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651
p. 212-213
AVIS AU PUBLIC.
Début :
Le Sieur David, demeurant à Paris, rue & à l'Hôtel Sainte Anne, [...]
Mots clefs :
Guérison, Maux de dents, Maux de tête, Topique, Approbation, Succès, Eau spiritueuse, Douleurs, Symptômes
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
Le Sieur DAVID , demeurant à Paris , rue
& à l'Hôtel Sainte Anne , Butte S. Roch , au troiféme
, continue toujours avec permiffion , approbation
, & avec fuccès , comme on l'a dit dans :
le Volume de Septembre dernier , de guérir dans
l'inftant & pour toujours , avec un nouveau fecret
& reméde , toutes fortes de maux de dents quelque
gâtées qu'elles foient , fans qu'il faille les ar
racher , ainfi que les fluxions , maux de tête , nfîgraines
& rhumes de cerveau , fans qu'il entre
rien dans la bouche ni dans le corps.
C'eft avec un topique que l'on s'applique le foir
en fe couchant , far l'artère temporal du côté de
la douleur. Il ne tient point à la peau , & ne lui
fait aucun dommage ni marque , fitôt qu'il eft
appliqué la douleur le paffe fans retour ; il procu.
re un fommeil paifible , pendant lequel il fe fait
une tranſpiration douce ; & au réveil on eft guém .
pour toujours.
On en fait prendre chez lui de toutes les Proj.
M A I. 1763. 213
vinces , y ayant guéri ainfi qu'à Paris quantité de
perfonnes de confidération , qui certaines de fon
éfficacité, en ont fait provifion par précaution , afin
d'être guéris autfitôt que le mal les furprendra . It
le donne gratis aux pauvres , & il vend chez lui
fols chaque emplâtre. 24
. Comme les maux de dents prennent à toutes
heures de la journée , & que l'on ne peut pas toujours
aller fe coucher ; afin que l'on puiffe vaquer
à fes affaires en attendant le foir , il a une eau
fpiritueufe d'une nouvelle compofition , qui eft incorruptible
, très - agréable au goût & à l'odorat ,
qui a les propriétés de faire pafler dans la minute
les douleurs de dents les plus vives , de guérir les
gencives gonflées , de faire tranſpirer les férofités ,
raffermir les dents qui branlent , & empêcher la
continuation de la carrie. Beaucoup de perfonnes
s'en fervent fans être incommodées , pour avoir
toujours les gencives & les dents faines . Il y a
des bouteilles à 24 f. à 3 1. & à 6 1. Il donne la
manière de s'en fervir ainfi que du topique.
Le Sieur DAVID , demeurant à Paris , rue
& à l'Hôtel Sainte Anne , Butte S. Roch , au troiféme
, continue toujours avec permiffion , approbation
, & avec fuccès , comme on l'a dit dans :
le Volume de Septembre dernier , de guérir dans
l'inftant & pour toujours , avec un nouveau fecret
& reméde , toutes fortes de maux de dents quelque
gâtées qu'elles foient , fans qu'il faille les ar
racher , ainfi que les fluxions , maux de tête , nfîgraines
& rhumes de cerveau , fans qu'il entre
rien dans la bouche ni dans le corps.
C'eft avec un topique que l'on s'applique le foir
en fe couchant , far l'artère temporal du côté de
la douleur. Il ne tient point à la peau , & ne lui
fait aucun dommage ni marque , fitôt qu'il eft
appliqué la douleur le paffe fans retour ; il procu.
re un fommeil paifible , pendant lequel il fe fait
une tranſpiration douce ; & au réveil on eft guém .
pour toujours.
On en fait prendre chez lui de toutes les Proj.
M A I. 1763. 213
vinces , y ayant guéri ainfi qu'à Paris quantité de
perfonnes de confidération , qui certaines de fon
éfficacité, en ont fait provifion par précaution , afin
d'être guéris autfitôt que le mal les furprendra . It
le donne gratis aux pauvres , & il vend chez lui
fols chaque emplâtre. 24
. Comme les maux de dents prennent à toutes
heures de la journée , & que l'on ne peut pas toujours
aller fe coucher ; afin que l'on puiffe vaquer
à fes affaires en attendant le foir , il a une eau
fpiritueufe d'une nouvelle compofition , qui eft incorruptible
, très - agréable au goût & à l'odorat ,
qui a les propriétés de faire pafler dans la minute
les douleurs de dents les plus vives , de guérir les
gencives gonflées , de faire tranſpirer les férofités ,
raffermir les dents qui branlent , & empêcher la
continuation de la carrie. Beaucoup de perfonnes
s'en fervent fans être incommodées , pour avoir
toujours les gencives & les dents faines . Il y a
des bouteilles à 24 f. à 3 1. & à 6 1. Il donne la
manière de s'en fervir ainfi que du topique.
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Résumé : AVIS AU PUBLIC.
L'avis public annonce que le Sieur DAVID, résidant à Paris, rue de l'Hôtel Sainte Anne, Butte S. Roch, propose un remède secret pour soigner divers maux. Ce traitement guérit instantanément et durablement les maux de dents, les fluxions, maux de tête, névralgies et rhumes de cerveau, sans intervention chirurgicale ni ingestion. Le remède consiste en un topique appliqué sur l'artère temporale du côté douloureux avant le coucher. Ce topique soulage immédiatement la douleur, permet un sommeil paisible et une guérison définitive au réveil. DAVID fournit ce remède dans toutes les provinces et à Paris, où de nombreuses personnes de renom en ont fait provision. Il offre également ce traitement gratuitement aux pauvres et vend des emplâtres à 24 francs chacun. Pour les douleurs dentaires imprévues, il propose une eau spiritueuse incorruptible, agréable au goût et à l'odorat, qui soulage instantanément les douleurs dentaires, guérit les gencives gonflées, raffermit les dents branlantes et prévient la carie. Cette eau est disponible en bouteilles de 24, 3 et 6 francs, et DAVID fournit les instructions pour son utilisation ainsi que pour le topique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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652
p. 114-134
ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Début :
L'ACADÉMIE étant dans l'usage d'exposer publiquement à la fin de chaque [...]
Mots clefs :
Académie, Végétal, Physicien, Botanique, Chirurgie, Solitude, Vie champêtre, Curiosité, Égypte
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texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
ACADÉMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
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Résumé : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Le 8 décembre 1762, l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a présenté ses travaux annuels, divisés en trois sections : physique et arts, médecine, et histoire et belles-lettres. En botanique, M. Daubenton a traité de la culture des arbres, tandis que M. Michault a abordé les 'jeux de la Nature'. En médecine, l'Académie a étudié les maladies humaines et les traitements chirurgicaux, avec un accent particulier sur l'extraction des calculs rénaux, en soulignant l'importance de la physique et de l'anatomie. Les contributions littéraires et historiques comprenaient des œuvres poétiques et philosophiques, telles que celle de l'Évêque de Troyes sur la solitude. M. le Président de Ruffey a présenté un essai historique sur les académies, retraçant leur origine en Égypte, leur développement en Grèce et à Rome, et leur renaissance en Europe après la prise de Constantinople et l'invention de l'imprimerie. La première académie moderne fut fondée à Naples en 1470. L'essai mentionne également des académies italiennes célèbres comme l'Académie de la Crusca et l'Académie des Arcades. L'auteur exprime le souhait de voir les académies parisiennes diriger celles des provinces françaises et établir une correspondance générale entre les académies européennes. Il critique aussi le préjugé français qui exclut les femmes des académies. En juin 1763, une lecture publique a eu lieu, incluant l'éloge de M. Jolyot de Crébillon et un discours de M. Guyot sur les avantages de l'adversité. M. Maret l'aîné a présenté une dissertation sur le dernier sens à s'éteindre chez l'homme, concluant que c'est l'ouïe. Le texte aborde également la nécessité de réveiller une personne léthargique en utilisant un stimulus sonore et souligne l'importance de prendre soin des malades jusqu'à leur dernier souffle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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653
p. 135-136
LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
Début :
J'AI lû, Monsieur, avec satisfaction, dans le second volume d'Avril, la lettre [...]
Mots clefs :
Hydropisie, Remède, Précaution, Grandes personnes, Femmes grosses, Public, Informé
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , au
fujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
J'AI lû , Monfieur , avec fatisfaction ,
dans le ſecond volume d'Avril , la let
136 MERCURE DE FRANCE.
tre que j'eus l'honneur de vous adreffer
il y a quelque temps , laquelle concernoit
un reméde contre l'hydropifie ,
page 133 dudit ſecond volume. J'avois
oublié , Monfieur , dans cette lettre une
précaution très- éſſentielle à prendre, c'eſt
de ne point donner le reméde à des
femmes groffes , il ſeroit pernicieux &
elles en fouffriroient. J'ai vu auſſi que
je m'étois trompé pour la doſe de ce reméde
; il faut qu'elle foit du poids de
deux liards pour les grandes perſonnes ,
&du poids d'un liard pour les enfans audeſſous
de 13 ans. Je vous prie en grace ,
Monfieur , d'inférer dans le Mercure du
mois de Juin ces deux articles , dont le
premier eſt d'une conféquence infinie ,
&dont par conféquent le Public ne
peut être informé trop tôt.
J'ai l'honneur d'être &c .
DULAS , Gentilhomme de Vannes enBretagne.
fujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
J'AI lû , Monfieur , avec fatisfaction ,
dans le ſecond volume d'Avril , la let
136 MERCURE DE FRANCE.
tre que j'eus l'honneur de vous adreffer
il y a quelque temps , laquelle concernoit
un reméde contre l'hydropifie ,
page 133 dudit ſecond volume. J'avois
oublié , Monfieur , dans cette lettre une
précaution très- éſſentielle à prendre, c'eſt
de ne point donner le reméde à des
femmes groffes , il ſeroit pernicieux &
elles en fouffriroient. J'ai vu auſſi que
je m'étois trompé pour la doſe de ce reméde
; il faut qu'elle foit du poids de
deux liards pour les grandes perſonnes ,
&du poids d'un liard pour les enfans audeſſous
de 13 ans. Je vous prie en grace ,
Monfieur , d'inférer dans le Mercure du
mois de Juin ces deux articles , dont le
premier eſt d'une conféquence infinie ,
&dont par conféquent le Public ne
peut être informé trop tôt.
J'ai l'honneur d'être &c .
DULAS , Gentilhomme de Vannes enBretagne.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
Dulas, gentilhomme de Vannes, corrige des informations sur un remède contre l'hydropisie dans une lettre au Mercure. Il met en garde contre son usage chez les femmes enceintes et précise la dose : deux liards pour les adultes, un liard pour les enfants de moins de 13 ans. Il demande la publication de ces précisions dans le Mercure de juin.
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654
p. 136-142
Seconde LETTRE en réponse aux Observations sur l'Histoire de la MÉDECINE.
Début :
ON ne se seroit pas attendu, Monsieur, que l'Auteur anonyme des Observations [...]
Mots clefs :
Observations, Maladie vénérienne, Anonyme, Chirurgiens
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texteReconnaissance textuelle : Seconde LETTRE en réponse aux Observations sur l'Histoire de la MÉDECINE.
Seconde LETTRE en réponse aux
Obfervations fur l'Histoire de la
MÉDECINE.
N ne ſe ſeroit pas attendu , Monneur
, que l'Auteur anonyme des ObJUIN.
1763 . 137
fervations fur l'Essai historique de la
Médecine en France , pour prouver que
la maladie vénérienne étoit plus ancienne
que la découverte du nouveau Monde
, ne rapportat qu'un Paſſage de Lanfranc
de Milan qui a été réfuré il y a
vingt-trois ans pour la dernière fois. La
réponſe à cette objection ſe trouve à la
page 40 du premier volume du Traité
immortel de morbis venereis , Edition
de 1740 , & c'eſt là que je le renvoye .
Il s'y convaincra par ſes propres yeux
qu'il n'a pas été heureux dans le choix
de ce petit paſſage latin. Je ne difconviens
cependant pas que le ſentiment
de Dom Sanchez ſur l'origine de cette
maladie , ne puiſſe être appuyé ſur des
raiſons affez fortes pour s'attirer des partiſans;
mais ce n'eſt pas ici le lieu de les
difcuter , puiſque l'Anonyme s'eſt borné
aux ſeules paroles de Lanfranc dont le
ſçavant M. Aftruc a donné la ſolution
que j'indique . On peut dire en outre que
l'Effſai Hiſtorique n'étant que l'eſquiſſe
d'un plus grand Ouvrage , il ne pouvoit
pas contenir tout ce qui doit conftituer
le corps de l'Ouvrage entier , &
qu'ainfi , lorſque M. Chomel a parlé de
cette maladie , il a pu fans manquer de
cet efprit de difcernement que la dignité
•
138 MERCURE DE FRANCE.
de l'Hiftoire éxige , adopter l'opinion
reçue , en attendant de détailler en temps
& lieu les raiſons qui l'ont décidé. On
voit en effet qu'il n'eſt queſtion du
mal vénérien qu'en paſſant & feulement
pourdéterminer en quoi il diffère de la
Jépre . Le parallèle de ces deux maladies
étoit ſurtout néceſſaire, parce que quelques
Auteurs leur trouvent beaucoup
de reſſemblance dans la cauſe & dans
les ſymptômes ; & d'autres prétendent
que la maladie de Job , la lépre & le
mal vénérien font abſolument la même
choſe. Que l'Anonyme ceſſe donc d'être
étonne de rencontrer de pareilles difcuffions
dans l'Eſſai hiſtorique. Danielle
Clerc & le Docteur Freind ont de fon
aven même, travaillé d'une manière digne
de la poſtérité. L'Ouvrage de l'un
& de l'autre eſt pourtantparfémé de dé
tails de maladies qu'on leur reprocheroit
plutôt d'avoir omis. D'ailleurs M.
Chomel n'avertit- il pas dans la première
page de ſa Préface , que ſon deſſein eſt
deparlerauſſi des maladies épidémiques
& contagieuſes les plus univerſelles ?
C'eſt donc pour remplir ſon objet, qu'il
a inſeré dans ſon Eſſai , l'Histoire de
l'ardent & celle de la lépre , lorſqu'il a
été occupé du fiécle où ces maladies ont
JUIN. 1763. 139
aps
régné en France. La maladie vénérienne
aura ſa place particulière , ainſi que
la peſte , &c , quand il en ſera temps
&je ne crois pas qu'on foit fondé à les
trouver hors d'oeuvre. C'eſt dans la même
Préface, que M. Chomel cite tous ſes
garans. L'Anonyme devroit par conféquent
y avoir vû que ce qu'on rapporte
de Louis Duret eſt tiré du manufcrit de
Jacques Mentel , intitulé Adversaria de
Medicis Parifienfibus , & ne pas ſe plaindre
qu'on avance des faits ſans preuve.
Cette anecdote mémorable , dont on ſe
plaît à perpétuer le ſouvenir , n'eſt pas
plus déplacée dans l'Eſſai historique,que
la deſcription des maladies contagieuſes.
Le fait étant prouvé , la diminution
níême du prix dela vaiſſelle d'argentne
diminueroit rien de l'honneur infigne
que Henri III fit à ſon Médecin. Il y
aencore dans Leclerc & dans Freind , le
détail de mille circonstances de la vie
privéed'un ſimple Particulier , qui font
beaucoup moins célébres. Ce n'eſt pas
ſeulement dans ces minucies qu'on trouve
les obſervations de l'Anonyme en défaut.
Quelques articles plus eſſentiels de
la première partie de ſa critique, auxquels
je n'ai point répondu , méritent
furtout attention. » Nous trouvons ,
140 MERCURE DE FRANCE.
>>dit-il , dans la lecture même de Lan
>>> franc où l'on nous renvoye , le con-
>> traire de tout ce qu'on allégue fur cet
>> ancien Auteur dans l'Eſſai historique.
Voilà un démenti bien formel ; mais
eft - il facile de l'accorder avec les propres
paroles de Lanfranc ? Qu'on éffaye
entr'autres d'expliquer celles-ci autrement
que M. Chomel ne l'a fait. Sed
cum Phyfici , ficut dictum eft alibi , dimittunt
omninò inftrumentum chirurgicum
, itaque rarò Chirurgus rationabilis
invenitur & Laïci operantes cauterio
; differentiam inter actuale cauterium
non difcernunt .... quare omninò difceffit
ab ufu. Ce qui ſe lit enſuite n'eſt pas
moins décifif , puiſque Lanfranc de
Milan nomme Jean de Paſſavant , alors
Doyen de la Faculté. Ibique rogatus à
quibufdam Dominis & Magiftris, ac fpecialiterà
viro venerando D.M. Joanne de
Passavanto, Magiftrorum Medicinæ Decano
, necnon à quibusdam valentibus
Bachelariis omni dignis honore & c . On
ne peut donc pas douter que ce ne ſoit
aux Membres de la Faculté de Médecine
de Paris , que Lanfranc donne des
éloges , & que les reproches qu'il fait
aux Chirurgiens de ces temps reculés
n'ayent été mérités par ceux qui ſe mêJUIN.
1763. 141
loient de cette profeffion. En effet ,
bien loin que les premiers Chirurgiens
pour lesquels on prétend que Jean Pitard
a obtenu des Statuts & des Loix ,
formaſſent à Paris du temps de Lanfranc,
une Société en grande réputation,
comme l'avance l'Anonyme , le contraire
nous eſt démontré dans le préambule
de l'Edit de Philippe -le - Bel de
1311 , c'est-à-dire 15 ans après que Lanfranc
eut écrit fa chirurgie. De quelles
couleurs y trouverons-nous peints les
Chirurgiens de ce temps-là ? Concluons
donc qu'il n'exiſtoit aucun Corps de
Chirurgiens avant 1311. Malgré cet
Edit , l'Anonyme veut néanmoins nous
faire croire que les Chirurgiens formoient
une Société dès l'an 1260 ; mais
où eſt ſon titre ? Pourquoi ne le produit-
il pas ? Lanfranc , nousdit-il , eſt
>> venu à Paris , où il a pratiqué & en-
>>ſeigné la Chirurgie avec la plus gran-
>>de diſtinction ; donc il étoit Chirur-
>> gien. A cela je réponds : Tagault ,
Akakia , Fleſſelles , Saillard , Gourmelin
, Riolan , Courtin , Littre , Col de
Villars , Winslow , Hunauld ont enſeigné
la Chirurgie ; donc ils étoient Chirurgiens
. M. Ferrein l'enſeigne de nos
jours avec l'applaudiſſement général ;
روش
142 MERCURE DE FRANCE .
donc il eſt Chirurgien.M. Antoine Petit
ne ſe borne pas la : il joint aux leçons
les plus ſçavantes fur la Chirurgie , les
démonstrations les plus habiles & la
pratique la plus heureuſe ; donc il eſt
Chirurgien. Eft-il quelqu'un qui ignore
que tous ceux que je viens de nommer
ont été ou font Docteurs-Régens de la
Faculté de Paris ? La contradiction des
Recherches fur l'origine & les progrès
de la Chirurgie en France ſubſiſte donc
dans tout ſon entier , puiſque Lanfranc
n'étoit point Chirurgien , & qu'il ne
pouvoit pas être en 1295 Membre d'une
Communauté qui ne date que de
1311. Ce font la ſi je ne me trompe ,
toutes les objections de FAnonyme.
C'en est donc affez , Monfieur , pour y
répondre.
1
J'ai l'honneur d'être , cc.
PHILIP,Médecin de la Faculté de Paris.
AParis, ce 30 Avril 1763,
Obfervations fur l'Histoire de la
MÉDECINE.
N ne ſe ſeroit pas attendu , Monneur
, que l'Auteur anonyme des ObJUIN.
1763 . 137
fervations fur l'Essai historique de la
Médecine en France , pour prouver que
la maladie vénérienne étoit plus ancienne
que la découverte du nouveau Monde
, ne rapportat qu'un Paſſage de Lanfranc
de Milan qui a été réfuré il y a
vingt-trois ans pour la dernière fois. La
réponſe à cette objection ſe trouve à la
page 40 du premier volume du Traité
immortel de morbis venereis , Edition
de 1740 , & c'eſt là que je le renvoye .
Il s'y convaincra par ſes propres yeux
qu'il n'a pas été heureux dans le choix
de ce petit paſſage latin. Je ne difconviens
cependant pas que le ſentiment
de Dom Sanchez ſur l'origine de cette
maladie , ne puiſſe être appuyé ſur des
raiſons affez fortes pour s'attirer des partiſans;
mais ce n'eſt pas ici le lieu de les
difcuter , puiſque l'Anonyme s'eſt borné
aux ſeules paroles de Lanfranc dont le
ſçavant M. Aftruc a donné la ſolution
que j'indique . On peut dire en outre que
l'Effſai Hiſtorique n'étant que l'eſquiſſe
d'un plus grand Ouvrage , il ne pouvoit
pas contenir tout ce qui doit conftituer
le corps de l'Ouvrage entier , &
qu'ainfi , lorſque M. Chomel a parlé de
cette maladie , il a pu fans manquer de
cet efprit de difcernement que la dignité
•
138 MERCURE DE FRANCE.
de l'Hiftoire éxige , adopter l'opinion
reçue , en attendant de détailler en temps
& lieu les raiſons qui l'ont décidé. On
voit en effet qu'il n'eſt queſtion du
mal vénérien qu'en paſſant & feulement
pourdéterminer en quoi il diffère de la
Jépre . Le parallèle de ces deux maladies
étoit ſurtout néceſſaire, parce que quelques
Auteurs leur trouvent beaucoup
de reſſemblance dans la cauſe & dans
les ſymptômes ; & d'autres prétendent
que la maladie de Job , la lépre & le
mal vénérien font abſolument la même
choſe. Que l'Anonyme ceſſe donc d'être
étonne de rencontrer de pareilles difcuffions
dans l'Eſſai hiſtorique. Danielle
Clerc & le Docteur Freind ont de fon
aven même, travaillé d'une manière digne
de la poſtérité. L'Ouvrage de l'un
& de l'autre eſt pourtantparfémé de dé
tails de maladies qu'on leur reprocheroit
plutôt d'avoir omis. D'ailleurs M.
Chomel n'avertit- il pas dans la première
page de ſa Préface , que ſon deſſein eſt
deparlerauſſi des maladies épidémiques
& contagieuſes les plus univerſelles ?
C'eſt donc pour remplir ſon objet, qu'il
a inſeré dans ſon Eſſai , l'Histoire de
l'ardent & celle de la lépre , lorſqu'il a
été occupé du fiécle où ces maladies ont
JUIN. 1763. 139
aps
régné en France. La maladie vénérienne
aura ſa place particulière , ainſi que
la peſte , &c , quand il en ſera temps
&je ne crois pas qu'on foit fondé à les
trouver hors d'oeuvre. C'eſt dans la même
Préface, que M. Chomel cite tous ſes
garans. L'Anonyme devroit par conféquent
y avoir vû que ce qu'on rapporte
de Louis Duret eſt tiré du manufcrit de
Jacques Mentel , intitulé Adversaria de
Medicis Parifienfibus , & ne pas ſe plaindre
qu'on avance des faits ſans preuve.
Cette anecdote mémorable , dont on ſe
plaît à perpétuer le ſouvenir , n'eſt pas
plus déplacée dans l'Eſſai historique,que
la deſcription des maladies contagieuſes.
Le fait étant prouvé , la diminution
níême du prix dela vaiſſelle d'argentne
diminueroit rien de l'honneur infigne
que Henri III fit à ſon Médecin. Il y
aencore dans Leclerc & dans Freind , le
détail de mille circonstances de la vie
privéed'un ſimple Particulier , qui font
beaucoup moins célébres. Ce n'eſt pas
ſeulement dans ces minucies qu'on trouve
les obſervations de l'Anonyme en défaut.
Quelques articles plus eſſentiels de
la première partie de ſa critique, auxquels
je n'ai point répondu , méritent
furtout attention. » Nous trouvons ,
140 MERCURE DE FRANCE.
>>dit-il , dans la lecture même de Lan
>>> franc où l'on nous renvoye , le con-
>> traire de tout ce qu'on allégue fur cet
>> ancien Auteur dans l'Eſſai historique.
Voilà un démenti bien formel ; mais
eft - il facile de l'accorder avec les propres
paroles de Lanfranc ? Qu'on éffaye
entr'autres d'expliquer celles-ci autrement
que M. Chomel ne l'a fait. Sed
cum Phyfici , ficut dictum eft alibi , dimittunt
omninò inftrumentum chirurgicum
, itaque rarò Chirurgus rationabilis
invenitur & Laïci operantes cauterio
; differentiam inter actuale cauterium
non difcernunt .... quare omninò difceffit
ab ufu. Ce qui ſe lit enſuite n'eſt pas
moins décifif , puiſque Lanfranc de
Milan nomme Jean de Paſſavant , alors
Doyen de la Faculté. Ibique rogatus à
quibufdam Dominis & Magiftris, ac fpecialiterà
viro venerando D.M. Joanne de
Passavanto, Magiftrorum Medicinæ Decano
, necnon à quibusdam valentibus
Bachelariis omni dignis honore & c . On
ne peut donc pas douter que ce ne ſoit
aux Membres de la Faculté de Médecine
de Paris , que Lanfranc donne des
éloges , & que les reproches qu'il fait
aux Chirurgiens de ces temps reculés
n'ayent été mérités par ceux qui ſe mêJUIN.
1763. 141
loient de cette profeffion. En effet ,
bien loin que les premiers Chirurgiens
pour lesquels on prétend que Jean Pitard
a obtenu des Statuts & des Loix ,
formaſſent à Paris du temps de Lanfranc,
une Société en grande réputation,
comme l'avance l'Anonyme , le contraire
nous eſt démontré dans le préambule
de l'Edit de Philippe -le - Bel de
1311 , c'est-à-dire 15 ans après que Lanfranc
eut écrit fa chirurgie. De quelles
couleurs y trouverons-nous peints les
Chirurgiens de ce temps-là ? Concluons
donc qu'il n'exiſtoit aucun Corps de
Chirurgiens avant 1311. Malgré cet
Edit , l'Anonyme veut néanmoins nous
faire croire que les Chirurgiens formoient
une Société dès l'an 1260 ; mais
où eſt ſon titre ? Pourquoi ne le produit-
il pas ? Lanfranc , nousdit-il , eſt
>> venu à Paris , où il a pratiqué & en-
>>ſeigné la Chirurgie avec la plus gran-
>>de diſtinction ; donc il étoit Chirur-
>> gien. A cela je réponds : Tagault ,
Akakia , Fleſſelles , Saillard , Gourmelin
, Riolan , Courtin , Littre , Col de
Villars , Winslow , Hunauld ont enſeigné
la Chirurgie ; donc ils étoient Chirurgiens
. M. Ferrein l'enſeigne de nos
jours avec l'applaudiſſement général ;
روش
142 MERCURE DE FRANCE .
donc il eſt Chirurgien.M. Antoine Petit
ne ſe borne pas la : il joint aux leçons
les plus ſçavantes fur la Chirurgie , les
démonstrations les plus habiles & la
pratique la plus heureuſe ; donc il eſt
Chirurgien. Eft-il quelqu'un qui ignore
que tous ceux que je viens de nommer
ont été ou font Docteurs-Régens de la
Faculté de Paris ? La contradiction des
Recherches fur l'origine & les progrès
de la Chirurgie en France ſubſiſte donc
dans tout ſon entier , puiſque Lanfranc
n'étoit point Chirurgien , & qu'il ne
pouvoit pas être en 1295 Membre d'une
Communauté qui ne date que de
1311. Ce font la ſi je ne me trompe ,
toutes les objections de FAnonyme.
C'en est donc affez , Monfieur , pour y
répondre.
1
J'ai l'honneur d'être , cc.
PHILIP,Médecin de la Faculté de Paris.
AParis, ce 30 Avril 1763,
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Résumé : Seconde LETTRE en réponse aux Observations sur l'Histoire de la MÉDECINE.
L'auteur répond à une critique anonyme de son 'Essai historique de la Médecine en France', qui conteste l'antériorité de la maladie vénérienne par rapport à la découverte du Nouveau Monde. L'anonyme cite un passage de Lanfranc de Milan pour appuyer son argumentation. L'auteur réfute cette critique en se référant à son 'Traité immortel de morbis venereis' (1740), où il explique que le passage de Lanfranc a été mal interprété. Il reconnaît la validité des arguments de Dom Sanchez sur l'origine de la maladie, mais précise que son essai est une esquisse et que les détails seront développés ultérieurement. L'auteur justifie l'inclusion de la maladie vénérienne pour la distinguer de la lèpre, en raison de leurs similitudes selon certains auteurs. Il défend également l'inclusion d'anecdotes sur les maladies épidémiques et contagieuses, conformément à l'objectif de son ouvrage. L'auteur conteste les accusations de l'anonyme concernant l'interprétation des paroles de Lanfranc et affirme que les chirurgiens n'étaient pas organisés en corporation avant 1311. Le texte discute de la qualification de Lanfranc comme chirurgien et mentionne plusieurs personnalités ayant enseigné la chirurgie et étant Docteurs-Régens de la Faculté de Paris. L'auteur conclut que Lanfranc ne pouvait pas être chirurgien en 1295, date antérieure à la fondation de la communauté des chirurgiens en 1311, réfutant ainsi les objections de l'anonyme. Le texte est signé par Philip, Médecin de la Faculté de Paris, et daté du 30 avril 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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655
p. 145-150
CHIRURGIE. REMÉDE fondant de M. JACQUET, ancien Chirurgien de S. A. Mgr le Prince de WIRTEMBERG.
Début :
LES découvertes en Médecine, lorsqu'elles font constatées par les Maîtres [...]
Mots clefs :
Remède, Antimoine, Maladies, Usage
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. REMÉDE fondant de M. JACQUET, ancien Chirurgien de S. A. Mgr le Prince de WIRTEMBERG.
CHIRURGIE.
REMEDE fondant de M. JACQUET ,
ancien Chirurgien de S. A. Mgr le
Prince de WIRTEMBERG.
LES découvertes en Médecine , lorfqu'elles
font conftatées par les Maîtres
de l'Art , ſont de nouveaux moyens
qu'on préſente aux hommes pour dompter
les maladies qui les affiégent. De toutes
les infirmités auſquelles notre Nature
eſt ſujette , il n'y en a point de plus
rebelles fans doute que les maladies vénériennes
, les écrouelles & autres vices
lymphatiques . Ces affections réſiſtent
aux médicamens. Le Mercure lui-même
malgré toutes les formes différentes qu'on
lui donne , ſe trouve quelquefois infuffifant
en pareil cas , & ſouvent dangereux
quand il eſt manié par des mains
G
146 MERCURE DE FRANCE .
novices. En faiſant uſage des pilules antimoniées
, on obtiendra les bons effets
du vif-argent , ſans avoir à redouter aucun
des inconvéniens de ce demimétal.
On ſçait que M. Jacquet convaincu
de la bonté de ſon fondant , chercha à
ſe procurer l'approbation de la Faculté
de Médecine de Paris , Ecole célébre
depuis tant de Siécles. Ses defirs furent
fatisfaits . On lui nomma des Commiffaires
devant leſquels il fit ſes différentes
manipulations & opérations. Bientôt
après , pluſieurs Docteurs ordonnerent
ce fondant. Il réuffit très-bien ſous
leurs yeux. Cela encouragea d'autres à
s'en ſervir . Tant-mieux pour le Public
fi cet excellent reméde prend faveur de
jour en jour. Il eſt à remarquer qu'on
peut l'adminiſtrer dans tous les cas où
convient le Kermès minéral , mais avec
plus de certitude d'en tirer les avantages
qu'on attend quelquefois en vain de la
poudre des Chartreux.
La conduite qu'a tenue l'Inventeur
de la nouvelle préparation d'antimoine ,
démontre qu'il a fui juſqu'à l'ombre du
charlataniſme. Le defir d'être utile à
l'humanité eſt le motif qui l'a animé.
Voilà ce qui l'a foutenu dans ſes longs
JUIN. 1763 . 147
travaux. Son fondant une fois trouvé ,
loin de ſe ſouſtraite à l'examen & à la
déciſion de ſes Juges naturels , il a été
au-devant d'eux. Il eſt récompenſé aujourd'hui
de ſa façon d'agir , par les obſervations
que les Médecins ſont à portée
de faire en adminiftrant fon fondant.
Entre beaucoup d'autres , voici
deux obfervations qui lui ont été communiquées
par M. Guilbert de Préval,
Docteur de l'Univerſité de Caën & de
celle de Paris . Ce Médecin eſt renommé
pour les maladies de la lymphe dont il
à fait une étude particulière.
PREMIERE OBSERVATION
par M. de PRÉVAL.
>> Un Particulier âgé de 35 ans eut
>> recours à moi , au commencement de
>> l'année 1760 ; il étoit tourmenté par
>> les plus violens accidens vénériens. Je
>>lui procurai un fecours qui n'avoit
>>déja été que trop différé. Cependant
>> on le traitoit depuis fix mois; mais le
>> zéle des perſonnes qui le condui-
>> foient , ne leurdonnoit pas les lumiè-
>> res néceſſaires. Le Malade ne pouvoit
>> fortir du lit par rapport à ſa foibleſſe.
» Je lui fis prendre à petite doſe , la
>> nouvelle préparation d'antimoine en
1
Gij
14.8 MERCURE DE FRANCE.
>> commençant d'abord par quatre
>> grains tous les matins pendant fix jours.
>>J'obtins pour premier ſuccès un peu
» de fommeil & une diminution confi-
>>dérable des douleurs. Encouragé par
>>la réuffite , j'augmentai la doſe par
>> gradation de deux grains chaque jour
>>juſqu'à ce que je fufſe parvenu à dou-
» ze grains. Les forces du malade ſe
>>réparant un peu , je lui en donnai pen-
>> dant trois jours douze grains le matin
» & fix le foir. La ceſſation des douleurs ,
>>des cuiffons , un ſommeil plus tran-
» quille , n'empêchoient pourtant pas
» que les principaux ſymptômes ne ſub-
>>fiſtaſſent toujours. J'augmentai donc
» la doſe de trois grains , c'est-à-dire
>> que deux fois par jour , foir & matin ,
>> mon malade en prenoit quinze . Cinq
>>jours après l'uſage de notre antimoine
>> à cette doſe , j'apperçus manifeſte-
>> ment fon effet fondant & antivéné-
>> rien. Alors tous les ſymptômes dimi-
» nuèrent à vue d'oeil. Le malade ſe
>> trouvant beaucoup plus fort , faifoit ,
>> toutes ſes fonctions aufli parfaitement
» qu'en bonne ſanté. Je le reftreignis
>>alors à une fois par jour en augmen-
>>tant la doſe de deux grains. Le ventre
>>devint libre de plus en plus à proporJUIN.
1763 .. 149
>> tion de l'augmentation. Parvenu à la
>> doſe de vingt-quatre grains , qui eſt la
>>plus grande qu'il ait priſe en une feule
>> fois , il fut purgé fortement pendant
>>>les quatre premiers jours fans que ce
>> flux falutaire altérât en rien ſa ſanté
>>> renaiſſante. Au contraire , elle fem-
>> bloit augmenter par ces évacuations
>> multipliées . Tous les accidens difpa-
>> rurent à la cinquiéme priſe. Je lui fis
>> encore continuer le reméde pendant
>>huit jours & enfuite de deux ou trois
>>>l'un, l'efpace de quelque temps. Par
>> ce moyen fa fanté s'eſt parfaitement
„ rétablie
SECONDE OBSERVATION.
>> Une Cuifinière du Fauxbourg - S.
>>Germain me fut adreſſée par un Mar-
>> chand de la rue Dauphine. Cette fille
>> avoit employé vainement beaucoup
» de remédes pour guérir des dartres
>>dont elle étoit couverte fur le viſage ,
>> les bras , la poitrine & le long du dos .
>>En faiſant uſage de l'antimoine prépa-
>> ré de M. Jacquet , les dartres ont dif-
>> paru entiérement au bout de trois
>> mois.
120
On continuera à prouver combien
ce reméde a d'efficacité pour fondre &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
réfoudre l'épaiffiſſement de la lymphe ,
en donnant par la ſuite , l'Histoire d'une
tumeur fingulière qui approche de
ſa guériſon. On mettra auſſi ſous les
yeux , la deſcription de la maladie d'une
Jeune fille , qui juſqu'à préſent ayant
fait inutilement unuſage ſuivi des fondans
les plus connus , a été obligée par
l'avis de très-habiles Médecins , de recourir
au reméde nouveau que nous
annonçons.
Les perſonnes qui voudront ſe procurer
le reméde de M. Jacquet , le trouveront
chez trois Apoticaires de Paris ,
ſçavoir , M. Taſſard , vieille rue du
Temple , près l'Hôtel de Soubiſe ; M.
Brocor, rue Montmartre , pre celle des
vieux Auguſtins ; M. Morice , rue S.
André des Arts , vis-à-vis la rue de l'éperon.
REMEDE fondant de M. JACQUET ,
ancien Chirurgien de S. A. Mgr le
Prince de WIRTEMBERG.
LES découvertes en Médecine , lorfqu'elles
font conftatées par les Maîtres
de l'Art , ſont de nouveaux moyens
qu'on préſente aux hommes pour dompter
les maladies qui les affiégent. De toutes
les infirmités auſquelles notre Nature
eſt ſujette , il n'y en a point de plus
rebelles fans doute que les maladies vénériennes
, les écrouelles & autres vices
lymphatiques . Ces affections réſiſtent
aux médicamens. Le Mercure lui-même
malgré toutes les formes différentes qu'on
lui donne , ſe trouve quelquefois infuffifant
en pareil cas , & ſouvent dangereux
quand il eſt manié par des mains
G
146 MERCURE DE FRANCE .
novices. En faiſant uſage des pilules antimoniées
, on obtiendra les bons effets
du vif-argent , ſans avoir à redouter aucun
des inconvéniens de ce demimétal.
On ſçait que M. Jacquet convaincu
de la bonté de ſon fondant , chercha à
ſe procurer l'approbation de la Faculté
de Médecine de Paris , Ecole célébre
depuis tant de Siécles. Ses defirs furent
fatisfaits . On lui nomma des Commiffaires
devant leſquels il fit ſes différentes
manipulations & opérations. Bientôt
après , pluſieurs Docteurs ordonnerent
ce fondant. Il réuffit très-bien ſous
leurs yeux. Cela encouragea d'autres à
s'en ſervir . Tant-mieux pour le Public
fi cet excellent reméde prend faveur de
jour en jour. Il eſt à remarquer qu'on
peut l'adminiſtrer dans tous les cas où
convient le Kermès minéral , mais avec
plus de certitude d'en tirer les avantages
qu'on attend quelquefois en vain de la
poudre des Chartreux.
La conduite qu'a tenue l'Inventeur
de la nouvelle préparation d'antimoine ,
démontre qu'il a fui juſqu'à l'ombre du
charlataniſme. Le defir d'être utile à
l'humanité eſt le motif qui l'a animé.
Voilà ce qui l'a foutenu dans ſes longs
JUIN. 1763 . 147
travaux. Son fondant une fois trouvé ,
loin de ſe ſouſtraite à l'examen & à la
déciſion de ſes Juges naturels , il a été
au-devant d'eux. Il eſt récompenſé aujourd'hui
de ſa façon d'agir , par les obſervations
que les Médecins ſont à portée
de faire en adminiftrant fon fondant.
Entre beaucoup d'autres , voici
deux obfervations qui lui ont été communiquées
par M. Guilbert de Préval,
Docteur de l'Univerſité de Caën & de
celle de Paris . Ce Médecin eſt renommé
pour les maladies de la lymphe dont il
à fait une étude particulière.
PREMIERE OBSERVATION
par M. de PRÉVAL.
>> Un Particulier âgé de 35 ans eut
>> recours à moi , au commencement de
>> l'année 1760 ; il étoit tourmenté par
>> les plus violens accidens vénériens. Je
>>lui procurai un fecours qui n'avoit
>>déja été que trop différé. Cependant
>> on le traitoit depuis fix mois; mais le
>> zéle des perſonnes qui le condui-
>> foient , ne leurdonnoit pas les lumiè-
>> res néceſſaires. Le Malade ne pouvoit
>> fortir du lit par rapport à ſa foibleſſe.
» Je lui fis prendre à petite doſe , la
>> nouvelle préparation d'antimoine en
1
Gij
14.8 MERCURE DE FRANCE.
>> commençant d'abord par quatre
>> grains tous les matins pendant fix jours.
>>J'obtins pour premier ſuccès un peu
» de fommeil & une diminution confi-
>>dérable des douleurs. Encouragé par
>>la réuffite , j'augmentai la doſe par
>> gradation de deux grains chaque jour
>>juſqu'à ce que je fufſe parvenu à dou-
» ze grains. Les forces du malade ſe
>>réparant un peu , je lui en donnai pen-
>> dant trois jours douze grains le matin
» & fix le foir. La ceſſation des douleurs ,
>>des cuiffons , un ſommeil plus tran-
» quille , n'empêchoient pourtant pas
» que les principaux ſymptômes ne ſub-
>>fiſtaſſent toujours. J'augmentai donc
» la doſe de trois grains , c'est-à-dire
>> que deux fois par jour , foir & matin ,
>> mon malade en prenoit quinze . Cinq
>>jours après l'uſage de notre antimoine
>> à cette doſe , j'apperçus manifeſte-
>> ment fon effet fondant & antivéné-
>> rien. Alors tous les ſymptômes dimi-
» nuèrent à vue d'oeil. Le malade ſe
>> trouvant beaucoup plus fort , faifoit ,
>> toutes ſes fonctions aufli parfaitement
» qu'en bonne ſanté. Je le reftreignis
>>alors à une fois par jour en augmen-
>>tant la doſe de deux grains. Le ventre
>>devint libre de plus en plus à proporJUIN.
1763 .. 149
>> tion de l'augmentation. Parvenu à la
>> doſe de vingt-quatre grains , qui eſt la
>>plus grande qu'il ait priſe en une feule
>> fois , il fut purgé fortement pendant
>>>les quatre premiers jours fans que ce
>> flux falutaire altérât en rien ſa ſanté
>>> renaiſſante. Au contraire , elle fem-
>> bloit augmenter par ces évacuations
>> multipliées . Tous les accidens difpa-
>> rurent à la cinquiéme priſe. Je lui fis
>> encore continuer le reméde pendant
>>huit jours & enfuite de deux ou trois
>>>l'un, l'efpace de quelque temps. Par
>> ce moyen fa fanté s'eſt parfaitement
„ rétablie
SECONDE OBSERVATION.
>> Une Cuifinière du Fauxbourg - S.
>>Germain me fut adreſſée par un Mar-
>> chand de la rue Dauphine. Cette fille
>> avoit employé vainement beaucoup
» de remédes pour guérir des dartres
>>dont elle étoit couverte fur le viſage ,
>> les bras , la poitrine & le long du dos .
>>En faiſant uſage de l'antimoine prépa-
>> ré de M. Jacquet , les dartres ont dif-
>> paru entiérement au bout de trois
>> mois.
120
On continuera à prouver combien
ce reméde a d'efficacité pour fondre &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
réfoudre l'épaiffiſſement de la lymphe ,
en donnant par la ſuite , l'Histoire d'une
tumeur fingulière qui approche de
ſa guériſon. On mettra auſſi ſous les
yeux , la deſcription de la maladie d'une
Jeune fille , qui juſqu'à préſent ayant
fait inutilement unuſage ſuivi des fondans
les plus connus , a été obligée par
l'avis de très-habiles Médecins , de recourir
au reméde nouveau que nous
annonçons.
Les perſonnes qui voudront ſe procurer
le reméde de M. Jacquet , le trouveront
chez trois Apoticaires de Paris ,
ſçavoir , M. Taſſard , vieille rue du
Temple , près l'Hôtel de Soubiſe ; M.
Brocor, rue Montmartre , pre celle des
vieux Auguſtins ; M. Morice , rue S.
André des Arts , vis-à-vis la rue de l'éperon.
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Résumé : CHIRURGIE. REMÉDE fondant de M. JACQUET, ancien Chirurgien de S. A. Mgr le Prince de WIRTEMBERG.
Le texte décrit un remède inventé par M. Jacquet, ancien chirurgien du Prince de Wurtemberg, conçu pour traiter les maladies vénériennes et autres affections lymphatiques. Les méthodes traditionnelles, comme l'utilisation du mercure, présentent des dangers si elles ne sont pas correctement administrées. Le remède de M. Jacquet, basé sur des pilules antimoniées, offre les bénéfices du mercure sans ses risques associés. Ce remède a reçu l'approbation de la Faculté de Médecine de Paris et a été prescrit avec succès par plusieurs docteurs. Il peut être utilisé dans les cas où le kermès minéral est indiqué, mais avec une plus grande certitude et efficacité. Pour garantir son intégrité, M. Jacquet a soumis son remède à l'examen des autorités médicales. Deux observations médicales, fournies par M. Guilbert de Préval, démontrent l'efficacité du remède. La première observation concerne un homme de 35 ans souffrant de symptômes vénériens sévères, qui a été guéri après un traitement progressif. La seconde observation relate le cas d'une cuisinière guérie de dartres après trois mois de traitement. Le remède est disponible auprès de trois apothicaires à Paris : M. Tassard, situé rue du Temple près de l'Hôtel de Soubise ; M. Brocor, rue Montmartre près de la rue des Vieux Augustins ; et M. Morice, rue Saint-André-des-Arts en face de la rue de l'Éperon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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656
p. 150-154
LETTRE du Frère COSME à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, Il est de mon état de mépriser toute imposture qui me feroit personnelle [...]
Mots clefs :
Méthode, Hémorragie, Bruxelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Frère COSME à l'Auteur du Mercure.
LETTRE du Frère COSME à
l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR,
Il eſt de mon état de mépriſer toute
impoſture qui me feroit perfonnelle ,
mais il m'importe plus qu'à tout autre
JUIN. 1763. 151
d'employer les armes qui peuvent la
détruire , lorſqu'elle donne le change
au bien public. La Lettre d'un certain
Lithotomiſte de Bruxelles à M. le Cat
de Rouen , inférée dans votre Journal
du mois de Février 1763 , page 114 ,
eſt exactement de cette eſpéce. Son
apparition affectée dans pluſieurs Ecrits
Périodiques , me l'ayant rendu ſuſpecte,
j'ai fait des perquifitions au pays de fon
invention ; voici la réponſe qu'on me
fait ; la vérité n'y biaiſe point ; & l'Auteur
paroît ferme dans les preuves qu'il
avance.
MONSIEUR ,
Les fervices que vous avez rendus a
Phumanité , font trop connus de tout
le monde pour que j'eufſe jamais penfé
a multiplier vos admirateurs , en publiant
les fuccès heureux & conftans
que j'éprouve parvotre méthode de tailler
, fi je n'avois vû dans le Mercure
de France du mois de Février dernier ,
& dans la feuille Périodique de cette
Ville du vingt-cinq du même mois ,
une Lettre du fieur Dumont le Fils
Chirurgien de Bruxelles , à M. le Cat ,
par laquelle il ſemble vouloir décréditer
votre méthode , en difant que fon
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Père avoit taillé un Garçon de vingt
ans , dont le Père périt il y a quatre
ans dans l'eſpace de trois à quatre jours
fous le tranchant du Lithotome caché ,
qui lui avoit cauſé une hémorragie interne
, dont toute la veſſie avoit été
remplie ainſi que le baffin , &c .
Je ſuis d'autant plus autorisé , Monſieur
, à relever cette expreſſion , que de
douze Sujets que j'ai taillés en me conformant
à votre méthode , c'eſt le ſeul
qui me foit mort , & dont le Sr Dumont
parle ; mais il n'a point péri d'hémorragie
, comme il le prétend ; l'adhérence
de la pierre à la veſſie en doit être ſeule
réputée la cauſe, puiſqu'à l'ouverture du
cadavre , j'ai trouvé une couche de la
pierre encore incruſtée à la veſſie racornie
qui la contenoit. Tous les Lithotomiſtes
qui ont rencontré ces fortes de
pierres adhérentes , ſçavent qu'il eſt
prèſqu'impoſſible que le malade furvive
aux recherches , prèſque toujours
multipliées dans ces fortes de cas , pour
faifir la pierre & aux tiraillemens inévitables
pour l'extraire , ce qui ne peut
que tourmenter la veffie & attirer une
foule d'accidens mortels , qui ſeuls l'ont
fait périr cinq jours après , & non pas
la prétendue hémorragie , comme le dit
JUIN. 1763. 133
le Sr Dumont , car il ne perdit pas plus
de quatre à cinq onces de ſang ; &
c'eſt auſſi ſans aucun fondement , qu'il
a avancé que toute la veffie ainſi que
le baffin avoient été remplis de fang ,
comme pluſieurs de mes Confrères qui
étoient préfens à cette opération , &
à l'ouverture du cadavre peuvent le
certifier.
و
Le nombre des Chirurgiens qui taillent
aujourd'hui en France & dans
toute l'Europe par votre instrument
prouve miet que tout ce que je pourrois
dire , la bonté de votre méthode.
Je les ai éxaminées toutes , && ce
n'eſt qu'après cet éxamen réfléchi , que
j'ai donné la préférence à la vôtre ,
tout y eſt ſimple , tout y eſt facile à
quiconque ſcait un peu manier les inftrumens
de Chirurgie , & les ſuccès
font conſtans pour tout le monde. Le
Sr Dumont a donc tort de chercher à
la décrier en feignant d'ignorer mes fuccès
, & en m'imputant une hémorragie
que je n'ai pas eue , lui qui doit ſçavoir
que j'opère en préſence de quantité de
perſonnes de l'Art , & que je penſe en
cela bien différemment de certains Opérateurs
, qui ferment éxactement la
porte ,& ne font leurs opérations qu'em
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
cachette , fans doute pour ne pas rendre
trop familière la méthode dont ils paroiffent
fi enthouſiaſmés , ou pour que l'on
ignore dans le Public le nom & la demeure
de leurs opérés , qu'il leur importe
peut-être beaucoup de cacher
pour mettre leur réputation à couvert ,
ou pour s'en faire une aux dépens de la
vérité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J. DE GRAVE , Chirurgien & Lithotomiſte
penſionné.
Bruxelles , ce 26Avril 1763 .
l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR,
Il eſt de mon état de mépriſer toute
impoſture qui me feroit perfonnelle ,
mais il m'importe plus qu'à tout autre
JUIN. 1763. 151
d'employer les armes qui peuvent la
détruire , lorſqu'elle donne le change
au bien public. La Lettre d'un certain
Lithotomiſte de Bruxelles à M. le Cat
de Rouen , inférée dans votre Journal
du mois de Février 1763 , page 114 ,
eſt exactement de cette eſpéce. Son
apparition affectée dans pluſieurs Ecrits
Périodiques , me l'ayant rendu ſuſpecte,
j'ai fait des perquifitions au pays de fon
invention ; voici la réponſe qu'on me
fait ; la vérité n'y biaiſe point ; & l'Auteur
paroît ferme dans les preuves qu'il
avance.
MONSIEUR ,
Les fervices que vous avez rendus a
Phumanité , font trop connus de tout
le monde pour que j'eufſe jamais penfé
a multiplier vos admirateurs , en publiant
les fuccès heureux & conftans
que j'éprouve parvotre méthode de tailler
, fi je n'avois vû dans le Mercure
de France du mois de Février dernier ,
& dans la feuille Périodique de cette
Ville du vingt-cinq du même mois ,
une Lettre du fieur Dumont le Fils
Chirurgien de Bruxelles , à M. le Cat ,
par laquelle il ſemble vouloir décréditer
votre méthode , en difant que fon
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Père avoit taillé un Garçon de vingt
ans , dont le Père périt il y a quatre
ans dans l'eſpace de trois à quatre jours
fous le tranchant du Lithotome caché ,
qui lui avoit cauſé une hémorragie interne
, dont toute la veſſie avoit été
remplie ainſi que le baffin , &c .
Je ſuis d'autant plus autorisé , Monſieur
, à relever cette expreſſion , que de
douze Sujets que j'ai taillés en me conformant
à votre méthode , c'eſt le ſeul
qui me foit mort , & dont le Sr Dumont
parle ; mais il n'a point péri d'hémorragie
, comme il le prétend ; l'adhérence
de la pierre à la veſſie en doit être ſeule
réputée la cauſe, puiſqu'à l'ouverture du
cadavre , j'ai trouvé une couche de la
pierre encore incruſtée à la veſſie racornie
qui la contenoit. Tous les Lithotomiſtes
qui ont rencontré ces fortes de
pierres adhérentes , ſçavent qu'il eſt
prèſqu'impoſſible que le malade furvive
aux recherches , prèſque toujours
multipliées dans ces fortes de cas , pour
faifir la pierre & aux tiraillemens inévitables
pour l'extraire , ce qui ne peut
que tourmenter la veffie & attirer une
foule d'accidens mortels , qui ſeuls l'ont
fait périr cinq jours après , & non pas
la prétendue hémorragie , comme le dit
JUIN. 1763. 133
le Sr Dumont , car il ne perdit pas plus
de quatre à cinq onces de ſang ; &
c'eſt auſſi ſans aucun fondement , qu'il
a avancé que toute la veffie ainſi que
le baffin avoient été remplis de fang ,
comme pluſieurs de mes Confrères qui
étoient préfens à cette opération , &
à l'ouverture du cadavre peuvent le
certifier.
و
Le nombre des Chirurgiens qui taillent
aujourd'hui en France & dans
toute l'Europe par votre instrument
prouve miet que tout ce que je pourrois
dire , la bonté de votre méthode.
Je les ai éxaminées toutes , && ce
n'eſt qu'après cet éxamen réfléchi , que
j'ai donné la préférence à la vôtre ,
tout y eſt ſimple , tout y eſt facile à
quiconque ſcait un peu manier les inftrumens
de Chirurgie , & les ſuccès
font conſtans pour tout le monde. Le
Sr Dumont a donc tort de chercher à
la décrier en feignant d'ignorer mes fuccès
, & en m'imputant une hémorragie
que je n'ai pas eue , lui qui doit ſçavoir
que j'opère en préſence de quantité de
perſonnes de l'Art , & que je penſe en
cela bien différemment de certains Opérateurs
, qui ferment éxactement la
porte ,& ne font leurs opérations qu'em
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
cachette , fans doute pour ne pas rendre
trop familière la méthode dont ils paroiffent
fi enthouſiaſmés , ou pour que l'on
ignore dans le Public le nom & la demeure
de leurs opérés , qu'il leur importe
peut-être beaucoup de cacher
pour mettre leur réputation à couvert ,
ou pour s'en faire une aux dépens de la
vérité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J. DE GRAVE , Chirurgien & Lithotomiſte
penſionné.
Bruxelles , ce 26Avril 1763 .
Fermer
Résumé : LETTRE du Frère COSME à l'Auteur du Mercure.
Le frère Cosme adresse une missive à l'auteur du Mercure pour contester une lettre publiée en février 1763, attribuée à un lithotomiste bruxellois nommé Dumont. Cette lettre critique la méthode de lithotomie pratiquée par l'auteur du Mercure. Le frère Cosme, après avoir mené une enquête, réfute les accusations portées par Dumont. Il précise qu'un seul patient sur douze est décédé, non pas à cause d'une hémorragie comme le soutient Dumont, mais en raison de l'adhérence de la pierre à la vessie. Plusieurs confrères présents lors de l'opération corroborent cette explication. De Grave, l'auteur de la lettre, affirme que sa méthode est simple, efficace et largement adoptée par de nombreux chirurgiens en France et en Europe. Il accuse Dumont de tenter de discréditer sa méthode et de pratiquer ses opérations en secret afin de préserver sa réputation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
657
p. 155-161
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Début :
LE titre de cette Dissertation en annonce suffisamment l'objet : le supplice [...]
Mots clefs :
Corps, Crime, Chirurgien, Assassinat, Étranglement , Examen, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
MÉMOIRE fur, une queſtion Anatomique
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
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Résumé : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Le mémoire de M. Louis, professeur royal de chirurgie, se concentre sur la distinction entre suicide et assassinat dans les cas de corps trouvés pendus. Motivé par une affaire judiciaire, M. Louis vise à assurer la sécurité des citoyens, la formation des professionnels de santé et la justesse des jugements. Il explore les méthodes utilisées par les criminels pour dissimuler les meurtres en pendant leurs victimes après les avoir tuées par d'autres moyens. Pour ce faire, il examine les travaux d'auteurs renommés en anatomie et médecine légale, effectue des expériences sur des cadavres humains et des animaux vivants, et consulte des experts. Le mémoire détaille les signes distinctifs de l'étranglement et les différences entre suicides et assassinats par pendaison, soulignant l'importance d'un examen minutieux du cou pour déterminer la cause exacte de la mort et éviter les erreurs judiciaires. M. Louis illustre ses propos par des cas réels où des crimes ont été déguisés en suicides. Il insiste sur le rôle crucial du rapport médical pour guider l'application des lois et prévenir les injustices. Le texte met en avant la nécessité de précision et de rigueur dans les rapports médicaux et judiciaires. La 'Differtation' de M. Louis est présentée comme un ouvrage capable de prévenir les erreurs judiciaires, souvent causées par des rapports inexacts. L'auteur souhaite que chirurgiens, juges et officiers de justice connaissent et appliquent les principes exposés, y compris l'exactitude des procès-verbaux et l'importance de ne pas conclure sur des bases possibles ou des témoignages équivoques. Le texte aborde également les vues philosophiques de l'auteur sur le suicide et l'impact positif de la philosophie et des arts sur la perception humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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657
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
658
p. 161-163
HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Début :
Trente-quatrième & trente-cinquième Traitements faits à l'Hôpital des Gardes Françoises [...]
Mots clefs :
Hôpital, Soldats, Gardes, Frictions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente - quatrième & trente - cinquième
Traitemens faits à l'Hôpital des Gardes
Françoifes depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
BELAMOUR ,
Parifien ,
Tardu ,
CadetGoffelin ,
t
Compagnies.
1
Guergorlay.
Daldart.
La Sône.
Chevalier,
162 MERCURE DE FRANCE,
Voiſemont , Colonelle.
Toucé , Mathan.
Dumont , Pronleroy.
Cheneau ,.. Viennay.
Vannier , Nolivos.
Fleur d'épine , Chatulé.
Sérion , d'Obſonville .
S. Jofeph , Mithon .
Fabvre , Marfay.
Bigot , Dampierre.
La Cour , d'Anterroche.
Cadet le grand , Pronleroy.
Lecomte ,
Liffant ,
Lafage ,
Lafortune ,
Gauffreſt ,
Rafilly.
Colonelle.
Rafilly.
Pronleroy.
Villers.
Rafilly . Violet,
Doré ,
Bar ,
Hulmé ,
Viennay.
Dampierre.
Mithon.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
& radicalement guéris ; plufieurs d'entr'eux
avoient déja inutilement été traités
par la méthode des frictions.
JUI N. 1763 . 163
Par les Regiſtres des Hôpitaux des
'Armées du Roi pendant les deux dernières
campagnes , & les états envoyés
à Mgr le Duc de Choiseuil , ceux de
l'Hôpital des Gardes Françoiſes , & tous
ceux de vingt- cinq Hôpitaux militaires,
&de la Marine où l'on traite par ordre
du Roi les maladies vénériennes ,
par la ſeule méthode du ſieur Keyfer ,
il appert qu'il s'y eſt traité & guéri
juſqu'à cette époque fix mille cent quarante-
deux Soldats , Cavaliers , Dragons
; qu'il ne leur eſt arrivé aucun
accident ; que beaucoup de maladies fort
graves & anciennes qui avoient réfifté
à la méthode des frictions , ont cédé
à l'uſage des Dragées; & il paroît en général
que MM. les Chirurgiens Majors
de tous ces Hôpitaux font très-fatisfaits
par les éloges qu'ils en ont faits àMgr
le Duc de Choifent , à qui ils en ont
adreffé leurs Certificats. On rendra fucceſſivement
publics leurs témoignages
par la voie du Mercure.
1
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente - quatrième & trente - cinquième
Traitemens faits à l'Hôpital des Gardes
Françoifes depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
BELAMOUR ,
Parifien ,
Tardu ,
CadetGoffelin ,
t
Compagnies.
1
Guergorlay.
Daldart.
La Sône.
Chevalier,
162 MERCURE DE FRANCE,
Voiſemont , Colonelle.
Toucé , Mathan.
Dumont , Pronleroy.
Cheneau ,.. Viennay.
Vannier , Nolivos.
Fleur d'épine , Chatulé.
Sérion , d'Obſonville .
S. Jofeph , Mithon .
Fabvre , Marfay.
Bigot , Dampierre.
La Cour , d'Anterroche.
Cadet le grand , Pronleroy.
Lecomte ,
Liffant ,
Lafage ,
Lafortune ,
Gauffreſt ,
Rafilly.
Colonelle.
Rafilly.
Pronleroy.
Villers.
Rafilly . Violet,
Doré ,
Bar ,
Hulmé ,
Viennay.
Dampierre.
Mithon.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
& radicalement guéris ; plufieurs d'entr'eux
avoient déja inutilement été traités
par la méthode des frictions.
JUI N. 1763 . 163
Par les Regiſtres des Hôpitaux des
'Armées du Roi pendant les deux dernières
campagnes , & les états envoyés
à Mgr le Duc de Choiseuil , ceux de
l'Hôpital des Gardes Françoiſes , & tous
ceux de vingt- cinq Hôpitaux militaires,
&de la Marine où l'on traite par ordre
du Roi les maladies vénériennes ,
par la ſeule méthode du ſieur Keyfer ,
il appert qu'il s'y eſt traité & guéri
juſqu'à cette époque fix mille cent quarante-
deux Soldats , Cavaliers , Dragons
; qu'il ne leur eſt arrivé aucun
accident ; que beaucoup de maladies fort
graves & anciennes qui avoient réfifté
à la méthode des frictions , ont cédé
à l'uſage des Dragées; & il paroît en général
que MM. les Chirurgiens Majors
de tous ces Hôpitaux font très-fatisfaits
par les éloges qu'ils en ont faits àMgr
le Duc de Choifent , à qui ils en ont
adreffé leurs Certificats. On rendra fucceſſivement
publics leurs témoignages
par la voie du Mercure.
1
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Résumé : HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Le document relate un rapport sur les traitements administrés à l'Hôpital des Gardes Françaises pour des soldats atteints de maladies vénériennes. Il cite 25 soldats, dont les noms et compagnies sont répertoriés, qui ont été soignés et guéris grâce à la méthode du sieur Keyfer. Certains de ces soldats avaient précédemment été traités sans succès par la méthode des frictions. Selon les registres des hôpitaux des armées du roi et des états envoyés au Duc de Choiseul, 6 142 soldats, cavaliers et dragons ont été traités et guéris par cette méthode sans complications. Les chirurgiens majors des hôpitaux militaires et de la marine ont exprimé leur satisfaction et ont transmis leurs certificats au Duc de Choiseul, lesquels seront publiés dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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659
p. 164-165
COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
Début :
MONSIEUR, Je crois ne pouvoir me dispenser d'avoir l'honneur de rendre compte à votre [...]
Mots clefs :
Hôpital, Remède, Vénériens, Grandeur, Virus
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
COPIE de la Lettre de M. LERICHE ,
Chirurgien Major de l'Hôpital de
STRASBOURG , à Mgr le Duc DE
CHOISEUL , en date du 20 Janvier.
1
1
ONSEIGNEUR ,
Je crois ne pouvoir me diſpenſer d'avoir
l'honneur de rendre compte à votre
Grandeur , que depuis le 22 de Novembre
que j'ai commencé de traiter les
Vénériens de cet Hôpital avec les dragées
de M. Keyfer , je ſuis très- fatisfait
des effets que ce reméde produit , en ce
qu'il s'ouvre promptement & fans aucun
effort, les iffues par leſquels le virus doit
fortir , & que ces effets diminuent d'abord
les ſymptômes de la maladie & les
font diſparoître enfuite dans uneſpacede
temps plus ou moins grand. C'eſt ceque
j'ai obſervé ſur pluſieurs qui ſont guéris
& fortis , comme fur d'autres qui fuivront
de près ces premiers , dans le nombre
deſquels il s'eſt trouvé des maladies
de toutes eſpéces & des mieux caractérifées.
Depuis plus de 30 ans , Monfei
JUIN. 1763 . 165
gneur , que j'exerce ma profeſſion dans
cet Hôpital , où l'on a toujours traité
beaucoup de Vénériens , je dois dire à
votre Grandeur , que je n'ai point trouvéde
remédes , dont les opérations fufſent
ſi bien ſuivies & fi bien réglées ,
& c'eſt là certainement un grand préjugé
pour la fureté &la folidité de ces
cures ; car on eft bien aiſe de voir
agir un reméde quelconque , toutes les
fois qu'il eſt queſtion de détruire un vice
connu , & nous ne ſommes jamais fi
inquiets ſur les événemens , que lorſque
les effets ne ſe montrent pas bien , ou
même lorſqu'ils font retardés. C'eſt ici
tout le contraire , & c'eſt cette raifon
qui m'a fait bien augurer de ce reméde
la première fois que je l'ai mis en ufage
à cet Hôpital , pour en faire l'épreuve .
Ceux qui font fortis de même que ceux
qui vont fortir inceſſamment , ont conſervé
leurs forces , & on ne diroit pas à
les voir qu'ils viennent de paſſer par les
remédes.
Je ſuis avec reſpect .
Signé LE RICHE .
Chirurgien Major de l'Hôpital de
STRASBOURG , à Mgr le Duc DE
CHOISEUL , en date du 20 Janvier.
1
1
ONSEIGNEUR ,
Je crois ne pouvoir me diſpenſer d'avoir
l'honneur de rendre compte à votre
Grandeur , que depuis le 22 de Novembre
que j'ai commencé de traiter les
Vénériens de cet Hôpital avec les dragées
de M. Keyfer , je ſuis très- fatisfait
des effets que ce reméde produit , en ce
qu'il s'ouvre promptement & fans aucun
effort, les iffues par leſquels le virus doit
fortir , & que ces effets diminuent d'abord
les ſymptômes de la maladie & les
font diſparoître enfuite dans uneſpacede
temps plus ou moins grand. C'eſt ceque
j'ai obſervé ſur pluſieurs qui ſont guéris
& fortis , comme fur d'autres qui fuivront
de près ces premiers , dans le nombre
deſquels il s'eſt trouvé des maladies
de toutes eſpéces & des mieux caractérifées.
Depuis plus de 30 ans , Monfei
JUIN. 1763 . 165
gneur , que j'exerce ma profeſſion dans
cet Hôpital , où l'on a toujours traité
beaucoup de Vénériens , je dois dire à
votre Grandeur , que je n'ai point trouvéde
remédes , dont les opérations fufſent
ſi bien ſuivies & fi bien réglées ,
& c'eſt là certainement un grand préjugé
pour la fureté &la folidité de ces
cures ; car on eft bien aiſe de voir
agir un reméde quelconque , toutes les
fois qu'il eſt queſtion de détruire un vice
connu , & nous ne ſommes jamais fi
inquiets ſur les événemens , que lorſque
les effets ne ſe montrent pas bien , ou
même lorſqu'ils font retardés. C'eſt ici
tout le contraire , & c'eſt cette raifon
qui m'a fait bien augurer de ce reméde
la première fois que je l'ai mis en ufage
à cet Hôpital , pour en faire l'épreuve .
Ceux qui font fortis de même que ceux
qui vont fortir inceſſamment , ont conſervé
leurs forces , & on ne diroit pas à
les voir qu'ils viennent de paſſer par les
remédes.
Je ſuis avec reſpect .
Signé LE RICHE .
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Résumé : COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
Le chirurgien major de l'Hôpital de Strasbourg, M. Leriche, écrit au Duc de Choiseul le 20 janvier pour partager son expérience favorable avec les dragées de M. Keyfer dans le traitement des maladies vénériennes. Depuis le 22 novembre, il constate que ce remède facilite rapidement et sans difficulté l'évacuation du virus, réduisant ainsi les symptômes et conduisant à la guérison. Cette observation est validée sur plusieurs patients, y compris ceux souffrant de différentes formes bien définies de la maladie. Avec plus de 30 ans d'expérience à l'hôpital, M. Leriche affirme que ce remède est le plus efficace et le plus fiable qu'il ait utilisé. Les patients traités ne montrent pas de signes de faiblesse après le traitement, conservant leurs forces. En raison de cette efficacité rapide et visible, M. Leriche recommande vivement ce remède.
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660
p. 166-167
COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
Début :
MONSEIGNEUR, Les avantages que je reçois journellement du reméde de M. Keyser dans [...]
Mots clefs :
Remède, Hôpital, Usage
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
COPIE de la Lettre de M. BERNIER ,
Chirurgien Major des Hópitaux Militaires
de BESANÇON à Mgr le Duc
DE CHOISEUL , en date du 24 Février
1763 .
MONSEIGNEUR ,
Les avantages que je reçois journellement
du reméde de M. Keyfer dans
l'Hôpital dont j'ai l'honneur d'être chargé
, ne me permettent pas de différer
plus longtemps à vous en inſtruire. Je
m'acquitte de ce devoir avec d'autant
plus d'empreſſement , qu'il ne peut que
contribuer au bien des Sujets de S. M.
& rendre plus grand & plus efficace un
reméde , dont vous vous êtes rendu le
Protecteur pour le bien de l'humanité.
Le reméde dont il s'agit , mérite d'autant
plus d'éloges , qu'il a non-feulement
la vertu de guérir , mais encore , parce
que les Sujets qui en font uſage , le
ſupportent avec plus de facilité , en reçoivent
moins de fatigue , & ne font
point énervés ni défigurés , comme on a
pu l'obſerver par l'uſage des frictions.
4
JUIN. 1763 . 167
Au contraire , ils ſe trouvent en bon
état & propres à faire leurs ſervices au
fortir de l'Hôpital.
Je ſuis avec reſpect.
Signé BERNIER.
Chirurgien Major des Hópitaux Militaires
de BESANÇON à Mgr le Duc
DE CHOISEUL , en date du 24 Février
1763 .
MONSEIGNEUR ,
Les avantages que je reçois journellement
du reméde de M. Keyfer dans
l'Hôpital dont j'ai l'honneur d'être chargé
, ne me permettent pas de différer
plus longtemps à vous en inſtruire. Je
m'acquitte de ce devoir avec d'autant
plus d'empreſſement , qu'il ne peut que
contribuer au bien des Sujets de S. M.
& rendre plus grand & plus efficace un
reméde , dont vous vous êtes rendu le
Protecteur pour le bien de l'humanité.
Le reméde dont il s'agit , mérite d'autant
plus d'éloges , qu'il a non-feulement
la vertu de guérir , mais encore , parce
que les Sujets qui en font uſage , le
ſupportent avec plus de facilité , en reçoivent
moins de fatigue , & ne font
point énervés ni défigurés , comme on a
pu l'obſerver par l'uſage des frictions.
4
JUIN. 1763 . 167
Au contraire , ils ſe trouvent en bon
état & propres à faire leurs ſervices au
fortir de l'Hôpital.
Je ſuis avec reſpect.
Signé BERNIER.
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Résumé : COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
Le 24 février 1763, M. Bernier, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de Besançon, écrit au Duc de Choiseul pour vanter les mérites d'un remède de M. Keyfer. Ce remède, utilisé dans son hôpital, se distingue par son efficacité et sa bonne tolérance par les patients. À la différence des frictions traditionnelles, il ne provoque ni fatigue, ni irritation, ni défiguration. Les soldats traités peuvent rapidement reprendre leurs fonctions militaires. Bernier exprime sa satisfaction de pouvoir informer le Duc de Choiseul, protecteur de ce remède, afin de contribuer au bien-être des sujets du roi et de promouvoir un traitement bénéfique pour l'humanité.
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661
p. 167-171
LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
Début :
M. Imbert, Chancelier de la Faculté de Médecine, & Inspecteur des Hôpitaux [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Médecin, Majors, Docteur, Correspondants
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texteReconnaissance textuelle : LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
LISTE de Meſſieurs les Médecins
& Chirurgiens , Correspondans de
M. KEYSER.
M. Imbert , Chancelier de la Faculté de
Médecine , & Inſpecteur des Hôpitaux
; M. Fournier, Médecin de l'Hôpital
du Roi ; M. Goulard , Chirurgien
major. àMontpellier.
M. le Cat , Ecuyer , & Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
àRouen.
Les RR. PP. de la Charité , & M. Marmion
, Médecin de l'Hôpital du Roi.
à Grenoble.
Les RR. PP. de la Charité , &M. Berthe,
ancien Chirurgien major.
àlaRochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à Nîmes.
168 MERCURE DE FRANCE.
M. de Freſſiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine .
M. Audirac , Docteur en Médecine.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à Nantes.
à Troyes.
à Cambray.
à Saint Omer.
à Strasbourg .
à Landau.
à Breft.
M. le Riche , Chirurgien major.
M. Ravaton , Chirurgien major.
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
majors.
M. Maret , Maître en Chirurgie .
à Dijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine , Chirurgien ; M. de la
Fourcade , Chirurgien major.
à Bordeaux.
M. Baquié , & M. de la Marque , Maîtres
en Chirurgie. à Toulouse.
M. de la Peyre , Chirurgien major ; M. le
Page , Maître en Chirurgie. à Caen.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
àOrléans.
Μ.
JUIN. 1763. 169
M. Planque , Chirurgien major ; M. Warocquier
, Maître en Chirurgie.
àLille.
M. Buttet , Maître en Chirurgie .
à Estampes.
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie .
à Saint-Malo.
à Rennes.
M. Chevreuil , Maître en Chirurgie.
àAngers.
MM. Toujean , freres , Chirurgiens &
Apothicaires. à l'Orient.
M. J. B. de la Marque , Maître en Chi
rurgie. à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , Chirurgien major.
à Besançon.
MM. Beauregard & Michel , Chirurgiens
majors. à Perpignan.
M. Moffier , Chirurgien major.
àAvefne.
M. Majault , Chirurgien major.
àDouay.
M. Mirabel , Chirurgien major.
à Nancy,
MM. Paton & Deſvilliers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie."
M. Pontiers , Chirurgien.
à Dunkerque.
à Aix en Provence.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.
à Tarbes.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaint
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
à Avignon.
M. de la Haye , Chirurgien major.
àRochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien major.
àArras.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie..
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie .
M. Bourgeois , Maître en Chirurgie.
àMarseille,
àAmiens.
à Calais,
à Saumur.
M. de la Grave , & MM. les Chirurgiens
majors.
M. Barjolle , Docteur en Medecine.
JUIN. 1763 . 171
Pays étrangers .
M. le Docteur Cooper , Médecin.
à Londres.
M. Godineau , Chirurgien major.
àMadrid.
M. Acrell , Chirurgien major.
àStockolm.
MM. Guyot & Fine , Maîtres en Chià
Genève .
rurgie.
.M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles .
M.le Fat , Docteur en Médecine.
àGand.
M. Naudinat , Chirurgien . à Cadix.
M. Breydel.
M. le Quai , Chirurgien major.
M. Pujoll.
à Bruges.
àBareith.
à Constantinople.
M. Chaſſaing , Chirurgien major au Fort
royal de la Martinique .
à la Martinique.
& Chirurgiens , Correspondans de
M. KEYSER.
M. Imbert , Chancelier de la Faculté de
Médecine , & Inſpecteur des Hôpitaux
; M. Fournier, Médecin de l'Hôpital
du Roi ; M. Goulard , Chirurgien
major. àMontpellier.
M. le Cat , Ecuyer , & Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
àRouen.
Les RR. PP. de la Charité , & M. Marmion
, Médecin de l'Hôpital du Roi.
à Grenoble.
Les RR. PP. de la Charité , &M. Berthe,
ancien Chirurgien major.
àlaRochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à Nîmes.
168 MERCURE DE FRANCE.
M. de Freſſiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine .
M. Audirac , Docteur en Médecine.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à Nantes.
à Troyes.
à Cambray.
à Saint Omer.
à Strasbourg .
à Landau.
à Breft.
M. le Riche , Chirurgien major.
M. Ravaton , Chirurgien major.
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
majors.
M. Maret , Maître en Chirurgie .
à Dijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine , Chirurgien ; M. de la
Fourcade , Chirurgien major.
à Bordeaux.
M. Baquié , & M. de la Marque , Maîtres
en Chirurgie. à Toulouse.
M. de la Peyre , Chirurgien major ; M. le
Page , Maître en Chirurgie. à Caen.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
àOrléans.
Μ.
JUIN. 1763. 169
M. Planque , Chirurgien major ; M. Warocquier
, Maître en Chirurgie.
àLille.
M. Buttet , Maître en Chirurgie .
à Estampes.
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie .
à Saint-Malo.
à Rennes.
M. Chevreuil , Maître en Chirurgie.
àAngers.
MM. Toujean , freres , Chirurgiens &
Apothicaires. à l'Orient.
M. J. B. de la Marque , Maître en Chi
rurgie. à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , Chirurgien major.
à Besançon.
MM. Beauregard & Michel , Chirurgiens
majors. à Perpignan.
M. Moffier , Chirurgien major.
àAvefne.
M. Majault , Chirurgien major.
àDouay.
M. Mirabel , Chirurgien major.
à Nancy,
MM. Paton & Deſvilliers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie."
M. Pontiers , Chirurgien.
à Dunkerque.
à Aix en Provence.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.
à Tarbes.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaint
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
à Avignon.
M. de la Haye , Chirurgien major.
àRochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien major.
àArras.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie..
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie .
M. Bourgeois , Maître en Chirurgie.
àMarseille,
àAmiens.
à Calais,
à Saumur.
M. de la Grave , & MM. les Chirurgiens
majors.
M. Barjolle , Docteur en Medecine.
JUIN. 1763 . 171
Pays étrangers .
M. le Docteur Cooper , Médecin.
à Londres.
M. Godineau , Chirurgien major.
àMadrid.
M. Acrell , Chirurgien major.
àStockolm.
MM. Guyot & Fine , Maîtres en Chià
Genève .
rurgie.
.M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles .
M.le Fat , Docteur en Médecine.
àGand.
M. Naudinat , Chirurgien . à Cadix.
M. Breydel.
M. le Quai , Chirurgien major.
M. Pujoll.
à Bruges.
àBareith.
à Constantinople.
M. Chaſſaing , Chirurgien major au Fort
royal de la Martinique .
à la Martinique.
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Résumé : LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
Le document énumère les correspondants médicaux de M. Keyser, répartis en France et à l'étranger. En France, les correspondants incluent M. Imbert, chancelier de la Faculté de Médecine et inspecteur des hôpitaux à Montpellier, ainsi que M. le Cat, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences à Rouen. D'autres correspondants notables se trouvent à Grenoble, La Rochelle, Nantes, Dijon, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Caen, Orléans, Lille, et plusieurs autres villes françaises. À l'étranger, des correspondants sont mentionnés à Londres, Madrid, Stockholm, Genève, Bruxelles, Gand, Cadix, Bruges, Bareith, Constantinople, et la Martinique. Chaque entrée spécifie le titre et la ville de résidence de chaque correspondant.
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662
p. 139-144
MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
Début :
De CONSTANTINOPLE, le.... JE crois ma chère S. ... qu'au lieu de vous faire des excuses de ne vous avoir [...]
Mots clefs :
Maladie, Opération, Vérole, Guerres, Contagion
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texteReconnaissance textuelle : MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
MÉDECINE.
EXTRAIT du Recueil des Lettres de
Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE
, nouvellement imprimée à
Londres.
J
De CONSTANTINOPLE , le....
E crois ma chère S. ... qu'au lieu de
vous faire des excufes de ne vous avoir
pas écrit jufqu'à préfent , c'eft plûtôt à
moi à me plaindre de ce que vous n'avez
pas encore répondu à la lettre que
que je vous écrivis à Nimegue au mois
d'Août dernier ; il me femble que je
puis aifément juftifier mon filence par
les longs & pénibles voyages que je
viens de faire , je fuis pourtant obligée
d'avouer qu'ils ne fe font point terminés
auffi triftement que vous vous le figurez.
Je me trouve affez bien ici , & je n'y
fuis pas auffi ifolée que vous le penfez :
une multitude de Grecs , de François ,
d'Anglois & d'Italiens qui font fous notre
protection , nous fait la cour depuis
le matin jufqu'au foir. Il fe trouve parmi
eux des femmes très - aimables ;tous ces
140 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , ne peuvent être en fureté ici
que fous la protection d'un Ambaffadeur,
& plus ils font riches , plus ils courent
de rifque
.
:
Au refte , toutes ces hiftoires effrayantes
qu'on vous a faites des ravages que
fait ici la pefte , font très-peu fondées
en raifon je dois convenir cependant
que j'ai eu de la peine à m'accoutumer
à ce mot qui a toûjours réveillé en moi
les plus terribles idées. Mais je fuis convaincue
que dans le fond , cette maladie
n'eft guères plus fâcheufe qu'une fiévre
maligne; je vous en donnerai une preuve
en vous difant que j'ai paffé dans deux
ou trois Villes , ou la contagion étoit trèsconfidérable.
Dans une maifon à côté
de celle où je logeois , deux perfonnes
en moururent : heureufement que je fus
reçue & traitée avec tant d'attention
qu'on me tint la chofe cachée ; on me
dit feulement que mon fecond Cuifinier
avoit un gros rhume & je laiffai mon
Médecin pour prendre foin de lui. Hier
je les vis arriver tous les deux en bonne
fanté , & on m'avoua que c'étoit la pefte
que mon Cuifinier avoit eué. Il y a beaucoup
de gens qui réchappent de cette
maladie , & la contagion ne régne pas
continuellement. Je fuis perfuadée qu'il
JUILLET . 1763. 141
feroit aisé d'en extirper ici le principe
comme on a fait en Italie & en France ;
mais elle fait fi peu de ravage , qu'on ne
s'en inquiéte guéres & qu'on ne fe
trouve pas fort à plaindre , d'être exposé
à cette funefte mais unique maladie , qui
leur tient lieu de toutes celles qui nous
affiégent , & dont ils font totalement
exempts.
*
萝
Mais à propos de maladie , je veux
vous apprendre une chofe qui vous fera,
regretter de n'être pas ici. La petite vérole
, cette contagion fi générale & fi
cruelle parmi nous , ne fait aucun mal
ici , grace à la découverte de l'Infertion.
Il y a plufieurs vieilles femmes
dont le métier eft de faire cette opération
; elles choififfent pour cet effet le
mois de Septembre , parce qu'alors les
grandes chaleurs font paffées. C'eſt la
coutume d'envoyer chez les gens de fa
connoiffance , pour demander s'il n'y a
perfonne qui veuille avoir la petite vérole.
On fe raffemble ordinairement au
nombre de quinze ou feize ; la vieille
vient avec une coquille de noix , pleine
de la matière de la petite vérole qu'elle
a eu foin de choifir de la meilleure éfpéce,
& elle vous demande quelle veine
*
་ ་
ingrafting qui veut dire proprement greffe .
142 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez qu'elle vous ouvre. Lorfque
vous avez fait votre choix , elle ouvre le
vaiffeau avec une groffe aiguille , ce qui
ne vous fait pas plus de mal qu'une
fimple égratignure , & elle introduit autant
de matière qu'il en peut tenir fur
la pointe de l'aiguille ; cela fait , elle bande
cette petite playe , qu'elle recouvre
avec un petit fragment de coquille , &
elle réïtére l'opération fur quatre ou cinq
veines. Les Grecs ont communément la
fuperftition de fe faire faire une des infertions
au milieu du front , une dans
chacun des bras & l'autre dans la poi
trine , afin de donner à cette opération
la forme du figne de la Croix . Mais
cette manière a des inconvéniens , en
ce que les playes laiffent des traces qui
marquent auffi ceux qui ne font point
fuperftitieux , aiment mieux que cette
opération foit faite aux jambes ou aux
bras , ou dans quelque partie qui foit
cachée. Les enfans & les jeunes gens
qui ont fubi l'opération , jouent enfemble
& fe divertiffent , continuant d'être
en parfaite fantéjufqu'au huitiéme jour ;
alors la fiévre les prend , & ils gardent
le lit pendant deux jours , & rarement
pendant trois. Il n'arrive guères qu'ils
ayent plus de 20 ou 30 boutons fur
JUILLET. 1763. 143
le vifage , lefquels ne laiffent jamais aucune
trace , & au bout de huit jours
le malade eft abfolument rétabli. Aux
endroits ou l'infertion a été faite , s'établit
une fupuration qui continue pendant
la maladie , & qui paroît devoir
contribuer beaucoup à la rendre bénigne.
On voit ici tous les ans plus de
mille perfonnes fe foumettre à cette
opération ; & l'Ambaffadeur de France
dit plaifament qu'on fe donne ici la petite
vérole par partie de plaifirs , comme
on va prendre les eaux dans d'autres
pays. Il n'y a pas d'exemple qu'une
feule perfonne en foit morte. Enfin vous
ne douterez pas de la perfuafion où je
fuis de la certitude de cette méthode ,
puifque je compte l'éprouver fur mon
cher petit enfant. J'ai l'efprit affez patriotique
, pour vouloir la mettre à la
mode en Angleterre , & je ne manque
rai pas d'en écrire un grand . détail à quelques-
uns de nos Médecins, fi j'en trouve
d'affez vertueux pour facrifier ainfi à l'avantage
de l'humanité, une branche auffi
confidérable de leurs revenus. En effet ,
cette maladie leur eft trop profitable, pour
ne pas expofer à leur reffentiment le
premier téméraire qui entreprendroit de
la détruire. Peut-être cependant , qu'à
144 MERCURE DE FRANCE .
mon retour j'aurai le courage d'entrer
en guerre avec eux . Admirez l'héroifme
de votre Amie , qui eft & c.
EXTRAIT du Recueil des Lettres de
Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE
, nouvellement imprimée à
Londres.
J
De CONSTANTINOPLE , le....
E crois ma chère S. ... qu'au lieu de
vous faire des excufes de ne vous avoir
pas écrit jufqu'à préfent , c'eft plûtôt à
moi à me plaindre de ce que vous n'avez
pas encore répondu à la lettre que
que je vous écrivis à Nimegue au mois
d'Août dernier ; il me femble que je
puis aifément juftifier mon filence par
les longs & pénibles voyages que je
viens de faire , je fuis pourtant obligée
d'avouer qu'ils ne fe font point terminés
auffi triftement que vous vous le figurez.
Je me trouve affez bien ici , & je n'y
fuis pas auffi ifolée que vous le penfez :
une multitude de Grecs , de François ,
d'Anglois & d'Italiens qui font fous notre
protection , nous fait la cour depuis
le matin jufqu'au foir. Il fe trouve parmi
eux des femmes très - aimables ;tous ces
140 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , ne peuvent être en fureté ici
que fous la protection d'un Ambaffadeur,
& plus ils font riches , plus ils courent
de rifque
.
:
Au refte , toutes ces hiftoires effrayantes
qu'on vous a faites des ravages que
fait ici la pefte , font très-peu fondées
en raifon je dois convenir cependant
que j'ai eu de la peine à m'accoutumer
à ce mot qui a toûjours réveillé en moi
les plus terribles idées. Mais je fuis convaincue
que dans le fond , cette maladie
n'eft guères plus fâcheufe qu'une fiévre
maligne; je vous en donnerai une preuve
en vous difant que j'ai paffé dans deux
ou trois Villes , ou la contagion étoit trèsconfidérable.
Dans une maifon à côté
de celle où je logeois , deux perfonnes
en moururent : heureufement que je fus
reçue & traitée avec tant d'attention
qu'on me tint la chofe cachée ; on me
dit feulement que mon fecond Cuifinier
avoit un gros rhume & je laiffai mon
Médecin pour prendre foin de lui. Hier
je les vis arriver tous les deux en bonne
fanté , & on m'avoua que c'étoit la pefte
que mon Cuifinier avoit eué. Il y a beaucoup
de gens qui réchappent de cette
maladie , & la contagion ne régne pas
continuellement. Je fuis perfuadée qu'il
JUILLET . 1763. 141
feroit aisé d'en extirper ici le principe
comme on a fait en Italie & en France ;
mais elle fait fi peu de ravage , qu'on ne
s'en inquiéte guéres & qu'on ne fe
trouve pas fort à plaindre , d'être exposé
à cette funefte mais unique maladie , qui
leur tient lieu de toutes celles qui nous
affiégent , & dont ils font totalement
exempts.
*
萝
Mais à propos de maladie , je veux
vous apprendre une chofe qui vous fera,
regretter de n'être pas ici. La petite vérole
, cette contagion fi générale & fi
cruelle parmi nous , ne fait aucun mal
ici , grace à la découverte de l'Infertion.
Il y a plufieurs vieilles femmes
dont le métier eft de faire cette opération
; elles choififfent pour cet effet le
mois de Septembre , parce qu'alors les
grandes chaleurs font paffées. C'eſt la
coutume d'envoyer chez les gens de fa
connoiffance , pour demander s'il n'y a
perfonne qui veuille avoir la petite vérole.
On fe raffemble ordinairement au
nombre de quinze ou feize ; la vieille
vient avec une coquille de noix , pleine
de la matière de la petite vérole qu'elle
a eu foin de choifir de la meilleure éfpéce,
& elle vous demande quelle veine
*
་ ་
ingrafting qui veut dire proprement greffe .
142 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez qu'elle vous ouvre. Lorfque
vous avez fait votre choix , elle ouvre le
vaiffeau avec une groffe aiguille , ce qui
ne vous fait pas plus de mal qu'une
fimple égratignure , & elle introduit autant
de matière qu'il en peut tenir fur
la pointe de l'aiguille ; cela fait , elle bande
cette petite playe , qu'elle recouvre
avec un petit fragment de coquille , &
elle réïtére l'opération fur quatre ou cinq
veines. Les Grecs ont communément la
fuperftition de fe faire faire une des infertions
au milieu du front , une dans
chacun des bras & l'autre dans la poi
trine , afin de donner à cette opération
la forme du figne de la Croix . Mais
cette manière a des inconvéniens , en
ce que les playes laiffent des traces qui
marquent auffi ceux qui ne font point
fuperftitieux , aiment mieux que cette
opération foit faite aux jambes ou aux
bras , ou dans quelque partie qui foit
cachée. Les enfans & les jeunes gens
qui ont fubi l'opération , jouent enfemble
& fe divertiffent , continuant d'être
en parfaite fantéjufqu'au huitiéme jour ;
alors la fiévre les prend , & ils gardent
le lit pendant deux jours , & rarement
pendant trois. Il n'arrive guères qu'ils
ayent plus de 20 ou 30 boutons fur
JUILLET. 1763. 143
le vifage , lefquels ne laiffent jamais aucune
trace , & au bout de huit jours
le malade eft abfolument rétabli. Aux
endroits ou l'infertion a été faite , s'établit
une fupuration qui continue pendant
la maladie , & qui paroît devoir
contribuer beaucoup à la rendre bénigne.
On voit ici tous les ans plus de
mille perfonnes fe foumettre à cette
opération ; & l'Ambaffadeur de France
dit plaifament qu'on fe donne ici la petite
vérole par partie de plaifirs , comme
on va prendre les eaux dans d'autres
pays. Il n'y a pas d'exemple qu'une
feule perfonne en foit morte. Enfin vous
ne douterez pas de la perfuafion où je
fuis de la certitude de cette méthode ,
puifque je compte l'éprouver fur mon
cher petit enfant. J'ai l'efprit affez patriotique
, pour vouloir la mettre à la
mode en Angleterre , & je ne manque
rai pas d'en écrire un grand . détail à quelques-
uns de nos Médecins, fi j'en trouve
d'affez vertueux pour facrifier ainfi à l'avantage
de l'humanité, une branche auffi
confidérable de leurs revenus. En effet ,
cette maladie leur eft trop profitable, pour
ne pas expofer à leur reffentiment le
premier téméraire qui entreprendroit de
la détruire. Peut-être cependant , qu'à
144 MERCURE DE FRANCE .
mon retour j'aurai le courage d'entrer
en guerre avec eux . Admirez l'héroifme
de votre Amie , qui eft & c.
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Résumé : MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
Dans une lettre écrite depuis Constantinople, Milady Mary Wortley Montagu s'excuse pour le retard de sa correspondance, attribuant cela à des voyages longs et éprouvants. Elle se trouve actuellement entourée de divers étrangers sous la protection d'un ambassadeur. Elle dément les récits alarmistes sur la peste à Constantinople, affirmant que la maladie est comparable à une fièvre maligne et que nombreux sont ceux qui en guérissent. Milady Montagu décrit ensuite la pratique de la variolisation, une méthode de prévention de la variole très répandue et sûre dans la région. Cette procédure, effectuée par des femmes expérimentées, consiste à introduire une petite quantité de matière de la variole dans une veine. Les patients, souvent réunis pour l'opération, poursuivent leurs activités quotidiennes jusqu'à l'apparition de la fièvre après huit jours, suivie d'une guérison rapide sans cicatrices. Milady Montagu exprime son désir de faire pratiquer cette méthode sur son enfant et envisage de promouvoir cette pratique en Angleterre, malgré l'opposition probable des médecins locaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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663
p. 144-151
ARTS UTILES. CHIRURGIE. DISSERTATION sur le Lithotome caché.
Début :
L'OPÉRATION de la Lithotomie a été de tous temps, à juste titre, l'objet [...]
Mots clefs :
Instrument, Opération, Vessie, Crénelure, Incision, Lithotome, Chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : ARTS UTILES. CHIRURGIE. DISSERTATION sur le Lithotome caché.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
DISSERTATION fur le Lithotome
caché.
L'OPÉRATION de la Lithotomie
a étéde tous temps , à jufte titre , l'objet
des recherches de ceux qui fe font intéreffés
au bien de l'humanité. On a
adopté fucceffivement diverfes méthodes
, & différens inftrumens : mais les
inconvéniens inféparables de tous ces
moyens , ant toujours laiffé quelque
chofe à defirer fur ce point effentiel à
la Chirurgie. Les expériences multipliées
que j'ai faites pendant dix ans fur des
cadavres de tous les moyens propofés
jufqu'à préfent , m'ont déterminé à donner
la préférence au Biftouri caché ; &
j'ai
JUILLET. 1763 . 145
j'ai été convaincu par mes fuccès , que
cet inftrument conduit par d'habiles
mains , rend cette opération auffi füre
qu'aifée à pratiquer . Je pourrois citer
pour preuve plufieurs opérations que j'ai
faites , & qui m'ont réuffi ; mais de
crainte de rendre trop longue cette differtation
, j'en choifis une que j'ai pratiquée
en préſence de plufieurs perfonqui
ont applaudi à ma manoeuvre.
Le 15 Décembre 1762 , le Sr. Miferé
natif de St. André de la Marche , Diocéfe
d'Evreux , âgé de 64 ans , Cuifinier
de fon métier , eft entré chez moi , pour
y être délivré d'une pierre , qui depuis
12 ans lui caufoit d'exceffives douleurs.
Je lui fis pendant trois jours les préparations
ordinaires , & le 18 je l'opérai
fur les dix heures du matin , en préfence
de plufieurs de mes Confrères ; je lui
tirai une pierre pefant deux onces , de
la figure à-peu-près d'un coeur applati ;
l'inftant après l'opération , je vis avec
une furpriſe agréable couler un peu
d'urine par la voie ordinaire , qui le plus
fouvent ne reprend fon cours qu'après
quinze jours. J'abandonnai au foin de
la nature la guérifon de la plaie ; en me
contentant , de tenir comme il eft d'ufage
, les genoux du malade approchés
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'un de l'autre . J'ai ménagé les alimens
de peur que le Sujet étant replet, il ne fe
fit une trop grande fuppuration qui auroit
troublé le progrès de l'incarnation
& de la réunion, & je les lui ai augmenté
par degrés ; je lui ai toujours permis l'ufage
d'un peu de vin , à caufe de l'habitude
où il étoit d'en boire . Il n'a pas
eu un accès de fiévre ni le moindre accident
, & a été guéri en quatre femaines.
Il eft forti de mon infirmerie le 4 Février
bien portant & ayant recouvré toutes fes
forces. Il demeure actuellement rue S.
Honoré, chez un Marchand de vin , visà
- vis la rue dela Lingerie , & a repris les
fonctions de fon état.
On obtiendra toujours le même fuccès
dans cette opération , quand il n'y aura
à la veffie aucune complication dangereufe
, comme fuppuration , fongus
&c, ni maladie aux reins , aux uretéres ,
ni cacochimie dans le fujet , ni maladie
d'efprit ; & je fuis perfuadé que fi l'opération
faite avec l'inftrument que j'ai
adopté , a quelquefois été fuivie de fatalité
, c'eft à la feule manière d'opérer
qu'elle a dû être imputée : on peut en
effet en opérant tomber dans des fautes
légéres en apparence , & dont les conféquences
font très-graves. Si l'OpéraJUILLET.
1763. 147
teur par un défaut d'expérience où de
juſteffe , a donné trop d'étendue au tranchant
de fon inftrument ; ou fi en faifant
la fection , il donne à cet inftrument
une inclination trop oblique en baiſſant
trop le poignet , il peut ouvrir de gros
vaiffeaux dans le baffin , & donner lieu
à une hémorragie très-fouvent mortelle.
Si au contraire il lui donne une direction
trop droite , il intéreffera l'inteftin rectum
, dont la fection fera un grand inconvénient
pour la cure. Il y a plus , il
peut arriver , & peut être n'ai- je que
trop raifon de le foupçonner , que l'Opérateur
après fa première incifion faite ,
n'ait pas porté fon inftrument dans la
veffie : & par conféquent n'en ait point
dilaté le Sphincter : cette dilatation ayant
été manquée , on n'a pû y fuppléer qu'en
fe frayant de force avec le doigt une route
dans ce vifcère , en dilatant où déchirant
ce Sphincter. La veffe & les
parties environnantes ont été infailliblement
contufes par cette manovre . D'ailleurs
, cette route mal frayée n'a point
laiffé un efpace affez libre pour l'intraduction
des tenettes , qui pour y entrer
ont encore ajoûté à la contufion . Si
enfin on les y a fait entrer , elles ont
produit en fortant les mêmes effets ;
G ij
148 MERCURE
DE FRANCE .
,
& peut - être même a - t - on été obligé
de débrider la plaie fur la pierre , pour
en faciliter l'extraction
pour peu
qu'elle ait eu de volume . Il eſt aiſé de
fentir combien cette méprife peut occafionner
d'accidens , & jetter de trouble
dans l'économie animale ; ou le malade
périt ; ou , fi la bonté de fon tempérament
le fait furvivre à l'opération , il peut
lui refter fiftule au périnée ou incontinence
d'urine.
Il eft des règles fùres pour employer
fructueufement le lithotome caché, auxquelles
il faut bien fcrupuleufement s'affervir.
Le malade étant fitué , comme il
eft d'uſage , on introduira la fonde , &
on lui donnera une direction un peu
oblique du côté gauche ; il ne faudra
pas , pour fe donner plus d'aifance ,
apporter fur fa crénelure l'inftrument
qui doit faire la première incifion ; il
ne faudra pas , dis - je , en faire trop
bomber le dos en dehors vers le périnée ,
de crainte qu'il n'arrive ce que j'ai éprouvé
dans mes premières expériences.
Il y a douze à quatorze ans , qu'après
avoir fait l'opération fur un cadavre ,
j'ouvris le baffin pour me rendre compte
de ma manoeuvre ; je trouvai bien la
veffie ouverte , mais la feconde incifion
JUILLET. 1763. 149
étoit par- deffous le col , & ce col étoit
dans fon entier. Je foupçonnai qu'en
portant trop en dehors la courbure de
ma fonde , j'avois fait fortir de la veffie
ſon extrémité , & qu'enfuite ayant gliffé
le lithotome fur fa crénelure, j'avois pouf
fé l'un & l'autre avec force en baiffant le
poignet , & que j'avois crevé la veffie
au-deffous de fon col . Je fus convaincu
du fait par plufieurs expériences qui fuivirent
de près celle - ci , dans lefquelles
ayant eu l'attention de tenir ma fonde
bien ferme fans la déplacer , ce même
accident ne m'arriva plus.
On placera donc la fonde , comme
je l'ai dit ci -deffus , & on la maintiendra
ftable' , fans la déranger , pendant tout
le temps de l'opération ; on incifera enfuite
fur la crénelure , & on commencera
cette première incifion vis - à-vis
l'arcade du pubis , en la terminant obliquement
vers l'os if hium , en tenant
toujours la fonde ferme de la main
gauche. Il est très - effentiel , pour fe
donner plus d'aifance , & introduire.
l'inftrument caché dans la veffie , de
découvrir dans la première incifion la
crénelure de la fonde , d'un pouce , &
même quelquefois plus , à proportion
de la grandeur des fujets ; on portera
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
enfuite l'extrémité de cet inftrument
fur la crénelure de la fonde , & lorfqu'on
fera parvenu à l'avoir fait paffer
par-deffous l'arcade du pubis , on bailfera
un peu les deux mains pour faire
entrer l'inftrument & la fonde profon
dément dans la veffie ; on baiffera la
fonde du côté droit du ventre pour la
débarraffer d'avec l'inftrument , & on la
retirera la facilité qu'on aura alors à
le mouvoir , affurera qu'il eft bien dans
la veffie ; on appuiera ferme le dos de
cet inftrument fous l'arcade qui doit
fervir de point d'appui pour faire la
feconde incifion , que l'on fera exactement
parallèle à la première , en écartant
la lame de cet inftrument , fuivant
l'étendue qu'on aura jugé à propos de
lui donner , & le retirant fans quitter la
voûte de l'os pubis , qui doit toujours
fervir de bouffole . Si on a donné au
tranchant une étendue bien proportionnée
à la grandeur du fujet , & au volume
de la pierre , fon action fe paffera feulement
fur le col de la veffie & le muſcle
tranfverfe ; les gros vaiffeaux du baſſin
& le rectum feront épargnés, & l'extraction
de la pierre fera facile.
Je penfe que la defcription que je
viens de faire de la manoeuvre qu'il faut
I
151
JUILLET
. 1763 .
tenir en faisant l'opération avec le litho
tome caché , perfuadera que cette méhode
est très-füre & en même temps
fort aifée , pourvû qu'on foit attentifà
n'en rien omettre , parce que je fuis
perfuadé que l'inftrument le mieux raifonné
exige encore dans l'application
une conduite exacte , pouvant avoir des
fuites très - fàcheufes fi on s'écarte du
point de préciſion recommandé. Je n'ai
en vue , en rendant compte des raifons
qui m'ont déterminé à donner la préférence
à cet inftrument , que le bien public
, qui a toujours été le but & le feul
objet de mes travaux ; & je protefte qu'il
n'eft entré dans mon projet ni prétention
, ni adulation , ni envie de choquer
perfonne , mais fimplement , je le
répété , le bien public , & le progrès
de la Chirurgie..
Par DEJEAN , Maître en Chirurgie de Paris .
CHIRURGIE.
DISSERTATION fur le Lithotome
caché.
L'OPÉRATION de la Lithotomie
a étéde tous temps , à jufte titre , l'objet
des recherches de ceux qui fe font intéreffés
au bien de l'humanité. On a
adopté fucceffivement diverfes méthodes
, & différens inftrumens : mais les
inconvéniens inféparables de tous ces
moyens , ant toujours laiffé quelque
chofe à defirer fur ce point effentiel à
la Chirurgie. Les expériences multipliées
que j'ai faites pendant dix ans fur des
cadavres de tous les moyens propofés
jufqu'à préfent , m'ont déterminé à donner
la préférence au Biftouri caché ; &
j'ai
JUILLET. 1763 . 145
j'ai été convaincu par mes fuccès , que
cet inftrument conduit par d'habiles
mains , rend cette opération auffi füre
qu'aifée à pratiquer . Je pourrois citer
pour preuve plufieurs opérations que j'ai
faites , & qui m'ont réuffi ; mais de
crainte de rendre trop longue cette differtation
, j'en choifis une que j'ai pratiquée
en préſence de plufieurs perfonqui
ont applaudi à ma manoeuvre.
Le 15 Décembre 1762 , le Sr. Miferé
natif de St. André de la Marche , Diocéfe
d'Evreux , âgé de 64 ans , Cuifinier
de fon métier , eft entré chez moi , pour
y être délivré d'une pierre , qui depuis
12 ans lui caufoit d'exceffives douleurs.
Je lui fis pendant trois jours les préparations
ordinaires , & le 18 je l'opérai
fur les dix heures du matin , en préfence
de plufieurs de mes Confrères ; je lui
tirai une pierre pefant deux onces , de
la figure à-peu-près d'un coeur applati ;
l'inftant après l'opération , je vis avec
une furpriſe agréable couler un peu
d'urine par la voie ordinaire , qui le plus
fouvent ne reprend fon cours qu'après
quinze jours. J'abandonnai au foin de
la nature la guérifon de la plaie ; en me
contentant , de tenir comme il eft d'ufage
, les genoux du malade approchés
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'un de l'autre . J'ai ménagé les alimens
de peur que le Sujet étant replet, il ne fe
fit une trop grande fuppuration qui auroit
troublé le progrès de l'incarnation
& de la réunion, & je les lui ai augmenté
par degrés ; je lui ai toujours permis l'ufage
d'un peu de vin , à caufe de l'habitude
où il étoit d'en boire . Il n'a pas
eu un accès de fiévre ni le moindre accident
, & a été guéri en quatre femaines.
Il eft forti de mon infirmerie le 4 Février
bien portant & ayant recouvré toutes fes
forces. Il demeure actuellement rue S.
Honoré, chez un Marchand de vin , visà
- vis la rue dela Lingerie , & a repris les
fonctions de fon état.
On obtiendra toujours le même fuccès
dans cette opération , quand il n'y aura
à la veffie aucune complication dangereufe
, comme fuppuration , fongus
&c, ni maladie aux reins , aux uretéres ,
ni cacochimie dans le fujet , ni maladie
d'efprit ; & je fuis perfuadé que fi l'opération
faite avec l'inftrument que j'ai
adopté , a quelquefois été fuivie de fatalité
, c'eft à la feule manière d'opérer
qu'elle a dû être imputée : on peut en
effet en opérant tomber dans des fautes
légéres en apparence , & dont les conféquences
font très-graves. Si l'OpéraJUILLET.
1763. 147
teur par un défaut d'expérience où de
juſteffe , a donné trop d'étendue au tranchant
de fon inftrument ; ou fi en faifant
la fection , il donne à cet inftrument
une inclination trop oblique en baiſſant
trop le poignet , il peut ouvrir de gros
vaiffeaux dans le baffin , & donner lieu
à une hémorragie très-fouvent mortelle.
Si au contraire il lui donne une direction
trop droite , il intéreffera l'inteftin rectum
, dont la fection fera un grand inconvénient
pour la cure. Il y a plus , il
peut arriver , & peut être n'ai- je que
trop raifon de le foupçonner , que l'Opérateur
après fa première incifion faite ,
n'ait pas porté fon inftrument dans la
veffie : & par conféquent n'en ait point
dilaté le Sphincter : cette dilatation ayant
été manquée , on n'a pû y fuppléer qu'en
fe frayant de force avec le doigt une route
dans ce vifcère , en dilatant où déchirant
ce Sphincter. La veffe & les
parties environnantes ont été infailliblement
contufes par cette manovre . D'ailleurs
, cette route mal frayée n'a point
laiffé un efpace affez libre pour l'intraduction
des tenettes , qui pour y entrer
ont encore ajoûté à la contufion . Si
enfin on les y a fait entrer , elles ont
produit en fortant les mêmes effets ;
G ij
148 MERCURE
DE FRANCE .
,
& peut - être même a - t - on été obligé
de débrider la plaie fur la pierre , pour
en faciliter l'extraction
pour peu
qu'elle ait eu de volume . Il eſt aiſé de
fentir combien cette méprife peut occafionner
d'accidens , & jetter de trouble
dans l'économie animale ; ou le malade
périt ; ou , fi la bonté de fon tempérament
le fait furvivre à l'opération , il peut
lui refter fiftule au périnée ou incontinence
d'urine.
Il eft des règles fùres pour employer
fructueufement le lithotome caché, auxquelles
il faut bien fcrupuleufement s'affervir.
Le malade étant fitué , comme il
eft d'uſage , on introduira la fonde , &
on lui donnera une direction un peu
oblique du côté gauche ; il ne faudra
pas , pour fe donner plus d'aifance ,
apporter fur fa crénelure l'inftrument
qui doit faire la première incifion ; il
ne faudra pas , dis - je , en faire trop
bomber le dos en dehors vers le périnée ,
de crainte qu'il n'arrive ce que j'ai éprouvé
dans mes premières expériences.
Il y a douze à quatorze ans , qu'après
avoir fait l'opération fur un cadavre ,
j'ouvris le baffin pour me rendre compte
de ma manoeuvre ; je trouvai bien la
veffie ouverte , mais la feconde incifion
JUILLET. 1763. 149
étoit par- deffous le col , & ce col étoit
dans fon entier. Je foupçonnai qu'en
portant trop en dehors la courbure de
ma fonde , j'avois fait fortir de la veffie
ſon extrémité , & qu'enfuite ayant gliffé
le lithotome fur fa crénelure, j'avois pouf
fé l'un & l'autre avec force en baiffant le
poignet , & que j'avois crevé la veffie
au-deffous de fon col . Je fus convaincu
du fait par plufieurs expériences qui fuivirent
de près celle - ci , dans lefquelles
ayant eu l'attention de tenir ma fonde
bien ferme fans la déplacer , ce même
accident ne m'arriva plus.
On placera donc la fonde , comme
je l'ai dit ci -deffus , & on la maintiendra
ftable' , fans la déranger , pendant tout
le temps de l'opération ; on incifera enfuite
fur la crénelure , & on commencera
cette première incifion vis - à-vis
l'arcade du pubis , en la terminant obliquement
vers l'os if hium , en tenant
toujours la fonde ferme de la main
gauche. Il est très - effentiel , pour fe
donner plus d'aifance , & introduire.
l'inftrument caché dans la veffie , de
découvrir dans la première incifion la
crénelure de la fonde , d'un pouce , &
même quelquefois plus , à proportion
de la grandeur des fujets ; on portera
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
enfuite l'extrémité de cet inftrument
fur la crénelure de la fonde , & lorfqu'on
fera parvenu à l'avoir fait paffer
par-deffous l'arcade du pubis , on bailfera
un peu les deux mains pour faire
entrer l'inftrument & la fonde profon
dément dans la veffie ; on baiffera la
fonde du côté droit du ventre pour la
débarraffer d'avec l'inftrument , & on la
retirera la facilité qu'on aura alors à
le mouvoir , affurera qu'il eft bien dans
la veffie ; on appuiera ferme le dos de
cet inftrument fous l'arcade qui doit
fervir de point d'appui pour faire la
feconde incifion , que l'on fera exactement
parallèle à la première , en écartant
la lame de cet inftrument , fuivant
l'étendue qu'on aura jugé à propos de
lui donner , & le retirant fans quitter la
voûte de l'os pubis , qui doit toujours
fervir de bouffole . Si on a donné au
tranchant une étendue bien proportionnée
à la grandeur du fujet , & au volume
de la pierre , fon action fe paffera feulement
fur le col de la veffie & le muſcle
tranfverfe ; les gros vaiffeaux du baſſin
& le rectum feront épargnés, & l'extraction
de la pierre fera facile.
Je penfe que la defcription que je
viens de faire de la manoeuvre qu'il faut
I
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JUILLET
. 1763 .
tenir en faisant l'opération avec le litho
tome caché , perfuadera que cette méhode
est très-füre & en même temps
fort aifée , pourvû qu'on foit attentifà
n'en rien omettre , parce que je fuis
perfuadé que l'inftrument le mieux raifonné
exige encore dans l'application
une conduite exacte , pouvant avoir des
fuites très - fàcheufes fi on s'écarte du
point de préciſion recommandé. Je n'ai
en vue , en rendant compte des raifons
qui m'ont déterminé à donner la préférence
à cet inftrument , que le bien public
, qui a toujours été le but & le feul
objet de mes travaux ; & je protefte qu'il
n'eft entré dans mon projet ni prétention
, ni adulation , ni envie de choquer
perfonne , mais fimplement , je le
répété , le bien public , & le progrès
de la Chirurgie..
Par DEJEAN , Maître en Chirurgie de Paris .
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Résumé : ARTS UTILES. CHIRURGIE. DISSERTATION sur le Lithotome caché.
Le texte aborde la lithotomie, une intervention chirurgicale destinée à extraire les calculs urinaires. Après une décennie de tests, l'auteur recommande l'utilisation du lithotome caché, qu'il considère sûr et efficace lorsqu'il est manipulé par un expert. Il décrit une opération réussie réalisée le 18 décembre 1762 sur un patient de 64 ans, sans complications majeures. Cependant, il met en garde contre les risques potentiels, tels que la section de vaisseaux sanguins ou l'endommagement du rectum, soulignant l'importance de respecter les règles pour les éviter. Il mentionne également une erreur passée où il avait endommagé la vessie en courbant excessivement l'instrument. L'opération consiste à utiliser un lithotome pour extraire une pierre de la vessie. Le chirurgien Dejean, reconnu à Paris, insiste sur la nécessité de maintenir fermement la sonde. La première incision est effectuée face à l'arcade du pubis et dirigée obliquement vers l'os ilium. La crénelure de la sonde doit être découverte d'environ un pouce pour faciliter l'introduction de l'instrument. Une fois passé sous l'arcade du pubis, l'instrument est poussé profondément dans la vessie et la sonde est retirée. La seconde incision est parallèle à la première, utilisant l'arcade du pubis comme point d'appui. Si le tranchant est bien proportionné, cette méthode permet d'éviter les gros vaisseaux du bassin et le rectum, facilitant ainsi l'extraction de la pierre. Dejean affirme que cette technique est sûre et efficace à condition de suivre précisément les étapes, dans le but de servir le bien public et de contribuer au progrès de la chirurgie sans prétention.
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664
p. 217-218
« Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...] »
Début :
Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...]
Mots clefs :
Glandes, Goutte, Rhumatisme, Maux de gorges, Pommade, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...] »
Le Sr ROUSSEL donne avis au Public qu'il
trouvé un fecret pour les Glandes , la Goutte ,
Rhumatifmes & Maux de Gorge. C'est une Pommade
que
l'on applique extérieurement ; il faut
un papier brouillard , une compreffe & une bande
pardellus.
Sa demeure eft rue Jean-de- Lépine , près la
Grêve , chez M. Dumont , au Saint- Efprit.
Noms & demeures de quelques - unes des Perfonnes .
qui ont été guéries .
GLANDE S.
YO
M. de Gomicour , Commiffaire des Chevaux-
Légers de la Gardes, des Glandes au col..
La Fille- de-Chambre de Madame Poriquet ,
Procureur au Grand - Confeil , rue Baillet .
Mlle Toutain , qui en avoit vingt à la poitrine
, depuis fept ans , rue Quincampoix , vis -à- vis
la Porte de Loriens.
Madame le Prince , Fruitiere , au Marché S.
Germain.
M. Davenne , rue S. Martin , vis- à -vis S. Nicolas
des Champs .
I. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
Madame Chopin , rue de Varenne , vis - à-vis
l'Hôtel de M. de Biron .
La Fille du fieur Flechy , vis - à-vis S. François
de Sales , à Iffy.
GOUTTE S.
M. Toutain , Maître Eventaillifte , rue Quincampois
, vis-à-vis la Porte de Loriens .
Comtois , Cocher de M. le Lieutenant de Roi
aux Invalides ,
Le nommé Pereau , garçon à M. Martin , à la
Compagnie des Indes.
M. Robert , Entrepreneur de la Menuiserie des
Invalides.
Parce reméde on eft foulagé dans le quart d'heure.
trouvé un fecret pour les Glandes , la Goutte ,
Rhumatifmes & Maux de Gorge. C'est une Pommade
que
l'on applique extérieurement ; il faut
un papier brouillard , une compreffe & une bande
pardellus.
Sa demeure eft rue Jean-de- Lépine , près la
Grêve , chez M. Dumont , au Saint- Efprit.
Noms & demeures de quelques - unes des Perfonnes .
qui ont été guéries .
GLANDE S.
YO
M. de Gomicour , Commiffaire des Chevaux-
Légers de la Gardes, des Glandes au col..
La Fille- de-Chambre de Madame Poriquet ,
Procureur au Grand - Confeil , rue Baillet .
Mlle Toutain , qui en avoit vingt à la poitrine
, depuis fept ans , rue Quincampoix , vis -à- vis
la Porte de Loriens.
Madame le Prince , Fruitiere , au Marché S.
Germain.
M. Davenne , rue S. Martin , vis- à -vis S. Nicolas
des Champs .
I. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
Madame Chopin , rue de Varenne , vis - à-vis
l'Hôtel de M. de Biron .
La Fille du fieur Flechy , vis - à-vis S. François
de Sales , à Iffy.
GOUTTE S.
M. Toutain , Maître Eventaillifte , rue Quincampois
, vis-à-vis la Porte de Loriens .
Comtois , Cocher de M. le Lieutenant de Roi
aux Invalides ,
Le nommé Pereau , garçon à M. Martin , à la
Compagnie des Indes.
M. Robert , Entrepreneur de la Menuiserie des
Invalides.
Parce reméde on eft foulagé dans le quart d'heure.
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Résumé : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...] »
Le Sr ROUSSEL révèle au public un secret pour traiter les glandes, la goutte, les rhumatismes et les maux de gorge. Ce remède consiste en une pommade appliquée extérieurement, nécessitant un papier brouillard, une compresse et une bande pardellus. Le Sr ROUSSEL réside rue Jean-de-Lépine, près la Grève, chez M. Dumont, au Saint-Efprit. Plusieurs personnes ont été guéries grâce à ce remède. Parmi elles, M. de Gomicour, commissaire des Chevaux-Légers de la Garde, souffrant de glandes au cou ; la fille de chambre de Madame Poriquet, procureur au Grand-Conseil, rue Baillet ; Mlle Toutain, ayant vingt glandes à la poitrine depuis sept ans, rue Quincampoix ; Madame le Prince, fruitière au Marché Saint-Germain ; M. Davenne, rue Saint-Martin ; Madame Chopin, rue de Varenne ; et la fille du sieur Flechy, à Issy. Pour la goutte, les personnes guéries incluent M. Toutain, maître éventailliste, rue Quincampoix ; Comtois, cocher de M. le Lieutenant du Roi aux Invalides ; le nommé Pereau, garçon à M. Martin, à la Compagnie des Indes ; et M. Robert, entrepreneur de la menuiserie des Invalides. Le soulagement est rapide, intervenant dans le quart d'heure suivant l'application du remède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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665
p. 116-128
SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
Début :
LE prix de cette année, sur les maladies de l'oreille, consistant en une [...]
Mots clefs :
Corps, Académie, Malade, Chirurgien, Mémoire, Plaie, Genou, Réduction, Maladies de l'oreille
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
SÉANCEpublique de l'Académie Royale
de Chirurgie , tenue le 14 Avril 1763 .
L E prix de cette année , fur les maladies
de l'oreille , confiftant en une
Médaille d'or , de cinq cens livres , fondée
par feu M. de la Peyronie , a été
remporté par M. Léchevin , Chirurgien
de l'Hôpital général de Rouen.
L'Académie a adjugé une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres
connue fous le nom de prix d'émulation,
à M. Marrigues , Maître en Chirurgie à
Verfailles. Les cinq petites Médailles
ont été méritées par des obfervations
intéreffantes fournies dans le courant de
l'année précédente , & ont été diftribuées
à MM. Lefne & Beaupreau , Académiciens
de la Claffe des Libres ; à
M. Moublet , Chirurgien à Taiafcon ;
à M. Philippe , Chirurgien à Chartres ;
JUILLET. 1763. 117
& à M. Jean-Daniel Mittelhauffer , Phy
ficien de la Province de Weiffenfels.
Après la diftribution des prix , M. Moprononça
les éloges de M. Daviel ,
Affocié de l'Académie , & Oculiste du
Roi , & de M. Faget , Vice -Directeur
de l'Académie .
rand
M. Daviel s'étoit adonné par goût à la
Chirurgie des yeux , dans laquelle il a
bien mérité de fes Contemporains & de
la postérité par l'opération de la cataracte
dont il faifoit l'extraction , au moyen
d'une incifion demi- circulaire pratiquée
à la partie inférieure de la cornée tranfparente.
Le Mémoire qu'il a donné fur
fa Méthode d'opérer , eft inféré dans le
fecond tome de ceux de l'Académie
Royale de Chirurgie ; il étoit Membre
de plufieurs Sociétés Sçavantes , & eft
mort à Genêve , l'année derniere .
M. Faget avoit été éléve du célébre
M. Petit. Sa réputation avoit commencé
par les fuccès qu'il eut dans la maifon de
Condé , étant Chirurgien de Madame la
Ducheffe- Douairière. Elle augmenta au
point de mettre M. Faget à côté des Praticiens
le plus en vogue , & de lui mériter
de grands Seigneurs pour amis. Il étoit
Confeiller de l'Académie depuis l'année
de fa création en 1731. Il a été pendant
118 MERCURE DE FRANCE .
dix ans Chirurgien de l'Hôpital de la
Charité , tant en qualité de Subſtitut
que de Chirurgien en Chef. Il fe diftingua
dans cette place par fon zéle pour
les pauvres . Il étoit Membre de la Société
Royale de Londres , & Vice - Directeur
de l'Académie de Chirurgie , lorſqu'une
'mort prompte l'enleva l'année dernière.
Il avoit donné à ces deux Compagnies
de fort bons Mémoires fur différens
fujets.
M. Levacher lut des réfléxions fur le
changement de direction des balles , par
la réfiftance des parties molles. Pour peu
qu'on ait eu occafion de traiter des
playes d'armes à feu,on a remarqué que
l'entrée & la fortie d'une balle ne font
pas les extrêmités d'une ligne droite ; &
l'on conçoit que les parties offeufes peuvent
, en détournant le corps étranger ,
être la caufe de cette déviation . M. Leva
cher prouve par plufieurs obfervations
dont l'expofé eft utile & inftructif, que
les feules parties molles , lorfqu'elles font
frappées felon une direction affez oblique
à leur furface , font des obftacles
fuffifans pour changer la voie des balles.
A ces faits fuccéde une démonftration
par les loix du mouvement , dans
laquelle l'Auteur explique comment la
JUILLET. 1763. 119
déviation a lieu dans le choc oblique
par la ligne de direction qui participe de
la perpendiculaire & de Phoriontale.
M. Fabre fit enfuite la lecture d'un
Mémoire fur une nouvelle méthode de
réduire la luxation & la fracture de la
cuiffe & du bras . Il établit pour principe
que la difficulté des réductions vient
moins de la réfiftance qu'oppofe la contraction
involontaire des muſcles , que
du lieu où l'on applique les forces qui
font l'extenfion & la contre - extenfion.
La régle générale établie pour l'extenfion
, eft d'appliquer la puiffance à l'os
même fracturé ou luxé. M. Dupouy ,
Membre de l'Académie , dans un Mémoire
qu'il a lu précédemment , affure
avoir réuffi avec très - peu d'efforts dans
la réduction de quelques luxations , en
tirant le membre par un endroit plus
éloigné , comme au-deffus du poignet
pour la réduction de l'os du bras ; &
par le pied , pour la luxation de la cuiffe.
Un homme s'étoit luxé la cuiffe en
montant derrière un caroffe : la tête de
l'os fut portée avec violence à la partie
poftérieure de la cavité de l'os de la
hanche , & fe logea dans l'intervalle
des muſcles feffiers. Un Chirurgien qui
vit le malade prèſqu'à l'inſtant de l'acci120
MERCURE DE FRANCE.
dent fit beaucoup d'efforts inutiles
quoique bien dirigés fuivant les régles
reçues pour la réduction de cette luxation
. M. Dupouy appellé dans cette circonftance
, étendit horizontalement la
cuiffe malade contre la faine , & pendant
qu'un aide appuyoit avec les mains
fur le genou , il alla prendre le pied : à
peine l'eut - il tiré , fans employer beaucoup
de forces , que le bruit de la tête
de l'os annonça qu'elle étoit rentrée
dans fa cavité. L'événement qui furprit
tout le monde , fut prèfque auffi prompt
qu'un clin d'oeil. M. Fabre adopte le procédé
qui a eu un fuccès fi favorable : il
a eu l'occafion de prouver la fupériorité
de cette méthode ; & il rend raiſon de
la facilité avec laquelle cette opération
réuffit. Les liens deftinés à faire les
extenfions n'agiffent plus fur les muſcles
qui doivent être allongés, de là vient
la moindre douleur , & l'abfence des obftacles
qui s'oppofoient au fuccès de l'extenfion.
M.Fabre rend à cet égard tout ce
qui eftdû à M. Dupouy; mais on n'a levé,
dit il, par cette perfection , que la moindre
des difficultés qu'on rencontre dans
la réduction du fémur ou de l'humerus
luxés ou fracturés , furtout près de
leur col. La principale vient , felon M.
Fabre ,
JUILLET. 1763. 121
Fabre , de la manière dont fe fait la contre-
extenfion . Il y avoit bien eu quelques
objections , il y a environ quarante
ans,contre une nouvelle méthode d'opérer
dans la luxation du bras ,par lefquelles
on blâmoit l'effort qu'on y faifoit contre
les muſcles ; mais M. Fabre ne fe contente
pas de la connoiffance du mal ;
occupé de la recherche des moyens de
faire le bien , il abandonne une critique
jufte mais ftérile , & donne des
principes lumineux fur la manière de
faire la contre - extenfion . Il prouve
que dans la réduction de lacuiffe , par
exemple , le lacq pofé dans le pli de
l'aîne , pour empêcher le corps de fuivre
l'extenfion , s'il eft mis , comme il
étoit d'ufage , du côté malade , porte
fur l'attache des mufcles triceps , & que
ce moyen nuit à la contre- extenfion au
lieu de la favorifer ; puifqu'il comprime
des muſcles qui doivent céder aux efforts
de l'extenfion . M. Fabre confeille
de retenir le corps en plaçant le lacq du
côté fain ; & pour empêcher que le baffin
n'obéiffe obliquement du côté malade
aux extenfions , il prefcrit un ſecond
lacq qui embraffe le baffin du
côté malade , dans l'intervalle qui est
entre la crête de l'os des îles & l'articu-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
lation de la cuiffe : on en fait tenir les
extrémités , du côté oppofé , obliquement
de bas en haut. Par ce double
moyen le baffin eft fixé immobilement
& les mufcles font libres.
On ne peut trop louer des vues auffi
méthodiques , dont l'application aux
différentes parties du corps , rendra donavant
la Chirurgie des fractures & des
luxations , plus douce & plus parfaite.
M. Louis lut enfuite un Mémoire fur
une queftion anatomique relative à la
Jurifprudence , dans lequel il établit les
principes , pour diftinguer à l'infpection
d'un corps trouvé pendu , les fignes du
fuicide d'avec ceux de l'affaffinat. L'utilité
dont cet Ouvrage a été jugé , a
déterminé l'Auteur à le faire imprimer
peu de temps après ; & il en a été rendu
compte dans un des Mercures précédens
, comme d'une nouveauté littéraire
: nous renvoyons à cet extrait
pour le fonds de la doctrine , & nous nous
contenterons de rappeller ici un point
particulier de ce Mémoire.
Le principal foin d'un Chirurgien ap
pellé pour conftater l'état d'un homme
trouvé pendu , n'eft pas fimplement ,
dit M. Louis , de remarquer d'un premier
coup d'oeil , toutes les circonftances
JUILLET. 1763 . 123
qui peuvent l'aider dans le jugement
qu'il aura à porter ; mais il doit examiner
fi le Sujet ne feroit pas encore dans
le cas de recevoir des fecours capables de
le rappeller à la vie . L'expérience a prouvé
que des hommes qu'un délire mélancolique
avoit portés à fe défaire euxmêmes
, ont été délivrés à temps du lien
fatal qui auroit rendu leur mort inévita
ble. On a même fauvé la vie à des gens
qui avoient paffé par les mains de l'Exécuteur
de la Juftice : c'eft furtout dans
les armées que ces exemples ont été fréquens.
En fuppofant , continue l'Auteur,
que les bienfaits de l'Art , ne puiffent
dans aucun cas être refervés aux malfaiteurs
, les refufera-t- on aux victimes infortunées
du dérangement de leur propre
efprit. M. Louis applique aux pendus
les raifons qui permettent de donner des
fecours à ceux qu'on croit noyés, avant
toute formalité de Juftice . On perdroit
un temps trop précieux s'il falloit dans
ces différens cas , attendre que les Officiers
chargés de la Police euffent fait les
Procès- verbaux auxquels leurs fonctions
les obligent. L'humanité profcrit tout
délai dans des occafions auffi preffantes.
Ce feroit une barbarie que de différer
P'ufage des moyens capables de rappeller
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à la vie ceux qui paroîtroient fufceptibles
de quelques fecours. La Juſtice eft
intéreffée elle -même à les ordonner'
parce que les foins d'un habile Chirurgien
peuvent procurerla plus parfaite connoiffance
des caufes du délit. M. Louis
cite à ce fujet l'opération faite par le
célébre Ambroife Paré à un Allemand :
Penfionnaire d'un Banquier de Paris ,
qui s'étoit coupé la gorge dans un accès
de phrénéfie. Le domeftique du bleffé
& fon Hôte , prifonniers au Châtelet de
Paris , auroient eu peine à ſe juſtifier de
l'accufation de l'avoir affaffiné , fi la
playe quoique mortelle par fa nature ,
n'avoit pas été méthodiquement réunie .
Ce fecours ne pouvoit être d'aucune
utilité à la confervation de la vie du
bleffé ; mais il le mit en état de parler ,
& de confeffer qu'il avoit attenté luimême
à fa vie. M. Louis tire de ce fait
intéreffant des inductions concernant
l'affaire de Toulouſe. Il paroît par diverfes
circonstances que le Sujet trouvé
pendu pouvoit n'être pas mort , lorsqu'il
a été vifité par l'Eléve en Chirurgie
appellé dans l'intention de le fecourir :
quel contrafte dans les fuites de cette
funefte avanture , fi cet homme avoit été
fecouru , & qu'il eût pu l'être efficaceJUILLET.
1763. 125
ment ! L'Auteur ajoute pour l'intérêt public
, que l'on néglige trop la connoiffance
des vrais fignes qui caractèrifent
la mort certaine ; connoiffance dont on
a tant d'occafions de faire ufage dans le
cours de la vie , foit pour fes parens ,
foit pour fes amis; & que chacun devroit
defirer dans les autres afin d'en tirer le
fruit foi -même dans le cas malheureux
d'une mortincertaine . M. Louis rappelle
à ce fujet fon traité fur la certitude des la
fignes de mort , où il raffure les Citoyens
de la crainte d'être enterrés vivans.
Après la lecture de ce Mémoire , M.
Sabatier fit celle d'une obfervation fur
un Corps étranger placé dans l'articula .
tion du genou. Un Soldat invalide avoit
les mouvemens de cette partie douloureux
& extrêmement difficiles. On y
fentoit un corps étranger d'une figure
irrégulière , du volume d'une féve de
haricot & fort mobile . Le malade. penfoit
que ce corps s'étoit détaché fubitement
de deffous la rotule , & cela
avoit été précédé de douleurs & de gonflemens
qui ne cédérent aux faignées &
aux émolliens qu'au bout de quatre
jours. Ce corps étranger étoit tantôt au
côté interne , tantôt au côté externe du
genou. M. Sabatier , pour qui cette
Fi
126 MERCURE DE FRANCE.
maladie ' étoit nouvelle , n'eut pas la timidité
des Chirurgiens que le malade
avoit confultés précédemment : aucun
n'avoit ofé en faire l'extraction ; il l'a
pratiqué ; le corps étranger , quoique
fort mobile , pouvoit aifément être affujetti.
Il étoit facile de faire une incifion
& de le tirer ; mais les Confrères dont
P'Auteur rechercha les confeils , ne le
raffuroient pas fur l'événement , Les uns
craignoient une ankylofe ou foudure
de l'articulation ; les autres une fiftule.
Ces craintes ne rallentirent pas le zéle
de M. Sabatier pour le foulagement du
malade . L'opération ne fut ni longue ni
douloureufe. Le corps étranger avoit la
couleur & la confiftance de vrai cartilage.
La fortie de ce corps fut fuivie de
l'écoulement d'une médiocre quantité
de fynovie. La réunion de la playe fur
tentée par un bandage uniffant & par
la fituation de la partie maintenue dans
des fanons ; le quatrième jour le gonflement
du genou & une tumeur formée
par l'amas de la fynovie , obligérent d'écarter
les bords de la playe pour procu
rer une libre iffue à cette humeur. On
laiffa la playe dans cet état ; au bout de
huit jours la fynovie ceffa de couler ,
les lévres de la playe fe rapprochérent
JUILLET. 1763. 127
infenfiblement , & elle fe confolida entiérement.
Il n'y avoit plus que de la roideur
qu'on tâcha de vaincre vers le
vingtiéme jour , & l'on y parvint peuà
-peu. La guérifon paroiffoit complette
au bout de trois mois ; mais le malade
eft retombé depuis dans un état qui
approche du premier. Il a conftamment ,
fous la rotule une douleur qu'il croit caufée
par un nouveau corps étranger, parce
qu'elle eft toute femblable à celle qu'il
éprouvoit avant qu'on l'opérât.Ce corps
ne s'eft pas encore rendu fenfible au
toucher. S'il le devenoit & qu'il fût mobile
comme le premier , faudroit- il faire
une opération pour en délivrer le
malade M. Sabatier defire que ceux
qui auroient des obfervations de ce
genre les communiquent à l'Académie .
Il feroit utile de conftater la nature de
cette espéce de corps étranger ; de fçavoir
fi l'ouverture des articulations ne
peut point avoir de fuites fâcheufes , &
fi les récidives font plus ou moins à
craindre . On ne peut trop multiplier ces
faits , combiner de raifons , & prévoir
de conféquences pour établir fur tous ces
points des principes certains & falutaires .
M. Pibrac , Directeur de l'Académie ,
termina la Séance par la lecture d'un
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire très- utile & qui fut fort applau
di , fur l'ufage du ſublimé corrofif dans
le traitement des maladies vénériennes.
M. Pibrac ne s'eft pas laiffé féduire par
les autorités qui ont voulu accréditer un
poifon plus dangereux que la maladie
qu'on a prétendu guérir par fon ufage:
Il en fait connoître les pernicieux effets
dans l'application extérieure ; il paffe enfuite
aux dangers dont le fublimé corrofif
a été fuivi lorfqu'on l'a adminiſtré
intérieurement. Il a recueilli des faits fur
cette pratique meurtrière qu'il feroit
avantageux de publier pour le bien de
l'humanité : on doit l'efpérer du zele
de M. Pibrac ; pour l'y déterminer , il
fuffira de lui rappeller ce qu'il dit dans
fon Mémoire d'après le jugement de la
Faculté de Halle contre ceux qui employent
le fublimé corrofif, même extérieurement
.... Le fort de ceux- là eft .
à plaindre , qui ont le malheur de tomber
entre les mains de pareils affaffins ;
car quand bien même il leur arrive d'échapper
à la mort , leur fanté ne manque
pas de recevoir des atteintes funeftes
: ils traînent une vie languiffante ;
& ce qu'il y a de plus fatal , c'eft qu'ils
ne foupçonnent feulement pas la fource
des maux qu'ils endurent....
de Chirurgie , tenue le 14 Avril 1763 .
L E prix de cette année , fur les maladies
de l'oreille , confiftant en une
Médaille d'or , de cinq cens livres , fondée
par feu M. de la Peyronie , a été
remporté par M. Léchevin , Chirurgien
de l'Hôpital général de Rouen.
L'Académie a adjugé une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres
connue fous le nom de prix d'émulation,
à M. Marrigues , Maître en Chirurgie à
Verfailles. Les cinq petites Médailles
ont été méritées par des obfervations
intéreffantes fournies dans le courant de
l'année précédente , & ont été diftribuées
à MM. Lefne & Beaupreau , Académiciens
de la Claffe des Libres ; à
M. Moublet , Chirurgien à Taiafcon ;
à M. Philippe , Chirurgien à Chartres ;
JUILLET. 1763. 117
& à M. Jean-Daniel Mittelhauffer , Phy
ficien de la Province de Weiffenfels.
Après la diftribution des prix , M. Moprononça
les éloges de M. Daviel ,
Affocié de l'Académie , & Oculiste du
Roi , & de M. Faget , Vice -Directeur
de l'Académie .
rand
M. Daviel s'étoit adonné par goût à la
Chirurgie des yeux , dans laquelle il a
bien mérité de fes Contemporains & de
la postérité par l'opération de la cataracte
dont il faifoit l'extraction , au moyen
d'une incifion demi- circulaire pratiquée
à la partie inférieure de la cornée tranfparente.
Le Mémoire qu'il a donné fur
fa Méthode d'opérer , eft inféré dans le
fecond tome de ceux de l'Académie
Royale de Chirurgie ; il étoit Membre
de plufieurs Sociétés Sçavantes , & eft
mort à Genêve , l'année derniere .
M. Faget avoit été éléve du célébre
M. Petit. Sa réputation avoit commencé
par les fuccès qu'il eut dans la maifon de
Condé , étant Chirurgien de Madame la
Ducheffe- Douairière. Elle augmenta au
point de mettre M. Faget à côté des Praticiens
le plus en vogue , & de lui mériter
de grands Seigneurs pour amis. Il étoit
Confeiller de l'Académie depuis l'année
de fa création en 1731. Il a été pendant
118 MERCURE DE FRANCE .
dix ans Chirurgien de l'Hôpital de la
Charité , tant en qualité de Subſtitut
que de Chirurgien en Chef. Il fe diftingua
dans cette place par fon zéle pour
les pauvres . Il étoit Membre de la Société
Royale de Londres , & Vice - Directeur
de l'Académie de Chirurgie , lorſqu'une
'mort prompte l'enleva l'année dernière.
Il avoit donné à ces deux Compagnies
de fort bons Mémoires fur différens
fujets.
M. Levacher lut des réfléxions fur le
changement de direction des balles , par
la réfiftance des parties molles. Pour peu
qu'on ait eu occafion de traiter des
playes d'armes à feu,on a remarqué que
l'entrée & la fortie d'une balle ne font
pas les extrêmités d'une ligne droite ; &
l'on conçoit que les parties offeufes peuvent
, en détournant le corps étranger ,
être la caufe de cette déviation . M. Leva
cher prouve par plufieurs obfervations
dont l'expofé eft utile & inftructif, que
les feules parties molles , lorfqu'elles font
frappées felon une direction affez oblique
à leur furface , font des obftacles
fuffifans pour changer la voie des balles.
A ces faits fuccéde une démonftration
par les loix du mouvement , dans
laquelle l'Auteur explique comment la
JUILLET. 1763. 119
déviation a lieu dans le choc oblique
par la ligne de direction qui participe de
la perpendiculaire & de Phoriontale.
M. Fabre fit enfuite la lecture d'un
Mémoire fur une nouvelle méthode de
réduire la luxation & la fracture de la
cuiffe & du bras . Il établit pour principe
que la difficulté des réductions vient
moins de la réfiftance qu'oppofe la contraction
involontaire des muſcles , que
du lieu où l'on applique les forces qui
font l'extenfion & la contre - extenfion.
La régle générale établie pour l'extenfion
, eft d'appliquer la puiffance à l'os
même fracturé ou luxé. M. Dupouy ,
Membre de l'Académie , dans un Mémoire
qu'il a lu précédemment , affure
avoir réuffi avec très - peu d'efforts dans
la réduction de quelques luxations , en
tirant le membre par un endroit plus
éloigné , comme au-deffus du poignet
pour la réduction de l'os du bras ; &
par le pied , pour la luxation de la cuiffe.
Un homme s'étoit luxé la cuiffe en
montant derrière un caroffe : la tête de
l'os fut portée avec violence à la partie
poftérieure de la cavité de l'os de la
hanche , & fe logea dans l'intervalle
des muſcles feffiers. Un Chirurgien qui
vit le malade prèſqu'à l'inſtant de l'acci120
MERCURE DE FRANCE.
dent fit beaucoup d'efforts inutiles
quoique bien dirigés fuivant les régles
reçues pour la réduction de cette luxation
. M. Dupouy appellé dans cette circonftance
, étendit horizontalement la
cuiffe malade contre la faine , & pendant
qu'un aide appuyoit avec les mains
fur le genou , il alla prendre le pied : à
peine l'eut - il tiré , fans employer beaucoup
de forces , que le bruit de la tête
de l'os annonça qu'elle étoit rentrée
dans fa cavité. L'événement qui furprit
tout le monde , fut prèfque auffi prompt
qu'un clin d'oeil. M. Fabre adopte le procédé
qui a eu un fuccès fi favorable : il
a eu l'occafion de prouver la fupériorité
de cette méthode ; & il rend raiſon de
la facilité avec laquelle cette opération
réuffit. Les liens deftinés à faire les
extenfions n'agiffent plus fur les muſcles
qui doivent être allongés, de là vient
la moindre douleur , & l'abfence des obftacles
qui s'oppofoient au fuccès de l'extenfion.
M.Fabre rend à cet égard tout ce
qui eftdû à M. Dupouy; mais on n'a levé,
dit il, par cette perfection , que la moindre
des difficultés qu'on rencontre dans
la réduction du fémur ou de l'humerus
luxés ou fracturés , furtout près de
leur col. La principale vient , felon M.
Fabre ,
JUILLET. 1763. 121
Fabre , de la manière dont fe fait la contre-
extenfion . Il y avoit bien eu quelques
objections , il y a environ quarante
ans,contre une nouvelle méthode d'opérer
dans la luxation du bras ,par lefquelles
on blâmoit l'effort qu'on y faifoit contre
les muſcles ; mais M. Fabre ne fe contente
pas de la connoiffance du mal ;
occupé de la recherche des moyens de
faire le bien , il abandonne une critique
jufte mais ftérile , & donne des
principes lumineux fur la manière de
faire la contre - extenfion . Il prouve
que dans la réduction de lacuiffe , par
exemple , le lacq pofé dans le pli de
l'aîne , pour empêcher le corps de fuivre
l'extenfion , s'il eft mis , comme il
étoit d'ufage , du côté malade , porte
fur l'attache des mufcles triceps , & que
ce moyen nuit à la contre- extenfion au
lieu de la favorifer ; puifqu'il comprime
des muſcles qui doivent céder aux efforts
de l'extenfion . M. Fabre confeille
de retenir le corps en plaçant le lacq du
côté fain ; & pour empêcher que le baffin
n'obéiffe obliquement du côté malade
aux extenfions , il prefcrit un ſecond
lacq qui embraffe le baffin du
côté malade , dans l'intervalle qui est
entre la crête de l'os des îles & l'articu-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
lation de la cuiffe : on en fait tenir les
extrémités , du côté oppofé , obliquement
de bas en haut. Par ce double
moyen le baffin eft fixé immobilement
& les mufcles font libres.
On ne peut trop louer des vues auffi
méthodiques , dont l'application aux
différentes parties du corps , rendra donavant
la Chirurgie des fractures & des
luxations , plus douce & plus parfaite.
M. Louis lut enfuite un Mémoire fur
une queftion anatomique relative à la
Jurifprudence , dans lequel il établit les
principes , pour diftinguer à l'infpection
d'un corps trouvé pendu , les fignes du
fuicide d'avec ceux de l'affaffinat. L'utilité
dont cet Ouvrage a été jugé , a
déterminé l'Auteur à le faire imprimer
peu de temps après ; & il en a été rendu
compte dans un des Mercures précédens
, comme d'une nouveauté littéraire
: nous renvoyons à cet extrait
pour le fonds de la doctrine , & nous nous
contenterons de rappeller ici un point
particulier de ce Mémoire.
Le principal foin d'un Chirurgien ap
pellé pour conftater l'état d'un homme
trouvé pendu , n'eft pas fimplement ,
dit M. Louis , de remarquer d'un premier
coup d'oeil , toutes les circonftances
JUILLET. 1763 . 123
qui peuvent l'aider dans le jugement
qu'il aura à porter ; mais il doit examiner
fi le Sujet ne feroit pas encore dans
le cas de recevoir des fecours capables de
le rappeller à la vie . L'expérience a prouvé
que des hommes qu'un délire mélancolique
avoit portés à fe défaire euxmêmes
, ont été délivrés à temps du lien
fatal qui auroit rendu leur mort inévita
ble. On a même fauvé la vie à des gens
qui avoient paffé par les mains de l'Exécuteur
de la Juftice : c'eft furtout dans
les armées que ces exemples ont été fréquens.
En fuppofant , continue l'Auteur,
que les bienfaits de l'Art , ne puiffent
dans aucun cas être refervés aux malfaiteurs
, les refufera-t- on aux victimes infortunées
du dérangement de leur propre
efprit. M. Louis applique aux pendus
les raifons qui permettent de donner des
fecours à ceux qu'on croit noyés, avant
toute formalité de Juftice . On perdroit
un temps trop précieux s'il falloit dans
ces différens cas , attendre que les Officiers
chargés de la Police euffent fait les
Procès- verbaux auxquels leurs fonctions
les obligent. L'humanité profcrit tout
délai dans des occafions auffi preffantes.
Ce feroit une barbarie que de différer
P'ufage des moyens capables de rappeller
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à la vie ceux qui paroîtroient fufceptibles
de quelques fecours. La Juſtice eft
intéreffée elle -même à les ordonner'
parce que les foins d'un habile Chirurgien
peuvent procurerla plus parfaite connoiffance
des caufes du délit. M. Louis
cite à ce fujet l'opération faite par le
célébre Ambroife Paré à un Allemand :
Penfionnaire d'un Banquier de Paris ,
qui s'étoit coupé la gorge dans un accès
de phrénéfie. Le domeftique du bleffé
& fon Hôte , prifonniers au Châtelet de
Paris , auroient eu peine à ſe juſtifier de
l'accufation de l'avoir affaffiné , fi la
playe quoique mortelle par fa nature ,
n'avoit pas été méthodiquement réunie .
Ce fecours ne pouvoit être d'aucune
utilité à la confervation de la vie du
bleffé ; mais il le mit en état de parler ,
& de confeffer qu'il avoit attenté luimême
à fa vie. M. Louis tire de ce fait
intéreffant des inductions concernant
l'affaire de Toulouſe. Il paroît par diverfes
circonstances que le Sujet trouvé
pendu pouvoit n'être pas mort , lorsqu'il
a été vifité par l'Eléve en Chirurgie
appellé dans l'intention de le fecourir :
quel contrafte dans les fuites de cette
funefte avanture , fi cet homme avoit été
fecouru , & qu'il eût pu l'être efficaceJUILLET.
1763. 125
ment ! L'Auteur ajoute pour l'intérêt public
, que l'on néglige trop la connoiffance
des vrais fignes qui caractèrifent
la mort certaine ; connoiffance dont on
a tant d'occafions de faire ufage dans le
cours de la vie , foit pour fes parens ,
foit pour fes amis; & que chacun devroit
defirer dans les autres afin d'en tirer le
fruit foi -même dans le cas malheureux
d'une mortincertaine . M. Louis rappelle
à ce fujet fon traité fur la certitude des la
fignes de mort , où il raffure les Citoyens
de la crainte d'être enterrés vivans.
Après la lecture de ce Mémoire , M.
Sabatier fit celle d'une obfervation fur
un Corps étranger placé dans l'articula .
tion du genou. Un Soldat invalide avoit
les mouvemens de cette partie douloureux
& extrêmement difficiles. On y
fentoit un corps étranger d'une figure
irrégulière , du volume d'une féve de
haricot & fort mobile . Le malade. penfoit
que ce corps s'étoit détaché fubitement
de deffous la rotule , & cela
avoit été précédé de douleurs & de gonflemens
qui ne cédérent aux faignées &
aux émolliens qu'au bout de quatre
jours. Ce corps étranger étoit tantôt au
côté interne , tantôt au côté externe du
genou. M. Sabatier , pour qui cette
Fi
126 MERCURE DE FRANCE.
maladie ' étoit nouvelle , n'eut pas la timidité
des Chirurgiens que le malade
avoit confultés précédemment : aucun
n'avoit ofé en faire l'extraction ; il l'a
pratiqué ; le corps étranger , quoique
fort mobile , pouvoit aifément être affujetti.
Il étoit facile de faire une incifion
& de le tirer ; mais les Confrères dont
P'Auteur rechercha les confeils , ne le
raffuroient pas fur l'événement , Les uns
craignoient une ankylofe ou foudure
de l'articulation ; les autres une fiftule.
Ces craintes ne rallentirent pas le zéle
de M. Sabatier pour le foulagement du
malade . L'opération ne fut ni longue ni
douloureufe. Le corps étranger avoit la
couleur & la confiftance de vrai cartilage.
La fortie de ce corps fut fuivie de
l'écoulement d'une médiocre quantité
de fynovie. La réunion de la playe fur
tentée par un bandage uniffant & par
la fituation de la partie maintenue dans
des fanons ; le quatrième jour le gonflement
du genou & une tumeur formée
par l'amas de la fynovie , obligérent d'écarter
les bords de la playe pour procu
rer une libre iffue à cette humeur. On
laiffa la playe dans cet état ; au bout de
huit jours la fynovie ceffa de couler ,
les lévres de la playe fe rapprochérent
JUILLET. 1763. 127
infenfiblement , & elle fe confolida entiérement.
Il n'y avoit plus que de la roideur
qu'on tâcha de vaincre vers le
vingtiéme jour , & l'on y parvint peuà
-peu. La guérifon paroiffoit complette
au bout de trois mois ; mais le malade
eft retombé depuis dans un état qui
approche du premier. Il a conftamment ,
fous la rotule une douleur qu'il croit caufée
par un nouveau corps étranger, parce
qu'elle eft toute femblable à celle qu'il
éprouvoit avant qu'on l'opérât.Ce corps
ne s'eft pas encore rendu fenfible au
toucher. S'il le devenoit & qu'il fût mobile
comme le premier , faudroit- il faire
une opération pour en délivrer le
malade M. Sabatier defire que ceux
qui auroient des obfervations de ce
genre les communiquent à l'Académie .
Il feroit utile de conftater la nature de
cette espéce de corps étranger ; de fçavoir
fi l'ouverture des articulations ne
peut point avoir de fuites fâcheufes , &
fi les récidives font plus ou moins à
craindre . On ne peut trop multiplier ces
faits , combiner de raifons , & prévoir
de conféquences pour établir fur tous ces
points des principes certains & falutaires .
M. Pibrac , Directeur de l'Académie ,
termina la Séance par la lecture d'un
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire très- utile & qui fut fort applau
di , fur l'ufage du ſublimé corrofif dans
le traitement des maladies vénériennes.
M. Pibrac ne s'eft pas laiffé féduire par
les autorités qui ont voulu accréditer un
poifon plus dangereux que la maladie
qu'on a prétendu guérir par fon ufage:
Il en fait connoître les pernicieux effets
dans l'application extérieure ; il paffe enfuite
aux dangers dont le fublimé corrofif
a été fuivi lorfqu'on l'a adminiſtré
intérieurement. Il a recueilli des faits fur
cette pratique meurtrière qu'il feroit
avantageux de publier pour le bien de
l'humanité : on doit l'efpérer du zele
de M. Pibrac ; pour l'y déterminer , il
fuffira de lui rappeller ce qu'il dit dans
fon Mémoire d'après le jugement de la
Faculté de Halle contre ceux qui employent
le fublimé corrofif, même extérieurement
.... Le fort de ceux- là eft .
à plaindre , qui ont le malheur de tomber
entre les mains de pareils affaffins ;
car quand bien même il leur arrive d'échapper
à la mort , leur fanté ne manque
pas de recevoir des atteintes funeftes
: ils traînent une vie languiffante ;
& ce qu'il y a de plus fatal , c'eft qu'ils
ne foupçonnent feulement pas la fource
des maux qu'ils endurent....
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
Lors d'une séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie le 14 avril 1763, plusieurs distinctions furent attribuées. M. Léchevin reçut le prix annuel pour les maladies de l'oreille, accompagné d'une médaille d'or de cinq cents livres. M. Marrigues obtint également une médaille d'or de deux cents livres pour son travail. Cinq petites médailles furent décernées à MM. Lefne, Beaupreau, Moublet, Philippe et Jean-Daniel Mittelhauffer pour leurs observations. M. Morronça rendit hommage à M. Daviel, célèbre pour ses opérations de la cataracte, et à M. Faget, vice-directeur de l'Académie, tous deux décédés l'année précédente. Plusieurs interventions notables eurent lieu lors de cette séance. M. Levacher discuta du changement de direction des balles en raison de la résistance des parties molles. M. Fabre présenta une nouvelle méthode pour traiter les luxations du bras, visant à éviter la compression des muscles. M. Louis aborda la distinction entre suicide et assassinat chez les personnes pendues, soulignant l'importance de vérifier si elles sont encore en vie. M. Sabatier rapporta une observation sur un corps étranger dans l'articulation du genou d'un soldat, causant douleur et difficulté de mouvement. Il décrivit une opération réussie pour extraire ce corps, bien que le patient ait continué à ressentir une douleur persistante. M. Pibrac présenta un mémoire sur les dangers du sublimé corrosif dans le traitement des maladies vénériennes, mettant en avant ses effets nocifs.
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666
p. 211-212
« Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Début :
Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...]
Mots clefs :
Distillateur, Compositions, Vinaigre, Succès, Vente, Goût, Hygiène dentaire, Ulcères, Caries, Boutons
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Le Sieur MAILLE , habile Diſtillateur dont nous
annonçons de temps en temps quelques nouvelles
compofitions , avertit les perfonnes qui partent
pour les Ifles , & qui auront envie d'emporter de
fes différens Vinaigres ,dont l'ufage eft fi néceffaire
aux Ifles , qu'elles peuvent le faire fans craindre
que le tranfport quelqu'éloigné qu'il foit , puiffe
les corrompre. Il continue avec fuccès la vente
du Courier de Cythere , liqueur nouvelle qui par
la délicateffe de fon goûr , peut paffer pour une
des meilleures qui ayent paru jufqu'à préfent , &
débite avec autant de fuccès le Ratafiat des Sultannes
& le Ċaffis blanc , qui a la propriété de
fortifier l'eftomach , & de faciliter la digeftion.
Le Vinaigre Romain , qu'il diftribue pour conferver
les dents , les blanchir , arrêter le progrès de
la Carie, en préferver les dents , faines , raffermir
112 MERCURE DE FRANCE.
dans leurs alvéoles celles qui peuvent être ébran→
lées , guérir les petits chancres & les ulceres de la
bouche , adoucir l'haleine & rafraîchir les lévres 7.
remplit conftamment toutes ces propriétes . Il débite
auffi différens Vinaigres pour guérir les dartres
farineuſes & les boutons , noircir les cheveux
roux ou blancs , ôter les taches & mafques de
couche , blanchir le vifage & empêcher les rides.
de la peau ; & le Vinaigre des quatre voleurs ,
préfervatif excellent contre tout air contagieux.
On trouve encore chez lui des liqueurs & des Eaux
d'odeurs de toute eſpéce , & deux cens fortes de
Vinaigres , foit pour l'ufage de la table , foit pour
celui du bain & de la toilette. Pour le Courrier de
Cythere & les autres liqueurs , il faut s'adreffer à
fon Magafin à Sèvre près de Paris , route de Verfailles;
& pour les Vinaigres en fa Maifon à Paris ,
rue S. André- des- Arcs, la troifiéme Porte cochere
à droite. Le prix des bouteilles de pinte de Caffis
blanc eft de 4 liv. celui du Ratafiat des Sultannesde
6 liv. & celui du Courier de Cythere de 8 liv.
les moindres bouteilles de Vinaigre pour les dents
ou autres ufages font de 3 liv . En écrivant une
lettre d'Avis au fieur Maille , ' foit à Paris , ſoit à
Sèvre , & moyennant la remiſe de l'argent par la
Pofte, le tour franc de Port , il fait exactement
tous les envois qu'on demande , avec les inftructions
néceffaires.
annonçons de temps en temps quelques nouvelles
compofitions , avertit les perfonnes qui partent
pour les Ifles , & qui auront envie d'emporter de
fes différens Vinaigres ,dont l'ufage eft fi néceffaire
aux Ifles , qu'elles peuvent le faire fans craindre
que le tranfport quelqu'éloigné qu'il foit , puiffe
les corrompre. Il continue avec fuccès la vente
du Courier de Cythere , liqueur nouvelle qui par
la délicateffe de fon goûr , peut paffer pour une
des meilleures qui ayent paru jufqu'à préfent , &
débite avec autant de fuccès le Ratafiat des Sultannes
& le Ċaffis blanc , qui a la propriété de
fortifier l'eftomach , & de faciliter la digeftion.
Le Vinaigre Romain , qu'il diftribue pour conferver
les dents , les blanchir , arrêter le progrès de
la Carie, en préferver les dents , faines , raffermir
112 MERCURE DE FRANCE.
dans leurs alvéoles celles qui peuvent être ébran→
lées , guérir les petits chancres & les ulceres de la
bouche , adoucir l'haleine & rafraîchir les lévres 7.
remplit conftamment toutes ces propriétes . Il débite
auffi différens Vinaigres pour guérir les dartres
farineuſes & les boutons , noircir les cheveux
roux ou blancs , ôter les taches & mafques de
couche , blanchir le vifage & empêcher les rides.
de la peau ; & le Vinaigre des quatre voleurs ,
préfervatif excellent contre tout air contagieux.
On trouve encore chez lui des liqueurs & des Eaux
d'odeurs de toute eſpéce , & deux cens fortes de
Vinaigres , foit pour l'ufage de la table , foit pour
celui du bain & de la toilette. Pour le Courrier de
Cythere & les autres liqueurs , il faut s'adreffer à
fon Magafin à Sèvre près de Paris , route de Verfailles;
& pour les Vinaigres en fa Maifon à Paris ,
rue S. André- des- Arcs, la troifiéme Porte cochere
à droite. Le prix des bouteilles de pinte de Caffis
blanc eft de 4 liv. celui du Ratafiat des Sultannesde
6 liv. & celui du Courier de Cythere de 8 liv.
les moindres bouteilles de Vinaigre pour les dents
ou autres ufages font de 3 liv . En écrivant une
lettre d'Avis au fieur Maille , ' foit à Paris , ſoit à
Sèvre , & moyennant la remiſe de l'argent par la
Pofte, le tour franc de Port , il fait exactement
tous les envois qu'on demande , avec les inftructions
néceffaires.
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Résumé : « Le Sieur Maille, habile Distillateur dont nous annonçons de temps en temps [...] »
Le texte décrit les produits et services du Sieur Maille, un distillateur réputé. Maille propose une gamme de vinaigres et de liqueurs, dont le Courier de Cythère, le Ratafiat des Sultannes et le Cassis blanc, connu pour ses bienfaits sur la digestion. Le Vinaigre Romain est utilisé pour la conservation des dents, le traitement des petits chancres et ulcères buccaux, et l'adoucissement de l'haleine. D'autres vinaigres sont destinés à traiter les dartres farineuses, noircir les cheveux, ôter les taches, blanchir le visage et prévenir les rides. Le Vinaigre des quatre voleurs est recommandé comme préservatif contre les airs contagieux. Maille offre également diverses liqueurs et eaux de senteur, ainsi que deux cents sortes de vinaigres pour la table, le bain et la toilette. Les produits sont disponibles à son magasin à Sèvres ou à Paris, rue Saint-André-des-Arts. Les prix varient selon les articles, et Maille assure l'envoi des commandes par la poste moyennant le paiement à l'avance.
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667
p. 212-213
PROPRIÉTÉ & vertu d'une graisse d'Ours apprêtée pour la conservation des cheveux Par le Sieur LAVAULT.
Début :
Cette graisse d'Ours déjà connue du Public, dès le mois de Juin 1761, [...]
Mots clefs :
Graisse d'ours, Plantes, Crinière d'animal, Entretien des cheveux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROPRIÉTÉ & vertu d'une graisse d'Ours apprêtée pour la conservation des cheveux Par le Sieur LAVAULT.
PROPRIÉTÉ & vertus d'une graiſſe d'Ours
apprêtéepour la confervation des cheveux
Par le Sieur LAVAULT .
Cette graiffe d'Ours déja connue du Public , dès
le mois de Juin 1761 , & annoncée dans plufieurs
feuilles périodiques , n'eft pas des parties ordinaires
de l'Animal, mais de la feule criniere mêlée
5
JUILLET. 1763. 213
avec le fuc des plantes choifies ; elle fait croître
& entretient les cheveux lorfqu'une tête commence
à le dépouiller , & lors même que les cheveux
font tombés par féchereffe , maladie ou autre
accident; cette graille les répare, excepté toutefois
les têtes complettement chauves.
Les perfonnes qui voudront ſe ſervir de cette
graiffe , en mettront dans les racines des cheveux
Leulement , après s'être peignées à fond , & un
peu de poudre pardeflus. Il fuffit de mettre de
cette graiffe deux fois par femaine.
Le lieur Lavault a des connoiffances particulieres
fur la nature des cheveux ; c'est l'étude de
toute la vie, ceux & celles qui ont fait ufage de
cette graiffe d'Ours préparée s'en font bien trouvés
& continuent toujours de s'en fſervir dans le
befoin.
Vû la facilité que le fieur Lavault a depuis la
Paix, d'avoir la graiffe d'Ours , & des fimples pour
compofer fa pommade , il donnera déformais les
Pots qu'il vendoit 3 liv . pour 2 liv. & ceux qu'il
vendoit 6 liv. pour 4 liv . lui feul en a le fecret .
On le trouve chez lui à l'entrée de la rue des
Cordeliers au Bureau de Loterie de l'Ecole Royale
Militaire , au troifiéme , du côté de la Comédie
Françoife , & au Bureau de cette Loterie dans la
même Maifon.
apprêtéepour la confervation des cheveux
Par le Sieur LAVAULT .
Cette graiffe d'Ours déja connue du Public , dès
le mois de Juin 1761 , & annoncée dans plufieurs
feuilles périodiques , n'eft pas des parties ordinaires
de l'Animal, mais de la feule criniere mêlée
5
JUILLET. 1763. 213
avec le fuc des plantes choifies ; elle fait croître
& entretient les cheveux lorfqu'une tête commence
à le dépouiller , & lors même que les cheveux
font tombés par féchereffe , maladie ou autre
accident; cette graille les répare, excepté toutefois
les têtes complettement chauves.
Les perfonnes qui voudront ſe ſervir de cette
graiffe , en mettront dans les racines des cheveux
Leulement , après s'être peignées à fond , & un
peu de poudre pardeflus. Il fuffit de mettre de
cette graiffe deux fois par femaine.
Le lieur Lavault a des connoiffances particulieres
fur la nature des cheveux ; c'est l'étude de
toute la vie, ceux & celles qui ont fait ufage de
cette graiffe d'Ours préparée s'en font bien trouvés
& continuent toujours de s'en fſervir dans le
befoin.
Vû la facilité que le fieur Lavault a depuis la
Paix, d'avoir la graiffe d'Ours , & des fimples pour
compofer fa pommade , il donnera déformais les
Pots qu'il vendoit 3 liv . pour 2 liv. & ceux qu'il
vendoit 6 liv. pour 4 liv . lui feul en a le fecret .
On le trouve chez lui à l'entrée de la rue des
Cordeliers au Bureau de Loterie de l'Ecole Royale
Militaire , au troifiéme , du côté de la Comédie
Françoife , & au Bureau de cette Loterie dans la
même Maifon.
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Résumé : PROPRIÉTÉ & vertu d'une graisse d'Ours apprêtée pour la conservation des cheveux Par le Sieur LAVAULT.
Le texte décrit une graisse d'ours préparée par le Sieur Lavault pour la conservation des cheveux. Connue depuis juin 1761 et annoncée dans plusieurs publications, cette graisse est composée de la crinière de l'ours et du suc de plantes sélectionnées. Elle favorise la croissance et l'entretien des cheveux, même en cas de chute due à la sécheresse, une maladie ou un autre accident, sauf pour les têtes complètement chauves. L'application se fait deux fois par semaine sur les racines des cheveux après un peignage minutieux, avec ajout de poudre. Grâce à ses connaissances sur la nature des cheveux, Lavault a créé cette pommade, bien accueillie par les utilisateurs. En raison de la facilité d'approvisionnement, il a réduit les prix des pots : ceux à 2 livres sont désormais à 1 livre et ceux à 6 livres à 4 livres. Lavault est joignable à l'entrée de la rue des Cordeliers au Bureau de Loterie de l'École Royale Militaire et au Bureau de cette Loterie dans la même maison.
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668
p. 139-146
CHIRURGIE. LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie à M.***, Chirurgien de Province.
Début :
MONSIEUR, Je vous avoue naïvement ma surprise, à la lecture [...]
Mots clefs :
Religieux, Chirurgie, Lithotome, Méthode, Lettre, Charité, Instrument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie à M.***, Chirurgien de Province.
CHIRURGIE.
LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie
à M. *** , Chirurgien de Province.
MONSIEUR,
Je vous avoue naïvement ma furprife,
à la lecture de la lettre que vous m'avez
écrite au fujet des Tailles faites à l'Hôpital
de la Charité , avec le Lithotome.
Je ne m'attendois pas à voir un célébre
Partifan de ce Lithotome , former quel
ques doutes & exiger de moi confir
mation fur le fuccès de ces opérations
annoncées dans le Mercure du mois
de Mars paffé , par un Eléve de cet
Hôpital . Ce témoin oculaire doit felon
Vous , paroître fufpect ; il en a trop
dit
pour convaincre ; à fon langage
On reconnoît une perfonne intéreffée ,
140 MERCURE DE FRANCE.
& enfin vous foupçonnez les Religieux
de la Charité d'être les auteurs ou les
promoteurs d'un écrit de cette nature .
Votre foupçon qui femble naître du
corps de l'ouvrage , n'a pourtant point
de fondement réel , & il s'évanouit à
la première réfléxion .
En effet , Monfieur , pouvez-vous
croire que des Religieux cherchent à
s'ériger aux yeux du Public comme
les Chirurgiens en Chef de l'Hôpital ?
Pouvez-vous fuppofer que des gens de
main-morte tentent par des menées fécrettes
à fe décorer des titres deſtinés
à un Corps très-vivant parmi la fociété
? Je fçais bien que dans l'intérieur de
leur maiſon , ils s'appellent Procureur
Apoticaire , Chirurgien . Mais ce font
des dénominations arrogées au fervice
de l'Hôpital
dont ils ne font pas
parade au dehors. L'Apoticaire en chef
fe produit dans le monde fous le fimple
nom de Frère , & le Quêteur aban
donne toute idée de Chirurgien
pour aller en ville exercer fon autre miniftère.
Vous voyez donc par là , que
tous les beaux titres avancés en leur
faveur , font bien oppofés aux traits de
modeftie qui caractériſent éffentiellement
l'efprit de ces Moines. On a voù-
?
"
AOUST. 1763. 141
La les fervir , il falloit être plus adroit
l'affectation frappe , on apperçoit le ridicule
, & je penfe que les Religieux
ne tarderont pas à defavouer ces noms
imaginaires dont on les a gratuitement
parés.
Quoiqu'il en foit , vous devez ajoûter
foi aux fuccès publiés par l'Eléve en
Chirurgie de leur Hôpital. Si certaines
circonftances font changées , préfentées
fous un côté plus favorable le fond
exiſte , & rien ne peut empêcher votre
croyance. Mais ces opérations fuffent
elles encore plus brillantes, vous ne devez
pas en conclure avec lui , que la maniere
du Frère Cofme l'emporte fur toutes
les autres. Ce n'eft pas par des faits
expofés avec étalage , qu'on parvient
à établir la préférence d'une nouveauté
fur une pratique plus ancienne ; il faut
des examens combinés , & des comparaiſons
fenfibles . L'Eléve a manqué
à ce principe , fans doute par défaut
de Logique : auffi fon affertion tombe
d'elle -même , & pour la détruire je me
contenterai de quelques demandes.
Le Frère Cofme taille - t- il avec autant
de fireté & d'intelligence que
Chefelden ? Vous - même Monfieur
pouvez - vous vous vanter d'avoir été
>
€42 MERCURE DE FRANCE.
auffi heureux en adoptant le Lithotome
caché , que feu M. Faget armé du Lithotome
ordinaire . Si ces réfléxions ne
paroiffent pas affez décifives en faveur
de notre méthode , qu'on mette en parallèle
les Tailles pratiquées à la Cha
rité par les vrais Maîtres de l'art , &
celles dont l'Eléve fait le récit ; quelque
prévention que l'on , ait pour l'habileté
des Moines , on fera forcé de fe rendre
à l'évidence , & d'admirer dans les
premières la fupériorité du fuccès .
L'Eléve dans le courant de ſa lettre
ne néglige rien pour foutenir la caufe
dont il s'eft chargé ; partout il rend
juftice à la méthode du Frère Cofme,
& partout il fe plaît à parler de fon
invention , de fes préceptes & de fes
maximes. Je le compare à l'écho , qui
balbutie ce qu'il a entendu dire.
Ce n'eft pas que je prétende infirmer
les talens du Religieux , à Dieu
ne plaife. Je connois la valeur de fon
mérite. Je dis fimplement , qu'il n'a
pas enrichi la Taille d'une méthode
nouvelle , qu'il n'a pas frayé une route
différente & qu'il n'a pas même produit
le moindre changement effentiel à
la perfection de la pratique ordinaire.
1
AOUST. 1763 . 143
Ne peut-on pas être habile homme
fans faire des découvertes ?
Il eft vrai ; ce Religieux a eu l'art de
perfectionner un inftrument déjà com
mun,& de l'approprier à la Taille latérale.
Cette perfection eft même ingénieufe &
demandoit des connoiffances . De-là il ne
s'enfuit pourtant pas qu'il ait des avantages
fur les autres. Je trouve tout le
contraire.
Le Lithotome caché exige une habitude
conftante , des épreuves longues &
réitérées fur les cadavres ; il exige de
Opérateur des procédés invariables
des mouvemens de mains fixes & déterminés
, & des calculs de combinaiſons
entre la grandeur de la veffie , la groffeur
de la pierre , & le degré d'ouverture
qu'on doit donner à la lame. Peut- on
toujours s'affûrer de ces différentes proportions
? le plus , ou le moins font deux
alternatives à craindre ; alternatives que
le hazard fait éviter quelquefois , & que
l'intelligence ne fait pas toujours préve
nir. Pinvite les perfonnes impartiales à
confulter là - deffus les Mémoires de l'A
cadémie Royale de Chirurgie. * Les preu
ves de réfutation y font démonftratives.
* Voyez le Tome III . des Mémoires de l'Aca
démie Royale de Chirurgie.
144 MERCURE DE FRANCE.
Je puis les confirmer ici par des axiomes
acceptables dans notre art.
Les inftrumens ne doivent pas être
fubordonnés à des refforts , ou à toute
autre action méchanique, mais aux mains
feules du Chirurgien.
Les puiffances méchaniques ont en
général des effets indépendans de notre
volonté. Les mains au contraire font des
mobiles que nous fommes les maîtres de
faire agir , de fufpendre & de fixer fuivant
notre détermination . Ces remar
ques font palpables ; nous ne les étendrons
pas davantage , elles découvrent
fuffifamment les défauts du lithotome
caché.
nouveau
Le vulgaire , & même des hommes
célébres ont confidéré ce
moyen fous des vues bien différentes
de celles que nous venons d'établir. On
s'eft même laiffé féduire par l'aifance
avec laquelle tout homme eft en état
de faire l'incifion à la veffie , & ce motif
a été fuffifant pour engager à l'adopter.
Qu'on fe méfie de cette facilité
, elle n'eft qu'illufoire , & fouvent
elle a rendu caufes de mort des perfonnes
trop curieufes d'opérer avec cet inftrument.
J'étois encore à l'Hôpital de la Charité
AOUST. 1763 . 145
rité , lorfque deux Taillés furent les
victimes de la confiance qu'un Religieux
avoit mife dans l'ufage commode
du litothome caché.
Ce feroit ici le lieu de prouver que les
Partiſans du Frère Cofme ont donné fort
improprement le nom de Méthode nouvelle
au nouveau Manuel du Religieux ;
qu'ils ont affecté mal - à- propos à un
moyen ce qui ne convient qu'au genre
d'opération en général ; qu'ils fe font
trompés en voyant partout dans la pratique
de ce Frère des chofes neuves , des
régles , des maximes nouvellement établies
, puifque fa découverte fe borne
au lithotome caché , & qu'avec cet inftrument
il pratique la méthode latérale.
Mais le temps ne me permet pas d'entrer
dans l'examen de ces préventions ; avant
de finir , il fuffira de remarquer qu'on a
porté le ridicule au point d'attribuer au
Religieux le premier ufage d'une pratique
condamnée depuis longtemps dans
le Frère Jacques , c'eft-à- dire , l'omiffion
des panfemens à la fuite des tailles.
Je ne fuis pas furpris que l'Eléve foit
tombé dans de pareilles bévues : il paroît
plus difpofé à s'en rapporter à fes
propres lumières , & à fe livrer plutôt
aux opinions de quelques Sectateurs
G
146 MERCURE DE FRANCE.
outrés , que d'en croire aux jugemens de
l'Académie Royale de Chirurgie : telle
eft la force du préjugé..
T
Je ne connois pas, Monfieur , l'avan
ture dont vous me parlez . Je ne fuis
point à l'affut de ce qui peut arriver de
malheureux , dund'heureux au Frère
Cofme: N'en attendez de moi aucune
réponſe. Je vois affez fouvent fon neveu
; il a été nommé & maintenų
gagnant maîtrife à l'Hôpital de la Charité
, malgré les Chirurgiens de Paris,
Auffi le regarde-t-on comme un fauvageon
enté par le hafard fur un des meil
leurs troncs de la Chirurgie. Les uns difent
qu'il eft de nature à produire de
.bons fruits , & les autres craignent beaucoup
que fon éloge fi bien fait par l'Auteur
de la Lettre , ne foit un peu prématuré
< ..
J'ai l'honneur d'être , &c.
LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie
à M. *** , Chirurgien de Province.
MONSIEUR,
Je vous avoue naïvement ma furprife,
à la lecture de la lettre que vous m'avez
écrite au fujet des Tailles faites à l'Hôpital
de la Charité , avec le Lithotome.
Je ne m'attendois pas à voir un célébre
Partifan de ce Lithotome , former quel
ques doutes & exiger de moi confir
mation fur le fuccès de ces opérations
annoncées dans le Mercure du mois
de Mars paffé , par un Eléve de cet
Hôpital . Ce témoin oculaire doit felon
Vous , paroître fufpect ; il en a trop
dit
pour convaincre ; à fon langage
On reconnoît une perfonne intéreffée ,
140 MERCURE DE FRANCE.
& enfin vous foupçonnez les Religieux
de la Charité d'être les auteurs ou les
promoteurs d'un écrit de cette nature .
Votre foupçon qui femble naître du
corps de l'ouvrage , n'a pourtant point
de fondement réel , & il s'évanouit à
la première réfléxion .
En effet , Monfieur , pouvez-vous
croire que des Religieux cherchent à
s'ériger aux yeux du Public comme
les Chirurgiens en Chef de l'Hôpital ?
Pouvez-vous fuppofer que des gens de
main-morte tentent par des menées fécrettes
à fe décorer des titres deſtinés
à un Corps très-vivant parmi la fociété
? Je fçais bien que dans l'intérieur de
leur maiſon , ils s'appellent Procureur
Apoticaire , Chirurgien . Mais ce font
des dénominations arrogées au fervice
de l'Hôpital
dont ils ne font pas
parade au dehors. L'Apoticaire en chef
fe produit dans le monde fous le fimple
nom de Frère , & le Quêteur aban
donne toute idée de Chirurgien
pour aller en ville exercer fon autre miniftère.
Vous voyez donc par là , que
tous les beaux titres avancés en leur
faveur , font bien oppofés aux traits de
modeftie qui caractériſent éffentiellement
l'efprit de ces Moines. On a voù-
?
"
AOUST. 1763. 141
La les fervir , il falloit être plus adroit
l'affectation frappe , on apperçoit le ridicule
, & je penfe que les Religieux
ne tarderont pas à defavouer ces noms
imaginaires dont on les a gratuitement
parés.
Quoiqu'il en foit , vous devez ajoûter
foi aux fuccès publiés par l'Eléve en
Chirurgie de leur Hôpital. Si certaines
circonftances font changées , préfentées
fous un côté plus favorable le fond
exiſte , & rien ne peut empêcher votre
croyance. Mais ces opérations fuffent
elles encore plus brillantes, vous ne devez
pas en conclure avec lui , que la maniere
du Frère Cofme l'emporte fur toutes
les autres. Ce n'eft pas par des faits
expofés avec étalage , qu'on parvient
à établir la préférence d'une nouveauté
fur une pratique plus ancienne ; il faut
des examens combinés , & des comparaiſons
fenfibles . L'Eléve a manqué
à ce principe , fans doute par défaut
de Logique : auffi fon affertion tombe
d'elle -même , & pour la détruire je me
contenterai de quelques demandes.
Le Frère Cofme taille - t- il avec autant
de fireté & d'intelligence que
Chefelden ? Vous - même Monfieur
pouvez - vous vous vanter d'avoir été
>
€42 MERCURE DE FRANCE.
auffi heureux en adoptant le Lithotome
caché , que feu M. Faget armé du Lithotome
ordinaire . Si ces réfléxions ne
paroiffent pas affez décifives en faveur
de notre méthode , qu'on mette en parallèle
les Tailles pratiquées à la Cha
rité par les vrais Maîtres de l'art , &
celles dont l'Eléve fait le récit ; quelque
prévention que l'on , ait pour l'habileté
des Moines , on fera forcé de fe rendre
à l'évidence , & d'admirer dans les
premières la fupériorité du fuccès .
L'Eléve dans le courant de ſa lettre
ne néglige rien pour foutenir la caufe
dont il s'eft chargé ; partout il rend
juftice à la méthode du Frère Cofme,
& partout il fe plaît à parler de fon
invention , de fes préceptes & de fes
maximes. Je le compare à l'écho , qui
balbutie ce qu'il a entendu dire.
Ce n'eft pas que je prétende infirmer
les talens du Religieux , à Dieu
ne plaife. Je connois la valeur de fon
mérite. Je dis fimplement , qu'il n'a
pas enrichi la Taille d'une méthode
nouvelle , qu'il n'a pas frayé une route
différente & qu'il n'a pas même produit
le moindre changement effentiel à
la perfection de la pratique ordinaire.
1
AOUST. 1763 . 143
Ne peut-on pas être habile homme
fans faire des découvertes ?
Il eft vrai ; ce Religieux a eu l'art de
perfectionner un inftrument déjà com
mun,& de l'approprier à la Taille latérale.
Cette perfection eft même ingénieufe &
demandoit des connoiffances . De-là il ne
s'enfuit pourtant pas qu'il ait des avantages
fur les autres. Je trouve tout le
contraire.
Le Lithotome caché exige une habitude
conftante , des épreuves longues &
réitérées fur les cadavres ; il exige de
Opérateur des procédés invariables
des mouvemens de mains fixes & déterminés
, & des calculs de combinaiſons
entre la grandeur de la veffie , la groffeur
de la pierre , & le degré d'ouverture
qu'on doit donner à la lame. Peut- on
toujours s'affûrer de ces différentes proportions
? le plus , ou le moins font deux
alternatives à craindre ; alternatives que
le hazard fait éviter quelquefois , & que
l'intelligence ne fait pas toujours préve
nir. Pinvite les perfonnes impartiales à
confulter là - deffus les Mémoires de l'A
cadémie Royale de Chirurgie. * Les preu
ves de réfutation y font démonftratives.
* Voyez le Tome III . des Mémoires de l'Aca
démie Royale de Chirurgie.
144 MERCURE DE FRANCE.
Je puis les confirmer ici par des axiomes
acceptables dans notre art.
Les inftrumens ne doivent pas être
fubordonnés à des refforts , ou à toute
autre action méchanique, mais aux mains
feules du Chirurgien.
Les puiffances méchaniques ont en
général des effets indépendans de notre
volonté. Les mains au contraire font des
mobiles que nous fommes les maîtres de
faire agir , de fufpendre & de fixer fuivant
notre détermination . Ces remar
ques font palpables ; nous ne les étendrons
pas davantage , elles découvrent
fuffifamment les défauts du lithotome
caché.
nouveau
Le vulgaire , & même des hommes
célébres ont confidéré ce
moyen fous des vues bien différentes
de celles que nous venons d'établir. On
s'eft même laiffé féduire par l'aifance
avec laquelle tout homme eft en état
de faire l'incifion à la veffie , & ce motif
a été fuffifant pour engager à l'adopter.
Qu'on fe méfie de cette facilité
, elle n'eft qu'illufoire , & fouvent
elle a rendu caufes de mort des perfonnes
trop curieufes d'opérer avec cet inftrument.
J'étois encore à l'Hôpital de la Charité
AOUST. 1763 . 145
rité , lorfque deux Taillés furent les
victimes de la confiance qu'un Religieux
avoit mife dans l'ufage commode
du litothome caché.
Ce feroit ici le lieu de prouver que les
Partiſans du Frère Cofme ont donné fort
improprement le nom de Méthode nouvelle
au nouveau Manuel du Religieux ;
qu'ils ont affecté mal - à- propos à un
moyen ce qui ne convient qu'au genre
d'opération en général ; qu'ils fe font
trompés en voyant partout dans la pratique
de ce Frère des chofes neuves , des
régles , des maximes nouvellement établies
, puifque fa découverte fe borne
au lithotome caché , & qu'avec cet inftrument
il pratique la méthode latérale.
Mais le temps ne me permet pas d'entrer
dans l'examen de ces préventions ; avant
de finir , il fuffira de remarquer qu'on a
porté le ridicule au point d'attribuer au
Religieux le premier ufage d'une pratique
condamnée depuis longtemps dans
le Frère Jacques , c'eft-à- dire , l'omiffion
des panfemens à la fuite des tailles.
Je ne fuis pas furpris que l'Eléve foit
tombé dans de pareilles bévues : il paroît
plus difpofé à s'en rapporter à fes
propres lumières , & à fe livrer plutôt
aux opinions de quelques Sectateurs
G
146 MERCURE DE FRANCE.
outrés , que d'en croire aux jugemens de
l'Académie Royale de Chirurgie : telle
eft la force du préjugé..
T
Je ne connois pas, Monfieur , l'avan
ture dont vous me parlez . Je ne fuis
point à l'affut de ce qui peut arriver de
malheureux , dund'heureux au Frère
Cofme: N'en attendez de moi aucune
réponſe. Je vois affez fouvent fon neveu
; il a été nommé & maintenų
gagnant maîtrife à l'Hôpital de la Charité
, malgré les Chirurgiens de Paris,
Auffi le regarde-t-on comme un fauvageon
enté par le hafard fur un des meil
leurs troncs de la Chirurgie. Les uns difent
qu'il eft de nature à produire de
.bons fruits , & les autres craignent beaucoup
que fon éloge fi bien fait par l'Auteur
de la Lettre , ne foit un peu prématuré
< ..
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : CHIRURGIE. LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie à M.***, Chirurgien de Province.
Un étudiant en chirurgie écrit à un chirurgien de province pour discuter des opérations de taille réalisées à l'Hôpital de la Charité à l'aide d'un lithotome. L'étudiant réfute les doutes du chirurgien concernant les succès rapportés par un élève de l'hôpital, affirmant que les religieux de la Charité n'ont pas intérêt à se présenter comme des chirurgiens en chef. Il souligne que les succès des opérations doivent être crus, mais critique l'élève pour ne pas avoir comparé les méthodes de manière logique et objective. L'étudiant affirme que les opérations réalisées par les maîtres montrent une supériorité évidente. L'étudiant reconnaît les talents du frère Cofme mais conteste l'originalité de sa méthode, soulignant que le lithotome caché nécessite une habitude constante et des calculs précis. Il invite à consulter les mémoires de l'Académie Royale de Chirurgie pour des preuves de réfutation et insiste sur la maîtrise des instruments par les chirurgiens plutôt que par des actions mécaniques. Le texte mentionne les dangers du lithotome caché, indiquant que deux patients sont morts en août 1763 à cause de la confiance excessive placée dans cet instrument par un religieux. Il critique les partisans du frère Côme pour avoir nommé leur méthode 'nouvelle' et omis d'utiliser des pansements après les opérations. Le neveu du frère Côme a été nommé maître à l'Hôpital de la Charité malgré l'opposition des chirurgiens de Paris, suscitant des avis divergents sur ses compétences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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669
p. 210
AVIS.
Début :
Par Privilége du Roi, le Public est averti que le seul dépôt [...]
Mots clefs :
Privilège, Onguent, Production, Lieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
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670
p. 211-212
EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
Début :
Les effets salutaires de cette Eau n'ont besoin que de l'exposé le plus simple [...]
Mots clefs :
Remède, Maladies des yeux, Fatigue occulaire, Paralysie, Soins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
EAU DE RÉTINE , propre pour les Maladies
des Yeux.
LES effers falutaires de cette Eau n'ont befoin
que de l'expofé le plus fimple , pour en accrédi
ter l'ufage. Dans tous les cas où il s'agit de remédier
a la foiblefle des yeux , elle a les fuccès
les plus heureux ; fa vertu fpiritueuſe & balſamique
eft appropriée à la nature des parties nerveufes
& tendineules , dont cet organe eft com-'
pofé ; elle les fortifie , leur donne du reffort & de
l'énergie lorfque l'oeil eft naturellement foible ,
ou qu'il eft fatigué par l'excès de la lecture , par
les veilles , par les travaux à la lumiere.
L'Eau de Rétine éteint auffi les rougeurs & les
phlogofes auxquelles les yeux font fi fujets : l'uſage
en eft fûr dans tous ces cas ; la feule attention
qu'il faille avoir eft de la tempérer avec trois
parties d'eau de Riviere lorfqu'il y a inflammation.
La vertu pénétrante de cette Eau procure une
circulation plus facile dans les vailleaux lymphatiques
de la cornée ; elle prévient les obftructions
opaques , les nébulofités , & les taies :
enfin , elle est très -propre à empêcher la paralyfie
& la goutte fereine de fe fixer . Volci comment
on doit fe fervir de cette Eau .
Il faut , plufieurs fois dans la journée , baffiner
légérement les fourcils & les paupières fupérieures
avec une petite éponge très - fine & très- nette , im212
MERCURE DE FRANCE.
bibée de cette eau pure : elle agira encore avec plus
d'éfficacité , fi l'on s'en frotte les mains , & qu'on'
les approche des yeux pour donner lieu à fa vapeur
de les pénétrer. Enfin en l'affoiblillant , comme if
a été dit , avec trois parties ou même une plus
grande quantité d'eau de riviere fuivant les cas ,
on peut imbiber des comprelles qu'on mettra far
les yeux pendant la nuit .
La Bouteille coûte 1 liv. 16 f. I
Cette Eau fe vend chez le fieur FAC10T7 , rue S.
Denis , la porte cochere vis - à-vis de la rue du petit
Lion.
des Yeux.
LES effers falutaires de cette Eau n'ont befoin
que de l'expofé le plus fimple , pour en accrédi
ter l'ufage. Dans tous les cas où il s'agit de remédier
a la foiblefle des yeux , elle a les fuccès
les plus heureux ; fa vertu fpiritueuſe & balſamique
eft appropriée à la nature des parties nerveufes
& tendineules , dont cet organe eft com-'
pofé ; elle les fortifie , leur donne du reffort & de
l'énergie lorfque l'oeil eft naturellement foible ,
ou qu'il eft fatigué par l'excès de la lecture , par
les veilles , par les travaux à la lumiere.
L'Eau de Rétine éteint auffi les rougeurs & les
phlogofes auxquelles les yeux font fi fujets : l'uſage
en eft fûr dans tous ces cas ; la feule attention
qu'il faille avoir eft de la tempérer avec trois
parties d'eau de Riviere lorfqu'il y a inflammation.
La vertu pénétrante de cette Eau procure une
circulation plus facile dans les vailleaux lymphatiques
de la cornée ; elle prévient les obftructions
opaques , les nébulofités , & les taies :
enfin , elle est très -propre à empêcher la paralyfie
& la goutte fereine de fe fixer . Volci comment
on doit fe fervir de cette Eau .
Il faut , plufieurs fois dans la journée , baffiner
légérement les fourcils & les paupières fupérieures
avec une petite éponge très - fine & très- nette , im212
MERCURE DE FRANCE.
bibée de cette eau pure : elle agira encore avec plus
d'éfficacité , fi l'on s'en frotte les mains , & qu'on'
les approche des yeux pour donner lieu à fa vapeur
de les pénétrer. Enfin en l'affoiblillant , comme if
a été dit , avec trois parties ou même une plus
grande quantité d'eau de riviere fuivant les cas ,
on peut imbiber des comprelles qu'on mettra far
les yeux pendant la nuit .
La Bouteille coûte 1 liv. 16 f. I
Cette Eau fe vend chez le fieur FAC10T7 , rue S.
Denis , la porte cochere vis - à-vis de la rue du petit
Lion.
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Résumé : EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
Le texte décrit l'Eau de Rétine, un remède pour les maladies des yeux. Ses effets bénéfiques sont rapides et visibles. Elle renforce les yeux faibles ou fatigués par la lecture, les veilles ou les travaux à la lumière. Elle apaise également les rougeurs et les inflammations oculaires. Pour les inflammations, il est conseillé de la diluer avec trois parties d'eau de rivière. L'Eau de Rétine améliore la circulation dans les vaisseaux lymphatiques de la cornée, prévient les opacités et les taies, et évite la paralysie et la goutte séreuse. L'application se fait en badigeonnant les sourcils et les paupières supérieures avec une éponge imbibée d'Eau de Rétine. Pour une efficacité accrue, on peut se frotter les mains avec le produit et approcher les yeux de la vapeur. En cas d'inflammation, l'Eau de Rétine peut être diluée davantage et utilisée pour des compresses nocturnes. La bouteille coûte 1 livre 16 sous et est disponible chez le fournisseur FAC10T7, rue Saint-Denis, près de la rue du Petit Lion.
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671
p. 212-213
ANTI-SCORBUTIQUE, ou Propriété pour tous les maux de la bouche.
Début :
Peu de personnes sont exemptes de maux qui viennent sur la langue, [...]
Mots clefs :
Maux de dents, Langue, Gencives, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANTI-SCORBUTIQUE, ou Propriété pour tous les maux de la bouche.
ANTI-SCORBUTIQUE , ou Propriété pour tous
les maux de la bouche.
Pau de perfonnes font exemptes des maux qui
viennent fur la langue , aux gencives , au palais
Les perfonnes de cabinet par un travail ap
pliqué y font fujets , les gens de mer beaucoup
d'autres par une difpofition particulière ; les enfans
mêmes à qui les dents croiffent n'en font
pas exempts.
Un paquet feul fuffit pour une guériſon ſubite .
En vendant le paquet on joint un imprimé
qui indique la manière aifée de fe fervir de cette
propriété.
On ne peut envoyer dans la Province pour un
feul paquet
, mais fix mis dans une même enveloppe
, qui peuvent toujours le garder dans un
cas de befoin , pour foi ou pour d'autres .
Les perfonnes de Province peuvent écrire directement
au fieur Genti , en affranchiffant les
ports de lettres , en obfervant auffi d'envoyer trois -
livres pour chaque fixain de paquets , foit par la
Pofte , droit payé , ou par les caroffes publics ; ou
par telle autre occafion qu'on voudroit faifir ou
indiquer.
AOUST. 1763. 213
Ce remède fe vend chez lefieur Genti ,Marchand,
au gros Chapelet , fur le Pont Marie , à côté du
Potier d'Eraim , à Paris.
les maux de la bouche.
Pau de perfonnes font exemptes des maux qui
viennent fur la langue , aux gencives , au palais
Les perfonnes de cabinet par un travail ap
pliqué y font fujets , les gens de mer beaucoup
d'autres par une difpofition particulière ; les enfans
mêmes à qui les dents croiffent n'en font
pas exempts.
Un paquet feul fuffit pour une guériſon ſubite .
En vendant le paquet on joint un imprimé
qui indique la manière aifée de fe fervir de cette
propriété.
On ne peut envoyer dans la Province pour un
feul paquet
, mais fix mis dans une même enveloppe
, qui peuvent toujours le garder dans un
cas de befoin , pour foi ou pour d'autres .
Les perfonnes de Province peuvent écrire directement
au fieur Genti , en affranchiffant les
ports de lettres , en obfervant auffi d'envoyer trois -
livres pour chaque fixain de paquets , foit par la
Pofte , droit payé , ou par les caroffes publics ; ou
par telle autre occafion qu'on voudroit faifir ou
indiquer.
AOUST. 1763. 213
Ce remède fe vend chez lefieur Genti ,Marchand,
au gros Chapelet , fur le Pont Marie , à côté du
Potier d'Eraim , à Paris.
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Résumé : ANTI-SCORBUTIQUE, ou Propriété pour tous les maux de la bouche.
Le texte décrit un remède anti-scorbutique destiné à traiter divers maux de la bouche, affectant la langue, les gencives et le palais. Ce problème touche une large gamme de personnes, y compris celles travaillant de manière sédentaire, les marins, les enfants en période de dentition, et d'autres individus ayant une disposition particulière. Un seul paquet de ce remède est suffisant pour une guérison rapide. Chaque paquet est accompagné d'un imprimé expliquant son utilisation. Il n'est pas possible d'envoyer un seul paquet en province, mais plusieurs peuvent être envoyés ensemble dans une même enveloppe. Les habitants de la province peuvent commander directement auprès du sieur Genti, en couvrant les frais d'expédition et en envoyant trois livres pour chaque sixain de paquets. Les commandes peuvent être envoyées par la poste, par les voitures publiques, ou par tout autre moyen de leur choix. Le remède est disponible chez le sieur Genti, marchand, situé au Gros Chapelet sur le Pont Marie, à côté du Potier d'Érain, à Paris.
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672
p. 105-113
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
POÉSIES SACRÉES & Philosophiques tirées des Livres Saints, par M. le [...]
Mots clefs :
Médecine, Volumes, Ouvrages, Annonces, Édition, Réflexions, Imprimeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
POÉSIES SACRÉES & Philofophiques
tirées des Livres Saints , par M. le
Franc de Pompignan . Nouvelle Edition
, confidérablement augmentée &
enrichie de gravures. In 4°. Paris , 1763.
de l'Imprimerie de Prault .
Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ce bel & édîfiant
Ouvrage.
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE de
la Guienne.
Mille hominum fpecies , & rerum difcolor unus
Velle fuum cuique eft , nec voto vivitur uno.
Perfe , Sat. 5. v. 52 & 53;
E v
106 MERCURE DE FRANCE ,
contenant les poffeffions & les établiffemens
des François , des Efpagnols ,
des Portugais , des Hollandois , dans ce
vafte Pays ; le climat , les productions de
la Terre & les animaux , leurs Habitans ,
leurs moeurs , leurs coutumes , & le commerce
qu'on y peut faire ; avec des remarques
pour la Navigation , & des Cartes
, Plans & Figures ; dreffé au dépôt
des Cartes & Plans de la Marine , par
ordre de M. le Duc de Choifeul , Colonel
général des Suiffes & Grifons , Miniſtre
de la Guerre & de la Marine . Par le Sr.
Bellin , Ingénieur de la Marine & du
dépôt des Plans , Cenfeur Royal de l'Académie
de Marine , & de la Société
Royale de Londres . In -4 °. 1763.
Ce que nous pouvons dire , quant à
préfent, de cet Ouvrage, c'eft qu'il nous
paroît que l'Auteur n'a rien négligé pour
de rendre auffi utile qu'intéreffant.
LA JURISPRUDENCE de la Médecine
en France , ou Traité Hiftorique &
Juridique des Etabliffemens , Réglemens
, Polices , Devoirs , Fonctions ,
Récompenfes , Droits & Priviléges des
ois Corps de Médecine avec les DeSEPTEMBRE.
1763. 107
voirs , Fonctions & Autorités des Juges
à leur égard. Par M. Verdier , Docteur en
Médecine , Aggrégé au Collége Royal
des Médecins de Nanci , & Avocat au
Parlement de Paris. A Paris, chez Didot
le jeune , Quai de la Vallée , & chez
Prault pere , Quai de Gêvres . A Alençon
, chez Malaffis le jeune , & au Mans ,
chez Monnoyer.
Cet Ouvrage dont il paroît un Abrégé
, fous le titre d'ESSAI SUR LA JURISPRUDENCE
de la Médecine en
France , eſt divifé en quatre Parties . La
premiére renferme la Légiflation générale
de la Médecine ; la feconde la Légiflation
particulière de la Médecine : la
troifiéme celle de la Chirurgie ; la quatriéme
enfin , celle de la Pharmacie &
Epicerie . Chaque Partie eft compriſe
dans deux gros Volumes. L'Abrégé &
chaque Partie fe vendront féparément ,
l'Abrégé 30 fols , & les deux Volumes
de chaque Partie 5 1. brochés . Il ne pa
roît encore que l'Abrégé avec la premiè
re Partie. Ceux qui voudront fe procurer
la totalité de l'Ouvrage , pourront
foufcrire chez les Libraires précédens ;
en donnant 16 livres , ils recevront les
trois Volumes imprimés , & les trois aus
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres Parties de quatre en quatre mois.
L'Auteur invite tous ceux qui peuvent
lui être utiles , de lui faire part de
leurs critiques , réflexions & piéces qui
entrent dans fon Plan. Il promet d'en
faire ufage dans le courant de l'impreffion
, ou dans des fupplémens qu'il prévoit
être obligé d'ajouter à chaque Partie
. Il annonce en même temps un Code
médicinal , ou une Table chronologique
de tous les réglemens rendus fur la Médecine
, depuis le commencement de la
Monarchie , & déclare que les Soufcripteurs
des 9 Volumes précédens , feront
feuls admis à foufcrire , pour les
Supplémens & le Code .
L'adreffe de M. Verdier eft à Paris ,
chez M. Porquier, Marchand Vinaigrier,
rue du faubourg S. Jacques , vis-à-vis
de la Vifitation Ste Marie.
TABLETTES CHRONOLOGIQUES de
l'Hiftoire univerfelle , facrée & profane ,
eccléfiaftique & civile , depuis la créa
tion du monde , jufqu'à l'an 1762 ; avec
des ré flexions fur l'ordre qu'on doit tenir
& fur les Ouvrages néceffaires pour
l'étude de l'Hiftoire . Par feu M. l'Abbé
'Lenglet du Frefnoy. Nouvelle Edition ,
SEPTEMBRE. 1763. 109
revue , corrigée & augmentée. In - 8 °.
Paris , 1763 , trois Volumes. Chez de
Bure pere , quai des Auguftins , du côté
du Pont Saint- Michel , à S. Paul ; chez
Ganeau , rue S. Severin , aux armes de
Dombes.
Nous ferons connoître inceffament le
mérite de cette nouvelle Edition, bien fupérieure
à la précédente .
ESSAI SUR LE BEAU nouvelle
Edition augmentée de fix difcours , fur
les Modes , fur le Decorum , fur les Gráces
, fur l'Amour du beau , fur l'Amour
défintéressé. Deux Parties in - 12 . Paris
1763 ; chez Etienne Ganeau , rue faint
Severin , aux armes de Dombes , & à
S. Louis.
Nous parlerons avec plaifir de cet Ouvrage
qui a toujours été regardé comme
un chef- d'oeuvre en ce genre pour l'agrément
du ftyle , la précifion des idées , la
jufteffe & la profondeur des réfléxions.
RECUEIL DES PIECES de Médecine
& de Phyfique , traduit de l'Italien de
M. Cocchi , & autres Auteurs vivans . In-
12. Paris , 1763 , chez D'houry , Imprimeur
Libraire de Monfeigneur le Duc
d'Orléans , rue vieille Bouclerie,
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce Recueil excellent , fera probablement
continué , & il paroît qu'on le ſouhaite.
SECOND DISCOURS fur l'Education ,
dans lequel on expofe tout le vicieux de
l'Inftitution fcolaftique , & le moyen d'y
remédier. Par M. Vanier , Auteur du
cours de Latinité ; in-8° . Paris , 1763 :
Chez Butard, rue S. Jacques , à la Véri
té; & chez Desain junior , quai des Auguftins
, à la Bonne-Foi.
TRAITÉ DU CONTRAT de Conf
titution de Rente , par l'Auteur du Traité
des Obligations , in - 8 ° . Paris , 1763;
chez Debure, l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; & à Orléans , chez
J. Roufeau - Montaut , Imprimeur du
Roi , de la Ville & de l'Univerfité.
INSTRUCTION fur la manière d'élever
& de perfectionner la bonne efpéce
des Bêtes à laine , de Flandre , in- 12.
Paris , 1763 , chez Guyllin , Libraire ,
quai des Auguftins , près du Pont Saint
Michel , au Lys d'or.
REFLEXIONS SUR LA NÉCESSITÉ ,
les Effets & les avantages de la difcrétion
; par l'Auteur de la Journée Sainte
SEPTEMBRE. 1763. TIE
In - 12. au Mans , 1763 ; chez Charles
Monnoyer , Imprimeur du Roi , à l'entrée
du Pont - neuf ; & à Paris , chez
Praultpere , quai de Gêvres.
· DE L'UTILITÉ DES VOYAGES ,
relativement aux fciences & aux moeurs ;
Difcours prononcé par M. l'Abbé Gros
de Befplas , de la Maifon & Société de
Sorbonne , Vicaire général du Diocèfe
de Befançon ; à fa réception , en qualité
d'Affocié à l'Académie de Béziers , au
mais d'Août 1762 , avec des réflexions
fur les vovages ; in- 8 °. Paris , 1763 ,
chez Berthier , Libraire , quai & fous la
porte des grands Auguftins.
CLOVIS , Poëme héroi- comique
avec des remarques hiftoriques & critiques
.
Carmen amat , quifquis carmina digna gerit
Claud. Præf. 1.3 de laud. ftil.
Qui de nos chants fe rend digne , les aime.
In-12. La Haye , 3 Volumes ; & fe
trouve à Paris , chez Fournier , Libraire
, quai des Auguftins.
MÉMOIRE fignifié pour Margue
rie-Agnès- Charles-Marie Huchet de la
.
112 MERCURE DE FRANCE.
Bédoyere , FILS AISNÉ de M. de la
Bédoyere , Procureur général du Parlement
de Bretagne , appellant , contre le
Comte de la Bédoyere , Fils puîné du
même M. de la Bédoyere ; & fe prétend
fon feul & unique héritier, intimé . In-12-
1763 , fe trouve à Paris , chez Defpilly,
rue S. Jacques , à la Croix d'or. Prix , 30
f. broché .
LETTRES D'HENRIETTE & d'Emilie
, traduits de l'Anglois. Par Mde G. D.
D. S. G. In- 16. Londres , 1763 ; & fe
trouvent à Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
LES FESTES DE LA PAIX ; divertiffement
en un Acte à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi , & de la
publication de la Paix. Repréſentées pour
la première fois par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi, le 4 Juillet 1763.
Prix , 1 1. 4 f. I avec la Mufique. A Paris
chez Duchesne , rue S. Jacques au Temple
du Goût.
LES DEUX CHASSEURS & la Laitiere
, Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes
; par M. Anfeaume , repréſentée
pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 21 Juillet
SEPTEMBRE. 1763 113
1763. La Mufique eft de M. Duni. Prix ,
11. 4. f. avec la Mufique. Chez le même
Libraire .
POÉSIES SACRÉES & Philofophiques
tirées des Livres Saints , par M. le
Franc de Pompignan . Nouvelle Edition
, confidérablement augmentée &
enrichie de gravures. In 4°. Paris , 1763.
de l'Imprimerie de Prault .
Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ce bel & édîfiant
Ouvrage.
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE de
la Guienne.
Mille hominum fpecies , & rerum difcolor unus
Velle fuum cuique eft , nec voto vivitur uno.
Perfe , Sat. 5. v. 52 & 53;
E v
106 MERCURE DE FRANCE ,
contenant les poffeffions & les établiffemens
des François , des Efpagnols ,
des Portugais , des Hollandois , dans ce
vafte Pays ; le climat , les productions de
la Terre & les animaux , leurs Habitans ,
leurs moeurs , leurs coutumes , & le commerce
qu'on y peut faire ; avec des remarques
pour la Navigation , & des Cartes
, Plans & Figures ; dreffé au dépôt
des Cartes & Plans de la Marine , par
ordre de M. le Duc de Choifeul , Colonel
général des Suiffes & Grifons , Miniſtre
de la Guerre & de la Marine . Par le Sr.
Bellin , Ingénieur de la Marine & du
dépôt des Plans , Cenfeur Royal de l'Académie
de Marine , & de la Société
Royale de Londres . In -4 °. 1763.
Ce que nous pouvons dire , quant à
préfent, de cet Ouvrage, c'eft qu'il nous
paroît que l'Auteur n'a rien négligé pour
de rendre auffi utile qu'intéreffant.
LA JURISPRUDENCE de la Médecine
en France , ou Traité Hiftorique &
Juridique des Etabliffemens , Réglemens
, Polices , Devoirs , Fonctions ,
Récompenfes , Droits & Priviléges des
ois Corps de Médecine avec les DeSEPTEMBRE.
1763. 107
voirs , Fonctions & Autorités des Juges
à leur égard. Par M. Verdier , Docteur en
Médecine , Aggrégé au Collége Royal
des Médecins de Nanci , & Avocat au
Parlement de Paris. A Paris, chez Didot
le jeune , Quai de la Vallée , & chez
Prault pere , Quai de Gêvres . A Alençon
, chez Malaffis le jeune , & au Mans ,
chez Monnoyer.
Cet Ouvrage dont il paroît un Abrégé
, fous le titre d'ESSAI SUR LA JURISPRUDENCE
de la Médecine en
France , eſt divifé en quatre Parties . La
premiére renferme la Légiflation générale
de la Médecine ; la feconde la Légiflation
particulière de la Médecine : la
troifiéme celle de la Chirurgie ; la quatriéme
enfin , celle de la Pharmacie &
Epicerie . Chaque Partie eft compriſe
dans deux gros Volumes. L'Abrégé &
chaque Partie fe vendront féparément ,
l'Abrégé 30 fols , & les deux Volumes
de chaque Partie 5 1. brochés . Il ne pa
roît encore que l'Abrégé avec la premiè
re Partie. Ceux qui voudront fe procurer
la totalité de l'Ouvrage , pourront
foufcrire chez les Libraires précédens ;
en donnant 16 livres , ils recevront les
trois Volumes imprimés , & les trois aus
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres Parties de quatre en quatre mois.
L'Auteur invite tous ceux qui peuvent
lui être utiles , de lui faire part de
leurs critiques , réflexions & piéces qui
entrent dans fon Plan. Il promet d'en
faire ufage dans le courant de l'impreffion
, ou dans des fupplémens qu'il prévoit
être obligé d'ajouter à chaque Partie
. Il annonce en même temps un Code
médicinal , ou une Table chronologique
de tous les réglemens rendus fur la Médecine
, depuis le commencement de la
Monarchie , & déclare que les Soufcripteurs
des 9 Volumes précédens , feront
feuls admis à foufcrire , pour les
Supplémens & le Code .
L'adreffe de M. Verdier eft à Paris ,
chez M. Porquier, Marchand Vinaigrier,
rue du faubourg S. Jacques , vis-à-vis
de la Vifitation Ste Marie.
TABLETTES CHRONOLOGIQUES de
l'Hiftoire univerfelle , facrée & profane ,
eccléfiaftique & civile , depuis la créa
tion du monde , jufqu'à l'an 1762 ; avec
des ré flexions fur l'ordre qu'on doit tenir
& fur les Ouvrages néceffaires pour
l'étude de l'Hiftoire . Par feu M. l'Abbé
'Lenglet du Frefnoy. Nouvelle Edition ,
SEPTEMBRE. 1763. 109
revue , corrigée & augmentée. In - 8 °.
Paris , 1763 , trois Volumes. Chez de
Bure pere , quai des Auguftins , du côté
du Pont Saint- Michel , à S. Paul ; chez
Ganeau , rue S. Severin , aux armes de
Dombes.
Nous ferons connoître inceffament le
mérite de cette nouvelle Edition, bien fupérieure
à la précédente .
ESSAI SUR LE BEAU nouvelle
Edition augmentée de fix difcours , fur
les Modes , fur le Decorum , fur les Gráces
, fur l'Amour du beau , fur l'Amour
défintéressé. Deux Parties in - 12 . Paris
1763 ; chez Etienne Ganeau , rue faint
Severin , aux armes de Dombes , & à
S. Louis.
Nous parlerons avec plaifir de cet Ouvrage
qui a toujours été regardé comme
un chef- d'oeuvre en ce genre pour l'agrément
du ftyle , la précifion des idées , la
jufteffe & la profondeur des réfléxions.
RECUEIL DES PIECES de Médecine
& de Phyfique , traduit de l'Italien de
M. Cocchi , & autres Auteurs vivans . In-
12. Paris , 1763 , chez D'houry , Imprimeur
Libraire de Monfeigneur le Duc
d'Orléans , rue vieille Bouclerie,
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce Recueil excellent , fera probablement
continué , & il paroît qu'on le ſouhaite.
SECOND DISCOURS fur l'Education ,
dans lequel on expofe tout le vicieux de
l'Inftitution fcolaftique , & le moyen d'y
remédier. Par M. Vanier , Auteur du
cours de Latinité ; in-8° . Paris , 1763 :
Chez Butard, rue S. Jacques , à la Véri
té; & chez Desain junior , quai des Auguftins
, à la Bonne-Foi.
TRAITÉ DU CONTRAT de Conf
titution de Rente , par l'Auteur du Traité
des Obligations , in - 8 ° . Paris , 1763;
chez Debure, l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; & à Orléans , chez
J. Roufeau - Montaut , Imprimeur du
Roi , de la Ville & de l'Univerfité.
INSTRUCTION fur la manière d'élever
& de perfectionner la bonne efpéce
des Bêtes à laine , de Flandre , in- 12.
Paris , 1763 , chez Guyllin , Libraire ,
quai des Auguftins , près du Pont Saint
Michel , au Lys d'or.
REFLEXIONS SUR LA NÉCESSITÉ ,
les Effets & les avantages de la difcrétion
; par l'Auteur de la Journée Sainte
SEPTEMBRE. 1763. TIE
In - 12. au Mans , 1763 ; chez Charles
Monnoyer , Imprimeur du Roi , à l'entrée
du Pont - neuf ; & à Paris , chez
Praultpere , quai de Gêvres.
· DE L'UTILITÉ DES VOYAGES ,
relativement aux fciences & aux moeurs ;
Difcours prononcé par M. l'Abbé Gros
de Befplas , de la Maifon & Société de
Sorbonne , Vicaire général du Diocèfe
de Befançon ; à fa réception , en qualité
d'Affocié à l'Académie de Béziers , au
mais d'Août 1762 , avec des réflexions
fur les vovages ; in- 8 °. Paris , 1763 ,
chez Berthier , Libraire , quai & fous la
porte des grands Auguftins.
CLOVIS , Poëme héroi- comique
avec des remarques hiftoriques & critiques
.
Carmen amat , quifquis carmina digna gerit
Claud. Præf. 1.3 de laud. ftil.
Qui de nos chants fe rend digne , les aime.
In-12. La Haye , 3 Volumes ; & fe
trouve à Paris , chez Fournier , Libraire
, quai des Auguftins.
MÉMOIRE fignifié pour Margue
rie-Agnès- Charles-Marie Huchet de la
.
112 MERCURE DE FRANCE.
Bédoyere , FILS AISNÉ de M. de la
Bédoyere , Procureur général du Parlement
de Bretagne , appellant , contre le
Comte de la Bédoyere , Fils puîné du
même M. de la Bédoyere ; & fe prétend
fon feul & unique héritier, intimé . In-12-
1763 , fe trouve à Paris , chez Defpilly,
rue S. Jacques , à la Croix d'or. Prix , 30
f. broché .
LETTRES D'HENRIETTE & d'Emilie
, traduits de l'Anglois. Par Mde G. D.
D. S. G. In- 16. Londres , 1763 ; & fe
trouvent à Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
LES FESTES DE LA PAIX ; divertiffement
en un Acte à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi , & de la
publication de la Paix. Repréſentées pour
la première fois par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi, le 4 Juillet 1763.
Prix , 1 1. 4 f. I avec la Mufique. A Paris
chez Duchesne , rue S. Jacques au Temple
du Goût.
LES DEUX CHASSEURS & la Laitiere
, Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes
; par M. Anfeaume , repréſentée
pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 21 Juillet
SEPTEMBRE. 1763 113
1763. La Mufique eft de M. Duni. Prix ,
11. 4. f. avec la Mufique. Chez le même
Libraire .
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1763, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Parmi eux, 'Poésies Sacrées & Philosophiques' de Franc de Pompignan est une nouvelle édition enrichie de gravures. La 'Description Géographique de la Guienne' par Bellin, commandée par le Duc de Choiseul, couvre les possessions françaises, espagnoles, portugaises et hollandaises de la région, ainsi que le climat, les productions, les habitants, les mœurs, les coutumes et le commerce, accompagnée de cartes et de plans pour la navigation. 'La Jurisprudence de la Médecine en France' de Verdier est un traité historique et juridique sur les établissements, règlements, devoirs, fonctions, récompenses, droits et privilèges des corps de médecine, divisé en quatre parties. Les 'Tablettes Chronologiques de l'Histoire universelle' de l'Abbé Lenglet du Fresnoy couvrent l'histoire sacrée et profane jusqu'en 1762. L''Essai sur le Beau' est une nouvelle édition augmentée de six discours sur divers sujets esthétiques. Le 'Recueil des Pièces de Médecine & de Physique' est une traduction de l'italien de Cocchi et d'autres auteurs. D'autres publications incluent un 'Second Discours sur l'Éducation' de Vanier, un 'Traité du Contrat de Constitution de Rente', une 'Instruction sur la manière d'élever & de perfectionner la bonne espèce des Bêtes à laine' et des 'Réflexions sur la Nécessité, les Effets'. En septembre 1763, plusieurs événements culturels ont été rapportés, notamment un discours de l'Abbé Gros de Beplas sur l'utilité des voyages, le poème héroï-comique 'Clovis', un mémoire juridique sur une dispute d'héritage, et les traductions des 'Lettres d'Henriette & d'Émilie'. Les Comédiens Italiens ordinaires du Roi ont représenté 'Les Fêtes de la Paix' et 'Les Deux Chasseurs et la Laitière'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
673
p. 124-138
LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
Début :
MESSIEURS du Bureau d'Agriculture de Paris, Monsieur, m'ont renvoyé [...]
Mots clefs :
Maladie, Mouton, Couleur, Paysans, Attaques, Ventricule, Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
LETTRE de M. BOREL , Lieutenant
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
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Résumé : LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
En 1763, une épidémie frappe les troupeaux de moutons dans la région de Beauvais. Les symptômes observés incluent un abattement général, un dégoût alimentaire, des yeux enflammés et larmoyants, une morve épaisse, et une fièvre. Les animaux cessent de ruminer et développent des éruptions cutanées semblables à la variole, variées en forme et en couleur. La gravité de la maladie dépend de la localisation des boutons, notamment sur la tête. La contagion se propage via les fumiers contenant des excréments et des restes d'animaux morts, diffusant un 'mauvais air' infectieux. D'autres symptômes incluent des ulcères dans le foie, des tumeurs blanches sur la peau, des yeux ternes, et une langue affectée. Cette maladie, nommée 'claveau', apparaît principalement lors des renouvellements de lune et dure environ trois mois. Certaines paroisses ont perdu jusqu'à un quart de leur troupeau. Les traitements tentés, tels que l'exposition à l'air libre ou l'utilisation d'infusions à base de plantes, se sont révélés inefficaces. Les auteurs expriment le besoin de trouver une méthode uniforme pour traiter cette maladie et protéger les troupeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
674
p. 138-150
LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
ON ne pouvoit répondre, Monsieur, avec plus de clarté & de précision que [...]
Mots clefs :
Éruption, Claveau , Maladie, Fièvre exanthémateuse, Symptômes, Moutons, Animaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
LETTRE en Réponse , de M. BOURGELAT
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
Résumé : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Monsieur Bourgelat adresse une lettre à Monsieur Borel concernant la maladie du 'claveau' qui affecte les moutons en Picardie, qu'il identifie comme étant la variole. Les symptômes de cette maladie incluent une éruption cutanée, une morve épaisse, des complications cérébrales, la perte de la vue, ainsi que la fièvre, la soif et l'abattement. Bourgelat pose plusieurs questions sur la fréquence, les formes bénignes et malignes, les symptômes associés, et la contagiosité de la maladie, ainsi que les risques pour les bergers. Il envisage des expériences d'inoculation pour mieux comprendre la maladie. Le texte traite également des maladies animales et humaines, notamment la variole et le charbon. Il est mentionné que manipuler des cadavres de bovins peut entraîner un anthrax chez les humains. Bourgelat s'interroge sur les effets de la variole sur divers animaux et reconnaît l'absence de documentation détaillée sur les maladies animales dans les écrits anciens. Il critique les méthodes anciennes et modernes de traitement des maladies animales, jugées souvent absurdes ou inefficaces. En septembre 1763, Frédéric W. Haftser décrit une maladie appelée 'ignis facer' chez les animaux, comparée à l'érysipèle humain. Il distingue quatre types de variole chez les moutons selon la saison et les attribue à des humeurs corrompues par les exhalaisons acides de l'étable. Le texte suggère de traiter les symptômes visibles des maladies comme le font les médecins humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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675
p. 150-158
LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
Début :
Vous avez eu la bonté, Monsieur de rendre dans le Mercure de Juin [...]
Mots clefs :
Auteur, Mémoire, Critique, Médecine, Philosophie, Opinions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
LETTRE de M. Louis , Profeffeur
Royal de Chirurgie , à M. DE LA
PLACE , Auteur du Mercure de
France.
V ous avez eu la bonté , Monfieur
de rendre dans le Mercure de Juin
un compte avantageux d'un Mémoi
re que j'ai donné au Public fur une
queftion anatomique , relative à la Jurifprudence
, où j'établis les principes
pourdiftinguer, à l'infpection d'un corps
trouvé pendu , les fignes du fuicide d'avec
ceux de l'affaffinat. Ce Mémoire
eft vivement attaqué dans le Journal
SEPTEMBRE. 1763. 151
de Médecine du mois de Septembre ,
fous le nom d'un Bachelier de la Faculté.
On prétend que je ne me fuis
occupé que de détails inutiles ; que j'ai
foutenu des opinions hazardées , &
donné des principes dangereux , dont
on peut tirer de funeftes conféquences.
La troifiéme propofition eft remife à
l'Ordinaire prochain ; il n'eft queſtion
dans celui-ci , que des détails prétendus
inutiles , & des opinions qu'on dit hazardées.
J'efpére que l'Auteur du Journal
de Médecine qui a publié cette critique
par égard pour les perfonnes de
fon Corps qui l'en ont follicité , m'accordera
une place pour la défenfe de la
faine do& rine fur une queftion auffi
intéreffante . Je ne me refuferai pas
à
la recherche de la vérité ; c'eft un engagement
que je contracte volontiers
avec le Public par la voie du Mercure.
La difcuffion du fonds eft fpécia
lement du reffort du Journal de Médecine
mais qu'il me foit permis de
reprendre dans le vôtre la forme que
mes Cenfeurs ont donnée à leur critique
.
Ils ont manifeftement confondu l'oc
cafion qui m'a porté à écrire avec l'ob,
jet de mon Mémoire. Pour établir l'inu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tilité de mes recherches & de mes expériences
, ils demandent fi l'affaire des
Calas en eft plus éclaircie ? Non ; difent
ils , & l'Auteur du Mémoire a
tout-à -fait perdu de vue cet objet principal.
-
Ma réponſe eft fimple. Cette affaire
n'a été , ni pû , ni dû être l'objet de
mon Mémoire. Quel homme feroit affez
imprudent & affez dépourvu de raiſon ,
pour ofer prononcer fur un cas particulier
, auffi grave que l'eft l'affaire de
Touloufe , jugé par un Parlement , &
foumis à la décifion du Confeil du Roi ,
qui pourra ordonner , ou ne pas ordonner
la révifion du procès ? C'eſt cependant
cette inutilité relative qu'on m'objecte
! on particularife mes réflexions
générales ,, ppoouurr chercher l'analogie qu'il
doit y avoir , dit-on , entre l'état de
la queftion & l'hiftoire des Calas. J'avoue
que fi l'on en appercevoit , ce
feroit contre mon intention ; & que j'ai
mis tout l'art dont j'ai été capable , à
empêcher qu'on ne pût faire la moindre
application des chofes que j'ai avancées
, à l'affaire particuliere qu'on me
reproche mal-à -propos de n'avoir point
approfondie.
Le premier point fur l'inutilité de mes
SEPTEMBRE. 1763. 153
"
recherches eft donc tout-à-fait déplacé ;
& ayant déclaré dès les premieres phrafes
de mon Mémoire , que je ne traitois
point de l'affaire des Calas &
qu'elle n'étoit que l'occafion qui m'avoit
porté à écrire fur cette matière
il n'y a ni juftice , ni raifon à me demander
en finiffant ce point .... que font
à l'affaire des Calas tous ces raifonnemens
pour engager à fecourir les pendus
fuicides ; cette difcuffion fur les
moral ou le phyfique de leur action ;;
ces avis publiés depuis 1740 , au fujet
des noyés ; l'éloge de la Philofophie
& des Arts ; la longue note où les filles
de Milet , Aulugelle & Tacite font éton
nés de fe rencontrer ? & c.?
TO
.
Vous voyez , Monfieur , ce que dans
cette tirade il y a d'étranger au fonds
de la queſtion. On jugera aifément de
l'infidélité de cette critique. L'on n'au ---
pas dû demander que fait à l'affaire
des Calas , l'éloge de la Philofophie :
& des Arts ; mais à quoi il fert dans un
Mémoire fur les pendus ?. Il fembleroit:
à cette question que perdant véritable--
ment mon objet de vue , je me fuiss
livré par une digreffion déplacée, à faire;
l'éloge de la Philofophie & des Arts . Riem
n'eft cependant fi peu fondé que co
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
reproche. J'ai dit , par occafion , que le
progrès de la Philofophie & des Arts
nous faifoit voir au profit de l'humanité ,
plufieurs objets , fous des afpects plus
raifonnables que nos pères ne les envifageoient.
C'est exactement là tout ce que
je dis ; & cette unique réfléxion fi fimple
& fi vraie , placée à propos , eft repréfentée
comme un chef d'inutilités
dans mon ouvrage : cela n'eft pas pardonnable.
Il faut de la bonne foi dans
la critique , & ſe reſpecter en imaginant
qu'il y a quelques Lecteurs judicieux
, capables de prendre la peine de
vérifier les points de conteftation. Les
filles de Milet qui fe font pendues
elles- mêmes , ne doivent pas être plus
étonnées de fe rencontrer avec Aulu-gelle
, dans mon Mémoire , que dans les
nuits attiques de cet Auteur ; & celui-ci
avec Tacite , dont j'ai crû devoir conferver
une expreffion bien énergique à
l'occafion du fuicide . Mais tout ceci eft
en note ; c'eſt la feule qu'il y ait dans
mon ouvrage ; & on ne peut pas dire
qu'elle ne foit pas amenée par le Texte.
Il faut que l'envie de contredire foit
bien forte , pour porter ceux qui en.
font tourmentés , à des objections auffi
farides L
SEPTEMBRE. 1763. 155
Paffons aux opinions qu'on dit hazar
dées. On foutient que les pendus meu
rent par fuffocation , faute d'air. J'ai
prétendu que la corde , fur-tout dans
ceux qui fe pendent eux-mêmes , n'agit
point du tout fur le conduit de l'air :
fur cela on fait deux interrogations....
Qui le mettroit à l'abri de la corde ?
Sur quelle partie de la corde agiroit-elle ?
Voici une réponse à ces deux queſtions :
rien ne met le conduit de l'air à l'abri de la
corde , & il n'a pas befoin d'abri , puifqu'elle
n'agit point fur lui. Elle porte
fous la machoire & fous l'occipital : elle
comprime principalement les veines jugulaires
, & les pendus meurent apoplectiques
& non pas fuffoqués. Pourquoi
taire que je me fuis autorifé du
fentiment de deux habiles Profeffeurs
en Médecine , Benedicti & Nymann.;
& me citer une autorité contraire , celle
de Garmann , Compilateur déraifannable
de touté efpéce d'inépties
dans un gros volume in-4°. de plus de
1500 pages , fous le titre de Miraculis
mortuorum , où l'on trouve le pour &
le contre , fans choix & fans difcerne
mentfur toutes les queftions qu'il traite ,
& parmi lesquelles il y en a de fort
ridicules. Entre des autorités de parcil
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
poids , il auroit fallu confulter l'expérience
, faire des effais & raiſonner conféquemment
fur les faits . On aime mieux
rappeller des cas particuliers mal obfervés
, que d'avoir recours aux grands
principes par lefquels on doit juger toutes
les conteftations fcientifiques.
1
a
Quel moyen de nier l'effet de la
compreffion des veines jugulaires par
l'impreffion de la corde fur un pendu ?
A ce fait fi fimple & fi clairement démontré
aux yeux même des moins inf
truits , on fubftitue une explication prétendue
phyfiologique , dont Garmann
dit-on , ouvert la voie , mais qu'Hebenfgreit
a développée. Or, cette explication
eft fi mauvaife , qu'elle feroit honte à
un Ecolier d'anatomie & de phyfiolologie
, & que l'Auteur de cette critique
eft forcé lui - même de l'abandonner
enfuite. L'avoir employée est une grande
Aiftraction de la part d'un homme qui
fe fait un mérite de reprocher des inutilités.
Il ne convient qu'avec une forte
de regret de ce qu'il trouve de favorable
à la vérité que je foutiens , dans
les autorités qu'il rapporte ; & il cherche
à donner du crédit aux erreurs pour
me les oppofer. C'est ce que je prouverai
par l'examen détaillé des faits qu'on
SEPTEMBRE. 1763. 157
m'objecte , & qu'il feroit trop long de
difcuter préfentement.
L'Auteur à l'occafion des apopléxies
citel'aphorifme d'Hippocrate quidit, qu'il
eft impoffible de guérir une forte apopléxie
, & qu'il eft difficile d'en guérir
une légère. Et il ajoute à une fauffe conféquence
qu'il tire de cette remarque
qu'on voit bien que ce n'eft pas d'Hippocrate
que je fais mon étude particu
lière.
Je pourrois repliquer qu'une injure n'eft
point une raifon , & que l'Auteur auroit
fans fe faire aucun tort , fup
pu,
primer cette perfonnalité.
Je pourrois lui dire, que les principaux
ouvrages d'Hippocrate étant fur la Chirurgie
, c'eft m'injurier gratuitement ,
que de vouloir faire croire que je ne me
fuis pas autant occupé que je l'aurois
dû , de la lecture de cet Auteur.
Je pourrois obferver encore , que
tout ce qu'Hippocrate a avancé , n'eft
pas confirmé par les faits : il croyoit , par
exemple , que les playes du corps de
la veffie étoient mortelles , & nous en
guériffons tous les jours. Et pour ne pas
dérouter le jeune Bachelier , & le tenir
fur fa citation , je pourrois lui promettre
qu'il apprendra par l'ufage , qu'il n'eſt
158 MERCURE DE FRANCE .
*
point du tout rare de voir des perfon
nes qui ont eu plufieurs attaques d'apopléxie
.
Mais je me contenterai de lui dire ,
ce dont peut-être il ne fe doute pas ,
qu'après une lecture d'Hippocrate , on
peut prendre une leçon utile dans Moliere
qui a relevé , pour le bien public , le
ridicule d'un Médecin qui foutenoit
opiniâtrément qu'un homme enterré
depuis deux jours n'étoit pas mort ;
parce qu'Hippocrate difoit expreffément
que la maladie dont il étoit attaqué , ne
fe terminoit qu'au quatorziéme ou au
vingt-uniéme jour ; & qu'il n'y en avoit
que fix que cet homme étoit malade.
Ce trait de morale s'applique tout
naturellement à ceux qui préférent l'autorité
des hommes à celle de la Nature
& de la Raifon.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Royal de Chirurgie , à M. DE LA
PLACE , Auteur du Mercure de
France.
V ous avez eu la bonté , Monfieur
de rendre dans le Mercure de Juin
un compte avantageux d'un Mémoi
re que j'ai donné au Public fur une
queftion anatomique , relative à la Jurifprudence
, où j'établis les principes
pourdiftinguer, à l'infpection d'un corps
trouvé pendu , les fignes du fuicide d'avec
ceux de l'affaffinat. Ce Mémoire
eft vivement attaqué dans le Journal
SEPTEMBRE. 1763. 151
de Médecine du mois de Septembre ,
fous le nom d'un Bachelier de la Faculté.
On prétend que je ne me fuis
occupé que de détails inutiles ; que j'ai
foutenu des opinions hazardées , &
donné des principes dangereux , dont
on peut tirer de funeftes conféquences.
La troifiéme propofition eft remife à
l'Ordinaire prochain ; il n'eft queſtion
dans celui-ci , que des détails prétendus
inutiles , & des opinions qu'on dit hazardées.
J'efpére que l'Auteur du Journal
de Médecine qui a publié cette critique
par égard pour les perfonnes de
fon Corps qui l'en ont follicité , m'accordera
une place pour la défenfe de la
faine do& rine fur une queftion auffi
intéreffante . Je ne me refuferai pas
à
la recherche de la vérité ; c'eft un engagement
que je contracte volontiers
avec le Public par la voie du Mercure.
La difcuffion du fonds eft fpécia
lement du reffort du Journal de Médecine
mais qu'il me foit permis de
reprendre dans le vôtre la forme que
mes Cenfeurs ont donnée à leur critique
.
Ils ont manifeftement confondu l'oc
cafion qui m'a porté à écrire avec l'ob,
jet de mon Mémoire. Pour établir l'inu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tilité de mes recherches & de mes expériences
, ils demandent fi l'affaire des
Calas en eft plus éclaircie ? Non ; difent
ils , & l'Auteur du Mémoire a
tout-à -fait perdu de vue cet objet principal.
-
Ma réponſe eft fimple. Cette affaire
n'a été , ni pû , ni dû être l'objet de
mon Mémoire. Quel homme feroit affez
imprudent & affez dépourvu de raiſon ,
pour ofer prononcer fur un cas particulier
, auffi grave que l'eft l'affaire de
Touloufe , jugé par un Parlement , &
foumis à la décifion du Confeil du Roi ,
qui pourra ordonner , ou ne pas ordonner
la révifion du procès ? C'eſt cependant
cette inutilité relative qu'on m'objecte
! on particularife mes réflexions
générales ,, ppoouurr chercher l'analogie qu'il
doit y avoir , dit-on , entre l'état de
la queftion & l'hiftoire des Calas. J'avoue
que fi l'on en appercevoit , ce
feroit contre mon intention ; & que j'ai
mis tout l'art dont j'ai été capable , à
empêcher qu'on ne pût faire la moindre
application des chofes que j'ai avancées
, à l'affaire particuliere qu'on me
reproche mal-à -propos de n'avoir point
approfondie.
Le premier point fur l'inutilité de mes
SEPTEMBRE. 1763. 153
"
recherches eft donc tout-à-fait déplacé ;
& ayant déclaré dès les premieres phrafes
de mon Mémoire , que je ne traitois
point de l'affaire des Calas &
qu'elle n'étoit que l'occafion qui m'avoit
porté à écrire fur cette matière
il n'y a ni juftice , ni raifon à me demander
en finiffant ce point .... que font
à l'affaire des Calas tous ces raifonnemens
pour engager à fecourir les pendus
fuicides ; cette difcuffion fur les
moral ou le phyfique de leur action ;;
ces avis publiés depuis 1740 , au fujet
des noyés ; l'éloge de la Philofophie
& des Arts ; la longue note où les filles
de Milet , Aulugelle & Tacite font éton
nés de fe rencontrer ? & c.?
TO
.
Vous voyez , Monfieur , ce que dans
cette tirade il y a d'étranger au fonds
de la queſtion. On jugera aifément de
l'infidélité de cette critique. L'on n'au ---
pas dû demander que fait à l'affaire
des Calas , l'éloge de la Philofophie :
& des Arts ; mais à quoi il fert dans un
Mémoire fur les pendus ?. Il fembleroit:
à cette question que perdant véritable--
ment mon objet de vue , je me fuiss
livré par une digreffion déplacée, à faire;
l'éloge de la Philofophie & des Arts . Riem
n'eft cependant fi peu fondé que co
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
reproche. J'ai dit , par occafion , que le
progrès de la Philofophie & des Arts
nous faifoit voir au profit de l'humanité ,
plufieurs objets , fous des afpects plus
raifonnables que nos pères ne les envifageoient.
C'est exactement là tout ce que
je dis ; & cette unique réfléxion fi fimple
& fi vraie , placée à propos , eft repréfentée
comme un chef d'inutilités
dans mon ouvrage : cela n'eft pas pardonnable.
Il faut de la bonne foi dans
la critique , & ſe reſpecter en imaginant
qu'il y a quelques Lecteurs judicieux
, capables de prendre la peine de
vérifier les points de conteftation. Les
filles de Milet qui fe font pendues
elles- mêmes , ne doivent pas être plus
étonnées de fe rencontrer avec Aulu-gelle
, dans mon Mémoire , que dans les
nuits attiques de cet Auteur ; & celui-ci
avec Tacite , dont j'ai crû devoir conferver
une expreffion bien énergique à
l'occafion du fuicide . Mais tout ceci eft
en note ; c'eſt la feule qu'il y ait dans
mon ouvrage ; & on ne peut pas dire
qu'elle ne foit pas amenée par le Texte.
Il faut que l'envie de contredire foit
bien forte , pour porter ceux qui en.
font tourmentés , à des objections auffi
farides L
SEPTEMBRE. 1763. 155
Paffons aux opinions qu'on dit hazar
dées. On foutient que les pendus meu
rent par fuffocation , faute d'air. J'ai
prétendu que la corde , fur-tout dans
ceux qui fe pendent eux-mêmes , n'agit
point du tout fur le conduit de l'air :
fur cela on fait deux interrogations....
Qui le mettroit à l'abri de la corde ?
Sur quelle partie de la corde agiroit-elle ?
Voici une réponse à ces deux queſtions :
rien ne met le conduit de l'air à l'abri de la
corde , & il n'a pas befoin d'abri , puifqu'elle
n'agit point fur lui. Elle porte
fous la machoire & fous l'occipital : elle
comprime principalement les veines jugulaires
, & les pendus meurent apoplectiques
& non pas fuffoqués. Pourquoi
taire que je me fuis autorifé du
fentiment de deux habiles Profeffeurs
en Médecine , Benedicti & Nymann.;
& me citer une autorité contraire , celle
de Garmann , Compilateur déraifannable
de touté efpéce d'inépties
dans un gros volume in-4°. de plus de
1500 pages , fous le titre de Miraculis
mortuorum , où l'on trouve le pour &
le contre , fans choix & fans difcerne
mentfur toutes les queftions qu'il traite ,
& parmi lesquelles il y en a de fort
ridicules. Entre des autorités de parcil
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
poids , il auroit fallu confulter l'expérience
, faire des effais & raiſonner conféquemment
fur les faits . On aime mieux
rappeller des cas particuliers mal obfervés
, que d'avoir recours aux grands
principes par lefquels on doit juger toutes
les conteftations fcientifiques.
1
a
Quel moyen de nier l'effet de la
compreffion des veines jugulaires par
l'impreffion de la corde fur un pendu ?
A ce fait fi fimple & fi clairement démontré
aux yeux même des moins inf
truits , on fubftitue une explication prétendue
phyfiologique , dont Garmann
dit-on , ouvert la voie , mais qu'Hebenfgreit
a développée. Or, cette explication
eft fi mauvaife , qu'elle feroit honte à
un Ecolier d'anatomie & de phyfiolologie
, & que l'Auteur de cette critique
eft forcé lui - même de l'abandonner
enfuite. L'avoir employée est une grande
Aiftraction de la part d'un homme qui
fe fait un mérite de reprocher des inutilités.
Il ne convient qu'avec une forte
de regret de ce qu'il trouve de favorable
à la vérité que je foutiens , dans
les autorités qu'il rapporte ; & il cherche
à donner du crédit aux erreurs pour
me les oppofer. C'est ce que je prouverai
par l'examen détaillé des faits qu'on
SEPTEMBRE. 1763. 157
m'objecte , & qu'il feroit trop long de
difcuter préfentement.
L'Auteur à l'occafion des apopléxies
citel'aphorifme d'Hippocrate quidit, qu'il
eft impoffible de guérir une forte apopléxie
, & qu'il eft difficile d'en guérir
une légère. Et il ajoute à une fauffe conféquence
qu'il tire de cette remarque
qu'on voit bien que ce n'eft pas d'Hippocrate
que je fais mon étude particu
lière.
Je pourrois repliquer qu'une injure n'eft
point une raifon , & que l'Auteur auroit
fans fe faire aucun tort , fup
pu,
primer cette perfonnalité.
Je pourrois lui dire, que les principaux
ouvrages d'Hippocrate étant fur la Chirurgie
, c'eft m'injurier gratuitement ,
que de vouloir faire croire que je ne me
fuis pas autant occupé que je l'aurois
dû , de la lecture de cet Auteur.
Je pourrois obferver encore , que
tout ce qu'Hippocrate a avancé , n'eft
pas confirmé par les faits : il croyoit , par
exemple , que les playes du corps de
la veffie étoient mortelles , & nous en
guériffons tous les jours. Et pour ne pas
dérouter le jeune Bachelier , & le tenir
fur fa citation , je pourrois lui promettre
qu'il apprendra par l'ufage , qu'il n'eſt
158 MERCURE DE FRANCE .
*
point du tout rare de voir des perfon
nes qui ont eu plufieurs attaques d'apopléxie
.
Mais je me contenterai de lui dire ,
ce dont peut-être il ne fe doute pas ,
qu'après une lecture d'Hippocrate , on
peut prendre une leçon utile dans Moliere
qui a relevé , pour le bien public , le
ridicule d'un Médecin qui foutenoit
opiniâtrément qu'un homme enterré
depuis deux jours n'étoit pas mort ;
parce qu'Hippocrate difoit expreffément
que la maladie dont il étoit attaqué , ne
fe terminoit qu'au quatorziéme ou au
vingt-uniéme jour ; & qu'il n'y en avoit
que fix que cet homme étoit malade.
Ce trait de morale s'applique tout
naturellement à ceux qui préférent l'autorité
des hommes à celle de la Nature
& de la Raifon.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, réagit à une critique publiée dans le Journal de Médecine de septembre 1763 concernant son mémoire sur la distinction entre suicide et assassinat à partir de l'inspection d'un corps pendu. La critique, signée par un Bachelier de la Faculté, accuse M. Louis de se perdre dans des détails inutiles et de soutenir des opinions dangereuses. M. Louis précise que son mémoire traite de manière générale la question des suicides, sans lien direct avec l'affaire des Calas. Il justifie l'importance de ses recherches en soulignant qu'elles établissent des principes généraux applicables à divers cas. Il défend également l'utilisation de références philosophiques, artistiques et historiques, mal interprétées par les critiques. M. Louis affirme que les pendus meurent principalement d'apoplexie plutôt que de suffocation, s'appuyant sur les avis de deux professeurs éminents. Le texte explore ensuite la cause de la mort par pendaison, attribuant celle-ci à la compression des veines jugulaires plutôt qu'à l'asphyxie. Il critique les écrits de Garmann et une explication physiologique de Hebenstreit, jugée incorrecte. M. Louis déplore l'absence de raisonnement scientifique dans les débats actuels et insiste sur l'importance de privilégier la nature et la raison plutôt que les autorités anciennes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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676
p. 166-171
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'AI lû, Monsieur, avec étonnement dans votre Mercure d'Août 1763, une [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Lithotome, Anonyme, Méthode, Académie royale de chirurgie, Lettre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
J'AI lù , Monfieur , avec étonnement
ΑΙ
dans votre, Mercure d'Août 1763 , une
Lettre Anonyme fous le titre d'un Etudiant
en Chirurgie , à M... Chirurgien
de Province .
SEPTEMBRE. 1763. 167
On ne peut douter à la lecture de
cette Lettre qu'elle ne foit effectivement
l'ouvrage d'un Etudiant peu au fait de
ce qui s'eft paffé en Chirurgie fur la
Taille ; il répéte ici ce qui eft écrit dans
tous les ouvrages de Chirurgie , fur les
dangers des inftrumens à refforts , &
ce qui eft avoué de tout le monde en
général ; mais dont l'application ne
peut être faite au Lithotome caché du
Frère Cofme , dans lequel le reffort fur
lequel il veut faire illufion , ne fert uniquement
qu'à renfermer & contenir la
lame dans fa guaine & non à diriger
l'inftrument , qui ne reconnoît en opérant
abfolument , d'autre puiffance que
celle de la main de l'Opérateur.
Cet Etudiant ignore auffi que le Frère
Cofme ne s'eft jamais annoncé comme
l'Auteur d'une méthode précisément
nouvelle ; il s'eft borné à prouver qu'il
exécute avec fon Lithotome caché, la
taille latérale du Frère . Jacques plus
furement & plus exactement qu'on ne
l'avoit faite jufqu'à lui.
Il nous renvoye encore aux Mémoires
de l'Académie Royale de Chirurgie , où
il prétend que nous trouverons des preuyes
démonftratives de réfutation. Je puis
lui annoncer que le Frère Cofme va
168 MERCURE DE FRANCE.
prouver auffi clair que le jour , que la
plupart des faits rapportés dans ces
Mémoires , touchant fa Taille , font ou
faux ou dénaturés ; & que les épreuves
qui y font rapportées , & qui fervent
de bafe à la théorie qu'on y donne
ont été faites avec la plus grande maladreffe
, ou la plus mauvaiſe volonté.
Je puis encore lui apprendre que le
Lithotome caché eft entierement adopté
à Vienne , & je le renvoye pour cet
effet à la fixiéme partie des ouvrages de
M. de Haën , où il en trouvera l'éloge,
avec celui de fes fuccès entre les mains
de M. Cambon , Confeiller , premier
Chirurgien de S. A. R. la Princeſſe de
Lorraine. S'il aime à s'inftruire d'une
matière dont il fe plaît tant à parler ,
il pourra y trouver des renfeignemens
utiles fur le nombre des cures faites avec
cet inftrument à Vienne , à Bruxelles ,
à Gand , à Tournay , à Maubeuge , à
Lifle , à Reims , à Metz , à Troyes ,
à Rouen , à la Rochelle , à Saintes ,
à Tours , à Bourges , à Toulon , à Mar
feille , à Romans , à Grenoble , à Lyon ,
à Châlons , à Louisbourg en Canada ,
au Fort Royal de la Martinique , & c.
& c. & c.
Quant à moi , Monfieur , qu'il dit
_voir
SEPTEMBRE. 1763. 169
voir fouvent , j'aurois pu lui apprendre,
s'il l'eût defiré , l'ufage avantageux que
je fais da Lithotome caché , & que j'en
dois faire journellement. Je lui aurois
prouvé qu'un Lithotomifte célébre , a
taillé quarante - cinq perfonnes de fuite
fans qu'il en foit morte aucune . M. Cambon
en a opéré près de cent , dont il
n'eft mort qu'une feule ; que j'avois
fait auffi avec cet inftrument quatrevingt-
neuf tailles depuis 1757 , toutes .
heureuſes , excepté trois dont les Sujets
font morts de caufes étrangères à l'opération
. Je puis lui donner tous les détails
, âges , noms , demeures , ainfi que
le temps de l'opération . Oferois -je ici
lui demander , quand les Adverfaires du
Lithotome caché , pourront citer autant
d'heureuſes tailles , fur un auffi grand
nombre de Pierreux , opérés par leurs
méthodes , & avec leurs inftrumens ?
En attendant qu'il y parvienne , il demeurera
demontré , que la méthode qu'il
préconife doit être profcrite de la bonne
Chirurgie , fuivant les principes où le
Frère Cofme établit la néceffité de l'incifion
fuffifante , pour éviter autant
qu'il eft poffible , la contufion & le déchirement
; caufes les plus ordinaires de
la mort des Taillés.
H
,
*
170 MERCURE DE FRANCE.
Si ces réfléxions ne paroiffent pas
affez décifives , pour la réfutation de
la méthode de l'Anonyme , qu'il mette
en parallèle les fuccès qu'il allégue avec
ceux que je lui oppoſe.
M. Morand , Chirurgien très - diſtingué
a donné une lifte des tailles faites
à l'Hôpital de la Charité depuis , 1720 ,
jufqu'en 1727 ; on y voit un peu plus
du tiers des Taillés devenir les victimes
des méthodes vantées par ce même
Anonyme. On doit bientôt rendre publique
la lifte des tailles faites à cet Hô
pital , depuis la même année 1720 ,
inclufivement jufqu'à la préfente année
1763 , il lui fera facile , ainfi qu'à tout
le monde , de fe convaincre , fi ceux
qui ont adopté le Lithotome caché du
Frère Cofme , à l'exclufion de tout
autre , l'ont fait par prévention , & fi
leur confiance dans cet admirable inf
trument , eft bien ou mal placée.
Je l'affure auffi que l'apologie que
l'on a faite de moi , & que je trouve
exceffive , a été abfolument à mon inf
çu. Je n'ai jamais mandié les éloges ,
mais j'ai fait & je ferai toujours les plus
grands efforts pour les mériter. Je n'ai
pû qu'être furpris de la façon avec la
quelle cet Anonyme me défigne. J'ai
SEPTEMBRE. 1763. 171
gagné la place que j'occupe dans un
concours public , ordonné par un Arrêt
du Parlement ; j'y ai été m intenu par
un autre Arrêt de cette même Cour ;
cela s'appelle - t-il entrer dans une place
par hazard ? Et l'Indécence de cette
expreffion ne prouve-t- elle pas quelles
font les paffions qui animent celui qui
la profére ? Mon feul crime vis - à - vis de
certains Chirurgiens eft d'être le neveu
du Frère Cofme , mais j'en fais ma
gloire & mon bonheur .
J'ai l'honneur d'être , &c.
BASEILLAC , gagnant Maítrife à la Charité.
J'AI lù , Monfieur , avec étonnement
ΑΙ
dans votre, Mercure d'Août 1763 , une
Lettre Anonyme fous le titre d'un Etudiant
en Chirurgie , à M... Chirurgien
de Province .
SEPTEMBRE. 1763. 167
On ne peut douter à la lecture de
cette Lettre qu'elle ne foit effectivement
l'ouvrage d'un Etudiant peu au fait de
ce qui s'eft paffé en Chirurgie fur la
Taille ; il répéte ici ce qui eft écrit dans
tous les ouvrages de Chirurgie , fur les
dangers des inftrumens à refforts , &
ce qui eft avoué de tout le monde en
général ; mais dont l'application ne
peut être faite au Lithotome caché du
Frère Cofme , dans lequel le reffort fur
lequel il veut faire illufion , ne fert uniquement
qu'à renfermer & contenir la
lame dans fa guaine & non à diriger
l'inftrument , qui ne reconnoît en opérant
abfolument , d'autre puiffance que
celle de la main de l'Opérateur.
Cet Etudiant ignore auffi que le Frère
Cofme ne s'eft jamais annoncé comme
l'Auteur d'une méthode précisément
nouvelle ; il s'eft borné à prouver qu'il
exécute avec fon Lithotome caché, la
taille latérale du Frère . Jacques plus
furement & plus exactement qu'on ne
l'avoit faite jufqu'à lui.
Il nous renvoye encore aux Mémoires
de l'Académie Royale de Chirurgie , où
il prétend que nous trouverons des preuyes
démonftratives de réfutation. Je puis
lui annoncer que le Frère Cofme va
168 MERCURE DE FRANCE.
prouver auffi clair que le jour , que la
plupart des faits rapportés dans ces
Mémoires , touchant fa Taille , font ou
faux ou dénaturés ; & que les épreuves
qui y font rapportées , & qui fervent
de bafe à la théorie qu'on y donne
ont été faites avec la plus grande maladreffe
, ou la plus mauvaiſe volonté.
Je puis encore lui apprendre que le
Lithotome caché eft entierement adopté
à Vienne , & je le renvoye pour cet
effet à la fixiéme partie des ouvrages de
M. de Haën , où il en trouvera l'éloge,
avec celui de fes fuccès entre les mains
de M. Cambon , Confeiller , premier
Chirurgien de S. A. R. la Princeſſe de
Lorraine. S'il aime à s'inftruire d'une
matière dont il fe plaît tant à parler ,
il pourra y trouver des renfeignemens
utiles fur le nombre des cures faites avec
cet inftrument à Vienne , à Bruxelles ,
à Gand , à Tournay , à Maubeuge , à
Lifle , à Reims , à Metz , à Troyes ,
à Rouen , à la Rochelle , à Saintes ,
à Tours , à Bourges , à Toulon , à Mar
feille , à Romans , à Grenoble , à Lyon ,
à Châlons , à Louisbourg en Canada ,
au Fort Royal de la Martinique , & c.
& c. & c.
Quant à moi , Monfieur , qu'il dit
_voir
SEPTEMBRE. 1763. 169
voir fouvent , j'aurois pu lui apprendre,
s'il l'eût defiré , l'ufage avantageux que
je fais da Lithotome caché , & que j'en
dois faire journellement. Je lui aurois
prouvé qu'un Lithotomifte célébre , a
taillé quarante - cinq perfonnes de fuite
fans qu'il en foit morte aucune . M. Cambon
en a opéré près de cent , dont il
n'eft mort qu'une feule ; que j'avois
fait auffi avec cet inftrument quatrevingt-
neuf tailles depuis 1757 , toutes .
heureuſes , excepté trois dont les Sujets
font morts de caufes étrangères à l'opération
. Je puis lui donner tous les détails
, âges , noms , demeures , ainfi que
le temps de l'opération . Oferois -je ici
lui demander , quand les Adverfaires du
Lithotome caché , pourront citer autant
d'heureuſes tailles , fur un auffi grand
nombre de Pierreux , opérés par leurs
méthodes , & avec leurs inftrumens ?
En attendant qu'il y parvienne , il demeurera
demontré , que la méthode qu'il
préconife doit être profcrite de la bonne
Chirurgie , fuivant les principes où le
Frère Cofme établit la néceffité de l'incifion
fuffifante , pour éviter autant
qu'il eft poffible , la contufion & le déchirement
; caufes les plus ordinaires de
la mort des Taillés.
H
,
*
170 MERCURE DE FRANCE.
Si ces réfléxions ne paroiffent pas
affez décifives , pour la réfutation de
la méthode de l'Anonyme , qu'il mette
en parallèle les fuccès qu'il allégue avec
ceux que je lui oppoſe.
M. Morand , Chirurgien très - diſtingué
a donné une lifte des tailles faites
à l'Hôpital de la Charité depuis , 1720 ,
jufqu'en 1727 ; on y voit un peu plus
du tiers des Taillés devenir les victimes
des méthodes vantées par ce même
Anonyme. On doit bientôt rendre publique
la lifte des tailles faites à cet Hô
pital , depuis la même année 1720 ,
inclufivement jufqu'à la préfente année
1763 , il lui fera facile , ainfi qu'à tout
le monde , de fe convaincre , fi ceux
qui ont adopté le Lithotome caché du
Frère Cofme , à l'exclufion de tout
autre , l'ont fait par prévention , & fi
leur confiance dans cet admirable inf
trument , eft bien ou mal placée.
Je l'affure auffi que l'apologie que
l'on a faite de moi , & que je trouve
exceffive , a été abfolument à mon inf
çu. Je n'ai jamais mandié les éloges ,
mais j'ai fait & je ferai toujours les plus
grands efforts pour les mériter. Je n'ai
pû qu'être furpris de la façon avec la
quelle cet Anonyme me défigne. J'ai
SEPTEMBRE. 1763. 171
gagné la place que j'occupe dans un
concours public , ordonné par un Arrêt
du Parlement ; j'y ai été m intenu par
un autre Arrêt de cette même Cour ;
cela s'appelle - t-il entrer dans une place
par hazard ? Et l'Indécence de cette
expreffion ne prouve-t- elle pas quelles
font les paffions qui animent celui qui
la profére ? Mon feul crime vis - à - vis de
certains Chirurgiens eft d'être le neveu
du Frère Cofme , mais j'en fais ma
gloire & mon bonheur .
J'ai l'honneur d'être , &c.
BASEILLAC , gagnant Maítrife à la Charité.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre datée de septembre 1763, adressée à l'auteur du Mercure de France, l'expéditeur critique une lettre anonyme publiée dans le Mercure d'août 1763. Cette lettre anonyme, écrite par un étudiant en chirurgie, ignore les particularités du lithotome caché du Frère Côme, un instrument chirurgical utilisé pour la taille latérale. L'auteur de la lettre précise que le Frère Côme n'a jamais revendiqué l'invention d'une nouvelle méthode, mais a seulement amélioré celle du Frère Jacques. L'auteur conteste les preuves présentées dans les Mémoires de l'Académie Royale de Chirurgie, les qualifiant de fausses ou dénaturées. Il affirme que le lithotome caché est largement adopté et réussi dans diverses villes européennes et colonies. Il mentionne également ses propres succès avec cet instrument, ainsi que ceux de chirurgiens renommés comme M. Cambon. Il défie les opposants au lithotome caché de présenter des résultats comparables. La lettre souligne que les méthodes traditionnelles présentent un taux de mortalité plus élevé. L'auteur exprime son mécontentement face à l'apologie excessive qu'il a reçue, précisant qu'elle lui a été accordée sans son consentement. Il se défend contre les accusations d'avoir obtenu sa position par hasard et affirme être fier d'être le neveu du Frère Côme.
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677
p. 119-123
PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale des Sciences, des Belles-Letres & des Arts de ROUEN.
Début :
LE sujet du Prix de la Classe des Sciences & des Arts qui en dépendent, [...]
Mots clefs :
Académie, Prix, Sciences, Devise, Auteurs, Expériences, Inspiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale des Sciences, des Belles-Letres & des Arts de ROUEN.
PROGRAMME des Prix de l'Académie
Royale des Sciences des Belles-
Letres & des Arts de RoUEN,
,
LEE fujet du Prix de la Claffe des
Sciences & des Arts qui en dépendent ,
propofé deux fois par l'Académie , & la
dernière fois avec un Prix double étoit...
la meilleure manière d'amender les Terres,
Ce Sujet important a été enfin traité
cette année par les Concurrens d'une
manière fatisfaifante . Deux entr'autres
ont mérité particulièrement l'attention
& les lauriers de l'Académie , & lui ont
paru affez bien remplir fes intentions
en les réuniffant : c'eft pourquoi elle a
cru devoir partager également ce Prix
double entre deux Mémoires ; l'un eft le
No. 3 , dont la devife eft : O fortunatos
nimiumfuafibona norint . Sa théorie
a été trouvée très-lumineufe ; fon Auteur
eft M. Barbaret , ancien Premier
Médecin des armées , & Médecin penfionné
de la Ville de Bourg en Breffe,
L'autre Mémoire couronné eft le N°. 2 ,
dont la devife eft : in omnibus fere mi120
MERCURE DE FRANCE.
>
nus valent præcepta quàm experimenta.
L'Auteur de celui - ci , conformément à
fa devife , s'attache peu à la Théorie
mais il paroît un Praticien confommé , &
très verfé dans les expériences : l'Auteur
eft M. Caro , Cure de Charmentré ,
Doyen rural près Meaux en Brie.
On a donné un acceffit au N°. 1
dont la devife eft : in pudore vultus tui
vefceris pane. Les bonnes chofes qu'on
a trouvées dans cet Ouvrage ont porté
l'Académie à décider qu'on en imprimeroit
un Extrait à la fuite des deux
autres car elle penfe qu'il ne faut rien
négliger , rien laiffer perdre quand il s'agit
des progrès d'un Art auffi précieux
que l'Agriculture .
L'Auteur de ce dernier Mémoire eſt
M. Sacher , Chanoine de Pruillé à l'Eguillé
, près le Mans.
C'eft à la Claffe des Sciences à donner
le Sujet du Prix pour l'année prochaine
1764 : l'Académie a choifi celui
- ci....
Le Méchanifme & les ufages de la
refpiration , dans lefquels elle fouhaite
particulièrement qu'on faffe entrer la folution
des queftions fuivantes . ...
Les côtes font- elles plus écartées ou
plus rapprochées les unes des autres dans
l'infpiration
OCTOBRE. 1763 . 121
l'infpiration que dans l'expiration ?
Le fang eft - il condenfé ou raréfié par
l'air infpiré ?
Cet air paffe-t- il dans le fang , ou
non ?
D'où vient la couleur vermeille qu'il
ý reçoit ?
3
Y eft-il en plus grande quantité &
mú plus librement & plus rapidement
dans le temps de l'infpiration que dans
celui de l'expiration ?
Y a-t- il dans ces deux temps quelque
changement dans la quantité & le mouvement
des liqueurs des gros vaiſſeauxqui
fe rendent aux oreillettes , ou qui partent
du coeur , & s'il y en a , quels fontils
?
L'Académie éxige des Auteurs que
leurs preuves font principalement fondées
en expériences , & fur-tout en
expériences nouvelles .
On adreffera les Mémoires francs
de port à M. le Cat , Secrétaire perpétuel
des Sciences : ils feront reçus jufqu'au
premier Juin 1764 : les Auteurs y
mettront en tête une devife , & à la fin
leur nom cacheté felon l'ufage ordinaire .
C'eft à la même Claffe des Sciences
à donner le Prix de l'année 1766 : l'Académie
en a déjà choifi le Sujet ; & vû
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
fon importance , & les longues recherches
qui feront néceffaires aux Auteurs
elle le propofe dès - à- préfent. Le voici :
Quelles font les Mines de Normandie ,
tant métalliques que demi- métalliques ,
falines, &bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploitation?
Ce Prix fera double , c'eft - à- dire , de
deux cens écus à caufe des frais indif
penfables de voyages , de recherches
& d'expériences .
Les Correfpondans & Affociés régnicoles
de l'Académie peuvent compofer
pour ce Prix : on n'excepte du Concours
que les Membres de l'Académie qui en
font les Juges.
PROGRAMME du Prix de Poësie de
la même Académie.
L'Académie n'a point encore reçu
cette année d'ouvrage qui mérite la
couronne qu'elle avoit deftinée au Poëte
qui célébreroit le mieux la Délivrance
de Salerne. Le Poëme qui a pour de
vife Credite pofteri , le meilleur de ceux
qui lui ont été adreffés , n'eft qu'une
Efquiffe très-imparfaite dont il paroît
cependant que l'Auteur a du génie &
du talent ; mais il n'a pas travaillé fon
OCTOBRE . 1763. 123
+
Sujet avec tout le foin qu'il méritoit ,
& il ne lui a pas donné à beaucoup
près l'étendue qu'il fembloit exiger.
L'Académie s'eft portée à remettre
encore ce Prix dans l'efpérance que la
conftance avec laquelle elle s'attache à
un fi bon Sujet , lui attirera enfin un
Ouvrage qui en fera digne . Depuis qu'elle
a pris cette réfolution elle a été
inftruite que des Lettres Anonymes que
des Auteurs , qui avoient eu envie de
concourrir , n'avoient pu terminer leurs
-Ouvrages pour le temps marqué : elle
les avertit qu'ils ont actuellement juf
qu'au premier Juillet de l'année prochaine
pour les revoir & y faire les corrections
qu'ils jugeront convenables .
Le Prix fera toujours double ou de
600 liv. les conditions les mêmes que
les années précédentes.
Les Auteurs les adrefferont à M.
Maillet du Roullay , Maître des Comptes
& Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles - Lettres à Rouen .
Royale des Sciences des Belles-
Letres & des Arts de RoUEN,
,
LEE fujet du Prix de la Claffe des
Sciences & des Arts qui en dépendent ,
propofé deux fois par l'Académie , & la
dernière fois avec un Prix double étoit...
la meilleure manière d'amender les Terres,
Ce Sujet important a été enfin traité
cette année par les Concurrens d'une
manière fatisfaifante . Deux entr'autres
ont mérité particulièrement l'attention
& les lauriers de l'Académie , & lui ont
paru affez bien remplir fes intentions
en les réuniffant : c'eft pourquoi elle a
cru devoir partager également ce Prix
double entre deux Mémoires ; l'un eft le
No. 3 , dont la devife eft : O fortunatos
nimiumfuafibona norint . Sa théorie
a été trouvée très-lumineufe ; fon Auteur
eft M. Barbaret , ancien Premier
Médecin des armées , & Médecin penfionné
de la Ville de Bourg en Breffe,
L'autre Mémoire couronné eft le N°. 2 ,
dont la devife eft : in omnibus fere mi120
MERCURE DE FRANCE.
>
nus valent præcepta quàm experimenta.
L'Auteur de celui - ci , conformément à
fa devife , s'attache peu à la Théorie
mais il paroît un Praticien confommé , &
très verfé dans les expériences : l'Auteur
eft M. Caro , Cure de Charmentré ,
Doyen rural près Meaux en Brie.
On a donné un acceffit au N°. 1
dont la devife eft : in pudore vultus tui
vefceris pane. Les bonnes chofes qu'on
a trouvées dans cet Ouvrage ont porté
l'Académie à décider qu'on en imprimeroit
un Extrait à la fuite des deux
autres car elle penfe qu'il ne faut rien
négliger , rien laiffer perdre quand il s'agit
des progrès d'un Art auffi précieux
que l'Agriculture .
L'Auteur de ce dernier Mémoire eſt
M. Sacher , Chanoine de Pruillé à l'Eguillé
, près le Mans.
C'eft à la Claffe des Sciences à donner
le Sujet du Prix pour l'année prochaine
1764 : l'Académie a choifi celui
- ci....
Le Méchanifme & les ufages de la
refpiration , dans lefquels elle fouhaite
particulièrement qu'on faffe entrer la folution
des queftions fuivantes . ...
Les côtes font- elles plus écartées ou
plus rapprochées les unes des autres dans
l'infpiration
OCTOBRE. 1763 . 121
l'infpiration que dans l'expiration ?
Le fang eft - il condenfé ou raréfié par
l'air infpiré ?
Cet air paffe-t- il dans le fang , ou
non ?
D'où vient la couleur vermeille qu'il
ý reçoit ?
3
Y eft-il en plus grande quantité &
mú plus librement & plus rapidement
dans le temps de l'infpiration que dans
celui de l'expiration ?
Y a-t- il dans ces deux temps quelque
changement dans la quantité & le mouvement
des liqueurs des gros vaiſſeauxqui
fe rendent aux oreillettes , ou qui partent
du coeur , & s'il y en a , quels fontils
?
L'Académie éxige des Auteurs que
leurs preuves font principalement fondées
en expériences , & fur-tout en
expériences nouvelles .
On adreffera les Mémoires francs
de port à M. le Cat , Secrétaire perpétuel
des Sciences : ils feront reçus jufqu'au
premier Juin 1764 : les Auteurs y
mettront en tête une devife , & à la fin
leur nom cacheté felon l'ufage ordinaire .
C'eft à la même Claffe des Sciences
à donner le Prix de l'année 1766 : l'Académie
en a déjà choifi le Sujet ; & vû
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
fon importance , & les longues recherches
qui feront néceffaires aux Auteurs
elle le propofe dès - à- préfent. Le voici :
Quelles font les Mines de Normandie ,
tant métalliques que demi- métalliques ,
falines, &bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploitation?
Ce Prix fera double , c'eft - à- dire , de
deux cens écus à caufe des frais indif
penfables de voyages , de recherches
& d'expériences .
Les Correfpondans & Affociés régnicoles
de l'Académie peuvent compofer
pour ce Prix : on n'excepte du Concours
que les Membres de l'Académie qui en
font les Juges.
PROGRAMME du Prix de Poësie de
la même Académie.
L'Académie n'a point encore reçu
cette année d'ouvrage qui mérite la
couronne qu'elle avoit deftinée au Poëte
qui célébreroit le mieux la Délivrance
de Salerne. Le Poëme qui a pour de
vife Credite pofteri , le meilleur de ceux
qui lui ont été adreffés , n'eft qu'une
Efquiffe très-imparfaite dont il paroît
cependant que l'Auteur a du génie &
du talent ; mais il n'a pas travaillé fon
OCTOBRE . 1763. 123
+
Sujet avec tout le foin qu'il méritoit ,
& il ne lui a pas donné à beaucoup
près l'étendue qu'il fembloit exiger.
L'Académie s'eft portée à remettre
encore ce Prix dans l'efpérance que la
conftance avec laquelle elle s'attache à
un fi bon Sujet , lui attirera enfin un
Ouvrage qui en fera digne . Depuis qu'elle
a pris cette réfolution elle a été
inftruite que des Lettres Anonymes que
des Auteurs , qui avoient eu envie de
concourrir , n'avoient pu terminer leurs
-Ouvrages pour le temps marqué : elle
les avertit qu'ils ont actuellement juf
qu'au premier Juillet de l'année prochaine
pour les revoir & y faire les corrections
qu'ils jugeront convenables .
Le Prix fera toujours double ou de
600 liv. les conditions les mêmes que
les années précédentes.
Les Auteurs les adrefferont à M.
Maillet du Roullay , Maître des Comptes
& Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles - Lettres à Rouen .
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Résumé : PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale des Sciences, des Belles-Letres & des Arts de ROUEN.
Le programme des Prix de l'Académie Royale des Sciences, des Belles-Lettres et des Arts de Rouen propose divers sujets et récompenses. En 1763, le sujet portait sur l'amélioration des terres. Deux mémoires se sont distingués : celui de M. Barbaret, ancien médecin des armées, et celui de M. Caro, curé de Charmentray. Un accèsit a été attribué à M. Sacher, chanoine de Pruillé. Pour 1764, le sujet concernait le mécanisme et les usages de la respiration, avec des questions spécifiques sur les processus physiologiques. Les mémoires devaient être soumis avant le 1er juin 1764. En 1766, le sujet abordait les mines de Normandie et leurs avantages potentiels. Quant au prix de poésie, aucun ouvrage n'a été jugé digne de la couronne pour célébrer la délivrance de Salerne, mais l'Académie espérait recevoir des travaux de qualité d'ici le 1er juillet de l'année suivante.
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678
p. 124-136
SUITE de la Lettre en réponse de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
CEUX* qui nous frappent ici décélent assurément une maladie inflammatoire, [...]
Mots clefs :
Venin, Éruption, Mouton, Saignée, Remède, Suppuration, Maladie, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre en réponse de M. BOURGELAT à M. BOREL.
SUITE de la Lettre en réponfe de M.
BOURGELAT à M. BOREL.
CEUX EUX * qui nous frappent ici décélent
alurément une maladie inflammatoire ,
contagieufe & par conféquent compliquée
d'un venin fubtil dont les premiè
res impreffions font à- peu - près égales à
celles de tout corps Hétérogêne introduit
dans la maffe , & dont le féjour &
la marche dans les routes circulaires infectent
entièrement les liqueurs . Plus
ce venin dans l'homme éprouve d'obftacles
, plus il s'irrite. La force des
folides , l'état enflammé du fang affurent
, pour ainfi dire , fes ravages, & fon
activité eft en quelque façon mefurée au
degré de réfiftance qu'il rencontre. Je
ne fçais fi la fougue du virus variolique
dans le mouton eft en proportion de
l'âge , de la vigueur , ou de la délicateffe
de l'animal ; mais il faudroit néceffairement
pouvoir comparer la nature de
celui qui lui eft propre & de celui dont
nous fommes tributaires , pour expliquer
comment il ne s'amortit pas entièrement
dans un tempérament naturellement
lâche & humide , tel qu'on le fuppofe
Les
Symptomes.
OCTOBRE . 1763. 125
dans la brute dont il s'agit , tandis qu'il
femble s'éteindre pour ainfi dire , dans
des hommes d'un tempérament froid &
aqueux. Il faut , Monfieur , je le répéte ,
défefpérer de réfoudre une multitude
de points que nous voyons hors de notre
portée, & nous en tenir abfolument ici
à la confidération des fimples effets. Le
caractère inflammatoire de la maladie .
la néceffité indifpenfable de débaraffer
les fucs de la matière contagieufe qui
les envenime , voilà les deux objets qu'il
ne nous eft pas permis de perdre de vue ;
ainfi , d'une part féparation des particules
enflammées & venimeufes, & de l'autre,
expulfion de ces mêmes particules . L'agitation
excitée dans les fluides par la
préfence du venin même opérera la féparation
; quant à l'expulfion , on ne
peut l'attendre que de la fuppuration &
du defféchement des petites inflammations
locales , produites par la matière
que l'augmentation de mouvement détermine
& chaffe à l'extérieur. Prévenir
l'excès de violence ou de foibleffe de
ce mouvement & conduire les poftules à
une heureufe maturité , telles font les
indications à remplir , tel eft l'ouvrage
propofé au Médecin foigneux & capable
de fuivre & d'écouter la nature. Le
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
fuccès en effet dépendra toujours de l'at
tention la plus rigoureufe au temps , aux
circonftances , aux différens périodes du
mal. Cherchez indifféremment à précipiter
l'éruption par des remèdes agiffans ,
par des cordiaux , fouvent vous augmenterez
la malignité ; & fi malheureuſement
les particules morbifiques ne font
pas encore délayées & affez atténuées ,
elles ne pourront jamais atteindre à la fuperficie
, & leur reflux infectant toujours
les nouveaux fucs , vous occafionnerez
l'inflammation des vifcères & une foule
de défordres internes femblables à ceux
dont le cadavre que vous avez fait ouvri
vous laiffe entrevoir les traces. Attachez-
vous au contraire à diminuer le
mouvement tumultueux des liquides &
choififfez de préférence une méthode
purement antiphlogiltique , vous éteindrez
peut-être la force néceffaire ; vous
nuirez à la féparation & vous concentrerez
le venin. Il en fera de même de la
faignée , des lavemens , des évacuans ;
mettez-les en ufage , vous rifquerez d'interrompre
l'éruption ou la fuppuration
& de rappeller l'ennemi au-dedans : ainfi
Monfieur , nulle vue très-falutaire & très
bonne en elle - même qui ne foit meurfriere
& vicieufe dans de certains cas.
OCTOBRE. 1763. 127
Il eft dans la Médecine vétérinaire , comme
dans la Médecine humaine des variations
, des modifications indiquées par
le genre , par le moment , par les fymptômes
des maladies ; ces variations & ces
modifications à pratiquer & à faifir à
propos , demandent des lumières réelles
& feront toujours l'écueil contre lequel
l'empirisme échouera. A la bonne
heure que dans de légères indifpofitions
que le régime où certains petits remèdes
généraux adminiftrés dans le principe
peuvent réprimer, l'animal foit confié aux
foins & a l'attention du Berger , mais
on ne peut l'abandonner ainfi dans des
maladies graves & furtout lorfqu'il s'agit
de parer aux ravages d'un venin infidieux.
Pour découvrir les moyens de triompher
de celui- ci , il faudroit néceffairement fe
livrer d'abord à l'étude des moindres fignes
qui inanifeftent fon intromiffion &
fa préfence dans la maffe , ainfi que les
premiers rroubles qu'il fufcite auffitôt
dans le cours & infenfiblement dans la
fubftance des liqueurs. Il faudroit le confidérer
au moment précis où il fe dégage
des routes & des détours circulaires dans
lefquels il a erré , c'est-à-dire , dès les
premiers inftans de l'éruption ; il s'a-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
giroit d'apprécier les fymptômes dans cès
mêmes inftans ainfi que dans ceux qui
les fuivent ; il feroit effentiel d'examiner
encore tous ces petits dépôts inflammatoires
, leurs qualités , leur multiplicité ,
leur couleur , leur accroiffement , leur
maturité, leur défféchement,leur dégénération
, en un mot il importeroit de ne
laiffer échapper aucune circonftance de ,
la marche & des progrès du mal. Or ,
vous conviendrez , Monfieur , d'une
part , que toutes ces confidérations ne
pourroient d'abord être faites que fur des
moutons raffemblés dans des Hôpitaux ,
tels que ceux de l'Ecole Royale vétérinaire
, & vous avouerez de l'autre qu'on
ne pourroit les attendre que des hommes
inftruits. Je n'ai jamais eu l'occafion de
fuvre cette maladie ; fi elle fe préfentoit
à moi , c'eſt ainfi que je l'envifagerois
& que je la ferois envifager aux éléves ;
je ne vois pas de routes plus fûres pour
en faifir le caractère & le génie. Peutêtre
alors parviendrions- nous à la vaincre,
non que je puiffe me flatter de trouver
l'antidote d'un femblable venin
puifque cette découverte fi précieuſe à la
confervation des hommes a été conftamment
refufée aux travaux des Boerhaave
& des Sydenham , mais quelque
>
OCTOBRE . 1763. 129
refpect que jaye pour Columelle , la plupart
des maux placés dans l'art vétérinaire
au rang des maux incurables n'étant
tels que par l'ignorance de ceux qui
en font profeffion , je ne puis croire que
celui-ci foit indomptable.
En attendant qu'il me foir poffible de
vous parler avec plus d'affurance fur le
choix , fur l'adminiftration & fur les effets
des médicamens convenables &
indiqués , je vais vous propofer quelques
tentatives à faire.
Je fuppofe des moutons infectés du
claveau ; mon premier foin fera de garentir
& de préferver les autres ; & comle
venin peut leur être communiqué par
la fréquentation des premiers , il eft indifpenfable
de féparer ceux- ci fur le
champ du troupeau & d'empêcher abſolument
qu'ils ne le rejoignent. Cette
fage précaution ne fuffit pas. La conta
gion peut être un effet de l'air & d'une
conftitution épidémique. Il feroit donc
néceffaire de nétoyer exactement les
Bergeries & de les purifier par le moyen
de l'un ou de l'autre des parfums fuivans..
Pienez vinaigre de vin ordinaire fuffifante
quantité, mettez-le dans un pôt de
terre verniffé & évafé , placé fur des
charbons ardens & laiffez évaporer dans
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
la Bergerie fermée ; ou bien , prenez
Myrrhe , fleur de fouffre , de chacun une
once , faites une poudre groffière , jettez-
en quelques pincées fur des charbons
ardens.
La même raifon qui m'engageroit
à vouloir réprimer dans les Bergeries les
effets des exhalaifons à redouter , me
porteroit à éprouver fur quelques moutons
fains une méthode préfervative indiquée
d'ailleurs par le caractère inflammatoire
de la maladie à prévenir.
Cette méthode fe borneroit a une légére
faignée & à des Boiffons acidules &
nitrées.
Je ferois pratiquer la faignée à la jugulaire
avec une lancette ordinaire , ſauf à
fermer la playe avec une épingle comme
dans la faignée des Boeufs & des Chevaux
. L'ouverture de cette veine , dans
tous les cas où l'évacuation produite par
cette opération eft néceffaire , doit être
préferée a toutes les fections que l'on fait
ordinairement aux oreilles.
La boiffon à laquelle je mettrois ces
animaux , feroit un boiffon blanche .
- Prenez du fon de froment , ce que
les deux mains uniés peuvent en contenir.
Trempez alors vos deux mains dans
OCTOBRE . 1763. 131
l'eau , laiffez bien imbiber le fon , retirezles
, comprimez le fon fortement en laiffant
tomber dans l'auge ou dans le fceau
l'eau blanche qui en découle , & blanchiffez
ainfi à plufieurs repriſes & fuffifamment
toute l'eau . Laiffez enfuite aller
le fon au fond du vafe & ajoutez du vinaigre
juſques à une certaine acidité , &
du nître à la dofe d'une dragme fur chaque
livre d'eau.
Vous comprenez , Monfieur , que cette
expérience peut être faite aifément fur
un petit nombre des animaux dont il s'agit.
Elle m'eft fuggérée par l'idée qu'avoit
eu l'immortel Boerhaave d'étouffer
par de femblables moyens dans les hommes
la petite vérole dès fa naiffance ; &
quand ces moyens mis en ufage dans
des temps de petites véroles épidémiques
n'auroient pas comme il le dit , fait averter
le venin & préfervé de l'éruption des
malades qui avoient eu tous les fympto
mes qui la précédent , il eſt toujours certain
& prouvé qu'ils en ont amorti les
coups de manière que le plus fouvent
les puftules qui ont paru étoient d'une
nature difcrette & bénigue & en très- petite
quantité,
J'oferois donc enconféquence les tenter
encore fur d'autre , moutons dès le
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
moment où j'appercevrois le moindre figne
du mal , c'est-à-dire , dès fon commencement
& je ne m'en rapporterois
qu'à moi - même pour l'obferver. Je
joindrois de plus à la faignée & aux boiffons
dont j'ai parlé l'adminiftration fréquente
de lavemens émolliens , enfin je
tempérerois , je délayerois autant qu'il
me feroit poffible & j'attendrois l'événes
ment.
L'éruption auroit- elle lieu dans ces
moutons ou dans d'autres , j'en examinerois
le caractère . Le claveau me paroîtroit-
il d'un genre difcret ? dans les
uns je l'abandonnerois à lui - même
dans les autres j'aiderois la nature , fi je
m'appercevois qu'elle fut en défaut , par
des décoctions de bois & de genièvre ,
par des infufions de faffran à la doſe
d'un quart d'once dans une livre d'eau ,
par la thériaque même. A l'égard du
claveau d'un genre confluent , je me défierois
de la perfidie du venin' ; je croirois ,
Monfieur , en ce qui concerne celui- ci
devoir effayer l'effet du quinquina . Il
eft démontré par nombre d'expériences
confirmées, que cette écorce eft une des
fubftances les plus capables de prévenir
la grangréne & même de la détruire.
On peur la regarder encore cómme un
remède tonique , elle favorife en géné
OCTOBRE . 1763 . 133
C
tal la fuppuration & la rend louable ;
toutes ces vertus me détermineroient donc
à y avoir recours de la manière fuivante ..
Prenez racine de ferpentaire de virginie
ou de dompte venin demi once, faites
bouillir dans eau commune une livre ,
coulez , mettez dans la colature quinquina
enpoudre , une dragme ; faites bouillir
de nouveau & donnez avec le marc au
mouton par le moyen d'une corne tous
les jours , foir & matin.
Je continuerois ainfi jufqu'à ce que
la fuppuration des dépôts inflammatoires
fùt terminée.
Je mettrois encore le camphre à l'épreuve
fur d'autres moutons infectés pareillement
d'un claveau malin .
Prenez camphre , trente grains : délayés
avec un jaune d'oeuf mêlés dans la
valeur d'une corne de décoction de racine
de contrayerva & donnez à l'animal ce
breuvage le matin & un femblable le foir.
Il feroit encore bon de fonder la nature
fur ces deux remèdes réunis & l'on pourroît
les adminiftrer à quelques heures de
diftance de l'un de l'autre , de façon que
.dans la matinée on donneroit un breuvage
de quinquina & un breuvage de
camphre & autant après midi.
L'événement d'un refoulement ou d'un
}
134 MERCURE DE FRANCE.
reflux des puftules varioliques dans la
maffe eft d'un danger évident. Je recourrois
alors aux aléxiteres.
Prenez poudre de Vipères une dragme
, mêlés dans une corne de décoction
de bayes de Génicore ou de racine d'Afclepias
ou dompte venin , donnez- en une
le matin & une le foir.
Un procédé qui me paroîtroit encore
très-convenable & très- falutaire dans
cette circonftance , comme dans celle
d'une éruption difficile , feroit de paffer
un feton au col , ou à l'avant - bras , ce
feton équivaudroit à un cautere , & je le
préférerois parce que fon action feroit
-plus prompte.
Quant aux atteintes funeftes du claveau
fur les yeux , j'employerois ie collyre
fuivant.
Prenez feuilles de Coings demie poignée
, écorce de grenade deux dragmes ,
faites infufer le tout dans de l'eau commune
tiéde une livre pendant quelques
-heures : faites bouillir enfuite légèrement
& filtrez.
Prenez de cette décoction huit onces ,
faffran commun en poudre huit grains ,
camphre deux grains ; fomentez les yeux
du mouton .
Pendant icè traitement , Monfieur ,
OCTOBRE. 1763 . 135
quelques-uns des animaux entrepris ne
fortiroient pas de la Bergerie ; j'en expoferois
d'autres à l'air & je les tiendrois
tous à une diette févère ; c'eft -à- dire à
l'eau blanche. La rumination eft une
fonction qui eft en défaut dès la moindre
indifpofition des animaux en qui elle eſt
naturelle , de là la dépravation de la digeftion
& par conféquent tous les autres
accidens que cette dépravation entraîne
& qu'il importe d'éviter.
Nous devons nous attendre au furplus
l'un & l'autre à deux objections , la premiere
fera fondée fur la cherté des remèdes
que je confeille ; la feconde fur
l'impoffibilité d'un pareil traitement à
faire dans un troupeau nombreux . Ma
réponſe eft bien fimple. Guériffez à
moins de frais foit du côté des médicamens
, foit du côté des foins ; & loin dé
vous attacher à la confidération de la valeur
d'un feul mouton fauvé , calculez la
dépenfe des remèdes & la perte d'un
quart ou d'un quinziéme de plufieurs
troupeaux confidérables , & comparez .
D'ailleurs , je penfe qu'il faut d'abord
s'efforcer de vaincre,fauf à employer dans
la fuite , s'il eft poffible , des armes moins
couteufes & à fimplifier la méthode .
Mais devint- elle plus fùre encore que
136 MERCURE DE FRANCE .
toutes celles que la Médecine humaine
& la Médecine Vétérinaire , peuvent
mettre en ufage dans des circonstances
dont elles triomphent toujours , je doute
confiée à des mains ignorantes ,
fort
que
ou pût en conftater les fuccès.
Je fuis avec refpect.
BOURGELAT à M. BOREL.
CEUX EUX * qui nous frappent ici décélent
alurément une maladie inflammatoire ,
contagieufe & par conféquent compliquée
d'un venin fubtil dont les premiè
res impreffions font à- peu - près égales à
celles de tout corps Hétérogêne introduit
dans la maffe , & dont le féjour &
la marche dans les routes circulaires infectent
entièrement les liqueurs . Plus
ce venin dans l'homme éprouve d'obftacles
, plus il s'irrite. La force des
folides , l'état enflammé du fang affurent
, pour ainfi dire , fes ravages, & fon
activité eft en quelque façon mefurée au
degré de réfiftance qu'il rencontre. Je
ne fçais fi la fougue du virus variolique
dans le mouton eft en proportion de
l'âge , de la vigueur , ou de la délicateffe
de l'animal ; mais il faudroit néceffairement
pouvoir comparer la nature de
celui qui lui eft propre & de celui dont
nous fommes tributaires , pour expliquer
comment il ne s'amortit pas entièrement
dans un tempérament naturellement
lâche & humide , tel qu'on le fuppofe
Les
Symptomes.
OCTOBRE . 1763. 125
dans la brute dont il s'agit , tandis qu'il
femble s'éteindre pour ainfi dire , dans
des hommes d'un tempérament froid &
aqueux. Il faut , Monfieur , je le répéte ,
défefpérer de réfoudre une multitude
de points que nous voyons hors de notre
portée, & nous en tenir abfolument ici
à la confidération des fimples effets. Le
caractère inflammatoire de la maladie .
la néceffité indifpenfable de débaraffer
les fucs de la matière contagieufe qui
les envenime , voilà les deux objets qu'il
ne nous eft pas permis de perdre de vue ;
ainfi , d'une part féparation des particules
enflammées & venimeufes, & de l'autre,
expulfion de ces mêmes particules . L'agitation
excitée dans les fluides par la
préfence du venin même opérera la féparation
; quant à l'expulfion , on ne
peut l'attendre que de la fuppuration &
du defféchement des petites inflammations
locales , produites par la matière
que l'augmentation de mouvement détermine
& chaffe à l'extérieur. Prévenir
l'excès de violence ou de foibleffe de
ce mouvement & conduire les poftules à
une heureufe maturité , telles font les
indications à remplir , tel eft l'ouvrage
propofé au Médecin foigneux & capable
de fuivre & d'écouter la nature. Le
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
fuccès en effet dépendra toujours de l'at
tention la plus rigoureufe au temps , aux
circonftances , aux différens périodes du
mal. Cherchez indifféremment à précipiter
l'éruption par des remèdes agiffans ,
par des cordiaux , fouvent vous augmenterez
la malignité ; & fi malheureuſement
les particules morbifiques ne font
pas encore délayées & affez atténuées ,
elles ne pourront jamais atteindre à la fuperficie
, & leur reflux infectant toujours
les nouveaux fucs , vous occafionnerez
l'inflammation des vifcères & une foule
de défordres internes femblables à ceux
dont le cadavre que vous avez fait ouvri
vous laiffe entrevoir les traces. Attachez-
vous au contraire à diminuer le
mouvement tumultueux des liquides &
choififfez de préférence une méthode
purement antiphlogiltique , vous éteindrez
peut-être la force néceffaire ; vous
nuirez à la féparation & vous concentrerez
le venin. Il en fera de même de la
faignée , des lavemens , des évacuans ;
mettez-les en ufage , vous rifquerez d'interrompre
l'éruption ou la fuppuration
& de rappeller l'ennemi au-dedans : ainfi
Monfieur , nulle vue très-falutaire & très
bonne en elle - même qui ne foit meurfriere
& vicieufe dans de certains cas.
OCTOBRE. 1763. 127
Il eft dans la Médecine vétérinaire , comme
dans la Médecine humaine des variations
, des modifications indiquées par
le genre , par le moment , par les fymptômes
des maladies ; ces variations & ces
modifications à pratiquer & à faifir à
propos , demandent des lumières réelles
& feront toujours l'écueil contre lequel
l'empirisme échouera. A la bonne
heure que dans de légères indifpofitions
que le régime où certains petits remèdes
généraux adminiftrés dans le principe
peuvent réprimer, l'animal foit confié aux
foins & a l'attention du Berger , mais
on ne peut l'abandonner ainfi dans des
maladies graves & furtout lorfqu'il s'agit
de parer aux ravages d'un venin infidieux.
Pour découvrir les moyens de triompher
de celui- ci , il faudroit néceffairement fe
livrer d'abord à l'étude des moindres fignes
qui inanifeftent fon intromiffion &
fa préfence dans la maffe , ainfi que les
premiers rroubles qu'il fufcite auffitôt
dans le cours & infenfiblement dans la
fubftance des liqueurs. Il faudroit le confidérer
au moment précis où il fe dégage
des routes & des détours circulaires dans
lefquels il a erré , c'est-à-dire , dès les
premiers inftans de l'éruption ; il s'a-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
giroit d'apprécier les fymptômes dans cès
mêmes inftans ainfi que dans ceux qui
les fuivent ; il feroit effentiel d'examiner
encore tous ces petits dépôts inflammatoires
, leurs qualités , leur multiplicité ,
leur couleur , leur accroiffement , leur
maturité, leur défféchement,leur dégénération
, en un mot il importeroit de ne
laiffer échapper aucune circonftance de ,
la marche & des progrès du mal. Or ,
vous conviendrez , Monfieur , d'une
part , que toutes ces confidérations ne
pourroient d'abord être faites que fur des
moutons raffemblés dans des Hôpitaux ,
tels que ceux de l'Ecole Royale vétérinaire
, & vous avouerez de l'autre qu'on
ne pourroit les attendre que des hommes
inftruits. Je n'ai jamais eu l'occafion de
fuvre cette maladie ; fi elle fe préfentoit
à moi , c'eſt ainfi que je l'envifagerois
& que je la ferois envifager aux éléves ;
je ne vois pas de routes plus fûres pour
en faifir le caractère & le génie. Peutêtre
alors parviendrions- nous à la vaincre,
non que je puiffe me flatter de trouver
l'antidote d'un femblable venin
puifque cette découverte fi précieuſe à la
confervation des hommes a été conftamment
refufée aux travaux des Boerhaave
& des Sydenham , mais quelque
>
OCTOBRE . 1763. 129
refpect que jaye pour Columelle , la plupart
des maux placés dans l'art vétérinaire
au rang des maux incurables n'étant
tels que par l'ignorance de ceux qui
en font profeffion , je ne puis croire que
celui-ci foit indomptable.
En attendant qu'il me foir poffible de
vous parler avec plus d'affurance fur le
choix , fur l'adminiftration & fur les effets
des médicamens convenables &
indiqués , je vais vous propofer quelques
tentatives à faire.
Je fuppofe des moutons infectés du
claveau ; mon premier foin fera de garentir
& de préferver les autres ; & comle
venin peut leur être communiqué par
la fréquentation des premiers , il eft indifpenfable
de féparer ceux- ci fur le
champ du troupeau & d'empêcher abſolument
qu'ils ne le rejoignent. Cette
fage précaution ne fuffit pas. La conta
gion peut être un effet de l'air & d'une
conftitution épidémique. Il feroit donc
néceffaire de nétoyer exactement les
Bergeries & de les purifier par le moyen
de l'un ou de l'autre des parfums fuivans..
Pienez vinaigre de vin ordinaire fuffifante
quantité, mettez-le dans un pôt de
terre verniffé & évafé , placé fur des
charbons ardens & laiffez évaporer dans
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
la Bergerie fermée ; ou bien , prenez
Myrrhe , fleur de fouffre , de chacun une
once , faites une poudre groffière , jettez-
en quelques pincées fur des charbons
ardens.
La même raifon qui m'engageroit
à vouloir réprimer dans les Bergeries les
effets des exhalaifons à redouter , me
porteroit à éprouver fur quelques moutons
fains une méthode préfervative indiquée
d'ailleurs par le caractère inflammatoire
de la maladie à prévenir.
Cette méthode fe borneroit a une légére
faignée & à des Boiffons acidules &
nitrées.
Je ferois pratiquer la faignée à la jugulaire
avec une lancette ordinaire , ſauf à
fermer la playe avec une épingle comme
dans la faignée des Boeufs & des Chevaux
. L'ouverture de cette veine , dans
tous les cas où l'évacuation produite par
cette opération eft néceffaire , doit être
préferée a toutes les fections que l'on fait
ordinairement aux oreilles.
La boiffon à laquelle je mettrois ces
animaux , feroit un boiffon blanche .
- Prenez du fon de froment , ce que
les deux mains uniés peuvent en contenir.
Trempez alors vos deux mains dans
OCTOBRE . 1763. 131
l'eau , laiffez bien imbiber le fon , retirezles
, comprimez le fon fortement en laiffant
tomber dans l'auge ou dans le fceau
l'eau blanche qui en découle , & blanchiffez
ainfi à plufieurs repriſes & fuffifamment
toute l'eau . Laiffez enfuite aller
le fon au fond du vafe & ajoutez du vinaigre
juſques à une certaine acidité , &
du nître à la dofe d'une dragme fur chaque
livre d'eau.
Vous comprenez , Monfieur , que cette
expérience peut être faite aifément fur
un petit nombre des animaux dont il s'agit.
Elle m'eft fuggérée par l'idée qu'avoit
eu l'immortel Boerhaave d'étouffer
par de femblables moyens dans les hommes
la petite vérole dès fa naiffance ; &
quand ces moyens mis en ufage dans
des temps de petites véroles épidémiques
n'auroient pas comme il le dit , fait averter
le venin & préfervé de l'éruption des
malades qui avoient eu tous les fympto
mes qui la précédent , il eſt toujours certain
& prouvé qu'ils en ont amorti les
coups de manière que le plus fouvent
les puftules qui ont paru étoient d'une
nature difcrette & bénigue & en très- petite
quantité,
J'oferois donc enconféquence les tenter
encore fur d'autre , moutons dès le
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
moment où j'appercevrois le moindre figne
du mal , c'est-à-dire , dès fon commencement
& je ne m'en rapporterois
qu'à moi - même pour l'obferver. Je
joindrois de plus à la faignée & aux boiffons
dont j'ai parlé l'adminiftration fréquente
de lavemens émolliens , enfin je
tempérerois , je délayerois autant qu'il
me feroit poffible & j'attendrois l'événes
ment.
L'éruption auroit- elle lieu dans ces
moutons ou dans d'autres , j'en examinerois
le caractère . Le claveau me paroîtroit-
il d'un genre difcret ? dans les
uns je l'abandonnerois à lui - même
dans les autres j'aiderois la nature , fi je
m'appercevois qu'elle fut en défaut , par
des décoctions de bois & de genièvre ,
par des infufions de faffran à la doſe
d'un quart d'once dans une livre d'eau ,
par la thériaque même. A l'égard du
claveau d'un genre confluent , je me défierois
de la perfidie du venin' ; je croirois ,
Monfieur , en ce qui concerne celui- ci
devoir effayer l'effet du quinquina . Il
eft démontré par nombre d'expériences
confirmées, que cette écorce eft une des
fubftances les plus capables de prévenir
la grangréne & même de la détruire.
On peur la regarder encore cómme un
remède tonique , elle favorife en géné
OCTOBRE . 1763 . 133
C
tal la fuppuration & la rend louable ;
toutes ces vertus me détermineroient donc
à y avoir recours de la manière fuivante ..
Prenez racine de ferpentaire de virginie
ou de dompte venin demi once, faites
bouillir dans eau commune une livre ,
coulez , mettez dans la colature quinquina
enpoudre , une dragme ; faites bouillir
de nouveau & donnez avec le marc au
mouton par le moyen d'une corne tous
les jours , foir & matin.
Je continuerois ainfi jufqu'à ce que
la fuppuration des dépôts inflammatoires
fùt terminée.
Je mettrois encore le camphre à l'épreuve
fur d'autres moutons infectés pareillement
d'un claveau malin .
Prenez camphre , trente grains : délayés
avec un jaune d'oeuf mêlés dans la
valeur d'une corne de décoction de racine
de contrayerva & donnez à l'animal ce
breuvage le matin & un femblable le foir.
Il feroit encore bon de fonder la nature
fur ces deux remèdes réunis & l'on pourroît
les adminiftrer à quelques heures de
diftance de l'un de l'autre , de façon que
.dans la matinée on donneroit un breuvage
de quinquina & un breuvage de
camphre & autant après midi.
L'événement d'un refoulement ou d'un
}
134 MERCURE DE FRANCE.
reflux des puftules varioliques dans la
maffe eft d'un danger évident. Je recourrois
alors aux aléxiteres.
Prenez poudre de Vipères une dragme
, mêlés dans une corne de décoction
de bayes de Génicore ou de racine d'Afclepias
ou dompte venin , donnez- en une
le matin & une le foir.
Un procédé qui me paroîtroit encore
très-convenable & très- falutaire dans
cette circonftance , comme dans celle
d'une éruption difficile , feroit de paffer
un feton au col , ou à l'avant - bras , ce
feton équivaudroit à un cautere , & je le
préférerois parce que fon action feroit
-plus prompte.
Quant aux atteintes funeftes du claveau
fur les yeux , j'employerois ie collyre
fuivant.
Prenez feuilles de Coings demie poignée
, écorce de grenade deux dragmes ,
faites infufer le tout dans de l'eau commune
tiéde une livre pendant quelques
-heures : faites bouillir enfuite légèrement
& filtrez.
Prenez de cette décoction huit onces ,
faffran commun en poudre huit grains ,
camphre deux grains ; fomentez les yeux
du mouton .
Pendant icè traitement , Monfieur ,
OCTOBRE. 1763 . 135
quelques-uns des animaux entrepris ne
fortiroient pas de la Bergerie ; j'en expoferois
d'autres à l'air & je les tiendrois
tous à une diette févère ; c'eft -à- dire à
l'eau blanche. La rumination eft une
fonction qui eft en défaut dès la moindre
indifpofition des animaux en qui elle eſt
naturelle , de là la dépravation de la digeftion
& par conféquent tous les autres
accidens que cette dépravation entraîne
& qu'il importe d'éviter.
Nous devons nous attendre au furplus
l'un & l'autre à deux objections , la premiere
fera fondée fur la cherté des remèdes
que je confeille ; la feconde fur
l'impoffibilité d'un pareil traitement à
faire dans un troupeau nombreux . Ma
réponſe eft bien fimple. Guériffez à
moins de frais foit du côté des médicamens
, foit du côté des foins ; & loin dé
vous attacher à la confidération de la valeur
d'un feul mouton fauvé , calculez la
dépenfe des remèdes & la perte d'un
quart ou d'un quinziéme de plufieurs
troupeaux confidérables , & comparez .
D'ailleurs , je penfe qu'il faut d'abord
s'efforcer de vaincre,fauf à employer dans
la fuite , s'il eft poffible , des armes moins
couteufes & à fimplifier la méthode .
Mais devint- elle plus fùre encore que
136 MERCURE DE FRANCE .
toutes celles que la Médecine humaine
& la Médecine Vétérinaire , peuvent
mettre en ufage dans des circonstances
dont elles triomphent toujours , je doute
confiée à des mains ignorantes ,
fort
que
ou pût en conftater les fuccès.
Je fuis avec refpect.
Fermer
Résumé : SUITE de la Lettre en réponse de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Dans une lettre d'octobre 1763, M. Bourgelat décrit une maladie inflammatoire et contagieuse chez les moutons, similaire à la variole humaine, probablement le claveau. Cette maladie est causée par un venin subtil infectant les liquides corporels, dont la virulence varie selon l'âge et la constitution de l'animal. Les symptômes incluent des inflammations locales et des troubles circulatoires. Le traitement vise à expulser les particules venimeuses sans perturber l'éruption cutanée, adaptant ainsi les soins aux circonstances spécifiques et aux symptômes observés. Pour prévenir la contagion, Bourgelat recommande d'isoler les moutons infectés et de purifier les bergeries avec du vinaigre ou un mélange de myrrhe et de fleur de soufre. Il suggère également des saignées et l'administration de boissons acidulées et nitrées. En cas d'éruption, il propose des décoctions de bois et de genièvre, des infusions de safran, ou de la thériaque. Pour le claveau confluent, il préconise l'usage de quinquina et de camphre. Le texte mentionne divers remèdes pour les maladies animales. Pour certaines affections, il recommande l'administration combinée de quinquina et de camphre. En cas de refoulement des pustules, il suggère l'utilisation d'alexipères. Pour les morsures de vipères, des décoctions spécifiques sont indiquées. Pour les éruptions difficiles, il conseille l'application d'un fer chaud. Pour les atteintes oculaires, il recommande un collyre à base de feuilles de coings, d'écorce de grenade, de safran et de camphre. Bourgelat insiste sur l'importance de l'observation attentive des symptômes et de l'adaptation des traitements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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679
p. 136-141
RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
Début :
DEPUIS votre lettre du 28 Octobre dernier, Monsieur, je continue à étudier [...]
Mots clefs :
Claveau , Troupeau, Mouton, Laboureurs, Vinaigre, Graisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
RÉPONSE de M. BOREL , à M.
BOURGELAT , le 15 Decembre
DEPUIS
2762.
25
EPUIS votre lettre du 28 Octobre
dernier , Monfieur , je continue à étudier
autant que je le puis , les fymptômes
du claveau , furtout dans leur relation
aux nouvelles queftions que vous
me faites : cette maladie n'a point ceffé
par les gelées & les frimats ; elle fe manifefte
journellement dans les Villages qui
en avoient été exempts jufqu'à préfent :
après un certain période , tel que de
deux à trois mois ( les Payfans prétendent
que c'eft de trois Lunes , ) elle s'appaife
, elle ceffe dans un troupeau , elle
recommence dans un autre & partout fes
effets font toujours analogues à ceux de
le petite vérole.
OCTOBRE . 1763 . 137
J'ai fait un extrait de précautions
préfervatifs , remèdes , colyre & c. que.
contient votre lettre , & je l'ai répandu
le plus que j'ai pu dans la Campagne ."
J'ai fait plus pour le mettre dans les
mains d'un plus grand nombre de perfonnes
, je l'ai fait inférer dans un petit
Almanach de Beauvoifis que notre Bureau
d'Agriculture vient de faire imprimer
pour les Laboureurs ; avant de donner
mon extrait à l'Imprimeur , j'ai lû
votre lettre à un Médecin de mes amis
qui en a admiré l'érudition & la fageffe.
Sage lui - même , & très-verfé dans la
connoiffance des Plantes , il a propofé
d'en fubftituer quelques- unes de ce paysci
à la ferpentaire de virginie & àla racine
de contrayerva qui fercient bien moins
à la portée de nos payfans. Toutes les
chofes effentielles font reftées telles que
le fouphre , le faffran , le quinquina ,
la
poudre de vipére il lui eft venu un
doute fur l'effet du vinaigre dans la boiffon
du mouton; il a obfervé que la graiffe
de mouton eft des plus promptes à fe
geler , que le fang de mouton fe tourne
promptement fur un feu médiocre
même fans qu'il bouille , fur-tout fi on
y mêle du vinaigre ; il en a conclu qu'il
feroit à craindre que cet acide mêlé
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la boiffon du mouton vivant n'altérât
trop fenfiblement fon fang & fa
graiffe ; que cette graiffe ne devînt plus
compacte , & par là ne s'oppofât au dépôt
ou à la fortie des boutons. Il m'a
confeillé d'y fubftituer du nitre à la dofe
d'une once fur feize pintes Paris , en
attendant que l'on ait vérifié l'effet du
vinaigre fur les moutons ; il voudroit
auffi qu'on broyar quelques poignées de
mélife dans cette même boiffon blanche
lorfqu'on peut en avoir aifément.
Je ne vous envoye encore rien de
pofitif fur vos quatorze questions nonvelles.
Je vous obferverai feulement que
déjà plufieurs laboureurs m'ont affuré
qu'ils n'avoient jamais vu le même mouton
attaqué deux fois du claveau. Aucun
deux n'a remarqué jufques ici de
différence entre les mâles & les femelles ,
entre les vieilles bêtes & les jeunes
quant aux divers degrés du mal , quant
à la malignité & autres fymptômes .
Un des gros Laboureurs de ce pays
dont le troupeau a été attaqué en Octobre
& Novembre derniers , m'a rapporté
un fait que je ne dois pas vous
laiffer ignorer. Son troupeau étoit au
parc , quand le claveau s'y manifeſta ;
il fit renfermer dans la bergerie les preOCTOBŘE
. 1763. 139
mières bêtes qui furent attaquées; en peu
de jours il en périt fix fur douze. Allarmé
de cette mortalité , il voulut effayer de
laiffer au parc , celles qui tomberoient
dorénavant malades. Lorfqu'il vint me
rendre compte de ce fait , il y a un
mois à-peu- près , il avoit beaucoup de
fes bêtes malades dans le parc & il ne lui
en périffoit aucune plufieurs étoient
hors de danger , les frimats & les neiges
des 11 , 12 & 13 Novembre & jours
fuivans l'obligerent à rompre fon parc
& à faire rentrer tout le troupeau : je
n'ai pas pu avoir de fes nouvelles directement
depuis ce moment mais j'ai
appris indirectement qu'il avoit perdu
un nombre affez confidérable de moutons.
,
Ce même Laboureur foupçonne le
claveau de pouvoir fe communiquer
aux hommes ; il m'a cité un berger qui
après avoir gardé un troupeau attaqué
de ce mal , a eu la petite vérole en
abondance ; un autre qui après de pareils
foins avoit eu pendant du temps
une courbature , un malaife général ,
de la fiévre & c.
Quant à l'effai d'inoculation ; il ne faut
pas efpérer que le Laboureur s'y prête :
mais mon projet eft dans une faifon
140 MERCURE DE FRANCF.
plus favorable d'acheter quelques mou
tons pour faire cet effai fous mes yeux.
J'ai fait part de vos fouhaits à cet
égard & de mon projet à M. Parent;
Premier Commis des Finances , il en a
rendu compte à M. le Contrôleur Général
qui approuve cette épreuve : ce
Miniftre l'a fait écrire que je ferois
remboursé de la dépenfe qu'elle m'oc
cafionneroit. Vous voyez , Monfieur
, qu'il ne s'agit plus que d'opérer ;
mais je ne le puis fans le feccurs de vos
lumières perfonne ici ne connoît le
procédé de l'inoculation , pas même
fur les hommes : aucun de nos Médecin
& Chirurgiens ne l'ont encore pratiqué
ni vu pratiquer : ainfi il faut que
vous ayez la bonté de m'inftruire & de
me guider depuis le premier pas jufqu'au
dernier. Quelle faifon me confeillezvous
de choisir ? Quel âge ? Quel féxe
dans les Sujets à inoculer ? Quelle préparation
? Quelle façon d'inférer le
virus ? Sera - ce avec des aiguilles envenimées
? Sera- ce par incifion & avec
la poudre de claveau défféchée , ( j'en
ai demandé à des laboureurs ) ou avec
des fils imbibés de virus ? En un motje
ne fçai rien , inftruifez-moi de tout. Je
ferai un difciple docile , & je joindrai
OCTOBRE. 1763 . 141
la plus fincère reconnoiffance au parfait
attachement avec lequel j'ai l'honneur.
d'être , & c.
BOURGELAT , le 15 Decembre
DEPUIS
2762.
25
EPUIS votre lettre du 28 Octobre
dernier , Monfieur , je continue à étudier
autant que je le puis , les fymptômes
du claveau , furtout dans leur relation
aux nouvelles queftions que vous
me faites : cette maladie n'a point ceffé
par les gelées & les frimats ; elle fe manifefte
journellement dans les Villages qui
en avoient été exempts jufqu'à préfent :
après un certain période , tel que de
deux à trois mois ( les Payfans prétendent
que c'eft de trois Lunes , ) elle s'appaife
, elle ceffe dans un troupeau , elle
recommence dans un autre & partout fes
effets font toujours analogues à ceux de
le petite vérole.
OCTOBRE . 1763 . 137
J'ai fait un extrait de précautions
préfervatifs , remèdes , colyre & c. que.
contient votre lettre , & je l'ai répandu
le plus que j'ai pu dans la Campagne ."
J'ai fait plus pour le mettre dans les
mains d'un plus grand nombre de perfonnes
, je l'ai fait inférer dans un petit
Almanach de Beauvoifis que notre Bureau
d'Agriculture vient de faire imprimer
pour les Laboureurs ; avant de donner
mon extrait à l'Imprimeur , j'ai lû
votre lettre à un Médecin de mes amis
qui en a admiré l'érudition & la fageffe.
Sage lui - même , & très-verfé dans la
connoiffance des Plantes , il a propofé
d'en fubftituer quelques- unes de ce paysci
à la ferpentaire de virginie & àla racine
de contrayerva qui fercient bien moins
à la portée de nos payfans. Toutes les
chofes effentielles font reftées telles que
le fouphre , le faffran , le quinquina ,
la
poudre de vipére il lui eft venu un
doute fur l'effet du vinaigre dans la boiffon
du mouton; il a obfervé que la graiffe
de mouton eft des plus promptes à fe
geler , que le fang de mouton fe tourne
promptement fur un feu médiocre
même fans qu'il bouille , fur-tout fi on
y mêle du vinaigre ; il en a conclu qu'il
feroit à craindre que cet acide mêlé
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la boiffon du mouton vivant n'altérât
trop fenfiblement fon fang & fa
graiffe ; que cette graiffe ne devînt plus
compacte , & par là ne s'oppofât au dépôt
ou à la fortie des boutons. Il m'a
confeillé d'y fubftituer du nitre à la dofe
d'une once fur feize pintes Paris , en
attendant que l'on ait vérifié l'effet du
vinaigre fur les moutons ; il voudroit
auffi qu'on broyar quelques poignées de
mélife dans cette même boiffon blanche
lorfqu'on peut en avoir aifément.
Je ne vous envoye encore rien de
pofitif fur vos quatorze questions nonvelles.
Je vous obferverai feulement que
déjà plufieurs laboureurs m'ont affuré
qu'ils n'avoient jamais vu le même mouton
attaqué deux fois du claveau. Aucun
deux n'a remarqué jufques ici de
différence entre les mâles & les femelles ,
entre les vieilles bêtes & les jeunes
quant aux divers degrés du mal , quant
à la malignité & autres fymptômes .
Un des gros Laboureurs de ce pays
dont le troupeau a été attaqué en Octobre
& Novembre derniers , m'a rapporté
un fait que je ne dois pas vous
laiffer ignorer. Son troupeau étoit au
parc , quand le claveau s'y manifeſta ;
il fit renfermer dans la bergerie les preOCTOBŘE
. 1763. 139
mières bêtes qui furent attaquées; en peu
de jours il en périt fix fur douze. Allarmé
de cette mortalité , il voulut effayer de
laiffer au parc , celles qui tomberoient
dorénavant malades. Lorfqu'il vint me
rendre compte de ce fait , il y a un
mois à-peu- près , il avoit beaucoup de
fes bêtes malades dans le parc & il ne lui
en périffoit aucune plufieurs étoient
hors de danger , les frimats & les neiges
des 11 , 12 & 13 Novembre & jours
fuivans l'obligerent à rompre fon parc
& à faire rentrer tout le troupeau : je
n'ai pas pu avoir de fes nouvelles directement
depuis ce moment mais j'ai
appris indirectement qu'il avoit perdu
un nombre affez confidérable de moutons.
,
Ce même Laboureur foupçonne le
claveau de pouvoir fe communiquer
aux hommes ; il m'a cité un berger qui
après avoir gardé un troupeau attaqué
de ce mal , a eu la petite vérole en
abondance ; un autre qui après de pareils
foins avoit eu pendant du temps
une courbature , un malaife général ,
de la fiévre & c.
Quant à l'effai d'inoculation ; il ne faut
pas efpérer que le Laboureur s'y prête :
mais mon projet eft dans une faifon
140 MERCURE DE FRANCF.
plus favorable d'acheter quelques mou
tons pour faire cet effai fous mes yeux.
J'ai fait part de vos fouhaits à cet
égard & de mon projet à M. Parent;
Premier Commis des Finances , il en a
rendu compte à M. le Contrôleur Général
qui approuve cette épreuve : ce
Miniftre l'a fait écrire que je ferois
remboursé de la dépenfe qu'elle m'oc
cafionneroit. Vous voyez , Monfieur
, qu'il ne s'agit plus que d'opérer ;
mais je ne le puis fans le feccurs de vos
lumières perfonne ici ne connoît le
procédé de l'inoculation , pas même
fur les hommes : aucun de nos Médecin
& Chirurgiens ne l'ont encore pratiqué
ni vu pratiquer : ainfi il faut que
vous ayez la bonté de m'inftruire & de
me guider depuis le premier pas jufqu'au
dernier. Quelle faifon me confeillezvous
de choisir ? Quel âge ? Quel féxe
dans les Sujets à inoculer ? Quelle préparation
? Quelle façon d'inférer le
virus ? Sera - ce avec des aiguilles envenimées
? Sera- ce par incifion & avec
la poudre de claveau défféchée , ( j'en
ai demandé à des laboureurs ) ou avec
des fils imbibés de virus ? En un motje
ne fçai rien , inftruifez-moi de tout. Je
ferai un difciple docile , & je joindrai
OCTOBRE. 1763 . 141
la plus fincère reconnoiffance au parfait
attachement avec lequel j'ai l'honneur.
d'être , & c.
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Résumé : RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
Dans une lettre datée du 15 décembre 1763, M. Borel répond à M. Bourgelat au sujet de la maladie du claveau chez les moutons. Cette maladie continue de sévir malgré les conditions hivernales rigoureuses et touche de nouveaux villages, affectant les troupeaux de manière intermittente. Les symptômes observés sont comparables à ceux de la petite vérole. M. Borel a diffusé les précautions et les remèdes proposés par M. Bourgelat, notamment via un almanach agricole. Un médecin ami a suggéré des substitutions de plantes locales pour les remèdes et a remis en question l'utilisation du vinaigre dans l'alimentation des moutons, recommandant plutôt du nitre et du miel. Les observations indiquent que les moutons ne semblent pas être réinfectés par le claveau. Un laboureur a remarqué que les moutons malades laissés au parc avaient de meilleures chances de survie que ceux enfermés. Il a également émis l'hypothèse d'une possible transmission de la maladie aux bergers. M. Borel envisage d'acquérir des moutons pour expérimenter l'inoculation, avec l'accord du Contrôleur Général des Finances. Cependant, il manque d'informations sur la méthode d'inoculation et demande les conseils de M. Bourgelat pour avancer dans cette démarche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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680
p. 141-159
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
Début :
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre, Monsieur, est très important par [...]
Mots clefs :
Claveau , Matière, Mouton, Insertion, Éruption, Fièvre, Boutons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
Dans sa lettre du 3 mars 1763, M. Bourgelat adresse à M. Borel des recommandations concernant l'inoculation du virus variolique pour lutter contre la variole. Bourgelat encourage les expérimentations de Borel sur les moutons dans le Beauvoisis. L'inoculation peut se réaliser par introduction de matière purulente dans le nez, application de pus sur la peau après enlèvement de l'épiderme, ou injection directe dans le sang. La méthode la plus courante implique l'utilisation de fils imbibés de pus provenant des boutons mûrs de la variole, conservés et réutilisés. Pour les moutons, la procédure consiste à pratiquer une incision longitudinale sur la cuisse, où un fil infecté est inséré. Le pansement est ensuite couvert d'étoupe et d'un emplâtre, maintenu par une compresse. Si les fils sont perturbés ou les incisions refermées, des opérations supplémentaires sont nécessaires. La matière utilisée doit provenir d'un mouton sain et vigoureux. Les risques de complications sont moins élevés chez les animaux que chez les humains. L'âge des moutons n'est pas crucial pour la matière utilisée, mais il est conseillé d'éviter les périodes critiques comme les chaleurs ou la lactation. Les symptômes varient en fonction de l'état du sujet et de la nature du virus. Des remèdes sont administrés pour prévenir les troubles causés par les miasmes varioleux, en fluidifiant et en tempérant le sang. Bourgelat recommande de multiplier les expériences sur les moutons sans préparation initiale afin d'observer les suites naturelles de l'inoculation. Il suggère des observations spécifiques sur les symptômes, la fièvre et l'éruption. Le régime alimentaire des animaux malades doit être strict, limité au foin et à l'eau, avec des ajustements selon l'évolution de la maladie. Les saisons printanières et automnales sont préférées pour l'opération en raison des conditions climatiques favorables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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681
p. 173-180
REMARQUES sur le Traité de la Jurisprudence de la Médecine en France ; par M. VERDIER, Maître en Chirurgie, Docteur en Médecine, & Avocat en la Cour de Parlement de Paris.
Début :
LES différentes qualités que prend l'Auteur de cet Ouvrage, sembloient [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Médecine, Mains, Traité, Règlement, Fonctions, Autorité, Jurisprudence
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur le Traité de la Jurisprudence de la Médecine en France ; par M. VERDIER, Maître en Chirurgie, Docteur en Médecine, & Avocat en la Cour de Parlement de Paris.
REMARQUES fur le Traité de la
Jurifprudence de la Médecine en France;
par M. VERDIER, Maître en Chiturgie
, Docteur en Médecine, & Avocat
en la Cour de Parlement de Paris.
L
ES différentes qualités que prend
l'Auteur de cet Ouvrage , fembloient
répondre de fon impartialité : on devoit
fe promettre que le Jurifconfulte tiendroit
d'une main équitable la balance fur
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
les droits refpectifs des Médecins & des
Chirurgiens ; & nous apprenons qu'il a
mécontenté également les deux Corps.
Perfuadé du befoin qu'il a de fecours
pour remplir le Plan qu'il s'eft propofé
il a fait inférer dans les Journaux un Avis
par lequel il prie tous ceux qui auront
des connoiffances particulières fur les
Sujets qu'il traite , de vouloir bien lui
faire part de leurs réflexions & de leurs
critiques . Les confeils qu'on lui donnera
feront tardifs à l'égard des deux premiè
res Parties déjà publiées ; mais comme
fuivant le projet , la totalité de l'Ouvrage
ira à neuf Volumes , il fera poffible de
rectifier bien des chofes dans le fupplé
ment que l'Auteur a prévu lui-même qu'il
feroit obligé d'ajouter à chaque Partie.
Il entend par la Jurifprudence de la
Médecine en France , fuivant le titre
ampliatif de fon Livre , un Traité hiſtorique
& juridique des établiſſemens , réglemens
, police , devoirs , fonctions ?
droits & privilèges des trois Corps de
Médecine , avec les devoirs , fonctions
& autorité des Juges à leur égard . Peutêtre
qu'un Ouvrage bien fait , d'après
l'idée que donne ce Frontifpice , feroit
curieux , utile & même néceffaire à certains
égards. Mais on ne trouvera jamais
OCTOBRE. 1763. 175
ces caractères dans une compilation informe
d'Arrêts , de Sentences & de Réglemens
de toute efpéce , la plûpart,
tombés en défuétude par de nouveaux
ufages plus conformes à la nature des
chofes , ou révoqués formellement par
des . Réglemens contraires. Les Almanachs
même , qui font des fources fi
infidèles , n'ont pas été négligés par l'Au
teur : il n'a pas hésité d'y puifer , & de
parler affirmativement d'après eux. C'eſt
probablement fur des anciens Etats de,
la Maifon du Roi qu'il a copié ce qu'il
dit des revenus de la Charge de premier
Chirurgien , & de toutes celles des Chirurgiens
attachés au fervice de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Nous pou
vons affurer , & c'eft un des principaux
objets de nos remarques , qu'il n'y a pas
un mot d'éxact fur ce chef , dans ce que
M. Verdier avance : il s'eft permis malà-
propos de tranfcrire tout ce qui s'eft
préfenté , fans remarquer qu'il ne pouvoit
que difcréditer fon Livre , en multipliant
fans néceffité le nombre des
Volumes ; & que celui des acheteurs , fur
lequel il a compté , diminueroin en proportion
de l'augmentation, du prix ..
L'Auteur n'eft jamais . guidé par le
flambeau d'une critique judicieuſe dans
*
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
les points conteftés entre les différens
Corps de la Médecine. Cette partialité
eft toujours injurieufe aux Chirurgiens :
il fe décide même contr'eux fur des
objets , qui , après une difcuffion publique
& contradictoire , ont été éclaircis
en leur faveur , de la manière la
moins équivoque . Je n'en prendrai pour
exemple que la conféquence qu'il tire du
ferment que le premier Chirurgien du
Roi prête à fa nomination , entre les
mains du premier Médecin .
La Faculté de Médecine, dans le cours
du grand Procès avec le Collége de
Chirurgie , a cru pouvoir préfenter ce
ferment comme une marque de fubordination
: mais M. Verdier ne doit
pas
ignorer que cette objection a été pleinement
réfutée. Ce n'eft pas au premier
Médecin que le premier Chirurgien prête
fon ferment ; c'eſt au Roi, entre les mains
du premier Médecin , cela eft incontefta
ble . Les Médecins reçoivent tous la béné
niction Apoftolique , & la licence d'éxercer
leur Profeffion , du Chancelier de
l'Eglife de Paris : dira- t- on qu'un Chanoine
dignitaire de Notre - Dame ait
acquis par là un droit de prééminence
fur les Médecins , & encore moins qu'il
puiffe prétendre à aucune inſpection ou
OCTOBRE. 1763 . 177
direction dans l'éxercice de la Médecine?
Les Médecins , Lecteurs & Profeffeurs
au Collège Royal , ne prêtent - ils pas
ferment entre les mains du Grand Aumônier
de France ? Ce ferment , qu'il
reçoit auffi des autres Profeffeurs , ne
lui donne pas plus de direction fur la
Médecine que fur les langues Syriaque ,
Hébraïque , Grecque , &c , qu'on enfeigne
au Collège Royal.
Les Chirurgiens dans leur repliqué ,
difoient en 1748 que fi le premier Médecin
recevoit le ferment du premier
Chirurgien , c'étoit une fuite de l'état
Eccléfiaftique de l'Univerfité , & de la
qualité des Prêtres qu'avoient anciennement
les premiers Médecins . Le Défenfeur
des Chirurgiens n'étoit pas fuffifamment
inftruit alors ; car l'époque de
la preſtation de ce ferment eft récente ,
& il feroit utile d'en rechercher l'origine
. On la trouveroit fans doute dans
la fuppreffion de la charge de premier
Barbier , dont le droit de Jurifdiction
fur toutes les Communautés des Barbiers
, Perruquiers , Baigneurs & Etuviftes
du Royaume , ont été attribués
à la charge de premier Chirurgien , &
à lui confervés par les derniers Réglemens
émanés de l'autorité Royale &
Hv
178 LMERCUR DE FRANCE.
duement enregistrés , fous le titre d'Inf
pecteur & Commiffaire du Roi. Il eſt
certain qu'Ambroife Paré , fuivant fon
Brevet que nous avons actuellement
fous les yeux en original , a prêté au
Bureau du Roi , tenu à S. Germain- en-
Laye , le premier jour de Janvier 1561 ,
le ferment de l'état de premier Chirurgien
du Roi , en lieu & place de feu
Me Nicolas Laverno , ès mains du Sgr.
de Mendoffe , Confeiller & premier Maitre
d'Hôtel dudit Seigneur Roi. Le ferment
entre les mains du premier Médecin
ne tire donc plus à aucune conféquence
, puifqu'il n'eft pas effentiel , &
que les Succeffeurs d'Ambroise Paré
n'ont été dépouillés d'aucun des Priviléges,
Droits & Prérogatives dont jouif
foit leur Illuftre Prédéceffeur.
Où M. Verdier a - t - il yu la dépendance
perfonnelle du premier Chirur
gien à l'égard du premier Médecin ; &
comment juftifieroit - il ce qu'il avance
en difant que le premier Chirurgien eft
affujetti à un examen pardevant le premier
Médecin , avant que de pouvoir,
être pourvu de fa Charge ? Le contraire
eft connu de tout le momde . Le premier
Chirurgien eft nommé par le Roi ,
& defon propre mouvement , comme
1
OCTOBRE. 1763 . 179
le premier Médecin ; ils font l'un, &
l'autre honorés du choix de Sa Majefté ,
déterminé par fa confiance : M. Verdier
a imaginé , de fon autorité particulière ,
que le premier Chirurgien ne pouvoit
s'abfenter fans une permiffion expreffe
du premier Médecin ; & que les autres
Chirurgiens de la Cour font foumis à la
même régle. A la Cour , tous les fervi .
ces font connus & fixés ; c'eft du premier
Chirurgien , feul , que les autres
Chirurgiens du Roi , prendroient l'ordre
pour leurs fonctions fi elles
n'étoient pas refpectivement réglées par
la nature même de leurs offices. C'est
de fon agrément feul qu'ils ont befoin
pour en être pourvus. Le premier Chirurgien
prend les ordres immédiatement
du Roi , ni plus ni moins que le premier
Médecin . Cela eft de droit commun
, ce que M. Verdier ne devroit pas
ignorer , ni comme Chirurgien ni
comme Médecin , ni comme Jurifconfulte
en fa qualité d'Avocat , ni comme
Auteur qui eft fuppofé connoître
à fond les matieres qu'il traite .
Si l'on vouloit examiner prèfque tous
les points du livre de M. Verdier , dont
le zéle d'ailleurs eft fort louable , il fentiroit
qu'il a entrepris une tâche un peu
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
forte ; & il pourroit fe trouver dans le
cas non de multiplier fes volumes ,
par les Supplémens qu'il promet ; mais
d'abréger fon travail par une fuppreffion
volontaire qui lui feroit plus d'honneur
& de profit.
M. Verdier demande des avis & des
critiques ; nous defirons qu'il prenne
les nôtres en bonne part ; ils viennent
de perfonnes qui s'intéreffent véritablement
à fa gloire.
F. N. G. Abonné au Mercure.
Jurifprudence de la Médecine en France;
par M. VERDIER, Maître en Chiturgie
, Docteur en Médecine, & Avocat
en la Cour de Parlement de Paris.
L
ES différentes qualités que prend
l'Auteur de cet Ouvrage , fembloient
répondre de fon impartialité : on devoit
fe promettre que le Jurifconfulte tiendroit
d'une main équitable la balance fur
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
les droits refpectifs des Médecins & des
Chirurgiens ; & nous apprenons qu'il a
mécontenté également les deux Corps.
Perfuadé du befoin qu'il a de fecours
pour remplir le Plan qu'il s'eft propofé
il a fait inférer dans les Journaux un Avis
par lequel il prie tous ceux qui auront
des connoiffances particulières fur les
Sujets qu'il traite , de vouloir bien lui
faire part de leurs réflexions & de leurs
critiques . Les confeils qu'on lui donnera
feront tardifs à l'égard des deux premiè
res Parties déjà publiées ; mais comme
fuivant le projet , la totalité de l'Ouvrage
ira à neuf Volumes , il fera poffible de
rectifier bien des chofes dans le fupplé
ment que l'Auteur a prévu lui-même qu'il
feroit obligé d'ajouter à chaque Partie.
Il entend par la Jurifprudence de la
Médecine en France , fuivant le titre
ampliatif de fon Livre , un Traité hiſtorique
& juridique des établiſſemens , réglemens
, police , devoirs , fonctions ?
droits & privilèges des trois Corps de
Médecine , avec les devoirs , fonctions
& autorité des Juges à leur égard . Peutêtre
qu'un Ouvrage bien fait , d'après
l'idée que donne ce Frontifpice , feroit
curieux , utile & même néceffaire à certains
égards. Mais on ne trouvera jamais
OCTOBRE. 1763. 175
ces caractères dans une compilation informe
d'Arrêts , de Sentences & de Réglemens
de toute efpéce , la plûpart,
tombés en défuétude par de nouveaux
ufages plus conformes à la nature des
chofes , ou révoqués formellement par
des . Réglemens contraires. Les Almanachs
même , qui font des fources fi
infidèles , n'ont pas été négligés par l'Au
teur : il n'a pas hésité d'y puifer , & de
parler affirmativement d'après eux. C'eſt
probablement fur des anciens Etats de,
la Maifon du Roi qu'il a copié ce qu'il
dit des revenus de la Charge de premier
Chirurgien , & de toutes celles des Chirurgiens
attachés au fervice de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Nous pou
vons affurer , & c'eft un des principaux
objets de nos remarques , qu'il n'y a pas
un mot d'éxact fur ce chef , dans ce que
M. Verdier avance : il s'eft permis malà-
propos de tranfcrire tout ce qui s'eft
préfenté , fans remarquer qu'il ne pouvoit
que difcréditer fon Livre , en multipliant
fans néceffité le nombre des
Volumes ; & que celui des acheteurs , fur
lequel il a compté , diminueroin en proportion
de l'augmentation, du prix ..
L'Auteur n'eft jamais . guidé par le
flambeau d'une critique judicieuſe dans
*
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
les points conteftés entre les différens
Corps de la Médecine. Cette partialité
eft toujours injurieufe aux Chirurgiens :
il fe décide même contr'eux fur des
objets , qui , après une difcuffion publique
& contradictoire , ont été éclaircis
en leur faveur , de la manière la
moins équivoque . Je n'en prendrai pour
exemple que la conféquence qu'il tire du
ferment que le premier Chirurgien du
Roi prête à fa nomination , entre les
mains du premier Médecin .
La Faculté de Médecine, dans le cours
du grand Procès avec le Collége de
Chirurgie , a cru pouvoir préfenter ce
ferment comme une marque de fubordination
: mais M. Verdier ne doit
pas
ignorer que cette objection a été pleinement
réfutée. Ce n'eft pas au premier
Médecin que le premier Chirurgien prête
fon ferment ; c'eſt au Roi, entre les mains
du premier Médecin , cela eft incontefta
ble . Les Médecins reçoivent tous la béné
niction Apoftolique , & la licence d'éxercer
leur Profeffion , du Chancelier de
l'Eglife de Paris : dira- t- on qu'un Chanoine
dignitaire de Notre - Dame ait
acquis par là un droit de prééminence
fur les Médecins , & encore moins qu'il
puiffe prétendre à aucune inſpection ou
OCTOBRE. 1763 . 177
direction dans l'éxercice de la Médecine?
Les Médecins , Lecteurs & Profeffeurs
au Collège Royal , ne prêtent - ils pas
ferment entre les mains du Grand Aumônier
de France ? Ce ferment , qu'il
reçoit auffi des autres Profeffeurs , ne
lui donne pas plus de direction fur la
Médecine que fur les langues Syriaque ,
Hébraïque , Grecque , &c , qu'on enfeigne
au Collège Royal.
Les Chirurgiens dans leur repliqué ,
difoient en 1748 que fi le premier Médecin
recevoit le ferment du premier
Chirurgien , c'étoit une fuite de l'état
Eccléfiaftique de l'Univerfité , & de la
qualité des Prêtres qu'avoient anciennement
les premiers Médecins . Le Défenfeur
des Chirurgiens n'étoit pas fuffifamment
inftruit alors ; car l'époque de
la preſtation de ce ferment eft récente ,
& il feroit utile d'en rechercher l'origine
. On la trouveroit fans doute dans
la fuppreffion de la charge de premier
Barbier , dont le droit de Jurifdiction
fur toutes les Communautés des Barbiers
, Perruquiers , Baigneurs & Etuviftes
du Royaume , ont été attribués
à la charge de premier Chirurgien , &
à lui confervés par les derniers Réglemens
émanés de l'autorité Royale &
Hv
178 LMERCUR DE FRANCE.
duement enregistrés , fous le titre d'Inf
pecteur & Commiffaire du Roi. Il eſt
certain qu'Ambroife Paré , fuivant fon
Brevet que nous avons actuellement
fous les yeux en original , a prêté au
Bureau du Roi , tenu à S. Germain- en-
Laye , le premier jour de Janvier 1561 ,
le ferment de l'état de premier Chirurgien
du Roi , en lieu & place de feu
Me Nicolas Laverno , ès mains du Sgr.
de Mendoffe , Confeiller & premier Maitre
d'Hôtel dudit Seigneur Roi. Le ferment
entre les mains du premier Médecin
ne tire donc plus à aucune conféquence
, puifqu'il n'eft pas effentiel , &
que les Succeffeurs d'Ambroise Paré
n'ont été dépouillés d'aucun des Priviléges,
Droits & Prérogatives dont jouif
foit leur Illuftre Prédéceffeur.
Où M. Verdier a - t - il yu la dépendance
perfonnelle du premier Chirur
gien à l'égard du premier Médecin ; &
comment juftifieroit - il ce qu'il avance
en difant que le premier Chirurgien eft
affujetti à un examen pardevant le premier
Médecin , avant que de pouvoir,
être pourvu de fa Charge ? Le contraire
eft connu de tout le momde . Le premier
Chirurgien eft nommé par le Roi ,
& defon propre mouvement , comme
1
OCTOBRE. 1763 . 179
le premier Médecin ; ils font l'un, &
l'autre honorés du choix de Sa Majefté ,
déterminé par fa confiance : M. Verdier
a imaginé , de fon autorité particulière ,
que le premier Chirurgien ne pouvoit
s'abfenter fans une permiffion expreffe
du premier Médecin ; & que les autres
Chirurgiens de la Cour font foumis à la
même régle. A la Cour , tous les fervi .
ces font connus & fixés ; c'eft du premier
Chirurgien , feul , que les autres
Chirurgiens du Roi , prendroient l'ordre
pour leurs fonctions fi elles
n'étoient pas refpectivement réglées par
la nature même de leurs offices. C'est
de fon agrément feul qu'ils ont befoin
pour en être pourvus. Le premier Chirurgien
prend les ordres immédiatement
du Roi , ni plus ni moins que le premier
Médecin . Cela eft de droit commun
, ce que M. Verdier ne devroit pas
ignorer , ni comme Chirurgien ni
comme Médecin , ni comme Jurifconfulte
en fa qualité d'Avocat , ni comme
Auteur qui eft fuppofé connoître
à fond les matieres qu'il traite .
Si l'on vouloit examiner prèfque tous
les points du livre de M. Verdier , dont
le zéle d'ailleurs eft fort louable , il fentiroit
qu'il a entrepris une tâche un peu
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
forte ; & il pourroit fe trouver dans le
cas non de multiplier fes volumes ,
par les Supplémens qu'il promet ; mais
d'abréger fon travail par une fuppreffion
volontaire qui lui feroit plus d'honneur
& de profit.
M. Verdier demande des avis & des
critiques ; nous defirons qu'il prenne
les nôtres en bonne part ; ils viennent
de perfonnes qui s'intéreffent véritablement
à fa gloire.
F. N. G. Abonné au Mercure.
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Résumé : REMARQUES sur le Traité de la Jurisprudence de la Médecine en France ; par M. VERDIER, Maître en Chirurgie, Docteur en Médecine, & Avocat en la Cour de Parlement de Paris.
Le texte critique l'ouvrage 'Jurisprudence de la Médecine en France' de M. Verdier, Maître en Chirurgie, Docteur en Médecine et Avocat à la Cour de Parlement de Paris. Cet ouvrage en neuf volumes aborde les aspects historiques et juridiques des établissements, règlements et droits des trois corps de la médecine, ainsi que les devoirs des juges. Cependant, le critique trouve l'ouvrage désorganisé et truffé d'erreurs, compilant des arrêts, sentences et règlements souvent obsolètes ou révoqués. Verdier utilise des sources peu fiables, telles que les almanachs, et commet des erreurs factuelles, notamment concernant les revenus des chirurgiens du service royal. Le critique reproche à Verdier une partialité en faveur des chirurgiens, particulièrement dans l'interprétation du serment du premier chirurgien du Roi. Verdier considère ce serment comme une marque de subordination au premier médecin, tandis que les chirurgiens affirment l'avoir prêté au Roi via le premier médecin. Le texte réfute cette interprétation en soulignant que le serment ne confère aucune prééminence aux médecins. Il discute également des privilèges des chirurgiens, notamment ceux des successeurs d'Ambroise Paré, et conteste la prétendue dépendance personnelle du premier chirurgien envers le premier médecin. En réalité, le premier chirurgien est nommé directement par le roi, tout comme le premier médecin, et suit les ordres du premier chirurgien, non du premier médecin. Le critique suggère à Verdier de supprimer certaines parties de son ouvrage pour éviter des prolongations inutiles et offre des avis constructifs afin d'améliorer la qualité de l'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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682
p. 212
« Le Sr Peronnet fait une Cire épilatoire pour dégarnir les sourcils qui sont [...] »
Début :
Le Sr Peronnet fait une Cire épilatoire pour dégarnir les sourcils qui sont [...]
Mots clefs :
Cire, Épilation, Sourcils, Bras, Mains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Peronnet fait une Cire épilatoire pour dégarnir les sourcils qui sont [...] »
Le Sr Peronnet fait une Cire ' épilatoire pour
dégarnir les fourc is qui font trop couverts , pour
dégarnir te front , les joues , les bras & les mains
qui font chargées de poil.
Il a établi fon Bureau chez le Sr Malivoire ,
Marchand Parfumeur , rue Bardubec , près la
rue S. Merry .
Le prix eft de 3 & 6 livres la douzaine.
Il donne la manière de s'en fervir par écrit.
dégarnir les fourc is qui font trop couverts , pour
dégarnir te front , les joues , les bras & les mains
qui font chargées de poil.
Il a établi fon Bureau chez le Sr Malivoire ,
Marchand Parfumeur , rue Bardubec , près la
rue S. Merry .
Le prix eft de 3 & 6 livres la douzaine.
Il donne la manière de s'en fervir par écrit.
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683
p. 212
« Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...] »
Début :
Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...]
Mots clefs :
Malte, Eau de fleur d'Orange, Diabolo, Naples
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...] »
Le Sr Savoye , Valet de Chambre de M. le
Bailli de Fleury , donne avis au Public qu'il a
reçu de Malte de l'eau de fleur d'orange double
faite avec la fleur d'oranger bigarrade , ce qui
rend cette eau d'une très bonne qualité. Il la
vend 6 livres la bouteille de pinte . Il demeure
* rue de la Ville - l'Evêque , Fauxbourg S. Honoré ,
au 'No. 9.
Il vend auffi des Diabolo de Naples ,, à 3 liv.
l'once. On peut lui écrire par la petite Pofte ,
il fe charge de l'envoi.
Bailli de Fleury , donne avis au Public qu'il a
reçu de Malte de l'eau de fleur d'orange double
faite avec la fleur d'oranger bigarrade , ce qui
rend cette eau d'une très bonne qualité. Il la
vend 6 livres la bouteille de pinte . Il demeure
* rue de la Ville - l'Evêque , Fauxbourg S. Honoré ,
au 'No. 9.
Il vend auffi des Diabolo de Naples ,, à 3 liv.
l'once. On peut lui écrire par la petite Pofte ,
il fe charge de l'envoi.
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684
p. 212
« Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Début :
Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...]
Mots clefs :
Topique, Pieds, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Le Sr Rouffel donne avis au 'Public qu'il a
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
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685
p. 214
« L'Elixir connu sous le nom d'Huile de Vénus, du Sr de Sigogne, neveu du feu [...] »
Début :
L'Elixir connu sous le nom d'Huile de Vénus, du Sr de Sigogne, neveu du feu [...]
Mots clefs :
Élixir, Huile de Vénus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Elixir connu sous le nom d'Huile de Vénus, du Sr de Sigogne, neveu du feu [...] »
L'Elixir connu fous le nom d'Huile de Vénus ,
du. Sr de Sigogne , neveu du feu Sr de Sigogne,
Médecin des Cent-Suiffes du Roi , fe débite tou
jours avec fuccès , rue de Perpignan en la Cité.
du. Sr de Sigogne , neveu du feu Sr de Sigogne,
Médecin des Cent-Suiffes du Roi , fe débite tou
jours avec fuccès , rue de Perpignan en la Cité.
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686
p. 147-163
RECHERCHES sur la Taille de Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Début :
L'ORIGINE & les progrès de la Taille de Rau, devroient paroître aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Frère, Opération, Taille, Méthode, Observations, Succès, Chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RECHERCHES sur la Taille de Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
RECHERCHES fur la Taille de Frère
JACQUES , par M. BORDEN AVE ,
Profeffeur Royal de Chirurgie , &c.
L'ORIGINE ORIGINE & les progrès de la Taille
de Rau , devroient paroître aujourd'hui
affez conftatés par les Auteurs contemporains
& par la Tradition , pour ne
laiffer aucun doute. Cette opération a
eu le fort des découvertes les plus utiles ;
elle a paffé par différens degrés avant
de parvenir à la perfection . Son premier
Auteur ( le Frère Jacques ) en pratiquant
une opération que l'on pouvoit
alors regarder comme informe & fans
méthode relativement aux variations
qui ont été obfervées dans fes ma-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE :
(
noeuvres , n'a fait que préparer la voie ;
dépourvu de connoiffance en Anatomie
& en Chirurgie , il n'a pu concilier
à fon opération le degré de perfection
dont elle étoit fufceptible , & il étoit
réſervé à des efprits plus éclairés de la
porter à un point d'utilité qui lui manquoit
entre les mains de fon Auteur.
L'hiſtoire de cette opération a été écritę
dans trop de Livres , par des Auteurs
non fufpects , inftruits la plûpart témoins
focculaires , pour paroître équivoque
, & il faut être aveugle ou de
mauvaiſe foi , pour fe refufer aujourd'hui
à la vérité.
,
Malgré l'expofition claire des faits les
mieux circonftanciés , malgré les écrits
les plus authentiques & le mieux reçus
par les gens de l'Art contemporains
feuls Juges compétens en cette matière,
il a plu cependant depuis peu (a ) à un
Anonyme fe difant Chirurgien de
Province , de nier en partie ce qui a été
écrit , il y a plus de foixante ans , fur la
,
(a ) Mercure d'Août 1762. Obſervations d'un
Chirurgien de Province fur l'origine & fur les
progrès de la Taille , appellée Méthode de Rau ;
en conféquence des éloges qu'on prodigue aujourd'hui
à cette opération fous le nom de Méthode
de M. Foubert & de Méthode de M.
Thomas.
OCTOBRE . 1763. 149
Taille de Frère Jacques , d'accufer de
prévention M. Méry , & les autres Litho
miftes de fon temps , de leur imputer
d'avoir publié des obfervations fauffes
contre la nouvelle manière de tirer la
pierre & d'avoir fuppofé que la fonde
dont le Frère fe fervoit pour tailler
n'étoit point cannelée pour retenir &
conduire la pointe de fon Lithotome
dans la veffie , &c . Mais il refte à fçavoir
fur quelle autorité l'Anonyme
peut révoquer en doute les faits les plus
conftatés dont il n'a pas été le témoin,
& à examiner , fi on peut légitimement
attaquer des raifons qui n'ont pas été
défavouées par les Contemporains &
par le Frère Jacques lui-même.
Pour appuyer les raifons que nous
avons en faveur de M. Méry , & déterminer
la valeur de fon témoignage ,
il faut fuivre l'hiftoire de Frère Jacques ,
& comparer avec l'Ouvrage de M.
Méry , un écrit fugitif de cet Opérateur
perdu pour beaucoup de gens , parce
qu'il eft très- court & qu'il ne contient
rien d'intéreffant , mais qui peut
être agréable & utile pour ceux qui ,
fenfibles à la vérité , voudront connoître
& fuivre l'hiftoire de la Taille de
Rau.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
Dionis nous apprend ( b ) que le Frère
Jacques arriva à Paris au mois d'Août
de l'année 1697. Un habit Religieux ,
un air infpiré , un grand nombre de
Certificats des Opérations faites en différens
endroits ; l'apparence du défintéreffement
, furent autant de raiſons ſpécieufes
en fa faveur. Il fe fit connoître à
M. Maréchal , pour lors Chirurgien en
Chef de la Charité ; & comme dans ce
temps on n'expofoit pas les malades de
cet Hôpital pour faire des expériences ,
fans être auparavant affuré de la capacité
de ceux qui devoient les pratiquer, on lui
fit faire fur un cadavre , dans la veſſie
duquel on avoit mis une pierre , une
épreuve qui ne permit pas d'accueillir
fa façon d'opérer.
Frère Jacques peu fatisfait , partit de
Paris dans le mois d'Octobre fuivant ,
pour chercher ailleurs des Protecteurs.
Etant allé à Fontainebleau , où la Cour
étoit pour lloorrss , oonn lluuii procura l'occafion
de tailler un garçon cordonnier.
L'Opération fut heureufe & prompte
dans l'éxécution ; elle ne fut fuivie
d'aucun accident facheux ; le Malade
( b ) Opérat. de Chir. 3 ° démonſtr . p. 239.
Voyez aufli Méry , obf, fur la manière de tailler.
P. 14 .
· OCTOBRE. 1763. 151
rendit peu de temps après les urines par
le conduit ordinaire , & le traitement
parut heureux , par ce que trois femaines
après l'Opération , on vit le Malade
fe promener dans les rues.
Cette apparence de fuccès gagna
bientôt les fuffrages de la multitude
on publia l'événement avec l'enthoufiafme
que caufent ordinairement les
chofes nouvelles , un feul fait peu réfléchi
procura au Frère une réputation
fort étendue. M. de Harlai alors Prémier
Préfident , lui permit de faire des
épreuves à l'Hôtel - Dieu fur des cadavres
en préfence des Maîtres de l'Art ;
& ce Magiftrat commit à cet effet M.
Méry , pour lui en porter fon jugement.
L'épreuve fut faite en préfence des
Médecins & Chirurgiens de l'Hôtel-
Dieu au mois de Décembre. 1697. ( c )
Elle fut heureufe ; & M. Méry , en faifant
fon rapport fur cette tentative , a
d'abord reconnu des avantages à cette
méthode , a propofé des moyens de cor.
riger les inconvéniens qui y étoient
annexés , a remarqué dès- lors le vice
des inftrumens dont le Frère fe fervoit
& a jugé cette Opération fufceptible
de perfection.
( c ) Méry , p. 14. & 20 .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
>
Une méthode établie fur des connoiffances
éclairées peut feule avoir des
fuccès conftans dans fa manoeuvre ;
fans ces connoiffances la méthode
devient bientôt fautive , & on reconnoît
que le hazard permet par fois des apparences
de fuccès . Telle étoit la méthode
de Frère Jacques dans fon Auteur
; auffi une feconde épreuve faite
quelques jours après fur le cadavre d'un
enfant ne préfenta plus les mêmes
coupes ; ( d) les Parties n'avoient pas été
divifées comme dans la première opé
ration ; il y avoit un déchirement confidérable.
Après ces épreuves , Frère Jacques
s'abfenta de Paris pendant quelque
temps. Revenu au mois d'Avril 1698
il y pratiqua plufieurs Opérations. Éntre
autres tailla à l'Hôtel-Dieu ( e ) un
garcon âgé de 16 à 17 ans qui perdit
d'abord beaucoup de fang en partie
par la plaie & par la verge & en partie
par l'anus , ce qui fit connoître que l'inteftin
avoit été percé . Ce garcon eft mort
au mois de Septembre fuivant , ayant
une fiſtule au Périnée . Depuis ce temps
un homme taillé
par
le même , mourut
( d ) Méry , p. 25.
(e ) Ibid. p. 35.
OCTOBRE . 1763. 153
en- d'hémorragie trois jours après : ( )
fin une Dame qu'il tailla eut le vagin
percé de part en part.
M. Méry , témoin oculaire du mauvais
fuccès de plufieurs Opérations , ne
pouvoit en fecond faire un rapport auffi
avantageux de la nouvelle méthode.
Mais , comme la prévention met la réputation
la moins méritée au - deffus des
accidens même les plus graves , on crut
devoir l'admettre à de nouvelles expériences
, & il lui fut permis de tailler à
l'Hôtel - Dieu .
Pendant le refte du mois d'Avril
Mai & Juin fuivans , cet Opérateur fit
quarante - deux tailles à l'Hôtel- Dieu de
Paris , & dix-huit à la Charité . Une
fuite d'épreuves de cette efpéce , faites
publiquement , fuivies par des gens
éclairés , étoit le feul moyen d'apprécier
la nouvelle méthode. On en obferva
le fuccès avec foin ; & pour donner
toute l'authenticité poffible aux faits
qui nous ont été tranfmis on ne fit les
ouvertures de ceux qui étoient morts
à la fuite de cette Opération , qu'en
préſence d'un grand nombre de Méde-
(ƒ) Ibid. p. 36. & ſuiv.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
cins & de Chirurgiens & du Frère luimême.
(g)
?
Les événemens ne furent point en
faveur de la nouvelle façon de tailler.
De foixante Sujets opérés , treize feulement
ont été parfaitement guéris ;
vingt-quatre font reftés les uns avec incontinence
d'urine , des fiftules les
autres phthifiques , exténués . & c. Et
yingt-trois font morts , ( h ) dont fept
moururent en un même jour. ( i ) L'examen
des cadavres fit voir qu'aux uns la
veffie & les parties de la génération
étoient gangrenées ; ( k ) aux autres , le
col de la veffie étoit féparé du canal de
l'uréthre & fon corps étoit prêt à tomber
en gangréne ( 1 ) cet accident a
été obfervé dans le plus grand nombre.
Des hémorragies confidérables arrivoient
fouvent ; ( m ) une fois on remarqua
la veffie gangrenée percée dans
(g) Voyez le nom des affiftans. Méry , ibid .
p. 48.
•
( h ) Méry , ibid . p . 74. Garengeot , opér. de
Chir. Tom. 2. p . 153 .
(i ) Dionis , oper. de Chir, 3e demonft . p.244.
( k ): Méry , obſ. 7.
( 1 ) Ibid. obf. 9. 10. 11 , 12 , 16.
( 12 ) Obf, 10. 11. 12.
OCTOBRE. 1763. 155
fon fond; ( n ) enfin à plufieurs on a trouvé
le rectum ouvert. ( o )
Dans le même temps vingt-deux malades
furent taillés à Paris , par divers
Chirurgiens ; trois feulement font
morts. (p )
, Malgré certe difparité d'événemens
la prévention fubfifta encore ; les accidens
ne défilloient pas les yeux ; quelques
cures heureufes entretenoient le
preftige , & il falloit du temps pour le
diffiper.
Si on veut chercher fans paffion la
cauſe naturelle des événemens funeftes
caufés par la taille de Frère Jacques , on
la trouvera dans fa façon d'opérer &
dans la conduite qu'il a tenue vis -à - vis
des Malades. Au-deffus des précautions,
fouvent fi néceffaires avant les Opérations
, peu inquiet des effets d'une Pléhtore
humorale ou fanguine , il négligeoit
entiérement toute efpéce de préparation
. Sans s'embarraffer de rendre
fùre la manoeuvre de fon Opération ,
il n'employoit aucune efpéce de lien
pour fixer le malade , fe repofant fur
fa force des aides , à qui il confioit ce
&
( n ) Obf. 8 .
( 0 ) Obf. 16. & 17.
(P )Ibid. p . 74°
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
foin important pour l'Opération . Enfin
hardi & même cruel en opérant , fa
témérité ne connoiffoit aucun obftacle
, & ne fçavoit pas s'arrêter par les
difficultés qui avoient de quoi effrayer
les hommes inftruits & prudens. (4 )
L'examen d'un grand nombre de
Sujets qu'il a taillés a fuffifament prouvé
qu'il n'avoit pas de méthode abfolue
dans fon Opération , puifque fa
coupe n'étoit pas toujours à-peu-près la
même.
Pour la pratiquer il introduifoit dans
la veffie une fonde folide , exactement
ronde , fans rainure & d'une figure différente
de celle des fondes , dont on fe
fert ordinairement. Avec la main gauche
, il tâchoit de pouffer en dehors le
lieu de la veffie où il vouloit faire
l'ouverture , puis prenant de la main
droite un biſtouri long & étroit , il le
plongeoit au côté gauche & interne de
la tubérofité de l'Ifchium , en le pouffant
droit vers la région de la veffie ,
& en coupant obliquement de bas en
( q ) Heifter , inft . chirurg. part . 2. p . 906 .
Dionis , lieu cité . Lifter , in itinere fuo par fino ,
P. 237. Londini , 1699. 8. edito . Launay , dillert,
fur la pierre , dans la Préface & chap . 11. & 12 ,
& Saviard, obf. de chir. p. 454
OCTOBRE. 1763 . 157
"
haut vers fon col. Il ne retiroit pas le
biftouri qu'il n'eût ouvert autant que le
demandoit le volume de la Pierre ; M.
Méry , nous apprend même qu'il s'eft
quelquefois fervi d'un autre inftrument
pour dilater la plaie ( r ) ; enfuite il portoit
un conducteur pour introduire la
tenette ; quelquefois il fe fervoit de fon
doigt , & la pierre étant chargée , il la
tiroit promptement & rudement , au
lieu d'employer une dilatation graduée ,
fi néceffaire pour prévenir les accidens.
L'Opération faite il abandonnoit
pour ainfi dire le malade , ne préfcrivoit
aucun régime , & n'employoit aucun
panfement ; & lorfqu'on lui a repréfenté
la néceffité & l'utilité de ces
moyens : j'ai tiré la pierre , difoit- il ,
Dieu guérira le malade. Ce défaut de
conduite a fes inconvéniens ; il permet
quelquefois une guériſon prompte, mais
qui n'eft qu'apparente ; on vante le prétendu
fuccès , & il eft bientôt démenti
par des accidens chroniques. Tel a été
le fort du Cordonnier taillé d'abord &
guéri fi promptement. La plaie n'ayant
pas été panfée & traitée méthodiquement
ne s'eft réunie qu'à l'extérieur ;
peu de tems après elle s'eft rouverte, &
(r) Lieu cité , p. 18.
148 MERCURE DE FRANCE .
l'on a vu deux ans enfuite ce Sujet mourir
, l'urine s'écoulant toujours par la
plaie. Cette conduite imitée de nos jours,
fans un fondement plus légitime , a de
même eu des inconveniens très-graves .
En vain f'omiffion des panfemens a
déjà été blâmée dans divers Ouvrages ;
(s ) même anciens ; l'empyrifme l'emporte
; il eft facile de voir que par cette
conduite on facrifie la fureté du malade
& le danger des fuites , pour que
obtienne une guérifon précipitée .
l'on
Le détail qui vient d'être expofé , eſt
tiré d'Ouvrages trop authentiques , pour
être nié ; & je demanderai préfentement
fur quel fondement l'Anonyme
peut avancer ( ) » qu'il y a des preu-
» ves fans replique que le Frère Jac-
» ques n'a jamais taillé avec un cathe-
» ter ou fonde point cannellée ; & la paf-
" fion , continue - t - il , a tellement
» aveuglé les Auteurs de cette imputa-
» tion , qu'ils ont donné en conféquen-
» ce plufieurs obfervations des impéri-
» ties du Frère Jacques , qui font d'une
» impoffibilité abfolue.
( s ) Fabricius Hildanus , de lithotomiâ vefiez,
cap. 23. Garengeot , oper . de chir . tom.2 . p. 155 ,
Mém . de l'Acad. de Chirurg, tom. 3.
(+) Mercure cité , p . 128 .
OCTOBRE. 1763.
..159
En donnanr ainfi la négative des obfervations',
on laiffe à defirer les preuves
qu'il ne falloit pas taire ; le filence peut
paroître fufpect en ce cas , & quelle
allégation d'ailleurs peut - on oppofer
aujourd'hui après plus de foixante - trois
ans contre l'Ouvrage de M. Méry , qui
réunit en fa faveur l'authenticité la plus
complette? M. Méry, également recommandable
par fes lumières & par fa
probité , Anatomifte éclairé , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , l'un
des Chirurgiens principaux de l'Hôtel-
Dieu , en donnant fes obfervations fur
la manière de tailler de Frère Jacques ,
n'a pas laiffé un Ouvrage dicté par la
prévention. Prépofé par le Magiftrat pour
rendre compte de la nouvelle méthode
& en donner fon avis , il a écrit ce
qu'il a vu & a dit ce qu'il en a penfé :
il a écrit , obligé en quelque forte par
la miffion honorable dont il étoit chargé
; il a laiffé des obfervations lumineufes
, détaillées , exactes , fans paffion
, dont il n'eft jamais le feul témoin ,
mais qui font atteftées toujours par la
préfence d'un grand nombre des plus
célebres Médecins & Chirurgiens ; il a
laiffé des faits, conftatés & examinés
devant le Frère Jacques lui-même , qui
160 MERCURE DE FRANCE .
n'a
pas
2
alors reclamé contre la vérité ,
& qui foutenu par l'authorité n'eût
certainement pas manqué de le faire
s'il l'eût pû légitimement. On peut
même ajouter que l'Ouvrage de M.
Méry , eft moins l'Ouvrage d'un Particulier
que celui d'un homme public.
Ainfi comment peut-on dire après de
pareilles preuves , que les obfervations'
des impérities de Frère Jacques font
d'une impoffibilité abfolue ?
: On va plus loin on nie que cet
Opérateur ait jamais taillé avec un catheter
ou fonde non cannelée . Mais M.
Méry & fes Contemporains l'ont vu opérer
ainfi, ce n'eft donc pas une fuppofition
de fa part. Jugeons encore M. Méry
par le premier rapport qu'il fit après la
première épreuve fur le cadavre . Il reconnoît
les avantages dont cette méthode
eft fufceptible ; il ne diffimule pas
les changemens qui pourroient la rendre
plus parfaite , & il ajoute » lafonde
» eft moins propre à entrer dans la veffie
» parce que le talon qu'elle a , rejette
» le bout du canal de l'urèthre trop en
» dehors , & qu'elle eft auffi moins
» fùre pour faire l'incifion que les fon-
» des ordinaires › parce que n'étant
"
>>
OCTOBRE . 1763.. 161
>
>> point crenelée elle ne peut pas fi
» fûrement fervir à conduire la pointe
» du biſtouri qui peut toujours vaciller
» fur la fonde qui eft exactement ronde,
quelque fûreté de main que pût avoir
» Frère Jacques. » ( u)
"
Ce premier rapport ne peut être fufpect
de partialité ; il eft favorable à la
méthode , & M. Méry , ne doit pas être
foupçonné de faux dans ce récit qui
fut fait pour M. le Premier Préfident, dès
1698 , & qui a été publié au commencement
de l'année 1700 , pendant
que le Frère étoit à Paris , où il a reſté
encore environ deux ans. D'ailleurs
même en fuppofant que M. Méry eût
manqué à la vérité en ce point , comment
auroit- il pu captiver les fuffrages de
tous fes contemporains en Chirurgie &
en Médecine , fans être démenti par
perfonne. Dionis qui a écrit fept ans
après , dit la même chofe fur la forme.
de la fonde (x) ainfi que M. Hefter. (y)
La relation de M. Buffiere dans les Tranfactions
Philofophiques, année 1699, M.
Douglas dans fon Hiftoire de la Taille
( u ) Ibid. p. 24.
( x) 3 ° démonſtration.
(y) Tom. 2. p. 90s.
162 MERCURE DE FRANCE.
latérale ( 2 ) & M. Falconet , dans une
Thefe foutenue à Paris dans les Ecoles
de la Faculté de Médecine , en 1730 ,
( a ) font de même mention de cette
fonde non cannelée.
En vain reprocheroit- on à M. Méry ,
d'avoir donné dans la fuite des rapports
moins favorables & même défavanta➡
geux à la nouvelle méthode , & en vain
on tenteroit par-là de prouver fa prévention
. M. Méry , témoin d'une premiere
épreuve faite heureufement, rend
avec fincérité le témoignage dû à la
vérité ; il fait plus : au - deffus de toute
efpèce de jaloufie , il communique les
moyens propres à corriger les inconvéniens
qu'il trouve. Dans la fuite d'un
grand nombre d'Opérations faites fur
le vivant , & fuivies des plus grands
accidens , il le publie de même avec
fincérité & avance "> ( b ) qu'après
» l'avis qui a été donné de prendre d'au-
» tres meſures , le Frère Jacques feroit
» refponfable devant Dieu & des ac-
» cidens & de la mort qui arrivent ,
s'il ne fe corrigeoit. »
"
( z ) P. 19. r
( a ) An educendo calculo , cæteris anteferendus
apparatus lateralis ? 1130.
( b ) Ibid. p. 92 .
OCTOBRE. 1763. 10
Il étoit réfervé à l'Anonyme dont
j'ai parlé , de nier tous les faits qui viennent
d'être expofés , de ne reconnoître
aucune efpéce d'autorité , d'établir la
fienne feule après foixante- cinq ans
contre des témoins oculaires & d'affu
rer aujourdhui que leurs yeux ont mal
vu. Mais pour ne rien laiffer à defirer
fur la vérité des faits , examinons préfentement
les conféquences que l'on peut
tirer d'après Frère Jacques lui -même.
La fuite au Mercure prochain .
JACQUES , par M. BORDEN AVE ,
Profeffeur Royal de Chirurgie , &c.
L'ORIGINE ORIGINE & les progrès de la Taille
de Rau , devroient paroître aujourd'hui
affez conftatés par les Auteurs contemporains
& par la Tradition , pour ne
laiffer aucun doute. Cette opération a
eu le fort des découvertes les plus utiles ;
elle a paffé par différens degrés avant
de parvenir à la perfection . Son premier
Auteur ( le Frère Jacques ) en pratiquant
une opération que l'on pouvoit
alors regarder comme informe & fans
méthode relativement aux variations
qui ont été obfervées dans fes ma-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE :
(
noeuvres , n'a fait que préparer la voie ;
dépourvu de connoiffance en Anatomie
& en Chirurgie , il n'a pu concilier
à fon opération le degré de perfection
dont elle étoit fufceptible , & il étoit
réſervé à des efprits plus éclairés de la
porter à un point d'utilité qui lui manquoit
entre les mains de fon Auteur.
L'hiſtoire de cette opération a été écritę
dans trop de Livres , par des Auteurs
non fufpects , inftruits la plûpart témoins
focculaires , pour paroître équivoque
, & il faut être aveugle ou de
mauvaiſe foi , pour fe refufer aujourd'hui
à la vérité.
,
Malgré l'expofition claire des faits les
mieux circonftanciés , malgré les écrits
les plus authentiques & le mieux reçus
par les gens de l'Art contemporains
feuls Juges compétens en cette matière,
il a plu cependant depuis peu (a ) à un
Anonyme fe difant Chirurgien de
Province , de nier en partie ce qui a été
écrit , il y a plus de foixante ans , fur la
,
(a ) Mercure d'Août 1762. Obſervations d'un
Chirurgien de Province fur l'origine & fur les
progrès de la Taille , appellée Méthode de Rau ;
en conféquence des éloges qu'on prodigue aujourd'hui
à cette opération fous le nom de Méthode
de M. Foubert & de Méthode de M.
Thomas.
OCTOBRE . 1763. 149
Taille de Frère Jacques , d'accufer de
prévention M. Méry , & les autres Litho
miftes de fon temps , de leur imputer
d'avoir publié des obfervations fauffes
contre la nouvelle manière de tirer la
pierre & d'avoir fuppofé que la fonde
dont le Frère fe fervoit pour tailler
n'étoit point cannelée pour retenir &
conduire la pointe de fon Lithotome
dans la veffie , &c . Mais il refte à fçavoir
fur quelle autorité l'Anonyme
peut révoquer en doute les faits les plus
conftatés dont il n'a pas été le témoin,
& à examiner , fi on peut légitimement
attaquer des raifons qui n'ont pas été
défavouées par les Contemporains &
par le Frère Jacques lui-même.
Pour appuyer les raifons que nous
avons en faveur de M. Méry , & déterminer
la valeur de fon témoignage ,
il faut fuivre l'hiftoire de Frère Jacques ,
& comparer avec l'Ouvrage de M.
Méry , un écrit fugitif de cet Opérateur
perdu pour beaucoup de gens , parce
qu'il eft très- court & qu'il ne contient
rien d'intéreffant , mais qui peut
être agréable & utile pour ceux qui ,
fenfibles à la vérité , voudront connoître
& fuivre l'hiftoire de la Taille de
Rau.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
Dionis nous apprend ( b ) que le Frère
Jacques arriva à Paris au mois d'Août
de l'année 1697. Un habit Religieux ,
un air infpiré , un grand nombre de
Certificats des Opérations faites en différens
endroits ; l'apparence du défintéreffement
, furent autant de raiſons ſpécieufes
en fa faveur. Il fe fit connoître à
M. Maréchal , pour lors Chirurgien en
Chef de la Charité ; & comme dans ce
temps on n'expofoit pas les malades de
cet Hôpital pour faire des expériences ,
fans être auparavant affuré de la capacité
de ceux qui devoient les pratiquer, on lui
fit faire fur un cadavre , dans la veſſie
duquel on avoit mis une pierre , une
épreuve qui ne permit pas d'accueillir
fa façon d'opérer.
Frère Jacques peu fatisfait , partit de
Paris dans le mois d'Octobre fuivant ,
pour chercher ailleurs des Protecteurs.
Etant allé à Fontainebleau , où la Cour
étoit pour lloorrss , oonn lluuii procura l'occafion
de tailler un garçon cordonnier.
L'Opération fut heureufe & prompte
dans l'éxécution ; elle ne fut fuivie
d'aucun accident facheux ; le Malade
( b ) Opérat. de Chir. 3 ° démonſtr . p. 239.
Voyez aufli Méry , obf, fur la manière de tailler.
P. 14 .
· OCTOBRE. 1763. 151
rendit peu de temps après les urines par
le conduit ordinaire , & le traitement
parut heureux , par ce que trois femaines
après l'Opération , on vit le Malade
fe promener dans les rues.
Cette apparence de fuccès gagna
bientôt les fuffrages de la multitude
on publia l'événement avec l'enthoufiafme
que caufent ordinairement les
chofes nouvelles , un feul fait peu réfléchi
procura au Frère une réputation
fort étendue. M. de Harlai alors Prémier
Préfident , lui permit de faire des
épreuves à l'Hôtel - Dieu fur des cadavres
en préfence des Maîtres de l'Art ;
& ce Magiftrat commit à cet effet M.
Méry , pour lui en porter fon jugement.
L'épreuve fut faite en préfence des
Médecins & Chirurgiens de l'Hôtel-
Dieu au mois de Décembre. 1697. ( c )
Elle fut heureufe ; & M. Méry , en faifant
fon rapport fur cette tentative , a
d'abord reconnu des avantages à cette
méthode , a propofé des moyens de cor.
riger les inconvéniens qui y étoient
annexés , a remarqué dès- lors le vice
des inftrumens dont le Frère fe fervoit
& a jugé cette Opération fufceptible
de perfection.
( c ) Méry , p. 14. & 20 .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
>
Une méthode établie fur des connoiffances
éclairées peut feule avoir des
fuccès conftans dans fa manoeuvre ;
fans ces connoiffances la méthode
devient bientôt fautive , & on reconnoît
que le hazard permet par fois des apparences
de fuccès . Telle étoit la méthode
de Frère Jacques dans fon Auteur
; auffi une feconde épreuve faite
quelques jours après fur le cadavre d'un
enfant ne préfenta plus les mêmes
coupes ; ( d) les Parties n'avoient pas été
divifées comme dans la première opé
ration ; il y avoit un déchirement confidérable.
Après ces épreuves , Frère Jacques
s'abfenta de Paris pendant quelque
temps. Revenu au mois d'Avril 1698
il y pratiqua plufieurs Opérations. Éntre
autres tailla à l'Hôtel-Dieu ( e ) un
garcon âgé de 16 à 17 ans qui perdit
d'abord beaucoup de fang en partie
par la plaie & par la verge & en partie
par l'anus , ce qui fit connoître que l'inteftin
avoit été percé . Ce garcon eft mort
au mois de Septembre fuivant , ayant
une fiſtule au Périnée . Depuis ce temps
un homme taillé
par
le même , mourut
( d ) Méry , p. 25.
(e ) Ibid. p. 35.
OCTOBRE . 1763. 153
en- d'hémorragie trois jours après : ( )
fin une Dame qu'il tailla eut le vagin
percé de part en part.
M. Méry , témoin oculaire du mauvais
fuccès de plufieurs Opérations , ne
pouvoit en fecond faire un rapport auffi
avantageux de la nouvelle méthode.
Mais , comme la prévention met la réputation
la moins méritée au - deffus des
accidens même les plus graves , on crut
devoir l'admettre à de nouvelles expériences
, & il lui fut permis de tailler à
l'Hôtel - Dieu .
Pendant le refte du mois d'Avril
Mai & Juin fuivans , cet Opérateur fit
quarante - deux tailles à l'Hôtel- Dieu de
Paris , & dix-huit à la Charité . Une
fuite d'épreuves de cette efpéce , faites
publiquement , fuivies par des gens
éclairés , étoit le feul moyen d'apprécier
la nouvelle méthode. On en obferva
le fuccès avec foin ; & pour donner
toute l'authenticité poffible aux faits
qui nous ont été tranfmis on ne fit les
ouvertures de ceux qui étoient morts
à la fuite de cette Opération , qu'en
préſence d'un grand nombre de Méde-
(ƒ) Ibid. p. 36. & ſuiv.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
cins & de Chirurgiens & du Frère luimême.
(g)
?
Les événemens ne furent point en
faveur de la nouvelle façon de tailler.
De foixante Sujets opérés , treize feulement
ont été parfaitement guéris ;
vingt-quatre font reftés les uns avec incontinence
d'urine , des fiftules les
autres phthifiques , exténués . & c. Et
yingt-trois font morts , ( h ) dont fept
moururent en un même jour. ( i ) L'examen
des cadavres fit voir qu'aux uns la
veffie & les parties de la génération
étoient gangrenées ; ( k ) aux autres , le
col de la veffie étoit féparé du canal de
l'uréthre & fon corps étoit prêt à tomber
en gangréne ( 1 ) cet accident a
été obfervé dans le plus grand nombre.
Des hémorragies confidérables arrivoient
fouvent ; ( m ) une fois on remarqua
la veffie gangrenée percée dans
(g) Voyez le nom des affiftans. Méry , ibid .
p. 48.
•
( h ) Méry , ibid . p . 74. Garengeot , opér. de
Chir. Tom. 2. p . 153 .
(i ) Dionis , oper. de Chir, 3e demonft . p.244.
( k ): Méry , obſ. 7.
( 1 ) Ibid. obf. 9. 10. 11 , 12 , 16.
( 12 ) Obf, 10. 11. 12.
OCTOBRE. 1763. 155
fon fond; ( n ) enfin à plufieurs on a trouvé
le rectum ouvert. ( o )
Dans le même temps vingt-deux malades
furent taillés à Paris , par divers
Chirurgiens ; trois feulement font
morts. (p )
, Malgré certe difparité d'événemens
la prévention fubfifta encore ; les accidens
ne défilloient pas les yeux ; quelques
cures heureufes entretenoient le
preftige , & il falloit du temps pour le
diffiper.
Si on veut chercher fans paffion la
cauſe naturelle des événemens funeftes
caufés par la taille de Frère Jacques , on
la trouvera dans fa façon d'opérer &
dans la conduite qu'il a tenue vis -à - vis
des Malades. Au-deffus des précautions,
fouvent fi néceffaires avant les Opérations
, peu inquiet des effets d'une Pléhtore
humorale ou fanguine , il négligeoit
entiérement toute efpéce de préparation
. Sans s'embarraffer de rendre
fùre la manoeuvre de fon Opération ,
il n'employoit aucune efpéce de lien
pour fixer le malade , fe repofant fur
fa force des aides , à qui il confioit ce
&
( n ) Obf. 8 .
( 0 ) Obf. 16. & 17.
(P )Ibid. p . 74°
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
foin important pour l'Opération . Enfin
hardi & même cruel en opérant , fa
témérité ne connoiffoit aucun obftacle
, & ne fçavoit pas s'arrêter par les
difficultés qui avoient de quoi effrayer
les hommes inftruits & prudens. (4 )
L'examen d'un grand nombre de
Sujets qu'il a taillés a fuffifament prouvé
qu'il n'avoit pas de méthode abfolue
dans fon Opération , puifque fa
coupe n'étoit pas toujours à-peu-près la
même.
Pour la pratiquer il introduifoit dans
la veffie une fonde folide , exactement
ronde , fans rainure & d'une figure différente
de celle des fondes , dont on fe
fert ordinairement. Avec la main gauche
, il tâchoit de pouffer en dehors le
lieu de la veffie où il vouloit faire
l'ouverture , puis prenant de la main
droite un biſtouri long & étroit , il le
plongeoit au côté gauche & interne de
la tubérofité de l'Ifchium , en le pouffant
droit vers la région de la veffie ,
& en coupant obliquement de bas en
( q ) Heifter , inft . chirurg. part . 2. p . 906 .
Dionis , lieu cité . Lifter , in itinere fuo par fino ,
P. 237. Londini , 1699. 8. edito . Launay , dillert,
fur la pierre , dans la Préface & chap . 11. & 12 ,
& Saviard, obf. de chir. p. 454
OCTOBRE. 1763 . 157
"
haut vers fon col. Il ne retiroit pas le
biftouri qu'il n'eût ouvert autant que le
demandoit le volume de la Pierre ; M.
Méry , nous apprend même qu'il s'eft
quelquefois fervi d'un autre inftrument
pour dilater la plaie ( r ) ; enfuite il portoit
un conducteur pour introduire la
tenette ; quelquefois il fe fervoit de fon
doigt , & la pierre étant chargée , il la
tiroit promptement & rudement , au
lieu d'employer une dilatation graduée ,
fi néceffaire pour prévenir les accidens.
L'Opération faite il abandonnoit
pour ainfi dire le malade , ne préfcrivoit
aucun régime , & n'employoit aucun
panfement ; & lorfqu'on lui a repréfenté
la néceffité & l'utilité de ces
moyens : j'ai tiré la pierre , difoit- il ,
Dieu guérira le malade. Ce défaut de
conduite a fes inconvéniens ; il permet
quelquefois une guériſon prompte, mais
qui n'eft qu'apparente ; on vante le prétendu
fuccès , & il eft bientôt démenti
par des accidens chroniques. Tel a été
le fort du Cordonnier taillé d'abord &
guéri fi promptement. La plaie n'ayant
pas été panfée & traitée méthodiquement
ne s'eft réunie qu'à l'extérieur ;
peu de tems après elle s'eft rouverte, &
(r) Lieu cité , p. 18.
148 MERCURE DE FRANCE .
l'on a vu deux ans enfuite ce Sujet mourir
, l'urine s'écoulant toujours par la
plaie. Cette conduite imitée de nos jours,
fans un fondement plus légitime , a de
même eu des inconveniens très-graves .
En vain f'omiffion des panfemens a
déjà été blâmée dans divers Ouvrages ;
(s ) même anciens ; l'empyrifme l'emporte
; il eft facile de voir que par cette
conduite on facrifie la fureté du malade
& le danger des fuites , pour que
obtienne une guérifon précipitée .
l'on
Le détail qui vient d'être expofé , eſt
tiré d'Ouvrages trop authentiques , pour
être nié ; & je demanderai préfentement
fur quel fondement l'Anonyme
peut avancer ( ) » qu'il y a des preu-
» ves fans replique que le Frère Jac-
» ques n'a jamais taillé avec un cathe-
» ter ou fonde point cannellée ; & la paf-
" fion , continue - t - il , a tellement
» aveuglé les Auteurs de cette imputa-
» tion , qu'ils ont donné en conféquen-
» ce plufieurs obfervations des impéri-
» ties du Frère Jacques , qui font d'une
» impoffibilité abfolue.
( s ) Fabricius Hildanus , de lithotomiâ vefiez,
cap. 23. Garengeot , oper . de chir . tom.2 . p. 155 ,
Mém . de l'Acad. de Chirurg, tom. 3.
(+) Mercure cité , p . 128 .
OCTOBRE. 1763.
..159
En donnanr ainfi la négative des obfervations',
on laiffe à defirer les preuves
qu'il ne falloit pas taire ; le filence peut
paroître fufpect en ce cas , & quelle
allégation d'ailleurs peut - on oppofer
aujourd'hui après plus de foixante - trois
ans contre l'Ouvrage de M. Méry , qui
réunit en fa faveur l'authenticité la plus
complette? M. Méry, également recommandable
par fes lumières & par fa
probité , Anatomifte éclairé , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , l'un
des Chirurgiens principaux de l'Hôtel-
Dieu , en donnant fes obfervations fur
la manière de tailler de Frère Jacques ,
n'a pas laiffé un Ouvrage dicté par la
prévention. Prépofé par le Magiftrat pour
rendre compte de la nouvelle méthode
& en donner fon avis , il a écrit ce
qu'il a vu & a dit ce qu'il en a penfé :
il a écrit , obligé en quelque forte par
la miffion honorable dont il étoit chargé
; il a laiffé des obfervations lumineufes
, détaillées , exactes , fans paffion
, dont il n'eft jamais le feul témoin ,
mais qui font atteftées toujours par la
préfence d'un grand nombre des plus
célebres Médecins & Chirurgiens ; il a
laiffé des faits, conftatés & examinés
devant le Frère Jacques lui-même , qui
160 MERCURE DE FRANCE .
n'a
pas
2
alors reclamé contre la vérité ,
& qui foutenu par l'authorité n'eût
certainement pas manqué de le faire
s'il l'eût pû légitimement. On peut
même ajouter que l'Ouvrage de M.
Méry , eft moins l'Ouvrage d'un Particulier
que celui d'un homme public.
Ainfi comment peut-on dire après de
pareilles preuves , que les obfervations'
des impérities de Frère Jacques font
d'une impoffibilité abfolue ?
: On va plus loin on nie que cet
Opérateur ait jamais taillé avec un catheter
ou fonde non cannelée . Mais M.
Méry & fes Contemporains l'ont vu opérer
ainfi, ce n'eft donc pas une fuppofition
de fa part. Jugeons encore M. Méry
par le premier rapport qu'il fit après la
première épreuve fur le cadavre . Il reconnoît
les avantages dont cette méthode
eft fufceptible ; il ne diffimule pas
les changemens qui pourroient la rendre
plus parfaite , & il ajoute » lafonde
» eft moins propre à entrer dans la veffie
» parce que le talon qu'elle a , rejette
» le bout du canal de l'urèthre trop en
» dehors , & qu'elle eft auffi moins
» fùre pour faire l'incifion que les fon-
» des ordinaires › parce que n'étant
"
>>
OCTOBRE . 1763.. 161
>
>> point crenelée elle ne peut pas fi
» fûrement fervir à conduire la pointe
» du biſtouri qui peut toujours vaciller
» fur la fonde qui eft exactement ronde,
quelque fûreté de main que pût avoir
» Frère Jacques. » ( u)
"
Ce premier rapport ne peut être fufpect
de partialité ; il eft favorable à la
méthode , & M. Méry , ne doit pas être
foupçonné de faux dans ce récit qui
fut fait pour M. le Premier Préfident, dès
1698 , & qui a été publié au commencement
de l'année 1700 , pendant
que le Frère étoit à Paris , où il a reſté
encore environ deux ans. D'ailleurs
même en fuppofant que M. Méry eût
manqué à la vérité en ce point , comment
auroit- il pu captiver les fuffrages de
tous fes contemporains en Chirurgie &
en Médecine , fans être démenti par
perfonne. Dionis qui a écrit fept ans
après , dit la même chofe fur la forme.
de la fonde (x) ainfi que M. Hefter. (y)
La relation de M. Buffiere dans les Tranfactions
Philofophiques, année 1699, M.
Douglas dans fon Hiftoire de la Taille
( u ) Ibid. p. 24.
( x) 3 ° démonſtration.
(y) Tom. 2. p. 90s.
162 MERCURE DE FRANCE.
latérale ( 2 ) & M. Falconet , dans une
Thefe foutenue à Paris dans les Ecoles
de la Faculté de Médecine , en 1730 ,
( a ) font de même mention de cette
fonde non cannelée.
En vain reprocheroit- on à M. Méry ,
d'avoir donné dans la fuite des rapports
moins favorables & même défavanta➡
geux à la nouvelle méthode , & en vain
on tenteroit par-là de prouver fa prévention
. M. Méry , témoin d'une premiere
épreuve faite heureufement, rend
avec fincérité le témoignage dû à la
vérité ; il fait plus : au - deffus de toute
efpèce de jaloufie , il communique les
moyens propres à corriger les inconvéniens
qu'il trouve. Dans la fuite d'un
grand nombre d'Opérations faites fur
le vivant , & fuivies des plus grands
accidens , il le publie de même avec
fincérité & avance "> ( b ) qu'après
» l'avis qui a été donné de prendre d'au-
» tres meſures , le Frère Jacques feroit
» refponfable devant Dieu & des ac-
» cidens & de la mort qui arrivent ,
s'il ne fe corrigeoit. »
"
( z ) P. 19. r
( a ) An educendo calculo , cæteris anteferendus
apparatus lateralis ? 1130.
( b ) Ibid. p. 92 .
OCTOBRE. 1763. 10
Il étoit réfervé à l'Anonyme dont
j'ai parlé , de nier tous les faits qui viennent
d'être expofés , de ne reconnoître
aucune efpéce d'autorité , d'établir la
fienne feule après foixante- cinq ans
contre des témoins oculaires & d'affu
rer aujourdhui que leurs yeux ont mal
vu. Mais pour ne rien laiffer à defirer
fur la vérité des faits , examinons préfentement
les conféquences que l'on peut
tirer d'après Frère Jacques lui -même.
La fuite au Mercure prochain .
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Résumé : RECHERCHES sur la Taille de Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Le texte 'Recherches sur la Taille de Frère Jacques' de M. Borden Ave explore l'opération de la taille pratiquée par Frère Jacques pour extraire des calculs urinaires. Arrivé à Paris en août 1697, Frère Jacques a rapidement acquis une renommée grâce à ses démonstrations réussies, malgré des méthodes rudimentaires et imprécises. Entre avril et juin 1698, il a effectué plusieurs interventions à l'Hôtel-Dieu et à la Charité. Sur soixante patients, treize ont été guéris, vingt-quatre ont rencontré des complications et vingt-trois sont décédés. Les autopsies ont révélé des gangrènes et des perforations, attribuées à un manque de préparation des patients et à des pratiques imprudentes. Le texte critique également la mauvaise gestion des plaies post-opératoires, qui peut entraîner des complications graves. Malgré ces critiques, la méthode de Frère Jacques a continué d'être utilisée. M. Méry, un anatomiste respecté, a observé et documenté les techniques de Frère Jacques, soulignant leurs défauts et proposant des améliorations. Un individu anonyme a contesté ces observations, mais le texte défend la crédibilité de M. Méry et suggère d'examiner les conséquences des actions de Frère Jacques pour éclaircir les faits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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687
p. 163-165
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-sixiéme & trente-septiéme Traitement depuis son Etablissement.
Début :
Noms des Soldats. Compagnies. FREQUENT, Bouville. Des Ruelles, Chevalier. Durand, [...]
Mots clefs :
Soldats, Traitement, Hôpital, Accident, Dragées, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-sixiéme & trente-septiéme Traitement depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARÉCHAL DUC DE biron.
Trente-fixiéme & trente-feptième Trai
tement depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats.
FREQUENT ,
Des Ruelles
Durand ,
Compagnies.
Bouville,
Chevalier.
Latour
Fromagé ,
Tourville ,
Lemaire , Chatulé
Defboëtz , Mathan .
164 MERCURE DE FRANCE.
Belamour ,
Parifien
Tardu ,
Guergorlay.
Daldart.
Cadet Goffelin
Voiſemont
La Sône .
Chevalier.
Colonelle .
Toucé Mathan .
,
Dumont , Pronleroy.
Cheneau Viennay.
Vannier ,
Fleur- d'épine ,
Nolivos.
Chatulé.
Ferion , d'Obfonville .
S. Jofeph ,
Mithon.
Fabre ,
Bigot ,
Marfay
Dampierre.
Lacour , Danteroche- ·
Cadet Legrand , Pronleroy .
Gérard , Pronleroy.
Lecomte ,
Rafilly .
Liffant , Colonelle .
Ces vingt- cinq Soldats ont été à l'ordinaire
traités & radicalement guéris.
Il appert aujourd'hui par les Regiſtres
des Hôpitaux du Roi , que le nombre
des Soldats Cavaliers , & Dragons
traités par la méthode de M. Keyfer
OCTOBRE . 1763. 165
Le monte à 9390 ; qu'il n'eft arrivé auçun
accident fâcheux ; que les maladies
les plus graves & manquées par les frictions
cédent à l'ufage des dragées , &
que les éloges font toujours les mêmes.
DE M. LE MARÉCHAL DUC DE biron.
Trente-fixiéme & trente-feptième Trai
tement depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats.
FREQUENT ,
Des Ruelles
Durand ,
Compagnies.
Bouville,
Chevalier.
Latour
Fromagé ,
Tourville ,
Lemaire , Chatulé
Defboëtz , Mathan .
164 MERCURE DE FRANCE.
Belamour ,
Parifien
Tardu ,
Guergorlay.
Daldart.
Cadet Goffelin
Voiſemont
La Sône .
Chevalier.
Colonelle .
Toucé Mathan .
,
Dumont , Pronleroy.
Cheneau Viennay.
Vannier ,
Fleur- d'épine ,
Nolivos.
Chatulé.
Ferion , d'Obfonville .
S. Jofeph ,
Mithon.
Fabre ,
Bigot ,
Marfay
Dampierre.
Lacour , Danteroche- ·
Cadet Legrand , Pronleroy .
Gérard , Pronleroy.
Lecomte ,
Rafilly .
Liffant , Colonelle .
Ces vingt- cinq Soldats ont été à l'ordinaire
traités & radicalement guéris.
Il appert aujourd'hui par les Regiſtres
des Hôpitaux du Roi , que le nombre
des Soldats Cavaliers , & Dragons
traités par la méthode de M. Keyfer
OCTOBRE . 1763. 165
Le monte à 9390 ; qu'il n'eft arrivé auçun
accident fâcheux ; que les maladies
les plus graves & manquées par les frictions
cédent à l'ufage des dragées , &
que les éloges font toujours les mêmes.
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Résumé : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-sixiéme & trente-septiéme Traitement depuis son Etablissement.
Le document relate les traitements effectués à l'hôpital du maréchal duc de Biron lors des 36ème et 37ème sessions. Vingt-cinq soldats, dont Frequent, Durand, Bouville, Chevalier Latour, Fromagé, Tourville, Lemaire, Chatulé, Desboëtz, Mathan, Belamour, Parisien, Tardu, Guergorlay, Daldart, Cadet Goffelin, Voisemont, La Sône, Chevalier Colonelle, Toucé, Dumont, Pronleroy, Cheneau Viennay, Vannier, Fleur-d'épine, Nolivos, Ferion, d'Obfonville, Saint Joseph, Mithon, Fabre, Bigot, Marfay, Dampierre, Lacour, Danteroche, Cadet Legrand, Gérard, Lecomte, Rafilly et Liffant, ont été soignés avec succès. En octobre 1763, 9 390 soldats cavaliers et dragons ont été traités par la méthode de M. Keyfer sans incident. Les maladies graves et négligées ont répondu favorablement aux traitements par dragées, et les éloges sur cette méthode sont constants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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688
p. 165-166
LETTRE de M. FOURNIER, Médecin de l'Hôpital du ROI à Montpellier, à M. KEYSER.
Début :
JE n'ai pû vous parler, Monsieur, de l'effet de vos dragées avant de les avoir [...]
Mots clefs :
Lettre, Hôpital, Remède, Dragées
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. FOURNIER, Médecin de l'Hôpital du ROI à Montpellier, à M. KEYSER.
LETTRE de M.
FOURNIER , Médecin
de l'Hôpital du Roi à Montpellier
, à M. KEYSER.
J E n'ai pû vous parler , Monfieur , de
l'effet de vos dragées avant de les avoir
employées conformément à vos inftructions
, & en avoir fuivi la marche avec
toute l'attention & l'exactitude poffſible
; mais actuellement que je fuis bien
convaincu par l'expérience & par les
fuccès qu'elles m'ont procurés fur les
Soldats de l'Hôpital S. Louis , qu'elles
font un reméde admirable & affuré à
toutes les maladies vénériennes , quelque
variées & quelque rebelles qu'elles
puiffent être , je penfe que je ne fçaurois
me difpenfer de leur donner autentiquement
mon attache , & de vous féliciter
de la découverte d'un fpécifique
auffi intéreffant & de vous prévenir
que déformais je le préférerai à tout
ce qui avoit été employé jufqu'ici dans
,
166 MERCURE DE FRANCE.
tous les cas où il peut convenir. Je
vous adrefferai dans quelque temps diverfes
obfervations qui prendroient trop
d'étendue dans cette Lettre uniquement
deftinée à vous donner des témoignages
de probité fur les avantages de votre
reméde , & à vous affurer qu'on ne
fçauroit rien ajouter à l'eftime que j'ai
conçue pour vous , & à la parfaite confidération
avec laquelle j'ai l'honneur
d'être , & c,
FOURNIER.
FOURNIER , Médecin
de l'Hôpital du Roi à Montpellier
, à M. KEYSER.
J E n'ai pû vous parler , Monfieur , de
l'effet de vos dragées avant de les avoir
employées conformément à vos inftructions
, & en avoir fuivi la marche avec
toute l'attention & l'exactitude poffſible
; mais actuellement que je fuis bien
convaincu par l'expérience & par les
fuccès qu'elles m'ont procurés fur les
Soldats de l'Hôpital S. Louis , qu'elles
font un reméde admirable & affuré à
toutes les maladies vénériennes , quelque
variées & quelque rebelles qu'elles
puiffent être , je penfe que je ne fçaurois
me difpenfer de leur donner autentiquement
mon attache , & de vous féliciter
de la découverte d'un fpécifique
auffi intéreffant & de vous prévenir
que déformais je le préférerai à tout
ce qui avoit été employé jufqu'ici dans
,
166 MERCURE DE FRANCE.
tous les cas où il peut convenir. Je
vous adrefferai dans quelque temps diverfes
obfervations qui prendroient trop
d'étendue dans cette Lettre uniquement
deftinée à vous donner des témoignages
de probité fur les avantages de votre
reméde , & à vous affurer qu'on ne
fçauroit rien ajouter à l'eftime que j'ai
conçue pour vous , & à la parfaite confidération
avec laquelle j'ai l'honneur
d'être , & c,
FOURNIER.
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Résumé : LETTRE de M. FOURNIER, Médecin de l'Hôpital du ROI à Montpellier, à M. KEYSER.
Le médecin Fournier de l'Hôpital du Roi à Montpellier écrit à Monsieur Keyser pour partager ses observations sur les dragées de ce dernier. Après avoir suivi les instructions et observé les effets, Fournier confirme l'efficacité de ces dragées dans le traitement des maladies vénériennes, y compris les formes les plus variées et résistantes. Il exprime une préférence marquée pour ce remède, le jugeant supérieur à tous ceux utilisés jusqu'à présent. Fournier prévoit d'envoyer des observations détaillées ultérieurement, mais cette lettre vise à témoigner de la probité et des avantages du remède de Keyser. Il conclut en réaffirmant son estime et sa considération pour Keyser.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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689
p. 166-175
LETTRE de M. DECAUSANS, Commissaire-Ordonnateur & Intendant de l'Isle de Minorque, à M. KEYSER.
Début :
JE vous ai prévenu, Monsieur, du traitement qu'avoit entrepris M. de la [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Médecine, Sciences, Guérison, Ministre, Honneur, Ventilateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DECAUSANS, Commissaire-Ordonnateur & Intendant de l'Isle de Minorque, à M. KEYSER.
LETTRE de M. DECAUSANS , Com
miffaire- Ordonnateur & Intendant de
l'Ile de Minorque. , à M. KEYSER ,
JEE vous ai prévenu , Monfieur , du
traitement qu'avoit entrepris M. de la
Chapelle Médecin du Roi , à Minorque ,
du Sr D... Garde-Magafin il a eu le
plus heureux fuccès. J'ai vu par moimême
l'état défefpéré de cet Employé ,
je l'ai vifité fouvent pendant l'adminif
tration pour m'affurer des progrès &
de la réalité de la guérifon . J'ai eu la
fatisfa&tion ainfi que toute la garnifon
qui s'intéreffoit à fon état , de le voir
guéri & dans fon premier état de fanté
, au nez piès qu'il avoit perdu avant
OCTOBRE . 1763 . 167
ce traitement. Avant de rendre compte
au Miniftre de cette guérifon étonnante
, j'ai voulu avoir des affurances
qu'elle fe foûtenoit ; & comme cet Employé
eft à Marfeille , j'ai reçu la nouvelle
fatisfaifante qu'il y jouiffoit de la
meilleure fanté ; qu'il a repris avec fon
premier embonpoint fa couleur naturelle.
J'en rends compte par cet ordinaire
au Miniftre , en lui adreffant une
relation de cette cure que j'ai com
muniquée pareillement à notre Société
Royale des Sciences , dont j'ai l'honneur
d'être Affocié libre , qui après avoir
donné les plus grands éloges & à votre
Reméde , & à l'application qu'en a faite
ce Médecin , l'a reçu par acclamation
Affocié Correfpondant . Il est néceffaire
que vous preniez au Bureau de la Guerre
copie de cette relation que vous lirez
avec plaifir , parce qu'elle confirme au
coin de la vérité , l'efficacité de votre
Reméde .
Je doute que vous ayez une cure
plus étonnante que celle du Sr D....
qui a été opérée aux yeux de toute la
Garnifon de Minorque , témoin de fon
état défefpéré.
J'ai l'honneur d'être , & c .
DE CAUS ANS ,
168 MERCURE DE FRANCE.
Il eft certain que fuivant la Relation
envoyée au Miniftre & à la Société
Royale des Sciences de Montpellier ,
il est peu d'exemples de l'état affreux où
étoit ce Commis , qui avoit été traité
cinq fois par les frictions aux dofes les
plus fortes & avec tout l'art poffible ,
lefquelles augmentoient même fon état
déplorable en irritant fes maux plutôt
que de les foulager. Exoftofes , anchilofes
, ulcères profonds , caries , ophtalmie
, furdité , infomnie , maraſme , &
généralement tous les accidens les plus
graves étoient réunis , & ne lui laiffoient
aucune forte d'efpérance.
LISTE de MM. les Médecins & Chie
rurgiens Correfpondans de M. Keyfer.
M. Imbert , Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier , Médecin
de l'Hôpital du Roi .
M. Batigne , Docteur
en Médecine .
M. Goulard, Chirurgien
Major de l'Hôpital du
Roi.
à Montpellier.
M
OCTOBRE . 1763. 169
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences . à Rouen.
Les RR. PP . de la Charité.
M. Marmion , Médecin de à Grenoble.
l'Hôpital du Roi.
Les RR. PP. de la Charité.
M. Defmoulins , Maitre
en Chirurgie.
}
à la Rochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à
Nifmes.
M. de Freffiniat, Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine.
à Nantes.
M. Piers , Docteur en Médecine .
à
Troyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine .
à Cambrái.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer.
M. Paris , Docteur en Médecine .
à Arles.
M. Daffieu , Docteur en Médecine .
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur en Médecine.
à Saumur.
M. Leriche , Chirurgien Major.
à Strasbourg.
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Ravaton
Major.
Chirurgien
M. Leguai , Chirurgien de à Landau.
feu S. A. S. M. le Margrave
de Bareith .
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
Majors des Hôpitaux Militaires
& de Marine,
M. Souville , Chirurgien Major
de l'Hôpital.
M. Brugnieres , Chirurgien(
Major de Bearn .
à Breft.
à Calais.
M. Maret, Maître en Chirurgie . à Dijon.
M. Rey , Maître en Chirurgie . à Lyon.
M. de la Fourcade , Chirurgien
Major.
M. de la Plaine , Chirur
gien .
à Bordeaux.
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
à Toulouse.
à Caën.
M. Lepage , Maître en Chi-C Chirurgie.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
à Orléans:
Ma-2
à Lille.
M. Plancque , Chirurgien Major.
M.Warocquier , Chirurgien.
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
à Etampes.
OCTOBRE. 1763. 171
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
à S. Malo.
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
à Rennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
à
Angers.
MM.. Toujan , Chirurgiens & Apoticaires.
à l'Orient.
M. J. B. Delamarque , Maître en Chi-
.rurgie.
M. Bernier , Chirurgien Major.
M. Beauregard , Chirurgien
Major.
à l'Ile de Rhé.
à Besançon.
à
Perpignan.
M. Michel , Chirurgien (
Major d'Artois.
M. Moffier , Chirurgien Major.
à
Avefnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Mifaibel , Chirurgien Major.
,
à Nanci.
Maîtres en
au Mans.
MM. Paton & de Villiers
Chirurgie .
M. Carpentier , Maître en Chirurgie.
à Dunkerque.
M. Ponthier , Maître en Chirurgie ,
à Aix en Provence.
M. Doufin , Maître en Chirurgie.
à Xaintes.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
M. Beauregard , Maître en Chirurgie .
à Avignon.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
à Rochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien Major.
à Arras.
M. Texereau, Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie .
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
à Marseille.
M. Ferrand , Maître en Chirurgie.
à Narbonne.
M. Frannie , Maître en Chirurgie.
à Montauban.
PAYS ÉTRANGERS.
M. le Docteur Cooper. à Londres.
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
des Armées , feul Correfpondant.
M. Akrell , Chirurgien Major.
à Madrid.
à Stokolm.
à Genève.
MM. Guyot , Finc , & Dehanfu , Maîtres
en Chirurgie.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles.
M. Lecat, Médecin & Chirurgien Major.
à Gand.
OCTOBRE . 1763 . 173
M. Bihher , Médecin .
M. Naudinat , Médecin.
M. Breydel , Chymifte.
M. Laborye , Chirurgien .
à Rotterdam.
à Cadix.
à Bruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg. à la Martinique.
M. Bonnet, Chirurgien . à S. Domingue.
M. Pujoll. à Conftantinople
M. DE REYNAL , Chirurgien
Major des Troupes & des Hôpitaux du
Roi , a eu l'honneur de préfenter à
Mgr LE DAUPHIN , au ROI DE POLOGNE
, & à toute la Cour , le 19
Septembre dernier , trois Ouvrages ,
avec un nouveau Ventilateur ou Purificateur
de l'Air. L'un traite de différentes
fortes de préparations du Mercure
, & donne les raifons pourquoi
la guérifon des maladies vénériennes
exige différentes méthodes ; l'autre de
la purification de l'Air dans les lieux
habités par les hommes & par les animaux
; fon Ventilateur peut remplir
les deux objets , fçavoir celui de la pu
rification de l'air & de fa renovation ,
au moyen du jeu de l'Air même qui
fupprime l'ufage du Feu ; fuppreffion
effentielle furtout pour les Hôpitaux ,
& pour les Vaiffeaux où le feu
peut occafionner de grands inconvé-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
niens foit relativement à la fanté des
malades , dans les uns , foit à caufe des
matières combuftibles , dont les autres
fe trouvent chargés .
Le troifiéme Ouvrage traite des fiévres
humorales ou d'accès , avec un nouveau
fébrifuge , & une nouvelle méthode
de préparer le Quinquina. L'Auteur
rend compte au Public dans ces
trois Ouvrages du Certificat qu'il a obtenu
de l'Académie Royale des Sciences
fur ces nouvelles découvertes.
Il ne tardera pas à donner un Mémoire
inftructif, fur la maiſon fecrette
qu'il va établir à Corbeil à fept lieues de
Paris. Ce Mémoire contiendra les maladies
qui y feront traitées fuivant fa méthode
, 1 ° . les maladies vénériennes ; 2°.
celles de l'uréthre. 3 °. Celles de la peau
telles que gale, dartres, &c . avec les remé
des qui y feront employés ; c'eft- à - dire
uniquement ceux qu'il a foumis au
jugement de l'Académie Royale des .
Sciences & à celle de Chirurgie : ce
même Mémoire inftruira des commodités
& des agrémens que les malades
trouveront dans cette maison.
On trouve dès aujourd'hui chez lui
des Ventilateurs tout montés de différentes
grandeurs. Il montrera à ceux
OCTOBRE. 1763 . 175 .
qui voudront en acheter , la manière
de s'en fervir , & comme il eft facile
de les démonter pour les transporter
partout , fans crainte que la machine
fe détruife. On trouvera à la fin de
fon traité des Fiévres , quel eft l'uſage
que l'on pourra faire de fon ventilateur
ou -purificateur , & combien l'agréa
ble s'y trouve joint à l'utile.
La demeure de l'Auteur eft au bas
de la rue des Foffés de M. le Prince ,
& fes Ouvrages fe trouvent chez Pankoucke
, Libraire rue & à côté de la Comédie
Françoife , au Parnaffe , & chez
Lefebvre , Libraire à Versailles rue
Dauphine & fuivant la Cour.
miffaire- Ordonnateur & Intendant de
l'Ile de Minorque. , à M. KEYSER ,
JEE vous ai prévenu , Monfieur , du
traitement qu'avoit entrepris M. de la
Chapelle Médecin du Roi , à Minorque ,
du Sr D... Garde-Magafin il a eu le
plus heureux fuccès. J'ai vu par moimême
l'état défefpéré de cet Employé ,
je l'ai vifité fouvent pendant l'adminif
tration pour m'affurer des progrès &
de la réalité de la guérifon . J'ai eu la
fatisfa&tion ainfi que toute la garnifon
qui s'intéreffoit à fon état , de le voir
guéri & dans fon premier état de fanté
, au nez piès qu'il avoit perdu avant
OCTOBRE . 1763 . 167
ce traitement. Avant de rendre compte
au Miniftre de cette guérifon étonnante
, j'ai voulu avoir des affurances
qu'elle fe foûtenoit ; & comme cet Employé
eft à Marfeille , j'ai reçu la nouvelle
fatisfaifante qu'il y jouiffoit de la
meilleure fanté ; qu'il a repris avec fon
premier embonpoint fa couleur naturelle.
J'en rends compte par cet ordinaire
au Miniftre , en lui adreffant une
relation de cette cure que j'ai com
muniquée pareillement à notre Société
Royale des Sciences , dont j'ai l'honneur
d'être Affocié libre , qui après avoir
donné les plus grands éloges & à votre
Reméde , & à l'application qu'en a faite
ce Médecin , l'a reçu par acclamation
Affocié Correfpondant . Il est néceffaire
que vous preniez au Bureau de la Guerre
copie de cette relation que vous lirez
avec plaifir , parce qu'elle confirme au
coin de la vérité , l'efficacité de votre
Reméde .
Je doute que vous ayez une cure
plus étonnante que celle du Sr D....
qui a été opérée aux yeux de toute la
Garnifon de Minorque , témoin de fon
état défefpéré.
J'ai l'honneur d'être , & c .
DE CAUS ANS ,
168 MERCURE DE FRANCE.
Il eft certain que fuivant la Relation
envoyée au Miniftre & à la Société
Royale des Sciences de Montpellier ,
il est peu d'exemples de l'état affreux où
étoit ce Commis , qui avoit été traité
cinq fois par les frictions aux dofes les
plus fortes & avec tout l'art poffible ,
lefquelles augmentoient même fon état
déplorable en irritant fes maux plutôt
que de les foulager. Exoftofes , anchilofes
, ulcères profonds , caries , ophtalmie
, furdité , infomnie , maraſme , &
généralement tous les accidens les plus
graves étoient réunis , & ne lui laiffoient
aucune forte d'efpérance.
LISTE de MM. les Médecins & Chie
rurgiens Correfpondans de M. Keyfer.
M. Imbert , Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier , Médecin
de l'Hôpital du Roi .
M. Batigne , Docteur
en Médecine .
M. Goulard, Chirurgien
Major de l'Hôpital du
Roi.
à Montpellier.
M
OCTOBRE . 1763. 169
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences . à Rouen.
Les RR. PP . de la Charité.
M. Marmion , Médecin de à Grenoble.
l'Hôpital du Roi.
Les RR. PP. de la Charité.
M. Defmoulins , Maitre
en Chirurgie.
}
à la Rochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à
Nifmes.
M. de Freffiniat, Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine.
à Nantes.
M. Piers , Docteur en Médecine .
à
Troyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine .
à Cambrái.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer.
M. Paris , Docteur en Médecine .
à Arles.
M. Daffieu , Docteur en Médecine .
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur en Médecine.
à Saumur.
M. Leriche , Chirurgien Major.
à Strasbourg.
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Ravaton
Major.
Chirurgien
M. Leguai , Chirurgien de à Landau.
feu S. A. S. M. le Margrave
de Bareith .
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
Majors des Hôpitaux Militaires
& de Marine,
M. Souville , Chirurgien Major
de l'Hôpital.
M. Brugnieres , Chirurgien(
Major de Bearn .
à Breft.
à Calais.
M. Maret, Maître en Chirurgie . à Dijon.
M. Rey , Maître en Chirurgie . à Lyon.
M. de la Fourcade , Chirurgien
Major.
M. de la Plaine , Chirur
gien .
à Bordeaux.
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
à Toulouse.
à Caën.
M. Lepage , Maître en Chi-C Chirurgie.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
à Orléans:
Ma-2
à Lille.
M. Plancque , Chirurgien Major.
M.Warocquier , Chirurgien.
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
à Etampes.
OCTOBRE. 1763. 171
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
à S. Malo.
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
à Rennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
à
Angers.
MM.. Toujan , Chirurgiens & Apoticaires.
à l'Orient.
M. J. B. Delamarque , Maître en Chi-
.rurgie.
M. Bernier , Chirurgien Major.
M. Beauregard , Chirurgien
Major.
à l'Ile de Rhé.
à Besançon.
à
Perpignan.
M. Michel , Chirurgien (
Major d'Artois.
M. Moffier , Chirurgien Major.
à
Avefnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Mifaibel , Chirurgien Major.
,
à Nanci.
Maîtres en
au Mans.
MM. Paton & de Villiers
Chirurgie .
M. Carpentier , Maître en Chirurgie.
à Dunkerque.
M. Ponthier , Maître en Chirurgie ,
à Aix en Provence.
M. Doufin , Maître en Chirurgie.
à Xaintes.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
M. Beauregard , Maître en Chirurgie .
à Avignon.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
à Rochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien Major.
à Arras.
M. Texereau, Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie .
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
à Marseille.
M. Ferrand , Maître en Chirurgie.
à Narbonne.
M. Frannie , Maître en Chirurgie.
à Montauban.
PAYS ÉTRANGERS.
M. le Docteur Cooper. à Londres.
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
des Armées , feul Correfpondant.
M. Akrell , Chirurgien Major.
à Madrid.
à Stokolm.
à Genève.
MM. Guyot , Finc , & Dehanfu , Maîtres
en Chirurgie.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles.
M. Lecat, Médecin & Chirurgien Major.
à Gand.
OCTOBRE . 1763 . 173
M. Bihher , Médecin .
M. Naudinat , Médecin.
M. Breydel , Chymifte.
M. Laborye , Chirurgien .
à Rotterdam.
à Cadix.
à Bruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg. à la Martinique.
M. Bonnet, Chirurgien . à S. Domingue.
M. Pujoll. à Conftantinople
M. DE REYNAL , Chirurgien
Major des Troupes & des Hôpitaux du
Roi , a eu l'honneur de préfenter à
Mgr LE DAUPHIN , au ROI DE POLOGNE
, & à toute la Cour , le 19
Septembre dernier , trois Ouvrages ,
avec un nouveau Ventilateur ou Purificateur
de l'Air. L'un traite de différentes
fortes de préparations du Mercure
, & donne les raifons pourquoi
la guérifon des maladies vénériennes
exige différentes méthodes ; l'autre de
la purification de l'Air dans les lieux
habités par les hommes & par les animaux
; fon Ventilateur peut remplir
les deux objets , fçavoir celui de la pu
rification de l'air & de fa renovation ,
au moyen du jeu de l'Air même qui
fupprime l'ufage du Feu ; fuppreffion
effentielle furtout pour les Hôpitaux ,
& pour les Vaiffeaux où le feu
peut occafionner de grands inconvé-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
niens foit relativement à la fanté des
malades , dans les uns , foit à caufe des
matières combuftibles , dont les autres
fe trouvent chargés .
Le troifiéme Ouvrage traite des fiévres
humorales ou d'accès , avec un nouveau
fébrifuge , & une nouvelle méthode
de préparer le Quinquina. L'Auteur
rend compte au Public dans ces
trois Ouvrages du Certificat qu'il a obtenu
de l'Académie Royale des Sciences
fur ces nouvelles découvertes.
Il ne tardera pas à donner un Mémoire
inftructif, fur la maiſon fecrette
qu'il va établir à Corbeil à fept lieues de
Paris. Ce Mémoire contiendra les maladies
qui y feront traitées fuivant fa méthode
, 1 ° . les maladies vénériennes ; 2°.
celles de l'uréthre. 3 °. Celles de la peau
telles que gale, dartres, &c . avec les remé
des qui y feront employés ; c'eft- à - dire
uniquement ceux qu'il a foumis au
jugement de l'Académie Royale des .
Sciences & à celle de Chirurgie : ce
même Mémoire inftruira des commodités
& des agrémens que les malades
trouveront dans cette maison.
On trouve dès aujourd'hui chez lui
des Ventilateurs tout montés de différentes
grandeurs. Il montrera à ceux
OCTOBRE. 1763 . 175 .
qui voudront en acheter , la manière
de s'en fervir , & comme il eft facile
de les démonter pour les transporter
partout , fans crainte que la machine
fe détruife. On trouvera à la fin de
fon traité des Fiévres , quel eft l'uſage
que l'on pourra faire de fon ventilateur
ou -purificateur , & combien l'agréa
ble s'y trouve joint à l'utile.
La demeure de l'Auteur eft au bas
de la rue des Foffés de M. le Prince ,
& fes Ouvrages fe trouvent chez Pankoucke
, Libraire rue & à côté de la Comédie
Françoife , au Parnaffe , & chez
Lefebvre , Libraire à Versailles rue
Dauphine & fuivant la Cour.
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Résumé : LETTRE de M. DECAUSANS, Commissaire-Ordonnateur & Intendant de l'Isle de Minorque, à M. KEYSER.
La lettre de M. Decausans, commissaire-ordonnateur et intendant de l'île de Minorque, adressée à M. Keyser, relate le succès d'un traitement médical administré par M. de la Chapelle, médecin du roi, sur le sieur D..., garde-magasin. Le patient, initialement désespéré, a été guéri et a confirmé son rétablissement complet à Marseille. La Société Royale des Sciences de Montpellier a reconnu l'efficacité du remède et l'application du médecin, nommant ainsi M. Keyser associé correspondant. La lettre mentionne également les médecins et chirurgiens correspondants de M. Keyser dans diverses villes françaises et étrangères. Par ailleurs, le chirurgien M. De Reynal, Major des Troupes et des Hôpitaux du Roi, a présenté trois ouvrages et un ventilateur purificateur d'air à Monseigneur le Dauphin, au Roi de Pologne et à la Cour le 19 septembre. Ces ouvrages traitent des préparations du mercure pour les maladies vénériennes, de la purification de l'air dans les lieux habités, et des fièvres humorales avec un nouveau fébrifuge et une méthode de préparation du quinquina. Le ventilateur permet de purifier et renouveler l'air sans usage du feu, utile notamment dans les hôpitaux et les vaisseaux. M. De Reynal prévoit d'établir une maison secrète à Corbeil pour traiter les maladies vénériennes, les affections urétrales et cutanées comme la gale et les dartres, en utilisant des remèdes approuvés par l'Académie Royale des Sciences et l'Académie de Chirurgie. Les ventilateurs sont disponibles à l'achat, et leur utilisation sera expliquée aux acquéreurs. Les ouvrages de M. De Reynal sont disponibles chez Pankoucke, libraire rue et à côté de la Comédie Française, au Parnasse, et chez Lefebvre, libraire à Versailles rue Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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690
p. 82-83
AUTRE.
Début :
Je suis petite & suis brunette, [...]
Mots clefs :
Pilule
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ja fuis petite & fuis brunette ,
De la forme la plus parfaite.
Mon père quelquefois m'appellant un tréſor
M'habille toute d'or.
Pour me rendre où l'on me defire
2
NOVEMBRE . 1763. 83
Il me faut traverſer un Palais précieux ,
Et puis deſcendre en d'autres lieux
Que leur obſcurité m'empêche de décrire .
Là , toutefois j'exerce mon empire ,
Et c'eſt , dit- on , pour foulager les maux
Du Roi des Animaux .
Ja fuis petite & fuis brunette ,
De la forme la plus parfaite.
Mon père quelquefois m'appellant un tréſor
M'habille toute d'or.
Pour me rendre où l'on me defire
2
NOVEMBRE . 1763. 83
Il me faut traverſer un Palais précieux ,
Et puis deſcendre en d'autres lieux
Que leur obſcurité m'empêche de décrire .
Là , toutefois j'exerce mon empire ,
Et c'eſt , dit- on , pour foulager les maux
Du Roi des Animaux .
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691
p. 83-84
LOGOGRYPHE.
Début :
De huit pieds je suis composée, [...]
Mots clefs :
Migraine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH Ε.
De huit pieds je ſuis compofée ,
Lecteur , du reſte de mon corps ,
Si ma moitié de tête eſt par toi diviſée
Tu pourras me ſemer alors.
Joins mes extrémités , & tu vas voir paroître
Dans un mot ce qui doit te faire reconnoître;
Des tréſors une ſource , un condui: ſouterrain ;
Une monnoie , une meſure ; •
Une couleur qui ſert à la Peinture ;
Veux- tu les déranger ? Je tombe dans le Rhin.
Le milieude mon corps commande en Livonie.
En combinant mes pieds avec économie
Tu peux trouver un art qui faſcinoit les yeux
De nos trop crédules ayeux ;
Le premier d'une Ville , en France une Province
Dont-le commerce eſt affez mince ;
Un pur eſprit créé pour l'Immortalité.
Un fleuve qui du Nil fuit Pinégalité :
Detrente autre façons je pourrois me produire
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Lecteur ; mais un calcul qui ne ſauroit t'inſtruire,
Eſt indigne de t'occuper ,
Ecoute ſeulement ce que je vais te dire :
Tandis qu'à me chercher tu crois te diſſiper ,
Garde-toi bien de m'attraper.
De huit pieds je ſuis compofée ,
Lecteur , du reſte de mon corps ,
Si ma moitié de tête eſt par toi diviſée
Tu pourras me ſemer alors.
Joins mes extrémités , & tu vas voir paroître
Dans un mot ce qui doit te faire reconnoître;
Des tréſors une ſource , un condui: ſouterrain ;
Une monnoie , une meſure ; •
Une couleur qui ſert à la Peinture ;
Veux- tu les déranger ? Je tombe dans le Rhin.
Le milieude mon corps commande en Livonie.
En combinant mes pieds avec économie
Tu peux trouver un art qui faſcinoit les yeux
De nos trop crédules ayeux ;
Le premier d'une Ville , en France une Province
Dont-le commerce eſt affez mince ;
Un pur eſprit créé pour l'Immortalité.
Un fleuve qui du Nil fuit Pinégalité :
Detrente autre façons je pourrois me produire
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Lecteur ; mais un calcul qui ne ſauroit t'inſtruire,
Eſt indigne de t'occuper ,
Ecoute ſeulement ce que je vais te dire :
Tandis qu'à me chercher tu crois te diſſiper ,
Garde-toi bien de m'attraper.
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692
p. 159-169
SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Début :
Les événemens de différentes opérations ayant été malheureux, la réputation [...]
Mots clefs :
Méthode, Opération, Succès, Médecin, Anonymat, Instrument, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
SUITE des Recherches fur la Taille
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
Fermer
Résumé : SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Le texte décrit la carrière controversée du frère Jacques, un chirurgien connu pour ses opérations de lithotomie. En 1702, il publie 'Nouvelle méthode de tailler & tirer la Pierre de la vessie', où il reconnaît des améliorations apportées en 1701. Ses travaux reçoivent des avis favorables de médecins éminents tels que Fagon et Félix, qui proposent des ajustements techniques. Frère Jacques critique cependant Méry et Saviard tout en affirmant la validité de sa méthode après modifications. La réputation de frère Jacques décline après la mort rapide du maréchal de Lorge suite à une opération. Fagon choisit alors un autre chirurgien, Maréchal, pour une intervention ultérieure. En 1702, frère Jacques se retire en Hollande. Un défenseur anonyme provincial soutient sa méthode sans fournir de preuves solides. Une controverse oppose frère Jacques à Rau, un autre praticien de la lithotomie établi à Amsterdam. Rau développe une méthode distincte et efficace, reconnue par la République de Leyde. En 1712, frère Jacques modifie sa propre méthode pour obtenir des résultats positifs. Un auteur anonyme favorable à frère Jacques nie les innovations de Rau, malgré les éloges reçus par ce dernier. Le texte mentionne également un individu aux connaissances approfondies en anatomie et une réfutation de l'écrit anonyme 'L'Anonyme Provincial', jugé passionné et visant à discréditer des chirurgiens respectables. L'auteur préfère laisser le jugement à la postérité et défend la mémoire de M. Méry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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693
p. 71-72
LOGOGRYPHE.
Début :
Huit pieds composent ma structure. [...]
Mots clefs :
Lavement
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
HUIT pieds compoſent ma ſtructure.
Soulagement de la Nature ,
Pour divers maux on trouve en moi
Ce que l'on dit d'un Juge inique
Qui vend à ſes Cliens la loi ;
Certaine note de Muſique ;
Une Ville près de Paris ;
Les rôles d'Armand , de Prévilles
Le nom d'un animal utile ,
Que l'on accable de mépris ;
Ceque l'on rend quand on expire ;
Ce que le Matelot deſire
Pour arriver bientôt au Port ;
Ce qui tourmente notre vie;
D'unearme la ſeule partie
MERCURE DE FRANCE.
Quitrop ſouvent donne la mort ;
Certaine matière qui coule
Au pied du Mont-Veſuve en feu.
Aces traits rafſſemblés en foule ,
Cher Lecteur , me préſſens- tu peu ?
En ce cas il fautque j'ajoute
Un meuble néceſſaire en route ;
L'agret principal d'un vaiſſeau ;
Un animal de qui la peau
Sert quelquefois à ton uſage;
L'inſtrument fatal de la rage
Des fiers Tyrans de l'Orient;
Ce que reçoit de ſon Régent
L'Ecolier avec indolence ;
Qui plus eſt le nom d'une danſe.
Par M. PEYRE , Apoticaire- Chymiſte
de Montpellier.
HUIT pieds compoſent ma ſtructure.
Soulagement de la Nature ,
Pour divers maux on trouve en moi
Ce que l'on dit d'un Juge inique
Qui vend à ſes Cliens la loi ;
Certaine note de Muſique ;
Une Ville près de Paris ;
Les rôles d'Armand , de Prévilles
Le nom d'un animal utile ,
Que l'on accable de mépris ;
Ceque l'on rend quand on expire ;
Ce que le Matelot deſire
Pour arriver bientôt au Port ;
Ce qui tourmente notre vie;
D'unearme la ſeule partie
MERCURE DE FRANCE.
Quitrop ſouvent donne la mort ;
Certaine matière qui coule
Au pied du Mont-Veſuve en feu.
Aces traits rafſſemblés en foule ,
Cher Lecteur , me préſſens- tu peu ?
En ce cas il fautque j'ajoute
Un meuble néceſſaire en route ;
L'agret principal d'un vaiſſeau ;
Un animal de qui la peau
Sert quelquefois à ton uſage;
L'inſtrument fatal de la rage
Des fiers Tyrans de l'Orient;
Ce que reçoit de ſon Régent
L'Ecolier avec indolence ;
Qui plus eſt le nom d'une danſe.
Par M. PEYRE , Apoticaire- Chymiſte
de Montpellier.
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694
p. 130-133
EXTRAIT d'une Lettre de M. P. de M. Docteur-Régent en Médecine de Paris, de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, à M. l'Abbé MANGENOT, Doyen des Chanoines du Temple, en réponse à une par laquelle il lui demandoit la cause d'un sanglotage qu'il éprouve lorsqu'il voit ou entend parler d'un sujet attendrissant ou capable de causer de l'admiration.
Début :
CETTE précieuse sensibilité que vous éprouvez lorsque vos sens sont frappés [...]
Mots clefs :
Sensibilité, Admiration, Larmes, Anatomie, Physique, Émotion, Agitations, Nerfs, Gêne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. P. de M. Docteur-Régent en Médecine de Paris, de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, à M. l'Abbé MANGENOT, Doyen des Chanoines du Temple, en réponse à une par laquelle il lui demandoit la cause d'un sanglotage qu'il éprouve lorsqu'il voit ou entend parler d'un sujet attendrissant ou capable de causer de l'admiration.
EXTRAIT d'une Lettre de M. P. deM.
Docteur-Régent en Médecine de Paris
, de la Société Littéraire de Châ
lons-fur-Marne , à M. l'Abbé MANGENOT
, Doyen des Chanoines dit
Temple , en réponse à une par laquelle
il lui demandoit la cauſe d'un
fanglotage qu'il éprouve lorſqu'il voit
ou entend parler d'unſujet attendriffant
ou capable de caufer de l'admiration.
CETTE précieuſe ſenſibilité que vous
éprouvez lorſque vos ſens ſont frappés
par quelque objet attendrifſant ou capable
de produire une vive admiration ,
fait honneur à votre coeur autant qu'à
votre eſprit. Si ce méchaniſme qui opére
l'agitation que vous reffentez alors &
qui fait couler de délicieuſes larmes , eſt
caché à ceux qui ne connoiſſent point
l'Anatomie & le Phyſique de nos fonDECEMBRE.
1763. 131
tions , tout le monde penſant doit
être d'accord ſur les inductions avantageuſes
pour les qualités de l'âme qu'on
peut tirer de cette émotion. De quelle
volupté la vie des coeurs tendres ne
doit-elle pas être accompagnée , puifque
juſqu'à leurs fanglots tout eſt raviſſement
! Momens délectables que les
âmes de fer ignorent abfolument. Je
ne veux point étaler davantage le prix
de ces généreuſes agitations : qui peut
mieux que vous les peindre ? Vous avez.
fait connoître dans une tendre jeuneſſe ,
où le ſentiment eſt encore à peine développé
, par des Ouvrages qui vous immortaliſeront
, que votre coeur étoit
déja fufceptible de ces agréables impreſſions
que l'Amour accorde à fes
Favoris . Vos Ouvrages vous ont dépeint
, & vous avez gagné infiniment
à l'idée qu'ils ont donnée de vous. Je
viens actuellement au fait: il s'agit de
vous expliquer par quel méchaniſme
cette affection de l'âme imprime fur
votre reſpiration des mouvemens irré-!
guliers , que l'on nomme ſanglorage.
Les nerfs étant le principe de notre
fenfibilité & de nos mouvemens , c'eſt
donc à ces parties que l'on doit attribuer
la cauſe de cette agitation irrégu
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
,
lière. Ce ſentiment tendre forme en
vous une ſuſpenſion dans la reſpiration
pour occuper toute la machine de l'objet
qui l'affecte . Alors les véſicules pulmonaires
demeurant dans leur extenfion
, gênent le mouvement du fang
qui ne coule plus librement. En cet état
il fait effort contre les parois des vaifſeaux
qui le contiennent. Du gonflement
de ces vaiſſeaux ſuit une preffion
contre les nerfs qui font plus ou moins
tiraillés . Enfuite par la gêne que les
nerfs éprouvent , cette gêne augmentant
chez vous par la paralyfie que plufieurs
de ces parties ont ſouffertes * , il
doit furvenir des mouvemens forcés
&ces parties reprendront ſucceſſivement
leur agitation ou leur repos à raifon
de cette preffion ou du relâchement
de ces parties.
,
On voit tout naturellement que cette
fufpenfion doit produire une circulation
& une refpiration entrecoupée , dont
les mouvemens feront plus ou moins
lents en proportion de la réſiſtance
que l'affection de l'âme , ou pour mieux
dire , l'extafe , apportera au jeu des autres
fonctions. Si les mouvemens ſympa-
,
* M. L'Abbé Mangenot eſt paralytique depuis
grand nombre d'années.
DECEMBRE. 1763. 133
thiques font merveilleux , étonnans au
premier coup-d'oeil , ils n'en font pas
plus difficiles à expliquer. Tous les Medecins
ont lieu de remarquer très-fouvent
cette intimité , cette union des
fonctions intellectuelles avec les corporelles
, de façon qu'elles s'entr'aident ou
ſe nuifent réciproquement. Si la plus
légère tenfion dans l'eſprit trouble la
digeftion , on ſçait auſſi qu'elle peut
influer ſur la reſpiration. Je croirois
inutile d'entrer dans un plus grand détail
en parlant à un Phyficien .
J'ai l'honneur d'être , & c .
Docteur-Régent en Médecine de Paris
, de la Société Littéraire de Châ
lons-fur-Marne , à M. l'Abbé MANGENOT
, Doyen des Chanoines dit
Temple , en réponse à une par laquelle
il lui demandoit la cauſe d'un
fanglotage qu'il éprouve lorſqu'il voit
ou entend parler d'unſujet attendriffant
ou capable de caufer de l'admiration.
CETTE précieuſe ſenſibilité que vous
éprouvez lorſque vos ſens ſont frappés
par quelque objet attendrifſant ou capable
de produire une vive admiration ,
fait honneur à votre coeur autant qu'à
votre eſprit. Si ce méchaniſme qui opére
l'agitation que vous reffentez alors &
qui fait couler de délicieuſes larmes , eſt
caché à ceux qui ne connoiſſent point
l'Anatomie & le Phyſique de nos fonDECEMBRE.
1763. 131
tions , tout le monde penſant doit
être d'accord ſur les inductions avantageuſes
pour les qualités de l'âme qu'on
peut tirer de cette émotion. De quelle
volupté la vie des coeurs tendres ne
doit-elle pas être accompagnée , puifque
juſqu'à leurs fanglots tout eſt raviſſement
! Momens délectables que les
âmes de fer ignorent abfolument. Je
ne veux point étaler davantage le prix
de ces généreuſes agitations : qui peut
mieux que vous les peindre ? Vous avez.
fait connoître dans une tendre jeuneſſe ,
où le ſentiment eſt encore à peine développé
, par des Ouvrages qui vous immortaliſeront
, que votre coeur étoit
déja fufceptible de ces agréables impreſſions
que l'Amour accorde à fes
Favoris . Vos Ouvrages vous ont dépeint
, & vous avez gagné infiniment
à l'idée qu'ils ont donnée de vous. Je
viens actuellement au fait: il s'agit de
vous expliquer par quel méchaniſme
cette affection de l'âme imprime fur
votre reſpiration des mouvemens irré-!
guliers , que l'on nomme ſanglorage.
Les nerfs étant le principe de notre
fenfibilité & de nos mouvemens , c'eſt
donc à ces parties que l'on doit attribuer
la cauſe de cette agitation irrégu
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
,
lière. Ce ſentiment tendre forme en
vous une ſuſpenſion dans la reſpiration
pour occuper toute la machine de l'objet
qui l'affecte . Alors les véſicules pulmonaires
demeurant dans leur extenfion
, gênent le mouvement du fang
qui ne coule plus librement. En cet état
il fait effort contre les parois des vaifſeaux
qui le contiennent. Du gonflement
de ces vaiſſeaux ſuit une preffion
contre les nerfs qui font plus ou moins
tiraillés . Enfuite par la gêne que les
nerfs éprouvent , cette gêne augmentant
chez vous par la paralyfie que plufieurs
de ces parties ont ſouffertes * , il
doit furvenir des mouvemens forcés
&ces parties reprendront ſucceſſivement
leur agitation ou leur repos à raifon
de cette preffion ou du relâchement
de ces parties.
,
On voit tout naturellement que cette
fufpenfion doit produire une circulation
& une refpiration entrecoupée , dont
les mouvemens feront plus ou moins
lents en proportion de la réſiſtance
que l'affection de l'âme , ou pour mieux
dire , l'extafe , apportera au jeu des autres
fonctions. Si les mouvemens ſympa-
,
* M. L'Abbé Mangenot eſt paralytique depuis
grand nombre d'années.
DECEMBRE. 1763. 133
thiques font merveilleux , étonnans au
premier coup-d'oeil , ils n'en font pas
plus difficiles à expliquer. Tous les Medecins
ont lieu de remarquer très-fouvent
cette intimité , cette union des
fonctions intellectuelles avec les corporelles
, de façon qu'elles s'entr'aident ou
ſe nuifent réciproquement. Si la plus
légère tenfion dans l'eſprit trouble la
digeftion , on ſçait auſſi qu'elle peut
influer ſur la reſpiration. Je croirois
inutile d'entrer dans un plus grand détail
en parlant à un Phyficien .
J'ai l'honneur d'être , & c .
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694
EXTRAIT d'une Lettre de M. P. de M. Docteur-Régent en Médecine de Paris, de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, à M. l'Abbé MANGENOT, Doyen des Chanoines du Temple, en réponse à une par laquelle il lui demandoit la cause d'un sanglotage qu'il éprouve lorsqu'il voit ou entend parler d'un sujet attendrissant ou capable de causer de l'admiration.
695
p. 133-139
NOUVEL Avis concernant le Spécifique Anti-vénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la Ville de Schelestat en Alsace.
Début :
LA Dame Veuve du Docteur Fels, ayant obtenu un Arrêt du Confeil d'Etat [...]
Mots clefs :
Remède, Docteur, Maladie, Usage, Chirurgiens, Médecins, Attestations, Symptômes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEL Avis concernant le Spécifique Anti-vénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la Ville de Schelestat en Alsace.
NOUVEL Avis concernant le Spécifique
Anti-vénérien du Docteur FELS ,
premier Médecin & Bourgmestre de
la Ville de Scheleftat en Alface.
LAA Dame Veuve du Docteur Fels ,
ayant obtenu un Arrêt du Confeild' Etat
du Roi , par lequel Sa Majesté lui a
permis de continuer , de compofer &
d'adminiftrer , où faire adminiſtrer par
ſes Préposés , tant à Paris , ſous l'infpection
& direction de M. Caumont,
134 MERCURE DE FRANCE.
Médecin ordinaire du Roi , que dans
les Provinces du Royaume , le Reméde
ou Spécifique Anti-vénérien , dont
fon mari a fait la découverte , en fit
publier peu après cette obtention
les propriétés effentielles & très- intéreſſantes
pour le Public. ( Voyez le Mercure
d'Août 1762 , & la feuille des
Affiches du19 Juillet, meme année, &c.)
Mais , comme elle ne put alors accompagner
fon Avis ou Inſtruction , d'un Extrait
des Piéces juſtificatives , propres à
prouver & conſtater l'excellence & les
avantages de ce Spécifique , ces Piéces
étant pour lors ſous les ſcellés appoſes
après le décès de fon mari , elle croit de--
voir maintenant faire part au Public de
quelques- uns des principaux faits qui y
font énoncés & atteſtés par plufieurs Médecins
& Chirurgiens très-célébres.
1º. Trois atteſtations qui prouvent
très-authentiquement , qu'une femme
de la Paroiſſe d'Ablincourt , Diocèſe
de Noyon , enceinte de quatre mois
& demi , ayant tous les ſymptômes
les plus graves & les plus caractériſtiques
de la V .... a été pafaitement
guérie en vingt-huit jours par l'uſage
de la Tifanne ou Apozême du Docteur
Fels. Ces atteſtations ſont ſignées
DECEMBRE. 1763. 135
par M. Petit , premier Médecin de
S. A. S. Mgr le Duc d'Orléans ; par
M. Guérin , Chirurgien Major des
Mouſquetaires. Noirs , & M. Moreau
premier Chirurgien de l'Hôtel- Dieu de
Paris. Il eſt à remarquer que le reſte
du temps de la groſſeſſe de cette fem--
me s'eſt paſſé en parfaite ſanté , &
que l'enfant dont elle eſt accouchée à
terme & très- heureuſement , ne s'eſt
trouvé affecté d'aucun ſymptôme de
maladie vénérienne.
2°. Trois autres atteſtations par lefquellesle
même M. Petit , M. le Thieullier
& M. Cantewel , Docteurs-Régens
de la Faculté de Médecine de Paris , certifient
que le Mari de cette même femme
avoit auſſi les ſymptômes véroliques
les plus graves , leſquels ſymptômes
ont de plus été reconnus tels par M.
de Senac , premier Médecin du Roi ,
par M. Queſnav , M. de la Sône , MM.
le Gagneur , Caumont , Hévin , Duval
, & autres Médecins & Chirurgiens
de la Cour & de la Ville de Verfailles
, où ce malade a été traité ſous
leurs yeux , juſqu'à parfaite guérifon ,
obtenue en pareil eſpace de temps que
la précédente.
3. Un Certificat de M. M ....
136 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Dragons & Chevalier de
S. Louis , par lequel cet Officier atteſte
qu'il a été parfaitement guéri par
la Tiſanne du Docteur Fels , d'une
maladie vénérienne très-grave & trèsinvétérée
, qui l'avoit réduit à une
telle extrémité , que l'on déſeſpéroit
de ſa vie.
,
4° . Une déclaration volontaire , paffée
devant Me Deruelle , & fon Confrère
Notaires à Paris par le Sı . D ....
Bourgeois de Paris contenant , qu'après
avoir été traité d'une maladie vénérienne
par pluſieurs Chirurgiens , qui l'avoient
manqué ( ce ſont ſes termes) il a été
parfaitement guéri par le Reméde ſpécifique
qui lui a été conſeillé & adminiftré
par M. Fels.
5° . Une Lettre de M. Monnet , par
laquelle il déclare que dès le neuviéme
jour qu'il a fait uſage de la Tifane du
Docteur Fels , il a été délivré de trèsvives
douleurs de tête , de bras & de
jambes , qui le tourmentoient depuis
long temps , & qu'aucuns remédes n'avoient
pu guérir : qu'il avoit confulté
pluſieurs Médecins , qui n'avoient pu
découvrir aucun ſymptôme qui caractérifat
la V......mais que , fur quelques
ſoupçons , il s'étoit déterminé à prendre
ce Reméde , par lequel il certifie avoir
DECEMBRE. 1763. 137
été parfaitement guéri en vingt-quatre
jours , jouiſſant préſentement de la meilleure
ſanté : en foi de quoi ce généreux
Citoyen a confenti que ce fait fût rendu
public , & qu'on le nommât , pour lui
donner plus d'authenticité.
On pourroit encore rapporter pluſieurs
autres guériſons de maux vénériens
de toutes eſpéces , & notamment
de pluſieurs caries , exoſtoſes , & au
tres maladies affectant les os , les cartilages
, &c. que cet excellent Spécifique
a radicalement détruites ; mais les perſonnes
qui ont été guéries , ne confentant
pas d'être citées , on les doit pafſer
ſous filence , d'autant plus que les
faits ci-deſſus rapportés ſuffiſent pour
faire connoître évidemment que ce Reméde
eſt un Spécifique certain contre
toute maladie vénérienne, ſoit récente,
ſoit invétérée , ſoit héréditaire , & c , &
que de plus , un de ſes effets particuliers
eſt de réuffir parfaitement dans la
cure des maladies vénériennes qui ont
réſiſté à l'uſage du mercure le mieux
adminiſtré ; avantage dont l'humanité
étoit privée avant la découverte de ce
précieux Reméde. Une remarque qu'il
eſt encore très-néceſſaire de faire &
qui ajoûte beaucoup à l'importance de
,
138 MERCURE DE FRANCE.
ce Spécifique , c'eſt qu'il eſt compoſé
ſfans aucun ingrédient mercuriel , & par
conféquent exemt de tous les inconvéniens
inféparables du mercure.
M. Caumont efpére donner dans peu
les obſervations qu'il a faites fur ce Reméde
& fur ſes effets , depuis qu'il eſt
fous ſa direction ..
Sa demeure eſt à Paris , rue de Bourgogne
, près de la rue de Varenne.
Madame Fels demeure toujours rue
Quincampoix , près de la rue de Veniſe
, même maiſon que M. Arnoult , ancien
Epicier-Droguifte.
Il eſt bon de rappeller ici , en faveur
des perſonnes qui pourroient n'avoir
pas été à portée de lire les Ouvrages
périodiques où il a été fait mentionde
ce Reméde , ce qui a déja été dit fur
fes propriétés..
Ce Spécifique eſt un Apozême dont
on boit trois verres par jour.
Il a l'avantage , 1º. de guérir les maladies
vénériennes , ſans jamais caufer
de ſalivation , étant compoſé , comme
on vient de le faire remarquer , ſans
aucun ingrédient mercuriel.
2º. Les préparations qui le précédent
fe font en très-peu de jours ,les bains
n'y érant pas néceffaires.
DECEMBRE. 1763. 139
3°. Pendant l'uſage de ce Reméde ,
qui ne dure ordinairement que 24jours,
on n'eſt point aftreint à garder la chambre
: on peut même vaquer aux affaires
qui ne caufent point trop de fatigue &
n'exigent point une trop longue contention
d'eſprit , ayant foin néanmoins
de ne ſe pas expofer aux injures de
Fair.
4°. Ce Spécifique n'a riende contraire
aux eftomachs débiles ni aux poitrines
délicates : il en est même ſouvent le vé.
ritable antidote , principalement lorſque
la langueur ou le mal- aiſe de ces organes
provient de quelques anciens réſidus vénériens
maſqués ou dégénérés , comme
il n'arrive que trop communément à
ceux qui ont eu dans la jeuneſſe certaines
galanteries imparfaitement terminées.
5º. Ce Reméde agit avec tant de dou.
ceur , que M. Fels , ainſi qu'on l'a vu
ci-deſſus , l'a employé pendantle cours
de la groſſeſſe même , avec les plus heu--
reux fuccès , & de même pour les enfans
à la mammelle , en le faiſant boire
à leurs nourrices.
€ 6°. Loin d'être affoibli ou maigri
par fon uſage , on y recouvre les forces
& l'embonpoint détruits ou diminués
par la maladie.
Anti-vénérien du Docteur FELS ,
premier Médecin & Bourgmestre de
la Ville de Scheleftat en Alface.
LAA Dame Veuve du Docteur Fels ,
ayant obtenu un Arrêt du Confeild' Etat
du Roi , par lequel Sa Majesté lui a
permis de continuer , de compofer &
d'adminiftrer , où faire adminiſtrer par
ſes Préposés , tant à Paris , ſous l'infpection
& direction de M. Caumont,
134 MERCURE DE FRANCE.
Médecin ordinaire du Roi , que dans
les Provinces du Royaume , le Reméde
ou Spécifique Anti-vénérien , dont
fon mari a fait la découverte , en fit
publier peu après cette obtention
les propriétés effentielles & très- intéreſſantes
pour le Public. ( Voyez le Mercure
d'Août 1762 , & la feuille des
Affiches du19 Juillet, meme année, &c.)
Mais , comme elle ne put alors accompagner
fon Avis ou Inſtruction , d'un Extrait
des Piéces juſtificatives , propres à
prouver & conſtater l'excellence & les
avantages de ce Spécifique , ces Piéces
étant pour lors ſous les ſcellés appoſes
après le décès de fon mari , elle croit de--
voir maintenant faire part au Public de
quelques- uns des principaux faits qui y
font énoncés & atteſtés par plufieurs Médecins
& Chirurgiens très-célébres.
1º. Trois atteſtations qui prouvent
très-authentiquement , qu'une femme
de la Paroiſſe d'Ablincourt , Diocèſe
de Noyon , enceinte de quatre mois
& demi , ayant tous les ſymptômes
les plus graves & les plus caractériſtiques
de la V .... a été pafaitement
guérie en vingt-huit jours par l'uſage
de la Tifanne ou Apozême du Docteur
Fels. Ces atteſtations ſont ſignées
DECEMBRE. 1763. 135
par M. Petit , premier Médecin de
S. A. S. Mgr le Duc d'Orléans ; par
M. Guérin , Chirurgien Major des
Mouſquetaires. Noirs , & M. Moreau
premier Chirurgien de l'Hôtel- Dieu de
Paris. Il eſt à remarquer que le reſte
du temps de la groſſeſſe de cette fem--
me s'eſt paſſé en parfaite ſanté , &
que l'enfant dont elle eſt accouchée à
terme & très- heureuſement , ne s'eſt
trouvé affecté d'aucun ſymptôme de
maladie vénérienne.
2°. Trois autres atteſtations par lefquellesle
même M. Petit , M. le Thieullier
& M. Cantewel , Docteurs-Régens
de la Faculté de Médecine de Paris , certifient
que le Mari de cette même femme
avoit auſſi les ſymptômes véroliques
les plus graves , leſquels ſymptômes
ont de plus été reconnus tels par M.
de Senac , premier Médecin du Roi ,
par M. Queſnav , M. de la Sône , MM.
le Gagneur , Caumont , Hévin , Duval
, & autres Médecins & Chirurgiens
de la Cour & de la Ville de Verfailles
, où ce malade a été traité ſous
leurs yeux , juſqu'à parfaite guérifon ,
obtenue en pareil eſpace de temps que
la précédente.
3. Un Certificat de M. M ....
136 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Dragons & Chevalier de
S. Louis , par lequel cet Officier atteſte
qu'il a été parfaitement guéri par
la Tiſanne du Docteur Fels , d'une
maladie vénérienne très-grave & trèsinvétérée
, qui l'avoit réduit à une
telle extrémité , que l'on déſeſpéroit
de ſa vie.
,
4° . Une déclaration volontaire , paffée
devant Me Deruelle , & fon Confrère
Notaires à Paris par le Sı . D ....
Bourgeois de Paris contenant , qu'après
avoir été traité d'une maladie vénérienne
par pluſieurs Chirurgiens , qui l'avoient
manqué ( ce ſont ſes termes) il a été
parfaitement guéri par le Reméde ſpécifique
qui lui a été conſeillé & adminiftré
par M. Fels.
5° . Une Lettre de M. Monnet , par
laquelle il déclare que dès le neuviéme
jour qu'il a fait uſage de la Tifane du
Docteur Fels , il a été délivré de trèsvives
douleurs de tête , de bras & de
jambes , qui le tourmentoient depuis
long temps , & qu'aucuns remédes n'avoient
pu guérir : qu'il avoit confulté
pluſieurs Médecins , qui n'avoient pu
découvrir aucun ſymptôme qui caractérifat
la V......mais que , fur quelques
ſoupçons , il s'étoit déterminé à prendre
ce Reméde , par lequel il certifie avoir
DECEMBRE. 1763. 137
été parfaitement guéri en vingt-quatre
jours , jouiſſant préſentement de la meilleure
ſanté : en foi de quoi ce généreux
Citoyen a confenti que ce fait fût rendu
public , & qu'on le nommât , pour lui
donner plus d'authenticité.
On pourroit encore rapporter pluſieurs
autres guériſons de maux vénériens
de toutes eſpéces , & notamment
de pluſieurs caries , exoſtoſes , & au
tres maladies affectant les os , les cartilages
, &c. que cet excellent Spécifique
a radicalement détruites ; mais les perſonnes
qui ont été guéries , ne confentant
pas d'être citées , on les doit pafſer
ſous filence , d'autant plus que les
faits ci-deſſus rapportés ſuffiſent pour
faire connoître évidemment que ce Reméde
eſt un Spécifique certain contre
toute maladie vénérienne, ſoit récente,
ſoit invétérée , ſoit héréditaire , & c , &
que de plus , un de ſes effets particuliers
eſt de réuffir parfaitement dans la
cure des maladies vénériennes qui ont
réſiſté à l'uſage du mercure le mieux
adminiſtré ; avantage dont l'humanité
étoit privée avant la découverte de ce
précieux Reméde. Une remarque qu'il
eſt encore très-néceſſaire de faire &
qui ajoûte beaucoup à l'importance de
,
138 MERCURE DE FRANCE.
ce Spécifique , c'eſt qu'il eſt compoſé
ſfans aucun ingrédient mercuriel , & par
conféquent exemt de tous les inconvéniens
inféparables du mercure.
M. Caumont efpére donner dans peu
les obſervations qu'il a faites fur ce Reméde
& fur ſes effets , depuis qu'il eſt
fous ſa direction ..
Sa demeure eſt à Paris , rue de Bourgogne
, près de la rue de Varenne.
Madame Fels demeure toujours rue
Quincampoix , près de la rue de Veniſe
, même maiſon que M. Arnoult , ancien
Epicier-Droguifte.
Il eſt bon de rappeller ici , en faveur
des perſonnes qui pourroient n'avoir
pas été à portée de lire les Ouvrages
périodiques où il a été fait mentionde
ce Reméde , ce qui a déja été dit fur
fes propriétés..
Ce Spécifique eſt un Apozême dont
on boit trois verres par jour.
Il a l'avantage , 1º. de guérir les maladies
vénériennes , ſans jamais caufer
de ſalivation , étant compoſé , comme
on vient de le faire remarquer , ſans
aucun ingrédient mercuriel.
2º. Les préparations qui le précédent
fe font en très-peu de jours ,les bains
n'y érant pas néceffaires.
DECEMBRE. 1763. 139
3°. Pendant l'uſage de ce Reméde ,
qui ne dure ordinairement que 24jours,
on n'eſt point aftreint à garder la chambre
: on peut même vaquer aux affaires
qui ne caufent point trop de fatigue &
n'exigent point une trop longue contention
d'eſprit , ayant foin néanmoins
de ne ſe pas expofer aux injures de
Fair.
4°. Ce Spécifique n'a riende contraire
aux eftomachs débiles ni aux poitrines
délicates : il en est même ſouvent le vé.
ritable antidote , principalement lorſque
la langueur ou le mal- aiſe de ces organes
provient de quelques anciens réſidus vénériens
maſqués ou dégénérés , comme
il n'arrive que trop communément à
ceux qui ont eu dans la jeuneſſe certaines
galanteries imparfaitement terminées.
5º. Ce Reméde agit avec tant de dou.
ceur , que M. Fels , ainſi qu'on l'a vu
ci-deſſus , l'a employé pendantle cours
de la groſſeſſe même , avec les plus heu--
reux fuccès , & de même pour les enfans
à la mammelle , en le faiſant boire
à leurs nourrices.
€ 6°. Loin d'être affoibli ou maigri
par fon uſage , on y recouvre les forces
& l'embonpoint détruits ou diminués
par la maladie.
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696
p. 200-201
AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
Début :
La Compagnie des Apoticaires de Paris a commencé à exposer le 19 Septembre [...]
Mots clefs :
Apothicaire, Drogues, Thériaque, Exposition, Magistrats, Antidote, Bien commun, Discours
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texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
AVIS DIVERS.
THERIAQUE d'Andromaque.
La Compagnie des Apoticaires de Paris a com
mencé à expoſer le 19 Septembre dernier les dro--
guesqui entrent dans la compoſition de laThériaque.
Les Magiſtrats & la Facultéde Médeciney ont
aſſiſté le premier jour. Me Hériſſant,Profeſſeur en
Pharmacie a ouvert la ſéance par un diſcours fur
l'excellence de cet antidote , ſur les ſoins & le ſcrupule
qu'éxige ſa préparation pour que ſes effets
foient certains. M DEMORET, premier Garde de la
Compagnie des Apoticaires , en a prononcé un
autre dans lequel , après avoir fait l'hiſtoire de ce
médicament il a repréſenté au Magiſtrat qui préfidoit
, qu'il étoit de la derniere importance pour
le bien public , qu'il s'opposât à ce que nombre de
gens ſans aveu débitaſſent ce médicament ni aucunautre,
&qu'il n'y eût que des perſonnesdont.
lacapacité ſeroit reconnue qui exerçaſſent leur
profeſſion ; qu'on ne pouvoit douter que ſa compagnie
fût dévouée au bien de la ſociété, que le
grandnombre d'Auditeurs qui aſſiſtoient au cours
deChymie qu'ils faifoient tous les ans , prouvoit
queleurs travaux étoient néceſſaires & bien reçus,
&quela ſeule récompenſe qu'ils en demandoient
étoitde jouir de leurs droits . Il a terminé fon dif
cours parun éloge digne du Magiſtrat auquel il,
l'adreſſoit. Il n'étoit dicté ni par la flaterie ni par
L'enviede ſéduire , c'étoit une effufion de coeur.
DECEMBRE. 1763. 201
Cediſcours a été ſuivi de l'hiſtoire naturelle des
drogues qui étoient expoſées. Leur beauté a furpris
tous les connoiffeurs; elles ont été ſoumiſes à
la cenſure du Public juſqu'au ; Octobre dernier.
On a travaillé à la confection de cer Antidote , en
préſence des mêmes Magiſtrats & de la Facultéde
Médecine. On ne doute plus que cette Thériaque
ne foit ſupérieure à celle de Veniſe , qui n'a ni l'odeur
ni la couleur qu'elle doit avoir. Les envois
conſidérables que les Apoticaires de Paris font de
la leur , annoncent qu'elle est regardée comme
la meilleure de l'Europe.
THERIAQUE d'Andromaque.
La Compagnie des Apoticaires de Paris a com
mencé à expoſer le 19 Septembre dernier les dro--
guesqui entrent dans la compoſition de laThériaque.
Les Magiſtrats & la Facultéde Médeciney ont
aſſiſté le premier jour. Me Hériſſant,Profeſſeur en
Pharmacie a ouvert la ſéance par un diſcours fur
l'excellence de cet antidote , ſur les ſoins & le ſcrupule
qu'éxige ſa préparation pour que ſes effets
foient certains. M DEMORET, premier Garde de la
Compagnie des Apoticaires , en a prononcé un
autre dans lequel , après avoir fait l'hiſtoire de ce
médicament il a repréſenté au Magiſtrat qui préfidoit
, qu'il étoit de la derniere importance pour
le bien public , qu'il s'opposât à ce que nombre de
gens ſans aveu débitaſſent ce médicament ni aucunautre,
&qu'il n'y eût que des perſonnesdont.
lacapacité ſeroit reconnue qui exerçaſſent leur
profeſſion ; qu'on ne pouvoit douter que ſa compagnie
fût dévouée au bien de la ſociété, que le
grandnombre d'Auditeurs qui aſſiſtoient au cours
deChymie qu'ils faifoient tous les ans , prouvoit
queleurs travaux étoient néceſſaires & bien reçus,
&quela ſeule récompenſe qu'ils en demandoient
étoitde jouir de leurs droits . Il a terminé fon dif
cours parun éloge digne du Magiſtrat auquel il,
l'adreſſoit. Il n'étoit dicté ni par la flaterie ni par
L'enviede ſéduire , c'étoit une effufion de coeur.
DECEMBRE. 1763. 201
Cediſcours a été ſuivi de l'hiſtoire naturelle des
drogues qui étoient expoſées. Leur beauté a furpris
tous les connoiffeurs; elles ont été ſoumiſes à
la cenſure du Public juſqu'au ; Octobre dernier.
On a travaillé à la confection de cer Antidote , en
préſence des mêmes Magiſtrats & de la Facultéde
Médecine. On ne doute plus que cette Thériaque
ne foit ſupérieure à celle de Veniſe , qui n'a ni l'odeur
ni la couleur qu'elle doit avoir. Les envois
conſidérables que les Apoticaires de Paris font de
la leur , annoncent qu'elle est regardée comme
la meilleure de l'Europe.
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Résumé : AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
Le 19 septembre 1763, la Compagnie des Apoticaires de Paris a exposé les drogues composant la Thériaque d'Andromaque, en présence des magistrats et de la Faculté de Médecine. Me Hérissant, Professeur en Pharmacie, a souligné l'excellence de cet antidote et les soins nécessaires à sa préparation. M. Demoret, premier Garde de la Compagnie, a retraçé l'histoire du médicament et insisté sur la régulation de sa vente pour éviter les abus. Il a également mis en avant l'engagement de la Compagnie pour le bien public et la reconnaissance des apothicaires. Les drogues, saluées pour leur beauté, ont été soumises à la censure publique jusqu'en octobre. La confection de la Thériaque, réalisée sous le regard des autorités, a confirmé sa supériorité sur celle de Venise. La réputation de la Thériaque parisienne en Europe est attestée par ses envois importants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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697
p. 201-202
« Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
Début :
Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...]
Mots clefs :
Distillateur, Brevet, Liqueurs, Récompenses, Huile royale, Élixir, Digestion, Chocolat, Liqueur spiritueuse, Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
PARBrevet du 21 Juin 1758 , le Ror a accordéau
Sieur ONFROI , Diſtillateur , à laDeſcente de la
Placedu Pont S. Michel , à Paris , le titre de diſtillateur
de Sa Majeſté. Et par un ſecond Brevet
du 4 Novembre 1763 , qui confirme le premier ,
le Roi pour le récompenſer de ſes travaux , à
la perfectionde ſes liqueurs , l'a retenu & le retient
pour être Diſtillateur ordinaire de Sa
Majeſté : des recompenſes auſſi autentiques des
talens du Sieur Onfrey & les fuffrages qu'il a
a eu du Public , ſont de fürs garants que perſonne
n'en mérite plus la confiance.
la
Indépendamment de toutes les nouvelles liqueurs
qu'il a données de ſa compoſition , il vient
encore de compoſer une huile Royale de vanille
admirable ; elle joint à la falubrité
propriété des plus excellens Elixirs pour faciliter
la digeſtion. L'uſage en eſt comine des autres
liqueurs.
Son nouveau Chocolat à la façon de Rome,
dont les eſpéces ne différencient que par le
plus ou moins de vanille, eſt généralement trou
vé ſupérieur à tout autre.
Sa liqueur ſpiritueuſe pour les dents , qui en
202 MERCURE DE FRANCE.
arrête ſur le champ ſans retour les plus vives
douleurs , les blanchit & prévient tous les accidens
de la bouche , eſt ſi connue , qu'il en
fait un débit conſidérable. Il débite toujours
avec le même ſuccès ſes Eaux de propreté. Enfin
c'eſt chez lui ſeul , à Paris , que ſe trouve la
véritable Eau de Cologne du Sieur Jean-Antoine
Farina , dont le prix est de 16 fols la
bouteille.
Sieur ONFROI , Diſtillateur , à laDeſcente de la
Placedu Pont S. Michel , à Paris , le titre de diſtillateur
de Sa Majeſté. Et par un ſecond Brevet
du 4 Novembre 1763 , qui confirme le premier ,
le Roi pour le récompenſer de ſes travaux , à
la perfectionde ſes liqueurs , l'a retenu & le retient
pour être Diſtillateur ordinaire de Sa
Majeſté : des recompenſes auſſi autentiques des
talens du Sieur Onfrey & les fuffrages qu'il a
a eu du Public , ſont de fürs garants que perſonne
n'en mérite plus la confiance.
la
Indépendamment de toutes les nouvelles liqueurs
qu'il a données de ſa compoſition , il vient
encore de compoſer une huile Royale de vanille
admirable ; elle joint à la falubrité
propriété des plus excellens Elixirs pour faciliter
la digeſtion. L'uſage en eſt comine des autres
liqueurs.
Son nouveau Chocolat à la façon de Rome,
dont les eſpéces ne différencient que par le
plus ou moins de vanille, eſt généralement trou
vé ſupérieur à tout autre.
Sa liqueur ſpiritueuſe pour les dents , qui en
202 MERCURE DE FRANCE.
arrête ſur le champ ſans retour les plus vives
douleurs , les blanchit & prévient tous les accidens
de la bouche , eſt ſi connue , qu'il en
fait un débit conſidérable. Il débite toujours
avec le même ſuccès ſes Eaux de propreté. Enfin
c'eſt chez lui ſeul , à Paris , que ſe trouve la
véritable Eau de Cologne du Sieur Jean-Antoine
Farina , dont le prix est de 16 fols la
bouteille.
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Résumé : « Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
Le texte évoque les distinctions accordées à Sieur Onfroi, distillateur à Paris. Par un brevet du 21 juin 1758, le roi lui a octroyé le titre de distillateur de Sa Majesté. Un second brevet, daté du 4 novembre 1763, a confirmé ce titre et récompensé Onfroi pour la qualité de ses liqueurs, le désignant comme distillateur ordinaire du roi. Ces distinctions soulignent ses talents et la confiance du public en ses produits. Onfroi a créé plusieurs nouvelles liqueurs, dont une huile royale de vanille facilitant la digestion. Son chocolat à la façon de Rome, disponible en différentes variétés selon la quantité de vanille, est jugé supérieur à tout autre. Sa liqueur spiritueuse pour les dents soulage les douleurs, blanchit les dents et prévient les problèmes buccaux, ce qui en fait un produit très demandé. Il commercialise également des eaux de propreté et l'Eau de Cologne de Jean-Antoine Farina, vendue à 16 sols la bouteille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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698
p. 20-24
LETTRE de M. DE SAINTFOIX, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
Début :
VOICI, Monsieur, un trait de la vie de Henri IV, qui est assez ignoré. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE SAINTFOIX, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
LETTRE de M. DE SAINTFOIX,
à M. DE LA PLACE, Auteur du
Mercure de France.
VOICI, Monsieur, un trait de la
vie de Henri IV, qui est assez ignoré.
Pierre Mathieu , T.I. Liv. VII. pag. 417
de fon Hiſtoire , le rapporte tel que ce
Prince le lui avoit raconté. C'eft Henri
IV lui- même qui parle , n'étant encore
alors que Roi de Navarre..
JANVIER. 1763.
:21
Il avoit ( Henri III ) ce * mal d'o-
» reille ; on croyoit qu'il en mourroit ;
» & ce mal ne lui donnoit pas tant de
» peine que l'idée que le Duc d'Alen-
» çon , fon frère , y profiteroit.
Faut-
»il , me difoit-il , que je laiffe ma Cou-
» ronne à ce méchant ! Mon Maître ,
» lui difois-je , prenez courage ; vous
» en ferez quitte pour le mal. Vous fça-
» vez , me répondit-il , que j'ai toujours
» vêcu avec vous comme avec un frère ;
que je vous ai aimé fans feinte , je
» veux vous découvrir la plaie de mon
» cœur , & je vous dis que je ne sçau-
» rois mourir content fi je fçais que ce
» méchant , qui eft la caufe de ma mort,
» me fuccède. Il faut que vous trou-
» viez moyen de vous en défaire , &
» vous affurer de tous vos amis. Je
» fçais qué le Duc ** de Guife ne vous
» fera pas contraire ; car il n'aime point
* François II étoit mort d'un mal d'oreille , &
l'on croyoit qu'il avoit été empoisonné. Henri III
croyoit de même qu'il avoit été empoisonné par
le Duc d'Alençon , fon frere. Il difoit qu'on l'avoit
déja averti qu'il avoit follicité un Valet- de-
Chambre pour l'égratigner fur la nucque du cou
avec une épingle empoisonnée , en lui attachant
fa fraize.
** Henri , Duc de Guife , tué à Blois le 13 Dé-
cembre 1588.
22 MERCURE DE FRANCE.
» ce méchant. Je fus fort étonné de ce
» difcours , & j'étois en peine comment
"
lui répondre ; car , en ne m'engageant .
» pas à ce qu'il defiroit , je le contriftois
» & augmentois fon mal , & en lui pro-
» mettant d'obéir , je ruinois ma con-
» fcience. Je lui dis : je fçais bien , mon.
Maître , que Monfieur vous a fort of-
,, fenfé , & que le reffentiment doit
bien preffer votre âme , puifqu'en l'é-
» tat où fe trouve maintenant Votre
» Majeſté , il la porte à des chofes fi ex-
» trêmes ; mais j'efpere que vous ne fe-.
» rez pas dans le cas d'en ufer , car
" Dieu vous rendra la fanté , & fera
» tant de graces à Monfieur qu'il rega-
» gnera les vôtres.
» Le Roi me dit fur cela que ce n'é-
» toit point par vengeance & animofité ,
» mais que par juftice & punition, il étoit
» obligé à ne pas laiffer fon Royaume à
" un efprit capable de le détruire , &
» que Dieu le puniroit fi , ayant pû dé-
» tourner ce malheur , il l'enduroit ; que
» d'ailleurs il y alloit de ma conferva-
» tion & de celle de mes amis , étant
» certain qu'auffi - tôt qu'il auroit fermé
» les yeux, fon frère nous feroit tous
» mourir.
J'avois horreur d'entendre
» ces paroles , & encore plus de voir
JANVIER. 1764.
23
» de quelle façon il me les difoit , dans
» la croyance que pour fauver l'Etat
» il n'étoit point obligé aux Loix ; que
» ce qui me fembloit cruel , étoit jufte
» & néceffaire , & que pour ôter à fon
» frère le pouvoir de mal faire , il le fal-
loit promptement ôter du monde.
» Je me vis alors forcé de lui dire que
» mes penſées n'alloient pas plus loin
» qu'elles ne devoient ; que mes defirs
» étoient limités par mon obéiffance ;
» que mes espérances ne fe fonde-
" roient jamais fur la mort d'autrui ;
» que fi je faifois ce qu'il me difoit , je
» ne profpérerois jamais , & que ce pré-
» tendu bonheur me rendroit malheu-
» reux , & qu'enfin une âme généreuſe
» devoit avoir horreur de tout ce qui
» étoit cruel & inhumain.
Il repartit
» promptement qu'il ne falloit pas appel-
» ler cruels & inhumains les remedes
» qui produifoient des effets falutaires.
» Toutes mes raifons ne firent que l'en
» flammer & le confirmer davantage
» dans fa réfolution : car il fe roidiffoit
fort contre les contradictions.
"» Il envoya querir le Prévôt des Mar-
» chands , & lui commanda de faire tout
» ce que je lui dirois. La chambre étoit
» pleine de Princes , Seigneurs & Offi-
24 MERCURE DE FRANCE.
» ciers de la Couronne ; Monfieur le
Prince de Condé y étoit , le Duc de
Guife & fes frères ; j'y étois le plus
» fort , fi le defir de régner eût été auffi
fort en moi que la haine étoit terrible
» au cœur du Roi . Dans le même temps
» Monfieur , qui croyoit déjà être Roi ,
-»
allant au cabinet , paffa par la cham-
bre , fans faluer perfonne : mépris qui
irrita les efprits les plus modérés.
Il
» entra au cabinet , où la Reine- Mere ,
» la Reine régnante & quelques confi-
» dens confultoient fur le préfent & fur
l'avenir. Tout ce Confeil étoit contre
» moi , qui pouvois confondre leurs in-
» tentions ,
>>> miennes.
» Comme on doutoît de plus en plus
» de la vie du Roi , je dis au Duc de
» Guife , notre homme eft mal. La pre-
» miere fois il me répondit , ce ne fera
" rien. La feconde fois , comme je le
" preffois , il me dit , il yfaut penfer. Et
» comme je lui marquois , par mes re-
» gards , que je voulois fçavoir fon in-
» tention , il me dit à la troifiéme fois
» je vous entends , Monfieur ; & frap-
» pant de la main fur le pomeau de fon
» épée , ceci , ajouta-t- il ,
eft à votre
» fervice. Peu après le Roi ſe porta mieux
» & guérit.
fi Dieu n'eût conduit les
à M. DE LA PLACE, Auteur du
Mercure de France.
VOICI, Monsieur, un trait de la
vie de Henri IV, qui est assez ignoré.
Pierre Mathieu , T.I. Liv. VII. pag. 417
de fon Hiſtoire , le rapporte tel que ce
Prince le lui avoit raconté. C'eft Henri
IV lui- même qui parle , n'étant encore
alors que Roi de Navarre..
JANVIER. 1763.
:21
Il avoit ( Henri III ) ce * mal d'o-
» reille ; on croyoit qu'il en mourroit ;
» & ce mal ne lui donnoit pas tant de
» peine que l'idée que le Duc d'Alen-
» çon , fon frère , y profiteroit.
Faut-
»il , me difoit-il , que je laiffe ma Cou-
» ronne à ce méchant ! Mon Maître ,
» lui difois-je , prenez courage ; vous
» en ferez quitte pour le mal. Vous fça-
» vez , me répondit-il , que j'ai toujours
» vêcu avec vous comme avec un frère ;
que je vous ai aimé fans feinte , je
» veux vous découvrir la plaie de mon
» cœur , & je vous dis que je ne sçau-
» rois mourir content fi je fçais que ce
» méchant , qui eft la caufe de ma mort,
» me fuccède. Il faut que vous trou-
» viez moyen de vous en défaire , &
» vous affurer de tous vos amis. Je
» fçais qué le Duc ** de Guife ne vous
» fera pas contraire ; car il n'aime point
* François II étoit mort d'un mal d'oreille , &
l'on croyoit qu'il avoit été empoisonné. Henri III
croyoit de même qu'il avoit été empoisonné par
le Duc d'Alençon , fon frere. Il difoit qu'on l'avoit
déja averti qu'il avoit follicité un Valet- de-
Chambre pour l'égratigner fur la nucque du cou
avec une épingle empoisonnée , en lui attachant
fa fraize.
** Henri , Duc de Guife , tué à Blois le 13 Dé-
cembre 1588.
22 MERCURE DE FRANCE.
» ce méchant. Je fus fort étonné de ce
» difcours , & j'étois en peine comment
"
lui répondre ; car , en ne m'engageant .
» pas à ce qu'il defiroit , je le contriftois
» & augmentois fon mal , & en lui pro-
» mettant d'obéir , je ruinois ma con-
» fcience. Je lui dis : je fçais bien , mon.
Maître , que Monfieur vous a fort of-
,, fenfé , & que le reffentiment doit
bien preffer votre âme , puifqu'en l'é-
» tat où fe trouve maintenant Votre
» Majeſté , il la porte à des chofes fi ex-
» trêmes ; mais j'efpere que vous ne fe-.
» rez pas dans le cas d'en ufer , car
" Dieu vous rendra la fanté , & fera
» tant de graces à Monfieur qu'il rega-
» gnera les vôtres.
» Le Roi me dit fur cela que ce n'é-
» toit point par vengeance & animofité ,
» mais que par juftice & punition, il étoit
» obligé à ne pas laiffer fon Royaume à
" un efprit capable de le détruire , &
» que Dieu le puniroit fi , ayant pû dé-
» tourner ce malheur , il l'enduroit ; que
» d'ailleurs il y alloit de ma conferva-
» tion & de celle de mes amis , étant
» certain qu'auffi - tôt qu'il auroit fermé
» les yeux, fon frère nous feroit tous
» mourir.
J'avois horreur d'entendre
» ces paroles , & encore plus de voir
JANVIER. 1764.
23
» de quelle façon il me les difoit , dans
» la croyance que pour fauver l'Etat
» il n'étoit point obligé aux Loix ; que
» ce qui me fembloit cruel , étoit jufte
» & néceffaire , & que pour ôter à fon
» frère le pouvoir de mal faire , il le fal-
loit promptement ôter du monde.
» Je me vis alors forcé de lui dire que
» mes penſées n'alloient pas plus loin
» qu'elles ne devoient ; que mes defirs
» étoient limités par mon obéiffance ;
» que mes espérances ne fe fonde-
" roient jamais fur la mort d'autrui ;
» que fi je faifois ce qu'il me difoit , je
» ne profpérerois jamais , & que ce pré-
» tendu bonheur me rendroit malheu-
» reux , & qu'enfin une âme généreuſe
» devoit avoir horreur de tout ce qui
» étoit cruel & inhumain.
Il repartit
» promptement qu'il ne falloit pas appel-
» ler cruels & inhumains les remedes
» qui produifoient des effets falutaires.
» Toutes mes raifons ne firent que l'en
» flammer & le confirmer davantage
» dans fa réfolution : car il fe roidiffoit
fort contre les contradictions.
"» Il envoya querir le Prévôt des Mar-
» chands , & lui commanda de faire tout
» ce que je lui dirois. La chambre étoit
» pleine de Princes , Seigneurs & Offi-
24 MERCURE DE FRANCE.
» ciers de la Couronne ; Monfieur le
Prince de Condé y étoit , le Duc de
Guife & fes frères ; j'y étois le plus
» fort , fi le defir de régner eût été auffi
fort en moi que la haine étoit terrible
» au cœur du Roi . Dans le même temps
» Monfieur , qui croyoit déjà être Roi ,
-»
allant au cabinet , paffa par la cham-
bre , fans faluer perfonne : mépris qui
irrita les efprits les plus modérés.
Il
» entra au cabinet , où la Reine- Mere ,
» la Reine régnante & quelques confi-
» dens confultoient fur le préfent & fur
l'avenir. Tout ce Confeil étoit contre
» moi , qui pouvois confondre leurs in-
» tentions ,
>>> miennes.
» Comme on doutoît de plus en plus
» de la vie du Roi , je dis au Duc de
» Guife , notre homme eft mal. La pre-
» miere fois il me répondit , ce ne fera
" rien. La feconde fois , comme je le
" preffois , il me dit , il yfaut penfer. Et
» comme je lui marquois , par mes re-
» gards , que je voulois fçavoir fon in-
» tention , il me dit à la troifiéme fois
» je vous entends , Monfieur ; & frap-
» pant de la main fur le pomeau de fon
» épée , ceci , ajouta-t- il ,
eft à votre
» fervice. Peu après le Roi ſe porta mieux
» & guérit.
fi Dieu n'eût conduit les
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Résumé : LETTRE de M. DE SAINTFOIX, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
La lettre de M. de Saint-Foix à M. de La Place décrit un épisode impliquant Henri IV, alors roi de Navarre, et son cousin Henri III. Henri III souffrait d'un mal d'oreille et craignait que son frère, le duc d'Alençon, ne profite de sa maladie pour accéder au trône. Henri III confia à Pierre Mathieu, l'auteur de la lettre, ses inquiétudes et son désir de se débarrasser du duc d'Alençon, qu'il soupçonnait de vouloir l'empoisonner. Henri III envisageait d'éliminer son frère pour éviter une succession problématique, estimant que cela serait bénéfique pour le royaume. Pierre Mathieu, choqué par cette demande, tenta de dissuader Henri III en invoquant des principes moraux et en refusant de participer à un acte aussi cruel. Malgré les arguments de Mathieu, Henri III resta déterminé à agir. Il convoqua le prévôt des marchands pour exécuter ses ordres, mais finit par se rétablir, ce qui mit fin à ses intentions meurtrières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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699
p. 101-108
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
Début :
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la Séance par la proclamation du Prix que [...]
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, tenue le 14 Août 1763,
dans la Salle de l'Université.
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey, Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province.
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avan-
tages & défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecri-
vains ; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal. Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Au-
teurs des deux Mémoires , qui ont dif-
puté le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des re-
cherches plus intéreffantes ; mais dont
quelques -unes ont paru à l'Académie s'é-
loigner un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Elo-
ge de M. le Marquis d'Anlezy , Lieute-
nant Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien ho-
noraire , mort le 12 Janvier dernier.
L'Orateur , après avoir parcouru rapi-
dement les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'édu-
cation d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'An-
JANVIER. 1764.
103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établif-
femens de fon Commandement , les té-
moignages qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il pro-
jettoit de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Cor-
refpondant de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſta-
lin , pour la guérifon de la Catara&te , in-
ventée par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus-Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abi-
bal , Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , na-
tif de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Cha-
pitres , dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cin-
quiéme dogmatique , & en quelque ma-
nière critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764.
105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même-temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à- dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
رو
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
"
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
"
» des Mythologues fous le nom de Ju-
»piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt-à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques-là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés.
Les Mémoires fecrets ,
écrits en Let-
tres Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'u-
fage de ce temps , lui ont fourni les prin-
cipaux matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inf-
tructions qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò.
Eufébe a reproché avec raifon à San-
JANVIER. 1764.
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité. Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & maté-
rielle , avant que la Révélation eût éclai-
ré les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des in-
terpolations étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Au-
teur dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'A-
bidene , d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien ,
antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démo-
crite , Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Para-
raphrafe du premierChapitre de Sancho-
niaton , qui contient les vieilles tradi-
tions , l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, tenue le 14 Août 1763,
dans la Salle de l'Université.
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey, Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province.
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avan-
tages & défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecri-
vains ; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal. Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Au-
teurs des deux Mémoires , qui ont dif-
puté le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des re-
cherches plus intéreffantes ; mais dont
quelques -unes ont paru à l'Académie s'é-
loigner un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Elo-
ge de M. le Marquis d'Anlezy , Lieute-
nant Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien ho-
noraire , mort le 12 Janvier dernier.
L'Orateur , après avoir parcouru rapi-
dement les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'édu-
cation d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'An-
JANVIER. 1764.
103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établif-
femens de fon Commandement , les té-
moignages qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il pro-
jettoit de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Cor-
refpondant de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſta-
lin , pour la guérifon de la Catara&te , in-
ventée par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus-Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abi-
bal , Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , na-
tif de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Cha-
pitres , dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cin-
quiéme dogmatique , & en quelque ma-
nière critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764.
105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même-temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à- dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
رو
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
"
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
"
» des Mythologues fous le nom de Ju-
»piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt-à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques-là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés.
Les Mémoires fecrets ,
écrits en Let-
tres Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'u-
fage de ce temps , lui ont fourni les prin-
cipaux matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inf-
tructions qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò.
Eufébe a reproché avec raifon à San-
JANVIER. 1764.
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité. Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & maté-
rielle , avant que la Révélation eût éclai-
ré les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des in-
terpolations étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Au-
teur dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'A-
bidene , d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien ,
antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démo-
crite , Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Para-
raphrafe du premierChapitre de Sancho-
niaton , qui contient les vieilles tradi-
tions , l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
Lors d'une séance publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon le 14 août 1763, M. Michault a annoncé les lauréats du prix attribué à M. Thomas Dumorey et à M. le Jolivet fils pour leurs mémoires sur les avantages et inconvénients du canal projeté entre la Saône et la Seine en Bourgogne. La séance a également rendu hommage au Marquis d'Anlezy, décédé en janvier précédent, en soulignant ses exploits militaires et ses vertus. M. Hoin a prononcé l'éloge de M. Daviel, un oculiste renommé, pour ses contributions à la médecine, notamment l'opération de la cataracte. M. Picardet l'aîné a célébré Jean-Philippe Rameau, surnommé l'Orphée de la Bourgogne, à travers un poème. M. de Broffes a présenté un mémoire sur Sanchoniaton, un auteur phénicien ancien, dont les écrits ont été commentés par Eusèbe. Sanchoniaton est décrit comme un historien compilant des mémoires secrets et des actes publics, utilisant des sources égyptiennes et phéniciennes. Eusèbe a critiqué Sanchoniaton pour sa vision matérialiste de la création du monde. M. de Broffes a entrepris de purifier le texte original de Sanchoniaton des interpolations ajoutées par Eusèbe et d'autres traducteurs. Il a présenté une paraphrase explicative basée sur les expressions originales et les opinions comparées d'autres nations orientales, comme Berose et Abidene. Le texte se conclut par une lecture d'un essai de M. de Broffes sur la paraphrase du premier chapitre de Sanchoniaton, abordant les anciennes traditions et doctrines concernant la formation du monde et l'origine des premiers arts.
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700
p. 113-119
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Début :
LE Mercredi, 23 Novembre, les Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
LE Mercredi, 23 Novembre, les
Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
établie à Lyon fous la direction de M.
Bourgelat , donnerent en préfence d'une
Affemblée nombreufe & diftinguée
de nouvelles preuves de leur application
& de leurs progrès.
On procéda à la diftribution de deux
Prix qui furent difputés à la manière
accoutumée par vingt-fix d'entr'eux. M.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
}
£ 14 MERCURE DE FRANCE.
Général des Armées du Roi & Séné
chal de Lyon , qui honora , ainfi que
M. l'Intendant & plufieurs perfonnes de
confidération , ce concours de fa pré-
fence , fit lui-même tirer au hazard les
billets cachetés qui contenoient diverſes
queftions fur la matière dont ces Eléves
devoient parler.
Les objets qui furent difcutés s'éten-
dirent à tout ce qui peut concerner le
choix des chevaux , d'après l'examen
de la franchiſe , de la liberté , de l'éga-
lité des mouvemens de leurs membres
dans leurs différentes allures & felon les
différens ufages auxquels on les defti-
ne ; à tout ce qui regarde le foin qu'ils
éxigent , foit dans le repos , foit dans
le voyage ; à des détails très-inftru&tifs
fur la qualité , le genre , & la quantité
des alimens qui leur conviennent ; fur
les attentions que demande l'entrepriſe
de multiplier & de perfectionner l'ef-
pèce de ces animaux dans des haras
parqués , ou dans des haras réſultant
de la difpofition des chevaux entiers dans
différens arrondiffemens ; fur les étalons
tant nationaux , qu'étrangers , dont on
peut ou dont on doit tirer race ; fur
ceux qui doivent être préférés , confi-
dération faite des climats & des lieux
JANVIER. 1764.
115
où il s'agit d'en faire le placement ; fur
le genre de vie auquel ils doivent être
tenus dans le temps & hors le temps de
la monte ; fur la néceffité & la manière
de croifer les races & d'appareiller les
figures & les qualités ; fur le choix &
le foin des Jumens poulinieres pleines
ou non pleines ; fur les inconvéniens qui
réfultent de l'habitude pernicieufe dans
laquelle on eft communément parmi
nous de les faire faillir & porter toutes
les années ; fur le temps le plus propre
à la monte ; fur les moyens les plus
fimples de la rendre fructueufe ; fur le
part , fur les voyes de parer à des avor-
temens très-fréquens ; fur la manière
d'opérer la délivrance de la cavale dans
les circonftances d'un part difficile & !a-
borieux
fur le traitement du poulain
qui vient de naître ; fur le temps de le
févrer ; fur les précautions à prendre
quand il doit l'être ; fur le temps de le
hongrer , lorfqu'on n'eft pas dans le def-
fein d'en obtenir des productions ; fur
le régime à lui faire obferver dans les
différentes périodes de fa jeuneffe &
jufqu'au moment où il devient cheval ;
fur l'éducation à lui donner ; fur la fa-
çon de l'apprivoifer & de le rendre obéif-
fant , familier & doux à l'homme , &c.
116 MERCURE DE FRANCE .
Tous ces mêmes points relativement
aux bêtes à cornes , aux bêtes à laine,
& aux autres animaux domeftiques &
des champs , feront pareillement appro-
fondis dans une féance indiquée au mois
de Mars prochain , l'hyver étant une
faifon trop précieufe pour ne pas l'em-
ployer toute entiere à l'étude de l'ana-
tomie & aux diffections.
Le Public n'a pas témoigné une moin-
dre fatisfaction de ce qu'il a entendu
dans cette affemblée , que de ce qu'il
avoit entendu , dans les autres ; il a pa-
ru qu'il voyoit avec un nouveau plai-
fir nombre d'Eléves déja en état de fer-
vir utilement dans les différentes Pro-
vinces du Royaume & d'y répandre de
véritables lumières fur les haras , c'eft-
à- dire , fur une des plus importantes
parties de l'adminiftration .
On a très-longtemps héfité avant
d'affeoir un Jugement & de déterminer
quel feroit celui d'entr'eux à qui la cou
ronne feroit décernée. Après bien des
débats , le premier Prix a été adjugé à
neuf Eléves qui font :
Les fieurs Dauvergne le cadet , Peti
te , Danne Thomas , tous les quatre
entretenus à l'Ecole par l'Intendant de
la Comté de Bourgogne.
JANVIER. 1764.
dant de Limoges.
phiné.
miens.
Les talens.
117
Barjollin entretenu par M. l'Inten-
Gay , par M. l'Intendant du Dau-
Beauvais , par M. l'Intendant d'A-
Danguien de Lyon , déja connu par
Et Chanu de la Province de Bourgo-
gne qui paroît empreffé de marcher fur
fes traces :
Ces neuf Eléves ont tiré au fort. Le
fieur Barjollin en a été favorifé ; mais
les huit autres Eléves n'ont pas dû être
moins fenfibles à la gloire qu'ils fe
font acquife.
Le fecond Prix a été adjugé à onze
Eléves qui font :
Les fieurs Girard & Graffet entrete-
nus à l'Ecole par M. l'Intendant de la
Comté de Bourgogne,
Mirat & Dupin , entretenus par M,
l'Intendant de Limoges.
Berthoux , entretenu par M. l'Inten-
dant du Dauphiné.
Preflier , par M. l'Intendant de Mou-
lins.
La Combe par M. l'Intendant de Bor-
deaux.
Chabert & Dechamps de la Ville de
Lyon.
118 MERCURE DE FRANCE.
Treitch, entretenu par M. l'Intendant
d'Auvergne,
Brachet , entretenu par la Province
de Bugey. Ce dernier a été favorisé par
le fort comme le fieur Barjollin , mais
ſes adverfaires ne fe font pas moins con .
cilié l'eftime du Public.
Les autres Eléves qui ont concouru
font les fieurs Defchaux , âgé de 12 ans,
de la Ville de Lyon & Defavenieres ,
de la même Ville.
Faure , l'aîné , entretenu par M. l'In-
tendant de Lyon.
Dauvergne , l'aîné & Beaumont , fils,
entretenu par M. l'Intendant de la Com-
té de Bourgogne.
Kamerlet , entretenu par la Ville de
Nancy.
Le premier acceffit a été adjugé aux
deux premiers , le fecond aux fieurs
Dauvergne , l'aîné , Beaumont , fils , &
Favre , l'aîné.
Le Public perfuadé que l'émulation
de ces vingt-fix concurrens excitera
celle des autres Eléves , s'attend au pre-
mier concours à en entendre un plus
grand nombre.
Le fieur Bredin , de la Ville d'Au-
xonne , ayant été occupé dans diverfes
Provinces & fe trouvant même actuelle-
JANVIRE. 1764.
119
ment dans la Xaintonge par ordre du
Miniftre , n'a pu concourir.
Les fieurs Pufenas , du Bourbonnois,
& Didney , de la Généralité d'Amiens
en ont été empêchés par une maladie,
Le fieur Moret de la Ville de Châlons-
fur-Saône, ne s'eft pas préfenté, attendu
la difficulté qu'il a de prononcer , & le
fieur Bloufard , de la Province de Breffe ,
attendu la difficulté qu'il a de s'expli-
quer. L'un & l'autre auroient pu entrer
en lice.
LE Mercredi, 23 Novembre, les
Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
établie à Lyon fous la direction de M.
Bourgelat , donnerent en préfence d'une
Affemblée nombreufe & diftinguée
de nouvelles preuves de leur application
& de leurs progrès.
On procéda à la diftribution de deux
Prix qui furent difputés à la manière
accoutumée par vingt-fix d'entr'eux. M.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
}
£ 14 MERCURE DE FRANCE.
Général des Armées du Roi & Séné
chal de Lyon , qui honora , ainfi que
M. l'Intendant & plufieurs perfonnes de
confidération , ce concours de fa pré-
fence , fit lui-même tirer au hazard les
billets cachetés qui contenoient diverſes
queftions fur la matière dont ces Eléves
devoient parler.
Les objets qui furent difcutés s'éten-
dirent à tout ce qui peut concerner le
choix des chevaux , d'après l'examen
de la franchiſe , de la liberté , de l'éga-
lité des mouvemens de leurs membres
dans leurs différentes allures & felon les
différens ufages auxquels on les defti-
ne ; à tout ce qui regarde le foin qu'ils
éxigent , foit dans le repos , foit dans
le voyage ; à des détails très-inftru&tifs
fur la qualité , le genre , & la quantité
des alimens qui leur conviennent ; fur
les attentions que demande l'entrepriſe
de multiplier & de perfectionner l'ef-
pèce de ces animaux dans des haras
parqués , ou dans des haras réſultant
de la difpofition des chevaux entiers dans
différens arrondiffemens ; fur les étalons
tant nationaux , qu'étrangers , dont on
peut ou dont on doit tirer race ; fur
ceux qui doivent être préférés , confi-
dération faite des climats & des lieux
JANVIER. 1764.
115
où il s'agit d'en faire le placement ; fur
le genre de vie auquel ils doivent être
tenus dans le temps & hors le temps de
la monte ; fur la néceffité & la manière
de croifer les races & d'appareiller les
figures & les qualités ; fur le choix &
le foin des Jumens poulinieres pleines
ou non pleines ; fur les inconvéniens qui
réfultent de l'habitude pernicieufe dans
laquelle on eft communément parmi
nous de les faire faillir & porter toutes
les années ; fur le temps le plus propre
à la monte ; fur les moyens les plus
fimples de la rendre fructueufe ; fur le
part , fur les voyes de parer à des avor-
temens très-fréquens ; fur la manière
d'opérer la délivrance de la cavale dans
les circonftances d'un part difficile & !a-
borieux
fur le traitement du poulain
qui vient de naître ; fur le temps de le
févrer ; fur les précautions à prendre
quand il doit l'être ; fur le temps de le
hongrer , lorfqu'on n'eft pas dans le def-
fein d'en obtenir des productions ; fur
le régime à lui faire obferver dans les
différentes périodes de fa jeuneffe &
jufqu'au moment où il devient cheval ;
fur l'éducation à lui donner ; fur la fa-
çon de l'apprivoifer & de le rendre obéif-
fant , familier & doux à l'homme , &c.
116 MERCURE DE FRANCE .
Tous ces mêmes points relativement
aux bêtes à cornes , aux bêtes à laine,
& aux autres animaux domeftiques &
des champs , feront pareillement appro-
fondis dans une féance indiquée au mois
de Mars prochain , l'hyver étant une
faifon trop précieufe pour ne pas l'em-
ployer toute entiere à l'étude de l'ana-
tomie & aux diffections.
Le Public n'a pas témoigné une moin-
dre fatisfaction de ce qu'il a entendu
dans cette affemblée , que de ce qu'il
avoit entendu , dans les autres ; il a pa-
ru qu'il voyoit avec un nouveau plai-
fir nombre d'Eléves déja en état de fer-
vir utilement dans les différentes Pro-
vinces du Royaume & d'y répandre de
véritables lumières fur les haras , c'eft-
à- dire , fur une des plus importantes
parties de l'adminiftration .
On a très-longtemps héfité avant
d'affeoir un Jugement & de déterminer
quel feroit celui d'entr'eux à qui la cou
ronne feroit décernée. Après bien des
débats , le premier Prix a été adjugé à
neuf Eléves qui font :
Les fieurs Dauvergne le cadet , Peti
te , Danne Thomas , tous les quatre
entretenus à l'Ecole par l'Intendant de
la Comté de Bourgogne.
JANVIER. 1764.
dant de Limoges.
phiné.
miens.
Les talens.
117
Barjollin entretenu par M. l'Inten-
Gay , par M. l'Intendant du Dau-
Beauvais , par M. l'Intendant d'A-
Danguien de Lyon , déja connu par
Et Chanu de la Province de Bourgo-
gne qui paroît empreffé de marcher fur
fes traces :
Ces neuf Eléves ont tiré au fort. Le
fieur Barjollin en a été favorifé ; mais
les huit autres Eléves n'ont pas dû être
moins fenfibles à la gloire qu'ils fe
font acquife.
Le fecond Prix a été adjugé à onze
Eléves qui font :
Les fieurs Girard & Graffet entrete-
nus à l'Ecole par M. l'Intendant de la
Comté de Bourgogne,
Mirat & Dupin , entretenus par M,
l'Intendant de Limoges.
Berthoux , entretenu par M. l'Inten-
dant du Dauphiné.
Preflier , par M. l'Intendant de Mou-
lins.
La Combe par M. l'Intendant de Bor-
deaux.
Chabert & Dechamps de la Ville de
Lyon.
118 MERCURE DE FRANCE.
Treitch, entretenu par M. l'Intendant
d'Auvergne,
Brachet , entretenu par la Province
de Bugey. Ce dernier a été favorisé par
le fort comme le fieur Barjollin , mais
ſes adverfaires ne fe font pas moins con .
cilié l'eftime du Public.
Les autres Eléves qui ont concouru
font les fieurs Defchaux , âgé de 12 ans,
de la Ville de Lyon & Defavenieres ,
de la même Ville.
Faure , l'aîné , entretenu par M. l'In-
tendant de Lyon.
Dauvergne , l'aîné & Beaumont , fils,
entretenu par M. l'Intendant de la Com-
té de Bourgogne.
Kamerlet , entretenu par la Ville de
Nancy.
Le premier acceffit a été adjugé aux
deux premiers , le fecond aux fieurs
Dauvergne , l'aîné , Beaumont , fils , &
Favre , l'aîné.
Le Public perfuadé que l'émulation
de ces vingt-fix concurrens excitera
celle des autres Eléves , s'attend au pre-
mier concours à en entendre un plus
grand nombre.
Le fieur Bredin , de la Ville d'Au-
xonne , ayant été occupé dans diverfes
Provinces & fe trouvant même actuelle-
JANVIRE. 1764.
119
ment dans la Xaintonge par ordre du
Miniftre , n'a pu concourir.
Les fieurs Pufenas , du Bourbonnois,
& Didney , de la Généralité d'Amiens
en ont été empêchés par une maladie,
Le fieur Moret de la Ville de Châlons-
fur-Saône, ne s'eft pas préfenté, attendu
la difficulté qu'il a de prononcer , & le
fieur Bloufard , de la Province de Breffe ,
attendu la difficulté qu'il a de s'expli-
quer. L'un & l'autre auroient pu entrer
en lice.
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Résumé : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Le 23 novembre, les élèves de l'École Royale Vétérinaire de Lyon, dirigés par M. Bourgelat, ont pris part à une assemblée lors de laquelle deux prix ont été décernés suite à un concours impliquant vingt-six élèves. L'événement a été présidé par le Marquis de la Ferrière, Lieutenant Général des Armées du Roi et Sénéchal de Lyon. Les sujets abordés incluaient la gestion des chevaux, notamment le choix des chevaux, leurs besoins alimentaires, la multiplication et la perfection des races équines, ainsi que les soins aux poulinières et poulains. Les discussions ont également porté sur les bêtes à cornes, les bêtes à laine et autres animaux domestiques, avec une séance prévue pour mars. Le public a salué la préparation des élèves, prêts à servir dans diverses provinces du royaume. À l'issue des délibérations, neuf élèves, dont Barjollin, ont reçu le premier prix, et onze autres, dont Brachet, ont obtenu le second prix. Des accessits ont été attribués à Deschaux et Desavenières. Le public a exprimé l'espoir de voir davantage d'élèves participer au prochain concours. En janvier 1764, plusieurs personnes devaient participer à un événement, mais divers empêchements les en ont dissuadés. Le sieur Bredin, occupé dans différentes provinces, se trouvait en Saintonge sur ordre du ministre. Les sieurs Pufenas et Didney étaient malades, tandis que le sieur Moret avait des difficultés à prononcer et le sieur Bloufard à s'expliquer. Malgré ces obstacles, les sieurs Moret et Bloufard auraient pu participer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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