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2851
p. 1908-1912
ORPHÉE, OU L'AMOUR TROMPEUR. POËME.
Début :
Muse, raconte moi par quels heureux ressorts, [...]
Mots clefs :
Amour trompeur, Muse, Tyran des morts, Alarmes, Destin, Lois, Furie
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texteReconnaissance textuelle : ORPHÉE, OU L'AMOUR TROMPEUR. POËME.
ORPHE' E ,
OU L'AMOUR TROMPEUR
Muse, raco
..
POE ME.
1
Use, raconte moi ,par quels heureux ressorts,
Orphée eût triomphé du fier Tyran des Morts ,
Si l'Amour qui l'aida n'eût trahi sa constance .
Ce Dieu fait - il toujours redouter sa puissance a
Par un himen flateur , ce Chantre si fameux
Orphée étoit enfin au comble de ses voeux ,
L'Amour reconnoissant , sensible à ses allarmes ,
Le couronnoit de Myrthe en essuyant ses larmes
,
Et prodiguant sur lui ses dons et ses bienfaits¸
L'invitoit à gouter les biens les plus parfaits.
Son bonheur ne fut pas d'une longue durée ;
Euridice bientôt fut de lui séparée ,
Son malheureux déstin , rompant un noeud si
beau ,
Précipita ses jours dans la nuit du tombeau.
Que ce coup fut cruel pour un Epoux si tendre !
Du désespoir affreux son sort alloit dépendre ,
Quand le fils de Venus touché de son malheur ,
Réveilla ses esprits , appaisa sa douleur ,
E
A O UST . 1909 1731 .
It sous le feint maintient d'un ami doux et sage,
Au Chantre de la Thrace addressa ce langage :
les grands revers qu'un Heros ab-
C'est par
batu ,
» Montre quel est son coeur et quelle est sa vertu.
» Chassez , fils d'Appollon , cette sombre tristesse
; -
» Son cours poussé trop loin dégenere en foiblesse
;
Craignez donc de ternir ces exploits glorieux ;
» Et d'attirer sur vous la colere des Dieux.
Rappelés ces hauts faits que tout le monde
admire
» Ces prodiges divers qu'enfante votre Lyre ;
La nature attentive écoute votre voix ;
» Elle subit le joug de vos aimables Loix ;
»Les Monstres à vos pieds déposent leur furie ,
» Et viennent s'abreuver d'une douce harmonie ;
» Courés et vangés - vous des injures du sort ;
Allés dans les Enfers triompher de la Mort ; -
De ses sanglantes mains tirés votre conquête
,
» Redonnés à la Thrace une nouvelle fête :
» Rien ne peut resister , vous l'avés éprouvé ,
>> Ce triomphe inoui vous étoit reservé.
Il dit , et du succès lui peignant l'apparence ,
Il souffle dans son coeur la flateuse esperance ,
Sur le Mort Rhodopé l'amour conduit ses pas ,
L'abord de l'antre affreux ne le tebute pas ,
pas,
D Il
1910 MERCURE DE FRANCE
Il descend , et poussé par l'amour et la gloire ,
Il contemple d'abord le prix de sa victoire.
Il prend en main sa Lyre et forme ses accords ;
Il chante , il se surpasse , et ses derniers efforts
Assoupissent Cerbere , enchantent le Tenare ;
Pluton sent attendrir son cur dur et barbare
Il écoute , il resiste , il se rend , et soudain
Son sceptre rédouté lui tombe de la main.
Quel est donc ce mortel qui par de si doux
charmes ,
Vient , dit alors Pluton , de m'arracher les
armes ;
» Quel nouveau stratagéme enchante ainsi mes
sens ?
Rend ma fureur docile et mes bras impuissants
?
Vous , de mon Trône ardent soutiens iné
branlables ,
* Victimes des Enfers , infortunés coupables ;
» Qui goutés comme moy , tous ces charmes
nouveaux
Dont les effets vainqueurs suspendent mes
Aeaux ,
» Connoissés-vous encor mon infernal em
pire ?
» Ressentés - vous l'effroy que son seul nom inspire
?
>>
·
Non ; ce séjour n'est plus un séjour de tourments;
¡» Un
1
A OUST 1911 17317
Un Dieu plus fort que moy fait ces enchan
tements.
A ces mots il s'avance et les ombres craintives',
Accourent avec lui sur les obscures rives ,
Il apperçoit Orphée , et s'addressant à lui ,
Dissipe ainsi sa crainte et charme son ennui :
30 Je sçai , dit-il , je sçai le sujet qui t'ameine
Dans ces lieux ou les Morts n'abordent qu'avec
peine
» Epoux trop genereux , pour couronner ta foy,
» Je veux te satisfaire et revoquer ma loy.
Pour prix de tant d'amour je te rends Eu
ridice ;
Je Consens que l'hymen tous deux vous reünisse
;
Joüis, charmant mortel,du fruit de tes soupirs;
Pluton charmé , vaincu , l'accorde à tes dé
sirs.
Abstien- toy de la voir dans mon Royaume
sombre ,
Autrement tes regards ne verroient que son
ombre.
Que ne peut point l'amour reduit au déses
Epour ?
Mais qu'il est dangereux avec tant de pouvoir !
Orphée impatient ne contient point sa vuë ;
La voit en un moment recouvrée et perduë.
Ainsi punit Pluton l'infracteur de ses loix.
A
Dij
Le
1912 MERCURE DE FRANCE
Le coupable a recours à sa Lyre , à sa voix ;
Icrie , il se tourmente , il rappelle Euridice ;
Il attend que Pluton derechef s'attendrisse.
C'est en vain , Dieu d'Amour , sont-ce là de tes
jeux ?
Un moment voit Orphée heureux et malheu
reux .
Dieu trompeur ! les mortels sont toujours tes
victimes.
Soit qu'ils brûlent de feux impurs , ou legitimes
;
Ta faveur est un leurre et ton zele un abus ;
Tes faux biens sont suivis de regrets superflus.
M. de S. Bonet , Juge des Appellations
dans le Comtat Venaissin.
OU L'AMOUR TROMPEUR
Muse, raco
..
POE ME.
1
Use, raconte moi ,par quels heureux ressorts,
Orphée eût triomphé du fier Tyran des Morts ,
Si l'Amour qui l'aida n'eût trahi sa constance .
Ce Dieu fait - il toujours redouter sa puissance a
Par un himen flateur , ce Chantre si fameux
Orphée étoit enfin au comble de ses voeux ,
L'Amour reconnoissant , sensible à ses allarmes ,
Le couronnoit de Myrthe en essuyant ses larmes
,
Et prodiguant sur lui ses dons et ses bienfaits¸
L'invitoit à gouter les biens les plus parfaits.
Son bonheur ne fut pas d'une longue durée ;
Euridice bientôt fut de lui séparée ,
Son malheureux déstin , rompant un noeud si
beau ,
Précipita ses jours dans la nuit du tombeau.
Que ce coup fut cruel pour un Epoux si tendre !
Du désespoir affreux son sort alloit dépendre ,
Quand le fils de Venus touché de son malheur ,
Réveilla ses esprits , appaisa sa douleur ,
E
A O UST . 1909 1731 .
It sous le feint maintient d'un ami doux et sage,
Au Chantre de la Thrace addressa ce langage :
les grands revers qu'un Heros ab-
C'est par
batu ,
» Montre quel est son coeur et quelle est sa vertu.
» Chassez , fils d'Appollon , cette sombre tristesse
; -
» Son cours poussé trop loin dégenere en foiblesse
;
Craignez donc de ternir ces exploits glorieux ;
» Et d'attirer sur vous la colere des Dieux.
Rappelés ces hauts faits que tout le monde
admire
» Ces prodiges divers qu'enfante votre Lyre ;
La nature attentive écoute votre voix ;
» Elle subit le joug de vos aimables Loix ;
»Les Monstres à vos pieds déposent leur furie ,
» Et viennent s'abreuver d'une douce harmonie ;
» Courés et vangés - vous des injures du sort ;
Allés dans les Enfers triompher de la Mort ; -
De ses sanglantes mains tirés votre conquête
,
» Redonnés à la Thrace une nouvelle fête :
» Rien ne peut resister , vous l'avés éprouvé ,
>> Ce triomphe inoui vous étoit reservé.
Il dit , et du succès lui peignant l'apparence ,
Il souffle dans son coeur la flateuse esperance ,
Sur le Mort Rhodopé l'amour conduit ses pas ,
L'abord de l'antre affreux ne le tebute pas ,
pas,
D Il
1910 MERCURE DE FRANCE
Il descend , et poussé par l'amour et la gloire ,
Il contemple d'abord le prix de sa victoire.
Il prend en main sa Lyre et forme ses accords ;
Il chante , il se surpasse , et ses derniers efforts
Assoupissent Cerbere , enchantent le Tenare ;
Pluton sent attendrir son cur dur et barbare
Il écoute , il resiste , il se rend , et soudain
Son sceptre rédouté lui tombe de la main.
Quel est donc ce mortel qui par de si doux
charmes ,
Vient , dit alors Pluton , de m'arracher les
armes ;
» Quel nouveau stratagéme enchante ainsi mes
sens ?
Rend ma fureur docile et mes bras impuissants
?
Vous , de mon Trône ardent soutiens iné
branlables ,
* Victimes des Enfers , infortunés coupables ;
» Qui goutés comme moy , tous ces charmes
nouveaux
Dont les effets vainqueurs suspendent mes
Aeaux ,
» Connoissés-vous encor mon infernal em
pire ?
» Ressentés - vous l'effroy que son seul nom inspire
?
>>
·
Non ; ce séjour n'est plus un séjour de tourments;
¡» Un
1
A OUST 1911 17317
Un Dieu plus fort que moy fait ces enchan
tements.
A ces mots il s'avance et les ombres craintives',
Accourent avec lui sur les obscures rives ,
Il apperçoit Orphée , et s'addressant à lui ,
Dissipe ainsi sa crainte et charme son ennui :
30 Je sçai , dit-il , je sçai le sujet qui t'ameine
Dans ces lieux ou les Morts n'abordent qu'avec
peine
» Epoux trop genereux , pour couronner ta foy,
» Je veux te satisfaire et revoquer ma loy.
Pour prix de tant d'amour je te rends Eu
ridice ;
Je Consens que l'hymen tous deux vous reünisse
;
Joüis, charmant mortel,du fruit de tes soupirs;
Pluton charmé , vaincu , l'accorde à tes dé
sirs.
Abstien- toy de la voir dans mon Royaume
sombre ,
Autrement tes regards ne verroient que son
ombre.
Que ne peut point l'amour reduit au déses
Epour ?
Mais qu'il est dangereux avec tant de pouvoir !
Orphée impatient ne contient point sa vuë ;
La voit en un moment recouvrée et perduë.
Ainsi punit Pluton l'infracteur de ses loix.
A
Dij
Le
1912 MERCURE DE FRANCE
Le coupable a recours à sa Lyre , à sa voix ;
Icrie , il se tourmente , il rappelle Euridice ;
Il attend que Pluton derechef s'attendrisse.
C'est en vain , Dieu d'Amour , sont-ce là de tes
jeux ?
Un moment voit Orphée heureux et malheu
reux .
Dieu trompeur ! les mortels sont toujours tes
victimes.
Soit qu'ils brûlent de feux impurs , ou legitimes
;
Ta faveur est un leurre et ton zele un abus ;
Tes faux biens sont suivis de regrets superflus.
M. de S. Bonet , Juge des Appellations
dans le Comtat Venaissin.
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Résumé : ORPHÉE, OU L'AMOUR TROMPEUR. POËME.
Le texte 'Orphée et l'Amour trompeur' relate l'histoire d'Orphée, un musicien talentueux, et de son épouse Euridice. Après la mort d'Euridice, Orphée, désespéré, décide de descendre aux Enfers pour la récupérer. Il est initialement encouragé par un ami à utiliser sa musique pour apaiser Pluton, le tyran des Morts. Orphée charme Cerbère, le chien des Enfers, et attendrit Pluton avec sa lyre. Pluton accepte de rendre Euridice à condition qu'Orphée ne la regarde pas avant d'avoir quitté les Enfers. Cependant, Orphée, impatient, viole cette condition et perd à nouveau Euridice. Le texte met en évidence la puissance et la dangerosité de l'amour, qui peut à la fois offrir des joies et causer des souffrances. L'Amour avait initialement aidé Orphée, mais sa constance fut trahie, soulignant ainsi la complexité et l'ambiguïté des sentiments amoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2852
p. 1916-1919
LA JEUNESSE. CANTATE.
Début :
Dans un songe flateur une jeune Déesse, [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Cantate, Déesse, Amours, Cœurs rebelles, Alarmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA JEUNESSE. CANTATE.
LA JEUNESSE.
CANT AT E.
Dans un songe flateur une jeune Déesse ,
Vint séduire mes sens par les plus doux attraits ;
A son air vif , brillant et frais ,
Je reconnois bien- tôt l'agreable Jeunesse.
Autourd'Hebé voloient mille petits Amours
Qui pour dompter les coeurs rebelles ,
Empruntoient de ses yeux l'infaillible secours ;
Le Tems sur ses rapides aîles ,
Portoit cette Divinité ,
Et l'aimable Printems , soigneux de sa beauté ,
Répandoit sur son teint des fleurs toujours nouvelles.
Choisis , medit Hebé , d'un air doux , gracieux ,
Tandis que des beaux jours pour toi j'ourdis la
trame ,
De
A O UST . 1917 1731
De mes dons précieux ;
Celui qui maintenant flate le plus ton ame
Aimable fille de Junon ,
Sans qui jamais l'on ne peut plaire ,
Commande aux Enfans de Cithere ,
De triompher de ma raison.
Que les plaisirs suivis des charmes
Que tu dispenses aux Amours ,
Fassent sans trouble , sans allarmes ,,
Couler les plus beaux de mes jours,-
Aimable fille de Junon , &c.
Mais des Nymphes d'Hebé qu'elle troupe brill
lante ,
Se présente à mes yeux , me ravit et m'enchanse
Dans mon coeur agité , grands Dieux , quels
mouvemens !
Dans quel transport , dans quel delire ,
Tombai-je en ces heureux momens
Mon ame à peine peut suffire ,
Au doux plaisir que je ressens.
Mais , Hebé, quelle indifference
Succede à mes brulans desirs à
Le moment de la jouissance
Est-il le terme des plaisirse
Je
1918 MERCURE DE FRANCE
Je t'entens , dit Hebé ; dans la Forêt prochaine ,
Regarde ces Chasseurs que
Diane
ramene
Va , cours apprendre sous ses loix ,
A relancer un Cerf, à le mettre aux abois,
Du Cor qui m'appelle ,
Le son éclatant ,
Du Chasseur trop lent..
Ranime le zele ,
Tandis que le Cerfà ce bruit,
Tremble , s'épouvante , s'enfuit ;
Le Sanglier craint la lumiere ,
Dans les bois il cherche un réduit
Et dans sa Taniere
Le Lion frémir.
.
Mais déja le Soleil éteint ses feux dans l'Onde
Et la nuit ramenant le repos dans le monde
Vient terminer trop-tôt d'agreables travaux .
Vien , Bacchus , vien par ta présence ,
Ecarter loin de moi les ennuyeux Pavots ,
Serait- ce profiter du temps qu'Hebé dispense
Que le passer dans le repos, 2
C'est par tou , Dieu de l'alegresse ,
Que l'Amour même est désarmé
Et
AOUST.
17318 1919
Er que mon coeur n'est enflammé ,
Que des feux d'une douce yvresse
Beuvons , amis , et que la joye ,
Soit l'arbitre de ce Festin ,
Et que le noir chagrin se noye
Dans les torrens de ce bon vine
Je sens mille vapeurs legeres ...
Je vois les Faunes assemblées . . .-
A mes regards déja troublez ,,
Bacchus dévoile ses Mysteres.
Ce fut ainsi qu'Hebé dans une illusion ,
De mes jeunes ardeurs me retraça l'image ;
Je crus en m'éveillant être encor au bel âge
Helas ! avec ma vision ,
Disparut à l'instant la Déesse volage.
Mortel , qui commencez à peine votre cours
D'un utile conseil je vous dois le secours ;
Ma jeunesse trop vive a passé comme un songs ;
Hebé qui vous promet un siecle de beauxjours s
Ne vous berge que d'un mensonge..
Cavalies , Avocat à Montpellier.
CANT AT E.
Dans un songe flateur une jeune Déesse ,
Vint séduire mes sens par les plus doux attraits ;
A son air vif , brillant et frais ,
Je reconnois bien- tôt l'agreable Jeunesse.
Autourd'Hebé voloient mille petits Amours
Qui pour dompter les coeurs rebelles ,
Empruntoient de ses yeux l'infaillible secours ;
Le Tems sur ses rapides aîles ,
Portoit cette Divinité ,
Et l'aimable Printems , soigneux de sa beauté ,
Répandoit sur son teint des fleurs toujours nouvelles.
Choisis , medit Hebé , d'un air doux , gracieux ,
Tandis que des beaux jours pour toi j'ourdis la
trame ,
De
A O UST . 1917 1731
De mes dons précieux ;
Celui qui maintenant flate le plus ton ame
Aimable fille de Junon ,
Sans qui jamais l'on ne peut plaire ,
Commande aux Enfans de Cithere ,
De triompher de ma raison.
Que les plaisirs suivis des charmes
Que tu dispenses aux Amours ,
Fassent sans trouble , sans allarmes ,,
Couler les plus beaux de mes jours,-
Aimable fille de Junon , &c.
Mais des Nymphes d'Hebé qu'elle troupe brill
lante ,
Se présente à mes yeux , me ravit et m'enchanse
Dans mon coeur agité , grands Dieux , quels
mouvemens !
Dans quel transport , dans quel delire ,
Tombai-je en ces heureux momens
Mon ame à peine peut suffire ,
Au doux plaisir que je ressens.
Mais , Hebé, quelle indifference
Succede à mes brulans desirs à
Le moment de la jouissance
Est-il le terme des plaisirse
Je
1918 MERCURE DE FRANCE
Je t'entens , dit Hebé ; dans la Forêt prochaine ,
Regarde ces Chasseurs que
Diane
ramene
Va , cours apprendre sous ses loix ,
A relancer un Cerf, à le mettre aux abois,
Du Cor qui m'appelle ,
Le son éclatant ,
Du Chasseur trop lent..
Ranime le zele ,
Tandis que le Cerfà ce bruit,
Tremble , s'épouvante , s'enfuit ;
Le Sanglier craint la lumiere ,
Dans les bois il cherche un réduit
Et dans sa Taniere
Le Lion frémir.
.
Mais déja le Soleil éteint ses feux dans l'Onde
Et la nuit ramenant le repos dans le monde
Vient terminer trop-tôt d'agreables travaux .
Vien , Bacchus , vien par ta présence ,
Ecarter loin de moi les ennuyeux Pavots ,
Serait- ce profiter du temps qu'Hebé dispense
Que le passer dans le repos, 2
C'est par tou , Dieu de l'alegresse ,
Que l'Amour même est désarmé
Et
AOUST.
17318 1919
Er que mon coeur n'est enflammé ,
Que des feux d'une douce yvresse
Beuvons , amis , et que la joye ,
Soit l'arbitre de ce Festin ,
Et que le noir chagrin se noye
Dans les torrens de ce bon vine
Je sens mille vapeurs legeres ...
Je vois les Faunes assemblées . . .-
A mes regards déja troublez ,,
Bacchus dévoile ses Mysteres.
Ce fut ainsi qu'Hebé dans une illusion ,
De mes jeunes ardeurs me retraça l'image ;
Je crus en m'éveillant être encor au bel âge
Helas ! avec ma vision ,
Disparut à l'instant la Déesse volage.
Mortel , qui commencez à peine votre cours
D'un utile conseil je vous dois le secours ;
Ma jeunesse trop vive a passé comme un songs ;
Hebé qui vous promet un siecle de beauxjours s
Ne vous berge que d'un mensonge..
Cavalies , Avocat à Montpellier.
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Résumé : LA JEUNESSE. CANTATE.
Dans un rêve, le narrateur est séduit par la déesse Jeunesse (Hébé), accompagnée de petits Amours, du Temps et du Printemps. Hébé offre ses dons précieux et commande aux enfants de Cythère de triompher de la raison du narrateur. Après un moment de plaisir intense, une indifférence succède à ses désirs ardents. Hébé conseille alors au narrateur de chasser avec Diane pour ranimer son zèle. À la tombée de la nuit, Bacchus est invoqué pour écarter l'ennui et permettre de profiter des plaisirs de la vie. À son réveil, le narrateur réalise que la déesse a disparu et met en garde les jeunes gens sur la fugacité de la jeunesse, comparée à un songe éphémère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2853
p. 1921
SUR M. DE LA FAYE.
Début :
Il a réuni le mérite, [...]
Mots clefs :
Mérite, Talent, Heureux
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texteReconnaissance textuelle : SUR M. DE LA FAYE.
SUR M. DE LA FAYE
La réuni le mérite ,
Et d'Horace et de Pollion ,
Tantôt protegeant Apollon ,
Et tantôt chantant à sa suite.
Il reçut deux présens des Dieux ,
Les plus charmans qu'ils puissent faire.
L'un étoit le talent de plaire ;
L'autre, le secret d'être heureux..
M. de Voltaire .
La réuni le mérite ,
Et d'Horace et de Pollion ,
Tantôt protegeant Apollon ,
Et tantôt chantant à sa suite.
Il reçut deux présens des Dieux ,
Les plus charmans qu'ils puissent faire.
L'un étoit le talent de plaire ;
L'autre, le secret d'être heureux..
M. de Voltaire .
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2854
p. 1928-1929
LE BAUDET ET LA JUMENT. FABLE.
Début :
Certain Baudet ambitieux, [...]
Mots clefs :
Baudet, Jument, Présomption , Conditions, Souche, Quinteux, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAUDET ET LA JUMENT. FABLE.
LE BAUDET ET LA JUMENT.
FABLE .
Certain Baudet ambitieux ,
Voulant établir sa noblesse ,
Vint offrir ses soins et ses voeux ;
'A Matrona , Jument que l'on nommoit Duchesse
( Duchesse par dérision
€
De sa vaine présomption. )
Il prit la résolution ,
De s'unir avec elle
Femme , disoit- il , d'un tel nom ,
Va changer ma condition
Et distinguer ma parentelle ;
Je puis faisant souche nouvelle ,
Avoir Mulets , non des Asnons ,
Casque en visiere et plume en tête .
Ils leveront la crête ,
Et porteront Caparagons ,)
Des Ecussons ,
Feront grand bruit , grands carillons ;
Auront des Charges dans l'Armée ,
Cela dit , à sa bien - aimée ,
Propose la conjonction ;
Martin est bien reçû , lors la conclusion
Se
A OUST. 3929 1731.
Se fait dans le même intervale ;
Baudet épouse la Cavalle ,
Ont ensemble petits Mulets ,
Mulet aîné , Mulets cadets ,
Aussi sots que leur pere ,
Et plus vains que leur mere
D'esprit quinteux ,
Tétus , hargneux ,
En trahison donnant ruades .
Faisant mille incartades ;
Mere et Mulets n'avoient que du mépris ,
Pour le papa Baudet , le meilleur des maris ,
S'il veut décider d'une affaire ,
Duchesse le fait taire ,
Lui disant , taisez - vous , Baudet ,
Laissez parler mon fils Mulet ,
Vous raisonnez comme une bête ;
Pauvre Baudet baisse la tête ,
Et maudit cent fois le moment ,
Qu'au lieu d'Anesse il prit Jument ;
Repos vaut mieux qu'honneur et que fortune ;
Qu'un chacun prenne sa chacune.
Van Rigyben,
FABLE .
Certain Baudet ambitieux ,
Voulant établir sa noblesse ,
Vint offrir ses soins et ses voeux ;
'A Matrona , Jument que l'on nommoit Duchesse
( Duchesse par dérision
€
De sa vaine présomption. )
Il prit la résolution ,
De s'unir avec elle
Femme , disoit- il , d'un tel nom ,
Va changer ma condition
Et distinguer ma parentelle ;
Je puis faisant souche nouvelle ,
Avoir Mulets , non des Asnons ,
Casque en visiere et plume en tête .
Ils leveront la crête ,
Et porteront Caparagons ,)
Des Ecussons ,
Feront grand bruit , grands carillons ;
Auront des Charges dans l'Armée ,
Cela dit , à sa bien - aimée ,
Propose la conjonction ;
Martin est bien reçû , lors la conclusion
Se
A OUST. 3929 1731.
Se fait dans le même intervale ;
Baudet épouse la Cavalle ,
Ont ensemble petits Mulets ,
Mulet aîné , Mulets cadets ,
Aussi sots que leur pere ,
Et plus vains que leur mere
D'esprit quinteux ,
Tétus , hargneux ,
En trahison donnant ruades .
Faisant mille incartades ;
Mere et Mulets n'avoient que du mépris ,
Pour le papa Baudet , le meilleur des maris ,
S'il veut décider d'une affaire ,
Duchesse le fait taire ,
Lui disant , taisez - vous , Baudet ,
Laissez parler mon fils Mulet ,
Vous raisonnez comme une bête ;
Pauvre Baudet baisse la tête ,
Et maudit cent fois le moment ,
Qu'au lieu d'Anesse il prit Jument ;
Repos vaut mieux qu'honneur et que fortune ;
Qu'un chacun prenne sa chacune.
Van Rigyben,
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Résumé : LE BAUDET ET LA JUMENT. FABLE.
La fable 'Le Baudet et la Jument' relate l'histoire d'un baudet ambitieux désirant établir sa noblesse en s'unissant à une jument nommée Duchesse, un titre moqueur soulignant sa vanité. Le baudet espère ainsi engendrer des mulets nobles et honorés, aptes à porter des armes et servir dans l'armée. La jument accepte, et leurs mulets naissent. Cependant, ces mulets se révèlent aussi stupides que leur père et plus vains que leur mère. Ils sont caractériels, têtus et hargneux, manquant de respect envers leur père. La jument et ses fils méprisent le baudet, le faisant taire et le rabaissant. Le baudet regrette alors son choix et maudit le moment où il a préféré la jument à une ânesse. La morale de la fable est que le repos vaut mieux que l'honneur et la fortune, et que chacun devrait choisir son partenaire avec sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2855
p. 1937-1938
ENIGME.
Début :
De mes Soeurs la nombreuse escorte, [...]
Mots clefs :
Épingle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
DE mes
*******
E mes Soeurs la nombreuse escorte ,
Chacune dans son rang , s'assemble par milliers
Tels on voit des Soldats courir auxChamps guer
riers ;
Cependant notre armée est plus foible que forte.
Nos Exploits les plus triomphants
Se bornent tout au plus à quelques jeux d'enfans.
En vain pour nous rendre plus fieres , ✰
On nous met sur la tête une Couronne d'or ;
Nous n'en brillons pas mieux , dirai-je plus encor?
Nous sommes si peu meurtrieres ,
Que lorsque dans le sang nous allons nous bai
gner ,
Nous ne faisons qu'égratigner.
1.
Mais quoique nous passions pour des choses trèsviles
,
Nous n'en sommes pas moins utiles.
'A de jeunes tendrons , sans égard à leur fang , A
Nous tirons quelquefois des larmes et du sang ;
C'est-là de toutes nos conquêtes ,
Le lustre le plus éclatant ;
Quelqu'une de mes soeurs naît-elle avec deur
têtes ?
Ce n'est pas un Monstre pourtant ;
Etant fille de l'Art et non de la Nature ,
E iij
Elle
1938 MERCURE DE FRANCE
Elle n'excite point de curiosité ,
Et cela lui sauve l'injure
De la défectuosité .
Quand quelque marché d'importance ;
Avec un plein sucsès est conduit à sa fin ,
Notre nom, quoique bas, marque la récompense,
Qu'on donne au Sexe feminin ;
Toi, Lecteur , qui me vois de ma petite espece
Te faire de sincère aveu ,
Veux- tu me deviner ? mets toute ton adresse
A sçavoir me tirer du jeu.
DE mes
*******
E mes Soeurs la nombreuse escorte ,
Chacune dans son rang , s'assemble par milliers
Tels on voit des Soldats courir auxChamps guer
riers ;
Cependant notre armée est plus foible que forte.
Nos Exploits les plus triomphants
Se bornent tout au plus à quelques jeux d'enfans.
En vain pour nous rendre plus fieres , ✰
On nous met sur la tête une Couronne d'or ;
Nous n'en brillons pas mieux , dirai-je plus encor?
Nous sommes si peu meurtrieres ,
Que lorsque dans le sang nous allons nous bai
gner ,
Nous ne faisons qu'égratigner.
1.
Mais quoique nous passions pour des choses trèsviles
,
Nous n'en sommes pas moins utiles.
'A de jeunes tendrons , sans égard à leur fang , A
Nous tirons quelquefois des larmes et du sang ;
C'est-là de toutes nos conquêtes ,
Le lustre le plus éclatant ;
Quelqu'une de mes soeurs naît-elle avec deur
têtes ?
Ce n'est pas un Monstre pourtant ;
Etant fille de l'Art et non de la Nature ,
E iij
Elle
1938 MERCURE DE FRANCE
Elle n'excite point de curiosité ,
Et cela lui sauve l'injure
De la défectuosité .
Quand quelque marché d'importance ;
Avec un plein sucsès est conduit à sa fin ,
Notre nom, quoique bas, marque la récompense,
Qu'on donne au Sexe feminin ;
Toi, Lecteur , qui me vois de ma petite espece
Te faire de sincère aveu ,
Veux- tu me deviner ? mets toute ton adresse
A sçavoir me tirer du jeu.
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2856
p. 1938-1940
LOGOGRYPHE.
Début :
J'habite également la Campagne et la Ville, [...]
Mots clefs :
Cheminée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
' Habite également la Campagne et la Ville ;
Au Peuple comme au Grand je suis toujours utile,
En tout tems , en toute saison ,
L'on a besoin de moi dedans une maison.
Ma figure au dehors n'a rien que d'agréable ,
Aux Palais les plus beaux j'ajoute un ornement ;
Mais hélas ! au- dedans je suis méconnoissable ,
Je n'ai rien que d'affreux sous ce déguisement.
En vain certaines gens assez connus en France ,
Travaillent tous les ans à me purifier ,
Je les charge d'ordure au lieu de récompense ,
Et je reviens toujours à mon état premier.
Etes - vous curieux de sçavoir ma figure ?
J'ay
A O UST.
1731. 1939
J'ai deux pieds , sans pouvoir marcher ,
Un Manteau qui fait ma parure ,
Un coeur assez facile à se laisser toucher ,
Quoique de sa nature il soit dur , insensible ;
On trouve auprès de lui quelque soulagement ;
Mais n'en usez jamais qu'avec ménagement ,
Car vous pourriez bruler d'une flâme nuisible.
Si mon nom vous est inconnu ,
Sous ce détour énigmatique ,
Servons-nous de l'Arithmétique , ?
Pour voir ce qui dans moi peut être contenu.
Huit lettres forment ma substance ;
Un, deux, trois , quatre, cinq , étant pris à la fois;
Je ne recule ni n'avance ,
Chacun pourtant me suit , Peuples , Princes et
Rois ;
Quatre, cinq, trois , je suis un terme de tendresse,
Dont se sert un Amant qui parle à sa Maitresse .
Un , deux , cinq , trois et six , quelle félicité ,
Si chacun m'imitoit dans ma fidelité!
Quatre avant cinq laissé , je suis d'un grand ser
vice ,
Dans les Airs anciens et nouveaux.
Six avec sept , ma place est entre deux flambeaux
Sur le penchant d'un précipice.
A six , cinq , un , ajoûtez trois ,
Ville et Comté près de Provence ,
Dont on vit riompher un Maréchal de Frances
E iiij
Sous
1940 MERCURE DE FRANCE
Sous le plus grand de tous les Rois.
Quatre , cinq , six et trois , tantôt je suis severe ,
Tantôt de la douceur je tiens le caractere ;
Dans un sens different , l'on voit au Champ de
Mars ,
Quels effets je produits sous les plus hauts Remparts.
Six, cinq , un, sept et huit , Ville ancienne d'Asie.
Qui condamna jadis une horrible heresie..
Un, trois , six, joints à huit , on connoîtra d'abord
Un celeste repas dont parle l'Ecriture
Auquel participa l'Auteur de la Nature ,
Le jour qui préceda sa mort.
Un , cinq, quatre avec trois , sur toutes les Mon
tagnes ,
Sur les lieux élevez je tiens le plus haut rang ,
Moyse étoit sur moi quand il vit les Campagnes
De la Terre de Canaam.
Un, deux, trois, six et huit , je suis très- necessaire
Pour construction de Vaisseaux ,
Et quoique dans les bois j'habite d'ordinaire,
Je me conservé au fond des eaux.
Si l'on me laisse en paix vivre dans ma Patrie ,
Je porte un excellent régal ,
Pour le plus immonde animal.
En bien d'autres façons ma substance varie ;
Mais, ces traits suffisant pour montrer qui je suis ,
Lecteur , je ne veux point augmenter vos ennuis.
Ch. Degoëlles , Chantre et Chanoine de
D. de la Faïere.
' Habite également la Campagne et la Ville ;
Au Peuple comme au Grand je suis toujours utile,
En tout tems , en toute saison ,
L'on a besoin de moi dedans une maison.
Ma figure au dehors n'a rien que d'agréable ,
Aux Palais les plus beaux j'ajoute un ornement ;
Mais hélas ! au- dedans je suis méconnoissable ,
Je n'ai rien que d'affreux sous ce déguisement.
En vain certaines gens assez connus en France ,
Travaillent tous les ans à me purifier ,
Je les charge d'ordure au lieu de récompense ,
Et je reviens toujours à mon état premier.
Etes - vous curieux de sçavoir ma figure ?
J'ay
A O UST.
1731. 1939
J'ai deux pieds , sans pouvoir marcher ,
Un Manteau qui fait ma parure ,
Un coeur assez facile à se laisser toucher ,
Quoique de sa nature il soit dur , insensible ;
On trouve auprès de lui quelque soulagement ;
Mais n'en usez jamais qu'avec ménagement ,
Car vous pourriez bruler d'une flâme nuisible.
Si mon nom vous est inconnu ,
Sous ce détour énigmatique ,
Servons-nous de l'Arithmétique , ?
Pour voir ce qui dans moi peut être contenu.
Huit lettres forment ma substance ;
Un, deux, trois , quatre, cinq , étant pris à la fois;
Je ne recule ni n'avance ,
Chacun pourtant me suit , Peuples , Princes et
Rois ;
Quatre, cinq, trois , je suis un terme de tendresse,
Dont se sert un Amant qui parle à sa Maitresse .
Un , deux , cinq , trois et six , quelle félicité ,
Si chacun m'imitoit dans ma fidelité!
Quatre avant cinq laissé , je suis d'un grand ser
vice ,
Dans les Airs anciens et nouveaux.
Six avec sept , ma place est entre deux flambeaux
Sur le penchant d'un précipice.
A six , cinq , un , ajoûtez trois ,
Ville et Comté près de Provence ,
Dont on vit riompher un Maréchal de Frances
E iiij
Sous
1940 MERCURE DE FRANCE
Sous le plus grand de tous les Rois.
Quatre , cinq , six et trois , tantôt je suis severe ,
Tantôt de la douceur je tiens le caractere ;
Dans un sens different , l'on voit au Champ de
Mars ,
Quels effets je produits sous les plus hauts Remparts.
Six, cinq , un, sept et huit , Ville ancienne d'Asie.
Qui condamna jadis une horrible heresie..
Un, trois , six, joints à huit , on connoîtra d'abord
Un celeste repas dont parle l'Ecriture
Auquel participa l'Auteur de la Nature ,
Le jour qui préceda sa mort.
Un , cinq, quatre avec trois , sur toutes les Mon
tagnes ,
Sur les lieux élevez je tiens le plus haut rang ,
Moyse étoit sur moi quand il vit les Campagnes
De la Terre de Canaam.
Un, deux, trois, six et huit , je suis très- necessaire
Pour construction de Vaisseaux ,
Et quoique dans les bois j'habite d'ordinaire,
Je me conservé au fond des eaux.
Si l'on me laisse en paix vivre dans ma Patrie ,
Je porte un excellent régal ,
Pour le plus immonde animal.
En bien d'autres façons ma substance varie ;
Mais, ces traits suffisant pour montrer qui je suis ,
Lecteur , je ne veux point augmenter vos ennuis.
Ch. Degoëlles , Chantre et Chanoine de
D. de la Faïere.
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2857
p. 1941
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Je me fais porter par des filles : [...]
Mots clefs :
Losange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND
LOGOGRYPHE.
JeE me fais porter par des filles :
La femme ne me convient pas.
Range ou retranche ainsi que tu voudras ,
Mes Anagrames sont faciles ,
Et sans peine en moi tu verras ,
Ce qui fit perdre maints Codilles ,
Quand l'Ombre faisoit nos ébats.
Item , une vile pécore ,
Un endroit où l'on met les foux ,
Le principe de vie en nous ,
Un esprit bienheureux encore ,
L'action d'un homme endormi ,
Un lieu pour donner Audiance ,
Ce qui tient un bats affermi ,
Le premier Surtout de l'enfance ,
Ce qu'on ôte en faisant le pain ,
Deux Poissons Marins d'ordinaire ,
Dont l'un est parfois de Riviere ;
Le joint de deux lignes enfin ,
Et dequoi faire une Coëffe à Catin .
LOGOGRYPHE.
JeE me fais porter par des filles :
La femme ne me convient pas.
Range ou retranche ainsi que tu voudras ,
Mes Anagrames sont faciles ,
Et sans peine en moi tu verras ,
Ce qui fit perdre maints Codilles ,
Quand l'Ombre faisoit nos ébats.
Item , une vile pécore ,
Un endroit où l'on met les foux ,
Le principe de vie en nous ,
Un esprit bienheureux encore ,
L'action d'un homme endormi ,
Un lieu pour donner Audiance ,
Ce qui tient un bats affermi ,
Le premier Surtout de l'enfance ,
Ce qu'on ôte en faisant le pain ,
Deux Poissons Marins d'ordinaire ,
Dont l'un est parfois de Riviere ;
Le joint de deux lignes enfin ,
Et dequoi faire une Coëffe à Catin .
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2858
p. 1941-1942
QUATRAIN ENIGMATIQUE.
Début :
Ung Monstre élapsera de la Rive de Nil, [...]
Mots clefs :
Logogriphe du Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN ENIGMATIQUE.
QUATRAIN ENIGMATIQUE.
UNg Monstre élapsera de la Rive de Nil ,
Vers l'an trente après mil sept cent qu'on nombrera
;
Ev Neuf
1942 MERCURE DE FRANCE
Neuf pieds , une aîle et grife , et double os il aurr
Ung Dieu l'ostendera sur l'horison de Cil .
Par un Eleve de Nostradamus.
UNg Monstre élapsera de la Rive de Nil ,
Vers l'an trente après mil sept cent qu'on nombrera
;
Ev Neuf
1942 MERCURE DE FRANCE
Neuf pieds , une aîle et grife , et double os il aurr
Ung Dieu l'ostendera sur l'horison de Cil .
Par un Eleve de Nostradamus.
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2859
p. 1986-1987
CHANSON.
Début :
Riez, chantez, jeunesse aimable, [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Plaisirs, Censure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Riez , chantez , jeunesse aimable ,
Suivez vos innocens desirs ;
De
THE
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Air de M.
SR.E.
C
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION8.
A OUST. 1987 1731
.
De la censure inévitable ,
Vangez-vous d'un air agréable ,
Punissez- la par vos plaisirs.
Riez , chantez , jeunesse aimable ,
Suivez vos innocens desirs ;
De
THE
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Air de M.
SR.E.
C
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION8.
A OUST. 1987 1731
.
De la censure inévitable ,
Vangez-vous d'un air agréable ,
Punissez- la par vos plaisirs.
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2860
p. 1987
BOUQUET
Début :
Allez sur le sein de Lisette, [...]
Mots clefs :
Fleurs, Zéphire, Soupirs des cœurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET
BOUQUET.
A Llez sur le sein de Lisette ,
Vivre et mourir , brillantes fleurs ;
Vous aurez dans cette retraite ,
Pour Zephirs , les soupirs des coeurs.
Que mon ame seroit ravie !
Que mon sort feroit de jaloux ,
S'il m'etoit permis comme à vous ,
D'y vivre et d'y perdre la vie !
A Llez sur le sein de Lisette ,
Vivre et mourir , brillantes fleurs ;
Vous aurez dans cette retraite ,
Pour Zephirs , les soupirs des coeurs.
Que mon ame seroit ravie !
Que mon sort feroit de jaloux ,
S'il m'etoit permis comme à vous ,
D'y vivre et d'y perdre la vie !
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2861
p. [2051]-2053
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume. Laudate Pueri, &c.
Début :
Enfans, publiez les loüanges, [...]
Mots clefs :
Louanges, Souverain, Chants, Créateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume. Laudate Pueri, &c.
ODE SA CREE ,
E
Tirée du Pseaume.
Laudate Pueri , &c.
Nfans , publiez les louanges ;
Du Souverain Maître des Rois,
Et mêlez au Concert des Anges ,
Les tendres accents de vos voix,
Dès que le Soliel fait éclore ,
Les feux de la naissante Aurore ,
Vers le Ciel élevez yos Chants ;
A ij Jus
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à ce qu'il rentre dans l'Onde ,
Louez le Créateur du Monde ;
Qu'on le celebre en tous les temps.
Du haut de la Vout azurée
Il gouverne tout l'Univers ;
C'est lui qui regle la durée ,
De tant de Royaumes divers ,
C'est lui qui lance le Tonnerre
Le Ciel et la Mer et la Terre ,
Sont remplis de sa Majesté ,
Des Rois il borne les conquêtes ;
Et lui seul commande aux Tempêtes}
Dont l'Ocean est agité.
dire ;
Nul autre que fui ne peut
Que son Trône est le Firmament
Et qu'il voit tout ce qui respire ,
Soumis à son commandeinent.
Souvent du sein de l'indigence ,
Il éleve l'humble innocence ,
Pour la placer aux plus hauts rangs
Et quelquefois des Bergers même ,
On a vu son pouvoir suprême ,
Faire d'illustres fuerants .
Tol
SEPTEMBRE . 1731 2053
Toi ,. qui commences d'être Mere ,
Dans l'âge de sterilité ,
C'est au Dieu qu'Israël revére ,
Que tu dois ta fécondité :
Par son ordre dans sa vieillesse ,
L'homme de bien plein d'allegresse
Se voit revivre en ses enfans ,
Pendant que sa juste vengeance ;
Fait périr dans l'adolescence ,
La posterité des méchans:
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort
Lamaury.
E
Tirée du Pseaume.
Laudate Pueri , &c.
Nfans , publiez les louanges ;
Du Souverain Maître des Rois,
Et mêlez au Concert des Anges ,
Les tendres accents de vos voix,
Dès que le Soliel fait éclore ,
Les feux de la naissante Aurore ,
Vers le Ciel élevez yos Chants ;
A ij Jus
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à ce qu'il rentre dans l'Onde ,
Louez le Créateur du Monde ;
Qu'on le celebre en tous les temps.
Du haut de la Vout azurée
Il gouverne tout l'Univers ;
C'est lui qui regle la durée ,
De tant de Royaumes divers ,
C'est lui qui lance le Tonnerre
Le Ciel et la Mer et la Terre ,
Sont remplis de sa Majesté ,
Des Rois il borne les conquêtes ;
Et lui seul commande aux Tempêtes}
Dont l'Ocean est agité.
dire ;
Nul autre que fui ne peut
Que son Trône est le Firmament
Et qu'il voit tout ce qui respire ,
Soumis à son commandeinent.
Souvent du sein de l'indigence ,
Il éleve l'humble innocence ,
Pour la placer aux plus hauts rangs
Et quelquefois des Bergers même ,
On a vu son pouvoir suprême ,
Faire d'illustres fuerants .
Tol
SEPTEMBRE . 1731 2053
Toi ,. qui commences d'être Mere ,
Dans l'âge de sterilité ,
C'est au Dieu qu'Israël revére ,
Que tu dois ta fécondité :
Par son ordre dans sa vieillesse ,
L'homme de bien plein d'allegresse
Se voit revivre en ses enfans ,
Pendant que sa juste vengeance ;
Fait périr dans l'adolescence ,
La posterité des méchans:
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort
Lamaury.
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume. Laudate Pueri, &c.
Le Psaume 113, intitulé 'Laudate Pueri', invite les enfants à louer le Souverain Maître des Rois. Ce poème religieux décrit Dieu comme le Créateur et gouverneur de l'univers, régissant les royaumes et commandant aux éléments naturels. Il souligne la majesté divine omniprésente dans le ciel, la mer et la terre, et la capacité de Dieu à limiter les conquêtes des rois. Le texte met en avant l'élévation des humbles et la transformation de bergers en personnages illustres. Il mentionne également une femme stérile à qui Dieu accorde la fécondité. Le poème contraste la bénédiction des justes avec la vengeance divine sur les méchants. Signé par M. de Sainte Palaye, de Montfort Lamaury, il est daté de septembre 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2862
p. 2067-2068
EPIGRAMME IMITÉE DE BUCHANAM,
Début :
De même que l'on voit les Lys, [...]
Mots clefs :
Lys, Merveilles, Esprit, Douce pluie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME IMITÉE DE BUCHANAM,
EPIGRAMME
IMITE'E DE BUCHANAM
DE
Qualiter ad solem.
E même que l'on voit les Lys ,
Qu'une chaste main à cueillis ,
Se flétrir quand on les expose ,
Aux rayons d'un Soleil brulant ,
Ainsi l'on me voit , Leonose ,
Comme consumé d'un feu lent ,
Dès que tes yeux trop redoutables ,
Dardent quelques rayons aimables.
Mais quand je puis heureusement ,
Cueillir sur tes levres vermeilles ,
Quelques baisers. Que de merveilles ,
Je vois dans le même moment !
Tous mes esprits reprennent vie ,
Je sens un feu plein de vigueur.
Ainsi que pendant la chaleur ,
L'herbe , après une douce pluye ,
Devient plus belle que jamais .
Je ne sçai par quels doux attraits ,
Tes baisers me rendent la vie ,
Que tes beaux yeux m'ayoient ravie.
Ainsi
2068 MERCURE DE FRANCE
Puissay-je ainsi mourir souvent ,
Pour ainsi revivre à l'instant !
E. T. R.
IMITE'E DE BUCHANAM
DE
Qualiter ad solem.
E même que l'on voit les Lys ,
Qu'une chaste main à cueillis ,
Se flétrir quand on les expose ,
Aux rayons d'un Soleil brulant ,
Ainsi l'on me voit , Leonose ,
Comme consumé d'un feu lent ,
Dès que tes yeux trop redoutables ,
Dardent quelques rayons aimables.
Mais quand je puis heureusement ,
Cueillir sur tes levres vermeilles ,
Quelques baisers. Que de merveilles ,
Je vois dans le même moment !
Tous mes esprits reprennent vie ,
Je sens un feu plein de vigueur.
Ainsi que pendant la chaleur ,
L'herbe , après une douce pluye ,
Devient plus belle que jamais .
Je ne sçai par quels doux attraits ,
Tes baisers me rendent la vie ,
Que tes beaux yeux m'ayoient ravie.
Ainsi
2068 MERCURE DE FRANCE
Puissay-je ainsi mourir souvent ,
Pour ainsi revivre à l'instant !
E. T. R.
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Résumé : EPIGRAMME IMITÉE DE BUCHANAM,
L'épigramme compare les effets des regards et des baisers de Léonose sur le poète à ceux du soleil sur les lys. Les regards de Léonose le consument, tandis que ses baisers lui redonnent vigueur. Le poète exprime son incompréhension de ces 'doux attraits' et souhaite mourir et revivre sous l'influence de Léonose.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2863
p. 2083-2085
LE TRIOMPHE D' AMPHITRITE, CANTATE.
Mots clefs :
Hymen, Regard languissant, Soupir doux, Vainqueurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE D' AMPHITRITE, CANTATE.
LE
TRIOMPHE
D' AMPHITRITE ,
CANTATE.
Depuis le jour qu'aux yeux d'une brillant
Cour ,
Venus parut et si fiere et si belle ,
Lorsque l'Hymen de concert avec ellt ,
La menoit à Cythere établir son séjour ,
Amphitrite rêveuse , inquiéte et jalouse ,
Des honneurs qu'on rendoit à la nouvelle épouse,
Pressoit le Dieu des Eaux de vouloir à son tour ,
Attacher à son Char l'Hymenée et l'Amour ;
Un regard languissant, un soupir doux et tendre
Qui s'échappoit à tout moment ,
De ses souhaits instruisoit son Amant ,
Et Neptune amoureux , ne pouvant se deffendrej
Contre un si juste empressement,
Ne différa plus de s'y rendre.
Que ne peuvent point sur nos coeurs ,
Les appas riants et flatteurs ,
D'une Nymphe jeune et charmante ?
Ce sont de trop puissans vainqueurs ,
Tout nous séduit , tout nous enchante.
B. vj Hymen
2084 MERCURE DE FRANCE
Hymen , que ton joug est charmant ,
Quand c'est la Maîtresse et l'Amant
Qui s'y sont engagez sans peine ;
Mais il n'est heureux qu'un moment ;
Si l'Amour n'en serre la chaîne .
Que ne peuvent point , &c .
'Amphitrite paroît sur la face des Eaux ,
Là, brille de son Char , la pompe triomphale ;
1
Les Nymphes quittent leurs Roseaux ,
Pour venir de Venus honorer la Rivale ;
Les Tritons , tous les Dieux des Mèrs ,
S'assemblent pour la voir des bouts de l'Univers;
Eblouis , charmez de sa gloire.
Leurs cris de joye éclattent jusqu'aux Cieux,
Tous à l'envi celebrent sa victoire ,
Par ce Concert mélodieux.
Triomphez , aimable Déesse ;
Joüissez des plus grands bienfaits,
Qu'a mérité votre tendresse ,
Et qui sont dus à vos attraits.
De l'Element le plus terrible ;
Les Jeux , les Ris et les Amours >
Ont fait un séjour si paisible ,
Que le calme y regne toûjours.
Triomphez , aimable Déesse , &c.
Cc's
SEPTEMBRE. 1731. 2005
Ces transports , ces chants d'allegresse ,
Qu'on entend redoubler sans cesse
Ce triomphe éclatant , ce superbe appareil ,.
Troublent l'Aurore à son réveil ,-
SEt
les brulants coursiers du Dieu de la lumiere:
Sortant de l'humide Element ,
Apeine ouvrent-ils leur paupiere ;
Qu'ils sont saisis d'étonnement.
Les Aquilons retiennent leur haleine
Ravis de cet enchantement ;
1 disparut , helas ! et la liquide Plaine ,
Ne redonna jamais ce spectable charmant.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire ;
Eût-il mille fois plus d'appas ;
Confus , il s'envole à Cythere ,,
L'Amour ne se commande pas
Les plaisirs d'une amour nouvelle
Sont des plaisirs plus ravissants ,
Chaque Printemps les renouvelle ,
Ceux de l'Hymen sont languissants.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire , &Co
TRIOMPHE
D' AMPHITRITE ,
CANTATE.
Depuis le jour qu'aux yeux d'une brillant
Cour ,
Venus parut et si fiere et si belle ,
Lorsque l'Hymen de concert avec ellt ,
La menoit à Cythere établir son séjour ,
Amphitrite rêveuse , inquiéte et jalouse ,
Des honneurs qu'on rendoit à la nouvelle épouse,
Pressoit le Dieu des Eaux de vouloir à son tour ,
Attacher à son Char l'Hymenée et l'Amour ;
Un regard languissant, un soupir doux et tendre
Qui s'échappoit à tout moment ,
De ses souhaits instruisoit son Amant ,
Et Neptune amoureux , ne pouvant se deffendrej
Contre un si juste empressement,
Ne différa plus de s'y rendre.
Que ne peuvent point sur nos coeurs ,
Les appas riants et flatteurs ,
D'une Nymphe jeune et charmante ?
Ce sont de trop puissans vainqueurs ,
Tout nous séduit , tout nous enchante.
B. vj Hymen
2084 MERCURE DE FRANCE
Hymen , que ton joug est charmant ,
Quand c'est la Maîtresse et l'Amant
Qui s'y sont engagez sans peine ;
Mais il n'est heureux qu'un moment ;
Si l'Amour n'en serre la chaîne .
Que ne peuvent point , &c .
'Amphitrite paroît sur la face des Eaux ,
Là, brille de son Char , la pompe triomphale ;
1
Les Nymphes quittent leurs Roseaux ,
Pour venir de Venus honorer la Rivale ;
Les Tritons , tous les Dieux des Mèrs ,
S'assemblent pour la voir des bouts de l'Univers;
Eblouis , charmez de sa gloire.
Leurs cris de joye éclattent jusqu'aux Cieux,
Tous à l'envi celebrent sa victoire ,
Par ce Concert mélodieux.
Triomphez , aimable Déesse ;
Joüissez des plus grands bienfaits,
Qu'a mérité votre tendresse ,
Et qui sont dus à vos attraits.
De l'Element le plus terrible ;
Les Jeux , les Ris et les Amours >
Ont fait un séjour si paisible ,
Que le calme y regne toûjours.
Triomphez , aimable Déesse , &c.
Cc's
SEPTEMBRE. 1731. 2005
Ces transports , ces chants d'allegresse ,
Qu'on entend redoubler sans cesse
Ce triomphe éclatant , ce superbe appareil ,.
Troublent l'Aurore à son réveil ,-
SEt
les brulants coursiers du Dieu de la lumiere:
Sortant de l'humide Element ,
Apeine ouvrent-ils leur paupiere ;
Qu'ils sont saisis d'étonnement.
Les Aquilons retiennent leur haleine
Ravis de cet enchantement ;
1 disparut , helas ! et la liquide Plaine ,
Ne redonna jamais ce spectable charmant.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire ;
Eût-il mille fois plus d'appas ;
Confus , il s'envole à Cythere ,,
L'Amour ne se commande pas
Les plaisirs d'une amour nouvelle
Sont des plaisirs plus ravissants ,
Chaque Printemps les renouvelle ,
Ceux de l'Hymen sont languissants.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire , &Co
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Résumé : LE TRIOMPHE D' AMPHITRITE, CANTATE.
Le texte présente la cantate 'Le Triomphe d'Amphitrite'. Amphitrite, jalouse des honneurs rendus à Vénus lors de son mariage, souhaite que Neptune célèbre leur union. Ému par ses regards et soupirs, Neptune accepte. La cantate célèbre ensuite le triomphe d'Amphitrite, qui apparaît sur les eaux avec une pompe triomphale, accompagnée des nymphes, des tritons et des dieux des mers. Tous célèbrent sa victoire et la paix qu'elle apporte. Cependant, le texte souligne que l'amour forcé ne peut plaire et que les plaisirs d'un nouvel amour sont plus ravissants que ceux de l'Hymen. L'Amour est décrit comme incontrôlable et les plaisirs de l'Hymen comme languissants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2864
p. 2104-2106
A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
Début :
Les Amours pendant votre absence [...]
Mots clefs :
Amours, Vénus, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
A MLLE SALLE' ,
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
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Résumé : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
En septembre 1731, une épître célèbre le retour de Mlle Salle, une danseuse de l'Opéra. Les Amours, symbolisant les passions et les admirateurs, l'ont suivie et se sont rassemblés pour la voir triompher sur scène. Le jour de son retour a été marqué par un enthousiasme extrême, avec un public avide et des Grâces vêtues de modernes habits occupant les loges. Cependant, une troupe d'Amours censeurs, étrangers et inconnus, a tenté de perturber cet enthousiasme en déclarant la guerre à Mlle Salle. Malgré cela, ces Amours ont dû changer de langage et rendre hommage à la danseuse en applaudissant. L'auteur exprime le souhait que Mlle Salle reste, car l'Amour est las de voyager. Il mentionne également la générosité des Anglais à récompenser le mérite, mais souligne l'importance du suffrage de la Patrie.
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2865
p. 2124-2126
A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
Début :
Jeune C *** vous exigés [...]
Mots clefs :
Honneur, Muse, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
A Mc C ***
Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit
fon Mari.
J
Eune C *** vous exigés
Qu'à votre honneur ma Muse rime
Hélas ! à quoi vous m'engagez !
Vous avez un droit légitime
Sur l'Encens du sacré Vallon ;
Je le sçai fort bien , les Catules ,
Les Ovides et les Tibules ,
Solliciteroient Apollon
Pour obtenir la préférence
Qu'à ma veine vous accordez ;
J'en ai de la reconnoissance ,
Plus que vous ne m'en demandez ,
Mais réfléchissez-y , ma chere ,
Me sieroit-il à moi de faire
Le Portrait de ces doux appas
Qui sçavent fixer sur vos pas
L'Amour quittant pour vous sa Mere ?
Me sieroit-il pareillement
De craioner votre enjoument,
Cette humeur folichone et vive
Que suit toujours l'Amusement ,
Sans
SEPTEMBRE 1731. 2125
Sans que jamais l'ennui le suive
Si j'avois fait un tel Tableau
D'abord les Plaisans de Cithere
Apostrophans de mon Pinceau
La complaisance débonnaire
D'un Brevet ou d'un Petpouri ,
( Calotinique Récompense )
Auroient pour moi fait la Dépense ;
Sur-tout Amour auroit bien ri,
En s'écriant , ho ! la bonne ame !
Il fait l'Eloge de sa femme !
Est-ce là l'Emploi d'un Mari ›
Ce n'est son fait que la louange ;
Abandonne ce ton étrange ;
L'Hymen n'est pas Complimenteur.
Quand par hazard peu vrai-semblable ,
Un Epoux , rare Adorateur ,,
Ose vanter sa femme aimable ,
Er persuade l'Auditeur ,
C'est lui que
par notre Orateur
De son récit déraisonnable
Est bien-tôt justement puni.
Le Roi ( * ) GANDAULE en a fourni
Un Exemple assez mémorable.
Et nous apprend qu'il faut céler "'
* Candaule , Roi impudent. Ilperdit le Throne
et la vie , pour avoir fait voir dans le Bain la
Reine sa femme à un Seigneur de sa Cour , qui
en devint amoureux,
Diij
Un
2126 MERCURE DE FRANCE
; Un bonheur souvent rédoutable
Oui , plus l'Epouse est adorable
Et moins l'Epoux en doit parler.
Lá Maxime est sage et discrete ,
Si tu la suis exactement ,
Tu vas garder parfaitement
Un silence d'Anacorette.
Renguaine donc ton compliment :
Ta moitié doit être éxaltéc
Par la Plume de quelque Amant
Qui s'en acquite galament ; ..... 2
Que la Belle sera fêtée ,
Si tous les coeurs qu'elle a surpris
De ses Attraits chantent le prix !
Pour elle tu verras éclore
Plus de Vers qu'à Petrarque épris
Je n'en ai dictés pour sa ( * ) Laure.
* Laure , Beauté mille et mille fois célébrés
dans les Sonnets de Petrarque.
Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit
fon Mari.
J
Eune C *** vous exigés
Qu'à votre honneur ma Muse rime
Hélas ! à quoi vous m'engagez !
Vous avez un droit légitime
Sur l'Encens du sacré Vallon ;
Je le sçai fort bien , les Catules ,
Les Ovides et les Tibules ,
Solliciteroient Apollon
Pour obtenir la préférence
Qu'à ma veine vous accordez ;
J'en ai de la reconnoissance ,
Plus que vous ne m'en demandez ,
Mais réfléchissez-y , ma chere ,
Me sieroit-il à moi de faire
Le Portrait de ces doux appas
Qui sçavent fixer sur vos pas
L'Amour quittant pour vous sa Mere ?
Me sieroit-il pareillement
De craioner votre enjoument,
Cette humeur folichone et vive
Que suit toujours l'Amusement ,
Sans
SEPTEMBRE 1731. 2125
Sans que jamais l'ennui le suive
Si j'avois fait un tel Tableau
D'abord les Plaisans de Cithere
Apostrophans de mon Pinceau
La complaisance débonnaire
D'un Brevet ou d'un Petpouri ,
( Calotinique Récompense )
Auroient pour moi fait la Dépense ;
Sur-tout Amour auroit bien ri,
En s'écriant , ho ! la bonne ame !
Il fait l'Eloge de sa femme !
Est-ce là l'Emploi d'un Mari ›
Ce n'est son fait que la louange ;
Abandonne ce ton étrange ;
L'Hymen n'est pas Complimenteur.
Quand par hazard peu vrai-semblable ,
Un Epoux , rare Adorateur ,,
Ose vanter sa femme aimable ,
Er persuade l'Auditeur ,
C'est lui que
par notre Orateur
De son récit déraisonnable
Est bien-tôt justement puni.
Le Roi ( * ) GANDAULE en a fourni
Un Exemple assez mémorable.
Et nous apprend qu'il faut céler "'
* Candaule , Roi impudent. Ilperdit le Throne
et la vie , pour avoir fait voir dans le Bain la
Reine sa femme à un Seigneur de sa Cour , qui
en devint amoureux,
Diij
Un
2126 MERCURE DE FRANCE
; Un bonheur souvent rédoutable
Oui , plus l'Epouse est adorable
Et moins l'Epoux en doit parler.
Lá Maxime est sage et discrete ,
Si tu la suis exactement ,
Tu vas garder parfaitement
Un silence d'Anacorette.
Renguaine donc ton compliment :
Ta moitié doit être éxaltéc
Par la Plume de quelque Amant
Qui s'en acquite galament ; ..... 2
Que la Belle sera fêtée ,
Si tous les coeurs qu'elle a surpris
De ses Attraits chantent le prix !
Pour elle tu verras éclore
Plus de Vers qu'à Petrarque épris
Je n'en ai dictés pour sa ( * ) Laure.
* Laure , Beauté mille et mille fois célébrés
dans les Sonnets de Petrarque.
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Résumé : A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
Dans une lettre poétique adressée à une femme surnommée 'Mc C ***', l'auteur exprime sa gratitude pour la préférence qu'elle lui accorde, la comparant à la reconnaissance que les grands poètes classiques sollicitaient d'Apollon. Il hésite à décrire les charmes de cette femme, craignant que cela ne soit inapproprié pour un mari. Il évoque les risques de moqueries et de réprimandes, notamment celle de l'Amour, qui pourrait trouver étrange qu'un mari loue sa femme. L'auteur cite l'exemple de Candaule, un roi qui perdit son trône et sa vie pour avoir montré sa femme nue à un seigneur de sa cour. Il conclut que plus une épouse est admirable, moins son époux doit en parler. Il conseille à l'époux de laisser à un amant le soin de célébrer les mérites de sa femme, afin qu'elle soit fêtée par tous les cœurs qu'elle a conquis. Il compare cette situation à celle de Pétrarque, qui écrivit de nombreux sonnets pour Laure.
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2866
p. 2145-2150
ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Début :
Parois, aimable Avant-couriere [...]
Mots clefs :
Carrière, Ténèbres, Nuit, Aurore, Rayons du soleil, Astre, Fantômes, Nature
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texteReconnaissance textuelle : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
CODE
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
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Résumé : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Le poème célébré lors du dernier Prix du Palinod à Caen honore l'Immaculée Conception de la Vierge Marie. Il utilise l'allégorie de l'Étoile du matin, connue sous les noms de Lucifer, Phosphore ou Vénus, pour représenter la Vierge Marie. Le texte décrit une transition de la nuit obscure, symbolisant la loi judaïque et l'état de péché, vers la lumière apportée par Vénus, qui incarne la loi de grâce et la naissance de Jésus-Christ. Cette lumière dissipe les ténèbres, ranime les mortels et restaure la beauté du monde. Le poème met en avant les effets bénéfiques de cette lumière sur la nature et les hommes, qui se réveillent et reprennent leurs activités quotidiennes. Il se conclut par des remerciements à M. de Luyur, évêque de Bayeux et juge du Puy, pour son soutien aux arts et à la foi.
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2867
p. 2155-2156
ENIGME.
Début :
Nous sommes vingt, tous de même âge, [...]
Mots clefs :
Doigts
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ous sommes vingt, tous de même âge,
Divisez en quatre Quartiers ,
Aux plantes attachez souvent en esclavage
Moitié de nous sont Prisonniers ,
Et telle est nôtre destinée ;
Que c'est par nôtre autre moitié
Que nous sommes logez en prison sans pitié :
Pendant tous les jours de l'Année ;
E vj
11
2156 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai que pendant les Nuits ,
De nos Cachots étant sortis ,
On nous laisse jouir aux heures ordinaires
Des mêmes libertez dont jouissent nos freres.
AS. Vallery.
Ous sommes vingt, tous de même âge,
Divisez en quatre Quartiers ,
Aux plantes attachez souvent en esclavage
Moitié de nous sont Prisonniers ,
Et telle est nôtre destinée ;
Que c'est par nôtre autre moitié
Que nous sommes logez en prison sans pitié :
Pendant tous les jours de l'Année ;
E vj
11
2156 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai que pendant les Nuits ,
De nos Cachots étant sortis ,
On nous laisse jouir aux heures ordinaires
Des mêmes libertez dont jouissent nos freres.
AS. Vallery.
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2868
p. 2156
LOGOGRYPHE.
Début :
Cinq lettres composent mon nom ; [...]
Mots clefs :
Louis
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Cinq lettres composent mon nom ♪
Qui dans la Franee a grand renom ,
J'y fûs grand , juste , débonnaire
Pieux , et des Peuples le Pere ;
On m'y vit d'Outremer sans avoir de bons yeuxi
Enfin parmi les Saints on me voit dans les Cieux.
Tu trouveras en moi deux Notes de Musique ;
Mes derniers pieds unis , sans moi la Mecanique
Presseroit les corps foiblement ;
Devine, Lecteur, promptement.
M. L. C. L ... d'Arles,
Cinq lettres composent mon nom ♪
Qui dans la Franee a grand renom ,
J'y fûs grand , juste , débonnaire
Pieux , et des Peuples le Pere ;
On m'y vit d'Outremer sans avoir de bons yeuxi
Enfin parmi les Saints on me voit dans les Cieux.
Tu trouveras en moi deux Notes de Musique ;
Mes derniers pieds unis , sans moi la Mecanique
Presseroit les corps foiblement ;
Devine, Lecteur, promptement.
M. L. C. L ... d'Arles,
Fermer
2869
p. 2156-2157
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis chez toute Nation [...]
Mots clefs :
Médecine
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texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND LOGOGRYPHE
JEE suis chez toute Nation
Science et composition
D'un assez perilleux usage ;
Cependant
SEPTEMBRE. 1731. 27
Cependant l'homme le plus sage ,
Malgré ce qu'il voit tous les jours ,
Croit trouver en moi du secours.
Tel je suis tout entier , mais si l'on me partage
Mon dernier membre ôté je deviens un Docteur
Qui decide à tâtons , si tu m'en crois , Lecteur ,
Evite ses Ecrits , son langage barbare ;
Je craindrois moins un Arabe , un Tartare.
L'histoire t'offre un Peuple 2 en me coupant e
deux ,
Qui jadis occupoit un Empire fameux.
Tranche un quart de mon tout , dans un Pays
sterile,
Interdit aux Chrétiens , je presente une Ville.
L. T. Demontrob .
de Vernon.
JEE suis chez toute Nation
Science et composition
D'un assez perilleux usage ;
Cependant
SEPTEMBRE. 1731. 27
Cependant l'homme le plus sage ,
Malgré ce qu'il voit tous les jours ,
Croit trouver en moi du secours.
Tel je suis tout entier , mais si l'on me partage
Mon dernier membre ôté je deviens un Docteur
Qui decide à tâtons , si tu m'en crois , Lecteur ,
Evite ses Ecrits , son langage barbare ;
Je craindrois moins un Arabe , un Tartare.
L'histoire t'offre un Peuple 2 en me coupant e
deux ,
Qui jadis occupoit un Empire fameux.
Tranche un quart de mon tout , dans un Pays
sterile,
Interdit aux Chrétiens , je presente une Ville.
L. T. Demontrob .
de Vernon.
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2870
p. 2271-2276
LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
Début :
Heureux Frion, heureux qui, loin du bruit des Villes, [...]
Mots clefs :
Sillons fertiles, Palais, Vigne, Cruches
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texteReconnaissance textuelle : LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
LA VIE
CHAMPÊTRE.
H →
ODE,
A M. Frion.
Eureux Frion , heureux qui, loin du
bruit des Villes ,
Ainsi que les
premiers
Mortels ,
Cultive les sillons fertiles ,
Des
héritages
paternels.
Qu'il entende sonner la trompette éclatante ,
A ij
Son
2272 MERCURE DE FRANCE.
Son esprit n'est point agité ;
Loin des fureurs de la tourmente
Il n'en est point épouvanté.
De mes Concitoyens qu'éleve l'injustice
Je fréquenterois les Palais !
Vainement contre l'Artifice
J'userois ma vie en Procès :
Je me ris de quiconque y consume ses veilles ,
Pendant que je vois se lier
La Vigne qui charge mes Treilles
Au branchage du Peuplier.
Utilement oisif dans un séjour tranquile
J'aperçois mon fruit s'étouffer;
J'en coupe une branche inutile
Qui me sert ensuite à greffer.
Dans une profitable et douce rêveric
Assis sur l'herbe du côteau
Je ne reconnois la prairie
Qu'en voyant mon nombreux Troupeau,
Le chien , en poursuivant la chevre bondissante ;
La ramene au jeune Chevreau ,
Auprès
OCTOBRE. 1731. 2273
Auprès de la Brebis paissante
Le Berger raporte l'Agneau.
Un essain de son miel a - t'il rempli mes Ruches
A l'entour j'allume des feux
L'Abeille sort , et dans mes Cruches
Coule son present doucereux .
Voyez-vous à la Terre une face riante ?
Que de fruits s'offrent à nos sens !
Semence , couche , greffe , plante ,
C'est l'Automne avec ses presens,
Qu'on reconnoisse ici le Dieu des Jardinages ;
Comment le louer dignement ?
Que deviendroient nos héritages
S'il n'y veilloit incessamment.
Seul , il peut éloigner parsa bonté Divine
De nos Vergers , de nos
guerets
Ces hommes nez pour la rapine
Et les hôtes de nos Forêts.
J'ai toûjours sous ce Chêne une retraitte somBre
Contre les plus vives chaleurs ;*
Et sa fraîcheur se joint à l'ombre
A iij
Sur
2274 MERCURE DE FRANCE
Sur ce Gazon mêlé de fleurs.
L'Onde vive , en fuyant d'une source très-pure
S'y forme en differens ruisseaux ;
Je m'endors à son doux murmure
Charmé du concert des Oiseaux.
Hyver, par les Arrêts du Maître du Tonnerre ;
Sêche les fleurs , gele les eaux ;
Approche et dépouille la Terre
De ses ornemens les plus beaux.
L'on me verra braver les Neiges et les Glaces ;
Le Cor anime mes limiers ;
Et je vais courir sur leurs traces ,
Livrer la Guerre aux Sangliers.
Un Pastre industrieux voit un Liévre timide
S'étrangler à ses trébuchets ;
L'autre trouve la grive avide
Embarrassée en ses filets.
Jei mon Laboureur détele sous ma vůť
Les Boeufs lass és par l'aiguillon ,
Trainant sur le col la charüc
Dont ils ont creusé le sillón.
Qui
OCTOBRE 1731. 2273
Qui pourroit nous troubler dans cet aimable
azile
Le travail assidu du jour
Nous répond d'une nuit tranquille
Que n'ose interrompre l'Amour.
Si le Dieu de l'Hymen te présente une Epouse ,
Elle s'applique à soulager
Des travaux dont elle est jalouse
Et qu'elle ne peut partager.
Telle nous la voyons , FRION , dans ton ménage
D'un mot conduire ta maison
Qu'une telle femme , un fils sage
Font bien - honneur à ta raison.
Les Troupeaux mugissans sortent de la prairie
Phebus précipite ses pas ;
Près de sa compagne chérie
L'Epoux vient chercher le répas.
Lassé par la chaleur , on lui verse un breuvage
Que Bacchus a cuit sous ses yeux ;
Il n'aimeroit pas davantage
Le Nectar qu'Hebé sert aux Dieux.
A iiij
N'a2276
MERCURE DE FRANCE
N'aprochez point d'ici , magnifiques avides
Qui dépouillez , pour un festin,
De Gibier les plaines humides ,
Et tout l'Ibere de son Vin.
Si le Loup me surprend une Agnelle bélante ;
Je joins l'Animal carnassier ;
Je reprens la bête sanglante
Et la fais cuire à mon foyer.
Je dois mes autres mets à mes couches utiles
Mes huiles à mes oliviers ;
Mes Vins à mes Treilles fertiles ;
Et mes fruits à mes Espaliers.
C'est à peu près ainsi que dans ses chants lyri
riques ,
Horace , à l'aide d'Apollon
>
Celebroit les plaisirs rustiques
Près de l'onde du saint Vallon.
Mais , plus heureux FRION, que l'ami de Mecéne
Si j'ai reüssi dans mes Vers ;
Je les dois moins à l'hypocréne
Qu'aux agrémens de ton Villers.
L. C. D. N. D. M.
CHAMPÊTRE.
H →
ODE,
A M. Frion.
Eureux Frion , heureux qui, loin du
bruit des Villes ,
Ainsi que les
premiers
Mortels ,
Cultive les sillons fertiles ,
Des
héritages
paternels.
Qu'il entende sonner la trompette éclatante ,
A ij
Son
2272 MERCURE DE FRANCE.
Son esprit n'est point agité ;
Loin des fureurs de la tourmente
Il n'en est point épouvanté.
De mes Concitoyens qu'éleve l'injustice
Je fréquenterois les Palais !
Vainement contre l'Artifice
J'userois ma vie en Procès :
Je me ris de quiconque y consume ses veilles ,
Pendant que je vois se lier
La Vigne qui charge mes Treilles
Au branchage du Peuplier.
Utilement oisif dans un séjour tranquile
J'aperçois mon fruit s'étouffer;
J'en coupe une branche inutile
Qui me sert ensuite à greffer.
Dans une profitable et douce rêveric
Assis sur l'herbe du côteau
Je ne reconnois la prairie
Qu'en voyant mon nombreux Troupeau,
Le chien , en poursuivant la chevre bondissante ;
La ramene au jeune Chevreau ,
Auprès
OCTOBRE. 1731. 2273
Auprès de la Brebis paissante
Le Berger raporte l'Agneau.
Un essain de son miel a - t'il rempli mes Ruches
A l'entour j'allume des feux
L'Abeille sort , et dans mes Cruches
Coule son present doucereux .
Voyez-vous à la Terre une face riante ?
Que de fruits s'offrent à nos sens !
Semence , couche , greffe , plante ,
C'est l'Automne avec ses presens,
Qu'on reconnoisse ici le Dieu des Jardinages ;
Comment le louer dignement ?
Que deviendroient nos héritages
S'il n'y veilloit incessamment.
Seul , il peut éloigner parsa bonté Divine
De nos Vergers , de nos
guerets
Ces hommes nez pour la rapine
Et les hôtes de nos Forêts.
J'ai toûjours sous ce Chêne une retraitte somBre
Contre les plus vives chaleurs ;*
Et sa fraîcheur se joint à l'ombre
A iij
Sur
2274 MERCURE DE FRANCE
Sur ce Gazon mêlé de fleurs.
L'Onde vive , en fuyant d'une source très-pure
S'y forme en differens ruisseaux ;
Je m'endors à son doux murmure
Charmé du concert des Oiseaux.
Hyver, par les Arrêts du Maître du Tonnerre ;
Sêche les fleurs , gele les eaux ;
Approche et dépouille la Terre
De ses ornemens les plus beaux.
L'on me verra braver les Neiges et les Glaces ;
Le Cor anime mes limiers ;
Et je vais courir sur leurs traces ,
Livrer la Guerre aux Sangliers.
Un Pastre industrieux voit un Liévre timide
S'étrangler à ses trébuchets ;
L'autre trouve la grive avide
Embarrassée en ses filets.
Jei mon Laboureur détele sous ma vůť
Les Boeufs lass és par l'aiguillon ,
Trainant sur le col la charüc
Dont ils ont creusé le sillón.
Qui
OCTOBRE 1731. 2273
Qui pourroit nous troubler dans cet aimable
azile
Le travail assidu du jour
Nous répond d'une nuit tranquille
Que n'ose interrompre l'Amour.
Si le Dieu de l'Hymen te présente une Epouse ,
Elle s'applique à soulager
Des travaux dont elle est jalouse
Et qu'elle ne peut partager.
Telle nous la voyons , FRION , dans ton ménage
D'un mot conduire ta maison
Qu'une telle femme , un fils sage
Font bien - honneur à ta raison.
Les Troupeaux mugissans sortent de la prairie
Phebus précipite ses pas ;
Près de sa compagne chérie
L'Epoux vient chercher le répas.
Lassé par la chaleur , on lui verse un breuvage
Que Bacchus a cuit sous ses yeux ;
Il n'aimeroit pas davantage
Le Nectar qu'Hebé sert aux Dieux.
A iiij
N'a2276
MERCURE DE FRANCE
N'aprochez point d'ici , magnifiques avides
Qui dépouillez , pour un festin,
De Gibier les plaines humides ,
Et tout l'Ibere de son Vin.
Si le Loup me surprend une Agnelle bélante ;
Je joins l'Animal carnassier ;
Je reprens la bête sanglante
Et la fais cuire à mon foyer.
Je dois mes autres mets à mes couches utiles
Mes huiles à mes oliviers ;
Mes Vins à mes Treilles fertiles ;
Et mes fruits à mes Espaliers.
C'est à peu près ainsi que dans ses chants lyri
riques ,
Horace , à l'aide d'Apollon
>
Celebroit les plaisirs rustiques
Près de l'onde du saint Vallon.
Mais , plus heureux FRION, que l'ami de Mecéne
Si j'ai reüssi dans mes Vers ;
Je les dois moins à l'hypocréne
Qu'aux agrémens de ton Villers.
L. C. D. N. D. M.
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Résumé : LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
Le texte est une ode dédiée à M. Frion, mettant en lumière les plaisirs de la vie champêtre. L'auteur exprime sa satisfaction à cultiver les terres héritées de ses ancêtres, loin du tumulte des villes et des conflits. Il décrit les activités agricoles et la tranquillité de la vie rurale, où il observe la nature et les animaux. L'automne est particulièrement souligné pour ses fruits abondants et la protection divine des vergers et des champs. L'auteur apprécie aussi la fraîcheur des chênes et le murmure des ruisseaux en été, ainsi que les activités de chasse en hiver. La vie rurale est présentée comme un refuge paisible, où le travail quotidien assure des nuits tranquilles. L'auteur loue également la contribution de l'épouse et du fils de Frion à la gestion harmonieuse du ménage. Il conclut en comparant sa vie rustique à celle décrite par Horace, tout en soulignant que ses vers doivent plus aux agréments du domaine de Frion qu'à l'inspiration poétique.
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2871
p. 2295-[2296]
SONNET ITALIEN, Sur la Mort de M. de la Faye.
Début :
Tra quanti mai vestiro umana spoglia, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SONNET ITALIEN, Sur la Mort de M. de la Faye.
SONNET ITALIEN ,
Sur la Mort de M. de la Faye
TRa quanti mai vestiro umana spoglia,
Dallo Scita nevoso all'Indo adusto ,
Uom non vid io di cotai pregi onusta
Calcar di Pindo la superba Soglia !
Questi , che tanto ora la Senna addoglia ,
Giungeva al dette stil lo stil veausto :
Bij Egli
1126 MERCURE
DE FRANCE
Egli unía colle Muse in spatio angusto,
Le Gratie a dir che che ragion ne invoglia,
Eran con Effo in dolce lor soggiorno ,
Senno maturo con sapere accorto ,
Umana
cortesia costume adorno,
Ogni modo gentile era risorto
Solo con Lui , dell' età nostra a scorno
Ahi Muse, ahi Gratic ! il vostro Faya è morto
L'Abbate Antonini.
Sur la Mort de M. de la Faye
TRa quanti mai vestiro umana spoglia,
Dallo Scita nevoso all'Indo adusto ,
Uom non vid io di cotai pregi onusta
Calcar di Pindo la superba Soglia !
Questi , che tanto ora la Senna addoglia ,
Giungeva al dette stil lo stil veausto :
Bij Egli
1126 MERCURE
DE FRANCE
Egli unía colle Muse in spatio angusto,
Le Gratie a dir che che ragion ne invoglia,
Eran con Effo in dolce lor soggiorno ,
Senno maturo con sapere accorto ,
Umana
cortesia costume adorno,
Ogni modo gentile era risorto
Solo con Lui , dell' età nostra a scorno
Ahi Muse, ahi Gratic ! il vostro Faya è morto
L'Abbate Antonini.
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Résumé : SONNET ITALIEN, Sur la Mort de M. de la Faye.
Le sonnet 'Sur la Mort de M. de la Faye' de l'Abbé Antonini loue les vertus exceptionnelles de M. de la Faye. Ce dernier incarnait élégance, dignité, maturité intellectuelle, sagesse et courtoisie. Sa disparition est perçue comme une grande perte pour son époque.
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2872
p. [2296]-2297
AUTRE SONNET, Sur le même sujet.
Début :
Sur le bord tenebreux, la Faye est descendu, [...]
Mots clefs :
Goût, Urbanité, Muses, Culte, Tombeau
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE SONNET, Sur le même sujet.
AUTRE SONNET
,
Sur le même fujet.
HIJATI
Ur le bord tenebreux , la Faye est descendu
Le Gout , l'Urbanité , la Raison délicate.
Tout ce qui distingua le Romain du Sarmate
Contre le trait fatal rien ne l'a deffendu .
C 4
Muses , qu'il chérissoit , & qui l'avez perdu ; ›
Du culte qu'on vous rend , si la douceur vous flate
Qu'en éloges plaintifs tout le Parnasse éclate
A sa memoire hélas ! ce tribut est bien dû.
Mais
OCTOBRE 1931. 2297
Mais ne l'exigez point de ma douleur trop
tendre. ༡ * 2
Que ne ferois-je pas pour honorer sa cendre ?
Souvent sur son Tombeau je veux jetter des fleurs?
Pour ma triste amitié Alatteuse et vaine'amorce !
Ma main, de les cueillir n'aura jamais la force ;
Et mon pouvoir ne va qu'à lui donner des pleurs.
,
Sur le même fujet.
HIJATI
Ur le bord tenebreux , la Faye est descendu
Le Gout , l'Urbanité , la Raison délicate.
Tout ce qui distingua le Romain du Sarmate
Contre le trait fatal rien ne l'a deffendu .
C 4
Muses , qu'il chérissoit , & qui l'avez perdu ; ›
Du culte qu'on vous rend , si la douceur vous flate
Qu'en éloges plaintifs tout le Parnasse éclate
A sa memoire hélas ! ce tribut est bien dû.
Mais
OCTOBRE 1931. 2297
Mais ne l'exigez point de ma douleur trop
tendre. ༡ * 2
Que ne ferois-je pas pour honorer sa cendre ?
Souvent sur son Tombeau je veux jetter des fleurs?
Pour ma triste amitié Alatteuse et vaine'amorce !
Ma main, de les cueillir n'aura jamais la force ;
Et mon pouvoir ne va qu'à lui donner des pleurs.
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Résumé : AUTRE SONNET, Sur le même sujet.
Le sonnet 'HIJATI' rend hommage à une personne décédée, incarnant le goût, l'urbanité et la raison délicate. Le poète, incapable de célébrer sa mémoire comme il le souhaite, exprime sa douleur et promet de verser des pleurs sur sa tombe.
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2873
p. 2309-2311
IDILLE, En forme de Ritournelle, sur une absence. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Iris, éloigné de tes yeux, [...]
Mots clefs :
Ritournelle, Absence, Iris, Martyre, Impatience, Ruisseau, Foi, Frétiller, Rival, Volage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDILLE, En forme de Ritournelle, sur une absence. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
IDILLE ,
En forme de Ritournelle , sur une absence.
Par Me de Malcrais de la Vigne
du Croisic en Bretagne.
Iris , éloigné de tes yeux ,
Mon triste coeur toûjours soupire ;
Il n'est rien qui puisse en ces lieux
Calmer mon douloureux martire.
Le jour et la nuit je te voi,
Je languis dans l'impatience ;
Mais , helas ! à ton tour te souvient-il de moi-
Iris , charmante Iris , pendant ma longue ab
sence !
US
2310 MERCURE DE FRANCE
Un Ruisseau par un long détour ,
Vient trouver sa chere Prairie.
Ses flots jaloux lui font l'amour ,
Ils baisent sa rive fleurie.
Tout m'excite à garder ma foi ,
Tout semble affermir ma constance : -
Mais ,helas , à ton tour te souvient- il de moi ,
Iris,charmante Iris, pendant ma longue abscenceż
Quand je vois le Moineau brulant ,
Avec sa petite Maîtresse ,
Fretiller , volant, revolant ,
Finir pour commencer sans ceffe ;
Mon ame qui s'épanche en toi ,
Sent une double défaillance ;
Mais , hélas , à ton tour te souvient-il de moi ;
Bris, charmante Iris , pendant ma longue absence
L'autre jour le Berger Lucas ,
Couché sur la verte fougere ,
Tenoit à l'écart dans ses bras ,
Sa jeune et picquante Bergere ;
Il lui vola je ne sçai quoi ,
Je meurs de plaisir , quand j'y pense.
Mais , helas , à ton tour te souvient il de moi,
Eris, charmante Iris, pendant ma longue absence? .
OCTOBRE. 1731 2388
Où m'emporte une folle erreur
Que dis-je ? ma raison s'égare ,
C'est pour un autre que ton coeur ,
Peut-être aujourd'hui se déclare ,
Mon Rival soumis à ta loi ,
Se voit aimé par préference ::
Non, tu n'as point pensé le moindre instant à
moi ,
Iris , volage Iris , pendant ma longue absence.
En forme de Ritournelle , sur une absence.
Par Me de Malcrais de la Vigne
du Croisic en Bretagne.
Iris , éloigné de tes yeux ,
Mon triste coeur toûjours soupire ;
Il n'est rien qui puisse en ces lieux
Calmer mon douloureux martire.
Le jour et la nuit je te voi,
Je languis dans l'impatience ;
Mais , helas ! à ton tour te souvient-il de moi-
Iris , charmante Iris , pendant ma longue ab
sence !
US
2310 MERCURE DE FRANCE
Un Ruisseau par un long détour ,
Vient trouver sa chere Prairie.
Ses flots jaloux lui font l'amour ,
Ils baisent sa rive fleurie.
Tout m'excite à garder ma foi ,
Tout semble affermir ma constance : -
Mais ,helas , à ton tour te souvient- il de moi ,
Iris,charmante Iris, pendant ma longue abscenceż
Quand je vois le Moineau brulant ,
Avec sa petite Maîtresse ,
Fretiller , volant, revolant ,
Finir pour commencer sans ceffe ;
Mon ame qui s'épanche en toi ,
Sent une double défaillance ;
Mais , hélas , à ton tour te souvient-il de moi ;
Bris, charmante Iris , pendant ma longue absence
L'autre jour le Berger Lucas ,
Couché sur la verte fougere ,
Tenoit à l'écart dans ses bras ,
Sa jeune et picquante Bergere ;
Il lui vola je ne sçai quoi ,
Je meurs de plaisir , quand j'y pense.
Mais , helas , à ton tour te souvient il de moi,
Eris, charmante Iris, pendant ma longue absence? .
OCTOBRE. 1731 2388
Où m'emporte une folle erreur
Que dis-je ? ma raison s'égare ,
C'est pour un autre que ton coeur ,
Peut-être aujourd'hui se déclare ,
Mon Rival soumis à ta loi ,
Se voit aimé par préference ::
Non, tu n'as point pensé le moindre instant à
moi ,
Iris , volage Iris , pendant ma longue absence.
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Résumé : IDILLE, En forme de Ritournelle, sur une absence. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le poème 'Idille' de Me de Malcrais de la Vigne, originaire du Croisic en Bretagne, exprime le chagrin et l'impatience du poète face à l'absence de sa bien-aimée, Iris. Il utilise des scènes naturelles et pastorales, comme un ruisseau retrouvant sa prairie et des oiseaux en amour, pour illustrer son désir et sa fidélité. Le poète doute cependant constamment si Iris pense à lui durant son absence. Le poème se conclut sur une note de désespoir, le poète imaginant qu'Iris pourrait avoir des sentiments pour un autre. La date mentionnée est octobre 1731.
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2874
p. 2317
A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
Début :
J'ay porté votre nom en cent climats divers ; [...]
Mots clefs :
Climats, Muses, Lauriers, Temple de mémoire
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texteReconnaissance textuelle : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
A. M. M. D. M.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
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Résumé : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
L'Abbé Poncy de Neuville dédie un texte à un érudit, M **. La Renommée célèbre sa renommée mondiale et ses inspirations musesques. Il souhaite que l'érudit soit couronné de lauriers verts et que sa gloire perdure autant que ses écrits, placés par Apollon au Temple de la Mémoire. La date est le 20 août.
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2875
p. 2327-2328
STANCES, Sur les Enigmes et les Logogryphes.
Début :
Auteurs malins, qui chaque mois [...]
Mots clefs :
Auteurs malins, Énigmes et logogriphes, Apollon, Lyre, Inutiles rimes, Amours
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texteReconnaissance textuelle : STANCES, Sur les Enigmes et les Logogryphes.
STANCES,
Surles Enigmes et les Logogryphes.
AUUteurs malins , qui chaque mois
Mettez mon Esprit à la gêne ,
Et me faites mordre les doigts
Je sens qu'il faut à cette fois
Que, pour coup d'essai de ma Veire,
Contre vous elle se déchaine.
Sans doute un funeste Demon
Sous la figure d'Apollon
De ce misterieux ouvrage
Donna la premiere leçon..
Qui de fruits ou de fleurs ne porte l'avantage
Est banni du sacré Vallon.
Du Maître de la Lyre oubliant les maximes
A forger d'inutiles rimes
Vous perdez vos rares talens :
Du Dieu des sçavantes Çimes
Vous vous rendez par Vos crimes
Indignes d'être les Enfans.
Cvj Que
2328 MERCURE DE FRANCE
Que cette nouvelle manie
Puisse à jamais être bannie
De l'Empire du Dieu des Vers :
Les chants de la Poësie
Ne doivent frapper les airs
Que pour avec plaisir instruire l'Univers,
Par une vive et noble Image
De la félicité du sage
Elle doit charmer les Mortels :
Voilà son véritable usage ,
Voilà le véritable hommage
Que d'Apollon demandent les Autels.
Celebrés quelquefois les beautez de Sylvie ;
D'une saine Philosophie
Empruntant l'utile secours
Poëtes , montrez -nous le bonheur de la vie
Montrez- nous la douce harmonie
De la raison et des amours.
Pouget , Avocat à Montpellier.
Surles Enigmes et les Logogryphes.
AUUteurs malins , qui chaque mois
Mettez mon Esprit à la gêne ,
Et me faites mordre les doigts
Je sens qu'il faut à cette fois
Que, pour coup d'essai de ma Veire,
Contre vous elle se déchaine.
Sans doute un funeste Demon
Sous la figure d'Apollon
De ce misterieux ouvrage
Donna la premiere leçon..
Qui de fruits ou de fleurs ne porte l'avantage
Est banni du sacré Vallon.
Du Maître de la Lyre oubliant les maximes
A forger d'inutiles rimes
Vous perdez vos rares talens :
Du Dieu des sçavantes Çimes
Vous vous rendez par Vos crimes
Indignes d'être les Enfans.
Cvj Que
2328 MERCURE DE FRANCE
Que cette nouvelle manie
Puisse à jamais être bannie
De l'Empire du Dieu des Vers :
Les chants de la Poësie
Ne doivent frapper les airs
Que pour avec plaisir instruire l'Univers,
Par une vive et noble Image
De la félicité du sage
Elle doit charmer les Mortels :
Voilà son véritable usage ,
Voilà le véritable hommage
Que d'Apollon demandent les Autels.
Celebrés quelquefois les beautez de Sylvie ;
D'une saine Philosophie
Empruntant l'utile secours
Poëtes , montrez -nous le bonheur de la vie
Montrez- nous la douce harmonie
De la raison et des amours.
Pouget , Avocat à Montpellier.
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Résumé : STANCES, Sur les Enigmes et les Logogryphes.
Le poème 'Stances' critique les auteurs de logogryphes et d'énigmes, que l'auteur qualifie d''auteurs malins' le mettant à l'épreuve chaque mois. Il décide de réagir en utilisant sa 'veine' poétique contre eux. Il accuse un 'funeste Demon' de les avoir initiés à ces œuvres mystérieuses et inutiles, les comparant à des fruits ou des fleurs sans avantage. Il les blâme de négliger les enseignements d'Apollon et de gaspiller leurs talents en créant des rimes inutiles, les rendant indignes d'être les enfants du dieu des savoirs. L'auteur souhaite que cette 'nouvelle manie' soit bannie de l'empire du dieu des vers. Il affirme que la poésie doit instruire l'univers avec plaisir et montrer la félicité du sage. Elle doit charmer les mortels et rendre hommage à Apollon. Il encourage les poètes à célébrer les beautés de Sylvie et à montrer le bonheur de la vie à travers une saine philosophie, en harmonisant la raison et les amours. L'auteur se présente comme Pouget, avocat à Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2876
p. 2331-2333
L'HABILE FAUVETTE. CONTE.
Début :
Il ne faut pas s'arrêter à la mine : [...]
Mots clefs :
Fauvette, Beauté, Raison, Oiseau
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texteReconnaissance textuelle : L'HABILE FAUVETTE. CONTE.
L'HABILE FAUVETTE.
CONTE.
I L ne faut pas s'arrêter à la mine :
Ce vieux Proverbe enferme une Doctrine
Que peu de gens sçavent mettre à profit
La Beauté plaît , nôtre coeur nous séduit ,
Et la raison devient enfin muette.
Si l'on ne sçait comme fit ma Fauvette ,
Prendre d'abord un genereux Parti
Ecoutez- en le conte , le voici ,
Certain Oiseau , bien fait , beau de Plumage
A la Fauvette offroit son tendre hommage ,
Et lui contoit , que son coeur amoureux
Plein de désirs , brûlant de mille feux ,
No
2332 MERCURE DE FRANCE
Ne pouvoit plus se réduire au Mystere :
Ah ! disoit- il , si jamais de vous plaire
Je possedois le solide bonheur ,
Point ne verriez éteindre mon 'ardeur ,
Mais bien plutôt seroit - elle augmentée
Par le plaisir de la voir acceptée.
Je suis charmant , doux , sincere et discret ,
Accommodant.... bref , sans aller au fait ,
Il enfiloit très longue Kyrielle
De ses vertus lorsqu'enfin la Donselle
L'arrêta court , et lui dit : croyez- moi ,
De nos Oiseauxvous pourriez être Roy ,
Vous êtes beau , d'agréable encolure ,
Vives couleurs ornent vôtre parure ,
Je le vois bien : mais ( soit dit entre nous )
C'est peu pour moi , si c'est beaucoup pour vous,
En cûssiez -vous une plus forte doze ,
Car en amour , beauté c'est quelque chose J
Mais n'est pas tout. Auriez -vous , dites- moi ,
Ce grand talent ? .... vous m'entendez , je croy
Las ! que trop bien , ce n'est - là mon mérite ,
Répond l'Oiseau , ma chevance est petite ,
Et ne voudrois sur ce point vous leurrer ,
Puisqu'aussi-bien , je n'en pourrois tirer
Que peu de fruit...... d'or vous parlez , beau Sirej
Ecoutez donc ce que je vais vous dire ;
Yous connoîtrez que sincere à mon tour
Pas
OCTO BRE . - 1731 2335,
Pas n'ay dessein d'amuser vôtre amour :
Il est ici , dans ce chrrmant Boccage
Mille Moineaux faits pour le Badinage
S'ils ne sont point aussi parez que vous ,
Peu nous en chault , la parure chez nous
N'est d'aucun prix : mais aussi la Nature
En négligeant leur petite figure ,
Les a comblez de ces rares faveurs ,
Qui de tout temps ont sçû gagner les coeurs
Toûjours tout prêts pour l'amoureux mystere ,
Vous les verriez revenir de Cythere ,
Y retourner chaque jour tant de fois ,
Que nous n'avons aucun lieu dans ce Bois
Qui n'aît été témoin de leur courage :
'Adonc , voyez que je serois peu sage
Si je m'allois , dans mes besoins urgents
Broüiller pour vous avec de telles gens ;
Rien n'en ferai , je suis par trop prudente :
Mais puisqu'enfin ma conquête vous tente ,
Retranchez -vous à la bonne amitié ,
Car il est vray que de vous j'ai pitié ,
Et ne voudrois du tout vous éconduire :
Or voyez donc si cela peut vous duire ;
Pour y penser , je vous donne du temps ,
Consolez -vous ; Adieu jusqu'au Printemps.
P. M. F. L.
CONTE.
I L ne faut pas s'arrêter à la mine :
Ce vieux Proverbe enferme une Doctrine
Que peu de gens sçavent mettre à profit
La Beauté plaît , nôtre coeur nous séduit ,
Et la raison devient enfin muette.
Si l'on ne sçait comme fit ma Fauvette ,
Prendre d'abord un genereux Parti
Ecoutez- en le conte , le voici ,
Certain Oiseau , bien fait , beau de Plumage
A la Fauvette offroit son tendre hommage ,
Et lui contoit , que son coeur amoureux
Plein de désirs , brûlant de mille feux ,
No
2332 MERCURE DE FRANCE
Ne pouvoit plus se réduire au Mystere :
Ah ! disoit- il , si jamais de vous plaire
Je possedois le solide bonheur ,
Point ne verriez éteindre mon 'ardeur ,
Mais bien plutôt seroit - elle augmentée
Par le plaisir de la voir acceptée.
Je suis charmant , doux , sincere et discret ,
Accommodant.... bref , sans aller au fait ,
Il enfiloit très longue Kyrielle
De ses vertus lorsqu'enfin la Donselle
L'arrêta court , et lui dit : croyez- moi ,
De nos Oiseauxvous pourriez être Roy ,
Vous êtes beau , d'agréable encolure ,
Vives couleurs ornent vôtre parure ,
Je le vois bien : mais ( soit dit entre nous )
C'est peu pour moi , si c'est beaucoup pour vous,
En cûssiez -vous une plus forte doze ,
Car en amour , beauté c'est quelque chose J
Mais n'est pas tout. Auriez -vous , dites- moi ,
Ce grand talent ? .... vous m'entendez , je croy
Las ! que trop bien , ce n'est - là mon mérite ,
Répond l'Oiseau , ma chevance est petite ,
Et ne voudrois sur ce point vous leurrer ,
Puisqu'aussi-bien , je n'en pourrois tirer
Que peu de fruit...... d'or vous parlez , beau Sirej
Ecoutez donc ce que je vais vous dire ;
Yous connoîtrez que sincere à mon tour
Pas
OCTO BRE . - 1731 2335,
Pas n'ay dessein d'amuser vôtre amour :
Il est ici , dans ce chrrmant Boccage
Mille Moineaux faits pour le Badinage
S'ils ne sont point aussi parez que vous ,
Peu nous en chault , la parure chez nous
N'est d'aucun prix : mais aussi la Nature
En négligeant leur petite figure ,
Les a comblez de ces rares faveurs ,
Qui de tout temps ont sçû gagner les coeurs
Toûjours tout prêts pour l'amoureux mystere ,
Vous les verriez revenir de Cythere ,
Y retourner chaque jour tant de fois ,
Que nous n'avons aucun lieu dans ce Bois
Qui n'aît été témoin de leur courage :
'Adonc , voyez que je serois peu sage
Si je m'allois , dans mes besoins urgents
Broüiller pour vous avec de telles gens ;
Rien n'en ferai , je suis par trop prudente :
Mais puisqu'enfin ma conquête vous tente ,
Retranchez -vous à la bonne amitié ,
Car il est vray que de vous j'ai pitié ,
Et ne voudrois du tout vous éconduire :
Or voyez donc si cela peut vous duire ;
Pour y penser , je vous donne du temps ,
Consolez -vous ; Adieu jusqu'au Printemps.
P. M. F. L.
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Résumé : L'HABILE FAUVETTE. CONTE.
Le conte 'L'Habile Fauvette' relate une interaction entre oiseaux pour transmettre une leçon morale. Un oiseau séduisant courtise une fauvette en mettant en avant sa beauté, sa douceur et sa sincérité. La fauvette, bien que reconnaissant ces qualités, affirme que l'amour nécessite plus que la beauté. Elle interroge l'oiseau sur ses talents, mais celui-ci avoue en manquer. La fauvette préfère alors les moineaux, qui, malgré leur apparence moins attrayante, possèdent des qualités qui conquèrent les cœurs. Elle suggère à l'oiseau de se contenter d'une amitié et lui accorde du temps pour réfléchir, lui souhaitant de se consoler jusqu'au printemps.
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2877
p. 2352-2353
L'AMOUR ET L'INTÉRÊT. FABLE.
Début :
Le Dieu de l'Interêt et le Dieu de l'Amour [...]
Mots clefs :
Amour, Intérêt, Plaisir, Utile
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR ET L'INTÉRÊT. FABLE.
L'AMOUR ET L'INTERET.
LE
FABLE.
E Dieu de l'Interêt et le Dieu de l'Amour
Chez certain Partisan se trouverent un jour
L'aventure étoit rare ; un même domicile
ጉ
Par
OCTOBRE 1731 2353
Par eux n'étoit pas habité ,
Chacun alloit de son côté ,
L'un au plaisir , l'autre à l'utile ;
Voici , dit l'interêt , un Enfant bien nipé ;
Beaux traits dorez , Carquois d'Ebene ,
La dupe paroît bonne , et je suis bien trompé
Si je n'en tire quelque Aubeine :
Veux-tu jouer , fils de Cypris?
J'ay des Bijoux à ton usage ,
Pour de l'argent prêté , je les reçûs en gage ,
Bracelets de Cheveux , entourez de Rubis ,
Bagues de sentimens qui couvrent un mystere¿
C'est un Tresor ! à qui le dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le Prix de ces Bijoux ,,
Le Tarif en est à. Cithere ,
Ca , jouons ; masse un trait ; Paroli ; masse trois
Va le reste de mon Carquois.
Facilement Amour se picque :
Son Joueur , habile Narquois ,.
A bien- tot raflé la boutique.
L'Enfant dévalisé s'envolle au fond des bois ,
Cacher sa défaite et ses larmes :
Son Empire est soumis à de nouvelles loix ,
L'Interêt regne seul , et dispose des armes
Dont l'Amour usoit autrefois..
LE
FABLE.
E Dieu de l'Interêt et le Dieu de l'Amour
Chez certain Partisan se trouverent un jour
L'aventure étoit rare ; un même domicile
ጉ
Par
OCTOBRE 1731 2353
Par eux n'étoit pas habité ,
Chacun alloit de son côté ,
L'un au plaisir , l'autre à l'utile ;
Voici , dit l'interêt , un Enfant bien nipé ;
Beaux traits dorez , Carquois d'Ebene ,
La dupe paroît bonne , et je suis bien trompé
Si je n'en tire quelque Aubeine :
Veux-tu jouer , fils de Cypris?
J'ay des Bijoux à ton usage ,
Pour de l'argent prêté , je les reçûs en gage ,
Bracelets de Cheveux , entourez de Rubis ,
Bagues de sentimens qui couvrent un mystere¿
C'est un Tresor ! à qui le dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le Prix de ces Bijoux ,,
Le Tarif en est à. Cithere ,
Ca , jouons ; masse un trait ; Paroli ; masse trois
Va le reste de mon Carquois.
Facilement Amour se picque :
Son Joueur , habile Narquois ,.
A bien- tot raflé la boutique.
L'Enfant dévalisé s'envolle au fond des bois ,
Cacher sa défaite et ses larmes :
Son Empire est soumis à de nouvelles loix ,
L'Interêt regne seul , et dispose des armes
Dont l'Amour usoit autrefois..
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Résumé : L'AMOUR ET L'INTÉRÊT. FABLE.
Le texte 'L'Amour et l'Intérêt' relate une rencontre entre les dieux de l'Amour et de l'Intérêt chez un partisan. L'Amour cherche le plaisir, tandis que l'Intérêt vise l'utile. Ce dernier observe un enfant bien vêtu et portant des bijoux précieux, y voyant une opportunité de profit. Il propose à l'Amour de jouer avec ces bijoux en gage. L'Amour, conscient de leur valeur, accepte mais perd rapidement. L'enfant, dépossédé, s'enfuit dans les bois pour cacher sa défaite. Cette aventure marque un changement de pouvoir, où l'Intérêt prend le contrôle des armes autrefois utilisées par l'Amour, établissant ainsi sa domination.
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2878
p. 2359-2361
A MLLE CAMARGO, Danseuse de l'Opera. EPITRE ; Au sujet d'une Piece Comique, où l'on a prétendu critiquer ses talens.
Début :
Eh ! quoi, la critique t'outrage, [...]
Mots clefs :
Opéra, Danseuse, Critique
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texteReconnaissance textuelle : A MLLE CAMARGO, Danseuse de l'Opera. EPITRE ; Au sujet d'une Piece Comique, où l'on a prétendu critiquer ses talens.
A MILE CAMARGO,
Danseuse de l'Opera.
E PIT RE ;
Au sujet d'une Piece Comique , où l'on a
prétendu critiquer ses talens.
EH ! quoi , la critique t'outrage „
Et s'efforce de t'abaiffer !
Pour confondre son vain langage,
CAMARGO , tu n'as qu'à danser.
La voix de l'injuste censure ,
Se perd dans ces heureux instans
Et cent suffrages éclatans ,
Etouffent son foible murmare.
Ton triomphe est certain ; crois-moi ,
Regarde voler sans effroi ,
Le trait malin et satirique ,
Il tetombe sur le Caustique,
Qui l'ose lancer contre toi.
Je veux publier ta victoire ,
Ne craint pas qu'en vengeant ta gloire ,
De PREVOST , j'aille bassement ,
Insulter l'illustre memoire ,
Et chicaner sans jugement ,
SALE
2360 MERCURE DE FRANCE
SALLE' , de qui la Renommée ,
Nous apprend qu'Albion charmée ,
Prise comme nous l'agrément.
Non , je ne suivrai point la piste
De maint outré Panégiriste ,
Du bon sens ennemi mortel ,
Qui préferant son goût aux nôtres ;
N'encense jamais qu'un Autel ,
Et veur renverser tous les autres.
Mais songeons à te celebrer ;
Est- ce un ouvrage a differer ?
Que tes attitudes brillantes ,
(Peintures vives et parlantes )
Forment des Tableaux excellens !
On ne connoissoit pas encore
Tous les charmes de Terpsicore ;
Quand on ignoroit tes talens.
Tu n'est que trop sure de plaire
Eh ! comment ne plairois - tu pas ?
Ta jambe seule a plus d'appas ,
Que n'en rassemble tout Cithere ;
Sur la Scene qu'elle est legere !
Que les mouvemens en sont fins !
Tel Zephire dans les Jardins ,
En cherchant les faveurs de Flore ,
Voltige au lever de l'Aurore ,
Sur les Roses et les Jasmins :
Les yeux éblouis sur tes traces
N'em
OCTOBRE . 1731. 2361
N'en suivent qu'à peine le cours ;
Tes pas enviez par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours.
En lisant ces deux Vers , peut être ,
D'abord on me reprochera ,
Que dans un moderne Opǝra ,
Je les ai pillés ... j'en suis maître ;
Mon titre est que rien galamment ,
Sur la danse ne s'est pû dire ,
Qui ne te soit dû justement.
Lorsqu'au Théatre où l'on t'admire ,
Apollon vantoit sur sa Lyre ,
Terpsicore et son Art charmant ,
Dans les deux Vers que je répete ,
Il ne parloit pas en Poëte ,
Inspiré par son vertigo ,
Mais en illuminé Prophete ,
Al chantoit la Danse parfaite ;
C'étoit prédire CAMARGO ,
* Ces deux Vers sont du Prologue des Fêtes
Grecques et Romaines ; ils étoient chantez par
Apollon à l'honneur de Terpsicore.
Danseuse de l'Opera.
E PIT RE ;
Au sujet d'une Piece Comique , où l'on a
prétendu critiquer ses talens.
EH ! quoi , la critique t'outrage „
Et s'efforce de t'abaiffer !
Pour confondre son vain langage,
CAMARGO , tu n'as qu'à danser.
La voix de l'injuste censure ,
Se perd dans ces heureux instans
Et cent suffrages éclatans ,
Etouffent son foible murmare.
Ton triomphe est certain ; crois-moi ,
Regarde voler sans effroi ,
Le trait malin et satirique ,
Il tetombe sur le Caustique,
Qui l'ose lancer contre toi.
Je veux publier ta victoire ,
Ne craint pas qu'en vengeant ta gloire ,
De PREVOST , j'aille bassement ,
Insulter l'illustre memoire ,
Et chicaner sans jugement ,
SALE
2360 MERCURE DE FRANCE
SALLE' , de qui la Renommée ,
Nous apprend qu'Albion charmée ,
Prise comme nous l'agrément.
Non , je ne suivrai point la piste
De maint outré Panégiriste ,
Du bon sens ennemi mortel ,
Qui préferant son goût aux nôtres ;
N'encense jamais qu'un Autel ,
Et veur renverser tous les autres.
Mais songeons à te celebrer ;
Est- ce un ouvrage a differer ?
Que tes attitudes brillantes ,
(Peintures vives et parlantes )
Forment des Tableaux excellens !
On ne connoissoit pas encore
Tous les charmes de Terpsicore ;
Quand on ignoroit tes talens.
Tu n'est que trop sure de plaire
Eh ! comment ne plairois - tu pas ?
Ta jambe seule a plus d'appas ,
Que n'en rassemble tout Cithere ;
Sur la Scene qu'elle est legere !
Que les mouvemens en sont fins !
Tel Zephire dans les Jardins ,
En cherchant les faveurs de Flore ,
Voltige au lever de l'Aurore ,
Sur les Roses et les Jasmins :
Les yeux éblouis sur tes traces
N'em
OCTOBRE . 1731. 2361
N'en suivent qu'à peine le cours ;
Tes pas enviez par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours.
En lisant ces deux Vers , peut être ,
D'abord on me reprochera ,
Que dans un moderne Opǝra ,
Je les ai pillés ... j'en suis maître ;
Mon titre est que rien galamment ,
Sur la danse ne s'est pû dire ,
Qui ne te soit dû justement.
Lorsqu'au Théatre où l'on t'admire ,
Apollon vantoit sur sa Lyre ,
Terpsicore et son Art charmant ,
Dans les deux Vers que je répete ,
Il ne parloit pas en Poëte ,
Inspiré par son vertigo ,
Mais en illuminé Prophete ,
Al chantoit la Danse parfaite ;
C'étoit prédire CAMARGO ,
* Ces deux Vers sont du Prologue des Fêtes
Grecques et Romaines ; ils étoient chantez par
Apollon à l'honneur de Terpsicore.
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Résumé : A MLLE CAMARGO, Danseuse de l'Opera. EPITRE ; Au sujet d'une Piece Comique, où l'on a prétendu critiquer ses talens.
En octobre 1731, Sale écrit une lettre à Mile Camargo, danseuse de l'Opéra, pour la défendre contre les critiques. Il affirme que la meilleure réponse de Camargo aux détracteurs est de continuer à danser, car son art surpasse les voix de la censure. Sale exalte les qualités exceptionnelles de Camargo, soulignant que ses mouvements et attitudes créent des tableaux vivants et brillants. Il compare sa jambe à la légèreté de Zéphyr et note que ses pas sont admirés par les Grâces et les Amours. L'auteur justifie également l'utilisation de vers tirés du prologue des 'Fêtes Grecques et Romaines', affirmant qu'ils décrivent parfaitement la danse de Camargo.
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2879
p. 2364-2365
ENIGME.
Début :
On trouve peu d'honnêtes gens, [...]
Mots clefs :
Cure-dent
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
N trouve peu d'honnêtes gens ,
S'ils ne sont accablez sous le poids de leurs ans ;
A qui je ne rende service :
Je ne sçai par quelle raison
Ils
OCTOBRE. 1731 .
2365
Ils ont cependant l'injustice ,
De me faire souffrir une étroite prison ;
Quoique mon corps soit foible et mince ,
Je suis utile au plus grand Prince.
Soir et matin de son Palais ,
Je nettoye les Avenues ,
Que mille choses superfluës ,
Pourroient faire sentir mauvais .
Lorsque fait pour un double usage ,
Mes deux bouts ont chacun leur different emplo
J'ai souvent l'oreille du Roi ,
Sans que ses Favoris en prennent de l'ombrage ,
N trouve peu d'honnêtes gens ,
S'ils ne sont accablez sous le poids de leurs ans ;
A qui je ne rende service :
Je ne sçai par quelle raison
Ils
OCTOBRE. 1731 .
2365
Ils ont cependant l'injustice ,
De me faire souffrir une étroite prison ;
Quoique mon corps soit foible et mince ,
Je suis utile au plus grand Prince.
Soir et matin de son Palais ,
Je nettoye les Avenues ,
Que mille choses superfluës ,
Pourroient faire sentir mauvais .
Lorsque fait pour un double usage ,
Mes deux bouts ont chacun leur different emplo
J'ai souvent l'oreille du Roi ,
Sans que ses Favoris en prennent de l'ombrage ,
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2880
p. 2365-2366
LOGOGRYPHE.
Début :
Quatre Lettres forment mon nom, [...]
Mots clefs :
Fève
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Qua
Uatre Lettres forment mon nom ,
Je suis d'un fort commun usage ,
Da m'employa jadis à marquer le suffrage ,
Pour le supplice , ou l'absolution ,
En Grece , pour l'Election.
L'Auteur de la Secte Italique ,
Ordonna qu'on s'abstint de moi dans le repas ,
Que sa raison fût sage ou chimerique ,
C'est ce qu'ici je ne discute pas,
Des lettres de mon nom suprimant la derniere,
J'offre à vos yeux un Element;
Si vous retranchez la premiere ,
E Je
1366 MERCURE DE FRANCE
Je vous fais voir dans le moment ,
Femme qui n'eut jamais de mere ,
Si vous combinez autrement ,
En m'ôtant un quart seulement ,
Mes soeurs et moi nous sommes sans pareilles ,
On en raconte cent merveilles ,
Qui tiennent de l'enchantement ,
Si vous ne changez rien en toute ma substance.
Enfin , Lecteur , voyez jusqu'où va ma puissance
Je fais des Reines et des Rois.
蒙
F. D. C.
Qua
Uatre Lettres forment mon nom ,
Je suis d'un fort commun usage ,
Da m'employa jadis à marquer le suffrage ,
Pour le supplice , ou l'absolution ,
En Grece , pour l'Election.
L'Auteur de la Secte Italique ,
Ordonna qu'on s'abstint de moi dans le repas ,
Que sa raison fût sage ou chimerique ,
C'est ce qu'ici je ne discute pas,
Des lettres de mon nom suprimant la derniere,
J'offre à vos yeux un Element;
Si vous retranchez la premiere ,
E Je
1366 MERCURE DE FRANCE
Je vous fais voir dans le moment ,
Femme qui n'eut jamais de mere ,
Si vous combinez autrement ,
En m'ôtant un quart seulement ,
Mes soeurs et moi nous sommes sans pareilles ,
On en raconte cent merveilles ,
Qui tiennent de l'enchantement ,
Si vous ne changez rien en toute ma substance.
Enfin , Lecteur , voyez jusqu'où va ma puissance
Je fais des Reines et des Rois.
蒙
F. D. C.
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2881
p. 2366-2367
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Sous mon nom tel qu'il est, vous trouverez un arbre, [...]
Mots clefs :
Charme
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texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND LOGOGRYPHE
Ous mon nom tel qu'il est , vous trouverer
Sousun
arbre ,
Ensuite par combinaison ,
On me voit en chaque maison ,
De bois , de pierre , ou bien de marbre .
Coupez mon chefpresentement ,
J'ai servi chez l'Israëlite.
Dans ma totalité mettez- moi promptement ,
Coupez mon dernier tiers, vous pouvez aisement ¿
Sans vos pieds avancer fort vite ;
Lorsqu'au lieu du premier vous laissez celui- cy ,
Je puis vous attaquer , ainsi que vous deffendre ,
Si l'on m'a sçû ranger ainsi ,
L'on
OCTO
BRE.
1731 . 1731
2367
L'en
trouvera sans s'y
méprendre ,
Un Outil propre au
Marinier ,
Et puis si l'on me
décompose ,
En mettant mon chef le dernier ,
Le gout peut me trouver une mauvaise chose,
Mais je suis , dit -on , bon au coeur.
Revenez sur vos pas, si vous voulez , Lecteur ,
Au lieu de mon membre
troisiéme ,
Apportez-y le dernier ,
Puis effacez le
septième ,'
C'est un titre
commun pour un objet qu'on aime,
Je ne voudrois rien oublier ,
Si vous vouliez me le
permettre' ;
De
nouveau , de
mon
corps
Effacez la seconde lettre ,
Vous faites un
Religieux ;
entier ,
Ce n'est le tout encor ,
excusez , je vous prie ;
Deux lettres moins , se
presente à vos yeux
Un mot qui risqua d'être vieux ,
Par Arrêt de
l'Académie.
Ous mon nom tel qu'il est , vous trouverer
Sousun
arbre ,
Ensuite par combinaison ,
On me voit en chaque maison ,
De bois , de pierre , ou bien de marbre .
Coupez mon chefpresentement ,
J'ai servi chez l'Israëlite.
Dans ma totalité mettez- moi promptement ,
Coupez mon dernier tiers, vous pouvez aisement ¿
Sans vos pieds avancer fort vite ;
Lorsqu'au lieu du premier vous laissez celui- cy ,
Je puis vous attaquer , ainsi que vous deffendre ,
Si l'on m'a sçû ranger ainsi ,
L'on
OCTO
BRE.
1731 . 1731
2367
L'en
trouvera sans s'y
méprendre ,
Un Outil propre au
Marinier ,
Et puis si l'on me
décompose ,
En mettant mon chef le dernier ,
Le gout peut me trouver une mauvaise chose,
Mais je suis , dit -on , bon au coeur.
Revenez sur vos pas, si vous voulez , Lecteur ,
Au lieu de mon membre
troisiéme ,
Apportez-y le dernier ,
Puis effacez le
septième ,'
C'est un titre
commun pour un objet qu'on aime,
Je ne voudrois rien oublier ,
Si vous vouliez me le
permettre' ;
De
nouveau , de
mon
corps
Effacez la seconde lettre ,
Vous faites un
Religieux ;
entier ,
Ce n'est le tout encor ,
excusez , je vous prie ;
Deux lettres moins , se
presente à vos yeux
Un mot qui risqua d'être vieux ,
Par Arrêt de
l'Académie.
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2882
p. 2411-2412
AIR.
Début :
Pourquoy toujours chanter Iris ? [...]
Mots clefs :
Iris, Amour
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texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR .
Ourquoy toujours chanter Iris ?
Disoit le celebre Gregoire ;
Gessez , lui dit Lambert , cessez d'être surpris
Co
2412 MERCURE DE FRANCE ,
Ce n'est pas qu'à l'Amour on donne la victoire;
Mais de nôtre Art voici le fin ;
Comme on fait tous les jours des Cou és su · le
Lorsque l'on chan te Iris , on roule sur sa glo .
Ourquoy toujours chanter Iris ?
Disoit le celebre Gregoire ;
Gessez , lui dit Lambert , cessez d'être surpris
Co
2412 MERCURE DE FRANCE ,
Ce n'est pas qu'à l'Amour on donne la victoire;
Mais de nôtre Art voici le fin ;
Comme on fait tous les jours des Cou és su · le
Lorsque l'on chan te Iris , on roule sur sa glo .
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2883
p. [2483]-2487
EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Début :
A des Grands sans vertus, un Auteur qui veut plaire, [...]
Mots clefs :
Maréchal, Vertu, Aïeux , Trône de Louis, Vœux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Des Grands sans vertus,un Auteur
qui veut plaire ,
Les comble en les louant , d'une
gloire étrangere ,
Mais ce n'est point ainsi , puis qu'il faut l'avouer,
VILLARS , que l'on s'y prend lorsqu'on veut te
loüer ;
A ij Ta
2484 MERCURE DE FRANCE.
Ta vie offre à notre Art une riche matiere .
Je te vois tout brillant de ta propre lumiere ,
$
Tu nous suffis toi seul , et pour être vanté ,
Ton nom n'a pas besoin d'un éclat emprunté ;
Ce noble amas de faits , cette vertu suprême ,
Sans les chercher ailleurs , on les trouve en toimême.
Laissons-là tes emplois , ton rang et tes Ayeux ;
C'est par d'autres endroits que tu plaîs à nos yeux .
Depuis que le ciseau de la Parque inhumaine
Nous cut ravi Condé, Luxembourg et Turenne ,
On vit bien dans l'effroi qui courut nous glacer ,
Qu'il n'étoit que toi seul qui pût les remplacer.
Qüi , c'est toi dont l'effort repoussa ce grand
Homme , (*)
Plus outré contre nous , qu'Annibal contre Rome.
Par ta rare prudence et ton activité ,
Vingt fois dans ses desseins il fut déconcerté ;
Et chassant lesGuerriers qui couvroient nos Fromtieres
,
Tu sçus de cet Etar reculer les Barrières ; (6)
Aussi par mille Exploits non moins prompts
qu'inoüis ,
Ta valeur rassura le Trône de Louis.
Dès que son juste choix t'eut confié sa gloire ,
On te vit à grands pas courir à la victoire ;
Elle exauça tes voeux , et sensible à nos maux ,
(a) Le Prince Eugene.
(b) Lignes de Stoloffen.
Soudais
NOVEMBRE . 1731. 2485
Soudain en ta faveur revint sous nos Drapeaux.
C'est alors qu'appuyé de sa main foudroyante ,
Chez tous nos ennemis tu portas l'épouvante ;
Le Danube , la Sambre et l'Escaut et le Rhin ,
Te virent sur leurs bords paroitre en Souverain.
Quelqu'obstacle assez grand que t'oppose leur
rage ,
Rien ne peut t'arrêter , tout cede à ton courage ;
Tu voles sans fremir où l'honneur te conduit.
Quel air ! quels coups ! ton bras par tout se reproduit
,
Et cueillant à ton gré les Palmes les plus grandes.
Execute en Soldat ce qu'en Chef tu commandes.
Mais c'est peu que ta gloire éclate au Champ de
Mars :
Pour comble de bonheur tu chéris les beaux
Arts , (a)
Toûjours prêt à chercher quiconque a du merite
,
A de nouveaux efforts ta bonté les excite ,
Par les soins glorieux d'un Sénat d'Apollons ,
Déja nos beaux efprits sont comblez de tes
Dons , (6)
C'est ainsi que jadis banissant l'ignorance ,
FRANÇOIS (c ) dans nos climats fit fleurir la
Science , •
(a) Il est un des 40rde l'Académie Françoise:
(b) ll fournit tous les ans un Prix à l'Académie
de Marseille.
(c)François I. fut appellé le Pere des Sçavans
A iij
Aux
2496 MERCURE DE FRANCE
Aux Doctes de son siecle il prêta son appui ;
Ce Roi fit tout pour eux , ils firent tout pour lui;
Sous son Regne charmant jamais aucun Poëte ,
N'éprouva les rigueurs d'une affreuse disette ;
Mais si- tôt que la mort l'eut mit dans le cercueil,
Le Pinde consterné demeura dans le deüil.
Enfin le sort changea , les Muses affligées ,
D'Armand et de Seguier , se virent protegées ;
Et sur elles bien- tôt répandant ses bienfaits.
Le plus grand des Bourbons leur ouvrit son Palais,
Ta l'imites , VILLARS , et sur un tel exemple ,
Dans Marseille (4) aujourd'hui tu leur dresses un
Temple.
C'est-là que desormais mille Auteurs dans leurs
Vers,
Chanteront le bonheur de tes Exploits divers ,
Du Belge à ton aspect les troupes allarmées,
L'Empire jusqu'à Vienne ouvert à nos armées ,
Les Bataves domptez , leurs projets démentis ,
Et cent murs abattus aussi- tôt qu'investis.
Ton amour pour la Paix , (b) ton zele pour la
France ,
Tes moeurs , ton équité , ta vaste intelligence ,
Cet air noblé et riant qui sçait nous enchanter ,
Sont autant de sujets que leur main va traiter.
(a) Il est Protecteur de l'Académie de Marseille.
(b) Il conclud la Paix à Rastad.
Pour
NOVEMBRE . 1731. 2487
Pour moi , qui là- dessus brule souvent d'écrire ,
Je crains d'en dire moins , qu'il ne m'en faudroit
dire ,
Si-tôt que mon esprit vent peindre ta grandeur ,
Je ressens que ma force est moindre que mon
coeur ;
Toutesfois sur tes faits mes Muses attentives ,
Cherchent pour les tracer les couleurs les plus
vives ;
Heureux si dans l'ardeur qui me vient enflamer
Par de beaux traits enfin , je puis les exprimer !
Mais que dis -je , exprimer ! la chose est difficile ;
Je n'oserois tenter l'Eloge d'un Achile ;
VILLARS , je me connois , et ne vois pas comment,
Je pourrois par des Vers te louer dignement ;
Ainsi donc retenu par mon peu d'éloquence
Content de t'admirer , je garde le silence.
MANUEL , de la Doctrine Chrétienne,
qui veut plaire ,
Les comble en les louant , d'une
gloire étrangere ,
Mais ce n'est point ainsi , puis qu'il faut l'avouer,
VILLARS , que l'on s'y prend lorsqu'on veut te
loüer ;
A ij Ta
2484 MERCURE DE FRANCE.
Ta vie offre à notre Art une riche matiere .
Je te vois tout brillant de ta propre lumiere ,
$
Tu nous suffis toi seul , et pour être vanté ,
Ton nom n'a pas besoin d'un éclat emprunté ;
Ce noble amas de faits , cette vertu suprême ,
Sans les chercher ailleurs , on les trouve en toimême.
Laissons-là tes emplois , ton rang et tes Ayeux ;
C'est par d'autres endroits que tu plaîs à nos yeux .
Depuis que le ciseau de la Parque inhumaine
Nous cut ravi Condé, Luxembourg et Turenne ,
On vit bien dans l'effroi qui courut nous glacer ,
Qu'il n'étoit que toi seul qui pût les remplacer.
Qüi , c'est toi dont l'effort repoussa ce grand
Homme , (*)
Plus outré contre nous , qu'Annibal contre Rome.
Par ta rare prudence et ton activité ,
Vingt fois dans ses desseins il fut déconcerté ;
Et chassant lesGuerriers qui couvroient nos Fromtieres
,
Tu sçus de cet Etar reculer les Barrières ; (6)
Aussi par mille Exploits non moins prompts
qu'inoüis ,
Ta valeur rassura le Trône de Louis.
Dès que son juste choix t'eut confié sa gloire ,
On te vit à grands pas courir à la victoire ;
Elle exauça tes voeux , et sensible à nos maux ,
(a) Le Prince Eugene.
(b) Lignes de Stoloffen.
Soudais
NOVEMBRE . 1731. 2485
Soudain en ta faveur revint sous nos Drapeaux.
C'est alors qu'appuyé de sa main foudroyante ,
Chez tous nos ennemis tu portas l'épouvante ;
Le Danube , la Sambre et l'Escaut et le Rhin ,
Te virent sur leurs bords paroitre en Souverain.
Quelqu'obstacle assez grand que t'oppose leur
rage ,
Rien ne peut t'arrêter , tout cede à ton courage ;
Tu voles sans fremir où l'honneur te conduit.
Quel air ! quels coups ! ton bras par tout se reproduit
,
Et cueillant à ton gré les Palmes les plus grandes.
Execute en Soldat ce qu'en Chef tu commandes.
Mais c'est peu que ta gloire éclate au Champ de
Mars :
Pour comble de bonheur tu chéris les beaux
Arts , (a)
Toûjours prêt à chercher quiconque a du merite
,
A de nouveaux efforts ta bonté les excite ,
Par les soins glorieux d'un Sénat d'Apollons ,
Déja nos beaux efprits sont comblez de tes
Dons , (6)
C'est ainsi que jadis banissant l'ignorance ,
FRANÇOIS (c ) dans nos climats fit fleurir la
Science , •
(a) Il est un des 40rde l'Académie Françoise:
(b) ll fournit tous les ans un Prix à l'Académie
de Marseille.
(c)François I. fut appellé le Pere des Sçavans
A iij
Aux
2496 MERCURE DE FRANCE
Aux Doctes de son siecle il prêta son appui ;
Ce Roi fit tout pour eux , ils firent tout pour lui;
Sous son Regne charmant jamais aucun Poëte ,
N'éprouva les rigueurs d'une affreuse disette ;
Mais si- tôt que la mort l'eut mit dans le cercueil,
Le Pinde consterné demeura dans le deüil.
Enfin le sort changea , les Muses affligées ,
D'Armand et de Seguier , se virent protegées ;
Et sur elles bien- tôt répandant ses bienfaits.
Le plus grand des Bourbons leur ouvrit son Palais,
Ta l'imites , VILLARS , et sur un tel exemple ,
Dans Marseille (4) aujourd'hui tu leur dresses un
Temple.
C'est-là que desormais mille Auteurs dans leurs
Vers,
Chanteront le bonheur de tes Exploits divers ,
Du Belge à ton aspect les troupes allarmées,
L'Empire jusqu'à Vienne ouvert à nos armées ,
Les Bataves domptez , leurs projets démentis ,
Et cent murs abattus aussi- tôt qu'investis.
Ton amour pour la Paix , (b) ton zele pour la
France ,
Tes moeurs , ton équité , ta vaste intelligence ,
Cet air noblé et riant qui sçait nous enchanter ,
Sont autant de sujets que leur main va traiter.
(a) Il est Protecteur de l'Académie de Marseille.
(b) Il conclud la Paix à Rastad.
Pour
NOVEMBRE . 1731. 2487
Pour moi , qui là- dessus brule souvent d'écrire ,
Je crains d'en dire moins , qu'il ne m'en faudroit
dire ,
Si-tôt que mon esprit vent peindre ta grandeur ,
Je ressens que ma force est moindre que mon
coeur ;
Toutesfois sur tes faits mes Muses attentives ,
Cherchent pour les tracer les couleurs les plus
vives ;
Heureux si dans l'ardeur qui me vient enflamer
Par de beaux traits enfin , je puis les exprimer !
Mais que dis -je , exprimer ! la chose est difficile ;
Je n'oserois tenter l'Eloge d'un Achile ;
VILLARS , je me connois , et ne vois pas comment,
Je pourrois par des Vers te louer dignement ;
Ainsi donc retenu par mon peu d'éloquence
Content de t'admirer , je garde le silence.
MANUEL , de la Doctrine Chrétienne,
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Résumé : EPITRE A M. LE MARECHAL DUC DE VILLARS.
Le texte est un éloge du maréchal de Villars, mettant en avant ses qualités et ses exploits militaires. L'auteur critique ceux qui louent les grands en utilisant des gloires étrangères, affirmant que Villars n'a pas besoin de cela pour être reconnu. Il souligne que la vie de Villars offre une riche matière pour l'art poétique et que ses qualités intrinsèques suffisent à le louer. Le texte rappelle les grandes figures militaires françaises disparues, telles que Condé, Luxembourg et Turenne, et souligne que Villars a su les remplacer. Il décrit ses victoires contre des ennemis puissants, notamment le prince Eugène, et ses exploits militaires qui ont rassuré le trône de Louis XIV. Villars est également loué pour son soutien aux arts et aux lettres, comparé à François Ier, protecteur des savants et des poètes. L'auteur mentionne les contributions de Villars à l'Académie de Marseille et son rôle dans la conclusion de la paix à Rastatt. Il exprime son admiration pour Villars, tout en reconnaissant son incapacité à le louer dignement en raison de son manque d'éloquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2884
p. 2516-2523
EPITRE FAMILIERE, A M. GILET, Ancien Substitut en la Chambre des Comptes de Dijon.
Début :
A peine Phébus ce matin, [...]
Mots clefs :
Empire marin, Pèlerin, Catholique romain, Voiture, Sarrasin, Suzerain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE FAMILIERE, A M. GILET, Ancien Substitut en la Chambre des Comptes de Dijon.
EPITRE FAMILIERE ,
A M. GILET , (a)
Ancien Substitut en la Chambre des
Comptes de Dijon.
A Peine Phébus ce matin ,
Sortoit de l'Empire Marin ,
(a) On trouve diverses Pieces de M. Gillet,
dans le Mercure Galant de M de Visé, et dans le
troisiéme volume des Poësies de M. de Santeüil¸
derniere Edition de Paris.
NOVEMBRE. 1731. 2517
Pour annoncer au Pelerin ,
Un jour agréable et screin ,
Quand le marteau d'un noir Vulcain ,
Qui par malheur est mon voisin ,
M'a fait quitter mon traversin.
En bon Catholique Romain ,
J'ai couru , d'un Dominicain ,
Que j'ai pris pour mon Chapelain ,
Entendre l'Office divin.
J'ai fait ensuite à mon Roussin ,
Manger un double picottin ,
Et je me suis mis en chemin ,
Suivi seulement d'un Mâtin ,
Pour aller voir un mien cousin ,
Dans son Château de Gaillardin .
Je ne craignois pas qu'un Coquin ,
Dans quelque réduit clandestin
Me vînt forcer d'un air hautain ,
A lui donner mon saint Crêpin ;
Car j'emportois pour tout frusquin ;
Mon Voiture et mon Sarrasin .
Or , tandis que sur un terrain ,
Tantôt raboteux , tantôt plein ,
En ruminant , j'allois mon train ;
Un petit Seigneur Suzerain ,
Qu'on dit être cent fois plus vain
Que s'il étoit vrai Souverain ,
Mappercevant d'un boulingria ,
Me
2518 MERCURE DE FRANCE
>
Me joint et me serrant la main :
Eh! bonjour, mon Contemporain ,
M'a- t'il dit d'un ton fort benin ,
Entrez, venez gouter mon vin.
Je descends de mon Guilledin , («)
Qu'on attache au coin d'un Jardin
Sans de foin lui donner un brin ,
Ni d'avoine le moindre grain.
J'entre dans un taudis mal sain ,
Que de foibles ais de Sapin ,
Ne défendoient pas du Garbin . (b)
Là , je rencontre un Grimelin ,
Qui portant encor le béguin ,
D'un broüet mangeoit le gratin.
Plus loin , son frere consanguin ,
Dont mon pere, étant Echevin ,
Fut forcé d'être le Parrain ,
Assis sur un petit Gradin ,
Se régaloit d'un Poupelin , (✔)
Tandis que son frere uterin ,
Battoit parfois d'un Tambourin.
La Maîtresse au bec de Corbin ,
Qui pourroit passer pour un Nain ;
Sans le secours d'un haut Patin ,
(a) Cheval d'Angleterre qui est hongre.
(b) Nom de Vent.
(c) Terme de Patissier , c'est une espece de
Gâteau,
S'o
NOVEMBRE. 1731. 2519
S'occupoit à filer du Lin. -
Je l'aborde en riant , soudain
Elle court dans un Magazin ,
Se dépouiller d'un Casaquin ,
Pour mettre un Corset de basin ,
Et sa robbe de blanc Satin .
Au travers d'un leger quintin , (*)
Elle laisse entrevoir son sein ,
Met un Bijou diamantin ,
Qu'elle gardoit dans son écrin ,
Et sur- tout avec du Carmin ,
Se fait un teint incarnadin.
Dans cet équipage mondain ,
Elle revient d'un air badin.
Par son entretien libertin ,
J'ai compris qu'à l'amour enclin ,
Son coeur n'étoit pas inhumain ,
Et que sans la prendre en Tarquin , (b)
On mettroit l'avanture à fin.
Mais venons à notre Festin .
Son Mary vrai George Dandin ,
Me guide dans un soûterrain ,
Humide , même au mois de Juin
Je m'assieds sur un strapontin ,
Jadis couvert d'un Chevrotin ;
(a) Sorte de Toile fort fine.
(b) On sfait que Tarquin jouit de Lucrece
par force,
D'abord
2520 MERCURE DE FRANCE
D'abord on ouvre un manequin
D'où l'on tire un noir et long pain ;
On m'en presente un gros lopin ,
Capable d'appaiser la faim ,
Du plus avide Limousin.
Un jeune et crasseux Galoppin ,
Appórte sur un plat d'étain ,
Un Cochon , que pour Marcassin ,
Fait passer mon Hôte taquin ;
A côté l'on sert du Boudin ,
Tout farci d'oignon et de thin .
Je demande à boire ; un Trotin ,
Dans un gobelet cristalin ,
Me verse du vrai chicotin ,
Qui ne sentoit que le pepin.
Pour entremets un Ramequin ,
Artive avec quelque fretin
Que dès la veille un Riverain ,
Avoit pêché prés d'un Moulin.
Pour le dessert , dans un coffin
On range maint vieux Massepain ,
Et d'un plancher bas et vilain ,
L'Hôte détache un vert Raisin ,
Qu'Erigone , (a ) j'en suis certain ;
N'eût regardé qu'avec dédain .
›
(a ) Bacchus métamorphosé en grape de Rai
sin, séduisit Erigone. V, Ovide, Liv, 6. Metam›
Vers 125. Fab. 20
C
NOVEMBRE. 1731. 25.2x
Cependant de fats un Essain ,
Vient ajoûter à mon chagrin.
Le premier est un Medecin ,
Qui vantant son Art assassin
Nous a parlé d'un anodin ,
Par lui ffairé dans un bassin.
Le second est un Tabarin ,
Qui veut chausser le brodequin ;
Mais croyant imiter Pasquin ,
Pierrot , Scaramouche , Arlequin ,
On le prend pour un Baladin .
Que dirai- je d'un grand flandrin ,
Qui revêtu d'un Colletin ,
Et paré de son gorgerin ;
D'un vieux sabre et d'un pulverin
Juroit sans cesse par Calvin ?
Si l'on en croit ce Spadassin ,
Les Ennemis devant Denain , (a).
L'ont vû faire le diablotin :
Il dit que dans un Ravelin ,
Il mit en fuite le Germain
Et qu'affrontant un Serpentin ,
Il fut blessé dans un Cavin ,
Quand Villars auprès de Bouchain , ( b)
Faisoit maint et maint Orphelin.
(a ) Les François prirent Denain en 1712 .
(b) M. le Maréchal de Villars reprit Bou
chain , en 1712.
Mais
2522 MERCURE DE FRANCE
Mais sur tout un Abbé poupin ,
En manteau court , en escarpin ,
Prêchant comme l'Abbé Cotin ,
Quelquefois d'un ton argentin ,
Citoit un mot Grec ou Latin ,
Qu'il avoit lû dans Calepin ;
Comparoît Virgile à Lucain ,
Et le Pays à Rabutin.
Pour récompenser ce faquin ,
J'aurois souhaité qu'un Scapin ,
L'eût regalé d'un gros gourdin.
Phébus étant sur son déclin ,
Je quitte mon Hôte mesquin .
En entrant dans le Bois prochain ,
'Au pied d'un épaís Aubepin ,
Je voy la femme de Robin ,
Sur la fougere et le plantin ,
'Assise auprès d'un blond Forain ,
Je ne suis à malice enclin ,
Mais je soupçonnai , cher Lubin ,
Ce tête - à-tête clandestin ;
Car la pudeur n'est pas un frein ,
Quî retienne un coeur feminin ,
Quand vers un objet masculin,
L'entraîne l'amoureux Lutin.
Enfin chez mon cousin germain ,
J'arrive , graces au Destin,
Et j'y vais boire à verre plein ,
Du
NOVEMBRE. 1731. 2523
Du Champagne et du Chambertin ,
Que je préfere au vin du Rhin ,
Et même au Nectar que Jupin ,
Se fait servir par son Menin.,
Adieu donc , jusques à demain.
M. COCQUARD , Avocat au Parlement
de Dijon.
A M. GILET , (a)
Ancien Substitut en la Chambre des
Comptes de Dijon.
A Peine Phébus ce matin ,
Sortoit de l'Empire Marin ,
(a) On trouve diverses Pieces de M. Gillet,
dans le Mercure Galant de M de Visé, et dans le
troisiéme volume des Poësies de M. de Santeüil¸
derniere Edition de Paris.
NOVEMBRE. 1731. 2517
Pour annoncer au Pelerin ,
Un jour agréable et screin ,
Quand le marteau d'un noir Vulcain ,
Qui par malheur est mon voisin ,
M'a fait quitter mon traversin.
En bon Catholique Romain ,
J'ai couru , d'un Dominicain ,
Que j'ai pris pour mon Chapelain ,
Entendre l'Office divin.
J'ai fait ensuite à mon Roussin ,
Manger un double picottin ,
Et je me suis mis en chemin ,
Suivi seulement d'un Mâtin ,
Pour aller voir un mien cousin ,
Dans son Château de Gaillardin .
Je ne craignois pas qu'un Coquin ,
Dans quelque réduit clandestin
Me vînt forcer d'un air hautain ,
A lui donner mon saint Crêpin ;
Car j'emportois pour tout frusquin ;
Mon Voiture et mon Sarrasin .
Or , tandis que sur un terrain ,
Tantôt raboteux , tantôt plein ,
En ruminant , j'allois mon train ;
Un petit Seigneur Suzerain ,
Qu'on dit être cent fois plus vain
Que s'il étoit vrai Souverain ,
Mappercevant d'un boulingria ,
Me
2518 MERCURE DE FRANCE
>
Me joint et me serrant la main :
Eh! bonjour, mon Contemporain ,
M'a- t'il dit d'un ton fort benin ,
Entrez, venez gouter mon vin.
Je descends de mon Guilledin , («)
Qu'on attache au coin d'un Jardin
Sans de foin lui donner un brin ,
Ni d'avoine le moindre grain.
J'entre dans un taudis mal sain ,
Que de foibles ais de Sapin ,
Ne défendoient pas du Garbin . (b)
Là , je rencontre un Grimelin ,
Qui portant encor le béguin ,
D'un broüet mangeoit le gratin.
Plus loin , son frere consanguin ,
Dont mon pere, étant Echevin ,
Fut forcé d'être le Parrain ,
Assis sur un petit Gradin ,
Se régaloit d'un Poupelin , (✔)
Tandis que son frere uterin ,
Battoit parfois d'un Tambourin.
La Maîtresse au bec de Corbin ,
Qui pourroit passer pour un Nain ;
Sans le secours d'un haut Patin ,
(a) Cheval d'Angleterre qui est hongre.
(b) Nom de Vent.
(c) Terme de Patissier , c'est une espece de
Gâteau,
S'o
NOVEMBRE. 1731. 2519
S'occupoit à filer du Lin. -
Je l'aborde en riant , soudain
Elle court dans un Magazin ,
Se dépouiller d'un Casaquin ,
Pour mettre un Corset de basin ,
Et sa robbe de blanc Satin .
Au travers d'un leger quintin , (*)
Elle laisse entrevoir son sein ,
Met un Bijou diamantin ,
Qu'elle gardoit dans son écrin ,
Et sur- tout avec du Carmin ,
Se fait un teint incarnadin.
Dans cet équipage mondain ,
Elle revient d'un air badin.
Par son entretien libertin ,
J'ai compris qu'à l'amour enclin ,
Son coeur n'étoit pas inhumain ,
Et que sans la prendre en Tarquin , (b)
On mettroit l'avanture à fin.
Mais venons à notre Festin .
Son Mary vrai George Dandin ,
Me guide dans un soûterrain ,
Humide , même au mois de Juin
Je m'assieds sur un strapontin ,
Jadis couvert d'un Chevrotin ;
(a) Sorte de Toile fort fine.
(b) On sfait que Tarquin jouit de Lucrece
par force,
D'abord
2520 MERCURE DE FRANCE
D'abord on ouvre un manequin
D'où l'on tire un noir et long pain ;
On m'en presente un gros lopin ,
Capable d'appaiser la faim ,
Du plus avide Limousin.
Un jeune et crasseux Galoppin ,
Appórte sur un plat d'étain ,
Un Cochon , que pour Marcassin ,
Fait passer mon Hôte taquin ;
A côté l'on sert du Boudin ,
Tout farci d'oignon et de thin .
Je demande à boire ; un Trotin ,
Dans un gobelet cristalin ,
Me verse du vrai chicotin ,
Qui ne sentoit que le pepin.
Pour entremets un Ramequin ,
Artive avec quelque fretin
Que dès la veille un Riverain ,
Avoit pêché prés d'un Moulin.
Pour le dessert , dans un coffin
On range maint vieux Massepain ,
Et d'un plancher bas et vilain ,
L'Hôte détache un vert Raisin ,
Qu'Erigone , (a ) j'en suis certain ;
N'eût regardé qu'avec dédain .
›
(a ) Bacchus métamorphosé en grape de Rai
sin, séduisit Erigone. V, Ovide, Liv, 6. Metam›
Vers 125. Fab. 20
C
NOVEMBRE. 1731. 25.2x
Cependant de fats un Essain ,
Vient ajoûter à mon chagrin.
Le premier est un Medecin ,
Qui vantant son Art assassin
Nous a parlé d'un anodin ,
Par lui ffairé dans un bassin.
Le second est un Tabarin ,
Qui veut chausser le brodequin ;
Mais croyant imiter Pasquin ,
Pierrot , Scaramouche , Arlequin ,
On le prend pour un Baladin .
Que dirai- je d'un grand flandrin ,
Qui revêtu d'un Colletin ,
Et paré de son gorgerin ;
D'un vieux sabre et d'un pulverin
Juroit sans cesse par Calvin ?
Si l'on en croit ce Spadassin ,
Les Ennemis devant Denain , (a).
L'ont vû faire le diablotin :
Il dit que dans un Ravelin ,
Il mit en fuite le Germain
Et qu'affrontant un Serpentin ,
Il fut blessé dans un Cavin ,
Quand Villars auprès de Bouchain , ( b)
Faisoit maint et maint Orphelin.
(a ) Les François prirent Denain en 1712 .
(b) M. le Maréchal de Villars reprit Bou
chain , en 1712.
Mais
2522 MERCURE DE FRANCE
Mais sur tout un Abbé poupin ,
En manteau court , en escarpin ,
Prêchant comme l'Abbé Cotin ,
Quelquefois d'un ton argentin ,
Citoit un mot Grec ou Latin ,
Qu'il avoit lû dans Calepin ;
Comparoît Virgile à Lucain ,
Et le Pays à Rabutin.
Pour récompenser ce faquin ,
J'aurois souhaité qu'un Scapin ,
L'eût regalé d'un gros gourdin.
Phébus étant sur son déclin ,
Je quitte mon Hôte mesquin .
En entrant dans le Bois prochain ,
'Au pied d'un épaís Aubepin ,
Je voy la femme de Robin ,
Sur la fougere et le plantin ,
'Assise auprès d'un blond Forain ,
Je ne suis à malice enclin ,
Mais je soupçonnai , cher Lubin ,
Ce tête - à-tête clandestin ;
Car la pudeur n'est pas un frein ,
Quî retienne un coeur feminin ,
Quand vers un objet masculin,
L'entraîne l'amoureux Lutin.
Enfin chez mon cousin germain ,
J'arrive , graces au Destin,
Et j'y vais boire à verre plein ,
Du
NOVEMBRE. 1731. 2523
Du Champagne et du Chambertin ,
Que je préfere au vin du Rhin ,
Et même au Nectar que Jupin ,
Se fait servir par son Menin.,
Adieu donc , jusques à demain.
M. COCQUARD , Avocat au Parlement
de Dijon.
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Résumé : EPITRE FAMILIERE, A M. GILET, Ancien Substitut en la Chambre des Comptes de Dijon.
L'épître familière adressée à M. Gilet, ancien substitut à la Chambre des Comptes de Dijon, décrit une journée du narrateur en novembre 1731. Le narrateur est réveillé par le bruit d'un voisin et se rend à l'office divin chez un dominicain. Ensuite, il se dirige vers la maison de son cousin à Gaillardin. En chemin, il rencontre un petit seigneur qui l'invite à goûter son vin. Le narrateur décrit la demeure du seigneur, où il observe plusieurs membres de la famille occupés à diverses activités. La maîtresse de maison se pare élégamment pour le recevoir. Le repas servi est modeste et comprend du pain, du cochon, du boudin, du vin, du poisson, du massepain et du raisin. Plusieurs invités, dont un médecin, un comédien, un soldat et un abbé, se joignent à la conversation. Après le repas, le narrateur quitte l'hôte pour se rendre chez son cousin, où il savoure du champagne et du chambertin. Il conclut en saluant M. Cocquard, avocat au Parlement de Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2885
p. 2536-2540
LE FEINT ORGANISTE. CONTE. Par Mademoiselle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
C'est à Quimper que nâquit la Musique ; [...]
Mots clefs :
Feint organiste, Quimper, Musique, Instrument, Impudence, Protocole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FEINT ORGANISTE. CONTE. Par Mademoiselle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
LE FEINT ORGANISTE
CONTE.
ParMademoiselle de Malcrais de la Vigne,
du Croisic, en Bretagne .
C'Est
' Est à Quimper ( 1 ) que nâquit la Musique
;
C'est en cet Art que prime un bas Breton.
Les Coqs d'un Bourg , voisin de ce Canton ,
'Amis féaux du plaisir mélodique ,
Firent achapt , non pas d'un Timpanon ,
Mais bien d'une Orgue, et dans leur Basilique
Fut disposê vis à- vis du Patron
Pour l'esjouir, l'instrument harmonique:
Un Egrillard de métier Cartouchique
Leur vint offrir son prétendu talent :
Moult dégoisa , moult prêcha le galand ;
Moult par le nez de fleurs de Rhetorique ,
( 1 )Ville Episcopale de la Basse Bretagne.
Leur
NOVEMBRE. 1731. 2537.
Leur envoya , tant qu'à la voix publique ,
Fut dès l'abord jugé maître excellent ,
Dont la trouvaille étoit de conséquence ;
Bien plus fut-il sans autre ajournement ,
Sans examen , grace à son impudence ,
Reçû par eux ce Docteur soi- disant.
Et l'on conclut que dès l'instant present
On lui payeroit cinq ou six mois d'avance ;
D'autant qu'il sçut faire entendre sous main
Que tout exprès d'un des bouts de la France
Pour les servir , s'étant mis en chemin ,
La route avoit dévoré sa finance.
A pas contez , Dimanche arrive enfin ,
A la grand'Messe entraînant par centaine
Les curieux dont l'Eglise fut pleine.
Volant en hâte au Spectacle nouveau ,
Ces gens s'étoient fourré dans le cerveau ,
Qu'ils alloient être au Ciel par les oreilles
Portez tout droit . C'étoient les
sept
Tout à la fois , que de voir ameutez
9
merveilles
Ces gros Patauds , comme cierges plantez ,
Leurs grands chapeaux , car telle est la coutume
Sur leurs deux mains , pendus - devotement ,
La gueule ouverte à passer une enclume.
D'autre côté Magistrats gravement ,
La barbe en pointe , aussi fiers que Bartole,
Greffiers , Sergens , Gibiers de Protocolle .
Et Marguilliers , se montroient sur leurs bancs ,
С v Er
2538 MERCURE DE FRANCE
Et pour beaucoup n'auroient perdu leurs rangs
A donc voici que notre hardi drole ,
Qui d'Organum n'avoit hanté l'Ecole .
Fait préludant rouler sur les Claviers
Hinc et illinc ses doigts lourds et grossiers.
Puis tout à coup ( 1 ) le Bourdon , la Cimbale ,
Le Larigot , le Cornet , le Nazard ,
Clairon , Régale et Cromorne , et Pédale ,
Se décochant tout ensemble au hazard ,
Tôt il s'éleve une telle tourmente $
Qu'à ce fracas le peuple en épouvante ,
Croit sur son dos voute et murs écroulez ;
Chats , Chiens , Corbeaux , Baudets, Loups assemblez
,
Au fond d'un Bois , pour hurler avec rage ,
Sur d'affreux tons , des concerts endiablez ,
Onc ne sçauroient imiter le tapage ,
De l'Organiste , ainsi carillonnant
Sans aux Tuyaux donner la moindre tréve ;
En grand tumulte à la parfin s'acheve
Hurlu , ( 2 ) brelu , cet Office étonnant.
De part et d'autre , en foule , incontinent,
Des plus hupez , la cohorte s'approche ,
Baragouinant autour du compagnon ,
( 1 ) Jeux d'Orgue.
( 2 ) Mot populaire . Il se trouve dans le Dica
tionnaire de Furetiere . Il est aussi quelque
part dans Cirano Bergeraco
Qu'il
NOVEMBRE . 1731. 2539
Qu'ils tutoyoient,maint et maint gros reproches
Moitié François , et moitié bas Breton .
Mais celui-ci qui craignoit le bâton ;
Sans perdre terre , en son ame rusée
Bien démêla le fil de sa fusée.
Messieurs , dit-il , je vous prie , oyez-moi ,
Déja m'avez condamné sans m'entendre ,
Et m'appellant Vaurien , homme sans foy ,
Opineriez , presque à me faire pendre.
Il est pourtant tres -vrai qu'en cetui cas ,
Point n'ai failli : car dites - moi de grace ,
Que voulez- vous qu'un Organiste fasse ?
Votre Soufleur que Lucifer là - bas ,
Puisse emporter , ce Vilain , ce Stupide ,
Qui me regarde , et ne répond Motus ,
Ce brechedent , quand je jouë un Sanctus ,
Presto ( 1 ) prestò , me souffle à toute bride
Un Gloria in excelsis. à coup
Par ces propos , nos Seigneurs s'appaiserent
Leur front ridé s'applanit ; et beaucoup
Et de coeur franc envers lui s'excuserent ,
De leur courroux trop inconsidéré.
Quant au souffleur ; vénérable Messire ,
Dom Guinolai ( 2 ) , Prêtre , et de plus Curé ,
Dit qu'il falloit le prier qu'à son gré ,
( 1 ) Mor Italien , qui signifie promptement ,
prestò on prestamente.
( 2 ) Saint de Bretagne , Abbé de Landevenec,
qui vivoit sous le Ray Grallon.
Cvj Lao
2540 MERCURE DE FRANCE
Lui même il prit la peine de l'élire ,
Bon et loyal , et qu'il daignat l'instruire.
Oui , dit- il , taupe ; à tout il souscrivit,
Sans compliment , mais l'Aube étoit au lit ,
Quand l'oeil au bois , l'argent dans l'escarcelle
Son Havresac troussé sous son aisselle ,
Il délogea , comme fit le Valet.
Que feu Marot nomma nihil Valet. ( 3″)"
Mais du logis ne voulut par scrupule ,
Voler la Clef qu'il cacha sous l'Uscet , (4)
Tres poliment ; et depuis même on sçait
Qu'il dit n'avoir donné cette Pilule ,
Aux Vilageois , que pour les mettre au fait-
Qu'un Carabin de Musique ou de Danse
Par Ville et Bourg , voltigeant sans Brever .
Ne doit jamais être payé d'avance ,
Autrement , gare , on risque le paquet..
CONTE.
ParMademoiselle de Malcrais de la Vigne,
du Croisic, en Bretagne .
C'Est
' Est à Quimper ( 1 ) que nâquit la Musique
;
C'est en cet Art que prime un bas Breton.
Les Coqs d'un Bourg , voisin de ce Canton ,
'Amis féaux du plaisir mélodique ,
Firent achapt , non pas d'un Timpanon ,
Mais bien d'une Orgue, et dans leur Basilique
Fut disposê vis à- vis du Patron
Pour l'esjouir, l'instrument harmonique:
Un Egrillard de métier Cartouchique
Leur vint offrir son prétendu talent :
Moult dégoisa , moult prêcha le galand ;
Moult par le nez de fleurs de Rhetorique ,
( 1 )Ville Episcopale de la Basse Bretagne.
Leur
NOVEMBRE. 1731. 2537.
Leur envoya , tant qu'à la voix publique ,
Fut dès l'abord jugé maître excellent ,
Dont la trouvaille étoit de conséquence ;
Bien plus fut-il sans autre ajournement ,
Sans examen , grace à son impudence ,
Reçû par eux ce Docteur soi- disant.
Et l'on conclut que dès l'instant present
On lui payeroit cinq ou six mois d'avance ;
D'autant qu'il sçut faire entendre sous main
Que tout exprès d'un des bouts de la France
Pour les servir , s'étant mis en chemin ,
La route avoit dévoré sa finance.
A pas contez , Dimanche arrive enfin ,
A la grand'Messe entraînant par centaine
Les curieux dont l'Eglise fut pleine.
Volant en hâte au Spectacle nouveau ,
Ces gens s'étoient fourré dans le cerveau ,
Qu'ils alloient être au Ciel par les oreilles
Portez tout droit . C'étoient les
sept
Tout à la fois , que de voir ameutez
9
merveilles
Ces gros Patauds , comme cierges plantez ,
Leurs grands chapeaux , car telle est la coutume
Sur leurs deux mains , pendus - devotement ,
La gueule ouverte à passer une enclume.
D'autre côté Magistrats gravement ,
La barbe en pointe , aussi fiers que Bartole,
Greffiers , Sergens , Gibiers de Protocolle .
Et Marguilliers , se montroient sur leurs bancs ,
С v Er
2538 MERCURE DE FRANCE
Et pour beaucoup n'auroient perdu leurs rangs
A donc voici que notre hardi drole ,
Qui d'Organum n'avoit hanté l'Ecole .
Fait préludant rouler sur les Claviers
Hinc et illinc ses doigts lourds et grossiers.
Puis tout à coup ( 1 ) le Bourdon , la Cimbale ,
Le Larigot , le Cornet , le Nazard ,
Clairon , Régale et Cromorne , et Pédale ,
Se décochant tout ensemble au hazard ,
Tôt il s'éleve une telle tourmente $
Qu'à ce fracas le peuple en épouvante ,
Croit sur son dos voute et murs écroulez ;
Chats , Chiens , Corbeaux , Baudets, Loups assemblez
,
Au fond d'un Bois , pour hurler avec rage ,
Sur d'affreux tons , des concerts endiablez ,
Onc ne sçauroient imiter le tapage ,
De l'Organiste , ainsi carillonnant
Sans aux Tuyaux donner la moindre tréve ;
En grand tumulte à la parfin s'acheve
Hurlu , ( 2 ) brelu , cet Office étonnant.
De part et d'autre , en foule , incontinent,
Des plus hupez , la cohorte s'approche ,
Baragouinant autour du compagnon ,
( 1 ) Jeux d'Orgue.
( 2 ) Mot populaire . Il se trouve dans le Dica
tionnaire de Furetiere . Il est aussi quelque
part dans Cirano Bergeraco
Qu'il
NOVEMBRE . 1731. 2539
Qu'ils tutoyoient,maint et maint gros reproches
Moitié François , et moitié bas Breton .
Mais celui-ci qui craignoit le bâton ;
Sans perdre terre , en son ame rusée
Bien démêla le fil de sa fusée.
Messieurs , dit-il , je vous prie , oyez-moi ,
Déja m'avez condamné sans m'entendre ,
Et m'appellant Vaurien , homme sans foy ,
Opineriez , presque à me faire pendre.
Il est pourtant tres -vrai qu'en cetui cas ,
Point n'ai failli : car dites - moi de grace ,
Que voulez- vous qu'un Organiste fasse ?
Votre Soufleur que Lucifer là - bas ,
Puisse emporter , ce Vilain , ce Stupide ,
Qui me regarde , et ne répond Motus ,
Ce brechedent , quand je jouë un Sanctus ,
Presto ( 1 ) prestò , me souffle à toute bride
Un Gloria in excelsis. à coup
Par ces propos , nos Seigneurs s'appaiserent
Leur front ridé s'applanit ; et beaucoup
Et de coeur franc envers lui s'excuserent ,
De leur courroux trop inconsidéré.
Quant au souffleur ; vénérable Messire ,
Dom Guinolai ( 2 ) , Prêtre , et de plus Curé ,
Dit qu'il falloit le prier qu'à son gré ,
( 1 ) Mor Italien , qui signifie promptement ,
prestò on prestamente.
( 2 ) Saint de Bretagne , Abbé de Landevenec,
qui vivoit sous le Ray Grallon.
Cvj Lao
2540 MERCURE DE FRANCE
Lui même il prit la peine de l'élire ,
Bon et loyal , et qu'il daignat l'instruire.
Oui , dit- il , taupe ; à tout il souscrivit,
Sans compliment , mais l'Aube étoit au lit ,
Quand l'oeil au bois , l'argent dans l'escarcelle
Son Havresac troussé sous son aisselle ,
Il délogea , comme fit le Valet.
Que feu Marot nomma nihil Valet. ( 3″)"
Mais du logis ne voulut par scrupule ,
Voler la Clef qu'il cacha sous l'Uscet , (4)
Tres poliment ; et depuis même on sçait
Qu'il dit n'avoir donné cette Pilule ,
Aux Vilageois , que pour les mettre au fait-
Qu'un Carabin de Musique ou de Danse
Par Ville et Bourg , voltigeant sans Brever .
Ne doit jamais être payé d'avance ,
Autrement , gare , on risque le paquet..
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Résumé : LE FEINT ORGANISTE. CONTE. Par Mademoiselle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Le texte 'Le Feint Organiste' est un conte écrit par Mademoiselle de Malcrais de la Vigne, native du Croisic en Bretagne. L'action se situe à Quimper, une ville épiscopale de Basse-Bretagne. Les habitants d'un bourg voisin acquièrent une orgue pour leur basilique et recrutent un organiste qui se vante de posséder un grand talent. Grâce à son éloquence et son audace, cet individu est engagé sans audition préalable et reçoit plusieurs mois de salaire d'avance. Lors de son premier concert, durant la grand-messe, l'organiste joue de manière désordonnée et bruyante, semant la panique parmi les fidèles. Confronté aux critiques, il accuse Dom Guinolai, le curé et souffleur, de mal exécuter les indications musicales. Les villageois, convaincus par cette explication, décident de former le souffleur. Après avoir reçu ses instructions, Dom Guinolai quitte discrètement le village sans prendre la clé de sa maison, laissant un avertissement sur les dangers de payer un artiste à l'avance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2886
p. 2549-2551
ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
Début :
Du redoutable éclat de sa magnificence [...]
Mots clefs :
Magnificence, Mortels coupables, Asile, Vengeance, Pénitent, Profanateurs
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
ODE
Sur le respect dû aux Eglises,
Pavete ad Sanctuarium meum.
U redoutable éclat de sa magnificence
Le Seigneur autrefois marchoit environné ;
Les Eclairs et la Foudre annonçoient sa presence
Au Peuple prosterné.
Mais
2550 MERCURE DE FRANCE
Mais aujourd'hui voilant sous des ombres palpables
Les rayons de sa gloire à nos trop foibles yeux,
Ce même Dieu descend chez les mortels coupables
Le
Pour écouter leurs voeux.
témps est un azile où regne la Clemence
1
De nos gémissemens dés qu'elle entend la voix ;
Elle arrache les traits des mains de la vengeance
Qui lui cede ses droits.
Mais je frémis > ô Ciel ! quel attentat , quel
crime !
'Anges , le voyez -vous sans en être irrités ?
L'hommeaux pieds des Autels insulte à la victime
De ses iniquités ,
Des objets indécens , des discours sacrileges
Ravissent au très-haut les coeurs de toutes parts
L'innocence aux abois ne trouve que
Dans ses plus saints Remparts.
des piéges
Est- ce avec tant d'orgueil , de vanité , d'audace ,
Que l'humble Penitent y porte ses remords ?
D'un
NOVEMBRE. 1731. 2551
D'un Chef anéanti croit - il obtenir grace
Sous ces pompeux dehors ?
Nous tremblons à l'aspect des Princes de la
Terre ,
Leur Trône est entouré des vils adorateurs ;
Et l'on ne voit aux pieds du Maître du Tonnerre
Que des Prophanateurs,
Faut-il que l'Eternel arrache nos hommages
Par l'horreur et l'effroi dans un coeur égaré ?
d'un libre amour sous de tendres , non › Non
images
Il veut être honoré.
Pour être moins terrible , est-il moins respec
table ?
Un Dieu nous traite en pere , aimons - le donc
en fils.
Sa tendresse doit- elle , ô Mortel exécrable
Enhardir tes mépris ≥
Dieu vangera son culte , il t'observe en silence à
Inexorable Juge à l'instant du trépas ,
Ainsi que sa bonté sa colere est immense ;
Crains les coups de son braş.
Sur le respect dû aux Eglises,
Pavete ad Sanctuarium meum.
U redoutable éclat de sa magnificence
Le Seigneur autrefois marchoit environné ;
Les Eclairs et la Foudre annonçoient sa presence
Au Peuple prosterné.
Mais
2550 MERCURE DE FRANCE
Mais aujourd'hui voilant sous des ombres palpables
Les rayons de sa gloire à nos trop foibles yeux,
Ce même Dieu descend chez les mortels coupables
Le
Pour écouter leurs voeux.
témps est un azile où regne la Clemence
1
De nos gémissemens dés qu'elle entend la voix ;
Elle arrache les traits des mains de la vengeance
Qui lui cede ses droits.
Mais je frémis > ô Ciel ! quel attentat , quel
crime !
'Anges , le voyez -vous sans en être irrités ?
L'hommeaux pieds des Autels insulte à la victime
De ses iniquités ,
Des objets indécens , des discours sacrileges
Ravissent au très-haut les coeurs de toutes parts
L'innocence aux abois ne trouve que
Dans ses plus saints Remparts.
des piéges
Est- ce avec tant d'orgueil , de vanité , d'audace ,
Que l'humble Penitent y porte ses remords ?
D'un
NOVEMBRE. 1731. 2551
D'un Chef anéanti croit - il obtenir grace
Sous ces pompeux dehors ?
Nous tremblons à l'aspect des Princes de la
Terre ,
Leur Trône est entouré des vils adorateurs ;
Et l'on ne voit aux pieds du Maître du Tonnerre
Que des Prophanateurs,
Faut-il que l'Eternel arrache nos hommages
Par l'horreur et l'effroi dans un coeur égaré ?
d'un libre amour sous de tendres , non › Non
images
Il veut être honoré.
Pour être moins terrible , est-il moins respec
table ?
Un Dieu nous traite en pere , aimons - le donc
en fils.
Sa tendresse doit- elle , ô Mortel exécrable
Enhardir tes mépris ≥
Dieu vangera son culte , il t'observe en silence à
Inexorable Juge à l'instant du trépas ,
Ainsi que sa bonté sa colere est immense ;
Crains les coups de son braş.
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Résumé : ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
L''ODE' est un poème qui exalte le respect dû aux églises et à la divinité. Il commence par rappeler la majesté divine passée, marquée par des phénomènes spectaculaires comme les éclairs et la foudre. Aujourd'hui, Dieu se montre plus clément et accessible, prêt à écouter les prières des hommes. Cependant, le poète exprime son indignation face aux profanations et aux insultes commises par les hommes aux pieds des autels. Il dénonce l'orgueil et l'audace de ceux qui se présentent humblement en pénitents tout en étant remplis de vanité. Le poème critique également ceux qui ne respectent pas Dieu malgré sa tendresse paternelle, soulignant que Dieu observera et jugera les hommes avec sévérité. Il conclut en appelant à craindre la colère divine et à honorer Dieu avec un amour sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2887
p. 2568-2572
A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Début :
Dieu, dont la bonté féconde, [...]
Mots clefs :
Dieu, Bonté féconde, Miracles, Lyre, Zèle, Censure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
A M. BOUHIER ,
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
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Résumé : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Le texte est une ode dédiée à M. Bouhier, nommé premier évêque de Dijon en novembre 1731. L'auteur exprime sa dévotion et son admiration pour Bouhier, soulignant ses vertus, sa sagesse et sa noblesse. La famille de Bouhier est célèbre pour avoir produit des guerriers, des héros et des magistrats, toujours chérie par le peuple et les grands. Bouhier est loué pour suivre les traces de ses ancêtres et pour être honoré à la cour non seulement pour son titre, mais surtout pour sa vertu. Sa passion pour l'équité et la justice lui a valu la confiance de Thémis, la déesse de la justice. La province de Bourgogne lui doit de nombreux bienfaits, notamment des leçons savantes dispensées dans une école illustre. L'auteur conclut en affirmant que la vertu de Bouhier, malgré son humilité, le mènera à une splendeur éternelle, exaltée par la main divine.
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2888
p. 2581-2584
L'ADORATION DES MAGES. POEME.
Mots clefs :
Adoration, Mages, Bethléem, Sceau, Vérité, Cantiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ADORATION DES MAGES. POEME.
L'ADORATION DES MAGES .
J
POEM E.
E chante les saints Rois qui des bords de l'Asie
,
Vinrent à Bethéem adorer le Messie ,
Et qui par
leur respects , leur amour et leur foy ,
Furent marquez du Sceau de la nouvelle loy.
!
O toi , divin rayon qui leur servit de guide
Esprit , qui rassuras leur démarche timide ,
Tu peus seul mé guider dans un si grand dessein,
Sans ton secours ma voix s'éforceroit en vain ,
Source de verité prête - moi ton langage ,
Que chacun dans mes vers admire ton ouvrage
Ce jour , cet heureux jour si long- tems attendu
Ne tient plus des humains le bonheur suspendu ,
Les Chantres immortels des celebrès portiques ,
Du Redempteur qui naît entonnent des Cantiques
L'Univers attentif applaudit aux Concerts
Dont la sainte harmonie éclate dans les airs.
Tout anonce sa gloire, et qui peut méconnoître ,
Le Sauveur d'Israël que la terre voit naître ?
Trois Rois , chéris du Dieu , qui répand ses
bienfaits ,
'Aperçoivent , ravis , le signal de la paix ,
2
E iij Es
2582 MERCURE DE FRANCE
Et par l'heureux secours d'un brillant caractere
Pénétrent le secret de l'auguste Myftere.
Le germe de la foy qui fructifie en eux ,
Les assure dèslors du succès de leurs veux ,
Et versant dans leurs coeurs une allégresse extrême,
Soumet à leur devoir , l'orgueil du diadême ,
Ils partent de ces bords , que d'un oeil tout rian
Embell it le Soleil , sorti de l'Orient ;
Le rayon répandu sous la voute azurée
Vient tracer à leurs yeux une route assurée,
Déja Sion les voit , cherchant le nouveau né ,
Rassembler autour d'eux , un grand peuple éton
né ,
Ils parlent et soudain Jérusalem se trouble ,
D'Herode , soupçonneux , l'épouvante redouble ;
Il consulte , effrayé , les Docteurs de la Loy ,
Mais leur réponse encore augmente son effroy ;
Et reveille en son coeur sa fureur homicide.
Le traitre cependant , sous un dehors perfide ,
Voit les Mages , s'informe , et cachant dans son
sein ,
Du plus noir attentat , le barbare dessein
Béthléem, leur dit - il , est l'endrolt où l'on pense.
Que le CHRIST des Hébreux peut avoir pris naissance
,
Allez lui rendre hommage , Hérode avec sa Cour,
Pour l'aller adorer , attend votre retour.
Cet Ennemi juré , de la race chérie ,
ComNOVEMBRE.
1731. 258 ž
Comme un loup ravissant , qu'anime la furie
Dans son piége bien - tôt croit tenir cet enfant ,,
Immolê sous les coups d'un Couteau triom
phant.
Ministre des enfers , ton esperance est vaine ;
Celui qui s'est soumis à la nature humaine ,
Est le Fils du Tres- haut , le même dont la voix "
Commande à l'Univers , et fait trembler les Rois
Son Berceau ne craint rien de tes mains criminelles
,
Un Chérubin le garde à l'ombre de ses aîles,
L'horreur d'un tel complot a fait pâlir les
cieux.
Hâtez - vous , sages Rois , d'abandonner ces
lieux ,
De vos pieds chancelans secouez la poussiere ;
Le rayon éclipsé , redonne sa lumiere.
Les Mages transportez d'amour et de plaisir ,
Découvrent le séjour , objet de leur désir .
Le celeste flambeau sur Béthléem s'arrête:
Son éclat est fixé sur une humble retraite ,
Là, se montre à leurs yeux l'enfant emmailloté
Entouré des rayons de sa divinité ;
Quel spectacle admirable ? Eh! quelle main puissante
Fait agir à l'instant la grace triomphante !
Leur coeur est devenu le
rampart de la foy ;
Les Mages transportez reconnoissent leur Roy ;
Et du Verbe fait chair , l'éclatante victoire ,
E iiij Et 1
2584 MERCURE DE FRANCE
Couronne l'Eternel d'une nouvelle gloire ,
Ces zélez courtisans ; ces illustres rivaux ,
Changez par l'Esprit Saint en des hommes nouveaux
,
Vont répandre chez eux la semence feconde ,
Qui doit de ses erreurs purifier le monde ;
Les Gentils au vrai Dieu consacrent leurs Autels ,
Entraînent avec eux le reste des mortels ;
Le Très- Haut s'applaudit , et pour prix de leur
zelę ,
Dans les Cieux leur prépare une Palme immortelle
.
J
POEM E.
E chante les saints Rois qui des bords de l'Asie
,
Vinrent à Bethéem adorer le Messie ,
Et qui par
leur respects , leur amour et leur foy ,
Furent marquez du Sceau de la nouvelle loy.
!
O toi , divin rayon qui leur servit de guide
Esprit , qui rassuras leur démarche timide ,
Tu peus seul mé guider dans un si grand dessein,
Sans ton secours ma voix s'éforceroit en vain ,
Source de verité prête - moi ton langage ,
Que chacun dans mes vers admire ton ouvrage
Ce jour , cet heureux jour si long- tems attendu
Ne tient plus des humains le bonheur suspendu ,
Les Chantres immortels des celebrès portiques ,
Du Redempteur qui naît entonnent des Cantiques
L'Univers attentif applaudit aux Concerts
Dont la sainte harmonie éclate dans les airs.
Tout anonce sa gloire, et qui peut méconnoître ,
Le Sauveur d'Israël que la terre voit naître ?
Trois Rois , chéris du Dieu , qui répand ses
bienfaits ,
'Aperçoivent , ravis , le signal de la paix ,
2
E iij Es
2582 MERCURE DE FRANCE
Et par l'heureux secours d'un brillant caractere
Pénétrent le secret de l'auguste Myftere.
Le germe de la foy qui fructifie en eux ,
Les assure dèslors du succès de leurs veux ,
Et versant dans leurs coeurs une allégresse extrême,
Soumet à leur devoir , l'orgueil du diadême ,
Ils partent de ces bords , que d'un oeil tout rian
Embell it le Soleil , sorti de l'Orient ;
Le rayon répandu sous la voute azurée
Vient tracer à leurs yeux une route assurée,
Déja Sion les voit , cherchant le nouveau né ,
Rassembler autour d'eux , un grand peuple éton
né ,
Ils parlent et soudain Jérusalem se trouble ,
D'Herode , soupçonneux , l'épouvante redouble ;
Il consulte , effrayé , les Docteurs de la Loy ,
Mais leur réponse encore augmente son effroy ;
Et reveille en son coeur sa fureur homicide.
Le traitre cependant , sous un dehors perfide ,
Voit les Mages , s'informe , et cachant dans son
sein ,
Du plus noir attentat , le barbare dessein
Béthléem, leur dit - il , est l'endrolt où l'on pense.
Que le CHRIST des Hébreux peut avoir pris naissance
,
Allez lui rendre hommage , Hérode avec sa Cour,
Pour l'aller adorer , attend votre retour.
Cet Ennemi juré , de la race chérie ,
ComNOVEMBRE.
1731. 258 ž
Comme un loup ravissant , qu'anime la furie
Dans son piége bien - tôt croit tenir cet enfant ,,
Immolê sous les coups d'un Couteau triom
phant.
Ministre des enfers , ton esperance est vaine ;
Celui qui s'est soumis à la nature humaine ,
Est le Fils du Tres- haut , le même dont la voix "
Commande à l'Univers , et fait trembler les Rois
Son Berceau ne craint rien de tes mains criminelles
,
Un Chérubin le garde à l'ombre de ses aîles,
L'horreur d'un tel complot a fait pâlir les
cieux.
Hâtez - vous , sages Rois , d'abandonner ces
lieux ,
De vos pieds chancelans secouez la poussiere ;
Le rayon éclipsé , redonne sa lumiere.
Les Mages transportez d'amour et de plaisir ,
Découvrent le séjour , objet de leur désir .
Le celeste flambeau sur Béthléem s'arrête:
Son éclat est fixé sur une humble retraite ,
Là, se montre à leurs yeux l'enfant emmailloté
Entouré des rayons de sa divinité ;
Quel spectacle admirable ? Eh! quelle main puissante
Fait agir à l'instant la grace triomphante !
Leur coeur est devenu le
rampart de la foy ;
Les Mages transportez reconnoissent leur Roy ;
Et du Verbe fait chair , l'éclatante victoire ,
E iiij Et 1
2584 MERCURE DE FRANCE
Couronne l'Eternel d'une nouvelle gloire ,
Ces zélez courtisans ; ces illustres rivaux ,
Changez par l'Esprit Saint en des hommes nouveaux
,
Vont répandre chez eux la semence feconde ,
Qui doit de ses erreurs purifier le monde ;
Les Gentils au vrai Dieu consacrent leurs Autels ,
Entraînent avec eux le reste des mortels ;
Le Très- Haut s'applaudit , et pour prix de leur
zelę ,
Dans les Cieux leur prépare une Palme immortelle
.
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Résumé : L'ADORATION DES MAGES. POEME.
Le poème 'L'Adoration des Mages' relate l'arrivée des Rois Mages d'Asie à Bethléem pour adorer le Messie. Guidés par un rayon divin et une étoile brillante, ils découvrent la naissance du Christ. Leur foi et leur respect les conduisent à Bethléem, où ils trouvent l'enfant emmailloté. Leur cœur est transformé par l'Esprit Saint, et ils repartent pour répandre la foi. À Jérusalem, leur arrivée trouble Hérode, qui consulte les Docteurs de la Loi et dissimule ses intentions meurtrières en les envoyant à Bethléem. Le Christ est protégé par un chérubin. Les Mages reconnaissent leur Roi et purifient le monde de ses erreurs. Les Gentils consacrent leurs autels au vrai Dieu, et le Très-Haut leur prépare une palme immortelle dans les Cieux.
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2889
p. 2594-2595
ENIGME.
Début :
Parmi tous ceux de mon engeance, [...]
Mots clefs :
Aigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PArmi tous ceux de mon engeance ,
Je passe pour le souverain .
Jadis , la celeste puissance
A moi seul borna tout son train ;
Je porte en mes pieds ma deffense ,
J'ai le regard vif et perçant ;
On m'a vû faire diligence ,
En levant plus que moi pesant.
Plus d'un grand à ma ressemblance ,
Plaça toute sa vanité.
A quel point de magnificence ,
Un
NOVEMBRE. 1731. 2995
Un grand peuple m'a-t-il porté ?
Et non loin encor de la France ,
Sous deux chefs je conserve un corps ,
J'y sers même de recompence ,
A ses plus illustres supports.
Au temple en très - belle apparence ,
J'attire les yeux sur mon dos ,
J'y fait observer la cadence
Sans que rien trouble mon repos.
Si tu prens de moi connoissance ,
Lecteur , il faut t'en sçavoir gré ,
On dit que finement je pense ;
Ainsi , tu m'auras pénétré.
PArmi tous ceux de mon engeance ,
Je passe pour le souverain .
Jadis , la celeste puissance
A moi seul borna tout son train ;
Je porte en mes pieds ma deffense ,
J'ai le regard vif et perçant ;
On m'a vû faire diligence ,
En levant plus que moi pesant.
Plus d'un grand à ma ressemblance ,
Plaça toute sa vanité.
A quel point de magnificence ,
Un
NOVEMBRE. 1731. 2995
Un grand peuple m'a-t-il porté ?
Et non loin encor de la France ,
Sous deux chefs je conserve un corps ,
J'y sers même de recompence ,
A ses plus illustres supports.
Au temple en très - belle apparence ,
J'attire les yeux sur mon dos ,
J'y fait observer la cadence
Sans que rien trouble mon repos.
Si tu prens de moi connoissance ,
Lecteur , il faut t'en sçavoir gré ,
On dit que finement je pense ;
Ainsi , tu m'auras pénétré.
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2890
p. 2595-2596
LOGOGRYPHE.
Début :
Phoebus, vous voulez qu'on me biffe [...]
Mots clefs :
Bayonne
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Phoebus › vous voulez qu'on me
biffe
Du Registre de l'Hélicon ,
Si je ne fais un Logogrife ,
Le voici tant mauvais bon.
que
Sept lettres composent mon nom ;
Un,trois,sept,cinq ou six,heureux qui me possede
Cinq , quatre , sept , je suis le patron des bu
veurs ,
Un, deux , trois , cinq , je deviens un remede
Contre
2596 MERCURE DE FRANCE
Contre les plus vives chaleurs.
Cinq , deux , trois , six , hélas ! j'ai honte de pa
roître "
Tant nature m'a fait petit ,
Trois , quatre , un te fera connoitre
Un Malheureux sur un fumier réduit ,
Deux , cinq , six , et puis sept en ajoutant Marie
Je suis Reine de l'Iberie.
Trois , sept , deux , cinq , combine bien
Mon nom dans l'Empire chrétien ,
Est respecté , même dans la Turquie ;
Adjoutés-y mes trois membres restans,
Je suis un mets des plus friands.
Mon Enigme est enfin finie.
in un mot , cher Lecteur , je suis une Cité
Qui toujours à nos Rois garda fidelité.´
DERRONVILLE.
Phoebus › vous voulez qu'on me
biffe
Du Registre de l'Hélicon ,
Si je ne fais un Logogrife ,
Le voici tant mauvais bon.
que
Sept lettres composent mon nom ;
Un,trois,sept,cinq ou six,heureux qui me possede
Cinq , quatre , sept , je suis le patron des bu
veurs ,
Un, deux , trois , cinq , je deviens un remede
Contre
2596 MERCURE DE FRANCE
Contre les plus vives chaleurs.
Cinq , deux , trois , six , hélas ! j'ai honte de pa
roître "
Tant nature m'a fait petit ,
Trois , quatre , un te fera connoitre
Un Malheureux sur un fumier réduit ,
Deux , cinq , six , et puis sept en ajoutant Marie
Je suis Reine de l'Iberie.
Trois , sept , deux , cinq , combine bien
Mon nom dans l'Empire chrétien ,
Est respecté , même dans la Turquie ;
Adjoutés-y mes trois membres restans,
Je suis un mets des plus friands.
Mon Enigme est enfin finie.
in un mot , cher Lecteur , je suis une Cité
Qui toujours à nos Rois garda fidelité.´
DERRONVILLE.
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2891
p. 2596-2597
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Mon nom s'est rendu si fameux, [...]
Mots clefs :
Virgile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND LOGOGRYP HE.
Mon nom s'est rendu si fameux ; On
Que presque tous sont curieux
De m'estimer et me connoître ;
Je puis , sans vanité , passer pour un grand maî
tre ;
Mais sans nombrer içi mes rares qualiteż ,
Je
NOVEMBRE . 1731. 2597.
Je n'ai que sept pieds bien comptez.
Les trois premiers vous font paroître .
Un mot latin , qui sert à désigner mon être :
Par les quatre derniers , souvent dans un Mar
ché
Je fais rire la populace ,
Et me vois des Sots recherché.
Ce n'est pas tout encor ; j'ai bien plus d'une
face.
Si vous joignez au mot latin
La lettre qui forme ma fin ;
Je suis une Ville connue >
Où la chicane en corps semble être descenduë, )
Ensuite , sans me rien changer ,
Tranchez ma troisième partie ,
Il n'est rien que pour moi l'homme ne sacrifie,
Remettez-moi comme on doit m'arranger ;
Jay sept lettres ; alors supprimez la troisième ,
J'exprime certains jouts fâcheux
Que l'estomac craint plus qu'il n'aime ,
Et dans un sens plus malheureux
J'exerce les poulmons d'un chautre ;
En cet état , coupez ma syllabe du centre ,
Je suis ce qui paroîr méprisable à nos yeux.
Si vous cherchez en moy vous verrez la colere
D'Orphée et d'Amphion l'instrument favori
Un oiseau du Chasseur chéri ,
Enfin pour la cuisine un meuble necessaire .
Mon nom s'est rendu si fameux ; On
Que presque tous sont curieux
De m'estimer et me connoître ;
Je puis , sans vanité , passer pour un grand maî
tre ;
Mais sans nombrer içi mes rares qualiteż ,
Je
NOVEMBRE . 1731. 2597.
Je n'ai que sept pieds bien comptez.
Les trois premiers vous font paroître .
Un mot latin , qui sert à désigner mon être :
Par les quatre derniers , souvent dans un Mar
ché
Je fais rire la populace ,
Et me vois des Sots recherché.
Ce n'est pas tout encor ; j'ai bien plus d'une
face.
Si vous joignez au mot latin
La lettre qui forme ma fin ;
Je suis une Ville connue >
Où la chicane en corps semble être descenduë, )
Ensuite , sans me rien changer ,
Tranchez ma troisième partie ,
Il n'est rien que pour moi l'homme ne sacrifie,
Remettez-moi comme on doit m'arranger ;
Jay sept lettres ; alors supprimez la troisième ,
J'exprime certains jouts fâcheux
Que l'estomac craint plus qu'il n'aime ,
Et dans un sens plus malheureux
J'exerce les poulmons d'un chautre ;
En cet état , coupez ma syllabe du centre ,
Je suis ce qui paroîr méprisable à nos yeux.
Si vous cherchez en moy vous verrez la colere
D'Orphée et d'Amphion l'instrument favori
Un oiseau du Chasseur chéri ,
Enfin pour la cuisine un meuble necessaire .
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2892
p. 2625-2627
COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
Début :
Viens à mon secours, [...]
Mots clefs :
Menuet, Ballet, Opéra-Comique, Amours, Grâces, Jeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
COUPLETS ,
Sur le Menuet des Berceaux , du Ballet des
Anglois , de l'Opera Comique.
Viens àmon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute la Victoire ;
Viens à mon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute mes beaux jours.
Soutiens un Buveur
Ma langueur ,
Affoiblit ta gloire ;
Orné d'un Pampre fleuri ,
Verse ton jus chéri ;
A boire ,
A boire ,
Je serai guéri.
Amans malheuroux ,
Chérissez vos noeuds ,
pour Climene : S'ils sont faits
Amans malheureux ,
Chérissez vos noeuds
Quoiqu'ils soient rigoureux.
G US
2626 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vainement .
Fait serment ,
De fuir l'Inhumaine a
Loin même de ses attraits ,
On en ressent les traits.
Climene ,
Ta chaîne ,
Ne se rompt jamais,
Philis , tes accens ,
Toûjours ravissans >
Triomphent des Canentes ;
Philis , tes accens
Toujours ravissans ,
Ne nous laissent qu'un sens.
Ah ! qu'ils sont puissants !
Que je sens ,
Leurs douceurs touchantes !
Philis quel coeur indompté ,
T'a jamais résisté ?
Tu chantes
Νε
Tu chantes ,
Tout est enchanté.
CHANSON.
E vous étonnez pas , Julie ,
Si prés de vous l'esprit s'oublie ;
Tous les écarts sont de saison ,
NOVEMBRE. 1731. 2627,
Où regnent les Jeux et les Graces ;
Trop d'Amours volent sur vos traces
Pour y rencontrer la Raison .
Sur le Menuet des Berceaux , du Ballet des
Anglois , de l'Opera Comique.
Viens àmon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute la Victoire ;
Viens à mon secours
Bacchus , aux Amours
Dispute mes beaux jours.
Soutiens un Buveur
Ma langueur ,
Affoiblit ta gloire ;
Orné d'un Pampre fleuri ,
Verse ton jus chéri ;
A boire ,
A boire ,
Je serai guéri.
Amans malheuroux ,
Chérissez vos noeuds ,
pour Climene : S'ils sont faits
Amans malheureux ,
Chérissez vos noeuds
Quoiqu'ils soient rigoureux.
G US
2626 MERCURE DE FRANCE
Un coeur vainement .
Fait serment ,
De fuir l'Inhumaine a
Loin même de ses attraits ,
On en ressent les traits.
Climene ,
Ta chaîne ,
Ne se rompt jamais,
Philis , tes accens ,
Toûjours ravissans >
Triomphent des Canentes ;
Philis , tes accens
Toujours ravissans ,
Ne nous laissent qu'un sens.
Ah ! qu'ils sont puissants !
Que je sens ,
Leurs douceurs touchantes !
Philis quel coeur indompté ,
T'a jamais résisté ?
Tu chantes
Νε
Tu chantes ,
Tout est enchanté.
CHANSON.
E vous étonnez pas , Julie ,
Si prés de vous l'esprit s'oublie ;
Tous les écarts sont de saison ,
NOVEMBRE. 1731. 2627,
Où regnent les Jeux et les Graces ;
Trop d'Amours volent sur vos traces
Pour y rencontrer la Raison .
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Résumé : COUPLETS, Sur le Menuet des Berceaux, du Ballet des Anglois, de l'Opera Comique.
Le texte extrait du 'Mercure de France' de novembre 1731 présente des couplets et des chansons. Les couplets, inspirés du menuet des Berceaux du Ballet des Anglois de l'Opéra Comique, implorent Bacchus de secourir un buveur affaibli. Ce dernier demande au dieu de soutenir sa langueur et de verser son vin pour le guérir. Les amants malheureux sont encouragés à chérir leurs liens, malgré leur rigueur. Une chanson exprime l'incapacité d'un cœur à fuir une personne inhumaine, malgré les serments. Climène est décrite avec une chaîne inbrisable, tandis que Philis, par ses accents ravissants, triomphe des Canentes et charme irrésistiblement. La dernière chanson s'adresse à Julie, soulignant que près d'elle, l'esprit s'oublie et que les amours et les grâces y règnent, laissant peu de place à la raison.
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2893
p. 2677-2679
ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
Début :
Scavantes filles de mémoire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Lyre, Ouvrage, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
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Résumé : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
L'ode célèbre la nomination de M. Bouhier comme premier évêque de Dijon. Inspirée par les Muses, l'œuvre exprime la joie et l'admiration de l'auteur pour cette distinction. Le roi, guidé par la justice, a récompensé la vertu de Bouhier non pas en raison de sa lignée, mais de ses mérites personnels. Dijon, la patrie de Bouhier, approuve ce choix royal. L'auteur souligne que l'humilité de Bouhier a retardé cette reconnaissance, mais il est désormais attendu avec impatience comme protecteur de l'innocence et destructeur du vice. L'auteur conclut en imposant silence à sa muse, respectant le dévouement de Bouhier à ses responsabilités pastorales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2894
p. 1689
EXPLICATION des deux Logogryphes et de l'Enigme du Mercure d'Octobre 1731.
Début :
De la vie, Amour est le Charme, [...]
Mots clefs :
Logogriphes, Énigme, Pythagore, Charme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des deux Logogryphes et de l'Enigme du Mercure d'Octobre 1731.
EXPLICATION des deux Logogryphes
et de l'Enigme du Mercure
d'Octobre 1731.
STANCES.
DE la vie , Amour est le Charme i
Et tant qu'en dure la saison ,
Sagesse envain tu crie alarme ,
On trouve aimable ce poison.
Quand la Féve tendre à ma table
Tait nombre parmi les Ragouts ,
Je la leur trouve préférable ,
pour elle je les quitte tous.
Pytagore , cet homme sage ,
Sur ce fait fut plus imprudent ,
Que s'il eût défendu l'usage ,
De l'Eponge et du Cure-dent.
P. D. F. de Granville,
et de l'Enigme du Mercure
d'Octobre 1731.
STANCES.
DE la vie , Amour est le Charme i
Et tant qu'en dure la saison ,
Sagesse envain tu crie alarme ,
On trouve aimable ce poison.
Quand la Féve tendre à ma table
Tait nombre parmi les Ragouts ,
Je la leur trouve préférable ,
pour elle je les quitte tous.
Pytagore , cet homme sage ,
Sur ce fait fut plus imprudent ,
Que s'il eût défendu l'usage ,
De l'Eponge et du Cure-dent.
P. D. F. de Granville,
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2895
p. [2695]-2700
ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
Début :
Qu'elle est cette brillante Aurore, [...]
Mots clefs :
Aurore, Sainte Vierge, Rubis, Splendeur, Cieux, Anne, Trinité, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE LA SAINTE VIERGE.
Q
U'elle est cette brillante Aurore ,
Qui vient arrêter mes regards ?
Dans les Airs que sa lueur dore
Je ne vois que Rubis épars.
Vois-je l'Etoile matiniere ?
Elle paroît sur la barriere ,
Et brille de cent feux divers ;
1. Vol A i Le
2696 MERCURE DE FRANCE
La vive splendeur qu'elle entraîne ,
Semble annoncer la Souveraine ,
Des Cieux, de la Terre , et des Mers
Quel charme ! est - ce une vaine image
Mortels , j'abandonne ces lieux;
Un chant mélodieux m'engage ,
A prendre un essor vers les Cieux,
Me voici porté dans les nuës ;
Ah ! de Terres inconnuës ?
que
Je passe , je franchis les Mers ;
Compagnon d'une Troupe aîlée ,
Je plane sur la Galilée ;
Je plonge , j'ay quitté les Airs.
*
Que yeut ce Choeur d'Esprits Celestes ,
Ministres Saints du Dieu de paix ,
Qui respectueux
et modestes ,
D'Anne environnent le Palais ?
Le Dieu , qui ses oeuvres contemple ,
A-t'il fait choix d'un nouveau Temple ,
Qu'il remplit de sa Majesté ?
Oui , des Lys l'odeur ravissante ,
M'assure déja qu'Anne enfante
Le Temple de la Trinité,
1. Vol
C'est
DECEMBRE . 1731. 2697
C'est donc vous , tant de fois prédite ,
'Auguste Fille d'un saint Roy ,
Du Roy des Rois la Favorite,
Des Enfers la rage et l'effroy;
Espoir , amour de tous les âges ,
Des Peuples , des Rois et des Sages ,
Par ma voix recevez sa foy ;
Purs Esprits , souffrez ma presence ;
Les fruits d'une telle Naissance ,
Ne sont pas pour vous , mais
讚
pour
Anges du Ciel , Troupe fidelle ,
Zelez Champions du Très- Haut
Qui du Chefdu Parti rebelle
Jadis repoussâtes l'assaut ,
Honorez cette Chair naissante ;
Révérez cette Arche vivante ,
Où le Saint des Saints entrera ;
Celui qui commande aux tempêtes
Et qui fait tonner sur nos têtes ,
Dans son sein se reposera.
moit
Grand Dieu , que de profond's Misteres
Dévoile un saint ravissement !
Exempt des sentimens vulgaires ,
Que vois-je sur le Firmament-
I. Vol.
A iij Je
2698 MERCURE DE FRANCE
Je prôneray seul Adorable ,
L'Alliance à jamais durable ,
Que tu fais avec les Mortels :
Peuples heureux , venez entendre ,
Quels trésors le Ciel va répandre ,
Sur la Terre et sur vos Autels.
M
L'oeil ne l'a vûë : eh ! qui l'a peinte,
La Majesté du Dieu vivant ?
Gloire , splendeur , terreur et crainte ,
Peignent mal son Trône éclatant.
Qu'elle est brillante cette lame "
Empreinte d'un Burin de flâme ,
Au sein de la Divinité ?
Son Image me représente ,
Qu'après quatre mille ans d'attente
Israël sera visité.
Sacrée Image es- tu fidelle ?
Celui qui meut l'Astre du jour ,
D'une Ambassade solemnelle ,
Honore-t'il l'humain séjour ?
Le divin Messager s'envole ;
Il a de son Dieu la parole ,
D'une Vierge il veut l'agrément ,
Du haut de la Voute azurée ,
I. Vol. L'auguste
DECEMBRE . 1731. 2699
L'auguste Cour de l'Empirée ,
En suspens , le voit et l'attend .
Salut , ô divine allegresse !
L'état de l'homme est immortel ,
Marie a rempli la promesse ,
Qu'autrefois nous fit l'Eternel.
Mais, ô l'inéfable Mistere !
Mere de son Dieu , Vierge et Mere ,
C'est ton sort , Fleur de chasteté ;
Non , non , le Soleil de Justice ,
Aux chastes desirs si propice ,
Ne peut souiller ta pureté.
*
Quel bruit , quel siflement horrible ,
Sort de l'abîme tenebreux ?
Quel Monstre , quel Serpent horrible ,
Fait mugir ces cachots affreux ?
#
Roy du Ciel , lance ton Tonnerres
Ce Dragon ébranle la Terre ,
La terreur saisit les Humains ;
Mais non , le doux fruit de Maric ,
Brise la tête à la Furie ;
Calmons- nous , ses efforts sont vains
味
Sacrez Flancs d'une Vierge pure ,
I. Vol. A iiij
Dont
2700 MERCURE DE FRANCE
Dont l'heureuse fécondité ,
·
Eleve l'humaine Nature
Au rang de la Divinité ;
C'est par vous que l'homme rebelle ,
Rentre en ses droits , devient fidelle ,
Son Dieu présent reçoit ses voeux ;
Quelle bonté ! si le coupable ,
Eût pû n'être pas miserable ,
Il auroit été moins heureux .
Par M. Julien , fuge de Montblanc
SUR LA NAISSANCE
DE LA SAINTE VIERGE.
Q
U'elle est cette brillante Aurore ,
Qui vient arrêter mes regards ?
Dans les Airs que sa lueur dore
Je ne vois que Rubis épars.
Vois-je l'Etoile matiniere ?
Elle paroît sur la barriere ,
Et brille de cent feux divers ;
1. Vol A i Le
2696 MERCURE DE FRANCE
La vive splendeur qu'elle entraîne ,
Semble annoncer la Souveraine ,
Des Cieux, de la Terre , et des Mers
Quel charme ! est - ce une vaine image
Mortels , j'abandonne ces lieux;
Un chant mélodieux m'engage ,
A prendre un essor vers les Cieux,
Me voici porté dans les nuës ;
Ah ! de Terres inconnuës ?
que
Je passe , je franchis les Mers ;
Compagnon d'une Troupe aîlée ,
Je plane sur la Galilée ;
Je plonge , j'ay quitté les Airs.
*
Que yeut ce Choeur d'Esprits Celestes ,
Ministres Saints du Dieu de paix ,
Qui respectueux
et modestes ,
D'Anne environnent le Palais ?
Le Dieu , qui ses oeuvres contemple ,
A-t'il fait choix d'un nouveau Temple ,
Qu'il remplit de sa Majesté ?
Oui , des Lys l'odeur ravissante ,
M'assure déja qu'Anne enfante
Le Temple de la Trinité,
1. Vol
C'est
DECEMBRE . 1731. 2697
C'est donc vous , tant de fois prédite ,
'Auguste Fille d'un saint Roy ,
Du Roy des Rois la Favorite,
Des Enfers la rage et l'effroy;
Espoir , amour de tous les âges ,
Des Peuples , des Rois et des Sages ,
Par ma voix recevez sa foy ;
Purs Esprits , souffrez ma presence ;
Les fruits d'une telle Naissance ,
Ne sont pas pour vous , mais
讚
pour
Anges du Ciel , Troupe fidelle ,
Zelez Champions du Très- Haut
Qui du Chefdu Parti rebelle
Jadis repoussâtes l'assaut ,
Honorez cette Chair naissante ;
Révérez cette Arche vivante ,
Où le Saint des Saints entrera ;
Celui qui commande aux tempêtes
Et qui fait tonner sur nos têtes ,
Dans son sein se reposera.
moit
Grand Dieu , que de profond's Misteres
Dévoile un saint ravissement !
Exempt des sentimens vulgaires ,
Que vois-je sur le Firmament-
I. Vol.
A iij Je
2698 MERCURE DE FRANCE
Je prôneray seul Adorable ,
L'Alliance à jamais durable ,
Que tu fais avec les Mortels :
Peuples heureux , venez entendre ,
Quels trésors le Ciel va répandre ,
Sur la Terre et sur vos Autels.
M
L'oeil ne l'a vûë : eh ! qui l'a peinte,
La Majesté du Dieu vivant ?
Gloire , splendeur , terreur et crainte ,
Peignent mal son Trône éclatant.
Qu'elle est brillante cette lame "
Empreinte d'un Burin de flâme ,
Au sein de la Divinité ?
Son Image me représente ,
Qu'après quatre mille ans d'attente
Israël sera visité.
Sacrée Image es- tu fidelle ?
Celui qui meut l'Astre du jour ,
D'une Ambassade solemnelle ,
Honore-t'il l'humain séjour ?
Le divin Messager s'envole ;
Il a de son Dieu la parole ,
D'une Vierge il veut l'agrément ,
Du haut de la Voute azurée ,
I. Vol. L'auguste
DECEMBRE . 1731. 2699
L'auguste Cour de l'Empirée ,
En suspens , le voit et l'attend .
Salut , ô divine allegresse !
L'état de l'homme est immortel ,
Marie a rempli la promesse ,
Qu'autrefois nous fit l'Eternel.
Mais, ô l'inéfable Mistere !
Mere de son Dieu , Vierge et Mere ,
C'est ton sort , Fleur de chasteté ;
Non , non , le Soleil de Justice ,
Aux chastes desirs si propice ,
Ne peut souiller ta pureté.
*
Quel bruit , quel siflement horrible ,
Sort de l'abîme tenebreux ?
Quel Monstre , quel Serpent horrible ,
Fait mugir ces cachots affreux ?
#
Roy du Ciel , lance ton Tonnerres
Ce Dragon ébranle la Terre ,
La terreur saisit les Humains ;
Mais non , le doux fruit de Maric ,
Brise la tête à la Furie ;
Calmons- nous , ses efforts sont vains
味
Sacrez Flancs d'une Vierge pure ,
I. Vol. A iiij
Dont
2700 MERCURE DE FRANCE
Dont l'heureuse fécondité ,
·
Eleve l'humaine Nature
Au rang de la Divinité ;
C'est par vous que l'homme rebelle ,
Rentre en ses droits , devient fidelle ,
Son Dieu présent reçoit ses voeux ;
Quelle bonté ! si le coupable ,
Eût pû n'être pas miserable ,
Il auroit été moins heureux .
Par M. Julien , fuge de Montblanc
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
L''Ode sur la naissance de la Sainte Vierge' décrit la naissance de Marie comme un événement céleste et miraculeux. L'auteur commence par une vision d'une brillante aurore et d'une étoile matinière annonçant la venue d'une souveraine des Cieux, de la Terre et des Mers. Transporté dans les airs, il observe un chœur d'esprits célestes autour du palais d'Anne, la mère de Marie. Le poème célèbre Marie comme la fille prédite et favorite du Roi des Rois, espérance de tous les âges. Il mentionne les mystères divins et l'alliance éternelle entre Dieu et les mortels. Le texte évoque la majesté de Dieu et la promesse faite à Israël. Il se termine par la description de Marie comme la mère de Dieu, vierge et pure, et par la victoire sur les forces du mal, symbolisées par un monstre ou un serpent. La naissance de Marie est présentée comme un événement qui élève l'humanité et permet à l'homme de retrouver sa fidélité à Dieu.
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2896
p. 2714-2718
DAPHNIS, EGLOGUE.
Début :
Tytire et Palemon, assis au pied d'un hestre, [...]
Mots clefs :
Églogue, Troupeaux, Liqueur souveraine, Clémence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DAPHNIS, EGLOGUE.
DAPHNI S
EGLOGUE.
་
Tytire et Palemon , assis au pied d'un hestre ,
En l'honneur de Daphnis , sur un pipeau champestre
,
Exprimoient l'autre jour , ces agréables sons ,
Tandis que leurs Troupeaux paissoient dans les
Vallons,
Tytire.
L'absence de Daphnis exilant l'allégresse ,
Répandit dans nos champs une sombre tris
tesse ;
Les fougueux Aquilons rassemblant les frimats ,
D'un éternel hyver couvrirent nos climats ;
L'herbe secha par tout , et la naissante Aurore
Ne versa plus ses pleurs sur les présens de
Flore ;
De ses utiles dons , la prodigue Cérès
Ne se ressouvint plus d'enrichir nos Guérets ;
Dans nos Vases taris , l'éleve de Silene ,
Refusa d'épancher sa liqueur souveraine.
Les malignes vapeurs , de l'ardente saison ,
1. Vol. Sur
>
DECEMBRE 1731. 2715
Sur nos Troupeaux mourans , verserent leur poison
;
A nos champs altérez les Fontaines fécondes ,
Cesserent de payer le tribut de leurs ondes,
Palémon.
Daphnis est de retour. La clemence des
Dieux ,
Comble par ce present , le plus doux de nos
voeux ;
Conduit par son destin , au bord d'une Onde
claire ,
Auprès du Chien oisif , le Dain se désaltere ;
Le vent n'agite plus les fragiles roseaux ;
Le Loup paît dans les bois au milieu des
Agneaux ;
Loin du Faune importun , Pinnocente Bergere
Danse d'un pas léger sur la tendre fougere ;
La Colombe en tremblant ne fuit plus le Vau
tour ,
Depuis que sur ces bords Daphnis est de retou
Tytire.
Quand des Dieux irritez , l'infléxible van
geance
'
De l'aimable Daphnis nous fit sentir l'absence ,
Quels furent nos soupirs ? Les hôtes des Forêts ,
Poussant sans cesse au ciel d'inutiles regrets ,
Laisserent écouler les beaux jours de l'Automne ,
1. Vol. Sans
2716 MERCURE DE FRANCE
Sans songer à cueillir les faveurs de Pomone ;
Philomele livrée à ses vives douleurs
D'une race coupable oublia les malheurs ;
Et tes tendres accents , plaintive Tourterelle ,
Cesserent d'appeller ta Compagne fidelle.
Palemon.
Daphnis est de retour. Son aspect gracieux
A changé tout à coup la face de ces lieux.
Les Nymphes par des chants , prémices de leur
joye ,
Celebrant le bonheur que le ciel leur envoye ,
Précipitant leurs pas , au son des Chalumeaux ,
Les Bergers pour le voir, désertent les Hameaux ;
Les Oyseaux soupirant, leur amoureux martyre,
Les hestres agitez au souffle de Zéphire ,
Et les ruisseaux plaintifs , redisent tour 3 tour;
Sur nos bords fortunez , Daphnis est de retour.
Tytire.
Quand Daphnis cut quitté nos retraites paisibles
,
Les Nymphes aux plaisirs devinrent insensibles
Les Bergers accablez sous le poids des ennuis ,
Négligerent long - temps le soin de leurs Brebis.
Les Taureaux paresseux , couchez dans les campagnes
,
De leurs mugissemens remplirent les montagnes,
A Vol.
Les
DECEMBRE. 1731. 2717
Les Echos d'alentour , touchez de leurs malheurs
,
Daignerent par pitié répondre à leurs douleurs ;
Et les Dieux dégoutez de ce funeste azile ,
Chercherent dans le ciel un séjour plus tranquile.
Palemon.
Daphnis est de retour. Dans le moindre Bercail
,
Nous verrons désormais abonder le Bétail.
Dans nos champs par ses soins l'innocence adorée
,
Va bien- tôt ramener l'heureux siecle de Rhée.
Prodigue du talent qu'elle a reçû du ciel ,
L'Abeille augmentera le tribut de son miel.
Rien ne troublera plus la paix de nos retraites ,
Que les Agneaux bélans , et le son des Musettes
Qui feront répéter aux Côteaux d'alentour ,
Sur nos bords fortunez , Daphnis est de retour.
Tytire.
Sur un Autel sanglant , des Victimes mourantes
>
Nos Prêtres consultoient les entrailles fumantes
Lorsque le ciel enfin , touché de nos malheurs
Résolut de tarir la source de nos pleurs
Et sa bonté propice à notre impatience ,
De l'aimable Daphnis , nous rendit la, présence.
1. Vol. B Le
2718 MERCURE DE FRANC
Le Soleil plus brillant , sortit du sein des Eaux ,
L'Olympe se dora de ses feux les plus beaux .
Aimons toûjours Daphnis , qu'il nous aime de
même ,
Bergers , telle est des Dieux la volonté suprême.
Palemon .
Avant que dans nos coeurs, par un honteux
retour ,
Nous sentions pour Daphnis , rallentir notre
amour ,
On verra les Poissons habiter les Montagnes ;
Le lait à flots pressez , couler dans les Campagnes.
La Colombe éviter l'Oyseleur captieux ,
L'Abeille abandonner son travail précieux;
Les Astres de la nuit , interrompre leur course
Les Fleuves étonnez , remonter vers leur sources
Tytire.
Il suffit , reprenons le chemin des Hameaux ,
Déja l'Astre du jour se cache sous les Eaux.
J. M. GAULTISA,
EGLOGUE.
་
Tytire et Palemon , assis au pied d'un hestre ,
En l'honneur de Daphnis , sur un pipeau champestre
,
Exprimoient l'autre jour , ces agréables sons ,
Tandis que leurs Troupeaux paissoient dans les
Vallons,
Tytire.
L'absence de Daphnis exilant l'allégresse ,
Répandit dans nos champs une sombre tris
tesse ;
Les fougueux Aquilons rassemblant les frimats ,
D'un éternel hyver couvrirent nos climats ;
L'herbe secha par tout , et la naissante Aurore
Ne versa plus ses pleurs sur les présens de
Flore ;
De ses utiles dons , la prodigue Cérès
Ne se ressouvint plus d'enrichir nos Guérets ;
Dans nos Vases taris , l'éleve de Silene ,
Refusa d'épancher sa liqueur souveraine.
Les malignes vapeurs , de l'ardente saison ,
1. Vol. Sur
>
DECEMBRE 1731. 2715
Sur nos Troupeaux mourans , verserent leur poison
;
A nos champs altérez les Fontaines fécondes ,
Cesserent de payer le tribut de leurs ondes,
Palémon.
Daphnis est de retour. La clemence des
Dieux ,
Comble par ce present , le plus doux de nos
voeux ;
Conduit par son destin , au bord d'une Onde
claire ,
Auprès du Chien oisif , le Dain se désaltere ;
Le vent n'agite plus les fragiles roseaux ;
Le Loup paît dans les bois au milieu des
Agneaux ;
Loin du Faune importun , Pinnocente Bergere
Danse d'un pas léger sur la tendre fougere ;
La Colombe en tremblant ne fuit plus le Vau
tour ,
Depuis que sur ces bords Daphnis est de retou
Tytire.
Quand des Dieux irritez , l'infléxible van
geance
'
De l'aimable Daphnis nous fit sentir l'absence ,
Quels furent nos soupirs ? Les hôtes des Forêts ,
Poussant sans cesse au ciel d'inutiles regrets ,
Laisserent écouler les beaux jours de l'Automne ,
1. Vol. Sans
2716 MERCURE DE FRANCE
Sans songer à cueillir les faveurs de Pomone ;
Philomele livrée à ses vives douleurs
D'une race coupable oublia les malheurs ;
Et tes tendres accents , plaintive Tourterelle ,
Cesserent d'appeller ta Compagne fidelle.
Palemon.
Daphnis est de retour. Son aspect gracieux
A changé tout à coup la face de ces lieux.
Les Nymphes par des chants , prémices de leur
joye ,
Celebrant le bonheur que le ciel leur envoye ,
Précipitant leurs pas , au son des Chalumeaux ,
Les Bergers pour le voir, désertent les Hameaux ;
Les Oyseaux soupirant, leur amoureux martyre,
Les hestres agitez au souffle de Zéphire ,
Et les ruisseaux plaintifs , redisent tour 3 tour;
Sur nos bords fortunez , Daphnis est de retour.
Tytire.
Quand Daphnis cut quitté nos retraites paisibles
,
Les Nymphes aux plaisirs devinrent insensibles
Les Bergers accablez sous le poids des ennuis ,
Négligerent long - temps le soin de leurs Brebis.
Les Taureaux paresseux , couchez dans les campagnes
,
De leurs mugissemens remplirent les montagnes,
A Vol.
Les
DECEMBRE. 1731. 2717
Les Echos d'alentour , touchez de leurs malheurs
,
Daignerent par pitié répondre à leurs douleurs ;
Et les Dieux dégoutez de ce funeste azile ,
Chercherent dans le ciel un séjour plus tranquile.
Palemon.
Daphnis est de retour. Dans le moindre Bercail
,
Nous verrons désormais abonder le Bétail.
Dans nos champs par ses soins l'innocence adorée
,
Va bien- tôt ramener l'heureux siecle de Rhée.
Prodigue du talent qu'elle a reçû du ciel ,
L'Abeille augmentera le tribut de son miel.
Rien ne troublera plus la paix de nos retraites ,
Que les Agneaux bélans , et le son des Musettes
Qui feront répéter aux Côteaux d'alentour ,
Sur nos bords fortunez , Daphnis est de retour.
Tytire.
Sur un Autel sanglant , des Victimes mourantes
>
Nos Prêtres consultoient les entrailles fumantes
Lorsque le ciel enfin , touché de nos malheurs
Résolut de tarir la source de nos pleurs
Et sa bonté propice à notre impatience ,
De l'aimable Daphnis , nous rendit la, présence.
1. Vol. B Le
2718 MERCURE DE FRANC
Le Soleil plus brillant , sortit du sein des Eaux ,
L'Olympe se dora de ses feux les plus beaux .
Aimons toûjours Daphnis , qu'il nous aime de
même ,
Bergers , telle est des Dieux la volonté suprême.
Palemon .
Avant que dans nos coeurs, par un honteux
retour ,
Nous sentions pour Daphnis , rallentir notre
amour ,
On verra les Poissons habiter les Montagnes ;
Le lait à flots pressez , couler dans les Campagnes.
La Colombe éviter l'Oyseleur captieux ,
L'Abeille abandonner son travail précieux;
Les Astres de la nuit , interrompre leur course
Les Fleuves étonnez , remonter vers leur sources
Tytire.
Il suffit , reprenons le chemin des Hameaux ,
Déja l'Astre du jour se cache sous les Eaux.
J. M. GAULTISA,
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Résumé : DAPHNIS, EGLOGUE.
L'églogue 'Daphnis' présente une conversation entre deux bergers, Tytire et Palémon, sur les conséquences de l'absence et du retour de Daphnis. En l'absence de Daphnis, la nature et les habitants des champs sont plongés dans la tristesse et la désolation. Les vents froids, la sécheresse et l'absence de récoltes affectent les champs, rendant la vie difficile pour les animaux et les bergers. Même les dieux semblent abandonner ces lieux. Cependant, avec le retour de Daphnis, la nature retrouve sa beauté et sa fertilité. Les animaux vivent en harmonie, les bergers et les nymphes célèbrent son retour, et la paix revient dans les champs. Les bergers expriment leur joie et leur gratitude envers Daphnis, affirmant que son retour est un don des dieux. Ils décident de retourner aux hameaux, marquant la fin de leur discussion.
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2897
p. 2725-2726
CONTE EN EPIGRAMME.
Début :
Certain jeune Avocat, affamé de procès [...]
Mots clefs :
Avocat, Cicéron, Railleur
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texteReconnaissance textuelle : CONTE EN EPIGRAMME.
CONTE
EN EPIGRAMM E.
Certain jeune Avocat , affamé de procès
N'avoit ni Client , ni Cliente ;
Envain il balayoit chaque jour le Palais ,
Et disoit à la Gent Plaidante :
Chez moi , Messieurs , on écrit propre
ment ;
En nouveau Ciceron je plaide éloquemment ,
1.Vol. B v Le
2726 MERCURE DE FRANCE
Le tout à juste prix ; il employoit la force
De maint autre raisonement ;
Autant en emporte le vent.
Pas le moindre Plaideur ne venoit à l'amorce ;
Comment faire ! on le raille impitoyablement ;
Ecoute , te voilà dans un âge nubile ,
Lui disoit l'autre jour un de ses bons amis ,
Il faut te marier , et c'est là mon avis.
Alors tout te sera facile ,
Faute de mieux , ce remede aigre- doux ;
Fut accepté par l'Avocat docile.
Il promit de porter le beau titre d'Epoux ;
Pendant qu'une femme on lui quête
Un jour l'ami railleur vint lui parler ainsi ,
Je sais que ton Hymen s'aprête ,
Les affaires , dis -moy , viennent- elles aussi ?
Oh ! bien- tôt , répondit notre futur mari ,
J'en aurai par dessus la tête.
M. D. S. Avocat.
EN EPIGRAMM E.
Certain jeune Avocat , affamé de procès
N'avoit ni Client , ni Cliente ;
Envain il balayoit chaque jour le Palais ,
Et disoit à la Gent Plaidante :
Chez moi , Messieurs , on écrit propre
ment ;
En nouveau Ciceron je plaide éloquemment ,
1.Vol. B v Le
2726 MERCURE DE FRANCE
Le tout à juste prix ; il employoit la force
De maint autre raisonement ;
Autant en emporte le vent.
Pas le moindre Plaideur ne venoit à l'amorce ;
Comment faire ! on le raille impitoyablement ;
Ecoute , te voilà dans un âge nubile ,
Lui disoit l'autre jour un de ses bons amis ,
Il faut te marier , et c'est là mon avis.
Alors tout te sera facile ,
Faute de mieux , ce remede aigre- doux ;
Fut accepté par l'Avocat docile.
Il promit de porter le beau titre d'Epoux ;
Pendant qu'une femme on lui quête
Un jour l'ami railleur vint lui parler ainsi ,
Je sais que ton Hymen s'aprête ,
Les affaires , dis -moy , viennent- elles aussi ?
Oh ! bien- tôt , répondit notre futur mari ,
J'en aurai par dessus la tête.
M. D. S. Avocat.
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Résumé : CONTE EN EPIGRAMME.
Le texte narre l'histoire d'un jeune avocat qui, malgré ses compétences en écriture et en plaidoirie, échoue à attirer des clients. Ses efforts pour se faire connaître restent infructueux et il est moqué par ses pairs. Sur les conseils d'un ami, il décide de se marier dans l'espoir d'améliorer sa situation professionnelle. Plus tard, cet ami lui demande si ses affaires commencent à prospérer. L'avocat répond de manière optimiste qu'il en aura bientôt en abondance. Le récit se conclut sans fournir de détails supplémentaires sur l'évolution de sa carrière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2898
p. 2744-2749
L'HYMEN ET L'AMOUR, Cantate à deux voix,
Début :
Triste Hymen, quel est ton partage, [...]
Mots clefs :
Hymen, Amour, Esclavage, Rigueurs, Cœur, Langage, Foi, Loi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HYMEN ET L'AMOUR, Cantate à deux voix,
L'HYMEN ET L'AMOUR ,
Cantate à deux voix ,
L'Hymen.
TRiste Hymen , quel est ton partage;
Tu ne promets que des faveurs ,
Et malgré toutes tes douceurs ,
On craint , on fuit ton esclavage.
L'Amour n'offre que des rigueurs ,
Et l'Amour seul a l'avantage
De triompher de tous les coeurs.
Я
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2745
L'Hymen dans les bois de Cythere ,
Exprimoit en ces mots ces tristes déplaisirs ,
L'Amo qui l'observoit dans ce lieu solitaire ,
Etoit témoin de ses soupirs.
Tandis que se livrant à sa douleur secrette ,
En vains regrets i alloit s'épancher :
L'Amour sortit de sa retraite ;
L'Amour long-temps ne sçauroit se cacher.
L'Hymen le vit , il en frémit de rage ,
Et lui tint ce langage :
L'Hymen.
Amour , cruel auteur de tous mes déplaisirs ,
Quoi ! ne puis-je éviter ta présence importune ?
Te verrai -je en tous lieux traverser mes desirs ?
Qu'il te suffise , helas ! de troubler ma fortune ,
Ne viens point troubler mes soupics.
L'Amour.
L'Amour ne cherche pas,Hymen,à te contraindre,
Pourquoi l'Amour te fait-il peur ?
Mais sans cesse l'Hymen est de mauvaise hemeur
,
Et l'on l'entend toûjours se plaindre
L'Hymen.
L'Amour cause tout mon ennui ,
De l'Amour seul j'ai tout à craindre ;
Et je në me plains que de lui .
I. Veh Cij
L'A
2746 MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
Quel transport contre moi t'anime ?
Je ne blesse point de Mortels
Que ce ne soit une victime ,
Que je pare pour tes Autels.
L'Hymen.
Jous ce piege trompeur tu triomphes d'une ame ,
Dont tu surprens la foy :
Et pour l'asservir à ta loi ,
Sous les feux de l'Hymen tu déguises la Яâme ,
Que tu n'allumes que pour toi,
L'Amour.
Je ne réponds pas des caprices ,
D'un coeur qu'épouventent tes noeuds ;
Et je n'ai pas besoin de tous ces artifices ,
Pour faire triompher mes feux.
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits ;
Je ne dois qu'à mes charmes ;
Les coeurs que je soumets ;
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits.
L'Hymen.
Sous ton Empire redoutable ;
1. Vol.
Quel
DECEMBRE. 1731. 2747
}
Quel coeur peut vivre heureux ?
u lui fais éprouver des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable ;
L'Hymen plus favorable ,
Assure son bonheur et comble tous ses voeux.
Qui de nous deux est plus aimable
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Sous ton Empire redoutable ,
Quel coeur peut vivre heureux ,
Tu lui fais ressentir des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable.
L'H.
LA.
L'Hymen plus favorable ,
L'Amour plus favorable ,
L'H. Assure son bonheur et comble tous see
voeux :
L'A. Assure ses plaisirs sans contraindre seg
feux :
Ens. Qui de nous deux est plus aimable,
L'Hymen.
L'Amour n'entend que les soupirs
Des Amans que ses loix ont rendus miserables
L'Amour.
Il n'est point sous mes loix de peines comparables
Aux ennuis , au dégout qui suivent tes plaisirs.
L'Hymen.
Tes biens sont imparfaits , mes plaisirs sont dua
rables Ciiij L'A2748
MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
En peut- il être sans desirs.
L'Hymen.
Quand on possede ce qu'on aime
Que refte-t'il à desirer ?
L'Amour.
Qui ne desire rien , ne doit rien esperer ;
Et c'est un mal extrême .
De l'Amant le plus malheureux
L'espoir adoucit les allarmes ,
L'espoir assaisonne les charmes ,
Du bonheur qui comble nos voeux.
L'Hymen.
L'espoir et les desirs sont de vaines chimeres ,
Dont tu repais mille Amans abusez ;
Ce sont des biens imaginaires ,
Ou plutôt des maux déguisez.
L'Amour.
Les biens que promettent tes chaînes ,
Sont trop sujets aux repentirs ;
Mes maux deviennent des plaisirs ,
Tes plaisirs deviennent des peines .
Mais sur nos interêts pourquoi nous aigrir tant
Hymen, cessons de nous plaindre !
1. Vol.
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2742,
L'Hymen.
'Amour , cessons de nous craindre .
L'Hymen et l'Amour.
N'ayons jamais de different.
L'Amour.
L'Amour t'en presse.
L'H.
L'A.
L'Hymen
Et l'Hymen y consens.
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Portons nos coups d'intelligence ,
NNee ffeerrmmoonnss que d'aimables noeuds.
N'allumons que d'aimables feux ;
Aux plus tendres liens attachons la constance.
L'A. Rendons tous les Amans heureux.
L'H. Rendons tous les Epoux heureux ;
Qu'ils soient toujours unis , et toûjours amou
reux.
Cantate à deux voix ,
L'Hymen.
TRiste Hymen , quel est ton partage;
Tu ne promets que des faveurs ,
Et malgré toutes tes douceurs ,
On craint , on fuit ton esclavage.
L'Amour n'offre que des rigueurs ,
Et l'Amour seul a l'avantage
De triompher de tous les coeurs.
Я
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2745
L'Hymen dans les bois de Cythere ,
Exprimoit en ces mots ces tristes déplaisirs ,
L'Amo qui l'observoit dans ce lieu solitaire ,
Etoit témoin de ses soupirs.
Tandis que se livrant à sa douleur secrette ,
En vains regrets i alloit s'épancher :
L'Amour sortit de sa retraite ;
L'Amour long-temps ne sçauroit se cacher.
L'Hymen le vit , il en frémit de rage ,
Et lui tint ce langage :
L'Hymen.
Amour , cruel auteur de tous mes déplaisirs ,
Quoi ! ne puis-je éviter ta présence importune ?
Te verrai -je en tous lieux traverser mes desirs ?
Qu'il te suffise , helas ! de troubler ma fortune ,
Ne viens point troubler mes soupics.
L'Amour.
L'Amour ne cherche pas,Hymen,à te contraindre,
Pourquoi l'Amour te fait-il peur ?
Mais sans cesse l'Hymen est de mauvaise hemeur
,
Et l'on l'entend toûjours se plaindre
L'Hymen.
L'Amour cause tout mon ennui ,
De l'Amour seul j'ai tout à craindre ;
Et je në me plains que de lui .
I. Veh Cij
L'A
2746 MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
Quel transport contre moi t'anime ?
Je ne blesse point de Mortels
Que ce ne soit une victime ,
Que je pare pour tes Autels.
L'Hymen.
Jous ce piege trompeur tu triomphes d'une ame ,
Dont tu surprens la foy :
Et pour l'asservir à ta loi ,
Sous les feux de l'Hymen tu déguises la Яâme ,
Que tu n'allumes que pour toi,
L'Amour.
Je ne réponds pas des caprices ,
D'un coeur qu'épouventent tes noeuds ;
Et je n'ai pas besoin de tous ces artifices ,
Pour faire triompher mes feux.
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits ;
Je ne dois qu'à mes charmes ;
Les coeurs que je soumets ;
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits.
L'Hymen.
Sous ton Empire redoutable ;
1. Vol.
Quel
DECEMBRE. 1731. 2747
}
Quel coeur peut vivre heureux ?
u lui fais éprouver des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable ;
L'Hymen plus favorable ,
Assure son bonheur et comble tous ses voeux.
Qui de nous deux est plus aimable
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Sous ton Empire redoutable ,
Quel coeur peut vivre heureux ,
Tu lui fais ressentir des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable.
L'H.
LA.
L'Hymen plus favorable ,
L'Amour plus favorable ,
L'H. Assure son bonheur et comble tous see
voeux :
L'A. Assure ses plaisirs sans contraindre seg
feux :
Ens. Qui de nous deux est plus aimable,
L'Hymen.
L'Amour n'entend que les soupirs
Des Amans que ses loix ont rendus miserables
L'Amour.
Il n'est point sous mes loix de peines comparables
Aux ennuis , au dégout qui suivent tes plaisirs.
L'Hymen.
Tes biens sont imparfaits , mes plaisirs sont dua
rables Ciiij L'A2748
MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
En peut- il être sans desirs.
L'Hymen.
Quand on possede ce qu'on aime
Que refte-t'il à desirer ?
L'Amour.
Qui ne desire rien , ne doit rien esperer ;
Et c'est un mal extrême .
De l'Amant le plus malheureux
L'espoir adoucit les allarmes ,
L'espoir assaisonne les charmes ,
Du bonheur qui comble nos voeux.
L'Hymen.
L'espoir et les desirs sont de vaines chimeres ,
Dont tu repais mille Amans abusez ;
Ce sont des biens imaginaires ,
Ou plutôt des maux déguisez.
L'Amour.
Les biens que promettent tes chaînes ,
Sont trop sujets aux repentirs ;
Mes maux deviennent des plaisirs ,
Tes plaisirs deviennent des peines .
Mais sur nos interêts pourquoi nous aigrir tant
Hymen, cessons de nous plaindre !
1. Vol.
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2742,
L'Hymen.
'Amour , cessons de nous craindre .
L'Hymen et l'Amour.
N'ayons jamais de different.
L'Amour.
L'Amour t'en presse.
L'H.
L'A.
L'Hymen
Et l'Hymen y consens.
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Portons nos coups d'intelligence ,
NNee ffeerrmmoonnss que d'aimables noeuds.
N'allumons que d'aimables feux ;
Aux plus tendres liens attachons la constance.
L'A. Rendons tous les Amans heureux.
L'H. Rendons tous les Epoux heureux ;
Qu'ils soient toujours unis , et toûjours amou
reux.
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Résumé : L'HYMEN ET L'AMOUR, Cantate à deux voix,
Le texte présente une cantate intitulée 'L'Hymen et l'Amour', structurée sous forme de dialogue entre deux personnages : l'Hymen et l'Amour. L'Hymen exprime son désarroi et sa crainte face à l'Amour, qu'il considère comme la source de tous ses malheurs. Il reproche à l'Amour de troubler ses désirs et de causer son ennui. L'Amour, en réponse, affirme que ses charmes et ses attraits suffisent à conquérir les cœurs sans besoin de tromperie. L'Hymen accuse l'Amour de piéger les âmes et de les asservir, tandis que l'Amour rétorque que les liens de l'Hymen entraînent des maux affreux et une rigueur insupportable. Les deux personnages débattent ensuite des plaisirs et des peines qu'ils apportent. L'Hymen assure que ses plaisirs sont durables, tandis que l'Amour argue que ses désirs et ses espoirs adoucissent les alarmes des amants. Finalement, ils décident de cesser leurs plaintes et leurs craintes mutuelles et de collaborer pour rendre les amants et les époux heureux et unis.
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2899
p. 2762-2765
EXPLICATION de la Médaille frapée en l'honneur de S. E. Monseigneur le Cardinal DE FLEURY, STANCES.
Début :
Vos yeux ne pouvoient voir cet auguste visage, [...]
Mots clefs :
Médaille, Art, Miroir, Vertus, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION de la Médaille frapée en l'honneur de S. E. Monseigneur le Cardinal DE FLEURY, STANCES.
EXPLICATION de la Médaille ( 1`)
frapée en l'honneur de S. E. Monsej
gneur le Cardinal DE FLEURY,
STANCE S.
Vos yeux ne pouvoient voir cet auguste visage
,
Peuples , qu'an sort privé retient loin de la
Cour ;
Un Art ingénieux vous en offre l'image :
Contentez vos regards, contentez votre amours
( 1 ) Il y en a d'Or , d'Argent et de Bronze ,
frapées par l'ordre de Monseigneur le Duc d'An-
1in. Cette Médaille porte le Buste de S. E. avec
cette Légende : Andrea Herculi de Fleury, S.R.E.
Cardinali , Primario Regina Elemosinario. Et au
revers les quatre Vertus Cardinales. La Prudence
tient un Miroir. La Justice , un Balance. La for-
1. Vel. Admirez
1
DECEMBRE . 1721. 2763
Admirez ce maintien doux , tranquile , me
deste ;
Contemplez de ce front la noble gravité ;
Ila je ne sçai-quoi d'aimable et de celeste ,
Qui tient l'oeil attentif , et le coeur enchant
Il consacre avec fruit ses veilles assidues
A la gloire du Prince , au bonheur des Sujets
L'Elite des Vertus icy - bas descenduës
L'accompagne , l'inspire , et guide ses projets.
Voïez-vous ce Miroir ? C'est - là que la PREZ
DENCE
Lui montre le chemin qui conduit au succès ,
Et THEMIS de concert lui montre sa Balance
Pour régler du Public les divers interêts,
*
La FORCE le soutient , par son secours fidelle
Cet HERCUL E nouveau du crime est la te£
reur ;
Il préserve nos Lys d'une Guerre cruelle ;
Du Démon des combats il calme la fureur,
ce , un Lyon sous ses pieds. La Tempérance , un
Mords de bride . Au milieu est un Globe , élevé
sur une Colonne , avec trois Fleurs de Lys , er
eette Légende : Virtutes Regni administra.Voicz
le Mercure d'Aoust 1731 .
1. Vol. Pra
2764 MERCURE DE FRANCE
Par sa voix chaque jour la douce TE-MIRANCE
Modere de LOUIS les sentimens guerriers ;
Et craignant de troubler le repos de la France ,
Szait préférer l'Olive à de sanglans Lauriers.
Sous les yeux de FLEURY , quel astre te
.peut nuire ?
François, que taGrandeur
est solide aujourd'hui
! L'Enfer voudroit envain ébranler un Empire
De qui la Vertu même est le Guide et l'appui.
Poursuis , heureux Génie ; ajoute à ce miracles
;
Jadis , Rome à ta gloire , eut dressé des Autels
Mais lorsque ta Vertu n'y mettra plus d'obstacles
,
La France te rendra des honneurs immortels.
Ce riche Monument , t'en est le doux présage.
A nos tendres désirs D'ANTIN s'est conformé ;
Fécond en grands desseins , il enfante l'ouvrage
Que mille voeux secrets avoient déja formé.
ΕΝΤΟΥ.
Ministre infatigable , et si cher à la France ,
Reçoi ce trait leger de ma Reconnoissance.
1. Vol.
Pardonne
DECEMBRE. 1731.
2763
Fardonne , si mon Chant , dont Toy scul
l'objet ,
Rabaisse la grandeur d'an si noble Sujet.
C'est payer foiblement les glorieux suffrages
Dont tu daignas trois fois honorer mes ou
vrages :
C'est payer foiblement ce Don trop généreux
Que m'adressa ta main , sans attendre mes voeux,
Oh ! si jamais le sort , au gré de mon envie
Tempére ses rigueurs , et prolonge ma vie!
Coulant mes heureux jours dans un docte loisir
[ Ciel tu m'en es témoin ) mon plus charmant
plaisir
Sera de célébrer aux yeux de la Province
Les Vertus du Ministre , et la Gloire du Prince
HEURTAULD , Prêtre , Pro
fesseur en l'Université de Caën.
frapée en l'honneur de S. E. Monsej
gneur le Cardinal DE FLEURY,
STANCE S.
Vos yeux ne pouvoient voir cet auguste visage
,
Peuples , qu'an sort privé retient loin de la
Cour ;
Un Art ingénieux vous en offre l'image :
Contentez vos regards, contentez votre amours
( 1 ) Il y en a d'Or , d'Argent et de Bronze ,
frapées par l'ordre de Monseigneur le Duc d'An-
1in. Cette Médaille porte le Buste de S. E. avec
cette Légende : Andrea Herculi de Fleury, S.R.E.
Cardinali , Primario Regina Elemosinario. Et au
revers les quatre Vertus Cardinales. La Prudence
tient un Miroir. La Justice , un Balance. La for-
1. Vel. Admirez
1
DECEMBRE . 1721. 2763
Admirez ce maintien doux , tranquile , me
deste ;
Contemplez de ce front la noble gravité ;
Ila je ne sçai-quoi d'aimable et de celeste ,
Qui tient l'oeil attentif , et le coeur enchant
Il consacre avec fruit ses veilles assidues
A la gloire du Prince , au bonheur des Sujets
L'Elite des Vertus icy - bas descenduës
L'accompagne , l'inspire , et guide ses projets.
Voïez-vous ce Miroir ? C'est - là que la PREZ
DENCE
Lui montre le chemin qui conduit au succès ,
Et THEMIS de concert lui montre sa Balance
Pour régler du Public les divers interêts,
*
La FORCE le soutient , par son secours fidelle
Cet HERCUL E nouveau du crime est la te£
reur ;
Il préserve nos Lys d'une Guerre cruelle ;
Du Démon des combats il calme la fureur,
ce , un Lyon sous ses pieds. La Tempérance , un
Mords de bride . Au milieu est un Globe , élevé
sur une Colonne , avec trois Fleurs de Lys , er
eette Légende : Virtutes Regni administra.Voicz
le Mercure d'Aoust 1731 .
1. Vol. Pra
2764 MERCURE DE FRANCE
Par sa voix chaque jour la douce TE-MIRANCE
Modere de LOUIS les sentimens guerriers ;
Et craignant de troubler le repos de la France ,
Szait préférer l'Olive à de sanglans Lauriers.
Sous les yeux de FLEURY , quel astre te
.peut nuire ?
François, que taGrandeur
est solide aujourd'hui
! L'Enfer voudroit envain ébranler un Empire
De qui la Vertu même est le Guide et l'appui.
Poursuis , heureux Génie ; ajoute à ce miracles
;
Jadis , Rome à ta gloire , eut dressé des Autels
Mais lorsque ta Vertu n'y mettra plus d'obstacles
,
La France te rendra des honneurs immortels.
Ce riche Monument , t'en est le doux présage.
A nos tendres désirs D'ANTIN s'est conformé ;
Fécond en grands desseins , il enfante l'ouvrage
Que mille voeux secrets avoient déja formé.
ΕΝΤΟΥ.
Ministre infatigable , et si cher à la France ,
Reçoi ce trait leger de ma Reconnoissance.
1. Vol.
Pardonne
DECEMBRE. 1731.
2763
Fardonne , si mon Chant , dont Toy scul
l'objet ,
Rabaisse la grandeur d'an si noble Sujet.
C'est payer foiblement les glorieux suffrages
Dont tu daignas trois fois honorer mes ou
vrages :
C'est payer foiblement ce Don trop généreux
Que m'adressa ta main , sans attendre mes voeux,
Oh ! si jamais le sort , au gré de mon envie
Tempére ses rigueurs , et prolonge ma vie!
Coulant mes heureux jours dans un docte loisir
[ Ciel tu m'en es témoin ) mon plus charmant
plaisir
Sera de célébrer aux yeux de la Province
Les Vertus du Ministre , et la Gloire du Prince
HEURTAULD , Prêtre , Pro
fesseur en l'Université de Caën.
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Résumé : EXPLICATION de la Médaille frapée en l'honneur de S. E. Monseigneur le Cardinal DE FLEURY, STANCES.
Le texte décrit une médaille frappée en l'honneur du Cardinal de Fleury, disponible en or, argent et bronze, commandée par le Duc d'Anjou. Au recto, elle présente le buste du Cardinal avec la légende 'Andrea Herculi de Fleury, S.R.E. Cardinali, Primario Regina Elemosinario'. Au verso, elle représente les quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance, chacune symbolisée par un attribut spécifique. La légende au revers est 'Virtutes Regni administra'. Le texte met en avant les qualités du Cardinal, telles que son maintien doux et tranquille, sa noble gravité et son dévouement à la gloire du Prince et au bonheur des sujets. Les vertus guident ses projets et actions : la Prudence lui montre le chemin du succès, la Justice régule les intérêts publics, la Force le soutient contre le crime, et la Tempérance modère les sentiments guerriers du roi Louis. Enfin, le texte exprime reconnaissance et admiration envers le Duc d'Anjou pour la réalisation de cette médaille et envers les vertus et actions du Cardinal de Fleury.
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2900
p. 2770-2773
TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
Début :
C'est vainement que sur la terre, [...]
Mots clefs :
Plutus, Triomphe, Jupiter, Brillante folie, Adulateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
TRIOMPHE DE PLUTUS
O DE.
C'Est vainement que sur la terre
Jupiter , pour être adoré ,.
Tu fais entendre le Tonnerre
Tu n'en es pas plus réveré .
En vain tes rédoutables Freres
Arment contre des témeraires ,
Et les flots , et les sombres bords
L'homme brave votre puissance ,
Et n'implore que l'assistance
Du Dieu qui préside aux trésors.
Que Mars , pour tout remplir d'allarmes] .
Marche environné de Soldats.
Rien n'est plus foible que ses armes ,
Si Plutus ne les soutient pas.
Minerve , autrefois honorée ,
Est maintenant presqu'ignorée.
DECEMBRE 1731. 2778
Er voir ses Temples renversés.
Rome naissante , tes grands Hommes
Ne seroient au siécle où nous sommes
Que de celebres- insensés .
Qu'on dise que , pour la Patrie ,
Leur amour toujours indompté ,
Leur faisait immoler leur vie ,
Leurs enfans et leur liberté.
Antiques Héros d'Italie ,
Comme une brillante folie ,
Nous regardons vos plus hauts faits :
L'interêt de la République
N'est plus qu'un être chimerique ,
Qui n'excite point nós souhaits,
A ce Récit , fameuses ombres ,
De qui Plutus fut abhorré ,
Repassez les Rivages sombres ,
Pour voir comme il est adoré .
'Accourés , mais pour des prestiges
Ne prenés pas les grands prodiges
Qu'il fait éclatér à nos yeux.
Voyés comment , par sa puissance ,
Des gens sans vertu , sans naissance ,'
Sont devenus des demi-Dieux.
1. Vol
D iiij
ans
1
2772 MERCURE DE FRANCE
Dans les honneurs , dans les délices.
D'Adulateurs environnés ,
Ils triomphent sous ses auspices ;
Ils n'ont que des jours fortunés.
L'industrie en secrets féconde ,
Des fleuves fait remonter Ponde
Sur les monts qu'ils ont enrichiss
Toujours Bacchus , Flore et Pomone
Chez eux du Printemps , de l'Automne
Offrent les dons les plus exquis.
En leur faveur , Dieu des richesses ;
Que ne fais-tu pas en ce temps ?
Sans mérite , par tes largesses ,
Ils s'élevent aux plus hauts rangs .
* Si Themis contre eux prend les armes ;
Dès qu'ils sentent quelques allarmes ,
Tu sçais les mettre en sûreté.
Que peut leur faire sa vangeance ?
Quand tu veux , on voit sa balance
Prête à pancher de ton côté.
Qu'aux Mortels , le Dieu de Cyther
Ne vante plus ses traits vainqueurs ;
Plutus habile en l'art de plaire ,
Mieux que lui triomphe des coeurs
a. Vol.
Pow
DECEMBRE 1731. 2773.
Pour les allier , la Noblesse ,
L'Esprit , la beauté , la sagesse
Ne déterminent plus le choix :
Il est seul l'Arbitre suprême .
Et jusqu'auprès du Diadême ,
L'Hymen est soumis à ses loiz.
Vainement la stoïque Ecole
Condamne ses adorateurs ;
Chez nous sa morale frivole
Ne trouve plus de Sénateurs.
Quelle erreur de penser qu'Astrée ,
De chez les humains retirée ,
Puisse encore les rendre heureux ?
Ce Dieu qui la fit disparoître ,
Est le seul par qui l'on voit naître
Des siécles dignes de leurs voeux.
Par M. de Monfort l'Amaury.
O DE.
C'Est vainement que sur la terre
Jupiter , pour être adoré ,.
Tu fais entendre le Tonnerre
Tu n'en es pas plus réveré .
En vain tes rédoutables Freres
Arment contre des témeraires ,
Et les flots , et les sombres bords
L'homme brave votre puissance ,
Et n'implore que l'assistance
Du Dieu qui préside aux trésors.
Que Mars , pour tout remplir d'allarmes] .
Marche environné de Soldats.
Rien n'est plus foible que ses armes ,
Si Plutus ne les soutient pas.
Minerve , autrefois honorée ,
Est maintenant presqu'ignorée.
DECEMBRE 1731. 2778
Er voir ses Temples renversés.
Rome naissante , tes grands Hommes
Ne seroient au siécle où nous sommes
Que de celebres- insensés .
Qu'on dise que , pour la Patrie ,
Leur amour toujours indompté ,
Leur faisait immoler leur vie ,
Leurs enfans et leur liberté.
Antiques Héros d'Italie ,
Comme une brillante folie ,
Nous regardons vos plus hauts faits :
L'interêt de la République
N'est plus qu'un être chimerique ,
Qui n'excite point nós souhaits,
A ce Récit , fameuses ombres ,
De qui Plutus fut abhorré ,
Repassez les Rivages sombres ,
Pour voir comme il est adoré .
'Accourés , mais pour des prestiges
Ne prenés pas les grands prodiges
Qu'il fait éclatér à nos yeux.
Voyés comment , par sa puissance ,
Des gens sans vertu , sans naissance ,'
Sont devenus des demi-Dieux.
1. Vol
D iiij
ans
1
2772 MERCURE DE FRANCE
Dans les honneurs , dans les délices.
D'Adulateurs environnés ,
Ils triomphent sous ses auspices ;
Ils n'ont que des jours fortunés.
L'industrie en secrets féconde ,
Des fleuves fait remonter Ponde
Sur les monts qu'ils ont enrichiss
Toujours Bacchus , Flore et Pomone
Chez eux du Printemps , de l'Automne
Offrent les dons les plus exquis.
En leur faveur , Dieu des richesses ;
Que ne fais-tu pas en ce temps ?
Sans mérite , par tes largesses ,
Ils s'élevent aux plus hauts rangs .
* Si Themis contre eux prend les armes ;
Dès qu'ils sentent quelques allarmes ,
Tu sçais les mettre en sûreté.
Que peut leur faire sa vangeance ?
Quand tu veux , on voit sa balance
Prête à pancher de ton côté.
Qu'aux Mortels , le Dieu de Cyther
Ne vante plus ses traits vainqueurs ;
Plutus habile en l'art de plaire ,
Mieux que lui triomphe des coeurs
a. Vol.
Pow
DECEMBRE 1731. 2773.
Pour les allier , la Noblesse ,
L'Esprit , la beauté , la sagesse
Ne déterminent plus le choix :
Il est seul l'Arbitre suprême .
Et jusqu'auprès du Diadême ,
L'Hymen est soumis à ses loiz.
Vainement la stoïque Ecole
Condamne ses adorateurs ;
Chez nous sa morale frivole
Ne trouve plus de Sénateurs.
Quelle erreur de penser qu'Astrée ,
De chez les humains retirée ,
Puisse encore les rendre heureux ?
Ce Dieu qui la fit disparoître ,
Est le seul par qui l'on voit naître
Des siécles dignes de leurs voeux.
Par M. de Monfort l'Amaury.
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Résumé : TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
Le texte 'Triumphes de Plutus' souligne la domination du dieu Plutus, associé à la richesse, sur les autres divinités et les valeurs traditionnelles. Jupiter, Mars et Minerve apparaissent impuissants face à la puissance de Plutus, qui soutient les armes et assure la prospérité. Les anciens héros de Rome et d'Italie sont perçus comme des insensés dans le contexte actuel, où l'amour pour la patrie est devenu illusoire. Plutus permet à des individus sans vertu ni naissance d'accéder à des positions élevées et de jouir de jours fortunés. L'industrie et les dieux des récoltes (Bacchus, Flore, Pomone) offrent leurs dons à ceux que Plutus favorise. Même la justice (Themis) et l'amour (le dieu de Cyther) sont subordonnés à Plutus, qui détermine les alliances et les mariages, y compris ceux proches du pouvoir royal. La morale stoïque est rejetée, et Plutus est vu comme le seul capable de créer des époques dignes des aspirations humaines. Le texte est signé par M. de Monfort l'Amaury et date de décembre 1731.
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