Le
même
M
Moreau
de
Mautour
a
adreffé à
M
'
l'Abbé
Bofquillon
,
de l'Academie
Royale de
Soiffons
,
l'Idille
que vous
allez
lire
.
GALANT. 19
LES
CHESNES
.
ARbres
qui
reſiſtez
à
lafureur
des
vents
,
Vous qui femblezbraver les injures
des
ans
,
Dont
la
feuille
aux
Heros
,
aux
Dieux
fut
confacrée
,
Et
les
fruits
aux Humains
fervirent
d'alimens
,
Chefnes fi hauts , fi fiers , qui dans ,
voftre durée ,
Confondez à nos yeux les âges & les
temps ,
Faut
-
il
que
Scudery
,
cette illuftre
MortelleSujette
au
trait
fatal
de la
Parque
cruelle
Ne puiffe fubfifter du moins autant
que vous ?
10
60
MERCURE
Elle n'ignore pas la loy commune à
tous
,
Mais je vois à regret fleurir voftre
jeuneſſe ,
Lorfqu'elle eft déja loin de cet age ou
tout
rit
.
Accable
fous
le
poids d'une
lente vieil
[
efprit
.
Leffe
,
Son
corps
n'eft
foutenu
que
de
fon feul
De
vos feuillages verds
dont
nos
bois
s'embelliffent
La
Nature avec
foin conferve
les
attraits
,
Tandis que de Sapho les forces s'af-
foibliffent,
Elle dont brille encor l'espritpar mille
traits
Et
plein de
ce
beau feu qu'Apollon
feul
inspire
Anime
parfes vers
les
doux chants
de™
fa
lire
.
GALANT. 61Son
grand
àge m'allarme
,
&
fes ra-
pides
jours
,
Sur
les
ailes
du
temps
précipitent leur
cours. [ vie,
Chefnes , qui joüiffez d'une fi longue
Si voftre heureux deftin ne luy fait
point envie ,
Qui d'elle ou bien de vous devroit
plutoftfinir ?
Ilfaudra que le temps unjour anean-
tiffe
De vos troncs orgueilleuxjuſques au
fouvenir,
Mais en dépit dufort , & malgréfon
caprice
Legrand nom
de Sapho vivra dans
Pavenir
.
Enparlant de Sapho ,fije tiens un
langage
Qui
de toute autre
qu'elle
allarmeroit
Pefprit
,
62
MERCURE
Dis
-
moy
,
cher Bofquillon
,
Amy
dif
cret
&
fage
,
Que
fon
merite
touche
,
&
fon age
at-
tendrit
,
Aurois
-
je
dans
mes Vers
manqué
de
politeffe
,
Lorfque
jay
relevé fes jours
&
fa
vieilleffe
?
Non , non , tu fais trop bien quels
éloges font dûs
Aux
nobles
fentimens degrandeur
&
de
gloire
Que
l'on
voit
partoutrépandus
Dansfes écrits gravez du Temple de
Memoire
.
Pour
elle
n'ayons point
ces
trompeu-
fes douceurs
Qui
flattent
l'Amour
propre
&
fedui-
fent
les
cœurs
.
Par defauffes délicateffes,
N'impofonspoint à fes fens abatus;
GALANT. 63De
fon
Sexe
elle
a
les
vertus
,
Et
n'en eut
jamais
les
foibleffes