L'AURORE ,
CANTATE.
Vous , que dans la nuit on implore ,
Disparoissez , sombres pavots ;
Cedez à la brillante Aurore ,
Qui sort du vaste sein des flots.
Un Essein de Zéphirs annonce sa venuë
Je vois son Char qui fend les Airs
Les Echos et la nuë ,
;
Retentissent au loin de mille chants divers.
Sa Pourpre éclatante ,
Embellit les Cieux ,
Sa beauté naissante ;
Réjouit les Dieux ;
Pan , Silene , Faune ,
Vertumne , Pomone ,
Quittent les Roseaux ,
La jeune Naïade ,
La chaste Driade ,
Paroît sur les Eaux .
Heureux Coursiers , qui trainez cette Belle ,
Suspendez pour un temps vos pas précipitez ,
Ne nous dérobez pas de si vives clartėz ,
Par une fuite si cruelle
Mais
658 MERCURE DE FRANCE
Mais quel nuage épais obscursit ses Rayons ?
Qu'est devenu l'éclat de sa face brillante ,
Je vois languir son Char sous sa main noncha
lante ,
Et les Renes flotter au gré des Aquilons ;
Elle gémir , elle soupire ,
Elle veut exprimer l'excès de son martyre ,
Je reconnois à ses sanglots ,
Le cruel Auteur de ses maux .
Volez , Coursiers , volez , vers le celeste Em
pire ,
Hâtez - vous d'arriver au lieu de son repos ;
Les Ris et les Graces ,
Qui suivent ses traces ,
Pleurent son malheur
Et Zéphire même ,
La flatte qu'il l'aime ,
Pour calmer son coeur.
Fuvez ; laissez-moi , lui dit - elle ;
Ah ! c'est assez qu'un infidelle ,
Ait trahi mes tendres amours ;
N'esperez pas qu'une chaîne nouvelle ,
Puisse jamais unir nos jours ;
Le perfide Céphale ,
Se rit de mes tourmens
Une fiere Rivale ,
Jouit de ses empressemens.
Ah ! c'est assez qu'un Infidelle , &c.
Quel
A VRIL. 1733. 655
Quel changement ! ô Ciel ;
Quelle vertu divine >
Fertilise des Champs ,
Que l'inutile épine ,
Occupoit au plus beau Printemps ,
Ce sont les larmes de l'Aurore.
Je voi de toutes parts mille brillantes fleurs ,
Sous ses pas s'empresser d'éclore ;
Ah ! tout est précieux , Amour , jusqu'à tes
pleurs.
Par R. B.