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Détail
Liste
19801
p. 1350-1352
EPITRE A ....
Début :
Quoy ? vous croyez, Cloris, que la haute sagesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Aimable, Désirs, Caractère
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A ....
EPITRE A ....
Uoy ? vous croyez , Cloris , que la haute
sagesse ,
Consiste à rebuter les voeux de vos amants !
Vous payez de mépris l'aveu de leur tendresse !
Vous traitez d'insensez tous leurs empresse→
mens !
L'amour ne peut - il pas , quand la raison
l'éclaire ,
Lorsque sa flamme est pure ,
parfait ,
enfin qu'il est
Conserver ,des vertus l'aimable caractére ,
Et n'avoir que l'honneur pour son unique objet?
Non ! ce n'est pas toujours un Dieu traître et
parjure ,
Et quoique d'ordinaire un Amant soit trompeur
,
Son coeur sent quelquefois ce que sa bouche
jure ;
Et peut entretenir une sincere ardeur.
Distinguons dans l'amour differentes especes ;
L'une dont le feu pur montre les vrais amans ;
L'autre qui ne contient que de fausses tendress
s
Que d'infames désirs , de honteux sentimens ;
Le véritable amour est une douce chaîne ,
II Vol.
Oni
JUIN. 1724.
1351
Qui sçait unir les coeurs , et que rien ne détruit
;
Un aimable panchant qui pour sa souveraine ,
Reconnoît la raison qui toujours le conduit ;
Son bonheur , quoique simple , est cependant
extrême
Quel plaisir est plus grand , plus parfait , er
plus beau ,
Que de dire cent fois aimez moi , je vous
aime ;
9
Ma tendresse pour vous ira jusqu'au tombeau
Toujours nouveaux désirs de se voir , de se
plaire ;
> > Voeux serments
, billets doux
douceurs
tendres
discours ,
Regards passionnez , aimable caractére ;
Voilà l'échantillon des sinceres amours.
La fatale discorde , avec la jalousie ,
Ne traverse jamais leur tranquille union ;
Jamais de trahison , jamais de perfidie ;
Rien ne peut altérer leur tendre passion.
L'autre amour au contraire est rempli de cas
prices ;
Honteux , brutal , jaloux , il ne tend qu'aux
plaisirs ;
Plein de faux sentimens et plus encor de
vices ,
2
Même dans son triomphe il éteint les désirs ,
Je vous aime , Cloris , mais de cet amour sage ,
Qui suit de la vertu les augustes leçons ,
I I. Vol. Qui
2352 MERCURE DE FRANCE
Qui considere moins les attrairs d'un visage ,
Que les beautez d'un coeur ornez de mille dons,
Qu'en ma faveur aussi votre coeur se déclare ,
De ce charmant aveu dépend tout mon bonheur
:
Un coeur si vertueux ne peut être barbare :
Non , pour l'être jamais, il a trop de douceur,
Uoy ? vous croyez , Cloris , que la haute
sagesse ,
Consiste à rebuter les voeux de vos amants !
Vous payez de mépris l'aveu de leur tendresse !
Vous traitez d'insensez tous leurs empresse→
mens !
L'amour ne peut - il pas , quand la raison
l'éclaire ,
Lorsque sa flamme est pure ,
parfait ,
enfin qu'il est
Conserver ,des vertus l'aimable caractére ,
Et n'avoir que l'honneur pour son unique objet?
Non ! ce n'est pas toujours un Dieu traître et
parjure ,
Et quoique d'ordinaire un Amant soit trompeur
,
Son coeur sent quelquefois ce que sa bouche
jure ;
Et peut entretenir une sincere ardeur.
Distinguons dans l'amour differentes especes ;
L'une dont le feu pur montre les vrais amans ;
L'autre qui ne contient que de fausses tendress
s
Que d'infames désirs , de honteux sentimens ;
Le véritable amour est une douce chaîne ,
II Vol.
Oni
JUIN. 1724.
1351
Qui sçait unir les coeurs , et que rien ne détruit
;
Un aimable panchant qui pour sa souveraine ,
Reconnoît la raison qui toujours le conduit ;
Son bonheur , quoique simple , est cependant
extrême
Quel plaisir est plus grand , plus parfait , er
plus beau ,
Que de dire cent fois aimez moi , je vous
aime ;
9
Ma tendresse pour vous ira jusqu'au tombeau
Toujours nouveaux désirs de se voir , de se
plaire ;
> > Voeux serments
, billets doux
douceurs
tendres
discours ,
Regards passionnez , aimable caractére ;
Voilà l'échantillon des sinceres amours.
La fatale discorde , avec la jalousie ,
Ne traverse jamais leur tranquille union ;
Jamais de trahison , jamais de perfidie ;
Rien ne peut altérer leur tendre passion.
L'autre amour au contraire est rempli de cas
prices ;
Honteux , brutal , jaloux , il ne tend qu'aux
plaisirs ;
Plein de faux sentimens et plus encor de
vices ,
2
Même dans son triomphe il éteint les désirs ,
Je vous aime , Cloris , mais de cet amour sage ,
Qui suit de la vertu les augustes leçons ,
I I. Vol. Qui
2352 MERCURE DE FRANCE
Qui considere moins les attrairs d'un visage ,
Que les beautez d'un coeur ornez de mille dons,
Qu'en ma faveur aussi votre coeur se déclare ,
De ce charmant aveu dépend tout mon bonheur
:
Un coeur si vertueux ne peut être barbare :
Non , pour l'être jamais, il a trop de douceur,
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Résumé : EPITRE A ....
L'épître s'adresse à Cloris et traite de la nature de l'amour. L'auteur reproche à Cloris de mépriser les déclarations d'amour de ses amants, affirmant que l'amour peut être sincère et honorable. Il distingue deux types d'amour : l'un authentique et pur, qui unit les cœurs et respecte la raison, et l'autre, faux et égoïste, motivé par des désirs honteux. L'amour véritable est décrit comme une chaîne douce qui unit les cœurs sans jamais se briser, tandis que l'autre amour est marqué par la discorde, la jalousie et la perfidie. L'auteur exprime son amour pour Cloris, un amour sage et vertueux qui valorise les qualités du cœur plus que les attraits physiques. Il espère que Cloris reconnaîtra cet amour et y répondra favorablement, soulignant que son cœur vertueux ne peut être barbare.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19802
p. 68-70
AUTRE.
Début :
Je peins une fleur du jeune âge, [...]
Mots clefs :
Innocence
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E peins une fleur du jeune âge ,
Que l'on n'a plus après quinze ans ,
A moins que l'on ne foit bien fage.
On dit que chez nos vieux parens ,
On la portoit dans le ménage ;
Mais par malheur dep is longtemps
Nous avons banni cet ufage.
En voyant ce tableau , ce tableau , Lecteur ,
Vous croyez déja , je le gage ,
Trouver le nom de cette fleur
Et dans le fond de votre coeur ,
Vous croyez qu'elle rime en áge?
AVRIL. 1763. 6g
་
Ainfi dans ce fiécle volage and
L'efprit de la légéreté 4 Nuo sit
Sait tourner tout en badinage ,
Et l'on préfére ce langage
A celui de la Vérité.
Mon cher Lecteur , foyez plus fage ;
Et loin de la frivolité ,
Cherchez l'objet de mon ouvrage .
Neuf lettres compofent fon nom.
On trouve en en faiſant uſage ,
Une nymphe qui de Junon
Autre fois brouilla le ménage ,
Et lui fit faire un grand tapage
Ce que fait toujours un fripon .,
Si ce n'eft à la queſtion ,
A moins qu'il n'ait bien du courage ;
Le nom qu'on donne à ce beau jour ,
Qui devroit couronner l'Amour ,
Et fixer les Amans volages ;
Un mot qu'on voudroit avoir dit ,
Dans bien des honnêtes ménages
Où de bon coeur on fe maudit ;
Une fille du dernier âge ,
De qui les attraits , les talens ,
L'efprit & le libertinage
Charmoit tour - à-tour les Savans
Les Voluptueux & les Sages ;
Un Seigneur qui fait les meffages
70 MERCURE DE FRANCE,
D'un Prince qui bénit les gens ;
Une fille en faint équipage ,
Qui ſouvent malgré ſes vertus
Voudroit bien craindre le veuvage ;
Un vieux mot que l'on ne dit plus ;
Une ville fur le rivage
De la ...... mais il me faut ceffer :
Je cráins , Lecteur , de vous laſſer
Par la longueur de cet ouvrage ,
Où je peins en foible langage ,
Un Sujet facile à trouver.
Chaque homme l'a dans ſon jeune âge ;
Heureux qui peut le conſerver !
Par M. BRONDEX.
E peins une fleur du jeune âge ,
Que l'on n'a plus après quinze ans ,
A moins que l'on ne foit bien fage.
On dit que chez nos vieux parens ,
On la portoit dans le ménage ;
Mais par malheur dep is longtemps
Nous avons banni cet ufage.
En voyant ce tableau , ce tableau , Lecteur ,
Vous croyez déja , je le gage ,
Trouver le nom de cette fleur
Et dans le fond de votre coeur ,
Vous croyez qu'elle rime en áge?
AVRIL. 1763. 6g
་
Ainfi dans ce fiécle volage and
L'efprit de la légéreté 4 Nuo sit
Sait tourner tout en badinage ,
Et l'on préfére ce langage
A celui de la Vérité.
Mon cher Lecteur , foyez plus fage ;
Et loin de la frivolité ,
Cherchez l'objet de mon ouvrage .
Neuf lettres compofent fon nom.
On trouve en en faiſant uſage ,
Une nymphe qui de Junon
Autre fois brouilla le ménage ,
Et lui fit faire un grand tapage
Ce que fait toujours un fripon .,
Si ce n'eft à la queſtion ,
A moins qu'il n'ait bien du courage ;
Le nom qu'on donne à ce beau jour ,
Qui devroit couronner l'Amour ,
Et fixer les Amans volages ;
Un mot qu'on voudroit avoir dit ,
Dans bien des honnêtes ménages
Où de bon coeur on fe maudit ;
Une fille du dernier âge ,
De qui les attraits , les talens ,
L'efprit & le libertinage
Charmoit tour - à-tour les Savans
Les Voluptueux & les Sages ;
Un Seigneur qui fait les meffages
70 MERCURE DE FRANCE,
D'un Prince qui bénit les gens ;
Une fille en faint équipage ,
Qui ſouvent malgré ſes vertus
Voudroit bien craindre le veuvage ;
Un vieux mot que l'on ne dit plus ;
Une ville fur le rivage
De la ...... mais il me faut ceffer :
Je cráins , Lecteur , de vous laſſer
Par la longueur de cet ouvrage ,
Où je peins en foible langage ,
Un Sujet facile à trouver.
Chaque homme l'a dans ſon jeune âge ;
Heureux qui peut le conſerver !
Par M. BRONDEX.
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19803
p. 13[4]4-1367
SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que ce n'est pas sans [...]
Mots clefs :
Troade, Médaille latine, Médaille grecque, Dardaniens, Erreur, Ruines, Alexandrie, M. Vaillant, Alexandre Severe, Historien, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
SECONDE LETTRE de M.de L. R..
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Dans sa seconde lettre à M. Boyer, M. de L. R. exprime son regret d'avoir dû corriger une erreur répandue selon laquelle la ville de Troade serait la seconde Troie, bâtie par Alexandre sur les ruines de la première. Il souligne son attachement à la vérité et son refus d'adopter des faits brillants au détriment de l'exactitude historique. Il mentionne que M. Vaillant et le Père Hardouin ont tous deux commis des erreurs concernant les médailles de Troade, notamment en ce qui concerne l'origine du nom 'Alexandrine'. Étienne de Byzance et Pline sont cités pour clarifier que plusieurs villes portaient le nom d'Alexandrie, dont Troade, mais sans lien direct avec Alexandre le Grand. M. Vaillant propose que le nom 'Alexandrine' pourrait avoir été adopté pour flatter des empereurs se revendiquant de l'héritage d'Alexandre. La lettre discute également de l'ancienneté du nom 'Alexandrie' associé à Troade, mentionné par Tite-Live et d'autres historiens. Enfin, M. de L. R. confirme que Troade était une colonie romaine dès le temps d'Auguste et qu'elle bénéficiait de privilèges impériaux, notamment sous Adrien. Le texte traite des privilèges et immunités accordés à Troade, une ville antique, et des preuves de ces privilèges à travers des médailles frappées par la ville. Parmi ces médailles, celles de Septime Sévère et de Julia Domna montrent un cheval en liberté, symbole de la liberté accordée à Troade. L'empereur Claude avait rendu la colonie de Troade exemptée de charges et lui avait accordé le droit de juris italici, un privilège particulier parmi les colonies fondées par Auguste. Ce droit est mentionné par les auteurs Caïus et Paulus. Le texte mentionne également une médaille frappée pour Philippe le Père, soulignant que toutes les colonies n'avaient pas ce droit distinctif. Une autre médaille, frappée pour Elagabal et Volusien, est discutée, ainsi qu'une erreur de M. Vaillant concernant une médaille de Geta, où il confond Troade avec Ilium. L'antiquité de Troade est illustrée par une légende impliquant un aigle et une tête de bœuf, bien que cette histoire soit considérée comme une conjecture. Le texte corrige également des erreurs historiques, comme celle de Casaubon qui confond Alexandrie-Troade en deux villes. Enfin, le texte aborde Troade chrétienne, soulignant l'importance de la ville pour l'apôtre Paul, qui y eut une vision et y ressuscita un jeune homme. La ville eut plusieurs évêques, dont Carpus, mentionné par Paul, et Silvain, connu pour ses miracles. Le siège épiscopal de Troade subsiste toujours, dépendant du métropolite de Cyzique. Le texte traite de la fin d'un ouvrage qui inclut une notice étendue sur le Patriarchat de Constantinople. Il mentionne les Églises de Cyzique et de Troade, situées dans la seconde Province de l'Hellespont, divisée en 17 diocèses. Troade est aujourd'hui connue sous le nom de Carasia, tandis que Cyzique a conservé son nom. Baudran, dans son Dictionnaire Géographique et Historique, indique que les ruines de Troade, encore visitées, portent le nom d'Eski-Stamboul et se trouvent sur les côtes de l'Anatolie, à 13 lieues des Dardanelles, près de l'île de Tenedos. L'ouvrage 'Turquie Chrétienne' mentionne un état des Églises soumises au Patriarchat de Constantinople, mais ne fait aucune référence à Troade et ne nomme pas Cyzique parmi les métropoles, ce qui montre un manque de recherches. La région, autrefois remplie de grandes villes, ne présente plus aujourd'hui que des ruines. Un petit bourg nommé Troaki ou petite Troye rappelle la mémoire de la célèbre Troie. Les Turcs désignent cette région sous le nom de Cari-Ili, incluant la Lydie, la Troade, ainsi qu'une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
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19804
p. 2823
LOGOGRYPHE.
Début :
Trois mots de trois Lettres chacun, [...]
Mots clefs :
Universel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
TRTrois Rois mots de trois Lettres chacun ,
Tous trois de suite n'en font qu'un ,
Qu'en épithete on donne au plus habile ,
Dont le premier, du vrai , du sans façon , se dit,
"
Et le second , d'un animal reptile ;
Pour le troisième , il flatte le goût et l'esprit,
G....
TRTrois Rois mots de trois Lettres chacun ,
Tous trois de suite n'en font qu'un ,
Qu'en épithete on donne au plus habile ,
Dont le premier, du vrai , du sans façon , se dit,
"
Et le second , d'un animal reptile ;
Pour le troisième , il flatte le goût et l'esprit,
G....
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19805
p. 2991-2992
ÉTRENNES.
Début :
Pour vous trouver de brillantes Etrennes, [...]
Mots clefs :
Apollon, Interprètes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTRENNES.
ETRENNE S.
& & & &
Our vous trouver de brillantes Etrennes ,
J'allai chercher Plutus , j'implorai sa faveur.
Ah! que tu connois peu Marianne et son coeur
Me dit-il , tu perdrois mon offrande et tes peines
Très -loin de -là dans le sacré Valon ,
Je me rendis chez Apollon ,
Je lui proposai ma pensée ;
Elle fut long- temps ressassée.
Crois-tu , me répondit le Maître des neuf Soeurs:
Qu'Hypocrene à mon gré répande ses douceurs!
Je voudrois bien chanter l'Objet qui t'interesse ,
Sur cent tons choisis er divers ,
Mais sur les Rives du Permesse ,
La bonne intention ne fait pas les bons Vers.
Il faut l'avouer à ma honte ,
Quelquefois pour encens je présente l'ennui ::
Va plutôt du Dieu d'Amathonte
1.1. Kob
2.
Diiij
In2992
MERCURE DE FRANCE
Invoquer le grand nom, et demander l'appui
Tu veux un Présent sûr de plaire è
Cupidon fera ton affaire.
L'avis me parut de bon sens ,
Quoiqu'issu du cerveau du Patron des Poëtes..
Je courus à Paphos , où mille voeux pressans ,
De mon juste dessein furent les Interpretes .
Quoi , s'écria l'Amour ! ch quoi !
C'est ta voix que j'entends ! qu'exiges - tu de moi
Sçais- tu pour qui tu viens m'adresser ta priere?
Ta jeune Marianne a pillé dans Cithere
Mes trésors les plus doux ; les biens les plus char
mans ,
Elle a fait son profit de tous mes agrémens ;
::
Et même sans Ceinture elle a laissé ma Mere.
Il ne me reste rien quel don puis - je lui faire,
L'Amour enfin n'a plus que lui -même à donne■ -
A celle qui sans cesse usurpe son Empire :
Sans doute elle dira que c'est mal l'étrenner ...
Je sçai pourtant quelqu'un qui , quoiqu'elle pú
dire ,
Voudroit bien la forcer d'accepter un tel don .
Heureux qui commettroit pareille violence !
Vaincre une Belle , est une offense ,
Non- seulement très digne de pardon ,
Mais encore de récompense.
& & & &
Our vous trouver de brillantes Etrennes ,
J'allai chercher Plutus , j'implorai sa faveur.
Ah! que tu connois peu Marianne et son coeur
Me dit-il , tu perdrois mon offrande et tes peines
Très -loin de -là dans le sacré Valon ,
Je me rendis chez Apollon ,
Je lui proposai ma pensée ;
Elle fut long- temps ressassée.
Crois-tu , me répondit le Maître des neuf Soeurs:
Qu'Hypocrene à mon gré répande ses douceurs!
Je voudrois bien chanter l'Objet qui t'interesse ,
Sur cent tons choisis er divers ,
Mais sur les Rives du Permesse ,
La bonne intention ne fait pas les bons Vers.
Il faut l'avouer à ma honte ,
Quelquefois pour encens je présente l'ennui ::
Va plutôt du Dieu d'Amathonte
1.1. Kob
2.
Diiij
In2992
MERCURE DE FRANCE
Invoquer le grand nom, et demander l'appui
Tu veux un Présent sûr de plaire è
Cupidon fera ton affaire.
L'avis me parut de bon sens ,
Quoiqu'issu du cerveau du Patron des Poëtes..
Je courus à Paphos , où mille voeux pressans ,
De mon juste dessein furent les Interpretes .
Quoi , s'écria l'Amour ! ch quoi !
C'est ta voix que j'entends ! qu'exiges - tu de moi
Sçais- tu pour qui tu viens m'adresser ta priere?
Ta jeune Marianne a pillé dans Cithere
Mes trésors les plus doux ; les biens les plus char
mans ,
Elle a fait son profit de tous mes agrémens ;
::
Et même sans Ceinture elle a laissé ma Mere.
Il ne me reste rien quel don puis - je lui faire,
L'Amour enfin n'a plus que lui -même à donne■ -
A celle qui sans cesse usurpe son Empire :
Sans doute elle dira que c'est mal l'étrenner ...
Je sçai pourtant quelqu'un qui , quoiqu'elle pú
dire ,
Voudroit bien la forcer d'accepter un tel don .
Heureux qui commettroit pareille violence !
Vaincre une Belle , est une offense ,
Non- seulement très digne de pardon ,
Mais encore de récompense.
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Résumé : ÉTRENNES.
Le narrateur cherche un cadeau d'Étrennes pour Marianne. Il invoque d'abord Plutus, qui prédit que Marianne ne valorisera pas son offrande. Ensuite, il consulte Apollon, qui refuse d'aider, estimant que l'intention ne suffit pas pour créer de bons vers, et suggère de voir le dieu d'Amathonte, probablement Vénus. Le narrateur décide alors d'invoquer Cupidon. Cupidon, étonné, affirme que Marianne a déjà reçu ses meilleurs trésors et même volé la ceinture de sa mère. Il déclare ne plus avoir rien à offrir, sauf lui-même. Cependant, il connaît quelqu'un capable de forcer Marianne à accepter ce don, soulignant que vaincre une belle est une offense pardonnable et même récompensable.
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19806
p. 2823-2825
AUTRE.
Début :
Sept lettres de mon nom font toute la structure, [...]
Mots clefs :
Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus- tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
Ame chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux ,je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six,sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE. 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent utile ,
A maint usage, et sur tout au repas :
Dans un très-grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net,
Sept , deux , quatre, cinq , un, je suis votre valet.
Par P. D. C.
G ....
Ept lettres de mon nom font toute la structure,
Mon cher Lecteur , veus- tu voir ma figure ?
Elle est très - commune en tous lieux ,
Peut- être en ce moment que ton esprit s'em
presse
Ame chercher bien loin , je suis devant tes yeux,
Si je suis fait avec adresse ,
On fait surtout grand cas de moi ,
Lorsque je suis fils de mon pere ,
Souvent je suis posthume et je n'ai point de mere
J'en ai trop dit , devine , c'est à toi.
Tu ne peux ,je t'entends ; voyons si ce qui reste
Ne sera point pour toi viande trop indigeste ,
Six , sept , trois , cinq de la nuit et du jour ,
2
İmplacable ennemie ,
II. Vol.
La
24 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil commençant son tour ,
Vient terminer ma vie ,
Pris en un autre sens , à tout homme d'Eglise ,
Je sers utilement ;
Trois, cinq, six,sept, tout blondin qui se frise;
Qui d'un air négligé , sourit nonchalamment ,
Croit m'avoir en partage ,
Ma tête à bas , je sers à votre usage ,
Je nourris dans mon sein mille animaux divers¿
L'Eté toûjours liquide ,
Par fois l'Hyver je suis un corps solide ,
Et quoiqu'assez pesant , je monte dans les airs ,
Trois , quatre , cinq , je suis ta nourriture ;
Trois , six , deux , quatre , ainsi qu'on lit dans l'Ecriture ,
Je menaçai jadis les Cieux ;
Malgré les crimes de ma vie ,
Mon fils après ma mort me mit au rang Dieux ;
J'eus les respects d'une Princesse impie :
Mais tôt après je fus abandonne ,
dea
Et par le Peuple Saint dans la fange traîné ;
Trois , six , quatre , chez moi tout le monde
s'empresse
Pendant le Carnaval à montrer son adresse ;
Mais pour me voir la terreur d'un poltron ;
Ajoutez cinq de plus , je me plaits au carnage,
Et souvent au plus fier courage ,
II. Vol. J'ai
DECEMBRE. 1732. 2825
J'ai fait passer la Barque de Caron :
Ün , deux , trois , quatre , cinq , je suis souvent utile ,
A maint usage, et sur tout au repas :
Dans un très-grand Empire on ne me connoft pas,
Quoi que je sois à faire très- facile ,
Vous baîllez , cher Lecteur ; je finis et tout net,
Sept , deux , quatre, cinq , un, je suis votre valet.
Par P. D. C.
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19807
p. 88-89
STANCES Sur le rétablissement de la santé du R. Pere Géoffroy, Professeur de Rhétorique au Collége de Louis le Grand, par M de Chazet, son Disciple.
Début :
LE plaisir enchanteur & la douleur cruelle [...]
Mots clefs :
Alcandre, Trouble, Sentiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES Sur le rétablissement de la santé du R. Pere Géoffroy, Professeur de Rhétorique au Collége de Louis le Grand, par M de Chazet, son Disciple.
STANCES
Sur le rétablissement de la fanté du R. Pere
!
*
Geoffroy , Profeffeur de Rhétorique au Collége
de Louis le Grand, par M de Chazet,
fon Difciple.
LE plaiar enchanteur & la douleur cruelle
Furent de tout tems ici bas
La nourriture naturelle
Des coeurs tendres & délicats .
Mais ces deux fentimens , Alcandre , en toutes
chofes
Sont ou plus foibles ou plus forts ,
Et notre anie, felon les cauſes ,
Marque fon trouble ou fes tranſports.
Quel trouble plus cruel , & quel tranſport plus
tendre
Que ceux qu'alternativement
M'ont fait éprouver , cher Alcandre ,
Tes maux & ton ſoulagement !
Sur les flots orageux de la liquide plaine
Les Autans & les Aquilons
DECEMBRE,
ل و
1747.
Par leur impétueuſe haleine
Agitent moins les Alcyons ,
Et le charmant retour de la brillante Flore
Réjouit moins tous les matins
Sur les collines qu'elle dore ,
Les Fauvettes & les Serins.
Je voudrois bien pouvoir, Alcandre, en ta préſence
Imiter leur aimable chant •
Mais le refpect & le filence
Expriment mieux un fentiment.
Sur le rétablissement de la fanté du R. Pere
!
*
Geoffroy , Profeffeur de Rhétorique au Collége
de Louis le Grand, par M de Chazet,
fon Difciple.
LE plaiar enchanteur & la douleur cruelle
Furent de tout tems ici bas
La nourriture naturelle
Des coeurs tendres & délicats .
Mais ces deux fentimens , Alcandre , en toutes
chofes
Sont ou plus foibles ou plus forts ,
Et notre anie, felon les cauſes ,
Marque fon trouble ou fes tranſports.
Quel trouble plus cruel , & quel tranſport plus
tendre
Que ceux qu'alternativement
M'ont fait éprouver , cher Alcandre ,
Tes maux & ton ſoulagement !
Sur les flots orageux de la liquide plaine
Les Autans & les Aquilons
DECEMBRE,
ل و
1747.
Par leur impétueuſe haleine
Agitent moins les Alcyons ,
Et le charmant retour de la brillante Flore
Réjouit moins tous les matins
Sur les collines qu'elle dore ,
Les Fauvettes & les Serins.
Je voudrois bien pouvoir, Alcandre, en ta préſence
Imiter leur aimable chant •
Mais le refpect & le filence
Expriment mieux un fentiment.
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19808
p. 70-72
COUPLETS A mettre en chant.
Début :
Dans ces bois où le sort m'amène, [...]
Mots clefs :
Chant, Douceur, Appas, Amour, Maîtresse, Bergère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS A mettre en chant.
COUPLETS
DANS
A mettre en chant.
ANS ces bois où le fort m'amène ,
Sous ces ombrages frais ,
Tout me parle de l'inhumaine
Dont la beauté m'enchaîne ,
Tout m'en offre les traits.
Ce matin , en voyant éclore
Les rayons du Soleil ,
Je difois : ô riante Aurore ,
AVRIL. 1763. 71
De celle que j'adore
Tu me peins le réveil !
Tu charmes en vain ce boccage,
Roffignol enchanteur ;
Tu ne fçaurois dans ton ramage,
Dé fon brillant langage
Egaler lá douceur.
Il fort de fa bouche vermeille
Un miel plus précieux
Que ne l'eft celui de l'abeille ;
Elle charme l'oreille
Auffi bien que les
yeux.
Son efprit , fa raiſon égale
Ses appas féducteurs.
Outre la beauté qu'elle étale ,
Ainfi la rofe exhale
Les plus douces odeurs.
Hélas ! que cette fleur cruelle
Dont on craint d'approcher ,
Nous peint fidélement ma belle !
On foupire pour elle,
Et l'on n'ofe y toucher.
Viens fléchir fon coeur intraitable ,
Amour puis- je eſpérer :
72 MERCURE DE FRANCE.
Que tu la rende un jour capable
Du fentiment aimable
Qu'elle fçait inſpirer ?
Près de fa compagne charmante
Un jeune Tourtereau ,
(
Brulé du feu qui me tourmente ,
De fa voix gémiffante
Attriftoit ce coteau.
J'ai vu la farouche maîtreſſe
Méprifer les foupirs.
Touchée enfin de fa tendreffe
Voilà qu'elle s'empreſſe
De combler fes defirs.
Par cette agréable avanture
Mon fort femble éclairci.
Faut- il en accepter l'augure ?
Et les maux que j'endure
Finiront-ils ainfi ?
Oui , je fléchirai ma Bergère ;
Mes maux n'auront qu'un temps.
Quand l'hyver nous a fait la guerre,
Il laiffe en paix la Tèrre ,
Et fait place au Printemps.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
DANS
A mettre en chant.
ANS ces bois où le fort m'amène ,
Sous ces ombrages frais ,
Tout me parle de l'inhumaine
Dont la beauté m'enchaîne ,
Tout m'en offre les traits.
Ce matin , en voyant éclore
Les rayons du Soleil ,
Je difois : ô riante Aurore ,
AVRIL. 1763. 71
De celle que j'adore
Tu me peins le réveil !
Tu charmes en vain ce boccage,
Roffignol enchanteur ;
Tu ne fçaurois dans ton ramage,
Dé fon brillant langage
Egaler lá douceur.
Il fort de fa bouche vermeille
Un miel plus précieux
Que ne l'eft celui de l'abeille ;
Elle charme l'oreille
Auffi bien que les
yeux.
Son efprit , fa raiſon égale
Ses appas féducteurs.
Outre la beauté qu'elle étale ,
Ainfi la rofe exhale
Les plus douces odeurs.
Hélas ! que cette fleur cruelle
Dont on craint d'approcher ,
Nous peint fidélement ma belle !
On foupire pour elle,
Et l'on n'ofe y toucher.
Viens fléchir fon coeur intraitable ,
Amour puis- je eſpérer :
72 MERCURE DE FRANCE.
Que tu la rende un jour capable
Du fentiment aimable
Qu'elle fçait inſpirer ?
Près de fa compagne charmante
Un jeune Tourtereau ,
(
Brulé du feu qui me tourmente ,
De fa voix gémiffante
Attriftoit ce coteau.
J'ai vu la farouche maîtreſſe
Méprifer les foupirs.
Touchée enfin de fa tendreffe
Voilà qu'elle s'empreſſe
De combler fes defirs.
Par cette agréable avanture
Mon fort femble éclairci.
Faut- il en accepter l'augure ?
Et les maux que j'endure
Finiront-ils ainfi ?
Oui , je fléchirai ma Bergère ;
Mes maux n'auront qu'un temps.
Quand l'hyver nous a fait la guerre,
Il laiffe en paix la Tèrre ,
Et fait place au Printemps.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
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Résumé : COUPLETS A mettre en chant.
Le poème 'Couplets' de M. Germain de Crain, écrit en avril 1763, relate une promenade dans un bois où le narrateur observe des signes de la beauté d'une femme aimée. Il compare cette beauté à celle de l'aube et à la douceur du chant des oiseaux. Le narrateur admire l'esprit, la raison et la beauté de cette femme, mais la compare également à une fleur cruelle dont on craint de s'approcher. Il exprime son désir de voir son amour réciproque et raconte l'histoire d'un jeune tourtereau méprisé qui finit par voir sa maîtresse céder à ses avances. Le narrateur espère que son propre sort s'éclaircira de la même manière, que ses maux prendront fin, comme l'hiver laisse place au printemps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19809
p. 36-44
DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
Début :
L'engagement que nous avons pris avec le Public de l'informer, non seulement [...]
Mots clefs :
Chartes, Découverte, Histoire, Caractères, Dom Carpentier, Abréviations, Savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
DECOUVERTE nouvelle fur les Notes
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
Fermer
19810
p. 1352-1361
RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Début :
M. le Duc de Valentinois ayant mandé qu'il partiroit de Paris le troisiéme [...]
Mots clefs :
Monaco, Honoré III, Prince de Monaco, Duc de Valentinois, Prince, Place, Ville, Palais, Principauté, Église, Joie, Peuple, Garnison, Cure
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
RELATION de ce qui s'est passé
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Le texte décrit l'arrivée et l'accession au trône d'Honoré III, Prince de Monaco, sous la régence de son père, le Duc de Valentinois. Le 21 mai, le Chevalier de Grimaldi, Gouverneur Général de la Principauté, envoya des chaloupes à Cannes pour accueillir le Duc de Valentinois et le jeune Prince. Le 13 juin, à l'arrivée des chaloupes à Monaco, une salve de 130 coups de canon fut tirée, et le Prince fut accueilli par des acclamations et des démonstrations de joie du peuple. Ce soir-là, des illuminations, des feux de joie et des feux d'artifice furent allumés dans toute la ville. Le lendemain, le Magistrat et le Clergé haranguèrent le Prince, et des fêtes et des danses continuèrent toute la journée. Le 16 juin, jour de l'entrée publique, le Prince fut accueilli par le Chevalier de Grimaldi et le Magistrat, qui lui présentèrent les clefs de la ville. Après une cérémonie religieuse à l'église, le Prince distribua de l'argent au peuple et aux troupes. Les célébrations inclurent des fontaines de vin, des illuminations et un grand repas au Palais. Le 17 juin, le Prince reçut le serment de fidélité de ses sujets. Les réjouissances se poursuivirent avec des bals, des concerts et des feux d'artifice. Le Prince prévoyait également une entrée publique à Menton. Des arcs de triomphe furent érigés à Monaco, portant des inscriptions en latin célébrant les qualités et l'accession au trône d'Honoré III.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19811
p. 2843-2844
VERS à M. Pesselier de la Ferté Sous-Joüare, Auteur de ceux intitulez : l'Ombre de Me Deshoulieres, à Mlle de Malcrais de la Vigne ; inserez dans le Mercure de Novembre, 1732. p. 2372. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Début :
Ces jours passez, l'ombre de Deshouliere, [...]
Mots clefs :
Madame Deshoulières
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texteReconnaissance textuelle : VERS à M. Pesselier de la Ferté Sous-Joüare, Auteur de ceux intitulez : l'Ombre de Me Deshoulieres, à Mlle de Malcrais de la Vigne ; inserez dans le Mercure de Novembre, 1732. p. 2372. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
ERS a M. Pesselier de la FertéSous-
Joüare, Auteur de ceux intitulez:l'Ombre
de MeDeshoulieres, à Mlle de
Malcrais de la Vigne; inserez, dans le
Mercure de Novembre, 1732. p. 2372»
Par Mlle de Malcrais de la Vigne. cEs jours passez, l'ombre de Deshouliere,
Enfers revenuë, à mes regards s'offrit : 1.Y,L
A son premier abord
,
la frayeur me surprit,
Et jefis trois pasenarriere;
Mais quand d'un compliment le début pli
d'esprit,
Frappa mon oreille touchée,
La peur cessa de me saisir; 1
Je l'entendis avec plaisir
,
*
Et d'un Adieu trop prompt je fus même fâct
Joüare, Auteur de ceux intitulez:l'Ombre
de MeDeshoulieres, à Mlle de
Malcrais de la Vigne; inserez, dans le
Mercure de Novembre, 1732. p. 2372»
Par Mlle de Malcrais de la Vigne. cEs jours passez, l'ombre de Deshouliere,
Enfers revenuë, à mes regards s'offrit : 1.Y,L
A son premier abord
,
la frayeur me surprit,
Et jefis trois pasenarriere;
Mais quand d'un compliment le début pli
d'esprit,
Frappa mon oreille touchée,
La peur cessa de me saisir; 1
Je l'entendis avec plaisir
,
*
Et d'un Adieu trop prompt je fus même fâct
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Résumé : VERS à M. Pesselier de la Ferté Sous-Joüare, Auteur de ceux intitulez : l'Ombre de Me Deshoulieres, à Mlle de Malcrais de la Vigne ; inserez dans le Mercure de Novembre, 1732. p. 2372. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Mlle de Malcrais de la Vigne adresse une lettre à M. Pesselier de la Ferté-Sous-Joüare, publiée dans le Mercure de Novembre 1732. Elle y décrit une rencontre avec l'ombre de Deshoulières, d'abord effrayante, puis agréable après un compliment spirituel. Elle regrette un adieu trop rapide.
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19811
19812
p. 2825-2826
ENIGME.
Début :
J'inspire en même-temps la pitié, le respect, [...]
Mots clefs :
Gale
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
' Inspire en même-temps la pitié , le respect ,
Le mépris et l'horreur , cependant mon aspect ,
Suivant certain dicton , doit donner de la joye ,
Et les rares faveurs qu'aux Mortels je déploye ,
Procurant des plaisirs qu'on ne peut exprimer ;
Ne me devroit- on pas moins craindre et plu m'aimer ?
Mais ce siecle n'est qu'injustice ,
Que bizarerie ou caprice ;
Car tel me voit avec horreur ,
Qui de porter mon nom se feroit un honneur
O vous qui me cherchez avec un soin extrême ,
Si vous m'alliez trouver par hazard sur vous même ,
Vous en auriez de la douleur.
ĮĮ. Vel. Co-
2826 MERCURE DE FRANCE
"
Cependant quand on veut faire une action noire,
Mon nom est très-connu ; mais finissons l'his
toire
Des rares qualitez que je reçûs des Dieux ,
De peur que produisant les effets merveilleux ,
Qui montrent à parler au sage ,
On ne me reprochât de n'en pas faire usage;
Mais si je m'ouvre trop , Lecteur ,
Empruntant de Sancho l'ordinaire langage ,
J'en pourrois bien trouver l'excuse en votre cœur,
Par M. d'Har.
' Inspire en même-temps la pitié , le respect ,
Le mépris et l'horreur , cependant mon aspect ,
Suivant certain dicton , doit donner de la joye ,
Et les rares faveurs qu'aux Mortels je déploye ,
Procurant des plaisirs qu'on ne peut exprimer ;
Ne me devroit- on pas moins craindre et plu m'aimer ?
Mais ce siecle n'est qu'injustice ,
Que bizarerie ou caprice ;
Car tel me voit avec horreur ,
Qui de porter mon nom se feroit un honneur
O vous qui me cherchez avec un soin extrême ,
Si vous m'alliez trouver par hazard sur vous même ,
Vous en auriez de la douleur.
ĮĮ. Vel. Co-
2826 MERCURE DE FRANCE
"
Cependant quand on veut faire une action noire,
Mon nom est très-connu ; mais finissons l'his
toire
Des rares qualitez que je reçûs des Dieux ,
De peur que produisant les effets merveilleux ,
Qui montrent à parler au sage ,
On ne me reprochât de n'en pas faire usage;
Mais si je m'ouvre trop , Lecteur ,
Empruntant de Sancho l'ordinaire langage ,
J'en pourrois bien trouver l'excuse en votre cœur,
Par M. d'Har.
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19813
p. 2993-2996
LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
Début :
L'Interêt que vous prenez, Monsieur, à tout ce qui nous regarde, m'engage [...]
Mots clefs :
Comédie, Succès, Spectateurs, Actrices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
LETTRE écrite de foigny , le 12.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
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Résumé : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
La lettre datée du 12 décembre 1731 décrit la représentation de la comédie 'Le Joueur' de Jean-François Regnard à Foigny. La pièce, déjà jouée le 26 novembre précédent, a été reprise le 10 décembre dans une salle du château, devant une assemblée distinguée composée de dames et seigneurs de renom, tels que le Commandeur de Vatange, le Marquis de Pelport et le Comte de Villefranche. Les acteurs, principalement issus de la noblesse, ont surpassé les attentes du public. Le rôle du Joueur a été particulièrement admiré pour sa diversité de caractères et son authenticité. Hector a excellé dans son rôle, caractérisé par sa naïveté et son instruction. Le père du Joueur a incarné un homme sage et moralisateur, tandis que le faux Marquis a joué un personnage vain et sans sentiment. Le Maître de Trictrac a rappelé le célèbre Desmares par son jeu plaisant. Les actrices ont également été remarquées pour leur talent. Angelique a montré une profonde émotion pour son amant, et la Comtesse a trompé le public par son jeu professionnel. Nerine a été applaudie pour son esprit et son expression, et Madame de la Ressource a joué un rôle naturel malgré son apparente simplicité. La représentation a été organisée par Madame de la Prée, veuve du Maréchal des Camps et Armées du Roi, et a été suivie de la pièce 'Le Retour imprévu' du même auteur. La salle, magnifiquement décorée, pouvait contenir environ sept cents personnes. Un bal et un grand souper ont suivi la représentation, avec des vins choisis jugés supérieurs à ceux d'autres provinces. La lettre mentionne également une ordonnance bachique publiée par des émules d'Auxerre, qualifiée de divertissante mais sans grande valeur. L'auteur de la lettre conclut en plaisantant sur cette querelle, qualifiée de 'Bachicomachie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19814
p. 2844-2851
SECONDE PARTIE de la Répo[nse] de M. le Gendre, Marquis de S. Aub[in-]sur-Loire, au Problême contenu dans [le] Mercure du mois de Septembre derni[er] sur l'Essence de la Matiere.
Début :
Je me suis engagé à réfuter le raisonnemen[t sur] le Calcul, par lesquels l'Auteur du Prob[lê]me [...]
Mots clefs :
Problème, Essence de la matière, Infini, Infiniment grand, Infiniment petit, Cercle, Passage, Prolongement, Calcul, Infinité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE PARTIE de la Répo[nse] de M. le Gendre, Marquis de S. Aub[in-]sur-Loire, au Problême contenu dans [le] Mercure du mois de Septembre derni[er] sur l'Essence de la Matiere.
SECONDE PARTIE de la Répo
de M.le Gendre, Marquis de S.Aub
sur-Loire, AH Problème contenu dam
Mercure du trois de Septembre dcrnij
sur l'Essence de la Matiere.
JE me suis engagé à réfuter le raisonnement
le Calcul, par lesquelsl'Auteur du Prot
me a prétendu dépoüiller la Mariere de ses pi
prietez. Il me reste à achever la Partie du R
sonnement, et à démontrer celle du Calcul. J
ferai encore une sous-division, et je partage
en deux Mercures,premièrement ce qui me
te à traiter suivant le Raisonnement, en sect
lieu, ce qui concerne le Calcul..
J'ai suffisamment établi que ce qui est exte
sible de plus en plus à l'infini, ne prut être s
poséétendu à l'infini, que par conséquent, d
la Géométrie, comme dans la Physique,tout
réduit au fini divisible et extensible de plus
plus à l'infini; que le passage du fini à l'infin
le retour sont impossibles, et que c'est la rais Il Foi. p.
pour laquelle on s'efforce inutilement de les expliquer.
La solution que l'Auteur du Prob ême
donne à cette difficulté , par l'éxaltation d'une
nature inférieure , comme du point à la ligne ,
de la ligne à la surface , de la surface au solide
est opposée au Systême des Infinitaires , que
composent les Plans d'autres Plans infiniment
petits , et les solides d'autres solides pareillement
elementaires. L'Auteur du Prob ême ajoûte : » le
» passage du fini à l'infii n'a ici rien de plus
extraordinaire que ce raisonnement , où il est
incontestable . Je prends un écu , puis un demi
écu , puis un quart , un demi quart , &c . Cela
fait un mouvement croissant et qui peut tou-
»jours croître à l'infini ; ou bien par un mouve
32 ment instantanée et fini , je prends d'un seul
» coup deux écus , cela va au même ; et que sçait
» on même si ce n'est pas plutôt le premier que
le second de ces mouvemens qui est infini
»Au moins le premier ne finit pas , et le second
finit aussi - tôt.
Comment l'Auteur du Problême entend-il que
ces deux mouvements vont au même , puisque
de son aveu , le premier ne finit pas et que le
second finit aussi tot ? Le fini ne contient point
P'infini , à moins qu'on n'ajoûte ce correctif, que
c'est un infini essentiellement concentré dans
son enveloppe et inépuisable dans sa mine, qu'au
cun développement ne peut épuiser, La divisibilité
à l'infini est la contradictoire de la division
à l'infini . L'infiniment petit est un indivisible, qui ,
par consequent est exclus de la divisibilité à l'in
fini. Autrement ce seroit rejetter , et admettre les
indivisibles , exclure et supposer les arômes. Bien
loin de conclure de la divisibilité à l'infini , que
Ja matiere contienne une infinité de parties ,
II. Vol.
2848 MERCURE L FRANCE
prolongement qu'on a supposé capable d'auge
mentation à l'infini , étoit achevé et rendu infini,
ou supposé infini , le prolongement infini seroit
toujours égal à la premiere dimension finie de
ce morceau de cire ou de ce lingot d'or. Voilà
en quoi la supposition renferme les deux contradictoires
; sçavoir , que le morceau de cire ou le
lingot d'or puissent être prolongez toujours de
plus en plus , et que leur prolongement soit terminé
, c'est- à - dire qu'ils passent du fini à l'infini
, ou d'un degré inferieur d'infini à un degré
superieur. Car quelque prolongement qu'on ait
donné à ce morceau de cire, ou à ce lingot d'or,
puisque ce prolongement est toujours capable
d'augmentation à l'infini , il ne peut jamais ête
achevé , à quelque progrès d'extension qu'on
l'arrête , il est fini , et étant égal à la dimension
originaire,c'est une quantité finie égale à une autre
quantité finie ; mais il est impossible et contardictoire,
que l'infini et le fini soient égaux entr'eux
, comme on prétend neanmoins le démon
trer dans les Livres des plus sçavans Géometres ,
au sujet des espaces asymptotiques hyperboli
ques , et en plusieurs autres occasions.
Suivant les Principes du Systême de l'Infini ,
les rayons d'un cercle sont des quantitez constantes
qui n'ont point de difference , mais suivant
les mêmes Principes , le cercle étant un polygone
d'une infinité de côtez, le rayon ne peut
être égal à l'apotême. Outre que l'infiniment petit
, comme je l'ai démontré , est un être de raison
, en le supposant neanmoins , le cercle ne
$
* Guinée , l'Hopital , Memoires de l'Académie
Royale des Sciences. Elemens de la Géometrie de
PInfini de M. de Fontenelle , &c.
II. Vol.
peur
DECEMBR E. 1733. 2849
f
peut être un polygone d'une infinité de côtez ,
ar si l'approximation des apotêmes est infinie , il
n'y a plus de polygone . Cette proposition que
le cercle est un polygone d'une infinité de cô ez,
est d'Archimede , ce grand Géometre en a fait
la supposition , pour parvenir à l'approximation
la plus exacte de la quadrature du cercle . S'il
avoit donné cette supposition pour géométrique,
ce seroit le cas d'appliquer ce qui a été dit par
le celebre Viette ; la conclusion d'Archimede ne
peut être juste , que celle d'Euclide ne soit fausse . *
Si verè Archimedes , fallaciter conclusit Euclides.
Car suivant Archimede , les rayons du cercle ne
pourroient être égaux entr'eux , au lieu que , suivant
Euclide , ils sont nécessairement égaux en-
2
tr'eux .
Pour prouver le passage du fini à l'infini , on
alleguera peut - être que dans les Démonstrations
appellées de maximis et minimis , il se fait un
passage du fini à l'infini . Voici comment le Marquis
de l'Hôpital ** s'exprime à ce sujet. » On
conçoit aisément qu'une quantité qui diminuë
» continuellement
, ne peut devenir de positive
négative , sans passer par le zéro ; mais on ne
voit pas avec la même évidence , que lorsqu'elle
augmente elle doive passer par l'infini ..
C'est ce qu'il entreprend de démontrer. Je soutiens
au contraire que ni l'infiniment grand ni l'infiniment
petit ne se rencontrent jamais dans les
courbes . Il est vrai que du positif au négatif , on
passe toujours par zero , mais ce passage n'a rien
de commun avec l'infiniment petit , et le changement
d'une quantité qui augmente , ne la fait
* Viette , Supplem . Géometr.
** Anal. des infinim. petits. §. 3. pag. 42 .
II. Vol. E 104-
10.30 " c
non-plus jamais passer par l'infiniment grand. Le
changement qui donne liea à cette expression de
l'infini , c'est que la soutangente devient perpen
diculaire ou parallele. Dans les chiffres il est
clair , que soit qu'on descende des nombres entiers
aux fractions , soit qu'on remonte des frac
tions aux nombres entiers, le passage est toujours
le même par zero , sans que l'infiniment grand ni
l'infiniment petit y entrent pour rien .
Si l'on attribue l'infiniment grand à tout ce
qui est parallele , si un côté du triangle differen
ciel devenant nul , l'autre côté est infiniment
grand par rapport à ce côté qui devient nul , en
ce sens- là on pourra dire que tout ce qui existe de
plus petit dans la Nature , est infiniment grand .
Il faut donc avertir que par cette expression de
grandeur infinie , on doit entendre tout ce qu'on
peut concevoir de plus petit ; l'infiniment grand
et l'infiniment petit sont confondus. Qui ne
voit que ces expressions sont entierement contraires
aux idées qu'elles représentent ? Répondra-
t'on au sujet de ces expressions de l'infiniment
grand et du plus qu'infini , que les noms
des choses sont arbitraires ? Mais les noms des
choses ne doivent jamais présenter un sens opposé
aux idées generales , et à plus forte raison ,
aux veritez primitives et incommutables , et aux
notions claires dans lesquelles consiste l'évideace
même. Aristote , Ciceron , et plusieurs
Naturalistes , ont parlé d'un petit animal aîlé ,
qui ne vit qu'un jour , et qui pour cette raison a
été appellé Ephémere.Si l'on découvroit quelque
animal dont la vie fût bornée à la moitié d'un
jour et que les Naturalistes s'exprimassent ainsi ,
le petit animal qui ne vit que la moitié d'un
jour , est éternel ( en sous- entendant par rapport
II. Vol.
ce qui ne vit point du tout ) et la durée de
l'Ephemere est plus qu'éternelle, étant égale à la
duiée éternelle de cet autre petit animal', et de
plus à une demie journée , ces expressions pourtoient-
elles se concilier avec les idées que tous les
hommes se sont formées de la durée du temps ?
Il est démontré que le plus qu'infini est contradictoire
, qu'il ne peut y avoir differens ordres
d'infinis que le fini et l'infini ne peuvent
être égaux , que ce qui est extensible ou divisible
à l'infini , ne peut être supposé entierement
étendu ni entierement divisé ; que l'infiniment
grand et l'infiniment petit en Géométrie comme
en Physique sont des êtres de raison , que le fini
ne contient point l'infini , enfin que les principes
sur lesquels l'Auteur du Probiême s'est tondé
pour dépouiller la matiere de ses proprietez ,
sont insoutenables par le raisonnement.
l'acheverai dans le prochain Mercure cette
Démonstration par le Calcul ; et les observations
qui me restent à faire , sont d'autant plus importantes
, que le Calcul algebrique s'étant emparé
aujourd'hui des avenues de presque toutes les
Sciences , il est d'une conséquence extrême de le
rendre juste et exact dans la derniere précision.
de M.le Gendre, Marquis de S.Aub
sur-Loire, AH Problème contenu dam
Mercure du trois de Septembre dcrnij
sur l'Essence de la Matiere.
JE me suis engagé à réfuter le raisonnement
le Calcul, par lesquelsl'Auteur du Prot
me a prétendu dépoüiller la Mariere de ses pi
prietez. Il me reste à achever la Partie du R
sonnement, et à démontrer celle du Calcul. J
ferai encore une sous-division, et je partage
en deux Mercures,premièrement ce qui me
te à traiter suivant le Raisonnement, en sect
lieu, ce qui concerne le Calcul..
J'ai suffisamment établi que ce qui est exte
sible de plus en plus à l'infini, ne prut être s
poséétendu à l'infini, que par conséquent, d
la Géométrie, comme dans la Physique,tout
réduit au fini divisible et extensible de plus
plus à l'infini; que le passage du fini à l'infin
le retour sont impossibles, et que c'est la rais Il Foi. p.
pour laquelle on s'efforce inutilement de les expliquer.
La solution que l'Auteur du Prob ême
donne à cette difficulté , par l'éxaltation d'une
nature inférieure , comme du point à la ligne ,
de la ligne à la surface , de la surface au solide
est opposée au Systême des Infinitaires , que
composent les Plans d'autres Plans infiniment
petits , et les solides d'autres solides pareillement
elementaires. L'Auteur du Prob ême ajoûte : » le
» passage du fini à l'infii n'a ici rien de plus
extraordinaire que ce raisonnement , où il est
incontestable . Je prends un écu , puis un demi
écu , puis un quart , un demi quart , &c . Cela
fait un mouvement croissant et qui peut tou-
»jours croître à l'infini ; ou bien par un mouve
32 ment instantanée et fini , je prends d'un seul
» coup deux écus , cela va au même ; et que sçait
» on même si ce n'est pas plutôt le premier que
le second de ces mouvemens qui est infini
»Au moins le premier ne finit pas , et le second
finit aussi - tôt.
Comment l'Auteur du Problême entend-il que
ces deux mouvements vont au même , puisque
de son aveu , le premier ne finit pas et que le
second finit aussi tot ? Le fini ne contient point
P'infini , à moins qu'on n'ajoûte ce correctif, que
c'est un infini essentiellement concentré dans
son enveloppe et inépuisable dans sa mine, qu'au
cun développement ne peut épuiser, La divisibilité
à l'infini est la contradictoire de la division
à l'infini . L'infiniment petit est un indivisible, qui ,
par consequent est exclus de la divisibilité à l'in
fini. Autrement ce seroit rejetter , et admettre les
indivisibles , exclure et supposer les arômes. Bien
loin de conclure de la divisibilité à l'infini , que
Ja matiere contienne une infinité de parties ,
II. Vol.
2848 MERCURE L FRANCE
prolongement qu'on a supposé capable d'auge
mentation à l'infini , étoit achevé et rendu infini,
ou supposé infini , le prolongement infini seroit
toujours égal à la premiere dimension finie de
ce morceau de cire ou de ce lingot d'or. Voilà
en quoi la supposition renferme les deux contradictoires
; sçavoir , que le morceau de cire ou le
lingot d'or puissent être prolongez toujours de
plus en plus , et que leur prolongement soit terminé
, c'est- à - dire qu'ils passent du fini à l'infini
, ou d'un degré inferieur d'infini à un degré
superieur. Car quelque prolongement qu'on ait
donné à ce morceau de cire, ou à ce lingot d'or,
puisque ce prolongement est toujours capable
d'augmentation à l'infini , il ne peut jamais ête
achevé , à quelque progrès d'extension qu'on
l'arrête , il est fini , et étant égal à la dimension
originaire,c'est une quantité finie égale à une autre
quantité finie ; mais il est impossible et contardictoire,
que l'infini et le fini soient égaux entr'eux
, comme on prétend neanmoins le démon
trer dans les Livres des plus sçavans Géometres ,
au sujet des espaces asymptotiques hyperboli
ques , et en plusieurs autres occasions.
Suivant les Principes du Systême de l'Infini ,
les rayons d'un cercle sont des quantitez constantes
qui n'ont point de difference , mais suivant
les mêmes Principes , le cercle étant un polygone
d'une infinité de côtez, le rayon ne peut
être égal à l'apotême. Outre que l'infiniment petit
, comme je l'ai démontré , est un être de raison
, en le supposant neanmoins , le cercle ne
$
* Guinée , l'Hopital , Memoires de l'Académie
Royale des Sciences. Elemens de la Géometrie de
PInfini de M. de Fontenelle , &c.
II. Vol.
peur
DECEMBR E. 1733. 2849
f
peut être un polygone d'une infinité de côtez ,
ar si l'approximation des apotêmes est infinie , il
n'y a plus de polygone . Cette proposition que
le cercle est un polygone d'une infinité de cô ez,
est d'Archimede , ce grand Géometre en a fait
la supposition , pour parvenir à l'approximation
la plus exacte de la quadrature du cercle . S'il
avoit donné cette supposition pour géométrique,
ce seroit le cas d'appliquer ce qui a été dit par
le celebre Viette ; la conclusion d'Archimede ne
peut être juste , que celle d'Euclide ne soit fausse . *
Si verè Archimedes , fallaciter conclusit Euclides.
Car suivant Archimede , les rayons du cercle ne
pourroient être égaux entr'eux , au lieu que , suivant
Euclide , ils sont nécessairement égaux en-
2
tr'eux .
Pour prouver le passage du fini à l'infini , on
alleguera peut - être que dans les Démonstrations
appellées de maximis et minimis , il se fait un
passage du fini à l'infini . Voici comment le Marquis
de l'Hôpital ** s'exprime à ce sujet. » On
conçoit aisément qu'une quantité qui diminuë
» continuellement
, ne peut devenir de positive
négative , sans passer par le zéro ; mais on ne
voit pas avec la même évidence , que lorsqu'elle
augmente elle doive passer par l'infini ..
C'est ce qu'il entreprend de démontrer. Je soutiens
au contraire que ni l'infiniment grand ni l'infiniment
petit ne se rencontrent jamais dans les
courbes . Il est vrai que du positif au négatif , on
passe toujours par zero , mais ce passage n'a rien
de commun avec l'infiniment petit , et le changement
d'une quantité qui augmente , ne la fait
* Viette , Supplem . Géometr.
** Anal. des infinim. petits. §. 3. pag. 42 .
II. Vol. E 104-
10.30 " c
non-plus jamais passer par l'infiniment grand. Le
changement qui donne liea à cette expression de
l'infini , c'est que la soutangente devient perpen
diculaire ou parallele. Dans les chiffres il est
clair , que soit qu'on descende des nombres entiers
aux fractions , soit qu'on remonte des frac
tions aux nombres entiers, le passage est toujours
le même par zero , sans que l'infiniment grand ni
l'infiniment petit y entrent pour rien .
Si l'on attribue l'infiniment grand à tout ce
qui est parallele , si un côté du triangle differen
ciel devenant nul , l'autre côté est infiniment
grand par rapport à ce côté qui devient nul , en
ce sens- là on pourra dire que tout ce qui existe de
plus petit dans la Nature , est infiniment grand .
Il faut donc avertir que par cette expression de
grandeur infinie , on doit entendre tout ce qu'on
peut concevoir de plus petit ; l'infiniment grand
et l'infiniment petit sont confondus. Qui ne
voit que ces expressions sont entierement contraires
aux idées qu'elles représentent ? Répondra-
t'on au sujet de ces expressions de l'infiniment
grand et du plus qu'infini , que les noms
des choses sont arbitraires ? Mais les noms des
choses ne doivent jamais présenter un sens opposé
aux idées generales , et à plus forte raison ,
aux veritez primitives et incommutables , et aux
notions claires dans lesquelles consiste l'évideace
même. Aristote , Ciceron , et plusieurs
Naturalistes , ont parlé d'un petit animal aîlé ,
qui ne vit qu'un jour , et qui pour cette raison a
été appellé Ephémere.Si l'on découvroit quelque
animal dont la vie fût bornée à la moitié d'un
jour et que les Naturalistes s'exprimassent ainsi ,
le petit animal qui ne vit que la moitié d'un
jour , est éternel ( en sous- entendant par rapport
II. Vol.
ce qui ne vit point du tout ) et la durée de
l'Ephemere est plus qu'éternelle, étant égale à la
duiée éternelle de cet autre petit animal', et de
plus à une demie journée , ces expressions pourtoient-
elles se concilier avec les idées que tous les
hommes se sont formées de la durée du temps ?
Il est démontré que le plus qu'infini est contradictoire
, qu'il ne peut y avoir differens ordres
d'infinis que le fini et l'infini ne peuvent
être égaux , que ce qui est extensible ou divisible
à l'infini , ne peut être supposé entierement
étendu ni entierement divisé ; que l'infiniment
grand et l'infiniment petit en Géométrie comme
en Physique sont des êtres de raison , que le fini
ne contient point l'infini , enfin que les principes
sur lesquels l'Auteur du Probiême s'est tondé
pour dépouiller la matiere de ses proprietez ,
sont insoutenables par le raisonnement.
l'acheverai dans le prochain Mercure cette
Démonstration par le Calcul ; et les observations
qui me restent à faire , sont d'autant plus importantes
, que le Calcul algebrique s'étant emparé
aujourd'hui des avenues de presque toutes les
Sciences , il est d'une conséquence extrême de le
rendre juste et exact dans la derniere précision.
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Résumé : SECONDE PARTIE de la Répo[nse] de M. le Gendre, Marquis de S. Aub[in-]sur-Loire, au Problême contenu dans [le] Mercure du mois de Septembre derni[er] sur l'Essence de la Matiere.
Dans un texte publié dans le Mercure de septembre 1733, le Marquis de l'Aubespine réfute la théorie de l'essence de la matière présentée dans le 'Problème'. L'auteur du 'Problème' propose que la matière soit extensible à l'infini, une idée que le Marquis conteste vigoureusement. Il argue que le passage du fini à l'infini est impossible et que la matière ne peut être réduite à des éléments infiniment petits. Le Marquis critique également la comparaison faite par l'auteur du 'Problème' entre la division d'un écu et le passage du fini à l'infini, affirmant que ces deux processus ne sont pas équivalents. Il démontre que l'infiniment petit est un indivisible, ce qui exclut la possibilité de divisibilité à l'infini. De plus, il remet en question la proposition d'Archimède selon laquelle le cercle est un polygone à une infinité de côtés, la jugeant contradictoire. Le Marquis conclut que les principes sur lesquels l'auteur du 'Problème' s'est fondé pour décrire la matière sont insoutenables. Il prévoit d'achever sa démonstration dans le prochain Mercure en se concentrant sur le calcul.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19815
p. 2826-2827
Journal Litteraire, &c [titre d'après la table]
Début :
JOURNAL LITTERAIRE, année 1731. Tome 18e premiere et seconde [...]
Mots clefs :
Journal littéraire, Religion chrétienne, Abbé Chaulieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal Litteraire, &c [titre d'après la table]
TOURNAL LITTERAIRE , année
1731. Tome 18 premiere et seconde
Partie. A ta Haye , chez P. Gosse et F.
Neaulme , 1731. et 1732. in 12. de 524.
pages , sans les Tables. Voici quelques Titres de Livres dont on trouve les Extraits dans ce Volume.
TRAITE' de la Verité et de la Religion Chrétienne , tiré du Latin de
M. Jean Alfonse Turrettin , Professeur
LI, Vol. en
DECEMBRE. 1732. 2827
en Théologie et en Histoire Ecclesiastique, à Gennes. Sect. 3. de la verité de
sa Revelation Judaïque. A Gennes , chez
Bousquet , &c. 1731. in 8. de 150. pages.
POESIES de M. l'Abbé CHAULIEU ,
et de M. le Marquis de la FARE. Nouvelle Edition , corrigée et considerablement augmentée. A la Haye , chez Rogissat , 1731. in 12, de 257, pages.
1731. Tome 18 premiere et seconde
Partie. A ta Haye , chez P. Gosse et F.
Neaulme , 1731. et 1732. in 12. de 524.
pages , sans les Tables. Voici quelques Titres de Livres dont on trouve les Extraits dans ce Volume.
TRAITE' de la Verité et de la Religion Chrétienne , tiré du Latin de
M. Jean Alfonse Turrettin , Professeur
LI, Vol. en
DECEMBRE. 1732. 2827
en Théologie et en Histoire Ecclesiastique, à Gennes. Sect. 3. de la verité de
sa Revelation Judaïque. A Gennes , chez
Bousquet , &c. 1731. in 8. de 150. pages.
POESIES de M. l'Abbé CHAULIEU ,
et de M. le Marquis de la FARE. Nouvelle Edition , corrigée et considerablement augmentée. A la Haye , chez Rogissat , 1731. in 12, de 257, pages.
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Résumé : Journal Litteraire, &c [titre d'après la table]
Le Tome 18 d'un journal littéraire, édité en 1731 à La Haye, contient 524 pages. Il inclut le 'Traité de la Vérité et de la Religion Chrétienne' de Jean Alfonse Turrettin, traduit du latin, et les 'Poésies' de l'Abbé Chaulieu et du Marquis de la Fare, en nouvelle édition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19816
p. 2827-2829
« ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...] »
Début :
ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...]
Mots clefs :
Affaires du temps, Odes, Hollande, Poèmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...] »
ODES sur les affaires du Temps , avec
une Description en abregé de la Hollande , par l'Auteur des Titans , Tome I.
de 256. pages. Refléxions nouvelles sur
l'Iliade d'Homere , Tome II . de 236. pag.
Reflexions nouvelles sur l'Iliade d' Homere,
avec la Tragédie d'Electre , Tome III. de
256. pages. Le Siecle de Louis le Grand
avec Themire , ou l'Actrice nouvelle sur
le Théatre d'Athénes , Tome IV. de 237.
pages. Les Rues de Madrid , l'histoire de
la Porcelaine et le Combat des Echasses .
avec plusieurs Satyres et autres Pieces
Tome V. de 259. pages, A Liege , chez
Everard Kints , 1731. in 8.
,
Après les Odes , viennent quatre petits
Poëmes , dont les Titres sont , la Bataille
de Nervinde , le Passage du Ter , Rose
conquise , et la Métamorphose de Clitie
11. Vol. E cn
2828 MERCURE DE FRANCE
en fleur. Le dernier Volume est terminé
par la Description de la Hollande , qui
est très-belle , on en pourra juger par
cet échantillon.
Va contempler ces Digues orgueilleuses
Invincibles Remparts , dont la solidité ,
Brave les vagues sourcilleuses
Du terrible Ocean par l'orage irrité,
Pour regagner son ancien heritage ,
De ses propres Troupeaux l'antique pâturage ,
น De son redoutable Trident ,
Le Dieu des Mers près du Rivage ,
Pousse les flots au gré du vent.
Du retranchement immobile , ·
Et tous les ans avec soin réparé ,
Neptune , sur ces Bords chaque Hyver attiré ,
Veut en vain penetrer l'impenetrable azile,
Lassé d'un effort impuissant ,
Et de chercher en vain à s'y faire un passage ,
L'Onde en écume au lieu de dépit et de rage ;
Et se retire en mugissant.
S Le Siecle de Louis Grand , est un Poëme partagé en huit Chants , dont le dernier est destiné tout entier aux Poëtes ;
l'Auteur y dépeint en ces termes le caractere Chansonnier des François , et les
Elegies de la Comtesse de la Suze,
11. Vol. Jamais
DECEMBRE. 1732. 2829
Jamais l'agréable Thalie ,
Ne badina plus vivement ,
Que dans la piquante saillie ,
Des Airs qu'on chante en les formant.
Pour animer la Chansonette ,
Chaque mot volontiers se prete ,
Enfant de la joye et du vin ;
Par pouvoir magique échauffée
La France des mains d'une Fée ,
Jadis reçut ce don divin,
•
Avec quelle douce énergie ,
La Suze , à l'ombre des Cyprès,
Nous réprésente l'Elegie ,
Gémissante dans les Forêts !
Lorsque dans un torrent de larmes
Pour un cœur parjure à ses charmes ,
Le sien me paroît éperdu.
Ce n'est point une fausse image ,
C'est un cœur tendre qu'on outrage,
C'est un Amant qu'elle a perdu.
une Description en abregé de la Hollande , par l'Auteur des Titans , Tome I.
de 256. pages. Refléxions nouvelles sur
l'Iliade d'Homere , Tome II . de 236. pag.
Reflexions nouvelles sur l'Iliade d' Homere,
avec la Tragédie d'Electre , Tome III. de
256. pages. Le Siecle de Louis le Grand
avec Themire , ou l'Actrice nouvelle sur
le Théatre d'Athénes , Tome IV. de 237.
pages. Les Rues de Madrid , l'histoire de
la Porcelaine et le Combat des Echasses .
avec plusieurs Satyres et autres Pieces
Tome V. de 259. pages, A Liege , chez
Everard Kints , 1731. in 8.
,
Après les Odes , viennent quatre petits
Poëmes , dont les Titres sont , la Bataille
de Nervinde , le Passage du Ter , Rose
conquise , et la Métamorphose de Clitie
11. Vol. E cn
2828 MERCURE DE FRANCE
en fleur. Le dernier Volume est terminé
par la Description de la Hollande , qui
est très-belle , on en pourra juger par
cet échantillon.
Va contempler ces Digues orgueilleuses
Invincibles Remparts , dont la solidité ,
Brave les vagues sourcilleuses
Du terrible Ocean par l'orage irrité,
Pour regagner son ancien heritage ,
De ses propres Troupeaux l'antique pâturage ,
น De son redoutable Trident ,
Le Dieu des Mers près du Rivage ,
Pousse les flots au gré du vent.
Du retranchement immobile , ·
Et tous les ans avec soin réparé ,
Neptune , sur ces Bords chaque Hyver attiré ,
Veut en vain penetrer l'impenetrable azile,
Lassé d'un effort impuissant ,
Et de chercher en vain à s'y faire un passage ,
L'Onde en écume au lieu de dépit et de rage ;
Et se retire en mugissant.
S Le Siecle de Louis Grand , est un Poëme partagé en huit Chants , dont le dernier est destiné tout entier aux Poëtes ;
l'Auteur y dépeint en ces termes le caractere Chansonnier des François , et les
Elegies de la Comtesse de la Suze,
11. Vol. Jamais
DECEMBRE. 1732. 2829
Jamais l'agréable Thalie ,
Ne badina plus vivement ,
Que dans la piquante saillie ,
Des Airs qu'on chante en les formant.
Pour animer la Chansonette ,
Chaque mot volontiers se prete ,
Enfant de la joye et du vin ;
Par pouvoir magique échauffée
La France des mains d'une Fée ,
Jadis reçut ce don divin,
•
Avec quelle douce énergie ,
La Suze , à l'ombre des Cyprès,
Nous réprésente l'Elegie ,
Gémissante dans les Forêts !
Lorsque dans un torrent de larmes
Pour un cœur parjure à ses charmes ,
Le sien me paroît éperdu.
Ce n'est point une fausse image ,
C'est un cœur tendre qu'on outrage,
C'est un Amant qu'elle a perdu.
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Résumé : « ODES sur les affaires du Temps, avec une Description en abregé de la Hollande, [...] »
L'ouvrage 'ODES sur les affaires du Temps' se compose de cinq tomes. Le premier tome, de 256 pages, inclut des odes et une description abrégée de la Hollande. Le deuxième tome, de 236 pages, présente des réflexions sur l'Iliade d'Homère. Le troisième tome, également de 256 pages, contient les mêmes réflexions sur l'Iliade et la tragédie 'Electre'. Le quatrième tome, de 237 pages, comprend le poème 'Le Siècle de Louis le Grand' et la pièce 'Thémire, ou l'Actrice nouvelle sur le Théâtre d'Athènes'. Le cinquième tome, de 259 pages, regroupe plusieurs œuvres telles que 'Les Rues de Madrid', 'l'histoire de la Porcelaine', 'le Combat des Échasses', des satires et autres pièces. L'ouvrage a été publié à Liège chez Everard Kints en 1731. Le dernier volume se termine par une description de la Hollande, qualifiée de 'très-belle', mettant en avant ses digues invincibles. Le poème 'Le Siècle de Louis le Grand' est structuré en huit chants, le dernier étant dédié aux poètes. Il décrit le caractère chansonnier des Français et loue la Comtesse de la Suze pour ses élégies émotives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19817
p. 73-79
LETTRE de M. le Président HÉNAULT, au sujet de la Dissertation de M. de SAINT-FOIX, sur la Statue Equestre qui est à Notre- Dame de Paris. Paris, 16 Février 1763.
Début :
J'AI reçu hier, Monsieur, par la Petite Poste, un Paquet timbré B. avec la date [...]
Mots clefs :
Dissertation, Statue équestre, Église, Lettres, Chroniques
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Président HÉNAULT, au sujet de la Dissertation de M. de SAINT-FOIX, sur la Statue Equestre qui est à Notre- Dame de Paris. Paris, 16 Février 1763.
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE de M. lePréſident HÉN AULT,
au fujet de la Differtation de M. de
SAINT-FOIX , fur la Statue Equeftre
qui eft à Notre- Dame de Paris.
J
Paris , 16 Février 1763 .
AI reçu hier , Monfieur , par la Petite
Pofte , un Paquet timbré B. avec la date
du mois ; je l'ouvris en préfence des
perfonnes qui me faifoient l'honneur de
dîner chez moi. J'y trouvai avec furpriſe
& reconnoiffance ,une réponse à l'article
de votre Mercure , où M. de Saint-foix
combat ce que j'ai avancé au fujet de
la Statue équestre de Philippe-le -Bel. Ce
n'avoit pas été fans précautions , que
j'avois pris un parti fur une queftion
que je fçais qui a été agitée plufieurs
fois ; & je me ferois fait un plaifir de répondre
à M. de Saint-foix qui a mérité
l'eftime publique , s'il m'avoit fait l'honneur
de s'adreffer à moi-même ; mais
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
comme il a pris un autre parti , j'ai cru
devoir éviter une querelle littéraire , &
je m'en fuis rapporté au jugement des
Lecteurs de cette Lettre . Ce n'eft donc
point moi qui parle aujourd'hui , c'eſt
un Anonyme qui joint à la générofité
de me défendre un incognito dont je
me plains à lui-même , puifqu'il me
met dans l'impoffibilité de lui témoigner
ma reconnoiffance : fa differtation
m'a paru fi bien faite , que je n'ai pas
héfité , Monfieur , à avoir l'honneur
de vous l'envoyer. C'eft peut- être le
moyen d'arracher le fecret de mon protecteur
; & je le prie avec d'autant plus
d'inftances de fe déclarer , qu'il me
garentira du foupçon , qui eft quelquefois
affez fondé d'avoir emprunté cette
forme pour me cacher moi- même.
J'ai l'honneur d'être , & c.
HENAULT.
LETTRE de l'Anonyme à M. le Préftdent
HENAULT.
MONSIEUR ,
Vous aurez , fans doute , lû dans le
Mercure de Janvier , premier Vol .pag.
73 , une petite differtation où M. de
Saint-Foix prétend que vous avez eu
tort de croire que la Statue Equeftre qui
eft dans l'Eglife de N. D. eft celle de
AVRIL. 1763. 75
par
Philippe le Bel : mais je prens la liberté
de vous confiller de ne pas vous preffer
de chanter la palinodie. Vous trouverez
de quoi appuyer le fentiment que
vous avez embraffé dans une difcuffion
bien faite que vous lirez dans un voyage
à Munfter , écrit le célébre Claude
Joly mort en 1700 , grand Chantre &
Official de l'Eglife de Paris. Ce voyage
a été imprimé à Paris en 1670 in- 12 .
L'Auteur recommandable par fon érudition
& par fa piété , qui nous a donné
un grand nombre de bons ouvrages ,
avoit été en 1646 à la fuite de Madame
de Longueville à Munſter où fon mari
travailloit alors au Traité de Weftphalie .
A fon retour , M. Joly fit une relation
des lieux par où il avoit paffé &
de ce qu'il y avoit remarqué de curieux .
C'eſt à l'occafion de Bouvines où Philippe
Augufte a remporté une victoire
par l'interceffion de la Vierge , qu'il
parle des batailles de Mons en Puelle
& de Caffel où Philippe le Bel &
Philippe de Valois remporterent auffi ,
par la même interceffion , la victoire
fur les Flamands. M. Joly y difcute
très-au long la queftion de la Statue
Equeftre de l'Eglife de Notre-Dame de
Paris ; il le fait d'une maniere fenfée &
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
folide , comme un homme qui n'eft
point paffionné pour un fentiment ,
plutôt que pour un autre ; mais enfin
il conclud à regarder la Statue Equeſtre
comme étant de Philippe le Bel. Si vous
joignez à la lecture de la differtation
de M. Joly , trois lettres de M. Jouet
Chanoine de Chartres & ami de M.
Joly , qui à fa priere avoit fait des
recherches dans les Archives de fon
Chapitre , pour éclaircir ce trait d'hiftoire
,
, je fuis perfuadé que vous ne
fongerez pas à vous retracter , parce
que vous verrez que la differtation de
M. de Saint - Foix n'eft rien moins
qu'une démonftration de ce qu'il avance
d'après plufieurs de nos Auteurs . Ces
lettres de M. Jouet font imprimées à
la fin du voyage de Munfter. Je n'entrerai
point dans le détail de ce que
contiennent ces écrits , où l'on trouve
par avance la réponſe aux objections
qu'on vous fait , même à celles des
leçons de l'ancien Breviaire de Paris .
Il faudroit tranfcrire prefque toute la
differtation de M. Joly , ainfi que les
lettres de M. Jouet ; il vaut mieux que
vous ayez le plaifir de les lire vousmême.
Ce qui vous divertira , peutêtre
, eft la façon différente dont M. Joly
AVRIL. 1763 . 77
a lu les autorités qu'on vous objecte
je veux dire les grandes Chroniques
de France & le Continuateur de Nangis.
Car M. de Saint- Foix lit dans les
Chroniques qu'il cite , que , ce fut dans
l'Eglife de NOTRE-DAME DE PARIS
que Philippe de Valois entra monté fur
fon deftrier. Et M. Joly dit que dans
le manufcrit authentique qu'il avoit de
ces Chroniques , on lifoit expreffément
que Philippe de Valois après avoir remis
l'Oriflambe fur l'Autel de Saint
Denis , s'en alla à NOTRE-DAME
DE CHARTRES , & quand il fut là ,
il fe arma des armes qu'il avoit portées
en la bataille des Flamands , puis
monta fur un deftrier & ainfi entra en
Eglife très - devotement. Il en eſt de
même du Continuateur de Nangis.
M. de Saint- Foix lit Rex verò ( Philippus
Valefius ) .... Pofteà IVIT
PARISIOS & Ecclefiam Beatæ Mariæ
ingreffus , &c. Mais M. Joly d'après
un manufcrit de S. Germain des Prés
lit Pofteà INIIT CARNOTUM &
Ecclefiam Beata Maria ingreffus. Et
c'eſt en effet ainfi qu'on lit dans les
deux Editions in -4" . & in-fol. du
Spécilége où eft le Continuateur de
Nangis ; on n'y trouve point Ivit Pa-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
rifios , mais Ivit Camotum . Delà , Monfieur
, il faut conclure que M. de Saint-
Foix a lu dans les mêmes ouvrages
autrement que M. Joly , ce qui prouveroit
qu'il y a des variantes dans les
manufcrits . Mais l'on n'en peut rien
conclure contre votre fentiment , juf
qu'à ce qu'on ait fait voir quelle eft la
véritable leçon à laquelle on doit s'en
tenir. Je fuis perfuadé que fi M. de
Saint- Foix avoit lu la differtation de
M. Joly , il eft trop galant homme pour
avoir voulu faire defcendre fi malhonnêtement
notre grand Roi Philippe le
Bel de deffus fon cheval , & exiger que
Meffieurs du Chapitre de Notre- Dame
de Paris changent l'infcription qu'ils
ont fait mettre à la Statue Equeftre ;
ce qu'ils ne feront affurément pas , parce
qu'ils ont vu l'ouvrage de leur ancien
Confrere.
J'ai cru , Monfieur , que , quoique
vous ayez beaucoup lu , vous pouviez
ignorer la differtation de M. Joly qu'on
ne s'aviferoit pas d'aller chercher dans
un voyage à Munſter. Vous me permettrez
de ne point mettre mon nom
à ces réflexions qui n'en valent pas la
peine , outre que le nom ne fait rien
à la chofe ; mais elles font d'un de vos.
AVRIL. 1763. 19
ferviteurs qui a l'honneur de vous être ,
depuis long - tems , très-refpectueufement
dévoué .
LETTRE de M. lePréſident HÉN AULT,
au fujet de la Differtation de M. de
SAINT-FOIX , fur la Statue Equeftre
qui eft à Notre- Dame de Paris.
J
Paris , 16 Février 1763 .
AI reçu hier , Monfieur , par la Petite
Pofte , un Paquet timbré B. avec la date
du mois ; je l'ouvris en préfence des
perfonnes qui me faifoient l'honneur de
dîner chez moi. J'y trouvai avec furpriſe
& reconnoiffance ,une réponse à l'article
de votre Mercure , où M. de Saint-foix
combat ce que j'ai avancé au fujet de
la Statue équestre de Philippe-le -Bel. Ce
n'avoit pas été fans précautions , que
j'avois pris un parti fur une queftion
que je fçais qui a été agitée plufieurs
fois ; & je me ferois fait un plaifir de répondre
à M. de Saint-foix qui a mérité
l'eftime publique , s'il m'avoit fait l'honneur
de s'adreffer à moi-même ; mais
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
comme il a pris un autre parti , j'ai cru
devoir éviter une querelle littéraire , &
je m'en fuis rapporté au jugement des
Lecteurs de cette Lettre . Ce n'eft donc
point moi qui parle aujourd'hui , c'eſt
un Anonyme qui joint à la générofité
de me défendre un incognito dont je
me plains à lui-même , puifqu'il me
met dans l'impoffibilité de lui témoigner
ma reconnoiffance : fa differtation
m'a paru fi bien faite , que je n'ai pas
héfité , Monfieur , à avoir l'honneur
de vous l'envoyer. C'eft peut- être le
moyen d'arracher le fecret de mon protecteur
; & je le prie avec d'autant plus
d'inftances de fe déclarer , qu'il me
garentira du foupçon , qui eft quelquefois
affez fondé d'avoir emprunté cette
forme pour me cacher moi- même.
J'ai l'honneur d'être , & c.
HENAULT.
LETTRE de l'Anonyme à M. le Préftdent
HENAULT.
MONSIEUR ,
Vous aurez , fans doute , lû dans le
Mercure de Janvier , premier Vol .pag.
73 , une petite differtation où M. de
Saint-Foix prétend que vous avez eu
tort de croire que la Statue Equeftre qui
eft dans l'Eglife de N. D. eft celle de
AVRIL. 1763. 75
par
Philippe le Bel : mais je prens la liberté
de vous confiller de ne pas vous preffer
de chanter la palinodie. Vous trouverez
de quoi appuyer le fentiment que
vous avez embraffé dans une difcuffion
bien faite que vous lirez dans un voyage
à Munfter , écrit le célébre Claude
Joly mort en 1700 , grand Chantre &
Official de l'Eglife de Paris. Ce voyage
a été imprimé à Paris en 1670 in- 12 .
L'Auteur recommandable par fon érudition
& par fa piété , qui nous a donné
un grand nombre de bons ouvrages ,
avoit été en 1646 à la fuite de Madame
de Longueville à Munſter où fon mari
travailloit alors au Traité de Weftphalie .
A fon retour , M. Joly fit une relation
des lieux par où il avoit paffé &
de ce qu'il y avoit remarqué de curieux .
C'eſt à l'occafion de Bouvines où Philippe
Augufte a remporté une victoire
par l'interceffion de la Vierge , qu'il
parle des batailles de Mons en Puelle
& de Caffel où Philippe le Bel &
Philippe de Valois remporterent auffi ,
par la même interceffion , la victoire
fur les Flamands. M. Joly y difcute
très-au long la queftion de la Statue
Equeftre de l'Eglife de Notre-Dame de
Paris ; il le fait d'une maniere fenfée &
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
folide , comme un homme qui n'eft
point paffionné pour un fentiment ,
plutôt que pour un autre ; mais enfin
il conclud à regarder la Statue Equeſtre
comme étant de Philippe le Bel. Si vous
joignez à la lecture de la differtation
de M. Joly , trois lettres de M. Jouet
Chanoine de Chartres & ami de M.
Joly , qui à fa priere avoit fait des
recherches dans les Archives de fon
Chapitre , pour éclaircir ce trait d'hiftoire
,
, je fuis perfuadé que vous ne
fongerez pas à vous retracter , parce
que vous verrez que la differtation de
M. de Saint - Foix n'eft rien moins
qu'une démonftration de ce qu'il avance
d'après plufieurs de nos Auteurs . Ces
lettres de M. Jouet font imprimées à
la fin du voyage de Munfter. Je n'entrerai
point dans le détail de ce que
contiennent ces écrits , où l'on trouve
par avance la réponſe aux objections
qu'on vous fait , même à celles des
leçons de l'ancien Breviaire de Paris .
Il faudroit tranfcrire prefque toute la
differtation de M. Joly , ainfi que les
lettres de M. Jouet ; il vaut mieux que
vous ayez le plaifir de les lire vousmême.
Ce qui vous divertira , peutêtre
, eft la façon différente dont M. Joly
AVRIL. 1763 . 77
a lu les autorités qu'on vous objecte
je veux dire les grandes Chroniques
de France & le Continuateur de Nangis.
Car M. de Saint- Foix lit dans les
Chroniques qu'il cite , que , ce fut dans
l'Eglife de NOTRE-DAME DE PARIS
que Philippe de Valois entra monté fur
fon deftrier. Et M. Joly dit que dans
le manufcrit authentique qu'il avoit de
ces Chroniques , on lifoit expreffément
que Philippe de Valois après avoir remis
l'Oriflambe fur l'Autel de Saint
Denis , s'en alla à NOTRE-DAME
DE CHARTRES , & quand il fut là ,
il fe arma des armes qu'il avoit portées
en la bataille des Flamands , puis
monta fur un deftrier & ainfi entra en
Eglife très - devotement. Il en eſt de
même du Continuateur de Nangis.
M. de Saint- Foix lit Rex verò ( Philippus
Valefius ) .... Pofteà IVIT
PARISIOS & Ecclefiam Beatæ Mariæ
ingreffus , &c. Mais M. Joly d'après
un manufcrit de S. Germain des Prés
lit Pofteà INIIT CARNOTUM &
Ecclefiam Beata Maria ingreffus. Et
c'eſt en effet ainfi qu'on lit dans les
deux Editions in -4" . & in-fol. du
Spécilége où eft le Continuateur de
Nangis ; on n'y trouve point Ivit Pa-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
rifios , mais Ivit Camotum . Delà , Monfieur
, il faut conclure que M. de Saint-
Foix a lu dans les mêmes ouvrages
autrement que M. Joly , ce qui prouveroit
qu'il y a des variantes dans les
manufcrits . Mais l'on n'en peut rien
conclure contre votre fentiment , juf
qu'à ce qu'on ait fait voir quelle eft la
véritable leçon à laquelle on doit s'en
tenir. Je fuis perfuadé que fi M. de
Saint- Foix avoit lu la differtation de
M. Joly , il eft trop galant homme pour
avoir voulu faire defcendre fi malhonnêtement
notre grand Roi Philippe le
Bel de deffus fon cheval , & exiger que
Meffieurs du Chapitre de Notre- Dame
de Paris changent l'infcription qu'ils
ont fait mettre à la Statue Equeftre ;
ce qu'ils ne feront affurément pas , parce
qu'ils ont vu l'ouvrage de leur ancien
Confrere.
J'ai cru , Monfieur , que , quoique
vous ayez beaucoup lu , vous pouviez
ignorer la differtation de M. Joly qu'on
ne s'aviferoit pas d'aller chercher dans
un voyage à Munſter. Vous me permettrez
de ne point mettre mon nom
à ces réflexions qui n'en valent pas la
peine , outre que le nom ne fait rien
à la chofe ; mais elles font d'un de vos.
AVRIL. 1763. 19
ferviteurs qui a l'honneur de vous être ,
depuis long - tems , très-refpectueufement
dévoué .
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Résumé : LETTRE de M. le Président HÉNAULT, au sujet de la Dissertation de M. de SAINT-FOIX, sur la Statue Equestre qui est à Notre- Dame de Paris. Paris, 16 Février 1763.
Le texte relate une correspondance entre le Président Hénault et un anonyme au sujet d'une controverse concernant la statue équestre de Philippe le Bel à Notre-Dame de Paris. Hénault reçoit une réponse de M. de Saint-Foix, qui conteste ses affirmations sur cette statue. Pour éviter une querelle littéraire, Hénault laisse le jugement aux lecteurs. Par la suite, il reçoit une lettre anonyme qui défend son point de vue en se référant à une dissertation de Claude Joly, un érudit du XVIIe siècle. Dans son ouvrage 'Voyage à Munster', Joly discute de la statue et conclut qu'elle représente bien Philippe le Bel. L'anonyme suggère à Hénault de consulter cette dissertation ainsi que des lettres de M. Jouet, chanoine de Chartres, pour appuyer son opinion. La lettre anonyme critique également les interprétations de M. de Saint-Foix, qui diffèrent de celles de Joly en raison de variantes dans les manuscrits. L'anonyme conclut en exprimant son dévouement à Hénault et en espérant que cette correspondance éclaircira la question.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19818
p. 2997-2998
ETRENNE. A Madame la Comtesse du Roure.
Début :
Puissiez-vous vivre sans souci, [...]
Mots clefs :
Comtesse, Couronne, Compliment, Cœur, Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNE. A Madame la Comtesse du Roure.
E TRENNE.
A Madame la Comtesse du Roure..
Puissie Uissiez- vous vivre sans souci ,
Sous les douces loix d'Hymenée
'Accoucher d'un fils dans l'année
Etre belle à trente ans d'ici ;
S'accomplisse encor ce voeu- cy :
Qu'aux Cieux votre vertu prônée ,.
Après cent ans soit couronnée
Vous la seriez bien - tôt ici ,
Si la Couronne étoit donnée
Toûjours au mérite éclairci.
Mais en vous dévoüant ceci ,
Ma Muse à demi consternée ,
Prévoit bien qu'en cette journée .
L'élegant Abbé du Poncy ,
Par quelque Etrenne rafinée ,
Vous rendra son hommage aussi ;
Par ce voisinage obscurci ,
Je plains , hélas , la destinée ,
D'un Compliment peu dégrossi ,
D'une Etrenne mal façonnée ;
Dans quelque coin abandonnée ;
Je crois la voir à la mercy
1. Vol
Deg
998 MERCURE DE FRANCE
Des Rats , cette race effrenée ,
Qui s'en prend depuis qu'elle est née ; „
A Pieces telles que voicy ,
Ou peut-être au feu condamnée ,.
Périr plus promptement ainsi,
Telle donc de l'infortunée ,
Sera la fin en racourci ;
Mais si votre ame au bien tournée ,
Regarde d'un oeil adouci ,
Le coeur dont elle est émanée ,
A cet unique objet bornée ,
Lors , ma Muse aura réussi.
Monteil , Chanoine..
A Madame la Comtesse du Roure..
Puissie Uissiez- vous vivre sans souci ,
Sous les douces loix d'Hymenée
'Accoucher d'un fils dans l'année
Etre belle à trente ans d'ici ;
S'accomplisse encor ce voeu- cy :
Qu'aux Cieux votre vertu prônée ,.
Après cent ans soit couronnée
Vous la seriez bien - tôt ici ,
Si la Couronne étoit donnée
Toûjours au mérite éclairci.
Mais en vous dévoüant ceci ,
Ma Muse à demi consternée ,
Prévoit bien qu'en cette journée .
L'élegant Abbé du Poncy ,
Par quelque Etrenne rafinée ,
Vous rendra son hommage aussi ;
Par ce voisinage obscurci ,
Je plains , hélas , la destinée ,
D'un Compliment peu dégrossi ,
D'une Etrenne mal façonnée ;
Dans quelque coin abandonnée ;
Je crois la voir à la mercy
1. Vol
Deg
998 MERCURE DE FRANCE
Des Rats , cette race effrenée ,
Qui s'en prend depuis qu'elle est née ; „
A Pieces telles que voicy ,
Ou peut-être au feu condamnée ,.
Périr plus promptement ainsi,
Telle donc de l'infortunée ,
Sera la fin en racourci ;
Mais si votre ame au bien tournée ,
Regarde d'un oeil adouci ,
Le coeur dont elle est émanée ,
A cet unique objet bornée ,
Lors , ma Muse aura réussi.
Monteil , Chanoine..
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Résumé : ETRENNE. A Madame la Comtesse du Roure.
La lettre est adressée à Madame la Comtesse du Roure et exprime des vœux pour son bonheur et sa prospérité. L'auteur souhaite qu'elle vive sans souci, accouche d'un fils dans l'année, reste belle à trente ans et voie sa vertu reconnue après cent ans. Il reconnaît que la comtesse mérite une couronne pour ses qualités. Cependant, il anticipe que l'Abbé du Poncy lui offrira un présent raffiné, ce qui mettra en lumière la modestie de son propre hommage. L'auteur imagine que son cadeau, moins élégant, pourrait être délaissé ou détruit par des rats. Néanmoins, il espère que la comtesse appréciera la sincérité de son geste, ce qui lui permettrait de considérer sa muse comme ayant réussi. La lettre est signée Monteil, Chanoine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19819
p. 2851-2852
ENIGME.
Début :
Je suis fraîche et bien blanche, agréable à la vûë, [...]
Mots clefs :
Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E suis fraîche et bien blanche, agréable à la vûë ,
Chacun me peut toucher et me voir toute nuë ,
J'ai du repos le jour , mais un mauvais destin ,
Me menace depuis le soir jusqu'au matin.
II. Vol. E ij Ecant
2852 MERUURE DE FRANCE
Etant Vierge et toute innocente,
Je ne puis concevoir de criminel dessein
Cependant une flamme ardente ,
Que la nuit allume en mon sein ,
Me dévore le corps , m'agite et me tourmente.
E suis fraîche et bien blanche, agréable à la vûë ,
Chacun me peut toucher et me voir toute nuë ,
J'ai du repos le jour , mais un mauvais destin ,
Me menace depuis le soir jusqu'au matin.
II. Vol. E ij Ecant
2852 MERUURE DE FRANCE
Etant Vierge et toute innocente,
Je ne puis concevoir de criminel dessein
Cependant une flamme ardente ,
Que la nuit allume en mon sein ,
Me dévore le corps , m'agite et me tourmente.
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19820
p. 2829-2831
« LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...] »
Début :
LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...]
Mots clefs :
Philosophie anglaise, Dictionnaire, Commerce, Langue française, Maladies de la poitrine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...] »
LE PHILOSOPHIE ANGLOISE , ouHistoire de M. Cleveland , fils naturel de
Cromwell , écrite par lui- même et traduite de l'Anglois par l'Auteur des Mé
moires d'un homme de qualité; enrichie de
Figures en Taille- douce. A Utrecht , chez
11. Vol.
Eij Et.
2830 MERCURE DE FRANCE
•
Et. Neaulme , 1732. in 12. Tome I. de
266. pages , sans la Préface. Tome II. de
de 311. pages. Tome III . de 442. pages Tome IV. de 309. pages.
DICTIONNAIRE de la Langue Françoise
ancienne et moderne , de P. Richelet , augmenté de plusieurs Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique , de Jurisprudence , et d'une Liste Alphabetique
des Auteurs et des Livres citez dans le Dictionnaire. Nouvelle Edition , augmentée
d'un grand nombre d'Articles. A Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1732, 2.
vol. in 4º .
DICTIONNAIRE, Universel de Commerce,
contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre Parties du
Monde, par terre , par mer , &c. par Fac
ques et Philemon Savary , Tomes 3 et 4.
Supplement des deux premiers. AAmsterdam,chez lesfansons et Waesberge 1732,
2. vol. in 4.
DISSERTATIONS nouvelles sur les maladies de la poitrine , du cœur , des femmes,
veneriennes , et quelques autres particuláritez : ou , selon les nouvelles découvertes , on donne une idée claire et distincte
-II Fel, de
DECEMBRE. 1732 2831
de toutes ces Maladies , par opposition à
l'opinion des Anciens. Par M. Barbeyrac ,
Docteur en Medecine à Montpellier ; avec
deux Descriptions de Maladies qui n'ont
jamais été écrites : Far M. Boerhave. A
Amsterdam, chez les mêmes , 1731. in- 12 .
Cromwell , écrite par lui- même et traduite de l'Anglois par l'Auteur des Mé
moires d'un homme de qualité; enrichie de
Figures en Taille- douce. A Utrecht , chez
11. Vol.
Eij Et.
2830 MERCURE DE FRANCE
•
Et. Neaulme , 1732. in 12. Tome I. de
266. pages , sans la Préface. Tome II. de
de 311. pages. Tome III . de 442. pages Tome IV. de 309. pages.
DICTIONNAIRE de la Langue Françoise
ancienne et moderne , de P. Richelet , augmenté de plusieurs Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique , de Jurisprudence , et d'une Liste Alphabetique
des Auteurs et des Livres citez dans le Dictionnaire. Nouvelle Edition , augmentée
d'un grand nombre d'Articles. A Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1732, 2.
vol. in 4º .
DICTIONNAIRE, Universel de Commerce,
contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre Parties du
Monde, par terre , par mer , &c. par Fac
ques et Philemon Savary , Tomes 3 et 4.
Supplement des deux premiers. AAmsterdam,chez lesfansons et Waesberge 1732,
2. vol. in 4.
DISSERTATIONS nouvelles sur les maladies de la poitrine , du cœur , des femmes,
veneriennes , et quelques autres particuláritez : ou , selon les nouvelles découvertes , on donne une idée claire et distincte
-II Fel, de
DECEMBRE. 1732 2831
de toutes ces Maladies , par opposition à
l'opinion des Anciens. Par M. Barbeyrac ,
Docteur en Medecine à Montpellier ; avec
deux Descriptions de Maladies qui n'ont
jamais été écrites : Far M. Boerhave. A
Amsterdam, chez les mêmes , 1731. in- 12 .
Fermer
Résumé : « LE PHILOSOPHIE ANGLOISE, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de [...] »
Le document de 1732 présente plusieurs ouvrages. 'La Philosophie Angloise, ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell', écrite par Cleveland et traduite par l'auteur des 'Mémoires d'un homme de qualité', est publiée à Utrecht par Eij Et. en quatre tomes : 266, 311, 442 et 309 pages. Le 'Dictionnaire de la Langue Françoise ancienne et moderne' de P. Richelet, publié à Amsterdam par la Compagnie, inclut des additions en histoire, grammaire, critique, jurisprudence et une liste alphabétique des auteurs. Le 'Dictionnaire Universel de Commerce' de Jacques et Philemon Savary, avec les tomes 3 et 4 et le supplément des deux premiers tomes, est publié à Amsterdam chez les frères Fanson et Waesberge. Enfin, les 'Dissertations nouvelles sur les maladies de la poitrine, du cœur, des femmes, vénériennes, et quelques autres particularités' de M. Barbeyrac, docteur en médecine à Montpellier, incluant des descriptions de maladies par M. Boerhave, sont publiées à Amsterdam en 1731.
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19821
p. 2852
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon corps n'a que cinq pieds en bonne Arithmétique. [...]
Mots clefs :
Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE,
J
M
Arithmétique.
On corps n'a que cinq pieds en bonne
Mon premier chef tranché , me lisant à rebours ,
J'offre aux yeux deux tons de Musique ;
Ma premiere moitié se fait voir tous les jours ,
Dans l'eau , dans le bois , dans la terre.
Quatre , cinq , deux et trois , c'est le fruit de la
guerre ;
A
Trois , un et deux , je nais dans un Jardin ;
Pris dans un autre sens , je deviens un chemin.
Remis dans mon entier sans qu'on me décompose
,
Je suis l'apanage d'Iris ;
Heureux enfin qui se dispose
A vouloir sans tarder connoître qui je suis .
Blezin , d'Arles.
J
M
Arithmétique.
On corps n'a que cinq pieds en bonne
Mon premier chef tranché , me lisant à rebours ,
J'offre aux yeux deux tons de Musique ;
Ma premiere moitié se fait voir tous les jours ,
Dans l'eau , dans le bois , dans la terre.
Quatre , cinq , deux et trois , c'est le fruit de la
guerre ;
A
Trois , un et deux , je nais dans un Jardin ;
Pris dans un autre sens , je deviens un chemin.
Remis dans mon entier sans qu'on me décompose
,
Je suis l'apanage d'Iris ;
Heureux enfin qui se dispose
A vouloir sans tarder connoître qui je suis .
Blezin , d'Arles.
Fermer
19822
p. 2852-2853
AUTRE.
Début :
Dans un Etat où regne un ordre merveilleux, [...]
Mots clefs :
Abeille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans un Erat où regne un'ordre merveilleux,
Par une industrie admirable ,
II, Vol.
Sans
DECEMBR E. 1733. 2853
Sans interêt , mes travaux genereux
Te procurent , Lecteur , l'utile et l'agréable ;
A m'arranger exerce toi ;
Réduisant sept à cinq , tu trouveras chez moi
Un petit Globe assez solide ,
Un autre Globe encor tantôt mol , tantôt dur ,
Auquel cas le plus intrépide
Souvent pour le parer auroit besoin d'un mar.
U ne aimable Epitete et par qui la fémelle ,
Acquiert le droit d'être cruelle .
En quatre , on découvre à la fois ,
Trois Villes , une en France , une autre dans la
Suisse ;
A Rome naissante autrefois
La troisiéme fut peu propice.
On voit encore un innocent
Qui souffrit autrefois un trépas violent.
D'un féroce animal la femelle sauvage ,
Un endroit dans la Mer à l'abri de l'orage :
De ton corps je suis une humeur ;
De ta Loi je suis un Prophere ;
Item. Ce que fait un Seigneur
Quand il veut affermer des Terres qu'il achette.
En trois , d'une Liqueur on trouve l'excrement.
Femme de l'Ancien Testament ;
Plus un Légume , un Cercle où regne la Folie
Et dont la tristesse est bannie ..
Curion de Poulainville.
Ans un Erat où regne un'ordre merveilleux,
Par une industrie admirable ,
II, Vol.
Sans
DECEMBR E. 1733. 2853
Sans interêt , mes travaux genereux
Te procurent , Lecteur , l'utile et l'agréable ;
A m'arranger exerce toi ;
Réduisant sept à cinq , tu trouveras chez moi
Un petit Globe assez solide ,
Un autre Globe encor tantôt mol , tantôt dur ,
Auquel cas le plus intrépide
Souvent pour le parer auroit besoin d'un mar.
U ne aimable Epitete et par qui la fémelle ,
Acquiert le droit d'être cruelle .
En quatre , on découvre à la fois ,
Trois Villes , une en France , une autre dans la
Suisse ;
A Rome naissante autrefois
La troisiéme fut peu propice.
On voit encore un innocent
Qui souffrit autrefois un trépas violent.
D'un féroce animal la femelle sauvage ,
Un endroit dans la Mer à l'abri de l'orage :
De ton corps je suis une humeur ;
De ta Loi je suis un Prophere ;
Item. Ce que fait un Seigneur
Quand il veut affermer des Terres qu'il achette.
En trois , d'une Liqueur on trouve l'excrement.
Femme de l'Ancien Testament ;
Plus un Légume , un Cercle où regne la Folie
Et dont la tristesse est bannie ..
Curion de Poulainville.
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19823
p. 2998-3004
REPONSE de M. A. C. D. V. à deux des Demandes faites dans le premier Volume du Mercure de Juin dernier, p. 1344. sur quelques Proverbes, &c.
Début :
J'ay refléchi, Monsieur, sur l'article du Mercure de Juin, où l'on demande [...]
Mots clefs :
Proverbes, Patries, Châteaux, Espagne, Explication, Familiarité, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. A. C. D. V. à deux des Demandes faites dans le premier Volume du Mercure de Juin dernier, p. 1344. sur quelques Proverbes, &c.
REPONSE de M. A. C, D. V. à den
desDemandes faites dans le premier Vclume
du Mercure de Juin dernier, p.1344 •
sur quelques Proverbes , &c.
'Ay refléchi , Monsieur , sur l'article
du Mercure de Juin , où l'on demande
l'explication de quelques manicres de
parler qui sont d'un usage familier dans
notre Langue, dont la raison ou l'Allegerie
ne se presente pas d'abord à l'esprit ,
et qu'il ne seroit peut- être pas inutile
d'éclaircir . Je n'entreprens pas de sa
11. Vol
satis
DECEMBRE. 1731 299
tisfaire le Public sur tous les articles pro.
posez ; je me contente de vous envoyer
pour cette fois l'Explication de deux de
ces expressions proverbiales. Nul n'est
Prophete en son Pays , et faire des Châteaux:
en Espagne.
Je tire cette Explication d'un Livre
imprimé à Paris en 1665. intitulé : le Di-.
vertissement des Sages , vol. in 8. Ouvrage
d'un Religieux Pénitent , ou du Tiers
Ordre de S. François , nommé à Paris
Picpus , lequel a aussi composé d'autres
Ouvrages , où l'on remarque beaucoup
de pieté. Celui dont il s'agit ici contient
un Recueil de Proverbes François ,
tous expliquez par l'Ecriture et par les
Peres.
Sur le premier Proverbe. Nul n'est Prophete
, &c. Il faut , dit le pieux Auteur
aimer et honoter sa Patrie sans s'y attacher
, et comme Notre Seigneur est Auteur
de ce Proverbe , il faut l'expliquer.
selon sa pensée et faire attention que le
Sauveur prêchoit alors dans la Ville de
Nazareth et devant les Nazaréens , ses
Compatriotes . Par son exemple et par ses
paroles , il nous écarte de notre pays natal
, puisqu'il a exccuté lui - même l'avis
qu'il donne , il honora peu Nazareth de
ses Prédications et de ses visites , quand
1. Vol il
3000 MERCURE DE FRANCE
it eut commencé d'annoncer l'Evangile ,
quoiqu'il y eût assez long- temps fait sa
demeure. Faisons - en de même , nous serons
plus utiles à notre Patrie de loin que
de près ne la négligeons pas , mais ser- ;
vons-la en lui faisant honneur par le re
glement de nos moeurs et par le bon usage
de notre esprit , plus que par les emplois
dont elle pourroit nous charger , ou
par les travaux du corps qu'elle a droit
d'exiger de nous ; c'est l'intention du
Créateur , à qui nous devons tout ce que
nous sommes . La lignée des impies sera dé
truite , dit l'Ecclesiaste . ( Eccl . 16. ) pourvû
qu'il reste seulement un homme sense
lė pays ne sera point désert. Ce n'est
point l'abondance des enfans qui relevo
lés familles ou qui donne de l'éclat à un
Pays , multiplicasti gentem , sed non magni→
ficasti latitiam. C'est le mérite des gene
d'honneur qui en sont originaires , soit
qu'il y établissent leur demeure, ou qu'ils
fassent ailleurs leur retraite. Les Maccha
bées ont beaucoup plus augmenté la gloire
de leur Patrie par leur mort avancée ,
que s'ils avoient vécu pendant plusieurs
siecles . Leur Ste . Mere contribua tant
qu'elle put à leur triomphe , et c'étoit
pour la deffense des Loix de leur Patrie
que la Mere et les Enfans combattirenz
L ..Vols avec
*
DECEMBRE. 1731. 3000
avec tant de courage. Il est bien doux de
mourir pour sa Patrie , mais on n'en trou .
ve pas toujours l'occasion , il suffit de
vivre pour elle , en la rendant illustre ,
lorsque nous tâchons nous- mêmes de
devenir illustres par nos mérites. On dit
en commun Proverbe , Que la fumée du
Pays vaut et plaît mieux que le feu d'ail
leurs ce n'est qu'un préjugé qui nous fair
préferer une vapeur obscure , épaisse er
importune au feu clair et luisant qui ré◄
jouit les yeux comme le corps. De - là
vient le respect dû aux parens dont nous
tenons la vie ; mais comme dans son établissement
on se sépare d'eux sans manà
quer à ce respect, on se sépare de même de
la Patrie, sans cesser de l'aimer .
La familiarité engendre le mépris , la
jalousie engendre la division ; tout Royaume
divisé ne sçauroit se soutenir ; pour
éviter des inconveniens si communs, trai
tons la Patrie comme les Parens , quittons
l'un comme l'autre , honorons l'un comme
l'autre , et c'est tout ce que notre reconnoissance
exige de nous à l'égard do
l'un comme de l'autre. Voila le sens dans
lequel nous devons aimer notre Patrie ;
mais que ce soit en y demeurant , c'est
être trop délicat, dit Hugues de S.Victor,
que d'avoir un attachement si naturel
II. Vol.
pou
3002 MERCURE DE FRANCE
pour elle ; c'est être genereux que de regarder
toute la Terre comme son Pays ,
c'est être parfait que de la regarder comme
son exil , parce que le Ciel seul est;
et doit être notre seule Patrie.
Passons à l'autre maniere de parler ,,
Bâtir des Châteaux en Espagne. Le même
Auteur qui prend ce Proverbe dans le sens.
moral , comme le premier ; après avoir
moralisé , dit qu'à la lettre il vient de
ce qu'on voit très-peu de Palais dans
les Campagnes de ce vaste Pays , et qu'il
n'y a que de petites Maisons pour servir
d'Hôtelleries ; la raison de cela est que les
Maures faisant souvent des courses dans
les Espagnes , on en abbatit tous les lieux
qui pouvoient donner retraite à ces Barbares
, desorte que les Esprits vains qui
s'occupent de leur grandeur imaginaire ,
dont on ne voit point les effets , sont des
Ouvriers de Châteaux en Espagne , qui
ne sont pas faisables et on appelle cela
dans nos idées ordinaires des fantaisies.
musquées , et quand on passe jusqu'à la
narration des contes à la Cigogne ; en
Normandie , des Histoires du Roy Guillemot
( par rapport à Guillaume le Conquerant
) nous disons aussi que ceux qui
nous ennuyent de la sorte ont des Chambres
à louer dans leur tête , qu'ils ont des
rats , &c.
DECEMBRE 1731. 3003
Comme je venois ces jours passez de
parcourir le Dictionnaire de Nicod, quand
je reçûs le Mercure , je pris aussi tôt la
résolution de vous envoyer la Réponse à
ce Proverbe , qu'il tire de plus haut que
notre Religieux, mais dont je ne vous garantis
pas la verité , il dit donc qu'on
peut exprimer ce Proverbe en Grec aepóvæ
et en Latin par aërem verberare
en François , par se promener dans les
espaces imaginaires , tuer le temps , s'amuser
à des riens. Ceux qui recherchent
de plus loin l'origine de ce Proverbe
continue t'il , disent que Cecilius Metellus
, ayant assiegé une Ville d'Espagne
dans l'Arragon , et reconnu que pour être
trop bien munie il ne pouvoit venir à
bout de son dessein , il leva le Siege etcourut
tout le Pays d'alentour en bâtissant
sur le haut des Montagnes beaucoup
de Forteresses qu'il commençoit et qu'il
n'achevoit pas , ( Forteresses que nous appellons
des Châteaux en France ) et en
faisant creuser dans les Vallées , comme
pour disposer les fondemens de bâtimens ,
là où il n'y en avoit jamais cû , et tout cela
n'étoit qu'un stratagême qui fut si bien
suivi , que
les Arragonois le firent passer
pour un insensé , qui repaissoit son imagination
de ces nouvelles constructions
II, Vol.
9
parce
3004 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il se sentoit incapable d'attaquer
leurs Places . Cette conduite donna
Occasion à un de ses amis de s'informer
à quel dessein il faisoit cela , si ma chemise
en pouvoit dire quelque chose , répondit-
il , je la brulerois sur l'heure ; là - dessusles
Aragonnois demeurant tranquiles er
ne se défiant point de lui ; où est l'Ennemi
( disoient- ils ) il bâtit des Châteaux
( répondoit - on ) laissons le faire , tanɛ
qu'il fera cela il ne prendra pas les nôtres .
Mais quand le Guerrier vit l'occasion
belle , il retourna promptement sur ses
pas , s'alla camper devant la Ville qui
étoit sans provision et sans deffense , et
l'obligea de se rendre. Voila , dit- il alors,
comme je bâtis des Châteaux ailleurs ,
je prens les vôtres , prenez les miens . Jo
suis , &c..
desDemandes faites dans le premier Vclume
du Mercure de Juin dernier, p.1344 •
sur quelques Proverbes , &c.
'Ay refléchi , Monsieur , sur l'article
du Mercure de Juin , où l'on demande
l'explication de quelques manicres de
parler qui sont d'un usage familier dans
notre Langue, dont la raison ou l'Allegerie
ne se presente pas d'abord à l'esprit ,
et qu'il ne seroit peut- être pas inutile
d'éclaircir . Je n'entreprens pas de sa
11. Vol
satis
DECEMBRE. 1731 299
tisfaire le Public sur tous les articles pro.
posez ; je me contente de vous envoyer
pour cette fois l'Explication de deux de
ces expressions proverbiales. Nul n'est
Prophete en son Pays , et faire des Châteaux:
en Espagne.
Je tire cette Explication d'un Livre
imprimé à Paris en 1665. intitulé : le Di-.
vertissement des Sages , vol. in 8. Ouvrage
d'un Religieux Pénitent , ou du Tiers
Ordre de S. François , nommé à Paris
Picpus , lequel a aussi composé d'autres
Ouvrages , où l'on remarque beaucoup
de pieté. Celui dont il s'agit ici contient
un Recueil de Proverbes François ,
tous expliquez par l'Ecriture et par les
Peres.
Sur le premier Proverbe. Nul n'est Prophete
, &c. Il faut , dit le pieux Auteur
aimer et honoter sa Patrie sans s'y attacher
, et comme Notre Seigneur est Auteur
de ce Proverbe , il faut l'expliquer.
selon sa pensée et faire attention que le
Sauveur prêchoit alors dans la Ville de
Nazareth et devant les Nazaréens , ses
Compatriotes . Par son exemple et par ses
paroles , il nous écarte de notre pays natal
, puisqu'il a exccuté lui - même l'avis
qu'il donne , il honora peu Nazareth de
ses Prédications et de ses visites , quand
1. Vol il
3000 MERCURE DE FRANCE
it eut commencé d'annoncer l'Evangile ,
quoiqu'il y eût assez long- temps fait sa
demeure. Faisons - en de même , nous serons
plus utiles à notre Patrie de loin que
de près ne la négligeons pas , mais ser- ;
vons-la en lui faisant honneur par le re
glement de nos moeurs et par le bon usage
de notre esprit , plus que par les emplois
dont elle pourroit nous charger , ou
par les travaux du corps qu'elle a droit
d'exiger de nous ; c'est l'intention du
Créateur , à qui nous devons tout ce que
nous sommes . La lignée des impies sera dé
truite , dit l'Ecclesiaste . ( Eccl . 16. ) pourvû
qu'il reste seulement un homme sense
lė pays ne sera point désert. Ce n'est
point l'abondance des enfans qui relevo
lés familles ou qui donne de l'éclat à un
Pays , multiplicasti gentem , sed non magni→
ficasti latitiam. C'est le mérite des gene
d'honneur qui en sont originaires , soit
qu'il y établissent leur demeure, ou qu'ils
fassent ailleurs leur retraite. Les Maccha
bées ont beaucoup plus augmenté la gloire
de leur Patrie par leur mort avancée ,
que s'ils avoient vécu pendant plusieurs
siecles . Leur Ste . Mere contribua tant
qu'elle put à leur triomphe , et c'étoit
pour la deffense des Loix de leur Patrie
que la Mere et les Enfans combattirenz
L ..Vols avec
*
DECEMBRE. 1731. 3000
avec tant de courage. Il est bien doux de
mourir pour sa Patrie , mais on n'en trou .
ve pas toujours l'occasion , il suffit de
vivre pour elle , en la rendant illustre ,
lorsque nous tâchons nous- mêmes de
devenir illustres par nos mérites. On dit
en commun Proverbe , Que la fumée du
Pays vaut et plaît mieux que le feu d'ail
leurs ce n'est qu'un préjugé qui nous fair
préferer une vapeur obscure , épaisse er
importune au feu clair et luisant qui ré◄
jouit les yeux comme le corps. De - là
vient le respect dû aux parens dont nous
tenons la vie ; mais comme dans son établissement
on se sépare d'eux sans manà
quer à ce respect, on se sépare de même de
la Patrie, sans cesser de l'aimer .
La familiarité engendre le mépris , la
jalousie engendre la division ; tout Royaume
divisé ne sçauroit se soutenir ; pour
éviter des inconveniens si communs, trai
tons la Patrie comme les Parens , quittons
l'un comme l'autre , honorons l'un comme
l'autre , et c'est tout ce que notre reconnoissance
exige de nous à l'égard do
l'un comme de l'autre. Voila le sens dans
lequel nous devons aimer notre Patrie ;
mais que ce soit en y demeurant , c'est
être trop délicat, dit Hugues de S.Victor,
que d'avoir un attachement si naturel
II. Vol.
pou
3002 MERCURE DE FRANCE
pour elle ; c'est être genereux que de regarder
toute la Terre comme son Pays ,
c'est être parfait que de la regarder comme
son exil , parce que le Ciel seul est;
et doit être notre seule Patrie.
Passons à l'autre maniere de parler ,,
Bâtir des Châteaux en Espagne. Le même
Auteur qui prend ce Proverbe dans le sens.
moral , comme le premier ; après avoir
moralisé , dit qu'à la lettre il vient de
ce qu'on voit très-peu de Palais dans
les Campagnes de ce vaste Pays , et qu'il
n'y a que de petites Maisons pour servir
d'Hôtelleries ; la raison de cela est que les
Maures faisant souvent des courses dans
les Espagnes , on en abbatit tous les lieux
qui pouvoient donner retraite à ces Barbares
, desorte que les Esprits vains qui
s'occupent de leur grandeur imaginaire ,
dont on ne voit point les effets , sont des
Ouvriers de Châteaux en Espagne , qui
ne sont pas faisables et on appelle cela
dans nos idées ordinaires des fantaisies.
musquées , et quand on passe jusqu'à la
narration des contes à la Cigogne ; en
Normandie , des Histoires du Roy Guillemot
( par rapport à Guillaume le Conquerant
) nous disons aussi que ceux qui
nous ennuyent de la sorte ont des Chambres
à louer dans leur tête , qu'ils ont des
rats , &c.
DECEMBRE 1731. 3003
Comme je venois ces jours passez de
parcourir le Dictionnaire de Nicod, quand
je reçûs le Mercure , je pris aussi tôt la
résolution de vous envoyer la Réponse à
ce Proverbe , qu'il tire de plus haut que
notre Religieux, mais dont je ne vous garantis
pas la verité , il dit donc qu'on
peut exprimer ce Proverbe en Grec aepóvæ
et en Latin par aërem verberare
en François , par se promener dans les
espaces imaginaires , tuer le temps , s'amuser
à des riens. Ceux qui recherchent
de plus loin l'origine de ce Proverbe
continue t'il , disent que Cecilius Metellus
, ayant assiegé une Ville d'Espagne
dans l'Arragon , et reconnu que pour être
trop bien munie il ne pouvoit venir à
bout de son dessein , il leva le Siege etcourut
tout le Pays d'alentour en bâtissant
sur le haut des Montagnes beaucoup
de Forteresses qu'il commençoit et qu'il
n'achevoit pas , ( Forteresses que nous appellons
des Châteaux en France ) et en
faisant creuser dans les Vallées , comme
pour disposer les fondemens de bâtimens ,
là où il n'y en avoit jamais cû , et tout cela
n'étoit qu'un stratagême qui fut si bien
suivi , que
les Arragonois le firent passer
pour un insensé , qui repaissoit son imagination
de ces nouvelles constructions
II, Vol.
9
parce
3004 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il se sentoit incapable d'attaquer
leurs Places . Cette conduite donna
Occasion à un de ses amis de s'informer
à quel dessein il faisoit cela , si ma chemise
en pouvoit dire quelque chose , répondit-
il , je la brulerois sur l'heure ; là - dessusles
Aragonnois demeurant tranquiles er
ne se défiant point de lui ; où est l'Ennemi
( disoient- ils ) il bâtit des Châteaux
( répondoit - on ) laissons le faire , tanɛ
qu'il fera cela il ne prendra pas les nôtres .
Mais quand le Guerrier vit l'occasion
belle , il retourna promptement sur ses
pas , s'alla camper devant la Ville qui
étoit sans provision et sans deffense , et
l'obligea de se rendre. Voila , dit- il alors,
comme je bâtis des Châteaux ailleurs ,
je prens les vôtres , prenez les miens . Jo
suis , &c..
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Résumé : REPONSE de M. A. C. D. V. à deux des Demandes faites dans le premier Volume du Mercure de Juin dernier, p. 1344. sur quelques Proverbes, &c.
Dans une réponse publiée dans le Mercure de Juin 1731, M. A. C, D. V. explique deux proverbes : 'Nul n'est prophète en son pays' et 'faire des châteaux en Espagne'. Pour le premier proverbe, l'auteur se réfère à 'Le Divertissement des Sages', un ouvrage imprimé à Paris en 1665. Ce proverbe signifie qu'il faut aimer et honorer sa patrie sans s'y attacher excessivement. Jésus, par exemple, n'a pas beaucoup prêché dans sa ville natale de Nazareth, illustrant ainsi l'idée que l'on peut être plus utile à sa patrie de loin que de près. Pour le second proverbe, 'faire des châteaux en Espagne', l'auteur explique qu'il désigne des projets irréalistes ou des fantasmes. Historiquement, cette expression trouve son origine dans les stratégies militaires de Cecilius Metellus, qui a construit des forteresses inachevées en Espagne pour tromper ses ennemis. L'auteur mentionne également des références littéraires et historiques, comme les Macchabées et Guillaume le Conquerant, pour enrichir ses explications. Il conclut en soulignant l'importance de vivre pour sa patrie en la rendant illustre par ses mérites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19824
p. 1349
ENIGME.
Début :
Nous sommes deux enfans du Tems, [...]
Mots clefs :
Nuit et jour
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Nous sommes deux enfans du Tems ;
Tous deux aussi vieux que le Monde ;
Rien n'a pu cependant troubler la paix profonde
Qui regne parmi nous depuis tant de Printems,
Notre Pere équitable et sage ,
Achacun en naissant fixa son héritage.
Nous vivons contens d'icelui ,
Sans empiéter sur l'autruy.
Depuis plus de cinq mille années
Nous sommes en possession
Chacun de notre portion ;
Sans que les fieres destinées ,
Et que l'impitoyable mort
De notre Pere ait pû finir le sort.
Nous sommes deux enfans du Tems ;
Tous deux aussi vieux que le Monde ;
Rien n'a pu cependant troubler la paix profonde
Qui regne parmi nous depuis tant de Printems,
Notre Pere équitable et sage ,
Achacun en naissant fixa son héritage.
Nous vivons contens d'icelui ,
Sans empiéter sur l'autruy.
Depuis plus de cinq mille années
Nous sommes en possession
Chacun de notre portion ;
Sans que les fieres destinées ,
Et que l'impitoyable mort
De notre Pere ait pû finir le sort.
Fermer
19826
p. 2831-2838
« PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...] »
Début :
PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...]
Mots clefs :
Histoire métallique, Souscription, Projet, Cuivre, Tube
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...] »
PROJET de Souscription pour l'Edi
tion de l'Histoire Metallique des XVII.
Provinces des Pays- Bas , depuis l'abdication de Charles V. jusqu'à la Paix de Bade
en 1716. traduite du Holandois de M.
Gerard Van-Loon. A la Haye , chez P.
Gosse , F. Neaulme et P. de Hondt , 1732..
Cet ouvrage doit être regardé non seulement comme une Histoire Métallique ,
mais encore comme une Histoire Civile ,
Militaire , Ecclésiastique et Genealogique.
des Pays- Bas. Elle est tirée des Historiens
-les plus estimez , tant géneraux que particuliers , et confirmée par les Monumens
les plus certains et les plus authentiques ;
ensorte qu'on ne fait aucun doute qu'elle
ne soit préferée à toutes les Histoires des
XVII Provinces qui ont paru jusqu'à présent, et à tout ce qu'on a encore vu de
plus curieux en ce genre.
L'Edition sera divisée en s vol. in- fol.
qui contiendront 675 feuilles, de très- beau)
papier, en caracteres neufs. Il y aura 2945
II. Vol. E iij Médail
2832 MERCURE DE FRANCE
Médailles avec leurs revers , gravées par
les meilleurs Maîtres , et expliquées par
PAutheur.
Ceux qui souscriront auront cet Ouvra- ge pour 90 florins deHollande pour le petit papier , et pour 135 florins le grand pa
pier. Les principaux Libraires de ces Provinces et des Pays Etrangers recevront les
souscriptions ; et en payant à differens termes , suivant le Prospectus &c. ils auront
tout l'Ouvrage entier dans le courant de
P'année 1733. On pourra chez les mêmes
Libraires consulter le Prospectus pour une
plus ample instruction .
L'Article XI de la seconde Partie de ce
Journal , intitulé Expériences étonnantes
sur l'Electricité , merite une attention particuliere de la part des Physiciens. Il contient la description de plusieurs Expériences faites en Angleterre par M. Etienne
Gray , et extraites d'une de ses Lettres.
Elles se trouvent aussi décrites dans les
Transactions Philosophiques de la Société
Royale de Londres , num. 356 et 417.
Nous ne rapporterons icy qu'une de ces
Expériences à cause des bornes auxquelles
nous sommes nécessairement assujettis.
les Curieux pourront recourir au Journal
même , ou aux Transactions pour être instruits sur toutes les autres.
11. Vol. . M.
DECEMBRE. 1732. 2833
M. Gray découvrit au mois de Fevrier
1729 pour la premiere fois une Attraction
Electrique dans plusieurs Corps qu'on n'avoit pas soup onés jusques- là d'avoir cette
propriété. Il fit là- dessus divers Essais sur
les Métaux , pour voir si on ne pourroit
pas les rendre attractifs par le même moïen
qui donne cette qualité à d'autres corps ,
sçavoir en les échaufant , les frottant , les
battant à coups de marteau ; mais ce fut
sans succès.
Il résolut alors de se servir d'un grand
Tube de Cristal ; car comme le Tube com
munique de la lumiere aux corps quand
on les frotte dans l'obscurité , M. Gray
pensa qu'il pourroit peut- être bien leur
communiquer en même tems de l'Electri
cité, et il ne se trompa pas , suivant les
differentes expériences faites sur les métaux , les végétaux &c. rapportées dans ce
Journal , que nous obmettons , ainsi que
la Description du Cube en question , pour
venir à l'experience singuliere à laquelle
pous sommes contraints de nous borner.
Ecoutons là- dessus M. Gray lui même
qui parle ainsi dans sa Lettre dattée du 8.
Fevrier 1731.
» Le 8 Avril 1730 je fis l'expérience suivante sur un petit garçon de 8 à 9 ans.
»Il pesoit , tout habillé , quarante et sept
II. Vol. Eiiij livres
2834 MERCURE DE FRANCE
»
»livres dix onces. Je le suspendis horisontalement à deux cordes , telles qu'on
»les employe à sccher le linge. Elles
» étoient d'environ 13 pieds de longueur,
» et avoient des ganses à chaque bout.
» Dans la solive de ma chambre , qui avoit
» un pied d'épaisseur , on avoit fiché deux
>> crochets à l'opposite l'un de l'autre , et
» à deux pieds de ceux- là encore deux au-
>> tres de la même maniere , sur ces cro
» chets on suspendit les cordons par leurs
น ganses , en guise d'escarpolettes , le bas
» n'étant élevé au dessus du plancher que
» d'environ deux pieds. On mit l'enfant
» sur ces deux cordes , la face en bas , de
» façon qu'une des cordes lui passoit sous
»la poitrine et l'autre sous les cuisses. Les
»feuilles de cuivre furent posées sur un
"petit gueridon fait d'une planche ronde,
» d'un pied de diametre , couverte de pa-
»pier blanc et soutenue par un pied d'un
» pied de haut. Comme on eut frotté le
» Tube , et qu'on le tenoit près des pieds
» du petit garçon , mais sans le toucher ;
»son visage attira les feuilles de cuivre
avec beaucoup de force , jusqu'à les fai-
»re monter à la hauteur de 8 et quelqué
fois de 10 pouces. Je mis quantité de
» morceaux de feuilles sur le gueridon tout
»à la fois , et elles s'éleverent toujours
AI. Vol.
tout
DECEMBRE. 1732. 2835
tout à la fois dans le même tems.
>> On mit alors le garçon sur le dos , et
» le derriere de sa tête qui étoit couverte
» de cheveux courts , attira , mais non pas
» tout à fait à la même hauteur que son
» visage avoit fait. Après cela on mit
» les feuilles sous ses pieds , sans qu'il eut
» quitté ni souliers ni bas , et le Tube
ayant été tenu près de sa tête , les pieds
" attirerent, mais pas tout à fait à la même
»hauteur que la tête. Après cela on remit
» encore les feuilles sous sa tête , mais il
» n'y eut aucune attraction , non plus que
» quand on tenoit le Tube au dessus des
» pieds , et les feuilles au dessous.
در
» Le 16 Avril je repetai l'expérience du
» petit garçon , mais l'attraction ne fut
»pas , à beaucoup près , si forte ce jour- là
» que la premiere fois. Les feuilles de cuivre
>> ne monterent qu'à environ 6 pouces. Je
» fis étendre au garçon ses mains horison-
»talement , et je plaçai un petit gueridon
»avec des feuilles de cuivre sous chaque
» main , et un autre plus grand sous son
»visage après quoi le Tube excité ayant
» été tenu près de ses pieds , son visage et »ses mains attirerent tout à la fois. Je lui
donnai alors à tenir dans une main le
»bout superieur d'une ligne à Pêcheur
*L'Auteuradit auparavant que cetteLigne étoit
II. Vol.
E v
2836 MERCURE DE FRANCE
» à la petite pointe de laquelle étoit en-
» chassée une boule de liege , sous laquelle
»on mit les feuilles de cuivre , et le Tu-
»be ayantété frotté et tenu près des pieds,
»la boule attira les feuilles à la hauteur de
» deux pouces , puis les repoussa , et les
"attira encore plusieurs fois de suite avec
beaucoup de force.
» Le 21 Avril je réïterai mes expérien
» ces sur le petit garçon , et je trouvai l'at-
» traction beaucoup plus forte que la pre-
»miere fois. Les feuilles de cuivre s'éle-
» verent vers son visage à la hauteur de
plus d'un pied. Je donnai alors au gar
>> çon dans chacune de ses mains l'extrê
» mité d'une ligne de pêcheur , avec une
» boule de liége à la pointe , et je mis un
» petit gueridon avec des feuilles sous chaque boule. Le Tube ayant été frotté et
»tenu près de ses pieds , les deux liéges
>> attirerent et repousserent fortement tout
» à la fois. La longueur de chaque morceau
» de liége étoit d'environ 7 pieds. On mit
» aprèc cela le petit garçon sur le côtégau
» che , et on lui donna à tenir de ses deux
» mainsuneligne à pêcher de 12 pieds de
כן
long , surmontée au bout d'une petite
» boule de liége d'un pouce trois quarts
»de diamettre : après cela toutes choses
faite d'une longue Canne on Roseau
11, Vol.
étant
DECEMBRE. 1732. 2837
étant préparées , et le Tube près des
"pieds de l'enfant , la boule de liége atti-
" ra et repoussa avec force les feuilles de
cuivre jusqu'à la hauteur de deux pou
» ces au moins.
» Remarquez , continue M. Gray , que
quand je parle de tenir le Tube près des
pieds de l'enfant , j'entends que c'étoit
vis à vis de la plante de ses pieds ; et
» quand je dis que c'étoit près de sa tête
il faut entendre près du sommet ; car
»quand on tenoit le Tube au dessus de la
» tête ou des jambes , l'attraction ne se
»communiquoit pas si fortement aux au-
» tres parties de son corps.
3)
» Ces Expériences montrent , conclud
» l'Auteur, que les animaux reçoivent en
plus grande quantité les écoulemens
» électriques , et que ces écoulemens peu-
»vent passer d'eux ailleurs , jusqu'à des
» distances considérables par plusieurs
» chemins tout à la fois , pour peu qu'ils
» trouvent des passages propres , après
» quoi ils déployent leur puissance attrac-
» tive dans les endroits où ils sont - par-
>> venus.
On ne peut pas disconvenir qu'il n'y
aitdu neufet du merveilleux dans ces Expériences ; M. Gray se propose de les por
ker encore plus loin , encouragé par une
II. Vola B vj nou-
2838 MERCURE DE FRANCE
nouvelle découverte qu'il a faite touchant
l'attraction des corps colorez , lesquels attirent , dit-il , plus ou moins à raison de
la couleur dont ils sont , quoique de même substance , de même volume , de même poids ; ensorte que le rouge , l'orange
ou le jaune , attirent pour le moins 3 ou4,
fois plus fortement que le verd , le bleu ou le pourpre. Voilà encore une fois des
Nouveautez susceptibles de bien des Reflexions ; elles prouvent au moins qu'il
reste encore beaucoup de mysteres à découvrir dans la Nature. Pline qui l'avoit
assez étudiée le pensoit ainsi , nous finirons par son expression qui ne sçauroit
être plus noble , ni peut- être mieux appliquée qu'ici : Multa latent in majestate Natura.
tion de l'Histoire Metallique des XVII.
Provinces des Pays- Bas , depuis l'abdication de Charles V. jusqu'à la Paix de Bade
en 1716. traduite du Holandois de M.
Gerard Van-Loon. A la Haye , chez P.
Gosse , F. Neaulme et P. de Hondt , 1732..
Cet ouvrage doit être regardé non seulement comme une Histoire Métallique ,
mais encore comme une Histoire Civile ,
Militaire , Ecclésiastique et Genealogique.
des Pays- Bas. Elle est tirée des Historiens
-les plus estimez , tant géneraux que particuliers , et confirmée par les Monumens
les plus certains et les plus authentiques ;
ensorte qu'on ne fait aucun doute qu'elle
ne soit préferée à toutes les Histoires des
XVII Provinces qui ont paru jusqu'à présent, et à tout ce qu'on a encore vu de
plus curieux en ce genre.
L'Edition sera divisée en s vol. in- fol.
qui contiendront 675 feuilles, de très- beau)
papier, en caracteres neufs. Il y aura 2945
II. Vol. E iij Médail
2832 MERCURE DE FRANCE
Médailles avec leurs revers , gravées par
les meilleurs Maîtres , et expliquées par
PAutheur.
Ceux qui souscriront auront cet Ouvra- ge pour 90 florins deHollande pour le petit papier , et pour 135 florins le grand pa
pier. Les principaux Libraires de ces Provinces et des Pays Etrangers recevront les
souscriptions ; et en payant à differens termes , suivant le Prospectus &c. ils auront
tout l'Ouvrage entier dans le courant de
P'année 1733. On pourra chez les mêmes
Libraires consulter le Prospectus pour une
plus ample instruction .
L'Article XI de la seconde Partie de ce
Journal , intitulé Expériences étonnantes
sur l'Electricité , merite une attention particuliere de la part des Physiciens. Il contient la description de plusieurs Expériences faites en Angleterre par M. Etienne
Gray , et extraites d'une de ses Lettres.
Elles se trouvent aussi décrites dans les
Transactions Philosophiques de la Société
Royale de Londres , num. 356 et 417.
Nous ne rapporterons icy qu'une de ces
Expériences à cause des bornes auxquelles
nous sommes nécessairement assujettis.
les Curieux pourront recourir au Journal
même , ou aux Transactions pour être instruits sur toutes les autres.
11. Vol. . M.
DECEMBRE. 1732. 2833
M. Gray découvrit au mois de Fevrier
1729 pour la premiere fois une Attraction
Electrique dans plusieurs Corps qu'on n'avoit pas soup onés jusques- là d'avoir cette
propriété. Il fit là- dessus divers Essais sur
les Métaux , pour voir si on ne pourroit
pas les rendre attractifs par le même moïen
qui donne cette qualité à d'autres corps ,
sçavoir en les échaufant , les frottant , les
battant à coups de marteau ; mais ce fut
sans succès.
Il résolut alors de se servir d'un grand
Tube de Cristal ; car comme le Tube com
munique de la lumiere aux corps quand
on les frotte dans l'obscurité , M. Gray
pensa qu'il pourroit peut- être bien leur
communiquer en même tems de l'Electri
cité, et il ne se trompa pas , suivant les
differentes expériences faites sur les métaux , les végétaux &c. rapportées dans ce
Journal , que nous obmettons , ainsi que
la Description du Cube en question , pour
venir à l'experience singuliere à laquelle
pous sommes contraints de nous borner.
Ecoutons là- dessus M. Gray lui même
qui parle ainsi dans sa Lettre dattée du 8.
Fevrier 1731.
» Le 8 Avril 1730 je fis l'expérience suivante sur un petit garçon de 8 à 9 ans.
»Il pesoit , tout habillé , quarante et sept
II. Vol. Eiiij livres
2834 MERCURE DE FRANCE
»
»livres dix onces. Je le suspendis horisontalement à deux cordes , telles qu'on
»les employe à sccher le linge. Elles
» étoient d'environ 13 pieds de longueur,
» et avoient des ganses à chaque bout.
» Dans la solive de ma chambre , qui avoit
» un pied d'épaisseur , on avoit fiché deux
>> crochets à l'opposite l'un de l'autre , et
» à deux pieds de ceux- là encore deux au-
>> tres de la même maniere , sur ces cro
» chets on suspendit les cordons par leurs
น ganses , en guise d'escarpolettes , le bas
» n'étant élevé au dessus du plancher que
» d'environ deux pieds. On mit l'enfant
» sur ces deux cordes , la face en bas , de
» façon qu'une des cordes lui passoit sous
»la poitrine et l'autre sous les cuisses. Les
»feuilles de cuivre furent posées sur un
"petit gueridon fait d'une planche ronde,
» d'un pied de diametre , couverte de pa-
»pier blanc et soutenue par un pied d'un
» pied de haut. Comme on eut frotté le
» Tube , et qu'on le tenoit près des pieds
» du petit garçon , mais sans le toucher ;
»son visage attira les feuilles de cuivre
avec beaucoup de force , jusqu'à les fai-
»re monter à la hauteur de 8 et quelqué
fois de 10 pouces. Je mis quantité de
» morceaux de feuilles sur le gueridon tout
»à la fois , et elles s'éleverent toujours
AI. Vol.
tout
DECEMBRE. 1732. 2835
tout à la fois dans le même tems.
>> On mit alors le garçon sur le dos , et
» le derriere de sa tête qui étoit couverte
» de cheveux courts , attira , mais non pas
» tout à fait à la même hauteur que son
» visage avoit fait. Après cela on mit
» les feuilles sous ses pieds , sans qu'il eut
» quitté ni souliers ni bas , et le Tube
ayant été tenu près de sa tête , les pieds
" attirerent, mais pas tout à fait à la même
»hauteur que la tête. Après cela on remit
» encore les feuilles sous sa tête , mais il
» n'y eut aucune attraction , non plus que
» quand on tenoit le Tube au dessus des
» pieds , et les feuilles au dessous.
در
» Le 16 Avril je repetai l'expérience du
» petit garçon , mais l'attraction ne fut
»pas , à beaucoup près , si forte ce jour- là
» que la premiere fois. Les feuilles de cuivre
>> ne monterent qu'à environ 6 pouces. Je
» fis étendre au garçon ses mains horison-
»talement , et je plaçai un petit gueridon
»avec des feuilles de cuivre sous chaque
» main , et un autre plus grand sous son
»visage après quoi le Tube excité ayant
» été tenu près de ses pieds , son visage et »ses mains attirerent tout à la fois. Je lui
donnai alors à tenir dans une main le
»bout superieur d'une ligne à Pêcheur
*L'Auteuradit auparavant que cetteLigne étoit
II. Vol.
E v
2836 MERCURE DE FRANCE
» à la petite pointe de laquelle étoit en-
» chassée une boule de liege , sous laquelle
»on mit les feuilles de cuivre , et le Tu-
»be ayantété frotté et tenu près des pieds,
»la boule attira les feuilles à la hauteur de
» deux pouces , puis les repoussa , et les
"attira encore plusieurs fois de suite avec
beaucoup de force.
» Le 21 Avril je réïterai mes expérien
» ces sur le petit garçon , et je trouvai l'at-
» traction beaucoup plus forte que la pre-
»miere fois. Les feuilles de cuivre s'éle-
» verent vers son visage à la hauteur de
plus d'un pied. Je donnai alors au gar
>> çon dans chacune de ses mains l'extrê
» mité d'une ligne de pêcheur , avec une
» boule de liége à la pointe , et je mis un
» petit gueridon avec des feuilles sous chaque boule. Le Tube ayant été frotté et
»tenu près de ses pieds , les deux liéges
>> attirerent et repousserent fortement tout
» à la fois. La longueur de chaque morceau
» de liége étoit d'environ 7 pieds. On mit
» aprèc cela le petit garçon sur le côtégau
» che , et on lui donna à tenir de ses deux
» mainsuneligne à pêcher de 12 pieds de
כן
long , surmontée au bout d'une petite
» boule de liége d'un pouce trois quarts
»de diamettre : après cela toutes choses
faite d'une longue Canne on Roseau
11, Vol.
étant
DECEMBRE. 1732. 2837
étant préparées , et le Tube près des
"pieds de l'enfant , la boule de liége atti-
" ra et repoussa avec force les feuilles de
cuivre jusqu'à la hauteur de deux pou
» ces au moins.
» Remarquez , continue M. Gray , que
quand je parle de tenir le Tube près des
pieds de l'enfant , j'entends que c'étoit
vis à vis de la plante de ses pieds ; et
» quand je dis que c'étoit près de sa tête
il faut entendre près du sommet ; car
»quand on tenoit le Tube au dessus de la
» tête ou des jambes , l'attraction ne se
»communiquoit pas si fortement aux au-
» tres parties de son corps.
3)
» Ces Expériences montrent , conclud
» l'Auteur, que les animaux reçoivent en
plus grande quantité les écoulemens
» électriques , et que ces écoulemens peu-
»vent passer d'eux ailleurs , jusqu'à des
» distances considérables par plusieurs
» chemins tout à la fois , pour peu qu'ils
» trouvent des passages propres , après
» quoi ils déployent leur puissance attrac-
» tive dans les endroits où ils sont - par-
>> venus.
On ne peut pas disconvenir qu'il n'y
aitdu neufet du merveilleux dans ces Expériences ; M. Gray se propose de les por
ker encore plus loin , encouragé par une
II. Vola B vj nou-
2838 MERCURE DE FRANCE
nouvelle découverte qu'il a faite touchant
l'attraction des corps colorez , lesquels attirent , dit-il , plus ou moins à raison de
la couleur dont ils sont , quoique de même substance , de même volume , de même poids ; ensorte que le rouge , l'orange
ou le jaune , attirent pour le moins 3 ou4,
fois plus fortement que le verd , le bleu ou le pourpre. Voilà encore une fois des
Nouveautez susceptibles de bien des Reflexions ; elles prouvent au moins qu'il
reste encore beaucoup de mysteres à découvrir dans la Nature. Pline qui l'avoit
assez étudiée le pensoit ainsi , nous finirons par son expression qui ne sçauroit
être plus noble , ni peut- être mieux appliquée qu'ici : Multa latent in majestate Natura.
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Résumé : « PROJET de Souscription pour l'Edition de l'Histoire Metallique des XVII. [...] »
Le document expose un projet de souscription pour l'édition de l'Histoire Métallique des XVII Provinces des Pays-Bas, couvrant la période de l'abdication de Charles V jusqu'à la Paix de Bade en 1716. Cet ouvrage, traduit du hollandais par Gerard Van-Loon, est une histoire civile, militaire, ecclésiastique et généalogique. Il se distingue par son fondement sur des historiens estimés et des monuments authentiques, le rendant supérieur aux autres histoires des XVII Provinces. L'édition sera composée de cinq volumes in-folio, totalisant 675 feuilles de beau papier et 2945 illustrations, dont 2832 médailles avec leurs revers. Ces illustrations sont gravées par les meilleurs maîtres et expliquées par l'auteur. Le coût de l'ouvrage est de 90 florins pour le petit papier et 135 florins pour le grand papier. Les souscriptions sont acceptées par les principaux libraires des Provinces et des pays étrangers, avec un paiement échelonné pour une livraison complète prévue en 1733. Le texte mentionne également un article sur l'électricité, tiré du journal, décrivant des expériences de M. Étienne Gray. En 1729, Gray a découvert une attraction électrique dans divers corps. Il a mené des expériences sur les métaux et les végétaux en utilisant un tube de cristal pour communiquer l'électricité. Une expérience notable impliquait un petit garçon suspendu horizontalement, dont le visage et les mains attiraient des feuilles de cuivre lorsqu'un tube frotté était approché de ses pieds. Gray a conclu que les animaux reçoivent les écoulements électriques et peuvent les transmettre sur de grandes distances. Il a également observé que les corps colorés attirent différemment selon leur couleur, avec le rouge, l'orange ou le jaune attirant plus fortement que le vert, le bleu ou le pourpre. Ces découvertes montrent qu'il reste encore beaucoup de mystères à explorer dans la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19827
p. 2854
« ABREGÉ HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE de l'Ordre du S. Esprit, [...] »
Début :
ABREGÉ HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE de l'Ordre du S. Esprit, [...]
Mots clefs :
Noms, Surnoms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE de l'Ordre du S. Esprit, [...] »
BREGE ' HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE
de l'Ordre du S. Esprit ,
contenant les noms , sur- noms , qualitez
de tous les Chevaliers , Commandeurs
et Officiers , depuis son Institution jusqu'à
ce jour. A Paris , chez Pierre Gandonin
, Quay des Augustins , 1734. in 16.
de l'Ordre du S. Esprit ,
contenant les noms , sur- noms , qualitez
de tous les Chevaliers , Commandeurs
et Officiers , depuis son Institution jusqu'à
ce jour. A Paris , chez Pierre Gandonin
, Quay des Augustins , 1734. in 16.
Fermer
19828
p. 96
LOGOGRYPHE.
Début :
Sept membres, je suis un serpent, [...]
Mots clefs :
Basilic
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE…
SÉpt membres , je fuis un ferpent ,
Qui donne aux mortels l'épouvante ,
Dans un fens different
Vous trouvez un herbe odorante.
2 , 4 avec 5 , & tout le refte ôté ,
Acte commun daus la focieté ;
5 avec 2 , fans aucun art magique
Forme une note de mufique ,
1 , 2 & 3 , j'offre dans le moment
Chofe propre à tout vêtement ,
3,2 & 7 , jefuis un élement liquide ,
Mais avec 1 , 2 , 7 , l'on me paffe fans guide ,
1 , 2 & 5 j'aſſemble un grand concours
Souvent la nuit , fort peu le jour ,
5 , 6 & 2 , j'ai place en la Genéſe ,
Devine , Lecteur , à ton aiſe.
SÉpt membres , je fuis un ferpent ,
Qui donne aux mortels l'épouvante ,
Dans un fens different
Vous trouvez un herbe odorante.
2 , 4 avec 5 , & tout le refte ôté ,
Acte commun daus la focieté ;
5 avec 2 , fans aucun art magique
Forme une note de mufique ,
1 , 2 & 3 , j'offre dans le moment
Chofe propre à tout vêtement ,
3,2 & 7 , jefuis un élement liquide ,
Mais avec 1 , 2 , 7 , l'on me paffe fans guide ,
1 , 2 & 5 j'aſſemble un grand concours
Souvent la nuit , fort peu le jour ,
5 , 6 & 2 , j'ai place en la Genéſe ,
Devine , Lecteur , à ton aiſe.
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19829
p. 1350
ENIGME.
Début :
Tout Pays m'est connu. Du plus haut des Montagnes [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Out Pays m'eft connu . Du plus haut des Montagnes
Je defcends le matin , j'y regrimpe le ſoir ;
Quoiqu'on m'y puiffe toujours voir ,
Ainfi qu'aux plus razes campagnes ,
Sans la clarté, fouvent je ne fuis rien :
'Auſſi ſuis-je ſans elle , & m'opoſe à fon bien,
Je vais devant , à côté , par derriere ,
Sans laiffer de veftige , & ſans faire aucun bruit÷
Par la chaleur on me cherche , on me ſuit.
Mais à ce trait jugez fi je fuis fiere :
Vîte , allons ; l'épée à la main :
Fuffiez-vous vingt , je paffe mon chemin.
Accordez tout ceci : Quiconque peut me craindre
Paffe pour Poltron fouverain.
Dans mon Néant je puis former un Nain ,
De taille énorme à ne le pouvoir peindre.
J. CHEVRIER ,Organiſte à Chemillé , E. A.
Out Pays m'eft connu . Du plus haut des Montagnes
Je defcends le matin , j'y regrimpe le ſoir ;
Quoiqu'on m'y puiffe toujours voir ,
Ainfi qu'aux plus razes campagnes ,
Sans la clarté, fouvent je ne fuis rien :
'Auſſi ſuis-je ſans elle , & m'opoſe à fon bien,
Je vais devant , à côté , par derriere ,
Sans laiffer de veftige , & ſans faire aucun bruit÷
Par la chaleur on me cherche , on me ſuit.
Mais à ce trait jugez fi je fuis fiere :
Vîte , allons ; l'épée à la main :
Fuffiez-vous vingt , je paffe mon chemin.
Accordez tout ceci : Quiconque peut me craindre
Paffe pour Poltron fouverain.
Dans mon Néant je puis former un Nain ,
De taille énorme à ne le pouvoir peindre.
J. CHEVRIER ,Organiſte à Chemillé , E. A.
Fermer
19830
p. *2854-2854
« Dans le Mercure de Janvier on donnera l'Explication de ces Logogryphes [...] »
Début :
Dans le Mercure de Janvier on donnera l'Explication de ces Logogryphes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le Mercure de Janvier on donnera l'Explication de ces Logogryphes [...] »
Dans le Mercure de Janvier on donnera
l'Explication de ces Logogryphes
et de ceux du premier Volume de Désembre
1733 .
l'Explication de ces Logogryphes
et de ceux du premier Volume de Désembre
1733 .
Fermer
19832
p. 1350-1351
LOGOGRYPHE.
Début :
Quoique fruit d'un simple Arbrisseau, [...]
Mots clefs :
Framboise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Quoique fruit d'un fimple Arbriſſeau ;
Je vaux cependant quelque chofe ;
Cas
JUI N.
1739. 9351
Car dans plus de fept pieds , fans force de cerveau
,
L'on trouve Rome , Rime , Rofe ,
Un Pere de l'Eglife , un grand Légiflateur ,
Un modele de patience ,
Ce qui , quand on a froid , procure la chaleur ;
Une Province de la France .
Un des fils de Junon. Parfum de forte odeur.
Une Vertu Théologale.
Un Arbre toujours verd. L'oposé de la nuit.
Ce qui du Monde entier fauva la Capitale.
Ce qui fouvent répété , nuit.
Lecteur , il ne faut plus rien dire ;
Je crois vous être trop connu.
Dans Fraife cependant on trouve encore Sire.
Ah ! qu'ai-je dit ? tout eft perdu.
J. B. A. Benoît de Meaux ,
Quoique fruit d'un fimple Arbriſſeau ;
Je vaux cependant quelque chofe ;
Cas
JUI N.
1739. 9351
Car dans plus de fept pieds , fans force de cerveau
,
L'on trouve Rome , Rime , Rofe ,
Un Pere de l'Eglife , un grand Légiflateur ,
Un modele de patience ,
Ce qui , quand on a froid , procure la chaleur ;
Une Province de la France .
Un des fils de Junon. Parfum de forte odeur.
Une Vertu Théologale.
Un Arbre toujours verd. L'oposé de la nuit.
Ce qui du Monde entier fauva la Capitale.
Ce qui fouvent répété , nuit.
Lecteur , il ne faut plus rien dire ;
Je crois vous être trop connu.
Dans Fraife cependant on trouve encore Sire.
Ah ! qu'ai-je dit ? tout eft perdu.
J. B. A. Benoît de Meaux ,
Fermer
19833
p. 2854-2856
Historique de l'Aurore boreale, &c. [titre d'après la table]
Début :
TRAITÉ PHYSIQUE ET HISTORIQUE de l'Aurore Boréale. Par M. de Mairan, de [...]
Mots clefs :
Aurore boréale, Physique, Académie des sciences, Observations, Phénomène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historique de l'Aurore boreale, &c. [titre d'après la table]
TRAITE PHYSIQUE ET HISTORIQUE de
Aurore Boreale. Par M. de Mairan , de
P'Académie Royale des Sciences . A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , 1733. in 4. de
281. pages et 15. Planches. Chez Lambert
, ruë S. Jacques , à la Sagesse.
Cet Ouvrage , lû à l'Académie des
Sciences, et annoncé auPublic depuis quelques
années , contient une Explication
Physique de l'Aurore Boréale , fondée
sur quantité d'Observations Astronomiques
, et sur une recherche historique
11. Vol. -des
DECEMBRE . 1733 2855
des Apparitions de ce Phénomene dans
tous les siecles. L'Auteur prétend que
la Lumiere Zodiacale , découverte par
feu M. Cassini , où , ce qui est la même
chose, l'Atmosphere qui environne le Soleil
et qui atteint quelquefois jusqu'à la
Terre , est la véritable cause de l'Aurore
Boreale , dont elle fournit la matiere en
tombant dans l'Atmosphere Terrestre.
11 explique comment , selon quelle Loi
et de quelle distance se fait cette chue ,
d'où viennent les diverses formes , et la
place que prend cette matiere vers le
Nord ou vers les autres parties du Ciel.
Il compare ensuite les temps de la plus
grande frequence et de la plus grande
régularité du Phénomene , avec les differentes
positions de la Terre , et ses diffes
rens mouvemens autour du Soleil , et il
en tire des conclusions favorables à son
Hypothese. Il termine enfin son Ouvrage
par 28. Questions ou doutes sur diverses
matieres qui tiennent directement
ou indirectement à son Sujet et qui peuvent
faire naitre de nouvelles idées ou
procurer de nouvelles Observations, tant
sur la Lumiere Zodiacale et l'Aurore
Boreale , que sur toute la Physique Celeste.
Quoique ce Livre soit à la suite des Me-
II. Vol. Eij moires
2856 MERCURE DE FRANCE
moires de l'Académie des Sciences , on le
vendra séparément à ceux qui ne voudront
pas acheter ces Memoires.
Aurore Boreale. Par M. de Mairan , de
P'Académie Royale des Sciences . A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , 1733. in 4. de
281. pages et 15. Planches. Chez Lambert
, ruë S. Jacques , à la Sagesse.
Cet Ouvrage , lû à l'Académie des
Sciences, et annoncé auPublic depuis quelques
années , contient une Explication
Physique de l'Aurore Boréale , fondée
sur quantité d'Observations Astronomiques
, et sur une recherche historique
11. Vol. -des
DECEMBRE . 1733 2855
des Apparitions de ce Phénomene dans
tous les siecles. L'Auteur prétend que
la Lumiere Zodiacale , découverte par
feu M. Cassini , où , ce qui est la même
chose, l'Atmosphere qui environne le Soleil
et qui atteint quelquefois jusqu'à la
Terre , est la véritable cause de l'Aurore
Boreale , dont elle fournit la matiere en
tombant dans l'Atmosphere Terrestre.
11 explique comment , selon quelle Loi
et de quelle distance se fait cette chue ,
d'où viennent les diverses formes , et la
place que prend cette matiere vers le
Nord ou vers les autres parties du Ciel.
Il compare ensuite les temps de la plus
grande frequence et de la plus grande
régularité du Phénomene , avec les differentes
positions de la Terre , et ses diffes
rens mouvemens autour du Soleil , et il
en tire des conclusions favorables à son
Hypothese. Il termine enfin son Ouvrage
par 28. Questions ou doutes sur diverses
matieres qui tiennent directement
ou indirectement à son Sujet et qui peuvent
faire naitre de nouvelles idées ou
procurer de nouvelles Observations, tant
sur la Lumiere Zodiacale et l'Aurore
Boreale , que sur toute la Physique Celeste.
Quoique ce Livre soit à la suite des Me-
II. Vol. Eij moires
2856 MERCURE DE FRANCE
moires de l'Académie des Sciences , on le
vendra séparément à ceux qui ne voudront
pas acheter ces Memoires.
Fermer
Résumé : Historique de l'Aurore boreale, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente le 'Traité Physique et Historique de l'Aurore Boréale' de M. de Mairan, membre de l'Académie Royale des Sciences, publié en 1733 à Paris par l'Imprimerie Royale. Cet ouvrage de 281 pages et 15 planches est disponible chez Lambert, rue Saint-Jacques, à la Sagesse. Il expose une explication physique de l'aurore boréale basée sur des observations astronomiques et des recherches historiques. L'auteur propose que la lumière zodiacale, découverte par M. Cassini, ou l'atmosphère solaire atteignant la Terre, est la cause de ce phénomène. Il décrit comment cette matière solaire pénètre dans l'atmosphère terrestre, les lois régissant cette chute, et les formes prises par cette matière dans le ciel. L'auteur compare également les périodes de fréquence du phénomène avec les mouvements de la Terre autour du Soleil. Le livre se conclut par 28 questions visant à stimuler de nouvelles recherches sur la lumière zodiacale, l'aurore boréale et la physique céleste. Bien que faisant partie des Mémoires de l'Académie des Sciences, cet ouvrage sera également vendu séparément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19834
p. 1350-1352
LOGOGRYPHE. A Mlle Diga. Par M. D. V.**.
Début :
Un Normand qui tient sa parole [...]
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Ponce
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Mlle Diga. Par M. D. V.**.
LOGOGRYPHE.
AMlle Diga. Par M. D. V. **,
UN Normand qui trent sa parole
Est , dit - on , un Phénix ; ce n'est point hyd
perbole,
Je conviens avec vous de ce proverbe ; oui ;
Mais veux ,
d'hui
belle Diga , vous prouver aujour
Que je suis cet Oiseau dont on prône merveilles,
Recherché si soigneusement ,
Qu'après tant de soins et de veilles
L'on trouve encor si rarement ;
Et deussai - je souffrir cent fois plus que Sisyphe,
Vous composer le Logogryphe
Que je vous promis en partant ,
Pour vous prouver qu'il est tout au moins un
Normand
Des promesses qu'il fait observateur fidelle ,
Et que ce Phénix , c'est V ....
Sans perdre. donc le tems en discours superflus ,
Au fait. Dès ma naissance à demi consumée ,
Si l'on en croit quarante Auteurs et plus ,
Un Mont enflammé m'a formée ;
Le Notaire , le Financier,
II. Vol. Après
JUIN. 1351 1735 .
Après que l'on m'a fait tailler , unir, seier ,
Me conservent dans leur Etude ,
Et je leur plaits , sur tout quand je suis un peu
.rude.
Je fais aussi , dit -on , l'office de Barbier ;
Mais V ** jamais n'a voulu s'y fier,
Si de couper mon chef d'abord on se contente,
Sans rien changer de plus à mon individu ,
Tout aussi-tôt je représente
Un poids en France assez connu.
Mettant en cet état pour mon membre deuxième
Celui qui mon premier faisoit ,
Il faudroit être en quatrième ,
Si dans l'instant on ne voyoit
Un festin qu'en Ville et Village ,
Fait l'ignorant , le docte , aussi bien que Is
sage ,
Quant à l'objet de ses amours
Il vient de s'unir pour toujours ;
Mais changés encor ma structure ,
Et ventre-.
e- Sengris , je vous jure ,
Que vous trouverés sûrement ,
Si l'on en croit le Ruliment ,
Une maudite particule ,
Qui fait à l'Ecolier donner mainte férule.
Lecteur , si ton esprit est encore incertain ,
Malgré ta clair-voyance extréme ;
Tu pourras me trouyer chez un fameux Romain
II. Vol. Qui E
1352 MERCURE DE FRANCE
Qui , juge de son Souverain
Oprima l'innocence même.
Muse , alte- là , c'en est assez
De promettre et tenir pour un homme de Sées
AMlle Diga. Par M. D. V. **,
UN Normand qui trent sa parole
Est , dit - on , un Phénix ; ce n'est point hyd
perbole,
Je conviens avec vous de ce proverbe ; oui ;
Mais veux ,
d'hui
belle Diga , vous prouver aujour
Que je suis cet Oiseau dont on prône merveilles,
Recherché si soigneusement ,
Qu'après tant de soins et de veilles
L'on trouve encor si rarement ;
Et deussai - je souffrir cent fois plus que Sisyphe,
Vous composer le Logogryphe
Que je vous promis en partant ,
Pour vous prouver qu'il est tout au moins un
Normand
Des promesses qu'il fait observateur fidelle ,
Et que ce Phénix , c'est V ....
Sans perdre. donc le tems en discours superflus ,
Au fait. Dès ma naissance à demi consumée ,
Si l'on en croit quarante Auteurs et plus ,
Un Mont enflammé m'a formée ;
Le Notaire , le Financier,
II. Vol. Après
JUIN. 1351 1735 .
Après que l'on m'a fait tailler , unir, seier ,
Me conservent dans leur Etude ,
Et je leur plaits , sur tout quand je suis un peu
.rude.
Je fais aussi , dit -on , l'office de Barbier ;
Mais V ** jamais n'a voulu s'y fier,
Si de couper mon chef d'abord on se contente,
Sans rien changer de plus à mon individu ,
Tout aussi-tôt je représente
Un poids en France assez connu.
Mettant en cet état pour mon membre deuxième
Celui qui mon premier faisoit ,
Il faudroit être en quatrième ,
Si dans l'instant on ne voyoit
Un festin qu'en Ville et Village ,
Fait l'ignorant , le docte , aussi bien que Is
sage ,
Quant à l'objet de ses amours
Il vient de s'unir pour toujours ;
Mais changés encor ma structure ,
Et ventre-.
e- Sengris , je vous jure ,
Que vous trouverés sûrement ,
Si l'on en croit le Ruliment ,
Une maudite particule ,
Qui fait à l'Ecolier donner mainte férule.
Lecteur , si ton esprit est encore incertain ,
Malgré ta clair-voyance extréme ;
Tu pourras me trouyer chez un fameux Romain
II. Vol. Qui E
1352 MERCURE DE FRANCE
Qui , juge de son Souverain
Oprima l'innocence même.
Muse , alte- là , c'en est assez
De promettre et tenir pour un homme de Sées
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19835
p. 97
AUTRE.
Début :
De ma main la brillante Flore [...]
Mots clefs :
Arrosoir
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
DE ma main la brillante Flore
Reçoit mille & mille ornemens ;
De mes bienfaits on voit éclore
Sa parure & fes agrémens.
Ces quatre vers pour me connoître
Seroient ma foi , bien fuffifans ,
Pourtant à detailler mon être
Sacrifions quelques momens.
On trouve en moi ce qui peut -être¿
Mon cher Damon , vous fervit ce matin
Ce
que fous vos pas on voit naître ,
Aimable & tendre de……………`
Un élement , un vêtement champêtre ,
J'y vois encore ce qui fait
Que je mets fin à mon caquet.
DE ma main la brillante Flore
Reçoit mille & mille ornemens ;
De mes bienfaits on voit éclore
Sa parure & fes agrémens.
Ces quatre vers pour me connoître
Seroient ma foi , bien fuffifans ,
Pourtant à detailler mon être
Sacrifions quelques momens.
On trouve en moi ce qui peut -être¿
Mon cher Damon , vous fervit ce matin
Ce
que fous vos pas on voit naître ,
Aimable & tendre de……………`
Un élement , un vêtement champêtre ,
J'y vois encore ce qui fait
Que je mets fin à mon caquet.
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19836
p. 1351-1352
AUTRE.
Début :
Dans une Ville de renom, [...]
Mots clefs :
Jérusalem
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans une Ville de renom ,
Trouvez trois notes de Musique ,
Deux grands Prophetes , Paſſion ,
Qu'on peut dire diabolique.
Ce qu'un Eleve d'Apollon
Cherche dans fon Art tyrannique ;
II. Vol. Tre
1352 MERCURE DE FRANCE
Trésor précieux , un Poisson ,
Un Infecte , Homme colérique.
Deux Elémens , Oiſeau vanté ,
Un Animal fort entêté ,
Un faint Abbé , Femme très -ſage.
Dix-huit Infinitifs François ,
Que j'ai bien compté par mes doigts ;
Je n'en puis dire davantage.
A. R. D. R. P.
Ans une Ville de renom ,
Trouvez trois notes de Musique ,
Deux grands Prophetes , Paſſion ,
Qu'on peut dire diabolique.
Ce qu'un Eleve d'Apollon
Cherche dans fon Art tyrannique ;
II. Vol. Tre
1352 MERCURE DE FRANCE
Trésor précieux , un Poisson ,
Un Infecte , Homme colérique.
Deux Elémens , Oiſeau vanté ,
Un Animal fort entêté ,
Un faint Abbé , Femme très -ſage.
Dix-huit Infinitifs François ,
Que j'ai bien compté par mes doigts ;
Je n'en puis dire davantage.
A. R. D. R. P.
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19837
p. 97-98
LOGOGRYPHUS.
Début :
Ecorio nostrum placeat si fingere corpus, [...]
Mots clefs :
Solea
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHUS.
LOGOGRYPHUS,
ECorio noftrum placeat fi fingere corpus ,
Ni vincire velis , nullum tibi præbeat ufum.
Si ferro conftem , clavos adhibere neceffe eft.
Lignea , non egeo vinclis . Nunc disjice membra ;
Tolle pedes , ego fum per quem videt omnia tellus
.
Nunc caput extremumque pedem cum pectore
jungas ,
*II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Non quifquam fine me cænarum exerceat artem.
Corque pedumque prior collo fint prævia ; fidus
Ethereum , terrifque animal exardet in iras.
Unum deme caput ; tangit mea cura, Minervam .
Primum abfcinde pedem ; fubitò tibi fola videbor ,
Cui fuit ante Comes. Collumque caputque fuperfint
,
Rodere me poteris. Capiti fi cauda præibit ,
Jam vilis pretii , pluris non affe valebo .
le C. D. S.
ECorio noftrum placeat fi fingere corpus ,
Ni vincire velis , nullum tibi præbeat ufum.
Si ferro conftem , clavos adhibere neceffe eft.
Lignea , non egeo vinclis . Nunc disjice membra ;
Tolle pedes , ego fum per quem videt omnia tellus
.
Nunc caput extremumque pedem cum pectore
jungas ,
*II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Non quifquam fine me cænarum exerceat artem.
Corque pedumque prior collo fint prævia ; fidus
Ethereum , terrifque animal exardet in iras.
Unum deme caput ; tangit mea cura, Minervam .
Primum abfcinde pedem ; fubitò tibi fola videbor ,
Cui fuit ante Comes. Collumque caputque fuperfint
,
Rodere me poteris. Capiti fi cauda præibit ,
Jam vilis pretii , pluris non affe valebo .
le C. D. S.
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19838
p. 1361-1364
LE MARTYRE DE S. CYR, fils de sainte Julithe, Patron de l'Eglise de Nevers. Ode, contenant Palinodie.
Début :
N'approche point, Esprit pervers, [...]
Mots clefs :
Saint Cyr, Sainte Julitte, Église de Nevers, Palinodie, Fils, Mère, Fureur, Foi, Cieux
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texteReconnaissance textuelle : LE MARTYRE DE S. CYR, fils de sainte Julithe, Patron de l'Eglise de Nevers. Ode, contenant Palinodie.
LE MARTYRE DE S. CTR ,
fils de sainte Julithe , Patron de l Eglise
de Nevers. Ode , contenant Palino lie..
N'Approche point , Esprit pervers ,
Démon , Auteur des mauvais Vers ;
Que ta fureur noire et perfide ,
Pire que le fer homicide ,
Pour jamais s'éloigne de nous
Et que l'affreuse calomnie
Qui ternit la plus belle vie ,,
Ne porte point ici ses coups..
; Vel TW Пад
1362 MERCURE DE FRANCE
La verité seule sçait plaire
A ceux qu'une foi vive et claire ;
O , Foy , d'un vol audacieux ,
Tu nous éleves jusqu'aux Cicux
Par tes Mysteres ineffables
Et ta sacrée obscurité ;
Vaut mieux que la sombre clarté
De nos lumieres périssables .
Les supplices n'étonnent pas
Geux qui combattent sur tes pas ;
Leur sang pour toi coule sans peine ,
Et la mort la plus inhumaine
Semble avoir pour eux des attraits ;
Mais les précieuses Couronnes
Qu'à ces sacrez Guerriers tu donnes ,
Seront durables à jamais.
諾
Des Héros que l'Eglise enfante ,
Je vois la Troupe triomphante ;
Je vois des Femmes , des Vieillards ;
Qui, marchant sous tes Etendarts ,
Des Tyrans ont vaincu la
Je vois d'admirables Enfans
A qui la Grace avant les ans
Donne la force et le courage.
M
rage ;
II. VZ.
Quel
JUIN.
1363
1734.
Quel est cet Enfant glorieur
Qui fixe sur lui tous les yeux è
De la Foy Soldat magnanime
Ou bien plus-tôt tendre Victime ,
De mille coups il est percé .
Vers le Tione tournant sa face ,
La Mere semble rendre grace
Du sang que son Fils a versé.
Tandis que les Bourreaux sur elle
Exerçoient leur fureur cruelle ,
Julithe disoit , Cyr , mon fils ,
De notre Dieu les ennemis
Triompheront de ton enfance ;
Meurs tout - à l'heure comme moi ,
Et que ta mort soit de ma foy
Une seconde récompense.
Soudain ce Héros innocent ,
Qui sçut triompher en naissant ,
Répond : o genereuse Mare , ô
Crains - tu que ton Fils dégenere ,
Tyran , l'abhorte tes faux Dieux ,
Fini ce faral sacrifice ,
Et que ta fureur réunisse
La Mere et le Fils dans les Cieux.
MA II. Vol. vj - Ce
1364 MERCURE DE FRANCE
1 Ce discours rempli de courage,
Du Tyran excite la rage ;
Dans l'excès d'un transport nouveau
De Cyr il devient le Bourreau ,
La terre au loin paroît sanglante ;
Pour une Mere , ce trépas ,
Qui le croiroit ! a des appas ,
Et Julithe enfin meurt coatente..
Cyr , qui triomphes dans les Cieux
Ellustre Patron de ces lieux ,
J'admire ces Temples antiques ,
Qù sous de superbes Portiques ,
Tu satisfais aux voeux de tous ;
J'apperçois devant res Images ,.
Les Peuples rendant leurs hommages,
Et les Empereurs à genoux..
Si par des Vers pleins de licence ,
Aux tiens on a fait quelque offense ,
Ne nous défends pas tes Autels ;
La clémence des Immortels
Est le glorieux caractere ,
Pour expier ces tristes Vers ,
Reçois ceux qui te sont offerts ;
Puissent- ils calmer ta colere !
P. D. F.
fils de sainte Julithe , Patron de l Eglise
de Nevers. Ode , contenant Palino lie..
N'Approche point , Esprit pervers ,
Démon , Auteur des mauvais Vers ;
Que ta fureur noire et perfide ,
Pire que le fer homicide ,
Pour jamais s'éloigne de nous
Et que l'affreuse calomnie
Qui ternit la plus belle vie ,,
Ne porte point ici ses coups..
; Vel TW Пад
1362 MERCURE DE FRANCE
La verité seule sçait plaire
A ceux qu'une foi vive et claire ;
O , Foy , d'un vol audacieux ,
Tu nous éleves jusqu'aux Cicux
Par tes Mysteres ineffables
Et ta sacrée obscurité ;
Vaut mieux que la sombre clarté
De nos lumieres périssables .
Les supplices n'étonnent pas
Geux qui combattent sur tes pas ;
Leur sang pour toi coule sans peine ,
Et la mort la plus inhumaine
Semble avoir pour eux des attraits ;
Mais les précieuses Couronnes
Qu'à ces sacrez Guerriers tu donnes ,
Seront durables à jamais.
諾
Des Héros que l'Eglise enfante ,
Je vois la Troupe triomphante ;
Je vois des Femmes , des Vieillards ;
Qui, marchant sous tes Etendarts ,
Des Tyrans ont vaincu la
Je vois d'admirables Enfans
A qui la Grace avant les ans
Donne la force et le courage.
M
rage ;
II. VZ.
Quel
JUIN.
1363
1734.
Quel est cet Enfant glorieur
Qui fixe sur lui tous les yeux è
De la Foy Soldat magnanime
Ou bien plus-tôt tendre Victime ,
De mille coups il est percé .
Vers le Tione tournant sa face ,
La Mere semble rendre grace
Du sang que son Fils a versé.
Tandis que les Bourreaux sur elle
Exerçoient leur fureur cruelle ,
Julithe disoit , Cyr , mon fils ,
De notre Dieu les ennemis
Triompheront de ton enfance ;
Meurs tout - à l'heure comme moi ,
Et que ta mort soit de ma foy
Une seconde récompense.
Soudain ce Héros innocent ,
Qui sçut triompher en naissant ,
Répond : o genereuse Mare , ô
Crains - tu que ton Fils dégenere ,
Tyran , l'abhorte tes faux Dieux ,
Fini ce faral sacrifice ,
Et que ta fureur réunisse
La Mere et le Fils dans les Cieux.
MA II. Vol. vj - Ce
1364 MERCURE DE FRANCE
1 Ce discours rempli de courage,
Du Tyran excite la rage ;
Dans l'excès d'un transport nouveau
De Cyr il devient le Bourreau ,
La terre au loin paroît sanglante ;
Pour une Mere , ce trépas ,
Qui le croiroit ! a des appas ,
Et Julithe enfin meurt coatente..
Cyr , qui triomphes dans les Cieux
Ellustre Patron de ces lieux ,
J'admire ces Temples antiques ,
Qù sous de superbes Portiques ,
Tu satisfais aux voeux de tous ;
J'apperçois devant res Images ,.
Les Peuples rendant leurs hommages,
Et les Empereurs à genoux..
Si par des Vers pleins de licence ,
Aux tiens on a fait quelque offense ,
Ne nous défends pas tes Autels ;
La clémence des Immortels
Est le glorieux caractere ,
Pour expier ces tristes Vers ,
Reçois ceux qui te sont offerts ;
Puissent- ils calmer ta colere !
P. D. F.
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Résumé : LE MARTYRE DE S. CYR, fils de sainte Julithe, Patron de l'Eglise de Nevers. Ode, contenant Palinodie.
Le texte est une ode dédiée à saint Cyr, fils de sainte Julithe et patron de l'Église de Nevers. Il commence par une invocation contre les esprits pervers et les calomnies, appelant à la vérité et à la foi. La foi est exaltée comme un moyen d'élever les croyants jusqu'aux cieux et de les rendre capables de supporter les supplices pour des couronnes éternelles. Le texte décrit ensuite la troupe triomphante des héros de l'Église, incluant des femmes, des vieillards et des enfants, tous victorieux sous les étendards de la foi. Le martyre de saint Cyr est relaté : cet enfant, soldat de la foi, est percé de mille coups sous le regard de sa mère, Julithe. Cette dernière encourage son fils à mourir pour la foi, ce que Cyr accepte courageusement, refusant d'adorer les faux dieux du tyran. Enragé par ce discours, le tyran tue d'abord Cyr, puis Julithe. Le texte admire saint Cyr et les hommages rendus en son nom. Il demande pardon pour les offenses passées et offre des vers pour apaiser la colère de saint Cyr.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19839
p. 79-94
RÉPONSE de M. de SAINT- FOIX.
Début :
J'Ignorois qu'on avoit mis une nouvelle inscription au-deffous de la Statue [...]
Mots clefs :
Église, Cheval, Victoire, Archives, Statue, Bréviaire, Fondation, Armes, Reconnaissance, Manuscrits
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. de SAINT- FOIX.
RÉPONSE de M. de SAINT - FOIX.
F'ignorois qu'on avoit mis une nou
velle infcription au - deffous de la Statue
Equeftre qui eft à Notre - Dame ; il n'y
a qu'un an que je l'appris par une Brochure
où l'on me reprenoit aigrement
fur ce que j'avois dit , dans mes Effais
Hiftoriques , que cette Statue repréfentoit
Philippe de Valois . L'Auteur de
cette Brochure , pénétré d'admiration
pour M. le Préfident Henault , ne joignoit
pas à ce mérite celui d'être poli ;
ainfi je n'ai jamais pensé à lui répondre ;
mais en faifant des corrections & des
additions à mes Effais Hiftoriques , j'ai
voulu voirfi je m'étois trompé au fujet de
cette Statue ; ma differtation a paru dans
le premier Volume du Mercure de Janvier
dernier ; voici un nouvel Anonyme
qui m'attaque ; il mêle à l'érudition
le fel de la fine plaifanterie , & je ne
doute point que les perfonnes qui dînoient
chez M. le Préfident Henault
n'ayent bien ri lorfqu'il dit qu'il me croit
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
trop galant homme pour vouloir faire
defcendre fi malhonnêtement notre grand
Roi Philippe le Bel de deffus fon cheval.
Je ne connoiffois point le Voyage de
Munfter, je l'ai cherché , je l'ai trouvé ,
je l'ai lu , & je protefte que j'aurois
fouhaité de pouvoir dire que je m'étois
trompé ; ma pareffe en eût été flattée
; mais les raifonnemens de Claude
Joly n'ont fervi qu'à me confirmer dans
le fentiment que j'avois embraffé. Il
faut néceffairement rappeller l'état de la
queſtion , & l'on peut compter que je
vais l'expofer avec une entiere impartialité.
9 :
Philippe le Bel, en reconnoiffance
de la victoire qu'il avoit remportée fur
les Flamands à Mons en Puelle le 18
Août 1304 , fit des fondations à Notre-
Dame de Paris , à Notre - Dame de
Chartres & dans d'autres Eglifes ; mais ,
ni dans ces actes de fondation , ni dans
aucun ancien Breyiaire , ni dans aucun
Hiftorien comtemporain , il n'eft dit
qu'il foit entré à cheval dans l'Eglife de
Notre-Dame de Paris , & qu'il y ait
fait à la Vierge l'offrande de fes armes
& de fon cheval. D'ailleurs , il n'y en a
& il n'y en a jamais eu aucunes preuves
dans les Papiers , Cartulaires , Nécrologe
& Archives de Notre-Dame.
AVRIL. 1763.
81
P
*
Après avoir parlé de la victoire que
Philippe de Valois remporta à Caffel
fur les Flamands le 23 Août 1328 ,
différens manufcrits des grandes Chroniques
de S. Denis , & toutes les anciennes
Editions de ces Chroniques ,
difent , que Philippe de Valois vint à
Saint Denis , & lui rendit fur fon Autel
l'oriflame qu'il avoit pris quand ilpartit
pour aller contre les Flamands , & puis
s'en alla à Notre- Dame de Paris , &
quand il fut là , fe fit armer des armes
qu'il avoit portées dans la bataille contre
les Flamands , & puis monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre - Dame , & très- devotement la
remercia , & luipréfenta le cheval fur lequel
il étoit monté & toutes fes armures.
Quelle peut donc être la difcuffion
demandera- t'on ? La voici : on dit que
dans différens manufcrits des grandes
Chroniques de Saint Denis , s'il y a que
Philippe de Valois alla à Notre- Dame
de Paris & y entra monté fur fon def
trier, &c. il y a dans d'autres manufcrits
de ces mêmes Chroniques , qu'il alla à
Notre-Dame de Chartres , & y entra
monté furfon deftrier , &c . & on ajoute
que dans le Continuateur de Nangis
* Edition de 1493 , de 1517 , & autres.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
on peut lire également iniit Parifios
ou iniit Carnotum , parce que Parifios
ou Carnotum font variantes ; & on con
clut de là que Philippe de Valois n'étant
point entré à cheval dans l'Eglife
de Paris , mais dans celle de Chartres
ce n'eft point fa Statue qu'on voit dans
l'Eglife de Paris , mais celle de Philippe
le Bel
Les grandes Chroniques de Saint
Denis , après avoir parlé fort au long
de la bataille de Mons en Puelle , difent
fimplement que Philippe le Bel revint
à Paris environ la Saint Denis à grande
joye ineftimable. Le Continuateur de
Guillaume de Nangis , après avoir parlé
des fondations que ce Prince fit dans
quelques Eglifes & dans celle de Paris
en reconnoiffance de fa victoire , ne dit
pas un mot de fa cavalcade dans cette
Eglife . Eft- il naturel que ces Hiftoriens
n'en euffent pas parlé à l'article de ce
Prince & de fes fondations ? Eft-il naturel
que dans la fuite , lorfqu'ils difent que
Philippe de Valois entra à cheval dans
l'Eglife de Paris , où , fi l'on veut , de
Chartres , ils n'euffent pas ajouté , comme
Philippe le Bel avoit fait après fa
victoire de Mons en Puelle ? Cette ob-.
jection n'eſt - elle pas convaincante 2
AVRIL 1763. 83
Ne faudroit- il pas , pour la combattre ,
préfenter quelque titre authentique où
fut porté que Philippe le Bel entra
dans l'Eglife de Paris à cheval ; or , ni
Claude Joly , ni autres n'en produifent
& n'en ont jamais produit aucun ; au
lieu que dans un manufcrit qui, paroît
être de 1360 , cotté H , numéro 22 ,
& faifant partie des manufcrits que le
Chapitre de Notre Dame a donnés au
Roi , il eft dit que Philippe de Valois ,
après la bataille de Caffel , l'an 1328
entra tout armé fur fon deftrier dans
L'Eglife de Notre- Dame de Paris ...
& que fa repréfentation eft affife fur
deux pilliers devant l'image de ladite
Dame , en la Nefde ladite Eglife.
-
Examinons à préfent la Lettre de Clau
de Joly. Paul Emile , dit-il , attribue la
Statue en queftion à Philippe le Bel ; &
Paul Emile étant Chanoine de Notre-
Dame de Paris il est vraisemblable
qu'il n'auroit pas attribué à ce . Prince
une action fi publique & fi folemnelle ,
s'il n'en eût été bien affuré, ou par
quelqu'écrit authentique. Qu par une :
tradition qui étoit alors tenue pour conftante
& certaine parmi fes Confreres.
Réponse. Sous le regne de Henri II
à côté de cette Statue , on mit des vers
9
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
& une infcription qui y a fubfifté plus
de cent ans , & par laquelle on difoit
que c'étoit la Statue de Philippe de Valois
; la plupart des Chanoines dont
Paul Emile avoit été Confrère , étoient
encore vivans ; eft- il naturel qu'ils ne
fe fuffent pas oppofés à cette infcription ,
& qu'ils l'euffent approuvée , fi elle
avoit été contraire à ce qui étoit porté
dans leurs Archives ?
C'eft fur le témoignage de Nicole
Gilles , dit Claude Joly , que quand on
a commencé de mettre dans les Breviaires
de Paris les Leçons qui font mention de
cette victoire , on a attribué à Philippe
de Valois , non-feulement l'entrée à cheval
dans l'Eglife de Paris , mais auffi
la victoire & la fondation de la fête de
l'année 1304 , quoiqu'il ne fut Roi que
vingt-quatre ans après.
,
Réponse. Dans plufieurs manufcrits
des grandes Chroniques de Saint Denis
bien antérieurs à Nicole Gilles &
dans toutes les anciennes Editions de
ces Chroniques , il eft dit que Philippe
de Valois entra à cheval dans la Cathédrale
de Paris ; c'eft fur ces autorités
que dans les Breviaires on a attribué
cette action folemnelle à ce Prince ;
Claude Joly ne l'ignoroit pas , & il a
AVRIL. 1763. 84
donc tort de dire qu'on ne s'eft fondé
que fur le témoignage de Nicole Gilles.
D'ailleurs , les Breviaires ne confondent
ni les deux Rois , ni les deux victoires ;
il y eft dit , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi
Pulchri , fit duplum ; & après des
Leçons & verfets fur la Vierge , il eft
dit auffi , Philippus Valefius , cum infignem
victoriam de rebellibus Flandris
obtinuiffet , quæ contigit anno 1328 , &c.
Voilà les deux victoires & les deux Rois
bien diftingués ; Philippe le Bel avoit
fait une fondation ; Philippe de Valois
avoit fait une offrande qu'il racheta
par une fomme confidérable , comme
je le prouverai dans la fuite ; d'ailleurs
il avoit fait élever un monument de fa
victoire & de fa reconnoiffance envers
la Vierge ; l'Eglife de Paris faifoit commémoration
de ces deux batailles mémorables
, gagnées l'une & l'autre pendant
l'octave de l'Affomption .
Claude Joli dit qu'il eft encore bon d'obferver
qu'on n'a point mis dans les breviaires
de Paris aucune leçontouchant cela,
avant l'édition de 1584 ; car , ajoutet-
il , il n'y en a aucun qui en parle dans
ceux d'auparavant , de 1479 & 1492.
Réponse. L'Hiftoire de Paul Emile fut
86 MERCURE DE FRANCE.
il
imprimée en 1544 quarante après , eny
1584 , lorfque le Chapitre de Notre
Dame jugea apropos de mettre dans les
breviaires les leçons en queftion , n'eſtpas
vrai femblable qu'il auroit adopté
L'opinion de Paul Emile fon confrère
s'il n'avoit vû dans fes archives qu'elle
n'étoit foutenable. J'ajouterai que
dans ce temps là , il paroiffoit chaque
jour quelque écrit qui traitoit des anciens
droits de nos Rois fur la Flandres
pas
& que même les Provinces unies , cette
même année 1584, avoient offert à Henri
III de fe mettre fous fa domination ;
peut- être que le Chapitre de notre Dame
, attendu ces circonftances , jugea a
propos de joindre a la commémoration
de la victoire de Philippe le Bel , celle
de la victoire de Philippe de Valois ;
on inféroit dans ce temps là , dans les
breviaires & rituels , des prieres & des .
leçons bien moins convenables..
Claude Joli dit que M. de Sponde
Evêque de pamiers , pretend que ceux
qui ont atribué la ftatue en queftion a
Philippe Lebel, ont été refutezpar plufieursperfonnes
, & même par les anciens
Cartulaires de l'Eglife de Paris dont ils
n'avoient pas vu les Archives
ajoute Claude Joli , de quelles Archives
mais
AVRIL 1763.
87
M. de Sponde veut-il parler , puifqu'il
n'y en a point d'autres que la fondation
de Philippe le Bel & les vieux breviaires .
de cette Eglife , qui portent tous le nom
de Philippe le Belfans parler en aucune
façon de Philippe de Valois , lefquelles
Archives Paul Emile avoit pû voir , mais
que certainement Nicole Gilles ni ceuxdefon
opinion n'avoient pas vues , puifque
ce qu'il en écrit leur eft tout contraire.
Reponse , Loin de nous produire quelque
Piéce authentique , dans laquelle il
foit dit que Philippe le Bel entra à cheval
dans l'Eglife de notre Dame , & que
c'eft fa ftatue qu'on y voit , Claude Joli
convient que Paul Emile n'en a point eu
d'autres preuves , & qu'il n'y en a point
d'autres , que la fondation d'une rente
de cent livres,faite par ce Prince , & que.
ce qui eft porté dans les vieux breviaires
; Or, de l'aveu même de Claude Joli,
il n'en eft pas dit un mot dans l'acte de
fondation de cette rente ; & les vieux.
Breviaires difent uniquement , in Ecclefia
Parifienfi , propter commemorationem»
victoria Philippi pulchri , fit duplum.
Le pere Texera & M. de Sponde , qui
avoient eu communication des Archives
de Notre Dame , comme en convient
Claude Joli, ont-ils eu tort de rejetter
88 MERCURE DE FRANCE .
de pareilles preuves ? n'eft-il pas fingu
lier de dire que fi Nicole Gilles les avoit
vues , elles lui auroient fait changer d'opinion
? d'ailleurs M. de Sponde dit que
ceux qui attribuent la ftatue en queftion
à Philippe le Bel, font refutezpar d'anciens
. Cartulaires de l'Eglife de Paris ;
dira-ton que ces anciens Cartulaires
n'ont jamais exifté , & que M. de Sponde
n'en a point vûs ?
Des Prêtres de l'Oratoire ont continué
l'hiftoire particuliere de l'Eglife de Paris
; ils avoient eu en communication
les Archives , le nécrologe , & tous les
titres de cette Cathédrale ; ils avoient
lû la differtation de Claude Joli & les
lettres de M. Jouet , fon ami ; ces hiftoriens
, dans leur ouvrage in-folio , dedié
à M. le Cardinal de Noailles & imprimé
en 1710 , difent , l . 18 , c. 3 , p.
615
qu'il n'eft pas douteux que la ftatue en
queftion eft de Philippe de Valois , &
qu'aucun Roi , avant lui , n'étoit entré
à cheval dans l'Eglife de Notre-Dame ;
& ils ont lû , comme moi , dans le continuateur
de Guillaume de Nangis, qu'ils
citent , iniit Parifios ; ainfi l'anonyme
qui écrit à M. le Prefident Henault , &
qui dit fi poliment ce qui vous divertira ,
doit trouver ces Prêtres de l'Oratoire
très divertiffans. -
AVRIL. 1763. 89
Claude Joly qui tâche d'acrocher des
autorités , cite les Annales de Malingre ,
quoiqu'il n'ignorât pas que Malingre
dans fes Antiqués de Paris , page 10 ,
s'étoit retracté , & qu'il dit que la Statue
en queftion repréfente Philippe de Valois.
Thevet eft du même avis ; cela
n'empêche pas Claude Joly de le citer
en fa faveur .
Je pourrois m'autorifer de la Médaille
qu'on voit dans la France Métallique
, & faire fentir la fauffeté du
raifonnement de Claude Joly ; mais
comme je ne cherche & que je n'employe
que la vérité , j'avoue que cette
Médaille eft fuppofée ; mais on juge
bien que l'Auteur de la France Métallique
, pour fuppofer cette Médaille
alla à Notre-Dame de Paris & copia
bien exactement la Statue en queftion.
Venons à préfent aux Lettres de
M. Jouet. Il dit que Philippe le Bel , en
reconnoiffance de fa victoire de Mons
en Puelle , fit à l'Eglife de Chartres ,
comme à celle Paris , une fondation de
cent livres de rente ; qu'en conféquence
on célébre tous les ans à Chartres , le
17 Août , l'Office de Notre-Dame de
la Victoire , & que ce jour-là on tire
du tréfor & l'on expofe aux yeux du
go MERCURE DE FRANCE ..
public une Armure très- riche , mais
qui ne pouvoit être que d'un jeune
homme de treize à quatorze ans ; il
differte beaucoup fur cette armure , &
prétend que Philippe le Bel envoya
fon fils Charles en faire l'offrande à
Notre-Dame de Chartres ; mais il ne
réfléchit pas que ce fils Charles n'avoit
que neufans lors de la bataille de Mons
en Puelle ; qu'il n'étoit point à cette
bataille ; que ce n'étoient pas fes armes ,
mais celles de fon pere qu'il auroit été
chargé d'offrir ; qu'il n'eft pas douteux
que l'épée & la ceinture font femées
de Dauphins & que ces armes font
donc bien poftérieures au règne de
Philippe le Bel, le Dauphiné n'ayant
été uni à la Couronne qu'en 1349 ;
qu'enfin c'eft l'armure que Charles VI,
qu'on appella long-tems le petit Roi ,
envoya en offrande à Notre -Dame de
Chartres , après avoir battu les Fla
mands à Rofebeque en 1482 ce
Prince n'avoit alors que quatorze ans.
On demandera pourquoi on étale cette
armure le jour qu'on célébre la victoire
de Mons en Puelle ? Parce qu'apparemment
, dans la fuite des tems , on avoit
oublié de qui elle venoit , & qu'on
imagina que c'étoit une offrande de
AVRIL. 1763 91
Philippe le Bel; il eft naturel de penfer
plutôt à ceux qui font des fondations.
qu'aux autres. Ce qu'il y a de trèscertain
, c'est que dans l'acte de fondation
de cent livres de rente & dans
les Archives de l'Eglife de Chartres ,
il n'eft point parlé du tout de cette
armure ni d'aucune offrande de Philippe
le Bel ; il fit , je le répéte , des
fondations à Paris , à Chartres , & dans
d'autres Eglifes , en reconnoiffance de fa
victoire ; mais il n'y offrit jamais ni fes
armes ni fon cheval
M. Jouet produit enfuite une pièce
authentique , tirée des Archives de l'Eglife
de Chartres , dans laquelle il eft
dit , que le Chapitre s'étant aſſemblé , a
délibéré que la fomme de mille livres
que le Roi ( Philippe de Valois ) a donnée
pour le rachapt de fon cheval & de
fes armes , qu'il avoit préfentez lui même
à la Vierge , fera employée à acquerir
des fonds ou des révenus pour ladite.
Eglife de Chartres. Cela confirme ce
que j'ai toujours penfé & dit , & ce qu'a
écrit , il y a plus de cent-ans , M. Souchet
, Secrétaire & Chanoine du chapi-.
tre de Chartres , dans fon hiftoire Manuferite
de ce chapitre & de cette ville
Philippe de Valois alla d'abord à Notre
02 MERCURE DE FRANCE.
1
Dame de Paris ou il offrit à la Vierge fes
armes & fon cheval , & les racheta par
une fomme de mille livres ; il alla enfuite
à Chartres ou il fit précisément la
même cérémonie. C'étoient les anciens
ufages ; dans une tranfaction de l'an
1329 , entre les Curés de Paris & l'Eglife
du S. Sepulchre , il eft dit qu'un
mourant fera libre de choisir fa fepulture
dans cette Fglife , mais que fon corps
fera d'abord porté à la Paroiffe fur laquelle
il fera mort & que le Curé de
cette Paroiffe aura la moitié du luminaire
& de ce qui reviendra des hardes & chevaux
( ex pannis & equis ) qui feront
préfentés , lors de l'inhumation dans
Eglife du S. Sepulcre. Au fervice fait
à S. Denis en 1489 , pour Bertrand Duguefclin
, par l'ordre de Charles VI ,
L'Evêque qui célebroit la Meffe , reçut le
préfent des chevaux qui furent préſentés
à l'offrande , en leur mettant la main fur
la tête ; enfuite on les remena ; mais il
fallut compofer pour le droit de l'Abbaye
à laquelle ils étoient dévolus.
En
1329 Pierre
de
Cugneres
,
Avocat
du Roi au Parlement
, plaida
contre
les ufurpations
des Ecléfiaftiques
fur la juftice
temporelle
; le Jugement
de Philippe
de Valois
parut
favorable
AVRIL. 1763:
93
au Clergé qui tacha de lui marquer fa
réconnoiffance par des honneurs & des
tîtres ; il lui donna celui de Roi Catholique
; & comme la victoire de Caffel
& l'action folemnelle que ce Prince
avoit faite à Paris & à Chartres
étoient affez récentes, je croirois volontiers
que ce fut dans ce temps-là , que
chacune de ces deux Eglifes lui éleva
une ftatue équeftre ; ce qu'il y a de très
certain , c'eſt que l'Eglife de Sens ( 1 )
lui en éleva une dans ce même temps-
-là , femblable , dit D. du Breul , page
21 , à celle de ce Roi dans notre Eglife
de Paris , & au- deffous de laquelle
ftatue de Sens , on lit deux vers où il
eft qualifié défenfeur des droits de l'Eglife.
L'Auteur du Traité des anciennes armes
offenfives & défenfives des François
, imprimé chez Blaife , en 1635 .
dit , p . 113 , que Philippe le Bel ayant
rendu le Parlement fédentaire , les Chcvaliers
qui y préfidoient , pourfe diftinguer
des gens de Loi , firent faire des
bonnets de la forme de leurs cafques , &
( 1 ) Pierre du Roger , Archevêque de Sens ,
parla pour le Clergé , & imagina cette marque
de reconnoiffance envers Philippe de Valois , au
lieu des Décimes que ce Prince eípéroit du Clergé.
94 MERCURE DE FRANCE .
que voilà l'origine des Mortiers des Préfidens
; car ce ne fut , ajoute-t-il , que
fous le regne de Philippe le Long qu'on
imagina les cafques en forme de cone ,
s'élargiffant en defcendant fur les épau
les & comme un fabot renverfé
tel que celui qu'on voit à Philippe de
Valois dans Notre - Dame de Paris ; on
croyoit parer à l'inconvénient des cafques
trop plats , fur lefquels un coup de
maffue bien affené devoit enfoncer la tête
de celui qui le portoit ; mais dans là
fuite on trouva ces cafques fi pefans ,
qu'on changea encore.
F'ignorois qu'on avoit mis une nou
velle infcription au - deffous de la Statue
Equeftre qui eft à Notre - Dame ; il n'y
a qu'un an que je l'appris par une Brochure
où l'on me reprenoit aigrement
fur ce que j'avois dit , dans mes Effais
Hiftoriques , que cette Statue repréfentoit
Philippe de Valois . L'Auteur de
cette Brochure , pénétré d'admiration
pour M. le Préfident Henault , ne joignoit
pas à ce mérite celui d'être poli ;
ainfi je n'ai jamais pensé à lui répondre ;
mais en faifant des corrections & des
additions à mes Effais Hiftoriques , j'ai
voulu voirfi je m'étois trompé au fujet de
cette Statue ; ma differtation a paru dans
le premier Volume du Mercure de Janvier
dernier ; voici un nouvel Anonyme
qui m'attaque ; il mêle à l'érudition
le fel de la fine plaifanterie , & je ne
doute point que les perfonnes qui dînoient
chez M. le Préfident Henault
n'ayent bien ri lorfqu'il dit qu'il me croit
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
trop galant homme pour vouloir faire
defcendre fi malhonnêtement notre grand
Roi Philippe le Bel de deffus fon cheval.
Je ne connoiffois point le Voyage de
Munfter, je l'ai cherché , je l'ai trouvé ,
je l'ai lu , & je protefte que j'aurois
fouhaité de pouvoir dire que je m'étois
trompé ; ma pareffe en eût été flattée
; mais les raifonnemens de Claude
Joly n'ont fervi qu'à me confirmer dans
le fentiment que j'avois embraffé. Il
faut néceffairement rappeller l'état de la
queſtion , & l'on peut compter que je
vais l'expofer avec une entiere impartialité.
9 :
Philippe le Bel, en reconnoiffance
de la victoire qu'il avoit remportée fur
les Flamands à Mons en Puelle le 18
Août 1304 , fit des fondations à Notre-
Dame de Paris , à Notre - Dame de
Chartres & dans d'autres Eglifes ; mais ,
ni dans ces actes de fondation , ni dans
aucun ancien Breyiaire , ni dans aucun
Hiftorien comtemporain , il n'eft dit
qu'il foit entré à cheval dans l'Eglife de
Notre-Dame de Paris , & qu'il y ait
fait à la Vierge l'offrande de fes armes
& de fon cheval. D'ailleurs , il n'y en a
& il n'y en a jamais eu aucunes preuves
dans les Papiers , Cartulaires , Nécrologe
& Archives de Notre-Dame.
AVRIL. 1763.
81
P
*
Après avoir parlé de la victoire que
Philippe de Valois remporta à Caffel
fur les Flamands le 23 Août 1328 ,
différens manufcrits des grandes Chroniques
de S. Denis , & toutes les anciennes
Editions de ces Chroniques ,
difent , que Philippe de Valois vint à
Saint Denis , & lui rendit fur fon Autel
l'oriflame qu'il avoit pris quand ilpartit
pour aller contre les Flamands , & puis
s'en alla à Notre- Dame de Paris , &
quand il fut là , fe fit armer des armes
qu'il avoit portées dans la bataille contre
les Flamands , & puis monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre - Dame , & très- devotement la
remercia , & luipréfenta le cheval fur lequel
il étoit monté & toutes fes armures.
Quelle peut donc être la difcuffion
demandera- t'on ? La voici : on dit que
dans différens manufcrits des grandes
Chroniques de Saint Denis , s'il y a que
Philippe de Valois alla à Notre- Dame
de Paris & y entra monté fur fon def
trier, &c. il y a dans d'autres manufcrits
de ces mêmes Chroniques , qu'il alla à
Notre-Dame de Chartres , & y entra
monté furfon deftrier , &c . & on ajoute
que dans le Continuateur de Nangis
* Edition de 1493 , de 1517 , & autres.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
on peut lire également iniit Parifios
ou iniit Carnotum , parce que Parifios
ou Carnotum font variantes ; & on con
clut de là que Philippe de Valois n'étant
point entré à cheval dans l'Eglife
de Paris , mais dans celle de Chartres
ce n'eft point fa Statue qu'on voit dans
l'Eglife de Paris , mais celle de Philippe
le Bel
Les grandes Chroniques de Saint
Denis , après avoir parlé fort au long
de la bataille de Mons en Puelle , difent
fimplement que Philippe le Bel revint
à Paris environ la Saint Denis à grande
joye ineftimable. Le Continuateur de
Guillaume de Nangis , après avoir parlé
des fondations que ce Prince fit dans
quelques Eglifes & dans celle de Paris
en reconnoiffance de fa victoire , ne dit
pas un mot de fa cavalcade dans cette
Eglife . Eft- il naturel que ces Hiftoriens
n'en euffent pas parlé à l'article de ce
Prince & de fes fondations ? Eft-il naturel
que dans la fuite , lorfqu'ils difent que
Philippe de Valois entra à cheval dans
l'Eglife de Paris , où , fi l'on veut , de
Chartres , ils n'euffent pas ajouté , comme
Philippe le Bel avoit fait après fa
victoire de Mons en Puelle ? Cette ob-.
jection n'eſt - elle pas convaincante 2
AVRIL 1763. 83
Ne faudroit- il pas , pour la combattre ,
préfenter quelque titre authentique où
fut porté que Philippe le Bel entra
dans l'Eglife de Paris à cheval ; or , ni
Claude Joly , ni autres n'en produifent
& n'en ont jamais produit aucun ; au
lieu que dans un manufcrit qui, paroît
être de 1360 , cotté H , numéro 22 ,
& faifant partie des manufcrits que le
Chapitre de Notre Dame a donnés au
Roi , il eft dit que Philippe de Valois ,
après la bataille de Caffel , l'an 1328
entra tout armé fur fon deftrier dans
L'Eglife de Notre- Dame de Paris ...
& que fa repréfentation eft affife fur
deux pilliers devant l'image de ladite
Dame , en la Nefde ladite Eglife.
-
Examinons à préfent la Lettre de Clau
de Joly. Paul Emile , dit-il , attribue la
Statue en queftion à Philippe le Bel ; &
Paul Emile étant Chanoine de Notre-
Dame de Paris il est vraisemblable
qu'il n'auroit pas attribué à ce . Prince
une action fi publique & fi folemnelle ,
s'il n'en eût été bien affuré, ou par
quelqu'écrit authentique. Qu par une :
tradition qui étoit alors tenue pour conftante
& certaine parmi fes Confreres.
Réponse. Sous le regne de Henri II
à côté de cette Statue , on mit des vers
9
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
& une infcription qui y a fubfifté plus
de cent ans , & par laquelle on difoit
que c'étoit la Statue de Philippe de Valois
; la plupart des Chanoines dont
Paul Emile avoit été Confrère , étoient
encore vivans ; eft- il naturel qu'ils ne
fe fuffent pas oppofés à cette infcription ,
& qu'ils l'euffent approuvée , fi elle
avoit été contraire à ce qui étoit porté
dans leurs Archives ?
C'eft fur le témoignage de Nicole
Gilles , dit Claude Joly , que quand on
a commencé de mettre dans les Breviaires
de Paris les Leçons qui font mention de
cette victoire , on a attribué à Philippe
de Valois , non-feulement l'entrée à cheval
dans l'Eglife de Paris , mais auffi
la victoire & la fondation de la fête de
l'année 1304 , quoiqu'il ne fut Roi que
vingt-quatre ans après.
,
Réponse. Dans plufieurs manufcrits
des grandes Chroniques de Saint Denis
bien antérieurs à Nicole Gilles &
dans toutes les anciennes Editions de
ces Chroniques , il eft dit que Philippe
de Valois entra à cheval dans la Cathédrale
de Paris ; c'eft fur ces autorités
que dans les Breviaires on a attribué
cette action folemnelle à ce Prince ;
Claude Joly ne l'ignoroit pas , & il a
AVRIL. 1763. 84
donc tort de dire qu'on ne s'eft fondé
que fur le témoignage de Nicole Gilles.
D'ailleurs , les Breviaires ne confondent
ni les deux Rois , ni les deux victoires ;
il y eft dit , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi
Pulchri , fit duplum ; & après des
Leçons & verfets fur la Vierge , il eft
dit auffi , Philippus Valefius , cum infignem
victoriam de rebellibus Flandris
obtinuiffet , quæ contigit anno 1328 , &c.
Voilà les deux victoires & les deux Rois
bien diftingués ; Philippe le Bel avoit
fait une fondation ; Philippe de Valois
avoit fait une offrande qu'il racheta
par une fomme confidérable , comme
je le prouverai dans la fuite ; d'ailleurs
il avoit fait élever un monument de fa
victoire & de fa reconnoiffance envers
la Vierge ; l'Eglife de Paris faifoit commémoration
de ces deux batailles mémorables
, gagnées l'une & l'autre pendant
l'octave de l'Affomption .
Claude Joli dit qu'il eft encore bon d'obferver
qu'on n'a point mis dans les breviaires
de Paris aucune leçontouchant cela,
avant l'édition de 1584 ; car , ajoutet-
il , il n'y en a aucun qui en parle dans
ceux d'auparavant , de 1479 & 1492.
Réponse. L'Hiftoire de Paul Emile fut
86 MERCURE DE FRANCE.
il
imprimée en 1544 quarante après , eny
1584 , lorfque le Chapitre de Notre
Dame jugea apropos de mettre dans les
breviaires les leçons en queftion , n'eſtpas
vrai femblable qu'il auroit adopté
L'opinion de Paul Emile fon confrère
s'il n'avoit vû dans fes archives qu'elle
n'étoit foutenable. J'ajouterai que
dans ce temps là , il paroiffoit chaque
jour quelque écrit qui traitoit des anciens
droits de nos Rois fur la Flandres
pas
& que même les Provinces unies , cette
même année 1584, avoient offert à Henri
III de fe mettre fous fa domination ;
peut- être que le Chapitre de notre Dame
, attendu ces circonftances , jugea a
propos de joindre a la commémoration
de la victoire de Philippe le Bel , celle
de la victoire de Philippe de Valois ;
on inféroit dans ce temps là , dans les
breviaires & rituels , des prieres & des .
leçons bien moins convenables..
Claude Joli dit que M. de Sponde
Evêque de pamiers , pretend que ceux
qui ont atribué la ftatue en queftion a
Philippe Lebel, ont été refutezpar plufieursperfonnes
, & même par les anciens
Cartulaires de l'Eglife de Paris dont ils
n'avoient pas vu les Archives
ajoute Claude Joli , de quelles Archives
mais
AVRIL 1763.
87
M. de Sponde veut-il parler , puifqu'il
n'y en a point d'autres que la fondation
de Philippe le Bel & les vieux breviaires .
de cette Eglife , qui portent tous le nom
de Philippe le Belfans parler en aucune
façon de Philippe de Valois , lefquelles
Archives Paul Emile avoit pû voir , mais
que certainement Nicole Gilles ni ceuxdefon
opinion n'avoient pas vues , puifque
ce qu'il en écrit leur eft tout contraire.
Reponse , Loin de nous produire quelque
Piéce authentique , dans laquelle il
foit dit que Philippe le Bel entra à cheval
dans l'Eglife de notre Dame , & que
c'eft fa ftatue qu'on y voit , Claude Joli
convient que Paul Emile n'en a point eu
d'autres preuves , & qu'il n'y en a point
d'autres , que la fondation d'une rente
de cent livres,faite par ce Prince , & que.
ce qui eft porté dans les vieux breviaires
; Or, de l'aveu même de Claude Joli,
il n'en eft pas dit un mot dans l'acte de
fondation de cette rente ; & les vieux.
Breviaires difent uniquement , in Ecclefia
Parifienfi , propter commemorationem»
victoria Philippi pulchri , fit duplum.
Le pere Texera & M. de Sponde , qui
avoient eu communication des Archives
de Notre Dame , comme en convient
Claude Joli, ont-ils eu tort de rejetter
88 MERCURE DE FRANCE .
de pareilles preuves ? n'eft-il pas fingu
lier de dire que fi Nicole Gilles les avoit
vues , elles lui auroient fait changer d'opinion
? d'ailleurs M. de Sponde dit que
ceux qui attribuent la ftatue en queftion
à Philippe le Bel, font refutezpar d'anciens
. Cartulaires de l'Eglife de Paris ;
dira-ton que ces anciens Cartulaires
n'ont jamais exifté , & que M. de Sponde
n'en a point vûs ?
Des Prêtres de l'Oratoire ont continué
l'hiftoire particuliere de l'Eglife de Paris
; ils avoient eu en communication
les Archives , le nécrologe , & tous les
titres de cette Cathédrale ; ils avoient
lû la differtation de Claude Joli & les
lettres de M. Jouet , fon ami ; ces hiftoriens
, dans leur ouvrage in-folio , dedié
à M. le Cardinal de Noailles & imprimé
en 1710 , difent , l . 18 , c. 3 , p.
615
qu'il n'eft pas douteux que la ftatue en
queftion eft de Philippe de Valois , &
qu'aucun Roi , avant lui , n'étoit entré
à cheval dans l'Eglife de Notre-Dame ;
& ils ont lû , comme moi , dans le continuateur
de Guillaume de Nangis, qu'ils
citent , iniit Parifios ; ainfi l'anonyme
qui écrit à M. le Prefident Henault , &
qui dit fi poliment ce qui vous divertira ,
doit trouver ces Prêtres de l'Oratoire
très divertiffans. -
AVRIL. 1763. 89
Claude Joly qui tâche d'acrocher des
autorités , cite les Annales de Malingre ,
quoiqu'il n'ignorât pas que Malingre
dans fes Antiqués de Paris , page 10 ,
s'étoit retracté , & qu'il dit que la Statue
en queftion repréfente Philippe de Valois.
Thevet eft du même avis ; cela
n'empêche pas Claude Joly de le citer
en fa faveur .
Je pourrois m'autorifer de la Médaille
qu'on voit dans la France Métallique
, & faire fentir la fauffeté du
raifonnement de Claude Joly ; mais
comme je ne cherche & que je n'employe
que la vérité , j'avoue que cette
Médaille eft fuppofée ; mais on juge
bien que l'Auteur de la France Métallique
, pour fuppofer cette Médaille
alla à Notre-Dame de Paris & copia
bien exactement la Statue en queftion.
Venons à préfent aux Lettres de
M. Jouet. Il dit que Philippe le Bel , en
reconnoiffance de fa victoire de Mons
en Puelle , fit à l'Eglife de Chartres ,
comme à celle Paris , une fondation de
cent livres de rente ; qu'en conféquence
on célébre tous les ans à Chartres , le
17 Août , l'Office de Notre-Dame de
la Victoire , & que ce jour-là on tire
du tréfor & l'on expofe aux yeux du
go MERCURE DE FRANCE ..
public une Armure très- riche , mais
qui ne pouvoit être que d'un jeune
homme de treize à quatorze ans ; il
differte beaucoup fur cette armure , &
prétend que Philippe le Bel envoya
fon fils Charles en faire l'offrande à
Notre-Dame de Chartres ; mais il ne
réfléchit pas que ce fils Charles n'avoit
que neufans lors de la bataille de Mons
en Puelle ; qu'il n'étoit point à cette
bataille ; que ce n'étoient pas fes armes ,
mais celles de fon pere qu'il auroit été
chargé d'offrir ; qu'il n'eft pas douteux
que l'épée & la ceinture font femées
de Dauphins & que ces armes font
donc bien poftérieures au règne de
Philippe le Bel, le Dauphiné n'ayant
été uni à la Couronne qu'en 1349 ;
qu'enfin c'eft l'armure que Charles VI,
qu'on appella long-tems le petit Roi ,
envoya en offrande à Notre -Dame de
Chartres , après avoir battu les Fla
mands à Rofebeque en 1482 ce
Prince n'avoit alors que quatorze ans.
On demandera pourquoi on étale cette
armure le jour qu'on célébre la victoire
de Mons en Puelle ? Parce qu'apparemment
, dans la fuite des tems , on avoit
oublié de qui elle venoit , & qu'on
imagina que c'étoit une offrande de
AVRIL. 1763 91
Philippe le Bel; il eft naturel de penfer
plutôt à ceux qui font des fondations.
qu'aux autres. Ce qu'il y a de trèscertain
, c'est que dans l'acte de fondation
de cent livres de rente & dans
les Archives de l'Eglife de Chartres ,
il n'eft point parlé du tout de cette
armure ni d'aucune offrande de Philippe
le Bel ; il fit , je le répéte , des
fondations à Paris , à Chartres , & dans
d'autres Eglifes , en reconnoiffance de fa
victoire ; mais il n'y offrit jamais ni fes
armes ni fon cheval
M. Jouet produit enfuite une pièce
authentique , tirée des Archives de l'Eglife
de Chartres , dans laquelle il eft
dit , que le Chapitre s'étant aſſemblé , a
délibéré que la fomme de mille livres
que le Roi ( Philippe de Valois ) a donnée
pour le rachapt de fon cheval & de
fes armes , qu'il avoit préfentez lui même
à la Vierge , fera employée à acquerir
des fonds ou des révenus pour ladite.
Eglife de Chartres. Cela confirme ce
que j'ai toujours penfé & dit , & ce qu'a
écrit , il y a plus de cent-ans , M. Souchet
, Secrétaire & Chanoine du chapi-.
tre de Chartres , dans fon hiftoire Manuferite
de ce chapitre & de cette ville
Philippe de Valois alla d'abord à Notre
02 MERCURE DE FRANCE.
1
Dame de Paris ou il offrit à la Vierge fes
armes & fon cheval , & les racheta par
une fomme de mille livres ; il alla enfuite
à Chartres ou il fit précisément la
même cérémonie. C'étoient les anciens
ufages ; dans une tranfaction de l'an
1329 , entre les Curés de Paris & l'Eglife
du S. Sepulchre , il eft dit qu'un
mourant fera libre de choisir fa fepulture
dans cette Fglife , mais que fon corps
fera d'abord porté à la Paroiffe fur laquelle
il fera mort & que le Curé de
cette Paroiffe aura la moitié du luminaire
& de ce qui reviendra des hardes & chevaux
( ex pannis & equis ) qui feront
préfentés , lors de l'inhumation dans
Eglife du S. Sepulcre. Au fervice fait
à S. Denis en 1489 , pour Bertrand Duguefclin
, par l'ordre de Charles VI ,
L'Evêque qui célebroit la Meffe , reçut le
préfent des chevaux qui furent préſentés
à l'offrande , en leur mettant la main fur
la tête ; enfuite on les remena ; mais il
fallut compofer pour le droit de l'Abbaye
à laquelle ils étoient dévolus.
En
1329 Pierre
de
Cugneres
,
Avocat
du Roi au Parlement
, plaida
contre
les ufurpations
des Ecléfiaftiques
fur la juftice
temporelle
; le Jugement
de Philippe
de Valois
parut
favorable
AVRIL. 1763:
93
au Clergé qui tacha de lui marquer fa
réconnoiffance par des honneurs & des
tîtres ; il lui donna celui de Roi Catholique
; & comme la victoire de Caffel
& l'action folemnelle que ce Prince
avoit faite à Paris & à Chartres
étoient affez récentes, je croirois volontiers
que ce fut dans ce temps-là , que
chacune de ces deux Eglifes lui éleva
une ftatue équeftre ; ce qu'il y a de très
certain , c'eſt que l'Eglife de Sens ( 1 )
lui en éleva une dans ce même temps-
-là , femblable , dit D. du Breul , page
21 , à celle de ce Roi dans notre Eglife
de Paris , & au- deffous de laquelle
ftatue de Sens , on lit deux vers où il
eft qualifié défenfeur des droits de l'Eglife.
L'Auteur du Traité des anciennes armes
offenfives & défenfives des François
, imprimé chez Blaife , en 1635 .
dit , p . 113 , que Philippe le Bel ayant
rendu le Parlement fédentaire , les Chcvaliers
qui y préfidoient , pourfe diftinguer
des gens de Loi , firent faire des
bonnets de la forme de leurs cafques , &
( 1 ) Pierre du Roger , Archevêque de Sens ,
parla pour le Clergé , & imagina cette marque
de reconnoiffance envers Philippe de Valois , au
lieu des Décimes que ce Prince eípéroit du Clergé.
94 MERCURE DE FRANCE .
que voilà l'origine des Mortiers des Préfidens
; car ce ne fut , ajoute-t-il , que
fous le regne de Philippe le Long qu'on
imagina les cafques en forme de cone ,
s'élargiffant en defcendant fur les épau
les & comme un fabot renverfé
tel que celui qu'on voit à Philippe de
Valois dans Notre - Dame de Paris ; on
croyoit parer à l'inconvénient des cafques
trop plats , fur lefquels un coup de
maffue bien affené devoit enfoncer la tête
de celui qui le portoit ; mais dans là
fuite on trouva ces cafques fi pefans ,
qu'on changea encore.
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Résumé : RÉPONSE de M. de SAINT- FOIX.
M. de Saint-Foix a été critiqué pour avoir attribué une statue équestre à Notre-Dame de Paris à Philippe de Valois. Une brochure anonyme l'accusa d'erreur en mentionnant une nouvelle inscription sous la statue. Saint-Foix vérifia cette information et publia sa réflexion dans le Mercure de Janvier. Un nouvel anonyme, admirateur du Président Henault, le critiqua à nouveau, mais Saint-Foix resta convaincu de son interprétation. Saint-Foix examina les sources historiques. Philippe le Bel, après sa victoire à Mons-en-Puelle en 1304, fit des fondations à Notre-Dame de Paris et à Chartres, mais aucune source contemporaine ne mentionne qu'il soit entré à cheval dans l'église de Notre-Dame de Paris. En revanche, les Grandes Chroniques de Saint-Denis rapportent que Philippe de Valois, après sa victoire à Cassel en 1328, entra à cheval à Notre-Dame de Paris. Saint-Foix contesta les arguments de Claude Joly, qui soutenait que la statue représentait Philippe le Bel. Il souligna que les manuscrits des Grandes Chroniques de Saint-Denis et les anciens breviaires attribuaient cette action à Philippe de Valois. Des prêtres de l'Oratoire, ayant consulté les archives de Notre-Dame, confirmèrent que la statue était bien celle de Philippe de Valois. Saint-Foix réfuta les accusations de Claude Joly en montrant que les preuves avancées par ce dernier étaient insuffisantes et contradictoires. Il conclut que la statue représentait Philippe de Valois, appuyé par les sources historiques et les archives de Notre-Dame. Par ailleurs, le texte discute de l'origine et de l'histoire d'une armure exposée à Notre-Dame de Chartres. Contrairement à une croyance populaire, cette armure n'a pas été offerte par Philippe le Bel. Charles, fils de Philippe le Bel, n'avait que neuf ans lors de la bataille de Mons-en-Puelle et n'était pas présent. L'armure et la ceinture sont des armes de Dauphins, ce qui les situe après 1349, date à laquelle le Dauphiné fut uni à la Couronne. En réalité, l'armure a été offerte par Charles VI après sa victoire contre les Flamands à Rosbecque en 1382, alors qu'il avait quatorze ans. L'armure est exposée le jour de la célébration de la victoire de Mons-en-Puelle en raison d'une confusion historique. Les archives de l'église de Chartres ne mentionnent aucune offrande de Philippe le Bel, mais confirment des fondations faites par Philippe de Valois. Ce dernier, après sa victoire, offrit ses armes et son cheval à Notre-Dame de Paris et de Chartres, suivant des usages anciens.
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19840
p. 1352
LOGOGRYPHUS.
Début :
Primâ fronte bonum longè pretiosius auro [...]
Mots clefs :
Virtus
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHUS.
LOGOGRYPHUS.
PRimafronte bonum longè pretiofius aure
Exhibeo partes verò cumfcindor in aquas ,
Una virum prabet ; folum decet altera Numen.
Senis ex membris libeat fi tollere quartum ,
Horrida Locufta , Circeſque piacula promam.
Rurfus tolle caput , Danaumque repente videbis ,
Cujus paupertas totum eft celebrata per orbem.
Par M.... du Château du Loir,
PRimafronte bonum longè pretiofius aure
Exhibeo partes verò cumfcindor in aquas ,
Una virum prabet ; folum decet altera Numen.
Senis ex membris libeat fi tollere quartum ,
Horrida Locufta , Circeſque piacula promam.
Rurfus tolle caput , Danaumque repente videbis ,
Cujus paupertas totum eft celebrata per orbem.
Par M.... du Château du Loir,
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19841
p. 1352-1353
ALIUS.
Début :
Quaeras, invenies. Sanctus sum, Lector amice. [...]
Mots clefs :
Carolus
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texteReconnaissance textuelle : ALIUS.
ALIUS.
Uaras , invenies. Sanctusfum , Lector amice.
Me mea divinum faciunt attingere lumen
Facta ,fed hic fileo ... nimiùm ne dicere cogar.
V₁
JUIN. 2353 1739:
Ut tibifim notus , difcerpito membra Beati
Officium cujus non fit de Martyre. Vertas.
Inverfumfi ritè modis non nofcere poffes
Bis fenis nomen , quaras me menfe Novembri.
Gefto cibum duplicem tibi ( pingue macrumque )
Sum Verbi Scriptor divini : lumine torva :
Me tangit ; me Sexus amat ; me Sexus honorat :
Sum tandem locus , arcus , uro , calor , oraque ; nec plus.
Par Duchemin , Muſicien à Angers.
Uaras , invenies. Sanctusfum , Lector amice.
Me mea divinum faciunt attingere lumen
Facta ,fed hic fileo ... nimiùm ne dicere cogar.
V₁
JUIN. 2353 1739:
Ut tibifim notus , difcerpito membra Beati
Officium cujus non fit de Martyre. Vertas.
Inverfumfi ritè modis non nofcere poffes
Bis fenis nomen , quaras me menfe Novembri.
Gefto cibum duplicem tibi ( pingue macrumque )
Sum Verbi Scriptor divini : lumine torva :
Me tangit ; me Sexus amat ; me Sexus honorat :
Sum tandem locus , arcus , uro , calor , oraque ; nec plus.
Par Duchemin , Muſicien à Angers.
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19843
p. 2856-2857
« NOUVELLE METHODE pour trouver les XIV. des nouvelles Lunes Pascales, avec [...] »
Début :
NOUVELLE METHODE pour trouver les XIV. des nouvelles Lunes Pascales, avec [...]
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVELLE METHODE pour trouver les XIV. des nouvelles Lunes Pascales, avec [...] »
NOUVELLE METHODE pour trouver les
XIV. des nouvelles Lunes Pascales , avec
la Réforme de la Pâques depuis 1700.
jusqu'en dix mille ans , selon le stile
Grégorien , dédiée à M. de Bretons de
Crillon , Archevêque de Toulouse , par
le R. P. Emmanuel de Viviers , Prédicateur
Capucin , Associé à l'Académie des
Sciences de Toulouse , et Correspondant
de celle de Paris. A Toulouse , chez G. Robert
, rue Sainte Ursule , et chez Grangeron,
rue S. Rome.
CALENDRIER PERPETUEL pour connoître
la Pâque , les Fêtes Mobiles et leur
rencontre avec les Fêtes fixes de chaque
année , même avant la réformation de
158 2. ensemble la Pâques des Protestans ,
l'Índicrion , le Nombre d'or , l'Epacte ,
la Lettre Dominicale , l'heure du lever
et du coucher du Soleil , avec les jours du
Mois et de la Semaine. A Aix , chez
Choquel et le Blanc , 1734.
ALMANACH ROYAL , in 8. de 430. pages
, contenant les Cours Superieures et
II. Vol..
JuDECEMBRE
. 1733. 2857
Jurisdictions tant de l'Enclos du Palais
que celle du Châtelet , et generalement
tout ce qui a rapport au Clergé , à l'Epée,
à la Robe et à la Finance ; augmenté
des Abbez Commandataires , Colonels ,
Generaux , Lieutenans Generaux des Armées
du Roy , Maréchaux de Camps , Brigadiers
des Armées Lieutenans Gene-
Laux des Armées Navales et des Galeres ,
Ch fs d'Escadre & c. Et de la date de la
Nomination et Reception de tous les
Officiers ci - dessus , avec une Table generale.
A Paris , au bas de la rue de la Harchez
la veuve d'Hury.
XIV. des nouvelles Lunes Pascales , avec
la Réforme de la Pâques depuis 1700.
jusqu'en dix mille ans , selon le stile
Grégorien , dédiée à M. de Bretons de
Crillon , Archevêque de Toulouse , par
le R. P. Emmanuel de Viviers , Prédicateur
Capucin , Associé à l'Académie des
Sciences de Toulouse , et Correspondant
de celle de Paris. A Toulouse , chez G. Robert
, rue Sainte Ursule , et chez Grangeron,
rue S. Rome.
CALENDRIER PERPETUEL pour connoître
la Pâque , les Fêtes Mobiles et leur
rencontre avec les Fêtes fixes de chaque
année , même avant la réformation de
158 2. ensemble la Pâques des Protestans ,
l'Índicrion , le Nombre d'or , l'Epacte ,
la Lettre Dominicale , l'heure du lever
et du coucher du Soleil , avec les jours du
Mois et de la Semaine. A Aix , chez
Choquel et le Blanc , 1734.
ALMANACH ROYAL , in 8. de 430. pages
, contenant les Cours Superieures et
II. Vol..
JuDECEMBRE
. 1733. 2857
Jurisdictions tant de l'Enclos du Palais
que celle du Châtelet , et generalement
tout ce qui a rapport au Clergé , à l'Epée,
à la Robe et à la Finance ; augmenté
des Abbez Commandataires , Colonels ,
Generaux , Lieutenans Generaux des Armées
du Roy , Maréchaux de Camps , Brigadiers
des Armées Lieutenans Gene-
Laux des Armées Navales et des Galeres ,
Ch fs d'Escadre & c. Et de la date de la
Nomination et Reception de tous les
Officiers ci - dessus , avec une Table generale.
A Paris , au bas de la rue de la Harchez
la veuve d'Hury.
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Résumé : « NOUVELLE METHODE pour trouver les XIV. des nouvelles Lunes Pascales, avec [...] »
Le document présente trois ouvrages. Le premier, 'NOUVELLE METHODE pour trouver les XIV. des nouvelles Lunes Pascales', est dédié à M. de Bretons de Crillon, Archevêque de Toulouse. Rédigé par le R. P. Emmanuel de Viviers, Prédicateur Capucin, Associé à l'Académie des Sciences de Toulouse et Correspondant de celle de Paris, il propose une méthode pour calculer les dates des nouvelles lunes pascales et réformer la Pâque de 1700 jusqu'à l'an dix mille selon le style grégorien. Il est disponible à Toulouse chez G. Robert et Grangeron. Le second ouvrage est un 'CALENDRIER PERPETUEL' permettant de connaître la Pâque, les fêtes mobiles et leur rencontre avec les fêtes fixes de chaque année, même avant la réforme de 1582. Il inclut également la Pâque des Protestants, l'Indiction, le Nombre d'or, l'Épacte, la Lettre Dominicale, ainsi que les heures de lever et de coucher du soleil. Ce calendrier est disponible à Aix chez Choquel et le Blanc en 1734. Enfin, l''ALMANACH ROYAL' est un ouvrage de 430 pages en format in-8, publié en décembre 1733. Il contient des informations sur les cours supérieures, les juridictions de l'Enclos du Palais et du Châtelet, ainsi que sur le Clergé, l'Épée, la Robe et la Finance. Il inclut également des détails sur les Abbés commanditaires, les colonels, généraux, lieutenants généraux des armées du roi, maréchaux de camps, brigadiers des armées, lieutenants généraux des armées navales et des galères, chefs d'escadre, et les dates de nomination et de réception de tous ces officiers. L'almanach est disponible à Paris chez la veuve d'Hury.
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19845
p. 1353
ALIUS.
Début :
Ex verbis Christi, sum certè ipsissima Christus. [...]
Mots clefs :
Veritas
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texteReconnaissance textuelle : ALIUS.
ALIUS.
Ex verbis Chrifti , fum certè ipſiſſima Chriſtus.
Tres prima decorant Prata colore novo :
Tres iterùm capias ; dubias res affero , Lector :
Cum totidem rursùsfigura Dei :
Jungatur capiti venter , dein ultima ventri ;
Nil mecum timeas , fum valida atque potens ;
Si fervetur idem numerus , tibi pocula promam :
Mefine cum quatuor vivere non poteris.
Par le même.
Ex verbis Chrifti , fum certè ipſiſſima Chriſtus.
Tres prima decorant Prata colore novo :
Tres iterùm capias ; dubias res affero , Lector :
Cum totidem rursùsfigura Dei :
Jungatur capiti venter , dein ultima ventri ;
Nil mecum timeas , fum valida atque potens ;
Si fervetur idem numerus , tibi pocula promam :
Mefine cum quatuor vivere non poteris.
Par le même.
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19846
p. 45-46
STANCES Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitent ce Bocage, &c.
Début :
TU la formas ; acheve ton ouvrage ; [...]
Mots clefs :
Plaisir, Plaisirs, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES Sur l'Air d'Issé : Les doux plaisirs habitent ce Bocage, &c.
STANCES
Sur l'Air d'Iſſé : Les doux plaiſirs habitena
ceBocage, &c.
T
U la formas ; acheve ton ouvrage ;
Des dons charmans c'eſt le plus heureux choix ,
De fi beaux yeux ; la plus aimable voix ;
Mais elle fuit , Dieu d'amour , quel dommage !
Ledoux plaiſir de vivre ſous tes loix .
Signale enfin ta puiſſance ſuprême ;
Eh quoi ! du moins dans tes jours ſolemnels;
Jamais Thémire aux pieds de tes Autels
Ne te dira : oüi l'on m'adore & j'aime ...
Que de plaiſirs perdus pour les mortels !
Mais n'est-ce point ( ta malice eſt extrême )
Qu'avec plaifir tu verras déſormais
Que la vertu dans ſon coeur régne en paix ?
Oüi : tu n'as pû l'attendrir pour toi même ,
Tu veux du moins qu'elle n'aime jamais.
Peut-être encor veux tu dans ta colere,
46 MERCURE DE FRANCE.
Pour la priver du tribut de nos voeux ,
Danstous nos coeurs ne plus lancer tes feux ,
Et lui ravir ainſi le don de plaire ;
Il n'eſt plus tems; le charine eſt dans ſes yeux.
L
ParM. de Montcrif.
Sur l'Air d'Iſſé : Les doux plaiſirs habitena
ceBocage, &c.
T
U la formas ; acheve ton ouvrage ;
Des dons charmans c'eſt le plus heureux choix ,
De fi beaux yeux ; la plus aimable voix ;
Mais elle fuit , Dieu d'amour , quel dommage !
Ledoux plaiſir de vivre ſous tes loix .
Signale enfin ta puiſſance ſuprême ;
Eh quoi ! du moins dans tes jours ſolemnels;
Jamais Thémire aux pieds de tes Autels
Ne te dira : oüi l'on m'adore & j'aime ...
Que de plaiſirs perdus pour les mortels !
Mais n'est-ce point ( ta malice eſt extrême )
Qu'avec plaifir tu verras déſormais
Que la vertu dans ſon coeur régne en paix ?
Oüi : tu n'as pû l'attendrir pour toi même ,
Tu veux du moins qu'elle n'aime jamais.
Peut-être encor veux tu dans ta colere,
46 MERCURE DE FRANCE.
Pour la priver du tribut de nos voeux ,
Danstous nos coeurs ne plus lancer tes feux ,
Et lui ravir ainſi le don de plaire ;
Il n'eſt plus tems; le charine eſt dans ſes yeux.
L
ParM. de Montcrif.
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19848
p. 2857-2864
Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques &c. [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître une feüille imprimée qui contient en Latin, le Plan d'un [...]
Mots clefs :
Bibliothèque, Manuscrits, Bibliothèques, Ouvrage, Savants, Bibliothèque du roi, Catalogue, Travail, Auteur, Italie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques &c. [titre d'après la table]
Il vient de paroître une feuille imprimée
qui contient en Latin , le Plan d'un
nouvel Ouvrage du R. P, de Montfaucon.
Nous avons crû par l'importance du sujet
, devoir en donner ici une Traduction .
PROJET d'un Ouvrage qui aura pour
titre : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques.
J'exposerai ici en peu de mots ( c'est
L'Auteur qui parle , le sujet qui m'a fait
entreprendre et publier cet Ouvrage.
Lorsque je visitois les Bibliotheques de
Rome et d'Italie , et que je parcourois
les Manuscrits qui m'étoient confiez
II. Vol. E v j'ai
2858 MERCURE DE FRANCE
j'ai remarqué ce qui m'a paru de plus interessant.
J'ai fait des Catalogues de ces
Bibliotheques , dont j'ai donné la plus
grande partie dans mon Journal d'Italie
en l'année 1702. Non seulement j'ai mis
dans mes Porte- feuilles les Notes que j'avois
faites sur ces Manuscrits , mais j'ai
encore pris avec toute l'exactitude possible,
des Catalogues de ces Bibliotheques
et des Manuscrits , de sorte que je suis re
venu en France amplement chargé de ce
Meuble Litteraire en l'année 1701 .
De retour à Paris , j'ai continué mon
Entreprise, et par le secours de mes Confreres
et de mes Amis , j'ai étendu mes
recherches dans toute la France avec un
tel succès que j'ai recueilli un nombre
presqu'infini de Manuscrits que nos Menasteres
, plusieurs Eglises , et les Cabi
nets des Gens de Lettres m'ont fournis.
Lorsque j'étois occupé à cette Collec
tion , Gosme III . Grand Duc de Toscane,
se rendit par un surcroît de bonheur , à
la priere que j'avois eu l'honneur de lui
faire , de m'envoyer le Catalogue origi
nal de la fameuse Bibliotheque Laurentine
, Ouvrage qui avoit coûté plus de
dix années de travail à deux personnes
d'une profonde Erudition. Enrichi de
ces Tresors , j'ai songé aux moyens de les
II. Vol. rendte
DECEMBRE. 1733. 2858
rendre ut.les , tant pour moi que pour
mes amis. Dom Jean le Maître, mon cher
Confrere , a bien voulu seconder mon
dessein en transcrivant lui - même toute
cette Collection , et en y joignant une
Table aussi ample qu'exacre , travail des
plus penibles qu'il a enfin achevé en
l'année 1720. La Collection contient
2 Vol. in fol.
,
>
C'est par ce moyen un grand avantage
pour moi , pour mes amis et pour tous
les Gens de Lettres , qui s'occupent à
corriger les Ouvrages des Auteurs anciens
et ceux d'un certain âge ; puisque
d'un coup d'oeil il est aisé de distinguer
combien il se trouve de Munuscrits d'un
même Auteur dans près de cent Bibliotheques
ou Cabinets de France et
d'Italie , en tout genre de Litterature ,
principalement en Grec et en Latin , sans
parler des autres Langues ou Idiomes ,
surtout pour ce qui regarde l'Histoire
ou les Moeurs de quelque Nation ou de
quelque siécle dont la plupart sont écrites
en François , d'autres le sont en Italien
et quelques - unes en Espagnol. Plusieurs
personnes tant de nôtre Nation qu'Etrangers
, qui sont venus consulter cette
Collection en ont déja fait l'épreuve. Ce
sont ces mêmes personnes qui m'ont sol-
II. Vol Evi licité
2860 MERCURE DE FRANCE
par
licité de publier l'Ouvrage en le faisant
imprimer. Cependant je ne leur ai pas
obr d'abord, soit parce que me trouvant
distrait d'autres affaires , je ne pou-
Vois pas travailler à cet Ouvrage , soit
parce que je croyois qu'il manquoit encore
quelque chose à sa perfection .
: Mais ils ont redoublé leurs instances
en me representant mon grand âge ,
et que si je venois à mourir, cet Ouvrage
resteroit dans l'obscurité . Enfin après
avoir achevé l'Ouvrage des Monuments
de l'Histoire de France , je me rendis
aux sollicitations de mes Amis , je mis
la main à l'oeuvre , et au commencement
du mois de Juin 1733. j'entrepris de relire,
de corriger et d'augmenter ce Recüeil.
Je disposai pour joindre à cet Ouvrage
plusieurs choses qui m'étoient encore
venues depuis l'année 1720. et ce qui
étoit le plus difficile , je parcourus tous
les Catalogues imprimez des Bibliotheques
, et j'en tirai ce qu'il y avoit de plus
choisi et de plus convenable en quelque
genre de science que ce fut ; omettant et
ce que l'on rencontre communément
dans toutes les Bibliotheques de Manuscrits
, et ce que les sçavans négligent or
dinairement comme les Menées et les
autres Livres qui regardent l'Office Di-
II. Vol.
vin
DECEMBRE. 1733. 2868
vin de l'Eglise Grecque ; les Commenta
teurs d'Aristote tant Grecs que Latins, qui
surpassent en nombre presque tous les
aut res Ouvrages Manuscrits qui se trouvent
dans les Bibliotheques. C'est dans
cet esprit que j'ai choisi dans les Bibliotheques
de l'Empereur , de Coislin, dans
celles d'Angleterre &c. ce qui étoit le
plus important et surtout ce qui m'a paru
le plus avantageux à ceux qui ont entrepris
de corriger les Ouvrages des Auteurs.
Il ne me restoit plus que la Bibliotheque
du Roy , laquelle sembloit demander
encore plus de travail ; Bibliothèque
la plus ample qui ait jamais été , et aussi
fameuse par l'excellence que par le nombre
de ses Manuscrits. François I. appellé
à juste titre le Pere et le Restaura
teur des Lettres , fut le premier de nos
Rois , qui l'enrichit de Manuscrits Grecs
et Latins et de quantité d'autres . Les Rois
qui lui ont succedé ont encore de beaucoup
augmenté ce Trésor Mais Lours
LE GRAND a ajoûté tant de nouvelles richesses
, qu'il n'est point de Bibliotheque
au monde avec qui elle ne puisse disputer
pour le nombre et pour la qualité des
Manuscrits. Au reste cette célébre Bibliotheque
n'a jamais eu d'accroissement
II. Vol.
plus
2862 MERCURE DE FRANCE
plus considerables
que celui que nous
avons vû et qui s'est fait dans l'espace
seulement de 3 années , graces aux soins
et à la vigilance de S. E. M. le Cardinal
de Fleury , qui par ordre du Roy a envoyé
des Sçavans choisis dans l'Orient
gour rechercher
tout ce qu'il y auroit
encore de rare en Manuscrits
Grecs , et
dans les autres Langues Orientales
; ces
Sçavans sont revenus avec une riche moisson
. Par le conseil de ce grand Ministre,
le Roy a encore acquis la Bibliotheque
Colbert , considerée
avec raison comme
une des plus fameuses de l'Europe ; celle
de S. Martial de Limoges
et quelques
au
tres de moindre considération
qui ont
été jointes à la Bibliotheque
Royale ; en
sorte qu'en moins de 3 ans il a été mis
dans cette Bibliotheque
plus de dix mille
Manuscrits
, qui par leur nombre pourroient
composer une Bibliotheque
qui
iroit de pair avec les plus considérables
de
l'Europe , ainsi que par l'excellence
des
Manuscrits
, ce qui fait qu'on compte au.
jourd'hui plus de trente mille Manuscrits
dans la Bibliotheque
du Roy , parmi lesquels
il y en a plus de 4000 en Grec.
Jamais Bibliotheque
ne fut donc plus
abondante
et plus riche en Manuscrits
pas même celle , de Ptolomée
, ce qui se
1 Vol. roit
DECEMBRE , 1733. 2863
roit facile à prouver si l'on y vouloit
employer quelque tems. Je ne dis rien
en cela que de très conforme à la verité.
C'eut été un travail immense s'il avoit
fallu choisir scrupuleusement dans une
relle Bibliotheque ce qui a rapport à mort
dessein particulier . Mais comme depuis
47 ans j'avois fréquenté et la Bibliotheque
du Roy er celle de Colbert qui lui a
été unie , et comme j'avois déja tiré de
ces Bibliotheques beaucoup de choses ,
j'ai vu par là diminuer vû mon travail. J'ai
lû très- xactement le Catalogue de ces
deux Biblio heques , que les Sçavans , qui
en ont la garde , m'ont obligeamment
communiquez , j'en ai pris ce qui m'a
paru le plus important sans oublier les
Variantes des plus fameux Ecrivains que
j'offre aux Sçavans , avec d'autres remarques
singulieres qui regardent quelques
Manuscrits particuliers , afin qu'on s'en
puisse servir en attendant que les sçavans
Hommes qui ont entrepris de donner un
Catalogue plus parfait y ayent mis la der
niere main.
Car le premier Catalogue de la Bibliotheque
du Roy , quoiqu'ancien , n'a
pas été fait avec toute l'exactitude qui
étoit à désirer du moins en cettains articles.
C'est tout le contraire à l'égard
II. Vol.
du
2864 MERCURE DE FRANCE
du Catalogue de la Bibliotheque Colbert
, qui est sorti de la main du célébre
M. Baluze.
Le sçavant Lecteur pourra donc voir
dans quelles Bibliotheques de l'Europe
- sont les Manuscrits de chaque Auteur
en tout genre de Litterature, en Histoire
ancienne et moderne en celle des
Royaumes , des Provinces , des Villes
des Eglises , des Monasteres , des Maisons
Illustres , en un mot, sur toutes les espe
ces d'Arts et de discipline. Tout cela sera
déduit avec plus d'étendue pour la
commodité des Lecteurs dans une Préface
qui sera mise au commencement de
l'Ouvrage.
qui contient en Latin , le Plan d'un
nouvel Ouvrage du R. P, de Montfaucon.
Nous avons crû par l'importance du sujet
, devoir en donner ici une Traduction .
PROJET d'un Ouvrage qui aura pour
titre : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques.
J'exposerai ici en peu de mots ( c'est
L'Auteur qui parle , le sujet qui m'a fait
entreprendre et publier cet Ouvrage.
Lorsque je visitois les Bibliotheques de
Rome et d'Italie , et que je parcourois
les Manuscrits qui m'étoient confiez
II. Vol. E v j'ai
2858 MERCURE DE FRANCE
j'ai remarqué ce qui m'a paru de plus interessant.
J'ai fait des Catalogues de ces
Bibliotheques , dont j'ai donné la plus
grande partie dans mon Journal d'Italie
en l'année 1702. Non seulement j'ai mis
dans mes Porte- feuilles les Notes que j'avois
faites sur ces Manuscrits , mais j'ai
encore pris avec toute l'exactitude possible,
des Catalogues de ces Bibliotheques
et des Manuscrits , de sorte que je suis re
venu en France amplement chargé de ce
Meuble Litteraire en l'année 1701 .
De retour à Paris , j'ai continué mon
Entreprise, et par le secours de mes Confreres
et de mes Amis , j'ai étendu mes
recherches dans toute la France avec un
tel succès que j'ai recueilli un nombre
presqu'infini de Manuscrits que nos Menasteres
, plusieurs Eglises , et les Cabi
nets des Gens de Lettres m'ont fournis.
Lorsque j'étois occupé à cette Collec
tion , Gosme III . Grand Duc de Toscane,
se rendit par un surcroît de bonheur , à
la priere que j'avois eu l'honneur de lui
faire , de m'envoyer le Catalogue origi
nal de la fameuse Bibliotheque Laurentine
, Ouvrage qui avoit coûté plus de
dix années de travail à deux personnes
d'une profonde Erudition. Enrichi de
ces Tresors , j'ai songé aux moyens de les
II. Vol. rendte
DECEMBRE. 1733. 2858
rendre ut.les , tant pour moi que pour
mes amis. Dom Jean le Maître, mon cher
Confrere , a bien voulu seconder mon
dessein en transcrivant lui - même toute
cette Collection , et en y joignant une
Table aussi ample qu'exacre , travail des
plus penibles qu'il a enfin achevé en
l'année 1720. La Collection contient
2 Vol. in fol.
,
>
C'est par ce moyen un grand avantage
pour moi , pour mes amis et pour tous
les Gens de Lettres , qui s'occupent à
corriger les Ouvrages des Auteurs anciens
et ceux d'un certain âge ; puisque
d'un coup d'oeil il est aisé de distinguer
combien il se trouve de Munuscrits d'un
même Auteur dans près de cent Bibliotheques
ou Cabinets de France et
d'Italie , en tout genre de Litterature ,
principalement en Grec et en Latin , sans
parler des autres Langues ou Idiomes ,
surtout pour ce qui regarde l'Histoire
ou les Moeurs de quelque Nation ou de
quelque siécle dont la plupart sont écrites
en François , d'autres le sont en Italien
et quelques - unes en Espagnol. Plusieurs
personnes tant de nôtre Nation qu'Etrangers
, qui sont venus consulter cette
Collection en ont déja fait l'épreuve. Ce
sont ces mêmes personnes qui m'ont sol-
II. Vol Evi licité
2860 MERCURE DE FRANCE
par
licité de publier l'Ouvrage en le faisant
imprimer. Cependant je ne leur ai pas
obr d'abord, soit parce que me trouvant
distrait d'autres affaires , je ne pou-
Vois pas travailler à cet Ouvrage , soit
parce que je croyois qu'il manquoit encore
quelque chose à sa perfection .
: Mais ils ont redoublé leurs instances
en me representant mon grand âge ,
et que si je venois à mourir, cet Ouvrage
resteroit dans l'obscurité . Enfin après
avoir achevé l'Ouvrage des Monuments
de l'Histoire de France , je me rendis
aux sollicitations de mes Amis , je mis
la main à l'oeuvre , et au commencement
du mois de Juin 1733. j'entrepris de relire,
de corriger et d'augmenter ce Recüeil.
Je disposai pour joindre à cet Ouvrage
plusieurs choses qui m'étoient encore
venues depuis l'année 1720. et ce qui
étoit le plus difficile , je parcourus tous
les Catalogues imprimez des Bibliotheques
, et j'en tirai ce qu'il y avoit de plus
choisi et de plus convenable en quelque
genre de science que ce fut ; omettant et
ce que l'on rencontre communément
dans toutes les Bibliotheques de Manuscrits
, et ce que les sçavans négligent or
dinairement comme les Menées et les
autres Livres qui regardent l'Office Di-
II. Vol.
vin
DECEMBRE. 1733. 2868
vin de l'Eglise Grecque ; les Commenta
teurs d'Aristote tant Grecs que Latins, qui
surpassent en nombre presque tous les
aut res Ouvrages Manuscrits qui se trouvent
dans les Bibliotheques. C'est dans
cet esprit que j'ai choisi dans les Bibliotheques
de l'Empereur , de Coislin, dans
celles d'Angleterre &c. ce qui étoit le
plus important et surtout ce qui m'a paru
le plus avantageux à ceux qui ont entrepris
de corriger les Ouvrages des Auteurs.
Il ne me restoit plus que la Bibliotheque
du Roy , laquelle sembloit demander
encore plus de travail ; Bibliothèque
la plus ample qui ait jamais été , et aussi
fameuse par l'excellence que par le nombre
de ses Manuscrits. François I. appellé
à juste titre le Pere et le Restaura
teur des Lettres , fut le premier de nos
Rois , qui l'enrichit de Manuscrits Grecs
et Latins et de quantité d'autres . Les Rois
qui lui ont succedé ont encore de beaucoup
augmenté ce Trésor Mais Lours
LE GRAND a ajoûté tant de nouvelles richesses
, qu'il n'est point de Bibliotheque
au monde avec qui elle ne puisse disputer
pour le nombre et pour la qualité des
Manuscrits. Au reste cette célébre Bibliotheque
n'a jamais eu d'accroissement
II. Vol.
plus
2862 MERCURE DE FRANCE
plus considerables
que celui que nous
avons vû et qui s'est fait dans l'espace
seulement de 3 années , graces aux soins
et à la vigilance de S. E. M. le Cardinal
de Fleury , qui par ordre du Roy a envoyé
des Sçavans choisis dans l'Orient
gour rechercher
tout ce qu'il y auroit
encore de rare en Manuscrits
Grecs , et
dans les autres Langues Orientales
; ces
Sçavans sont revenus avec une riche moisson
. Par le conseil de ce grand Ministre,
le Roy a encore acquis la Bibliotheque
Colbert , considerée
avec raison comme
une des plus fameuses de l'Europe ; celle
de S. Martial de Limoges
et quelques
au
tres de moindre considération
qui ont
été jointes à la Bibliotheque
Royale ; en
sorte qu'en moins de 3 ans il a été mis
dans cette Bibliotheque
plus de dix mille
Manuscrits
, qui par leur nombre pourroient
composer une Bibliotheque
qui
iroit de pair avec les plus considérables
de
l'Europe , ainsi que par l'excellence
des
Manuscrits
, ce qui fait qu'on compte au.
jourd'hui plus de trente mille Manuscrits
dans la Bibliotheque
du Roy , parmi lesquels
il y en a plus de 4000 en Grec.
Jamais Bibliotheque
ne fut donc plus
abondante
et plus riche en Manuscrits
pas même celle , de Ptolomée
, ce qui se
1 Vol. roit
DECEMBRE , 1733. 2863
roit facile à prouver si l'on y vouloit
employer quelque tems. Je ne dis rien
en cela que de très conforme à la verité.
C'eut été un travail immense s'il avoit
fallu choisir scrupuleusement dans une
relle Bibliotheque ce qui a rapport à mort
dessein particulier . Mais comme depuis
47 ans j'avois fréquenté et la Bibliotheque
du Roy er celle de Colbert qui lui a
été unie , et comme j'avois déja tiré de
ces Bibliotheques beaucoup de choses ,
j'ai vu par là diminuer vû mon travail. J'ai
lû très- xactement le Catalogue de ces
deux Biblio heques , que les Sçavans , qui
en ont la garde , m'ont obligeamment
communiquez , j'en ai pris ce qui m'a
paru le plus important sans oublier les
Variantes des plus fameux Ecrivains que
j'offre aux Sçavans , avec d'autres remarques
singulieres qui regardent quelques
Manuscrits particuliers , afin qu'on s'en
puisse servir en attendant que les sçavans
Hommes qui ont entrepris de donner un
Catalogue plus parfait y ayent mis la der
niere main.
Car le premier Catalogue de la Bibliotheque
du Roy , quoiqu'ancien , n'a
pas été fait avec toute l'exactitude qui
étoit à désirer du moins en cettains articles.
C'est tout le contraire à l'égard
II. Vol.
du
2864 MERCURE DE FRANCE
du Catalogue de la Bibliotheque Colbert
, qui est sorti de la main du célébre
M. Baluze.
Le sçavant Lecteur pourra donc voir
dans quelles Bibliotheques de l'Europe
- sont les Manuscrits de chaque Auteur
en tout genre de Litterature, en Histoire
ancienne et moderne en celle des
Royaumes , des Provinces , des Villes
des Eglises , des Monasteres , des Maisons
Illustres , en un mot, sur toutes les espe
ces d'Arts et de discipline. Tout cela sera
déduit avec plus d'étendue pour la
commodité des Lecteurs dans une Préface
qui sera mise au commencement de
l'Ouvrage.
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Résumé : Nouvelle Bibliotheque des Bibliotheques &c. [titre d'après la table]
Le Père de Montfaucon a récemment annoncé un nouvel ouvrage intitulé 'Nouvelle Bibliothèque des Bibliothèques'. Lors de ses visites des bibliothèques de Rome, d'Italie et de France, il a collecté des manuscrits et des catalogues, enrichissant ainsi sa collection. Il a également obtenu le catalogue de la bibliothèque Laurentine de Toscane. De retour à Paris, il a poursuivi ses recherches avec l'aide de ses confrères et amis, recueillant de nombreux manuscrits provenant de monastères, d'églises et de cabinets de lettrés. La collection, transcrite par Dom Jean le Maître, comprend deux volumes in-folio et une table ample et exacte. Elle offre un avantage considérable pour les lettrés qui corrigent les œuvres des auteurs anciens, permettant de distinguer les manuscrits d'un même auteur dans près de cent bibliothèques ou cabinets en France et en Italie. Plusieurs personnes, tant françaises qu'étrangères, ont déjà consulté cette collection et sollicité sa publication. Après avoir achevé un ouvrage sur les monuments de l'histoire de France, l'auteur a entrepris de relire, corriger et augmenter cette collection au début du mois de juin 1733. Il a parcouru tous les catalogues imprimés des bibliothèques, sélectionnant les éléments les plus choisis et les plus convenables. La bibliothèque du Roi, enrichie par François Ier et Louis XIV, ainsi que par les acquisitions récentes sous le cardinal de Fleury, est particulièrement notable. Elle contient plus de trente mille manuscrits, dont plus de quatre mille en grec. L'ouvrage permettra aux lecteurs de voir dans quelles bibliothèques européennes se trouvent les manuscrits de chaque auteur, en tout genre de littérature et d'histoire. Une préface détaillera ces informations pour la commodité des lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19849
p. 46
LE BAISER.
Début :
LE souffle le plus pur d'une jeune Bergere, [...]
Mots clefs :
Baiser
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texteReconnaissance textuelle : LE BAISER.
LE BAISER.
Eſouffle le plus pur d'une jeune Bergere ,,
Le ſouffle d'un enfant qui mord dans le raiſin
- L'haleine du Zéphir , qui dès le grand matin
Careſſe Flore en pleurs de ſon aîle legere ,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin &plus fimple & plus pure
Les tréſors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens paſſager ,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore
L'air qui preſſe en volant une naiſſante fleur ,
Et mille autres parfums me raviſſent encore ;
Mais un baiſer d'Aminte a bien plus de douceur.
Eſouffle le plus pur d'une jeune Bergere ,,
Le ſouffle d'un enfant qui mord dans le raiſin
- L'haleine du Zéphir , qui dès le grand matin
Careſſe Flore en pleurs de ſon aîle legere ,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin &plus fimple & plus pure
Les tréſors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens paſſager ,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore
L'air qui preſſe en volant une naiſſante fleur ,
Et mille autres parfums me raviſſent encore ;
Mais un baiſer d'Aminte a bien plus de douceur.
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19850
p. 46
VERS à M. de Voltaire, par M. Linant.
Début :
LE nom qu'au prix de ta santé [...]
Mots clefs :
Santé, Voltaire
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texteReconnaissance textuelle : VERS à M. de Voltaire, par M. Linant.
VERS à M. de Voltaire , par M. Linanta
LEE nom qu'au prix de ta ſanté
T'ont fait tes Vers & ton Hiſtoire ,
Croi moi , n'eſt point trop acheté ;
Tu te portes en vérité
Trop bien encor pour tant de gloire.
LEE nom qu'au prix de ta ſanté
T'ont fait tes Vers & ton Hiſtoire ,
Croi moi , n'eſt point trop acheté ;
Tu te portes en vérité
Trop bien encor pour tant de gloire.
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