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1
p. 230-256
Description du Chasteau[,] des Peintures, des Jardins, & des Fontaines du Château de Marly, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain les Ambassadeurs allerent voir le Château de Marly. [...]
Mots clefs :
Peintures, Jardins, Fontaines, Château de Marly, Pavillons, Appartements, Pavillon, Pans, Marbre, Roi, Extraordinaire, Faces, Étage, Corniche, Toises, Magnifique, Parc, Chemin, Jardin, Plan
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texteReconnaissance textuelle : Description du Chasteau[,] des Peintures, des Jardins, & des Fontaines du Château de Marly, [titre d'après la table]
Lelendemain les Ambafſadeurstallerent
voir le Chabeteau
de Marly.onComme il
n'y a peut-être rien au monde
de d'une conftruction
nit culiere ly qui ſoit fi galant
vot& fi magnifique tout enfem-
( partieje
blejateroy que vous ferez
penbien-aifd d'en savoir une defagecriptions
Co Chaſteau qui
T
2:22 Suite du Voyage 20.5
tient au Parc de Verfailles ,
eſt renfermé dans un Parc
particulier fur le chemin de
Saint Germain, Ibeſti ſitué
dansun Vallon , au bout du
quel & par l'échapée de la
gorge on découvre leCha
iteau de Saint Germain& fes
environs : ce qui forme une
des plus bellesveues qu'on les
puiſſe imaginer Lalplus.con
ſiderable dépenſe de getre
Maiſon , a eſté dans Haccom
modement , qu'ila fallu faire
pour combler ce Tallon qui
efſtoit marécageux , pour don
ner de l'étonduc au Jardin ,
& pour faire un Plan auffi
:
des Amb. de Siam.
22534
e
extraordinaire qué celuy de
cette ſituatio.n La diftribu
tion du Plan eſt unique en
fon eſpece. On y arrive par
le chemin de Saint Germain ,
où il ſe repreſented'abord une
Court ronde del so toiſes
avec des Corps-de-gardes ,
Remiſes &Ecuries , dioù l'on
of apperçoit leChaſteau au bour
d'une longue Avenuë de irs.
toiſes de long , & de tot de
large fermée de murs de
chaque côté pour retenir les
terres de part & d'autre. Elle !
eſt plantes d'Arbres ,& le
CO
Co
Ho
rdin
ر
chemin eft pavé ,& de lA
2:24 Suite du Voyage
eft
venuënon deſcend à l'Avantcourt.
Le corps du Chaſteau
eft détaché de douze autres
Pavillons fix dechaque cô
tés qui ſont ſeparez les uns
des autres. Le plus gros Pavillon
, ou le Chaſteau
large de 21. toiſe en tout ſens,
&conſiſte en un grand corps
de baſtiment iſolé , dont les
quatre faces font égales. On
ymonte par des Perrons ceintrez
& à pans , qui regnent
au pourtour en deux repriſes.
L'étage au réz de chauffée eft
magnifique , & fa diſtribution
confifte en quatre veltibules
, un à chaque face , par
A
desAmb. de Siam.
225
兰
leſquels on entre dansun fallon
octogone. Ces quatre
veſtibules ſeparent quatre
grands Appartemens , appellez
les quatre Saifons , & y fervent
de communication. La
principale piece eſt le Sallon :
fs il eſt à huit pans , quatre
of grands & quatre petits. Il
eſt large de huit toiſes , &
( orné de ſeize pilaſtres d'ordre
ce Compoſite canelez , avec des
and ornemens. Dans les plus
grands pans font les portes
eed des veſtibules , & dans les
quatre petits pans font quatre
vell Statuës de Marbre antique
poſées ſur des piedeſtaux en P
T- iij
216 Suite du Voyage
faillies . Cét ordre, eft couronné
de fon entablement
d'une compoſition extraordinaire
, avec des conſoler.
Au doſſus eſtun Attique décoré
par autant de cariatides
en termes , qui ſe tenant avec
des guirlandes de fleurs , foulagent
d'une de leurs mains
l'entablement qu'elles portent
fur leurs têtes , & cet en
tablement n'est qu'une cor
niche architravée. Quatre
fenetres dans l'Attique éclairent
le fallon , au bas deſquel,
les en dedans & fur la corniche
compoſite ſont quatre
balcons ſoûtenus par des Aides
Amb. de Siam.
$227
al
a
gles. La voûte qui a la naiffance
du deſſus de la corniche
de l'Attique ,a huit pans
of par ſon Plan , qui vont ſe racorder
à une groſſe moûlure
ronde taillée d'un riche cordon
de fleurs qui fert de corniche
àune voûte ſpherique.
Tous les ornemens de ce ſallon
ſont de Stuc , travaillez
avec une grande propreté.
Du milieu de la voûte pend
un Lustre de criſtal de roche
d'une merveilleuſe grandeur.
Ila que fix àdſiexptpideedsldaregeh;auilteeſutrgafru-r
uny de pluſieurs rangs de branches
, & foutenu par un grand
pe
Ori
S
Tij
228 Suite do Voyage
tour ,
Aigle de criſtalà deux faces .
Huit autres Luftfes de moindre
grandeur pendent à l'ende
forte qu'outre ces
Luftres , les Girandoles qui
font fur les Gueridons devant
les pilaftres eſtant remplies de
lumieres , font un tres-brillant
effer lorſqu'elles font
jointes à celles des Luftres.
Les quatre veftibules font
plus longs que larges fur leur
profondeur , ayant quatre
toiſes ſur cinq & demie , &
font décorées d'Architecture
&de Sculpture,& de Buſtes de
Marbre portez fur des guaines.
Il y a dans chaque vef-
T
des Amb. de Siam.
229
tibule deux grandes tables de
Marbre précieux & deux
grands tableaux de Me de
Vandermulen de huit pieds
de long fur cinq à fix de haut,
qui reprefentent les Sieges
que le Roy a faits , & les
Villes que Sa Majefté a prifes
. Chacun de ces grands
Appartemens eft compofé de
trois pieces , antichambre ,
chambre & cabiner. L'étage
mau deſſus , auquel on monte
par deux eſcaliers , confifte
en quatre falles , une au mieu
de chaque façade. Elles
ont feize pieds de large , &
fervent d'antichambre à huit
lieu
:
14
Tv
230 Suite du Voyage
(
perits Appartemens, de douze
qu'ilya de deux pieces chacun.
A l'entour du dôme ou
fallon regne une terraſſe ofrogone
de douze pieds de
large, & de petits corridors
qui en ont fix. La décora
tion exterieure eſt de Peinture
à Freſque , à la maniere
d'Italie. L'ordonnance de
cette décoration eſt un grand
ordre Corinthien de pilaftres
des Marbre , n'ayant que la
corniche de relief pour couronner
la maſſe de l'Edifice.
Achaque façade un fronton
couronne l'avant-corps , qui
n'a de faillie apparente que
desAmb. de Siam.
231
de ce que les ombres de la Peinture
luy donnent. Entre les
croifées du rez de chauffée
odu premier étage font des bas
reliefs ,otrophées & devifes.
Lesiangles font ornez de
pierres de refand , parce que
fide pilastre estoit angulaire ,
la faillie des bafes& des cha
@piteaux paroiſtroit mutilée.
L'Edifice eft terminé par une
balluſtrade , & n'a point de
comble apparent. Toute la
Sculpture , les bafes , chapi
Eteaux & balüſtrades ſont de
o Bronze doré , & l'Architec
ture de Marbre de diverſe
t couleur. Les douze autres
232 Suite du Voyage
-Pavillons font décorez de
même, dontofix dont d'ordre
Jonique ; chaque Pavillon
contient deux Appartemens,
un par bas , & l'autre au pre
mier étage. Ils ont chacun
fix toiſes de face , diſtans l'un
de l'autre de trente-deux toifest
Outte ces treize Pavil
lons , il y en a deux à la droite
du Chaſteau qui regardent
le parterre ; dans l'un eſt la
Chapelle , décorée au dedans
de pilaftres d'ordre Corinthien
, & dans l'autre au rez
de chauffée est la Salle des
Gardes , au deſſus de laquelle
font des logemens pour les
des Amb. de Siam. 233
up
ns
X
Pa
Ja
are
el el
det
Co
au
alle
Officiers On a ajoûté depuis
peu à ces Pavillons deux
aifles, qui jointes à deux murs
en portion de cercle, forment
une avant- court de frente
cinq toiſes de diametre au
bas de la defcente de l'ave
nuë de l'autre côté ,& vis-à
vis ces deux Pavillons. Il y
en a doux autres de pareille
fimetric qui font partiendu
Baftiment , & qui compofent
les cuiſines & offices,ayant 30 .
toiſes de face , & renferment
une court pour cét suſage.
Ces Pavillons font décorezen
dehors comme ceux qu'ils
८
regardent & cachent tout ce
234 Suite da Voyage
Baſtiment , destiné ſeulement
aux uſages de ce Palais &
ces deux Pavillons fontjoints
par un mur où eſt pointe una
Perspective', qui fait un effet
ſurprenant. Elle eſt de Monfieur
Rouffeau. Tous ces Pas
villonstant les douze de
grandeur égale, que les autres
donton vient de parler , ſo
communiquent enſemble par
des berceaux de treillage do
quinze pieds de large , qui
formentune demie- Lune par
derriere le Chaftcau , dont
chaque portion circulaire termine
à un Pavillonoauſfic de
:
treillage. Comme le Jardin.
des Amb. de Siam.
235
eſt mêlé avec le Baſtiment ,
en forte que les Carroffes
n'entrent point au delà de la
grille entre les deux Pavil
lons au bas de la defcente ,
M il faut remarquer que la comest
poſition du Jardin eft auffi
e nouvelle , qu'extraordinaire ,
aud eftant des chûtes differentes
er, de terraffes retenuës parudes :
let glacis de gazon avec des
ag Arbres verds , comine Sapins,
Ifs , Piceas , &c. & l'on def
net cend de l'uno à d'autre par
d des Perrons de pierre d'une
juch grandeuri extraordinaire , &
ufli de diverſes figures. Les Par-
# terres no font formez que de
1
2365 Suite du Voyage
baffins de formes differentes ,
& ornez de pluſieurs jets
d'eau , entre lefquels le plus
confiderablebeſt celuy qui eft
derriere le Chafteau , dont le
jet s'élance plus de cent pieds.
Ce baffin en demib tunelan
38. toifes de larges fur 22. Les
baffins dub Parterrefontai
nombre de 70dont le pre
mier qui ſe preſente deviant
le grand rerron à 20. toiſes
fur 40 ayant trois ajets. Lel
plus grand baffin enllongueur
a 100. toifes far so & as
jets ; & le dernier baffin à
pansipar en bas à droites
fur 2 avec trois jets . Les
quatre
L
:
des Amb. de Siam. 237
10
le
ne
quatre autres font ronds,
dont deux petits au pied du
Chaſteau ont chacun 10. toifes
de diamettre , & ceux d'en
bas ronds auſh de 16. toifes
chacun. Les Terraſſes vont
toutes en pente ainſi que les
Pavillons , quoyque poſez de
niveau de même que les baffins
: de forte que de doin on
eft furpris de la ſcene.cxtraordinaire
des Bâtimens,desTerraffes
& des Baflins, qui ne
fe naiſent point les uns aux
Jautres, &aufquels le Bois de
la côte fait un fond avantato
geux qui détache rout Tou
vragen Le Barcode cette
TUR
Tin
V
238 Suite du Voyage
Maiſon eſt fermé d'un mur,
&traverſé par des Allées , les
unes de 8. & les autres de 6.
toiſes de large, qui donnent
des points de veuë , d'où l'on
découvre tantôt le Chaſteau,
&tantôt des grilles qui en
fermentadjentrée & pour
profiter des endroits que la
(ſituation a donnez , on a fait
des Boſquets de diverſes figures
dans les clairieres du
Bois. Laniclôture du Parc
renferme dengrands Refer-
Voins doritulel plus grand a
18000. toiſes de fuperficie ,
80deux petirs enſemble qui
font à côté du grand on
des Amb. de Siam: 239
1
ont 2000. Les trois Refervoirs
ont douze pieds d'eau.
Il y a encore deux autres Re
fervoirs plus grands, auſquels
on doit donner quelque for
me reguliere, La ſuperficie
de l'eau des premiers Refervoirs
eft plus haute que la
fuperficie du dernier baſſin
du Parterre de 33. toiſes ..
Outre les routes de traverſe
où l'on peut aller en Carroffe ,
il y en a encore d'autres le
long des murs de clôture
Ainfo ce Chasteau eſt d'antant
plus confiderable , que
la ſituation en eſt peu commune
, & la diſpoſition nouaidməl
li reino1i0dVol int
140 Suite du Voyage
velle: ce qui la rend unique
en ſon eſpece , & ce qui fait
voir le merveilleux génie de
Me Manſard qui en eſt l'Architecte
Celuy de Monfieur le
Brun a auffi beaucoup éclaté
en cette occafion , puiſque
fur ſes deſſeins & fous fa conduite
, on y à peint à freſque
en dehorsle grand Pavillon ,
ou le Pavillon du milieu , &
fix petis qui faccompagnent.
Ce grand Pavillon à quatre
faces comme les autres 3 &
fait voir le Palais du Soleil
Apollon paroift dans fon
Char dans les quatre frontons.
Dans le premier il ſemble
des Amb. de Siam. 241
fon Midy.
monter ſur l'horifon , pour
marquer le Soleil Levant.
Dans le ſecond , il eſt dans
i
Autroifiéme , il commendce
a pancher vers le Couchant.
C Dans le quarriéme , il finit
10 facarrierre &la Nuit le couvre
de ſon voile.
Tous lesbornemens des
quatre faces ont rapport au
Soleil. Яавирна 63
- Quatre autres de cesuravillons
fontornes d'Arch
tecture & Figures , qui ont
rapport aux quatre Sai-
; Viij
242 Suite du Voyage
1
Les deux autres font voir
ſimplement de l'architecture,
fans aucune fignification. Mr
Rouſſeau qui eſt tres-habile
pour l'Architecture & pour la
Perſpective , a travaillé luymême
au dehors de pluſieurs
autres Pavillons of the
Les Ambaſſadeurs, furent
furpris de trouver un nouveau
Palais preſque dans l'enceinte
de Verſailles , où fans
compter le Château qui en
pourroit faire pluſieurs enfemble
, ils avoient déja vu
Clagny, la Menagerie &Trianon.
Je ne parle point de
1
pluſieurs autres endroits du
des Amb. de Siam. 243
meſme Château , qui n'ont
pas moins coûté qu'auroient
fait des bâtimens deſtinez
pour le logement des plus
Opuiſſans Souverains. Ils adel
mirerent d'abord la conftruuction
toute nouvelle de ce
bâtiment , & aprés en avoir
fe examiné les terraſſes, les eaux
& les peintures , ils en virent
-tous les Appartemens, & furent
tavis d'y trouver la plus.
grande partie des Prelens.
squ'ils avoient apportez au
Roy de la part du Roy de
Siam leur Maître. Ils s'attacherent
beaucoup à confidever
les Tableaux de Monfieur
s
Dri
244 Suite du Voyage
Vandermeulen , dont je vous
ay déja parlé ; & ne pûrent
s'empêcher de marquer qu'ils
auroient bien de la joye d'en
avoir de pareils. Ils virent enfuite
les Appartemens de la
Cour, qui font deſtinez pour
ceux qui accompagnent le
Roy , lorſque Sa Majesté va
coucher à Marly. Il faut remarquer
que tous ces Appartemens
font non feulement
meublez , mais encore garnis
de tout ce que l'on peut s'iimaginer
de neceffaire aux
perſonnes de qualité qui doivent
coucher dans ce lieu-là ,
&le tout aux dépens duRoy ;
de
des Amb. de Siam .
245
et
de forte qu'en donnant la
clefà ceux qu'on y veut loqger
, ils n'ont beſoin de rien
d'avantage. Tout ce grand
foin roule fur Mr Bontemps ,
de dont la vigilance , l'exactitu
ez de & le grand ordre font
Les Ambaſſadeurs
et loüerent la magnifique bon
auté que le Roy avoit pour les
App Grands de fa Cour , & dirent
et qu'encore que Marly fust tout
git Royal , ils ne pouvoient s'empêel
cher de dire qu'il estoit auſſi tour
galant.
voir le Chabeteau
de Marly.onComme il
n'y a peut-être rien au monde
de d'une conftruction
nit culiere ly qui ſoit fi galant
vot& fi magnifique tout enfem-
( partieje
blejateroy que vous ferez
penbien-aifd d'en savoir une defagecriptions
Co Chaſteau qui
T
2:22 Suite du Voyage 20.5
tient au Parc de Verfailles ,
eſt renfermé dans un Parc
particulier fur le chemin de
Saint Germain, Ibeſti ſitué
dansun Vallon , au bout du
quel & par l'échapée de la
gorge on découvre leCha
iteau de Saint Germain& fes
environs : ce qui forme une
des plus bellesveues qu'on les
puiſſe imaginer Lalplus.con
ſiderable dépenſe de getre
Maiſon , a eſté dans Haccom
modement , qu'ila fallu faire
pour combler ce Tallon qui
efſtoit marécageux , pour don
ner de l'étonduc au Jardin ,
& pour faire un Plan auffi
:
des Amb. de Siam.
22534
e
extraordinaire qué celuy de
cette ſituatio.n La diftribu
tion du Plan eſt unique en
fon eſpece. On y arrive par
le chemin de Saint Germain ,
où il ſe repreſented'abord une
Court ronde del so toiſes
avec des Corps-de-gardes ,
Remiſes &Ecuries , dioù l'on
of apperçoit leChaſteau au bour
d'une longue Avenuë de irs.
toiſes de long , & de tot de
large fermée de murs de
chaque côté pour retenir les
terres de part & d'autre. Elle !
eſt plantes d'Arbres ,& le
CO
Co
Ho
rdin
ر
chemin eft pavé ,& de lA
2:24 Suite du Voyage
eft
venuënon deſcend à l'Avantcourt.
Le corps du Chaſteau
eft détaché de douze autres
Pavillons fix dechaque cô
tés qui ſont ſeparez les uns
des autres. Le plus gros Pavillon
, ou le Chaſteau
large de 21. toiſe en tout ſens,
&conſiſte en un grand corps
de baſtiment iſolé , dont les
quatre faces font égales. On
ymonte par des Perrons ceintrez
& à pans , qui regnent
au pourtour en deux repriſes.
L'étage au réz de chauffée eft
magnifique , & fa diſtribution
confifte en quatre veltibules
, un à chaque face , par
A
desAmb. de Siam.
225
兰
leſquels on entre dansun fallon
octogone. Ces quatre
veſtibules ſeparent quatre
grands Appartemens , appellez
les quatre Saifons , & y fervent
de communication. La
principale piece eſt le Sallon :
fs il eſt à huit pans , quatre
of grands & quatre petits. Il
eſt large de huit toiſes , &
( orné de ſeize pilaſtres d'ordre
ce Compoſite canelez , avec des
and ornemens. Dans les plus
grands pans font les portes
eed des veſtibules , & dans les
quatre petits pans font quatre
vell Statuës de Marbre antique
poſées ſur des piedeſtaux en P
T- iij
216 Suite du Voyage
faillies . Cét ordre, eft couronné
de fon entablement
d'une compoſition extraordinaire
, avec des conſoler.
Au doſſus eſtun Attique décoré
par autant de cariatides
en termes , qui ſe tenant avec
des guirlandes de fleurs , foulagent
d'une de leurs mains
l'entablement qu'elles portent
fur leurs têtes , & cet en
tablement n'est qu'une cor
niche architravée. Quatre
fenetres dans l'Attique éclairent
le fallon , au bas deſquel,
les en dedans & fur la corniche
compoſite ſont quatre
balcons ſoûtenus par des Aides
Amb. de Siam.
$227
al
a
gles. La voûte qui a la naiffance
du deſſus de la corniche
de l'Attique ,a huit pans
of par ſon Plan , qui vont ſe racorder
à une groſſe moûlure
ronde taillée d'un riche cordon
de fleurs qui fert de corniche
àune voûte ſpherique.
Tous les ornemens de ce ſallon
ſont de Stuc , travaillez
avec une grande propreté.
Du milieu de la voûte pend
un Lustre de criſtal de roche
d'une merveilleuſe grandeur.
Ila que fix àdſiexptpideedsldaregeh;auilteeſutrgafru-r
uny de pluſieurs rangs de branches
, & foutenu par un grand
pe
Ori
S
Tij
228 Suite do Voyage
tour ,
Aigle de criſtalà deux faces .
Huit autres Luftfes de moindre
grandeur pendent à l'ende
forte qu'outre ces
Luftres , les Girandoles qui
font fur les Gueridons devant
les pilaftres eſtant remplies de
lumieres , font un tres-brillant
effer lorſqu'elles font
jointes à celles des Luftres.
Les quatre veftibules font
plus longs que larges fur leur
profondeur , ayant quatre
toiſes ſur cinq & demie , &
font décorées d'Architecture
&de Sculpture,& de Buſtes de
Marbre portez fur des guaines.
Il y a dans chaque vef-
T
des Amb. de Siam.
229
tibule deux grandes tables de
Marbre précieux & deux
grands tableaux de Me de
Vandermulen de huit pieds
de long fur cinq à fix de haut,
qui reprefentent les Sieges
que le Roy a faits , & les
Villes que Sa Majefté a prifes
. Chacun de ces grands
Appartemens eft compofé de
trois pieces , antichambre ,
chambre & cabiner. L'étage
mau deſſus , auquel on monte
par deux eſcaliers , confifte
en quatre falles , une au mieu
de chaque façade. Elles
ont feize pieds de large , &
fervent d'antichambre à huit
lieu
:
14
Tv
230 Suite du Voyage
(
perits Appartemens, de douze
qu'ilya de deux pieces chacun.
A l'entour du dôme ou
fallon regne une terraſſe ofrogone
de douze pieds de
large, & de petits corridors
qui en ont fix. La décora
tion exterieure eſt de Peinture
à Freſque , à la maniere
d'Italie. L'ordonnance de
cette décoration eſt un grand
ordre Corinthien de pilaftres
des Marbre , n'ayant que la
corniche de relief pour couronner
la maſſe de l'Edifice.
Achaque façade un fronton
couronne l'avant-corps , qui
n'a de faillie apparente que
desAmb. de Siam.
231
de ce que les ombres de la Peinture
luy donnent. Entre les
croifées du rez de chauffée
odu premier étage font des bas
reliefs ,otrophées & devifes.
Lesiangles font ornez de
pierres de refand , parce que
fide pilastre estoit angulaire ,
la faillie des bafes& des cha
@piteaux paroiſtroit mutilée.
L'Edifice eft terminé par une
balluſtrade , & n'a point de
comble apparent. Toute la
Sculpture , les bafes , chapi
Eteaux & balüſtrades ſont de
o Bronze doré , & l'Architec
ture de Marbre de diverſe
t couleur. Les douze autres
232 Suite du Voyage
-Pavillons font décorez de
même, dontofix dont d'ordre
Jonique ; chaque Pavillon
contient deux Appartemens,
un par bas , & l'autre au pre
mier étage. Ils ont chacun
fix toiſes de face , diſtans l'un
de l'autre de trente-deux toifest
Outte ces treize Pavil
lons , il y en a deux à la droite
du Chaſteau qui regardent
le parterre ; dans l'un eſt la
Chapelle , décorée au dedans
de pilaftres d'ordre Corinthien
, & dans l'autre au rez
de chauffée est la Salle des
Gardes , au deſſus de laquelle
font des logemens pour les
des Amb. de Siam. 233
up
ns
X
Pa
Ja
are
el el
det
Co
au
alle
Officiers On a ajoûté depuis
peu à ces Pavillons deux
aifles, qui jointes à deux murs
en portion de cercle, forment
une avant- court de frente
cinq toiſes de diametre au
bas de la defcente de l'ave
nuë de l'autre côté ,& vis-à
vis ces deux Pavillons. Il y
en a doux autres de pareille
fimetric qui font partiendu
Baftiment , & qui compofent
les cuiſines & offices,ayant 30 .
toiſes de face , & renferment
une court pour cét suſage.
Ces Pavillons font décorezen
dehors comme ceux qu'ils
८
regardent & cachent tout ce
234 Suite da Voyage
Baſtiment , destiné ſeulement
aux uſages de ce Palais &
ces deux Pavillons fontjoints
par un mur où eſt pointe una
Perspective', qui fait un effet
ſurprenant. Elle eſt de Monfieur
Rouffeau. Tous ces Pas
villonstant les douze de
grandeur égale, que les autres
donton vient de parler , ſo
communiquent enſemble par
des berceaux de treillage do
quinze pieds de large , qui
formentune demie- Lune par
derriere le Chaftcau , dont
chaque portion circulaire termine
à un Pavillonoauſfic de
:
treillage. Comme le Jardin.
des Amb. de Siam.
235
eſt mêlé avec le Baſtiment ,
en forte que les Carroffes
n'entrent point au delà de la
grille entre les deux Pavil
lons au bas de la defcente ,
M il faut remarquer que la comest
poſition du Jardin eft auffi
e nouvelle , qu'extraordinaire ,
aud eftant des chûtes differentes
er, de terraffes retenuës parudes :
let glacis de gazon avec des
ag Arbres verds , comine Sapins,
Ifs , Piceas , &c. & l'on def
net cend de l'uno à d'autre par
d des Perrons de pierre d'une
juch grandeuri extraordinaire , &
ufli de diverſes figures. Les Par-
# terres no font formez que de
1
2365 Suite du Voyage
baffins de formes differentes ,
& ornez de pluſieurs jets
d'eau , entre lefquels le plus
confiderablebeſt celuy qui eft
derriere le Chafteau , dont le
jet s'élance plus de cent pieds.
Ce baffin en demib tunelan
38. toifes de larges fur 22. Les
baffins dub Parterrefontai
nombre de 70dont le pre
mier qui ſe preſente deviant
le grand rerron à 20. toiſes
fur 40 ayant trois ajets. Lel
plus grand baffin enllongueur
a 100. toifes far so & as
jets ; & le dernier baffin à
pansipar en bas à droites
fur 2 avec trois jets . Les
quatre
L
:
des Amb. de Siam. 237
10
le
ne
quatre autres font ronds,
dont deux petits au pied du
Chaſteau ont chacun 10. toifes
de diamettre , & ceux d'en
bas ronds auſh de 16. toifes
chacun. Les Terraſſes vont
toutes en pente ainſi que les
Pavillons , quoyque poſez de
niveau de même que les baffins
: de forte que de doin on
eft furpris de la ſcene.cxtraordinaire
des Bâtimens,desTerraffes
& des Baflins, qui ne
fe naiſent point les uns aux
Jautres, &aufquels le Bois de
la côte fait un fond avantato
geux qui détache rout Tou
vragen Le Barcode cette
TUR
Tin
V
238 Suite du Voyage
Maiſon eſt fermé d'un mur,
&traverſé par des Allées , les
unes de 8. & les autres de 6.
toiſes de large, qui donnent
des points de veuë , d'où l'on
découvre tantôt le Chaſteau,
&tantôt des grilles qui en
fermentadjentrée & pour
profiter des endroits que la
(ſituation a donnez , on a fait
des Boſquets de diverſes figures
dans les clairieres du
Bois. Laniclôture du Parc
renferme dengrands Refer-
Voins doritulel plus grand a
18000. toiſes de fuperficie ,
80deux petirs enſemble qui
font à côté du grand on
des Amb. de Siam: 239
1
ont 2000. Les trois Refervoirs
ont douze pieds d'eau.
Il y a encore deux autres Re
fervoirs plus grands, auſquels
on doit donner quelque for
me reguliere, La ſuperficie
de l'eau des premiers Refervoirs
eft plus haute que la
fuperficie du dernier baſſin
du Parterre de 33. toiſes ..
Outre les routes de traverſe
où l'on peut aller en Carroffe ,
il y en a encore d'autres le
long des murs de clôture
Ainfo ce Chasteau eſt d'antant
plus confiderable , que
la ſituation en eſt peu commune
, & la diſpoſition nouaidməl
li reino1i0dVol int
140 Suite du Voyage
velle: ce qui la rend unique
en ſon eſpece , & ce qui fait
voir le merveilleux génie de
Me Manſard qui en eſt l'Architecte
Celuy de Monfieur le
Brun a auffi beaucoup éclaté
en cette occafion , puiſque
fur ſes deſſeins & fous fa conduite
, on y à peint à freſque
en dehorsle grand Pavillon ,
ou le Pavillon du milieu , &
fix petis qui faccompagnent.
Ce grand Pavillon à quatre
faces comme les autres 3 &
fait voir le Palais du Soleil
Apollon paroift dans fon
Char dans les quatre frontons.
Dans le premier il ſemble
des Amb. de Siam. 241
fon Midy.
monter ſur l'horifon , pour
marquer le Soleil Levant.
Dans le ſecond , il eſt dans
i
Autroifiéme , il commendce
a pancher vers le Couchant.
C Dans le quarriéme , il finit
10 facarrierre &la Nuit le couvre
de ſon voile.
Tous lesbornemens des
quatre faces ont rapport au
Soleil. Яавирна 63
- Quatre autres de cesuravillons
fontornes d'Arch
tecture & Figures , qui ont
rapport aux quatre Sai-
; Viij
242 Suite du Voyage
1
Les deux autres font voir
ſimplement de l'architecture,
fans aucune fignification. Mr
Rouſſeau qui eſt tres-habile
pour l'Architecture & pour la
Perſpective , a travaillé luymême
au dehors de pluſieurs
autres Pavillons of the
Les Ambaſſadeurs, furent
furpris de trouver un nouveau
Palais preſque dans l'enceinte
de Verſailles , où fans
compter le Château qui en
pourroit faire pluſieurs enfemble
, ils avoient déja vu
Clagny, la Menagerie &Trianon.
Je ne parle point de
1
pluſieurs autres endroits du
des Amb. de Siam. 243
meſme Château , qui n'ont
pas moins coûté qu'auroient
fait des bâtimens deſtinez
pour le logement des plus
Opuiſſans Souverains. Ils adel
mirerent d'abord la conftruuction
toute nouvelle de ce
bâtiment , & aprés en avoir
fe examiné les terraſſes, les eaux
& les peintures , ils en virent
-tous les Appartemens, & furent
tavis d'y trouver la plus.
grande partie des Prelens.
squ'ils avoient apportez au
Roy de la part du Roy de
Siam leur Maître. Ils s'attacherent
beaucoup à confidever
les Tableaux de Monfieur
s
Dri
244 Suite du Voyage
Vandermeulen , dont je vous
ay déja parlé ; & ne pûrent
s'empêcher de marquer qu'ils
auroient bien de la joye d'en
avoir de pareils. Ils virent enfuite
les Appartemens de la
Cour, qui font deſtinez pour
ceux qui accompagnent le
Roy , lorſque Sa Majesté va
coucher à Marly. Il faut remarquer
que tous ces Appartemens
font non feulement
meublez , mais encore garnis
de tout ce que l'on peut s'iimaginer
de neceffaire aux
perſonnes de qualité qui doivent
coucher dans ce lieu-là ,
&le tout aux dépens duRoy ;
de
des Amb. de Siam .
245
et
de forte qu'en donnant la
clefà ceux qu'on y veut loqger
, ils n'ont beſoin de rien
d'avantage. Tout ce grand
foin roule fur Mr Bontemps ,
de dont la vigilance , l'exactitu
ez de & le grand ordre font
Les Ambaſſadeurs
et loüerent la magnifique bon
auté que le Roy avoit pour les
App Grands de fa Cour , & dirent
et qu'encore que Marly fust tout
git Royal , ils ne pouvoient s'empêel
cher de dire qu'il estoit auſſi tour
galant.
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Résumé : Description du Chasteau[,] des Peintures, des Jardins, & des Fontaines du Château de Marly, [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des ambassadeurs de Siam au château de Marly, situé sur le chemin de Saint-Germain. Le château, réputé pour sa magnificence et son élégance, est entouré d'un vallon offrant une vue splendide sur le château de Saint-Germain. Sa construction a nécessité des dépenses considérables pour assécher un terrain marécageux et aménager le jardin. Le château se compose d'un corps central de 21 toises de large, flanqué de douze pavillons séparés. Le rez-de-chaussée est somptueusement décoré, avec un grand salon octogonal orné de pilastres et de statues antiques. La voûte de ce salon est richement décorée et illuminée par des lustres de cristal. Les vestibules et les appartements sont également magnifiquement ornés, avec des tables de marbre et des tableaux représentant les victoires du roi. L'extérieur du château est embelli par des peintures à fresque et des sculptures en bronze doré. Les terrasses et les bassins d'eau ajoutent à la beauté du site. Le jardin, intégré au bâtiment, présente des chutes d'eau, des terrasses et des bassins de formes variées. Le parc est clôturé par des murs et des allées, offrant des points de vue sur le château et les grilles d'entrée. Les ambassadeurs ont été impressionnés par la construction novatrice et la décoration du château, ainsi que par les appartements meublés et prêts à accueillir des personnes de qualité. Ils ont particulièrement admiré les tableaux de Vandermeulen et les prévenances du roi. Par ailleurs, les ambassadeurs notent que tout est prêt pour les accueillir, sans nécessiter de préparation supplémentaire. La vigilance, l'exactitude et le grand ordre sont attribués à Monsieur Bontemps. Ils louent également la magnifique bonté du roi envers les Grands de sa cour et le caractère à la fois royal et galant de Marly.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 11-35
« Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Début :
Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...]
Mots clefs :
Duc de Bretagne, Peindre, Roi, Dire, Vertu, Duc de Bourgogne, Intercolonne, Versailles, Mots, Bruit, Beau, Faces, Cour, Pieds, Armes, Face, Paroles, Duchesse, Princesse, Feux
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texteReconnaissance textuelle : « Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Le 25. du mois paſſé, Madame
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
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11-
ne
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A-
de
la
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a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
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u
de
&
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ge
c
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n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
Fermer
Résumé : « Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Le 25 du mois précédent, la Duchesse de Bourgogne éprouva des douleurs annonçant un accouchement imminent, suscitant une grande attente parmi les habitants de Versailles. À midi, des douleurs plus intenses confirmèrent l'imminence de l'événement, déclenchant des réjouissances prématurées. À 17h15, la Duchesse donna naissance à un prince, qui reçut le titre de Duc de Bretagne. Cette nouvelle provoqua une joie intense et des festivités, incluant des illuminations, des feux d'artifice, et des distributions de vin et d'argent. Les célébrations se poursuivirent pendant trois jours, avec des illuminations et des feux d'artifice organisés par divers groupes. Sur la place du théâtre, une structure décorative à quatre faces fut érigée, chacune dédiée à un membre de la famille royale. Au centre, une statue représentait la France tenant le prince, surmontée d'une Renommée ailée. Les inscriptions sur les frises célébraient la bénédiction divine et la fécondité. Diverses vertus furent représentées, telles que la magnificence, la générosité, la célérité, l'abondance, la concorde et la patience, chacune accompagnée de devises spécifiques. Par exemple, la magnificence était illustrée par une femme distribuant de l'or, et la patience par une tige de lys à quatre fleurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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