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1851
p. 47
INSCRIPTIO LUDOVICI XV Effigiei Pedestris REMIS Civium amore, Principibus & Regni Ministris Liberaliter applaudentibus, Mox erigendæ.
Début :
DILECTUS LODOIX Laudem cognomen adimpler Absque pari Regem, Populorum gaudia, dicit. [...]
Mots clefs :
Lodoix, Regem, Regis, Gentis
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIO LUDOVICI XV Effigiei Pedestris REMIS Civium amore, Principibus & Regni Ministris Liberaliter applaudentibus, Mox erigendæ.
INSCRIPTIO
LUDOVICI XV
Effigiei Pedeftris
REMIS Civium amore ,
Principibus & Regni Miniftris
Liberaliter applaudentibus ,
Mox erigendæ.
DILECTUS LODOIX Laudem cognomen adimpler
Abfque pari Regem , Populorum gaudia , dicit .
Præfulgens oculis ftat . Dotes cordibus infunt.
Regis , Gentis , Amor felicia tempora fancit.
LUDOVICI XV
Effigiei Pedeftris
REMIS Civium amore ,
Principibus & Regni Miniftris
Liberaliter applaudentibus ,
Mox erigendæ.
DILECTUS LODOIX Laudem cognomen adimpler
Abfque pari Regem , Populorum gaudia , dicit .
Præfulgens oculis ftat . Dotes cordibus infunt.
Regis , Gentis , Amor felicia tempora fancit.
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1852
p. 48-50
CHANSON SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT avec M. le Marquis DE NOAILLES. Par M. TANEVOT. Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers, &c.
Début :
AVONS-nous changé de séjour ? [...]
Mots clefs :
Amour, Plaisirs, Victoire, Olive
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT avec M. le Marquis DE NOAILLES. Par M. TANEVOT. Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers, &c.
CHANSON
SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT
avec M. le Marquis DE
NOAILLES . Par M. TA NEVOT.
Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers , &c.
AVONS- Not VONS- nous changé de féjour?
Sommes-nous à Cythère ?
Eft-ce ici la charmante Cour
D'Amour , & de fa Mère ?
Quel Dieu , propice à nos déſirs ,
Nous luit & nous enflâme ?
Durables feux , chaftes plaifirs ,
Vous embrâfez notre âme.
Couple adoré , jeunes Epoux ,
Tel eft votre partage ,
Au fein des tranſports les plus doux ,
Recevez notre hommage.
Vous rappellez en ce moment ,
Le brillant hyménée
Qui de Pfyché , de fon amant ,
Fixa la deftinée.
On célébra des plus grands Dieux
La majefté fuprême. ,
Des
FEVRIER. 1763. 49
Des Héros s'offrent à nos yeux
Que nous chantons de même ;
Mais leurs exploits qu'ont fçu former
Et Mars , & la Victoire ,
Jamais du Dieu qui fait aimer ,
N'égaleront la gloire.
Vous répandez dans tous ces lieux
Une vive lumière :
Ainfi l'aftre éclatant des cieux
Commence fa carrière ;
Ses rayons font naître les fleurs ,
Charme de la Nature.
La vertu nourrit dans vos coeurs ,
Une flâme auffi pure.
e
Sous les aufpices de la Paix
Ces noeuds ont pris naiſſance ;
Ainfi le Ciel par ſes bienfaits ,
Signale fa puiffance :
Mufes , répondez à nos voix ,
Tout ici vous attire ;
L'Olive & le Myrthe à la fois ,
Sont faits pour votre Empire.
Vos Eléves , vos favoris
Fondent notre allégreffe :
Venez ceindre leurs fronts chéris
Des lauriers du Permeſſe :
C
50 MERCURE DE FRANCE .
1
Ils ont moiffonné les talens
Qu'on trouve fur vos traces ,
Et fous des guides vigilants ,
Joint la fageffe aux grâces.
Les tendres enfans de Cypris¸
Animent cette fête ;
Mais l'Hymen remporte le prix
Par fa belle conquête ;
Lucine , unjour du haut des cieux
On te verra defcendre ;
Car la poftérité des Dieux
Ne le fait point attendre.
SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT
avec M. le Marquis DE
NOAILLES . Par M. TA NEVOT.
Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers , &c.
AVONS- Not VONS- nous changé de féjour?
Sommes-nous à Cythère ?
Eft-ce ici la charmante Cour
D'Amour , & de fa Mère ?
Quel Dieu , propice à nos déſirs ,
Nous luit & nous enflâme ?
Durables feux , chaftes plaifirs ,
Vous embrâfez notre âme.
Couple adoré , jeunes Epoux ,
Tel eft votre partage ,
Au fein des tranſports les plus doux ,
Recevez notre hommage.
Vous rappellez en ce moment ,
Le brillant hyménée
Qui de Pfyché , de fon amant ,
Fixa la deftinée.
On célébra des plus grands Dieux
La majefté fuprême. ,
Des
FEVRIER. 1763. 49
Des Héros s'offrent à nos yeux
Que nous chantons de même ;
Mais leurs exploits qu'ont fçu former
Et Mars , & la Victoire ,
Jamais du Dieu qui fait aimer ,
N'égaleront la gloire.
Vous répandez dans tous ces lieux
Une vive lumière :
Ainfi l'aftre éclatant des cieux
Commence fa carrière ;
Ses rayons font naître les fleurs ,
Charme de la Nature.
La vertu nourrit dans vos coeurs ,
Une flâme auffi pure.
e
Sous les aufpices de la Paix
Ces noeuds ont pris naiſſance ;
Ainfi le Ciel par ſes bienfaits ,
Signale fa puiffance :
Mufes , répondez à nos voix ,
Tout ici vous attire ;
L'Olive & le Myrthe à la fois ,
Sont faits pour votre Empire.
Vos Eléves , vos favoris
Fondent notre allégreffe :
Venez ceindre leurs fronts chéris
Des lauriers du Permeſſe :
C
50 MERCURE DE FRANCE .
1
Ils ont moiffonné les talens
Qu'on trouve fur vos traces ,
Et fous des guides vigilants ,
Joint la fageffe aux grâces.
Les tendres enfans de Cypris¸
Animent cette fête ;
Mais l'Hymen remporte le prix
Par fa belle conquête ;
Lucine , unjour du haut des cieux
On te verra defcendre ;
Car la poftérité des Dieux
Ne le fait point attendre.
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Résumé : CHANSON SUR le mariage de Mlle d'ALLENCOURT avec M. le Marquis DE NOAILLES. Par M. TANEVOT. Sur l'air : Il n'eft rien dans tout l'Univers, &c.
La chanson célèbre le mariage de Mlle d'Allencourt avec le Marquis de Noailles. Elle s'interroge sur le lieu et la divinité propice à cette union, évoquant des feux durables et des plaisirs chastes. Le couple est comparé à Psyché et son amant, et leur union est célébrée par les dieux. La lumière et la vertu des jeunes époux sont mises en avant, comparées à l'astre du jour. Le mariage est placé sous les auspices de la paix, et les Muses sont invitées à célébrer cet événement. Les talents et la sagesse des élèves des époux sont également loués. La fête est animée par les enfants de Cypris, mais Hymen remporte le prix par sa belle conquête. Enfin, la postérité des dieux est attendue.
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1853
p. 50
A MADAME LA N*** , lisant la Comédie des GRACES.
Début :
QUE tenez- vous, Philis ? Le délicat Saint-Foix : [...]
Mots clefs :
Esprit, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA N*** , lisant la Comédie des GRACES.
A MADAME LA N *** , lifant la
Comédie des GRACES.
QUE
U tenez- vous , Philis ? Le délicat Saint-Foix :
C'eſt un Auteur charmant , que je lirois cent fois .
De la belle nature il fuit toujours les traces....
Fort bien , & votre esprit éclate à l'admirer ;
Mais , Philis , que vois- je ? les Graces !
C'eft moins lire que vous mirer.
Par M. GUICHard .
Comédie des GRACES.
QUE
U tenez- vous , Philis ? Le délicat Saint-Foix :
C'eſt un Auteur charmant , que je lirois cent fois .
De la belle nature il fuit toujours les traces....
Fort bien , & votre esprit éclate à l'admirer ;
Mais , Philis , que vois- je ? les Graces !
C'eft moins lire que vous mirer.
Par M. GUICHard .
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1854
p. 51-53
RÉPONSE honnête d'un homme très honnête, aux procédés malhonnêtes d'une Dame plus malhonnête encore.
Début :
JE ne suis point étonné, Madame, du peu d'intérêt que vous prenez à votre [...]
Mots clefs :
Dames, Honnête, Procédés, Vertueux
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE honnête d'un homme très honnête, aux procédés malhonnêtes d'une Dame plus malhonnête encore.
RÉPONSE honnête d'un homme trèshonnête
, aux procédés malhonnêtes
d'une Dame plus malhonnête encore.
E ne fuis point étonné , Madame , du
peu d'intérêt que vous prenez à votre
parente il y a des coeurs qui ne font
point faits pour fentir la nature . Mais je
trouve bien fingulier que Mlle Javotte
manque à un homme que fes pareils
font accoutumés à reſpecter. Les bienféances
les plus communes ne permettent
pas qu'on ouvré la Lettre d'un
honnête homme , & qu'on la lui renvoye
avec cet air de mépris qui n'eſt
fait que pour ceux qui l'affectent. Je connois
une fille qui ne fait que laver les
plats à barbe de M. fon pere. Cette
fille ignore le ton du monde ; on le lui
pardonne : mais vous , Madame , mais
vous , qui avez de l'ufage , qui raffemblez
chez vous une cotterie brillante
, où l'on joue au tri au liard la
fiche ; vous qui avez vécu avec des
femmes de qualité auffi intimement
que votre femme de chambre vit avec
vous vous qui donnez en hyver des
,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
bals bourgeois & très - bourgeois ; comment
avez-vous pû oublier les égards
que vous me devez ? Ah ! Madame
Mlle Jeannote , votre four connoît bien
mieux les règles de la civilité ! Si vous
aviez pû voir avec quelle grace elle me
faifoit la révérence ; comme elle étoit
attentive à prévenir mon coup de chapeau
: vous me diriez que c'eſt une fille
qui n'eft jamais fortie de fon village .
Eh ! Madame , tant mieux , elle en eft
plus honnête , & cela eft bien plus
éffentiel que d'être élégante. Ninette ſe
gâte à la Cour.
J'eftime mieux cette pauvre Jeannote ,
De fa famille honorable foutien ,
Qui va traînant les patins dans la crote ,
Simple en fes moeurs, modefte en fon maintien;
Qui n'a point d'art , & dont la main légère
Pétrit le pain qui nourrit fon vieux père ,
Conduit aux champs le veau qu'elle a févré ,
Tond les moutons , & coule dans l'argile
Ce lait fi doux qu'elle- même a tiré
Des pis preffés d'une vache fertile ;
Négligemment , le fein paré de fleurs ,
En tablier , en corfet , en cornette ,
De la nature emprunte fes couleurs .
Jeannote n'est qu'une fimple grifette ,
FEVRIER . 1763 . 53
Que votre orgueil regarde avec mépris ;
Des diamans ne chargent point fa tête ,
Et du carmin elle ignore le prix :
Mais j'aime mieux , quand fon ame' eft honnête
Grifette aux champs que bégueulle à Paris.
Il y a bien long-temps , Madame
que j'ai à me plaindre de vos mauvais
procédés , & je vous en aurois déja
marqué ma fenfibilité : mais je connois
les égards que l'on doit aux Dames.
Mon filence vous a prouvé combien
je fuis honnête je voudrois que cette
Lettre vous apprît la néceffité de le devenir.
Que Madame B... vous ferve
d'exemple ; & pour Dieu ne gâtez pas
Mademoiſelle votre four : elle eft trèsheureufement
née. Mais
Si l'exemple empoisonne un naturel heureux ,
A quoi fert le bonheur d'être né vertueux ? `
J'ai l'honneur d'être , & c.
, aux procédés malhonnêtes
d'une Dame plus malhonnête encore.
E ne fuis point étonné , Madame , du
peu d'intérêt que vous prenez à votre
parente il y a des coeurs qui ne font
point faits pour fentir la nature . Mais je
trouve bien fingulier que Mlle Javotte
manque à un homme que fes pareils
font accoutumés à reſpecter. Les bienféances
les plus communes ne permettent
pas qu'on ouvré la Lettre d'un
honnête homme , & qu'on la lui renvoye
avec cet air de mépris qui n'eſt
fait que pour ceux qui l'affectent. Je connois
une fille qui ne fait que laver les
plats à barbe de M. fon pere. Cette
fille ignore le ton du monde ; on le lui
pardonne : mais vous , Madame , mais
vous , qui avez de l'ufage , qui raffemblez
chez vous une cotterie brillante
, où l'on joue au tri au liard la
fiche ; vous qui avez vécu avec des
femmes de qualité auffi intimement
que votre femme de chambre vit avec
vous vous qui donnez en hyver des
,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
bals bourgeois & très - bourgeois ; comment
avez-vous pû oublier les égards
que vous me devez ? Ah ! Madame
Mlle Jeannote , votre four connoît bien
mieux les règles de la civilité ! Si vous
aviez pû voir avec quelle grace elle me
faifoit la révérence ; comme elle étoit
attentive à prévenir mon coup de chapeau
: vous me diriez que c'eſt une fille
qui n'eft jamais fortie de fon village .
Eh ! Madame , tant mieux , elle en eft
plus honnête , & cela eft bien plus
éffentiel que d'être élégante. Ninette ſe
gâte à la Cour.
J'eftime mieux cette pauvre Jeannote ,
De fa famille honorable foutien ,
Qui va traînant les patins dans la crote ,
Simple en fes moeurs, modefte en fon maintien;
Qui n'a point d'art , & dont la main légère
Pétrit le pain qui nourrit fon vieux père ,
Conduit aux champs le veau qu'elle a févré ,
Tond les moutons , & coule dans l'argile
Ce lait fi doux qu'elle- même a tiré
Des pis preffés d'une vache fertile ;
Négligemment , le fein paré de fleurs ,
En tablier , en corfet , en cornette ,
De la nature emprunte fes couleurs .
Jeannote n'est qu'une fimple grifette ,
FEVRIER . 1763 . 53
Que votre orgueil regarde avec mépris ;
Des diamans ne chargent point fa tête ,
Et du carmin elle ignore le prix :
Mais j'aime mieux , quand fon ame' eft honnête
Grifette aux champs que bégueulle à Paris.
Il y a bien long-temps , Madame
que j'ai à me plaindre de vos mauvais
procédés , & je vous en aurois déja
marqué ma fenfibilité : mais je connois
les égards que l'on doit aux Dames.
Mon filence vous a prouvé combien
je fuis honnête je voudrois que cette
Lettre vous apprît la néceffité de le devenir.
Que Madame B... vous ferve
d'exemple ; & pour Dieu ne gâtez pas
Mademoiſelle votre four : elle eft trèsheureufement
née. Mais
Si l'exemple empoisonne un naturel heureux ,
A quoi fert le bonheur d'être né vertueux ? `
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : RÉPONSE honnête d'un homme très honnête, aux procédés malhonnêtes d'une Dame plus malhonnête encore.
L'auteur d'une lettre reproche à une dame son indifférence envers une parente et son comportement malhonnête envers Mlle Javotte, une jeune fille respectueuse. Il compare Mlle Javotte à Jeannote, qui incarne l'honnêteté et la simplicité, qualités que la dame semble manquer malgré son éducation et ses fréquentations. Jeannote, menant une vie modeste et laborieuse, contraste avec l'hypocrisie de la cour. L'auteur encourage la dame à adopter une conduite plus honnête, en prenant pour exemple Madame B..., et l'avertit de ne pas corrompre sa servante, Mademoiselle, qui est naturellement vertueuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1855
p. 53-56
EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
Début :
ABBÉ fait pour la bienséance, [...]
Mots clefs :
Bienséance, Reconnaissance, Intrigue oblique, Ambition, Prélat, Humilité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
EPITRE
A M. l'Abbé CAMU , à Versailles.
ABBE fait pour la bienſéance ,
Et qui fçais fi bien obliger ,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on te voit prèſque t'affliger
Au feul mot de reconnoillance ;
Je confens de le fupprimer
Ce terme aimable qui t'offenſe
Et que tu me fais réformer ;
Mais quand il faut par complaifance
A tes defirs me conformer ,
Penfe au moins tout ce que je penſe.
Paifibe Habitant de la Cour ,
Qui vois d'un oeil philofophique
La ſcène active & magnifique
Qu'on y contemple chaque jour ,
Et que font mouvoir tour- à- tour
L'ambition , la politique ,
L'avarice , l'intrigue oblique ,
Et fouvent la haine & l'amour.
Charmant & vertueux Stoïque !
Dans ce tumultueux féjour ,
Je le vois bien , ton âme admire
Avec un doux raviffement
Ce Prélat que fi fagement
Louis pour nous voulut élire ,
Et dont tu viens de me décrire
Avec tes naïves couleurs ,
Les talens & ces traits vainqueurs ,
Qui lui gagnent par tout l'Empire
Des efprits ainfi que des coeurs .
De vertus quel rare affemblage !
La grandeur & l'humanité ,
FEVRIER. 1763. 55
La fcience & l'humilité ,
Compofent fa brillante image ,
Où mon oeil reconnoit l'ouvrage
De la fublime piété.
Courtilan , il a le courage:
Et la voix de la vérité ;
Chef & Paſteur , il m'offre un Sage
Aux mains de qui l'autorité
N'a d'autre objet ni d'autre uſage ,
Que de prêter à l'équité
Les fentimens , le vrai langage ,
Et l'accent de la Charité.
A l'enjoûment , à la fineſſe
Que l'efprit verſe en fes difcours ,
Il joint cette chaleur qui preffe ,
Eléve l'âme & l'intéreſſe ;.
On voudroit l'entendre toujours
Ou toujours on voudroit le lire.
Dans les lettres quel agrément !
Quelle grace ! tout y reſpire
L'élégance & le fentiment.
C'eſt par ces glorieuſes marques
Que cher à la Ville , à la Cour
Il a du premier des Monarques
Mérité l'eftime & l'amour.
Telle eft , ami , l'aimable eſquiſſe
Que me préſente ton pinceau ;
Mais le dirai-je ? la juftice
Civ
56 MERCURE DE FRANCE
En examinant ce tableau
Le trouve incomplet , & déclare
Qu'on peut par quelque trait nouveau ,
Rendre plus fidéle & plus beau
Le portrait de cet homme rare.
Tu le penſes ainfi que moi :
Je veux donc, m'uniffant à toi ,
Et rival fecret de ton zèle ,
Si bien contempler ce modèle ,
Qu'un jour par toi-même éxcité ,
A l'infçu du Prélat modefte ,
Sous les yeux de la vérité
Son Chancelier dira le reſte.
> Chancelier de DESAULX , Chanoine de Reims
l'Univerfité, de la Société Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres de Nancy.
A M. l'Abbé CAMU , à Versailles.
ABBE fait pour la bienſéance ,
Et qui fçais fi bien obliger ,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on te voit prèſque t'affliger
Au feul mot de reconnoillance ;
Je confens de le fupprimer
Ce terme aimable qui t'offenſe
Et que tu me fais réformer ;
Mais quand il faut par complaifance
A tes defirs me conformer ,
Penfe au moins tout ce que je penſe.
Paifibe Habitant de la Cour ,
Qui vois d'un oeil philofophique
La ſcène active & magnifique
Qu'on y contemple chaque jour ,
Et que font mouvoir tour- à- tour
L'ambition , la politique ,
L'avarice , l'intrigue oblique ,
Et fouvent la haine & l'amour.
Charmant & vertueux Stoïque !
Dans ce tumultueux féjour ,
Je le vois bien , ton âme admire
Avec un doux raviffement
Ce Prélat que fi fagement
Louis pour nous voulut élire ,
Et dont tu viens de me décrire
Avec tes naïves couleurs ,
Les talens & ces traits vainqueurs ,
Qui lui gagnent par tout l'Empire
Des efprits ainfi que des coeurs .
De vertus quel rare affemblage !
La grandeur & l'humanité ,
FEVRIER. 1763. 55
La fcience & l'humilité ,
Compofent fa brillante image ,
Où mon oeil reconnoit l'ouvrage
De la fublime piété.
Courtilan , il a le courage:
Et la voix de la vérité ;
Chef & Paſteur , il m'offre un Sage
Aux mains de qui l'autorité
N'a d'autre objet ni d'autre uſage ,
Que de prêter à l'équité
Les fentimens , le vrai langage ,
Et l'accent de la Charité.
A l'enjoûment , à la fineſſe
Que l'efprit verſe en fes difcours ,
Il joint cette chaleur qui preffe ,
Eléve l'âme & l'intéreſſe ;.
On voudroit l'entendre toujours
Ou toujours on voudroit le lire.
Dans les lettres quel agrément !
Quelle grace ! tout y reſpire
L'élégance & le fentiment.
C'eſt par ces glorieuſes marques
Que cher à la Ville , à la Cour
Il a du premier des Monarques
Mérité l'eftime & l'amour.
Telle eft , ami , l'aimable eſquiſſe
Que me préſente ton pinceau ;
Mais le dirai-je ? la juftice
Civ
56 MERCURE DE FRANCE
En examinant ce tableau
Le trouve incomplet , & déclare
Qu'on peut par quelque trait nouveau ,
Rendre plus fidéle & plus beau
Le portrait de cet homme rare.
Tu le penſes ainfi que moi :
Je veux donc, m'uniffant à toi ,
Et rival fecret de ton zèle ,
Si bien contempler ce modèle ,
Qu'un jour par toi-même éxcité ,
A l'infçu du Prélat modefte ,
Sous les yeux de la vérité
Son Chancelier dira le reſte.
> Chancelier de DESAULX , Chanoine de Reims
l'Univerfité, de la Société Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres de Nancy.
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Résumé : EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
L'épître est adressée à l'Abbé Camu à Versailles. L'auteur évite d'utiliser le mot 'reconnaissance' pour ne pas offenser l'Abbé. Il admire la vision philosophique de l'Abbé sur la cour, où se mêlent ambition, politique, avarice, intrigue, haine et amour. L'auteur loue un prélat choisi par Louis, décrit comme ayant des talents et des vertus exceptionnels. Ce prélat allie grandeur, humanité, science et humilité, et se distingue par son courage et sa vérité. En tant que chef et pasteur, il utilise son autorité pour promouvoir l'équité et la charité. Ses discours sont élégants, empreints de sentiment et de chaleur, élevant l'âme. Ses écrits montrent également agrément et grâce, lui valant l'estime et l'amour du roi. L'auteur reconnaît l'admiration du portrait tracé par l'Abbé mais suggère qu'il pourrait être complété par d'autres traits pour en rendre le portrait plus fidèle et beau. Il exprime son désir de contempler ce modèle pour en dire davantage, sous l'œil de la vérité.
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1856
p. 56-57
VERS à Madame & M. DE LA BELOUZE, Conseiller au Parlement de Paris, étant dans leurs Terres en Nivernois.
Début :
D'UN cœur que vos bontés vous livrent pour jamais, [...]
Mots clefs :
Époux, Destinées
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame & M. DE LA BELOUZE, Conseiller au Parlement de Paris, étant dans leurs Terres en Nivernois.
VERS à Madame & M. DE LA BELOUZE
, Confeiller au Parlement de
Paris , étant dans leurs Terres en
Nivernois. i
D'UN
UN coeur que vos bontés vous livrent pour
jamais ,
Et qui mettroit au rang de fes plus chers fuccès.
L'avantage heureux de vous plaire ,
Daignez , fages époux , agréer les ſouhaits
FEVRIER . 1762. 57
Que pour vous , en ce jour , fon amour lui ſuggère
!
Puiffent conftamment affidus
A veiller fur vos deſtinées ,
Les Dieux meſurer vos années
Sur mon zèle & fur vos vertus.
, Confeiller au Parlement de
Paris , étant dans leurs Terres en
Nivernois. i
D'UN
UN coeur que vos bontés vous livrent pour
jamais ,
Et qui mettroit au rang de fes plus chers fuccès.
L'avantage heureux de vous plaire ,
Daignez , fages époux , agréer les ſouhaits
FEVRIER . 1762. 57
Que pour vous , en ce jour , fon amour lui ſuggère
!
Puiffent conftamment affidus
A veiller fur vos deſtinées ,
Les Dieux meſurer vos années
Sur mon zèle & fur vos vertus.
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1857
p. 57
Aux Dlles de la Belouze & de Grenam, leurs filles.
Début :
POUR deux jeunes beautés, par le fang bien moins sœurs, [...]
Mots clefs :
Beautés, Sœurs, Amour, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : Aux Dlles de la Belouze & de Grenam, leurs filles.
Aux Dlles de la Belouze & de Grenam ,
leurs filles..
POUR deux jeunes beautés , par le fang bien
moins foeurs ,
Que par l'attachement , l'intime confiance ,
Les procédés , les foins prév enans & flattears ,
Quels voeux puis- je former Le Ciel , dès leur
nailfance ,
Se plut à les combler de toutes fes faveurs.
Plutus , fur leur berceau verfa fon opulence ;
La fageffe elle-même éclaira leur enfance ;
L'Amour forma leurs traits , & la Verta, leurs
coeurs .
Par un Curé du Nivernois.
leurs filles..
POUR deux jeunes beautés , par le fang bien
moins foeurs ,
Que par l'attachement , l'intime confiance ,
Les procédés , les foins prév enans & flattears ,
Quels voeux puis- je former Le Ciel , dès leur
nailfance ,
Se plut à les combler de toutes fes faveurs.
Plutus , fur leur berceau verfa fon opulence ;
La fageffe elle-même éclaira leur enfance ;
L'Amour forma leurs traits , & la Verta, leurs
coeurs .
Par un Curé du Nivernois.
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1858
p. 57-58
Sur la paix avec l'Angleterre.
Début :
NIVERNOIS, ma Patrie, à quelle gloire insigne [...]
Mots clefs :
Patrie, Gloire, Traité, Mazarini
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la paix avec l'Angleterre.
Sur la paix avec l'Angleterre.
NIVERNOIS , ma Patrie , à quelle gloire infigne:
Ton renom , par la Paix , va - t- il être porté?-
Mazarini , ton Chef , rédige le Traité ;
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
Et l'un de res enfans le confacre & le figne.
N'envions déſormais ni le rang , ni l'éclat ,
Qu'emprunte de Paris l'lfle- de- France altière :
La Province qui rend le calme à tout l'Etat
En eft à coup für la première.
Par le même.
* La plupart des biens patrimoniaux de
M. le Duc de Praflinfont fitués dans le Nivernois.
NIVERNOIS , ma Patrie , à quelle gloire infigne:
Ton renom , par la Paix , va - t- il être porté?-
Mazarini , ton Chef , rédige le Traité ;
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
Et l'un de res enfans le confacre & le figne.
N'envions déſormais ni le rang , ni l'éclat ,
Qu'emprunte de Paris l'lfle- de- France altière :
La Province qui rend le calme à tout l'Etat
En eft à coup für la première.
Par le même.
* La plupart des biens patrimoniaux de
M. le Duc de Praflinfont fitués dans le Nivernois.
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Résumé : Sur la paix avec l'Angleterre.
Le texte évoque la paix avec l'Angleterre et la contribution du Nivernois. Mazarin rédige le traité, signé par un enfant du Nivernois. Cette province, apportant le calme à l'État, devient la première. Les biens du Duc de Praslin se trouvent principalement dans le Nivernois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1859
p. 58
VERS à Madame la Marquise de M.... au Bal de Versailles.
Début :
En vain sous l'habit d'Orithie, [...]
Mots clefs :
Appas, Zéphire, Printemps
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame la Marquise de M.... au Bal de Versailles.
VERS à Madame la Marquife deM....
au Bal de Versailles.
· LE
En vain fous l'habit d'Orithie ,
Flore , vous cachez vos appas ;
Le doux zéphir vous a trahie :
Je l'ai vu voler fur, vos pas.
M.... , quand on a votre mine ,
Er quinze ans ,
On eft fous la marthe & l'hermine
Le printemps .
au Bal de Versailles.
· LE
En vain fous l'habit d'Orithie ,
Flore , vous cachez vos appas ;
Le doux zéphir vous a trahie :
Je l'ai vu voler fur, vos pas.
M.... , quand on a votre mine ,
Er quinze ans ,
On eft fous la marthe & l'hermine
Le printemps .
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1860
p. 58-59
« LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier est Violon, [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier est Violon, [...]
Mots clefs :
Énigme, Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier est Violon, [...] »
LE
En vain fous l'habit d'Orithie ,
Flore , vous cachez vos appas ;
Le doux zéphir vous a trahie :
Je l'ai vu voler fur, vos pas.
M.... , quand on a votre mine ,
Er quinze ans ,
On eft fous la marthe & l'hermine
Le printemps .
Le mot de la premiere Enigme du
fecond Volume de Janvier eft Violon
celui de la feconde eft Oignon. Celui
du premier Logogryphe eft Tête , dans
lequel on trouve été , et. Celui du feFEVRIER.
1763. 59
*
cond eft Marte , dans lequel on trouve
art, mer, rat , ˆ mat , mare , rame de papier
,
rame de rameur , ame. Celui du
troifiéme eft Orange .
Le Combat des Rats & des Grenouilles d'Homere
, celui des Rats & des Belettes de la Fontaine.
En vain fous l'habit d'Orithie ,
Flore , vous cachez vos appas ;
Le doux zéphir vous a trahie :
Je l'ai vu voler fur, vos pas.
M.... , quand on a votre mine ,
Er quinze ans ,
On eft fous la marthe & l'hermine
Le printemps .
Le mot de la premiere Enigme du
fecond Volume de Janvier eft Violon
celui de la feconde eft Oignon. Celui
du premier Logogryphe eft Tête , dans
lequel on trouve été , et. Celui du feFEVRIER.
1763. 59
*
cond eft Marte , dans lequel on trouve
art, mer, rat , ˆ mat , mare , rame de papier
,
rame de rameur , ame. Celui du
troifiéme eft Orange .
Le Combat des Rats & des Grenouilles d'Homere
, celui des Rats & des Belettes de la Fontaine.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier est Violon, [...] »
Le texte présente des énigmes et des logogryphes avec leurs solutions : 'Violon' et 'Oignon' pour les énigmes, 'Tête', 'Marte' et 'Orange' pour les logogryphes. Il mentionne aussi des œuvres littéraires comme 'Le Combat des Rats & des Grenouilles' d'Homère et 'Le Combat des Rats & des Belettes' de La Fontaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1861
p. 59
ENIGME.
Début :
Attaché par plus d'une chaîne, [...]
Mots clefs :
Encensoir
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
ATTACHÉ par plus d'une chaîne ,
Et le corps dur comme un rocher ,
Perfonne n'ofe me toucher
Pendant que quelqu'un me promène.
Pour aller , venir , je fuis fait ;
Les honnêtes-gens je falue :
Quand on me voit dans quelque rue ,
C'eft roujours pour un beau fujer.
Pour bien remplir mon miniſtère ,
Je fuis rempli de feur ardens ;
Et fais honneur à bien des gens
Lorſqu'ils n'en ont plus guère affaire .
AUTRE.
LECTEUR , il eft bon d'avertir ,
Afin que
ATTACHÉ par plus d'une chaîne ,
Et le corps dur comme un rocher ,
Perfonne n'ofe me toucher
Pendant que quelqu'un me promène.
Pour aller , venir , je fuis fait ;
Les honnêtes-gens je falue :
Quand on me voit dans quelque rue ,
C'eft roujours pour un beau fujer.
Pour bien remplir mon miniſtère ,
Je fuis rempli de feur ardens ;
Et fais honneur à bien des gens
Lorſqu'ils n'en ont plus guère affaire .
AUTRE.
LECTEUR , il eft bon d'avertir ,
Afin que
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1862
p. 59-60
AUTRE.
Début :
Lecteur, il est bon d'avertir, [...]
Mots clefs :
Adam et Ève
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LECTEUR , il eft bon d'avertir ,
Afin que ton effort redouble ,
Que cette énigme eſt une énigme double ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Faite pour mieux te divertir.
Peut- on imaginer plus plaifante famille ?....
Il s'agit de favoir qui peut être la fille ,
( Le récit n'eſt point fabuleux , } )
Qu'on a vue épouſer ſa mère.
Cette mère étoit mâle , & n'eut jamais de père.
Devine , Lecteur , fi tu peux.
LECTEUR , il eft bon d'avertir ,
Afin que ton effort redouble ,
Que cette énigme eſt une énigme double ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Faite pour mieux te divertir.
Peut- on imaginer plus plaifante famille ?....
Il s'agit de favoir qui peut être la fille ,
( Le récit n'eſt point fabuleux , } )
Qu'on a vue épouſer ſa mère.
Cette mère étoit mâle , & n'eut jamais de père.
Devine , Lecteur , fi tu peux.
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1863
p. 60-62
LOGOGRYPHE.
Début :
Il n'est rien dans les cieux, sur la terre & dans l'onde, [...]
Mots clefs :
Alphabet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Il n'eft rien dans les cieux , fur la terre & dans
l'onde ,
Qui ne porte le fruit de ma tige féconde ;
Je ſuis univerfel dans ma production and
C'est moi qui donne à tout & la forme & le nom ;*
C'est moi qui de l'efprit parcourant les idées ,
Raffemble fous les yeux fes fecrètes penſées :
Par les refforts divers qui font en mon pouvoir ,
Je facilite à l'homme un moyen de ſavoir :
C'eſt par moi qu'il apprend , je le répéte encore ,
Ce que fans mon fecours très-fouvent il ignore.
Combien de fois , Lecteur , avant de t'éclairer ,
Ne t'ai-je pas donné maint fujet de pleurer !
Mais changeons de propos : un fi long préambule
Doit fans doute déja paroître ridicule ;
J'en conviens : voyons donc s'il fera plus aifé
De favoir qui je fuis par mon décompofé .
FEVRIER . 1763. 6r
Le nombre de mes pieds , s'il faut que je m'explique,
Ami, c'eft deux fois quatre en bonne arithmé→
tique ,
Où tu pourras trouver une interjection ;
Une idole ; un dévot par- affectation 3
Deux Evêchés de France ; une ville en Turquie ;
Un autre dans la Suiffe ; un Mont dans l'Arménie
;
La matière qui fert à former l'aliment
Qui de tous les mortels fait le foulagement ;
Ce qu'un foldat en marche aime beaucoup à
faire ;
Un innocent Hébreu mis à mort par fon frère :
Plus , un jeu d'exercice ; un terme de blafon ;
Ce qui gâte le teint ; un meuble de maiſon ;
In uftenfile de ménage ,
Grand ou pétit , toujours fort en ufage ;
La bruïante affemblée , où l'on voit bien des gens
Se tourmenter fans ceffe en dépit du bon ſens ;
Et qui...... chut !.....Sur le refte ayons la bouche
clofe
Eh bien , Lecteur , dis- moi , trouves cu quelque
chofe
Qui puiffe t'indiquer ? .... Quoi ! tu ne me vois pas?
Courage , cherche donc , pour fortir d'embarras
Mais fi tu ne veux point rendre ta peine extrême,
Il faut pour me trouver recourir à moi- même.
62 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ai-je dit ! .... Songe bien à ce dernier avis ,
Et dans très- peu de temps tu fauras qui je fuis.
Par M. FABRE , Licentié en Droit à Strasbourg.
Il n'eft rien dans les cieux , fur la terre & dans
l'onde ,
Qui ne porte le fruit de ma tige féconde ;
Je ſuis univerfel dans ma production and
C'est moi qui donne à tout & la forme & le nom ;*
C'est moi qui de l'efprit parcourant les idées ,
Raffemble fous les yeux fes fecrètes penſées :
Par les refforts divers qui font en mon pouvoir ,
Je facilite à l'homme un moyen de ſavoir :
C'eſt par moi qu'il apprend , je le répéte encore ,
Ce que fans mon fecours très-fouvent il ignore.
Combien de fois , Lecteur , avant de t'éclairer ,
Ne t'ai-je pas donné maint fujet de pleurer !
Mais changeons de propos : un fi long préambule
Doit fans doute déja paroître ridicule ;
J'en conviens : voyons donc s'il fera plus aifé
De favoir qui je fuis par mon décompofé .
FEVRIER . 1763. 6r
Le nombre de mes pieds , s'il faut que je m'explique,
Ami, c'eft deux fois quatre en bonne arithmé→
tique ,
Où tu pourras trouver une interjection ;
Une idole ; un dévot par- affectation 3
Deux Evêchés de France ; une ville en Turquie ;
Un autre dans la Suiffe ; un Mont dans l'Arménie
;
La matière qui fert à former l'aliment
Qui de tous les mortels fait le foulagement ;
Ce qu'un foldat en marche aime beaucoup à
faire ;
Un innocent Hébreu mis à mort par fon frère :
Plus , un jeu d'exercice ; un terme de blafon ;
Ce qui gâte le teint ; un meuble de maiſon ;
In uftenfile de ménage ,
Grand ou pétit , toujours fort en ufage ;
La bruïante affemblée , où l'on voit bien des gens
Se tourmenter fans ceffe en dépit du bon ſens ;
Et qui...... chut !.....Sur le refte ayons la bouche
clofe
Eh bien , Lecteur , dis- moi , trouves cu quelque
chofe
Qui puiffe t'indiquer ? .... Quoi ! tu ne me vois pas?
Courage , cherche donc , pour fortir d'embarras
Mais fi tu ne veux point rendre ta peine extrême,
Il faut pour me trouver recourir à moi- même.
62 MERCURE DE FRANCE.
Qu'ai-je dit ! .... Songe bien à ce dernier avis ,
Et dans très- peu de temps tu fauras qui je fuis.
Par M. FABRE , Licentié en Droit à Strasbourg.
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1864
p. 62
AUTRE.
Début :
Comme je suis d'une maigre structure, [...]
Mots clefs :
Épine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
COMME je fuis d'une maigre ſtructure,
Je ne veux point en longs propos
Dépeindre ici ma maligne figure ,
Je vais tout dire en quatre mots.
J'ai cinq pieds , dans lefquels , pour peu qu'on
les varie ,
On trouve du plaiſir la cruelle ennemie ;
Ce que dans le temps chaud l'on moiſſonne ; un
oiſeau ;
Enfin , quoiqu'en entier je ne fois qu'arbriſſeau ,
Si tu viens à m'ôter & la tête & la queue ,
Lecteur , tu trouveras alors ,
Qu'avec le reſte de mon corps ,
Jeforme un arbre auſſi haut que
la nuë.
Par le même.
COMME je fuis d'une maigre ſtructure,
Je ne veux point en longs propos
Dépeindre ici ma maligne figure ,
Je vais tout dire en quatre mots.
J'ai cinq pieds , dans lefquels , pour peu qu'on
les varie ,
On trouve du plaiſir la cruelle ennemie ;
Ce que dans le temps chaud l'on moiſſonne ; un
oiſeau ;
Enfin , quoiqu'en entier je ne fois qu'arbriſſeau ,
Si tu viens à m'ôter & la tête & la queue ,
Lecteur , tu trouveras alors ,
Qu'avec le reſte de mon corps ,
Jeforme un arbre auſſi haut que
la nuë.
Par le même.
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1865
p. 63
CHANSON.
Début :
DOIS-JE t'aimer encore, [...]
Mots clefs :
Aimer, Haïr, Languir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON...
DOIS-JE t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Depuis que je t'adore ,
Je ne fais que languir.
Dois-je t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Les appas de Climene
Auront fçu t'aveugler ;
Cruel , de chaîne en chaîne ,
Tu te plais à voler !
Toi que mon coeur implore ,
Dis -moi , Dieu du plaifir ,
Dois-je l'aimer encore ,
Ou dois-je le hair ?
Les Paroles & la Mufique , font de M.
CUMINAL , de Montpellier.
DOIS-JE t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Depuis que je t'adore ,
Je ne fais que languir.
Dois-je t'aimer encore ,
Ou dois-je te hair ?
Les appas de Climene
Auront fçu t'aveugler ;
Cruel , de chaîne en chaîne ,
Tu te plais à voler !
Toi que mon coeur implore ,
Dis -moi , Dieu du plaifir ,
Dois-je l'aimer encore ,
Ou dois-je le hair ?
Les Paroles & la Mufique , font de M.
CUMINAL , de Montpellier.
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1866
s. p.
L'HYVER, POEME.
Début :
Des froides régions du Pole [...]
Mots clefs :
Ombre, Transports, Dieu, Neiges, Glaces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HYVER, POEME.
L'HY VER ,
POEM E.
Des froides régions du Pole ES
Déchaîné contre nos climats
Le plus fier des enfans d'Eole-
Livre déja d'affreux combats
Dans nos champs d'où Zéphir s'envole ,
Et dans nos jardins fans appas ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE,
Où fur un trône de frimats
Régne l'hyver qui les défoles
Bientôt en proie à la rigueur
De l'ennemi qui la menace ,
La Nature dans la douleur
Préſſent la prochaine diſgrace ,
Armé de neiges & de glaces ,
.Il fond fur elle avec fureur :
Il en triomphe avec audace :
Elle tombe fous fon vainqueur ;
Et par ce tyran deſtructeur
Voit de fa beauté qui s'éfface
S'éteindre l'éclat enchanteur.
De fon ancienne fplendeur
*** Je ne découvre aucune trace ;
Ce n'eft plus qu'une informe maffe
Prèfque fans vie & fans couleur.
De leur richeffe & de leur grace ,
Tous les Arbres . font dépouillés.
Plus de Parterres émaillés ;
Il n'en eft resté que la place.
Le fommet de ces buiffons verds
Ne fe couronne plus de roſes:
Le doux parfum des fleurs éclofes
Ne s'éxhale plus dans les airs.
Ces Vergers que chargeoit Pomone ,
De tous les trésors de l'Automne ,
Ont perdu leurs charmes divers.
Ces côteaux de vignes couverts ,
"
MARS. 1763.
Ces belles & riches contrées
Où flottoient les moiffons dorées>>
Se changent en d'affreux déferts.
Dès oifeaux au fond des bocages , '
Nous n'entendons plus les ramages :
Ils ont oublié leurs concerts ,
Depuis que ces lieux font fauvages.
Des ruiffeaux qui fur ces rivages
Sembloient & fi purs & fi clairs ,
On ne voit plus couler les ondes ;
Au fond de leurs grottes profondes
Les Nayades font dans les fers.
Toi- même , Aréthufe , en ta fuite , "
Je te vois tremblante , interdite :
Les glaces enchaînent ton cours;
Alphée , ardent à ta pourſuite,,
De cet avantage profite ;
Il femble abréger fes détours ;
A gros bouillons il précipite
Ses flots poufflés par les amours.
Mais près d'atteindre fon Amante ,
Et fur le point de la faifir ,
Le fort va tromper fon attente :
Son bonheur va s'évanouir.
Tout-à-coup fa marche eft plus lente :
Il fent fon onde s'épaiſſir :
Ses Flots durciffent : il s'arrête
Et perd l'efpoir de fa conquête
Au moment même d'en jouir.
A iv
80 MERCURE DE FRANCE .
Bergers ; qui tantôt fous ces hêtres
Faifiez de vos chanſons champêtres
Retentir au loin les échos ,
Vous ne venez plus dans ces plaines ,
Suivant des routes incertaines ,
Conduire à l'écart vos troupeaux ;
Et du pied de ces arbriſſeaux
Où vous fouliez l'herbe nouvelle
Qui n'aît fur le bord des ruiffeaux ,
Tandis que votre chien fidéle ,
Infatigable fentinelle ,
Jeignoit à vos foins ſes travaux
Le fon perçant de vos pipeaux
>
Ne s'étend plus dans les campagnes ;
Par des airs & des chants nouveaux
Et des vallons & des montagnes
Vous n'égayez plus le repos.
Nous ne voyons plus ces Bergères
Auffi douces que leurs
agneaux ,
Aux accens de vos chalumeaux ,
Sur la furface des bruyeres®
Imprimant leur traces légères ,
Danfer à l'ombre des ormeaux.
Du fein des champêtres afyles ,
Un Peuple d'habitans nouveaux
Repaffe au milieu de nos Villes ,
Laiffant fes Parcs & fes châteaux.
Failons comme eux , belle Délie
MARS. 1763.
Quittons les bois & les hameaux ,
Quittons la campagne flétrie ,
Et revenons dans la Cité
Chercher cette fociété
Que des champs l'hyvex a bannie. "
Entrons dans ces cercles brillans
Et dans ces falles décorées ,
Par cent flambeaux moins éclairées
Que par l'éclat des diamans
Dont les femmes fe font parées.
Olons à leurs caquets bruyans
Mêler nos voix plus modérées :
Tenons mille propos plaifans :
Rions tout bas des fimagrées
Des airs fadement importans ,
Er des manières bigarrées
De tous ces êtres différens
Des coquettes , des mijaurées ,
Des petits- maîtres fémillans ,
Des hommes à petits talens ,
De leurs protectrices titrées ,
De leurs protecteurs ignorans,
On apporté la table verte ,
Délie , armons-nous d'un fizain :
Jouons , & fans plaindre la perte ,
Et fans nous applaudir du gain.
;
Mais l'ennui commence à nous prendre ?
Fuyons ces lieux allons nous rendre
"
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Au Temple du Dieu des Accords:
Quels fons flatteurs s'y font entendre !
Dans le langage le plus tendre
L'Amour exprime les tranſports .
Quelle touchante mélodie !
Au goût vanté de l'Aufonie ,
L'Art François unit les efforts ,
Et la Nymphe de l'harmonie
Se pare de tous les trésors .
La jeune & fouple Terpsichore
S'avançant d'un pas gracieux , ..
A tant de pompe ajoute encore
L'appareil brillant de ſes jeux .
Mais que vois-je ? Du haut des nuės ,
Au milieu des airs fufpendues ,
Les Dieux deſcendent fur des chars
Et quittant les Royaumes fombres ,
Les Eumenides & les Ombres
Viennent éffrayer mes regards.
A cette illufion étrange ,
Tandis que je livre mes yeux ,
D'un coup de fifflet tout fe change y
It je me trouve en d'autres lieux.
Où font ces rians payſages ,
Ces jardins fi beaux , ces ombrages .
·
Formés par des berceaux épais ?
Je vois la mer & fes rivages ,
Des rochers couverts de naufrages ,
Remplacer ces bords pleins d'attraits.
Que dis-je ? A ces horribles plages
MAR S. 1763. 11:
Succède un portique , un palais 3
Et quand j'admire ces ouvrages ,
Tout-à-coup des refforts fecrets ,
Au lieu de ces pompeux objets ,
M'offrent de lugubres images ;
Un tombeau bordé de cyprès ,
Un Autel qui s'éleve auprès ,
A l'ombre de ces noirs feuillages ; .
Et dont la Mort garde l'accès.›
De ce Spectacle magnifique ,
Eh bien , fommes- nous fatisfaits !
Les vers , la danſe , la mufique ,
Et cet affemblage magique
De tant de merveilleux effets
"
Ont fans doute , en notre âme éprife
D'une aimable & vive furpriſe-
Produit le doux faifiſſement : :
Mais tandis que l'aſpect frappant
De cette pompe enchantereffe ,.
Dans mes efprits porte fans ceffe :
Le charme du raviffement ,
Et plonge mes fens dans l'yvreffe ,
Au milieu de tant de richeſſe ,,
Lé coeur eft dans le dénûments :
He ne voit rien qui l'intéreſſe ,,
Qui flatte fa délicateffe ,'
>
Qui lui fourniffe un fentiments " .
Oui,même quand le tien palpire 5 ,
Quand il pouffe un fréquent foupit 5 ,
Asvj
12 MERCURE DE FRANCE.
Charmante Arnoult , à m'attendrir
C'eſt en vain que ta voix m'invite.
Tu fais étonner & ravir :
De tes fons j'admire les charmes ;
Mais c'eft fans répandre des larmes ,
Que tu me vois leur applaudir .
Demain nous pleurerons , Délie ,
Nous pleurerons avec Clairon :
L'Art , la Nature , le Génie
Ont monté la voix fur leur ton ,
Et mis dans fon expreffion
L'âme , la force , l'énergie ,
Tout le feu de la paſſion .
Zelmire , par elle embellie ,
Fera paffer jufqu'en nos coeurs
Le fentiment de fes douleurs.
Ou toi , Dumesnil , d'Athalie
Tu feras parler les fureurs ,
L'ambition , la rage impie :
Tu rempliras mes fens d'horreurs.
En déteftant ta barbarie ,
Je gémirai fur les malheurs
De la victime pourſuivie
Pár tes facrilèges noirceurs.
De Jofabet , d'éffroi ſaiſie ,
Je partagerai les terreurs :
Comme elle allarmé fur la vie ,
Du feul eſpoir de ſa patrie ,
MARS. 1763. 13
Je joindrai mes pleurs à fes pleurs.
Du théâtre volons à table ;
Que la joie y
vole avec nous ;
Qu'elle répande un charme aimable
Sur ce qui doit flatter nos goûts.
Eh ! qu'eft- ce que la bonne chère
Que n'anime point la gaité?
Un plaifir qui n'eft point gouté ,
L'ennui dreffant fon fanctuaire
Sur celui de la volupté.
Viens donc , viens , charmante Déeſſe
Viens avec les Ris & les jeux
Dont la troupe te fuit fans ceffe.
Ecarte , bannis de ces lieux
Le filence, le férieux ,
Ces noirs fignaux de la triſteſſe :
Qu'ils faffent place à l'allégreffe .
Viens à ces apprêts faftueux ,
De l'art aidé de la richeſſe ,
Joindre encore tes tranſports heureux !
Sans ta puiffance favorable ,
Sans toi ce fouper fomptueux
Ne feroit que délicieux :
Fais plus ; fais qu'il foit agréable;
Viens le rendre voluptueux .
De toutes parts le nectar coule,
Et l'on s'en abbreuve à longs traits
Dans le vin pétillant & frais
1
•
144 MERCURE DE FRANCE..
Les plaiſirs furnagent en foule.
Parmi les flots de ta liqueur ,
Ils s'élancent de la bouteille :
Dieu des Buveurs , Dieu de la treille ,
Ils embelliffent ta couleur.
Je vois cette troupe légère ·
Au gré d'une folâtre ardeur
Se trémouffer dans la fougère ; :
Je les fens en vuidant mon vèrre ·
Deſcendre avec toi dans mon coeur
Mais déja la nuit avancée
A fait les deux tiers de fon tour:
Bientôt à fon ombre éclipſée
Succédera le point- du-jour.
Le Peuple après un fommeil court :
Entr'ouvrant déja la paupière ,
S'apprête à revoir la lumière -
Dès qu'elle fera de retour.
Dans cette alcove folitaire
Conduis avec moi , Dieu d'Amour ,
Celle qui reflemble à ta mère ,
Qui fait l'ornement de ta cour ,
Et qu'à mon coeur to rends fi chère.
Guidés par ce Dieu tutélaire ,.
Retirons-nous fous ces rideaux ;
Que fon flambeau feul nous éclaire :
Sur ce lit couvert de pavots
Je crois voir l'Autel de Cythère..
MARS. 1763. IS
Délie , à mes tranſports nouveaux-
Ofe te livrer toute entiere ; :
En confommant l'heureux mystère ,
Tombons dans les bras du repos.
Par un nouveau Venu au Parnaſſe.
POEM E.
Des froides régions du Pole ES
Déchaîné contre nos climats
Le plus fier des enfans d'Eole-
Livre déja d'affreux combats
Dans nos champs d'où Zéphir s'envole ,
Et dans nos jardins fans appas ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE,
Où fur un trône de frimats
Régne l'hyver qui les défoles
Bientôt en proie à la rigueur
De l'ennemi qui la menace ,
La Nature dans la douleur
Préſſent la prochaine diſgrace ,
Armé de neiges & de glaces ,
.Il fond fur elle avec fureur :
Il en triomphe avec audace :
Elle tombe fous fon vainqueur ;
Et par ce tyran deſtructeur
Voit de fa beauté qui s'éfface
S'éteindre l'éclat enchanteur.
De fon ancienne fplendeur
*** Je ne découvre aucune trace ;
Ce n'eft plus qu'une informe maffe
Prèfque fans vie & fans couleur.
De leur richeffe & de leur grace ,
Tous les Arbres . font dépouillés.
Plus de Parterres émaillés ;
Il n'en eft resté que la place.
Le fommet de ces buiffons verds
Ne fe couronne plus de roſes:
Le doux parfum des fleurs éclofes
Ne s'éxhale plus dans les airs.
Ces Vergers que chargeoit Pomone ,
De tous les trésors de l'Automne ,
Ont perdu leurs charmes divers.
Ces côteaux de vignes couverts ,
"
MARS. 1763.
Ces belles & riches contrées
Où flottoient les moiffons dorées>>
Se changent en d'affreux déferts.
Dès oifeaux au fond des bocages , '
Nous n'entendons plus les ramages :
Ils ont oublié leurs concerts ,
Depuis que ces lieux font fauvages.
Des ruiffeaux qui fur ces rivages
Sembloient & fi purs & fi clairs ,
On ne voit plus couler les ondes ;
Au fond de leurs grottes profondes
Les Nayades font dans les fers.
Toi- même , Aréthufe , en ta fuite , "
Je te vois tremblante , interdite :
Les glaces enchaînent ton cours;
Alphée , ardent à ta pourſuite,,
De cet avantage profite ;
Il femble abréger fes détours ;
A gros bouillons il précipite
Ses flots poufflés par les amours.
Mais près d'atteindre fon Amante ,
Et fur le point de la faifir ,
Le fort va tromper fon attente :
Son bonheur va s'évanouir.
Tout-à-coup fa marche eft plus lente :
Il fent fon onde s'épaiſſir :
Ses Flots durciffent : il s'arrête
Et perd l'efpoir de fa conquête
Au moment même d'en jouir.
A iv
80 MERCURE DE FRANCE .
Bergers ; qui tantôt fous ces hêtres
Faifiez de vos chanſons champêtres
Retentir au loin les échos ,
Vous ne venez plus dans ces plaines ,
Suivant des routes incertaines ,
Conduire à l'écart vos troupeaux ;
Et du pied de ces arbriſſeaux
Où vous fouliez l'herbe nouvelle
Qui n'aît fur le bord des ruiffeaux ,
Tandis que votre chien fidéle ,
Infatigable fentinelle ,
Jeignoit à vos foins ſes travaux
Le fon perçant de vos pipeaux
>
Ne s'étend plus dans les campagnes ;
Par des airs & des chants nouveaux
Et des vallons & des montagnes
Vous n'égayez plus le repos.
Nous ne voyons plus ces Bergères
Auffi douces que leurs
agneaux ,
Aux accens de vos chalumeaux ,
Sur la furface des bruyeres®
Imprimant leur traces légères ,
Danfer à l'ombre des ormeaux.
Du fein des champêtres afyles ,
Un Peuple d'habitans nouveaux
Repaffe au milieu de nos Villes ,
Laiffant fes Parcs & fes châteaux.
Failons comme eux , belle Délie
MARS. 1763.
Quittons les bois & les hameaux ,
Quittons la campagne flétrie ,
Et revenons dans la Cité
Chercher cette fociété
Que des champs l'hyvex a bannie. "
Entrons dans ces cercles brillans
Et dans ces falles décorées ,
Par cent flambeaux moins éclairées
Que par l'éclat des diamans
Dont les femmes fe font parées.
Olons à leurs caquets bruyans
Mêler nos voix plus modérées :
Tenons mille propos plaifans :
Rions tout bas des fimagrées
Des airs fadement importans ,
Er des manières bigarrées
De tous ces êtres différens
Des coquettes , des mijaurées ,
Des petits- maîtres fémillans ,
Des hommes à petits talens ,
De leurs protectrices titrées ,
De leurs protecteurs ignorans,
On apporté la table verte ,
Délie , armons-nous d'un fizain :
Jouons , & fans plaindre la perte ,
Et fans nous applaudir du gain.
;
Mais l'ennui commence à nous prendre ?
Fuyons ces lieux allons nous rendre
"
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Au Temple du Dieu des Accords:
Quels fons flatteurs s'y font entendre !
Dans le langage le plus tendre
L'Amour exprime les tranſports .
Quelle touchante mélodie !
Au goût vanté de l'Aufonie ,
L'Art François unit les efforts ,
Et la Nymphe de l'harmonie
Se pare de tous les trésors .
La jeune & fouple Terpsichore
S'avançant d'un pas gracieux , ..
A tant de pompe ajoute encore
L'appareil brillant de ſes jeux .
Mais que vois-je ? Du haut des nuės ,
Au milieu des airs fufpendues ,
Les Dieux deſcendent fur des chars
Et quittant les Royaumes fombres ,
Les Eumenides & les Ombres
Viennent éffrayer mes regards.
A cette illufion étrange ,
Tandis que je livre mes yeux ,
D'un coup de fifflet tout fe change y
It je me trouve en d'autres lieux.
Où font ces rians payſages ,
Ces jardins fi beaux , ces ombrages .
·
Formés par des berceaux épais ?
Je vois la mer & fes rivages ,
Des rochers couverts de naufrages ,
Remplacer ces bords pleins d'attraits.
Que dis-je ? A ces horribles plages
MAR S. 1763. 11:
Succède un portique , un palais 3
Et quand j'admire ces ouvrages ,
Tout-à-coup des refforts fecrets ,
Au lieu de ces pompeux objets ,
M'offrent de lugubres images ;
Un tombeau bordé de cyprès ,
Un Autel qui s'éleve auprès ,
A l'ombre de ces noirs feuillages ; .
Et dont la Mort garde l'accès.›
De ce Spectacle magnifique ,
Eh bien , fommes- nous fatisfaits !
Les vers , la danſe , la mufique ,
Et cet affemblage magique
De tant de merveilleux effets
"
Ont fans doute , en notre âme éprife
D'une aimable & vive furpriſe-
Produit le doux faifiſſement : :
Mais tandis que l'aſpect frappant
De cette pompe enchantereffe ,.
Dans mes efprits porte fans ceffe :
Le charme du raviffement ,
Et plonge mes fens dans l'yvreffe ,
Au milieu de tant de richeſſe ,,
Lé coeur eft dans le dénûments :
He ne voit rien qui l'intéreſſe ,,
Qui flatte fa délicateffe ,'
>
Qui lui fourniffe un fentiments " .
Oui,même quand le tien palpire 5 ,
Quand il pouffe un fréquent foupit 5 ,
Asvj
12 MERCURE DE FRANCE.
Charmante Arnoult , à m'attendrir
C'eſt en vain que ta voix m'invite.
Tu fais étonner & ravir :
De tes fons j'admire les charmes ;
Mais c'eft fans répandre des larmes ,
Que tu me vois leur applaudir .
Demain nous pleurerons , Délie ,
Nous pleurerons avec Clairon :
L'Art , la Nature , le Génie
Ont monté la voix fur leur ton ,
Et mis dans fon expreffion
L'âme , la force , l'énergie ,
Tout le feu de la paſſion .
Zelmire , par elle embellie ,
Fera paffer jufqu'en nos coeurs
Le fentiment de fes douleurs.
Ou toi , Dumesnil , d'Athalie
Tu feras parler les fureurs ,
L'ambition , la rage impie :
Tu rempliras mes fens d'horreurs.
En déteftant ta barbarie ,
Je gémirai fur les malheurs
De la victime pourſuivie
Pár tes facrilèges noirceurs.
De Jofabet , d'éffroi ſaiſie ,
Je partagerai les terreurs :
Comme elle allarmé fur la vie ,
Du feul eſpoir de ſa patrie ,
MARS. 1763. 13
Je joindrai mes pleurs à fes pleurs.
Du théâtre volons à table ;
Que la joie y
vole avec nous ;
Qu'elle répande un charme aimable
Sur ce qui doit flatter nos goûts.
Eh ! qu'eft- ce que la bonne chère
Que n'anime point la gaité?
Un plaifir qui n'eft point gouté ,
L'ennui dreffant fon fanctuaire
Sur celui de la volupté.
Viens donc , viens , charmante Déeſſe
Viens avec les Ris & les jeux
Dont la troupe te fuit fans ceffe.
Ecarte , bannis de ces lieux
Le filence, le férieux ,
Ces noirs fignaux de la triſteſſe :
Qu'ils faffent place à l'allégreffe .
Viens à ces apprêts faftueux ,
De l'art aidé de la richeſſe ,
Joindre encore tes tranſports heureux !
Sans ta puiffance favorable ,
Sans toi ce fouper fomptueux
Ne feroit que délicieux :
Fais plus ; fais qu'il foit agréable;
Viens le rendre voluptueux .
De toutes parts le nectar coule,
Et l'on s'en abbreuve à longs traits
Dans le vin pétillant & frais
1
•
144 MERCURE DE FRANCE..
Les plaiſirs furnagent en foule.
Parmi les flots de ta liqueur ,
Ils s'élancent de la bouteille :
Dieu des Buveurs , Dieu de la treille ,
Ils embelliffent ta couleur.
Je vois cette troupe légère ·
Au gré d'une folâtre ardeur
Se trémouffer dans la fougère ; :
Je les fens en vuidant mon vèrre ·
Deſcendre avec toi dans mon coeur
Mais déja la nuit avancée
A fait les deux tiers de fon tour:
Bientôt à fon ombre éclipſée
Succédera le point- du-jour.
Le Peuple après un fommeil court :
Entr'ouvrant déja la paupière ,
S'apprête à revoir la lumière -
Dès qu'elle fera de retour.
Dans cette alcove folitaire
Conduis avec moi , Dieu d'Amour ,
Celle qui reflemble à ta mère ,
Qui fait l'ornement de ta cour ,
Et qu'à mon coeur to rends fi chère.
Guidés par ce Dieu tutélaire ,.
Retirons-nous fous ces rideaux ;
Que fon flambeau feul nous éclaire :
Sur ce lit couvert de pavots
Je crois voir l'Autel de Cythère..
MARS. 1763. IS
Délie , à mes tranſports nouveaux-
Ofe te livrer toute entiere ; :
En confommant l'heureux mystère ,
Tombons dans les bras du repos.
Par un nouveau Venu au Parnaſſe.
Fermer
Résumé : L'HYVER, POEME.
Le poème 'L'HY VER', publié dans le Mercure de France en mars 1763, décrit l'arrivée de l'hiver, personnifié comme un ennemi furieux qui déchaîne des combats dans les champs et les jardins. La Nature, vaincue par l'hiver, perd sa beauté et sa splendeur. Les arbres sont dépouillés, les parterres disparaissent, et les vergers perdent leurs charmes. Les oiseaux cessent de chanter, et les rivières se gèlent, emprisonnant les Nayades. Les bergers et bergères ne viennent plus dans les plaines, et un nouveau peuple d'habitants traverse les villes. Le poète invite ensuite à quitter la campagne flétrie pour revenir en ville, cherchant la société que l'hiver a bannie des champs. Il décrit les cercles brillants et les salles décorées, où l'on peut jouer et se divertir. Cependant, l'ennui finit par s'installer. Le poète se rend alors au Temple du Dieu des Accords, où il assiste à des spectacles magnifiques mais reste insensible. Le poème se conclut par une invitation à la table, où la joie doit voler avec les convives. La déesse de la gaieté est appelée pour écarter la tristesse et rendre le repas voluptueux. Les plaisirs abondent, et le poète imagine une nuit paisible avec sa bien-aimée, Délie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1867
p. 15-21
LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
Début :
VOUS me demandez, Madame, quels sont mes amusemens à la campagne ? [...]
Mots clefs :
Amusements, Campagne, Jeu, Lecture, Misanthropie, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
LETTRE de Mlle *** à Madame...
fur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU ..
VOUS
17628
me demandez ,, Madame
quels font mes amuſemens à la campagne
? vous pouvez vous les imaginer
fans peine , la promenade , la chaffe , la
pêche , le jeu , la table , & puis le jeu
encore , car cet éternel jeu ne finit jamais
; un peu de lecture , quelques réflexions
bonnes bonnes ou mauvaiſes ;
voilà ce qui nous occupe , non pas
fans regretter Paris : car j'aime le Spec--
tacle , il n'y en a point ici : je chéris
la liberté , on en connoît ici que le
nom : on vous l'ôte a force de fe van--
ter qu'on vous la donne. Je conviens .
qu'on a partout des devoirs de fociété
à obferver , mais ils font plus gênans
à la campagne . Si le coeur étoit.
de la partie ; fi le dévoir devenoit un
16 MERCURE DE FRANCE.
goût , il feroit plus facile à remplir.
Mais on fe voit de trop près pour ne
fe point connoître ; & il eft difficile
de s'aimer , quand on fe connoît fi
bien. Pour me fauver de la néceffité de
jouer , je fuppofe quelquefois que j'ai
des brochures à lire qu'il me faut renvoyer
à Paris , & je dis fouvent la
vérité. Je n'ai eu que quatre jours le
livre d'Emile , & vous m'avouerez que
ce n'eft pas affez .Jel'ai cependant lû tout
entier, excepté une bonne partie de la pro
feffion de foi duVicaireSavoyard.M.Rouf
feau écrit trop bien , pour qu'on puiffe
fe refufer à l'envie & au plaifir de le
lire. J'ai reconnu dans fon Emile , l'aureur
de la nouvelle Heloïfe ; mais je
ne reconnois plus l'Auteur des difcours
contre les Sciences , & fur l'égalité des
conditions , ni même de la lettre contre
les Spectacles. On pardonnoit à M.
Rouffeau , un peu de mifantropie en
faveur de la pureté de fa morale . Il
nous difoit quelquefois des vérités un
peu trop dures ; mais il les difoit avec
l'énergie qu'elles infpirent. Si la vérité
ne plaît pas toujours , elle a du moins
le droit de convaincre. M. Rouffeau
ſe plaint de nos moeurs , il a raiſon . Je
crains bien que leur maligne influence
MARS. 1763. 17
n'ait aniolli les fiennes. Ce Philofophe
févère a déridé fon front. Dans fon
Emile il difcute des matières qui ne
me paroiffent guères propre à l'éducation
d'un jeune homme . Et je crois
qu'en pareil cas les leçons intéreffent
plus le maître que l'écolier. Peut- être ,
Madame , allez -vous me taxer d'ingratitude
envers M. Rouffeau ; vous me
repréſenterez que je lui dois avec mon
fexe beaucoup de reconnoiffance , de
tout le bien qu'il en dit , de ce qu'il
daigne même en parler , foit en bien
foit en mal. Mais je ne crois pas qu'il
fe faffe pour cela beaucoup de violence.
Il aime trop les femmes pour n'y pas
penfer , & pour n'en pas parler plus
qu'il ne voudroit. On m'avoit déja
prévenue qu'il nous exaltoit beaucoup
dans fon dernier ouvrage : je n'en
puis difconvenir. Mais nous ne devons
pas , ce me femble , en tirer beaucoup
de vanité. Il a eu foin d'effacer par le
trait le plus humiliant , tout le plaifir
que cela pouvoit nous faire. Il veut
qu'une femme foit femme , & rien de
plus. Si la comparaiſon eft permiſe
Joferai représenter à M. Rouſſeau ,
qu'un homme élevé comme tout homme
l'eft felon ſon état , eft bien plus
18 MERCURE DE FRANCE.
au- deffus de fon Etre , qu'un femme.
Cependant fouvent vous le voyez qui
non content de l'éducations qu'on lui
donne , veut franchir les bornes qu'elle
lui prefcrit. Son genie tranſcendant veut
être créateur. Il ajoute aux Arts & aux
Sciences , qu'il pofféde , & veut en
produire de nouvelles . S'il s'abîme dans
dans la fpéculation , il veut lire jufques
dans l'avenir ; il interroge les aftres ,
il mefure leur étendue , leur distance ,
il prédit les révolutions qui doivent
leur arriver ; il fait plus , il veut comprendre
celui qui les a créés. Tandis
qu'il n'eft point de limites pour fon
efprit curieux , qu'il veut pénétrer ce
qui eft impénétrable , & percer le voile
que la Providence a mis fur fes décrets ;
enfin tandis qu'il s'éleve juſqu'à la Divinité
même , il ne fera pas permis à
une femme de s'élever feulement jufqu'à
l'homme , en defirant la moindre partie
de l'éducation qu'on lui donne !
Seroit- ce en l'imitant qu'on fe rendroit
indigne de lui ? je conviens qu'il faut
que chacun refte dans fa fphère ; mais
celle d'une femme eft bien étroite , &
il eft naturel de chercher à fortir de
fa prifon. Je conviens qu'il y a des devoirs
d'état à remplir ; que ceux d'une
MARS. 1763. 19
femme font éffentiels , & qu'elle doit les
préférer à toute autre occupation. Mais
enfin toutes les femmes n'ont pas
dirai-je,le bonheur ? ..le mot feroit peutêtre
hazardé : toutes les femmes , dis -je ,
Ine font pas mères; ainfi elles ne peuvent
pas toutes être entourées de hardes d'En--
fans. Que celles qui n'ont pas ce glorieux
avantage, ayent la liberté du moins
d'être entourées de brochures ; il leur ref
tera encore affez de temps pour cultiver
leurs charmes , & pour plaire même
à M. Rouleau. Mais me dira-t- il ,
elles
auront le titre de bel-efprit , & toutefille
bel- efprit , reflera fille , tant qu'ily aura
des hommes fenfes fur la terre ? Heureufement
, qu'ils ne le font pas tous , &
les Demoiſelles beaux-efprits, ne trou--
veront que trop à qui s'allier . Mais fi
elles ne trouvoient pas. ( Le Ciel nous.
offre quelquefois des Phénomènes , la
terre pourroit en offrir à fan tour , ) fi
les hommes alloient devenir raiſonna--
bles ? Eh bien , elles auroient toujours
le tire de bel efprit , & à peu de frais ,
s'il faut feulement pour l'acquérir être
entourées de brochures . Si elles font for
cées de garder le célibat : cet état peut
avoir fes douceurs ; & quoiqu'en dife
M. Diderot , dans fon Père de Famille,,
1
20 MERCURE DE FRANCE.
il ne prépare pas toujours des regrets. La
liberté qu'il laiffe , peut dédommager du
ridicule attaché au bel - efprit . Mais M.
Rouſſeau me paroît trop généreux , de
rejetter ce ridicule fur nous feules : nous
fommes trop juftes pour le recevoir
entierement ; & nous nous contentons
d'en accepter au plus la moité : car
fi l'on compte au Parnaffe neuf Mufes
pour un Apollon , à peine peut-on compter
ici-bas , une mufe pour un bien plus
grand nombre d'Apollons ; & malgré
leur rareté , M. Rouffeau femble douter
encore de leur propre éxiſtence !
Je lui pardonne de nous avoir menacées
de ne point trouver d'époux ce font
de ces malheurs qu'on peut fupporter;
d'ailleurs , l'effet ne fuit pas toujours la
menace. Je lui pardonne auffi de nous
accufer de n'avoir point de génie ; nous
nous contentons de l'efprit , puifqu'il
veut bien nous le laiffer. Mais je ne
lui pardonne point d'ofer affurer , que
toute femme qui écrit a quelqu'un
qui lui conduit la main. Il ne nous
laiffe pas même la gloire de faire du
mauvais. Je ne fçai ; mais il me femble
qu'un Auteur eft trop amoureux de
fes ouvrages , pour les donner ainfi gra
tuitement. Il auroit pourtant dû nom-
?
MARS. 1763. 21
mer les plumes élégantes qui ont bien
voulu facrifier leur gloire à celles des
Sévignés , des la Suze , & des autres
Dames illuftres du dernier fiécle.
A l'égard des modernes qui ont quelque
réputation , M. Rouffeau auroit
pû les prier de fe laiffer enfermer ſeulement
vingt-quatre heures , avec de l'encre
& du papier , & par ce qu'elles auroient
produit , il auroit jugé de leurs
talens. Vous me direz , fans doute ,
Madame , qu'on peur douter de bien
des chofes , lorfqu'on doute de la révélation
: mais tout ce que M. Rouſſeau
dira contre notre Religion , ne lui portera
aucune atteinte. Qu'il prenne le
ton férieux , où le ton ironique , fes
raiſonnemens ne pourront l'ébranler ;
la Religion fe foutient d'elle-même , &
trouve un défenfeur dans chaque confcience
. Mais nous, qui ofera nous défendre
, quand M. Rouffeau nous attaque ?
Il faut donc fe taire , car je n'ai déjà
peut- être que trop parlé. Permettez -moi
feulement, de vous affurer de la vive
fincérité des fentimens avec lesquels
J'ai l'honneur d'être , & c.
fur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU ..
VOUS
17628
me demandez ,, Madame
quels font mes amuſemens à la campagne
? vous pouvez vous les imaginer
fans peine , la promenade , la chaffe , la
pêche , le jeu , la table , & puis le jeu
encore , car cet éternel jeu ne finit jamais
; un peu de lecture , quelques réflexions
bonnes bonnes ou mauvaiſes ;
voilà ce qui nous occupe , non pas
fans regretter Paris : car j'aime le Spec--
tacle , il n'y en a point ici : je chéris
la liberté , on en connoît ici que le
nom : on vous l'ôte a force de fe van--
ter qu'on vous la donne. Je conviens .
qu'on a partout des devoirs de fociété
à obferver , mais ils font plus gênans
à la campagne . Si le coeur étoit.
de la partie ; fi le dévoir devenoit un
16 MERCURE DE FRANCE.
goût , il feroit plus facile à remplir.
Mais on fe voit de trop près pour ne
fe point connoître ; & il eft difficile
de s'aimer , quand on fe connoît fi
bien. Pour me fauver de la néceffité de
jouer , je fuppofe quelquefois que j'ai
des brochures à lire qu'il me faut renvoyer
à Paris , & je dis fouvent la
vérité. Je n'ai eu que quatre jours le
livre d'Emile , & vous m'avouerez que
ce n'eft pas affez .Jel'ai cependant lû tout
entier, excepté une bonne partie de la pro
feffion de foi duVicaireSavoyard.M.Rouf
feau écrit trop bien , pour qu'on puiffe
fe refufer à l'envie & au plaifir de le
lire. J'ai reconnu dans fon Emile , l'aureur
de la nouvelle Heloïfe ; mais je
ne reconnois plus l'Auteur des difcours
contre les Sciences , & fur l'égalité des
conditions , ni même de la lettre contre
les Spectacles. On pardonnoit à M.
Rouffeau , un peu de mifantropie en
faveur de la pureté de fa morale . Il
nous difoit quelquefois des vérités un
peu trop dures ; mais il les difoit avec
l'énergie qu'elles infpirent. Si la vérité
ne plaît pas toujours , elle a du moins
le droit de convaincre. M. Rouffeau
ſe plaint de nos moeurs , il a raiſon . Je
crains bien que leur maligne influence
MARS. 1763. 17
n'ait aniolli les fiennes. Ce Philofophe
févère a déridé fon front. Dans fon
Emile il difcute des matières qui ne
me paroiffent guères propre à l'éducation
d'un jeune homme . Et je crois
qu'en pareil cas les leçons intéreffent
plus le maître que l'écolier. Peut- être ,
Madame , allez -vous me taxer d'ingratitude
envers M. Rouffeau ; vous me
repréſenterez que je lui dois avec mon
fexe beaucoup de reconnoiffance , de
tout le bien qu'il en dit , de ce qu'il
daigne même en parler , foit en bien
foit en mal. Mais je ne crois pas qu'il
fe faffe pour cela beaucoup de violence.
Il aime trop les femmes pour n'y pas
penfer , & pour n'en pas parler plus
qu'il ne voudroit. On m'avoit déja
prévenue qu'il nous exaltoit beaucoup
dans fon dernier ouvrage : je n'en
puis difconvenir. Mais nous ne devons
pas , ce me femble , en tirer beaucoup
de vanité. Il a eu foin d'effacer par le
trait le plus humiliant , tout le plaifir
que cela pouvoit nous faire. Il veut
qu'une femme foit femme , & rien de
plus. Si la comparaiſon eft permiſe
Joferai représenter à M. Rouſſeau ,
qu'un homme élevé comme tout homme
l'eft felon ſon état , eft bien plus
18 MERCURE DE FRANCE.
au- deffus de fon Etre , qu'un femme.
Cependant fouvent vous le voyez qui
non content de l'éducations qu'on lui
donne , veut franchir les bornes qu'elle
lui prefcrit. Son genie tranſcendant veut
être créateur. Il ajoute aux Arts & aux
Sciences , qu'il pofféde , & veut en
produire de nouvelles . S'il s'abîme dans
dans la fpéculation , il veut lire jufques
dans l'avenir ; il interroge les aftres ,
il mefure leur étendue , leur distance ,
il prédit les révolutions qui doivent
leur arriver ; il fait plus , il veut comprendre
celui qui les a créés. Tandis
qu'il n'eft point de limites pour fon
efprit curieux , qu'il veut pénétrer ce
qui eft impénétrable , & percer le voile
que la Providence a mis fur fes décrets ;
enfin tandis qu'il s'éleve juſqu'à la Divinité
même , il ne fera pas permis à
une femme de s'élever feulement jufqu'à
l'homme , en defirant la moindre partie
de l'éducation qu'on lui donne !
Seroit- ce en l'imitant qu'on fe rendroit
indigne de lui ? je conviens qu'il faut
que chacun refte dans fa fphère ; mais
celle d'une femme eft bien étroite , &
il eft naturel de chercher à fortir de
fa prifon. Je conviens qu'il y a des devoirs
d'état à remplir ; que ceux d'une
MARS. 1763. 19
femme font éffentiels , & qu'elle doit les
préférer à toute autre occupation. Mais
enfin toutes les femmes n'ont pas
dirai-je,le bonheur ? ..le mot feroit peutêtre
hazardé : toutes les femmes , dis -je ,
Ine font pas mères; ainfi elles ne peuvent
pas toutes être entourées de hardes d'En--
fans. Que celles qui n'ont pas ce glorieux
avantage, ayent la liberté du moins
d'être entourées de brochures ; il leur ref
tera encore affez de temps pour cultiver
leurs charmes , & pour plaire même
à M. Rouleau. Mais me dira-t- il ,
elles
auront le titre de bel-efprit , & toutefille
bel- efprit , reflera fille , tant qu'ily aura
des hommes fenfes fur la terre ? Heureufement
, qu'ils ne le font pas tous , &
les Demoiſelles beaux-efprits, ne trou--
veront que trop à qui s'allier . Mais fi
elles ne trouvoient pas. ( Le Ciel nous.
offre quelquefois des Phénomènes , la
terre pourroit en offrir à fan tour , ) fi
les hommes alloient devenir raiſonna--
bles ? Eh bien , elles auroient toujours
le tire de bel efprit , & à peu de frais ,
s'il faut feulement pour l'acquérir être
entourées de brochures . Si elles font for
cées de garder le célibat : cet état peut
avoir fes douceurs ; & quoiqu'en dife
M. Diderot , dans fon Père de Famille,,
1
20 MERCURE DE FRANCE.
il ne prépare pas toujours des regrets. La
liberté qu'il laiffe , peut dédommager du
ridicule attaché au bel - efprit . Mais M.
Rouſſeau me paroît trop généreux , de
rejetter ce ridicule fur nous feules : nous
fommes trop juftes pour le recevoir
entierement ; & nous nous contentons
d'en accepter au plus la moité : car
fi l'on compte au Parnaffe neuf Mufes
pour un Apollon , à peine peut-on compter
ici-bas , une mufe pour un bien plus
grand nombre d'Apollons ; & malgré
leur rareté , M. Rouffeau femble douter
encore de leur propre éxiſtence !
Je lui pardonne de nous avoir menacées
de ne point trouver d'époux ce font
de ces malheurs qu'on peut fupporter;
d'ailleurs , l'effet ne fuit pas toujours la
menace. Je lui pardonne auffi de nous
accufer de n'avoir point de génie ; nous
nous contentons de l'efprit , puifqu'il
veut bien nous le laiffer. Mais je ne
lui pardonne point d'ofer affurer , que
toute femme qui écrit a quelqu'un
qui lui conduit la main. Il ne nous
laiffe pas même la gloire de faire du
mauvais. Je ne fçai ; mais il me femble
qu'un Auteur eft trop amoureux de
fes ouvrages , pour les donner ainfi gra
tuitement. Il auroit pourtant dû nom-
?
MARS. 1763. 21
mer les plumes élégantes qui ont bien
voulu facrifier leur gloire à celles des
Sévignés , des la Suze , & des autres
Dames illuftres du dernier fiécle.
A l'égard des modernes qui ont quelque
réputation , M. Rouffeau auroit
pû les prier de fe laiffer enfermer ſeulement
vingt-quatre heures , avec de l'encre
& du papier , & par ce qu'elles auroient
produit , il auroit jugé de leurs
talens. Vous me direz , fans doute ,
Madame , qu'on peur douter de bien
des chofes , lorfqu'on doute de la révélation
: mais tout ce que M. Rouſſeau
dira contre notre Religion , ne lui portera
aucune atteinte. Qu'il prenne le
ton férieux , où le ton ironique , fes
raiſonnemens ne pourront l'ébranler ;
la Religion fe foutient d'elle-même , &
trouve un défenfeur dans chaque confcience
. Mais nous, qui ofera nous défendre
, quand M. Rouffeau nous attaque ?
Il faut donc fe taire , car je n'ai déjà
peut- être que trop parlé. Permettez -moi
feulement, de vous affurer de la vive
fincérité des fentimens avec lesquels
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE de Mlle *** à Madame... sur l'ÉMILE de M. ROUSSEAU. 1762.
Dans sa lettre à Madame, Mlle *** relate ses activités et réflexions durant son séjour à la campagne, où elle apprécie la liberté et le spectacle offert par la nature, malgré certaines contraintes sociales dues à la proximité des relations. Elle commente le livre 'Émile' de Jean-Jacques Rousseau, admirant son style tout en critiquant certaines divergences avec ses autres œuvres, notamment sur les sciences et l'égalité des conditions. Elle reproche à Rousseau d'avoir adouci ses positions morales et d'aborder des sujets inappropriés pour l'éducation d'un jeune homme. L'auteure critique également la vision de Rousseau sur le rôle des femmes, qu'il limite à leur condition féminine. Elle plaide pour plus de liberté pour les femmes, surtout celles qui ne sont pas mères, et défend leur droit à l'éducation et à la liberté, même au prix de certains ridicules sociaux. La lettre, datée de mars 1763, répond aux critiques de Rousseau sur les femmes écrivains. L'auteur rejette l'idée que les femmes soient ridicules et affirme leur existence et leur esprit. Elle pardonne à Rousseau ses menaces et accusations mais refuse l'affirmation selon laquelle toute femme écrivaine serait guidée par un homme. Elle suggère que Rousseau aurait dû reconnaître les talents des femmes illustres du passé et proposer un test aux modernes pour évaluer leurs compétences littéraires. L'auteur exprime enfin sa confiance inébranlable en la religion et conclut en affirmant sa sincérité et son respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1868
p. 22
COUPLETS, à l'occasion d'un Ballet des ELÉMENS, à une Salamandre. AIR: Quoi, vous partez.
Début :
UN feu léger éblouit & s'échappe, [...]
Mots clefs :
Feu, Amour
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS, à l'occasion d'un Ballet des ELÉMENS, à une Salamandre. AIR: Quoi, vous partez.
COUPLETS , à l'occafion d'un Ballet
des ELEMENS , à une Salamandre.
UN
AIR: Quoi , vous partez.
N feu léger éblouit & s'échappe ,
Un feu brulant détruit ce qu'il atteint;
Un feu plus doux en vous voyant nous frape,
L'Amour l'allume & jamais ne l'éteint.
Même on prétend que le fripon , ſous cape
Rit comme vous de celui qui s'en plaint,
des ELEMENS , à une Salamandre.
UN
AIR: Quoi , vous partez.
N feu léger éblouit & s'échappe ,
Un feu brulant détruit ce qu'il atteint;
Un feu plus doux en vous voyant nous frape,
L'Amour l'allume & jamais ne l'éteint.
Même on prétend que le fripon , ſous cape
Rit comme vous de celui qui s'en plaint,
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1869
p. 22-23
A une autre Salamandre, sur tous les Élémens. AIR: Partout où régne le chagrin.
Début :
L'Amour, ce Roi de l'Univers, [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Élément
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texteReconnaissance textuelle : A une autre Salamandre, sur tous les Élémens. AIR: Partout où régne le chagrin.
A une autre Salamandre , fur tous
les Élémens.
A1R: Partout où régne le chagrin.
L'Amour , ce Roi de l'Univers ,
Ce Dieu dont vous êtes l'image ,
De tous les Elémeus divers
Reçoit le tribut & l'hommage.
De Vénus l'élément natal ,
Les eaux à l'Amour font bien chères ;
Auffi de leur brillant criftal
Il fit le miroir des Bergères.
Quand il vole comme un éclair
14
MARS.
23 :
Sur les pas fugitifs des Belles ,
La main des habitans de l'air
Soutient & parfume fes aîles .
La Tèrre fleurit fous fes pas ,
Et lui prépare au fein des fêtes
Des lits de fleurs pour les combats
De jennes coeurs pour les conquêtes.
Mais immortel comme les Dieux ,
Il doit cette gloire à ſa flamme.
L'Elément qui brille à vos yeux ,
Eft de l'Amour la vie & l'âme.
les Élémens.
A1R: Partout où régne le chagrin.
L'Amour , ce Roi de l'Univers ,
Ce Dieu dont vous êtes l'image ,
De tous les Elémeus divers
Reçoit le tribut & l'hommage.
De Vénus l'élément natal ,
Les eaux à l'Amour font bien chères ;
Auffi de leur brillant criftal
Il fit le miroir des Bergères.
Quand il vole comme un éclair
14
MARS.
23 :
Sur les pas fugitifs des Belles ,
La main des habitans de l'air
Soutient & parfume fes aîles .
La Tèrre fleurit fous fes pas ,
Et lui prépare au fein des fêtes
Des lits de fleurs pour les combats
De jennes coeurs pour les conquêtes.
Mais immortel comme les Dieux ,
Il doit cette gloire à ſa flamme.
L'Elément qui brille à vos yeux ,
Eft de l'Amour la vie & l'âme.
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Résumé : A une autre Salamandre, sur tous les Élémens. AIR: Partout où régne le chagrin.
L'Amour est décrit comme un roi universel et un dieu, adoré par tous les éléments naturels. Les eaux, liées à Vénus, reflètent les bergères. L'Amour se déplace vite, soutenu par les habitants de l'air. La terre fleurit sous ses pas, préparant des lits de fleurs pour les jeunes cœurs. Immortel, il doit sa gloire à sa flamme. La vie et l'âme de l'Amour brillent dans les yeux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1870
p. 23
EPIGRAMME.
Début :
ON vantoit l'autre jour le grand sçavoir d'Argant : [...]
Mots clefs :
Aimer, Ami
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
EPIGRAMME.
N vantoit l'autre jour le grand fçavoir d'Argant
:
Seul il valoit toute une Académie ;
Seul il eût fait une Encyclopédie ;
Salomon près de lui n'eût été qu'une enfant.
Lors , me tournant vers la jeune Iſabelle :
Pour moi , de rien fçavoir ne puis venir à bout ;
Hors vous aimer. Ah ! s'il eft vrai , dit-elle ,
Mon cher ami , vous fçavez tout.
Par M. SAUTREAU.
N vantoit l'autre jour le grand fçavoir d'Argant
:
Seul il valoit toute une Académie ;
Seul il eût fait une Encyclopédie ;
Salomon près de lui n'eût été qu'une enfant.
Lors , me tournant vers la jeune Iſabelle :
Pour moi , de rien fçavoir ne puis venir à bout ;
Hors vous aimer. Ah ! s'il eft vrai , dit-elle ,
Mon cher ami , vous fçavez tout.
Par M. SAUTREAU.
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1871
p. 24-25
VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
Début :
Allez, Hymen, vous couronner de gloire, [...]
Mots clefs :
Hymen, Gloire, Berger
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
VERS fur le mariage de Mlle DE
DROMESNIL , avec M. le
Marquis DE BELSUNCE.
Par M. TANEVOT.
vous couronner de
ALLEZ ,
Hymen ,
gloire ,
Allez jouir d'une double victoire ,
Et , dans un champ fertile en Myrthes ,
riers ,
Unir encor les Grâces aux Guerriers.
Ainfi les guirlandes d'Armide
en Laus
Enchaînoient de Renaud le courege intrépide;
Des feux plus purs , chaftes Epoux ,
Vous préfagent un fort plus doux.
Aimable Dromefnil , d'une Soeur fortunée ,
Goûtez la même deſtinée ;
L'on vous verra briller autant :
Telle , dans les Jardins de Flore >
Une Rofe qui vient d'éclore ,
D'une autre auffi vermeille eft fuivie à l'inftanti
S des trois Déeffes rivales ,
Quelqu'une avoit eu vos appas ,
Sur ce Mont * fameux , leurs débats ,
* Le Mont Ida.
De
MARS. 1763. 25
De tant de maux , ſources fatales ,
N'auroient pas occupé beaucoup
Ce beau Berger que l'on renomme:
La Diſcorde eût manqué fon coup,
On n'eût point diſputé la Pomme.
BELSUNCE , armé de tous les traits
Que l'on forge à Paphos , fubjugue vos attraits .
Tout applaudit dans cette fête ,
A fon bonheur , à la conquête.
Nouveau triomphe des Amours ,
Non des zéphirs , volages dans leurs cours.
*
O vous , donc , Nymphe enchantereſſe ,
Allez aux pieds d'une augufte Princeſſe ,
Cultiver des Vertus dont l'agréable odeur
Parfume votre jeune coeur :
C'est l'hommage qu'Elle defire ,
Et tout l'Encens qu'Elle refpire..
DROMESNIL , avec M. le
Marquis DE BELSUNCE.
Par M. TANEVOT.
vous couronner de
ALLEZ ,
Hymen ,
gloire ,
Allez jouir d'une double victoire ,
Et , dans un champ fertile en Myrthes ,
riers ,
Unir encor les Grâces aux Guerriers.
Ainfi les guirlandes d'Armide
en Laus
Enchaînoient de Renaud le courege intrépide;
Des feux plus purs , chaftes Epoux ,
Vous préfagent un fort plus doux.
Aimable Dromefnil , d'une Soeur fortunée ,
Goûtez la même deſtinée ;
L'on vous verra briller autant :
Telle , dans les Jardins de Flore >
Une Rofe qui vient d'éclore ,
D'une autre auffi vermeille eft fuivie à l'inftanti
S des trois Déeffes rivales ,
Quelqu'une avoit eu vos appas ,
Sur ce Mont * fameux , leurs débats ,
* Le Mont Ida.
De
MARS. 1763. 25
De tant de maux , ſources fatales ,
N'auroient pas occupé beaucoup
Ce beau Berger que l'on renomme:
La Diſcorde eût manqué fon coup,
On n'eût point diſputé la Pomme.
BELSUNCE , armé de tous les traits
Que l'on forge à Paphos , fubjugue vos attraits .
Tout applaudit dans cette fête ,
A fon bonheur , à la conquête.
Nouveau triomphe des Amours ,
Non des zéphirs , volages dans leurs cours.
*
O vous , donc , Nymphe enchantereſſe ,
Allez aux pieds d'une augufte Princeſſe ,
Cultiver des Vertus dont l'agréable odeur
Parfume votre jeune coeur :
C'est l'hommage qu'Elle defire ,
Et tout l'Encens qu'Elle refpire..
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Résumé : VERS sur le mariage de Mlle DE DROMESNIL, avec M. le Marquis DE BELSUNCE. Par M. TANEVOT.
Le poème célèbre le mariage de Mlle de Dromesnil avec le Marquis de Belsunce en mars 1763. L'auteur, M. Tanévot, invite les nouveaux époux à savourer leur bonheur et à unir les grâces aux qualités guerrières. Il compare la beauté de Mlle de Dromesnil à celle d'une rose nouvellement éclose, évoquant la rivalité des déesses sur le Mont Ida. Le Marquis de Belsunce est décrit comme ayant conquis son épouse grâce aux traits de l'amour. Le poème souligne le bonheur partagé par tous à l'occasion de cette union. Il exhorte la mariée à cultiver des vertus agréables, en hommage à une auguste princesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1872
p. 25
ENVOI.
Début :
Pardonnez à ces vers de trop peu de valeur ; [...]
Mots clefs :
Feu, Valeur
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texteReconnaissance textuelle : ENVOI.
ENVOL.
Pardonnez à ces vers de trop peu de valeur ;
( Ma Mufe à chaque pas chancelle ; ).
S'ils font dépourvus de chaleur ,
C'est d'un feu qui s'éteint la derniere étincelle.
Pardonnez à ces vers de trop peu de valeur ;
( Ma Mufe à chaque pas chancelle ; ).
S'ils font dépourvus de chaleur ,
C'est d'un feu qui s'éteint la derniere étincelle.
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1873
p. 26-35
L'AMOUR ET L'HYMEN RÉCONCILIÉS, CONTE EPITHALAMIQUE.
Début :
L'AMOUR ET L'HYMEN RÉCONCILIÉS, CONTE EPITHALAMIQUE. [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Cœur, Sentiments, Hommes, Plaisirs, Tendresse
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR ET L'HYMEN RÉCONCILIÉS, CONTE EPITHALAMIQUE.
L'AMOUR ET L'HYMEN
RÉCONCILIÉS ,
L
CONTE EPITHALAMIQUE.
E Dieu de la tendreffe perdoit infenfiblementfon
empire fur les humains .
Il ne les conduifoit plus aux Autels de
l'Hymen. Depuis longtemps ils ne le
confultoient plus , pour former ces rapides
engagemens , que fouvent un même
jour voit naître & finir,
L'Amour s'en confoloit.. Il régnoit tou
jours fur les coeurs fans éxpérience. Quand
de la premiere jeuneffe on paffe à l'âge
des defirs , on aime à fe livrer aux douces
inquiétudes du Dieu des coeurs , On
ne voit , on n'entend que par lui . On
n'exprime que ce qu'il infpire ; & ce
qu'il infpire eft le fentiment de la Volupté
même.
Le goût des frivolités lui arracha ce
refte de puiffance : Azor , l'aimable
Azor , dont le coeur étoit fait pour toutes
les vertus , ofa former des defirs ;
& ils n'étoient pas ceux de l'Amour . IĮ
dit à toutes les jolies femmes qui s'ofMARS.
1763. 27
frirent à fes regards , qu'il les adoroit ;
& il le leur juroit,fans reffentir aucune
des émotions de l'Amour. D'où provient
donc cet égarement , s'écria -t-il ?
Vangeons-nous , ou ramenons Azor ,
ou puniffons les coupables. Leur nombre
l'effraya. Ces ufages qui l'outrageoient
étoient devenus ceux de tous
les hommes du bon ton . Azor eût cru
fe perdre de réputation parmi fes pareils,
s'il eût tenté d'afficher le fentiment.
Le fils de Vénus défefpéré de ne pou
voir ni corriger Azor , ni punir les coupables
, prit le parti de les abandonner
à leur délire , & de dérober fa honte
aux Dieux même s'il le pouvoit. Dans
cette vue il parcouroit des deferts immenfes,
& partout il proféroit les plaintes
les plus touchantes. Les volages oifeaux
interrompoient leurs chants mélodieux
, pour l'entendre. Les timides
hôtes des bois oublioient leurs frayeurs
pour foupirer avec lui. Les tigres & les
lions fufpendoient leur férocité , pour
s'adoucir à fes accens. Les fiers Aquilons
calmoient leur indomptable fu-.
reur , pour s'attendrir à fa voix. Tel
eft fon pouvoir. La Nature & tous les
Etres qu'elle produit , ſe plaiſent à céder.
aux impreffions de ce Dieu. Mortels in-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
grats , fe difoit-il , vous êtes donc les
feuls qui réfiftez à mes loix? Je vous déteſte
! C'étoit ainfi qu'il exhaloit fon
courroux .
Un jour qu'il s'étoit prèſqu'épuisé de
fatigue , il apperçut un bois dans un
vallon fort éloigné. Il s'y rendit. Il fut
furpris de voir que ce féjour étoit embelli
de tous les ornemens de l'Art.Quel
être intelligent, s'écria - til , a fçu fe préparer
cette riante folitude ? Il fe dérobe
aux Mortels ? Ah ! c'eſt un Sage . Cherchons-
le , je brûle de me l'attacher,& de
le combler de mes dons, s'il en eft digne.
Il pénétra dans ce bois . A l'afpect
d'une multitude de promenades artiſtement
variées , fon étonnement redoubloit.
Bientôt il arrive dans un bofquet
charmant. Des branches galament
entrelaffées en interdifoient l'entrée aux
rayons d'un foleil, brulant. Les fleurs les
plus rares & les plus vives y répandoient
un parfum enchanteur. L'Amant
de Flore y entretenoit une fraîcheur
délicieufe , par le fouffle de fon haleine .
Un gazon élevé par les Grâces faifoit
l'enfoncement de ce bofquet.
L'Amour entrevit fur ce gazon un
Etre pour lequel il s'intéreffa . Négligemment
étendu fur ce tapis émailMARS.
1763. 20
lé , il paroiffoit plongé dans les rê
veries d'un fommeil inquiet ; fes. paupiéres
entr'ouvertes laiffoient coulet
quelques larmes ; il parloit même.
» Mortels infenfés , fe difoit- il , vous
» avez méconnu mes bienfaits ; je de-
» vrois vous haïr. Ne puis- je du moins
» vous oublier ? C'eſt toi , charmante
» Félime , qui les retraces à mon fou-
» venir. Ciel ! c'eſt l'hymen , s'écria l'Amour
avec une extrême vivacité. Il fe
plaint donc auffi de l'aveuglement des
hommes ?
ود
Qui es- tu , toi , reprit l'Hymen en
» fe réveillant ? Que cherches - tu dans
» ces afyles inhabités ? Pourquoi trou-
» bles-tu mon repos ? Mais.... Que
» vois - je ? C'eſt l'Amour! .. Cruel ennemi
, qu'attens-tu de moi ? .... Fuyons.
Arrête , cher frère ! As-tu pu croire
que j'étois ton ennemi ? Quelle erreur
! Expliquons- nous ; je t'en conjure.
Je me flatte de te faire fentir l'injuſtice
de tes reproches. Mais depuis
quel temps habites- tu ces fòrets ? je te
croiois toujours occupé du fort des
humains.
» Tu le croíois , perfide ? ne font- ce
pas tes caprices qui m'ont ravi ce
» foin. N'as-tu pas ceffé d'enflammer
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
les coeurs que j'uniffois ? N'as - tu
» pas même employé toutes les féductions
pour traverfer la tranquille innocence
que je leur procurois , en
» les précipitant dans des liens contrai-
» re aux miens ? apprens donc les fuites
» funeftes de cette méfintelligence , fi
» tu les ignores.
» Dès que tu m'eus quitté , le fu-
» perbe Plutus s'appropria le droit de
» dicter mes loix. Je lui abandonnai
» les ames viles , & capables de fe laiffer
féduire par fon opulence . Je me
» contentois de difpofer de quelques
» coeurs fufceptibles de délicateffe .
» Félime, entr'autres, Félime , me parut
digne de toute mon attention. La
» connois-tu? Quels traits , Quel coeur ,
» Quelles beautés , Quelle âme ! Mille
» fois le jour, je me rappelle le moment
» qui l'offrit à mes regards. Elle étoit
» dans un cercle de douze jolies fem-
» mes. La moins belle de ces femmes
» eût effacé ta Mere : Félime les effaçoit
toutes. Parée des feules grâces
» que donne la Nature , elle obfcurcif-
» foit toutes celles que peut donner
» l'Art. Cher frère ! qu'elle étoit belle
» & touchante ! Les Dieux , tu le fçais,
» fe plaifent à faire le bonheur des
MARS. 1763. 31
» mortels qui font leurs images . De
» cet inftant , je me propofai de ne rien
» négliger , pour rendre celui de Fé-
» lime durable & parfait. J'avois pour
» cela befoin , non de ton art ; il
» fiéroit mal à des coeurs foumis à mes
» loix , mais de tes feux ; mais de tes
» tranſports toujours féduifans , lorſque
» le fentiment les fait naître. Je te cher-
» chai dans tous les lieux où on te foup-
» connoit. Inhumain ! tu me fuyois
» fans doute. Furieux de ne pouvoir
» te rencontrer , je te maudis mille
» fois. Je quittai le féjour des humains ;
» & depuis ce temps , je m'éfforce de
» vous oublier.
"
Tes plaintes , chere frère , font légitimes.
Les hommes font des ingrats. Ils
nous ont outragés. Je les fuis depuis
long-temps , parce que je les croiois
foumis de ton confentement , au Dieu
des richeffes. Puniffons les. Mais que ce
foit en les rendant témoins de la félicité
fuprême , dont peuvent jouir deux
coeurs unis par l'Hymen & l'Amour.
Cette vengeance digne de nous , doit
nous réunir. Je connois Félime. Qu'elle
foit le gage de notre réconciliation .
Seule elle peut me rendre fur le coeur
d'Azor, des droits qui m'ont été ufur-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
pés par les frivoles ufages de ce fiécle.
Vois le trait que je leur prépare à l'un
& à l'autre.
" Quel eft cet Azor ? Mérite - t - il un
>> coeur tel que celui de Félime ? Oui ,
cher frère , j'en jure par le Styx. Si le
plus puiffant des Dieux vouloit plaire
fi moi-même je fuccombois à ce defir
j'emprunterois la figure , le coeur & l'efprit
d'Azor. Sa figure eft noble & intéreffante.
Elle féduit lorfqu'on le voit
pour la premiere fois. Lorfqu'on le revoit
, elle féduit encore plus. Son coeur
eft digne de cette figure. Il eft tendre ,
vif & compâtiffant. Les plaifirs d'Azor
feroient des vertus parmi les Immortels.
Ils confiftent à foulager des peines
, à prévenir des beſoins , à faire des
heureux . S'il ne faifit pas toujours les
occafions de goûter ces plaifirs , c'eft
que cela ne fe peut pas ; c'eft que les
devoirs de fon état s'y oppofent ; c'eſt
que le Deftin lui- même tenteroit vainement
de fatisfaire tous les hommes.
Ce coeur dont je te parle eût été fans
défauts
, s'il eût pu devenir fenfible .
Azor a de l'efprit , de la fcience , du jugement
, de la raifon , & il n'en rougit
point ; & il n'en eft pas plus avantageux.
Que ne puis-je te le faire confiMARS.
1763. 33
dérer dans les diverfes occupations de
fa vie ? Tu le verrois s'élever avec la
rapidité de l'Aigle du Dieu du Tonnèrre
, lorfqu'il s'agit de manifefter les volentés
de fon augufte Souverain. Eſtil
question de prévenir une difette , tu
le prendrois pour le Dieu du Nil , fertilifant
les vaftes campagnes de l'Egypte.
Tente-t- il d'encourager les Sciences &
les Arts , tu dirois , c'eft Apollon préfidant
à l'affemblée des chaftes Soeurs ; &
dans toutes ces fonctions , tu diftinguerois
le fentiment qui le dirige . C'eſt`
l'amour de l'humanité.
Tel eſt le Mortel que je deftine à
Félime. Rallume ton flambeau cher
frère , pour unir leurs coeurs .
>
Avant que de rien promettre ,l'Hymen
tant de fois trompé par les promeffes
de l'Amour , voulut connoître Azor.
Il partit pour aller l'examiner . Félime
& lui foupoient chez Alcandre leur
ami. Les Dieux s'y tranfportérent. Hymen
fut enchanté. » Azor & Félime
» dit- il à l'Amour , font faits l'un pour
» l'autre ; lance le trait qui doit les en-
» flammer ; mon flambeau, fera le refte.
Alcandre adreffoit alors cet impromptu
à Félime.
Du tendre Amour écoute le langage,
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
Belle Félime , il en veut à ton coeur.
Lequel de nous obtiendra l'avantage
De voir enfin couronner fon ardeur ?
Tu t'attendris , Félime ! quel préſage !
Le tendre Amour te prépare un vainqueur.
A ces mots , Azor foupira. Un regard
de Félime acheva de triompher de fon
indifférence . Sur le champ il en fit l'aveu
dans ces termes :
Certaine de notre conftance ,
Tu dois faire un de nous heureux.
Si tu donnes la préférence
A celui qui t'aime le mieux ;
Aimable Félime , j'eſpére ,
Et j'ai des droits .
Droits charmans ! ah ! je les préfére
Au rang des Rois.
Félime ne put entendre cet aveu fans
trouble ; & fes yeux , les plus beaux
yeux que la Nature ait formés , ne purent
dérober ce trouble au trop heureux
Azor. Que dirai- je de plus ? ils
furent unis par l'Hymen & l'Amour.
Azor eft l'Amant & l'Epoux de Félime.
Il l'adore ; elle l'aime ; & ils fe fuffifent. e ;
Puiffent leurs plaifirs renouveller chaMARS.
1763. 35
que jour leur tendreffe ! Puiffe leur tendreffe
éternifer leurs plaifirs !
Préfenté le 5 de Fevrier à Paris à
M. & Mde de ...... le lendemain de
leur mariage !
RÉCONCILIÉS ,
L
CONTE EPITHALAMIQUE.
E Dieu de la tendreffe perdoit infenfiblementfon
empire fur les humains .
Il ne les conduifoit plus aux Autels de
l'Hymen. Depuis longtemps ils ne le
confultoient plus , pour former ces rapides
engagemens , que fouvent un même
jour voit naître & finir,
L'Amour s'en confoloit.. Il régnoit tou
jours fur les coeurs fans éxpérience. Quand
de la premiere jeuneffe on paffe à l'âge
des defirs , on aime à fe livrer aux douces
inquiétudes du Dieu des coeurs , On
ne voit , on n'entend que par lui . On
n'exprime que ce qu'il infpire ; & ce
qu'il infpire eft le fentiment de la Volupté
même.
Le goût des frivolités lui arracha ce
refte de puiffance : Azor , l'aimable
Azor , dont le coeur étoit fait pour toutes
les vertus , ofa former des defirs ;
& ils n'étoient pas ceux de l'Amour . IĮ
dit à toutes les jolies femmes qui s'ofMARS.
1763. 27
frirent à fes regards , qu'il les adoroit ;
& il le leur juroit,fans reffentir aucune
des émotions de l'Amour. D'où provient
donc cet égarement , s'écria -t-il ?
Vangeons-nous , ou ramenons Azor ,
ou puniffons les coupables. Leur nombre
l'effraya. Ces ufages qui l'outrageoient
étoient devenus ceux de tous
les hommes du bon ton . Azor eût cru
fe perdre de réputation parmi fes pareils,
s'il eût tenté d'afficher le fentiment.
Le fils de Vénus défefpéré de ne pou
voir ni corriger Azor , ni punir les coupables
, prit le parti de les abandonner
à leur délire , & de dérober fa honte
aux Dieux même s'il le pouvoit. Dans
cette vue il parcouroit des deferts immenfes,
& partout il proféroit les plaintes
les plus touchantes. Les volages oifeaux
interrompoient leurs chants mélodieux
, pour l'entendre. Les timides
hôtes des bois oublioient leurs frayeurs
pour foupirer avec lui. Les tigres & les
lions fufpendoient leur férocité , pour
s'adoucir à fes accens. Les fiers Aquilons
calmoient leur indomptable fu-.
reur , pour s'attendrir à fa voix. Tel
eft fon pouvoir. La Nature & tous les
Etres qu'elle produit , ſe plaiſent à céder.
aux impreffions de ce Dieu. Mortels in-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
grats , fe difoit-il , vous êtes donc les
feuls qui réfiftez à mes loix? Je vous déteſte
! C'étoit ainfi qu'il exhaloit fon
courroux .
Un jour qu'il s'étoit prèſqu'épuisé de
fatigue , il apperçut un bois dans un
vallon fort éloigné. Il s'y rendit. Il fut
furpris de voir que ce féjour étoit embelli
de tous les ornemens de l'Art.Quel
être intelligent, s'écria - til , a fçu fe préparer
cette riante folitude ? Il fe dérobe
aux Mortels ? Ah ! c'eſt un Sage . Cherchons-
le , je brûle de me l'attacher,& de
le combler de mes dons, s'il en eft digne.
Il pénétra dans ce bois . A l'afpect
d'une multitude de promenades artiſtement
variées , fon étonnement redoubloit.
Bientôt il arrive dans un bofquet
charmant. Des branches galament
entrelaffées en interdifoient l'entrée aux
rayons d'un foleil, brulant. Les fleurs les
plus rares & les plus vives y répandoient
un parfum enchanteur. L'Amant
de Flore y entretenoit une fraîcheur
délicieufe , par le fouffle de fon haleine .
Un gazon élevé par les Grâces faifoit
l'enfoncement de ce bofquet.
L'Amour entrevit fur ce gazon un
Etre pour lequel il s'intéreffa . Négligemment
étendu fur ce tapis émailMARS.
1763. 20
lé , il paroiffoit plongé dans les rê
veries d'un fommeil inquiet ; fes. paupiéres
entr'ouvertes laiffoient coulet
quelques larmes ; il parloit même.
» Mortels infenfés , fe difoit- il , vous
» avez méconnu mes bienfaits ; je de-
» vrois vous haïr. Ne puis- je du moins
» vous oublier ? C'eſt toi , charmante
» Félime , qui les retraces à mon fou-
» venir. Ciel ! c'eſt l'hymen , s'écria l'Amour
avec une extrême vivacité. Il fe
plaint donc auffi de l'aveuglement des
hommes ?
ود
Qui es- tu , toi , reprit l'Hymen en
» fe réveillant ? Que cherches - tu dans
» ces afyles inhabités ? Pourquoi trou-
» bles-tu mon repos ? Mais.... Que
» vois - je ? C'eſt l'Amour! .. Cruel ennemi
, qu'attens-tu de moi ? .... Fuyons.
Arrête , cher frère ! As-tu pu croire
que j'étois ton ennemi ? Quelle erreur
! Expliquons- nous ; je t'en conjure.
Je me flatte de te faire fentir l'injuſtice
de tes reproches. Mais depuis
quel temps habites- tu ces fòrets ? je te
croiois toujours occupé du fort des
humains.
» Tu le croíois , perfide ? ne font- ce
pas tes caprices qui m'ont ravi ce
» foin. N'as-tu pas ceffé d'enflammer
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
les coeurs que j'uniffois ? N'as - tu
» pas même employé toutes les féductions
pour traverfer la tranquille innocence
que je leur procurois , en
» les précipitant dans des liens contrai-
» re aux miens ? apprens donc les fuites
» funeftes de cette méfintelligence , fi
» tu les ignores.
» Dès que tu m'eus quitté , le fu-
» perbe Plutus s'appropria le droit de
» dicter mes loix. Je lui abandonnai
» les ames viles , & capables de fe laiffer
féduire par fon opulence . Je me
» contentois de difpofer de quelques
» coeurs fufceptibles de délicateffe .
» Félime, entr'autres, Félime , me parut
digne de toute mon attention. La
» connois-tu? Quels traits , Quel coeur ,
» Quelles beautés , Quelle âme ! Mille
» fois le jour, je me rappelle le moment
» qui l'offrit à mes regards. Elle étoit
» dans un cercle de douze jolies fem-
» mes. La moins belle de ces femmes
» eût effacé ta Mere : Félime les effaçoit
toutes. Parée des feules grâces
» que donne la Nature , elle obfcurcif-
» foit toutes celles que peut donner
» l'Art. Cher frère ! qu'elle étoit belle
» & touchante ! Les Dieux , tu le fçais,
» fe plaifent à faire le bonheur des
MARS. 1763. 31
» mortels qui font leurs images . De
» cet inftant , je me propofai de ne rien
» négliger , pour rendre celui de Fé-
» lime durable & parfait. J'avois pour
» cela befoin , non de ton art ; il
» fiéroit mal à des coeurs foumis à mes
» loix , mais de tes feux ; mais de tes
» tranſports toujours féduifans , lorſque
» le fentiment les fait naître. Je te cher-
» chai dans tous les lieux où on te foup-
» connoit. Inhumain ! tu me fuyois
» fans doute. Furieux de ne pouvoir
» te rencontrer , je te maudis mille
» fois. Je quittai le féjour des humains ;
» & depuis ce temps , je m'éfforce de
» vous oublier.
"
Tes plaintes , chere frère , font légitimes.
Les hommes font des ingrats. Ils
nous ont outragés. Je les fuis depuis
long-temps , parce que je les croiois
foumis de ton confentement , au Dieu
des richeffes. Puniffons les. Mais que ce
foit en les rendant témoins de la félicité
fuprême , dont peuvent jouir deux
coeurs unis par l'Hymen & l'Amour.
Cette vengeance digne de nous , doit
nous réunir. Je connois Félime. Qu'elle
foit le gage de notre réconciliation .
Seule elle peut me rendre fur le coeur
d'Azor, des droits qui m'ont été ufur-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
pés par les frivoles ufages de ce fiécle.
Vois le trait que je leur prépare à l'un
& à l'autre.
" Quel eft cet Azor ? Mérite - t - il un
>> coeur tel que celui de Félime ? Oui ,
cher frère , j'en jure par le Styx. Si le
plus puiffant des Dieux vouloit plaire
fi moi-même je fuccombois à ce defir
j'emprunterois la figure , le coeur & l'efprit
d'Azor. Sa figure eft noble & intéreffante.
Elle féduit lorfqu'on le voit
pour la premiere fois. Lorfqu'on le revoit
, elle féduit encore plus. Son coeur
eft digne de cette figure. Il eft tendre ,
vif & compâtiffant. Les plaifirs d'Azor
feroient des vertus parmi les Immortels.
Ils confiftent à foulager des peines
, à prévenir des beſoins , à faire des
heureux . S'il ne faifit pas toujours les
occafions de goûter ces plaifirs , c'eft
que cela ne fe peut pas ; c'eft que les
devoirs de fon état s'y oppofent ; c'eſt
que le Deftin lui- même tenteroit vainement
de fatisfaire tous les hommes.
Ce coeur dont je te parle eût été fans
défauts
, s'il eût pu devenir fenfible .
Azor a de l'efprit , de la fcience , du jugement
, de la raifon , & il n'en rougit
point ; & il n'en eft pas plus avantageux.
Que ne puis-je te le faire confiMARS.
1763. 33
dérer dans les diverfes occupations de
fa vie ? Tu le verrois s'élever avec la
rapidité de l'Aigle du Dieu du Tonnèrre
, lorfqu'il s'agit de manifefter les volentés
de fon augufte Souverain. Eſtil
question de prévenir une difette , tu
le prendrois pour le Dieu du Nil , fertilifant
les vaftes campagnes de l'Egypte.
Tente-t- il d'encourager les Sciences &
les Arts , tu dirois , c'eft Apollon préfidant
à l'affemblée des chaftes Soeurs ; &
dans toutes ces fonctions , tu diftinguerois
le fentiment qui le dirige . C'eſt`
l'amour de l'humanité.
Tel eſt le Mortel que je deftine à
Félime. Rallume ton flambeau cher
frère , pour unir leurs coeurs .
>
Avant que de rien promettre ,l'Hymen
tant de fois trompé par les promeffes
de l'Amour , voulut connoître Azor.
Il partit pour aller l'examiner . Félime
& lui foupoient chez Alcandre leur
ami. Les Dieux s'y tranfportérent. Hymen
fut enchanté. » Azor & Félime
» dit- il à l'Amour , font faits l'un pour
» l'autre ; lance le trait qui doit les en-
» flammer ; mon flambeau, fera le refte.
Alcandre adreffoit alors cet impromptu
à Félime.
Du tendre Amour écoute le langage,
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
Belle Félime , il en veut à ton coeur.
Lequel de nous obtiendra l'avantage
De voir enfin couronner fon ardeur ?
Tu t'attendris , Félime ! quel préſage !
Le tendre Amour te prépare un vainqueur.
A ces mots , Azor foupira. Un regard
de Félime acheva de triompher de fon
indifférence . Sur le champ il en fit l'aveu
dans ces termes :
Certaine de notre conftance ,
Tu dois faire un de nous heureux.
Si tu donnes la préférence
A celui qui t'aime le mieux ;
Aimable Félime , j'eſpére ,
Et j'ai des droits .
Droits charmans ! ah ! je les préfére
Au rang des Rois.
Félime ne put entendre cet aveu fans
trouble ; & fes yeux , les plus beaux
yeux que la Nature ait formés , ne purent
dérober ce trouble au trop heureux
Azor. Que dirai- je de plus ? ils
furent unis par l'Hymen & l'Amour.
Azor eft l'Amant & l'Epoux de Félime.
Il l'adore ; elle l'aime ; & ils fe fuffifent. e ;
Puiffent leurs plaifirs renouveller chaMARS.
1763. 35
que jour leur tendreffe ! Puiffe leur tendreffe
éternifer leurs plaifirs !
Préfenté le 5 de Fevrier à Paris à
M. & Mde de ...... le lendemain de
leur mariage !
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Résumé : L'AMOUR ET L'HYMEN RÉCONCILIÉS, CONTE EPITHALAMIQUE.
Le texte 'L'Amour et l'Hymen réconciliés' est un conte épithalamique qui explore la relation entre l'Amour et l'Hymen. Initialement, l'Amour dominait les cœurs humains, mais son influence a décliné face à la frivolité et aux désirs superficiels des hommes. Azor, un jeune homme vertueux, illustre cette tendance en exprimant des sentiments sans véritable émotion amoureuse. Désespéré par cette situation, l'Amour se retire dans des déserts, exprimant sa douleur. Dans un bois enchanté, l'Amour rencontre l'Hymen, qui se plaint également de l'ingratitude des mortels. L'Hymen explique qu'il a été contraint de céder sa place à Plutus, le dieu de la richesse, et qu'il s'est retiré pour oublier les hommes. Il mentionne Félime, une jeune femme qu'il souhaite unir à Azor, un homme noble et vertueux. L'Amour et l'Hymen décident de se réconcilier et de punir les hommes en leur montrant la félicité suprême des cœurs unis par l'Hymen et l'Amour. Ils choisissent Félime et Azor pour symboliser cette réconciliation. L'Hymen examine Azor et le trouve digne de Félime. Lors d'une réunion chez Alcandre, un ami, Azor et Félime confessent leur amour mutuel et sont unis par l'Hymen et l'Amour. Leur union est célébrée, et ils vivent heureux ensemble, se suffisant l'un à l'autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1874
p. 35
VERS sur le Tableau du ROI, représenté par les VERTUS.
Début :
PAR l'ingénieux artifice [...]
Mots clefs :
Louis, Pinceau, Optique, Amour, Français
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur le Tableau du ROI, représenté par les VERTUS.
VERS fur le Tableau du ROI , repréfenté
par
PA
les VERTUS .
AR l'ingénieux artifice
Et de l'optique & du pinceau ,
Les Vertus , & furtout la Bonté , la Juftice ;
De Louis offrent le tableau.
Si dans un autre perſpective ,
On peignoit les coeurs des François ;
De ces coeurs réunis la peinture native
De l'Amour offriroit les traits.
Par M. l'Abbé AUBERT .
par
PA
les VERTUS .
AR l'ingénieux artifice
Et de l'optique & du pinceau ,
Les Vertus , & furtout la Bonté , la Juftice ;
De Louis offrent le tableau.
Si dans un autre perſpective ,
On peignoit les coeurs des François ;
De ces coeurs réunis la peinture native
De l'Amour offriroit les traits.
Par M. l'Abbé AUBERT .
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1875
p. 35-38
CRISTALLIDE LA CURIEUSE, CONTE tiré des MILLE ET UNE NUITS.
Début :
QUI veut garder une femme, s'abuse ; [...]
Mots clefs :
Jaloux, Ruse, Fragilité, Sexe féminin, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : CRISTALLIDE LA CURIEUSE, CONTE tiré des MILLE ET UNE NUITS.
CRISTALLIDE LA CURIEUSE ,
CONTE tiré des MILLE ET UNE
QUI
NUITS.
UI veut garder une femme ,s'abufe ;
L'art de tromper fut de tout temps leur lot ;
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
La moins fubtile a toujours quelque rufe ;
Et le jaloux finit par être for.
De leur vertu repofez-vous fur elle.
Mais en ce cas feront- elles fidéles ?
Oui- dà ! peut-être ; mais du moins
Vous vous épargnerez des foins.
Schariar , Roi de l'Inde & Schagenan fon frere,
Tous deux beaux & bienfaits , furprirent un matin
Leurs très -chaftes moitiés s'embarquant pour Cythère
,
L'une avec un Faquir , & l'autre avec un Nain .
Sur ces couples galans tous deux firent mainbaſſe
;
C'étoit trop de rigueur : chez nous on eût fait
grace
A la fragilité du Séxe féminin ;
Mais fur les bords groffiers du Gange ,
De Joconde & du Roi Lombard
Le cas dut fembler fort étrange ,
Si tel cas doit pourtant étonner quelque part.
Tout vengé qu'il étoit , Schariar plein de rage ,
Ne pouvoit digérer qu'on eût fait cet outrage
Au front augufte d'un Sultan.
Mon cher frére , dit-il , un jour à Schagenan ,
Sortons de ce Palais où cette horrible image
Sans ceffe eft préſente à mes yeux .
Les voilà tous deux en voyage.
Près des bords de la mer un bois délicieux
Par fa fraicheur & fon ombrage
MARS. 1763. 37
Contre les traits du jour leur prêtoit du couverr ;
Lorfque du fein des flors ouvert ,
Ils virent à grand bruit s'élever jufqu'aux nues
Un Coloffe éffrayant , qui d'écume couvert
Traverſoit les ondes émues.
D'un haut cédre à l'inftant ils gagnent le fommer,
Non fans invoquer Mahomet.
Le Coloffe aborde & prend tèrre.
Des noirs enfans d'Eblis c'étoit le plus hideur s
Son dos étoit chargé d'une caiſſe de vèrre.
Il la poſe à quelques pas d'eur ,
Ouvre avec quatre clefs tout autant de ferrures.
Il en fort une Déité
Brillante de l'éclat des plus belles parures ,
Plus brillante cent fois encor de fa beauté.
>> Dame qui plaifez feule à mon âme enchantée ,
Dit notre Poly phême à cette Galatée :
» Séyez-vous près de moi , j'ai besoin de repost
La Belle , à ce galant propos ,
S'affit ; & le Monftre difforme
Des genoux de Vénus faifant fon oreiller ,
Il repofe fa tête énorme ,
S'endort & bientôt ronfle à faire tout trembler..
La Dame étoit très - éveillée :
Sur le faîte de l'arbre elle apperçoit nos gens ,
Qui fe cachoient fous la feuillée..
Par mille geftes obligeans,,
A defcendre elle les convie.
Bux de s'en excufer , en montrant le Génie
38 MERCURE DE FRANCE.
A ce Monftre auffitôt dérobant fes genoux ,
Elle fe léve , accourt , & leur dit en courroux :
Ou defcendez , ou je l'éveille.
Ils defcendirent donc . Alors , d'un ton plus doux :
Profitons du temps qu'il fommeille.
Voyez- vous ce gazon... puis fans dire le refte ,
En rougiffant elle y guida leurs pas ;
Mais que ce fût une rougeur modeſte ,
Ami Lecteur , vous ne le croirez pas.
La Dame étoit grande caufeuſe ;
Mais je fupprime l'entretien :
Suffit qu'elle prouva très bien
Qu'on ne la nommoit pas pour rien
Criftallide la Curieufe .
De chaque Prince enfuite exigeant un anneau
En voici cent , dit - elle , en y joignant les vôtres ,
Cent de bon compte qui font nôtres ,
Cent qu'à caufer aînſi j'ai gagné bien & beau ,
Et j'efpére en gagner bien d'autres,
Malgré les foins jaloux de ce vilain brutal ;
Malgré fa prifon de criftal.
Adieu , Prince , partez , Mahomet vous le rende ;
Son paradis fans doute a des plaifirs bien doux ; .
Mais croyez-moi , tromper un furveillant jaloux >
Il n'eft point ici-bas de volupté plus grande :
C'eſt vrai plaifir de femme & le premier de tous.
Elle court à ces mots rejoindre le Génie ,
Souléve fa tête endormie ,
Et la remet fur les genoux.
CONTE tiré des MILLE ET UNE
QUI
NUITS.
UI veut garder une femme ,s'abufe ;
L'art de tromper fut de tout temps leur lot ;
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
La moins fubtile a toujours quelque rufe ;
Et le jaloux finit par être for.
De leur vertu repofez-vous fur elle.
Mais en ce cas feront- elles fidéles ?
Oui- dà ! peut-être ; mais du moins
Vous vous épargnerez des foins.
Schariar , Roi de l'Inde & Schagenan fon frere,
Tous deux beaux & bienfaits , furprirent un matin
Leurs très -chaftes moitiés s'embarquant pour Cythère
,
L'une avec un Faquir , & l'autre avec un Nain .
Sur ces couples galans tous deux firent mainbaſſe
;
C'étoit trop de rigueur : chez nous on eût fait
grace
A la fragilité du Séxe féminin ;
Mais fur les bords groffiers du Gange ,
De Joconde & du Roi Lombard
Le cas dut fembler fort étrange ,
Si tel cas doit pourtant étonner quelque part.
Tout vengé qu'il étoit , Schariar plein de rage ,
Ne pouvoit digérer qu'on eût fait cet outrage
Au front augufte d'un Sultan.
Mon cher frére , dit-il , un jour à Schagenan ,
Sortons de ce Palais où cette horrible image
Sans ceffe eft préſente à mes yeux .
Les voilà tous deux en voyage.
Près des bords de la mer un bois délicieux
Par fa fraicheur & fon ombrage
MARS. 1763. 37
Contre les traits du jour leur prêtoit du couverr ;
Lorfque du fein des flors ouvert ,
Ils virent à grand bruit s'élever jufqu'aux nues
Un Coloffe éffrayant , qui d'écume couvert
Traverſoit les ondes émues.
D'un haut cédre à l'inftant ils gagnent le fommer,
Non fans invoquer Mahomet.
Le Coloffe aborde & prend tèrre.
Des noirs enfans d'Eblis c'étoit le plus hideur s
Son dos étoit chargé d'une caiſſe de vèrre.
Il la poſe à quelques pas d'eur ,
Ouvre avec quatre clefs tout autant de ferrures.
Il en fort une Déité
Brillante de l'éclat des plus belles parures ,
Plus brillante cent fois encor de fa beauté.
>> Dame qui plaifez feule à mon âme enchantée ,
Dit notre Poly phême à cette Galatée :
» Séyez-vous près de moi , j'ai besoin de repost
La Belle , à ce galant propos ,
S'affit ; & le Monftre difforme
Des genoux de Vénus faifant fon oreiller ,
Il repofe fa tête énorme ,
S'endort & bientôt ronfle à faire tout trembler..
La Dame étoit très - éveillée :
Sur le faîte de l'arbre elle apperçoit nos gens ,
Qui fe cachoient fous la feuillée..
Par mille geftes obligeans,,
A defcendre elle les convie.
Bux de s'en excufer , en montrant le Génie
38 MERCURE DE FRANCE.
A ce Monftre auffitôt dérobant fes genoux ,
Elle fe léve , accourt , & leur dit en courroux :
Ou defcendez , ou je l'éveille.
Ils defcendirent donc . Alors , d'un ton plus doux :
Profitons du temps qu'il fommeille.
Voyez- vous ce gazon... puis fans dire le refte ,
En rougiffant elle y guida leurs pas ;
Mais que ce fût une rougeur modeſte ,
Ami Lecteur , vous ne le croirez pas.
La Dame étoit grande caufeuſe ;
Mais je fupprime l'entretien :
Suffit qu'elle prouva très bien
Qu'on ne la nommoit pas pour rien
Criftallide la Curieufe .
De chaque Prince enfuite exigeant un anneau
En voici cent , dit - elle , en y joignant les vôtres ,
Cent de bon compte qui font nôtres ,
Cent qu'à caufer aînſi j'ai gagné bien & beau ,
Et j'efpére en gagner bien d'autres,
Malgré les foins jaloux de ce vilain brutal ;
Malgré fa prifon de criftal.
Adieu , Prince , partez , Mahomet vous le rende ;
Son paradis fans doute a des plaifirs bien doux ; .
Mais croyez-moi , tromper un furveillant jaloux >
Il n'eft point ici-bas de volupté plus grande :
C'eſt vrai plaifir de femme & le premier de tous.
Elle court à ces mots rejoindre le Génie ,
Souléve fa tête endormie ,
Et la remet fur les genoux.
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Résumé : CRISTALLIDE LA CURIEUSE, CONTE tiré des MILLE ET UNE NUITS.
Le conte 'Cristallide la curieuse' des Mille et Une Nuits explore la difficulté de garder une femme fidèle et les dangers de la jalousie. Les rois Schariar et Schagenan, frères et souverains de l'Inde, découvrent leurs épouses avec des amants. Indignés, ils quittent leur palais et se cachent près de la mer. Ils observent un colosse effrayant transportant une caisse de verre, d'où sort une déité magnifique nommée Cristallide. Elle invite les princes à descendre et les conduit à un endroit isolé pour prouver sa réputation de grande causeuse. Cristallide exige un anneau de chaque prince en échange de ses faveurs, affirmant en avoir déjà cent. Elle les encourage à profiter des plaisirs de la vie et à tromper les jaloux, avant de rejoindre le colosse endormi.
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1876
p. 39
VERS après une grande maladie de l'Auteur.
Début :
O vous, dont je peindrois, si vous n'étiez ma femme, [...]
Mots clefs :
Grâces, Talents, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS après une grande maladie de l'Auteur.
VERS après une grande maladie de
l'Auteur.
Ovous , dont je peindrois , fi vous n'étiez ma
femme ,
Les Grâces , les Talens , & furtout les Vertus 1
Qui partagez mes maux , & m'aimez encor plus
Charlotte ! recevez ce tribut de ma flamme.
Vos difcours , votre exemple , ô moitié de mon
âme !
Me font enfin braver les caprices du fort ;
Vos tendres foins m'arrachent à la mort ,
Er de mes jours renouvellent la trame......
Mais j'entends s'écrier ... L'éloge eft un peu fort !
Ah ! j'en dirois bien plus , fi vous n'étiez ma
femme.
FEUTRY.
l'Auteur.
Ovous , dont je peindrois , fi vous n'étiez ma
femme ,
Les Grâces , les Talens , & furtout les Vertus 1
Qui partagez mes maux , & m'aimez encor plus
Charlotte ! recevez ce tribut de ma flamme.
Vos difcours , votre exemple , ô moitié de mon
âme !
Me font enfin braver les caprices du fort ;
Vos tendres foins m'arrachent à la mort ,
Er de mes jours renouvellent la trame......
Mais j'entends s'écrier ... L'éloge eft un peu fort !
Ah ! j'en dirois bien plus , fi vous n'étiez ma
femme.
FEUTRY.
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Résumé : VERS après une grande maladie de l'Auteur.
Le poème célèbre Charlotte, l'épouse de l'auteur, pour ses grâces, talents et vertus. Elle partage ses souffrances et l'aime profondément, étant la moitié de son âme. Ses discours et son exemple l'aident à surmonter les épreuves. Ses soins prolongent sa vie. L'auteur admet que son éloge pourrait sembler excessif, mais il affirme qu'il en dirait davantage s'il n'était pas son époux. Le poème se termine par le nom 'FEUTRY'.
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1877
p. 39-40
ODE ACREONTIQUE.
Début :
AMOUR , laisse-là ma lyre ; [...]
Mots clefs :
Lyre, Amour, Automne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE ACREONTIQUE.
ODE AN ACREONTIQUE.
AMOUR , laiffe -là ma lyre ;
Tu fûs mon maître autrefois :
Mais j'ai quitté ton empire ;
On fouffre trop fous tes Loix
J'ai dit adieu le bel âge ,
J'ai di adieu les Amours ;
40 MERCURE DE FRANCE,
Il eft bien temps d'être fage
Dans l'Autonne de ſes jours.
Connois l'erreur qui t'égare ,
M'a dit cet enfant vainqueur
Ce beau nom dont on fe pare
Couvre le néant du coeur.
Trifte fou qui te crois fage ,
Ne crains point de t'enflammer:
On ne plaît point à ton âge ;
Mais n'eft-ce rien que d'aimer?
Regarde Aminte & l'adore ;
Tout Cythère eft dans les yeux..
Son âme plus belle encore
Eft un rare don des Cieux .
Son efprit jamais ne laffe ,
Son air eft toujours nouveau.
La voit- on c'eft une Grâce 3
Parle- t- elle ? c'elt Sapho.
AMOUR , laiffe -là ma lyre ;
Tu fûs mon maître autrefois :
Mais j'ai quitté ton empire ;
On fouffre trop fous tes Loix
J'ai dit adieu le bel âge ,
J'ai di adieu les Amours ;
40 MERCURE DE FRANCE,
Il eft bien temps d'être fage
Dans l'Autonne de ſes jours.
Connois l'erreur qui t'égare ,
M'a dit cet enfant vainqueur
Ce beau nom dont on fe pare
Couvre le néant du coeur.
Trifte fou qui te crois fage ,
Ne crains point de t'enflammer:
On ne plaît point à ton âge ;
Mais n'eft-ce rien que d'aimer?
Regarde Aminte & l'adore ;
Tout Cythère eft dans les yeux..
Son âme plus belle encore
Eft un rare don des Cieux .
Son efprit jamais ne laffe ,
Son air eft toujours nouveau.
La voit- on c'eft une Grâce 3
Parle- t- elle ? c'elt Sapho.
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Résumé : ODE ACREONTIQUE.
Le poème 'Ode anacreontique' traite de l'amour et de la sagesse. Le poète, las des souffrances de l'amour, aspire à la sagesse dans sa vieillesse. Un enfant lui montre l'erreur de sa voie, soulignant que l'amour reste précieux. Le poète vante ensuite Aminte, dont la grâce et l'esprit rappellent Cythère et Sapho.
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1878
p. 40-41
VERS à une jeune Demoiselle qui demandoit pourquoi le vrai mérite en amour étoit celui qui plaisoit le moins.
Début :
De l'aimable Enchanteur de toute la Nature, [...]
Mots clefs :
Enchanteur, Poète, Cœur
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texteReconnaissance textuelle : VERS à une jeune Demoiselle qui demandoit pourquoi le vrai mérite en amour étoit celui qui plaisoit le moins.
FERS à une jeune Demoiselle qui demandoit
pourquoi le vrai mérite en
amour étoit celui qui plaifoit le moins.
E Da l'aimable Enchanteur de toute la Nature ,
Dont l'empire eft fondé fur des illufions
Vous voulez que fans fictions ,
J.
MARS. 1763. 43
Le compas à la main un Poëte meſure
Les invifibles noeuds de fes féductions?
Que je dife pourquoi , chez lui le vrai mérite
Céde aux vaines lueurs que préſente le faux ?
D'Hercule , je pourrois remplir tous les travaux
Avant que mon efprit de cet ordre s'acquitte .
L'Amour eſt un enfant fans principe & ſans loix :
Dans les tendres ardeurs que ce Dieu nous infpire
,
Le caprice toujours décide de fon choix ;
Et c'est tout ce que j'en puis dire.
Votre coeur , belle Iris , en eft feul excepté ;
Au-deffus des erreurs d'une amoureuſe flamme >
Les droits du vrai mérite y font en fureté ,
Puifque vous le portez dans le fond de votre
ame.
pourquoi le vrai mérite en
amour étoit celui qui plaifoit le moins.
E Da l'aimable Enchanteur de toute la Nature ,
Dont l'empire eft fondé fur des illufions
Vous voulez que fans fictions ,
J.
MARS. 1763. 43
Le compas à la main un Poëte meſure
Les invifibles noeuds de fes féductions?
Que je dife pourquoi , chez lui le vrai mérite
Céde aux vaines lueurs que préſente le faux ?
D'Hercule , je pourrois remplir tous les travaux
Avant que mon efprit de cet ordre s'acquitte .
L'Amour eſt un enfant fans principe & ſans loix :
Dans les tendres ardeurs que ce Dieu nous infpire
,
Le caprice toujours décide de fon choix ;
Et c'est tout ce que j'en puis dire.
Votre coeur , belle Iris , en eft feul excepté ;
Au-deffus des erreurs d'une amoureuſe flamme >
Les droits du vrai mérite y font en fureté ,
Puifque vous le portez dans le fond de votre
ame.
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Résumé : VERS à une jeune Demoiselle qui demandoit pourquoi le vrai mérite en amour étoit celui qui plaisoit le moins.
Le poème 'FERS à une jeune Demoiselle' explore pourquoi le vrai mérite en amour est souvent discret. Le poète compare cette question à des travaux d'Hercule et décrit l'amour comme un enfant sans principes. Il fait exception pour Iris, qui reconnaît le vrai mérite au-delà des erreurs de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1879
p. 41-45
PRÉCIS HISTORIQUE sur la vie DE RAIMOND LULLE,
Début :
L'ABRÉGÉ Chronologique de l'histoire Ecclésiastique, imprimé chez Hérissant [...]
Mots clefs :
Missionnaires, Langues hébraïque, arabique & chaldéenne, Conversion des infidèles, Diable, Religion chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS HISTORIQUE sur la vie DE RAIMOND LULLE,
PRÉCIS HISTORIQUE fur la vie
DE RAIMOND LULLE,
LAABRÉGÉ
Chronologique
de l'hiftoire
Eccléfiaftique
, imprimé
chez
Hériffant
, rue S. Jacques
, fait
mention
, fous l'année
1312 , d'un établiſfement
de Maîtres
en Langues
Hébraïque
, Arabique
& Chaldéenne
dans
les principales
Villes
de l'Europe
, pour
faciliter
la converfion
des Infidéles
. On
42 MERCURE DE FRANCE.
étoit fort touché dans ce tems , du
defir de faire la conquête de la Terre
Sainte , par ce pieux motif. L'Au--
teur de l'excellent Ouvrage que je viens .
de citer , attribue cette établiſſement
au zéle de Raimond Lulle , du tiers
Ordre de S. François , qui le follicitoit
depuis long- temps. On ajoute fur
le compte de ce Sçavant , qu'on en
fcait fi peu l'hiftoire , que les uns en
ont fait un Magicien , les autres un
Hérétique , & les autres un Martyr.
Ces qualités ne font incompatibles
, en même temps , dans le même
fujet , que dans la vraie acception , qui
eft la feule raiſonnable. Un même objet
peut être confideré fous plufieurs
afpects , & l'on juge ordinairement par
la maniere dont on voit , fans s'embarraffer
fi l'on a vu comme il falloit.
Il n'eft point étonnant que Raimond
Lulle ait paffé pour Magicien. Difciple
d'Arnoud de Ville Neuve dans l'Alchymie
, il s'eft fort appliqué à chercher
des fecrets extraordinaires ; il a beaucoup
travaillé & écrit fur le grand
OEuvre ; & l'on affure qu'il a fait de
l'or. Agrippa a été un de fes Sectateurs
dans des temps plus voifins de
nous ; & les lumieres d'un Siécle plus
1
MARS. 1763. 43
éclairé ne l'ont point garanti de l'accufation
de magie. Rien n'empeche que
Raimond Lulle n'ait été regardé comme
Magicien par des gens qui affùrement
ne l'étoient pas. Il est tout fimple que
ceux qui ne portoient pas la mauvaiſe opinion
fur ce laborieuxChymiſte aupoint
de le croire en commerce avec le Diable
, fe foient retranchés charitablement
à le taxer d'Héréfie ;fentiment plus favorable
qui retardoit au moins jufqu'à fa
mort fon affociation avec les Damnés. Je
ne fçais dans quelles fources on a puifé ,
pour jetter des foupçons fi injurieux
fur la mémoire d'un grand homme
qui a fouffert le martyre pour la Religion
Chrétienne ; & pourquoi on a
cru que l'on manquoit de notice fur
fa vie. Il étoit Efpagnol , né de parens
nobles , dans l'Ifle Majorque en
1235. Jeune il s'appliqua beaucoup à l'étude
de la Logique , & acquit le furnom
de Docteur illuminé. Il s'attacha enfuite
à la Chymie , fit beaucoup d'écoliers ,
& publia un grand nombre des Traités
fort connus & eftimés des Adeptes.
On fçait qu'il a vêcu jufqu'à l'âge de
quatre-vingt ans , & qu'il a été martyrifé
en Afrique par les Infideles.
On fixe même le jour de fa mort au
44 MERCURE DE FRANCE.
vingt-neuviéme Juin 1315. Il eft certain
que dès l'âge de 30 ans , les Sciences
mondaines n'eurent plus pour lui
le moindre attrait. Il fe dévoua entiérement
à la converfion des Mahométans
, & il a emploié les quarante-
cinq dernieres années de fa vie à
les prêcher avec autant de zéle que de
fuccès. Ses travaux ont été glorieufement
courronnés par la même palme
que le premier Martyr. Il fut lapidé
par ordre d'un Roi : juffu Regis Bo
gia je ne fçais fi Bogia eft le nom
du Roi , ou de fon Royaume .
Rien ne juftifie qu'il ait été Reli
gieux , comme quelques uns l'ont avancé.
Le Tiers Ordre de S. François
eft une Congrégation , cu plutôt une
Confrairie de piété, dans laquelle on admet
les gens mariés. On dit queRaimond
Lulle étoit de ce nombre . George Mathias
Profeffeur de Médecine en l'Univerfité
de Gottingen , dans un livre
imprimé en 1761 , qui a pour titre ,
Confpectus hiftoriæ medicorum chrono
logicus , prétend que Lulle abandonna
fa femme pour embraffer la regle de
S. François ; & M. Eloy , Auteur du
Dictionnaire Hiftorique de la Médeci
ne , rapporte fous la caution d'Ecri
MARS. 1763. 45
vains Efpagnols , que Lulle fut épris
pour une jeune fille , appellée Elénore ,
qui refufoit opiniatrément de l'écouter.
Un jour qu'il la preffoit & qu'il lui
demandoit la raifon de fes refus , elle
ouvrit fur le champ fon corfet , & lui
montra un fein dévoré par un cancer.
On prétend que Lulle , en amant tendre
& généreux , fut porté par cette occafion
à voyager pour étudier en Chymie
, & trouver fous les grands maîtres
en cet art , des rémedes contre
l'infirmité de fa Maîtreffe . D'autres
difent que frappé du fpectacle qu'on
lui avoit mis fous les yeux , il s'adonna
à la vertu & aux exercices
de la pénitence , & que de là eft venu
fon entier devoûment à la converfion
des Infideles . Il étudia dans cette vue
l'Arabe à l'âge de trente ans ; & Jacques,
Roi d'Arragon , fonda à fa follicitation
, un Séminaire à Majorque pour
l'inftruction des Miffionnaires.
DE RAIMOND LULLE,
LAABRÉGÉ
Chronologique
de l'hiftoire
Eccléfiaftique
, imprimé
chez
Hériffant
, rue S. Jacques
, fait
mention
, fous l'année
1312 , d'un établiſfement
de Maîtres
en Langues
Hébraïque
, Arabique
& Chaldéenne
dans
les principales
Villes
de l'Europe
, pour
faciliter
la converfion
des Infidéles
. On
42 MERCURE DE FRANCE.
étoit fort touché dans ce tems , du
defir de faire la conquête de la Terre
Sainte , par ce pieux motif. L'Au--
teur de l'excellent Ouvrage que je viens .
de citer , attribue cette établiſſement
au zéle de Raimond Lulle , du tiers
Ordre de S. François , qui le follicitoit
depuis long- temps. On ajoute fur
le compte de ce Sçavant , qu'on en
fcait fi peu l'hiftoire , que les uns en
ont fait un Magicien , les autres un
Hérétique , & les autres un Martyr.
Ces qualités ne font incompatibles
, en même temps , dans le même
fujet , que dans la vraie acception , qui
eft la feule raiſonnable. Un même objet
peut être confideré fous plufieurs
afpects , & l'on juge ordinairement par
la maniere dont on voit , fans s'embarraffer
fi l'on a vu comme il falloit.
Il n'eft point étonnant que Raimond
Lulle ait paffé pour Magicien. Difciple
d'Arnoud de Ville Neuve dans l'Alchymie
, il s'eft fort appliqué à chercher
des fecrets extraordinaires ; il a beaucoup
travaillé & écrit fur le grand
OEuvre ; & l'on affure qu'il a fait de
l'or. Agrippa a été un de fes Sectateurs
dans des temps plus voifins de
nous ; & les lumieres d'un Siécle plus
1
MARS. 1763. 43
éclairé ne l'ont point garanti de l'accufation
de magie. Rien n'empeche que
Raimond Lulle n'ait été regardé comme
Magicien par des gens qui affùrement
ne l'étoient pas. Il est tout fimple que
ceux qui ne portoient pas la mauvaiſe opinion
fur ce laborieuxChymiſte aupoint
de le croire en commerce avec le Diable
, fe foient retranchés charitablement
à le taxer d'Héréfie ;fentiment plus favorable
qui retardoit au moins jufqu'à fa
mort fon affociation avec les Damnés. Je
ne fçais dans quelles fources on a puifé ,
pour jetter des foupçons fi injurieux
fur la mémoire d'un grand homme
qui a fouffert le martyre pour la Religion
Chrétienne ; & pourquoi on a
cru que l'on manquoit de notice fur
fa vie. Il étoit Efpagnol , né de parens
nobles , dans l'Ifle Majorque en
1235. Jeune il s'appliqua beaucoup à l'étude
de la Logique , & acquit le furnom
de Docteur illuminé. Il s'attacha enfuite
à la Chymie , fit beaucoup d'écoliers ,
& publia un grand nombre des Traités
fort connus & eftimés des Adeptes.
On fçait qu'il a vêcu jufqu'à l'âge de
quatre-vingt ans , & qu'il a été martyrifé
en Afrique par les Infideles.
On fixe même le jour de fa mort au
44 MERCURE DE FRANCE.
vingt-neuviéme Juin 1315. Il eft certain
que dès l'âge de 30 ans , les Sciences
mondaines n'eurent plus pour lui
le moindre attrait. Il fe dévoua entiérement
à la converfion des Mahométans
, & il a emploié les quarante-
cinq dernieres années de fa vie à
les prêcher avec autant de zéle que de
fuccès. Ses travaux ont été glorieufement
courronnés par la même palme
que le premier Martyr. Il fut lapidé
par ordre d'un Roi : juffu Regis Bo
gia je ne fçais fi Bogia eft le nom
du Roi , ou de fon Royaume .
Rien ne juftifie qu'il ait été Reli
gieux , comme quelques uns l'ont avancé.
Le Tiers Ordre de S. François
eft une Congrégation , cu plutôt une
Confrairie de piété, dans laquelle on admet
les gens mariés. On dit queRaimond
Lulle étoit de ce nombre . George Mathias
Profeffeur de Médecine en l'Univerfité
de Gottingen , dans un livre
imprimé en 1761 , qui a pour titre ,
Confpectus hiftoriæ medicorum chrono
logicus , prétend que Lulle abandonna
fa femme pour embraffer la regle de
S. François ; & M. Eloy , Auteur du
Dictionnaire Hiftorique de la Médeci
ne , rapporte fous la caution d'Ecri
MARS. 1763. 45
vains Efpagnols , que Lulle fut épris
pour une jeune fille , appellée Elénore ,
qui refufoit opiniatrément de l'écouter.
Un jour qu'il la preffoit & qu'il lui
demandoit la raifon de fes refus , elle
ouvrit fur le champ fon corfet , & lui
montra un fein dévoré par un cancer.
On prétend que Lulle , en amant tendre
& généreux , fut porté par cette occafion
à voyager pour étudier en Chymie
, & trouver fous les grands maîtres
en cet art , des rémedes contre
l'infirmité de fa Maîtreffe . D'autres
difent que frappé du fpectacle qu'on
lui avoit mis fous les yeux , il s'adonna
à la vertu & aux exercices
de la pénitence , & que de là eft venu
fon entier devoûment à la converfion
des Infideles . Il étudia dans cette vue
l'Arabe à l'âge de trente ans ; & Jacques,
Roi d'Arragon , fonda à fa follicitation
, un Séminaire à Majorque pour
l'inftruction des Miffionnaires.
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Résumé : PRÉCIS HISTORIQUE sur la vie DE RAIMOND LULLE,
Raimond Lulle, un érudit du XIIIe siècle, est connu pour son engagement missionnaire et ses contributions intellectuelles. En 1312, il initie la création d'un établissement de maîtres en langues hébraïque, arabe et chaldéenne, visant à faciliter la conversion des infidèles. Membre du tiers-ordre de Saint-François, Lulle est perçu différemment selon les interprétations : certains le voient comme un magicien, d'autres comme un hérétique, et d'autres encore comme un martyr. Né en 1235 à Majorque, Raimond Lulle se forme en alchimie sous la tutelle d'Arnoud de Ville Neuve et rédige de nombreux traités sur ce sujet. À partir de l'âge de 30 ans, il se consacre entièrement à la conversion des mahométans. Ses efforts missionnaires se poursuivent jusqu'à sa mort, survenue le 29 juin 1315 en Afrique, où il est lapidé sur ordre d'un roi. Lulle se marie et consacre sa vie à la conversion des infidèles. Il étudie l'arabe et fonde un séminaire à Majorque pour former des missionnaires, avec le soutien du roi Jacques d'Aragon. Ses initiatives visent à préparer des missionnaires capables de dialoguer avec les musulmans dans leur propre langue, facilitant ainsi leur conversion.
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1880
p. 45-47
VERS à M. le Chevalier DE CHATELUS sur ceux qu'il a présentés à Mgr le Prince DE CONDÉ.
Début :
La charme de la Poësie [...]
Mots clefs :
Muse, Badinage, Raison, Anacréon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. le Chevalier DE CHATELUS sur ceux qu'il a présentés à Mgr le Prince DE CONDÉ.
VERS à M. le Chevalier DE CHATELUS
fur ceux qu'il a préfentés à
Mgr le Prince DE CONDÉ
La charme de la Poëfie
46 MERCURE DE FRANCE,
Sur tout ce qui vit a des droits ;
La folide philofophie
Pour plaire en emprunte la voix s
Le Conquerant le plus illuftre
Qui voit l'Univers à ſes pieds ,
En tire encor un nouveau luftre :
Mais il faut que vous le chantiez.
Votre Mufe vive & riante
Allie avec préciſion ,
Toujours belle , toujours touchante,
Le badinage & la Raifon.
La mienne au doux repos livrée ,
Amante des eaux & des bois ,
Dans leur filence retirée ,
Jufques au fublime Empirée
N'a jamais élevé la voix .
Des Dieux adorant la puiſſance ,
Tentant peu d'efforts indiſcrets,
Sans chanter fa reconnoiffance ;
Elle jouit de leurs bienfaits.
Quelquesfois l'amour qui m'inſpire
Lui- même préfide à mes ſons :
Je chante ce jour ou Thémire
Sattendriffoit par mes chanſons.
Ce fouvenir & cette Image
Font encor ma félicité.
C'eſt ainfi que de mon jeune âge
J'amuſe la légèreté .
MARS. 1763 . 47
f Dans le repos & la moleffe
Coulent rapidement mes jours ;
Et mon indolente pareffe ,
Quoiqu'honorant fort la ſageſſe ,
S'éveille à la voix des amours.
A votre Mufe délicate
Je laiffe embellir la Raiſon ,
Et nous faire entendre Socrate ,
Par la bouche d'Anacréon.
fur ceux qu'il a préfentés à
Mgr le Prince DE CONDÉ
La charme de la Poëfie
46 MERCURE DE FRANCE,
Sur tout ce qui vit a des droits ;
La folide philofophie
Pour plaire en emprunte la voix s
Le Conquerant le plus illuftre
Qui voit l'Univers à ſes pieds ,
En tire encor un nouveau luftre :
Mais il faut que vous le chantiez.
Votre Mufe vive & riante
Allie avec préciſion ,
Toujours belle , toujours touchante,
Le badinage & la Raifon.
La mienne au doux repos livrée ,
Amante des eaux & des bois ,
Dans leur filence retirée ,
Jufques au fublime Empirée
N'a jamais élevé la voix .
Des Dieux adorant la puiſſance ,
Tentant peu d'efforts indiſcrets,
Sans chanter fa reconnoiffance ;
Elle jouit de leurs bienfaits.
Quelquesfois l'amour qui m'inſpire
Lui- même préfide à mes ſons :
Je chante ce jour ou Thémire
Sattendriffoit par mes chanſons.
Ce fouvenir & cette Image
Font encor ma félicité.
C'eſt ainfi que de mon jeune âge
J'amuſe la légèreté .
MARS. 1763 . 47
f Dans le repos & la moleffe
Coulent rapidement mes jours ;
Et mon indolente pareffe ,
Quoiqu'honorant fort la ſageſſe ,
S'éveille à la voix des amours.
A votre Mufe délicate
Je laiffe embellir la Raiſon ,
Et nous faire entendre Socrate ,
Par la bouche d'Anacréon.
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Résumé : VERS à M. le Chevalier DE CHATELUS sur ceux qu'il a présentés à Mgr le Prince DE CONDÉ.
Le poème est adressé à M. le Chevalier de Châtellus et exprime une admiration pour ses talents poétiques. L'auteur souligne le pouvoir de la poésie de charmer et de toucher même les conquérants les plus illustres. Il compare sa propre muse à celle du Chevalier, notant que la sienne préfère le repos et la nature, tandis que celle du Chevalier allie badinage et raison de manière précise et touchante. L'auteur évoque des souvenirs heureux liés à l'amour et à la poésie, mentionnant un jour où Thémire se réjouissait de ses chansons. Il conclut en exprimant que ses jours passent rapidement dans le repos et la mollesse, mais que son âme s'éveille à la voix des amours. Il laisse à la muse délicate du Chevalier le soin d'embellir la raison et de faire entendre Socrate par la bouche d'Anacréon. Le poème est daté de mars 1763.
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1881
p. 47-58
ANGELIQUE, Anecdote qu'on auroit rendue plus intéressante, si elle étoit moins vraie.
Début :
Qui est là ? s'écrie la Marquiſe de *** qui a l'audace de me reveiller si matin ? [...]
Mots clefs :
Comte, Juges, Maladie, Chevalier, Marquise , Cœur, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANGELIQUE, Anecdote qu'on auroit rendue plus intéressante, si elle étoit moins vraie.
ANGELIQUE , Anecdote qu'on au
roit rendue plus intéreſſante , fi elle
étoit moins vraie.
Qui eft là ? s'écrie la Marquiſe de ***
1
qui a l'audace de me reveiller fi matin ?
qui ofe entrer dans mon appartement
avant que j'aie fonné ? c'est vous , impertinente
qu'elle heure eft - il ? Madame
, répond Lifette , en tremblant ,
il est midi paffé ... eh bien , Mademoifelle
, doit-il être jour chez moi à
midi ? On ne tient pas à vos étourderies
réïtérées ; je vous en ai prévenue , vous
travaillez à vous faire chaffer... Je vous
demande pardon ! mais... Ne voilà-t- il
pas de vos Mais? Je vous ai dit que mais
étoit déplacé dans votre bouche.... fi
48 MERCURE DE FRANCE.
Madame vouloit permettre ... Si Madame
! Vous ne finirez point avec vos
mais & vos fi qui m'affomment.... Au
nom de Dieu , Madame ! laiffez - moi
vous dire le fujet... Je m'en doute le
Comte impatient , peu jaloux d'obſerver
l'ordre des procédés , vous aura
payée pour fe faire annoncer ? ... Non,
Madame... ce Provincial qui m'eft recommandé
eft venu pour m'entretenir
de fon procès. Je ne fçais pas un mot
de fon affaire : n'importe , j'arrangerai
un fouper avec fes Juges ; je foutiendrai
fon bon droit au deffert ; je lui réponds
d'une douzaine de voix : qu'il
foit tranquille... Ce n'eft pas cela , Madame...
C'est donc ce jeune Chanoine
dont mon Abbé m'a parlé , qui vient
me demander ce que je penfe d'un Sermon
fur l'humilité , qu'il doit prêcher
à la Cour?..Non , je ne l'ai pas vu ... C'eſt
donc cet Officier Gafcon avec qui j'ai
joué fur fa parole , qui m'enyoye les
cent piftoles qu'il a perdues ? mais cela
n'eft pas croiable Cela n'eſt pas
non plus .... Ceci commence à m'impatienter.
Vous verrez que la Préfidente
me fait prier de lui dicter ce qu'elle
doit dire de la Piéce qu'on donnera ce
foir aux François. Il fuffit de la faire
....
avertir
MARS. 1763. 2018 49
avertir que l'Auteur me l'a lue , que j'ai
retenu trois Loges , & que tous mes domeftiques
déguifés fe rendront au Parterre
pour contribuer au fuccès de cette
Piéce , en claquant des mains à tort &
à travers. Attendez ; ne feroit- ce pas
plutôt cet apprentif Financier , qui voudroit
de tout fon coeur paroitre boffu
& qui n'est que contrefait. ? J'y fuis fans
doute: il m'apporte ce joli perroquet qui
a fait tout mon amufement dans l'ennuyeufe
fête qu'il m'a donnée avanthier.
Ah , que j'aurai de peine à lui faire def
apprendre les fadeurs qu'il a entendu
débiter à fon maître ! ... Non , Madame,
il n'eft pas queftion de la Préfidente
, du Financier ni de fon Perroquet.
Une choſe bien plus férieuſe ....
Vous me faites trembler , Lifette ! ô
Ciel que voulez-vous dire ; mon Angola....
Il n'eft arrivé aucun accident à
ce cher animal, Hélas ! il vaudroit mieux
qu'il fût mort & avec lui tous les An
gola , du monde ... Treve à vos
fouhaits impertinens. Vous me pouffez
à bout , vous m'excédez ; le Chevalier
eft malade , je le vois trop , il ne fortira
pas d'aujourd'hui. Il a hier prodigieufement
foupé Quel fâcheux contre-
temps , à la veille du jour où je dois
C
2
"
50 MERCURE DE FRANCE.
couronner fa conftance ! .... J'ignore
fi M. le Chevalier a foupé & s'il eft
malade mais Mademoiſelle votre fille
´eft dans un état que je ne peux vous
celer. Elle s'eft couchée avec un mal
de tête très- violent , accompagné de
beaucoup de fiévre ; elle a eu des convulfions
pendant la nuit. Le Médecin l'a
trouvée en danger & nous a confeillé
de vous en avertir ..... Lifette , mon
Médecin eft un efprit pufillanime qui
voit du danger partout. L'indifpofition
d'Angélique n'aura pas de fuite. D'ail
leurs quel changement voulez- vous qu'opére
ma préfence ? Vous auriez pu vous
difpenfer de me réveillér. Cependant
je verraí Angélique ; allons qu'on m'habille;
& avant tout , informez -vous fi
fa maladie ..... je crains le mauvais air.
mais vous avez fans doute pris l'allarme
trop légérement.
En voilà probablement affez pour
faire connoître cette Marquife , qu'on
peut mettre au nombre de ces demimonftres
dont le nom change tous
les jours à Paris & qu'on défigne encore
en Province fous celui de petites
Maitreffes. De grands biens , une phifionomie
fans caractère , mais propre
à faifir toutes les nuances dans l'occaMARS.
1763. 51
fion , un efprit faux & un coeur gâté ;
tel doit être le partage de ces femmes à
prétentions qui aviliffent leur féxe &
le nôtre. Tel étoit auffi celui de la Marquife.
Reftée veuve à l'âge de vingt
ans , elle avoit tâché par toutes fortes
de voies, de fe dédommager de la contrainte
dans laquelle elle avoit gémi
avec un honnête homme qui avoit ofé
l'empêcher de fe déshonorer. Elle n'avoit
pu lui pardonner cet excès de févérité
; & c'étoit le motif de la haine
qu'elle gardoit à fa mémoire.
Angélique étoit le feul fruit de cet
Hymen mal afforti, fans être exactement
régulière , fa beauté frappe au premier
coup d'oeil . On ne cherche pas à détailler
fes traits ; on en admire l'enfemble
. Quoique fes yeux ayent perdur de
leur vivacité & que l'incarnat de fon
teint foit flétri par fes pleurs , on ne
la voit pas encore fans un tendre intérêt.
Je ne m'arrêterai pas à tracer l'éfquiffe
des agrémens extérieurs qu'An →
gélique tient de la Nature ; elle les dédaigna
dès qu'elle les eut connus . Ceci
conduit à l'éloge de fon âme : mais je ne
fuis que fon Hiftorien & je dois me
borner au fimple récit des faits pour ménager
au Lecteur le plaifir délicat de
prononcer lui - même. Cij
52 MERCURE DE FRANCE
2
La Marquife étoit fur le point de
prendre pour Epoux le Chevalier de
*** qu'elle préféroit à fes rivaux , à
caufe de l'éloignement qu'il avoit tou→
jours marqué pour la jaloufie. Le Che
valier n'avoit qu'un grand nom , des
efpérances de fortune & un fond d'a
mour propre inépuifable. Il avoit ai
mé Angelique avant que de s'être décla
ré pour fa mère. Il fut le premier qui
s'offrit à fes yeux , à peine ouverts à
l'amour. Une paffion d'une verité momentanée
, maniée par un habile hom →
me , n'eft que trop propre à féduire
l'innocence. Angelique eft née fenfible.
Elle fe livra à fon penchant avec fécurité.
L'abîme étoit couvert de fleurs ;
elle ne s'en apperçut qu'en s'y précipi
tant. Le Chevalier , pour furmonter fes
fcrupules , avoit eu la baffeffe de recourir
aux fermens. Il l'avoit même
obligée d'accepter une promeffe de ma
iiage. Il n'en falloit pas tant pour abufer
de fa crédulité. Elle ne concevoit
pas qu'un homme d'honneur dût jamais
en manquer. Il lui étoit refervé
d'en faire la trifte expérience & de paffer
tout-à- coup de l'eftime & de l'as
mour à l'indignation & au mépris. O
vous qui voulez mériter le doux nom
... c -iv .
MARS. 1763
de mère occupez -vous fans ceffe
montrer aux jeunes perfonnes qui fous
vos yeux commencent leur entrée ſur
la fcène du monde , tout ce qu'elles
doivent faire pour fe garantir du poifon
qu'on y verfe dans des coupes trompeufes
! arrachez le voile que l'illufion
tient fufpendu fur tous les objets qu'elles
y rencontrent. Apprenez-leur à n'eftimer
que ce qu'eftiment les gens fenfés
, qui furnagent fur cette mer ora
geufe , & qui gouvernés par une fage
défiance , évitent les écueils dont elle
eft environnée .
腻
Angélique venoit de s'appercevoir
qu'elle étoit la victime de fa créduli
té. Une feule voie lui fembloit ouverte
pour eviter l'opprobre ; elle la trouva
fermée. Elle apprit que le Chevalier
alloit jurer à fa mère , à la face des
autels , la foi qu'il lui avoit donnée."
Cette nouvelle lui fit une fi grande révolution
, qu'auffitôt après fa maladie ,
on défefpéroit qu'elle pût recouvrer fa
fanté. La Marquife vint la voir , com--
me elle l'avoit promis. Angélique fixa
fes yeux mourans fur elle. Elle prit fa'
main & la tint long-temps fur fon
coeur. Elle voulut parler ; la voix luimanqua.
Le danger ne ceffa qu'au bout
i
1
1
.
"
Cij
54 MERCURE DE FRANCE .
de quelques jours. Les Médecins' la vi
rent à leur grand regret dans cet état
de langueur , qui réfifte aux efforts de
leur art , & qui donne la mort à tout
moment fans ôter la vie.
La Marquife contracta avec le Chevalier
, ne s'imaginant pas qu'elle por
toit le coup le plus funefte à la fenfibilité
d'Angélique. Le mariage fe fit
avec ce vain appareil de réjouiffances,
qui n'eft fouvent que le fimulacre de
la joie. Les motifs du Chevalier & de la
Marquife n'étoient pas affez purs pour
leur procurer cette fatisfaction intérieure,
qui eft peut- être l'unique récompenfe
de la vertu.
Angélique n'avoit pu fe réfoudre à
déclarer à fa mère fon fatal fecret. Cependant
il ne lui étoit plus poffible
de le cacher. La douleur dans laquelle
elle étoit plongée ne lui ayant pas permis
de quitter fon appartement , elle
n'avoit pas vu le Chevalier depuis fa
maladie. Elle prit enfin le parti de lui
confier fon état. Il fe rendit chez elle
dès qu'elle lui eut fait fçavoir qu'elle.
vouloit lui parler. Il la trouva les cou-.
des appuyés fur une table , une plume
à la main , & les yeux fixés fur un pa-.
pier arrofé de fes larmes. Ses joues
MARS. 1763.
étoient colorées d'un rouge âpre qui
rendoit plus remarquable la pâleur mortelle
qui régnoit fur le refte de fon vifage.
Ses lévres étoient entr'ouvertes ;
tout en elle annonçoit un être accablé
fous le poids du malheur & prêt à ne
prendre confeil que de fon défeſpoir.
Le Chevalier , avec un air d'attendrif
fement , voulut lui témoigner fa furpriſe
de la trouver fi changée. Il ofa même
entreprendre de juftifier fon procédé &
l'affura que fon amour n'avoit fouffert
ancune altération. Mon établiſſement
lui dit-il , eft une affaire d'intérêt , à laquelle
mon coeur n'a pas pris la moindre
part. Je fuis bien éloigné de vouloir
rompre les noeuds qui nous uniffent.
L'Amour les a formés : ils font facrés
pour moi. Belle Angélique , après vous
avoir aimée , avez-vous pu croire que
la Marquife m'ait rendu inconſtant ? Non ,
je jure à vos pieds que je n'ai jamais
eu pour elle que de l'indifférence. Tant
pis , répondit Angélique ! vous n'en
êtes que plus coupable & ma mère plus
malheureufe. Mais peu m'importe que
vous m'ayez aimée , ou non. C'eft affez
qu'il ait fubfifté entre nous une
liaifon que je détefte. Je ne vous ferai
point de reproches , car je ne vous hais
Civ
56
MERCURE
DE
FRANCE
.
pas je vous méprife & me borne
vous déclarer l'état où je fuis. Vous
en êtes la caufe. Vous pouvez feul me ;
fournir les moyens d'en dérober la ,
connoiffance au Public. Je n'en ferai ;
pas moins dégradée à mes propres yeux:
mais je me dois à moi-même & à ma
famille , la trifte confolation d'avoir fait
tous mes efforts pour cacher mon opprobre
& ma honte ; foible & derniére ,
reffource d'une infortunée , que..
I le remords
pourfuivra fans ceffe & qui nel
voit d'autre terme à fes maux que ce
lui de fa vie bh , guits debit
-Ce difcours prononcé , de fang froid,
glaça d'horreur le Chevalier. Il eut peine
à bégayer quelques motsS pour faire
entendre à Angélique qu'il avoit.compris
ce qu'elle exigeoit de lui , &
qu'elle pouvoir compter fur fes foins.
Illa quitta dans un défordre dont la
Marques'apperçut. Elle lui demanda
quel lavoit été le fujet de fas donverfation
avec fa fille . Le Chevalier habile à
diffimuler, l'afflura que fa langueur fe
diffiperoit bientôt fi elle vouloit lui :
permettre d'aller refpirer l'air de la campagne.
La Marquife ne demandoit pas
mieux , & dès le lendemain , Angéli-!
que avec fa femme de chambre & un
MARS. 1763. 57
vieux domeftique , partit pour le Chateau
de ***. Le Chevalier peu de temps'
après y envoya un Chirurgien. La femme
de chambre & lui furent les feuls
qu'on mit dans la confidence : l'un
& l'autre ont répondu à la confiance
qu'on leur avoit témoignée ; & tout fut
conduit avec tant de prudence , que
perfonne ne fe douta de la trifte avanture
d'Angélique.
Avec toutes les qualités néceffaires pour
plaire dans la fociété, il eft difficile qu'on
s'ennuye avec foi- même. Angélique
paffa une année entiere dans fa retraite
fans defirer d'en fortir. Enfin la Marquife
la rappella auprès d'elle . Elle trou- '
va la maifon de fa mère dans un défordre
dont la maîtreffe feule ne s'appercevoit
pas . Le Chevalier avoit diffipé
la meilleure partie des biens de fa
femme & l'avoit même déterminée à
s'obliger pour des fommes confidérables
. Il fe préfentoit alors un parti fort
avantageux pour Angélique ; mais fa ré
folution étoit prife : elle avoit vu qu'elle
ne pouvoit reclamer le bien que fon
père lui avoit laiflé , fans ruirer fa mère
: un coeur comme le fien ne balance
guères. Elle prit de fi fages mefures
, qu'elle fit réfoudre la Marquise à
c
v
58. MERCURE DE FRANCE.
fe faire féparer d'avec fon mari , & lui fit
enfuite une donation de tout ce qu'elle
avoit droit de reclamer. La Marquife
ne put réſiſter à un procédé fi généreux .
Elle connut qu'elle étoit mère. L'amitié
dont elle commença à fentir les douceurs
, la dédommagea des vains plaifirs
qu'elle avoit perdus. Elle s'applique
aujourd'hui à réparer par une conduite
irréprochable les égaremens de fa
vie. Elle fe plaît à croire qu'elle doit
fon bonheur à fa fille & ne ceffe de
lui en témoigner fa reconnoiffance.
Angélique s'applaudit du facrifice
qu'elle a fait ; & toutes deux jouiffent
d'une tranquillité d'autant plus flateuſe,
qu'elles ont appris à leur dépens à en
connoître tout le prix.
Par M: de C *** , à Lyon.
roit rendue plus intéreſſante , fi elle
étoit moins vraie.
Qui eft là ? s'écrie la Marquiſe de ***
1
qui a l'audace de me reveiller fi matin ?
qui ofe entrer dans mon appartement
avant que j'aie fonné ? c'est vous , impertinente
qu'elle heure eft - il ? Madame
, répond Lifette , en tremblant ,
il est midi paffé ... eh bien , Mademoifelle
, doit-il être jour chez moi à
midi ? On ne tient pas à vos étourderies
réïtérées ; je vous en ai prévenue , vous
travaillez à vous faire chaffer... Je vous
demande pardon ! mais... Ne voilà-t- il
pas de vos Mais? Je vous ai dit que mais
étoit déplacé dans votre bouche.... fi
48 MERCURE DE FRANCE.
Madame vouloit permettre ... Si Madame
! Vous ne finirez point avec vos
mais & vos fi qui m'affomment.... Au
nom de Dieu , Madame ! laiffez - moi
vous dire le fujet... Je m'en doute le
Comte impatient , peu jaloux d'obſerver
l'ordre des procédés , vous aura
payée pour fe faire annoncer ? ... Non,
Madame... ce Provincial qui m'eft recommandé
eft venu pour m'entretenir
de fon procès. Je ne fçais pas un mot
de fon affaire : n'importe , j'arrangerai
un fouper avec fes Juges ; je foutiendrai
fon bon droit au deffert ; je lui réponds
d'une douzaine de voix : qu'il
foit tranquille... Ce n'eft pas cela , Madame...
C'est donc ce jeune Chanoine
dont mon Abbé m'a parlé , qui vient
me demander ce que je penfe d'un Sermon
fur l'humilité , qu'il doit prêcher
à la Cour?..Non , je ne l'ai pas vu ... C'eſt
donc cet Officier Gafcon avec qui j'ai
joué fur fa parole , qui m'enyoye les
cent piftoles qu'il a perdues ? mais cela
n'eft pas croiable Cela n'eſt pas
non plus .... Ceci commence à m'impatienter.
Vous verrez que la Préfidente
me fait prier de lui dicter ce qu'elle
doit dire de la Piéce qu'on donnera ce
foir aux François. Il fuffit de la faire
....
avertir
MARS. 1763. 2018 49
avertir que l'Auteur me l'a lue , que j'ai
retenu trois Loges , & que tous mes domeftiques
déguifés fe rendront au Parterre
pour contribuer au fuccès de cette
Piéce , en claquant des mains à tort &
à travers. Attendez ; ne feroit- ce pas
plutôt cet apprentif Financier , qui voudroit
de tout fon coeur paroitre boffu
& qui n'est que contrefait. ? J'y fuis fans
doute: il m'apporte ce joli perroquet qui
a fait tout mon amufement dans l'ennuyeufe
fête qu'il m'a donnée avanthier.
Ah , que j'aurai de peine à lui faire def
apprendre les fadeurs qu'il a entendu
débiter à fon maître ! ... Non , Madame,
il n'eft pas queftion de la Préfidente
, du Financier ni de fon Perroquet.
Une choſe bien plus férieuſe ....
Vous me faites trembler , Lifette ! ô
Ciel que voulez-vous dire ; mon Angola....
Il n'eft arrivé aucun accident à
ce cher animal, Hélas ! il vaudroit mieux
qu'il fût mort & avec lui tous les An
gola , du monde ... Treve à vos
fouhaits impertinens. Vous me pouffez
à bout , vous m'excédez ; le Chevalier
eft malade , je le vois trop , il ne fortira
pas d'aujourd'hui. Il a hier prodigieufement
foupé Quel fâcheux contre-
temps , à la veille du jour où je dois
C
2
"
50 MERCURE DE FRANCE.
couronner fa conftance ! .... J'ignore
fi M. le Chevalier a foupé & s'il eft
malade mais Mademoiſelle votre fille
´eft dans un état que je ne peux vous
celer. Elle s'eft couchée avec un mal
de tête très- violent , accompagné de
beaucoup de fiévre ; elle a eu des convulfions
pendant la nuit. Le Médecin l'a
trouvée en danger & nous a confeillé
de vous en avertir ..... Lifette , mon
Médecin eft un efprit pufillanime qui
voit du danger partout. L'indifpofition
d'Angélique n'aura pas de fuite. D'ail
leurs quel changement voulez- vous qu'opére
ma préfence ? Vous auriez pu vous
difpenfer de me réveillér. Cependant
je verraí Angélique ; allons qu'on m'habille;
& avant tout , informez -vous fi
fa maladie ..... je crains le mauvais air.
mais vous avez fans doute pris l'allarme
trop légérement.
En voilà probablement affez pour
faire connoître cette Marquife , qu'on
peut mettre au nombre de ces demimonftres
dont le nom change tous
les jours à Paris & qu'on défigne encore
en Province fous celui de petites
Maitreffes. De grands biens , une phifionomie
fans caractère , mais propre
à faifir toutes les nuances dans l'occaMARS.
1763. 51
fion , un efprit faux & un coeur gâté ;
tel doit être le partage de ces femmes à
prétentions qui aviliffent leur féxe &
le nôtre. Tel étoit auffi celui de la Marquife.
Reftée veuve à l'âge de vingt
ans , elle avoit tâché par toutes fortes
de voies, de fe dédommager de la contrainte
dans laquelle elle avoit gémi
avec un honnête homme qui avoit ofé
l'empêcher de fe déshonorer. Elle n'avoit
pu lui pardonner cet excès de févérité
; & c'étoit le motif de la haine
qu'elle gardoit à fa mémoire.
Angélique étoit le feul fruit de cet
Hymen mal afforti, fans être exactement
régulière , fa beauté frappe au premier
coup d'oeil . On ne cherche pas à détailler
fes traits ; on en admire l'enfemble
. Quoique fes yeux ayent perdur de
leur vivacité & que l'incarnat de fon
teint foit flétri par fes pleurs , on ne
la voit pas encore fans un tendre intérêt.
Je ne m'arrêterai pas à tracer l'éfquiffe
des agrémens extérieurs qu'An →
gélique tient de la Nature ; elle les dédaigna
dès qu'elle les eut connus . Ceci
conduit à l'éloge de fon âme : mais je ne
fuis que fon Hiftorien & je dois me
borner au fimple récit des faits pour ménager
au Lecteur le plaifir délicat de
prononcer lui - même. Cij
52 MERCURE DE FRANCE
2
La Marquife étoit fur le point de
prendre pour Epoux le Chevalier de
*** qu'elle préféroit à fes rivaux , à
caufe de l'éloignement qu'il avoit tou→
jours marqué pour la jaloufie. Le Che
valier n'avoit qu'un grand nom , des
efpérances de fortune & un fond d'a
mour propre inépuifable. Il avoit ai
mé Angelique avant que de s'être décla
ré pour fa mère. Il fut le premier qui
s'offrit à fes yeux , à peine ouverts à
l'amour. Une paffion d'une verité momentanée
, maniée par un habile hom →
me , n'eft que trop propre à féduire
l'innocence. Angelique eft née fenfible.
Elle fe livra à fon penchant avec fécurité.
L'abîme étoit couvert de fleurs ;
elle ne s'en apperçut qu'en s'y précipi
tant. Le Chevalier , pour furmonter fes
fcrupules , avoit eu la baffeffe de recourir
aux fermens. Il l'avoit même
obligée d'accepter une promeffe de ma
iiage. Il n'en falloit pas tant pour abufer
de fa crédulité. Elle ne concevoit
pas qu'un homme d'honneur dût jamais
en manquer. Il lui étoit refervé
d'en faire la trifte expérience & de paffer
tout-à- coup de l'eftime & de l'as
mour à l'indignation & au mépris. O
vous qui voulez mériter le doux nom
... c -iv .
MARS. 1763
de mère occupez -vous fans ceffe
montrer aux jeunes perfonnes qui fous
vos yeux commencent leur entrée ſur
la fcène du monde , tout ce qu'elles
doivent faire pour fe garantir du poifon
qu'on y verfe dans des coupes trompeufes
! arrachez le voile que l'illufion
tient fufpendu fur tous les objets qu'elles
y rencontrent. Apprenez-leur à n'eftimer
que ce qu'eftiment les gens fenfés
, qui furnagent fur cette mer ora
geufe , & qui gouvernés par une fage
défiance , évitent les écueils dont elle
eft environnée .
腻
Angélique venoit de s'appercevoir
qu'elle étoit la victime de fa créduli
té. Une feule voie lui fembloit ouverte
pour eviter l'opprobre ; elle la trouva
fermée. Elle apprit que le Chevalier
alloit jurer à fa mère , à la face des
autels , la foi qu'il lui avoit donnée."
Cette nouvelle lui fit une fi grande révolution
, qu'auffitôt après fa maladie ,
on défefpéroit qu'elle pût recouvrer fa
fanté. La Marquife vint la voir , com--
me elle l'avoit promis. Angélique fixa
fes yeux mourans fur elle. Elle prit fa'
main & la tint long-temps fur fon
coeur. Elle voulut parler ; la voix luimanqua.
Le danger ne ceffa qu'au bout
i
1
1
.
"
Cij
54 MERCURE DE FRANCE .
de quelques jours. Les Médecins' la vi
rent à leur grand regret dans cet état
de langueur , qui réfifte aux efforts de
leur art , & qui donne la mort à tout
moment fans ôter la vie.
La Marquife contracta avec le Chevalier
, ne s'imaginant pas qu'elle por
toit le coup le plus funefte à la fenfibilité
d'Angélique. Le mariage fe fit
avec ce vain appareil de réjouiffances,
qui n'eft fouvent que le fimulacre de
la joie. Les motifs du Chevalier & de la
Marquife n'étoient pas affez purs pour
leur procurer cette fatisfaction intérieure,
qui eft peut- être l'unique récompenfe
de la vertu.
Angélique n'avoit pu fe réfoudre à
déclarer à fa mère fon fatal fecret. Cependant
il ne lui étoit plus poffible
de le cacher. La douleur dans laquelle
elle étoit plongée ne lui ayant pas permis
de quitter fon appartement , elle
n'avoit pas vu le Chevalier depuis fa
maladie. Elle prit enfin le parti de lui
confier fon état. Il fe rendit chez elle
dès qu'elle lui eut fait fçavoir qu'elle.
vouloit lui parler. Il la trouva les cou-.
des appuyés fur une table , une plume
à la main , & les yeux fixés fur un pa-.
pier arrofé de fes larmes. Ses joues
MARS. 1763.
étoient colorées d'un rouge âpre qui
rendoit plus remarquable la pâleur mortelle
qui régnoit fur le refte de fon vifage.
Ses lévres étoient entr'ouvertes ;
tout en elle annonçoit un être accablé
fous le poids du malheur & prêt à ne
prendre confeil que de fon défeſpoir.
Le Chevalier , avec un air d'attendrif
fement , voulut lui témoigner fa furpriſe
de la trouver fi changée. Il ofa même
entreprendre de juftifier fon procédé &
l'affura que fon amour n'avoit fouffert
ancune altération. Mon établiſſement
lui dit-il , eft une affaire d'intérêt , à laquelle
mon coeur n'a pas pris la moindre
part. Je fuis bien éloigné de vouloir
rompre les noeuds qui nous uniffent.
L'Amour les a formés : ils font facrés
pour moi. Belle Angélique , après vous
avoir aimée , avez-vous pu croire que
la Marquife m'ait rendu inconſtant ? Non ,
je jure à vos pieds que je n'ai jamais
eu pour elle que de l'indifférence. Tant
pis , répondit Angélique ! vous n'en
êtes que plus coupable & ma mère plus
malheureufe. Mais peu m'importe que
vous m'ayez aimée , ou non. C'eft affez
qu'il ait fubfifté entre nous une
liaifon que je détefte. Je ne vous ferai
point de reproches , car je ne vous hais
Civ
56
MERCURE
DE
FRANCE
.
pas je vous méprife & me borne
vous déclarer l'état où je fuis. Vous
en êtes la caufe. Vous pouvez feul me ;
fournir les moyens d'en dérober la ,
connoiffance au Public. Je n'en ferai ;
pas moins dégradée à mes propres yeux:
mais je me dois à moi-même & à ma
famille , la trifte confolation d'avoir fait
tous mes efforts pour cacher mon opprobre
& ma honte ; foible & derniére ,
reffource d'une infortunée , que..
I le remords
pourfuivra fans ceffe & qui nel
voit d'autre terme à fes maux que ce
lui de fa vie bh , guits debit
-Ce difcours prononcé , de fang froid,
glaça d'horreur le Chevalier. Il eut peine
à bégayer quelques motsS pour faire
entendre à Angélique qu'il avoit.compris
ce qu'elle exigeoit de lui , &
qu'elle pouvoir compter fur fes foins.
Illa quitta dans un défordre dont la
Marques'apperçut. Elle lui demanda
quel lavoit été le fujet de fas donverfation
avec fa fille . Le Chevalier habile à
diffimuler, l'afflura que fa langueur fe
diffiperoit bientôt fi elle vouloit lui :
permettre d'aller refpirer l'air de la campagne.
La Marquife ne demandoit pas
mieux , & dès le lendemain , Angéli-!
que avec fa femme de chambre & un
MARS. 1763. 57
vieux domeftique , partit pour le Chateau
de ***. Le Chevalier peu de temps'
après y envoya un Chirurgien. La femme
de chambre & lui furent les feuls
qu'on mit dans la confidence : l'un
& l'autre ont répondu à la confiance
qu'on leur avoit témoignée ; & tout fut
conduit avec tant de prudence , que
perfonne ne fe douta de la trifte avanture
d'Angélique.
Avec toutes les qualités néceffaires pour
plaire dans la fociété, il eft difficile qu'on
s'ennuye avec foi- même. Angélique
paffa une année entiere dans fa retraite
fans defirer d'en fortir. Enfin la Marquife
la rappella auprès d'elle . Elle trou- '
va la maifon de fa mère dans un défordre
dont la maîtreffe feule ne s'appercevoit
pas . Le Chevalier avoit diffipé
la meilleure partie des biens de fa
femme & l'avoit même déterminée à
s'obliger pour des fommes confidérables
. Il fe préfentoit alors un parti fort
avantageux pour Angélique ; mais fa ré
folution étoit prife : elle avoit vu qu'elle
ne pouvoit reclamer le bien que fon
père lui avoit laiflé , fans ruirer fa mère
: un coeur comme le fien ne balance
guères. Elle prit de fi fages mefures
, qu'elle fit réfoudre la Marquise à
c
v
58. MERCURE DE FRANCE.
fe faire féparer d'avec fon mari , & lui fit
enfuite une donation de tout ce qu'elle
avoit droit de reclamer. La Marquife
ne put réſiſter à un procédé fi généreux .
Elle connut qu'elle étoit mère. L'amitié
dont elle commença à fentir les douceurs
, la dédommagea des vains plaifirs
qu'elle avoit perdus. Elle s'applique
aujourd'hui à réparer par une conduite
irréprochable les égaremens de fa
vie. Elle fe plaît à croire qu'elle doit
fon bonheur à fa fille & ne ceffe de
lui en témoigner fa reconnoiffance.
Angélique s'applaudit du facrifice
qu'elle a fait ; & toutes deux jouiffent
d'une tranquillité d'autant plus flateuſe,
qu'elles ont appris à leur dépens à en
connoître tout le prix.
Par M: de C *** , à Lyon.
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Résumé : ANGELIQUE, Anecdote qu'on auroit rendue plus intéressante, si elle étoit moins vraie.
Le texte narre les malheurs amoureux d'Angélique, fille de la Marquise de ***. La Marquise, veuve à vingt ans, est présentée comme une femme aux mœurs légères et au cœur corrompu. Angélique, belle et sensible, est séduite par le Chevalier de ***, qui lui promet le mariage. Cependant, il finit par épouser sa mère. À l'annonce de cette nouvelle, Angélique tombe gravement malade. Le Chevalier tente de justifier son comportement mais accepte finalement d'aider Angélique à cacher sa situation. Désespérée, Angélique se retire à la campagne où elle accouche en secret. Après une année de retraite, elle revient et convainc sa mère de se séparer de son mari. Elle lui cède tous ses droits d'héritage, ce qui touche profondément la Marquise. Cette dernière change alors de comportement et s'efforce de réparer ses erreurs passées, reconnaissant la générosité de sa fille. Par la suite, le texte mentionne la satisfaction d'Angélique après un sacrifice qu'elle a accompli. Elle et une compagne jouissent d'une tranquillité particulièrement précieuse, d'autant plus appréciée qu'elles en ont appris la valeur à leurs dépens. Le texte est signé par un certain 'M: de C ***' à Lyon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1882
p. 58
Pour le Portrait de Mlle ....
Début :
Tour céde au naturel, l'Art ne peut l'égaler : [...]
Mots clefs :
Art, Naturel, Muette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour le Portrait de Mlle ....
Pour le Portrait de Mlle ....
Tour céde au naturel , l'Art ne peut l'égaler :
Cette reffemblance eſt parfaite.
Mais l'aimable.... n'eſt ici que muette ,
Et j'aime à l'entendre parler.
ParM. PASCAL , C. de G, au R. de Piémont.
Tour céde au naturel , l'Art ne peut l'égaler :
Cette reffemblance eſt parfaite.
Mais l'aimable.... n'eſt ici que muette ,
Et j'aime à l'entendre parler.
ParM. PASCAL , C. de G, au R. de Piémont.
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1883
p. 59
A Son Altesse Royale Mgr LE DUC DE SAVOIE, en lui souhaitant la bonne année.
Début :
PRINCE, dont les Ayeux font retentir l'histoire [...]
Mots clefs :
Aïeux , Roi, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Son Altesse Royale Mgr LE DUC DE SAVOIE, en lui souhaitant la bonne année.
A Son Altele Royale Mgr LE DUC
DE SAVOIE , eenn_lluuii fouhaitant la
bonne année.
PRINCE , dont les Ayeux font retentir l'hiſtoire
Des plus hautes vertus , des plus illuftres faits
Fils d'un Roi fignalé par plus d'une victoire ,
Qui chérit & procure aux autres Rois la Paix :
D'un coeur. reconnoiſſant agréez les fouhaits.
Mécène généreux , efpoir de la Patrie ,
On voit revivre en vous l'ancien Germanicus.
Dieu , qui chéris fon coeur , fes moeurs & fes
vertus ,
Daigne le conferver ! chaque jour de fa vie
Au bonheur d'un grand Peuple ajoute un jour de
plus.
SUR
PERENOTTI , à Turin.
DE SAVOIE , eenn_lluuii fouhaitant la
bonne année.
PRINCE , dont les Ayeux font retentir l'hiſtoire
Des plus hautes vertus , des plus illuftres faits
Fils d'un Roi fignalé par plus d'une victoire ,
Qui chérit & procure aux autres Rois la Paix :
D'un coeur. reconnoiſſant agréez les fouhaits.
Mécène généreux , efpoir de la Patrie ,
On voit revivre en vous l'ancien Germanicus.
Dieu , qui chéris fon coeur , fes moeurs & fes
vertus ,
Daigne le conferver ! chaque jour de fa vie
Au bonheur d'un grand Peuple ajoute un jour de
plus.
SUR
PERENOTTI , à Turin.
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Résumé : A Son Altesse Royale Mgr LE DUC DE SAVOIE, en lui souhaitant la bonne année.
Le texte est un message de vœux adressé au Duc de Savoie pour la bonne année. Il loue ses ancêtres pour leurs vertus et exploits, et le décrit comme un prince pacifique et généreux, comparable à Germanicus. Le message exprime des vœux de bonheur et prie pour la préservation de ses qualités. Imprimé par Perenotti à Turin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1884
p. 59-60
VERS.
Début :
SUR le nom de Méchant, je veux que l'on s'explique : [...]
Mots clefs :
Méchant, Misanthrope, Haine publique, Scélérat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS.
VERS
UR le nom de Méchant , je veux que l'on s'exiplique
:.. !!
Pour corriger un Sot par un bon mot piquant ,
Lon eft Milantrope , ou Cauftique,
Mais , à mon avis , le Méchant,
."
Eft l'homme lâche & bas qui déchire l'abfents
siq
C vj
65 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt lui qu'il faut charger de la haine publique ,,
Ainfi qu'un Scélérat qui tue en fe cachant .
UR le nom de Méchant , je veux que l'on s'exiplique
:.. !!
Pour corriger un Sot par un bon mot piquant ,
Lon eft Milantrope , ou Cauftique,
Mais , à mon avis , le Méchant,
."
Eft l'homme lâche & bas qui déchire l'abfents
siq
C vj
65 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt lui qu'il faut charger de la haine publique ,,
Ainfi qu'un Scélérat qui tue en fe cachant .
Fermer
1885
p. 60
AUTRES.
Début :
JE connois trop l'amour, pour m'en trop occuper : [...]
Mots clefs :
Amitié, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES.
AUTRE S.
JE connois trop l'amour , pour m'en trop occupertama
tudi zwayMerlinob povin
A l'amitié (´je crains de me tromper 3d zuig æði
L'intérêt ou la politique
Rendent ce neend problématique ,
Et les plus fins s'y laiffent attrapper."
Le Ciel l'a donc voulu scaril eût pu màrqueti
Le véritable ami par un figne phyfique. O
" ion
lov
Par Madame B.
JE connois trop l'amour , pour m'en trop occupertama
tudi zwayMerlinob povin
A l'amitié (´je crains de me tromper 3d zuig æði
L'intérêt ou la politique
Rendent ce neend problématique ,
Et les plus fins s'y laiffent attrapper."
Le Ciel l'a donc voulu scaril eût pu màrqueti
Le véritable ami par un figne phyfique. O
" ion
lov
Par Madame B.
Fermer
1886
p. 60
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Février est l'Encensoir. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Février est l'Encensoir. Celui [...]
Mots clefs :
Encensoir, Adam et Ève, Alphabet, Épine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Février est l'Encensoir. Celui [...] »
LE
E mot de la premiere Enigme du
mois de Février eft l'Encenfoir. Celui
de la feconde eft Adam & Eve. Celuidu
premier Logogryphe eft Alphabet ,
où l'on trouve ah ! Baal , Beat , Apt
& Aleth , Alep , Bâle , Aba ; pâte à faire
le pain , halte , Abel , palet , pat , hale ,
table , plat & bal. Celui du fecond eft
Epine , ou en mettant la premiere ler- 1
tre après le p ; Pon trouve peine épi ,
pie & pin en retranchant la premiere &
la derniére lettre pammen! I
E mot de la premiere Enigme du
mois de Février eft l'Encenfoir. Celui
de la feconde eft Adam & Eve. Celuidu
premier Logogryphe eft Alphabet ,
où l'on trouve ah ! Baal , Beat , Apt
& Aleth , Alep , Bâle , Aba ; pâte à faire
le pain , halte , Abel , palet , pat , hale ,
table , plat & bal. Celui du fecond eft
Epine , ou en mettant la premiere ler- 1
tre après le p ; Pon trouve peine épi ,
pie & pin en retranchant la premiere &
la derniére lettre pammen! I
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1887
p. 61
ENIGME.
Début :
Deux choses, quoique différentes, [...]
Mots clefs :
Glace
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Eux chofes , quoique différentes
N'ont cependant qu'un même nom ; A
Leqeur dans des rimes faivantes mo??
Cherches- en l'explication
lá
L'une dépend du feul hazard, ? - ?
Et dans la faifon la plus dure
Eft produite par la Nature ,
L'autre eft un pur effer de l'Art. J
Celle-là ne plaît qu'en été ,
Au-lieu que dans l'hyver elle eft infupportable ;
Mais celle-ci , plus agréable , ES
Plait en toute faifon par fon utilité.
Je vais développer ce ténébreux mystères
Le Sexe fuit l'une avec foin , b .
Et de l'autre a ſouvent beſoin
Four trouver les moyens de plaite.l
Eux chofes , quoique différentes
N'ont cependant qu'un même nom ; A
Leqeur dans des rimes faivantes mo??
Cherches- en l'explication
lá
L'une dépend du feul hazard, ? - ?
Et dans la faifon la plus dure
Eft produite par la Nature ,
L'autre eft un pur effer de l'Art. J
Celle-là ne plaît qu'en été ,
Au-lieu que dans l'hyver elle eft infupportable ;
Mais celle-ci , plus agréable , ES
Plait en toute faifon par fon utilité.
Je vais développer ce ténébreux mystères
Le Sexe fuit l'une avec foin , b .
Et de l'autre a ſouvent beſoin
Four trouver les moyens de plaite.l
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1888
p. 61-62
AUTRE.
Début :
J'aborde d'un air gracieux [...]
Mots clefs :
Compliment
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
FABORDE d'un air gracieux
Celui pour qui je m'intérelle ;
J'ai néanmoins fouvent l'adrelle
De lui faire bailler les yeux .
J'ai milie tours ingénieux
軟
♫
62 MERCURE DE FRANCE.
1
Pour le bonheur , pour la Triftelle.
Par un excès de Politeffe ,
Je puis devenir ennuyeux.
J'ai droit de m'adreffer aux Princes ;
Je fuis de toutes les Provinces ,
Ainfi que de chaque Saifon .
Vous qui cherchez à me connoître ,
Mille fois vous m'avez fait naître
Par Politique , ou par Raiſon.
FABORDE d'un air gracieux
Celui pour qui je m'intérelle ;
J'ai néanmoins fouvent l'adrelle
De lui faire bailler les yeux .
J'ai milie tours ingénieux
軟
♫
62 MERCURE DE FRANCE.
1
Pour le bonheur , pour la Triftelle.
Par un excès de Politeffe ,
Je puis devenir ennuyeux.
J'ai droit de m'adreffer aux Princes ;
Je fuis de toutes les Provinces ,
Ainfi que de chaque Saifon .
Vous qui cherchez à me connoître ,
Mille fois vous m'avez fait naître
Par Politique , ou par Raiſon.
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1889
p. 62
LOGOGRYPHE.
Début :
Tout Rhéteur me connoît : Cicéron m'employa ; [...]
Mots clefs :
Prosopopée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Tour Rhéreur me connoît : Cicéron m'employas
Mais furtout avec feu contre Catilina.
On trouve en moi le nom de cette Impératrice
En laquelle Jofeph eut une Protectrice ;
Le nom d'une Déeffe , & celui d'un Auteur
Dont la Fontaine fut habile imitateur ;
Un célébre Ecrivain dont Albion s'honore ;
Un précieux objet pour Vertumne & pour Flore ;.
Un des Rois d'Ifraël ; une fleur ; ce qu'enfin
On admire en Rouleau , Fontenelle & Rollin.
Par M. de LANEVERE , ancien Moufquetaire
du Roi ; à Dax .
1. J. Rouffeau de Genève.
Tour Rhéreur me connoît : Cicéron m'employas
Mais furtout avec feu contre Catilina.
On trouve en moi le nom de cette Impératrice
En laquelle Jofeph eut une Protectrice ;
Le nom d'une Déeffe , & celui d'un Auteur
Dont la Fontaine fut habile imitateur ;
Un célébre Ecrivain dont Albion s'honore ;
Un précieux objet pour Vertumne & pour Flore ;.
Un des Rois d'Ifraël ; une fleur ; ce qu'enfin
On admire en Rouleau , Fontenelle & Rollin.
Par M. de LANEVERE , ancien Moufquetaire
du Roi ; à Dax .
1. J. Rouffeau de Genève.
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1890
p. 63
AUTRE.
Début :
Je suis un des plaisirs fait pour le genre humain, [...]
Mots clefs :
Aimer
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je fuis un des plaifirs fait pour le genre humain, E
Et je fuis le plus doux peut être :
Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Le nombre de mes pieds fe trouve dans ta main,
Avec eux tu feras le nom que chacun donne
A l'objet qui charme ſon coeur ;
Un autre hélas , qui par malheur
Ne doit prèfque jamais fe donner à perfonne ;
Un autre nom révéré du Chrétien ;
Ce que tu dois fauver , & ce que l'on reſpire ;
Ce qu'un fils de Saturne avoit pour fon Empire ;
Ce que Boileau trouvoit fi bien ;
Ce qui dans les combats eft le plus néceffaire ;
D'animaux croaffans la retraite ordinaire ;
Ce que bien malgré lui le pauvre forçat tient ;
Un mot fynonyme à colère ;
D'autres encor mais je n'en dirai rien ;
"
Enfin ce que fans moi l'homme eft fouvent las
d'être .
Ne t'en étonne point , Lecteur ;
Si tu parviens à me connoître ,
Tu trouveras fans moi qu'il n'eft point de bonheur.
Je fuis un des plaifirs fait pour le genre humain, E
Et je fuis le plus doux peut être :
Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Le nombre de mes pieds fe trouve dans ta main,
Avec eux tu feras le nom que chacun donne
A l'objet qui charme ſon coeur ;
Un autre hélas , qui par malheur
Ne doit prèfque jamais fe donner à perfonne ;
Un autre nom révéré du Chrétien ;
Ce que tu dois fauver , & ce que l'on reſpire ;
Ce qu'un fils de Saturne avoit pour fon Empire ;
Ce que Boileau trouvoit fi bien ;
Ce qui dans les combats eft le plus néceffaire ;
D'animaux croaffans la retraite ordinaire ;
Ce que bien malgré lui le pauvre forçat tient ;
Un mot fynonyme à colère ;
D'autres encor mais je n'en dirai rien ;
"
Enfin ce que fans moi l'homme eft fouvent las
d'être .
Ne t'en étonne point , Lecteur ;
Si tu parviens à me connoître ,
Tu trouveras fans moi qu'il n'eft point de bonheur.
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1891
p. 63
« La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...] »
Début :
La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...]
Mots clefs :
Chanson notée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée se trouvera à l'Article des Spectacles. [...] »
La Chanfon notée se trouvera à
l'Article des Spectacles.
l'Article des Spectacles.
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1892
s. p.
ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
Début :
CIEL ! quel Colosse admirable [...]
Mots clefs :
Amour, déité, Lyre, Immortalité, Art, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
ODE
SUR LA STATUE ÉQUESTRE
CIBLI
DU ROI.
L ! quel Coloffe admirable
S'offre aux yeux des Citoyens ?
Une Déité femblable
Au Soleil des Rhodiens.
D'amour , de reconnoiffance
?
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je fens mon coeur enflammé ;
Je vois l'Aftre de la France :
C'eft LOUIS LE BIEN - AI MÉ.
Erato , daigne paroître !
Viens !J'implore ton fecours !
Je veux célébrer mon Maître
Sur la Lyre dès Amours.
Paris ! jufques dans les nues ,
Éléve ce Grand BOURBON ;
Tu lui dois plus de Statues
Que Cecropie à Solon.
( a ) Fils célébre de Philippe !
Ton fuffrage fi vanté ,
A Praxitelle , à Lifippe
Donna l'Immortalité.
Sur les traces de leur gloire
S'avancent d'un pas égal ,
Vers le Temple de Mémoire ,
( b ) Goor , Bouchardon & Pigal.
15
(a ) Alexandre le Grand ordonna que fes Portraits
feroient peints par le feul Apelle ; les Statues
fculptées par Praxitelle , & jettées en fonte
par Lifippe , à caufe de l'excellence de ces deux
Artiſtes.
( b ) La Statue du Roi eft du travail du fieur
Goor, fur les deffeins du fieur Bouchardon , qui
dans fon Teſtament , fait fix mois avant la mort,
defira que le fieur Pigal fût fon Succeffeur dans
cet Ouvrage
.
1
AVRIL. 1763. 7
(c ) Une charmante, Bergère ,
Que le Dieu des coeurs guidoit ,
Defina d'une main chère ,
Un Amant qu'elle adoroit;
Ainfije te vois , France !
Retracer dans ce grand jour ,
La parfaite reflemblance
De l'objet de ton amour.
Des Arts , l'Amour eft le maître ,
Par eux il peut nous charmer ;
Si l'efprit leur donna l'être
L'Amour fçut les animer .
Nous lui devons la Sculpture ,
L'Eloquence , les Concerts ,
Le Pinceau , l'Architecture ,
l'Art d'Uranie & les Vers.
Louis ! leur troupe timide
Vole autour de ta Grandeur ;
Sois leur afyle , leur guide ,
Leur ami , leur défenfeur.
Les Rois qui les protégerent
Sont encor chers aux mortels ;
C'eſt par là qu'ils mériterent
Des Monumens éternels.
( c ) Une Bergère , dit Pline , inventa le Def
feing en traçant fur un mur , avec du charbon ,
les contours de l'ombre de fon amant
A iv
& MERCURE DE FRANCE.
Clio , ta plume Içavántės do on ( 0)
A confacré leurs exploits !
La jeune Erato nous vante
L'aménité de leurs Loit. pusma f
Sur les Bronzes d'Italie, dov sebua
Les Céfars nous font préfens. DISK
C'est ainsi que le Génies lion sticking ol
Brave l'injure des temps. blad
( d ) HENRY ! fur ta Face augufte
Je contemple ta Bonté.
I
A tes traits , LouÍS LE JUSTE
Je reconnois l'Équité.
LOUIS LE GRAND , ta nobleffe
21192
Nous annonce tes hauts faits .
ROI BIEN- AIME ! la Sageffe
Sur ton Front grava fés traits .
Vous , dont la Mufe fertile
Fait revivre les Heros !
Chantres du terrible Achille ,
Sans vos pénibles travaux ,
Aux bords de la Mer Égée ,
Son nom voilé par l'oubli ,
Dans les tombeaux de Sigée
Refteroit enſeveli.
1
(d ) Cette Strophe eft adreffé e aux quatre Sta
Lues Equeftres des Rois BOURBON <STRONG
AVRIL. 1763.¨¨
Troupe aveugle de Barbares !
Dont les flambeaux deftructeurs
Confumoient les OEuvres rares
De tant d'efprits créateurs :
Les Préjugés , l'Ignorance ,
L'Esclavage , le Mépris ,
Sont la jufte récompenſe
De vos forfaits inouis.
Nations ! Villes célèbres !
Les Ouvrages de vos mains
Ont diffipé les ténébres ,
Si fatales aux humains.
Memphis , Athènes , Palmire ,
Rome , Florence , Paris !
Vos noms illuftrent l'Empire
Que Pallas vous a remis.
( e) Grand Préfet ! (f) Sages Édiles ,
D'un Roi , Père des Français ,
Dans la Reine de nos Villes ,
Eternifez les bienfaits.
g) Marigni ! que de merveilles
Vont éclore fous tes yeux !
Tu protéges , tu réveilles
Les mortels ingénieux .
( c ) M. le Prévôt des Marchands.
(f MM. les Echevins.
(g M. le Marquis de Marigni , Surintendant
des Bâtimens , &c. A. v
10 MERCURE DE FRANCE .
Dieu des rives du Méandre ,
Sur mon coeur régle ma. voir !
Jeune encor , daigne m'apprendre
A chanter nos dignes Rois !
L'amour feul de la Patrie
Soutient mon foible talent :
Prête-moi ton harmonie ,
Pour l'unir au Sentiment .
Par le Chevalier DE VIGUIER , Mousquetair
du Roi dans la premiere Compagnie .
SUR LA STATUE ÉQUESTRE
CIBLI
DU ROI.
L ! quel Coloffe admirable
S'offre aux yeux des Citoyens ?
Une Déité femblable
Au Soleil des Rhodiens.
D'amour , de reconnoiffance
?
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je fens mon coeur enflammé ;
Je vois l'Aftre de la France :
C'eft LOUIS LE BIEN - AI MÉ.
Erato , daigne paroître !
Viens !J'implore ton fecours !
Je veux célébrer mon Maître
Sur la Lyre dès Amours.
Paris ! jufques dans les nues ,
Éléve ce Grand BOURBON ;
Tu lui dois plus de Statues
Que Cecropie à Solon.
( a ) Fils célébre de Philippe !
Ton fuffrage fi vanté ,
A Praxitelle , à Lifippe
Donna l'Immortalité.
Sur les traces de leur gloire
S'avancent d'un pas égal ,
Vers le Temple de Mémoire ,
( b ) Goor , Bouchardon & Pigal.
15
(a ) Alexandre le Grand ordonna que fes Portraits
feroient peints par le feul Apelle ; les Statues
fculptées par Praxitelle , & jettées en fonte
par Lifippe , à caufe de l'excellence de ces deux
Artiſtes.
( b ) La Statue du Roi eft du travail du fieur
Goor, fur les deffeins du fieur Bouchardon , qui
dans fon Teſtament , fait fix mois avant la mort,
defira que le fieur Pigal fût fon Succeffeur dans
cet Ouvrage
.
1
AVRIL. 1763. 7
(c ) Une charmante, Bergère ,
Que le Dieu des coeurs guidoit ,
Defina d'une main chère ,
Un Amant qu'elle adoroit;
Ainfije te vois , France !
Retracer dans ce grand jour ,
La parfaite reflemblance
De l'objet de ton amour.
Des Arts , l'Amour eft le maître ,
Par eux il peut nous charmer ;
Si l'efprit leur donna l'être
L'Amour fçut les animer .
Nous lui devons la Sculpture ,
L'Eloquence , les Concerts ,
Le Pinceau , l'Architecture ,
l'Art d'Uranie & les Vers.
Louis ! leur troupe timide
Vole autour de ta Grandeur ;
Sois leur afyle , leur guide ,
Leur ami , leur défenfeur.
Les Rois qui les protégerent
Sont encor chers aux mortels ;
C'eſt par là qu'ils mériterent
Des Monumens éternels.
( c ) Une Bergère , dit Pline , inventa le Def
feing en traçant fur un mur , avec du charbon ,
les contours de l'ombre de fon amant
A iv
& MERCURE DE FRANCE.
Clio , ta plume Içavántės do on ( 0)
A confacré leurs exploits !
La jeune Erato nous vante
L'aménité de leurs Loit. pusma f
Sur les Bronzes d'Italie, dov sebua
Les Céfars nous font préfens. DISK
C'est ainsi que le Génies lion sticking ol
Brave l'injure des temps. blad
( d ) HENRY ! fur ta Face augufte
Je contemple ta Bonté.
I
A tes traits , LouÍS LE JUSTE
Je reconnois l'Équité.
LOUIS LE GRAND , ta nobleffe
21192
Nous annonce tes hauts faits .
ROI BIEN- AIME ! la Sageffe
Sur ton Front grava fés traits .
Vous , dont la Mufe fertile
Fait revivre les Heros !
Chantres du terrible Achille ,
Sans vos pénibles travaux ,
Aux bords de la Mer Égée ,
Son nom voilé par l'oubli ,
Dans les tombeaux de Sigée
Refteroit enſeveli.
1
(d ) Cette Strophe eft adreffé e aux quatre Sta
Lues Equeftres des Rois BOURBON <STRONG
AVRIL. 1763.¨¨
Troupe aveugle de Barbares !
Dont les flambeaux deftructeurs
Confumoient les OEuvres rares
De tant d'efprits créateurs :
Les Préjugés , l'Ignorance ,
L'Esclavage , le Mépris ,
Sont la jufte récompenſe
De vos forfaits inouis.
Nations ! Villes célèbres !
Les Ouvrages de vos mains
Ont diffipé les ténébres ,
Si fatales aux humains.
Memphis , Athènes , Palmire ,
Rome , Florence , Paris !
Vos noms illuftrent l'Empire
Que Pallas vous a remis.
( e) Grand Préfet ! (f) Sages Édiles ,
D'un Roi , Père des Français ,
Dans la Reine de nos Villes ,
Eternifez les bienfaits.
g) Marigni ! que de merveilles
Vont éclore fous tes yeux !
Tu protéges , tu réveilles
Les mortels ingénieux .
( c ) M. le Prévôt des Marchands.
(f MM. les Echevins.
(g M. le Marquis de Marigni , Surintendant
des Bâtimens , &c. A. v
10 MERCURE DE FRANCE .
Dieu des rives du Méandre ,
Sur mon coeur régle ma. voir !
Jeune encor , daigne m'apprendre
A chanter nos dignes Rois !
L'amour feul de la Patrie
Soutient mon foible talent :
Prête-moi ton harmonie ,
Pour l'unir au Sentiment .
Par le Chevalier DE VIGUIER , Mousquetair
du Roi dans la premiere Compagnie .
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Résumé : ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
Le poème 'ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI' a été publié en avril 1763. Il célèbre la statue équestre du roi Louis XV, comparée à une divinité et au soleil des Rhodiens. L'auteur exprime son admiration et sa reconnaissance envers le roi, qu'il nomme 'LOUIS LE BIEN-AIMÉ'. Le poème met en avant les artistes Goor, Bouchardon et Pigalle, impliqués dans la création de la statue. Il souligne l'importance des arts, inspirés par l'amour, et leur rôle dans la célébration des rois protecteurs des arts. Des figures historiques comme Alexandre le Grand et Pline sont mentionnées, soulignant l'impact durable des œuvres d'art. Le texte critique les barbares destructeurs et loue les villes célèbres pour leurs contributions culturelles. Le poème est dédié aux autorités de Paris, notamment le Prévôt des Marchands, les Échevins et le Marquis de Marigni, et exprime le désir de célébrer dignement les rois de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1893
p. 10
LOUIS XV.
Début :
Son règne à jamais mémorable [...]
Mots clefs :
Règne, Amour, Monument, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOUIS XV.
LOUIS. X V.
Son règne à jamais mémorable
Des fiècles à venir fera l'étonnement.
L'Amour de fes Sujets pofa ce Monument ,
Attendant que l'hiftoire en fonde un plus durable.
PIRON.
Son règne à jamais mémorable
Des fiècles à venir fera l'étonnement.
L'Amour de fes Sujets pofa ce Monument ,
Attendant que l'hiftoire en fonde un plus durable.
PIRON.
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1894
p. 10-12
LE POETE PHILOSOPHE.
Début :
LONGTEMPS obscurci d'orages [...]
Mots clefs :
Doux, Zéphire, Ruisseau, Mensonges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE POETE PHILOSOPHE.
LE POETE PHILOSOPHE.
LONGTEMPS
ONGTEMPS obfcurci d'orages
Le Ciel , enfin , fans nuages
Reprend la férénité ? .
Et la terre que décore
A l'envi Cérès & Flore ,
Préfente à l'oeil enchanté
Richeffe enfemble & Beauté .
AVRIL. 1763. II
Zéphir agitant fes aîles
Autour des roſes nouvelles
Où brille un doux incarnat
Fait fentir à l'âme émue
Le plaifir de l'odorat
Joint à celui de la vue.
Sous ces arbres en berceau ,
Quel doux murmure m'attire !
C'eft le bruit d'un clair ruiffeau
Baignant la fleur qui fe mire
Dans le criftal de fon eau.
Je vois d'un rameau fur l'autre
Voltiger l'ardent moineau
Dont l'amour vaut bien le nôtre ,
Et le tendre tourtereau
De la conftance l'Apôtre.
Aujourd'hui pourtant l'on dit
Que ce fut bien à crédit
Qu'on lui donna cette gloire ;
Car dans ce fiécle maudir
Sans preuve on ne veut rien croire.
Moi qui ne doute de rien
Your mon falut & fais bien ,
Je croirois la tourterelle
Des gens conftans le modéle ,
Si je n'affignois le prix
A nos Femmes de Paris,
Fidéles à ce qu'ils fentent
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les oiſeaux amoureux chantent is
Et n'engagent point, leur foi : 1. SOÁ
De nature c'eft la loi.
Ils n'ont garde d'aller faire
Pardevant .... .... ou Notaire
Le ferment d'aimer toujours
Ce qui peut ceffer de plaire.
Hélas ! leurs tendres amours ,
Ce ruiffeau , ce doux ombrage , i
Tout à mes yeux dans ce bois
Retrace l'heureux boccage
Où, pour la premiere fois ,
Thémire écouta ma peine ;
Thémire ayant en ſa fleur
D'une roſe la couleur ,
Du Zéphir la douce haleine ,
Des cheveux qui fans deffein
Tomboient en boucle d'ébene
Sur l'albâtre de fon fein.
Temps heureux des doux menfonges !
Age fi court du bonheur ,
Que font devenus tes fonges !
Le temps cruel précepteur
Nous donne l'expérience ;
Fatal arbre de fcience ,.
Qui des douces voluptés.
Rompt l'illufion & chaffe
Les plaifirs qu'elle remplace
Par de dures yérités !
LONGTEMPS
ONGTEMPS obfcurci d'orages
Le Ciel , enfin , fans nuages
Reprend la férénité ? .
Et la terre que décore
A l'envi Cérès & Flore ,
Préfente à l'oeil enchanté
Richeffe enfemble & Beauté .
AVRIL. 1763. II
Zéphir agitant fes aîles
Autour des roſes nouvelles
Où brille un doux incarnat
Fait fentir à l'âme émue
Le plaifir de l'odorat
Joint à celui de la vue.
Sous ces arbres en berceau ,
Quel doux murmure m'attire !
C'eft le bruit d'un clair ruiffeau
Baignant la fleur qui fe mire
Dans le criftal de fon eau.
Je vois d'un rameau fur l'autre
Voltiger l'ardent moineau
Dont l'amour vaut bien le nôtre ,
Et le tendre tourtereau
De la conftance l'Apôtre.
Aujourd'hui pourtant l'on dit
Que ce fut bien à crédit
Qu'on lui donna cette gloire ;
Car dans ce fiécle maudir
Sans preuve on ne veut rien croire.
Moi qui ne doute de rien
Your mon falut & fais bien ,
Je croirois la tourterelle
Des gens conftans le modéle ,
Si je n'affignois le prix
A nos Femmes de Paris,
Fidéles à ce qu'ils fentent
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les oiſeaux amoureux chantent is
Et n'engagent point, leur foi : 1. SOÁ
De nature c'eft la loi.
Ils n'ont garde d'aller faire
Pardevant .... .... ou Notaire
Le ferment d'aimer toujours
Ce qui peut ceffer de plaire.
Hélas ! leurs tendres amours ,
Ce ruiffeau , ce doux ombrage , i
Tout à mes yeux dans ce bois
Retrace l'heureux boccage
Où, pour la premiere fois ,
Thémire écouta ma peine ;
Thémire ayant en ſa fleur
D'une roſe la couleur ,
Du Zéphir la douce haleine ,
Des cheveux qui fans deffein
Tomboient en boucle d'ébene
Sur l'albâtre de fon fein.
Temps heureux des doux menfonges !
Age fi court du bonheur ,
Que font devenus tes fonges !
Le temps cruel précepteur
Nous donne l'expérience ;
Fatal arbre de fcience ,.
Qui des douces voluptés.
Rompt l'illufion & chaffe
Les plaifirs qu'elle remplace
Par de dures yérités !
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Résumé : LE POETE PHILOSOPHE.
Le poème 'Le Poète Philosophe', daté d'avril 1763, célèbre la beauté de la nature au printemps. Il met en scène des roses, le murmure d'un ruisseau et les chants des oiseaux. Le poète exprime son émerveillement face à cette nature vivante et évoque les amours des oiseaux, qu'il compare à la constance des femmes parisiennes. Il se remémore un moment heureux passé avec Thémire, une figure féminine idéalisée. Le poème se conclut sur une note mélancolique, soulignant la brièveté du bonheur et l'expérience amère apportée par le temps. Le poète regrette la perte des illusions douces, remplacées par des vérités dures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1895
p. 13
VERS sur un Portrait donné à Mlle DANGEVILLE.
Début :
TITON à sa Filleule aimable [...]
Mots clefs :
Portrait, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur un Portrait donné à Mlle DANGEVILLE.
VERS fur un Portrait donné à Mlle
DANGEVILLE.
TITON àfa Filleule aimable
A légué de Duclos le Portrait admirable :
Titon par un fi digne choix ,
Fait quatre éloges à la fois.
P. D. S. A. Peintre
Nota Le Portrait de Mlle Duclos , une des
plus grandes Actrices qu'il y ait eu dans le Tragique
, peint par le célébre Largilliere , vient
d'être légué par l'illuftre M. Titon du Tiller ,
Auteur du Parnaffe François , à l'inimitable
Mlle Dangeville fa Filleule , dont les rares talens
dans le Comique font portés au dernier
degré.
DANGEVILLE.
TITON àfa Filleule aimable
A légué de Duclos le Portrait admirable :
Titon par un fi digne choix ,
Fait quatre éloges à la fois.
P. D. S. A. Peintre
Nota Le Portrait de Mlle Duclos , une des
plus grandes Actrices qu'il y ait eu dans le Tragique
, peint par le célébre Largilliere , vient
d'être légué par l'illuftre M. Titon du Tiller ,
Auteur du Parnaffe François , à l'inimitable
Mlle Dangeville fa Filleule , dont les rares talens
dans le Comique font portés au dernier
degré.
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Résumé : VERS sur un Portrait donné à Mlle DANGEVILLE.
Le texte relate un legs de M. Titon du Tiller, auteur du 'Parnasse Français', qui a légué un portrait de Mlle Duclos, réalisé par Largillière, à sa filleule Mlle Dangeville. Mlle Duclos est célèbre pour ses talents tragiques, tandis que Mlle Dangeville excelle dans le comique. Le texte met en lumière les mérites artistiques de ces deux actrices françaises.
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1896
p. 13-14
CONSEILS d'une Mère à sa Fille.
Début :
OCTAVE te recherche, & le vieil Alcidon [...]
Mots clefs :
Utile, Agréable, Maître, Esclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEILS d'une Mère à sa Fille.
CONSEILS d'une Mère à fa Filie.
OCTAVE te recherche , & le vieil Alcidon
De fes biens & de lui , voudroit te faire don ;
L'un eft jeune , agréable , & l'autre fort utile,
Et pour un jeune coeur le choix eft difficile .
Alcidon eft modefte , & riche , & généreux :
Ton Octave n'a rien , mais il eft amoureux.
J'aimerois Alcidon ; tu dois aimer Octave.
14 MERCURE DE FRANCE.
Ma Fille c'eſt pour toi : fans contrainte choifis
Le printemps & fes fleurs , ou l'automne & fes
fruits .
Prends jeune Maître , ou vieil Efclave.
OCTAVE te recherche , & le vieil Alcidon
De fes biens & de lui , voudroit te faire don ;
L'un eft jeune , agréable , & l'autre fort utile,
Et pour un jeune coeur le choix eft difficile .
Alcidon eft modefte , & riche , & généreux :
Ton Octave n'a rien , mais il eft amoureux.
J'aimerois Alcidon ; tu dois aimer Octave.
14 MERCURE DE FRANCE.
Ma Fille c'eſt pour toi : fans contrainte choifis
Le printemps & fes fleurs , ou l'automne & fes
fruits .
Prends jeune Maître , ou vieil Efclave.
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Résumé : CONSEILS d'une Mère à sa Fille.
Une mère conseille sa fille sur le choix entre deux prétendants : Octave, jeune et amoureux, mais sans biens, et Alcidon, âgé, riche et généreux. Elle exprime sa préférence pour Alcidon tout en suggérant d'aimer Octave. La fille doit choisir entre jeunesse et maturité, symbolisées par le printemps et l'automne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1897
p. 14-46
ABBAS ET SOHRY, NOUVELLE PERSANNE.
Début :
ABBAS , Roi de Perse, fut, comme tant d'autres Potentats, surnommé le [...]
Mots clefs :
Princesse, Eunuque, Portrait, Charmes, Pouvoir, Peinture, Tableau, Esclave
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texteReconnaissance textuelle : ABBAS ET SOHRY, NOUVELLE PERSANNE.
ABBAS ET SOHRY ,
NOUVELLE PERS ANNE.
ABBAS , Roi de Perfe , fut , comme
tant d'autres Potentats , furnommé le
Grand, pour avoir fait de grands maux
à fes Voifins. Il aimoit paffionnément
les femmes & la guerre . Il la faiſoit
autant pour peupler fon Sérail que pour
accroître fes Etats . Tout Roi dont la
femme étoit belle & le Royaume voifin
de celui de Perfe , devoit alors fonger
à défendre l'une & l'autre. Du refte ,
Abbas étoit auffi prompt à fe refroidir
qu'à s'enflammer , & en amour comme
en guerre , une conquête achevée lui
en faifoit bientôt defirer une nouvelle .
Il y avoit alors dans le Pays d'Imirete
, ( c'eft l'ancienne Albanie ) une
Nota. Le fonds de ce Conte eft vrai , & tiré
des Voyages de Chardin . Sohry eſt auffi connue ,
auffi célébre en Perfe, que la belle Agnès l'eft en
France.
AVRIL. 1763. IS
jeune Princeffe , nommée Sohry , &
foeur du Souverain de cette Contrée. ,
Sohry étoit plus belle qu'on ne le peut
décrire , même en ftyle oriental . C'eſt
elle que les Poëtes Perfans ont depuis
chantée à l'envi. Mais l'hyperbole , qui.
leur eft fi familière , fe trouva dans ,
cette rencontre au - deffous de la réalité.
Il fut , pour cette feule fois , hors de,
leur pouvoir d'outrer un Sujet.
L'admirable Sohry vivoit fous la tutelle
d'une mere qui l'égaloit prèfque .
en beauté , & ne la furpaffoit que de
trois luftres en âge : c'eft-à -dire qu'elle
n'avoit guéres que trente ans. Cette
Princeffe après avoir été Reine s'étoit
faite Religieufe ; état qui dans cette
contrée n'oblige point à s'enfermer dans .
un Cloître. On refte dans fa maiſon ,
& l'on eft libre d'en fortir fans que pour
cela aucun des voeux reçoive , ou foit.
censé avoir reçu nulle atteinte.
Sohry , que nul voeu pareil n'enchaînoit
, gardoit cependant une folitude
plus rigoureufe. Elle habitoit & ne quittoit
point certain Château inacceffible à
tout étranger. J'en excepte le Prince de
Georgie à qui , felon l'ufage de ces
lieux , la Princeffe étoit fiancée depuis
l'âge de cinq ans. Déja même il auroit
16 MERCURE DE FRANCE.
dû être fon époux , fi une guerre fanglante
qui l'occupoit , & la connoiffance
qu'il avoit du caractère d'Abbas , n'euffent
retardé le moment de cette union.
A cela près , les charmes de Sohry n'étoient
guères connus que de fa mère
du Roi fon frère & des femmes qui la
fervoient. Ces femmes , à l'exception
d'une feule , ignoroient même fa qualité.
Tant de précautions avoient pourbut
de dérober cette jeune merveille
aux pourfuites du Roi de Perfe , qui
avoit l'ambition de ne peupler fon Sérail
que de Princeffes. On eut même
recours à un autre moyen , beaucoup
plus infupportable pour cette captive
que la folitude la plus trifte. Ce fut de
publier que fon extrême laideur obligeoit
de la fouftraire à tous les regards.
Ce bruit trouva peu d'incrédules.
On fe fouvint qu'il avoit déja fallu en
ufer ainfi à l'égard d'une foeur aînée de
la Princeffe ; objet réellement auffi difforme
que Sohry étoit féduifante . On
avoit même depuis publié la mort de
cette première captive , qui néanmoins
éxiftoit toujours. La raifon de ce procédé
, c'eft que chez cette nation , la
laideur eſt un opprobre , & qu'elle n'eft
pas moins rare dans ces heureuſes conAVRIL.
1763. 17
#
trées , que l'extrême beauté dans quel
ques autres.
Quant à Sohry , elle ne fe conſoloit
point de l'injure qu'on faifoit à fes charmes.
Elle ignoroit que quelqu'un fongeât
aux moyens de détromper , à cet
égard , & le Public ; & furtout le Roi
de Perfe . C'étoit Zomrou , ancien Miniftre
du feu Roi d'Imirette , & qui d'abord
avoit efpéré de devenir beau - père
du Roi regnant. Las d'efpérer en vain
il pria ce Prince d'époufer fa fille , ou
de ne point vivre avec elle comme s'il
l'eût époufée. Difvald , c'eft le nom du
Roi , répondit en Souverain abfolu
& Zomrou fe retira en Sujet mécon-,
tent.
>
Il crut , toutefois , de voir encore diffimuler
; mais au fond il ne refpiroit
que vengeance , & choifit Abbas pour
fon vengeur. Il fongea à tirer parti du
caractère de ce Prince. La faveur où il
s'étoit maintenu jufqu'alors à la Cour
d'Imirette , l'avoit mis à portée de s'inftruire
de ce qui étoit un mystère pour
tout autre Particulier ; il fçavoit que la
laideur de Sohry n'étoit que fuppofée ,
& il fçavoit de plus le motif de cette
fuppofition . Il fait part at Sophi de toutes
fes découvertes , s'efforce d'exagérer
f
18. MERCURE DE FRANCE .
C
les charmes de Sohry , & trace un por-,
trait bien inférieur encore à fon mo-"
déle. En un mot , il n'épargne rien pour
irriter Abbas contre le frère , & l'enflam-.
mer vivement pour la foeur.:
Ce moyen bifarre a tout le fuccès
qu'il pouvoit avoir Abbas comptoit
parmi fes Eunuques , un Italien qui pour
entrer au Sérail n'avoit pas eu befoin
de changer d'état. C'étoit un de ces
Etres anéantis dès leur naiffance , & à
qui , pour tout dédommagement , l'art
procure un fauffet plus ou moins aigre .
Ce Chantre involontaire avoit dès- lors ;
fçu joindre la Peinture à la Mufique.
Il alloit tour-à-tour du lutrin au chevalet
; il paffoit d'une dévote Ariette au
Portrait d'une Beauté galante . Mais il
trouva que ces travaux réunis ne rapprochoient
point de lui la fortune. II
réfolut de la chercher dans d'autres climats
. Ses voyages , le hafard , ou fa deftinée
, le conduifirent jufqu'à Ifpahan .,
Là , fa qualité d'Eunuque lui procure.
l'avantage de s'attacher au Roi de Perfe ,.
& le caractère de ce Prince lui fournit .
bientôt l'occafion de déployer tous festalens.
Déjà plus d'une fois ce nouveau confident
lui avoit fait connoître les plus .
}
AVRIL. 1763. 19.
belles Princeffes des pays voifins , fans,
que pour cela Abbas eût été obligé de
quitter fa Cour. Il fut queftion d'ufer
d'un ftratagême à -peu-près femblable.
auprès de la Princeffe d'Imirette . Voilà
l'Eunuque encore une fois déguifé en
femme , & conduit en diligence jufqu'à
la Capitale de cette contrée. Il y voit
Zomrou , & en tire certains éclairciffemens
indifpenfables . Quant au furplus
, Abbas l'avoit mis à portée de
furmonter bien des obftacles , ou ce
qui revient au même , l'avoit mis en
état de prodiguer l'or. Il le prodigua &
féduifit tous ceux dont il crut avoir be--
foin. Mais nul d'entr'eux ne pénétra fes
vues . Il fe garda bien , furtout , de nommer
la Princeffe à ceux qui avoifinoient
fa demeure , inftruit d'avance , que ni
eux , ni même la plupart des femmes.
qui la fervoient , ne la connoiffoient
fous ce titre. Au furplus , il apprit que
la jeune Solitaire paroiffoit affez fouvent
à certaine fenêtre , donnant fur une plaine,
vafte & riante. Il fut charmé de la découverte
, fe rendit au lieu indiqué ,
& trouva , de plus , un petit bofquet
propre à favorifer fon deffein. Il étoit,
peu diftant de la fenêtre dont il vient
d'être parlé. L'Eunuque toujours dé20
MERCURE DE FRANCE.
guifé y entra , s'y plaça de maniere à
n'être vu qu'autant qu'il le voudroit
& attendit que la Princeffe daignât ellemême
fe laiffer voir.
1
Elle n'avoit fur ce point aucune répugnance
; chofe affez croyable dans
une jeune Beauté. Souvent même en
contemplant fes charmes dans une glace
, elle gémiffoit de les contempler feule
. Les jardins où elle ne trouvoit pour
toute compagnie que des fleurs , des
ftatues & des femmes , lui devenoient
infipides. Elle n'y jetroit les yeux , ou
ne les parcouroit que par défoeuvrement.
L'Eunuque fans quitter fon embufcade
, fongeoit aux moyens de l'attirer
du côté de la plaine. Il y réuffit avec
le fecours de quelques ariettes Italiennes
, qu'il fe mit à chanter de fon mieux ,
& fort bien. A peine fes accens eurent
frappé l'oreille de la Princeffe , qu'elle
accourut vers fa fenêtre favorite . Ellemême
étoit fort empreffée de voir la
Cantatrice étrangère , car elle jugea, quoiqu'à
regret , que cette voix ne pouvoit
être que celle d'une femme . De fon côté,
l'Eunuque fe tenoit à l'entrée du bofquet,
& là fans être vu trop à découvert ,
& fans difcontinuer de chanter, il tira fes
crayons & déſſina la Princeffe , qui enAVRIL.
1763.
21
chantée de fa voix , ne fongeoit ni à
l'interrompre , ni à difparoître. Déjà
même l'efquiffe du Portrait étoit achevée
, & l'Eunuque chantoit encore
étoit encore écouté . Il crut en avoir
affez fait pour le moment , renferma fes
crayons , & mit fin aux ariettes . Alors
la Princeffe donna ordre que la prétendue
Chanteufe lui fût amenée. C'étoit
ce que demandoit l'Agent travefti.
Il eft introduit auprès d'elle , gracieufement
accueilli , loué fur fa voix ; &
obligé de répondre à une foule de queftions.
?
Il les avoit prévues en partie , & ne
fut embaraffé par aucunes. Sohry lui
demanda entre autres chofes , fi les
Princeffes de fon Pays étoient belles
& les Princes fort galans ? Madame , répondit
la fauffe Italienne , aucune de ces
Princeffes ne vous égale en beauté ,
& tous les Princes de la terre deviendroient
galans , deviendroient paffionnés
, s'ils avoient le bonheur de vous
voir un feul inftant, Sohry ne répondit
rien à ce difcours , mais elle foupira ,
L'Eunuque étoit trop habile pour ne pas
entrevoir la caufe de ce foupir. Etre la
plus belle perfonne de l'Orient & paffer
pour la plus laide , n'avoir que dix22
MERCURE DE FRANCE.
huit ans & pas l'ombre de liberté ; ne
compter qu'un adorateur , qu'on ne voit
que rarement , qu'on n'aime que fort
peu , & ne pouvoir efpérer qu'un autre
le remplace : à coup fùr on foupireroit
, on gémiroit à moins ; & Sohry ,
en effet , ne ſe bornoit pas toujours à
foupirer.
Elle propofe à la fauffe Cantatrice de
s'arrêter quelque temps auprès d'elle .
C'étoit ce que l'Eunuque defiroit le plus ;
cependant il diffimula , oppofa quelques
obftacles faciles à lever , & fe conduifit
avec tant d'art qu'il augmenta l'empreffement
de Sohry , & diffipa tous
les foupçons de fes furveillantes. Il céda ,
enfin , & parut n'avoir fait que céder.
Son emploi confifta d'abord à chanter
auprès de la Princeffe , & à lui donner
quelques leçons de Mufique. Elle joignoit
à fes autres perfections , une voix
auffi propre à charmer l'oreille , que
fes
traits l'étoient à charmer les yeux. L'Eunuque
avoit foin de lui chanter les airs
les plus tendres , & c'étoit toujours
ceux qu'elle apprenoit le plus aifément.
Elle vouloit auffi qu'il lui expli
quât les paroles fur lefquelles ces avis
avoient été compofés . Mais le Traducteur
avoit prèfque toujours foin de leur
AVRIL. 1763: 23
donner un fens relatif à la fituation où
fe trouvoit fa charmante éléve , & aux
fentimens qu'il vouloit faire naître en
fon âme. Delà nouveaux foupirs , nouvelles
rêveries , nouvelles queftions. Il
crut l'inftant favorable pour hafarder
'une épreuve d'une autre genre. Ce fut
de placer le Portrait d'Abbas fous les
yeux de la Princeffe d'Imirette .
,
Sohry lui parloit fouvent & de l'ennui
attaché à une folitude perpétuelle ,
& de la difficulté de vaincre cet ennui.
Je ne vois qu'un moyen de l'éviter , &
c'eft à vous que j'en fuis redevable .
Mais on ne peut ni toujours entendre
chanter , ni toujours chanter foi -même.
Il eft , reprit vivement l'Italien d'autres
talens auffi récréatifs que celui - là ,
auffi faciles à acquérir . Si la Mufique
vous fait imiter & furpaffer le chant des
oifeaux de vos bofquets , la Peinture
par exemple , vous apprendroit à imiter
les oifeaux mêmes , & bien d'autres
objets plus intéreffans que des oifeaux.
Eh quoi ? reprit encore plus vivement
Sohry , auriez-vous auffi le talent dont
vous parlez ? Feu mon époux , repliqua
l'intrépide Italien , le poffédoit au plus
haut degré ; je conferve même le Portrait
d'un Prince de Perfe qu'il peignit
24 MERCURE DE FRANCE .
durant le féjour qu'il fit à Ifpahan .
A peine eut-il prononcé ces mots ,
que la Princeffe voulut voir le Portrait,
& à peine l'a -t-il mis en évidence
qu'elle s'en faifit , le fixe avec attention
, paroît s'émouvoir , loue avec exclamation
l'art du Peintre , & admire
encore plus , mais fans en rien dire , les
traits qu'il a imités . Elle s'informe cependant
qui on a voulu repréfenter dans
cette peinture , & file Peintre n'a point
flatté fon modéle ? Je fçais que fon
grand talent fut d'imiter la reffemblance
, reprit l'Eunuque ; mais j'ignore à
qui ce Portrait reffemble. Une mort
fubite empêcha mon époux de m'en
inftruire à fon retour au Caire où il
m'avoit laiffée. Quelqu'un , à qui la
Cour de Perfe eft connue , m'a dit reconnoître
ici les traits du grand Abbas
C'eft ce que je n'ai pu vérifier , & ce
que fans doute je ne vérifierai jamais .
L'Agent d'Abbas n'avoit pas cru devoir
paroître mieux inftruit de peur de
fe rendre fufpect . Il fçavoit d'ailleurs
que cette incertitude ne ferviroit qu'à
irriter l'impatience de la Princeffe , &
que cette impatience une fois fatisfaite
, la conduiroit à un fentiment plus
vif en core. Il ne fe trompoit pas. Sohry
tomba
AVRIL. 1763. 25
tomba dans une rêverie mélancolique
& profonde. Le Portrait qu'elle avoit
en fon pouvoir l'intéreffoit vivement.
Quelle impreffion ne feroit donc pas
fur elle l'objet qui y eft repréſenté ?
Quel dommage fi ce Prince n'exiftoit
plus ! & s'il exiftoit encore , quel plus
grand dommage d'ignorer qui il eſt ,
d'en être ignorée foi-même ? Toutes ces
penfées agitoient fucceffivement la Princeffe
captive. L'Eunuque l'examinỏit &
la devinoit . Elle lui fit une nouvelle
queftion. Cet Art , lui dit-elle , que
votre époux poffédoit fi bien , vous eftil
donc abfolument inconnu ? C'étoit
encore où l'adroit Emiffaire l'attendoit.
Il répondit que , fans y exceller , il s'y
étoit fouvent éffayé avec fuccès. Vous
pourriez donc , reprit la Princeffe , imiter
la figure de ce petit chien ? Vous en
jugerez , repliqua l'Eunuque , en préparant
fes crayons. A l'inftant même il
deflina cet animal , & le jour fuivant ,
il fit voir à Sohry le tableau déja fort
avancé. C'est dommage , lui dit- elle ,
de n'employer vos talens qu'à peindre
des animaux. J'ai une Efclave qui m'amufe
par fes folies , autant qu'une femme
peut en amufer une autre : fa figure
a quelque chofe d'original , & je vou-
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
drois par votre fecours en conferver la
copie. Volontiers , dit encore l'Eunuque
, à qui cette gradation parut devoir .
être bientôt fuivie d'une plus éffentielle .
Déja il demandoit
à Sohry la permiffion
de faire venir cette Efclave ... Attendez,
ajouta de nouveau la Princeffe ; tout ceci
eft , & doit être un mystère entre nous,
& l'Efclave la plus zélée peut devenir
indifcrette
. Ne pourriez-vous pas , pourfuivit-
elle en rougiffant
un peu, exercer
vos talens fur un autre objet ? Par
exemple , me peindre moi-même au lieu
d'elle Madame , repliqua l'Eunuque
tranfporté de joie , mais toujours habile
à diffimuler , je doute que tout l'effort
de l'Art puiffe aller jufques-là : mais
j'exquifferai de mon mieux ces traits.
que la Nature elle-même auroit peine
à reproduire une feconde fois .
•
Sohry lui demanda enfuite quelle
attitude lui fembloit la plus avantageufe
. Celle , répondit-il , qui vous eſt la
plus ordinaire . Il n'eft pas plus en votre
pouvoir d'être fans grâce que fane
beauté.
L'Eunuque alors commença librement
ce Portrait qui étoit l'objet principal
de fa miffion , & qu'il avoit cru
auparavant ne pouvoir éxécuter qu'à
AVRIL. 1763. 27
>
la dérobée . Le zéle qu'il avoit pour fon
Maître & les facilités que lui donnoit
la Princeffe , firent qu'il fe furpaffa
lui- même dans cette nouvelle occafion
. Il parut avoir peint la plus belle
Perfonne du monde , & n'égala pas
encore fon modéle . Cependant , chofe
affez rare , il fatisfit la Beauté qu'il avoit
peinte. Il fe propofoit de tirer une copie
éxacte de ce Portrait : la Princeffe
lui en épargna la peine . Elle lui permit
d'emporter l'Original dans fa Patrie.
Qu'il ferve , ajouta -t -elle , à m'y faire
mieux connoître que dans la mienne où
je dois toujours vivre ignorée. Elle prononça
ces mots d'une voix tremblante
fes yeux devinrent humides C'en fut
affez pour déterminer l'Eunuque à s'expliquer
un peu plus qu'il n'avoit fait jufqu'alors
; mais , cependant , toujours
par emblême ; forte de langage que fon
art le mettoit à même d'employer à fon
choix. Il n'eut pas le loifir d'en faire un
long ufage. La prochaine arrivée du
Prince de Georgie l'obligea de précipiter
fon départ. Sehry elle-même ne crut
pas devoir s'y oppofer. Mais , en partant
, il la fupplia d'accepter une autre
production de fon art , un tableau dont
elle pourroit voir un jour la répétition
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
au naturel. A ces mots , la fauffe Italienne
préfente à la Princeffe un paquet
bien enveloppé , bien cacheté , & s'éloige
en diligence.
Sohry foupçonne que c'eft quelque
autre Portrait , non moins anonyme
que le premier , dont l'Etrangère vient
de lui faire préfent. Elle rompt l'enveloppe
& voit un tableau compofé de
deux figures. Mais quelle eft fa furpriſe
de reconnoître dans l'une fa propre image
, & dans l'autre celle du Portrait
dont on vient de parler ! Cette derniere
figure étoit repréfentée aux pieds de
celle de Sohry & lui offroit un Sceptre.
Le Prince , d'ailleurs , étoit orné de tous
les attributs du Monarque , & même
du Conquérant. Mais c'étoit là tout ;
rien de plus ne fervoit à indiquer fon
nom. L'Agent d'Abbas s'étoit tenu fur
cette réſerve , ne fe croyant pas autorifé
à en dire plus , & craignant furtout
, d'en dire trop.
C'eſt Abbas ! difoit Sohry en ellemême
; plus d'une raifon me porte à
le préfumer. Mais hélas ! Si c'eft lui ,
que de raifons s'oppofent à fes vues ?
Ne s'expliquera-t-il point trop tard ? Me
fera-t-il jamais poffible de l'entendre ,
ou permis de l'écouter ?
AVRIL. 1763 . 29
Ces réfléxions fe renouvelloient fouvent
dans fon âme , & l'attriftoient
toujours. Cependant l'Eunuque arrive
à Ifpahan ; inftruit le Monarque de ce
qu'il a fait , & l'exhorte à venir luimême
achever un ouvrage fi heureuſement
commencé. Le Portrait de Sohry
étoit pour Abbas une exhortation encore
plus éfficace. Il lui parut fi beau
qu'il le foupçonna d'être un peu flatté.
Le Peintre cependant , lui proteſtoit
qu'en cette occafion , l'art étoit reſté
fort au-deffous de la nature , & cet aveu
ne partoit point d'une fauffe modeftie :
Sohry étoit auffi fupérieure à fon Portrait
, qu'il l'étoit lui-même à toutes
les Beautés dont le Sérail d'Abbas étoit
peuplé.
.
On ne tarda pas à voir paroître à
la Cour d'Imirette un envoyé du Sophy.
Cette ambaffade avoit un double objet
; de demander Sohry au nom d'Abbas
, ou de déclarer la guerre en cas
de refus. Lui-même regardoit ce refus
comme certain. Une haine ancienne ,
& par conféquent ridicule , & par conféquent
implacable , animoit les deux
nations , l'une contre l'autre . De fort
mauvais Politiques les entretenoient dans
ce préjugé ; & leurs Princes , qui fou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vent ne l'approuvoient pas , n'ofoient
éffayer de le détruire .
C'eft , furtout , ce que ne vouloit
point tenter Difvald , frère de Sohry ,
& de plus ennemi perfonnel d'Abbas.
Réfolu de réjetter fa demande , il prend
avec le Prince de Georgie , fon futur
beau-fière , des mefures pour lui réfifter.
On éffaye en même tems de
faire prendre le change à l'Envoyé du
Sophy. On ne lui parle que de la
pré endue laideur de Sohry , & pour
mieux l'en convaincre , on fait paroître
à fes yeux cette four aînée , difforme
à tous égards , & qui n'a rien de commun
avec fa cadette , excepté le nom .
L'Agent d'Abbas étoit fort furpris qu'un
Roi pût fe réfoudre à 'raffembler une
armée pour tenter une pareille conquête.
La vraie Sohry , celle qui occafionnoit
tout ce trouble , en étoit la moins
inftruite . Elle continuoit à vivre &
à s'ennuyer dans la folitude. Le tableau
que lui avoit laiffé l'Eunuque ,
en la quittant , occupoit fouvent fes
regards . Seroit-il bien vrai , qu'Abbas
ne me crût pas auffi affreufe qu'on
le publie Elle fe le perfuadoit de fon
mieux , & à tout évenement cette idéo
AVRIL. 1763. 31
la confoloit . Survint tout-à- coup le
Prince de Georgie occupé lui même
d'un idée fort affligeante pour elle , &
qu'il croit propre à le raffurer. Il
venoit , dis- je , exiger de fa Fiancée
un facrifice qui paroîtra toujours exceffivement
dur à une belle perfonne
, & même à une laide : c'étoit d'écrire
de fa propre main au Roi de
Perfe , qu'elle n'a ni agrémens , ni
beauté. Une telle propofition fit frémir
la Princeffe . Elle trouva que c'étoit
abufer de fa docilité & porter
Pafcendant jufqu'à la tyrannie . Elle gardoit
un morne & froid filence. Taymuras
réitére fa demande , & eft furpris
d'avoir été contraint de le faire .
He quoi ! lui dit-elle enfin , avec beaucoup
d'emotion & de vivacité , ma
réputation de laideur n'eft - elle pas fuffifament
établie ? ne paffai- je pas pour
un modéle de difformité ? Le Roi de
Perfe , reprit-il avec chagrin , n'en paroît
pas bien convaincu. Il vous fait
demander par un Ambaſſadeur , &
il vient lui-même appuyer cette demande
à la tête de cent mille hommes.
Cette réponſe rendit la Princeffe une
feconde fois rêveufe. Le dépit fur fon-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
vifage parut avoir fait place à d'autres
mouvemens & Taymuras crut même y
remarquer l'empreinte de la joie. Ce
fut une raifon de plus pour infifter
fur la démarche qu'il exigeoit. Eh que
produira ma lettre ? ajouta la Princeffe ;
détrompera- t-elle plutôt Abbas
que les
difcours de toute une Nation ? Une
ligne de votre main , repliqua Taymuras
, en fera plutôt crue que toutes les
bouches de l'Afie. Une femme qui déclare
qu'elle manque de beauté , ne doit
point trouver d'incrédules.
Sohry lui objecta encore que fa main
ne devoit pas être plus connue d'Abbas
que fa figure , qu'il ne pouvoit connoître.
Mais Taymuras lui apprit qu'une
lettre , qu'elle lui adreffoit dans certaine
occafion , étant tombée au pou
voir du Sophy , il connoiffoit & fon
écriture , & leurs engagemens réciproques.
A l'égard de vos charmes , pourfuivit
il , peut-être Abbas a -t- il fait fur
ce point certaines découvertes ; peutêtre
n'eft- ce qu'un foupçon , & c'eft ce
foupçon qu'il faut détruire .
C'étoit là au contraire , ce que Sohry
eût voulu confirmer. Il fallut , pour la
réduire , les ordres abfolus de la Reine
fa mère. Alors elle vit qu'il falloit céAVRIL.
17630
33
der . Hé bien , dit-elle à Taymuras , avec
un mouvement de dépit qu'elle ne put
contenir , voyons comment vous exigez
qu'on tourne cette lettre fingulière ?
Choififfez-en vous-même les expreffions;
je ne ferai qu'écrire fous votre dictée .
Volontiers , reprit Taymuras , & il
commença ainfi :
La Princeffe d'IMIRETTE , au Roi
DE PERSE.
à
ma J'apprends , Seigneur , que vous prétendez
m'arracher à mon pays ,
famille , au Prince qui doit être mon
époux. C'est à quoi vous ne parviendrez
jamais de mon aveu.
...
La Princeffe avoit écrit , fans interruption
, tout le commencement de
cette phrafe ; mais elle fe fit répéter la
fin jufqu'à trois fois . Taymuras pourfuivit
en ces termes :
Je dois même vous répéter ce que la
Renommée a dû vous apprendre ;
fuis peu digne de cet excès d'empreffement..
Ces derniers mots parurent encore
embarraffer Sohry. Eft -ce bien là ce
que vous avez voulu dire ? demandatelle
au Prince en rougiffant, Précifé-
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
ment , reprit-il ; & il répéta les mêmes
expreffions aufquelles il ajouta celles
qui fuivent :
J'ai moins d'attraits que la moins
belle des femmes de cette contrée.....
Vous me trouvez donc bien affreuſe ?
interrompit- elle de nouveau .... Ah !
vous n'êtes que trop adorable , reprit
Taymuras. Mais voulez - vous paffer
pour telle dans l'efprit du Roi de Perfe ?
Ah ! s'il eft ainfi , quittez la plume &
montrez-vous ? Sohry , quoique d'une
main tremblante , écrivit donc encore
ce que le Prince venoit de lui dicter.
Elle s'en croyoit quitte ; mais il
ajouta :
C'eft cette entiere privation de char
mes qui m'oblige à fuir tous les regards
; je voudrois pouvoir me fuir
moi-même ·
Chacun de ces mots faifoit friffonner
la Princeffe. L'altération de fon
vifage marquoit celle de fon âme . La
plume lui échappa de la main . En vérité
, Seigneur , dit- elle , en fe levant
avec dépit , j'ignore quand vous tarirez
fur mes imperfections ! Eh , madame
reprit Taymuras , à peine ce porAVRIL.
1763. 35.
trait idéal fuffit pour me raffurer ! Hébien
, ajouta Sohry , toujours fur le
même ton , je vais vous aider à finir
le tableau . A ces mots , faififfant un
miroir elle éxamine fes traits en détails
; & regardant Taymuras d'un
air ironique & fier : commençons , pourfuivit-
elle › par ces yeux : fans doute
qu'il faut les peindre petits , ronds ,
caves , fans efprit , fans activité ? A
merveille ! reprit Taymuras.
4
SOHRY .
Cette bouche , des plus grandes ; ces
lévres , pâles & livides ?
TAYMURAS,
On ne peut mieux !
SOHRY .
Ces dents , noires & mal rangées →
Bon !
TAYMURAS.
SOHRY.
Ce teint , fans blancheur , fans coloris
, fans vivacité ?
TAY MURA S..
: Parfaitement bien !
SOHRY.
Enfin , toute cette phyfionomie,maf
fade & rebutante ?
B- vj
36 MERCURE DE FRANCE.
TAY MEURAS.
Oui ! voilà le Portrait qu'il convient
d'envoyer au Roi de Perfe.
<
Sohry écrivit , en effet , toutes ces
chofes ; mais non fans murmurer contre
celui qui l'obligeoit à les écrire. La
lettre part , eft remife au Sophy & le
jette dans la plus extrême furpriſe. Il
compare cette lettre avec celle qui auparavant
eft tombée entre fes mains.
L'écriture lui en paroît toute femblable.
C'eft , difoit - il , Sohry ellemême
qui s'accufe de laideur : puis - je
refufer de l'en croire ? Mais fi je l'en
crois , l'Eunuque à coup fur , n'eft qu'un
impofteur. Il ordonne qu'on le faffe venir
, & lui prefcrit impérieuſement d'accorder
, s'il le peut , les deux Portraits :
celui qu'il a fait de Sohry en peinture
& celui qu'elle fait d'elle -même par
écrit.
Chaque ligne que lifoit l'Eunuque
ajoutoit à fon étonnement. Il reconnoît
la main de la Princeffe , & ne recon- .
noît aucun de fes traits dans les détails
burleſques dont cette lettre eft remplie .
Ce n'eft pas tout ; arrivent à l'inſtant
même des dépêches de l'Envoyé du
Sophy , dépêches qui femblent confirmer
en tout point les détails de la let
AVRIL. 1763. 37
tre. L'Eunuque , hors de lui-même
tombe aux genoux d'Abbas. Je jure par
le Commentaire d'Aly , s'écrie le Renégat
Italien , que le portrait que j'ai remis
à votre Majefté eft encore bien inférieur
aux charmes de la Princeffe d'Imirette
, & que la peinture qu'elle fait
ici d'elle-même , n'eft que pour vous
faire prendre le change , comme on l'a
fait prendre à votre Miniftre.
Quoi ! s'écria le Sophy indign é , cette
femme me mépriferoit au point de vouloir
que je la cruffe laide ? Il y a peu
d'exemples d'un mépris porté jufques-là .
N'importe, c'est ce qu'il faut vérifier . En
effet , dès le jour même , il donna des
ordres pour faire marcher une armée
nombreuſe vers les frontièresd'Imirette ,
& peu de temps après , il marcha luimême
pour la commander. Il eut foin
de conduire l'Eunuque avec lui pour
deux raifons ; pour le mettre à même de
fe juftifier , ou pour le faire pendre s'il
ne fe juflifioit pas .
On fçut bientôt à la Cour d'Imirette
qu'il falloit ou fe battre , ou trouver au
Roi de Perfe , une Princeffe auffi belle
qu'il fe la figuroit . On s'en tint au premier
parti. Quant à celle dont la beauté
occafionnoit tant de mouvemens , elle
38 MERCURE DE FRANCE.
Qût volontiers approuvé le parti le plus
doux. Il eft rare qu'une femme fache
mauvais gré à tel amant que ce puiffe
être des efforts qu'il fait pour l'obtenir
, & Sohry étoit fort contente que
fa lettre n'eût point ralenti ceux d'Abbas.
qui
Les Rois d'Imirette & de Georgie
avoient réuni leurs forces . Ils s'étoient
retranchés , & attendoient Abbas , quit
ne fe fit pas long- temps attendre. Il les
attaqua fans héfiter. Le combat fut rude
& fanglant. Les deux Rois alliés s'y comporterent
, l'un en Souverain qui défend
fes Etats , l'autre en amant qui défend
fa maîtreffe . Mais les efforts d' Abbas ne
furent pas moins grands , & furent plus
heureux . Il remporta une victoire complette
, détruifit , ou diffipa l'armée ennemie
, & pourfuivit les deux' Chefsjufqu'à
la Ville où le frère de Sohry tenoit
fa Cour.
Inftruit par l'Eunuque Italien que
la Princeffe tenoit la fienne ailleurs
il y marcha fur le champ , tandis que
la meilleure partie de fes troupes bloquoit
la Capitale. Il arrive & apprend
qu'en effet Sohry habite ce fejour. On
conçoit fans peine l'excès de fon impatience
& de fa joie . Il ordonne qu'on
le conduife vers la Princeffe. Il eft obéis
AVRIL 1763 . 39
Mais que voit-il ? Un'objet auffi hideux
qu'il efpéroit le trouver féduifant ,
le vrai modéle du portrait exprimé dans
la lettre qu'il a reçue avant fon départ
; en un mot , la difforme Princeffe
qu'on a déja fait voir à fon Envoyé !
Certains rapports faits aux deux Rois
fur le féjour & le départ de la fauffe
étrangère , les avoit déterminés à ſubſtituerdans
cette même folitude l'aînée
à la cadette. Abbas fit quelques queftions
à fa prifonnière. Les réponfes qu'il
en reçut , augmenterent fon déplaifir.
Elles étoient parfaitement conformes à
la lettre qu'il fuppofoit avoir été écrite
par elle ; & il refte perfuadé que cette
Sohry fi fameufe par fa beauté, ne doit
l'être que par fa laideur. Je n'ai nuk
reproche à lui faire , difoit Abbas , elle
eft encore plus difforme qu'elle ne me
l'écrit. Pour toi , miférable , ajouta - t-il
en parlant à l'Eunuque , ce qui la juf
tifie te condamne : cette exceffive dif
formité eft l'arrêt de ta mort.
Grand Roi ! s'écria l'Eunuque , en
tombant de nouveau aux pieds . dur
Sophy , que votre Majefté me laiffe
éclaircir ce mystère. Il y en a un dans
tout ceci que je ne connois pas . J'ai
eu à peindre & j'ai peint la plus
40 MERCURE DE FRANCE.
belle perfonne du monde : ce n'eft
donc pas celle
que vous voyez. Mais
celle que j'ai peinte exifte , j'en réponds
fur ma tête , que vous ferez le maître.
de me faire enlever demain comme
aujourd'hui . De grâce retournez vers la
Capitale , hatez - en le fiége , la prife.
pourra mettre entre vos mains une capture
encore plus précieuse.
Zomrou eût pû en partie développer
cette énigme.Mais lui-même avoit laiffé.
pénétrer fes deffeins : il étoit gardé à
vue par ordre des deux Rois , depuis le
jour de l'arrivée du Miniftre d'Abbas .
Par cette raiſon , il n'avoit pas été plus
utile à cet Envoyé qu'il ne pouvoit l'être
alors au Sophy même. Abbas prit donc
une double réfolution . Ce fut de preffer
la Ville affiégée , & de faire battre
la campagne par des Emiffaires munis
du Portrait que l'Eunuque avoit tracé .
Le Prince leur ordonna de lui amener
toutes les femmes qui auroient quelque
reffemblance avec ce Portrait . L'Eunuque
ambitionnoit cette commiffion ;
mais Abbas ne lui permit pas de s'éloigner
de lui. Il vouloit s'en fervir à diftin-.
guer la Princeffe , au cas qu'elle fe trouvât
dans la Ville , ou pouvoir venger
fur lui fon chagrin , au cas qu'elle ne
fe trouvât nulle- part.
"
AVRIL. 1763. 41
Le Siége fut pouffé avec tant de vigueur
qu'en peu de jours la Ville n'avoit
plus guéres que la moitié de fes défenfes
& de fa garnifon . Mais le courage
des deux Rois étoit toujours le
même. Ils ne vouloient ni fe rendre
ni livrer la Princeffe qu'Abbas eût préferé
à toutes les Villes de leurs Etats.
Elle n'étoit point d'ailleurs dans la Capitale.
Sohry inconnue & déguisée
habitoit un afyle fi peu fait pour
elle
qu'il n'y avoit nulle apparence qu'on
dût l'y chercher. Là , elle gémiffoit fur
fes charmes qui caufoient l'oppreffion
de fa Patrie. Mais prèfque certaine
qu'Abbas eft celui dont elle adore en
fecret l'image , elle n'ofe le qualifier
d'oppreffeur. Elle fent même qu'il ne
tient qu'à ce léger éclairciffement pour
qu'il foit , à-peu- près , juftifié dans for
âme.
,
Cependant , le péril augmentoit fans
relâche pour la Capitale. D'un inſtant
à l'autre la Place pouvoit être forcée
pillée , faccagée . Le Roi Difvald , réfolu
à tout , excepté à voir fa Maîtreffe
& fa Mère expofées aux fuites qu'entraîne
le fac d'une Ville , prit le parti
de les faire échapper , l'une après l'autre
, par une voie qu'il croyoit füre,
42 MERCURE DE FRANCE .
Mais Abbas avoit pris des précautions
plus fùres encore . Peu d'inftans après
feur fortie on lui amena les deux fugiti
ves.
J'ai déja dit que la mère de Sohry ne
cédoit en beauté qu'à Sohry même.
Il y avoit , de plus , entre elles , cette
forte de reffemblance qui ne fuppofe
pas toujours une entiére égalité de charmes.
Par cette raifon le Portrait qu'avoit
tracél'Eunuque , Portrait bien inférieur
à l'original , reffembloit beaucoup
plus à la premiere qu'à la feconde.
Abbas au premier coup d'oeil s'y
méprit & crur tout l'emblême expliqué.
Les charmes de fa Captive firent même
tant d'impreffion fur lui , qu'il ne fongea
plus à faire d'autres recherches , & que
' Eunuque Peintre lui parut abfolument
juftifié . Mais celui - ci prétendit lui-même
ne l'être pas encore. Il affura fon Maître
que jamais cette Princeffe n'avoit fervi
de modéle au Portrait , en queſtion ,
& qu'à coup für ce modéle exiftoit..
S'il eft ainfi , Madame , reprit Abbas
, en s'adreffant à la mère de Sohry
vous voyez dès à préfent ce qui peut &
doit former votre rançon. Un objet qui
vous reffemble peut feul vous remplacer
auprès de moi. Vous régnerez , dang
AVRIL. 1763. 43
mon Sérail , ou bien la Princeffe votre
fille y occupera le rang qui vous eft
offert. Je ne puis renoncer à l'une que
pour obtenir l'autre.
>
Ce difcours fit frémir la belle prifonnière
. Elle conjura en vain le Sophy de
fe rappeller le voeu par lequel elle s'étoit
liée vou qui ne lui permettoit plus:
de difpofer d'elle- même . Un pareil motif
a bien peu de pouvoir fur l'âme d'un
Sectateur d'Aly. A peine Abbas parutil
y faire quelque attention : Il ne dépend
que de vous , Madame , reprit - il , &
de garder vos voeux , & de combler les
miens. Que l'aimable Sohry vienne jouir
d'un avantage que vous dédaignez , fau
te de le bien connoître . N'efpérez pas
du moins, que je cherche à étouffer l'a
mour le plus fincère & le plus ardent ,
lorfque vous paroîtrez n'écouter qu'une
haine injufte & de vains préjugés .
Abbas , qui n'avoit prèfque pas remarqué
Fatime ( c'eft le nom de la fille
de Zomrou ) l'envifagea lorfquelle commençoit
à murmurer , tout bas , de
cette inattention . Abbas. trouva l'amour
de Difvald parfaitement bien fondé.
Fatime avoit affez de charmes pour l'en--
flammer lui-même , fi elle n'eût pas eu
Sohry pour rivale. Il fongea cepen
44 MERCURE DE FRANCE
dant à faire craindre au Roi d'Imirette
que Sohry n'éffayât trop tard de l'emporter
fur Fatime.
Ce ftratagême lui réuffit. A peine
Difvald eut appris la captivité de fa
mère & de fa maîtreffe , qu'il fongea:
férieufement à les échanger pour fa
foeur. Ce fut dans ce moment là-même ,
que les Emiffaires d'Abbas lui amenerent
une jeune perfonne vêtue en Efclave
, & infiniment plus belle encore
que le portrait qu'il leur avoit confié.
On s'empreffe , on regarde , on admire.
C'eft Sohry ! s'écrie auffitôt l'Eunuque ;
c'eft ma fille ! s'écrie la Princeffe Douairiere
: c'eſt Abbas ! s'écrie en même
temps la prétendue Efclave , & elle s'évanouit.
Abbas , hors de lui - même , ébloui de
tant d'attraits , & ne fachant comment
interpréter cette défaillance & cette exclamation
fubites , ordonne qué les
fecours foient prodigués à la Princeffe.
Lui-même eft le plus ardent à la fecourir.
Au milieu de quelques agitations
inévitables, une boete cachée dans
ſes habits d'eſclave s'échappe & tombe.
Abbas croit la reconnoître , s'en faifit ,
l'ouvre & y trouve fon portrait. A
cette vue , toute fa fierté afiatique difAVRIL.
1763. 45
paroît ; il tombe aux genoux de la fauffe
efclave. Adorable Sohry , s'écria- t- il !
quoi même en fuyant ma perfonne ,
vous fuyiez avec mon image ! Il eſt
donc vrai que vous ne m'évitiez que
par contrainte ? Ah, ceffez de gêner vos
fentimens & daignez - en recueillir les
fruits à peine les croirai - je affez
payés de toute ma tendreffe & de
toute ma puiffance.
Sohry , en ce moment , ouvre les
yeux. Quelle eft fa furprife ! elle voit
fe réalifer la tableau que l'Eunuque
lui a laiffé en la quittant ; elle voit
en perfonne le fuperbe Abbas dans
l'attitude où elle l'a vû tant de fois en
peinture ; elle le voit à fes pieds ! Un
mouvement de joie qu'elle cherche à
cacher une forte de confufion modefte
ajoutent encore à fa beauté.
Survient à l'inftant la Reine fa mère ,
& fa confufion augmente. Mais un
Envoyé du Roi d'Imirette vint mettre
fin à leur embarras réciproque . Il venoit
propofer pour l'échange des deux
premieres captives , celle que le hazard
avoit déja mis au pouvoir du Sophy.
Ce qui n'empêcha pas que l'échange
ne fut accepté , la paix faite , & ce qui
46 MERCURE DE FRANCE .
dit encore infiniment plus , toute femence
de guerre éteinte .
Abbas reffentoit fon bonheur , au
point de vouloir que tous les autres
fuffent heureux . Il acerut les Etats du
Roi d'Imirette , qui époufa Fatime ; il
fit époufer fa propre foeur au Princ eà
qui il enlevoit Sohry : il partagea avec
cette dernière toute fa puiffance &
la laiffa régner fans partage fur fon
âme. L'Eunuque mit fin à fes voyages ;
& Sohry en fixant le coeur de fon Epoux,
afura aux Princes voifins leur repos ,
leurs femmes & leurs Etats .
Par M. DE LA DIXMERIE .
NOUVELLE PERS ANNE.
ABBAS , Roi de Perfe , fut , comme
tant d'autres Potentats , furnommé le
Grand, pour avoir fait de grands maux
à fes Voifins. Il aimoit paffionnément
les femmes & la guerre . Il la faiſoit
autant pour peupler fon Sérail que pour
accroître fes Etats . Tout Roi dont la
femme étoit belle & le Royaume voifin
de celui de Perfe , devoit alors fonger
à défendre l'une & l'autre. Du refte ,
Abbas étoit auffi prompt à fe refroidir
qu'à s'enflammer , & en amour comme
en guerre , une conquête achevée lui
en faifoit bientôt defirer une nouvelle .
Il y avoit alors dans le Pays d'Imirete
, ( c'eft l'ancienne Albanie ) une
Nota. Le fonds de ce Conte eft vrai , & tiré
des Voyages de Chardin . Sohry eſt auffi connue ,
auffi célébre en Perfe, que la belle Agnès l'eft en
France.
AVRIL. 1763. IS
jeune Princeffe , nommée Sohry , &
foeur du Souverain de cette Contrée. ,
Sohry étoit plus belle qu'on ne le peut
décrire , même en ftyle oriental . C'eſt
elle que les Poëtes Perfans ont depuis
chantée à l'envi. Mais l'hyperbole , qui.
leur eft fi familière , fe trouva dans ,
cette rencontre au - deffous de la réalité.
Il fut , pour cette feule fois , hors de,
leur pouvoir d'outrer un Sujet.
L'admirable Sohry vivoit fous la tutelle
d'une mere qui l'égaloit prèfque .
en beauté , & ne la furpaffoit que de
trois luftres en âge : c'eft-à -dire qu'elle
n'avoit guéres que trente ans. Cette
Princeffe après avoir été Reine s'étoit
faite Religieufe ; état qui dans cette
contrée n'oblige point à s'enfermer dans .
un Cloître. On refte dans fa maiſon ,
& l'on eft libre d'en fortir fans que pour
cela aucun des voeux reçoive , ou foit.
censé avoir reçu nulle atteinte.
Sohry , que nul voeu pareil n'enchaînoit
, gardoit cependant une folitude
plus rigoureufe. Elle habitoit & ne quittoit
point certain Château inacceffible à
tout étranger. J'en excepte le Prince de
Georgie à qui , felon l'ufage de ces
lieux , la Princeffe étoit fiancée depuis
l'âge de cinq ans. Déja même il auroit
16 MERCURE DE FRANCE.
dû être fon époux , fi une guerre fanglante
qui l'occupoit , & la connoiffance
qu'il avoit du caractère d'Abbas , n'euffent
retardé le moment de cette union.
A cela près , les charmes de Sohry n'étoient
guères connus que de fa mère
du Roi fon frère & des femmes qui la
fervoient. Ces femmes , à l'exception
d'une feule , ignoroient même fa qualité.
Tant de précautions avoient pourbut
de dérober cette jeune merveille
aux pourfuites du Roi de Perfe , qui
avoit l'ambition de ne peupler fon Sérail
que de Princeffes. On eut même
recours à un autre moyen , beaucoup
plus infupportable pour cette captive
que la folitude la plus trifte. Ce fut de
publier que fon extrême laideur obligeoit
de la fouftraire à tous les regards.
Ce bruit trouva peu d'incrédules.
On fe fouvint qu'il avoit déja fallu en
ufer ainfi à l'égard d'une foeur aînée de
la Princeffe ; objet réellement auffi difforme
que Sohry étoit féduifante . On
avoit même depuis publié la mort de
cette première captive , qui néanmoins
éxiftoit toujours. La raifon de ce procédé
, c'eft que chez cette nation , la
laideur eſt un opprobre , & qu'elle n'eft
pas moins rare dans ces heureuſes conAVRIL.
1763. 17
#
trées , que l'extrême beauté dans quel
ques autres.
Quant à Sohry , elle ne fe conſoloit
point de l'injure qu'on faifoit à fes charmes.
Elle ignoroit que quelqu'un fongeât
aux moyens de détromper , à cet
égard , & le Public ; & furtout le Roi
de Perfe . C'étoit Zomrou , ancien Miniftre
du feu Roi d'Imirette , & qui d'abord
avoit efpéré de devenir beau - père
du Roi regnant. Las d'efpérer en vain
il pria ce Prince d'époufer fa fille , ou
de ne point vivre avec elle comme s'il
l'eût époufée. Difvald , c'eft le nom du
Roi , répondit en Souverain abfolu
& Zomrou fe retira en Sujet mécon-,
tent.
>
Il crut , toutefois , de voir encore diffimuler
; mais au fond il ne refpiroit
que vengeance , & choifit Abbas pour
fon vengeur. Il fongea à tirer parti du
caractère de ce Prince. La faveur où il
s'étoit maintenu jufqu'alors à la Cour
d'Imirette , l'avoit mis à portée de s'inftruire
de ce qui étoit un mystère pour
tout autre Particulier ; il fçavoit que la
laideur de Sohry n'étoit que fuppofée ,
& il fçavoit de plus le motif de cette
fuppofition . Il fait part at Sophi de toutes
fes découvertes , s'efforce d'exagérer
f
18. MERCURE DE FRANCE .
C
les charmes de Sohry , & trace un por-,
trait bien inférieur encore à fon mo-"
déle. En un mot , il n'épargne rien pour
irriter Abbas contre le frère , & l'enflam-.
mer vivement pour la foeur.:
Ce moyen bifarre a tout le fuccès
qu'il pouvoit avoir Abbas comptoit
parmi fes Eunuques , un Italien qui pour
entrer au Sérail n'avoit pas eu befoin
de changer d'état. C'étoit un de ces
Etres anéantis dès leur naiffance , & à
qui , pour tout dédommagement , l'art
procure un fauffet plus ou moins aigre .
Ce Chantre involontaire avoit dès- lors ;
fçu joindre la Peinture à la Mufique.
Il alloit tour-à-tour du lutrin au chevalet
; il paffoit d'une dévote Ariette au
Portrait d'une Beauté galante . Mais il
trouva que ces travaux réunis ne rapprochoient
point de lui la fortune. II
réfolut de la chercher dans d'autres climats
. Ses voyages , le hafard , ou fa deftinée
, le conduifirent jufqu'à Ifpahan .,
Là , fa qualité d'Eunuque lui procure.
l'avantage de s'attacher au Roi de Perfe ,.
& le caractère de ce Prince lui fournit .
bientôt l'occafion de déployer tous festalens.
Déjà plus d'une fois ce nouveau confident
lui avoit fait connoître les plus .
}
AVRIL. 1763. 19.
belles Princeffes des pays voifins , fans,
que pour cela Abbas eût été obligé de
quitter fa Cour. Il fut queftion d'ufer
d'un ftratagême à -peu-près femblable.
auprès de la Princeffe d'Imirette . Voilà
l'Eunuque encore une fois déguifé en
femme , & conduit en diligence jufqu'à
la Capitale de cette contrée. Il y voit
Zomrou , & en tire certains éclairciffemens
indifpenfables . Quant au furplus
, Abbas l'avoit mis à portée de
furmonter bien des obftacles , ou ce
qui revient au même , l'avoit mis en
état de prodiguer l'or. Il le prodigua &
féduifit tous ceux dont il crut avoir be--
foin. Mais nul d'entr'eux ne pénétra fes
vues . Il fe garda bien , furtout , de nommer
la Princeffe à ceux qui avoifinoient
fa demeure , inftruit d'avance , que ni
eux , ni même la plupart des femmes.
qui la fervoient , ne la connoiffoient
fous ce titre. Au furplus , il apprit que
la jeune Solitaire paroiffoit affez fouvent
à certaine fenêtre , donnant fur une plaine,
vafte & riante. Il fut charmé de la découverte
, fe rendit au lieu indiqué ,
& trouva , de plus , un petit bofquet
propre à favorifer fon deffein. Il étoit,
peu diftant de la fenêtre dont il vient
d'être parlé. L'Eunuque toujours dé20
MERCURE DE FRANCE.
guifé y entra , s'y plaça de maniere à
n'être vu qu'autant qu'il le voudroit
& attendit que la Princeffe daignât ellemême
fe laiffer voir.
1
Elle n'avoit fur ce point aucune répugnance
; chofe affez croyable dans
une jeune Beauté. Souvent même en
contemplant fes charmes dans une glace
, elle gémiffoit de les contempler feule
. Les jardins où elle ne trouvoit pour
toute compagnie que des fleurs , des
ftatues & des femmes , lui devenoient
infipides. Elle n'y jetroit les yeux , ou
ne les parcouroit que par défoeuvrement.
L'Eunuque fans quitter fon embufcade
, fongeoit aux moyens de l'attirer
du côté de la plaine. Il y réuffit avec
le fecours de quelques ariettes Italiennes
, qu'il fe mit à chanter de fon mieux ,
& fort bien. A peine fes accens eurent
frappé l'oreille de la Princeffe , qu'elle
accourut vers fa fenêtre favorite . Ellemême
étoit fort empreffée de voir la
Cantatrice étrangère , car elle jugea, quoiqu'à
regret , que cette voix ne pouvoit
être que celle d'une femme . De fon côté,
l'Eunuque fe tenoit à l'entrée du bofquet,
& là fans être vu trop à découvert ,
& fans difcontinuer de chanter, il tira fes
crayons & déſſina la Princeffe , qui enAVRIL.
1763.
21
chantée de fa voix , ne fongeoit ni à
l'interrompre , ni à difparoître. Déjà
même l'efquiffe du Portrait étoit achevée
, & l'Eunuque chantoit encore
étoit encore écouté . Il crut en avoir
affez fait pour le moment , renferma fes
crayons , & mit fin aux ariettes . Alors
la Princeffe donna ordre que la prétendue
Chanteufe lui fût amenée. C'étoit
ce que demandoit l'Agent travefti.
Il eft introduit auprès d'elle , gracieufement
accueilli , loué fur fa voix ; &
obligé de répondre à une foule de queftions.
?
Il les avoit prévues en partie , & ne
fut embaraffé par aucunes. Sohry lui
demanda entre autres chofes , fi les
Princeffes de fon Pays étoient belles
& les Princes fort galans ? Madame , répondit
la fauffe Italienne , aucune de ces
Princeffes ne vous égale en beauté ,
& tous les Princes de la terre deviendroient
galans , deviendroient paffionnés
, s'ils avoient le bonheur de vous
voir un feul inftant, Sohry ne répondit
rien à ce difcours , mais elle foupira ,
L'Eunuque étoit trop habile pour ne pas
entrevoir la caufe de ce foupir. Etre la
plus belle perfonne de l'Orient & paffer
pour la plus laide , n'avoir que dix22
MERCURE DE FRANCE.
huit ans & pas l'ombre de liberté ; ne
compter qu'un adorateur , qu'on ne voit
que rarement , qu'on n'aime que fort
peu , & ne pouvoir efpérer qu'un autre
le remplace : à coup fùr on foupireroit
, on gémiroit à moins ; & Sohry ,
en effet , ne ſe bornoit pas toujours à
foupirer.
Elle propofe à la fauffe Cantatrice de
s'arrêter quelque temps auprès d'elle .
C'étoit ce que l'Eunuque defiroit le plus ;
cependant il diffimula , oppofa quelques
obftacles faciles à lever , & fe conduifit
avec tant d'art qu'il augmenta l'empreffement
de Sohry , & diffipa tous
les foupçons de fes furveillantes. Il céda ,
enfin , & parut n'avoir fait que céder.
Son emploi confifta d'abord à chanter
auprès de la Princeffe , & à lui donner
quelques leçons de Mufique. Elle joignoit
à fes autres perfections , une voix
auffi propre à charmer l'oreille , que
fes
traits l'étoient à charmer les yeux. L'Eunuque
avoit foin de lui chanter les airs
les plus tendres , & c'étoit toujours
ceux qu'elle apprenoit le plus aifément.
Elle vouloit auffi qu'il lui expli
quât les paroles fur lefquelles ces avis
avoient été compofés . Mais le Traducteur
avoit prèfque toujours foin de leur
AVRIL. 1763: 23
donner un fens relatif à la fituation où
fe trouvoit fa charmante éléve , & aux
fentimens qu'il vouloit faire naître en
fon âme. Delà nouveaux foupirs , nouvelles
rêveries , nouvelles queftions. Il
crut l'inftant favorable pour hafarder
'une épreuve d'une autre genre. Ce fut
de placer le Portrait d'Abbas fous les
yeux de la Princeffe d'Imirette .
,
Sohry lui parloit fouvent & de l'ennui
attaché à une folitude perpétuelle ,
& de la difficulté de vaincre cet ennui.
Je ne vois qu'un moyen de l'éviter , &
c'eft à vous que j'en fuis redevable .
Mais on ne peut ni toujours entendre
chanter , ni toujours chanter foi -même.
Il eft , reprit vivement l'Italien d'autres
talens auffi récréatifs que celui - là ,
auffi faciles à acquérir . Si la Mufique
vous fait imiter & furpaffer le chant des
oifeaux de vos bofquets , la Peinture
par exemple , vous apprendroit à imiter
les oifeaux mêmes , & bien d'autres
objets plus intéreffans que des oifeaux.
Eh quoi ? reprit encore plus vivement
Sohry , auriez-vous auffi le talent dont
vous parlez ? Feu mon époux , repliqua
l'intrépide Italien , le poffédoit au plus
haut degré ; je conferve même le Portrait
d'un Prince de Perfe qu'il peignit
24 MERCURE DE FRANCE .
durant le féjour qu'il fit à Ifpahan .
A peine eut-il prononcé ces mots ,
que la Princeffe voulut voir le Portrait,
& à peine l'a -t-il mis en évidence
qu'elle s'en faifit , le fixe avec attention
, paroît s'émouvoir , loue avec exclamation
l'art du Peintre , & admire
encore plus , mais fans en rien dire , les
traits qu'il a imités . Elle s'informe cependant
qui on a voulu repréfenter dans
cette peinture , & file Peintre n'a point
flatté fon modéle ? Je fçais que fon
grand talent fut d'imiter la reffemblance
, reprit l'Eunuque ; mais j'ignore à
qui ce Portrait reffemble. Une mort
fubite empêcha mon époux de m'en
inftruire à fon retour au Caire où il
m'avoit laiffée. Quelqu'un , à qui la
Cour de Perfe eft connue , m'a dit reconnoître
ici les traits du grand Abbas
C'eft ce que je n'ai pu vérifier , & ce
que fans doute je ne vérifierai jamais .
L'Agent d'Abbas n'avoit pas cru devoir
paroître mieux inftruit de peur de
fe rendre fufpect . Il fçavoit d'ailleurs
que cette incertitude ne ferviroit qu'à
irriter l'impatience de la Princeffe , &
que cette impatience une fois fatisfaite
, la conduiroit à un fentiment plus
vif en core. Il ne fe trompoit pas. Sohry
tomba
AVRIL. 1763. 25
tomba dans une rêverie mélancolique
& profonde. Le Portrait qu'elle avoit
en fon pouvoir l'intéreffoit vivement.
Quelle impreffion ne feroit donc pas
fur elle l'objet qui y eft repréſenté ?
Quel dommage fi ce Prince n'exiftoit
plus ! & s'il exiftoit encore , quel plus
grand dommage d'ignorer qui il eſt ,
d'en être ignorée foi-même ? Toutes ces
penfées agitoient fucceffivement la Princeffe
captive. L'Eunuque l'examinỏit &
la devinoit . Elle lui fit une nouvelle
queftion. Cet Art , lui dit-elle , que
votre époux poffédoit fi bien , vous eftil
donc abfolument inconnu ? C'étoit
encore où l'adroit Emiffaire l'attendoit.
Il répondit que , fans y exceller , il s'y
étoit fouvent éffayé avec fuccès. Vous
pourriez donc , reprit la Princeffe , imiter
la figure de ce petit chien ? Vous en
jugerez , repliqua l'Eunuque , en préparant
fes crayons. A l'inftant même il
deflina cet animal , & le jour fuivant ,
il fit voir à Sohry le tableau déja fort
avancé. C'est dommage , lui dit- elle ,
de n'employer vos talens qu'à peindre
des animaux. J'ai une Efclave qui m'amufe
par fes folies , autant qu'une femme
peut en amufer une autre : fa figure
a quelque chofe d'original , & je vou-
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
drois par votre fecours en conferver la
copie. Volontiers , dit encore l'Eunuque
, à qui cette gradation parut devoir .
être bientôt fuivie d'une plus éffentielle .
Déja il demandoit
à Sohry la permiffion
de faire venir cette Efclave ... Attendez,
ajouta de nouveau la Princeffe ; tout ceci
eft , & doit être un mystère entre nous,
& l'Efclave la plus zélée peut devenir
indifcrette
. Ne pourriez-vous pas , pourfuivit-
elle en rougiffant
un peu, exercer
vos talens fur un autre objet ? Par
exemple , me peindre moi-même au lieu
d'elle Madame , repliqua l'Eunuque
tranfporté de joie , mais toujours habile
à diffimuler , je doute que tout l'effort
de l'Art puiffe aller jufques-là : mais
j'exquifferai de mon mieux ces traits.
que la Nature elle-même auroit peine
à reproduire une feconde fois .
•
Sohry lui demanda enfuite quelle
attitude lui fembloit la plus avantageufe
. Celle , répondit-il , qui vous eſt la
plus ordinaire . Il n'eft pas plus en votre
pouvoir d'être fans grâce que fane
beauté.
L'Eunuque alors commença librement
ce Portrait qui étoit l'objet principal
de fa miffion , & qu'il avoit cru
auparavant ne pouvoir éxécuter qu'à
AVRIL. 1763. 27
>
la dérobée . Le zéle qu'il avoit pour fon
Maître & les facilités que lui donnoit
la Princeffe , firent qu'il fe furpaffa
lui- même dans cette nouvelle occafion
. Il parut avoir peint la plus belle
Perfonne du monde , & n'égala pas
encore fon modéle . Cependant , chofe
affez rare , il fatisfit la Beauté qu'il avoit
peinte. Il fe propofoit de tirer une copie
éxacte de ce Portrait : la Princeffe
lui en épargna la peine . Elle lui permit
d'emporter l'Original dans fa Patrie.
Qu'il ferve , ajouta -t -elle , à m'y faire
mieux connoître que dans la mienne où
je dois toujours vivre ignorée. Elle prononça
ces mots d'une voix tremblante
fes yeux devinrent humides C'en fut
affez pour déterminer l'Eunuque à s'expliquer
un peu plus qu'il n'avoit fait jufqu'alors
; mais , cependant , toujours
par emblême ; forte de langage que fon
art le mettoit à même d'employer à fon
choix. Il n'eut pas le loifir d'en faire un
long ufage. La prochaine arrivée du
Prince de Georgie l'obligea de précipiter
fon départ. Sehry elle-même ne crut
pas devoir s'y oppofer. Mais , en partant
, il la fupplia d'accepter une autre
production de fon art , un tableau dont
elle pourroit voir un jour la répétition
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
au naturel. A ces mots , la fauffe Italienne
préfente à la Princeffe un paquet
bien enveloppé , bien cacheté , & s'éloige
en diligence.
Sohry foupçonne que c'eft quelque
autre Portrait , non moins anonyme
que le premier , dont l'Etrangère vient
de lui faire préfent. Elle rompt l'enveloppe
& voit un tableau compofé de
deux figures. Mais quelle eft fa furpriſe
de reconnoître dans l'une fa propre image
, & dans l'autre celle du Portrait
dont on vient de parler ! Cette derniere
figure étoit repréfentée aux pieds de
celle de Sohry & lui offroit un Sceptre.
Le Prince , d'ailleurs , étoit orné de tous
les attributs du Monarque , & même
du Conquérant. Mais c'étoit là tout ;
rien de plus ne fervoit à indiquer fon
nom. L'Agent d'Abbas s'étoit tenu fur
cette réſerve , ne fe croyant pas autorifé
à en dire plus , & craignant furtout
, d'en dire trop.
C'eſt Abbas ! difoit Sohry en ellemême
; plus d'une raifon me porte à
le préfumer. Mais hélas ! Si c'eft lui ,
que de raifons s'oppofent à fes vues ?
Ne s'expliquera-t-il point trop tard ? Me
fera-t-il jamais poffible de l'entendre ,
ou permis de l'écouter ?
AVRIL. 1763 . 29
Ces réfléxions fe renouvelloient fouvent
dans fon âme , & l'attriftoient
toujours. Cependant l'Eunuque arrive
à Ifpahan ; inftruit le Monarque de ce
qu'il a fait , & l'exhorte à venir luimême
achever un ouvrage fi heureuſement
commencé. Le Portrait de Sohry
étoit pour Abbas une exhortation encore
plus éfficace. Il lui parut fi beau
qu'il le foupçonna d'être un peu flatté.
Le Peintre cependant , lui proteſtoit
qu'en cette occafion , l'art étoit reſté
fort au-deffous de la nature , & cet aveu
ne partoit point d'une fauffe modeftie :
Sohry étoit auffi fupérieure à fon Portrait
, qu'il l'étoit lui-même à toutes
les Beautés dont le Sérail d'Abbas étoit
peuplé.
.
On ne tarda pas à voir paroître à
la Cour d'Imirette un envoyé du Sophy.
Cette ambaffade avoit un double objet
; de demander Sohry au nom d'Abbas
, ou de déclarer la guerre en cas
de refus. Lui-même regardoit ce refus
comme certain. Une haine ancienne ,
& par conféquent ridicule , & par conféquent
implacable , animoit les deux
nations , l'une contre l'autre . De fort
mauvais Politiques les entretenoient dans
ce préjugé ; & leurs Princes , qui fou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vent ne l'approuvoient pas , n'ofoient
éffayer de le détruire .
C'eft , furtout , ce que ne vouloit
point tenter Difvald , frère de Sohry ,
& de plus ennemi perfonnel d'Abbas.
Réfolu de réjetter fa demande , il prend
avec le Prince de Georgie , fon futur
beau-fière , des mefures pour lui réfifter.
On éffaye en même tems de
faire prendre le change à l'Envoyé du
Sophy. On ne lui parle que de la
pré endue laideur de Sohry , & pour
mieux l'en convaincre , on fait paroître
à fes yeux cette four aînée , difforme
à tous égards , & qui n'a rien de commun
avec fa cadette , excepté le nom .
L'Agent d'Abbas étoit fort furpris qu'un
Roi pût fe réfoudre à 'raffembler une
armée pour tenter une pareille conquête.
La vraie Sohry , celle qui occafionnoit
tout ce trouble , en étoit la moins
inftruite . Elle continuoit à vivre &
à s'ennuyer dans la folitude. Le tableau
que lui avoit laiffé l'Eunuque ,
en la quittant , occupoit fouvent fes
regards . Seroit-il bien vrai , qu'Abbas
ne me crût pas auffi affreufe qu'on
le publie Elle fe le perfuadoit de fon
mieux , & à tout évenement cette idéo
AVRIL. 1763. 31
la confoloit . Survint tout-à- coup le
Prince de Georgie occupé lui même
d'un idée fort affligeante pour elle , &
qu'il croit propre à le raffurer. Il
venoit , dis- je , exiger de fa Fiancée
un facrifice qui paroîtra toujours exceffivement
dur à une belle perfonne
, & même à une laide : c'étoit d'écrire
de fa propre main au Roi de
Perfe , qu'elle n'a ni agrémens , ni
beauté. Une telle propofition fit frémir
la Princeffe . Elle trouva que c'étoit
abufer de fa docilité & porter
Pafcendant jufqu'à la tyrannie . Elle gardoit
un morne & froid filence. Taymuras
réitére fa demande , & eft furpris
d'avoir été contraint de le faire .
He quoi ! lui dit-elle enfin , avec beaucoup
d'emotion & de vivacité , ma
réputation de laideur n'eft - elle pas fuffifament
établie ? ne paffai- je pas pour
un modéle de difformité ? Le Roi de
Perfe , reprit-il avec chagrin , n'en paroît
pas bien convaincu. Il vous fait
demander par un Ambaſſadeur , &
il vient lui-même appuyer cette demande
à la tête de cent mille hommes.
Cette réponſe rendit la Princeffe une
feconde fois rêveufe. Le dépit fur fon-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
vifage parut avoir fait place à d'autres
mouvemens & Taymuras crut même y
remarquer l'empreinte de la joie. Ce
fut une raifon de plus pour infifter
fur la démarche qu'il exigeoit. Eh que
produira ma lettre ? ajouta la Princeffe ;
détrompera- t-elle plutôt Abbas
que les
difcours de toute une Nation ? Une
ligne de votre main , repliqua Taymuras
, en fera plutôt crue que toutes les
bouches de l'Afie. Une femme qui déclare
qu'elle manque de beauté , ne doit
point trouver d'incrédules.
Sohry lui objecta encore que fa main
ne devoit pas être plus connue d'Abbas
que fa figure , qu'il ne pouvoit connoître.
Mais Taymuras lui apprit qu'une
lettre , qu'elle lui adreffoit dans certaine
occafion , étant tombée au pou
voir du Sophy , il connoiffoit & fon
écriture , & leurs engagemens réciproques.
A l'égard de vos charmes , pourfuivit
il , peut-être Abbas a -t- il fait fur
ce point certaines découvertes ; peutêtre
n'eft- ce qu'un foupçon , & c'eft ce
foupçon qu'il faut détruire .
C'étoit là au contraire , ce que Sohry
eût voulu confirmer. Il fallut , pour la
réduire , les ordres abfolus de la Reine
fa mère. Alors elle vit qu'il falloit céAVRIL.
17630
33
der . Hé bien , dit-elle à Taymuras , avec
un mouvement de dépit qu'elle ne put
contenir , voyons comment vous exigez
qu'on tourne cette lettre fingulière ?
Choififfez-en vous-même les expreffions;
je ne ferai qu'écrire fous votre dictée .
Volontiers , reprit Taymuras , & il
commença ainfi :
La Princeffe d'IMIRETTE , au Roi
DE PERSE.
à
ma J'apprends , Seigneur , que vous prétendez
m'arracher à mon pays ,
famille , au Prince qui doit être mon
époux. C'est à quoi vous ne parviendrez
jamais de mon aveu.
...
La Princeffe avoit écrit , fans interruption
, tout le commencement de
cette phrafe ; mais elle fe fit répéter la
fin jufqu'à trois fois . Taymuras pourfuivit
en ces termes :
Je dois même vous répéter ce que la
Renommée a dû vous apprendre ;
fuis peu digne de cet excès d'empreffement..
Ces derniers mots parurent encore
embarraffer Sohry. Eft -ce bien là ce
que vous avez voulu dire ? demandatelle
au Prince en rougiffant, Précifé-
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
ment , reprit-il ; & il répéta les mêmes
expreffions aufquelles il ajouta celles
qui fuivent :
J'ai moins d'attraits que la moins
belle des femmes de cette contrée.....
Vous me trouvez donc bien affreuſe ?
interrompit- elle de nouveau .... Ah !
vous n'êtes que trop adorable , reprit
Taymuras. Mais voulez - vous paffer
pour telle dans l'efprit du Roi de Perfe ?
Ah ! s'il eft ainfi , quittez la plume &
montrez-vous ? Sohry , quoique d'une
main tremblante , écrivit donc encore
ce que le Prince venoit de lui dicter.
Elle s'en croyoit quitte ; mais il
ajouta :
C'eft cette entiere privation de char
mes qui m'oblige à fuir tous les regards
; je voudrois pouvoir me fuir
moi-même ·
Chacun de ces mots faifoit friffonner
la Princeffe. L'altération de fon
vifage marquoit celle de fon âme . La
plume lui échappa de la main . En vérité
, Seigneur , dit- elle , en fe levant
avec dépit , j'ignore quand vous tarirez
fur mes imperfections ! Eh , madame
reprit Taymuras , à peine ce porAVRIL.
1763. 35.
trait idéal fuffit pour me raffurer ! Hébien
, ajouta Sohry , toujours fur le
même ton , je vais vous aider à finir
le tableau . A ces mots , faififfant un
miroir elle éxamine fes traits en détails
; & regardant Taymuras d'un
air ironique & fier : commençons , pourfuivit-
elle › par ces yeux : fans doute
qu'il faut les peindre petits , ronds ,
caves , fans efprit , fans activité ? A
merveille ! reprit Taymuras.
4
SOHRY .
Cette bouche , des plus grandes ; ces
lévres , pâles & livides ?
TAYMURAS,
On ne peut mieux !
SOHRY .
Ces dents , noires & mal rangées →
Bon !
TAYMURAS.
SOHRY.
Ce teint , fans blancheur , fans coloris
, fans vivacité ?
TAY MURA S..
: Parfaitement bien !
SOHRY.
Enfin , toute cette phyfionomie,maf
fade & rebutante ?
B- vj
36 MERCURE DE FRANCE.
TAY MEURAS.
Oui ! voilà le Portrait qu'il convient
d'envoyer au Roi de Perfe.
<
Sohry écrivit , en effet , toutes ces
chofes ; mais non fans murmurer contre
celui qui l'obligeoit à les écrire. La
lettre part , eft remife au Sophy & le
jette dans la plus extrême furpriſe. Il
compare cette lettre avec celle qui auparavant
eft tombée entre fes mains.
L'écriture lui en paroît toute femblable.
C'eft , difoit - il , Sohry ellemême
qui s'accufe de laideur : puis - je
refufer de l'en croire ? Mais fi je l'en
crois , l'Eunuque à coup fur , n'eft qu'un
impofteur. Il ordonne qu'on le faffe venir
, & lui prefcrit impérieuſement d'accorder
, s'il le peut , les deux Portraits :
celui qu'il a fait de Sohry en peinture
& celui qu'elle fait d'elle -même par
écrit.
Chaque ligne que lifoit l'Eunuque
ajoutoit à fon étonnement. Il reconnoît
la main de la Princeffe , & ne recon- .
noît aucun de fes traits dans les détails
burleſques dont cette lettre eft remplie .
Ce n'eft pas tout ; arrivent à l'inſtant
même des dépêches de l'Envoyé du
Sophy , dépêches qui femblent confirmer
en tout point les détails de la let
AVRIL. 1763. 37
tre. L'Eunuque , hors de lui-même
tombe aux genoux d'Abbas. Je jure par
le Commentaire d'Aly , s'écrie le Renégat
Italien , que le portrait que j'ai remis
à votre Majefté eft encore bien inférieur
aux charmes de la Princeffe d'Imirette
, & que la peinture qu'elle fait
ici d'elle-même , n'eft que pour vous
faire prendre le change , comme on l'a
fait prendre à votre Miniftre.
Quoi ! s'écria le Sophy indign é , cette
femme me mépriferoit au point de vouloir
que je la cruffe laide ? Il y a peu
d'exemples d'un mépris porté jufques-là .
N'importe, c'est ce qu'il faut vérifier . En
effet , dès le jour même , il donna des
ordres pour faire marcher une armée
nombreuſe vers les frontièresd'Imirette ,
& peu de temps après , il marcha luimême
pour la commander. Il eut foin
de conduire l'Eunuque avec lui pour
deux raifons ; pour le mettre à même de
fe juftifier , ou pour le faire pendre s'il
ne fe juflifioit pas .
On fçut bientôt à la Cour d'Imirette
qu'il falloit ou fe battre , ou trouver au
Roi de Perfe , une Princeffe auffi belle
qu'il fe la figuroit . On s'en tint au premier
parti. Quant à celle dont la beauté
occafionnoit tant de mouvemens , elle
38 MERCURE DE FRANCE.
Qût volontiers approuvé le parti le plus
doux. Il eft rare qu'une femme fache
mauvais gré à tel amant que ce puiffe
être des efforts qu'il fait pour l'obtenir
, & Sohry étoit fort contente que
fa lettre n'eût point ralenti ceux d'Abbas.
qui
Les Rois d'Imirette & de Georgie
avoient réuni leurs forces . Ils s'étoient
retranchés , & attendoient Abbas , quit
ne fe fit pas long- temps attendre. Il les
attaqua fans héfiter. Le combat fut rude
& fanglant. Les deux Rois alliés s'y comporterent
, l'un en Souverain qui défend
fes Etats , l'autre en amant qui défend
fa maîtreffe . Mais les efforts d' Abbas ne
furent pas moins grands , & furent plus
heureux . Il remporta une victoire complette
, détruifit , ou diffipa l'armée ennemie
, & pourfuivit les deux' Chefsjufqu'à
la Ville où le frère de Sohry tenoit
fa Cour.
Inftruit par l'Eunuque Italien que
la Princeffe tenoit la fienne ailleurs
il y marcha fur le champ , tandis que
la meilleure partie de fes troupes bloquoit
la Capitale. Il arrive & apprend
qu'en effet Sohry habite ce fejour. On
conçoit fans peine l'excès de fon impatience
& de fa joie . Il ordonne qu'on
le conduife vers la Princeffe. Il eft obéis
AVRIL 1763 . 39
Mais que voit-il ? Un'objet auffi hideux
qu'il efpéroit le trouver féduifant ,
le vrai modéle du portrait exprimé dans
la lettre qu'il a reçue avant fon départ
; en un mot , la difforme Princeffe
qu'on a déja fait voir à fon Envoyé !
Certains rapports faits aux deux Rois
fur le féjour & le départ de la fauffe
étrangère , les avoit déterminés à ſubſtituerdans
cette même folitude l'aînée
à la cadette. Abbas fit quelques queftions
à fa prifonnière. Les réponfes qu'il
en reçut , augmenterent fon déplaifir.
Elles étoient parfaitement conformes à
la lettre qu'il fuppofoit avoir été écrite
par elle ; & il refte perfuadé que cette
Sohry fi fameufe par fa beauté, ne doit
l'être que par fa laideur. Je n'ai nuk
reproche à lui faire , difoit Abbas , elle
eft encore plus difforme qu'elle ne me
l'écrit. Pour toi , miférable , ajouta - t-il
en parlant à l'Eunuque , ce qui la juf
tifie te condamne : cette exceffive dif
formité eft l'arrêt de ta mort.
Grand Roi ! s'écria l'Eunuque , en
tombant de nouveau aux pieds . dur
Sophy , que votre Majefté me laiffe
éclaircir ce mystère. Il y en a un dans
tout ceci que je ne connois pas . J'ai
eu à peindre & j'ai peint la plus
40 MERCURE DE FRANCE.
belle perfonne du monde : ce n'eft
donc pas celle
que vous voyez. Mais
celle que j'ai peinte exifte , j'en réponds
fur ma tête , que vous ferez le maître.
de me faire enlever demain comme
aujourd'hui . De grâce retournez vers la
Capitale , hatez - en le fiége , la prife.
pourra mettre entre vos mains une capture
encore plus précieuse.
Zomrou eût pû en partie développer
cette énigme.Mais lui-même avoit laiffé.
pénétrer fes deffeins : il étoit gardé à
vue par ordre des deux Rois , depuis le
jour de l'arrivée du Miniftre d'Abbas .
Par cette raiſon , il n'avoit pas été plus
utile à cet Envoyé qu'il ne pouvoit l'être
alors au Sophy même. Abbas prit donc
une double réfolution . Ce fut de preffer
la Ville affiégée , & de faire battre
la campagne par des Emiffaires munis
du Portrait que l'Eunuque avoit tracé .
Le Prince leur ordonna de lui amener
toutes les femmes qui auroient quelque
reffemblance avec ce Portrait . L'Eunuque
ambitionnoit cette commiffion ;
mais Abbas ne lui permit pas de s'éloigner
de lui. Il vouloit s'en fervir à diftin-.
guer la Princeffe , au cas qu'elle fe trouvât
dans la Ville , ou pouvoir venger
fur lui fon chagrin , au cas qu'elle ne
fe trouvât nulle- part.
"
AVRIL. 1763. 41
Le Siége fut pouffé avec tant de vigueur
qu'en peu de jours la Ville n'avoit
plus guéres que la moitié de fes défenfes
& de fa garnifon . Mais le courage
des deux Rois étoit toujours le
même. Ils ne vouloient ni fe rendre
ni livrer la Princeffe qu'Abbas eût préferé
à toutes les Villes de leurs Etats.
Elle n'étoit point d'ailleurs dans la Capitale.
Sohry inconnue & déguisée
habitoit un afyle fi peu fait pour
elle
qu'il n'y avoit nulle apparence qu'on
dût l'y chercher. Là , elle gémiffoit fur
fes charmes qui caufoient l'oppreffion
de fa Patrie. Mais prèfque certaine
qu'Abbas eft celui dont elle adore en
fecret l'image , elle n'ofe le qualifier
d'oppreffeur. Elle fent même qu'il ne
tient qu'à ce léger éclairciffement pour
qu'il foit , à-peu- près , juftifié dans for
âme.
,
Cependant , le péril augmentoit fans
relâche pour la Capitale. D'un inſtant
à l'autre la Place pouvoit être forcée
pillée , faccagée . Le Roi Difvald , réfolu
à tout , excepté à voir fa Maîtreffe
& fa Mère expofées aux fuites qu'entraîne
le fac d'une Ville , prit le parti
de les faire échapper , l'une après l'autre
, par une voie qu'il croyoit füre,
42 MERCURE DE FRANCE .
Mais Abbas avoit pris des précautions
plus fùres encore . Peu d'inftans après
feur fortie on lui amena les deux fugiti
ves.
J'ai déja dit que la mère de Sohry ne
cédoit en beauté qu'à Sohry même.
Il y avoit , de plus , entre elles , cette
forte de reffemblance qui ne fuppofe
pas toujours une entiére égalité de charmes.
Par cette raifon le Portrait qu'avoit
tracél'Eunuque , Portrait bien inférieur
à l'original , reffembloit beaucoup
plus à la premiere qu'à la feconde.
Abbas au premier coup d'oeil s'y
méprit & crur tout l'emblême expliqué.
Les charmes de fa Captive firent même
tant d'impreffion fur lui , qu'il ne fongea
plus à faire d'autres recherches , & que
' Eunuque Peintre lui parut abfolument
juftifié . Mais celui - ci prétendit lui-même
ne l'être pas encore. Il affura fon Maître
que jamais cette Princeffe n'avoit fervi
de modéle au Portrait , en queſtion ,
& qu'à coup für ce modéle exiftoit..
S'il eft ainfi , Madame , reprit Abbas
, en s'adreffant à la mère de Sohry
vous voyez dès à préfent ce qui peut &
doit former votre rançon. Un objet qui
vous reffemble peut feul vous remplacer
auprès de moi. Vous régnerez , dang
AVRIL. 1763. 43
mon Sérail , ou bien la Princeffe votre
fille y occupera le rang qui vous eft
offert. Je ne puis renoncer à l'une que
pour obtenir l'autre.
>
Ce difcours fit frémir la belle prifonnière
. Elle conjura en vain le Sophy de
fe rappeller le voeu par lequel elle s'étoit
liée vou qui ne lui permettoit plus:
de difpofer d'elle- même . Un pareil motif
a bien peu de pouvoir fur l'âme d'un
Sectateur d'Aly. A peine Abbas parutil
y faire quelque attention : Il ne dépend
que de vous , Madame , reprit - il , &
de garder vos voeux , & de combler les
miens. Que l'aimable Sohry vienne jouir
d'un avantage que vous dédaignez , fau
te de le bien connoître . N'efpérez pas
du moins, que je cherche à étouffer l'a
mour le plus fincère & le plus ardent ,
lorfque vous paroîtrez n'écouter qu'une
haine injufte & de vains préjugés .
Abbas , qui n'avoit prèfque pas remarqué
Fatime ( c'eft le nom de la fille
de Zomrou ) l'envifagea lorfquelle commençoit
à murmurer , tout bas , de
cette inattention . Abbas. trouva l'amour
de Difvald parfaitement bien fondé.
Fatime avoit affez de charmes pour l'en--
flammer lui-même , fi elle n'eût pas eu
Sohry pour rivale. Il fongea cepen
44 MERCURE DE FRANCE
dant à faire craindre au Roi d'Imirette
que Sohry n'éffayât trop tard de l'emporter
fur Fatime.
Ce ftratagême lui réuffit. A peine
Difvald eut appris la captivité de fa
mère & de fa maîtreffe , qu'il fongea:
férieufement à les échanger pour fa
foeur. Ce fut dans ce moment là-même ,
que les Emiffaires d'Abbas lui amenerent
une jeune perfonne vêtue en Efclave
, & infiniment plus belle encore
que le portrait qu'il leur avoit confié.
On s'empreffe , on regarde , on admire.
C'eft Sohry ! s'écrie auffitôt l'Eunuque ;
c'eft ma fille ! s'écrie la Princeffe Douairiere
: c'eſt Abbas ! s'écrie en même
temps la prétendue Efclave , & elle s'évanouit.
Abbas , hors de lui - même , ébloui de
tant d'attraits , & ne fachant comment
interpréter cette défaillance & cette exclamation
fubites , ordonne qué les
fecours foient prodigués à la Princeffe.
Lui-même eft le plus ardent à la fecourir.
Au milieu de quelques agitations
inévitables, une boete cachée dans
ſes habits d'eſclave s'échappe & tombe.
Abbas croit la reconnoître , s'en faifit ,
l'ouvre & y trouve fon portrait. A
cette vue , toute fa fierté afiatique difAVRIL.
1763. 45
paroît ; il tombe aux genoux de la fauffe
efclave. Adorable Sohry , s'écria- t- il !
quoi même en fuyant ma perfonne ,
vous fuyiez avec mon image ! Il eſt
donc vrai que vous ne m'évitiez que
par contrainte ? Ah, ceffez de gêner vos
fentimens & daignez - en recueillir les
fruits à peine les croirai - je affez
payés de toute ma tendreffe & de
toute ma puiffance.
Sohry , en ce moment , ouvre les
yeux. Quelle eft fa furprife ! elle voit
fe réalifer la tableau que l'Eunuque
lui a laiffé en la quittant ; elle voit
en perfonne le fuperbe Abbas dans
l'attitude où elle l'a vû tant de fois en
peinture ; elle le voit à fes pieds ! Un
mouvement de joie qu'elle cherche à
cacher une forte de confufion modefte
ajoutent encore à fa beauté.
Survient à l'inftant la Reine fa mère ,
& fa confufion augmente. Mais un
Envoyé du Roi d'Imirette vint mettre
fin à leur embarras réciproque . Il venoit
propofer pour l'échange des deux
premieres captives , celle que le hazard
avoit déja mis au pouvoir du Sophy.
Ce qui n'empêcha pas que l'échange
ne fut accepté , la paix faite , & ce qui
46 MERCURE DE FRANCE .
dit encore infiniment plus , toute femence
de guerre éteinte .
Abbas reffentoit fon bonheur , au
point de vouloir que tous les autres
fuffent heureux . Il acerut les Etats du
Roi d'Imirette , qui époufa Fatime ; il
fit époufer fa propre foeur au Princ eà
qui il enlevoit Sohry : il partagea avec
cette dernière toute fa puiffance &
la laiffa régner fans partage fur fon
âme. L'Eunuque mit fin à fes voyages ;
& Sohry en fixant le coeur de fon Epoux,
afura aux Princes voifins leur repos ,
leurs femmes & leurs Etats .
Par M. DE LA DIXMERIE .
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Résumé : ABBAS ET SOHRY, NOUVELLE PERSANNE.
Le texte raconte l'histoire du roi Abbas de Perse, connu pour ses conquêtes territoriales et son goût pour les femmes. Il entend parler de la princesse Sohry d'Imirete, réputée pour sa beauté exceptionnelle. Pour la protéger, sa mère et ses proches diffusent la rumeur qu'elle est laide et l'isolent dans un château inaccessible. Zomrou, un ancien ministre jaloux, informe Abbas de la véritable beauté de Sohry. Abbas envoie alors un eunuque italien, doué en musique et en peinture, déguisé en chanteuse, pour approcher Sohry. L'eunuque séduit Sohry par ses talents et lui montre un portrait d'Abbas sans révéler son identité. Intriguée et émue, Sohry tombe en rêverie. L'eunuque peint un portrait de Sohry et lui offre un tableau représentant deux figures, dont un prince aux attributs royaux. Sohry suspecte qu'il s'agit d'Abbas. L'eunuque retourne à Ispahan et informe Abbas, qui décide de se rendre en Imirete. Le frère de Sohry, Difvald, refuse la demande d'Abbas et prépare la guerre. Taymuras, prince de Géorgie, demande à Sohry d'écrire une lettre affirmant son manque de beauté, ce qu'elle fait à contrecœur. Abbas, surpris par la lettre, ordonne à l'eunuque d'expliquer la contradiction entre le portrait et la lettre. Abbas marche vers l'Imirete avec une armée et assiège la capitale après une bataille victorieuse. L'eunuque révèle qu'Abbas a vu l'aînée des princesses, substituée à la cadette. Abbas poursuit la véritable Sohry. Pendant le siège, la mère et la sœur de Sohry tentent de s'échapper mais sont capturées. Abbas, ébloui par la beauté de la mère de Sohry, croit d'abord qu'elle est la princesse. L'eunuque insiste sur l'existence de la véritable Sohry, qui est finalement retrouvée déguisée en esclave. Abbas, reconnaissant son portrait chez elle, comprend qu'elle l'aime en secret. La paix est conclue, et Abbas épouse Sohry, accordant des mariages avantageux à ses alliés pour assurer la stabilité régionale.
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1898
p. 46-47
LES ECOLIERS ET LE BALON, FABLE.
Début :
PAR un beau jour de la semaine, [...]
Mots clefs :
Ignorance, Malice, Demi-savant, Orgueil, Estime, Air
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texteReconnaissance textuelle : LES ECOLIERS ET LE BALON, FABLE.
LES ECOLIERS ET LE BALON ,
PAR
FABLE.
AR un beau jour de la ſemaine ,
C'eft -à -dire un jour de congé ,
De jeunes Ecoliers en plaine
Un troupeau partagé ,
S'envoyoit , l'un à l'autre , un Balon élastique ;
C'étoit un charme de les voir !
A toi ! ... Fort bien ! .... A moi ! .... Chacun
court & s'applique ,
Ne voulant point faillir au jeu comme au devoir.
AVRIL. 1763 . 47
L'un deux , laffé de l'exercice ,
Par ignorance ou par malice ,
Pique le Balon , l'air s'enfuit ,
Et le faux embonpoint foudain s'évanouit.
Ainfi dans l'orgueil qui l'anime <
Se montre le demi -fçavant :
Tout rempli de fa propre eftime ,
Il s'enfile ! Mais fondez-le il n'en fort que du
venţ
Par M. GUICHARD .
PAR
FABLE.
AR un beau jour de la ſemaine ,
C'eft -à -dire un jour de congé ,
De jeunes Ecoliers en plaine
Un troupeau partagé ,
S'envoyoit , l'un à l'autre , un Balon élastique ;
C'étoit un charme de les voir !
A toi ! ... Fort bien ! .... A moi ! .... Chacun
court & s'applique ,
Ne voulant point faillir au jeu comme au devoir.
AVRIL. 1763 . 47
L'un deux , laffé de l'exercice ,
Par ignorance ou par malice ,
Pique le Balon , l'air s'enfuit ,
Et le faux embonpoint foudain s'évanouit.
Ainfi dans l'orgueil qui l'anime <
Se montre le demi -fçavant :
Tout rempli de fa propre eftime ,
Il s'enfile ! Mais fondez-le il n'en fort que du
venţ
Par M. GUICHARD .
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Résumé : LES ECOLIERS ET LE BALON, FABLE.
La fable 'Les Écoliers et le Ballon' de M. Guichard, datée d'avril 1763, raconte des écoliers jouant avec un ballon élastique. L'un d'eux le pique, le dégonflant. La fable compare cet incident à l'orgueil des demi-savants, qui ne produisent que du vent lorsqu'ils sont interrogés.
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1899
p. 47-49
STANCES fur l'incendie du Palais Episcopal d'AMIENS, arrivé le Dimanche 19 Décembre.
Début :
QUELS cris soudains se font entendre ? [...]
Mots clefs :
Flamme, Prélat, Alarme, Fureur, Prières
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texteReconnaissance textuelle : STANCES fur l'incendie du Palais Episcopal d'AMIENS, arrivé le Dimanche 19 Décembre.
STANCES fur l'incendie du Palais
Epifcopal d'AMIENS , arrivé le
Dimanche 19 Décembre.
Qu
UELS cris foudains fe font entendre ?
Quel nuage obfcurcit les airs ?
Je m'empreffe & je crains d'apprendre
D'où partent ces triftes concerts !
L'airain fonne quelles allarmes !
Chacun tremble , pâlit d'effroi ;
Et parmi tout un Peuple en larmes
Perfonne ne tremble pour foi.
Quel est donc ce nouveau prolige ?
La paix fuit- elle loin de nous ?
La main du Dieu qui nous afflige
Annonce-t-elle fon courroux &
48 MERCURE DE FRANCE.
Mais que vois - je ! un torrent de flâme
Qu'accroît un vent impétueux
Porte la terreur dans les âmes ,
Et frappe la voute des Cieux.
D'un Prélat le Palais augufte
Va- t-il donc être confumé ,
Tandis qu'aux Autels d'un Dieu juſte
D'un faint zéle il eſt animé ?
( a ) C'eſt en vain qu'on veut l'en diſtraire ;
Tous les biens ne font rien pour lui ;
Content du fimple néceffaire
Ses feuls befoins font ceux d'autrui.
Si quelque crainte le tourmente
Et peut redoubler " fon ardeur ,
C'eft que la flamme qui s'augmente
Ne porte plus loin fa fureur.
( a ) L'incendie qu'on avoit d'abord cru peu
dangereux , le manifefta au dehors au moment
qu'on commençoit les Vêpres. Le Prélat qu'on
vint avertir , non feulement ne quitta point
le Service Divin , il refta profterné au pied
de l'Autel jufqu'à la fin du jour , donnant à
tout le Peuple l'exemple édifiant d'une piété
& d'un détachement dignes des Paſteurs des
premiers Siécles . On l'engagea inutilement à
fe repofer. Il ne quitta qu'au moment où la
clôture des portes de la Ville l'obligeait d'en
fortir pour fe retirer à fon Séminaire.
Pour
AVRIL 1763.
Pour fon troupeau feuf il reclame
Le fecours d'un Dieu tout-Puiffant.
C'en eft fait , & déja la flamme
N'a plus qu'an effet languiffant.
7 02011
Oui , Grand Dieu ! c'eft à fes prières ,
Que nous devons ce changement :
Jamais des Saints les coeurs fincères
Ne t'ont imploré vainement.
Seigneur , acheve ton ouvrages i
Que nos voeux, ne ſoient point déçus ;
Que d'un Prélat , ta vive image ,`
Les ans égalent les vertus !
Par M. LELIU.
Epifcopal d'AMIENS , arrivé le
Dimanche 19 Décembre.
Qu
UELS cris foudains fe font entendre ?
Quel nuage obfcurcit les airs ?
Je m'empreffe & je crains d'apprendre
D'où partent ces triftes concerts !
L'airain fonne quelles allarmes !
Chacun tremble , pâlit d'effroi ;
Et parmi tout un Peuple en larmes
Perfonne ne tremble pour foi.
Quel est donc ce nouveau prolige ?
La paix fuit- elle loin de nous ?
La main du Dieu qui nous afflige
Annonce-t-elle fon courroux &
48 MERCURE DE FRANCE.
Mais que vois - je ! un torrent de flâme
Qu'accroît un vent impétueux
Porte la terreur dans les âmes ,
Et frappe la voute des Cieux.
D'un Prélat le Palais augufte
Va- t-il donc être confumé ,
Tandis qu'aux Autels d'un Dieu juſte
D'un faint zéle il eſt animé ?
( a ) C'eſt en vain qu'on veut l'en diſtraire ;
Tous les biens ne font rien pour lui ;
Content du fimple néceffaire
Ses feuls befoins font ceux d'autrui.
Si quelque crainte le tourmente
Et peut redoubler " fon ardeur ,
C'eft que la flamme qui s'augmente
Ne porte plus loin fa fureur.
( a ) L'incendie qu'on avoit d'abord cru peu
dangereux , le manifefta au dehors au moment
qu'on commençoit les Vêpres. Le Prélat qu'on
vint avertir , non feulement ne quitta point
le Service Divin , il refta profterné au pied
de l'Autel jufqu'à la fin du jour , donnant à
tout le Peuple l'exemple édifiant d'une piété
& d'un détachement dignes des Paſteurs des
premiers Siécles . On l'engagea inutilement à
fe repofer. Il ne quitta qu'au moment où la
clôture des portes de la Ville l'obligeait d'en
fortir pour fe retirer à fon Séminaire.
Pour
AVRIL 1763.
Pour fon troupeau feuf il reclame
Le fecours d'un Dieu tout-Puiffant.
C'en eft fait , & déja la flamme
N'a plus qu'an effet languiffant.
7 02011
Oui , Grand Dieu ! c'eft à fes prières ,
Que nous devons ce changement :
Jamais des Saints les coeurs fincères
Ne t'ont imploré vainement.
Seigneur , acheve ton ouvrages i
Que nos voeux, ne ſoient point déçus ;
Que d'un Prélat , ta vive image ,`
Les ans égalent les vertus !
Par M. LELIU.
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Résumé : STANCES fur l'incendie du Palais Episcopal d'AMIENS, arrivé le Dimanche 19 Décembre.
Le 19 décembre, un incendie éclate au Palais Épiscopal d'Amiens. Des cris et des alarmes provoquent la panique parmi la population. Un vent violent attise les flammes, menaçant de détruire le palais. L'incendie, d'abord sous-estimé, s'intensifie durant les vêpres. Le prélat, informé, continue le service divin et reste en prière jusqu'au soir. Il quitte les lieux seulement lorsque les portes de la ville se ferment. Il prie pour la sécurité de ses fidèles et implore l'aide divine. Finalement, les flammes s'affaiblissent, un changement attribué aux prières du prélat.
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1900
p. 49-50
A M. G.
Début :
En lisant les Vers [...]
Mots clefs :
Vers, Larmes, Destin, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. G.
E PITREN
EN
A M. G.
A M.
N lifant les Vers
12
Si remplis de charmes
Que tu m'as offerts ,
J'ai verfé des larmes.
Quoi ! faut-il , hélas !
Qu'un deftin barbare
Jufques au trépas
Tous deux nous fépare !
J'ai vu de nos jours
. Vol.
T
50 MERCURE DE FRANCE
i
S'éclipfer l'aurore
Les Ris , les Amours
Nous fuivent encore.
Enchaînons de fleurs
Leur troupe volage :
Les foucis , les pleurs
Sont-ils de notre âge ?
On tend au bonheur
Par des foins extrêmes :
Quelle aveugle erreur !
Il eſt en nous-mêmes.
Un Lys , un Jaſmin
Vaut une Couronne
Lorfque par ta main
Amour me le donne.
Au cours de nos ans
Quand l'amour préſide ,
Il fixe du temps 1
L'aîle trop rapide.
Le coeur eft preffant ;
Entends fon langage :
Jouir du préfent ,
Eft le lot du Sage.
Par M. B..
EN
A M. G.
A M.
N lifant les Vers
12
Si remplis de charmes
Que tu m'as offerts ,
J'ai verfé des larmes.
Quoi ! faut-il , hélas !
Qu'un deftin barbare
Jufques au trépas
Tous deux nous fépare !
J'ai vu de nos jours
. Vol.
T
50 MERCURE DE FRANCE
i
S'éclipfer l'aurore
Les Ris , les Amours
Nous fuivent encore.
Enchaînons de fleurs
Leur troupe volage :
Les foucis , les pleurs
Sont-ils de notre âge ?
On tend au bonheur
Par des foins extrêmes :
Quelle aveugle erreur !
Il eſt en nous-mêmes.
Un Lys , un Jaſmin
Vaut une Couronne
Lorfque par ta main
Amour me le donne.
Au cours de nos ans
Quand l'amour préſide ,
Il fixe du temps 1
L'aîle trop rapide.
Le coeur eft preffant ;
Entends fon langage :
Jouir du préfent ,
Eft le lot du Sage.
Par M. B..
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Résumé : A M. G.
Le poème de M. B. s'adresse à M. G. et M. A. Il exprime le regret de la séparation imminente et la cruauté du destin. L'auteur valorise les petits plaisirs offerts par amour et critique ceux qui cherchent le bonheur par des moyens extrêmes. Il prône la jouissance du présent comme sagesse.
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