LE Tombeau de LAURE , ou les Regrets de
PETRARQUE , Romance nouvellement
mife en mufique par M. DE Lusse.
RECIT
ÉPARÉ pour toujours de tout ce qu'il aimoit
Pétrarque inconfolable ,
Aux échos des rochers fans ceffe répétoit
Ce difcours lamentable :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE..
Majeur.
Tout eft changé pour moi , tout afflige mon
coeur.
Les ruiffeaux argentés n'ont plus leur doux mur-
Conjure ;
Je ne vois plus des bois la riante verdure :
De leur fombre clarté je ne vois. que l'horreur.
Mineur.
Les prés font fans émail , les jardins fans parure,
Le Soleil fans éclat , les vallons fans fraîcheur.
J'ai perdu Laure , hélas ! Après un tel malheur ,
Je ne vois plus que deuil dans toute la nature.
Quelquefois pénétrant au fond de fon tombeau ,
J'ofe encor la chercher dans les crêpes funèbress
Je perce en frémiffant les horreurs des ténèbres
Guidé par la lueur d'un lugubre flambeau,
Dans un trifte cercueil , de linceuls entourrée 3
Ses beaux yeux font fermés à la clarté du jour :
Les miens cherchent en vain l'objet de mon amour;
Mon coeur feul y retrouve une amante adorée,
Mais bientôt accablé du poids de ma douleur ,
Je couvre de baifers fa bouche inanimée :
Dans fon livide corps mon âme renfermée
Veut en vain l'échauffer par fá brûlante ardeur .
NOVEMBRE 1765. 79
Je remplis de mes cris ces voûtes téné
breuſes ,
Et , prêt à voir finir les horreurs de mon fort ;
Pour la pleurer encor je retarde ma mort ,
Et quitte en foupirant ces demeures affreufes.
11 eft temps de céder à mon cruel tourment.
Laure , ma chère Laure , à la fin je fuccombe ;
Pour la dernière fois je vais ouvrir ta tombe ,
Et dans ton noir fépulchre enfermer ton amant.'
Au fond du monument mon corps que je
dépoſe ,
Trouvera près du tien un remède à fes maux ;
Et s'il peut être encor pour moi quelque repos ,
Ce n'eft que dans les lieux où ma Laure repofe.