Résultats : 608 texte(s)
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351
p. 101-102
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Début :
Né du plus horrible adultere, [...]
Mots clefs :
Minotaure
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Né du plus horrible adultere ,
É
A peine eus-je reçu le jour
Que l'on me ravit à ma mere ,
Et qu'on m'éloigna de la Cour.
Dans mes neuf pieds , je donne un Patriarche ;
Connu par la vigre & par l'Arche ,.
Et la fille d'Eréfichton.
Une ville ou jadis régnoit Pigmalion :
Une autre dont Homere a chanté la défaite.
La femme de l'Erebe , & le fameux Poëte ;
Qui de nos jours chanta le grand Henri ;
Ce que fille à quinze ans préfere au nom d'ami .
Un fleuve en Allemagne , une riviere en France ,
Le Dieu , qui met fous fa puiffance
yeux,
Les mortels ainfi que les dieux ;
Un mal à craindre pour les
Un ami de Céfar qui fuivit Cléopâtre ,
Une couleur oppofée à l'albâtre ,
Un Poëte lyrique , un arbre , une faiſon ,
Ce que l'on voit fouvent contraire à la raiſon ,
La fille de Cadmus , mere de Mélicerte ;
Un ennemi des Juifs qui confpira leur perte ;
Deux des rois d'Ifraël , deux pronoms , un métal
Qui caufe des Mortels ou le bien ou le mal ;
Un fameux miſantrope , un mont de l'Italie ,
Un autre dans la Grece , un Roi de Theffalie ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Deux Muſes ; je finis , ce n'eft pourtant pas tout ,
Mais je crains d'ennuyer , fi je vais jufqu'au bout.
Par Mademoiselle Moniſeau.
Né du plus horrible adultere ,
É
A peine eus-je reçu le jour
Que l'on me ravit à ma mere ,
Et qu'on m'éloigna de la Cour.
Dans mes neuf pieds , je donne un Patriarche ;
Connu par la vigre & par l'Arche ,.
Et la fille d'Eréfichton.
Une ville ou jadis régnoit Pigmalion :
Une autre dont Homere a chanté la défaite.
La femme de l'Erebe , & le fameux Poëte ;
Qui de nos jours chanta le grand Henri ;
Ce que fille à quinze ans préfere au nom d'ami .
Un fleuve en Allemagne , une riviere en France ,
Le Dieu , qui met fous fa puiffance
yeux,
Les mortels ainfi que les dieux ;
Un mal à craindre pour les
Un ami de Céfar qui fuivit Cléopâtre ,
Une couleur oppofée à l'albâtre ,
Un Poëte lyrique , un arbre , une faiſon ,
Ce que l'on voit fouvent contraire à la raiſon ,
La fille de Cadmus , mere de Mélicerte ;
Un ennemi des Juifs qui confpira leur perte ;
Deux des rois d'Ifraël , deux pronoms , un métal
Qui caufe des Mortels ou le bien ou le mal ;
Un fameux miſantrope , un mont de l'Italie ,
Un autre dans la Grece , un Roi de Theffalie ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Deux Muſes ; je finis , ce n'eft pourtant pas tout ,
Mais je crains d'ennuyer , fi je vais jufqu'au bout.
Par Mademoiselle Moniſeau.
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352
p. 86-89
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Début :
Toi, qui devins, par un crime nouveau, [...]
Mots clefs :
Épigramme
353
p. 75-76
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Début :
Dix lettres, cher Lecteur, composent ma structure, [...]
Mots clefs :
Psaltérion
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
DIXIx lettres , cher Lecteur , compofent ma
ftru &ture ,
D'un triangle tronqué je porte la figure.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
En me décomposant tu trouveras en moi
De tous les animaux le plus fort & le Roi ;
Sur les bords de la Seine une fuperbe Ville ;
Un métal dangereux qui rend tout très - facile ;
Deux fleurs formant le teint de l'aimable Cloris ;
Deux notes de muſique , un décret de Thémis ;
La fille d'Inachus & de la belle Ifmene ;
La Ville qu'embrafa le fol amour d'Helene ,
Avec l'endroit du corps , où le fils de Thétis ,
Reçut le coup mortel de la main de Pâris :
Un Poëte fameux qu'a produit l'Italie ;*
L'affemblée où Céfar vit terminer fa vie ;
Un Philofophe Grec dont les fçavans écrits
Font l'admiration de tous les beaux efprits :
Un don du Ciel qui met l'homme au deſſus des
bêtes ;
Un fleuve de l'Egypte , un des petits Prophetes ;
Un oiſeau décoré des plus riches couleurs ;
Un bien plus eftimé que toutes les grandeurs ;
Une piece au échecs ; le contraire de Cime ;
D'un Couvent de Nonains le parfait ſynonime.
Par Mademoiselle de Sauret , cadette de
Sarlat Penfionnaire aux Dames de la
Foi. A Sainte- Foi , en Agenois.
DIXIx lettres , cher Lecteur , compofent ma
ftru &ture ,
D'un triangle tronqué je porte la figure.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
En me décomposant tu trouveras en moi
De tous les animaux le plus fort & le Roi ;
Sur les bords de la Seine une fuperbe Ville ;
Un métal dangereux qui rend tout très - facile ;
Deux fleurs formant le teint de l'aimable Cloris ;
Deux notes de muſique , un décret de Thémis ;
La fille d'Inachus & de la belle Ifmene ;
La Ville qu'embrafa le fol amour d'Helene ,
Avec l'endroit du corps , où le fils de Thétis ,
Reçut le coup mortel de la main de Pâris :
Un Poëte fameux qu'a produit l'Italie ;*
L'affemblée où Céfar vit terminer fa vie ;
Un Philofophe Grec dont les fçavans écrits
Font l'admiration de tous les beaux efprits :
Un don du Ciel qui met l'homme au deſſus des
bêtes ;
Un fleuve de l'Egypte , un des petits Prophetes ;
Un oiſeau décoré des plus riches couleurs ;
Un bien plus eftimé que toutes les grandeurs ;
Une piece au échecs ; le contraire de Cime ;
D'un Couvent de Nonains le parfait ſynonime.
Par Mademoiselle de Sauret , cadette de
Sarlat Penfionnaire aux Dames de la
Foi. A Sainte- Foi , en Agenois.
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354
p. 84-87
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Deux choses que j'ai lues, Monsieur, dans votre dernier Mercure d'Août, m'ont [...]
Mots clefs :
Mlle de Car...., Logogriphes, Mercure, Sexe, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre, l'auteur exprime son mécontentement après avoir lu deux informations dans le dernier numéro du Mercure d'août 1756. La première concerne la tromperie de Mlle de Car... de Toulouse, envers qui l'auteur ressentait de la sympathie. Cette sympathie est remise en question, et l'auteur affirme que Mlle de Car... n'est pas la fille de M. le Riche, qu'il accuse de manquer d'esprit et de grâce envers les femmes. L'auteur déplore que les femmes soient souvent jugées sur leur apparence plutôt que sur leur esprit, rendant rares les femmes capables de rimer. L'auteur envoie deux logogryphes pour justifier l'envoi de sa lettre, mais doute que son courroux mérite une critique. Elle admire la justice et la légèreté du style de la critique du Mercure, qui valorise la réflexion. Elle s'excuse pour la longueur de sa lettre et encourage les femmes à contribuer au recueil avec leurs productions, malgré les négligences possibles dans leur poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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355
p. 87
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Début :
Quoique d'un naturel assez dur & stupide, [...]
Mots clefs :
Clavecin
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LOGO GRYPHE.
Quoique d'un naturel affez dur & ſtupide ,
Plus d'une jeune Iris fçait me toucher ſouvent.
Sans raifon je réfonne , & mon premier talent
Eft de donner le ton & de fervir de guide
Aux fujets d'une des neufs foeurs.
Que l'on m'analyſe d'ailleurs ,
J'offre l'heure la plus hardie :
Je renferme en mon ſein un utile animal ;
Ce que par fois à ſon rival
Ote un Amant par jalousie :
Une Ville de Normandie ;
Une autre de Piedmont; un endroit fombre & bas,
'Avec ce qu'on y fert , dont fouvent les appas
Balancent ceux d'Iſmene : un fameux hérétique ;
Une liqueur très - peu bachique :
Ce que fouvent la beauté rend ;
Ce qu'au mouton chaque an l'on prend :
Enfin , Lecteur , ce que Fillette
Veut être à ce qu'elle aime bien :
Ce que n'eft guere une coquette ,
Quoique ce foit pour plaire un affez für moyen
Quoique d'un naturel affez dur & ſtupide ,
Plus d'une jeune Iris fçait me toucher ſouvent.
Sans raifon je réfonne , & mon premier talent
Eft de donner le ton & de fervir de guide
Aux fujets d'une des neufs foeurs.
Que l'on m'analyſe d'ailleurs ,
J'offre l'heure la plus hardie :
Je renferme en mon ſein un utile animal ;
Ce que par fois à ſon rival
Ote un Amant par jalousie :
Une Ville de Normandie ;
Une autre de Piedmont; un endroit fombre & bas,
'Avec ce qu'on y fert , dont fouvent les appas
Balancent ceux d'Iſmene : un fameux hérétique ;
Une liqueur très - peu bachique :
Ce que fouvent la beauté rend ;
Ce qu'au mouton chaque an l'on prend :
Enfin , Lecteur , ce que Fillette
Veut être à ce qu'elle aime bien :
Ce que n'eft guere une coquette ,
Quoique ce foit pour plaire un affez für moyen
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356
p. 66-67
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Début :
A l'Auteur du Chipolata [...]
Mots clefs :
Incompréhensibilité
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A l'Auteur du Chipolata
Salut , honneur , & cætera :
Vous m'avez échauffé la bile.
Votre ragoût n'eft pas connu ;
Car (1 ) Soeur Louiſe très- habile ,
N'en a pas fait , n'en a pas vu.
Ah ! que je ferai fatisfaite ,
Si par un mot vieux ou nouveau ,
Je puis du fond de ma retraite ,
Aller troubler votre cerveau.
Dix-neuf pieds , cher Lecteur , forment mon exiftence
:
En me décompofant , tu peux avec aifance
Voir un fleuve fameux par fes débordemens ;
Ce qu'on tâche au trictrac de conferver longtemps
;
Celui qui croit à l'Evangile ;
Le Héros que chanta Virgile ;
Un célebre comique , un fruit délicieux ;
Ce que l'homme redoute en out temps en tous
lieux :
Un Général Romain , conquérant de l'Espagne;
Deux Empires d'Afie , une fainte montagne ;
(1 ) Chefde Cuifine du Couvent.
D
NOVEMBRE. 1756. €67
Un outil emmanché , néceffaire aux fapeurs ;
! Ce qu'engendre un procès entre des chicanears ;
Une Ville en Touraine , une belle fourrure ;
Le plus précieux don que faffe la nature ;
Un monftre fabuleux , un oiſeau babillard ;
Celle qui verfe aux Dieux le précieux Nectar ;
Un fils de Jupiter , un des Héros d'Homere ;
Du célefte féjour la prompte Meffagere ;
Un Juge des Enfers , un terme de Blazon ;
Le Roi des animaux , un excellent poiffon ;
Les deux noms que procure un fécond Hymenée ;
Ce qu'il faut douze fois pour former une année
Un mortel fur le trône , un faint Légiflateur ;
Du Paradis perdu l'incomparable Auteur ;
Le Sage conducteur du jeune fils d'Uliffe ,
Et l'imprudent époux de la tendre Euridice .
Par Mlle DE SAURET , cadette , Penfionnaire
aux Dames de Sainte Foy. En Agenois.
A l'Auteur du Chipolata
Salut , honneur , & cætera :
Vous m'avez échauffé la bile.
Votre ragoût n'eft pas connu ;
Car (1 ) Soeur Louiſe très- habile ,
N'en a pas fait , n'en a pas vu.
Ah ! que je ferai fatisfaite ,
Si par un mot vieux ou nouveau ,
Je puis du fond de ma retraite ,
Aller troubler votre cerveau.
Dix-neuf pieds , cher Lecteur , forment mon exiftence
:
En me décompofant , tu peux avec aifance
Voir un fleuve fameux par fes débordemens ;
Ce qu'on tâche au trictrac de conferver longtemps
;
Celui qui croit à l'Evangile ;
Le Héros que chanta Virgile ;
Un célebre comique , un fruit délicieux ;
Ce que l'homme redoute en out temps en tous
lieux :
Un Général Romain , conquérant de l'Espagne;
Deux Empires d'Afie , une fainte montagne ;
(1 ) Chefde Cuifine du Couvent.
D
NOVEMBRE. 1756. €67
Un outil emmanché , néceffaire aux fapeurs ;
! Ce qu'engendre un procès entre des chicanears ;
Une Ville en Touraine , une belle fourrure ;
Le plus précieux don que faffe la nature ;
Un monftre fabuleux , un oiſeau babillard ;
Celle qui verfe aux Dieux le précieux Nectar ;
Un fils de Jupiter , un des Héros d'Homere ;
Du célefte féjour la prompte Meffagere ;
Un Juge des Enfers , un terme de Blazon ;
Le Roi des animaux , un excellent poiffon ;
Les deux noms que procure un fécond Hymenée ;
Ce qu'il faut douze fois pour former une année
Un mortel fur le trône , un faint Légiflateur ;
Du Paradis perdu l'incomparable Auteur ;
Le Sage conducteur du jeune fils d'Uliffe ,
Et l'imprudent époux de la tendre Euridice .
Par Mlle DE SAURET , cadette , Penfionnaire
aux Dames de Sainte Foy. En Agenois.
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357
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
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Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
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358
p. 78-79
LOGOGRYPHE.
Début :
Je porte en treize pieds le métail précieux, [...]
Mots clefs :
Subordination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH Ε.
JE
porte en treize pieds le métail précieux ,
Dont l'avare repaît , & fon coeur & ſes yeux ;
Le caſque d'un Viſir ; cette liqueur vermeille ,
Que le Dieu des côteaux fait couler de la treille ;
Cequi fait l'ornement&leprix d'un chapeau ;
Le bruit que le Berger fait rendre à ſon pipeau ;
L'Amant de Talaïre; un terme de phyſique ;
Un mets dont ſe nourrit le peuple Aſiatiques
Ce qui fait d'ordinaire un acte d'un repas ;
Un ſage qui de l'or ne faiſoit aucun cas ;
Cequi charme un ſoldat au fort de la défaite ;
L'objet , l'unique objet des defirs d'un athlete ;
Un meuble néceſſaire au pieux voyageur ,
Dont Rome ou Compoſtelle admirent la ferveur :
UneDivinité dans Memphis adorée ;
Ce Prince infortuné ſi cher à Cythérée :
Une injure groſſiere , un boyau plein de ſang :
Tout homme bourſoufié des honneurs de fon
rang:
Cemot que ſur un ton fidoux pour une Actrice ,
Au théâtre prodigue un parterre propice ;
Un oiſeau ſur le Nil redoutable aux ferpens ;
Une fille en amour fidelle à ſes dépens :
JANVIER. 1757. 79
T
Cette charmante ſoeur dont l'humeur trop volage
Dans les murs de Sichem fit porter le ravage:
Lamere des épics , la force d'un château ,
La montagne où Pâris conduiſoit ſon troupeau;
Ce qui chez la Maubois fit entrer la fortune:
Une Nymphe qui dut ſon bonheur à Neptune ;
Lamouche de Junon , les Pages de l'Amour ;
Ce qui fait qu'un vieillard à Vulcain fait ſa cour;
Ce que , même au Couvent , nos jeunes Demoifelles
Rangent avec tant d'art , pour paroître plus belles.
Pour tout dire , en un mot ,je ſuis ce que l'Auteur
Sera toujours en droit d'exiger de ſa ſoeur.
ParMademoiselle DE SAURET , l'aînée» ,
Penſionnaire chez les Dames de la Foi.
ASainte-Foi , en Agenois.
JE
porte en treize pieds le métail précieux ,
Dont l'avare repaît , & fon coeur & ſes yeux ;
Le caſque d'un Viſir ; cette liqueur vermeille ,
Que le Dieu des côteaux fait couler de la treille ;
Cequi fait l'ornement&leprix d'un chapeau ;
Le bruit que le Berger fait rendre à ſon pipeau ;
L'Amant de Talaïre; un terme de phyſique ;
Un mets dont ſe nourrit le peuple Aſiatiques
Ce qui fait d'ordinaire un acte d'un repas ;
Un ſage qui de l'or ne faiſoit aucun cas ;
Cequi charme un ſoldat au fort de la défaite ;
L'objet , l'unique objet des defirs d'un athlete ;
Un meuble néceſſaire au pieux voyageur ,
Dont Rome ou Compoſtelle admirent la ferveur :
UneDivinité dans Memphis adorée ;
Ce Prince infortuné ſi cher à Cythérée :
Une injure groſſiere , un boyau plein de ſang :
Tout homme bourſoufié des honneurs de fon
rang:
Cemot que ſur un ton fidoux pour une Actrice ,
Au théâtre prodigue un parterre propice ;
Un oiſeau ſur le Nil redoutable aux ferpens ;
Une fille en amour fidelle à ſes dépens :
JANVIER. 1757. 79
T
Cette charmante ſoeur dont l'humeur trop volage
Dans les murs de Sichem fit porter le ravage:
Lamere des épics , la force d'un château ,
La montagne où Pâris conduiſoit ſon troupeau;
Ce qui chez la Maubois fit entrer la fortune:
Une Nymphe qui dut ſon bonheur à Neptune ;
Lamouche de Junon , les Pages de l'Amour ;
Ce qui fait qu'un vieillard à Vulcain fait ſa cour;
Ce que , même au Couvent , nos jeunes Demoifelles
Rangent avec tant d'art , pour paroître plus belles.
Pour tout dire , en un mot ,je ſuis ce que l'Auteur
Sera toujours en droit d'exiger de ſa ſoeur.
ParMademoiselle DE SAURET , l'aînée» ,
Penſionnaire chez les Dames de la Foi.
ASainte-Foi , en Agenois.
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359
p. 85-86
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un composé dont toutes les parties [...]
Mots clefs :
Chocolat
360
p. 236-237
A M. DE BOISSY.
Début :
Le Beaume de vie de M. le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, [...]
Mots clefs :
Baume de vie, Distillateur, Allaitement maternel, Boutons, Démangeaison, Pue, Maux de tête, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE BOISSY.
A M. DE BOISS r
E Beaume de vie de M. le Lievre , Diſtillateur
ordinaire du Roi , a produit de fi bons effets fur
moi & fur mes deux jeunes filles , que je ne pourrois
m'en taire fans ingratitude. Daignez donc ,
Monfieur , m'aider à faire connoître ma vive reconnoiffance.
Après une couche , j'avois un lait répandu , qui
me caufoit au bras droit une telle incommodité ,
que je ne pouvois en faire aucun ufage . Au bout
de quatre ans de fouffrances , je pris du Baume
de vie ; & d'abord , comme fi je venois encore
d'accoucher , il fortit , par la voie ordinaire , une
fi grande quantité d'humeurs laiteufes , que je me
trouvai entiérement guérie .
En fecond lieu , une de mes filles , fortant de
nourrice , étoit fi couverte fur tout le corps de
clous & de boutons , qu'on la jugeoit attaquée
d'une très- dangereufe galle. Très- affligée de la
voir dans un fi pitoyable état , je confultai un fçavant
Médecin , qui me dit qu'il ne fçavois rien
de plus fouverain pour la fecourir , que ce Baume.
MARS. 1757. 237
L'enfant qui ne pouvoit fouffrir aucune médecine
, en prit heureuſement , & dès la premiere bouteille
jetta plufieurs vers : cela fat ſuivi d'un dévoiement
qui ne fourniffoit que de l'eau claire ,
mais dont l'odeur étoit infupportable ; alors , au
lieu de deux cueillerées de baume qu'on lui donnoit
chaque jour , on lai en fit prendre quatre :
par ce puiffant remede la inalade rendit à diverſes
fois jufqu'à foixante vers ; les boutons difparurent ,
& le dévoiement fut arrêté. Il eft à remarquer que
pendant environ deux mois que dura ce traitement
, l'enfant ne perdit ni fon fommeil ni ſon appétit
, &
que fon teint conferva toujours les vives
couleurs.
Troifiémement , étant furvenu à mon aînée un
mal fous les aiffelles , & la voyant tourmentée par
de petits boutons , d'où fortoit une eau rouffe , &
qui lui caufoient une cruelle démangeaifon , j'eus
recours au Baume de vie ; j'en employai le marc ,
délayé dans de l'huile d'holive , à frotter les parties
malades ; je fis boire à cette enfant de cette liqueur,
& dès la deuxieme bouteille elle a joui d'une parfaite
fanté.
Je crois devoir , pour l'intérêt public , ajouter
que mon époux étant fujet aux maux de tête les
plus accablans , en a été plufieurs fois délivré , foit
en refpirant de ce Baume par le nez , foit en le
prenant par la bouche,
Je fuis , Monfieur , &c. Femme Chenų.
E Beaume de vie de M. le Lievre , Diſtillateur
ordinaire du Roi , a produit de fi bons effets fur
moi & fur mes deux jeunes filles , que je ne pourrois
m'en taire fans ingratitude. Daignez donc ,
Monfieur , m'aider à faire connoître ma vive reconnoiffance.
Après une couche , j'avois un lait répandu , qui
me caufoit au bras droit une telle incommodité ,
que je ne pouvois en faire aucun ufage . Au bout
de quatre ans de fouffrances , je pris du Baume
de vie ; & d'abord , comme fi je venois encore
d'accoucher , il fortit , par la voie ordinaire , une
fi grande quantité d'humeurs laiteufes , que je me
trouvai entiérement guérie .
En fecond lieu , une de mes filles , fortant de
nourrice , étoit fi couverte fur tout le corps de
clous & de boutons , qu'on la jugeoit attaquée
d'une très- dangereufe galle. Très- affligée de la
voir dans un fi pitoyable état , je confultai un fçavant
Médecin , qui me dit qu'il ne fçavois rien
de plus fouverain pour la fecourir , que ce Baume.
MARS. 1757. 237
L'enfant qui ne pouvoit fouffrir aucune médecine
, en prit heureuſement , & dès la premiere bouteille
jetta plufieurs vers : cela fat ſuivi d'un dévoiement
qui ne fourniffoit que de l'eau claire ,
mais dont l'odeur étoit infupportable ; alors , au
lieu de deux cueillerées de baume qu'on lui donnoit
chaque jour , on lai en fit prendre quatre :
par ce puiffant remede la inalade rendit à diverſes
fois jufqu'à foixante vers ; les boutons difparurent ,
& le dévoiement fut arrêté. Il eft à remarquer que
pendant environ deux mois que dura ce traitement
, l'enfant ne perdit ni fon fommeil ni ſon appétit
, &
que fon teint conferva toujours les vives
couleurs.
Troifiémement , étant furvenu à mon aînée un
mal fous les aiffelles , & la voyant tourmentée par
de petits boutons , d'où fortoit une eau rouffe , &
qui lui caufoient une cruelle démangeaifon , j'eus
recours au Baume de vie ; j'en employai le marc ,
délayé dans de l'huile d'holive , à frotter les parties
malades ; je fis boire à cette enfant de cette liqueur,
& dès la deuxieme bouteille elle a joui d'une parfaite
fanté.
Je crois devoir , pour l'intérêt public , ajouter
que mon époux étant fujet aux maux de tête les
plus accablans , en a été plufieurs fois délivré , foit
en refpirant de ce Baume par le nez , foit en le
prenant par la bouche,
Je fuis , Monfieur , &c. Femme Chenų.
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Résumé : A M. DE BOISSY.
Madame Chenų adresse une lettre à Monsieur de Boiss r pour témoigner des bienfaits du Baume de vie de Monsieur le Lièvre, distillateur du Roi. Après une grossesse, elle souffrait d'une incommodité au bras droit due à un lait répandu. Quatre ans de souffrances plus tard, elle prit du Baume de vie, ce qui provoqua l'expulsion de liquides laiteux et la guérit. Sa fille cadette, atteinte de boutons et de clous sur le corps, fut soignée avec le Baume. L'enfant, qui ne supportait pas les médicaments, prit du Baume et expulsa plusieurs vers, ce qui arrêta la maladie sans perturber son sommeil ou son appétit. Sa fille aînée, souffrant de boutons sous les aisselles, fut également guérie après avoir utilisé le Baume. De plus, son époux fut soulagé de maux de tête en utilisant le Baume par inhalation ou ingestion. Madame Chenų exprime sa reconnaissance et souhaite faire connaître les bienfaits du Baume pour l'intérêt public.
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362
p. 66
ENIGMOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur charmant, brave, mais trop volage, [...]
Mots clefs :
Constantinopolitanensibus
364
p. 88
ENIGME.
Début :
J'offre à tes yeux, ami Lecteur, [...]
Mots clefs :
Lit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
J'OFFRE 'OFFRE à tes yeux , ami Lecteur ,
Un lieu fouvent plein d'horreur ,
Dont l'orgueil des Héros s'honore ;;
Que le fimple vulgaire abhorre ,,
Quoique fa curiofité
Le cherche avec avidité.
Aux appas d'Iris infenfible ;
Elle fçait me rendre flexible.
Le Guerrier vigilant me craint
Le Moine en me quittant fe plaint
Je fuis l'écueil du mariage ,
.
Ce qui convient à tout âge ,
Au Potentat comme au Berger:
En un feul mot , pour abréger ,
Je fuis un vrai lieu de mifere
Au Louvre comme à la chaumiere.
Par Mile de la Boiffierre , à Moulins
J'OFFRE 'OFFRE à tes yeux , ami Lecteur ,
Un lieu fouvent plein d'horreur ,
Dont l'orgueil des Héros s'honore ;;
Que le fimple vulgaire abhorre ,,
Quoique fa curiofité
Le cherche avec avidité.
Aux appas d'Iris infenfible ;
Elle fçait me rendre flexible.
Le Guerrier vigilant me craint
Le Moine en me quittant fe plaint
Je fuis l'écueil du mariage ,
.
Ce qui convient à tout âge ,
Au Potentat comme au Berger:
En un feul mot , pour abréger ,
Je fuis un vrai lieu de mifere
Au Louvre comme à la chaumiere.
Par Mile de la Boiffierre , à Moulins
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365
p. 88-90
« Dans le Mercure de Mai nous nous étions bornés à apprendre au Public que / MONSIEUR, j'ai été extrêmement surprise de trouver dans le premier volume [...] »
Début :
Dans le Mercure de Mai nous nous étions bornés à apprendre au Public que / MONSIEUR, j'ai été extrêmement surprise de trouver dans le premier volume [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Moulins, Énigme
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texteReconnaissance textuelle : « Dans le Mercure de Mai nous nous étions bornés à apprendre au Public que / MONSIEUR, j'ai été extrêmement surprise de trouver dans le premier volume [...] »
Dans le Mercure de Mai nous nous
étions bornés à apprendre au Public que
Mademoiſelle de la Boiffiere , de Moulins ,
défavouoit l'Enigme qui a paru fous fon
nom dans le premier volume du Mercure
d'Avril. Comme il nous eft revenu qu'elle
ne fe contente point de ce défaveu , auJUIN.
1758 . 89
quel elle dit n'avoir aucune part, & qu'elle
fouhaite que nous inférions ici la Lettre
qu'elle nous a écrite à ce fujet , & qui contient
celui qu'elle fait elle- même , nous
ne croyons pas pouvoir lui refuſer la fatisfaction
qu'elle exige de nous. La voici :
MONSIEUR , ONSIEUR , j'ai été extrêmement furpriſe
de trouver dans le premier volume
du Mercure d'Avril , une Enigme au bas
de laquelle eft le nom de Mademoiſelle
de la Boiffiere : c'eft celui fous lequel je
fuis le plus connue , il n'y a point d'autre
perfonne à Moulins qui porte ce nom. Je
puis vous affurer , Monfieur , que cette
Enigme n'eft point de moi , que
l'on vous
en a impofé , & au Public , lorfqu'on vous
l'a adreffée fous mon nom . Je n'ai jamais
donné dans la littérature , encore moins
dans la poéfie. Je ne me flatte pas d'avoir
affez de connoiffance pour juger fi elle eft
bonne ou mauvaiſe , ni affez d'efprit pour
l'entendre. Telle qu'elle eft je la défavoue,
& j'ai tout fujet de me plaindre de la
perfonne qui vous l'a adreffée fous mon
nom. Si on a prétendu me faire honneur ,
de m'ériger en Auteur , en faifant inférer
dans le Mercure un ouvrage auquel je
n'ai aucune part , on auroit dû me demander
mon confentement , & fûrement je ne
go MERCURE DE FRANCE.
fuis pas.
l'aurois pas donné ; je n'ai point la fotte
vanité de vouloir paroître ce que je ne
Si on a voulu me donner un ridicule
, ma plainte eft encore mieux fondée
; je ne crois pas l'avoir mérité : je me
flattois d'avoir vécu jufqu'à préfent de
façon à ne me point faire d'ennemi . De
quelque part que ce procédé vienne , il eft
intéreffant pour moi que le Public foit
défabufé . Ainfi , Monfieur , je vous demande
en grace de vouloir bien inférer
dans votre prochain Mercure la Lettre que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Je fuis ,
Monfieur , votre très- humble & très-obéiffante
fervante , LA BOISSIERE.
A Moulins , ce 12 Avril 1758 .
étions bornés à apprendre au Public que
Mademoiſelle de la Boiffiere , de Moulins ,
défavouoit l'Enigme qui a paru fous fon
nom dans le premier volume du Mercure
d'Avril. Comme il nous eft revenu qu'elle
ne fe contente point de ce défaveu , auJUIN.
1758 . 89
quel elle dit n'avoir aucune part, & qu'elle
fouhaite que nous inférions ici la Lettre
qu'elle nous a écrite à ce fujet , & qui contient
celui qu'elle fait elle- même , nous
ne croyons pas pouvoir lui refuſer la fatisfaction
qu'elle exige de nous. La voici :
MONSIEUR , ONSIEUR , j'ai été extrêmement furpriſe
de trouver dans le premier volume
du Mercure d'Avril , une Enigme au bas
de laquelle eft le nom de Mademoiſelle
de la Boiffiere : c'eft celui fous lequel je
fuis le plus connue , il n'y a point d'autre
perfonne à Moulins qui porte ce nom. Je
puis vous affurer , Monfieur , que cette
Enigme n'eft point de moi , que
l'on vous
en a impofé , & au Public , lorfqu'on vous
l'a adreffée fous mon nom . Je n'ai jamais
donné dans la littérature , encore moins
dans la poéfie. Je ne me flatte pas d'avoir
affez de connoiffance pour juger fi elle eft
bonne ou mauvaiſe , ni affez d'efprit pour
l'entendre. Telle qu'elle eft je la défavoue,
& j'ai tout fujet de me plaindre de la
perfonne qui vous l'a adreffée fous mon
nom. Si on a prétendu me faire honneur ,
de m'ériger en Auteur , en faifant inférer
dans le Mercure un ouvrage auquel je
n'ai aucune part , on auroit dû me demander
mon confentement , & fûrement je ne
go MERCURE DE FRANCE.
fuis pas.
l'aurois pas donné ; je n'ai point la fotte
vanité de vouloir paroître ce que je ne
Si on a voulu me donner un ridicule
, ma plainte eft encore mieux fondée
; je ne crois pas l'avoir mérité : je me
flattois d'avoir vécu jufqu'à préfent de
façon à ne me point faire d'ennemi . De
quelque part que ce procédé vienne , il eft
intéreffant pour moi que le Public foit
défabufé . Ainfi , Monfieur , je vous demande
en grace de vouloir bien inférer
dans votre prochain Mercure la Lettre que
j'ai l'honneur de vous adreffer. Je fuis ,
Monfieur , votre très- humble & très-obéiffante
fervante , LA BOISSIERE.
A Moulins , ce 12 Avril 1758 .
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Résumé : « Dans le Mercure de Mai nous nous étions bornés à apprendre au Public que / MONSIEUR, j'ai été extrêmement surprise de trouver dans le premier volume [...] »
Dans le Mercure de Mai, Mademoiselle de la Boiffiere de Moulins conteste la publication d'une énigme parue sous son nom dans le Mercure d'Avril. Elle exprime son désaveu et demande la publication de sa lettre pour clarifier la situation. Dans cette lettre, datée du 12 avril 1758, elle affirme n'être ni l'auteure de l'énigme ni impliquée dans la littérature ou la poésie. Elle manifeste son mécontentement face à cette usurpation de son nom et souhaite désabuser le public. Mademoiselle de la Boiffiere précise qu'elle n'aurait jamais donné son consentement pour une telle publication et nie chercher à se faire passer pour une auteure. Elle conclut en demandant la publication de sa lettre pour rétablir la vérité.
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366
p. 75-76
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis de ma nature un monstrueux objet ; [...]
Mots clefs :
Rhinocéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis de ma nature un monftrueux objet ;
Mais le Séxe , par qui tout fe métamorphofe ,
M'a fçu rendre colifichet.
Ajoute, retranche , compoſe ;
Je t'offre l'Animal qui garde ton foyer ;
Lorſque chez toi chacun fommeille :
que fait éviter un adroit Nautonnier
L'ouvrage utile de l'Abeille :
Ce
Ce qu'un Taureau fait redouter :
Le fonore inftrument qu'à Diane on dédie :
Le contraire d'humide & celui d'atteſter :
Ce qu'une bonne Comédie
Doit dans le parterre
exciter :
De l'Europe une Iſle rébelle :
Un grand Chaffeur; un mot pour les filles char
mant ,
Et qui vient les fouftraire à la loi maternelle
Un Empire , un fon allarmant :
A répéter nos voix la Nymphe trop fidelle ,
Et qui trahit plus d'un Amant :
1
I
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Celui que rajeunit un magique myſtére :
Celle à qui Léandre fut plaire :
Le Centaure expert qui guida
L'enfance du fils de Pelée :
Un Fleuve d'Allemagne , un autre en Canada ,
Où des Guerniers François l'ardeur s'eſt ſignalée :
10. 7, 8 , 3. & 4. Ah ! je chante à ravir :
Souftrais 8. u verras la Bergere innocente
Ates tendres regards me cacher & rougir:
Par 8 , 9 , 10. & 7. je fuis la fleur brillante
¿Que Vénus teignit de fon fang :
6
8, 5. & 3. je me préſente
Revêtu du fuprême rang:
Tu peux trouver encore un titre qu'on révére :
L'oifeau qui défole un étang :
Du Dieu d'Epidaure la mére :
De Cadmus une fille , & ce métal maudit
Qui des humains altére l'ame ;
Mais peut-être en ai-je trop dit ;
Pardonne à l'Auteur : elle eft Femme.
Par une Dame de la Ville de Nantes.
E fuis de ma nature un monftrueux objet ;
Mais le Séxe , par qui tout fe métamorphofe ,
M'a fçu rendre colifichet.
Ajoute, retranche , compoſe ;
Je t'offre l'Animal qui garde ton foyer ;
Lorſque chez toi chacun fommeille :
que fait éviter un adroit Nautonnier
L'ouvrage utile de l'Abeille :
Ce
Ce qu'un Taureau fait redouter :
Le fonore inftrument qu'à Diane on dédie :
Le contraire d'humide & celui d'atteſter :
Ce qu'une bonne Comédie
Doit dans le parterre
exciter :
De l'Europe une Iſle rébelle :
Un grand Chaffeur; un mot pour les filles char
mant ,
Et qui vient les fouftraire à la loi maternelle
Un Empire , un fon allarmant :
A répéter nos voix la Nymphe trop fidelle ,
Et qui trahit plus d'un Amant :
1
I
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Celui que rajeunit un magique myſtére :
Celle à qui Léandre fut plaire :
Le Centaure expert qui guida
L'enfance du fils de Pelée :
Un Fleuve d'Allemagne , un autre en Canada ,
Où des Guerniers François l'ardeur s'eſt ſignalée :
10. 7, 8 , 3. & 4. Ah ! je chante à ravir :
Souftrais 8. u verras la Bergere innocente
Ates tendres regards me cacher & rougir:
Par 8 , 9 , 10. & 7. je fuis la fleur brillante
¿Que Vénus teignit de fon fang :
6
8, 5. & 3. je me préſente
Revêtu du fuprême rang:
Tu peux trouver encore un titre qu'on révére :
L'oifeau qui défole un étang :
Du Dieu d'Epidaure la mére :
De Cadmus une fille , & ce métal maudit
Qui des humains altére l'ame ;
Mais peut-être en ai-je trop dit ;
Pardonne à l'Auteur : elle eft Femme.
Par une Dame de la Ville de Nantes.
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367
p. 77-78
ENIGME.
Début :
Je suis un brillant assemblage, [...]
Mots clefs :
Quatorze d'as
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un brillant affemblage ,
De quatre objets fort différens.
De la Guerre , l'un eft l'image ;
L'autre , préfente aux regardans ,
Une herbe propre au pâturage.
3
Dijj
78 MERCURE DE FRANCE.
Le troifiéme , offre du pavé.
Le quatrième , une partie ,
Dont on ne peut être privé ,
Sans perdre en même- temps la vie.
Par Madame la Préfidente du T.....
E fuis un brillant affemblage ,
De quatre objets fort différens.
De la Guerre , l'un eft l'image ;
L'autre , préfente aux regardans ,
Une herbe propre au pâturage.
3
Dijj
78 MERCURE DE FRANCE.
Le troifiéme , offre du pavé.
Le quatrième , une partie ,
Dont on ne peut être privé ,
Sans perdre en même- temps la vie.
Par Madame la Préfidente du T.....
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368
p. 205-206
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, L'avertissement amphibologique du Libraire de Madame R. ... Auteur des Mémoires [...]
Mots clefs :
Mémoire, Auteur, Lettres, Ouvrage, Livre, Libraire, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR ,
L'avertiffement amphibologique du Libraire de
Madame R.... Auteur des Mémoires de Milady
2C6 MERCURE
DE FRANCE
>
B.... meforce à vous prier inftamment de vou-.
loir bien inftruire le Public , que l'Auteur des
Lettres de Fanny Butler , & de celles de Milady
Juliette Catesby n'a aucune prétention fur un
Quvrage, qui fans doute feroit beaucoup d'honpas
même
neur à fa plume ; mais qui ne lui eft
connu . Un de mes amis m'apporta hier une copie
de ce fingulier avertillement , & ne put me,
rendre compte de l'hiftoire de Milady B .... Mon génie peu fertile en événemens , & l'extrême
parelle de mon efprit , ne me permettront
jamais , je crois , d'entreprendre
un Livre en
quatre parties. Le Libraire de Madame R.... par
fa mal adroite façon de s'exprimer , a riſqué de lui enlever un avantage qu'elle a fur moi.Je lui en
reconnoîtrois bien d'autres , peut- être,fi j'avois le
temps de lirefon Livre. Jele penfe , & j'ai d'autang
plus de raifon de me le perfuader , qu'il n'eft,
pas ordinaire de rappeller au Public des Ouvra
ges,qui ont eu le bonheur d'obtenir fon fuffrage,
fans être bien für de l'agrément , de celui qu'on
préfente à leur fuite. J'en juge par moi -même,
Le fuccès de Milady Catesby m'a fi fort éffrayée, que je n'ai encore olé tenter un nouvel éffai. Il
elt fi rare de plaire deux fois ! R.
ONSIEUR ,
L'avertiffement amphibologique du Libraire de
Madame R.... Auteur des Mémoires de Milady
2C6 MERCURE
DE FRANCE
>
B.... meforce à vous prier inftamment de vou-.
loir bien inftruire le Public , que l'Auteur des
Lettres de Fanny Butler , & de celles de Milady
Juliette Catesby n'a aucune prétention fur un
Quvrage, qui fans doute feroit beaucoup d'honpas
même
neur à fa plume ; mais qui ne lui eft
connu . Un de mes amis m'apporta hier une copie
de ce fingulier avertillement , & ne put me,
rendre compte de l'hiftoire de Milady B .... Mon génie peu fertile en événemens , & l'extrême
parelle de mon efprit , ne me permettront
jamais , je crois , d'entreprendre
un Livre en
quatre parties. Le Libraire de Madame R.... par
fa mal adroite façon de s'exprimer , a riſqué de lui enlever un avantage qu'elle a fur moi.Je lui en
reconnoîtrois bien d'autres , peut- être,fi j'avois le
temps de lirefon Livre. Jele penfe , & j'ai d'autang
plus de raifon de me le perfuader , qu'il n'eft,
pas ordinaire de rappeller au Public des Ouvra
ges,qui ont eu le bonheur d'obtenir fon fuffrage,
fans être bien für de l'agrément , de celui qu'on
préfente à leur fuite. J'en juge par moi -même,
Le fuccès de Milady Catesby m'a fi fort éffrayée, que je n'ai encore olé tenter un nouvel éffai. Il
elt fi rare de plaire deux fois ! R.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Cette lettre vise à clarifier l'attribution de certaines œuvres littéraires. L'auteur nie être l'auteur des 'Mémoires de Milady', des 'Lettres de Fanny Butler' et des 'Lettres de Milady Juliette Catesby'. Bien qu'elle reconnaisse la qualité potentielle de ces ouvrages, elle affirme ne pas en être l'auteure. L'auteur mentionne avoir reçu une copie d'un avertissement du libraire de Madame R., qui a suggéré qu'elle pourrait être l'auteure de ces œuvres. Elle exprime son incapacité à écrire un livre en quatre parties en raison de son manque d'imagination et de la paresse de son esprit. Le succès de 'Milady Catesby' l'a dissuadée de tenter une nouvelle œuvre, craignant de ne pas pouvoir reproduire un tel succès. Elle souligne également qu'il est rare de plaire deux fois au public avec des œuvres successives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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369
p. 55
ENIGME.
Début :
Toujours noire comme un Démon, [...]
Mots clefs :
Bourse à cheveux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
T OUJOURS noiré comme un Démon ,
Tantôt grande & tantôt petite ;
Utile au Roi dans ma façon ,
Juges par-là de mon mérite.
Si je blanchis je ne vaux rien
On me méprife , on m'abandonne ,
Du laquais je deviens le bien.
Mais je vois que cela t'étonne ! -
Tu feras donc bien plus furpris :
La Fleur refuſe mon ſervice.
Combien voit-on de favoris ,
Qui fans contracter un feul vice ,
Déchus de leur autorité ,
Encourent la même diſgrâce !
Méprifés dans l'adverfité ,
A leurs défauts qui feroit grâce ?
Par Madame A. M.T.
T OUJOURS noiré comme un Démon ,
Tantôt grande & tantôt petite ;
Utile au Roi dans ma façon ,
Juges par-là de mon mérite.
Si je blanchis je ne vaux rien
On me méprife , on m'abandonne ,
Du laquais je deviens le bien.
Mais je vois que cela t'étonne ! -
Tu feras donc bien plus furpris :
La Fleur refuſe mon ſervice.
Combien voit-on de favoris ,
Qui fans contracter un feul vice ,
Déchus de leur autorité ,
Encourent la même diſgrâce !
Méprifés dans l'adverfité ,
A leurs défauts qui feroit grâce ?
Par Madame A. M.T.
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370
p. 50
LOGOGRYPHE.
Début :
Pris par derrière, ou par devant, [...]
Mots clefs :
Été
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE .
PRRIS par derrière , ou par devant ,
J'offre , Lecteur , également ,
L'une des Soeurs , que chaque année
On voit paroître exactement ,
Des vieillards furtout defirée,
Et favorable au tendre Amant
A qui je procure ſouvent
L'occafion de voir fa bien aimée.
De Bordeaux. Par ROSALIE DUMO...
PRRIS par derrière , ou par devant ,
J'offre , Lecteur , également ,
L'une des Soeurs , que chaque année
On voit paroître exactement ,
Des vieillards furtout defirée,
Et favorable au tendre Amant
A qui je procure ſouvent
L'occafion de voir fa bien aimée.
De Bordeaux. Par ROSALIE DUMO...
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372
p. 39
A son ALTESSE SÉRÉNISSIME Mgr le Prince DE CONDÉ.
Début :
ILLUSTRE rejetton du sang le plus auguste, [...]
Mots clefs :
Vainqueur, Amour, Gloire, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A son ALTESSE SÉRÉNISSIME Mgr le Prince DE CONDÉ.
A fon ALTESSE SÉRÉNISSIME
Mgr le Prince DE CONDÉ.
ILLUSTRE rejetton du ſang le plus auguſte ;
Jeune CONDÉ , Veux- tu fçavoir au juſte
La meſure d'amour que la France a pour toi ?
Ton coeur a tout le feu du vainqueur de Rocroi ;
Tu n'as cherché que la Victoire :
Eh bien la France t'aime autant , que toi la
gloire.
Par la MUSE LIMONADIERE.
Mgr le Prince DE CONDÉ.
ILLUSTRE rejetton du ſang le plus auguſte ;
Jeune CONDÉ , Veux- tu fçavoir au juſte
La meſure d'amour que la France a pour toi ?
Ton coeur a tout le feu du vainqueur de Rocroi ;
Tu n'as cherché que la Victoire :
Eh bien la France t'aime autant , que toi la
gloire.
Par la MUSE LIMONADIERE.
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373
p. 41-47
LETTRE d'une jeune Etrangère à une de ses Compatriotes, sur la coëffure & les modes actuelles des Françoises.
Début :
AVERTISSEMENT. Les modes sont une partie plus considérable / Ce qu'on nous a dit des Françoises, ma chère M**, fur le goût des ajustemens [...]
Mots clefs :
Modes, Femmes, Coiffures, Histoire philosophique, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'une jeune Etrangère à une de ses Compatriotes, sur la coëffure & les modes actuelles des Françoises.
LETTRE d'une jeune Etrangère à
une de fes Compatriotes , fur la
coëffure & les modes actuelles des
Françoifes.
AVERTISSEMENT.
LES modes font une partie plus confi
dérable qu'on ne croit dans l'Hiftoire
Philofophique d'une Nation. Il feroit
curieux d'en avoir des époques affurées
avec certains détails . Elles feroient nombreuses
& intéressantes dans notre Hiftoire
, parce que leur variation y eft perpétuelle.
Ony découvriroit peut-être plus
d'analogie qu'on ne paroît en voir entre
leurs révolutions & celles du génie ou du
tour de penfées . Enfin , ne fe borna-t- on
en cela qu'à la connoiffance des faits , il
n'eft pas douteux que celle- ci feroit trèsféconde.
L'occafion de faire ce qu'on a
négligé jufqu'à préfent , qui eft de conflater
ces variétés de COSTUME ,
nous
42 MERCURE DE FRANCE.
1
1
de
eft offerte par la permiffion que nous
avons obtenue de produire les Lettres
qu'unejeune Etrangère , à Paris depuis
la Paix , écrit dans fa Patrie. Ces Lettres
nous ont paru écrites avec un peu
malice quelquefois , mais fans fiel, &
avec moins de prétention de briller que
de s'amufer & d'amufer en même temps
la Perfonne à qui elles font adreffées.
Lepreftige de l'habitude n'altérant point
encore la vue de cette jeune Perfonne
elle eft plus en état de nous faire voir
certains goûts confacrés par nos ufages
dans un jour plus vrai . Quelle que foit
cependant notre opinion, nous la foumertons
ainfi que les Lettres même , au
jugement des Lecteurs , en donnant cette
premiere pour éffai.
A M. CH. KAREV
,
Ce qu'on nous a dit des Françoiſes ,
ma chère M** , fur le goût des ajuftemens
eſt apparemment un de ces préjugés
entre les Nations , qui fubfiftent
encore longtemps après ce qui avoit pu
y donner lieu. Il faut que les femmes
de Paris comptent prodigieufement fur
leurs charmes , pour les facrifier à la
bizarrerie de leur coëffure actuelle , ou
qu'elles ayent une étonnante vénéraJANVIER.
1763. 43
tion pour leurs Trifayeules , puifqu'elles
aiment mieux reffembler en cette partie
, aux vieux portraits que j'en ai
vus , que de s'en tenir tout naturellement
à leurs jeunes & jolies figures.
On nous avoit appris , comme tu fçais
ma chère bonne , que les Dames Françoifes,
il y a quelques années, avoient fi
confidérablement abaiffé leurs coëffures,
qu'on ne leur foupçonnoit plus de têtesce
n'eft plus cela , il s'en faut bien, Imagine-
toi , en voyant aujourd'hui des
Françoifes mifes galamment , dans un
cercle , dans une promenade , ou aux
Spectacles , rencontrer une troupe d'Euménides
noires ou blondes , qui ont enjolivé
de quelques ornemens les ferpens
qui fe dreffent & fe replient fur leurs
têtes ; & d'autres , plus négligées , dont
les cheveux fe hériffent à la vue de leurs
éffrayantes camarades. Tu trouves peutêtre
l'image un peu forte ? Je te proteſte
que fans la poudre & ces légers ornemens
qui en impofent , je ne fçais fi la
comparaifon ne feroit pas totalement
éxacte . Les plus timides des femmes ,
Paris , fur l'adoption des modes outrées ,
n'ont pas moins aujourd'hui , d'un demi-
pied de chevelure , artiſtement dreffée
fur leurs têtes . Ceci eft un fait fur
44 MERCURE DE FRANCE .
,
lequel il n'y a qu'à vérifier la mefure à
la main. Tel eft l'ufage journalier des
plus modeftes en parure , car fur les
Théâtres où les femmes du monde
vont étudier les airs & l'ajustement de
celles dont elles cenfurent la conduite ,
je ne fçaurois te rendre l'excès de ces
montagnes chevelues . Toutes les Actrices
à la vérité n'ont pas encore ofé
aller jufqu'à la hauteur des plus jeunes
têtes. Je t'affure en avoir vu dont
les Cornettes on autres ajuſtemens
perchées fur la cime de ces pyramides
de cheveux , font fi loin du vifage qu'elles
ont à coëffer , que le même coup
d'oeil ne peut les raffembler. J'oubliois
de te dire qu'un petit morceau de linge
ou dé dentelle , fort en arrière fur la tête
forme aujourd'hui feulement les Cornettes
ou garnitures , dont on n'a confervé
que cela , comme certaine marque
d'état , qu'on porte par obligation ,
mais dont on dérobe , autant qu'on
peut , l'apparence .
Fort furprife , comme on peut croire
, de l'efpéce de Mafcarade qui chan
geoit à mes yeux le caractère des figu
res , j'ai ofé m'informer à quelques-unes
de ces Dames , du motif qui avoit engagé
à ce fingulier exhauffement . Je
JANVIER. 1763. 45
>
m'adreffai pour cela aux plus hautes
huppées , comme devant être plus inftruites
de l'origine des Huppes ; elles
me répondirent de bonne foi , qu'elles
avoient remarqué que cela alloit beaucoup
mieux , que toute autre manière
à l'air de leur vifage. Remarquez que
celles qui me parloient ainfi , n'avoient
déjà plus de vifage , fous l'énorme monceau
qui l'anéantiffoit. En général , j'avoûrai
n'avoir encore rencontré aucun
vifage qui allât à cette coëffure
moins qu'ils ne fuffent auffi ridicules
que les coeffures elles-même. Que ne
défigureroit pas ce qui eft fi contraire
aux proportions que la nature & la raifon
indiquent à tous les yeux ? Ce qu'il
y a de plaifant en cela , pour nous autres
, ma chère , qu'on accoutume à raifonner
de bonne heure & fur tous les
fujets , c'eft que beaucoup de ces femmes
, imaginent qu'en fe hériffant ainfi
les cheveux fur la tête , elles en élévent
d'autant leur petite ftature ; comme fi la
comparaifon d'un objet exhauffé ne rabaiffoit
pas l'objet qu'il furmonte. En
forte que par-là elles parviennent précifément
à ce qu'elles veulent éviter. Elles
n'ont pas fait attention apparemment
, quoiqu'elles ayent fréquemment
46 MERCURE DE FRANCE .
des Polichinelles fous leurs yeux , que l'on
a grand foin de donner de hautes coëffures
pointues à toutes les Bamboches ,
afin que ces figures deviennent encore
plus courtes & plus ramaffées.
Pardeffus toutes les autres Nations
de l'Europe , même celles de l'Afie
auxquelles nulle autre ne diſpute le prix
de la beauté , les Françoifes avoient
fans conteftation & par excellence
l'avantage de la Phyfionomie. Je ne fçais,
ma chère Bonne , fi tu entends bien
tout ce qu'il faut entendre par ce mot ,
& toutes les idées agréables qu'il contient.
Quoiqu'il en foit , je t'apprends au
profit des autres femmes du monde ,
que les Françoifes , par leur maniere de
fe coëffer , ont perdu entiérement ces
phyfionomies fi variées & fi piquantes.
Il ne refte à celles qui ont les traits
affez forts pour foutenir ce pompeux
édifice de cheveux , que des vifages ,
dont fouvent il n'y a pas à fe vanter.
Tu mourrois de rire furtout à l'aspect
de certaines faces rondeletes , entourées
des rayons que forme cette chevelure
bien redreffée en l'air. Figure -toi ces
petites images groffières du Soleil qui
ornent nos Almanachs ruftiques.
J'ai remarqué qu'à la Cour on avoit
JANVIER. 1763 . 47
و
jufqu'à préfent moins adopté cette
mode qu'à la Ville , & que dans cette
Iderniere , celles qui la chargeoient davantage
étoient ordinairement les femmes
d'un état où l'étalage eft utile au
produit des charmes. Je ne ferois pas
éloigné de croire que celles- ci n'euffent
l'honneur de l'invention dans ce ridicule
ufage , & cela , pour offufquer les femmes
honnêtes dont elles commençoient
, dit- on , à craindre la concurrence.
La rufe de guerre ne me femble
pas avoir réuffi , car ce qu'on appelle
en ce pays honnêtes femmes , ont bientôt
fait voir aux autres , qu'un cheval
pour être de bonne race & renfermé en
bonne maiſon , n'en redreffe pas moins
fiérement fes crins dans l'occafion , que
celui qui paît en liberté dans les communes.
Adieu, ma tendre amie ; ta voyageufe
aura bien des chofes de pareille
importance à t'apprendre de ce paysci
, pourvu que les relations t'amufent.
une de fes Compatriotes , fur la
coëffure & les modes actuelles des
Françoifes.
AVERTISSEMENT.
LES modes font une partie plus confi
dérable qu'on ne croit dans l'Hiftoire
Philofophique d'une Nation. Il feroit
curieux d'en avoir des époques affurées
avec certains détails . Elles feroient nombreuses
& intéressantes dans notre Hiftoire
, parce que leur variation y eft perpétuelle.
Ony découvriroit peut-être plus
d'analogie qu'on ne paroît en voir entre
leurs révolutions & celles du génie ou du
tour de penfées . Enfin , ne fe borna-t- on
en cela qu'à la connoiffance des faits , il
n'eft pas douteux que celle- ci feroit trèsféconde.
L'occafion de faire ce qu'on a
négligé jufqu'à préfent , qui eft de conflater
ces variétés de COSTUME ,
nous
42 MERCURE DE FRANCE.
1
1
de
eft offerte par la permiffion que nous
avons obtenue de produire les Lettres
qu'unejeune Etrangère , à Paris depuis
la Paix , écrit dans fa Patrie. Ces Lettres
nous ont paru écrites avec un peu
malice quelquefois , mais fans fiel, &
avec moins de prétention de briller que
de s'amufer & d'amufer en même temps
la Perfonne à qui elles font adreffées.
Lepreftige de l'habitude n'altérant point
encore la vue de cette jeune Perfonne
elle eft plus en état de nous faire voir
certains goûts confacrés par nos ufages
dans un jour plus vrai . Quelle que foit
cependant notre opinion, nous la foumertons
ainfi que les Lettres même , au
jugement des Lecteurs , en donnant cette
premiere pour éffai.
A M. CH. KAREV
,
Ce qu'on nous a dit des Françoiſes ,
ma chère M** , fur le goût des ajuftemens
eſt apparemment un de ces préjugés
entre les Nations , qui fubfiftent
encore longtemps après ce qui avoit pu
y donner lieu. Il faut que les femmes
de Paris comptent prodigieufement fur
leurs charmes , pour les facrifier à la
bizarrerie de leur coëffure actuelle , ou
qu'elles ayent une étonnante vénéraJANVIER.
1763. 43
tion pour leurs Trifayeules , puifqu'elles
aiment mieux reffembler en cette partie
, aux vieux portraits que j'en ai
vus , que de s'en tenir tout naturellement
à leurs jeunes & jolies figures.
On nous avoit appris , comme tu fçais
ma chère bonne , que les Dames Françoifes,
il y a quelques années, avoient fi
confidérablement abaiffé leurs coëffures,
qu'on ne leur foupçonnoit plus de têtesce
n'eft plus cela , il s'en faut bien, Imagine-
toi , en voyant aujourd'hui des
Françoifes mifes galamment , dans un
cercle , dans une promenade , ou aux
Spectacles , rencontrer une troupe d'Euménides
noires ou blondes , qui ont enjolivé
de quelques ornemens les ferpens
qui fe dreffent & fe replient fur leurs
têtes ; & d'autres , plus négligées , dont
les cheveux fe hériffent à la vue de leurs
éffrayantes camarades. Tu trouves peutêtre
l'image un peu forte ? Je te proteſte
que fans la poudre & ces légers ornemens
qui en impofent , je ne fçais fi la
comparaifon ne feroit pas totalement
éxacte . Les plus timides des femmes ,
Paris , fur l'adoption des modes outrées ,
n'ont pas moins aujourd'hui , d'un demi-
pied de chevelure , artiſtement dreffée
fur leurs têtes . Ceci eft un fait fur
44 MERCURE DE FRANCE .
,
lequel il n'y a qu'à vérifier la mefure à
la main. Tel eft l'ufage journalier des
plus modeftes en parure , car fur les
Théâtres où les femmes du monde
vont étudier les airs & l'ajustement de
celles dont elles cenfurent la conduite ,
je ne fçaurois te rendre l'excès de ces
montagnes chevelues . Toutes les Actrices
à la vérité n'ont pas encore ofé
aller jufqu'à la hauteur des plus jeunes
têtes. Je t'affure en avoir vu dont
les Cornettes on autres ajuſtemens
perchées fur la cime de ces pyramides
de cheveux , font fi loin du vifage qu'elles
ont à coëffer , que le même coup
d'oeil ne peut les raffembler. J'oubliois
de te dire qu'un petit morceau de linge
ou dé dentelle , fort en arrière fur la tête
forme aujourd'hui feulement les Cornettes
ou garnitures , dont on n'a confervé
que cela , comme certaine marque
d'état , qu'on porte par obligation ,
mais dont on dérobe , autant qu'on
peut , l'apparence .
Fort furprife , comme on peut croire
, de l'efpéce de Mafcarade qui chan
geoit à mes yeux le caractère des figu
res , j'ai ofé m'informer à quelques-unes
de ces Dames , du motif qui avoit engagé
à ce fingulier exhauffement . Je
JANVIER. 1763. 45
>
m'adreffai pour cela aux plus hautes
huppées , comme devant être plus inftruites
de l'origine des Huppes ; elles
me répondirent de bonne foi , qu'elles
avoient remarqué que cela alloit beaucoup
mieux , que toute autre manière
à l'air de leur vifage. Remarquez que
celles qui me parloient ainfi , n'avoient
déjà plus de vifage , fous l'énorme monceau
qui l'anéantiffoit. En général , j'avoûrai
n'avoir encore rencontré aucun
vifage qui allât à cette coëffure
moins qu'ils ne fuffent auffi ridicules
que les coeffures elles-même. Que ne
défigureroit pas ce qui eft fi contraire
aux proportions que la nature & la raifon
indiquent à tous les yeux ? Ce qu'il
y a de plaifant en cela , pour nous autres
, ma chère , qu'on accoutume à raifonner
de bonne heure & fur tous les
fujets , c'eft que beaucoup de ces femmes
, imaginent qu'en fe hériffant ainfi
les cheveux fur la tête , elles en élévent
d'autant leur petite ftature ; comme fi la
comparaifon d'un objet exhauffé ne rabaiffoit
pas l'objet qu'il furmonte. En
forte que par-là elles parviennent précifément
à ce qu'elles veulent éviter. Elles
n'ont pas fait attention apparemment
, quoiqu'elles ayent fréquemment
46 MERCURE DE FRANCE .
des Polichinelles fous leurs yeux , que l'on
a grand foin de donner de hautes coëffures
pointues à toutes les Bamboches ,
afin que ces figures deviennent encore
plus courtes & plus ramaffées.
Pardeffus toutes les autres Nations
de l'Europe , même celles de l'Afie
auxquelles nulle autre ne diſpute le prix
de la beauté , les Françoifes avoient
fans conteftation & par excellence
l'avantage de la Phyfionomie. Je ne fçais,
ma chère Bonne , fi tu entends bien
tout ce qu'il faut entendre par ce mot ,
& toutes les idées agréables qu'il contient.
Quoiqu'il en foit , je t'apprends au
profit des autres femmes du monde ,
que les Françoifes , par leur maniere de
fe coëffer , ont perdu entiérement ces
phyfionomies fi variées & fi piquantes.
Il ne refte à celles qui ont les traits
affez forts pour foutenir ce pompeux
édifice de cheveux , que des vifages ,
dont fouvent il n'y a pas à fe vanter.
Tu mourrois de rire furtout à l'aspect
de certaines faces rondeletes , entourées
des rayons que forme cette chevelure
bien redreffée en l'air. Figure -toi ces
petites images groffières du Soleil qui
ornent nos Almanachs ruftiques.
J'ai remarqué qu'à la Cour on avoit
JANVIER. 1763 . 47
و
jufqu'à préfent moins adopté cette
mode qu'à la Ville , & que dans cette
Iderniere , celles qui la chargeoient davantage
étoient ordinairement les femmes
d'un état où l'étalage eft utile au
produit des charmes. Je ne ferois pas
éloigné de croire que celles- ci n'euffent
l'honneur de l'invention dans ce ridicule
ufage , & cela , pour offufquer les femmes
honnêtes dont elles commençoient
, dit- on , à craindre la concurrence.
La rufe de guerre ne me femble
pas avoir réuffi , car ce qu'on appelle
en ce pays honnêtes femmes , ont bientôt
fait voir aux autres , qu'un cheval
pour être de bonne race & renfermé en
bonne maiſon , n'en redreffe pas moins
fiérement fes crins dans l'occafion , que
celui qui paît en liberté dans les communes.
Adieu, ma tendre amie ; ta voyageufe
aura bien des chofes de pareille
importance à t'apprendre de ce paysci
, pourvu que les relations t'amufent.
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Résumé : LETTRE d'une jeune Etrangère à une de ses Compatriotes, sur la coëffure & les modes actuelles des Françoises.
La lettre d'une jeune étrangère à une compatriote traite des modes actuelles des Françaises, en particulier des coiffures. L'auteur considère les modes comme un aspect important de l'histoire philosophique d'une nation, révélant des analogies avec les révolutions du génie ou du tour de pensées. La lettre vise à amuser et à informer sur les variétés de costumes. L'étrangère observe que les Françaises sacrifient leurs charmes naturels pour des coiffures bizarres, préférant ressembler à des portraits anciens plutôt qu'à leurs jeunes visages. Les coiffures actuelles sont décrites comme des montagnes de cheveux artistement dressés, souvent ornées de poudre et de légers ornements. Même les femmes timides portent un demi-pied de chevelure, et les actrices sur les théâtres adoptent des coiffures encore plus extravagantes. L'auteur s'informe auprès des dames sur les motifs de ces coiffures extravagantes et reçoit des réponses variées. Elle remarque que ces coiffures déforment les visages et les rendent ridicules, contraires aux proportions naturelles. Certaines femmes croient que cela élève leur petite stature, sans réaliser que cela les rabaisserait plutôt. L'étrangère souligne que les Françaises, autrefois reconnues pour leur physionomie, ont perdu cet avantage à cause de leurs coiffures. Elle observe que cette mode est plus adoptée à la ville qu'à la cour et que les femmes d'un certain état l'ont peut-être inventée pour se distinguer. Elle conclut en notant que les femmes honnêtes ont rapidement adopté cette mode, malgré les intentions initiales de certaines femmes de la concurrencer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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374
p. 15-21
LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
Début :
VOUS me demandez, Madame, quels sont mes amusemens à la campagne ? [...]
Mots clefs :
Amusements, Campagne, Jeu, Lecture, Misanthropie, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
LETTRE de Mlle *** à Madame...
fur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU ..
VOUS
17628
me demandez ,, Madame
quels font mes amuſemens à la campagne
? vous pouvez vous les imaginer
fans peine , la promenade , la chaffe , la
pêche , le jeu , la table , & puis le jeu
encore , car cet éternel jeu ne finit jamais
; un peu de lecture , quelques réflexions
bonnes bonnes ou mauvaiſes ;
voilà ce qui nous occupe , non pas
fans regretter Paris : car j'aime le Spec--
tacle , il n'y en a point ici : je chéris
la liberté , on en connoît ici que le
nom : on vous l'ôte a force de fe van--
ter qu'on vous la donne. Je conviens .
qu'on a partout des devoirs de fociété
à obferver , mais ils font plus gênans
à la campagne . Si le coeur étoit.
de la partie ; fi le dévoir devenoit un
16 MERCURE DE FRANCE.
goût , il feroit plus facile à remplir.
Mais on fe voit de trop près pour ne
fe point connoître ; & il eft difficile
de s'aimer , quand on fe connoît fi
bien. Pour me fauver de la néceffité de
jouer , je fuppofe quelquefois que j'ai
des brochures à lire qu'il me faut renvoyer
à Paris , & je dis fouvent la
vérité. Je n'ai eu que quatre jours le
livre d'Emile , & vous m'avouerez que
ce n'eft pas affez .Jel'ai cependant lû tout
entier, excepté une bonne partie de la pro
feffion de foi duVicaireSavoyard.M.Rouf
feau écrit trop bien , pour qu'on puiffe
fe refufer à l'envie & au plaifir de le
lire. J'ai reconnu dans fon Emile , l'aureur
de la nouvelle Heloïfe ; mais je
ne reconnois plus l'Auteur des difcours
contre les Sciences , & fur l'égalité des
conditions , ni même de la lettre contre
les Spectacles. On pardonnoit à M.
Rouffeau , un peu de mifantropie en
faveur de la pureté de fa morale . Il
nous difoit quelquefois des vérités un
peu trop dures ; mais il les difoit avec
l'énergie qu'elles infpirent. Si la vérité
ne plaît pas toujours , elle a du moins
le droit de convaincre. M. Rouffeau
ſe plaint de nos moeurs , il a raiſon . Je
crains bien que leur maligne influence
MARS. 1763. 17
n'ait aniolli les fiennes. Ce Philofophe
févère a déridé fon front. Dans fon
Emile il difcute des matières qui ne
me paroiffent guères propre à l'éducation
d'un jeune homme . Et je crois
qu'en pareil cas les leçons intéreffent
plus le maître que l'écolier. Peut- être ,
Madame , allez -vous me taxer d'ingratitude
envers M. Rouffeau ; vous me
repréſenterez que je lui dois avec mon
fexe beaucoup de reconnoiffance , de
tout le bien qu'il en dit , de ce qu'il
daigne même en parler , foit en bien
foit en mal. Mais je ne crois pas qu'il
fe faffe pour cela beaucoup de violence.
Il aime trop les femmes pour n'y pas
penfer , & pour n'en pas parler plus
qu'il ne voudroit. On m'avoit déja
prévenue qu'il nous exaltoit beaucoup
dans fon dernier ouvrage : je n'en
puis difconvenir. Mais nous ne devons
pas , ce me femble , en tirer beaucoup
de vanité. Il a eu foin d'effacer par le
trait le plus humiliant , tout le plaifir
que cela pouvoit nous faire. Il veut
qu'une femme foit femme , & rien de
plus. Si la comparaiſon eft permiſe
Joferai représenter à M. Rouſſeau ,
qu'un homme élevé comme tout homme
l'eft felon ſon état , eft bien plus
18 MERCURE DE FRANCE.
au- deffus de fon Etre , qu'un femme.
Cependant fouvent vous le voyez qui
non content de l'éducations qu'on lui
donne , veut franchir les bornes qu'elle
lui prefcrit. Son genie tranſcendant veut
être créateur. Il ajoute aux Arts & aux
Sciences , qu'il pofféde , & veut en
produire de nouvelles . S'il s'abîme dans
dans la fpéculation , il veut lire jufques
dans l'avenir ; il interroge les aftres ,
il mefure leur étendue , leur distance ,
il prédit les révolutions qui doivent
leur arriver ; il fait plus , il veut comprendre
celui qui les a créés. Tandis
qu'il n'eft point de limites pour fon
efprit curieux , qu'il veut pénétrer ce
qui eft impénétrable , & percer le voile
que la Providence a mis fur fes décrets ;
enfin tandis qu'il s'éleve juſqu'à la Divinité
même , il ne fera pas permis à
une femme de s'élever feulement jufqu'à
l'homme , en defirant la moindre partie
de l'éducation qu'on lui donne !
Seroit- ce en l'imitant qu'on fe rendroit
indigne de lui ? je conviens qu'il faut
que chacun refte dans fa fphère ; mais
celle d'une femme eft bien étroite , &
il eft naturel de chercher à fortir de
fa prifon. Je conviens qu'il y a des devoirs
d'état à remplir ; que ceux d'une
MARS. 1763. 19
femme font éffentiels , & qu'elle doit les
préférer à toute autre occupation. Mais
enfin toutes les femmes n'ont pas
dirai-je,le bonheur ? ..le mot feroit peutêtre
hazardé : toutes les femmes , dis -je ,
Ine font pas mères; ainfi elles ne peuvent
pas toutes être entourées de hardes d'En--
fans. Que celles qui n'ont pas ce glorieux
avantage, ayent la liberté du moins
d'être entourées de brochures ; il leur ref
tera encore affez de temps pour cultiver
leurs charmes , & pour plaire même
à M. Rouleau. Mais me dira-t- il ,
elles
auront le titre de bel-efprit , & toutefille
bel- efprit , reflera fille , tant qu'ily aura
des hommes fenfes fur la terre ? Heureufement
, qu'ils ne le font pas tous , &
les Demoiſelles beaux-efprits, ne trou--
veront que trop à qui s'allier . Mais fi
elles ne trouvoient pas. ( Le Ciel nous.
offre quelquefois des Phénomènes , la
terre pourroit en offrir à fan tour , ) fi
les hommes alloient devenir raiſonna--
bles ? Eh bien , elles auroient toujours
le tire de bel efprit , & à peu de frais ,
s'il faut feulement pour l'acquérir être
entourées de brochures . Si elles font for
cées de garder le célibat : cet état peut
avoir fes douceurs ; & quoiqu'en dife
M. Diderot , dans fon Père de Famille,,
1
20 MERCURE DE FRANCE.
il ne prépare pas toujours des regrets. La
liberté qu'il laiffe , peut dédommager du
ridicule attaché au bel - efprit . Mais M.
Rouſſeau me paroît trop généreux , de
rejetter ce ridicule fur nous feules : nous
fommes trop juftes pour le recevoir
entierement ; & nous nous contentons
d'en accepter au plus la moité : car
fi l'on compte au Parnaffe neuf Mufes
pour un Apollon , à peine peut-on compter
ici-bas , une mufe pour un bien plus
grand nombre d'Apollons ; & malgré
leur rareté , M. Rouffeau femble douter
encore de leur propre éxiſtence !
Je lui pardonne de nous avoir menacées
de ne point trouver d'époux ce font
de ces malheurs qu'on peut fupporter;
d'ailleurs , l'effet ne fuit pas toujours la
menace. Je lui pardonne auffi de nous
accufer de n'avoir point de génie ; nous
nous contentons de l'efprit , puifqu'il
veut bien nous le laiffer. Mais je ne
lui pardonne point d'ofer affurer , que
toute femme qui écrit a quelqu'un
qui lui conduit la main. Il ne nous
laiffe pas même la gloire de faire du
mauvais. Je ne fçai ; mais il me femble
qu'un Auteur eft trop amoureux de
fes ouvrages , pour les donner ainfi gra
tuitement. Il auroit pourtant dû nom-
?
MARS. 1763. 21
mer les plumes élégantes qui ont bien
voulu facrifier leur gloire à celles des
Sévignés , des la Suze , & des autres
Dames illuftres du dernier fiécle.
A l'égard des modernes qui ont quelque
réputation , M. Rouffeau auroit
pû les prier de fe laiffer enfermer ſeulement
vingt-quatre heures , avec de l'encre
& du papier , & par ce qu'elles auroient
produit , il auroit jugé de leurs
talens. Vous me direz , fans doute ,
Madame , qu'on peur douter de bien
des chofes , lorfqu'on doute de la révélation
: mais tout ce que M. Rouſſeau
dira contre notre Religion , ne lui portera
aucune atteinte. Qu'il prenne le
ton férieux , où le ton ironique , fes
raiſonnemens ne pourront l'ébranler ;
la Religion fe foutient d'elle-même , &
trouve un défenfeur dans chaque confcience
. Mais nous, qui ofera nous défendre
, quand M. Rouffeau nous attaque ?
Il faut donc fe taire , car je n'ai déjà
peut- être que trop parlé. Permettez -moi
feulement, de vous affurer de la vive
fincérité des fentimens avec lesquels
J'ai l'honneur d'être , & c.
fur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU ..
VOUS
17628
me demandez ,, Madame
quels font mes amuſemens à la campagne
? vous pouvez vous les imaginer
fans peine , la promenade , la chaffe , la
pêche , le jeu , la table , & puis le jeu
encore , car cet éternel jeu ne finit jamais
; un peu de lecture , quelques réflexions
bonnes bonnes ou mauvaiſes ;
voilà ce qui nous occupe , non pas
fans regretter Paris : car j'aime le Spec--
tacle , il n'y en a point ici : je chéris
la liberté , on en connoît ici que le
nom : on vous l'ôte a force de fe van--
ter qu'on vous la donne. Je conviens .
qu'on a partout des devoirs de fociété
à obferver , mais ils font plus gênans
à la campagne . Si le coeur étoit.
de la partie ; fi le dévoir devenoit un
16 MERCURE DE FRANCE.
goût , il feroit plus facile à remplir.
Mais on fe voit de trop près pour ne
fe point connoître ; & il eft difficile
de s'aimer , quand on fe connoît fi
bien. Pour me fauver de la néceffité de
jouer , je fuppofe quelquefois que j'ai
des brochures à lire qu'il me faut renvoyer
à Paris , & je dis fouvent la
vérité. Je n'ai eu que quatre jours le
livre d'Emile , & vous m'avouerez que
ce n'eft pas affez .Jel'ai cependant lû tout
entier, excepté une bonne partie de la pro
feffion de foi duVicaireSavoyard.M.Rouf
feau écrit trop bien , pour qu'on puiffe
fe refufer à l'envie & au plaifir de le
lire. J'ai reconnu dans fon Emile , l'aureur
de la nouvelle Heloïfe ; mais je
ne reconnois plus l'Auteur des difcours
contre les Sciences , & fur l'égalité des
conditions , ni même de la lettre contre
les Spectacles. On pardonnoit à M.
Rouffeau , un peu de mifantropie en
faveur de la pureté de fa morale . Il
nous difoit quelquefois des vérités un
peu trop dures ; mais il les difoit avec
l'énergie qu'elles infpirent. Si la vérité
ne plaît pas toujours , elle a du moins
le droit de convaincre. M. Rouffeau
ſe plaint de nos moeurs , il a raiſon . Je
crains bien que leur maligne influence
MARS. 1763. 17
n'ait aniolli les fiennes. Ce Philofophe
févère a déridé fon front. Dans fon
Emile il difcute des matières qui ne
me paroiffent guères propre à l'éducation
d'un jeune homme . Et je crois
qu'en pareil cas les leçons intéreffent
plus le maître que l'écolier. Peut- être ,
Madame , allez -vous me taxer d'ingratitude
envers M. Rouffeau ; vous me
repréſenterez que je lui dois avec mon
fexe beaucoup de reconnoiffance , de
tout le bien qu'il en dit , de ce qu'il
daigne même en parler , foit en bien
foit en mal. Mais je ne crois pas qu'il
fe faffe pour cela beaucoup de violence.
Il aime trop les femmes pour n'y pas
penfer , & pour n'en pas parler plus
qu'il ne voudroit. On m'avoit déja
prévenue qu'il nous exaltoit beaucoup
dans fon dernier ouvrage : je n'en
puis difconvenir. Mais nous ne devons
pas , ce me femble , en tirer beaucoup
de vanité. Il a eu foin d'effacer par le
trait le plus humiliant , tout le plaifir
que cela pouvoit nous faire. Il veut
qu'une femme foit femme , & rien de
plus. Si la comparaiſon eft permiſe
Joferai représenter à M. Rouſſeau ,
qu'un homme élevé comme tout homme
l'eft felon ſon état , eft bien plus
18 MERCURE DE FRANCE.
au- deffus de fon Etre , qu'un femme.
Cependant fouvent vous le voyez qui
non content de l'éducations qu'on lui
donne , veut franchir les bornes qu'elle
lui prefcrit. Son genie tranſcendant veut
être créateur. Il ajoute aux Arts & aux
Sciences , qu'il pofféde , & veut en
produire de nouvelles . S'il s'abîme dans
dans la fpéculation , il veut lire jufques
dans l'avenir ; il interroge les aftres ,
il mefure leur étendue , leur distance ,
il prédit les révolutions qui doivent
leur arriver ; il fait plus , il veut comprendre
celui qui les a créés. Tandis
qu'il n'eft point de limites pour fon
efprit curieux , qu'il veut pénétrer ce
qui eft impénétrable , & percer le voile
que la Providence a mis fur fes décrets ;
enfin tandis qu'il s'éleve juſqu'à la Divinité
même , il ne fera pas permis à
une femme de s'élever feulement jufqu'à
l'homme , en defirant la moindre partie
de l'éducation qu'on lui donne !
Seroit- ce en l'imitant qu'on fe rendroit
indigne de lui ? je conviens qu'il faut
que chacun refte dans fa fphère ; mais
celle d'une femme eft bien étroite , &
il eft naturel de chercher à fortir de
fa prifon. Je conviens qu'il y a des devoirs
d'état à remplir ; que ceux d'une
MARS. 1763. 19
femme font éffentiels , & qu'elle doit les
préférer à toute autre occupation. Mais
enfin toutes les femmes n'ont pas
dirai-je,le bonheur ? ..le mot feroit peutêtre
hazardé : toutes les femmes , dis -je ,
Ine font pas mères; ainfi elles ne peuvent
pas toutes être entourées de hardes d'En--
fans. Que celles qui n'ont pas ce glorieux
avantage, ayent la liberté du moins
d'être entourées de brochures ; il leur ref
tera encore affez de temps pour cultiver
leurs charmes , & pour plaire même
à M. Rouleau. Mais me dira-t- il ,
elles
auront le titre de bel-efprit , & toutefille
bel- efprit , reflera fille , tant qu'ily aura
des hommes fenfes fur la terre ? Heureufement
, qu'ils ne le font pas tous , &
les Demoiſelles beaux-efprits, ne trou--
veront que trop à qui s'allier . Mais fi
elles ne trouvoient pas. ( Le Ciel nous.
offre quelquefois des Phénomènes , la
terre pourroit en offrir à fan tour , ) fi
les hommes alloient devenir raiſonna--
bles ? Eh bien , elles auroient toujours
le tire de bel efprit , & à peu de frais ,
s'il faut feulement pour l'acquérir être
entourées de brochures . Si elles font for
cées de garder le célibat : cet état peut
avoir fes douceurs ; & quoiqu'en dife
M. Diderot , dans fon Père de Famille,,
1
20 MERCURE DE FRANCE.
il ne prépare pas toujours des regrets. La
liberté qu'il laiffe , peut dédommager du
ridicule attaché au bel - efprit . Mais M.
Rouſſeau me paroît trop généreux , de
rejetter ce ridicule fur nous feules : nous
fommes trop juftes pour le recevoir
entierement ; & nous nous contentons
d'en accepter au plus la moité : car
fi l'on compte au Parnaffe neuf Mufes
pour un Apollon , à peine peut-on compter
ici-bas , une mufe pour un bien plus
grand nombre d'Apollons ; & malgré
leur rareté , M. Rouffeau femble douter
encore de leur propre éxiſtence !
Je lui pardonne de nous avoir menacées
de ne point trouver d'époux ce font
de ces malheurs qu'on peut fupporter;
d'ailleurs , l'effet ne fuit pas toujours la
menace. Je lui pardonne auffi de nous
accufer de n'avoir point de génie ; nous
nous contentons de l'efprit , puifqu'il
veut bien nous le laiffer. Mais je ne
lui pardonne point d'ofer affurer , que
toute femme qui écrit a quelqu'un
qui lui conduit la main. Il ne nous
laiffe pas même la gloire de faire du
mauvais. Je ne fçai ; mais il me femble
qu'un Auteur eft trop amoureux de
fes ouvrages , pour les donner ainfi gra
tuitement. Il auroit pourtant dû nom-
?
MARS. 1763. 21
mer les plumes élégantes qui ont bien
voulu facrifier leur gloire à celles des
Sévignés , des la Suze , & des autres
Dames illuftres du dernier fiécle.
A l'égard des modernes qui ont quelque
réputation , M. Rouffeau auroit
pû les prier de fe laiffer enfermer ſeulement
vingt-quatre heures , avec de l'encre
& du papier , & par ce qu'elles auroient
produit , il auroit jugé de leurs
talens. Vous me direz , fans doute ,
Madame , qu'on peur douter de bien
des chofes , lorfqu'on doute de la révélation
: mais tout ce que M. Rouſſeau
dira contre notre Religion , ne lui portera
aucune atteinte. Qu'il prenne le
ton férieux , où le ton ironique , fes
raiſonnemens ne pourront l'ébranler ;
la Religion fe foutient d'elle-même , &
trouve un défenfeur dans chaque confcience
. Mais nous, qui ofera nous défendre
, quand M. Rouffeau nous attaque ?
Il faut donc fe taire , car je n'ai déjà
peut- être que trop parlé. Permettez -moi
feulement, de vous affurer de la vive
fincérité des fentimens avec lesquels
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
Dans sa lettre à Madame, Mlle *** relate ses activités et réflexions durant son séjour à la campagne, où elle apprécie la liberté et le spectacle offert par la nature, malgré certaines contraintes sociales dues à la proximité des relations. Elle commente le livre 'Émile' de Jean-Jacques Rousseau, admirant son style tout en critiquant certaines divergences avec ses autres œuvres, notamment sur les sciences et l'égalité des conditions. Elle reproche à Rousseau d'avoir adouci ses positions morales et d'aborder des sujets inappropriés pour l'éducation d'un jeune homme. L'auteure critique également la vision de Rousseau sur le rôle des femmes, qu'il limite à leur condition féminine. Elle plaide pour plus de liberté pour les femmes, surtout celles qui ne sont pas mères, et défend leur droit à l'éducation et à la liberté, même au prix de certains ridicules sociaux. La lettre, datée de mars 1763, répond aux critiques de Rousseau sur les femmes écrivains. L'auteur rejette l'idée que les femmes soient ridicules et affirme leur existence et leur esprit. Elle pardonne à Rousseau ses menaces et accusations mais refuse l'affirmation selon laquelle toute femme écrivaine serait guidée par un homme. Elle suggère que Rousseau aurait dû reconnaître les talents des femmes illustres du passé et proposer un test aux modernes pour évaluer leurs compétences littéraires. L'auteur exprime enfin sa confiance inébranlable en la religion et conclut en affirmant sa sincérité et son respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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375
p. 60
AUTRES.
Début :
JE connois trop l'amour, pour m'en trop occuper : [...]
Mots clefs :
Amitié, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES.
AUTRE S.
JE connois trop l'amour , pour m'en trop occupertama
tudi zwayMerlinob povin
A l'amitié (´je crains de me tromper 3d zuig æði
L'intérêt ou la politique
Rendent ce neend problématique ,
Et les plus fins s'y laiffent attrapper."
Le Ciel l'a donc voulu scaril eût pu màrqueti
Le véritable ami par un figne phyfique. O
" ion
lov
Par Madame B.
JE connois trop l'amour , pour m'en trop occupertama
tudi zwayMerlinob povin
A l'amitié (´je crains de me tromper 3d zuig æði
L'intérêt ou la politique
Rendent ce neend problématique ,
Et les plus fins s'y laiffent attrapper."
Le Ciel l'a donc voulu scaril eût pu màrqueti
Le véritable ami par un figne phyfique. O
" ion
lov
Par Madame B.
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376
p. 63
RÉPONSE de Madame BL. à une déclaration d'amour.
Début :
EN vain tu me peins ta tendresse : [...]
Mots clefs :
Tendresse, Cœur, Devoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Madame BL. à une déclaration d'amour.
RÉPONSE de Madame BL. à une
déclaration d'amour.
En vain tu me peins ta tendreffe :
Non , cette image enchantereffe
Sur moi ne prend aucun pouvoir.
Mon coeur content , mon coeur paiſible ,
Eft heureux au fein du devoir.
Imite-moi , s'il eft poffible.
B. a P ....
déclaration d'amour.
En vain tu me peins ta tendreffe :
Non , cette image enchantereffe
Sur moi ne prend aucun pouvoir.
Mon coeur content , mon coeur paiſible ,
Eft heureux au fein du devoir.
Imite-moi , s'il eft poffible.
B. a P ....
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377
p. 67-68
LOGOGRYPHE.
Début :
Au Luxe je dois l'éxistence ; [...]
Mots clefs :
Tapisserie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOG RY PH E.
Au Luxe je dois l'éxiſtence ;
Auſſi jamais ne me vit- on
De ceux qui font dans l'indigence
Habiter la trifte maiſon.
Pour me faire paroître avec bien plus de grace ,
Dans un haut rang avec foin l'on me place ;
Mon frère plus petit que moi̟ ,
68 MERCURE DE FRANCE.
N'a pas un fi brillant emploi >
Car on le foule aux pieds , & dans cette poſture
Heft ſouvent couvert de pouffiere & d'ordure.
Cependant nous vivons de fi bonne amitié ,
Qu'en nous défuniffant je péris de moitié ;
Et mon plus grand chagrin d'être ainfi divifée ,
Eft que dans cet état on me tourne en rifée .
Remets-nous enſemble , Lecteur ,
Et change moitié de mon être
Tu me verras fouvent paroître ;
Sur la boutique du Traiteur.-
Par Mlle DU VERGER , d'Angers
Au Luxe je dois l'éxiſtence ;
Auſſi jamais ne me vit- on
De ceux qui font dans l'indigence
Habiter la trifte maiſon.
Pour me faire paroître avec bien plus de grace ,
Dans un haut rang avec foin l'on me place ;
Mon frère plus petit que moi̟ ,
68 MERCURE DE FRANCE.
N'a pas un fi brillant emploi >
Car on le foule aux pieds , & dans cette poſture
Heft ſouvent couvert de pouffiere & d'ordure.
Cependant nous vivons de fi bonne amitié ,
Qu'en nous défuniffant je péris de moitié ;
Et mon plus grand chagrin d'être ainfi divifée ,
Eft que dans cet état on me tourne en rifée .
Remets-nous enſemble , Lecteur ,
Et change moitié de mon être
Tu me verras fouvent paroître ;
Sur la boutique du Traiteur.-
Par Mlle DU VERGER , d'Angers
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378
p. 14
ÉPITAPHE SUR la mort de la Princesse RADSIVILLE.
Début :
LA mort a de ses jours trop tôt coupé la trame : [...]
Mots clefs :
Mort, Épitaphe, Tombeau, Vertus, Princesse Radziwill
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITAPHE SUR la mort de la Princesse RADSIVILLE.
ÉPITAPHE
SUR la mort de la Princeſſe
RADSIVILLE.
A mort a de ſes jours trop tôt coupé latrame :
Autour de ſon tombeau les Vertus ſont en deuil.
Voulez - vous par un trait connoître ſa grande
âme ?
Philoſophe & Princeſſe, elle ignora l'orgueil.
Par laMUSE LIMONADIERE.
SUR la mort de la Princeſſe
RADSIVILLE.
A mort a de ſes jours trop tôt coupé latrame :
Autour de ſon tombeau les Vertus ſont en deuil.
Voulez - vous par un trait connoître ſa grande
âme ?
Philoſophe & Princeſſe, elle ignora l'orgueil.
Par laMUSE LIMONADIERE.
Fermer
379
p. 14
SUR la mort de M. de MARIVAUX.
Début :
Que de drames rians sa plume fit éclore ! [...]
Mots clefs :
Mort, Beaux esprits, Plume, Âme, Amis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR la mort de M. de MARIVAUX.
SUR la mort de M. de MARIVAUX.
Qus de drames rians ſa plume fit éclore !
Au rang des Beaux-Eſprits ſans doute il ſera mis
Son âme fut plus belle encore ;
Il eut des moeurs & des amis.
Par la même.
Qus de drames rians ſa plume fit éclore !
Au rang des Beaux-Eſprits ſans doute il ſera mis
Son âme fut plus belle encore ;
Il eut des moeurs & des amis.
Par la même.
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380
p. 36-46
LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
Début :
VOUS me demandez, Madame, le compte exact d'une dispute que j'eus il [...]
Mots clefs :
Dispute, Amour, Amitié, Fidélité, Hypocrites, Masque, Bonheur, Tromper, Inconstance, Légèreté
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
LETTRE de Madame la Marquise de **
à une de ses amies. , fur l'Amour&
l'Amitié.
VOUS me demandez , Madame , le
*compte exact d'une difpute que j'eus il
y a peu de jours , fur laquelle pluſieurs
perfonnes me jugerent affez durement.
Il s'agiſſoit de la fidélité en amour ; & il
yavoit dans la compagnie,de francshyJUI
N. 1763 . 37
pocrites des deux ſexes , qui jouoient
cette vertu , parce qu'ils avoient intérêt
de ſe tromper mutuellement. Le maf
quedont ils ſe couvroient,ne m'empêcha
pas de m'engager dans une façon de penfer
affez hardie , &j'eus le courage de la
foutenir. Mes Adverfaires m'étoient connus
, & j'étois bien fûre que l'hommage
qu'ils rendoient à la fidélité , étoit le premier
qu'elle eût reçu d'eux. Ils ne m'entendirent
donc pas , ou du moins ils le
feignirent : voici le fait.
,
On diſoit beaucoup de mal dans la
compagnie d'un de mes amis qui avoit
rompu bruſquement avec une affez jolie
femme , qu'il avoit vue avec exactitude
pendant fix mois. Je crus le défendre
en diſant ſimplement qu'il n'y avoit rien
que d'ordinaire dans cette rupture ; &
que les perſonnes dont il s'agifſſoit , n'étoient
point faites pour une liaiſon particulière
, parce que la femme n'avoit que
des ridicules & peu d'eſprit. On me répondit
, & on décida que celui dont on
parloit l'avoit aimée , & qu'il ne l'avoit
quittée que par inconſtance. Cela m'impatienta
d'autant plus que c'étoit ſes prétendus
amis qui l'accabloient de tous les
torts du monde. Il est vrai qu'ils commencerent
par établir que c'étoit le plus
38 MERCURE DE FRANCE.
honnête homme du fiécle & le plus aimable.
Mais on lui fit payer bientôt cet
éloge très-cher ; car infenfiblement &
fans y penſer , on ne lui laiſſa ni vertus ,
ni eſprits , ni agrémens. Sa figure fut
traveſtie , fon eſprit ridiculifé , ſes talens
anéantis. Cela me donna de l'humeur
; on continua , elle augmenta : enfin
, croyant finir la difcuffion , j'avançai
que la fidélité , dont on parloit , étoit
un être de raiſon , & que je n'y croyois
pas plus qu'aux revenans.
On ne me tint pas quitte pour la propoſition
, on me preſſa de prouver ; &
je dis avec afſurance qu'il y avoit bien
moins d'inconftance qu'il ne paroiſſoit
y en avoir , parce qu'il y avoit bien moins
d'engagemens dans le monde que l'onne
croioit.Que leplus granddéfaut de l'humanité
n'étoit pas la laffitude du même objet;
qu'il confiftoit dans la légéreté qui lui
eft naturelle , & le peu de temps & de
précautions quel'on prenoit pour ſelivrer.
J'allai plus loin , & ce que j'avois
dit de l'amour , je l'appliquai à l'amitié
, ſentiment divin que j'affurai devoir
ne finir qu'avec la vie , quand on avoit
eu le bonheur de l'éprouver ; mais j'ajoutai
que l'on prodiguoit ces noms
qu'on en abuſoit, & que l'on appel
JUIN. 1763 . 39
loit fentiment ce qui n'étoit que liaiſon
frivole , fondée ſur la fantaiſie & fur des
convenances réciproques de l'inſtant.
Que cette inclination calme & vive qui
doit commencer l'amitié, demande l'éxamen
le plus long , pour connoître à fond
l'objet que l'on veut aimer ; l'uniformi
té de ſes goûts avec les nôtres , la franchiſe
la plus entière , une prudence à
toute épreuve , relativement aux intérêts
& aux besoins des amis ; qu'enfin
pour être digne d'en trouver un qui put
remplir le coeur d'un honnête homme ,
il falloit prèſque être parfait , rencontrer
un être qui fût de même , & être entraînés
tous deux par la force & l'attrait de
la ſympathie. Que le même état , le
même âge , les mêmes goûts paroiffoient
néceffaires dans l'amitié ; qu'il ne l'étoit
pas à la vérité , que les caractères fuffent
ſemblables , mais que les moeurs le devoient
être. Je conclus de là qu'il n'y
avoit rien de fi rare que la véritable amitié
ainſi que le véritable amour.
Je pourſuivis, en diſant que malgré la
rareté des qualités de l'amour & de l'amitié
, rien n'étoit fi commun que les
gens qui voulant aimer , commencent
par efpérer & par croire avoir trouvé ce
que leur coeur cherche. Quelque grâce
40 MERCURE DE FRANCE.
extérieure , la coquetterie du moment ,
l'attrait du plaifir , tout féduit une âme
accoutumée à vouloir aimer , & à infpirer
le même ſentiment.
,
devient fon amie.
Une jeune perſonne vive , étourdie &
novice , eſt encore plus aifée à abuſer.
Sans expérience , perfuadée que les Roinans
& l'Opera ne mentent jamais , la
première femme , dont elle a beſoin
pour confidente
Heureuſe encore , fi elle n'a pas la douleur
& la honte de la voir s'emparer du
bonheur qu'elle croyoit obtenir par fon
fecours , ainſi que de tous les avantages
qu'elle fe flatoit d'en retirer ! Nous connoiffons
l'eſprit de ces commodes intriguantes
qui ne manquent jamais d'éxécuter
cette ſcène , lorſqu'elle leur eſt
utile. L'art de tromper également la maîtreffe
& l'amant , d'enlever l'un , de jouer
l'autre , de s'en débarraſſer enfin , leur
eft familier.
Maisfi ces femmes viles & méprifables
, toujours prêtes & habiles à tout
feindre & à tout ofer , toujours incapables
& indignes de la nobleffe , de
l'amour& de l'amitié , n'ont point d'intérêt
de troublerle commerce d'une femme
crédule , il ceſſe bientôt par la feule
foibleſſe de ſes fondemens . La pauvre
JUI N. 1763 . 41
,
dupe eſt étonnée alors fon amant
l'ayant quittée , de voir qu'elle n'aime
plus , qu'elle n'eſtime plus celle pour
qui elle ſe croyoit une inclination déciddéeee.
Sa crédulité dans le choix d'un
amant eſt encore plus grande ; le premier
homme aimable eſt regardé par
elle comme un héros fidéle & incapable
de pouvoir tromper .
Victime de cet éffai , il arrive à cette
miférable délaiffée ce qui arrive à beaucoupde
femmes: ſemblables aux joueurs,
elles commencent par être dupes & finiffent
par être friponnes.
Pour les homines , ils paſſent leur vie
à ſe tromper mutuellement. Ala Cour ,
dans le Clergé , au Palais , dans la Finance
, on ne fait que ce métier.
S'ils ſe donnent des paroles entr'eux ,
lorſqu'ils font en concurrence , ce n'eſt
que pour les violer ; & convaincus qu'ils
doivent vivre enſemble , ſcachant que
celui qui trompe le mieux&le plus adroitement
, eſt l'eſprit ſupérieur du jour ,
ils s'y attachent au lieu de s'en détacher ,
quoiqu'il les ait trompés auffi toutes les
fois qu'il a eu beſoin de le faire.
Je le répéte donc , en exceptant les
monſtres noircis de tous les crimes , &
furtout de celui de l'inhumanité , les
42 MERCURE DE FRANCE.
autres hommes , même les plus méprifables
, ont plus de légéreté que de vices.
C'eſt de ce défaut, très-grand &
médiocre aux yeux du vulgaire de toutes
les conditions , que partent les actions
inconféquentes qui nous forcent
à les méprifer.
Revenons à notre ſujet , l'inconſtance
que je défends & que je déteſte , voici
ce que j'en penſfe , en me foumettant
à votre jugement & prête à me condamner
, fi vous ne penſez pas de même.
Il m'a toujours paru certain que l'homme
occupé uniquement de fon bonheur ,
& convaincu qu'il ne peut ſe le procurer
que par l'amour ou l'amitié , veut abfolument
aimer , & à quelque prix que
ce puiffe être . Trop preffé des befcins
de fon coeur , il n'a pas le loiſir d'examiner
les convenances des objets. Il
apperçoit une jolie perſonne ; un ſon de
voix agréable , de la gentilleſſe , de la
gaîté, un fouris flatteur , un joli langage
, voilà ce qui forme les premiers
noeuds des grandes paffions. Ceux qui
s'y livrent ſur la foi de ces dehors ne défendentpas
un inſtantleurs coeurs , perſuadés
que l'objet qui les charme eſt l'affemblage
de toutes les perfections. Ils ne
ſe les détaillent pas , mais ils en conçoivent
l'idée.
JUIN . 1763 . 43
Ce moment de raviſſement dure encore
quelquefois au-delà du terme auquel
ils afpirent : mais lorſque raſſaſfié
des tranſports du triomphe , on veut
jouir d'une fociété délicieuſe , que l'âme
&l'efprit ſe flattent à leur tour des plaifirs
que promet l'ivreſſe des ſens ; voilà
précisément où se trouve le mécompte ,
& il y a tout à dire de l'idée à la réalité.
Le caprice dans l'humeur , la fauffeté
dans le jugement , peu de principe dans
le coeur , beaucoup de préjugés dans l'efprit
, un orgueil groffier , peu de connoiffances
, nulle converſation ſuivie
des plaifanteries fades , aigres ou ufées ,
une jalouſie tyrannique , une coquetterie
encore plus odieuſe ; tous ces défauts
que l'on n'apperçoit que ſucceſſivement
font naître de l'un des deux côtés un
commencement de dégoût , les reproches
l'augmentent , des querelles . l'aigriffent
, des bouderies qui accoutument
à ſe paſſer l'un de l'autre lui donnent
une nouvelle force. Enfin après bien
des raccommodemens,délicieux d'abord,
mais à charge à celui qui les obtient , on
ſe ſépare .
,
C'eſt de là que je pars pour avancer
que l'on ne s'eſt jamais aimé , & qu'on
n'a feulement pas fongé à examiner fi
44 MERCURE DE FRANCE.
l'on devoit donner ou refuſer ſon coeur ;
mais que chacun des amans s'eſt jetté à
la tête l'un de l'autre.
Une femme de votre connoiſſance qui
a eu beaucoup d'avantures , & par conféquent
de peu de durée , demandoit à
un de ſes amis , fi un de ſes anciens
amans avoit beaucoup d'eſprit ? cet
homme la regarda en riant , & lui dit :
n'est- ce pas à moi à vous faire cette queftion
? ... Hélas , dit- elle , a-t-on le temps
de fe connoître ?
Ce mot eſt l'hiſtoire de toutes les femmes
légères & des gens du bel-air. Et
vous vous étonnerez , Madame , que des
goûts conduits avec auffi peu de temps
& de connoiffance , finiſſent bruſquement
? & vous nommerez inconſtant un
homme qui vous ayant paru amoureux
à la folie , ceſſera de l'être promptement?
Voilà ce qui me fait foutenir que la légéreté
des engagemens eft prèſque toujours
la cauſe de leur peu de durée.
Mais parlons de l'amour véritable. II
en eſt peu ; mais il s'en trouve que le
temps ne sçauroit affoiblir , qui ne finit
que par la mort ou par des événemens
imprévus , & des difficultés infurmontables.
Cet amour fondé ſur des convenances
abfolues ,fur des beſoins toujours
JUIN. 1763. 45
nouveaux du coeur & de l'eſprit qui font
véritablement à l'uniſſon , qui aiment &
qui haïffent les mêmes chofes , qui ne
font bien que lorſqu'ils reſpirent le même
air , dont la confiance eſt ſans bornes
, qui ont mis tout leur amour-propre
à être honorés & aimés de l'objet de leur
amour , quine rougiſſent ni l'un ni l'autre
de leurs défauts; qui ont plus de plaifir
à avouer une faute , en prouvant l'excès
de leur confiance , qu'ils ne fentent
de regret de l'avoir commife : il me paroît
für que lorſque la réunion de ces
qualités fait rencontrer dans un amant
toutes les eſpéces de bonheur que le coeur
humain peut defirer , nulle inconſtance
r'eſt à craindre , nulle fatiété a redouter.
Le fentiment a bien plus d'étendue que
les ſens ; ſes ſources font infinies ; il
mille manières de
jouit de cent
ce qu'il
aime ; & fa délicateffe connoît mille
plaiſirs inconnus aux âmes ordinaires .
ma..
Que le bonheur que je viens d'éſſayer
de peindre eſt rare ! Si nous l'avons goûté
& qu'il nous foit échappé , ne fongeons
plus à le retrouver , & bornons -nous à
l'amitié encore plus difficile à former &
à remplacer avec ſageſſe.
Je finis par ces vers de la Fontaine que
vous aimez tant.
46 MERCURE DE FRANCE .
Amans, heureux amans , voulez-vous voyager ?
Que ce ſoit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'unà l'autre un monde toujoursbeau ,
Toujours divers , toujours nouveau.
Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le
reſte.
J'ai quelquefois aimé , je n'aurois pas alors
ContreleLouvre & ſes tréſors ,
Contre le firmament & la voûte céleſte ,
Changé lesbois , changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
Del'aimable &jeune Bergère ,
Pour qui ſous les loix de Cythère
Je m'étois engagé par mes premiers ſermens.
Hélas ! quand reviendront de ſemblables momens
?
Faut-il que tant d'objets ſi doux & fi charmeas
Me laiſſent vivre au gréde mon âme inquiette.
Ah! fi mon coeur oſoit encor ſe renflammer ,
Ne ſentirai-je Jus decharme qui m'arrête ?
Ai-jepafféle temps d'aimer ?
LA FONTAINE, Fab. 2. du Liv. g.
à une de ses amies. , fur l'Amour&
l'Amitié.
VOUS me demandez , Madame , le
*compte exact d'une difpute que j'eus il
y a peu de jours , fur laquelle pluſieurs
perfonnes me jugerent affez durement.
Il s'agiſſoit de la fidélité en amour ; & il
yavoit dans la compagnie,de francshyJUI
N. 1763 . 37
pocrites des deux ſexes , qui jouoient
cette vertu , parce qu'ils avoient intérêt
de ſe tromper mutuellement. Le maf
quedont ils ſe couvroient,ne m'empêcha
pas de m'engager dans une façon de penfer
affez hardie , &j'eus le courage de la
foutenir. Mes Adverfaires m'étoient connus
, & j'étois bien fûre que l'hommage
qu'ils rendoient à la fidélité , étoit le premier
qu'elle eût reçu d'eux. Ils ne m'entendirent
donc pas , ou du moins ils le
feignirent : voici le fait.
,
On diſoit beaucoup de mal dans la
compagnie d'un de mes amis qui avoit
rompu bruſquement avec une affez jolie
femme , qu'il avoit vue avec exactitude
pendant fix mois. Je crus le défendre
en diſant ſimplement qu'il n'y avoit rien
que d'ordinaire dans cette rupture ; &
que les perſonnes dont il s'agifſſoit , n'étoient
point faites pour une liaiſon particulière
, parce que la femme n'avoit que
des ridicules & peu d'eſprit. On me répondit
, & on décida que celui dont on
parloit l'avoit aimée , & qu'il ne l'avoit
quittée que par inconſtance. Cela m'impatienta
d'autant plus que c'étoit ſes prétendus
amis qui l'accabloient de tous les
torts du monde. Il est vrai qu'ils commencerent
par établir que c'étoit le plus
38 MERCURE DE FRANCE.
honnête homme du fiécle & le plus aimable.
Mais on lui fit payer bientôt cet
éloge très-cher ; car infenfiblement &
fans y penſer , on ne lui laiſſa ni vertus ,
ni eſprits , ni agrémens. Sa figure fut
traveſtie , fon eſprit ridiculifé , ſes talens
anéantis. Cela me donna de l'humeur
; on continua , elle augmenta : enfin
, croyant finir la difcuffion , j'avançai
que la fidélité , dont on parloit , étoit
un être de raiſon , & que je n'y croyois
pas plus qu'aux revenans.
On ne me tint pas quitte pour la propoſition
, on me preſſa de prouver ; &
je dis avec afſurance qu'il y avoit bien
moins d'inconftance qu'il ne paroiſſoit
y en avoir , parce qu'il y avoit bien moins
d'engagemens dans le monde que l'onne
croioit.Que leplus granddéfaut de l'humanité
n'étoit pas la laffitude du même objet;
qu'il confiftoit dans la légéreté qui lui
eft naturelle , & le peu de temps & de
précautions quel'on prenoit pour ſelivrer.
J'allai plus loin , & ce que j'avois
dit de l'amour , je l'appliquai à l'amitié
, ſentiment divin que j'affurai devoir
ne finir qu'avec la vie , quand on avoit
eu le bonheur de l'éprouver ; mais j'ajoutai
que l'on prodiguoit ces noms
qu'on en abuſoit, & que l'on appel
JUIN. 1763 . 39
loit fentiment ce qui n'étoit que liaiſon
frivole , fondée ſur la fantaiſie & fur des
convenances réciproques de l'inſtant.
Que cette inclination calme & vive qui
doit commencer l'amitié, demande l'éxamen
le plus long , pour connoître à fond
l'objet que l'on veut aimer ; l'uniformi
té de ſes goûts avec les nôtres , la franchiſe
la plus entière , une prudence à
toute épreuve , relativement aux intérêts
& aux besoins des amis ; qu'enfin
pour être digne d'en trouver un qui put
remplir le coeur d'un honnête homme ,
il falloit prèſque être parfait , rencontrer
un être qui fût de même , & être entraînés
tous deux par la force & l'attrait de
la ſympathie. Que le même état , le
même âge , les mêmes goûts paroiffoient
néceffaires dans l'amitié ; qu'il ne l'étoit
pas à la vérité , que les caractères fuffent
ſemblables , mais que les moeurs le devoient
être. Je conclus de là qu'il n'y
avoit rien de fi rare que la véritable amitié
ainſi que le véritable amour.
Je pourſuivis, en diſant que malgré la
rareté des qualités de l'amour & de l'amitié
, rien n'étoit fi commun que les
gens qui voulant aimer , commencent
par efpérer & par croire avoir trouvé ce
que leur coeur cherche. Quelque grâce
40 MERCURE DE FRANCE.
extérieure , la coquetterie du moment ,
l'attrait du plaifir , tout féduit une âme
accoutumée à vouloir aimer , & à infpirer
le même ſentiment.
,
devient fon amie.
Une jeune perſonne vive , étourdie &
novice , eſt encore plus aifée à abuſer.
Sans expérience , perfuadée que les Roinans
& l'Opera ne mentent jamais , la
première femme , dont elle a beſoin
pour confidente
Heureuſe encore , fi elle n'a pas la douleur
& la honte de la voir s'emparer du
bonheur qu'elle croyoit obtenir par fon
fecours , ainſi que de tous les avantages
qu'elle fe flatoit d'en retirer ! Nous connoiffons
l'eſprit de ces commodes intriguantes
qui ne manquent jamais d'éxécuter
cette ſcène , lorſqu'elle leur eſt
utile. L'art de tromper également la maîtreffe
& l'amant , d'enlever l'un , de jouer
l'autre , de s'en débarraſſer enfin , leur
eft familier.
Maisfi ces femmes viles & méprifables
, toujours prêtes & habiles à tout
feindre & à tout ofer , toujours incapables
& indignes de la nobleffe , de
l'amour& de l'amitié , n'ont point d'intérêt
de troublerle commerce d'une femme
crédule , il ceſſe bientôt par la feule
foibleſſe de ſes fondemens . La pauvre
JUI N. 1763 . 41
,
dupe eſt étonnée alors fon amant
l'ayant quittée , de voir qu'elle n'aime
plus , qu'elle n'eſtime plus celle pour
qui elle ſe croyoit une inclination déciddéeee.
Sa crédulité dans le choix d'un
amant eſt encore plus grande ; le premier
homme aimable eſt regardé par
elle comme un héros fidéle & incapable
de pouvoir tromper .
Victime de cet éffai , il arrive à cette
miférable délaiffée ce qui arrive à beaucoupde
femmes: ſemblables aux joueurs,
elles commencent par être dupes & finiffent
par être friponnes.
Pour les homines , ils paſſent leur vie
à ſe tromper mutuellement. Ala Cour ,
dans le Clergé , au Palais , dans la Finance
, on ne fait que ce métier.
S'ils ſe donnent des paroles entr'eux ,
lorſqu'ils font en concurrence , ce n'eſt
que pour les violer ; & convaincus qu'ils
doivent vivre enſemble , ſcachant que
celui qui trompe le mieux&le plus adroitement
, eſt l'eſprit ſupérieur du jour ,
ils s'y attachent au lieu de s'en détacher ,
quoiqu'il les ait trompés auffi toutes les
fois qu'il a eu beſoin de le faire.
Je le répéte donc , en exceptant les
monſtres noircis de tous les crimes , &
furtout de celui de l'inhumanité , les
42 MERCURE DE FRANCE.
autres hommes , même les plus méprifables
, ont plus de légéreté que de vices.
C'eſt de ce défaut, très-grand &
médiocre aux yeux du vulgaire de toutes
les conditions , que partent les actions
inconféquentes qui nous forcent
à les méprifer.
Revenons à notre ſujet , l'inconſtance
que je défends & que je déteſte , voici
ce que j'en penſfe , en me foumettant
à votre jugement & prête à me condamner
, fi vous ne penſez pas de même.
Il m'a toujours paru certain que l'homme
occupé uniquement de fon bonheur ,
& convaincu qu'il ne peut ſe le procurer
que par l'amour ou l'amitié , veut abfolument
aimer , & à quelque prix que
ce puiffe être . Trop preffé des befcins
de fon coeur , il n'a pas le loiſir d'examiner
les convenances des objets. Il
apperçoit une jolie perſonne ; un ſon de
voix agréable , de la gentilleſſe , de la
gaîté, un fouris flatteur , un joli langage
, voilà ce qui forme les premiers
noeuds des grandes paffions. Ceux qui
s'y livrent ſur la foi de ces dehors ne défendentpas
un inſtantleurs coeurs , perſuadés
que l'objet qui les charme eſt l'affemblage
de toutes les perfections. Ils ne
ſe les détaillent pas , mais ils en conçoivent
l'idée.
JUIN . 1763 . 43
Ce moment de raviſſement dure encore
quelquefois au-delà du terme auquel
ils afpirent : mais lorſque raſſaſfié
des tranſports du triomphe , on veut
jouir d'une fociété délicieuſe , que l'âme
&l'efprit ſe flattent à leur tour des plaifirs
que promet l'ivreſſe des ſens ; voilà
précisément où se trouve le mécompte ,
& il y a tout à dire de l'idée à la réalité.
Le caprice dans l'humeur , la fauffeté
dans le jugement , peu de principe dans
le coeur , beaucoup de préjugés dans l'efprit
, un orgueil groffier , peu de connoiffances
, nulle converſation ſuivie
des plaifanteries fades , aigres ou ufées ,
une jalouſie tyrannique , une coquetterie
encore plus odieuſe ; tous ces défauts
que l'on n'apperçoit que ſucceſſivement
font naître de l'un des deux côtés un
commencement de dégoût , les reproches
l'augmentent , des querelles . l'aigriffent
, des bouderies qui accoutument
à ſe paſſer l'un de l'autre lui donnent
une nouvelle force. Enfin après bien
des raccommodemens,délicieux d'abord,
mais à charge à celui qui les obtient , on
ſe ſépare .
,
C'eſt de là que je pars pour avancer
que l'on ne s'eſt jamais aimé , & qu'on
n'a feulement pas fongé à examiner fi
44 MERCURE DE FRANCE.
l'on devoit donner ou refuſer ſon coeur ;
mais que chacun des amans s'eſt jetté à
la tête l'un de l'autre.
Une femme de votre connoiſſance qui
a eu beaucoup d'avantures , & par conféquent
de peu de durée , demandoit à
un de ſes amis , fi un de ſes anciens
amans avoit beaucoup d'eſprit ? cet
homme la regarda en riant , & lui dit :
n'est- ce pas à moi à vous faire cette queftion
? ... Hélas , dit- elle , a-t-on le temps
de fe connoître ?
Ce mot eſt l'hiſtoire de toutes les femmes
légères & des gens du bel-air. Et
vous vous étonnerez , Madame , que des
goûts conduits avec auffi peu de temps
& de connoiffance , finiſſent bruſquement
? & vous nommerez inconſtant un
homme qui vous ayant paru amoureux
à la folie , ceſſera de l'être promptement?
Voilà ce qui me fait foutenir que la légéreté
des engagemens eft prèſque toujours
la cauſe de leur peu de durée.
Mais parlons de l'amour véritable. II
en eſt peu ; mais il s'en trouve que le
temps ne sçauroit affoiblir , qui ne finit
que par la mort ou par des événemens
imprévus , & des difficultés infurmontables.
Cet amour fondé ſur des convenances
abfolues ,fur des beſoins toujours
JUIN. 1763. 45
nouveaux du coeur & de l'eſprit qui font
véritablement à l'uniſſon , qui aiment &
qui haïffent les mêmes chofes , qui ne
font bien que lorſqu'ils reſpirent le même
air , dont la confiance eſt ſans bornes
, qui ont mis tout leur amour-propre
à être honorés & aimés de l'objet de leur
amour , quine rougiſſent ni l'un ni l'autre
de leurs défauts; qui ont plus de plaifir
à avouer une faute , en prouvant l'excès
de leur confiance , qu'ils ne fentent
de regret de l'avoir commife : il me paroît
für que lorſque la réunion de ces
qualités fait rencontrer dans un amant
toutes les eſpéces de bonheur que le coeur
humain peut defirer , nulle inconſtance
r'eſt à craindre , nulle fatiété a redouter.
Le fentiment a bien plus d'étendue que
les ſens ; ſes ſources font infinies ; il
mille manières de
jouit de cent
ce qu'il
aime ; & fa délicateffe connoît mille
plaiſirs inconnus aux âmes ordinaires .
ma..
Que le bonheur que je viens d'éſſayer
de peindre eſt rare ! Si nous l'avons goûté
& qu'il nous foit échappé , ne fongeons
plus à le retrouver , & bornons -nous à
l'amitié encore plus difficile à former &
à remplacer avec ſageſſe.
Je finis par ces vers de la Fontaine que
vous aimez tant.
46 MERCURE DE FRANCE .
Amans, heureux amans , voulez-vous voyager ?
Que ce ſoit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'unà l'autre un monde toujoursbeau ,
Toujours divers , toujours nouveau.
Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le
reſte.
J'ai quelquefois aimé , je n'aurois pas alors
ContreleLouvre & ſes tréſors ,
Contre le firmament & la voûte céleſte ,
Changé lesbois , changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
Del'aimable &jeune Bergère ,
Pour qui ſous les loix de Cythère
Je m'étois engagé par mes premiers ſermens.
Hélas ! quand reviendront de ſemblables momens
?
Faut-il que tant d'objets ſi doux & fi charmeas
Me laiſſent vivre au gréde mon âme inquiette.
Ah! fi mon coeur oſoit encor ſe renflammer ,
Ne ſentirai-je Jus decharme qui m'arrête ?
Ai-jepafféle temps d'aimer ?
LA FONTAINE, Fab. 2. du Liv. g.
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Résumé : LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
La Marquise de ** répond à une amie au sujet d'une dispute sur la fidélité en amour. Elle considère la fidélité comme un concept idéalisé et rare, souvent feint par intérêt mutuel. Lors de la dispute, elle a pris la défense d'un ami accusé d'inconstance, justifiant la rupture par les défauts de son ancienne compagne. La Marquise affirme que la fidélité est un 'être de raison' auquel elle ne croit pas plus qu'aux revenants. Elle estime que l'inconstance est moins fréquente qu'on ne le pense, car les engagements sincères sont rares. Cette réflexion s'étend à l'amitié, soulignant que les vraies amitiés sont rares et nécessitent des qualités exceptionnelles. Elle conclut que les gens se trompent souvent en croyant aimer ou être amis, séduits par des apparences ou des convenances temporaires. Le texte aborde également l'inconstance humaine dans le domaine financier, où les individus trahissent leurs engagements pour tromper les autres. Même les personnes méprisables agissent souvent par légèreté plutôt que par vice. Dans les relations amoureuses, les gens se laissent séduire par les apparences sans examiner les véritables qualités de l'autre, menant souvent à des désillusions et des séparations. L'auteur distingue l'amour véritable, rare mais durable, fondé sur des convenances absolues et une profonde compréhension mutuelle. Cet amour, basé sur la confiance et le partage des mêmes valeurs, ne connaît ni l'inconstance ni la fatigue. Si ce bonheur est perdu, l'auteur recommande de se contenter de l'amitié. Un extrait poétique exprime des sentiments de regret et de nostalgie. Le locuteur évoque des moments passés qu'il souhaite revivre mais craint de ne plus jamais retrouver. Il déplore la perte des objets et des charmes qui lui procuraient du bonheur et une certaine tranquillité. Il se demande s'il oserait encore s'enflammer pour l'amour et s'il a encore le temps d'aimer. Le poème reflète une introspection sur les émotions passées et les incertitudes futures concernant l'amour et la passion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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381
p. 209
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Début :
MONSIEUR, Nous avons reçu avec plaisir le Recueil de vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi [...]
Mots clefs :
Ouvrages dramatiques, Comédies, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
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Résumé : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Les comédiens de la Comédie Française ont accueilli favorablement le recueil d'ouvrages de M. Palissot. Ils soulignent l'absence d'une bibliothèque complète au sein de la troupe et apprécient l'initiative de M. Palissot. Ils expriment leur gratitude et leur honneur de correspondre avec lui. La lettre est signée le 16 mai 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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382
p. 11-12
A MADAME DE ***
Début :
Vous voilà dans le plus bel âge, [...]
Mots clefs :
Agréments, Liberté, Prudes, Humeur, Aménité, Fou, Sage, Habit de la décence
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE ***
A MADAME DE ***
Vous voilà dans le plus bel âge ,
Profitez de vos agrémens ;
Que lesjeux & le badinage
Rempliffent vos heureux momens.
*Croyez- moi , paffez votre vie
Dans les bras de la liberté ;
Des prudes fuyez la manie ,
Leur humeur & l'air apprêté
Que leur donne la vanité.
La vertu n'a point d'étalage ;
La douceur & l'aménité
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Furent toujours fon appanage ;
On blâme toute extrémité ,
On eft fou lorsqu'on eſt trop fage.
Que les ris foient votre partage,
Qu'ils embelliffent votre cour ;
On ne craint point la médifance
Lorfque l'on fçair couvrir l'amour
Avec l'habit de la décence.
Par Mde, de C***
Vous voilà dans le plus bel âge ,
Profitez de vos agrémens ;
Que lesjeux & le badinage
Rempliffent vos heureux momens.
*Croyez- moi , paffez votre vie
Dans les bras de la liberté ;
Des prudes fuyez la manie ,
Leur humeur & l'air apprêté
Que leur donne la vanité.
La vertu n'a point d'étalage ;
La douceur & l'aménité
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Furent toujours fon appanage ;
On blâme toute extrémité ,
On eft fou lorsqu'on eſt trop fage.
Que les ris foient votre partage,
Qu'ils embelliffent votre cour ;
On ne craint point la médifance
Lorfque l'on fçair couvrir l'amour
Avec l'habit de la décence.
Par Mde, de C***
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Résumé : A MADAME DE ***
L'auteur encourage Madame de *** à jouir de sa jeunesse avec légèreté et douceur, en évitant les personnes prudes et vaniteuses. Il prône une attitude modérée, savourant les plaisirs sans ostentation, pour échapper aux médisances.
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383
p. 24-26
STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
Début :
IL est temps M*** de couronner tes feux ; [...]
Mots clefs :
Ans, Temps, Amour, Hymen, Époux
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texteReconnaissance textuelle : STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
STANCES IRRÉGULIÈRES ,
Adreffées par Madame P .... agée de
70 ans , au Chevalier de M*** fon.
ami qui en avoit 80 ..
IL eft temps M*** de couronner res feux ; ::
Uniffons nos deftins , l'Amour nous y convie
Puiffe de fon flambeau la lumière cherie
Eclairer dans Paris un hymen vertueux,
Erde l'Automne de ma vie ,
Faire un Printemps délicieux !
D'un moment ou d'un jour , mon choix n'eft pas
l'ouvrage
ATAR
Je fuis dans l'heureufe faifon >
Où le coeur plus libre & plus fage ,
Ne fe livre que par raiſon ,
Erne craint point , lorsqu'il s'engage,
Ni changement , ni trahifon .
D
Sous la neige des cheveux blancs V
Il refte de l'amour encor quelqu'étincelle
A foixante & dix ans rarement on eit belle;
Mais
JUILLET. 1763. 24
Mais on peut aimer à cent ans.
Philemon adoroit dans une paix profonde
Les charmes furannés de la tendre Baucis ;
Et la mère des Dieux, plus vieille que le monde,
Soupiroit encor pour Atis.
Plus tendre que Baucis , moins vieille que Cibelej
Ancien & cher amant , je t'engage ma foi :
Tu feras le bonheur d'une époufe fidelle ;
Et fi le tien dépend de moi ,
Jamais l'époux d'une immortelle
Ne fera plus heureux que toi.
On ne me verra point inconftante ou perfide ,
De tes jeunes rivaux écouter les foupirs ;
La pâle jaloufie au regard homicide ,
Jamais ne troublera ma paix , ni tes plaifirs.
De ta fidélité ton épouſe aſſurée
Bannira les foupçons & les lâches foucis ,
Sans craindre de ta part les fureurs de Teric ,
Ni le trait malheureux de l'amant de Procis,
Ainfi filés d'or & de foie ,
Puiffent couler nos jours dans le fein du repos ;
Puiffions-nous de l'hymen ne goûter que la joie ,
Sans éprouver jamais les dégouts & fes maux.
Et dans cette heureuſe contrée ,
Puiffe notre union faire revivre encor
I. Vol B
7
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les amans du temps d'Aftrée ,
Et les époux de l'âge d'or ?
Adreffées par Madame P .... agée de
70 ans , au Chevalier de M*** fon.
ami qui en avoit 80 ..
IL eft temps M*** de couronner res feux ; ::
Uniffons nos deftins , l'Amour nous y convie
Puiffe de fon flambeau la lumière cherie
Eclairer dans Paris un hymen vertueux,
Erde l'Automne de ma vie ,
Faire un Printemps délicieux !
D'un moment ou d'un jour , mon choix n'eft pas
l'ouvrage
ATAR
Je fuis dans l'heureufe faifon >
Où le coeur plus libre & plus fage ,
Ne fe livre que par raiſon ,
Erne craint point , lorsqu'il s'engage,
Ni changement , ni trahifon .
D
Sous la neige des cheveux blancs V
Il refte de l'amour encor quelqu'étincelle
A foixante & dix ans rarement on eit belle;
Mais
JUILLET. 1763. 24
Mais on peut aimer à cent ans.
Philemon adoroit dans une paix profonde
Les charmes furannés de la tendre Baucis ;
Et la mère des Dieux, plus vieille que le monde,
Soupiroit encor pour Atis.
Plus tendre que Baucis , moins vieille que Cibelej
Ancien & cher amant , je t'engage ma foi :
Tu feras le bonheur d'une époufe fidelle ;
Et fi le tien dépend de moi ,
Jamais l'époux d'une immortelle
Ne fera plus heureux que toi.
On ne me verra point inconftante ou perfide ,
De tes jeunes rivaux écouter les foupirs ;
La pâle jaloufie au regard homicide ,
Jamais ne troublera ma paix , ni tes plaifirs.
De ta fidélité ton épouſe aſſurée
Bannira les foupçons & les lâches foucis ,
Sans craindre de ta part les fureurs de Teric ,
Ni le trait malheureux de l'amant de Procis,
Ainfi filés d'or & de foie ,
Puiffent couler nos jours dans le fein du repos ;
Puiffions-nous de l'hymen ne goûter que la joie ,
Sans éprouver jamais les dégouts & fes maux.
Et dans cette heureuſe contrée ,
Puiffe notre union faire revivre encor
I. Vol B
7
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les amans du temps d'Aftrée ,
Et les époux de l'âge d'or ?
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Résumé : STANCES IRRÉGULIÈRES, Adressées par Madame P .... agée de 70 ans, au Chevalier de M*** son ami qui en avoit 80.
Madame P., âgée de 70 ans, adresse des stances au Chevalier de M***, âgé de 80 ans, pour proposer une union amoureuse. Elle souhaite que leur relation illumine leur vie malgré leur âge avancé, comparant leur amour à un printemps délicieux en automne. Madame P. assure que sa décision est réfléchie et rationnelle, excluant toute crainte de trahison. Elle cite les exemples mythologiques de Philemon et Baucis, ainsi que Cybèle et Attis, pour illustrer que l'amour est possible à tout âge. Elle promet fidélité et absence de jalousie. Madame P. espère que leur union sera joyeuse et sereine, évoquant les amours du temps d'Astrée et les époux de l'âge d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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384
p. 48-55
LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
Début :
TOI, dont le pouvoir agréable [...]
Mots clefs :
Pâris, Beauté, Cœur, Plaisir, Gloire, Berger, Charmes, Partage
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texteReconnaissance textuelle : LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
LE JUGEMENT DE PARIS ,
PAR Mlle A....âgée de 17 ans .
Tor ,dont le pouvoir agréable
Enchante le coeur & les yeux ;
Toi , que l'on adore en tous lieux ,
Auffi dangereufe qu'aimable ;
Partage frivole & charmant ,
Beauté , que notre aveuglement
Partout a rendu Souveraine !
Faur-il
JUILLET. 1763 . 49
Faut-il que pour de vains defirs ,
L'on ait vu du fein des plaifirs ,
Naître la difcorde & la haine ?
L'éclat de tes appas trompeurs ,
Produifit ce défordre extrême ;
Et dans l'Olympe , les Dieux même
Se difputerent tes faveurs.
Ce jour , où l'amoureux Pelée ;
Vit l'hymen couronnerles voeux ,
Où la fierté fut immolée ,
Aux plaifir de l'Amour heureux ;
Des Dieux l'immortelle affemblée ,
Célébroit de fi tendres noeuds .
Dans leurs jeux , la ſagelle auſtère ,
Dépofoit fa févérité ;
Tout y cédoit au foin de plaire .
La troupe aimable de Cythère ,
Y conduifoit la Volupté ;
Jupiter , ce Dieu redoutable ,
Jupiter même alors aimable ,
Ne refpiroit que la gaîté.
Tu vins troubler , Beauté fatale ;
Ces inftans remplis de douceurs !
Par toi , la Déeſſe infernale ,
Fit régner de noires fureurs.
A peine la troupe céleſte ,
Eut vu cette pomme funefte ,
Prix des plus aimables attraits ;
I. Vol C
50 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une jalousie implacable ,
Vint par la fureur redoutable ,
Bannir les amours & la paix .
L'intérêt le plus cher aux Belles ,
Et l'intérêt de leurs appas :
L'on vit parmi les Immortelles,
Naître mille & mille combats.
Minerve , malgré fa fageffe ,
Et Juhon , malgré la fierté ,
De la mère de la tendreffe ,
Veulent éffacer la beauté.
En vain , l'une a pour fon
partage ,
Et la prudence & le courage ;
En vain , l'autre commande aux Dieux ';
Le pouvoir , la gloire , les armes ,
Flatent moins leurs coeurs envieux ,
Que le prix qu'on offre à leurs charmes.
Mais , comment calmer leur courroux ?
Quel Juge équitable & fincère ,
Prononcera l'arrêt févère ,
Où rendent leurs voeux les plus doux ?
En vain de la voûte brillante ,
Leur voix irritée & preffante ,
Implore tous les habitans :
Inutiles empreffemens !
Aucun n'accepte le partage
D'un auffi dangereux emploi ;
Heureux mortel , ce n'est qu'à toi ,
JUILLET. 1763 .
51
Qu'en eſt réſervé l'avantage !
O toi , que par de fages Loix ,
Le fort retient au fonds des bois ,
Berger & Prince tout enſemble ,
C'eſt pourle plaifir de tes yeux ,
Qu'aujourd'hui la Beauté raſſemble
Ses tréfors les plus précieux.
Sur les bords fleuris que le Xanthe ,
Arrofe dans fon heureux cours ,
Páris voyoit couler fes jours.
Le coeur libre , l'âme contente ,>
Il goûtoit un charmant repos ;
Il n'avoit dans cette retraite ,
D'autre fceptre que fa houlette ,
D'autres Sujets que les troupeaux.
O Berger , quelle gloire extrême ,
Se joint à ta félicité !
De Jupiter l'arrêt ſuprême ,
Te rend Juge de la Beauté !
Mais calme un tranfporte qui t'enchante ;
Souvent le plus triſte revers ,
Suit une fortune brillante;
Et le chemin qu'elle préfente ,
Cache mille perils divers.
L'on cherche en vain à le connoître ;
Il est trop aifé d'y gliffer :
Ton bonheur finira peut- être ,
Où ta gloire va commencer,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Le moment funeſte s'avance ;
Et les trois célestes objets ,
Viennent chercher la récompenſe ;
Que l'on deftine à leurs attraits :
Paris , que de juftes allarmes ,
Vont en foule agiter ton coeur !
Comment , en voyant tant de charmes ,
Pourras -tu choisir un vainqueur ?
Vois de l'illuftre Souveraine ,
La nobleffe & la majesté ;
Ce front où régne la fierté ,
Et fixe ton ame incertaine,
Mille tréfors te font ouverts ;
Les biens , la fuprême puiffance ;
Les richelles de l'Univers ,
Seront ta jufte récompenfe.
Que pour un deftin fi brillant ,
Le fils de Priam fe décide.....
Mais non ; un objet plus puiffant
Va frapper fon efprit timide.
Viens , augufte Divinité ,
Minerve , à ton Juge enchanté ,
Viens montrer ton air intrépide ,
Ta candeur , ta fimplicité .
Toi feule , aux amans de la gloire ,
1
JUILLET. 1763 .
52
Tu difpenfes du haut des Cieux ,
Et les lauriers , & la victoire ;
La vertu brille dans tes yeux.
Non , ta beauté n'a point d'égales ,
Et Pallas , fans le moindre effort ,
Doit l'emporter für fes rivales ,
Dans l'âme du frère d'Hector.
Mais , quel attrait inévitable
De Paris vient charmer le coeur ?
Vénus , cette Déeffe aimable ,
S'avance d'un air air enchanteur ,
Le fouris tendre & féducteur,
Anime fa bouche agréable ;
D'un air innocent & badin ,
L'Amour qui vole devant elle ,
Aux vives couleurs de fon tein ,
Ajoute une fraîcheur nouvelle .
Quoi ! dit- elle au Berger furpris ,
Devrois-tu balancer encore ?
Se peut-il que Pâris ignore ,
Qui de nous mérite le prix ?
De ces deux fuperbe : Die Tes ,
Lep ouvoir éblouit tes yeux :
Je vois que leurs vaines promeffes ,
Flatent ton coeur ambitieux ;
Mais que tu connois peu les charmes
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Dont elles t'offrent les douceurs !
Par trop de fang , par trop d'allarmes ,
Elles font payer leurs faveurs.
Fuis des épines fi cruelles ;
Le plaifir t'attend en ce jour :
Viens dans l'Empire de l'Amour ,
Cueillir des fleurs toujours nouvelles.
Par tous les attraits de ma Cour ,
Tu verras ta flamme fervie.
Aime jouis d'un doux retour,
Voilà le plaifir de la vie.
D'un difcours auffi féduisant ,
Pâris ne fçauroit ſe défendre.
Un pouvoir funefte & charmant ,
Malgré lui le force à fe rendre.
Ecoute un peu moins tes defirs ;
Lâche Berger , que vas-tu faire?
Souffre que la Raifon t'éclaire ,
Sur de fi frivoles plaiſirs .
D'un aveugle & fatal caprice ,
Crains plutôt les douces erreurs ;
Vénus lous d'agréables fleurs ,
Cache un funefte précipice ..
Vains éfforts , difcoursfuperflus !
Les honneurs , la brillante gloire ,
Cédent une injufte victoire ,
Aux charmes trompeurs de Vénus .
JUILLET. 1763 .
55
Quel deſtin cet arrêt t'apprête !
Qu'as- tu fait , malheureux Berger ? ]
Hélas , qu'un plaifir paffager
Raffemble de maux fur ta tête !
Ah ! que tes appas font cruels ,
Vénus , inhumaine Déeſſe ! ....
Des pleurs , des regrets éternels ,
Voilà ce que ta main nous laiſſe.
Cependant , que de coeurs furpris ,
T'encenfent au fiécle où nous fommes ;
Et combien de nouveaux Pâris ,
Se trouveroient parmi les hommes !
PAR Mlle A....âgée de 17 ans .
Tor ,dont le pouvoir agréable
Enchante le coeur & les yeux ;
Toi , que l'on adore en tous lieux ,
Auffi dangereufe qu'aimable ;
Partage frivole & charmant ,
Beauté , que notre aveuglement
Partout a rendu Souveraine !
Faur-il
JUILLET. 1763 . 49
Faut-il que pour de vains defirs ,
L'on ait vu du fein des plaifirs ,
Naître la difcorde & la haine ?
L'éclat de tes appas trompeurs ,
Produifit ce défordre extrême ;
Et dans l'Olympe , les Dieux même
Se difputerent tes faveurs.
Ce jour , où l'amoureux Pelée ;
Vit l'hymen couronnerles voeux ,
Où la fierté fut immolée ,
Aux plaifir de l'Amour heureux ;
Des Dieux l'immortelle affemblée ,
Célébroit de fi tendres noeuds .
Dans leurs jeux , la ſagelle auſtère ,
Dépofoit fa févérité ;
Tout y cédoit au foin de plaire .
La troupe aimable de Cythère ,
Y conduifoit la Volupté ;
Jupiter , ce Dieu redoutable ,
Jupiter même alors aimable ,
Ne refpiroit que la gaîté.
Tu vins troubler , Beauté fatale ;
Ces inftans remplis de douceurs !
Par toi , la Déeſſe infernale ,
Fit régner de noires fureurs.
A peine la troupe céleſte ,
Eut vu cette pomme funefte ,
Prix des plus aimables attraits ;
I. Vol C
50 MERCURE DE FRANCE.
Qu'une jalousie implacable ,
Vint par la fureur redoutable ,
Bannir les amours & la paix .
L'intérêt le plus cher aux Belles ,
Et l'intérêt de leurs appas :
L'on vit parmi les Immortelles,
Naître mille & mille combats.
Minerve , malgré fa fageffe ,
Et Juhon , malgré la fierté ,
De la mère de la tendreffe ,
Veulent éffacer la beauté.
En vain , l'une a pour fon
partage ,
Et la prudence & le courage ;
En vain , l'autre commande aux Dieux ';
Le pouvoir , la gloire , les armes ,
Flatent moins leurs coeurs envieux ,
Que le prix qu'on offre à leurs charmes.
Mais , comment calmer leur courroux ?
Quel Juge équitable & fincère ,
Prononcera l'arrêt févère ,
Où rendent leurs voeux les plus doux ?
En vain de la voûte brillante ,
Leur voix irritée & preffante ,
Implore tous les habitans :
Inutiles empreffemens !
Aucun n'accepte le partage
D'un auffi dangereux emploi ;
Heureux mortel , ce n'est qu'à toi ,
JUILLET. 1763 .
51
Qu'en eſt réſervé l'avantage !
O toi , que par de fages Loix ,
Le fort retient au fonds des bois ,
Berger & Prince tout enſemble ,
C'eſt pourle plaifir de tes yeux ,
Qu'aujourd'hui la Beauté raſſemble
Ses tréfors les plus précieux.
Sur les bords fleuris que le Xanthe ,
Arrofe dans fon heureux cours ,
Páris voyoit couler fes jours.
Le coeur libre , l'âme contente ,>
Il goûtoit un charmant repos ;
Il n'avoit dans cette retraite ,
D'autre fceptre que fa houlette ,
D'autres Sujets que les troupeaux.
O Berger , quelle gloire extrême ,
Se joint à ta félicité !
De Jupiter l'arrêt ſuprême ,
Te rend Juge de la Beauté !
Mais calme un tranfporte qui t'enchante ;
Souvent le plus triſte revers ,
Suit une fortune brillante;
Et le chemin qu'elle préfente ,
Cache mille perils divers.
L'on cherche en vain à le connoître ;
Il est trop aifé d'y gliffer :
Ton bonheur finira peut- être ,
Où ta gloire va commencer,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Le moment funeſte s'avance ;
Et les trois célestes objets ,
Viennent chercher la récompenſe ;
Que l'on deftine à leurs attraits :
Paris , que de juftes allarmes ,
Vont en foule agiter ton coeur !
Comment , en voyant tant de charmes ,
Pourras -tu choisir un vainqueur ?
Vois de l'illuftre Souveraine ,
La nobleffe & la majesté ;
Ce front où régne la fierté ,
Et fixe ton ame incertaine,
Mille tréfors te font ouverts ;
Les biens , la fuprême puiffance ;
Les richelles de l'Univers ,
Seront ta jufte récompenfe.
Que pour un deftin fi brillant ,
Le fils de Priam fe décide.....
Mais non ; un objet plus puiffant
Va frapper fon efprit timide.
Viens , augufte Divinité ,
Minerve , à ton Juge enchanté ,
Viens montrer ton air intrépide ,
Ta candeur , ta fimplicité .
Toi feule , aux amans de la gloire ,
1
JUILLET. 1763 .
52
Tu difpenfes du haut des Cieux ,
Et les lauriers , & la victoire ;
La vertu brille dans tes yeux.
Non , ta beauté n'a point d'égales ,
Et Pallas , fans le moindre effort ,
Doit l'emporter für fes rivales ,
Dans l'âme du frère d'Hector.
Mais , quel attrait inévitable
De Paris vient charmer le coeur ?
Vénus , cette Déeffe aimable ,
S'avance d'un air air enchanteur ,
Le fouris tendre & féducteur,
Anime fa bouche agréable ;
D'un air innocent & badin ,
L'Amour qui vole devant elle ,
Aux vives couleurs de fon tein ,
Ajoute une fraîcheur nouvelle .
Quoi ! dit- elle au Berger furpris ,
Devrois-tu balancer encore ?
Se peut-il que Pâris ignore ,
Qui de nous mérite le prix ?
De ces deux fuperbe : Die Tes ,
Lep ouvoir éblouit tes yeux :
Je vois que leurs vaines promeffes ,
Flatent ton coeur ambitieux ;
Mais que tu connois peu les charmes
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Dont elles t'offrent les douceurs !
Par trop de fang , par trop d'allarmes ,
Elles font payer leurs faveurs.
Fuis des épines fi cruelles ;
Le plaifir t'attend en ce jour :
Viens dans l'Empire de l'Amour ,
Cueillir des fleurs toujours nouvelles.
Par tous les attraits de ma Cour ,
Tu verras ta flamme fervie.
Aime jouis d'un doux retour,
Voilà le plaifir de la vie.
D'un difcours auffi féduisant ,
Pâris ne fçauroit ſe défendre.
Un pouvoir funefte & charmant ,
Malgré lui le force à fe rendre.
Ecoute un peu moins tes defirs ;
Lâche Berger , que vas-tu faire?
Souffre que la Raifon t'éclaire ,
Sur de fi frivoles plaiſirs .
D'un aveugle & fatal caprice ,
Crains plutôt les douces erreurs ;
Vénus lous d'agréables fleurs ,
Cache un funefte précipice ..
Vains éfforts , difcoursfuperflus !
Les honneurs , la brillante gloire ,
Cédent une injufte victoire ,
Aux charmes trompeurs de Vénus .
JUILLET. 1763 .
55
Quel deſtin cet arrêt t'apprête !
Qu'as- tu fait , malheureux Berger ? ]
Hélas , qu'un plaifir paffager
Raffemble de maux fur ta tête !
Ah ! que tes appas font cruels ,
Vénus , inhumaine Déeſſe ! ....
Des pleurs , des regrets éternels ,
Voilà ce que ta main nous laiſſe.
Cependant , que de coeurs furpris ,
T'encenfent au fiécle où nous fommes ;
Et combien de nouveaux Pâris ,
Se trouveroient parmi les hommes !
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Résumé : LE JUGEMENT DE PÂRIS, PAR Mlle A.... âgée de 17 ans.
Le poème 'Le Jugement de Paris', rédigé par une jeune fille de 17 ans en juillet 1763, narre l'histoire mythologique du jugement de Paris. Lors d'une fête sur l'Olympe, une pomme d'or destinée à la plus belle des déesses provoque des disputes entre Junon, Minerve et Vénus. Aucune divinité ne souhaitant arbitrer, Paris, un berger vivant près du fleuve Xanthe, est désigné comme juge. Les trois déesses tentent de le séduire avec des offres distinctes : Junon propose puissance et richesse, Minerve offre sagesse et victoire, tandis que Vénus promet amour et plaisir. Paris, séduit par Vénus, la choisit, ce qui scelle son destin tragique. Le poème se termine sur une note mélancolique, soulignant les conséquences désastreuses de ce choix. Il se présente également comme une plainte adressée à Vénus, dénonçant la douleur et la cruauté de ses charmes, qui engendrent larmes et regrets éternels. Malgré cette souffrance, nombreux sont ceux qui continuent de vénérer la déesse. Le texte suggère que beaucoup d'hommes seraient prêts à imiter Paris, connu pour son rôle dans la guerre de Troie en raison de son amour pour Hélène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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385
p. 47
VERS sur le mariage de Mlle CORNEILLE, dont M. de VOLTAIRE a donné la dot.
Début :
LA gloire avec ses plus brillans rayons, [...]
Mots clefs :
Gloire, Beauté, Vertu, Père de la scène
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur le mariage de Mlle CORNEILLE, dont M. de VOLTAIRE a donné la dot.
VERS fur le mariage de Mlle CORNEILLE
, dont M. de VOLTAIRE
a donné la dot.
LAgloire avec fes plus brillans rayons
Dans deux cartouches de lumière ,
Avoit écartelé les noms
Et de Corneille & de Voltaire.
Dans la jeune Beauté dont vous êtes l'appui ,
Vous honorez le ſang du père de la ſcène ,
Après vous être élevé juſqu'à lui ;
Et la vertu vous unit aujourd'hui ,
Autant qu'avoit fait Melpomène.
Parla MUSE LIMONADIERE)
, dont M. de VOLTAIRE
a donné la dot.
LAgloire avec fes plus brillans rayons
Dans deux cartouches de lumière ,
Avoit écartelé les noms
Et de Corneille & de Voltaire.
Dans la jeune Beauté dont vous êtes l'appui ,
Vous honorez le ſang du père de la ſcène ,
Après vous être élevé juſqu'à lui ;
Et la vertu vous unit aujourd'hui ,
Autant qu'avoit fait Melpomène.
Parla MUSE LIMONADIERE)
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386
p. 10
COUPLETS SUR L'AIR : Jusques dans la moindre chose. A Mlle D * L **.
Début :
Au temps fatal qui nous presse [...]
Mots clefs :
Plaisir, Temps, Temps fatal, Tendresse, Plaisir, Scrupule, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS SUR L'AIR : Jusques dans la moindre chose. A Mlle D * L **.
COUPLETS
SUR L'AIR : Jufques dans la moindre chofe.
A Mlle D * L **
A.u temps fatal qui nous preſſe
Enlevons quelques débris ,
A la table , à la tendreſſe
Sçachons bien mettre le prix :
Le temps vole , il nous entraînes
Pour braver les cruautés ,
Que le plaifir feul enchaîne
Des momens qui font comptés.
Ce plaifir qui m'intéreſſe
Dans un inftant va finir
Et mon âme qu'il careffe
Ne fçauroit le retenir
Jouiffons avec fcrupule ;
Pour qui penſe & ſçait jouir ,
Chaque coup de la pendule
"Eft le fignal du plaifir.
Par la Mufe D'IT ON.
SUR L'AIR : Jufques dans la moindre chofe.
A Mlle D * L **
A.u temps fatal qui nous preſſe
Enlevons quelques débris ,
A la table , à la tendreſſe
Sçachons bien mettre le prix :
Le temps vole , il nous entraînes
Pour braver les cruautés ,
Que le plaifir feul enchaîne
Des momens qui font comptés.
Ce plaifir qui m'intéreſſe
Dans un inftant va finir
Et mon âme qu'il careffe
Ne fçauroit le retenir
Jouiffons avec fcrupule ;
Pour qui penſe & ſçait jouir ,
Chaque coup de la pendule
"Eft le fignal du plaifir.
Par la Mufe D'IT ON.
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387
p. 15
VERS sur le PORTRAIT DU ROI, exposé au Sallon. 1763.
Début :
Il n'étoit réservé qu'au Portrait de Louis [...]
Mots clefs :
Portrait, Suffrages, Aiguille, Pinceau, Modèle, Arts
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur le PORTRAIT DU ROI, exposé au Sallon. 1763.
VERS fur le PORTRAIT DU ROI ,
expofé au Sallon. 1763 .
Il n'étoit réfervé qu'au Portrait de Louis
L
De réunir tous les fuffrages .
>
L'Aiguille & le Pinceau s'y difputent le prix ;
Et leur fublime effort tranfmet à tous les âges
Que ce divin modéle offre aux yeux à la fois
Le chef- d'oeuvre des Arts & le meilleur des Rois.
Par Mde GUIBERT.
expofé au Sallon. 1763 .
Il n'étoit réfervé qu'au Portrait de Louis
L
De réunir tous les fuffrages .
>
L'Aiguille & le Pinceau s'y difputent le prix ;
Et leur fublime effort tranfmet à tous les âges
Que ce divin modéle offre aux yeux à la fois
Le chef- d'oeuvre des Arts & le meilleur des Rois.
Par Mde GUIBERT.
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388
p. 210-211
AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
Début :
Je suis malheureusement intéressée, Monsieur, dans le sort d'une amie qui a perdu [...]
Mots clefs :
Toilette, Dame, Coffre, Nécessaire, Bijoux, Diamant, Perte, Recherches
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texteReconnaissance textuelle : AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
A VI S.
LETTRE de Madame *** à M. d'H. ****
Je fuis malheureulement intéreffée , Mon
feur,, dans le fort d'une amie qui a perdu à
Verfailles , le premier de Juillet , un Néceſſaire
enforme de Caffette d'anpied & demi en quarré ,
demi-pied de hauteur , qui contient toutes les
chofes néceffaires à la toilette d'une femme , &
une petite Boete de bois qui renferme deux plaques
de braffelets entourés de diamans , un petit
coeur & le petit noeud de diamans ; une paire de
boucles d'oreilles de cocques de perles entourées de
diamans , & cinq bagues ; fçavoir , une turquoiſe
& un diamant jaune , taillé en coeur, la couronne
& les deux châtons de brillans blancs , une
chaîne de Carats blancs , une de trois émeraudes
entourées de Carats blancs & jaunes & montés en
coeur ; une formant un petit noeud de brillans
blancs , & le tour de la bague de même , & pour
deviſe dans l'anneau pour celui - ci point d'Aléxandre.
Cette Caffette contient auffi un portrait
très-précieux pour moi: Mon amie a cru fatisfaire
à toutes les recherchés , & fait offrir vingtcinq
louis à ceux qui pourront lui donner des
nouvelles , & des renfeignemens fûrs de ces effets.
Elle a été oubliée par des Domestiques dans la
cour du grand Commun , à Verſailles , au bas de
OCTOBRE . 1763. 211
l'efcalier de la chambre aux deniers. Mon amie
a négligé , felon moi , une choſe très- eſſentielle ,
& pour laquelle je vous prie de me permettre de
reclamer votre amitié pour engager M. de la
Place à inférer ma Lettre dans le premier Mercure
, & à la renouveller dans ceux qui fuivront
pendant deux ou trois mois , pour qu'on puifle
être informé en Province de cet accident. Cette
Caffette auroit pu y paffer fans être volée , ayant
éte laiffée à Versailles la veille du départ du Roi
pour Compiegne : elle a pu être confondue dans
tous les bagages dont la Cour du Grand Commun
étoit pleine. C'eſt un avis falutaire à donner à ceux
qui pourroient avoir des lumiè res fur ce fajet ; ils
auront la bonté d'écrire à M. l'Eempereur, Orfévre
Jouaillier , cour du Palais , à Paris :il comptera
la fomme promife fans queftions ni informations
des gens qui ne voudront être ni connus ni cités,
J'ai l'honneur d'être , & c.
LETTRE de Madame *** à M. d'H. ****
Je fuis malheureulement intéreffée , Mon
feur,, dans le fort d'une amie qui a perdu à
Verfailles , le premier de Juillet , un Néceſſaire
enforme de Caffette d'anpied & demi en quarré ,
demi-pied de hauteur , qui contient toutes les
chofes néceffaires à la toilette d'une femme , &
une petite Boete de bois qui renferme deux plaques
de braffelets entourés de diamans , un petit
coeur & le petit noeud de diamans ; une paire de
boucles d'oreilles de cocques de perles entourées de
diamans , & cinq bagues ; fçavoir , une turquoiſe
& un diamant jaune , taillé en coeur, la couronne
& les deux châtons de brillans blancs , une
chaîne de Carats blancs , une de trois émeraudes
entourées de Carats blancs & jaunes & montés en
coeur ; une formant un petit noeud de brillans
blancs , & le tour de la bague de même , & pour
deviſe dans l'anneau pour celui - ci point d'Aléxandre.
Cette Caffette contient auffi un portrait
très-précieux pour moi: Mon amie a cru fatisfaire
à toutes les recherchés , & fait offrir vingtcinq
louis à ceux qui pourront lui donner des
nouvelles , & des renfeignemens fûrs de ces effets.
Elle a été oubliée par des Domestiques dans la
cour du grand Commun , à Verſailles , au bas de
OCTOBRE . 1763. 211
l'efcalier de la chambre aux deniers. Mon amie
a négligé , felon moi , une choſe très- eſſentielle ,
& pour laquelle je vous prie de me permettre de
reclamer votre amitié pour engager M. de la
Place à inférer ma Lettre dans le premier Mercure
, & à la renouveller dans ceux qui fuivront
pendant deux ou trois mois , pour qu'on puifle
être informé en Province de cet accident. Cette
Caffette auroit pu y paffer fans être volée , ayant
éte laiffée à Versailles la veille du départ du Roi
pour Compiegne : elle a pu être confondue dans
tous les bagages dont la Cour du Grand Commun
étoit pleine. C'eſt un avis falutaire à donner à ceux
qui pourroient avoir des lumiè res fur ce fajet ; ils
auront la bonté d'écrire à M. l'Eempereur, Orfévre
Jouaillier , cour du Palais , à Paris :il comptera
la fomme promife fans queftions ni informations
des gens qui ne voudront être ni connus ni cités,
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
Madame *** adresse une lettre à M. d'H. **** pour signaler la perte d'un nécessaire en forme de cassette à Versailles le 1er juillet. La cassette, mesurant un pied et demi en carré et demi-pied de hauteur, contient divers objets de toilette et des bijoux précieux, dont deux plaques de bracelets entourées de diamants, un petit cœur et un petit nœud de diamants, une paire de boucles d'oreilles en perles entourées de diamants, et cinq bagues. Parmi ces bagues, une turquoise, un diamant jaune taillé en cœur, une chaîne de carats blancs, une bague avec trois émeraudes entourées de carats blancs et jaunes, et une bague formant un nœud de brillants blancs. La cassette inclut également un portrait très précieux. Madame *** offre une récompense de vingt-cinq louis pour toute information sur la cassette et ses contenus. La cassette a été oubliée par des domestiques dans la cour du grand Commun à Versailles, près de l'escalier de la chambre aux deniers. L'expéditrice demande à M. d'H. **** d'intercéder auprès de M. de la Place pour publier cette lettre dans le Mercure afin d'informer la province. Toute personne ayant des informations est invitée à écrire à M. l'Eempereur, orfèvre joaillier, cour du Palais, à Paris, où la récompense sera versée sans questions ni informations sur l'identité des informateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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389
p. 30
RÉPONSE de Mlle le C.. pour M. le C. D..
Début :
J'AI lu cette lettre admirable, [...]
Mots clefs :
Lettre, Réponse, Chagrin, Patrie, Prière, Tristesse, Délire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mlle le C.. pour M. le C. D..
RÉPONSE de Mlle le C..pour M.leC.D..
J'AI I 'AI lu cette lettre admirable ,
Où plein d'une noire fureur ,
De l'affreux chagrin qui t'accable
Tu nous repréfentes l'horreur.
Mais fi tu trouves dans Homère
Un exemple qui t'a fçu plaire ,
Pourquoi ne le pas imiter ?
Pourquoi regarder ta Patrie
Avec cette aveugle furie
Qui ne fert qu'à te tourmenter ?
Céde au deftin , fais comme Ulyffe :
Offre tes pleurs en facrifice
A l'aimable enfant de Paphos ;
A Montpellier comme à Cythère ,
Il exaucera ta prière ,
Et tu jouiras du repos
Qui fçut adoucir la mifère
Des plus infortunés héros. "
Oui , fors ami , de ta trifteffe ;
Et dans les bras d'une maîtrelle
Goûtes la joie enchantereſſe
Qui feul a droit de nous charme .
Mais au milieu de ce délire ,
Reffouviens- toi de nous aimer ,
Et plus encor de nous écrire.
J'AI I 'AI lu cette lettre admirable ,
Où plein d'une noire fureur ,
De l'affreux chagrin qui t'accable
Tu nous repréfentes l'horreur.
Mais fi tu trouves dans Homère
Un exemple qui t'a fçu plaire ,
Pourquoi ne le pas imiter ?
Pourquoi regarder ta Patrie
Avec cette aveugle furie
Qui ne fert qu'à te tourmenter ?
Céde au deftin , fais comme Ulyffe :
Offre tes pleurs en facrifice
A l'aimable enfant de Paphos ;
A Montpellier comme à Cythère ,
Il exaucera ta prière ,
Et tu jouiras du repos
Qui fçut adoucir la mifère
Des plus infortunés héros. "
Oui , fors ami , de ta trifteffe ;
Et dans les bras d'une maîtrelle
Goûtes la joie enchantereſſe
Qui feul a droit de nous charme .
Mais au milieu de ce délire ,
Reffouviens- toi de nous aimer ,
Et plus encor de nous écrire.
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390
p. 65-66
AUTRE.
Début :
Si j'habite parmi les Dieux, [...]
Mots clefs :
Marotte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE,
Si j'habite parmi les Dieux ,
Je fers auffi chez la grifette ,
Ou bien chez quelque pied poudreux ,
Courant de toilette en toilette ,
Chez la prude , chez la coquette ,
Le dévot , le mondain , les jeunes & les vieux.
Faut- il , ami Lecteur , vous inftruire encor mieux ?
En dérangeant ma ſymétrie ,
Vous trouverez facilement
Les armes d'un Forçat ; un fougueux Elément' :
Un Animal rongeur ; un amas d'eau croupie
66 MERCURE DE FRANCE.
Ce que tout homme craint ; un vent ;
Certain Valet de chambre , & Poëte excellent ,
Mais malheureux dans fa Patrie ;
Une Ville de l'Italie ;
Un Arbre , une Note du chant ;
Le mot Mère en latin .... Mais je crains d'en trop
dire ,
Et pour ne plus jafer , adieu , je me retire.
ROSALIE DUM....
De Bordeaux .
Si j'habite parmi les Dieux ,
Je fers auffi chez la grifette ,
Ou bien chez quelque pied poudreux ,
Courant de toilette en toilette ,
Chez la prude , chez la coquette ,
Le dévot , le mondain , les jeunes & les vieux.
Faut- il , ami Lecteur , vous inftruire encor mieux ?
En dérangeant ma ſymétrie ,
Vous trouverez facilement
Les armes d'un Forçat ; un fougueux Elément' :
Un Animal rongeur ; un amas d'eau croupie
66 MERCURE DE FRANCE.
Ce que tout homme craint ; un vent ;
Certain Valet de chambre , & Poëte excellent ,
Mais malheureux dans fa Patrie ;
Une Ville de l'Italie ;
Un Arbre , une Note du chant ;
Le mot Mère en latin .... Mais je crains d'en trop
dire ,
Et pour ne plus jafer , adieu , je me retire.
ROSALIE DUM....
De Bordeaux .
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391
p. 13-44
HISTOIRE d'HENRIETTE, Comtesse de B*** écrite par elle-même pour sa fille, traduite de l'Anglois, par Madame D***.
Début :
LE seul motif capable de me faire supporter une vie qui dès ma plus tendre [...]
Mots clefs :
Père, Vaisseau, Temps, Chambre, Capitaine, Baron, Monde, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE d'HENRIETTE, Comtesse de B*** écrite par elle-même pour sa fille, traduite de l'Anglois, par Madame D***.
HISTOIRE d'HENRIETTE , Comtesse
de B*** écrite par elle-même
pour ſa fille , traduite de l'Anglois ,
par Madame D ***.
LE ſeul motif capable de me faire
ſupporter une vie qui dès ma plus tendre
enfance n'a été qu'un tiſſu de malheurs
, fut le defir de vous voir parvenir
à un âge où vous puiſſiez vraiment
ſçavoir qui vous êtes. Je n'ai pu foutenir
l'idée de ne vous laiſſer avant de
mourir d'autres connoiffances de vousmême
, fi ce n'eſt que vous êtes fille
d'un Banian idolâtre. S'il plaît au Ciel
que ces papiers tombent entre vos mains,
je vous recommande de les conferver
avec le plus grand foin ; je vous conjure
auffi par reſpect pour le culte dans
lequel vous êtes née , qui rend ſacrés
14 MERCURE DE FRANCE .
les devoirs envers les Pères & Mères ,
de lire avec la plus fcrupuleuſe attention
ce que ces Mémoires contiennent ,
de méditer fur chaque article , de peſer
chaque précepte & de les graver fi bien
dans votre ſouvenir , que ſi quelqu'accident
vous faiſoit perdre ce manufcrit ,
vous fuffiez en état de le récrire. Je
vous ordonne ſeulement d'en garder un
fecret inviolable , à moins que la providence
, dont les decrets font impénétrables
, ne vous mît dans une fituation
où il vous feroit avantageux de le publier.
Sçachez donc , ma chère Zoa , que
vous êtes deſcendue par moi de deux
très- anciennes & très-illuſtres maiſons
établies dans le plus fameux Royaume
qu'il y ait ſur la Terre , non ſeulement
par la richeſſe de ſon ſol & la magnificence
de ſes Villes , mais encore par
le génie & les moeurs de ſes habitans.
Il eſt inutile que je vous nomme la
France , puiſque vous m'avez ſouvent
entendu dire que j'y avois reçu le jour.
Mon père étoit le plus jeune des fils
du Comte de B***. ma mère fille du
Baron de S***. S'il vous arrive de rencontrer
quelqu'un de ce payslà,vous entendrez
parler de la vertu&de la granNOVEMBRE.
1763. 15
deur de vos ancêtres . J'éviterois de
vous expoſer à un ſentiment d'orgueil
en vous apprenant l'éclat de votre origine
, ſi cet éclat même ne devoit pas
vous tenir en garde contre tout ce qui
feroit capable de la ternir.
Il eſt d'uſage enFrance parmi les gens
de Condition , de ne pas ſouffrir de
méſalliances : s'ils ſe trouvent hors d'état
d'établir convenablement leurs filles
, ils prennent le parti de les enfermerdans
des maiſons appellées Monaftères,
où elles ſont ſéqueſtrées du monde
pour toujours , & même ſouvent forcées
de ſe conſacrer à Dieu.
Le Baron de S***. chargé de beaucoup
d'enfans , ſe propoſoit de ſacrifier
ma mère à l'agrandiſſement de ſa
famille ; mais la paffion que mon père.
conçut pour elley mit obſtacle. Après
d'inutiles efforts pour obtenir le conſentement
de mon Ayeul , le jeune
B***. prit leparti d'épouſer ſon amante
en ſecret. Ce mariage caché l'eût été
longtemps ſans la réſolution qu'avoit
priſe le Baron de confiner ſa fille dans
un Monastère. La groſſeſſe de cette infortunée
, l'honneur de la famille , le
fien même exigeoient qu'elle déclarât
fon état. Le Comte indigné ne permit
16 MERCURE DE FRANCE.
jamais que mon père ſe préſentât devant
lui , refuſa même de contribuer à
ſa ſubſiſtance & à celle de la femme
qu'il avoit choiſie. En vain nombre de
perſonnes entreprirent de le calmer ,
en lui repréſentant que la fille du Baron
de S*** . étoit un parti fortable pour
le fils du Comte de B***. que la vertu ,
la beauté & toutes les qualités de ma
mère dédommageoient amplement du
manque de fortune ; il fut toujours inéxorable
, & ma naiſſance , ( car je ſuis
le premier & unique fruit de ce triſte
mariage ) ne put émouvoir ſa ſenſibilité.
Pendant treize ans entiers nous n'eumes
de ſecours mon père , ma mère &
moi , que ceux que le Baron put prendre
ſur la mince ſubſiſtance de ſes autres
enfans , & qui par conféquent ne
purent nous rendre la vie que fort
amère.
Nous languiſſions dans cette ſituation
déplorable,lorſque la mort du Gouver--
neur d'Iranadab arriva . C'eſt un établiſſement
que la France a dans les Indes.
Le Prince de Condé demanda cette
Place au Roi pour mon père. Le poſte
étoit peu brillart pour l'héritier de la
maiſon de B *** , mais devenoit une
reſſource honnête pour un fils diſgracié
NOVEMBRE. 1763. 14
de ſon père , & qui ne vivoit qu'aux
dépens de celui de ſa femme.
On imagina dans le monde qué cét
événement rameneroit le Comte de
B***, & que plutôt que de laiſſer expatrier
fon fils , il ſe détermineroit à lui
pardonner; mais conſtamment fourd au
cri de la nature , le Comte ſe refuſa
même à ce que mon père prit congé
de lui avant ſon départ.
notre
Le Baron auroit voulu pouvoir déterminer
ſon gendre & ma mère à
me laiſſer auprès de lui ; mais leur tendreſſe
fatale pour l'unique fruit de leur
union , ne leur permit pas d'y conſentir.
Tout étant préparé pour
voyage , à la commodité , à la magnificence
même duquel tous nos parens ,
à l'exception de l'inexorable Comte ,
voulurent bien contribuer. Nous nous
embarquâmes ſur une Frégate du Roi ,
amplement fournie de tout ce qui nous
étoit néceſſaire. Un vent favorable nous
donnoit l'eſpérance d'une heureuſe navigation
, & le changement que j'appercevois
dans la phyſionomie de ceux
à qui je devois le jour , m'annonçoit
leur fatisfaction . Celle de ſe voir indépendans
, quoique dans un état au-deffous
de leur naiſſance , leur donnoit un
18 MERCURE DE FRANCE.
air de gaîté qui me raviſſoit d'autant
plus qu'il étoit nouveau pour moi. Il
m'eſt permis , je crois , de dire que mon
père&ma mère formoient le plus beau
couple , & que la Nature ſembloit avoir
raſſemblé en moi par un heureux mêlange
tous les agrémens perſonnels de
l'un & de l'autre. Mais qui pourroit
aujourd'hui m'en croire ? dévorée de
chagrins amers dès ma jeuneſſe , j'ai
éprouvé avant le temps les effets de la
décrépitude que la vieilleſſe ſeule a
droit de produire , & vous n'avez ſans
doute remarqué dans ma figure aucune
trace de cette beauté funeſte , qui
ſembloit ne m'avoir été donnée que
pour cauſer tous les malheurs de ma
vie.
Au moment où nous nous flattions
que notre malheureuſe étoile ſe lafſoit
de nous perfécuter , elle ſe diſpoſoit à
nous porter les plus ſenſibles coups.
Unmatin que j'étois encore au lit , un .
bruit extraordinaire m'éveilla en ſurſaut,
& l'inſtant après j'entendis des coups
de fufil. Je m'élançois du lit pour courir
en apprendre la cauſe , quand ma
femme de chambre vint m'annoncer
que nous étions attaqués par un Pirate.
La terreur qui ſe peignoit dans ſa conSEPTEMBRE.
1763. 19
tenance me perfuada que nous étions
dans le plus grand danger. Habillée à
la hâte je courus auprès de ma mère
que je trouvai proſternée , implorant le
Ciel. Quelques gens du Vaiſſeau entrerentdans
ſa chambre. Où est mon époux,
s'écria- t- elle ? il combat , Madame , lui
repondit- on. Nous ne pouvons l'arracher
du tillac où tout ſemble être en
feu. Elle y couroit pour l'engager à ſe
ménager davantage; mais un bruit terrible
l'arrêta tout-à- coup.... Ils nous
ont abordés ! ils nous ont abordés , s'écriaun
Matelot : notre perte eſt certaine
, la mort , oul'eſclavage. Quelles expreffions
pourroient peindre la conſternation
& l'horreur où se trouva cette
mère ſi tendre ? Mais que devint-elle
à l'aſpect de mon père couvert de fang ,
&qu'on rapportoit à ſa chambre ? Ah
Madame ! dit- il en soupirant , rien ne
peut nous fauver ; le Ciel nous abandonne
; le vaiſſeau eſt pris ; nous fommes
tous eſclaves ! .... Bientôt notre
chambre fut remplie d'hommes d'un
aſpect fier & terrible. Le Capitaine que
j'apperçus au milieu d'eux , donna des
ordres dans une Langue que je n'entendois
pas . Nous jugeâmes bientôt
qu'ils étoient en notre faveur ; car la
,
20 MERCURE DE FRANCE.
plupart de ces miſérables dont l'air fe
roce étoit encore plus effrayant que la
figure , fortirent ſur le champ. Il n'en
reſta que trois ou quatre ; & l'un deux
qui étoit François ,nous fervit d'interprete.
Le Capitaine inſtruit de ce que
nous étions , eut l'humanité d'ordonner
que l'on panfat les bleſſures de mon
père & de permettre que nous gardaffions
la même chambre : mais tout
le reſte de nos gens , à l'exceptionde
deux de nos femmes , furent enchaî
nés au fondde cale.
Le Capitaine ayant enſuite fait emporter
tous les effets & marchandiſes de
notre vaiſſeau , retourna dans le fien ,&
ne nous laiſſa qu'un Patron & quelques
Matelots pour nous conduire à Madagascar.
Quel affreux revers ! Quelle différence
dans notre ſituation ! Prêts à recevoir
les hommages d'une Province entiere
, nous nous trouvions dépouillés
de tout& conduits en captivité! Mon père
paroiffoit enviſager fon malheur avec
courage ; mais ma mère étoit inconfolable.
Son coeur tendre & généreux
ne ſupportoit pas l'idée d'être la cauſe
de celui de fon époux. Une mélancolie
profonde , plus dangereuſe que les
NOVEMBRE. 1763. 21
bleſſures de men père , s'empara d'elle ;
&malgré tous les efforts de la paffion
la plus tendre pour la convaincre que
l'amour vertueux dédommage des ri
gueurs du fort , elle ſe reprochait ſans
ceſſe les infortunes de ſon épouſe,
Je ne pouvois éviter d'entendre leurs
triſtes entretiens ; mon coeur en étoit
ſi pénétré , que je paffois quelquefois
de l'abattement au murmure contre la
Providence qui paroiſſoit s'intéreſſer fi
peu à l'innocence & à la vertu.
Nous étions depuis huit jours prifonniers
des Pirates, quand nous fumes flattés
de l'eſpérance de fortir de l'eſclavage.
Le Vaiffean qui s'étoit emparé du
nôtre & qui voyageoit de compagnie
avec nous , avoit découvert un vaiſſeau
Anglois , qu'il crut affez richement
chargé pour devoir l'attaquer ; mais les
Pirates ayant usé une partie de leur poudre
dans leur combat contre nous , celui
qu'ils livrérent à l'Anglais ne put
être auſſi vif, Quelques-uns de nos hommes
, que dans la confufion ils avoient
laiſſés dans notre vaifleau , imaginant
devoir profiter de ce moment de
trouble pour recouvrer leur liberté ,
firent main-baſſe ſur les Pirates ; &
après un carnage horrible notre Capi
22 MERCURE DE FRANCE .
taine vint nous annoncer l'agréable
nouvelle qu'il étoit le ſeul Com maridant
de ſon vaiſſeau. Nous fimes alors
force de voiles dans l'eſpérance de nous
ſauver , tandis que le vaiſſeau Pirate
étoit engagé avec l'Anglois : mais malheureuſement
le nôtre étoit fi endommagé
que ceux qui étoient à la poup e
criérent qu'il ne ſe ſoutiendroit pas deux
heures à la voile.
Mon père alors , le Capitaine & l'equipage
furent d'avis de joindre le vaifſeau
Anglois & de l'aſſiſter avec ce qui
nous reſtoit d'hommes & de munitions :
on agit en conféquence. Les Anglois
ranimés par ce ſecours ineſpéré redoublérent
de valeur ; nos gens ſentant qu'il
falloit vaincre ou mourir , aborderent
l'ennemi l'épée àla main. LesAnglois de
leur côté ſauterent dans le vaiſſeau &
attaquerent les Pirates avec un courage
qui n'a pas d'exemple. Jamais combat
ne fut plus obſtiné ; mais enfin la victoire
demeura au parti le plusjuſte. Les
Pirates furent prèſque tous tués ou
bleſſés , & leur vaiſſeau tellement criblé
que les Anglois en ayant tranſporté
tous les effets dans le leur , l'abandon.
nerent, avec le peu d'hommes qui y reftoientà
la merci des flots. Le nôtre étoit
NOVEMBRE. 1763
également fi rempli d'eau , que nous
fumes obligés de le quitter pour paffer
dans celui des Anglois. Le Capitaine
parloit très bien François ,& étoit auffi
poli que brave. Il ne ſcut pas plutôt qui
nous étions & ce qui nous étoit arrivé
depuis que nous avions quitté la France,
qu'il nous traita avec les égards les
plus refpectueux ,& nous fit rendre tout
ce qui nous avoit été pris par les Pirates
en confidération des ſervices qu'il avoit
reçus de nous ; mais le Capitaine &
mon père ne voulurent rien accepter
que ce qui leur avoit appartenu , & demanderent
pour toute grace qu'on les
mît à terre à Iranadab. Le Capitaine
Anglois que déconcerta cette demande,
dit à mon père que le vaiſſeau qu'il
montoit appartenant à une Compagnie
de Marchands dont il n'étoit que le
Facteur ; & que les effets qu'il contenoit
étant d'une valeur conſidérable , il ne
pouvoit nous conduire dans le port d'us
ne Nation avec laquelle la fienne étoit
actuellement en guerre : mais qu'à notre
arrivée à Bombay où il devoit ſe
rendre , il repréſenteroit au Gouverneur
& aux Marchands les ſervices que nous
lui avions rendus , de façon à obtenir
d'eux un vaiſſeau pour nous conduire
où nous defirions aller,
24 MERCURE DE FRANCE.
,
Nous euffions paſſe notre temps afſez
agréablement ſur le vaiſſeau , fi l'indiſpoſition
de ma mère n'avoit pas augmenté
au point de nous faire défefpérer
de ſa vie. Mon père entièrement
guéri de ſes beſſures ne quittoit pas
le chevet de ſon lit; ma tendreſſe &
mon devoir m'y attachoient également.
Elle languit dans cet état environ fix
ſemaines ; & voyant approcher ſa fin
elle fit ſes adieux à mon père avec
plus de courage qu'on ne devoit attendre
d'un caractère naturellement
foible. Sa paffion pour lui ſembloit l'élever
au-deſſus des terreurs , affez ordinairement
inséparables de la prochaine
diffolution de notre être. Elle
ne doutoit pas que fa mort ne fût un
moyen de réconciliation avec le Comte
ſon père , & que ſon époux ne rentrât
dans tous les droirs que ſon amour
pour elle lui avoit fait perdre. Cette
idée lui faisoit quitter le monde avec
moins de regret & d'amertume. Elle
m'embraffa , me donna ſa bénédiction;
& ſe retournant encore vers mon père,
me recommanda tendrement. Ce furent
les dernières paroles qu'elle articula en
nous laiſſant en proie à la plus profonde
douleur. Mon père , qui ne voulut ja
mais
NOVEMBRE. 1763 . 25
mais confentir que la mer ſervît de fée
pultureau corps de fa malheureuſe épou
ſe , la fit embaûmer par le Chirurgien
du vaiſſeau , dans l'eſpérance , dès qu'il
feroit arrivé à ſon Gouvernement , d'en
faire les obſéques d'une façon convenable
à ſa naiſſance , à ſes vertus & à la
tendreſſe qu'il confervoit pour elle audelà
du trépas.
: Mais hélas ! que les projets des hommes
font vains quand le Ciel en a décidé
autrement. Non feulement cette
épouſe chérie , mais fon époux même
étoient deſtinés à n'avoir que la mer
pour tombeau. Nous étions à la vue de
Bombay, quand il s'éleva le plus furieux
orage que les Matelots euſſent jamais
vû fur cette mer. L'obſcurité vint ſe
joindre au danger , & augmenta nos
craintes. Les coups de vents furent fi
terribles , que les mâts & le gouvernail
ſe rompirent; l'eau entra dans le vaifſeau
avec une telle abondance , que
tout l'Equipage s'écria : Nous sommes
perdus ! plus d'espérance que la cha-
Loupe !... Elle fut dans l'inftant jettée
à l'eau : mon père & moi & autant de
Matelots qu'elle en pouvoit contenir y
entrâmes d'abord ; mais le péril preffant
y fit précipiter tant de monde ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle ne tarda pas à couler à fond,
Tout ce qu'elle portoit périt , à la ré
ſerve de trois perſonnes , un Contre-
Maître Anglois & un Valet-de-Chambre
François que nous avions amenés
de France , & moi. Ce dernier , qui
étoit excellent Nageur , eut la force de
me ſauver avec lui. Mon ſalut en cette
occafion étoit ſans doute un malheur
de plus pour moi ; mais il tenoit tant
du prodige , qu'en réfléchiſſant au ſoin .
que la Providence prit alors de mes
jours , on eût pu croire qu'il entroit
dans ſes décrets de les rendre auffi heus
reux qu'ils ont été infortunés.
J'étois évanouie quand nous attei
gnimes le rivage; mes deux libérateurs
me donnerent tous les ſecours qui dé
pendirent d'eux. Je repris bientôt mes
eſprits ; mais repréſentez - vous , ma
chere Zoa , toute l'horreur de ma fie
tuation , lorſque je fus en état de l'enviſager
! Dans le premier mouvement
de mon déſeſpoir , je ne penſai ni à
remercier le Ciel ni ceux qui au péril
de leur vie avoient ſauvée la mienne.
Je demandai mon père à grands cris ,
& mon père ne me fut pas rendu.
Les deux hommes ( car le Contre-
Maître parloit affez bien le françois pour
NOVEMBRE. 1763. 27
ſe faire entendre ) me dirent tout ce
qu'ils purent imaginer pour me confoler
; ils me flatterent qu'il n'étoit pas
impoffible que le Gouverneur ſe fût
ſauvé comme nous ; que vraiſemblablement
la Chaloupe ſe ſeroit briſée
contre un rocher ou auroit échoué à
la côte ; & qu'en ce cas on pourroit
après la tempête retrouver une partie
des effets qui nous appartenoient.
1
J'ignorois fi ce dernier événement
étoit poſſible ; mais j'étois ſûre que mon
père ne ſçavoit pas nager & qu'il ne
me reſtoit pas la plus légère eſpérance
de le revoir jamais. Une perte fi cruelle
fuffifoit pour me rendre inconfolable ,
quand même je me ferois retrouvée
dans ma patrie & maîtreſſe d'une grande
fortune : quelle impreffion ne dutelle
pas faire ſur une malheureuſe orpheline,
étrangère dans quelque pays où
le fort l'eût jettée alors , ne ſcachant
que la langue & les uſages du fien ,
fans appui , fans aſyle , ſans guide &
fans argent ! l'obſcurité de la nuit& le
fifflement des vents ajoutoient encore
à l'horreur de mes réfléxions & me faifoient
fouhaiter la fin de ma déplorable
vie. Le jour parut enfin : jamais
mes yeux n'avoient été frappés d'un
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
,
plus beau ſpectacle. La Mer furieuſe
peu d'heures auparavant étoit devenue
calme , la Terre d'une fraîcheur charmante.
Auprès de nous étoit un bois
dont les arbres chargés de fleurs & de
fruits de différentes eſpèces , charmoient
la vue & l'odorat. Ce ſpectacle , je l'a
vouerai , ſuſpendit un inſtant les tranf
ports de ma douleur ; mais en me retournant
vers la Mer qui renfermoit
dans ſon ſein tout ceque j'avois
eu de plus cher , je ſentis de nouveau
couler mes larmes. En vain mes Compagnons
chercherent à découvrir quel
ques veſtiges du naufrage. Le Contre-
Maître , qui pour la troifiéme fois alloit
aux Indes & qui connoiſſoit ces parages
, prétendit que le Vaiſſeau avoit dû
être entrainé par le courant dans le
Havre, & qu'il étoit poffible qu'une par
tiede nos richeſſes pourroit être ſauvée,
Mais quel foible adouciſſement aux
maux dont j'étois déchirée !
J'étois à jeun depuis vingt - quatre
heures , par conféquent très - affoiblie,
Mes compagnons eux - mêmes , trèspreſſés
par la faim , cueillirent des fruits,
me forcerent d'en goûter , & ſe promirent
qu'en côtoyant les bords de la
Mer nous pourrions rencontrer quelNOVEMBRE.
1763 . 29
que Ville. Cependant le Contre-Maître
parut incertain ſur le chemin qu'il
étoità proposde choiſir : il avoua même
n'être pas für que nous fuffions près de
Bombay. L'obſcurité de la nuit & la
violence de l'orage ne lui avoit , diſoitil
, pas permis de prendre aucunes directions
préciſes. Il falloit donc marcher
au hazard. Nous fimes pluſieurs milles-
fans découvrir aucunes traces d'hommes
: mais cette fatigue devint bientôt
au-deſſus de mes forces , au point
que mes compagnons ſe virent tour-àtour
obligés de me porter dans leurs
bras . Dès que la nuit parut , la crainte
des bêtes féroces dont ces lieux pouvoient
être habités , les détermina à
couper avec leurs épées des branches
d'arbres dont ils firent un grand feu .
Ils m'inviterent alors à tâcher de prendre
quelque repos pour me mettre en
étatde recommencer le lendemain notre
courſe , & convinrent de veiller alternativement
tant pour entretenir le
feu , que pour, en cas de beſoin, éveiller
les deux autres .
Gouchée au pied d'un arbre, où malgré
l'agitation de mes eſprits , je ne tardai
pas à m'endormir profondément,
Ja fatigue que j'avois efſuyée eût ſans
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
....
doute prolongé mon sommeil , fans un
événementdont je frémis encore . Je rêvois
qu'un animal féroce étoit prêt à
me dévorer ; je m'éveillai avec effroi
& crus que mon rêve devenoit une
réalité , lorſque je me fentis preſſée dans
les bras d'un homme. J'allois jetter des
cris perçans , lorſqu'on me dit : ne vous
allarmez - pas , belle Henriette ; vous
n'avez rien à craindre de moi ; je vous
le proteſte fur ce que j'ai de plus facré :
daignez m'entendre. Je vousai aimée ,
que dis-je ! adorée dès le premier moment
que je vous ai vue Le fon de
ces paroles me fit reconnoître Reyner
(c'étoit le nom du Valet-de-Chambre ,
de mon père . ) Je pouſſai un cri fi violent
qu'il éveilla le Contremaître. Cet
honnête homme accourut à moi , &
comprit la cauſe de ma frayeur. Monftre
! dit- il , efſt-ce au milieu des dangers
qui nous environnent , après être
échappés comme par miracle à la mort ,
eſt-ce le temps d'infulter auffi cruellement
une perfonne que vous ne devriez
approcher qu'avec reſpect ? Reyner
plein de fureur &de honte , ne répondit
à ce reproche que par des injures
& des menaces. Il n'en fallut pas
davantage pour exciter entr'eux un
3
NOVEMBRE. 1763. 31
combat. J'étois fi indignée&fi humiliée
de cet événement, que prèſque hors
de moi-même je me mis à fuir de toutes
mes forces vèrs une forêt que j'apperçus
, où excédée de fatigue &d'horreur
, je tombai au pied d'un arbre
touffu dont les branches pendoient jufqu'à
terre.
Mon eſprit étoit trop agité pour enviſager
d'autres malheurs que celui de
tomber entre les mains du perfide Reyner.
Mais bientôt une multitude d'objets
de terreur ſe peignirent à mon
imagination. Les bêtes ſauvages dont
l'honnête Anglois nous avoit parlé , me
faifoient friffonner au moindre bruit.
Pleine de cette inquiétude , je quittai
ma place pour jetter les yeux de tous
côtés , fans pouvoir découvrir ni maiſon
ni cabane , ni rien qui m'offrît l'apparence
d'un aſyle. Déſeſpérant alors
de conferver ma vie je commençai
à moins craindre la mort.
Les différentes mifères , les peines ,
les dangers que j'avois effuyés dans
un fi court eſpace de temps , ſe préſenterent
en foule à ma mémoire ; &
mon âme trop foible pour ſupporter
ces cruelles idées , perdit juſqu'à la faculté
de réfléchir. Je tombai dans une
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
forte de léthargie ; & j'ignore combien
de temps avoit duré cette eſpèce d'anéantiſſement
quand j'en fortis par une
nouvelle épouvante , peut-être la ſeule
choſe capable de me tirer alors de cet
état. C'étoit la voix du déteſtable Reyner.
Vous voilà enfin retrouvée , aimable
fugitive ? me dit- il , avec un sourire
mocqueur , vous vous êtes ſauvée de
moi ; mais vous ignoriez que rien ne
pouvoit vous cacher à votre Amant.
Je vous aurois poursuivie dans tous les
coinsdu monde. Ma paſſion eſt telle que
je m'expoſerois non ſeulement à toute
la vengeance des hommes , mais à
celle de Dieu même plutôt que d'y
renoncer .
Ce difcours me pénétra de tant d'horreurs
, que j'ai peine à concevoir comment
j'y pus ſurvivre. La violence des
mouvemens qui m'agitoient , ne me
laiſſa d'autre liberté d'expreffions que
celle d'un regard où il pût lire ma
haine & mon mépris. Ne me haïffez pas
pour un excès d'amour , reprit- il fur un
ton plus reſpectueux ; fi c'eſt un crime
de vous avoir aimée , n'en faccuſez que
vos charmes. Il voulut alors ſe ſaifir
de mes mains . Audacieux Efclave !
m'écriai-je , ofes-tu bien élever tes re
NOVEMBRE. 1763. 33
gards juſqu'à moi ? Je ſçai , dit- il , la
diſproportion de votre rang &du mien;
mais la fortune ne nous a-t-elle pas mis
de niveau ? Ne nous plonge-t- elle pas
tous deux dans la même indigence ? Ne
vange-t-elle pas enfin la Nature après
l'avoir humiliée tant de fois ? Dans le
fond ne fuis -je pas né votre égal ? Qu'estce
que les diftinctions inventées par
l'injuftice & foutenues par la force ? Les
Grands de la Terre font-ils d'une eſpéce
différente des petits ? Croyez - vous
qu'un homme d'un état obfcur ne doive
, ne puiſſe ni penſer ni ſentir comme
les Grands ? Le Peuple n'eſt plus
dans cette profonde ignorance qui le
plaçoit , qui le fixoit , pour ainſi dire ,
parmi les brutes : nous ſcavons aujourd'hui
écrire , lire , écouter & réfléchir.
Vous êtes belle , vous me plaiſez ; nous
voilà dans l'ordre naturel : pourquoi
donc cette fierté , cette hauteur fi déplacée
à préſent ? Efforçons-nous plutôt
de foulager notre miſére commune,
& livrons-nous aux plaiſirs que la Nature
ne refuſe à perſonne. Nous pouvons
, fi vous voulez , être auſſi heureux
que nos premiers pères dans le
jardin d'Eden . Je rendrai à mon aimable
Henriette tous les ſervices qui dé
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
pendront de moi , & mon zéle ira toujours
au-devant de ſes defirs. Quand
elle dormira je veillerai & ſerai ſon défenfeur
. Peut-être enfin que le hazard
nous conduira dans quelque lieu où
mon travail fournira plus agréablement
à votre ſubſiſtance. Chère Henriette !
ajouta -t- il avec chaleur , ayez pitié de
vous-même : craignez de m'irriter ; ne
me méprifez pas ; que ces beaux yeux
m'enviſagent avec moins d'horreur. De
quel ſecours feroient maintenant vos
titres ? de quel ſecours au contraire ma
tendreſſe ne vous ſera-t-elle pas ?
Tandis qu'il parloit ainfi , j'avois le
viſage tourné de façon qu'il ne voyoit
pas les larmes dont j'étois baignée .
J'invoquois intérieurement le Ciel; jamais
je ne lui fis d'auffi ferventes prieres .
Reyner garda un moment le filence &
le rompit bientôt pour me preffer de
lui répondre . Que puis - je dire , m'écriai-
je avec fierté , que tu ne ſaches
déja ? Je ne vois en toi qu'un ſcélerat
trop indigne de vivre , & je ne puis que
m'abhorrer moi-même d'avoir ſcu te
plaire. A ces mots je m'élançai de
ſes bras & tentai de prendre la fuite.
Il ne lui fut pas difficile de m'atteindre.
Je fis retentir de mes cris les échos de
NOVEMBRE. 1763 . 35
la forêt , & je me voyois prête a devenir
la proie de ce ſcélérat , quand toutà-
coup pluſieurs hommes arriverent à
l'endroit où nous étions. Indignés de la
violence à laquelle ils me voyoient
prête à fuccomber , l'un deuxd'un coup
de javelot étendit mon lâche raviſſeur
àmes pieds .
Je dois maintenant vous informer de
qui & par quel hazad je reçus ce ſecours
ineſperé. Vous ſcavez , ma chère
Zoa , que votre père a une belle Maifon
de Campagne à trois lieues de la
vaſte forêt de Chiama . C'étoit dans cette
même forêt que j'avois foutenu l'horrible
combat que je viens de vous raconter
, & c'étoient les gens du Banian
qui chaſſoient alors au ſanglier.
J'aurois peine à vous exprimer la furpriſe
que je caufai à ces Indiens. Mes
habits , quoique riches , trempés par
Peau de la Mer & féchés au vent & au
foleil , par conséquent de mille fauffes
couleurs , & déchirés ainſi que ma peau
par les bruyères à travers leſquelles j'avois
paſſé ; mes cheveux épars dans le
plus grand défordre ; mes yeux égarés ;
tout cet appareil joint au lieu où ils m'avoient
rencontrée , leur fit conclurre
qu'il m'étoit arrivé quelque avanture
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
extraordinaire. Ils m'entourérent & me
confidérerent de la tête aux pieds en
ſe parlant les uns aux autres ; mais quoique
je n'entendiffe pas leur langue , je
conjecturai par leur maintien que ce
qu'ils difoient n'étoit pas à mon défavantage.
Après m'avoir longtemps examinée
, deux d'entr'eux me tendirent la
main , & me conduifirent à travers la
forêt , en me foutenant , quand nous
étions dans de mauvais chemins , avec
la plus grande humanité.
Nous apperçumes enfin ce que peu
de temps auparavant j'avois défeſpéré
de jamais revoir , c'eſt - à - dire , une
maifon. Toute incertaine que j'étois
du traitement qui pouvoit m'y attendre
, je ne pus m'empêcher de fentir
la joie d'être hors d'un pays ſauvage ,
& de me retrouver avec des créatures
humaines. Mes conducteurs, en arrivant,
m'apporterent du linge très- blanc & fervirent
devant moi un plat de ris & quelques
oiſeaux bouillis , avec un pot d'argent
plein d'eau mêlée avec un peu d'Arak.
Je rendis grace à Dieu du changement
qui arrivoit dans mon état ; mais
il manquoit à mon bonheur la poſſibilité
d'entendre mes bienfaîteurs & de
les informer de ce qui me regardoit ;
NOVEMBRE. 1763. 37
détail qui pouvoit influer ſur la continuation
de leurs bons procédés à mon
égard. Après avoir emporté les reſtes de
ce qui m'avoit été ſervi , on me laiſſa
ſeule ; & je vis l'inſtant après entrer un
Indien d'une jolie figure , excepté la
couleur de ſa peau , ſuivi de quelquesuns
de ceux qui m'avoient trouvée dans
la forêt. Il me regarda comme eux avec
étonnement , & me traita avec la plus
grande politeffe. Aux témoignages de
reſpect qu'on lui rendoit , je m'apperçus
qu'il étoit le Maître de cette habitation ,
&je lui témoignai en François toute
ma reconnoiſſance ; mais j'eus le chagrin
d'appercevoir que je n'étois entendue
de perſonne. Mes démonstrations
lui firent cependant à-peu-près deviner
ce que je prétendois lui dire. Il fit figne
à ſes gens de ſe retirer ; & après
s'être affis auprès de moi , il me prit la
main & la baiſa avec tranſport. Cette
action , qui me rappella l'infame Reyner,
fit une telle impreſſion ſur moi , que je
m'écriai tout-à coup : O Dieu ! que
vais-je devenir ? Quoiqu'il n'entendît
pas les mots que je prononçois , la douleur
qui ſe peignit ſur mon vilage les
lui rendit , à ce qu'il m'a dit depuis ,
très- intelligibles. L'Indien en effet aban38
MERCURE DE FRANCE.
donna auffitôt ma main , me falua ref
pectueuſement avec l'air de me demander
pardon , & fortit de ma chambre.
Cette conduite dans laquelle je ſoupçonnai
malgré moi plus d'art que de
bonté , ne diffipa point mes inquiétudes .
Je venois trop récemment d'éprouver
que la paffion parvenue à un certain
degré , ne connoît plus de frein. Pouvois-
je ne pas craindre de me voir expoſée
aux mêmes dangers ? On ne me
laiſſa pas long-temps livrée à ces triſtes
réflexions. Deux femmes Indiennes entrerent
& me firent figne de les ſuivre.
Je fus conduite dans un très-bel appartement
, où je trouvai toutes les commodités
que j'aurois pû defirer
France même. Mais ce qui me plut
davantage , ce fut un verrouil que j'apperçus
à la porte ,&dont je ne différai
pas de faire uſage dès que je me trouvai
feule.
en
Malgré mes fatigues outrées , le trouble
de mon âme ne me permit de me
livrer au fommeil que vers le matin :
mais il devint fi fort , que je ne fus
éveillée que très- tard par une voix qui
ſembloit m'appeller. Je fortis de mon
lit; & après avoir paflé une robe , j'allai
ouvrir ma porte. C'étoit une des fem
NOVEMBRE. 1763 . 39
mes qui m'apportoit un habit très-riche
qu'elle m'aida à mettre , en me faiſant
entendre par fignes que le mien étoit
trop peu convenable pour moi. Je ne
fus pas plutôt habillée , qu'une autre
m'apporta du chocolat avec une eſpéce
de gâteau : tout cela me fut fervi avec
un reſpect qui auroit peut- être flatté
ma vanité , ſi j'avois pû m'en diffimuler
le motif ou ne le pas craindre.
Dès que j'eus déjeûné , elles me conduifirent
dans une Salle où étoit leur
Maître , & où il eſt inutile de vous dire
qu'il m'attendoit. Il ſe leva & vint me
recevoir avec beaucoup de politeffe ,
prit une de mes longues manches en
fouriant, & parut admirer à quel point
cet habit m'alloit bien. Il m'invita enfuite
à paffer dans ſes jardins , où la
beauté & la variété des fleurs me parurent
admirables. Il en cueillit quelques-
unes des plus curieuſes qu'il plaça
dans mes cheveux & fur mon fein ,
mais avec tous les égards qu'exigeoit
la modeſtie la plus ſcrupuleuſe ; & pendant
ce jour même & pluſieurs autres
il ne fit rien qui pût faire naître en moi
les moindres allarmes , quoiqu'il me fût
aiſé d'appercevoir les progrès de fa
paffion par le feu qui brilloit dans ſes
40 MERCURE DE FRANCE.
yeux. Sa main trembloit quand il étoit
dans le cas de m'en offrir l'appui & de
toucher la mienne ; & quoique les Peuples
de cette couleur ne rougiffent jamais
, je remarquois pourtant ſouvent
que ſon viſage devenoit d'une teinte
plus pâle , effet de la violence que lui
cauſoit une conduite auſſi modérée.
Après m'avoir fait voir dans ſes jardins
tout ce qu'il jugeoit digne de mes
obſervations , & m'avoir conduit dans
une grotte ornée de coquillages , autour
de laquelle ferpentoit un ruiffeau
qui fortoit d'une eſpèce de labyrinthe ,
il me ramena dans la ſalle où la rable
étoit ſervie ; & pendant le repas il
conſerva pour moi les mêmes attententions
& les mêmes égards. Apeine
étions-nous deſſervis , qu'un de ſes efclaves
entra précipitamment & lui dit
quelques mots qui parurent lui caufer
beaucoup de joie ; & voici ce que
c'étoit. Epris de la plus vive paffion
pour moi & affligé de ne pouvoir me
communiquer ſes idées , ni ſçavoir ce
que j'étois , ni ce qui avoit pû donner
lieu aux étranges événemens qu'on lui
avoit racontés , il avoit envoyé à la
Ville offrir une récompenſe confidérable
à qui ſçauroit aſſez les Langues Euro
NOVEMBRE. 1763 . 41
péennes pour pouvoir nous fervir d'interprète
; & la perſonne chargée de
cette commiſſion avoit été affez heureuſe
pour trouver un homme qui parloit
paffablement le Hollandois , l'Anglois
& le François .
Le Banian , après avoir caufé un
moment avec lui , le pria de me parler
dans toutes les langues qu'il poffédoit.
Dès qu'il connutque j'étois Francoiſe
, il me demanda par quel hazard
je me trouvois dans l'Inde ? Jamais aucun
fon ne flatta plus délicieuſement
mon oreille. Je lui appris tous mes
malheurs ; il les répéta au Banian , qui
touché de mon hiſtoire me fit aſſurer
qu'il me rendroit tous les ſervices qui
pourroient être en ſa puiſſance. Je demandai
dans quel pays j'étois ? & il ne
m'eut pas plutôt dit que c'étoit à Bombay
que je le fuppliai de me faire
conduire chez un Commercant Anglois
, pour le prier de me procurer les
moyens de retourner en Europe. Cette
propoſition ne fut pas plutôt expliquée
au Banian , qu'il ordonna à l'Interprète
de me dire que nous étions à une
très-grande diſtance de la Colonie ; mais
qu'ayant des relations d'affaires avec les
Commerçans d'Angleterre , & du cré-
,
42 MERCURE DE FRANCE.
dit chez cette Nation , il ſe chargeoit
avec plaifir de cette négociation. i
Cette réponſe étoit d'autant moins
fatisfaiſante pour moi , que j'aſpirois
après l'inſtant de me voir hors de la
puiſſance d'un homme dont les diſpoſitions
me donnoient beaucoup de dé
fiance. Je tentai mais inutilement d'engager
le Banian à vouloir bien s'é
pargner cette peine. Affez heureux ,
me dit- il, pour ſe trouver le premier
à portée de m'être utile , il devenoit
jaloux de finir ſon ouvrage. Je penſai
alors à gagner l'amitié de l'interprète&
à le charger d'une Lettre pour le Gouverneur
de Bombay , que le Capitaine
de notre vaiſſeau m'avoit dit être un
homme plein d'honneur; mais je craignis
de me confier trop légérement à
une créature du Banian , & peut-être
de m'expoſer à l'irriter trop contre moi.
Je crus donc n'avoir rien de mieux à
faire que de me mettre ſous la protection
du Ciel & de laiſſer agir cet Indien
qui non moins impatient que
moi, partitdès le lendemain pour la ville
&me laiſſa ſon interprète , afin que par
fon moyen je puſſe faire entendre mes
volontés à ſes gens qui avoient ordre
de m'obéir en tout.
,
NOVEMBRE. 1763. 43
Cetre abfence donna quelque relache
à mes inquiétudes ; je l'employai à
queſtionner l'interprète ſur le temps qu'il
avoit paffé en France , fur ce qui l'avoit
engagé à y aller, ſur le ſéjour qu'il
avoit fait dans l'Inde , ſur ſes facultés &
l'état de ſon commerce à Bombav. II
me dit qu'étant Matelot fur un vaiſſeau
marchand Hollandois . & le vaiſſeau
ayant été pris par un Anglois , il avoir
appris cette langue ; que depuis étant
venu ſouvent dans l'Inde il avoit encore
appris le Malayant ; qu'il devoit
le peu qu'il ſçavoit de la langue Françoiſe
à la com, laiſance d'un François
avec lequel il avoit fait un voyage de
long cours ; qu'enfin ſa demeure étoit
fixée à Bombay , où il avoit épousé
une Indienne dont il avoit pluſieurs enfans.
Je concevois à peine comment
un Européen s'étoit déterminé à prenpre
une femme de cette couleur , &
de plus payenne. Mais je ne fus pas
long-temps à m'appercevoir qu'il n'étoit
rien moins que délicat en matière
de Religion , & à m'applaudir de ne m'être
pas confiée à lui comme j'en avois
été tentée. Je lui demandai le nom &
le rang de celui ſous la protection duquel
j'étois tombée ? Ilm'en fit les plus
44 MERCURE DE FRANCE.
grands éloges & finit par me dire que
celle qu'il épouſeroit feroit la plus heureuſe
femme du monde. Je fis peu d'attention
à ce difcours & pour me donner
de l'occupation je me fis inſtruire
par lui de pluſieurs phrases de la langue
Malayene qui me parut fi facile , qu'en
peu de jours je me trouvai en état de
demander tout ce qui m'étoit néceſſaire.
Le reste áu Mercure prochain.
de B*** écrite par elle-même
pour ſa fille , traduite de l'Anglois ,
par Madame D ***.
LE ſeul motif capable de me faire
ſupporter une vie qui dès ma plus tendre
enfance n'a été qu'un tiſſu de malheurs
, fut le defir de vous voir parvenir
à un âge où vous puiſſiez vraiment
ſçavoir qui vous êtes. Je n'ai pu foutenir
l'idée de ne vous laiſſer avant de
mourir d'autres connoiffances de vousmême
, fi ce n'eſt que vous êtes fille
d'un Banian idolâtre. S'il plaît au Ciel
que ces papiers tombent entre vos mains,
je vous recommande de les conferver
avec le plus grand foin ; je vous conjure
auffi par reſpect pour le culte dans
lequel vous êtes née , qui rend ſacrés
14 MERCURE DE FRANCE .
les devoirs envers les Pères & Mères ,
de lire avec la plus fcrupuleuſe attention
ce que ces Mémoires contiennent ,
de méditer fur chaque article , de peſer
chaque précepte & de les graver fi bien
dans votre ſouvenir , que ſi quelqu'accident
vous faiſoit perdre ce manufcrit ,
vous fuffiez en état de le récrire. Je
vous ordonne ſeulement d'en garder un
fecret inviolable , à moins que la providence
, dont les decrets font impénétrables
, ne vous mît dans une fituation
où il vous feroit avantageux de le publier.
Sçachez donc , ma chère Zoa , que
vous êtes deſcendue par moi de deux
très- anciennes & très-illuſtres maiſons
établies dans le plus fameux Royaume
qu'il y ait ſur la Terre , non ſeulement
par la richeſſe de ſon ſol & la magnificence
de ſes Villes , mais encore par
le génie & les moeurs de ſes habitans.
Il eſt inutile que je vous nomme la
France , puiſque vous m'avez ſouvent
entendu dire que j'y avois reçu le jour.
Mon père étoit le plus jeune des fils
du Comte de B***. ma mère fille du
Baron de S***. S'il vous arrive de rencontrer
quelqu'un de ce payslà,vous entendrez
parler de la vertu&de la granNOVEMBRE.
1763. 15
deur de vos ancêtres . J'éviterois de
vous expoſer à un ſentiment d'orgueil
en vous apprenant l'éclat de votre origine
, ſi cet éclat même ne devoit pas
vous tenir en garde contre tout ce qui
feroit capable de la ternir.
Il eſt d'uſage enFrance parmi les gens
de Condition , de ne pas ſouffrir de
méſalliances : s'ils ſe trouvent hors d'état
d'établir convenablement leurs filles
, ils prennent le parti de les enfermerdans
des maiſons appellées Monaftères,
où elles ſont ſéqueſtrées du monde
pour toujours , & même ſouvent forcées
de ſe conſacrer à Dieu.
Le Baron de S***. chargé de beaucoup
d'enfans , ſe propoſoit de ſacrifier
ma mère à l'agrandiſſement de ſa
famille ; mais la paffion que mon père.
conçut pour elley mit obſtacle. Après
d'inutiles efforts pour obtenir le conſentement
de mon Ayeul , le jeune
B***. prit leparti d'épouſer ſon amante
en ſecret. Ce mariage caché l'eût été
longtemps ſans la réſolution qu'avoit
priſe le Baron de confiner ſa fille dans
un Monastère. La groſſeſſe de cette infortunée
, l'honneur de la famille , le
fien même exigeoient qu'elle déclarât
fon état. Le Comte indigné ne permit
16 MERCURE DE FRANCE.
jamais que mon père ſe préſentât devant
lui , refuſa même de contribuer à
ſa ſubſiſtance & à celle de la femme
qu'il avoit choiſie. En vain nombre de
perſonnes entreprirent de le calmer ,
en lui repréſentant que la fille du Baron
de S*** . étoit un parti fortable pour
le fils du Comte de B***. que la vertu ,
la beauté & toutes les qualités de ma
mère dédommageoient amplement du
manque de fortune ; il fut toujours inéxorable
, & ma naiſſance , ( car je ſuis
le premier & unique fruit de ce triſte
mariage ) ne put émouvoir ſa ſenſibilité.
Pendant treize ans entiers nous n'eumes
de ſecours mon père , ma mère &
moi , que ceux que le Baron put prendre
ſur la mince ſubſiſtance de ſes autres
enfans , & qui par conféquent ne
purent nous rendre la vie que fort
amère.
Nous languiſſions dans cette ſituation
déplorable,lorſque la mort du Gouver--
neur d'Iranadab arriva . C'eſt un établiſſement
que la France a dans les Indes.
Le Prince de Condé demanda cette
Place au Roi pour mon père. Le poſte
étoit peu brillart pour l'héritier de la
maiſon de B *** , mais devenoit une
reſſource honnête pour un fils diſgracié
NOVEMBRE. 1763. 14
de ſon père , & qui ne vivoit qu'aux
dépens de celui de ſa femme.
On imagina dans le monde qué cét
événement rameneroit le Comte de
B***, & que plutôt que de laiſſer expatrier
fon fils , il ſe détermineroit à lui
pardonner; mais conſtamment fourd au
cri de la nature , le Comte ſe refuſa
même à ce que mon père prit congé
de lui avant ſon départ.
notre
Le Baron auroit voulu pouvoir déterminer
ſon gendre & ma mère à
me laiſſer auprès de lui ; mais leur tendreſſe
fatale pour l'unique fruit de leur
union , ne leur permit pas d'y conſentir.
Tout étant préparé pour
voyage , à la commodité , à la magnificence
même duquel tous nos parens ,
à l'exception de l'inexorable Comte ,
voulurent bien contribuer. Nous nous
embarquâmes ſur une Frégate du Roi ,
amplement fournie de tout ce qui nous
étoit néceſſaire. Un vent favorable nous
donnoit l'eſpérance d'une heureuſe navigation
, & le changement que j'appercevois
dans la phyſionomie de ceux
à qui je devois le jour , m'annonçoit
leur fatisfaction . Celle de ſe voir indépendans
, quoique dans un état au-deffous
de leur naiſſance , leur donnoit un
18 MERCURE DE FRANCE.
air de gaîté qui me raviſſoit d'autant
plus qu'il étoit nouveau pour moi. Il
m'eſt permis , je crois , de dire que mon
père&ma mère formoient le plus beau
couple , & que la Nature ſembloit avoir
raſſemblé en moi par un heureux mêlange
tous les agrémens perſonnels de
l'un & de l'autre. Mais qui pourroit
aujourd'hui m'en croire ? dévorée de
chagrins amers dès ma jeuneſſe , j'ai
éprouvé avant le temps les effets de la
décrépitude que la vieilleſſe ſeule a
droit de produire , & vous n'avez ſans
doute remarqué dans ma figure aucune
trace de cette beauté funeſte , qui
ſembloit ne m'avoir été donnée que
pour cauſer tous les malheurs de ma
vie.
Au moment où nous nous flattions
que notre malheureuſe étoile ſe lafſoit
de nous perfécuter , elle ſe diſpoſoit à
nous porter les plus ſenſibles coups.
Unmatin que j'étois encore au lit , un .
bruit extraordinaire m'éveilla en ſurſaut,
& l'inſtant après j'entendis des coups
de fufil. Je m'élançois du lit pour courir
en apprendre la cauſe , quand ma
femme de chambre vint m'annoncer
que nous étions attaqués par un Pirate.
La terreur qui ſe peignoit dans ſa conSEPTEMBRE.
1763. 19
tenance me perfuada que nous étions
dans le plus grand danger. Habillée à
la hâte je courus auprès de ma mère
que je trouvai proſternée , implorant le
Ciel. Quelques gens du Vaiſſeau entrerentdans
ſa chambre. Où est mon époux,
s'écria- t- elle ? il combat , Madame , lui
repondit- on. Nous ne pouvons l'arracher
du tillac où tout ſemble être en
feu. Elle y couroit pour l'engager à ſe
ménager davantage; mais un bruit terrible
l'arrêta tout-à- coup.... Ils nous
ont abordés ! ils nous ont abordés , s'écriaun
Matelot : notre perte eſt certaine
, la mort , oul'eſclavage. Quelles expreffions
pourroient peindre la conſternation
& l'horreur où se trouva cette
mère ſi tendre ? Mais que devint-elle
à l'aſpect de mon père couvert de fang ,
&qu'on rapportoit à ſa chambre ? Ah
Madame ! dit- il en soupirant , rien ne
peut nous fauver ; le Ciel nous abandonne
; le vaiſſeau eſt pris ; nous fommes
tous eſclaves ! .... Bientôt notre
chambre fut remplie d'hommes d'un
aſpect fier & terrible. Le Capitaine que
j'apperçus au milieu d'eux , donna des
ordres dans une Langue que je n'entendois
pas . Nous jugeâmes bientôt
qu'ils étoient en notre faveur ; car la
,
20 MERCURE DE FRANCE.
plupart de ces miſérables dont l'air fe
roce étoit encore plus effrayant que la
figure , fortirent ſur le champ. Il n'en
reſta que trois ou quatre ; & l'un deux
qui étoit François ,nous fervit d'interprete.
Le Capitaine inſtruit de ce que
nous étions , eut l'humanité d'ordonner
que l'on panfat les bleſſures de mon
père & de permettre que nous gardaffions
la même chambre : mais tout
le reſte de nos gens , à l'exceptionde
deux de nos femmes , furent enchaî
nés au fondde cale.
Le Capitaine ayant enſuite fait emporter
tous les effets & marchandiſes de
notre vaiſſeau , retourna dans le fien ,&
ne nous laiſſa qu'un Patron & quelques
Matelots pour nous conduire à Madagascar.
Quel affreux revers ! Quelle différence
dans notre ſituation ! Prêts à recevoir
les hommages d'une Province entiere
, nous nous trouvions dépouillés
de tout& conduits en captivité! Mon père
paroiffoit enviſager fon malheur avec
courage ; mais ma mère étoit inconfolable.
Son coeur tendre & généreux
ne ſupportoit pas l'idée d'être la cauſe
de celui de fon époux. Une mélancolie
profonde , plus dangereuſe que les
NOVEMBRE. 1763. 21
bleſſures de men père , s'empara d'elle ;
&malgré tous les efforts de la paffion
la plus tendre pour la convaincre que
l'amour vertueux dédommage des ri
gueurs du fort , elle ſe reprochait ſans
ceſſe les infortunes de ſon épouſe,
Je ne pouvois éviter d'entendre leurs
triſtes entretiens ; mon coeur en étoit
ſi pénétré , que je paffois quelquefois
de l'abattement au murmure contre la
Providence qui paroiſſoit s'intéreſſer fi
peu à l'innocence & à la vertu.
Nous étions depuis huit jours prifonniers
des Pirates, quand nous fumes flattés
de l'eſpérance de fortir de l'eſclavage.
Le Vaiffean qui s'étoit emparé du
nôtre & qui voyageoit de compagnie
avec nous , avoit découvert un vaiſſeau
Anglois , qu'il crut affez richement
chargé pour devoir l'attaquer ; mais les
Pirates ayant usé une partie de leur poudre
dans leur combat contre nous , celui
qu'ils livrérent à l'Anglais ne put
être auſſi vif, Quelques-uns de nos hommes
, que dans la confufion ils avoient
laiſſés dans notre vaifleau , imaginant
devoir profiter de ce moment de
trouble pour recouvrer leur liberté ,
firent main-baſſe ſur les Pirates ; &
après un carnage horrible notre Capi
22 MERCURE DE FRANCE .
taine vint nous annoncer l'agréable
nouvelle qu'il étoit le ſeul Com maridant
de ſon vaiſſeau. Nous fimes alors
force de voiles dans l'eſpérance de nous
ſauver , tandis que le vaiſſeau Pirate
étoit engagé avec l'Anglois : mais malheureuſement
le nôtre étoit fi endommagé
que ceux qui étoient à la poup e
criérent qu'il ne ſe ſoutiendroit pas deux
heures à la voile.
Mon père alors , le Capitaine & l'equipage
furent d'avis de joindre le vaifſeau
Anglois & de l'aſſiſter avec ce qui
nous reſtoit d'hommes & de munitions :
on agit en conféquence. Les Anglois
ranimés par ce ſecours ineſpéré redoublérent
de valeur ; nos gens ſentant qu'il
falloit vaincre ou mourir , aborderent
l'ennemi l'épée àla main. LesAnglois de
leur côté ſauterent dans le vaiſſeau &
attaquerent les Pirates avec un courage
qui n'a pas d'exemple. Jamais combat
ne fut plus obſtiné ; mais enfin la victoire
demeura au parti le plusjuſte. Les
Pirates furent prèſque tous tués ou
bleſſés , & leur vaiſſeau tellement criblé
que les Anglois en ayant tranſporté
tous les effets dans le leur , l'abandon.
nerent, avec le peu d'hommes qui y reftoientà
la merci des flots. Le nôtre étoit
NOVEMBRE. 1763
également fi rempli d'eau , que nous
fumes obligés de le quitter pour paffer
dans celui des Anglois. Le Capitaine
parloit très bien François ,& étoit auffi
poli que brave. Il ne ſcut pas plutôt qui
nous étions & ce qui nous étoit arrivé
depuis que nous avions quitté la France,
qu'il nous traita avec les égards les
plus refpectueux ,& nous fit rendre tout
ce qui nous avoit été pris par les Pirates
en confidération des ſervices qu'il avoit
reçus de nous ; mais le Capitaine &
mon père ne voulurent rien accepter
que ce qui leur avoit appartenu , & demanderent
pour toute grace qu'on les
mît à terre à Iranadab. Le Capitaine
Anglois que déconcerta cette demande,
dit à mon père que le vaiſſeau qu'il
montoit appartenant à une Compagnie
de Marchands dont il n'étoit que le
Facteur ; & que les effets qu'il contenoit
étant d'une valeur conſidérable , il ne
pouvoit nous conduire dans le port d'us
ne Nation avec laquelle la fienne étoit
actuellement en guerre : mais qu'à notre
arrivée à Bombay où il devoit ſe
rendre , il repréſenteroit au Gouverneur
& aux Marchands les ſervices que nous
lui avions rendus , de façon à obtenir
d'eux un vaiſſeau pour nous conduire
où nous defirions aller,
24 MERCURE DE FRANCE.
,
Nous euffions paſſe notre temps afſez
agréablement ſur le vaiſſeau , fi l'indiſpoſition
de ma mère n'avoit pas augmenté
au point de nous faire défefpérer
de ſa vie. Mon père entièrement
guéri de ſes beſſures ne quittoit pas
le chevet de ſon lit; ma tendreſſe &
mon devoir m'y attachoient également.
Elle languit dans cet état environ fix
ſemaines ; & voyant approcher ſa fin
elle fit ſes adieux à mon père avec
plus de courage qu'on ne devoit attendre
d'un caractère naturellement
foible. Sa paffion pour lui ſembloit l'élever
au-deſſus des terreurs , affez ordinairement
inséparables de la prochaine
diffolution de notre être. Elle
ne doutoit pas que fa mort ne fût un
moyen de réconciliation avec le Comte
ſon père , & que ſon époux ne rentrât
dans tous les droirs que ſon amour
pour elle lui avoit fait perdre. Cette
idée lui faisoit quitter le monde avec
moins de regret & d'amertume. Elle
m'embraffa , me donna ſa bénédiction;
& ſe retournant encore vers mon père,
me recommanda tendrement. Ce furent
les dernières paroles qu'elle articula en
nous laiſſant en proie à la plus profonde
douleur. Mon père , qui ne voulut ja
mais
NOVEMBRE. 1763 . 25
mais confentir que la mer ſervît de fée
pultureau corps de fa malheureuſe épou
ſe , la fit embaûmer par le Chirurgien
du vaiſſeau , dans l'eſpérance , dès qu'il
feroit arrivé à ſon Gouvernement , d'en
faire les obſéques d'une façon convenable
à ſa naiſſance , à ſes vertus & à la
tendreſſe qu'il confervoit pour elle audelà
du trépas.
: Mais hélas ! que les projets des hommes
font vains quand le Ciel en a décidé
autrement. Non feulement cette
épouſe chérie , mais fon époux même
étoient deſtinés à n'avoir que la mer
pour tombeau. Nous étions à la vue de
Bombay, quand il s'éleva le plus furieux
orage que les Matelots euſſent jamais
vû fur cette mer. L'obſcurité vint ſe
joindre au danger , & augmenta nos
craintes. Les coups de vents furent fi
terribles , que les mâts & le gouvernail
ſe rompirent; l'eau entra dans le vaifſeau
avec une telle abondance , que
tout l'Equipage s'écria : Nous sommes
perdus ! plus d'espérance que la cha-
Loupe !... Elle fut dans l'inftant jettée
à l'eau : mon père & moi & autant de
Matelots qu'elle en pouvoit contenir y
entrâmes d'abord ; mais le péril preffant
y fit précipiter tant de monde ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle ne tarda pas à couler à fond,
Tout ce qu'elle portoit périt , à la ré
ſerve de trois perſonnes , un Contre-
Maître Anglois & un Valet-de-Chambre
François que nous avions amenés
de France , & moi. Ce dernier , qui
étoit excellent Nageur , eut la force de
me ſauver avec lui. Mon ſalut en cette
occafion étoit ſans doute un malheur
de plus pour moi ; mais il tenoit tant
du prodige , qu'en réfléchiſſant au ſoin .
que la Providence prit alors de mes
jours , on eût pu croire qu'il entroit
dans ſes décrets de les rendre auffi heus
reux qu'ils ont été infortunés.
J'étois évanouie quand nous attei
gnimes le rivage; mes deux libérateurs
me donnerent tous les ſecours qui dé
pendirent d'eux. Je repris bientôt mes
eſprits ; mais repréſentez - vous , ma
chere Zoa , toute l'horreur de ma fie
tuation , lorſque je fus en état de l'enviſager
! Dans le premier mouvement
de mon déſeſpoir , je ne penſai ni à
remercier le Ciel ni ceux qui au péril
de leur vie avoient ſauvée la mienne.
Je demandai mon père à grands cris ,
& mon père ne me fut pas rendu.
Les deux hommes ( car le Contre-
Maître parloit affez bien le françois pour
NOVEMBRE. 1763. 27
ſe faire entendre ) me dirent tout ce
qu'ils purent imaginer pour me confoler
; ils me flatterent qu'il n'étoit pas
impoffible que le Gouverneur ſe fût
ſauvé comme nous ; que vraiſemblablement
la Chaloupe ſe ſeroit briſée
contre un rocher ou auroit échoué à
la côte ; & qu'en ce cas on pourroit
après la tempête retrouver une partie
des effets qui nous appartenoient.
1
J'ignorois fi ce dernier événement
étoit poſſible ; mais j'étois ſûre que mon
père ne ſçavoit pas nager & qu'il ne
me reſtoit pas la plus légère eſpérance
de le revoir jamais. Une perte fi cruelle
fuffifoit pour me rendre inconfolable ,
quand même je me ferois retrouvée
dans ma patrie & maîtreſſe d'une grande
fortune : quelle impreffion ne dutelle
pas faire ſur une malheureuſe orpheline,
étrangère dans quelque pays où
le fort l'eût jettée alors , ne ſcachant
que la langue & les uſages du fien ,
fans appui , fans aſyle , ſans guide &
fans argent ! l'obſcurité de la nuit& le
fifflement des vents ajoutoient encore
à l'horreur de mes réfléxions & me faifoient
fouhaiter la fin de ma déplorable
vie. Le jour parut enfin : jamais
mes yeux n'avoient été frappés d'un
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
,
plus beau ſpectacle. La Mer furieuſe
peu d'heures auparavant étoit devenue
calme , la Terre d'une fraîcheur charmante.
Auprès de nous étoit un bois
dont les arbres chargés de fleurs & de
fruits de différentes eſpèces , charmoient
la vue & l'odorat. Ce ſpectacle , je l'a
vouerai , ſuſpendit un inſtant les tranf
ports de ma douleur ; mais en me retournant
vers la Mer qui renfermoit
dans ſon ſein tout ceque j'avois
eu de plus cher , je ſentis de nouveau
couler mes larmes. En vain mes Compagnons
chercherent à découvrir quel
ques veſtiges du naufrage. Le Contre-
Maître , qui pour la troifiéme fois alloit
aux Indes & qui connoiſſoit ces parages
, prétendit que le Vaiſſeau avoit dû
être entrainé par le courant dans le
Havre, & qu'il étoit poffible qu'une par
tiede nos richeſſes pourroit être ſauvée,
Mais quel foible adouciſſement aux
maux dont j'étois déchirée !
J'étois à jeun depuis vingt - quatre
heures , par conféquent très - affoiblie,
Mes compagnons eux - mêmes , trèspreſſés
par la faim , cueillirent des fruits,
me forcerent d'en goûter , & ſe promirent
qu'en côtoyant les bords de la
Mer nous pourrions rencontrer quelNOVEMBRE.
1763 . 29
que Ville. Cependant le Contre-Maître
parut incertain ſur le chemin qu'il
étoità proposde choiſir : il avoua même
n'être pas für que nous fuffions près de
Bombay. L'obſcurité de la nuit & la
violence de l'orage ne lui avoit , diſoitil
, pas permis de prendre aucunes directions
préciſes. Il falloit donc marcher
au hazard. Nous fimes pluſieurs milles-
fans découvrir aucunes traces d'hommes
: mais cette fatigue devint bientôt
au-deſſus de mes forces , au point
que mes compagnons ſe virent tour-àtour
obligés de me porter dans leurs
bras . Dès que la nuit parut , la crainte
des bêtes féroces dont ces lieux pouvoient
être habités , les détermina à
couper avec leurs épées des branches
d'arbres dont ils firent un grand feu .
Ils m'inviterent alors à tâcher de prendre
quelque repos pour me mettre en
étatde recommencer le lendemain notre
courſe , & convinrent de veiller alternativement
tant pour entretenir le
feu , que pour, en cas de beſoin, éveiller
les deux autres .
Gouchée au pied d'un arbre, où malgré
l'agitation de mes eſprits , je ne tardai
pas à m'endormir profondément,
Ja fatigue que j'avois efſuyée eût ſans
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
....
doute prolongé mon sommeil , fans un
événementdont je frémis encore . Je rêvois
qu'un animal féroce étoit prêt à
me dévorer ; je m'éveillai avec effroi
& crus que mon rêve devenoit une
réalité , lorſque je me fentis preſſée dans
les bras d'un homme. J'allois jetter des
cris perçans , lorſqu'on me dit : ne vous
allarmez - pas , belle Henriette ; vous
n'avez rien à craindre de moi ; je vous
le proteſte fur ce que j'ai de plus facré :
daignez m'entendre. Je vousai aimée ,
que dis-je ! adorée dès le premier moment
que je vous ai vue Le fon de
ces paroles me fit reconnoître Reyner
(c'étoit le nom du Valet-de-Chambre ,
de mon père . ) Je pouſſai un cri fi violent
qu'il éveilla le Contremaître. Cet
honnête homme accourut à moi , &
comprit la cauſe de ma frayeur. Monftre
! dit- il , efſt-ce au milieu des dangers
qui nous environnent , après être
échappés comme par miracle à la mort ,
eſt-ce le temps d'infulter auffi cruellement
une perfonne que vous ne devriez
approcher qu'avec reſpect ? Reyner
plein de fureur &de honte , ne répondit
à ce reproche que par des injures
& des menaces. Il n'en fallut pas
davantage pour exciter entr'eux un
3
NOVEMBRE. 1763. 31
combat. J'étois fi indignée&fi humiliée
de cet événement, que prèſque hors
de moi-même je me mis à fuir de toutes
mes forces vèrs une forêt que j'apperçus
, où excédée de fatigue &d'horreur
, je tombai au pied d'un arbre
touffu dont les branches pendoient jufqu'à
terre.
Mon eſprit étoit trop agité pour enviſager
d'autres malheurs que celui de
tomber entre les mains du perfide Reyner.
Mais bientôt une multitude d'objets
de terreur ſe peignirent à mon
imagination. Les bêtes ſauvages dont
l'honnête Anglois nous avoit parlé , me
faifoient friffonner au moindre bruit.
Pleine de cette inquiétude , je quittai
ma place pour jetter les yeux de tous
côtés , fans pouvoir découvrir ni maiſon
ni cabane , ni rien qui m'offrît l'apparence
d'un aſyle. Déſeſpérant alors
de conferver ma vie je commençai
à moins craindre la mort.
Les différentes mifères , les peines ,
les dangers que j'avois effuyés dans
un fi court eſpace de temps , ſe préſenterent
en foule à ma mémoire ; &
mon âme trop foible pour ſupporter
ces cruelles idées , perdit juſqu'à la faculté
de réfléchir. Je tombai dans une
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
forte de léthargie ; & j'ignore combien
de temps avoit duré cette eſpèce d'anéantiſſement
quand j'en fortis par une
nouvelle épouvante , peut-être la ſeule
choſe capable de me tirer alors de cet
état. C'étoit la voix du déteſtable Reyner.
Vous voilà enfin retrouvée , aimable
fugitive ? me dit- il , avec un sourire
mocqueur , vous vous êtes ſauvée de
moi ; mais vous ignoriez que rien ne
pouvoit vous cacher à votre Amant.
Je vous aurois poursuivie dans tous les
coinsdu monde. Ma paſſion eſt telle que
je m'expoſerois non ſeulement à toute
la vengeance des hommes , mais à
celle de Dieu même plutôt que d'y
renoncer .
Ce difcours me pénétra de tant d'horreurs
, que j'ai peine à concevoir comment
j'y pus ſurvivre. La violence des
mouvemens qui m'agitoient , ne me
laiſſa d'autre liberté d'expreffions que
celle d'un regard où il pût lire ma
haine & mon mépris. Ne me haïffez pas
pour un excès d'amour , reprit- il fur un
ton plus reſpectueux ; fi c'eſt un crime
de vous avoir aimée , n'en faccuſez que
vos charmes. Il voulut alors ſe ſaifir
de mes mains . Audacieux Efclave !
m'écriai-je , ofes-tu bien élever tes re
NOVEMBRE. 1763. 33
gards juſqu'à moi ? Je ſçai , dit- il , la
diſproportion de votre rang &du mien;
mais la fortune ne nous a-t-elle pas mis
de niveau ? Ne nous plonge-t- elle pas
tous deux dans la même indigence ? Ne
vange-t-elle pas enfin la Nature après
l'avoir humiliée tant de fois ? Dans le
fond ne fuis -je pas né votre égal ? Qu'estce
que les diftinctions inventées par
l'injuftice & foutenues par la force ? Les
Grands de la Terre font-ils d'une eſpéce
différente des petits ? Croyez - vous
qu'un homme d'un état obfcur ne doive
, ne puiſſe ni penſer ni ſentir comme
les Grands ? Le Peuple n'eſt plus
dans cette profonde ignorance qui le
plaçoit , qui le fixoit , pour ainſi dire ,
parmi les brutes : nous ſcavons aujourd'hui
écrire , lire , écouter & réfléchir.
Vous êtes belle , vous me plaiſez ; nous
voilà dans l'ordre naturel : pourquoi
donc cette fierté , cette hauteur fi déplacée
à préſent ? Efforçons-nous plutôt
de foulager notre miſére commune,
& livrons-nous aux plaiſirs que la Nature
ne refuſe à perſonne. Nous pouvons
, fi vous voulez , être auſſi heureux
que nos premiers pères dans le
jardin d'Eden . Je rendrai à mon aimable
Henriette tous les ſervices qui dé
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
pendront de moi , & mon zéle ira toujours
au-devant de ſes defirs. Quand
elle dormira je veillerai & ſerai ſon défenfeur
. Peut-être enfin que le hazard
nous conduira dans quelque lieu où
mon travail fournira plus agréablement
à votre ſubſiſtance. Chère Henriette !
ajouta -t- il avec chaleur , ayez pitié de
vous-même : craignez de m'irriter ; ne
me méprifez pas ; que ces beaux yeux
m'enviſagent avec moins d'horreur. De
quel ſecours feroient maintenant vos
titres ? de quel ſecours au contraire ma
tendreſſe ne vous ſera-t-elle pas ?
Tandis qu'il parloit ainfi , j'avois le
viſage tourné de façon qu'il ne voyoit
pas les larmes dont j'étois baignée .
J'invoquois intérieurement le Ciel; jamais
je ne lui fis d'auffi ferventes prieres .
Reyner garda un moment le filence &
le rompit bientôt pour me preffer de
lui répondre . Que puis - je dire , m'écriai-
je avec fierté , que tu ne ſaches
déja ? Je ne vois en toi qu'un ſcélerat
trop indigne de vivre , & je ne puis que
m'abhorrer moi-même d'avoir ſcu te
plaire. A ces mots je m'élançai de
ſes bras & tentai de prendre la fuite.
Il ne lui fut pas difficile de m'atteindre.
Je fis retentir de mes cris les échos de
NOVEMBRE. 1763 . 35
la forêt , & je me voyois prête a devenir
la proie de ce ſcélérat , quand toutà-
coup pluſieurs hommes arriverent à
l'endroit où nous étions. Indignés de la
violence à laquelle ils me voyoient
prête à fuccomber , l'un deuxd'un coup
de javelot étendit mon lâche raviſſeur
àmes pieds .
Je dois maintenant vous informer de
qui & par quel hazad je reçus ce ſecours
ineſperé. Vous ſcavez , ma chère
Zoa , que votre père a une belle Maifon
de Campagne à trois lieues de la
vaſte forêt de Chiama . C'étoit dans cette
même forêt que j'avois foutenu l'horrible
combat que je viens de vous raconter
, & c'étoient les gens du Banian
qui chaſſoient alors au ſanglier.
J'aurois peine à vous exprimer la furpriſe
que je caufai à ces Indiens. Mes
habits , quoique riches , trempés par
Peau de la Mer & féchés au vent & au
foleil , par conséquent de mille fauffes
couleurs , & déchirés ainſi que ma peau
par les bruyères à travers leſquelles j'avois
paſſé ; mes cheveux épars dans le
plus grand défordre ; mes yeux égarés ;
tout cet appareil joint au lieu où ils m'avoient
rencontrée , leur fit conclurre
qu'il m'étoit arrivé quelque avanture
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
extraordinaire. Ils m'entourérent & me
confidérerent de la tête aux pieds en
ſe parlant les uns aux autres ; mais quoique
je n'entendiffe pas leur langue , je
conjecturai par leur maintien que ce
qu'ils difoient n'étoit pas à mon défavantage.
Après m'avoir longtemps examinée
, deux d'entr'eux me tendirent la
main , & me conduifirent à travers la
forêt , en me foutenant , quand nous
étions dans de mauvais chemins , avec
la plus grande humanité.
Nous apperçumes enfin ce que peu
de temps auparavant j'avois défeſpéré
de jamais revoir , c'eſt - à - dire , une
maifon. Toute incertaine que j'étois
du traitement qui pouvoit m'y attendre
, je ne pus m'empêcher de fentir
la joie d'être hors d'un pays ſauvage ,
& de me retrouver avec des créatures
humaines. Mes conducteurs, en arrivant,
m'apporterent du linge très- blanc & fervirent
devant moi un plat de ris & quelques
oiſeaux bouillis , avec un pot d'argent
plein d'eau mêlée avec un peu d'Arak.
Je rendis grace à Dieu du changement
qui arrivoit dans mon état ; mais
il manquoit à mon bonheur la poſſibilité
d'entendre mes bienfaîteurs & de
les informer de ce qui me regardoit ;
NOVEMBRE. 1763. 37
détail qui pouvoit influer ſur la continuation
de leurs bons procédés à mon
égard. Après avoir emporté les reſtes de
ce qui m'avoit été ſervi , on me laiſſa
ſeule ; & je vis l'inſtant après entrer un
Indien d'une jolie figure , excepté la
couleur de ſa peau , ſuivi de quelquesuns
de ceux qui m'avoient trouvée dans
la forêt. Il me regarda comme eux avec
étonnement , & me traita avec la plus
grande politeffe. Aux témoignages de
reſpect qu'on lui rendoit , je m'apperçus
qu'il étoit le Maître de cette habitation ,
&je lui témoignai en François toute
ma reconnoiſſance ; mais j'eus le chagrin
d'appercevoir que je n'étois entendue
de perſonne. Mes démonstrations
lui firent cependant à-peu-près deviner
ce que je prétendois lui dire. Il fit figne
à ſes gens de ſe retirer ; & après
s'être affis auprès de moi , il me prit la
main & la baiſa avec tranſport. Cette
action , qui me rappella l'infame Reyner,
fit une telle impreſſion ſur moi , que je
m'écriai tout-à coup : O Dieu ! que
vais-je devenir ? Quoiqu'il n'entendît
pas les mots que je prononçois , la douleur
qui ſe peignit ſur mon vilage les
lui rendit , à ce qu'il m'a dit depuis ,
très- intelligibles. L'Indien en effet aban38
MERCURE DE FRANCE.
donna auffitôt ma main , me falua ref
pectueuſement avec l'air de me demander
pardon , & fortit de ma chambre.
Cette conduite dans laquelle je ſoupçonnai
malgré moi plus d'art que de
bonté , ne diffipa point mes inquiétudes .
Je venois trop récemment d'éprouver
que la paffion parvenue à un certain
degré , ne connoît plus de frein. Pouvois-
je ne pas craindre de me voir expoſée
aux mêmes dangers ? On ne me
laiſſa pas long-temps livrée à ces triſtes
réflexions. Deux femmes Indiennes entrerent
& me firent figne de les ſuivre.
Je fus conduite dans un très-bel appartement
, où je trouvai toutes les commodités
que j'aurois pû defirer
France même. Mais ce qui me plut
davantage , ce fut un verrouil que j'apperçus
à la porte ,&dont je ne différai
pas de faire uſage dès que je me trouvai
feule.
en
Malgré mes fatigues outrées , le trouble
de mon âme ne me permit de me
livrer au fommeil que vers le matin :
mais il devint fi fort , que je ne fus
éveillée que très- tard par une voix qui
ſembloit m'appeller. Je fortis de mon
lit; & après avoir paflé une robe , j'allai
ouvrir ma porte. C'étoit une des fem
NOVEMBRE. 1763 . 39
mes qui m'apportoit un habit très-riche
qu'elle m'aida à mettre , en me faiſant
entendre par fignes que le mien étoit
trop peu convenable pour moi. Je ne
fus pas plutôt habillée , qu'une autre
m'apporta du chocolat avec une eſpéce
de gâteau : tout cela me fut fervi avec
un reſpect qui auroit peut- être flatté
ma vanité , ſi j'avois pû m'en diffimuler
le motif ou ne le pas craindre.
Dès que j'eus déjeûné , elles me conduifirent
dans une Salle où étoit leur
Maître , & où il eſt inutile de vous dire
qu'il m'attendoit. Il ſe leva & vint me
recevoir avec beaucoup de politeffe ,
prit une de mes longues manches en
fouriant, & parut admirer à quel point
cet habit m'alloit bien. Il m'invita enfuite
à paffer dans ſes jardins , où la
beauté & la variété des fleurs me parurent
admirables. Il en cueillit quelques-
unes des plus curieuſes qu'il plaça
dans mes cheveux & fur mon fein ,
mais avec tous les égards qu'exigeoit
la modeſtie la plus ſcrupuleuſe ; & pendant
ce jour même & pluſieurs autres
il ne fit rien qui pût faire naître en moi
les moindres allarmes , quoiqu'il me fût
aiſé d'appercevoir les progrès de fa
paffion par le feu qui brilloit dans ſes
40 MERCURE DE FRANCE.
yeux. Sa main trembloit quand il étoit
dans le cas de m'en offrir l'appui & de
toucher la mienne ; & quoique les Peuples
de cette couleur ne rougiffent jamais
, je remarquois pourtant ſouvent
que ſon viſage devenoit d'une teinte
plus pâle , effet de la violence que lui
cauſoit une conduite auſſi modérée.
Après m'avoir fait voir dans ſes jardins
tout ce qu'il jugeoit digne de mes
obſervations , & m'avoir conduit dans
une grotte ornée de coquillages , autour
de laquelle ferpentoit un ruiffeau
qui fortoit d'une eſpèce de labyrinthe ,
il me ramena dans la ſalle où la rable
étoit ſervie ; & pendant le repas il
conſerva pour moi les mêmes attententions
& les mêmes égards. Apeine
étions-nous deſſervis , qu'un de ſes efclaves
entra précipitamment & lui dit
quelques mots qui parurent lui caufer
beaucoup de joie ; & voici ce que
c'étoit. Epris de la plus vive paffion
pour moi & affligé de ne pouvoir me
communiquer ſes idées , ni ſçavoir ce
que j'étois , ni ce qui avoit pû donner
lieu aux étranges événemens qu'on lui
avoit racontés , il avoit envoyé à la
Ville offrir une récompenſe confidérable
à qui ſçauroit aſſez les Langues Euro
NOVEMBRE. 1763 . 41
péennes pour pouvoir nous fervir d'interprète
; & la perſonne chargée de
cette commiſſion avoit été affez heureuſe
pour trouver un homme qui parloit
paffablement le Hollandois , l'Anglois
& le François .
Le Banian , après avoir caufé un
moment avec lui , le pria de me parler
dans toutes les langues qu'il poffédoit.
Dès qu'il connutque j'étois Francoiſe
, il me demanda par quel hazard
je me trouvois dans l'Inde ? Jamais aucun
fon ne flatta plus délicieuſement
mon oreille. Je lui appris tous mes
malheurs ; il les répéta au Banian , qui
touché de mon hiſtoire me fit aſſurer
qu'il me rendroit tous les ſervices qui
pourroient être en ſa puiſſance. Je demandai
dans quel pays j'étois ? & il ne
m'eut pas plutôt dit que c'étoit à Bombay
que je le fuppliai de me faire
conduire chez un Commercant Anglois
, pour le prier de me procurer les
moyens de retourner en Europe. Cette
propoſition ne fut pas plutôt expliquée
au Banian , qu'il ordonna à l'Interprète
de me dire que nous étions à une
très-grande diſtance de la Colonie ; mais
qu'ayant des relations d'affaires avec les
Commerçans d'Angleterre , & du cré-
,
42 MERCURE DE FRANCE.
dit chez cette Nation , il ſe chargeoit
avec plaifir de cette négociation. i
Cette réponſe étoit d'autant moins
fatisfaiſante pour moi , que j'aſpirois
après l'inſtant de me voir hors de la
puiſſance d'un homme dont les diſpoſitions
me donnoient beaucoup de dé
fiance. Je tentai mais inutilement d'engager
le Banian à vouloir bien s'é
pargner cette peine. Affez heureux ,
me dit- il, pour ſe trouver le premier
à portée de m'être utile , il devenoit
jaloux de finir ſon ouvrage. Je penſai
alors à gagner l'amitié de l'interprète&
à le charger d'une Lettre pour le Gouverneur
de Bombay , que le Capitaine
de notre vaiſſeau m'avoit dit être un
homme plein d'honneur; mais je craignis
de me confier trop légérement à
une créature du Banian , & peut-être
de m'expoſer à l'irriter trop contre moi.
Je crus donc n'avoir rien de mieux à
faire que de me mettre ſous la protection
du Ciel & de laiſſer agir cet Indien
qui non moins impatient que
moi, partitdès le lendemain pour la ville
&me laiſſa ſon interprète , afin que par
fon moyen je puſſe faire entendre mes
volontés à ſes gens qui avoient ordre
de m'obéir en tout.
,
NOVEMBRE. 1763. 43
Cetre abfence donna quelque relache
à mes inquiétudes ; je l'employai à
queſtionner l'interprète ſur le temps qu'il
avoit paffé en France , fur ce qui l'avoit
engagé à y aller, ſur le ſéjour qu'il
avoit fait dans l'Inde , ſur ſes facultés &
l'état de ſon commerce à Bombav. II
me dit qu'étant Matelot fur un vaiſſeau
marchand Hollandois . & le vaiſſeau
ayant été pris par un Anglois , il avoir
appris cette langue ; que depuis étant
venu ſouvent dans l'Inde il avoit encore
appris le Malayant ; qu'il devoit
le peu qu'il ſçavoit de la langue Françoiſe
à la com, laiſance d'un François
avec lequel il avoit fait un voyage de
long cours ; qu'enfin ſa demeure étoit
fixée à Bombay , où il avoit épousé
une Indienne dont il avoit pluſieurs enfans.
Je concevois à peine comment
un Européen s'étoit déterminé à prenpre
une femme de cette couleur , &
de plus payenne. Mais je ne fus pas
long-temps à m'appercevoir qu'il n'étoit
rien moins que délicat en matière
de Religion , & à m'applaudir de ne m'être
pas confiée à lui comme j'en avois
été tentée. Je lui demandai le nom &
le rang de celui ſous la protection duquel
j'étois tombée ? Ilm'en fit les plus
44 MERCURE DE FRANCE.
grands éloges & finit par me dire que
celle qu'il épouſeroit feroit la plus heureuſe
femme du monde. Je fis peu d'attention
à ce difcours & pour me donner
de l'occupation je me fis inſtruire
par lui de pluſieurs phrases de la langue
Malayene qui me parut fi facile , qu'en
peu de jours je me trouvai en état de
demander tout ce qui m'étoit néceſſaire.
Le reste áu Mercure prochain.
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392
p. 47
VERS adressés par une jeune Veuve de Bretagne, à M. DE SAINT-FOIX, Auteur de l'Oracle, des Grâces, des Essais sur Paris, &c, & Historiographe de l'Ordre du S. Esprit.
Début :
SAINT-FOIX, ami constant de la solide gloire, [...]
Mots clefs :
Ami, Gloire, Histoire, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : VERS adressés par une jeune Veuve de Bretagne, à M. DE SAINT-FOIX, Auteur de l'Oracle, des Grâces, des Essais sur Paris, &c, & Historiographe de l'Ordre du S. Esprit.
VERS adreſſsés par unejeune Veuve de
Bretagne , à M. DE SAINT-FOIX ,
Auteur de l'Oracle , des Graces , des
Effais fur Paris,&c, & Historiographe
-de l'Ordre du S. Esprit,
SAINT-FOIX , ami conſtant dela ſolide gloire ,
Quiconque la poſſéde en peut faire l'hiſtoire;;
Tu planes , comme un Aigle , au-deſſus des rai
lens.
Si tu les peins , tu les ſurpaſſes ;
Ton goût eſt l'Oracle du Temps ,
Et ton portrait eſt dans les mains desGrâces.
Bretagne , à M. DE SAINT-FOIX ,
Auteur de l'Oracle , des Graces , des
Effais fur Paris,&c, & Historiographe
-de l'Ordre du S. Esprit,
SAINT-FOIX , ami conſtant dela ſolide gloire ,
Quiconque la poſſéde en peut faire l'hiſtoire;;
Tu planes , comme un Aigle , au-deſſus des rai
lens.
Si tu les peins , tu les ſurpaſſes ;
Ton goût eſt l'Oracle du Temps ,
Et ton portrait eſt dans les mains desGrâces.
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393
p. 57
AIR EN RONDEAU.
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texteReconnaissance textuelle : AIR EN RONDEAU.
AIR EN RONDEAU.
DUu charmant Berger que j'adore ,
Un fort cruel menace les beaux jours.
Ruiffeaux , vous le fçavez, & vous coulez toujours;
Vous , les feuls confidens de nos tendres amours!
Tailez-vous , taifez -vous , arrêtez votre cours :
Les Paroles font de Mde DESHOULIERES ; la Mufique de M. FRIZON , Maître de Mufique
DUu charmant Berger que j'adore ,
Un fort cruel menace les beaux jours.
Ruiffeaux , vous le fçavez, & vous coulez toujours;
Vous , les feuls confidens de nos tendres amours!
Tailez-vous , taifez -vous , arrêtez votre cours :
Les Paroles font de Mde DESHOULIERES ; la Mufique de M. FRIZON , Maître de Mufique
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394
p. 42-44
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
Début :
LES Hommes sont souvent assez vains pour se dire favorisés des Femmes, & [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
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395
p. 46-49
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
Début :
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des choses encore à t'écrire sur toutes les espèces [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
Fermer
396
p. 56
A Mde la Marquise de CHOISEUL, sur le retour de M. son Fils, arrivé de S. Domingue avec la Croix de S. LOUIS.
Début :
LE Ciel à votre Fils avoit donné deux Mères ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Mde la Marquise de CHOISEUL, sur le retour de M. son Fils, arrivé de S. Domingue avec la Croix de S. LOUIS.
A Mde la Marquise de CHOISEUL,
sur le retour de M. son Fils, arrivé
de S. Domingue avec la Croix de
S. LOUIS.
LE Ciel à votre Fils avoit donné deux Mères ;
C'eſt la Patrie & vous : toutes deux lui ſont chères.
Pour fervir l'une avec ardeur
Il s'arracha longtemps àl'autre :
Mais il vous eſt rendu portant auprès du cœur
Le prix brillant de la valeur.
Son mérite eſt connu , ſa gloire fait la vôtre.
Par la MUSE LIMONADIERE.
sur le retour de M. son Fils, arrivé
de S. Domingue avec la Croix de
S. LOUIS.
LE Ciel à votre Fils avoit donné deux Mères ;
C'eſt la Patrie & vous : toutes deux lui ſont chères.
Pour fervir l'une avec ardeur
Il s'arracha longtemps àl'autre :
Mais il vous eſt rendu portant auprès du cœur
Le prix brillant de la valeur.
Son mérite eſt connu , ſa gloire fait la vôtre.
Par la MUSE LIMONADIERE.
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397
p. 39-44
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Début :
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai point trop enrichi l'image, ne tiennent [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
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399
p. 162-167
De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Début :
Les circonstances de l'événement qui s'est passé dans la Forteresse [...]
Mots clefs :
Forteresse, Décès, Prince, Impératrice, Manifeste, Catherine II, Sujets, Couronne, Décrets, Héritière, Légitime, Actions justes, Compassion, Caractère, Officiers, Trouble, Récompense, Scélérat, Serment de fidélité, Patrie, Attaque, Providence, Ennemis, Révolte, Commandant, Crime, Lieutenant, Synode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
De PETERSBOURG , le 28 Août 1764.
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
20
Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
Les circonstances de l'événement qui s'eft paffé
dans la Fortereffe de Schluffelbourg & qui a fait
perdre la vie au Prince Iwan , ayant été rapportées
de différente manière , l'Impératrice a publié
à cette occafion le Manifefte fuivant.
» Catherine II , par la grace de Dieu , Impéra-
» trice & Souveraine de toutes les Ruffies , &c. &c.
ל כ
Lorfque , par la volonté de Dieu & au gré
NOVEMBRE . 1764. 163
53
50
des voeux unanimes de tous nos fidéles Sujets ,
nous montâmes fur le Trône de Ruffie , nous
» étions inftruite que le Prince Jean , né du mariage
du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel
avec la Princeffe Anne de Mecklenbourg
étoit encore exiftant. Ce Prince , comme
on le fçait , avoit à peine reçu le jour , qu'il fut
illégitimement défigné pour porter la Couronne
Impériale de Ruflie , mais par les Décrets de la
Providence il en fut peu de temps après exclus
» pour toujours , & le Sceptre revint à la légitime
Héritière fille de PIERRE - LE - GRAND , notre trèschère
Tante l'Impératrice ELISABETH de glo-
» rieufe mémoire .
>>
"
A notre avénement au Trône , nos premiers
» foins , après avoir rendu nos juftes actions de
graces au Ciel , furent , par un effet de l'huma-
» nité qui nous eft naturelle , d'adoucir , autant
qu'il feroit poffible , le fort de ce Prince détrô-
» né par la volonté Divine & malheureux dès fon
enfance. Nous nous proposâmes d'abord de le
voir pour juger par nous- mêmes des facultés
de fon âme & lui affurer , convenablement à fon
» caractère & à l'éducation qu'il avoit reçue jufques
- là , une vie ailée & tranquille . Mais quelle
fut notre furpriſe de voir qu'outre un bégaye-
» ment incommode pour lui-même & qui rendoit
» fes difcours prèfque incompréhenfibles aux
သ
*
autres , il étoit abfolument dépourvu d'efprit &
» de raiſon ! Tous ceux qui fe trouvoient alors
» avec nous virent combien notre coeur fouffroit
» à la vue d'un objet propre à exciter notre com-
» paflion ; ils furent en même temps convaincus
» qu'il ne nous reftoit d'autre feoours à donner à
ce Prince , né fi malheureufement , que de le
» laiffer où il étoit , & de lui procurer toutes les
164 MERCURE DE FRANCÈ.
> aifances convenables à fa fituation. Nous don
» nâmes nos ordres en conféquence ; mais fon
'état ne lui permit pas d'y être fenfible , ne connoiffant
point les gens & ne fçachant pas diftin-
» guer le bien d'avec le mal , ni faire ufage de la
» lecture pour fe préferver de l'ennui , mettant
» au contraire toute fa félicité dans des chofes
qui marquoient le défordre de fon efptit.
သ
Ainfi , pour empêcher que , par des vues
particulières , quelque mal intentionné ne cherchât
à l'inquiéter en aucune manière , ou në
>> voulût fe fervir de fa perfonne pour troubler le
repos public , nous lui fimes donner une garde
>> fûre , & mîmes auprès de lui deux Officiers de
» la Garniſon , connus par leur probité & leur
» fidélité , l'un le Capitaine Wlaffieff & l'autre le
» Lieutenant Tichekin , qui , par leurs longs fervices
militaires , avoient mérité une récom-
» penfe & un emploi tranquille pour le refe de
» leurs jours. Il étoit recommandé à ces deux
> Officiers de prendre les plus grands foins de la
» Perfonne de ce Prince.
לכ
Cependant , malgré toutes ces précautions , il
a été impoffible d'empêcher qu'un Scélérat , par
» une méchanceté des plus noires & au mépris
» même de la vie , ne commit a Schluffelbourg
➡un attentat dont la feule penſée fait frémir . Un
» Sous-Lieutenant du Régiment de Smolensko ,
» Infanterie , nommé Bafile Miranowitz , né en
» Ukraine , petit - fils du premier Rebelle qui fuivit
» Mazeppa , & en qui il paroît que le parjure
s'étoit tranfmis par le fang , ayant palle fa vie
» dans la débauche , la diffipation & le défordre ,
s'étoit privé par là des moyens légitimes de
>> faire un jour une fortune honorable : ayant enfin
perdu de vue ce qu'il devoit à la loi de Dieu
NOVEMBRE . 1764. 165
» & au ferment de fidélité qu'il nous avoit prêté ,
» ne connoiflant le Prince Jean que de nom , &
>> bien moins encore les qualités de fon corps-
» & celles de fon âme , il fe mit en tête de faire
» par fon moyen une fortune éclatante , à quelque
prix que ce fût, & quelque fanglante que la
Icène pût devenir pour le Public.
»›Pour l'exécution de ce projet auffi déteſtable
que dangereux pour la Patrie & pour l'Auteur
» même , ce Sous - Lieutenant demanda pendant
→ notre voyage en Livonie qu'on l'envoyât , quoique
ce ne fût pas fon tour , faire la garde qui
» fe reléve tous les huit jours dans la Fortereffe
de Schluffelbourg : la nuit du au du mois
» dernier à deux heures après -minuit , il éveilla
☐ tout d'un coup fa grand'garde , la rangea de
front , & lui ordonna de charger à balles . Berednikoff
, Gommandant de la Fortereffe ,
» ayant entendu du bruit , fortit de fon quartier
» & en demanda la cauſe à Miranowitz lui - même
; mais , pour toute réponſe , ce Rebelle lui
donna fur la tête un coup de la croffe de fon
» fufil , & le fit arrêter. Il alla enfuite à la tête de
» fa troupe attaquer avec furie le petit nombre
» des Soldats qui gardoient le Prince Jean
>> mais ceux ci , qui fe trouvoient fous les ordres
>> des deux Officiers nommés ci -deſſus , le reçurent
» de manière qu'il fut obligé de fe retirer. Par
» une difpofition particulière de la Providence ,
» qui veille à la confervation de la vie des hommes
, il faifoit cette nuit là un brouillard fort
» épais qui , joint à la fituation intérieure de la
» Forterelle , empêcha qu'il n'y eût perſonne de
a bleffé ni de tué.
» Le peu de fuccès de cette première tentative
» ne pouvant faire défifter de fon projet de rébel166
MERCURE DE FRANCE.
>>lion cet ennemi du repos public , le défeſpoir
» lui fuggéra de faire amener d'un baſtion une
» piéce de canon avec les munitions néceſſaires ,
» ce qui fut d'abord exécuté. Le Capitaine Wlaf
» Geff & fon Lieutenant Tilchekin , voyant une
» force à laquelle ils ne pouvoient réûſter , crai-
>> gnirent un malheur beaucoup plus grand fi le
» Prince qui leur étoit confié venoir à être déli-
» vré ; & voulant épargner le fang innocent qu'il
>> en coûteroit à la Patrie dans de pareils trou-
» bles , ils prirent entre eux l'unique parti qu'ils
croyoient leur refter , celui d'affurer la tranquillité
publique en abrégeant les jours de l'infortuné
Prince . Confidérant d'ailleurs que s'ils
>> lâchoient un prifonnier qu'on s'efforçoit de leur
>> arracher avec tant d'acharnement , ils rifquoient
» d'être punis fuivant toute la rigueur des Loix ,
ils ôterent la vie au Prince , fans être retenus
par la crainte de recevoir la mort
main d'un Scélérat réduit au défeſpoir. Ce
» monftre , voyant devant lui le corps du
» Prince fans vie , fut fi frappé de ce coup inat-
» tendu , qu'il reconnut à l'inftant même fa témé-
» rité & fon crime , & en marqua fon repentir en
de la
préfence de fa troupe qu'une heure auparavant
» il avoit féduite & rendue complice de fon for-
» fait.
» Ce fut alors que les Officiers qui avoient
étouffé cette révolte dès fa naillance , s'aflurerent
, conjointement avec le Commandant , da
Rebelle , ramenerent les Soldats à leur devoir ,
» & envoyerent notre Confeiller- Privé - Actuel
» & Sénateur Panin , fous les ordres duquel ils fe
trouvoient , le rapport de cet événement qui ,
quoique malheureux , avoit cependant , par la
protection du Ciel , détourné un plus grand
>> malheur encore,
NOVEMBRE . 1764. 167
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Ce Sénateur fit partir fur le champ le Lieute-
» nant- Colonel Cafchkin chargé d'inſtructions
fuffifantes pour affurer la tranquillité & le bon
ordre dans la Fortereffe , & nous envoya en
» même temps un Courier avec le détail de cette
» affaire . En conféquence nous ordonnâmes à
> notre Lieutenant - Général Weymarn , de ladivifion
de Pétersbourg , de fe tranſporter fur le
>> lieu pour y faire les informations néceffaires :
après les avoir finies , il vient de nous remettre
les interrogatoires , les dépofitions des témoins ,
» les preuves , & enfin le propre aveu du Scé-
ככ
>> lérat.
,
"
rap-
Ayant reconnu la grandeur de ce crime &
> combien il intéreffoit le repos de la Patrie
>> nous avons renvoyé cette affaire à notre Sénat
» & lui ordonnons , ainfi qu'au Synode , d'inviter
» les trois premières Claffes & tous les Préfidens
» de tous les Colléges pour en entendre le
sport de la bouche du Lieutenant Général Weymarn
qui en a pourfuivi les informations ; de
>> prononcer enfuite la Sentence felon les loix de
l'Empire , & de nous la préfenter lorſqu'elle
» aura été fignée , afin que nous la confirmions ,
(L. S. ) ( Signé ) CATHERINE,
» Imprimé au Sénat Dirigent à Pétersbourg , le
» 17 Août 1764. ३०
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 28 Août 1764.
Le 28 août 1764, Catherine II publie un manifeste concernant la mort du Prince Iwan, également connu sous le nom de Prince Jean. À son avènement, Catherine apprend que le Prince Jean, fils du Prince Antoine de Brunswick-Wolfenbuttel et de la Princesse Anne de Mecklenbourg, avait été illégitimement désigné pour porter la Couronne Impériale de Russie, mais avait été exclu par la Providence. Le sceptre revint alors à Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Catherine décide d'adoucir le sort du Prince Jean, qu'elle trouve dépourvu d'esprit et de raison. Elle lui assure une vie tranquille et lui attribue une garde sûre composée du Capitaine Wlassieff et du Lieutenant Tischekin. Malgré ces précautions, un sous-lieutenant du régiment de Smolensko, Basile Miranowitz, tente de s'emparer du Prince pour faire fortune. Lors de cette tentative, les officiers préfèrent tuer le Prince pour éviter un bain de sang. Miranowitz, face au corps sans vie du Prince, reconnaît son erreur et se repent. Les officiers rétablissent l'ordre et informent le Sénateur Panin. Catherine ordonne une enquête dirigée par le Lieutenant-Général Weymarn, qui remet les preuves et les aveux du scélérat. L'affaire est ensuite confiée au Sénat et au Synode pour jugement selon les lois de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 64-65
ENIGME, par Madame la Marquise DE MONTBAZIN.
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Je suis très-nécessaire aux hommes, à tout âge ; [...]
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