A MADEMOISELLE ***
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.