Résultats : 11900 texte(s)
Détail
Liste
11251
p. 206-207
AVIS DIVERS.
Début :
Le Sieur Marme vend la véritable Pâte d'amande qui blanchit & adoucit [...]
Mots clefs :
Pâte d'amande, Peau, Visage, Adoucissant
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texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS.
AVIS DIVER S.
LE Sieur MAR ME vend la véritable Pâte ďa
mande qui blanchit & adoucit la peau. L'on s'en
fert fans eau ou avec de l'eau : mais elle eft meilleure
fans eau. L'on s'en fert pour le vifage , les
mains & le bain, Elle garantit des boutons qui
viennent fur la peau , emporte toutes fortes de taches
d'encre , nourire & garantit la peau féche,
Certe Pâte ne s'aigrit ni ne fe moifit jamais , & fe
conferve fur mer comme fur terre & ne fe cor
rompt point. Elle fe vend chez le Suiffe de S. A S.
M. le Comte de Clermont , au Palais Abbatial de
l'Abbaye S. Germain' des Prés , à Paris. Les pots
ordinaires font du poids d'une livre , & le vendent
3 liv. 12 fols , & en rapportant le por 3 liv. Hyd
JANVIER. 1764 . 207
dès pots depuis une livre jufqu'à huit. On fait des
envois en Province & dans les Pays Etrangers.
Pareilles Affiches font fur les Pocs.
LE Sieur MAR ME vend la véritable Pâte ďa
mande qui blanchit & adoucit la peau. L'on s'en
fert fans eau ou avec de l'eau : mais elle eft meilleure
fans eau. L'on s'en fert pour le vifage , les
mains & le bain, Elle garantit des boutons qui
viennent fur la peau , emporte toutes fortes de taches
d'encre , nourire & garantit la peau féche,
Certe Pâte ne s'aigrit ni ne fe moifit jamais , & fe
conferve fur mer comme fur terre & ne fe cor
rompt point. Elle fe vend chez le Suiffe de S. A S.
M. le Comte de Clermont , au Palais Abbatial de
l'Abbaye S. Germain' des Prés , à Paris. Les pots
ordinaires font du poids d'une livre , & le vendent
3 liv. 12 fols , & en rapportant le por 3 liv. Hyd
JANVIER. 1764 . 207
dès pots depuis une livre jufqu'à huit. On fait des
envois en Province & dans les Pays Etrangers.
Pareilles Affiches font fur les Pocs.
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Résumé : AVIS DIVERS.
Le document présente une pâte d'amande pour blanchir et adoucir la peau, efficace sans eau. Elle convient au visage, aux mains et au bain, prévient les boutons, élimine les taches d'encre et nourrit la peau sèche. Cette pâte se conserve bien et est vendue à Paris chez le Suiffe de S. A. S. M. le Comte de Clermont. Les pots varient de une à huit livres et peuvent être envoyés en province et à l'étranger.
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11252
p. 207
« Le Sieur de Crampiony donne avis au Public, qu'il a obtenu la Permission de [...] »
Début :
Le Sieur de Crampiony donne avis au Public, qu'il a obtenu la Permission de [...]
Mots clefs :
Baume souverain, Crampes, Cure, Guérison
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur de Crampiony donne avis au Public, qu'il a obtenu la Permission de [...] »
LE Sieur DE CRAMPIGNY donne avis au Public',
qu'il a obtenu la Permiffion de diftribuer un Bagme
fouverain pour la Guérifon des Crampes , par le
moyen duquel un Médecin de les parens faifoit
des Cures furprenantes dans le Levant. Ceux qui
en font attaqués , & qui auront befoin de fon reméde
, s'adrefferont à Paris , rue & Hôtel du Pe--
tit-Lion , fauxbourg S. Germain , chez Madame-
BERTEL , au premier étage , entre un Vinaigrier
& un Marchand de Vin , vis- à- vis un Pâtiffier.
Le prix de ce Baume eft de 6 liv. l'once. One
donnera des Imprimés qui enfeigneront la manière
de s'en fervir . Les Perfonnes de la Provincequi
écriront au Sieur DE CRAMPIGNY , pour avoir
de fon Baume , font priées d'affranchir leurs Let--
tres , fans quoi elles ne feront pas reçues.
qu'il a obtenu la Permiffion de diftribuer un Bagme
fouverain pour la Guérifon des Crampes , par le
moyen duquel un Médecin de les parens faifoit
des Cures furprenantes dans le Levant. Ceux qui
en font attaqués , & qui auront befoin de fon reméde
, s'adrefferont à Paris , rue & Hôtel du Pe--
tit-Lion , fauxbourg S. Germain , chez Madame-
BERTEL , au premier étage , entre un Vinaigrier
& un Marchand de Vin , vis- à- vis un Pâtiffier.
Le prix de ce Baume eft de 6 liv. l'once. One
donnera des Imprimés qui enfeigneront la manière
de s'en fervir . Les Perfonnes de la Provincequi
écriront au Sieur DE CRAMPIGNY , pour avoir
de fon Baume , font priées d'affranchir leurs Let--
tres , fans quoi elles ne feront pas reçues.
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Résumé : « Le Sieur de Crampiony donne avis au Public, qu'il a obtenu la Permission de [...] »
Le Sieur DE CRAMPIGNY a obtenu l'autorisation de distribuer un baume pour les crampes, utilisé par un médecin dans le Levant. Ce baume est disponible à Paris, rue et Hôtel du Petit-Lion, faubourg Saint-Germain, chez Madame BERTEL. Le prix est de six livres l'once. Des instructions seront fournies. Les commandes des provinces doivent être affranchies.
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11253
p. 207-208
« Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...] »
Début :
Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...]
Mots clefs :
Distillateur, Liqueurs, Bouteilles, Eaux de senteur, Chocolat
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...] »
LE Sieur SAUVEL , Marchand Diftilateur , rue
neuve des Petits - Champs , au coin de la rue des
Bons- Enfans , au Magafin de Provence , avertit le
Public qu'il lui eft arrivé plufieurs fortes de Liqueurs
étrangères ; entr'autres , du Marafquin de
Zara & de Bologne , à 18 liv . la bouteille ; nouvelle
Crême de Fleur-d'Orange au Vin de S. Lautent
, Supérieure à celle au Vin de Champagne
à 6 liv la bouteille ; Roffoglio de Bologne à 10 liv.
la bouteille ; Huile de Gérofle à 6 liv . la bouteille ;
Huile & Crême d'Anis des Indes à 6 liv . la bouteille
, double Hypotheque de Gérofle à 3 liv . la
bouteille de pinte.
Il vend auffi des Eaux de Senteur ; Eau de
Fleur- d'Orange de Malthe à 3 liv. la bouteilles
Eau de Lavande à a liv. 10 f. la pinte ; la parfu
mée à 3 liv.
208 MERCURE DE FRANCE.
On trouve encore dans fon Magafin d'excellent
Chocolat de toute eſpéce . La réputation de cet Ar
tifte s'étend tous les jours davantage , il ne peut
trop mériter l'empreffement du Public.
neuve des Petits - Champs , au coin de la rue des
Bons- Enfans , au Magafin de Provence , avertit le
Public qu'il lui eft arrivé plufieurs fortes de Liqueurs
étrangères ; entr'autres , du Marafquin de
Zara & de Bologne , à 18 liv . la bouteille ; nouvelle
Crême de Fleur-d'Orange au Vin de S. Lautent
, Supérieure à celle au Vin de Champagne
à 6 liv la bouteille ; Roffoglio de Bologne à 10 liv.
la bouteille ; Huile de Gérofle à 6 liv . la bouteille ;
Huile & Crême d'Anis des Indes à 6 liv . la bouteille
, double Hypotheque de Gérofle à 3 liv . la
bouteille de pinte.
Il vend auffi des Eaux de Senteur ; Eau de
Fleur- d'Orange de Malthe à 3 liv. la bouteilles
Eau de Lavande à a liv. 10 f. la pinte ; la parfu
mée à 3 liv.
208 MERCURE DE FRANCE.
On trouve encore dans fon Magafin d'excellent
Chocolat de toute eſpéce . La réputation de cet Ar
tifte s'étend tous les jours davantage , il ne peut
trop mériter l'empreffement du Public.
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Résumé : « Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...] »
Le Sieur Sauvel, marchand distillateur, annonce l'arrivée de diverses liqueurs étrangères, dont du Marasquin de Zara et de Bologne à 18 livres, une crème de Fleur-d'Orange au vin de Saint-Laurent à 6 livres, et du Rossoglio de Bologne à 10 livres. Il propose également des eaux de senteur et du chocolat. Sa réputation croissante mérite l'attention du public.
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11254
p. 208
« Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...] »
Début :
Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...]
Mots clefs :
Perruques, Mode, Visage, Coiffe, Nouveautés
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texteReconnaissance textuelle : « Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...] »
CHAUMONT , Perruquier , fait non -feulement
toutes fortes de Perruques dans les goûts les plus
nouveaux , fpécialement celles qui font nouées
& celles en bourfes ; mais le deſſein dont il fait
ufage lui donne une grande facilité pour bien
prendre l'air du vifage , & coëffer le plus avantageufement
qu'on puiffe le defirer. Il fait voir
fes Defleins en plufieurs genres d'Accommodages
, & variés fuivant les différens goûts. Il les
éxécute enfuite au choix & à la fatisfaction des
perfonnes qui les lui demandent. De plus , il vient
de trouver l'invention d'un nouveau Reffort pour
fes Perruques bien fupérieur à tous ceux qui ont
paru jufques à ce jour , lequel eft d'autant plus
avantageux qu'il maintient l'ouvrage dans fa première
forme , l'empêche de fe retirer , & que fon
élafticité qui eft très- douce , ne fe relâche jamais
par l'ufage : en forte que durant tout celui de la
Perruque , elle joint également bien le contour du
vifage , & aufli parfaitement , pour ainfi dire , que
le pourroit faire le naturel des cheveux .
Il demeure rae S. Nicaife , au Mont Véluve.
toutes fortes de Perruques dans les goûts les plus
nouveaux , fpécialement celles qui font nouées
& celles en bourfes ; mais le deſſein dont il fait
ufage lui donne une grande facilité pour bien
prendre l'air du vifage , & coëffer le plus avantageufement
qu'on puiffe le defirer. Il fait voir
fes Defleins en plufieurs genres d'Accommodages
, & variés fuivant les différens goûts. Il les
éxécute enfuite au choix & à la fatisfaction des
perfonnes qui les lui demandent. De plus , il vient
de trouver l'invention d'un nouveau Reffort pour
fes Perruques bien fupérieur à tous ceux qui ont
paru jufques à ce jour , lequel eft d'autant plus
avantageux qu'il maintient l'ouvrage dans fa première
forme , l'empêche de fe retirer , & que fon
élafticité qui eft très- douce , ne fe relâche jamais
par l'ufage : en forte que durant tout celui de la
Perruque , elle joint également bien le contour du
vifage , & aufli parfaitement , pour ainfi dire , que
le pourroit faire le naturel des cheveux .
Il demeure rae S. Nicaife , au Mont Véluve.
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Résumé : « Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...] »
Le texte décrit les services et innovations de Chaumont, un perruquier. Chaumont crée diverses perruques selon les dernières modes, notamment celles nouées et en boucles. Il maîtrise l'art de modeler les perruques pour qu'elles s'adaptent parfaitement au visage et coiffent avantageusement. Il propose plusieurs genres d'accommodements pour les cheveux, adaptés aux différents goûts des clients, et les exécute à leur satisfaction. Chaumont a récemment inventé un nouveau ressort pour les perruques, supérieur à ceux existants. Ce ressort maintient la perruque dans sa forme initiale, empêche son retrait et conserve son élasticité douce, même avec l'usage. Ainsi, la perruque épouse constamment le contour du visage et imite parfaitement les cheveux naturels. Chaumont exerce son métier au Mont Valais, rue Saint-Nicaise.
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11255
p. 208-210
« Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Début :
Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...]
Mots clefs :
Estampes, Dessins, Vignettes, Ouvrage, Alphabet, Livre, Papiers, Emblèmes, Marchands, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
LE Sieur BRESSON DE MAILLARD , Marchand
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
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Résumé : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Le document présente le Sieur Bresson de Maillard, un marchand d'estampes parisien, privilégié des Enfants de France, spécialisé dans les caractères, dessins et vignettes. Il réside rue Saint-Jacques, à la maison de M. de Lambon, avocat, près de M. Duchefne, libraire. Maillard propose divers produits comme des caractères, vignettes, fleurs définis d'après nature, et des outils pour réaliser des dessins pour meubles. Il offre également des adresses, alphabets pour enfants, notes, étiquettes, marques, chiffres, et dessins pour broder ou peindre. Il fournit des papiers peints en vignettes et grave des adresses avec les attributs des différentes professions. Son épouse colore les fleurs, emblèmes, armoiries et écrans, et enseigne aux dames l'utilisation des planches à jour. Le magasin vend des estampes en emblèmes, devises, fables, prières, bouquets et vœux pour les bonnes fêtes, présentés sous forme de calendriers emblématiques et chantants pour la nouvelle année. Les articles sont disponibles à Paris chez Maillard ou en province via des libraires et marchands d'estampes spécifiques, tels que M. Daudet à Lyon, M. Frère à Rouen, M. Jouques à Toulouse, et d'autres dans diverses villes françaises et belges.
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11256
p. 210
« On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...] »
Début :
On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...]
Mots clefs :
Cabinet littéraire, Abonnement, Tablettes, Almanach
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...] »
ON S'ABONNE au Cabinet Littéraire , Pont de
Notre-Dame , pour la lecture de tous les Livres
qui compofent le Cabinet ,
pour l'année
pour
fix mois
pour
trois mois
pour un mois •
au volume , pour deux jours .
18 liv.
12.
T
3
1
10 £
4f..
On diftribue un Avis plus détaillé , & le Cataloguegratis.
On tient au Cabinet un affortiment complet de
tous les Almanachs chantans & autres intéreffans
pour l'année 1764 5 & particulièrement les Almanachs
fuivans en grand nombre,
*
9
Les Tablettes Mythologiques & Pirtorefques
ou l'explication & la manière de connoître les Tableaux
& Statues , avec des Couplers relatifs au:
fujet. (fous preffe. )
Le Cadeau de l'Amour. ( fous preffe. )
Les Délaffemens de Paphos. fous preſſe . )
Tous lefdits Almanachs fur les Airs les plus
nouveaux .
L'Almanach fous verre ,
L'Almanach de Cabinet de la petite Pofte de
Baris , en carton .
L'Almanach Hiftorique de la petite Pofte de
Paris , avec une notion exacte de ce qu'il y a de
curieux & de rare à Paris , avec la Lifte des Rues
de Paris ; Almanach très- utile aux Etrangers.
Notre-Dame , pour la lecture de tous les Livres
qui compofent le Cabinet ,
pour l'année
pour
fix mois
pour
trois mois
pour un mois •
au volume , pour deux jours .
18 liv.
12.
T
3
1
10 £
4f..
On diftribue un Avis plus détaillé , & le Cataloguegratis.
On tient au Cabinet un affortiment complet de
tous les Almanachs chantans & autres intéreffans
pour l'année 1764 5 & particulièrement les Almanachs
fuivans en grand nombre,
*
9
Les Tablettes Mythologiques & Pirtorefques
ou l'explication & la manière de connoître les Tableaux
& Statues , avec des Couplers relatifs au:
fujet. (fous preffe. )
Le Cadeau de l'Amour. ( fous preffe. )
Les Délaffemens de Paphos. fous preſſe . )
Tous lefdits Almanachs fur les Airs les plus
nouveaux .
L'Almanach fous verre ,
L'Almanach de Cabinet de la petite Pofte de
Baris , en carton .
L'Almanach Hiftorique de la petite Pofte de
Paris , avec une notion exacte de ce qu'il y a de
curieux & de rare à Paris , avec la Lifte des Rues
de Paris ; Almanach très- utile aux Etrangers.
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Résumé : « On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...] »
Le document décrit les modalités d'abonnement au Cabinet Littéraire au Pont de Notre-Dame. Les tarifs sont les suivants : 18 livres pour un an, 12 livres pour six mois, 3 livres pour trois mois, et 10 sous pour un mois. Il est aussi possible de louer un volume pour deux jours. Un avis détaillé et un catalogue sont disponibles gratuitement. Le Cabinet propose une large sélection d'almanachs pour les années 1764 et 1765, incluant des almanachs chantants et diverses publications intéressantes. Parmi les titres mentionnés figurent 'Les Tablettes Mythologiques & Pirtorefques', 'Le Cadeau de l'Amour', et 'Les Délaffemens de Paphos'. Des éditions spécifiques comme 'L'Almanach fous verre', 'L'Almanach de Cabinet de la petite Pofte de Baris' et 'L'Almanach Hiftorique de la petite Pofte de Paris' sont également disponibles. Ce dernier almanach est particulièrement utile pour les étrangers, offrant des informations sur les curiosités et les rues de Paris.
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11257
p. 211-213
SECOND SUPPLÉMENT à la Liste des Abonnés au Mercure, qui se trouve dans le Volume de Décembre dernier, & dont le premier Supplément est dans le Mercure du premier Janvier.
Début :
Abonnés de Paris. Messieurs, Antoine, à l'Ecu Dauphin, rue Bourg-l'Abbé. [...]
Mots clefs :
Abonnés, Liste, Noms, Paris, Province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND SUPPLÉMENT à la Liste des Abonnés au Mercure, qui se trouve dans le Volume de Décembre dernier, & dont le premier Supplément est dans le Mercure du premier Janvier.
SECOND SUPPLÉMENT à la Lifte des
Abonnés au Mercure , qui fe trouve
dans le Volume de Décembre dernier ,
& dont lepremier Supplément eft dans
le Mercure du premier Janvier. *
ABONNÉS DE PARIS.
MESSIEURS ,
-ANTOINE , à l'Ecu Dauphin , rue Bourg- l'Abbé..
Bardou de Farceville , rue d'Argenteuil.
Chardon , Fermier du Roi , rue Montmartre , vis--
à-vis la rue du Jours
Chopin , Confeiller au Grand-Confeil , à l'Hôtel
d'Aumont , rue de Jouy.
Cochu , Médecin , cloître Notre-Dame.
D'Aihene , Maître des Requêtes , rue des Deux
Portes:
D'Hémery ( Madame ) , rue des Poftes..
La Bonne ( de ) , Lieutenant de MM . les Maré--
chaux de France rue du Bacq , à l'Hôtel de
Nevers.
Le Fevre , Avocat au Parlement , rue la Tixeran--
derie .
* Onfoufcrit en tout temps pour le Mercure , chez
M. LUTTON , Greffier au Parlement , rue Sainte
Anne , Butte S. Roch , au Bureau du Mercure de
France. En fe faifant infcrire chez lui , on reçoit le
Mercure plus promptement , & plus exactement
212 MERCURE DE FRANCE .
Noël , Marchand de Bois , place de la Baftille.
Paulain , Commiffaire des Guerres , rue des Francs-
Bourgeois.
Puffan , Fermier Général , rue S Marc.
Puiffan , Premier Commis de la Police, rue Saint-
Marc.
Wimpffen ( le Baron de ) , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel - Commandant da Régiment
de la Marck , à l'Hôtel de Luxembourg , rue S.
Marc
ABONNÉS DE PROVINCE.
MESSIEURS
Alcock & Compagnie , Entrepreneur de la Manufacture
Royale , à la Charitéfür Loire,
Barrey ( le Chevalier de , Capitaine d'Infanterie,
à Bernay en Normandie .
Batlematon l'aîné , à Quimper.
Beaufort le Comte de ) , en
lé en Artois.
fon Château de Moul-
Blachere , Directeur de la Pofte , à l'Argentiere ,
par Aubenas en Vivarais.
Boillelet ( de ) , ancien Moufquetaire du Roi , au
Château de la Noue , près Vierzon.
Cannac , à Lyon.
Champdoré de , ancien Notaire , à Fontenayle-
Comte en Bas- Poitou .
Comcy de ) , Maréchal de Camp , Commandant
à Toulon.
Courrejolles ( de ) , Négociant , à Baïonne .
Crefcia ( la Marquife de ) , enfa Terre de Crefcia ,
près d'Orgelet , en Franche-Comté .
Dupin , à Saint Jean-pied-de-port.
Geoffroy de Vaudiere, Secrétaire du 'Roi , à Epernay
en Champagne.
Gros , Libraire , à Lons -le-Saunier en Franche-
Comté,
JANVIER . 1764.
213
Hébert , Tréforier de France honoraire au Bureau
des Finances , à Soiffons.
La Baupaumerie ( de , Lieutenant Général , à
Montere u-faut- Yonne.
Laporte ( de ) , Directeur des Poftes , à Betfort.
Le Baron l'aîné , Libraire , à Caën .
Le Roux , Libraire , à Strasbourg , deux exemplaires.
L'Efcouer le Marquis de ) , au Château de L'Efquiffiou
, près Morlaix.
Lobreau ( Madame ) , Directrice des Spectacles , à
Lyon .
May ( de ) , Officier au Régiment de la Ferre , à
Perpignan.
Portalis ( de ) , Chevalier de S. Louis , Commiffaire
Ordonnateur des Guerres , à Toulon.
Portally , Négociant , à Toulon.
Rannon , Lieutenant de l'Amirauté , à Quimper.
Saint-Vaft ( de ) , ancien Capitaine de Cavalerie ,
Chevalier de l'Ordre Røyal & Militaire de Saint
Louis , à Tinchebray.
Turin ( le Comte de ) , au Mans .
Abonnés au Mercure , qui fe trouve
dans le Volume de Décembre dernier ,
& dont lepremier Supplément eft dans
le Mercure du premier Janvier. *
ABONNÉS DE PARIS.
MESSIEURS ,
-ANTOINE , à l'Ecu Dauphin , rue Bourg- l'Abbé..
Bardou de Farceville , rue d'Argenteuil.
Chardon , Fermier du Roi , rue Montmartre , vis--
à-vis la rue du Jours
Chopin , Confeiller au Grand-Confeil , à l'Hôtel
d'Aumont , rue de Jouy.
Cochu , Médecin , cloître Notre-Dame.
D'Aihene , Maître des Requêtes , rue des Deux
Portes:
D'Hémery ( Madame ) , rue des Poftes..
La Bonne ( de ) , Lieutenant de MM . les Maré--
chaux de France rue du Bacq , à l'Hôtel de
Nevers.
Le Fevre , Avocat au Parlement , rue la Tixeran--
derie .
* Onfoufcrit en tout temps pour le Mercure , chez
M. LUTTON , Greffier au Parlement , rue Sainte
Anne , Butte S. Roch , au Bureau du Mercure de
France. En fe faifant infcrire chez lui , on reçoit le
Mercure plus promptement , & plus exactement
212 MERCURE DE FRANCE .
Noël , Marchand de Bois , place de la Baftille.
Paulain , Commiffaire des Guerres , rue des Francs-
Bourgeois.
Puffan , Fermier Général , rue S Marc.
Puiffan , Premier Commis de la Police, rue Saint-
Marc.
Wimpffen ( le Baron de ) , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel - Commandant da Régiment
de la Marck , à l'Hôtel de Luxembourg , rue S.
Marc
ABONNÉS DE PROVINCE.
MESSIEURS
Alcock & Compagnie , Entrepreneur de la Manufacture
Royale , à la Charitéfür Loire,
Barrey ( le Chevalier de , Capitaine d'Infanterie,
à Bernay en Normandie .
Batlematon l'aîné , à Quimper.
Beaufort le Comte de ) , en
lé en Artois.
fon Château de Moul-
Blachere , Directeur de la Pofte , à l'Argentiere ,
par Aubenas en Vivarais.
Boillelet ( de ) , ancien Moufquetaire du Roi , au
Château de la Noue , près Vierzon.
Cannac , à Lyon.
Champdoré de , ancien Notaire , à Fontenayle-
Comte en Bas- Poitou .
Comcy de ) , Maréchal de Camp , Commandant
à Toulon.
Courrejolles ( de ) , Négociant , à Baïonne .
Crefcia ( la Marquife de ) , enfa Terre de Crefcia ,
près d'Orgelet , en Franche-Comté .
Dupin , à Saint Jean-pied-de-port.
Geoffroy de Vaudiere, Secrétaire du 'Roi , à Epernay
en Champagne.
Gros , Libraire , à Lons -le-Saunier en Franche-
Comté,
JANVIER . 1764.
213
Hébert , Tréforier de France honoraire au Bureau
des Finances , à Soiffons.
La Baupaumerie ( de , Lieutenant Général , à
Montere u-faut- Yonne.
Laporte ( de ) , Directeur des Poftes , à Betfort.
Le Baron l'aîné , Libraire , à Caën .
Le Roux , Libraire , à Strasbourg , deux exemplaires.
L'Efcouer le Marquis de ) , au Château de L'Efquiffiou
, près Morlaix.
Lobreau ( Madame ) , Directrice des Spectacles , à
Lyon .
May ( de ) , Officier au Régiment de la Ferre , à
Perpignan.
Portalis ( de ) , Chevalier de S. Louis , Commiffaire
Ordonnateur des Guerres , à Toulon.
Portally , Négociant , à Toulon.
Rannon , Lieutenant de l'Amirauté , à Quimper.
Saint-Vaft ( de ) , ancien Capitaine de Cavalerie ,
Chevalier de l'Ordre Røyal & Militaire de Saint
Louis , à Tinchebray.
Turin ( le Comte de ) , au Mans .
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Résumé : SECOND SUPPLÉMENT à la Liste des Abonnés au Mercure, qui se trouve dans le Volume de Décembre dernier, & dont le premier Supplément est dans le Mercure du premier Janvier.
Le document est un supplément à la liste des abonnés au Mercure de France, publié en janvier 1764. Il répertorie les abonnés de Paris et de province. Parmi les abonnés parisiens figurent des personnalités telles que Antoine, Bardou de Farceville, Chardon, Chopin, Cochu, D'Aihene, D'Hémery, La Bonne, Le Fevre, Noël, Paulain, Puffan, Puiffan, et le Baron de Wimpffen. Les abonnés de province incluent Alcock & Compagnie, le Chevalier de Barrey, Batlematon l'aîné, le Comte de Beaufort, Blachere, de Boillelet, Cannac, Champdoré, Comcy de, Courrejolles, la Marquise de Crescia, Dupin, Geoffroy de Vaudiere, Gros, Hébert, de La Baupaumerie, Laporte, Le Baron l'aîné, Le Roux, le Marquis de L'Escouër, Madame Lobreau, de May, Portalis, Portally, Rannon, de Saint-Vast, et le Comte de Turin. Les abonnements peuvent être souscrits auprès de M. LUTTON, greffier au Parlement, rue Sainte Anne, Butte S. Roch, au Bureau du Mercure de France.
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11258
p. 213
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le second volume [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur ΑΙ le Vice-Chan-
> celier le fecond volume du Mercure du mois.
de Janvier 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion. A Paris , ce 14 Janvier
1764. GUIROY.
J'AI lu , par ordre de Monſeigneur ΑΙ le Vice-Chan-
> celier le fecond volume du Mercure du mois.
de Janvier 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe
en empêcher l'impreffion. A Paris , ce 14 Janvier
1764. GUIROY.
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11259
p. 214-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Ode sur la mort de M. Racine. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN Prose.
ARTICLE PREMIER.
ODE fur DE fur la mort de M. Racine.
ÉPITAPHE d'une jolie Enfant de 4 ans &
demi.
VERS à Mile L. P.
VERS à Mile Camille.
LES Péris & les Néris , Conte.
Page 5
ΤΟ
II
13
14
38
39
ibid.
40
VERS à M. l'Evêque d'Orléans , par M.
Ygou.
DIANE & Endimion.
MADRIGAL.
AUTRE Madrigal.
4I VERS à M. le Marquis d'Entragues , &c.
ÉTRENNES à Madame la Marquile de Pr... ibid.
RÉFLEXIONS fur les Hommes , par Madame
D***
LETTRE à M. De la Place , fur les Priviléges
des Dames de Beauvais.
QUATRIEME Lettre d'une jeune Étrangère
fur les Modes & Usages de France.
ENIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
42
44
46
50 & SI
51 &52
ibid.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE à M. de la Place , Auteur du Mercure
, fur l'éloge de Sully par M. Thomas . 53
LETTRE à l'Auteur du Mercure . 66
JANVIER. 1764.
275
LETTRE fur un Auteur du 17. Siécle , par
M. de Maffac , &c.
ELOGE de Maximilien de Béthune , Duc de
Sully , & c. par Mile Mazarelli.
HISTOIRE des Loix &Ufages de la Lorraine
& du Barrois , par M. François - Timothée
Thibault.
INTRODUCTION à la Science des Médailles ,
&c , par Dom Thomas Mangeart.
LETTRE à M. de la Piace , fur M. le Préfident
de Montefquieu .
A l'Auteur du Mercure , fur deux Médailles.
70
78
90.
94
99
100
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETtres.
GEOMÉTRIE.
LETTRE à M. de la Place.
ASTRONOMIB.
NOUVEAUX Cadrans folaires qu'on peut
orienter fans le fecours de la Bouffole.
MÉDECINE.
102
104
TOPIQUE pour détourner la Goute.
blimé corroſif.
OBSERVATION fur les mauvais effets du Su-
109
108
RECHERCHES hiftoriques, &c. Par M. D. R. 113
OBSERVATIONS fur le Ver folitaire.
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires.
ANNONCES de Livres.
140
157 & fuiv.
ART. IV . BEAUX - ARTS .
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
167
169
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. V. SPECTACLES.
SPECTACLES de la Cour à Versailles. 171
SPECTACLES de Paris , Opéra. 175
LETTRE de l'Auteur de l'Almanach des Théâtres
à M. Dela Garde. 177
COMÉDIE Françoife. 181
COMÉDIE Italienne. 182
ART. VI. Nouvelles Politiques. 191
AVIS, 296
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN Prose.
ARTICLE PREMIER.
ODE fur DE fur la mort de M. Racine.
ÉPITAPHE d'une jolie Enfant de 4 ans &
demi.
VERS à Mile L. P.
VERS à Mile Camille.
LES Péris & les Néris , Conte.
Page 5
ΤΟ
II
13
14
38
39
ibid.
40
VERS à M. l'Evêque d'Orléans , par M.
Ygou.
DIANE & Endimion.
MADRIGAL.
AUTRE Madrigal.
4I VERS à M. le Marquis d'Entragues , &c.
ÉTRENNES à Madame la Marquile de Pr... ibid.
RÉFLEXIONS fur les Hommes , par Madame
D***
LETTRE à M. De la Place , fur les Priviléges
des Dames de Beauvais.
QUATRIEME Lettre d'une jeune Étrangère
fur les Modes & Usages de France.
ENIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
42
44
46
50 & SI
51 &52
ibid.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE à M. de la Place , Auteur du Mercure
, fur l'éloge de Sully par M. Thomas . 53
LETTRE à l'Auteur du Mercure . 66
JANVIER. 1764.
275
LETTRE fur un Auteur du 17. Siécle , par
M. de Maffac , &c.
ELOGE de Maximilien de Béthune , Duc de
Sully , & c. par Mile Mazarelli.
HISTOIRE des Loix &Ufages de la Lorraine
& du Barrois , par M. François - Timothée
Thibault.
INTRODUCTION à la Science des Médailles ,
&c , par Dom Thomas Mangeart.
LETTRE à M. de la Piace , fur M. le Préfident
de Montefquieu .
A l'Auteur du Mercure , fur deux Médailles.
70
78
90.
94
99
100
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETtres.
GEOMÉTRIE.
LETTRE à M. de la Place.
ASTRONOMIB.
NOUVEAUX Cadrans folaires qu'on peut
orienter fans le fecours de la Bouffole.
MÉDECINE.
102
104
TOPIQUE pour détourner la Goute.
blimé corroſif.
OBSERVATION fur les mauvais effets du Su-
109
108
RECHERCHES hiftoriques, &c. Par M. D. R. 113
OBSERVATIONS fur le Ver folitaire.
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires.
ANNONCES de Livres.
140
157 & fuiv.
ART. IV . BEAUX - ARTS .
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
167
169
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. V. SPECTACLES.
SPECTACLES de la Cour à Versailles. 171
SPECTACLES de Paris , Opéra. 175
LETTRE de l'Auteur de l'Almanach des Théâtres
à M. Dela Garde. 177
COMÉDIE Françoife. 181
COMÉDIE Italienne. 182
ART. VI. Nouvelles Politiques. 191
AVIS, 296
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication structurée en six sections principales. L'article premier rassemble des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des odes, épitaphes, contes, madrigaux, réflexions, lettres, énigmes, logogryphes et chansons. L'article II contient des nouvelles littéraires, telles que des lettres et des éloges, notamment sur Sully et Maximilien de Béthune, ainsi que des ouvrages historiques et scientifiques. L'article III explore les sciences et les belles-lettres, avec des sections sur la géométrie, l'astronomie, la médecine et des recherches historiques. L'article IV traite des beaux-arts, incluant la gravure et la musique. L'article V se concentre sur les spectacles, détaillant les spectacles de la cour à Versailles, les spectacles de Paris, et les comédies françaises et italiennes. Enfin, l'article VI présente des nouvelles politiques.
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11260
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY
rue & vis-à- vis la Comédie Françoife.
rue & vis-à- vis la Comédie Françoife.
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11261
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Mercure, Volumes, Bureau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
Lutton , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
duMercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnantt , que 24 livres pour feize volumes
,à raiſon de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
laPofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du portfur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-àdire
, 24 liv . d'avance , en s'abonnant
pour ſeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire vemir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payani
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, resteront au rebut.
On prieles personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Musique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent trois vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme.
LE Bureau du Mercure est chez M.
Lutton , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
duMercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnantt , que 24 livres pour feize volumes
,à raiſon de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
laPofte pour le faire venir , & qui prendront
les frais du portfur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-àdire
, 24 liv . d'avance , en s'abonnant
pour ſeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire vemir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payani
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, resteront au rebut.
On prieles personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Musique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent trois vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme.
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11262
p. 5-6
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
ON SE PLAINT tous les jours, Monsieur, des progrès que fait l'esprit de [...]
Mots clefs :
Frivolité, République romaine, Annales, Cicéron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE à M. DE LAPLACE,
Auteur du Mercure.
N SE PLAINT tous les jours , Monfieur
, des progrès que fait l'eſprit de
frivolité chez la Nation Françoiſe. En
réfléchiffant ſur les cauſes de la décadence
du goût , j'ai cru la trouver
dans l'oubli prèſque total des grands modèles.
Les Ecrivains célébres de l'ancienne
Rome , relégués dans la pouffière des
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Ecoles , ſemblent faits poury reſter inconnus
: la lecture de leurs Ouvrages
éffraye ; on croiroit être ſuſpect de pédanterie
pour peu que l'on fût ſoupçonné
d'être en commerce avec ces illuftres
morts. Vous avez trop de lumières , Monfieur
, pour ne pas ſentir combien laRépublique
des Lettres y gagneroit , fi nous
abjurions une pareille façon de penſer.
Mon avis ne ſçauroit faire loi ; puiſſe au
moins mon éxemple être ſuivi par des Littérateurs
plus habiles. Les Plaidoyers de
Ciceron font regardés comme autantd'époques
dans les Annales de la République
Romaine. J'ai formé le deſſein d'en
donner l'Histoire au Public. En voici un
éſſai : fi vous en faites uſage , il ſera ſuivi
des Catilinaires , &c . &c. &c .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Auteur du Mercure.
N SE PLAINT tous les jours , Monfieur
, des progrès que fait l'eſprit de
frivolité chez la Nation Françoiſe. En
réfléchiffant ſur les cauſes de la décadence
du goût , j'ai cru la trouver
dans l'oubli prèſque total des grands modèles.
Les Ecrivains célébres de l'ancienne
Rome , relégués dans la pouffière des
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Ecoles , ſemblent faits poury reſter inconnus
: la lecture de leurs Ouvrages
éffraye ; on croiroit être ſuſpect de pédanterie
pour peu que l'on fût ſoupçonné
d'être en commerce avec ces illuftres
morts. Vous avez trop de lumières , Monfieur
, pour ne pas ſentir combien laRépublique
des Lettres y gagneroit , fi nous
abjurions une pareille façon de penſer.
Mon avis ne ſçauroit faire loi ; puiſſe au
moins mon éxemple être ſuivi par des Littérateurs
plus habiles. Les Plaidoyers de
Ciceron font regardés comme autantd'époques
dans les Annales de la République
Romaine. J'ai formé le deſſein d'en
donner l'Histoire au Public. En voici un
éſſai : fi vous en faites uſage , il ſera ſuivi
des Catilinaires , &c . &c. &c .
J'ai l'honneur d'être , &c .
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11263
p. 6-9
HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
Début :
UNE coutume assez ordinaire aux Orateurs du Barreau, c'est de faire l'éloge de [...]
Mots clefs :
Cicéron, Poète Archias, Mérite, Poète, Titre, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
HISTOIRE du Discours prononcépar
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
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11264
p. 25-54
SUITE DES PÉRIS ET DES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le méne. CONTE.
Début :
EN VÉRITÉ, disoit Alcindor à Zélinde, en traversant les airs, je regarde [...]
Mots clefs :
Alcindor, Zélinde, Amour, Jeune, Femmes, Néris, Péris, Femme, Maître, Nation, Lieu, Belle, Usage, Mot, Française, Espagnol, Mari, Jaloux, Jalousie, Recherches, Aimer, Français, Marquise , Croire, Maris, Gazettes, Liberté, Veuve, Savoir, Voyageurs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DES PÉRIS ET DES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le méne. CONTE.
SUITE
DES
PÉRIS ET DES
NÉRIS ,
Ou
l'Amour
comme on le méne.
CONTE.
EN VÉRITÉ , diſoit Alcindor à Zelinde
, en traverſant les airs , je regarde
notre voyage comme une franche corvée
!C'eſtfaire trop d'honneur aux hom-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
mes. Eſt-il à croire que nous trouvions
chez eux ce qui nous manque ? N'est-ce
pas à eux plutôt à ſe modéler fur nous ?
C'eſt ce qui ne leur arrive que trop fouvent
, reprit Zélinde , comme à nous de
prétendre égaler les plus fublimes Intelligences.
Que réſulte-t-il de cette double
ambition ? L'ennui pour nous & pour
eux. Il faut ſçavoir deſcendre à propos :
c'eſt la route que fuit prèſque toujours
le bonheur. Tout en philofophant ainsi ,
nos voyageurs ſe trouvèrent au centre
des vaſtes Etats du Mogol. Ils y firent
diverſes pauſes , & ne virent dans.certains
cantons , que ce qu'ils avoient déja
vu dans quelques autres : des Bonzes
qui ſéduiſoient de jeunes innocentes ,&
s'accordoient , on ne peut mieux , avec
celles qui n'avoient pas beſoin d'être ſéduites
: des femmes qui ſe brûloient fur
le corps d'un mari qu'elles avoient haï
& trompé ; des maris qui méritoient
toute l'averſion de leurs femmes , &
qu'on traitoit ſelon leur mérite. Plus
loin , de vaſtes Sérails remplis de belles
eſclaves ignorées, pour la plupart, de leur
Maître , & qui riſquoient de mourir fans
avoir fait ſa connoiſſance. Celles même..
quien jouiſſoient avoient prèſque auffi
ſouvent lieu de s'ennuyer que les preFEVRIER.
1764 . 27
mières. Un amour fi partagé mettoit
peu de différence entre l'état des unes &
des autres.
Alcindor & Zélinde jugèrent qu'il
étoit à propos de paſſer outre. Ils pénétrèrent
dans les Etats du Sophi de Perſe ,
&ſe rendirent à Iſpahan. Mais ils crurent
être encore une fois à la Chine ,
tantcertainsuſages leur parurent ſemblables
chez les deux Nations. A Iſpahan ,
comme à Pekin, l'union des deux ſéxes
eſt un véritablejeu de haſard. Un Perſan
époufe une femme comme unjoueur accepte
une carte , ſans ſçavoir ce qu'elle
vaut , ni de quelle couleur elle eſt . Il
arrive auſſi que l'une & l'autre eſt miſe à
l'écart dès qu'elle ſe trouve remplacée
par quelque choſe de mieux. Il eſt même
permis à un Perſan de chercher ce mieux
autant de fois qu'il eſpère le rencontrer :
privilége qu'il ſçait faire valoir dans toute
fon étendue.
Zélinde entra , ſans ſe laiſſer voir ,
dans une maiſon de noble apparence.
Elle en vit le Maître occupé à compter
une ſomme en or à une très -belle femme
, qui enſuite fut embraſſer , en verſant
quelques larmes , deux petits enfans
placés aux pieds d'une autre femme affife
elle-même dans un fauteuil magnifique.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Après quoi la première ſe proſternahumblement
devant la ſeconde , qui la congédia
d'un figne de tête.,Voilà , diſoit intérieurement
la Néris , voilà fans doute
une Eſclave qui prend congéde ſes Maîtres
& de leurs enfans. Mais bientôt elle
reconnoît que ces mêmes enfans font
ceux de cette Eſclave prétendue; que le
Maître de la maiſon a été ſon époux , &
n'a ceffé de l'être que parce que le bail
paffé entre eux eſt expiré. La Dame affife
étoit réellement la Dame en titre ,
celle que le mari ne peut répudier qu'après
certaines formalités : mais il peut la
négliger , & la néglige. En revanche ,
elle eft réputée la mère de tous les enfans
qu'il a de ſes rivales.
Tandis que Zélinde obſervoit toutes
ces chofes , Alcindor ne reſtoit pas oifif.
Il aborde une jeune Perſanne qui marchoit
à viſage découvert. Un eſclave la
devançoit en fonnant de la cimbale . Elle
étoit vêtue d'une robe de brocard d'argent
, affez courte pour laiſſer voir la
beauté de ſa jambe. Ses longs cheveux
étoient artiſtement relevés ſur ſa tête.
Une gaſe d'or ſervoit à les attacher , &
flottoit en partie au gré du vent. De riches
pierreries ornoient ſes oreilles :
des fleurs couvroient ſes bras. De plus ,
FEVRIER. 1764 . 29
elle étoit belle , & fembloit fort defirer
de le paroître. Alcindor entra dans ſes
vues , loua fes charmes , & ſe félicita de
ce qu'elle daignoit les rendre vifibles ,
en dépit de l'uſage. Point du tout , reprit-
elle , c'eſt l'usage qui me défend de
les cacher. J'ai acquis le droit de paroître
telle que je fuis , de parler comme je
penſe , d'agir comme je le ſouhaite. Bien
des femmes qui mépriſent moi & mes
ſemblables , feroient grand cas de nos
priviléges : mais il faut des talens pour
les acquérir & pour les conferver. Ces
talens , comme Alcindor l'apprit d'ellemême,
conſiſtoient fur- toutdans la Mufique&
la Danſe. Le Périsdemanda à la
Danfeufe , quels talens il falloit avoirauſſi
pour lui plaire. Mon nom vous le dira ,
répondit-elle : je m'appelle la Vingt tomans
* ; jamais on ne ſcut m'attendrir à
moins,&je m'attendris à proportion que
le nombre en augmente.
En parlant ainfi , la jeune Perfanne
continuoit de marcher , mais Alcindor
ceſſa de la ſuivre. Il rejoignit Zélinde
qui lui fit part de ce qu'elle avoit vû.
Elle ajouta que dans cette contrée les
hommes étoient trop abfolus. Et les
* Le toman eſt une Monnoie Perſanne qui équi--
vaut à nos Louis d'or de France.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
femmes trop dociles , reprit Alcindor.
Voyons files unes & les autres différent
dans le reſte de l'Afie.
Ils eurent hou d'admirer les charmes
des Géorgiennes , des Circaſſiennes , des
Mingréliennes . On diroit que la beauté
ne ſe plaît que dans ces païs barbares ,
tant ſes dons s'y trouvent généralement
répandus. Une laide femme y paroît un
phénomène. Une femme délicate en eſt
un bien plus rare encore. Toutes ſe
croyent faites pour être vendues & non
pour ſe donner . Ce font de vrais meuble
de férail. Ces meubles ne font cependant
pas toujours neufs lorſqu'ils y
arrivent. C'eſt de quoi Alcindor pouvoit
s'inſtruire à fond , & ce qu'il négligea
de faire. Les femmes qui ont leurs
maris font encore moins circonſpectes ';
mais ces maris, quoiqu'Aſiatiques, font
peu jaloux. Une belle Mingrélienne s'étoit
enfermée avec Alcindor: il n'avoit
fur elle aucun deſſein qui éxigeât cette
précaution. Le mari ſurvient & ne
la croit pas inutile. Tu ne peux t'en
défendre , dit-il au voyageur ,le cochon
m'eſt dû : c'eſt l'amende qu'on paye en
pareil cas . Je conſens même à le manger
avec toi. Il eſt inutile d'ajouter qu'Alcindor
difparut fans rien répondre , & que
FEVRIER. 1764. 31
Zelinde& lui continuerent leur voyage.
De pauſe en pauſe ils arrivent à Conftantinople.
Son étendue leur fait éſperer
d'heureuſes découvertes , des uſages qui
lui foient propres. Ils font bien-tôt détrompés.
Ils n'y apperçoivent que ce
qu'ils ont déja vû ailleurs ; une jaloufie
affreuſe dans les hommes , une ſervile
obeiſſance dens les femmes ; peu d'Amour
de part & d'autre . Un Turc entre
dans ſon Sérail. Aucun objet déterminé
ne l'occupe. U eſt ſans paffion , ſouvent
même ſans deſirs. Une troupe d'Eſclaves
s'empreſſe de les faire naître , & n'éprouve
elle-même que des beſoins. Zélinde
, qui ſans être vue voyoit toutes
ces chofes , en conclut que l'Amour
à la Turque feroit peu du goût des Néris.
Pour Alcindor , il fut moins prompt à
fe décider. Peut- être , diſoit-il en lui
même , le beſoin d'aimer , & la difficul
té d'avoir des Amans , réduiſent-ils une
femme Turque à chérir ſon mari. Il en
vit une qui prodiguoit au ſien toutes
les marques extérieures de la plus vive
tendreſſe. L'un & l'autre fortirent pour
pour ſe rendre à la Moſquée , & Alcindor
les ſuivit. La belle Turque étoit
voilée , ſelon l'uſage inventé par la
jaloufie : mais il exiſte un autre uſage
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
peu favorable aux jaloux ; c'eſt que le
voile & l'habit des femmes font ordinairement
les mêmes pour la forme &
la couleur. De forte qu'un mari qui perd
un inſtant de vue ſa femme , riſque de
ne la pouvoir plus diftinguer parmi les
autres. C'eſt de quoiAlcindor fut témoin.
Le couple qu'il avoit ſuivi ſe ſépara dans
la Moſquée , lieu où les deux ſexes n'ont
pas la liberté d'être confondus. Le mari
de la belle Ottomane ſe poſta vis-à- vis
d'elle . Alcindor , toujours inviſible , ſe
plaça tout à côté. Il la vit , au bout de
quelques inftans , ſe mêler parmi ſes
voiſines , s'éloigner de plus en plus , &
enfin diſparoître entièrement. On préfume
bien qu'il la ſuivit. La traite ne
fut pas longue ; elle entra dans une mai-
Yon tierce où un jeune Turc l'avoit devancée.
Leur abord indiquoit aſſez bien
le motif de leur entrevue , & Alcindorn'eut
pas beſoin de faire uſage de toute
ſon intelligence pour prévoir quelles
en ſeroient les ſuites. Il ſortit , perfuadé
que les précautions inventées par
la jalouſie des Aſiatiques , n'étoient éfficaces
que contre eux-mêmes.
Zélinde & lui mirent en queſtion s'ils
viſiteroient l'Europe où ils avoient déja
mis le pied , ou s'ils donneroient la préFEVRIER.
1764 . 33
férence à l'Afrique. La Néris opina pour
le ſecond parti , & Alcindor fit ce qu'elle
voulut. Ils en prirent occafion de vifiter
l'Arabie & l'Egypte , qu'ils n'avoient fait
que cotoyer. Ni l'un , ni l'autre pays ne
borna leurs recherches . C'étoit une répétition
de ce qu'ils avoient vu & blamé
ailleurs. La brûlante Ethiopie offrit
à leurs yeux un Peuple immenſe. L'extrême
chaleur du climat influoit également
ſur les deux ſéxes ; ils lui devoient
tout le penchant qui les attiroit l'ün vers:
l'autre ; & ce penchant n'étoit que matériel.
Ce fut encore pis à mesure que
nos voyageurs avancèrent. Parvenusau
centre de la Guinée , ce qu'ils avoient
vu ne leur parut que l'ombre de ce qu'ils
voyoient: Alcindor prit plaifir à écouter
l'entretien d'un jeune homme & d'une
jeune fille de Congo. Ils se connoiffoient
àpeine : ce qui n'empêcha pas le jeune
Africain de débuter ainſi: Silava in
quinté, je te ſalue , ma femme. Elle ré--
pondit fur le champ. Silava moïné , je ter
ſalue , Maître. Gay zoleze minou , pour
fuivit- il , m'aimes-tu bien ? Gayté moi
nézolezé béné , reprit- elle , oui , Maître ,
je t'aime bien: Le jeune homme porta
beaucoupplus loin ſes queſtions , & elle
y fit cette docile réponſe : Ninga moï-
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
né, oui , Maître. Alors elle ſe mit à genou
en battant des mains , & s'écriant
par trois fois , Silava moïné , je te ſalue ,
Maître. A quoi il répondit , en remuant
tous les doigts , calam bom botté , cela eft
bon . Enfuite , il lui donna ſa main noire
à baifer. Ce qu'elle fit avec autant de joie
que d'empreſſement. Enfuite lui-même
la prit ſous le bras , & la conduiſit en un
lieu plus commode pour achever l'entretien.
A quelques pas plus loin , le couple
voyageur fit rencontre d'une jeune Africaine
, qu'on n'eût pas priſe pour telle à
ſa couleur. Toute ſa perſonne étoit couverte
d'une pommade rouge , faite avec
de l'huile de palme , & du bois de toucoula.
Que fignifie cet ornement , lui
demanda Zélinde ? Que j'ai l'honneur
d'avoir caffé calbaſſe , répondit - elle ;
konneur le plus grand qui puiſſe arriver
à une fille parmi nous. Cette couleur
doit tomber d'elle-même , & juſqu'a ce
qu'elle m'ait entièrement quittée , je ne
dois prendre part à aucun travail ; je ne
dois m'occuper que du plaifir. Eh quelles
feront les ſuites de tout cela , demanda
encore la Néris ? D'être vendue , reprit
l'Africaine , par celui qui m'aura époufée
, & qui épouſera vingt femmes pour
avoir l'avantage de les vendre,
FEVRIER. 1764. 35
Zelinde n'en voulut pas ſçavoir davanrage
, & Alcindor en ſavoit déja trop.
Ils continuerent à faire le tour de l'Afrique
& arriverent chez les Caffres ,
nation qui n'en mérite guères mieux le
tître que ces troupes de Bêtes féroces fi
communes dans cette partie du Monde,
Le nom même de l'Amour est ignoré
chez ce Peuple barbare. Une même
cabane raſſemble durant la nuit toute
une Tribu. Le brutalité y trouve amplement
à ſe fatisfaire , ne s'y refuſe rien ,
n'y eſt jamais contredite. Là , nulle diftinction
, nul choix , nul reſpect pour
les noeuds du ſang , nul ſouvenir des
liens de la Veille.... Alcindor& Zélinde
détournerent leurs yeux de cet affreux
Tableau. Ce qu'ils virent , en avançant
toujours , ne leur parut guères moins
révoltant. Ils furent un peu plus fatisfaits
de la Barbarie , contrée qui , malgré
fon nom , est vraiment le païs policé
de l'Afrique. Mais ils n'y retrouverent
que les moeurs Arabes & Turques , &
dès - lors n'y trouverent pas ce qu'ils
cherchoient. Ils prirent donc le parti de
viſiter l'Europe ; ce qu'ils regardoient ,
à-peu-près , comme un parti déféſperé.
L'Eſpagne ſembloit s'offrir d'elle même
à leurs recherches. L'Italie n'étoit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
guères moins à leur portée. Ils aimerent
mieux débuter par le Nord. Mais bientôt
ils s'apperçurent que , ſi. Vénus étoit
née dans l'eau , les Amours jouoient
rarement ſur la glace. On eſt , à coup
fûr , plus tendre dans un boſquet fleuri
qu'au pied d'une montagne de neige.
Alcindor & Zélinde s'avancerent au
centre de l'Allemagne. Les coeurs s'y
adoucifſoient en raiſon du climat. Toutefois
, les hommes parurent à la Néris
tenir encore des Germains leurs aïeux ,
nation plus guerrière que galante. Les
femmes elles-mêmes parurent aux yeux
du Péris , être en général plutôt foibles
que tendres. Dailleurs , dans ce païs
l'Amour ne ſçait point déroger. Un
noble ne peut s'y réfoudre à aimer une
Plébéienne. Il faut pour le ſéduire au
moins ſeize quartiers. Il enviſage moins
les attraits de ſa Maîtreffe que l'antiquité
de ſes parchemins. En un mot , l'Amour
au lieu de carquois & de flambeau
, porte un Magazin d'Ecuffons&
des Arbres Généalogiques.
Alcindor & Zélinde mirent en quef
tion la route qu'ils devoient tenir. Tout
endifputant , ils ſe trouverent aux fronrieres
d'Italie. Il faut, dit la Néris, hazarder
quelques recherches dans cette Con
FEVRIER. 1764. 37
trée. Hé bien ! dit Alcindor , d'un ton
qui marquoit peu d'eſpérance , voyons
ce qui en arrivera. Ils s'avancerent jufques
dans cette ville qui fut autrefois
la Capitale du Monde.
9.
Les veſtiges de fon ancienne grandeur
occupoient les regards d'une foule
d'Etrangers. Nos voyageurs n'y firent
aucune attention. Ils n'avoient qu'un
objet , ils ne le perdoient pas un inſtant
de vue. Mais le remplir c'étoit là le
point vraiment difficile , & Rome ne
leur parut pas devoir abréger ces difficultés.
Aux Temples près , ils ſe crurent
au ſein d'une Ville d'Afie. Les femmes
n'y fortent que voilées , fortent rarement
& plus rarement encore ſont
viſitées chez elles . En un mot, la jaloufie
des Romains modernes égale celle des
Afiatiques de tous les tems. Alcindor
apprit même qu'elle avoit recours àdes
éxpédiens dont les plus jaloux d'entre
les Orientaux rougiroientde faire uſage.
Ah quelle horreur ! s'écrioit Zélindes
Au moins , diſoit Alcindor , s'il n'eſt
guères poffible qu'on les aime , il ne
l'eſt pas plus qu'on les trompe. A peine
il achevoit ces mots qu'une Duègne
ſeptuagénaire lui fait figne d'une certaine
diſtance. Il s'approche , & elle l'exhorte
38 MERCURE DE FRANCE.
à metre à profit le bien que lui veut
une jeune Beauté qui vient de l'appercevoir
à travers de ſa jaloufie. Le Péris
demande qui peut être cette perſonne
obligeante ? C'eſt ma maîtreſſe , reprit
la vieille : l'inſtant eſt merveilleux à
ſaiſir. Notre jaloux eſt abſent & ſe repoſe
entierement ſur moi du ſoin de lui
garder un tréſor que vous méritez mieux
que lui . J'ai rempli d'abord ma charge
avec aſſez de rigueur ; mais je ſuis naturellement
bonne , & voici la vingtiéme
fois que je donne à ma maîtreſſe de
pareilles preuves de bonté. Alcindor admiroitla
bienfaiſance de l'une & de l'au
tre. Mais , pourſuivit-il ,n'éxiſte t- il pas
d'autres obſtacles ? Oh ! nous faurons
les lever , quels qu'ils foient , reprit la
Duégne : cen'est pas la première fois....
Un incidenttragique interrompit le difcours
de la vieille. Un Italien aborda
& poignarda furtivement certain François
qui avoit ſçu lever certains obſtacles.
Onne parut étonné ni du fait , ni de
lavengeance. L'affaffin eut le bonheur
de gagner un Temple voifin , & par
conféquent de ſe voir abſous.
Pour Alcindor il rejoignit Zelinde.
L'une& l'autre quitterent l'ancienne Patriedes
Cefars. Ils vifiterent d'autresVil
FEVRIER . 1764. 39
les d'Italie où ils n'apperçurent que ce
qu'ils avoient vû à Rome & ſouvent pis
encore . Ah ! s'écrioit Zélinde avec indignation
, franchiſſons vîte les Alpest
Mais Alcindor , on ignore pourquoi ,
la détermina à franchir les mers , & à fe
rendre en Eſpagne.
Là , ils virent d'autres Tableaux. L'amour
fidéle juſqu'à l'obſtination y régne
pour ainſi dire de toutes parts . L'amourjaloux
juſqu'à la frénéfie l'accompagne
pour l'ordinaire. Là ſe réaliſent
les paffions éternelles; paſſions qui n'oſent
plus figurer ailleurs , même dans les
Romans. Alcindor & Zélinde prirent
l'extérieur d'un François & d'une Françoiſe.
L'alliance venoit d'être , plus que
jamais , reſſerrée entre les deux nations ,
&nos voyageurs furent traités en amis.
Zélinde fit autant de conquêtes qu'elle
en voulut faire& plus qu'elle n'en vouloit
garder. Elle parut donner la préférence
à un jeune Eſpagnol qui à mille
égards la méritoit. Il n'en devint que
plus tendre & plus empreſſé , mais en
même temps plus jaloux. A peine eur
il lieu de préſumer qu'on l'aimoit , qu'il:
craignit qu'on ne ceſſât de l'aimer. Il
étoit reſpectueux dans ſes manières ; il
l'étoit dans ſes diſcours , & ce fut auffi
très- reſpectueuſement qu'il pria la Néris
40 MERCURE DE FRANCE..
d'interdire fa maiſon à tout autre qu'à
lui. Alcindor lui - même n'en fut pas
éxcepté. Voilà,diſoit intérieurement Zélinde
, voilà une inquiétude qui tient de
la tyrannie, une délicateſſe qu'on porte
juſqu'à l'outrage. N'importe , pourſuivit-
elle , voyons fi ces demandes , une
fois fatisfaites , feront ſuivies de quelques
autres. Dès ce moment elle devient
inacceffible à tous ceux que l'Eſpagnol
regarde comme ſes rivaux. Alcindor
lui -même , ſe prête à cette épreuve.
Tant de ſacrifices comblerent de
joie l'amoureux Caſtillan , & ne purent
le tranquiliſer. Il trouva que la prétendue
Françoiſe n'oubloit point affez les
uſages de ſa Nation. Zélinde adopta
fur le champ ceux d'une véritable Efpagnole
, ne parut plus que maſquée ,
ſe montra même très-rarement ſous cet
attirail ; en un mot , elle marqua fur
tous ces points une docilité capable
de décéler qu'elle n'étoit pas Françoiſe.
Le jour ſuivant elle vit l'Epagnol à ſes
genoux la remercier de toutes ces preuves
de complaiſance & en éxiger une
nouvelle . C'étoit de permettre qu'on
réformât ſes jaloufies de manière qu'en
voulant voir , elle- même ne riſquât
point d'être apperçue . Zélinde vit bien
FEVRIER . 1764. 41
qu'il s'agiſſoit de l'empêcher elle-même
de rien appercevoir. Elle ordonna
ce qu'on la prioit tacitement de permettre.
Le jour ſuivant l'Eſpagnol ſe
retrouve à ſes genoux & lui préſente
humblement une Duégne .
Ce dernier trait lui parut une ſuite
naturelle des précédens. Elle le ſoutint.
comme elle avoit fait les autres ; mais
la fin de l'épreuve approchoit. L'Eſpagnol
fortit & la Duégne reſta. Au milieu
de la nuit ſuivante , Zélinde entendit ſous
ſes fenêtres un concert de pluſieurs inftrumens.
Degrands cris & un cliquetisd'armes
ſuccédèrent à cette muſique :ce
qui déſignoit au moins une Tragédie-
Opéra. Le lendemain , Zélinde apprit
que fon Amant avoit voulu la gratifier
d'une ſérénade , ſelon l'uſage du pays ;
qu'un autre Eſpagnol , dont la maîtreſſe
logeoit vis-à-vis d'elle , étoit furvenu
dans le même deſſein : que les deux galans
s'étoient crus rivaux , s'étoient battus
en conféquence ,& mis l'un & l'autre
au bord de la tombe: preuve certaine,di--
foit-on, que l'un & l'autre aimoit bien ſa
maîtreffe. On ajoutoitqu'une telle preu
ve d'amour alloit rendre jalouſes toutes
lès beautés de Madrid. Mais Zélinde en
inféra de nouveau , que l'amour Eſpas
42 MERCURE DE FRANCE.
gnol ne ſéduiroit ni elle ni ſes compagnes.
Pour Alcindor , il plaiſoit beaucoup à
une jeune & belle Caftillanne , qui jufqu'alors
avoit été nommée l'inſenſible .
Malheureuſement ſa manière d'aimer
étoit toute ſemblable à celle des Néris.
Tout ſe réduiſoit aux petits ſoins , & a
l'affiduité la plus rigoureuſe. Elle vouloit
qu'on défirất ſans ceſſe , & ne laiſſoit
jamais rien eſpérer. Après tout , diſoit
Alcindor , l'objet de mon voyage feroit
bien mal rempli. Prudes pour bégueules ,
il valoit autant ne pas me déplacer. In
fit d'autres recherches & vit que c'étoit-
là le génie dominant du beau fexe
Ibérien . Zélinde , elle-même étoit ſuffiſamment
inſtruite. Elle propoſa au Péris
de riſquer une tournée en France ; mais
il n'attendoit abfolument rien de cette
démarche. Il détermina la Néris à paſſer
chez certain Peuple , rival éternel de la
Nation Françoiſe , & qui ſe pique de ne
l'imiter en rien .
C'eſt avoir fuffifamment déſigné l'Angleterre.
Le couple voyageury parut ſous
I'habit Eſpagnol. Dès les premiers jours ,
la Néris apperçut dans les hommes de
cette ifle peu d'eſtime pour les femmes ,
&encore moins de complaiſance . DèsFEVRIER.
1764. 43
lors , elle rallentit fes recherches , & s'épargna
, en effet , une peine inutile.
Alcindor augura mieux de celles qu'il
alloit prendre. Il remarqua dans le Beau-
Séxe Anglois un germe de tendreffe qui
faifoit comme partie de ſon exiſtence.
*Quel dommage , diſoit- il , qu'un naturel
fi heureux foit négligé par ceux qui ſont
le plus intéreſſés àle faire valoir ! Il voulut
, cependant , voir par lui - même ,
c'est-à- dire , voir juſqu'à un certain
point , le parti qu'on pouvoit tirer de ces
favorables diſpoſitions. Auparavant il lui
tomba ſous la main unpapier public , où
il lut ces propres paroles : >> Depuis l'or-
>> dinaire dernier ( c'est-à-dire depuis
>> trois jours ) on n'a retiré que fix jeu-
>> nes perſonnes du Lac de Roſémonde.
>> Il faut croire que les amours ont été
>> moins vifs , ou plus heureuxqu'à l'or-
>>> dinaire durantcetintervalle: ily a bien
>> eu auſſi quelques galans poignardés
>>par leurs Belles , qu'ils avoient quit-
>> tées : mais , pour cette fois , cela ne
>> fait pas nombre. C'eſt pourquoi nous
>>ne les déſignerons qu'avec ceux de la
>> feuille prochaine. »
Le Péris ajouta peu de foi à cet article.
Il jugea que , depuis le rétabliffement
de la paix ,le Gazetier en étoit
44 MERCURE DE FRANCE.
réduit à compoſer des fables périodiques,
& il réſolut de n'en croire que fa propre
expérience. L'occaſion s'en préſenta
d'abord comme d'elle-même. Une jeune
veuve qui avoit le regard tendre &
doux , lui parut très- propre à démentir
le Gazetier ſatyrique. Il s'attacha à lui
plaire , y réuffit & parvint même à la
fixer entiérement. Il vit enfin combien
le coeur des femmes de cette contrée
eſt actif : mais ce coeur éxige qu'on le
ſuive ; il défend , ſurtout , de rétrograder.
Alcindor , qui ne vouloit pas aller
trop loin , ralentit ſubitement ſa marche
,& bientôt même parut diſpoſé à
faire retraite. Ce fut alors qu'il eut lieu
de juger qu'une gazette n'eſt pas tou
jours fauſſe. La jeune veuve n'épargna
rien pour prévenir ſon inconſtance. Elle
pria , ſupplia , gémit ; & lorſqu'elle vit
que tout étoit fuperflu , elle fit fuccéder
les menaces aux gémiſſemens , la
fureur aux menaces : en un mot le poignard
fut levé. On préſume bien d'avance
que ce fut en vain : mais la veuve
n'en devint que plus furieuſe. Elle fortit,
réſolue de ſe punir elle-même de ſa cré--
dulité. Elle alloit fournir un article à la
Gazette prochaine : déja même elle s'é
toit élancée à l'endroit le plus profond
FEVRIER . 1764 . 45
du lac. Le Péris , qui avoit pris une autre
forme pour la ſuivre, la ſecourut à temps,
la conſola de ſon mieux,& fi bien qu'elle
eut de la joie d'avoir pour libérateur un
homme ſi propre à faire oublier les torts
de ſes pareils. Alcindor ſe garda bien de
la détromper. Il ſe rendit auprès de Zélinde
, pourdécider avec elle ſi leur miffion
n'étoit pas réellement terminée. Ils
avoient parcouru toute la terre , excepté
-la France ; & la France leur ſembloitafſez
inutile à parcourir. Tout confidéré
cependant , ils s'y déterminèrent ; moins
dans l'eſpérance de trouver là ce qu'ils
cherchoient , que pour éviter le reproche
de ne l'avoir pas éxactement cherché.
Arrivés dans la Capitale , ils s'y annoncerent
pour Anglois. Ils en avoient
pris l'extérieur , & en affectoient le langage.
Cet expédient leur eût mal réuſſi
un fiécle plutôt ; mais depuis peu tout
avoit bien changé de face. La mode
régnante à Paris étoit d'admirer les
Anglois en tout& partout. On les applaudiſſoit
ſur la Scène , on les fêtoit
dans les cercles , on les copioit dans les
Livres , on ſacrifioit nos héroïnes à
leur héros .... D'après ces diſpoſitions
le couple voyageur ne pouvoit manquer
d'être bien accueilli. Il le fut mieux
46 MERCURE DE FRANCE.
encore qu'il n'avoit ofé le prévoir. Zélinde
qui à la beauté des plus belles Angloiſes
affectoit de joindre leur air tant
ſoit peu gauche , trouva une foule d'Elégans
qui tous aſpiroient à la former.
Leur perfifflage ne lui parut pas dangereux
; mais il l'amuſoit. Elle mit fur
le chapitre de la conſtance un Petit-
Maître des plus à la mode. Il en parla en
homme qui la pratique peu , & qui
l'eſtime encore moins. La conſtance en
amour , diſoit- il , n'est bonne qu'a fournir
vingt volumes à unRomancier. C'eſt
une vertu qui de tous ſes héros fait autant
de vitimes : & d'ailleurs , un amant
fidéle eſt un être ſi infipide , ſi incommode
! Il n'en eſt pas moins vrai ,
Madame , pourſuivit le François , que
vous m'allez contraindre d'imiter ce que
je blâme dans autrui : mais daignez me
pardonner d'avance l'ennui queje vais
vous caufer. On n'a point avec vous la
liberté du choix .
....
C'étoit-là le ton qu'en général on prenoit
avec Zélinde. Elleen conclut qu'en
France l'amour n'étoit point misau rang
des affaires férieuſes. Alcindor lui-même
tiroit des conféquences toutes ſemblables
dece qu'ilvoyoit. L'extrême liberté dont
jouiffoient les femmes , l'usage qu'elles
FEVRIER. 1764. 47
en faifoient , le peu de penchant qu'ont
leurs maris , ou leurs amans à la jaloufie ,
le ridicule attaché à ce foible ; en un
mot, ce qu'on nomme en France le ton
delabonne compagnie : tout cela diftinguoit
, felon lui , cette Nation d'avec
toutes les autres .
Il parut s'attacher à une jeune Marquiſe
, devenue veuve , & par cette raiſon
encore plus libre qu'étant mariée :
ce qui fignifie beaucoup. Sa maiſon
étoit fréquentée par une foule de jeunes
gens du bon ton , qui tous s'affichoient
pour rivaux , & n'en étoient pas moins
bons amis. Les politeſſes qu'Alcindor en
reçut lui- même l'étonnèrent Il s'en expliqua
ingenuement avec l'un d'entr'eux.
Voici la réponſe que lui fit lejeune François.
Nos aïeux avoient la manie d'adorer
leurs Dames , de n'ofer le leur dire ,
&de s'égorger entr'eux pour les en informer.
Nous ſuivons un tout autre
uſage. Nous débutons par un je vous
aime ; nous aimons beaucoup moins
que nos aïeux , & chacun de nous croit
être aimé. Dès-lors plus de jaloufie. Nous
n'enviſageons un rival que comme le
témoinde notre triomphe actuel , ou futur.
C'eſt une victime que nous plaignons
fincèrement , loin de la hair ; &
48 MERCURE DE FRANCE.
d'ailleurs , ce pays eſt ſi fertile en refſources
! Les femmes ſont devenues ſi raiſonnables
! Elles ſe prêtent ſi volontiers
ànos arrangemens ! ... Oh parbleu ! il
faudroit être bien gauche pour ſe trouvet
au dépourvu ; & chez les Spartiates , où
les fonds étoient en commun , y eut-il
jamais de diſputes d'intérêts ?
Le Péris ne trouva pas ce diſcours des
plus ridicules. Peut- être , diſoit- il , aimet-
on moins ici qu'ailleurs ; mais l'amour
yprend une phyſionomie plus riante. La
confiance le guide , & ne l'abandonne
jamais. Un échec eſt prèſque toujours
fuivi d'un triomphe : un triomphe ne ſe
fait attendre qu'autant qu'il eſt néceſſaire.
L'Amour enfin eſt ici le Dieu de la concorde
, lui qui ſéme la diviſion chez tant
de Peuples , qui a caufé la ruine de tant
d'autres. Ah ! ſans doute , que Troye
éxiſteroit encorree , fi Ménélas eût été
François .
Il revit la jeune Marquiſe. Elle parut
flattée de ſes viſites ; mais elle en
recevoit une foule d'autres , & aucune
ne ſembloit lui déplaire. Le faux Anglois
en témoigna quelque inquiétude ,
ce qui divertit beaucoup lajeune Françoiſe.
Eh quoi , Monfieur , lui dit-elle ,
êtes-vous donc encore ſi peu au fait ?
Quelles
FEVRIER . 1764 . 49
Quelles que foient vos prétentions ,
ignorez-vous que la confiance eſt l'âme
de la Société ? Voyez le Monde , Monfieur
, & ces miféres- là vous paſſeront.
Elle-même voulut lui ſervir d'Introductrice.
Il admiroit l'aiſance avec laquelle
cette jeune veuve le préſentoit
dans différens cercles choifis . Ces cercles
étoient pour lui un autre genre de
Spectacle où les femmes jouoient toujours
les grands rôles , où les maris n'ofoient
paroître,ou ne paroiffoient qu'incognito.
La vivacité d'eſprit qui diftingue
les Françoiſes , la gaîté qui anime
leurs diſcours , les grâces qui accompagnent
toutes leurs actions , ſe diſputoient
le prix dans ces momens , &
furtout au milieu d'un élégant ſoupé.
Quel dommage diſoit Alcindor ,
que des objets ſi ſéduiſans ne ſe bornent
qu'à plaire ! choſe qui ne leur eſt
que trop facile. Grace à cette extrême
facilité elles dédaignent de garder
leurs conquêtes. Alexandre donnoit des
couronnes , persuadé qu'il lui étoit aifé
d'en conquérir d'autres. Telles font les
Françoiſes .
,
,
Il eut cependant lieu de juger que
l'amour conſtant n'étoit pas un phénomène
chez cette Nation. Mais cet amour
C
50 MERCURE DE FRANCE .
eſt ſi paiſible , fi peu éxigeant , ſi peu
jaloux , qu'ailleurs il paſſeroit pour indifférence.
Ah , s'il eſt ainſi , diſoit notre
voyageur , à coup für la jeuneMarquiſe
m'aime , & m'aime un peu plus
qu'à la Françoiſe . Il eſt bon d'obſerver
que fi le Péris avoit avoit le don de
prendre la même forme que les humains
, il n'avoit pas celui de lire dans
leur intérieur.
Il voulut donc que l'âme de la Marquiſe
ſe manifeſtât au dehors. C'étoit
pour lui un paſſetemps affez flatteur de
pouvoir d'un ſeul coup dérouter trente
Petits-Maîtres. Il plaignoit cependant
la belle Françoise , & redoutoit quelque
avanture ſemblable à celle de Londres.
Il est vrai ,diſoit- il, que ni le Mercure
de France , ni le nombre exceffif
de Journaux & de Gazettes qu'on y diftribue
, n'offrent nulle tracede pareilles
catastrophes.Mais, pourſuivoit Alcindor ,
il eſt toujours fâcheux de moleſter une
jolie femme.
Au milieu de ces réflexions , il reçoit
de la Marquiſe une lettre de reproches .
Elle s'y plaignoit ſpirituellement de fon
abfence , & même de ſa tiédeur. C'étoit
le confirmer dans l'opinion qu'il
avoit de ſa bonne fortune . Il retourne
FEVRIER . 1764. 5
auprès d'elle , expoſe des griefs , des
inquiétudes , veut éxiger des facrifices ,
en un mot , joue le rôle d'un Amant
Eſpagnol. Mais la ſcène devint affez comique
des deux parts. La jeune Marquiſe
le pria de s'épargner un ridicule.
un travers intolérable. Profitez mieux ,
lui dit-elle , des exemples que vous offre
ma Nation , la ſeule qui ſcache réduire
l'Amour à ce qu'il doit être,ou du moins
à ce qu'il doit paroître. Ce n'eſt pas
'qu'il ne briſe quelquefois les entraves
qu'on lui donne. Eh , où en ferionsnous
, pourſuivit-elle , fi malheureuſement
je vous aimois aſſez pour vous
croire!
Qu'entends-je ? s'écria le Péris étonné
, est- il bien vrai que vous ne me diftinguiez
pas del'éſſain frivole qui vous
entoureprèſque ſans ceſſe ? Pardonnezmoi
, Mylord , reprit la Marquiſe , je
vous diftingue ; j'ai voulu vous faire les
honneurs de ma Nation : mais tous ces
égards diſparoîtront s'il eſt jamais queftion
de vous aimer. L'étonnement d'Alcindor
augmentoit à chaque parole de
la jeune Françoiſe. Au moins , Madame
, pourſuivit-il , daignez faire votre
confident de celui qui aſpiroit à quelque
choſe de plus : daignez me faire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
,
ce
connoître l'heureux Mortel que vous
me préférez. Dites qui vous a prévenu ,
reprit la Marquise ; quant au reſte
n'eſt point un myſtère. Un peu plus de
connoiffance de nos uſages vous eût d'abord
mis au fait. L'heureux Mortel dont
vous parlez eſt le même qui vous a introduit
chez moi , que vous avez vû y
& donner entrée à beaucoup d'autres , &
qui s'y montre plus rarement que vous
& eux. Telle eſt chez nous la conduite
ordinaire d'un Amant préféré : celle
d'un époux eft encore plus circonfpecte
. Il lui eſt permis d'aimer tacitement
ſa femme , & c'eſt tout: garre le ridicule
s'il ofe afficher la tendreſſe & l'affiduité
! En un mot , les chaînes de l'Amour
& de l'Hymen font devenues
pour nous fi légères , qu'une Françoife
peut ſe croire libre en les portant.
Après tout , diſoit Alcindor en luimême
, cette liberté a fon mérite ; les
deux ſéxes peuvent y trouver leur compte
: refte à ſçavoir fi la fatifaction eſt
générale. Toutes les nouvelles recherches
que fit Alcindor lui prouvérent
qu'elle l'étoit. Zélinde elle-même commençoit
à goûter cette manière de vivre
cette liberté qui tient le milieu
entre la licence & le bégueulisme. L'A-
و
FEVRIER. 1764. 53
mour est un enfant ,diſoit-elle au Péris
, il faut badiner avec lui ſi l'on veut
lui plaire , ou qu'il plaiſe.
Ce fut dans ces diſpoſitions qu'Alcindor
& Zélinde retournérent à leur féjour
habituel. Ils arrivent, ſe ſéparent ,
& aſſemblent , l'une ſes compagnes ,
l'autre ſes compagnons. Des deux
parts l'empreſſement est le même à les
entourer ; l'attention qu'on leur prête
eſt égale , & leur rapport tout ſemblable.
A l'inſtant on s'écrie chez les Péris
qu'il faut appeller des Françoiſes. Les
Néris parurent moins promptes à ſe décider
: elles vouloient qu'on délibérât
fur cette matière , au moins pour la
forme. Hélas ! mes chères compagnes ,
leur dit Zélinde , une délibération eſt
bien ſuperflue , quand la queſtion ſe
trouve jugée d'avance. Epargnons aux
Péris une démarche qui va nous en
coûter d'autres ; & d'ailleurs n'eſpérez
pas trouver les François plus refpectueux
que nos voiſins. Cette remontrance
produifit ſon effet : les deux partis
ſe rapprochérent : Alcindor & Zelinde
firent l'office de médiateurs , & leurs
foins furent fi éfficaces , on ſe trouva
fi bien de leurs avis , que la plus mo-
4.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
defte des Néris grava en lettres d'or cette
maxime : Ceux qui ont beaucoup viê
font bons à confulter.
DES
PÉRIS ET DES
NÉRIS ,
Ou
l'Amour
comme on le méne.
CONTE.
EN VÉRITÉ , diſoit Alcindor à Zelinde
, en traverſant les airs , je regarde
notre voyage comme une franche corvée
!C'eſtfaire trop d'honneur aux hom-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
mes. Eſt-il à croire que nous trouvions
chez eux ce qui nous manque ? N'est-ce
pas à eux plutôt à ſe modéler fur nous ?
C'eſt ce qui ne leur arrive que trop fouvent
, reprit Zélinde , comme à nous de
prétendre égaler les plus fublimes Intelligences.
Que réſulte-t-il de cette double
ambition ? L'ennui pour nous & pour
eux. Il faut ſçavoir deſcendre à propos :
c'eſt la route que fuit prèſque toujours
le bonheur. Tout en philofophant ainsi ,
nos voyageurs ſe trouvèrent au centre
des vaſtes Etats du Mogol. Ils y firent
diverſes pauſes , & ne virent dans.certains
cantons , que ce qu'ils avoient déja
vu dans quelques autres : des Bonzes
qui ſéduiſoient de jeunes innocentes ,&
s'accordoient , on ne peut mieux , avec
celles qui n'avoient pas beſoin d'être ſéduites
: des femmes qui ſe brûloient fur
le corps d'un mari qu'elles avoient haï
& trompé ; des maris qui méritoient
toute l'averſion de leurs femmes , &
qu'on traitoit ſelon leur mérite. Plus
loin , de vaſtes Sérails remplis de belles
eſclaves ignorées, pour la plupart, de leur
Maître , & qui riſquoient de mourir fans
avoir fait ſa connoiſſance. Celles même..
quien jouiſſoient avoient prèſque auffi
ſouvent lieu de s'ennuyer que les preFEVRIER.
1764 . 27
mières. Un amour fi partagé mettoit
peu de différence entre l'état des unes &
des autres.
Alcindor & Zélinde jugèrent qu'il
étoit à propos de paſſer outre. Ils pénétrèrent
dans les Etats du Sophi de Perſe ,
&ſe rendirent à Iſpahan. Mais ils crurent
être encore une fois à la Chine ,
tantcertainsuſages leur parurent ſemblables
chez les deux Nations. A Iſpahan ,
comme à Pekin, l'union des deux ſéxes
eſt un véritablejeu de haſard. Un Perſan
époufe une femme comme unjoueur accepte
une carte , ſans ſçavoir ce qu'elle
vaut , ni de quelle couleur elle eſt . Il
arrive auſſi que l'une & l'autre eſt miſe à
l'écart dès qu'elle ſe trouve remplacée
par quelque choſe de mieux. Il eſt même
permis à un Perſan de chercher ce mieux
autant de fois qu'il eſpère le rencontrer :
privilége qu'il ſçait faire valoir dans toute
fon étendue.
Zélinde entra , ſans ſe laiſſer voir ,
dans une maiſon de noble apparence.
Elle en vit le Maître occupé à compter
une ſomme en or à une très -belle femme
, qui enſuite fut embraſſer , en verſant
quelques larmes , deux petits enfans
placés aux pieds d'une autre femme affife
elle-même dans un fauteuil magnifique.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Après quoi la première ſe proſternahumblement
devant la ſeconde , qui la congédia
d'un figne de tête.,Voilà , diſoit intérieurement
la Néris , voilà fans doute
une Eſclave qui prend congéde ſes Maîtres
& de leurs enfans. Mais bientôt elle
reconnoît que ces mêmes enfans font
ceux de cette Eſclave prétendue; que le
Maître de la maiſon a été ſon époux , &
n'a ceffé de l'être que parce que le bail
paffé entre eux eſt expiré. La Dame affife
étoit réellement la Dame en titre ,
celle que le mari ne peut répudier qu'après
certaines formalités : mais il peut la
négliger , & la néglige. En revanche ,
elle eft réputée la mère de tous les enfans
qu'il a de ſes rivales.
Tandis que Zélinde obſervoit toutes
ces chofes , Alcindor ne reſtoit pas oifif.
Il aborde une jeune Perſanne qui marchoit
à viſage découvert. Un eſclave la
devançoit en fonnant de la cimbale . Elle
étoit vêtue d'une robe de brocard d'argent
, affez courte pour laiſſer voir la
beauté de ſa jambe. Ses longs cheveux
étoient artiſtement relevés ſur ſa tête.
Une gaſe d'or ſervoit à les attacher , &
flottoit en partie au gré du vent. De riches
pierreries ornoient ſes oreilles :
des fleurs couvroient ſes bras. De plus ,
FEVRIER. 1764 . 29
elle étoit belle , & fembloit fort defirer
de le paroître. Alcindor entra dans ſes
vues , loua fes charmes , & ſe félicita de
ce qu'elle daignoit les rendre vifibles ,
en dépit de l'uſage. Point du tout , reprit-
elle , c'eſt l'usage qui me défend de
les cacher. J'ai acquis le droit de paroître
telle que je fuis , de parler comme je
penſe , d'agir comme je le ſouhaite. Bien
des femmes qui mépriſent moi & mes
ſemblables , feroient grand cas de nos
priviléges : mais il faut des talens pour
les acquérir & pour les conferver. Ces
talens , comme Alcindor l'apprit d'ellemême,
conſiſtoient fur- toutdans la Mufique&
la Danſe. Le Périsdemanda à la
Danfeufe , quels talens il falloit avoirauſſi
pour lui plaire. Mon nom vous le dira ,
répondit-elle : je m'appelle la Vingt tomans
* ; jamais on ne ſcut m'attendrir à
moins,&je m'attendris à proportion que
le nombre en augmente.
En parlant ainfi , la jeune Perfanne
continuoit de marcher , mais Alcindor
ceſſa de la ſuivre. Il rejoignit Zélinde
qui lui fit part de ce qu'elle avoit vû.
Elle ajouta que dans cette contrée les
hommes étoient trop abfolus. Et les
* Le toman eſt une Monnoie Perſanne qui équi--
vaut à nos Louis d'or de France.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
femmes trop dociles , reprit Alcindor.
Voyons files unes & les autres différent
dans le reſte de l'Afie.
Ils eurent hou d'admirer les charmes
des Géorgiennes , des Circaſſiennes , des
Mingréliennes . On diroit que la beauté
ne ſe plaît que dans ces païs barbares ,
tant ſes dons s'y trouvent généralement
répandus. Une laide femme y paroît un
phénomène. Une femme délicate en eſt
un bien plus rare encore. Toutes ſe
croyent faites pour être vendues & non
pour ſe donner . Ce font de vrais meuble
de férail. Ces meubles ne font cependant
pas toujours neufs lorſqu'ils y
arrivent. C'eſt de quoi Alcindor pouvoit
s'inſtruire à fond , & ce qu'il négligea
de faire. Les femmes qui ont leurs
maris font encore moins circonſpectes ';
mais ces maris, quoiqu'Aſiatiques, font
peu jaloux. Une belle Mingrélienne s'étoit
enfermée avec Alcindor: il n'avoit
fur elle aucun deſſein qui éxigeât cette
précaution. Le mari ſurvient & ne
la croit pas inutile. Tu ne peux t'en
défendre , dit-il au voyageur ,le cochon
m'eſt dû : c'eſt l'amende qu'on paye en
pareil cas . Je conſens même à le manger
avec toi. Il eſt inutile d'ajouter qu'Alcindor
difparut fans rien répondre , & que
FEVRIER. 1764. 31
Zelinde& lui continuerent leur voyage.
De pauſe en pauſe ils arrivent à Conftantinople.
Son étendue leur fait éſperer
d'heureuſes découvertes , des uſages qui
lui foient propres. Ils font bien-tôt détrompés.
Ils n'y apperçoivent que ce
qu'ils ont déja vû ailleurs ; une jaloufie
affreuſe dans les hommes , une ſervile
obeiſſance dens les femmes ; peu d'Amour
de part & d'autre . Un Turc entre
dans ſon Sérail. Aucun objet déterminé
ne l'occupe. U eſt ſans paffion , ſouvent
même ſans deſirs. Une troupe d'Eſclaves
s'empreſſe de les faire naître , & n'éprouve
elle-même que des beſoins. Zélinde
, qui ſans être vue voyoit toutes
ces chofes , en conclut que l'Amour
à la Turque feroit peu du goût des Néris.
Pour Alcindor , il fut moins prompt à
fe décider. Peut- être , diſoit-il en lui
même , le beſoin d'aimer , & la difficul
té d'avoir des Amans , réduiſent-ils une
femme Turque à chérir ſon mari. Il en
vit une qui prodiguoit au ſien toutes
les marques extérieures de la plus vive
tendreſſe. L'un & l'autre fortirent pour
pour ſe rendre à la Moſquée , & Alcindor
les ſuivit. La belle Turque étoit
voilée , ſelon l'uſage inventé par la
jaloufie : mais il exiſte un autre uſage
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
peu favorable aux jaloux ; c'eſt que le
voile & l'habit des femmes font ordinairement
les mêmes pour la forme &
la couleur. De forte qu'un mari qui perd
un inſtant de vue ſa femme , riſque de
ne la pouvoir plus diftinguer parmi les
autres. C'eſt de quoiAlcindor fut témoin.
Le couple qu'il avoit ſuivi ſe ſépara dans
la Moſquée , lieu où les deux ſexes n'ont
pas la liberté d'être confondus. Le mari
de la belle Ottomane ſe poſta vis-à- vis
d'elle . Alcindor , toujours inviſible , ſe
plaça tout à côté. Il la vit , au bout de
quelques inftans , ſe mêler parmi ſes
voiſines , s'éloigner de plus en plus , &
enfin diſparoître entièrement. On préfume
bien qu'il la ſuivit. La traite ne
fut pas longue ; elle entra dans une mai-
Yon tierce où un jeune Turc l'avoit devancée.
Leur abord indiquoit aſſez bien
le motif de leur entrevue , & Alcindorn'eut
pas beſoin de faire uſage de toute
ſon intelligence pour prévoir quelles
en ſeroient les ſuites. Il ſortit , perfuadé
que les précautions inventées par
la jalouſie des Aſiatiques , n'étoient éfficaces
que contre eux-mêmes.
Zélinde & lui mirent en queſtion s'ils
viſiteroient l'Europe où ils avoient déja
mis le pied , ou s'ils donneroient la préFEVRIER.
1764 . 33
férence à l'Afrique. La Néris opina pour
le ſecond parti , & Alcindor fit ce qu'elle
voulut. Ils en prirent occafion de vifiter
l'Arabie & l'Egypte , qu'ils n'avoient fait
que cotoyer. Ni l'un , ni l'autre pays ne
borna leurs recherches . C'étoit une répétition
de ce qu'ils avoient vu & blamé
ailleurs. La brûlante Ethiopie offrit
à leurs yeux un Peuple immenſe. L'extrême
chaleur du climat influoit également
ſur les deux ſéxes ; ils lui devoient
tout le penchant qui les attiroit l'ün vers:
l'autre ; & ce penchant n'étoit que matériel.
Ce fut encore pis à mesure que
nos voyageurs avancèrent. Parvenusau
centre de la Guinée , ce qu'ils avoient
vu ne leur parut que l'ombre de ce qu'ils
voyoient: Alcindor prit plaifir à écouter
l'entretien d'un jeune homme & d'une
jeune fille de Congo. Ils se connoiffoient
àpeine : ce qui n'empêcha pas le jeune
Africain de débuter ainſi: Silava in
quinté, je te ſalue , ma femme. Elle ré--
pondit fur le champ. Silava moïné , je ter
ſalue , Maître. Gay zoleze minou , pour
fuivit- il , m'aimes-tu bien ? Gayté moi
nézolezé béné , reprit- elle , oui , Maître ,
je t'aime bien: Le jeune homme porta
beaucoupplus loin ſes queſtions , & elle
y fit cette docile réponſe : Ninga moï-
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
né, oui , Maître. Alors elle ſe mit à genou
en battant des mains , & s'écriant
par trois fois , Silava moïné , je te ſalue ,
Maître. A quoi il répondit , en remuant
tous les doigts , calam bom botté , cela eft
bon . Enfuite , il lui donna ſa main noire
à baifer. Ce qu'elle fit avec autant de joie
que d'empreſſement. Enfuite lui-même
la prit ſous le bras , & la conduiſit en un
lieu plus commode pour achever l'entretien.
A quelques pas plus loin , le couple
voyageur fit rencontre d'une jeune Africaine
, qu'on n'eût pas priſe pour telle à
ſa couleur. Toute ſa perſonne étoit couverte
d'une pommade rouge , faite avec
de l'huile de palme , & du bois de toucoula.
Que fignifie cet ornement , lui
demanda Zélinde ? Que j'ai l'honneur
d'avoir caffé calbaſſe , répondit - elle ;
konneur le plus grand qui puiſſe arriver
à une fille parmi nous. Cette couleur
doit tomber d'elle-même , & juſqu'a ce
qu'elle m'ait entièrement quittée , je ne
dois prendre part à aucun travail ; je ne
dois m'occuper que du plaifir. Eh quelles
feront les ſuites de tout cela , demanda
encore la Néris ? D'être vendue , reprit
l'Africaine , par celui qui m'aura époufée
, & qui épouſera vingt femmes pour
avoir l'avantage de les vendre,
FEVRIER. 1764. 35
Zelinde n'en voulut pas ſçavoir davanrage
, & Alcindor en ſavoit déja trop.
Ils continuerent à faire le tour de l'Afrique
& arriverent chez les Caffres ,
nation qui n'en mérite guères mieux le
tître que ces troupes de Bêtes féroces fi
communes dans cette partie du Monde,
Le nom même de l'Amour est ignoré
chez ce Peuple barbare. Une même
cabane raſſemble durant la nuit toute
une Tribu. Le brutalité y trouve amplement
à ſe fatisfaire , ne s'y refuſe rien ,
n'y eſt jamais contredite. Là , nulle diftinction
, nul choix , nul reſpect pour
les noeuds du ſang , nul ſouvenir des
liens de la Veille.... Alcindor& Zélinde
détournerent leurs yeux de cet affreux
Tableau. Ce qu'ils virent , en avançant
toujours , ne leur parut guères moins
révoltant. Ils furent un peu plus fatisfaits
de la Barbarie , contrée qui , malgré
fon nom , est vraiment le païs policé
de l'Afrique. Mais ils n'y retrouverent
que les moeurs Arabes & Turques , &
dès - lors n'y trouverent pas ce qu'ils
cherchoient. Ils prirent donc le parti de
viſiter l'Europe ; ce qu'ils regardoient ,
à-peu-près , comme un parti déféſperé.
L'Eſpagne ſembloit s'offrir d'elle même
à leurs recherches. L'Italie n'étoit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
guères moins à leur portée. Ils aimerent
mieux débuter par le Nord. Mais bientôt
ils s'apperçurent que , ſi. Vénus étoit
née dans l'eau , les Amours jouoient
rarement ſur la glace. On eſt , à coup
fûr , plus tendre dans un boſquet fleuri
qu'au pied d'une montagne de neige.
Alcindor & Zélinde s'avancerent au
centre de l'Allemagne. Les coeurs s'y
adoucifſoient en raiſon du climat. Toutefois
, les hommes parurent à la Néris
tenir encore des Germains leurs aïeux ,
nation plus guerrière que galante. Les
femmes elles-mêmes parurent aux yeux
du Péris , être en général plutôt foibles
que tendres. Dailleurs , dans ce païs
l'Amour ne ſçait point déroger. Un
noble ne peut s'y réfoudre à aimer une
Plébéienne. Il faut pour le ſéduire au
moins ſeize quartiers. Il enviſage moins
les attraits de ſa Maîtreffe que l'antiquité
de ſes parchemins. En un mot , l'Amour
au lieu de carquois & de flambeau
, porte un Magazin d'Ecuffons&
des Arbres Généalogiques.
Alcindor & Zélinde mirent en quef
tion la route qu'ils devoient tenir. Tout
endifputant , ils ſe trouverent aux fronrieres
d'Italie. Il faut, dit la Néris, hazarder
quelques recherches dans cette Con
FEVRIER. 1764. 37
trée. Hé bien ! dit Alcindor , d'un ton
qui marquoit peu d'eſpérance , voyons
ce qui en arrivera. Ils s'avancerent jufques
dans cette ville qui fut autrefois
la Capitale du Monde.
9.
Les veſtiges de fon ancienne grandeur
occupoient les regards d'une foule
d'Etrangers. Nos voyageurs n'y firent
aucune attention. Ils n'avoient qu'un
objet , ils ne le perdoient pas un inſtant
de vue. Mais le remplir c'étoit là le
point vraiment difficile , & Rome ne
leur parut pas devoir abréger ces difficultés.
Aux Temples près , ils ſe crurent
au ſein d'une Ville d'Afie. Les femmes
n'y fortent que voilées , fortent rarement
& plus rarement encore ſont
viſitées chez elles . En un mot, la jaloufie
des Romains modernes égale celle des
Afiatiques de tous les tems. Alcindor
apprit même qu'elle avoit recours àdes
éxpédiens dont les plus jaloux d'entre
les Orientaux rougiroientde faire uſage.
Ah quelle horreur ! s'écrioit Zélindes
Au moins , diſoit Alcindor , s'il n'eſt
guères poffible qu'on les aime , il ne
l'eſt pas plus qu'on les trompe. A peine
il achevoit ces mots qu'une Duègne
ſeptuagénaire lui fait figne d'une certaine
diſtance. Il s'approche , & elle l'exhorte
38 MERCURE DE FRANCE.
à metre à profit le bien que lui veut
une jeune Beauté qui vient de l'appercevoir
à travers de ſa jaloufie. Le Péris
demande qui peut être cette perſonne
obligeante ? C'eſt ma maîtreſſe , reprit
la vieille : l'inſtant eſt merveilleux à
ſaiſir. Notre jaloux eſt abſent & ſe repoſe
entierement ſur moi du ſoin de lui
garder un tréſor que vous méritez mieux
que lui . J'ai rempli d'abord ma charge
avec aſſez de rigueur ; mais je ſuis naturellement
bonne , & voici la vingtiéme
fois que je donne à ma maîtreſſe de
pareilles preuves de bonté. Alcindor admiroitla
bienfaiſance de l'une & de l'au
tre. Mais , pourſuivit-il ,n'éxiſte t- il pas
d'autres obſtacles ? Oh ! nous faurons
les lever , quels qu'ils foient , reprit la
Duégne : cen'est pas la première fois....
Un incidenttragique interrompit le difcours
de la vieille. Un Italien aborda
& poignarda furtivement certain François
qui avoit ſçu lever certains obſtacles.
Onne parut étonné ni du fait , ni de
lavengeance. L'affaffin eut le bonheur
de gagner un Temple voifin , & par
conféquent de ſe voir abſous.
Pour Alcindor il rejoignit Zelinde.
L'une& l'autre quitterent l'ancienne Patriedes
Cefars. Ils vifiterent d'autresVil
FEVRIER . 1764. 39
les d'Italie où ils n'apperçurent que ce
qu'ils avoient vû à Rome & ſouvent pis
encore . Ah ! s'écrioit Zélinde avec indignation
, franchiſſons vîte les Alpest
Mais Alcindor , on ignore pourquoi ,
la détermina à franchir les mers , & à fe
rendre en Eſpagne.
Là , ils virent d'autres Tableaux. L'amour
fidéle juſqu'à l'obſtination y régne
pour ainſi dire de toutes parts . L'amourjaloux
juſqu'à la frénéfie l'accompagne
pour l'ordinaire. Là ſe réaliſent
les paffions éternelles; paſſions qui n'oſent
plus figurer ailleurs , même dans les
Romans. Alcindor & Zélinde prirent
l'extérieur d'un François & d'une Françoiſe.
L'alliance venoit d'être , plus que
jamais , reſſerrée entre les deux nations ,
&nos voyageurs furent traités en amis.
Zélinde fit autant de conquêtes qu'elle
en voulut faire& plus qu'elle n'en vouloit
garder. Elle parut donner la préférence
à un jeune Eſpagnol qui à mille
égards la méritoit. Il n'en devint que
plus tendre & plus empreſſé , mais en
même temps plus jaloux. A peine eur
il lieu de préſumer qu'on l'aimoit , qu'il:
craignit qu'on ne ceſſât de l'aimer. Il
étoit reſpectueux dans ſes manières ; il
l'étoit dans ſes diſcours , & ce fut auffi
très- reſpectueuſement qu'il pria la Néris
40 MERCURE DE FRANCE..
d'interdire fa maiſon à tout autre qu'à
lui. Alcindor lui - même n'en fut pas
éxcepté. Voilà,diſoit intérieurement Zélinde
, voilà une inquiétude qui tient de
la tyrannie, une délicateſſe qu'on porte
juſqu'à l'outrage. N'importe , pourſuivit-
elle , voyons fi ces demandes , une
fois fatisfaites , feront ſuivies de quelques
autres. Dès ce moment elle devient
inacceffible à tous ceux que l'Eſpagnol
regarde comme ſes rivaux. Alcindor
lui -même , ſe prête à cette épreuve.
Tant de ſacrifices comblerent de
joie l'amoureux Caſtillan , & ne purent
le tranquiliſer. Il trouva que la prétendue
Françoiſe n'oubloit point affez les
uſages de ſa Nation. Zélinde adopta
fur le champ ceux d'une véritable Efpagnole
, ne parut plus que maſquée ,
ſe montra même très-rarement ſous cet
attirail ; en un mot , elle marqua fur
tous ces points une docilité capable
de décéler qu'elle n'étoit pas Françoiſe.
Le jour ſuivant elle vit l'Epagnol à ſes
genoux la remercier de toutes ces preuves
de complaiſance & en éxiger une
nouvelle . C'étoit de permettre qu'on
réformât ſes jaloufies de manière qu'en
voulant voir , elle- même ne riſquât
point d'être apperçue . Zélinde vit bien
FEVRIER . 1764. 41
qu'il s'agiſſoit de l'empêcher elle-même
de rien appercevoir. Elle ordonna
ce qu'on la prioit tacitement de permettre.
Le jour ſuivant l'Eſpagnol ſe
retrouve à ſes genoux & lui préſente
humblement une Duégne .
Ce dernier trait lui parut une ſuite
naturelle des précédens. Elle le ſoutint.
comme elle avoit fait les autres ; mais
la fin de l'épreuve approchoit. L'Eſpagnol
fortit & la Duégne reſta. Au milieu
de la nuit ſuivante , Zélinde entendit ſous
ſes fenêtres un concert de pluſieurs inftrumens.
Degrands cris & un cliquetisd'armes
ſuccédèrent à cette muſique :ce
qui déſignoit au moins une Tragédie-
Opéra. Le lendemain , Zélinde apprit
que fon Amant avoit voulu la gratifier
d'une ſérénade , ſelon l'uſage du pays ;
qu'un autre Eſpagnol , dont la maîtreſſe
logeoit vis-à-vis d'elle , étoit furvenu
dans le même deſſein : que les deux galans
s'étoient crus rivaux , s'étoient battus
en conféquence ,& mis l'un & l'autre
au bord de la tombe: preuve certaine,di--
foit-on, que l'un & l'autre aimoit bien ſa
maîtreffe. On ajoutoitqu'une telle preu
ve d'amour alloit rendre jalouſes toutes
lès beautés de Madrid. Mais Zélinde en
inféra de nouveau , que l'amour Eſpas
42 MERCURE DE FRANCE.
gnol ne ſéduiroit ni elle ni ſes compagnes.
Pour Alcindor , il plaiſoit beaucoup à
une jeune & belle Caftillanne , qui jufqu'alors
avoit été nommée l'inſenſible .
Malheureuſement ſa manière d'aimer
étoit toute ſemblable à celle des Néris.
Tout ſe réduiſoit aux petits ſoins , & a
l'affiduité la plus rigoureuſe. Elle vouloit
qu'on défirất ſans ceſſe , & ne laiſſoit
jamais rien eſpérer. Après tout , diſoit
Alcindor , l'objet de mon voyage feroit
bien mal rempli. Prudes pour bégueules ,
il valoit autant ne pas me déplacer. In
fit d'autres recherches & vit que c'étoit-
là le génie dominant du beau fexe
Ibérien . Zélinde , elle-même étoit ſuffiſamment
inſtruite. Elle propoſa au Péris
de riſquer une tournée en France ; mais
il n'attendoit abfolument rien de cette
démarche. Il détermina la Néris à paſſer
chez certain Peuple , rival éternel de la
Nation Françoiſe , & qui ſe pique de ne
l'imiter en rien .
C'eſt avoir fuffifamment déſigné l'Angleterre.
Le couple voyageury parut ſous
I'habit Eſpagnol. Dès les premiers jours ,
la Néris apperçut dans les hommes de
cette ifle peu d'eſtime pour les femmes ,
&encore moins de complaiſance . DèsFEVRIER.
1764. 43
lors , elle rallentit fes recherches , & s'épargna
, en effet , une peine inutile.
Alcindor augura mieux de celles qu'il
alloit prendre. Il remarqua dans le Beau-
Séxe Anglois un germe de tendreffe qui
faifoit comme partie de ſon exiſtence.
*Quel dommage , diſoit- il , qu'un naturel
fi heureux foit négligé par ceux qui ſont
le plus intéreſſés àle faire valoir ! Il voulut
, cependant , voir par lui - même ,
c'est-à- dire , voir juſqu'à un certain
point , le parti qu'on pouvoit tirer de ces
favorables diſpoſitions. Auparavant il lui
tomba ſous la main unpapier public , où
il lut ces propres paroles : >> Depuis l'or-
>> dinaire dernier ( c'est-à-dire depuis
>> trois jours ) on n'a retiré que fix jeu-
>> nes perſonnes du Lac de Roſémonde.
>> Il faut croire que les amours ont été
>> moins vifs , ou plus heureuxqu'à l'or-
>>> dinaire durantcetintervalle: ily a bien
>> eu auſſi quelques galans poignardés
>>par leurs Belles , qu'ils avoient quit-
>> tées : mais , pour cette fois , cela ne
>> fait pas nombre. C'eſt pourquoi nous
>>ne les déſignerons qu'avec ceux de la
>> feuille prochaine. »
Le Péris ajouta peu de foi à cet article.
Il jugea que , depuis le rétabliffement
de la paix ,le Gazetier en étoit
44 MERCURE DE FRANCE.
réduit à compoſer des fables périodiques,
& il réſolut de n'en croire que fa propre
expérience. L'occaſion s'en préſenta
d'abord comme d'elle-même. Une jeune
veuve qui avoit le regard tendre &
doux , lui parut très- propre à démentir
le Gazetier ſatyrique. Il s'attacha à lui
plaire , y réuffit & parvint même à la
fixer entiérement. Il vit enfin combien
le coeur des femmes de cette contrée
eſt actif : mais ce coeur éxige qu'on le
ſuive ; il défend , ſurtout , de rétrograder.
Alcindor , qui ne vouloit pas aller
trop loin , ralentit ſubitement ſa marche
,& bientôt même parut diſpoſé à
faire retraite. Ce fut alors qu'il eut lieu
de juger qu'une gazette n'eſt pas tou
jours fauſſe. La jeune veuve n'épargna
rien pour prévenir ſon inconſtance. Elle
pria , ſupplia , gémit ; & lorſqu'elle vit
que tout étoit fuperflu , elle fit fuccéder
les menaces aux gémiſſemens , la
fureur aux menaces : en un mot le poignard
fut levé. On préſume bien d'avance
que ce fut en vain : mais la veuve
n'en devint que plus furieuſe. Elle fortit,
réſolue de ſe punir elle-même de ſa cré--
dulité. Elle alloit fournir un article à la
Gazette prochaine : déja même elle s'é
toit élancée à l'endroit le plus profond
FEVRIER . 1764 . 45
du lac. Le Péris , qui avoit pris une autre
forme pour la ſuivre, la ſecourut à temps,
la conſola de ſon mieux,& fi bien qu'elle
eut de la joie d'avoir pour libérateur un
homme ſi propre à faire oublier les torts
de ſes pareils. Alcindor ſe garda bien de
la détromper. Il ſe rendit auprès de Zélinde
, pourdécider avec elle ſi leur miffion
n'étoit pas réellement terminée. Ils
avoient parcouru toute la terre , excepté
-la France ; & la France leur ſembloitafſez
inutile à parcourir. Tout confidéré
cependant , ils s'y déterminèrent ; moins
dans l'eſpérance de trouver là ce qu'ils
cherchoient , que pour éviter le reproche
de ne l'avoir pas éxactement cherché.
Arrivés dans la Capitale , ils s'y annoncerent
pour Anglois. Ils en avoient
pris l'extérieur , & en affectoient le langage.
Cet expédient leur eût mal réuſſi
un fiécle plutôt ; mais depuis peu tout
avoit bien changé de face. La mode
régnante à Paris étoit d'admirer les
Anglois en tout& partout. On les applaudiſſoit
ſur la Scène , on les fêtoit
dans les cercles , on les copioit dans les
Livres , on ſacrifioit nos héroïnes à
leur héros .... D'après ces diſpoſitions
le couple voyageur ne pouvoit manquer
d'être bien accueilli. Il le fut mieux
46 MERCURE DE FRANCE.
encore qu'il n'avoit ofé le prévoir. Zélinde
qui à la beauté des plus belles Angloiſes
affectoit de joindre leur air tant
ſoit peu gauche , trouva une foule d'Elégans
qui tous aſpiroient à la former.
Leur perfifflage ne lui parut pas dangereux
; mais il l'amuſoit. Elle mit fur
le chapitre de la conſtance un Petit-
Maître des plus à la mode. Il en parla en
homme qui la pratique peu , & qui
l'eſtime encore moins. La conſtance en
amour , diſoit- il , n'est bonne qu'a fournir
vingt volumes à unRomancier. C'eſt
une vertu qui de tous ſes héros fait autant
de vitimes : & d'ailleurs , un amant
fidéle eſt un être ſi infipide , ſi incommode
! Il n'en eſt pas moins vrai ,
Madame , pourſuivit le François , que
vous m'allez contraindre d'imiter ce que
je blâme dans autrui : mais daignez me
pardonner d'avance l'ennui queje vais
vous caufer. On n'a point avec vous la
liberté du choix .
....
C'étoit-là le ton qu'en général on prenoit
avec Zélinde. Elleen conclut qu'en
France l'amour n'étoit point misau rang
des affaires férieuſes. Alcindor lui-même
tiroit des conféquences toutes ſemblables
dece qu'ilvoyoit. L'extrême liberté dont
jouiffoient les femmes , l'usage qu'elles
FEVRIER. 1764. 47
en faifoient , le peu de penchant qu'ont
leurs maris , ou leurs amans à la jaloufie ,
le ridicule attaché à ce foible ; en un
mot, ce qu'on nomme en France le ton
delabonne compagnie : tout cela diftinguoit
, felon lui , cette Nation d'avec
toutes les autres .
Il parut s'attacher à une jeune Marquiſe
, devenue veuve , & par cette raiſon
encore plus libre qu'étant mariée :
ce qui fignifie beaucoup. Sa maiſon
étoit fréquentée par une foule de jeunes
gens du bon ton , qui tous s'affichoient
pour rivaux , & n'en étoient pas moins
bons amis. Les politeſſes qu'Alcindor en
reçut lui- même l'étonnèrent Il s'en expliqua
ingenuement avec l'un d'entr'eux.
Voici la réponſe que lui fit lejeune François.
Nos aïeux avoient la manie d'adorer
leurs Dames , de n'ofer le leur dire ,
&de s'égorger entr'eux pour les en informer.
Nous ſuivons un tout autre
uſage. Nous débutons par un je vous
aime ; nous aimons beaucoup moins
que nos aïeux , & chacun de nous croit
être aimé. Dès-lors plus de jaloufie. Nous
n'enviſageons un rival que comme le
témoinde notre triomphe actuel , ou futur.
C'eſt une victime que nous plaignons
fincèrement , loin de la hair ; &
48 MERCURE DE FRANCE.
d'ailleurs , ce pays eſt ſi fertile en refſources
! Les femmes ſont devenues ſi raiſonnables
! Elles ſe prêtent ſi volontiers
ànos arrangemens ! ... Oh parbleu ! il
faudroit être bien gauche pour ſe trouvet
au dépourvu ; & chez les Spartiates , où
les fonds étoient en commun , y eut-il
jamais de diſputes d'intérêts ?
Le Péris ne trouva pas ce diſcours des
plus ridicules. Peut- être , diſoit- il , aimet-
on moins ici qu'ailleurs ; mais l'amour
yprend une phyſionomie plus riante. La
confiance le guide , & ne l'abandonne
jamais. Un échec eſt prèſque toujours
fuivi d'un triomphe : un triomphe ne ſe
fait attendre qu'autant qu'il eſt néceſſaire.
L'Amour enfin eſt ici le Dieu de la concorde
, lui qui ſéme la diviſion chez tant
de Peuples , qui a caufé la ruine de tant
d'autres. Ah ! ſans doute , que Troye
éxiſteroit encorree , fi Ménélas eût été
François .
Il revit la jeune Marquiſe. Elle parut
flattée de ſes viſites ; mais elle en
recevoit une foule d'autres , & aucune
ne ſembloit lui déplaire. Le faux Anglois
en témoigna quelque inquiétude ,
ce qui divertit beaucoup lajeune Françoiſe.
Eh quoi , Monfieur , lui dit-elle ,
êtes-vous donc encore ſi peu au fait ?
Quelles
FEVRIER . 1764 . 49
Quelles que foient vos prétentions ,
ignorez-vous que la confiance eſt l'âme
de la Société ? Voyez le Monde , Monfieur
, & ces miféres- là vous paſſeront.
Elle-même voulut lui ſervir d'Introductrice.
Il admiroit l'aiſance avec laquelle
cette jeune veuve le préſentoit
dans différens cercles choifis . Ces cercles
étoient pour lui un autre genre de
Spectacle où les femmes jouoient toujours
les grands rôles , où les maris n'ofoient
paroître,ou ne paroiffoient qu'incognito.
La vivacité d'eſprit qui diftingue
les Françoiſes , la gaîté qui anime
leurs diſcours , les grâces qui accompagnent
toutes leurs actions , ſe diſputoient
le prix dans ces momens , &
furtout au milieu d'un élégant ſoupé.
Quel dommage diſoit Alcindor ,
que des objets ſi ſéduiſans ne ſe bornent
qu'à plaire ! choſe qui ne leur eſt
que trop facile. Grace à cette extrême
facilité elles dédaignent de garder
leurs conquêtes. Alexandre donnoit des
couronnes , persuadé qu'il lui étoit aifé
d'en conquérir d'autres. Telles font les
Françoiſes .
,
,
Il eut cependant lieu de juger que
l'amour conſtant n'étoit pas un phénomène
chez cette Nation. Mais cet amour
C
50 MERCURE DE FRANCE .
eſt ſi paiſible , fi peu éxigeant , ſi peu
jaloux , qu'ailleurs il paſſeroit pour indifférence.
Ah , s'il eſt ainſi , diſoit notre
voyageur , à coup für la jeuneMarquiſe
m'aime , & m'aime un peu plus
qu'à la Françoiſe . Il eſt bon d'obſerver
que fi le Péris avoit avoit le don de
prendre la même forme que les humains
, il n'avoit pas celui de lire dans
leur intérieur.
Il voulut donc que l'âme de la Marquiſe
ſe manifeſtât au dehors. C'étoit
pour lui un paſſetemps affez flatteur de
pouvoir d'un ſeul coup dérouter trente
Petits-Maîtres. Il plaignoit cependant
la belle Françoise , & redoutoit quelque
avanture ſemblable à celle de Londres.
Il est vrai ,diſoit- il, que ni le Mercure
de France , ni le nombre exceffif
de Journaux & de Gazettes qu'on y diftribue
, n'offrent nulle tracede pareilles
catastrophes.Mais, pourſuivoit Alcindor ,
il eſt toujours fâcheux de moleſter une
jolie femme.
Au milieu de ces réflexions , il reçoit
de la Marquiſe une lettre de reproches .
Elle s'y plaignoit ſpirituellement de fon
abfence , & même de ſa tiédeur. C'étoit
le confirmer dans l'opinion qu'il
avoit de ſa bonne fortune . Il retourne
FEVRIER . 1764. 5
auprès d'elle , expoſe des griefs , des
inquiétudes , veut éxiger des facrifices ,
en un mot , joue le rôle d'un Amant
Eſpagnol. Mais la ſcène devint affez comique
des deux parts. La jeune Marquiſe
le pria de s'épargner un ridicule.
un travers intolérable. Profitez mieux ,
lui dit-elle , des exemples que vous offre
ma Nation , la ſeule qui ſcache réduire
l'Amour à ce qu'il doit être,ou du moins
à ce qu'il doit paroître. Ce n'eſt pas
'qu'il ne briſe quelquefois les entraves
qu'on lui donne. Eh , où en ferionsnous
, pourſuivit-elle , fi malheureuſement
je vous aimois aſſez pour vous
croire!
Qu'entends-je ? s'écria le Péris étonné
, est- il bien vrai que vous ne me diftinguiez
pas del'éſſain frivole qui vous
entoureprèſque ſans ceſſe ? Pardonnezmoi
, Mylord , reprit la Marquiſe , je
vous diftingue ; j'ai voulu vous faire les
honneurs de ma Nation : mais tous ces
égards diſparoîtront s'il eſt jamais queftion
de vous aimer. L'étonnement d'Alcindor
augmentoit à chaque parole de
la jeune Françoiſe. Au moins , Madame
, pourſuivit-il , daignez faire votre
confident de celui qui aſpiroit à quelque
choſe de plus : daignez me faire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
,
ce
connoître l'heureux Mortel que vous
me préférez. Dites qui vous a prévenu ,
reprit la Marquise ; quant au reſte
n'eſt point un myſtère. Un peu plus de
connoiffance de nos uſages vous eût d'abord
mis au fait. L'heureux Mortel dont
vous parlez eſt le même qui vous a introduit
chez moi , que vous avez vû y
& donner entrée à beaucoup d'autres , &
qui s'y montre plus rarement que vous
& eux. Telle eſt chez nous la conduite
ordinaire d'un Amant préféré : celle
d'un époux eft encore plus circonfpecte
. Il lui eſt permis d'aimer tacitement
ſa femme , & c'eſt tout: garre le ridicule
s'il ofe afficher la tendreſſe & l'affiduité
! En un mot , les chaînes de l'Amour
& de l'Hymen font devenues
pour nous fi légères , qu'une Françoife
peut ſe croire libre en les portant.
Après tout , diſoit Alcindor en luimême
, cette liberté a fon mérite ; les
deux ſéxes peuvent y trouver leur compte
: refte à ſçavoir fi la fatifaction eſt
générale. Toutes les nouvelles recherches
que fit Alcindor lui prouvérent
qu'elle l'étoit. Zélinde elle-même commençoit
à goûter cette manière de vivre
cette liberté qui tient le milieu
entre la licence & le bégueulisme. L'A-
و
FEVRIER. 1764. 53
mour est un enfant ,diſoit-elle au Péris
, il faut badiner avec lui ſi l'on veut
lui plaire , ou qu'il plaiſe.
Ce fut dans ces diſpoſitions qu'Alcindor
& Zélinde retournérent à leur féjour
habituel. Ils arrivent, ſe ſéparent ,
& aſſemblent , l'une ſes compagnes ,
l'autre ſes compagnons. Des deux
parts l'empreſſement est le même à les
entourer ; l'attention qu'on leur prête
eſt égale , & leur rapport tout ſemblable.
A l'inſtant on s'écrie chez les Péris
qu'il faut appeller des Françoiſes. Les
Néris parurent moins promptes à ſe décider
: elles vouloient qu'on délibérât
fur cette matière , au moins pour la
forme. Hélas ! mes chères compagnes ,
leur dit Zélinde , une délibération eſt
bien ſuperflue , quand la queſtion ſe
trouve jugée d'avance. Epargnons aux
Péris une démarche qui va nous en
coûter d'autres ; & d'ailleurs n'eſpérez
pas trouver les François plus refpectueux
que nos voiſins. Cette remontrance
produifit ſon effet : les deux partis
ſe rapprochérent : Alcindor & Zelinde
firent l'office de médiateurs , & leurs
foins furent fi éfficaces , on ſe trouva
fi bien de leurs avis , que la plus mo-
4.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
defte des Néris grava en lettres d'or cette
maxime : Ceux qui ont beaucoup viê
font bons à confulter.
Fermer
11265
p. 60-68
LETTRES D'UN JEUNE HOMME. O sentiment, sentiment ! douce vie de l'âme ! ROUSSEAU de Genève.
Début :
QU'UN Agréable ou qu'une Elégante se moquent du ton & de la morale [...]
Mots clefs :
Jeune homme, Ami, Amitié, Coeur, Hommes, Amour, Bonheur, Vertu, Sentiment, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES D'UN JEUNE HOMME. O sentiment, sentiment ! douce vie de l'âme ! ROUSSEAU de Genève.
LETTRES
D'UN JEUNE HOMME.
O ſentiment , ſentiment ! douce vie de l'âme !
ROUSSEAU de Genève.
QU'UN Agréable ou qu'une Elégante
ſe moquent du ton & de la morale
de ces lettres , je n'en ſerai pas ſurpris ;
j'oſerai même en augurerfavorablement.
Ames honnêtes & fenfibles ! permettez-
moi de vous les offrir ; vos fuffrages
font les ſeuls qui puiſſent me
flatter.
J
LETTRE PREMIÈRE.
E vous écris ,, mon Ami , du plus
agréable endroit de la Terre ; tout ici
refpire la paix , & promet le bonheur.
Vous y fentez partout la main du maître
; fon heureux génie anime & remplit
ces beaux lieux . L'ordre & la bonne
intelligence qui regnent dans ſa maifon
, le goût , l'aimable ſimplicité qui
la décorent , la douce liberté dont on
FEVRIER. 1764. 6
y jouit , tout annonce un être reſpecté
chéri & digne de l'être.
,
Je découvre de ma fenêtre un point
de vue dont le contraſte eſt gracieux
& frappant. D'un côté toutes les
richeffes du printemps ; des fleurs , des
prés, des ruiſeaux,de grands arbres fruitiers
tout couverts de ces beaux bouquets
de neige qui répandent l'éclat le
plus vif,& le plus doux parfum.De l'autre ,
une campagne agreſte , ſauvage , de
vieux arbres chenus & dépouillés ;
des torrents plus pittoreſques, plus impoſans
que vos caſcades ; une nature
aride & déferte ; mais dont vous connoiſſez
le prix , Voyez , ami , contraſter
avec tous ces objets nos jeunes
villageoiſes , auſſi belles qu'ingé
nues. Cet aſpect a quelque choſe d'enchanté.
Il ne manque ici que vous ,
mon bon ami.
Mais tandis que je m'amuſe à te
peindre ce payſage , ton âme eſt en
proie à la douleur. Tu pleures une foeur
charmante . Le ſouvenir de Folni attendrit
& déchire ton coeur. Aimable
Folni ! ... Cette ſanté ſi belle , fi brillante
, cet enjoûment , cette douceur...
Jeuneſſe, eſprit , grâces, vertus, la mort
atout dévoré ! Mais non , ami , ta foeur
62 MERCURE DE FRANCE.
éxiſte encore. Cette âme fimple & pure
n'eſt point anéantie . Elle repoſe au fein
de l'être des êtres . Belle âme , vois couler
nos pleurs ! Je crois te voir ſenfible
à nos regrets. Nos coeurs ſe réuniront
au tient , nous partagerons ton
bonheur.
O , mon Ami ! ne fermez pas votre
âme à la confolation. Que je mépriſe
ces hommes aveugles & durs qui voudroient
que la mort détruisît tout notre
être ! Ainfi donc , les vertus les plus
aimables & les plus fublimes ſeroient
fans récompenfe , & l'eſprit ſeroit confondu
avec la matière ! Malheureux fyf
tême , que le coeur & la raiſon défavouent
: l'impatience & l'immenfité de
nos defirs te trahiront toujours.
T
Ecrivez - moi , mon cher ami. Nos
lettres feront triftes ; mais cette triſteſſe
aura plus d'attraits pour moi , que toutes
les fauſſes joies d'un monde auſſi frivole
que diſſipé.
LETTRE II.
Vouspenſez ſurl'amitié comme faiſoit
Madame de Guion ſur l'amour de Dieu .
Vous ſcavez qu'elle imaginoit une
FEVRIER. 1764. 63
charité bien défintéreſſée , & qui dans.
ſon ſyſtême devoit anéantir l'amour de
nous-mêmes . Elle trouvoit cette idée
admirable . Elle avoit du moins , d'après
fon Directeur , adopté fortement cette
opinion ; elle la défendoit avec, chaleur.
Ce n'étoit qu'une rêverie ; & je vais
vous convaincre , mon bon ami , que
vous rêvez auſſi quelquefois. Paſſezmoi
ce propos , vous m'avez donné
de l'humeur.
Nous n'aimons que nous dans les
perfonnes qui nous font les plus cheres ;
ce font vos termes. tout se rapporte à
notre bien- être. Mais , mon ami , croyezvous
que l'on aime moins Dieu , parce
que l'on y trouve de l'attrait ? L'amour
de la vertu , cet amour fi pur
n'eſt pas lui-même éxemt d'intérêt dans
un certain ſens : mais , croyez -moi ,
il eſt beau , il eſt grand de s'aimer foimême
dans l'ordre. Le rare mérite de
ta foeur nous attiroit , il eſt vrai. Nous
en étoit-elle moins chère ?
Ah ! que je hais ces affligeans ſyſtêmes
qui ne ſemblent imaginés que
pour inſulter à l'humanité, pour avilir
&décourager notre âme. Vous qui
regardez l'intérêt comme le ſeul principe
de nos actions , froids & triftes
64 MERCURE DE FRANCE.
(
raiſonneurs , la divine image de l'honnête
& du beau n'a-t- elle jamais échauffé
vos coeurs ? N'avez - vous jamais ſacrifié
à la vertu ? Quelle est donc cette
malheureuſe & funeſte Philofophie, qui
ne croit pas aux fublimes éfforts, à l'intrépide
fermeté du Sage , ou qui ne ceffe de
la calomnier ?
Une choſe que vous n'hésiterez pas
à croire , mon ami , quoiqu'elle ait l'air
d'un paradoxe, c'eſt que les gens médiocres
ne font pas faits pour la ſolide
amitié. Le commerce des hommes fimples
eſt aſſez für ; mais ne sont- ils pas
fufceptibles de prévention ? S'ils favent
aimer , font- ils capables de cette amitié
fublime , de cet enthouſiaſme qui diftinguent
les ames ſupérieures ? Non ,
ils n'ont jamais fenti ce génie du coeur ,
ce feu du ſentiment qui pénétre l'âme ,
& qui l'éclaire. Ils peuvent être ſincères
&bons ; mais jamais leur froide amitié
ne fera rien de grand.
Cependant je préférerai toujours les
bonnes gens à ceux dont les démonftrations
vous poursuivent ſans ceſſe.
Ton ami , tu n'en ſçaurois douter
adore la fincérité. Quelle âme ſtupide
& lâche peut renoncer à cette vertu ,
qui nous rapproche de la divinité ? Mais
,
FEVRIER . 174 . 65
je dédaigne cette polliteſſe artificieuſe ,
qui met les manières à la place des
ſentimens , qui ne rougit pas de prendre
l'air & le ton de la bienveillance ,
qui tue en carefſſant , ou du moins qui
voile fon indifférence & ſa froideur des
attraits de la franchiſe & de l'amitié.
Mon coeur ſe révolte dès qu'il ne trouve
plus la candeur. Je dois ton eſtime à
cette qualité ; c'eſt elle qui m'attache
à toi. Mon ami , notre amitié durera
toujours.
LETTRE ΙΙΙ.
1
JEE ſuis encore ému de ce que l'on
me fit voir hier. Mon ami c'eſt un
Sage , c'eſt un Dieu qui habite ce ſéjour
ignoré !
د
Le jour commençoit à tomber : il
me prit en particulier , & me dit ;
vous êtes digne de m'accompagner ;
venez voir un ſpectacle attendriflant....
Mais que tout ceci demeure entre vous
& moi.
Je le fuis à l'extrémité du hameau ;
nous entrons dans une chaumière.......
Ciel ! Quels objets ! Une vielle femme
étendue ſur un grabat ; auprès d'elle
66 MERCURE DE FRANCE .
une jeune perſonne dont la douceur &
la beauté brilloient ſous le plus groffier
vêtement. Elle prodiguoit ſes ſoins àla
malade. Mon Enfant, lui dit mon digne
Ami , voilà donc votre mère ? Hélas
oui , Monfieur ! Depuis huit jours elle
n'a pu fortir du lit; je ne puis la quitter ;
&nous allons manquerde pain.....
O piété ! ô vertu ! diſois-je intérieurement
, voilà donc votre aſyle ! Mais , reprit
M. d'Aubigné , pourquoi manquer
de confiance , mon cher Enfant ? Que
ne veniez-vous me confier vos douleurs ?
Je ſçais combien vous êtes bon , Monfieur
; mais j'ai craint ...... Ah ! ne
craignez plus : les indigens honnêtes
font toujours accueillis chez moi; ils y
font reſpectés , ma Fille. Tenez ,& fouvenez-
vous queje ne vous abandonnerai
jamais.
La jeune perſonne ſanglottoit ; elle
baiſoit les mains de ſon bienfaiteur ,
qui lui dit en ſe retirant : ayez ſoin de
votre mère , ſoyez toujours vertueuſe ,
&comptez fur moi. Ce que je fais pour
vous , ce que je ferai par la ſuite eſt fort
fimple. Pourquoi s'étonner d'une bonne
action ? C'eſt la dureté des hommes qui
doit ſeule nous étonner.
C'eſt ainſi qu'il ſe fait adorer. Les
JANVIER. 1764. 67
travaux ruſtiques , animés par ſes regards
, ramènent par-tout l'abondance;
l'affreuſe pauvreté diſparoît devant lui ;
d'heureux mariages réuniſſent les familles;
lejeune berger peut ſuivre le penchantde
fon coeur , & remplir à la fois
les voeux de l'amour & de la fociété :
tout offre l'image du bonheur; la joie
naît du ſein du travail. Le tableau de ces
hommes ſains &robuſtes , de ces femmes
diligentes & fidèles , tous occupés
de laſubſiſtance commune , ne reſpire
que les plaiſirs ſimples & naturels , les
ſeuls vrais plaiſirs. De-là ces fêtes , ces
jeux innocens , où préſide cette allégreſſe
naïve , inféparable de la paix du coeur ,
&de la ſanté.
Telle étoit la vie des Patriarches , de
ces hommes heureux & fimples. Je ne
parcours point , ſans la plus douce émotion
, cette Hiſtoire des premiers temps.
Jacob & Rachel , l'heureux Booz, la
douce & fage Ruth ne vous charmentils
pas , mon Ami ? L'aimable Folni ,
portant du vin à ſa cuisinière , me rappelle
Rebecca . Je crois voir cette belle
vierge abreuvant les troupeaux du bon
Eliezer.
Mais je ne vous ai rien dit de Madame
d'Aubigné. Elle eſt digne de celui dont
68 MERCURE DE FRANCE.
1
elle porte le nom. Tendre épouſe , bonne
mère , maîtreffe compatiſſante , amie
ſenſible & généreuſe ; jeune encore &
charmante , elle fait le bonheur de tout
ce qui l'environne. Simple dans ſa parure
, fon plus cher ornement eſt ſa famille.
Ses enfans font tous d'une figure
aimable , & je n'en connois pas de mieux
élevés. Mon Ami , vous connoîtrez bientôt
cette maiſon : on vous y defire déja.
Lafuite au Mercure prochain .
D'UN JEUNE HOMME.
O ſentiment , ſentiment ! douce vie de l'âme !
ROUSSEAU de Genève.
QU'UN Agréable ou qu'une Elégante
ſe moquent du ton & de la morale
de ces lettres , je n'en ſerai pas ſurpris ;
j'oſerai même en augurerfavorablement.
Ames honnêtes & fenfibles ! permettez-
moi de vous les offrir ; vos fuffrages
font les ſeuls qui puiſſent me
flatter.
J
LETTRE PREMIÈRE.
E vous écris ,, mon Ami , du plus
agréable endroit de la Terre ; tout ici
refpire la paix , & promet le bonheur.
Vous y fentez partout la main du maître
; fon heureux génie anime & remplit
ces beaux lieux . L'ordre & la bonne
intelligence qui regnent dans ſa maifon
, le goût , l'aimable ſimplicité qui
la décorent , la douce liberté dont on
FEVRIER. 1764. 6
y jouit , tout annonce un être reſpecté
chéri & digne de l'être.
,
Je découvre de ma fenêtre un point
de vue dont le contraſte eſt gracieux
& frappant. D'un côté toutes les
richeffes du printemps ; des fleurs , des
prés, des ruiſeaux,de grands arbres fruitiers
tout couverts de ces beaux bouquets
de neige qui répandent l'éclat le
plus vif,& le plus doux parfum.De l'autre ,
une campagne agreſte , ſauvage , de
vieux arbres chenus & dépouillés ;
des torrents plus pittoreſques, plus impoſans
que vos caſcades ; une nature
aride & déferte ; mais dont vous connoiſſez
le prix , Voyez , ami , contraſter
avec tous ces objets nos jeunes
villageoiſes , auſſi belles qu'ingé
nues. Cet aſpect a quelque choſe d'enchanté.
Il ne manque ici que vous ,
mon bon ami.
Mais tandis que je m'amuſe à te
peindre ce payſage , ton âme eſt en
proie à la douleur. Tu pleures une foeur
charmante . Le ſouvenir de Folni attendrit
& déchire ton coeur. Aimable
Folni ! ... Cette ſanté ſi belle , fi brillante
, cet enjoûment , cette douceur...
Jeuneſſe, eſprit , grâces, vertus, la mort
atout dévoré ! Mais non , ami , ta foeur
62 MERCURE DE FRANCE.
éxiſte encore. Cette âme fimple & pure
n'eſt point anéantie . Elle repoſe au fein
de l'être des êtres . Belle âme , vois couler
nos pleurs ! Je crois te voir ſenfible
à nos regrets. Nos coeurs ſe réuniront
au tient , nous partagerons ton
bonheur.
O , mon Ami ! ne fermez pas votre
âme à la confolation. Que je mépriſe
ces hommes aveugles & durs qui voudroient
que la mort détruisît tout notre
être ! Ainfi donc , les vertus les plus
aimables & les plus fublimes ſeroient
fans récompenfe , & l'eſprit ſeroit confondu
avec la matière ! Malheureux fyf
tême , que le coeur & la raiſon défavouent
: l'impatience & l'immenfité de
nos defirs te trahiront toujours.
T
Ecrivez - moi , mon cher ami. Nos
lettres feront triftes ; mais cette triſteſſe
aura plus d'attraits pour moi , que toutes
les fauſſes joies d'un monde auſſi frivole
que diſſipé.
LETTRE II.
Vouspenſez ſurl'amitié comme faiſoit
Madame de Guion ſur l'amour de Dieu .
Vous ſcavez qu'elle imaginoit une
FEVRIER. 1764. 63
charité bien défintéreſſée , & qui dans.
ſon ſyſtême devoit anéantir l'amour de
nous-mêmes . Elle trouvoit cette idée
admirable . Elle avoit du moins , d'après
fon Directeur , adopté fortement cette
opinion ; elle la défendoit avec, chaleur.
Ce n'étoit qu'une rêverie ; & je vais
vous convaincre , mon bon ami , que
vous rêvez auſſi quelquefois. Paſſezmoi
ce propos , vous m'avez donné
de l'humeur.
Nous n'aimons que nous dans les
perfonnes qui nous font les plus cheres ;
ce font vos termes. tout se rapporte à
notre bien- être. Mais , mon ami , croyezvous
que l'on aime moins Dieu , parce
que l'on y trouve de l'attrait ? L'amour
de la vertu , cet amour fi pur
n'eſt pas lui-même éxemt d'intérêt dans
un certain ſens : mais , croyez -moi ,
il eſt beau , il eſt grand de s'aimer foimême
dans l'ordre. Le rare mérite de
ta foeur nous attiroit , il eſt vrai. Nous
en étoit-elle moins chère ?
Ah ! que je hais ces affligeans ſyſtêmes
qui ne ſemblent imaginés que
pour inſulter à l'humanité, pour avilir
&décourager notre âme. Vous qui
regardez l'intérêt comme le ſeul principe
de nos actions , froids & triftes
64 MERCURE DE FRANCE.
(
raiſonneurs , la divine image de l'honnête
& du beau n'a-t- elle jamais échauffé
vos coeurs ? N'avez - vous jamais ſacrifié
à la vertu ? Quelle est donc cette
malheureuſe & funeſte Philofophie, qui
ne croit pas aux fublimes éfforts, à l'intrépide
fermeté du Sage , ou qui ne ceffe de
la calomnier ?
Une choſe que vous n'hésiterez pas
à croire , mon ami , quoiqu'elle ait l'air
d'un paradoxe, c'eſt que les gens médiocres
ne font pas faits pour la ſolide
amitié. Le commerce des hommes fimples
eſt aſſez für ; mais ne sont- ils pas
fufceptibles de prévention ? S'ils favent
aimer , font- ils capables de cette amitié
fublime , de cet enthouſiaſme qui diftinguent
les ames ſupérieures ? Non ,
ils n'ont jamais fenti ce génie du coeur ,
ce feu du ſentiment qui pénétre l'âme ,
& qui l'éclaire. Ils peuvent être ſincères
&bons ; mais jamais leur froide amitié
ne fera rien de grand.
Cependant je préférerai toujours les
bonnes gens à ceux dont les démonftrations
vous poursuivent ſans ceſſe.
Ton ami , tu n'en ſçaurois douter
adore la fincérité. Quelle âme ſtupide
& lâche peut renoncer à cette vertu ,
qui nous rapproche de la divinité ? Mais
,
FEVRIER . 174 . 65
je dédaigne cette polliteſſe artificieuſe ,
qui met les manières à la place des
ſentimens , qui ne rougit pas de prendre
l'air & le ton de la bienveillance ,
qui tue en carefſſant , ou du moins qui
voile fon indifférence & ſa froideur des
attraits de la franchiſe & de l'amitié.
Mon coeur ſe révolte dès qu'il ne trouve
plus la candeur. Je dois ton eſtime à
cette qualité ; c'eſt elle qui m'attache
à toi. Mon ami , notre amitié durera
toujours.
LETTRE ΙΙΙ.
1
JEE ſuis encore ému de ce que l'on
me fit voir hier. Mon ami c'eſt un
Sage , c'eſt un Dieu qui habite ce ſéjour
ignoré !
د
Le jour commençoit à tomber : il
me prit en particulier , & me dit ;
vous êtes digne de m'accompagner ;
venez voir un ſpectacle attendriflant....
Mais que tout ceci demeure entre vous
& moi.
Je le fuis à l'extrémité du hameau ;
nous entrons dans une chaumière.......
Ciel ! Quels objets ! Une vielle femme
étendue ſur un grabat ; auprès d'elle
66 MERCURE DE FRANCE .
une jeune perſonne dont la douceur &
la beauté brilloient ſous le plus groffier
vêtement. Elle prodiguoit ſes ſoins àla
malade. Mon Enfant, lui dit mon digne
Ami , voilà donc votre mère ? Hélas
oui , Monfieur ! Depuis huit jours elle
n'a pu fortir du lit; je ne puis la quitter ;
&nous allons manquerde pain.....
O piété ! ô vertu ! diſois-je intérieurement
, voilà donc votre aſyle ! Mais , reprit
M. d'Aubigné , pourquoi manquer
de confiance , mon cher Enfant ? Que
ne veniez-vous me confier vos douleurs ?
Je ſçais combien vous êtes bon , Monfieur
; mais j'ai craint ...... Ah ! ne
craignez plus : les indigens honnêtes
font toujours accueillis chez moi; ils y
font reſpectés , ma Fille. Tenez ,& fouvenez-
vous queje ne vous abandonnerai
jamais.
La jeune perſonne ſanglottoit ; elle
baiſoit les mains de ſon bienfaiteur ,
qui lui dit en ſe retirant : ayez ſoin de
votre mère , ſoyez toujours vertueuſe ,
&comptez fur moi. Ce que je fais pour
vous , ce que je ferai par la ſuite eſt fort
fimple. Pourquoi s'étonner d'une bonne
action ? C'eſt la dureté des hommes qui
doit ſeule nous étonner.
C'eſt ainſi qu'il ſe fait adorer. Les
JANVIER. 1764. 67
travaux ruſtiques , animés par ſes regards
, ramènent par-tout l'abondance;
l'affreuſe pauvreté diſparoît devant lui ;
d'heureux mariages réuniſſent les familles;
lejeune berger peut ſuivre le penchantde
fon coeur , & remplir à la fois
les voeux de l'amour & de la fociété :
tout offre l'image du bonheur; la joie
naît du ſein du travail. Le tableau de ces
hommes ſains &robuſtes , de ces femmes
diligentes & fidèles , tous occupés
de laſubſiſtance commune , ne reſpire
que les plaiſirs ſimples & naturels , les
ſeuls vrais plaiſirs. De-là ces fêtes , ces
jeux innocens , où préſide cette allégreſſe
naïve , inféparable de la paix du coeur ,
&de la ſanté.
Telle étoit la vie des Patriarches , de
ces hommes heureux & fimples. Je ne
parcours point , ſans la plus douce émotion
, cette Hiſtoire des premiers temps.
Jacob & Rachel , l'heureux Booz, la
douce & fage Ruth ne vous charmentils
pas , mon Ami ? L'aimable Folni ,
portant du vin à ſa cuisinière , me rappelle
Rebecca . Je crois voir cette belle
vierge abreuvant les troupeaux du bon
Eliezer.
Mais je ne vous ai rien dit de Madame
d'Aubigné. Elle eſt digne de celui dont
68 MERCURE DE FRANCE.
1
elle porte le nom. Tendre épouſe , bonne
mère , maîtreffe compatiſſante , amie
ſenſible & généreuſe ; jeune encore &
charmante , elle fait le bonheur de tout
ce qui l'environne. Simple dans ſa parure
, fon plus cher ornement eſt ſa famille.
Ses enfans font tous d'une figure
aimable , & je n'en connois pas de mieux
élevés. Mon Ami , vous connoîtrez bientôt
cette maiſon : on vous y defire déja.
Lafuite au Mercure prochain .
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Résumé : LETTRES D'UN JEUNE HOMME. O sentiment, sentiment ! douce vie de l'âme ! ROUSSEAU de Genève.
En février 1764, un jeune homme écrit à son ami pour décrire un paysage paisible contrastant avec une campagne sauvage. Il exprime sa tristesse après la perte de Folni, mais croit en la persistance de son âme. Il encourage son ami à trouver la consolation et critique ceux qui pensent que la mort anéantit tout. Dans une deuxième lettre, l'auteur aborde les thèmes de l'amitié et de l'amour-propre. Il affirme que l'amour de soi est naturel et que seule une amitié sincère et profonde est véritable. Il valorise la sincérité et la candeur. Dans une troisième lettre, l'auteur raconte une rencontre avec un sage ou un dieu dans un lieu inconnu, demandant à son ami de garder cela secret. Il décrit ensuite une scène touchante où une jeune femme soigne sa mère malade. M. d'Aubigné, l'ami du narrateur, offre son aide et assure son soutien, valorisant ainsi la vertu et la dignité. La bonté et la générosité de M. d'Aubigné transforment la communauté, ramenant abondance et bonheur. Les travaux rustiques sont revitalisés par son influence, et des mariages heureux réunissent les familles. Le narrateur admire cette vie simple et heureuse, la comparant à celle des Patriarches bibliques. Il mentionne également Madame d'Aubigné, une femme tendre et compatissante, contribuant au bonheur de son entourage. La famille d'Aubigné est décrite comme aimable et bien élevée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11266
p. 71
« LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier, est la dame [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier, est la dame [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier, est la dame [...] »
LE mot de la premiere Enigme du second
Volume de Janvier, est la dame
des échecs. Celuidelaſeconde eſt leſceau
du puits. Celui du premier Logogriphe
est Spectre,dans lequel on trouvesceptre.
Celui du ſecond eſt Echalote.
Volume de Janvier, est la dame
des échecs. Celuidelaſeconde eſt leſceau
du puits. Celui du premier Logogriphe
est Spectre,dans lequel on trouvesceptre.
Celui du ſecond eſt Echalote.
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11267
p. 77-105
DISSERTATION historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. DE BOISSY.
Début :
LE RABBIN qui fait le sujet de cette Dissertation, a fourni à M. Bayle celui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. DE BOISSY.
DISSERTATION historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. DE BOISSY.
LE RABBIN qui fait le sujet de cette
Dissertation, a fourni à M. Bayle celui
d'un article de ſon Dictionnaire. On
avouera qu'il méritoit d'y occuper une
place , fi l'on confidère la grande célé-
brité qu'il s'eſt acquiſe tout à la fois par
les Ouvrages qu'il a compoſés, & par
les Emplois dont diverſes Puiſſances
l'ontſucceſſivementhonoré. Cependant
comme le travail de l'habile Critique
que je viens de nommer , ſe réduit à cet
égardà une compilation abrégée de ce
qui eſt rapporté touchant ce Docteur
Juif, dans les Bibliothèques de Nicolas
Antonio & de Bartolocci , & dans le
Journaldes Sçavanspubliéà Leipfick;je
me flatte qu'on ne me ſçaura pas mau-
vais gré de préſenter un récit plus dé-
taillé & plus fuivi , j'oſe dire même plus
Diij
28 MERCURE DE FRANCE.
exact , des circonstances de ſa vie. Je
les ai puiſées dans la narration des Au-
teurs de cette Nation , qui ont été
prèſque ſes contemporains , & prin-
cipalement dans celle qu'il a lui-même
donnée de ce qui le regarde. Il eſt
rare que la différence de Religion qu'on
profeſſe , n'influe pas fur les diſpoſitions
de notre eſprit envers ceux qui ſuivent
une créancedifférentedelanôtre. On ne
fonge point que le premier des devoirs
d'un Hiſtorien eſt l'impartialité. Je me
fuis attaché à le remplir , autant que la
choſe a dépendu de moi. En confé-
quence , j'expoſerai fidélement lesbon-
nes & les mauvaiſes qualités de notre
Rabbin , fans chercher à affoiblir les
unes pour mieux aggraver les autres. Je
diſcuterai auſſi quelques-unes de ſes ac-
tions qui lui ont attiré de la part des
Chrétiens les imputations les plus inju-
rieuſes à ſa mémoire.
Ifaac Abarbanel, qu'on nomme éga-
lement Abravanel , Abarbinél , Abarbe-
nel ou Abrabaniel * , naquit à Lisbonne,
l'an du Monde 5197 , ſelon la fupputa-
tion des Juifs , deJ. C. 1437. Il ſedifoit
iffu de la Race de David. De-là les titres
* Les différentes manières deprononcer le nom
de ce Rabbin , viennent de ce qu'il ſe ponctue di-
erſement en Hébreu .
FEVRIER. 1764 .
79
pompeux qu'il a pris plaiſir d'étaler fort
au long à la tête des Ouvrages que nous
avons de ſa façon. Il n'hésite point à y
paroître revêtu de ces qualifications faf-
tueuſes , à la faveurdeſquelles il déduit
toute faGénéalogie. Ifaac,fils de Don
Juda ,fils de Samuel,fils deJuda ,fils de
Jofeph,filsdeJuda , de la Famille d'A-
barbanél , qui ont tous été Princes des
Enfans d'Ifraël, de la Race de Jeffé de
Béthléem , de la Maiſon de David , Con-
ducteur & Pasteur des Peuples , &c.
C'eſtenconféquencede cette illuftre fi-
liation, qu'il a affecté ,à l'éxemple de fon
père ,de mettre devant ſon nom le titre
honorable de Don, qu'on ſçait être en
uſage parmi les Nobles d'Eſpagne. Il
prétendoit prouver incontestablement
par-làlanobleſſe de ſon extraction ,dont
ilparoiſſoitfortentêté. Il autoriſe ſa pré-
tentiondutémoignage d'un certain Rab-
bi Ifaac Aben Géath , à qui il fait dire
dans un de ſes Commentaires ſur l'Ecri-
ture ( a ) , qu'au temps de la deſtruction
du premier Temple , il paſſa deux Fa-
milles de la Race du Roi David en EC-
pagne , dont l'une s'établit à Lucena &
l'autre à Séville où elle laiſſa une nom-
(a) Videas ejus Commentar. in Zachar. XII. v.
7 ,fol. 292 , édit. Amst.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
breuſe poſtérité, qui compoſa laMaiſon
des Abarbanels. Les Juifs déférèrent
aveuglément à cette tradition hiſtorique ,
ſans ſe mettre en peine d'examiner ſi elle
eſt conforme à la vérité. Outre qu'ils ne
ſe piquent pas d'une grande exactitude
dans la recherchedes faits , ils font trop
jaloux des moindres choses qui peuvent
tourner à la gloire de leur Nation , pour
s'aviſer de former quelque doute à cet
égard. Ils aiment mieux, fur la foi de
leurs Ecrivains , ſe repaître agréablement
de ſemblables fables qui font propres à
entretenir leur orgueil , que d'en venir
àdes diſcuſſions qui les obligeroientd'en
rabattre plus qu'ils ne voudroient. Le
Rabbin Ménaſſeh Ben Ifraël appuie de
toutes ſes forces la même tradition qu'il
adopte , avec cette différence que , con-
tre le récit d'Abarbanel , il affigne une
époque moins ancienne à la tranfmigra-
tion de ces deux Familles en Eſpagne ,
qu'il dit être arrivée après la ruine du ſe-
cond Temple ( b). Il a trouvé plus de
vraiſemblance à lui ſuppoſer une date
plus récente.
Il ne faut pas s'étonner
qu'il ſoutienne ce conte ridicule : il avoit
un intérêt particulier à le faire valoir ;
(a) Menaffeh Ben Ifraël. Conciliat. quæft. 65.
adGenef. pag. 92 .
FEVRIER . 1764.
8г
puiſqu'il la femme qu'il avoit épousée
ésoit de la Famille des Abarbanels ( c),
D'ailleurs , cet Auteur Juif, quoiqu'infi-
niment plus docte & plus judicieux que
la plupart de ceux de ſa Nation , a donné
bien ſouvent des éxemples de ſa crédu-
lité pour avoir préſumé trop favorable-
ment de la bonne foi de ſes ancêtres , &
de l'habileté de ſes Docteurs. C'eſt avec
raiſon que des Modernes ſe ſont moc-
qués de ces Familles de la Race de Da-
vid tranſplantées en Eſpagne , & ont
traité tout cela de fiction ( d). En effet ,
rien n'eſt ſi mal fondé que ce qu'Abar-
banél & les Hiſtoriens Juifs nous débi-
tent à ce ſujet. Si on doit les en croire ,
Nabuchodonofor vint affiéger Jérufalem
avec pluſieurs Princes ſes alliés , qui l'ai-
dèrent de leurs troupes. Hifpan Roi
d'Eſpagne , & Pyrrhus fon gendre Roi
des Grecs , furent du nombre de ceux
qui eurentpartà cette expédition. Notre
(c) Idem infpe Ifraël. pag. 92 , & de term. Vita,
Lib. III.fect. 13 , pag. 236.
(d ) Hoornbeckius de Convert. Judæ , Lib. II.
pag. 139. Huet. in Demonstr. Evangel. Propof.
IX. cap. 4. §. 14. pag. 427. édit. 1722. Bartolo-
ceii. Bibliothec. Rabbin. Part. III. pag. 885 &
886. Bafnage, Histoire des Juifs, Liv. VII. chap
9,pag. 252 &fuiv, édit. 1716.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Rabbin raconte qu'Hercule quitta la
Grece ſa patrie ,dans la réſolutiond'éten-
dre au loin ſes conquêtes , & équippa
une grande flotte pour l'exécution de
cette entrepriſe. Il pénétra dans l'Océan
occidental , & aborda en Eſpagne , où
il s'avança à la tête d'une armée formi-
dable. Il ſoumit à ſes armes cette vaſte
contrée; & , après y avoir paiſiblement
régné pendant quelques années , il lui
prit envie de retourner dans les lieux qui
l'avoient vu naître. Il traverſa l'Italie ,
d'où il fe rendit dans la Grece. Avant
fon départ , il revêtit de la Souveraineté
des Etats qu'il avoit conquis le filsde ſa
fœur appellé Hispan , de qui l'Eſpagne
a reçu fon nom. Cet Hifpan n'eut qu'u-
ne fille qu'il donna en mariage à Pyrrhus
Prince Grec , qui ſe trouva en perſonne
au Siége de Jérusalem ,& contribua à la
priſe de cette Ville. Les Tribus de Juda ,
de Benjamin &de Simeon , conjointe-
ment avec les Sacrificateurs & les Lévites,
lui échurent dans le partage qui fut fait
des prifonniers. Il les tranſporta fur fes
vaiſſeaux en Eſpagne, & les diſtribua
dans l'Andaloufie & dans le Territoire
de Tolede. ( e)
(e) Abarbanel. Commentar. in Reg. 11.
fol. 308 , édit. Lipfiens.
.30
FEVRIER. 1764 .
83
Salomon Ben - Virga qui rapporte la
même Hiſtoire , ajoute de plus que Se -
ville fut aſſignée pour demeure aux def-
cendans de David , qui habitoient dans
l'enceinte du troiſième mur de Jérufa-
lem- Il y en eut qui paſſerent enſfuite de-
là dans le Royaume de Grenade. ( f) Le
ſéjour de l'Eſpagne leur fut fi agréable ,
qu'ils préférèrent ce nouveau domicile à
celui de la Judée , où la partie de la Na-
tion , qui avoit été transférée à Babylo-
ne , dans la Perſe & dans la Médie , avoit
obtenue de Cyrus la permiffion de re-
tourner , pour rebâtir Jérusalem & le
Temple. Ils ne voulurent point , à fon
exemple , revenir dans leur Patrie , à
cauſe que ce retour de leur Frères , ſous
la conduite de Zorobabel n'étoit point
une parfaite délivrance , &qu'il n'y avoit
aucune obligation pour eux de demeu-
rer dans la Terre d'Ifraël, depuis qu'elle
ne poffédoit plus l'Arche de l'Alliance du
Seigneur, & que le cours des révélations
&des vifions prophétiques avoit entière-
ment ceſſé. Abarbanél aſſure qu'il a tiré
ce récit des anciennes Chroniques des
(f) Salome Ben Virg Schebet Fehoudah , fot-
8. edit. Amst. Vide pag. 41. Verfionis Latinæ hujus
libri quam G. Gentius in lucem ediditfub titulo
Hifior. Judaic.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Rois d'Eſpagne (g ). Roderic Sanche
& Alphonse de Cartagéne , Hiſtoriens
Eſpagnols , qui ont écrit vers le milieu
du quinzième fiécle , témoignent à la
vérité qu'Hispan petit - fils d'Hercule
,
& non pas fon neveu , comme l'affirme
Abarbanel, donna ſon nomà l'Eſpagne,
qui portoit auparavant celui d'Ibérie ,
qu'elle avoit pris du fleuve de l'Ebre.
Alphonsede Cartagéne raconte que ce
Monarque maria ſa fille à un célébre
Prince de la Grece , appellé Pyrrhus ,
qui , en qualité de ſon gendre, lui fuc-
céda (h).
Vafée & Tarapha ne comptent point
ce Pyrrhus au nombre des Rois d'Ef-
pagne. Ils diſent ſimplement qu'Hispan
étoit petit-fils d'Hercule , & qu'Hifpal
ſon père fut le ſucceſſeur immédiat de
ce Héros dont il naquit , & qui étant
prêt à partir pour l'Italie , lui abandonna
le Gouvernement de ce Royaume ( i).
:
(g ) Abarbanel in locofuprà citato.
(h) Roderic. Sanct. Histor. Hifpan. P. I. Cap .
I. &VII. pag. 123 & 130. Alphons. à Carthag.
Anacephalæos Hifpan. Cap. III. & IV. pag. 250.
interHifpan. Hiftor. Scriptor. Tom.I.
( i) Vafai Chronic Rer. Hifpan. Cap. 10. pag.
82. Edit. Colon. Taraphæ Liberde Origin. acReb.
Gest. Reg. Hifpan. fubnexus Chron. Vas. pag.
578.
FEVRIER . 1764.
85
Mais ni les uns , ni les autres ne font
aucune mention de cette alliance con-
tractée entre Nabuchodonofor & Pyr-
rhus , ni de toutes les particularités qui
endépendent. Après tout, quand ils en
auroient parlé, ils ne ſeroientpas pour
celaplus croyables , puiſqu'on ne ſcau-
roit rien établir de certain fur une ori-
gine de l'Empired'Eſpagne auſſi fabu-
leuſe , ni ſur laſucceſſionde fes Rois ,
juſqu'aucinquième ſiécle , que les Goths
l'envahirent. On ne commence à mieux
connoître ſonHiſtoire , que depuis Al-
fonfe Premier du nom , furnommé le
Catholique , qui occupa le Trône vers
l'an 737 de l'Ere Chrétienne.
D'ailleurs ,
il y a lieu de douter que
Hercule ſoit jamais venu en Eſpagne.
On ſçait affez que ce nom a été com-
mun à pluſieurs Perſonnages de l'Anti-
quité : c'eſt pourquoi les Grecs qui les
ontconfondus enſemble , ont attribué à
'Hercule Thébain toutes les actions mé-
morables des autres ( k). C'eſt ce qui
fur-tout est arrivé à l'égard de l'Hercule
Tyrien , qui , ſelonla plupart des Criti-
ques, étoit contemporain de Moïse , &
quipar conféquent étoit bien antérieur à
(k) Cicero , de Natura Deor. Lib. III. Cap. 16.
pag. 171. Tom. IV, ejus Oper. édit. Gruter,
86 MERCURE DE FRANCE.
celui dont il s'agit. Des Colonies Phé-
niciennes conduites en Eſpagne par ce
grand Navigateur , s'y fixèrent , &y bâ-
tirent beaucoup de Villes célébres. C'eſt
ſans donte de lui qu'il faut entendre ce
que Sallufte dit de l'Hercule qui mourut
encettecontrée ,& dont la mort fut fui-
vie de la déſunion des Peuples qui l'a-
voientaccompagné, &qui compoſoient
ſon armée (1). On voyoit à Tarteſſe
qui , au rapport d'Arrien , devoit ſa fon-
dation auxPhéniciens , un Temple qu'ils
avoient élevé en l'honneur d'Hercule , à
qui l'on offroit des facrifices conformé-
ment à leurs coutumes ( m). Denys le
Géographe témoigne que ceux de la
même Nation qui occupoient Cadix ,
honoroient d'un culte divin ce fils de Ju-
piter(n ). L'aventure de Géryon , que
les Mythologues font régner en Eſpa-
gne , & dont ils veulent que l'Hercule
Thébain ait enlevé les troupeaux , après
l'avoir tué , n'arriva point en ce pays ,
comme nous l'apprenons d'Hécatée de
(1) Salluft. de Bello Jugurth. cap. 21.pag. 79.
Tom. I. édit. Haverkamp.
(m) Arrian. de Expedit. Alexand. M. Lib. II.
pag. 43. édit. Stephan.
(2) Dionys Periegas. Orb. v. 453. pag. 74.
idit. R. Suph. feupag. 84. edir. Oxon. 1717.
FEVRIER. 1764.
(9) Arrian,ibidem.
87
Milet ancien Hiſtorien qui, vivoit du
temps de Darius fils d'Hystape , plus
decinq cens ans avant l'Ere vulgaire (o).
Il rapporte que ce Géryon qu'Eurysthée
envoya combattre par le Héros Grec ,
régnoit dans le Continent ſitué près du
Golfe Ambracien , aujourd'hui de l'Ar-
ta, & voifin de l'Épire ; & que c'eſt de
cet endroit-là qu'Hercule amena à My-
cenes , Capitalede l'Argolide , les bœufs
qui appartenoient à ce Prince (p) . Ar-
rien remarque avec raiſon , qu'il n'y a
point d'apparence qu'Eurysthée ait pu
avoirquelque connoiſſanced'une région
placée à l'extrémité de l'Occident , &
qu'il ait ſçu fi elle abondoit en pâturages
&en troupeaux ( 9 ).
Enfinla preuvela plus fortedelafauf-
feté du récit d'Abarbanél , eft l'impoffi-
bilité qu'il y a de le concilier avec la
Chronologie. En effet , ce Pyrrhus qui
ſe ſignala par fon courage au Siége de
Troye ,ne peut être que le fils d'Achille ;
& on n'ignore point qu'il ne furvêcut
(o ) Suid. Lefic. fubvoce Εκαταίος, pag.686.
Tom. 1. Edit. Kuster.
(p )Hecateus apud Arrian. loco fuprà citato ,
& Eustath. in Commentar. in Dionys. Perieg. *.
561.pag. 62.feu 196
A
88 MERCURE DE FRANCE.
quede vingt ans à la ruine de cetteVille.
(r) Il eſt aiſedejuger par-làdel'anochro-
niſme conſidérable que notre Rabbin a
commis , en faiſant ce Prince Grec con-
temporain de Nabuchodonofor ; quoi-
qu'il y ait entre l'une & l'autre un in-
tervalle de plus de fix cens ans. Car
Troye fut priſe & faccagée au moins
1186 ans avant l'Ere Chrétienne ; &
Jérusalem fut emportée d'aſſaut par le
Monarque Babylonien la 588° année
avant la même Ere , qui étoit la 19º
de ſapremiereexpédition contre Joakim
ou Eliakim , & la 11º de la captivité de
Jéchonias qui avoit été mené à Baby-
lone. ( s )
On ne sçauroit diſconvenir que dans
le nombre des Juifs que la déſolation
de leur patrie abandonnée au pillage
des Soldats de Tite, contraignitde cher-
cher ailleurs une retraite , pluſieurs ne
ſe ſoient réfugiés en Eſpagne. Il paroît
même conſtant qu'ils y avoientdes éta-
bliſſemens dans les premiers fiécles du
Chriſtianiſme ; puiſqu'on trouve quel-
ques décrets faits contr'euxdans lesAc-
(r)Eufeb. Chronic. Lib. poſter. fub num. 854.
pag. 94.Edit. Scalig. vide quoque Petav, ration.
temp. p. I. Lib. I. cap. II. pag. 48.
(5) Reg. Lib. IV. Cap. 25. v.8.
1
:
FEVRIER. 1764.
89
tes du Concile qui fut tenu à Elvire
ville de la Bœtique,unedes Provincesde
l'Eſpagne , & qui précéda de vingt ans
celui de Nicée. (t ) Mais ces familles
fugitives étoient de toutes les Tribus ,
&elles vinrent indiſtinctement s'établir
en cette Contrée. En effet les Tribus
avoient ététellement confonduesdepuis
la deſtruction de Jérusalem qu'il n'étoit
plus poffible de les diftinguer les unes
desautres. Les catalogues où l'on avoit
ſoin d'inférer les généalogies , eurent
le même ſort que le temple dans les
archives duquel ils étoient déposés. ( u)
Ils périrent dans l'incendie de ce fuperbe
édifice , & cet événement dut néceſſai-
rement jetter de la confufion dans les
familles de la nation. D'ailleurs les Ro-
mains avoientquelque intérêtà ne point
laiſſer ſubſiſterces catalogues à la faveur
deſquels elle eût conſervé l'efpérance
de replacer un jour les deſcendans de
David fur le trône de leur ancêtres.
Auſſi les reſtes de cette maiſon demeu-
rerent éteints par les pourſuites de Vef-
( t ) Concil. Eliberitan. Can. 49 , 50 , 78.pag.
976 & 978.Edit. Concilior. Labbe Tom. I. few
pag. 255 & 258. Edit. Hardui. Tom. I.
(u) Vid. Vales. Annotat in Hiftor. Ecclef. Eu-
Seb. Lib. I. Cap. 7. pag. 14.
90 MERCURE DE FRANCE.
pafien, (x)qui craignoit ſansdoute que
ce peuple qui ſouffroit impatiemment
une domination étrangère n'en prit
occaſion de ſe revolter. Ces remarques
ſuffiſent pour prouver que la tradition
des Rabbins touchant les familles dela
Tribu de Juda tranſportées enEſpagne
eſt bâtie ſur un fondement ruineux.
Enfin quand on ne conoîtroit pas leur
penchant à outrer tout ce qui les re-
garde , les titres dont Abarbanelfe pare
portentun caractère ſi manifeſte d'éxa-
gération , que les Lecteurs les moins
prévenus ne peuvent s'empêcher d'en
ſoupçonner la vanité. Il est vrai qu'ils
n'éxiſtent que dans l'imagination des
Juifs féconde en idées chimériques.
Nous obſervons qu'il eſt aiſé de leur
ôter tous les moyens de ſe fortifier dans
leur illuſion à cet égard en combat-
tantl'autorité de R. Ifaac Aben Geath
par celle de R. Abraham Ben Dior , qui
rapporte que depuis R. Chiia qui mou-
rut dans le Royaume de Caſtille , l'an
de J. C. 1154 ,il ne reſta plus perſonne
-de la race de David dans toute l'Ες-
(x) Eufeb. Histor Ecclef. Lib. III Cap. 12.
pag. 87. Edit. Vales. Nicephor. Callif. Histor.
Ecclef. Lib. III. Cap. 19. pag. 237. Tom. 1 .
イ
FFVRIER. 1764.
gr
pagne. (y)Voilà certainement un aveu
bien contraire à ce qu'Abarbanél té-
moigne d'après R. Ifaac Aben-Geath
de fa defcendance de ce Prince. Il eſt
d'autant moins en droit de taxer R.
Abraham Ben-Dior,d'ignorance fur cet
article , que celui-ci vivoit préciſement
dans le temps qu'il écrivoit cette par-
ticularité. Il devoit avoir connoiffance
des principales familles de ſa nation
puiſqu'il a compoſé un Livre qui eſt
deſtiné à en marquer l'origine , & à
en regler l'ordre & la fucceffion. Nous
n'infiftons ici ſur l'aſſertion de ceRab-
bin , que parce qu'elle a affez de force
pour ébranler la perfuafion où font les
Juifs relativementà cet objet. On gagne
beaucoup plus à leur oppoſer l'autorité
de leurs Docteurs fur des points con-
'teſtés pour les faire revenir de leur en-
têtement , qu'à vouloir les convaincre
par les raiſonnemens les plus clairs &
par les faits les plus pofitifs,qui ne font
aucune impreffion ſur leur eſprit. Bar-
tolocci eſt tentéde croire qu'Abarbanel
a forgé lui-même ce qu'il cite fur le
témoignage de R. Ifaac Aben-Geath ,
afin de mieux impofer au corps de ſa
(y) R. Abraham Ben -Diorinfephreha Kab-
balah fol. 32. Edit. Ven.
92 MERCURE DE FRANCE.
nation. ( z ) Il veut que ce que notre
Docteur Juif en allégue ne ſe trouve
que dans ſes Ouvrages. Or , comme il
s'agit ici de ſa propre cauſe dans la-
quelle il ne ſçauroit être témoin ; cela
fuffit pour rendre ſa narration ſuſpecte
de fauſſeté. Au reſte il ne déſavoue pas
que notre Rabbin ne ſoit forti d'une
des plus anciennes & des plus confi-
dérables familles Juives habituées dans
les Royaumes d'Eſpagne & de Portugal.
Elle étoit originaire de Séville où elle
eut ſon établiſſement pendant pluſieurs
générations. C'eſt dans cette Ville que
Dom SamuelAbarbanél, ayeul du nôtre
parut avec diſtinction vers le milieu du
quatorziéme fiécle. Sa générofité éga-
loit ſon opulence , qui jointe aux pré-
rogatives de fa dignité lui donnoit beau-
coup de crédit dans ſa Nation. Il n'en
uſoit que pour favorifer les Savans de
la Synagogue qu'il affectionnoit parti-
culierement , & pour procurer aux af-
fligés & aux indigensles ſecours dont
ils avoient beſoin. (a) C'eſt ſans doute
de cet Abarbanelque parle un certain
Thomas que R. Salomon Ben - Virga
( z) Bartolocc. Biblioth. Rabbini P. III. pag.
886.
(a) Abrah Zacouth Sepher Jouchasin. fol.1337
FEVRIER. 1764.
93
fait entrer en conférence avec Alphonse
Roi d'Eſpagne , ſur ce qui concerne
diverſes imputations formées contre les
Juifs , & fur la véritable cauſe de leur
difperfion par toute la Terre. ( b ) Je
n'ignore pas que quelque-uns préten-
dent qu'il eſtqueſtion là de notreRab-
bin , & qu'ils prennent conféquemment
le Prince avec qui ce Thomas s'entre-
tient dans le Livre de Salomon Ben Vir-
ga pour Alphonse V, Roi de Portugal.
(c)Mais cela eſt démenti par la qua-
lité de Roi d'Eſpagne qu'on y donne
à cet Alphonse. Ce ne peut donc être
que le onziéme Prince de ce nom , Roi
de Caſtille , qui fut enlevé du monde
àla fleur de fon âge , l'an 1350. Ainfi
lesdâtes s'accordent avec l'éxacte chro-
nologie ; puiſque Dom SamuëlAbarba-
nél étoit contemporain du Monarque
Eſpagnol. Don NicolasAntonio qui eſt
dans le même ſentiment que nous par
rapport à l'Alphonse avec qui Thomas
a un long entretien , a eu raiſon de re-
marquer que l'Abarbanéldont il eſt fait
( b) Salom. Ben Virg. Schebet Jekoudahfol. 7.
feu pag. 39. Version. Gent.
(c) Alt. Lipficens. mens. Novembr. 1686. pag.
529.
94 MERCURE DE FRANCE.
mention eſt différent du nôtre. (d) Ce-
pendant il a eu tort de mettre près de
deux fiécles d'intervalle entre ce Roi &
Isaac Abarbanel : en quoi il a eté
juſtement repris par M. Bayle. ( e )
Les parens de ce Rabbin allérent é-
tablir leur domicile à Lisbonne , qui
fut le lieu de ſa naiſſance. Les grandes
richeſſes dont le commerce les avoit
mis en poſſeſſion les avoit fort accré-
dités dans cette Capitale auffi célébre
par l'étendue du négoce qui s'y fait ,
que par le ſéjour des Rois de Por-
tugal. Ils prirent tous les ſoins pof-
fibles de fon éducation ; & comme ils
découvrirent bien-tôt les heureuſes dif-
poſitionsdeſon eſprit , ils n'épargnerent
rien de ce qui pouvoit contribuer à les
perfectionner. Elles ſe développoient à
meſure qu'il croiſſoit en âge. Les pro-
grès rapides qu'il fit dans l'étude de ſa
religion & en général de toutesles ſcien-
ces du reffort de la Théologie juſtifie-
rent les belles eſpérances qu'ils avoient
conçues de lui. Cependant ils ne bor-
nerent point leur fatisfaction à voir bril-
(d) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Tom I.
pag. 629 .
( e ) Bayle Dictionn. Hiftor. & crit. Tom. I.
pag. 29.Edit. 1715.
1
FEVRIER. 1764.
95
ler dans la Synagogue les talens du
jeune Homme. Ils voulurent les faire
ſervir à leur ambition qui les portoit
à former des projets d'aggrandiſſement
& d'illuftration de leur maiſon. Ils le
produifirent dans cette vue a la Cour
d'Alphonse V qui régnoit en Portugal.
Abarbanélqui avoit à cœur , comme
eux , fon avancement dans les emplois
quidépendoient de cette Cour , ſongea
ſérieuſement aux moyens qui pouvoient
l'y conduire. Toute ſon attention ſe
tourna du côté de la politique , qui lui
parut la voie la plus ſure & en même
temps la plus prompte pour parvenir
à l'exécution de ſes deſſeins. Ses dé-
marches réuffirent peut-être au de-là
de ſes eſpérances. Les marques qu'il
donna de ſa capacité &de ſon intelli-
gence dans les affaires , l'éleverent par
degrés aux charges les plus importantes
del'Etat. Alphonse, à qui il eut le bon-
heurdeplaire, l'admitdans ſes Conſeils ;
enfin il ſe pouſſa ſi avant dans les bon-
nes graces de ſon Souverain dont il
gagna entiérement la confiance, qu'au
cuneaffaire ne ſe traitoit ſans ſa partici-
pation. Les influences de ſa faveur au
près de cePrince s'étendirent ſur ſa Na-
tion , qui les reffentit dans toutes les
96 MERCURE DE FRANCE.
occafions où elle leur devint néceſſai-
re. Il ſçut la mêttre à profit & augmenta
conſidérablement la patrimonie de ſes
Pères. Il nous décrit lui-même pompeu-
ſement à la tête d'une des préfaces de
ſesCommentaires,les honneurs attachés
au poſte éminent , où elle l'avoit placé.
(f). Ils flattoient encoreaffez ſa vanité ,
pour qu'il s'en rappellât l'idée avec plai-
firdans untemps où il en étoit déchu ;
il y reléve faſtueuſement la ſplendeur
que l'abondance & l'opulence où il
vivoit alors répandoient fur toute ſa
maiſon; ily laiſſe auffi un témoignage
éclatant de ſa reconnoiſſance dans le
portrait qu'il fait de fon bienfaicteur.
Il nous le repréſente comme un Monar-
que également recommandable par ſa
puiſſance , par ſon courage , par ſa pru-
dence , par ſon amour pour lajustice ,
& par ſa piété , zélé pour le bonheur
de ſes ſujets à qui ſon humeur affable
&populaire le rendoit cher , & en la
perſonneduquel les Sçavans qui avoient
principalement part àſes libéralité trou-
voient un protecteur éclairé ; en un
mot , il lui attribue toutes les vertus
(f) Vide Præfation. ejus Commentar. in Libr.
Sofue. fol. 1 .
:
qui
(
0
C
a
da
So
R
to
nil
印
alla
ve
me
ف
FEVRIER. 1764.
1
97
qui ſoutiennent dignement la majesté
du Trône.
Sans éxaminer ici fi cet éloge n'eſt
point exagéré , il fert du moins à
prouver qu'Abarbanél a toujours ref-
pecté & honoré la mémoire de ce Prin-
ce , à qui il avoit de ſi grandes obliga-
tions. On me dira peut-être que c'étoit
bien le moinsqu'exigeoit tout ce que ce
Monarque avoitfait pourlui : je l'avoue.
Mais combien y en a-t-il qui n'atten-
dent pas pour perdre le ſouvenir des
bienfaits qu'ils ont reçus , que ceux de
qui ils les tennent n'existent plus. La
mortd'Alphonse apporta un grand chan-
gementdans ſa fortune. Jean II. Fils
&fucceffeur de ce Prince haïffoit en-
core plus les Juifs , que ſon Père ne les
avoitaimés. On peut bien croire qu'avec
de ſemblables diſpoſitions a leur égard ,
il ne conſerva point à Abarbanél les
dignités dont celui-ci avoit été revêtu
ſous le régne précédent. Auſſi notre
Rabbin en fut il dépouillé , & prèſque
tous ceux qui avoient eu part a l'admi-
niſtration des affaires fous Alphonse
éprouverent le même fort que lui. On
alla juſqu'à l'accuſer d'avoir concerté
avec eux un complot,dont le but étoitde
mettre la Couronne de Portugal ſous la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
puiffance du Roi d'Eſpagne. Il nous
apprend que ce fut là le prétéxte des
pérfécutions qui leur furent ſuſcitées.
Il faut avouer que l'imputation étoit
desplus graves , & notre Rabbin en au-
roit pu être puni trop ſévérement , fi
elle avoit eu un fondement réél. Il
s'inscrit en faux contre le crime dont
on le taxoit lui & les autres Miniſtres
du prédécéſſeur de Jean; il ſe plaint
que des gens envieux , & par confé-
quentmal-intentionés avoient tiffu cette
odieuſe calomnie , pour parvenir plus
furement à les perdre. Pour peu qu'on
veuille peſer les choſes de fang froid ,
&fans prévention ,on conviendra que
ce qu'il dit ici de cette trâme formée
par quelques courtiſans qui travailloient
fourdement à leur nuire , n'eſt pas dé-
pourvu de vrai-ſemblance. Cela est en-
core plus probable par rapport à Abar-
banél qui dans la place qu'il occupoit ,
devoit regarder comme autant d'en-
nemis fecrets tous les concurrens qui
la lui avoient diſputée , & fur lesquels il
l'avoit emportée. On ſçait de combien
d'intrigues font capables pluſieurs de
ceux qui afpirent aux premieres char-
ges d'un Etat. Uniquement attentifs
au ſoin de s'avancer au préjudice mê
FEVRIER 1764.
99
me les uns des autres ; ils ne ſont pas
fort fcrupuleux ſurle choix des moyens
qu'ils employent pour ſe les procurer.
H leur importe peu que ces voyes s'ac-
cordent avec les devoirs de la probité,
pourvu qu'elles les ménent aux fins
qu'ils ſepropoſent. C'eſt -là le caractère
des Courtiſans; & l'on fent affez que
des gens de cette forte n'avoient pu
voir ſans une extrême jaloufie le cré-
dit& la conſidération dont notre Rab-
bin avoit joui à la Cour d'Alphonse ,
où il avoit joué un desprincipaux rôles.
Ilsavoient fouffert impatiemment qu'on
leur eût préférédansl'éxercicedes hauts
emplois un homme dont il leur fem-
bloitquel'origine& la Réligion étoient
des titres qui ſuffifoient pour l'en
exclure.
Ils ſouhaitoient ardemment
fa ruine. Mais comme la puiſſante pro-
tection qu'Alphonse lui avoit accordée,
oppoſoitun obstacle au ſuccès de leurs
vœux , ils n'oferent rien entreprendre
ouvertement contre Abarbanél pen-
pendant que cePrince vêcut. Ils furent
bien dédommagés de la contrainte où
elle les avoit tenus juſques-là , par la
créance que leurs diſcours calomnieux
trouverent facilement dans l'eſprit de
fon fuceſſeur. Ils le déſervirent de tout
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
leur pouvoir auprès de Jean qui de
fon côté étoit trop fortement prévenu
contre lesJuifs &particulierementcon-
tre notre Rabbin , pour ne pas prêtervo-
lontiers l'oreille à ce qu'ils pouvoient
lui dire de déſavantageux ſur le compte
de ce dernier. Ainſi il ne leur fut pas dif-
ficile de le lui rendre ſuſpect dans la
geſtion dont il étoit chargé. Ils ne ſe
bornerent point à mettre en œuvre
tous les moyens qui leur parurent les
plus propres à le faire expulfer de la
Cour du Monarque Portugais , ils ma-
chinerent encore ſa perte pour mieux
ſatisfaire leur paffion. L'averſion que
Don Jean avoitpour lui , fournitàceux-
ci une occafion affez favorable de réuf-
fir dans l'éxécution de leur pernicieux
deſſein. Nous ne devons pas obmettre
une circonstance qui aide beaucoup à
ſajuſtification. C'eſt que les Hiſtoriens
du Régne de ce Prince & les Auteurs
contemporains ne l'ont point impliqué
dans la malheurenſe affaire de Ferdi-
nand Duc de Bragance , à qui elle
coûta la vie. C'eſt la ſeule qui ait du
rapport à la prétendue conſpiration dont
il s'agit. Elle n'éclata même que plus
d'unan après qu'Abarbanel eut quitté
le Portugal. D'ailleurs ils avouent qu'on
FEVRIER. 1764.
101
depuis long-temps. Un Souverain qui
ne trouva point de complices de l'entre-
priſe criminelle qu'on attribua à cet in-
fortuné Duc. (g) Ily a plus ; c'eſt qu'ils
n'hésitent point à le croire innocent.
Quelques-unes de fes actions montrent
à la vérité qu'il manqua de prudence.
Iln'en falloit pas davantage pour affer-
mirdans ſes injuſtes soupçons un Mo-
narque défiant à qui ies moindres dé-
marches d'un Seigneur auſſi puiſſant
que ceDuc , faisoient ombrage.
Les relations qu'il avoit avec la Cour
d'Eſpagnele firentfauſſementaccuſerd'y
entretenirdes intelligences ſecrettes , au
préjudice decelle de Portugal. Les Ecri-
vainsde cette Nation,quiontexaminéde
prèslespiéces qui ſervirentà l'inſtruction:
defonProcès, conviennentqu'on n'y re-
marquoit aucune preuve qui pût raiſon-
nablement le convaincre d'avoir com-
mis le crime qu'on lui imputoit. Mais
D. Jean jaloux de Ferdinand, à quides
vertus héroïques foutenuesdemanières
libérales & engageantes gagnoient tous
les cœurs , ſuppoſa à ce Ducdes projets
ſéditieux contre ſa Couronne pour af-
ſouvir la haine violente qu'il lui portoit
(g) Lequien de la Neufville , Hiftoire de Por-
tugal, Liv. IV. Tom. I. pages524& 526.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
cherche à fe défaire d'un Sujet qu'il re-
doute , a bientôt à ſa dévotion desgens
qui s'empreſſent de devenir les inſtru-
mens de ſa vengeance.
La triſte deſtinée de ce Seigneur Por-
tugais qui laiſſa ſa tête ſurun échaffaut ,
offrit moins un éxemple de la justice de
D. Jean , que de ſon reſſentiment voi-
lé d'une artificieuſe politique dont l'au-
Je fut la victime. Bartolocci reproche à
Abarbanélde s'être attiré par l'iniquité
de ſa conduite,les malheursqui accom-
pagnérent fa diſgrâce. Ilveut mêmeque
là douceur naturelle du Roi Jean l'ait
empêché d'ufer envers lui d'un traite-
ment plus rigoureux ( h). Cela ne nous
furprend pas de la part de ce Moine Ita-
lien qui ſemble prendre plaifir à inter-
prêter mal tout ce qui ſe rapporte aux
Juifs.
Il donne des marques ſenſibles
de ſa partialité &de fa mauvaiſe humeur
contre eux. Il témoigne par-tout l'ex-
trême envie qu'il a de les trouver plus
coupables qu'ils ne le font effectivement.
Iln'eſtdonc pas étonnant que ſesjuge-
mens fe reffententtoujours des difpo-
fitions où il eſt à leur égard. Elles lui
font non-feulement recevoir fans éxa-
men l'imputation des crimes dont on
(h ) Bartolocc. Bibl. Rabb. pag. 874.
FEVRIER. 1764.
103
charge cetteNation ,mais même en ap-
percevoir là où il n'en éxiſte pas la plus
légère trace. Un autre que lui dont l'é-
quité auroit dirigéles fentimens, eût ſçu
qu'elle ne permet pas de tourner une
accufation en preuve contre la perſonne
qui eneſtl'objet ;à moinsqu'on ne ſoit
autorisé pour en venir juſques-là , de
P'allégation de quelque fait avéré qui
puiſſe la justifier. Agir différemment ,
c'eſt heurterde front les principes de la
Religion&de l'humanité. Ileſtvrai que
des gens qui, comme Bartolocci , ſeli-
vrent fans réſerve aux mouvemens d'une
paffion aveugle , font incapablesde faire
cesréflexions. Aureſte , nous nepré-
tendons point affirmer qu'Abarbanél fe
foit comporté d'une manière irrépréhen-
fible pendant tout letemps qu'il fut en
faveur à la Courde Portugal. Il est bien
rarequ'unhomme qui poffede dans un
degrééminent celle de fon maître ,n'a-
buſe pas quelquefoisdu crédit qu'elle lui
donne. Cependant quandil eſtqueſtion
deprononcer là-deſſus, ilfaut plus que
des préfomptions qu'il y a autantd'injuf-
tice quede témérité à produire pourdes
vérités iudubitables Un femblable pro-
cédé eſt encore plus inexcufable dans
les cas où la probité eſt eſſentielle
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ment intéreſſée. Enfin Bartolocci mon-
tre beaucoup d'ignorance , ou péche vi-
fiblement contre la bonne foi , en varr-
tant la douceur du Roi Jean : nous ofons
affurer que jamais perfonne mérita moins
que lui la qualication d'un Prince doux.
Elle convenoit ſans contredit à ſon pré-
déceſſeur , que tous ceux qui ont écrit
l'Histoire de Portugal s'accordent à
nous dépeindre comme un Monarque
bon & affable ; au lieu qu'ils nous
donnent une idée fort différente de
D. Jean , dont l'humeur altière & ri-
gide ne ſympathiſoit guères avec ce pen-
chant à la douceur qu'on lui attribue
fauſſement. Nous pouvons dire même
que ſa ſévérité tenoit plutôt d'un naturel
dur, infléxible & opiniâtre , que d'un
caractère équitable , quoiqu'il en affec-
tât les dehors impoſans. Nous ne nions
pas qu'il n'eût d'ailleurs de grandes qua-
lité ; il auroit été ſeulement à ſouhaiter
qu'elles n'euſſent pas été obſcurcies
par des défauts importans , & fur-tout
par les étranges petiteſſes dont une dé-
votion outrée & ſuperſtitieuſe le rendoit
ſuſceptible. Elle fut la ſource d'où cou-
la la haine qu'il avoit conçue pour les
Juifs, Comme l'intention de Bartolocci
étoitdepréſenterAbarbanel ſous l'aſpect
FEVRIER, 1764.2 105
leplus odieux; il a cru nepouvoirmjeux
la remplir qu'en prêtant gratuitement à
ce Prince un caractère de bonté que
celui- ci n'avoit pas , pour avoir occa-
ſion de le faire contraſter avec la mé
chanceté imaginaire de l'autre quien
devenoit par-là plus criminel. Je laiſſe à
juger fi la conduite de ce Compilateur,
eſtconforme aux devoirs que preferit la
probité.
La suite auMercure prochain
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. DE BOISSY.
LE RABBIN qui fait le sujet de cette
Dissertation, a fourni à M. Bayle celui
d'un article de ſon Dictionnaire. On
avouera qu'il méritoit d'y occuper une
place , fi l'on confidère la grande célé-
brité qu'il s'eſt acquiſe tout à la fois par
les Ouvrages qu'il a compoſés, & par
les Emplois dont diverſes Puiſſances
l'ontſucceſſivementhonoré. Cependant
comme le travail de l'habile Critique
que je viens de nommer , ſe réduit à cet
égardà une compilation abrégée de ce
qui eſt rapporté touchant ce Docteur
Juif, dans les Bibliothèques de Nicolas
Antonio & de Bartolocci , & dans le
Journaldes Sçavanspubliéà Leipfick;je
me flatte qu'on ne me ſçaura pas mau-
vais gré de préſenter un récit plus dé-
taillé & plus fuivi , j'oſe dire même plus
Diij
28 MERCURE DE FRANCE.
exact , des circonstances de ſa vie. Je
les ai puiſées dans la narration des Au-
teurs de cette Nation , qui ont été
prèſque ſes contemporains , & prin-
cipalement dans celle qu'il a lui-même
donnée de ce qui le regarde. Il eſt
rare que la différence de Religion qu'on
profeſſe , n'influe pas fur les diſpoſitions
de notre eſprit envers ceux qui ſuivent
une créancedifférentedelanôtre. On ne
fonge point que le premier des devoirs
d'un Hiſtorien eſt l'impartialité. Je me
fuis attaché à le remplir , autant que la
choſe a dépendu de moi. En confé-
quence , j'expoſerai fidélement lesbon-
nes & les mauvaiſes qualités de notre
Rabbin , fans chercher à affoiblir les
unes pour mieux aggraver les autres. Je
diſcuterai auſſi quelques-unes de ſes ac-
tions qui lui ont attiré de la part des
Chrétiens les imputations les plus inju-
rieuſes à ſa mémoire.
Ifaac Abarbanel, qu'on nomme éga-
lement Abravanel , Abarbinél , Abarbe-
nel ou Abrabaniel * , naquit à Lisbonne,
l'an du Monde 5197 , ſelon la fupputa-
tion des Juifs , deJ. C. 1437. Il ſedifoit
iffu de la Race de David. De-là les titres
* Les différentes manières deprononcer le nom
de ce Rabbin , viennent de ce qu'il ſe ponctue di-
erſement en Hébreu .
FEVRIER. 1764 .
79
pompeux qu'il a pris plaiſir d'étaler fort
au long à la tête des Ouvrages que nous
avons de ſa façon. Il n'hésite point à y
paroître revêtu de ces qualifications faf-
tueuſes , à la faveurdeſquelles il déduit
toute faGénéalogie. Ifaac,fils de Don
Juda ,fils de Samuel,fils deJuda ,fils de
Jofeph,filsdeJuda , de la Famille d'A-
barbanél , qui ont tous été Princes des
Enfans d'Ifraël, de la Race de Jeffé de
Béthléem , de la Maiſon de David , Con-
ducteur & Pasteur des Peuples , &c.
C'eſtenconféquencede cette illuftre fi-
liation, qu'il a affecté ,à l'éxemple de fon
père ,de mettre devant ſon nom le titre
honorable de Don, qu'on ſçait être en
uſage parmi les Nobles d'Eſpagne. Il
prétendoit prouver incontestablement
par-làlanobleſſe de ſon extraction ,dont
ilparoiſſoitfortentêté. Il autoriſe ſa pré-
tentiondutémoignage d'un certain Rab-
bi Ifaac Aben Géath , à qui il fait dire
dans un de ſes Commentaires ſur l'Ecri-
ture ( a ) , qu'au temps de la deſtruction
du premier Temple , il paſſa deux Fa-
milles de la Race du Roi David en EC-
pagne , dont l'une s'établit à Lucena &
l'autre à Séville où elle laiſſa une nom-
(a) Videas ejus Commentar. in Zachar. XII. v.
7 ,fol. 292 , édit. Amst.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
breuſe poſtérité, qui compoſa laMaiſon
des Abarbanels. Les Juifs déférèrent
aveuglément à cette tradition hiſtorique ,
ſans ſe mettre en peine d'examiner ſi elle
eſt conforme à la vérité. Outre qu'ils ne
ſe piquent pas d'une grande exactitude
dans la recherchedes faits , ils font trop
jaloux des moindres choses qui peuvent
tourner à la gloire de leur Nation , pour
s'aviſer de former quelque doute à cet
égard. Ils aiment mieux, fur la foi de
leurs Ecrivains , ſe repaître agréablement
de ſemblables fables qui font propres à
entretenir leur orgueil , que d'en venir
àdes diſcuſſions qui les obligeroientd'en
rabattre plus qu'ils ne voudroient. Le
Rabbin Ménaſſeh Ben Ifraël appuie de
toutes ſes forces la même tradition qu'il
adopte , avec cette différence que , con-
tre le récit d'Abarbanel , il affigne une
époque moins ancienne à la tranfmigra-
tion de ces deux Familles en Eſpagne ,
qu'il dit être arrivée après la ruine du ſe-
cond Temple ( b). Il a trouvé plus de
vraiſemblance à lui ſuppoſer une date
plus récente.
Il ne faut pas s'étonner
qu'il ſoutienne ce conte ridicule : il avoit
un intérêt particulier à le faire valoir ;
(a) Menaffeh Ben Ifraël. Conciliat. quæft. 65.
adGenef. pag. 92 .
FEVRIER . 1764.
8г
puiſqu'il la femme qu'il avoit épousée
ésoit de la Famille des Abarbanels ( c),
D'ailleurs , cet Auteur Juif, quoiqu'infi-
niment plus docte & plus judicieux que
la plupart de ceux de ſa Nation , a donné
bien ſouvent des éxemples de ſa crédu-
lité pour avoir préſumé trop favorable-
ment de la bonne foi de ſes ancêtres , &
de l'habileté de ſes Docteurs. C'eſt avec
raiſon que des Modernes ſe ſont moc-
qués de ces Familles de la Race de Da-
vid tranſplantées en Eſpagne , & ont
traité tout cela de fiction ( d). En effet ,
rien n'eſt ſi mal fondé que ce qu'Abar-
banél & les Hiſtoriens Juifs nous débi-
tent à ce ſujet. Si on doit les en croire ,
Nabuchodonofor vint affiéger Jérufalem
avec pluſieurs Princes ſes alliés , qui l'ai-
dèrent de leurs troupes. Hifpan Roi
d'Eſpagne , & Pyrrhus fon gendre Roi
des Grecs , furent du nombre de ceux
qui eurentpartà cette expédition. Notre
(c) Idem infpe Ifraël. pag. 92 , & de term. Vita,
Lib. III.fect. 13 , pag. 236.
(d ) Hoornbeckius de Convert. Judæ , Lib. II.
pag. 139. Huet. in Demonstr. Evangel. Propof.
IX. cap. 4. §. 14. pag. 427. édit. 1722. Bartolo-
ceii. Bibliothec. Rabbin. Part. III. pag. 885 &
886. Bafnage, Histoire des Juifs, Liv. VII. chap
9,pag. 252 &fuiv, édit. 1716.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Rabbin raconte qu'Hercule quitta la
Grece ſa patrie ,dans la réſolutiond'éten-
dre au loin ſes conquêtes , & équippa
une grande flotte pour l'exécution de
cette entrepriſe. Il pénétra dans l'Océan
occidental , & aborda en Eſpagne , où
il s'avança à la tête d'une armée formi-
dable. Il ſoumit à ſes armes cette vaſte
contrée; & , après y avoir paiſiblement
régné pendant quelques années , il lui
prit envie de retourner dans les lieux qui
l'avoient vu naître. Il traverſa l'Italie ,
d'où il fe rendit dans la Grece. Avant
fon départ , il revêtit de la Souveraineté
des Etats qu'il avoit conquis le filsde ſa
fœur appellé Hispan , de qui l'Eſpagne
a reçu fon nom. Cet Hifpan n'eut qu'u-
ne fille qu'il donna en mariage à Pyrrhus
Prince Grec , qui ſe trouva en perſonne
au Siége de Jérusalem ,& contribua à la
priſe de cette Ville. Les Tribus de Juda ,
de Benjamin &de Simeon , conjointe-
ment avec les Sacrificateurs & les Lévites,
lui échurent dans le partage qui fut fait
des prifonniers. Il les tranſporta fur fes
vaiſſeaux en Eſpagne, & les diſtribua
dans l'Andaloufie & dans le Territoire
de Tolede. ( e)
(e) Abarbanel. Commentar. in Reg. 11.
fol. 308 , édit. Lipfiens.
.30
FEVRIER. 1764 .
83
Salomon Ben - Virga qui rapporte la
même Hiſtoire , ajoute de plus que Se -
ville fut aſſignée pour demeure aux def-
cendans de David , qui habitoient dans
l'enceinte du troiſième mur de Jérufa-
lem- Il y en eut qui paſſerent enſfuite de-
là dans le Royaume de Grenade. ( f) Le
ſéjour de l'Eſpagne leur fut fi agréable ,
qu'ils préférèrent ce nouveau domicile à
celui de la Judée , où la partie de la Na-
tion , qui avoit été transférée à Babylo-
ne , dans la Perſe & dans la Médie , avoit
obtenue de Cyrus la permiffion de re-
tourner , pour rebâtir Jérusalem & le
Temple. Ils ne voulurent point , à fon
exemple , revenir dans leur Patrie , à
cauſe que ce retour de leur Frères , ſous
la conduite de Zorobabel n'étoit point
une parfaite délivrance , &qu'il n'y avoit
aucune obligation pour eux de demeu-
rer dans la Terre d'Ifraël, depuis qu'elle
ne poffédoit plus l'Arche de l'Alliance du
Seigneur, & que le cours des révélations
&des vifions prophétiques avoit entière-
ment ceſſé. Abarbanél aſſure qu'il a tiré
ce récit des anciennes Chroniques des
(f) Salome Ben Virg Schebet Fehoudah , fot-
8. edit. Amst. Vide pag. 41. Verfionis Latinæ hujus
libri quam G. Gentius in lucem ediditfub titulo
Hifior. Judaic.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Rois d'Eſpagne (g ). Roderic Sanche
& Alphonse de Cartagéne , Hiſtoriens
Eſpagnols , qui ont écrit vers le milieu
du quinzième fiécle , témoignent à la
vérité qu'Hispan petit - fils d'Hercule
,
& non pas fon neveu , comme l'affirme
Abarbanel, donna ſon nomà l'Eſpagne,
qui portoit auparavant celui d'Ibérie ,
qu'elle avoit pris du fleuve de l'Ebre.
Alphonsede Cartagéne raconte que ce
Monarque maria ſa fille à un célébre
Prince de la Grece , appellé Pyrrhus ,
qui , en qualité de ſon gendre, lui fuc-
céda (h).
Vafée & Tarapha ne comptent point
ce Pyrrhus au nombre des Rois d'Ef-
pagne. Ils diſent ſimplement qu'Hispan
étoit petit-fils d'Hercule , & qu'Hifpal
ſon père fut le ſucceſſeur immédiat de
ce Héros dont il naquit , & qui étant
prêt à partir pour l'Italie , lui abandonna
le Gouvernement de ce Royaume ( i).
:
(g ) Abarbanel in locofuprà citato.
(h) Roderic. Sanct. Histor. Hifpan. P. I. Cap .
I. &VII. pag. 123 & 130. Alphons. à Carthag.
Anacephalæos Hifpan. Cap. III. & IV. pag. 250.
interHifpan. Hiftor. Scriptor. Tom.I.
( i) Vafai Chronic Rer. Hifpan. Cap. 10. pag.
82. Edit. Colon. Taraphæ Liberde Origin. acReb.
Gest. Reg. Hifpan. fubnexus Chron. Vas. pag.
578.
FEVRIER . 1764.
85
Mais ni les uns , ni les autres ne font
aucune mention de cette alliance con-
tractée entre Nabuchodonofor & Pyr-
rhus , ni de toutes les particularités qui
endépendent. Après tout, quand ils en
auroient parlé, ils ne ſeroientpas pour
celaplus croyables , puiſqu'on ne ſcau-
roit rien établir de certain fur une ori-
gine de l'Empired'Eſpagne auſſi fabu-
leuſe , ni ſur laſucceſſionde fes Rois ,
juſqu'aucinquième ſiécle , que les Goths
l'envahirent. On ne commence à mieux
connoître ſonHiſtoire , que depuis Al-
fonfe Premier du nom , furnommé le
Catholique , qui occupa le Trône vers
l'an 737 de l'Ere Chrétienne.
D'ailleurs ,
il y a lieu de douter que
Hercule ſoit jamais venu en Eſpagne.
On ſçait affez que ce nom a été com-
mun à pluſieurs Perſonnages de l'Anti-
quité : c'eſt pourquoi les Grecs qui les
ontconfondus enſemble , ont attribué à
'Hercule Thébain toutes les actions mé-
morables des autres ( k). C'eſt ce qui
fur-tout est arrivé à l'égard de l'Hercule
Tyrien , qui , ſelonla plupart des Criti-
ques, étoit contemporain de Moïse , &
quipar conféquent étoit bien antérieur à
(k) Cicero , de Natura Deor. Lib. III. Cap. 16.
pag. 171. Tom. IV, ejus Oper. édit. Gruter,
86 MERCURE DE FRANCE.
celui dont il s'agit. Des Colonies Phé-
niciennes conduites en Eſpagne par ce
grand Navigateur , s'y fixèrent , &y bâ-
tirent beaucoup de Villes célébres. C'eſt
ſans donte de lui qu'il faut entendre ce
que Sallufte dit de l'Hercule qui mourut
encettecontrée ,& dont la mort fut fui-
vie de la déſunion des Peuples qui l'a-
voientaccompagné, &qui compoſoient
ſon armée (1). On voyoit à Tarteſſe
qui , au rapport d'Arrien , devoit ſa fon-
dation auxPhéniciens , un Temple qu'ils
avoient élevé en l'honneur d'Hercule , à
qui l'on offroit des facrifices conformé-
ment à leurs coutumes ( m). Denys le
Géographe témoigne que ceux de la
même Nation qui occupoient Cadix ,
honoroient d'un culte divin ce fils de Ju-
piter(n ). L'aventure de Géryon , que
les Mythologues font régner en Eſpa-
gne , & dont ils veulent que l'Hercule
Thébain ait enlevé les troupeaux , après
l'avoir tué , n'arriva point en ce pays ,
comme nous l'apprenons d'Hécatée de
(1) Salluft. de Bello Jugurth. cap. 21.pag. 79.
Tom. I. édit. Haverkamp.
(m) Arrian. de Expedit. Alexand. M. Lib. II.
pag. 43. édit. Stephan.
(2) Dionys Periegas. Orb. v. 453. pag. 74.
idit. R. Suph. feupag. 84. edir. Oxon. 1717.
FEVRIER. 1764.
(9) Arrian,ibidem.
87
Milet ancien Hiſtorien qui, vivoit du
temps de Darius fils d'Hystape , plus
decinq cens ans avant l'Ere vulgaire (o).
Il rapporte que ce Géryon qu'Eurysthée
envoya combattre par le Héros Grec ,
régnoit dans le Continent ſitué près du
Golfe Ambracien , aujourd'hui de l'Ar-
ta, & voifin de l'Épire ; & que c'eſt de
cet endroit-là qu'Hercule amena à My-
cenes , Capitalede l'Argolide , les bœufs
qui appartenoient à ce Prince (p) . Ar-
rien remarque avec raiſon , qu'il n'y a
point d'apparence qu'Eurysthée ait pu
avoirquelque connoiſſanced'une région
placée à l'extrémité de l'Occident , &
qu'il ait ſçu fi elle abondoit en pâturages
&en troupeaux ( 9 ).
Enfinla preuvela plus fortedelafauf-
feté du récit d'Abarbanél , eft l'impoffi-
bilité qu'il y a de le concilier avec la
Chronologie. En effet , ce Pyrrhus qui
ſe ſignala par fon courage au Siége de
Troye ,ne peut être que le fils d'Achille ;
& on n'ignore point qu'il ne furvêcut
(o ) Suid. Lefic. fubvoce Εκαταίος, pag.686.
Tom. 1. Edit. Kuster.
(p )Hecateus apud Arrian. loco fuprà citato ,
& Eustath. in Commentar. in Dionys. Perieg. *.
561.pag. 62.feu 196
A
88 MERCURE DE FRANCE.
quede vingt ans à la ruine de cetteVille.
(r) Il eſt aiſedejuger par-làdel'anochro-
niſme conſidérable que notre Rabbin a
commis , en faiſant ce Prince Grec con-
temporain de Nabuchodonofor ; quoi-
qu'il y ait entre l'une & l'autre un in-
tervalle de plus de fix cens ans. Car
Troye fut priſe & faccagée au moins
1186 ans avant l'Ere Chrétienne ; &
Jérusalem fut emportée d'aſſaut par le
Monarque Babylonien la 588° année
avant la même Ere , qui étoit la 19º
de ſapremiereexpédition contre Joakim
ou Eliakim , & la 11º de la captivité de
Jéchonias qui avoit été mené à Baby-
lone. ( s )
On ne sçauroit diſconvenir que dans
le nombre des Juifs que la déſolation
de leur patrie abandonnée au pillage
des Soldats de Tite, contraignitde cher-
cher ailleurs une retraite , pluſieurs ne
ſe ſoient réfugiés en Eſpagne. Il paroît
même conſtant qu'ils y avoientdes éta-
bliſſemens dans les premiers fiécles du
Chriſtianiſme ; puiſqu'on trouve quel-
ques décrets faits contr'euxdans lesAc-
(r)Eufeb. Chronic. Lib. poſter. fub num. 854.
pag. 94.Edit. Scalig. vide quoque Petav, ration.
temp. p. I. Lib. I. cap. II. pag. 48.
(5) Reg. Lib. IV. Cap. 25. v.8.
1
:
FEVRIER. 1764.
89
tes du Concile qui fut tenu à Elvire
ville de la Bœtique,unedes Provincesde
l'Eſpagne , & qui précéda de vingt ans
celui de Nicée. (t ) Mais ces familles
fugitives étoient de toutes les Tribus ,
&elles vinrent indiſtinctement s'établir
en cette Contrée. En effet les Tribus
avoient ététellement confonduesdepuis
la deſtruction de Jérusalem qu'il n'étoit
plus poffible de les diftinguer les unes
desautres. Les catalogues où l'on avoit
ſoin d'inférer les généalogies , eurent
le même ſort que le temple dans les
archives duquel ils étoient déposés. ( u)
Ils périrent dans l'incendie de ce fuperbe
édifice , & cet événement dut néceſſai-
rement jetter de la confufion dans les
familles de la nation. D'ailleurs les Ro-
mains avoientquelque intérêtà ne point
laiſſer ſubſiſterces catalogues à la faveur
deſquels elle eût conſervé l'efpérance
de replacer un jour les deſcendans de
David fur le trône de leur ancêtres.
Auſſi les reſtes de cette maiſon demeu-
rerent éteints par les pourſuites de Vef-
( t ) Concil. Eliberitan. Can. 49 , 50 , 78.pag.
976 & 978.Edit. Concilior. Labbe Tom. I. few
pag. 255 & 258. Edit. Hardui. Tom. I.
(u) Vid. Vales. Annotat in Hiftor. Ecclef. Eu-
Seb. Lib. I. Cap. 7. pag. 14.
90 MERCURE DE FRANCE.
pafien, (x)qui craignoit ſansdoute que
ce peuple qui ſouffroit impatiemment
une domination étrangère n'en prit
occaſion de ſe revolter. Ces remarques
ſuffiſent pour prouver que la tradition
des Rabbins touchant les familles dela
Tribu de Juda tranſportées enEſpagne
eſt bâtie ſur un fondement ruineux.
Enfin quand on ne conoîtroit pas leur
penchant à outrer tout ce qui les re-
garde , les titres dont Abarbanelfe pare
portentun caractère ſi manifeſte d'éxa-
gération , que les Lecteurs les moins
prévenus ne peuvent s'empêcher d'en
ſoupçonner la vanité. Il est vrai qu'ils
n'éxiſtent que dans l'imagination des
Juifs féconde en idées chimériques.
Nous obſervons qu'il eſt aiſé de leur
ôter tous les moyens de ſe fortifier dans
leur illuſion à cet égard en combat-
tantl'autorité de R. Ifaac Aben Geath
par celle de R. Abraham Ben Dior , qui
rapporte que depuis R. Chiia qui mou-
rut dans le Royaume de Caſtille , l'an
de J. C. 1154 ,il ne reſta plus perſonne
-de la race de David dans toute l'Ες-
(x) Eufeb. Histor Ecclef. Lib. III Cap. 12.
pag. 87. Edit. Vales. Nicephor. Callif. Histor.
Ecclef. Lib. III. Cap. 19. pag. 237. Tom. 1 .
イ
FFVRIER. 1764.
gr
pagne. (y)Voilà certainement un aveu
bien contraire à ce qu'Abarbanél té-
moigne d'après R. Ifaac Aben-Geath
de fa defcendance de ce Prince. Il eſt
d'autant moins en droit de taxer R.
Abraham Ben-Dior,d'ignorance fur cet
article , que celui-ci vivoit préciſement
dans le temps qu'il écrivoit cette par-
ticularité. Il devoit avoir connoiffance
des principales familles de ſa nation
puiſqu'il a compoſé un Livre qui eſt
deſtiné à en marquer l'origine , & à
en regler l'ordre & la fucceffion. Nous
n'infiftons ici ſur l'aſſertion de ceRab-
bin , que parce qu'elle a affez de force
pour ébranler la perfuafion où font les
Juifs relativementà cet objet. On gagne
beaucoup plus à leur oppoſer l'autorité
de leurs Docteurs fur des points con-
'teſtés pour les faire revenir de leur en-
têtement , qu'à vouloir les convaincre
par les raiſonnemens les plus clairs &
par les faits les plus pofitifs,qui ne font
aucune impreffion ſur leur eſprit. Bar-
tolocci eſt tentéde croire qu'Abarbanel
a forgé lui-même ce qu'il cite fur le
témoignage de R. Ifaac Aben-Geath ,
afin de mieux impofer au corps de ſa
(y) R. Abraham Ben -Diorinfephreha Kab-
balah fol. 32. Edit. Ven.
92 MERCURE DE FRANCE.
nation. ( z ) Il veut que ce que notre
Docteur Juif en allégue ne ſe trouve
que dans ſes Ouvrages. Or , comme il
s'agit ici de ſa propre cauſe dans la-
quelle il ne ſçauroit être témoin ; cela
fuffit pour rendre ſa narration ſuſpecte
de fauſſeté. Au reſte il ne déſavoue pas
que notre Rabbin ne ſoit forti d'une
des plus anciennes & des plus confi-
dérables familles Juives habituées dans
les Royaumes d'Eſpagne & de Portugal.
Elle étoit originaire de Séville où elle
eut ſon établiſſement pendant pluſieurs
générations. C'eſt dans cette Ville que
Dom SamuelAbarbanél, ayeul du nôtre
parut avec diſtinction vers le milieu du
quatorziéme fiécle. Sa générofité éga-
loit ſon opulence , qui jointe aux pré-
rogatives de fa dignité lui donnoit beau-
coup de crédit dans ſa Nation. Il n'en
uſoit que pour favorifer les Savans de
la Synagogue qu'il affectionnoit parti-
culierement , & pour procurer aux af-
fligés & aux indigensles ſecours dont
ils avoient beſoin. (a) C'eſt ſans doute
de cet Abarbanelque parle un certain
Thomas que R. Salomon Ben - Virga
( z) Bartolocc. Biblioth. Rabbini P. III. pag.
886.
(a) Abrah Zacouth Sepher Jouchasin. fol.1337
FEVRIER. 1764.
93
fait entrer en conférence avec Alphonse
Roi d'Eſpagne , ſur ce qui concerne
diverſes imputations formées contre les
Juifs , & fur la véritable cauſe de leur
difperfion par toute la Terre. ( b ) Je
n'ignore pas que quelque-uns préten-
dent qu'il eſtqueſtion là de notreRab-
bin , & qu'ils prennent conféquemment
le Prince avec qui ce Thomas s'entre-
tient dans le Livre de Salomon Ben Vir-
ga pour Alphonse V, Roi de Portugal.
(c)Mais cela eſt démenti par la qua-
lité de Roi d'Eſpagne qu'on y donne
à cet Alphonse. Ce ne peut donc être
que le onziéme Prince de ce nom , Roi
de Caſtille , qui fut enlevé du monde
àla fleur de fon âge , l'an 1350. Ainfi
lesdâtes s'accordent avec l'éxacte chro-
nologie ; puiſque Dom SamuëlAbarba-
nél étoit contemporain du Monarque
Eſpagnol. Don NicolasAntonio qui eſt
dans le même ſentiment que nous par
rapport à l'Alphonse avec qui Thomas
a un long entretien , a eu raiſon de re-
marquer que l'Abarbanéldont il eſt fait
( b) Salom. Ben Virg. Schebet Jekoudahfol. 7.
feu pag. 39. Version. Gent.
(c) Alt. Lipficens. mens. Novembr. 1686. pag.
529.
94 MERCURE DE FRANCE.
mention eſt différent du nôtre. (d) Ce-
pendant il a eu tort de mettre près de
deux fiécles d'intervalle entre ce Roi &
Isaac Abarbanel : en quoi il a eté
juſtement repris par M. Bayle. ( e )
Les parens de ce Rabbin allérent é-
tablir leur domicile à Lisbonne , qui
fut le lieu de ſa naiſſance. Les grandes
richeſſes dont le commerce les avoit
mis en poſſeſſion les avoit fort accré-
dités dans cette Capitale auffi célébre
par l'étendue du négoce qui s'y fait ,
que par le ſéjour des Rois de Por-
tugal. Ils prirent tous les ſoins pof-
fibles de fon éducation ; & comme ils
découvrirent bien-tôt les heureuſes dif-
poſitionsdeſon eſprit , ils n'épargnerent
rien de ce qui pouvoit contribuer à les
perfectionner. Elles ſe développoient à
meſure qu'il croiſſoit en âge. Les pro-
grès rapides qu'il fit dans l'étude de ſa
religion & en général de toutesles ſcien-
ces du reffort de la Théologie juſtifie-
rent les belles eſpérances qu'ils avoient
conçues de lui. Cependant ils ne bor-
nerent point leur fatisfaction à voir bril-
(d) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Tom I.
pag. 629 .
( e ) Bayle Dictionn. Hiftor. & crit. Tom. I.
pag. 29.Edit. 1715.
1
FEVRIER. 1764.
95
ler dans la Synagogue les talens du
jeune Homme. Ils voulurent les faire
ſervir à leur ambition qui les portoit
à former des projets d'aggrandiſſement
& d'illuftration de leur maiſon. Ils le
produifirent dans cette vue a la Cour
d'Alphonse V qui régnoit en Portugal.
Abarbanélqui avoit à cœur , comme
eux , fon avancement dans les emplois
quidépendoient de cette Cour , ſongea
ſérieuſement aux moyens qui pouvoient
l'y conduire. Toute ſon attention ſe
tourna du côté de la politique , qui lui
parut la voie la plus ſure & en même
temps la plus prompte pour parvenir
à l'exécution de ſes deſſeins. Ses dé-
marches réuffirent peut-être au de-là
de ſes eſpérances. Les marques qu'il
donna de ſa capacité &de ſon intelli-
gence dans les affaires , l'éleverent par
degrés aux charges les plus importantes
del'Etat. Alphonse, à qui il eut le bon-
heurdeplaire, l'admitdans ſes Conſeils ;
enfin il ſe pouſſa ſi avant dans les bon-
nes graces de ſon Souverain dont il
gagna entiérement la confiance, qu'au
cuneaffaire ne ſe traitoit ſans ſa partici-
pation. Les influences de ſa faveur au
près de cePrince s'étendirent ſur ſa Na-
tion , qui les reffentit dans toutes les
96 MERCURE DE FRANCE.
occafions où elle leur devint néceſſai-
re. Il ſçut la mêttre à profit & augmenta
conſidérablement la patrimonie de ſes
Pères. Il nous décrit lui-même pompeu-
ſement à la tête d'une des préfaces de
ſesCommentaires,les honneurs attachés
au poſte éminent , où elle l'avoit placé.
(f). Ils flattoient encoreaffez ſa vanité ,
pour qu'il s'en rappellât l'idée avec plai-
firdans untemps où il en étoit déchu ;
il y reléve faſtueuſement la ſplendeur
que l'abondance & l'opulence où il
vivoit alors répandoient fur toute ſa
maiſon; ily laiſſe auffi un témoignage
éclatant de ſa reconnoiſſance dans le
portrait qu'il fait de fon bienfaicteur.
Il nous le repréſente comme un Monar-
que également recommandable par ſa
puiſſance , par ſon courage , par ſa pru-
dence , par ſon amour pour lajustice ,
& par ſa piété , zélé pour le bonheur
de ſes ſujets à qui ſon humeur affable
&populaire le rendoit cher , & en la
perſonneduquel les Sçavans qui avoient
principalement part àſes libéralité trou-
voient un protecteur éclairé ; en un
mot , il lui attribue toutes les vertus
(f) Vide Præfation. ejus Commentar. in Libr.
Sofue. fol. 1 .
:
qui
(
0
C
a
da
So
R
to
nil
印
alla
ve
me
ف
FEVRIER. 1764.
1
97
qui ſoutiennent dignement la majesté
du Trône.
Sans éxaminer ici fi cet éloge n'eſt
point exagéré , il fert du moins à
prouver qu'Abarbanél a toujours ref-
pecté & honoré la mémoire de ce Prin-
ce , à qui il avoit de ſi grandes obliga-
tions. On me dira peut-être que c'étoit
bien le moinsqu'exigeoit tout ce que ce
Monarque avoitfait pourlui : je l'avoue.
Mais combien y en a-t-il qui n'atten-
dent pas pour perdre le ſouvenir des
bienfaits qu'ils ont reçus , que ceux de
qui ils les tennent n'existent plus. La
mortd'Alphonse apporta un grand chan-
gementdans ſa fortune. Jean II. Fils
&fucceffeur de ce Prince haïffoit en-
core plus les Juifs , que ſon Père ne les
avoitaimés. On peut bien croire qu'avec
de ſemblables diſpoſitions a leur égard ,
il ne conſerva point à Abarbanél les
dignités dont celui-ci avoit été revêtu
ſous le régne précédent. Auſſi notre
Rabbin en fut il dépouillé , & prèſque
tous ceux qui avoient eu part a l'admi-
niſtration des affaires fous Alphonse
éprouverent le même fort que lui. On
alla juſqu'à l'accuſer d'avoir concerté
avec eux un complot,dont le but étoitde
mettre la Couronne de Portugal ſous la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
puiffance du Roi d'Eſpagne. Il nous
apprend que ce fut là le prétéxte des
pérfécutions qui leur furent ſuſcitées.
Il faut avouer que l'imputation étoit
desplus graves , & notre Rabbin en au-
roit pu être puni trop ſévérement , fi
elle avoit eu un fondement réél. Il
s'inscrit en faux contre le crime dont
on le taxoit lui & les autres Miniſtres
du prédécéſſeur de Jean; il ſe plaint
que des gens envieux , & par confé-
quentmal-intentionés avoient tiffu cette
odieuſe calomnie , pour parvenir plus
furement à les perdre. Pour peu qu'on
veuille peſer les choſes de fang froid ,
&fans prévention ,on conviendra que
ce qu'il dit ici de cette trâme formée
par quelques courtiſans qui travailloient
fourdement à leur nuire , n'eſt pas dé-
pourvu de vrai-ſemblance. Cela est en-
core plus probable par rapport à Abar-
banél qui dans la place qu'il occupoit ,
devoit regarder comme autant d'en-
nemis fecrets tous les concurrens qui
la lui avoient diſputée , & fur lesquels il
l'avoit emportée. On ſçait de combien
d'intrigues font capables pluſieurs de
ceux qui afpirent aux premieres char-
ges d'un Etat. Uniquement attentifs
au ſoin de s'avancer au préjudice mê
FEVRIER 1764.
99
me les uns des autres ; ils ne ſont pas
fort fcrupuleux ſurle choix des moyens
qu'ils employent pour ſe les procurer.
H leur importe peu que ces voyes s'ac-
cordent avec les devoirs de la probité,
pourvu qu'elles les ménent aux fins
qu'ils ſepropoſent. C'eſt -là le caractère
des Courtiſans; & l'on fent affez que
des gens de cette forte n'avoient pu
voir ſans une extrême jaloufie le cré-
dit& la conſidération dont notre Rab-
bin avoit joui à la Cour d'Alphonse ,
où il avoit joué un desprincipaux rôles.
Ilsavoient fouffert impatiemment qu'on
leur eût préférédansl'éxercicedes hauts
emplois un homme dont il leur fem-
bloitquel'origine& la Réligion étoient
des titres qui ſuffifoient pour l'en
exclure.
Ils ſouhaitoient ardemment
fa ruine. Mais comme la puiſſante pro-
tection qu'Alphonse lui avoit accordée,
oppoſoitun obstacle au ſuccès de leurs
vœux , ils n'oferent rien entreprendre
ouvertement contre Abarbanél pen-
pendant que cePrince vêcut. Ils furent
bien dédommagés de la contrainte où
elle les avoit tenus juſques-là , par la
créance que leurs diſcours calomnieux
trouverent facilement dans l'eſprit de
fon fuceſſeur. Ils le déſervirent de tout
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
leur pouvoir auprès de Jean qui de
fon côté étoit trop fortement prévenu
contre lesJuifs &particulierementcon-
tre notre Rabbin , pour ne pas prêtervo-
lontiers l'oreille à ce qu'ils pouvoient
lui dire de déſavantageux ſur le compte
de ce dernier. Ainſi il ne leur fut pas dif-
ficile de le lui rendre ſuſpect dans la
geſtion dont il étoit chargé. Ils ne ſe
bornerent point à mettre en œuvre
tous les moyens qui leur parurent les
plus propres à le faire expulfer de la
Cour du Monarque Portugais , ils ma-
chinerent encore ſa perte pour mieux
ſatisfaire leur paffion. L'averſion que
Don Jean avoitpour lui , fournitàceux-
ci une occafion affez favorable de réuf-
fir dans l'éxécution de leur pernicieux
deſſein. Nous ne devons pas obmettre
une circonstance qui aide beaucoup à
ſajuſtification. C'eſt que les Hiſtoriens
du Régne de ce Prince & les Auteurs
contemporains ne l'ont point impliqué
dans la malheurenſe affaire de Ferdi-
nand Duc de Bragance , à qui elle
coûta la vie. C'eſt la ſeule qui ait du
rapport à la prétendue conſpiration dont
il s'agit. Elle n'éclata même que plus
d'unan après qu'Abarbanel eut quitté
le Portugal. D'ailleurs ils avouent qu'on
FEVRIER. 1764.
101
depuis long-temps. Un Souverain qui
ne trouva point de complices de l'entre-
priſe criminelle qu'on attribua à cet in-
fortuné Duc. (g) Ily a plus ; c'eſt qu'ils
n'hésitent point à le croire innocent.
Quelques-unes de fes actions montrent
à la vérité qu'il manqua de prudence.
Iln'en falloit pas davantage pour affer-
mirdans ſes injuſtes soupçons un Mo-
narque défiant à qui ies moindres dé-
marches d'un Seigneur auſſi puiſſant
que ceDuc , faisoient ombrage.
Les relations qu'il avoit avec la Cour
d'Eſpagnele firentfauſſementaccuſerd'y
entretenirdes intelligences ſecrettes , au
préjudice decelle de Portugal. Les Ecri-
vainsde cette Nation,quiontexaminéde
prèslespiéces qui ſervirentà l'inſtruction:
defonProcès, conviennentqu'on n'y re-
marquoit aucune preuve qui pût raiſon-
nablement le convaincre d'avoir com-
mis le crime qu'on lui imputoit. Mais
D. Jean jaloux de Ferdinand, à quides
vertus héroïques foutenuesdemanières
libérales & engageantes gagnoient tous
les cœurs , ſuppoſa à ce Ducdes projets
ſéditieux contre ſa Couronne pour af-
ſouvir la haine violente qu'il lui portoit
(g) Lequien de la Neufville , Hiftoire de Por-
tugal, Liv. IV. Tom. I. pages524& 526.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
cherche à fe défaire d'un Sujet qu'il re-
doute , a bientôt à ſa dévotion desgens
qui s'empreſſent de devenir les inſtru-
mens de ſa vengeance.
La triſte deſtinée de ce Seigneur Por-
tugais qui laiſſa ſa tête ſurun échaffaut ,
offrit moins un éxemple de la justice de
D. Jean , que de ſon reſſentiment voi-
lé d'une artificieuſe politique dont l'au-
Je fut la victime. Bartolocci reproche à
Abarbanélde s'être attiré par l'iniquité
de ſa conduite,les malheursqui accom-
pagnérent fa diſgrâce. Ilveut mêmeque
là douceur naturelle du Roi Jean l'ait
empêché d'ufer envers lui d'un traite-
ment plus rigoureux ( h). Cela ne nous
furprend pas de la part de ce Moine Ita-
lien qui ſemble prendre plaifir à inter-
prêter mal tout ce qui ſe rapporte aux
Juifs.
Il donne des marques ſenſibles
de ſa partialité &de fa mauvaiſe humeur
contre eux. Il témoigne par-tout l'ex-
trême envie qu'il a de les trouver plus
coupables qu'ils ne le font effectivement.
Iln'eſtdonc pas étonnant que ſesjuge-
mens fe reffententtoujours des difpo-
fitions où il eſt à leur égard. Elles lui
font non-feulement recevoir fans éxa-
men l'imputation des crimes dont on
(h ) Bartolocc. Bibl. Rabb. pag. 874.
FEVRIER. 1764.
103
charge cetteNation ,mais même en ap-
percevoir là où il n'en éxiſte pas la plus
légère trace. Un autre que lui dont l'é-
quité auroit dirigéles fentimens, eût ſçu
qu'elle ne permet pas de tourner une
accufation en preuve contre la perſonne
qui eneſtl'objet ;à moinsqu'on ne ſoit
autorisé pour en venir juſques-là , de
P'allégation de quelque fait avéré qui
puiſſe la justifier. Agir différemment ,
c'eſt heurterde front les principes de la
Religion&de l'humanité. Ileſtvrai que
des gens qui, comme Bartolocci , ſeli-
vrent fans réſerve aux mouvemens d'une
paffion aveugle , font incapablesde faire
cesréflexions. Aureſte , nous nepré-
tendons point affirmer qu'Abarbanél fe
foit comporté d'une manière irrépréhen-
fible pendant tout letemps qu'il fut en
faveur à la Courde Portugal. Il est bien
rarequ'unhomme qui poffede dans un
degrééminent celle de fon maître ,n'a-
buſe pas quelquefoisdu crédit qu'elle lui
donne. Cependant quandil eſtqueſtion
deprononcer là-deſſus, ilfaut plus que
des préfomptions qu'il y a autantd'injuf-
tice quede témérité à produire pourdes
vérités iudubitables Un femblable pro-
cédé eſt encore plus inexcufable dans
les cas où la probité eſt eſſentielle
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ment intéreſſée. Enfin Bartolocci mon-
tre beaucoup d'ignorance , ou péche vi-
fiblement contre la bonne foi , en varr-
tant la douceur du Roi Jean : nous ofons
affurer que jamais perfonne mérita moins
que lui la qualication d'un Prince doux.
Elle convenoit ſans contredit à ſon pré-
déceſſeur , que tous ceux qui ont écrit
l'Histoire de Portugal s'accordent à
nous dépeindre comme un Monarque
bon & affable ; au lieu qu'ils nous
donnent une idée fort différente de
D. Jean , dont l'humeur altière & ri-
gide ne ſympathiſoit guères avec ce pen-
chant à la douceur qu'on lui attribue
fauſſement. Nous pouvons dire même
que ſa ſévérité tenoit plutôt d'un naturel
dur, infléxible & opiniâtre , que d'un
caractère équitable , quoiqu'il en affec-
tât les dehors impoſans. Nous ne nions
pas qu'il n'eût d'ailleurs de grandes qua-
lité ; il auroit été ſeulement à ſouhaiter
qu'elles n'euſſent pas été obſcurcies
par des défauts importans , & fur-tout
par les étranges petiteſſes dont une dé-
votion outrée & ſuperſtitieuſe le rendoit
ſuſceptible. Elle fut la ſource d'où cou-
la la haine qu'il avoit conçue pour les
Juifs, Comme l'intention de Bartolocci
étoitdepréſenterAbarbanel ſous l'aſpect
FEVRIER, 1764.2 105
leplus odieux; il a cru nepouvoirmjeux
la remplir qu'en prêtant gratuitement à
ce Prince un caractère de bonté que
celui- ci n'avoit pas , pour avoir occa-
ſion de le faire contraſter avec la mé
chanceté imaginaire de l'autre quien
devenoit par-là plus criminel. Je laiſſe à
juger fi la conduite de ce Compilateur,
eſtconforme aux devoirs que preferit la
probité.
La suite auMercure prochain
Fermer
11268
p. 105-107
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
Début :
DORINE qui est à proprement parler l'héroïne de ce Roman, est une femme [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
Fermer
11269
p. 107-111
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Début :
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur [...]
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
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11269
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
11270
p. 112-113
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
Début :
CE Volume qui contient l'Histoire de Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
HISTOIRE des Philosophes modernes,
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
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11270
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
11271
p. 114-124
DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
Début :
LE Discours de M. Marmontel, élu pour occuper la place de M. de Bougainville, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
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11272
p. 124-125
« NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
Début :
NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
NOUS avions promis de donner encore
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
Fermer
11273
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
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11274
p. 136-139
« NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
Début :
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
Fermer
11275
p. 139-148
« INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
Début :
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...]
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texteReconnaissance textuelle : « INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
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11276
p. 148-161
SÉANCE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
Début :
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses [...]
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
SÉANCE publique de l'Académie
Royale des Belles-Lettres de CAEN.
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses
ce qu'elle mérite l'eſtime des hommes.
Il fait voir que cette eſtime n'appartient
Séances publiques le Jeudi 1. Décembre
1763. M. Le Clerc , Avocat , chargé de
l'Eloge de Louis le Grand, Fondateurde
l'Académie , lut undiſcours ſur le bon-
heur attaché à l'amourde la vertu : il la
définit l'amour actif& vrai de tout ce qui
eſtbien , & l'averfion ſincère de tout
cequi eſt mal. Il prouve qu'elle fait le
bonheurdes hommes ; 1°. parce qu'elle
procure la paix dela confcience. 2°. Par-
qu'aux vertueux , dont il fait le por-
FEVRIER . 1764.
149
trait. " Ici je crois entendre les detrac-
>> teurs de la vertu , ſubſtituer à ce por-
>>>trait celui de Socrate dans les fers.
" Voilà , diſent-ils , le plus éclairé , le
>>>plus ſage , & le plus juſte de tous les
>>>hommes.... Que lui fervent ſes ver-
" tus ? ... Ames abjectes , qui ne voyez
> dans ſa condamnationque le moment
>> fi terrible pour vous , qui ſépare le
>>> tems de l'éternité , ſuivez Socrate dans
>> ſon cachot ,& lifez dans ſon cœur,
» Vous y verrez le triomphe de la ver-
» tu.... d'où lui viennent cette fermeté ,
>> cette conſtance que la vue de la mort
>>> ne peut altérer ? Il les doit à la vertu...
>> Néron expirant , voit le Ténare en-
>> tr'ouvert ſous ſes pieds: il ſe croit
>>>poursuivipar les Furies. Socrate meurt
» en paix , fans frayeur & fans foi-
>>>bleſſes.
3°. Enfin , parce que l'homme ver-
tueux , eſtimé , même des méchans , eſt
moins perſécuté qu'eux. Il le prouve
par des exemples tels que celui de Sully,
emportantdans ſa retraite, ſes vertus , ſes
ſervices , & l'ingratitude des hommes.
Lorſque leMaréchal d'Ancre eſt ignomi-
nieuſement traîné dans les rues après
ſa mort. " A quoi bon , dit M. le C....
>>prendre ces exemples dans les Cours ,
Gin
150 MERCURE DE FRANCE .
» & parmi les Grands? ... Cherchons-
>>les dans le Peuple... Les Laboureurs ,
>>les Artiſans ignorent l'Art perfide
» qu'on nomme Politique : ils traitent
>>de fripon celui d'entreux , qui ravit le
>> bien d'autrui... Ils reſpectent au con-
>>traire , celui dont la probité leur eſt
» connue. Ils diſent de lui , c'eſt un
>> honnête-homme : & ils attachent au
>> mot honnête les idées qui lui convien-
» nent...Quel homme ne ſe ſentpas ten-
>>drement ému,au récitd'uneactiongran-
>> de& vertueuſe? il aime, il prend un vif
» intérêt à celuiqui l'a faite. Il voudroit
>>lui témoigner ſon eſtime... Combien
ne l'indigne-t-on pasquandon luiracon-
>> te ces traits de noirceur &de ſcéléra-
>>teffe,qui ſemblentporterune flétriſſure
>> ſur l'eſpèce humaine ! .... Sentimens
>> précieux gravés dans nos cœurs par la
>>Divinité , puiffiez-vous agir encore
>> plus puiſſamment ſur les foibles hu-
>> mains ! Fortifiez en eux l'amour de
la vertu & l'horreur des vices. Ils ne
>>peuvent devenir meilleurs fans de-
» venir plus heureux.
...
C'eſtà laver-
>>tu qu'eſt attachée la paix de la conf-
>> cience. Eſtimée , même des méchans ,
>> moins perfécutée que le vice
و
elle
>>>donne des forces pour foutenir l'ad-
FEVRIER. 1764.
151
» verſité .... Vous connûtes tous ces
> avantages de la vertu , grand Prince ,
>> dont je dois aujourd'hui célébrer la
» mémoire !
C'est ainſi que l'éloge de la vertu
conduit M. le C ... à celui de LOUIS
te Grand. M.de Fontette, Intendant de la
Généralité , & Vice-Protecteur , préſi-
doit à la Séance. Il répondit au Difcours
de M. le Clerc. Il convient que quand
la vertu ſe borne au defir , à l'affection
& au Sentiment , le cœur qui la ren-
ferme ne doit trouver de bonheur qu'en
lui même. » S'il ſe produit au dehors
>>par des effets , ſi l'homme vertueux
>> a le mérite d'exécuter , d'accomplir
» & de pratiquer , la vertu brille à tra-
>>vers les nuages de la corruption ....
>>Elle attire le reſpect des Courtiſans :
>> elle mérite la confiance du Trône.
» Si les talens étoient toujours l'apana-
>>>ge des vertus , toujours elles euffent
✔été les Miniſtres de nos Rois. Ils ſe
>>>fonthonneur deleur rendre hommage.
>> Le règne de notre Auguſte Fonda-
>>teur en offre mille éxemples. Il ne
>>feroit pas difficile d'en trouver as.ant
>> fous celui de LOUIS LE BIEN-AIME .
Du bonheur attaché à l'amour des
vertus , M. de F ... paſſe à l'éloge du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
projet qui tendroit à déraciner l'arbi-
traire fatal qui ruine l'agriculture , le
Commerce , & l'aiſance des Peuples.
Il fait voir que l'arbitraire dans la ré-
partition des impoſitions , eſt la ſource
de nos maux : & que tant qu'on n'y re-
médiera point , il eſt inutile de pro-
pofer les moyens de faire fleurirle com-
merce. M. de F... prend de-là occafion
de parler des Diſcours qui ont concou-
ru pour le Prix de l'année , & qu'aucun
d'eux n'a mérité. ( a )
Le Sujet de 1763, étoit : Quelles ont
étéles révolutions,&c. La queſtion fur
>> les révolutions du Commerce , ajoute-
>> t- il, n'a été bien traitée que par leDif-
>>cours Nº. 2. le ſtyle en eftvif: ( b ) &
> nous nous ſommes déterminés à en
>>donner la lecture , comme une récom-
>> penſe due à l'Auteur.
On lut ce Difcours. Il commence par
un précis très-faillant de l'Histoire des
Normands Guerriers occupés à fonder
des Royaumes , pendant que les Peuples
travailloient à conferver la Normandie ,
parla culture ,la multiplication des bef-
tiaux&le Commerce. Caen devint une
* ( a) C'eſt M. de Fontette qui donne ce Prix.
( b ) Ce diſcours eſt de M. Boullard , le jeune ,
Avocat ,fils de M. Boullard, Profeſſeur enMéde-
cine.
FEVRIER. 1764.
153
Ville floriſſante , par les privilèges que
pluſieurs Rois Anglois_lui accordérent.
Unie à la France par Jean I , repriſe
par l'Anglois , fous Charles VI, & à
lui enlevée par Charles VII, ſon Com-
merce tomba par ces variations & ces
troubles. Il eût pu ſe rétablir ſous Louis
XI, qui lui accordoit deuxfoires. Elles
furent enlevées à la Ville de Caën , ſept
ans après leur création ,par les Habitans
de Rouen. Malgré cet événement le
Commerce devenoit floriſſant. L'Eſpa-
gne , l'Italie , l'Angleterre & tous les
Peuples du Nordſediſputoientnos mar-
chandiſes. Nous étions navigateurs. Un
Normand découvrit les Iſles du Golfe
S. Laurent. Un autre toutes les côtes de
l'Affrique. Tout ſembloit devoir nous
promettre le plusgrandCommerce.Tout
diſparut inſenſiblement. Notre Ville per-
ditſes manufactures de haute-liſſe;les im-
pofitions , qu'on mit ſurles cartes , nous
enlevérentcette branche du Commerce :
le luxe& lesguerres civiles firent tomber
nos manufactures , & la révocation de
l'EditdeNantes nous enleva nos Artiſtes.
Malgré cela le Commerce peut ſeréta-
blir. Des cauſes Phyſiques , la qualité
du climat , celle du terrein , la bonté de
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
nos eaux & la proximitéde la mer nous
le font eſpérer.
» Il eſt fâcheux , reprit M. de Fontette
>> après cette lecture , que la partie de
» ce Diſcours qui concerne le rétabliſ-
» ſement du Commerce ne réponde
>> point à la première. Les moyens que
>> propoſe l'Auteur , ont , comme ceux
>> des Diſcours qui ont concouru
, le
» défaut commun d'être généraux & de
" convenir à toutes les Provinces du
» Royaume. Aucun de ces Difcoursn'of-
>> fre rienqui rempliſſe les vues d'utilité
>> quenous en attendions. Elles le font
» bien mieuxdans de fimples éſſais faits
>>par l'Auteur couronné l'année der-
» nière.
( c ) Non pour diſputer un
>> Prix dont il eſt exclu par ſa qualité
>> de Secrétaire de l'Académie , mais
>> comme un Juge fcrupuleux & intel-
>>ligent qui étudie & jette de grandes
>>lumières ſur la queſtion propoſée.
M. Rouxelin lut ſes Eſſais. Ils débu-
tent par le defir qu'il auroit d'enrichir
( c)M. Rouxelin , Procureur du Roide la Mai-
trifedes Eaux & Forêts de Caen , eſt l'Auteur du
Diſcours ſur les défrîchemens , qui fut couronné
en1762 ,&qui lui mérita les titres d'Académicien
&de Sécretaire perpétuel de l'Académic.
FEVRIER. 1764 .
155
promptement ſa Patrie. C'eſtdans cette
vue qu'il propoſe à ſes Concitoyens de
civilifer quelqu'une des Nations féroces
des Côtes de l'Afrique , d'en faire un
Peuple d'Alliés , de leur communiquer
nos beſoins& nos modes & de partager
avec eux les métaux qu'ils tiennent des
mains de la Nature .
Il définit le Commerce , » l'échange
» que pluſieurs Peuples font entr'eux ,
» des fruits que la terre leur donne , &
>>des Ouvrages que conſtruit l'induſtrie..
>> L'homme n'a que deux moyens de ſe
> procurer ce que la Nature & l'Art lui
>> refuſent. C'eſt l'ufurpation , & l'é-
>> change. Le premier eſt un brigan-
>> dage. Le Commerce eſt donc un be-
» foin.
M. R..... diftingue l'eſprit & la ma.
tière du Commerce. Il ne parle de fon
efprit , que relativement à la néceffité
des Canauxdu tranſport. Illes fait con-
fifter en Ports de mer , en Rivières na-
vigables & en routes qu'on puiffe pra-
tiquer. Il convient du beſoin qu'a ſa
patrie des uns & des autres. Il établit la
néceſſité des chemins par un tableau
de quelques cantons de la Province,
dont on n'exporte rien ,parce qu'on ne
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
peut en approcher. » Donnez , dit-il ,
>>>des routes & des manufactures aux in-
>> fortunés habitans de ces lieux ; pro-
» curez - leur furtout la certitude de
>>jouir du fruit de leur travaux , & vous
>> les verrez devenir laborieux.
Il paſſe aux objets qui font la ma-
tière du Commerce. Ils conſiſtent en
denrées & beftiaux d'un pays ; & ils
font encore formés par lesouvrages des
Peuples qui l'habirent. De-là , M. R...
conclut que pour fonder un Commerce
on doit conſulter & la nature de ſon
terrain ,& le genre d'induſtrie de ſa Na-
tion. C'eſt ce qu'il fait : & il entre dans
des détails , qui , quoique très-précis ,
ne ſont pas fufceptibles d'extrait.
Il prouve qu'il eſt trop de terres en
herbe , ruineuſes lorſque les herbes font
abondantes & contraires à lapopulation.
Il parle des chevaux normands , qu'on
éléve avec une economie déteſtable ,
des laines du pays,des boiffons ,des vo-
lailles ,beures , fromages & autresden-
rées qui font prèſque ſans valeur par
notre faute. Il paroît perfuadé que la
Normandie fourniroit beaucoup de
grains à la Capitale , fi on y cultivoit
tout, & fi on vouloit y facrifier les pré-
jugés aux conſeilsdes ſociétés d'agricul-
FEVRIER. 1764.
157
ture. » Nos véritables richeffes , dit-il ,
>> naiſſent de la cultivation. J'en ai la
>>preuve en main.Pourquoinos Citoyens
>> s'enrichiſſent-ils ſi rapidement dans
>>>nos Colonies ? c'eſt qu'ils y devien-
>>nent cultivateurs : c'eſt que le terrain.
» qu'ils défrichent leur produitdeux ré-
>>>coltes par an , fans culture & fans
>>engrais : c'eſt qu'enfin , ils diſpoſent
>>de leurs denrées ,& nous n'avons pas
>>la libertéde l'exportation des nôtres ,
>>>qui ſeroit ſi avantageuſe.
Paſſantau commerce des productions
de l'art , M R.... dit que fi celui-là fleurit
moins , c'eſt que le Peuple a moins d'in-
duſtrie. Tout Artiſte ſelon lui , doit
ſe conformer aux goûts du jour , &
perfectionner ſes ouvrages , s'il veut
en avoir le débit. Ilpenſe que les ma-
nufactures font les Ecoles qui font
germer le goût du travail ; il les con-
feille , il follicite les Paſteurs de les
multiplier , il demande le concours de
l'autorité,parcequ'elles ſont le moyen
de rétablir la population .
Ildit que le travail des manufactures
ne doit jamais nuire à celui de lacul-
tivation.
Après cette lecture M. le Vice Pro-
tecteur expliquant comment on eût dù
158 MERCURE DE FRANCE.
traiter ce ſujet , parla des diſcours qui
avoient concouru .
13
J'ai vu avec
>>plaifir , dit- il ,dans celui nº. 1. que
>>nos draps & nos toiles tirent pour
» Cayenne. Le nom du Gouverneur
>>>doit être le ſignal de ralliement pour
>>>nos manufactures abandonnées. Les
>> facrifices qu'ilfait pour rétablir,que dis-
>>je ?pour fonder une nouvelle Colonie,
>> font une preuve fi extraordinaire de
>> fon amour pour la Patrie , qu'on peut
>> compter qu'il n'oubliera pas les in-
>>térêts de cette Province , qui eſt plus
>> particulierement la fienne. (d) En
> l'affociant à cette Académie nous vou-
>>lons l'engager à nous afſocier à fa
>>glorieuſe entrepriſe , & à nous com-
>>muniquer les ſages réglemens que
>> fa prudence va dicter pour le bon-
>>heur de ſes nouveaux Colons. Du
>>>fond de fon Iſle , il nousdonnerades
leçons d'expérience ſur les défriche-
mens; & fur l'établiſſement des ma-
>> nufactures: deux objets tellement ré-
>>latifs , qu'il faut néceſſairement qu'ils
>>fe nuiſent , où qu'ils s'aident. Il vau-
>>droit encore mieux pour nous,ſuivre
(d)M. le Chevalier Turgot , Gouverneur de
Cayenne & deGuyanne, reçu Académicien Allo-
cié , étoit préſent le jour de cette féance.
FEVRIER. 1764.
159
>>l'abus de vendre nos matières pre-
>> mières que deles mettre en œuvres
>>aux dépens de l'agriculture , qui man-
> queroit de bras. Seroit-il impoffible
» de prévenir ce danger , parle choix
» des établiſſemens, par le choix des
>> ouvriers ? cette que ſtioneſt aſſez im-
>>portante pour en faire le ſujet du
>> prixdel'année 1764.L'Académie pro-
>> poſe donc; quels fontles moyens de
>>multiplier les manufactures dans la
>>Généralité de Caën, fans nuire à la
>>>culture des terres. »
Les dicours feront remis francs de
port, à M. Rouxelin , Sécretaire per-
pétuel avant le premier de Novembre
1764. les Auteurs ne ſe feront pas
connoître avant le 6 Décembre.
M. le Chevalier Turgot termina la
ſéance par un Dicours de remercî-
ment à l'Académie , ſur ſa réception.
Il eut enſuite la générofité de propoſer
trois prix , tendans à encourager la
culture, & la multiplication des bef-
tiaux,& à procurer à la Provincele débit
de ſes denrées.
Le premier de 500 liv, àla perſonne
qui aura ſalé du bœuf aux moindres
frais poffibles , & qui fupportedans nos
Colonies , la concurrence pour la qua-
lité, avec les bœufs d'Irlande.
:
160 MERCURE DE FRANCE.
Le deuxième de 400liv. à la perſonne
qui avec des bled de la Province , pré-
parera des farines auſſi bonnes pour le
tranſport dans nos Colonies , que les
farines Angloiſes. Il eſt bon d'employer
la déſſication par le moyen des étuves ;
de ne pas blutter les farines , lorſqu'elles
fortent de deſſous la meule ; & de les
laiſſer réfroidir avant de les mettre au
blutteau. Le franc bled, que dans les
environs de Caën , on nomme blé-
gris ,donne les farines les plus propres
àfoutenir le tranſport dans les climats
chauds.
Le troiſième de 300 liv. à qui pré-
parera & falera des beurres auſſi bons
que ceux d'Irlande. Le lavage exact ,
avant la ſalaiſon,eſt une opération eſſen-
tielle. Le premier Volume des mémoires
de la Société d'agriculture de Rouen ,
indique les attentions qu'il faut obſer-
ver pour ſe procurer des beurres de la
premiere qualité.
Ceuxqui voudront concourir , ſe mu-
niront de Certificats des Subdélégués ,
ou Magiſtrats des Villes dans lesquelles
ils habitent , ou de leurs Curés , s'ils
demeurent à la campagne. Ces Certi-
ficats porteront que la denrée préſentée
ſoit bœufſalé , farines , ou beurres , a
FEVRIER . 1764.
161
été préparée avec des matières du Païs.
Chaque denrée ſuivant ſon eſpéce, ſera
renfermée dans des barils , quarts , ou
tines ,qui feront marqués de la marque
du Particulier concourant , &du cachet
ou marque des Subdélégués , Magiſtrats,
&Curés.
Il ſera envoyé à M. l'Intendant de
Caën une liſte des perſonnes qui auront
concouru , contenant leurs noms , qua-
lités & demeure , leur marque parti-
culiere , celledes Subdélégués ,&Magif
trats ouCurés.
Il ſera envoyé à la Guyanne , à la
Guadelouppe , & à la Martinique ,
une égale quantité de chaque denrée
concourante aux prix , avec les ren-
ſeignemens propres à faire connoître
le nom de la perſonne , dont la denrée
ſe trouvera de la meilleure qualité , ou
plus approchante. Sur le compte qui
fera rendu à M. l'Intendant , & à l'A-
cadémie , elle adjugera , & diftribuera
les prix le Jeudi cinq Décembre 1765.
jourde fa rentrée publique.
Vu par l'Académie, ROUXELIN.
Royale des Belles-Lettres de CAEN.
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses
ce qu'elle mérite l'eſtime des hommes.
Il fait voir que cette eſtime n'appartient
Séances publiques le Jeudi 1. Décembre
1763. M. Le Clerc , Avocat , chargé de
l'Eloge de Louis le Grand, Fondateurde
l'Académie , lut undiſcours ſur le bon-
heur attaché à l'amourde la vertu : il la
définit l'amour actif& vrai de tout ce qui
eſtbien , & l'averfion ſincère de tout
cequi eſt mal. Il prouve qu'elle fait le
bonheurdes hommes ; 1°. parce qu'elle
procure la paix dela confcience. 2°. Par-
qu'aux vertueux , dont il fait le por-
FEVRIER . 1764.
149
trait. " Ici je crois entendre les detrac-
>> teurs de la vertu , ſubſtituer à ce por-
>>>trait celui de Socrate dans les fers.
" Voilà , diſent-ils , le plus éclairé , le
>>>plus ſage , & le plus juſte de tous les
>>>hommes.... Que lui fervent ſes ver-
" tus ? ... Ames abjectes , qui ne voyez
> dans ſa condamnationque le moment
>> fi terrible pour vous , qui ſépare le
>>> tems de l'éternité , ſuivez Socrate dans
>> ſon cachot ,& lifez dans ſon cœur,
» Vous y verrez le triomphe de la ver-
» tu.... d'où lui viennent cette fermeté ,
>> cette conſtance que la vue de la mort
>>> ne peut altérer ? Il les doit à la vertu...
>> Néron expirant , voit le Ténare en-
>> tr'ouvert ſous ſes pieds: il ſe croit
>>>poursuivipar les Furies. Socrate meurt
» en paix , fans frayeur & fans foi-
>>>bleſſes.
3°. Enfin , parce que l'homme ver-
tueux , eſtimé , même des méchans , eſt
moins perſécuté qu'eux. Il le prouve
par des exemples tels que celui de Sully,
emportantdans ſa retraite, ſes vertus , ſes
ſervices , & l'ingratitude des hommes.
Lorſque leMaréchal d'Ancre eſt ignomi-
nieuſement traîné dans les rues après
ſa mort. " A quoi bon , dit M. le C....
>>prendre ces exemples dans les Cours ,
Gin
150 MERCURE DE FRANCE .
» & parmi les Grands? ... Cherchons-
>>les dans le Peuple... Les Laboureurs ,
>>les Artiſans ignorent l'Art perfide
» qu'on nomme Politique : ils traitent
>>de fripon celui d'entreux , qui ravit le
>> bien d'autrui... Ils reſpectent au con-
>>traire , celui dont la probité leur eſt
» connue. Ils diſent de lui , c'eſt un
>> honnête-homme : & ils attachent au
>> mot honnête les idées qui lui convien-
» nent...Quel homme ne ſe ſentpas ten-
>>drement ému,au récitd'uneactiongran-
>> de& vertueuſe? il aime, il prend un vif
» intérêt à celuiqui l'a faite. Il voudroit
>>lui témoigner ſon eſtime... Combien
ne l'indigne-t-on pasquandon luiracon-
>> te ces traits de noirceur &de ſcéléra-
>>teffe,qui ſemblentporterune flétriſſure
>> ſur l'eſpèce humaine ! .... Sentimens
>> précieux gravés dans nos cœurs par la
>>Divinité , puiffiez-vous agir encore
>> plus puiſſamment ſur les foibles hu-
>> mains ! Fortifiez en eux l'amour de
la vertu & l'horreur des vices. Ils ne
>>peuvent devenir meilleurs fans de-
» venir plus heureux.
...
C'eſtà laver-
>>tu qu'eſt attachée la paix de la conf-
>> cience. Eſtimée , même des méchans ,
>> moins perfécutée que le vice
و
elle
>>>donne des forces pour foutenir l'ad-
FEVRIER. 1764.
151
» verſité .... Vous connûtes tous ces
> avantages de la vertu , grand Prince ,
>> dont je dois aujourd'hui célébrer la
» mémoire !
C'est ainſi que l'éloge de la vertu
conduit M. le C ... à celui de LOUIS
te Grand. M.de Fontette, Intendant de la
Généralité , & Vice-Protecteur , préſi-
doit à la Séance. Il répondit au Difcours
de M. le Clerc. Il convient que quand
la vertu ſe borne au defir , à l'affection
& au Sentiment , le cœur qui la ren-
ferme ne doit trouver de bonheur qu'en
lui même. » S'il ſe produit au dehors
>>par des effets , ſi l'homme vertueux
>> a le mérite d'exécuter , d'accomplir
» & de pratiquer , la vertu brille à tra-
>>vers les nuages de la corruption ....
>>Elle attire le reſpect des Courtiſans :
>> elle mérite la confiance du Trône.
» Si les talens étoient toujours l'apana-
>>>ge des vertus , toujours elles euffent
✔été les Miniſtres de nos Rois. Ils ſe
>>>fonthonneur deleur rendre hommage.
>> Le règne de notre Auguſte Fonda-
>>teur en offre mille éxemples. Il ne
>>feroit pas difficile d'en trouver as.ant
>> fous celui de LOUIS LE BIEN-AIME .
Du bonheur attaché à l'amour des
vertus , M. de F ... paſſe à l'éloge du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
projet qui tendroit à déraciner l'arbi-
traire fatal qui ruine l'agriculture , le
Commerce , & l'aiſance des Peuples.
Il fait voir que l'arbitraire dans la ré-
partition des impoſitions , eſt la ſource
de nos maux : & que tant qu'on n'y re-
médiera point , il eſt inutile de pro-
pofer les moyens de faire fleurirle com-
merce. M. de F... prend de-là occafion
de parler des Diſcours qui ont concou-
ru pour le Prix de l'année , & qu'aucun
d'eux n'a mérité. ( a )
Le Sujet de 1763, étoit : Quelles ont
étéles révolutions,&c. La queſtion fur
>> les révolutions du Commerce , ajoute-
>> t- il, n'a été bien traitée que par leDif-
>>cours Nº. 2. le ſtyle en eftvif: ( b ) &
> nous nous ſommes déterminés à en
>>donner la lecture , comme une récom-
>> penſe due à l'Auteur.
On lut ce Difcours. Il commence par
un précis très-faillant de l'Histoire des
Normands Guerriers occupés à fonder
des Royaumes , pendant que les Peuples
travailloient à conferver la Normandie ,
parla culture ,la multiplication des bef-
tiaux&le Commerce. Caen devint une
* ( a) C'eſt M. de Fontette qui donne ce Prix.
( b ) Ce diſcours eſt de M. Boullard , le jeune ,
Avocat ,fils de M. Boullard, Profeſſeur enMéde-
cine.
FEVRIER. 1764.
153
Ville floriſſante , par les privilèges que
pluſieurs Rois Anglois_lui accordérent.
Unie à la France par Jean I , repriſe
par l'Anglois , fous Charles VI, & à
lui enlevée par Charles VII, ſon Com-
merce tomba par ces variations & ces
troubles. Il eût pu ſe rétablir ſous Louis
XI, qui lui accordoit deuxfoires. Elles
furent enlevées à la Ville de Caën , ſept
ans après leur création ,par les Habitans
de Rouen. Malgré cet événement le
Commerce devenoit floriſſant. L'Eſpa-
gne , l'Italie , l'Angleterre & tous les
Peuples du Nordſediſputoientnos mar-
chandiſes. Nous étions navigateurs. Un
Normand découvrit les Iſles du Golfe
S. Laurent. Un autre toutes les côtes de
l'Affrique. Tout ſembloit devoir nous
promettre le plusgrandCommerce.Tout
diſparut inſenſiblement. Notre Ville per-
ditſes manufactures de haute-liſſe;les im-
pofitions , qu'on mit ſurles cartes , nous
enlevérentcette branche du Commerce :
le luxe& lesguerres civiles firent tomber
nos manufactures , & la révocation de
l'EditdeNantes nous enleva nos Artiſtes.
Malgré cela le Commerce peut ſeréta-
blir. Des cauſes Phyſiques , la qualité
du climat , celle du terrein , la bonté de
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
nos eaux & la proximitéde la mer nous
le font eſpérer.
» Il eſt fâcheux , reprit M. de Fontette
>> après cette lecture , que la partie de
» ce Diſcours qui concerne le rétabliſ-
» ſement du Commerce ne réponde
>> point à la première. Les moyens que
>> propoſe l'Auteur , ont , comme ceux
>> des Diſcours qui ont concouru
, le
» défaut commun d'être généraux & de
" convenir à toutes les Provinces du
» Royaume. Aucun de ces Difcoursn'of-
>> fre rienqui rempliſſe les vues d'utilité
>> quenous en attendions. Elles le font
» bien mieuxdans de fimples éſſais faits
>>par l'Auteur couronné l'année der-
» nière.
( c ) Non pour diſputer un
>> Prix dont il eſt exclu par ſa qualité
>> de Secrétaire de l'Académie , mais
>> comme un Juge fcrupuleux & intel-
>>ligent qui étudie & jette de grandes
>>lumières ſur la queſtion propoſée.
M. Rouxelin lut ſes Eſſais. Ils débu-
tent par le defir qu'il auroit d'enrichir
( c)M. Rouxelin , Procureur du Roide la Mai-
trifedes Eaux & Forêts de Caen , eſt l'Auteur du
Diſcours ſur les défrîchemens , qui fut couronné
en1762 ,&qui lui mérita les titres d'Académicien
&de Sécretaire perpétuel de l'Académic.
FEVRIER. 1764 .
155
promptement ſa Patrie. C'eſtdans cette
vue qu'il propoſe à ſes Concitoyens de
civilifer quelqu'une des Nations féroces
des Côtes de l'Afrique , d'en faire un
Peuple d'Alliés , de leur communiquer
nos beſoins& nos modes & de partager
avec eux les métaux qu'ils tiennent des
mains de la Nature .
Il définit le Commerce , » l'échange
» que pluſieurs Peuples font entr'eux ,
» des fruits que la terre leur donne , &
>>des Ouvrages que conſtruit l'induſtrie..
>> L'homme n'a que deux moyens de ſe
> procurer ce que la Nature & l'Art lui
>> refuſent. C'eſt l'ufurpation , & l'é-
>> change. Le premier eſt un brigan-
>> dage. Le Commerce eſt donc un be-
» foin.
M. R..... diftingue l'eſprit & la ma.
tière du Commerce. Il ne parle de fon
efprit , que relativement à la néceffité
des Canauxdu tranſport. Illes fait con-
fifter en Ports de mer , en Rivières na-
vigables & en routes qu'on puiffe pra-
tiquer. Il convient du beſoin qu'a ſa
patrie des uns & des autres. Il établit la
néceſſité des chemins par un tableau
de quelques cantons de la Province,
dont on n'exporte rien ,parce qu'on ne
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
peut en approcher. » Donnez , dit-il ,
>>>des routes & des manufactures aux in-
>> fortunés habitans de ces lieux ; pro-
» curez - leur furtout la certitude de
>>jouir du fruit de leur travaux , & vous
>> les verrez devenir laborieux.
Il paſſe aux objets qui font la ma-
tière du Commerce. Ils conſiſtent en
denrées & beftiaux d'un pays ; & ils
font encore formés par lesouvrages des
Peuples qui l'habirent. De-là , M. R...
conclut que pour fonder un Commerce
on doit conſulter & la nature de ſon
terrain ,& le genre d'induſtrie de ſa Na-
tion. C'eſt ce qu'il fait : & il entre dans
des détails , qui , quoique très-précis ,
ne ſont pas fufceptibles d'extrait.
Il prouve qu'il eſt trop de terres en
herbe , ruineuſes lorſque les herbes font
abondantes & contraires à lapopulation.
Il parle des chevaux normands , qu'on
éléve avec une economie déteſtable ,
des laines du pays,des boiffons ,des vo-
lailles ,beures , fromages & autresden-
rées qui font prèſque ſans valeur par
notre faute. Il paroît perfuadé que la
Normandie fourniroit beaucoup de
grains à la Capitale , fi on y cultivoit
tout, & fi on vouloit y facrifier les pré-
jugés aux conſeilsdes ſociétés d'agricul-
FEVRIER. 1764.
157
ture. » Nos véritables richeffes , dit-il ,
>> naiſſent de la cultivation. J'en ai la
>>preuve en main.Pourquoinos Citoyens
>> s'enrichiſſent-ils ſi rapidement dans
>>>nos Colonies ? c'eſt qu'ils y devien-
>>nent cultivateurs : c'eſt que le terrain.
» qu'ils défrichent leur produitdeux ré-
>>>coltes par an , fans culture & fans
>>engrais : c'eſt qu'enfin , ils diſpoſent
>>de leurs denrées ,& nous n'avons pas
>>la libertéde l'exportation des nôtres ,
>>>qui ſeroit ſi avantageuſe.
Paſſantau commerce des productions
de l'art , M R.... dit que fi celui-là fleurit
moins , c'eſt que le Peuple a moins d'in-
duſtrie. Tout Artiſte ſelon lui , doit
ſe conformer aux goûts du jour , &
perfectionner ſes ouvrages , s'il veut
en avoir le débit. Ilpenſe que les ma-
nufactures font les Ecoles qui font
germer le goût du travail ; il les con-
feille , il follicite les Paſteurs de les
multiplier , il demande le concours de
l'autorité,parcequ'elles ſont le moyen
de rétablir la population .
Ildit que le travail des manufactures
ne doit jamais nuire à celui de lacul-
tivation.
Après cette lecture M. le Vice Pro-
tecteur expliquant comment on eût dù
158 MERCURE DE FRANCE.
traiter ce ſujet , parla des diſcours qui
avoient concouru .
13
J'ai vu avec
>>plaifir , dit- il ,dans celui nº. 1. que
>>nos draps & nos toiles tirent pour
» Cayenne. Le nom du Gouverneur
>>>doit être le ſignal de ralliement pour
>>>nos manufactures abandonnées. Les
>> facrifices qu'ilfait pour rétablir,que dis-
>>je ?pour fonder une nouvelle Colonie,
>> font une preuve fi extraordinaire de
>> fon amour pour la Patrie , qu'on peut
>> compter qu'il n'oubliera pas les in-
>>térêts de cette Province , qui eſt plus
>> particulierement la fienne. (d) En
> l'affociant à cette Académie nous vou-
>>lons l'engager à nous afſocier à fa
>>glorieuſe entrepriſe , & à nous com-
>>muniquer les ſages réglemens que
>> fa prudence va dicter pour le bon-
>>heur de ſes nouveaux Colons. Du
>>>fond de fon Iſle , il nousdonnerades
leçons d'expérience ſur les défriche-
mens; & fur l'établiſſement des ma-
>> nufactures: deux objets tellement ré-
>>latifs , qu'il faut néceſſairement qu'ils
>>fe nuiſent , où qu'ils s'aident. Il vau-
>>droit encore mieux pour nous,ſuivre
(d)M. le Chevalier Turgot , Gouverneur de
Cayenne & deGuyanne, reçu Académicien Allo-
cié , étoit préſent le jour de cette féance.
FEVRIER. 1764.
159
>>l'abus de vendre nos matières pre-
>> mières que deles mettre en œuvres
>>aux dépens de l'agriculture , qui man-
> queroit de bras. Seroit-il impoffible
» de prévenir ce danger , parle choix
» des établiſſemens, par le choix des
>> ouvriers ? cette que ſtioneſt aſſez im-
>>portante pour en faire le ſujet du
>> prixdel'année 1764.L'Académie pro-
>> poſe donc; quels fontles moyens de
>>multiplier les manufactures dans la
>>Généralité de Caën, fans nuire à la
>>>culture des terres. »
Les dicours feront remis francs de
port, à M. Rouxelin , Sécretaire per-
pétuel avant le premier de Novembre
1764. les Auteurs ne ſe feront pas
connoître avant le 6 Décembre.
M. le Chevalier Turgot termina la
ſéance par un Dicours de remercî-
ment à l'Académie , ſur ſa réception.
Il eut enſuite la générofité de propoſer
trois prix , tendans à encourager la
culture, & la multiplication des bef-
tiaux,& à procurer à la Provincele débit
de ſes denrées.
Le premier de 500 liv, àla perſonne
qui aura ſalé du bœuf aux moindres
frais poffibles , & qui fupportedans nos
Colonies , la concurrence pour la qua-
lité, avec les bœufs d'Irlande.
:
160 MERCURE DE FRANCE.
Le deuxième de 400liv. à la perſonne
qui avec des bled de la Province , pré-
parera des farines auſſi bonnes pour le
tranſport dans nos Colonies , que les
farines Angloiſes. Il eſt bon d'employer
la déſſication par le moyen des étuves ;
de ne pas blutter les farines , lorſqu'elles
fortent de deſſous la meule ; & de les
laiſſer réfroidir avant de les mettre au
blutteau. Le franc bled, que dans les
environs de Caën , on nomme blé-
gris ,donne les farines les plus propres
àfoutenir le tranſport dans les climats
chauds.
Le troiſième de 300 liv. à qui pré-
parera & falera des beurres auſſi bons
que ceux d'Irlande. Le lavage exact ,
avant la ſalaiſon,eſt une opération eſſen-
tielle. Le premier Volume des mémoires
de la Société d'agriculture de Rouen ,
indique les attentions qu'il faut obſer-
ver pour ſe procurer des beurres de la
premiere qualité.
Ceuxqui voudront concourir , ſe mu-
niront de Certificats des Subdélégués ,
ou Magiſtrats des Villes dans lesquelles
ils habitent , ou de leurs Curés , s'ils
demeurent à la campagne. Ces Certi-
ficats porteront que la denrée préſentée
ſoit bœufſalé , farines , ou beurres , a
FEVRIER . 1764.
161
été préparée avec des matières du Païs.
Chaque denrée ſuivant ſon eſpéce, ſera
renfermée dans des barils , quarts , ou
tines ,qui feront marqués de la marque
du Particulier concourant , &du cachet
ou marque des Subdélégués , Magiſtrats,
&Curés.
Il ſera envoyé à M. l'Intendant de
Caën une liſte des perſonnes qui auront
concouru , contenant leurs noms , qua-
lités & demeure , leur marque parti-
culiere , celledes Subdélégués ,&Magif
trats ouCurés.
Il ſera envoyé à la Guyanne , à la
Guadelouppe , & à la Martinique ,
une égale quantité de chaque denrée
concourante aux prix , avec les ren-
ſeignemens propres à faire connoître
le nom de la perſonne , dont la denrée
ſe trouvera de la meilleure qualité , ou
plus approchante. Sur le compte qui
fera rendu à M. l'Intendant , & à l'A-
cadémie , elle adjugera , & diftribuera
les prix le Jeudi cinq Décembre 1765.
jourde fa rentrée publique.
Vu par l'Académie, ROUXELIN.
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11277
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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11278
p. 164-165
« M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
Début :
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
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11279
p. 166-169
GRAVURE.
Début :
STATUE Equestre de LOUIS LE BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
Fermer
11280
p. 169-173
ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
Début :
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens Italiens représenterent les Amours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
ORDONNÉS par M. le Duc de
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
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p. 174-185
OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
Début :
AVANT l'ouverture du Théâtre on avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
OPERA.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
Fermer
11282
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
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11283
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
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11284
p. 198-199
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé le début dans le précédent Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
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11285
p. 199
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a continué les Représentations du Sorcier. Elles ont été interrompues par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
Fermer
11286
p. *200-200
CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
LES deux Motets à grand Choeur qui ont été exécutés, étoient le Magnificat [...]
Mots clefs :
Motet, Voix, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Fermer
11287
p. 200-230
ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Début :
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions / DE toutes les passions qui élévent & échauffent le coeur de l'homme, la plus noble, la plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
CO
ed
ja
pa
l'a
fu
d
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C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
CO
ed
ja
pa
l'a
fu
d
0
C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
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11288
p. 230-232
De PARIS, le 30 Décembre 1763.
Début :
Le Comte de Mailly, Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant Général [...]
Mots clefs :
Comte, Chevalier, Gouverneur, Ordres, Académie, Discours, Lettres patentes, Université, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Décembre 1763.
De PARIS, le 30 Décembre 1763 .
LE Comte de Mailly , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général de ſes Armées , Gouverneur
des Ville & Château de Dieppe , premier
Ecuyer de Madame la Dauphine , ſe rendit,
le 28 du mois dernier au Couvent des Peres
Cordeliers , revêtu des marques des Ordres de
Sa Majesté & précédé des ſieurs Chendret , Hé,
rault , & Perſeville , Huiſſier deſdits Ordres , aves
leur habit de Cérémonie. Il y préſida , au nom
du Roi , au Chapitre de Saint Michel , & reçut
Chevaliers de cet Ordre , avec les Cérémonies
accoutumées , le ſieur Dunod de Charnage ,
Avocat au Parlement de Besançon , Ancien Vicomte
Mayeur & Lieutenant Général de la même
Ville ; le ſieur Guillot Aubry , de l'Académie
3
FEVRIER. 1764. 231
Royale d'Architecture de la premiere Claffe &
Contrôleur des Bâtimens dépendans des Domaines
de Sa Majeſté ; le ſieur Mercier , ancien
premier Echevin de Paris , & le ſieur Babille ,
Avocat au Parlement , ancien Echevin. Le fieur
Boyer , Chevalier , Secrétaire de l'Ordre , avoit
auparavant adreſſé à l'aſſemblée un Dicours dans
lequel il avoit fait l'éloge des nouveaux Chevaliers ,
&avoit fait mention des motifs qui ont déter
miné Sa Majesté à leur accorder cette grace. Le
Comte de Mailly , & les Chevaliers ſe rendirent
enſuite en proceffion à l'Eglife , & y aſſiſterent
au Service qu'on y célébre tous les ans , lepremier
Lundi de l'Avent , pour les Rois , les Princes&
les Chevaliers décédés.
Le 24 du même mois , l'Académie Françoiſe
s'aſſembla & nomma le ſieur Marmontel pour
remplir la place vacante par la mort du ſieur de
Bougainville.
On a publié ici deux Lettres Patentes du Roi .
Les premieres , datées du 26 Octobre dernier ,
confirment le Collége de Fontenay- le-Comte ,
& l'union qui y a été faite du Prieuré de Rohan-
Rohan ; les ſecondes , du 16 Novembre , portent
tranflation des Ecoles de la Faculté des Droits de
l'Univerſité de Paris ſur la place de la nouvelle
Egliſe de Sainte Genevieve du Mont.
Le 3 dece mois , l'Univerſité tint ſon aſſemblée
al College de LoUIS- LE-GRAND , & annonça
pour l'année prochaine le prix d'Eloquence Latine
fondé par le ſieur Coignard , Secrétaire du
Roi , & Conſervateur des Hypothèques : ce prix
doit avoir pour ſujet: Ubi viget virilis difciplina ,
ibi optima estjuventutis inſtitutio. Le ſieur Camić ,
Profeſſeur au Collége de Lizieux , a été élu , le
16 de ce mois , Recteur de l'Univerſité à la place
du ſieur Fourneau,
232 MERCURE DE FRANCE.
Le 22 , l'Académie Françoiſe tint une ſéance
publique pour la réception du ſieur Marmontel
Le ſieur Bignon répondit , en qualité de Directeur
, au Diſcours du nouvel Académicien.
La ſéance fut terminée par la lecture d'une Epître
en vers du ſieur Marmontel ,fur la force & la
foibleffe de l'Esprit humain .
Le trente - fixiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait , le 24 de ce mois , en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 64567 celui de vingt
mille livres au Numéro 78669 , & les deux de
dix mille livres aux Numéro 70033 & 74726.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale Mi
litaire . Les Numéros ſortis de la roue de fortune,
font , 2,39,36,6,900
LE Comte de Mailly , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général de ſes Armées , Gouverneur
des Ville & Château de Dieppe , premier
Ecuyer de Madame la Dauphine , ſe rendit,
le 28 du mois dernier au Couvent des Peres
Cordeliers , revêtu des marques des Ordres de
Sa Majesté & précédé des ſieurs Chendret , Hé,
rault , & Perſeville , Huiſſier deſdits Ordres , aves
leur habit de Cérémonie. Il y préſida , au nom
du Roi , au Chapitre de Saint Michel , & reçut
Chevaliers de cet Ordre , avec les Cérémonies
accoutumées , le ſieur Dunod de Charnage ,
Avocat au Parlement de Besançon , Ancien Vicomte
Mayeur & Lieutenant Général de la même
Ville ; le ſieur Guillot Aubry , de l'Académie
3
FEVRIER. 1764. 231
Royale d'Architecture de la premiere Claffe &
Contrôleur des Bâtimens dépendans des Domaines
de Sa Majeſté ; le ſieur Mercier , ancien
premier Echevin de Paris , & le ſieur Babille ,
Avocat au Parlement , ancien Echevin. Le fieur
Boyer , Chevalier , Secrétaire de l'Ordre , avoit
auparavant adreſſé à l'aſſemblée un Dicours dans
lequel il avoit fait l'éloge des nouveaux Chevaliers ,
&avoit fait mention des motifs qui ont déter
miné Sa Majesté à leur accorder cette grace. Le
Comte de Mailly , & les Chevaliers ſe rendirent
enſuite en proceffion à l'Eglife , & y aſſiſterent
au Service qu'on y célébre tous les ans , lepremier
Lundi de l'Avent , pour les Rois , les Princes&
les Chevaliers décédés.
Le 24 du même mois , l'Académie Françoiſe
s'aſſembla & nomma le ſieur Marmontel pour
remplir la place vacante par la mort du ſieur de
Bougainville.
On a publié ici deux Lettres Patentes du Roi .
Les premieres , datées du 26 Octobre dernier ,
confirment le Collége de Fontenay- le-Comte ,
& l'union qui y a été faite du Prieuré de Rohan-
Rohan ; les ſecondes , du 16 Novembre , portent
tranflation des Ecoles de la Faculté des Droits de
l'Univerſité de Paris ſur la place de la nouvelle
Egliſe de Sainte Genevieve du Mont.
Le 3 dece mois , l'Univerſité tint ſon aſſemblée
al College de LoUIS- LE-GRAND , & annonça
pour l'année prochaine le prix d'Eloquence Latine
fondé par le ſieur Coignard , Secrétaire du
Roi , & Conſervateur des Hypothèques : ce prix
doit avoir pour ſujet: Ubi viget virilis difciplina ,
ibi optima estjuventutis inſtitutio. Le ſieur Camić ,
Profeſſeur au Collége de Lizieux , a été élu , le
16 de ce mois , Recteur de l'Univerſité à la place
du ſieur Fourneau,
232 MERCURE DE FRANCE.
Le 22 , l'Académie Françoiſe tint une ſéance
publique pour la réception du ſieur Marmontel
Le ſieur Bignon répondit , en qualité de Directeur
, au Diſcours du nouvel Académicien.
La ſéance fut terminée par la lecture d'une Epître
en vers du ſieur Marmontel ,fur la force & la
foibleffe de l'Esprit humain .
Le trente - fixiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait , le 24 de ce mois , en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 64567 celui de vingt
mille livres au Numéro 78669 , & les deux de
dix mille livres aux Numéro 70033 & 74726.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale Mi
litaire . Les Numéros ſortis de la roue de fortune,
font , 2,39,36,6,900
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Résumé : De PARIS, le 30 Décembre 1763.
Le 28 décembre 1763, le Comte de Mailly présida au Couvent des Pères Cordeliers le Chapitre de Saint Michel, où les sieurs Dunod de Charnage, Guillot Aubry, Mercier et Babille furent reçus comme Chevaliers. Le Chevalier Boyer prononça un discours élogieux. Ensuite, ils assistèrent à un service en mémoire des défunts Rois, Princes et Chevaliers. Le 24 décembre, l'Académie Française nomma Jean-François Marmontel pour remplacer François Bougainville. Deux Lettres Patentes du Roi confirmèrent l'union du Collège de Fontenay-le-Comte avec le Prieuré de Rohan-Rohan et transférèrent les écoles de la Faculté des Droits de l'Université de Paris sur la place de la nouvelle Église de Sainte Geneviève du Mont. Le 30 décembre, l'Université annonça un prix d'éloquence latine pour l'année suivante, avec pour sujet 'Ubi viget virilis disciplina, ibi optima est juventutis institutio'. Le sieur Camic fut élu Recteur de l'Université le 16 décembre. Le 22 décembre, l'Académie Française tint une séance publique pour la réception de Marmontel, au cours de laquelle le sieur Bignon répondit au discours du nouvel académicien. La séance se termina par la lecture d'une épître en vers de Marmontel sur la force et la faiblesse de l'esprit humain. Le 24 décembre, la Loterie de l'Hôtel de Ville attribua des lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres, et la Loterie de l'École Royale Militaire tira les numéros 2, 39, 36, 6 et 900.
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11289
p. 232-233
MARIAGES.
Début :
Le 10 du mois de Janvier, Joseph Durey ; Marquis Duterrail, Maréchal des Camps [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Chevalier, Fille, Seigneur, Bénédiction nuptiale, Maison de Châtillon, Conjoints
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le te du mois de Janvier , Joſeph Durey;
Marquis Duterrail , Maréchal des Camps& Armées
du Roi , ſon Lieutenant Général du Verdunois
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Seigneur du Duché-Pairie de Damville ,
Baron de S. André , de la Rambandière , Neuville,
Meliné , Mongon & autres lieux ; époula Marie
Charlotte de Cruffol de Montauſier ; elle eſt fille
du Marquis de Crufſol d'Uzès de Montaufier &
d'Elifabeth d'Aubuffon la Feuillade , & foeur du
Comte de Cruffol de Montauſier , Colonel du
Régiment d'Orléans.
LeMarquis Duterrail eſt fils de Joſeph Durey,
Seigneur de Sauroy , Duterrail , du Duché-Pairie
de Damville , de Martigni-le-Comte , de la Motte
S. Jean , Digoin S. Valier , Montigni , Monquel
, Beauvillier & autres lieux , Commandeur
FEVRIER. 1764. 293
honoraire de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis ; & de Marie Claire d'Estaing , Dame Duterrail
Bayard.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
l'Abbé de Crufſol S. Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers
, également parent des deux conjoints , dans
la Paroiſſe de S. Sulpice .
Le Marquis Duterrail avoit épousé en premières
nôces , Marie Roſalie de Goeſbriand ,dont la
mere étoit héritiére de la ſeconde branche de la
maiſon de Châtillon , & niéce du feu Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monſeigneur le Dauphin.
Il a eu de ſa première femme quatre enfans
qui font morts en bas âge.
Il avoit pour ſoeur , feue la Ducheſſe de Brif-.
fac, premiere Dame de Mesdames Henriette &
Adelaide de France.
Le te du mois de Janvier , Joſeph Durey;
Marquis Duterrail , Maréchal des Camps& Armées
du Roi , ſon Lieutenant Général du Verdunois
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Seigneur du Duché-Pairie de Damville ,
Baron de S. André , de la Rambandière , Neuville,
Meliné , Mongon & autres lieux ; époula Marie
Charlotte de Cruffol de Montauſier ; elle eſt fille
du Marquis de Crufſol d'Uzès de Montaufier &
d'Elifabeth d'Aubuffon la Feuillade , & foeur du
Comte de Cruffol de Montauſier , Colonel du
Régiment d'Orléans.
LeMarquis Duterrail eſt fils de Joſeph Durey,
Seigneur de Sauroy , Duterrail , du Duché-Pairie
de Damville , de Martigni-le-Comte , de la Motte
S. Jean , Digoin S. Valier , Montigni , Monquel
, Beauvillier & autres lieux , Commandeur
FEVRIER. 1764. 293
honoraire de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis ; & de Marie Claire d'Estaing , Dame Duterrail
Bayard.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
l'Abbé de Crufſol S. Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers
, également parent des deux conjoints , dans
la Paroiſſe de S. Sulpice .
Le Marquis Duterrail avoit épousé en premières
nôces , Marie Roſalie de Goeſbriand ,dont la
mere étoit héritiére de la ſeconde branche de la
maiſon de Châtillon , & niéce du feu Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monſeigneur le Dauphin.
Il a eu de ſa première femme quatre enfans
qui font morts en bas âge.
Il avoit pour ſoeur , feue la Ducheſſe de Brif-.
fac, premiere Dame de Mesdames Henriette &
Adelaide de France.
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Résumé : MARIAGES.
En janvier, Joseph Durey, Marquis Duterrail, Maréchal des Camps et Armées du Roi, Lieutenant Général du Verdunois, Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, Seigneur du Duché-Pairie de Damville, épousa Marie Charlotte de Cruffol de Montausier. Cette dernière est la fille du Marquis de Crufsol d'Uzès de Montaufier et d'Élisabeth d'Aubuffon la Feuillade, et la sœur du Comte de Cruffol de Montausier, Colonel du Régiment d'Orléans. Le Marquis Duterrail est le fils de Joseph Durey, Seigneur de Sauroy, Duterrail, du Duché-Pairie de Damville, et de Marie Claire d'Estaing, Dame Duterrail Bayard. La bénédiction nuptiale fut donnée par l'Abbé de Crufsol Saint-Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers, parent des deux conjoints, dans la paroisse de Saint-Sulpice. Précédemment, le Marquis Duterrail avait épousé Marie Rosalie de Goesbriand, dont la mère était héritière de la seconde branche de la maison de Châtillon et nièce du feu Duc de Châtillon, Gouverneur de Monseigneur le Dauphin. De cette première union, il eut quatre enfants morts en bas âge. Il avait également pour sœur la défunte Duchesse de Brissac, première Dame de Mesdames Henriette et Adélaïde de France.
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11290
p. 233-234
MORTS.
Début :
Le Marquis Dupleix, Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de Saint [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Abbé, Décès, Chef d'escadre, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
P
→
Le Marquis Dupleix , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Chevalier
de l'Ordre du Roi , ci devant Commandant
Général des Etabliſſemens François aux Indes
Orientales , & Gouverneur de Ville & Forts de
Pondichery , eſt mort ici le 10 Novembre.
René Benigue de Croizier - Sainte - Segraux ,
Maréchal de Camp , eſt mort à Chaumont en
Baſſigny le 17 , dans la foixante- dix-huitiéme
année de ſon age.
L'Abbé Prevoſt , qui s'eſt rendu célébre par
un grand nombre d'Ouvrages d'eſprit & d'imagination
, eſt mort , le 25 , d'une attaque d'apopléxie,
dont il a été frappé en allant à une Maiſon
de Campagne qu'il avoit à quelques lieues
de cette Capitale.
234 MERCURE DE FRANCE.
L'Abbé de Trudaine , Grand- Vicaire deSenlis ,
Abbé de Preuilly , Ordre de Citeaux , Diocèſe
de Sens , & Prieur de Donas , Ordre de Saint
Benoît , Diocèſe d'Arras , eſt mort ici les Décembre
, âgé de trente-quatre ans. Son Abbaye
de Preuilly a été donnée a l'Evêque de Dijon.
Louis Philippe de Rigaud , Comte de Vaudreuil
, Lieutenant-Général desArmées Navales ,
Grand - Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , eſt mort à Tours , âgé de ſoixantedouze
ans.
Charles- Hyacinthe-Auguſte le Merecrel de
Chaſteloger , Chef d'Eſcadre , eſt mort les Décembre
, âgé de ſoixante-cinq ans.
Ernest Louis Comte de Mortaigne , ancien
Général de la Cavalerie de Sa Majeſté Impériale
Charles VII & ſon Chambellan , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , ancien Commandant
en Chef dans les trois Evêchés de Lorraine &
Inſpecteur de Cavalerie , eſt mort ici le 15 ,
dans la ſoixante - onzième année de ſon âge.
Louis Alexandre Comte de Damas mourut le.
6dans ſon Château de Crux en Nivernois , âgé
de cinquante-fept ans .
Jean-Jacques du Deffand , Marquis de la Lande
, ancien Colonel d'Infanterie & Lieutenant-
Général de l'Orléanois , eſt mort dans ſes Terres
, le 13 , âgé de ſoixante- ſept ans.
Antoine de Laſtic , Evêque de Comminges ,
nommé à l'Evêché de Châlons-fur Marne & à
l'Abbaye de Mouſtier- en- Der , même Diocèſe ,
eſt mort ici le 23 , âgé de cinquante-quatre ans.
Claude - Jacques - Céſar Marquis de Murat ,
ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie de
fon nom , eſt mort dans ſes Terres au Pays du
Maine ,de 25.
P
→
Le Marquis Dupleix , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Chevalier
de l'Ordre du Roi , ci devant Commandant
Général des Etabliſſemens François aux Indes
Orientales , & Gouverneur de Ville & Forts de
Pondichery , eſt mort ici le 10 Novembre.
René Benigue de Croizier - Sainte - Segraux ,
Maréchal de Camp , eſt mort à Chaumont en
Baſſigny le 17 , dans la foixante- dix-huitiéme
année de ſon age.
L'Abbé Prevoſt , qui s'eſt rendu célébre par
un grand nombre d'Ouvrages d'eſprit & d'imagination
, eſt mort , le 25 , d'une attaque d'apopléxie,
dont il a été frappé en allant à une Maiſon
de Campagne qu'il avoit à quelques lieues
de cette Capitale.
234 MERCURE DE FRANCE.
L'Abbé de Trudaine , Grand- Vicaire deSenlis ,
Abbé de Preuilly , Ordre de Citeaux , Diocèſe
de Sens , & Prieur de Donas , Ordre de Saint
Benoît , Diocèſe d'Arras , eſt mort ici les Décembre
, âgé de trente-quatre ans. Son Abbaye
de Preuilly a été donnée a l'Evêque de Dijon.
Louis Philippe de Rigaud , Comte de Vaudreuil
, Lieutenant-Général desArmées Navales ,
Grand - Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , eſt mort à Tours , âgé de ſoixantedouze
ans.
Charles- Hyacinthe-Auguſte le Merecrel de
Chaſteloger , Chef d'Eſcadre , eſt mort les Décembre
, âgé de ſoixante-cinq ans.
Ernest Louis Comte de Mortaigne , ancien
Général de la Cavalerie de Sa Majeſté Impériale
Charles VII & ſon Chambellan , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , ancien Commandant
en Chef dans les trois Evêchés de Lorraine &
Inſpecteur de Cavalerie , eſt mort ici le 15 ,
dans la ſoixante - onzième année de ſon âge.
Louis Alexandre Comte de Damas mourut le.
6dans ſon Château de Crux en Nivernois , âgé
de cinquante-fept ans .
Jean-Jacques du Deffand , Marquis de la Lande
, ancien Colonel d'Infanterie & Lieutenant-
Général de l'Orléanois , eſt mort dans ſes Terres
, le 13 , âgé de ſoixante- ſept ans.
Antoine de Laſtic , Evêque de Comminges ,
nommé à l'Evêché de Châlons-fur Marne & à
l'Abbaye de Mouſtier- en- Der , même Diocèſe ,
eſt mort ici le 23 , âgé de cinquante-quatre ans.
Claude - Jacques - Céſar Marquis de Murat ,
ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie de
fon nom , eſt mort dans ſes Terres au Pays du
Maine ,de 25.
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Résumé : MORTS.
Le texte énumère plusieurs personnalités décédées en novembre et décembre. Parmi elles, le Marquis Dupleix, ancien Commandant Général des Établissements Français aux Indes Orientales et Gouverneur de Pondichéry, est mort le 10 novembre. René Benigue de Croizier - Sainte - Segraux, Maréchal de Camp, est décédé à Chaumont en Bassigny le 17 novembre à 68 ans. L'Abbé Prévost, connu pour ses œuvres littéraires, est mort le 25 novembre d'une attaque d'apoplexie. L'Abbé de Trudaine, Grand-Vicaire de Senlis, est décédé en décembre à 34 ans. Son abbaye de Preuilly a été attribuée à l'Évêque de Dijon. Louis Philippe de Rigaud, Comte de Vaudreuil, Lieutenant-Général des Armées Navales, est mort à Tours à 72 ans. Charles-Hyacinthe-Auguste le Merecrel de Chasteloger, Chef d'Escadre, est décédé en décembre à 65 ans. Ernest Louis Comte de Mortaigne, ancien Général de la Cavalerie, est mort le 15 décembre à 71 ans. Louis Alexandre Comte de Damas est décédé le 6 décembre à 57 ans. Jean-Jacques du Deffand, Marquis de la Lande, ancien Colonel d'Infanterie, est mort le 13 décembre à 67 ans. Antoine de Lastic, Évêque de Comminges, est décédé le 23 décembre à 54 ans. Claude-Jacques-César Marquis de Murat, ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie, est mort le 25 décembre.
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11291
p. 235
De STOCKOLM, le 20 Décembre 1763.
Début :
Le Baron de Breteuil, Ambassadeur de France en cette Cour, a eu hier [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de France, Baron de Breteuil, Audience, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De STOCKOLM, le 20 Décembre 1763.
De STOCKOLM,le 20 Décembre 1763 .
La Baron de Breteuil , Ambaſſadeur de France
en cette Cour, a eu hier ſes premières audiences
de Leurs Majeſtés & de la Famille Royale.
La Baron de Breteuil , Ambaſſadeur de France
en cette Cour, a eu hier ſes premières audiences
de Leurs Majeſtés & de la Famille Royale.
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11292
p. 235-237
De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
Début :
Le Landgrave de Hesse-Cassel ayant résolu de rentrer dans le Corps du Cercle [...]
Mots clefs :
Landgrave de Hesle-Cassel, Mémoire, Régence, Chapitre, Baronne, Comte, Colonel, Exécuteur testamentaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
De FRANCFORT , les Janvier 1764 .
Le Landgrave de Heſſe-Caffel ayant réſolu de
rentrer dans le Corps du Cercle du Haut-Rhin
comme Membre de ce Corps , dont ſa Maiſon
s'étoit détachée depuis pluſieurs années , a adreſſé
à ce ſujet une Lettre aux Etats du Cercle afdemblés
en cette Ville , par laquelle il leur fait part
de ſes intentions .
Il paroît ici un nouveau Mémoire dans lequel
les faits qui ont donné lieu à la détention du
Comte de Wartenſfleben ſont rapportés avec des
circonstances différentes de celles qui ſont contenues
dans l'Expoſé qu'a fait publier à ce ſujet la
Régence de Heſſe-Caffel. Suivant ce Mémoire,
la Baronne de Goerz légua tout ſon bien pour
établir dans ſa maiſon de Hombourg un Chapitre
deDames Nobles , & nomma le Comte de Wartenfleben
Exécuteur de ſon Testament avec des
pleins pouvoirs illimités , ratifiant d'avance tout
ce qu'il jugeroit à propos d'ordonner à ce ſujet.
L'Empereur confirma cette fondation & promit
d'accorder fa protection au Chapitre. La Baronne
de Goerz , que des ſujets de mécontentement
avoient déterminée à quitter la Heffe , exigea
1
236 MERCURE DE FRANCE.
du Comte de, Wartenſleben le ſerment de transférer
ce Chapitre dans un autre Pays Proteftant.
Le 26 Décembre , elle remit un blanc-ſeing au
Comte de Wartellenben pour revendiquer & emporter
trois coffres qu'elle avoit laiffés dans ſa
maiſon de Hombourg en Heſſe. Le Comte de
Wittgenstein , Colonel au ſervice de France ſe
chargea de les faire emporter : il arriva ſur les
lieux muni du blanc-ſeing que l'homme d'affaires
de la Baronne reconnut & en vertu duquel on lui
livra les coffres , pendant qu'on les chargeoit fur
une voiture , les Baillis de Hombourg ſurvinrent
&les firent enlever de force , ſous prétexte que
le plein-pouvoir étoit faux. La publication du
Teftament étant faite , la Ville de Francfort fit
délivrer à l'Exécuteur Teftamentaire tout ce qui
ſe trouvoit dans la maiſon de la Baronne : celuici
en fit faire un inventaire très-légal : il obſerva
les mêmes formalités vis-à-vis de la Régence de
Caffel& tranſporta publiquement une partie de
ces effets à Mayence. Après neuf mois de délai ,
le Bailli de Hombourg rendit les trois coffres que
le Comte de Wittgenstein avoit cachetés ; mais
le Comtede Wartenfleben éprouva plus de difficultés
à Caffel au ſujet de l'article du Teſtament
qui porte que la défunte deſtine ſa maiſonde
Hombourg à l'érection du Chapitre au cas que le
Landgrave veuille lui accorder les droits qui ſeront
demandés par le Directeur ; ſans néanmoins
que cette diſpoſtion empêche l'Exécuteur Teſta
mentaire de transférer ce Chapitre dans un autre
endroit , s'il le juge convenable , & ôte aux Dames
la liberté de pouvoir fortir du Pays quand elles
pourront s'établir ailleurs plus avantageuſement.
Surce ſujet, le Landgrave & la Régence enſuite ,
déclarerentqu'on n'admettroit de cet articleque
FEVRIER. 1764. 237
se qui regardoit l'établiſſement à Hombourg ,&
que tout le reſte étoit regardé comme nul. Enfin
on exigea que le Comte ſe ſoumît à cet égard
aux diſpoſitions de Son Alteſle Sérénitſime, &
qu'il lui rendît compte de ſon adminiſtration
Le Landgrave de Heſſe-Caffel ayant réſolu de
rentrer dans le Corps du Cercle du Haut-Rhin
comme Membre de ce Corps , dont ſa Maiſon
s'étoit détachée depuis pluſieurs années , a adreſſé
à ce ſujet une Lettre aux Etats du Cercle afdemblés
en cette Ville , par laquelle il leur fait part
de ſes intentions .
Il paroît ici un nouveau Mémoire dans lequel
les faits qui ont donné lieu à la détention du
Comte de Wartenſfleben ſont rapportés avec des
circonstances différentes de celles qui ſont contenues
dans l'Expoſé qu'a fait publier à ce ſujet la
Régence de Heſſe-Caffel. Suivant ce Mémoire,
la Baronne de Goerz légua tout ſon bien pour
établir dans ſa maiſon de Hombourg un Chapitre
deDames Nobles , & nomma le Comte de Wartenfleben
Exécuteur de ſon Testament avec des
pleins pouvoirs illimités , ratifiant d'avance tout
ce qu'il jugeroit à propos d'ordonner à ce ſujet.
L'Empereur confirma cette fondation & promit
d'accorder fa protection au Chapitre. La Baronne
de Goerz , que des ſujets de mécontentement
avoient déterminée à quitter la Heffe , exigea
1
236 MERCURE DE FRANCE.
du Comte de, Wartenſleben le ſerment de transférer
ce Chapitre dans un autre Pays Proteftant.
Le 26 Décembre , elle remit un blanc-ſeing au
Comte de Wartellenben pour revendiquer & emporter
trois coffres qu'elle avoit laiffés dans ſa
maiſon de Hombourg en Heſſe. Le Comte de
Wittgenstein , Colonel au ſervice de France ſe
chargea de les faire emporter : il arriva ſur les
lieux muni du blanc-ſeing que l'homme d'affaires
de la Baronne reconnut & en vertu duquel on lui
livra les coffres , pendant qu'on les chargeoit fur
une voiture , les Baillis de Hombourg ſurvinrent
&les firent enlever de force , ſous prétexte que
le plein-pouvoir étoit faux. La publication du
Teftament étant faite , la Ville de Francfort fit
délivrer à l'Exécuteur Teftamentaire tout ce qui
ſe trouvoit dans la maiſon de la Baronne : celuici
en fit faire un inventaire très-légal : il obſerva
les mêmes formalités vis-à-vis de la Régence de
Caffel& tranſporta publiquement une partie de
ces effets à Mayence. Après neuf mois de délai ,
le Bailli de Hombourg rendit les trois coffres que
le Comte de Wittgenstein avoit cachetés ; mais
le Comtede Wartenfleben éprouva plus de difficultés
à Caffel au ſujet de l'article du Teſtament
qui porte que la défunte deſtine ſa maiſonde
Hombourg à l'érection du Chapitre au cas que le
Landgrave veuille lui accorder les droits qui ſeront
demandés par le Directeur ; ſans néanmoins
que cette diſpoſtion empêche l'Exécuteur Teſta
mentaire de transférer ce Chapitre dans un autre
endroit , s'il le juge convenable , & ôte aux Dames
la liberté de pouvoir fortir du Pays quand elles
pourront s'établir ailleurs plus avantageuſement.
Surce ſujet, le Landgrave & la Régence enſuite ,
déclarerentqu'on n'admettroit de cet articleque
FEVRIER. 1764. 237
se qui regardoit l'établiſſement à Hombourg ,&
que tout le reſte étoit regardé comme nul. Enfin
on exigea que le Comte ſe ſoumît à cet égard
aux diſpoſitions de Son Alteſle Sérénitſime, &
qu'il lui rendît compte de ſon adminiſtration
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Résumé : De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
En janvier 1764, le Landgrave de Hesse-Cassel a annoncé son intention de réintégrer le Corps du Cercle du Haut-Rhin. Parallèlement, un mémoire a relaté les événements menant à la détention du Comte de Wartensleben. La Baronne de Goerz avait légué ses biens pour créer un chapitre de dames nobles à Hombourg, nommant le Comte exécuteur testamentaire. L'Empereur a confirmé cette fondation. La Baronne a ensuite exigé le transfert du chapitre dans un autre pays protestant. Le 26 décembre, elle a remis un blanc-seing au Comte pour récupérer des coffres à Hombourg, saisis par les baillis locaux. Après la publication du testament, Francfort a délivré les biens de la Baronne à l'exécuteur, qui en a fait un inventaire et transporté des effets à Mayence. Neuf mois plus tard, les coffres ont été rendus au Comte, mais des désaccords sont survenus concernant la maison de Hombourg. Le Landgrave et la Régence ont refusé de valider l'intégralité du testament, exigeant que le Comte se soumette à leurs dispositions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11293
p. 237
De VERSAILLES, le 28 Septembre 1763.
Début :
Le Roi a nommé l'Abbé de Juigné, Agent Général du Clergé, [...]
Mots clefs :
Nominations, Abbé, Abbaye, Évêché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 28 Septembre 1763.
De VERSAILLES , le 28 Septembre 1763 .
La Roi a nommél'Abbé de Juigné , Agent Général
du Clergé, à l'Evêché de Châlons-fur-Marne
, & lui a donné en même temps l'Abbaye de
Montier-en-Der.
Laſuitedes Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
La Roi a nommél'Abbé de Juigné , Agent Général
du Clergé, à l'Evêché de Châlons-fur-Marne
, & lui a donné en même temps l'Abbaye de
Montier-en-Der.
Laſuitedes Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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11294
p. *237-237
De ROME, le 21 Décembre 1763.
Début :
La Congrégation nommée pour examiner l'affaire de la double Élection [...]
Mots clefs :
Congrégation, Élection, Évêché, Cardinaux, Comte, Suffrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De ROME, le 21 Décembre 1763.
De ROME , le 21 Décembre 1763 .
La Congrégation nommée pour examiner l'affairede
la double Election à l'Evêché de Liége ,
& compoſée des Cardinaux Cavalchini , Alexandre
Albani , Colonna de Sciarra , Torrigiani ,
Rezzonico , Santuzzi , Corſini & Negroni , &
des Prélats Antonelli & Mattei , s'aſſembla hier,
Le Comte d'Outremont ayant réuni en ſa faveur
la pluralité des ſuffrages , fon élection fut confirmée.
La Congrégation nommée pour examiner l'affairede
la double Election à l'Evêché de Liége ,
& compoſée des Cardinaux Cavalchini , Alexandre
Albani , Colonna de Sciarra , Torrigiani ,
Rezzonico , Santuzzi , Corſini & Negroni , &
des Prélats Antonelli & Mattei , s'aſſembla hier,
Le Comte d'Outremont ayant réuni en ſa faveur
la pluralité des ſuffrages , fon élection fut confirmée.
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11295
p. *237-237
De GENES, le 26 Décembre 1763.
Début :
On a appris de Corse, ces jours derniers, que Paschal Paoli s'étoit rendu [...]
Mots clefs :
Corse, Pascal de Paoli, Couvent
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 26 Décembre 1763.
De GENES , le 26 Décembre 1763 .
On a appris de Corſe , ces jours derniers , que
Paſchal Paoli s'étoit rendu maître de Calenſana ,
& qu'il avoit fait arrêter & tranſporter dans un
Couvent de Moines l'Evêque de ce Bourg.
On a appris de Corſe , ces jours derniers , que
Paſchal Paoli s'étoit rendu maître de Calenſana ,
& qu'il avoit fait arrêter & tranſporter dans un
Couvent de Moines l'Evêque de ce Bourg.
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11296
p. 238
AVIS.
Début :
Par Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts du Parlement, du 17 Mai & 4 Décembre 1747, [...]
Mots clefs :
Pâte de guimauve, Suc de réglisse, Maladies, Poumons, Médecins, Guérison, Contrefaçon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
PAR Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts
du Parlement , du 17 Mai & 4 Décembre 1747 ,
Mile DESMOULINS & feue ſa mere , ont depuis
plus de foixante ans continué de compofer & diftribuer
la Pâte de Guimauve & Suc de Réglife
fans fucre , pour toutes les maladies du Poumon ,
Tour, Rhume, Afthme , Fluxions de Poitrine, &c.
avec l'approbation de MM. les premiers Médecins
du Roi , & de la Faculté de Paris , leſquels s'en fervent
eux-mêmes , & en ordonnent l'uſage à leurs
Malades.Quoique les Contrefaiſeurs deſdites Pâte
&Sucre, diſent que Mile DESMOULINS leur a
vendu ſon ſecret , elle prouvera que l'envie & la
jalouſie ontpûſeules leur faire débiter ces menſonges,
& qu'elles n'ont communiqué leur ſecret à
perſonne. Leſdites Pâte & Sucre ne ſe gâtent point ,
peuvent ſe tranſporter par- tout ſans rien perdrede
leur qualité. Leur prix eſt de 8 liv. la livre. Mlle
DESMOULINS demeure toujours rue du Cimetiere
S. André des Arts, la premiere porte carrée à droite,
en fortant du Cloître , chez Mile Charmeton , au
deuxićme.
PAR Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts
du Parlement , du 17 Mai & 4 Décembre 1747 ,
Mile DESMOULINS & feue ſa mere , ont depuis
plus de foixante ans continué de compofer & diftribuer
la Pâte de Guimauve & Suc de Réglife
fans fucre , pour toutes les maladies du Poumon ,
Tour, Rhume, Afthme , Fluxions de Poitrine, &c.
avec l'approbation de MM. les premiers Médecins
du Roi , & de la Faculté de Paris , leſquels s'en fervent
eux-mêmes , & en ordonnent l'uſage à leurs
Malades.Quoique les Contrefaiſeurs deſdites Pâte
&Sucre, diſent que Mile DESMOULINS leur a
vendu ſon ſecret , elle prouvera que l'envie & la
jalouſie ontpûſeules leur faire débiter ces menſonges,
& qu'elles n'ont communiqué leur ſecret à
perſonne. Leſdites Pâte & Sucre ne ſe gâtent point ,
peuvent ſe tranſporter par- tout ſans rien perdrede
leur qualité. Leur prix eſt de 8 liv. la livre. Mlle
DESMOULINS demeure toujours rue du Cimetiere
S. André des Arts, la premiere porte carrée à droite,
en fortant du Cloître , chez Mile Charmeton , au
deuxićme.
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Résumé : AVIS.
L'avis concerne Mile Desmoulins et sa mère, qui fabriquent et distribuent depuis plus de soixante ans une pâte de guimauve et un sirop de réglisse sans sucre, destinés au traitement des maladies pulmonaires telles que la toux, le rhume, l'asthme et les fluxions de poitrine. Ces produits ont été approuvés par les premiers médecins du Roi et la Faculté de Paris, qui les utilisent et les prescrivent à leurs patients. Mile Desmoulins réfute les allégations des contrefacteurs selon lesquelles elle aurait vendu son secret, attribuant ces accusations à l'envie et à la jalousie. Les produits ne se détériorent pas et peuvent être transportés sans perdre leurs qualités. Leur prix est de 8 livres la livre. Mile Desmoulins réside rue du Cimetière Saint-André des Arts, première porte carrée à droite en sortant du Cloître, chez Mile Charmeton, au deuxième étage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11297
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du mois de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du mois de Février 1764 , &
je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
L'impreſſion. A Paris , ce 31 Janvier 1764.
GUIROY.
lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du mois de Février 1764 , &
je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
L'impreſſion. A Paris , ce 31 Janvier 1764.
GUIROY.
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11298
p. 239-240
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Lettre à M. De la Place, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
ARTICLE PREMIER.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure. Pag. 5
ENVOI des Jeux d'Enfans à Mde de Cyp ..... 9
ENVOI de mes Poefies , &c. 10
VERS à Mde ** . ibid.
LETTRE mêlée de Vers & de Proſe , à M.
Vernet , Peintre du Roi . II
ÉPITRE à M.L *** . 16
SUITE des Péris & des Néris , ou l'Amour
conime on le méne , Conte.
IPHIS & Anaxarette , Romance tirée desMétam
. d'Ovide , à Mlie de H....
AMde la Marquise de Choiseul , ſur le retour
de M ſon fils.
25
54
16
ibid.
$7
VERS à Mile C... à Nantes .
ÉTRENNES Pastorales .
EPIGRAMME .
LETTRES d'un jeune homme.
QUATRAIN pour être mis au bas de la belle
Statue de M. de Sully.
VERS ſur la mort de M. l'Abbé Prévost.
ÉPIGRAMMES.
MADRIGAL.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
CHANSON.
(
رو
60
68
69
70
71
72
73
72
240 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
DISSERTATION hiſtorique & critique ſur la
Vie de Don Ifaac Abarbanel , JuifPortugais.
Par M. de Boiſſy.
Les plaiſirs d'un jour , ou la Journée d'une
Provinciale à Paris.
ABRÉGÉ de l'Hiſtoire Grecque , &c. par M.
d'Alletz.
HISTOIRE des Philoſophes modernes , par
M. Saverien .
77
105
107
112
DISCOURS prononcé dans l'Académie Fran-
125 & fuiv.
çoiſe , à la réception de M. Marmontel. 114
ANNONCES de Livres.
ARTICLE III.SCIENCESET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES ..
SÉANCE publique de l'Académie Royale des
ART. IV . BEAUX - ARTS.
Belles-Lettres deCAEN.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
GRAVURE.
148
162
166
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Gour à Verſailles. 169
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
ÉLOGE hiſtorique & militaire de M. le
Vicomte de Belſunce.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
AVIS .
197
199
20
230
233
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
ARTICLE PREMIER.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure. Pag. 5
ENVOI des Jeux d'Enfans à Mde de Cyp ..... 9
ENVOI de mes Poefies , &c. 10
VERS à Mde ** . ibid.
LETTRE mêlée de Vers & de Proſe , à M.
Vernet , Peintre du Roi . II
ÉPITRE à M.L *** . 16
SUITE des Péris & des Néris , ou l'Amour
conime on le méne , Conte.
IPHIS & Anaxarette , Romance tirée desMétam
. d'Ovide , à Mlie de H....
AMde la Marquise de Choiseul , ſur le retour
de M ſon fils.
25
54
16
ibid.
$7
VERS à Mile C... à Nantes .
ÉTRENNES Pastorales .
EPIGRAMME .
LETTRES d'un jeune homme.
QUATRAIN pour être mis au bas de la belle
Statue de M. de Sully.
VERS ſur la mort de M. l'Abbé Prévost.
ÉPIGRAMMES.
MADRIGAL.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
CHANSON.
(
رو
60
68
69
70
71
72
73
72
240 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
DISSERTATION hiſtorique & critique ſur la
Vie de Don Ifaac Abarbanel , JuifPortugais.
Par M. de Boiſſy.
Les plaiſirs d'un jour , ou la Journée d'une
Provinciale à Paris.
ABRÉGÉ de l'Hiſtoire Grecque , &c. par M.
d'Alletz.
HISTOIRE des Philoſophes modernes , par
M. Saverien .
77
105
107
112
DISCOURS prononcé dans l'Académie Fran-
125 & fuiv.
çoiſe , à la réception de M. Marmontel. 114
ANNONCES de Livres.
ARTICLE III.SCIENCESET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES ..
SÉANCE publique de l'Académie Royale des
ART. IV . BEAUX - ARTS.
Belles-Lettres deCAEN.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
GRAVURE.
148
162
166
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Gour à Verſailles. 169
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
ÉLOGE hiſtorique & militaire de M. le
Vicomte de Belſunce.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
AVIS .
197
199
20
230
233
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication, organisée en six sections principales. Le premier article répertorie diverses pièces fugitives en vers et en prose, incluant des lettres, des poèmes, des contes, des romances, des épigrammes, des énigmes et des chansons. Parmi les œuvres notables, on trouve des envois et des lettres adressées à des personnalités telles que M. De la Place et M. Vernet, ainsi que des vers dédiés à différentes personnes. Le deuxième article traite des nouvelles littéraires, avec des dissertations historiques et critiques, des récits comme 'Les plaisirs d'un jour', et des abréviés historiques. Il inclut également des discours académiques et des annonces de livres. Le troisième article aborde les sciences et les belles-lettres, mentionnant des séances publiques d'académies. Le quatrième article se concentre sur les beaux-arts, incluant la musique et la gravure. Le cinquième article décrit les spectacles, tels que les comédies françaises et italiennes, et les spectacles de la cour à Versailles. Enfin, le sixième article présente des nouvelles politiques et des avis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11299
p. 240
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
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11300
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ;
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fots , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize vo-
tumes , à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour fſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
laPoftepourlefaire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur comp-
te , ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-à-
dire, 24 liv. d'avance
pour ſeize volumes.
,
en s'abonnant
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-
deffus.
On fupplie les personnes des provin-
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment en foitfait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyenz
des Livres , Estampes & Muſique à an-
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom-
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en ajuf-
qu'à préſent cent quatre vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la findu ſoixante-douziéme.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ;
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fots , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize vo-
tumes , à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour fſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
laPoftepourlefaire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur comp-
te , ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-à-
dire, 24 liv. d'avance
pour ſeize volumes.
,
en s'abonnant
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-
deffus.
On fupplie les personnes des provin-
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment en foitfait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyenz
des Livres , Estampes & Muſique à an-
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom-
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en ajuf-
qu'à préſent cent quatre vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la findu ſoixante-douziéme.
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