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p. 133-214
HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
Tous les tuyaux des Lunetes portatives doivent estre [...]
Mots clefs :
Verre, Lunette, Objet, Image, Longueur, Objectif, Occulaire, Distance, Solaire, Table, Aérienne, Foyer, Rayons, Tuyaux, Diaphragme
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texteReconnaissance textuelle : HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
HUITIEME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
Par M COMIERS d'Ambrun,
Prevoft de Ternant , Profeſſeur des
Mathematiques à Paris.
T
Ous les tuyaux des Lunetes portatives doivent eftre
cilindriques , car les tuyaux coniques ne peuvent garder leur
rectitude, eftant moins tirez pour
voir diſtinctement les objets plus
éloignez , & au contraire , fi la
134 Extraordinaire
longueur de la Lunete eft pour
voir diſtinctement les objets treséloignez , on ne peut les éloigner
davantage , pour voir les objets
qui font fenfiblement plus prés
de nous.
Les moindres tuyaux d'une Lunete , c'eſt à dire ceux qu'on infére dans les autres , auront tous
autour de la gorge extérieure,
des orles ou viroles , pour les
rendre tous d'égal diamétre; afin
que l'Axe de la Lunete foit paral
lele fur le plan de l'appuy. C'eft
à quoy M' Hevelius n'a pas pris
garde dans la Figure de la 40.
page de fa Selenographie de l'année 1647. car l'axe des verres &
du tuyau dela Lunete faifant angle für le plan d'appuy , le perpendicule ne peut marquer fur
du Mercure Galant. 135
le quart de cercle l'angle de l'élevation de l'objet que l'on mire.
Voyez.enicy la Fig. 1. Les bouts
des tuyaux par leſquels ils font
inferez dans les autres , feront
renforcez par des viroles de bois,
mifes en dedans, & qu'on arrefte
avec cole forte , ces viroles porteront les juftes ouvertures pour
ſervir de diafragmes , & maintiendront les tuyaux dans leur
parfaite rondeur , & toute la Lunete dans fa rectitude. Voyez la
Figure II.
C'eft enfinune loy indifpenfa.
ble , que l'Axe de tous les tuyaux
& celuy de tous les verres doivent eſtre dans une mefme li
gne droite. J'en excepte les Lunetes Catop- dioptriques , comme
auffi la Lunete Polemofcope , def
136 Extraordinaire
fon
quelles nous traiterons en par
ticulier. Eo quòd utraque lensfiopum ſuum affequatur , quum tamen
regione altera alteri non exactè
refpondeat , comme dit M Heve.
lius dans la 27. page de ſa Sele.
nographie , Hictubus tam à Catoptricis quàm Dioptricisparaturfundamentis , etenim duobus fpeculis planis
& gemino vitro Dioptrico conftat.
Il l'appelle Polemoſcope , pour
ufage en temps de guerre ,, puis
qu'eftant couverts du Parapet,
nous voyons ce que fait l'Ennemy, mefme lors qu'il eft dans le
Foffé , & au pied de la Muraille,
parce quefon tuyau eft recourbé
à angle droit. Nous découvrons
aufi par fon moyen tout ce qui
fe paffe dans une Rüe , fans
nous paroiffions à la Feneftre ;
que
duMercureGalant. 137
ayant cet avantage , auffi-bien
que lesLunetes communes, qu'on
les peut , comme a dit M'Hevelius dans la 29. page , mettre
dans une canne ou bafton d'un
pouce & huit lignes de diamètre,
avec le recourbement de deux
pouces. Nous en donnerons cyapres la conftruction.
Deux manieres diférêtes d'ajuſter
les Verres dans les Tuyaux.
Les Anglois mettent le verre
objectif dans le tuyau le plus
étroit, & les verres oculaires dans
les tuyaux les plus larges. Voyez
le tout dans la Figure III. Cette
difpofition a trois choſes avantageufes. 1° Les rayons inutiles
qui vont toujours en s'élargif
fant , s'affoibliffent plus facileQ. d'Octobre 1684, M
138 Extraordinairement dans cette concavité ſpa
cieuſe du tuyau. 2º On y peut pla…
cer des oculaires de plus grande
furface. 3º Cette Lunete eft plus
facile à manier , parce que le
centre de gravité de la pefanteur
eft comme dans la main de celuy
qui s'en fert ; & dans l'autre maniere, le centre de gravité eftant
audelà du point de l'appuy ou
Hypomoclion , pele davantage à la
main , & fatigue celuy qui s'en
fert. Il eft vray qu'il y a une
longueur de tuyau comme perdüe , par la néceffité de la dif
pofition des trois oculaires ; car
s'il n'y avoit qu'un oculaire, convexe ou concave , il n'y auroit
aucune difficulté .
En France , nos Ouvriers placent le verre objectif dans le plus 1
du Mercure Galant. 139
large tuyau , & les verres ocu--
laires dans les tuyaux les plus
étroits. Voicy là pofition la plus
commode des deux verres ocu--
laires qui font apres le verre objectif. Placez ces deux verres
oculaires , comme dans la Figu
re IV. à la diftance l'un de l'au
tre égale à la longueur de leursfoyers folaires , tellement que le
point fera leur foyer commun,
dans le tuyau C, qu'on coule dans
le tuyau B, par le bout qui eft du
cofté du verre objectif , car par
l'autre bout du mefme tuyau B¸-
on coulé le tuyau porte- oculaire A, avec fa boëte de recouvrement à pinnule , ou trou de
trois lignes de diamètre , qui eft
éloigné du verre d'un peu moins
quefon foyer folaire. Le tuyau B
1
Mij
140 Extraordinaire
porte encore le diafragme fur
lequel on place les brins de fimplefoye plate noire , qui fervent
de mire , ou le treillis , ou quatre brins qui fe croiſent en un
mefme point au centre de l'ou.
verture du diafragme , qu'lls divifent en huit parties égales
c'eft fur ces filets qu'on doit faire
aboutir précisément l'image aërienne & redreffée de l'objet,
puis qu'elle nous fert d'objet im
médiat , que nous voyons par le
troifiéme verre oculaire..
Ainfi pour voir bien diftincte..
mentavecune Lunete compofée.
de quatre verres convexes
furface du Soleil ( ne donnant
l'ouverture d'un trou d'épingle au
carton qui couvre le verre objectif),
la diſtance du verre objectif au
la.
que
du Mercure Galant 14.
I
premierverre oculaire, fera compofée de leurs foyers folaires, &
par conféquent l'image renverfee du Soleil , qui fert d'objet
immédiat , fe trouvant au foyer
antérieur du verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque
point de cette image folaire tombant divergens fur le verre oculaire , en fortiront paralleles ; &
tombant ainfi paralleles fur le
fecond verre oculaire , dont la
diftance au premier eft compofée de la longueur de leurs foyers,
les rayons en fortiront convergens , & formeront l'image redreffée du Soleil , au derriere de
ce ſecond verre oculaire , à la
diſtance de fon foyer folaire ,
& c'eft cette image qui fervira
d'objet immédiat ,, car cette imas
142 Extraordinaire"
ge eftant au foyer antérieur du
troifiéme verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque point en fortiront paralleles;
& tombant paralleles fur l'humeur cristallin , feront rendus
convergens , & formeront par
leur concours ou pinceau optique , l'image renversée du Soleil
& de fes taches fur la Retine , &
on verra le Soleil & fes taches
redreffées , c'eft à dire dans leur
fituation naturelle.
La diſtance des deux premiers
oculaires fera toujours invaria
ble, auffi bien que la diftancedu fecond verre oculaire aux filets du treillis , qu'on met précifément en fon foyer folaire. -
Quant au troifiéme oculaire , au
foyer duquel on met l'oil, ilfera:
3
du Mercure Galant. 143
pour les miopes qui racourci
fent un peu la longueur des Lunetes , un peu moins éloigné de
ces filets ; parce qu'en regardant
de plus prés cette image aërienne
des objets , ils en reçoivent les
rayons fenfiblement divergens ,
& tels tombant fur leur criftallin
trop rond & enflé , leurs concoursou image diftincte de l'objet, en eft retardé & prolongé
jufque fur la Retine.
Il eft abfolument néceffaire
que le foyer objectif, c'eft à dire
l'image aërienne de l'objet , fe
rencontre précisément fur ces
filets ou treillis mis à l'endroit
du foyer du verre objectif, fi la
Lunete n'a qu'un verré oculaire
convexe; & au foyer folaire du
fecond verre oculaire , fi la Lu-
144 Extraordinaire
nete eft composée de trois oculaires convexes. Mais comme la
Lune & tous les objets terreftres,
font comme infiniment moins
éloignés que le Soleil , les rayons.
de la radiation émanée de chaque point de l'objet, tombet fenfiblement divergens fur le verre
objectif, leur foyer ou image aërienne eft retardé & allongé, &
leur image portée plus loin, & audeça de ces filets ou treillis , c'eft
pourquoy il faut allonger davan
tage la Lunete , c'eft à dire, éloigner le verre objectif du verre
oculaire , afin d'avancer l'image
de l'objet précisément fur les
filets. J'ay crû devoir icy réfou
dre une Queſtion importante.
Si
du Mercure Galant. 145
QUESTION.
Si par la diferente longueur à
laquelle on tire les tuyaux de
laLunete à Oculaire convexe,
pour voir bien diftinctement
un objet , on peut déterminer
fa diftance , ou éloignement.
C
Ette image aërienne ne ſe
forme pas dans une diſtance
deprécifion geométrique au derriere du verre objectif , ny au
derriere du fecond verre oculaire. Elle a comme une certaine
épaiffeur ; ce que vous obſerve.
rez avec plaifir dans la chambre
noire , en recevant ſur un papier
blanc, les espéces ou images des
objets qui font au dehors , car
Q.d'Octobre 1684. N
146 Extraordinaire
ces images paroiftront diftinctes,
voſtre papier eftant arrivé à certaine diſtance du trou fait auvo,
let de la feneftre , & garny d'un
verre objectifde Lunete, foit que
vous l'approchiez ou quevous le
reculiez de quelques lign.de plus;
étantimpoffible de déterminer la
diftance préciſe où ces images
font dans leur plus grande diftintion. Vous obferverez la meſme
chofe , en regardant avec une Lunete un objet éloigné & bien
éclairé , que vous verrez toû¬
jours comme également bien,
quoy que vous allongiez ou racourciffiez de quelques lignes la
Lunete. Ainfrle Foyer, ou cette
image , n'eſt pas une chofe Mathematique , mais Phifique, &c.
On ne peut donc par l'expé-
du Mercure Galant. 147
rience déterminer précisément
la diſtance du verre objectif à
fon Foyer objectif , ou image de
tout autre objet que le Soleil.
D'où je conclus , qu de la
longueur de la Lunete tirée juf
ques à tant que les objets paroiffent bien diftinctemet , on ne
peut conclurre la diftance de
l'objet, bien qu'on foit perfuadé
par raiſon & par expérience, que
la Lunete doit eftre tirée de plus
grande longueur , à mesure que
les objets font moins éloignez ;
vray, comme nous avons déja
dit ailleurs , que l'objet eftant
éloigné du verre objectifde deux
fois la longueur de fon foyerfolaire , l'image aërienne de l'objet , égale à l'objet , fe formera
au derriere du verre , à la di
Nij
148 Extraordinaire
ftance de deux fois la longueur
de fon foyer folaire ; ainfi l'ima
ge & l'objet feront également
éloignez du verre.
·
Nea moins chacun pourra fatisfaire fa curiofité , par des di-'
ftances médiocres qu'on aura
mefurées actuellement ; & pour
cela je répéte icy les Problémes
que j'avois énoncé & donné de.
puis la 122 page du XXI.Volume:
du Mercure Extraordinaire.
PROBLEME I.
Eftant donnée la distance de l'objet au verre objectif, trouver la di
Stance du verre à l'image aërienne
diftincte de l'objet.
ANALOGIE,
Comme ladiftance de l'objet auverre,
moins la longueur defon Foyer folaire,
du Mercure Galant. 149
Eft à la longueur du mefme Foyer
Solaire:
Ainfi la diftance de l'objet au verre,
Eft à la distance du verre àl'image.
PROBLEME II.
Eftantdonnée la diſtance du verrc
objectifà l'image aërienne de l'objet,
& la longueur du Foyer folaire du
verre , trouver la diftance du verre
à l'objet.
ANALOGIE.
Comme la distance du verre àl'image
aërienne de l'objet, moins la longueur
du Foyerfolaire du verre,
1
Eft à la longueurdu mefme Foyer
folaire du verre objectif:
Ainfi la distance du verre à l'image
aërienne,
Eft à la distance du verre à l'objet.
On ne pourra jamais énoncer
& réfoudre ces Problémes en
N iij
150 Extraordinaire
termes plus formels & plus intelligibles que ceux que j'avois
employé dans les 122. & 123. pages du XXI. Tome du Mercure
Galant Extraordinaire du Quartier deJanvier 1683. Neanmoins
le fçavant M Fattio de Duiller,
de Genéve , dit dans leJournal
du 20. Novembre 1684. Qu'il a
cherché le moyen de trouver la diftance du verre aux filets , c'eſt à
dire à l'image de l'objet , la diftance
de l'objetau verre eftantfuppofée ou
donnée. Ilajoûte , Et qu'en pofant
Le Foyer de l'objectif = £ , &l'excés de la diftance de l'objet au verre
par deffus la longueur du foyer de
l'objectif= a, &la distance de l'objet à la croifée desfilets = b ; &
Qu'enfin par une grande attention
dans le calcul d'Algebre il a efté conduit à cette Equation
di Mercure Galant. 151
aaab― z af-ff
Cecyme fait fouvenir des Vers
fuivans , tirez de l'Epître chagrine de Madame des Houlieres.
Si tout voftre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout- bas, C'eft- là ce bel
Efprit!
Commeles autres il s'explique,
Etl'on entend tout ce qu'il dit.
Il eft vray que l'Algebre , ou
l'Art de bien trouver , eft un langage relevé , & inconnu à bien
des Sçavans ; mais puis que toutes les Effections Geométriques
éſtant trouvées par la Spécienfe la
plus rafinée , il en faut venir au
Compas, à la Regle, &aux nombres , pour les réduire en pratique , pour épargner à bien des
Gens cettegrande attention du CalN iiij
152 Extraordinaire
culd'Algebre , qui leur cauſe bien
fouvent la Migraine , je veux répéter icy en langage connu &
utile , les autres Problémes dont
j'ay déja donné la folution en
1683 dans le XXI.Tome de l'Ex
traordinaire du Mercure Galant.
PROBLEME III.
Eftant donnée la grandeur, bauteur ou diametre de l'objet , ſon éloignement au verre objectif, & la longueur defon Foyerfolaire ; trouver
la grandeur ou diamétre de l'image
aerienne de l'objet , produite dans la
chambre noire, ou dans le creux du
tuyau de la Lunetefur lesfilets.
Trouvez premierement par le
premier Probléme , la diftance
du verre objectif à l'image diftin&te aërienne de l'objet , vous
aurez enfuite fa grandeur par la
fuivante
du Mercure Galant.
153
Analogie.
Commela diftance del'objet au verre,
Eft à lagrandeur de l'objet:
Ainfila diftance du verre à l'image,
Eft à lagrandeur de l'image.
PROBLEME IV.
Eftant donnée la grandeur de l'image diftincteaërienne de l'objet, &
fa diftance au verre objectif, &la
longueur de fon Foyerfolaire ; trouver la grandeur de l'objet.
Trouvez premiérément par le
fecond Probléme , la diftance de
l'objet au verre , vous aurez enfuite fa grandeur par la fuivante
Analogie.
Commeladiftance du verre à l'image,
Eft àlagrandeur de l'image :
Ainfi la distance du verre àl'objet,
Eft à la grandeur de l'objet.
154 Extraordinaire
PROBLEME V.
* Eftant donnée la distance de l'objet
àfon image aérienne , & la diftance
de l'objet au verre ( par conféquent
la diftance du verre à l'image eft
auffi connue ) trouver la longueur
du Foyerfolaire du verre.
Analogie.
Comme la distance de l'objet àfon
image,
Eft à la diftance de l'objet au verre:
Ainfi la diftance duverre à l'image,
Eft à la longueur du Foyerfolaire.
du verre.
PROBLEME VI.
Eftant donnée la diſtance de l'objet
à la table d'attente, linge , ou papier
blanc, poury recevoir l'image aërienne de l'objets déterminer le verre du
plus grandfoyer , qui y puiffe produire cette image diftincte.
du Mercure Galant.
ISS
Je dis r Que la qutriéme partie de la diftance de l'objet à la
table d'attente , eft la lougueur
du Foyer folaire du verre requis.
2°.Queleverre doit eftre placé
en égale distance de l'objet & de
la table d'attente , ce qui ſe vérifie par le premier Probléme.
3 Que la grandeur de l'image fera égale à la grandeur de
l'objet.
PROBLEME VIÍ.
Eftant donné ( comme dans la
Figure Va de l'Effection Geométrique ) la diftance de l'objet à
fon image diftinéte aërienne , &la
longueur du Foyer folaire du verre
qui l'a produite s trouver le point où
le verre eftoitplacé , &où il doit eftre
remis , pour reproduire cette image de
l'objet.
156 " Extraordinaire
De la diftance de l'image aërienne à fon objet ▲ , ôtez
F, qui eft deux fois la longueur du foyer folaire du verre
qui l'a produite , il vous reftera
FA, qu'il faut divifer au pointy
en deux fegmens Ay , &yF, en
forte que la longueur du foyer
folaire foit moyenne , proportionnelle entre ces deuxfegmens,
carajoûtant ce petit fegment y
à la longueurdu foyer folaire du
verre , vous aurez fa diſtance reF
quifè à l'image , & par confé
quentfon point de pofition en z.
Pour déterminer le pointy, qui
' fait les deux fegmens , diviſez
également 4 F au point C , duquel pris pour centre , faites le
demy cercle fur 4 F, prife pour
diamétre , fur lequel élevez la
du Mercure Galant. 157
perpendiculaire Fƒégale à la longueur du foyer folaire. Tirez ƒB
parallele au diamètre 4 F, furlequel du point s deſcendez la per
pendiculaire By, qui fera égale
à Ff, longueur du foyer folaire
du verre. Par la converſe de la
xiij Propofition du 6. Livre d'Eu
clide, By fera auffi moyenne pro
portionnelle entre les fegmens
Ay, & yoF. C'est pourquoy le
petit fegmenty F, Fflongueur.
du foyer folaire , fera la diftance
requife du verre depuis en z.
J'ay ajoûté des nombres à la
Figure V. afin d'en rendre la pratique plus intelligible. Ainfi A
diftance de l'objet à la table d'attente , linge ou papier blanc, fur
lequel l'image aerienne de l'ob.
jer dans la Chambre noire , ou
158 Extraordinaire
80-0
à l'endroit d'une Lunete , au.
quel elle paroiffoit fort diftincte,
eftant 80 , & la longueur du
foyer folaire du verre qui l'a
voit produite, eftant 15, deux fois
1530 pour la ligne F dans
la Figure & A 80 AP F
30 AF50. Donc la moitié FC
25 Tirez CB, elle fera auffi 25.
Or le triangle crв eft rectangle , donc par la 47. Propofition
du 1. Livre d'Euclide , le Quarré
de l'hypothenufe CB - leQuarré
du cofté Br eſt égal au Quarré
de l'autre cofté Cr. Mais l'hypothenufe C B eft 25, donc ion
Quarré eft eſt 225 , & 625— 225
400 Quarré du cofté cr.Mais
la Racine de 400 eſt 20 , donc
le cofté cr eft 20. Mais C F25
—— CYCr20 rF 5 , donc le petit
du Mercure Galant. 159
fegmentrFeft 5. C'est pourquoy
515 longueur du foyer folaire
du verre 20 pour de z diſtance
de la table d'attente de l'image
aërienne de l'objet au verre objectif z. Et parce que 4 la
diftance de l'objet A à fon imageeft 80 , il s'enfuit que A
80 -
Z20
du verre à l'objet.
cle
ZA60 diſtance
PROBLEME VIII.
L'objet& la table d'attente, papier
ou linge blanc , pour en recevoir l'image aerienne diftincte , eftant donnez depofitionfixe, eftant auſſi donné
un verre de quelconque longueur de
Foyerfolaire ( mais moindre quela
quatrième partie de la diſtance
de l'objet à la table d'attente ) determiner le point où il doit eftreplacé
entre le point de l'objet &la table
160 Extraordinaire
d'attente , pouryformer l'image aërienne diftincte de l'objet.
J'ay dit que la fongueur du
Foyerfolaire duverre , doit eftre
moindre que la quatrième partie
de la diſtance donnée de l'objet
à la table d'attente.
Car fi la longueur dufoyer folaire du verre eſtoit égale à la
quatrième partie de la diſtance
donnée,il faudroit placer le verre
préciſément au milieu de la diftance donnée entre l'objet & la
table d'atete; ce que vous reconnoiſtrez être vray, par le premier
Probléme , & par l'expérience.
Et fi la longueur du foyer folaire du verre eft plus grande
que cette quatrième partie de la
diſtance donnée ; fi on met le
verre moins éloigné de l'objet,
du Mercure Galant. 161
་
que la longueur de fon foyer fo
laire , les rayons émanez d'un
mefine point de l'objet , enfortiront divergens, c'eſt à dire, s'écartant les uns des autres , au lieu
de fe reunir , c'est pourquoy ils
ne peuvent former l'image de
l'objet.
Et fi on met le verre précifément éloigné de la longueur de
fon foyer folaire , les rayons en
fortiront paralleles c'eſt pour.
quoy ils ne peuvent former aucune image de l'objet.
Et fi on met le verre plus éloi
gné de l'objet , que de la lon.
gueur de fon foyer folaire , le
cone des rayons divergens émanez de chaque point de l'objec
ayant couvert la furface du verre, en fortiront convergens , &
Q. d'Octobre 1634,
162 Extraordinaired
ceux de la radiation d'un mefme
point, fe réuniffant à la pointe
deleur cone renverfé , peindront
l'image du point de l'objet ; ainfi
les rayons de la radiation conique émanée de chaque point de
l'objet , formant fon image aërienne , toute l'image de l'objet
fe trouvera diftinctement peinte, & avec les vives couleurs ,
mais plus loin que la table d'attente, & cette image eft renverfée ; ce que nous avons expliqué au long , & par Figures,
dans le XIX. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quar
tier de Juillet 1682.1.1
Enfin , fi la longueur dufoyer
folaire de ce verre objectif est
précisément la quatrième partie
de la diftance de l'objet , à la
du Mercure Galant. 163
table d'attente , papier , oufilets
mis dans la Lunete , fur lefquels
doit aboutir l'image renverfée,
aerienne & diftincte de l'objet,
il faut mettre le verre au milieu
de la diſtance , également éloigné de l'objet & du verre ; car
en quelque autre part que vous
le placiez , plus prés , ou plus
loin de l'objet , l'image fe formera plus loin que les filets, papier blanc, ou table d'attente,
dont la poſition eſt donnée.
RESOLUTION
du Probléme I X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la Table d'attente , & la longueur
du Foyerfolaire , déterminer le lieu
de fa pofition , auquel eftant placé,
il produira l'image aérienne diftin
&renversée de l'objet donné de poO ij
164 Extraordinaire
fition , far le papier ou table d'at
tente auffi donnée de pofition. Dela
distance donnée de l'objet à la table
d'attente , ôtez le double de la longueur du Foyer folaire du verre
donné, & du Quarré de la moitié
du reftant , ôtez le Quarré de la
longueur du Foyer folaire du verre,
& du reftant tirez la Racine quarrée. La diférence de cette racine,
softé , ou ligne , à la moitié de la
diférence de toute la diftance à deux
fois la longueur duFoyerfolaire du
verre, eftant ajoutée à la longueur
du Foyerfolaire du verre , eft la diftance requife des Filets , papier, on
table d'attente , au point où doit eftre
placé le verre, pour produire l'image
diftincte , aérienne & renversée de
L'objet , dont la pofition , auſſi- bien
que celle dela table d'attente avoient
du Mercure Galant. 165
cfté données. Doncfi de cette distance
donnée, vous ôtez la diftance dela table d'attente au verre , il vous restera
la diſtance du verre à l'objet.
Puis que toute cette opération
n'eft que l'application de l'Effe-
&tion Geométrique, confidéronsla dans la Figure VI. & afin de
vous y exercer , en voicy des
Exemples , que j'ay trouvez conformes à mes calculs , par les
expériences que j'en fis en l'année 1652. eftant pour le fervice
du Roy au Fort de l'Eclufe fur
le Rhône, quatre lieues au- def
fous de Genève , & que vous vérifierez par le I. & par le II. Probléme, apres que vous aurez trouvé la diſtance du verre à l'image.
I. EXEMPLE.
La diftancepropofée de l'objet aux
166 Extraordinaire
filets , papier blanc , ou Table d'at
tente A dans la Figure foit so
pieds , &la longueur du Foyer lolaire foit 12 pieds.
OPERATION.
2 X 12
& so
24 pour F.
2426 pour FA.
Et la moitiéde 26
Le Quarré de CB.
13 pour CB.
= 169
14 Et Quarré 169 144 quarré
de By 12 Quarré 2525,, dont la
Racines, eft la valeur de la li
gne Cy.
Et C F 13
Et 8
Cysy8
Z
la longueur du Foyer
folaire du verre 12-20pour
diftance de la Table d'attente
au point z où doit eftre pofé le
verre objectif. Mais A50- z
20 =Z A 30 pour la diſtance de
l'objet A au verre Z.
duMercure Galant. 167
2. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet A
à la table d'attente , papierou filets
eftant 36 pieds , & la longueur du
Foyerfolaire du verre eftat de spieds,
la diftance A Z de l'objet A au
verre Zfera de 30 pieds ; & par
conféquent la distance du verre Z
àla la table d'attente fera de 20
pieds.
"
3. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet à
la table d'attente , eftant 80pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera do pieds ; & par conféquent la diftance du verre à la table
d'attentefera 20 pieds.
4. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet
la table d'attente eftant 256pieds, &
$68 Extraordinaire
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera 240pieds ; &par confé.
quent 16pieds feront la distance du
verreàla table d'attente, papier blanc
ou filets de pofition , fur lesquels fe
Seformera l'image aérienne de l'objet.
5. EXEMPLE.
La diftance propofée de l'objet à
la table d'attente estant 90 pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
20 pieds ; la diftance de l'objet an
verrefera de 60 pieds ; &par con
féquent , la diftance du verre à la
table d'attente fera 30 pieds.
6. EXEMPLE.
La diftanceproposée étant 196pieds,
& la longueur du Foyer du verre
24.pieds à la diſtance de l'objet an
verrefera168pieds ; &celle duverre
àla Tablefera de 30 pieds.
PROBLEME X.
du Mercure Galant. 169
PROBLEME X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la table d'attente , papierblanc, où
filets, furlesquels l'image aërienne de
l'objet doit eftreformée distinctémět,
& le point ou distance de la pofition
duverre eftant auffi donnée ; détermi
nerla longueurde fon Foyerfolaire.
Puis que le point de la poſition du verre eft donné , on connoiſt d'abordfa diſtance à l'objet
& à la table d'attente.
donc la fuivante
Analogie.
Faites
Comme ladistance de l'objet à latable
d'attente,
Est à la distance du vere à la table .
d'attente:
Ainfi la distance de l'objet au verre,
Està lalongueur requife du Foyer
folaire du verre.
Q. d'Octobre 1684.
P
170 Extraordinaire
COROLLAIRE GENERAL.
L'objet & le verre eſtant placez fixement , en forte que la li
gne droite du milieu de l'objet
au centre de l'interfection des
filets , & à plomb fur l'objet &
fur le plan des filets , paffe par
le centre des deux furfaces du
verre , & perpendiculairement
fur icelles , il refte à faire voir
mefmeen plein jour cette image
aerienne de l'objet , parun verre
oculaire bien large ; tellement
que cette image vous fervant
d'objet immédiat , comme nous
avons dit ailleurs , un petit objet
vous paroiftra fort grand, & dans
fa fituation naturelle , fi vous
avez renversé l'objet , qui peut
eftre une petite Image en mignature ou une Médaille , &c.
Le petit objet doit eftre mis
en un lieu bien éclairé & placé
parmy quelques pierres, Livres,
ou autres chofes femblables , en
forte qu'on ne le puiffe décou
vrir, que lors qu'on appliquera
l'œil à la Pinnule , ou petit trou
d'environ trois lignes de diamétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , ajustée au bout d'un petit
tuyau d'environ un pied de longueur, & qui porte le verre oculaire. Voyez le tout dans la Figure XI.
Il ne faut pas que le diamétre de ce trou ou pinnule excéde la plus grande ouverture
que la prunelle pour acquerir
dans l'ombre , l'oeil eftant couvert de la boëte de recouvre
•
Pij
172 Extraordinaire
ment , garnie en dehors d'un
veloux noir , contre lequel on
appuye doucement le fourcil de
l'œil. Ce veloux noir fert encore
pour abforber les rayons , qui
tombant fur la cornée , fe reflé.
chiffent contre la Lunete , puis
que tous les yeux , excepté ceux
d'un Moribond, qui fe terniffent,
refléchiffent dans l'œil du regardant , fon image , de mefme
qu'un Miroir ; & c'est comme
dans la prunelle que paroift
peinte en mignature cette petite
image ou Poupée, de laquelle la
prunelle a tiré fon nom dans les
trois principales Langues ; car
les Hébreux l'appellent Bath, petite Fille ; les Grecs l'appellent
Corin , Fillete ; & les Latins difent Pupula, ou Pupilla, Poupée.
duMercure Galant. 173
Ce verre oculaire de deux ou
trois pouces au plus de longueur
de foyer folaire , ne doit eſtre
éloigné des filets , ou image aërienne de l'objet , que de deux
ou trois pouces , c'eft à dire de
la longueur de fon foyer folaire;
mais il en doit eftre un peu moins
éloigné pour les Miopes , qui font
ceux qui ont la veue baffe ou
courte car par ce moyen les
rayons fortent fenfiblement divergens ; & tels tombant fur
l'humeur cristallin , dont la furface antérieure eſt trop ronde,
leur concours ne fe faifant pas
fitoft que files rayons tomboient
paralleles , leur réunion eft portée plus loin jufques fur la Retine , qui eft l'organe formel de
la vifion. C'eft pourquoy j'ay
Piij
174 Extraordinaire
toujours fait monter à viz cette
bočte de recouvrement du tuyau
qui porte l'oculaire , afin de l'approcher plus ou moins du verre
oculaire. Voyez en la Figure X.
Quant à la pinnule , ou trou
d'environ tro's lignes de diзmétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , il doit eftre un peu moins
éloigné du verre oculaire , que
de la longueur de fon foyer folaire. C'eft pourquoy j'ay toû
jours fait monter à viz ce fonds
à pinnule , afin qu'on le puftapprocher ou éloigner , ce qui fert
à éviter les couleurs , & ce que
nous dirons encore plus parti
culiérement. Voyez en la Figure IX.
Vous fçavez qu'avec le verre
duMercure Galant. 175
concave contre lequel on doit
appliquer l'œil , on voit l'objet
mefme, puis qu'il eft mis de la
longueur de fon Foyer virtuelfolaire , avant le foyer objectif,
c'eſt à dire , avant que l'image
aërienne de l'objet foit formée , &c .
Il fufit donc d'enfermer le verre
objectif bien perpendiculairement dans le milieu d'un tuyau
d'environ un pied de longueur,
d'autant qu'il n'eſt pas néceffaire d'avoir un long tuyau de
Lunete , qui contienne le verre
objectif & le verre oculaire ; dequoy j'avois inftruit les Curieux
dans les pages 127. & 128. du
XXI. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quartier de Janvier
1682.
P iiij
176 Extraordinaire
AVIS.
J'aurois donné icy le moyen
de fe paffer des tuyaux pour les
grandes Lunetes , dequoy j'ay
depuis 20. ans parlé au Titre,
Maniere de braquerpromptement une
Lunete à deux verres convexesfans
aucun Tube , pour contempler les
Aftres , qui eft à la fin de mon
Traité des grandes Lunetes , imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre de la Nouvelle
Science de la Nature , & Préfage
des Cometes , fi l'illuftre , tresfçavant , expérimenté & vray
Philofophe Phyfico- Mathematicien, Monfieur Hugens de l'Académie Royale des Sciences, ne
m'euft prévenu par fon docte
Livre in 4° imprimé cette année
1684. à la Haye chez Arnoux
du Mercure Galant. 177
Leers , &intitulé Astroſcopia Compendiaria, Tubi Optici molimine liberata.
PROBLEME XI.
Le Verre dontla longueur du Foyer
= folaire est connüc , estant donné de
pofition , placer l'objet & la table
d'attente , pour y recevoir l'image
de l'objet aërienne &diftincte, mais
renversée.
Mettez l'objet du moins un
peu plus éloigné du verre que la
longueur de fon foyer folaire,
vous troverez enſuite par le 1. Probléme la diftance requife du verre
àla table d'attente. Nous avons
remarqué dans la 129. page du
XXI. Tome Extraordinaire Mercure Galant , Quartier de Janvier
1683. contre l' Autheur de la Dioptrique oculaire, & des deux Volu.
178 Extraordinaire
mes de fes vifions parfaitement
adioptriques & ageométres , que
l'objet eftant placé à 20 pieds
& 4 pouces audelà de fon verre
objectif plan- convexe de la longueur de 20 pieds de diamètre,
ou longueur de foyer folaire, l'image aërienne de cet objet fe
formera à la diftance de 1220
pieds audeçà du verre , au lieu
des Soixante dix ou 80 pieds , à
quoy cet Autheur l'avoit déterminé. Son erreur n'eft que de
1140 pieds.
Ou bien , mettez la table d'attente du moinsquelque peu plus
éloignée du verre , que n'eft la
longueur de fon foyer folaire ;
car les rayons de la radiation
émanée de chaque point d'un
objet terreftre , tombant fur le
du Mercure Galant. 179
verre plus diverges que les rayons
émanez de chaque point du So.
leil , leur concours eft retardé,
& par conféquent l'image aërienne de l'objet terreſtre eſt
formée plus loin du verre , que
l'image du Soleil , que nous ap.
pellons foyer folaire. La table
d'attente eltant pofée, vous trouverez enfuite par le 2 Probléme
la diftance requife du verre à
Fobjet.
EXEMPLE.
Le verre ayant 20 pieds de longueur de Foyerfolaire , fi vous pla
cez la table d'attente , à 20 pieds &
quatre pouces audeçà du verre, l'objetfera placé à 1220 pieds audelà du
verre.
PROBLEME XII.
Par la longucurdela Lunete com-
180 Extraordinaire
pofée de deux verres convexes , &
dont la longueur du Foyer folaire de
l'objectif est connüe , connoistre la
distance de l'objet , qu'on voit diftinctement par la Lunete .
Vous fçavez par raiſon & par
expérience , que pour bien &
diftinctement voir les objets par
la Lunete , il en faut tirer davantage les tuyaux, & l'allonger
à proportion que les objets font
moins éloignez, & cela toûjours
de plus en plus jufques à tant
quela diftance de l'objet au verre
objectif, foit précisément égale
à la longueur de fon foyer folaire ; car pour lors les rayons
enfortiront paralleles, & ne pouvant par conféquent concourir,
ne formeront plus d'image. Dans
ce Probléme l'on connoift par
du Mercure Galant. 181
la longueur de la Lunete , la diſtance du verre objectif aux filets ou image aërienne de l'objer. On connoift auffi la longueur du foyer folaire du verre
objectif. C'est donc le fecond
Probléme. Employez donc la
fuivante
Analogie.
-Commel'excés dela distance du verre
objectifauxfilets, ou image aërienne
de l'objet, pardeffus la longueur du
Foyer folaire du mesme verre,
Està la mefme longueur du Foyer:
Ainfila diftance de l'image au verre,
Est à la diftance du verre à l'objet,
Souvenez- vous de ce quej'ay
dit au commencement.
cette image aërienne de l'objet
a quelque forte ou eſpèce d'épaiffeur , ou profondeur, & qu'il
Que
182 Extraordinaire
eft impoffible de juger avec certitude , dans quelle diſtance elle
eft plus diftincte , car le verre objectifnepeut faire cocourir en un
mêmepoint mathematique de la
baſe de diftinction, tousles rayons
qu'il a reçûs de la radiation émanée d'un mefme point de l'objet, d'autant que ceux qui tombant plus éloignez de l'axe du
verre ,
feréüniffent plûtoſt ; outre que tout l'œil fe conforme en
s'allongeant ou fe racourciffant,
& l'humeur criftallin fe convexe
plus ou moins , fuivant qu'il en
eftbefoin, pour porter fur la Retine la baze de diftinction, foyer
objectif, on image diftincte de
l'objet. C'est pourquoy lors qu'il
s'agit de conclure & déterminer par la diférente longueur de
du Mercure Galant. 183
La Lunete, la diférence qu'il y a
entre deux objets inégalement
éloignez , mais tous deux treséloignez de nous , les calculs tirez de la longueur de la Lunete
fe trouvent inutiles , parce que
les rayons émanez d'un mefme
point d'un objet tres- éloigné
tombentfurle verre objectifavec
une diférence phyfiquement in,
fible, &la diférence de la diftance
du mefmeverre objectifà l'image
d'un autre objet encore nota
blement plus éloigné , fera auffi
phyfiquement infenfible , puis
que la diférence de la divergence
des rayons des deux objets eft
phyfiquement infenfible, d'autāt
que les deux rayons de la radiation émanée du point central du
Soleil , qui embraffent la terre,
184 Extraordinaire
quand ils toucheroient mefme
les deux points extrémes de fon
diamétre , ne comprennent au
plus qu'un angle d'une minute,
dont la moitié eft ce que nous
appellons l'angle de la Parallaxe
Horizontale du Soleil.
Et comme à mesure que l'ob.
jets'approche du foyer antérieur
du verre , l'image aërienne de
l'objet formée par la refraction,
s'en éloigne , de meſme auffi au
miroir fphériquement concave,
Fig. XII, dont la portion M.i.M
ne doit eftre découverte que de
18 degrez , les rayons R.M. RM
de la radiation émanée d'un mê
me point de l'objet , n'eftant
éloignez fur le miroir que de9
degrez du rayon AI qui eft l'axe
de la portion découverte M.i.M
du Mercure Galant. 185
font prefque mathematiquement
paralleles , à caufe que la baze
qui foûtient l'angle , formé au
Soleil , n'eft que la corde des 18
degrez du miroir ; & d'autant
que l'angle de réflexion C M0,
eft égal à l'angle d'incidence
RMC, le point o auquel ils fe
reüniffent fur l'axe A I , eft plus
prés du point I fonds du miroir,
que de fon centre C, de prefque
une partie des 160 de tout le
diamétre C. Ce que j'ay déja
remarqué dans une Differtation
fur les Miroirs ardens. Voyez les
pages 288. & 291. du Mercure Galant du mois de Juin 1681. Ainſi
le foyer folaire ou image du So
leil , fe forme prefque éloignée
du fonds du miroir de la qua
triéme partie de fon axe AI ;
Q. d'Octobre 1684. Q
186 Extraordinaire
C'eſt pourquoy à mesure que
les autres objets s'approchent
davantage du foyer folaire du
miroir , leurs images s'en éloignent , & viennent à la rencontre de l'objet. Ainfi un objet
mis au bout d'un baſton, paroiſt
fortir tout au dehors du miroir,
pour venir rencontrer fon objet,
fi vray qu'il vous femble que
vous maniez voftre main. Cette
image formée par réflexion a
cet avantage , qu'elle fe voit
mefme au plus grand jour ; &
l'image formée par la réfraction
des verres , laquelle ne peut jamais fe rencontrer avec fon ob
jet , ne peut paroiftre que dans
la chambre noire , ou dans l'ob
fcurité du tuyau de la Lunete..
Neanmoins bien des Gens,
du Mercure Galant. 187
commeauffi le R.P.Antonius Maria de Rheita , ce fçavant & religieux Capucin', qui apres Daniel
Chorez publia en l'année 1647.
dans un gros Volume in folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia, tout
ce qui conce¡ne la conſtruction
des grands Binocles , qu'il travailloit luy mefme dans la derniere perfection , & que toute
PEurope a admiré, comme nous
l'avons prouvédepuisla 120. page
du XXVI. Tome Extraordinaire
Mercure Galant , Quartier d'A
vril 1684-
Le R. P. Balthazar Conrard,Jéfuîte , écrivit de Glacio 7. Ianvar.
1660. les termes fuivans au R. P.
Gafpard Schot , auffi Jéfuîte , qui
en l'année 1664. les a donnez au
Public dans la 857- page de Tech
nica Curiofa,,
188 Extraordinaire
De diftantiis objectorum per Tubum metiendis, pridem cogitavi egos
nifi fallor, etiam Pater Scheinerus. Sine dubio Rheita Capucinus id
voluit tentare per Tubum duplicatum. Voco eum per quem uterque
oculus hominis fimul&femel trans
picere poteft. Verùm ipfa videt Reverentia Veftra , in diftantiis maguis , ne magna quidem intervalla
fentiri. Unde quid judicandum fit
detali invento inferet. Nihil tamen
adhuc determino , qui nondum cò
Speculationum perveni.
Si le Pere Conrard euſtajoûté
àl'expérience , le calcul & la démonſtration , comme j'ay fait, il
auroit prononcé , que tout ce
qu'on ne peut conclure de la diférente longueur d'une mefme
Lunete, pour voir bien diftincte-
"
du Mercure Galant. 189
ment deux objets diféremment
éloignez,que la diſtance de celuy
des deux objets fera plus grande,
pour lequel on tire moins la Lu.
nete; & la diſtance de l'objet fera
moindre , pour lequel auffi voir
bien diftin&tement , il faut allonger davantage la Lunete.
>
Cela eft fi vray , qu'à cauſe
que la longueur des plus gran
des Lunetes eft toûjours comme infiniment petite à proportion de la diftance du Soleil
& la diſtance du verre au foyer
folaire , ou image diftincte du
Soleil Périgée , n'eſt pas fenfiblement plus longue que celle du
Soleil Apogée. Ainfi bien que la
diſtance du Soleil en Eté dans
fon Apogée , foit tres- notablement plus grande, que lors qu'en
190 Extraordinaire
Hyver il est dans fon Perigées
neanmoins la diférence de la
diſtance du verre à fon Foyer ou
image eft diftincte imperceptible
par la longueur de la Lunete.
LUNETE A DEUX VERRES.
Et de la grandeur de la Baze qu'on
découvre.
L
A Lunete à deux Verres
convexes, quoy qu'elle faffe
voir les objets renverfez , eft
fans doute la plus commode pour
l'obfervation des Aftres. Elle dé
couvre une grande baze du cone
vifuel , le diamètre de laquelle
eft compris fous un angle qu'on
détermine en divifant les degrez
que contient l'arc de la convexité découverte du verre ocu.
laire , par l'Expofant de la raiſon
de la longueur du foyer folaire
du Mercure Galant. 191
du verre oculaire à la longueur
du foyer folaire du verre objectif, car le quotient eft le nombre des degrez de l'angle , qui
comprend le diamètre de toute
la baze qu'on découvre.
Ainfi le verre objectif eftant
par exemple au verre oculaire ,
comme 84 à 3, l'expofant de la
raiſon eft 28 ; & la partie décou
verte du verre oculaire eftant par
exemple fegment de 35 degrez,
divilez 35. par 28 , le quotient
fera 1 degré & 15 minutes ; fous
lequel angle eft compris le diamétre du terrain , efpace des ob
jets vûs par cette Lunete.
Lunete à trois Verres.
2
La Lunete à trois verres convexes redreſſe les objets , mais
elle devient notablement plus
192 Extraordinaire
longue , & les objets paroiffent
moins clairs. Le R. P. de Rheïta
dans la page 351. d'Oculus Enoch
&Elia, dit , objecta autem duobus
convexis everfa , tribus pulcherrimè
&liffimo obtutu eriguntur. Scilicet duobus ocularibus & uno ebjectivo , ritatamen proportione inter
fe & àfe invicem difpofitis. Tali
tubo pro terreftribus nos utimur , qui
&uno obtutu centies quafiplus fpatii
repræfentat, quàmconcavo- convexu.
Le P. Rheita a fait un miftere de la proportion des deux
oculaires , & de leur diftance.
1º Lepremier oculaire apres l'objectif doit eftre d'un plus grand
foyer que le dernier oculaire.
Quant à leur diſtance , puis que
l'image aërienne fert d'objet immédiat , mettez le premier ocu
laire
du Mercure Galant. 193
·
laire au deçà , éloigné de cette
image de deux fois la longueur de
fon foyer, il fe formera uneimage
redreffée & égale au derriere de
l'oculaire , éloignée auffi de deux
longueurs de fon foyer , par nô.
tre Probleme VII. Cette image
doit fervir d'objet , que vous regarderez avec le ſecond oculaire.
Lunete à quatre Verves.
La Lunete à quatre verres
convexes , un objectif & trois
oculaires , eft la plus parfaite,
puis qu'elle fait découvrir une
grande baze du cone vifuel , &
voir les objets dans leur fituation
naturelle , & en augmente fuffifammentl'apparence naturelle.
Nous avons dit que les trois
oculaires peuvent eſtre d'une
mefme puiffance ou longueur de
Q. d'Octobre 1684. R
194 Extraordinaire
toyer folaire , ou bien le premier
oculaire apres le verre objectif
eftant à l'objectif comme i à 36
ou à 40 , ces deux verres eftant
poſez à la diſtance de leurs deux
foyers , & ayant placé les filets
de mire à leur foyer commun,
forment la premiere Lunete, qui
fait paroiftre les objets à la renverſe. Le fecond oculaire doit
avoir une plus grande longueur
de foyer , & letroifiéme oculaire
doit estre de mefme que le premier oculaire , & mefme d'un
peu moindre longueur de foyer.
Ainfi le verre objectif eſtant au
premier oculaire comme 36 à 1,
ilfera au troifiéme oculaire comme 40 à 1.
Lunete à cinq Verres.
La Lunete àcinq verres ne dé
du Mercure Galant. 195
couvre pas un plus grand champ,
ou plus grande quantité d'ob
jets , elle augmente feulement
l'apparence des objets , en la rendant un peu plus obfcure , à quoy
on remédiera en partie ; fi la fuperficie des verres oculaires également convexes font bien grandes. Voicy leur arrangement &
leur proportion.
Le troifiéme oculaire eft d'un
plus long foyer , & on ne l'éloi
gne pas du fecond oculaire de
la longueur de leurs deux foyers
folaires. Ainfi les rayons en fortiront divergens , & tomberont
divergens fur le quatrièmeverre
oculaire , au derriere duquel les
axes des cones renverfez de la
radiation de chaque point de
l'objet , fe croiſent davantage
Rij
196 Extraordinaire
avant que d'entrer dans l'œil ;
c'est pourquoy apres avoir traverfé l'humeur criftallin , ils peignentfur laRetine une plus grande image de l'objet.
Il y a d'autres manieres de conftruire cette Lunete à cinq verres convexes , qui eft une Lunete
composée de deux Lunetes, chacune defquelles fait voir les objers renverfez. La premiere Lunete eft compofée à l'ordinaire
du grand objectif & de fonoculaire. La feconde eft composée
de trois verres ; le premier eft
femblable à celuy qui luy fert
d'oculaire , & l'un & l'autre
doivent eſtre d'une longueur de
foyer , double du foyer de l'oculaire de la premiere Lunete,
& le foyer du verre qu'on met
du Mercure Galant. 197
juſtement au milieu des deux autres, fera de la moitié plus long.
Joignez ces deux Lunetes , les
approchant peu à peu juſques à
tant que vous découvriez la
plus grande baze du Cone vi
fuel , ou quantité d'objets avec
grande clarté & diftinction. Apres quoy marquez à l'inftant
des repaires fur les tuyaux. Tirez enfuite un peu le tuyau qui
porte le verre objectif, afin d'éloigner davantage les deux premiers. verres ; ce qui fera que
l'image de l'objet ſe trouvant
plus éloignée du premier oculaire , que de la longueur de fon
antérieur foyerfolaire, les rayons
qui auparavant en fortoient paralleles , en fortiront convergens. Il faut auffi éloigner un
Rij
198 Extraordinaire
peu davantage les deux derniers.
verres.
Le R. P. Zucchi , Jéfuîte , qui
s'eft toûjours expliqué affez ob.
fcurement , apres avoir dit au
num. 3 de la 370 page de la feconde partie de fon Philofophia
Optica, imprimée à Lyon en l'année 1656. Collocatio autem convexorum intermediorum ad excipiendos omnes radios , & tranfmitiendos
apta erit , fifequensftatuatur ad Focum præcedentis. Vltimum enim
convexum ad impreffionem diftinEtam obtinendam , longius ultra Focum constituendum. Apres quoy
dans le Numero 1 v. il ajoúte,.
Quod quatuorconvexapræftant, habetur exactiu per quinque , fi difponantur ut fecundum collocetur tantifper ultra Focum primi , tertium
BLIOTHEE
du Mercure Galake
citra Focumfecundi, per quartame
eiterpartem diftantia Foci ab ipfofecundo. Quartumfimiliter adtertium.
Quinque convexafolă æquivalebunt
quatuor convexis , in excipienda
multitudine radiorum ; fed quia tertium , ante determinationem Bafis
-diftinétionis ex vifecundi accedetad
illud , dum hujufmodi Bafim accelerabit, &ad minus fpatium reftringet, deducet radios ad fingula in
Objecto condiftinguenda pertinentes,
totrus imaginis comprehenfivos;quare
neceſſario diſponentur , ut ad con.
vexa fequentia , ipfumque oculam,
cum majori inclinatione fub majori
angulo incidant , ad majorem nota.
biliter imaginem imprimendam in
Retina. Hancdifpofitionem quinque
convexorum invenit D. Euftachius
Divinius , quam meritò aliis præ--
R. iiij .
200 Extraordinaire
tulit , quia notabiliter auget Appa
rentiam Totius , & diftinctionem
partium in toto ; licet nonnihil minuat claritatem , dum pauciores radios colligunt vitrafic difpofita,quàm
fi difponunturjuxta dicta Numero3.
Des Lunetes compofees de dixneufVerres convexes.-
J
'Ay tiré ce que j'en diray de
la 184. page d'un Livre intitulé Nervus Opticus , imprimé à
Vienne en Auftriche en l'année
1675. Le R. P. Zacharias Traber
en eft l'Autheur , le croira qui
voudra , quand il dit,
Artifex Romanus
mine, Tubum fecerat cum octo convexis , ad unum milliare Germanicum res minutiffimas clarè cxhiben.
Fontana no-
du Mercure Galant. (2011
1
zor
tem, qui ab Eminentiſſime Cardinali
Nepote , Coronatis comparatus octingentis , magno Florentie Duci prafentatus fuerat.
Alium idem Dax noftro cuidam
Patri vifendum præbuit ; qui à quodam Eustachio Neapolitano cum No-- VEMDECIM lentibus convexis in
longitudinefiftularum 19 cubitorum
confectus , & quia aliquâ vitrafubtiliffimâ interpofita , Specierum decolorationem impediebant.
L
Il a fans doute compté les ou
vertures des diafragmes pour au
tant de verres.
SECRET
De Jérôme Syrturus , Milanois,
concernant les Lunetes.
N
Unc celebre omni evo futurum adinventum tibi referatum co, ut ftudii &laboris mei ma-
• 202 Extraordinaire
numentum aliquod perpetuò apud te
& alios ftudiofos extet.
Teleſcopium id autem est ex duabus lentibus & cavo specillo ; fecunda lens ponitur in medioTubi.
DES DIAFRAGMES.
Les images ou efpéces des objets ne paroiffent jamais bien fur
la table d'attente , que lors que
la chambre eft rendüe tres-noire,
& que la lumiere ne trouve d'entrée que par le verre qu'on met
au trou de la feneftre , & qui eſt
inferé en dedans de la chambre
dans l'extrémité d'un tuyau d'un
pied de longueur , dont l'autre
extrémité fort en dehors. Il en
eft de mefine de l'image qui fe
forme dans les tuyaux ; c'el
pourquoy pour exclurre & dé.
fendre l'entrée aux rayons des
du Mercure Galant.
203
objets latéraux , la boëte qui
porte le verre objectif , a du
moins un pouce & demy de longueur au-delà du verre. Voyez
en la Figure XIII. Cette boëte
a fon fonds du cofté de l'objet,
qui fe monte auffi à- viz , & ce
fonds a bien moins d'ouverture
que le verre. On peut couvrir
ce diafragme de plufieurs cartons noirs de diférente ouverture , bien qu'on la puiffe dérerminer par l'angle fous lequel on
voit l'objet , que nous avons cydevant demontré.
Les autres diafragmes font intérieurs. Le principal eft mis au
foyer antérieur dupremier verreoculaire, ou foyer poftérieur du
verre objectif, où le forme l'image aërienne diftincte de l'ob
204 Extraordinaire
jet , fur laquelle les filets de mire
doivent toûjours le trouver précifément. Če diafragme détermine la quantité des objets qu'on
veut découvrir , & voir leur apparence trés- augmentée , en re.
gardant par les verres oculaires
leurs images , qui fervent d'ob
jer immédiat , tout de mefme
que fices mefmes images eftant
reçeües dans la chambre noire
fur un papier , vous appliquiez
pardeffus ce carton qui porteau
milieu fon ouverture , car en re:
gardant par derriere le papier,
vous ne verriez que les images
comprifes dans l'ouverture de ce
diafragme. Cette ouverture doit
eftre retreffie juſques à ce que
fon trop d'ouverture ne foit pas
la caufe des couleurs de l'Iris,
duMercure Galant. 205
qui peignent les bords des ob
jets comprisdans la baze du cone
vifuel.
Je dis donc que l'ouverture
circulaire de ce diafragme , &
celle de tous les autres, y compris l'ouverture du verre objectif, font parties d'un cone tron.
qué , dont la pointe eſt du coſté,
du verre oculaire , fi l'ouverture
de ce principal diafragme eft
moindre que celle du verre ob.
jectif, qui en fera la baſe, comme
en la Figure XV. Et au contraire,
fi l'ouverture du verre objectif
cft moindre que celle de ce diafragme, ce diafragmefera la baze
du cone tronqué , dont la pointe
fera hors de la Lunete , comme
en la Figure XV.
206 Extraordinaire
Déterminer l'ouverture des
Diafragmes.
Tirez voftre Lunete comme
en la Fig. XVI. pour voir diſtin .
ctement les objets terreftres les
plus éloignez , pour lors la diftance A B de l'image Bau verre
objectif A, fera plus grande que
la longueur de fon foyer folaire;
outre qu'il faut allonger un peu
davantage la Lunete , & y mettre un verre oculaire de plus
long foyer , pour voir les objets
bien clairs & diftincts , lors que
le temps eft humide , ou que
Euros fouf , comme auffi dans
les Païs où l'air eft plus groffier,
l'apparence de l'objet fera plus
diftincte , mais un peu diminuée.
Déterminez l'ouverture du verre
objectif , comme par exemple
du Mercure Galant. 207
de deux pouces de diamètre , ſi
le verre a dix pieds de longueur
de foyer folaire , qui eft la plus
grande ouverture qu'il puiffe
foufrir avec diftinction pour voir
bien diftinctement les objets les
plus fombres , car il la faut retreffir pour voir bien diſtinctement les objets fortement éclairez , de mefme qu'il faut retreffir
l'ouverture de l'objectif des plus
grandes Lunetes Aftro-fpiques,
pour voir le difque ou rondeur
bien terminée des Etoiles fort lu
mineuſes, Syrius , Arcturus, &Aldebaran, & des Planetes fortement éclairées par le Soleil,
comme Mercure , Vénus, &Mars,
lors qu'ils font Périgées. C'eſt
cela fans doute qui a obligé
Mi Hevelius de dire dans fa Se-
208. Extraordinaire
lenographie en la page 17. H
afus & experientia me docuit, quòd
foramen vitri objectivi , magnorum
Teleſcopiorum indiametro fefquipollicem non excedere debeat. Qua
quantitas etfi alicui valde exigua
aideri poteft , tamen praxis quemibet edocebit hanc proportionem foraminis majori tubo omnium optimè
refpondere.
Enfin le diametre de l'ouverture du verre objectif eftant déterminée, comme auffi fa diftance
au diafragme des filets , faites en
la Figure XVI. fur un plan, tirez
les deux lignes e C e C, comme
auffi les lignes traverfantes eo.
MM. ii. leurs parties compriſes
entre les lignes e C. eC feront les
diamètres des ouvertures des diafragmes des tuyaux. Vous mar-
du Mercure Galant. 209
querez leurs repaires , afin que
tous les diafragmes puiffent toujours eftre mis en mefmediftance
les uns des autres , pour toûjours compofer le cone tronqué.
On peut facilement déterminer par le calcul le diamètre des
diafragmes , car vous connoif
fez la diftance A B du verre objectif A au point B, interfection
des filets mis fur l'ouverture du
diafragme , dans laquelle fedoit
toûjours terminer l'image de
l'objet. Vous connoiffez bc demy-diamétre de l'ouverture dư
diafragme principal , ou baze de
l'image aërienne de l'objet. Vous
connoiffez auffi a E demy.diamétre de l'ouverture du verre
objectif.
Il faut par ces connus trou ~
2. d'Octobre 1684. Sp
240 Extraordinaire
ver premiérement par le calcul.
le point R pointe du coqe tronqué, c'eft à dire la longueur de
fon axe b R. Faites cette
Analogie.
bc-a E. ba :: bc. b R
Voustrouverez enfuite les demy..
diamètres x 0. y M. z I. de l'ou
verture des diafragmes par les
fuivantes
Analogies.
b.bc:: Rx . x 0.
Rb.bc:: Ry.y M.
Rb.bc:: Rz.ZI.
Moyen facile de faire coffer les
Couleurs qui paroiffent
entourer les Objets.
Our guérir un mal , il en
Pofaut connoiftre la caufe
ainfi pour remédier à ce defaut
du Mercure Galant. 211
3
des Lunetes ·
, de faire voir les
objets qui font au bord de la
baze du cone vifuel , teints des
couleurs del'Arc- en- Ciel , il faut
fçavoir qui les caufe , & d'où
elles procédent , n'eftant que le
meflange & confufion qui le fait
fur un melme point de la Re
tine , de plufieurs rayons éma--
nez de diférens points de l'ob
jet. Ce meflange peut venir
1° De la trop grande ouverture du verre objectif..
2° De la trop grande ouverture du diafragme qui porte les
filets de mire , fur lefquels fe :
forme l'image aerienne de l'objet -
3 Du trop de convexité du
verre oculaire .
4° De la trop grande ouver
ture du verre oculaire.
Sip
212 ExtraordinaireAyant remédié à ces quatre
defauts, fi l'oculaire eft trop prés
de l'image , les rayons trop ferrez & confus , feront paroiftre
les extrémitez de leurs objets
jbordez de couleurs rouges &
aunes ; . c'est pourquoy il faut
P'en éloigner davantage , comme
auffi le trou ou pinnule contre
laquelle on applique l'œil ce
que je fais commodément , en
tournant la pinnule par le moyen
de la viz , quia plufieurs filets ou
pas. Que fi vous l'en éloignez
trop , les bords des objets paroîtront bluâtres , Jes rayons eftant
reçûs trop dilatez & confus. De
cette jufte diftance de la pinnule
au dernier verre oculaire , dépend la plus grande baze du
cone vifuel , ou de la quantité
du Mercure Galant. 21329
d'objets , car on en voit beaucoup moins d'étendue de Païs,
fi cette pinnule eft trop éloignée
de fon oculaire , lequel doit être
également convexe des deux cô.
tez , & bien tranchant fur les
bords , & avoir du moins 20 lignes de diamétre en fa furface
pour un objectif de dix pieds de
foyer , & environ 10 lignes pour
les petites Lunetes . Je fais monter à viz toutes les piéces de la
boëte du porte.oculaire , afin
que les Miepes puiffent approcher davantage l'œil du dernierverre oculaire , & cet oculaire
des filets ou image aërienne &.
diftincte de l'objet. Voyez le
tout dans la Figure
214 Extraordinaire
Dans le dernier Mercure Extraordi
naire , Torse XXVII.
Page 149. ligne 15. lifez copiofioris..
Page 166. ligne 5. lifez 1460.
Page 173 ligne 4 lifez alfez précifément. Ligne 9. ajoûtez ou
le produit du diamétre par la
circonférence. Et en la ligne
16. apres le mot Axe ajoutez car
le cone, la fphere &le cilindre
font comme 1.2.3..
Page 187. ligne 8. lifez Henry II .
Page 200. ligne 12. lifez deux fois
1635794 , quifōt 3271588 toiles.
Page 203 ligne 18. apres ST.
lifez & doublezle produit.
Page 208. ligne 17. lifez deffus.
COMIERS.
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes , dans lesfuivans Mer--
Cures Extraordinaires.
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
Par M COMIERS d'Ambrun,
Prevoft de Ternant , Profeſſeur des
Mathematiques à Paris.
T
Ous les tuyaux des Lunetes portatives doivent eftre
cilindriques , car les tuyaux coniques ne peuvent garder leur
rectitude, eftant moins tirez pour
voir diſtinctement les objets plus
éloignez , & au contraire , fi la
134 Extraordinaire
longueur de la Lunete eft pour
voir diſtinctement les objets treséloignez , on ne peut les éloigner
davantage , pour voir les objets
qui font fenfiblement plus prés
de nous.
Les moindres tuyaux d'une Lunete , c'eſt à dire ceux qu'on infére dans les autres , auront tous
autour de la gorge extérieure,
des orles ou viroles , pour les
rendre tous d'égal diamétre; afin
que l'Axe de la Lunete foit paral
lele fur le plan de l'appuy. C'eft
à quoy M' Hevelius n'a pas pris
garde dans la Figure de la 40.
page de fa Selenographie de l'année 1647. car l'axe des verres &
du tuyau dela Lunete faifant angle für le plan d'appuy , le perpendicule ne peut marquer fur
du Mercure Galant. 135
le quart de cercle l'angle de l'élevation de l'objet que l'on mire.
Voyez.enicy la Fig. 1. Les bouts
des tuyaux par leſquels ils font
inferez dans les autres , feront
renforcez par des viroles de bois,
mifes en dedans, & qu'on arrefte
avec cole forte , ces viroles porteront les juftes ouvertures pour
ſervir de diafragmes , & maintiendront les tuyaux dans leur
parfaite rondeur , & toute la Lunete dans fa rectitude. Voyez la
Figure II.
C'eft enfinune loy indifpenfa.
ble , que l'Axe de tous les tuyaux
& celuy de tous les verres doivent eſtre dans une mefme li
gne droite. J'en excepte les Lunetes Catop- dioptriques , comme
auffi la Lunete Polemofcope , def
136 Extraordinaire
fon
quelles nous traiterons en par
ticulier. Eo quòd utraque lensfiopum ſuum affequatur , quum tamen
regione altera alteri non exactè
refpondeat , comme dit M Heve.
lius dans la 27. page de ſa Sele.
nographie , Hictubus tam à Catoptricis quàm Dioptricisparaturfundamentis , etenim duobus fpeculis planis
& gemino vitro Dioptrico conftat.
Il l'appelle Polemoſcope , pour
ufage en temps de guerre ,, puis
qu'eftant couverts du Parapet,
nous voyons ce que fait l'Ennemy, mefme lors qu'il eft dans le
Foffé , & au pied de la Muraille,
parce quefon tuyau eft recourbé
à angle droit. Nous découvrons
aufi par fon moyen tout ce qui
fe paffe dans une Rüe , fans
nous paroiffions à la Feneftre ;
que
duMercureGalant. 137
ayant cet avantage , auffi-bien
que lesLunetes communes, qu'on
les peut , comme a dit M'Hevelius dans la 29. page , mettre
dans une canne ou bafton d'un
pouce & huit lignes de diamètre,
avec le recourbement de deux
pouces. Nous en donnerons cyapres la conftruction.
Deux manieres diférêtes d'ajuſter
les Verres dans les Tuyaux.
Les Anglois mettent le verre
objectif dans le tuyau le plus
étroit, & les verres oculaires dans
les tuyaux les plus larges. Voyez
le tout dans la Figure III. Cette
difpofition a trois choſes avantageufes. 1° Les rayons inutiles
qui vont toujours en s'élargif
fant , s'affoibliffent plus facileQ. d'Octobre 1684, M
138 Extraordinairement dans cette concavité ſpa
cieuſe du tuyau. 2º On y peut pla…
cer des oculaires de plus grande
furface. 3º Cette Lunete eft plus
facile à manier , parce que le
centre de gravité de la pefanteur
eft comme dans la main de celuy
qui s'en fert ; & dans l'autre maniere, le centre de gravité eftant
audelà du point de l'appuy ou
Hypomoclion , pele davantage à la
main , & fatigue celuy qui s'en
fert. Il eft vray qu'il y a une
longueur de tuyau comme perdüe , par la néceffité de la dif
pofition des trois oculaires ; car
s'il n'y avoit qu'un oculaire, convexe ou concave , il n'y auroit
aucune difficulté .
En France , nos Ouvriers placent le verre objectif dans le plus 1
du Mercure Galant. 139
large tuyau , & les verres ocu--
laires dans les tuyaux les plus
étroits. Voicy là pofition la plus
commode des deux verres ocu--
laires qui font apres le verre objectif. Placez ces deux verres
oculaires , comme dans la Figu
re IV. à la diftance l'un de l'au
tre égale à la longueur de leursfoyers folaires , tellement que le
point fera leur foyer commun,
dans le tuyau C, qu'on coule dans
le tuyau B, par le bout qui eft du
cofté du verre objectif , car par
l'autre bout du mefme tuyau B¸-
on coulé le tuyau porte- oculaire A, avec fa boëte de recouvrement à pinnule , ou trou de
trois lignes de diamètre , qui eft
éloigné du verre d'un peu moins
quefon foyer folaire. Le tuyau B
1
Mij
140 Extraordinaire
porte encore le diafragme fur
lequel on place les brins de fimplefoye plate noire , qui fervent
de mire , ou le treillis , ou quatre brins qui fe croiſent en un
mefme point au centre de l'ou.
verture du diafragme , qu'lls divifent en huit parties égales
c'eft fur ces filets qu'on doit faire
aboutir précisément l'image aërienne & redreffée de l'objet,
puis qu'elle nous fert d'objet im
médiat , que nous voyons par le
troifiéme verre oculaire..
Ainfi pour voir bien diftincte..
mentavecune Lunete compofée.
de quatre verres convexes
furface du Soleil ( ne donnant
l'ouverture d'un trou d'épingle au
carton qui couvre le verre objectif),
la diſtance du verre objectif au
la.
que
du Mercure Galant 14.
I
premierverre oculaire, fera compofée de leurs foyers folaires, &
par conféquent l'image renverfee du Soleil , qui fert d'objet
immédiat , fe trouvant au foyer
antérieur du verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque
point de cette image folaire tombant divergens fur le verre oculaire , en fortiront paralleles ; &
tombant ainfi paralleles fur le
fecond verre oculaire , dont la
diftance au premier eft compofée de la longueur de leurs foyers,
les rayons en fortiront convergens , & formeront l'image redreffée du Soleil , au derriere de
ce ſecond verre oculaire , à la
diſtance de fon foyer folaire ,
& c'eft cette image qui fervira
d'objet immédiat ,, car cette imas
142 Extraordinaire"
ge eftant au foyer antérieur du
troifiéme verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque point en fortiront paralleles;
& tombant paralleles fur l'humeur cristallin , feront rendus
convergens , & formeront par
leur concours ou pinceau optique , l'image renversée du Soleil
& de fes taches fur la Retine , &
on verra le Soleil & fes taches
redreffées , c'eft à dire dans leur
fituation naturelle.
La diſtance des deux premiers
oculaires fera toujours invaria
ble, auffi bien que la diftancedu fecond verre oculaire aux filets du treillis , qu'on met précifément en fon foyer folaire. -
Quant au troifiéme oculaire , au
foyer duquel on met l'oil, ilfera:
3
du Mercure Galant. 143
pour les miopes qui racourci
fent un peu la longueur des Lunetes , un peu moins éloigné de
ces filets ; parce qu'en regardant
de plus prés cette image aërienne
des objets , ils en reçoivent les
rayons fenfiblement divergens ,
& tels tombant fur leur criftallin
trop rond & enflé , leurs concoursou image diftincte de l'objet, en eft retardé & prolongé
jufque fur la Retine.
Il eft abfolument néceffaire
que le foyer objectif, c'eft à dire
l'image aërienne de l'objet , fe
rencontre précisément fur ces
filets ou treillis mis à l'endroit
du foyer du verre objectif, fi la
Lunete n'a qu'un verré oculaire
convexe; & au foyer folaire du
fecond verre oculaire , fi la Lu-
144 Extraordinaire
nete eft composée de trois oculaires convexes. Mais comme la
Lune & tous les objets terreftres,
font comme infiniment moins
éloignés que le Soleil , les rayons.
de la radiation émanée de chaque point de l'objet, tombet fenfiblement divergens fur le verre
objectif, leur foyer ou image aërienne eft retardé & allongé, &
leur image portée plus loin, & audeça de ces filets ou treillis , c'eft
pourquoy il faut allonger davan
tage la Lunete , c'eft à dire, éloigner le verre objectif du verre
oculaire , afin d'avancer l'image
de l'objet précisément fur les
filets. J'ay crû devoir icy réfou
dre une Queſtion importante.
Si
du Mercure Galant. 145
QUESTION.
Si par la diferente longueur à
laquelle on tire les tuyaux de
laLunete à Oculaire convexe,
pour voir bien diftinctement
un objet , on peut déterminer
fa diftance , ou éloignement.
C
Ette image aërienne ne ſe
forme pas dans une diſtance
deprécifion geométrique au derriere du verre objectif , ny au
derriere du fecond verre oculaire. Elle a comme une certaine
épaiffeur ; ce que vous obſerve.
rez avec plaifir dans la chambre
noire , en recevant ſur un papier
blanc, les espéces ou images des
objets qui font au dehors , car
Q.d'Octobre 1684. N
146 Extraordinaire
ces images paroiftront diftinctes,
voſtre papier eftant arrivé à certaine diſtance du trou fait auvo,
let de la feneftre , & garny d'un
verre objectifde Lunete, foit que
vous l'approchiez ou quevous le
reculiez de quelques lign.de plus;
étantimpoffible de déterminer la
diftance préciſe où ces images
font dans leur plus grande diftintion. Vous obferverez la meſme
chofe , en regardant avec une Lunete un objet éloigné & bien
éclairé , que vous verrez toû¬
jours comme également bien,
quoy que vous allongiez ou racourciffiez de quelques lignes la
Lunete. Ainfrle Foyer, ou cette
image , n'eſt pas une chofe Mathematique , mais Phifique, &c.
On ne peut donc par l'expé-
du Mercure Galant. 147
rience déterminer précisément
la diſtance du verre objectif à
fon Foyer objectif , ou image de
tout autre objet que le Soleil.
D'où je conclus , qu de la
longueur de la Lunete tirée juf
ques à tant que les objets paroiffent bien diftinctemet , on ne
peut conclurre la diftance de
l'objet, bien qu'on foit perfuadé
par raiſon & par expérience, que
la Lunete doit eftre tirée de plus
grande longueur , à mesure que
les objets font moins éloignez ;
vray, comme nous avons déja
dit ailleurs , que l'objet eftant
éloigné du verre objectifde deux
fois la longueur de fon foyerfolaire , l'image aërienne de l'objet , égale à l'objet , fe formera
au derriere du verre , à la di
Nij
148 Extraordinaire
ftance de deux fois la longueur
de fon foyer folaire ; ainfi l'ima
ge & l'objet feront également
éloignez du verre.
·
Nea moins chacun pourra fatisfaire fa curiofité , par des di-'
ftances médiocres qu'on aura
mefurées actuellement ; & pour
cela je répéte icy les Problémes
que j'avois énoncé & donné de.
puis la 122 page du XXI.Volume:
du Mercure Extraordinaire.
PROBLEME I.
Eftant donnée la distance de l'objet au verre objectif, trouver la di
Stance du verre à l'image aërienne
diftincte de l'objet.
ANALOGIE,
Comme ladiftance de l'objet auverre,
moins la longueur defon Foyer folaire,
du Mercure Galant. 149
Eft à la longueur du mefme Foyer
Solaire:
Ainfi la diftance de l'objet au verre,
Eft à la distance du verre àl'image.
PROBLEME II.
Eftantdonnée la diſtance du verrc
objectifà l'image aërienne de l'objet,
& la longueur du Foyer folaire du
verre , trouver la diftance du verre
à l'objet.
ANALOGIE.
Comme la distance du verre àl'image
aërienne de l'objet, moins la longueur
du Foyerfolaire du verre,
1
Eft à la longueurdu mefme Foyer
folaire du verre objectif:
Ainfi la distance du verre à l'image
aërienne,
Eft à la distance du verre à l'objet.
On ne pourra jamais énoncer
& réfoudre ces Problémes en
N iij
150 Extraordinaire
termes plus formels & plus intelligibles que ceux que j'avois
employé dans les 122. & 123. pages du XXI. Tome du Mercure
Galant Extraordinaire du Quartier deJanvier 1683. Neanmoins
le fçavant M Fattio de Duiller,
de Genéve , dit dans leJournal
du 20. Novembre 1684. Qu'il a
cherché le moyen de trouver la diftance du verre aux filets , c'eſt à
dire à l'image de l'objet , la diftance
de l'objetau verre eftantfuppofée ou
donnée. Ilajoûte , Et qu'en pofant
Le Foyer de l'objectif = £ , &l'excés de la diftance de l'objet au verre
par deffus la longueur du foyer de
l'objectif= a, &la distance de l'objet à la croifée desfilets = b ; &
Qu'enfin par une grande attention
dans le calcul d'Algebre il a efté conduit à cette Equation
di Mercure Galant. 151
aaab― z af-ff
Cecyme fait fouvenir des Vers
fuivans , tirez de l'Epître chagrine de Madame des Houlieres.
Si tout voftre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout- bas, C'eft- là ce bel
Efprit!
Commeles autres il s'explique,
Etl'on entend tout ce qu'il dit.
Il eft vray que l'Algebre , ou
l'Art de bien trouver , eft un langage relevé , & inconnu à bien
des Sçavans ; mais puis que toutes les Effections Geométriques
éſtant trouvées par la Spécienfe la
plus rafinée , il en faut venir au
Compas, à la Regle, &aux nombres , pour les réduire en pratique , pour épargner à bien des
Gens cettegrande attention du CalN iiij
152 Extraordinaire
culd'Algebre , qui leur cauſe bien
fouvent la Migraine , je veux répéter icy en langage connu &
utile , les autres Problémes dont
j'ay déja donné la folution en
1683 dans le XXI.Tome de l'Ex
traordinaire du Mercure Galant.
PROBLEME III.
Eftant donnée la grandeur, bauteur ou diametre de l'objet , ſon éloignement au verre objectif, & la longueur defon Foyerfolaire ; trouver
la grandeur ou diamétre de l'image
aerienne de l'objet , produite dans la
chambre noire, ou dans le creux du
tuyau de la Lunetefur lesfilets.
Trouvez premierement par le
premier Probléme , la diftance
du verre objectif à l'image diftin&te aërienne de l'objet , vous
aurez enfuite fa grandeur par la
fuivante
du Mercure Galant.
153
Analogie.
Commela diftance del'objet au verre,
Eft à lagrandeur de l'objet:
Ainfila diftance du verre à l'image,
Eft à lagrandeur de l'image.
PROBLEME IV.
Eftant donnée la grandeur de l'image diftincteaërienne de l'objet, &
fa diftance au verre objectif, &la
longueur de fon Foyerfolaire ; trouver la grandeur de l'objet.
Trouvez premiérément par le
fecond Probléme , la diftance de
l'objet au verre , vous aurez enfuite fa grandeur par la fuivante
Analogie.
Commeladiftance du verre à l'image,
Eft àlagrandeur de l'image :
Ainfi la distance du verre àl'objet,
Eft à la grandeur de l'objet.
154 Extraordinaire
PROBLEME V.
* Eftant donnée la distance de l'objet
àfon image aérienne , & la diftance
de l'objet au verre ( par conféquent
la diftance du verre à l'image eft
auffi connue ) trouver la longueur
du Foyerfolaire du verre.
Analogie.
Comme la distance de l'objet àfon
image,
Eft à la diftance de l'objet au verre:
Ainfi la diftance duverre à l'image,
Eft à la longueur du Foyerfolaire.
du verre.
PROBLEME VI.
Eftant donnée la diſtance de l'objet
à la table d'attente, linge , ou papier
blanc, poury recevoir l'image aërienne de l'objets déterminer le verre du
plus grandfoyer , qui y puiffe produire cette image diftincte.
du Mercure Galant.
ISS
Je dis r Que la qutriéme partie de la diftance de l'objet à la
table d'attente , eft la lougueur
du Foyer folaire du verre requis.
2°.Queleverre doit eftre placé
en égale distance de l'objet & de
la table d'attente , ce qui ſe vérifie par le premier Probléme.
3 Que la grandeur de l'image fera égale à la grandeur de
l'objet.
PROBLEME VIÍ.
Eftant donné ( comme dans la
Figure Va de l'Effection Geométrique ) la diftance de l'objet à
fon image diftinéte aërienne , &la
longueur du Foyer folaire du verre
qui l'a produite s trouver le point où
le verre eftoitplacé , &où il doit eftre
remis , pour reproduire cette image de
l'objet.
156 " Extraordinaire
De la diftance de l'image aërienne à fon objet ▲ , ôtez
F, qui eft deux fois la longueur du foyer folaire du verre
qui l'a produite , il vous reftera
FA, qu'il faut divifer au pointy
en deux fegmens Ay , &yF, en
forte que la longueur du foyer
folaire foit moyenne , proportionnelle entre ces deuxfegmens,
carajoûtant ce petit fegment y
à la longueurdu foyer folaire du
verre , vous aurez fa diſtance reF
quifè à l'image , & par confé
quentfon point de pofition en z.
Pour déterminer le pointy, qui
' fait les deux fegmens , diviſez
également 4 F au point C , duquel pris pour centre , faites le
demy cercle fur 4 F, prife pour
diamétre , fur lequel élevez la
du Mercure Galant. 157
perpendiculaire Fƒégale à la longueur du foyer folaire. Tirez ƒB
parallele au diamètre 4 F, furlequel du point s deſcendez la per
pendiculaire By, qui fera égale
à Ff, longueur du foyer folaire
du verre. Par la converſe de la
xiij Propofition du 6. Livre d'Eu
clide, By fera auffi moyenne pro
portionnelle entre les fegmens
Ay, & yoF. C'est pourquoy le
petit fegmenty F, Fflongueur.
du foyer folaire , fera la diftance
requife du verre depuis en z.
J'ay ajoûté des nombres à la
Figure V. afin d'en rendre la pratique plus intelligible. Ainfi A
diftance de l'objet à la table d'attente , linge ou papier blanc, fur
lequel l'image aerienne de l'ob.
jer dans la Chambre noire , ou
158 Extraordinaire
80-0
à l'endroit d'une Lunete , au.
quel elle paroiffoit fort diftincte,
eftant 80 , & la longueur du
foyer folaire du verre qui l'a
voit produite, eftant 15, deux fois
1530 pour la ligne F dans
la Figure & A 80 AP F
30 AF50. Donc la moitié FC
25 Tirez CB, elle fera auffi 25.
Or le triangle crв eft rectangle , donc par la 47. Propofition
du 1. Livre d'Euclide , le Quarré
de l'hypothenufe CB - leQuarré
du cofté Br eſt égal au Quarré
de l'autre cofté Cr. Mais l'hypothenufe C B eft 25, donc ion
Quarré eft eſt 225 , & 625— 225
400 Quarré du cofté cr.Mais
la Racine de 400 eſt 20 , donc
le cofté cr eft 20. Mais C F25
—— CYCr20 rF 5 , donc le petit
du Mercure Galant. 159
fegmentrFeft 5. C'est pourquoy
515 longueur du foyer folaire
du verre 20 pour de z diſtance
de la table d'attente de l'image
aërienne de l'objet au verre objectif z. Et parce que 4 la
diftance de l'objet A à fon imageeft 80 , il s'enfuit que A
80 -
Z20
du verre à l'objet.
cle
ZA60 diſtance
PROBLEME VIII.
L'objet& la table d'attente, papier
ou linge blanc , pour en recevoir l'image aerienne diftincte , eftant donnez depofitionfixe, eftant auſſi donné
un verre de quelconque longueur de
Foyerfolaire ( mais moindre quela
quatrième partie de la diſtance
de l'objet à la table d'attente ) determiner le point où il doit eftreplacé
entre le point de l'objet &la table
160 Extraordinaire
d'attente , pouryformer l'image aërienne diftincte de l'objet.
J'ay dit que la fongueur du
Foyerfolaire duverre , doit eftre
moindre que la quatrième partie
de la diſtance donnée de l'objet
à la table d'attente.
Car fi la longueur dufoyer folaire du verre eſtoit égale à la
quatrième partie de la diſtance
donnée,il faudroit placer le verre
préciſément au milieu de la diftance donnée entre l'objet & la
table d'atete; ce que vous reconnoiſtrez être vray, par le premier
Probléme , & par l'expérience.
Et fi la longueur du foyer folaire du verre eft plus grande
que cette quatrième partie de la
diſtance donnée ; fi on met le
verre moins éloigné de l'objet,
du Mercure Galant. 161
་
que la longueur de fon foyer fo
laire , les rayons émanez d'un
mefine point de l'objet , enfortiront divergens, c'eſt à dire, s'écartant les uns des autres , au lieu
de fe reunir , c'est pourquoy ils
ne peuvent former l'image de
l'objet.
Et fi on met le verre précifément éloigné de la longueur de
fon foyer folaire , les rayons en
fortiront paralleles c'eſt pour.
quoy ils ne peuvent former aucune image de l'objet.
Et fi on met le verre plus éloi
gné de l'objet , que de la lon.
gueur de fon foyer folaire , le
cone des rayons divergens émanez de chaque point de l'objec
ayant couvert la furface du verre, en fortiront convergens , &
Q. d'Octobre 1634,
162 Extraordinaired
ceux de la radiation d'un mefme
point, fe réuniffant à la pointe
deleur cone renverfé , peindront
l'image du point de l'objet ; ainfi
les rayons de la radiation conique émanée de chaque point de
l'objet , formant fon image aërienne , toute l'image de l'objet
fe trouvera diftinctement peinte, & avec les vives couleurs ,
mais plus loin que la table d'attente, & cette image eft renverfée ; ce que nous avons expliqué au long , & par Figures,
dans le XIX. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quar
tier de Juillet 1682.1.1
Enfin , fi la longueur dufoyer
folaire de ce verre objectif est
précisément la quatrième partie
de la diftance de l'objet , à la
du Mercure Galant. 163
table d'attente , papier , oufilets
mis dans la Lunete , fur lefquels
doit aboutir l'image renverfée,
aerienne & diftincte de l'objet,
il faut mettre le verre au milieu
de la diſtance , également éloigné de l'objet & du verre ; car
en quelque autre part que vous
le placiez , plus prés , ou plus
loin de l'objet , l'image fe formera plus loin que les filets, papier blanc, ou table d'attente,
dont la poſition eſt donnée.
RESOLUTION
du Probléme I X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la Table d'attente , & la longueur
du Foyerfolaire , déterminer le lieu
de fa pofition , auquel eftant placé,
il produira l'image aérienne diftin
&renversée de l'objet donné de poO ij
164 Extraordinaire
fition , far le papier ou table d'at
tente auffi donnée de pofition. Dela
distance donnée de l'objet à la table
d'attente , ôtez le double de la longueur du Foyer folaire du verre
donné, & du Quarré de la moitié
du reftant , ôtez le Quarré de la
longueur du Foyer folaire du verre,
& du reftant tirez la Racine quarrée. La diférence de cette racine,
softé , ou ligne , à la moitié de la
diférence de toute la diftance à deux
fois la longueur duFoyerfolaire du
verre, eftant ajoutée à la longueur
du Foyerfolaire du verre , eft la diftance requife des Filets , papier, on
table d'attente , au point où doit eftre
placé le verre, pour produire l'image
diftincte , aérienne & renversée de
L'objet , dont la pofition , auſſi- bien
que celle dela table d'attente avoient
du Mercure Galant. 165
cfté données. Doncfi de cette distance
donnée, vous ôtez la diftance dela table d'attente au verre , il vous restera
la diſtance du verre à l'objet.
Puis que toute cette opération
n'eft que l'application de l'Effe-
&tion Geométrique, confidéronsla dans la Figure VI. & afin de
vous y exercer , en voicy des
Exemples , que j'ay trouvez conformes à mes calculs , par les
expériences que j'en fis en l'année 1652. eftant pour le fervice
du Roy au Fort de l'Eclufe fur
le Rhône, quatre lieues au- def
fous de Genève , & que vous vérifierez par le I. & par le II. Probléme, apres que vous aurez trouvé la diſtance du verre à l'image.
I. EXEMPLE.
La diftancepropofée de l'objet aux
166 Extraordinaire
filets , papier blanc , ou Table d'at
tente A dans la Figure foit so
pieds , &la longueur du Foyer lolaire foit 12 pieds.
OPERATION.
2 X 12
& so
24 pour F.
2426 pour FA.
Et la moitiéde 26
Le Quarré de CB.
13 pour CB.
= 169
14 Et Quarré 169 144 quarré
de By 12 Quarré 2525,, dont la
Racines, eft la valeur de la li
gne Cy.
Et C F 13
Et 8
Cysy8
Z
la longueur du Foyer
folaire du verre 12-20pour
diftance de la Table d'attente
au point z où doit eftre pofé le
verre objectif. Mais A50- z
20 =Z A 30 pour la diſtance de
l'objet A au verre Z.
duMercure Galant. 167
2. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet A
à la table d'attente , papierou filets
eftant 36 pieds , & la longueur du
Foyerfolaire du verre eftat de spieds,
la diftance A Z de l'objet A au
verre Zfera de 30 pieds ; & par
conféquent la distance du verre Z
àla la table d'attente fera de 20
pieds.
"
3. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet à
la table d'attente , eftant 80pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera do pieds ; & par conféquent la diftance du verre à la table
d'attentefera 20 pieds.
4. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet
la table d'attente eftant 256pieds, &
$68 Extraordinaire
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera 240pieds ; &par confé.
quent 16pieds feront la distance du
verreàla table d'attente, papier blanc
ou filets de pofition , fur lesquels fe
Seformera l'image aérienne de l'objet.
5. EXEMPLE.
La diftance propofée de l'objet à
la table d'attente estant 90 pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
20 pieds ; la diftance de l'objet an
verrefera de 60 pieds ; &par con
féquent , la diftance du verre à la
table d'attente fera 30 pieds.
6. EXEMPLE.
La diftanceproposée étant 196pieds,
& la longueur du Foyer du verre
24.pieds à la diſtance de l'objet an
verrefera168pieds ; &celle duverre
àla Tablefera de 30 pieds.
PROBLEME X.
du Mercure Galant. 169
PROBLEME X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la table d'attente , papierblanc, où
filets, furlesquels l'image aërienne de
l'objet doit eftreformée distinctémět,
& le point ou distance de la pofition
duverre eftant auffi donnée ; détermi
nerla longueurde fon Foyerfolaire.
Puis que le point de la poſition du verre eft donné , on connoiſt d'abordfa diſtance à l'objet
& à la table d'attente.
donc la fuivante
Analogie.
Faites
Comme ladistance de l'objet à latable
d'attente,
Est à la distance du vere à la table .
d'attente:
Ainfi la distance de l'objet au verre,
Està lalongueur requife du Foyer
folaire du verre.
Q. d'Octobre 1684.
P
170 Extraordinaire
COROLLAIRE GENERAL.
L'objet & le verre eſtant placez fixement , en forte que la li
gne droite du milieu de l'objet
au centre de l'interfection des
filets , & à plomb fur l'objet &
fur le plan des filets , paffe par
le centre des deux furfaces du
verre , & perpendiculairement
fur icelles , il refte à faire voir
mefmeen plein jour cette image
aerienne de l'objet , parun verre
oculaire bien large ; tellement
que cette image vous fervant
d'objet immédiat , comme nous
avons dit ailleurs , un petit objet
vous paroiftra fort grand, & dans
fa fituation naturelle , fi vous
avez renversé l'objet , qui peut
eftre une petite Image en mignature ou une Médaille , &c.
Le petit objet doit eftre mis
en un lieu bien éclairé & placé
parmy quelques pierres, Livres,
ou autres chofes femblables , en
forte qu'on ne le puiffe décou
vrir, que lors qu'on appliquera
l'œil à la Pinnule , ou petit trou
d'environ trois lignes de diamétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , ajustée au bout d'un petit
tuyau d'environ un pied de longueur, & qui porte le verre oculaire. Voyez le tout dans la Figure XI.
Il ne faut pas que le diamétre de ce trou ou pinnule excéde la plus grande ouverture
que la prunelle pour acquerir
dans l'ombre , l'oeil eftant couvert de la boëte de recouvre
•
Pij
172 Extraordinaire
ment , garnie en dehors d'un
veloux noir , contre lequel on
appuye doucement le fourcil de
l'œil. Ce veloux noir fert encore
pour abforber les rayons , qui
tombant fur la cornée , fe reflé.
chiffent contre la Lunete , puis
que tous les yeux , excepté ceux
d'un Moribond, qui fe terniffent,
refléchiffent dans l'œil du regardant , fon image , de mefme
qu'un Miroir ; & c'est comme
dans la prunelle que paroift
peinte en mignature cette petite
image ou Poupée, de laquelle la
prunelle a tiré fon nom dans les
trois principales Langues ; car
les Hébreux l'appellent Bath, petite Fille ; les Grecs l'appellent
Corin , Fillete ; & les Latins difent Pupula, ou Pupilla, Poupée.
duMercure Galant. 173
Ce verre oculaire de deux ou
trois pouces au plus de longueur
de foyer folaire , ne doit eſtre
éloigné des filets , ou image aërienne de l'objet , que de deux
ou trois pouces , c'eft à dire de
la longueur de fon foyer folaire;
mais il en doit eftre un peu moins
éloigné pour les Miopes , qui font
ceux qui ont la veue baffe ou
courte car par ce moyen les
rayons fortent fenfiblement divergens ; & tels tombant fur
l'humeur cristallin , dont la furface antérieure eſt trop ronde,
leur concours ne fe faifant pas
fitoft que files rayons tomboient
paralleles , leur réunion eft portée plus loin jufques fur la Retine , qui eft l'organe formel de
la vifion. C'eft pourquoy j'ay
Piij
174 Extraordinaire
toujours fait monter à viz cette
bočte de recouvrement du tuyau
qui porte l'oculaire , afin de l'approcher plus ou moins du verre
oculaire. Voyez en la Figure X.
Quant à la pinnule , ou trou
d'environ tro's lignes de diзmétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , il doit eftre un peu moins
éloigné du verre oculaire , que
de la longueur de fon foyer folaire. C'eft pourquoy j'ay toû
jours fait monter à viz ce fonds
à pinnule , afin qu'on le puftapprocher ou éloigner , ce qui fert
à éviter les couleurs , & ce que
nous dirons encore plus parti
culiérement. Voyez en la Figure IX.
Vous fçavez qu'avec le verre
duMercure Galant. 175
concave contre lequel on doit
appliquer l'œil , on voit l'objet
mefme, puis qu'il eft mis de la
longueur de fon Foyer virtuelfolaire , avant le foyer objectif,
c'eſt à dire , avant que l'image
aërienne de l'objet foit formée , &c .
Il fufit donc d'enfermer le verre
objectif bien perpendiculairement dans le milieu d'un tuyau
d'environ un pied de longueur,
d'autant qu'il n'eſt pas néceffaire d'avoir un long tuyau de
Lunete , qui contienne le verre
objectif & le verre oculaire ; dequoy j'avois inftruit les Curieux
dans les pages 127. & 128. du
XXI. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quartier de Janvier
1682.
P iiij
176 Extraordinaire
AVIS.
J'aurois donné icy le moyen
de fe paffer des tuyaux pour les
grandes Lunetes , dequoy j'ay
depuis 20. ans parlé au Titre,
Maniere de braquerpromptement une
Lunete à deux verres convexesfans
aucun Tube , pour contempler les
Aftres , qui eft à la fin de mon
Traité des grandes Lunetes , imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre de la Nouvelle
Science de la Nature , & Préfage
des Cometes , fi l'illuftre , tresfçavant , expérimenté & vray
Philofophe Phyfico- Mathematicien, Monfieur Hugens de l'Académie Royale des Sciences, ne
m'euft prévenu par fon docte
Livre in 4° imprimé cette année
1684. à la Haye chez Arnoux
du Mercure Galant. 177
Leers , &intitulé Astroſcopia Compendiaria, Tubi Optici molimine liberata.
PROBLEME XI.
Le Verre dontla longueur du Foyer
= folaire est connüc , estant donné de
pofition , placer l'objet & la table
d'attente , pour y recevoir l'image
de l'objet aërienne &diftincte, mais
renversée.
Mettez l'objet du moins un
peu plus éloigné du verre que la
longueur de fon foyer folaire,
vous troverez enſuite par le 1. Probléme la diftance requife du verre
àla table d'attente. Nous avons
remarqué dans la 129. page du
XXI. Tome Extraordinaire Mercure Galant , Quartier de Janvier
1683. contre l' Autheur de la Dioptrique oculaire, & des deux Volu.
178 Extraordinaire
mes de fes vifions parfaitement
adioptriques & ageométres , que
l'objet eftant placé à 20 pieds
& 4 pouces audelà de fon verre
objectif plan- convexe de la longueur de 20 pieds de diamètre,
ou longueur de foyer folaire, l'image aërienne de cet objet fe
formera à la diftance de 1220
pieds audeçà du verre , au lieu
des Soixante dix ou 80 pieds , à
quoy cet Autheur l'avoit déterminé. Son erreur n'eft que de
1140 pieds.
Ou bien , mettez la table d'attente du moinsquelque peu plus
éloignée du verre , que n'eft la
longueur de fon foyer folaire ;
car les rayons de la radiation
émanée de chaque point d'un
objet terreftre , tombant fur le
du Mercure Galant. 179
verre plus diverges que les rayons
émanez de chaque point du So.
leil , leur concours eft retardé,
& par conféquent l'image aërienne de l'objet terreſtre eſt
formée plus loin du verre , que
l'image du Soleil , que nous ap.
pellons foyer folaire. La table
d'attente eltant pofée, vous trouverez enfuite par le 2 Probléme
la diftance requife du verre à
Fobjet.
EXEMPLE.
Le verre ayant 20 pieds de longueur de Foyerfolaire , fi vous pla
cez la table d'attente , à 20 pieds &
quatre pouces audeçà du verre, l'objetfera placé à 1220 pieds audelà du
verre.
PROBLEME XII.
Par la longucurdela Lunete com-
180 Extraordinaire
pofée de deux verres convexes , &
dont la longueur du Foyer folaire de
l'objectif est connüe , connoistre la
distance de l'objet , qu'on voit diftinctement par la Lunete .
Vous fçavez par raiſon & par
expérience , que pour bien &
diftinctement voir les objets par
la Lunete , il en faut tirer davantage les tuyaux, & l'allonger
à proportion que les objets font
moins éloignez, & cela toûjours
de plus en plus jufques à tant
quela diftance de l'objet au verre
objectif, foit précisément égale
à la longueur de fon foyer folaire ; car pour lors les rayons
enfortiront paralleles, & ne pouvant par conféquent concourir,
ne formeront plus d'image. Dans
ce Probléme l'on connoift par
du Mercure Galant. 181
la longueur de la Lunete , la diſtance du verre objectif aux filets ou image aërienne de l'objer. On connoift auffi la longueur du foyer folaire du verre
objectif. C'est donc le fecond
Probléme. Employez donc la
fuivante
Analogie.
-Commel'excés dela distance du verre
objectifauxfilets, ou image aërienne
de l'objet, pardeffus la longueur du
Foyer folaire du mesme verre,
Està la mefme longueur du Foyer:
Ainfila diftance de l'image au verre,
Est à la diftance du verre à l'objet,
Souvenez- vous de ce quej'ay
dit au commencement.
cette image aërienne de l'objet
a quelque forte ou eſpèce d'épaiffeur , ou profondeur, & qu'il
Que
182 Extraordinaire
eft impoffible de juger avec certitude , dans quelle diſtance elle
eft plus diftincte , car le verre objectifnepeut faire cocourir en un
mêmepoint mathematique de la
baſe de diftinction, tousles rayons
qu'il a reçûs de la radiation émanée d'un mefme point de l'objet, d'autant que ceux qui tombant plus éloignez de l'axe du
verre ,
feréüniffent plûtoſt ; outre que tout l'œil fe conforme en
s'allongeant ou fe racourciffant,
& l'humeur criftallin fe convexe
plus ou moins , fuivant qu'il en
eftbefoin, pour porter fur la Retine la baze de diftinction, foyer
objectif, on image diftincte de
l'objet. C'est pourquoy lors qu'il
s'agit de conclure & déterminer par la diférente longueur de
du Mercure Galant. 183
La Lunete, la diférence qu'il y a
entre deux objets inégalement
éloignez , mais tous deux treséloignez de nous , les calculs tirez de la longueur de la Lunete
fe trouvent inutiles , parce que
les rayons émanez d'un mefme
point d'un objet tres- éloigné
tombentfurle verre objectifavec
une diférence phyfiquement in,
fible, &la diférence de la diftance
du mefmeverre objectifà l'image
d'un autre objet encore nota
blement plus éloigné , fera auffi
phyfiquement infenfible , puis
que la diférence de la divergence
des rayons des deux objets eft
phyfiquement infenfible, d'autāt
que les deux rayons de la radiation émanée du point central du
Soleil , qui embraffent la terre,
184 Extraordinaire
quand ils toucheroient mefme
les deux points extrémes de fon
diamétre , ne comprennent au
plus qu'un angle d'une minute,
dont la moitié eft ce que nous
appellons l'angle de la Parallaxe
Horizontale du Soleil.
Et comme à mesure que l'ob.
jets'approche du foyer antérieur
du verre , l'image aërienne de
l'objet formée par la refraction,
s'en éloigne , de meſme auffi au
miroir fphériquement concave,
Fig. XII, dont la portion M.i.M
ne doit eftre découverte que de
18 degrez , les rayons R.M. RM
de la radiation émanée d'un mê
me point de l'objet , n'eftant
éloignez fur le miroir que de9
degrez du rayon AI qui eft l'axe
de la portion découverte M.i.M
du Mercure Galant. 185
font prefque mathematiquement
paralleles , à caufe que la baze
qui foûtient l'angle , formé au
Soleil , n'eft que la corde des 18
degrez du miroir ; & d'autant
que l'angle de réflexion C M0,
eft égal à l'angle d'incidence
RMC, le point o auquel ils fe
reüniffent fur l'axe A I , eft plus
prés du point I fonds du miroir,
que de fon centre C, de prefque
une partie des 160 de tout le
diamétre C. Ce que j'ay déja
remarqué dans une Differtation
fur les Miroirs ardens. Voyez les
pages 288. & 291. du Mercure Galant du mois de Juin 1681. Ainſi
le foyer folaire ou image du So
leil , fe forme prefque éloignée
du fonds du miroir de la qua
triéme partie de fon axe AI ;
Q. d'Octobre 1684. Q
186 Extraordinaire
C'eſt pourquoy à mesure que
les autres objets s'approchent
davantage du foyer folaire du
miroir , leurs images s'en éloignent , & viennent à la rencontre de l'objet. Ainfi un objet
mis au bout d'un baſton, paroiſt
fortir tout au dehors du miroir,
pour venir rencontrer fon objet,
fi vray qu'il vous femble que
vous maniez voftre main. Cette
image formée par réflexion a
cet avantage , qu'elle fe voit
mefme au plus grand jour ; &
l'image formée par la réfraction
des verres , laquelle ne peut jamais fe rencontrer avec fon ob
jet , ne peut paroiftre que dans
la chambre noire , ou dans l'ob
fcurité du tuyau de la Lunete..
Neanmoins bien des Gens,
du Mercure Galant. 187
commeauffi le R.P.Antonius Maria de Rheita , ce fçavant & religieux Capucin', qui apres Daniel
Chorez publia en l'année 1647.
dans un gros Volume in folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia, tout
ce qui conce¡ne la conſtruction
des grands Binocles , qu'il travailloit luy mefme dans la derniere perfection , & que toute
PEurope a admiré, comme nous
l'avons prouvédepuisla 120. page
du XXVI. Tome Extraordinaire
Mercure Galant , Quartier d'A
vril 1684-
Le R. P. Balthazar Conrard,Jéfuîte , écrivit de Glacio 7. Ianvar.
1660. les termes fuivans au R. P.
Gafpard Schot , auffi Jéfuîte , qui
en l'année 1664. les a donnez au
Public dans la 857- page de Tech
nica Curiofa,,
188 Extraordinaire
De diftantiis objectorum per Tubum metiendis, pridem cogitavi egos
nifi fallor, etiam Pater Scheinerus. Sine dubio Rheita Capucinus id
voluit tentare per Tubum duplicatum. Voco eum per quem uterque
oculus hominis fimul&femel trans
picere poteft. Verùm ipfa videt Reverentia Veftra , in diftantiis maguis , ne magna quidem intervalla
fentiri. Unde quid judicandum fit
detali invento inferet. Nihil tamen
adhuc determino , qui nondum cò
Speculationum perveni.
Si le Pere Conrard euſtajoûté
àl'expérience , le calcul & la démonſtration , comme j'ay fait, il
auroit prononcé , que tout ce
qu'on ne peut conclure de la diférente longueur d'une mefme
Lunete, pour voir bien diftincte-
"
du Mercure Galant. 189
ment deux objets diféremment
éloignez,que la diſtance de celuy
des deux objets fera plus grande,
pour lequel on tire moins la Lu.
nete; & la diſtance de l'objet fera
moindre , pour lequel auffi voir
bien diftin&tement , il faut allonger davantage la Lunete.
>
Cela eft fi vray , qu'à cauſe
que la longueur des plus gran
des Lunetes eft toûjours comme infiniment petite à proportion de la diftance du Soleil
& la diſtance du verre au foyer
folaire , ou image diftincte du
Soleil Périgée , n'eſt pas fenfiblement plus longue que celle du
Soleil Apogée. Ainfi bien que la
diſtance du Soleil en Eté dans
fon Apogée , foit tres- notablement plus grande, que lors qu'en
190 Extraordinaire
Hyver il est dans fon Perigées
neanmoins la diférence de la
diſtance du verre à fon Foyer ou
image eft diftincte imperceptible
par la longueur de la Lunete.
LUNETE A DEUX VERRES.
Et de la grandeur de la Baze qu'on
découvre.
L
A Lunete à deux Verres
convexes, quoy qu'elle faffe
voir les objets renverfez , eft
fans doute la plus commode pour
l'obfervation des Aftres. Elle dé
couvre une grande baze du cone
vifuel , le diamètre de laquelle
eft compris fous un angle qu'on
détermine en divifant les degrez
que contient l'arc de la convexité découverte du verre ocu.
laire , par l'Expofant de la raiſon
de la longueur du foyer folaire
du Mercure Galant. 191
du verre oculaire à la longueur
du foyer folaire du verre objectif, car le quotient eft le nombre des degrez de l'angle , qui
comprend le diamètre de toute
la baze qu'on découvre.
Ainfi le verre objectif eftant
par exemple au verre oculaire ,
comme 84 à 3, l'expofant de la
raiſon eft 28 ; & la partie décou
verte du verre oculaire eftant par
exemple fegment de 35 degrez,
divilez 35. par 28 , le quotient
fera 1 degré & 15 minutes ; fous
lequel angle eft compris le diamétre du terrain , efpace des ob
jets vûs par cette Lunete.
Lunete à trois Verres.
2
La Lunete à trois verres convexes redreſſe les objets , mais
elle devient notablement plus
192 Extraordinaire
longue , & les objets paroiffent
moins clairs. Le R. P. de Rheïta
dans la page 351. d'Oculus Enoch
&Elia, dit , objecta autem duobus
convexis everfa , tribus pulcherrimè
&liffimo obtutu eriguntur. Scilicet duobus ocularibus & uno ebjectivo , ritatamen proportione inter
fe & àfe invicem difpofitis. Tali
tubo pro terreftribus nos utimur , qui
&uno obtutu centies quafiplus fpatii
repræfentat, quàmconcavo- convexu.
Le P. Rheita a fait un miftere de la proportion des deux
oculaires , & de leur diftance.
1º Lepremier oculaire apres l'objectif doit eftre d'un plus grand
foyer que le dernier oculaire.
Quant à leur diſtance , puis que
l'image aërienne fert d'objet immédiat , mettez le premier ocu
laire
du Mercure Galant. 193
·
laire au deçà , éloigné de cette
image de deux fois la longueur de
fon foyer, il fe formera uneimage
redreffée & égale au derriere de
l'oculaire , éloignée auffi de deux
longueurs de fon foyer , par nô.
tre Probleme VII. Cette image
doit fervir d'objet , que vous regarderez avec le ſecond oculaire.
Lunete à quatre Verves.
La Lunete à quatre verres
convexes , un objectif & trois
oculaires , eft la plus parfaite,
puis qu'elle fait découvrir une
grande baze du cone vifuel , &
voir les objets dans leur fituation
naturelle , & en augmente fuffifammentl'apparence naturelle.
Nous avons dit que les trois
oculaires peuvent eſtre d'une
mefme puiffance ou longueur de
Q. d'Octobre 1684. R
194 Extraordinaire
toyer folaire , ou bien le premier
oculaire apres le verre objectif
eftant à l'objectif comme i à 36
ou à 40 , ces deux verres eftant
poſez à la diſtance de leurs deux
foyers , & ayant placé les filets
de mire à leur foyer commun,
forment la premiere Lunete, qui
fait paroiftre les objets à la renverſe. Le fecond oculaire doit
avoir une plus grande longueur
de foyer , & letroifiéme oculaire
doit estre de mefme que le premier oculaire , & mefme d'un
peu moindre longueur de foyer.
Ainfi le verre objectif eſtant au
premier oculaire comme 36 à 1,
ilfera au troifiéme oculaire comme 40 à 1.
Lunete à cinq Verres.
La Lunete àcinq verres ne dé
du Mercure Galant. 195
couvre pas un plus grand champ,
ou plus grande quantité d'ob
jets , elle augmente feulement
l'apparence des objets , en la rendant un peu plus obfcure , à quoy
on remédiera en partie ; fi la fuperficie des verres oculaires également convexes font bien grandes. Voicy leur arrangement &
leur proportion.
Le troifiéme oculaire eft d'un
plus long foyer , & on ne l'éloi
gne pas du fecond oculaire de
la longueur de leurs deux foyers
folaires. Ainfi les rayons en fortiront divergens , & tomberont
divergens fur le quatrièmeverre
oculaire , au derriere duquel les
axes des cones renverfez de la
radiation de chaque point de
l'objet , fe croiſent davantage
Rij
196 Extraordinaire
avant que d'entrer dans l'œil ;
c'est pourquoy apres avoir traverfé l'humeur criftallin , ils peignentfur laRetine une plus grande image de l'objet.
Il y a d'autres manieres de conftruire cette Lunete à cinq verres convexes , qui eft une Lunete
composée de deux Lunetes, chacune defquelles fait voir les objers renverfez. La premiere Lunete eft compofée à l'ordinaire
du grand objectif & de fonoculaire. La feconde eft composée
de trois verres ; le premier eft
femblable à celuy qui luy fert
d'oculaire , & l'un & l'autre
doivent eſtre d'une longueur de
foyer , double du foyer de l'oculaire de la premiere Lunete,
& le foyer du verre qu'on met
du Mercure Galant. 197
juſtement au milieu des deux autres, fera de la moitié plus long.
Joignez ces deux Lunetes , les
approchant peu à peu juſques à
tant que vous découvriez la
plus grande baze du Cone vi
fuel , ou quantité d'objets avec
grande clarté & diftinction. Apres quoy marquez à l'inftant
des repaires fur les tuyaux. Tirez enfuite un peu le tuyau qui
porte le verre objectif, afin d'éloigner davantage les deux premiers. verres ; ce qui fera que
l'image de l'objet ſe trouvant
plus éloignée du premier oculaire , que de la longueur de fon
antérieur foyerfolaire, les rayons
qui auparavant en fortoient paralleles , en fortiront convergens. Il faut auffi éloigner un
Rij
198 Extraordinaire
peu davantage les deux derniers.
verres.
Le R. P. Zucchi , Jéfuîte , qui
s'eft toûjours expliqué affez ob.
fcurement , apres avoir dit au
num. 3 de la 370 page de la feconde partie de fon Philofophia
Optica, imprimée à Lyon en l'année 1656. Collocatio autem convexorum intermediorum ad excipiendos omnes radios , & tranfmitiendos
apta erit , fifequensftatuatur ad Focum præcedentis. Vltimum enim
convexum ad impreffionem diftinEtam obtinendam , longius ultra Focum constituendum. Apres quoy
dans le Numero 1 v. il ajoúte,.
Quod quatuorconvexapræftant, habetur exactiu per quinque , fi difponantur ut fecundum collocetur tantifper ultra Focum primi , tertium
BLIOTHEE
du Mercure Galake
citra Focumfecundi, per quartame
eiterpartem diftantia Foci ab ipfofecundo. Quartumfimiliter adtertium.
Quinque convexafolă æquivalebunt
quatuor convexis , in excipienda
multitudine radiorum ; fed quia tertium , ante determinationem Bafis
-diftinétionis ex vifecundi accedetad
illud , dum hujufmodi Bafim accelerabit, &ad minus fpatium reftringet, deducet radios ad fingula in
Objecto condiftinguenda pertinentes,
totrus imaginis comprehenfivos;quare
neceſſario diſponentur , ut ad con.
vexa fequentia , ipfumque oculam,
cum majori inclinatione fub majori
angulo incidant , ad majorem nota.
biliter imaginem imprimendam in
Retina. Hancdifpofitionem quinque
convexorum invenit D. Euftachius
Divinius , quam meritò aliis præ--
R. iiij .
200 Extraordinaire
tulit , quia notabiliter auget Appa
rentiam Totius , & diftinctionem
partium in toto ; licet nonnihil minuat claritatem , dum pauciores radios colligunt vitrafic difpofita,quàm
fi difponunturjuxta dicta Numero3.
Des Lunetes compofees de dixneufVerres convexes.-
J
'Ay tiré ce que j'en diray de
la 184. page d'un Livre intitulé Nervus Opticus , imprimé à
Vienne en Auftriche en l'année
1675. Le R. P. Zacharias Traber
en eft l'Autheur , le croira qui
voudra , quand il dit,
Artifex Romanus
mine, Tubum fecerat cum octo convexis , ad unum milliare Germanicum res minutiffimas clarè cxhiben.
Fontana no-
du Mercure Galant. (2011
1
zor
tem, qui ab Eminentiſſime Cardinali
Nepote , Coronatis comparatus octingentis , magno Florentie Duci prafentatus fuerat.
Alium idem Dax noftro cuidam
Patri vifendum præbuit ; qui à quodam Eustachio Neapolitano cum No-- VEMDECIM lentibus convexis in
longitudinefiftularum 19 cubitorum
confectus , & quia aliquâ vitrafubtiliffimâ interpofita , Specierum decolorationem impediebant.
L
Il a fans doute compté les ou
vertures des diafragmes pour au
tant de verres.
SECRET
De Jérôme Syrturus , Milanois,
concernant les Lunetes.
N
Unc celebre omni evo futurum adinventum tibi referatum co, ut ftudii &laboris mei ma-
• 202 Extraordinaire
numentum aliquod perpetuò apud te
& alios ftudiofos extet.
Teleſcopium id autem est ex duabus lentibus & cavo specillo ; fecunda lens ponitur in medioTubi.
DES DIAFRAGMES.
Les images ou efpéces des objets ne paroiffent jamais bien fur
la table d'attente , que lors que
la chambre eft rendüe tres-noire,
& que la lumiere ne trouve d'entrée que par le verre qu'on met
au trou de la feneftre , & qui eſt
inferé en dedans de la chambre
dans l'extrémité d'un tuyau d'un
pied de longueur , dont l'autre
extrémité fort en dehors. Il en
eft de mefine de l'image qui fe
forme dans les tuyaux ; c'el
pourquoy pour exclurre & dé.
fendre l'entrée aux rayons des
du Mercure Galant.
203
objets latéraux , la boëte qui
porte le verre objectif , a du
moins un pouce & demy de longueur au-delà du verre. Voyez
en la Figure XIII. Cette boëte
a fon fonds du cofté de l'objet,
qui fe monte auffi à- viz , & ce
fonds a bien moins d'ouverture
que le verre. On peut couvrir
ce diafragme de plufieurs cartons noirs de diférente ouverture , bien qu'on la puiffe dérerminer par l'angle fous lequel on
voit l'objet , que nous avons cydevant demontré.
Les autres diafragmes font intérieurs. Le principal eft mis au
foyer antérieur dupremier verreoculaire, ou foyer poftérieur du
verre objectif, où le forme l'image aërienne diftincte de l'ob
204 Extraordinaire
jet , fur laquelle les filets de mire
doivent toûjours le trouver précifément. Če diafragme détermine la quantité des objets qu'on
veut découvrir , & voir leur apparence trés- augmentée , en re.
gardant par les verres oculaires
leurs images , qui fervent d'ob
jer immédiat , tout de mefme
que fices mefmes images eftant
reçeües dans la chambre noire
fur un papier , vous appliquiez
pardeffus ce carton qui porteau
milieu fon ouverture , car en re:
gardant par derriere le papier,
vous ne verriez que les images
comprifes dans l'ouverture de ce
diafragme. Cette ouverture doit
eftre retreffie juſques à ce que
fon trop d'ouverture ne foit pas
la caufe des couleurs de l'Iris,
duMercure Galant. 205
qui peignent les bords des ob
jets comprisdans la baze du cone
vifuel.
Je dis donc que l'ouverture
circulaire de ce diafragme , &
celle de tous les autres, y compris l'ouverture du verre objectif, font parties d'un cone tron.
qué , dont la pointe eſt du coſté,
du verre oculaire , fi l'ouverture
de ce principal diafragme eft
moindre que celle du verre ob.
jectif, qui en fera la baſe, comme
en la Figure XV. Et au contraire,
fi l'ouverture du verre objectif
cft moindre que celle de ce diafragme, ce diafragmefera la baze
du cone tronqué , dont la pointe
fera hors de la Lunete , comme
en la Figure XV.
206 Extraordinaire
Déterminer l'ouverture des
Diafragmes.
Tirez voftre Lunete comme
en la Fig. XVI. pour voir diſtin .
ctement les objets terreftres les
plus éloignez , pour lors la diftance A B de l'image Bau verre
objectif A, fera plus grande que
la longueur de fon foyer folaire;
outre qu'il faut allonger un peu
davantage la Lunete , & y mettre un verre oculaire de plus
long foyer , pour voir les objets
bien clairs & diftincts , lors que
le temps eft humide , ou que
Euros fouf , comme auffi dans
les Païs où l'air eft plus groffier,
l'apparence de l'objet fera plus
diftincte , mais un peu diminuée.
Déterminez l'ouverture du verre
objectif , comme par exemple
du Mercure Galant. 207
de deux pouces de diamètre , ſi
le verre a dix pieds de longueur
de foyer folaire , qui eft la plus
grande ouverture qu'il puiffe
foufrir avec diftinction pour voir
bien diftinctement les objets les
plus fombres , car il la faut retreffir pour voir bien diſtinctement les objets fortement éclairez , de mefme qu'il faut retreffir
l'ouverture de l'objectif des plus
grandes Lunetes Aftro-fpiques,
pour voir le difque ou rondeur
bien terminée des Etoiles fort lu
mineuſes, Syrius , Arcturus, &Aldebaran, & des Planetes fortement éclairées par le Soleil,
comme Mercure , Vénus, &Mars,
lors qu'ils font Périgées. C'eſt
cela fans doute qui a obligé
Mi Hevelius de dire dans fa Se-
208. Extraordinaire
lenographie en la page 17. H
afus & experientia me docuit, quòd
foramen vitri objectivi , magnorum
Teleſcopiorum indiametro fefquipollicem non excedere debeat. Qua
quantitas etfi alicui valde exigua
aideri poteft , tamen praxis quemibet edocebit hanc proportionem foraminis majori tubo omnium optimè
refpondere.
Enfin le diametre de l'ouverture du verre objectif eftant déterminée, comme auffi fa diftance
au diafragme des filets , faites en
la Figure XVI. fur un plan, tirez
les deux lignes e C e C, comme
auffi les lignes traverfantes eo.
MM. ii. leurs parties compriſes
entre les lignes e C. eC feront les
diamètres des ouvertures des diafragmes des tuyaux. Vous mar-
du Mercure Galant. 209
querez leurs repaires , afin que
tous les diafragmes puiffent toujours eftre mis en mefmediftance
les uns des autres , pour toûjours compofer le cone tronqué.
On peut facilement déterminer par le calcul le diamètre des
diafragmes , car vous connoif
fez la diftance A B du verre objectif A au point B, interfection
des filets mis fur l'ouverture du
diafragme , dans laquelle fedoit
toûjours terminer l'image de
l'objet. Vous connoiffez bc demy-diamétre de l'ouverture dư
diafragme principal , ou baze de
l'image aërienne de l'objet. Vous
connoiffez auffi a E demy.diamétre de l'ouverture du verre
objectif.
Il faut par ces connus trou ~
2. d'Octobre 1684. Sp
240 Extraordinaire
ver premiérement par le calcul.
le point R pointe du coqe tronqué, c'eft à dire la longueur de
fon axe b R. Faites cette
Analogie.
bc-a E. ba :: bc. b R
Voustrouverez enfuite les demy..
diamètres x 0. y M. z I. de l'ou
verture des diafragmes par les
fuivantes
Analogies.
b.bc:: Rx . x 0.
Rb.bc:: Ry.y M.
Rb.bc:: Rz.ZI.
Moyen facile de faire coffer les
Couleurs qui paroiffent
entourer les Objets.
Our guérir un mal , il en
Pofaut connoiftre la caufe
ainfi pour remédier à ce defaut
du Mercure Galant. 211
3
des Lunetes ·
, de faire voir les
objets qui font au bord de la
baze du cone vifuel , teints des
couleurs del'Arc- en- Ciel , il faut
fçavoir qui les caufe , & d'où
elles procédent , n'eftant que le
meflange & confufion qui le fait
fur un melme point de la Re
tine , de plufieurs rayons éma--
nez de diférens points de l'ob
jet. Ce meflange peut venir
1° De la trop grande ouverture du verre objectif..
2° De la trop grande ouverture du diafragme qui porte les
filets de mire , fur lefquels fe :
forme l'image aerienne de l'objet -
3 Du trop de convexité du
verre oculaire .
4° De la trop grande ouver
ture du verre oculaire.
Sip
212 ExtraordinaireAyant remédié à ces quatre
defauts, fi l'oculaire eft trop prés
de l'image , les rayons trop ferrez & confus , feront paroiftre
les extrémitez de leurs objets
jbordez de couleurs rouges &
aunes ; . c'est pourquoy il faut
P'en éloigner davantage , comme
auffi le trou ou pinnule contre
laquelle on applique l'œil ce
que je fais commodément , en
tournant la pinnule par le moyen
de la viz , quia plufieurs filets ou
pas. Que fi vous l'en éloignez
trop , les bords des objets paroîtront bluâtres , Jes rayons eftant
reçûs trop dilatez & confus. De
cette jufte diftance de la pinnule
au dernier verre oculaire , dépend la plus grande baze du
cone vifuel , ou de la quantité
du Mercure Galant. 21329
d'objets , car on en voit beaucoup moins d'étendue de Païs,
fi cette pinnule eft trop éloignée
de fon oculaire , lequel doit être
également convexe des deux cô.
tez , & bien tranchant fur les
bords , & avoir du moins 20 lignes de diamétre en fa furface
pour un objectif de dix pieds de
foyer , & environ 10 lignes pour
les petites Lunetes . Je fais monter à viz toutes les piéces de la
boëte du porte.oculaire , afin
que les Miepes puiffent approcher davantage l'œil du dernierverre oculaire , & cet oculaire
des filets ou image aërienne &.
diftincte de l'objet. Voyez le
tout dans la Figure
214 Extraordinaire
Dans le dernier Mercure Extraordi
naire , Torse XXVII.
Page 149. ligne 15. lifez copiofioris..
Page 166. ligne 5. lifez 1460.
Page 173 ligne 4 lifez alfez précifément. Ligne 9. ajoûtez ou
le produit du diamétre par la
circonférence. Et en la ligne
16. apres le mot Axe ajoutez car
le cone, la fphere &le cilindre
font comme 1.2.3..
Page 187. ligne 8. lifez Henry II .
Page 200. ligne 12. lifez deux fois
1635794 , quifōt 3271588 toiles.
Page 203 ligne 18. apres ST.
lifez & doublezle produit.
Page 208. ligne 17. lifez deffus.
COMIERS.
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes , dans lesfuivans Mer--
Cures Extraordinaires.
Fermer
Résumé : HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte traite de la construction et de l'optimisation des lunettes portatives, en insistant sur la rectitude et la précision des éléments optiques. Les tuyaux des lunettes doivent être cylindriques pour assurer une vision distincte des objets éloignés. Les petits tuyaux doivent être équipés de viroles pour maintenir un diamètre égal et un axe parallèle au plan d'appui. Les extrémités des tuyaux sont renforcées par des viroles de bois pour préserver leur rondeur et leur rectitude. L'alignement des axes de tous les tuyaux et des verres est crucial, sauf pour les lunettes catop-dioptriques et la lunette polémoscope utilisée en temps de guerre. Les Anglais et les Français diffèrent dans la disposition des verres : les Anglais placent le verre objectif dans le tuyau le plus étroit, tandis que les Français le placent dans le plus large. Le texte détaille deux méthodes pour ajuster les verres dans les tuyaux et explique les avantages de chaque méthode. Il aborde également la détermination de la distance des objets observés à travers une lunette et propose des problèmes mathématiques pour calculer la distance entre l'objet, le verre objectif et l'image aérienne. Le texte critique l'usage de l'algèbre pour résoudre ces problèmes, préférant des méthodes plus accessibles. Le texte présente plusieurs problèmes et leurs solutions pour déterminer des distances et des tailles d'images en fonction de la grandeur de l'objet, de son éloignement, et de la longueur focale de la lentille. Il inclut des exemples numériques et des analogies pour illustrer les solutions des problèmes. Le texte décrit également la structure et le fonctionnement d'une lunette astronomique. L'œil observe à travers un petit trou, appelé pinnule, situé dans une boîte de recouvrement ajustée à un tuyau portant le verre oculaire. La boîte est garnie de velours noir pour absorber les rayons réfléchis. Le verre oculaire doit être positionné à une distance équivalente de l'image aérienne de l'objet. Pour les myopes, ce verre doit être légèrement moins éloigné des filets. La pinnule doit être ajustable pour éviter les couleurs. La lunette à deux verres convexes est décrite comme la plus commode pour l'observation des astres, permettant de découvrir une grande base du cône visuel. La lunette à trois verres convexes redresse les objets mais est plus longue et moins claire. La lunette à quatre verres convexes est considérée comme la plus parfaite, offrant une grande base du cône visuel et une vision naturelle des objets. La lunette à cinq verres convexes améliore l'apparence des objets, bien que cela puisse rendre l'image plus obscure. Le texte mentionne également des lunettes composées de dix-neuf verres convexes, attribuées à des inventeurs comme Zacharias Traber et Eustachio Divinius. Ces configurations permettent une observation détaillée des objets à grande distance. Enfin, le texte aborde l'utilisation des diaphragmes pour améliorer la qualité des images observées à travers les lunettes. Les diaphragmes déterminent la quantité d'objets visibles et augmentent l'apparence des images en excluant les rayons latéraux indésirables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 31-70
Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le lendemain à l'Observatoire, & ils furent [...]
Mots clefs :
Observatoire, Description, Voir, Pieds, Machine, Tour, Verre, Lunettes, Hauteur, Ambassadeur, Bâtiment, Air, Machines, Soleil, Cassini, Paris, Ciel, Longueur, Tuyaux, Lune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Ils allerent le lendemain à
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
Fermer
Résumé : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité l'Observatoire Royal de Paris, situé à l'extrémité sud de la ville. Cet observatoire, conçu pour offrir une vue dégagée des astres, évite les vapeurs de la Seine et les fumées des maisons. Le bâtiment est de forme carrée avec trois tours : deux octogonales aux coins sud et une carrée au nord. Ces tours abritent des lunettes astronomiques pour observer les planètes et les étoiles. La tour nord est équipée d'une plateforme pour les observations et d'une terrasse élevée pour les instruments. L'Observatoire comprend deux étages voûtés et un puits profond de 147 pieds, utilisé pour diverses expériences scientifiques, comme observer les étoiles au zénith ou tester la résistance des tuyaux. Les ambassadeurs ont admiré les instruments et les expériences, notamment un miroir ardent et un planisphère. Ils ont également vu des lunettes de différentes longueurs et ont appris l'utilisation des lunettes sans tuyaux pour découvrir de nouveaux satellites de Saturne. L'Observatoire abrite également une machine astronomique et un anneau astronomique pour déterminer l'heure et la déclinaison magnétique. Une grande carte géographique, basée sur les observations des éclipses et des satellites de Jupiter, est gravée sur le pavé. Les ambassadeurs ont reconnu leur royaume et d'autres parties du monde sur cette carte. L'architecte de l'Observatoire, Monsieur Perrault, a intégré des connaissances en médecine et en mathématiques dans la construction. Les observations astronomiques et les corrections apportées à la géographie et à l'hydrographie par M. de Cassini ont réduit la distance entre le Siam et les Azores, ainsi qu'entre le Siam et les côtes de France, confirmées par les éclipses de lune de 1683 et 1685. Les pères jésuites De Fontenay et Tachard ont joué un rôle clé dans ces observations, ce qui a conduit le roi de Siam à établir un observatoire et à demander des jésuites pour les observations. Les ambassadeurs ont également visité Paris et ont été impressionnés par les machines et les observations astronomiques. Ils ont vu des machines montrant les éclipses et les mouvements des planètes, construites par Me Thuret. Les ambassadeurs ont également examiné diverses machines mécaniques et pneumatiques, et ont été impressionnés par les trompetes parlantes capables de communiquer à distance. L'ambassadeur a exprimé sa satisfaction et a promis de revenir pour discuter davantage. Il a également fait des remarques sur les taches solaires, comparant les taches sur le visage des femmes à celles du Soleil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 115-171
LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
Début :
Je vous envoyay il y a deux mois une Lettre fort curieuse / Vous demandez, Monsieur, bien des choses à la fois à un [...]
Mots clefs :
Eau, Canal, Rivière, Niveau, Lieues, Bout, Terre, Toises, François Bernier, Claude Comiers, Pente, Longueur, Versailles, Pieds, Ligne, Pouces, Eaux, Lignes, Point, Eure, Cercle de la terre, Hauteur, Centre, Lettre, Mers, Plan, Milieu, Conduite, Languedoc, Nivellement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
Ie vous envoyay il y a deux
mois une Lettre fort curieuſe
du fameux Monfieur Bernier.
Elle a trouvé des Admirateurs
&des Critiques , mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ſes parties , ils en combattent
ſeulement quelquesunes
, & ils le font de cette
maniere honneſte,qui fait ſouvent
plaiſir à ceux qui font attaquez
, puis qu'elle leurdonne
lieu de faire paroiſtre ce
qu'ils ſçavent. Ainſi l'on peue
dire que les querelles qui arri
GALANT.
83
১
ces
vent entre les gens de Lettres,
ſont preſque toûjours à l'avantage
, & des Aggreffeurs, &de
ceux qui ſe defendent
fortes de differends eftant pour
les uns & pour les autres de
favorables occaſions de faire
briller leurs differentes lumieres
. Ce que je vous envoye eſt
du celebre Monfieur de Comiers
, dont l'érudition eft
connue , & qui eſt eſtimé de
tous les Sçavansde l'Europe.
:
D65
84 MERCURE
LETTRE DE M. COMIER ,,
à M. Hardy , Seigneur de
Beaulieu, contenantla Conduite
, l'Elevation des Eaux
&tout ce qui concerne les
-letsd'eau.
pauvre
Ous demandez, Monsieur,bien
des choses à lafois à un
aveugle ; premierement , mes reflexions
ſur la Lettre de Monsieur
Bernier inferée dans leMercure de
Février dernier , dans laquelle il
fare que l'eauparſaſeule volubilité&
pesanteurcoule d'un bout à
L'autre d'un canal parfaitement à
niveaudefix àsept lieuës de lonqueursans
aucune pente ;secondement
, tous les moyensde trouver les
Sources d'can , & ensuite ce qui est
A
THEQUE DE
BIBLIOT
NOAI
84
LE
xio
Ber
Fer
lite
D'ai
nir
BUL
me
GALANT.
85
neceſſaire desçavoir pour la conduíte
des eaux ; les Machines pour les
éleverdans des Refervoirs , &mon
abregéde tout ce qui concerne les
Lets d'eau , leur hauteur & leur
dépense.
mouvement
Bien que vous ayezune parfaite
connoiſſance de toutes ces choses,&ب
meſme la pratique dansvostre belle
maison de Beaulieu prés Chartres ..
où vous élevez vos eaux de fources
vives par la Machine d'une nou
velle application du principe de
, qui se trouve enfin
dans la derniere perfection , plus
parvostre propre connoissance &
penetration d'esprit , quepar aucun
de mes avisfondezsur mes longues
experiences & sur celles de few
Monsieur de Francine nôtre bom
amy , ( car vostre machine estant
Sans manivelle ny frotement des
parties elle est incomparablement
86 MERCURE
plus belle , & avec une moindre
puissance,elle a un plus grand effet
qu'aucune desMachinesqui ayent
encore paru à Versailles ou ailleurs
je veux neantmoins vous fatisfaire
, afin qu'on ne croye pas
gu' ayant perdu la veue jefois tombédans
Loiſivetèfans lettres, qui est
le Sepulchre des hommes vivans ,
Otium fine litteris ſupultura
hominis viventis . le commence
par l'examen de ce que Monfieur
Bernier Chefdes Philofophes Gaffendiſtes
, a debité au sujet du
grand Canalde Languedoc,qui fait
lacommunication des deux Mers
où ildit , qu'ily a un canalde fix
àfept lieuës de longueur de pur niveau,
où l'eau coule d'un bout àl'au
trefansaucune pente. Ie dis ,que la
Phyſico - Mathematique n'est pas
Seulement la plus belle étude des
veritables Scavants , elle est encore
GALANT. 87
tres utile & même neceſſaire au
bien de l'Etat ,& avantageuse à
chaque particulier. Ils'agit icy de
Lefaire connoistrepar la conduite des
caux,laquelle depend d'un parfait
nivellement , ſans lequel les
deffeins les plus importans avorteroient
aprés la dépense inutile de
pluſieurs millions ,si on entreprend
ces grands Ouvrages furle dire de
Monsieur Bernier , qui aſſure
qu'il n'estpas necessaire de donner
de la pente àl'eau pourla conduire
où l'on desire..
2
Monsieur Bernier ne parle pas.
en Maîtreen la conduite des Eaux..
Voicyfes termes. Je ſuis icy , ditil
, où ſe rendentles Eaux de la
Montagne noire , pour faire la
communication des deux Mers ,
de ce fameux Canal , qui eft
ſoutenu à my - côte pendant
40. lieuës delong
88 MERCURE
CommeMonfieur Berniernefait
pas autrement la defcription de
ce fameux Canal , je veux bien y
Suppléer.
i
L'execution de ce grand ouvrage
medité par les Empereurs
Romains , & examiné pendant
tant de Siecles , étoit refervée au
regne de LOVIS LE GRAND , à
qui rien n'est impoſſible , qui agit
par tout en mesme temps , dont
l'esprit éclate comme le Soleil dans
tous lescoins de l'Univers , & dont
Lapuiſſance peut estre comparéeà
l'Ocean , qui estant immense en
foy - mesme , avance ſes bras par
tous les endroits de la Terre. Vous
neferezdonc pas faché, queparla
生necessité de faire mes justes reflexions
sur la Lettre de Monfieur
Bernier , ie fois obligé de vous envoyerenpeu
de mots tout ce qui
concerne cegrand Canal artificiel,
GALANT. 89
qui fait la communication des deux
Mers , puisque par son moyen tes
plus grandes Barquespeuvent pas.
fer en quatorze jours au plus , de la
Mer Oceane dans laMediterranée.
Monsieur Riquet ayant étudie
lapoſſibilité& les moyens de faire
cette communication , reconnut que
la petite Eminence de Naurouſſe ,
qui eſtålateste des deux Valons ,
Seroit le point de partage, par le
moyen des deux petites Rivieres ,
qui ont leurs fources à latestede ces
deux Valons à demy - lieüe l'une
de l'autre. La Riviere de Fresque
coule àl'Orient dans l'Aude & la
Riviere de Lers au couchant .
Monfieur Colbert dont l'application
estoit infatigable pour faire
fleurir les Arts , les Sciences ,& le
Commerce , ayant esté convaincu de
la poſſibilité de cette lonction des
१० MERCVRE
deux Mers, on commença àytra
vailleren 1666. Les Eaux de fix
Rivieres dela Montagnenoire ont
eſté conduites par des Canaux au
Refervoirde Saint Feriel, qui estun
Etangd'un Valon,la Chauffée allant
d'une Montagne à l'autre. Il est à
demy- lieuë au deſſus de la Ville de
Revel. Cet Etangen fournit le
Baffin de Naurouffe , point de partage,
d'oùl'eau defcend par deux
Canauxdans lesſources de Frefque
de Lcrs.
Ce Baffin eft de pierre de taille,
fafigure eſt octogone ovale ,fongrand
diametre eft de deux cens toiſes,&
lepetit de cent cinquante.
Le Canal d'Occidenta dix - huit
Ecluſes tant doubles que simples ,
qui font vingt-sept Corps d'Eclu-
Jes dans l'espace de 28142. toises ,
qui font douze licies communes de
France de 25. au Degré.Apres ces
GALANT.
91
te longueur depuis le point de partage,
le Canal entre dans la Garonne
. Le Canal d'Orient à 99443 .
toises jusqu'à l'Etang de Thau ,
quiſont 43. lieues & demie , plus
89. toiſes , & dans cette longueur
ily a 46. Ecluſes tant doubles ,
triples , &c. Depuis l'Etang de
Thau on entre dans le Port de Cete
prés de Frontignan par un Canul
de 800. toiſes de longueur ,fait à
Travers la Plage.
CeCanalfut commencé en 1666-
&achevé en 1681 .
La premiere navigationfut commencée
par l'ordre du Roy le 15.
May 1681. par Monsieur d'Aguesseau
, Intendant de Languedoc.
Il partit de Toulouſe avec quelques
Meſſieurs des Etats , & s'estant
rendu àl'embouchure du Canaldans
La Garonne it le monta dans و
une Barque Royale le 17. May
ſuivy de vingt- trois Barques da
92
MERCVRE
Bordeaux, chargées de marchandi-
Sespourla Foirede Beaucaire. Le
19. il arriva à Castelnaudari , oùse
rendit Monsieurle Cardinal de
Bonzi , President né des Etats de
Languedoc.
Les Eclufes font au nombre de
59. dans la longueur de 76645 .
toiſes , qui font 33. lieues & demie
plus 131. toises. Le 13. toutes
ces Barques navigerentfur le Pont
de Repudre , qui a soixante . Sept
toiſes de longueur , ayant esté fait
pour donnerpaffage au deſſous à un
torrent de mesme nom , qui croife
le Canal.
On navigea ensuite le longde la
Digue ou Chauffée de Ceffe du nom
de la Riviere qu'elle arreste . Elle
a 112. toifes de longueur , cinq de
hauteur , & quatre & demie de
largeur.
Le 24. onpaſſale Mal- paffe.
GALAN T.
93
C'est une voûte de quatre - vingt
toiſes de longueur , de quatre &
demie de hauteurfur quatre toises
de largeur de Canal , outre une
Banquette de chaque costé large de
trois pieds pour le tirage des Barques.
Cette voûte eft taillée dans
LeRoc d'une montagne à une
lieuë de Befiers. Cette Ville& fon
paysagefontfibeaux , qu'ils femblent
qu'ils agent estéfaits pourla
demeure des Dieux , ce qui a donné
lieuà ce Proverbe Latin ,
SiDeus in terris vellet habitare
, Biterris .
Au fortir de cette voûte on se
trouvaàlapremiere des huit Eclu-
Ses ascolées , c'est à dire faites de
Suite, quifontparconsequent com
me autant de degrezou marches
d'une montagne d'eau . Pour bien
comprendre la maniere des Ecluſes ,
jevons envoye le Livre de Simon
94
MERCVRE
Stevin de Bruges , & vous renvoye
àcellesdu Canal de Briare.
Ces Ecluſes estantpaffées,la Compagnieſeſepara
à causedes Festes
de la Pentecoste , mais Monsieur
l'Intendant defcenditparle Canal
dans la Riviere d'Herau par l'Ecluſe
ronde ,& ayant traversé l'Etangde
Thau & le Canal , il arriva
au Portde Cete le 25. May .
sourdela Pentecofte 1681. deforte
que Monsieur l'Intendant nefutfur
le Canal que neuf jours ;sçavoir,
deux jours depuis fon embouchure
dans la Garonne iusqu'à Castelnaudari
, &delà enſept iours ilfut
danslePortde Cete. Et comme de
L'Oceanon peut en fix iours entrer
par la Garonne dans le Canal,la
navigationd'une Merà l'autre ne
fera au plus que de quatorze à
quinze jours en paſſant par cent
quatre Ecluſes, dont plusieurs estant
GALANT.
95
accolées , c'est à dire ,faites defuite&
prés àprés ,font 65.stations ,
quine retardent quede trente heu
res au plus la navigation.
Ie reprens la Lettre de Monfieur
Bernier. Je ne veux pas , dit - il,
oublier une circonſtance tresconfiderable
, en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à
la conduite des Eaux . Le fait
eſt , qu'entre ce grand nombre
de differens Canaux , qui font
le Canal entier , il y en a un de
6.à 7.licuës de lõg dans lequel
l'Eau coule d'un bout à l'autre
depur niveau , ſans qu'il y ait
aucune pente ; & cela , à mon
avis , par fon poids & par fa
volubité , plûtoſt que par le
pouſſement, cequi eſt contraire
aux fentimens de feu Mefſieurs
Picard & Mariotte , &
de quelques -uns de nos Amis
1
96 MERCURE
qui font encore pleins de vie ;
car je les ay toûjours vû demander
une certaine pente
ſenſible , comme par exemple,
un pied tout au moins fur chaquelieuë
; mais leur ſentiment
n'empeſche pas que ce que je
dis ne foit veritable . Or cela
eftant , ajoûte- t- il , il n'euſt pas
eſté beſoin de ſe mettre ſi fort
en peine , comme on a fait , de
faire venirla Riviere d'Eure à
Verſailles ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
Iefais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la Riviere
d'ourgue ont toûjours paſſéſous les
Ponts de Paris , mais aprés s'eftre
meſlées aux Eaux de la Marne&
de la Seine. Le deffeinde Monſicur
Riquet estoit de la conduire par un
Canal artificiel au pied du Troue
ou Art de triomphe ,Superbepar la
Statuë
GALANT.
97
Statüe de LOUIS LE GRAND ,
auquelsujet j'ayfait ces diſtiques.
Quis fuper ? eſt Mavors magni
fub imagine Regis ,
Teſtatur Facies , magnaque
facta probant.
Legrand Dieu des Combats anime
ce grandRoy ,
Son grand airle fait voir , fes
grandsfait en fontfoy.
Puisqueje vous ay fait un petit
détaildu Canal de Languedoc , il
est bien iuste que je vous diſe icy
quelque chose de l'Aqueduc Royal
de la Riviere d'Eure à Versailies.
Il ne manquoit au plus beau lieu
du monde , c'est à dire à Versailles,
qu'uneprodigieuse quantité d'eau
pourfourniràla depenſe d'un mil
lion de Iets , de Fontaines & de
Avril 1688 . E
98 MERCURE
Cafcades . Monseigneur de Louvois,
vir fupra titulos , qui a une parfaite
connoissance de tout ce qui est
de grand dans les Sciences ayant
conſideré luy-meſme le cours de la
Riviere d'Eure qui entre dans la
Seine vers le Pont - de- l'Arche aprés
avoir roulé les eaux de ſes ſources
avec rapidité pendant 45. lieuës
conclud d'abord qu'on pouvoit prendre
fes eaux a quelques lieñes au
deſſus de Chartres , & les conduire
à Versailles . Ilordonna à Monfieur
de la Hire , de l' Academie Royale
des Sciences d'enfaire le nivellement.
Ce grand Philofophe - Mathematicien
fi connu dans l'Empire
des Lettres , reconnut que lateste du
Canal devoit eftre au Chateau de
Pongoin , qui est à sept lieues au
dessus de Chartres , & 22. lieues
de Versailles , & paffer par Maintrouva
par son nivelle-
IVON
GALANT.
LYD
17
ment que la Riviere d'Eurefe
à Pongoin estoit I110. piedsplus élevée
que le rez de chauffée de la
plus haute partie du Chasteau de
Versailles. Tout l'Empire Romain
depuis sa Fondation n'auroit encore
ozé entreprendre ce qu'on voit d'achevé
depuis quatre ans de cefurprenant
Aqueduc ; aussi est- ce un
échantillon des Merveilles de
LOUIS LE GRAND .
Monfieur Bernier pour blâmer la
grande exactitude avec laquelle on
-a nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles , dit qu'il n'étoit
pas beſoin de ſe mettre ſi
fort en peine, comme on a fait;
puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroitfuffi . Il eſt vray que l'eau
ne coulera pas ſi viſte ; mais
faites le canal plus large à proportion
de la pente & de la vi100
MERCURE
ſteſſe que vous ſouhaiteriez ,
donnant ainſi plus de face à
l'eau , & vous aurez remedié
à l'Inconvenient ; du reſte , je
croirois bien qu'il faudroit enfin
dans une grande longueur
donner quelque choſe à la
ſphericité de la terre. Mais ſept
lieuës , mais trente ou quarante
lieuës qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou
de Liſi à Paris , qu'est - ce que
cela fur neuf à dix millequ'en
peut avoit le Globe de la terre?
Voicy , Monfieur, mes reflexions ,
article par article,fur les point de
la Letire de Monfieur Bernier, qui
obligeroit Quintilien de s'écrier ,
Fælices effent Artes , fi de illis
foli Artifices judicarent.
Premierement , il devoit expliquer
ce qu'ilentend par ces termes
GALANT. 101
de pur niveau dece Canalde cing
àfixlieuës fans aucune pente , car
une ligne purement à niveau est
un Arc d'un grand Cercle de la
Terre , & tous fes pointsfont par
confequent également distants du
centre des Graves. Ainsi dans un
Canal de pur niveau , l'eau auroit
tous les points deſaſuperficieSpheriphe
également distants du centre
de la terre ,& l'ean demeureroit
fans mouvement puis qu'il n'y
auroit pas plus de raison qu'elle
coulaſt d'un bout à l'autre.
Si lefond du Canal est un plan
droit, ou ce planfera tangent par
un bout,ou vers le milieu à un grand
Cercle delaterre . S'il est tangent
à un bout , l'autre bout fera plus
élevé, par conſequent l'eau coulerade
ce bout au plus bas , ou le
plan aurade la pente..
Si le point d'attouchement est
E3 3
102 MERCURE
4
au milieu du plan du Canal ,
Jes deux parties seront deux
tangentes , &le point d'attouchement
ou le milieu de la longueur
du Canalfera plus bas estant plus
près du centre de la terre , & par
confequent l'eau de chaque bout
du Canalcouleroit vers ce milieu ,
pour prendreſa ſphericité , qui est
le pur& veritable niveau . Tout ce
que deffus eft d'une verité Geometrique
, Ainfi il eſt du tout impoſſible
que l'eau dans un Canal coule par
un bout , si le plan du Canaln'està
ce bout plus bas que l'autre bout
que le Canal estant rempli,& l'eau
foutenue élevée à chaque bout , on
ouvre l'un des bouts , auquel cas
l'eau coulera par cette cuverture ,
par ce que l'eau qui est audeſſus de
l'ouverture , tombe en bas n'estant
plusfoutenue , & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal ,jusqu'a tant
que ce qui restera d'eau dans le
,
016
GALANT . 103
Canal faſſeune superficie Spherique
estant à ces deux bouts égale
ment éloignée du centre de la terre,
Il est vray que pour avoir un plus
grand cours d'eau nous demandons
avec Vitruve dans fon huitiéme
Livre Chap.fept , une plus grande
pente , & comme j'ay dit en 2684.
dans mon Traité du Nivellement
inferédans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. Il faut
toûjours quelque peu de pentes afin
que l'eau puiſſe couler, ce que Scammozzi
dans la premiere partie
d' Architecture Chap . 27. confirme
en ce termes , Nel condur , o
fopra , o ſotto terra , è biſogno
darle qualche poco di decaduta
, & Philanderde Chatillon fur-
Seine dansſes Annotationsfur Vi
truve disoit en 1940. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de pente
fuffit pour fix cent pieds , longe
E 4
104 MER CURE
aliter noſtre ztatis libellatores,
nam in ſexcentos peder, unum
tantum pollicem deprimunt ,
afin que l'eau puiſſe couler. Enfin
Petrus Cataneus dit , qu'ilsuffit de
donner quatre onces , c'est à dire
guatre pouces de pente fur mil-
Lepas. Ainsi ilfaut deneceſſité que
Leplan d'un Canalait quelque penze
du coſtéque l'eau coule ,& cela
principalement lors que l'eau n'a
Pasun long cours , ce que Scammoz-
Li entend par ces mots , ħabbiamo
offervato i fiumi de Poleſſini ,
che vannocon mezzo piede de
caduta maſſime ſi hanno ſeguitodi
aqua .
L'erreur de Mr Bernier vient
d'avoir prispour le pur &veritable
niveau , qui est un Arc d'un
grand cercle de la Terre , le niveau
apparent du Canal , qui eft
un plan touchant au grand cercle
de la terre ,&par confequent l'ex
GALANT.
1051
tremitédu Canalde fept lieuës de
longueur cflant du point de Partage
plus éloigné de 39. toises 4. pouces..
& huitlignes du centre de la terre,
que l'autre bout , l'eau y defcend
mesme avec rapidité à cause de la
gradepente du Canal & de la fuite
de l'eau; auſſi voit- on que le cours
des Rivieres est plus rapide amefure
de leur pente & de la crue
des eaux.
Quand mesme par impossible
l'eau couleroit d'un bout à l'autre
d'un Canal de pur niveau & Sans
aucune pente, on n'auroit , n'endéplaiſe
à Mr Bernier , fçeu trop
prendredeſoin & tropsemettre en
peine de niveler depuis la Riviere
d'Eurejusqu'à Versailles ,pour ſcavoirlequel
des deux lieux est le plus
élevé..
Puis mesme qu'il s'agiſſoit du
Service du Roy, & que dans lave
S
106 MERCVRE
Sainte Ecriture Ieremie chapitre 4.
verſet 10. prononce , Maledictus,
qui facit opus Domini negligenter
, il falloit sçavoirsi Pongoin
& Versailles estoient de pur
niveau , c'est à dire , autant éloignez'un
que l'autre du centre de
laterre ; auquel casficequeMon
fiear Bernier debite estoit verita...
ble , que l'eau dans un Canal de
fix à sept lieuës de pur niveau ,...
coulefans aucune pente d'un bout à
l'autre , l'eau de Versailles auroit
pu s'écoulerdans la Riviered'Eure,
aussi-toft que l'eau de la Riviere
d'Eure venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus , il falloit toû
jours reconnoiſtre le niveau de ces:
deuxlieux carfi Versailles s'estoit
trouvé plus haut quela Riviere
d'Eure , l'eau n'yseroit jamais mon
tée. Ainsi tres - neceffairement ,
quay qu'en dife MonfieurBernier
F
GALAN T.
107
il estoit beſoin de se mettre enpeine
comme on a fait , pour faire venir
la Riviere d'Eure à Versailles , afin
de ne hazarder pas la dépense de
pluſieurs millions, Partantles Arts
feront heureux , comme dit Quintilien
, lors qu'il n'y aura que les
Maistres qui s'enmélent.
L'expedient que donne Monsieur
Bernier , pour avoir avec peu de
penteune grande quantité d'eau,
est d'une rave imaginative. Fai
tes , dit- il , le Canal plus large,
donnantplus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la viteſſe que vous ſouhaite
riez. Ainsiàfon sentiment , pour..
avoir la mesme quantité d'eau que
fourniroit un Canalde quatre pieds
de large &de quatre pieds dehauteur,
qui font seize pieds de face?
d'eau dans fa fection , il faud
droit fairele Canal de Seize
E6
108 MERCVRE
pieds de large & un pied de hauteur;
mais la quantioé d'eau qui
coulera , fera beancoup moindrepar
le manque de hauteur ,& de plus
dans la longueurde quarante lieuës
qu'ildit estrela Riviere d'Eure à..
Versailles, le terrain échauffépar le
Soleil d'Esté ,& la partie qu'il en
feroit évaporer dans la faiſon où
l'on auroit plus beſoin d'eau à Ver...
Jailles,en diminueroït la plus gran.
de partie , outre que la dépensede
lalargeurde l'Aqueduc feroit quatre
foisplus grande.Voila quelfruit
on tireroit , pour remedier à l'in
convenient d'unepentesuffisante.
Donc nonobstant le dire de Mon
fieur Bernier, il fera à perpetui
sé d'une verité notoire , & purement
Geometrique, qu'il est absolu
ment neceffaire , que pour faire
couler l'eau du bout d'un Canal
àl'autre sily ait de la pente&
GALANT. 109
1
que leniveau apparent, qui est une
lignedroite tangente augrand cercle
de la terre , ait du hauffement
par deſſus leveritable niveau , qui
estun arcdumefme cercle , qui est
lepur&naturelniveau. En voicy
des exemples.
Lalongueur duniveau apparent
estant de 87. toiſes , deux pouces
neufligues,son hauſſement par def--
fus le veritable niveau fera d'une
ligne..
A
Eſtantde 301. toiſes deux pieds
neufpouces & une ligne ,son hauf
Sementſeraunpouce..
Eſtant de 1044. toiſes un pieds
khuit pouces & demy son hauſſement :
Seraunpied.
Eſtant de 2567.toiſes g. pieds
9 pouces &5.lignes ,son hauffementfera
d'une toife..
N'eſtant que d'une lieuële
HO MERCURE
hauffementferade 4. pieds9. pouces
&4. lignes.
Eſtant de trois lieves fon hauffementfera
7. toifes un pied & 7 .
lignes.
Eſtant de cinq lieües ,fon haus-
Sement ferade 19. toiſes cingpieds.
Sept pouces .
Eſtant de ſept lieues ,fon hauf-
Semensfera de 39. toiſes 4. pouses
huit lignes.
Eſtant de dix lieües,fon bauf-
Sementfera de 79. toiſes 4. pieds
4. pouces& 2. lignes .
Eſtant de 20. licines ,font hauf
fementfera de 3.18 . toises 5.pieds
4. pouces &une ligne.
Enfin , la longueur du niveau
apparent estant de40. lieuës , fors
bauſſementferade 1275. toises 2.
pieds 3. pouces & deux lignes .
Tout ce que deſſus eftant d'une
muerite geometrique , je ne vois pas
GALANT.
"
comment Monsieur Bernier a osé
dire , que dans un Canalde pur niveau
de fept licües de longueur ,
L'eau coule d'un bout à l'autreſans
aucune pente , puis quefi ce Canal
eſtoit d'un veritable niveau , l'eau
y demeureroit immobile. Il reste
donc que ſon pur niveau dont parle
Monsieur Bernier , foit un niveau
apparent , dont le hauffement par
deffus le pur & veritable niveau
eft de 39. toises 4. pouces & 8. lignes
, & par consequent un bout de
ce Canal de 7. lieñes a plus de hau
teur pardeffus l'autre , que n'en ont
LesTours de Nostre - Dame , qui
n'ont que 34. toiſes de hauteur de
puis lepavéde l'Eglife iusqu'au pa
raper. Il est comme impossible de
deviner ce qu'il veut dire par ces
zermes ſurvans. Il fautdans une
grande longueur donner quelque
choſe à la ſphericité de la
terre
3122 MERCURE
Il est encore impoſſible depene
trer ce qui l'a obloged'ajoûter ,que
ſept, trente ou quarante lieuës
ne font rien fur neuf ou dixt
millelieuës que peut avoir le
Globe de la terre ; car puis qu'il
s'agit d'une ligne qui mefure la longueur
d'un Canal , on ne la peut
comparer àlafuperficie du Globe de
laterre , mais bien à la circonferen
ce d'un grand cercle. Deplus.Monfieur
Bernier n'a pasfait reflexion
que le rapport on raison de 40....
lieuës à neuf mille , qui est le ve
ritable circuit de la terre , est la
mesme raison qu'entre un & 225.
puis que 40. fois 225. lieuës font:
Its neufmille du circuitde la terre..
Orla 225. partie du grand tour de
laterre , est tres- confiderable. Exa..
minons maintenant tous les differens
fens& applications qu'on peut don
mer an termes de Monsieur Ber
GALANT.
113
!
nier , qu'est ce que quarante lieuës.
en comparaison de neuf mille du
Globe de la Terre ? Suppofons donc
qu'ilfut vray que la distance depuis
la teſte du Canal de la Riviere
d'ourgue, priſeà Lizijusqu'au pied
du Trône , ou Arc de triomphe , au
haut du Fauxbourg S. Antoine ,
fuft de quarante lieuës , comme le
debite M. Bernier.
1.Si ces quarante lievës font me-
Surées sur la circonference d'un
grand cercle dei terre ,cirsen
comprendront la 225. partie , c'est
àdire un arc d'un degré& trentefixminutes
; &fi le Canald'Ourgue
au Trône estoitfaitsuivant cetarc,
l'eau y demeureroit fans mouve
ment , ayant fon pur , parfait &
naturel niveau.
2. Si le Canal estoit fait suivant
la corde de cet arc , l'eau couleroit
de chaque bout au milieu defalon
114
MERCURE
gueur , & fi les bords du Canal y
estoient suffisamment hauts pour
Soûtenir l'eau , afin qu'elle pust
prendrefa Sphericité , elle s'y éléveroit
& accumuleroit jusqu'à la
hauteur perpendiculaire de 318 .
toiſes , 5. pieds 10. pouces 7.lignes.
Si ces 40. lieuës font en ligne
droite , en forte que le point dumi-
Lieu de fa longueur touche un grand
cercle de la terre , il y aura deux
niveaux apparents ou tangentes
d'egale longueur , & l'eau couleroit
de chaque bout de ce Canalvers le
milicu de sa longueur , ou fi les
bords estoient fuffisamment hauts ,
elle s'éleveroit jusqu'à la hauteur
perpendiculaire de 318. toiſes , J.
pieds , 4. pouces & une ligne.
Que si ces 40. lienës font mefurées
sur le niveau apparent on
ligne droite tangente , un Canal
GALANT .
115
faitsuivant cette ligne droite aura
un bout plus élevé que l'autre de la
hauteur de 1275. toiſes , 2. pieds
3. pouces & 2. lignes , & l'eau couk -
Lera avec tres-grande rapidité par
une fi grande pente.
Par ces calculsMonfieur Bernier
verra combien grande est la difference
du niveau apparent , aupur ,
veritable & naturel nivellement .
La verification de tout ce que
deſſus eft facile sur les principes
que j'ay établis dans mon Traité du
Nivellement ( inferé dans le 27 .
Tome du Mercure extraordinaire
quartier de fuillet 1684. ) qu'un
degré d'un grand cercle de la Terre
contient 57100. toiſes ou 25.lieuës
de 2284. toises chacune.
Vorcytrois Problemes importans.
I. Lehauffement de la tangente
estant donné , trouver la longueur
ou distance en ligne droitedu point
116 MERCVRE
de la Station au point miré.MultiplieZ5653305328
. Diametre de
la terre en lignes , par le nombre des
lignes du hauſſement. Auproduit ajoutez
le quarré du mesme bauffement.
Tirez la racine quarrée
detoute laſomme , vous aurez la
Longueur requise du nivean apparent.
I I. Trouver par quelle ligne reguliere
ayant fucceſſivement àchaque
point Mathematiqueune pente
infenfible, on potrroit par la voye
la plus courte , & dans un mesme
plan vertical ,faire couler la Riviere
d'Eure dans le Rerſervoir de
Versailles. Ie dis que c'est par un
Arcd'un cerele dont lefemidiametreferoitplus
grand que celuy du
grand cercle de la Terre, qui abou.
tiroit au Reservoir de Versailles .
Vous trouverezle centre de cet Arc,
Sidu milieu de la ligne droite duPonGALANT.
117
goin au Reservoir de Versailles ,
vous élevez une perpendiculaire
iuſqu'à la rencontre du Diametre
de la Terre , qui aboutiroit au Rea
Servoir.
III. Determiner si l'eau peut
coulerpar un Canal fait en ligne
droite d'un bout plus élevé au plus
bas. Ie dis 1. quefi lehauſſement est
ègalou plus grand que le hauffement
de la tangente du mesme arc ,
l'eau coulera avec rapidité.2. Que
ſi le hauſſement est moindre que ce
luy de la tangente , l'eau ne coulera
pas du plus haut au plus
bas de ce Canal fait en droite
ligne. Ainfifuppofant avec Monfieur
Bernier que de la Riviere
d'Ourgue priſe à Lisiily eust quavante
licuësiusqu'au pied du Trône,
& que la Riviere priſeà Lisi eust
go pieds de hauteur par deſſus le
pied du Trône , l'eau n'y pourroit
118 MERCVRE
arriver par un Canal fait en ligne
droite , que juſques à 5822. toiſes
5. pieds & 4. lignes , àcompter du
pied du Trône , parce que là le fond
de ce Canalseroit s.toiſes , unpied
un pouce & deux lignes plus bas que
le boutdu Canal au pied du Trône.
Le calculse trouve par la penultiéme
propofitiodu troiſiéme Livre des
Elemens d'Euclides . Enfin pourfinir
j'employe la Deviſe de Societé Royaled'
Angleterre,qui apour corps une
table blanche d'attente & pour
ame ces trois mots , Nullius in
verba ; qu'il nefaut croire legerement
aux Philofophes Geometres
fur leur parole , puis qu'ils ne peuvent
demeurer d'accord entr'eux ,
quoy qu'après tant de fiecles ils
ayentfaitfi grand bruit dans l'Ecole
,que les Paſſans croyoient que ,
Omnia , mors , miles , fanguis&
ignis erat .
GALANT.
119
C'est une guerreſans pareille ,
Les Armesfontde grands Ergos ,
Qui frappant l'air & les Echos
Bleffent le poumon & l'oreille.
l'ay finy avec M. Bernier , au
fuiet defon prétendu Canal de pur
- niveau fans pente , je vous parle
maintenant de la facile lonction
des deux Mers , en passant par la
Bourgogne, par le moyen des ſources
& Rivieres de Poulli en Auxois ,
par lafacile jonction de la Riviere
d' Armanfon à la Riviere d'Ouſche.
Cedeſſein avoit esté mis autrefois
Sur le tapis , & on l'avoit trouvé
fort faisable. Il faudroit couper
depuis la ſource d'Armanson iss
quedans le ruiſſeau d'Andeneſſe ,
ou bien dans la Riviere de Crugez,
qui tombe dans l'Ousche ; il n'ya
120 MERCURE
que demy lieue de terre à couper,
toutesterres labourables , & aisées
aremuer. Dans le plus haut entre
les deux Rivieres , le terraineſt de
niveau de cinqcens toiſes de longueur
; mais ily adela pente plus
avant du coſté d'Occident , aussibien
que du coſté d'Orient, nean
moinson peut trouver des moyens
pour cela , car en creuſant laprofondeur
d'environ dix toiſes,on pourra
faire un Canaldormant depuis la
Source de la Riviere d'Armanſon à
La Riviere de Crugez ; & pour
mille écus on fera la dépense neceffaire
poury amener la Fontaine de
Baume , laquelle en toutefaiſon
fait tourner trois moulins , & on
peutfaire un Baffin beaucoup plus
grand que le Baffin de Naurouffe
du Canalde Languedoc. Ie vous
envoye laplanche du projet de cette
communication des Mers par la
BourGALANT.
121
Bourgogne le l'avoisfaite pour l'eme
ployer dans mon histoire general
de la communication des Eaux,tant
parles Canaux naturels &fouterrains,
que par les Canaux artificiels
Sur lafurfacedelaterre. Ie m'aperçois
que ma Lettre commenceà
estre trop longue. Vousen aurez les
autres parties dans une autre occafion,
le ſuis, Monsieur, tout àvous
: L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
mois une Lettre fort curieuſe
du fameux Monfieur Bernier.
Elle a trouvé des Admirateurs
&des Critiques , mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ſes parties , ils en combattent
ſeulement quelquesunes
, & ils le font de cette
maniere honneſte,qui fait ſouvent
plaiſir à ceux qui font attaquez
, puis qu'elle leurdonne
lieu de faire paroiſtre ce
qu'ils ſçavent. Ainſi l'on peue
dire que les querelles qui arri
GALANT.
83
১
ces
vent entre les gens de Lettres,
ſont preſque toûjours à l'avantage
, & des Aggreffeurs, &de
ceux qui ſe defendent
fortes de differends eftant pour
les uns & pour les autres de
favorables occaſions de faire
briller leurs differentes lumieres
. Ce que je vous envoye eſt
du celebre Monfieur de Comiers
, dont l'érudition eft
connue , & qui eſt eſtimé de
tous les Sçavansde l'Europe.
:
D65
84 MERCURE
LETTRE DE M. COMIER ,,
à M. Hardy , Seigneur de
Beaulieu, contenantla Conduite
, l'Elevation des Eaux
&tout ce qui concerne les
-letsd'eau.
pauvre
Ous demandez, Monsieur,bien
des choses à lafois à un
aveugle ; premierement , mes reflexions
ſur la Lettre de Monsieur
Bernier inferée dans leMercure de
Février dernier , dans laquelle il
fare que l'eauparſaſeule volubilité&
pesanteurcoule d'un bout à
L'autre d'un canal parfaitement à
niveaudefix àsept lieuës de lonqueursans
aucune pente ;secondement
, tous les moyensde trouver les
Sources d'can , & ensuite ce qui est
A
THEQUE DE
BIBLIOT
NOAI
84
LE
xio
Ber
Fer
lite
D'ai
nir
BUL
me
GALANT.
85
neceſſaire desçavoir pour la conduíte
des eaux ; les Machines pour les
éleverdans des Refervoirs , &mon
abregéde tout ce qui concerne les
Lets d'eau , leur hauteur & leur
dépense.
mouvement
Bien que vous ayezune parfaite
connoiſſance de toutes ces choses,&ب
meſme la pratique dansvostre belle
maison de Beaulieu prés Chartres ..
où vous élevez vos eaux de fources
vives par la Machine d'une nou
velle application du principe de
, qui se trouve enfin
dans la derniere perfection , plus
parvostre propre connoissance &
penetration d'esprit , quepar aucun
de mes avisfondezsur mes longues
experiences & sur celles de few
Monsieur de Francine nôtre bom
amy , ( car vostre machine estant
Sans manivelle ny frotement des
parties elle est incomparablement
86 MERCURE
plus belle , & avec une moindre
puissance,elle a un plus grand effet
qu'aucune desMachinesqui ayent
encore paru à Versailles ou ailleurs
je veux neantmoins vous fatisfaire
, afin qu'on ne croye pas
gu' ayant perdu la veue jefois tombédans
Loiſivetèfans lettres, qui est
le Sepulchre des hommes vivans ,
Otium fine litteris ſupultura
hominis viventis . le commence
par l'examen de ce que Monfieur
Bernier Chefdes Philofophes Gaffendiſtes
, a debité au sujet du
grand Canalde Languedoc,qui fait
lacommunication des deux Mers
où ildit , qu'ily a un canalde fix
àfept lieuës de longueur de pur niveau,
où l'eau coule d'un bout àl'au
trefansaucune pente. Ie dis ,que la
Phyſico - Mathematique n'est pas
Seulement la plus belle étude des
veritables Scavants , elle est encore
GALANT. 87
tres utile & même neceſſaire au
bien de l'Etat ,& avantageuse à
chaque particulier. Ils'agit icy de
Lefaire connoistrepar la conduite des
caux,laquelle depend d'un parfait
nivellement , ſans lequel les
deffeins les plus importans avorteroient
aprés la dépense inutile de
pluſieurs millions ,si on entreprend
ces grands Ouvrages furle dire de
Monsieur Bernier , qui aſſure
qu'il n'estpas necessaire de donner
de la pente àl'eau pourla conduire
où l'on desire..
2
Monsieur Bernier ne parle pas.
en Maîtreen la conduite des Eaux..
Voicyfes termes. Je ſuis icy , ditil
, où ſe rendentles Eaux de la
Montagne noire , pour faire la
communication des deux Mers ,
de ce fameux Canal , qui eft
ſoutenu à my - côte pendant
40. lieuës delong
88 MERCURE
CommeMonfieur Berniernefait
pas autrement la defcription de
ce fameux Canal , je veux bien y
Suppléer.
i
L'execution de ce grand ouvrage
medité par les Empereurs
Romains , & examiné pendant
tant de Siecles , étoit refervée au
regne de LOVIS LE GRAND , à
qui rien n'est impoſſible , qui agit
par tout en mesme temps , dont
l'esprit éclate comme le Soleil dans
tous lescoins de l'Univers , & dont
Lapuiſſance peut estre comparéeà
l'Ocean , qui estant immense en
foy - mesme , avance ſes bras par
tous les endroits de la Terre. Vous
neferezdonc pas faché, queparla
生necessité de faire mes justes reflexions
sur la Lettre de Monfieur
Bernier , ie fois obligé de vous envoyerenpeu
de mots tout ce qui
concerne cegrand Canal artificiel,
GALANT. 89
qui fait la communication des deux
Mers , puisque par son moyen tes
plus grandes Barquespeuvent pas.
fer en quatorze jours au plus , de la
Mer Oceane dans laMediterranée.
Monsieur Riquet ayant étudie
lapoſſibilité& les moyens de faire
cette communication , reconnut que
la petite Eminence de Naurouſſe ,
qui eſtålateste des deux Valons ,
Seroit le point de partage, par le
moyen des deux petites Rivieres ,
qui ont leurs fources à latestede ces
deux Valons à demy - lieüe l'une
de l'autre. La Riviere de Fresque
coule àl'Orient dans l'Aude & la
Riviere de Lers au couchant .
Monfieur Colbert dont l'application
estoit infatigable pour faire
fleurir les Arts , les Sciences ,& le
Commerce , ayant esté convaincu de
la poſſibilité de cette lonction des
१० MERCVRE
deux Mers, on commença àytra
vailleren 1666. Les Eaux de fix
Rivieres dela Montagnenoire ont
eſté conduites par des Canaux au
Refervoirde Saint Feriel, qui estun
Etangd'un Valon,la Chauffée allant
d'une Montagne à l'autre. Il est à
demy- lieuë au deſſus de la Ville de
Revel. Cet Etangen fournit le
Baffin de Naurouffe , point de partage,
d'oùl'eau defcend par deux
Canauxdans lesſources de Frefque
de Lcrs.
Ce Baffin eft de pierre de taille,
fafigure eſt octogone ovale ,fongrand
diametre eft de deux cens toiſes,&
lepetit de cent cinquante.
Le Canal d'Occidenta dix - huit
Ecluſes tant doubles que simples ,
qui font vingt-sept Corps d'Eclu-
Jes dans l'espace de 28142. toises ,
qui font douze licies communes de
France de 25. au Degré.Apres ces
GALANT.
91
te longueur depuis le point de partage,
le Canal entre dans la Garonne
. Le Canal d'Orient à 99443 .
toises jusqu'à l'Etang de Thau ,
quiſont 43. lieues & demie , plus
89. toiſes , & dans cette longueur
ily a 46. Ecluſes tant doubles ,
triples , &c. Depuis l'Etang de
Thau on entre dans le Port de Cete
prés de Frontignan par un Canul
de 800. toiſes de longueur ,fait à
Travers la Plage.
CeCanalfut commencé en 1666-
&achevé en 1681 .
La premiere navigationfut commencée
par l'ordre du Roy le 15.
May 1681. par Monsieur d'Aguesseau
, Intendant de Languedoc.
Il partit de Toulouſe avec quelques
Meſſieurs des Etats , & s'estant
rendu àl'embouchure du Canaldans
La Garonne it le monta dans و
une Barque Royale le 17. May
ſuivy de vingt- trois Barques da
92
MERCVRE
Bordeaux, chargées de marchandi-
Sespourla Foirede Beaucaire. Le
19. il arriva à Castelnaudari , oùse
rendit Monsieurle Cardinal de
Bonzi , President né des Etats de
Languedoc.
Les Eclufes font au nombre de
59. dans la longueur de 76645 .
toiſes , qui font 33. lieues & demie
plus 131. toises. Le 13. toutes
ces Barques navigerentfur le Pont
de Repudre , qui a soixante . Sept
toiſes de longueur , ayant esté fait
pour donnerpaffage au deſſous à un
torrent de mesme nom , qui croife
le Canal.
On navigea ensuite le longde la
Digue ou Chauffée de Ceffe du nom
de la Riviere qu'elle arreste . Elle
a 112. toifes de longueur , cinq de
hauteur , & quatre & demie de
largeur.
Le 24. onpaſſale Mal- paffe.
GALAN T.
93
C'est une voûte de quatre - vingt
toiſes de longueur , de quatre &
demie de hauteurfur quatre toises
de largeur de Canal , outre une
Banquette de chaque costé large de
trois pieds pour le tirage des Barques.
Cette voûte eft taillée dans
LeRoc d'une montagne à une
lieuë de Befiers. Cette Ville& fon
paysagefontfibeaux , qu'ils femblent
qu'ils agent estéfaits pourla
demeure des Dieux , ce qui a donné
lieuà ce Proverbe Latin ,
SiDeus in terris vellet habitare
, Biterris .
Au fortir de cette voûte on se
trouvaàlapremiere des huit Eclu-
Ses ascolées , c'est à dire faites de
Suite, quifontparconsequent com
me autant de degrezou marches
d'une montagne d'eau . Pour bien
comprendre la maniere des Ecluſes ,
jevons envoye le Livre de Simon
94
MERCVRE
Stevin de Bruges , & vous renvoye
àcellesdu Canal de Briare.
Ces Ecluſes estantpaffées,la Compagnieſeſepara
à causedes Festes
de la Pentecoste , mais Monsieur
l'Intendant defcenditparle Canal
dans la Riviere d'Herau par l'Ecluſe
ronde ,& ayant traversé l'Etangde
Thau & le Canal , il arriva
au Portde Cete le 25. May .
sourdela Pentecofte 1681. deforte
que Monsieur l'Intendant nefutfur
le Canal que neuf jours ;sçavoir,
deux jours depuis fon embouchure
dans la Garonne iusqu'à Castelnaudari
, &delà enſept iours ilfut
danslePortde Cete. Et comme de
L'Oceanon peut en fix iours entrer
par la Garonne dans le Canal,la
navigationd'une Merà l'autre ne
fera au plus que de quatorze à
quinze jours en paſſant par cent
quatre Ecluſes, dont plusieurs estant
GALANT.
95
accolées , c'est à dire ,faites defuite&
prés àprés ,font 65.stations ,
quine retardent quede trente heu
res au plus la navigation.
Ie reprens la Lettre de Monfieur
Bernier. Je ne veux pas , dit - il,
oublier une circonſtance tresconfiderable
, en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à
la conduite des Eaux . Le fait
eſt , qu'entre ce grand nombre
de differens Canaux , qui font
le Canal entier , il y en a un de
6.à 7.licuës de lõg dans lequel
l'Eau coule d'un bout à l'autre
depur niveau , ſans qu'il y ait
aucune pente ; & cela , à mon
avis , par fon poids & par fa
volubité , plûtoſt que par le
pouſſement, cequi eſt contraire
aux fentimens de feu Mefſieurs
Picard & Mariotte , &
de quelques -uns de nos Amis
1
96 MERCURE
qui font encore pleins de vie ;
car je les ay toûjours vû demander
une certaine pente
ſenſible , comme par exemple,
un pied tout au moins fur chaquelieuë
; mais leur ſentiment
n'empeſche pas que ce que je
dis ne foit veritable . Or cela
eftant , ajoûte- t- il , il n'euſt pas
eſté beſoin de ſe mettre ſi fort
en peine , comme on a fait , de
faire venirla Riviere d'Eure à
Verſailles ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
Iefais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la Riviere
d'ourgue ont toûjours paſſéſous les
Ponts de Paris , mais aprés s'eftre
meſlées aux Eaux de la Marne&
de la Seine. Le deffeinde Monſicur
Riquet estoit de la conduire par un
Canal artificiel au pied du Troue
ou Art de triomphe ,Superbepar la
Statuë
GALANT.
97
Statüe de LOUIS LE GRAND ,
auquelsujet j'ayfait ces diſtiques.
Quis fuper ? eſt Mavors magni
fub imagine Regis ,
Teſtatur Facies , magnaque
facta probant.
Legrand Dieu des Combats anime
ce grandRoy ,
Son grand airle fait voir , fes
grandsfait en fontfoy.
Puisqueje vous ay fait un petit
détaildu Canal de Languedoc , il
est bien iuste que je vous diſe icy
quelque chose de l'Aqueduc Royal
de la Riviere d'Eure à Versailies.
Il ne manquoit au plus beau lieu
du monde , c'est à dire à Versailles,
qu'uneprodigieuse quantité d'eau
pourfourniràla depenſe d'un mil
lion de Iets , de Fontaines & de
Avril 1688 . E
98 MERCURE
Cafcades . Monseigneur de Louvois,
vir fupra titulos , qui a une parfaite
connoissance de tout ce qui est
de grand dans les Sciences ayant
conſideré luy-meſme le cours de la
Riviere d'Eure qui entre dans la
Seine vers le Pont - de- l'Arche aprés
avoir roulé les eaux de ſes ſources
avec rapidité pendant 45. lieuës
conclud d'abord qu'on pouvoit prendre
fes eaux a quelques lieñes au
deſſus de Chartres , & les conduire
à Versailles . Ilordonna à Monfieur
de la Hire , de l' Academie Royale
des Sciences d'enfaire le nivellement.
Ce grand Philofophe - Mathematicien
fi connu dans l'Empire
des Lettres , reconnut que lateste du
Canal devoit eftre au Chateau de
Pongoin , qui est à sept lieues au
dessus de Chartres , & 22. lieues
de Versailles , & paffer par Maintrouva
par son nivelle-
IVON
GALANT.
LYD
17
ment que la Riviere d'Eurefe
à Pongoin estoit I110. piedsplus élevée
que le rez de chauffée de la
plus haute partie du Chasteau de
Versailles. Tout l'Empire Romain
depuis sa Fondation n'auroit encore
ozé entreprendre ce qu'on voit d'achevé
depuis quatre ans de cefurprenant
Aqueduc ; aussi est- ce un
échantillon des Merveilles de
LOUIS LE GRAND .
Monfieur Bernier pour blâmer la
grande exactitude avec laquelle on
-a nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles , dit qu'il n'étoit
pas beſoin de ſe mettre ſi
fort en peine, comme on a fait;
puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroitfuffi . Il eſt vray que l'eau
ne coulera pas ſi viſte ; mais
faites le canal plus large à proportion
de la pente & de la vi100
MERCURE
ſteſſe que vous ſouhaiteriez ,
donnant ainſi plus de face à
l'eau , & vous aurez remedié
à l'Inconvenient ; du reſte , je
croirois bien qu'il faudroit enfin
dans une grande longueur
donner quelque choſe à la
ſphericité de la terre. Mais ſept
lieuës , mais trente ou quarante
lieuës qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou
de Liſi à Paris , qu'est - ce que
cela fur neuf à dix millequ'en
peut avoit le Globe de la terre?
Voicy , Monfieur, mes reflexions ,
article par article,fur les point de
la Letire de Monfieur Bernier, qui
obligeroit Quintilien de s'écrier ,
Fælices effent Artes , fi de illis
foli Artifices judicarent.
Premierement , il devoit expliquer
ce qu'ilentend par ces termes
GALANT. 101
de pur niveau dece Canalde cing
àfixlieuës fans aucune pente , car
une ligne purement à niveau est
un Arc d'un grand Cercle de la
Terre , & tous fes pointsfont par
confequent également distants du
centre des Graves. Ainsi dans un
Canal de pur niveau , l'eau auroit
tous les points deſaſuperficieSpheriphe
également distants du centre
de la terre ,& l'ean demeureroit
fans mouvement puis qu'il n'y
auroit pas plus de raison qu'elle
coulaſt d'un bout à l'autre.
Si lefond du Canal est un plan
droit, ou ce planfera tangent par
un bout,ou vers le milieu à un grand
Cercle delaterre . S'il est tangent
à un bout , l'autre bout fera plus
élevé, par conſequent l'eau coulerade
ce bout au plus bas , ou le
plan aurade la pente..
Si le point d'attouchement est
E3 3
102 MERCURE
4
au milieu du plan du Canal ,
Jes deux parties seront deux
tangentes , &le point d'attouchement
ou le milieu de la longueur
du Canalfera plus bas estant plus
près du centre de la terre , & par
confequent l'eau de chaque bout
du Canalcouleroit vers ce milieu ,
pour prendreſa ſphericité , qui est
le pur& veritable niveau . Tout ce
que deffus eft d'une verité Geometrique
, Ainfi il eſt du tout impoſſible
que l'eau dans un Canal coule par
un bout , si le plan du Canaln'està
ce bout plus bas que l'autre bout
que le Canal estant rempli,& l'eau
foutenue élevée à chaque bout , on
ouvre l'un des bouts , auquel cas
l'eau coulera par cette cuverture ,
par ce que l'eau qui est audeſſus de
l'ouverture , tombe en bas n'estant
plusfoutenue , & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal ,jusqu'a tant
que ce qui restera d'eau dans le
,
016
GALANT . 103
Canal faſſeune superficie Spherique
estant à ces deux bouts égale
ment éloignée du centre de la terre,
Il est vray que pour avoir un plus
grand cours d'eau nous demandons
avec Vitruve dans fon huitiéme
Livre Chap.fept , une plus grande
pente , & comme j'ay dit en 2684.
dans mon Traité du Nivellement
inferédans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. Il faut
toûjours quelque peu de pentes afin
que l'eau puiſſe couler, ce que Scammozzi
dans la premiere partie
d' Architecture Chap . 27. confirme
en ce termes , Nel condur , o
fopra , o ſotto terra , è biſogno
darle qualche poco di decaduta
, & Philanderde Chatillon fur-
Seine dansſes Annotationsfur Vi
truve disoit en 1940. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de pente
fuffit pour fix cent pieds , longe
E 4
104 MER CURE
aliter noſtre ztatis libellatores,
nam in ſexcentos peder, unum
tantum pollicem deprimunt ,
afin que l'eau puiſſe couler. Enfin
Petrus Cataneus dit , qu'ilsuffit de
donner quatre onces , c'est à dire
guatre pouces de pente fur mil-
Lepas. Ainsi ilfaut deneceſſité que
Leplan d'un Canalait quelque penze
du coſtéque l'eau coule ,& cela
principalement lors que l'eau n'a
Pasun long cours , ce que Scammoz-
Li entend par ces mots , ħabbiamo
offervato i fiumi de Poleſſini ,
che vannocon mezzo piede de
caduta maſſime ſi hanno ſeguitodi
aqua .
L'erreur de Mr Bernier vient
d'avoir prispour le pur &veritable
niveau , qui est un Arc d'un
grand cercle de la Terre , le niveau
apparent du Canal , qui eft
un plan touchant au grand cercle
de la terre ,&par confequent l'ex
GALANT.
1051
tremitédu Canalde fept lieuës de
longueur cflant du point de Partage
plus éloigné de 39. toises 4. pouces..
& huitlignes du centre de la terre,
que l'autre bout , l'eau y defcend
mesme avec rapidité à cause de la
gradepente du Canal & de la fuite
de l'eau; auſſi voit- on que le cours
des Rivieres est plus rapide amefure
de leur pente & de la crue
des eaux.
Quand mesme par impossible
l'eau couleroit d'un bout à l'autre
d'un Canal de pur niveau & Sans
aucune pente, on n'auroit , n'endéplaiſe
à Mr Bernier , fçeu trop
prendredeſoin & tropsemettre en
peine de niveler depuis la Riviere
d'Eurejusqu'à Versailles ,pour ſcavoirlequel
des deux lieux est le plus
élevé..
Puis mesme qu'il s'agiſſoit du
Service du Roy, & que dans lave
S
106 MERCVRE
Sainte Ecriture Ieremie chapitre 4.
verſet 10. prononce , Maledictus,
qui facit opus Domini negligenter
, il falloit sçavoirsi Pongoin
& Versailles estoient de pur
niveau , c'est à dire , autant éloignez'un
que l'autre du centre de
laterre ; auquel casficequeMon
fiear Bernier debite estoit verita...
ble , que l'eau dans un Canal de
fix à sept lieuës de pur niveau ,...
coulefans aucune pente d'un bout à
l'autre , l'eau de Versailles auroit
pu s'écoulerdans la Riviered'Eure,
aussi-toft que l'eau de la Riviere
d'Eure venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus , il falloit toû
jours reconnoiſtre le niveau de ces:
deuxlieux carfi Versailles s'estoit
trouvé plus haut quela Riviere
d'Eure , l'eau n'yseroit jamais mon
tée. Ainsi tres - neceffairement ,
quay qu'en dife MonfieurBernier
F
GALAN T.
107
il estoit beſoin de se mettre enpeine
comme on a fait , pour faire venir
la Riviere d'Eure à Versailles , afin
de ne hazarder pas la dépense de
pluſieurs millions, Partantles Arts
feront heureux , comme dit Quintilien
, lors qu'il n'y aura que les
Maistres qui s'enmélent.
L'expedient que donne Monsieur
Bernier , pour avoir avec peu de
penteune grande quantité d'eau,
est d'une rave imaginative. Fai
tes , dit- il , le Canal plus large,
donnantplus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la viteſſe que vous ſouhaite
riez. Ainsiàfon sentiment , pour..
avoir la mesme quantité d'eau que
fourniroit un Canalde quatre pieds
de large &de quatre pieds dehauteur,
qui font seize pieds de face?
d'eau dans fa fection , il faud
droit fairele Canal de Seize
E6
108 MERCVRE
pieds de large & un pied de hauteur;
mais la quantioé d'eau qui
coulera , fera beancoup moindrepar
le manque de hauteur ,& de plus
dans la longueurde quarante lieuës
qu'ildit estrela Riviere d'Eure à..
Versailles, le terrain échauffépar le
Soleil d'Esté ,& la partie qu'il en
feroit évaporer dans la faiſon où
l'on auroit plus beſoin d'eau à Ver...
Jailles,en diminueroït la plus gran.
de partie , outre que la dépensede
lalargeurde l'Aqueduc feroit quatre
foisplus grande.Voila quelfruit
on tireroit , pour remedier à l'in
convenient d'unepentesuffisante.
Donc nonobstant le dire de Mon
fieur Bernier, il fera à perpetui
sé d'une verité notoire , & purement
Geometrique, qu'il est absolu
ment neceffaire , que pour faire
couler l'eau du bout d'un Canal
àl'autre sily ait de la pente&
GALANT. 109
1
que leniveau apparent, qui est une
lignedroite tangente augrand cercle
de la terre , ait du hauffement
par deſſus leveritable niveau , qui
estun arcdumefme cercle , qui est
lepur&naturelniveau. En voicy
des exemples.
Lalongueur duniveau apparent
estant de 87. toiſes , deux pouces
neufligues,son hauſſement par def--
fus le veritable niveau fera d'une
ligne..
A
Eſtantde 301. toiſes deux pieds
neufpouces & une ligne ,son hauf
Sementſeraunpouce..
Eſtant de 1044. toiſes un pieds
khuit pouces & demy son hauſſement :
Seraunpied.
Eſtant de 2567.toiſes g. pieds
9 pouces &5.lignes ,son hauffementfera
d'une toife..
N'eſtant que d'une lieuële
HO MERCURE
hauffementferade 4. pieds9. pouces
&4. lignes.
Eſtant de trois lieves fon hauffementfera
7. toifes un pied & 7 .
lignes.
Eſtant de cinq lieües ,fon haus-
Sement ferade 19. toiſes cingpieds.
Sept pouces .
Eſtant de ſept lieues ,fon hauf-
Semensfera de 39. toiſes 4. pouses
huit lignes.
Eſtant de dix lieües,fon bauf-
Sementfera de 79. toiſes 4. pieds
4. pouces& 2. lignes .
Eſtant de 20. licines ,font hauf
fementfera de 3.18 . toises 5.pieds
4. pouces &une ligne.
Enfin , la longueur du niveau
apparent estant de40. lieuës , fors
bauſſementferade 1275. toises 2.
pieds 3. pouces & deux lignes .
Tout ce que deſſus eftant d'une
muerite geometrique , je ne vois pas
GALANT.
"
comment Monsieur Bernier a osé
dire , que dans un Canalde pur niveau
de fept licües de longueur ,
L'eau coule d'un bout à l'autreſans
aucune pente , puis quefi ce Canal
eſtoit d'un veritable niveau , l'eau
y demeureroit immobile. Il reste
donc que ſon pur niveau dont parle
Monsieur Bernier , foit un niveau
apparent , dont le hauffement par
deffus le pur & veritable niveau
eft de 39. toises 4. pouces & 8. lignes
, & par consequent un bout de
ce Canal de 7. lieñes a plus de hau
teur pardeffus l'autre , que n'en ont
LesTours de Nostre - Dame , qui
n'ont que 34. toiſes de hauteur de
puis lepavéde l'Eglife iusqu'au pa
raper. Il est comme impossible de
deviner ce qu'il veut dire par ces
zermes ſurvans. Il fautdans une
grande longueur donner quelque
choſe à la ſphericité de la
terre
3122 MERCURE
Il est encore impoſſible depene
trer ce qui l'a obloged'ajoûter ,que
ſept, trente ou quarante lieuës
ne font rien fur neuf ou dixt
millelieuës que peut avoir le
Globe de la terre ; car puis qu'il
s'agit d'une ligne qui mefure la longueur
d'un Canal , on ne la peut
comparer àlafuperficie du Globe de
laterre , mais bien à la circonferen
ce d'un grand cercle. Deplus.Monfieur
Bernier n'a pasfait reflexion
que le rapport on raison de 40....
lieuës à neuf mille , qui est le ve
ritable circuit de la terre , est la
mesme raison qu'entre un & 225.
puis que 40. fois 225. lieuës font:
Its neufmille du circuitde la terre..
Orla 225. partie du grand tour de
laterre , est tres- confiderable. Exa..
minons maintenant tous les differens
fens& applications qu'on peut don
mer an termes de Monsieur Ber
GALANT.
113
!
nier , qu'est ce que quarante lieuës.
en comparaison de neuf mille du
Globe de la Terre ? Suppofons donc
qu'ilfut vray que la distance depuis
la teſte du Canal de la Riviere
d'ourgue, priſeà Lizijusqu'au pied
du Trône , ou Arc de triomphe , au
haut du Fauxbourg S. Antoine ,
fuft de quarante lieuës , comme le
debite M. Bernier.
1.Si ces quarante lievës font me-
Surées sur la circonference d'un
grand cercle dei terre ,cirsen
comprendront la 225. partie , c'est
àdire un arc d'un degré& trentefixminutes
; &fi le Canald'Ourgue
au Trône estoitfaitsuivant cetarc,
l'eau y demeureroit fans mouve
ment , ayant fon pur , parfait &
naturel niveau.
2. Si le Canal estoit fait suivant
la corde de cet arc , l'eau couleroit
de chaque bout au milieu defalon
114
MERCURE
gueur , & fi les bords du Canal y
estoient suffisamment hauts pour
Soûtenir l'eau , afin qu'elle pust
prendrefa Sphericité , elle s'y éléveroit
& accumuleroit jusqu'à la
hauteur perpendiculaire de 318 .
toiſes , 5. pieds 10. pouces 7.lignes.
Si ces 40. lieuës font en ligne
droite , en forte que le point dumi-
Lieu de fa longueur touche un grand
cercle de la terre , il y aura deux
niveaux apparents ou tangentes
d'egale longueur , & l'eau couleroit
de chaque bout de ce Canalvers le
milicu de sa longueur , ou fi les
bords estoient fuffisamment hauts ,
elle s'éleveroit jusqu'à la hauteur
perpendiculaire de 318. toiſes , J.
pieds , 4. pouces & une ligne.
Que si ces 40. lienës font mefurées
sur le niveau apparent on
ligne droite tangente , un Canal
GALANT .
115
faitsuivant cette ligne droite aura
un bout plus élevé que l'autre de la
hauteur de 1275. toiſes , 2. pieds
3. pouces & 2. lignes , & l'eau couk -
Lera avec tres-grande rapidité par
une fi grande pente.
Par ces calculsMonfieur Bernier
verra combien grande est la difference
du niveau apparent , aupur ,
veritable & naturel nivellement .
La verification de tout ce que
deſſus eft facile sur les principes
que j'ay établis dans mon Traité du
Nivellement ( inferé dans le 27 .
Tome du Mercure extraordinaire
quartier de fuillet 1684. ) qu'un
degré d'un grand cercle de la Terre
contient 57100. toiſes ou 25.lieuës
de 2284. toises chacune.
Vorcytrois Problemes importans.
I. Lehauffement de la tangente
estant donné , trouver la longueur
ou distance en ligne droitedu point
116 MERCVRE
de la Station au point miré.MultiplieZ5653305328
. Diametre de
la terre en lignes , par le nombre des
lignes du hauſſement. Auproduit ajoutez
le quarré du mesme bauffement.
Tirez la racine quarrée
detoute laſomme , vous aurez la
Longueur requise du nivean apparent.
I I. Trouver par quelle ligne reguliere
ayant fucceſſivement àchaque
point Mathematiqueune pente
infenfible, on potrroit par la voye
la plus courte , & dans un mesme
plan vertical ,faire couler la Riviere
d'Eure dans le Rerſervoir de
Versailles. Ie dis que c'est par un
Arcd'un cerele dont lefemidiametreferoitplus
grand que celuy du
grand cercle de la Terre, qui abou.
tiroit au Reservoir de Versailles .
Vous trouverezle centre de cet Arc,
Sidu milieu de la ligne droite duPonGALANT.
117
goin au Reservoir de Versailles ,
vous élevez une perpendiculaire
iuſqu'à la rencontre du Diametre
de la Terre , qui aboutiroit au Rea
Servoir.
III. Determiner si l'eau peut
coulerpar un Canal fait en ligne
droite d'un bout plus élevé au plus
bas. Ie dis 1. quefi lehauſſement est
ègalou plus grand que le hauffement
de la tangente du mesme arc ,
l'eau coulera avec rapidité.2. Que
ſi le hauſſement est moindre que ce
luy de la tangente , l'eau ne coulera
pas du plus haut au plus
bas de ce Canal fait en droite
ligne. Ainfifuppofant avec Monfieur
Bernier que de la Riviere
d'Ourgue priſe à Lisiily eust quavante
licuësiusqu'au pied du Trône,
& que la Riviere priſeà Lisi eust
go pieds de hauteur par deſſus le
pied du Trône , l'eau n'y pourroit
118 MERCVRE
arriver par un Canal fait en ligne
droite , que juſques à 5822. toiſes
5. pieds & 4. lignes , àcompter du
pied du Trône , parce que là le fond
de ce Canalseroit s.toiſes , unpied
un pouce & deux lignes plus bas que
le boutdu Canal au pied du Trône.
Le calculse trouve par la penultiéme
propofitiodu troiſiéme Livre des
Elemens d'Euclides . Enfin pourfinir
j'employe la Deviſe de Societé Royaled'
Angleterre,qui apour corps une
table blanche d'attente & pour
ame ces trois mots , Nullius in
verba ; qu'il nefaut croire legerement
aux Philofophes Geometres
fur leur parole , puis qu'ils ne peuvent
demeurer d'accord entr'eux ,
quoy qu'après tant de fiecles ils
ayentfaitfi grand bruit dans l'Ecole
,que les Paſſans croyoient que ,
Omnia , mors , miles , fanguis&
ignis erat .
GALANT.
119
C'est une guerreſans pareille ,
Les Armesfontde grands Ergos ,
Qui frappant l'air & les Echos
Bleffent le poumon & l'oreille.
l'ay finy avec M. Bernier , au
fuiet defon prétendu Canal de pur
- niveau fans pente , je vous parle
maintenant de la facile lonction
des deux Mers , en passant par la
Bourgogne, par le moyen des ſources
& Rivieres de Poulli en Auxois ,
par lafacile jonction de la Riviere
d' Armanfon à la Riviere d'Ouſche.
Cedeſſein avoit esté mis autrefois
Sur le tapis , & on l'avoit trouvé
fort faisable. Il faudroit couper
depuis la ſource d'Armanson iss
quedans le ruiſſeau d'Andeneſſe ,
ou bien dans la Riviere de Crugez,
qui tombe dans l'Ousche ; il n'ya
120 MERCURE
que demy lieue de terre à couper,
toutesterres labourables , & aisées
aremuer. Dans le plus haut entre
les deux Rivieres , le terraineſt de
niveau de cinqcens toiſes de longueur
; mais ily adela pente plus
avant du coſté d'Occident , aussibien
que du coſté d'Orient, nean
moinson peut trouver des moyens
pour cela , car en creuſant laprofondeur
d'environ dix toiſes,on pourra
faire un Canaldormant depuis la
Source de la Riviere d'Armanſon à
La Riviere de Crugez ; & pour
mille écus on fera la dépense neceffaire
poury amener la Fontaine de
Baume , laquelle en toutefaiſon
fait tourner trois moulins , & on
peutfaire un Baffin beaucoup plus
grand que le Baffin de Naurouffe
du Canalde Languedoc. Ie vous
envoye laplanche du projet de cette
communication des Mers par la
BourGALANT.
121
Bourgogne le l'avoisfaite pour l'eme
ployer dans mon histoire general
de la communication des Eaux,tant
parles Canaux naturels &fouterrains,
que par les Canaux artificiels
Sur lafurfacedelaterre. Ie m'aperçois
que ma Lettre commenceà
estre trop longue. Vousen aurez les
autres parties dans une autre occafion,
le ſuis, Monsieur, tout àvous
: L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
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Résumé : LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
La lettre adressée à Monsieur Hardy, Seigneur de Beaulieu, traite de divers aspects de l'hydraulique et des écrits de Monsieur Bernier. L'auteur a reçu une lettre de Bernier qui a suscité des réactions variées. Hardy demande des réflexions sur la lettre de Bernier publiée dans le Mercure de février et des conseils sur la recherche des sources d'eau et la conduite des eaux, incluant les machines pour les élever. L'auteur reconnaît l'expertise de Hardy en hydraulique, notamment grâce à une machine innovante utilisée à sa maison de Beaulieu. Le texte critique les propos de Bernier concernant le canal de Languedoc, construit entre 1666 et 1681, qui relie la Garonne à la Méditerranée sur environ 240 kilomètres et comprend 59 écluses. Il souligne l'importance de la physique mathématique pour la conduite des eaux, un domaine que Bernier ne maîtrise pas selon l'auteur. Le texte décrit également l'aqueduc de la rivière d'Eure à Versailles, conçu pour alimenter les fontaines et cascades du palais. Monsieur de la Hire a déterminé que la tête du canal devait être au château de Pongoin, à sept lieues au-dessus de Chartres et à vingt-deux lieues de Versailles. Bernier a critiqué la précision du nivellement, mais le texte insiste sur la nécessité d'une légère pente pour permettre l'écoulement de l'eau. Le texte explore la faisabilité d'un canal entre la rivière d'Ourgue à Lizy et Paris, en analysant diverses hypothèses sur la distance et la topographie. Il présente trois problèmes mathématiques relatifs au nivellement et à la construction de canaux. Un projet de jonction des deux mers via la Bourgogne est également mentionné, impliquant le creusement d'un canal dormant et l'utilisation des sources et rivières locales. L'auteur, 'L'Aveugle Comiers d'Ambrun', promet d'envoyer les autres parties du projet ultérieurement et mentionne l'inclusion de ces initiatives dans son ouvrage sur la communication des eaux.
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