Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 11-35
« Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Début :
Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...]
Mots clefs :
Duc de Bretagne, Peindre, Roi, Dire, Vertu, Duc de Bourgogne, Intercolonne, Versailles, Mots, Bruit, Beau, Faces, Cour, Pieds, Armes, Face, Paroles, Duchesse, Princesse, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Le 25. du mois paſſé, Madame
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
Fermer