seroit
faite , et cependant lui accorda une
provision de 1000. liv. à imputer d'aberd
sur les fruits à restituer , et condamna
l'héritier , et les Exécuteurs Testamentaires
, qui s'étoient joints à lui , en tous
les dépens.
Plaidans M. Gensollen pour la veuve ,
et M M. Pascal et Masse pour l'héritier
et pour les Exécuteurs Testamentaires.
Parlement de Provence.
L
'Empereur Justinien , par les Nouvelles
53. 74. et 117. ordonne que si
l'un des Conjoints meurt riche et que le
survivant , au contraire , soit sans biens .,
ce survivant puisse demander le quare
de la succession du Prédecedé , et que ce
quart A
FEVRIER . 1733. 205:
>
quart lui appartienne en toute proprieté,
si le Prédecedé n'a point laissé d'Enfans
ou en usufruit, s'il y a des enfans ; et cela
afin que par la mort du Prédecedé le survivant
ne tombe pas d'un état honora
ble et commode dans un état de misere.
De ces trois dispositions Imperiales ,
Irnerius a tiré l'authentique præterea , cod .
unde vir et uxor. Cette Loi Romaine est
assûrément l'une des plus belles , des plus
justes , des plus conformes au Droit divin
et au Droit naturel . Cependant on a
douté long- tems si elle devoit être suivie
dans les Provinces de France , réglées par
le Droit écrit. Le Parlement de Toulouse
et plusieurs autres Parlemens l'ont reçûë.
Les Arrêts rapportez dans les differens,
Recüeils le prouvent enfin il a été jugé
par un Arrêt solemnel du Parlement
d'Aix du 21 Février 1732. que cette Loi
devoit aussi avoir lieu en Provence.
Quelque importante que soit cette dé--
cision , et quelque érudition que contienne
le Mémoire qui nous a été envoyé
sur ce sujet par un fameux Avocat , les
bornes ausquelles nous sommes assujettis
ne nous permettent pas de le rapporter.
en son entier. Nous nous contenterons
d'exposer ici en peu de mots le fait qu
A v
206 MERCURE DE FRANCE
a donné lieu à l'Arrêt , et le précis des
Moyens des deux Parties .
Joseph Laugier de la Ville d'Arles entra
en qualité de Clerc chez Sebastien
Raillon , Procureur en la Sénéchaussée .
Ce Procureur avoit une fille qu'il ne destinoit
assûrement pas pour être l'Epouse
de son jeune Clerc , parce que ce Pere
joüissoit alors d'un bien assez considerable
, et que Laugier n'avoit rien . Si le
Clerc n'avoit pas de bien , il avoit de
l'esprit. Il songea à vaincre par adresse
l'obstacle que la Fortune mettoit à son
mariage avec la Dlle Raillon , il lui conta
fleurete , et après six ans de poursuites
, il triompha de la vertu de cette fille.
La mauvaise conduite de ces Amans étant
déclarée par les effets , Laugier sortit de
la maison du sieur Raillon ; ilfallut employer
l'autorité de la Justice pour l'obliger
à un mariage , qu'au fond il souhaitoit
avec ardeur. Ce mariage fur cele
bré le 28 Février 1689. avec les solemnitez
prescrites par les Canons et par les
Ordonnances >
La cerémonie faite , le sieur Raillon
outré de cet évenement , ne laissa pas
de garder sa fille chez lui , mais le Gendre
fut contraint d'aller tenter fortune ailleurs
, il y réussit si heureusement, qu'en
moins
FEVRIER. 1732.
207
•
moins de trois ou quatre ans il devint
beaucoup plus riche que son beau- Pere.
Le sieur Raillon 'voulut alors l'obliger de
recevoir son Epouse . Le sieur Laugier par
ressentiment du mépris que la famille de
son épouse avoit pour lui , peut-être par
dégoût ou par refroidissement causé par
l'absence , ou par quelque nouvelle inclination
, ne voulut pas recevoir chez lui
la Dlle Raillon ; elle lui demanda une
provision , il la lui refusa , il attaqua même
le mariage , et il mit si bien en usage
la science qu'il avoit acquise dans l'Etude
du Procureur , que tous les Jugemens qui
confirmoient le mariage , qui le condamnoient
à reprendre sa femme , qui adjugeoient
à celle- ci des provisions , furent
inutiles. Les seuls fruits que remporta
le sieur Raillon après plus de sept ans de
procedures , furent des jugemens sans
éxécution , une ruine totale de ses biens ,
et un chagrin dont il mourut enfin.
La Dlle Raillon se trouva , après la
mort de son Pere , réduite à la plus af
freuse nécessité , elle passa dans cet état
miserable depuis 1702. jusqu'en 1731 .
' Au mois de Janvier 173 1. le sieur Laugier
son mari mourut riche de plus de
Sooooo . liv . Par son Testament du 12.
Juillet 1730. il fit pour 20000. 1. de legs ,
A vj tant
208 MERCURE DE FRANCE
tant pieux qu'autres , et institua son héritier
Jacques Meiffren .
La Dile Raillon ayant appris la mort
de son mari , et le Testament qu'il avoit
fait, se pourvut contre l'heritier institué,
lui demanda le quart de la succession
conformément aux nouvelles 53.74. et
117. et à l'Authentique Præterea si matrimonium.
Elle rapportoit deux autoritez
pour prouver que ces Nouvelles et cette
Authentique faisoient loy dans la Provence
; elle ajoûtoit qu'elles avoient d'autant
plus d'application à l'espece présente
, qu'elle ne se trouvoit dans ce miserable
état que par la véxation de son
mari.
Les deffenses au contraire de l'héritier
institué , étoient 1 ° . Que l'Authentique
ni les Nouvelles dont on imploroit la disposition
, n'avoient aucune autorité dans
le pays ; il citoit plusieurs Arrêts qu'il
prétendoit l'avoir ainsi jugé.
. 2 °. Que quand ces Loix auroient été
en vigueur en Provence , elles ne devoient
pas favoriser la Demanderesse
parce qu'elle ne se trouvoit pas dans les
circonstances qu'elles éxigent , et que leur
motif ne se rencontroit pas dans le cas
dont il s'agit .
La premiere condition , disoit-on , que
demanFEVRIER.
1733. 2.09
demandent ces Loix , est que le mariage
ait été contracté par la seule tendresse ;
ici il avoit fallu forcer le sieur Laugier
par autorité de Justice , on l'avoit constitué
prisonnier , et ce ne fut que pour se
procurer la liberté qu'il épousa la Demanderesse.
elle
La seconde condition est , que la fem--
me , jusqu'à la mort de son mari , ait toujours
demeuré avec lui. Ici la Dlle Raillon
avoit été éloignée de son mari depuis
son mariage , c'est à- dire , depuis 41 ans :
pendant ce long espace de tems ,
avoit passé plusieurs Actes dans lesquels
elle n'avoit pas même pris la qualité de
femme du sieur Laugier : elle ne l'étoit
pas venu voir dans la maladie dont il est
elle n'en avoit pas même pris le
mort ,
deüil.
par
Le inotif de la Loi est , de crainte que
la mort du Prédecedé le survivant.ne
changeât d'état en tombant de l'opulénce
dans la misere . Ici au contraire la
Demanderesse vouloit changer d'état , et
après avoir vêcu pauvre pendant plus de
30 ans , elle vouloit se mettre dans l'opulence.
On répondoit pour la veuve 1 °. que
les Arrêts citez , loin d'avoir aucune application
à l'espéce , formoient même
une
210 MERCURE DE FRANCE
une espéce de préjugé en faveur de la
yeuve.
2°. Que ces termes de la Nouvelle per
solum affectum nuptialem ne signifioient pas ,
par la seule affection conjugale , mais un
mariage contracté , par paroles de présent
seulement ; qu'on ne leur avoit jamais donné
une autre signification .
3 ° . Que si elle n'avoit pas demeuréavec
son mari , c'étoit la seule faute du
mari .
4º. Que si elle n'avoit pas été le voir
dans sa derniere maladie , c'est que d'un
côté elle étoit alors elle- même malade
qu'elle ne l'avoit appris qu'après la mort,
la maladie n'ayant duré que trois jours ;
que d'un autre côté , cette démarche auroit
été inutile , parce que son mari lui
auroit fait refuser l'entrée de sa maison >
dans les dispositions où il étoit à son
égard.
5. Que si tôt qu'on avoit sçû la mort;
ses parens lui avoient donné quelques
mauvais habits noirs dont elle s'étoit vêtuë
; qu'ainsi elle avoit pris le deuil , cerémonie
dont son extrême pauvreté pouvoit
d'ailleurs la dispenser.
Enfin , que la pieté , les sentimens de
la Nature , étoient les motifs de la Loi
motifs qui devoient d'autant mieux prévaloir
FEVRIER . 1733. 211
valoir ici , que son mari seul l'avoit réduite
dans la pauvreté où elle se trouvoit.
gea
Sur ces raisons de part et d'autre , le
Parlement d'Aix , après plusieurs Audiences
, par son Arrêt du 21 Février
1732. conformément aux Conclusions de
M. l'Avocat General de Seguiran , adjuà
la veuve le quart dans la succession ,
avec restitution des fruits depuis le décès.
du mari , suivant l'estimation qui en seroit
faite , et cependant lui accorda une
provision de 1000. liv. à imputer d'aberd
sur les fruits à restituer , et condamna
l'héritier , et les Exécuteurs Testamentaires
, qui s'étoient joints à lui , en tous
les dépens.
Plaidans M. Gensollen pour la veuve ,
et M M. Pascal et Masse pour l'héritier
et pour les Exécuteurs Testamentaires.
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Résumé : QUESTION importante, jugée par le Parlement de Provence.
Le texte examine une question juridique traitée par le Parlement de Provence concernant une loi romaine promulguée par l'empereur Justinien. Cette loi prévoit que si un conjoint décède en laissant des biens et que le survivant n'en possède aucun, ce dernier peut réclamer le quart de la succession du défunt. Ce quart appartient en pleine propriété au survivant s'il n'y a pas d'enfants, ou en usufruit s'il y en a. Plusieurs parlements, dont celui de Toulouse, ont adopté cette loi. Le Parlement d'Aix a confirmé son application en Provence par un arrêt solennel du 21 février 1732. L'affaire impliquait Joseph Laugier d'Arles et Sébastien Raillon, procureur à la sénéchaussée. Raillon refusait que sa fille épouse Laugier, car ce dernier n'avait pas de biens. Après six ans de poursuites, le mariage eut lieu en 1689, mais il fut tumultueux et Raillon mourut ruiné après des années de procédures, laissant sa fille veuve et dans la misère. En 1731, Laugier mourut en laissant une succession importante. Sa veuve, la fille de Raillon, réclama le quart de la succession conformément aux lois de Justinien. L'héritier contestait l'application de ces lois en Provence et affirmait que les conditions nécessaires n'étaient pas remplies. Après plusieurs audiences, le Parlement d'Aix accorda à la veuve le quart de la succession, avec restitution des fruits depuis le décès de son mari et une provision de 1000 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6809
p. 225-233
Mariage de Mademoiselle d'Enguien, & tout ce qui s'est fait à cette occasion, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un des plus grands Mariages qui se soient faits [...]
Mots clefs :
Mariage, Mademoiselle d'Enguien, Concert, Académie française, Vers, Monsieur de Vendôme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mademoiselle d'Enguien, & tout ce qui s'est fait à cette occasion, [titre d'après la table]
Jepasse à un des plus grands
Mariages qui se soient faits
depuis long temps, puisqu'il
s'agit de celuy de Mademoiselle d'Enguien, fille de feuë -
o
S. A. S. Monsieurle Prince, &
d'Anne de Baviere
,
fille d'Edoüard de Baviere, Comte PalatinduRhin, Duc de Baviere,
& de Madame Annede Gonzaçnieo de Cleves, Princesse de
Mantouë, avec Monsieur de
Vendotme.
Ce Prince arriva à Seaux
,
où estoit certe Prince sse
,
le
Mercredy 14. de May l'apresdinée. Il y eur le soir avant soupé un grand Concert de Voix
&d'instrumens dansl'Appartement de MadamelaDuchesse
du Maine, & dont Mr de Malezieu, de l'Académie Françoise, avoit fait les Vers, ausquels on trouva le tour d'esprit qui luy est ordinaire, qui
plurent beaucoup à l'A(Tem-
blée,& qui reçurent de grands
applaudissemens. Ces Vers étoient à la loüange de Macfemoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendosme, & ils
avoient esté mis en Air par un
des Musiciens de S. A. S. Monsieur le Duc du Maine. Il y eut
ensuite un grand soupé, duquel
estoient les familles de Condé
& de Conry, & Monsieur le
Comte deToulouse.
Le lendemain,vers le Midy,
on signa le Contrat de Mariage dans l'Appartement de Madame la Duchesse du Maine.
De là ils allerent à la Chapelle
où ils turent mariez par
Mr l'Archevêque d'A IX
,
assisté du Curé de Scaux,& de
l'Aumônier de Monsieur le
Duc du Maine; cet Archevêque dit la Mené. Toute l'Assemblée fut ensuite traitée à
dîné par Monsieur le Duc du
Meine, & Mr l'Archevêque
d'A'x sur de ce repas. Il y eut
le soir un grand Concert, après
lequelil veutungrand soupé.
Le Vendredy il y eut un
grand dîné après lequel on
joüa,& sur le soir il y eut Concert qui fut composé de Mr
Buterne Organise du Roy,
qui accompagnoit du Clavecin ;
de Mr Forcroy, qui
jouoit de la Baffe de Viole, "tic
Mr des Costeaux qui joüoit de
la Flute Allemande, & de Mr
Visée,quijoüoit du Theor be.
Mr de Canipistron, de l'Academie Françoise, & attaché
à Monsieur de Vendosme
)
donna après le Mariage leVirelay suivant.
Je veux parlerje ne puis plus me
taire,
Enfin deux Cœurs l'un pour l'au-
,.
tre formez
Sont de leurs feux également
charmez
Ah le beau coup que ïAmour
vient defaire!
Parcentvertusd'un brillant caractere
On njojoit bien
ces Cœursse ressembler;
Mais cejloit, peu comment les
assembler
C'est l'heureux coup quel'Hymen
vient defaire.
Ce Dieufolâtre a
conduit
ce mystere
En Dieusensécar il a
biensenty
Qu'ilfalloit mettre Hymen deson
party
C'est, ~c
jnj(]ua ce jourinsensible,severe,
ENGUIEN avoitdédaignétous les
'VŒUX,
L'Hymen pourtant l'enchaîne de
ses nœuds,
-
C'est, &C.
VENDÔMEenproye ason ardeur
guerrière
3
Nourri de Gloire, affamé de Com- -
bats
Bravoit l'Hymen çy ne s'attendoit pas.
A l'heureux coup que l*Amour
vient de faire.
Il me souvient d'une semblable
affaire
Et quand DU MAINE obtint
l'objet charmant
De ses desirs chacun dit hautement
Ah le beau coup, &c.
Prince D'ANETfcyez donc bien.
tôt Pere D' jeune Mars,d'unfils digne
devous
Afin qu'alors nous chantions encor tous
Ah le beau coup 3
&c. Le Samedi Monsieur de Vcn-
dôme partit sur les 5. ou 6.
heures pour Versaillesoùétoit
le Roy, & le Dimanche il revint coucher à Seaux.
Mariages qui se soient faits
depuis long temps, puisqu'il
s'agit de celuy de Mademoiselle d'Enguien, fille de feuë -
o
S. A. S. Monsieurle Prince, &
d'Anne de Baviere
,
fille d'Edoüard de Baviere, Comte PalatinduRhin, Duc de Baviere,
& de Madame Annede Gonzaçnieo de Cleves, Princesse de
Mantouë, avec Monsieur de
Vendotme.
Ce Prince arriva à Seaux
,
où estoit certe Prince sse
,
le
Mercredy 14. de May l'apresdinée. Il y eur le soir avant soupé un grand Concert de Voix
&d'instrumens dansl'Appartement de MadamelaDuchesse
du Maine, & dont Mr de Malezieu, de l'Académie Françoise, avoit fait les Vers, ausquels on trouva le tour d'esprit qui luy est ordinaire, qui
plurent beaucoup à l'A(Tem-
blée,& qui reçurent de grands
applaudissemens. Ces Vers étoient à la loüange de Macfemoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendosme, & ils
avoient esté mis en Air par un
des Musiciens de S. A. S. Monsieur le Duc du Maine. Il y eut
ensuite un grand soupé, duquel
estoient les familles de Condé
& de Conry, & Monsieur le
Comte deToulouse.
Le lendemain,vers le Midy,
on signa le Contrat de Mariage dans l'Appartement de Madame la Duchesse du Maine.
De là ils allerent à la Chapelle
où ils turent mariez par
Mr l'Archevêque d'A IX
,
assisté du Curé de Scaux,& de
l'Aumônier de Monsieur le
Duc du Maine; cet Archevêque dit la Mené. Toute l'Assemblée fut ensuite traitée à
dîné par Monsieur le Duc du
Meine, & Mr l'Archevêque
d'A'x sur de ce repas. Il y eut
le soir un grand Concert, après
lequelil veutungrand soupé.
Le Vendredy il y eut un
grand dîné après lequel on
joüa,& sur le soir il y eut Concert qui fut composé de Mr
Buterne Organise du Roy,
qui accompagnoit du Clavecin ;
de Mr Forcroy, qui
jouoit de la Baffe de Viole, "tic
Mr des Costeaux qui joüoit de
la Flute Allemande, & de Mr
Visée,quijoüoit du Theor be.
Mr de Canipistron, de l'Academie Françoise, & attaché
à Monsieur de Vendosme
)
donna après le Mariage leVirelay suivant.
Je veux parlerje ne puis plus me
taire,
Enfin deux Cœurs l'un pour l'au-
,.
tre formez
Sont de leurs feux également
charmez
Ah le beau coup que ïAmour
vient defaire!
Parcentvertusd'un brillant caractere
On njojoit bien
ces Cœursse ressembler;
Mais cejloit, peu comment les
assembler
C'est l'heureux coup quel'Hymen
vient defaire.
Ce Dieufolâtre a
conduit
ce mystere
En Dieusensécar il a
biensenty
Qu'ilfalloit mettre Hymen deson
party
C'est, ~c
jnj(]ua ce jourinsensible,severe,
ENGUIEN avoitdédaignétous les
'VŒUX,
L'Hymen pourtant l'enchaîne de
ses nœuds,
-
C'est, &C.
VENDÔMEenproye ason ardeur
guerrière
3
Nourri de Gloire, affamé de Com- -
bats
Bravoit l'Hymen çy ne s'attendoit pas.
A l'heureux coup que l*Amour
vient de faire.
Il me souvient d'une semblable
affaire
Et quand DU MAINE obtint
l'objet charmant
De ses desirs chacun dit hautement
Ah le beau coup, &c.
Prince D'ANETfcyez donc bien.
tôt Pere D' jeune Mars,d'unfils digne
devous
Afin qu'alors nous chantions encor tous
Ah le beau coup 3
&c. Le Samedi Monsieur de Vcn-
dôme partit sur les 5. ou 6.
heures pour Versaillesoùétoit
le Roy, & le Dimanche il revint coucher à Seaux.
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Résumé : Mariage de Mademoiselle d'Enguien, & tout ce qui s'est fait à cette occasion, [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage de Mademoiselle d'Enguien, fille du Prince d'Enguien et d'Anne de Bavière, avec Monsieur de Vendôme. La cérémonie se déroula à Sceaux. Le Prince de Vendôme arriva le 14 mai. Un concert fut organisé dans l'appartement de Madame la Duchesse du Maine, avec des vers de Monsieur de Malezieu et de la musique d'un musicien du Duc du Maine. Le lendemain, le contrat de mariage fut signé en présence de l'Archevêque d'Aix et de l'Aumônier du Duc du Maine, suivi d'un dîner offert par le Duc du Maine et l'Archevêque. Le vendredi, un autre dîner et un concert eurent lieu. Monsieur de Canpistron, de l'Académie Française, composa un virielay célébrant l'union des deux cœurs. Le samedi, Monsieur de Vendôme se rendit à Versailles et revint coucher à Sceaux le dimanche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6810
p. 45-54
RÉPONSE A UNE Dame, laquelle s'étoit excusée de venir à la maison de Campagne de l'Auteur, parce qu'elle avoit un Procés.
Début :
J'ai reçû vôtre lettre, elle a mille beautez, [...]
Mots clefs :
Procès, Vers, Plaire, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A UNE Dame, laquelle s'étoit excusée de venir à la maison de Campagne de l'Auteur, parce qu'elle avoit un Procés.
%EPOUSE A UNE
Dame, laquelle s'étoit
excusée de venir à la
maison de Campagne de
l'Auteur, parce ^utlle
àvoit un Procés.
J'airreçuvôtre lettre,
elleamille beautez,
Que voulez-vous que
j'y réponde?
Vous écrivez le mieux
du monde,
Et vous tenez fort mal
ce que vous pro-
: mettez.
Vous n'avez pûvenir,
c'est une chose claire,
Quand on plaide on
n'est pas maîtresse de
son temps,
Et l'on ne fait rien 'J moins que ce qu'on
voudroit faire:
Mais le succez fait
voir pour corrompre
les gens
Combien vous êtes nccessaire;
foit je
20 soit vous entens , Vous avez gagné vôtre
affaire,
Et j'en ai payé les dépens.
'VTAotre éIl il. l o q uence est
-
liatu.Ile
Le stile en cft charmant,
le touren est adroit,
Vous avez tantd'esprit
qu'onvous exeuseroit
Si vous étiez un peu
moins belle,
Vôtreintérêt étoit très
sensible &, trés
grand
Vôtrepresenc,e feule
a fait vôtrevictoire:
Oui vousavezraison,
mon
» mon esprit le com^
,: prend,
Mais mon coeur ne le
sçauroit croire.
Je sçai bien quevous voir dans un Procez
douteux
: Est une piece incontestable,
;
Mais quand vous trahissez
les plus doux
de mes voeux * Je suis trop affli gé pour
être raisonable.
Vous pretendez en
vain que tout vous
-
est permis;
Si vous vous souvenez
de ce qu'en cet Automne
Vous m'avez tant de
fois promis,
Vous ne croirez jamais,
Iris, qu'onvous
pardonne.
Nous vivions en ces
lieux, charmez du
seulespoir
D'un bien où vos bontez
nous avoient
fait prétendre,
Si nous étions déjà ravis
de vous attendre,
Helas ! quel eût été le
plaisir de vous
voir.
Quoy tant de beaux , projetss'en iront
en fumée?
, Quele Ciel, que jevais
contre vous animer,
Ne pouvant vous ravir 1
la- gloire d'être aimec.,
Vous ôte leplaisird'aimer
; Que lemaudit Procés
tous lesjoursre- »>
nouvelle,
Ou pour vous fouhaitter
tous les maux
à la fois,
Puissiez-vous dans l'ardeur
que donne un
nouveau choix,
Trouver un jour un
infidelle
Aussi beau que vous
êtes belle.
Voila,Madame, des
Vers, qui assurément
nevallent pd4 ~'ot,.e
Prose; j'aurois souhaitté
qu'ilseussent été dignes
de vous être enuoj'Z^^
mais unplus habile homme
quemoyj eut é-té, bien
>ewpêcic; je vous sup- le de ne les pas juger
selon leur mérité,& de
leur faire quelquegrâce,
en consideration de la
bonneintention avec laquelle
ilsfont venus au
monde.
Et sans perdre de tems
en de plus longs
discours,
Excusez qui n'a pû
mieux faire;
On ne réussit pas toûjours
Quand on a dessein de'
vous plaire.
Dame, laquelle s'étoit
excusée de venir à la
maison de Campagne de
l'Auteur, parce ^utlle
àvoit un Procés.
J'airreçuvôtre lettre,
elleamille beautez,
Que voulez-vous que
j'y réponde?
Vous écrivez le mieux
du monde,
Et vous tenez fort mal
ce que vous pro-
: mettez.
Vous n'avez pûvenir,
c'est une chose claire,
Quand on plaide on
n'est pas maîtresse de
son temps,
Et l'on ne fait rien 'J moins que ce qu'on
voudroit faire:
Mais le succez fait
voir pour corrompre
les gens
Combien vous êtes nccessaire;
foit je
20 soit vous entens , Vous avez gagné vôtre
affaire,
Et j'en ai payé les dépens.
'VTAotre éIl il. l o q uence est
-
liatu.Ile
Le stile en cft charmant,
le touren est adroit,
Vous avez tantd'esprit
qu'onvous exeuseroit
Si vous étiez un peu
moins belle,
Vôtreintérêt étoit très
sensible &, trés
grand
Vôtrepresenc,e feule
a fait vôtrevictoire:
Oui vousavezraison,
mon
» mon esprit le com^
,: prend,
Mais mon coeur ne le
sçauroit croire.
Je sçai bien quevous voir dans un Procez
douteux
: Est une piece incontestable,
;
Mais quand vous trahissez
les plus doux
de mes voeux * Je suis trop affli gé pour
être raisonable.
Vous pretendez en
vain que tout vous
-
est permis;
Si vous vous souvenez
de ce qu'en cet Automne
Vous m'avez tant de
fois promis,
Vous ne croirez jamais,
Iris, qu'onvous
pardonne.
Nous vivions en ces
lieux, charmez du
seulespoir
D'un bien où vos bontez
nous avoient
fait prétendre,
Si nous étions déjà ravis
de vous attendre,
Helas ! quel eût été le
plaisir de vous
voir.
Quoy tant de beaux , projetss'en iront
en fumée?
, Quele Ciel, que jevais
contre vous animer,
Ne pouvant vous ravir 1
la- gloire d'être aimec.,
Vous ôte leplaisird'aimer
; Que lemaudit Procés
tous lesjoursre- »>
nouvelle,
Ou pour vous fouhaitter
tous les maux
à la fois,
Puissiez-vous dans l'ardeur
que donne un
nouveau choix,
Trouver un jour un
infidelle
Aussi beau que vous
êtes belle.
Voila,Madame, des
Vers, qui assurément
nevallent pd4 ~'ot,.e
Prose; j'aurois souhaitté
qu'ilseussent été dignes
de vous être enuoj'Z^^
mais unplus habile homme
quemoyj eut é-té, bien
>ewpêcic; je vous sup- le de ne les pas juger
selon leur mérité,& de
leur faire quelquegrâce,
en consideration de la
bonneintention avec laquelle
ilsfont venus au
monde.
Et sans perdre de tems
en de plus longs
discours,
Excusez qui n'a pû
mieux faire;
On ne réussit pas toûjours
Quand on a dessein de'
vous plaire.
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Résumé : RÉPONSE A UNE Dame, laquelle s'étoit excusée de venir à la maison de Campagne de l'Auteur, parce qu'elle avoit un Procés.
Dans une lettre, un auteur s'adresse à une dame qui s'est excusée de ne pas avoir pu se rendre à sa maison de campagne en raison d'un procès. L'auteur reconnaît la beauté et l'esprit de la dame, mais exprime sa déception face à son absence. Il admet que le succès dans le procès a corrompu les gens, soulignant ainsi l'importance de la dame. Il loue son style et son adresse, mais avoue que son cœur ne peut accepter la situation. L'auteur regrette que les projets communs soient ruinés par le procès et exprime son désir de la voir. Il conclut en espérant que la dame trouve un jour un infidèle aussi beau qu'elle. La lettre se termine par une excuse pour la qualité des vers et un souhait que la dame les juge avec indulgence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6811
p. 225-241
« Au commencement du printems de cette année 1711. Vveteh Officier [...] »
Début :
Au commencement du printems de cette année 1711. Vveteh Officier [...]
Mots clefs :
Sauvages, Québec, Anglais, Acadie, Festin, Anakis
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texteReconnaissance textuelle : « Au commencement du printems de cette année 1711. Vveteh Officier [...] »
iintems de cette année
1711. Vveteh Officier Anglois prit le parti de s'engager dans la flote que l'on
équipoit à Baston pour assiéger Quebec,ayant quelque connoissance de la riviere S. Laurent:il quitta
pour -cetre, eSecrAcadie
&le Port-Royal que François Nicholsonavoit pris
au commencement d'Octobre de l'année 1710, Ir ôe
que l'on auroit repris, si
le Gouverneur François
qui commandoit dans ce
pays & dans cette derniere
place ne l'eût rendue un
peu trop vîte, luy qui l'avoit si bien deffenduë en
1707. Les Anglois se sont
-
vûs depuis laprisemême de
PortRoyal réduits plus d'une fois à nous y
laisser rentrer, si M. le Marquis de
Vaudreiiil, qui avoit déja
envoyé des Officiers de
distinction & du premier
rang, avec un corps de
Canadiens alertes & braves pour aider les Acadiens
restes fidelesauRoy, pour
reprendre le Port-Royal,
n'eût été oblige de survenir en les rappellant, à ce
qui étoit de plus pressé, je
veux dire à la lureté de
Quebec, de l'Isle de Montreal. : Vers la fin de Juin de la
même année les Anglois
( sirent un détachement sous
la conduite de Rith. qui
sur menacer quelques ha~
bitansde l'Acadie de les
passer tous au fil de l'epee.
Sur cette menace un
chef des Sauvages appellé l'Aimable,assembla aus
sitôt trente de ceux de fou
village des plus braves, &
les exhorta (les Chefs parmi les Sauvages de l'Amerique septentrionale exhortent & prient ceux qui
les ont choisis pour leur
Chef plutôt qu'ils ne leur
commandent) de se ranger
tous & chacun derriere des
arbres le long d'une riviere
voisine du chemin, qu'il
jugeoit que le Capitaine
R. devoir tenir. En effet les
Angloisayant peu detems
après paru dans leurs canots, le Chef des Abnakis
les iomma hardiment de
se rendre & de mettre bas
les armes, les Anglois aucontraire se mirent en devoir de faire une décharge
sur les Sauvages. Ceux-ci
bien instruits par leur Chef
avant le premier coup de
fusil se trouverenttous ventre contre terre; la décharge des Anglois faite, les
Abnakis la firent à leur
tour:mais en choisissant
chacun leur homme qu'ils
nemanquèrent point; puis
ayant prit leurs haches en
main,ils tombèrent sur le
reste, qu'ils couperent en
morceaux. A peine quelques-uns de ces Anglois se
sauverent jusqu'au fort; ce
qui est de remarquable
c'est qu'aucun des Sauvages ne fut blessé. Ruh.fut
pris avec deux autres Officiers de la garnison de
Port-Royal, & cinq ou six
soldats. Ruh. ayant supplié le Chef des Anakis de
luy laisser la liberté d'aller
prendre au fort de quoi
subvenir à ses besoins à
Quebec, où il voyoit bien
qu'on alloit le mener, le
Sauvage ne luy accorda
que vingt- quatre heures
pour cela,lequel tems expiré s'il ne * se rendoit auprés de lui ponctuellement,
ille menaça de casser la tête aux Officiers & aux (oldats compagnons de sa
captivité, & quiplus est, de
- ne faire jamais quartier à
!
qui que ce soit de la nation
Angloise s'il manquoit à sa
parole.
Le Capitaine Ruh. revint exadement,l'aimable
,
chef des Sauvages
Anakis de l'Acadie étant
arrivé à Quebec avec sept
prisonniers, après une marche telle que la font les
gens de la sorte, c'est à
dire à
travers d'épaisses forests, des rivieres ou des
Lacs
5
d'affreux deserts, alloit souvent visiter le Capitaine R. son principal
prisonnier dans une bonne
auberge à Quebec, car on
luy avoit donné cette ville
pour prison.L'Aimable qui
trouvoit les ragoûts de son
auberge meilleurs que ses
chaudieres sauvages, buvoit
& mangeoit si fréquemment avec luy, que cet Ofsicier
sicier ayant voulu s'en
plaindre leSauvagelui dit:
oh oh tu devrais plûtot me
remercier de ce que je t'en
laisse manger ta part,
la
mangerois-tu si je ne t'avois
pas laissé la vie,& me diroistu cela que tu me dis sije t'avois arraché la Unvue qui
t*ai•dJe a, manger ces vivres?
La garnison du PortRoyal d'Acadie ayant fait
un nouveau détachement,
qui menaçoit les Anakis,
l'Aimable qui s'étoit rendu chez luy, tomba dessus
brusquement, le défit & le
tailla en pieces, excepte
quatre ou cinq qu'il fit
prisonniers, dont même ;
deux ou trois se trouverent i
blessés. Ce Chefdes Sauvages s'étant saisi des provisions & des vivres de ses
ennemis, il y
découvrit de
l'eau de vie, qu'il distribua
avec beaucoup de sagesse
à
ceux de sa nation qui 1avoient aidé dans le combat; car après leur en avoir
donné feulement un coup
à boire il jetta le reste dans
la Riviere
,
de peur qu'ils
n'en abusassent & ne sus- !
fent par là exposés à la surprise des ennemis. L'Aimable voyant les blessés
en danger envoya dire au fort de Port-Royal, que
l'on pouvoit envoyer un
Chirurgien pour panser les
blessés,& que cela lui donneroit la gloire de les tuer
encore une autre fois.
Au milieu du Printems
le nommé Frenay étant
arrivéde Plaisance enTerre-neuve à Quebec
,
apporta des lettres de M. de
Costebelle,Gouverneur de
cette place, à M. de Vau-
dreüil. M. le Comte de
Ponrchartrain luy marquant que les Anglois préparant un gros armement
pours'emparer de Plaisance en l'Isle deTerre. neuve,
ou même de Quebec
,
il
falloit se tenir sur ses gar- des.
Nos Ambassadeurs ou
envoyés chés les différentes nations Sauvages d'enhaut, je veux dire du côté
des grands Lacs
,
n'ont
point mal réussi dans leurs
négociations,puisqu'ils en
ont amené environ quatre
cent. On y
voyoit des Hurons, des Missisalagues & des
Sauteurs Sauvages de la
nation des Outaouaes, ou
des néspercés; des Sakis,
desNipissings,des Miamis,
des Kikapoux,des Outagamis ou Renards, des Pontcouatamis, desMaskoutens
ou de la nation du feu, des
Malommis. Meilleurs de
Longueil,Joncaire ôc de la
Chauvinerie amenerent
des anciens ou Chefs d'entres les Iroquois des villages de Sononthouan,d'Onnonthagué, d'Onciout, ôc
de Goiogouen. Je crois
que vous ne ferez point fâché de sçavoir comment
on les reçut à Montréal,
le rendés-vous ordinaire
des Sauvages d'en-haut.
Les mots Sauvages de Nequarré, la Chaudiere est
cuite, & de Gag,nfnovouryJ
le Chien est cuit, furent repetez bien des fois durant
le festin qu'on leur fit.
Le jour du festin de ces
Sauvages assemblés fut le
7. jour d'Aoust. Comme
les SauvagesChrétiens que
nous avons icy dans nos
millions tantde Mrs de S.
Sulpice que des Reverends Pere Jesuites & des
Recolets, y
furent appelles, & que les femmes &
leurs enfans letrouverent
de la partie, quoique seulement pour voir danser les
hommes,n'y ayant chez les
Sauvages que les guerriers
qui puissent de droit danser
aux festins de guerre, le
nombre des conviés montoit a environ quinze cent.
La scene fut devant la maison de M. le Marquis de
Vaudreüil nôtre General,
& proche les bords du
grand Fleuve S. Laurent.
On comptoit au festin
sauvage douze grandes
chaudieres,quiauraient pu
ce me semble faire quelque comparaison avec
quelques-unes de celles des
Gobelins à Paris; elles étoient pleines de fort longs
quartiers de Bœufs, de
Moutons, de Cochons, &
de l'élite des plus gros
Chiens, dont on voyoit les
têtes se promener dans ces
vastesreceptacles de viandes, que l'on faisoit boüillir
lir à grand feu en attifant
des moitiez d'arbres bout
à bout, l'assaisonnement de
ces differens mets étoit de
pois fort gros & de différentes especes, que l'on jettoit avec des péles à longs
manches dans les Chaudieres.
Maisfinissonscedétail. On
m'apromispour lemois prochain dessingularitezsurle
repas des Sauvages, que je
joindrayaureste de cette relation qui efi trop longue pour
être mise dans un seul Mercure
1711. Vveteh Officier Anglois prit le parti de s'engager dans la flote que l'on
équipoit à Baston pour assiéger Quebec,ayant quelque connoissance de la riviere S. Laurent:il quitta
pour -cetre, eSecrAcadie
&le Port-Royal que François Nicholsonavoit pris
au commencement d'Octobre de l'année 1710, Ir ôe
que l'on auroit repris, si
le Gouverneur François
qui commandoit dans ce
pays & dans cette derniere
place ne l'eût rendue un
peu trop vîte, luy qui l'avoit si bien deffenduë en
1707. Les Anglois se sont
-
vûs depuis laprisemême de
PortRoyal réduits plus d'une fois à nous y
laisser rentrer, si M. le Marquis de
Vaudreiiil, qui avoit déja
envoyé des Officiers de
distinction & du premier
rang, avec un corps de
Canadiens alertes & braves pour aider les Acadiens
restes fidelesauRoy, pour
reprendre le Port-Royal,
n'eût été oblige de survenir en les rappellant, à ce
qui étoit de plus pressé, je
veux dire à la lureté de
Quebec, de l'Isle de Montreal. : Vers la fin de Juin de la
même année les Anglois
( sirent un détachement sous
la conduite de Rith. qui
sur menacer quelques ha~
bitansde l'Acadie de les
passer tous au fil de l'epee.
Sur cette menace un
chef des Sauvages appellé l'Aimable,assembla aus
sitôt trente de ceux de fou
village des plus braves, &
les exhorta (les Chefs parmi les Sauvages de l'Amerique septentrionale exhortent & prient ceux qui
les ont choisis pour leur
Chef plutôt qu'ils ne leur
commandent) de se ranger
tous & chacun derriere des
arbres le long d'une riviere
voisine du chemin, qu'il
jugeoit que le Capitaine
R. devoir tenir. En effet les
Angloisayant peu detems
après paru dans leurs canots, le Chef des Abnakis
les iomma hardiment de
se rendre & de mettre bas
les armes, les Anglois aucontraire se mirent en devoir de faire une décharge
sur les Sauvages. Ceux-ci
bien instruits par leur Chef
avant le premier coup de
fusil se trouverenttous ventre contre terre; la décharge des Anglois faite, les
Abnakis la firent à leur
tour:mais en choisissant
chacun leur homme qu'ils
nemanquèrent point; puis
ayant prit leurs haches en
main,ils tombèrent sur le
reste, qu'ils couperent en
morceaux. A peine quelques-uns de ces Anglois se
sauverent jusqu'au fort; ce
qui est de remarquable
c'est qu'aucun des Sauvages ne fut blessé. Ruh.fut
pris avec deux autres Officiers de la garnison de
Port-Royal, & cinq ou six
soldats. Ruh. ayant supplié le Chef des Anakis de
luy laisser la liberté d'aller
prendre au fort de quoi
subvenir à ses besoins à
Quebec, où il voyoit bien
qu'on alloit le mener, le
Sauvage ne luy accorda
que vingt- quatre heures
pour cela,lequel tems expiré s'il ne * se rendoit auprés de lui ponctuellement,
ille menaça de casser la tête aux Officiers & aux (oldats compagnons de sa
captivité, & quiplus est, de
- ne faire jamais quartier à
!
qui que ce soit de la nation
Angloise s'il manquoit à sa
parole.
Le Capitaine Ruh. revint exadement,l'aimable
,
chef des Sauvages
Anakis de l'Acadie étant
arrivé à Quebec avec sept
prisonniers, après une marche telle que la font les
gens de la sorte, c'est à
dire à
travers d'épaisses forests, des rivieres ou des
Lacs
5
d'affreux deserts, alloit souvent visiter le Capitaine R. son principal
prisonnier dans une bonne
auberge à Quebec, car on
luy avoit donné cette ville
pour prison.L'Aimable qui
trouvoit les ragoûts de son
auberge meilleurs que ses
chaudieres sauvages, buvoit
& mangeoit si fréquemment avec luy, que cet Ofsicier
sicier ayant voulu s'en
plaindre leSauvagelui dit:
oh oh tu devrais plûtot me
remercier de ce que je t'en
laisse manger ta part,
la
mangerois-tu si je ne t'avois
pas laissé la vie,& me diroistu cela que tu me dis sije t'avois arraché la Unvue qui
t*ai•dJe a, manger ces vivres?
La garnison du PortRoyal d'Acadie ayant fait
un nouveau détachement,
qui menaçoit les Anakis,
l'Aimable qui s'étoit rendu chez luy, tomba dessus
brusquement, le défit & le
tailla en pieces, excepte
quatre ou cinq qu'il fit
prisonniers, dont même ;
deux ou trois se trouverent i
blessés. Ce Chefdes Sauvages s'étant saisi des provisions & des vivres de ses
ennemis, il y
découvrit de
l'eau de vie, qu'il distribua
avec beaucoup de sagesse
à
ceux de sa nation qui 1avoient aidé dans le combat; car après leur en avoir
donné feulement un coup
à boire il jetta le reste dans
la Riviere
,
de peur qu'ils
n'en abusassent & ne sus- !
fent par là exposés à la surprise des ennemis. L'Aimable voyant les blessés
en danger envoya dire au fort de Port-Royal, que
l'on pouvoit envoyer un
Chirurgien pour panser les
blessés,& que cela lui donneroit la gloire de les tuer
encore une autre fois.
Au milieu du Printems
le nommé Frenay étant
arrivéde Plaisance enTerre-neuve à Quebec
,
apporta des lettres de M. de
Costebelle,Gouverneur de
cette place, à M. de Vau-
dreüil. M. le Comte de
Ponrchartrain luy marquant que les Anglois préparant un gros armement
pours'emparer de Plaisance en l'Isle deTerre. neuve,
ou même de Quebec
,
il
falloit se tenir sur ses gar- des.
Nos Ambassadeurs ou
envoyés chés les différentes nations Sauvages d'enhaut, je veux dire du côté
des grands Lacs
,
n'ont
point mal réussi dans leurs
négociations,puisqu'ils en
ont amené environ quatre
cent. On y
voyoit des Hurons, des Missisalagues & des
Sauteurs Sauvages de la
nation des Outaouaes, ou
des néspercés; des Sakis,
desNipissings,des Miamis,
des Kikapoux,des Outagamis ou Renards, des Pontcouatamis, desMaskoutens
ou de la nation du feu, des
Malommis. Meilleurs de
Longueil,Joncaire ôc de la
Chauvinerie amenerent
des anciens ou Chefs d'entres les Iroquois des villages de Sononthouan,d'Onnonthagué, d'Onciout, ôc
de Goiogouen. Je crois
que vous ne ferez point fâché de sçavoir comment
on les reçut à Montréal,
le rendés-vous ordinaire
des Sauvages d'en-haut.
Les mots Sauvages de Nequarré, la Chaudiere est
cuite, & de Gag,nfnovouryJ
le Chien est cuit, furent repetez bien des fois durant
le festin qu'on leur fit.
Le jour du festin de ces
Sauvages assemblés fut le
7. jour d'Aoust. Comme
les SauvagesChrétiens que
nous avons icy dans nos
millions tantde Mrs de S.
Sulpice que des Reverends Pere Jesuites & des
Recolets, y
furent appelles, & que les femmes &
leurs enfans letrouverent
de la partie, quoique seulement pour voir danser les
hommes,n'y ayant chez les
Sauvages que les guerriers
qui puissent de droit danser
aux festins de guerre, le
nombre des conviés montoit a environ quinze cent.
La scene fut devant la maison de M. le Marquis de
Vaudreüil nôtre General,
& proche les bords du
grand Fleuve S. Laurent.
On comptoit au festin
sauvage douze grandes
chaudieres,quiauraient pu
ce me semble faire quelque comparaison avec
quelques-unes de celles des
Gobelins à Paris; elles étoient pleines de fort longs
quartiers de Bœufs, de
Moutons, de Cochons, &
de l'élite des plus gros
Chiens, dont on voyoit les
têtes se promener dans ces
vastesreceptacles de viandes, que l'on faisoit boüillir
lir à grand feu en attifant
des moitiez d'arbres bout
à bout, l'assaisonnement de
ces differens mets étoit de
pois fort gros & de différentes especes, que l'on jettoit avec des péles à longs
manches dans les Chaudieres.
Maisfinissonscedétail. On
m'apromispour lemois prochain dessingularitezsurle
repas des Sauvages, que je
joindrayaureste de cette relation qui efi trop longue pour
être mise dans un seul Mercure
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Résumé : « Au commencement du printems de cette année 1711. Vveteh Officier [...] »
En 1711, un officier anglais s'engagea dans la flotte préparée à Boston pour assiéger Québec, grâce à sa connaissance de la rivière Saint-Laurent. Il quitta Port-Royal, récemment pris par François Nicholson en octobre 1710, mais que le gouverneur français avait rendu trop rapidement. Les Anglais avaient été contraints de laisser les Français reprendre Port-Royal à plusieurs reprises. Le marquis de Vaudreuil rappela ses officiers pour défendre Québec et l'île de Montréal. Vers la fin juin, les Anglais envoyèrent un détachement sous la conduite du capitaine R. qui menaça des habitants acadiens. En réponse, un chef abénakis appelé l'Aimable rassembla des guerriers pour tendre une embuscade aux Anglais. Lors de l'affrontement, les Abénakis, bien instruits par leur chef, se cachèrent et ripostèrent efficacement, tuant plusieurs Anglais et capturant le capitaine R. et d'autres officiers. L'Aimable amena les prisonniers à Québec, où il visita régulièrement le capitaine R. dans une auberge. Plus tard, un nouveau détachement anglais menaça les Abénakis, mais l'Aimable les attaqua et les défit, capturant quelques prisonniers et distribuant de l'eau-de-vie à ses guerriers avec prudence. Au printemps, Frenay arriva de Plaisance en Terre-Neuve à Québec avec des lettres de Costebelle, avertissant de la préparation anglaise pour attaquer Plaisance ou Québec. Les ambassadeurs français réussirent à rallier environ quatre cents autochtones de diverses nations, qui furent reçus à Montréal le 7 août. Un grand festin fut organisé, avec des chaudrons remplis de viandes diverses, et des danses de guerre furent exécutées par les guerriers.
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6812
p. 9
VERS sur la Statue Equestre du Roi.
Début :
QUID, Lodoïce, brevi perituro fingeris ære ? [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Roi
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la Statue Equestre du Roi.
VERS fur la Statue Equestre du Roi.
QUIUIDD,, Lodoïce , brevi perituro fingeris ære ?
Vivax æternum pietas tibi fervat honorem .
13
D** D. V. **.
QUIUIDD,, Lodoïce , brevi perituro fingeris ære ?
Vivax æternum pietas tibi fervat honorem .
13
D** D. V. **.
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6813
p. 230
« Je vous avois promis, & je m'étois juré à moy-même de [...] »
Début :
Je vous avois promis, & je m'étois juré à moy-même de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous avois promis, & je m'étois juré à moy-même de [...] »
Je vous avois promis,& je
metois juréàmoy-meme de
ne vous plus donner des Vers
du reste de ce volume; mais
j'ay à peine jetté les yeux sur
la piece que vous allez lire,
que j'ay oubliémapromesse
& rompu mon ferment.
metois juréàmoy-meme de
ne vous plus donner des Vers
du reste de ce volume; mais
j'ay à peine jetté les yeux sur
la piece que vous allez lire,
que j'ay oubliémapromesse
& rompu mon ferment.
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6814
p. 9
TRADUCTION.
Début :
POURQUOI sur un métal que l'âge va détruire, [...]
Mots clefs :
Traduction, Métal, Détruire, Graver, Amour, Sujets, Temps, Nuire
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
TRADUCTION.
1
POURQUOI ſur un méral que l'âge va detruire,
Graver , Louis , l'image de tes traits ?
L'Amour t'éléve au coeur de tes Sujets 2
Unmonumentauquel le Temps he pourra nuire.
poo 2011 Par le même.
1
POURQUOI ſur un méral que l'âge va detruire,
Graver , Louis , l'image de tes traits ?
L'Amour t'éléve au coeur de tes Sujets 2
Unmonumentauquel le Temps he pourra nuire.
poo 2011 Par le même.
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6815
p. 223-224
ESPAGNE.
Début :
La flotte qui avoit fait voile le 21 Décembre de l'année [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Madrid, Málaga, Alicante, Flotte marchande, Marchandises, Lingots, Navires
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE
.
DE LISBONNE , le 31 Juillet.
La flotte qui avoit fait voile le 21 Décembre
de l'année derniere de Fernambouc , eft de retour
ici depuis le 24 de ce mois. Elle eft compofée de
onze navires marchands , & indépendamment
des
marchandifes dont elle eft chargée , elle a apporté
deux cens cinq mille quatre cens cruzades.
Deux bâtimens de la Capitainerie de Paraïbafont
venus de conſerve avec cette fotte.
Kiv
24 MERCURE DE FRANCE.
DE MADRID , le 2 Septembre.
On a appris par un courier extraordinaire de Dog
Etienne-Jofeph d'Abaria , Préſident du Tribunal de
la Contractation des Indes, que le vaiffeau la Nuefta
Segnora de Begogna étoit entré le 22 du mois
dernier dans le port de Cadix. Ce bâtiment qui
revient de Callao de Lima , avoit à bord la valeur
de quatre cens cinquante-trois mille deux
cens vingt-neuf piaftres , tant en lingots d'or
qu'en vaiffelle d'argent , outre huit cens fept
quintaux d'étain , cinq cens quarante - cinq de
cuivre , deux cens cinquante livres de baume ,
une grande quantité de cafcarille & de laine de
Vigogne , & plufieurs autres marchandiſes.
DE MALAGA , le 14 Août.
Deux chabecs françois envoyés en courſe contre
les Saletins , ont amené dans ce port une barque
de Tetuan , dont ils fe font rendus maîtres
& fur laquelle ils ont fait feize cfclaves.
D'ALICANTE , le 31 Août.
Un navire venant de Portugal , a rapporté que
M. Claftrier , Commandant d'un bâtiment de
Marſeille , armé pour donner la chaffe aux Barbarefques
, s'étoit emparé d'une galiotte de Salé ,
fur laquelle il y avoit quatre- vingt Maures.
Quelques jours auparavant cette galiotte avoit
enlevé deux navires efpagnols & une tartane
françoife. Le Capitaine du bâtiment par lequel
on a reçu ces avis a ajouté que fans le fecours
de M. Claftrier , il auroit été pris par la même
galiotte.
.
DE LISBONNE , le 31 Juillet.
La flotte qui avoit fait voile le 21 Décembre
de l'année derniere de Fernambouc , eft de retour
ici depuis le 24 de ce mois. Elle eft compofée de
onze navires marchands , & indépendamment
des
marchandifes dont elle eft chargée , elle a apporté
deux cens cinq mille quatre cens cruzades.
Deux bâtimens de la Capitainerie de Paraïbafont
venus de conſerve avec cette fotte.
Kiv
24 MERCURE DE FRANCE.
DE MADRID , le 2 Septembre.
On a appris par un courier extraordinaire de Dog
Etienne-Jofeph d'Abaria , Préſident du Tribunal de
la Contractation des Indes, que le vaiffeau la Nuefta
Segnora de Begogna étoit entré le 22 du mois
dernier dans le port de Cadix. Ce bâtiment qui
revient de Callao de Lima , avoit à bord la valeur
de quatre cens cinquante-trois mille deux
cens vingt-neuf piaftres , tant en lingots d'or
qu'en vaiffelle d'argent , outre huit cens fept
quintaux d'étain , cinq cens quarante - cinq de
cuivre , deux cens cinquante livres de baume ,
une grande quantité de cafcarille & de laine de
Vigogne , & plufieurs autres marchandiſes.
DE MALAGA , le 14 Août.
Deux chabecs françois envoyés en courſe contre
les Saletins , ont amené dans ce port une barque
de Tetuan , dont ils fe font rendus maîtres
& fur laquelle ils ont fait feize cfclaves.
D'ALICANTE , le 31 Août.
Un navire venant de Portugal , a rapporté que
M. Claftrier , Commandant d'un bâtiment de
Marſeille , armé pour donner la chaffe aux Barbarefques
, s'étoit emparé d'une galiotte de Salé ,
fur laquelle il y avoit quatre- vingt Maures.
Quelques jours auparavant cette galiotte avoit
enlevé deux navires efpagnols & une tartane
françoife. Le Capitaine du bâtiment par lequel
on a reçu ces avis a ajouté que fans le fecours
de M. Claftrier , il auroit été pris par la même
galiotte.
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Résumé : ESPAGNE.
Le 24 juillet, une flotte de onze navires marchands est revenue à Lisbonne après avoir quitté Fernambouc le 21 décembre précédent, transportant des marchandises et 254 400 cruzades. Deux bâtiments de la Capitainerie de Paraïba l'accompagnaient. Le 22 août, le vaisseau 'Nuestra Señora de Begona' est arrivé au port de Cadix en provenance de Callao de Lima avec 453 229 piastres en lingots d'or et vaisselle d'argent, 877 quintaux d'étain, 545 quintaux de cuivre, 250 livres de baume, de la cannelle, de la laine de vigogne et diverses autres marchandises. Le 14 août, deux navires français ont capturé une barque de Tétouan et fait seize esclaves. Le 31 août, un navire en provenance du Portugal a rapporté que M. Clastrier, commandant un bâtiment de Marseille, avait capturé une galiotte de Salé avec 80 Maures à bord. Cette galiotte avait précédemment capturé deux navires espagnols et une tartane française. Le capitaine du bâtiment a ajouté qu'il aurait été pris par la même galiotte sans l'intervention de M. Clastrier.
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6816
p. 215-216
AUTRE ENIGME.
Début :
J'agite les Vaisseaux & sur mer & sur terre. [...]
Mots clefs :
Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
agite les Vaiffeaux 5
jur mer & jur terre,
216 MERGURE
Je fuis trouble par le tonnerre
.
Jefais voler un Aigle a
vec rapidite ,
Et marcher la Tortue avec
tranquillité.
agite les Vaiffeaux 5
jur mer & jur terre,
216 MERGURE
Je fuis trouble par le tonnerre
.
Jefais voler un Aigle a
vec rapidite ,
Et marcher la Tortue avec
tranquillité.
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6817
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Abonnement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
E Bureau du Mercure eft chez M.
LLUTION, Avocat, & Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis an
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'eft à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
de port? les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boilly ,
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 30 fols , & l'on payera
d'avance , en s'abonnant , ou 10 liv . 10 fols
pour un femeftre , on 21 livres par année , à
raifon de quatorze volumes , ainſi qu'il eſt
d'ufage pour les autres Journaux . Les voiumes
d'extraordinaire feront également de 30
fols, fe payeront avec le femeftre ou l'année
qui les fuivront.
>
L'abonnement pour les perfonnes de province
fera de 3 livres 10 fols par année
ou de la moitié par femeftre , à caufe des frais
de la pofte, & autres extraordinaires.
On les fupplie d'envoyer par la pofte , en
payant le droit , le prix de leur abonnement ,
on de donner leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
A ij
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état de
répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi , Mercredi
& Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
E Bureau du Mercure eft chez M.
LLUTION, Avocat, & Greffier - Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis an
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'eft à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
de port? les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boilly ,
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 30 fols , & l'on payera
d'avance , en s'abonnant , ou 10 liv . 10 fols
pour un femeftre , on 21 livres par année , à
raifon de quatorze volumes , ainſi qu'il eſt
d'ufage pour les autres Journaux . Les voiumes
d'extraordinaire feront également de 30
fols, fe payeront avec le femeftre ou l'année
qui les fuivront.
>
L'abonnement pour les perfonnes de province
fera de 3 livres 10 fols par année
ou de la moitié par femeftre , à caufe des frais
de la pofte, & autres extraordinaires.
On les fupplie d'envoyer par la pofte , en
payant le droit , le prix de leur abonnement ,
on de donner leurs ordres , afin que le payement
enfoit fait d'avance au Bureau.
A ij
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état de
répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi , Mercredi
& Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant l'abonnement au Mercure. Le bureau du Mercure se trouve chez M. Lutton, avocat et greffier, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les paquets et lettres doivent être adressés à M. Lutton, avec les frais de port payés, et les contenus littéraires seront remis à M. de Boilly. Le prix de l'abonnement est de 30 sols par volume. Il est possible de payer à l'avance 10 livres 10 sols pour un semestre ou 21 livres par année pour quatorze volumes. Les volumes extraordinaires coûtent également 30 sols et seront facturés avec le semestre ou l'année suivante. Pour les personnes de province, l'abonnement coûte 3 livres 10 sols par année ou la moitié pour un semestre, en raison des frais de poste. Les paiements doivent être effectués à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible à son bureau les mardis, mercredis et jeudis après-midi pour répondre aux demandes.
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6818
p. 2331-2332
Investissement de Fribourg, [titre d'après la table]
Début :
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny a investi, du 17 au 20 du mois dernier, la Ville de [...]
Mots clefs :
Maréchal de Coigny, Chevalier de Belle-Isle, Empereur, Garnison, Ennemis, Commandant, Fribourg-en-Brisgau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Investissement de Fribourg, [titre d'après la table]
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny
ainveſti , du 17 au 20du mois dernier , la Ville de
Fribourg, & l'on travaille à détourner le cours de
la riviere , qui paſſe dans cette Place.
Le Chevalier de Belle-Iſle , après avoir pris poffeſſion
du Comté de Nullembourg & de toute la
partie de l'Autriche Antérieure entre le Haut Danube
& le Lac de Conſtance , & après avoir fait
prêter Sermentde fidelité à l'Empereur par les habitans
entre les mains d'un Commiſſaire Impérial , a
marché àWaldshut , l'une des quatre Villes Foreſtie
res , qui s'eſt ſoumiſe à l'Empereur ſans réſiſtance.
Celles de Sickingen & de Loffenbourg ont ſuivi cer
exemple,& celle de Rhinfeldt eſt la ſeule , qui air
en2332
MERCURE DE FRANCE.
entrepris de ſe défendre. Elle a été emportée d'affaut
, & le Commandant s'eſt retiré avec la garnifon
dans le Château , ſitué au milieu du Rhin fur
un Roc vif , & qui avoit toujours été regardé comme
preſque inattaquable. Le Chevalier de Belle-
Ifle , ayant demandé au Maréchal de Coigny des
mortiers pour bombarder ce Fort,a voulu employer
utilement le tems , en attendant qu'ils arrivaſſent ,
&il a tenté , ſous la protection de ſon feu , ſupérieur
à celui des affrégés par quelques piéces de canon
, qu'il a trouvées dans Villinghen , de rétablir
un pont rompu par les ennemis , lequel communique
auChâteau , & dont ils avoient laiſſe ſubſiſter
les Longerons. A la vue de ce travail , les affiégés
ſe ſont déterminés à mettre le feu aux Longerons,
mais , malheureuſement pour les ennemis , les flames
ſe ſont communiquées à la Toiture du Donjon
avec tant de violence & de rapidité , que le Commandant
a été obligé de battre la chamade ,& de
ſe rendre priſonnier de guerre avec toute la garnifon
qu'on avoit fait venir de Huningue. Environ
12 Grenadiers ou Dragons ont été tués dans cette
expédition , & nous n'y avons perdu d'autre Orficierque
le Marquis de Benſe , Capitaine dans le
Régiment de Dragons du Roi.
ainveſti , du 17 au 20du mois dernier , la Ville de
Fribourg, & l'on travaille à détourner le cours de
la riviere , qui paſſe dans cette Place.
Le Chevalier de Belle-Iſle , après avoir pris poffeſſion
du Comté de Nullembourg & de toute la
partie de l'Autriche Antérieure entre le Haut Danube
& le Lac de Conſtance , & après avoir fait
prêter Sermentde fidelité à l'Empereur par les habitans
entre les mains d'un Commiſſaire Impérial , a
marché àWaldshut , l'une des quatre Villes Foreſtie
res , qui s'eſt ſoumiſe à l'Empereur ſans réſiſtance.
Celles de Sickingen & de Loffenbourg ont ſuivi cer
exemple,& celle de Rhinfeldt eſt la ſeule , qui air
en2332
MERCURE DE FRANCE.
entrepris de ſe défendre. Elle a été emportée d'affaut
, & le Commandant s'eſt retiré avec la garnifon
dans le Château , ſitué au milieu du Rhin fur
un Roc vif , & qui avoit toujours été regardé comme
preſque inattaquable. Le Chevalier de Belle-
Ifle , ayant demandé au Maréchal de Coigny des
mortiers pour bombarder ce Fort,a voulu employer
utilement le tems , en attendant qu'ils arrivaſſent ,
&il a tenté , ſous la protection de ſon feu , ſupérieur
à celui des affrégés par quelques piéces de canon
, qu'il a trouvées dans Villinghen , de rétablir
un pont rompu par les ennemis , lequel communique
auChâteau , & dont ils avoient laiſſe ſubſiſter
les Longerons. A la vue de ce travail , les affiégés
ſe ſont déterminés à mettre le feu aux Longerons,
mais , malheureuſement pour les ennemis , les flames
ſe ſont communiquées à la Toiture du Donjon
avec tant de violence & de rapidité , que le Commandant
a été obligé de battre la chamade ,& de
ſe rendre priſonnier de guerre avec toute la garnifon
qu'on avoit fait venir de Huningue. Environ
12 Grenadiers ou Dragons ont été tués dans cette
expédition , & nous n'y avons perdu d'autre Orficierque
le Marquis de Benſe , Capitaine dans le
Régiment de Dragons du Roi.
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6819
p. 166-168
CHANSON sur le Caffé. Sur l'Air, Réveillez-vous, belle endormie.
Début :
Divin Caffé, tous les Poëtes, [...]
Mots clefs :
Café
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON sur le Caffé. Sur l'Air, Réveillez-vous, belle endormie.
CHANSON
sur leCaffe.
Sur l'Air, Réveillez-vous,
-
belle endormie. Divin caffé, tous les Poètes,
Chaque jour routent tes
bienfaits
;
-
Mais pourquoi par des Chansonnettes
).VeVl/ttent-ils point tes attraits?
Je veux romprel'ingrat silence
Des hostes du SacréVallon>
Fais parler ma reconnaissance,
Et vient meservird'Apollon.
Tu sçais animer l'éloquence
,
Tu frais reveillerles esprits
5 Etsouvent ta vive influence
produit le feu de nos écrits.
si la migraine ose paroistre
Avec son funeste bandeau ;
C'estpartoiquejevoisrenaistre
L'heureufl paix dans mon cerveau,
Tout danstoijusqu'a la fumée,
Produit des effets merveilleux
Jesens cette nuë embaumée;
Fortifer mes foibles yeux.
Loin d'ici lejus que Pomone,
EtBachus vient nousprésenter ;
La raison que le Cassé donne,
Ils ne Peuvent que nous l'oster.
DisparoissezLiqueursbruslantes
c!0! portez l'incendie au Cæltr:
Du Cassé les forces plus lentes
N'ont qu'une benigne chaleur,
Tous les jours l'Aurore nouvelle
Me verra cette coupe en main,
Par ce jusla Parque cruelle
sçaura respectermondessein,
sur leCaffe.
Sur l'Air, Réveillez-vous,
-
belle endormie. Divin caffé, tous les Poètes,
Chaque jour routent tes
bienfaits
;
-
Mais pourquoi par des Chansonnettes
).VeVl/ttent-ils point tes attraits?
Je veux romprel'ingrat silence
Des hostes du SacréVallon>
Fais parler ma reconnaissance,
Et vient meservird'Apollon.
Tu sçais animer l'éloquence
,
Tu frais reveillerles esprits
5 Etsouvent ta vive influence
produit le feu de nos écrits.
si la migraine ose paroistre
Avec son funeste bandeau ;
C'estpartoiquejevoisrenaistre
L'heureufl paix dans mon cerveau,
Tout danstoijusqu'a la fumée,
Produit des effets merveilleux
Jesens cette nuë embaumée;
Fortifer mes foibles yeux.
Loin d'ici lejus que Pomone,
EtBachus vient nousprésenter ;
La raison que le Cassé donne,
Ils ne Peuvent que nous l'oster.
DisparoissezLiqueursbruslantes
c!0! portez l'incendie au Cæltr:
Du Cassé les forces plus lentes
N'ont qu'une benigne chaleur,
Tous les jours l'Aurore nouvelle
Me verra cette coupe en main,
Par ce jusla Parque cruelle
sçaura respectermondessein,
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Résumé : CHANSON sur le Caffé. Sur l'Air, Réveillez-vous, belle endormie.
Le texte célèbre les vertus du café, une boisson prisée des poètes. L'auteur exprime sa gratitude pour les bienfaits du café, qui stimule l'éloquence et clarifie l'esprit. Le café est également loué pour son aptitude à soulager la migraine et à restaurer la sérénité mentale. À la différence du tabac ou de l'alcool, le café est présenté comme ayant des effets positifs et apaisants. L'auteur déclare qu'il consommera du café quotidiennement pour prolonger sa vie, en accord avec les desseins de la Parque, divinité du destin.
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6820
p. 228-230
ENIGME.
Début :
Je suis tantost Guillaume, & tantôt Magdelaine [...]
Mots clefs :
Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
J Esuis tantost Guillaume
y
& tantostMadagdelaine
Etje ne fuis pourtant ny
fille ny garçon,
Aux Dames quelquefois
je donne la migraine
Quelquefois auxvieillards
,
je cause lefrisson
Je parle œJfeZj souvent
pour qui ne ri/entendpas.
Et plus souvent à qui ne
voudrait pas m'entendre.
Je ne marche que Jur mes
bras,
CJest par le col qu'il me
fautprendre -
Quand on me veutfaire
chanter,
En parlant aux gourmands, jescais les contenter.
Qucy que j'en desespere
aucuns quisonta table,
Etj'ay le talent admirable
De donner quelquefois des
conseils tres prudents,
Sans avoirraison ny bon
sens.
J Esuis tantost Guillaume
y
& tantostMadagdelaine
Etje ne fuis pourtant ny
fille ny garçon,
Aux Dames quelquefois
je donne la migraine
Quelquefois auxvieillards
,
je cause lefrisson
Je parle œJfeZj souvent
pour qui ne ri/entendpas.
Et plus souvent à qui ne
voudrait pas m'entendre.
Je ne marche que Jur mes
bras,
CJest par le col qu'il me
fautprendre -
Quand on me veutfaire
chanter,
En parlant aux gourmands, jescais les contenter.
Qucy que j'en desespere
aucuns quisonta table,
Etj'ay le talent admirable
De donner quelquefois des
conseils tres prudents,
Sans avoirraison ny bon
sens.
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6821
p. 228-230
ENIGME Du Solitaire malgré lui de l'Isle S. Loüis.
Début :
Je suis plus ou moins gros selon mon ministere, [...]
Mots clefs :
Pinceau
6822
p. 5-8
ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
Début :
QUE Dieu te console [...]
Mots clefs :
Château, Troupe, Transports, Prêtre, Mémoire, Respect, Grâce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
ÉPITRE de M. D. R... * à M. le
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
Fermer
6823
s. p.
PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Début :
Quelle étrange fureur arme toute la terre ? [...]
Mots clefs :
Terre, Lois, Puissance, Cieux, Souverain, Coups, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
PARAPHRASE DUPSEAUME II,
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
Quare fremuerunt gentes , &c.
STANCES.
Uelle étrange fureur arme toute la
terre ?
Quel démon furieux agite les es
prits ?
Je vois déja par tout les horreurs de la guerre à
Je vois tous les peuples aigris.
Craignez l'éclat de la tempête ;
C'estcontre vous qu'elle s'apprête ,
Aij Ro
200 MERCURE
DE FRANCE
Rojs , qui vous soulevez contre le Roy des Rois
Les peuples que votre injustice ,
Vient d'armer pour votre supplice >
Scauront bien, malgré, vous,fouler aux pieds vos
Loix.
Celui qui dans les Cieux dispose de la foudre
Scait par des coups certains punir l'audacieux ;
D'un seulde ses regards, il brise , il met en poudre ,
Le Trône ,le plus glorieux.
Tremblez , Monarques de la terre ,
Craignez l'éclat de son tonnere,
Craignez dans sa fureur le bras du Tout - Puise
sant.
S'il a bien pû vous donner l'être ,
Sçachez qu'il est toujours le maître
De vous faire rentrer dans le premier néant.
Pour moi que dans Sion sa main droite cou
ronne ,
mets toute ma gloire à respecter ses loix :
Au milieu des grandeurs dont l'éclat m’envig
ronne,
Mon cœur est soumis à sa voix :
Toujours tremblant en sa présence ;
Je reconnois que ma Puissance ,
N'est qu'un den de şa main , qu'il peut me le
tavit, Pes
FEVRIER 17327 201
Des Oracles qu'il me révéle ,
Ma bouche , interprete fidelle ,
Fait connoître son nom aux peuples à venir.
Cieux, écoutez a voix : Terre, prêtez silences
De l'Etre souverain j'annonce les décrets ;
Je le vois , je le sens et déja sa présence
Me découvre tous ses secrets.
Ville de Sion , Cité sainte ,
Seche tes pleurs , cessé ta plainte,
Pour ton Liberateur , les Cieux doivent s'ouvrir
Voy quelle est ma bonté suprême ;
C'est mon Fils , qu'un amour extrême ,
Engendra de tout temps , pour être Homme er
mourir.
Il doit mourir , ce Fils , pour expier ton crime;
Lui seul de ma fureur , peut arrêter les coups.
Et par le noble Sang d'une telle Victime ,
J'appaiserai tout mon couroux.
Je ferai tout à sa priere ,
Il aura ma Puissance entiere.
Toutes les Nations écouteront sa voix ;
Les cœurs devenus plus sensibles ,
Respecteront ses Loix paisibles ;
Et comme un foible Vase ; il brisera les Rois.
Aiij Nous
1
202 MERCURE DE FRANCE
Nous , que sa main forma du Limon de la terre ,
Gémissons dans nos cœurs , Princes, Rois, Souverains ;
Notre vaine Grandeur est sujette au tonnerre
Notre Puissance est dans ses mains.
Pour rendre la justice aux hommes ,
Il nous a faits ce que nous sommes ;
Principe de justice , il peut seul l'enseigner.
Servons sa Majesté suprême ,
Dansun respect le plus extrême ;
Apprenons dans ses Loix,le grand art de regner ;
Soumettons- nous au joug de ce Souverain
Maître ,
"
Celui qu'il nous impose , est gracieux et doux.
Craignons que sa fureur , toute prête à paroî
tre ,
Ne nous écrase sous ses coups.
Heureux celui dont l'innocence
A mis en lui son esperance !
Heureux qui de ses pleurs , arrose ses Autels !
Celui-là seul pourra lui plaire ,
Au jour terrible où sa colere ,
Viendra perdre à jamais les injustes mortels.
E. M. I. D. L. Solitaire des bords
de la Marne.
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Résumé : PARAPHRASE DU PSEAUME II. Quare fremuerunt gents, &c. STANCES.
Le poème 'Paraphrase du Psaume II', publié dans le Mercure de France en février 1732, décrit une fureur générale comparée à une tempête imminente. Les peuples, armés par l'injustice, se soulèvent contre le 'Roi des Rois'. Le texte met en garde les monarques contre la colère divine, capable de détruire les trônes les plus glorieux. Il souligne que Dieu est le maître suprême, capable de réduire les rois au néant. Le poète exprime sa soumission à Dieu et sa mission de révéler Ses décrets. Il annonce la venue d'un libérateur, le Fils de Dieu, qui mourra pour expier les crimes des hommes et apporter la paix. Les nations écouteront sa voix et respecteront ses lois. Les princes, rois et souverains sont appelés à reconnaître leur vaine grandeur et à se soumettre à la justice divine. Le poème se termine par une exhortation à craindre la fureur de Dieu et à chercher l'innocence pour plaire à Dieu au jour du jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6824
p. 233-236
MORTS.
Début :
Dame Therese de Faverolles, veuve de Messire Claude Heron [...]
Mots clefs :
Faverolles, Thibeuf, Delpech, Sauvion, Roger, Fraguier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Dame Thereſe de Faverolles , veuve de Meffire
Claude Heron , Conſeiller
honoraire de la Cour des
Aydes , mourut le 2. Juillet
1712. laiffant , entre autres
enfans , Monfieur Heron ,
·Juillet 1712.
Y
234 MERCURE
Confeiller au Parlement.
Meffire Euftache Thi
beuf, Seigneur de S. Germain , du vieil Corbeil ,
Bouville , le Val , Cocatris ,
&c. qui avoit été reçû Confeiller au Parlement en Janvier 1661. mourut étant de
la Grand Chambre le 12 .
Juillet 1712. âgé de 77. ans ,
fans laiffer de pofterité.
Il avoit époufe Dame
Marie Jolly, veuve de Meffire Louis Saveau , Confeil
ler de la Cour des Aydes ,
morte le 12. Octobre 1698.
GALANT.
235
Meffire Nicolas Fra
guier, Doyen de la pre
miere des Enquêtes , eft
monté à la Grand' Chami
bre.
Dame Catherine Roger,
veuve de Meffire CharlesRenouard de la Touanne ,
Confeiller du Roy TrefoFier general de l'Extraordinaire des guerres , mourut
le 14. Juillet.
Pierre Delpech , Confeiller- Secretaire du Roy , Receveur general des FinanV ij
236 MERCURE
ces d'Auvergne , & l'un des
Fermiers Generaux de Sa
Majefté, mourut le 14. Juillet
1712.
Dame Françoife - Eliſabeth de Sauvion , veuve de
Meflire Pierre Vincent Bertin , Treforier general des
Revenus Cafuels de Sa Majefté , mourut le 20. Juillet
1712.
Dame Thereſe de Faverolles , veuve de Meffire
Claude Heron , Conſeiller
honoraire de la Cour des
Aydes , mourut le 2. Juillet
1712. laiffant , entre autres
enfans , Monfieur Heron ,
·Juillet 1712.
Y
234 MERCURE
Confeiller au Parlement.
Meffire Euftache Thi
beuf, Seigneur de S. Germain , du vieil Corbeil ,
Bouville , le Val , Cocatris ,
&c. qui avoit été reçû Confeiller au Parlement en Janvier 1661. mourut étant de
la Grand Chambre le 12 .
Juillet 1712. âgé de 77. ans ,
fans laiffer de pofterité.
Il avoit époufe Dame
Marie Jolly, veuve de Meffire Louis Saveau , Confeil
ler de la Cour des Aydes ,
morte le 12. Octobre 1698.
GALANT.
235
Meffire Nicolas Fra
guier, Doyen de la pre
miere des Enquêtes , eft
monté à la Grand' Chami
bre.
Dame Catherine Roger,
veuve de Meffire CharlesRenouard de la Touanne ,
Confeiller du Roy TrefoFier general de l'Extraordinaire des guerres , mourut
le 14. Juillet.
Pierre Delpech , Confeiller- Secretaire du Roy , Receveur general des FinanV ij
236 MERCURE
ces d'Auvergne , & l'un des
Fermiers Generaux de Sa
Majefté, mourut le 14. Juillet
1712.
Dame Françoife - Eliſabeth de Sauvion , veuve de
Meflire Pierre Vincent Bertin , Treforier general des
Revenus Cafuels de Sa Majefté , mourut le 20. Juillet
1712.
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Résumé : MORTS.
En juillet 1712, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Dame Thérèse de Faveroilles, veuve de Meffire Claude Heron, Conseiller honoraire de la Cour des Aydes, est décédée le 2 juillet 1712, laissant son fils Meffire Heron, Conseiller au Parlement. Meffire Eustache Thibault, Seigneur de Saint-Germain et autres domaines, a été reçu Conseiller au Parlement en janvier 1661 et est décédé le 12 juillet 1712 à l'âge de 77 ans, sans postérité. Il avait épousé Dame Marie Jolly, veuve de Meffire Louis Saveau, décédée en 1698. Dame Catherine Roger, veuve de Meffire Charles-Renouard de la Touanne, Conseiller du Roy Trésorier général de l'Extraordinaire des guerres, est décédée le 14 juillet 1712. Pierre Delpech, Conseiller-Secrétaire du Roy, Receveur général des Finances d'Auvergne et Fermier Général, est également décédé le 14 juillet 1712. Enfin, Dame Françoise-Élisabeth de Sauvion, veuve de Meffire Pierre Vincent Bertin, Trésorier général des Revenus Casuels de Sa Majesté, est décédée le 20 juillet 1712.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6825
p. [203]-209
ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
Début :
Canards rodoient dans nos fossés, [...]
Mots clefs :
Canards, Pâté, Maladie, Musique, Picardie, Tranquillité, Cuisinier, Humour, Convalescent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens
à M. M. D. M. sous le nom de
Damon , par un de ses Parens , Prieur
en Picardie.
C
Anards rodoient dans nos fossés ,
Troupe importune et barboteuse ;
De leur voix aigre et raboteuse ;
Nos mâtins la nuit agacés ,
En maison tranquile et peureuse ,
Mettoient l'allarme ; et le Béfroi
Sonnant tocsin dans les tenebres,
A ij N'ins204
MERCURE DE FRANCE
N'inspira jamais plus d'éfroi ,
Par ses sons bruyans et funebres.
De la gent au gozier glouton ,
A grand kan kan,, dans notre mare
Il fallut supprimer le ton.
Fut dit , fut fait ; on se prépare ;
Notre gros Cuisinier plus rond
Que son billot , en criant gare ,
Haussant le bras , ridant le front ,
A pauvre peuple tintamare
Coupa le col : oh ! le barbare ,
S'écriera Belle , qu'à M ... our
Troupe kankane et caressée ,
Va visiter cent fois le jour
Pour avoir d'elle la becquée.
Mais dût-elle en triste chanson ;
En bémol , ou bien en bécare ,
Se plaindre de l'acte félon
A sa plainte on dira tarare.
De nos Canards bien trépassés ,
Et que Degan en grosse croute
A bien et duëment enchassés
De
peur
›
de malencontre en route ,
Damon voilà le guet - à- pand ,
Qui n'est cas prévôtal , je pense :
Oncque Canard ni Hallebran
Ne fit pendre son homme en France.
Fameux faiseur de pâtés.
Dans 4
FEVRIER.
1731. 205
Dans nos fossés leur Archipel ,
Pápas Sultans , mamans Sultanes ,
Chaque hyver , au premier d'égel ,
Recommençoient leurs caravanes ,
Pour aller honorer Degan ;
Et c'étoit lors nouveau kan kan
Qu'à chaque instant pendant l'Office
On leur entendoit frédonner :
Pour gens dévots c'est un supplice
D'entendre sans cesse entonner
Musique à désoler un Suisse ,
Qui n'aime point à raisonner.
Pour le cas , non pour autre chose ,
Peuple kan kan , grace à Degan ,
Et grace à la Métamorphose ,
Devient pâté du nouvel an.
Je te le dépêche , beau Sire ,
Et l'aurois dépêché plutôt
Si mal qui des maux n'est le pire ,
Quand il ne mene qu'au seul trot
Pauvre Chrétién , souffre martire
Ne m'eut mené le grand galop.
Lecorps fondu comme la cire ,
Et plus foible qu'un Escargot ,
Je ne sçavois parler , écrire
A nul au monde un petit mot.
Lachesis , que rien n'amadouë
Hâtoit déja son noir fuseau
"
La vieille laide , à grosse mouë ,
>
A iij Ap
206 MERCURE DE FRANCE
•
Apprêtoit le fatal ciseau ,
Quand un matin , Maître Esculape
Un affreux breuvage à la main
Me dit , avale ; je le happe ;
2
Et drogues dès le lendemain ,
D'aller dans mon corps à la sappe
Chercher l'ennemi souterrain ,
Mieux n'auroit fait
pour
Prince ou Pape.
Enfin , cher Damon , me voici ,
A titre encor de bail à vie ,
Habitant de ce monde ci ;
Mais , helas ! que j'aurois envie
D'assister à tout le convoi
De ma deffunte volatille
Dont je te fais d'ici l'envoi !
Que j'aime à me voir en famille ,
Et sur tout quand je suis chez toi ;
Ou Cousin , Oncle , Mere et Fille
Paroissent gens de bon alloi ;
Tante aussi fraîche qu'une Rose ,
Fait les honneurs de la maison ;
La sagesse en son coeur repose ;
C'est le flambeau de sa raison.
Un Abbé , fruit de l'Himenée ,
Et maître de sa destinée ,
Qui joint à l'aimable enjoûment.
La politesse et l'agrément.
D'un frere orné des mêmes charmes ,
Ami
FEVRIER. 1731. 207
Ami d'Apollon et de Mars ,
Qui du même air qu'il court aux armes
Vole à l'étude des beaux arts.
Quand reverrai - je donc l'image ?
Que dans nos doux embrassemens ,
Réchauffant un cher cousinage ,
Nous en rendrons les noeuds constans !
Damon , favori de Minerve ,
y
Qui sçait mettre à prix les bons Vers ,
Si peut-être en suivant ma verve
J'ai pris ma route de travers ;
Si raisonnant Canards et Cannes ,
J'ai raisonné comme un Oison ;
Si sur la riine tu chicanes ,
Et plus encor sur la raison ,
Pardonne à ma Muse badine
L'écart d'un coeur reconnoissant.
Rimeur à pâle et seche mine ,
A peine encor convalescent ,
Ne peut un jour de Medecine
Rimer des Vers qu'en s'efforçant.
Docte Censeur , qui ne fais grace
Qu'à la raison , qu'aux bons Ecrits ,
Epluche ici , gronde , ressasse "
Déchire , brûle , ou bien fais pis.
Oui , malgré l'orgueil Poetique ,
Je sens qu'un Censeur tel que toi
Vaut une prise d'émetique
A iiij A
208 MERCURE DE FRANCE
A Rimeur qui trouve chez soi
Bien moins de rime que de bile ,
Et dont l'enthousiasme vain ,
S'il ne peut faire un homme habile
Fait toujours un sot Ecrivain.
Avec l'honneur du parentage ,
Que n'ai-je ton heureux talent ,
Et ton élegant badinage
Si délicat , si décevant
Que dans le feu Moine sauvage
Plus bouru que tout son Couvent
T'a fait jetter , et dont je gage
Que la cendre est allée au vent ?
Peste du Moine prédicant ,
2
;
Qui pour te rendre un peu trop sage
Te fait mourir dès ton vivant !
Non non , Damon , sur le Parnasse
Tes Vers gravés en lettres d'or ,
Auprès de Catulle et d'Horace
Des neuf Soeurs s'y font lire encor.
Mais des miens ici je t'ennuyè ,
Et Muse me dit , Hallebran ,
Tais- toi , faut-il qu'un docte essuye
En même jour tant de kan kan ;
Peut- être aussi la compagnie
De gens choisis et délicats ,
* Vers qui n'étoient qu'un pur jeu d'esprit
et qui ont été brûlés.
Qui
FEVRIER. 1731. 209
Qui s'en vient en cerémonie
Visiter Oiseaux à pieds plats ,
'A leur aspect
à bon droit peste
Contre rimailleur importun ,
Qui pour un rien , pour moins qu'un zeste
Laisse son appétit à jeun.
Adieu , cher Damon , je t'embrasse ,
Et Tante et Cousin et Maman ;
D'aimable fille que Dieu fasse
De fille femme au bout de l'an.
F, P. Ce 20. Janvier 1731 .
à M. M. D. M. sous le nom de
Damon , par un de ses Parens , Prieur
en Picardie.
C
Anards rodoient dans nos fossés ,
Troupe importune et barboteuse ;
De leur voix aigre et raboteuse ;
Nos mâtins la nuit agacés ,
En maison tranquile et peureuse ,
Mettoient l'allarme ; et le Béfroi
Sonnant tocsin dans les tenebres,
A ij N'ins204
MERCURE DE FRANCE
N'inspira jamais plus d'éfroi ,
Par ses sons bruyans et funebres.
De la gent au gozier glouton ,
A grand kan kan,, dans notre mare
Il fallut supprimer le ton.
Fut dit , fut fait ; on se prépare ;
Notre gros Cuisinier plus rond
Que son billot , en criant gare ,
Haussant le bras , ridant le front ,
A pauvre peuple tintamare
Coupa le col : oh ! le barbare ,
S'écriera Belle , qu'à M ... our
Troupe kankane et caressée ,
Va visiter cent fois le jour
Pour avoir d'elle la becquée.
Mais dût-elle en triste chanson ;
En bémol , ou bien en bécare ,
Se plaindre de l'acte félon
A sa plainte on dira tarare.
De nos Canards bien trépassés ,
Et que Degan en grosse croute
A bien et duëment enchassés
De
peur
›
de malencontre en route ,
Damon voilà le guet - à- pand ,
Qui n'est cas prévôtal , je pense :
Oncque Canard ni Hallebran
Ne fit pendre son homme en France.
Fameux faiseur de pâtés.
Dans 4
FEVRIER.
1731. 205
Dans nos fossés leur Archipel ,
Pápas Sultans , mamans Sultanes ,
Chaque hyver , au premier d'égel ,
Recommençoient leurs caravanes ,
Pour aller honorer Degan ;
Et c'étoit lors nouveau kan kan
Qu'à chaque instant pendant l'Office
On leur entendoit frédonner :
Pour gens dévots c'est un supplice
D'entendre sans cesse entonner
Musique à désoler un Suisse ,
Qui n'aime point à raisonner.
Pour le cas , non pour autre chose ,
Peuple kan kan , grace à Degan ,
Et grace à la Métamorphose ,
Devient pâté du nouvel an.
Je te le dépêche , beau Sire ,
Et l'aurois dépêché plutôt
Si mal qui des maux n'est le pire ,
Quand il ne mene qu'au seul trot
Pauvre Chrétién , souffre martire
Ne m'eut mené le grand galop.
Lecorps fondu comme la cire ,
Et plus foible qu'un Escargot ,
Je ne sçavois parler , écrire
A nul au monde un petit mot.
Lachesis , que rien n'amadouë
Hâtoit déja son noir fuseau
"
La vieille laide , à grosse mouë ,
>
A iij Ap
206 MERCURE DE FRANCE
•
Apprêtoit le fatal ciseau ,
Quand un matin , Maître Esculape
Un affreux breuvage à la main
Me dit , avale ; je le happe ;
2
Et drogues dès le lendemain ,
D'aller dans mon corps à la sappe
Chercher l'ennemi souterrain ,
Mieux n'auroit fait
pour
Prince ou Pape.
Enfin , cher Damon , me voici ,
A titre encor de bail à vie ,
Habitant de ce monde ci ;
Mais , helas ! que j'aurois envie
D'assister à tout le convoi
De ma deffunte volatille
Dont je te fais d'ici l'envoi !
Que j'aime à me voir en famille ,
Et sur tout quand je suis chez toi ;
Ou Cousin , Oncle , Mere et Fille
Paroissent gens de bon alloi ;
Tante aussi fraîche qu'une Rose ,
Fait les honneurs de la maison ;
La sagesse en son coeur repose ;
C'est le flambeau de sa raison.
Un Abbé , fruit de l'Himenée ,
Et maître de sa destinée ,
Qui joint à l'aimable enjoûment.
La politesse et l'agrément.
D'un frere orné des mêmes charmes ,
Ami
FEVRIER. 1731. 207
Ami d'Apollon et de Mars ,
Qui du même air qu'il court aux armes
Vole à l'étude des beaux arts.
Quand reverrai - je donc l'image ?
Que dans nos doux embrassemens ,
Réchauffant un cher cousinage ,
Nous en rendrons les noeuds constans !
Damon , favori de Minerve ,
y
Qui sçait mettre à prix les bons Vers ,
Si peut-être en suivant ma verve
J'ai pris ma route de travers ;
Si raisonnant Canards et Cannes ,
J'ai raisonné comme un Oison ;
Si sur la riine tu chicanes ,
Et plus encor sur la raison ,
Pardonne à ma Muse badine
L'écart d'un coeur reconnoissant.
Rimeur à pâle et seche mine ,
A peine encor convalescent ,
Ne peut un jour de Medecine
Rimer des Vers qu'en s'efforçant.
Docte Censeur , qui ne fais grace
Qu'à la raison , qu'aux bons Ecrits ,
Epluche ici , gronde , ressasse "
Déchire , brûle , ou bien fais pis.
Oui , malgré l'orgueil Poetique ,
Je sens qu'un Censeur tel que toi
Vaut une prise d'émetique
A iiij A
208 MERCURE DE FRANCE
A Rimeur qui trouve chez soi
Bien moins de rime que de bile ,
Et dont l'enthousiasme vain ,
S'il ne peut faire un homme habile
Fait toujours un sot Ecrivain.
Avec l'honneur du parentage ,
Que n'ai-je ton heureux talent ,
Et ton élegant badinage
Si délicat , si décevant
Que dans le feu Moine sauvage
Plus bouru que tout son Couvent
T'a fait jetter , et dont je gage
Que la cendre est allée au vent ?
Peste du Moine prédicant ,
2
;
Qui pour te rendre un peu trop sage
Te fait mourir dès ton vivant !
Non non , Damon , sur le Parnasse
Tes Vers gravés en lettres d'or ,
Auprès de Catulle et d'Horace
Des neuf Soeurs s'y font lire encor.
Mais des miens ici je t'ennuyè ,
Et Muse me dit , Hallebran ,
Tais- toi , faut-il qu'un docte essuye
En même jour tant de kan kan ;
Peut- être aussi la compagnie
De gens choisis et délicats ,
* Vers qui n'étoient qu'un pur jeu d'esprit
et qui ont été brûlés.
Qui
FEVRIER. 1731. 209
Qui s'en vient en cerémonie
Visiter Oiseaux à pieds plats ,
'A leur aspect
à bon droit peste
Contre rimailleur importun ,
Qui pour un rien , pour moins qu'un zeste
Laisse son appétit à jeun.
Adieu , cher Damon , je t'embrasse ,
Et Tante et Cousin et Maman ;
D'aimable fille que Dieu fasse
De fille femme au bout de l'an.
F, P. Ce 20. Janvier 1731 .
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Résumé : ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
Dans une lettre poétique, un parent de Damon, prieur en Picardie, envoie à ce dernier un pâté de canards d'Amiens. L'auteur décrit initialement les canards comme une nuisance dans les fossés, dont les cris agaçaient les chiens et provoquaient des alarmes nocturnes. Pour remédier à cette situation, il fut décidé de supprimer les canards, ce qui fut exécuté par le cuisinier. Les canards, une fois tués, furent préparés en pâté par Degan. L'auteur évoque ensuite les habitudes des canards qui, chaque hiver, se rendaient en procession pour honorer Degan. Leur chant incessant était comparé à une musique désolante. Grâce à Degan et à la métamorphose des canards en pâté, ce problème fut résolu. L'auteur exprime son regret de ne pas pouvoir assister au convoi des canards défunts et son désir de revoir sa famille, qu'il décrit comme aimable et sage. Il mentionne également un abbé, un frère et un cousin, tous dotés de qualités admirables. La lettre se termine par une réflexion sur la poésie et l'écriture, où l'auteur reconnaît ses limites et exprime son admiration pour le talent de Damon. Il conclut en adressant ses salutations à Damon et à sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6826
p. 198-204
Reflexion sur cet Avis. [titre d'après la table]
Début :
Avant qu'on m'eût donné cet Avis, j'avois [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Galanterie, Titre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexion sur cet Avis. [titre d'après la table]
Avant quonm'eût
donné cet Avis, j'avois
déja fait reflexion que
mon Titre m'engageroit
à parler quelquefois de
Galanterie. Je m'y fuis
engagé volontiers , &C
je m'engage même d'en
parler souvent ; mais
quand je n'en parlerois
point du tout, je ne laifserois
pas d'appeller mon
Livre le Mercure Galant,
comme on appelle
le Pont neuf un Pont
qui n'est pas plus neuf,
que les derniers Mercu
res estoient Galants.
1
-
Dansle temps que le
- mot de Galant estoiten
honneur
:J
je crois que
l'usage n'en faisoit que
desapplications honorables
, & pour faire en un
-
mot l'éloge de quelqu'-
un, on disoit,c'est unga*
lant homme.A cet égard,
l'usage n'a point changé,
&l'on dit encore en tresbonne
part,c'estun galant
homme;mais c'estun
homme galant ne se dit
plus gueres sans qu'on
n'y joigne certaineidée
de fadeur& de petitesse.
J'admirecomme tout
dégénéré:je nevoudrois
pas jurer que Femme
galante n'aitesté jadis
un titre honorable.
Quoy qu'en bonne&
severe Morale, la Galantcrie
soit un dereglement
par rapport à la vertu,
elle ne laisse pas de regler
le vice; c'est- à-dire de
contenir l'Amour dans
- les bornes du respect &
de la bien-séance.
A coût prendre, on
pourroit avancer que la
Galanterie reforme plus
devices qu'elle ne détruit
de vertus, & qu'-
ainsi elle est utile &presque
necessaire à lafocieté
civile. Mais supposons
qu'elle ne soit pas necessaire
à la societé, elle l'est
du moins à tous ceux
qui veulent écrire galemment.
Pour ecriregalammentil
êtregalant. Parcette Maxime
commune je vais
convaincre d'erreur ceux
qui soûtiennent qu'il n'y
a plus parmi nous ni galanterie
ni delicatesse.
Voici mon Argument. !
Trois Auteurs differents
m'ont envoyé une
Ode & deux Madrigaux
,
qui ne peuvent
avoir cite dictez que par
le Genie de la Galanterie,
Voila donc trois hommes
galants; cela suppose
au moins autant de
femmes du même goust
àquiils ont voulu plal.,
re } trois & troisfont six,
c'est toûjours quelque
chose. Qu'on ne me dise
donc point qu'il n'y a
plus d'A mants galants.
donné cet Avis, j'avois
déja fait reflexion que
mon Titre m'engageroit
à parler quelquefois de
Galanterie. Je m'y fuis
engagé volontiers , &C
je m'engage même d'en
parler souvent ; mais
quand je n'en parlerois
point du tout, je ne laifserois
pas d'appeller mon
Livre le Mercure Galant,
comme on appelle
le Pont neuf un Pont
qui n'est pas plus neuf,
que les derniers Mercu
res estoient Galants.
1
-
Dansle temps que le
- mot de Galant estoiten
honneur
:J
je crois que
l'usage n'en faisoit que
desapplications honorables
, & pour faire en un
-
mot l'éloge de quelqu'-
un, on disoit,c'est unga*
lant homme.A cet égard,
l'usage n'a point changé,
&l'on dit encore en tresbonne
part,c'estun galant
homme;mais c'estun
homme galant ne se dit
plus gueres sans qu'on
n'y joigne certaineidée
de fadeur& de petitesse.
J'admirecomme tout
dégénéré:je nevoudrois
pas jurer que Femme
galante n'aitesté jadis
un titre honorable.
Quoy qu'en bonne&
severe Morale, la Galantcrie
soit un dereglement
par rapport à la vertu,
elle ne laisse pas de regler
le vice; c'est- à-dire de
contenir l'Amour dans
- les bornes du respect &
de la bien-séance.
A coût prendre, on
pourroit avancer que la
Galanterie reforme plus
devices qu'elle ne détruit
de vertus, & qu'-
ainsi elle est utile &presque
necessaire à lafocieté
civile. Mais supposons
qu'elle ne soit pas necessaire
à la societé, elle l'est
du moins à tous ceux
qui veulent écrire galemment.
Pour ecriregalammentil
êtregalant. Parcette Maxime
commune je vais
convaincre d'erreur ceux
qui soûtiennent qu'il n'y
a plus parmi nous ni galanterie
ni delicatesse.
Voici mon Argument. !
Trois Auteurs differents
m'ont envoyé une
Ode & deux Madrigaux
,
qui ne peuvent
avoir cite dictez que par
le Genie de la Galanterie,
Voila donc trois hommes
galants; cela suppose
au moins autant de
femmes du même goust
àquiils ont voulu plal.,
re } trois & troisfont six,
c'est toûjours quelque
chose. Qu'on ne me dise
donc point qu'il n'y a
plus d'A mants galants.
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Résumé : Reflexion sur cet Avis. [titre d'après la table]
Le texte aborde la notion de galanterie et son importance dans la société. L'auteur est amené à discuter de ce sujet en raison du titre de son livre, 'Le Mercure Galant'. Autrefois, le terme 'galant' était honorable et utilisé pour complimenter quelqu'un. Cependant, 'homme galant' peut désormais évoquer de la fadeur et de la petitesse. La galanterie, bien que moralement discutable, régule le vice en encadrant l'amour dans les limites du respect et de la bienséance. Elle est perçue comme utile et nécessaire à la société civile. L'auteur souligne que la galanterie est essentielle pour ceux qui souhaitent écrire de manière élégante. Il réfute l'idée que la galanterie et la délicatesse aient disparu, en se basant sur des œuvres littéraires récentes qui témoignent de la présence de personnes galantes.
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6827
p. 225-233
Memoire Geographique.
Début :
Ceux qui ont l'avantage de connoître le Public mieux que / Sanson, Geographe ordinaire du Roy, a mis au jour [...]
Mots clefs :
Allemagne, Empire, Cartes, Géographie, Carte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire Geographique.
Ceux qui ont l'avantage de
connoître le Public mieux que
moy ,
& que je connois mieux
que le Public,quoy que j'aye
l'honneur de l'entretenir tous
les mois, me repetent sans
cesse, qu'il faut absolument
,
pour luy plaire, luy parler de
toutes sortes de choses
,
&
ne luy refuser aucune des
varierez que l'imagination
l'experience , ou l'étude des uns
& des autres viennent m'offrir
tous les Jours. Je croy en effet1
que ce conseil bien executé,
ne m'aidera pas peu à satisfaire
tout le monde. Cet avis
me détermine à employer à
tout hasard le premier manufcrit
qui va tomber fous ma
main.
Memoire Géographique.
Sanson, Géographe ordinaire
du Roy, a mis au jour
unegrande Carted'Allemagne,
avec une explication, intitulée
Allemagne & les Etats Souverainsdel'Empired'Allemagne.
Il
adédiéceTraité à Son Altesse
Royale Madame.
Il commence par faire remarquer
que fous le nom
d'Allemagne l'on entend ou
cette Region, que les originaires
nomment Teustchland, &
que les François appellent Allemagne,
ou ce qui compose
l'Empire, tel qu'il est aujourdhuy.
La première division qu'il
en donne, est par rapport à
la Geographie naturelle. Tout
ce que! on peut entendre fous
lenomgeneral d'Allemagne y
est distingué en trois grandes
Parties
, aux environs du
Rhein,delElbe&del'Oder,
dont les Regions font divifécs
en petits Pays.
La seconde,enparrapport
à la Géographie Astronomique
;où les climats, qui y font
tracez, nous marquent la dufée
des plus longsjoursde
l'année.
La troisîéme, est sélon la
Géographie Historique, &
pour le gouvernement politique,
ou font distinguées les
Souverainetez Ecclesiastques,
& lesSéculieres qui composent
l'Empire d'allemagne;sçavoir
les Electorats, les Principautez,
les Seigneuries & les Villes
Impériales.L'on y voit
qu'en l'année1500.ces Souverainetez
ont été distribuées
en six Cercles ou Provinces
generales, par Maximilien I.
étant àAugsbourg ; qu'en
1512. ces six Cercles ont esté
repartis en dix, dans l'Assemblée
tenuë à Cologne en prcfence
du même Empereur.
Il fait l'énumeration de
tous les Etats qui composent
ces Cercles, combien ces Cercles
ont de Directeurs
,
de
quoy l'on délibéré dans les
Dietes particulières,que chaque
Cercle a le droit d'Archives,
& que l'on n'y admet
personne que l'Etat qu'il posseden'ait
esté érigé enEtat
de l'Empire, que lors qu'il
s'agit de nommer des Asses-
feurs ou Conseillers pour les
presenter à la Chambre Impériale
, ces nominations ne
fcfont que par les six Cercles,
comme ils avoientesté établis
en1500.
Que routes les fois qu'il est
ordonné dans les Dictes générales
que l'on fera les délibérations
par les Cercles. Elles
font toûjours par les mêes
six Cercles, que lors que
on confirma les dix Cercles
ans la Diete de Nuremberg
1 5 22. l'on dressaenmê-
e temps la Matricule de chaje
Cercle qui est differente
: celle de la Matricule de
Empire:l'on y trouve ce que
chaque Cercle est obligé de
~nner pour soncontingent
:
quels font les exempts de
~ntribuer. Ilfinit par lerang
es séances des Princes de
Empire dans la Diete genede
qui se tient, depuis longemps
, à Ratisbone : tous les
Souverains y sont distribuez,
en sept Classes. !
2. La Carte represente en-
core le Royaume de Boheme J.
lequel fait un Etat separéc ,
quoy qu'il soit Membre de
l'Empire. I
3. Les Treize Cantons, ou la
République des Suisses, leurs
Alliez
, entre lesquels sont
trois Ligues, ou la République
des Grisons, lesSujets des Can-
-
tons & des Alliez.
4.Les Etats Generaux J($!¡
Provinces Unies des Pays bas.
L'on peut aussireconnoî—
tre dans cette Carte, les Pro-
vinces
vinces Ecclesiastiques de toute
l'Allemagne, pour le Gouver.
nement spirituel & l'Administration
de la Religion Catholique.
Cette Carte & ce Traité se
trouvent chez le Sieur Moullart-
Sanson
,
dans le Cloistre
de Saint Nicolas du Louvre,
à Paris.
Autre
connoître le Public mieux que
moy ,
& que je connois mieux
que le Public,quoy que j'aye
l'honneur de l'entretenir tous
les mois, me repetent sans
cesse, qu'il faut absolument
,
pour luy plaire, luy parler de
toutes sortes de choses
,
&
ne luy refuser aucune des
varierez que l'imagination
l'experience , ou l'étude des uns
& des autres viennent m'offrir
tous les Jours. Je croy en effet1
que ce conseil bien executé,
ne m'aidera pas peu à satisfaire
tout le monde. Cet avis
me détermine à employer à
tout hasard le premier manufcrit
qui va tomber fous ma
main.
Memoire Géographique.
Sanson, Géographe ordinaire
du Roy, a mis au jour
unegrande Carted'Allemagne,
avec une explication, intitulée
Allemagne & les Etats Souverainsdel'Empired'Allemagne.
Il
adédiéceTraité à Son Altesse
Royale Madame.
Il commence par faire remarquer
que fous le nom
d'Allemagne l'on entend ou
cette Region, que les originaires
nomment Teustchland, &
que les François appellent Allemagne,
ou ce qui compose
l'Empire, tel qu'il est aujourdhuy.
La première division qu'il
en donne, est par rapport à
la Geographie naturelle. Tout
ce que! on peut entendre fous
lenomgeneral d'Allemagne y
est distingué en trois grandes
Parties
, aux environs du
Rhein,delElbe&del'Oder,
dont les Regions font divifécs
en petits Pays.
La seconde,enparrapport
à la Géographie Astronomique
;où les climats, qui y font
tracez, nous marquent la dufée
des plus longsjoursde
l'année.
La troisîéme, est sélon la
Géographie Historique, &
pour le gouvernement politique,
ou font distinguées les
Souverainetez Ecclesiastques,
& lesSéculieres qui composent
l'Empire d'allemagne;sçavoir
les Electorats, les Principautez,
les Seigneuries & les Villes
Impériales.L'on y voit
qu'en l'année1500.ces Souverainetez
ont été distribuées
en six Cercles ou Provinces
generales, par Maximilien I.
étant àAugsbourg ; qu'en
1512. ces six Cercles ont esté
repartis en dix, dans l'Assemblée
tenuë à Cologne en prcfence
du même Empereur.
Il fait l'énumeration de
tous les Etats qui composent
ces Cercles, combien ces Cercles
ont de Directeurs
,
de
quoy l'on délibéré dans les
Dietes particulières,que chaque
Cercle a le droit d'Archives,
& que l'on n'y admet
personne que l'Etat qu'il posseden'ait
esté érigé enEtat
de l'Empire, que lors qu'il
s'agit de nommer des Asses-
feurs ou Conseillers pour les
presenter à la Chambre Impériale
, ces nominations ne
fcfont que par les six Cercles,
comme ils avoientesté établis
en1500.
Que routes les fois qu'il est
ordonné dans les Dictes générales
que l'on fera les délibérations
par les Cercles. Elles
font toûjours par les mêes
six Cercles, que lors que
on confirma les dix Cercles
ans la Diete de Nuremberg
1 5 22. l'on dressaenmê-
e temps la Matricule de chaje
Cercle qui est differente
: celle de la Matricule de
Empire:l'on y trouve ce que
chaque Cercle est obligé de
~nner pour soncontingent
:
quels font les exempts de
~ntribuer. Ilfinit par lerang
es séances des Princes de
Empire dans la Diete genede
qui se tient, depuis longemps
, à Ratisbone : tous les
Souverains y sont distribuez,
en sept Classes. !
2. La Carte represente en-
core le Royaume de Boheme J.
lequel fait un Etat separéc ,
quoy qu'il soit Membre de
l'Empire. I
3. Les Treize Cantons, ou la
République des Suisses, leurs
Alliez
, entre lesquels sont
trois Ligues, ou la République
des Grisons, lesSujets des Can-
-
tons & des Alliez.
4.Les Etats Generaux J($!¡
Provinces Unies des Pays bas.
L'on peut aussireconnoî—
tre dans cette Carte, les Pro-
vinces
vinces Ecclesiastiques de toute
l'Allemagne, pour le Gouver.
nement spirituel & l'Administration
de la Religion Catholique.
Cette Carte & ce Traité se
trouvent chez le Sieur Moullart-
Sanson
,
dans le Cloistre
de Saint Nicolas du Louvre,
à Paris.
Autre
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Résumé : Memoire Geographique.
Le texte traite de la nécessité de diversifier les sujets pour satisfaire le public, en s'inspirant de l'imagination, de l'expérience ou de l'étude. L'auteur évoque un conseil reçu pour utiliser divers manuscrits. Il présente ensuite un ouvrage géographique de Sanson, géographe du roi, intitulé 'Allemagne & les Etats Souverains de l'Empire d'Allemagne', dédié à Son Altesse Royale Madame. Cet ouvrage propose une grande carte de l'Allemagne avec des explications. L'Allemagne y est divisée en trois parties : géographique naturelle, astronomique et historique. La première distingue trois grandes régions autour du Rhin, de l'Elbe et de l'Oder. La seconde traite des climats et de la durée des jours. La troisième concerne le gouvernement politique, distinguant les souverainetés ecclésiastiques et séculières de l'Empire, comme les électorats, les principautés, les seigneuries et les villes impériales. L'auteur détaille également l'organisation des États en six puis dix cercles ou provinces générales, établis par Maximilien I, avec leurs droits et responsabilités. La carte inclut aussi le Royaume de Bohême, les Treize Cantons suisses, les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas, et les provinces ecclésiastiques. L'ouvrage est disponible chez le Sieur Moullart-Sanson, dans le cloître de Saint Nicolas du Louvre, à Paris.
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6828
p. 228-237
Nouvelles de Hollande.
Début :
On ne parle à la Haye & dans tout le [...]
Mots clefs :
Hollande, Denain, Marchiennes, Prince Eugène, Siège de Douai, Duc d'Ormond
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Hollande.
NouvellesMHollanâ
Onne,parleàlaHaye&
dans tout le pays que des
nouvelles queplufictilrscou-i
riers de l'armée ont apportées depuisle 16. Juillet, de
ce qui s'estpassé àDenain.
& aux environs. On nefut
point informé d'abord de
lagrande perte qu'on y
avoit faite :mais depuis
on a
apprisqu'à peine ils'étoit sauvéquatre centhommes de tout le camp de De—!
nain; quele Comte d'Al-
bemarle General avoitété
pris,avec le Lieutenant
generalSickinga,le Prince
bel, deHolstein leComte,leCorneille SieurZo- de
Nassau, & le Baron d'AIS
j-)erg,Marécli.,iux deCamp;
aue le jeunePrincé d'An-
*Jia1lt a
été tué sonfrereMaréchal deCamp noyé,avec
le Comte deDhona,Lieutenant t>général & GouverneurdeMons, lons,&le&-le Com Comteèe
de Nassau Vvoudenberg,
Maréchal deCamp:&enfin que pas un Officier néral, geni aucun 1.)Officier-
dont on ait connoissancey
ne s'est échapé.On a
sçû
ensuitequele 31. Juillet la
garnifbn de Marchienne
s'étoit rendue prisonniere
de guerre,avec perte de
cent cinquante belandres
-e desmagasins qui étoient
dansla plièe)suffisans pour
toute la campagne; que
l'armée,du Prince Eugène
,aflanque' de pain durant
six jours ; que ce Prince
manquant de munitions &
de vivres, avoit eteoulio-é
de lever le siege de Landrecy
,
& que le Maréchal
•SëViflars:,avoitassïegé
Douay. Cesnouvellesarrivées ensipeu de temps
ontcausédanstoutle pays
&Wchagrind'autantplus
grand,que les personnes
Pbi.en >i^teriripnnéës disent
qu'onpôuv6ic"éviter toxil
tes ces pertes par la fàfpensiond'armes qu'on a
réfusée.
LesEtatsGeiierauxlortt
obligez maintenant de faire partir de Bruxelles leurs
convois surdes chariots,
qui sonttous les joursex-
posez àêtre enlevezparlés
François, à moinsqu'ils ne
fatiguent, leurstroupes en
les faifimtaccompagner
pardepuissantes efeortes.
Le Prince Eugene ayant
pté rejoint par le Prince
<fAnhalc avec les troupes
deAinees
au siege de Laiidrecy, vint camper le deux
Août vers Bossut êcsaint
Guillain. Le trois il alla
camper à Havré,&le quatre il continua sa marche
par la plaine de Lens, pour
allerpasserl'Escaut à Tournay,&tâcher de faire le-
verle siege deDoüay.
Comme son armée est af-
•
foiblie par les pertes qu'il
agraires, & par-la desertion, le Major général Grovenstein,Gouverneur de
Bouchain, qui avoit fait
une course. en Champagne
; ôc au pays MelIin, arriva
le 26. du mois deJuilletà
Bruxellesyavecsestroupes reduites àla moitié, &
ilenpartit le 30. pour aller
joindrel'armée. Les' regi-
- mens de Caril
,
de Mestrail,
4ëcun autre,qui sontfortis de Gand depuis que les
Anglais y
sont entrez, arriverent le premier de ce
mois àBruxelles, &le 2. ils. prirent aussi laroute
d'Ath & deTournay. D'un
autre côté le Prince Eugene y. qui avoit retire des
?..
places une partie des garnisons ôc des Gouverneurs
.pour renforcer ion armée,
est obligé de l'affoiblir pour
remettre les places en état
de défense. Ila jetté 2. ou3.
bataillons dans Bouchain,il
,
a mis le régiment de Douglasau Quesnoy
,
ceux de aSpar & de Cavanac à Mons,
&le regiment de May qui
ecoic a Oudenarde, a
ordre
d'aller renforcer la garnison de Tlfle, Le General
Hompeîch, Gouverneur
deMons, àqui on. a
donné le commaridèm^riî des
placesconquises, àcause
de laprison du Comte d'Albemarle qui possedoit cet erqploy.yafaitentrer dans 'pôiiày deux bataillons tirez de Bethune, où il faudra lesremplacer.
Le Duc d'Ormond , afin
de fairesubsistercommodément son armée,l'a distri-
buée de lamaniere fiiivantëi».
Il a
envoyéàBrugesquatre regimens& sixpièces
de canon ";,,
& ila occupé
le postede Leffingue sur le*
canalde Plassendal à ï>Jku.
porc. -
Ilaenvoyé six bataillons;
àDunkerque. Ilamis six bataillons
dans Gand
,
où ilfait sarefidence avec les principaux
Officiers.
La cavalerie va secan-
-
tonner dans le pays de
Vvaës, & les Etats du pays -
fournissent les vivres ôctes|
fourrages à ses troupes, enh
deduction des droits qu'ils,
ont accoûtumédepayer.
n Un convojr.de.sept cent
chariot ,chargez de farine
w& d'autres provisions,par-
-ni: le5.d'Août deBruxelles,
éc il arrivale7. à Mons,
-!escossé par lesregimens ou :
-.b:ataiUOr\s deMetrail, Ca-
-
ris&Colier, sortisdeGand
cà latrive'e1 desAnglôis:
: néanmoins onapprend que
le'armée, pain esttoûjours cher à
qui en a manque
"dÏÏrantplusiéùrs jours ;ce
*qui cause une grande defçrtion,.
Onne,parleàlaHaye&
dans tout le pays que des
nouvelles queplufictilrscou-i
riers de l'armée ont apportées depuisle 16. Juillet, de
ce qui s'estpassé àDenain.
& aux environs. On nefut
point informé d'abord de
lagrande perte qu'on y
avoit faite :mais depuis
on a
apprisqu'à peine ils'étoit sauvéquatre centhommes de tout le camp de De—!
nain; quele Comte d'Al-
bemarle General avoitété
pris,avec le Lieutenant
generalSickinga,le Prince
bel, deHolstein leComte,leCorneille SieurZo- de
Nassau, & le Baron d'AIS
j-)erg,Marécli.,iux deCamp;
aue le jeunePrincé d'An-
*Jia1lt a
été tué sonfrereMaréchal deCamp noyé,avec
le Comte deDhona,Lieutenant t>général & GouverneurdeMons, lons,&le&-le Com Comteèe
de Nassau Vvoudenberg,
Maréchal deCamp:&enfin que pas un Officier néral, geni aucun 1.)Officier-
dont on ait connoissancey
ne s'est échapé.On a
sçû
ensuitequele 31. Juillet la
garnifbn de Marchienne
s'étoit rendue prisonniere
de guerre,avec perte de
cent cinquante belandres
-e desmagasins qui étoient
dansla plièe)suffisans pour
toute la campagne; que
l'armée,du Prince Eugène
,aflanque' de pain durant
six jours ; que ce Prince
manquant de munitions &
de vivres, avoit eteoulio-é
de lever le siege de Landrecy
,
& que le Maréchal
•SëViflars:,avoitassïegé
Douay. Cesnouvellesarrivées ensipeu de temps
ontcausédanstoutle pays
&Wchagrind'autantplus
grand,que les personnes
Pbi.en >i^teriripnnéës disent
qu'onpôuv6ic"éviter toxil
tes ces pertes par la fàfpensiond'armes qu'on a
réfusée.
LesEtatsGeiierauxlortt
obligez maintenant de faire partir de Bruxelles leurs
convois surdes chariots,
qui sonttous les joursex-
posez àêtre enlevezparlés
François, à moinsqu'ils ne
fatiguent, leurstroupes en
les faifimtaccompagner
pardepuissantes efeortes.
Le Prince Eugene ayant
pté rejoint par le Prince
<fAnhalc avec les troupes
deAinees
au siege de Laiidrecy, vint camper le deux
Août vers Bossut êcsaint
Guillain. Le trois il alla
camper à Havré,&le quatre il continua sa marche
par la plaine de Lens, pour
allerpasserl'Escaut à Tournay,&tâcher de faire le-
verle siege deDoüay.
Comme son armée est af-
•
foiblie par les pertes qu'il
agraires, & par-la desertion, le Major général Grovenstein,Gouverneur de
Bouchain, qui avoit fait
une course. en Champagne
; ôc au pays MelIin, arriva
le 26. du mois deJuilletà
Bruxellesyavecsestroupes reduites àla moitié, &
ilenpartit le 30. pour aller
joindrel'armée. Les' regi-
- mens de Caril
,
de Mestrail,
4ëcun autre,qui sontfortis de Gand depuis que les
Anglais y
sont entrez, arriverent le premier de ce
mois àBruxelles, &le 2. ils. prirent aussi laroute
d'Ath & deTournay. D'un
autre côté le Prince Eugene y. qui avoit retire des
?..
places une partie des garnisons ôc des Gouverneurs
.pour renforcer ion armée,
est obligé de l'affoiblir pour
remettre les places en état
de défense. Ila jetté 2. ou3.
bataillons dans Bouchain,il
,
a mis le régiment de Douglasau Quesnoy
,
ceux de aSpar & de Cavanac à Mons,
&le regiment de May qui
ecoic a Oudenarde, a
ordre
d'aller renforcer la garnison de Tlfle, Le General
Hompeîch, Gouverneur
deMons, àqui on. a
donné le commaridèm^riî des
placesconquises, àcause
de laprison du Comte d'Albemarle qui possedoit cet erqploy.yafaitentrer dans 'pôiiày deux bataillons tirez de Bethune, où il faudra lesremplacer.
Le Duc d'Ormond , afin
de fairesubsistercommodément son armée,l'a distri-
buée de lamaniere fiiivantëi».
Il a
envoyéàBrugesquatre regimens& sixpièces
de canon ";,,
& ila occupé
le postede Leffingue sur le*
canalde Plassendal à ï>Jku.
porc. -
Ilaenvoyé six bataillons;
àDunkerque. Ilamis six bataillons
dans Gand
,
où ilfait sarefidence avec les principaux
Officiers.
La cavalerie va secan-
-
tonner dans le pays de
Vvaës, & les Etats du pays -
fournissent les vivres ôctes|
fourrages à ses troupes, enh
deduction des droits qu'ils,
ont accoûtumédepayer.
n Un convojr.de.sept cent
chariot ,chargez de farine
w& d'autres provisions,par-
-ni: le5.d'Août deBruxelles,
éc il arrivale7. à Mons,
-!escossé par lesregimens ou :
-.b:ataiUOr\s deMetrail, Ca-
-
ris&Colier, sortisdeGand
cà latrive'e1 desAnglôis:
: néanmoins onapprend que
le'armée, pain esttoûjours cher à
qui en a manque
"dÏÏrantplusiéùrs jours ;ce
*qui cause une grande defçrtion,.
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Résumé : Nouvelles de Hollande.
En juillet 1712, durant la guerre de Succession d'Espagne, les forces alliées subissent une lourde défaite à la bataille de Denain le 16 juillet. Seuls quatre cents hommes survivent, et plusieurs hauts officiers, dont le Comte d'Albemarle, le Prince de Holstein et le Baron d'Aisberg, sont capturés ou tués. La garnison de Marchienne se rend le 31 juillet, entraînant la perte de cent cinquante barils de poudre et de magasins essentiels. L'armée du Prince Eugène, manquant de munitions et de vivres, lève le siège de Landrecy, tandis que le Maréchal de Villars assiège Douai. Ces revers provoquent un grand chagrin dans le pays, certains estimant que ces pertes auraient pu être évitées par une suspension d'armes refusée. Les États Généraux doivent protéger leurs convois contre les Français. Le Prince Eugène, rejoint par le Prince de Porc, envoie des bataillons à Dunkerque et Gand, et la cavalerie se déplace dans le pays de Waës. Un convoi de sept cents chariots, parti de Bruxelles le 5 août, est attaqué mais arrive à Mons le 7 août, escorté par des régiments de Gand et des Anglais. Malgré cela, l'armée manque toujours de pain, causant une grande désertion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6829
p. 228-242
DISCOURS prononcé à la Diette des Cantons Catholiques par Son Excellence Monseigneur le Comte du Luc, Marquis de la Marthe, Lieutenant de Roy en Provence, Commandeur de l'Ordre de S. Loüis, Gouverneur des Isles de Pourquerolles, Ambassadeur de Sa Majesté prés des Cantons Suisses, Ligues Grises & Republique de Valais, à Lucerne le 13. Decembre 1713.
Début :
MAGNIFIQUES SEIGNEURS, Le zele qui m'a jusqu'icy attiré [...]
Mots clefs :
Liberté, Travailler, Alliance, Cantons, Diète, Lucerne
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé à la Diette des Cantons Catholiques par Son Excellence Monseigneur le Comte du Luc, Marquis de la Marthe, Lieutenant de Roy en Provence, Commandeur de l'Ordre de S. Loüis, Gouverneur des Isles de Pourquerolles, Ambassadeur de Sa Majesté prés des Cantons Suisses, Ligues Grises & Republique de Valais, à Lucerne le 13. Decembre 1713.
DISCOVRS
prononcé a la Diette des
Cantons Catholiques par
Son Excellence Monfiignzur
le Comte du Luc,
Marquis de la Marthey
Lieutenant de Roy en Provence
, Commandeur de
l'Ordrede S. Louis, Gouverneur
des lflcs de Pour- cjuerolles,jirnhafjadeur de
Sa Maie/lé prés des Cantons
Suisses, Ligues Crises
& Republique de Palais,
a Lucerne le13. Decembrç
1713.
MAGNIFIQU-ES
- SEIGNEURS,
Le zele qui m'a jusqu'icy
attire à vos Assemblées
¡(a jamais eu d'objet plus
consolant pour moy que le
motif qui vousassemble
aujourd'huy Vous avez
esté témoins de ma douleur
à la veuë des maux
quiont affligé vostre Patrie.
Vous m'avezveuë appliqué
avec ardeur àchercher
avec vous desremedes
propres à les soulager;
Quelle joye ne dois je
point sentir en vous voïant
vou s-mesmes occupez,non
seu lement à les guérir, à
en prévenir les rechutes
en cimentant plus fortement
que jamais parmy
vous cette heureuse Union
qui fut tousjours le plus,
ferme rempart devostre
liberté, 8c dont la Rt'hgiotb
aussi-bien quela saine politiquefont
un devoir in-,
dispensable à tousceux
quile jinêçne.),eulcç & -Autels doi-,
vent unir dans les mêmes
veûës & dans les mêmes
interdis.
Vous concevez la necessité
d'un si pieux & si solide
ouvrage; vous allez
travailler à en retrasser !e
plan& à en restablir les
fondements esbranlez par
les secousses passées; le
Roy mon Maistretousjours
attentif à la felicité
de vos peu ples, regarde ce
bonheur comme une partic
essentielle dusien propre
;& Sa Majesté nedoute
plus de voir bientost
achever par vos mains ce
noble édifice, puisque la
bonne foy
,
la droiture &
la pieté en font les principaux
Architectes. Mais
poury travailler avec fuccez
, rappeliez sans cesse
à vostre mémoire les anciennes
maximes de vos
glorieux Predecesseurs
j
souvenez vous ,
Magnifiques
Seigneurs, des pre
miers temps de vostre liberté,&
n'oubliez jamais
les fages disposîtions que
l'équité de vos Ancestres
apporta autrefois à l'écablissement
de cette fainre
alliance,
alliance,quetant decorps
separez & de Gouvernements
differens ne. faisoit
parmi eux pourainsi dire,
qu'une lcu le alliance&
une seule Republique.
Unis dans un principe
commun ,
ilsconvinrent
que chaque Liac 11e pouvoie
subistler qu'en conservant
les principes particuliers
qui en faisoient
le fondement;ils regarderent
comme un artentat
contre la Providence de
gauchera l'ordre qu'elle
avoitestablie c hez d'anciens
voisins devenus leurs
nouveaux Alliez;ils jugerenr
sagement que ce fèroirun
mauvais moyen de
Ce de ffendre que de commencer
par s'attaquer, &
que la liberté particulière
dévoie estre la baze éternclie
de la liberté genera!
e.Ainsi les Villes demeurerent
Villes, les peuples
demeurerent peuples,
chaque pays conserva sa
forme, ses loix, son autoriré,
& rous enicmble jurèrent
de cormbattre jusqu'à
la mon pour la conservation
des droits & des
Privileges de chacun d'eux
en particuli,er.
, 1. >
1 Quelsur, le fruit d'une
Confédération si prudente
&siéquitable? vos
Annales en font pleines ;
elles n'offrent à vos yeux
que des faits éclatans &
des prodiges de fortune,
presque incroyables. Vous
y voyez par tout des Viçtoires
remportées,desVilles
conquises
,
des ennemis
terrassez
,
des amis
soustenusune Maison orgVvërtlewieforcée
à vous
demander la paix, & des
puissants voisins ravis de
concourir au maintient dc
vostre liberté, travailler
avec vous A rompre vos
chaisnes, & d'achepter
vostre amitié par l'asser,
missement de vostre bonheur
; relisez vos Histoires,
longez à la gloire & à,
la feliciré de vos peres, &
tachez en marchant fous
leurs traces, de devenir
comme eux l'entretien &
radmiration de vos ensans.
Mais permettez- moy de
le dire, MAGNIFIQUES
SEiCNEuRS Cette carrio
ère ou, vous entrez avec
de si justes esperances n'est
encore que la premiers
partie de celle qui vous
reste à remplir avant que
d'arriver au but que vous
devez vous proposer. Travaillez
à vous unir plus
fortement que par le passé
,
mais ne perdez pas
l'envie de vous réunir parfaitement
aveccette autre
moitié de vous mesme
donc une défiance mal
guene sembleaujourd'hui
vousavoir separez Vostre
seureté intérieure
, vos forces
, vostre consideration
ne resident pas seulement
dans les Erats que vous reprefemez
icy ; elle resîde
dans tout le Corps donc
vosAlliez Prott nans font
partie. S'ilsont lemalheur
d'estre né dans le sein d'une
mere différente, vous
devez songer que vous
estes tous en sans d'un même
pere ; que le nom de
Chrétien leur est com-
Bûun avec vous, & que ce
a.am sacré vousimpose
- comme à eux- la necessité
<k vous regarder les uns
& lesautres avec des yeux
defrere, A ce motif, dic
tez par la Religion met.
me , ne refusez pas de
joindre ceux que la raison:
naturel doit vous- suggerer
; vous le sçavez
5
& ils
Je fçavenr comme vous.
Voitreputilanceaussi-biefi
que la Leur n'auroit jamais
pu vous garartir du joug
de vos ennemis mortels,
,
si une union mutuelle ôc
necessaire n'en avoie fait
une digue propre à refitter
aux flots qui menaçoient
sans cesse vostre
chere liberté. Les temps
font changez ,. mais les
îmerefts font les mêmes:
,ilestinutile devous repeter
que dans le corps
politique, aussibien que
.dans le corps humain
,
la
vigueur ne dépend que de
l'étroiteliaison des parties,
& que l'assemblage n'en
peut estre que deffectueux
lorsque que lqu'un des
membres qui le com porent
se trouva malheureusenment
détaché de la place
ce où il doitestre, si les
mouvemens passez ont
latÍié parmy vous quelque
semence de jalousie qui
vous divise de vos anciens
Confederez;siez-vous à la
Providence qui n'abandonne
jamais ceux donc
- les intentions sont droites;
siez-vous enfin à la rendresse
d'un grand Roy
VOitre amy commun, qui
ne souffrira jamais que la
Puissance Helverique soit
affoibli par la desunion,
lorsqu'il ne tiendra qia
ses soins paternels d'y remedier.
1 C'est ce que Sa Majesté
m'ordonne de vous faire
entendre, & je ne fuis
icy en execution de sesordres
, que pour travailler
de concert avec vous à
l'accom plissement d'un
dessein si conforme à mes
plus vives inclinations, &
pour achever de vous convaincre,
MagnifiquesSei
gneurs, duzeleinviolable
qui m'attachera éternellement
à tous les interests
d'une Nation si cherie du
plus grand Monarque de
la terre.
prononcé a la Diette des
Cantons Catholiques par
Son Excellence Monfiignzur
le Comte du Luc,
Marquis de la Marthey
Lieutenant de Roy en Provence
, Commandeur de
l'Ordrede S. Louis, Gouverneur
des lflcs de Pour- cjuerolles,jirnhafjadeur de
Sa Maie/lé prés des Cantons
Suisses, Ligues Crises
& Republique de Palais,
a Lucerne le13. Decembrç
1713.
MAGNIFIQU-ES
- SEIGNEURS,
Le zele qui m'a jusqu'icy
attire à vos Assemblées
¡(a jamais eu d'objet plus
consolant pour moy que le
motif qui vousassemble
aujourd'huy Vous avez
esté témoins de ma douleur
à la veuë des maux
quiont affligé vostre Patrie.
Vous m'avezveuë appliqué
avec ardeur àchercher
avec vous desremedes
propres à les soulager;
Quelle joye ne dois je
point sentir en vous voïant
vou s-mesmes occupez,non
seu lement à les guérir, à
en prévenir les rechutes
en cimentant plus fortement
que jamais parmy
vous cette heureuse Union
qui fut tousjours le plus,
ferme rempart devostre
liberté, 8c dont la Rt'hgiotb
aussi-bien quela saine politiquefont
un devoir in-,
dispensable à tousceux
quile jinêçne.),eulcç & -Autels doi-,
vent unir dans les mêmes
veûës & dans les mêmes
interdis.
Vous concevez la necessité
d'un si pieux & si solide
ouvrage; vous allez
travailler à en retrasser !e
plan& à en restablir les
fondements esbranlez par
les secousses passées; le
Roy mon Maistretousjours
attentif à la felicité
de vos peu ples, regarde ce
bonheur comme une partic
essentielle dusien propre
;& Sa Majesté nedoute
plus de voir bientost
achever par vos mains ce
noble édifice, puisque la
bonne foy
,
la droiture &
la pieté en font les principaux
Architectes. Mais
poury travailler avec fuccez
, rappeliez sans cesse
à vostre mémoire les anciennes
maximes de vos
glorieux Predecesseurs
j
souvenez vous ,
Magnifiques
Seigneurs, des pre
miers temps de vostre liberté,&
n'oubliez jamais
les fages disposîtions que
l'équité de vos Ancestres
apporta autrefois à l'écablissement
de cette fainre
alliance,
alliance,quetant decorps
separez & de Gouvernements
differens ne. faisoit
parmi eux pourainsi dire,
qu'une lcu le alliance&
une seule Republique.
Unis dans un principe
commun ,
ilsconvinrent
que chaque Liac 11e pouvoie
subistler qu'en conservant
les principes particuliers
qui en faisoient
le fondement;ils regarderent
comme un artentat
contre la Providence de
gauchera l'ordre qu'elle
avoitestablie c hez d'anciens
voisins devenus leurs
nouveaux Alliez;ils jugerenr
sagement que ce fèroirun
mauvais moyen de
Ce de ffendre que de commencer
par s'attaquer, &
que la liberté particulière
dévoie estre la baze éternclie
de la liberté genera!
e.Ainsi les Villes demeurerent
Villes, les peuples
demeurerent peuples,
chaque pays conserva sa
forme, ses loix, son autoriré,
& rous enicmble jurèrent
de cormbattre jusqu'à
la mon pour la conservation
des droits & des
Privileges de chacun d'eux
en particuli,er.
, 1. >
1 Quelsur, le fruit d'une
Confédération si prudente
&siéquitable? vos
Annales en font pleines ;
elles n'offrent à vos yeux
que des faits éclatans &
des prodiges de fortune,
presque incroyables. Vous
y voyez par tout des Viçtoires
remportées,desVilles
conquises
,
des ennemis
terrassez
,
des amis
soustenusune Maison orgVvërtlewieforcée
à vous
demander la paix, & des
puissants voisins ravis de
concourir au maintient dc
vostre liberté, travailler
avec vous A rompre vos
chaisnes, & d'achepter
vostre amitié par l'asser,
missement de vostre bonheur
; relisez vos Histoires,
longez à la gloire & à,
la feliciré de vos peres, &
tachez en marchant fous
leurs traces, de devenir
comme eux l'entretien &
radmiration de vos ensans.
Mais permettez- moy de
le dire, MAGNIFIQUES
SEiCNEuRS Cette carrio
ère ou, vous entrez avec
de si justes esperances n'est
encore que la premiers
partie de celle qui vous
reste à remplir avant que
d'arriver au but que vous
devez vous proposer. Travaillez
à vous unir plus
fortement que par le passé
,
mais ne perdez pas
l'envie de vous réunir parfaitement
aveccette autre
moitié de vous mesme
donc une défiance mal
guene sembleaujourd'hui
vousavoir separez Vostre
seureté intérieure
, vos forces
, vostre consideration
ne resident pas seulement
dans les Erats que vous reprefemez
icy ; elle resîde
dans tout le Corps donc
vosAlliez Prott nans font
partie. S'ilsont lemalheur
d'estre né dans le sein d'une
mere différente, vous
devez songer que vous
estes tous en sans d'un même
pere ; que le nom de
Chrétien leur est com-
Bûun avec vous, & que ce
a.am sacré vousimpose
- comme à eux- la necessité
<k vous regarder les uns
& lesautres avec des yeux
defrere, A ce motif, dic
tez par la Religion met.
me , ne refusez pas de
joindre ceux que la raison:
naturel doit vous- suggerer
; vous le sçavez
5
& ils
Je fçavenr comme vous.
Voitreputilanceaussi-biefi
que la Leur n'auroit jamais
pu vous garartir du joug
de vos ennemis mortels,
,
si une union mutuelle ôc
necessaire n'en avoie fait
une digue propre à refitter
aux flots qui menaçoient
sans cesse vostre
chere liberté. Les temps
font changez ,. mais les
îmerefts font les mêmes:
,ilestinutile devous repeter
que dans le corps
politique, aussibien que
.dans le corps humain
,
la
vigueur ne dépend que de
l'étroiteliaison des parties,
& que l'assemblage n'en
peut estre que deffectueux
lorsque que lqu'un des
membres qui le com porent
se trouva malheureusenment
détaché de la place
ce où il doitestre, si les
mouvemens passez ont
latÍié parmy vous quelque
semence de jalousie qui
vous divise de vos anciens
Confederez;siez-vous à la
Providence qui n'abandonne
jamais ceux donc
- les intentions sont droites;
siez-vous enfin à la rendresse
d'un grand Roy
VOitre amy commun, qui
ne souffrira jamais que la
Puissance Helverique soit
affoibli par la desunion,
lorsqu'il ne tiendra qia
ses soins paternels d'y remedier.
1 C'est ce que Sa Majesté
m'ordonne de vous faire
entendre, & je ne fuis
icy en execution de sesordres
, que pour travailler
de concert avec vous à
l'accom plissement d'un
dessein si conforme à mes
plus vives inclinations, &
pour achever de vous convaincre,
MagnifiquesSei
gneurs, duzeleinviolable
qui m'attachera éternellement
à tous les interests
d'une Nation si cherie du
plus grand Monarque de
la terre.
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Résumé : DISCOURS prononcé à la Diette des Cantons Catholiques par Son Excellence Monseigneur le Comte du Luc, Marquis de la Marthe, Lieutenant de Roy en Provence, Commandeur de l'Ordre de S. Loüis, Gouverneur des Isles de Pourquerolles, Ambassadeur de Sa Majesté prés des Cantons Suisses, Ligues Grises & Republique de Valais, à Lucerne le 13. Decembre 1713.
Le 13 décembre 1713, Son Excellence Monseigneur le Comte du Luc, Marquis de la Marthey, prononce un discours à Lucerne. En tant que Lieutenant du Roi en Provence, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, Gouverneur des îles de Pourcieuxrolles, et Ministre de Sa Majesté auprès des Cantons Suisses, des Ligues Grises et de la République de Valais, il exprime sa joie de voir les représentants des Cantons Catholiques s'unir pour remédier aux maux ayant affligé leur patrie. Il souligne l'importance de renforcer l'union entre les cantons, qui a toujours été le rempart de leur liberté. Le Roi, attentif au bonheur des peuples, voit dans cette union un devoir indispensable. L'orateur rappelle les anciennes maximes des prédécesseurs glorieux, qui ont établi une alliance solide et équitable, respectant les particularités de chaque canton tout en assurant la liberté générale. Il encourage les représentants à se souvenir des victoires passées et à travailler à une union encore plus forte, incluant les autres cantons et les protestants, pour garantir leur sécurité et leur liberté. Il conclut en soulignant l'importance de l'union mutuelle et nécessaire pour résister aux ennemis et en exécutant les ordres du Roi, qui souhaite renforcer la puissance helvétique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6829
DISCOURS prononcé à la Diette des Cantons Catholiques par Son Excellence Monseigneur le Comte du Luc, Marquis de la Marthe, Lieutenant de Roy en Provence, Commandeur de l'Ordre de S. Loüis, Gouverneur des Isles de Pourquerolles, Ambassadeur de Sa Majesté prés des Cantons Suisses, Ligues Grises & Republique de Valais, à Lucerne le 13. Decembre 1713.
6830
p. 10
INSCRIPTION. POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
Début :
LUDOVICO XV, FRANCORUM TITO, PIETATIS PUBLICÆ DONUM : POSTERITATI SERIUS VENTURÆ, [...]
Mots clefs :
Inscription, Statue du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION. POUR mettre au bas de la Statue du ROI.
INSCRIPTION.
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi .
b211 v
:
LUDOVICÓ XV , FRANCORUM TITO ,
PIETATIS PUBLICE DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURE ,
400:A
DESIDERII SOLATIUM.
ANNO MDCCLXIII .
A Chartres , ce 16 Avril 1763. B...
POUR mettre au bas de la Statue
du Roi .
b211 v
:
LUDOVICÓ XV , FRANCORUM TITO ,
PIETATIS PUBLICE DONUM :
POSTERITATI SERIUS VENTURE ,
400:A
DESIDERII SOLATIUM.
ANNO MDCCLXIII .
A Chartres , ce 16 Avril 1763. B...
Fermer
6831
p. 216
AUTRE ENIGME.
Début :
Sçachez que pour me faire on petrit nuit & jour. [...]
Mots clefs :
Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME .
Scachez que pour mefai
re on petrit nuit & jour.
Fagis avec efprit ,jefais
pourtant la befte ,
Et fijenefuispast amour
Ceft moyqui le mets dans
la tefte.
Scachez que pour mefai
re on petrit nuit & jour.
Fagis avec efprit ,jefais
pourtant la befte ,
Et fijenefuispast amour
Ceft moyqui le mets dans
la tefte.
Fermer
6832
s. p.
« Selon l'ordre que je me suis proposé pour la division [...] »
Début :
Selon l'ordre que je me suis proposé pour la division [...]
Mots clefs :
Ordre, Division
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Selon l'ordre que je me suis proposé pour la division [...] »
fuis proposé pour la divi.
siondu Mercure,cette3e
Partie devroitcontenir
toutes les especesd'amusements,
dont on paît
égayer un Mercure
mais je n'ymettraypour
ce mois-cy que des Pieces
serieuses.
siondu Mercure,cette3e
Partie devroitcontenir
toutes les especesd'amusements,
dont on paît
égayer un Mercure
mais je n'ymettraypour
ce mois-cy que des Pieces
serieuses.
Fermer
6833
s. p.
Errata du second Volume de Juin.
Début :
Page 1457. l. 13. Sraguier, lisez Fraguier. Ibid. l. 24[.] Muret, l. de Cadrieu. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata du second Volume de Juin.
Errata du second Volume de Juin.
Age 1457. 1. 13. Sraguier , lisez Fraguier.
P1bid. 1. 24 Muret ,he de Cadricu.
P. 1459. l. 16. Azonville , I. Allonville , et dans
la ligne suivante.
Age 1457. 1. 13. Sraguier , lisez Fraguier.
P1bid. 1. 24 Muret ,he de Cadricu.
P. 1459. l. 16. Azonville , I. Allonville , et dans
la ligne suivante.
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6834
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 1519[.] l. 3. Titulaire, lisez Tutelaire. P. 1522. l. 15. Eguierre, l. Esquerre. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fanies à corriger dans ce Livre.
Age 1519 1. 3. Titulaire , lisez Tutelaire.
P. 1522. 1. 15. Eguierre , Esquerre.
P. 1145. 1. derniere , Table , I. Tableau .
P. 1548. 1. tre , en , 1. et. P. 1565. 1. 2. ses ,
I. ces. P. 1573. l. 14. cheri , l. cheris. P. 1619 .
31. Seine , l. somme. P. 1625. l. 6. loin , l.
long. P. 1629.1 . 15. que nos , l . et bien. P.1632 .
1. 23. qu'il n'y faisoit , l. qu'ils n'y faisoient.
Age 1519 1. 3. Titulaire , lisez Tutelaire.
P. 1522. 1. 15. Eguierre , Esquerre.
P. 1145. 1. derniere , Table , I. Tableau .
P. 1548. 1. tre , en , 1. et. P. 1565. 1. 2. ses ,
I. ces. P. 1573. l. 14. cheri , l. cheris. P. 1619 .
31. Seine , l. somme. P. 1625. l. 6. loin , l.
long. P. 1629.1 . 15. que nos , l . et bien. P.1632 .
1. 23. qu'il n'y faisoit , l. qu'ils n'y faisoient.
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6835
s. p.
« L'Air noté doit regarder la page 1628 [...] »
Début :
L'Air noté doit regarder la page 1628 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Air noté doit regarder la page 1628 [...] »
L'Air noté doit regarder lapage 1628
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6836
p. 2332-2333
« On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...] »
Début :
On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...]
Mots clefs :
Empereur, Armée, Reine de Hongrie, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...] »
On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle
a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de
Dunkelſpiel , pour s'avancer à Donawert , où les
ennemis n'ont laiſſé qu'un petit nombre de Pandoures.
Les troupes de la Reine de Hongrie fe font diviſées
en deux Corps , dont l'un , ſous les ordres du
Comte de Traun , a marché par la gauche du Danube
, & l'autre , commandé par le Baron de Bezencklau
, a pris la route de Munich . Lemier de
ces
OCTOBRE . 1744 . 2333
ces deux Corps étoit le 20 à Birckenfeld , ſur la
Naab.
a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de
Dunkelſpiel , pour s'avancer à Donawert , où les
ennemis n'ont laiſſé qu'un petit nombre de Pandoures.
Les troupes de la Reine de Hongrie fe font diviſées
en deux Corps , dont l'un , ſous les ordres du
Comte de Traun , a marché par la gauche du Danube
, & l'autre , commandé par le Baron de Bezencklau
, a pris la route de Munich . Lemier de
ces
OCTOBRE . 1744 . 2333
ces deux Corps étoit le 20 à Birckenfeld , ſur la
Naab.
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6837
p. 10-11
A PHILIS. STANCES
Début :
Du charmant Dieu de Cythère [...]
Mots clefs :
Cythère, Plaire, Conquête, Trône, Plaisirs, Faveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A PHILIS. STANCES
A PHILIS.
GD
ES STANi Fu
a
*
Du charmant Dieu de Cythère
Dois-tu craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eft für de ſes faveurs. τα τηλ το ποσcol
3 Trac
م
Samain couronne ta tête Ε΄ 100 % ΑΙ
1. Esse rend dignerdes Dieu
Ses Sujets font ta conquête ,
Et ſon trône eſt dans tes yeux,
JUIN. 1763.
5 Soumers tour à ſon empire ;
Fais de ſes loix tes plaiſirs :
Au gré du Dieu qui t'inſpire ,
Donne & reſſens des deſirs .
Du charmant Dieu de Cythère
Doit-on craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eſt ſûr de ſes faveurs .
:
V. S.
GD
ES STANi Fu
a
*
Du charmant Dieu de Cythère
Dois-tu craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eft für de ſes faveurs. τα τηλ το ποσcol
3 Trac
م
Samain couronne ta tête Ε΄ 100 % ΑΙ
1. Esse rend dignerdes Dieu
Ses Sujets font ta conquête ,
Et ſon trône eſt dans tes yeux,
JUIN. 1763.
5 Soumers tour à ſon empire ;
Fais de ſes loix tes plaiſirs :
Au gré du Dieu qui t'inſpire ,
Donne & reſſens des deſirs .
Du charmant Dieu de Cythère
Doit-on craindre les rigueurs ?
Non : Philis , quand on ſçait plaire ,
On eſt ſûr de ſes faveurs .
:
V. S.
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Résumé : A PHILIS. STANCES
Le poème s'adresse à Philis, lui conseillant de ne pas redouter le 'charmant Dieu de Cythère'. Ce dieu favorise ceux qui savent plaire, et ses sujets sont conquis par Philis. Son trône est dans les yeux de Philis. Le poème l'encourage à suivre les lois et désirs inspirés par ce dieu. La date est juin 1763.
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6838
p. 12-13
LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
Début :
LA bonne chère & le bon vin, [...]
Mots clefs :
Gaîté, Amis, Allégresse, Censeur, Rire, Plaisir, Mot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
LE MOT POUR RIRE.
LA
AIR : Je ne fçais pas écrire.
A bonne chère & le bon vin ,
Premier éloge d'un feftin ,
Sont bien faits pour féduire.
Mais , ce n'eſt rien qu'un grand repas ,
Quand la gaîté n'y régne pas .
Je veux le mot pour rire.
Donnons à nos amis abfens
Moins de défauts que de talens
Pas un trait de fatyre.
Ayons le fel de la gaîté ,
Sans l'art de la méchanceté.
Je veux le mot pour rire.
Un Bel- Efprit affez ſouvent
Nous prive de l'heureux moment
Que l'allegreffe inſpire.
A table il n'eft que l'enjoûment.
Point de Cenfeur , de froid fçavant :
Je veux le mot pour rire.
Bacchus anime les propos ,
Il eft le père des bons mots ,
Sans chercher à les dire.
M A 1. 1763. 13
Buvons , peut-être en dirons-nous :
Voifin , ils font fréquents chez vous
Je veux le mot pour rire.
On doit aimer fincérement ,
S'en faire un doux amuſement ,
Un
Et non pas un martyre.
peu d'amour nous rend joyeux :
Extrême , il nous rend ennuyeux.
Je veux le mot pour rire.
Dans ce féjour délicieux ,
L'image de celui des Dieux ,
Le plaifir nous attire :
Enchaînons-le de tout côté ;
Non, laiffons-lui la liberté :
Je veux le mot pour rire.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
LA
AIR : Je ne fçais pas écrire.
A bonne chère & le bon vin ,
Premier éloge d'un feftin ,
Sont bien faits pour féduire.
Mais , ce n'eſt rien qu'un grand repas ,
Quand la gaîté n'y régne pas .
Je veux le mot pour rire.
Donnons à nos amis abfens
Moins de défauts que de talens
Pas un trait de fatyre.
Ayons le fel de la gaîté ,
Sans l'art de la méchanceté.
Je veux le mot pour rire.
Un Bel- Efprit affez ſouvent
Nous prive de l'heureux moment
Que l'allegreffe inſpire.
A table il n'eft que l'enjoûment.
Point de Cenfeur , de froid fçavant :
Je veux le mot pour rire.
Bacchus anime les propos ,
Il eft le père des bons mots ,
Sans chercher à les dire.
M A 1. 1763. 13
Buvons , peut-être en dirons-nous :
Voifin , ils font fréquents chez vous
Je veux le mot pour rire.
On doit aimer fincérement ,
S'en faire un doux amuſement ,
Un
Et non pas un martyre.
peu d'amour nous rend joyeux :
Extrême , il nous rend ennuyeux.
Je veux le mot pour rire.
Dans ce féjour délicieux ,
L'image de celui des Dieux ,
Le plaifir nous attire :
Enchaînons-le de tout côté ;
Non, laiffons-lui la liberté :
Je veux le mot pour rire.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
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Résumé : LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
La chanson 'Le mot pour rire' met en avant la gaieté et la bonne humeur lors des repas. L'auteur souligne que la bonne chère et le bon vin sont agréables, mais que la véritable joie vient de l'ambiance festive. Il prône la convivialité et l'absence de méchanceté, souhaitant que les amis soient appréciés pour leurs talents plutôt que pour leurs défauts. La chanson critique les esprits trop sérieux qui gâchent les moments de plaisir à table. Elle encourage la légèreté et l'humour, incarnés par Bacchus, le dieu du vin, qui inspire les bons mots sans effort. L'auteur exprime également l'idée que l'amour doit être source de joie et non de souffrance. Enfin, il invite à profiter pleinement des plaisirs sans les entraver, en laissant la liberté au plaisir de s'exprimer. Le texte se conclut par une référence à un séjour délicieux, comparé à celui des Dieux, où le plaisir doit être libre et non contraint.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6839
p. 8-10
ALLÉGORIE à Mlle ***.
Début :
Je rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère, [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLÉGORIE à Mlle ***.
ALLÉGORIE à Mlle ***
E rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère ,
Sans bandeau , fans carquois , éloigné de ſa mère :
Accompagné des Ris , environné des Jeux ,
Il folâtroit fur l'herbe , & danſoit avec eux.
Il apperçoit Iris , il vole fur fes traces ,
11 la prend aifément pour une des trois Grâces..
Sa taille , fon maintien , tout nourrit fon erreur.
Il approche , il la voit , hélas ! pour fon malheur.
Il tombe à fes genoux , elle fuit , il s'enflamme .
Il veut la retenir pour lui peindre fa flamme .
Iris fe débattoit , rien ne put m'arrêter :
L'Amour étoit un Dieu , j'ofai la diſputer .
JUIN 1768. 9
Je favois qu'un amant qui défend ce qu'il aime ,
L'emporteroit encor fur Jupiter lui- mê nie.
Je terraffai l'Amour : il appella les Ris ,
Ils m'enchaînoient déja quand ils virent Iris.
Ils tombent à fes pieds. Enflammé de colère ”
L'Amour à cet afpect vole auprès de fa mère :
Accourez , lui dit - il , & venez me venger ;
J'aime , je fuis l'Amour , on ofe m'outrager.
Il embraffe Cypris , & demande vengeance.
Il veut qu'un prompt trépas répare mon offenfe.
Il demandoit Iris... Mon fils , lui dit Vénus
Iris eft pour celui qui l'aimera le plus.
L'Amour peint auffi- tôt fa flamme & fon tourment.
Iris me regarda , je demeurai tremblant 5
Un foupir , de mes feux , fut le feul témoignage ,
Et Vénus décida que j'aimois davantage.
Iris m'appartient donc , au jugement des dieux :
Qu'elle fe donne à moi , je ferai plus heureux..
Suite de l'allégorie.
L'Amour , plein de fureur , défefpéré , confus
Vous regrettoit , Iris , & maudiffoit Vénus :
J'ai fouffert , difoit- il , qu'un amant téméraire :
Arrachât de mes bras une aimable bergère ;
Ne fuis-je plus l'Amour ? Méconnoît - on mes loix ?..
A ces mots il faifit fes flèches , fon carquois ;;
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
Son arc étoit bandé quand je vins à paroître.
Le trait part , il me frappe : apprends à me connoître
:
Tu m'as bravé , dit- il , reffens tout mon pouvoir.
Il fe tait ; auffi tôt je fens fur moi pleuvoir
Une grêle de traits. Charmant Dieu de Cythère ,
Arrête m'écriai - je , on brave ta colère .
Tous tes traits raffemblés font bien moins dangéreux
,
Quand on connoît Iris , qu'un regard de les yeux.
E rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère ,
Sans bandeau , fans carquois , éloigné de ſa mère :
Accompagné des Ris , environné des Jeux ,
Il folâtroit fur l'herbe , & danſoit avec eux.
Il apperçoit Iris , il vole fur fes traces ,
11 la prend aifément pour une des trois Grâces..
Sa taille , fon maintien , tout nourrit fon erreur.
Il approche , il la voit , hélas ! pour fon malheur.
Il tombe à fes genoux , elle fuit , il s'enflamme .
Il veut la retenir pour lui peindre fa flamme .
Iris fe débattoit , rien ne put m'arrêter :
L'Amour étoit un Dieu , j'ofai la diſputer .
JUIN 1768. 9
Je favois qu'un amant qui défend ce qu'il aime ,
L'emporteroit encor fur Jupiter lui- mê nie.
Je terraffai l'Amour : il appella les Ris ,
Ils m'enchaînoient déja quand ils virent Iris.
Ils tombent à fes pieds. Enflammé de colère ”
L'Amour à cet afpect vole auprès de fa mère :
Accourez , lui dit - il , & venez me venger ;
J'aime , je fuis l'Amour , on ofe m'outrager.
Il embraffe Cypris , & demande vengeance.
Il veut qu'un prompt trépas répare mon offenfe.
Il demandoit Iris... Mon fils , lui dit Vénus
Iris eft pour celui qui l'aimera le plus.
L'Amour peint auffi- tôt fa flamme & fon tourment.
Iris me regarda , je demeurai tremblant 5
Un foupir , de mes feux , fut le feul témoignage ,
Et Vénus décida que j'aimois davantage.
Iris m'appartient donc , au jugement des dieux :
Qu'elle fe donne à moi , je ferai plus heureux..
Suite de l'allégorie.
L'Amour , plein de fureur , défefpéré , confus
Vous regrettoit , Iris , & maudiffoit Vénus :
J'ai fouffert , difoit- il , qu'un amant téméraire :
Arrachât de mes bras une aimable bergère ;
Ne fuis-je plus l'Amour ? Méconnoît - on mes loix ?..
A ces mots il faifit fes flèches , fon carquois ;;
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
Son arc étoit bandé quand je vins à paroître.
Le trait part , il me frappe : apprends à me connoître
:
Tu m'as bravé , dit- il , reffens tout mon pouvoir.
Il fe tait ; auffi tôt je fens fur moi pleuvoir
Une grêle de traits. Charmant Dieu de Cythère ,
Arrête m'écriai - je , on brave ta colère .
Tous tes traits raffemblés font bien moins dangéreux
,
Quand on connoît Iris , qu'un regard de les yeux.
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Résumé : ALLÉGORIE à Mlle ***.
Dans le poème 'ALLÉGORIE à Mlle ***', une rencontre avec l'Amour se déroule dans le bois de Cythère. L'Amour, dépourvu de ses attributs traditionnels, est accompagné des Ris et des Jeux. Il confond Iris avec une Grâce et tente de l'aborder, mais elle s'enfuit. Le narrateur intervient et défie l'Amour, qui appelle les Ris pour l'enchaîner. Cependant, ceux-ci se prosternent devant Iris, provoquant la colère de l'Amour. Ce dernier se rend chez Vénus pour réclamer vengeance. Vénus décide qu'Iris appartiendra à celui qui l'aime le plus. L'Amour, furieux, prépare ses flèches, mais le narrateur affirme que connaître Iris rend les traits de l'Amour moins dangereux que son regard.
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6840
p. 9-11
RONDEAU.
Début :
Je l'ay trouvé ce petit fier-à-bras, [...]
Mots clefs :
Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
RONDEAU.
E l'ay trouve ce petit
fier-à-bras,
Ce traître Dieu, parain
de Ménelas,
Qui mieux armé que
Diane à laChasse,
Dans certains yeux avoit
trouvé sa place,
Pour me jouer quelque
tour de Judas,
J'ai d'abord dit:fuyons,
doublons le pas,
Allons chercher ou
Phoebus ou Pallas,
C'est contre amour un
remede efficace,
Je l'ai trouvé.
Depuis ce temps je
cherche:mais helas
Je cours toûjours sans
sçavoir où je vas,
J'ai beau marcher, j'ai
beau suivre leur trace,
Pour les trouver j'ay
fait tout le Parnasse,
Et le seul Dieu que je
ne cherchois pas
Je l'ai trouvé.
E l'ay trouve ce petit
fier-à-bras,
Ce traître Dieu, parain
de Ménelas,
Qui mieux armé que
Diane à laChasse,
Dans certains yeux avoit
trouvé sa place,
Pour me jouer quelque
tour de Judas,
J'ai d'abord dit:fuyons,
doublons le pas,
Allons chercher ou
Phoebus ou Pallas,
C'est contre amour un
remede efficace,
Je l'ai trouvé.
Depuis ce temps je
cherche:mais helas
Je cours toûjours sans
sçavoir où je vas,
J'ai beau marcher, j'ai
beau suivre leur trace,
Pour les trouver j'ay
fait tout le Parnasse,
Et le seul Dieu que je
ne cherchois pas
Je l'ai trouvé.
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Résumé : RONDEAU.
Le poème 'RONDEAU' relate une rencontre avec un individu traître, comparé à Judas. Le narrateur, se sentant menacé, fuit et cherche l'aide des dieux Phébus et Pallas contre l'amour. Il se retrouve perdu et rencontre finalement un dieu inattendu, soulignant sa quête vaine et ses errements.
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6841
p. 231-236
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS, REGENT DE FRANCE. REQUESTE DE THALIE.
Début :
Prince sans pair en esprit, en valeur, [...]
Mots clefs :
Héros, Coeur, Gloire, Prince, Régent, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS, REGENT DE FRANCE. REQUESTE DE THALIE.
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR.
LE DUC D'ORLEANS,
REGENT T)E FRANCE.
~REVESTE DE THALIE.'
Princesans pair en esspprriitt, en
, valeur,
Fameux Héros qu'un Poète
d'honneur
Peut àfon gré loueren confcienct
Ocjue tu vais hien regenter la ':JFtdftce!' ,
Ctcy riejl pas dun Prophète
incertain
UEntouJtafme,&sansejlre
Devin
Dpéja lr'onépeutdà nios rPeueples
Ce que feras pour le bien de
Depuis
l'Empire: longtemps on fait ce que
tu vaux,
Pasn'efl besoin de farder des
dijfauts
En te peignant. Çe font Vautres
methodes;
Non tes vertus ne font pas dans
les Odes
Qu'onfaitpour^toy,* tu les as
dans
dans ton coeur,
Et le Heros r/eft pas chek l'Imprimeur.
Nous t'avons mû fortmt de la
vifloire
Fuir les lauriers que t'apportoit
la gloire;
Entapresenceon riosete chanter,
Prince un Rimeur qui prétend
texalter
Doit te louerA comme il médit des
autres;
Ton coeur content de rendre heu
reux les nôtres
LI;me bienmieux nos transports
que nos vers;
Et toutefois cent Pindares divers
Iront tojj-iir un fatiguant hom- , Oeuvre ou l'ennuy triomphe à
chaquepage;
Mais il ness pas question de cecy Je viens an fait, grand Prince,
le voicy;
Dans mes Etats que ton ordre
ramené,
La librrtéqui toujours de la Scene
Fut tappanage.Augmente mon
pouvoir3
Et du Public juflifiant l'ejpoir
Comme legoufl, permets aux ris
folâtres
De égayer sur- de nouveaux
ThLâtrts;
.Desjeux forainsrétablis lereposy
Sur les platfrs leve-t-on des
impôts;
Souffriras-tu que des Traitans
Lyriques e leur moisson fevrent les
champs comiques ?
andfapperçoy cent Maltotiers
trcmblans
"âlir au bruit de tes foins uizit
[ans: l'Opéra sans rançonner U
Foire
i:Parsestalens Jefouftienne avec
gloire: r-
-
oy donc Roland fera sans
brodequin
S'il ne se cbaujje aux dépens
d'Arlequinf
Permets de plus qu'on baille aux
Comedies3
Permets aujJide rire auxTragedies
Modllement
J
quand le cas le
voudra;
Or en cecy je trouve l'Opéra
Compris de droit. Q£tenfinfous ta
Regence
On parodie avec pleinelicence
Ln*Calipfosans craindrele ho/a,
Nous n'aurons plus àfjtler que
cela.
MONSEIGNEUR.
LE DUC D'ORLEANS,
REGENT T)E FRANCE.
~REVESTE DE THALIE.'
Princesans pair en esspprriitt, en
, valeur,
Fameux Héros qu'un Poète
d'honneur
Peut àfon gré loueren confcienct
Ocjue tu vais hien regenter la ':JFtdftce!' ,
Ctcy riejl pas dun Prophète
incertain
UEntouJtafme,&sansejlre
Devin
Dpéja lr'onépeutdà nios rPeueples
Ce que feras pour le bien de
Depuis
l'Empire: longtemps on fait ce que
tu vaux,
Pasn'efl besoin de farder des
dijfauts
En te peignant. Çe font Vautres
methodes;
Non tes vertus ne font pas dans
les Odes
Qu'onfaitpour^toy,* tu les as
dans
dans ton coeur,
Et le Heros r/eft pas chek l'Imprimeur.
Nous t'avons mû fortmt de la
vifloire
Fuir les lauriers que t'apportoit
la gloire;
Entapresenceon riosete chanter,
Prince un Rimeur qui prétend
texalter
Doit te louerA comme il médit des
autres;
Ton coeur content de rendre heu
reux les nôtres
LI;me bienmieux nos transports
que nos vers;
Et toutefois cent Pindares divers
Iront tojj-iir un fatiguant hom- , Oeuvre ou l'ennuy triomphe à
chaquepage;
Mais il ness pas question de cecy Je viens an fait, grand Prince,
le voicy;
Dans mes Etats que ton ordre
ramené,
La librrtéqui toujours de la Scene
Fut tappanage.Augmente mon
pouvoir3
Et du Public juflifiant l'ejpoir
Comme legoufl, permets aux ris
folâtres
De égayer sur- de nouveaux
ThLâtrts;
.Desjeux forainsrétablis lereposy
Sur les platfrs leve-t-on des
impôts;
Souffriras-tu que des Traitans
Lyriques e leur moisson fevrent les
champs comiques ?
andfapperçoy cent Maltotiers
trcmblans
"âlir au bruit de tes foins uizit
[ans: l'Opéra sans rançonner U
Foire
i:Parsestalens Jefouftienne avec
gloire: r-
-
oy donc Roland fera sans
brodequin
S'il ne se cbaujje aux dépens
d'Arlequinf
Permets de plus qu'on baille aux
Comedies3
Permets aujJide rire auxTragedies
Modllement
J
quand le cas le
voudra;
Or en cecy je trouve l'Opéra
Compris de droit. Q£tenfinfous ta
Regence
On parodie avec pleinelicence
Ln*Calipfosans craindrele ho/a,
Nous n'aurons plus àfjtler que
cela.
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6842
p. 1-10
Lettre de Basle du 22. Aoust.
Début :
Thomas Masner, qui avoit eu la temerité d'arrester Monsieur [...]
Mots clefs :
Sentence, Accusé, Procès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Basle du 22. Aoust.
Lettre de Basle du 2..
.Aoust.
Thomas MaÍÏler, qui
avoir eu la temerité d'arrester
Monsieur le Grand
Prieur de France dans un
Etat libre & neutre, & de
le livrer aux Officiers de la
Maison dAutriche, a esté
condamné le 17. Aoust à
lIanes, où efl: le Tribunal
destroisLigues Grises
,
comme criminel de leze
Majesté, &c. voicy la copie
de son Arrest.
SENTENCE FINALE
renduë contre Thomas
Masner, Factur & Bourgeois
de Coire.
ApresAvoirouï Yaccufation,
(a
ItÛure
çy l'Examen des
témoignages documents
, e
differentes Lettres écrites de
lapropre main de l'accusé, &
tout ce qui a estéraporté en
justice,par Messieurs les Ffveoaquuxé,
l'ailsasisestlaénacperès avoir inde
Dieu 'OVoq
prononcé Cm sentencié unanimement
que l'accusé Thomas
Mafnpr qui estencorefugitif
doit eflrc deposé de tous les
honneurs,&chargest &
émolumens
,
banny des trois
LiguesGrises,&sateste mise
à prix de cinq cent ducats, en
forte que celui qui le tuëroit
ou apporterait sa tesse, recevra
lesdits cinq cens ducats de la
caisse commune des troisLigues;
mais celui qui le livreroit en
vie entre les mains de lajuflice
des trois Ligues, aura pour
recompense mil ducats aufft à
prendre dans la Caisse des Ligues
, avec la liberté
,
s'jlefiJÍt
an banny
,
de plus l'accusé archiscelerat
Thomas Masner,
comme offenseur de la Majesté
Divine & de son Prince
territorial
,
traistre de lapatrie,
rebelle (7 voleur de grands
chemins, Faux - monoyenr,
convaincu de tous les crims,
qforfaits) dont il a efiç
accusé
,
fera mis en quatte
quartiers parle Bourreau ; &
ainsiexecuté à morty & les
quatre quartiers & son corps
seront exposés publiquement
y sur les grands chemins; Mais
comme lui Thomas Masner,
s'estsoustraitpresentement de
la justice,
3
l'exécution se fera
dans son effigie, e elle sera
en mesme temps brûlée par le
Bourreau ici dans la place des
executionsconjointement avec
ses écrits rebelles C, diffamatuires
publics contre l'Etat ccontre
les Representants, sa
maison sera de molie jusquaux
fondements, c, fon dressera,
en la place deux colonnes d'infamiey
avec l'inscription de
tousses crimes; tous ses biens
& effetsdedans le pays, &
dehors
3
comme aussi toutes les
Charges & émolumens, seront
des à present échues au Fisedes
trois Lignes;,&comme celui on
ceux qui ci-aprés parleront de
la libération de lui Masner,
ou qui la demanderont,qui
auront avec lui directement ou
indirectement une correspondance
de bouche, ou par escrit
dedans ou dehors le pays , cqui
lui donneront retraite Qfi
domicile, tomberont da la disgrace
destroisLigues&payeront
milécus d'amende, l'on
imposepareillementparserment
à chaquesuperio*rite& commune
du pays de sesaisir de lui toutes
lesfois& en tel lieu qu'on
pourra l'attraper
,
sous peine
de l'exclusion des trois Ligues^
& la reserve d'un plusgrand
chastiment 0* d'accomplir cette
sentence en la personne de lui
Thomas MfIIfrurJ sans autre
forme de procés ; maissisuivant
les menaces qui ont esle
faites les capitaux
9 e les
tfis que nos Compatriotes ont
danslespays étrangersfussent
attaquez tous ou en partie par
luy Thomas Masner ou a son
instigation cm qu'ilfussent mis
en afrrjf) nous accordons dés
à present le droit&lepouvoir à
nosditsCompatriottes
y
ainsiendomagezde
s'enprendre aux en-
* sans c--heritters deMasner,&
desefairepayerde tousfrais&
dommages; c'est Ainsi que nous
decretons, prononçons &fin.
tentions au nom de Dieu le
juge,&parJustice. Faite&
publiée à Ilants le 17. Aoufl
1 7 1 1.
ExproetoCello Jo:Vida*
ricus Deb'acmental: Supis
Gris: FrÍd : Coneillarius 0*
Actuarius.
Sur l'instanteintercession de
Dame Urima Adapter née
Stampa, femme du malheureux
Thomas Masner qui a
eslé condamné, faite par son
frere
, & son cousin,Maître
Jean Bannier, r*r Charles
Siampa,&pard'autres parens,
l'on a en leurconsideration,&
particulierement des enfans,
0* petits enfans, (7';7 de leurs
fredectjj~curs£7* parents J moderé !a Sentence publ ée
sçavoitque y pour les épargner,
ladite Sentence n'aura point
de lieuàl'égardde la demolition
de la maison, e de l'erection
des colonnes d'infamie, mais que
tous lesautrespointsportez par
la Sentence demeureront en
leursforces &serontexecutez.
Faite &publiée comme dessus.
Signé, D; Bluéîmental.
.Aoust.
Thomas MaÍÏler, qui
avoir eu la temerité d'arrester
Monsieur le Grand
Prieur de France dans un
Etat libre & neutre, & de
le livrer aux Officiers de la
Maison dAutriche, a esté
condamné le 17. Aoust à
lIanes, où efl: le Tribunal
destroisLigues Grises
,
comme criminel de leze
Majesté, &c. voicy la copie
de son Arrest.
SENTENCE FINALE
renduë contre Thomas
Masner, Factur & Bourgeois
de Coire.
ApresAvoirouï Yaccufation,
(a
ItÛure
çy l'Examen des
témoignages documents
, e
differentes Lettres écrites de
lapropre main de l'accusé, &
tout ce qui a estéraporté en
justice,par Messieurs les Ffveoaquuxé,
l'ailsasisestlaénacperès avoir inde
Dieu 'OVoq
prononcé Cm sentencié unanimement
que l'accusé Thomas
Mafnpr qui estencorefugitif
doit eflrc deposé de tous les
honneurs,&chargest &
émolumens
,
banny des trois
LiguesGrises,&sateste mise
à prix de cinq cent ducats, en
forte que celui qui le tuëroit
ou apporterait sa tesse, recevra
lesdits cinq cens ducats de la
caisse commune des troisLigues;
mais celui qui le livreroit en
vie entre les mains de lajuflice
des trois Ligues, aura pour
recompense mil ducats aufft à
prendre dans la Caisse des Ligues
, avec la liberté
,
s'jlefiJÍt
an banny
,
de plus l'accusé archiscelerat
Thomas Masner,
comme offenseur de la Majesté
Divine & de son Prince
territorial
,
traistre de lapatrie,
rebelle (7 voleur de grands
chemins, Faux - monoyenr,
convaincu de tous les crims,
qforfaits) dont il a efiç
accusé
,
fera mis en quatte
quartiers parle Bourreau ; &
ainsiexecuté à morty & les
quatre quartiers & son corps
seront exposés publiquement
y sur les grands chemins; Mais
comme lui Thomas Masner,
s'estsoustraitpresentement de
la justice,
3
l'exécution se fera
dans son effigie, e elle sera
en mesme temps brûlée par le
Bourreau ici dans la place des
executionsconjointement avec
ses écrits rebelles C, diffamatuires
publics contre l'Etat ccontre
les Representants, sa
maison sera de molie jusquaux
fondements, c, fon dressera,
en la place deux colonnes d'infamiey
avec l'inscription de
tousses crimes; tous ses biens
& effetsdedans le pays, &
dehors
3
comme aussi toutes les
Charges & émolumens, seront
des à present échues au Fisedes
trois Lignes;,&comme celui on
ceux qui ci-aprés parleront de
la libération de lui Masner,
ou qui la demanderont,qui
auront avec lui directement ou
indirectement une correspondance
de bouche, ou par escrit
dedans ou dehors le pays , cqui
lui donneront retraite Qfi
domicile, tomberont da la disgrace
destroisLigues&payeront
milécus d'amende, l'on
imposepareillementparserment
à chaquesuperio*rite& commune
du pays de sesaisir de lui toutes
lesfois& en tel lieu qu'on
pourra l'attraper
,
sous peine
de l'exclusion des trois Ligues^
& la reserve d'un plusgrand
chastiment 0* d'accomplir cette
sentence en la personne de lui
Thomas MfIIfrurJ sans autre
forme de procés ; maissisuivant
les menaces qui ont esle
faites les capitaux
9 e les
tfis que nos Compatriotes ont
danslespays étrangersfussent
attaquez tous ou en partie par
luy Thomas Masner ou a son
instigation cm qu'ilfussent mis
en afrrjf) nous accordons dés
à present le droit&lepouvoir à
nosditsCompatriottes
y
ainsiendomagezde
s'enprendre aux en-
* sans c--heritters deMasner,&
desefairepayerde tousfrais&
dommages; c'est Ainsi que nous
decretons, prononçons &fin.
tentions au nom de Dieu le
juge,&parJustice. Faite&
publiée à Ilants le 17. Aoufl
1 7 1 1.
ExproetoCello Jo:Vida*
ricus Deb'acmental: Supis
Gris: FrÍd : Coneillarius 0*
Actuarius.
Sur l'instanteintercession de
Dame Urima Adapter née
Stampa, femme du malheureux
Thomas Masner qui a
eslé condamné, faite par son
frere
, & son cousin,Maître
Jean Bannier, r*r Charles
Siampa,&pard'autres parens,
l'on a en leurconsideration,&
particulierement des enfans,
0* petits enfans, (7';7 de leurs
fredectjj~curs£7* parents J moderé !a Sentence publ ée
sçavoitque y pour les épargner,
ladite Sentence n'aura point
de lieuàl'égardde la demolition
de la maison, e de l'erection
des colonnes d'infamie, mais que
tous lesautrespointsportez par
la Sentence demeureront en
leursforces &serontexecutez.
Faite &publiée comme dessus.
Signé, D; Bluéîmental.
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Résumé : Lettre de Basle du 22. Aoust.
Le 2 août, une lettre de Bâle a rapporté que Thomas Mailler, également connu sous le nom de Thomas Masner, a été condamné pour avoir livré Monsieur le Grand Prieur de France aux Officiers de la Maison d'Autriche dans un État libre et neutre. Le 17 août 1711, le Tribunal des Trois Ligues Grises à Ilanz a prononcé une sentence contre Masner, Facteur et Bourgeois de Coire. Après avoir examiné les accusations, les témoignages, les documents et les lettres écrites par l'accusé, le tribunal a déclaré que Masner, alors en fuite, devait être déchu de tous ses honneurs, charges et émoluments, banni des Trois Ligues Grises, et mis à prix pour cinq cents ducats. Une récompense de mille ducats a été promise à celui qui le livrerait vivant. Masner a été condamné pour lèse-majesté, trahison, rébellion, vol, faux-monnayage, et divers autres crimes. En raison de sa fuite, l'exécution a été réalisée en effigie, et ses écrits rebelles et diffamatoires ont été brûlés. Sa maison a été épargnée grâce à l'intercession de sa femme et de ses proches, mais tous ses biens et charges ont été confisqués. Toute personne aidant Masner ou parlant de sa libération encourrait une amende et des sanctions. Les compatriotes à l'étranger ont été autorisés à se défendre contre toute attaque de Masner. La sentence a été publiée le 17 août 1711.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6843
p. 1-14
POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Est-ce une Loi du Ciel vangeur de nos forfaits, [...]
Mots clefs :
Ciel, Coeur, Innocence, Repos, Paix, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
POEME
SUR LA GRACE,
A MONSEIGNEUlt
LE DAUPHIN.
JEsc-ce
une Loi du Ciel
vangeur de nos forfaits,
Que l'Homme ignore ici
le repos& la paix?
Miierable joüet de son
desordre extrême,
Contre luichaque jour il
s'irrite lui-même:
S'il combat son penchant,
quels penibles efforts:
S'il ose lui ceder, quels
effrayans remors :
A ces maux condamne
même avant que de
naître,
Il commence à souffrir dés
qu'il peut se connoître.
Faut-il que malgrélui,
coupable infortuné,
Il expie envivant le crime
d'être ne !
Helas! lorsqu'il le perd
dans les routes du vice,
Tremblant il sent qu'il
marche au bord du
précipice
Pour rassurer son coeur,
n'at-il point de secours?
0 raifàn) de les maux
viens terminer le cours.
Mais quoi! loin de cal-
-
mer la frayeur qui le
trouble,
Son desespoir s'aigrit, ôc
sa crainte redouble,
Lorsqu'à ses tristes yeux
que tu viens éclairer,
Tu montres des périls
qu'ilvoudrait ignorer.
Ainsi quand sur les Mers
où fondentlesnuages,
Luttentcontre les Eaux
les Vents & les Orages,
Que les flotsà grand bruit
s'élancent dans les Airs,
Et du poids de leurchûte
ébranlent les Enfers;
Si dans le Ciel obscur,ou
toutfuit à sa vue,
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nuë;
Ce feu, qui fend la nuit
sur les ilôts en fureur,
Eclairant lepéril,en augmente
l'horreur.
Quoi ? tel que ce Nocher
1 qui voisin du naufrage,
Aprés de vains efforts s'a-
I bandonne à l'orage,
Faut-il que l'Homme foi-
", ble,& las de resiller
S'abandonne , aux périls
1 qu'il ne peut éviter
Grand DIEu) pour son
salut ta main eH: toûjours
prête ; Tu fais trouver le calme
au sein de la tempête :
Heureux, qui de Toi seul
attend tout son secours!
L'innocence & la paix accompagnent
ses jours.
Exempt des soins cruels
dont l'impie efl: la
proye,
Rien ne sçauroit tarir la
fouirce de sa joye;
Son cæur ne forme point
d'inutiles desirs,
Et jamais le remords ne
corrompt ses plaisirs.
Un reste du penchantqui
l'attache à la Terre,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre:
Mais sans chercher ici des
jours pleins & conrens)
Comme un point insensi.
ble il regarde le tems.
Assuré du repos que son
exil differe)
Son coeur jouit déja du
bonheur qu'il espere)
Et loinde fuir l'instant
qui doit finir ses jours,
De l'avenir trop lent ses
voeux hâtent le cours.
Douce & charmante paix
qu'inspirel'innocence,
Des travaux les plus longs
trop chere recompense)
A l'Hommeimpatient
coûtez-vous tant d'efforts?
Peut-il à vos douceurs
préferer ses remords?
Mais de moncoeur 3dit-iî^
je ne fuis point le
maître:
Dans ce. coeur corrompu
la Vertu ne peut naître:
C'est un champ inutile en
son aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidités -
Vaine excuse ! attend tout
de ce champ si sterile ;
Le Ciel y verse encor une
grâce fertile.
Lorsquun Soleil ardent a
brûlé les côteaux,
A séché les moissons) a
fait tarir les eaux;
Si dans l'aride foisde la
Terre embrasée,
Le Ciel répand sur elle
une rendre rosée,
On voit en même remps,
ou tout (embloit
mourir,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure,
Et partout dans les châps
renaître la Nature.
Ainsi se répandant sur un
coeur desseché
9J
La Grâceéteint les feux
qu'y porta le peché:
Et dans ce champfécond
sa divine influence
Fait germer les Vertus de
fleurir l'innocence.
Par cet heureux lecours
qu'il accorde aux
Humains,
Mortel, le Ciel a mis ton'
Salut dans tes mains.
Mais,ô funesteeffet d'une
indigne moleffe!
En vain pour ton bonheur
la bonté l'interesse
:
A ta foiblesse en vain il
prête ion appui;
Quand il fait tout pour
toi, tu ne fais rien
pour lui.
Que servent les remors de
ton Ameinfidelle?
Rien ne sçauroitfléchir
ta volonté rebelle.
Si par la vérité confondu
quelquefois,
Tu rentres dans la route
où t'appelle sa voix,
La
, quoique détrompé
du monde&de sa
gloire,
L'objet quit'a réduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir austere
6e l'amour des plaiurs
Ton coeur flotte incertain
de ses propres
desirs.
Facile à ton penchant,
fidele à la Justice,
Tu voudroisallier l'innocence
& le vice,
Et toûjours parragé dans.
tes voeux impuissans,
Contenter à la fois ta raison
& tes sens.
Vainement, aveuglé par
l'erreur qui t'abuse,
Tu crois sur ta foiblesse
appuyer ton exeuse.
Tu sens tes passions, qui
t'entraînent toujours;
Maisce sens-tu forcé de
ceder à leur cours?
Quel que soit le pouvoir
d'une pente si forte,
Resiste, ôc tu vaincras l-e
penchant qui t'emporte.
Au sein des passions,
l'Homme voluptueux
Est un nageur que porte
un fleuveimpetueux:
S'il oppose au courant sa
force lX,[on courage,
Malgré l'effort des eaux,
il abordeau rivage;
A ses bras languissanss'il
permet le repos,
Ilcède au cours de ronde,
entraîné par les flots.
En saveur de mon Z(.le excuse
mon auiace,
PRlNCEs* tesjeux
ma plume ose peindre
la Grace.
Heureux ! si, tetraçant Jes
mouvement Jivers-,
Tels qu'ils sont dans ton
- coeurytu les Jem dans
mes Vers.
SUR LA GRACE,
A MONSEIGNEUlt
LE DAUPHIN.
JEsc-ce
une Loi du Ciel
vangeur de nos forfaits,
Que l'Homme ignore ici
le repos& la paix?
Miierable joüet de son
desordre extrême,
Contre luichaque jour il
s'irrite lui-même:
S'il combat son penchant,
quels penibles efforts:
S'il ose lui ceder, quels
effrayans remors :
A ces maux condamne
même avant que de
naître,
Il commence à souffrir dés
qu'il peut se connoître.
Faut-il que malgrélui,
coupable infortuné,
Il expie envivant le crime
d'être ne !
Helas! lorsqu'il le perd
dans les routes du vice,
Tremblant il sent qu'il
marche au bord du
précipice
Pour rassurer son coeur,
n'at-il point de secours?
0 raifàn) de les maux
viens terminer le cours.
Mais quoi! loin de cal-
-
mer la frayeur qui le
trouble,
Son desespoir s'aigrit, ôc
sa crainte redouble,
Lorsqu'à ses tristes yeux
que tu viens éclairer,
Tu montres des périls
qu'ilvoudrait ignorer.
Ainsi quand sur les Mers
où fondentlesnuages,
Luttentcontre les Eaux
les Vents & les Orages,
Que les flotsà grand bruit
s'élancent dans les Airs,
Et du poids de leurchûte
ébranlent les Enfers;
Si dans le Ciel obscur,ou
toutfuit à sa vue,
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nuë;
Ce feu, qui fend la nuit
sur les ilôts en fureur,
Eclairant lepéril,en augmente
l'horreur.
Quoi ? tel que ce Nocher
1 qui voisin du naufrage,
Aprés de vains efforts s'a-
I bandonne à l'orage,
Faut-il que l'Homme foi-
", ble,& las de resiller
S'abandonne , aux périls
1 qu'il ne peut éviter
Grand DIEu) pour son
salut ta main eH: toûjours
prête ; Tu fais trouver le calme
au sein de la tempête :
Heureux, qui de Toi seul
attend tout son secours!
L'innocence & la paix accompagnent
ses jours.
Exempt des soins cruels
dont l'impie efl: la
proye,
Rien ne sçauroit tarir la
fouirce de sa joye;
Son cæur ne forme point
d'inutiles desirs,
Et jamais le remords ne
corrompt ses plaisirs.
Un reste du penchantqui
l'attache à la Terre,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre:
Mais sans chercher ici des
jours pleins & conrens)
Comme un point insensi.
ble il regarde le tems.
Assuré du repos que son
exil differe)
Son coeur jouit déja du
bonheur qu'il espere)
Et loinde fuir l'instant
qui doit finir ses jours,
De l'avenir trop lent ses
voeux hâtent le cours.
Douce & charmante paix
qu'inspirel'innocence,
Des travaux les plus longs
trop chere recompense)
A l'Hommeimpatient
coûtez-vous tant d'efforts?
Peut-il à vos douceurs
préferer ses remords?
Mais de moncoeur 3dit-iî^
je ne fuis point le
maître:
Dans ce. coeur corrompu
la Vertu ne peut naître:
C'est un champ inutile en
son aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidités -
Vaine excuse ! attend tout
de ce champ si sterile ;
Le Ciel y verse encor une
grâce fertile.
Lorsquun Soleil ardent a
brûlé les côteaux,
A séché les moissons) a
fait tarir les eaux;
Si dans l'aride foisde la
Terre embrasée,
Le Ciel répand sur elle
une rendre rosée,
On voit en même remps,
ou tout (embloit
mourir,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure,
Et partout dans les châps
renaître la Nature.
Ainsi se répandant sur un
coeur desseché
9J
La Grâceéteint les feux
qu'y porta le peché:
Et dans ce champfécond
sa divine influence
Fait germer les Vertus de
fleurir l'innocence.
Par cet heureux lecours
qu'il accorde aux
Humains,
Mortel, le Ciel a mis ton'
Salut dans tes mains.
Mais,ô funesteeffet d'une
indigne moleffe!
En vain pour ton bonheur
la bonté l'interesse
:
A ta foiblesse en vain il
prête ion appui;
Quand il fait tout pour
toi, tu ne fais rien
pour lui.
Que servent les remors de
ton Ameinfidelle?
Rien ne sçauroitfléchir
ta volonté rebelle.
Si par la vérité confondu
quelquefois,
Tu rentres dans la route
où t'appelle sa voix,
La
, quoique détrompé
du monde&de sa
gloire,
L'objet quit'a réduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir austere
6e l'amour des plaiurs
Ton coeur flotte incertain
de ses propres
desirs.
Facile à ton penchant,
fidele à la Justice,
Tu voudroisallier l'innocence
& le vice,
Et toûjours parragé dans.
tes voeux impuissans,
Contenter à la fois ta raison
& tes sens.
Vainement, aveuglé par
l'erreur qui t'abuse,
Tu crois sur ta foiblesse
appuyer ton exeuse.
Tu sens tes passions, qui
t'entraînent toujours;
Maisce sens-tu forcé de
ceder à leur cours?
Quel que soit le pouvoir
d'une pente si forte,
Resiste, ôc tu vaincras l-e
penchant qui t'emporte.
Au sein des passions,
l'Homme voluptueux
Est un nageur que porte
un fleuveimpetueux:
S'il oppose au courant sa
force lX,[on courage,
Malgré l'effort des eaux,
il abordeau rivage;
A ses bras languissanss'il
permet le repos,
Ilcède au cours de ronde,
entraîné par les flots.
En saveur de mon Z(.le excuse
mon auiace,
PRlNCEs* tesjeux
ma plume ose peindre
la Grace.
Heureux ! si, tetraçant Jes
mouvement Jivers-,
Tels qu'ils sont dans ton
- coeurytu les Jem dans
mes Vers.
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Résumé : POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le poème 'Sur la Grâce' est destiné au Dauphin et traite de la condition humaine marquée par le désordre et la souffrance. L'homme y est décrit comme un être tourmenté, oscillant entre la lutte contre ses penchants et les remords qui suivent la capitulation. Dès la naissance, il est condamné à souffrir, conscient de ses fautes. Le poème met en avant la grâce divine comme unique recours pour apaiser les maux humains. Dieu est présenté comme celui qui peut apporter le calme au milieu des tempêtes de la vie. L'innocence et la paix accompagnent ceux qui placent leur espoir en Dieu, exempts des tourments qui accablent les impies. Cependant, le cœur humain, corrompu par la cupidité, semble incapable de générer la vertu par lui-même. La grâce divine peut néanmoins transformer même les cœurs les plus arides, faisant fleurir les vertus et l'innocence. Le poème conclut en exhortant l'homme à résister à ses passions et à chercher la grâce divine pour son salut, malgré la faiblesse et l'incertitude humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6844
p. 226-240
EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
Début :
M. de Beauchamp distingué encore nos Poetes François, / Un jour avint, chose qu'on ne voit guere, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Dieux, Temple, Coeur, Marquis d'Harcourt, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
M. de Beauchamp diftingué
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.
Fermer
6845
p. 228-244
Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay marqué dans ma derniere Lettre que je vous [...]
Mots clefs :
Mariage, Écosse, Maison, Comte de Castel-Blanco, Royaume, Marie Euphémie Joseph
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois- ci du Mariage de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre deCaftille) & Chevalier de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro.
La Mere de Mr le Comtede
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes. Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par l'Infante Almolia fon époufe , comme il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant, & tresnoble PrinceJean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth, Caftlemaine , Ricartone , &c. Pair de deux Royaumes de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c. Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayantaccompagné Edgar Ethdin d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois ,pour le faire fon Succef-
232 MERCURE
feur, eftant le Succeffeur legitime de la Couronne d'Angleterre. Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere, & fes deux fœurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite deMaurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite fœur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere.
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy, & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume,luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond, à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors , & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre; & alliée avec tout ce
qu'ily a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même, fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe. Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella Drummond fille du Seigneur de Drummond Chefde
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe. De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques 4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere de France, & Reine d'Ecoffe. De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme, grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé, de Madame de
Hanover, &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe de Savoye , Mere de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans. Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere femme la Princeffe d'Orange , & la Princeffe de Dannemark , nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre , il a en Sa Majeſté Britannique Jacques 3 ° & la Princeffe Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct , ce n'eft pas le feul endroit par lequel le Roy d'Angleterre eft defcendu de la Maifon de Drummond , dont le
dernier Chefavoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille. Le fils aîne eft prefentement Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy, &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant General des Armées du
Roy d'Angleterre, Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , ViceTreforier & Controlleur General du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
lecaractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire du Roy d'Angleterre; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti-
240 MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy, qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne, & premier Gentilhomme
de fa Chambre, & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE 241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe ,l'une des plus anciennes du Royaume, dont Mylord Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux Chevalier Guillaume
Wallace, grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion des Anglois qui l'avoient envahy, profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre CheAvril 1710. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur,
ou Viceroy par les Etats Generaux du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles , & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant- gardede
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il y cût reçû plufieurs bleffures dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe , & mefme avec la Maifon Royale, le Chevalier Duncan Wallace ayant épousé Eleonore de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille & heritiere de David Bruce Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere deM° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de CaftelBlanco eft d'une beauté finguX ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois- ci du Mariage de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre deCaftille) & Chevalier de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro.
La Mere de Mr le Comtede
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes. Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par l'Infante Almolia fon époufe , comme il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant, & tresnoble PrinceJean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth, Caftlemaine , Ricartone , &c. Pair de deux Royaumes de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c. Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayantaccompagné Edgar Ethdin d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois ,pour le faire fon Succef-
232 MERCURE
feur, eftant le Succeffeur legitime de la Couronne d'Angleterre. Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere, & fes deux fœurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite deMaurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite fœur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere.
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy, & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume,luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond, à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors , & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre; & alliée avec tout ce
qu'ily a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même, fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe. Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella Drummond fille du Seigneur de Drummond Chefde
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe. De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques 4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere de France, & Reine d'Ecoffe. De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme, grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé, de Madame de
Hanover, &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe de Savoye , Mere de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans. Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere femme la Princeffe d'Orange , & la Princeffe de Dannemark , nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre , il a en Sa Majeſté Britannique Jacques 3 ° & la Princeffe Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct , ce n'eft pas le feul endroit par lequel le Roy d'Angleterre eft defcendu de la Maifon de Drummond , dont le
dernier Chefavoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille. Le fils aîne eft prefentement Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy, &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant General des Armées du
Roy d'Angleterre, Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , ViceTreforier & Controlleur General du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
lecaractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire du Roy d'Angleterre; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti-
240 MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy, qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne, & premier Gentilhomme
de fa Chambre, & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE 241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe ,l'une des plus anciennes du Royaume, dont Mylord Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux Chevalier Guillaume
Wallace, grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion des Anglois qui l'avoient envahy, profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre CheAvril 1710. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur,
ou Viceroy par les Etats Generaux du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles , & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant- gardede
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il y cût reçû plufieurs bleffures dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe , & mefme avec la Maifon Royale, le Chevalier Duncan Wallace ayant épousé Eleonore de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille & heritiere de David Bruce Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere deM° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de CaftelBlanco eft d'une beauté finguX ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent
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Résumé : Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Le texte traite du mariage entre Monsieur le Comte de Caftel Blanco et Mademoiselle Marie-Euphemie Joseph, quatrième fille du Duc de Melfort. Monsieur le Comte de Caftel Blanco, titulaire du titre de Caftille et Chevalier de l'Ordre d'Alcantera, appartient à l'ancienne et illustre Maison de Rozas en Espagne. Il est issu de la lignée de Vingod d'Efquerra, troisième Seigneur de toute la Biscaye. Sa mère est de la Maison de Melendes, qui descend de la Maison de Solariega dans les Asturies d'Oviedo. Cette Maison est liée à un Prince Édouard, fils du Roi d'Angleterre, par l'Infante Almolia, comme le montrent les Archives Royales de Simancas et le grand Livre del Beferro de Sahagun. Mademoiselle Marie-Euphemie-Joseph Drummond de Melfort est la quatrième fille du second lit du Duc de Melfort, Marquis de Forth, Comte de Melfort, de Burutisland et d'Ila, Vicomte de Theobalds, Baron de Cleworth, Caftlemaine, Ricartone, etc. Elle est Pair de deux Royaumes de la Grande-Bretagne et Chevalier du très noble Ordre de la Jarretière. Son frère aîné est le Duc de Perth, chef de la Maison de Drummond. La Maison de Drummond s'est établie en Écosse du temps du Roi Malcome III. Maurice, ancêtre de la famille, accompagna Edgar Ethdin d'Hungarie, oncle de l'Empereur Henri III, et le père d'Édouard le Confesseur, qui rappela Edgar de l'exil pour en faire son successeur légitime. Après la mort du père d'Edgar, Guillaume Duc de Normandie usurpa la couronne, et Edgar se retira en Écosse avec sa mère et ses sœurs sous la conduite de Maurice. Ils furent accueillis par le Roi Malcome III, qui épousa la princesse Marguerite, sœur d'Edgar, canonisée pour sa sainteté. La Maison de Drummond a occupé des postes illustres tant en temps de paix qu'en temps de guerre et est alliée aux plus grandes familles d'Écosse et d'Europe. Robert III, Roi d'Écosse, épousa Annabella Drummond, fille du Seigneur de Drummond, et mère de Jacques Ier d'Écosse. Cette lignée inclut plusieurs rois d'Écosse et de Grande-Bretagne, ainsi que des membres éminents de la noblesse européenne. Le Duc de Melfort, père de l'épouse, a occupé de nombreuses charges militaires et civiles, notamment Commandant du Château d'Édimbourg, Grand Maître de l'Artillerie du Royaume d'Écosse, et Lieutenant Général des Armées du Roi d'Angleterre. Il a également été Conseiller du Conseil d'État et Privé des Royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, Vice-Trésorier et Contrôleur Général du Royaume d'Écosse, et Secrétaire d'État des trois Royaumes. Il a été ambassadeur extraordinaire du Roi d'Angleterre à Rome. La Duchesse de Melfort, mère de l'épouse, appartient à la Maison de Wallace en Écosse, l'une des plus anciennes du Royaume. Cette Maison a produit des figures notables, comme le Chevalier Guillaume Wallace, libérateur de l'Écosse de l'oppression anglaise, et le Chevalier Jean Wallace, commandant à la Bataille de Sath. La Maison de Wallace est alliée aux plus grandes Maisons d'Écosse, y compris la Maison Royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6846
p. 626-642
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën, sur la Mort du R. P. de la Tour, Superieur General de la Congrégation de l'Oratoire.
Début :
Celui que nous pleurons si justement, n'a point été de ces Hommes qui [...]
Mots clefs :
Congrégation de l'Oratoire, Esprit, Mérite, Qualités, Génie, Religion, Fécondité, Charité, Éclat, Probité, Pierre-François d'Arerez de la Tour
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën, sur la Mort du R. P. de la Tour, Superieur General de la Congrégation de l'Oratoire.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën,
sur la Mort du R. P. de la Tour , Superieur
General de la Congrégation de
POratoire.
Elui que nous pleurons si justement,
CEL
د
n'a point été de ces Hommes qui
enlevez de bonne heure et comme au
commencement de leur carriere , laissent
à la liberté des conjectures ce qu'ils
auroient été , s'ils eussent long- temps
vécu et qu'ils eussent eu le loisir de répondre
AVRIL. 1733 627
pondre à toutes les esperances qu'ils faisoient
concevoir ; le R. P. de la Tour a
tenu tout ce qu'on pouvoit se promettre
de lui ; il a été même beaucoup au - delà ;
il semble n'avoir passé par tous les degrez
de la vie humaine , que pour faire
sentir de quoi est capable un grand génie
cultivé par l'étude
l'étude , exercé par la
varieté et par la difficulté des conjonc
tures .
Son enfance brilla par tous les succès
litteraires qui recommandent un mérite
naissant. Ces fleurs qui contiennent ordinairement
d'heureux germes , produisirent
des fruits auffi exquis qu'abondans.
Il ne fut point de ces arbres qui
s'épuisent par une fécondité prématurée ;
il promit et accorda une longue et heureuse
fertilité. Né de parens dont la noblesse
recevoit un nouvel éclat de la probité
et de la Religion , son enfance fut
cultivée par une éducation qui dévelopa
promptement un naturel riche et propre
à toutes les Sciences.
La réputation de M. Cally , Professeur
de Philosophie dans l'Université de
Caën , attira le jeune de la Tour en cette
Ville , que les études ont rendue depuis
long- temps fameuse . La Philosophie de
Descartes y avoit été réduite à l'usage
A v des
628 MERCURE DE FRANCE
des Ecoles par ce celebre Professeur qui
eur Phonneur le premier de la rendre
méthodique et de la mettre à la portée
des jeunes gens , par cette clarté et par
cet air de démonstration qui éclatent
dans tout ce qu'il a écrit. Son Eleve ,
âgé de 17. ans , squtint des Theses publiques
à la fin de son Cours avec une
éclatante distinction .
Ce fut dans la Congrégation de l'O
ratoire où Dieu l'appella pour l'execution
de ses desseins sur lui , qu'il se trouva
au bout de quelque temps libre des
préjugez qui retiennent un esprit ordinaire
toujours captif. Sa penetration lui
fit concevoir que tous les sistêmes ne
sont en eux - mêmes qu'un arrangement ,
arbitraire d'idées , plus ou moins heureux
, suivant l'étendue et la force du
génie de ceux qui en sont les Auteurs.
>
Des vûës si saines éclairées par la Religion
, que le P. de la Tour étudia
avec le goût que la solidité de l'esprit
et la pureté des moeurs ne manquent
jamais d'inspirer , l'appliquerent de bonne
heure aux Instructions publiques . Un
stile pur sans affectation , noble sans en-
Aure une composition réguliere sans
être gênée , plus nourrie de l'Ecriture
Sainte et de la lecture des Peres qu'abondante
AVRÍL. · 1733 . 629
dante en ornemens et en descriptions
Aleuries ; une déclamation douce , un ton
gracieux , un geste naturel caracteriserent
ses discours et le firent écouter dans
Paris avec autant d'applaudissement que
de concours ; et ce qui fait la solide gloire
des Prédicateurs , ses Discours furent
accompagnez de beaucoup de fruits et
de succès bien marquez.
On ne tarda guéres à souhaiter d'a
voir pour Conducteur un homme en qui
on remarquoit tant de lumiere et tant
d'onction . Des pécheurs touchez , jugerent
qu'il leur préteroit volontiers une
main secourable pour rompre leurs chaînes
et pour les tirer de la région des
tenebres où les passions conduisent . Les
personnes qui avoient déja gouté le don
du Ciel , le regarderent comme un guide
assuré qui les meneroit par degrez vers
la perfection , &c.
Quelque éclat que jettât au- dehors le
mérite du P. de la Tour , on peut dire
qu'il n'en laissoit voir que la superficie.
Des talens beaucoup plus rares que celui
de l'Eloquence et de la Direction , se développoient
dans l'exercice de ses emplois
aux yeux de ceux qui avoient le
plus de droit d'en profiter. Ses Superieurs
et ses amis découvroient en li ce que
A vj l'hu630
MERCURE DE FRANCE
l'humilité chrétienne et une sincere mo
destie ne lui permettoient pas d'apper-
1
cevoir.
La démission volontaire du R. P. de
Sainte Marthe , cinquiéme General de
l'Oratoire , laissa une place où beaucoup
pouvoient aspirer , en considerant séparément
leurs grandes qualitez ; mais elle
ne pouvoit être glorieusement remplie
que par celui qui rassembloit , pour ainsi
dire , tous les divers mérites en sa personne.
(4) Ce Pere indiqua lui - même le
P. de la Tour , et tous les suffrages se
réünirent en faveur de la personne désignée.
Il falloit à la tête d'une Congréga
tion, protegée par ce qu'il y avoit de plus
distingue dans l'Eglise et dans l'Etat , un
homme d'une condition qui lui donnât
des entrées faciles chez les Grands , que
la naissance prévient toujours favorablement
. (b ) Le P. d'Arerez de la Tour étoit
d'une noblesse honorable. et attachée au
service du Prince . Ce privilege de la nais
sance , qui ne peut être difficilement suppléé
, étoit soutenu dans le P. de la Tour
par une taille avantageuse , par des traits
(a) Il étoit alors Directeur du Seminaire de Saint
Magloire
(b) Né à Paris en 1653 .
réguliers
AVRIL. 1733 631
réguliers et par une de ces belles phisionomies
qui sont comme l'image de
l'esprit et les premiers gàrants de la vertu .
Son exterieur sembloit avoir été fait pour
annoncer les qualitez d'une belle ame.
Il suffisoit de l'envisager pour être prévenu
en sa faveur . Lorsqu'il entreprenoit
d'insinuer quelque chose , son mérite
exterieur avoit déja préparé les voïes
à la persuasion .
Il falloit à la Congrégation de l'Oratoire
un genie assorti de toutes les
qualitez nécessaires à la constitution de
cet illustre Corps , qui se conduit par
des princips differens du Gouvernement
des Communautez Régulieres , et même
de presque toutes les Communautez Sé
culieres. On peut comparer cette Congrégation
à ces Etats politiques , où la
liberté a le plus d'étendue , où la subordination
ne fait point oublier à ceux qui
commandent qu'ils sont sujets , ni aux
sujets que leur obéissance est volontaire ,
et si j'ose me servir de ce terme , toute
spontanée.
La superiorité dans l'Oratoire y est
évitée avec autant de soin , qu'elle est
quelquefois recherchée ailleurs ; et la dépendance
, qui n'a rien de contraint ni
de servile , y jouit de presque toutes les
préro632
MERCURE DE FRANCE
prérogatives de l'égalité. On y est sans
défiance , parce qu'on n'a point d'interêt
de s'y supplanter . On ne s'y appréhende
point les uns les autres , parce que personne
n'y peut exercer une impérieuse
domination , et que le seul châtiment qui
y soit redoutable , est le malheur d'être
exclus d'une si aimable Societé.
Ce qui fait l'agrément de ceux qui dépendent
, rend dans l'Oratoire toute superiorité
onereuse et multiplie les difficultez
de la superiorité generale . Que de
talens divers ne faut il pas avoir pour en
remplir dignement les obligations ! Le
R. P. de la Tour étoit peut - être l'unique
qui pût en soutenir le poids auffi longtemps
sans s'affaiblir . Ce qui ne sera
point contesté , c'est qu'il a toûjours
mon ré une superiorité de vûës et une
fécondité de ressources .
Sa douceur toujours inalterable , lorsqu'il
ne s'agissoi que de ses propres interêts
, cedoit le plus tard et le plus rarement
qu'il étoit possible à une séverité
quelquefois nécessaire. Il accompagnoit
toujours les ordres que la nécessité lui
arrachoit , de tant de politesse et d'humanité
, que ceux à qui ils étoient envoyez
, étoient obligez de se blâmer euxmêmes
, dès que le trouble de la surprise
avoit
AVRIL. 1733 633
avoit fait place à de paisibles refléxions.
Ni les murmures enhardis par sa douceur
, ni les remontrances hors d'oeuvre ,
ni les plaintes trop peu respectueuses
qu'elle occasionna , ne purent jamais le
porter à user de ressentiment contre ceux
qui s'oublioient de la sorte à son égard .
Souvent ces indécens procedez ne faisoient
que reveiller son attention à multiplier
ses bons offices envers ceux qui
n'avoient lieu d'attendre que des mortifications.
Aussi peut- on dire que personne ne
connoissoit mieux les caracteres de la
charité que le R. P. de la Tour. C'étoit
le sujet ordinaire des discours qu'il faisoit
dans le cours de ses visites . Il mettoit
dans tour leur jour les traits que l'Apôtre
a employez pour peindre cette aimable
Vertu. Sa conduite étoit un sûr
interprete , son exemple un lumineux
commentaire. Que ceux qui ont eû le
-bonheur de le connoître , examinent
chacun de ces caracteres et le rapprochent
de la conduite de ce grand Homme
ils les trouveront tous , j'en suis
sûr , réalisez et réduits en pratique , sans
affoiblissement et sans interruption.
>
De-là ce désinteressement et cette génerosité
, dont le siécle présent n'a presque
334 MERCURE DE FRANCE
que conservé
que les noms. Ces sentimens
rares et encore respectez ,
pas
de ceux
mêmes qui n'ont la force de s'en revêtir
, ont passé par une heureuse émulation
du chef dans les membres .
Tant de réserve n'alloit pas à retenir
dans sa source la liberalité des personnes
riches : au contraire,en détournant la pente
de ces eaux qui auroient coulé dans
la Congrégation , il n'en étoit que plus
attentif à les conduire vers les lieux que
l'indigence ou des revers de fortune
avoient dessechez. Instruit des besoins
de plusieurs familles , qui pour sauver
l'éclat de leur nom , luttoient contre la
honte de la pauvreté , il avoit soin de
kur procurer des secours qui leur épargnoient
le pénible aveu de leur misere .
Rien ne feroit plus d'honneur à sa charité
que ce détail , s'il n'avoit caché ses .
bons offices avec plus de précaution que les
personnes nécessiteuses ne celoient leurs
besoins. Cependant on ne sçauroit taire
les génereux secours qu'il a fournis , non
seulement à plusieurs sujets de sa Congrégation
, mais encore à leurs parens ,
lorsqu'ils se trouvoient dans des conjonctures
fâcheuses. Il sembloit que leurs fa
milles cussent contracté une espece d'affinité
avec lui et eussent acquis un droit
à
A V RIL: 1733. 635
à son patrimoine. Il ne s'en réservoit que
ce qu'il ne pouvoit refuser à la simple
nécessité , aussi prodigue de son propre
bien qu'il étoit éloigné de recevoir celui
d'autrui.
L'usage qu'il a fait de son crédit ne
pouvoit pas aisément éviter les yeux du
Public. Comme il ne se déclaroit que
pour l'innocence attaquée et qu'il ne s'in
teressoit que pour des malheurs involontaires
, il ne craignoit point que ses démarches
fussent éclairées de trop près. Sa
candeur et sa probité ne lui permirent
jamais de surprendre la Religion des premiers
Magistrats en faveur de quelque
cause qui lui fut suspecte . Si leur confiance
pour lui alla jusqu'à le rendre dépositaire
des secrets de leur conscience ,
jamais il ne songea à retirer de ces marques
d'estime d'autre avantage que de
fournir de solides appuis à une Congrégation
qui lui étoit infiniment chere.
Une preuve indubitable de fa tendreffe
pour ce Corps célebre , est l'éloignement
qu'il témoigna pour les premieres dignitez
de l'Eglise. Son mérite étoit fort connu
à la Cour et ses amis songerent à lui
procurer le poids honorable de l'Episcopat
; mais il les pria de l'oublier à cet
égard , marquant un attachement pour
1
le
636 MERCURE DE FRANCE
le poste que la Providence lui avoit confié
, quoique moins éclatant.
Ce n'étoit pas le travail qu'il fuyoit.
Quels que soient les soins et la sollicitude
attachés à la qualité de Successeur des
Apôtres , la place qu'occuppoit le R. P.
de la Tour n'étoit ni moins difficile , ni
moins laborieuse . On peut dire qu'elle
étoit même plus pénible à plusieurs
égards , tant par les combats qu'il falloit
soûtenir au dehors , que par les craintes
qui regnoient au dedans. Borné , en apparence
, son emploi avoit une vaste étendûë
et tenoit à d'immenses détails. Il
vouloit tout voir et tout connoître par
lui -même. Toutes les réponses étoient de
sa main. La multitude des affaires ne
jettoit ni confusion dans ses idées , ni
désordre dans ses desseins , ni méprise
dans . l'execution . Consulté au-dehors et
au-dedans , il répondoit à toutes les questions
avec une netteté et une précision
toujours admirées. Admis au Conseil des
premiers Prélats du Royaume , sa facilité
à prévoir les inconveniens , la fécondité
de son génie pour découvrir des expédiens
, son habileté à prendre des tempéramens
justes entre des avis opposez ,
ramenoient souvent les opinions au sien ,
sans blesser la délicatesse des opinans .
La
AVRIL.
1733. 637
La
sagesse de ses décisions
sur toutes
les
questions
difficiles
, étoit
si connuë
, qu'il
étoit la ressource
ordinaire
et certaine
de
ceux
qui dans la nécessité
d'agir
, avoient
de la peine
à calmer
leurs
doutes
, et à
fixer
leur hésitation
. Ce qui donnoit
tant
de force
et un si grand
poids
à ses décisions
, c'étoit
une grande
connoissance
des
Loix
et de leurs
principes
, de la
Morale
et de ses sources
. Ces lumieres
qui dirigeoient
l'esprit
, avoient
une application
d'autant
plus
sure , qu'ennemie
des préjugez
, il étoit
toujours
en
garde
contre
la préocupation
. Des qualitez
si rares , même
dans
ceux qui gouvernent
, lui avoient
acquis
la confiance
de toute
la Congrégation
.
En tout cela , M. vous n'appercevez
que le mérite qui frappe les gens du
monde , pénetration d'esprit , étenduë de
génie , abondance de lumieres , connoissance
profonde des hommes ; en un mot ,
tout ce qui fait un grand homme capa
ble de gouverner les autres. Vous attendez
que j'acheve de vous montrer un
mérite qui subsiste au- delà des temps.
Vous admireriez quelques momens le
R. P. de la Tour , s'il n'avoit été pré
cisément qu'un génie sublime ; vous le
placeriez avec les grands Politiques , dont
les
638 MERCURE DE FRANCE
les noms sont conservez pour servir de
modeles à ceux qui occupent des postes
qu'ils ont laissez ; mais vous n'en seriez
que plus porté à gémir sur son sort , en
le voyant confondu avec tous ceux qui
après avoir fait un peu de bruit , descendent
et s'évanouissent dans l'obscurité
du tombeau . Vous le regarderiez en
soupirant comme un flambeau consumé
dont il ne resteroit qu'une inutile
cendre.
*
Rassurez - vous , M. cet homme , qui
au jugement d'un illustre Cardinal , *
juste estimateur du mérite , dont il avoit
obtenu l'amitié , avoit toutes les qualitez
propres pour gouverner ; cet homme
à qui M. le Premier Ministre , en loüant
sa sagesse , vient de donner un éloge
qu'il a emprunté de lui- même ; ce grand
homme étoit aussi pieux qu'éclairé. La
Religion présidoit à tout ce qu'il faisoit .
Toutes ces qualitez et toutes ses vertus
portoient sur le fondement solide de l'humilité
, simplicité parfaite en toutes choses
; simple dans son exterieur , simple
dans ses meubles , simple dans sa nourriture.
Point d'affectation , point de distinction
, point d'autre prééminence que
celle de son mérite . Son affabilité qui à
* Le Cardinal Gualterio,
augmenté
AVRIL. 17336 639
3
augmenté à mesure qu'il a jugé l'air grave
plus inutile , l'avoit rendu si populaire ,
qu'il paroissoit de niveau avec tout le
monde. Il ne pouvoit souffrir aucun respect
servile . Il étoit devenu l'Homme de
toutes les heures et de tous les momens.
Quoique chargé d'un grand nombre d'af
faires,et d'occupations , il ne faisoit point
sentir par un air distrait ou empressé
qu'on lui devenoit importun .
L'esprit d'Oraison qui fait un des plus
essentiels exercices de la Congrégation
de l'Oratoire ne s'affoiblit jamais en lui .
C'étoit dans sa communication avec Dieu
qu'il se délassoit de ses fatigues et qu'il
prenoit de nouvelles forces pour soutenir
le poids d'un travail continuel , G'étoit
aux pieds de Jesus - Christ qu'il portoit
ses tendres inquiétudes pour une
Congrégation qui a eté principalement
établie , afin de faire connoître et aimer
ce divin Sauveur. Il consultoit sans cesse
la Sagesse incarnée , qui est la lumiere
des Esprits , et il faisoit voir dans toute
sa conduite combien son commerce avec
ce Maître invisible , étoit intime et familier.
La tendresse du R. P. de la Tour pour
tous les Sujets de sa Congrégation ne se
terminoit pas à des soins généraux à l'égard
640 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui étoient sous ses yeux.
Il ajoutoit sa vigilance à celles des Supericurs
, envers les malades qu'il visitoit
très-souvent. Il ne s'en tenoit point
à une stérile compassion , qui ne
vient quelquefois que d'un retour sur
soi-même , il ouvroit le chemin à des
consolations spirituelles par certaines
questions obligeantes , dont les malades
sentent tout le prix.
Je ne le suivrai point , M. dans toutes
les autres pratiques de pieté , ni dans
les augustes fonctions du Sacerdoce . Je
me contenterai de vous dire que l'esprit
de Religion les animoit toutes. Il étoit
aisé d'appercevoir qu'il étoit tout pénetré
de cet esprit qui donne le prix à nos
actions. Il n'en évitoit pas moins toute
singularité . On n'en remarquoit point
d'autre en lui , que celle de marcher toujours
d'un pas égal dans le chemin de la
Vertu. Comme il étoit par état le modele
d'une Congrégation entiere , il ne
laissoit voir que ce qui devoit être imité
de tous .
Il manqueroit un trait essentiel à la
foible esquisse que j'ai l'honneur de vous
envoyer , M. si j'oubliois que personne
n'avoit plus de qualitez pour se faire des
amis et pour les conserver . Son titre de
Superieur
AVRIL. 1733
641
Superieur ne le priva point des douceurs
d'une amitié intime , qu'il accorda à plusieurs
Sujets de la Congrégation . Sa charité
pour tous prenoit cette forme pour
des personnes dont le mérite approchoit
de plus près du sien , Cette disposition
à cultiver une vertu , dont le nom est
infiniment plus commun que la chose ,'
lui fit contracter au- dehors des amitiez
illustres , dont la seule mort a été le terme
inévitable.
per- Voilà , M. une légere idée de la
sonne que nous pleurons : Peinture trop
foible et trop imparfaite pour un Eloge ,
mais suffisante pour justifier l'étendue de
notre douleur, Les Amateurs de la probité
pleurent un modele , les Admirateurs
du mérite regrettent un homme
rare , les Personnes pieuses un guide
sûr et fidele , les Sujets de l'Oratoire ,
un Pere tendre et compatissant , la Congrégation
, son Protecteur et son plus
ferme appui .
2
Sa mort ne fut pas plutôt sçûë , qu'il
n'y eut personne de ceux qui sont éclairez
sur les veritables interêts de leur Corps ,
qui ne s'écriât comme Elisée lorsqu'Èlic
se sépara de lui . O mon Pere , mon Pere ;
vous nous êtes donc enlevé , vous qui étiez
le Char d'Israël et son Conducteur. Nous.
demeu842
MERCURE DE FRANCE
> demeurâmes saisis , consternez comme
si ce présent du Ciel nous avoit été donné
pour toûjours. Personne n'a refléchi
d'abord sur les avantages que l'illustre
mort acqueroit en quittant cette vie.
Nous n'avons été occupez jusqu'à présent
que de notre malheur."
Daigne le Ciel , si la Congrégation lui
est toujours chere , susciter un Elisée , en
qui l'efprit d'Elie se reproduise . Un homme
de Dieu dont la sage conduite soit
une imitation , ou plutôt une copie fidele
de celle à qui nous devons notre conservation
.
G. P. D. L.
A Caën , le 28. Février 1733 .
sur la Mort du R. P. de la Tour , Superieur
General de la Congrégation de
POratoire.
Elui que nous pleurons si justement,
CEL
د
n'a point été de ces Hommes qui
enlevez de bonne heure et comme au
commencement de leur carriere , laissent
à la liberté des conjectures ce qu'ils
auroient été , s'ils eussent long- temps
vécu et qu'ils eussent eu le loisir de répondre
AVRIL. 1733 627
pondre à toutes les esperances qu'ils faisoient
concevoir ; le R. P. de la Tour a
tenu tout ce qu'on pouvoit se promettre
de lui ; il a été même beaucoup au - delà ;
il semble n'avoir passé par tous les degrez
de la vie humaine , que pour faire
sentir de quoi est capable un grand génie
cultivé par l'étude
l'étude , exercé par la
varieté et par la difficulté des conjonc
tures .
Son enfance brilla par tous les succès
litteraires qui recommandent un mérite
naissant. Ces fleurs qui contiennent ordinairement
d'heureux germes , produisirent
des fruits auffi exquis qu'abondans.
Il ne fut point de ces arbres qui
s'épuisent par une fécondité prématurée ;
il promit et accorda une longue et heureuse
fertilité. Né de parens dont la noblesse
recevoit un nouvel éclat de la probité
et de la Religion , son enfance fut
cultivée par une éducation qui dévelopa
promptement un naturel riche et propre
à toutes les Sciences.
La réputation de M. Cally , Professeur
de Philosophie dans l'Université de
Caën , attira le jeune de la Tour en cette
Ville , que les études ont rendue depuis
long- temps fameuse . La Philosophie de
Descartes y avoit été réduite à l'usage
A v des
628 MERCURE DE FRANCE
des Ecoles par ce celebre Professeur qui
eur Phonneur le premier de la rendre
méthodique et de la mettre à la portée
des jeunes gens , par cette clarté et par
cet air de démonstration qui éclatent
dans tout ce qu'il a écrit. Son Eleve ,
âgé de 17. ans , squtint des Theses publiques
à la fin de son Cours avec une
éclatante distinction .
Ce fut dans la Congrégation de l'O
ratoire où Dieu l'appella pour l'execution
de ses desseins sur lui , qu'il se trouva
au bout de quelque temps libre des
préjugez qui retiennent un esprit ordinaire
toujours captif. Sa penetration lui
fit concevoir que tous les sistêmes ne
sont en eux - mêmes qu'un arrangement ,
arbitraire d'idées , plus ou moins heureux
, suivant l'étendue et la force du
génie de ceux qui en sont les Auteurs.
>
Des vûës si saines éclairées par la Religion
, que le P. de la Tour étudia
avec le goût que la solidité de l'esprit
et la pureté des moeurs ne manquent
jamais d'inspirer , l'appliquerent de bonne
heure aux Instructions publiques . Un
stile pur sans affectation , noble sans en-
Aure une composition réguliere sans
être gênée , plus nourrie de l'Ecriture
Sainte et de la lecture des Peres qu'abondante
AVRÍL. · 1733 . 629
dante en ornemens et en descriptions
Aleuries ; une déclamation douce , un ton
gracieux , un geste naturel caracteriserent
ses discours et le firent écouter dans
Paris avec autant d'applaudissement que
de concours ; et ce qui fait la solide gloire
des Prédicateurs , ses Discours furent
accompagnez de beaucoup de fruits et
de succès bien marquez.
On ne tarda guéres à souhaiter d'a
voir pour Conducteur un homme en qui
on remarquoit tant de lumiere et tant
d'onction . Des pécheurs touchez , jugerent
qu'il leur préteroit volontiers une
main secourable pour rompre leurs chaînes
et pour les tirer de la région des
tenebres où les passions conduisent . Les
personnes qui avoient déja gouté le don
du Ciel , le regarderent comme un guide
assuré qui les meneroit par degrez vers
la perfection , &c.
Quelque éclat que jettât au- dehors le
mérite du P. de la Tour , on peut dire
qu'il n'en laissoit voir que la superficie.
Des talens beaucoup plus rares que celui
de l'Eloquence et de la Direction , se développoient
dans l'exercice de ses emplois
aux yeux de ceux qui avoient le
plus de droit d'en profiter. Ses Superieurs
et ses amis découvroient en li ce que
A vj l'hu630
MERCURE DE FRANCE
l'humilité chrétienne et une sincere mo
destie ne lui permettoient pas d'apper-
1
cevoir.
La démission volontaire du R. P. de
Sainte Marthe , cinquiéme General de
l'Oratoire , laissa une place où beaucoup
pouvoient aspirer , en considerant séparément
leurs grandes qualitez ; mais elle
ne pouvoit être glorieusement remplie
que par celui qui rassembloit , pour ainsi
dire , tous les divers mérites en sa personne.
(4) Ce Pere indiqua lui - même le
P. de la Tour , et tous les suffrages se
réünirent en faveur de la personne désignée.
Il falloit à la tête d'une Congréga
tion, protegée par ce qu'il y avoit de plus
distingue dans l'Eglise et dans l'Etat , un
homme d'une condition qui lui donnât
des entrées faciles chez les Grands , que
la naissance prévient toujours favorablement
. (b ) Le P. d'Arerez de la Tour étoit
d'une noblesse honorable. et attachée au
service du Prince . Ce privilege de la nais
sance , qui ne peut être difficilement suppléé
, étoit soutenu dans le P. de la Tour
par une taille avantageuse , par des traits
(a) Il étoit alors Directeur du Seminaire de Saint
Magloire
(b) Né à Paris en 1653 .
réguliers
AVRIL. 1733 631
réguliers et par une de ces belles phisionomies
qui sont comme l'image de
l'esprit et les premiers gàrants de la vertu .
Son exterieur sembloit avoir été fait pour
annoncer les qualitez d'une belle ame.
Il suffisoit de l'envisager pour être prévenu
en sa faveur . Lorsqu'il entreprenoit
d'insinuer quelque chose , son mérite
exterieur avoit déja préparé les voïes
à la persuasion .
Il falloit à la Congrégation de l'Oratoire
un genie assorti de toutes les
qualitez nécessaires à la constitution de
cet illustre Corps , qui se conduit par
des princips differens du Gouvernement
des Communautez Régulieres , et même
de presque toutes les Communautez Sé
culieres. On peut comparer cette Congrégation
à ces Etats politiques , où la
liberté a le plus d'étendue , où la subordination
ne fait point oublier à ceux qui
commandent qu'ils sont sujets , ni aux
sujets que leur obéissance est volontaire ,
et si j'ose me servir de ce terme , toute
spontanée.
La superiorité dans l'Oratoire y est
évitée avec autant de soin , qu'elle est
quelquefois recherchée ailleurs ; et la dépendance
, qui n'a rien de contraint ni
de servile , y jouit de presque toutes les
préro632
MERCURE DE FRANCE
prérogatives de l'égalité. On y est sans
défiance , parce qu'on n'a point d'interêt
de s'y supplanter . On ne s'y appréhende
point les uns les autres , parce que personne
n'y peut exercer une impérieuse
domination , et que le seul châtiment qui
y soit redoutable , est le malheur d'être
exclus d'une si aimable Societé.
Ce qui fait l'agrément de ceux qui dépendent
, rend dans l'Oratoire toute superiorité
onereuse et multiplie les difficultez
de la superiorité generale . Que de
talens divers ne faut il pas avoir pour en
remplir dignement les obligations ! Le
R. P. de la Tour étoit peut - être l'unique
qui pût en soutenir le poids auffi longtemps
sans s'affaiblir . Ce qui ne sera
point contesté , c'est qu'il a toûjours
mon ré une superiorité de vûës et une
fécondité de ressources .
Sa douceur toujours inalterable , lorsqu'il
ne s'agissoi que de ses propres interêts
, cedoit le plus tard et le plus rarement
qu'il étoit possible à une séverité
quelquefois nécessaire. Il accompagnoit
toujours les ordres que la nécessité lui
arrachoit , de tant de politesse et d'humanité
, que ceux à qui ils étoient envoyez
, étoient obligez de se blâmer euxmêmes
, dès que le trouble de la surprise
avoit
AVRIL. 1733 633
avoit fait place à de paisibles refléxions.
Ni les murmures enhardis par sa douceur
, ni les remontrances hors d'oeuvre ,
ni les plaintes trop peu respectueuses
qu'elle occasionna , ne purent jamais le
porter à user de ressentiment contre ceux
qui s'oublioient de la sorte à son égard .
Souvent ces indécens procedez ne faisoient
que reveiller son attention à multiplier
ses bons offices envers ceux qui
n'avoient lieu d'attendre que des mortifications.
Aussi peut- on dire que personne ne
connoissoit mieux les caracteres de la
charité que le R. P. de la Tour. C'étoit
le sujet ordinaire des discours qu'il faisoit
dans le cours de ses visites . Il mettoit
dans tour leur jour les traits que l'Apôtre
a employez pour peindre cette aimable
Vertu. Sa conduite étoit un sûr
interprete , son exemple un lumineux
commentaire. Que ceux qui ont eû le
-bonheur de le connoître , examinent
chacun de ces caracteres et le rapprochent
de la conduite de ce grand Homme
ils les trouveront tous , j'en suis
sûr , réalisez et réduits en pratique , sans
affoiblissement et sans interruption.
>
De-là ce désinteressement et cette génerosité
, dont le siécle présent n'a presque
334 MERCURE DE FRANCE
que conservé
que les noms. Ces sentimens
rares et encore respectez ,
pas
de ceux
mêmes qui n'ont la force de s'en revêtir
, ont passé par une heureuse émulation
du chef dans les membres .
Tant de réserve n'alloit pas à retenir
dans sa source la liberalité des personnes
riches : au contraire,en détournant la pente
de ces eaux qui auroient coulé dans
la Congrégation , il n'en étoit que plus
attentif à les conduire vers les lieux que
l'indigence ou des revers de fortune
avoient dessechez. Instruit des besoins
de plusieurs familles , qui pour sauver
l'éclat de leur nom , luttoient contre la
honte de la pauvreté , il avoit soin de
kur procurer des secours qui leur épargnoient
le pénible aveu de leur misere .
Rien ne feroit plus d'honneur à sa charité
que ce détail , s'il n'avoit caché ses .
bons offices avec plus de précaution que les
personnes nécessiteuses ne celoient leurs
besoins. Cependant on ne sçauroit taire
les génereux secours qu'il a fournis , non
seulement à plusieurs sujets de sa Congrégation
, mais encore à leurs parens ,
lorsqu'ils se trouvoient dans des conjonctures
fâcheuses. Il sembloit que leurs fa
milles cussent contracté une espece d'affinité
avec lui et eussent acquis un droit
à
A V RIL: 1733. 635
à son patrimoine. Il ne s'en réservoit que
ce qu'il ne pouvoit refuser à la simple
nécessité , aussi prodigue de son propre
bien qu'il étoit éloigné de recevoir celui
d'autrui.
L'usage qu'il a fait de son crédit ne
pouvoit pas aisément éviter les yeux du
Public. Comme il ne se déclaroit que
pour l'innocence attaquée et qu'il ne s'in
teressoit que pour des malheurs involontaires
, il ne craignoit point que ses démarches
fussent éclairées de trop près. Sa
candeur et sa probité ne lui permirent
jamais de surprendre la Religion des premiers
Magistrats en faveur de quelque
cause qui lui fut suspecte . Si leur confiance
pour lui alla jusqu'à le rendre dépositaire
des secrets de leur conscience ,
jamais il ne songea à retirer de ces marques
d'estime d'autre avantage que de
fournir de solides appuis à une Congrégation
qui lui étoit infiniment chere.
Une preuve indubitable de fa tendreffe
pour ce Corps célebre , est l'éloignement
qu'il témoigna pour les premieres dignitez
de l'Eglise. Son mérite étoit fort connu
à la Cour et ses amis songerent à lui
procurer le poids honorable de l'Episcopat
; mais il les pria de l'oublier à cet
égard , marquant un attachement pour
1
le
636 MERCURE DE FRANCE
le poste que la Providence lui avoit confié
, quoique moins éclatant.
Ce n'étoit pas le travail qu'il fuyoit.
Quels que soient les soins et la sollicitude
attachés à la qualité de Successeur des
Apôtres , la place qu'occuppoit le R. P.
de la Tour n'étoit ni moins difficile , ni
moins laborieuse . On peut dire qu'elle
étoit même plus pénible à plusieurs
égards , tant par les combats qu'il falloit
soûtenir au dehors , que par les craintes
qui regnoient au dedans. Borné , en apparence
, son emploi avoit une vaste étendûë
et tenoit à d'immenses détails. Il
vouloit tout voir et tout connoître par
lui -même. Toutes les réponses étoient de
sa main. La multitude des affaires ne
jettoit ni confusion dans ses idées , ni
désordre dans ses desseins , ni méprise
dans . l'execution . Consulté au-dehors et
au-dedans , il répondoit à toutes les questions
avec une netteté et une précision
toujours admirées. Admis au Conseil des
premiers Prélats du Royaume , sa facilité
à prévoir les inconveniens , la fécondité
de son génie pour découvrir des expédiens
, son habileté à prendre des tempéramens
justes entre des avis opposez ,
ramenoient souvent les opinions au sien ,
sans blesser la délicatesse des opinans .
La
AVRIL.
1733. 637
La
sagesse de ses décisions
sur toutes
les
questions
difficiles
, étoit
si connuë
, qu'il
étoit la ressource
ordinaire
et certaine
de
ceux
qui dans la nécessité
d'agir
, avoient
de la peine
à calmer
leurs
doutes
, et à
fixer
leur hésitation
. Ce qui donnoit
tant
de force
et un si grand
poids
à ses décisions
, c'étoit
une grande
connoissance
des
Loix
et de leurs
principes
, de la
Morale
et de ses sources
. Ces lumieres
qui dirigeoient
l'esprit
, avoient
une application
d'autant
plus
sure , qu'ennemie
des préjugez
, il étoit
toujours
en
garde
contre
la préocupation
. Des qualitez
si rares , même
dans
ceux qui gouvernent
, lui avoient
acquis
la confiance
de toute
la Congrégation
.
En tout cela , M. vous n'appercevez
que le mérite qui frappe les gens du
monde , pénetration d'esprit , étenduë de
génie , abondance de lumieres , connoissance
profonde des hommes ; en un mot ,
tout ce qui fait un grand homme capa
ble de gouverner les autres. Vous attendez
que j'acheve de vous montrer un
mérite qui subsiste au- delà des temps.
Vous admireriez quelques momens le
R. P. de la Tour , s'il n'avoit été pré
cisément qu'un génie sublime ; vous le
placeriez avec les grands Politiques , dont
les
638 MERCURE DE FRANCE
les noms sont conservez pour servir de
modeles à ceux qui occupent des postes
qu'ils ont laissez ; mais vous n'en seriez
que plus porté à gémir sur son sort , en
le voyant confondu avec tous ceux qui
après avoir fait un peu de bruit , descendent
et s'évanouissent dans l'obscurité
du tombeau . Vous le regarderiez en
soupirant comme un flambeau consumé
dont il ne resteroit qu'une inutile
cendre.
*
Rassurez - vous , M. cet homme , qui
au jugement d'un illustre Cardinal , *
juste estimateur du mérite , dont il avoit
obtenu l'amitié , avoit toutes les qualitez
propres pour gouverner ; cet homme
à qui M. le Premier Ministre , en loüant
sa sagesse , vient de donner un éloge
qu'il a emprunté de lui- même ; ce grand
homme étoit aussi pieux qu'éclairé. La
Religion présidoit à tout ce qu'il faisoit .
Toutes ces qualitez et toutes ses vertus
portoient sur le fondement solide de l'humilité
, simplicité parfaite en toutes choses
; simple dans son exterieur , simple
dans ses meubles , simple dans sa nourriture.
Point d'affectation , point de distinction
, point d'autre prééminence que
celle de son mérite . Son affabilité qui à
* Le Cardinal Gualterio,
augmenté
AVRIL. 17336 639
3
augmenté à mesure qu'il a jugé l'air grave
plus inutile , l'avoit rendu si populaire ,
qu'il paroissoit de niveau avec tout le
monde. Il ne pouvoit souffrir aucun respect
servile . Il étoit devenu l'Homme de
toutes les heures et de tous les momens.
Quoique chargé d'un grand nombre d'af
faires,et d'occupations , il ne faisoit point
sentir par un air distrait ou empressé
qu'on lui devenoit importun .
L'esprit d'Oraison qui fait un des plus
essentiels exercices de la Congrégation
de l'Oratoire ne s'affoiblit jamais en lui .
C'étoit dans sa communication avec Dieu
qu'il se délassoit de ses fatigues et qu'il
prenoit de nouvelles forces pour soutenir
le poids d'un travail continuel , G'étoit
aux pieds de Jesus - Christ qu'il portoit
ses tendres inquiétudes pour une
Congrégation qui a eté principalement
établie , afin de faire connoître et aimer
ce divin Sauveur. Il consultoit sans cesse
la Sagesse incarnée , qui est la lumiere
des Esprits , et il faisoit voir dans toute
sa conduite combien son commerce avec
ce Maître invisible , étoit intime et familier.
La tendresse du R. P. de la Tour pour
tous les Sujets de sa Congrégation ne se
terminoit pas à des soins généraux à l'égard
640 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui étoient sous ses yeux.
Il ajoutoit sa vigilance à celles des Supericurs
, envers les malades qu'il visitoit
très-souvent. Il ne s'en tenoit point
à une stérile compassion , qui ne
vient quelquefois que d'un retour sur
soi-même , il ouvroit le chemin à des
consolations spirituelles par certaines
questions obligeantes , dont les malades
sentent tout le prix.
Je ne le suivrai point , M. dans toutes
les autres pratiques de pieté , ni dans
les augustes fonctions du Sacerdoce . Je
me contenterai de vous dire que l'esprit
de Religion les animoit toutes. Il étoit
aisé d'appercevoir qu'il étoit tout pénetré
de cet esprit qui donne le prix à nos
actions. Il n'en évitoit pas moins toute
singularité . On n'en remarquoit point
d'autre en lui , que celle de marcher toujours
d'un pas égal dans le chemin de la
Vertu. Comme il étoit par état le modele
d'une Congrégation entiere , il ne
laissoit voir que ce qui devoit être imité
de tous .
Il manqueroit un trait essentiel à la
foible esquisse que j'ai l'honneur de vous
envoyer , M. si j'oubliois que personne
n'avoit plus de qualitez pour se faire des
amis et pour les conserver . Son titre de
Superieur
AVRIL. 1733
641
Superieur ne le priva point des douceurs
d'une amitié intime , qu'il accorda à plusieurs
Sujets de la Congrégation . Sa charité
pour tous prenoit cette forme pour
des personnes dont le mérite approchoit
de plus près du sien , Cette disposition
à cultiver une vertu , dont le nom est
infiniment plus commun que la chose ,'
lui fit contracter au- dehors des amitiez
illustres , dont la seule mort a été le terme
inévitable.
per- Voilà , M. une légere idée de la
sonne que nous pleurons : Peinture trop
foible et trop imparfaite pour un Eloge ,
mais suffisante pour justifier l'étendue de
notre douleur, Les Amateurs de la probité
pleurent un modele , les Admirateurs
du mérite regrettent un homme
rare , les Personnes pieuses un guide
sûr et fidele , les Sujets de l'Oratoire ,
un Pere tendre et compatissant , la Congrégation
, son Protecteur et son plus
ferme appui .
2
Sa mort ne fut pas plutôt sçûë , qu'il
n'y eut personne de ceux qui sont éclairez
sur les veritables interêts de leur Corps ,
qui ne s'écriât comme Elisée lorsqu'Èlic
se sépara de lui . O mon Pere , mon Pere ;
vous nous êtes donc enlevé , vous qui étiez
le Char d'Israël et son Conducteur. Nous.
demeu842
MERCURE DE FRANCE
> demeurâmes saisis , consternez comme
si ce présent du Ciel nous avoit été donné
pour toûjours. Personne n'a refléchi
d'abord sur les avantages que l'illustre
mort acqueroit en quittant cette vie.
Nous n'avons été occupez jusqu'à présent
que de notre malheur."
Daigne le Ciel , si la Congrégation lui
est toujours chere , susciter un Elisée , en
qui l'efprit d'Elie se reproduise . Un homme
de Dieu dont la sage conduite soit
une imitation , ou plutôt une copie fidele
de celle à qui nous devons notre conservation
.
G. P. D. L.
A Caën , le 28. Février 1733 .
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën, sur la Mort du R. P. de la Tour, Superieur General de la Congrégation de l'Oratoire.
Le texte est un extrait d'une lettre écrite à Caen en avril 1733, annonçant la mort du Père de la Tour, supérieur général de la Congrégation de l'Oratoire. Le Père de la Tour est présenté comme un homme aux talents et qualités exceptionnels, dépassant largement les attentes. Son enfance a été marquée par des succès littéraires et une éducation soignée, favorisée par la noblesse et la piété de ses parents. À l'âge de 17 ans, il a brillamment soutenu des thèses publiques en philosophie sous la direction de M. Cally à Caen. Entré dans la Congrégation de l'Oratoire, il s'est rapidement libéré des préjugés grâce à son esprit pénétrant et à son étude approfondie de la religion. Ses sermons, caractérisés par un style pur et une déclamation douce, ont été très appréciés à Paris. Sa réputation de prédicateur et de directeur spirituel a rapidement grandi, attirant tant des pécheurs que des personnes déjà pieuses. Le Père de la Tour a été choisi pour succéder au Père de Sainte-Marthe en tant que supérieur général de l'Oratoire. Sa noblesse, son éducation et ses qualités personnelles en faisaient un candidat idéal pour diriger une congrégation protégée par les plus hautes instances de l'Église et de l'État. Sa gestion a été marquée par une grande douceur et une sévérité mesurée, toujours accompagnée de politesse et d'humanité. Il était également connu pour sa générosité et son désintéressement, aidant de nombreuses familles dans le besoin sans chercher de reconnaissance. Son usage du crédit et de son influence a toujours été au service de l'innocence et des causes justes. Malgré des offres pour des postes épiscopaux, il a préféré rester à son poste à l'Oratoire, démontrant ainsi son attachement et son dévouement à la congrégation. Sa sagesse et sa connaissance des lois et de la morale ont fait de lui une ressource précieuse pour les décisions importantes. Le Père de la Tour était reconnu pour sa vigilance contre les préoccupations et ses rares qualités de gouvernance, lui valant la confiance de toute la Congrégation. Ses mérites incluaient une pénétration d'esprit, une étendue de génie, une abondance de lumières et une connaissance profonde des hommes. Il était admiré pour sa sagesse et son humilité, évitant toute affectation et préférant la simplicité en toutes choses. Sa piété et sa dévotion étaient constantes, trouvant dans la communication avec Dieu un réconfort et une force pour ses responsabilités. Il était également connu pour sa tendresse et sa vigilance envers les membres de sa Congrégation, notamment les malades. Sa capacité à se faire des amis et à les conserver était remarquable. Sa mort a été profondément regrettée par tous ceux qui le connaissaient, laissant un vide immense dans la Congrégation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6847
p. 238-279
Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Début :
Le Royaume de Siam a plus de trois cens lieües de [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Grands seigneurs, Siamois, Talapoins, Siam, Porte, Peuple, Idoles, Fruits, Terre, Corps, Hommes, Prince, Dieux, Ville, Mer, Maisons, Moeurs, Éléphants, Étrangers, Figure, Fruit, Habits, Officiers, Royaume, Orient, Rivière, Eaux, Chair, Écorce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
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Résumé : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama s'étend sur plus de trois cents lieues du nord au sud et est bordé par le Pégu au nord, la mer du Gange au sud, le petit État de Malaca à l'ouest, et les montagnes à l'est, qui le séparent de la Camboye et de Laros. Situé jusqu'au dix-huitième degré de latitude septentrionale, le royaume est avantageusement situé entre deux mers, facilitant les échanges avec les pays voisins grâce à l'étendue de ses côtes, qui mesurent cinq à six cents lieues de tour. Le royaume est divisé en onze provinces gouvernées par des gouverneurs nommés par le roi. La province de Siam est la principale et donne son nom au royaume ainsi qu'à la ville capitale, située sur la rivière de Menan, qui provient du lac de Chiamay et permet aux vaisseaux de naviguer jusqu'aux portes de Siam, malgré la distance de plus de soixante lieues de la mer. La capitale est bien fortifiée et construite sur l'eau, semblable à Venise, et abrite une grande diversité de nations parlant jusqu'à vingt langues différentes. Le pays est fertile grâce aux inondations causées par les pluies durables de trois à quatre mois, qui noient les campagnes et favorisent la culture du riz, le principal aliment des Siamois. Malgré cette fertilité, de nombreuses terres restent incultes faute de main-d'œuvre ou par la paresse des habitants. Les plaines et forêts servent de refuge à divers animaux sauvages. Le royaume est riche en fruits, notamment le durion, les jacquiers, les mangoustans, la manque et l'areca, ce dernier étant utilisé pour ses propriétés digestives et socialement important dans les échanges de civilité. Les Siamois sont de peau olivâtre, ont un nez court et un naturel doux et affable. Ils valorisent le repos et délèguent le travail à leurs esclaves. Leur mode de vie est marqué par une pauvreté tranquille, et ils se vêtent simplement, souvent pieds nus. Les maisons sont construites sur pilotis pour se protéger des inondations. La nourriture principale est le riz et les fruits, bien que la viande soit consommée occasionnellement. Les Siamois n'ont pas d'exercices physiques ou intellectuels spécifiques et leur médecine repose sur des remèdes traditionnels et la magie. Le gouvernement est monarchique et bien régulé, avec un roi absolu qui consulte parfois les grands seigneurs pour les décisions importantes. Le roi se montre rarement au peuple et est entouré d'une garde de trois cents hommes. Il a de nombreuses concubines et se déplace de manière majestueuse, soit par terre avec des éléphants, soit par eau avec des galères ornées. Les cérémonies royales visent à maintenir la vénération du peuple pour la majesté royale. À la mort du roi, son frère aîné ou son fils aîné lui succède, jamais une fille. Le royaume est ouvert aux étrangers, qui peuvent s'y établir ou commercer librement, à condition de respecter l'État. Chaque nation étrangère a un chef et un protecteur particulier pour prévenir les désordres. Les étrangers doivent renouveler annuellement leur serment de fidélité au roi lors d'une cérémonie solennelle. Le royaume permet la pratique de toutes les religions, attirant ainsi de nombreux étrangers dont la présence est bénéfique pour le commerce. Les Siamois croient en une pluralité de dieux et estiment que chaque divinité exige des cultes différents. Cette diversité rend difficile leur conversion à d'autres religions. Ils reconnaissent la validité de la religion chrétienne mais refusent de rejeter les autres croyances, estimant que toutes honorent les dieux. Les Siamois possèdent de nombreuses idoles de grande taille, souvent dorées et placées dans des temples somptueux et solides, similaires aux églises. Ces temples comportent des galeries avec des idoles de diverses figures et des portes dorées. Les sacrifices aux dieux sont accompagnés de torches, de fleurs et de feux d'artifice. Les Talapoins, ou sacrificateurs, sont nombreux et portent des habits jaunes distinctifs. Ils vivent en communauté, jeûnent souvent et se consacrent à la prière et aux offrandes. Les femmes religieuses, vêtues de blanc, peuvent quitter leur vie monastique à leur convenance. Les Siamois croient en la survie de l'âme après la mort et amassent des trésors pour l'au-delà. Les funérailles sont magnifiques et durent parfois une année entière, avec des cérémonies élaborées et des feux d'artifice. Les mariages parmi les riches sont somptueux mais sans cérémonies religieuses. Les biens sont partagés entre les Talapoins, le roi et les enfants après la mort du propriétaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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« Vous remarquerez, Madame, que dans la Ballade à [...] »
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Vous remarquerez, Madame, que dans la Ballade à [...]
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Mégarde
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texteReconnaissance textuelle : « Vous remarquerez, Madame, que dans la Ballade à [...] »
ous remarquerez , Ma.
dame , que dans la Ballade à
laquelle celle- cy fert de Ré .
ponſe, & que je vous envoyay le dernier mois , on
a mis par mégarde,
D'encombriers vous fortez fans
furie.
Il falloit mettre,
D'encombriers vous fortezfans
faërie.
dame , que dans la Ballade à
laquelle celle- cy fert de Ré .
ponſe, & que je vous envoyay le dernier mois , on
a mis par mégarde,
D'encombriers vous fortez fans
furie.
Il falloit mettre,
D'encombriers vous fortezfans
faërie.
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6849
p. 231
« Voicy encore un Sonnet sur le même sujet, que je mets [...] »
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Voicy encore un Sonnet sur le même sujet, que je mets [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Voicy encore un Sonnet sur le même sujet, que je mets [...] »
Voicy encore unSonnet fur
le même ſujet , que je mets
avec conno flance de cauſe , au
nombre des meilleurs que j'aye
reçû ce mois- cy. Il eſt de la
façon de M Thierry, Commi
de M. de Montargis .
le même ſujet , que je mets
avec conno flance de cauſe , au
nombre des meilleurs que j'aye
reçû ce mois- cy. Il eſt de la
façon de M Thierry, Commi
de M. de Montargis .
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