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1951
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Début :
LES entreprises des mauvais Citoyens contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
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1952
p. 18-34
LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
Début :
DANS un de ces Châteaux charmans, voisins de la rapide Loire, Fatime [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
LA SURPRISE DE L'AMOUR,
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
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Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
Fermer
1953
p. 48
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
Début :
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
Fermer
1954
p. 96-104
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
Début :
IL FAUT convenir, Monsieur, que dans la foule de nos Brochures littéraires, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
1954
1955
p. 104-114
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
Début :
NOUS n'avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres ; aucun qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Fermer
1955
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
1956
p. 115-116
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
NOUS nous contentons, simplement ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, &
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
Fermer
1957
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
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1958
p. 144-145
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
Début :
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de réserver le Prix de la Poësie, en 1764, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
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1959
p. 165-169
« LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
Début :
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
Fermer
1960
p. 172-177
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 4 Février, on donna pour la dernière fois Blanche & Guiscard, Tragédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
Fermer
1961
p. 177-207
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD, Tragédie de M. SAURIN, de l'Académie Françoise. Représentée pour la première fois le 25 Septembre 1763, & reprise le 23 Janvier 1764.
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD,
Tragédie de M. SAURIN,
de l'Académie Françoise. Représentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763, & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , SIFFREDI , Grand Chancelier, BLANCHE , Fille de Siffrédi , LAURE , Amie & Confidente de Blanche , RODOLPHE , Frère de Laure & Confident de Guiſcard, GARDES.
M. Molé.
M. Brizard.
Mlle Clairon.
Mlle Preville.
M. Dauberval.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſepaſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
(
178 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à BELMONT , maison de plaisancede
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piece eſt imitée de Tancréde & Sigif-
monde , Tragédie Angloiſe de feu Tomson , Au-
teur célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma-
riage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici
l'Avant- Scène.
Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puîné : celui-ci , qui fut ſurnommé le mauvais ,
eſt mort au bout dedeux ans d'un régne tyran-
nique,laiffant deux enfans , Guillaume leBon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un filsunique deMainfroi. Guillau-
me le Bon ne voulutpoint le faire périr & confia -
cet enfant en bas âge aux ſoinsdu Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître ſa naif-
fance , ni ſes droits. Le fils deMainfroi élevé
ainſi dans la maiſon de Siffrédi , ſous le nom de
Guifcard , a pris une forte paſſion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les chofes en cet étar ,
Guillaume le Bon eſt ſubitement frappé d'un
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE .
BLANCHE & LAURE..
Blanchedéplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764.
179
dameilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble& la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fait ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
» nous ,
:
Rentrer au fein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles diviſions. Il y a dans l'E-
tat deux partisennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte-..
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe à
Constance , le Connétable Ofmont eſt ſonfavori -
>>Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat ſuprême, .::
>>>Mon père contreOfmont a ſouvent éclaté
>>>Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , ſon cœur patriotique ,.
Ses rigides vertus , dignes deRome antique ,
>>Ont longtemps diviſé leConnétable& lui ,
22Olmont doit le hair.
Laureditquedepuis quelque temps ils ſe ſons
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
deGuifcard , de l'obfcurité qui eſt répandue fur
fon deſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche..
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
>>>Non , cet amour qui regne en un cœur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>>De toutesles vertus legerme précieux,
>> Le plusbeau des préſent que nous ont faitles
>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en-
ſemble, mais que penſe de lai ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout enlui annonce &pro-
metun héros ; que ſon âme eſt élevée, coura-
geuſe, humaine, & que ſi la fouguede ſon na-
turel ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre cœur
>>S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
» aime ,
>>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve,alors, un ſidoux Sentiment!
C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764.
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI,
181
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
s'approcher.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>> Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
Sans garde & protégés de leursſeules vertus.
Il ajouteque le Roi a vu d'un œil ferme la mort
>> Nedemandant au ciel qu'un momentderetard ,
>Qui lui permit de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE ,
NCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI .
>> Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>pte!
>>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
>>Mon père •
BLANCHE.
>>>frère.
il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
SIFFREDI .
>> Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que ſa fille
& Guifcard ne s'aiment: il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des ſuites: le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
l'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il
épouſera
Constance ,
cet Hymen peut ſeul
allurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proi e
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffredi eſt engagé de parole avec
Ofmont, il lui a promis ſa fille en mariage , l'u--
nion du Chancelier avec le Connétable, impor-
re au bien Public & Siffredi ne connoît rien qui ,
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>>Périſſe le mortel, pèriſſe le cœur bas
>>>Qui , portant dans ſes mainsle deſtindesEtats ,
>> Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire,
>>>Immole à ſa grandeur le ſalutd'un Empire.
Guifcard paroît:
Siffredi avant que de ſedé
clarer veut ſonder fon cœur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe enmême temps ſervir de leçon àGuiſeard.
>> Il tenoit pour maxime
>> Qu'un Roi doitpréférer ,( obſédé comme ileſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
: On ne vitpoint , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
>> Il ſçut récompenfer & punir à propos ;
Père enfinde ſon Peuple , il fut plus queHéros.
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Cou-
ronne n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité , & incon
MARS. 1764..
183
nu àlui-même. Illui apprend que le Roi a recon-
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àconditionqu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place decejeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur , mais doute qu'on puiſſe vaincre
P'horreur qu'il doitfentir , quand il ſe connoîtra ,
pour Constance,pour la fillede l'affaſſindeMainfroi..
Siffrédi combat ceſentiment , & fait voirla né-
ceflité du mariage ordonné par le Roi. Guiſcard
continue à s'élever contre..
:ד
>>>Eh ! que craindre après tout ? Ila pour lui, Sei
" gneur ,...
Sa naiſſance , ſes droits, ſans doute ſa valeur.
८
Tout le ſangde Guiſcard eſt prêt à couler pour -
ce Prince.
Couronsverslui ,Seigneur.Ah !dignedeſarace,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>>Peut être qu'il ſe plaintque le ſort envieux ,
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
>>Confine les verrus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
.nom
SIFFREDI...
>> Etpeut- être qu'auſſi ſa frivolejeuneffe
A
>> De montrer un grand cœur , & d'acquérir un
ככ
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe !
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
20
1
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon cœur réponddu ſien : oui, Seigneur , ſans
>>effort ,
>> De mon état obſcur je m'élève àſon ſort;
> Et je ſens qu'à l'aspect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute en
>> tière,
>>Brûleroit d'égaler, en vertus comme en rang,
>> Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
trace:
SIFFREDI .
>>> Eh bien! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
>>Et vous, dont il promet d'être la digne race,
>> Mânes de ſes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guiſcardeſt étonné ,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoif
même. Mais , lui dit Siffredi ,
>> C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD .
:
fance à Siffredi , ne veut régner que par ſes con-
ſells, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
leſeulpoint ſur lequel il n'en veut croire que lui
>>> Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
>>Mais le ſang me la donne.
>> Je maintiendrai mes droits. Aſſemblez le Sénat .
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>> mage.
MARS. 1764.
184
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout ſon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranf-
porté de l'idéede mettre un Diadême aux pieds de
cequ'il aime.
>>>Je vois fans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais, en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalledu premier & du ſecondAle,
Guifcardvoulant raſſurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes, & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa fignature, comme un engagement de la part ,,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature àſon père , qui , rendu au
Sénat, en a fait un uſage contraire aux deſſeinsdu
Prince. Après avoir fait lecture du Teftament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il épouſera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a- t- il dit , un acte
figné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poffédant encore
que le nom de Roi , fans pouvoir , fans expérien-
ce, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
vœu de tout l'Etat : il s'eſt levé, & a remis l'ac
ſemblée au lendemain.
:
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a ététémoin decette ſcène
cruelle. Guifcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoiqueBelmont touche à Palerme, d'indiſpen-
fables ſoins enchaînent Guiſcardà la ville. Mais,
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche, & qu'au
Conſeildulendemaintout ſerépare, il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guifcard, avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru, pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloiredu Roi &le falut
de l'Etat; & pourvu qu'il fauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſentefortement qu'iln'y a que l'hymen
de Constance qui puiſle affermir la Couronne fur
ſa tête , qu'en ne l'épouſantpas, il doit craindre
laplusfuneſterévolution pour leRoyaume &pour
lui-même ; qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſa vie. Guiſcard eſt réſolu de tout braver : mal-
heur à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & lecon--
1
MARS. 1764.
187
Jure enſuited'écouter celui quilui ſervit de père ,
&qui, pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut-être acheteroit d'un
crime. Ilſejette à ſes pieds.
!
>> Vois ton ami , ton père, embraſſanttes genoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même ;
>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Etque le Ciel confie àtesſoins paternels.
>>Citoyens, Magiſtrats , Miniſtres desAutels,
>>>Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
>>Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
>>>Qui nourriſſent l'Etat ,& ſupportent la faim;
>> Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le
>>>fein,
Etl'époux, & l'épouſe , & la mère , & la fille,
Tout un grand Peuple enfin compoſant tafa-
>>mille ,
>>>>( Car les Sujets desRois ſontleurs premiers en--
>> fans) ;
>>>Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans :
» Sauvez-nous , diſent-ils , d'une guerre inteſtine :.
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah! pourd'autres emplois que nos calamités ,
» Réſerve unfangpour toitoutprêt àſe répandre.
>> Réſiſterez-vous donc à cette voix ſi tendre ?
>> Eh quel triſte bonheur, rapportant toutà ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roi !
188 MERCURE DE FRANCE.
Le vôtre.... Mais , Seigneur ,jevoisqu'elle eft
➡émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>> L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui repro-
ched'un ton attendri qu'il l'a mis entre deuxpré-
cipices ; que détruire l'eſpoir de Constance, c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blan
che & le ſang deMainfroi.
>> De tous côtés déchiré, combattu ,
>> La vertu dans mon cœur s'oppoſe à la vertu.
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lurà venir à fon
aide. Il faut que le lendemain ilfaſſe au Sénat l'as
veu de ſa témérité , & qu'il appuie les droitsde
Guiſcard de fon fuffrage :
>>A ceprix
>>TonMaître te pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de ſon Roi ; mais il s'en .
croiroit indigne s'il obéiflair. Guiſcard fort furieux,
endéclarant à Siffredi que Constance ne ſerajamais
quefa Sujette.
しき
>>>Toi , rends grâce à l'amour dont mon cœur eft
>> épris ,
>>>Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764.
SCENE III.
189
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyende ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
leperdra : mais s'agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la pro-
meſſe du Chancelier , & en preſſe l'exécution. Cer
hymen, dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve-
nez : allons à Belmont ; vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, lui adreſſe des reproches &des plain-
tes ſur toutes les affurances de fidélité qu'il lui
avoitdonnées ce jour même.
>>Ta tendreſſejamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! ſansraſſurer ta malheureuſe Amante,
>>Que ne lui diſois-tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
२०
>> Rois :
Blanche enauroitgémi; mais moinsinfortunée,
•N'accuſant que ton rang & que fadeſtinée,
>>Elle eût vécu peut-être , &c.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & ſon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt ar-
rivé , & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ-
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelqueeſpoird'être
aimée du Roi .
BLANCHE.
>>>Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'atrop biendétruit.
SIFFREDI.
Il l'adû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>> Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>>gloire ,
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>>>Il dût , pour être àtoi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'eufle ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
Que mon fang , que ma fille endevînt la furie
Siffredi lui déclarequ'il n'y auroitjamais conſen
ti. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas aſſez:
>>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>Plusle ſort nous élève au-deſſus du vulgaire ,
>>>Plus il nous met en butte à ce juge ſévère ,
1
>>T'immolant notreſang, nosbiens , notrerepos,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie ,
MARS. 1764.
Igr
Qui cherche nosdéfauts , &, ſans reſpect des
>> rangs,
>>>Conſole ſa baſſeſſe en médiſantdesGrands.
Ilfaut le convaincre que ma fille , à l'exemple
dn Roi ,a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>>Et coupant àl'eſpoir ſa derniere racine ,
>>>Prendre un illuſtre époux que ma main te def
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
ſon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>>Je vois en vain vosyeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir,
>>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émou-
voir. Siffredi eſt attendri, mais inébranlabledans
ſesprincipes ; il ne céde point àla pitié. Il décla-
re à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit-il à Laure qui paroît ;affermiſſez Blanchepar
vos conſeils ; que je la retrouve préparée à m'o-
béïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'eſt qu'àla mort que mon cœur ſe
>>diſpoſe.
>> Quel amour est trahi ! quel devoir on m'im
poſe.
>>>Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver
fa
douleur ; queGuifcardne méritepasſes larmes.
Ce n'eſt que du mépris qu'ondoit à ceparjure.
BLANCHE.
>> Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puifſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
- Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
> Longtemps on aime encore en rougifſſant d'ai
>> mer !
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe cejour même.
LAURE .
- Eh bien , vous êtesoutragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>> moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paflé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Conſtance.
BLANCHE."
LAURE .
›Pouvez-vous balancer ?
>>Ah , parjure ,
BLANCHE.
MARS. 1764.
BLANCHE.
>> coœur
M
Dès demain ?
LAURE.
BLANCHE.
>> geur... :
193
On l'affure.
Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut, dans ſon
Le cri du ſang d'un père & le remord van-
>>>Laure, je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
>>Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
>>>Oui , mon hymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon cœur ,j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>>>Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
former ,
>>Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcard.
>>>Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
>>voie.
Quelle joie !
A
BLANCHE.
Oui dans mon déſeſpoir je goûterai lajoie...
SCENE IV.
Siffredi s'avanceavec Ofmont , il lelepréſente
préſente àà
1
194 MERCURE DE FRANCE.
ſa fille. Ofmont lui ditque l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſtpas affez pour
fon bonheur.
» Croirai-je que du moinsla vertueuſe Blanche
>>>Conſentira ſans peine à former ce beau nœud?
BLANCHE.
>> Seigneur.... l'obéiſſance... unpère... ſonaveu...
Je me meurs........
OSMON T.
>>Ciel!
SIFFREDI.
Ma fille! à peine elle reſpired
BLANCHE.
à Laure .
» Omon père!.. aide-moi... Je ne puis me con
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la ſuis , pardonnez àmon ſoinpaternel.
OSMONT.
>>>>Jene vousquitte point dans cetroublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>
>>C'en eft donc fait , hélas! un nœud fatal me
>>lie,
>>Mon malheur n'aura plusde terme que ma vie.
» Puiſſe mon père un jour ne ſe point reprocher
>>Le ſacrificeaffreuxqu'il me vientd'arracher !
MARS. 1764 .
195
Veux-tu précipiter mesvieux ans dans latombe?
M'a-t-il dit. A ce mot mon courage ſuccombe:
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu'a ſentimoncœur!
Quand à la main d'Olmont j'ai joint ma main
>>> tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcardl'avoitcommisauxſoinsdeRodolphe qui
n'apule remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
• Quoi Guiſcard.... Il m'écrit! ...Croit-il par une
Lettre...
>> Voyons , Laure... Mais, non... mon cœur m'en
>>preſſe envain ,
» Non , je ne lirai pointun billetque ſa main..
Eh ! que peut-il medire? ...
Laureditque ſon frère proteſteque ſon Mai-
tre eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère;
mais qu'Ofmont& Siffredi mandés à Palermel'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Dif-
cours , prend la Lettre...
Donne ,
» Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
* >> corps friffonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Guiſcard la raſſure,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon fort
au ſien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'air trahie,
& elle s'en voit pour jamais léparée.
O dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mis un abîme entre nous?
Auroit-elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâterde perdre ſon amant & elle ?
>>>C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
>>De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié,
Vous m'avez tous trahie & mon cœur s'eſt lié.
• Laure s'excuſe ſur ſon zéle , elle accuſele Prince
tout au moins de foibleſſe.
>>L'amour est moins timide en un cœur magna-
>>nime.
BLANCHE , vivement.
>Arrête, Laure,& crains que tatémérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
► Dans l'abîme déja, c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe déter-
mine enfin à n'avoir aucune explication avecle
MARS. 1764 .
197
Roi , à ne le jamais voir ,à dévorer ſespleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à ſon
έρουχ.
>>>Je l'ai vu m'obſerver d'un œil ſombre, inquiet.
>> Il ſembloitde moncœur épier le ſecret ;
>> S'il en eſt encor temps qu'à jamais il l'ignore.
>>Mais périr lentementd'un feuqui vousdévore
>>>Et dans ſon cœur fans ceſſe en étouffer l'éclat,
>> Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>> quille;
>>Que la vie eſt alors un fardeau difficile !
SCENE III.
LeRoi s'avance.Un tremblement ſaiſitBlanche ,
elle veut fuir , & n'en a pas la force: Guifcardle
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de ſa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront, lui dit-il de
douter de mon cœur ?
>>Ton âme net'a pasrépondudela mierine !
Sçache, lui dit-il , que ton père abuſant de
monſein, a tourné contrenous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleurla pluspro
fonde.
>> Eh ! laiſſe-moi,Guiſcard.
I iij
-Laille!
1
198 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Moi , te laiſſer ! jamais,
Non , jamais ...A mon cœur il faut rendre la
»paix;
>> Il faut qu'àton amant cette bouche adorée
>>Renouvelle lafoi ...
BLANCHE.
>> Mon âme eſt déchirée ?
>>O crime irréparable !
GUISCARD , vivement.
>>>Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>> mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantqui t'a-
->>dore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>>Dis que je fuis aimé.
La réſiſtance de Blanche, ſon trouble, ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer. Après
pluſieurs repliques de part &d'autre , ellelui ap-
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
» Il eſt trop vrai.
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
2
Ton époux ! .. Que dis-tu
BLANCHE.
MARS. 1764.
>>>Qu'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
>>Une fatale erreur ....
»Tu l'aimois... oui.
199
>> L'autorité d'un père,
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère "
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Oſmont , o ciel ! Oſmont poſſeder tant de char-
BLANCHE..
Cruel !
GUISCARD.
>>>Je vois couler tes larmes.
► Que fervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre , & tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>> Mon cœur impatientvoloit vers ces demeures ,
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & quit'a pu trahir.
>>Je netedirai point que mon père... que Laure...
>>>Plus àplaindre quetoi,je m'accuſe & m'abhorre.
>>Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſeà montriſte cœur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moipourjamais.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
Ma vie eſtdet'aimer.
Demande donc ma
Mais non , ajoute-t-il, tu n'as pu trahir tes
vœux &les miens;tun'aspu former ces nœuds
auxquels on t'a contrainte; tafoi m'étoit engagée.
> Oui , tes fermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi. ( il luiprend la main. )
OSMONT , qui arrive ence moment.
>>> Madame , oubliez- vous
→Qu'elle vient d'être unie à celled'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces nœuds ſont ſacrés , & mon cœur les
>> révère.
Siffredi paroît ; ellecourt à lui, & fort enle con-
jurant de détourner les maux qu'elle prévoit.
LeConnétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe lesdroits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a faitde ſa ſigna-
ture Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager à Ofmont la foi; que ſes nœuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence , ſont nuls
que fondé fur la promeſſedeBlanche , & armé de
ſa toute-puiffance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
>> Si le jour t'eſt cher, déſormais n'enviſage ,
>> Qu'avec l'œil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>>Celle qu'aime ton Maître, & que mon Trône
>>>attend. Ilfort.
:
MARS. 1764.
201
Ofmont furieux s'emportecontre latyranniede
Guifcard; il ne veut plus le reconnoître pourRoi.
Ilcourt à Palerme déſabuſer Constance& les amis.
Siffredi, en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partisviolens : celui- cirejette tous
les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa-
roît àla tête des Gardes ; Ofmont, forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée, & leſuit au Fort, où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en luidi-
fantqu'il va trouver le Roi:
>> Mesyeux par le ſommeilne ferontpas fe més,
Quevous ne ſoyez libre, & les eſpritscalmés.
ACTE
Ilfaitnuit.
V.
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : leCon-
nétable ſera libre aux premières traces du jour ,
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoî-
tre pour époux deBlanche. Réflexions ſur les paf
fionsdes Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Oſmont a obtenu du Commandant du Forr,
qui eſt ſa créature, d'en ſortir , à conditiond'y
rentreravant lejour. Il ne reſpire que vengeance
& fureur. Siffredi tâche de le ramener àdes partis
modérés; Ofmont lui oppoſel'honneur......
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
4
SIFFREDI .
>>N'appellez point honneur cet enfant de l'or-
gueil ,
>>Eternel artifan dediſcordre&dedeuil,
>> Qui , toujours altéré de ſang&de vengeance,
>>N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>fenſe ;
>>>Qui , ſuperbe & farouche , immole tout à ſoi,
>>>Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi.
Siffredi lequitte, en lui diſant qu'il fera de nou-
veaux efforts auprès du Roi.
>> S'il perfiſte à n'avoir que ſon defir pour loi ,
>Je ne partagerai vos complots ni fon crime ;
>>Maisje ferai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont, àqui la modération de Siffredi eſt ſuf-
pecte, &qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurerde Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J'ai des amis tout prêts, la nuit me favoriſe ;
>>>Allons lesdiſpoſer autour de ce Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer leſuccès,
>>>Il fautpouvoir forcer mon épouſe àme fuivre...
>>Ah! dans lesnoirs tranſports auxquels mon cœur
1
∞ſe livre,
>>>>Elle, Guiſcard& moi,je puistoutimmoler.
>>J'entendsdu bruit. Sortons.( ilfort.)
Blanche entre fuivie de Laure
leRoi.
MARS. 1764.
LAURE.
203
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Ypromène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE .
→Abandonnemon âme au troublequi la fuit:
Vas , laiſſe-moi , ton ſoin m'importune & me
› gêne.
LAURE.
>>Moi , vous laiſſer, ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>> Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE .
>>>Unehorreur plus affreuſe eſt au fondde mon
cœur.
Blanche oblige Laure à fortir.
>>>Laiſſe-moi ...jeleveux ... mon amitié l'exige.
>>Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations &
aux tourmensde fon cœur.Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer ? .. La terreur me pour
>>>fuit.
>>>Quepour les malheureux l'heurelentementfuit!
>>>Qu'une nuitparoît longueà ladouleurqui veilles
Elleentend du bruit , elle ſe léve effrayée. C'eſt
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Raſſure- toi-
>>J'ai ſçu meménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
Comment en vous voyant puis-je être raſſurée !..
GUISCARD , l'interrompant.
>> O Blanche ! écoute-moi : le temps eſtprécieux.
> Rodolphe avec magarde attend près de ces lieux,
>>Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>>>Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez-vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprèsde mon époux?
>>Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>>Avez- vous oublié qu'un nœud facré m'engage ?
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>Dene jamaisoſer vous entendre & vous voir ?
>>Que je ne dois ſongerqu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flâme ?
>>Que vous devez mefuir? & qu'épouſed'Oſmont,
» Votre amour déſormais n'eſt pour moiqu'un
>> affront ?
Non , dit Guiſcard , tu ne l'es pas : Ofimont eſt
ton raviſſeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dé
gage & te permet ....
MARS. 1764.
BLANCHE.
250
>> Seigneur ,
> La Loi permetſouvent ce que défend l'honneur.
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon cœur ;un ſenti-
ment trop tendre lui échappe ,elle s'en apperçoit,
revient ſur elle-même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guiſcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
> Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guiſcarddit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus; Blanche veut que je
>> meure;
» Oui , tu le veux....... Eh bien , j'obéis, & fur
>>>l'heure
» Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard, arrête ,ou le plonge en mon ſein..
>>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>C'en est trop... Jeſuccombe àma peine cruelle,
>> Au nom de cet amour! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle t
BLANCHE.
:
Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
» cœur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>La vertu qui conſole au comble du malheur,
» Veux-tu me la ravir ?
>>gloire ?
► Non....
>> vangeance ;
> Défends-toi.
:
Ils ſe battent.
....
veux-tu fouiller ma
>> Si je pouvois, cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>> Serois-je digne encor , &dujour , & de toi ?
GUISCARD ..
>Ne lui reproche rien.
>> Je meurs à tespieds.
Dans ce moment Ofmont arrive.
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi ,Tyran,
GUISCARD.
>>>Songe , traître , à ta propre défenſe..
Ofmont tombe mortellement
bleſlé; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luj
plonge ſon épéedans le ſein.
>>>Femme perfide , meurs.
Siffredi entrealors, voit ſon gendre mort , &fa
filleexpirante.
► Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
SIFFREDI.
Infortuné vieillard !
MARS. 1764.
àGuifcard.
BLANCHE .
>>card;
>>donne....
àfonpère.
GUISCARD.
207
>> Conſoles ſes vieux ans.... Vous , conſolez Guif-
>>>L'un à l'autre, en mourant, ma tendreſſevous
>> La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
>> main ? ... Je meurs .
Elleexpire ! La mort réunira nos cœurs.
Ilveutse tuer , on ledéfarme.
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait fupprimer de vers , eſt en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plai-
fir des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à fe procurer la lecture de l'Ou-
vrage en entier. CetteTragédie ſe trouve
imprimée , à Paris , chez SEBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue &
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Tragédie de M. SAURIN,
de l'Académie Françoise. Représentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763, & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD, M. Le Kain. Le
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , SIFFREDI , Grand Chancelier, BLANCHE , Fille de Siffrédi , LAURE , Amie & Confidente de Blanche , RODOLPHE , Frère de Laure & Confident de Guiſcard, GARDES.
M. Molé.
M. Brizard.
Mlle Clairon.
Mlle Preville.
M. Dauberval.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſepaſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
(
178 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à BELMONT , maison de plaisancede
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piece eſt imitée de Tancréde & Sigif-
monde , Tragédie Angloiſe de feu Tomson , Au-
teur célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma-
riage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici
l'Avant- Scène.
Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puîné : celui-ci , qui fut ſurnommé le mauvais ,
eſt mort au bout dedeux ans d'un régne tyran-
nique,laiffant deux enfans , Guillaume leBon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un filsunique deMainfroi. Guillau-
me le Bon ne voulutpoint le faire périr & confia -
cet enfant en bas âge aux ſoinsdu Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître ſa naif-
fance , ni ſes droits. Le fils deMainfroi élevé
ainſi dans la maiſon de Siffrédi , ſous le nom de
Guifcard , a pris une forte paſſion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les chofes en cet étar ,
Guillaume le Bon eſt ſubitement frappé d'un
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE .
BLANCHE & LAURE..
Blanchedéplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764.
179
dameilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble& la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fait ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
» nous ,
:
Rentrer au fein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles diviſions. Il y a dans l'E-
tat deux partisennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte-..
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe à
Constance , le Connétable Ofmont eſt ſonfavori -
>>Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat ſuprême, .::
>>>Mon père contreOfmont a ſouvent éclaté
>>>Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , ſon cœur patriotique ,.
Ses rigides vertus , dignes deRome antique ,
>>Ont longtemps diviſé leConnétable& lui ,
22Olmont doit le hair.
Laureditquedepuis quelque temps ils ſe ſons
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
deGuifcard , de l'obfcurité qui eſt répandue fur
fon deſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche..
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
>>>Non , cet amour qui regne en un cœur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>>De toutesles vertus legerme précieux,
>> Le plusbeau des préſent que nous ont faitles
>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en-
ſemble, mais que penſe de lai ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout enlui annonce &pro-
metun héros ; que ſon âme eſt élevée, coura-
geuſe, humaine, & que ſi la fouguede ſon na-
turel ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre cœur
>>S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
» aime ,
>>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve,alors, un ſidoux Sentiment!
C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764.
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI,
181
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
s'approcher.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>> Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
Sans garde & protégés de leursſeules vertus.
Il ajouteque le Roi a vu d'un œil ferme la mort
>> Nedemandant au ciel qu'un momentderetard ,
>Qui lui permit de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE ,
NCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI .
>> Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>pte!
>>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
>>Mon père •
BLANCHE.
>>>frère.
il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
SIFFREDI .
>> Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que ſa fille
& Guifcard ne s'aiment: il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des ſuites: le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
l'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il
épouſera
Constance ,
cet Hymen peut ſeul
allurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proi e
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffredi eſt engagé de parole avec
Ofmont, il lui a promis ſa fille en mariage , l'u--
nion du Chancelier avec le Connétable, impor-
re au bien Public & Siffredi ne connoît rien qui ,
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>>Périſſe le mortel, pèriſſe le cœur bas
>>>Qui , portant dans ſes mainsle deſtindesEtats ,
>> Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire,
>>>Immole à ſa grandeur le ſalutd'un Empire.
Guifcard paroît:
Siffredi avant que de ſedé
clarer veut ſonder fon cœur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe enmême temps ſervir de leçon àGuiſeard.
>> Il tenoit pour maxime
>> Qu'un Roi doitpréférer ,( obſédé comme ileſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
: On ne vitpoint , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
>> Il ſçut récompenfer & punir à propos ;
Père enfinde ſon Peuple , il fut plus queHéros.
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Cou-
ronne n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité , & incon
MARS. 1764..
183
nu àlui-même. Illui apprend que le Roi a recon-
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àconditionqu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place decejeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur , mais doute qu'on puiſſe vaincre
P'horreur qu'il doitfentir , quand il ſe connoîtra ,
pour Constance,pour la fillede l'affaſſindeMainfroi..
Siffrédi combat ceſentiment , & fait voirla né-
ceflité du mariage ordonné par le Roi. Guiſcard
continue à s'élever contre..
:ד
>>>Eh ! que craindre après tout ? Ila pour lui, Sei
" gneur ,...
Sa naiſſance , ſes droits, ſans doute ſa valeur.
८
Tout le ſangde Guiſcard eſt prêt à couler pour -
ce Prince.
Couronsverslui ,Seigneur.Ah !dignedeſarace,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>>Peut être qu'il ſe plaintque le ſort envieux ,
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
>>Confine les verrus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
.nom
SIFFREDI...
>> Etpeut- être qu'auſſi ſa frivolejeuneffe
A
>> De montrer un grand cœur , & d'acquérir un
ככ
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe !
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
20
1
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon cœur réponddu ſien : oui, Seigneur , ſans
>>effort ,
>> De mon état obſcur je m'élève àſon ſort;
> Et je ſens qu'à l'aspect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute en
>> tière,
>>Brûleroit d'égaler, en vertus comme en rang,
>> Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
trace:
SIFFREDI .
>>> Eh bien! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
>>Et vous, dont il promet d'être la digne race,
>> Mânes de ſes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guiſcardeſt étonné ,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoif
même. Mais , lui dit Siffredi ,
>> C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD .
:
fance à Siffredi , ne veut régner que par ſes con-
ſells, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
leſeulpoint ſur lequel il n'en veut croire que lui
>>> Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
>>Mais le ſang me la donne.
>> Je maintiendrai mes droits. Aſſemblez le Sénat .
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>> mage.
MARS. 1764.
184
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout ſon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranf-
porté de l'idéede mettre un Diadême aux pieds de
cequ'il aime.
>>>Je vois fans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais, en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalledu premier & du ſecondAle,
Guifcardvoulant raſſurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes, & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa fignature, comme un engagement de la part ,,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature àſon père , qui , rendu au
Sénat, en a fait un uſage contraire aux deſſeinsdu
Prince. Après avoir fait lecture du Teftament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il épouſera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a- t- il dit , un acte
figné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poffédant encore
que le nom de Roi , fans pouvoir , fans expérien-
ce, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
vœu de tout l'Etat : il s'eſt levé, & a remis l'ac
ſemblée au lendemain.
:
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a ététémoin decette ſcène
cruelle. Guifcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoiqueBelmont touche à Palerme, d'indiſpen-
fables ſoins enchaînent Guiſcardà la ville. Mais,
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche, & qu'au
Conſeildulendemaintout ſerépare, il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guifcard, avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru, pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloiredu Roi &le falut
de l'Etat; & pourvu qu'il fauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſentefortement qu'iln'y a que l'hymen
de Constance qui puiſle affermir la Couronne fur
ſa tête , qu'en ne l'épouſantpas, il doit craindre
laplusfuneſterévolution pour leRoyaume &pour
lui-même ; qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſa vie. Guiſcard eſt réſolu de tout braver : mal-
heur à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & lecon--
1
MARS. 1764.
187
Jure enſuited'écouter celui quilui ſervit de père ,
&qui, pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut-être acheteroit d'un
crime. Ilſejette à ſes pieds.
!
>> Vois ton ami , ton père, embraſſanttes genoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même ;
>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Etque le Ciel confie àtesſoins paternels.
>>Citoyens, Magiſtrats , Miniſtres desAutels,
>>>Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
>>Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
>>>Qui nourriſſent l'Etat ,& ſupportent la faim;
>> Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le
>>>fein,
Etl'époux, & l'épouſe , & la mère , & la fille,
Tout un grand Peuple enfin compoſant tafa-
>>mille ,
>>>>( Car les Sujets desRois ſontleurs premiers en--
>> fans) ;
>>>Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans :
» Sauvez-nous , diſent-ils , d'une guerre inteſtine :.
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah! pourd'autres emplois que nos calamités ,
» Réſerve unfangpour toitoutprêt àſe répandre.
>> Réſiſterez-vous donc à cette voix ſi tendre ?
>> Eh quel triſte bonheur, rapportant toutà ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roi !
188 MERCURE DE FRANCE.
Le vôtre.... Mais , Seigneur ,jevoisqu'elle eft
➡émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>> L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui repro-
ched'un ton attendri qu'il l'a mis entre deuxpré-
cipices ; que détruire l'eſpoir de Constance, c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blan
che & le ſang deMainfroi.
>> De tous côtés déchiré, combattu ,
>> La vertu dans mon cœur s'oppoſe à la vertu.
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lurà venir à fon
aide. Il faut que le lendemain ilfaſſe au Sénat l'as
veu de ſa témérité , & qu'il appuie les droitsde
Guiſcard de fon fuffrage :
>>A ceprix
>>TonMaître te pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de ſon Roi ; mais il s'en .
croiroit indigne s'il obéiflair. Guiſcard fort furieux,
endéclarant à Siffredi que Constance ne ſerajamais
quefa Sujette.
しき
>>>Toi , rends grâce à l'amour dont mon cœur eft
>> épris ,
>>>Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764.
SCENE III.
189
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyende ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
leperdra : mais s'agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la pro-
meſſe du Chancelier , & en preſſe l'exécution. Cer
hymen, dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve-
nez : allons à Belmont ; vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, lui adreſſe des reproches &des plain-
tes ſur toutes les affurances de fidélité qu'il lui
avoitdonnées ce jour même.
>>Ta tendreſſejamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! ſansraſſurer ta malheureuſe Amante,
>>Que ne lui diſois-tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
२०
>> Rois :
Blanche enauroitgémi; mais moinsinfortunée,
•N'accuſant que ton rang & que fadeſtinée,
>>Elle eût vécu peut-être , &c.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & ſon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt ar-
rivé , & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ-
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelqueeſpoird'être
aimée du Roi .
BLANCHE.
>>>Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'atrop biendétruit.
SIFFREDI.
Il l'adû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>> Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>>gloire ,
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>>>Il dût , pour être àtoi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'eufle ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
Que mon fang , que ma fille endevînt la furie
Siffredi lui déclarequ'il n'y auroitjamais conſen
ti. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas aſſez:
>>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>Plusle ſort nous élève au-deſſus du vulgaire ,
>>>Plus il nous met en butte à ce juge ſévère ,
1
>>T'immolant notreſang, nosbiens , notrerepos,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie ,
MARS. 1764.
Igr
Qui cherche nosdéfauts , &, ſans reſpect des
>> rangs,
>>>Conſole ſa baſſeſſe en médiſantdesGrands.
Ilfaut le convaincre que ma fille , à l'exemple
dn Roi ,a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>>Et coupant àl'eſpoir ſa derniere racine ,
>>>Prendre un illuſtre époux que ma main te def
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
ſon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>>Je vois en vain vosyeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir,
>>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émou-
voir. Siffredi eſt attendri, mais inébranlabledans
ſesprincipes ; il ne céde point àla pitié. Il décla-
re à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit-il à Laure qui paroît ;affermiſſez Blanchepar
vos conſeils ; que je la retrouve préparée à m'o-
béïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'eſt qu'àla mort que mon cœur ſe
>>diſpoſe.
>> Quel amour est trahi ! quel devoir on m'im
poſe.
>>>Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver
fa
douleur ; queGuifcardne méritepasſes larmes.
Ce n'eſt que du mépris qu'ondoit à ceparjure.
BLANCHE.
>> Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puifſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
- Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
> Longtemps on aime encore en rougifſſant d'ai
>> mer !
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe cejour même.
LAURE .
- Eh bien , vous êtesoutragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>> moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paflé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Conſtance.
BLANCHE."
LAURE .
›Pouvez-vous balancer ?
>>Ah , parjure ,
BLANCHE.
MARS. 1764.
BLANCHE.
>> coœur
M
Dès demain ?
LAURE.
BLANCHE.
>> geur... :
193
On l'affure.
Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut, dans ſon
Le cri du ſang d'un père & le remord van-
>>>Laure, je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
>>Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
>>>Oui , mon hymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon cœur ,j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>>>Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
former ,
>>Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcard.
>>>Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
>>voie.
Quelle joie !
A
BLANCHE.
Oui dans mon déſeſpoir je goûterai lajoie...
SCENE IV.
Siffredi s'avanceavec Ofmont , il lelepréſente
préſente àà
1
194 MERCURE DE FRANCE.
ſa fille. Ofmont lui ditque l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſtpas affez pour
fon bonheur.
» Croirai-je que du moinsla vertueuſe Blanche
>>>Conſentira ſans peine à former ce beau nœud?
BLANCHE.
>> Seigneur.... l'obéiſſance... unpère... ſonaveu...
Je me meurs........
OSMON T.
>>Ciel!
SIFFREDI.
Ma fille! à peine elle reſpired
BLANCHE.
à Laure .
» Omon père!.. aide-moi... Je ne puis me con
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la ſuis , pardonnez àmon ſoinpaternel.
OSMONT.
>>>>Jene vousquitte point dans cetroublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>
>>C'en eft donc fait , hélas! un nœud fatal me
>>lie,
>>Mon malheur n'aura plusde terme que ma vie.
» Puiſſe mon père un jour ne ſe point reprocher
>>Le ſacrificeaffreuxqu'il me vientd'arracher !
MARS. 1764 .
195
Veux-tu précipiter mesvieux ans dans latombe?
M'a-t-il dit. A ce mot mon courage ſuccombe:
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu'a ſentimoncœur!
Quand à la main d'Olmont j'ai joint ma main
>>> tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcardl'avoitcommisauxſoinsdeRodolphe qui
n'apule remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
• Quoi Guiſcard.... Il m'écrit! ...Croit-il par une
Lettre...
>> Voyons , Laure... Mais, non... mon cœur m'en
>>preſſe envain ,
» Non , je ne lirai pointun billetque ſa main..
Eh ! que peut-il medire? ...
Laureditque ſon frère proteſteque ſon Mai-
tre eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère;
mais qu'Ofmont& Siffredi mandés à Palermel'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Dif-
cours , prend la Lettre...
Donne ,
» Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
* >> corps friffonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Guiſcard la raſſure,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon fort
au ſien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'air trahie,
& elle s'en voit pour jamais léparée.
O dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mis un abîme entre nous?
Auroit-elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâterde perdre ſon amant & elle ?
>>>C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
>>De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié,
Vous m'avez tous trahie & mon cœur s'eſt lié.
• Laure s'excuſe ſur ſon zéle , elle accuſele Prince
tout au moins de foibleſſe.
>>L'amour est moins timide en un cœur magna-
>>nime.
BLANCHE , vivement.
>Arrête, Laure,& crains que tatémérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
► Dans l'abîme déja, c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe déter-
mine enfin à n'avoir aucune explication avecle
MARS. 1764 .
197
Roi , à ne le jamais voir ,à dévorer ſespleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à ſon
έρουχ.
>>>Je l'ai vu m'obſerver d'un œil ſombre, inquiet.
>> Il ſembloitde moncœur épier le ſecret ;
>> S'il en eſt encor temps qu'à jamais il l'ignore.
>>Mais périr lentementd'un feuqui vousdévore
>>>Et dans ſon cœur fans ceſſe en étouffer l'éclat,
>> Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>> quille;
>>Que la vie eſt alors un fardeau difficile !
SCENE III.
LeRoi s'avance.Un tremblement ſaiſitBlanche ,
elle veut fuir , & n'en a pas la force: Guifcardle
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de ſa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront, lui dit-il de
douter de mon cœur ?
>>Ton âme net'a pasrépondudela mierine !
Sçache, lui dit-il , que ton père abuſant de
monſein, a tourné contrenous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleurla pluspro
fonde.
>> Eh ! laiſſe-moi,Guiſcard.
I iij
-Laille!
1
198 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Moi , te laiſſer ! jamais,
Non , jamais ...A mon cœur il faut rendre la
»paix;
>> Il faut qu'àton amant cette bouche adorée
>>Renouvelle lafoi ...
BLANCHE.
>> Mon âme eſt déchirée ?
>>O crime irréparable !
GUISCARD , vivement.
>>>Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>> mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantqui t'a-
->>dore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>>Dis que je fuis aimé.
La réſiſtance de Blanche, ſon trouble, ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer. Après
pluſieurs repliques de part &d'autre , ellelui ap-
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
» Il eſt trop vrai.
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
2
Ton époux ! .. Que dis-tu
BLANCHE.
MARS. 1764.
>>>Qu'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
>>Une fatale erreur ....
»Tu l'aimois... oui.
199
>> L'autorité d'un père,
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère "
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Oſmont , o ciel ! Oſmont poſſeder tant de char-
BLANCHE..
Cruel !
GUISCARD.
>>>Je vois couler tes larmes.
► Que fervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre , & tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>> Mon cœur impatientvoloit vers ces demeures ,
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & quit'a pu trahir.
>>Je netedirai point que mon père... que Laure...
>>>Plus àplaindre quetoi,je m'accuſe & m'abhorre.
>>Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſeà montriſte cœur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moipourjamais.
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
Ma vie eſtdet'aimer.
Demande donc ma
Mais non , ajoute-t-il, tu n'as pu trahir tes
vœux &les miens;tun'aspu former ces nœuds
auxquels on t'a contrainte; tafoi m'étoit engagée.
> Oui , tes fermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi. ( il luiprend la main. )
OSMONT , qui arrive ence moment.
>>> Madame , oubliez- vous
→Qu'elle vient d'être unie à celled'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces nœuds ſont ſacrés , & mon cœur les
>> révère.
Siffredi paroît ; ellecourt à lui, & fort enle con-
jurant de détourner les maux qu'elle prévoit.
LeConnétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe lesdroits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a faitde ſa ſigna-
ture Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager à Ofmont la foi; que ſes nœuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence , ſont nuls
que fondé fur la promeſſedeBlanche , & armé de
ſa toute-puiffance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
>> Si le jour t'eſt cher, déſormais n'enviſage ,
>> Qu'avec l'œil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>>Celle qu'aime ton Maître, & que mon Trône
>>>attend. Ilfort.
:
MARS. 1764.
201
Ofmont furieux s'emportecontre latyranniede
Guifcard; il ne veut plus le reconnoître pourRoi.
Ilcourt à Palerme déſabuſer Constance& les amis.
Siffredi, en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partisviolens : celui- cirejette tous
les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa-
roît àla tête des Gardes ; Ofmont, forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée, & leſuit au Fort, où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en luidi-
fantqu'il va trouver le Roi:
>> Mesyeux par le ſommeilne ferontpas fe més,
Quevous ne ſoyez libre, & les eſpritscalmés.
ACTE
Ilfaitnuit.
V.
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : leCon-
nétable ſera libre aux premières traces du jour ,
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoî-
tre pour époux deBlanche. Réflexions ſur les paf
fionsdes Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Oſmont a obtenu du Commandant du Forr,
qui eſt ſa créature, d'en ſortir , à conditiond'y
rentreravant lejour. Il ne reſpire que vengeance
& fureur. Siffredi tâche de le ramener àdes partis
modérés; Ofmont lui oppoſel'honneur......
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
4
SIFFREDI .
>>N'appellez point honneur cet enfant de l'or-
gueil ,
>>Eternel artifan dediſcordre&dedeuil,
>> Qui , toujours altéré de ſang&de vengeance,
>>N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>fenſe ;
>>>Qui , ſuperbe & farouche , immole tout à ſoi,
>>>Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi.
Siffredi lequitte, en lui diſant qu'il fera de nou-
veaux efforts auprès du Roi.
>> S'il perfiſte à n'avoir que ſon defir pour loi ,
>Je ne partagerai vos complots ni fon crime ;
>>Maisje ferai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont, àqui la modération de Siffredi eſt ſuf-
pecte, &qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurerde Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J'ai des amis tout prêts, la nuit me favoriſe ;
>>>Allons lesdiſpoſer autour de ce Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer leſuccès,
>>>Il fautpouvoir forcer mon épouſe àme fuivre...
>>Ah! dans lesnoirs tranſports auxquels mon cœur
1
∞ſe livre,
>>>>Elle, Guiſcard& moi,je puistoutimmoler.
>>J'entendsdu bruit. Sortons.( ilfort.)
Blanche entre fuivie de Laure
leRoi.
MARS. 1764.
LAURE.
203
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Ypromène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE .
→Abandonnemon âme au troublequi la fuit:
Vas , laiſſe-moi , ton ſoin m'importune & me
› gêne.
LAURE.
>>Moi , vous laiſſer, ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>> Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE .
>>>Unehorreur plus affreuſe eſt au fondde mon
cœur.
Blanche oblige Laure à fortir.
>>>Laiſſe-moi ...jeleveux ... mon amitié l'exige.
>>Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations &
aux tourmensde fon cœur.Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer ? .. La terreur me pour
>>>fuit.
>>>Quepour les malheureux l'heurelentementfuit!
>>>Qu'une nuitparoît longueà ladouleurqui veilles
Elleentend du bruit , elle ſe léve effrayée. C'eſt
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>>Raſſure- toi-
>>J'ai ſçu meménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
Comment en vous voyant puis-je être raſſurée !..
GUISCARD , l'interrompant.
>> O Blanche ! écoute-moi : le temps eſtprécieux.
> Rodolphe avec magarde attend près de ces lieux,
>>Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>>>Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez-vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprèsde mon époux?
>>Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>>Avez- vous oublié qu'un nœud facré m'engage ?
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>Dene jamaisoſer vous entendre & vous voir ?
>>Que je ne dois ſongerqu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flâme ?
>>Que vous devez mefuir? & qu'épouſed'Oſmont,
» Votre amour déſormais n'eſt pour moiqu'un
>> affront ?
Non , dit Guiſcard , tu ne l'es pas : Ofimont eſt
ton raviſſeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dé
gage & te permet ....
MARS. 1764.
BLANCHE.
250
>> Seigneur ,
> La Loi permetſouvent ce que défend l'honneur.
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon cœur ;un ſenti-
ment trop tendre lui échappe ,elle s'en apperçoit,
revient ſur elle-même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guiſcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
> Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guiſcarddit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus; Blanche veut que je
>> meure;
» Oui , tu le veux....... Eh bien , j'obéis, & fur
>>>l'heure
» Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard, arrête ,ou le plonge en mon ſein..
>>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>C'en est trop... Jeſuccombe àma peine cruelle,
>> Au nom de cet amour! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle t
BLANCHE.
:
Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
» cœur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>La vertu qui conſole au comble du malheur,
» Veux-tu me la ravir ?
>>gloire ?
► Non....
>> vangeance ;
> Défends-toi.
:
Ils ſe battent.
....
veux-tu fouiller ma
>> Si je pouvois, cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>> Serois-je digne encor , &dujour , & de toi ?
GUISCARD ..
>Ne lui reproche rien.
>> Je meurs à tespieds.
Dans ce moment Ofmont arrive.
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi ,Tyran,
GUISCARD.
>>>Songe , traître , à ta propre défenſe..
Ofmont tombe mortellement
bleſlé; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luj
plonge ſon épéedans le ſein.
>>>Femme perfide , meurs.
Siffredi entrealors, voit ſon gendre mort , &fa
filleexpirante.
► Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
SIFFREDI.
Infortuné vieillard !
MARS. 1764.
àGuifcard.
BLANCHE .
>>card;
>>donne....
àfonpère.
GUISCARD.
207
>> Conſoles ſes vieux ans.... Vous , conſolez Guif-
>>>L'un à l'autre, en mourant, ma tendreſſevous
>> La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
>> main ? ... Je meurs .
Elleexpire ! La mort réunira nos cœurs.
Ilveutse tuer , on ledéfarme.
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait fupprimer de vers , eſt en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plai-
fir des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à fe procurer la lecture de l'Ou-
vrage en entier. CetteTragédie ſe trouve
imprimée , à Paris , chez SEBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue &
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Fermer
1962
p. 208-215
REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
Début :
ON convient généralement que le Sujet de cette Tragédie est un des plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR BLANCHE ET GUISCARD.
REMARQUES
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie est un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choifir ,
&des plus propres à produire ungrand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , fur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru de-
voir ne changer que les noms des deux
principauxPerſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne pen-
ſe, ne juge & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tra-
gédies , n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , in-
titulée Otello , dans laquelle un mou-
choir de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
1
MARS. 1764.
209
Dans Tancréde & Sigismonde , dont
Blanche & Guifcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la ſupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
ſon Roi. M. SAURIN a voulu nous
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abfolument les cen-
fures de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par fon objet, font telle-
ment hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être in-
troduits fur la Scène. On ne peut con-
teſter qu'il réſulte de l'imprudence har-
die du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , fans
l'abus du blanc ſeing,Guifcard & Blan-
che ne ſe trouveroient pas dans une for-
tede néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
cette ſituation a ému juſqu'aux lar
mes. Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreffion , mais le fond de
l'intérêt n'en eft pas moins dans la fi-
tuation des Perſonnages. Pourquoi ,
demandera - t-on , cette émotion mo-
mentanée n'a- t- elle pas influé fur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'o-
pinion & même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peut-
être , ( il eſt importantde le remarquer)
de ce que les Perſonnages du princi-
pal intérêt ne font pas d'abord affezcon-
nus. On ne ſçaitpas ſeulement le nom
P
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de laPiéce ; de ce
Roi dont le fort& les vertus donnent
lieu à de très-beaux détails
,
mais
ce qu'il y a de plus effentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvementde l'action. L'origi.
ne de Guifcard reſte obſcure,pour bien
des gens peu inſtruits , quelque temps
après l'expofition. Si cette cenfure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelleslangueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764.
21 F
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonstance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces conſidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une ſource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
parpar ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du fenti-
ment. Il faut donc commencer par la
féduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fou-
vent que peud'effet. Tous ces inconvé
niens font d'une difficulté prèſqu'infur-
montable , dans les ſujets de fiction mo-
derne , ou puiſés dans des Hiftoires par-
ticulières. Il n'en eſt pas de même lorf-
que les noms ſeuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expofent , & prépa-
rent en même temps à l'émotion du
cœur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE .
nions fur le fond conſtitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons quedes éloges,
ou plutôt une juſtice généralement ren-
due , à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont ſuffifa-
ment prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poëfie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons diſputer
aux Anglois. On a vu de ce même Au-
teur des caractères d'une touche ferme
& male , juſques dans les tendreſſesde
l'amour. On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur. Une verfification qui ne fa-
crifie point au brillant des mots & des
tours la folidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les pen-
fées , dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peude fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueuſement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur jufte & éclairé nous aura préve-
nus ſur cet éloge , par laſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En li-
fant la Piéce en entier , il ſera plus con-
firmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus , &c.
MARS. 1764.
213
diſpenſer d'obſerver que l'impreſſion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplace-
ment des Acteurs dans les rôles de Guif-
card & d'Ofmont. Que l'on nous per
mette , avant de finir , quelques réflé-
xions générales à cette occafion , puiſées
dans le vœu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Per-
ſonnage repréſenté, ( conditions très-
effentielles pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale ,
ainſi que dans tous les autres , une cer-
taine manière propre à chaque Acteur ,
quoiquedans le même genre de talens ,
laquellea plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perſon-
nages d'un Drame. C'eſt de la juſteſſede
ces divers rapports que dépend certaine-
ment la meilleure diſtribution dans
les rôles. Lorſque cette juſteſſe eſt
tant ſoit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eſt
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
àla véritable cauſe; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le dé-
faut de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins nedétruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Ac-
teurs, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparerle vice de diſtribution. C'eſt
alors unmalheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Cri-
tique.
Il feroit donc d'une néceffité bien
importante, pour la fatisfaction du Pu-
blic , pour l'intérêtdes Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles.
Préé-
minence ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diftin-
gué par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux; ce rôle fût-il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une fouled'exemples , s'il en falloit pour
prouverl'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mlle CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764.
215
le Catilina de CRÉBILLON. Que l'on
voyé aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la dé-
férence des Auteurs pour les droits de
cette faufſe étiquetté.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoif-
fance pour Mlle CLAIRON ,non-feule-
ment dans l'Avertiſſement qui précéde
ſå Piéce, mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire.
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie est un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choifir ,
&des plus propres à produire ungrand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , fur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru de-
voir ne changer que les noms des deux
principauxPerſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne pen-
ſe, ne juge & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tra-
gédies , n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , in-
titulée Otello , dans laquelle un mou-
choir de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
1
MARS. 1764.
209
Dans Tancréde & Sigismonde , dont
Blanche & Guifcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la ſupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
ſon Roi. M. SAURIN a voulu nous
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abfolument les cen-
fures de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par fon objet, font telle-
ment hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être in-
troduits fur la Scène. On ne peut con-
teſter qu'il réſulte de l'imprudence har-
die du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , fans
l'abus du blanc ſeing,Guifcard & Blan-
che ne ſe trouveroient pas dans une for-
tede néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
cette ſituation a ému juſqu'aux lar
mes. Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreffion , mais le fond de
l'intérêt n'en eft pas moins dans la fi-
tuation des Perſonnages. Pourquoi ,
demandera - t-on , cette émotion mo-
mentanée n'a- t- elle pas influé fur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'o-
pinion & même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peut-
être , ( il eſt importantde le remarquer)
de ce que les Perſonnages du princi-
pal intérêt ne font pas d'abord affezcon-
nus. On ne ſçaitpas ſeulement le nom
P
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de laPiéce ; de ce
Roi dont le fort& les vertus donnent
lieu à de très-beaux détails
,
mais
ce qu'il y a de plus effentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvementde l'action. L'origi.
ne de Guifcard reſte obſcure,pour bien
des gens peu inſtruits , quelque temps
après l'expofition. Si cette cenfure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelleslangueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764.
21 F
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonstance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces conſidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une ſource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
parpar ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du fenti-
ment. Il faut donc commencer par la
féduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fou-
vent que peud'effet. Tous ces inconvé
niens font d'une difficulté prèſqu'infur-
montable , dans les ſujets de fiction mo-
derne , ou puiſés dans des Hiftoires par-
ticulières. Il n'en eſt pas de même lorf-
que les noms ſeuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expofent , & prépa-
rent en même temps à l'émotion du
cœur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE .
nions fur le fond conſtitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons quedes éloges,
ou plutôt une juſtice généralement ren-
due , à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont ſuffifa-
ment prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poëfie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons diſputer
aux Anglois. On a vu de ce même Au-
teur des caractères d'une touche ferme
& male , juſques dans les tendreſſesde
l'amour. On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur. Une verfification qui ne fa-
crifie point au brillant des mots & des
tours la folidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les pen-
fées , dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peude fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueuſement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur jufte & éclairé nous aura préve-
nus ſur cet éloge , par laſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En li-
fant la Piéce en entier , il ſera plus con-
firmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus , &c.
MARS. 1764.
213
diſpenſer d'obſerver que l'impreſſion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplace-
ment des Acteurs dans les rôles de Guif-
card & d'Ofmont. Que l'on nous per
mette , avant de finir , quelques réflé-
xions générales à cette occafion , puiſées
dans le vœu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Per-
ſonnage repréſenté, ( conditions très-
effentielles pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale ,
ainſi que dans tous les autres , une cer-
taine manière propre à chaque Acteur ,
quoiquedans le même genre de talens ,
laquellea plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perſon-
nages d'un Drame. C'eſt de la juſteſſede
ces divers rapports que dépend certaine-
ment la meilleure diſtribution dans
les rôles. Lorſque cette juſteſſe eſt
tant ſoit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eſt
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
àla véritable cauſe; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le dé-
faut de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins nedétruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Ac-
teurs, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparerle vice de diſtribution. C'eſt
alors unmalheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Cri-
tique.
Il feroit donc d'une néceffité bien
importante, pour la fatisfaction du Pu-
blic , pour l'intérêtdes Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles.
Préé-
minence ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diftin-
gué par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux; ce rôle fût-il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une fouled'exemples , s'il en falloit pour
prouverl'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mlle CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764.
215
le Catilina de CRÉBILLON. Que l'on
voyé aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la dé-
férence des Auteurs pour les droits de
cette faufſe étiquetté.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoif-
fance pour Mlle CLAIRON ,non-feule-
ment dans l'Avertiſſement qui précéde
ſå Piéce, mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire.
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1963
p. 215
VERS de M. SAURIN à Mlle CLAIRON.
Début :
CE DRAME est ton triomphe, ô sublime Clairon ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de M. SAURIN à Mlle CLAIRON.
VERS de M. SAURIN à Mlle CLAIRON.
CE DRAME est ton triomphe, ô sublime Clairon !
Blanchedoit àton art les larmesqu'on luidonne
Etj'obtiens à peine un fleuron,
Quand tu remportes la couronne.
CE DRAME est ton triomphe, ô sublime Clairon !
Blanchedoit àton art les larmesqu'on luidonne
Etj'obtiens à peine un fleuron,
Quand tu remportes la couronne.
Fermer
1964
p. 216-218
PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE, Comédie en deux Actes & en vers, par M. BRET.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. ORONTE, riche Négociant , Père de Damis & de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE, Comédie en deux Actes & en vers, par M. BRET.
PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE,
Comédie en deux Actes &
en vers, par M. BRET.
PERSONNAGES. ACTEURS.
ORONTE, riche Négociant ,
Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d'Oronte ,
ARISTE , Ami d'Oronte,
ERGASTE , Amant de Julie ,
LA FLEUR , Valet de Damis ,
LÉPINE , Valet d'Ergaſte ,
JULIE , Fille d'Oronte & Sœur
deDamis ,
MARINE , Suivante de Julie ,
ACTEURS.
M. Bonneval.
M.Granger.
M. Dubois.
M. Molé
M.Auger.
M. Préville.
MlleDoligni.
Mile Bellecour.
VOICI l'Avant- Scène. Oronte, père de Damis ,
qui avoit faitune fortune conſidérable enAfrique,
yeſt retourné, pour éprouver , pendantfonabfen-
ce,laconduite&le caractèrede les enfans. En par-
tant, il avoit laiffé àDamis ſon fils,la difpofition
libre & entière de tous ſes biens : maisilavoit réſer-
vé une fomnre de cent mille écus , déposée & ca-
chée dans la Maiſon paternelle. Le ſecret de ce
Tréſor n'avoit eté confié qu'à ſon amiArifte. Da-
misa diffipé tout le bien , au préjudice de la ſœur,
aimée d'Ergaste. Il ne reſteplus quecette Maiſon
paternelle,
MARS. 1764.
217
paternelle, qu'il ſe diſpoſe àvendre. C'eſt le mo-
ment où commence l'action de la Comédie.
Marine, fuivante de Julie , reproche aigrement
à Lafleur , valet de Damis, les déſordres de fon
Maître. Elle reproche aufli avec bruſquerie à la
jeune Maîtreſſe, ſadouceur& ladocile réſignation.
Ariste,dans leſecret duTréſor , achete la Maiſon
qui le renferme; enobfervant un filence prudent
fur ſes deſſeins ,comme ſur ſes motifs. La fidélité
deſon amitié eſt ſoupçonnée par tous les Perfon-
nages intéreſflés. Il ne peut réſiſter cependant à la
vivacité & à l'amertume des reproches d'Ergastesil
lui confie tout le ſecret,& les diſpoſitions qu'il en-
tend faire du Tréſor en trois parts. La joie & la
reconnoiſlance d'Ergaſte ſurpaflent encore l'impé-
touſité de ſes reproches. Il propoſe à Arifte de ſe
fervir , pour ſeconder ſes vues , d'un valet qu'on
l'a engagé de prendre le matin. Ce valet eſt Lé-
pine. Les MaîtrellesdeDamis l'ont quitté. Leurs
perfidies lui font naître des regrets , & lui ſuggè-
rent des remords ſur ſa conduite.
La tendre & naïve Julie interroge en vain ſon
Amant, fur le bonheur qu'il lui annonce. A tous
momens il eſt prêt à violer le ſecret qu'il a juré
àArifte. Sa vivacité l'entraîne, la réflexion l'arrête.
L'amour le follicite , l'honneur de ſa parole & la
raiſon l'enchaînent. Cette Scène , ainſi que les au-
tres d'Ergaste , jouées par M. MOLÉ , étoient d'un
feu & d'un agrément fingulier. Celle de Lépine
avec Oronte, dont on ignore abſolument le retour,
n'eſt pas moins ingénieuſe , & le jeu de M. PRÉ-
VILLE la rendoit d'un comique des plus agréables.
Ce Lépine, qui ne connoît point Oronte, qui ne l'a
jamais vu , eſt rencontré par lui, fortant de ſa Mai-
ſon, & chargé d'une caſlette qui donne de l'inquié-
tude à ce vieillard. Rien de plus plaiſant que le
K
218 MERCURE DE FRANCE .
débat dece valet avec lui. Il en apprend cepen-
dant, par les menaces du Commiſlaire & du Guet,
tout cequi l'intéreſſe. Arifte & Damis ſurviennent.
Oronte ſe met à l'écart avec Lépine , pour enten-
dre leur converſation. Les reproches que ſe fait
fon fils , touchent le bon-homme , & déſarment
ſa colère. Il ſe montre , & pardonnne à ce fils
diffipateur. Lépine court apprendre à Ergafte cet
événement. Il vient ainſi que Julie , & le bon
Oronte les unit l'un à l'autre.
Comédie en deux Actes &
en vers, par M. BRET.
PERSONNAGES. ACTEURS.
ORONTE, riche Négociant ,
Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d'Oronte ,
ARISTE , Ami d'Oronte,
ERGASTE , Amant de Julie ,
LA FLEUR , Valet de Damis ,
LÉPINE , Valet d'Ergaſte ,
JULIE , Fille d'Oronte & Sœur
deDamis ,
MARINE , Suivante de Julie ,
ACTEURS.
M. Bonneval.
M.Granger.
M. Dubois.
M. Molé
M.Auger.
M. Préville.
MlleDoligni.
Mile Bellecour.
VOICI l'Avant- Scène. Oronte, père de Damis ,
qui avoit faitune fortune conſidérable enAfrique,
yeſt retourné, pour éprouver , pendantfonabfen-
ce,laconduite&le caractèrede les enfans. En par-
tant, il avoit laiffé àDamis ſon fils,la difpofition
libre & entière de tous ſes biens : maisilavoit réſer-
vé une fomnre de cent mille écus , déposée & ca-
chée dans la Maiſon paternelle. Le ſecret de ce
Tréſor n'avoit eté confié qu'à ſon amiArifte. Da-
misa diffipé tout le bien , au préjudice de la ſœur,
aimée d'Ergaste. Il ne reſteplus quecette Maiſon
paternelle,
MARS. 1764.
217
paternelle, qu'il ſe diſpoſe àvendre. C'eſt le mo-
ment où commence l'action de la Comédie.
Marine, fuivante de Julie , reproche aigrement
à Lafleur , valet de Damis, les déſordres de fon
Maître. Elle reproche aufli avec bruſquerie à la
jeune Maîtreſſe, ſadouceur& ladocile réſignation.
Ariste,dans leſecret duTréſor , achete la Maiſon
qui le renferme; enobfervant un filence prudent
fur ſes deſſeins ,comme ſur ſes motifs. La fidélité
deſon amitié eſt ſoupçonnée par tous les Perfon-
nages intéreſflés. Il ne peut réſiſter cependant à la
vivacité & à l'amertume des reproches d'Ergastesil
lui confie tout le ſecret,& les diſpoſitions qu'il en-
tend faire du Tréſor en trois parts. La joie & la
reconnoiſlance d'Ergaſte ſurpaflent encore l'impé-
touſité de ſes reproches. Il propoſe à Arifte de ſe
fervir , pour ſeconder ſes vues , d'un valet qu'on
l'a engagé de prendre le matin. Ce valet eſt Lé-
pine. Les MaîtrellesdeDamis l'ont quitté. Leurs
perfidies lui font naître des regrets , & lui ſuggè-
rent des remords ſur ſa conduite.
La tendre & naïve Julie interroge en vain ſon
Amant, fur le bonheur qu'il lui annonce. A tous
momens il eſt prêt à violer le ſecret qu'il a juré
àArifte. Sa vivacité l'entraîne, la réflexion l'arrête.
L'amour le follicite , l'honneur de ſa parole & la
raiſon l'enchaînent. Cette Scène , ainſi que les au-
tres d'Ergaste , jouées par M. MOLÉ , étoient d'un
feu & d'un agrément fingulier. Celle de Lépine
avec Oronte, dont on ignore abſolument le retour,
n'eſt pas moins ingénieuſe , & le jeu de M. PRÉ-
VILLE la rendoit d'un comique des plus agréables.
Ce Lépine, qui ne connoît point Oronte, qui ne l'a
jamais vu , eſt rencontré par lui, fortant de ſa Mai-
ſon, & chargé d'une caſlette qui donne de l'inquié-
tude à ce vieillard. Rien de plus plaiſant que le
K
218 MERCURE DE FRANCE .
débat dece valet avec lui. Il en apprend cepen-
dant, par les menaces du Commiſlaire & du Guet,
tout cequi l'intéreſſe. Arifte & Damis ſurviennent.
Oronte ſe met à l'écart avec Lépine , pour enten-
dre leur converſation. Les reproches que ſe fait
fon fils , touchent le bon-homme , & déſarment
ſa colère. Il ſe montre , & pardonnne à ce fils
diffipateur. Lépine court apprendre à Ergafte cet
événement. Il vient ainſi que Julie , & le bon
Oronte les unit l'un à l'autre.
Fermer
1965
p. 218-220
REMARQUES SUR L'EPREUVE INDISCRETTE.
Début :
Cette Piéce ayant été peu de temps au Théâtre & ne nous ayant pas été [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR L'EPREUVE INDISCRETTE.
REMARQUES SUR L'EPREUVE
INDISCRETTE.
Cette Piéce ayant été peu de temps
au Théâtre & ne nous ayant pas été
communiquée ; nous n'avons pu don-
ner que le Précis qu'on vient de lire,
L'Auteur y perdra l'honneur des dé-
tails de quelques ſcènes , qui auroient
fait plaifir à la lecture. Il y a de l'ef-
prit , toujours des mœurs & des prin- .
cipes. Ondoit remarquerprincipalement
le defir qu'a l'Auteur d'imiter les An-
ciens & de nous ramener à leur genre
de Comédie. Ce zéle eſt fans doute
très-louable ; mais ne pourroit-on pas
en certaines occaſions & dans des criſes,
ſi l'on peut dire , ſur le goût, telles que
celles où nous ſommes aujourd'hui
,
fans manquer de reſpect au Public , le
regarder comme un malade dont la foi-
MARS. 1764.
219
bleffe provient de l'uſage immodéré
d'alimens trop légers ou trop piquans ?
Pour le ramener avec ſuccès à une nour-
riture plus folide , ne faut-il pas en mé-
nager d'abord & la force & le poids ?
N'eſt-il pas à propos même de lamaf-
quer pendant quelque tempsde quelque
choſe qui tienne encore du goût forcé
auquel étoit accoutumé le malade , afin
qu'il ne puiſſe raisonnablement repro-
cher le trop d'infipidité ? Voilà ce que
n'obſervent pas ceux qui prétendent au
titre de Restaurateurs. Voilà peut-être
ce qu'a trop
négligé l'Auteur de
l'Epreuve. Le ſeul précis a dû faire
voir de quelle quantité de faits le ſu-
jet eſt chargé dans l'étendue des deux
Actes. En forte que l'action ne peut
jamais marcherque toujours embarraſſée
dans de nouvelles expofitions. Le bizarre
projet de l'Epreuve ſeroit peut-être par-
donnéà un Perſonnage de l'Antiquité ,
mais il ne peutl'être à Oronte. L'exécu-
tion d'ailleurs ne ſe concilie pas bien
avec nos pratiques & nos formalités
légales. Comment les loix laiſſeroient-
elles , de l'aveu même du père , le pa-
trimoine d'une fœur à la merci d'un
jeune frère mineur ? Le retour imprévu
du père a des éxemples dans les anciens,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mais devient toujours forcé dans nos
mœurs. Il pouvoit être probable pour
eux ,parce qu'ils n'avoient pas les voies
de communication que nous avons. En
un mot , nous en revenons à ce prin-
cipe , les Anciens font nos maîtres
dans le grand art Dramatique: cet art
eſt une peinture , on ne peut trop les
fuivre dans la manière de conduire le
pinceau. Cependant ce pinceau a non-
feulement quelques objets différens à
peindre aujourd'hui,mais encore d'autres
huances à mettre dans ceux qui font
reſtés les mêmes. On rifque donc de
ne pas atteindre à la vérité actuelle en
copiant toujours indiſtinctement les
chefs-d'œuvres de l'Antiquité.
INDISCRETTE.
Cette Piéce ayant été peu de temps
au Théâtre & ne nous ayant pas été
communiquée ; nous n'avons pu don-
ner que le Précis qu'on vient de lire,
L'Auteur y perdra l'honneur des dé-
tails de quelques ſcènes , qui auroient
fait plaifir à la lecture. Il y a de l'ef-
prit , toujours des mœurs & des prin- .
cipes. Ondoit remarquerprincipalement
le defir qu'a l'Auteur d'imiter les An-
ciens & de nous ramener à leur genre
de Comédie. Ce zéle eſt fans doute
très-louable ; mais ne pourroit-on pas
en certaines occaſions & dans des criſes,
ſi l'on peut dire , ſur le goût, telles que
celles où nous ſommes aujourd'hui
,
fans manquer de reſpect au Public , le
regarder comme un malade dont la foi-
MARS. 1764.
219
bleffe provient de l'uſage immodéré
d'alimens trop légers ou trop piquans ?
Pour le ramener avec ſuccès à une nour-
riture plus folide , ne faut-il pas en mé-
nager d'abord & la force & le poids ?
N'eſt-il pas à propos même de lamaf-
quer pendant quelque tempsde quelque
choſe qui tienne encore du goût forcé
auquel étoit accoutumé le malade , afin
qu'il ne puiſſe raisonnablement repro-
cher le trop d'infipidité ? Voilà ce que
n'obſervent pas ceux qui prétendent au
titre de Restaurateurs. Voilà peut-être
ce qu'a trop
négligé l'Auteur de
l'Epreuve. Le ſeul précis a dû faire
voir de quelle quantité de faits le ſu-
jet eſt chargé dans l'étendue des deux
Actes. En forte que l'action ne peut
jamais marcherque toujours embarraſſée
dans de nouvelles expofitions. Le bizarre
projet de l'Epreuve ſeroit peut-être par-
donnéà un Perſonnage de l'Antiquité ,
mais il ne peutl'être à Oronte. L'exécu-
tion d'ailleurs ne ſe concilie pas bien
avec nos pratiques & nos formalités
légales. Comment les loix laiſſeroient-
elles , de l'aveu même du père , le pa-
trimoine d'une fœur à la merci d'un
jeune frère mineur ? Le retour imprévu
du père a des éxemples dans les anciens,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mais devient toujours forcé dans nos
mœurs. Il pouvoit être probable pour
eux ,parce qu'ils n'avoient pas les voies
de communication que nous avons. En
un mot , nous en revenons à ce prin-
cipe , les Anciens font nos maîtres
dans le grand art Dramatique: cet art
eſt une peinture , on ne peut trop les
fuivre dans la manière de conduire le
pinceau. Cependant ce pinceau a non-
feulement quelques objets différens à
peindre aujourd'hui,mais encore d'autres
huances à mettre dans ceux qui font
reſtés les mêmes. On rifque donc de
ne pas atteindre à la vérité actuelle en
copiant toujours indiſtinctement les
chefs-d'œuvres de l'Antiquité.
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1966
p. 220
« N. B. Les bornes de ce Volume étant déja excédées, nous sommes obligés, avec regret, de remettre [...] »
Début :
N. B. Les bornes de ce Volume étant déja excédées, nous sommes obligés, avec regret, de remettre [...]
Mots clefs :
Charles Collé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « N. B. Les bornes de ce Volume étant déja excédées, nous sommes obligés, avec regret, de remettre [...] »
N. B. Les bornes de ce Volume étant déja excédées,
nous sommes obligés, avec regret, de remettre
au Volume prochain l'Extrait de la Veuve,
Comédie de M. COLLE , annoncée dans l'Article
de la Littérature, ainſi que celui du Roffignol, Dra-
me du même Auteur, mais d'un genre different.
Quoique cesOuvragesn'ayent pas étérepréſentés
ſur un Théâtre public , nous croyons que ce ſera
toujours enrichir notre Article des Spectacles que
d'y inférer lesproductions de l'Auteurde Dupuis
&Defronais.
nous sommes obligés, avec regret, de remettre
au Volume prochain l'Extrait de la Veuve,
Comédie de M. COLLE , annoncée dans l'Article
de la Littérature, ainſi que celui du Roffignol, Dra-
me du même Auteur, mais d'un genre different.
Quoique cesOuvragesn'ayent pas étérepréſentés
ſur un Théâtre public , nous croyons que ce ſera
toujours enrichir notre Article des Spectacles que
d'y inférer lesproductions de l'Auteurde Dupuis
&Defronais.
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1967
p. 222-223
SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Début :
On ne peut trop se hâter d'annoncer aux Amateurs de ce Spectacle, [...]
Mots clefs :
Spectacle, Satisfaction, Public, Théâtre, Modération, Gestes, Sujets, Scène
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
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Résumé : SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA.
Le document annonce la prochaine représentation de l'opéra 'Haurecontre' et exprime l'espoir de satisfaire le public grâce à la distribution des rôles principaux. Le 1er mars 1764, M. La Gros, un débutant, a interprété le rôle de Titon. Sa voix, bien timbrée et agréable, a été saluée pour sa flexibilité, sa touche et sa légèreté, démontrant une maîtrise de la musique. Sa prononciation et son articulation des paroles étaient précises et correctes. Physiquement, il possède une figure agréable et une taille adaptée à la scène. Sa modération dans les gestes a évité les erreurs courantes chez les débutants. On espère qu'il ne succombera pas aux excès gestuels souvent observés sur scène. Sa voix sensible laisse présager une âme sensible. Ces qualités, naturelles, doivent être développées par l'art et la pratique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1968
p. 221
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris & continué les Représentations du Sorcier, alternativement & [...]
Mots clefs :
Sorcier, Représentations, Opéra-Comiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
QN a repris & continué les Repréfen•
cations du Sorcier, alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genï·e , dont le no1nbre des Repréfenrations
n'a point de bornes, par l'efpèce
de convention gt,nérale du Public àe fe
rendre à ce Théàtre les jours d'Opéra-,
Comiques.
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1969
p. 223
« N. B. L'Edition du Corneille de M. de Voltaire, est en route pour Paris. Les Souscripteurs retireront [...] »
Début :
N. B. L'Edition du Corneille de M. de Voltaire, est en route pour Paris. Les Souscripteurs retireront [...]
Mots clefs :
Corneille, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « N. B. L'Edition du Corneille de M. de Voltaire, est en route pour Paris. Les Souscripteurs retireront [...] »
N. B. L'Edition du Corneille de M. de Voltaire, est en route pour Paris. Les Souscripteurs retireront leurs Exemplaires des Libraires qui ont reçu leurs Souscriptions.
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1970
p. 61
LOGOGRYPHE.
Début :
Par des détours obscurs je conduis un secret, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
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1971
p. 124-125
« DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
Début :
DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
DE l'imitation théâtrale , Eſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
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Résumé : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
L'essai 'De l'imitation théâtrale' de Jean-Jacques Rousseau, publié à Amsterdam et Paris, compile des extraits des dialogues de Platon sur l'imitation théâtrale en un discours continu. Motivé par une réponse à l'article de D'Alembert sur les spectacles, cet ouvrage de 48 pages en format in-octavo a été publié séparément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1972
p. 197-198
« Le 26, le Sieur de l'Averdy, Contrôleur-Général des Finances, présenta [...] »
Début :
Le 26, le Sieur de l'Averdy, Contrôleur-Général des Finances, présenta [...]
Mots clefs :
Contrôleur général des finances, Dictionnaire, Abbé, Comte, Ouvrages, Volume, Académie des sciences, Mathématiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 26, le Sieur de l'Averdy, Contrôleur-Général des Finances, présenta [...] »
L. 16, le Sieur de l'Averdy, Contrôleur-Géné
ral des Finances, préſenta au Roi le ſecond Tome
du Dictionnaire Géographique, Hiſlorique & Poli
tique des Gaules & de la France, par M. l'Abbé
Expilly. Le Comte de Sade préſenta le même jour
à Sa Majeſté le premier Volume d'un Livre in
titulé : Mémoires pour la vie de Pétrarque, tirés de
ſes OEuvres & des Auteurs Contemporains ; le
Sieur Jaquet, Avocat au Parlement de Paris, eut
auſſi l'honneur de préſenter au Roi un Livre de ſa
compoſition , qui a pour titre : Traité des Juſtices
de Seigneurs & des droits en dépendans.
Le 17 du mois dernier le Sieur Blondeau de
Charnage, Penſionnaire du Roi, eut l'honneur de
· préſenter à Sa Majeſté le premier Volume du
Dictionnaire des Titres originaux pour les Fiefs, le
Domaine du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie & gé
néralement tous les objets qui concernent le Gou
vernement de l'Etat. L'Abbé Nollet a eu l'honneur
de préſenter auſſi le 19, au Roi le ſixiéme volume
de ſes Leçons de Phyſique Expérimentale.
Le 1 8 de ce mois, le ſieur Blondeau de Char
- nage eut l'honneur de préſenter au Roi le ſecond
volume de ſon Dictionnaire. -
I iij
198 MERCURE DE FRANCE. .
Le Sieur Caſſini de Thury, de l'Académie des
Sciences, a préſenté au Roi un Mémoire ſur l'Eclipſe
annulaire de Soleil du premier Avril, d'après
les obſervations faites ſur les dernières Eclip
ſes de Soleil, tant annulaires que totales. Il réſul
se que celle du premier Avril ne raménera pas les
ténébres de la nuit.
Le fieur le Blond, Maître de Mathématiques
des Enfans de France, a eu l'honneur de préſen
ter au Roi la cinquiéme Edition de ſes Elémens de
Fortification, augmentée de l'Explication détaillée
de la Fortification du Baron de Coëhorn, de la
conſtruction des Redoutes, Forts de Campagne,
&c. & d'un Plan des différentes Inſtructions pro
pres à une Ecole Militaire.
ral des Finances, préſenta au Roi le ſecond Tome
du Dictionnaire Géographique, Hiſlorique & Poli
tique des Gaules & de la France, par M. l'Abbé
Expilly. Le Comte de Sade préſenta le même jour
à Sa Majeſté le premier Volume d'un Livre in
titulé : Mémoires pour la vie de Pétrarque, tirés de
ſes OEuvres & des Auteurs Contemporains ; le
Sieur Jaquet, Avocat au Parlement de Paris, eut
auſſi l'honneur de préſenter au Roi un Livre de ſa
compoſition , qui a pour titre : Traité des Juſtices
de Seigneurs & des droits en dépendans.
Le 17 du mois dernier le Sieur Blondeau de
Charnage, Penſionnaire du Roi, eut l'honneur de
· préſenter à Sa Majeſté le premier Volume du
Dictionnaire des Titres originaux pour les Fiefs, le
Domaine du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie & gé
néralement tous les objets qui concernent le Gou
vernement de l'Etat. L'Abbé Nollet a eu l'honneur
de préſenter auſſi le 19, au Roi le ſixiéme volume
de ſes Leçons de Phyſique Expérimentale.
Le 1 8 de ce mois, le ſieur Blondeau de Char
- nage eut l'honneur de préſenter au Roi le ſecond
volume de ſon Dictionnaire. -
I iij
198 MERCURE DE FRANCE. .
Le Sieur Caſſini de Thury, de l'Académie des
Sciences, a préſenté au Roi un Mémoire ſur l'Eclipſe
annulaire de Soleil du premier Avril, d'après
les obſervations faites ſur les dernières Eclip
ſes de Soleil, tant annulaires que totales. Il réſul
se que celle du premier Avril ne raménera pas les
ténébres de la nuit.
Le fieur le Blond, Maître de Mathématiques
des Enfans de France, a eu l'honneur de préſen
ter au Roi la cinquiéme Edition de ſes Elémens de
Fortification, augmentée de l'Explication détaillée
de la Fortification du Baron de Coëhorn, de la
conſtruction des Redoutes, Forts de Campagne,
&c. & d'un Plan des différentes Inſtructions pro
pres à une Ecole Militaire.
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Résumé : « Le 26, le Sieur de l'Averdy, Contrôleur-Général des Finances, présenta [...] »
Le 16, le Sieur de l'Averdy, Contrôleur Général des Finances, présenta au Roi le second tome du 'Dictionnaire Géographique, Historique & Politique des Gaules & de la France' de l'Abbé Expilly. Le même jour, le Comte de Sade offrit à Sa Majesté le premier volume des 'Mémoires pour la vie de Pétrarque'. Le Sieur Jaquet, Avocat au Parlement de Paris, présenta un ouvrage intitulé 'Traité des Justices de Seigneurs & des droits en dépendans'. Le 17, le Sieur Blondeau de Charnage, Pensionnaire du Roi, présenta le premier volume du 'Dictionnaire des Titres originaux pour les Fiefs, le Domaine du Roi, l'Histoire, la Généalogie & généralement tous les objets qui concernent le Gouvernement de l'Etat'. Le 18, le Sieur Blondeau de Charnage présenta le second volume de son dictionnaire. Le même jour, le Sieur Cassini de Thury, de l'Académie des Sciences, présenta un mémoire sur l'éclipse annulaire de Soleil du 1er avril. Le Sieur le Blond, Maître de Mathématiques des Enfants de France, offrit la cinquième édition de ses 'Éléments de Fortification', augmentée de diverses explications et plans pour une école militaire. Le 19, l'Abbé Nollet présenta le sixième volume de ses 'Leçons de Physique Expérimentale'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1975
p. 200-204
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
Début :
J'ai lu, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet dernier, Article [...]
Mots clefs :
Mémoire, Histoire de France, Anecdotes, Ouvrage, Historiens, Bibliothèque, Saint-Esprit, Ordres, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
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Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
M. de La Dixmerie écrit à M. de La Place au sujet d'une brochure de M. Lefèvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'histoire de France du quatorzième siècle'. Cette brochure traite des Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit, institué à Naples en 1352 par Louis Ier, Roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, et renouvelé en 1579 par Henri III. La brochure ne contient aucune autre information sur l'Ordre du Saint-Esprit, sauf la mention de son renouvellement par Henri III. M. de La Dixmerie compare cette brochure à un ouvrage de M. de Saintfoix publié en 1758. Saintfoix relate que Louis d'Anjou a institué l'Ordre du Saint-Esprit en 1352, mais que les troubles de son règne ont empêché sa pérennité. Henri III a redécouvert cet ordre grâce à un titre original trouvé par un noble vénitien et a décidé de le renouveler. Saintfoix souligne que les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit de Naples sont identiques à ceux de l'Ordre de l'Étoile, institué en 1351 par le Roi Jean. Il note également des similitudes avec les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI. Saintfoix conclut que Henri III a probablement repris les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel pour renouveler l'Ordre du Saint-Esprit. M. de La Dixmerie conclut que M. Lefèvre a raison de mentionner dans le titre de sa brochure que Henri III a renouvelé l'Ordre du Saint-Esprit de Naples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1976
p. 212
SUPPLÉMENT à l'Article de Littérature. AVIS.
Début :
Si quelqu'un a un premier vol. de la G[e]ographie Balviene vulgairement [...]
Mots clefs :
Volume, Géographie, Atlas, Imprimeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article de Littérature. AVIS.
SUPPLÉMENT à l'Article de Littérature.
AVIS.
Si quelqu'un a un premier vol. de la
Gographie Blaviene vulgairement nommée
Atlas de Blaeu , en grand Papier ,
Edition de 1667 , il peut en donner
avis à M. HERISSANT, Imprimeurdu
Cabinet du Roi , rue Saint Jacques , qui
en payera le prix convenable en lui remettant
ce volume.
AVIS.
Si quelqu'un a un premier vol. de la
Gographie Blaviene vulgairement nommée
Atlas de Blaeu , en grand Papier ,
Edition de 1667 , il peut en donner
avis à M. HERISSANT, Imprimeurdu
Cabinet du Roi , rue Saint Jacques , qui
en payera le prix convenable en lui remettant
ce volume.
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1977
p. 193-194
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Début :
Le Roi vient de nommer quatre Commissaires à l'effet d'examiner [...]
Mots clefs :
Nomination, Commissaires, Ouvrage, Académie royale des belles-lettres, Membres, Censeur royal, Assemblée, Jugement, Public
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Le 17 juillet 1764, à Compiègne, le Roi a nommé quatre commissaires pour examiner l'ouvrage de M. Barletti de Saint-Paul intitulé 'Institutions nécessaires, ou Corps complet d'éducation pratique & relative'. Cet ouvrage propose une méthode d'étude et d'enseignement des sciences adaptée aux deux sexes, à tous les âges et à tous les états. Les commissaires désignés sont M. Bonamy, historiographe et bibliothécaire de Paris, membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres, M. DeGuignes, membre de cette académie et professeur royal, M. Londres, interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues orientales, M. De Montcarville, censeur royal pour les mathématiques, et M. De Passe, censeur royal pour l'histoire ancienne et gouverneur de M. de Saint-Farjeau. La première assemblée des commissaires est prévue pour le lundi 30 juillet chez M. De Montcarville. Le jugement des commissaires sera également rendu public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1978
p. 194-209
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Début :
Il y a long-temps que le goût a lieu d'être blessé des disparates de l'Orchestre [...]
Mots clefs :
Théâtre, Actes, Opéra, Musique, Anonymat, Ouvrages, Scène, Composition, Drame, Public, Comédiens, Auteur, Genre, Symphonies, Talents
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Le texte aborde les disparités dans l'orchestre pendant les entractes des tragédies et comédies françaises, un sujet déjà traité par un anonyme dans une lettre aux Comédiens Français. Cet anonyme critique l'utilisation du 'charivari' italien et propose d'adopter des morceaux d'opéras français plus adaptés aux situations scéniques. Cependant, cette solution présente des difficultés, notamment la sélection et la direction des morceaux, ainsi que l'opposition potentielle de l'Opéra, qui pourrait voir ses œuvres surutilisées. Pour résoudre ces problèmes, le texte suggère de composer de nouvelles symphonies spécifiques aux entractes des pièces tragiques et comiques. Cela offrirait une nouvelle carrière à l'harmonie et à la musique imitative, tout en étant bénéfique pour les jeunes compositeurs. L'adoption de cette musique intéressante pourrait augmenter la fréquentation des musiciens au théâtre français et améliorer la déclamation et le récitatif musical. Le texte souligne également l'importance de l'habitude et de l'émulation pour former et perfectionner les auteurs de musique. Il espère que cette révolution ramènera le public vers des spectacles dignes et encouragera les grands talents. Enfin, il prévient contre les excès de luxe dans les arts et la nécessité de distribuer équitablement les avantages pour éviter la décadence du goût. Le texte discute également de l'impact positif de la symphonie du combat entre le quatrième et le cinquième acte de l'œuvre 'Dardanus' sur le public, soulignant les applaudissements et l'admiration qu'elle a suscités. Il encourage les auteurs, notamment le célèbre auteur de 'Dardanus', à enrichir et perfectionner les entreacts des ouvrages modernes et des pièces remises au théâtre. Le texte reconnaît le génie durable de Jean-Philippe Rameau et sa capacité à composer des morceaux détachés pour les opéras. Il aborde également la division entre l'oreille et le cœur dans les spectacles, soulignant les conséquences funestes de cette séparation. Le projet de réintroduire des symphonies dans les entreacts est présenté comme utile et sans préjudice pour les spectacles de Paris. Le texte réfute l'objection selon laquelle les symphonies sont inutiles après la suppression des lustres, affirmant que des morceaux de musique bien composés seraient écoutés avec attention. Il critique la précipitation entre les actes, contraire à l'illusion théâtrale, et invite Rameau à donner son avis sur cette question. Enfin, il annonce la publication de la réponse à une lettre dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1980
p. 152-153
« LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...] »
Début :
LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...] »
LETTRES d'un jeune homme , avec
cette Epigraphe : O sentiment , fentiment
, douce vie de l'âme ! Rousseau de
Genève. A la Haye , 1765. Brochure
in-12. de 120 pages.
Laplupartde ces Lettres avoient paru
fucceffivement dans quelques volumes
du Mercure , & nous avons cru voir
que le Public les liſoit avec plaifir.
L'Auteur a penſé qu'il convenoit de
les réunir en un corps d'Ouvrage , &
d'en former une Brochure qui ne peut
SEPTEMBRE. 1764. 153
manquer d'être bien accueillie. On y
trouve de ce ſentiment qui ne nuit point
à l'eſprit , & que les gens de goût lui
préférent.
cette Epigraphe : O sentiment , fentiment
, douce vie de l'âme ! Rousseau de
Genève. A la Haye , 1765. Brochure
in-12. de 120 pages.
Laplupartde ces Lettres avoient paru
fucceffivement dans quelques volumes
du Mercure , & nous avons cru voir
que le Public les liſoit avec plaifir.
L'Auteur a penſé qu'il convenoit de
les réunir en un corps d'Ouvrage , &
d'en former une Brochure qui ne peut
SEPTEMBRE. 1764. 153
manquer d'être bien accueillie. On y
trouve de ce ſentiment qui ne nuit point
à l'eſprit , & que les gens de goût lui
préférent.
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Résumé : « LETTRES d'un jeune homme, avec cette Epigraphe : O sentiment, sentiment [...] »
La brochure 'Lettres d'un jeune homme', publiée à La Haye en 1765, compile des lettres parues dans le Mercure. Elle contient 120 pages au format in-12 et offre une lecture continue et agréable. Ces lettres, appréciées pour leur enrichissement spirituel, ont suscité l'intérêt du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1981
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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1982
p. 185-186
Première Décoration du Ballet.
Début :
Le Théâtre représente, sur le devant, une grande Fôret parsemée [...]
Mots clefs :
Décoration, Théâtre, Forêt, Mer, Jardin, Palais, Ulysse, Circé
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texteReconnaissance textuelle : Première Décoration du Ballet.
Première Décoration du Ballet.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
Fermer
1983
p. 186-190
ARGUMENT.
Début :
Ulysse, Roi d'Ithaque, fut un de ceux qui contribuerent le plus [...]
Mots clefs :
Ulysse, Circé, Vaisseaux, Magicienne, Guerriers, Bêtes féroces, Mer, Îles, Désir, Amour
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texteReconnaissance textuelle : ARGUMENT.
ARGUMENT.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
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Résumé : ARGUMENT.
Le texte narre les péripéties d'Ulysse, roi d'Ithaque, après la chute de Troie, alors qu'il tente de regagner sa patrie. Son voyage le conduit sur une île habitée par Circé, une enchanteresse. Avant de débarquer, Ulysse envoie des compagnons en reconnaissance. Ces derniers, accueillis par Circé, consomment un breuvage qui les transforme en statues ou en bêtes féroces. Inquiet de leur absence, Ulysse part à leur recherche. Sa chaloupe se métamorphose en char tiré par des chevaux marins, et il est accueilli par Circé et ses nymphes dans un lieu enchanté. Ulysse, méfiant, feint d'être amoureux de Circé pour gagner sa confiance. Il découvre alors que ses compagnons ont été métamorphosés et utilise une ruse pour obtenir la baguette magique de Circé, permettant ainsi de libérer ses hommes. La flotte d'Ulysse repart, laissant Circé désemparée. Cette dernière invoque un char tiré par des dragons ailés pour poursuivre Ulysse.
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1984
p. 206-208
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Début :
Le Rossignol de Cythère, ou le langage du Coeur. - Le Triomphe de Bacchus, Almanach. [...]
Mots clefs :
Almanach, Nouveautés, Tablettes, Calendriers, Libraire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
SUPPLEMENT à l'Article des Nou
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Le document est un supplément aux Nouvelles Littéraires, listant divers almanachs et publications pour l'année 1764. Parmi les titres notables figurent 'Le Roffignol de Cythère', 'Le Triomphe de Bacchus', 'Le nouveau Chanfonnier', 'Les Prophéties galantes', 'Le Calendrier perpétuel', 'Etrennes d'Apollon' et 'Le Calendrier des Amours'. Ces publications couvrent des sujets variés tels que la poésie, la musique, des guides pratiques et des collections lyriques. Les almanachs sont disponibles chez Grangé & Dufour, imprimeurs-libraires au Cabinet Littéraire sur le Pont Notre-Dame, ainsi que chez Guyllin, libraire au quai des Augustins. Le 'petit Tableau de l'Univers' pour 1765, détaillant les pays, villes, routes et gouvernements, est également mentionné et vendu 2 livres relié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1985
p. 208
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
Début :
Le Catalogue des Livres de la Bibliothèque de Feue Mde La Marquise [...]
Mots clefs :
Marquise de Pompadour, Imprimeur, Catalogue des livres de la bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
SUPPLEMENT à l'Annonce des Livres.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
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1986
p. 208-209
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Début :
Le 3 Octobre dernier est décédé à Paris M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de S. [...]
Mots clefs :
Chevalier, Théâtre lyrique, Ouvrages, Poète, Recueil de poésies, Rumeurs, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
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Résumé : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Le 3 octobre 1764, à Paris, est décédé M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et poète lyrique. Ses œuvres les plus célèbres incluent 'Callirrhoé' et 'le Ballet des Éléments'. Roy a également écrit de nombreux ouvrages lyriques et un recueil de poésies diverses, imprimé depuis longtemps, contenant des textes imaginatifs et correctement versifiés. Son génie se caractérisait par une étude approfondie des poètes latins, notamment Ovide, dont il a adapté de nombreuses pensées et presque des vers entiers. Roy est mort à l'âge de 81 ans, après avoir été ignoré du monde et de la société pendant plus de dix ou douze ans. Une erreur avait été commise par divers journaux et publications, annonçant sa mort l'année précédente, alors qu'il était encore en vie. Cet exemple illustre la négligence des familles qui ne prennent pas l'intérêt convenable pour informer la postérité des talents de leurs membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1987
p. 210
AVIS DIVERS.
Début :
Les Amateurs de la Géographie apprendront avec plaisir que le sieur [...]
Mots clefs :
Géographie, Libraire, Collection, Volumes, Cartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS.
AVIS DIVER S.
Les Amateurs de la Géographie apprendront
avec plaifir que le fieur Merlin , Libraire , rue du
Mont S. Hilaire , eft poffeffeur d'un grand &
fuperbe Atlas qui eft en vente depuis quelque
temps. C'eft une collection précieuſe , faite par
les foins de feu M. de Buchelet , Fermier Général,
& qui contient feixe volumes très- grand in-folio ,
& treize cens quatre- vingt - dix- huit Cartes. Ce
Recueil eft un des plus complets que l'on connoille.
On peut aller le voir à toute heure chez
le fieur Merlin , qui le vendra à un prix raiſonnable.
Les Cartes font faites par les plus habiles
Géographes de tous les Pays ; & l'Amateur qui a
fait cette riche collection , s'eft fur- tour attaché
aux Cartes les plus rares , les plus recherchées ,
& les plus parfaites. Il a été plufieurs années à
completter cet immenfe Recueil ; & il n'a
épargné ni peines ni dépenfes pour lui donner
toute la perfection poffible.
Le fieur Merlin poffède auffi , & defire de vendre...
une collection de cent trente-huit bocaux de
toutes fortes d'animaux rares des Indes orientales,
confervés dans l'efprit de vin , & qu'on peut également
aller voir chez lui à toute heure.
Les Amateurs de la Géographie apprendront
avec plaifir que le fieur Merlin , Libraire , rue du
Mont S. Hilaire , eft poffeffeur d'un grand &
fuperbe Atlas qui eft en vente depuis quelque
temps. C'eft une collection précieuſe , faite par
les foins de feu M. de Buchelet , Fermier Général,
& qui contient feixe volumes très- grand in-folio ,
& treize cens quatre- vingt - dix- huit Cartes. Ce
Recueil eft un des plus complets que l'on connoille.
On peut aller le voir à toute heure chez
le fieur Merlin , qui le vendra à un prix raiſonnable.
Les Cartes font faites par les plus habiles
Géographes de tous les Pays ; & l'Amateur qui a
fait cette riche collection , s'eft fur- tour attaché
aux Cartes les plus rares , les plus recherchées ,
& les plus parfaites. Il a été plufieurs années à
completter cet immenfe Recueil ; & il n'a
épargné ni peines ni dépenfes pour lui donner
toute la perfection poffible.
Le fieur Merlin poffède auffi , & defire de vendre...
une collection de cent trente-huit bocaux de
toutes fortes d'animaux rares des Indes orientales,
confervés dans l'efprit de vin , & qu'on peut également
aller voir chez lui à toute heure.
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Résumé : AVIS DIVERS.
L'avis annonce la vente de deux collections distinctes. La première est un atlas de six volumes in-folio, comprenant 1398 cartes, rassemblé par le défunt M. de Buchelet, Fermier Général. Cet atlas est considéré comme l'un des recueils les plus complets disponibles, avec des cartes réalisées par des géographes compétents de divers pays. La collection, fruit de plusieurs années de travail et de dépenses, inclut des cartes rares et recherchées. La seconde collection propose 138 bocaux contenant des animaux rares des Indes orientales, conservés dans l'esprit de vin. Les deux collections sont visibles à toute heure chez le sieur Merlin, libraire rue du Mont Saint-Hilaire, qui les vendra à des prix raisonnables.
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1988
p. 210-211
Deuils de Cour.
Début :
Le Propriétaire des deuils de Cour avertit que le Nécrologue [...]
Mots clefs :
Nécrologue, Almanach, Bureau des annonces, Abonnement, Deuils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Deuils de Cour.
Deuils de Cour
Le Propriétaire des deuils de Cour avertit que
le Nécrologe ou l'Almanach des deuils eft actuellement
fous preffe . Comme on n'en tirera que le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions ,
on invite les perfonnes qui voudront s'abonner , à
faufcrire inceffamment au Bureau des Annoncèse
DÉCEMBRE . 1764. 21 1
des deuils de Cour , rue S. Honoré , à l'hôtel
d'Aligre. L'abonnement eſt de 3 liv . & avec les
Annonces 6 liv.LeNécrologe contiendra l'étiquette
invariable des deuils de Cour: & des deuils de
famille , principalement en ce qui concerne l'ha
billement des femmes ; avec les Vies de MM.
l'Abbé Prévôt , Racine , Rameau , & autres
hommes célébres morts dans le cours de l'année.
Le Propriétaire des deuils de Cour avertit que
le Nécrologe ou l'Almanach des deuils eft actuellement
fous preffe . Comme on n'en tirera que le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions ,
on invite les perfonnes qui voudront s'abonner , à
faufcrire inceffamment au Bureau des Annoncèse
DÉCEMBRE . 1764. 21 1
des deuils de Cour , rue S. Honoré , à l'hôtel
d'Aligre. L'abonnement eſt de 3 liv . & avec les
Annonces 6 liv.LeNécrologe contiendra l'étiquette
invariable des deuils de Cour: & des deuils de
famille , principalement en ce qui concerne l'ha
billement des femmes ; avec les Vies de MM.
l'Abbé Prévôt , Racine , Rameau , & autres
hommes célébres morts dans le cours de l'année.
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Résumé : Deuils de Cour.
Le document 'Deuils de Cour' annonce la publication du 'Nécrologe ou l'Almanach des deuils'. Disponible en quantité limitée, il coûte 3 livres ou 6 livres avec les annonces. Il inclut les règles protocolaires des deuils et les biographies de personnalités décédées, comme l'Abbé Prévost, Racine et Rameau. Les souscriptions sont ouvertes au Bureau des Annonces des deuils de Cour, rue Saint-Honoré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1989
p. 211
« On a publié il y a quelque temps un Prospectus intitulé, Maison d'Education. [...] »
Début :
On a publié il y a quelque temps un Prospectus intitulé, Maison d'Education. [...]
Mots clefs :
Prospectus, Auteur, Projet, Maison d'éducation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a publié il y a quelque temps un Prospectus intitulé, Maison d'Education. [...] »
On a publié il y a quelque temps un Profpectus
intitulé, Maifon d'Education . M. d'Alembert nous
prie d'avertir que s'il a conſenti à être nommé dans
ce Profpectus , c'eft uniquement comme connoiffant
l'Auteur , qui eft M. de Baflide : mais que
d'ailleurs il n'a jamais prétendu fe rendre refponfable
du projet dont il s'agit. C'eft à M. de Baftide.
feul qu'il faut s'adreffer pour ce qui concerne cette.
Maifon d'Education .
intitulé, Maifon d'Education . M. d'Alembert nous
prie d'avertir que s'il a conſenti à être nommé dans
ce Profpectus , c'eft uniquement comme connoiffant
l'Auteur , qui eft M. de Baflide : mais que
d'ailleurs il n'a jamais prétendu fe rendre refponfable
du projet dont il s'agit. C'eft à M. de Baftide.
feul qu'il faut s'adreffer pour ce qui concerne cette.
Maifon d'Education .
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1990
p. 165-171
OPERA.
Début :
L'ACADEMIE royale de Musique donna sur son théâtre le 13 Août, la première [...]
Mots clefs :
Musique, Ballet, Théâtre, Prologue, Intermède, Public, Dieu, Voix, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
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Résumé : OPERA.
Le 13 août, l'Académie Royale de Musique présenta plusieurs fragments d'œuvres musicales, dont le prologue des 'Fêtes de Thalie', un acte intitulé 'La Femme' et un intermède appelé 'Le Devin du Village'. Ce dernier avait déjà été joué à Fontainebleau en octobre 1752 et à Paris en mars 1753. Lors de cette représentation, Mlle Duplan interpréta Melpomène, Mlle Dubois chanta Thalie, et M. Durand joua Apollon dans le prologue des 'Fêtes de Thalie'. Dans 'La Femme', M. et Mlle Larrivée incarnèrent Dorante et Calliste, et Mlle Duranci joua Dorine. Le 'Devin du Village' reçut des éloges pour les performances de M. Le Gros, Mlle Duranci et M. Gelin. Le 23 août, le programme changea : le prologue des 'Fêtes de Thalie' fut remplacé par l'acte 'Bacchus et Hégémone' et l'entrée des 'Amours de Tempé', avec une musique composée par M. Dauvergne. Cet acte raconte la rencontre entre Bacchus et Hégémone, prêtresse de l'Amour, dans la vallée de Tempé. Bacchus, charmé par Hégémone, lui ordonne de quitter les armes et d'annoncer ses bienfaits par la voix des plaisirs. Après une fête, Hégémone cède aux avances de Bacchus. Les rôles principaux furent interprétés par M. Le Gros, Mlle L'Arrivée et M. Durand. Les ballets, composés par M. Laval, furent particulièrement appréciés. L'acte rencontra un grand succès dès sa première représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1991
p. 73-74
CHANSON. RONDE.
Début :
Buvons, amis, à tasse pleine ; [...]
Mots clefs :
Mlle Camargo, Mlle Dangeville, Mlle Dumesnil, Thalie, Melpomène, Boire, Amis, Chanter, Dieux, Coeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. RONDE.
CHANSON.
RONDE *.
BUVONS ; UVONS , amis , à taſſe pleine ;
L'amour ordonne par ma voix ,
Que Bacchus , foumis à fes loix ,
Chante Thalie & Melpomène.
* Chantée à la Barrière blanche , dans un dîner o
étoient Mefdemoiſelles Dangeville & Dumefnil.
Vol. I. D
74 MERCURE
DE FRANCE.
Que Voltaire , de l'hypocrène ,
S'enyvre pour chanter les Dieux ;
Ce nectar nous fait chanter mieux ,
Vive Thalie & Melpomène !
Si l'une , en quittant notre ſcène ,
En fit éclipfer les attraits ;
Célébrons , malgré nos regrets ,
Chantons Thalie & Melpomene.
Si l'autre adoucit notre peine
Par fes talens toujours vainqueurs ;
Qu'à l'envi nos voix & nos coeurs
Chantent Thalie & Melpomène.
A l'amitié qui les enchaîne
Les Dieux toujours applaudiront
;
Et nos coeurs avec eux diront ,
Vive Thalie & Melpomène.
Quelle autre Muſe * arrive encore ? ...
Notre plaifir fera complet !
Pour former un trio parfait ,
Il ne manquoit que Terpficore.
Amis , bûvons à Terpficore.
Par un Bourgeois de Montmartre.
Mufique de M. MADROUX.
* Mile Camargo , qui furvint tandis que l'on chantoit
les précédens couplets .
RONDE *.
BUVONS ; UVONS , amis , à taſſe pleine ;
L'amour ordonne par ma voix ,
Que Bacchus , foumis à fes loix ,
Chante Thalie & Melpomène.
* Chantée à la Barrière blanche , dans un dîner o
étoient Mefdemoiſelles Dangeville & Dumefnil.
Vol. I. D
74 MERCURE
DE FRANCE.
Que Voltaire , de l'hypocrène ,
S'enyvre pour chanter les Dieux ;
Ce nectar nous fait chanter mieux ,
Vive Thalie & Melpomène !
Si l'une , en quittant notre ſcène ,
En fit éclipfer les attraits ;
Célébrons , malgré nos regrets ,
Chantons Thalie & Melpomene.
Si l'autre adoucit notre peine
Par fes talens toujours vainqueurs ;
Qu'à l'envi nos voix & nos coeurs
Chantent Thalie & Melpomène.
A l'amitié qui les enchaîne
Les Dieux toujours applaudiront
;
Et nos coeurs avec eux diront ,
Vive Thalie & Melpomène.
Quelle autre Muſe * arrive encore ? ...
Notre plaifir fera complet !
Pour former un trio parfait ,
Il ne manquoit que Terpficore.
Amis , bûvons à Terpficore.
Par un Bourgeois de Montmartre.
Mufique de M. MADROUX.
* Mile Camargo , qui furvint tandis que l'on chantoit
les précédens couplets .
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Résumé : CHANSON. RONDE.
La chanson 'Ronde' est dédiée aux Muses Thalie et Melpomène, honorées lors d'un dîner à la Barrière blanche en compagnie des demoiselles Dangeville et Du Mesnil. Elle célèbre Thalie, muse du théâtre comique, et Melpomène, muse du théâtre tragique, et invite à porter un toast en leur honneur. Le texte espère que Voltaire, inspiré par le nectar, chantera aussi les Dieux. Il exprime la crainte de la perte éventuelle de l'une des Muses tout en louant leurs talents. L'amitié entre les Muses et l'approbation des Dieux sont mises en avant. La chanson se conclut par l'arrivée de la Muse Terpsichore, formant ainsi un trio parfait avec Thalie et Melpomène. La musique de cette chanson est composée par M. Madroux, et la Muse mentionnée à la fin est Mlle Camargo.
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1992
p. 95
« LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
Début :
LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Conseil de Genève, Syndics
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
LETTRES écrites de la campagne ; proi
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
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Résumé : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
La brochure 'Lettres écrites de la campagne; près de Genève', publiée en 1765, explore quatre questions sur Jean-Jacques Rousseau et Genève. Elle traite de la régularité du jugement du Conseil de Genève sur les œuvres de Rousseau, de la possibilité d'emprisonner un citoyen sans interrogatoire préalable, de la légalité d'un tribunal criminel sans Syndic, et du rôle du Conseil Général en cas de doute sur la légalité des tribunaux ou des emprisonnements.
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1993
p. 75
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Début :
Me trouvant, Monsieur, il y a quelques jours dans une assemblée où on s'amusoit [...]
Mots clefs :
Logogriphes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Lagache fils écrit à M. de La Place pour partager six logogriphes créés lors d'une assemblée où l'on résolvait ceux du Mercure de Juillet. Il espère leur publication dans le Mercure de France et renouvelle ses salutations respectueuses. La lettre est datée d'Amiens, 1765.
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1994
p. 77-79
Le Tombeau de LAURE, ou les Regrets de PÉTRARQUE, Romance nouvellement mise en musique par M. DE LUSSE. RÉCIT
Début :
Séparé pour toujours de tout ce qu'il aimoit, [...]
Mots clefs :
Pétrarque, Laure, Regrets, Tombeau, Coeur, Clarté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Tombeau de LAURE, ou les Regrets de PÉTRARQUE, Romance nouvellement mise en musique par M. DE LUSSE. RÉCIT
LE Tombeau de LAURE , ou les Regrets de
PETRARQUE , Romance nouvellement
mife en mufique par M. DE Lusse.
RECIT
ÉPARÉ pour toujours de tout ce qu'il aimoit
Pétrarque inconfolable ,
Aux échos des rochers fans ceffe répétoit
Ce difcours lamentable :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE..
Majeur.
Tout eft changé pour moi , tout afflige mon
coeur.
Les ruiffeaux argentés n'ont plus leur doux mur-
Conjure ;
Je ne vois plus des bois la riante verdure :
De leur fombre clarté je ne vois. que l'horreur.
Mineur.
Les prés font fans émail , les jardins fans parure,
Le Soleil fans éclat , les vallons fans fraîcheur.
J'ai perdu Laure , hélas ! Après un tel malheur ,
Je ne vois plus que deuil dans toute la nature.
Quelquefois pénétrant au fond de fon tombeau ,
J'ofe encor la chercher dans les crêpes funèbress
Je perce en frémiffant les horreurs des ténèbres
Guidé par la lueur d'un lugubre flambeau,
Dans un trifte cercueil , de linceuls entourrée 3
Ses beaux yeux font fermés à la clarté du jour :
Les miens cherchent en vain l'objet de mon amour;
Mon coeur feul y retrouve une amante adorée,
Mais bientôt accablé du poids de ma douleur ,
Je couvre de baifers fa bouche inanimée :
Dans fon livide corps mon âme renfermée
Veut en vain l'échauffer par fá brûlante ardeur .
NOVEMBRE 1765. 79
Je remplis de mes cris ces voûtes téné
breuſes ,
Et , prêt à voir finir les horreurs de mon fort ;
Pour la pleurer encor je retarde ma mort ,
Et quitte en foupirant ces demeures affreufes.
11 eft temps de céder à mon cruel tourment.
Laure , ma chère Laure , à la fin je fuccombe ;
Pour la dernière fois je vais ouvrir ta tombe ,
Et dans ton noir fépulchre enfermer ton amant.'
Au fond du monument mon corps que je
dépoſe ,
Trouvera près du tien un remède à fes maux ;
Et s'il peut être encor pour moi quelque repos ,
Ce n'eft que dans les lieux où ma Laure repofe.
PETRARQUE , Romance nouvellement
mife en mufique par M. DE Lusse.
RECIT
ÉPARÉ pour toujours de tout ce qu'il aimoit
Pétrarque inconfolable ,
Aux échos des rochers fans ceffe répétoit
Ce difcours lamentable :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE..
Majeur.
Tout eft changé pour moi , tout afflige mon
coeur.
Les ruiffeaux argentés n'ont plus leur doux mur-
Conjure ;
Je ne vois plus des bois la riante verdure :
De leur fombre clarté je ne vois. que l'horreur.
Mineur.
Les prés font fans émail , les jardins fans parure,
Le Soleil fans éclat , les vallons fans fraîcheur.
J'ai perdu Laure , hélas ! Après un tel malheur ,
Je ne vois plus que deuil dans toute la nature.
Quelquefois pénétrant au fond de fon tombeau ,
J'ofe encor la chercher dans les crêpes funèbress
Je perce en frémiffant les horreurs des ténèbres
Guidé par la lueur d'un lugubre flambeau,
Dans un trifte cercueil , de linceuls entourrée 3
Ses beaux yeux font fermés à la clarté du jour :
Les miens cherchent en vain l'objet de mon amour;
Mon coeur feul y retrouve une amante adorée,
Mais bientôt accablé du poids de ma douleur ,
Je couvre de baifers fa bouche inanimée :
Dans fon livide corps mon âme renfermée
Veut en vain l'échauffer par fá brûlante ardeur .
NOVEMBRE 1765. 79
Je remplis de mes cris ces voûtes téné
breuſes ,
Et , prêt à voir finir les horreurs de mon fort ;
Pour la pleurer encor je retarde ma mort ,
Et quitte en foupirant ces demeures affreufes.
11 eft temps de céder à mon cruel tourment.
Laure , ma chère Laure , à la fin je fuccombe ;
Pour la dernière fois je vais ouvrir ta tombe ,
Et dans ton noir fépulchre enfermer ton amant.'
Au fond du monument mon corps que je
dépoſe ,
Trouvera près du tien un remède à fes maux ;
Et s'il peut être encor pour moi quelque repos ,
Ce n'eft que dans les lieux où ma Laure repofe.
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Résumé : Le Tombeau de LAURE, ou les Regrets de PÉTRARQUE, Romance nouvellement mise en musique par M. DE LUSSE. RÉCIT
Le texte décrit l'œuvre musicale 'Le Tombeau de Laure, ou les Regrets de Pétrarque' composée par M. De Lusse. Cette œuvre relate la douleur de Pétrarque après la perte de Laure. Pour lui, la nature semble désormais triste et changée : les ruisseaux ne murmurent plus doucement, les bois ont perdu leur verdure, et les prés, jardins, soleil et vallons ont perdu leurs charmes habituels. Pétrarque visite la tombe de Laure, cherchant vainement sa présence et imaginant ses yeux fermés à jamais. Il tente sans succès de ranimer son corps inanimé. Accablé par sa douleur, il remplit les voûtes ténébreuses de ses cris et retarde sa propre mort pour continuer à pleurer Laure. Finalement, il décide de se rendre dans la tombe de Laure pour y trouver un repos éternel auprès d'elle.
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1995
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Fermer
Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1996
p. 92-101
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Début :
C'EST ici la première édition complette du théâtre de M. Guyot de Merville. [...]
Mots clefs :
Comédie, Voltaire, Auteur, Théâtre, Genève, Succès, Comédiens
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texteReconnaissance textuelle : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
و د
ود
"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ور
ور
20
"
ود
"
و د
و ر
*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
و د
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"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ور
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20
"
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و د
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*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
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Résumé : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Michel Guyot de Merville, né à Versailles en 1696, est un auteur dramatique dont les œuvres théâtrales ont été publiées en 1766 à Paris. Cette édition comprend la majorité de ses pièces, à l'exception de trois tragédies non représentées ni imprimées : 'Achille à Troyes', 'Manlius Torquatus' et 'Salluste'. Ces œuvres, écrites durant sa jeunesse, ont suscité des conflits avec des acteurs de la Comédie Française, poussant Merville à abandonner le théâtre et à quitter la France pour voyager. Merville a débuté sa carrière théâtrale en 1736 avec 'Les Mascarades amoureuses', saluée pour son style moliéresque. Suivirent 'Les Amans affrontés sans le savoir', retirée après une seule représentation, et 'Les Impromptus de l'Amour', qui connurent un succès modéré. La même année, il présenta 'Achille à Scyros', une tragédie comique bien accueillie. En 1738, 'Le Consentement forcé' fut un triomphe, suivi de 'Les Époux réunis', appréciée par la presse malgré un accueil mitigé lors de sa première représentation. Merville a également écrit pour le théâtre Italien, avec des pièces comme 'Le Dédit inutile' et 'Les Dieux travestis'. Sa collaboration avec Procope sur 'Le Roman' et 'L'Apparence trompeuse' fut notable, cette dernière étant particulièrement bien reçue. Cependant, 'Les Talens déplacés' en 1744 provoqua une rupture avec les acteurs italiens, mettant fin à ses représentations et publications jusqu'à l'édition de 1766. Parmi ses autres œuvres, on trouve plusieurs comédies telles que 'Le Jugement téméraire', 'Les Tracafferies ou le Mariage supposé', 'Le Triomphe de l'Amour & du Hazard', et 'La Coquette punie'. Il a également écrit 'Le Médecin de l'esprit', joué une seule fois au théâtre Français en 1739, ainsi que 'L'Histoire littéraire de l'Europe' publiée en 1726 et un 'Voyage d'Italie' en deux volumes. Merville a rencontré un gentilhomme suisse vers 1750 ou 1751, renforçant leur amitié au fil des visites. Il a été marqué par des chagrins personnels et des difficultés financières. Il a voyagé en Europe, rencontrant Voltaire à Lyon, avec qui il eut une querelle littéraire. Après avoir réglé ses affaires et ses dettes à Genève, Merville disparut mystérieusement. Des rumeurs parlèrent de sa mort par noyade, mais il est possible qu'il se soit retiré dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1998
p. 40-43
EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
Début :
Au vrai seul, dit un Moraliste, [...]
Mots clefs :
Prince, Altesse, Vérité, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
EPITRE à S. A. S. Mgr le Prince de
LEWENSTEIN , Prince régnant de
WERTHEIM , Membre honoraire de:
l'Académie des Sciences.
ΑνU vrai feul , dit un Moralifte ,
Eft attaché notre bonheur :
Mais la vérité qui m'attriſte
Vaut- elle une agréable erreur ?
Dois- je , éloigné de Votre Alteffe ,
Ne point efpérer de la voir ?
Puis-je , dans une douce yvreffe ,
N'en pas réaliſer l'efpoir ?
Laiffez- moi , Cenfeur trop auftère ,
Votre morale eſt un poiſon :
Je chéris , j'aime ma chimère ,
Elle eft l'effort de ma raiſon.
Dans la favante folitude
Où , dépofant votre grandeur ,
Votre esprit , avec certitude ,
Des mers fonde la profondeur
Et chaque jour fait fon étude
D'affurer la félicité .
D'un peuple aimé qui vous adore ;
Prince , je me crois tranfporté.
C'eft -là qu'au lever de l'aurore ,
AVRIL 1766. 41
J'écoute avec avidité
Ces traits qui portent dans mon âme
Le flambeau de la vérité :
Elle s'élève , elle s'enflâme
A leur raviffante clarté.
Je reſpecte dans ſon ouvrage
Le fage Auteur de l'univers :
Vous en êtes la vive image.
Jufte ennemi des coeurs pervers ,
Avec une égale juftice.
Votre main punit les forfaits ,
Arrête les progrès du vice
Et prodigue aux bons les bienfaits .
Mais , lorfque maître de vous- même ,
Dégagé de ce premier ſoin ,
Et des devoirs du diadême ,
Vous n'avez que moi pour temoin ;
Quand les noeuds de la confiance ,
Prince , m'élèvent juſqu'à vous ,
Je ne vois plus votre puiffance ,
Je m'éclaire & je prends vos goûts .
J'admire en vous l'homme eftimable ,
Le favant fimple & fans écarts ,
Le Philofophe raiſonnable ,
L'ami , le protecteur des arts.
Sublime , noble avec Virgile ,
Folâtre avec Anacréon
Votre génie ardent , facile ,
Careffe ou Voltaire ou Newton ::
42 MERCURE DE FRANCE
Il badine avec Lafontaine ,
Et fuit dans les cieux d'Alembert
Mais le mâle Rouffeau l'entraîne ::
Puis délicat près de Gefner ,
Il vole dans les bras d'Ovide
Soupirer de tendres amours :
Ou , prenant l'équerre d'Euclide ,,
Et , s'étayant de fon fecours ,
Il trace d'un crayon rapide
Et les rapports & les contours
Des Ordres dont l'architecture
Embellit nos riches palais ;
Et quelquefois de la nature ,
Déchirant les voiles épais ,
Il en pénètre la magie
Et lui dérobe fes fecrets.
O notre heureuſe Académie ,
Quel honneur rejaillit fur toi !
Ta gloire en doit être affermie :
Ta gloire toujours fut ta loi.
On t'inftruit qu'au fein de l'Empire
Un Prince , un mortel vertueux
Tient le compas , pince la lyre ,
Sait , s'occupe & fait des heureux :
Tu veux ravir cette conquête ..
Et ton choix jufte & précieux
De lauriers couronne fa tête.
Eh que pouvoit faire de mieux
Ce Sénat fage qui difpenfe:
AVRIL 1766: 43
Aux honneurs les auguftes droits ?
Mais où tend ma frêle éloquence ?
Tandis que j'élève la voix ,
Votre Alteffe ne peut m'entendre ,
Et , pouffant un cerf aux abois ,
Le force peut- être à fe rendre ;
Ou , calculant d'un trait hardi ,
Des aftres la viteffe extrême ,
Elle voit le globe arrondi ,
Et renverſe notre fyftême.
Et moi , dans mon donjon reclus ,
Plein de refpect & de tendreffe ,
Je forme des voeux fuperflus.
Qu'ils paffent donc à Votre Alteffe ..
Encor , fi j'avois fon portrait !
Cette favorable impofture
Rendroit mon coeur plus fatisfait :-
Je ferois heureux en peinture .
L' * * * * F ****;
LEWENSTEIN , Prince régnant de
WERTHEIM , Membre honoraire de:
l'Académie des Sciences.
ΑνU vrai feul , dit un Moralifte ,
Eft attaché notre bonheur :
Mais la vérité qui m'attriſte
Vaut- elle une agréable erreur ?
Dois- je , éloigné de Votre Alteffe ,
Ne point efpérer de la voir ?
Puis-je , dans une douce yvreffe ,
N'en pas réaliſer l'efpoir ?
Laiffez- moi , Cenfeur trop auftère ,
Votre morale eſt un poiſon :
Je chéris , j'aime ma chimère ,
Elle eft l'effort de ma raiſon.
Dans la favante folitude
Où , dépofant votre grandeur ,
Votre esprit , avec certitude ,
Des mers fonde la profondeur
Et chaque jour fait fon étude
D'affurer la félicité .
D'un peuple aimé qui vous adore ;
Prince , je me crois tranfporté.
C'eft -là qu'au lever de l'aurore ,
AVRIL 1766. 41
J'écoute avec avidité
Ces traits qui portent dans mon âme
Le flambeau de la vérité :
Elle s'élève , elle s'enflâme
A leur raviffante clarté.
Je reſpecte dans ſon ouvrage
Le fage Auteur de l'univers :
Vous en êtes la vive image.
Jufte ennemi des coeurs pervers ,
Avec une égale juftice.
Votre main punit les forfaits ,
Arrête les progrès du vice
Et prodigue aux bons les bienfaits .
Mais , lorfque maître de vous- même ,
Dégagé de ce premier ſoin ,
Et des devoirs du diadême ,
Vous n'avez que moi pour temoin ;
Quand les noeuds de la confiance ,
Prince , m'élèvent juſqu'à vous ,
Je ne vois plus votre puiffance ,
Je m'éclaire & je prends vos goûts .
J'admire en vous l'homme eftimable ,
Le favant fimple & fans écarts ,
Le Philofophe raiſonnable ,
L'ami , le protecteur des arts.
Sublime , noble avec Virgile ,
Folâtre avec Anacréon
Votre génie ardent , facile ,
Careffe ou Voltaire ou Newton ::
42 MERCURE DE FRANCE
Il badine avec Lafontaine ,
Et fuit dans les cieux d'Alembert
Mais le mâle Rouffeau l'entraîne ::
Puis délicat près de Gefner ,
Il vole dans les bras d'Ovide
Soupirer de tendres amours :
Ou , prenant l'équerre d'Euclide ,,
Et , s'étayant de fon fecours ,
Il trace d'un crayon rapide
Et les rapports & les contours
Des Ordres dont l'architecture
Embellit nos riches palais ;
Et quelquefois de la nature ,
Déchirant les voiles épais ,
Il en pénètre la magie
Et lui dérobe fes fecrets.
O notre heureuſe Académie ,
Quel honneur rejaillit fur toi !
Ta gloire en doit être affermie :
Ta gloire toujours fut ta loi.
On t'inftruit qu'au fein de l'Empire
Un Prince , un mortel vertueux
Tient le compas , pince la lyre ,
Sait , s'occupe & fait des heureux :
Tu veux ravir cette conquête ..
Et ton choix jufte & précieux
De lauriers couronne fa tête.
Eh que pouvoit faire de mieux
Ce Sénat fage qui difpenfe:
AVRIL 1766: 43
Aux honneurs les auguftes droits ?
Mais où tend ma frêle éloquence ?
Tandis que j'élève la voix ,
Votre Alteffe ne peut m'entendre ,
Et , pouffant un cerf aux abois ,
Le force peut- être à fe rendre ;
Ou , calculant d'un trait hardi ,
Des aftres la viteffe extrême ,
Elle voit le globe arrondi ,
Et renverſe notre fyftême.
Et moi , dans mon donjon reclus ,
Plein de refpect & de tendreffe ,
Je forme des voeux fuperflus.
Qu'ils paffent donc à Votre Alteffe ..
Encor , fi j'avois fon portrait !
Cette favorable impofture
Rendroit mon coeur plus fatisfait :-
Je ferois heureux en peinture .
L' * * * * F ****;
Fermer
Résumé : EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
L'épître est destinée à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince de Lewenstein, Prince régnant de Wertheim et membre honoraire de l'Académie des Sciences. L'auteur admire la vérité mais se questionne sur sa supériorité par rapport à une agréable erreur. Il loue le prince pour ses qualités morales et intellectuelles, notamment sa sagesse, sa justice et son amour pour les arts. Le prince est présenté comme un homme estimable, savant et protecteur des arts, capable de naviguer entre philosophie, poésie, sciences et arts, et de comprendre les secrets de la nature. L'auteur exprime l'honneur que représente pour l'Académie des Sciences d'avoir un tel membre. Il conclut en exprimant son désir de rencontrer le prince et en espérant que ses vœux lui parviennent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1999
p. 118-131
LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
Début :
DANS l'extrait que nous avons donné de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril [...]
Mots clefs :
Poème, Âme, Goût, Plaisir, Amour, Chant, Vers, Fleurs, Bosquets, Auteur, Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
LES SENS POEM E.
SECOND EXTRAIT.
DANS l'extrait que nous avons donné
de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril
nous nous fommes contentés d'en rendre
un compte exact , en laiffant à nos lecteurs
le plaifir de porter un jugement , réglé par
le plus ou le moins de plaifir qu'ils auroient
reffenti. Nous fuivrons la même méthode
dans ce nouvel extrait.
Le Goût , chant quatrième du Poëme ,
eft celui auquel nous nous fommes arrêtés.
Il est peut- être de tous les chants de cet
ouvrage celui qui doit plaire le plus aux
âmes fenfibles. Tout y eft naturel , mais
délicat , mais bien fenti.
It eft dans les âmes fenfibles
Des tranfports délicats , de fecrets mouvemens ,
Qu'à l'afpect du vrai beau leurs fens plus fufceptibles
Expriment par d'heureux élans.
Ces fentimens fubtils , ces rapports invisibles ,
En font des juges infaillibles ,
Et des cenfeurs intelligens.
JUILLET 1766. 119
Connoilleurs fans étude , & favans fans fcience ,
Ce qu'au fer eft l'aimant , le beau l'eft pour
leurs fens :
Mille riens délicats font pour eux importans.
Leur vigilante intelligence
Sait connoître & jouir de tout :
Hélas dans chaque jouillance
L'effet c'eft le plaiûr , la caufe c'eſt le goût.
Ce fens heureux , à lui- même infidelle ,
Par une double effence agit différemment :
Cette effence fouvent n'eft qu'intellectuelle .
Et quelquefois fenfible feulement.
Il élève , il conduit l'effor de la penſée :
Par lui de l'ignorance ayant brifé les fers ,
Vers les cieux notre âme élancée ,
Sur des aîles de feu plane dans l'univers ,
Quand ce germe premier dont tout naît & s'enfante
,
Par le fouffle de l'Eternel ,
Reçut une chaleur active & fécondante ,
Tout jufques à l'efprit étoit matériel.
L'homme vécut long -temps fans ofer ſe connoître :
Ainfi que la nature il étoit au berceau.
Enfin au flambeau du génie
Le goût vivifia les âmes des héros.
Bientôt une auguſte harmonie
Affervit tout à fes heureuſes loix :
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un Maître Créateur l'homme acquit tous les
droits ,
Et l'univers foumis à fa noble magie
Fut le temple des arts & le palais des Rois.
Ce goût du beau , ce fens métaphyfique ,
Eft un fixième fens dont l'ineffable prix ,
Pour tant de vulgaires efprits ,
N'eft qu'un être problématique .
C'eſt à la fois un fens particulier ,
Dont l'existence & phyfique & morale ,
Ne connut jamais de rivale
Dans l'art de tout apprécier ;
Et c'est un fens dont le pouvoir fuprême
Agit fur tous les autres fens ;
Ils ne font jamais bien que ce qu'il eft lui-même :
Tous allervis à fes heureux penchans ,
Connoiffent par les connoiffances ,
Jouillent de fes jouiſſances ,
Se meuvent par les mouvemens.
De tels vers font plus difficiles à faire
que les jolis madrigaux qui brillent dans
les ouvrages de mode. Quelques vers plus
bas l'Auteur ajoute ceux- ci , qui réfument
fon fyftême , qui l'expliquent , & que leur
vérité rend . fublimes.
La prudente nature a pour premier mystère
De ne tout varier qu'en fimplifiant tout :
Chaque fens eft un tact , chaque fens a fon goût.
Le
JUILLET 1766. 121
Le phyfique des fens eft un tact plein de flamme :
Et leur méthaphyfique eft le goût des penchans :
L'âme , dans le premier , doit fes plaifirs aux fens ;
Les fens , dans le fecond , doivent les leurs à l'âme.
L'Auteur , pour varier fon ouvrage
paffe enfuite à des peintures délicates , qui
échappent à ces hommes
Dont la vie est un fommeil léthargique ,
Dont l'existence méchanique
A pour fens des refforts & pour difcours des fons.
Il ajoute enfuite ces vers précieux par
·les vérités qu'ils contiennent,
Et- il quelques objets que fon pouvoir n'embraſſe ›
C'est par lui que chante
Apollon
,
C'eſt par lui que charme une Grâce.
A Cythère , au facré vallon ,
It couronne Greffet , avec Chaulieu foupire ;
Il chauffe le cothurne , il accorde la lyre
De Bernis & d'Anacreon.
C'eft dans les bras que compofoient Molière ,
Et le gentil Bernard , & la nerveux Piron.
11 infpiroit le mâle Crébillon ,
L'élégant Marmontel , & le docte Buffon.
Il a taillé la plume de Voltaire :
Racine fut fon nourriffon ;
Mais de Corneille il fut le père.
Vol. I. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ces aigles , voifins du tonnerre ,
Rivaux des Dieux pour la grandeur ,
Les deux Rouffeaux , ces maîtres de la terre ,
Doivent à fes leçons l'art de charmer le coeur.
Mais comme fous la main , par l'heureux don de
plaire ,
Tout s'annoblit , & tout devient faveur ;
C'eſt auffi lui qui place & dérobe une fleur
Dans le corfet de la fimple bergère.
O goût , tréfor de l'âme & de l'efprit ,
C'eſt par toi qu'il eft deux nobleffes ;
L'une , dûe au hafard , ou le prix des richelles ,
Qui fans illuftrer annoblit :
L'autre des potentats & des Princes rivale
S'élève & voit ramper leur précaire hauteur ;
Et des rangs éloignés rempliffant l'intervale ,
Donne au fang le pouvoir , aux talens la grandeur.
Après ces morceaux de raifonnement
fuit l'épifode des compagnons d'Ulyſſe
changés par Circé en différens animaux.
Les images y font vives & les contraftes
adroits. L'Auteur rappelle finement l'épifode
du chant de l'ouïe , où l'adreffe d'Ulyffe
a préfervé fes Compagnons du danger
d'entendre les Syrenes.
Aux accens de la volupté
Les Compagnons d'Ulyffe oppofoient la fierté.
Le goût les a vaincus. Quel bonheur eft le vôtre ,
Tendres bergers toujours un fens n'a réfifté
JUILLET 1766. 123
Que pour mieux illuftrer la défaite de l'autre.
Entrez tous avec moi dans un bocage frais ,
·
Temple de la volupté pure
Où l'amour fait la guerre , & le plaifir la paix.
Peinture anacréontique de ce bofquet.
Là , d'un repas charmant Glycère & fon Lycas
Goûtofent la volupté champêtre :
Le fafte eft apprêté , le plaifir ne l'eft pas .
Pour un coeur délicat, dont l'amour eſt le maître ,
Le Louvre est bien moins qu'un bosquet ;
Et le plaifir le plus parfait ,
Le plus durable enfin , eft le plus prompt à naître .
Leçon pour ces Créfus qui croient que
For donne un prix à tout : ils vantent leurs
poffeffions ;
Mais trop d'art vous trahit , vous m'en montrez
l'apprêt ;
Je pense à ce qu'il vous en coûte ,
Je calcule , & mon coeur fe tait.
Je veux plus de défordre & bien moins d'élégances
Des rameaux trop unis , contraints par la ſcience ,
Ne m'offrent point l'image d'un bofquet.
Glycère , dans le tien , la douce jouillance
Naît du défordre heureux qui pare chaque objets
Qu'une fimple noblefle a de magnificence !
Oui , ce féjour délicieux ,
Simple comme Lycas , comme fon innocence ,
Seroit moins bien s'il étoit mieux..
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du repas des deux amans,
Ils preffurent le jus de la treille ; Lycas
chante une chanfon , dont ce couplet eft
charmant.
D'une fleur fous les pas éclofe
Une Eglé chérit la fraîcheur :
Elle effeuille à deffein fa rofe
Chaque feuille vaut une fleur.
Dans les biens qu'amour nous propofe
Le coeur doit tour apprécier ;
Celui qui mieux les décompofe
Sait par- là les multiplier.
Lycas , toujours délicat , différe fon
bonheur & refpecte l'obftacle que la nature
a mis à fes tranfports. Nos lecteurs
nous pardonneront cette dernière citation
à laquelle nous ne pouvons nous refuſer.
Cet obftacle imprévu que reſpecte leur flamme
Eft un charme de plus , chef- d'oeuvre du defir ;
Et ce qu'en eux les fens ont perdu de plaifir ,
S'ajoute au bonheur de leur âme.
Leçon de goût , nouvelle pour les coeurs !
Notre âme quelquefois s'arrête & le captive
Pour irriter les preffantes ardeurs .
Pour elle - même fugitive ,
Elle s'ôte fon bien , s'échappe , fe pourfuit ;
Se prive alors qu'elle jouit ,
Jouit alors qu'elle fe prive,
JUILLET 1766. 125
Rien ne doit être indifférent :
Ni le ruiffeau qui près de nous s'écoule ,
Ni ce lit de cailloux fur lequel il ſe roule ,
Ni le rideau du feuillage naiffant ,
Ni le moindre zéphir , ni le gafon qu'on foule,
Ni le bouton de fleurs , ni le jour , ni l'inſtant.
Un rien nous prive , un rien nous enrichit peutêtre
:
C'eft pour parler au coeur que tout parle à nos
yeux ;
Il ne fuffit point d'être heureux ,
Il faut fentir , il faut connoître
Pour quoi , pour qui , comment , & combien on
va l'être :
Tout importe , le choix de l'objet & des lieux.
L'Auteur termine ce chant en vantant
les plaifirs délicats & la beauté qui peutdire
fans menfonge ,
Je n'ai point de defics quand je n'ai point d'amant.
Les citations multipliées étoient néceffaires
dans un chant où tout eft fentiment .
L'odorat forme le fujet du cinquième
chant. On reconnoît toujours la même
touche ; c'est toujours le métaphyfique
des fens contrafté avec le phyfique. Voici
comme l'Auteur définit celui- ci :
Ce n'étoit point affez , pour l'augufte puiſſance ,
Qui ne nous fait jouir que pour mieux l'imiter ,
Fiij
726 MERCURE DE FRANCE.
De donner une intelligence
Au fens qui pour jouir nous apprend à goûter.
Comme dans tous les biens
tance ,
, par qui notre ſubſ-
En les décompofant , répare fa vigueur
Des fucs la volatile effence
De parfums délicats répand la douce odeur ;
Il nous fit un fens propre à cette jouiffance.
Avec ces corps fubtils , atômes fublimés
La volupté dans les airs fe balance ;
Comme il eft des cailloux dont les veines fidelles
Récèlent des feux inconnus ;
En les heurtant mille éclats imprévus
Cherchent où réunir leurs foibles étincelles .
Ces corps ignés naiffent en pétillant ,
Sans échauffer comme la flamme:
Comme elle dans les airs ils volent en brillant ,
La font naître & lui donnent l'âme.
Ainfi dans ces chocs violens
Qui naiffent dans un coeur timide , mais ſenſible ,
Du combat de l'âme & des fens ;
Sous les corps attractifs d'un pouvoir invifible
Des efprits animaux la brûlante vapeur
Se répand , fe fublime ; & fon tact infaillible
Cherche fans fe tromper l'objet de ſon ardeur .
Le fyftême de l'Auteur eft que les preffentimens
fecrets , les fympathies fubites
naiffent de cettte force attractive des efprits
animaux émanés de nos corps. Si ce n'eft
JUILLET 1766. 127
qu'un fyftême , au moins eft- il ingénieux.
L'Auteur paffe à une defcription de la différence
des fenfations qu'on éprouve en
refpirant l'air du matin , celui de midi ,
celui du foir. ·
Ainfi refpirer même eft un piége enchanteur !
Souvent d'une Nymphe fauvage
Un fimple cuillet a fléchi la rigueur ,
Qu payé les fers d'un volage ;
Le fceptre de l'amour n'eft fouvent qu'une fleur.
Deſcription d'une fête de village qui
amène naturellement l'épifode de ce chant,
toute de fiction. L'Auteur fuppofe que
deux amans ayant été un modèle de fidélité
pendant leur vie , leur chien s'eſt fixé
fur leur tombeau ; & que l'Amour a fait
de ce chien un oracle. Toutes les bergères ,
fuivies de leurs mères , venoient jetter
leur bouquet devant le chien ;
Et jamais , jamais une mère
Ne vit fon bouquet rapporté.
Tous les détails de cette épifode font
agréables.
Ce fut pendant long-temps un triomphe fuprême
D'avoir un für garant d'un tréfor confervé :
L'or craint- il le creufet ; Un coeur fûr de luimême
Gagne toujours quand il eft éprouvé.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
D'autres temps , d'autres moeurs. Jouir devint
baffeffe !
L'abus de la beauté fut un crime commun ;
Dès qu'on mit tout à prix , & plaifirs & tendreffe ,
Tout ceffa d'en mériter un ,
L'oracle devient importun . Le poifon
en délivre .
Le vice après la mort défiant la vertu ,
Des pertes de l'honneur enrichit la décence :
Comme s'il fuffifoit , pour preuve d'innocence ,
De n'être jamais conyainca .
Du mafque de la bienséance
La Phryné fut cacher l'oeil de fon impudence ,
Et de fon manteau fe couvrit ;
Dans ce fiècle trompeur votre vertu commence ,
Sexe volage , où l'épreuve finit .
Glycère n'a pas befoin de garant. Chaque
inftant développe fes fenfations &
celle de fon amant. L'Auteur décrit , d'une
manière curieuſe , les progrès de l'odorat ,
qui eft le plus tardif des fens. Il peint un
homme qui interroge fon être , qui effaye
fes forces par degrés ; il foupire , il eſt
inquiet.
Un jeune objet paroît... & déja ſa beauté
Par un charme fecret l'attire.
Il la pourfuit avec rapidité ;
Pour le foir elie cherche un bofquet écarté.
JUILLET 1766. 329
Dans ce bofquet Flore tient fon Empire ,
Ce qui n'étoit qu'un trouble eft bientôt un délire !
Sur ces tapis rians on tombe en fûreté ;
Mille naifantes fleurs , fur leur tige orgueilleufe ,
Soutiennent en tombant la bergère amoureuſe
Que fa fuite n'a pu fauver.
Cette chûte , peu dangereufe ,
Ne feroit- elle douloureuſe
Qu'à l'inftant de fe relever ?
Qu'ai- je dit qu'ai - je peint ? ... Ce boſquet ;
cette fuite ,
Cette yvrelle , cette pourfuite ,
Je ne les ai chantés que pour chanter Lycas.
Glycère , le foir de la fête du village ,
fuyoit vers fon bofquet chéri. Lycas l'y
pourfuit ; & l'Auteur raconte que Flore ,
alarmée de l'inconftance de Zéphire , avoit
ce jour même demandé à l'Amour un trait
für de fes coups. L'amour lui avoit accordé
fa demande , à condition qu'elle lui donneroit
en échange toutes les fleurs nées
dans fon Empire pendant le même jour.
Flore y avoit confenti , & en effayant le
trait , s'étoit bleffée elle-même.
Le petit Dieu , maître de la nature ,
Prodigue à Glycère les fleurs
Que Flore lui donna , pour fléchir fes rigueurs
Mais ne prêtant rien fans ufure ,
Fy
130
MERCURE DE FRANCE.
C
Pour les fleurs comme pour le trait ,
Il va dans ce fombre bolquer
Se payer par une bleſſure .
L'Auteur paffe enfin au chant de la
jouiffance. Nous n'en citerons aucun morceau
; & M. de Rofoi , qui fait que notre
Journal peut tomber entre les mains des
jeunes perfonnes , à qui il ne faut offrir
que des images modeftes , nous pardonnera
cette omiffion .
Plaiſirs des deux amans , leçons de délicateffe
, réunion de tous les fens , peinture
de la défaite d'un jeune coeur ; cris
de l'âme ; voilà ce que l'Auteur exprime
avec toute la chaleur de la Poéfie.
Par une tranfition naturelle il amène
l'epifode. Le Phoenix enfuite. Le fujet de
cette idée eft embelli par - tout de détails
intéreffans ; nous laiffons à nos lecteurs le
plaifir de les lire dans le Poëme. l'Auteur
termine en appliquant l'épifode aux deux
amans qu'il a célébrés , & finit en adreffant
l'ouvrage à Zélis, jeune beauté à qui
il donne des leçons analogues au fujet
qu'il a traité. Elles font écrites avec fineffe ,
avec fentiment. La difficulté du choix
empêche d'en rapporter des morceaux . Il
eft impoffible d'en adopter un à l'exclufion
de l'autre. Nous renvoyons donc encore à
l'ouvrage même.
JUILLET 1766. 131
Si nous nous fommes étendus fur cette
production , plus que nous n'avons coutume
de faire , nous croyons que le public
nous en faura gré. On y trouve pourtant
quelques inverfions forcées , des expreffions
quelques fois foibles ou peu propres,
mais il prouve du génie , de la combinafon
dans les idées. La marche en eft rapide ,
les images brillantes quoique fages , &
inultipliées fans être confufes ; la Poéfie
en eft naturelle : point trop d'efprit , point
de jeux de mots ; beaucoup de fentiment,
& fur-tout une belle ordonnance ; voilà
de quoi confoler l'Auteur des mauvaiſes
chicanes que la critique pourroit lui faire .
M. de Rozoi a les plus grands droits à la
bienveillance du public , & cet ouvrage eft
un engagement pour lui à faire de nouveaux
efforts pour mériter de nouveaux éloges.
SECOND EXTRAIT.
DANS l'extrait que nous avons donné
de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril
nous nous fommes contentés d'en rendre
un compte exact , en laiffant à nos lecteurs
le plaifir de porter un jugement , réglé par
le plus ou le moins de plaifir qu'ils auroient
reffenti. Nous fuivrons la même méthode
dans ce nouvel extrait.
Le Goût , chant quatrième du Poëme ,
eft celui auquel nous nous fommes arrêtés.
Il est peut- être de tous les chants de cet
ouvrage celui qui doit plaire le plus aux
âmes fenfibles. Tout y eft naturel , mais
délicat , mais bien fenti.
It eft dans les âmes fenfibles
Des tranfports délicats , de fecrets mouvemens ,
Qu'à l'afpect du vrai beau leurs fens plus fufceptibles
Expriment par d'heureux élans.
Ces fentimens fubtils , ces rapports invisibles ,
En font des juges infaillibles ,
Et des cenfeurs intelligens.
JUILLET 1766. 119
Connoilleurs fans étude , & favans fans fcience ,
Ce qu'au fer eft l'aimant , le beau l'eft pour
leurs fens :
Mille riens délicats font pour eux importans.
Leur vigilante intelligence
Sait connoître & jouir de tout :
Hélas dans chaque jouillance
L'effet c'eft le plaiûr , la caufe c'eſt le goût.
Ce fens heureux , à lui- même infidelle ,
Par une double effence agit différemment :
Cette effence fouvent n'eft qu'intellectuelle .
Et quelquefois fenfible feulement.
Il élève , il conduit l'effor de la penſée :
Par lui de l'ignorance ayant brifé les fers ,
Vers les cieux notre âme élancée ,
Sur des aîles de feu plane dans l'univers ,
Quand ce germe premier dont tout naît & s'enfante
,
Par le fouffle de l'Eternel ,
Reçut une chaleur active & fécondante ,
Tout jufques à l'efprit étoit matériel.
L'homme vécut long -temps fans ofer ſe connoître :
Ainfi que la nature il étoit au berceau.
Enfin au flambeau du génie
Le goût vivifia les âmes des héros.
Bientôt une auguſte harmonie
Affervit tout à fes heureuſes loix :
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un Maître Créateur l'homme acquit tous les
droits ,
Et l'univers foumis à fa noble magie
Fut le temple des arts & le palais des Rois.
Ce goût du beau , ce fens métaphyfique ,
Eft un fixième fens dont l'ineffable prix ,
Pour tant de vulgaires efprits ,
N'eft qu'un être problématique .
C'eſt à la fois un fens particulier ,
Dont l'existence & phyfique & morale ,
Ne connut jamais de rivale
Dans l'art de tout apprécier ;
Et c'est un fens dont le pouvoir fuprême
Agit fur tous les autres fens ;
Ils ne font jamais bien que ce qu'il eft lui-même :
Tous allervis à fes heureux penchans ,
Connoiffent par les connoiffances ,
Jouillent de fes jouiſſances ,
Se meuvent par les mouvemens.
De tels vers font plus difficiles à faire
que les jolis madrigaux qui brillent dans
les ouvrages de mode. Quelques vers plus
bas l'Auteur ajoute ceux- ci , qui réfument
fon fyftême , qui l'expliquent , & que leur
vérité rend . fublimes.
La prudente nature a pour premier mystère
De ne tout varier qu'en fimplifiant tout :
Chaque fens eft un tact , chaque fens a fon goût.
Le
JUILLET 1766. 121
Le phyfique des fens eft un tact plein de flamme :
Et leur méthaphyfique eft le goût des penchans :
L'âme , dans le premier , doit fes plaifirs aux fens ;
Les fens , dans le fecond , doivent les leurs à l'âme.
L'Auteur , pour varier fon ouvrage
paffe enfuite à des peintures délicates , qui
échappent à ces hommes
Dont la vie est un fommeil léthargique ,
Dont l'existence méchanique
A pour fens des refforts & pour difcours des fons.
Il ajoute enfuite ces vers précieux par
·les vérités qu'ils contiennent,
Et- il quelques objets que fon pouvoir n'embraſſe ›
C'est par lui que chante
Apollon
,
C'eſt par lui que charme une Grâce.
A Cythère , au facré vallon ,
It couronne Greffet , avec Chaulieu foupire ;
Il chauffe le cothurne , il accorde la lyre
De Bernis & d'Anacreon.
C'eft dans les bras que compofoient Molière ,
Et le gentil Bernard , & la nerveux Piron.
11 infpiroit le mâle Crébillon ,
L'élégant Marmontel , & le docte Buffon.
Il a taillé la plume de Voltaire :
Racine fut fon nourriffon ;
Mais de Corneille il fut le père.
Vol. I. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ces aigles , voifins du tonnerre ,
Rivaux des Dieux pour la grandeur ,
Les deux Rouffeaux , ces maîtres de la terre ,
Doivent à fes leçons l'art de charmer le coeur.
Mais comme fous la main , par l'heureux don de
plaire ,
Tout s'annoblit , & tout devient faveur ;
C'eſt auffi lui qui place & dérobe une fleur
Dans le corfet de la fimple bergère.
O goût , tréfor de l'âme & de l'efprit ,
C'eſt par toi qu'il eft deux nobleffes ;
L'une , dûe au hafard , ou le prix des richelles ,
Qui fans illuftrer annoblit :
L'autre des potentats & des Princes rivale
S'élève & voit ramper leur précaire hauteur ;
Et des rangs éloignés rempliffant l'intervale ,
Donne au fang le pouvoir , aux talens la grandeur.
Après ces morceaux de raifonnement
fuit l'épifode des compagnons d'Ulyſſe
changés par Circé en différens animaux.
Les images y font vives & les contraftes
adroits. L'Auteur rappelle finement l'épifode
du chant de l'ouïe , où l'adreffe d'Ulyffe
a préfervé fes Compagnons du danger
d'entendre les Syrenes.
Aux accens de la volupté
Les Compagnons d'Ulyffe oppofoient la fierté.
Le goût les a vaincus. Quel bonheur eft le vôtre ,
Tendres bergers toujours un fens n'a réfifté
JUILLET 1766. 123
Que pour mieux illuftrer la défaite de l'autre.
Entrez tous avec moi dans un bocage frais ,
·
Temple de la volupté pure
Où l'amour fait la guerre , & le plaifir la paix.
Peinture anacréontique de ce bofquet.
Là , d'un repas charmant Glycère & fon Lycas
Goûtofent la volupté champêtre :
Le fafte eft apprêté , le plaifir ne l'eft pas .
Pour un coeur délicat, dont l'amour eſt le maître ,
Le Louvre est bien moins qu'un bosquet ;
Et le plaifir le plus parfait ,
Le plus durable enfin , eft le plus prompt à naître .
Leçon pour ces Créfus qui croient que
For donne un prix à tout : ils vantent leurs
poffeffions ;
Mais trop d'art vous trahit , vous m'en montrez
l'apprêt ;
Je pense à ce qu'il vous en coûte ,
Je calcule , & mon coeur fe tait.
Je veux plus de défordre & bien moins d'élégances
Des rameaux trop unis , contraints par la ſcience ,
Ne m'offrent point l'image d'un bofquet.
Glycère , dans le tien , la douce jouillance
Naît du défordre heureux qui pare chaque objets
Qu'une fimple noblefle a de magnificence !
Oui , ce féjour délicieux ,
Simple comme Lycas , comme fon innocence ,
Seroit moins bien s'il étoit mieux..
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du repas des deux amans,
Ils preffurent le jus de la treille ; Lycas
chante une chanfon , dont ce couplet eft
charmant.
D'une fleur fous les pas éclofe
Une Eglé chérit la fraîcheur :
Elle effeuille à deffein fa rofe
Chaque feuille vaut une fleur.
Dans les biens qu'amour nous propofe
Le coeur doit tour apprécier ;
Celui qui mieux les décompofe
Sait par- là les multiplier.
Lycas , toujours délicat , différe fon
bonheur & refpecte l'obftacle que la nature
a mis à fes tranfports. Nos lecteurs
nous pardonneront cette dernière citation
à laquelle nous ne pouvons nous refuſer.
Cet obftacle imprévu que reſpecte leur flamme
Eft un charme de plus , chef- d'oeuvre du defir ;
Et ce qu'en eux les fens ont perdu de plaifir ,
S'ajoute au bonheur de leur âme.
Leçon de goût , nouvelle pour les coeurs !
Notre âme quelquefois s'arrête & le captive
Pour irriter les preffantes ardeurs .
Pour elle - même fugitive ,
Elle s'ôte fon bien , s'échappe , fe pourfuit ;
Se prive alors qu'elle jouit ,
Jouit alors qu'elle fe prive,
JUILLET 1766. 125
Rien ne doit être indifférent :
Ni le ruiffeau qui près de nous s'écoule ,
Ni ce lit de cailloux fur lequel il ſe roule ,
Ni le rideau du feuillage naiffant ,
Ni le moindre zéphir , ni le gafon qu'on foule,
Ni le bouton de fleurs , ni le jour , ni l'inſtant.
Un rien nous prive , un rien nous enrichit peutêtre
:
C'eft pour parler au coeur que tout parle à nos
yeux ;
Il ne fuffit point d'être heureux ,
Il faut fentir , il faut connoître
Pour quoi , pour qui , comment , & combien on
va l'être :
Tout importe , le choix de l'objet & des lieux.
L'Auteur termine ce chant en vantant
les plaifirs délicats & la beauté qui peutdire
fans menfonge ,
Je n'ai point de defics quand je n'ai point d'amant.
Les citations multipliées étoient néceffaires
dans un chant où tout eft fentiment .
L'odorat forme le fujet du cinquième
chant. On reconnoît toujours la même
touche ; c'est toujours le métaphyfique
des fens contrafté avec le phyfique. Voici
comme l'Auteur définit celui- ci :
Ce n'étoit point affez , pour l'augufte puiſſance ,
Qui ne nous fait jouir que pour mieux l'imiter ,
Fiij
726 MERCURE DE FRANCE.
De donner une intelligence
Au fens qui pour jouir nous apprend à goûter.
Comme dans tous les biens
tance ,
, par qui notre ſubſ-
En les décompofant , répare fa vigueur
Des fucs la volatile effence
De parfums délicats répand la douce odeur ;
Il nous fit un fens propre à cette jouiffance.
Avec ces corps fubtils , atômes fublimés
La volupté dans les airs fe balance ;
Comme il eft des cailloux dont les veines fidelles
Récèlent des feux inconnus ;
En les heurtant mille éclats imprévus
Cherchent où réunir leurs foibles étincelles .
Ces corps ignés naiffent en pétillant ,
Sans échauffer comme la flamme:
Comme elle dans les airs ils volent en brillant ,
La font naître & lui donnent l'âme.
Ainfi dans ces chocs violens
Qui naiffent dans un coeur timide , mais ſenſible ,
Du combat de l'âme & des fens ;
Sous les corps attractifs d'un pouvoir invifible
Des efprits animaux la brûlante vapeur
Se répand , fe fublime ; & fon tact infaillible
Cherche fans fe tromper l'objet de ſon ardeur .
Le fyftême de l'Auteur eft que les preffentimens
fecrets , les fympathies fubites
naiffent de cettte force attractive des efprits
animaux émanés de nos corps. Si ce n'eft
JUILLET 1766. 127
qu'un fyftême , au moins eft- il ingénieux.
L'Auteur paffe à une defcription de la différence
des fenfations qu'on éprouve en
refpirant l'air du matin , celui de midi ,
celui du foir. ·
Ainfi refpirer même eft un piége enchanteur !
Souvent d'une Nymphe fauvage
Un fimple cuillet a fléchi la rigueur ,
Qu payé les fers d'un volage ;
Le fceptre de l'amour n'eft fouvent qu'une fleur.
Deſcription d'une fête de village qui
amène naturellement l'épifode de ce chant,
toute de fiction. L'Auteur fuppofe que
deux amans ayant été un modèle de fidélité
pendant leur vie , leur chien s'eſt fixé
fur leur tombeau ; & que l'Amour a fait
de ce chien un oracle. Toutes les bergères ,
fuivies de leurs mères , venoient jetter
leur bouquet devant le chien ;
Et jamais , jamais une mère
Ne vit fon bouquet rapporté.
Tous les détails de cette épifode font
agréables.
Ce fut pendant long-temps un triomphe fuprême
D'avoir un für garant d'un tréfor confervé :
L'or craint- il le creufet ; Un coeur fûr de luimême
Gagne toujours quand il eft éprouvé.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
D'autres temps , d'autres moeurs. Jouir devint
baffeffe !
L'abus de la beauté fut un crime commun ;
Dès qu'on mit tout à prix , & plaifirs & tendreffe ,
Tout ceffa d'en mériter un ,
L'oracle devient importun . Le poifon
en délivre .
Le vice après la mort défiant la vertu ,
Des pertes de l'honneur enrichit la décence :
Comme s'il fuffifoit , pour preuve d'innocence ,
De n'être jamais conyainca .
Du mafque de la bienséance
La Phryné fut cacher l'oeil de fon impudence ,
Et de fon manteau fe couvrit ;
Dans ce fiècle trompeur votre vertu commence ,
Sexe volage , où l'épreuve finit .
Glycère n'a pas befoin de garant. Chaque
inftant développe fes fenfations &
celle de fon amant. L'Auteur décrit , d'une
manière curieuſe , les progrès de l'odorat ,
qui eft le plus tardif des fens. Il peint un
homme qui interroge fon être , qui effaye
fes forces par degrés ; il foupire , il eſt
inquiet.
Un jeune objet paroît... & déja ſa beauté
Par un charme fecret l'attire.
Il la pourfuit avec rapidité ;
Pour le foir elie cherche un bofquet écarté.
JUILLET 1766. 329
Dans ce bofquet Flore tient fon Empire ,
Ce qui n'étoit qu'un trouble eft bientôt un délire !
Sur ces tapis rians on tombe en fûreté ;
Mille naifantes fleurs , fur leur tige orgueilleufe ,
Soutiennent en tombant la bergère amoureuſe
Que fa fuite n'a pu fauver.
Cette chûte , peu dangereufe ,
Ne feroit- elle douloureuſe
Qu'à l'inftant de fe relever ?
Qu'ai- je dit qu'ai - je peint ? ... Ce boſquet ;
cette fuite ,
Cette yvrelle , cette pourfuite ,
Je ne les ai chantés que pour chanter Lycas.
Glycère , le foir de la fête du village ,
fuyoit vers fon bofquet chéri. Lycas l'y
pourfuit ; & l'Auteur raconte que Flore ,
alarmée de l'inconftance de Zéphire , avoit
ce jour même demandé à l'Amour un trait
für de fes coups. L'amour lui avoit accordé
fa demande , à condition qu'elle lui donneroit
en échange toutes les fleurs nées
dans fon Empire pendant le même jour.
Flore y avoit confenti , & en effayant le
trait , s'étoit bleffée elle-même.
Le petit Dieu , maître de la nature ,
Prodigue à Glycère les fleurs
Que Flore lui donna , pour fléchir fes rigueurs
Mais ne prêtant rien fans ufure ,
Fy
130
MERCURE DE FRANCE.
C
Pour les fleurs comme pour le trait ,
Il va dans ce fombre bolquer
Se payer par une bleſſure .
L'Auteur paffe enfin au chant de la
jouiffance. Nous n'en citerons aucun morceau
; & M. de Rofoi , qui fait que notre
Journal peut tomber entre les mains des
jeunes perfonnes , à qui il ne faut offrir
que des images modeftes , nous pardonnera
cette omiffion .
Plaiſirs des deux amans , leçons de délicateffe
, réunion de tous les fens , peinture
de la défaite d'un jeune coeur ; cris
de l'âme ; voilà ce que l'Auteur exprime
avec toute la chaleur de la Poéfie.
Par une tranfition naturelle il amène
l'epifode. Le Phoenix enfuite. Le fujet de
cette idée eft embelli par - tout de détails
intéreffans ; nous laiffons à nos lecteurs le
plaifir de les lire dans le Poëme. l'Auteur
termine en appliquant l'épifode aux deux
amans qu'il a célébrés , & finit en adreffant
l'ouvrage à Zélis, jeune beauté à qui
il donne des leçons analogues au fujet
qu'il a traité. Elles font écrites avec fineffe ,
avec fentiment. La difficulté du choix
empêche d'en rapporter des morceaux . Il
eft impoffible d'en adopter un à l'exclufion
de l'autre. Nous renvoyons donc encore à
l'ouvrage même.
JUILLET 1766. 131
Si nous nous fommes étendus fur cette
production , plus que nous n'avons coutume
de faire , nous croyons que le public
nous en faura gré. On y trouve pourtant
quelques inverfions forcées , des expreffions
quelques fois foibles ou peu propres,
mais il prouve du génie , de la combinafon
dans les idées. La marche en eft rapide ,
les images brillantes quoique fages , &
inultipliées fans être confufes ; la Poéfie
en eft naturelle : point trop d'efprit , point
de jeux de mots ; beaucoup de fentiment,
& fur-tout une belle ordonnance ; voilà
de quoi confoler l'Auteur des mauvaiſes
chicanes que la critique pourroit lui faire .
M. de Rozoi a les plus grands droits à la
bienveillance du public , & cet ouvrage eft
un engagement pour lui à faire de nouveaux
efforts pour mériter de nouveaux éloges.
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Résumé : LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
Le texte présente un extrait du 'Poème E' publié dans le Mercure de Juillet 1766, se concentrant sur le quatrième chant intitulé 'Le Goût'. Ce chant est apprécié pour sa nature délicate et bien sentie. Le goût est décrit comme un sens subtil et invisible permettant de juger et d'apprécier le beau. Les connaisseurs reconnaissent instinctivement le beau, sans besoin d'étude. Le goût est un sens métaphysique guidant et élevant l'esprit, essentiel pour apprécier les arts et les plaisirs. Il a inspiré des figures littéraires telles que Molière, Racine, Corneille et Voltaire. Le poème distingue deux types de noblesse : celle due au hasard ou à la richesse, et celle acquise par le talent et les compétences. Le texte explore également la simplicité et la sincérité dans les relations amoureuses, critiquant ceux qui valorisent les apparences. Il loue Glycère et Lycas pour leur amour authentique et respectueux. L'auteur souligne l'importance de la conscience et de la perception des plaisirs, affirmant que tout élément de l'environnement peut influencer l'expérience amoureuse. Le poème se conclut par une réflexion sur les changements de mœurs et la perte de valeur des véritables sentiments. L'odorat est décrit comme le sens le plus tardif à se développer. Le poème narre l'histoire de Glycère, poursuivie par Lycas, et l'intervention de Flore et de l'Amour. L'auteur termine par une épiphrase sur le Phénix, appliquée aux deux amants, et adresse l'ouvrage à Zélis. Le texte souligne le génie et la combinaison des idées de l'auteur, malgré quelques inversions forcées et expressions faibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2000
p. 43-51
EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
Début :
Egô si risi quod ineptus Pastillos Rufillus olet, Gorgonius hircum, [...]
Mots clefs :
Satire, Honneur, Vice, Coeur, Yeux, Grands, Homme, Boileau
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texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
EPITRE fur l'utilité de la fatire. Par
M. MATON.
Ego fi rifi quod ineptus
Paftillos Rufillus olet , Gorgonius hircum ,
Lividus & mordax videor tibi.
PAR
Horat.
AR quel abus les méchans & les fots.
Font - ils le mal , errent - ils en repos ?
N'ófe -t-on plus , ami de la droiture
Des moeurs du temps hafarder la peinture?
44
MERCURE DE FRANCE .
Et rougit- on d'entretenir l'honneur
Qui d'un état confirme la grandeur ?
C'eſt donc depuis qu'avec l'art de médire
Les médifans confondent la fatire ,
Et que le vice , au plus haut point porté ,
S'accroît encor de fon impunité ?
O fiècle ! ô jours ! fi féconds en maximes ,
En théorie , en documens fublimes
Pour qui le nom d'honneur ou de vertu
N'eft que trop vague , & fouvent rebattu ;
Permetttez - vous qu'une Mufe ftoïque
Monte fa lyre au ton de fa logique?
Qu'il foit banni de la fociété ,
Qu'il foit , dit- on , à jamais d'éteſté ,
Le bel-efprit qui , fâcheux par fyftême ,
Nous décrira pour fe louer lui-même.
Quoi qu'on en dife , intégre & citoyen ,
Un fatyrique eft un homme de bien :
S'il fe pouvoit qu'un peuple en fon enfance
Cherchât au loin fa frêle fubfiftance ,
Qu'avec tranfport il béniroit la main
Qui , féparant le baume du venin ,
Lui marqueroit tout ce que la nature
Sage & conftante offre à fa nouriture !
Tel eft l'objet du cenfeur éclairé ;
Un'eft fervent que pour l'homme égaré :
JUILLET 41
1
1766.
D'un mot plaisant , ou d'un trait fatirique ,
Il force au bien que la morale indique ;
Se faifant craindre , il éclaire nos pas :
La loi commande , & ne raifonne pas.
Chez des humains yvres de flaterie ,
De tous les temps la fatire avilie
Range le fage à côté du méchant ,
Lorfque fon oeil veut percer trop avant.
Qu'une leçon dans le fecret nous pique ,
Elle révolte alors qu'elle eft publique.
Comment peut - on , jaloux de fon erreur
Baiſer la main qui nous perce le coeur ?
Le bel emploi (de l'orgueil dont nous fommes)
Que de reprendre , & d'inftruire les hommes !
Témoins les fruits que moiffonne Rouffeau ,
De fon Vitam impendere vero.
Eft-on toujours pour y voir mieux qu'un autre,
De la raiſon le martyre & l'apôtre ?
L'humanité demande des heureux ,
Et l'art d'en faire eft un préfent des Cieux
Mais on a beau terraffer l'impofture ,
On jouit peu du bien que l'on procure :
Il eft d'ingrats un nombrè illimité ,
Et mille erreurs pour une vérité.
Quoique ces vers admettent la fatire ,
La bienséance en rétrécit l'empire.
Qu'est-il befoin , pour la gloire des fots ,
Qu'un Ecrivain fe ruine en bons mots ?
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Ou qu'un forfait , abhorrant la lumière ,
Soit par humeur tiré de la pouflière ?
La voix publique aime la chaſteté ,
Et le vrai zèle atteint l'utilité :
De Juvenal les portraits font infâmes ;
Ne fouillons pas dans les replis des âmes :
Il eft des coeurs juſques là corrompus ,
Que n'émeut point l'exemple des vertus ;
Mais effayez de leur créer des vices ,
Les voilà prêts d'en faire leurs délices.
Un crime occulte eft prefque indifférent 3
Qui fe perd feul , eſt à peine un méchant.
Pour peu qu'un mal devienne épidémique ,
Pour l'arrêter , il n'eft qu'un fatirique ;
Un ennemi de l'ordre , un impofteur ,
S'il eft puiffant , doit exciter l'horreur ;
Il faut fur lui déployer le farcafme
Et le glacer dans fon enthouſiaſme :
De fes noirceurs vient- il à fe
parer ,
C'est un Typhon qu'il faut d'éfefpérer.
Tel d'un arrêt s'ofe targuer & rire ,
Brave le Ciel , qui craindra la fatire .
Elle a produit de furprenans effets ;
Elle a de Guife arrêté les excès ( 1 ) ;
( 1 ) On fait que la multiplicité des écrits répandus dans
la Sicile , par les partifans du Roi contre le Duc de Guife ,
mirent un frein puiffantaux entreptifes or gueilleufes de cet
homme,
I
JUILLET
47 1766.
Et Maffei , par ſa forte ironie ( 2 ) ,
D'affreux duels a purgé l'Italie.
Que mon coeur s'ouvre aux pleurs des malheureux
,
Sentant leur fort , je parlerai comme eux :
Leurs maux divers m'arracheront des larmes ;
Leur défeſpoir me fournira des armes :
Je ne verrai
qu'oppreffeurs & tyrans ;
Que des petits les victimes des grands ;
Que l'ingocence & l'orphelin timides
Triftes jouets de juges trop avides ;
Que la faveur couronnant de ſes mains ,
De vils flateurs , l'opprobre des humains :
Ce ne fera que haine & préfidie ;
Qu'ambition de flots de fang nourrie ;
Que novateurs , que de faux citoyens ,
Que des docteurs s'égorgeant pour des riens ;
Que des favans , dont la philoſophie
Verſe en leur fein le poiſon de l'envie.
Ils font , hélas ! ces oracles du temps ,
Peu lumineux , & jamais confolans.
Lorſqu'un héros qui reſpire la guerre ,
De fes fujets fe fait nommer le père ;
Qu'un autre érige en maxime d'état ,
Qu'un trône ouvert excufe l'attentat ;
( 2 ) Il eft certain que le ridicule amer jetté par le
Marquis Maffei , fur l'ufage barbare des duels , dans fon
traité Della Scienza Cavalleresca , produiſit en Italie des
effets furprenans.
MERCURE DE FRANCE.
Que s'uniflant à des femmes perdues ,
Des grands encor fe placent dans les nues ;
Que tel aux fiens refufe des fecours ,
Qui rifque au jeu fa fortune & fes jours ;
Qu'aux yeux de ceux qui ne favent l'attendre ,
L'or n'avilit que quand il le faut rendre :
Le Ciel m'eût- il départi fa douceur ,
Le fiel alors furnage dans mon coeur :
Il faut du moins qu'en bonne politique ,
Faute de loix , la fatire s'explique :
Dans un Etat il eft contagieux
Qu'à ces tableaux s'accoutument les yeux.
Quelque rumeur que la fatire excite ,
On ne la craint que lorsqu'on la mérite .
Malheur à ceux qui la comptent pour rien :
L'horreur du mal fait l'éloge du bien.
Alcide expire & les monftres renaiſſent :
Boileau n'eft plus , & les fots reparoiffent.
Mais de cenfeur , pour s'arroger le droit ,
Il faut , dit - on , foi- même marcher droit ,
Et qu'innocent des vices qu'on réprime ,
De victimaire on ne foit pas victime.
Eft- ce aux Lays à nous parler d'honneur ?
Aux Arétins , d'un Dieu jufte & vengeur ?
Soit & mon but , en me mêlant d'écrire ,
Eft qu'on m'eftime,& non pas qu'on m'admire.
Si je nommois , je veux l'être à mon tour.
J'ai deux acteurs ; c'eft le peuple & la cour.
Que
JUILLET 1766. 49
Que dis-je encor ? Il faut , pour être juſte ,
Blâmant Cinna , s'enrouer pour Auguſte
Et compofer , d'un ftyle fec & dur ,
En temps & lieu des odes fur Namur:
Que rifque- t- on ? Pour une apologie
Mille fujets dérident mon génie ;
Etre à l'affut de l'orgueil & du fat ,
C'est ce qu'obferve un Auteur par état .
Mais il faut rire ; ennemi de la joie ,
Aux vers rongeurs on est toujours en proie ;
Tout eft chaos quand le ciel eft obfcur ;
Tout le corrompt quand le vale eft impur,
Ami lecteur , j'ai banni mon fcrupule ;
Pour peu qu'un vice offre de ridicule ,
Il n'eſt pour lui , ni trêve ni traité :
Salvien , dit- on... . Dieu même a plaifanté (3 ) .
Boileau nommoit & bravoit la tempête s
Boileau pourtant avoit une âme honnête.
Dans leurs palais , s'il vifitoit les grands ,
Se piquoit - il d'y brûler de l'encens ? '
Moins protégé fans doute & moins fertile ,
En d'autres mains fon art peut être utile .
Mais quant aux morts , ils ne rougiffent plus .
Et les tombeaux regorgent de vertus .
Des torts vivans parcourons la carrière ,
Sans nous morfondre à rimer en arrière ;
Examinons , l'optique eft fous nos yeux .
( 3 ) Les Ecritures & les Saints Pères font pleins de traite
plaifans & d'ironies , qui l'emportent , pour la force , fur
la déclamation on me difpenfera de les citer , il y en a trop.,
Vol. II.
MERCURE DE FRANCE.
Tout eft pigmée & veut atteindre aux cieux ;
A fa befogne on met tant d'importance ,
Qu'on croit feul être un perfonnage en France :
Auffi ne vois -je en nos jours dépravés
Qu'artiſtes peints & que magots gravés.
Contre les grands jour & nyit on déclame ;
En vain ils font fans principes , fans âme :
Leurs détracteurs , ces frondeurs éternels ,
Mourant de faim pour fe rendre immortels )
Sont les premiers , féduits par des carreffes ,
'A s'adoucir , à chanter leurs foibleffes.
Il faut d'un grand , en diffamant les traits ,
Défefpérer de le louer jamais.
Mais c'en eft trop , Mufe , pour un chapitre ;
Et fouviens-toi que tu fais une épître :
Des maux réels de ce monde moral
Nous n'avons pas entrepris le journal ,
Dis feulement , avec quelque juftice ,
Que la fatyre eft le fléau du vice ;
Qu'en fait de moeurs & de bons réglemens ,
Dix vers heureux font plus que vingt pédans ;
Qu'un Juge inftruit ne fauroit la profcrire ;
Que fous Trajan on permit de tout dire s
Et que depuis loix , édits & fermons
Sont à-peu-près tirés du même fonds.
Dans un moment où l'eſprit de vertige
Renverfe tout & s'écrie au prodige ,
1
JUILLET 1766. SE
Que ferviroit un Moliere nouveau ,
Si , refferrant fon génie au berceau ,
On l'aftreignoit au mérite affez mince
De mettre en jeu des défauts de province ?
Du plus grand homme on feroit un flatteur ,
Et... Je me tais pour n'avoir pas d'humeur.
M. MATON.
Ego fi rifi quod ineptus
Paftillos Rufillus olet , Gorgonius hircum ,
Lividus & mordax videor tibi.
PAR
Horat.
AR quel abus les méchans & les fots.
Font - ils le mal , errent - ils en repos ?
N'ófe -t-on plus , ami de la droiture
Des moeurs du temps hafarder la peinture?
44
MERCURE DE FRANCE .
Et rougit- on d'entretenir l'honneur
Qui d'un état confirme la grandeur ?
C'eſt donc depuis qu'avec l'art de médire
Les médifans confondent la fatire ,
Et que le vice , au plus haut point porté ,
S'accroît encor de fon impunité ?
O fiècle ! ô jours ! fi féconds en maximes ,
En théorie , en documens fublimes
Pour qui le nom d'honneur ou de vertu
N'eft que trop vague , & fouvent rebattu ;
Permetttez - vous qu'une Mufe ftoïque
Monte fa lyre au ton de fa logique?
Qu'il foit banni de la fociété ,
Qu'il foit , dit- on , à jamais d'éteſté ,
Le bel-efprit qui , fâcheux par fyftême ,
Nous décrira pour fe louer lui-même.
Quoi qu'on en dife , intégre & citoyen ,
Un fatyrique eft un homme de bien :
S'il fe pouvoit qu'un peuple en fon enfance
Cherchât au loin fa frêle fubfiftance ,
Qu'avec tranfport il béniroit la main
Qui , féparant le baume du venin ,
Lui marqueroit tout ce que la nature
Sage & conftante offre à fa nouriture !
Tel eft l'objet du cenfeur éclairé ;
Un'eft fervent que pour l'homme égaré :
JUILLET 41
1
1766.
D'un mot plaisant , ou d'un trait fatirique ,
Il force au bien que la morale indique ;
Se faifant craindre , il éclaire nos pas :
La loi commande , & ne raifonne pas.
Chez des humains yvres de flaterie ,
De tous les temps la fatire avilie
Range le fage à côté du méchant ,
Lorfque fon oeil veut percer trop avant.
Qu'une leçon dans le fecret nous pique ,
Elle révolte alors qu'elle eft publique.
Comment peut - on , jaloux de fon erreur
Baiſer la main qui nous perce le coeur ?
Le bel emploi (de l'orgueil dont nous fommes)
Que de reprendre , & d'inftruire les hommes !
Témoins les fruits que moiffonne Rouffeau ,
De fon Vitam impendere vero.
Eft-on toujours pour y voir mieux qu'un autre,
De la raiſon le martyre & l'apôtre ?
L'humanité demande des heureux ,
Et l'art d'en faire eft un préfent des Cieux
Mais on a beau terraffer l'impofture ,
On jouit peu du bien que l'on procure :
Il eft d'ingrats un nombrè illimité ,
Et mille erreurs pour une vérité.
Quoique ces vers admettent la fatire ,
La bienséance en rétrécit l'empire.
Qu'est-il befoin , pour la gloire des fots ,
Qu'un Ecrivain fe ruine en bons mots ?
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Ou qu'un forfait , abhorrant la lumière ,
Soit par humeur tiré de la pouflière ?
La voix publique aime la chaſteté ,
Et le vrai zèle atteint l'utilité :
De Juvenal les portraits font infâmes ;
Ne fouillons pas dans les replis des âmes :
Il eft des coeurs juſques là corrompus ,
Que n'émeut point l'exemple des vertus ;
Mais effayez de leur créer des vices ,
Les voilà prêts d'en faire leurs délices.
Un crime occulte eft prefque indifférent 3
Qui fe perd feul , eſt à peine un méchant.
Pour peu qu'un mal devienne épidémique ,
Pour l'arrêter , il n'eft qu'un fatirique ;
Un ennemi de l'ordre , un impofteur ,
S'il eft puiffant , doit exciter l'horreur ;
Il faut fur lui déployer le farcafme
Et le glacer dans fon enthouſiaſme :
De fes noirceurs vient- il à fe
parer ,
C'est un Typhon qu'il faut d'éfefpérer.
Tel d'un arrêt s'ofe targuer & rire ,
Brave le Ciel , qui craindra la fatire .
Elle a produit de furprenans effets ;
Elle a de Guife arrêté les excès ( 1 ) ;
( 1 ) On fait que la multiplicité des écrits répandus dans
la Sicile , par les partifans du Roi contre le Duc de Guife ,
mirent un frein puiffantaux entreptifes or gueilleufes de cet
homme,
I
JUILLET
47 1766.
Et Maffei , par ſa forte ironie ( 2 ) ,
D'affreux duels a purgé l'Italie.
Que mon coeur s'ouvre aux pleurs des malheureux
,
Sentant leur fort , je parlerai comme eux :
Leurs maux divers m'arracheront des larmes ;
Leur défeſpoir me fournira des armes :
Je ne verrai
qu'oppreffeurs & tyrans ;
Que des petits les victimes des grands ;
Que l'ingocence & l'orphelin timides
Triftes jouets de juges trop avides ;
Que la faveur couronnant de ſes mains ,
De vils flateurs , l'opprobre des humains :
Ce ne fera que haine & préfidie ;
Qu'ambition de flots de fang nourrie ;
Que novateurs , que de faux citoyens ,
Que des docteurs s'égorgeant pour des riens ;
Que des favans , dont la philoſophie
Verſe en leur fein le poiſon de l'envie.
Ils font , hélas ! ces oracles du temps ,
Peu lumineux , & jamais confolans.
Lorſqu'un héros qui reſpire la guerre ,
De fes fujets fe fait nommer le père ;
Qu'un autre érige en maxime d'état ,
Qu'un trône ouvert excufe l'attentat ;
( 2 ) Il eft certain que le ridicule amer jetté par le
Marquis Maffei , fur l'ufage barbare des duels , dans fon
traité Della Scienza Cavalleresca , produiſit en Italie des
effets furprenans.
MERCURE DE FRANCE.
Que s'uniflant à des femmes perdues ,
Des grands encor fe placent dans les nues ;
Que tel aux fiens refufe des fecours ,
Qui rifque au jeu fa fortune & fes jours ;
Qu'aux yeux de ceux qui ne favent l'attendre ,
L'or n'avilit que quand il le faut rendre :
Le Ciel m'eût- il départi fa douceur ,
Le fiel alors furnage dans mon coeur :
Il faut du moins qu'en bonne politique ,
Faute de loix , la fatire s'explique :
Dans un Etat il eft contagieux
Qu'à ces tableaux s'accoutument les yeux.
Quelque rumeur que la fatire excite ,
On ne la craint que lorsqu'on la mérite .
Malheur à ceux qui la comptent pour rien :
L'horreur du mal fait l'éloge du bien.
Alcide expire & les monftres renaiſſent :
Boileau n'eft plus , & les fots reparoiffent.
Mais de cenfeur , pour s'arroger le droit ,
Il faut , dit - on , foi- même marcher droit ,
Et qu'innocent des vices qu'on réprime ,
De victimaire on ne foit pas victime.
Eft- ce aux Lays à nous parler d'honneur ?
Aux Arétins , d'un Dieu jufte & vengeur ?
Soit & mon but , en me mêlant d'écrire ,
Eft qu'on m'eftime,& non pas qu'on m'admire.
Si je nommois , je veux l'être à mon tour.
J'ai deux acteurs ; c'eft le peuple & la cour.
Que
JUILLET 1766. 49
Que dis-je encor ? Il faut , pour être juſte ,
Blâmant Cinna , s'enrouer pour Auguſte
Et compofer , d'un ftyle fec & dur ,
En temps & lieu des odes fur Namur:
Que rifque- t- on ? Pour une apologie
Mille fujets dérident mon génie ;
Etre à l'affut de l'orgueil & du fat ,
C'est ce qu'obferve un Auteur par état .
Mais il faut rire ; ennemi de la joie ,
Aux vers rongeurs on est toujours en proie ;
Tout eft chaos quand le ciel eft obfcur ;
Tout le corrompt quand le vale eft impur,
Ami lecteur , j'ai banni mon fcrupule ;
Pour peu qu'un vice offre de ridicule ,
Il n'eſt pour lui , ni trêve ni traité :
Salvien , dit- on... . Dieu même a plaifanté (3 ) .
Boileau nommoit & bravoit la tempête s
Boileau pourtant avoit une âme honnête.
Dans leurs palais , s'il vifitoit les grands ,
Se piquoit - il d'y brûler de l'encens ? '
Moins protégé fans doute & moins fertile ,
En d'autres mains fon art peut être utile .
Mais quant aux morts , ils ne rougiffent plus .
Et les tombeaux regorgent de vertus .
Des torts vivans parcourons la carrière ,
Sans nous morfondre à rimer en arrière ;
Examinons , l'optique eft fous nos yeux .
( 3 ) Les Ecritures & les Saints Pères font pleins de traite
plaifans & d'ironies , qui l'emportent , pour la force , fur
la déclamation on me difpenfera de les citer , il y en a trop.,
Vol. II.
MERCURE DE FRANCE.
Tout eft pigmée & veut atteindre aux cieux ;
A fa befogne on met tant d'importance ,
Qu'on croit feul être un perfonnage en France :
Auffi ne vois -je en nos jours dépravés
Qu'artiſtes peints & que magots gravés.
Contre les grands jour & nyit on déclame ;
En vain ils font fans principes , fans âme :
Leurs détracteurs , ces frondeurs éternels ,
Mourant de faim pour fe rendre immortels )
Sont les premiers , féduits par des carreffes ,
'A s'adoucir , à chanter leurs foibleffes.
Il faut d'un grand , en diffamant les traits ,
Défefpérer de le louer jamais.
Mais c'en eft trop , Mufe , pour un chapitre ;
Et fouviens-toi que tu fais une épître :
Des maux réels de ce monde moral
Nous n'avons pas entrepris le journal ,
Dis feulement , avec quelque juftice ,
Que la fatyre eft le fléau du vice ;
Qu'en fait de moeurs & de bons réglemens ,
Dix vers heureux font plus que vingt pédans ;
Qu'un Juge inftruit ne fauroit la profcrire ;
Que fous Trajan on permit de tout dire s
Et que depuis loix , édits & fermons
Sont à-peu-près tirés du même fonds.
Dans un moment où l'eſprit de vertige
Renverfe tout & s'écrie au prodige ,
1
JUILLET 1766. SE
Que ferviroit un Moliere nouveau ,
Si , refferrant fon génie au berceau ,
On l'aftreignoit au mérite affez mince
De mettre en jeu des défauts de province ?
Du plus grand homme on feroit un flatteur ,
Et... Je me tais pour n'avoir pas d'humeur.
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Résumé : EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
Dans l'épître 'Sur l'utilité de la satire', M. Maton explore le rôle essentiel de la satire dans la société. Il regrette l'absence de critique des mœurs contemporaines et met en avant l'importance de la satire pour éclairer et guider les individus vers le bien. La satire utilise des mots plaisants ou des traits satiriques pour révéler les erreurs humaines, mais doit être employée avec discernement pour éviter de blesser inutilement. Elle a prouvé son efficacité en modérant les excès de personnages influents, comme le Duc de Guise, et en réduisant les duels en Italie grâce à l'ironie de Maffei. L'auteur exprime sa compassion pour les malheureux et dénonce les oppresseurs et les injustices sociales. Il affirme que la satire est nécessaire pour préserver l'honneur et la vertu, même sans lois strictes. M. Maton réfléchit également sur l'écriture satirique, qui vise à critiquer les vices sans chercher l'admiration. Ses principaux sujets sont le peuple et la cour. Il reconnaît la difficulté de blâmer certains personnages historiques tout en restant juste. La satire est perçue comme un moyen efficace pour ridiculiser les vices, même parmi les figures religieuses et littéraires comme Boileau. Il critique une société marquée par l'orgueil et l'hypocrisie, où artistes et critiques se disputent pour se faire remarquer. La satire est vue comme un fléau contre le vice, les vers bien écrits ayant plus d'impact que les discours moralisateurs. L'auteur regrette les restrictions imposées à la liberté d'expression, comparant la tolérance sous Trajan à la censure de son époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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