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p. 113-127
SÉANCE publique de la Société Littéraire d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
Début :
M. FOACIER DE RUZÉ, Avocat Général du Conseil d'Artois, Directeur [...]
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
SÉANCE publique de la Société Littéraire
d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
M. FOACIER DE RUZÉ, Avocat
Général du Conseil d'Artois, Directeur
de la Société , fit l'ouverture de cette
Séance par un Difcours qui avoit pour
titre, de l'influence des Arts & des Scien-
ces fur le ftyle. Il commença par y
expofer quelle a été l'origine de l'Elo-
cution , & en quoi elle confifte. » Mais ,
» ajouta-t-il , l'Art de bien dire eft-il
»le fruit de quelque méthode ? La
» Rhétorique détaille bien les couleurs
qu'on peut employer , enfeigne l'u-
" fage qu'on en doit faire , nous ap-
» prend que l'harmonie doit regner
» dans l'affortiment des Phraſes
» manière
de
que l'on fente en elles une
»fuite marquée , un enchaînement qui
» en conftitue l'unité, par des rapports
114 MERCURE DE FRANCE .
» mutuels. Elle exige le même concert
» dans la fuite des mots qui compofent
la phrafe ; elle veut qu'on leur donne
» du nombre & de la cadence ; mais
» avec ces fecours , le Rhéreur n'eft
» pas encore un homme éloquent. Eft-
» il une méthode qui puifle enfanter
»l'expreffion & l'harmonie , & qui
» donne le moyen de faire un enfemble
» de toutes les parties du ftyle ? Les
» préceptes ne conduifent fouvent qu'à
» des lieux communs , qui bientôt font
" épuifés. Que le Rhéteur cultive les
» Arts & les Sciences ; il aura tous les
» tréfors fous la main. Des connoif-
» fances acquifes lui fourniront de bel-
» les images , & lui donneront une
» idée d'ordre & de fymmétrie , qu'il
communiquera fans effort à ſon ſtyle .
» Heureufe néceffité qui oblige le Lit-
» terateur à devenir fçavant !
Nous ajouterons à cette citation plu-
fieurs exemples qu'apporta M. de R.
pour prouver & développer fa propo-
fition.
» Un homme de Lettres , qui s'eſt li-
" vré à l'étude de la Méchanique , vou-
» droit décrire un Gouvernement quel-
» conque. Il fe peint une vafte machi-
»ne , compofée d'une infinité
de
JUILLET. 1764.
115
> roues , qu'un feul reffort met en
» mouvement. Le maintien de chaque
» état , relativement à ceux qui l'envi-
ronnent , forme , felon lui , un bel
» équilibre ; & cet équilibre réfulte du
point d'appui qu'ils fe donnent les uns
aux autres.
» Quelles font les idées , lorfqu'elles
» fe transforment dans ce que la Pein-
» ture & la Sculpture ont de gracieux
& de fublime ! qu'il lui aiſé eft d'em-
» ployer le cifeau & le pinceau , pour
donner du corps & de la couleur à
» fes pensées.
» L'Optique fert à définir la préven-
» tion. Ne dit-on pas qu'elle produit le
» même effet que ces verres colorés qui
» font voir les objets tout autres qu'ils
» ne font ? Le Littérateur ne fait- il
» pas ufage avec fuccès , du Teleſcope ,
» des Points de vue , de la Perfpective ,
,, & de la réunion de plufieurs rayons ,
pour en former un corps de lumière ?
» Comment mefurer des êtres abf-
» traits , donner , pour ainfi dire , une
forme fpirituelle à la matière , fi l'on
ignore la Métaphyfique ?
Cepen-
» dant on ne plaît fouvent que par cet
» Art. C'eft ainfi que l'on exprime les
» révolutions de la nature , ou les rap-
16 MERCURE DE FRANCE .
»ports qu'elles peuvent avoir avec les
» mouvemens de notre âme. N'eft- ce
» pas une expreffion confacrée à l'élo-
"quence de dire que la mer eft en fu
» reur , pour faire fentir qu'elle eft vio-
"
» lemment agitée ? Sans être Philoſo-
» phe , on ne peut fe promettre quelque
"
» réuffite dans cette manière d'écrire.
M. le Marquis de la Ferté , Chance-
lier , lut un Difcours fur l'Hiftoire. Il
démontra combien l'étude en eft utile
à tous les hommes , & furtout aux Sou-
verains. Après quoi ,
il entra dans
l'examen des qualités que doit poffé
der un Hiſtorien , en qui il exige prin-
cipalement la plus exacte impartialité ,
la connoiffance des mœurs , des ufages ,
& de la forme des Gouvernemens ; un
difcernement exquis , une pénétration
capable de dévoiler , autant qu'il eft
poffible , les caufes des événemens
mais fans ce rafinement qui veut ren-
dre raifon de tout , & attribue fouvent
aux refforts de la politique les effets
d'un caprice ou du hazard ; enfin cet
efprit d'ordre qui donne aux faits qu'on
a à décrire l'arrangement le plus con-
venable & la liaifon la plus naturelle.
M. l'Abbé de Gafton , Chanoine de
la Cathédrale , nouvellement reçu dans
JUILLET. 1764.
117
la Compagnie , fit fon remercîment ,
& lut enfuite un Difcours fur le Tra-
vail , dont il prouva la néceffité & les
avantages. » Chacun des hommes , dit-
» il, peut être utile à la Société par quel-
» que efpèce de travail ; & celui qui
» ne lui rend pas à proportion de ce
» qu'il en reçoit , devroit être retran-
» ché du Corps politique , comme un
» membre ftérile , qui profite d'un fuc
» deſtiné à porter ailleurs l'efprit & la
» vie....
" Tout dans la nature ne femble-t-il
» pas nous dire que le travail eft d'obli-
» gation ? Il eſt un principe de vie &
» d'action répandu dans tout l'Univers.
" Les Aftres qui nous éclairent font
»dans un mouvement continuel. La
" Terre n'eft jamais , à proprement par-
» ler , dans un état de repos : elle tra-
» vaille au milieu du calme de la nuit ;
» & lors même qu'un hyver rigoureux
»paroît lui ôter fa vigueur , & la con-
» damner à la plus grande inertie , il fe
» fait dans fon fein mille fermentations
»fecrettes. Toutes fes parties agiffent
» les unes fur les autres , par des rap-
» ports & des combinaiſons , dont l'ef-
» fet eft d'enrichir la main qui facilite
fes opérations....
118 MERCURE DE FRANCE .
Que d'animaux , à qui l'instinct tient
»lieu de raifon , nous offrent des le-
!
» Çons , en travaillant fans relâche I
» le Caſtor , dédaignant les afyles que
»lui offre le hazard , fe pratique , à
"
» force de foins & d'activité , une ha-
» bitation dont les proportions & la
»folidité font l'admiration des hom-
» mes. La diligente abeille rejette de
» fa fociété toute ouvriere indolente &
» pareffeufe. Tout porte l'empreinte de
»l'harmonie & de la légiflation qui re-
> gnent dans ces petites républiques.
» Le lever du Soleil eft le fignal qui
» anime les Abeilles au travail : chacu-
» ne dirige fa courfe dans les campa-
» gnes : il n'eft pas une fleur , pas une
» plante odoriférante , qui foit à l'abri
» de leurs larcins ; & le Sage qui les
"
» admire les voit revenir chargées d'un
précieux butin , qu'elles difpofent
» fans trouble & fans confufion , dans
» des cellules conftruites avec l'art le
» plus merveilleux .
M. l'Abbé de Gafton paffa de ces
exemples à des principes plus directe-
ment relatifs aux hommes , pour les
convaincre qu'ils font tous obligés de
travailler foit de corps , foit d'efprit , fe-
lon leur tempérament , leur naiffance ,
JUILLET, 1764.
119
leur condition , & les circonftances où ils
fe trouvent. Il fit voir que fi les perfonnes
laborieufes font fujettes aux peines in-
féparables de l'humanité , elles évitent
beaucoup de maux auxquels les gens
oififs font bien plus expofés. Il mon-
tra que le travail prête des armes contre
l'ennui , fait diverfion au chagrin ,
écarte les attaques des paflions ; & il
dit , entre autres chofes , au fujet de
l'ennui.
Eft- ce le Philofophe qu'on
» voit embarraffé de fon être , fe déplai-
» fant toujours où il eft , voulant être
» où il n'eft pas , fans confiftence & fans
» repos , femblable à ces nuages pouffés
"
» par des vents contraires , qui n'ont
»jamais d'affiette déterminée ou de
» mouvement régulier ? D'où vient
» cette expreffion bizarre , je vais tuer
le temps ? A ce trait , vous reconnoif-
» fez fans doute le langage de l'oifiveté
» réduite à une forte de défefpoir.
" C'est par quelqu'un de fes malheu-
» reux efclaves également dignes de
» mépris & de pitié, incapables de rem-
» plir les intervalles de la vie , qu'a été
" employée , pour la première fois , cette
» façon de parler , aujourd'hui tant en
» ufage. Etrange contradiction ! l'hom-
» me pareffeux , fi fortement attaché à
#
120 MERCURE DE FRANCE .
» la vie , trouve néanmoins le temps
»
trop long ; il en eſt tourmenté com-
me d'un pefant fardeau. Il veut tuer
le temps ; & le temps le tue lui- même ,
" à force de lui faire fentir fa durée ,
tandis qu'il coule rapidement pourle
Sage , qui tâche de le retenir & de le
• fixer , & c.
» Les biens les plus folides , dit plus
» loin M. l'Abbé de G. font le partage
» de l'homme ftudieux , le travail étend
» fon être
l'univers femble s'agrandir
» pour lui , tandis que le mortel inappli-
» qué demeure toujours refferré dans le
» cercle étroit de fes idées...... Quel que
» foit le genre d'occupatión auquel fe
» dévoue le premier, la récompenfe mar-
» che à la fuite de fon travail . Jurifcon-
» fulte, il entre avec confiance dans le dé-
» dale des Loix ; & malgré les détours
» multipliés de ce labyrinthe, il remonte
» à cette première juftice, régle immua-
» ble de la Société : il apperçoit la vérité
» enveloppée fous untas de formes & de
chicanes , & il la faifit avec tranf-
» port. Hiftorien , ou feulement appli-
» qué à l'hiftoire ; il goûte un plaifir
$
fingulier à rétablir un point de chro-
» nologie , à fixer la jufte époque d'un
fait défiguré & obfcurci , fur lequel
» les
"
JUILLET. 1764.
121
les Sçavans étoient partagés . Philofo-
phe , il arrache à la Nature longtemps
» épiée un fecret quelle s'obstinoit à lui
» cacher ; & il triomphe de fa réſiſtan-
» ce. Géomètre , il parvient à la folu-
» tion d'un Problême qui piquoit fa cu-
» riofité. Aftronome , fon œil franchit ,
» à l'aide du Télefcope , des efpaces
» immenfes : il fe rapproche des Aftres,
» dont il combine les diftances & les
» opérations. Naturalifte , il apperçoit ,
» à la faveur du Microfcope , la circu-
» lation du fang dans un infecte , les
" progrès de la végétation dans une
» plante
il démêle , dans les fibres
» d'un arbriffeau , cette féve qui fournit
"la fubftance & la vie aux feuilles &
» aux fleurs ; & il éprouve , dans ces
» heureux momens , la joie extrême
"
qui faifit Archimède , après ſes pre-
» mières découvertes.
Plufieurs autres détails prouverent de
plus en plus la Thèfe de M. l'Abbé de
G. qui n'omit aucun des motifs ca-
pables d'exciter les hommes au travail.
M. Denis le jeune , Avocat , nouvel
Affocié , lut , après fon remercîment
une Differtation fur Sénéque & Corneil-
le , dont le principal objet eft d'exami-
ner quelques morceaux de la Tragédie
II. Vol.
F
$22 MERCURE DE FRANCE.
de Cinna , puifés dans Sénéque , en for
Traité de la clémence & de compa-
rer les paffages corrélatifs des deux Au-
teurs. M. Denis , plein de refpect pour le
Prince de nos Poëtes Tragiques , croit
cependant pouvoir critiquer la manière
dont Augufte reçoit, au quatriéme A&e ,
le confeil que lui donne Livie , d'eſſayer
fur Cinna ce que peut la clémence. L'Em-
pereur y reproche à cette Princeffe de
lui donner des confeils de femme il
l'accufe d'avoir trop de foibleffe ou
d'ambition
& lorfqu'elle le conjure
d'accorder à fon amour la grace qu'elle
implore ; il répond que c'est l'amour
des grandeurs qui la rend importune.
Sénéque , dont Corneille a emprunté le
difcours de Livie , dit que l'Empereur
le goûta , & qu'il en remercia fon épou-
fe. Le Poete François paroît d'autant
plus répréhenfible de n'avoir point
imité en cela fon original , que lui-
même , au cinquième Acte de fa Piéce,
fait prendre à Augufte la réfolution de
pardonner au confpirateur. Auffi , dit M.
Denis , la fcene dont il s'agit , condam-
née par le bon goût , eft- elle actuel,
lement profcrite du Théâtre ? On a en
effetfupprimé , depuis un certain temps,
dans les repréfentations de Cinna , le
'JUILLET. 1764.
123
Tôle de l'Impératrice Livie, qui ne pa-
roiffoit que dans cette même fcène , &
dans les deux dernières de la Tragédie ,
où elle n'étoit qu'un perfonnage prèf-
que oifif.
La differtation de M. Denis finit par
un parallèle du ftyle de Sénéque & de
celui de Fontenelle , que bien des gens
regardent comme affez femblables , &
entre lefquels il obferve une grande
différence. Cet Ouvrage préfentement
imprimé, fetrouve à Arras chez Nicolas,
rue S. Géri.
Après que le Directeur eut répondu ,
felon l'ufage , aux deux Récipiendaires,
M. l'Abbé Pauchet
Profeffeur de
Troifiéme au Collége d'Arras , récita
une Ode intitulée la Religion . * Cette
Piéce de Poëfie fut fuivie d'un Ouvra-
ge affez étendu , dont M. de Foffeux ,
Ecuyer du Roi fit la lecture. Ce font
des Réfléxions fur le Bonheur , en deux
parties , amenées par un Exorde , qui
Commence en ces termes :
» Si la plupart des actions de l'hom-
me font dirigées par l'inconféquence,
» & atteſtent la foibleffe qui eft fon
» partage , où cette inconféquence. &
» cette foibleffe font- elles plus mar-
* Nous nous propofonsde la rendre bientôt pu-
blique.
Fij
r24 MERCURE DE FRANCE.
" quées que dans les démarches qu'il
» fait continuellement pour parvenir au
» bonheur ? Tout fe rapporte à ce feul
but ; on ne néglige rien , on mépriſe
» les obftacles , on brave les difficul-
"
כני
tés , on entreprend tout pour fe ren-
» dre heureux ; & les moyens qu'on
» employe font prèfque toujours ceux
qui éloignent de l'objet qu'on re-
cherche avec tant d'ardeur.
» Vainement afpirons- nous dans cet-
te vie au bonheur parfait. Il eft fem-
" blable à l'ombre qui fuit devant ce
» lui qui la produit , & qui eft aflez in-
»fenfé pour efpérer de l'atteindre. C'eft
un feu follet qui voltige devant nos
yeux , nous éblouit , difparoît , &
nous replonge dans une obfcurité
plus épaiffe que celle qu'il a détruite.
» C'eft une Ifle efcarpée, dont les bords
» féduifans attirent un malheureux , qui
» vient de fauver fa vie fur les débris
» de fa fortune. Il gravit en vain con
» tre les rochers qui entourent cette
» Ifle
dans l'inftant où il croit tou-
» cher au but , la pierre qui le foute-
», noit s'écroule ; & il retombe dans
» les abîmes d'où il avoit fçu s'arra-
» cher..
M. de F. fait fentir , far beaucoup de
JUILLET. 1764.
125-
raifons , que la Médiocrité & la Probi
té font les deux feuls moyens qui pro-
curent fur la Tèrre le degré de bon-.
heur auquel on peut raifonnablement ,
prétendre. Il difcute avec foin les ob-
ftacles multipliés qu'oppofent au bon-
heur ces richeffes dont on eft fi avide
& que l'homme , dès l'âge le plus ten-
dre , apprend à regarder comme la
fource d'une félicité fuprême.»Ses yeux
» font frappés fans ceffe de l'éclat des
» fortunes brillantes : fes oreilles ne
» s'ouvrent que pour entendre exalter.
»les avantages dont elles font jouir .
» tout concourt à diriger le poinçon..
» qui grave fur la cire molle d'un jeu
» ne cœur , qu'être riche c'eft être heu-
» reux. Cette cire devient marbre , &
» le caractère eft ineffaçable.
Les grandeurs ne font pas appréciées
par M. de F. plus favorablement que
les richeffes . Il obferve fucceffivement
la pofition des Princes , des Miniftres
des Généraux , de ceux qui tiennent
les premiers rangs dans la Magiftrature ;
& il conclud que le bonheur n'eft guè-
res moins incompatible avec ces poftes
élevés , qu'avec l'indigente & les con-
ditions les plus baffes.
C Mais ce n'eft pas feulement, eu égard
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
au rang & aux emplois , que M. de F.
place le bonheur dans la médiocrité :
c'eft auffi par rapport au caractère , fur-
tout en ce qui concerne la vivacité &
la fenfibilité , & même relativement à
la meſure d'efprit & de connoiffances
dont chaque homme eft partagé.
Dans la feconde Partie • qui roule
fur la Probité , M. de F. peint ainfi le
tableau d'une famille vertueufe.»> Quelle
» félicité goûtent deux tendres époux ,
» liés fous les aufpices de la vertu , qui
» ont confondu leurs âmes , pour en
"
» former une feule , dont toutes les
» volontés font dictées par les mêmes
» Loix ! Avec quelle douceur ils fe re-
» tracent le jour heureux qui éclaira leur
» union ! Quel charme pour eux de fe
» voir renaître dans d'autres eux-mê
» mes , dont l'exiſtence refferre encore
» leur chaîne fortunée ! Ces chers re-
jettons ne voient dans leurs parens
" que de vrais amis .Une chafte épouse,
» une mère fenfible partage fon temps,
» entre l'affection qu'elle doit à fon
époux , le foin de fa maifon , & la
» première éducation de ſes enfans. Elle
" veille à la confervation des plus jeu-
» nes , & nourrit , avec l'aliment pré-
paré dans fon fein par la Nature
JUILLET. 1764.
127
» ceux à qui la molleffe de leurs orga-
» nes interdit des fucs plus nourriffans.
» Le père s'occupe à former les mœurs
» de ceux en qui la Raiſon commence
à fe développer. Les femences de
» vertu qu'il a tirées de fon propre
» cœur , pour les leur communiquer
germent fans peine dans ces âmes
fléxibles qu'une main attentive dif-
» poſe à produire un jour des fruits
qui foient la récompenfe de la cul-
ture , & c.
On lut , pour terminer la Séance ,
ane Odefurle Luxe , envoyée par M. le
Chevalier de Vauclair , Aggrégé de la
Société , & dont nous parlerions plus am❤
plement , files bornes d'un Extrait le
permettoient.
d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
M. FOACIER DE RUZÉ, Avocat
Général du Conseil d'Artois, Directeur
de la Société , fit l'ouverture de cette
Séance par un Difcours qui avoit pour
titre, de l'influence des Arts & des Scien-
ces fur le ftyle. Il commença par y
expofer quelle a été l'origine de l'Elo-
cution , & en quoi elle confifte. » Mais ,
» ajouta-t-il , l'Art de bien dire eft-il
»le fruit de quelque méthode ? La
» Rhétorique détaille bien les couleurs
qu'on peut employer , enfeigne l'u-
" fage qu'on en doit faire , nous ap-
» prend que l'harmonie doit regner
» dans l'affortiment des Phraſes
» manière
de
que l'on fente en elles une
»fuite marquée , un enchaînement qui
» en conftitue l'unité, par des rapports
114 MERCURE DE FRANCE .
» mutuels. Elle exige le même concert
» dans la fuite des mots qui compofent
la phrafe ; elle veut qu'on leur donne
» du nombre & de la cadence ; mais
» avec ces fecours , le Rhéreur n'eft
» pas encore un homme éloquent. Eft-
» il une méthode qui puifle enfanter
»l'expreffion & l'harmonie , & qui
» donne le moyen de faire un enfemble
» de toutes les parties du ftyle ? Les
» préceptes ne conduifent fouvent qu'à
» des lieux communs , qui bientôt font
" épuifés. Que le Rhéteur cultive les
» Arts & les Sciences ; il aura tous les
» tréfors fous la main. Des connoif-
» fances acquifes lui fourniront de bel-
» les images , & lui donneront une
» idée d'ordre & de fymmétrie , qu'il
communiquera fans effort à ſon ſtyle .
» Heureufe néceffité qui oblige le Lit-
» terateur à devenir fçavant !
Nous ajouterons à cette citation plu-
fieurs exemples qu'apporta M. de R.
pour prouver & développer fa propo-
fition.
» Un homme de Lettres , qui s'eſt li-
" vré à l'étude de la Méchanique , vou-
» droit décrire un Gouvernement quel-
» conque. Il fe peint une vafte machi-
»ne , compofée d'une infinité
de
JUILLET. 1764.
115
> roues , qu'un feul reffort met en
» mouvement. Le maintien de chaque
» état , relativement à ceux qui l'envi-
ronnent , forme , felon lui , un bel
» équilibre ; & cet équilibre réfulte du
point d'appui qu'ils fe donnent les uns
aux autres.
» Quelles font les idées , lorfqu'elles
» fe transforment dans ce que la Pein-
» ture & la Sculpture ont de gracieux
& de fublime ! qu'il lui aiſé eft d'em-
» ployer le cifeau & le pinceau , pour
donner du corps & de la couleur à
» fes pensées.
» L'Optique fert à définir la préven-
» tion. Ne dit-on pas qu'elle produit le
» même effet que ces verres colorés qui
» font voir les objets tout autres qu'ils
» ne font ? Le Littérateur ne fait- il
» pas ufage avec fuccès , du Teleſcope ,
» des Points de vue , de la Perfpective ,
,, & de la réunion de plufieurs rayons ,
pour en former un corps de lumière ?
» Comment mefurer des êtres abf-
» traits , donner , pour ainfi dire , une
forme fpirituelle à la matière , fi l'on
ignore la Métaphyfique ?
Cepen-
» dant on ne plaît fouvent que par cet
» Art. C'eft ainfi que l'on exprime les
» révolutions de la nature , ou les rap-
16 MERCURE DE FRANCE .
»ports qu'elles peuvent avoir avec les
» mouvemens de notre âme. N'eft- ce
» pas une expreffion confacrée à l'élo-
"quence de dire que la mer eft en fu
» reur , pour faire fentir qu'elle eft vio-
"
» lemment agitée ? Sans être Philoſo-
» phe , on ne peut fe promettre quelque
"
» réuffite dans cette manière d'écrire.
M. le Marquis de la Ferté , Chance-
lier , lut un Difcours fur l'Hiftoire. Il
démontra combien l'étude en eft utile
à tous les hommes , & furtout aux Sou-
verains. Après quoi ,
il entra dans
l'examen des qualités que doit poffé
der un Hiſtorien , en qui il exige prin-
cipalement la plus exacte impartialité ,
la connoiffance des mœurs , des ufages ,
& de la forme des Gouvernemens ; un
difcernement exquis , une pénétration
capable de dévoiler , autant qu'il eft
poffible , les caufes des événemens
mais fans ce rafinement qui veut ren-
dre raifon de tout , & attribue fouvent
aux refforts de la politique les effets
d'un caprice ou du hazard ; enfin cet
efprit d'ordre qui donne aux faits qu'on
a à décrire l'arrangement le plus con-
venable & la liaifon la plus naturelle.
M. l'Abbé de Gafton , Chanoine de
la Cathédrale , nouvellement reçu dans
JUILLET. 1764.
117
la Compagnie , fit fon remercîment ,
& lut enfuite un Difcours fur le Tra-
vail , dont il prouva la néceffité & les
avantages. » Chacun des hommes , dit-
» il, peut être utile à la Société par quel-
» que efpèce de travail ; & celui qui
» ne lui rend pas à proportion de ce
» qu'il en reçoit , devroit être retran-
» ché du Corps politique , comme un
» membre ftérile , qui profite d'un fuc
» deſtiné à porter ailleurs l'efprit & la
» vie....
" Tout dans la nature ne femble-t-il
» pas nous dire que le travail eft d'obli-
» gation ? Il eſt un principe de vie &
» d'action répandu dans tout l'Univers.
" Les Aftres qui nous éclairent font
»dans un mouvement continuel. La
" Terre n'eft jamais , à proprement par-
» ler , dans un état de repos : elle tra-
» vaille au milieu du calme de la nuit ;
» & lors même qu'un hyver rigoureux
»paroît lui ôter fa vigueur , & la con-
» damner à la plus grande inertie , il fe
» fait dans fon fein mille fermentations
»fecrettes. Toutes fes parties agiffent
» les unes fur les autres , par des rap-
» ports & des combinaiſons , dont l'ef-
» fet eft d'enrichir la main qui facilite
fes opérations....
118 MERCURE DE FRANCE .
Que d'animaux , à qui l'instinct tient
»lieu de raifon , nous offrent des le-
!
» Çons , en travaillant fans relâche I
» le Caſtor , dédaignant les afyles que
»lui offre le hazard , fe pratique , à
"
» force de foins & d'activité , une ha-
» bitation dont les proportions & la
»folidité font l'admiration des hom-
» mes. La diligente abeille rejette de
» fa fociété toute ouvriere indolente &
» pareffeufe. Tout porte l'empreinte de
»l'harmonie & de la légiflation qui re-
> gnent dans ces petites républiques.
» Le lever du Soleil eft le fignal qui
» anime les Abeilles au travail : chacu-
» ne dirige fa courfe dans les campa-
» gnes : il n'eft pas une fleur , pas une
» plante odoriférante , qui foit à l'abri
» de leurs larcins ; & le Sage qui les
"
» admire les voit revenir chargées d'un
précieux butin , qu'elles difpofent
» fans trouble & fans confufion , dans
» des cellules conftruites avec l'art le
» plus merveilleux .
M. l'Abbé de Gafton paffa de ces
exemples à des principes plus directe-
ment relatifs aux hommes , pour les
convaincre qu'ils font tous obligés de
travailler foit de corps , foit d'efprit , fe-
lon leur tempérament , leur naiffance ,
JUILLET, 1764.
119
leur condition , & les circonftances où ils
fe trouvent. Il fit voir que fi les perfonnes
laborieufes font fujettes aux peines in-
féparables de l'humanité , elles évitent
beaucoup de maux auxquels les gens
oififs font bien plus expofés. Il mon-
tra que le travail prête des armes contre
l'ennui , fait diverfion au chagrin ,
écarte les attaques des paflions ; & il
dit , entre autres chofes , au fujet de
l'ennui.
Eft- ce le Philofophe qu'on
» voit embarraffé de fon être , fe déplai-
» fant toujours où il eft , voulant être
» où il n'eft pas , fans confiftence & fans
» repos , femblable à ces nuages pouffés
"
» par des vents contraires , qui n'ont
»jamais d'affiette déterminée ou de
» mouvement régulier ? D'où vient
» cette expreffion bizarre , je vais tuer
le temps ? A ce trait , vous reconnoif-
» fez fans doute le langage de l'oifiveté
» réduite à une forte de défefpoir.
" C'est par quelqu'un de fes malheu-
» reux efclaves également dignes de
» mépris & de pitié, incapables de rem-
» plir les intervalles de la vie , qu'a été
" employée , pour la première fois , cette
» façon de parler , aujourd'hui tant en
» ufage. Etrange contradiction ! l'hom-
» me pareffeux , fi fortement attaché à
#
120 MERCURE DE FRANCE .
» la vie , trouve néanmoins le temps
»
trop long ; il en eſt tourmenté com-
me d'un pefant fardeau. Il veut tuer
le temps ; & le temps le tue lui- même ,
" à force de lui faire fentir fa durée ,
tandis qu'il coule rapidement pourle
Sage , qui tâche de le retenir & de le
• fixer , & c.
» Les biens les plus folides , dit plus
» loin M. l'Abbé de G. font le partage
» de l'homme ftudieux , le travail étend
» fon être
l'univers femble s'agrandir
» pour lui , tandis que le mortel inappli-
» qué demeure toujours refferré dans le
» cercle étroit de fes idées...... Quel que
» foit le genre d'occupatión auquel fe
» dévoue le premier, la récompenfe mar-
» che à la fuite de fon travail . Jurifcon-
» fulte, il entre avec confiance dans le dé-
» dale des Loix ; & malgré les détours
» multipliés de ce labyrinthe, il remonte
» à cette première juftice, régle immua-
» ble de la Société : il apperçoit la vérité
» enveloppée fous untas de formes & de
chicanes , & il la faifit avec tranf-
» port. Hiftorien , ou feulement appli-
» qué à l'hiftoire ; il goûte un plaifir
$
fingulier à rétablir un point de chro-
» nologie , à fixer la jufte époque d'un
fait défiguré & obfcurci , fur lequel
» les
"
JUILLET. 1764.
121
les Sçavans étoient partagés . Philofo-
phe , il arrache à la Nature longtemps
» épiée un fecret quelle s'obstinoit à lui
» cacher ; & il triomphe de fa réſiſtan-
» ce. Géomètre , il parvient à la folu-
» tion d'un Problême qui piquoit fa cu-
» riofité. Aftronome , fon œil franchit ,
» à l'aide du Télefcope , des efpaces
» immenfes : il fe rapproche des Aftres,
» dont il combine les diftances & les
» opérations. Naturalifte , il apperçoit ,
» à la faveur du Microfcope , la circu-
» lation du fang dans un infecte , les
" progrès de la végétation dans une
» plante
il démêle , dans les fibres
» d'un arbriffeau , cette féve qui fournit
"la fubftance & la vie aux feuilles &
» aux fleurs ; & il éprouve , dans ces
» heureux momens , la joie extrême
"
qui faifit Archimède , après ſes pre-
» mières découvertes.
Plufieurs autres détails prouverent de
plus en plus la Thèfe de M. l'Abbé de
G. qui n'omit aucun des motifs ca-
pables d'exciter les hommes au travail.
M. Denis le jeune , Avocat , nouvel
Affocié , lut , après fon remercîment
une Differtation fur Sénéque & Corneil-
le , dont le principal objet eft d'exami-
ner quelques morceaux de la Tragédie
II. Vol.
F
$22 MERCURE DE FRANCE.
de Cinna , puifés dans Sénéque , en for
Traité de la clémence & de compa-
rer les paffages corrélatifs des deux Au-
teurs. M. Denis , plein de refpect pour le
Prince de nos Poëtes Tragiques , croit
cependant pouvoir critiquer la manière
dont Augufte reçoit, au quatriéme A&e ,
le confeil que lui donne Livie , d'eſſayer
fur Cinna ce que peut la clémence. L'Em-
pereur y reproche à cette Princeffe de
lui donner des confeils de femme il
l'accufe d'avoir trop de foibleffe ou
d'ambition
& lorfqu'elle le conjure
d'accorder à fon amour la grace qu'elle
implore ; il répond que c'est l'amour
des grandeurs qui la rend importune.
Sénéque , dont Corneille a emprunté le
difcours de Livie , dit que l'Empereur
le goûta , & qu'il en remercia fon épou-
fe. Le Poete François paroît d'autant
plus répréhenfible de n'avoir point
imité en cela fon original , que lui-
même , au cinquième Acte de fa Piéce,
fait prendre à Augufte la réfolution de
pardonner au confpirateur. Auffi , dit M.
Denis , la fcene dont il s'agit , condam-
née par le bon goût , eft- elle actuel,
lement profcrite du Théâtre ? On a en
effetfupprimé , depuis un certain temps,
dans les repréfentations de Cinna , le
'JUILLET. 1764.
123
Tôle de l'Impératrice Livie, qui ne pa-
roiffoit que dans cette même fcène , &
dans les deux dernières de la Tragédie ,
où elle n'étoit qu'un perfonnage prèf-
que oifif.
La differtation de M. Denis finit par
un parallèle du ftyle de Sénéque & de
celui de Fontenelle , que bien des gens
regardent comme affez femblables , &
entre lefquels il obferve une grande
différence. Cet Ouvrage préfentement
imprimé, fetrouve à Arras chez Nicolas,
rue S. Géri.
Après que le Directeur eut répondu ,
felon l'ufage , aux deux Récipiendaires,
M. l'Abbé Pauchet
Profeffeur de
Troifiéme au Collége d'Arras , récita
une Ode intitulée la Religion . * Cette
Piéce de Poëfie fut fuivie d'un Ouvra-
ge affez étendu , dont M. de Foffeux ,
Ecuyer du Roi fit la lecture. Ce font
des Réfléxions fur le Bonheur , en deux
parties , amenées par un Exorde , qui
Commence en ces termes :
» Si la plupart des actions de l'hom-
me font dirigées par l'inconféquence,
» & atteſtent la foibleffe qui eft fon
» partage , où cette inconféquence. &
» cette foibleffe font- elles plus mar-
* Nous nous propofonsde la rendre bientôt pu-
blique.
Fij
r24 MERCURE DE FRANCE.
" quées que dans les démarches qu'il
» fait continuellement pour parvenir au
» bonheur ? Tout fe rapporte à ce feul
but ; on ne néglige rien , on mépriſe
» les obftacles , on brave les difficul-
"
כני
tés , on entreprend tout pour fe ren-
» dre heureux ; & les moyens qu'on
» employe font prèfque toujours ceux
qui éloignent de l'objet qu'on re-
cherche avec tant d'ardeur.
» Vainement afpirons- nous dans cet-
te vie au bonheur parfait. Il eft fem-
" blable à l'ombre qui fuit devant ce
» lui qui la produit , & qui eft aflez in-
»fenfé pour efpérer de l'atteindre. C'eft
un feu follet qui voltige devant nos
yeux , nous éblouit , difparoît , &
nous replonge dans une obfcurité
plus épaiffe que celle qu'il a détruite.
» C'eft une Ifle efcarpée, dont les bords
» féduifans attirent un malheureux , qui
» vient de fauver fa vie fur les débris
» de fa fortune. Il gravit en vain con
» tre les rochers qui entourent cette
» Ifle
dans l'inftant où il croit tou-
» cher au but , la pierre qui le foute-
», noit s'écroule ; & il retombe dans
» les abîmes d'où il avoit fçu s'arra-
» cher..
M. de F. fait fentir , far beaucoup de
JUILLET. 1764.
125-
raifons , que la Médiocrité & la Probi
té font les deux feuls moyens qui pro-
curent fur la Tèrre le degré de bon-.
heur auquel on peut raifonnablement ,
prétendre. Il difcute avec foin les ob-
ftacles multipliés qu'oppofent au bon-
heur ces richeffes dont on eft fi avide
& que l'homme , dès l'âge le plus ten-
dre , apprend à regarder comme la
fource d'une félicité fuprême.»Ses yeux
» font frappés fans ceffe de l'éclat des
» fortunes brillantes : fes oreilles ne
» s'ouvrent que pour entendre exalter.
»les avantages dont elles font jouir .
» tout concourt à diriger le poinçon..
» qui grave fur la cire molle d'un jeu
» ne cœur , qu'être riche c'eft être heu-
» reux. Cette cire devient marbre , &
» le caractère eft ineffaçable.
Les grandeurs ne font pas appréciées
par M. de F. plus favorablement que
les richeffes . Il obferve fucceffivement
la pofition des Princes , des Miniftres
des Généraux , de ceux qui tiennent
les premiers rangs dans la Magiftrature ;
& il conclud que le bonheur n'eft guè-
res moins incompatible avec ces poftes
élevés , qu'avec l'indigente & les con-
ditions les plus baffes.
C Mais ce n'eft pas feulement, eu égard
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
au rang & aux emplois , que M. de F.
place le bonheur dans la médiocrité :
c'eft auffi par rapport au caractère , fur-
tout en ce qui concerne la vivacité &
la fenfibilité , & même relativement à
la meſure d'efprit & de connoiffances
dont chaque homme eft partagé.
Dans la feconde Partie • qui roule
fur la Probité , M. de F. peint ainfi le
tableau d'une famille vertueufe.»> Quelle
» félicité goûtent deux tendres époux ,
» liés fous les aufpices de la vertu , qui
» ont confondu leurs âmes , pour en
"
» former une feule , dont toutes les
» volontés font dictées par les mêmes
» Loix ! Avec quelle douceur ils fe re-
» tracent le jour heureux qui éclaira leur
» union ! Quel charme pour eux de fe
» voir renaître dans d'autres eux-mê
» mes , dont l'exiſtence refferre encore
» leur chaîne fortunée ! Ces chers re-
jettons ne voient dans leurs parens
" que de vrais amis .Une chafte épouse,
» une mère fenfible partage fon temps,
» entre l'affection qu'elle doit à fon
époux , le foin de fa maifon , & la
» première éducation de ſes enfans. Elle
" veille à la confervation des plus jeu-
» nes , & nourrit , avec l'aliment pré-
paré dans fon fein par la Nature
JUILLET. 1764.
127
» ceux à qui la molleffe de leurs orga-
» nes interdit des fucs plus nourriffans.
» Le père s'occupe à former les mœurs
» de ceux en qui la Raiſon commence
à fe développer. Les femences de
» vertu qu'il a tirées de fon propre
» cœur , pour les leur communiquer
germent fans peine dans ces âmes
fléxibles qu'une main attentive dif-
» poſe à produire un jour des fruits
qui foient la récompenfe de la cul-
ture , & c.
On lut , pour terminer la Séance ,
ane Odefurle Luxe , envoyée par M. le
Chevalier de Vauclair , Aggrégé de la
Société , & dont nous parlerions plus am❤
plement , files bornes d'un Extrait le
permettoient.
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2
p. 128-133
MÉMOIRE sur le CANAL de BOURGOGNE qui a remporté le Prix de l'Académie de DIJON en 1763, par M.THOMAS DUMOREY, Ingénieur Ordinaire du Roi, & en Chef des Etats de Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ, Imprimeur Ordinaire du Roi, & du Clergé de France. 1764.
Début :
CE Mémoire répond parfaitement aux vues de l'Académie qui avoit proposé [...]
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur le CANAL de BOURGOGNE qui a remporté le Prix de l'Académie de DIJON en 1763, par M.THOMAS DUMOREY, Ingénieur Ordinaire du Roi, & en Chef des Etats de Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ, Imprimeur Ordinaire du Roi, & du Clergé de France. 1764.
MÉMOIRE sur le CANAL de BOURGOGNE
qui a remporté le Prix de l'Académie
de DIJON en 1763, par M.THOMAS
DUMOREY, Ingénieur Ordinaire
du Roi, & en Chef des Etats de
Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ,
Imprimeur Ordinaire du
Roi, & du Clergé de France. 1764.
CE Mémoire répond parfaitement
aux vues de l'Académie qui avoit proposé
de déterminer relativementà laBour-
gogne , les avantages & les défavantages
du Canal projette dans cette Province
pour la communication des deux Mers ,
par la jonction de la Saône à la Seine.
Dans cet éxamen l'Auteur adopte le
Projet de M. Abeille, Projet vérifié par M.
Gabriel en préfence des Commiffaires
des Etats de Bourgogne, & depuis par des
Commiffaires députés de la Cour . La pof-
fibilité du Canal, la facilité même & la
fomme de la dépenfe, eftimée à dix mil-
lions , font affirmées dans leur rapport.
C'eft mal-a - propos qu'on s'eft avifé de-
puis peu d'attribuer ce Projet à M. d'Ef-
JUILLET. 1764.
129
pinally , qui de même que l'Auteur de
ce Mémoire n'a fait que l'adopter &
n'a eu aucune part aux travaux immen-
fes d'après lefquels M. Abeille a formé fon
Plan qu'il publia en 1727.On ne peut trop
louer M. Dumorey d'avoir le courage de
dire la vérité & de rendre juftice à qui
elle appartient. Ce même amour du vrai
& du bien Public fe fait remarquer dans
l'examen judicieux que fait l'Auteur
de quelques défavantages inévitables
qu'entraîneroit la conftruction de ce
Canal : il en arrive néceffairement dans
toutes les grandes entrepriſes ; mais il
démontre que ces défavantages ne font
rien , comparés à l'utilité marquée , gé→
nérale & conftante qui réfulteroit de ce
ce même Canal , non feulement pour la
Bourgogne , mais pour plufieurs Provin-
ces du Royaume , & furtout pour la
Capitale. Ce Mémoire qui eft écrit avec
beaucoup de fageffe , de précifion & de
clarté, eft du petit nombre de ceux qu'on
ne peut extraire fans leur faire tort. Tout
y eft lié , tout y eft conféquent , touty
eft démontré. M. Dumorey n'y perd
jamais de vue le bien de l'Etat en gé-
néral & de la Bourgogne en particulier.
Le cœur patriotique qui lui a fait en
treprendre ce travail lui fait fouhaiters
F v
130 MERCURE DE FRANCE:
que l'idée qu'il a conçue des avantages de
ce Canalpuiffe s'etendre &fe communiquer
aux Citoyens capables de l'accréditer, de
Pappuyer& de la réaliſer. C'est pour en-
trer dans fes vues que nous croyons de-
voir recommander la lecture d'un ou
vrage (Gratum opus Patria ) qui a pour
but d'augmenter la gloire & la puiffance
du Prince , celle de l'Etat & le bon-
heur de fes Sujets.On y trouve en même
tems les vues les plus judicieufes fur
les précautions à prendre pour la conf-
truction de ce Canal & les confeils les
plus fages pout ce qui en regarde l'admi-
niftration. Nous nous bornerons à en
donner un exemple , les avantages du
Canal , dit l'Auteur , feroient d'autant
plus grands pour les Propriétaires , les
Cultivateurs & les Négocians , que les
Impôts fur les Marchandifes feroient
plus modiques. Je ne crois pas même
qu'on puiffe envisager l'excès de leurpro-
duit comme un bien , furtout
s'ils
étoient levés par une Compagnie de
Traitans. La faine politique nous ap-
prend que ceproduit ne peut être vérita-
blement utile à la Bourgogne , que dans
le cas où il appartiendroit à cette Pro-
vince ; cette propriété augmenteroit fon
crédit , elle affureroit en même temps
JUILLET. 1764.
13
Pentretien du Canal , fans gêner la li
berté du Commerce. Quoiqu'il en foit , la
dépenfe pour l'éxécution de ce grand
projet ne pouvant être qu'une émanation
de la bienfaifance du Prince , on doit
fouhaiter que le produit n'éxcéde jamais
les fommes néceffaires pour les répara
tions annuelles . Les Rois ne placent
point fur leurs Sujets des deniers à
intérêts, ( Voyez M. de Montefquieu ,
Liv. XX. Chap. XIV. & XX. Tom. II. )
Les Réglemens de l'Académie qui
limitent l'étendue des Mémoires à une
demie- heure de lecture ont obligé l'Au-
teur de renvoyer aux Notes plufieurs au-
tres réfléxions non moins judicieufes.
Nous croyons devoir, pour l'utilité de
nos Lecteurs, tranfcrire la Note 29 toute
entière : elle finit par un avis fage qui
dans ce moment-ci mérite toute leur
attention. » Les Rois d'Egypte firent
» différens canaux dans leurs Etats ; les
Romains employerent leurs Armées à
» en conftruire dans les Pays qu'ils
» avoient fubjugués ; on a établi les
grands Canaux qui traverfent la Chine
& on les entretient aux frais des Sou-
verains de ce vafte Empire. Charle-
magne entreprit de joindre le Rhin &
le Danube. Sous Henri IV , M. de
F vj
4.
132 MERCURE DE FRANCE.
» Sulli commença un Canal pour join
» dre la Loire à la Seine par la rivière
» d'Oing ; il fut achevé par le Cardi-
» nal de Richelieu, M. le Duc d'Orléans
» Frère de Louis XIV. ordonna la
» conftruction de celui d'Orléans juf-
» qu'à Montargis ; l'établiffement de
» celui du Languedoc fut l'effet de la
"3
»
générofité de LOUIS LE GRAND
›
» pendant le Ministère de M. Colbert ;
M. le Régent en fit ouvrir un le
long de la Rivière d'Oing tendant
» de Montargis à Moret. Son objet
» a été d'affurer pendant toute l'année
» la communication de la Seine à la
" Loire
cet Ouvrage fait partie du
» Canal de Briare. Ceux de Bruges
» d'Anvers
33
>
d'Oftende
de Lille &
» tous les Canaux qui éxiftent actuél-
» lement en Flandres font l'Ouvrage
» des Princes Souverains de cette Con-
" trée. Les Etats-Généraux en ont conf-
truit un grand nombre dans l'éten-
» due des Provinces- unies. Tous ces
" faits confacrés par l'hiftoire prouvent
» que l'on n'a jamais eu recours , pour
» fournir à la dépenfe de ces fortes
دو
» d'Ouvrages , à aucune impofition par-
» ticulière fur les Peuples. Ces grands
» établiffemens ont toujours été
regar
JUILLET. 1754.
133
» dés comme des objets fi importans ,
qu'ils n'ont jamais été confiés qu'à
» l'adminiftration publique. On ne pour
» roit peut-être citer aucun exemple ,
» que des Canaux confidérables ayent
» été entièrement conftruits par des Com-
» pagnies particulières ; il en est peu
"
» dont lafortune foit affez grande pour
» répondre des fommes qu'elle pourroit
» puifer dans la confiance publique ; &
» certainement aucune qui voulût facri-
"
fier fes intérêts à celui de la Nation.
» On a vu à la vérité quelquefois des
"
Compagnies fe former pour de gran-
» des entrepriſes ; mais fouvent auffi on
» les a vu , par des économies déplacées
» & mal entendues , par des diffenfions
» ou par la difperfion des fonds faire
» échouer les projets les mieux concertés.
Le Mémoire eft dédié à S. A. S. Mon-
feigneur le Prince de Condé , Gouver-
neur de la Province de Bourgogne . Ceft
un hommage qui étoit du à ce Héros
qui ( pour nous fervir des termes de
'Auteur ) après avoir ceint fonfront de
Lauriers immortels dans les Champs de
Freidberg , eft aujourdhui le Protecteur
éclairé des talens & des Arts utiles qui
ne s'exercent heureuſement que dans le
calmé & la tranquillité publique.
qui a remporté le Prix de l'Académie
de DIJON en 1763, par M.THOMAS
DUMOREY, Ingénieur Ordinaire
du Roi, & en Chef des Etats de
Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ,
Imprimeur Ordinaire du
Roi, & du Clergé de France. 1764.
CE Mémoire répond parfaitement
aux vues de l'Académie qui avoit proposé
de déterminer relativementà laBour-
gogne , les avantages & les défavantages
du Canal projette dans cette Province
pour la communication des deux Mers ,
par la jonction de la Saône à la Seine.
Dans cet éxamen l'Auteur adopte le
Projet de M. Abeille, Projet vérifié par M.
Gabriel en préfence des Commiffaires
des Etats de Bourgogne, & depuis par des
Commiffaires députés de la Cour . La pof-
fibilité du Canal, la facilité même & la
fomme de la dépenfe, eftimée à dix mil-
lions , font affirmées dans leur rapport.
C'eft mal-a - propos qu'on s'eft avifé de-
puis peu d'attribuer ce Projet à M. d'Ef-
JUILLET. 1764.
129
pinally , qui de même que l'Auteur de
ce Mémoire n'a fait que l'adopter &
n'a eu aucune part aux travaux immen-
fes d'après lefquels M. Abeille a formé fon
Plan qu'il publia en 1727.On ne peut trop
louer M. Dumorey d'avoir le courage de
dire la vérité & de rendre juftice à qui
elle appartient. Ce même amour du vrai
& du bien Public fe fait remarquer dans
l'examen judicieux que fait l'Auteur
de quelques défavantages inévitables
qu'entraîneroit la conftruction de ce
Canal : il en arrive néceffairement dans
toutes les grandes entrepriſes ; mais il
démontre que ces défavantages ne font
rien , comparés à l'utilité marquée , gé→
nérale & conftante qui réfulteroit de ce
ce même Canal , non feulement pour la
Bourgogne , mais pour plufieurs Provin-
ces du Royaume , & furtout pour la
Capitale. Ce Mémoire qui eft écrit avec
beaucoup de fageffe , de précifion & de
clarté, eft du petit nombre de ceux qu'on
ne peut extraire fans leur faire tort. Tout
y eft lié , tout y eft conféquent , touty
eft démontré. M. Dumorey n'y perd
jamais de vue le bien de l'Etat en gé-
néral & de la Bourgogne en particulier.
Le cœur patriotique qui lui a fait en
treprendre ce travail lui fait fouhaiters
F v
130 MERCURE DE FRANCE:
que l'idée qu'il a conçue des avantages de
ce Canalpuiffe s'etendre &fe communiquer
aux Citoyens capables de l'accréditer, de
Pappuyer& de la réaliſer. C'est pour en-
trer dans fes vues que nous croyons de-
voir recommander la lecture d'un ou
vrage (Gratum opus Patria ) qui a pour
but d'augmenter la gloire & la puiffance
du Prince , celle de l'Etat & le bon-
heur de fes Sujets.On y trouve en même
tems les vues les plus judicieufes fur
les précautions à prendre pour la conf-
truction de ce Canal & les confeils les
plus fages pout ce qui en regarde l'admi-
niftration. Nous nous bornerons à en
donner un exemple , les avantages du
Canal , dit l'Auteur , feroient d'autant
plus grands pour les Propriétaires , les
Cultivateurs & les Négocians , que les
Impôts fur les Marchandifes feroient
plus modiques. Je ne crois pas même
qu'on puiffe envisager l'excès de leurpro-
duit comme un bien , furtout
s'ils
étoient levés par une Compagnie de
Traitans. La faine politique nous ap-
prend que ceproduit ne peut être vérita-
blement utile à la Bourgogne , que dans
le cas où il appartiendroit à cette Pro-
vince ; cette propriété augmenteroit fon
crédit , elle affureroit en même temps
JUILLET. 1764.
13
Pentretien du Canal , fans gêner la li
berté du Commerce. Quoiqu'il en foit , la
dépenfe pour l'éxécution de ce grand
projet ne pouvant être qu'une émanation
de la bienfaifance du Prince , on doit
fouhaiter que le produit n'éxcéde jamais
les fommes néceffaires pour les répara
tions annuelles . Les Rois ne placent
point fur leurs Sujets des deniers à
intérêts, ( Voyez M. de Montefquieu ,
Liv. XX. Chap. XIV. & XX. Tom. II. )
Les Réglemens de l'Académie qui
limitent l'étendue des Mémoires à une
demie- heure de lecture ont obligé l'Au-
teur de renvoyer aux Notes plufieurs au-
tres réfléxions non moins judicieufes.
Nous croyons devoir, pour l'utilité de
nos Lecteurs, tranfcrire la Note 29 toute
entière : elle finit par un avis fage qui
dans ce moment-ci mérite toute leur
attention. » Les Rois d'Egypte firent
» différens canaux dans leurs Etats ; les
Romains employerent leurs Armées à
» en conftruire dans les Pays qu'ils
» avoient fubjugués ; on a établi les
grands Canaux qui traverfent la Chine
& on les entretient aux frais des Sou-
verains de ce vafte Empire. Charle-
magne entreprit de joindre le Rhin &
le Danube. Sous Henri IV , M. de
F vj
4.
132 MERCURE DE FRANCE.
» Sulli commença un Canal pour join
» dre la Loire à la Seine par la rivière
» d'Oing ; il fut achevé par le Cardi-
» nal de Richelieu, M. le Duc d'Orléans
» Frère de Louis XIV. ordonna la
» conftruction de celui d'Orléans juf-
» qu'à Montargis ; l'établiffement de
» celui du Languedoc fut l'effet de la
"3
»
générofité de LOUIS LE GRAND
›
» pendant le Ministère de M. Colbert ;
M. le Régent en fit ouvrir un le
long de la Rivière d'Oing tendant
» de Montargis à Moret. Son objet
» a été d'affurer pendant toute l'année
» la communication de la Seine à la
" Loire
cet Ouvrage fait partie du
» Canal de Briare. Ceux de Bruges
» d'Anvers
33
>
d'Oftende
de Lille &
» tous les Canaux qui éxiftent actuél-
» lement en Flandres font l'Ouvrage
» des Princes Souverains de cette Con-
" trée. Les Etats-Généraux en ont conf-
truit un grand nombre dans l'éten-
» due des Provinces- unies. Tous ces
" faits confacrés par l'hiftoire prouvent
» que l'on n'a jamais eu recours , pour
» fournir à la dépenfe de ces fortes
دو
» d'Ouvrages , à aucune impofition par-
» ticulière fur les Peuples. Ces grands
» établiffemens ont toujours été
regar
JUILLET. 1754.
133
» dés comme des objets fi importans ,
qu'ils n'ont jamais été confiés qu'à
» l'adminiftration publique. On ne pour
» roit peut-être citer aucun exemple ,
» que des Canaux confidérables ayent
» été entièrement conftruits par des Com-
» pagnies particulières ; il en est peu
"
» dont lafortune foit affez grande pour
» répondre des fommes qu'elle pourroit
» puifer dans la confiance publique ; &
» certainement aucune qui voulût facri-
"
fier fes intérêts à celui de la Nation.
» On a vu à la vérité quelquefois des
"
Compagnies fe former pour de gran-
» des entrepriſes ; mais fouvent auffi on
» les a vu , par des économies déplacées
» & mal entendues , par des diffenfions
» ou par la difperfion des fonds faire
» échouer les projets les mieux concertés.
Le Mémoire eft dédié à S. A. S. Mon-
feigneur le Prince de Condé , Gouver-
neur de la Province de Bourgogne . Ceft
un hommage qui étoit du à ce Héros
qui ( pour nous fervir des termes de
'Auteur ) après avoir ceint fonfront de
Lauriers immortels dans les Champs de
Freidberg , eft aujourdhui le Protecteur
éclairé des talens & des Arts utiles qui
ne s'exercent heureuſement que dans le
calmé & la tranquillité publique.
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3
p. 134
GEOGRAPHIE.
Début :
LE sieur SÉGUIN, Ingénieur-Géographe du Roi, rue du Fauxbourg Saint [...]
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texteReconnaissance textuelle : GEOGRAPHIE.
GEOGRAPHIE.
LE sieur SÉGUIN, Ingénieur-Géographe
du Roi, rue du Fauxbourg Saint
Jacques près les Capucins , vient de
mettre en vente la Carte particulière de
la Province de Bourgogne, qu'ila exécu
tée par les ordres de MM. les Etats-Gé-
néraux de ladite Province. Cette Carte
compofée de 15 feuilles de grand Aigle,
eft divifée par Diocèfes , Bailliages &
Subdélégations. Elle eft faite fur la mê
me échelle & dans la même forme que
la Carte Générale de la France. Toutes
les routes de la Province y font tracées
avec un foin particulier. Elle eft enrichie
du Plan Topographique de Dijon &
d'un très-beau Cadre. Les jonctions des
feuilles font fi exactes & la Gravure
en eſt d'un ton fi égal , que toutes les
feuilles raffemblées paroiffent n'en faire
qu'une. En un mot cette Carte eft d'une
perfection qui ne laiffe rien à defirer.
Elle fe vend chez ledit fieur Séguin.
Le prix eft de 48 liv.
LE sieur SÉGUIN, Ingénieur-Géographe
du Roi, rue du Fauxbourg Saint
Jacques près les Capucins , vient de
mettre en vente la Carte particulière de
la Province de Bourgogne, qu'ila exécu
tée par les ordres de MM. les Etats-Gé-
néraux de ladite Province. Cette Carte
compofée de 15 feuilles de grand Aigle,
eft divifée par Diocèfes , Bailliages &
Subdélégations. Elle eft faite fur la mê
me échelle & dans la même forme que
la Carte Générale de la France. Toutes
les routes de la Province y font tracées
avec un foin particulier. Elle eft enrichie
du Plan Topographique de Dijon &
d'un très-beau Cadre. Les jonctions des
feuilles font fi exactes & la Gravure
en eſt d'un ton fi égal , que toutes les
feuilles raffemblées paroiffent n'en faire
qu'une. En un mot cette Carte eft d'une
perfection qui ne laiffe rien à defirer.
Elle fe vend chez ledit fieur Séguin.
Le prix eft de 48 liv.
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4
p. 135-136
« ON vient de mettre sous les yeux de l'Académie Royale des Sciences le projet [...] »
Début :
ON vient de mettre sous les yeux de l'Académie Royale des Sciences le projet [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ON vient de mettre sous les yeux de l'Académie Royale des Sciences le projet [...] »
ON vient de mettre sous les yeux de
l'Académie Royale des Sciences le projet
d'une Horloge universelle préfenté
par M. Bertin
Prévôt d'Angicourt ,
ci-devant Profeffeur au Collége de S.
Vaaft en l'Univerfité de Douai. Cette
Horloge eft une eſpéce de Sphère deſti-
née à indiquer l'heure vraie d'un lieu
quelconque de la Tèrre , la hauteur de
pole de ce même lieu , la méridienne ,
la déclinaifon du Soleil , fon afcenfion
droite , l'heure & la minute de fon le-
vcr & de fon coucher , les points de
l'horizon où il fe léve & fe couche ,
la hauteur méridienne de cet Aftre
l'heure & la minute du paffage de la
fection du Bélier , & de tous les points
de l'Ecliptique par le Méridien , le mo-
ment & Fendroit de leur lever & de
leur coucher , l'heure & la minute de la
nuit à l'arrivée des Etoiles au Méridien ,
leur afcenfion droite étant connue , & c,
MM. l'Abbé Nollet & Jeaurat , qui
avoient été nommés pour examiner la.
conftruction de cette machine,en ayant
fait leur rapport , l'Académie a jugé
qu'elle étoit ingénieufe , & que , quoi-
qu'on ne dût pas s'attendre à trouver
dans fes effets la précifion qu'on peut
avoir par le calcul , cependant , fr elle,
136 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'une grandeur fuffifante , exécu-
tée par une bonne main , & maniée
avec adreffe , elle pourroit donner af-
fez de précision pour mériter la curio-
fité des Amateurs , & que fous ce point
de vue elle étoit digne d'être approuvée.
L'approbation de M. Grandjean de
Fouchy eft du 25 Mai 1764.
l'Académie Royale des Sciences le projet
d'une Horloge universelle préfenté
par M. Bertin
Prévôt d'Angicourt ,
ci-devant Profeffeur au Collége de S.
Vaaft en l'Univerfité de Douai. Cette
Horloge eft une eſpéce de Sphère deſti-
née à indiquer l'heure vraie d'un lieu
quelconque de la Tèrre , la hauteur de
pole de ce même lieu , la méridienne ,
la déclinaifon du Soleil , fon afcenfion
droite , l'heure & la minute de fon le-
vcr & de fon coucher , les points de
l'horizon où il fe léve & fe couche ,
la hauteur méridienne de cet Aftre
l'heure & la minute du paffage de la
fection du Bélier , & de tous les points
de l'Ecliptique par le Méridien , le mo-
ment & Fendroit de leur lever & de
leur coucher , l'heure & la minute de la
nuit à l'arrivée des Etoiles au Méridien ,
leur afcenfion droite étant connue , & c,
MM. l'Abbé Nollet & Jeaurat , qui
avoient été nommés pour examiner la.
conftruction de cette machine,en ayant
fait leur rapport , l'Académie a jugé
qu'elle étoit ingénieufe , & que , quoi-
qu'on ne dût pas s'attendre à trouver
dans fes effets la précifion qu'on peut
avoir par le calcul , cependant , fr elle,
136 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'une grandeur fuffifante , exécu-
tée par une bonne main , & maniée
avec adreffe , elle pourroit donner af-
fez de précision pour mériter la curio-
fité des Amateurs , & que fous ce point
de vue elle étoit digne d'être approuvée.
L'approbation de M. Grandjean de
Fouchy eft du 25 Mai 1764.
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