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1
p. 57-95
Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
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Le nombre des personnes dont je vous apprens tous les [...]
Mots clefs :
Argentan, Médecin, Enfant, Femme, Grossesse, Corps, Animaux, Mamelles, Aliments, Ventricule
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texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Le nombre des perfonnes.
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir , par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables , qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre. Eneffet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux. Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vietient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie.
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine. Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux , & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen.
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changerayrien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent naturellement la confervation de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement que Dieu leur fit
aprés les avoircréez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch. 1.)
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mainsdu Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialementfur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dienattacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas...in dolore paries filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré les douleurs & les incommoditez quiaccompagnent infeparablement la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes que les femelles des autres
animaux elles font fujetes àmille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule. La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
dufecours de l'Art du miniftere empruntédes Sages-femmes:
auffi-toft que les brutes ont produit leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
fontplus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Lefruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermépendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement ; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necefJaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que la naluyfervir d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes, apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieresdans trois membranes , n'en a donnéque deux
Mars 1710. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes;
maispour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leursfruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixepour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent neceffairement de leurs petits dans le moment qu'elle leur
limité, & qu'on neles voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur aprefcrites ; ainfi on voit que la Colombe employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner lejourà leurs.
GALANT 67
petits; la Fumentproduitfon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans cesproductions , une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne ; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante incertitude , ne connoiffent point le temps de leur délivrance ; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus longFij
68 MERCURE
temps le momentperilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofepoint la ridicule objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftregroffes de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit desfemmes d'une vertu auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprésfans accoucher; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans allerfeuilleter leurs livres pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femmed'un Artifande cetteVille ,
qui avoiteu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires aufexe; maisfur tout l'enAlure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter qu'elle nefût groffe , mais elle
enfut certainement affurée quelques mois aprés , puifqu'elle fentit remuerfon enfant : elle atten.
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
maisfonheure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprésfaz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent fans qu'elle pût élargir fon:
prifonnier ; elle en fut extremement inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté aufeptiéme. Au milieu des triftes réflexions qu'elle faifoitfur le déplorable eftat dans lequel elle fe trouvoit , elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable parſa vertu que parfa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tresfâcheufe :
elle nous dit que depuis deuxjours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêchéque les accidens defa maladie n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73
•
Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autresparties defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long que buit ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur , le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
&le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore ouvrir quelques autres parMars 1710.
G
74 MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans lecœur
de la mere un polype long comme la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autredans le ventricule droit
du cœur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voilafans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine à le croire ; d'autres moins inftruits des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroientfe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici commeje raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein defa mere, il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfonfang, une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M………dans le placenta , y eft reçuepar les orifices
despetites branches de la veine umbilicale qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du fœtus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendanGij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
cœur , d'où elle paße par le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane que l'on appelle Amnios qui eft fon envelope immediate : c'est c'eft alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du fœtus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques ,la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du cœur, & circuler tout de nouveau pour devenir alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
auplacenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité confiderable , croyent que c'eſt
là le mechanifme de la naturepour
la nourriture & l'accroiffement du
fœtus ; en effet de quel ufageferoient les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées àceluy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui nefoit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
malesfoientfaites pour celle - cy
puifqu'elles nefontpoint propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve dans les mamelles des petits en-
GALANT 79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable àcelle de l'amnios; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même ; orfi cela est ainfi il faut neceffairement que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il n'y en apoint d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
°outter enfuite dans l'Amnios.
où
Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer avecplus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant eft refte fi longtemps
dans le fein defa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux dans les mineraux.
Dans ceux- cy uneportion de la
terre fe trouvant fixée par quelques acides , unematiere àpeuprés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmentefon volume ; de là
font formezfelon les differens degrez de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux, les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches , les feuilles & les racines .
82 MERCURE
&les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formédes alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'àce qu'elles ayent trouvé des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps &augmentent fon diametre. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores ducorps ont auffides configurations diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve oùfe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées , doivent croître dans le même temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le fœtus nefe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles defa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent quela mereprepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder , fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefucquefa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie , qu'elle vit d'alimens fucculens , qu'ellejouit d'unefantéproportionnée à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté, on
voit ordinairement naître fon
fantdansle terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neufmois ; comme la
digeftion eftparfaite , que le chyle
eft abondante loüable, il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante, tousfes membresfont abreu༧༩ར de ce fuc , la fermentationy
eft grande , par confequentfes parties reçoivent unegrande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avecpromptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere, telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein.
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de foncachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs accable , qui eft jointe à un
maryfoible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avecpeine le peu d'alimens qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe dufang , y excite unefermentation dereglée , eft quelquefois même trop groffierpourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
lefruit qui eft attaché à cet arbre
nemeuritpoint ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furprisfi les membres de cette petite creature infortunée dés les premiers inftans de fa vie , ne croif- .
fentpoint & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité , pourquoy admirer le retardement qui enprovient ? pourquoy
douter qu'un tel fœtus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois &mêmeplus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pourfe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour(afemme,
in fudore vultus tui vefceris
pane, (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance auxfourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deuxfexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapaMars 1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & defaire
fermenterfes liqueurs ? ne voit- on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , nepouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le cœur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
tres- es- épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre quefoibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfafortie ?
Voilà ce mefemble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neufmois , &qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité& l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner fur l'eftat où elles fontalors , ce qu'ellesfententles perfuade bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. del'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de partu ,
dit qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT 93
decifionum , dit que lafemme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à lafin du douzième mois
&d'une fille à lafin du feiziéme;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que lafemme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit que lafemmed'un
3
Ducdes Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfantqui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans &qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
Auteurs comme de Skenkius ,
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon ,l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible, &par confequent c'estfans
fondementque plufieurs ont revoqué en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir , par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables , qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre. Eneffet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux. Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vietient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie.
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine. Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux , & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen.
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changerayrien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent naturellement la confervation de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement que Dieu leur fit
aprés les avoircréez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch. 1.)
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mainsdu Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialementfur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dienattacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas...in dolore paries filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré les douleurs & les incommoditez quiaccompagnent infeparablement la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes que les femelles des autres
animaux elles font fujetes àmille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule. La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
dufecours de l'Art du miniftere empruntédes Sages-femmes:
auffi-toft que les brutes ont produit leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
fontplus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Lefruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermépendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement ; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necefJaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que la naluyfervir d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes, apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieresdans trois membranes , n'en a donnéque deux
Mars 1710. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes;
maispour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leursfruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixepour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent neceffairement de leurs petits dans le moment qu'elle leur
limité, & qu'on neles voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur aprefcrites ; ainfi on voit que la Colombe employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner lejourà leurs.
GALANT 67
petits; la Fumentproduitfon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans cesproductions , une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne ; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante incertitude , ne connoiffent point le temps de leur délivrance ; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus longFij
68 MERCURE
temps le momentperilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofepoint la ridicule objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftregroffes de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit desfemmes d'une vertu auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprésfans accoucher; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans allerfeuilleter leurs livres pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femmed'un Artifande cetteVille ,
qui avoiteu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires aufexe; maisfur tout l'enAlure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter qu'elle nefût groffe , mais elle
enfut certainement affurée quelques mois aprés , puifqu'elle fentit remuerfon enfant : elle atten.
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
maisfonheure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprésfaz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent fans qu'elle pût élargir fon:
prifonnier ; elle en fut extremement inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté aufeptiéme. Au milieu des triftes réflexions qu'elle faifoitfur le déplorable eftat dans lequel elle fe trouvoit , elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable parſa vertu que parfa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tresfâcheufe :
elle nous dit que depuis deuxjours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêchéque les accidens defa maladie n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73
•
Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autresparties defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long que buit ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur , le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
&le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore ouvrir quelques autres parMars 1710.
G
74 MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans lecœur
de la mere un polype long comme la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autredans le ventricule droit
du cœur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voilafans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine à le croire ; d'autres moins inftruits des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroientfe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici commeje raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein defa mere, il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfonfang, une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M………dans le placenta , y eft reçuepar les orifices
despetites branches de la veine umbilicale qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du fœtus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendanGij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
cœur , d'où elle paße par le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane que l'on appelle Amnios qui eft fon envelope immediate : c'est c'eft alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du fœtus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques ,la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du cœur, & circuler tout de nouveau pour devenir alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
auplacenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité confiderable , croyent que c'eſt
là le mechanifme de la naturepour
la nourriture & l'accroiffement du
fœtus ; en effet de quel ufageferoient les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées àceluy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui nefoit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
malesfoientfaites pour celle - cy
puifqu'elles nefontpoint propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve dans les mamelles des petits en-
GALANT 79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable àcelle de l'amnios; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même ; orfi cela est ainfi il faut neceffairement que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il n'y en apoint d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
°outter enfuite dans l'Amnios.
où
Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer avecplus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant eft refte fi longtemps
dans le fein defa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux dans les mineraux.
Dans ceux- cy uneportion de la
terre fe trouvant fixée par quelques acides , unematiere àpeuprés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmentefon volume ; de là
font formezfelon les differens degrez de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux, les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches , les feuilles & les racines .
82 MERCURE
&les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formédes alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'àce qu'elles ayent trouvé des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps &augmentent fon diametre. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores ducorps ont auffides configurations diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve oùfe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées , doivent croître dans le même temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le fœtus nefe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles defa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent quela mereprepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder , fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefucquefa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie , qu'elle vit d'alimens fucculens , qu'ellejouit d'unefantéproportionnée à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté, on
voit ordinairement naître fon
fantdansle terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neufmois ; comme la
digeftion eftparfaite , que le chyle
eft abondante loüable, il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante, tousfes membresfont abreu༧༩ར de ce fuc , la fermentationy
eft grande , par confequentfes parties reçoivent unegrande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avecpromptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere, telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein.
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de foncachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs accable , qui eft jointe à un
maryfoible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avecpeine le peu d'alimens qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe dufang , y excite unefermentation dereglée , eft quelquefois même trop groffierpourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
lefruit qui eft attaché à cet arbre
nemeuritpoint ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furprisfi les membres de cette petite creature infortunée dés les premiers inftans de fa vie , ne croif- .
fentpoint & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité , pourquoy admirer le retardement qui enprovient ? pourquoy
douter qu'un tel fœtus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois &mêmeplus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pourfe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour(afemme,
in fudore vultus tui vefceris
pane, (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance auxfourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deuxfexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapaMars 1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & defaire
fermenterfes liqueurs ? ne voit- on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , nepouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le cœur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
tres- es- épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre quefoibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfafortie ?
Voilà ce mefemble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neufmois , &qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité& l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner fur l'eftat où elles fontalors , ce qu'ellesfententles perfuade bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. del'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de partu ,
dit qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT 93
decifionum , dit que lafemme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à lafin du douzième mois
&d'une fille à lafin du feiziéme;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que lafemme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit que lafemmed'un
3
Ducdes Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfantqui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans &qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
Auteurs comme de Skenkius ,
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon ,l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible, &par confequent c'estfans
fondementque plufieurs ont revoqué en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy
Fermer
Résumé : Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Le texte aborde la mortalité et la naissance des êtres humains, en mettant l'accent sur les individus distingués par leur naissance, leur savoir, leurs emplois ou d'autres qualités remarquables. La mort est présentée comme certaine et imprévisible, pouvant survenir subitement en raison du dérèglement d'une partie du corps. La naissance, bien que généralement certaine après neuf mois de grossesse, peut être sujette à des accidents. Des cas exceptionnels sont mentionnés, où des enfants restent dans le sein de leur mère pendant plusieurs années. Tous les êtres vivants souhaitent naturellement la conservation de leur espèce. L'homme, en tant qu'animal parfait, est doté de raison pour accomplir ce commandement divin. Malgré les douleurs et les inconvénients accompagnant la multiplication de l'espèce, la plupart des femmes préfèrent transmettre la vie à leurs descendants. Les femmes sont soumises à diverses incommodités dont les animaux sont exempts et nécessitent l'aide des sages-femmes pour accoucher. Le texte compare la gestation des animaux à celle des femmes. Les animaux ont un terme fixe pour leur portée, tandis que les femmes ignorent le moment exact de leur délivrance, pouvant accoucher entre sept et quatorze mois. Un exemple est donné d'une femme restée enceinte pendant quinze mois avant de décéder, révélant un enfant mort dans son sein. Le mécanisme de la nutrition du fœtus est également expliqué. Les mamelles des femmes jouent un rôle crucial dans ce processus, bien que cette opinion soit controversée. Cette explication permet de comprendre pourquoi un enfant peut rester longtemps dans le sein de sa mère. Le texte traite également des processus de nutrition et de croissance chez les animaux, les végétaux et les minéraux. Chez les végétaux, une humidité chargée de sels pénètre les racines, se distribue dans les fibres et, sous l'effet de la chaleur du Soleil et du nitre de l'air, produit des fleurs et des fruits. Les parties les plus subtiles montent vers le haut de la plante, tandis que les plus grossières forment l'écorce et les mousses. Chez les animaux, les parties les plus déliées du chyle, formé des aliments avalés, circulent dans le sang jusqu'à ce qu'elles trouvent des pores proportionnés à leur volume. Elles s'y engagent, écartent les fibres du corps et augmentent leur diamètre, permettant ainsi une croissance proportionnée de toutes les parties du corps. Les anciens médecins croyaient que le fœtus ne se nourrissait pas de la même manière avant et après la naissance. Cependant, il a été démontré que le fœtus digère le suc transmis par la veine ombilicale, comme en témoignent la bouche et l'estomac pleins du fœtus. Le texte décrit également les conditions favorisant une grossesse normale : une mère bien nourrie, en bonne santé, et vivant dans la tranquillité, voit généralement son enfant naître au terme de neuf mois. En revanche, une mère souffrant de malnutrition, de douleurs et de misère peut voir sa grossesse se prolonger bien au-delà de neuf mois. Plusieurs cas historiques et contemporains de grossesses prolongées sont mentionnés, citant des auteurs comme Hippocrate, Aristote, Pline, et d'autres médecins. Ces exemples montrent que des grossesses de douze, quinze, vingt mois, voire plus, sont possibles en raison de conditions défavorables affectant la digestion et la nutrition du fœtus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 114-124
Observations sur une mort subite.
Début :
Un jeune homme de seize ans, qui depuis l'âge de [...]
Mots clefs :
Veine, Sang, Ventricule, Coeur, Cercle, Poumon, Jeune, Difficulté, Entonnoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur une mort subite.
Observations sur une mort
subite.
Un jeune homme de seize
ans, qui depuis l'âge de
quatorze ans maigrissoit,
étoit sujet à une toux & à
une difficulté de respirer
) & tomboit en foiblesse
quand il avoit fait quelque
exercice violent, ou s'étoit
mis dans une grande colere,
s'étant un soir emporté
avec excés contre un
camarade qu'il avoit
, &
ayant aprés cela soupé deux
fois plus qu'à l'ordinaire,
se coucha à dix heures, &
dormit jusqu'à deux, qu'il
fut réveillé par une toux
violente, à laquelle succeda
un grand crachement de
fang & la mort à cinq
heures du matiu.)
On l'ouvrit, & on "îui
trouva beaucoup de fang
fort peu écumeux dans la
trachée & dans ses bronches
;
du fang noirâtre & à
demi caillé dans les deux
troncs de la veine cave,
dans le ventricule droit du
coeur, & dans l'artere pulmonaire
; pas une goutte
de fang dans le ventriculegauohe.-
Le tronc de la veine du
poumon étoit extraordinairement
dilaté, & aussi
gros quetout le coeur, lx;
la cavité étoit assezexactement
occupée par un corps
étranger rond, & épais de
deux pouces.
Le cercle membraneux
qui entoure intérieurement
l'embouchure de l'oreillette
gauche dans le coeur
étoit par son bord inférieur
plus épais qu'à l'ordinaire,
osseux&plus étroit que par
le bord supericur
; ce qui
est contraire à la conformation
commune.
Pour rendre raison de la
mort de ce jeune homme,
& des accidens qui l'ont
precedée, on ne se sert que
d'un seul des faits qu'on a
observez
,
& on en deduic
tous les autres.--.J
Le cercle membraneux
placé à l'embouchure de
loreillette gauche du coeur
est une espece de petit entonnoir,
dont l'ouverture
la plus étroiteesttournée
vers le haut ou vers la bafe
du coeur. Le fang poussé
par la contraction de l'oreillette
gauche est obligéd'augmenter
sa vîtesse,pour
passer d'abord par la partie
la plus étroite de cet entonnoir;
après quoy il coule
sans difficulté par la partie
la plus large dans le ventricule
gauche.
Supposé, comme il est
assez vrai-semblable, que
par la premiere conformation
du corps de ce jeune
homme cct entonnoir fût
renversé, & que le bord le
plus étroit du cercle membranenx
fût en bas, le fang
qui a passé d'abord par la
- partie la plus large sans augmenter
sa vÎcelfe) n'a pû
passer facilement par la
partie la plus étroite; ôc
dans l'effort qu'il a fait contre
l'obstacle, c'est à dire
contre le bord inférieur de
ce cercle
,
ill'a frapé [avçc
plus de force, ôc a poussé
dans les interstices de ces
fibres des particules salines,
qui non feulement l'ont
Tendu à la longe plus épais,
parce qu'elles s'y amassoient
en grande quantité :
mais qui l'ont encore rendu
0sseux
-
parce quelles étoient
salines.
Ce bord devenu osseux a
perdu sa flexibilieé,&quand k fang de la veine du poumon
se presrentoi- t pour entrer
1 rrer dans le ventricule gauche,
& que le cercle membraneux
auroit dû s'élargir
pour faciliter son entrée,
l'ossificationl'en empêchoie,
& une partie du fang
demeuroit dans la veine.
De là l'extrêmedilatation
de ce vaisseau
, & le polype.
,-
Le polype formé, le fang
ne passoit plus qu'avec
beaucoup de peine dans la
veine du poumon, & par consequent sejournoit dans
les arteres de cette partie,
s'y amassoit, les dilatoit,
les rendoit plus minces, &
élargiffoit leurs pores. Les
parties les plus subtiles du
fang, comme ses sels & les
serositez,s'échapoient donc
aisément par ces pores
agrandis, & de là elles ne
pouvoient passer que dans
la cavité des cellules du
poûmon
,
dans les bronches
Se dans la trachée.
Cette cause de la toux &
de la difficulté de respirer
est assez évidente. Il est clair
aussi que la colere ou un
grand exercice subtilisant
encore plus le fang, lui
! donnoient encore plus de
i facilité à passer dans les
1 conduits de la respiration,
f & que comme il abandonnoit
presrque entierement
la route des veines pulmonaires
, & que par confe- Iqucnt le ventricule gauche
! avoir peu de fang à pousser
r dans l'aorte,lesfoiblesses
f devoient s'en ensuivre, Ôc
I
enfin lamort, lors qu'il ne
passa aucun fang de la veine
du poumon dans le ventricule
gauche.
A tout cela il est aisé de
joindre ce que les alimens
pris avec excés dans de pareilles
circonitances, peuvent
avoir contribué à une
mort si prompte.
subite.
Un jeune homme de seize
ans, qui depuis l'âge de
quatorze ans maigrissoit,
étoit sujet à une toux & à
une difficulté de respirer
) & tomboit en foiblesse
quand il avoit fait quelque
exercice violent, ou s'étoit
mis dans une grande colere,
s'étant un soir emporté
avec excés contre un
camarade qu'il avoit
, &
ayant aprés cela soupé deux
fois plus qu'à l'ordinaire,
se coucha à dix heures, &
dormit jusqu'à deux, qu'il
fut réveillé par une toux
violente, à laquelle succeda
un grand crachement de
fang & la mort à cinq
heures du matiu.)
On l'ouvrit, & on "îui
trouva beaucoup de fang
fort peu écumeux dans la
trachée & dans ses bronches
;
du fang noirâtre & à
demi caillé dans les deux
troncs de la veine cave,
dans le ventricule droit du
coeur, & dans l'artere pulmonaire
; pas une goutte
de fang dans le ventriculegauohe.-
Le tronc de la veine du
poumon étoit extraordinairement
dilaté, & aussi
gros quetout le coeur, lx;
la cavité étoit assezexactement
occupée par un corps
étranger rond, & épais de
deux pouces.
Le cercle membraneux
qui entoure intérieurement
l'embouchure de l'oreillette
gauche dans le coeur
étoit par son bord inférieur
plus épais qu'à l'ordinaire,
osseux&plus étroit que par
le bord supericur
; ce qui
est contraire à la conformation
commune.
Pour rendre raison de la
mort de ce jeune homme,
& des accidens qui l'ont
precedée, on ne se sert que
d'un seul des faits qu'on a
observez
,
& on en deduic
tous les autres.--.J
Le cercle membraneux
placé à l'embouchure de
loreillette gauche du coeur
est une espece de petit entonnoir,
dont l'ouverture
la plus étroiteesttournée
vers le haut ou vers la bafe
du coeur. Le fang poussé
par la contraction de l'oreillette
gauche est obligéd'augmenter
sa vîtesse,pour
passer d'abord par la partie
la plus étroite de cet entonnoir;
après quoy il coule
sans difficulté par la partie
la plus large dans le ventricule
gauche.
Supposé, comme il est
assez vrai-semblable, que
par la premiere conformation
du corps de ce jeune
homme cct entonnoir fût
renversé, & que le bord le
plus étroit du cercle membranenx
fût en bas, le fang
qui a passé d'abord par la
- partie la plus large sans augmenter
sa vÎcelfe) n'a pû
passer facilement par la
partie la plus étroite; ôc
dans l'effort qu'il a fait contre
l'obstacle, c'est à dire
contre le bord inférieur de
ce cercle
,
ill'a frapé [avçc
plus de force, ôc a poussé
dans les interstices de ces
fibres des particules salines,
qui non feulement l'ont
Tendu à la longe plus épais,
parce qu'elles s'y amassoient
en grande quantité :
mais qui l'ont encore rendu
0sseux
-
parce quelles étoient
salines.
Ce bord devenu osseux a
perdu sa flexibilieé,&quand k fang de la veine du poumon
se presrentoi- t pour entrer
1 rrer dans le ventricule gauche,
& que le cercle membraneux
auroit dû s'élargir
pour faciliter son entrée,
l'ossificationl'en empêchoie,
& une partie du fang
demeuroit dans la veine.
De là l'extrêmedilatation
de ce vaisseau
, & le polype.
,-
Le polype formé, le fang
ne passoit plus qu'avec
beaucoup de peine dans la
veine du poumon, & par consequent sejournoit dans
les arteres de cette partie,
s'y amassoit, les dilatoit,
les rendoit plus minces, &
élargiffoit leurs pores. Les
parties les plus subtiles du
fang, comme ses sels & les
serositez,s'échapoient donc
aisément par ces pores
agrandis, & de là elles ne
pouvoient passer que dans
la cavité des cellules du
poûmon
,
dans les bronches
Se dans la trachée.
Cette cause de la toux &
de la difficulté de respirer
est assez évidente. Il est clair
aussi que la colere ou un
grand exercice subtilisant
encore plus le fang, lui
! donnoient encore plus de
i facilité à passer dans les
1 conduits de la respiration,
f & que comme il abandonnoit
presrque entierement
la route des veines pulmonaires
, & que par confe- Iqucnt le ventricule gauche
! avoir peu de fang à pousser
r dans l'aorte,lesfoiblesses
f devoient s'en ensuivre, Ôc
I
enfin lamort, lors qu'il ne
passa aucun fang de la veine
du poumon dans le ventricule
gauche.
A tout cela il est aisé de
joindre ce que les alimens
pris avec excés dans de pareilles
circonitances, peuvent
avoir contribué à une
mort si prompte.
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Résumé : Observations sur une mort subite.
Le texte relate le cas d'un jeune homme de seize ans ayant souffert depuis l'âge de quatorze ans de maigreur, toux, difficulté à respirer et faiblesse après des efforts intenses ou des colères. Une soirée, après un accès de colère et un repas copieux, il décéda subitement à la suite d'une violente quinte de toux. L'autopsie révéla une accumulation de sang dans la trachée, les bronches, les troncs de la veine cave, le ventricule droit du cœur et l'artère pulmonaire, mais aucune trace de sang dans le ventricule gauche. Le tronc de la veine pulmonaire était dilaté et contenait un corps étranger. Le cercle membraneux entourant l'embouchure de l'oreillette gauche du cœur présentait une conformation anormale, avec un bord inférieur épaissi et osseux. La cause de la mort fut attribuée à une anomalie congénitale. Normalement, le sang passe par un entonnoir membraneux dont l'ouverture la plus étroite est tournée vers le haut. Chez ce jeune homme, cet entonnoir était renversé, rendant difficile le passage du sang. Les efforts du sang contre cet obstacle avaient épaissi et ossifié le bord inférieur du cercle membraneux, empêchant ainsi le sang de passer correctement. Cela provoqua une dilatation extrême de la veine pulmonaire et la formation d'un polype. Le sang, ne passant plus correctement, s'accumula dans les artères pulmonaires, causant toux et difficulté à respirer. La colère ou l'exercice intensif exacerbait ces symptômes en facilitant le passage du sang dans les conduits respiratoires, privant ainsi le ventricule gauche de sang et entraînant des faiblesses fatales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 124-138
LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
Début :
MESSIEURS du Bureau d'Agriculture de Paris, Monsieur, m'ont renvoyé [...]
Mots clefs :
Maladie, Mouton, Couleur, Paysans, Attaques, Ventricule, Agriculture
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
LETTRE de M. BOREL , Lieutenant
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
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