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1
p. 237-273
Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Début :
Rien ne marquant mieux la grandeur du Roy, & le [...]
Mots clefs :
Troupes, Maintenon, Pieds, Hauteur, Aqueduc , Terre, Roi, Rivière, Nivellements, Arcades, Maçonnerie, Canal, Talus, Berchères, Rivière d'Eure, Revue des troupes, Travaux, Eaux, Versailles, Louvois, La Hire
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Rien ne marquant
mieux la grandeur du
- Roy , & le glorieux eftat
où eſt la France , que les
travaux qu'on fait pour
conduire laRiviere d'Fure
à Versailles,& les Ambaffadeurs
ſouhaitant avec
ardeur de voir quelques
Troupes de Sa Majesté ,
2
238 Voyage des Amb.
و
on les a menez à Maintenon
pour leur faire
voir en bataille celles qui
travaillent à l'Aqueduc ,
&pour fatisfaire en mefme
temps leur curioſité
fur ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt icy une occafion
de vous en parler à
fond, jeprendray la choſe
dés ſon origine .
Toutes les meſures
7
qu'on avoit priſes , & tous
les nivellemens qui avoient
eſté faits ily a plu
de Siam. 239
2
ſieurs années , pour faire
venir des Eaux vives à
Verfailles , fans y employer
des Pompes ou
d'autres Machines femblables
, avoient fait voir
qu'il eſtoit impoffible d'en
avoir que de la Riviere de
Loire , mais pour la conduire
en cette Maiſon
Royale , il auroit fallu la
détourner au deſſus de la
Charité, ce qui avoit paru
d'une fi grande difficulté,
pour la longueur du che
240 Voyage des Amb.
min , & à caufe des lieux
bas par où l'on auroit efté
contraint de paffer , que
Sa Majesté avoit entierement
abandonné ce deffein
, eftant d'ailleurs tresperfuadée
de la juſteſſe
avec laquelle feu M.Picard
de l'Academie des
Sciences , avoit pris tous
les niveaux , quoy qu'on
vouluſt affcurer qu'un
ruiſſeau de cette Riviere
étant dérournéàOrleans ,
,
pouvoit eſtre conduit jufque
de Siam . 241
que fur la Montagne de
Sataury , qui eft de pluſieurs
toiſes plus haute
que le dessus duChaſteau .
Il n'y avoit point d'apparence
qu'on pût trouver
quelqueautre Riviere, ou
quelques eaux vives pour
eſtre conduites à Verſailles
, puis que par ſes nivellemens
on ſçavoit que la
Seine étoit beaucoup plus
baſse que la Loire, & que
par confequent tout le
terrein entre ces deux Ri
X
242 Voyage des Amb.
vieres ne pouvoit fournir
que quelques eaux qui
n'avoient pas assez de
hauteur pour ce qu'on avoit
deſsein de faire ; &
comme il y a de l'apparence
que plus on s'approche
de la Mer, plus les terreins
vont en defcendant,
il ſembloit que c'eſtoit
inutilementqu'on croyoit
trouver des eaux aſsez
hautes dans les terres
qui font au Couchant
à l'égard de Verſailles,
de Siam.
243
puis que c'eſt vers ce côtélà
queles Rivieres de Loire
& de Seine ont leur
cours . Cependant fur la
fin de l'année 1684. M² de
Louvois ayant confideré
que la Riviere d'Eure devoit
avoir beaucoup de
hauteur, puis que tous les
terreins depuis Verſailles
en tirant versMaintenon,
où elle paſſe , estoient extrémement
hauts,& qu'il
y avoit vers ce coſté-là
des eaux que l'on foute
X ij
244 Voyage des Amb.
noit dans des canaux avec
une tres - grande hauteur
, il jugea que cette
Riviere , qui étoit fort rapide
dans ſa courſe , en
pouvoit au moins avoir
aſſez pour eftre élevée
commodement par le fecours
de quelque petite
Machine juſque dans les
Eſtangs de Trape & des
environs , qui ſervoient
de refervoir aux eaux
de ces Quartiers - là. Il
donna ordre à M de la
deSiam.
245
Hire, Profeffeur Royal en
Mathematique , & de
l'Academie des Sciencès ,
à qui il avoit déja confié
pluſieurs nivellemens importans
pour Fontainebleau
&Verfailles , d'aller
reconnoiſtre la hauteur
de la Riviere d'Eure dans
fa courſe en remontant
depuis Maintenon , &
de chercher vers le Perche
quellesen étoient leseaux
& quelles hauteurs elles
avoient. M' de la Hire
r
25
Xij
246 Voyagedes Amb.
partit de Versailles dans
le mois d'Octobre de la
mefme année ; & en nivellant
toûjours juſqu'à
Maintenon , il y trouva
la Riviere d'Eure plus bafſe
que le deſſus du Chafteau
de Versailles d'environ
cent cinquante pieds,
& remontant cette Riviere
, il trouva enfin qu'à
Pontgüoin, qui eft à ſept
lieuës au deffus de Chartres
, elle estoit plus haute
que ce Chaſteau de prés
de Siam. 247
de quatre - vingt pieds.
Cette découverte luy
donna d'abord beaucoup
de joye , mais auffi beaucoup
de crainte de quelque
erreur , qui pouvoit
s'eftre infenfiblement gliffée
dans les operations
quifont tres difficiles dans
des nivellemens de plus
de trente lieues . Il verifia
toutes fes obfervations ,
autant que la ſaiſon le luy
pût permettre , à cauſe du
mauvais remps , & fur
Xinj
248 Voyagedes Amb.
tout des grands vents, qui
nuifent fort aux nivellemens
, & il trouva qu'il
ne pouvoit y avoir que
tres - peu d'erreur. Le Roy
eſtant alors à Fontainebleau
, il apporta cette
nouvelle à M'de Louvois,
qui témoigna en eſtre fort
fatisfait . Cependant M. de
la Hire luy ayant remontré
les difficultez des operarions
pendant l'Hiver ,
M'de Louvois luy donna
ordre de retourner dans
de Siam.
249
ces meſmes lieux vers le
Printemps , pour faire les
verifications des hauteurs
qu'il avoit trouvées dans
tous les points principaux
où il avoit marqué que
l'eau devoit paffer , de la
maniere que l'on comence
à l'executer preſentement
. Il trouva dans la
verification des premiers
nivellemens , un pied ou
deux plus de hauteur que
la premiere fois , & il reconnut
par des nivelle
250 Voyage des Amb.
mens un peu plus longs
queles premiers , que les
eaux des Rivieres qui paffent
à Verneuil & à Breteüil,
pouvoient eftre conduites
dans des canaux
fur terrejuſqu'à l'emboucheure
de l'Aqueduc qui
devoit porter les eaux de
la Riviere d'Eure pardeffus
le valon de Maintenon
. On travaille prefentement
à cette grande
Entrepriſe qui furpaffera
en magnificence tout ce
de Siam.
251
que les Empereurs Romains
ont fait dans l'étenduë
de pluſieurs Siecles..
Tous les canaux fur la fuperficie
de la terre font achevez
; l'eau que l'on y a
fait couler a confirméla
juſteſfedes nivellemens,&
l'Aqueduc qui doit paffer
dans le valon de Maintenon
eft fort avancé. La
partie de cet Aqueduc qui
eſt dans le plus profond
du valon doit eftre de
pierre,& le reſte des deux
252 Voyage des Amb.
C
coftez , où la hauteur est
mediocre , paffera fur de
grandes Terraffes élevées
pour ce ſujet . Voicy les
meſures & le détail de
cetOuvrage.
Ily a environ vingt mille
toiſes de Canal depuis
Pontgoüin, où l'on prend
laRiviere, juſque àBercherelaMangor.
CeCanal, qui
eft conduit fur la fuperficie
de la terre , felon fon
niveau , a par bas quinze
pieds , & plus ou moins
de Siam.
253
de hauteur felon le terrein
;& le Talus des bords
eſt double de la profondeur.
Dans le fond de
Berchere, où devoit commencer
l'Aqueduc de maçonnerie
, on fait une Levée
ou Aqueduc de terre,
rapportée à l'Aqueduc de
maçonnerie pendant trois
mille fix cens ſept toiſes.
- Cet Aqueduc de terre a
comme le Canal quinze
pieds de large par le fond,
de haut fix , ſept, ou huit
هللا
254 Voyage des Amb.
pieds ,&de talus le double
de la hauteur ; les
bords font fortifiez de
chauffées de neuf pieds
de large. Le talus de la
Levée eſt auſſi double de
ſa hauteur , pour empefcher
que les terres ne s'éboulent.
Dans le fond de
Berchere la Levée de terrea
cent pieds, & en d'autres
endroits foixante &
dix, cinquante , quarante
&vingt de hauteur.
A l'endroit où cette lede
Siam.
255
vée de terre joint l'Aqueduc
de Maçonnerie qui
eft vers Maintenon , elle
a 79. pieds de haut. Cét
Aqueduc de Maçonnerie
à 2960. toiſes de longueur
en 242. Arcades qui ont
40. pieds de large. Leurs
piles en ont vingt- quatre,
& de longueur quaranteſepta
quarante-huit pieds ,
avec des pilliers boutans
de onze pieds de large , aprés
les retraites , & de
faillie fix pieds. Il a dans
256 Voyage des Amb.
le plus profond trois Ar
cades l'une fur l'autre .
Du coſté de Berchere,
le nombre des Arcades
ſimples eftde trente- trois.
De doubles foixante-
& onze.
De triples quarante- fix.
Puis de doubles , foixante
& douze .
Et enfin de ſimples ,
vingt.
Leſquelles réjoignent
l'Aqueduc de terre rap.
portée du coſté de Ver
de Siam
257
&
failles afoixante cinq pieds
environ de hauteur , qui
continuë en. diminuant:
pendant fix mille cinquante
cinq , juſqu'à ce qu'il
vienne à la hauteur du
terrain , & depuis la juf
ques à Verfailles , il continue
fur terre de meſme
qu'entre Pontgouin &
Berchere pendant vingtcinq
mille toiſes , horſmis :
qu'en quelques endrois il
y aura dans terre unAque--
duc de Maçonnerie. La
298 Voyage des Amb.
plus grande hauteur de
l'Aqueduc dans le fondde
Maintenon , où paſſent
les Rivieres d'Eure & de
Gallardon , & où font les
triples arcades , eft de216.
pieds 6. pouces , juſqu'au
pavé des Corridors , ſans
les fondemens qui doivent
avoir 15. ou 16. pieds
de profondeur , & fans le
Parapet qui a trois pieds
fix pouces.
La hauteur des premieresArcades
juſque ſous la
de Siam. 252
voûte eſt de foixante &
ſeize pieds ,& juſqu'au pavé
des ſecondes quatre--
vingt-un pied fix pouces.
Les fecondes arcades
ont juſque ſous la voûte
foixante&dix pieds ,&jufqu'au
pavédes troiſiemes ,
quatre-vingt- cinq pieds.
Les troifiémes arcades
ont juſque ſous la voure
trente pieds trois pouces,
& juſqu'aux Corridors
neuf pieds neuf pouces,
fur leſquels font les Para
Yij
260 Voyage desAmb.
pets de trois pieds fix pou
ces .
Le Canal à ſept pieds
de large par bas , & s'élargit
juſqu'à ſept pieds fix
pouces , à la hauteur de
quatre pieds où commence
lavoute à plein ceintre.
Il y a de coſté & d'autre
du Canal un Corridor
-de trois pieds , & un Parapet
de dix- fept pouces de
large.
Les piles font à plomb
par le dedans hors de ter
de Siam. 261
re ,& par les coſtez . Il y
a par tout l'Aquedue un
pouce pour toiſe de talus,
mais les piliers bourans
en ont davantage au deffus
des premieres Arcades .
Il ſe fait de part & d'autre
une retraite d'environ
-ſept pieds , & au deffus
des fecondes , de prés de
fix pieds .
Ily a une porte au milieu
de chaque pile pour
pouvoir paffer tout du
long de l'Aqueduc , tant
262 Voyage des Amb.
aux ſecondes Arcades
qu'aux troifiémes. Lesportes
des fecondes ont quatre
pieds de large ,& celles
des troifiémes trois pieds
fix pouces , fur ſept pieds
dehaut.
Il y a des Eſcaliers qui
montent de terre au premier
étage par le dehors.
Ceux qui montent au
ſecond ſont pratiquez
dans l'épaiffeur des piles,
& ceux qui montent au
troifiéme font partie de
de Siam. 263
dans , partie dehors.
Voilà l'eſtat où eftoient
ces Ouvrages il y a fix
mois. Ils doivent eftre prefentement
bien plus avancez,
puisque plus de trente
mille hommes n'ont point
ceffé d'y travailler pendat
ce temps- là. De ces trente
mille hommes, il y en
a une partie de Maçons,
d'Apareilleurs , & d'autres
gens neceſſaires pour
les choſes qui ne peuvent
être faites par lesTroupes.
264 Vyage des Amb.
Elles font employées tant
l'Aqueduc qu'aux CarrieresdeGallardon
&d'Epernon
, & aux Ouvrages de
terre & fe montent à
vingt - deux mille hommes
où environ. Voicy les
noms des Regimens qui
les compoſent. Je ne vous
les envoye pas felon leur
rang.
REGIMENS.
Picardie.
Champagne..point
Royal
de Siam. 265
Royal des Vaiſſeaux.
Languedoc.
Navarre.
Feuquieres.
Cruffol.
La Fare .
Fufiliers du Roy.
Alface.
Vaubecour.
Lyonnois.
Dauphin .
La Reyne .
Anjou.
Vermandois.
Il y a outre cela trois
Z
266 Voyage des Amb.
Efcadrons de Dragons .
Le Logis des Ambaffadeurs
fut gardé par une
Compagnie dont le Capitaine
, le Lieutenant &
1 ' Enſeigne étoient en
Hauſſe - Col , pour leur
faire plus d'honneur. M
le Marquis d'Uxelles qui
commande toutes ces
Troupes , alla luy- meſme
le premier jour demander
le mot aux Ambaſſadeurs ,
&ils donnerent pour mot
Prosperité. Le Major Ge
deSiam. 267
neraly alla le prendre les
deuxjours fuivans , & les
motsqu'ils luy donnerent
furent l'Alliance Royale,
& Deux contre tous . Je
ne vous dis point qu'ils
entendoient parler des
Rois de France & de
Siam Ils admirerent les
Travaux dont je viens
de vous faire la defcription.
Le premier Ambaffadeur
les conçeut fi bien,
& en donna des marques
fi convaincantes , qu'iln'y
Zij
268 Voyage des Amb.
a point d'Architecte ny
d'Ingenieur qui euft pû les
mieux comprendre . Il dit
auffi , Qu'il ne croyoit pas
que tous les Rois de l' Europe
ensemble en puſſentfaire
autant. On leur fit voir
toutes les Troupes qui bátirent
aux Champs , &
falüerent du Drapeau.
Elles firent l'Exercice au
fon du Tambour, & montrerent
la parfaite intelligence
qu'elles ontdu Mêtier
de la Guerre.Il y avoit
de Siam. 269
douze Chevaux de l'Ecurie
du Roy que l'Ambaffadeur
& les Mandarins
monterent. Le premier
Ambaffadeur montra
d'un air fort déliberé ,
de quelle maniere les Siamois
ſe battent avec la
Lance. On luy demanda
s'il trouvoit les Troupes
du Roy belles , & il répondit,
qu'il ne croyoit pas
en avoir veu Cette réponfe
furprit , mais il tira bientoſt
d'embarras ceux qui
Z iij
270 Voyage des Amb.
l'avoient entenduë ,&dit
Qu'il ne croyoit pas avoir
vû des Troupes, maisfeulement
des Officiers , parce
qu'ils en avoient tous l'air,
&& l'adreſſe . M' le Marquis
d'Uxelles luy don.
na un magnifique Repas,
avec les Princes d'Hano
ver
, d'Holſtein , d'Harmeſtein
& d'Hanau. On
y but la Santédu Roy , &
l'on peut dire que c'eſt
la ſcule choſe dont il ait
efté ſurpris en France ,
de Siam.
27
ayant toûjours dit , Que
comme on devoit tout attendre
des François il n'étoit
étonné de rien ; mais
il eut de la peine à ſe perfuader
qu'on puft boire à
la Santé du Roy ſans manquer
de reſpect. On luy
dit que les diftinctions
qu'on faiſoit en la beuvant,
marquoient le refpect
, & qu'enfin le Roy
donnoit cette liberté ,
parce qu'elle faiſoit voir le
zele , & l'amour qu'on a-
Zij
272 Voyage des Amb.
'voit pour luy. Il joüa aprés
leRepas à toute table
avec Mª d'Uxelles , & le
gagna. Il dit lors qu'il eut
vû les Ouvrages , & les
Troupes , Qu'il ne s'éton
noit point de la grandeur,
&de la prosperité du Roy ,
& que beaucoup de choſes
ycontribuoient,Scavoir l'union
de la Famille Royale ,
l'avantage qu'il avoit de
gouverner par luy-mesme,
lafidelité , la ponctualité ,
Pintelligence, &la vigilande
Siam. 273
ce de ſes Ministres , es la
bonté deſes Troupes remplies
de jeuneſfe adroite,
& propre à tout.
mieux la grandeur du
- Roy , & le glorieux eftat
où eſt la France , que les
travaux qu'on fait pour
conduire laRiviere d'Fure
à Versailles,& les Ambaffadeurs
ſouhaitant avec
ardeur de voir quelques
Troupes de Sa Majesté ,
2
238 Voyage des Amb.
و
on les a menez à Maintenon
pour leur faire
voir en bataille celles qui
travaillent à l'Aqueduc ,
&pour fatisfaire en mefme
temps leur curioſité
fur ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt icy une occafion
de vous en parler à
fond, jeprendray la choſe
dés ſon origine .
Toutes les meſures
7
qu'on avoit priſes , & tous
les nivellemens qui avoient
eſté faits ily a plu
de Siam. 239
2
ſieurs années , pour faire
venir des Eaux vives à
Verfailles , fans y employer
des Pompes ou
d'autres Machines femblables
, avoient fait voir
qu'il eſtoit impoffible d'en
avoir que de la Riviere de
Loire , mais pour la conduire
en cette Maiſon
Royale , il auroit fallu la
détourner au deſſus de la
Charité, ce qui avoit paru
d'une fi grande difficulté,
pour la longueur du che
240 Voyage des Amb.
min , & à caufe des lieux
bas par où l'on auroit efté
contraint de paffer , que
Sa Majesté avoit entierement
abandonné ce deffein
, eftant d'ailleurs tresperfuadée
de la juſteſſe
avec laquelle feu M.Picard
de l'Academie des
Sciences , avoit pris tous
les niveaux , quoy qu'on
vouluſt affcurer qu'un
ruiſſeau de cette Riviere
étant dérournéàOrleans ,
,
pouvoit eſtre conduit jufque
de Siam . 241
que fur la Montagne de
Sataury , qui eft de pluſieurs
toiſes plus haute
que le dessus duChaſteau .
Il n'y avoit point d'apparence
qu'on pût trouver
quelqueautre Riviere, ou
quelques eaux vives pour
eſtre conduites à Verſailles
, puis que par ſes nivellemens
on ſçavoit que la
Seine étoit beaucoup plus
baſse que la Loire, & que
par confequent tout le
terrein entre ces deux Ri
X
242 Voyage des Amb.
vieres ne pouvoit fournir
que quelques eaux qui
n'avoient pas assez de
hauteur pour ce qu'on avoit
deſsein de faire ; &
comme il y a de l'apparence
que plus on s'approche
de la Mer, plus les terreins
vont en defcendant,
il ſembloit que c'eſtoit
inutilementqu'on croyoit
trouver des eaux aſsez
hautes dans les terres
qui font au Couchant
à l'égard de Verſailles,
de Siam.
243
puis que c'eſt vers ce côtélà
queles Rivieres de Loire
& de Seine ont leur
cours . Cependant fur la
fin de l'année 1684. M² de
Louvois ayant confideré
que la Riviere d'Eure devoit
avoir beaucoup de
hauteur, puis que tous les
terreins depuis Verſailles
en tirant versMaintenon,
où elle paſſe , estoient extrémement
hauts,& qu'il
y avoit vers ce coſté-là
des eaux que l'on foute
X ij
244 Voyage des Amb.
noit dans des canaux avec
une tres - grande hauteur
, il jugea que cette
Riviere , qui étoit fort rapide
dans ſa courſe , en
pouvoit au moins avoir
aſſez pour eftre élevée
commodement par le fecours
de quelque petite
Machine juſque dans les
Eſtangs de Trape & des
environs , qui ſervoient
de refervoir aux eaux
de ces Quartiers - là. Il
donna ordre à M de la
deSiam.
245
Hire, Profeffeur Royal en
Mathematique , & de
l'Academie des Sciencès ,
à qui il avoit déja confié
pluſieurs nivellemens importans
pour Fontainebleau
&Verfailles , d'aller
reconnoiſtre la hauteur
de la Riviere d'Eure dans
fa courſe en remontant
depuis Maintenon , &
de chercher vers le Perche
quellesen étoient leseaux
& quelles hauteurs elles
avoient. M' de la Hire
r
25
Xij
246 Voyagedes Amb.
partit de Versailles dans
le mois d'Octobre de la
mefme année ; & en nivellant
toûjours juſqu'à
Maintenon , il y trouva
la Riviere d'Eure plus bafſe
que le deſſus du Chafteau
de Versailles d'environ
cent cinquante pieds,
& remontant cette Riviere
, il trouva enfin qu'à
Pontgüoin, qui eft à ſept
lieuës au deffus de Chartres
, elle estoit plus haute
que ce Chaſteau de prés
de Siam. 247
de quatre - vingt pieds.
Cette découverte luy
donna d'abord beaucoup
de joye , mais auffi beaucoup
de crainte de quelque
erreur , qui pouvoit
s'eftre infenfiblement gliffée
dans les operations
quifont tres difficiles dans
des nivellemens de plus
de trente lieues . Il verifia
toutes fes obfervations ,
autant que la ſaiſon le luy
pût permettre , à cauſe du
mauvais remps , & fur
Xinj
248 Voyagedes Amb.
tout des grands vents, qui
nuifent fort aux nivellemens
, & il trouva qu'il
ne pouvoit y avoir que
tres - peu d'erreur. Le Roy
eſtant alors à Fontainebleau
, il apporta cette
nouvelle à M'de Louvois,
qui témoigna en eſtre fort
fatisfait . Cependant M. de
la Hire luy ayant remontré
les difficultez des operarions
pendant l'Hiver ,
M'de Louvois luy donna
ordre de retourner dans
de Siam.
249
ces meſmes lieux vers le
Printemps , pour faire les
verifications des hauteurs
qu'il avoit trouvées dans
tous les points principaux
où il avoit marqué que
l'eau devoit paffer , de la
maniere que l'on comence
à l'executer preſentement
. Il trouva dans la
verification des premiers
nivellemens , un pied ou
deux plus de hauteur que
la premiere fois , & il reconnut
par des nivelle
250 Voyage des Amb.
mens un peu plus longs
queles premiers , que les
eaux des Rivieres qui paffent
à Verneuil & à Breteüil,
pouvoient eftre conduites
dans des canaux
fur terrejuſqu'à l'emboucheure
de l'Aqueduc qui
devoit porter les eaux de
la Riviere d'Eure pardeffus
le valon de Maintenon
. On travaille prefentement
à cette grande
Entrepriſe qui furpaffera
en magnificence tout ce
de Siam.
251
que les Empereurs Romains
ont fait dans l'étenduë
de pluſieurs Siecles..
Tous les canaux fur la fuperficie
de la terre font achevez
; l'eau que l'on y a
fait couler a confirméla
juſteſfedes nivellemens,&
l'Aqueduc qui doit paffer
dans le valon de Maintenon
eft fort avancé. La
partie de cet Aqueduc qui
eſt dans le plus profond
du valon doit eftre de
pierre,& le reſte des deux
252 Voyage des Amb.
C
coftez , où la hauteur est
mediocre , paffera fur de
grandes Terraffes élevées
pour ce ſujet . Voicy les
meſures & le détail de
cetOuvrage.
Ily a environ vingt mille
toiſes de Canal depuis
Pontgoüin, où l'on prend
laRiviere, juſque àBercherelaMangor.
CeCanal, qui
eft conduit fur la fuperficie
de la terre , felon fon
niveau , a par bas quinze
pieds , & plus ou moins
de Siam.
253
de hauteur felon le terrein
;& le Talus des bords
eſt double de la profondeur.
Dans le fond de
Berchere, où devoit commencer
l'Aqueduc de maçonnerie
, on fait une Levée
ou Aqueduc de terre,
rapportée à l'Aqueduc de
maçonnerie pendant trois
mille fix cens ſept toiſes.
- Cet Aqueduc de terre a
comme le Canal quinze
pieds de large par le fond,
de haut fix , ſept, ou huit
هللا
254 Voyage des Amb.
pieds ,&de talus le double
de la hauteur ; les
bords font fortifiez de
chauffées de neuf pieds
de large. Le talus de la
Levée eſt auſſi double de
ſa hauteur , pour empefcher
que les terres ne s'éboulent.
Dans le fond de
Berchere la Levée de terrea
cent pieds, & en d'autres
endroits foixante &
dix, cinquante , quarante
&vingt de hauteur.
A l'endroit où cette lede
Siam.
255
vée de terre joint l'Aqueduc
de Maçonnerie qui
eft vers Maintenon , elle
a 79. pieds de haut. Cét
Aqueduc de Maçonnerie
à 2960. toiſes de longueur
en 242. Arcades qui ont
40. pieds de large. Leurs
piles en ont vingt- quatre,
& de longueur quaranteſepta
quarante-huit pieds ,
avec des pilliers boutans
de onze pieds de large , aprés
les retraites , & de
faillie fix pieds. Il a dans
256 Voyage des Amb.
le plus profond trois Ar
cades l'une fur l'autre .
Du coſté de Berchere,
le nombre des Arcades
ſimples eftde trente- trois.
De doubles foixante-
& onze.
De triples quarante- fix.
Puis de doubles , foixante
& douze .
Et enfin de ſimples ,
vingt.
Leſquelles réjoignent
l'Aqueduc de terre rap.
portée du coſté de Ver
de Siam
257
&
failles afoixante cinq pieds
environ de hauteur , qui
continuë en. diminuant:
pendant fix mille cinquante
cinq , juſqu'à ce qu'il
vienne à la hauteur du
terrain , & depuis la juf
ques à Verfailles , il continue
fur terre de meſme
qu'entre Pontgouin &
Berchere pendant vingtcinq
mille toiſes , horſmis :
qu'en quelques endrois il
y aura dans terre unAque--
duc de Maçonnerie. La
298 Voyage des Amb.
plus grande hauteur de
l'Aqueduc dans le fondde
Maintenon , où paſſent
les Rivieres d'Eure & de
Gallardon , & où font les
triples arcades , eft de216.
pieds 6. pouces , juſqu'au
pavé des Corridors , ſans
les fondemens qui doivent
avoir 15. ou 16. pieds
de profondeur , & fans le
Parapet qui a trois pieds
fix pouces.
La hauteur des premieresArcades
juſque ſous la
de Siam. 252
voûte eſt de foixante &
ſeize pieds ,& juſqu'au pavé
des ſecondes quatre--
vingt-un pied fix pouces.
Les fecondes arcades
ont juſque ſous la voûte
foixante&dix pieds ,&jufqu'au
pavédes troiſiemes ,
quatre-vingt- cinq pieds.
Les troifiémes arcades
ont juſque ſous la voure
trente pieds trois pouces,
& juſqu'aux Corridors
neuf pieds neuf pouces,
fur leſquels font les Para
Yij
260 Voyage desAmb.
pets de trois pieds fix pou
ces .
Le Canal à ſept pieds
de large par bas , & s'élargit
juſqu'à ſept pieds fix
pouces , à la hauteur de
quatre pieds où commence
lavoute à plein ceintre.
Il y a de coſté & d'autre
du Canal un Corridor
-de trois pieds , & un Parapet
de dix- fept pouces de
large.
Les piles font à plomb
par le dedans hors de ter
de Siam. 261
re ,& par les coſtez . Il y
a par tout l'Aquedue un
pouce pour toiſe de talus,
mais les piliers bourans
en ont davantage au deffus
des premieres Arcades .
Il ſe fait de part & d'autre
une retraite d'environ
-ſept pieds , & au deffus
des fecondes , de prés de
fix pieds .
Ily a une porte au milieu
de chaque pile pour
pouvoir paffer tout du
long de l'Aqueduc , tant
262 Voyage des Amb.
aux ſecondes Arcades
qu'aux troifiémes. Lesportes
des fecondes ont quatre
pieds de large ,& celles
des troifiémes trois pieds
fix pouces , fur ſept pieds
dehaut.
Il y a des Eſcaliers qui
montent de terre au premier
étage par le dehors.
Ceux qui montent au
ſecond ſont pratiquez
dans l'épaiffeur des piles,
& ceux qui montent au
troifiéme font partie de
de Siam. 263
dans , partie dehors.
Voilà l'eſtat où eftoient
ces Ouvrages il y a fix
mois. Ils doivent eftre prefentement
bien plus avancez,
puisque plus de trente
mille hommes n'ont point
ceffé d'y travailler pendat
ce temps- là. De ces trente
mille hommes, il y en
a une partie de Maçons,
d'Apareilleurs , & d'autres
gens neceſſaires pour
les choſes qui ne peuvent
être faites par lesTroupes.
264 Vyage des Amb.
Elles font employées tant
l'Aqueduc qu'aux CarrieresdeGallardon
&d'Epernon
, & aux Ouvrages de
terre & fe montent à
vingt - deux mille hommes
où environ. Voicy les
noms des Regimens qui
les compoſent. Je ne vous
les envoye pas felon leur
rang.
REGIMENS.
Picardie.
Champagne..point
Royal
de Siam. 265
Royal des Vaiſſeaux.
Languedoc.
Navarre.
Feuquieres.
Cruffol.
La Fare .
Fufiliers du Roy.
Alface.
Vaubecour.
Lyonnois.
Dauphin .
La Reyne .
Anjou.
Vermandois.
Il y a outre cela trois
Z
266 Voyage des Amb.
Efcadrons de Dragons .
Le Logis des Ambaffadeurs
fut gardé par une
Compagnie dont le Capitaine
, le Lieutenant &
1 ' Enſeigne étoient en
Hauſſe - Col , pour leur
faire plus d'honneur. M
le Marquis d'Uxelles qui
commande toutes ces
Troupes , alla luy- meſme
le premier jour demander
le mot aux Ambaſſadeurs ,
&ils donnerent pour mot
Prosperité. Le Major Ge
deSiam. 267
neraly alla le prendre les
deuxjours fuivans , & les
motsqu'ils luy donnerent
furent l'Alliance Royale,
& Deux contre tous . Je
ne vous dis point qu'ils
entendoient parler des
Rois de France & de
Siam Ils admirerent les
Travaux dont je viens
de vous faire la defcription.
Le premier Ambaffadeur
les conçeut fi bien,
& en donna des marques
fi convaincantes , qu'iln'y
Zij
268 Voyage des Amb.
a point d'Architecte ny
d'Ingenieur qui euft pû les
mieux comprendre . Il dit
auffi , Qu'il ne croyoit pas
que tous les Rois de l' Europe
ensemble en puſſentfaire
autant. On leur fit voir
toutes les Troupes qui bátirent
aux Champs , &
falüerent du Drapeau.
Elles firent l'Exercice au
fon du Tambour, & montrerent
la parfaite intelligence
qu'elles ontdu Mêtier
de la Guerre.Il y avoit
de Siam. 269
douze Chevaux de l'Ecurie
du Roy que l'Ambaffadeur
& les Mandarins
monterent. Le premier
Ambaffadeur montra
d'un air fort déliberé ,
de quelle maniere les Siamois
ſe battent avec la
Lance. On luy demanda
s'il trouvoit les Troupes
du Roy belles , & il répondit,
qu'il ne croyoit pas
en avoir veu Cette réponfe
furprit , mais il tira bientoſt
d'embarras ceux qui
Z iij
270 Voyage des Amb.
l'avoient entenduë ,&dit
Qu'il ne croyoit pas avoir
vû des Troupes, maisfeulement
des Officiers , parce
qu'ils en avoient tous l'air,
&& l'adreſſe . M' le Marquis
d'Uxelles luy don.
na un magnifique Repas,
avec les Princes d'Hano
ver
, d'Holſtein , d'Harmeſtein
& d'Hanau. On
y but la Santédu Roy , &
l'on peut dire que c'eſt
la ſcule choſe dont il ait
efté ſurpris en France ,
de Siam.
27
ayant toûjours dit , Que
comme on devoit tout attendre
des François il n'étoit
étonné de rien ; mais
il eut de la peine à ſe perfuader
qu'on puft boire à
la Santé du Roy ſans manquer
de reſpect. On luy
dit que les diftinctions
qu'on faiſoit en la beuvant,
marquoient le refpect
, & qu'enfin le Roy
donnoit cette liberté ,
parce qu'elle faiſoit voir le
zele , & l'amour qu'on a-
Zij
272 Voyage des Amb.
'voit pour luy. Il joüa aprés
leRepas à toute table
avec Mª d'Uxelles , & le
gagna. Il dit lors qu'il eut
vû les Ouvrages , & les
Troupes , Qu'il ne s'éton
noit point de la grandeur,
&de la prosperité du Roy ,
& que beaucoup de choſes
ycontribuoient,Scavoir l'union
de la Famille Royale ,
l'avantage qu'il avoit de
gouverner par luy-mesme,
lafidelité , la ponctualité ,
Pintelligence, &la vigilande
Siam. 273
ce de ſes Ministres , es la
bonté deſes Troupes remplies
de jeuneſfe adroite,
& propre à tout.
Fermer
Résumé : Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Le texte décrit les travaux entrepris pour approvisionner en eau le château de Versailles en utilisant la rivière d'Eure. Initialement, des projets visant à utiliser la Loire furent jugés impraticables en raison de la longueur du trajet et des difficultés topographiques. Le roi abandonna cette idée après avoir été convaincu par les relevés de Picard de l'Académie des Sciences. En 1684, Louvois, en considérant la hauteur de la rivière d'Eure et les terrains élevés entre Versailles et Maintenon, ordonna à La Hire, professeur en mathématiques et membre de l'Académie des Sciences, de vérifier la hauteur de cette rivière. La Hire découvrit que l'Eure était suffisamment haute à Pontgouin pour alimenter Versailles. Après vérifications, les travaux commencèrent, incluant la construction de canaux et d'un aqueduc en maçonnerie et en terre. L'aqueduc, long de 2960 toises avec 242 arcades, fut décrit en détail avec des hauteurs variées selon les sections. Les travaux impliquèrent plus de 30 000 hommes, incluant des régiments de troupes et des artisans spécialisés. Les ambassadeurs étrangers, impressionnés par les travaux et les troupes, admirèrent la grandeur du projet et la discipline des soldats français. Par ailleurs, le texte relate la surprise d'un ambassadeur de Siam en France face à une coutume locale. Cet ambassadeur, bien que toujours admiratif des Français, eut du mal à comprendre comment on pouvait porter un toast à la santé du roi sans manquer de respect. On lui expliqua que les distinctions faites en buvant à la santé du roi montraient le respect et que cette liberté était accordée par le roi pour démontrer l'ardeur et l'amour du peuple à son égard. Après le repas, l'ambassadeur joua à des jeux de table avec Madame d'Uxelles et la gagna. Il exprima ensuite son admiration pour les œuvres et les troupes françaises, soulignant que la grandeur et la prospérité du roi étaient dues à plusieurs facteurs, notamment l'union de la famille royale, la capacité du roi à gouverner personnellement, la fidélité, la ponctualité, l'intelligence et la vigilance de ses ministres, ainsi que la qualité des troupes, composées de jeunes gens adroits et compétents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 31-70
Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le lendemain à l'Observatoire, & ils furent [...]
Mots clefs :
Observatoire, Description, Voir, Pieds, Machine, Tour, Verre, Lunettes, Hauteur, Ambassadeur, Bâtiment, Air, Machines, Soleil, Cassini, Paris, Ciel, Longueur, Tuyaux, Lune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Ils allerent le lendemain à
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
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Résumé : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité l'Observatoire Royal de Paris, situé à l'extrémité sud de la ville. Cet observatoire, conçu pour offrir une vue dégagée des astres, évite les vapeurs de la Seine et les fumées des maisons. Le bâtiment est de forme carrée avec trois tours : deux octogonales aux coins sud et une carrée au nord. Ces tours abritent des lunettes astronomiques pour observer les planètes et les étoiles. La tour nord est équipée d'une plateforme pour les observations et d'une terrasse élevée pour les instruments. L'Observatoire comprend deux étages voûtés et un puits profond de 147 pieds, utilisé pour diverses expériences scientifiques, comme observer les étoiles au zénith ou tester la résistance des tuyaux. Les ambassadeurs ont admiré les instruments et les expériences, notamment un miroir ardent et un planisphère. Ils ont également vu des lunettes de différentes longueurs et ont appris l'utilisation des lunettes sans tuyaux pour découvrir de nouveaux satellites de Saturne. L'Observatoire abrite également une machine astronomique et un anneau astronomique pour déterminer l'heure et la déclinaison magnétique. Une grande carte géographique, basée sur les observations des éclipses et des satellites de Jupiter, est gravée sur le pavé. Les ambassadeurs ont reconnu leur royaume et d'autres parties du monde sur cette carte. L'architecte de l'Observatoire, Monsieur Perrault, a intégré des connaissances en médecine et en mathématiques dans la construction. Les observations astronomiques et les corrections apportées à la géographie et à l'hydrographie par M. de Cassini ont réduit la distance entre le Siam et les Azores, ainsi qu'entre le Siam et les côtes de France, confirmées par les éclipses de lune de 1683 et 1685. Les pères jésuites De Fontenay et Tachard ont joué un rôle clé dans ces observations, ce qui a conduit le roi de Siam à établir un observatoire et à demander des jésuites pour les observations. Les ambassadeurs ont également visité Paris et ont été impressionnés par les machines et les observations astronomiques. Ils ont vu des machines montrant les éclipses et les mouvements des planètes, construites par Me Thuret. Les ambassadeurs ont également examiné diverses machines mécaniques et pneumatiques, et ont été impressionnés par les trompetes parlantes capables de communiquer à distance. L'ambassadeur a exprimé sa satisfaction et a promis de revenir pour discuter davantage. Il a également fait des remarques sur les taches solaires, comparant les taches sur le visage des femmes à celles du Soleil.
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3
p. 223-230
Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
Début :
On leur fit voir le jour même l'Aqueduc du [...]
Mots clefs :
Réservoirs, Aqueduc , Butte Montbauron, Montagne de Picardie, Pieds, Toises, Bassins, Machine de Marly, Petit bassin, Louvois
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texteReconnaissance textuelle : Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
On leur fit
voir le jour même l'Aqueduc
du Buc , les Refervoirs qu'ils.
trouverent tres-profonds , &
l'Etang de Creffé. Ils virent
auffi les Reſervoirs qui font
au lieu que l'on appelloit auparavant
, la Butte de Monbauron.
Elle est en face du
و
des Amb. de Siam. 215
LS
גנ
Château de Versailles , derfriere
le Chenil. Avant que
fle Roy y fift travailler , elle
s'élevoit en pointe , & faifoit
un mauvais aſpect à la veuë
du Château. On en a coupé
la cime environ juſqu'à la
hauteur du comble des Ecuries
, & de la terre qu'on a
répandue à l'entour avec ce
qui reſtoitdu hautde laButte,
on en a fait une grande efplanade
ou plate forme , où
l'on a conſtruit cinq grands
Reſervoirs pour conferver
ait l'eau , tant de la Machine de
Marly , que de la Riviere
d'Eure. Ces cinq baffins con
qu
vir
Sij
216 SaiteduVoyage
fiftent en quatre quarrez
longs à pans par les angles
exterieurs , & au milieu des
quatre eſt un petit baſſin rond
de dix toiſes de diamettre ,
appelle le receptacle des eaux ,
c'est-à-dire l'endroit ou les
canaux & les conduits viennent
fe rendre'; & ce petit
baſſin diſtribuë ſes eaux aux
quatre grands par les coins
échancrez en portion circulaire.
Ces cinq baſſins ſont
ſeparez par des allées de dixhuit
pieds chacune , &à l'en
tour eſt une allée de huit toiſes
qui regne depuis le bord
exterieur des baſſins , jul
des Amb. de Stam. 217
qu'au glacis de terres , qui
au pied de ce glacis & au bas
dela Butte , doivent eftre entourées
d'un mur de clôture.
Les grands baffins ontochacun
85. toiſes de longueur
dans oeuvre , fur 54. de large ;
le pan à l'angle exterieur eſt
de 18. toiſes. Ils ont de profondeur
18. pieds , pour avoir
22. pieds d'eau: de forte que
chaque baffin contient 8000.
toiſes cubes d'eau , qui font
224000. muids d'eau pour
chaque baffin . Ainfiles quatre
contiendront 8.96000.
muids d'eau. La conſtruction
eſt un mur de quatre pieds ,
Siij
218 Suite du Voyage
qui eſt le vray mur du Reſervoir
, & pour retenir l'eau
eſt un coroy de glaiſe de dixhuit
pouces d'épaiffeur , tant
au fondde ces baffins, qu'autour
des bords ;&cette glai
fe des bords eſt retenuë par
un murde quatre pieds par
en haut,&de cinq pieds par
en bas , fondé ſur une grille
de bois ſur la glaife , avec des
plates- formes. Ce mur fait
en talu d'un pied au dedans
du Reſervoir , eſt appellé mur
de douve. Il y a deux de ces
baffins achevez , & remplis
de l'eau de la Machine de
Marly qui eft conduite par
des Amb. de Siam.. 219
Fun Aqueduc depuis la mon-
It tagne de Picardie , juſqu'aux
ed Reſervoirs. Cét Aqueduc eft
long de soo. toiſes , & dans
ut fa plus grande hauteur il en
eg a 14. à 15. il a 24. pieds d'empattement
, qui revient à fix
s -pieds en haut , dont le Cadst
nal en occupe trois. Il doit
ga donner fur cette largeur de
rect trois pieds 648. pouces d'eau.
Comme les Ambaſſadeurs,
eds dont je vous décris aujour-
Iles d'huy l'hiſtoire de l'Ambaſſadetde,
s'attachent ſur tout à conempefiderer
les choſes qui marne
#quent particulierement la
ite grande puiſſance du Roy, ils
1
220 Suite du Voyage
examinerent cét Ouvrage ,
qui eſt digne d'être compare
à ceux de l'ancienne Rome ,
& auſquels des Armées enticres
( fi l'on peut parler ainfi )
ont travaillé, puiſqu'outre les
Ouvriers neceffaires pour inftruire
& pour conduire les autres
pluſieurs Regimens y
ont efté employez. Je ne
vous dis rien de ſa beauté
puiſque la ſeule deſcription
que vous en venez de voir ,
doit vous en avoir donné une
idée plus grande que vous ne
P'auriez de tout ce que je vous
en pourrois dire. Cependant
c'eſt le premier Ouvrage que
د
Mon
des Amb, de Siam. 2 221
Mr de Louvóis ait fait faire ,
aprés avoir eſté nommé Sur-
Intendant des Bâtimens. On
pourroit juger par des pareils
#coups d'effay dequoy ce Miniftre
eft capable , fi l'on n'en
ou eſtoit pas déja convaincu par
tout ce qu'ila faireni
voir le jour même l'Aqueduc
du Buc , les Refervoirs qu'ils.
trouverent tres-profonds , &
l'Etang de Creffé. Ils virent
auffi les Reſervoirs qui font
au lieu que l'on appelloit auparavant
, la Butte de Monbauron.
Elle est en face du
و
des Amb. de Siam. 215
LS
גנ
Château de Versailles , derfriere
le Chenil. Avant que
fle Roy y fift travailler , elle
s'élevoit en pointe , & faifoit
un mauvais aſpect à la veuë
du Château. On en a coupé
la cime environ juſqu'à la
hauteur du comble des Ecuries
, & de la terre qu'on a
répandue à l'entour avec ce
qui reſtoitdu hautde laButte,
on en a fait une grande efplanade
ou plate forme , où
l'on a conſtruit cinq grands
Reſervoirs pour conferver
ait l'eau , tant de la Machine de
Marly , que de la Riviere
d'Eure. Ces cinq baffins con
qu
vir
Sij
216 SaiteduVoyage
fiftent en quatre quarrez
longs à pans par les angles
exterieurs , & au milieu des
quatre eſt un petit baſſin rond
de dix toiſes de diamettre ,
appelle le receptacle des eaux ,
c'est-à-dire l'endroit ou les
canaux & les conduits viennent
fe rendre'; & ce petit
baſſin diſtribuë ſes eaux aux
quatre grands par les coins
échancrez en portion circulaire.
Ces cinq baſſins ſont
ſeparez par des allées de dixhuit
pieds chacune , &à l'en
tour eſt une allée de huit toiſes
qui regne depuis le bord
exterieur des baſſins , jul
des Amb. de Stam. 217
qu'au glacis de terres , qui
au pied de ce glacis & au bas
dela Butte , doivent eftre entourées
d'un mur de clôture.
Les grands baffins ontochacun
85. toiſes de longueur
dans oeuvre , fur 54. de large ;
le pan à l'angle exterieur eſt
de 18. toiſes. Ils ont de profondeur
18. pieds , pour avoir
22. pieds d'eau: de forte que
chaque baffin contient 8000.
toiſes cubes d'eau , qui font
224000. muids d'eau pour
chaque baffin . Ainfiles quatre
contiendront 8.96000.
muids d'eau. La conſtruction
eſt un mur de quatre pieds ,
Siij
218 Suite du Voyage
qui eſt le vray mur du Reſervoir
, & pour retenir l'eau
eſt un coroy de glaiſe de dixhuit
pouces d'épaiffeur , tant
au fondde ces baffins, qu'autour
des bords ;&cette glai
fe des bords eſt retenuë par
un murde quatre pieds par
en haut,&de cinq pieds par
en bas , fondé ſur une grille
de bois ſur la glaife , avec des
plates- formes. Ce mur fait
en talu d'un pied au dedans
du Reſervoir , eſt appellé mur
de douve. Il y a deux de ces
baffins achevez , & remplis
de l'eau de la Machine de
Marly qui eft conduite par
des Amb. de Siam.. 219
Fun Aqueduc depuis la mon-
It tagne de Picardie , juſqu'aux
ed Reſervoirs. Cét Aqueduc eft
long de soo. toiſes , & dans
ut fa plus grande hauteur il en
eg a 14. à 15. il a 24. pieds d'empattement
, qui revient à fix
s -pieds en haut , dont le Cadst
nal en occupe trois. Il doit
ga donner fur cette largeur de
rect trois pieds 648. pouces d'eau.
Comme les Ambaſſadeurs,
eds dont je vous décris aujour-
Iles d'huy l'hiſtoire de l'Ambaſſadetde,
s'attachent ſur tout à conempefiderer
les choſes qui marne
#quent particulierement la
ite grande puiſſance du Roy, ils
1
220 Suite du Voyage
examinerent cét Ouvrage ,
qui eſt digne d'être compare
à ceux de l'ancienne Rome ,
& auſquels des Armées enticres
( fi l'on peut parler ainfi )
ont travaillé, puiſqu'outre les
Ouvriers neceffaires pour inftruire
& pour conduire les autres
pluſieurs Regimens y
ont efté employez. Je ne
vous dis rien de ſa beauté
puiſque la ſeule deſcription
que vous en venez de voir ,
doit vous en avoir donné une
idée plus grande que vous ne
P'auriez de tout ce que je vous
en pourrois dire. Cependant
c'eſt le premier Ouvrage que
د
Mon
des Amb, de Siam. 2 221
Mr de Louvóis ait fait faire ,
aprés avoir eſté nommé Sur-
Intendant des Bâtimens. On
pourroit juger par des pareils
#coups d'effay dequoy ce Miniftre
eft capable , fi l'on n'en
ou eſtoit pas déja convaincu par
tout ce qu'ila faireni
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Résumé : Description des cinq Reservoirs de la bute de Monbauron, & de l'Aqueduc de la Montagne de Picardie, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité plusieurs ouvrages hydrauliques près du Château de Versailles, notamment l'Aqueduc du Buc, des réservoirs profonds et l'Étang de Creffé. Ils ont également observé des réservoirs situés sur l'ancienne Butte de Monbauron, transformée en esplanade par le roi. Cinq grands réservoirs y ont été construits pour stocker l'eau de la Machine de Marly et de la rivière d'Eure. Chaque réservoir mesure 85 toises de longueur sur 54 de largeur et contient 8000 toises cubes d'eau, soit 224000 muids. La construction inclut un mur de quatre pieds et un revêtement de glaise pour retenir l'eau. Deux réservoirs étaient achevés et remplis d'eau. Un aqueduc de 500 toises de long, avec une hauteur maximale de 14 à 15 pieds, alimente ces réservoirs. Les ambassadeurs ont comparé cet ouvrage aux réalisations de l'ancienne Rome et ont noté l'implication de plusieurs régiments dans sa construction. Cet aqueduc est le premier grand ouvrage réalisé par Mr de Louvois après sa nomination comme Surintendant des Bâtiments.
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4
p. 258-268
Description de la machine de Marly qui conduit la Riviere de Seine à Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Ils virent le mesme jour la Machine qui conduit l'eau [...]
Mots clefs :
Machine de Marly, Seine, Versailles, Eau, Balanciers, Tuyaux, Rivière, Colline, Tour, Pieds, Pièces, Digue, Réservoirs, Diamètre, Pistons
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texteReconnaissance textuelle : Description de la machine de Marly qui conduit la Riviere de Seine à Versailles, [titre d'après la table]
Ils virent le meſme jour
la Machine qui conduit l'eau
de la Seine à Verſailles , faite
par Me le Chevalier de Ville ,
& qu'on appelle Machine de
Marly , ou la Machine , ſans
rien adjoûter ; ce qui marque
encore plus une choſe qui
doit eſtre connuë par l'eſtime
où elle eſt.
L'invention de cette Machine
, & les effets qu'elle produit
, ſurprennent tous ceux
qui la voyent , ou qui en entendent
parler. Aufſi a-t-il
fallu des foreſts entieres pour
faire la digue & les galeries
de charpente qui ſont depuis
des Amb. de Siam.
249
17
al
10
0
d
la riviere , le long de la colline
, juſques au haut de la
tour de pierre. Sous ces galeries
ſont par intervales fur
le terrain de la coſte , des reſervoirs
, les uns ſuperieurs
aux autres. Le plus bas ayant
receu immediatement l'eau
de la riviere , contient fon
corps de pompe , qui la repouffe
par des tuyaux couchez
le long de la colline ,
dans les refervoirs ſuperieurs ,
& ainſi par repriſes juſqu'au
refervoir qui eſt ſur la tour
de pierre. Les corps de pomfpes
ont 4 pouces de diamétre
, & quelques- uns 6. & les
X iij
250 Suite du Voyage
piſtons par leur jeu de 4. pieds
aprés avoir puisé l'cay , larefoulent
& la forcent à monter
dans les refervoirs ſuperieurs.
Tous ces mouvemens
ſe font par le moyen de cent
balanciers verticalement poſez
, qui font joints l'un à
l'autre par des tirants , aufquels
d'autres eſpeces de balanciers
fervent de ſupports.
Ainſi lorſque la partie eft fuperieure
des balanciers s'épanchent
vers la riviere , &
leurs parties inferieures
montant vers le haut de la
recolline
,tirent les piſtons , &
puiſent de l'eau dans les corps
des Amb. de Siam .
251
1
C
des pompes , d'où ils la refoulent
lorſque la partie ſupericure
des balanciers vient à
remonter verticalement , &
qu'elle s'incline vers le haut
de la coline. Le premier
mobile de cette Machine eft
' un bras de la riviere de Seine
qu'on a barré par une
digue. Cette digue eſt ouverte
par deux endroits , par
leſquels l'eau eftant retenue
& plus élevée , & coulant avec
rapidité , fait tourner dans
chaque pertuis une rouë de
30. pieds de diametre , & de
55. à 6. pieds de longueur d'aîles.
Les extrémitez des axes
01
X iiij
252 Suite du Voyage
de chaque rouë fortent hors
de leurs appuis , & font tournez
en manivelles. La manivelle
qui eſt du côté de la
montagne , puife & refoule
l'eau dans les premiers corps
de pompe ; & l'autre mani
velle fert à faire mouvoir le
balancier. Il y antreize rouës
neuf deſquelles agiffent ordinairement
, & ſouvent les
treize toutes enſemble , &
fourniffent 200 pouces d'eau
à Verſailles , en faiſant mouvoir
2 500 pieces de bois verticales
, dont il n'y en a que
1000 qui ſoient veritablement
des balanciers , les au-
7
des Amb. de Siam.
253
0
tres pieces ne fervant que de
ſupport à leurs tirants, &toutes
ces pieces ne ſervent qu'à
faire mouvoir les mille balanciers
ou leviers" , leſquels
à chaque tour de rouë , s'inclinent
d'un côté & d'autre ;
& aprés avoir retiré les piftons
des corps des pompes
qui reçoivent une colomne
d'eau de 4 pieds de hauteur ,
& de 4 pouces de diamétre ,
la refoulent auffi- toſt. Treize
de ces balanciers ſont de
front , & par le moyen de 62
autres qui font le long de la
colline , ils ſervent à puiſer
l'eau du plus haut Reſervoir
1
X v
254 Suite du Voyage
dans le corps des Pompes ,
& à la refouler & forcer par
les piſtons à monter dans des
tuyaux verticalement poſez
dans la Tour de pierre , & à
dégorger dans le Reſervoir
qui eſt au plus haut étage ,
d'où l'eau defcendant par
d'autres tuyaux poſez à
plomb , & enfermez dans des
tuyaux enterrez , va fortir par
des tuyaux à plomb , dans le
plus haut refervoir du Château
de Versailles , d'où elle
eſt enſuite diftribuée .
Je ne ſçaurois vous donner
une plus haute idée de
cette Machine , qu'en vous
des Amb. de Siam.
2255
-
diſant , qu'elle éleve l'eau
qu'elle fournit à Versailles ,
prés de 64. toiſes de haut ce
qui devroit étonner toute la
terre , fi le Roy ne nous avoit
point accoutumé à de ſi grandes
choſes que l'on n'eſt plus
furpris que du nombre.co
La curioſté du premier
Ambaſſadeur eſtant auſſi
grande que ſon intelligence
eft vive , il examina autant
qu'il luy fut poffible cette
grande Machine , qui en contient
un millier d'autres. 11
en viſita pluſieurs endroits
&mania pluſieurs pieces ; &
comme on avoit tenu des
,
236 Suite du Voyage
Chevaux preſts afin qu'il pút
fatisfaire pleinement ſa curioſité
, il monta à cheval avec
les deux autres Ambaffadeurs
, & vifita tous les Ouvrages
qui font le long de la
Colline. Enfin aprés que le
premier Ambaſſadeur cut vû
tous les Refervoirs ; & penetré
autant qu'il luy fut poffible
le mouvant cahos d'ouvrages
differens , il dit : Eftce
un Homme , ou un Demon qui
a fait cette Machine ? C'est un
Homme ; mais cependant cét
Homme y a bien moins de part
qu'il ne croit. Cét Ouvrage eft
dû à la grandeur du Roy , à fa
des Amb. de Siam.
: 257
1
reputation qui attire en France
tout ce qu'il y a d'habiles Gens
au Monde pour les Arts , à la
maniere dont il recompense ceux
qui le fervent enfin au plaisir
qu'on a de travailler pour luy.
Voilà ce qui eft cause que nous
voyons aujourd'huy ce grand
Ouvrage,voilà ce qui l'a fait ,
& non pas l'Ouvrier qui le croit
tout de luy , parce qu'il y a travaillé.
la Machine qui conduit l'eau
de la Seine à Verſailles , faite
par Me le Chevalier de Ville ,
& qu'on appelle Machine de
Marly , ou la Machine , ſans
rien adjoûter ; ce qui marque
encore plus une choſe qui
doit eſtre connuë par l'eſtime
où elle eſt.
L'invention de cette Machine
, & les effets qu'elle produit
, ſurprennent tous ceux
qui la voyent , ou qui en entendent
parler. Aufſi a-t-il
fallu des foreſts entieres pour
faire la digue & les galeries
de charpente qui ſont depuis
des Amb. de Siam.
249
17
al
10
0
d
la riviere , le long de la colline
, juſques au haut de la
tour de pierre. Sous ces galeries
ſont par intervales fur
le terrain de la coſte , des reſervoirs
, les uns ſuperieurs
aux autres. Le plus bas ayant
receu immediatement l'eau
de la riviere , contient fon
corps de pompe , qui la repouffe
par des tuyaux couchez
le long de la colline ,
dans les refervoirs ſuperieurs ,
& ainſi par repriſes juſqu'au
refervoir qui eſt ſur la tour
de pierre. Les corps de pomfpes
ont 4 pouces de diamétre
, & quelques- uns 6. & les
X iij
250 Suite du Voyage
piſtons par leur jeu de 4. pieds
aprés avoir puisé l'cay , larefoulent
& la forcent à monter
dans les refervoirs ſuperieurs.
Tous ces mouvemens
ſe font par le moyen de cent
balanciers verticalement poſez
, qui font joints l'un à
l'autre par des tirants , aufquels
d'autres eſpeces de balanciers
fervent de ſupports.
Ainſi lorſque la partie eft fuperieure
des balanciers s'épanchent
vers la riviere , &
leurs parties inferieures
montant vers le haut de la
recolline
,tirent les piſtons , &
puiſent de l'eau dans les corps
des Amb. de Siam .
251
1
C
des pompes , d'où ils la refoulent
lorſque la partie ſupericure
des balanciers vient à
remonter verticalement , &
qu'elle s'incline vers le haut
de la coline. Le premier
mobile de cette Machine eft
' un bras de la riviere de Seine
qu'on a barré par une
digue. Cette digue eſt ouverte
par deux endroits , par
leſquels l'eau eftant retenue
& plus élevée , & coulant avec
rapidité , fait tourner dans
chaque pertuis une rouë de
30. pieds de diametre , & de
55. à 6. pieds de longueur d'aîles.
Les extrémitez des axes
01
X iiij
252 Suite du Voyage
de chaque rouë fortent hors
de leurs appuis , & font tournez
en manivelles. La manivelle
qui eſt du côté de la
montagne , puife & refoule
l'eau dans les premiers corps
de pompe ; & l'autre mani
velle fert à faire mouvoir le
balancier. Il y antreize rouës
neuf deſquelles agiffent ordinairement
, & ſouvent les
treize toutes enſemble , &
fourniffent 200 pouces d'eau
à Verſailles , en faiſant mouvoir
2 500 pieces de bois verticales
, dont il n'y en a que
1000 qui ſoient veritablement
des balanciers , les au-
7
des Amb. de Siam.
253
0
tres pieces ne fervant que de
ſupport à leurs tirants, &toutes
ces pieces ne ſervent qu'à
faire mouvoir les mille balanciers
ou leviers" , leſquels
à chaque tour de rouë , s'inclinent
d'un côté & d'autre ;
& aprés avoir retiré les piftons
des corps des pompes
qui reçoivent une colomne
d'eau de 4 pieds de hauteur ,
& de 4 pouces de diamétre ,
la refoulent auffi- toſt. Treize
de ces balanciers ſont de
front , & par le moyen de 62
autres qui font le long de la
colline , ils ſervent à puiſer
l'eau du plus haut Reſervoir
1
X v
254 Suite du Voyage
dans le corps des Pompes ,
& à la refouler & forcer par
les piſtons à monter dans des
tuyaux verticalement poſez
dans la Tour de pierre , & à
dégorger dans le Reſervoir
qui eſt au plus haut étage ,
d'où l'eau defcendant par
d'autres tuyaux poſez à
plomb , & enfermez dans des
tuyaux enterrez , va fortir par
des tuyaux à plomb , dans le
plus haut refervoir du Château
de Versailles , d'où elle
eſt enſuite diftribuée .
Je ne ſçaurois vous donner
une plus haute idée de
cette Machine , qu'en vous
des Amb. de Siam.
2255
-
diſant , qu'elle éleve l'eau
qu'elle fournit à Versailles ,
prés de 64. toiſes de haut ce
qui devroit étonner toute la
terre , fi le Roy ne nous avoit
point accoutumé à de ſi grandes
choſes que l'on n'eſt plus
furpris que du nombre.co
La curioſté du premier
Ambaſſadeur eſtant auſſi
grande que ſon intelligence
eft vive , il examina autant
qu'il luy fut poffible cette
grande Machine , qui en contient
un millier d'autres. 11
en viſita pluſieurs endroits
&mania pluſieurs pieces ; &
comme on avoit tenu des
,
236 Suite du Voyage
Chevaux preſts afin qu'il pút
fatisfaire pleinement ſa curioſité
, il monta à cheval avec
les deux autres Ambaffadeurs
, & vifita tous les Ouvrages
qui font le long de la
Colline. Enfin aprés que le
premier Ambaſſadeur cut vû
tous les Refervoirs ; & penetré
autant qu'il luy fut poffible
le mouvant cahos d'ouvrages
differens , il dit : Eftce
un Homme , ou un Demon qui
a fait cette Machine ? C'est un
Homme ; mais cependant cét
Homme y a bien moins de part
qu'il ne croit. Cét Ouvrage eft
dû à la grandeur du Roy , à fa
des Amb. de Siam.
: 257
1
reputation qui attire en France
tout ce qu'il y a d'habiles Gens
au Monde pour les Arts , à la
maniere dont il recompense ceux
qui le fervent enfin au plaisir
qu'on a de travailler pour luy.
Voilà ce qui eft cause que nous
voyons aujourd'huy ce grand
Ouvrage,voilà ce qui l'a fait ,
& non pas l'Ouvrier qui le croit
tout de luy , parce qu'il y a travaillé.
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Résumé : Description de la machine de Marly qui conduit la Riviere de Seine à Versailles, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite de la Machine de Marly, une construction remarquable réalisée par le Chevalier de Ville. Cette machine, située à Marly, a pour fonction de conduire l'eau de la Seine jusqu'au château de Versailles. Elle est particulièrement admirée pour son ingéniosité et son efficacité. La Machine de Marly utilise des quantités considérables de bois pour les digues et les galeries de charpente. Elle comprend plusieurs réservoirs situés à différents niveaux le long d'une colline. L'eau est pompée depuis la rivière et refoulée dans des réservoirs supérieurs grâce à des pistons et des balanciers. Le mouvement est initié par des roues hydrauliques actionnées par l'eau de la Seine, dont le cours est barré par une digue. En général, treize roues sont en fonctionnement simultanément, permettant de fournir 200 pouces d'eau à Versailles. La machine est capable d'élever l'eau à une hauteur proche de 64 toises. Les ambassadeurs de Siam, connus pour leur curiosité et leur intelligence, ont examiné en détail cette machine complexe. Ils ont admiré son fonctionnement et son utilité, attribuant cette réalisation à la grandeur du roi, qui sait attirer et récompenser les meilleurs artisans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 272-285
Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
Début :
On les mena ensuite voir la Galerie, & le grand [...]
Mots clefs :
Galerie, Grand appartement du roi, Description, Argent, Roi, Pieds, Charles Le Brun, Vases, Brancards, Ambassadeur, Appartement, Guéridons, Girandoles, Chandeliers, Bronze doré, Peintures, Premier ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
On
les mena enſuite voir la Ga-
แว lerie ,& le grand & petit appartement
de Sa Majefté. Ce
feroit icy le lieu de vous faire
une ample deſcription de la
Galerie;mais comme je vous
en ay déja donné en détail
✓ dans ma Lettre de Septembre
1684. je vous diray ſeulement
qu'elle a quarante toiſes de
long , & trente-fix pieds de
large ; Que Me le Brun y a
peint l'hiſtoire du Roy depuis
la Paix des Pyrenées , juſqu'à
celle de Nimegue ; & que
toutes les actions de ce Monarque
y font repreſentées
Y
262 Suite da Voyage
fous des Figuresallégoriques.
Mr le Brun a travaillé pendant
quatre année à gétOu
vrage , qui eſt tout de ſa main.
Il y a huit Figures antiques
dans huit niches de cette
Galerie , qui font l'Apollon
& la Venus de Smirne , la
Venus d'Arles , la Diane d'Epheſe
, le Bachus ,le Sommeil
, & deux Senateurs. Les
trois premieres de ces Figures
ont eſte reſtaurées par M
Girardon ; il a auffi accommodé
en buſtes avec des draperies
de Bronze doré douze
Têtes de Porphire , qui repre
fentent les douze Cefars , &
des Amb, de Siam.
263
quatre autres de pierre de
Touche ou pierre noire , qui
font des Têtes d'Hommes Illuftres.
Toutes ces Statuës
& toutes ces Buſtes ne font
pas le ſeul ornement de la
Galerie ; on y voit auffi beaucoup
de Vazes , de Brancards,
ide Quaiffes d'Orangers , de
Cuvettes , de Bancs de Tor
| cheres , de Gueridons d'ar
gent , garnis de Girandoles &
de Chandeliers de même ma
tiere , ainſi que pluſieurs Vazes
& Navichelles de Porphire
de formes differentes fort
delicatement travaillez &
Yij
264 Suite du Voyage
tres bien foüillez . Ces Vazes
font poſez deſſus & deſſous
des Tables qui font auffi de
Pierres precieuſes , & que les
Glaces dont pluſieurs grands
ceintres de ce Lieu ſont remplis,
multiplient encore .
Comme Mr le Brun fe
trouva dans cette Galerie , il
fatisfit les Ambaſſadeurs fur
tout ce que leur curiofité les
porta à luy demander. Le
premier Ambaſſadeur s'attacha
a confiderer tous les Portraits
du Roy , qu'il remarqua.
Mª le Brún luy expliqua
l'endroit de la priſe de
Gand , & luy dit que le Roy
des Amb. de Siam.
265
voulant affieger cette Place , avoit
efté d'abord ſur les Frontieres
d'Allemagne pour empescber
ſes Ennemis de s'en douter ;
qu'ensuite des Troupes difpersées
en divers endroits , &
auſquelles on ne pensoit pas
ayant foudain affiegé Gand , le
- Roy qu'on en croyoit bien éloigné
, avoit pris la poſte , & s'étoit
trouvé tout- à-coup devant
cette Place. L'Ambaſſadeur
>
répondit , Que l'action estant
d'un Dien , il ne s'étonnoit pas
fi dans ce Tableau le Roy paroiffoit
dans cette posture. Ce
que cét Ambaſſadeur voyoit
alors , & tout ce qu'il avoit
Y uj
266 Suite du Voyage
déja veu de Me le Brun , fut
cauſe qu'il luy dit , qu'il estoit
Le Roy des Peintres. Ce qu'il
a ſouvent dit depuis. Il trouva
les Bancs d'argent que
M² de Launay Orphévre du
Roy a fait dans cette Galerie,
tres-bien travaillez , & en
leva un par les deux bouts
pour en connoître à peu prés
la peſanteur & dit qu'en les
faisant si lourds , on avoit trouvé
une bonne invention pour
empefcher les Voleurs de les emporter.
L'Ambaſſfadeur avant
que de ſortir de cette Galerie
, examina les ornemens
qui en accompagnent la peine
des Amb: de Siam. 267
ture qui conſiſtent en des
Trophées de relief qui font
fur la corniche qui eſt dorée
auffi-bien que la frife & l'architrave
des chapiteaux , &
des bazes de Bronze doré ,
& des pilaftres d'un tres -beau
Marbre , ainſi que le reſte de
L'Architecture S
Ils pafferent enfuite dans le
Salon de la,Galerie,, par le
quel on entre dans le grand
Appartement du Roy On
le nomme Le Salon de Mars ,
par rapport aux peintures
que Me la Brun y achevoit
alors. Les échafaux qui en
couvroient le Plafonds , y
.
268 Suite du Voyage
eftoient encore. Ce Salon
ne laiſſoit pas d'eſtre orné de
Brancards d'argent , portant
des Chandeliers de deux pieds
de haut , & de quantité de
Vazesd'argent entre ces Brancards
Ils entrerent de làdans le
grand Appartement , qui
contient une longue enfilade
de Pieces. La premiere
qu'ils virent eſt celle du
Trône. La Tapifferie eſtoit
d'une broderie or & argent ,
& d'un ſi grand relief, qu'on
remarquoit en pluſieurs endroits
des morceaux d'argent
cizelé Le Dais estoit de
même.
des Amb. de Siam. 269
même. Au deſſous de ce Daix
ſur une eſtrade couverte d'un
Tapis de Perle à fonds d'or ,
eſtoit un Trône d'argent de
huit pieds de haut. Quatre
Enfans portant des Corbeilles
de fleurs , en ſoutiennent
le fiege & le doffier. Sur le
haut du ſiege que forme le
doffier Apollon eſt en pied, avec
une Couronne de Laurier
ſur la tête , & tenant ſa Lyre.
La Juſtice & la Force font
affiſes ſur les deux tournans.
Aux deux côtez du Trône
deux ſcabelons d'argent portent
des Carreaux , aux deux
angles ſont des Torcheres de
Z
270 Suite du Voyage
huit pied de haut. Quatre
Girandoles portées par des
Gueridons d'argent de fix
pieds de haut, parent les quatre
coins de la Chambre .
Celle qui fuit eſt la Chambre
de Mercure , toutes ayant leur
nom par rapport aux peintures
qu'on y voit. Il y avoit
dedans un Lit tout de Point
d'Eſpagne , dont le ciel finit
en dôme C'eſt l'ouvrage le
plus beau & le plus grand
de cette Nature qu'on ait encore
fait . On voit enfuite la
Chambre de Mars ; puis celle
deDiane ; aprés quoy on trouve
la Salle de Venus , & celle
des Amb. de Siam.
271
,
de l' Abondance. Je n'entreray
point dans le détail de l'Argenteric
qui eſt dans toutes
ces Chambres. Il y en a pour
pluſieurs millions confiftant
en Balustrades d'argent de
douze pieds de haut , & des
Chandeliers deſſus de même
hauteur , Scabelons , Caffoletes
, Baffins de trois à quatre
pieds de diametre , Vazes ,
Cheners , Foyers , garnitures
de Cheminées , Luftres d'ar
gent , Tables , bordures de
Miroirs , Gueridons , groupes
de Figures d'argent , Cuvettes
, Sceaux , Buires , Gue
ridons , quaiſſes d'Orangers
Zij
272 Suite du Voyage
Brancards & Girandoles.Tous
ces Ouvrages font hiftoriez &
remplis de Figures bien travaillées.
Il ſeroit impoffible
de vous dire avec combien
d'application toutes ces choſes
furent regardées ; mais il
eſt plus aiſe de ſe l'imaginer ,
ſçachant l'efprit & la curioſité
des Ambaſſadeurs , qui ne
laiſſent rien échaper ſans l'examiner
, & qui demandent
des éclairciſſemens fur tout
ce qu'ils ne connoiffent pas.
Le premier Ambaſſadeur prit
beaucoup de plaifir à regarder
deux Tableaux de Raphaël
, dont l'un reprefente
des Amb. de Siam. 273
د la Sainte Famille & l'autre
un Saint Michel. Aprés qu'on
luy eut dit qu'ils eſtoient
d'un même Maître , & également
beaux , on luy demanda
lequel il aimoit le mieux.
Il répondit , Que puisque le
travail estoit égal , il aimoit
mieux celuy qui estoit remply de
Figures , parce que les beautez
y devoient estre en plus grand
nombre.
les mena enſuite voir la Ga-
แว lerie ,& le grand & petit appartement
de Sa Majefté. Ce
feroit icy le lieu de vous faire
une ample deſcription de la
Galerie;mais comme je vous
en ay déja donné en détail
✓ dans ma Lettre de Septembre
1684. je vous diray ſeulement
qu'elle a quarante toiſes de
long , & trente-fix pieds de
large ; Que Me le Brun y a
peint l'hiſtoire du Roy depuis
la Paix des Pyrenées , juſqu'à
celle de Nimegue ; & que
toutes les actions de ce Monarque
y font repreſentées
Y
262 Suite da Voyage
fous des Figuresallégoriques.
Mr le Brun a travaillé pendant
quatre année à gétOu
vrage , qui eſt tout de ſa main.
Il y a huit Figures antiques
dans huit niches de cette
Galerie , qui font l'Apollon
& la Venus de Smirne , la
Venus d'Arles , la Diane d'Epheſe
, le Bachus ,le Sommeil
, & deux Senateurs. Les
trois premieres de ces Figures
ont eſte reſtaurées par M
Girardon ; il a auffi accommodé
en buſtes avec des draperies
de Bronze doré douze
Têtes de Porphire , qui repre
fentent les douze Cefars , &
des Amb, de Siam.
263
quatre autres de pierre de
Touche ou pierre noire , qui
font des Têtes d'Hommes Illuftres.
Toutes ces Statuës
& toutes ces Buſtes ne font
pas le ſeul ornement de la
Galerie ; on y voit auffi beaucoup
de Vazes , de Brancards,
ide Quaiffes d'Orangers , de
Cuvettes , de Bancs de Tor
| cheres , de Gueridons d'ar
gent , garnis de Girandoles &
de Chandeliers de même ma
tiere , ainſi que pluſieurs Vazes
& Navichelles de Porphire
de formes differentes fort
delicatement travaillez &
Yij
264 Suite du Voyage
tres bien foüillez . Ces Vazes
font poſez deſſus & deſſous
des Tables qui font auffi de
Pierres precieuſes , & que les
Glaces dont pluſieurs grands
ceintres de ce Lieu ſont remplis,
multiplient encore .
Comme Mr le Brun fe
trouva dans cette Galerie , il
fatisfit les Ambaſſadeurs fur
tout ce que leur curiofité les
porta à luy demander. Le
premier Ambaſſadeur s'attacha
a confiderer tous les Portraits
du Roy , qu'il remarqua.
Mª le Brún luy expliqua
l'endroit de la priſe de
Gand , & luy dit que le Roy
des Amb. de Siam.
265
voulant affieger cette Place , avoit
efté d'abord ſur les Frontieres
d'Allemagne pour empescber
ſes Ennemis de s'en douter ;
qu'ensuite des Troupes difpersées
en divers endroits , &
auſquelles on ne pensoit pas
ayant foudain affiegé Gand , le
- Roy qu'on en croyoit bien éloigné
, avoit pris la poſte , & s'étoit
trouvé tout- à-coup devant
cette Place. L'Ambaſſadeur
>
répondit , Que l'action estant
d'un Dien , il ne s'étonnoit pas
fi dans ce Tableau le Roy paroiffoit
dans cette posture. Ce
que cét Ambaſſadeur voyoit
alors , & tout ce qu'il avoit
Y uj
266 Suite du Voyage
déja veu de Me le Brun , fut
cauſe qu'il luy dit , qu'il estoit
Le Roy des Peintres. Ce qu'il
a ſouvent dit depuis. Il trouva
les Bancs d'argent que
M² de Launay Orphévre du
Roy a fait dans cette Galerie,
tres-bien travaillez , & en
leva un par les deux bouts
pour en connoître à peu prés
la peſanteur & dit qu'en les
faisant si lourds , on avoit trouvé
une bonne invention pour
empefcher les Voleurs de les emporter.
L'Ambaſſfadeur avant
que de ſortir de cette Galerie
, examina les ornemens
qui en accompagnent la peine
des Amb: de Siam. 267
ture qui conſiſtent en des
Trophées de relief qui font
fur la corniche qui eſt dorée
auffi-bien que la frife & l'architrave
des chapiteaux , &
des bazes de Bronze doré ,
& des pilaftres d'un tres -beau
Marbre , ainſi que le reſte de
L'Architecture S
Ils pafferent enfuite dans le
Salon de la,Galerie,, par le
quel on entre dans le grand
Appartement du Roy On
le nomme Le Salon de Mars ,
par rapport aux peintures
que Me la Brun y achevoit
alors. Les échafaux qui en
couvroient le Plafonds , y
.
268 Suite du Voyage
eftoient encore. Ce Salon
ne laiſſoit pas d'eſtre orné de
Brancards d'argent , portant
des Chandeliers de deux pieds
de haut , & de quantité de
Vazesd'argent entre ces Brancards
Ils entrerent de làdans le
grand Appartement , qui
contient une longue enfilade
de Pieces. La premiere
qu'ils virent eſt celle du
Trône. La Tapifferie eſtoit
d'une broderie or & argent ,
& d'un ſi grand relief, qu'on
remarquoit en pluſieurs endroits
des morceaux d'argent
cizelé Le Dais estoit de
même.
des Amb. de Siam. 269
même. Au deſſous de ce Daix
ſur une eſtrade couverte d'un
Tapis de Perle à fonds d'or ,
eſtoit un Trône d'argent de
huit pieds de haut. Quatre
Enfans portant des Corbeilles
de fleurs , en ſoutiennent
le fiege & le doffier. Sur le
haut du ſiege que forme le
doffier Apollon eſt en pied, avec
une Couronne de Laurier
ſur la tête , & tenant ſa Lyre.
La Juſtice & la Force font
affiſes ſur les deux tournans.
Aux deux côtez du Trône
deux ſcabelons d'argent portent
des Carreaux , aux deux
angles ſont des Torcheres de
Z
270 Suite du Voyage
huit pied de haut. Quatre
Girandoles portées par des
Gueridons d'argent de fix
pieds de haut, parent les quatre
coins de la Chambre .
Celle qui fuit eſt la Chambre
de Mercure , toutes ayant leur
nom par rapport aux peintures
qu'on y voit. Il y avoit
dedans un Lit tout de Point
d'Eſpagne , dont le ciel finit
en dôme C'eſt l'ouvrage le
plus beau & le plus grand
de cette Nature qu'on ait encore
fait . On voit enfuite la
Chambre de Mars ; puis celle
deDiane ; aprés quoy on trouve
la Salle de Venus , & celle
des Amb. de Siam.
271
,
de l' Abondance. Je n'entreray
point dans le détail de l'Argenteric
qui eſt dans toutes
ces Chambres. Il y en a pour
pluſieurs millions confiftant
en Balustrades d'argent de
douze pieds de haut , & des
Chandeliers deſſus de même
hauteur , Scabelons , Caffoletes
, Baffins de trois à quatre
pieds de diametre , Vazes ,
Cheners , Foyers , garnitures
de Cheminées , Luftres d'ar
gent , Tables , bordures de
Miroirs , Gueridons , groupes
de Figures d'argent , Cuvettes
, Sceaux , Buires , Gue
ridons , quaiſſes d'Orangers
Zij
272 Suite du Voyage
Brancards & Girandoles.Tous
ces Ouvrages font hiftoriez &
remplis de Figures bien travaillées.
Il ſeroit impoffible
de vous dire avec combien
d'application toutes ces choſes
furent regardées ; mais il
eſt plus aiſe de ſe l'imaginer ,
ſçachant l'efprit & la curioſité
des Ambaſſadeurs , qui ne
laiſſent rien échaper ſans l'examiner
, & qui demandent
des éclairciſſemens fur tout
ce qu'ils ne connoiffent pas.
Le premier Ambaſſadeur prit
beaucoup de plaifir à regarder
deux Tableaux de Raphaël
, dont l'un reprefente
des Amb. de Siam. 273
د la Sainte Famille & l'autre
un Saint Michel. Aprés qu'on
luy eut dit qu'ils eſtoient
d'un même Maître , & également
beaux , on luy demanda
lequel il aimoit le mieux.
Il répondit , Que puisque le
travail estoit égal , il aimoit
mieux celuy qui estoit remply de
Figures , parce que les beautez
y devoient estre en plus grand
nombre.
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Résumé : Description de la Galerie, & du grand Apartement du Roy, [titre d'après la table]
Le texte décrit une visite de la Galerie et des appartements royaux. La Galerie, mesurant quarante toises de longueur et trente-six pieds de largeur, est décorée de peintures de Charles Le Brun illustrant l'histoire du roi depuis la Paix des Pyrénées jusqu'à la Paix de Nimègue, accompagnées de figures allégoriques. Le Brun a consacré quatre années à cet ouvrage. La Galerie abrite également huit statues antiques restaurées par Girardon et douze bustes en porphyre représentant les douze Césars. Divers objets d'art, tels que des vases, des brancards, des girandoles et des tables en pierres précieuses, y sont exposés. Les ambassadeurs, curieux et attentifs, ont examiné chaque détail et ont été impressionnés par la qualité des œuvres, notamment les bancs d'argent et les trophées de relief dorés. La visite s'est poursuivie dans le Salon de Mars, puis dans le grand appartement du roi, incluant la chambre du Trône, la chambre de Mercure, celle de Mars, celle de Diane et la salle de l'Abondance. Chaque chambre est richement décorée d'argenterie et de peintures. Les ambassadeurs ont manifesté un grand intérêt pour les tableaux de Raphaël, en particulier ceux représentant la Sainte Famille et Saint Michel.
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6
p. 187-191
Parodie de l'Enigme du mois passé, le Vers de la Poësie.
Début :
Le Vers, selon la rime, est ou mâle, ou femelle, [...]
Mots clefs :
Vers, Rime, Fruits, Pieds, Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme du mois passé, le Vers de la Poësie.
Article des Enigmes.
Parodie de l'Enigme du
mois passé, le Vers de
laPoëjîe.
L E Vers, selon larime;
est ou mâle, oufemelle,
Quiseseparent rarement,
Et pensent peu differemmtnt,
Tant l'un est pour l'autre
fidelle.
Selon leterroiroùjesuis,
Dit le Vers, jeproduis,
de bons oumauvais
fruits:
-
'Tantôt,tendre &galant,
&quelquefoitbarbare,
Jechemined'unpasinégal
, & bizarre,
^Tantôt triste &chagrin,
tantôt joyeux,plaifant,
Tantôtfaisant éloge,&
tantôt médisant.
Quand je suis serieux ,
quandj'ai dela trijr -
,
r tesie
sifors mon corps plusentendu
Sur plus de piedsest rè~
panai*:
Maisloin d'augmenter
mavtttfie,
je n'en vais que plus gravement.
Quandje suis gai,quand
j'ai de l'enjoûment,
Alors moncorps& ma
'- figure
Sontuneftrucr
ture,
Et ne marchentqu'à petit train. fers,dansïamoureufc.
peine
Lesfoins dutendre amour3,,. ledépit&lahaine>
Jt mords,je
pique,& répands du venin,
.,
Dont le poison a tant, de
violence,
Qu'il revient vivement
sur celui quile lance.
he buveurtransportédes
douceursde Baccus,
Vient chanter avec moy
la douceur de sonjus.
Cejlmoy qui fous laloy
,
de cette rime obscure
Te viens,cacher ici cette
sombre peinture.
C'est chercher trop longtemps, leffeur trop
curieux
,
QHOJ tu ne me vois pas ?
-
jefuis devanttes
yeux..
Parodie de l'Enigme du
mois passé, le Vers de
laPoëjîe.
L E Vers, selon larime;
est ou mâle, oufemelle,
Quiseseparent rarement,
Et pensent peu differemmtnt,
Tant l'un est pour l'autre
fidelle.
Selon leterroiroùjesuis,
Dit le Vers, jeproduis,
de bons oumauvais
fruits:
-
'Tantôt,tendre &galant,
&quelquefoitbarbare,
Jechemined'unpasinégal
, & bizarre,
^Tantôt triste &chagrin,
tantôt joyeux,plaifant,
Tantôtfaisant éloge,&
tantôt médisant.
Quand je suis serieux ,
quandj'ai dela trijr -
,
r tesie
sifors mon corps plusentendu
Sur plus de piedsest rè~
panai*:
Maisloin d'augmenter
mavtttfie,
je n'en vais que plus gravement.
Quandje suis gai,quand
j'ai de l'enjoûment,
Alors moncorps& ma
'- figure
Sontuneftrucr
ture,
Et ne marchentqu'à petit train. fers,dansïamoureufc.
peine
Lesfoins dutendre amour3,,. ledépit&lahaine>
Jt mords,je
pique,& répands du venin,
.,
Dont le poison a tant, de
violence,
Qu'il revient vivement
sur celui quile lance.
he buveurtransportédes
douceursde Baccus,
Vient chanter avec moy
la douceur de sonjus.
Cejlmoy qui fous laloy
,
de cette rime obscure
Te viens,cacher ici cette
sombre peinture.
C'est chercher trop longtemps, leffeur trop
curieux
,
QHOJ tu ne me vois pas ?
-
jefuis devanttes
yeux..
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Résumé : Parodie de l'Enigme du mois passé, le Vers de la Poësie.
Le texte 'Le Vers de la Poëjîe' est une parodie qui explore les caractéristiques du vers en poésie. Il distingue deux types de vers : mâle et femelle, qui se ressemblent beaucoup. Le vers affirme que sa qualité dépend de son terroir, produisant des fruits bons ou mauvais. Son comportement est variable : il peut être tendre et galant, barbare, triste, ou joyeux et plaisant. Sa forme change selon son état : sérieux ou gai. Lorsqu'il est sérieux, il s'étend sur plus de pieds, mais cela n'augmente pas sa valeur. Lorsqu'il est gai, il avance lentement. Le vers peut également mordre, piquer et répandre du venin, dont le poison revient sur celui qui le lance. Il accompagne le buveur sous l'influence de Bacchus. Le texte se conclut par une énigme : 'C'est chercher trop longtemps, le lecteur trop curieux, que tu ne me vois pas ? - je suis devant tes yeux.'
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7
p. 1575
ENIGME.
Début :
Deux freres de concert portent un édifice, [...]
Mots clefs :
Pieds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
DEux freres de concert portent un édifice ,
Sans lequel ils ne seroitent pas ;
L'un d'eux ne peut sans l'autre faire un pas ;
La fin du jour interrompt leur office.
DEux freres de concert portent un édifice ,
Sans lequel ils ne seroitent pas ;
L'un d'eux ne peut sans l'autre faire un pas ;
La fin du jour interrompt leur office.
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8
p. 1797
« La Premiere Enigme du mois de Juillet, a été faite sur les pieds ; et la seconde, sur [...] »
Début :
La Premiere Enigme du mois de Juillet, a été faite sur les pieds ; et la seconde, sur [...]
Mots clefs :
Pieds, Vent, Liard, Meaux, Constantinople, Épingle
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texteReconnaissance textuelle : « La Premiere Enigme du mois de Juillet, a été faite sur les pieds ; et la seconde, sur [...] »
La Premiere Enigme du mois de Juillet,
a été faite sur les pieds ; et la second , sur
le vent. Les Logogryphes ont é é faits sur
Liard , Meaux , Constantinople , Epingle.
a été faite sur les pieds ; et la second , sur
le vent. Les Logogryphes ont é é faits sur
Liard , Meaux , Constantinople , Epingle.
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9
p. 2615-[2]621
MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Mr Dufay termina la Séance par un Mémoire sur l'Electricité ; il [...]
Mots clefs :
Corps électriques, Électricité, Pieds, Corde, Couleurs, M. Dufay, Planche, Tube, Enfant, Mémoire, Feuilles, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
MEMOIRE sur l'Electricité , lû à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
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Résumé : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Le mémoire de M. Dufay, présenté à l'Académie Royale des Sciences, explore les propriétés de l'électricité et les corps qu'elle affecte. Dans ce troisième mémoire, Dufay examine quels matériaux sont le plus attirés par les matières électriques et lesquels transmettent le mieux les écoulements électriques. Il réfute l'idée de M. Gray selon laquelle la couleur des corps influence leur capacité à devenir électriques, démontrant que les variations observées dépendent des ingrédients utilisés pour colorer les corps plutôt que des couleurs elles-mêmes. Dufay rapporte également des expériences sur la transmission de l'électricité à longue distance. Il a réussi à transmettre l'électricité sur une distance de 1256 pieds en utilisant une corde mouillée, dépassant ainsi les 886 pieds atteints par M. Gray. Il décrit également une expérience où un enfant, suspendu sur des cordes, devient électrique en approchant un tube frotté de ses pieds, rendant son visage et ses mains électriques. Dufay observe des phénomènes électriques singuliers, tels que des étincelles et des bruits de pétillement, lorsqu'une personne approche sa main de son corps pendant qu'il est sur une planche électrique. Ces phénomènes n'apparaissent pas avec des corps inanimés. Il conclut en annonçant la découverte de deux principes fondamentaux : les corps électriques attirent ceux qui ne le sont pas et repoussent ceux qui le sont par communication. De plus, il existe deux types d'électricité distincts et opposés. Ces principes seront détaillés dans un quatrième mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1339-1349
PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Début :
La Ville de Paris ayant demandé au Roy la permission de présenter [...]
Mots clefs :
Dauphin, Armes, Ville de Paris, Main, Vertus, Couronne, France, Palmes, Pieds, Guerre, Fleurs, Boucliers, Épée
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
PREMIERES ARMES
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
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و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
Fermer
Résumé : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Le 6 juin 1734, la Ville de Paris a reçu l'autorisation du roi de présenter au Dauphin ses premières armes, suivant un ancien usage interrompu. Le Corps de Ville, en robe de cérémonie, s'est rendu à Versailles où le Duc de Gesvres, Gouverneur de Paris, a conduit la délégation à l'audience du Dauphin. Le Président Turgot, Prévôt des Marchands, a porté les compliments et présenté une épée, un fusil et deux pistolets d'un travail parfait. Ce privilège permet à la Ville de Paris de présenter aux Dauphins de France leurs premières armes, soit en récompense de son zèle et de son affection envers les Princes, soit comme prérogative flatteuse pour la capitale du Royaume. La Ville de Paris a donc saisi cette occasion pour honorer le Dauphin et s'acquitter de ce devoir flateur et honorable. Les pistolets, entièrement en acier enrichi de reliefs et de ciselures, présentent des fonds d'or perlé et des bois ornés de figures en or gravées en taille-douce et de filigranes. Les canons des pistolets représentent des scènes symboliques : l'un montre un jeune enfant sur une colline au lever du soleil, l'autre un jeune Hercule écrasant des dragons. Les symboles de vertus et les cornes d'abondance sont également présents, ainsi que des représentations des quatre parties du monde. Le fusil arbore un Dauphin entouré de cornes d'abondance et de guirlandes de fleurs, ainsi que des scènes de chasse et des symboles maritimes. Les ornements incluent des génies guerriers, des trophées de guerre et des attributs divers. L'épée, entièrement en or, est composée d'un seul trophée d'armes. La garde est inspirée des boucliers utilisés sous le règne d'Alexandre le Grand et représente les vertus héroïques et la gloire des Princes. Les bas-reliefs montrent Hercule terrassant l'Hydre et une femme symbolisant la victoire et la générosité. La poignée de l'épée est ornée de palmes et de lys, et le fourreau est en écaille noire incrustée d'or. Ces œuvres, réalisées par le Sieur Laroche pour les pistolets et le fusil, et par M. Germain pour l'épée, témoignent d'une exécution admirable et d'une grande richesse artistique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 72-83
THELANIRE ET ISMENE.
Début :
Un Satyre pour célébrer son arrivée dans un bois, donnoit aux hôtes voisins [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Dieux, Bonheur, Amitié, Ciel, Yeux, Amant, Pieds, Nymphe, Plaisir, Oracle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THELANIRE ET ISMENE.
THELANIRE ET ISMENE.
N Satyre pour célébrer fon arrivée
UNdans un bois , donnoit aux hôtes voi
fins une fête l'habitant des forêts y invita
auffi le jeune Thelanire & la charmante
Ifmene. Thelanire , quoique citadin ,
ne dédaigna pas l'offre du Sylvain ; fon
refus eût pû l'affliger , c'étoit affez pour
déterminer Thelanire à s'y rendre. Le ciel
connoiffoit fon intention , & pour l'en récompenfer
il y envoya Ifmene. La Nymphe
ſe préfenta dans une noble fimplicité
, elle donnoit de l'éclat à fa parure :
elle n'étoit qu'Ifmene , mais elle étoit Ifmene.
Thelanire la vit , il l'aima . Un tendre
embarras s'empara de fon ame , tout
lui
DECEMBRE. 1754. 75
lui fembloit inftruit de fon amour : if
croyoit voir l'univers occupé de fa tendieffe
, & rire de fa timidité.
Grands Dieux ! difoit - il , de quoi me
puniffez vous n'ai je pas affermi votre
culte en travaillant à étouffer la fuperfti
tion ? ne vous ai - je pas rendu de continuels
hommages ? mon coeur n'a écouté
que le cri de l'humanité , & ma premiere
crainte a été d'affliger le foible & le malheureux.
Je ne vous demande pas de m'ôter
mon amour , mais de me rendre la parole.
Un grand bruit fe fit entendre ( les Sa
tyres prennent le tumulte pour la gaité ) ,
& on annonça à Thelanire' que l'heure du
répas étoit arrivée.
Les Satyres croyent que rien n'eft comparable
à un Satyre ; cependant Ifmene
étoit fi belle qu'ils la jugerent dignes d'eux.
Ils eurent la gloire de fervir la Nymphe ,
& Thelanire le chagrin de les voir au comble
du bonheur. Il aimoit , il falloit le
faire entendre : Thelanire étoit épris pour
la premiere fois ; Thelanire pour la premiere
fois étoit timide.
Votre bonheur s'accroît de jour en jour ,
difoit-il au Satyre voifin d'Ifmene ; hier
Cidalyfe vous adoroit , & maintenant vous
baifez les pieds d'Ifmene.
11. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Que vous êtes heureux ! difoit-il à un.
autre , vous obligez Ifmene , laiffez- moi
partager vos légeres peines & vos immenfes
plaifirs .
Cependant on voyoit la délicateffe prendre
la place de la profufion : on entendoit
les échos répeter les plus tendres fons ;
Thelanire feul ne voyoit & n'entendoit
qu'lfmene.
La Nymphe étoit fenfible , & Thelanire
lui plaifoit : elle croyoit n'aimer que fon
eſprit .
Tout s'efforçoit de contenter Ifmene ;
les Satyres épuifoient leur champêtre ga
lanterie. Cruels , difoit Thelanire , pourquoi
prenez-vous tant de peines ? pourquoi
m'ôtez- vous mes plaifirs ? La joie &
les flacons difparurent enfin , & le bonheur
de Thelanire commença. Affis aux
pieds d'Ifmene , Thelanire admira & fe
tût. Ifmene , dit Thelanire en foupirant :
Thelanire , reprit Ifmene en tremblant.
Ifmene .... eh bien : il baifoit fes mains ,
il les arrofoit de fes larmes. Que faitesvous
, lui dit Ifmene ? avez-vous perdu
l'ufage de la raifon hélas ! peu s'en faut ,
s'écria Thelanire , je fuis amoureux . Thelanire
trembla . Ifmene baiffa les yeux ,
& le filence fuccéda aux plus tendres em
braffemens. Ifmene n'ofoit jetter les yeux
DECEMBRE. 1754 75
far Thelanite , & Thelanire craignoit de
rencontrer les regards d'lfmene . Araminte
eft fans doute celle dont vous êtes épris ,
lui dit Ifmene en fouriant ; elle n'eſt pas ,
il est vrai , dans la premiere jeuneffe , mais
elle eft raisonnable .
Hélas ! reprit Thelanire , puiffe le ciel
pour punir les lâches adorateurs d'Araminte
, les condamner à n'aimer jamais que
des coeurs comme le fien.
Orphiſe & fes immenfes appas font donc
l'objet de vos'ardeurs ?
Hélas ! s'écria Thelanire , fi mon coeur
étoit affez bas pour foupiter après Orphi
fe , je fupplierois les Dieux de m'ôter le
plus précieux de leurs dons , je les prierois
de me rendre infenfible. De la beauté
qui m'enflamme , ajouta Thelanire , je vais
vous ébaucher le portrait ; je la peindrai
charmante , digne du plus grand des Dieux
ou d'un mortel fenfible & vertueux ; l'univers
à ces traits va la reconnoître , Ifmene
feule la méconnoîtra.
Elle n'eft point fille des Graces , elle
n'eft pas inême leur rivale , car les Graces
ne le lui difputent pas.
Talens , appas , la nature lui prodigua
tous les dons , jufqu'à celui d'ignorer qu'el
le eft aimable.
Qui la voit , foupire ; qui ceffe de la voir,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
gémit , pour l'adorer quand il la reverral
Grands Dieux ! dit Ifmene , en foupirant
, quelle erreur étoit la mienne ! je me
croyois aimée , le cruel vient de me defabufer.
Ifmene ! ma chere Ifmene , c'eft
vous , ce font vos traits que je viens de
tracer je vous adore , & vous feriez fenfible
? Non , reprit Ifmene , d'un air embarraffé
, je n'ai point d'amour pour vous :
fi vous parlez , il eft vrai , vous m'occupez ;
vous taifez- vous ? vous m'occupez encore ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
Sommes-nous feuls ? je vous écoute ; quelqu'un
furvient , il me paroît importun ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
L'amitié , ce fentiment qui fait honneur à
T'humanité , ce fentiment incapable d'affadir
mon coeur , eft le feul lien qui m'attache à
mon cher Thelanire. Cruelle amitié ! s'écria
Thelanire ; barbare Ifmene , le ciel
vous a faite pour l'amour ; laiffez au tems
le foin de vous faire pour l'amitié. Des
jours viendront où la charmante Ifmene
ne fera plus que la refpectable Ifinenc ,
c'eft alors que les douceurs de l'amitié vous
tiendront lieu des voluptés de l'amour.
Ifmene n'eût pas été difficile à perfua
der ; déja elle craignoit Thelanire, lorf
qu'elle difparut.
Déja depuis long- tems Thelanire ne
DECEMBRE. 1754. 77
pouvoit plus appercevoir Ifmene , que fon
amoureufe imagination la lui faifoit voir
encore. Inquiet , affligé , mille raifons le
portoient à interpréter en fa faveur cette
fuite précipitée ; une feule lui difoit le
contraire , c'étoit affez pour le rendre malheureux.
Cependant Thelanire confidéroit
le féjour qu'Ifmene venoit d'abandonner
, tout lui paroiffoit un motif de confolation
pour fon ame abattue ; le gazon ,
une fleur , tout étoit intéreffant pour Thelanire.
Içi , difoit- il , Ifmene me tendit
une main , que d'un air embarraſſé elle retira
à l'inftant. Là je la vis arracher une
fleur qu'elle s'amufoit à déchirer , pour me
cacher fon innocente timidité . C'étoit près
de ce feuillage qu'Ifmene , en foupirant ,
me regarda , pour baiffer fes yeux fi-tôt
qu'elle rencontra les miens. Ifmene , ajoû
toit-il , Ifmene , vous me fuyez parce que
j'ai dit je vous aime ; mais où pourrezvous
aller fans en entendre autant ? L'humble
habitant de ces deferts glacés , où le
re du jour ſemble porter à regret fa lumiere
, vous admirera parce qu'il n'aura jamais
vû de beauté. Le fuperbe Américain
s'empreffera à vos genoux , parce que mille
beautés qu'il aura vûes lui feront fentir
le mérite d'Ifmene.
pe-
Cependant Thelanire incertain réſolut
Dirj
78 MERCURE DE FRANCE.
d'aller confulter l'Oracle de Venus fur le
fuccès de fon amour. Il vole à Paphos là
fur les bords d'une onde tranquille dont
le murmure fe marie agréablement aux gazouillement
des oifeaux , eft un temple
commencé par la nature & embelli par le
tems. L'efpoir & le plaifir en font les foutiens
inébranlables : l'amour y peignit de
fa main fes victoires les plus fignalées. Ici
la timide Aricie enchaîne avec des fleurs
Hyppolite , qui n'ofe lui réfifter. Surpriſe
& fiere de fa victoire , elle le regarde , &
s'en applaudit.
Là Pénelope , au milieu de fes amans
empreffés , foupire pour Ulyffe fon époux.
Un jour avantageux , digne effet de la
puiffance de l'amour , prête des graces
aux mortels qui habitent ce palais ; tout y
paroît charmant. La Déeffe n'y tient pas la
foudre à la main. Ses regards n'annoncent
pas la fierté ; le badinage & l'enjouement
ne font pas bannis de ces lieux. C'eſt aux
pieds de Venus que Thelanire prononça
ces mots : Déeffe des Amours , je ne viens
pas vous demander fi j'aime , mon coeur
me le dit affez ; daignez m'apprendre feulement
que je fuis aimé d'Ifmene.
Ifimene avoit été conduite au temple
par le même defir que fon amant. La fupercherie
ne déplaît pas à Venus. Ifmene
DECEMBRE . 1754 79
réfolut de profiter de l'occafion pour s'affurer
du coeur de Thelanire. Elle court fe
cacher derriere l'autel de la Déeffe , & elle
rend cette réponſe à fon amant . De quel
front ofes-tu , mortel impofteur , apporter
le menfonge jufques dans mon fanctuaire?
Ifmene te plaît , mais tu n'as pas
d'amour pour elle . Hélas ! dit Thelanire ,
puiffe le ciel pour me punir , fi je n'ai pas
dit la vérité , abandonner ma main au crime
, & mon coeur aux remords dévorans :
puiffent les Dieux m'ôter toutes mes confolations
, & me priver du plaifir de défendre
le foible opprimé par le puiffant.
Tu n'aimes point Ifmene , reprit la voix :
Ifmene t'écoute , tu n'ofes lui parler : Ilmene
fuit , & tu la laiffes échapper ; vas , tu
n'aimes point Ifmene.
Thelanire effrayé des premieres paroles
d'Ifmene , n'avoit pas reconnu fa voix . Ifmene
, c'est vous qui me parlez , dit- il , en
élevant fes yeux qui n'apperçurent que l'image
de Venus. Ifmene ! ... mais hélas !
je m'abuſe , tout me rappelle Ifmene , tout
la retrace à mon ame attendrie . Ifmene
que vous me caufez de peines ! Quand je
fuis avec vous , je tremble de voir arriver
l'inftant qui doit nous féparer. Me quittez-
vous ? je crains de ne vous revoir jamais.
Amour , je ne te demande pas
d'a-
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE.
bandonner mon coeur , mais de dompter
le fien. Cependant Ifmene , qui croyoit
avoir été reconnue , avoit pris la fuite.
Thelanire , ennuyé d'interroger en vain
l'oracle qui ne répondoit plus , erroit à l'aventure
dans le temple , lorfqu'lfmene
s'offrit à fa vûe.
Ifmene , s'écria-t-il , Ifmene , non les
Dieux ne connoiffent pas le coeur des morrels
, les cruels m'ont dit ce que vous ne
croirez pas , ce que je ne crois pas moimême
; ils m'ont dit que je fuis un parjure ,
que le bonheur n'eſt pas fait pour moi ,
ont ofé me dire , tu n'as pas d'amour pour
Ifmene , & pour comble d'horreur les
barbares m'ont laiffé la vie.
ils
Ifmene jouiffoit du trouble de fon amant
fans ofer proférer une parole. Injufte Ifmene
, lui dit Thelanire , quoi ! vous ne
les accufez pas , ces Dieux ! ils font moins
injuftes que vous ; ils n'ont point vu Thelanire
interdit à leurs pieds. Thelanire n'a
pas pleuré lorfqu'il les a vûs , Thelanire
n'a pas pleuré lorsqu'il a ceffé de les voir.
Ingrate Ifmene , vous doutez de mon coeur,
parce que vous êtes für du vôtre ; & vous
jugez Thelanire impofteur , parce qu'lfmene
eft infenfible . Ifmene eût voulu
der plus long- tems le filence ; les reproches
de Thelanire développoient les fengarDECEMBRE.
81 1754.
timens de fon coeur : cependant elle l'interrompit
ainfi . Qui de nous a droit d'être
en courroux ? les Dieux ont dit que vous
ne m'aimez pas , mais ont - ils prononcé
qu'Ifmene n'a point d'amour pour vous ?
De quoi pouvez- vous m'accufer ? qu'exigez-
vous d'Ifmene ? Hélas ! reprit Thelanire
, je defire qu'elle foit plus juſte que
les Dieux , qu'elle en croye mon coeur &
non pas un oracle menfonger. Ifmene , dites-
moi , je vous aime , je n'irai pas interroger
les Dieux. Thelanire yous jure qu'il
vous adore , croyez- le , il en eft plus für
qu'un oracle infenfible. Venez , je veux
vous montrer aux Dieux , ils fentiront fi
l'on peut voir Ifmene fans en être épris.
F
La langueur de Thelanire paffoit dans
le coeur d'Ifmene . Attendrie & confuſe ,
elle oppofoit de foibles raiſons aux tranſports
de fon amant qu'elle ne vouloit pas
convaincre .
Notre amour finira , difoit - elle à The-
Janire ; qui peut répondre de la durée de
fon ardeur perfonne. Je ne le fens que
trop ; carje n'oferois jurer àmon cher Thelanire
que je l'aimerai éternellement.
-Encore fi nos ardeurs s'éteignoient en
même tems : mais non , Ifmene fidele verra
du fein des douleurs les plaiſirs affiéger
en foule Thelanire inconftant ; car The 12
·
D v
82 MERCURE DE FRANCE:
lanire changera le premier. Moi changer ,
chere Ifmene ! eh , le puis - je ! vos yeux
font de fûrs garans de mon amour ; votre
coeur vous répond de mon amitié ; elle
pourra s'accroître aux dépens de l'amour ,
mais jamais l'amour n'altérera notre amitié.
Thelanire cependant ferroit Ifmene entre
fes bras, il eut voulu la contenir toute enviere
dans fes mains . Vous m'aimez donc ,
lui dit Ifmene en foupirant ? Si je vous
aime ? reprit Thelanire , vous feule m'avez
fait voir que je n'avois jamais aimé ;
Philis me plaifoit , j'avois du goût pour
Cidalife ; mais je n'ai jamais aimé qu'lfmene.
Baifer fes mains . eft pour moi la
fource d'une volupté que je n'ai pas même
trouvée dans les dernieres faveurs des
autres. Mais vous , Ifmene , eft-il poffible
que Thelanire ait fçu vous plaire ? Hélas !
dit Ifmene ; Almanzor m'amufoit ; Daph
nis me faifoit rire ; je n'ai foupiré que pour
Thelanire , que j'ai évité. Ifmene , ma chere
Ifmene , ce jour eft le plus beau de ma vie ;
mais qu'il foit pour moi le dernier , s'il doit
coûter des pleurs à ma chère Imene ....
Ah ! Thelanire , fans doute , ce jour coût
tera des larmes à Ifmene ; car finene taimera
toujours: mais , Thelanire ! ...The
lanire comptera les jours de fon exiſtence
par ceux qu'il aura employés à faire le bon
DECEMBRE . 1754. 83
heur d'Ifmene . Un Roi , dira -t-il , pere de
fon peuple , plus amoureux du bien de fes
fujets que d'une gloire qui ira toujours audevant
de lui , leur procura les douceurs
de la paix le jour que Thelanire préféra
aux richeffes d'Elife la poffeffion tranquille
d'Ifmene. Le ciel donna à un peuple
de freres l'efpoir d'un maître & d'un
appui le jour que Thelanire aida Ifmene
à fecourir un infortuné. Ifmene , nos
amours feront éternels ; car vous ne changerez
pas. Ifmene s'efforçoit en vain de
répondre fa voix mourante fur fes levres
s'éteignoit dans les embraffemens de Thelanire
. La langueur avoit paffé dans fon
fein , elle gagna bientôt fon amant . Je vis
la tendreffe , l'amour , le plaifir & le bonheur
, mais je ne vis plus Thelanire ni If
mene : ils avoient ceffé d'exifter , ou plutôc
ils commençoient à fentir le bonheur d'être.
:
Depuis ce jour Thelanire foupire pour
Ifmene , qui l'adore ; Ifmene eft fans ceffe
occupée de Thelanire , qui ne pense qu'à
Ifmene.
Ifmene obligée de préfider aux Fêtes de
Bacchus , a quitté pour un tems fon cher
Thelanire. Ifmene pleure , Thelanire gé
mit , & ils trouvent du plaifir dans leurs
larmes.
1
D.
Par M. d'Igeon,
N Satyre pour célébrer fon arrivée
UNdans un bois , donnoit aux hôtes voi
fins une fête l'habitant des forêts y invita
auffi le jeune Thelanire & la charmante
Ifmene. Thelanire , quoique citadin ,
ne dédaigna pas l'offre du Sylvain ; fon
refus eût pû l'affliger , c'étoit affez pour
déterminer Thelanire à s'y rendre. Le ciel
connoiffoit fon intention , & pour l'en récompenfer
il y envoya Ifmene. La Nymphe
ſe préfenta dans une noble fimplicité
, elle donnoit de l'éclat à fa parure :
elle n'étoit qu'Ifmene , mais elle étoit Ifmene.
Thelanire la vit , il l'aima . Un tendre
embarras s'empara de fon ame , tout
lui
DECEMBRE. 1754. 75
lui fembloit inftruit de fon amour : if
croyoit voir l'univers occupé de fa tendieffe
, & rire de fa timidité.
Grands Dieux ! difoit - il , de quoi me
puniffez vous n'ai je pas affermi votre
culte en travaillant à étouffer la fuperfti
tion ? ne vous ai - je pas rendu de continuels
hommages ? mon coeur n'a écouté
que le cri de l'humanité , & ma premiere
crainte a été d'affliger le foible & le malheureux.
Je ne vous demande pas de m'ôter
mon amour , mais de me rendre la parole.
Un grand bruit fe fit entendre ( les Sa
tyres prennent le tumulte pour la gaité ) ,
& on annonça à Thelanire' que l'heure du
répas étoit arrivée.
Les Satyres croyent que rien n'eft comparable
à un Satyre ; cependant Ifmene
étoit fi belle qu'ils la jugerent dignes d'eux.
Ils eurent la gloire de fervir la Nymphe ,
& Thelanire le chagrin de les voir au comble
du bonheur. Il aimoit , il falloit le
faire entendre : Thelanire étoit épris pour
la premiere fois ; Thelanire pour la premiere
fois étoit timide.
Votre bonheur s'accroît de jour en jour ,
difoit-il au Satyre voifin d'Ifmene ; hier
Cidalyfe vous adoroit , & maintenant vous
baifez les pieds d'Ifmene.
11. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Que vous êtes heureux ! difoit-il à un.
autre , vous obligez Ifmene , laiffez- moi
partager vos légeres peines & vos immenfes
plaifirs .
Cependant on voyoit la délicateffe prendre
la place de la profufion : on entendoit
les échos répeter les plus tendres fons ;
Thelanire feul ne voyoit & n'entendoit
qu'lfmene.
La Nymphe étoit fenfible , & Thelanire
lui plaifoit : elle croyoit n'aimer que fon
eſprit .
Tout s'efforçoit de contenter Ifmene ;
les Satyres épuifoient leur champêtre ga
lanterie. Cruels , difoit Thelanire , pourquoi
prenez-vous tant de peines ? pourquoi
m'ôtez- vous mes plaifirs ? La joie &
les flacons difparurent enfin , & le bonheur
de Thelanire commença. Affis aux
pieds d'Ifmene , Thelanire admira & fe
tût. Ifmene , dit Thelanire en foupirant :
Thelanire , reprit Ifmene en tremblant.
Ifmene .... eh bien : il baifoit fes mains ,
il les arrofoit de fes larmes. Que faitesvous
, lui dit Ifmene ? avez-vous perdu
l'ufage de la raifon hélas ! peu s'en faut ,
s'écria Thelanire , je fuis amoureux . Thelanire
trembla . Ifmene baiffa les yeux ,
& le filence fuccéda aux plus tendres em
braffemens. Ifmene n'ofoit jetter les yeux
DECEMBRE. 1754 75
far Thelanite , & Thelanire craignoit de
rencontrer les regards d'lfmene . Araminte
eft fans doute celle dont vous êtes épris ,
lui dit Ifmene en fouriant ; elle n'eſt pas ,
il est vrai , dans la premiere jeuneffe , mais
elle eft raisonnable .
Hélas ! reprit Thelanire , puiffe le ciel
pour punir les lâches adorateurs d'Araminte
, les condamner à n'aimer jamais que
des coeurs comme le fien.
Orphiſe & fes immenfes appas font donc
l'objet de vos'ardeurs ?
Hélas ! s'écria Thelanire , fi mon coeur
étoit affez bas pour foupiter après Orphi
fe , je fupplierois les Dieux de m'ôter le
plus précieux de leurs dons , je les prierois
de me rendre infenfible. De la beauté
qui m'enflamme , ajouta Thelanire , je vais
vous ébaucher le portrait ; je la peindrai
charmante , digne du plus grand des Dieux
ou d'un mortel fenfible & vertueux ; l'univers
à ces traits va la reconnoître , Ifmene
feule la méconnoîtra.
Elle n'eft point fille des Graces , elle
n'eft pas inême leur rivale , car les Graces
ne le lui difputent pas.
Talens , appas , la nature lui prodigua
tous les dons , jufqu'à celui d'ignorer qu'el
le eft aimable.
Qui la voit , foupire ; qui ceffe de la voir,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
gémit , pour l'adorer quand il la reverral
Grands Dieux ! dit Ifmene , en foupirant
, quelle erreur étoit la mienne ! je me
croyois aimée , le cruel vient de me defabufer.
Ifmene ! ma chere Ifmene , c'eft
vous , ce font vos traits que je viens de
tracer je vous adore , & vous feriez fenfible
? Non , reprit Ifmene , d'un air embarraffé
, je n'ai point d'amour pour vous :
fi vous parlez , il eft vrai , vous m'occupez ;
vous taifez- vous ? vous m'occupez encore ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
Sommes-nous feuls ? je vous écoute ; quelqu'un
furvient , il me paroît importun ;
mais je n'ai point d'amour pour vous.
L'amitié , ce fentiment qui fait honneur à
T'humanité , ce fentiment incapable d'affadir
mon coeur , eft le feul lien qui m'attache à
mon cher Thelanire. Cruelle amitié ! s'écria
Thelanire ; barbare Ifmene , le ciel
vous a faite pour l'amour ; laiffez au tems
le foin de vous faire pour l'amitié. Des
jours viendront où la charmante Ifmene
ne fera plus que la refpectable Ifinenc ,
c'eft alors que les douceurs de l'amitié vous
tiendront lieu des voluptés de l'amour.
Ifmene n'eût pas été difficile à perfua
der ; déja elle craignoit Thelanire, lorf
qu'elle difparut.
Déja depuis long- tems Thelanire ne
DECEMBRE. 1754. 77
pouvoit plus appercevoir Ifmene , que fon
amoureufe imagination la lui faifoit voir
encore. Inquiet , affligé , mille raifons le
portoient à interpréter en fa faveur cette
fuite précipitée ; une feule lui difoit le
contraire , c'étoit affez pour le rendre malheureux.
Cependant Thelanire confidéroit
le féjour qu'Ifmene venoit d'abandonner
, tout lui paroiffoit un motif de confolation
pour fon ame abattue ; le gazon ,
une fleur , tout étoit intéreffant pour Thelanire.
Içi , difoit- il , Ifmene me tendit
une main , que d'un air embarraſſé elle retira
à l'inftant. Là je la vis arracher une
fleur qu'elle s'amufoit à déchirer , pour me
cacher fon innocente timidité . C'étoit près
de ce feuillage qu'Ifmene , en foupirant ,
me regarda , pour baiffer fes yeux fi-tôt
qu'elle rencontra les miens. Ifmene , ajoû
toit-il , Ifmene , vous me fuyez parce que
j'ai dit je vous aime ; mais où pourrezvous
aller fans en entendre autant ? L'humble
habitant de ces deferts glacés , où le
re du jour ſemble porter à regret fa lumiere
, vous admirera parce qu'il n'aura jamais
vû de beauté. Le fuperbe Américain
s'empreffera à vos genoux , parce que mille
beautés qu'il aura vûes lui feront fentir
le mérite d'Ifmene.
pe-
Cependant Thelanire incertain réſolut
Dirj
78 MERCURE DE FRANCE.
d'aller confulter l'Oracle de Venus fur le
fuccès de fon amour. Il vole à Paphos là
fur les bords d'une onde tranquille dont
le murmure fe marie agréablement aux gazouillement
des oifeaux , eft un temple
commencé par la nature & embelli par le
tems. L'efpoir & le plaifir en font les foutiens
inébranlables : l'amour y peignit de
fa main fes victoires les plus fignalées. Ici
la timide Aricie enchaîne avec des fleurs
Hyppolite , qui n'ofe lui réfifter. Surpriſe
& fiere de fa victoire , elle le regarde , &
s'en applaudit.
Là Pénelope , au milieu de fes amans
empreffés , foupire pour Ulyffe fon époux.
Un jour avantageux , digne effet de la
puiffance de l'amour , prête des graces
aux mortels qui habitent ce palais ; tout y
paroît charmant. La Déeffe n'y tient pas la
foudre à la main. Ses regards n'annoncent
pas la fierté ; le badinage & l'enjouement
ne font pas bannis de ces lieux. C'eſt aux
pieds de Venus que Thelanire prononça
ces mots : Déeffe des Amours , je ne viens
pas vous demander fi j'aime , mon coeur
me le dit affez ; daignez m'apprendre feulement
que je fuis aimé d'Ifmene.
Ifimene avoit été conduite au temple
par le même defir que fon amant. La fupercherie
ne déplaît pas à Venus. Ifmene
DECEMBRE . 1754 79
réfolut de profiter de l'occafion pour s'affurer
du coeur de Thelanire. Elle court fe
cacher derriere l'autel de la Déeffe , & elle
rend cette réponſe à fon amant . De quel
front ofes-tu , mortel impofteur , apporter
le menfonge jufques dans mon fanctuaire?
Ifmene te plaît , mais tu n'as pas
d'amour pour elle . Hélas ! dit Thelanire ,
puiffe le ciel pour me punir , fi je n'ai pas
dit la vérité , abandonner ma main au crime
, & mon coeur aux remords dévorans :
puiffent les Dieux m'ôter toutes mes confolations
, & me priver du plaifir de défendre
le foible opprimé par le puiffant.
Tu n'aimes point Ifmene , reprit la voix :
Ifmene t'écoute , tu n'ofes lui parler : Ilmene
fuit , & tu la laiffes échapper ; vas , tu
n'aimes point Ifmene.
Thelanire effrayé des premieres paroles
d'Ifmene , n'avoit pas reconnu fa voix . Ifmene
, c'est vous qui me parlez , dit- il , en
élevant fes yeux qui n'apperçurent que l'image
de Venus. Ifmene ! ... mais hélas !
je m'abuſe , tout me rappelle Ifmene , tout
la retrace à mon ame attendrie . Ifmene
que vous me caufez de peines ! Quand je
fuis avec vous , je tremble de voir arriver
l'inftant qui doit nous féparer. Me quittez-
vous ? je crains de ne vous revoir jamais.
Amour , je ne te demande pas
d'a-
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE.
bandonner mon coeur , mais de dompter
le fien. Cependant Ifmene , qui croyoit
avoir été reconnue , avoit pris la fuite.
Thelanire , ennuyé d'interroger en vain
l'oracle qui ne répondoit plus , erroit à l'aventure
dans le temple , lorfqu'lfmene
s'offrit à fa vûe.
Ifmene , s'écria-t-il , Ifmene , non les
Dieux ne connoiffent pas le coeur des morrels
, les cruels m'ont dit ce que vous ne
croirez pas , ce que je ne crois pas moimême
; ils m'ont dit que je fuis un parjure ,
que le bonheur n'eſt pas fait pour moi ,
ont ofé me dire , tu n'as pas d'amour pour
Ifmene , & pour comble d'horreur les
barbares m'ont laiffé la vie.
ils
Ifmene jouiffoit du trouble de fon amant
fans ofer proférer une parole. Injufte Ifmene
, lui dit Thelanire , quoi ! vous ne
les accufez pas , ces Dieux ! ils font moins
injuftes que vous ; ils n'ont point vu Thelanire
interdit à leurs pieds. Thelanire n'a
pas pleuré lorfqu'il les a vûs , Thelanire
n'a pas pleuré lorsqu'il a ceffé de les voir.
Ingrate Ifmene , vous doutez de mon coeur,
parce que vous êtes für du vôtre ; & vous
jugez Thelanire impofteur , parce qu'lfmene
eft infenfible . Ifmene eût voulu
der plus long- tems le filence ; les reproches
de Thelanire développoient les fengarDECEMBRE.
81 1754.
timens de fon coeur : cependant elle l'interrompit
ainfi . Qui de nous a droit d'être
en courroux ? les Dieux ont dit que vous
ne m'aimez pas , mais ont - ils prononcé
qu'Ifmene n'a point d'amour pour vous ?
De quoi pouvez- vous m'accufer ? qu'exigez-
vous d'Ifmene ? Hélas ! reprit Thelanire
, je defire qu'elle foit plus juſte que
les Dieux , qu'elle en croye mon coeur &
non pas un oracle menfonger. Ifmene , dites-
moi , je vous aime , je n'irai pas interroger
les Dieux. Thelanire yous jure qu'il
vous adore , croyez- le , il en eft plus für
qu'un oracle infenfible. Venez , je veux
vous montrer aux Dieux , ils fentiront fi
l'on peut voir Ifmene fans en être épris.
F
La langueur de Thelanire paffoit dans
le coeur d'Ifmene . Attendrie & confuſe ,
elle oppofoit de foibles raiſons aux tranſports
de fon amant qu'elle ne vouloit pas
convaincre .
Notre amour finira , difoit - elle à The-
Janire ; qui peut répondre de la durée de
fon ardeur perfonne. Je ne le fens que
trop ; carje n'oferois jurer àmon cher Thelanire
que je l'aimerai éternellement.
-Encore fi nos ardeurs s'éteignoient en
même tems : mais non , Ifmene fidele verra
du fein des douleurs les plaiſirs affiéger
en foule Thelanire inconftant ; car The 12
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D v
82 MERCURE DE FRANCE:
lanire changera le premier. Moi changer ,
chere Ifmene ! eh , le puis - je ! vos yeux
font de fûrs garans de mon amour ; votre
coeur vous répond de mon amitié ; elle
pourra s'accroître aux dépens de l'amour ,
mais jamais l'amour n'altérera notre amitié.
Thelanire cependant ferroit Ifmene entre
fes bras, il eut voulu la contenir toute enviere
dans fes mains . Vous m'aimez donc ,
lui dit Ifmene en foupirant ? Si je vous
aime ? reprit Thelanire , vous feule m'avez
fait voir que je n'avois jamais aimé ;
Philis me plaifoit , j'avois du goût pour
Cidalife ; mais je n'ai jamais aimé qu'lfmene.
Baifer fes mains . eft pour moi la
fource d'une volupté que je n'ai pas même
trouvée dans les dernieres faveurs des
autres. Mais vous , Ifmene , eft-il poffible
que Thelanire ait fçu vous plaire ? Hélas !
dit Ifmene ; Almanzor m'amufoit ; Daph
nis me faifoit rire ; je n'ai foupiré que pour
Thelanire , que j'ai évité. Ifmene , ma chere
Ifmene , ce jour eft le plus beau de ma vie ;
mais qu'il foit pour moi le dernier , s'il doit
coûter des pleurs à ma chère Imene ....
Ah ! Thelanire , fans doute , ce jour coût
tera des larmes à Ifmene ; car finene taimera
toujours: mais , Thelanire ! ...The
lanire comptera les jours de fon exiſtence
par ceux qu'il aura employés à faire le bon
DECEMBRE . 1754. 83
heur d'Ifmene . Un Roi , dira -t-il , pere de
fon peuple , plus amoureux du bien de fes
fujets que d'une gloire qui ira toujours audevant
de lui , leur procura les douceurs
de la paix le jour que Thelanire préféra
aux richeffes d'Elife la poffeffion tranquille
d'Ifmene. Le ciel donna à un peuple
de freres l'efpoir d'un maître & d'un
appui le jour que Thelanire aida Ifmene
à fecourir un infortuné. Ifmene , nos
amours feront éternels ; car vous ne changerez
pas. Ifmene s'efforçoit en vain de
répondre fa voix mourante fur fes levres
s'éteignoit dans les embraffemens de Thelanire
. La langueur avoit paffé dans fon
fein , elle gagna bientôt fon amant . Je vis
la tendreffe , l'amour , le plaifir & le bonheur
, mais je ne vis plus Thelanire ni If
mene : ils avoient ceffé d'exifter , ou plutôc
ils commençoient à fentir le bonheur d'être.
:
Depuis ce jour Thelanire foupire pour
Ifmene , qui l'adore ; Ifmene eft fans ceffe
occupée de Thelanire , qui ne pense qu'à
Ifmene.
Ifmene obligée de préfider aux Fêtes de
Bacchus , a quitté pour un tems fon cher
Thelanire. Ifmene pleure , Thelanire gé
mit , & ils trouvent du plaifir dans leurs
larmes.
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D.
Par M. d'Igeon,
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Résumé : THELANIRE ET ISMENE.
Le texte raconte l'histoire d'amour entre Thelanire et Ismène, deux personnages invités à une fête dans un bois par un habitant des forêts. Thelanire, citadin, accepte l'invitation et y rencontre Ismène, qu'il trouve charmante. Il tombe amoureux d'elle, mais son amour le rend timide et embarrassé. Lors du repas, Thelanire observe Ismène et les Satyres qui la servent, ce qui accentue son chagrin. Ismène, sensible à Thelanire, croit d'abord n'aimer que son esprit. La fête se poursuit avec des moments de tendresse et de confusion. Thelanire, désespéré, finit par avouer son amour à Ismène, qui lui répond qu'elle n'a que de l'amitié pour lui. Malgré sa douleur, Thelanire continue de chercher des signes d'amour dans les actions d'Ismène. Il décide de consulter l'oracle de Vénus pour connaître les sentiments d'Ismène. Ismène, également présente, se cache et répond à l'oracle en feignant d'être une voix divine. Thelanire, troublé, finit par retrouver Ismène et lui avoue à nouveau son amour. Ismène, touchée, reconnaît finalement ses sentiments pour Thelanire. Ils discutent de la durée de leur amour et de la fidélité, et finissent par se réconcilier. Par la suite, le texte décrit l'amour profond entre Thelanire et Ismène, désormais nommée Ifmene. Thelanire choisit la paix et la tranquillité avec Ifmene plutôt que les richesses d'Élise. Leur amour est si profond qu'ils trouvent du bonheur même dans leurs séparations, comme lors des fêtes de Bacchus où Ifmene doit présider, laissant Thelanire en larmes. Leur amour est éternel et réciproque, chacun étant constamment préoccupé par le bien-être de l'autre. Leur passion est si intense qu'elle conduit à leur mort, où ils commencent à ressentir le bonheur d'exister ensemble. Leur amour transcende la vie terrestre, les rendant éternels dans leur tendresse et leur bonheur partagé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 168-184
Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Début :
Monsieur, je n'aurois jamais pensé à répondre aux remarques critiques [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Pieds, Eau, Coquillages, Fougère, Hauteur, Profondeur, Cascade, Puits, Roseaux
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
Fermer
Résumé : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
L'Abbé J*** répond à des critiques formulées par un anonyme de Peronne concernant ses observations sur les pétrifications d'Albert. Il explique qu'il n'avait pas initialement l'intention de répliquer, mais il le fait à la demande du Chevalier de B***. L'Abbé conteste les accusations de faux et de trahison de la vérité, affirmant que le public judicieux saura lui rendre justice. L'Abbé examine les remarques de l'anonyme point par point. Premièrement, il corrige les erreurs de mesure de la profondeur de la carrière de pétrifications, expliquant que l'anonyme a confondu plusieurs carrières et n'a pas pris en compte la pente et les escaliers. Deuxièmement, il ignore les observations sur la hauteur des ponts et le cours de la rivière, car elles sont sans rapport avec ses observations. Troisièmement, il note que les différentes nuances des terres de pétrification ne contredisent pas ses observations. Quatrièmement, il clarifie qu'il n'a jamais affirmé que les coquillages trouvés dans la carrière étaient pétrifiés, mais qu'ils sont naturels. Cinquièmement, il réfute l'accusation de ne pas avoir bien visité les marais d'Albert pour y trouver de la fougère pétrifiée, jugeant la remarque ridicule et sans fondement. Le texte relate une discussion scientifique concernant des observations faites dans une carrière et une cascade à Albert. L'auteur affirme que ce qui a été pris pour de la fougère pétrifiée est en réalité de l'argentine, une conclusion soutenue par plusieurs visiteurs et un examen minutieux des feuilles. Un connaisseur a d'abord douté, mais ses doutes ont été dissipés par la présence de trous de fibres dans les pétrifications, distinguant ainsi l'argentine de la stalagmite. L'auteur mentionne également une controverse sur la hauteur de la cascade d'Albert. Il avait initialement mesuré environ soixante pieds, mais un anonyme de Peronne a contesté cette mesure. L'auteur a donc refait les mesures, trouvant cinquante-sept pieds de hauteur perpendiculaire et soixante-sept pieds en suivant la pente, confirmant ainsi ses précédentes observations. L'auteur rejette les critiques de l'anonyme, soulignant que ses remarques sont souvent fausses ou inutiles. Il note que, même si certaines observations de l'anonyme sont correctes, elles ne remettent pas en cause son système sur les pétrifications. Il mentionne également une découverte de roseliers en cours de pétrification, confirmant la présence d'un principe pétrifiant actif dans la carrière. L'auteur conclut en exprimant sa disponibilité à changer d'avis face à des remarques plus certaines et conséquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 126-131
GÉOMÉTRIE.
Début :
LA diversité des termes employés pour la mesure des Terres fait souvent une [...]
Mots clefs :
Pieds, Perche, Arpent, Arpenteur, Arpentage
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texteReconnaissance textuelle : GÉOMÉTRIE.
ARTICLE IIL
SCIENCES ETBELLÈS-LETTRES
---- GÉOMÉTRIE L
LA diverfiré des termes employés pour
la mefure des Terres fait fouvent une
difficulté embarraffante , aft
arpent , journal-
bacre , "fecter , faumac , & c , font
des termes pfités en parlant d'arpentage.
Mais fi ces noms font différens , les
mefures ou les quantités qu'ils expriment
ne le font guères moins. Il y a
plus , c'eft que le même terme ne fignifie
passtoujours la même chofe ; par
exemple , l'arpent eft plus ou moins
grand , fuivant les différentes Coutumes
; ce qui fait varier, la pratique de
l'arpentage , & le rend même plus difficile.
L'arpent eft ordinairement de cent
perches ; mais les perches varient beaucoup
: tantôt elles font à dix-huit pieds
en tout fens , ou pour mieux dire en
quarré tantôt de vingt . Ailleurs elles
7
JANVIER 1763 127
font de vingt- deux , de vingt- quatre ,
&c , fur quoi il feroit à defirer qu'on
pût établir dans le Royaume des mefures
& des dénominations qui fuffent
les mêmes dans toutes les Provinces. ;
l'art de mesurer les Terres deviendroit
plus uniforme & plus aifé.
7
Plufieurs Savans , amateurs d'agricul
ture , employent dans leurs calculs l'arpent
de cent perches , à vingt pieds
en quarré pour perche. Cette mefure
moyenne entre les extrêmes feroit fort
commode : elle donne des comptes
ronds faciles à entendre & à manier ,
& dès-lors elle mériteroit la préférence.
Si l'on admettoit la perche de vingt
pieds de quarré , en multipliant 20 par
20 pour la perche quarrée , son auroit
400 pieds quarrés pour la perche de
terre. En ajoutant à ce produit deux zéros
pour multiplier par cent , nombre
des perches dont l'arpent eft compofé ,
on auroit 40000 pieds quarrés pour l'arpent
total.
Du refte , pour faciliter les opérations
de l'Arpenteur , au lieu de fuivre les variétés
de la perche , on pourroit s'en tenir
à une mefure commune, & plus
conftante , je veux dire le pied de douze
pouces , qu'on appelle pied- de - rçi, Ainfi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
4
F'on n'auroit qu'à mefurer par pied les
deux côtés d'une piéce quelconque ,
piéce ou quarrée ou réduite en triangle ,
fuivant les procédés connus : pour lors
par une feule multiplication , dont les
moindres fujets font capables , on fauroit
le nombre de pieds quarrés contenus
dans une piéce de terre. Si l'on avoit
choifi l'arpent moyen dont nous avons
parlé , & il y a mille occafions où l'on
en pourroit convenir alors autant de
fois qu'on auroit quarante mille pieds
quarrés , autant on auroit d'arpens de la
grandeur convenue.
,
Quant aux fractions , autant de fois
qu'on auroit 20000 ou 10000 , autant
de fois on auroit des demis ou des
quarts ; & quant aux fractions ultérieures
, autant de fois qu'on auroit 400
pieds , autant on auroit de perches quarrées.
Il feroit aifé de faire pour cela des
tables qui ne feroient ni longues ni embarraffantes
, & qui rendroient l'arpentage
une opération fimple & à la portée
des moindres villageois ; aulieu qu'il faut
aujourd'hui pour ce travail de prétendus
-Experts , qui font les importans , & qui
font payer chérement leurs vacations.
Pour opérer dans cette méthode , on
prend une chaîne de vingt pieds où les
JANVIER. 1763. 129
demis & les quarts , les pieds même
font marqués ; on mefure les deux côtés
d'un quarré quelconque , le nombre des
chaînes contenues en chaque côté ſe
réduit aisément en centaine & en mille,
& on les porte féparément fur le papier
à mesure qu'on avance dans fon
opération ; & comme on l'a dit , autant
de fois qu'on a 40000 pieds , autant
on compte d'arpens ; bien entendu que
s'il y a quelque inégalité dans les côtés
correfpondans , on redreffe le tout , en
prenant un moyen proportionnel ; je
veux dire que fi un côté avoit 110
pieds , tandis que fon correfpondant
n'en auroit que 102 ; alors on additionneroit
ces deux nombres , & l'on en
prendroit la moitié 106 pour en faire
l'un des membres de la multiplication .
Mais du refte ce font là des notions
qu'on doit fuppofer dans tout homme
qui fe mêle d'arpentage.
Voici une table relative à la propofition
précédente.
400 pieds font une perche quarrée.
600 pieds font une perche & demie.
800 pieds font deux perches,
1000 pieds font deux perches & demie.
1200 pieds, font trois perches..
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
1600 pieds font quatre perchesel X nimch
2000 pieds font cinq perches.prem zie
3000 pieds font fept perches & demien
4000 pieds font dix perches . oo 29uiting
5ooo pieds font douze perches & demie.
6oco pieds font quinze perches:
7000 pieds font dix fept perches & demie.
8000 pieds font vingt perches. int
39000 pieds font vingt- deux perches & demie.
10000 pieds fontvingt-cinq perehes.
20000 pieds font cinquante perches.
30c00 pieds font foixante- quinze perches.
40000 pieds font roo perches ou l'arp, moyen.
60000 pieds font 150 perches.
* 8000 pieds font 200 perches ou deux arpens.
100000 pieds font 2 arpens & demi .
200000 pieds font ƒ arpens.
300000 pieds font 7 arpens & demi..
400000 pieds font 10 arpens.
500000 pieds font 12 arpens & deini.
600000 pieds font 15 arpens.
700000 pieds font 17 arpens & demi.
300000 pieds font zo arpens.
900000 pieds font 22 arpens & demi.
1000000 pieds font 24 arpens.
Au furplus la méthode que je propoſe
du pied-de-roi pour antique meture des
Arpenteurs conviendroit à toutes les
variétés admifes par nos Coutumes ; car
JANVIER. 1763. 131
fi l'entier qu'on cherche , foit journal),
acre ou faumac , & c , fi cet entier contient
par exemple : 36000 pieds quarrés ,
plus ou moins , peu importe , autant
de fois qu'on aura 36000 pieds quarrés ,
autant on aura des mefures dui des entiers
que l'on cherché , & à proportion
des moindres fractions ou quantités. Il
n'y aura qu'à faire des tables relatives à
ces différentes mefurés pour abréger les
opérations , & fur-tout pour les rendre
beaucoup plus faciles à tout le monde.
SCIENCES ETBELLÈS-LETTRES
---- GÉOMÉTRIE L
LA diverfiré des termes employés pour
la mefure des Terres fait fouvent une
difficulté embarraffante , aft
arpent , journal-
bacre , "fecter , faumac , & c , font
des termes pfités en parlant d'arpentage.
Mais fi ces noms font différens , les
mefures ou les quantités qu'ils expriment
ne le font guères moins. Il y a
plus , c'eft que le même terme ne fignifie
passtoujours la même chofe ; par
exemple , l'arpent eft plus ou moins
grand , fuivant les différentes Coutumes
; ce qui fait varier, la pratique de
l'arpentage , & le rend même plus difficile.
L'arpent eft ordinairement de cent
perches ; mais les perches varient beaucoup
: tantôt elles font à dix-huit pieds
en tout fens , ou pour mieux dire en
quarré tantôt de vingt . Ailleurs elles
7
JANVIER 1763 127
font de vingt- deux , de vingt- quatre ,
&c , fur quoi il feroit à defirer qu'on
pût établir dans le Royaume des mefures
& des dénominations qui fuffent
les mêmes dans toutes les Provinces. ;
l'art de mesurer les Terres deviendroit
plus uniforme & plus aifé.
7
Plufieurs Savans , amateurs d'agricul
ture , employent dans leurs calculs l'arpent
de cent perches , à vingt pieds
en quarré pour perche. Cette mefure
moyenne entre les extrêmes feroit fort
commode : elle donne des comptes
ronds faciles à entendre & à manier ,
& dès-lors elle mériteroit la préférence.
Si l'on admettoit la perche de vingt
pieds de quarré , en multipliant 20 par
20 pour la perche quarrée , son auroit
400 pieds quarrés pour la perche de
terre. En ajoutant à ce produit deux zéros
pour multiplier par cent , nombre
des perches dont l'arpent eft compofé ,
on auroit 40000 pieds quarrés pour l'arpent
total.
Du refte , pour faciliter les opérations
de l'Arpenteur , au lieu de fuivre les variétés
de la perche , on pourroit s'en tenir
à une mefure commune, & plus
conftante , je veux dire le pied de douze
pouces , qu'on appelle pied- de - rçi, Ainfi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
4
F'on n'auroit qu'à mefurer par pied les
deux côtés d'une piéce quelconque ,
piéce ou quarrée ou réduite en triangle ,
fuivant les procédés connus : pour lors
par une feule multiplication , dont les
moindres fujets font capables , on fauroit
le nombre de pieds quarrés contenus
dans une piéce de terre. Si l'on avoit
choifi l'arpent moyen dont nous avons
parlé , & il y a mille occafions où l'on
en pourroit convenir alors autant de
fois qu'on auroit quarante mille pieds
quarrés , autant on auroit d'arpens de la
grandeur convenue.
,
Quant aux fractions , autant de fois
qu'on auroit 20000 ou 10000 , autant
de fois on auroit des demis ou des
quarts ; & quant aux fractions ultérieures
, autant de fois qu'on auroit 400
pieds , autant on auroit de perches quarrées.
Il feroit aifé de faire pour cela des
tables qui ne feroient ni longues ni embarraffantes
, & qui rendroient l'arpentage
une opération fimple & à la portée
des moindres villageois ; aulieu qu'il faut
aujourd'hui pour ce travail de prétendus
-Experts , qui font les importans , & qui
font payer chérement leurs vacations.
Pour opérer dans cette méthode , on
prend une chaîne de vingt pieds où les
JANVIER. 1763. 129
demis & les quarts , les pieds même
font marqués ; on mefure les deux côtés
d'un quarré quelconque , le nombre des
chaînes contenues en chaque côté ſe
réduit aisément en centaine & en mille,
& on les porte féparément fur le papier
à mesure qu'on avance dans fon
opération ; & comme on l'a dit , autant
de fois qu'on a 40000 pieds , autant
on compte d'arpens ; bien entendu que
s'il y a quelque inégalité dans les côtés
correfpondans , on redreffe le tout , en
prenant un moyen proportionnel ; je
veux dire que fi un côté avoit 110
pieds , tandis que fon correfpondant
n'en auroit que 102 ; alors on additionneroit
ces deux nombres , & l'on en
prendroit la moitié 106 pour en faire
l'un des membres de la multiplication .
Mais du refte ce font là des notions
qu'on doit fuppofer dans tout homme
qui fe mêle d'arpentage.
Voici une table relative à la propofition
précédente.
400 pieds font une perche quarrée.
600 pieds font une perche & demie.
800 pieds font deux perches,
1000 pieds font deux perches & demie.
1200 pieds, font trois perches..
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
1600 pieds font quatre perchesel X nimch
2000 pieds font cinq perches.prem zie
3000 pieds font fept perches & demien
4000 pieds font dix perches . oo 29uiting
5ooo pieds font douze perches & demie.
6oco pieds font quinze perches:
7000 pieds font dix fept perches & demie.
8000 pieds font vingt perches. int
39000 pieds font vingt- deux perches & demie.
10000 pieds fontvingt-cinq perehes.
20000 pieds font cinquante perches.
30c00 pieds font foixante- quinze perches.
40000 pieds font roo perches ou l'arp, moyen.
60000 pieds font 150 perches.
* 8000 pieds font 200 perches ou deux arpens.
100000 pieds font 2 arpens & demi .
200000 pieds font ƒ arpens.
300000 pieds font 7 arpens & demi..
400000 pieds font 10 arpens.
500000 pieds font 12 arpens & deini.
600000 pieds font 15 arpens.
700000 pieds font 17 arpens & demi.
300000 pieds font zo arpens.
900000 pieds font 22 arpens & demi.
1000000 pieds font 24 arpens.
Au furplus la méthode que je propoſe
du pied-de-roi pour antique meture des
Arpenteurs conviendroit à toutes les
variétés admifes par nos Coutumes ; car
JANVIER. 1763. 131
fi l'entier qu'on cherche , foit journal),
acre ou faumac , & c , fi cet entier contient
par exemple : 36000 pieds quarrés ,
plus ou moins , peu importe , autant
de fois qu'on aura 36000 pieds quarrés ,
autant on aura des mefures dui des entiers
que l'on cherché , & à proportion
des moindres fractions ou quantités. Il
n'y aura qu'à faire des tables relatives à
ces différentes mefurés pour abréger les
opérations , & fur-tout pour les rendre
beaucoup plus faciles à tout le monde.
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Résumé : GÉOMÉTRIE.
Le texte aborde les défis liés à la mesure des terres en raison de la diversité des termes et des unités utilisés. Des termes tels que arpent, journal, acre, fecter et faumac varient selon les régions, compliquant ainsi les opérations d'arpentage. Par exemple, la taille de l'arpent diffère selon les coutumes locales, rendant la pratique plus complexe. L'arpent est généralement composé de cent perches, mais la taille des perches varie également, allant de dix-huit à vingt-quatre pieds en carré. Pour uniformiser les mesures, plusieurs savants proposent d'adopter une perche de vingt pieds en carré. Cette standardisation faciliterait les calculs et rendrait les mesures plus cohérentes. Ils suggèrent également d'utiliser le pied de douze pouces, appelé pied-de-roi, comme unité de base pour les mesures. Cela permettrait de simplifier les opérations d'arpentage en utilisant des chaînes de vingt pieds pour mesurer les côtés des parcelles de terre. Le texte propose également des tables de conversion pour faciliter les calculs, permettant de déterminer facilement le nombre d'arpents ou de perches à partir des pieds carrés mesurés. Cette méthode vise à rendre l'arpentage plus accessible et moins coûteux, en réduisant la nécessité de recourir à des experts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 212
« Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Début :
Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...]
Mots clefs :
Topique, Pieds, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Le Sr Rouffel donne avis au 'Public qu'il a
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
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15
p. 210-211
« Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
Début :
Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...]
Mots clefs :
Remède, Topique, Pieds, Maux, Amputation, Vertus, Pansement, Guérison, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
LE fieur ROUSSEL donne avis au Public quila
trouvé un Reméde efficace pour les cors des
pieds. Juſqu'ici ces maux avoient paru ne pas
devoir mériter une attention particulière , &
Pon s'eſt contenté de chercher dans les ſecrets
douteux de quelques Empyriques un foulagement
, trop ſouvent inutilement attendu. Il ſuf
fifoit , en diminuant leur volume par l'amputation
d'en rendre les douleurs un peu plus fup
portables. Beaucoup de perſonnes , ou riſquoient
les inconvéniens dangereux qui réſultent tous les
jours de pareilles opérations , ou aimolent mieux
fouffrir les maux que cauſent les Cors , plutôt que
* Les actes qui la conſtituentfont des 13 Octobre
1763 & 6 Avril 1764.
AOUST. 1764. 211
d'endurer la compreſſion ou l'introduction d'aucun
corps étranger. Aujourd'hui l'expérience a fait
trouver un Topique auſſi sûr contre ce mal , qu'il
eſt aiſé à employer. Un morceau de toile noire ,
ou de foie , enduit du médicament dont il s'agit a,
la vertu d'ôter très-promptement la douleur des
Cors , de les amollir , & de les faire mourir par
fucceſſion de temps . On en forme une Emplâtre
un peu plus large que le mal , que l'on enveloppe
d'une bandelette. Au boutde huit jours on peut
lever cepremier appareil , & remettre une autre
Emplâtre pour autant de temps. Ce Reméde eft
auffi efficace pour les Verrues ou Poireaux , ayant
foin d'en relever l'Emplâtre , d'en fubſtituer une
autre à la place , tous les deux jours , pendant
l'eſpace de huit ou dix jours.
Un grand nombre de perſonnes ont été par
faitement guéries par l'ufage de ce Topique ; en
tr'autres
,
M. de la Place Auteur du Mercure , rue
Fromenteau.
-M. Baret , Maître de Langues de la Cour de
Munich , actuellement à Paris , rue S. Etienne
des Grès , près le Collège de Lyſieux .
M. David , Marchand Mercier & Négociant ,
rueBeaurepaire.
M. & Madame Thibault , Maître Plombier ,
rue S. Sauveur.
Madame de Mongeville , Maréchale de
rue Camp Couture Ste Catherine. 1
Mademoiſelle
vis le Maréchal.
Tumerie , rue de Limoge , vis-à-
La demeure du Sieur ROUSSEL eft rue Jeande-
l'Epine près la Grève , chez M. Dumon au S.
Efprit.
trouvé un Reméde efficace pour les cors des
pieds. Juſqu'ici ces maux avoient paru ne pas
devoir mériter une attention particulière , &
Pon s'eſt contenté de chercher dans les ſecrets
douteux de quelques Empyriques un foulagement
, trop ſouvent inutilement attendu. Il ſuf
fifoit , en diminuant leur volume par l'amputation
d'en rendre les douleurs un peu plus fup
portables. Beaucoup de perſonnes , ou riſquoient
les inconvéniens dangereux qui réſultent tous les
jours de pareilles opérations , ou aimolent mieux
fouffrir les maux que cauſent les Cors , plutôt que
* Les actes qui la conſtituentfont des 13 Octobre
1763 & 6 Avril 1764.
AOUST. 1764. 211
d'endurer la compreſſion ou l'introduction d'aucun
corps étranger. Aujourd'hui l'expérience a fait
trouver un Topique auſſi sûr contre ce mal , qu'il
eſt aiſé à employer. Un morceau de toile noire ,
ou de foie , enduit du médicament dont il s'agit a,
la vertu d'ôter très-promptement la douleur des
Cors , de les amollir , & de les faire mourir par
fucceſſion de temps . On en forme une Emplâtre
un peu plus large que le mal , que l'on enveloppe
d'une bandelette. Au boutde huit jours on peut
lever cepremier appareil , & remettre une autre
Emplâtre pour autant de temps. Ce Reméde eft
auffi efficace pour les Verrues ou Poireaux , ayant
foin d'en relever l'Emplâtre , d'en fubſtituer une
autre à la place , tous les deux jours , pendant
l'eſpace de huit ou dix jours.
Un grand nombre de perſonnes ont été par
faitement guéries par l'ufage de ce Topique ; en
tr'autres
,
M. de la Place Auteur du Mercure , rue
Fromenteau.
-M. Baret , Maître de Langues de la Cour de
Munich , actuellement à Paris , rue S. Etienne
des Grès , près le Collège de Lyſieux .
M. David , Marchand Mercier & Négociant ,
rueBeaurepaire.
M. & Madame Thibault , Maître Plombier ,
rue S. Sauveur.
Madame de Mongeville , Maréchale de
rue Camp Couture Ste Catherine. 1
Mademoiſelle
vis le Maréchal.
Tumerie , rue de Limoge , vis-à-
La demeure du Sieur ROUSSEL eft rue Jeande-
l'Epine près la Grève , chez M. Dumon au S.
Efprit.
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Résumé : « Le sieur Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un Reméde efficace [...] »
Le document présente la découverte d'un remède efficace contre les cors des pieds par le Sieur ROUSSEL. Jusqu'alors, ces affections étaient souvent négligées ou traitées par des méthodes inefficaces, comme l'amputation. Le nouveau traitement consiste en un emplâtre fabriqué à partir d'un morceau de toile noire ou de foie, enduit d'un médicament spécifique. Cet emplâtre doit être appliqué sur le cor, enveloppé d'une bandelette, et changé tous les huit jours. Le remède est également efficace contre les verrues, nécessitant un changement de l'emplâtre tous les deux jours pendant huit à dix jours. Plusieurs personnes ont été guéries grâce à ce traitement, notamment M. de la Place, M. Baret, M. David, M. et Madame Thibault, Madame de Mongeville et Mademoiselle Tumerie. Le Sieur ROUSSEL réside rue Jean-de-l'Épine près la Grève, chez M. Dumon au Saint-Esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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