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3501
p. 179-192
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Henri premier. 1033 & 1034. La famine se fait sentir à Paris (I), [...]
Mots clefs :
Ville de Paris, Paris, Abbaye, Roi, Église, Abbé, Évêques, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI, Pape, Monastère, Corps, Chanoines
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Le texte relate des événements historiques concernant Paris sous les règnes de Henri Ier et Philippe Ier, ainsi que des figures religieuses et monastiques notables. En 1033 et 1034, Paris est frappée par une famine sévère, où le prix du blé atteint soixante fois sa valeur normale. Cette crise entraîne une épidémie et un incendie majeur. En 1035, un concile se tient à Paris pour condamner Bérenger, accusé d'hérésie contre l'Eucharistie. Henri Ier accorde à l'évêque Imbert et à ses chanoines quatre églises situées dans les faubourgs de Paris. En 1059, Henri Ier fait sacrer et couronner son fils Philippe Ier à Reims, nommant Baudouin de Flandre comme tuteur. Henri Ier meurt en 1060 et fonde le monastère de Saint-Martin-des-Champs. Philippe Ier continue les travaux du monastère et le consacre en 1067. Sous son règne, les prévôts apparaissent, avec Étienne comme premier prévôt de Paris. En 1092, un concile se tient à Paris, et en 1093, l'abbaye Saint-Magloire est réformée. Guillaume, évêque de Paris, fait plusieurs donations aux chanoines et au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. En 1104, un concile à Paris voit Philippe Ier renoncer publiquement à une relation scandaleuse. En 1107, l'abbaye Saint-Éloi est supprimée, et plusieurs paroisses sont créées à sa place. Philippe Ier meurt en 1108 et est enterré à Saint-Benoît-sur-Loire. Son fils Louis VI lui succède. Sous Louis VI, des chartes sont données pour protéger les serfs de l'église de Paris. L'évêque Galon reçoit une relique de la vraie Croix. Guillaume de Champeaux fonde l'abbaye Saint-Victor, où Abélard obtient une chaire de professeur. Louis VI dote l'abbaye de revenus et de privilèges. Gilduin devient le premier abbé de Saint-Victor, et l'abbaye reçoit plusieurs donations et privilèges. Le texte mentionne également des événements liés à des monastères et des figures religieuses. En décembre 1755, des voyageurs de Cantorbéry se sont arrêtés dans un monastère en se rendant à Paris. Ce monastère conservait des reliques, notamment la cape de voyage d'un saint abbé et le cilice d'un saint archevêque. L'abbaye est devenue une congrégation comptant quarante abbayes et plus de cent monastères, comme mentionné dans le testament du roi Louis VIII en 1225. Cependant, cette congrégation a été dissoute en raison des malheurs des temps et du relâchement de la discipline monastique. Le texte évoque également la vie d'Abbélard, un théologien qui enseignait à Paris. Sa relation avec Héloïse, nièce de Fulbert, chanoine de Paris, est bien connue. Condamné pour sa doctrine sur la Trinité lors d'un concile à Soissons, Abbélard a trouvé refuge auprès de Thibaud, Comte de Champagne. Il a construit une chapelle près de Troyes et est devenu abbé de Saint-Gildas en Bretagne. Il a ensuite cédé son ermitage du Paraclet à Héloïse, qui s'y est retirée avec des religieuses. Abbélard a été de nouveau condamné lors du concile de Sens, mais a reçu l'absolution du pape Innocent II. Il est mort à Châlons-sur-Saône le 21 avril 1142 à l'âge de 63 ans. L'école d'Abbélard à Paris, située près de la cathédrale, se concentrait sur l'étude des Écritures saintes, contribuant ainsi à l'émergence de la théologie scolastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3502
p. 193-201
PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
Début :
Il faut prendre quatre livres de sang de boeuf desséché que l'on mêlera avec quatre [...]
Mots clefs :
Bleu, Liqueur, Eaux minérales, Couleur, Fleur, Bleu de Prusse, Chimie
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texteReconnaissance textuelle : PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu
de Pruffe des Eaux minérales de M. de
Calfaligi , avec des Réflexions fur l'utilité
de ce Blen, par le fieur Cadet , Apothicaire
Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
It
L faut prendre quatre livres de fang de
boeufdefléché que l'on mêlera avec qua .
tre livres de foude d'Alicante groffiérement
concaffée , telle qu'on la vend chez tous
nos Epiciers de Paris. On mettra ce mélange
à calciner dans un creufet de fer ou
fourneau à vent ; il faut obſerver de ne
pas trop remplir le creufet , attendu que
la matiere pendant la calcination bourfouf-
Ae beaucoup. On continuera la calcinanation
jufqu'à ce que la matiere foit devenue
parfairement rouge , & qu'elle ne
rende prefque plus de flamme. A ce point
de calcination , il faut la retirer du creufet,
& la jetter toute rouge dans une fuffifante
quantité d'eau bouillante ; après une
heure d'ébullition , il faut filtrer cette
leffive.
Pour procéder enfuite à l'opération du
bleu , il faut prendre des vaiffeaux de
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
terre ou de fer , dans lefquels l'on mettra
chauffer 300 pintes d'eau minérale . On
faifira l'inftant de l'ébullition où la liqueur
prend une couleur jaune très- foncée , on
ceffera le feu pour laiffer repofer l'eau qui
s'éclaircira en peu de tems , en dépofant.
une matiere jaune inutile dans cette opération
, qu'il faudra féparer de la liqueur
par la décantation.
Ces deux liqueurs étant chaudes , l'on
mêlera peu à peu avec l'eau minérale la
liqueur Alkaline fulphureufe ; ce mêlange
paffera tout d'un coup à une belle couleur
bleue ; quand on s'appercevra fur la fin
du mêlange que cette couleur s'affoiblit
de beaucoup , & qu'elle eft fur le point de
paffer à une couleur grife , alors on ceffera
de mettre de la liqueur alkaline fulphureufe.
Le mouvement d'effervefcence qui
fe paffe dans le mêlange étant ceffé , la
liqueur parfaitement repofée , on la décantera
auffitât avec foin , pour en féparer
la fécule qui fe fera précipitée , qu'on
aura foin de laver exactement avec de
l'eau de puits ou de l'eau de la Seine ,
bien claire. Il faut obſerver de décanter à
tems la liqueur de deffus la fécule , ainfi
que je l'ai fait obferver dans mes premicres
expériences raiſonnées fur ce bleu
attendu que la liqueur qui eft chargée en-
馨
DECEMBRE. J 1755 195
core de vitriol martial , dépoferoit une
portion de terre jaune , qui fe mêleroit
avec ce bleu , & qui lui communiqueroit
la couleur verte . La fécule étant ainfi préparée
& féchée avec foin , l'on aura une
livre deux onces d'un beau bleu foncé.
RÉFLEXIONS fur l'utilité du Bleu de
Pruffe , tiré des Eaux de M. de Calfabigi,
en réponse à ce que le fieur Machi en a dit
dans l'Examen Physique & Chimique qu'il
a donné de ces Eaux & de celles de la
fource de Madame Belami.
Jieur Machi , de la façon obligeante
dont il parle de mes procédés chimiques ,
auffi l'intérêt feul de la Chimie eft ce qui
me met dans le cas de lui répondre au fujet
de deux obfervations fur lefquelles je
ne fuis pas d'accord avec lui . L'une regarde
l'ochre que l'on fépare des Eaux minérales
de M. de Calfabigi , qu'il prétend n'être
pas du fer , page 30. Er l'autre concerne
l'utilité du Bleu de Pruffe que l'on retire
de ces mêmes Eaux , p . 44.
E ne dois que des remerciemens au
Je crois pouvoir avancer avec certitude ,
que le fieur Machi n'a point répété mes
expériences , il auroit reconnu que l'ochre
qui eft féparée de l'eau minérale de M. de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Calfabigi , eft un pur fer , ainfi que je l'ai
démontré art. 14 de mes Analyſes , & '
qu'après avoir été lavée pour enlever une
portion d'acide qui lui refte , & étant calcinée
un inftant dans un tefte fous la mouffle
du fourneau de coupelle , pour la dépouiller
de fes parties hétérogenes , elle
devient alors toute attirable à l'aimant en
forme de grouppe bien aiguillé , ce qui eft
la preuve la plus certaine que cette ochre
eft un véritable fer. Le Sr Machi prétend
auffi que cette ochre traitée avec le charbon ,
le fer qui en réfulte eft aigre & caffant , il
m'a dit même en avoir fait un petit culot:
je ne conçois pas par quel tour ingénieux
il a pu 6 bien raffembler , à l'aide feule du
charbon , ces parties métalliques , ce qu'on
ne pourroit faire que difficilement à l'aide
d'un flux plus reductif que celui du charbon
, tel qu'un qui feroit compofé avec
du tartre , du nitre & du fel de verre , & c.
Je penfe avoir annoncé avec jufte raifon
que mon travail fur ce bleu méritoit
l'attention du Public , par l'avantage qu'il
en peut tirer , loin d'être un amufement de
curiofité comme l'avance le fieur Machi .
J'ai dit dans mes premieres analyfes
que ce bleu pourroit être employé dans
toutes les préparations de fucre par préférence
au bleu de Pruffe , ce bleu étant fouDECEMBRE
1755. 197
vent préparé avec des vitriols martiaux
contenant du cuivre. Je connois un confifeur
qui fait un débit affez confidérable
de paftilles de violettes , qu'il prépare
avec les fleurs fechées , le fucre , l'Iris de
Florence , & un mucilage de gomme adra
gant qu'il colore avec du bleu de Prufſe.
Ces fortes de paftilles , priſes intérieurement
, étant données comme pectorales ,
qui peut être affuré qu'elles ne contiennent
point de cuivre ? c'est ce dont je ne répondrai
pas. Mais celles qui feroient préparées
avec le bleu de M. de Calfabigi , pourroient
être prifes avec confiance , & n'auroient
point cet inconvénient ; ce blea
étant tiré d'une eau minérale que MeffieursVenel,
Bayen, Rouelle, & le fieur Machi
lui même ont démontré être exemptes
de tout atome de cuivre.
Le fecond avantage que je prétends tirer
de ce bleu , c'eft que je le regarde comme
fupérieur à tous les bleus de Pruffe ordinaires
qui font prefque tous avivés par les
acides minéraux , & qui malgré les précautions
que l'on prend pour les laver ,
confervent toujours une petite portion
d'acide qui à la longue attaque & détruit
cette couleur , ainfi qu'il a été démontré
par le célebre M. Geoffroi.
Le bleu de M. de Calfabigi n'ayant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
pas beſoin d'être avivé par les acides , procure
un avantage effentiel aux Peintres
qui dans leurs travaux n'auront pas le
défagrément de voir leurs couleurs s'altérer
auffi promptement que celles qu'autoient
touché nos acides minéraux .
J'ai obfervé que ce bleu prenoit une
partie de blanc de plomb de plus que le
bleu de Pruffe le plus foncé que j'aye på
trouver , ce qui paroît faire un troifieme
avantage qui le rend plus intéreffant que
ne l'a penfé le fieur Machi.
Il faut obferver que deux cens quatrevingt
pintes de ces eaux minérales fourniffent
une livre de bleu , & qu'il faut que
les 280 pintes ayent dépofé leur ochre
& repris de nouveau fer , pour fournir
cette quantité : il n'a pas réfléchi
que pour
réuffir dans mon opération , je fuis obligé
néceſſairement, ainſi qu'il l'avance , de féparer
la terre jaune avec laquelle je n'aurois
qu'une fécule verte , & que la liqueur, en
reprenant de nouveau fer , fe chargeroit
d'une nouvelle terre jaune femblable à
celle que j'ai féparée : par conféquent cette
liqueur dans cet état ne pourroit donner
que du vert , comme je l'ai démontré ; delà
je concluds qu'il s'eft trompé dans ce
qu'il avance. De plus , s'il avoit bien examiné
mon procédé , il auroit vu que cette
1
DECEMBRE. 1755. 199
opération faite dans un vaiffeau de terre ,
ne produit pas plus de bleu que celui que
je fais dans les vaiffeaux de fer. La preuve
que je crois pouvoir donner de ces faits
eft bien fimple ; c'eft que premierement
l'acide furabondant , démontré dans les
eaux de M. de Calfabigi , n'y eft pas en
affez grande quantité , & qu'il eft noyé
dans trop de flegme pour diffoudre une
quantité de fer auffi fenfible que celle qui
fe précipite. Si cela arrivoit dans ce procédé
, il me feroit impoffible d'avoir du
bleu dans les vaiffeaux de fer , puifque la
liqueur que je fépare de deffus ma fécule
qui a été traitée dans les vaiffeaux de terre ,
contient encore du fer combiné avec l'acide
vitriolique qui fe dépoferoit fous la
couleur jaune , & qui fe mêleroit avec la
fécule , & lui donneroit la couleur verte
fans les précautions que j'ai indiqué dans
ce procédé abrégé pour retirer ce bleu ;
par conféquent s'il falloit néceffairement
que l'eau minérale fe rechargeât fenfiblement
de nouveau fer , l'opération ne pourroit
pas réaffir .
Le fieur Machi avance de plus qu'en
exploitant par jour deux livres de bleu de
Pruffe , que ce travail continué pendant
quinze jours dépenferoit S400 pintes d'eau
par mois ; ce qui pourroit contribuer à al-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
térer la fource de M. de Calfabigi , & par
conféquent nuire beaucoup à celle de Madame
Belami , dont il croit qu'elle tire fon
origine. Madame Belami peut fe tranquillifer
fur cet article , puifqu'il a été clairement
prouvé enjuftice & par les analyſes ,
que ces fources , & par conféquent les
eaux de Madame Belami font totalement
différentes , & qu'elles font diamétralement
oppofées.
Monfieur & Madame de Calfabigi étant
intéreffés à tirer le meilleur parti poffible
de leurs eaux , on ne doit pas préfumer
qu'ils cherchent à altérer une fource dont
ils fe préparent de démontrer au Public les
propriétés fingulieres relativement à la Médecine
, fuivant les certificats qu'ils font
en état de produire de plufieurs Médecins
& Chirurgiens.
Ces propriétés ne font point de mon
objet ; je me contenterai de dire qu'il réfulte
des Analyfes qui ont été faites des
eaux de M. de Calfabigi , qu'elles contiennent
une abondance de fer qui ne fe trouve
point dans celles de Madame Belami ;.
ce qui me donne lieu de penfer que ces
dernieres ne font pas dans le cas d'une
exacte comparaifon , ces eaux ne pouvant
fournir de bleu de Pruffe , fuivant ce
qu'en dit le Sr Machi lui-même , pag. 13...
DECEMBRE. 1755. 201
Je n'ai fait aucune expérience pour m'affurer
de ce fait ; je ne voudrois cependan
pas répondre qu'en traitant ces mêmest
eaux avec la leflive alkaline décrite par le
fçavant M. Macquer , laquelle eft chargée
jufqu'à parfaite faturation de phlogistique
animal , on ne pût en retirer une quantité
qui feroit vraisemblablement très petite ,
mais fuffifante cependant pour être fenfible.
De ces obfervations il réfulte que j'ai
prouvé ,
1°. Que l'ochre des eaux minérales de
M. de Calfabigi , eft un fer pur attirable à
l'aimant.
2°. Que l'eau minérale , en fe rechargeant
de nouveau fer , ne peut produire
du bleu de Pruffe , ce qui fait voir que le
heur Machi n'a pas entendu mon opération.
3°. Que le bleu de Pruffe fait avec ces
eaux , peut mieux convenir pour la Peinture
, en ce que n'étant pas avivé par les
acides minéraux , il eft moins fujer à s'altérer
que le bleu de Pruffe ordinaire .
4°. Que ce bleu étant exempt de mêlan
ge de cuivre , eft de beaucoup préférablepour
les préparations de fucre , à celui de
Pruffe , qu'on ne peut s'affurer en être tou--
jours dépouillé.
de Pruffe des Eaux minérales de M. de
Calfaligi , avec des Réflexions fur l'utilité
de ce Blen, par le fieur Cadet , Apothicaire
Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
It
L faut prendre quatre livres de fang de
boeufdefléché que l'on mêlera avec qua .
tre livres de foude d'Alicante groffiérement
concaffée , telle qu'on la vend chez tous
nos Epiciers de Paris. On mettra ce mélange
à calciner dans un creufet de fer ou
fourneau à vent ; il faut obſerver de ne
pas trop remplir le creufet , attendu que
la matiere pendant la calcination bourfouf-
Ae beaucoup. On continuera la calcinanation
jufqu'à ce que la matiere foit devenue
parfairement rouge , & qu'elle ne
rende prefque plus de flamme. A ce point
de calcination , il faut la retirer du creufet,
& la jetter toute rouge dans une fuffifante
quantité d'eau bouillante ; après une
heure d'ébullition , il faut filtrer cette
leffive.
Pour procéder enfuite à l'opération du
bleu , il faut prendre des vaiffeaux de
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
terre ou de fer , dans lefquels l'on mettra
chauffer 300 pintes d'eau minérale . On
faifira l'inftant de l'ébullition où la liqueur
prend une couleur jaune très- foncée , on
ceffera le feu pour laiffer repofer l'eau qui
s'éclaircira en peu de tems , en dépofant.
une matiere jaune inutile dans cette opération
, qu'il faudra féparer de la liqueur
par la décantation.
Ces deux liqueurs étant chaudes , l'on
mêlera peu à peu avec l'eau minérale la
liqueur Alkaline fulphureufe ; ce mêlange
paffera tout d'un coup à une belle couleur
bleue ; quand on s'appercevra fur la fin
du mêlange que cette couleur s'affoiblit
de beaucoup , & qu'elle eft fur le point de
paffer à une couleur grife , alors on ceffera
de mettre de la liqueur alkaline fulphureufe.
Le mouvement d'effervefcence qui
fe paffe dans le mêlange étant ceffé , la
liqueur parfaitement repofée , on la décantera
auffitât avec foin , pour en féparer
la fécule qui fe fera précipitée , qu'on
aura foin de laver exactement avec de
l'eau de puits ou de l'eau de la Seine ,
bien claire. Il faut obſerver de décanter à
tems la liqueur de deffus la fécule , ainfi
que je l'ai fait obferver dans mes premicres
expériences raiſonnées fur ce bleu
attendu que la liqueur qui eft chargée en-
馨
DECEMBRE. J 1755 195
core de vitriol martial , dépoferoit une
portion de terre jaune , qui fe mêleroit
avec ce bleu , & qui lui communiqueroit
la couleur verte . La fécule étant ainfi préparée
& féchée avec foin , l'on aura une
livre deux onces d'un beau bleu foncé.
RÉFLEXIONS fur l'utilité du Bleu de
Pruffe , tiré des Eaux de M. de Calfabigi,
en réponse à ce que le fieur Machi en a dit
dans l'Examen Physique & Chimique qu'il
a donné de ces Eaux & de celles de la
fource de Madame Belami.
Jieur Machi , de la façon obligeante
dont il parle de mes procédés chimiques ,
auffi l'intérêt feul de la Chimie eft ce qui
me met dans le cas de lui répondre au fujet
de deux obfervations fur lefquelles je
ne fuis pas d'accord avec lui . L'une regarde
l'ochre que l'on fépare des Eaux minérales
de M. de Calfabigi , qu'il prétend n'être
pas du fer , page 30. Er l'autre concerne
l'utilité du Bleu de Pruffe que l'on retire
de ces mêmes Eaux , p . 44.
E ne dois que des remerciemens au
Je crois pouvoir avancer avec certitude ,
que le fieur Machi n'a point répété mes
expériences , il auroit reconnu que l'ochre
qui eft féparée de l'eau minérale de M. de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Calfabigi , eft un pur fer , ainfi que je l'ai
démontré art. 14 de mes Analyſes , & '
qu'après avoir été lavée pour enlever une
portion d'acide qui lui refte , & étant calcinée
un inftant dans un tefte fous la mouffle
du fourneau de coupelle , pour la dépouiller
de fes parties hétérogenes , elle
devient alors toute attirable à l'aimant en
forme de grouppe bien aiguillé , ce qui eft
la preuve la plus certaine que cette ochre
eft un véritable fer. Le Sr Machi prétend
auffi que cette ochre traitée avec le charbon ,
le fer qui en réfulte eft aigre & caffant , il
m'a dit même en avoir fait un petit culot:
je ne conçois pas par quel tour ingénieux
il a pu 6 bien raffembler , à l'aide feule du
charbon , ces parties métalliques , ce qu'on
ne pourroit faire que difficilement à l'aide
d'un flux plus reductif que celui du charbon
, tel qu'un qui feroit compofé avec
du tartre , du nitre & du fel de verre , & c.
Je penfe avoir annoncé avec jufte raifon
que mon travail fur ce bleu méritoit
l'attention du Public , par l'avantage qu'il
en peut tirer , loin d'être un amufement de
curiofité comme l'avance le fieur Machi .
J'ai dit dans mes premieres analyfes
que ce bleu pourroit être employé dans
toutes les préparations de fucre par préférence
au bleu de Pruffe , ce bleu étant fouDECEMBRE
1755. 197
vent préparé avec des vitriols martiaux
contenant du cuivre. Je connois un confifeur
qui fait un débit affez confidérable
de paftilles de violettes , qu'il prépare
avec les fleurs fechées , le fucre , l'Iris de
Florence , & un mucilage de gomme adra
gant qu'il colore avec du bleu de Prufſe.
Ces fortes de paftilles , priſes intérieurement
, étant données comme pectorales ,
qui peut être affuré qu'elles ne contiennent
point de cuivre ? c'est ce dont je ne répondrai
pas. Mais celles qui feroient préparées
avec le bleu de M. de Calfabigi , pourroient
être prifes avec confiance , & n'auroient
point cet inconvénient ; ce blea
étant tiré d'une eau minérale que MeffieursVenel,
Bayen, Rouelle, & le fieur Machi
lui même ont démontré être exemptes
de tout atome de cuivre.
Le fecond avantage que je prétends tirer
de ce bleu , c'eft que je le regarde comme
fupérieur à tous les bleus de Pruffe ordinaires
qui font prefque tous avivés par les
acides minéraux , & qui malgré les précautions
que l'on prend pour les laver ,
confervent toujours une petite portion
d'acide qui à la longue attaque & détruit
cette couleur , ainfi qu'il a été démontré
par le célebre M. Geoffroi.
Le bleu de M. de Calfabigi n'ayant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
pas beſoin d'être avivé par les acides , procure
un avantage effentiel aux Peintres
qui dans leurs travaux n'auront pas le
défagrément de voir leurs couleurs s'altérer
auffi promptement que celles qu'autoient
touché nos acides minéraux .
J'ai obfervé que ce bleu prenoit une
partie de blanc de plomb de plus que le
bleu de Pruffe le plus foncé que j'aye på
trouver , ce qui paroît faire un troifieme
avantage qui le rend plus intéreffant que
ne l'a penfé le fieur Machi.
Il faut obferver que deux cens quatrevingt
pintes de ces eaux minérales fourniffent
une livre de bleu , & qu'il faut que
les 280 pintes ayent dépofé leur ochre
& repris de nouveau fer , pour fournir
cette quantité : il n'a pas réfléchi
que pour
réuffir dans mon opération , je fuis obligé
néceſſairement, ainſi qu'il l'avance , de féparer
la terre jaune avec laquelle je n'aurois
qu'une fécule verte , & que la liqueur, en
reprenant de nouveau fer , fe chargeroit
d'une nouvelle terre jaune femblable à
celle que j'ai féparée : par conféquent cette
liqueur dans cet état ne pourroit donner
que du vert , comme je l'ai démontré ; delà
je concluds qu'il s'eft trompé dans ce
qu'il avance. De plus , s'il avoit bien examiné
mon procédé , il auroit vu que cette
1
DECEMBRE. 1755. 199
opération faite dans un vaiffeau de terre ,
ne produit pas plus de bleu que celui que
je fais dans les vaiffeaux de fer. La preuve
que je crois pouvoir donner de ces faits
eft bien fimple ; c'eft que premierement
l'acide furabondant , démontré dans les
eaux de M. de Calfabigi , n'y eft pas en
affez grande quantité , & qu'il eft noyé
dans trop de flegme pour diffoudre une
quantité de fer auffi fenfible que celle qui
fe précipite. Si cela arrivoit dans ce procédé
, il me feroit impoffible d'avoir du
bleu dans les vaiffeaux de fer , puifque la
liqueur que je fépare de deffus ma fécule
qui a été traitée dans les vaiffeaux de terre ,
contient encore du fer combiné avec l'acide
vitriolique qui fe dépoferoit fous la
couleur jaune , & qui fe mêleroit avec la
fécule , & lui donneroit la couleur verte
fans les précautions que j'ai indiqué dans
ce procédé abrégé pour retirer ce bleu ;
par conféquent s'il falloit néceffairement
que l'eau minérale fe rechargeât fenfiblement
de nouveau fer , l'opération ne pourroit
pas réaffir .
Le fieur Machi avance de plus qu'en
exploitant par jour deux livres de bleu de
Pruffe , que ce travail continué pendant
quinze jours dépenferoit S400 pintes d'eau
par mois ; ce qui pourroit contribuer à al-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
térer la fource de M. de Calfabigi , & par
conféquent nuire beaucoup à celle de Madame
Belami , dont il croit qu'elle tire fon
origine. Madame Belami peut fe tranquillifer
fur cet article , puifqu'il a été clairement
prouvé enjuftice & par les analyſes ,
que ces fources , & par conféquent les
eaux de Madame Belami font totalement
différentes , & qu'elles font diamétralement
oppofées.
Monfieur & Madame de Calfabigi étant
intéreffés à tirer le meilleur parti poffible
de leurs eaux , on ne doit pas préfumer
qu'ils cherchent à altérer une fource dont
ils fe préparent de démontrer au Public les
propriétés fingulieres relativement à la Médecine
, fuivant les certificats qu'ils font
en état de produire de plufieurs Médecins
& Chirurgiens.
Ces propriétés ne font point de mon
objet ; je me contenterai de dire qu'il réfulte
des Analyfes qui ont été faites des
eaux de M. de Calfabigi , qu'elles contiennent
une abondance de fer qui ne fe trouve
point dans celles de Madame Belami ;.
ce qui me donne lieu de penfer que ces
dernieres ne font pas dans le cas d'une
exacte comparaifon , ces eaux ne pouvant
fournir de bleu de Pruffe , fuivant ce
qu'en dit le Sr Machi lui-même , pag. 13...
DECEMBRE. 1755. 201
Je n'ai fait aucune expérience pour m'affurer
de ce fait ; je ne voudrois cependan
pas répondre qu'en traitant ces mêmest
eaux avec la leflive alkaline décrite par le
fçavant M. Macquer , laquelle eft chargée
jufqu'à parfaite faturation de phlogistique
animal , on ne pût en retirer une quantité
qui feroit vraisemblablement très petite ,
mais fuffifante cependant pour être fenfible.
De ces obfervations il réfulte que j'ai
prouvé ,
1°. Que l'ochre des eaux minérales de
M. de Calfabigi , eft un fer pur attirable à
l'aimant.
2°. Que l'eau minérale , en fe rechargeant
de nouveau fer , ne peut produire
du bleu de Pruffe , ce qui fait voir que le
heur Machi n'a pas entendu mon opération.
3°. Que le bleu de Pruffe fait avec ces
eaux , peut mieux convenir pour la Peinture
, en ce que n'étant pas avivé par les
acides minéraux , il eft moins fujer à s'altérer
que le bleu de Pruffe ordinaire .
4°. Que ce bleu étant exempt de mêlan
ge de cuivre , eft de beaucoup préférablepour
les préparations de fucre , à celui de
Pruffe , qu'on ne peut s'affurer en être tou--
jours dépouillé.
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Résumé : PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
Le texte décrit un procédé pour extraire le bleu de Prusse des eaux minérales de M. de Calfaligi, présenté par le sieur Cadet, apothicaire major de l'Hôtel Royal des Invalides. Le processus commence par la calcination d'un mélange de sang de bœuf désséché et de soufre d'Alicante concassé, jusqu'à ce que la matière devienne rouge et ne produise plus de flamme. Cette matière est ensuite jetée dans de l'eau bouillante et filtrée après une heure d'ébullition. Pour obtenir le bleu de Prusse, 300 pintes d'eau minérale sont chauffées jusqu'à ébullition, puis laissées reposer pour séparer une matière jaune inutile. La liqueur alcaline sulfureuse est ensuite mélangée à l'eau minérale, produisant une couleur bleue. Une fois refroidie, la liqueur est décantée pour séparer la fécule, qui est lavée avec de l'eau claire. Le résultat est une livre deux onces d'un beau bleu foncé. Le texte inclut également des réflexions sur l'utilité du bleu de Prusse extrait des eaux de M. de Calfaligi. Le sieur Cadet conteste les observations du sieur Machi, affirmant que l'ochre séparée des eaux est un fer pur, attirable à l'aimant. Il souligne que ce bleu est supérieur aux bleus de Prusse ordinaires car il n'est pas avivé par des acides minéraux, ce qui le rend moins sujet à l'altération. De plus, il est exempt de cuivre, le rendant préférable pour les préparations de sucre. Le procédé permet d'obtenir deux cents quatre-vingts pintes d'eau minérale pour une livre de bleu, après séparation de la terre jaune. Le sieur Cadet conclut que les eaux de M. de Calfaligi et celles de Madame Belami sont différentes et ne peuvent être comparées.
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3503
p. 250
AVERTISSEMENT De l'Auteur du Mercure sur la réponse de M. Rousseau à la Lettre de M. de Voltaire.
Début :
Nous avons inséré dans le Mercure de Novembre, page 63, [...]
Mots clefs :
Rousseau, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT De l'Auteur du Mercure sur la réponse de M. Rousseau à la Lettre de M. de Voltaire.
AVERTISSEMENT
De l'Auteur du Mercure fur la réponse de
M. Rouffeau à la Lettre de M. de
Voltaire.
Ous avons inféré dans le Mercure de
N
Novembre , page 63 , la réponſe de
M. Rouffeau à M. de Voltaire , fur une
Copie qui nous eft parvenue très- imparfaite
, & fans fon aveu . M. Rouffeau à
défiré que nos Lecteurs en fuffent inftruits.
Nous l'avons fatisfait fur ce point avec
d'autant moins de peine que les égards
que nous devons à tous les Auteurs , notre
eftime particuliere pour lui , l'amour que
nous avons pour la vérité , & notre refpect
pour le Public , nous en ont fait une loi.
Nous aurions cru fur-tout , manquer à ce
dernier , après lui avoir donné un écrit
défectueux , de ne pas l'en avertir , dès
qu'on nous a fait connoître notre erreur.
De l'Auteur du Mercure fur la réponse de
M. Rouffeau à la Lettre de M. de
Voltaire.
Ous avons inféré dans le Mercure de
N
Novembre , page 63 , la réponſe de
M. Rouffeau à M. de Voltaire , fur une
Copie qui nous eft parvenue très- imparfaite
, & fans fon aveu . M. Rouffeau à
défiré que nos Lecteurs en fuffent inftruits.
Nous l'avons fatisfait fur ce point avec
d'autant moins de peine que les égards
que nous devons à tous les Auteurs , notre
eftime particuliere pour lui , l'amour que
nous avons pour la vérité , & notre refpect
pour le Public , nous en ont fait une loi.
Nous aurions cru fur-tout , manquer à ce
dernier , après lui avoir donné un écrit
défectueux , de ne pas l'en avertir , dès
qu'on nous a fait connoître notre erreur.
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Résumé : AVERTISSEMENT De l'Auteur du Mercure sur la réponse de M. Rousseau à la Lettre de M. de Voltaire.
L'auteur du Mercure avertit les lecteurs qu'une réponse de M. Rouffeau à une lettre de M. de Voltaire, publiée en novembre, était basée sur une copie imparfaite et non autorisée. M. Rouffeau a demandé à rectifier cette erreur. L'auteur a accepté par respect pour tous les auteurs, estime pour M. Rouffeau, amour de la vérité et respect du public.
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3504
p. 251
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
251
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 27 Novemb
1755.
GUIROY.
251
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 27 Novemb
1755.
GUIROY.
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3505
p. 6
Impromptu sur les Successeurs de Henry IV.
Début :
On vit en Louis treize un Antonin le Juste : [...]
Mots clefs :
Successeurs, Henry IV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Impromptu sur les Successeurs de Henry IV.
Impromptu fur les Succeffeurs de Henry IV.
ON vit en Louis treize un Antonin le Jufte :-
Son fils renouvella le beau fiecle d'Auguſte :
Louis le Bien-aimé ſçait ſeul , par ſes vertus ,
Faire revivre Augufte , Antonin & Titus.
Par M. de Lanevere , ancien Monfquetaire
du Roi ; à Dax , le 18 Octobre , 1755.
ON vit en Louis treize un Antonin le Jufte :-
Son fils renouvella le beau fiecle d'Auguſte :
Louis le Bien-aimé ſçait ſeul , par ſes vertus ,
Faire revivre Augufte , Antonin & Titus.
Par M. de Lanevere , ancien Monfquetaire
du Roi ; à Dax , le 18 Octobre , 1755.
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3506
p. 18-19
VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
Début :
Tu chantes comme Eglé, [...]
Mots clefs :
Talents, Amour, Bonheur, Voix, Amant
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texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
VERS
A Madame de la Tour , par M. de Baftide.
Tu
chantes
comme Eglé ,
Tu rimes comme Ovide ;
A tes talens le gout préfide ,
Il devient une volupté.
Si tu chantes l'amour ; la vertu , la fierté ,
Difparoiffent d'un coeur infenfible ou févere :
La douceur de ta voix change en réalité
Le bonheur d'un amant qui n'eft qu'imaginatre ;
Et l'on prend tes accens dont on eft enchanté ,
Pour les garants d'un bien qui devient néceſſaire
A la félicité.
Si tu peins un amant perfide ,
On le voit , on le hait ; on eft épouvanté
Du crime d'un ingrat trop bien repréſenté,
Et fon horreur décide
A la fidélité.
Si du chant des oifeaux ton luth dépofitaire ,
Unit les doux accens aux accords de ta voix ,
On fent tout leur bonheur qui fe peint ſous tes
Et
par
doigts ,
l'effet involontaire
D'un concert plus doux mille fois
DECEMBRE . 12 1755 .
Que les bruyans concerts des Rois ,
On devient berger ou bergere:
Et l'on croit être dans les bois.
Ton efprit naturel & tendre
Sçait parfaitement aſſortir
L'art de faire penſer & l'art de divertir ;
Et qui ne fçait pas bien t'entendre ,
N'eftguere digne de fentir.
Sans affectation , fans faux air de molleffe ,
Dans tout ce que tu fais , tu répands la tendreffe :
Tes talens femblent nés d'un amoureux penchant
;
On voit que l'amour t'intéreſſe ,
Non par l'effet de la foibleffe ,
Mais par l'attrait du fentiment.
Puiffe à jamais un fi doux avantage
Conferver fon prix à tes yeux ;
Puiffe Apollon , puiffe l'amour heureux ,
T'allurer , chaque jour , nos coeurs & notre hommage
,
En t'infpirant des champs harmonieux !
On s'illuftre par leur langage ,
Et l'on s'embellit par leurs feux.
Les talens font le premier gage
De la faveur des Dieux ;
Ils n'ont au-deffus d'eux
Que l'art d'en faire un immortel ufage.
A Madame de la Tour , par M. de Baftide.
Tu
chantes
comme Eglé ,
Tu rimes comme Ovide ;
A tes talens le gout préfide ,
Il devient une volupté.
Si tu chantes l'amour ; la vertu , la fierté ,
Difparoiffent d'un coeur infenfible ou févere :
La douceur de ta voix change en réalité
Le bonheur d'un amant qui n'eft qu'imaginatre ;
Et l'on prend tes accens dont on eft enchanté ,
Pour les garants d'un bien qui devient néceſſaire
A la félicité.
Si tu peins un amant perfide ,
On le voit , on le hait ; on eft épouvanté
Du crime d'un ingrat trop bien repréſenté,
Et fon horreur décide
A la fidélité.
Si du chant des oifeaux ton luth dépofitaire ,
Unit les doux accens aux accords de ta voix ,
On fent tout leur bonheur qui fe peint ſous tes
Et
par
doigts ,
l'effet involontaire
D'un concert plus doux mille fois
DECEMBRE . 12 1755 .
Que les bruyans concerts des Rois ,
On devient berger ou bergere:
Et l'on croit être dans les bois.
Ton efprit naturel & tendre
Sçait parfaitement aſſortir
L'art de faire penſer & l'art de divertir ;
Et qui ne fçait pas bien t'entendre ,
N'eftguere digne de fentir.
Sans affectation , fans faux air de molleffe ,
Dans tout ce que tu fais , tu répands la tendreffe :
Tes talens femblent nés d'un amoureux penchant
;
On voit que l'amour t'intéreſſe ,
Non par l'effet de la foibleffe ,
Mais par l'attrait du fentiment.
Puiffe à jamais un fi doux avantage
Conferver fon prix à tes yeux ;
Puiffe Apollon , puiffe l'amour heureux ,
T'allurer , chaque jour , nos coeurs & notre hommage
,
En t'infpirant des champs harmonieux !
On s'illuftre par leur langage ,
Et l'on s'embellit par leurs feux.
Les talens font le premier gage
De la faveur des Dieux ;
Ils n'ont au-deffus d'eux
Que l'art d'en faire un immortel ufage.
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Résumé : VERS A Madame de la Tour, par M. de Bastide.
Le texte est une lettre poétique de M. de Baftide à Madame de la Tour, datée du 12 décembre 1755. L'auteur y loue les talents exceptionnels de Madame de la Tour en chant et en poésie, comparant ses chants à ceux d'Églé et ses rimes à celles d'Ovide. Il souligne que ses performances évoquent des émotions profondes, transformant l'imaginaire en réalité et inspirant la vertu et la fidélité. La voix de Madame de la Tour représente authentiquement divers sentiments, tels que l'amour, la perfidie ou la douceur. Son esprit naturel et tendre combine l'art de faire réfléchir et de divertir. L'auteur admire la tendresse et l'authenticité de ses talents, nés d'un véritable intérêt pour l'amour. Il souhaite que ses talents continuent de lui apporter honneur et admiration, et qu'ils lui permettent de s'illustrer et de s'embellir par leur langage et leurs feux. Les talents sont présentés comme un gage de la faveur des Dieux et un moyen d'atteindre l'immortalité.
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3507
p. 20-22
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Début :
Vous, qui courez [...]
Mots clefs :
Heureux, Plaisirs, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie.
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
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Résumé : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Le texte 'Le Philosophe aimable' du 'Ballet des Fêtes de Thalie' décrit un philosophe qui méprise l'éclat et l'opulence, préférant les plaisirs modérés. Il valorise l'honneur, le devoir et la tendresse, et choisit de n'aimer que sa femme, indifférent aux moqueurs. Le 28 décembre 1755, il invite ses amis dans sa retraite, leur offre un repas délicat à minuit, et se couche heureux. Le lendemain, il découvre que ses revenus ont disparu. Lorsqu'il vit raisonnablement, il lit des auteurs classiques tels que Caton, Newton, Rollin, Platon, Anacréon, Arnaud, Virgile, Horace ou Cicéron. Il est ouvert aux critiques constructives qui pourraient lui apprendre à vivre mieux. Le texte est publié par M. Fuzillier à Amiens dans le Mercure de France.
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3508
p. 32-33
EPITRE A Eglé.
Début :
J etois si fort brouillé sur le sacré vallon [...]
Mots clefs :
Coeur, Charmante, Églé
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Eglé.
EPITRE
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
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Résumé : EPITRE A Eglé.
L'épître, adressée à Eglé, commence par une plainte sur la difficulté de composer sans l'inspiration des Muses et l'appui d'Apollon. L'auteur exprime son soulagement d'avoir retrouvé la faveur du maître du Parnasse. Il interroge Eglé sur ses pensées envers celui qui traverserait les flammes du Phlégéton pour elle et s'il est le seul à souffrir d'un cœur insensible. L'auteur se réjouit des plaisirs et des fêtes, mais déplore la présence de rivaux. Il souhaite que la loi soit générale et qu'Eglé soit égale pour tous, bien qu'il reconnaisse être agité par la jalousie. Il admire que le public apprécie les attraits d'Eglé, mais craint qu'un rival trop aimable ne lui ravisse son affection. L'auteur se déclare excusable de songer à se venger dans ce cas. Il avoue que s'il avait la certitude du cœur tendre d'Eglé, il pourrait espérer l'obtenir un jour. Cependant, il se demande à quoi il peut s'attendre lorsqu'il n'a que son amour. L'épître est signée par le Baron de Poin... Tauz...
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3509
p. 34-35
A Madame de M*** qui avoit demandé à l'Auteur, des Vers sur l'Amitié.
Début :
Des tendres sentimens qui vous seroient offerts, [...]
Mots clefs :
Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame de M*** qui avoit demandé à l'Auteur, des Vers sur l'Amitié.
A Madame de M*** qui avoit demandé à
-l'Auteur , des Vers fur l'Amitié.
DEs tendres fentimens qui vous feroient offerts,
A ceux de l'Amitié vous bornez mes concerts ,
Je dois ne chanter qu'eux , fi je prétends vous
plaire.
Penfez- vous donc , Iris , qu'à cette loi fevere,
On puiffe , hélas ! fe conformer
DECEMBRE. 1755. 35
Ne portez-vous au coeur qu'une legere atteinte
Il gémit de cette contrainté ;
A peine s'ouvre-t'il qu'il doit fe refermer.
Ou méritez moins de tendreffe ,
Ou par un traitement plus doux ,
Permettez que l'on vous adreffe
Un encens plus digne de vous .
A vos decrets , faifi d'un beau délire ,
J'ai tenté d'en fuivre le cours ,
Et toujours vu paffer ma lyre
Des mains de l'Amitié dans celles des Amoury.
Près de vous , Belle Iris , fon tranfport fe rafine ,
Et certain fentiment de fi près l'avoifine ,
Qu'elle peut à la fin , par un commun appui ,
Se confondre avec lui.
Comme fufpecte alors , la Vertu la confifque ,
Elle profcrit encore les foupirs décelés .
Ne me mettez pas dans le rifque
De vous aimer , Iris , plus que vous ne voulez.
M. Tanevot.
-l'Auteur , des Vers fur l'Amitié.
DEs tendres fentimens qui vous feroient offerts,
A ceux de l'Amitié vous bornez mes concerts ,
Je dois ne chanter qu'eux , fi je prétends vous
plaire.
Penfez- vous donc , Iris , qu'à cette loi fevere,
On puiffe , hélas ! fe conformer
DECEMBRE. 1755. 35
Ne portez-vous au coeur qu'une legere atteinte
Il gémit de cette contrainté ;
A peine s'ouvre-t'il qu'il doit fe refermer.
Ou méritez moins de tendreffe ,
Ou par un traitement plus doux ,
Permettez que l'on vous adreffe
Un encens plus digne de vous .
A vos decrets , faifi d'un beau délire ,
J'ai tenté d'en fuivre le cours ,
Et toujours vu paffer ma lyre
Des mains de l'Amitié dans celles des Amoury.
Près de vous , Belle Iris , fon tranfport fe rafine ,
Et certain fentiment de fi près l'avoifine ,
Qu'elle peut à la fin , par un commun appui ,
Se confondre avec lui.
Comme fufpecte alors , la Vertu la confifque ,
Elle profcrit encore les foupirs décelés .
Ne me mettez pas dans le rifque
De vous aimer , Iris , plus que vous ne voulez.
M. Tanevot.
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Résumé : A Madame de M*** qui avoit demandé à l'Auteur, des Vers sur l'Amitié.
Dans une lettre poétique adressée à Madame de M***, M. Tanevot répond à sa demande de vers sur l'amitié. Il explique qu'il doit se limiter à chanter l'amitié pour lui plaire, bien qu'il ressente des sentiments plus tendres. Il exprime la difficulté de se conformer à cette contrainte, car son cœur est touché plus profondément qu'il ne le montre. Il souhaite pouvoir exprimer des sentiments plus dignes d'elle, mais se conforme à ses désirs. L'auteur avoue avoir tenté de suivre le cours de ses émotions, oscillant entre l'amitié et l'amour. En présence de Madame de M***, son transport se raffine, et il ressent un sentiment proche de l'amour, qu'il pourrait confondre avec l'amitié. Cependant, la vertu l'incite à réprimer ces sentiments. Il conclut en demandant à Madame de M*** de ne pas le mettre dans la situation de l'aimer plus qu'elle ne le souhaite.
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3510
p. 52-53
VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
Début :
Au milieu du repos des ombres de la nnit, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
VERS
Préfentés au Roi , le lendemain de l'accouchement
de Madame la Dauphine , fur la
naissance de Monseigneur le Comte de
Provence , le 17 Novembre 1755.
Au milieu du repos des ombres de la nnit , - U
Quel aftre étincelant commence la carriere ?
Empreffez-vous , François ; par l'éclat qui le fuit
Célébrez dans vos chants fa naiffante lumiere.
Dans cet enfant chéri , que nous donnent les
- Dieux ,
De leurs nouveaux bienfaits fa naiſſance eft le
gage.
Son ayeul adoré poffede avantage
De régner dans fes fils fur ces climats heureux.
Pere & Roi fortuné , cette famille augufte ,
Ainfi que fon pouvoir , s'augmente chaque jour .
Maître de nos deſtins , s'il a tout notre amour ,
Quel hommage flatteur , quel tribut eſt plus jufte s
De l'Aurore au Couchant , les fiecles à venir ,
De ce Prince immortel méditeront l'hiſtoire .
Ses rares qualités , fa prudence , & fa gloire ,
Feront de nos neveux le plus cher fouvenir.
DECEMBRE. 1755. 53
Ses exploits , fa fageffe , affurent fa puiffance.
Envain de notre fort un grand peuple eft jaloux ,
Le ciel plaçant Louis pour élever la France ,
Eternife avec lui notre eſpoir le plus doux.
En formant des Héros pour régir cet empire ,
Louis , dans fes enfans , retrouve les vertus ;
Notre félicité , dans fes foins affidus ,
Eft un des fentimens que fon coeur leur infpire
Que le fang des Bourbons commande à l'univers !
Le bonheur des humains fondé fur leur puiffance,
Garantit l'avenir , fixe notre efpérance .
Qui pourroit fous leurs loix redouter des revers ?
La Seine, en arrofant ces fertiles rivages ,
De ces Princes chéris verra les defcendans
Auffi grands dans la paix , qu'illuftres conquérans,
De Tite , & de Trajan rappeller les images.
Par J. Martinot , Valet de Chambre , Hor-
Loger de Sa Majesté .
Préfentés au Roi , le lendemain de l'accouchement
de Madame la Dauphine , fur la
naissance de Monseigneur le Comte de
Provence , le 17 Novembre 1755.
Au milieu du repos des ombres de la nnit , - U
Quel aftre étincelant commence la carriere ?
Empreffez-vous , François ; par l'éclat qui le fuit
Célébrez dans vos chants fa naiffante lumiere.
Dans cet enfant chéri , que nous donnent les
- Dieux ,
De leurs nouveaux bienfaits fa naiſſance eft le
gage.
Son ayeul adoré poffede avantage
De régner dans fes fils fur ces climats heureux.
Pere & Roi fortuné , cette famille augufte ,
Ainfi que fon pouvoir , s'augmente chaque jour .
Maître de nos deſtins , s'il a tout notre amour ,
Quel hommage flatteur , quel tribut eſt plus jufte s
De l'Aurore au Couchant , les fiecles à venir ,
De ce Prince immortel méditeront l'hiſtoire .
Ses rares qualités , fa prudence , & fa gloire ,
Feront de nos neveux le plus cher fouvenir.
DECEMBRE. 1755. 53
Ses exploits , fa fageffe , affurent fa puiffance.
Envain de notre fort un grand peuple eft jaloux ,
Le ciel plaçant Louis pour élever la France ,
Eternife avec lui notre eſpoir le plus doux.
En formant des Héros pour régir cet empire ,
Louis , dans fes enfans , retrouve les vertus ;
Notre félicité , dans fes foins affidus ,
Eft un des fentimens que fon coeur leur infpire
Que le fang des Bourbons commande à l'univers !
Le bonheur des humains fondé fur leur puiffance,
Garantit l'avenir , fixe notre efpérance .
Qui pourroit fous leurs loix redouter des revers ?
La Seine, en arrofant ces fertiles rivages ,
De ces Princes chéris verra les defcendans
Auffi grands dans la paix , qu'illuftres conquérans,
De Tite , & de Trajan rappeller les images.
Par J. Martinot , Valet de Chambre , Hor-
Loger de Sa Majesté .
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Résumé : VERS Présentés au Roi, le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, sur la naissance de Monseigneur le Comte de Provence, le 17 Novembre 1755.
Le poème célèbre la naissance du Comte de Provence, futur Louis XVIII, le 17 novembre 1755. Présenté au Roi le lendemain de l'accouchement de Madame la Dauphine, il loue cet événement comme un signe des bienfaits divins et souligne l'augmentation du pouvoir et de la famille royale. Le texte prédit que les générations futures admireront l'histoire de ce prince, mettant en avant ses qualités, sa prudence et sa gloire. Il exalte également les exploits et la sagesse du roi Louis, comparant sa descendance à des héros capables de régir l'empire. La puissance des Bourbons est présentée comme garantissant l'avenir et l'espérance, assurant le bonheur des humains. La Seine est évoquée comme témoin des descendants de ces princes, aussi grands en paix qu'en tant que conquérants illustres, rappelant les images de Tite et de Trajan. Le poème est signé par J. Martinot, Valet de Chambre et Horloger de Sa Majesté.
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3511
p. 54-55
VERS Présentés au Roi à l'occasion de la naissance de Monseignenr le Comte de Provence, par M. Le Monnier.
Début :
Au milieu d'une nuit obscure, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : VERS Présentés au Roi à l'occasion de la naissance de Monseignenr le Comte de Provence, par M. Le Monnier.
VERS
Préfentés au Roi à l'occafion de la naissance
de Monfeignenr le Comte de Provence , par
M. Le Monnier.
Aumilieu d'une nuit obſcure , U
Quelle vive clarté ſe répand dans les airs ?
La terre en un inſtant ſe couvre de verdure :
Flore paroît braver la glace des hyvers :
Quel ſpectacle pompeux embellit la nature ?
Sur les bords argentés d'une onde vive & pure ;
S'éleve un tendre lys , l'amour de l'univers .
Mais que vois -je ?.... Du fein de fa tige féconde ,
Sort tout à coup un jeune enfant ;
Afon air doux & triomphant ,
Il paroît être né pour le bonheur du monde.
Tous les Dieux à l'envi , le comblent de leurs
dons :
Minerve lui fourit , la Gloire l'environne ,
La main des Graces le couronne.
Puis-je vous méconnoître , & race des Bourbons ,
A cette majefté dont l'éclat nous étonne !
Croiffez , aimable enfant , fous les yeux de Louis
Joignez à la vertu de votre illuftre mere
La valeur , la bonté de votre auguſte pere ,
Et méritez un jour le beau nom de fon fils.
DECEMBRE. 1755 . SS
Louis à ton bonheur rien ne peut mettre obſtacle.
Tout réuffit au-delà de tes voeux :
Comblés de tes bienfaits , nos coeurs font un
oracle
Qui t'annonce à jamais le fort le plus heureux.
Pourfuis : chaque moment d'un regne glorieux
Doit être confacré par un nouveau miracle.
Préfentés au Roi à l'occafion de la naissance
de Monfeignenr le Comte de Provence , par
M. Le Monnier.
Aumilieu d'une nuit obſcure , U
Quelle vive clarté ſe répand dans les airs ?
La terre en un inſtant ſe couvre de verdure :
Flore paroît braver la glace des hyvers :
Quel ſpectacle pompeux embellit la nature ?
Sur les bords argentés d'une onde vive & pure ;
S'éleve un tendre lys , l'amour de l'univers .
Mais que vois -je ?.... Du fein de fa tige féconde ,
Sort tout à coup un jeune enfant ;
Afon air doux & triomphant ,
Il paroît être né pour le bonheur du monde.
Tous les Dieux à l'envi , le comblent de leurs
dons :
Minerve lui fourit , la Gloire l'environne ,
La main des Graces le couronne.
Puis-je vous méconnoître , & race des Bourbons ,
A cette majefté dont l'éclat nous étonne !
Croiffez , aimable enfant , fous les yeux de Louis
Joignez à la vertu de votre illuftre mere
La valeur , la bonté de votre auguſte pere ,
Et méritez un jour le beau nom de fon fils.
DECEMBRE. 1755 . SS
Louis à ton bonheur rien ne peut mettre obſtacle.
Tout réuffit au-delà de tes voeux :
Comblés de tes bienfaits , nos coeurs font un
oracle
Qui t'annonce à jamais le fort le plus heureux.
Pourfuis : chaque moment d'un regne glorieux
Doit être confacré par un nouveau miracle.
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Résumé : VERS Présentés au Roi à l'occasion de la naissance de Monseignenr le Comte de Provence, par M. Le Monnier.
Le poème célèbre la naissance du Comte de Provence, futur Louis XVIII, en décembre 1755. Une nuit obscure s'illumine soudainement, symbolisant cet événement. La nature se transforme, se couvrant de verdure et de fleurs, et un lys, symbole de pureté, apparaît. Un jeune enfant, né pour le bonheur du monde, reçoit des dons divins : Minerve lui offre la sagesse, la Gloire l'entoure, et les Grâces le couronnent. Le poète reconnaît en cet enfant un membre de la race des Bourbons, admirant sa majesté. Il souhaite que le comte, sous le regard de Louis XV, combine la vertu de sa mère et la valeur et la bonté de son père, méritant ainsi le nom de fils de Louis. Le poème se conclut en affirmant que rien ne peut entraver le bonheur du comte, dont le règne sera marqué par des miracles et des succès constants.
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3512
p. 57-58
LA NAISSANCE de Monseigneur le Comte de Provence. MUSETTE. Par M. Thomassin de Juilly, Garde du Corps du Roi ; mise en chant par M. de Buri, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
Début :
Bruyans tambours, fieres trompettes, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence, Naissance, Naissance du Comte de Provence, Amour, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE de Monseigneur le Comte de Provence. MUSETTE. Par M. Thomassin de Juilly, Garde du Corps du Roi ; mise en chant par M. de Buri, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
LA NAISSANCE
de Monfeigneur
le Comte de Provence.
MU. SET TE .
Par M. Thomafin de Juilly , Garde du
Corps du Roi, & mife en chant par M. de..
Buri , Surintendant de la Musique de San
Majefté.
BRuyans tambours , fieres trompettes ,
Faites éclater nos tranfports ;
Au fon de nos tendres mufettes ,
Mêlez pour toujours vos accords ..
Des Dieux vous ferviez la vengeance ,
Maintenant ils font fatisfaits :
N'annoncez plus que leur clémence.
Ne chantez plus que leurs bienfaits.`.
Que tout cede à la douce ivreffe
Que nous inſpire un fi beau jour !
Nous le devons à la tendrefle ,
Puifqu'il eft produit par l'amour.
Libres de foucis & de craintes ,
Livrons-nous aux plus doux loiſirs :
Cv
JS MERCURE DE FRANCE.
Baniffons le trouble & les plaintes ;
Voici le regne des plaifirs.
串
O vous , Race illuftre & féconde ,
Qui rendez l'efpoir à nos voeux !
De Héros rempliffez le Monde :
C'eſt à vous à le rendre heureux.
L'Amour pour embellir nos fêtes ,
Fait régner les Graces , les Ris ;
Mais ce Dieu ne fait des conquêtes
Que pour vous en offrir le prix.
串
Que Lucine à nos voeux propice ,
Préfide à nos jeux , à nos airs !
Que le boccage retentiffe
Du bruit de nos tendres concerts !
Confacrons , Bergers , à la gloire
Et nos chalumeaux & nos voix :
Qu'à jamais fes dons , fa mémoire ,
Soient les délices de nos bois !
A Arc en Barois , le 22 Nouembre 175.5-
de Monfeigneur
le Comte de Provence.
MU. SET TE .
Par M. Thomafin de Juilly , Garde du
Corps du Roi, & mife en chant par M. de..
Buri , Surintendant de la Musique de San
Majefté.
BRuyans tambours , fieres trompettes ,
Faites éclater nos tranfports ;
Au fon de nos tendres mufettes ,
Mêlez pour toujours vos accords ..
Des Dieux vous ferviez la vengeance ,
Maintenant ils font fatisfaits :
N'annoncez plus que leur clémence.
Ne chantez plus que leurs bienfaits.`.
Que tout cede à la douce ivreffe
Que nous inſpire un fi beau jour !
Nous le devons à la tendrefle ,
Puifqu'il eft produit par l'amour.
Libres de foucis & de craintes ,
Livrons-nous aux plus doux loiſirs :
Cv
JS MERCURE DE FRANCE.
Baniffons le trouble & les plaintes ;
Voici le regne des plaifirs.
串
O vous , Race illuftre & féconde ,
Qui rendez l'efpoir à nos voeux !
De Héros rempliffez le Monde :
C'eſt à vous à le rendre heureux.
L'Amour pour embellir nos fêtes ,
Fait régner les Graces , les Ris ;
Mais ce Dieu ne fait des conquêtes
Que pour vous en offrir le prix.
串
Que Lucine à nos voeux propice ,
Préfide à nos jeux , à nos airs !
Que le boccage retentiffe
Du bruit de nos tendres concerts !
Confacrons , Bergers , à la gloire
Et nos chalumeaux & nos voix :
Qu'à jamais fes dons , fa mémoire ,
Soient les délices de nos bois !
A Arc en Barois , le 22 Nouembre 175.5-
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Résumé : LA NAISSANCE de Monseigneur le Comte de Provence. MUSETTE. Par M. Thomassin de Juilly, Garde du Corps du Roi ; mise en chant par M. de Buri, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
Le poème célèbre la naissance du Comte de Provence, futur Louis XVIII, le 22 novembre 1755 à Arc-en-Barrois. Il commence par une invocation aux tambours et trompettes pour annoncer la joie et la clémence divine. Le texte exprime la gratitude pour ce jour heureux, attribué à l'amour et à la tendresse. Il appelle à bannir les soucis et les plaintes pour entrer dans un règne de plaisirs. Le poème s'adresse à une race illustre et féconde, espérant qu'elle remplisse le monde de héros pour le rendre heureux. L'amour est présenté comme le moteur des fêtes, embellissant les célébrations par les grâces et les rires. Le texte souhaite que Lucine, déesse des accouchements, préside aux jeux et aux airs musicaux. Enfin, il invite les bergers à consacrer leurs chalumeaux et leurs voix à la gloire, afin que les dons et la mémoire de cet événement soient à jamais les délices des bois.
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3513
p. 149-168
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
Début :
M. Newton (1) confond aussi Sésac avec Osiris, mais il est aisé de montrer en [...]
Mots clefs :
Chronologie, Newton, Égypte, Hercule, Phéniciens, Égyptiens, Grèce, Peuples, Sésostris, Jupiter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
CHRONOLOGIE.
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh . P. R.
fur la Chronologie de M. Newton.
M. Newton (1) confond auffi Séſac avec
Ofiris , mais il eft aifé de montrer en
deux mots qu'il fe trompe. Selon lui , Séfac
monta fur le trône d'Egypte pendant le
regne de Salomon : or il eft certain , &
tous les habiles gens en conviennent , que
le boeuf, fymbole d'Ofiris , étoit adoré dès
les tems de Moïfe. Le Géographe Eftienne
dit
que la ville de Thebes , cette fameuſe
Diofpolis appellée No-Hammon dans l'Ecriture
Sainte , avoir été bâtie par Ofiris
& Ifis. Krigua Crígid& vyù l'ord . Diodore
dit la même choſe. Or fi les peuples
de la Thébaïde font les plus anciens habitans
de l'Egypte , comme ( 2 ) les Hiftoriens
en conviennent , fi Thebes fut d'a-
( 1 ) Newton , p. 83. (2) Diodore , L. 1 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
bord le fiege des Rois d'Egypte , où en
fera M. Newton avec fon Séfac ?
Les Hiftoriens ( 1 ) nous diſent encore
qu'Ofiris enfeigna l'Agriculture aux Egyptiens
, que fon époufe leur donna l'ufage
du froment & de l'orge qui croiffoient auparavant
comme des plantes inconnues &
négligées . En un mot , ils conviennent
qu'Oficis fut le Légiflateur des Egyptiens.
Ya- t'il làquelque chofe qui puiffe regarder
Séfac ? Eft- ce que l'Egypte n'étoit pas dès
les temps de Jofeph , le grenier de tous les
peuples circonvoifins ? Cet Empire n'étoitil
pas gouverné par d'excellentes loix ? L'Ecriture
elle- même loue le
gouvernement
& la fageffe des Egyptiens dans ces temps
reculés , &c . Ces objections & plufieurs
autres que je pourrois accumuler ici , fe
préfentent naturellement à l'efprit ; pourquoi
M. Newton n'en a-t'il point fait ufage,
les croyoit- il peu dignes de fon attention
?
<< (2 ) Sous le regne d'Ammon , pere
» d'Ofiris ou Séfac, & ayeul d'Orus & de
» Bubafte , les Thébains
commencerent à
s'appliquer à la navigation & à l'Aftro-
» nomie , & par le lever & le coucher Hé-
"
(1 ) Diodore , L. 1. Plutarque dans fon Traité
d'Oliris & d'Ifis. ( 2) Newton , p. 83 .
DECEMBRE . 1755. 151
ל כ
» liaque des Etoiles , ils déterminerent la
longueur de l'année folaire ; ils ajouterent
» à la vieille année du Calendrier , cinq
» jours qu'ils confacrerent à fes cinq enfans
, & c. » .
و د
Cette détermination de l'année folaire ,
doit être attribuée à Ofiris , Prince éclairé
& très-inftruit. J'en ai de bonnes preuves ,
& fi mes réflexions donnent lieu à une réponſe
, j'aurai occafion de développer ce
poin: d'hiftoire que je ne mets point ici
pour ne pas trop m'étendre.
66
(1 ) Car il n'eft pas vraisemblable que
l'équation du mouvement du foleil ait
» été connue des l'enfance de l'Aftrono-
» mie ». Mais l'Aftronomie avoit pris fon
origine dans les plaines de Sennaar , avant
la difperfion des peuples , & il eft conftant
que cette équation a été connue & fixée
par le fondateur de la Monarchie Egyptienne.
Elle a été connue auffi des Chinois
fous leur Empereur Yao dont le regne paſſe
l'an 2000 avant Jefus-Chrift .
of
(2 ) Jules Céfar la corrigea , en y ajou
» tant un jour tous les quatre ans , & en
» fit l'année Romaine »
Cette correction étoit faite dès le tems
d'Oficis , & c'eft ce qu'il eft très- aifé de
(1 ) Newton , p. 84. (2 ) Ibid.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prouver par la compofition de la grande
période de 36525 ans qui fut dès- lors en
ufage.
( 1 ) Quand Amenophis eut fixé à l'équinoxe
du printems le commencement
» de la nouvelle année Egyptienne de 365
» jours , il mérita le monument dont on a
» parlé ci- deffus » . ( 2 ) Ce monument étoit
un cercle d'or de 365 coudées de circonférence
, divifé en 395 parties égales , pour
repréſenter tous les jours de l'année ; on
avoit auffi décrit fur chaque partie , le
lever & le coucher héliaque des étoiles .
Si l'on prouve que cet Amenophis n'eſt
pas différent du Prince Manoph ou Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne ,
& que Menès & Ofiris font deux noms
différens du même Prince , il fe trouvera
que M. Newton parle ici contre fon propre
fentiment. (3 ) Le Chevalier Marsham
fait voir qu'il y a eu plufieurs Amenophis ;
il dit de plus & avec raifon , que ce nom
d'Amenophis , comme celui de Memnon
ne different point du nom de Menès. Phamenophis
itaque , five Amenophis , Thebanis
is eft , qui Gracis Memnon , nomen ex Menis
, primi Regis , nómine componi videtur.
Memnoph Gracis , Euphonia gratiâ. Men-
(1 ) Newton , p. 69. ( 2 ) Diodore , L. I 、
(3 ) Marsham , P. 401 .
DECEMBRE. 1755. 153
non five Memnon. Je crois donc que cet
Amenophis dont la ftatue étoit à Thebes
dans les Syringes , & auquel on dédia le
riche monument dont on vient de parler
n'eft point différent de Menès auquel étoit
due la fixation de l'année Egyptienne . Il
eft aifé même de le faire voir
par les propres
paroles de M. Newton qui dit
104 , qu'Amenophis bâtit la ville qu'il
appella de fon nom , Amenoph ou Memphis.
Or ( 1 ) Memphis fut bâtie par Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne .
Amenophis & Menès font donc un feul &
même Prince.
page
« (2) Plufieurs nations célebrerent fous
» des noms différens , les louanges de Sé-
» foftris , à caufe de fes grandes conquêtes.
Les Chaldéens l'appelloient Belus , qui
» en leur langue veut dire Seigneur : les
» Arabes le nommoient Bacchus qui en
leur langue fignifie grand : les Phrygiens
& les Thraces lui donnoient le
» nom de Mafors , Mavors , Mars , qui
» veut dire vaillant , & c » .
23
Le culte de Belus exiftoit chez les Chaldéens
plufieurs fiecles avant Séfac & Séfoftris.
Je n'ignore pas auffi qu'il y a eu
plufieurs Belus , mais ils font tous anté-
( 1 ) Hérodote , L. z. ( 2) Newton , p. 101 ,
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
rieurs aux deux Princes Egyptiens. Sans
fçavoit fi le nom de Bacchus fignifie grand
dans la langue des Arabes , je ne doute pas
que Bacchus ne foit le même qu'Oficis ,
mais non point que Bel & Séfac. Quant
au Mavors , Ares , Marts , je crois qu'il
eft le Nemrod de l'Ecriture Sainte , connu
des Grecs fous le nom de Ninus , & adoré
des Chaldéens fous le titre générique de
Baal. Ces quatre noms Ares ou Arets ,
Marts , Ninus & Nemrod , paroiffent fort
différens , il font formés cependant de la
même racine. Arats , fignifie violentiâ ufus
fuit , fortem aut violentum fe exhibuit. D'Arats
vint Arets , Tyran , Conquérant , &
avec le même du participe Marets ou Mavorts.
On remarquera que chez les Latins,
Mars fait au génitif Martis , ce qui prouve
qu'on a du prononcer dans l'origine
Marts au lieu de Mars , qui eft plus doux à
la prononciation , & que pour cette raifon
on a préferé. Dans mes réflexions fur
page 73 de M. Newton , j'ai déja remar
la
qué que le changement des lettres S , TS ,
T, étoit fort communs. Ainfi on prononçoit
indifféremment Agns , Mavorts , &
Mars ou Marts.
Dans Nemrod , nom que je crois un peu
corrompu , il doit y avoir l'n . Cette infertion
de l'n eft commune ; on en a vu un
DECEMBRE. 1755 155
exemple dans Noph , Moph , & Manoph
qui expriment la ville de Memphis . Avec
cette n inférée , on aura donc Ninmrod ,
ce qui doit être interprêté Nin , le Conquérant
ou le Tyran. On peut confulter la Dif
fertation d'un fçavant ( 1 ) Académicien ,
dans laquelle on établit un parallele auffi
ingénieux que folide entre les deux Conquérans
Ninus & Nemrod. Quelqu'un a
déja remarqué que le nom de Baal ou Bel ,
a formé le bellum des Latins , parce que
Mars eft le premier qui fe foit fervi des armes
, & qu'il eft réputé le dieu des guer
riers.
a ( 2) Les Egyptiens l'appelloient Héro
ou Hercule.
Je ne connois point ce nom de Héro ; je
ne crois point non plus que quelque Ancien
ait dit que les Egyptiens donnerent à
Ofiris le nom d'Hercule . Je pense que cet
Hercule n'eft point différent de Canaan
frere de Mifor ou Mefraim , frere par con
féquent d'Ofitis. On peut voir à cette occafion
une Differtation imprimée dans la
Bibliotheque choifie de M. le Clerc , dans
laquelle on établit ce fentiment.
( 3 ) En le déïfiant , ils lui donnerent les
(1) M. Gibert de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres . ( 2 ) Newton , p. 102. ( 3) Ibid,
P. 102.00 10:
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
»noms de ce fleuve ( du Nil ) , Sihor ,
» Nilus & Ægyptus " .
Sicher fignifie noir , & ce nom n'eſt
qu'une traduction ou épithete de celui de
Ham. Les Egyptiens avoient donné ce nom
de Ham , à leur royaume , à leur fleuve &
à Thebes leur ville capitale . Le nom d'Ægyptus
eft bien plus récent , il exprime en
grec un espece de Vautour extrêmement
noir il n'eft donc que la traduction du
nom de Ham .
"3
a ( 1 ) Les Grecs ayant entendu les
» Egyptiens s'exprimer ainfi dans leurs
» cantiques lugubres : O Sihor , Bou Sihor,
prirent delà occafion de l'appeller Ofiris
» & Bufiris ».
Le nom d'Ofiris ne dérive pas de Sihor ;
une lettre afpirée telle que le Cheth ne
s'éclipfe pas ainfi ; Ofiris & Siris viennent
d'une autre fource . Quant aux noms de
Bufiris , Tapofiris , on peut confulter faint
Clément d'Alexandrie.
(2) Ofiris fut donc tué la cinquieme
» année d'Afa par fon frere Japet , que les
» Egyptiens appelloient Typhon , Python
» & Neptune ce fut alors que les Lybiens
fous la conduite de Japet & de fon
fils Atlas , envahirent l'Egypte , & exci-
(1) Newton , p. 102. ( 2 ) Ibid. p . 103 .
1
DECEMBRE . 1755. 157
» terent la fameufe guerre des Dieux &
» des Géants ".
Comme M. Newton lui- même fait Japet
frere d'Ofiris , on peut juger delà ſi j'ai
eu tort de dire qu'Hammon étoit Ham ,
qu'Oficis étoit le fondateur de la Monarchie
Egyptienne ou Mefraïm . Mais Japet
qu'on ne peut méconnoître ici pour le
Patriarche Japhet étoit oncle d'Ofiris &
non point fon frere : les Grecs ont jetté
M. Newton dans cette méprife parce qu'ils
font Japet frere de Chronos ; mais il y a
eu deux Chronos comme on peut le voir
par le fragment de Sanchoniathon ancien
auteur Phénicien . Le premier Chronos eft
Noë , le fecond eſt Ham ; le Poëte Nonnus
dit auffi que le nom d'Hammon chez les
Arabes étoit Chronos. Il eft donc vrai que
Japet étoit frere du fecond Chronos &
fils du premier , par conféquent oncle
d'Ofiris.
Je penfe auffi comme M. Newton que
ce même Japet eft Neptune , mais non
point Python ou Typhon. Eft- il donc fi
difficile de reconnoître ce Python dans
Phuth , frere de Mefraïm . Ham avoit eu
l'Afrique en partage , il la diftribua à ſes
enfans. Chus eut l'Ethiopie , & depuis on
a toujours appellé les Ethiopiens des Chufites
; Mefr , Mifor , ou comme l'appelle
158 MERCURE DE FRANCE.
l'Écriture Sainte , Mefraïm , eur l'Egypte
qui porte encore aujourd'hui fon nom ;
Canaan eut le païs de ce nom , & enfin
Phuth cut les païs qui font à l'occident
de l'Egypte.
(1) Sur ces entrefaites , Amenophis
» quitta la Baffe-Egypte , & vint à Mem-
" phis fuivi par les reftes de l'armée Ethio-
»pienne de fon pere ; étant arrivé dans
» ce païs , il fit paffer le Nil dans un autre
» canal , fous un Pont neuf qu'il bâtit en-
» tre deux montagnes ; en même- tems if
»bâtit & fortifia cette ville contre Ofarfiphus
, & l'appella de fon nom Amenoph
» ou Memphis ».
Cet Amenophis comme nous l'avons
déja infinué eſt le même que Menès fondateur
de la Monarchie Egyptienne . Le nom
bien orthographié eft Manof on Menouf
comme les Arabes prononcent. Les Grecs
ont étrangement corrompu ce nom . Ils
l'ont écrit tantôt Menevis , Mnevis , Memphis
, tantôt Menophis Minevis , Meneus ,
Menes , Menon , & c . car on le trouve écrit
de toutes ces manieres. Ce nom fignifie
ville , habitation . Ainfi on appelloit MenoufMefr
ou la ville de Mefraim , celle
que les Grecs appellerent toujours Memphis
, mais que les Orientaux nomment
(1) Newton , p. 103.
DECEMBRE . 1755. 159
encore aujourd'hui Manof , Monf & Mefr.
Hérodote & Jofephe attribuent fa fondation
à Menès . En un mot , Menès n'a été
appellé ainfi que du nom de la ville qu'il
avoit fait bâtir ; car fon véritable nom
étoit Mefr , ou Mifor, comme il eft appellé
dans le fragment de Sanchoniathon .
M. Newton place cette expédition d'Amenophis
fept ans après celle des Argonautes
, c'eſt - à - dire , l'an 930. Eft- il vraifemblable
que la ville de Memphis ait été
bâtie fi tard ?
« (1 ) Il eft für que cet Hercule de Tyr
»ne fçauroit être plus ancien que la guerre
» de Troye , parce que les Tyriens ne
» commencerent à voyager fur la Médi
terranée , qu'après cette guerre..... ( 2)
Jofephe fait mention d'un autre Hercule
» plus ancien , en l'honneur duquel Hiram
fit bâtir un Temple à Tyr : peut- être y
» avoit-il auffi avant lui un Hercule de
» Tyr qui avoit établi le commerce des
Tyriens fur la Mer Rouge , du tems de
David & de Salomon »..
Sans doute il y avoit un ancien Hercule,
& bien antérieur à Salomon & à David.
Il y en avoit un comtemporain d'Oficis.
Il étoit fils du Nil , felon Ciceron , c'eſt-
( 1 ) Newton , p. 118. (2 ) Ibid. p. 119.
160 MERCURE DE FRANCE.
à - dire , fils de Ham , frere par conféquent
d'Ofiris ou Mefr .
Je dis qu'Hercule étant qualifié fils du
Ni , on doit entendre par là qu'il étoit fils
de Cham ; on en peut voir la raifon dans
la réflexion que j'ai faite précédemment
fur la page 102 de M. Newton . Le nom
d'Hercule ne fe trouve point parmi les enfans
de Ham , auffi n'étoit-ce là qu'une
épithete qui , felon la remarque ingénieufe
de M. le Clerc , paroît ne fignifier rien
autre chofe que Marchand , Négociant
Harokel . Mais écoutons l'Auteur de l'Etymologicon
Megad : Tìv H'ganaŭv qasì , x 1à
των λουπλέων διαλεκτον , ΧΩΝΑ λέγεθαι .
Hercule eft appellé Cona dans le Dialecle
1 Egyptien. Méconnoîtra t'on ici Canaan ou
Cna frere d'Ofiris ? Eufebe à la fuite du
fragment de Sanchoniathon , qualifie Ofiris
, frere de XNA , le premier , dit- il ,
qui ait été appellé Phénicien par les étrangers.
Hercule eft donc Canaan fils de Ham:
auffi les Grecs font -ils Hercule fils de Jupiter
, & en Egypte on ne connoiffoit
point d'autre Jupiter qu'Hammon ou Ham.
Quant à l'épithète d'Harokel , Marchand ,
elle n'a rien de ridicule. Canaan fe diftingua
par fon grand commerce , au point
que dans l'Ecriture même Cnani fignifie
un Marchand. Dans Etienne de Byzance
DECEMBRE. 1755. 161
XNA exprime la Phénicie , & xv un
Phénicien , ainfi on ne doit point ranget
cette étymologie au nombre des conjectures.
Hercule a été encore appellé Mélicerte
, mais ce nom ne fignifie que Roi de
la ville .
»(1 ) Après que les Phéniciens & les Grecs
» eurent reçu des Egyptiens l'art de naviger
, & la maniere de faire de longs
» vaiffeaux à voiles & à un rang de rames ,
» les Sidoniens porterent leur commerce
» dans la Gréce , & le continuerent pen-
» dant 50 ans.
Ce que dit ici M. Newton manque
d'exactitude. Les Phéniciens font les plus
anciens commerçans , & les premiers navigateurs
non -feulement ils ont les premiers
trouvé l'art de la navigation (2 ) , mais
encore ils ont appris aux autres peuples à
donner des batailles fur mer , à ufer du
droit de la royauté , & à foumettre les
peuples voifins. Le nom feul d'Hercule
qui a fait tant de bruit parmi les Grecs ,
prouve bien que les Phéniciens ont fçu
profiter d'abord de la fituation avantageufe
de leur païs pour le commerce maritime.
Marsham , page 109 , cite un paſſage
de Jofephe , qui fait voir que les Egyptiens
(1 ) Newton, p. 121. ( 2 ) Sanchoniathon . Stra
bon , L. 16. Pline , L. s . c. 12, Jofeph . Antiq.
162 MERCURE DE FRANCE.
n'ont été connus des Grecs que par le canal
des Phéniciens .
( 1 ) Du tems d'Erechthée , Roi d'A-
» thenes , & de Celeus , Roi d'Eleufis ,
» Cerès vint dans l'Attique , éleva Tripto-
» leme , fils de Celeus , & lui apprit à femer
» des grains ; elle coucha avec Jafon , &c.
Comment M. Newton n'a-t'il point vu
que cette Cerès étoit Egyptienne , & femme
d'Oɓiris , conféquemment qu'il ne s'agit
ici que de l'introduction de fon culte
dans la Grece ? (2) Erechthée étoit Egyp
tien; pendant une famine qui défoloit la
Grece , il y tranfporta des blés : il fut établi
Roi par les Athéniens en reconnoiffance
de ce bienfait. Erechthtée leur enfeigna les
facrifices de Cerès , & établit à Eleufis les
myfteres de cette Décffe , & des Prêtres
pour en obferver les pratiques fur le mo
dele de ceux d'Egypte.
Cette époque de l'introduction des myf
teres de Ĉerès dans la Grece eft fixée par
les Interprêtes des marbres d'Arondel à
Fan 1426 avant J.C. environ 280 ans avant
la guerre de Troye. M. Newton la fixe à
Pan rozo , la différence eft de 396 : est- ce
là ce qu'il appelle ne pas porrer l'exactitude
jufqu'à une année près ?
(1) Newton, p. 141. ( 2 ) Diodore.
DECEMBRE. 1755. 163
ود
» (1) Au retour de Séfoftris en Egypte ,
» fon frere Danaus attenta non-feulement
» à fa vie , comme on a déja dit , mais
» commanda encore à fes cinquante filles
qui épouferent les fils de Séfoftris , de
» tuer leurs maris , après quoi il fe fauva
d'Egypte fur un long vaiffeau , & c .
"
و ر
Dans la chronique abrégée à l'époque
956 , M. Newton dit » Séfac eft tué par
» fon frere Japet .
Si l'on fuppofe , avec M. Newton , que
Séfoftris foit le même que Séfac & qu'O
firis , il faudra dire auffi que ce Prince a
été tué par un de fes freres. Après avoir
prouvé plus haut la fauffeté de cette prétendue
identité , fi le fait fe trouvoit être
le même , ce ne pourroit être qu'un effet
du pur hazard ; mais comme il eft entiérement
faux , & que Diodore nous dit ,
» que Séfoftris ayant perdu la vue après un
>>regne de 33 ans , fe donna volontairement
» la mort » (2 ) , il eft vifible que M. Newton
ne marque cet affaffinat que pour foutenir
le parallele qu'il a établi entre Séfoftris
, Oficis & Séfac. Pourquoi tromper
fes Lecteurs , altérer les faits , & jetter de
l'obfcurité où il n'y en a point?
"
En lifant ces paffages dans M. Newton ,
( 1) Newton , p. 144. ( 2 ) Diodore , L. 1.
164 MERCURE DE FRANCE.
il me femble entendre quelqu'un qui dit ,
Louis XIV qui eft le même que Philippe
Augufte & que Clovis , eft tué par fon
frere Pharamond ; les Anachronismes de
M. Newton ne font guere moins violens.
(1 ) Hérodote dit que les Phéniciens
qui fuivirent Cadmus , introduisirent
» plufieurs fciences dans la Grece ; car il y
» avoit parmi ces Phéniciens des gens ap-
» pellés Curetes , qui étoient plus verfés
» dans les Arts & dans les fciences de la
Phénicie que d'autres les uns s'établi
» rent dans la Phrygie , où ils furent appellés
Corybantes , les autres dans la
» Crete , où on leur donna le nom d'Idoi
» Dactyli , &c.
Ces gens , appellés Curetes , Corybantes,
&c. étoient des Prêtres Phéniciens , comme
les noms qu'ils portent nous l'apprennent .
Curete , fignifie châtré , parce que ces Prêtres
, comme l'on fçait , étoient prefque
tous eunuques. Corybante fignifie Sacrificateur,
Prêtre , de Corban , facrifice , obla
tion les Chretiens Orientaux fe fervent
encore aujourd'hui de ce terme pour exprimer
le facrifice de la Meffe.
:
» (2 ) Les deux premiers Rois de Crete
qui regnerent après l'arrivée des Cure-
(1 ) Newton, p. 154. (1 ) Ibid. p . 158 .
DECEMBRE. 1755. 169
» tes , furent Afterius & Minos. Europe
» fut femme d'Afterius & mere de Minos :
» les Curetes du mont Ida furent fes compatriotes
, & vinrent avec elle ; .... par
» conféquent il faut qu'Afterius , Europe ,
» & Minos foyent le Saturne , la Rhea , &
» le Jupiter des Crétois .
Je doute que ce raifonnement foit bien
conféquent , puifque les Curetes & les Corybantes
qui fuivirent Cadmus en Grece ,
étoient des Prêtres Phéniciens : il eft , ce
me femble , plus naturel de penfer qu'a
vec la connoiffance des Arts & des fciences
, ils porterent encore celle des Divinités
qui étoient adorées dans la Phénicie ,
& dont ils étoient les Miniftres .
» ( 1 ) Car les Phéniciens dans leur pre-
» premier voyage en Grece donnoient le
» nom de Jaopater , Jupiter à tous les
» Rois.
Je doute très-fort que le nom de Jupiter
ait été connu des Phéniciens ; il n'étoit
feulement pas en ufage en Grece . Je ne
connois que les Latins qui l'aient employé
pour exprimer des Princes , fondateurs de
quelques Empires , des Héros qui par leurs
belles actions avoient mérité la déïfication
; mais jamais il n'a été un nom géné
rique de tous les Rois.
(1 ) Newton , p. 158.
166 MERCURE DE FRANCE.
Ce nom de Jupiter ne vient pas de Jaopater
, il vient du Cevs des Grecs , & le gus
des Grecs vient lui -même du Dzew des
Orientaux, qui fignifie Poffeffeur , Maître ,
Seigneur.
Les Grecs donnoient affez indiftinctement
le nom de Zeus à tous leurs Dieux ,
comme les Phéniciens donnoient aux leurs
celui de Baal , Bel .
( 1 ) Macrobe dit qu'après la mort de
» Saturne , Janus lui dreffa un autel com-
» me à un Dieu , établit des cérémonies fa-
» crées , & inftitua les Saturnales , & qu'on
» lui facrifioit des hommes , jufqu'à ce
qu'Hercule emmenant en Italie les bef-
» tiaux de Geryon , y abolît cette coutu-
» me ; on peut voir par ces facrifices hu-
» mains que Janus étoit un defcendant de
» Lycaon ; ce caractere a quelque rapport
» à notrus.
Ce que M. Newton dit ici n'eſt pas juſte :
ces facrifices inhumains qu'on faifoit en
l'honneur de Molok ou Saturne , ou Chronos
, ( car c'eft le même Dieu fous différens
noms ) avoient pris leur origine dans la
Phénicie , & n'avoient aucun rapport aux
Rois d'Italie ou de Grece . Les Phéniciens ,
Hercule lui-même , fondateur du Royau-
(1 ) Newton , p. 164.
!
:
DECEMBRE 1755. 167
me de Phénicie , porterent ces facrifices
partout où leur religion put prendre racine
, de même que Didon les porta en Afrique
, lorfqu'elle y alla fonder Carthage.
Âu refte la religion Phénicienne pouvoit
être connue en Afrique avant l'arrivée de
Didon , puifqu'Hercule avoit pouffé fes
découvertes par mer jufqu'au détroit de
Gades , où il fit élever ces fameufes colonnes
connues fous fon nom. M. Newton
convient lui-même , page 171 , que l'idolâtrie
commença dans la Chaldée & l'Egypte
, d'où elle s'étendit dans la Phénicie
& les pays voifins longtems avant qu'elle
eût été introduite en Europe.
( 1 ) Cependant du tems de Moyfe ,
» tous les charriots de l'Egypte , avec lef-
» quels Pharaon pourfuivit Ifraël , ne
» montoient qu'à 600.
"
Cela eft vrai : mais en doit-on conclure
que l'Egypte n'en poffédoit pas un nombre
beaucoup plus confiderable ? Pharaon dans
la pourfuite des Ifraelites , à laquelle il ne
pas, ne put fe fervir
charriots qui pouvoient être alors à Tanis
& dans les environs ; il n'eut pas le tems
d'en raffembler davantage.
s'attendoit
que
des
Voilà , Monfieur , les obfervations que
(1 ) Newton , p . 178 .
168 MERCURE DE FRANCE.
j'avois à faire fur la Chronologie des Grecs,
par M. Newton. Je n'ai relevé que les
Anachronifmes qui m'ont paru les plus
hardis : j'aurois pu en relever un plus grand
nombre , puifque tout eft Anachronisme
dans un ſyſtème fondé fur de pareils principes.
Je fuis réellement fâché qu'un auffi
grand homme fe foit trop prévenu en faveur
de l'obfervation d'Eudoxe pour la fixation
de l'époque des Argonautes. Avec une
lecture vafte , il étoit en état de faire d'importantes
découvertes en fait de Chronologie
: j'en juge par ce fyftême , que je crois
faux , mais qui par là même a demandé un
effort de génie d'autant plus grand . La
vérité ne coute pas tant de peines à dévoiler.
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh . P. R.
fur la Chronologie de M. Newton.
M. Newton (1) confond auffi Séſac avec
Ofiris , mais il eft aifé de montrer en
deux mots qu'il fe trompe. Selon lui , Séfac
monta fur le trône d'Egypte pendant le
regne de Salomon : or il eft certain , &
tous les habiles gens en conviennent , que
le boeuf, fymbole d'Ofiris , étoit adoré dès
les tems de Moïfe. Le Géographe Eftienne
dit
que la ville de Thebes , cette fameuſe
Diofpolis appellée No-Hammon dans l'Ecriture
Sainte , avoir été bâtie par Ofiris
& Ifis. Krigua Crígid& vyù l'ord . Diodore
dit la même choſe. Or fi les peuples
de la Thébaïde font les plus anciens habitans
de l'Egypte , comme ( 2 ) les Hiftoriens
en conviennent , fi Thebes fut d'a-
( 1 ) Newton , p. 83. (2) Diodore , L. 1 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
bord le fiege des Rois d'Egypte , où en
fera M. Newton avec fon Séfac ?
Les Hiftoriens ( 1 ) nous diſent encore
qu'Ofiris enfeigna l'Agriculture aux Egyptiens
, que fon époufe leur donna l'ufage
du froment & de l'orge qui croiffoient auparavant
comme des plantes inconnues &
négligées . En un mot , ils conviennent
qu'Oficis fut le Légiflateur des Egyptiens.
Ya- t'il làquelque chofe qui puiffe regarder
Séfac ? Eft- ce que l'Egypte n'étoit pas dès
les temps de Jofeph , le grenier de tous les
peuples circonvoifins ? Cet Empire n'étoitil
pas gouverné par d'excellentes loix ? L'Ecriture
elle- même loue le
gouvernement
& la fageffe des Egyptiens dans ces temps
reculés , &c . Ces objections & plufieurs
autres que je pourrois accumuler ici , fe
préfentent naturellement à l'efprit ; pourquoi
M. Newton n'en a-t'il point fait ufage,
les croyoit- il peu dignes de fon attention
?
<< (2 ) Sous le regne d'Ammon , pere
» d'Ofiris ou Séfac, & ayeul d'Orus & de
» Bubafte , les Thébains
commencerent à
s'appliquer à la navigation & à l'Aftro-
» nomie , & par le lever & le coucher Hé-
"
(1 ) Diodore , L. 1. Plutarque dans fon Traité
d'Oliris & d'Ifis. ( 2) Newton , p. 83 .
DECEMBRE . 1755. 151
ל כ
» liaque des Etoiles , ils déterminerent la
longueur de l'année folaire ; ils ajouterent
» à la vieille année du Calendrier , cinq
» jours qu'ils confacrerent à fes cinq enfans
, & c. » .
و د
Cette détermination de l'année folaire ,
doit être attribuée à Ofiris , Prince éclairé
& très-inftruit. J'en ai de bonnes preuves ,
& fi mes réflexions donnent lieu à une réponſe
, j'aurai occafion de développer ce
poin: d'hiftoire que je ne mets point ici
pour ne pas trop m'étendre.
66
(1 ) Car il n'eft pas vraisemblable que
l'équation du mouvement du foleil ait
» été connue des l'enfance de l'Aftrono-
» mie ». Mais l'Aftronomie avoit pris fon
origine dans les plaines de Sennaar , avant
la difperfion des peuples , & il eft conftant
que cette équation a été connue & fixée
par le fondateur de la Monarchie Egyptienne.
Elle a été connue auffi des Chinois
fous leur Empereur Yao dont le regne paſſe
l'an 2000 avant Jefus-Chrift .
of
(2 ) Jules Céfar la corrigea , en y ajou
» tant un jour tous les quatre ans , & en
» fit l'année Romaine »
Cette correction étoit faite dès le tems
d'Oficis , & c'eft ce qu'il eft très- aifé de
(1 ) Newton , p. 84. (2 ) Ibid.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prouver par la compofition de la grande
période de 36525 ans qui fut dès- lors en
ufage.
( 1 ) Quand Amenophis eut fixé à l'équinoxe
du printems le commencement
» de la nouvelle année Egyptienne de 365
» jours , il mérita le monument dont on a
» parlé ci- deffus » . ( 2 ) Ce monument étoit
un cercle d'or de 365 coudées de circonférence
, divifé en 395 parties égales , pour
repréſenter tous les jours de l'année ; on
avoit auffi décrit fur chaque partie , le
lever & le coucher héliaque des étoiles .
Si l'on prouve que cet Amenophis n'eſt
pas différent du Prince Manoph ou Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne ,
& que Menès & Ofiris font deux noms
différens du même Prince , il fe trouvera
que M. Newton parle ici contre fon propre
fentiment. (3 ) Le Chevalier Marsham
fait voir qu'il y a eu plufieurs Amenophis ;
il dit de plus & avec raifon , que ce nom
d'Amenophis , comme celui de Memnon
ne different point du nom de Menès. Phamenophis
itaque , five Amenophis , Thebanis
is eft , qui Gracis Memnon , nomen ex Menis
, primi Regis , nómine componi videtur.
Memnoph Gracis , Euphonia gratiâ. Men-
(1 ) Newton , p. 69. ( 2 ) Diodore , L. I 、
(3 ) Marsham , P. 401 .
DECEMBRE. 1755. 153
non five Memnon. Je crois donc que cet
Amenophis dont la ftatue étoit à Thebes
dans les Syringes , & auquel on dédia le
riche monument dont on vient de parler
n'eft point différent de Menès auquel étoit
due la fixation de l'année Egyptienne . Il
eft aifé même de le faire voir
par les propres
paroles de M. Newton qui dit
104 , qu'Amenophis bâtit la ville qu'il
appella de fon nom , Amenoph ou Memphis.
Or ( 1 ) Memphis fut bâtie par Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne .
Amenophis & Menès font donc un feul &
même Prince.
page
« (2) Plufieurs nations célebrerent fous
» des noms différens , les louanges de Sé-
» foftris , à caufe de fes grandes conquêtes.
Les Chaldéens l'appelloient Belus , qui
» en leur langue veut dire Seigneur : les
» Arabes le nommoient Bacchus qui en
leur langue fignifie grand : les Phrygiens
& les Thraces lui donnoient le
» nom de Mafors , Mavors , Mars , qui
» veut dire vaillant , & c » .
23
Le culte de Belus exiftoit chez les Chaldéens
plufieurs fiecles avant Séfac & Séfoftris.
Je n'ignore pas auffi qu'il y a eu
plufieurs Belus , mais ils font tous anté-
( 1 ) Hérodote , L. z. ( 2) Newton , p. 101 ,
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
rieurs aux deux Princes Egyptiens. Sans
fçavoit fi le nom de Bacchus fignifie grand
dans la langue des Arabes , je ne doute pas
que Bacchus ne foit le même qu'Oficis ,
mais non point que Bel & Séfac. Quant
au Mavors , Ares , Marts , je crois qu'il
eft le Nemrod de l'Ecriture Sainte , connu
des Grecs fous le nom de Ninus , & adoré
des Chaldéens fous le titre générique de
Baal. Ces quatre noms Ares ou Arets ,
Marts , Ninus & Nemrod , paroiffent fort
différens , il font formés cependant de la
même racine. Arats , fignifie violentiâ ufus
fuit , fortem aut violentum fe exhibuit. D'Arats
vint Arets , Tyran , Conquérant , &
avec le même du participe Marets ou Mavorts.
On remarquera que chez les Latins,
Mars fait au génitif Martis , ce qui prouve
qu'on a du prononcer dans l'origine
Marts au lieu de Mars , qui eft plus doux à
la prononciation , & que pour cette raifon
on a préferé. Dans mes réflexions fur
page 73 de M. Newton , j'ai déja remar
la
qué que le changement des lettres S , TS ,
T, étoit fort communs. Ainfi on prononçoit
indifféremment Agns , Mavorts , &
Mars ou Marts.
Dans Nemrod , nom que je crois un peu
corrompu , il doit y avoir l'n . Cette infertion
de l'n eft commune ; on en a vu un
DECEMBRE. 1755 155
exemple dans Noph , Moph , & Manoph
qui expriment la ville de Memphis . Avec
cette n inférée , on aura donc Ninmrod ,
ce qui doit être interprêté Nin , le Conquérant
ou le Tyran. On peut confulter la Dif
fertation d'un fçavant ( 1 ) Académicien ,
dans laquelle on établit un parallele auffi
ingénieux que folide entre les deux Conquérans
Ninus & Nemrod. Quelqu'un a
déja remarqué que le nom de Baal ou Bel ,
a formé le bellum des Latins , parce que
Mars eft le premier qui fe foit fervi des armes
, & qu'il eft réputé le dieu des guer
riers.
a ( 2) Les Egyptiens l'appelloient Héro
ou Hercule.
Je ne connois point ce nom de Héro ; je
ne crois point non plus que quelque Ancien
ait dit que les Egyptiens donnerent à
Ofiris le nom d'Hercule . Je pense que cet
Hercule n'eft point différent de Canaan
frere de Mifor ou Mefraim , frere par con
féquent d'Ofitis. On peut voir à cette occafion
une Differtation imprimée dans la
Bibliotheque choifie de M. le Clerc , dans
laquelle on établit ce fentiment.
( 3 ) En le déïfiant , ils lui donnerent les
(1) M. Gibert de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres . ( 2 ) Newton , p. 102. ( 3) Ibid,
P. 102.00 10:
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
»noms de ce fleuve ( du Nil ) , Sihor ,
» Nilus & Ægyptus " .
Sicher fignifie noir , & ce nom n'eſt
qu'une traduction ou épithete de celui de
Ham. Les Egyptiens avoient donné ce nom
de Ham , à leur royaume , à leur fleuve &
à Thebes leur ville capitale . Le nom d'Ægyptus
eft bien plus récent , il exprime en
grec un espece de Vautour extrêmement
noir il n'eft donc que la traduction du
nom de Ham .
"3
a ( 1 ) Les Grecs ayant entendu les
» Egyptiens s'exprimer ainfi dans leurs
» cantiques lugubres : O Sihor , Bou Sihor,
prirent delà occafion de l'appeller Ofiris
» & Bufiris ».
Le nom d'Ofiris ne dérive pas de Sihor ;
une lettre afpirée telle que le Cheth ne
s'éclipfe pas ainfi ; Ofiris & Siris viennent
d'une autre fource . Quant aux noms de
Bufiris , Tapofiris , on peut confulter faint
Clément d'Alexandrie.
(2) Ofiris fut donc tué la cinquieme
» année d'Afa par fon frere Japet , que les
» Egyptiens appelloient Typhon , Python
» & Neptune ce fut alors que les Lybiens
fous la conduite de Japet & de fon
fils Atlas , envahirent l'Egypte , & exci-
(1) Newton , p. 102. ( 2 ) Ibid. p . 103 .
1
DECEMBRE . 1755. 157
» terent la fameufe guerre des Dieux &
» des Géants ".
Comme M. Newton lui- même fait Japet
frere d'Ofiris , on peut juger delà ſi j'ai
eu tort de dire qu'Hammon étoit Ham ,
qu'Oficis étoit le fondateur de la Monarchie
Egyptienne ou Mefraïm . Mais Japet
qu'on ne peut méconnoître ici pour le
Patriarche Japhet étoit oncle d'Ofiris &
non point fon frere : les Grecs ont jetté
M. Newton dans cette méprife parce qu'ils
font Japet frere de Chronos ; mais il y a
eu deux Chronos comme on peut le voir
par le fragment de Sanchoniathon ancien
auteur Phénicien . Le premier Chronos eft
Noë , le fecond eſt Ham ; le Poëte Nonnus
dit auffi que le nom d'Hammon chez les
Arabes étoit Chronos. Il eft donc vrai que
Japet étoit frere du fecond Chronos &
fils du premier , par conféquent oncle
d'Ofiris.
Je penfe auffi comme M. Newton que
ce même Japet eft Neptune , mais non
point Python ou Typhon. Eft- il donc fi
difficile de reconnoître ce Python dans
Phuth , frere de Mefraïm . Ham avoit eu
l'Afrique en partage , il la diftribua à ſes
enfans. Chus eut l'Ethiopie , & depuis on
a toujours appellé les Ethiopiens des Chufites
; Mefr , Mifor , ou comme l'appelle
158 MERCURE DE FRANCE.
l'Écriture Sainte , Mefraïm , eur l'Egypte
qui porte encore aujourd'hui fon nom ;
Canaan eut le païs de ce nom , & enfin
Phuth cut les païs qui font à l'occident
de l'Egypte.
(1) Sur ces entrefaites , Amenophis
» quitta la Baffe-Egypte , & vint à Mem-
" phis fuivi par les reftes de l'armée Ethio-
»pienne de fon pere ; étant arrivé dans
» ce païs , il fit paffer le Nil dans un autre
» canal , fous un Pont neuf qu'il bâtit en-
» tre deux montagnes ; en même- tems if
»bâtit & fortifia cette ville contre Ofarfiphus
, & l'appella de fon nom Amenoph
» ou Memphis ».
Cet Amenophis comme nous l'avons
déja infinué eſt le même que Menès fondateur
de la Monarchie Egyptienne . Le nom
bien orthographié eft Manof on Menouf
comme les Arabes prononcent. Les Grecs
ont étrangement corrompu ce nom . Ils
l'ont écrit tantôt Menevis , Mnevis , Memphis
, tantôt Menophis Minevis , Meneus ,
Menes , Menon , & c . car on le trouve écrit
de toutes ces manieres. Ce nom fignifie
ville , habitation . Ainfi on appelloit MenoufMefr
ou la ville de Mefraim , celle
que les Grecs appellerent toujours Memphis
, mais que les Orientaux nomment
(1) Newton , p. 103.
DECEMBRE . 1755. 159
encore aujourd'hui Manof , Monf & Mefr.
Hérodote & Jofephe attribuent fa fondation
à Menès . En un mot , Menès n'a été
appellé ainfi que du nom de la ville qu'il
avoit fait bâtir ; car fon véritable nom
étoit Mefr , ou Mifor, comme il eft appellé
dans le fragment de Sanchoniathon .
M. Newton place cette expédition d'Amenophis
fept ans après celle des Argonautes
, c'eſt - à - dire , l'an 930. Eft- il vraifemblable
que la ville de Memphis ait été
bâtie fi tard ?
« (1 ) Il eft für que cet Hercule de Tyr
»ne fçauroit être plus ancien que la guerre
» de Troye , parce que les Tyriens ne
» commencerent à voyager fur la Médi
terranée , qu'après cette guerre..... ( 2)
Jofephe fait mention d'un autre Hercule
» plus ancien , en l'honneur duquel Hiram
fit bâtir un Temple à Tyr : peut- être y
» avoit-il auffi avant lui un Hercule de
» Tyr qui avoit établi le commerce des
Tyriens fur la Mer Rouge , du tems de
David & de Salomon »..
Sans doute il y avoit un ancien Hercule,
& bien antérieur à Salomon & à David.
Il y en avoit un comtemporain d'Oficis.
Il étoit fils du Nil , felon Ciceron , c'eſt-
( 1 ) Newton , p. 118. (2 ) Ibid. p. 119.
160 MERCURE DE FRANCE.
à - dire , fils de Ham , frere par conféquent
d'Ofiris ou Mefr .
Je dis qu'Hercule étant qualifié fils du
Ni , on doit entendre par là qu'il étoit fils
de Cham ; on en peut voir la raifon dans
la réflexion que j'ai faite précédemment
fur la page 102 de M. Newton . Le nom
d'Hercule ne fe trouve point parmi les enfans
de Ham , auffi n'étoit-ce là qu'une
épithete qui , felon la remarque ingénieufe
de M. le Clerc , paroît ne fignifier rien
autre chofe que Marchand , Négociant
Harokel . Mais écoutons l'Auteur de l'Etymologicon
Megad : Tìv H'ganaŭv qasì , x 1à
των λουπλέων διαλεκτον , ΧΩΝΑ λέγεθαι .
Hercule eft appellé Cona dans le Dialecle
1 Egyptien. Méconnoîtra t'on ici Canaan ou
Cna frere d'Ofiris ? Eufebe à la fuite du
fragment de Sanchoniathon , qualifie Ofiris
, frere de XNA , le premier , dit- il ,
qui ait été appellé Phénicien par les étrangers.
Hercule eft donc Canaan fils de Ham:
auffi les Grecs font -ils Hercule fils de Jupiter
, & en Egypte on ne connoiffoit
point d'autre Jupiter qu'Hammon ou Ham.
Quant à l'épithète d'Harokel , Marchand ,
elle n'a rien de ridicule. Canaan fe diftingua
par fon grand commerce , au point
que dans l'Ecriture même Cnani fignifie
un Marchand. Dans Etienne de Byzance
DECEMBRE. 1755. 161
XNA exprime la Phénicie , & xv un
Phénicien , ainfi on ne doit point ranget
cette étymologie au nombre des conjectures.
Hercule a été encore appellé Mélicerte
, mais ce nom ne fignifie que Roi de
la ville .
»(1 ) Après que les Phéniciens & les Grecs
» eurent reçu des Egyptiens l'art de naviger
, & la maniere de faire de longs
» vaiffeaux à voiles & à un rang de rames ,
» les Sidoniens porterent leur commerce
» dans la Gréce , & le continuerent pen-
» dant 50 ans.
Ce que dit ici M. Newton manque
d'exactitude. Les Phéniciens font les plus
anciens commerçans , & les premiers navigateurs
non -feulement ils ont les premiers
trouvé l'art de la navigation (2 ) , mais
encore ils ont appris aux autres peuples à
donner des batailles fur mer , à ufer du
droit de la royauté , & à foumettre les
peuples voifins. Le nom feul d'Hercule
qui a fait tant de bruit parmi les Grecs ,
prouve bien que les Phéniciens ont fçu
profiter d'abord de la fituation avantageufe
de leur païs pour le commerce maritime.
Marsham , page 109 , cite un paſſage
de Jofephe , qui fait voir que les Egyptiens
(1 ) Newton, p. 121. ( 2 ) Sanchoniathon . Stra
bon , L. 16. Pline , L. s . c. 12, Jofeph . Antiq.
162 MERCURE DE FRANCE.
n'ont été connus des Grecs que par le canal
des Phéniciens .
( 1 ) Du tems d'Erechthée , Roi d'A-
» thenes , & de Celeus , Roi d'Eleufis ,
» Cerès vint dans l'Attique , éleva Tripto-
» leme , fils de Celeus , & lui apprit à femer
» des grains ; elle coucha avec Jafon , &c.
Comment M. Newton n'a-t'il point vu
que cette Cerès étoit Egyptienne , & femme
d'Oɓiris , conféquemment qu'il ne s'agit
ici que de l'introduction de fon culte
dans la Grece ? (2) Erechthée étoit Egyp
tien; pendant une famine qui défoloit la
Grece , il y tranfporta des blés : il fut établi
Roi par les Athéniens en reconnoiffance
de ce bienfait. Erechthtée leur enfeigna les
facrifices de Cerès , & établit à Eleufis les
myfteres de cette Décffe , & des Prêtres
pour en obferver les pratiques fur le mo
dele de ceux d'Egypte.
Cette époque de l'introduction des myf
teres de Ĉerès dans la Grece eft fixée par
les Interprêtes des marbres d'Arondel à
Fan 1426 avant J.C. environ 280 ans avant
la guerre de Troye. M. Newton la fixe à
Pan rozo , la différence eft de 396 : est- ce
là ce qu'il appelle ne pas porrer l'exactitude
jufqu'à une année près ?
(1) Newton, p. 141. ( 2 ) Diodore.
DECEMBRE. 1755. 163
ود
» (1) Au retour de Séfoftris en Egypte ,
» fon frere Danaus attenta non-feulement
» à fa vie , comme on a déja dit , mais
» commanda encore à fes cinquante filles
qui épouferent les fils de Séfoftris , de
» tuer leurs maris , après quoi il fe fauva
d'Egypte fur un long vaiffeau , & c .
"
و ر
Dans la chronique abrégée à l'époque
956 , M. Newton dit » Séfac eft tué par
» fon frere Japet .
Si l'on fuppofe , avec M. Newton , que
Séfoftris foit le même que Séfac & qu'O
firis , il faudra dire auffi que ce Prince a
été tué par un de fes freres. Après avoir
prouvé plus haut la fauffeté de cette prétendue
identité , fi le fait fe trouvoit être
le même , ce ne pourroit être qu'un effet
du pur hazard ; mais comme il eft entiérement
faux , & que Diodore nous dit ,
» que Séfoftris ayant perdu la vue après un
>>regne de 33 ans , fe donna volontairement
» la mort » (2 ) , il eft vifible que M. Newton
ne marque cet affaffinat que pour foutenir
le parallele qu'il a établi entre Séfoftris
, Oficis & Séfac. Pourquoi tromper
fes Lecteurs , altérer les faits , & jetter de
l'obfcurité où il n'y en a point?
"
En lifant ces paffages dans M. Newton ,
( 1) Newton , p. 144. ( 2 ) Diodore , L. 1.
164 MERCURE DE FRANCE.
il me femble entendre quelqu'un qui dit ,
Louis XIV qui eft le même que Philippe
Augufte & que Clovis , eft tué par fon
frere Pharamond ; les Anachronismes de
M. Newton ne font guere moins violens.
(1 ) Hérodote dit que les Phéniciens
qui fuivirent Cadmus , introduisirent
» plufieurs fciences dans la Grece ; car il y
» avoit parmi ces Phéniciens des gens ap-
» pellés Curetes , qui étoient plus verfés
» dans les Arts & dans les fciences de la
Phénicie que d'autres les uns s'établi
» rent dans la Phrygie , où ils furent appellés
Corybantes , les autres dans la
» Crete , où on leur donna le nom d'Idoi
» Dactyli , &c.
Ces gens , appellés Curetes , Corybantes,
&c. étoient des Prêtres Phéniciens , comme
les noms qu'ils portent nous l'apprennent .
Curete , fignifie châtré , parce que ces Prêtres
, comme l'on fçait , étoient prefque
tous eunuques. Corybante fignifie Sacrificateur,
Prêtre , de Corban , facrifice , obla
tion les Chretiens Orientaux fe fervent
encore aujourd'hui de ce terme pour exprimer
le facrifice de la Meffe.
:
» (2 ) Les deux premiers Rois de Crete
qui regnerent après l'arrivée des Cure-
(1 ) Newton, p. 154. (1 ) Ibid. p . 158 .
DECEMBRE. 1755. 169
» tes , furent Afterius & Minos. Europe
» fut femme d'Afterius & mere de Minos :
» les Curetes du mont Ida furent fes compatriotes
, & vinrent avec elle ; .... par
» conféquent il faut qu'Afterius , Europe ,
» & Minos foyent le Saturne , la Rhea , &
» le Jupiter des Crétois .
Je doute que ce raifonnement foit bien
conféquent , puifque les Curetes & les Corybantes
qui fuivirent Cadmus en Grece ,
étoient des Prêtres Phéniciens : il eft , ce
me femble , plus naturel de penfer qu'a
vec la connoiffance des Arts & des fciences
, ils porterent encore celle des Divinités
qui étoient adorées dans la Phénicie ,
& dont ils étoient les Miniftres .
» ( 1 ) Car les Phéniciens dans leur pre-
» premier voyage en Grece donnoient le
» nom de Jaopater , Jupiter à tous les
» Rois.
Je doute très-fort que le nom de Jupiter
ait été connu des Phéniciens ; il n'étoit
feulement pas en ufage en Grece . Je ne
connois que les Latins qui l'aient employé
pour exprimer des Princes , fondateurs de
quelques Empires , des Héros qui par leurs
belles actions avoient mérité la déïfication
; mais jamais il n'a été un nom géné
rique de tous les Rois.
(1 ) Newton , p. 158.
166 MERCURE DE FRANCE.
Ce nom de Jupiter ne vient pas de Jaopater
, il vient du Cevs des Grecs , & le gus
des Grecs vient lui -même du Dzew des
Orientaux, qui fignifie Poffeffeur , Maître ,
Seigneur.
Les Grecs donnoient affez indiftinctement
le nom de Zeus à tous leurs Dieux ,
comme les Phéniciens donnoient aux leurs
celui de Baal , Bel .
( 1 ) Macrobe dit qu'après la mort de
» Saturne , Janus lui dreffa un autel com-
» me à un Dieu , établit des cérémonies fa-
» crées , & inftitua les Saturnales , & qu'on
» lui facrifioit des hommes , jufqu'à ce
qu'Hercule emmenant en Italie les bef-
» tiaux de Geryon , y abolît cette coutu-
» me ; on peut voir par ces facrifices hu-
» mains que Janus étoit un defcendant de
» Lycaon ; ce caractere a quelque rapport
» à notrus.
Ce que M. Newton dit ici n'eſt pas juſte :
ces facrifices inhumains qu'on faifoit en
l'honneur de Molok ou Saturne , ou Chronos
, ( car c'eft le même Dieu fous différens
noms ) avoient pris leur origine dans la
Phénicie , & n'avoient aucun rapport aux
Rois d'Italie ou de Grece . Les Phéniciens ,
Hercule lui-même , fondateur du Royau-
(1 ) Newton , p. 164.
!
:
DECEMBRE 1755. 167
me de Phénicie , porterent ces facrifices
partout où leur religion put prendre racine
, de même que Didon les porta en Afrique
, lorfqu'elle y alla fonder Carthage.
Âu refte la religion Phénicienne pouvoit
être connue en Afrique avant l'arrivée de
Didon , puifqu'Hercule avoit pouffé fes
découvertes par mer jufqu'au détroit de
Gades , où il fit élever ces fameufes colonnes
connues fous fon nom. M. Newton
convient lui-même , page 171 , que l'idolâtrie
commença dans la Chaldée & l'Egypte
, d'où elle s'étendit dans la Phénicie
& les pays voifins longtems avant qu'elle
eût été introduite en Europe.
( 1 ) Cependant du tems de Moyfe ,
» tous les charriots de l'Egypte , avec lef-
» quels Pharaon pourfuivit Ifraël , ne
» montoient qu'à 600.
"
Cela eft vrai : mais en doit-on conclure
que l'Egypte n'en poffédoit pas un nombre
beaucoup plus confiderable ? Pharaon dans
la pourfuite des Ifraelites , à laquelle il ne
pas, ne put fe fervir
charriots qui pouvoient être alors à Tanis
& dans les environs ; il n'eut pas le tems
d'en raffembler davantage.
s'attendoit
que
des
Voilà , Monfieur , les obfervations que
(1 ) Newton , p . 178 .
168 MERCURE DE FRANCE.
j'avois à faire fur la Chronologie des Grecs,
par M. Newton. Je n'ai relevé que les
Anachronifmes qui m'ont paru les plus
hardis : j'aurois pu en relever un plus grand
nombre , puifque tout eft Anachronisme
dans un ſyſtème fondé fur de pareils principes.
Je fuis réellement fâché qu'un auffi
grand homme fe foit trop prévenu en faveur
de l'obfervation d'Eudoxe pour la fixation
de l'époque des Argonautes. Avec une
lecture vafte , il étoit en état de faire d'importantes
découvertes en fait de Chronologie
: j'en juge par ce fyftême , que je crois
faux , mais qui par là même a demandé un
effort de génie d'autant plus grand . La
vérité ne coute pas tant de peines à dévoiler.
Fermer
Résumé : Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
Le texte critique la chronologie de M. Newton, notamment son identification de Sésac avec Osiris. Newton affirme que Sésac monta sur le trône d'Égypte pendant le règne de Salomon, mais le texte conteste cette affirmation en soulignant que le culte du bœuf, symbole d'Osiris, existait déjà du temps de Moïse. Des historiens comme Diodore et Plutarque sont cités pour montrer que les habitants de la Thébaïde étaient les plus anciens Égyptiens et que Thèbes était leur capitale. Le texte met en avant que les historiens attribuent à Osiris l'enseignement de l'agriculture aux Égyptiens et son rôle de législateur. Il souligne également que l'Égypte était déjà un grenier pour les peuples voisins du temps de Joseph et que son gouvernement était loué dans l'Écriture Sainte. Le texte discute de la détermination de l'année solaire par Osiris et de la correction du calendrier par Jules César. Il mentionne Amenophis, qui aurait fixé l'année égyptienne à 365 jours, et le compare à Menès, fondateur de la monarchie égyptienne. Le texte explore les différentes appellations d'Osiris dans diverses cultures et les confusions possibles entre les noms de Belus, Bacchus, Mars et Nemrod. Le texte aborde également la guerre des Dieux et des Géants, impliquant Japet et Atlas, et la fondation de Memphis par Amenophis, identifié comme Menès. Il conclut en discutant de l'ancienneté d'Hercule et de ses liens avec Osiris et Ham. Le texte critique les inexactitudes de M. Newton concernant les relations entre les Égyptiens, les Grecs et les Phéniciens. Il mentionne que les mystères de Cérès en Grèce proviennent d'Égypte et que les Phéniciens ont introduit diverses sciences en Grèce. Les Curetes, Corybantes et autres prêtres phéniciens sont décrits comme ayant joué un rôle clé dans la transmission des connaissances et des pratiques religieuses. Enfin, le texte conteste les affirmations de M. Newton sur les sacrifices humains et l'origine de l'idolâtrie, affirmant que ces pratiques proviennent de la Phénicie et de l'Égypte, bien avant leur introduction en Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3514
p. 168-184
Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Début :
Monsieur, je n'aurois jamais pensé à répondre aux remarques critiques [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Pieds, Eau, Coquillages, Fougère, Hauteur, Profondeur, Cascade, Puits, Roseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
Fermer
Résumé : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
L'Abbé J*** répond à des critiques formulées par un anonyme de Peronne concernant ses observations sur les pétrifications d'Albert. Il explique qu'il n'avait pas initialement l'intention de répliquer, mais il le fait à la demande du Chevalier de B***. L'Abbé conteste les accusations de faux et de trahison de la vérité, affirmant que le public judicieux saura lui rendre justice. L'Abbé examine les remarques de l'anonyme point par point. Premièrement, il corrige les erreurs de mesure de la profondeur de la carrière de pétrifications, expliquant que l'anonyme a confondu plusieurs carrières et n'a pas pris en compte la pente et les escaliers. Deuxièmement, il ignore les observations sur la hauteur des ponts et le cours de la rivière, car elles sont sans rapport avec ses observations. Troisièmement, il note que les différentes nuances des terres de pétrification ne contredisent pas ses observations. Quatrièmement, il clarifie qu'il n'a jamais affirmé que les coquillages trouvés dans la carrière étaient pétrifiés, mais qu'ils sont naturels. Cinquièmement, il réfute l'accusation de ne pas avoir bien visité les marais d'Albert pour y trouver de la fougère pétrifiée, jugeant la remarque ridicule et sans fondement. Le texte relate une discussion scientifique concernant des observations faites dans une carrière et une cascade à Albert. L'auteur affirme que ce qui a été pris pour de la fougère pétrifiée est en réalité de l'argentine, une conclusion soutenue par plusieurs visiteurs et un examen minutieux des feuilles. Un connaisseur a d'abord douté, mais ses doutes ont été dissipés par la présence de trous de fibres dans les pétrifications, distinguant ainsi l'argentine de la stalagmite. L'auteur mentionne également une controverse sur la hauteur de la cascade d'Albert. Il avait initialement mesuré environ soixante pieds, mais un anonyme de Peronne a contesté cette mesure. L'auteur a donc refait les mesures, trouvant cinquante-sept pieds de hauteur perpendiculaire et soixante-sept pieds en suivant la pente, confirmant ainsi ses précédentes observations. L'auteur rejette les critiques de l'anonyme, soulignant que ses remarques sont souvent fausses ou inutiles. Il note que, même si certaines observations de l'anonyme sont correctes, elles ne remettent pas en cause son système sur les pétrifications. Il mentionne également une découverte de roseliers en cours de pétrification, confirmant la présence d'un principe pétrifiant actif dans la carrière. L'auteur conclut en exprimant sa disponibilité à changer d'avis face à des remarques plus certaines et conséquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3515
p. 184-195
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, les réflexions que M. Cresp, Maître en Chirurgie de [...]
Mots clefs :
Virus, Chien, Hydrophobie, Humeurs, Plaie, Pommade mercurielle, Remède contre la rage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR , les réflexions que M.
Crefp , Maître en Chirurgie de
Graffe , a fait inférer dans le Mercure du
moi de Septembre dernier , ne tendant
rien moins qu'à faire fufpecter ma bonnefoi
, & diminuer le poids des obfervations
authentiques que j'annonce au Public
, je me hâte de vous adreffer ma réponſe
, avec d'autant plus d'affurance que
je connois l'impartialité dont vous faites
profeffion dans votre Mercure , & combien
vous laiſſez un libre champ à ceux
qu'on y attaque , d'oppoſer une légitime
défenfe.
DECEMBRE. 1755. 185
J'adopte volontiers le principe par où
débute M. Crefp ; j'ajoute même que tout
Ecrivain doit prendre non- feulement la
vérité pour guide : mais dès qu'il confacre
fa plume au bien de la fociété , il faut qu'il
publie également les bons & les mauvais
fuccès. L'appas d'une frêle gloire , l'envie
de fe faire un nom , ne doivent jamais tenter
, un obfervateur judicieux , fincere ,
exact à taire les fuites défavorables de fes
travaux . L'hiftoire de nos erreurs fert d'acheminement
au vrai , & c'eft en les expofant
au grand jour , qu'on parvient quelque
fois plus furement à fa découverte . Mais
ce principe-là, M. Crefp l'a- t'il bien fuivi ?
& ne fauroit- on le taxer d'un peu de prévention
? Car à moins de vouloir fe faire
illufion à foi- même , je ne vois pas
que ma fixieme obfervation , qui ne renferme
qu'un fimple & court expofé de fa
manoeuvre , fans annotation , fans détail
des faits & des circonftances , foit le
produit
d'une habileté mal entendue , uniquement
étalée pour farder la vérité avec
art , & le déprimer à ce qu'il dit.
Seroit-ce dans ce que j'avançai , que la
plaie de la jeune Ferrand fut bientôt
cicatrifée par fon fecours , qu'il y trouveroit
fon honneur intéreffé ? Mais de
fon aveu cette morfure étoit fort légere ,
TSG MERCURE DE FRANCE.
à peine paffoit- elle au -delà de la peau ;
& malgré les fcarifications & le doux
fuppuratif qu'il employa , elle fut confolidée
dans huit à dix jours. Voilà ce que
j'ai voulu dire à mon tour , & mes expreffions
ne préfentent à l'efprit aucun
fens équivoque , ni moins encore injurieux.
Je protefte fincérement que je fuis l'ami
des talens dans la perfonne de Meffieurs
les Chirurgiens , que je regarde
uniquement faits pour concourir avec
nous au foulagement des maux attachés
à la nature humaine ; que j'applaudis de
grand coeur aux découvertes laborieuſes ,
& aux fçavantes productions de nos meilleurs
maîtres en ce genre ; que jaime ,
que je recherche même cet heureux accord
qui doit régner entre nous , furtout
lorfque la probité , le dèfintéreffement
, & une noble émulation pour le
progrès de l'art , en font le mobile ; &
que fi jamais M. Crefp me met à portée
de connoître tout fon mérite , j'en
ferai volontiers le panégyrifte , bien loin
d'avoir cherché à le déprimer , lors même
que je n'ai point penté à lui.
Sans nous arrêter aux traits peu judicieux
& exagérés dont il remplit fes réflexions
, réduifons - les à deux ou trois
DECEMBRE. 1755. 187
points principaux . Un chien mord la jeune
Ferrand au métacarpe gauche ce
chien eft-il enragé ou non ? M. Crefp
nous affure qu'après s'être enquis avec
foin de tout ce qu'avoit fait ce chien ,
il n'a pu tirer la moindre induction qu'il
le fût. Mais font- ce là tous les foins qu'un
homme qui cherche à me rendre meilleur
obfervateur devoit fe donner ? &
faut-il dans une matiere auffi intéreffante
pour la vie de cette enfant , nous
laiffer deviner à quoi s'eft borné fa laborieufe
enquête, fans daigner nous apprendre
fur quels fignes exclufifs de la rage ;
il s'eft décidé fi pofitivement ? S'il avoit
bien voulu s'informer un peu mieux ,
ne lui auroit- on pas dit , ainfi que je le
tiens des perfonnes dignes de foi , que
c'étoit ici un chien égaré ; que fa démarche
effarée , fa gueule béante , la fuite
des autres chiens à fon afpect menaçant , &
fur lefquels il fe ruoit indifféremment , quelques-
uns qu'il avoit égorgés la nuit d'auparavant,
l'ayant fait croire enragé, on le pourfuivoit
de part & d'autre , le matin qu'il
mordit fur fon paffage la jeune Ferrand?
A cet expofé que je ne furfais point ,
j'ai pu décider que le chien étoit vraifemblablement
enragé ; & dans ce doute
que la mort des autres chiens mordus
1S8 MERCURE DE FRANCE.
qu'on tua le même jour ne me permit
pas d'éclaircir , j'ai mieux aimé préferver
d'une mort affurée cette jeune enfant
que
les prétendus antidotes de M. Crefp ,
fon eau thériacale & toute fon huile de
fcorpion n'auroient certainement pas garantie
, plutôt que d'en commetre la décifion
à l'évenement . Suis- je blamable par
trop de précaution , & devois- je être expofé
à fes invectives pour m'être montré
plus prudent que lui , prévenu comme
je fuis par des faits avérés , qu'on
ne s'endort que trop fouvent fur les fuites
de pareilles morfures , & qu'un mal
qui fe développe tard , n'en devient pas
moins dangereux , dès qu'on a été fi pcu
foigneux d'y remedier à l'avance ? Ceux
qui ont employé le même préfervatif ,
n'ont-il pas agi quelquefois fur des cas
encore plus équivoques ( 1 ) ?
Mais écoutons M. Crefp ; il va nous
apprendre ce qu'il auroit fallu faire. Convenons
, s'écrie- r'il , que les remedes
euffent été bien infuffifans fi la fille eût
été hydrophobe. D'accord : mais l'ai - je trai-
(1) Voyez les Obfervations de M. James , Dictionnaire
de Médecine , tom. 4 , verbo Hydrophobia
; celles de M. Default , Traité de la Rage,
som. 5 ; M. Lazerme , de Morbis Capitis, pag. 1995
la Differtation de M. Defauvages , fur la fin , &c.
DECEMBRE. 1755. 189
tée comme telle ? & n'admets -je aucune
différence entre une morfure occafionnée
par un chien enragé , & l'hydrophobie ?
entre la caufe & fon effet ? J'annonce
le mercure comme un préfervatif affuré
contre la rage ; je n'ay garde de le donner
encore comme un remede curatif. L'hydrophobie
une fois déclarée exige qu'on
opére différemment. Cette dangereuſe
affection où l'érethifme conftant du genre
nerveux , les contractions convulfives
des muſcles de la gorge , & la tenfion
fpafmodique des folides , amenent fi
promptement des inflammations gangréneufes
dans tous les vifceres , ne demandet'elle
pas qu'on marie fagement le mercure
avec les remedes fédatifs , les ano-'
dins , les calmans , les narcotiques mêmes,
fi l'on veut réuffir à la combattre auffi heureufement
que je le ferai voir , lorfque
cette pratique qu'on vient de tenter
pareillement
avec fuccès en Angleterre , fera
étayée par un nombre de guérifons à
l'épreuve du temps ( 1 ) . Je pense qu'il ne
réfultera jamais de mes expreffions un
fens auffi contraire que celui que veut
en tirer M. Crefp , & qui dénote fa facilité
à prendre le change .
(1 ) Voyez le Journal des Sçavans du mois de
Juillet dernier, pag. 1404.
190 MERCURE DE FRANCE.
La pommade mercurielle , ajoute-t’il ,
étoit en trop petite quantité pour produire
l'effet qu'on s'en promettoit. Ce raiſonnement
feroit concluant , fi l'expérience
& des effais réitérés lui en avoient appris
la jufte dofe. Mais fur quels faits
obfervés de fa part , voudroit- il nous la
régler le ton de maître fied-t'il bien lorfqu'on
ne fçait encore que par oui dice ,
qu'on prévient heureuſement la rage par
les mercuriels ?
Il s'éleve un préjugé bien dangereux à
la fociété , contre lequel on doit s'oppofer
vivement , & qui ne peut avoir pris
naiffance que dans la tête de ces Chirurgiens
frictionneurs, qui ne fe font point
une peine de couvrir impitoyablement de
mercure un malade , au moindre fymptôme
équivoque dont il eft menacé. Le mercure
, dit- on , fait des merveilles contre la
rage , pourquoi ne pas faire effayer ce remede
à plein , fur tous ceux qui font
mordus par quelque animal enragé. Tel
étoit fans doute le raifonnement de M.
Crefp , lorfqu'il propofa aux parens allarmés
fur les fuites de la morfure qu'avoit
reçue leur jeune fille , de la paffer
au plutôt par les grands remedes , fi le
chien étoit tel qu'on le difoit communément
; du moins c'eft ici l'unique fondeDECEMBRE
. 1755. 191
ment de ſes réflexions contre moi , qui ai
fçu la préferver d'un mal dangereux fans
donner dans cet excès : loin de le juger
à la rigueur , convenons que les expreffions
fuivantes , préfentent naturellement
cette conféquence à l'efprit .
Il eft certain , continue - t'il , que dans
quinze jours le virus devoit avoir fait
bien des progrès , & avoir imprégné toute
la maffe des humeurs ; parconféquent
fuffifoit-il de faire quelques legeres frictions
fur la partie offenfée . Oui fans dou
te , cela fuffifoit , & l'expérience qui doit
l'emporter fur le raifonnement nous a
appris que pour prévenir heureuſement
l'hydrophobie , quelques frictions , lorfqu'on
a été mordu aux parties inférieures
, & réitérées tout le temps convenable
, font plus que fuffifantes pour y parvenir
, fans couvrir impétueufement de
mercure ces perfonnes mordues , ni les
affujettir à ce régime fcrupuleux qu'exige
la curation de la vérole. C'eft ainfi qu'on
l'a pratiqué fur la main offenfée & le
bras de cette jeune fille , pendant plus de
quinze jours , à la dofe d'une dragme &
demie de la pommade mercurielle chaque
fois ; & je n'en fis difcontinuer l'ufage
qu'après être moralement certain , par la
cellation de la douleur fous la cicatrice
192 MERCURE DE FRANCE .
de la plaie , qu'il n'y avoit plus rien à
craindre pour les fuites. C'eft ici un fait
dont je prie M. Crefp de vouloir s'informer
un peu mieux , s'il a affez de candeur
& de bonne foi pour reconnoître ,
ainsi que doit faire tout honnête homme
qui s'eft trompé , qu'on peut quelquefois
en impofer au Public faute d'examen.
Ne diroit- on pas , à l'entendre , que le
virus de la rage vicie promptement la
maffe des humeurs ; qu'il jette le fang
dans une diffolution fubite , pour ne
pouvoir le combattre dix à douze jours
après fon infertion dans les chairs. Qu'il
fe donne la peine de lire mes obfervations,
ainfi que celles que j'ai citées d'après
quantité de Médecins célebres , il y verra
qu'on a réuffi après un terme encore plus
fong. Eft- ce là bien pofféder la théorie de
la rage ? Apprenons -lui donc que le virus
hydrophobique , par une action analogue
à quantité d'autres venins , agit moins
fur les Auides que fur les folides ; que
la bave de l'animal enragé , collée contre
les fibres des mufcles dilacérés , peut
y refter des années entieres fous une forme
infenfible , fans donner aucune marque
de fa préfence , fans infecter les
humeurs : ainfi l'obfervons- nous tous les
jours. Mais ce que l'hiſtoire de cette maladie
,
DECEMBRE. 1755. 193
ladie , malgré le grand nombre d'Auteurs ,
.parmi les anciens & les modernes qui
I'ont traitée , ne nous avoit point appris
jufqu'ici , c'est que le virus une fois développé
, cette bave exaltée , annonce fon
action , par une douleur qui fe fait fentir
fous la cicatrice de la partie offenſée ,
d'où s'élévant diftinctement à travers les
muſcles & les chairs qu'elle femble déchirer
en paffant , elle va fe fixer à la gorge
, pour être fuivie d'un étranglement
fubit , des contractions fpafmodiques
des mufcles de la déglutition , & de l'orifice
fupérieur de l'eftomac , de l'hydrophobie
en un mot.
M. Nugent Médecin à Bath ( 1 ) en Angleterre
, vient d'obferver depuis peu ce
fymptôme dans une hydrophobie bien
caractérisée qu'il a guérie. Un coup reçu
fur la cicatrice d'une plaie oblitérée depuis
longtemps , fuffit quelquefois pour
développer le virus amorti . Vainement
contefteroit- on ce cas étonnant . Il eft des
faits dans la nature que nous ne connoiffons
point encore , & l'expérience
reclame toujours contre le raifonnement.
J'ai donc pu quinze jours après l'accident
(1 ) Effai fur l'Hydrophobie , traduit de l'Apglois
de Chriftophe Nugent , à Paris , chez la
veuve Cavelier , 1754.
II. Vol.
4
I
>
194 MERCURE DE FRANCE.
arrivé à cette jeune fille , mettre en oeuvre
la façon prudente que j'ai annoncée ,
fans avoir à craindre une infection générale
des humeurs , contre laquelle j'avoue
qu'il auroit fallu des remedes plus
actifs , fi le virus de la rage agiffoit ainfi
que le penfe M. Crefp.
Les plaies de la bouche & du vifage ,
exigent une curation toute oppofée. Le
virus qui fe développe ordinairement
fur ces parties dans la quarantaine , l'étendue
& la quantité des morfures , le
court trajet de leur fituation jufqu'aux
mufcles de la gorge demandent qu'on
précipite bien fouvent les frictions ; mais
ce n'étoit point ici le cas : on peut employer
alors avec fuccès le turbit minéral.
Son action vive & prompte fur les
glandes fébacées de la gorge , amenant
bientôt la falivation , empêche brufquement
l'action du virus , dont on connoît
l'affinité avec ces humeurs & la ftructure
des organes qui les féparent ; ainfi
que les fels cauftiques des cantharides
agiffent directement fur le vélouté &
l'humeur muqueufe de la veffie.
Les morfures des parties inférieures ,
dans lesquelles on fçait que le virus tarde
beaucoup plus longtemps à donner des
marques de fa préfence , n'exigent pas
DECEMB - R E. 1755. 195
tout cet appareil. C'eft affez de preſcrire
quelques frictions éloignées , en panſant ·
régulierement la plaie avec la pommade
mercurielle & le digeftif ordinaire. Si
l'on emploie le turbit minéral pour plus
grande fureté , ce n'eft jamais qu'en qualité
d'altérant . Tel l'ordonnai - je à cette
jeune fille , & loin que fon ufage foit
dangereux , comme l'infinue M. Crefp, je
n'ai qu'à le renvoyer au traité exprès queM.
James a compofé la deffus ; parallele bien
fingulier au refte, que celui qu'il établit entre
les parens de cette fille, & moi qu'il fuppofe
plus éclairé fur les fuites & l'action
de cette chaux mercurielle. Mais c'eſt
affez de nous arrêter fur un fait qui ne mé
ritoit point d'être improuvé , & que
pourrois appuyer même par des certificats
authentiques , fi tout cela devoit influer
pour quelque chofe à l'inftruction du Public
; motif que l'on doit toujours fe propofer
, ce me femble , dans toute critique ,
fans faire naître ici , comme M. Crefp , une
conteftation à propos de rien ; & de laquelle
il auroit fort bien pu fe paffer ,
s'il avoit eu des meilleurs confeils.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DARLUC , Docteur en Médecine.
A Callian 10 Octobre 1755 ..
ONSIEUR , les réflexions que M.
Crefp , Maître en Chirurgie de
Graffe , a fait inférer dans le Mercure du
moi de Septembre dernier , ne tendant
rien moins qu'à faire fufpecter ma bonnefoi
, & diminuer le poids des obfervations
authentiques que j'annonce au Public
, je me hâte de vous adreffer ma réponſe
, avec d'autant plus d'affurance que
je connois l'impartialité dont vous faites
profeffion dans votre Mercure , & combien
vous laiſſez un libre champ à ceux
qu'on y attaque , d'oppoſer une légitime
défenfe.
DECEMBRE. 1755. 185
J'adopte volontiers le principe par où
débute M. Crefp ; j'ajoute même que tout
Ecrivain doit prendre non- feulement la
vérité pour guide : mais dès qu'il confacre
fa plume au bien de la fociété , il faut qu'il
publie également les bons & les mauvais
fuccès. L'appas d'une frêle gloire , l'envie
de fe faire un nom , ne doivent jamais tenter
, un obfervateur judicieux , fincere ,
exact à taire les fuites défavorables de fes
travaux . L'hiftoire de nos erreurs fert d'acheminement
au vrai , & c'eft en les expofant
au grand jour , qu'on parvient quelque
fois plus furement à fa découverte . Mais
ce principe-là, M. Crefp l'a- t'il bien fuivi ?
& ne fauroit- on le taxer d'un peu de prévention
? Car à moins de vouloir fe faire
illufion à foi- même , je ne vois pas
que ma fixieme obfervation , qui ne renferme
qu'un fimple & court expofé de fa
manoeuvre , fans annotation , fans détail
des faits & des circonftances , foit le
produit
d'une habileté mal entendue , uniquement
étalée pour farder la vérité avec
art , & le déprimer à ce qu'il dit.
Seroit-ce dans ce que j'avançai , que la
plaie de la jeune Ferrand fut bientôt
cicatrifée par fon fecours , qu'il y trouveroit
fon honneur intéreffé ? Mais de
fon aveu cette morfure étoit fort légere ,
TSG MERCURE DE FRANCE.
à peine paffoit- elle au -delà de la peau ;
& malgré les fcarifications & le doux
fuppuratif qu'il employa , elle fut confolidée
dans huit à dix jours. Voilà ce que
j'ai voulu dire à mon tour , & mes expreffions
ne préfentent à l'efprit aucun
fens équivoque , ni moins encore injurieux.
Je protefte fincérement que je fuis l'ami
des talens dans la perfonne de Meffieurs
les Chirurgiens , que je regarde
uniquement faits pour concourir avec
nous au foulagement des maux attachés
à la nature humaine ; que j'applaudis de
grand coeur aux découvertes laborieuſes ,
& aux fçavantes productions de nos meilleurs
maîtres en ce genre ; que jaime ,
que je recherche même cet heureux accord
qui doit régner entre nous , furtout
lorfque la probité , le dèfintéreffement
, & une noble émulation pour le
progrès de l'art , en font le mobile ; &
que fi jamais M. Crefp me met à portée
de connoître tout fon mérite , j'en
ferai volontiers le panégyrifte , bien loin
d'avoir cherché à le déprimer , lors même
que je n'ai point penté à lui.
Sans nous arrêter aux traits peu judicieux
& exagérés dont il remplit fes réflexions
, réduifons - les à deux ou trois
DECEMBRE. 1755. 187
points principaux . Un chien mord la jeune
Ferrand au métacarpe gauche ce
chien eft-il enragé ou non ? M. Crefp
nous affure qu'après s'être enquis avec
foin de tout ce qu'avoit fait ce chien ,
il n'a pu tirer la moindre induction qu'il
le fût. Mais font- ce là tous les foins qu'un
homme qui cherche à me rendre meilleur
obfervateur devoit fe donner ? &
faut-il dans une matiere auffi intéreffante
pour la vie de cette enfant , nous
laiffer deviner à quoi s'eft borné fa laborieufe
enquête, fans daigner nous apprendre
fur quels fignes exclufifs de la rage ;
il s'eft décidé fi pofitivement ? S'il avoit
bien voulu s'informer un peu mieux ,
ne lui auroit- on pas dit , ainfi que je le
tiens des perfonnes dignes de foi , que
c'étoit ici un chien égaré ; que fa démarche
effarée , fa gueule béante , la fuite
des autres chiens à fon afpect menaçant , &
fur lefquels il fe ruoit indifféremment , quelques-
uns qu'il avoit égorgés la nuit d'auparavant,
l'ayant fait croire enragé, on le pourfuivoit
de part & d'autre , le matin qu'il
mordit fur fon paffage la jeune Ferrand?
A cet expofé que je ne furfais point ,
j'ai pu décider que le chien étoit vraifemblablement
enragé ; & dans ce doute
que la mort des autres chiens mordus
1S8 MERCURE DE FRANCE.
qu'on tua le même jour ne me permit
pas d'éclaircir , j'ai mieux aimé préferver
d'une mort affurée cette jeune enfant
que
les prétendus antidotes de M. Crefp ,
fon eau thériacale & toute fon huile de
fcorpion n'auroient certainement pas garantie
, plutôt que d'en commetre la décifion
à l'évenement . Suis- je blamable par
trop de précaution , & devois- je être expofé
à fes invectives pour m'être montré
plus prudent que lui , prévenu comme
je fuis par des faits avérés , qu'on
ne s'endort que trop fouvent fur les fuites
de pareilles morfures , & qu'un mal
qui fe développe tard , n'en devient pas
moins dangereux , dès qu'on a été fi pcu
foigneux d'y remedier à l'avance ? Ceux
qui ont employé le même préfervatif ,
n'ont-il pas agi quelquefois fur des cas
encore plus équivoques ( 1 ) ?
Mais écoutons M. Crefp ; il va nous
apprendre ce qu'il auroit fallu faire. Convenons
, s'écrie- r'il , que les remedes
euffent été bien infuffifans fi la fille eût
été hydrophobe. D'accord : mais l'ai - je trai-
(1) Voyez les Obfervations de M. James , Dictionnaire
de Médecine , tom. 4 , verbo Hydrophobia
; celles de M. Default , Traité de la Rage,
som. 5 ; M. Lazerme , de Morbis Capitis, pag. 1995
la Differtation de M. Defauvages , fur la fin , &c.
DECEMBRE. 1755. 189
tée comme telle ? & n'admets -je aucune
différence entre une morfure occafionnée
par un chien enragé , & l'hydrophobie ?
entre la caufe & fon effet ? J'annonce
le mercure comme un préfervatif affuré
contre la rage ; je n'ay garde de le donner
encore comme un remede curatif. L'hydrophobie
une fois déclarée exige qu'on
opére différemment. Cette dangereuſe
affection où l'érethifme conftant du genre
nerveux , les contractions convulfives
des muſcles de la gorge , & la tenfion
fpafmodique des folides , amenent fi
promptement des inflammations gangréneufes
dans tous les vifceres , ne demandet'elle
pas qu'on marie fagement le mercure
avec les remedes fédatifs , les ano-'
dins , les calmans , les narcotiques mêmes,
fi l'on veut réuffir à la combattre auffi heureufement
que je le ferai voir , lorfque
cette pratique qu'on vient de tenter
pareillement
avec fuccès en Angleterre , fera
étayée par un nombre de guérifons à
l'épreuve du temps ( 1 ) . Je pense qu'il ne
réfultera jamais de mes expreffions un
fens auffi contraire que celui que veut
en tirer M. Crefp , & qui dénote fa facilité
à prendre le change .
(1 ) Voyez le Journal des Sçavans du mois de
Juillet dernier, pag. 1404.
190 MERCURE DE FRANCE.
La pommade mercurielle , ajoute-t’il ,
étoit en trop petite quantité pour produire
l'effet qu'on s'en promettoit. Ce raiſonnement
feroit concluant , fi l'expérience
& des effais réitérés lui en avoient appris
la jufte dofe. Mais fur quels faits
obfervés de fa part , voudroit- il nous la
régler le ton de maître fied-t'il bien lorfqu'on
ne fçait encore que par oui dice ,
qu'on prévient heureuſement la rage par
les mercuriels ?
Il s'éleve un préjugé bien dangereux à
la fociété , contre lequel on doit s'oppofer
vivement , & qui ne peut avoir pris
naiffance que dans la tête de ces Chirurgiens
frictionneurs, qui ne fe font point
une peine de couvrir impitoyablement de
mercure un malade , au moindre fymptôme
équivoque dont il eft menacé. Le mercure
, dit- on , fait des merveilles contre la
rage , pourquoi ne pas faire effayer ce remede
à plein , fur tous ceux qui font
mordus par quelque animal enragé. Tel
étoit fans doute le raifonnement de M.
Crefp , lorfqu'il propofa aux parens allarmés
fur les fuites de la morfure qu'avoit
reçue leur jeune fille , de la paffer
au plutôt par les grands remedes , fi le
chien étoit tel qu'on le difoit communément
; du moins c'eft ici l'unique fondeDECEMBRE
. 1755. 191
ment de ſes réflexions contre moi , qui ai
fçu la préferver d'un mal dangereux fans
donner dans cet excès : loin de le juger
à la rigueur , convenons que les expreffions
fuivantes , préfentent naturellement
cette conféquence à l'efprit .
Il eft certain , continue - t'il , que dans
quinze jours le virus devoit avoir fait
bien des progrès , & avoir imprégné toute
la maffe des humeurs ; parconféquent
fuffifoit-il de faire quelques legeres frictions
fur la partie offenfée . Oui fans dou
te , cela fuffifoit , & l'expérience qui doit
l'emporter fur le raifonnement nous a
appris que pour prévenir heureuſement
l'hydrophobie , quelques frictions , lorfqu'on
a été mordu aux parties inférieures
, & réitérées tout le temps convenable
, font plus que fuffifantes pour y parvenir
, fans couvrir impétueufement de
mercure ces perfonnes mordues , ni les
affujettir à ce régime fcrupuleux qu'exige
la curation de la vérole. C'eft ainfi qu'on
l'a pratiqué fur la main offenfée & le
bras de cette jeune fille , pendant plus de
quinze jours , à la dofe d'une dragme &
demie de la pommade mercurielle chaque
fois ; & je n'en fis difcontinuer l'ufage
qu'après être moralement certain , par la
cellation de la douleur fous la cicatrice
192 MERCURE DE FRANCE .
de la plaie , qu'il n'y avoit plus rien à
craindre pour les fuites. C'eft ici un fait
dont je prie M. Crefp de vouloir s'informer
un peu mieux , s'il a affez de candeur
& de bonne foi pour reconnoître ,
ainsi que doit faire tout honnête homme
qui s'eft trompé , qu'on peut quelquefois
en impofer au Public faute d'examen.
Ne diroit- on pas , à l'entendre , que le
virus de la rage vicie promptement la
maffe des humeurs ; qu'il jette le fang
dans une diffolution fubite , pour ne
pouvoir le combattre dix à douze jours
après fon infertion dans les chairs. Qu'il
fe donne la peine de lire mes obfervations,
ainfi que celles que j'ai citées d'après
quantité de Médecins célebres , il y verra
qu'on a réuffi après un terme encore plus
fong. Eft- ce là bien pofféder la théorie de
la rage ? Apprenons -lui donc que le virus
hydrophobique , par une action analogue
à quantité d'autres venins , agit moins
fur les Auides que fur les folides ; que
la bave de l'animal enragé , collée contre
les fibres des mufcles dilacérés , peut
y refter des années entieres fous une forme
infenfible , fans donner aucune marque
de fa préfence , fans infecter les
humeurs : ainfi l'obfervons- nous tous les
jours. Mais ce que l'hiſtoire de cette maladie
,
DECEMBRE. 1755. 193
ladie , malgré le grand nombre d'Auteurs ,
.parmi les anciens & les modernes qui
I'ont traitée , ne nous avoit point appris
jufqu'ici , c'est que le virus une fois développé
, cette bave exaltée , annonce fon
action , par une douleur qui fe fait fentir
fous la cicatrice de la partie offenſée ,
d'où s'élévant diftinctement à travers les
muſcles & les chairs qu'elle femble déchirer
en paffant , elle va fe fixer à la gorge
, pour être fuivie d'un étranglement
fubit , des contractions fpafmodiques
des mufcles de la déglutition , & de l'orifice
fupérieur de l'eftomac , de l'hydrophobie
en un mot.
M. Nugent Médecin à Bath ( 1 ) en Angleterre
, vient d'obferver depuis peu ce
fymptôme dans une hydrophobie bien
caractérisée qu'il a guérie. Un coup reçu
fur la cicatrice d'une plaie oblitérée depuis
longtemps , fuffit quelquefois pour
développer le virus amorti . Vainement
contefteroit- on ce cas étonnant . Il eft des
faits dans la nature que nous ne connoiffons
point encore , & l'expérience
reclame toujours contre le raifonnement.
J'ai donc pu quinze jours après l'accident
(1 ) Effai fur l'Hydrophobie , traduit de l'Apglois
de Chriftophe Nugent , à Paris , chez la
veuve Cavelier , 1754.
II. Vol.
4
I
>
194 MERCURE DE FRANCE.
arrivé à cette jeune fille , mettre en oeuvre
la façon prudente que j'ai annoncée ,
fans avoir à craindre une infection générale
des humeurs , contre laquelle j'avoue
qu'il auroit fallu des remedes plus
actifs , fi le virus de la rage agiffoit ainfi
que le penfe M. Crefp.
Les plaies de la bouche & du vifage ,
exigent une curation toute oppofée. Le
virus qui fe développe ordinairement
fur ces parties dans la quarantaine , l'étendue
& la quantité des morfures , le
court trajet de leur fituation jufqu'aux
mufcles de la gorge demandent qu'on
précipite bien fouvent les frictions ; mais
ce n'étoit point ici le cas : on peut employer
alors avec fuccès le turbit minéral.
Son action vive & prompte fur les
glandes fébacées de la gorge , amenant
bientôt la falivation , empêche brufquement
l'action du virus , dont on connoît
l'affinité avec ces humeurs & la ftructure
des organes qui les féparent ; ainfi
que les fels cauftiques des cantharides
agiffent directement fur le vélouté &
l'humeur muqueufe de la veffie.
Les morfures des parties inférieures ,
dans lesquelles on fçait que le virus tarde
beaucoup plus longtemps à donner des
marques de fa préfence , n'exigent pas
DECEMB - R E. 1755. 195
tout cet appareil. C'eft affez de preſcrire
quelques frictions éloignées , en panſant ·
régulierement la plaie avec la pommade
mercurielle & le digeftif ordinaire. Si
l'on emploie le turbit minéral pour plus
grande fureté , ce n'eft jamais qu'en qualité
d'altérant . Tel l'ordonnai - je à cette
jeune fille , & loin que fon ufage foit
dangereux , comme l'infinue M. Crefp, je
n'ai qu'à le renvoyer au traité exprès queM.
James a compofé la deffus ; parallele bien
fingulier au refte, que celui qu'il établit entre
les parens de cette fille, & moi qu'il fuppofe
plus éclairé fur les fuites & l'action
de cette chaux mercurielle. Mais c'eſt
affez de nous arrêter fur un fait qui ne mé
ritoit point d'être improuvé , & que
pourrois appuyer même par des certificats
authentiques , fi tout cela devoit influer
pour quelque chofe à l'inftruction du Public
; motif que l'on doit toujours fe propofer
, ce me femble , dans toute critique ,
fans faire naître ici , comme M. Crefp , une
conteftation à propos de rien ; & de laquelle
il auroit fort bien pu fe paffer ,
s'il avoit eu des meilleurs confeils.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DARLUC , Docteur en Médecine.
A Callian 10 Octobre 1755 ..
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre datée du 10 octobre 1755, Darluc, Docteur en Médecine, répond aux critiques de M. Crefp publiées dans le Mercure de septembre 1755. M. Crefp avait remis en question la bonne foi et la validité des observations de Darluc. Darluc affirme qu'il publie ses succès et échecs dans un esprit de vérité et pour le bien de la société. Il conteste les accusations de M. Crefp concernant une observation sur une jeune fille mordue par un chien, précisant que la morsure était légère et rapidement cicatrisée. Darluc insiste sur la prudence nécessaire dans de tels cas, citant des exemples où des morsures similaires ont entraîné des complications tardives. Darluc critique M. Crefp pour ne pas avoir suffisamment enquêté sur les signes de rage du chien et pour avoir proposé des remèdes inefficaces. Il défend l'utilisation du mercure comme préventif contre la rage, soulignant que le virus peut rester latent pendant des années avant de se manifester. Il mentionne des cas où des frictions mercurielles ont été efficaces pour prévenir la rage et critique les pratiques excessives de certains chirurgiens. Dans une autre lettre datée du 10 octobre 1755, Darluc discute de l'utilisation du turbit minéral, un composé mercuriel, pour traiter une jeune fille. Il conteste les accusations de dangerosité formulées par M. Cresp, se référant à un traité de M. James qui compare les effets de cette substance. Darluc souligne que l'usage de ce traitement n'est pas dangereux et qu'il peut être appuyé par des certificats authentiques. Il exprime son regret de devoir aborder ce sujet, estimant que cela n'apporte rien à l'instruction du public. Darluc critique M. Cresp pour avoir provoqué une controverse inutile, suggérant qu'il aurait pu éviter cela en ayant de meilleurs conseils. La lettre se conclut par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3516
p. 239
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP
PROBATIO N.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le fecond volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 13 Décemb.
1755.
GUIROY.
PROBATIO N.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le fecond volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 13 Décemb.
1755.
GUIROY.
Fermer
3517
p. 42-45
AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
Début :
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme datée du 28 Octobre dernier, qui, [...]
Mots clefs :
Écrit, Genève, Citoyens de Genève, Citoyen de Genève, Discours sur l'inégalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
AVIS
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
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I
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MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
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Résumé : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
En janvier 1756, J. J. Rouffean publie un avis dans le Mercure de France concernant une lettre anonyme reçue le 28 octobre 1755. Cette lettre contenait un écrit de défense que Rouffean ne peut publier. L'auteur de la lettre peut récupérer son écrit en envoyant un billet de la même écriture. Rouffean exprime des doutes sur la nationalité genevoise de son détracteur, affirmant que ses concitoyens l'attaqueraient ouvertement. Il précise que son ouvrage est destiné aux Genevois, qui l'ont approuvé et y trouvent des raisons d'aimer leur gouvernement. Pour les habitants d'autres pays, il suggère de se questionner sur l'utilité de l'ouvrage plutôt que de le critiquer. Un critique de Bordeaux est mentionné, proposant à Rouffean d'écrire des opéras au lieu de discours politiques. Rouffean exprime sa gratitude à son défenseur mais préfère laisser ses adversaires s'exprimer librement. Il conclut en affirmant que sa défense repose sur la raison et la vérité, ainsi que sur sa conduite et ses mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3518
p. 214-218
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Vous serez sans doute informé, Monsieur, du malheur que vient [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Portugal, Effondrements, Incendie, Tsunami, Lisbonne, Dégâts, Morts
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE .
De Lisbonne , ce 25 Novembre , 1755.
Vous ferez fans doute informé , Monfieur
, du malheur que vient d'effuyer le
Portugal. Le premier de Novembre à neuf
heures quarante- cinq minutes du matin ,
par un temps calme & le ciel le plus ferain
, le mercure étant à vingt- fept pouces
fept lignes , & le termometre de M. de
Réaumur à quatorze degrés , la terre trembla
par trois reprifes. La premiere fecouffe
fut fi foible qu'elle n'épouvanta prefque
perfonne , & dura à peu près une minute :
mais après un intervalle de trente à quarante
fecondes , la terre trembla de nouveau
, mais avec tant de violence que la
plupart des maifons commencerent à crouler.
Cette feconde fecouffe dura à peu près
huit ou dix minutes . Il y eut encore un intervalle
de deux minutes à peu près ; ce que je
préfume , parce que la pouffiere que caufa
l'écroulement des maifons , & qui étoit fi
épaiffe que le foleil en étoit totalement
obfcurci , baiffa peu à peu , & rendit au
jour affez de clarté pour que l'on pût s'envifager
& fe reconnoître.
JANVIE R. 1756. 215
Une troifieme fecouffe reconfondit tout
de nouveau ; les maifons qui avoient réfifté
jufqu'alors , tomberent avec fracas. Le ciel
s'obfurcit , & la terre fembloit vouloir
rentrer dans le cahos . Les gémiffemens des
mourans , les cris de ceux qui étoient expofés
au danger , les fecouffes réitérées de
la terre, l'obfcurité du jour augmentoient le
trouble , la confufion , l'horreur & l'effroi.
Enfin , après dix à douze minutes , tout ſe
calma . Mais notre malheur n'étoit pas
encore à fon comble. A peine commençions-
nous à refpirer , le feu parut dans
différens quartiers de la Ville. Le vent qui
fouffloit avec violence , excitoit la flamme.
Perfonne ne penfa à empêcher fa voracité ,
on ne fongea qu'à fauver fa vie , & à fuir
vers la campagne : les tremblemens de terre
fe fuccédoient toujours foibles à la vérité
, mais trop violens pour des gens qui
avoient échappé à une mort qui fembloit
inévitable. Ainfi Lifbonne devint en peu
de tems une feconde Troie.
On auroit pu fans doute apporter quelque
remede au feu , fi la mer n'eût menacé
de fubmerger la ville ; ou du moins
le peuple effrayé par une fi horrible
cataſtrophe , fe le perfuada , en voyant les
Alots entrer avec fureur dans des lieux ou
il fembloit impoffible que la mer pût
jamais parvenir.
216 MERCURE DE FRANCE.
Dans le commencement du tremblement
, quelques perfonnes croyant trouver
un afyle fur les eaux , s'y expoferent ;
mais la mer ne leur fut pas plus favorable
car le flux portoit vaiffeaux ,
barques , batteaux contre le rivage , les
écrafoit les uns contre les autres , &
bientôt les retirant avec violence , fembloit
vouloir les engloutir avec les malheureux
qu'ils portoient.
Ce flux & reflux dura toute la nuit
& fe faifoit fentir plus fortement de cinq
en cinq minutes. L'effroi n'a pas encore
ceffé ; car il n'y a pas de jour que nous
n'ayons fenti deux ou trois fecouffes.
J'ai remarqué que les plus fortes , que
l'on peut comparer à un coup de canon
tiré dans un fouterrein , fe font toujours
fentir à la fortie de la Lune , & vers le
crépuscule du matin.
Le 8. vers les cinq heures & demie du
matin , nons avons fenti une fecouffe de
peu de durée , mais très violente. Le
16. à trois heures & demie après midi ,
la terre bailla & fit le même effet que
le d'un navire à la cape. corps
On affure que la mer a furpaffé de 9 .
pieds le plus grand débordement dont on
fe fouvienne en Portugal.
Le tremblement & le feu ont détruit
1S
JANVIER. 1756. 217
18 paroilles , prefque tous les couvens ,
& les plus beaux Palais de Liſbonne , tels
que le Palais du Roi , celui de Bragance ,
le Tréfor , les Hôtels des Ducs de Cadaval
, de Lafoens & d'Avéiro , ceux des
Marquis de Valence , de Lourical , de
Tavora , de Marialva , de Limiares , de
Frontiere , d'Anjeja , des Comtes de
Vimieiro , d'Atouguia , das Galvéas , de
Saint Jacques , d'Alva , de Coucoulin :
l'Hôtel de l'Ambaffadeur d'Efpagne l'a
enfeveli fous fes ruines. Le chantier ,
toutes les douanes pleines de marchandifes
, les Magafins publics du bled ont
été confumés . Les environs de Lisbonne
ont prefque tous été détruits . Les Bourgs
d'Alverca , Alandra , Villa Franca , Caftanheira
, Povos , Alenquer , Sétuval ,
font prefque entierement ravagés. La
partie baffe de Santarem a beaucoup
fouffert , de même que Peniche & la
fortereffe de Cafcaes . Quelques villes du
Royaume des Algarves ont été détruites
moins le tremblement de terre , que
par la mer qui a inondé une lieue de
Pays. La pointe du Cap de la Boque s'eft
affaiffée. La fameufe bibliotheque de S.
Dominique , celle du Comte de Ericeira
& celle du Comte de Vimieiro , célébres
I. Vol.
par
K
218 MERCURE DE FRANCE.
par leurs manufcrits rares , ont été la
proie des flammes.
On ne fçait pas encore le nombre des
morts. On conjecture qu'il doit monter
de 30. à 40. mille perfonnes. Tout le
monde campe , depuis le Roi jufqu'au
dernier membre de la République.
Pedegache.
A L'AUTEUR DU MERCURE .
De Lisbonne , ce 25 Novembre , 1755.
Vous ferez fans doute informé , Monfieur
, du malheur que vient d'effuyer le
Portugal. Le premier de Novembre à neuf
heures quarante- cinq minutes du matin ,
par un temps calme & le ciel le plus ferain
, le mercure étant à vingt- fept pouces
fept lignes , & le termometre de M. de
Réaumur à quatorze degrés , la terre trembla
par trois reprifes. La premiere fecouffe
fut fi foible qu'elle n'épouvanta prefque
perfonne , & dura à peu près une minute :
mais après un intervalle de trente à quarante
fecondes , la terre trembla de nouveau
, mais avec tant de violence que la
plupart des maifons commencerent à crouler.
Cette feconde fecouffe dura à peu près
huit ou dix minutes . Il y eut encore un intervalle
de deux minutes à peu près ; ce que je
préfume , parce que la pouffiere que caufa
l'écroulement des maifons , & qui étoit fi
épaiffe que le foleil en étoit totalement
obfcurci , baiffa peu à peu , & rendit au
jour affez de clarté pour que l'on pût s'envifager
& fe reconnoître.
JANVIE R. 1756. 215
Une troifieme fecouffe reconfondit tout
de nouveau ; les maifons qui avoient réfifté
jufqu'alors , tomberent avec fracas. Le ciel
s'obfurcit , & la terre fembloit vouloir
rentrer dans le cahos . Les gémiffemens des
mourans , les cris de ceux qui étoient expofés
au danger , les fecouffes réitérées de
la terre, l'obfcurité du jour augmentoient le
trouble , la confufion , l'horreur & l'effroi.
Enfin , après dix à douze minutes , tout ſe
calma . Mais notre malheur n'étoit pas
encore à fon comble. A peine commençions-
nous à refpirer , le feu parut dans
différens quartiers de la Ville. Le vent qui
fouffloit avec violence , excitoit la flamme.
Perfonne ne penfa à empêcher fa voracité ,
on ne fongea qu'à fauver fa vie , & à fuir
vers la campagne : les tremblemens de terre
fe fuccédoient toujours foibles à la vérité
, mais trop violens pour des gens qui
avoient échappé à une mort qui fembloit
inévitable. Ainfi Lifbonne devint en peu
de tems une feconde Troie.
On auroit pu fans doute apporter quelque
remede au feu , fi la mer n'eût menacé
de fubmerger la ville ; ou du moins
le peuple effrayé par une fi horrible
cataſtrophe , fe le perfuada , en voyant les
Alots entrer avec fureur dans des lieux ou
il fembloit impoffible que la mer pût
jamais parvenir.
216 MERCURE DE FRANCE.
Dans le commencement du tremblement
, quelques perfonnes croyant trouver
un afyle fur les eaux , s'y expoferent ;
mais la mer ne leur fut pas plus favorable
car le flux portoit vaiffeaux ,
barques , batteaux contre le rivage , les
écrafoit les uns contre les autres , &
bientôt les retirant avec violence , fembloit
vouloir les engloutir avec les malheureux
qu'ils portoient.
Ce flux & reflux dura toute la nuit
& fe faifoit fentir plus fortement de cinq
en cinq minutes. L'effroi n'a pas encore
ceffé ; car il n'y a pas de jour que nous
n'ayons fenti deux ou trois fecouffes.
J'ai remarqué que les plus fortes , que
l'on peut comparer à un coup de canon
tiré dans un fouterrein , fe font toujours
fentir à la fortie de la Lune , & vers le
crépuscule du matin.
Le 8. vers les cinq heures & demie du
matin , nons avons fenti une fecouffe de
peu de durée , mais très violente. Le
16. à trois heures & demie après midi ,
la terre bailla & fit le même effet que
le d'un navire à la cape. corps
On affure que la mer a furpaffé de 9 .
pieds le plus grand débordement dont on
fe fouvienne en Portugal.
Le tremblement & le feu ont détruit
1S
JANVIER. 1756. 217
18 paroilles , prefque tous les couvens ,
& les plus beaux Palais de Liſbonne , tels
que le Palais du Roi , celui de Bragance ,
le Tréfor , les Hôtels des Ducs de Cadaval
, de Lafoens & d'Avéiro , ceux des
Marquis de Valence , de Lourical , de
Tavora , de Marialva , de Limiares , de
Frontiere , d'Anjeja , des Comtes de
Vimieiro , d'Atouguia , das Galvéas , de
Saint Jacques , d'Alva , de Coucoulin :
l'Hôtel de l'Ambaffadeur d'Efpagne l'a
enfeveli fous fes ruines. Le chantier ,
toutes les douanes pleines de marchandifes
, les Magafins publics du bled ont
été confumés . Les environs de Lisbonne
ont prefque tous été détruits . Les Bourgs
d'Alverca , Alandra , Villa Franca , Caftanheira
, Povos , Alenquer , Sétuval ,
font prefque entierement ravagés. La
partie baffe de Santarem a beaucoup
fouffert , de même que Peniche & la
fortereffe de Cafcaes . Quelques villes du
Royaume des Algarves ont été détruites
moins le tremblement de terre , que
par la mer qui a inondé une lieue de
Pays. La pointe du Cap de la Boque s'eft
affaiffée. La fameufe bibliotheque de S.
Dominique , celle du Comte de Ericeira
& celle du Comte de Vimieiro , célébres
I. Vol.
par
K
218 MERCURE DE FRANCE.
par leurs manufcrits rares , ont été la
proie des flammes.
On ne fçait pas encore le nombre des
morts. On conjecture qu'il doit monter
de 30. à 40. mille perfonnes. Tout le
monde campe , depuis le Roi jufqu'au
dernier membre de la République.
Pedegache.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Le 1er novembre 1755, Lisbonne a été frappée par un violent tremblement de terre à 9 heures 45 du matin, par un temps calme et un ciel serein. Le séisme s'est manifesté en trois secousses principales. La première, faible et de courte durée, n'a pas causé de dégâts majeurs. La deuxième, beaucoup plus violente, a duré environ huit à dix minutes et a provoqué l'effondrement de nombreuses maisons. Une troisième secousse a suivi, augmentant la confusion et l'horreur. Après environ dix à douze minutes, le séisme s'est calmé, mais des incendies ont éclaté dans divers quartiers, alimentés par un vent violent. Les habitants, terrifiés, ont fui vers la campagne. La mer, en flux et reflux violents, a également causé des ravages, détruisant des navires et menaçant de submerger la ville. Les secousses se sont poursuivies, avec des pics d'intensité à la sortie de la Lune et au crépuscule du matin. Le 8 novembre et le 16 novembre, des secousses supplémentaires ont été ressenties. Le tremblement de terre et les incendies ont détruit 18 paroisses, de nombreux couvents, palais royaux et privés, ainsi que des infrastructures publiques. Les environs de Lisbonne ont également été ravagés, et plusieurs villes du Royaume des Algarves ont été inondées. La bibliothèque de São Domingos et celles des comtes d'Ériceira et de Vimieiro ont été détruites. Le nombre de morts est estimé entre 30 000 et 40 000 personnes. En raison des destructions, depuis le roi jusqu'au dernier membre de la République, tout le monde a dû camper.
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3519
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier volume du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le premier volume du Mercure de Janvier
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion. A Paris , ce 27 Décemb. 1755 .
GUIROY.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le premier volume du Mercure de Janvier
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion. A Paris , ce 27 Décemb. 1755 .
GUIROY.
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3520
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume du [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le fecond volume du Mercure de Janvier
,& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 13 Janvier 1756.
GUIROY.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le fecond volume du Mercure de Janvier
,& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 13 Janvier 1756.
GUIROY.
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3521
p. 219-222
LETTRE à l'Auteur du Mercure, par M. l'Abbé Moreilhon, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Portet, Jurvielle, & Pobeau, Diocèse de Commenges.
Début :
Un étrange phénomene, Monsieur, a répandu l'effroi dans ce coin de l'Univers. [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Jurvielle, Eau rouge, Prodige, Fontaines, Couleur de l'eau, Phénomène mystérieux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, par M. l'Abbé Moreilhon, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Portet, Jurvielle, & Pobeau, Diocèse de Commenges.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , par M.
l'Abbé Moreilhon , Prêtre , Docteur en
Théologie , Curé de Portet , Jurvielle , &
Pobean , Diocèfe de Commenges.
UN étrange phénomene , Monfieut , a répandu
l'effroi dans ce coin de l'Univers. Il pourra
mériter l'attention du Public , fi vous daignez
P'expofer à fes yeux dans un de vos recueils périodiques.
Le premier de ce mois , un vieux Paſteur con
duifit fes moutons dans la prairie de Jurvielle.
C'est un petit Bourg fitué à l'extrêmité de la vallée
de Larbouft , dans la Généralité d'Auch ,
tout au pied des Pyrenées. Vers les onze heures
du matin , ce Berger s'aflit auprès d'une fontaine
où il avoit accoutumé de faire fes champêtres repas.
Il avoit déja bu de cette eau pure dans le
creux de fa main , lorfqu'il vit tout- à -coup fa
Cource fe troubler , au point qu'il la crut changée
en fots de fang.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Effrayé du fpectacle il fuit d'un lieu qui avoit
fait jufqu'alors fes plus cheres délices ; mais à
peine a -t'il fait quelque pas , que le ruiffeau qui
ferpente dans le vallon , lui préfente un femblable
prodige. Il appelle d'autres Paſteurs. Des
cris mêlés de gémiflemens fe font entendre au
loin . Un peuple nombreux accourt au bord du
Ruiffeau. On crie de plus en plus au miracle. La
crainte redouble à chaque inftant , & l'allarme
vint me troubler dans les fonctions du faint miniftere
dont j'étois occupé.
Je voulois me convaincre par moi - même du
fujet de la terreur publique. J'allai fur les lieux
& je vis qu'on ne m'en avoit point impofé. Les
caux du ruiffeau étoient d'une couleur parfaitement
reffemblante à celle d'un fang livide . Je
remontai à la fource , & par la verification exacte
que j'en fis , je trouvai le long du vallon quatre
fontaines qui avoient fouffert le même changement.
Non feulement le cryſtal de leurs eaux ne
préfentoit plus fa tranfparence ordinaire , mais
leur goût & leur odeur étoient aufli changée ;
& dans le courant cette liqueur dépofoit une efpece
de limon , tel que le mar du caffé au
clair.
Ce n'eft pas tout. L'émotion populaire me
rendit témoin d'un autre prodige ; tandis que
les quatre fources dont j'ai parlé , avoient pris
une couleur rouge en coulant. de l'Ouestau Sud,
ily en a deux du côté de ce même vallon , dont
les eaux étoient blanches , comme fi l'on y avoir'
détrempé du plâtre. Je continuai mes obferva-"
tions vis- à- vis de ces fontaines qui coulent duNord
at Sud. Après les avoir examinées je trouvai que
cette cau fentoit la vafe , & que les parties craffes
qu'elle entraînoit , étoient de la véritable argille ,
FEVRIER. 1756. 221
Je m'informai fi l'on n'avoit jamais vu un pareil
changement dans ces fontaines , & des perfonnes
âgées de quatre-vingts ans me certifierent qu'elles
n'avoient point vu , ni même oui dire , que
la diverfité des faifons eût produit dans ces fources
la moindre altération. Le tems étoit affez ferein
, & mes foins ne me mirent point à même
de foupçonner quelque caufe extérieure qui eût
trait à cet événement .
Pendant environ fix heures , le changement de
couleur dans ces différentes fontaines fut toujours
au même dégré , fans qu'il furvînt aucune altération
dans plus de vingt fources qui fe trouvent
au-deffus , au- deffous , & à côté , dans l'efpace
d'environ demi - quart de lieue que, contient le
vallon de Jurvielle. Dans la nuit , le prodige diminua
, & vers les huit heures du lendemain matin
les fontaines furent parfaitement rétablies dans
leur étát naturel.
J'avois auguré qu'un tremblement de terre ou
des feux fouterreins avoient pu occafionner le
prétendu miracle. Mes conjectures fe font , à mon
avis , trouvées plus vraisemblables , lorfque les
nouvelles publiques ont annoncé les ravages arrivés
par le tremblement de terre qui a eu lieu
le même jour , premier Novembre à Sévile , à
Cadix, à Salamanque, à Ségovie, à Carthagene, à
Valence , à Bilbao , & furtout à Liſbonne.
Mais comment les fecouffes de la terre ébranlée
à l'embouchure du Tage & du Guadalquivir ,
ont- elles pu troubler des fontaines fituées à quatre
cens lieues de diftance ? Quand le tremblement
de terre auroit été encore plus violent &
plus étendu dans les provinces voifines du détroit
de Gibraltar , fe feroit-il communiqué jufqu'à
P'extrémité de la Gafcogne : Les Pyrenées ne font
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
ils pas une barriere fuffifante pour y mettre obf
tacle ? La communication a - t'elle pu fe faire
dans deux heures de tems, puifque le tremblement
a commencé dans Lifbonne à neuf heures, & qu'ici
les fources ont changé de couleur à onze heures
du matin D'où vient la teinture rouge des quatre
fontaines , & la couleur blanche des deux autres
fources dont j'ai parlé , fi les feux fouterreins,
la crue de la mer , ou l'ébranlement de la terre en
font la véritable cauſe D'où vient que les fontaines
voisines font demeurées dans leur état naturel ?
Ne pourroit-on pas dire , en adoptant l'opinion
commune , fur l'origine des fontaines , que celles-
ci tirent leur fource d'un grand refervoir , où
il s'eft fait quelque éboulement qui a communiqué
à l'eau la différente couleur , felon la différente
qualité du terrein ? Les fonctions rédoutables
dont je fuis furchargé , me rendent depuis
long tems étranger à la Philofophie. Je n'ai donc
garde de prévenir le jugement des Sçavans fur
les queftions propofées. Je me fuis borné à conftater
les faits avec exactitude , & je me contente
de les expofer avec fimplicité .
*
4
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce 20 Novembre 1755.
l'Abbé Moreilhon , Prêtre , Docteur en
Théologie , Curé de Portet , Jurvielle , &
Pobean , Diocèfe de Commenges.
UN étrange phénomene , Monfieut , a répandu
l'effroi dans ce coin de l'Univers. Il pourra
mériter l'attention du Public , fi vous daignez
P'expofer à fes yeux dans un de vos recueils périodiques.
Le premier de ce mois , un vieux Paſteur con
duifit fes moutons dans la prairie de Jurvielle.
C'est un petit Bourg fitué à l'extrêmité de la vallée
de Larbouft , dans la Généralité d'Auch ,
tout au pied des Pyrenées. Vers les onze heures
du matin , ce Berger s'aflit auprès d'une fontaine
où il avoit accoutumé de faire fes champêtres repas.
Il avoit déja bu de cette eau pure dans le
creux de fa main , lorfqu'il vit tout- à -coup fa
Cource fe troubler , au point qu'il la crut changée
en fots de fang.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Effrayé du fpectacle il fuit d'un lieu qui avoit
fait jufqu'alors fes plus cheres délices ; mais à
peine a -t'il fait quelque pas , que le ruiffeau qui
ferpente dans le vallon , lui préfente un femblable
prodige. Il appelle d'autres Paſteurs. Des
cris mêlés de gémiflemens fe font entendre au
loin . Un peuple nombreux accourt au bord du
Ruiffeau. On crie de plus en plus au miracle. La
crainte redouble à chaque inftant , & l'allarme
vint me troubler dans les fonctions du faint miniftere
dont j'étois occupé.
Je voulois me convaincre par moi - même du
fujet de la terreur publique. J'allai fur les lieux
& je vis qu'on ne m'en avoit point impofé. Les
caux du ruiffeau étoient d'une couleur parfaitement
reffemblante à celle d'un fang livide . Je
remontai à la fource , & par la verification exacte
que j'en fis , je trouvai le long du vallon quatre
fontaines qui avoient fouffert le même changement.
Non feulement le cryſtal de leurs eaux ne
préfentoit plus fa tranfparence ordinaire , mais
leur goût & leur odeur étoient aufli changée ;
& dans le courant cette liqueur dépofoit une efpece
de limon , tel que le mar du caffé au
clair.
Ce n'eft pas tout. L'émotion populaire me
rendit témoin d'un autre prodige ; tandis que
les quatre fources dont j'ai parlé , avoient pris
une couleur rouge en coulant. de l'Ouestau Sud,
ily en a deux du côté de ce même vallon , dont
les eaux étoient blanches , comme fi l'on y avoir'
détrempé du plâtre. Je continuai mes obferva-"
tions vis- à- vis de ces fontaines qui coulent duNord
at Sud. Après les avoir examinées je trouvai que
cette cau fentoit la vafe , & que les parties craffes
qu'elle entraînoit , étoient de la véritable argille ,
FEVRIER. 1756. 221
Je m'informai fi l'on n'avoit jamais vu un pareil
changement dans ces fontaines , & des perfonnes
âgées de quatre-vingts ans me certifierent qu'elles
n'avoient point vu , ni même oui dire , que
la diverfité des faifons eût produit dans ces fources
la moindre altération. Le tems étoit affez ferein
, & mes foins ne me mirent point à même
de foupçonner quelque caufe extérieure qui eût
trait à cet événement .
Pendant environ fix heures , le changement de
couleur dans ces différentes fontaines fut toujours
au même dégré , fans qu'il furvînt aucune altération
dans plus de vingt fources qui fe trouvent
au-deffus , au- deffous , & à côté , dans l'efpace
d'environ demi - quart de lieue que, contient le
vallon de Jurvielle. Dans la nuit , le prodige diminua
, & vers les huit heures du lendemain matin
les fontaines furent parfaitement rétablies dans
leur étát naturel.
J'avois auguré qu'un tremblement de terre ou
des feux fouterreins avoient pu occafionner le
prétendu miracle. Mes conjectures fe font , à mon
avis , trouvées plus vraisemblables , lorfque les
nouvelles publiques ont annoncé les ravages arrivés
par le tremblement de terre qui a eu lieu
le même jour , premier Novembre à Sévile , à
Cadix, à Salamanque, à Ségovie, à Carthagene, à
Valence , à Bilbao , & furtout à Liſbonne.
Mais comment les fecouffes de la terre ébranlée
à l'embouchure du Tage & du Guadalquivir ,
ont- elles pu troubler des fontaines fituées à quatre
cens lieues de diftance ? Quand le tremblement
de terre auroit été encore plus violent &
plus étendu dans les provinces voifines du détroit
de Gibraltar , fe feroit-il communiqué jufqu'à
P'extrémité de la Gafcogne : Les Pyrenées ne font
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
ils pas une barriere fuffifante pour y mettre obf
tacle ? La communication a - t'elle pu fe faire
dans deux heures de tems, puifque le tremblement
a commencé dans Lifbonne à neuf heures, & qu'ici
les fources ont changé de couleur à onze heures
du matin D'où vient la teinture rouge des quatre
fontaines , & la couleur blanche des deux autres
fources dont j'ai parlé , fi les feux fouterreins,
la crue de la mer , ou l'ébranlement de la terre en
font la véritable cauſe D'où vient que les fontaines
voisines font demeurées dans leur état naturel ?
Ne pourroit-on pas dire , en adoptant l'opinion
commune , fur l'origine des fontaines , que celles-
ci tirent leur fource d'un grand refervoir , où
il s'eft fait quelque éboulement qui a communiqué
à l'eau la différente couleur , felon la différente
qualité du terrein ? Les fonctions rédoutables
dont je fuis furchargé , me rendent depuis
long tems étranger à la Philofophie. Je n'ai donc
garde de prévenir le jugement des Sçavans fur
les queftions propofées. Je me fuis borné à conftater
les faits avec exactitude , & je me contente
de les expofer avec fimplicité .
*
4
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce 20 Novembre 1755.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, par M. l'Abbé Moreilhon, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Portet, Jurvielle, & Pobeau, Diocèse de Commenges.
Le 1er novembre 1755, un événement inhabituel s'est produit à Jurvielle, un petit bourg situé à l'extrémité de la vallée de Larbouf, près des Pyrénées. Vers onze heures du matin, un berger a observé que l'eau de la fontaine où il se trouvait avait subitement changé d'apparence, devenant semblable à des flots de sang. Ce phénomène s'est également manifesté dans le ruisseau voisin, provoquant l'effroi des habitants. L'abbé Moreilhon, curé de Portet, Jurvielle et Pobean, s'est rendu sur place et a constaté que quatre fontaines du vallon avaient changé de couleur. Certaines prenaient une teinte rouge, tandis que d'autres devenaient blanches. L'eau avait également un goût et une odeur altérés, et déposait un limon semblable à celui du marc de café. Ce phénomène a duré environ six heures avant de disparaître complètement le lendemain matin. L'abbé Moreilhon a émis plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène. Il a d'abord envisagé un tremblement de terre ou des feux souterrains, mais les distances et les délais rendaient cette explication improbable. Il a ensuite suggéré que les fontaines pourraient tirer leur eau d'un réservoir souterrain où un éboulement aurait modifié la couleur de l'eau. L'abbé Moreilhon s'est limité à constater les faits avec exactitude et les a exposés simplement, sans interprétation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3522
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Février , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Janvier 1756.
GUIROY.
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Février , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Janvier 1756.
GUIROY.
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3523
p. 57-63
LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, en lisant votre Mercure, j'ai trouvé une lettre de l'illustre [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Genevois, Lettre, Hommes, Philosophe, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
D'un Bourgeois de Bordeaux , à l'Auteur
du Mercure.
MONSIEUR , en lifant votre Mercure
, j'ai trouvé une lettre de l'illuftre
M. Rouffeau , où il fe défend contre ceux
qui ofent attaquer les nouveautés étonnantes
de fes fyftêmes Je n'entre point
dans toutes ces difcuffions ; mais je ne
feindrai pas d'avouer que j'ai été furpris
de la hauteur Stoïque & Lacédémonienne
avec laquelle il nous traite . Il nous infinue
avec une clarté affez dure , que fom
deffein n'eft ni de nous amufer , ni de
nous inftruire. Je lui répons d'abord qu'il
fera l'un & l'autre malgré lui , par la feu
le raifon que nous nous occupons à le
lire. Chofe qu'il ne fçauroit empêcher.
Tout le fruit qu'il pourra tirer de fa mauvaiſe
intention pour nous , c'eft de nous
difpenfer de lui être reconnoiffans , puifqu'il
ne nous éclaire qu'en proteftant qu'il
ne veut pas nous éclairer. C'est un vrai
larcin que nous lui faifons.
Mais je demande quelle raifon lui avons
nous donnée de fe fâcher contre nous ? Si
quelqu'un de nos concitoyens a mérité
Cv
8 MERCURE DE FRANCE.
fa colere par quelques petits dilemmes
embarraffans , mais point incivils , toute
la ville qu'il profcrit n'a point de part à
cela. Une chofe bien certaine , c'eſt que
nous admirons fon éloquence comme tout
le reste du monde , preuve affez évidente
que nous valons quelque chofe. Comment
peut- il avoir la cruauté de foudroyer
ainfi fes admirateurs .
Il femble nous apprendre qu'il n'écrit
que pour Geneve, cela veut dire qu'il n'aime
qu'elle. J'avouerai que j'avois cru juf
qu'ici que le vrai philofophe étoit l'ami
du monde entier ; qu'il regardoit tous les
hommes comme des freres. Qu'il aime
Geneve , à la bonne heure ; mais nous.
ofons le prier de nous aimer un peu , tout
Bordelois que nous pouvons être : car
après tout que fçait-il Peut- être fommes-
nous, des hommes ?
Il feroit mieux , dit- il , de demander
à ceux qui ne font pas Genevois , & qui
ne me goûtent point , pourquoi ils lifent
mon ouvrage, que de leur expliquer pourquoi
il eft fait ? Les termes dont il fe fert
pour dire cela, ont un air fentencieux, mais.
j'ai bien peur qu'ils n'en ayent que l'air.
1. Il est très - fûr que tout le monde le
goûte & l'admire , Genevois ou non , ainfi
il fe fonde fur une hypothefe fauffe. SupMARS.
1756. 59
pofons, comme lui , l'impoffible. Suppofons,
dis-je , qu'il eût fait un ouvrage où l'utile.
& l'amufant ne fe trouvaflent point , &
qu'il dit à ceux qui s'en plaindroient
pourquoi le lifiez -vous ? Mais , Monfieur ,
pourroit-on lui répondre : Je ne prévoyois
pas , en prenant votre livre , qu'il ne devoit
m'amufer ni m'inftruire. La réponſe:
feroit bonne , perfonne n'étant devin.
Cependant quand je réfléchis à fa fentence
, je crois y démêler une idée trop
fiere pour être la fienne. Ne voudroit - il:
pas dire , qu'il eft peu de gens qui doivent
le lire , c'eft-à -dire qu'il en eft peu
qui foient dignes de le faire ; & puis en
cherchant quels font ces mortels privilégiés
, il femble que ce font les Genevois
& ceux qui le trouvent inftructif & amufant
, ou pour dire la chofe comme elle
eft , ceux qui font fes approbateurs . Voilà
une idée qu'on ne doit pas attribuer à:
un philofophe auffi modefte & auffi bon
Logicien que lui . Il eft donc de l'équité de
convenir que fa fentence ne fignifie rien ..
Au reste , il ne nous a pas appris à quoi
peuvent fervir fes fyitêmes , & quel a été
fon but en écrivant. J'ai écrit , dira-t'il ,
pour
donner aux Genevois de fortes raifons
d'aimer leur gouvernement , pour
leur infpirer l'humanité , l'amour de la
C.vjj
60 MERCURE DE FRANCE.
patrie & de la liberté , & l'obéiflance aux
loix.
Je crois donc entendre M. Rouffeau
parlant ainfi à fes concitoyens : Aimez votre
gouvernement , car l'homme auroit
beaucoup mieux fait de n'en point établir.
Aimez vos femblables , car nous avons eu
tort de fortir de cet état ancien où nous
n'aimions que le repos , une femelle & la
Bourriture. Aimez votre patrie , puifqu'il
eft vrai que nous devrions n'en avoir jamais
eu d'autre qu'une caverne ou le pied
d'un arbre. Soyez libres , attendu que nous
fommes à plaindre de n'être plus dépendans
d'un Lion ou d'un Ours , qui nous
auroit fait fuir devant lui . Enfin obéiffez
aux loix , puifque vous étiez faits pour
n'obéir à aucune. Si les Genevois n'avoient
pas de meilleures raifons pour être bons
citoyens , nous n'aurions pas admiré comme
nous faifons , la fageffe de leur gouvernement
& la pureté de leurs moeurs.
Je fçais bien qu'il pourroit répliquer ,
comme Agamemnon ; Seigneur , je ne rends
point compte de mes deffeins , furtout devant
des Adverfaires obfcurs & indignes de
moi , tels que vous êtes , vous dont je
craindrois de relever la baffeffe , fi je def
cendois jufqu'à elle. De plus , que m'importe
qu'on m'approuve , ou qu'on me
MARS. 1756. 61
condamne ? Mes Approbateurs font la raifon
& la vérité , ( à Dieu ne plaife que cela
foit , ) je n'attends rien de perfonne . Je
foule aux pieds les critiques & les fuffrages:
Si fractus illabatur orbis impavidum
ferient ruina. Tous ces fentimens ont une
majefté philofophique qui éblouit ; mais
je foupçonne qu'ils font trop métaphyfiques
pour être réels. La nature a mis dans
nos coeurs un violent défir d'être eftimé
de fes femblables ; & je croirois fort que
fans ce défir-là , perfonne ne fe feroit imprimer
, pas même M. Rouffeau . De plus ,
répéter mille & mille fois qu'on méprife
l'eftime des hommes , c'est répéter qu'on
méprife les hommes mêmes. Or, comme le
mépris dérive toujours d'une comparaiſon
relative à fa propre perfonne , dire qu'on
méprife les hommes , c'eft dire en termes
couverts , qu'on fe croit plus qu'eux . Il feroit
pourtant un peu violent de fe croire le
premier homme du monde.
y
L'affectation est toujours ridicule. Il
en a , ce me femble ,à fe proclamer philofophe
par un certain ton altier & crud ,
qu'on prend un peu trop dans notre fiécle.
Du moins pour l'être , on ne doit pas
traiter fon monde d'une maniere fi hautaine
, car alors il paroîtra qu'on a plus de
colere que de philofophie.
62 MERCURE DE FRANCE.
Pourquoi , par exemple , répondre par
des injures; (le titre de bel efprit en eft une
de la maniere que M. Rouffeau le donne) ?
Pourquoi , dis - je , ne pas répondre par des
raifons ? Il n'en avoit point , dira-t'on , il
ne falloit donc pas répondre.
Je connois des gens qui ont cru appercevoir
dans fes écrits une humeur fort
éloignée de cette douceur gracieuſe & liante
, qui doit être comme l'habit de la véritable
vertu. Je n'ai garde d'être de leur
avis , & je fuis perfuadé que M. Rouſſeau
eft auffi aimable par fon caractere , qu'il eft
eftimable par fes moeurs , & admirable par
fes écrits ; mais je fuis obligé de convenir
que cet avis où il répond fi durement , a été
écrit dans quelque quart- d'heure d'inquiétude
, & je gagerois que fa fanté n'étoit
pas bien difpofée dans ce moment -là.
Je finirai par l'avertir qué l'indifpofi
tion où il pouvoit être alors , lui a empêché
de faire affez d'attention à la lettre
qu'on lui écrit , enforte qu'il ne lui a pas
fait l'honneur de l'entendre. On ne l'exhorte
pas à quitter les difcuffions politiques
pour faire des Opera , on s'intéreffe
trop à fa gloire pour exiger de lui une
pareille chute ; on croit même que la lit
térature perdroit tout , s'il n'étoit que poëte
; & qu'en cas qu'il ne fût que Muficien,.
MAR S. 1756. 63
la mufique ne gagneroit pas autant que
l'éloquence a déja gagné à être cultivée.
par lui . On a voulu lui dire feulement ,
qu'il vaut mieux ne faire qu'amufer , que
de donner des inftructions fondées fur des
principes auffi dangereux que les fiens
d'où dérive naturellement la conféquence
que l'homme n'a été fait ni pour une morale
, ni pour une religion ; conféquence
que la droiture pieufe de fon coeur défavoueroit
affurément. Du refte , on l'exhorte
à poursuivre fes recherches , & furtout
à prétendre aux découvertes neuves ,
fans aimer les nouveautés. Cet avis , cen'eft
point les Bordelois feuls qui le lui
donnent , les Genevois , j'ofe le dire, le lui
donnent auffi.
Je ne crois pas avoir rien dit de choquant
à M. Rouffeau ; & je viens de relire.
ma lettre pour voir s'il m'eft échappé la:
moindre chofe qui démentît les fentimens
d'eftime , d'admiration , & même de refpect,
dont je fuis pénétré pour lui . Je fuis même
fi affuré de la nobleſſe & de la candeur
de fes fentimens , que jefuis perfuadé qu'il
confentira lui - même à ce que cette lettre.
foit inférée dans votre Mercure ; honneur
que je vous fupplis dé lui accorder .
De Bordeaux , le 14 Janvier 1756.-
D'un Bourgeois de Bordeaux , à l'Auteur
du Mercure.
MONSIEUR , en lifant votre Mercure
, j'ai trouvé une lettre de l'illuftre
M. Rouffeau , où il fe défend contre ceux
qui ofent attaquer les nouveautés étonnantes
de fes fyftêmes Je n'entre point
dans toutes ces difcuffions ; mais je ne
feindrai pas d'avouer que j'ai été furpris
de la hauteur Stoïque & Lacédémonienne
avec laquelle il nous traite . Il nous infinue
avec une clarté affez dure , que fom
deffein n'eft ni de nous amufer , ni de
nous inftruire. Je lui répons d'abord qu'il
fera l'un & l'autre malgré lui , par la feu
le raifon que nous nous occupons à le
lire. Chofe qu'il ne fçauroit empêcher.
Tout le fruit qu'il pourra tirer de fa mauvaiſe
intention pour nous , c'eft de nous
difpenfer de lui être reconnoiffans , puifqu'il
ne nous éclaire qu'en proteftant qu'il
ne veut pas nous éclairer. C'est un vrai
larcin que nous lui faifons.
Mais je demande quelle raifon lui avons
nous donnée de fe fâcher contre nous ? Si
quelqu'un de nos concitoyens a mérité
Cv
8 MERCURE DE FRANCE.
fa colere par quelques petits dilemmes
embarraffans , mais point incivils , toute
la ville qu'il profcrit n'a point de part à
cela. Une chofe bien certaine , c'eſt que
nous admirons fon éloquence comme tout
le reste du monde , preuve affez évidente
que nous valons quelque chofe. Comment
peut- il avoir la cruauté de foudroyer
ainfi fes admirateurs .
Il femble nous apprendre qu'il n'écrit
que pour Geneve, cela veut dire qu'il n'aime
qu'elle. J'avouerai que j'avois cru juf
qu'ici que le vrai philofophe étoit l'ami
du monde entier ; qu'il regardoit tous les
hommes comme des freres. Qu'il aime
Geneve , à la bonne heure ; mais nous.
ofons le prier de nous aimer un peu , tout
Bordelois que nous pouvons être : car
après tout que fçait-il Peut- être fommes-
nous, des hommes ?
Il feroit mieux , dit- il , de demander
à ceux qui ne font pas Genevois , & qui
ne me goûtent point , pourquoi ils lifent
mon ouvrage, que de leur expliquer pourquoi
il eft fait ? Les termes dont il fe fert
pour dire cela, ont un air fentencieux, mais.
j'ai bien peur qu'ils n'en ayent que l'air.
1. Il est très - fûr que tout le monde le
goûte & l'admire , Genevois ou non , ainfi
il fe fonde fur une hypothefe fauffe. SupMARS.
1756. 59
pofons, comme lui , l'impoffible. Suppofons,
dis-je , qu'il eût fait un ouvrage où l'utile.
& l'amufant ne fe trouvaflent point , &
qu'il dit à ceux qui s'en plaindroient
pourquoi le lifiez -vous ? Mais , Monfieur ,
pourroit-on lui répondre : Je ne prévoyois
pas , en prenant votre livre , qu'il ne devoit
m'amufer ni m'inftruire. La réponſe:
feroit bonne , perfonne n'étant devin.
Cependant quand je réfléchis à fa fentence
, je crois y démêler une idée trop
fiere pour être la fienne. Ne voudroit - il:
pas dire , qu'il eft peu de gens qui doivent
le lire , c'eft-à -dire qu'il en eft peu
qui foient dignes de le faire ; & puis en
cherchant quels font ces mortels privilégiés
, il femble que ce font les Genevois
& ceux qui le trouvent inftructif & amufant
, ou pour dire la chofe comme elle
eft , ceux qui font fes approbateurs . Voilà
une idée qu'on ne doit pas attribuer à:
un philofophe auffi modefte & auffi bon
Logicien que lui . Il eft donc de l'équité de
convenir que fa fentence ne fignifie rien ..
Au reste , il ne nous a pas appris à quoi
peuvent fervir fes fyitêmes , & quel a été
fon but en écrivant. J'ai écrit , dira-t'il ,
pour
donner aux Genevois de fortes raifons
d'aimer leur gouvernement , pour
leur infpirer l'humanité , l'amour de la
C.vjj
60 MERCURE DE FRANCE.
patrie & de la liberté , & l'obéiflance aux
loix.
Je crois donc entendre M. Rouffeau
parlant ainfi à fes concitoyens : Aimez votre
gouvernement , car l'homme auroit
beaucoup mieux fait de n'en point établir.
Aimez vos femblables , car nous avons eu
tort de fortir de cet état ancien où nous
n'aimions que le repos , une femelle & la
Bourriture. Aimez votre patrie , puifqu'il
eft vrai que nous devrions n'en avoir jamais
eu d'autre qu'une caverne ou le pied
d'un arbre. Soyez libres , attendu que nous
fommes à plaindre de n'être plus dépendans
d'un Lion ou d'un Ours , qui nous
auroit fait fuir devant lui . Enfin obéiffez
aux loix , puifque vous étiez faits pour
n'obéir à aucune. Si les Genevois n'avoient
pas de meilleures raifons pour être bons
citoyens , nous n'aurions pas admiré comme
nous faifons , la fageffe de leur gouvernement
& la pureté de leurs moeurs.
Je fçais bien qu'il pourroit répliquer ,
comme Agamemnon ; Seigneur , je ne rends
point compte de mes deffeins , furtout devant
des Adverfaires obfcurs & indignes de
moi , tels que vous êtes , vous dont je
craindrois de relever la baffeffe , fi je def
cendois jufqu'à elle. De plus , que m'importe
qu'on m'approuve , ou qu'on me
MARS. 1756. 61
condamne ? Mes Approbateurs font la raifon
& la vérité , ( à Dieu ne plaife que cela
foit , ) je n'attends rien de perfonne . Je
foule aux pieds les critiques & les fuffrages:
Si fractus illabatur orbis impavidum
ferient ruina. Tous ces fentimens ont une
majefté philofophique qui éblouit ; mais
je foupçonne qu'ils font trop métaphyfiques
pour être réels. La nature a mis dans
nos coeurs un violent défir d'être eftimé
de fes femblables ; & je croirois fort que
fans ce défir-là , perfonne ne fe feroit imprimer
, pas même M. Rouffeau . De plus ,
répéter mille & mille fois qu'on méprife
l'eftime des hommes , c'est répéter qu'on
méprife les hommes mêmes. Or, comme le
mépris dérive toujours d'une comparaiſon
relative à fa propre perfonne , dire qu'on
méprife les hommes , c'eft dire en termes
couverts , qu'on fe croit plus qu'eux . Il feroit
pourtant un peu violent de fe croire le
premier homme du monde.
y
L'affectation est toujours ridicule. Il
en a , ce me femble ,à fe proclamer philofophe
par un certain ton altier & crud ,
qu'on prend un peu trop dans notre fiécle.
Du moins pour l'être , on ne doit pas
traiter fon monde d'une maniere fi hautaine
, car alors il paroîtra qu'on a plus de
colere que de philofophie.
62 MERCURE DE FRANCE.
Pourquoi , par exemple , répondre par
des injures; (le titre de bel efprit en eft une
de la maniere que M. Rouffeau le donne) ?
Pourquoi , dis - je , ne pas répondre par des
raifons ? Il n'en avoit point , dira-t'on , il
ne falloit donc pas répondre.
Je connois des gens qui ont cru appercevoir
dans fes écrits une humeur fort
éloignée de cette douceur gracieuſe & liante
, qui doit être comme l'habit de la véritable
vertu. Je n'ai garde d'être de leur
avis , & je fuis perfuadé que M. Rouſſeau
eft auffi aimable par fon caractere , qu'il eft
eftimable par fes moeurs , & admirable par
fes écrits ; mais je fuis obligé de convenir
que cet avis où il répond fi durement , a été
écrit dans quelque quart- d'heure d'inquiétude
, & je gagerois que fa fanté n'étoit
pas bien difpofée dans ce moment -là.
Je finirai par l'avertir qué l'indifpofi
tion où il pouvoit être alors , lui a empêché
de faire affez d'attention à la lettre
qu'on lui écrit , enforte qu'il ne lui a pas
fait l'honneur de l'entendre. On ne l'exhorte
pas à quitter les difcuffions politiques
pour faire des Opera , on s'intéreffe
trop à fa gloire pour exiger de lui une
pareille chute ; on croit même que la lit
térature perdroit tout , s'il n'étoit que poëte
; & qu'en cas qu'il ne fût que Muficien,.
MAR S. 1756. 63
la mufique ne gagneroit pas autant que
l'éloquence a déja gagné à être cultivée.
par lui . On a voulu lui dire feulement ,
qu'il vaut mieux ne faire qu'amufer , que
de donner des inftructions fondées fur des
principes auffi dangereux que les fiens
d'où dérive naturellement la conféquence
que l'homme n'a été fait ni pour une morale
, ni pour une religion ; conféquence
que la droiture pieufe de fon coeur défavoueroit
affurément. Du refte , on l'exhorte
à poursuivre fes recherches , & furtout
à prétendre aux découvertes neuves ,
fans aimer les nouveautés. Cet avis , cen'eft
point les Bordelois feuls qui le lui
donnent , les Genevois , j'ofe le dire, le lui
donnent auffi.
Je ne crois pas avoir rien dit de choquant
à M. Rouffeau ; & je viens de relire.
ma lettre pour voir s'il m'eft échappé la:
moindre chofe qui démentît les fentimens
d'eftime , d'admiration , & même de refpect,
dont je fuis pénétré pour lui . Je fuis même
fi affuré de la nobleſſe & de la candeur
de fes fentimens , que jefuis perfuadé qu'il
confentira lui - même à ce que cette lettre.
foit inférée dans votre Mercure ; honneur
que je vous fupplis dé lui accorder .
De Bordeaux , le 14 Janvier 1756.-
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Résumé : LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
Un bourgeois de Bordeaux écrit au rédacteur du Mercure pour réagir à la défense de Jean-Jacques Rousseau contre les critiques de ses œuvres. Le bourgeois exprime sa surprise face à l'arrogance de Rousseau, qui nie que ses écrits aient pour but d'amuser ou d'instruire, bien qu'ils remplissent ces fonctions. Il s'étonne également de la colère de Rousseau et affirme que Bordeaux, comme le reste du monde, admire son éloquence. Le bourgeois critique l'idée que Rousseau écrive uniquement pour les Genevois, soulignant que les philosophes doivent aimer l'humanité entière. Il met en doute la sincérité de Rousseau lorsqu'il prétend mépriser l'estime des hommes, y voyant une volonté de supériorité. Il trouve ridicule l'attitude altière et cruelle de Rousseau, tout en reconnaissant ses qualités, telles que son caractère aimable, ses mœurs estimables et ses écrits admirables. Cependant, il critique certaines réponses dures et colériques de Rousseau. L'auteur de la lettre précise qu'il n'avait pas pour but de pousser Rousseau à abandonner les discussions politiques pour écrire des opéras, mais de l'encourager à éviter les principes dangereux. Il espère que Rousseau acceptera la publication de cette lettre dans le Mercure de France, affirmant n'avoir rien écrit de choquant et exprimant son estime, admiration et respect pour Rousseau. La lettre est datée du 14 janvier 1756.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3524
p. 64
« Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Début :
Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...]
Mots clefs :
Public, Livre, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Je remercie très humblement M. de
Boiffy , de la bonté qu'il a eue de me communiquer
cette piéce. Elle me paroît agréa
blement écrite , affaifonnée de cette ironie
fine & plaifante , qu'on appelle , je
crois , de la politeffe , & je ne m'y trouve
nullement offenfé. Non feulement je confens
à fa publication , mais je défire même
qu'elle foit imprimée dans l'état où
elle eft , pour l'inftruction du Public & la
mienne. Si la morale de l'Auteur paroît
plus faine que fa logique , & fes avis meilleurs
que fes raifonnemens , ne feroit - ce
point que les défauts de ma perfonne ſe
voient bien mieux que les erreurs de mon
livre ? Au refte , toutes les horribles chofes
qu'il y trouve , lui montrent plus que
jamais , qu'il ne devroit pas perdre fon
tems à le lire.
ROUSSEAU,
A Paris , le 24 Janvier 1756.
Boiffy , de la bonté qu'il a eue de me communiquer
cette piéce. Elle me paroît agréa
blement écrite , affaifonnée de cette ironie
fine & plaifante , qu'on appelle , je
crois , de la politeffe , & je ne m'y trouve
nullement offenfé. Non feulement je confens
à fa publication , mais je défire même
qu'elle foit imprimée dans l'état où
elle eft , pour l'inftruction du Public & la
mienne. Si la morale de l'Auteur paroît
plus faine que fa logique , & fes avis meilleurs
que fes raifonnemens , ne feroit - ce
point que les défauts de ma perfonne ſe
voient bien mieux que les erreurs de mon
livre ? Au refte , toutes les horribles chofes
qu'il y trouve , lui montrent plus que
jamais , qu'il ne devroit pas perdre fon
tems à le lire.
ROUSSEAU,
A Paris , le 24 Janvier 1756.
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Résumé : « Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Jean-Jacques Rousseau remercie M. de Boiffy pour une pièce littéraire partagée. Il admire son ironie subtile et accepte sa publication pour l'instruction publique. Rousseau trouve la morale de l'auteur plus saine que sa logique et compare les défauts personnels aux erreurs littéraires. Il conclut que M. de Boiffy ne devrait pas perdre son temps à lire cette pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3526
p. 88-89
LOGOGRYPHE.
Début :
Un seul mot dans cinq pieds, sans y rien retrancher, [...]
Mots clefs :
Écran
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
UN feul mot dans cinq pieds , fans y rien retrancher
,
Vous en fournira cinq , fi vous fçavez chercher :
MARS. 1756. 89
Tranfpofez - les fi bien , qu'en prenant chaque
lettre ,
Vous commenciez celui que vous voulez connoître.
Le premier en hyver fert dans notre maiſon ,
Et devient inutile en toute autre faifon.
Vous portez le fecond : quoiqu'en votre ſtructure
Il foit effentiel , c'eft fouvent une injure .
Le troifiéme déplaît au goût , તàે l'odorat ;
On peut le rejetter fans être délicat .
Sur mer le quatriéme aide à vaincre l'orage .
C'eft dans ce feul endroit qu'on en peut faire
ufage .
Le dernier , cher Lecteur , eft peut - être fur vous ;
Car on le voit briller dans les plus beaux bijoux.
A Besançon ; par un Officier.
UN feul mot dans cinq pieds , fans y rien retrancher
,
Vous en fournira cinq , fi vous fçavez chercher :
MARS. 1756. 89
Tranfpofez - les fi bien , qu'en prenant chaque
lettre ,
Vous commenciez celui que vous voulez connoître.
Le premier en hyver fert dans notre maiſon ,
Et devient inutile en toute autre faifon.
Vous portez le fecond : quoiqu'en votre ſtructure
Il foit effentiel , c'eft fouvent une injure .
Le troifiéme déplaît au goût , તàે l'odorat ;
On peut le rejetter fans être délicat .
Sur mer le quatriéme aide à vaincre l'orage .
C'eft dans ce feul endroit qu'on en peut faire
ufage .
Le dernier , cher Lecteur , eft peut - être fur vous ;
Car on le voit briller dans les plus beaux bijoux.
A Besançon ; par un Officier.
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3527
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'lier , le Mercure du mois de Mars , & je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 28 Février 1756.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
GUIROY
J'lier , le Mercure du mois de Mars , & je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 28 Février 1756.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
GUIROY
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3528
p. 239
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier volume du [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance-
Chance
lier , le premier volume du Mercure du mois.
d'Avril , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 29 Mars 1756.
GUIROY.
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance-
Chance
lier , le premier volume du Mercure du mois.
d'Avril , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 29 Mars 1756.
GUIROY.
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3529
p. 30-35
VERS A M. le Baron de ***, Brigadier des Armées du Roi, premier Lieutenant Colonel du Régiment Royal ***, Chevalier des Ordres du Roi de ** ; par M. de Bastide.
Début :
Il est temps que je me rapproche [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Esprit, Ville, Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : VERS A M. le Baron de ***, Brigadier des Armées du Roi, premier Lieutenant Colonel du Régiment Royal ***, Chevalier des Ordres du Roi de ** ; par M. de Bastide.
VERS
A M. le Baron de *** , Brigadier des Armées
du Roi , premier Lieutenant Colonel
du Régiment Royal *** , Chevalier des
Ordres du Roi de ** ; par M. de Baftide.
IL eft temps que je me rapproche
Du Philofophe & du Guerrier
Qui couronné de myrthe & de laurier ,
Penfe avec goût , vit fans reproche
Ennemi de la vanité
Dont tout feigneur eft entêté ,
Dans fon château dont il eft idolâtre ;
Plein de nobleffe & plein de probité ,
Prêt à boire , prêt à combattre ,
Prêt à raifonner fçavamment ,
Ayant tous les efprits , aimant tous les mérites ,
N'ayant qu'un défaut feulement ,
Celui d'abréger fes viſites ,
Et de digérer rarement .
Depuis un mois , la pluie impitoyable
M'enchaîne à mon trifte foyer :
Mais duflai-je enfin me noyer ,
Vous me verrez , Baron aimable
Braver pour vous les élemens.
J'arriverai fait comme un diable ;
AVRIL. 1756. 31
> Car les frimats & la pluie & les vents
Déchaînés dans notre hémiſphere ,
Nous réduifent , depuis longtemps ,
A chercher des moyens de plaire
Etrangers aux ajuftemens :
Mais aux yeux de l'homme qui penfe
La parure n'eft pas beauté.
J'irai donc avec Paffurance
D'être reçu mieux qu'un fat apprêté , `
Certain que vous ferez flatté
De ce mépris pour l'élégance ,
"
Et que vous jugerez par mon habit crotté ,
De mes regrets pendant un mois d'abſence .
Je ne puis vous revoir trop tôt ;
L'humeur me gagne , & j'en fçais bien la cauſe :
Une affreuse métamorphofe
Me rend chagrin & prefque fot ,
Depuis que loin de la barriere
Du monde aimable & des efprits choiſis ,
Je paffe dans une chaumiere
Des jours filés par les ennuis..
Plaifirs charmans que je regrette ,
Plaiſirs de la fociété ,
Plaifirs de l'art & de la nouveauté ,
Plaifirs d'une union fecrete
Plaifirs de l'infidélité
>
Plaifirs d'une flamme indifcrete ,
Pourquoi par un fonge emporté ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Me fuis-je mis dans la néceffité ,
De regretter votre douceur parfaite !
Pourquoi me fuis - je tranſplanté
Du fein de la félicité .
Dans le néant de la retraite !
Un faux goût de tranquillité ,
Un vain eſpoir de liberté ,
Un peu d'inconftance , peut-être ,
Ont féduit mon efprit trop aifément tenté.
J'ai cru trouver la volupté
Dans une demeure champêtre
Et dans le féjour ſi vanté
De l'innocence & de la vérité.
Vains défirs , fatales chimeres !
On ne reconnoît plus les champs.
On ne voit plus de bergers innocens ,
Il n'eft plus d'aimables bergeres.
Le vice & la férocité
Ont chaffé les graces légeres :
L'amour & la fimplicité
Sont devenus des vertus étrangeres
Parmi ce peuple autrefois refpecté ,
Dont les moeurs , les chanfons & la délicateffe
Etoient des leçons de tendreffe
Et des leçons d'humanité.
Si des champs je paffe ( 1 ) à la ville ,
J'y revois l'affligeant tableau
(1 ) L'Auteur parle d'unepetite Ville du voi
nage.
AVRIL. 1756. 33
Qu'a peint le févere Rouſſeau
Dans le début de fon livre inutile .
Nul plaifir , nulle aménité ,
Nul fentiment , nulle fociété.
A la ville comme au village ,
On ne voit plus cette aimable union ,
Ce doux rapport d'eſprit & d'inclination ,
Cette fincérité de coeur & de langage
Que l'on vit , fans exception ,
Dans les hommes du premier âge.
Mais taifons -nous : il faut être prudent
Et réſiſter à la critique ,
Lorsqu'on prévoit & que l'on fent
Que l'on feroit trop véridique.
L'homme trop vrai devient méchant.
Hélas ! quelle fut ma folie ,
Quel fut l'excès de mon égarement !
Mon fort étoit digne d'envie .
L'efprit , le fentiment ,
Les arts & Penjouement
Répandoient fur ma vie
Les tréfors de l'amufement ,
De la raifon & du génie.
Par Cidalife & par Leſbie ,
Séduit & partagé ,
Je me rendois chez Emilie ,
J'y trouvois un jeu moins chargé ,
Plus d'efprit & plus de faillie.
I
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
Par elle mon coeur éclairé ,
Goûtoit dans une douce chaîne ,
Ce bonheur que l'amour ramene
Et que l'efprit a préparé.
Tous les arts & toutes les belles
- M'imprimoient des plaifirs nouveaux ;
N'épuifant rien , recherchant à propos ,
Paffant ſouvent des bagatelles
Aux productions immortelles ,
Et des bons livres , aux bons mots ,
Recueillant toutes les nouvelles ,
Parcourant toutes les ruelles ;
Allant partout , excepté chez les fots.
C'eft ainfi que de la journée ,
Coupant le fil par la légéreté ,
Je voyois s'écouler l'année ,
Comme une belle nuit d'été .
Hélas ! que de ma deftinée
Les Dieux ont bien changé le cours !
Mon ame aux ennuis enchaînée ,
Eft triftement abandonnée
Par les plaifirs & les amours.
Je ne vois plus Cidalife & Lefbie ,
Je n'entends plus Clairon ni Dumefni ,
Je ne vois plus Puvigné ni Lani ,
Je ne foupe plus chez Silvie ,
Entre Jéliote & . Gauffin.
La guittarre , le clavecin ,
Les fons brillans de l'Italie ,
AVRIL 1756. 31
Les beaux vers , les fruits du génie ,
Tous les biens ont pour moi pris fin .
Vous , près de qui je les retrouve
Dans le plaifir de me les rappeller ,
Yous ,qui les connoiffez , qui fçavez en parler ,
Vous enfin , près de qui j'éprouve
Combien l'efprit peut confoler ,
Jugez , fi de votre préfence ,
Je puis me priver aisément ,
Et combien pendant votre abfence ,
J'ai du voir croître mon tourment .
A M. le Baron de *** , Brigadier des Armées
du Roi , premier Lieutenant Colonel
du Régiment Royal *** , Chevalier des
Ordres du Roi de ** ; par M. de Baftide.
IL eft temps que je me rapproche
Du Philofophe & du Guerrier
Qui couronné de myrthe & de laurier ,
Penfe avec goût , vit fans reproche
Ennemi de la vanité
Dont tout feigneur eft entêté ,
Dans fon château dont il eft idolâtre ;
Plein de nobleffe & plein de probité ,
Prêt à boire , prêt à combattre ,
Prêt à raifonner fçavamment ,
Ayant tous les efprits , aimant tous les mérites ,
N'ayant qu'un défaut feulement ,
Celui d'abréger fes viſites ,
Et de digérer rarement .
Depuis un mois , la pluie impitoyable
M'enchaîne à mon trifte foyer :
Mais duflai-je enfin me noyer ,
Vous me verrez , Baron aimable
Braver pour vous les élemens.
J'arriverai fait comme un diable ;
AVRIL. 1756. 31
> Car les frimats & la pluie & les vents
Déchaînés dans notre hémiſphere ,
Nous réduifent , depuis longtemps ,
A chercher des moyens de plaire
Etrangers aux ajuftemens :
Mais aux yeux de l'homme qui penfe
La parure n'eft pas beauté.
J'irai donc avec Paffurance
D'être reçu mieux qu'un fat apprêté , `
Certain que vous ferez flatté
De ce mépris pour l'élégance ,
"
Et que vous jugerez par mon habit crotté ,
De mes regrets pendant un mois d'abſence .
Je ne puis vous revoir trop tôt ;
L'humeur me gagne , & j'en fçais bien la cauſe :
Une affreuse métamorphofe
Me rend chagrin & prefque fot ,
Depuis que loin de la barriere
Du monde aimable & des efprits choiſis ,
Je paffe dans une chaumiere
Des jours filés par les ennuis..
Plaifirs charmans que je regrette ,
Plaiſirs de la fociété ,
Plaifirs de l'art & de la nouveauté ,
Plaifirs d'une union fecrete
Plaifirs de l'infidélité
>
Plaifirs d'une flamme indifcrete ,
Pourquoi par un fonge emporté ,
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Me fuis-je mis dans la néceffité ,
De regretter votre douceur parfaite !
Pourquoi me fuis - je tranſplanté
Du fein de la félicité .
Dans le néant de la retraite !
Un faux goût de tranquillité ,
Un vain eſpoir de liberté ,
Un peu d'inconftance , peut-être ,
Ont féduit mon efprit trop aifément tenté.
J'ai cru trouver la volupté
Dans une demeure champêtre
Et dans le féjour ſi vanté
De l'innocence & de la vérité.
Vains défirs , fatales chimeres !
On ne reconnoît plus les champs.
On ne voit plus de bergers innocens ,
Il n'eft plus d'aimables bergeres.
Le vice & la férocité
Ont chaffé les graces légeres :
L'amour & la fimplicité
Sont devenus des vertus étrangeres
Parmi ce peuple autrefois refpecté ,
Dont les moeurs , les chanfons & la délicateffe
Etoient des leçons de tendreffe
Et des leçons d'humanité.
Si des champs je paffe ( 1 ) à la ville ,
J'y revois l'affligeant tableau
(1 ) L'Auteur parle d'unepetite Ville du voi
nage.
AVRIL. 1756. 33
Qu'a peint le févere Rouſſeau
Dans le début de fon livre inutile .
Nul plaifir , nulle aménité ,
Nul fentiment , nulle fociété.
A la ville comme au village ,
On ne voit plus cette aimable union ,
Ce doux rapport d'eſprit & d'inclination ,
Cette fincérité de coeur & de langage
Que l'on vit , fans exception ,
Dans les hommes du premier âge.
Mais taifons -nous : il faut être prudent
Et réſiſter à la critique ,
Lorsqu'on prévoit & que l'on fent
Que l'on feroit trop véridique.
L'homme trop vrai devient méchant.
Hélas ! quelle fut ma folie ,
Quel fut l'excès de mon égarement !
Mon fort étoit digne d'envie .
L'efprit , le fentiment ,
Les arts & Penjouement
Répandoient fur ma vie
Les tréfors de l'amufement ,
De la raifon & du génie.
Par Cidalife & par Leſbie ,
Séduit & partagé ,
Je me rendois chez Emilie ,
J'y trouvois un jeu moins chargé ,
Plus d'efprit & plus de faillie.
I
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
Par elle mon coeur éclairé ,
Goûtoit dans une douce chaîne ,
Ce bonheur que l'amour ramene
Et que l'efprit a préparé.
Tous les arts & toutes les belles
- M'imprimoient des plaifirs nouveaux ;
N'épuifant rien , recherchant à propos ,
Paffant ſouvent des bagatelles
Aux productions immortelles ,
Et des bons livres , aux bons mots ,
Recueillant toutes les nouvelles ,
Parcourant toutes les ruelles ;
Allant partout , excepté chez les fots.
C'eft ainfi que de la journée ,
Coupant le fil par la légéreté ,
Je voyois s'écouler l'année ,
Comme une belle nuit d'été .
Hélas ! que de ma deftinée
Les Dieux ont bien changé le cours !
Mon ame aux ennuis enchaînée ,
Eft triftement abandonnée
Par les plaifirs & les amours.
Je ne vois plus Cidalife & Lefbie ,
Je n'entends plus Clairon ni Dumefni ,
Je ne vois plus Puvigné ni Lani ,
Je ne foupe plus chez Silvie ,
Entre Jéliote & . Gauffin.
La guittarre , le clavecin ,
Les fons brillans de l'Italie ,
AVRIL 1756. 31
Les beaux vers , les fruits du génie ,
Tous les biens ont pour moi pris fin .
Vous , près de qui je les retrouve
Dans le plaifir de me les rappeller ,
Yous ,qui les connoiffez , qui fçavez en parler ,
Vous enfin , près de qui j'éprouve
Combien l'efprit peut confoler ,
Jugez , fi de votre préfence ,
Je puis me priver aisément ,
Et combien pendant votre abfence ,
J'ai du voir croître mon tourment .
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Résumé : VERS A M. le Baron de ***, Brigadier des Armées du Roi, premier Lieutenant Colonel du Régiment Royal ***, Chevalier des Ordres du Roi de ** ; par M. de Bastide.
L'auteur adresse une lettre au Baron de ***, brigadier des armées du roi et premier lieutenant colonel du Régiment Royal ***. Il exprime son admiration pour le baron, le qualifiant de philosophe et de guerrier, noble et probe, capable de boire, combattre et raisonner savamment. L'auteur regrette de ne pouvoir lui rendre visite plus tôt en raison de la pluie qui l'a confiné chez lui. Il se plaint de l'ennui et de la métamorphose qui l'ont rendu chagrin et presque sot, éloigné de la société mondaine et des esprits choisis. Il évoque les plaisirs de la société, de l'art et de la nouveauté, ainsi que ceux d'une union secrète et d'une flamme indiscrète, qu'il regrette amèrement. L'auteur critique la corruption des mœurs tant à la campagne qu'à la ville, où il ne trouve plus l'aimable union et la sincérité des hommes du premier âge. Il se remémore les plaisirs passés en compagnie de personnes comme Cidalise, Lesbie, Émilie, et d'autres, où l'esprit, le sentiment, les arts et l'enjouement régnaient. Il conclut en exprimant son tourment durant l'absence du baron et son désir de retrouver les plaisirs partagés avec lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3530
p. 234
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le fecond volume du Mercure du mois
d'Avril , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 13 Avril 1756.
GUIROY
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le fecond volume du Mercure du mois
d'Avril , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 13 Avril 1756.
GUIROY
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3531
p. 49-51
VERS Faits dans le premier accès d'une fievre violente & subite causée par l'ail, dont tous les mets d'un repas que me donnerent des Gascons de mes amis étoient assaisonnés ; par M. Thomassin de Juilly, Garde-du-Corps du Roi.
Début :
Chers amis, quelle main perfide [...]
Mots clefs :
Ail, Repas, Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Faits dans le premier accès d'une fievre violente & subite causée par l'ail, dont tous les mets d'un repas que me donnerent des Gascons de mes amis étoient assaisonnés ; par M. Thomassin de Juilly, Garde-du-Corps du Roi.
VERS
49
Faits dans le premier accès d'unefievre vio
lente &fubite causée par l'ail , dont tous
les mets d'un repas que me donnerent des
Gafcons de mes amis étoient affaifonnés ;
par M. Thomaffinde Juilly , Garde-du
Corps du Roi.
CHersamis, quelle main perfide
Afervi ce fatal repas ?
Tous les poifons de la Colchide
Coulent-ils dans ces plats
Déja leur vapeur eft portée
Jufqu'en mès os, jufqu'en mon flanc :
Déja leur chaleur empeſtée ,
Fait bouillonner mon fang?
Ociel ! quelle ardeur me confume !
Dufortvais-je fubir la loi ?
Monfeinfe déchire , s'allume ;
L'Enfer femble être en moi !
Jamais l'ardente Canicule ,
Sur nous ne lance tant de feux;
C
So MERCUREDE FRANCE.
Et ceux qui dévoroient Hercule (1),
Etoient bien moins affreux !܀
Qui ,le venin delavipere
Agiroit avec moins d'effort.
Je reffens d'artere en artere
Courir l'ail & la mort.
Quels bords maudits l'ont pu produire,
Source impure de nos malheurs ?
Puiffent les dieux , pour te détruire,
Emprunter mes fureurs!
C'eft toi , par qui fut fi connue
L'infâme amante (2) deJaſon ,
Ail , plus mortel que la Cigue,
Et le fiel du Dragon !
*
Légume plus funefte encore
Que les Tyrans les plus cruels !
Vrai fleau (3) qu'apporta Pandore
Pour punir les Mortels!
(1) Hercule ayant mis la robe empoisonnée du
Centaure Neffus que lui avoit donnée la jalouſe
Déjanire, ilfefentitauffi- tôt enflammé d'une ardeur
qui le confuma.
(2) Médéecélebre parfespoisons.
(3) Dansfaboite où tous les maux étoient ren
fermés.
MAI. 1756.
Maisfut-on coupable , ou complice
Des plus détentables excès ;
Quel crime ne cede aufupplice
Demangerde ces mets ?
Eût
SI
Mithridate (1) , dont les entrailles
S'engraiffoient des plus noirs poiſons ,
pu hâter fes funérailles
Par ces ragoûts gafcons.
(4) Mithridate ne pouvant plus s'empoiſonner,
parce qu'il étoit à l'épreuve du poiſon , fut obligé
defe poignarder pour ne pas tomber vivant entre
les mains des Romains , à la tête defquels étoitfon
fils Pharnace.
49
Faits dans le premier accès d'unefievre vio
lente &fubite causée par l'ail , dont tous
les mets d'un repas que me donnerent des
Gafcons de mes amis étoient affaifonnés ;
par M. Thomaffinde Juilly , Garde-du
Corps du Roi.
CHersamis, quelle main perfide
Afervi ce fatal repas ?
Tous les poifons de la Colchide
Coulent-ils dans ces plats
Déja leur vapeur eft portée
Jufqu'en mès os, jufqu'en mon flanc :
Déja leur chaleur empeſtée ,
Fait bouillonner mon fang?
Ociel ! quelle ardeur me confume !
Dufortvais-je fubir la loi ?
Monfeinfe déchire , s'allume ;
L'Enfer femble être en moi !
Jamais l'ardente Canicule ,
Sur nous ne lance tant de feux;
C
So MERCUREDE FRANCE.
Et ceux qui dévoroient Hercule (1),
Etoient bien moins affreux !܀
Qui ,le venin delavipere
Agiroit avec moins d'effort.
Je reffens d'artere en artere
Courir l'ail & la mort.
Quels bords maudits l'ont pu produire,
Source impure de nos malheurs ?
Puiffent les dieux , pour te détruire,
Emprunter mes fureurs!
C'eft toi , par qui fut fi connue
L'infâme amante (2) deJaſon ,
Ail , plus mortel que la Cigue,
Et le fiel du Dragon !
*
Légume plus funefte encore
Que les Tyrans les plus cruels !
Vrai fleau (3) qu'apporta Pandore
Pour punir les Mortels!
(1) Hercule ayant mis la robe empoisonnée du
Centaure Neffus que lui avoit donnée la jalouſe
Déjanire, ilfefentitauffi- tôt enflammé d'une ardeur
qui le confuma.
(2) Médéecélebre parfespoisons.
(3) Dansfaboite où tous les maux étoient ren
fermés.
MAI. 1756.
Maisfut-on coupable , ou complice
Des plus détentables excès ;
Quel crime ne cede aufupplice
Demangerde ces mets ?
Eût
SI
Mithridate (1) , dont les entrailles
S'engraiffoient des plus noirs poiſons ,
pu hâter fes funérailles
Par ces ragoûts gafcons.
(4) Mithridate ne pouvant plus s'empoiſonner,
parce qu'il étoit à l'épreuve du poiſon , fut obligé
defe poignarder pour ne pas tomber vivant entre
les mains des Romains , à la tête defquels étoitfon
fils Pharnace.
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3532
p. 261
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de Mai, [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'A
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure du mois de Mai , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion,
A Paris , ce 29 Avril 1756.
GUIROY,
J'A
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure du mois de Mai , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion,
A Paris , ce 29 Avril 1756.
GUIROY,
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3533
p. 220-222
PHYSIQUE. Lettre de M. Ferrand, Maître-ès-Arts de la Faculté de Paris, & Chirurgien à l'Hôtel Royal des Invalides, à M. Vacher, Docteur en Médecine, sur la mort d'un homme, occasionnée par le tonnerre.
Début :
Monsieur, connoissant votre goût pour la Physique, & l'avidité avec laquelle [...]
Mots clefs :
Causes physiques, Tonnerre, Mort, Autopsie du cadavre, Soldat invalide, Observation médicale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PHYSIQUE. Lettre de M. Ferrand, Maître-ès-Arts de la Faculté de Paris, & Chirurgien à l'Hôtel Royal des Invalides, à M. Vacher, Docteur en Médecine, sur la mort d'un homme, occasionnée par le tonnerre.
PHYSIQUE.
LETTRE de M. Ferrand , Maître-ès-Arts
de la Faculté de Paris , & Chirurgien à
l'Hôtel Royal des Invalides , à MVacher,
Docteur en Médecine , fur la mort d'un
homme , occafionnée par le tonnerre.
Monfieur , connoiffant votre goût pour la
Phyfique , & l'avidité avec laquelle vous ſaiſillez
JU IN. 1756.
227
tous les objets qui ont rapport à votre art, j'ai cru
devoir vous communiquer ce qui a été obſervé à
l'ouverture du cadavre d'un Soldat Invalide , tué
par le tonnerre le 22 Mai.
Une petite portion de cheveux brûlés au côté
gauche de la tête , & une ( 1 ) échymofe affez confidérable
aux paupieres de l'oeil droit , firent d'abord
foupçonner que le coup avoit exercé fon
action fur le crâne & fur le cerveau ; ce qui déter
mina M. Guerin , Chirurgien - Major des Moufquetaires
, à examiner l'un & l'autre ' : mais il n'y
trouva rien qui pût vérifier le foupçon . Il n'y
avoit point de fente à la boîte offeuſe , point de
fracture , point de contufion. Le cerveau , avec fa
couleur & fa confiftance naturelle , paroiffoit n'avoir
fouffert aucun ébranlement . Il n'y avoit
point d'épanchement dans fes ventricules , ni fur
aucune partie de fa fubftance ; les vaiffeaux étoient
feulement engorgés comme ils le font à la fuite
des morts violentes : en un mot , le cervelet & la
moëlle alongée étoient abfolument fains .
On fut donc obligé de tourner fes recherches
du côté de la poitrine. J'en fis moi- même l'ouverture.
Le coeur étoit en bon état auffi -bien que
le lobe droit du poulmon ; mais le lobe gauche
étoit affaiffé , & les trois quarts environ de fa furface
poftérieure étoient couverts d'une tache violette
tirant fur le noir.
Je penfe , Monfieur , què d'après ce petit expofé
, on pourra deviner la caufe de la mort de cet
homme : l'affaiffement du lobe gauche du poulmon
femble l'indiquer. En effet , ne pare it- il , pas
vraisemblable qu'il a été étouffé foit par la vapeur
(1) Tache noire à la peau occafionnée par l'effe
fion du fang hors de fes vaiſſeaux.
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
foufre , qui , au fentiment des Phyficiens , eft un
poifon très-prompt pour tous les animaux , foir
par le défaut d'air . Car ne pourroit-on pas dire auffi
que lorfque la foudre , dans l'inftant de la détonation
aura chaffé ce fluide en le privant de fon
élafticité , cet homme ſe ſera trouvé dans un vuide
parfait , & qu'il fera mort de la même maniere
que les animaux que l'on enferme fous le récipient
de la machine pneumatique ?
Je pafferois les bornes que je me fuis prefcrites ,
fi je faifois les frais d'une differtation en regle.
Mon but a feulement été de vous faire part de
l'obſervation pour vous laiffer le foin d'en raifonner.
J'ai l'honneur d'être , & c .
LETTRE de M. Ferrand , Maître-ès-Arts
de la Faculté de Paris , & Chirurgien à
l'Hôtel Royal des Invalides , à MVacher,
Docteur en Médecine , fur la mort d'un
homme , occafionnée par le tonnerre.
Monfieur , connoiffant votre goût pour la
Phyfique , & l'avidité avec laquelle vous ſaiſillez
JU IN. 1756.
227
tous les objets qui ont rapport à votre art, j'ai cru
devoir vous communiquer ce qui a été obſervé à
l'ouverture du cadavre d'un Soldat Invalide , tué
par le tonnerre le 22 Mai.
Une petite portion de cheveux brûlés au côté
gauche de la tête , & une ( 1 ) échymofe affez confidérable
aux paupieres de l'oeil droit , firent d'abord
foupçonner que le coup avoit exercé fon
action fur le crâne & fur le cerveau ; ce qui déter
mina M. Guerin , Chirurgien - Major des Moufquetaires
, à examiner l'un & l'autre ' : mais il n'y
trouva rien qui pût vérifier le foupçon . Il n'y
avoit point de fente à la boîte offeuſe , point de
fracture , point de contufion. Le cerveau , avec fa
couleur & fa confiftance naturelle , paroiffoit n'avoir
fouffert aucun ébranlement . Il n'y avoit
point d'épanchement dans fes ventricules , ni fur
aucune partie de fa fubftance ; les vaiffeaux étoient
feulement engorgés comme ils le font à la fuite
des morts violentes : en un mot , le cervelet & la
moëlle alongée étoient abfolument fains .
On fut donc obligé de tourner fes recherches
du côté de la poitrine. J'en fis moi- même l'ouverture.
Le coeur étoit en bon état auffi -bien que
le lobe droit du poulmon ; mais le lobe gauche
étoit affaiffé , & les trois quarts environ de fa furface
poftérieure étoient couverts d'une tache violette
tirant fur le noir.
Je penfe , Monfieur , què d'après ce petit expofé
, on pourra deviner la caufe de la mort de cet
homme : l'affaiffement du lobe gauche du poulmon
femble l'indiquer. En effet , ne pare it- il , pas
vraisemblable qu'il a été étouffé foit par la vapeur
(1) Tache noire à la peau occafionnée par l'effe
fion du fang hors de fes vaiſſeaux.
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
foufre , qui , au fentiment des Phyficiens , eft un
poifon très-prompt pour tous les animaux , foir
par le défaut d'air . Car ne pourroit-on pas dire auffi
que lorfque la foudre , dans l'inftant de la détonation
aura chaffé ce fluide en le privant de fon
élafticité , cet homme ſe ſera trouvé dans un vuide
parfait , & qu'il fera mort de la même maniere
que les animaux que l'on enferme fous le récipient
de la machine pneumatique ?
Je pafferois les bornes que je me fuis prefcrites ,
fi je faifois les frais d'une differtation en regle.
Mon but a feulement été de vous faire part de
l'obſervation pour vous laiffer le foin d'en raifonner.
J'ai l'honneur d'être , & c .
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Résumé : PHYSIQUE. Lettre de M. Ferrand, Maître-ès-Arts de la Faculté de Paris, & Chirurgien à l'Hôtel Royal des Invalides, à M. Vacher, Docteur en Médecine, sur la mort d'un homme, occasionnée par le tonnerre.
La lettre de M. Ferrand, Maître-ès-Arts de la Faculté de Paris et chirurgien à l'Hôtel Royal des Invalides, adressée à M. Vacher, Docteur en Médecine, décrit l'autopsie d'un soldat invalide tué par la foudre le 22 mai 1756. Les premières observations notaient des cheveux brûlés et une ecchymose sur la paupière droite, suggérant une action du coup sur le crâne et le cerveau. Cependant, l'examen du crâne et du cerveau n'a révélé aucune fracture, contusion ou épanchement. Le cerveau semblait intact, et les vaisseaux sanguins étaient engorgés, comme souvent observé dans les morts violentes. Les recherches se sont ensuite orientées vers la poitrine. Le cœur et le lobe droit du poumon étaient en bon état, mais le lobe gauche du poumon était affaissé, avec environ trois quarts de sa surface postérieure couverts d'une tache violette tirant sur le noir. M. Ferrand suggère que cet affaissement pourrait être la cause de la mort, soit par l'effet toxique de la vapeur soufrée libérée par la foudre, soit par un manque d'air dû à la perte d'élasticité du fluide pulmonaire. Il conclut en laissant à M. Vacher le soin de réfléchir sur cette observation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3534
p. 225-227
NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Monsieur, j'ai vu dans le second volume du Mercure de Janvier, [...]
Mots clefs :
Naissances, Mariages, Morts, François d'Halluin, Maison d'Halluin, Antoine de Courteville, Corrections
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
NAISSANCES , MARIAGES
ET MORTS.
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Monfieur , j'ai vu dans le fecond volume du
Mercure de Janvier , pag. 233 ( 1 ) , à l'article de
Marie-Magdeleine de Croi- Havré , que Jofephe-
Barbe d'Halluin , veuve de Ferdinand- François-
Jofeph de Croi étoit la derniere de fa Maifon . Je
ferois bien obligé à ceux qui ont fait inférer cette
particularité s'ils vouloient me trouver l'origine
de Françoife d'Halluin veuve d'Antoine de
Courteville , Chevalier , Seigneur d'Hodicq , mes
pere & mere , laquelle porte pour armes , d'argent
a trois lions de gueules , armés , couronnés & lampallés
d'or , & defcend de Charles d'Halluin & de
Françoile de Braque , lequel étoit fils d'Alexandre
d'Halluin & d'Antoinette Monet lequel étoit
( 1) On auroit pu d'abord le voir dans la Gazette
de France , que le Mercure en cette occafion n'a
fait que répéter. Suppofé que ce qu'elle a avancé
ne foit pas exact il faudroit d'autres preuves
pour le décider ) , c'est fon Auteur qui a été induit
en erreur le premier par les mémoires qui lui ont
été adreffis . On feroit bien obligé à ceux qui fe
chargent du foin d'en envoyer foit pour le Mercure
foit pour la Gazette , d'y mettre un peu plus d'exactitude..
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
fils de Claude d'Halluin & de Marguerite du
Mefghen , lequel étoit fils de Céfar d'Halluin &"
de Marie de Rofe , lequel étoit fils de François
d'Halluin & de Claude de Becourt , lequel étoit
fils de Céfar d'Halluin & de Marie du Hamel ,
lequel étoit fils de Louis d'Halluin & d'Antoinet
te Maillard , lequel étoit fils puîné de Louis d'Hal-
Juin & de Jeanne de Ghiftelle , lequel étoit fils
de Nicolas d'Halluin on ignore quelle fut fa
femme ; lequel étoit fils de Joffe d'Hallain &
de Jeanne de la Trimouille , lequel étoit fils de
Jean d'Halluin & de Jacqueline de Ghiſtelle , lequel
étoit fils de Gautier d'Halluin & de Péronne
de Saint - Omer , lequel étoit fils de Roland d'Hal-
Juin & de Marie de la Gruthufe , lequel étoit fils
de Gautier d'Halluin & d'Alix d'Eftawelle , lequel
étoit fils de Jacques d'Halluin & d'Ifabeau d'Ants-
Berghe , lequel étoit fils de Roger d'Halluin & de
Jeanne de Gavre , lequel étoit fils de Gautier
d'Halluin & de Marie de Haulte-Berg , lequel étoit
fils de Gautier d'Halluin & de Magdeleine de Soif.
fons , lequel étoit fils de Hachet Brunet d'Halluin
dont on ignore qu'elle fut la femme , mais qui eut
pour pere Charles d'Halluin & pour mere Magdeleine
de Lannoi , lequel étoit fils de Meffire
François d'Halluin , Seigneur dudit lieu , Souverain
ou Gouverneur de Flandres & de Jeanne de
Melun.
Non feulement Jofephe - Barbe d'Halluin n'étoit
pas la derniere de fa Maifon , puifque Fran
çoife d'Halluin vit ; mais je dirai ici qu'il y en a
encore une branche en Hollande près de la
Haye ( 1 ).
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
(1 ) Cette branche ne paffe pas pour légitime
JUIN. 1756. 227
Mercure ce que j'ai l'honneur de vous envoyer ;
je fuis furpris que l'on vous ait envoyé une choſe
auffi fauffe que de dire que cette d'Halluin étoit
la derniere de fa Maifon. J'efpere , Monfieur , par
ce que j'ai l'honneur de vous envoyer prouver
tout le contraire ; j'ai tout extrait de pieces authentiques
que j'ai entre les mains.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Signé , Courteville d'Hodicq.
ET MORTS.
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Monfieur , j'ai vu dans le fecond volume du
Mercure de Janvier , pag. 233 ( 1 ) , à l'article de
Marie-Magdeleine de Croi- Havré , que Jofephe-
Barbe d'Halluin , veuve de Ferdinand- François-
Jofeph de Croi étoit la derniere de fa Maifon . Je
ferois bien obligé à ceux qui ont fait inférer cette
particularité s'ils vouloient me trouver l'origine
de Françoife d'Halluin veuve d'Antoine de
Courteville , Chevalier , Seigneur d'Hodicq , mes
pere & mere , laquelle porte pour armes , d'argent
a trois lions de gueules , armés , couronnés & lampallés
d'or , & defcend de Charles d'Halluin & de
Françoile de Braque , lequel étoit fils d'Alexandre
d'Halluin & d'Antoinette Monet lequel étoit
( 1) On auroit pu d'abord le voir dans la Gazette
de France , que le Mercure en cette occafion n'a
fait que répéter. Suppofé que ce qu'elle a avancé
ne foit pas exact il faudroit d'autres preuves
pour le décider ) , c'est fon Auteur qui a été induit
en erreur le premier par les mémoires qui lui ont
été adreffis . On feroit bien obligé à ceux qui fe
chargent du foin d'en envoyer foit pour le Mercure
foit pour la Gazette , d'y mettre un peu plus d'exactitude..
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
fils de Claude d'Halluin & de Marguerite du
Mefghen , lequel étoit fils de Céfar d'Halluin &"
de Marie de Rofe , lequel étoit fils de François
d'Halluin & de Claude de Becourt , lequel étoit
fils de Céfar d'Halluin & de Marie du Hamel ,
lequel étoit fils de Louis d'Halluin & d'Antoinet
te Maillard , lequel étoit fils puîné de Louis d'Hal-
Juin & de Jeanne de Ghiftelle , lequel étoit fils
de Nicolas d'Halluin on ignore quelle fut fa
femme ; lequel étoit fils de Joffe d'Hallain &
de Jeanne de la Trimouille , lequel étoit fils de
Jean d'Halluin & de Jacqueline de Ghiſtelle , lequel
étoit fils de Gautier d'Halluin & de Péronne
de Saint - Omer , lequel étoit fils de Roland d'Hal-
Juin & de Marie de la Gruthufe , lequel étoit fils
de Gautier d'Halluin & d'Alix d'Eftawelle , lequel
étoit fils de Jacques d'Halluin & d'Ifabeau d'Ants-
Berghe , lequel étoit fils de Roger d'Halluin & de
Jeanne de Gavre , lequel étoit fils de Gautier
d'Halluin & de Marie de Haulte-Berg , lequel étoit
fils de Gautier d'Halluin & de Magdeleine de Soif.
fons , lequel étoit fils de Hachet Brunet d'Halluin
dont on ignore qu'elle fut la femme , mais qui eut
pour pere Charles d'Halluin & pour mere Magdeleine
de Lannoi , lequel étoit fils de Meffire
François d'Halluin , Seigneur dudit lieu , Souverain
ou Gouverneur de Flandres & de Jeanne de
Melun.
Non feulement Jofephe - Barbe d'Halluin n'étoit
pas la derniere de fa Maifon , puifque Fran
çoife d'Halluin vit ; mais je dirai ici qu'il y en a
encore une branche en Hollande près de la
Haye ( 1 ).
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
(1 ) Cette branche ne paffe pas pour légitime
JUIN. 1756. 227
Mercure ce que j'ai l'honneur de vous envoyer ;
je fuis furpris que l'on vous ait envoyé une choſe
auffi fauffe que de dire que cette d'Halluin étoit
la derniere de fa Maifon. J'efpere , Monfieur , par
ce que j'ai l'honneur de vous envoyer prouver
tout le contraire ; j'ai tout extrait de pieces authentiques
que j'ai entre les mains.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Signé , Courteville d'Hodicq.
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Résumé : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre, l'auteur conteste une information parue dans le Mercure de Janvier, affirmant que Joséphine-Barbe d'Halluin, veuve de Ferdinand-François-Joseph de Croi, serait la dernière de sa maison. Il précise que Françoise d'Halluin, veuve d'Antoine de Courteville, est encore en vie et descend de Charles d'Halluin et Françoise de Braque. L'auteur fournit une généalogie détaillée remontant à Hachet Brunet d'Halluin, seigneur de Flandres. Il souligne que Joséphine-Barbe d'Halluin n'est pas la dernière de sa maison, car une branche de la famille existe encore en Hollande près de La Haye. L'auteur exprime sa surprise face à l'erreur publiée et assure que ses informations proviennent de pièces authentiques. La lettre est signée Courteville d'Hodicq.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3535
p. 235
Avis de l'Auteur du Mercure.
Début :
Nous recevons tous les jours des Pieces dont l'orthographe est si [...]
Mots clefs :
Orthographe, Soins de l'écriture, Pièces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis de l'Auteur du Mercure.
Avis de l'Auteur du Mercure.
Nous recevons tous les jours des Pieces
dont l'ortographe eft fi défectueuse , l'écri
ture fi informe & le papier fi mauvais
qu'on ne peut les déchiffrer , & qu'on les
prendroit plutôt pour une affignation des
Confuls, que pour une production d'efprit .
Les Auteurs qui nous les adreffent fe montrent
cependant les plus impatiens de paroître.
Nous les prions très - inftamment
d'avoir foin à l'avenir que les copies de
leurs ouvrages foient plus lifibles , mieux
ortographiées , & qu'elles n'ayent point
l'air d'avoir fervi chez l'Epicier , où nous
ferons forcés de les y renvoier , quelque
confidération que nous ayons pour eux.
Nous recevons tous les jours des Pieces
dont l'ortographe eft fi défectueuse , l'écri
ture fi informe & le papier fi mauvais
qu'on ne peut les déchiffrer , & qu'on les
prendroit plutôt pour une affignation des
Confuls, que pour une production d'efprit .
Les Auteurs qui nous les adreffent fe montrent
cependant les plus impatiens de paroître.
Nous les prions très - inftamment
d'avoir foin à l'avenir que les copies de
leurs ouvrages foient plus lifibles , mieux
ortographiées , & qu'elles n'ayent point
l'air d'avoir fervi chez l'Epicier , où nous
ferons forcés de les y renvoier , quelque
confidération que nous ayons pour eux.
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Résumé : Avis de l'Auteur du Mercure.
L'auteur du Mercure déplore la mauvaise qualité des textes reçus, marqués par des fautes d'orthographe, une écriture illisible et un papier médiocre. Il exprime son impatience face à la demande de publication rapide des auteurs. Il les invite à améliorer la présentation et l'orthographe de leurs copies pour éviter le renvoi des textes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3536
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION. J'Ai lu
, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure du mois de Juin
,
& je n'y
ai rien trouve qui puisse en empêcher l'impression.
A Paris, ce 29 Mai 1756.
GUIROY.
, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure du mois de Juin
,
& je n'y
ai rien trouve qui puisse en empêcher l'impression.
A Paris, ce 29 Mai 1756.
GUIROY.
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3537
p. 95-97
LOGOGRYPHE.
Début :
Souvent la coupe la plus pure [...]
Mots clefs :
Errata
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Souvent la coupe la plus pure
Contient le plus affreux poiſon ,
Cette comparaiſon fait affez ma meſure.
Oui , fans vous , Auteur du Mercure ,
J'afficherois encor ma réputation .
Mais vous n'avez rendu complice ,
Sans le vouloir , de certain vice , ( 1 )
Qui rabaiffe beaucoup mon oftentation
Il dégrade mon origine.
Jufques 'ici je fus Caton , ( 2 ) ,
Et fi chez vous l'on m'examine ,
On ne trouve plus que Néron.
Mais quoi je donne dans l'emphaſe .
Et je ne fuis qu'un vrai fétu ;
Paffons vite à la paraphrafe ,
Décompofons l'individu.
Chez moi , comme chez tout le monde ,
On trouve certain animal ,
Que le Mahométan regarde comme immonde ( 3) ;
Et qui rend l'homme en général ,
(1 ) Note d'attente , & qu'on ne donnera qu'avec
Le mot du Logogryphe.
(2 ). Le Cenfeur.
(3) Voyez la troifieme Lettre Perfanne de Mehemet-
Aly , Serviteur des Prophetes , à Ufbec..
96 MERCURE DE FRANCE.
Paffablement original :
Item , certain déchet fur toute marchandiſe ,
Pour peu qu'elle fouffre de crife ;
Une montagne en Beaujolois ;
Un terme honnêtement grivois ,
Quand nous voulons traiter de fort peu d'impor
tance,
Avis , leçon , ou remontrance :
De plus , le mot latin du ſolide élément ,
Dont les entrailles entr'ouvertes ,
En Novembre dernier ,, jour des plus folemnels.
Aux triftes Portugais cauferert plus de pertes
Que le féau le plus cruel .
Mais de ce fpectacle tragique ,
Détournons , cher Lecteur , promptement les re
gards,
Et qu'une note de mufique ,
Symbole du plaifir , termine à tous égards
Mon ouvrage logogryphique ,
Ta rêverie , & mes écarts.
ENVOI
A Mademoiselle de Car.... Toulousaine , au
fujet de fa Lettre inférée au Mercure du
mois de Mai 1756 , pag. 84.
AImable &jeune Toulouſaine ,
Vous voulez me bannir de la fociété ( 1 ) ;
(1) C'eft le Logogryphe qui parle.
St
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
96 MERCURE DE FRANCE .
Paffablement original :
Item , certain déchet fur toute marchandiſe ,
Pour peu qu'elle fouffre de crife ;
Une montagne en Beaujolois ;
Un terme honnêtement grivois ,
Quand nous voulons traiter de fort peu d'impor
tance,
Avis , leçon , ou remontrance :
De plus , le mot latin du folide élément ,
Dont les entrailles entr'ouvertes ,
En Novembre dernier ,, jour des plus folemnels ;
Aux triftes Portugais cauferert plus de pertes
Que le féau le plus cruel.
Mais de ce fpectacle tragique ,
Détournons , cher Lecteur , promptement les re
gards ,
Et qu'une note de mufique ,
Symbole du plaifir , termine à tous égards
Mon ouvrage logogryphique ,
Ta rêverie , & mes écarts.
ENVOI
A Mademoiselle de Car.... Toulousaine , au
fujet defa Lettre inférée au Mercure du
mois de Mai 1756 , pag. $4.
AImable & jeune Toulouſaine ,
Vous voulez me bannir de la fociété ( 1) ;
(1) C'eft le Logogryphe qui parle.
Si
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
CHANSON.
Cendrem
2
Vous fuyez sans vouloir m'entendre
Charmant objet de mes Amours .
Si vous trouvés mon coeur trop tendr
Eglé vous me fuyrez toujours.
Les paroles de Mt de B ×× .
et la Musique par Mad Papavoine .
Juillet 1756. Imprimée par Cournelle .
JUILLET. 1756. 97
Si vous euffiez mieux fupputé ,
Vous m'auriez juré moins de haine.
Entre une fille & moi , que je vois de rapports !
Pour venir à vos fins , trop perfides Amantes ,
Ah ! que de formes différentes ,
Prend votre esprit & votre corps !
De vos coeurs la triple enveloppe ,
Nous dérobe mille replis ;
Et quand je cherche Pénelope ,
Je ne trouve louvent que Phriné , que Laïs.
Pardonnez - moi ce petit coup de griffe ;
Il n'eft pas fait pour vous : calmez vos fens émus.
Modele des talens , vous l'êtes des vertus.
Mais je foutiens toujours fans paroître apocryphe,
Qu'une fille en tous fens , n'eft qu'un vrai logogryphe.
Par unfrere Ignorantin , de la chapelle du
Pont d'If .. en Berry.
Souvent la coupe la plus pure
Contient le plus affreux poiſon ,
Cette comparaiſon fait affez ma meſure.
Oui , fans vous , Auteur du Mercure ,
J'afficherois encor ma réputation .
Mais vous n'avez rendu complice ,
Sans le vouloir , de certain vice , ( 1 )
Qui rabaiffe beaucoup mon oftentation
Il dégrade mon origine.
Jufques 'ici je fus Caton , ( 2 ) ,
Et fi chez vous l'on m'examine ,
On ne trouve plus que Néron.
Mais quoi je donne dans l'emphaſe .
Et je ne fuis qu'un vrai fétu ;
Paffons vite à la paraphrafe ,
Décompofons l'individu.
Chez moi , comme chez tout le monde ,
On trouve certain animal ,
Que le Mahométan regarde comme immonde ( 3) ;
Et qui rend l'homme en général ,
(1 ) Note d'attente , & qu'on ne donnera qu'avec
Le mot du Logogryphe.
(2 ). Le Cenfeur.
(3) Voyez la troifieme Lettre Perfanne de Mehemet-
Aly , Serviteur des Prophetes , à Ufbec..
96 MERCURE DE FRANCE.
Paffablement original :
Item , certain déchet fur toute marchandiſe ,
Pour peu qu'elle fouffre de crife ;
Une montagne en Beaujolois ;
Un terme honnêtement grivois ,
Quand nous voulons traiter de fort peu d'impor
tance,
Avis , leçon , ou remontrance :
De plus , le mot latin du ſolide élément ,
Dont les entrailles entr'ouvertes ,
En Novembre dernier ,, jour des plus folemnels.
Aux triftes Portugais cauferert plus de pertes
Que le féau le plus cruel .
Mais de ce fpectacle tragique ,
Détournons , cher Lecteur , promptement les re
gards,
Et qu'une note de mufique ,
Symbole du plaifir , termine à tous égards
Mon ouvrage logogryphique ,
Ta rêverie , & mes écarts.
ENVOI
A Mademoiselle de Car.... Toulousaine , au
fujet de fa Lettre inférée au Mercure du
mois de Mai 1756 , pag. 84.
AImable &jeune Toulouſaine ,
Vous voulez me bannir de la fociété ( 1 ) ;
(1) C'eft le Logogryphe qui parle.
St
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
96 MERCURE DE FRANCE .
Paffablement original :
Item , certain déchet fur toute marchandiſe ,
Pour peu qu'elle fouffre de crife ;
Une montagne en Beaujolois ;
Un terme honnêtement grivois ,
Quand nous voulons traiter de fort peu d'impor
tance,
Avis , leçon , ou remontrance :
De plus , le mot latin du folide élément ,
Dont les entrailles entr'ouvertes ,
En Novembre dernier ,, jour des plus folemnels ;
Aux triftes Portugais cauferert plus de pertes
Que le féau le plus cruel.
Mais de ce fpectacle tragique ,
Détournons , cher Lecteur , promptement les re
gards ,
Et qu'une note de mufique ,
Symbole du plaifir , termine à tous égards
Mon ouvrage logogryphique ,
Ta rêverie , & mes écarts.
ENVOI
A Mademoiselle de Car.... Toulousaine , au
fujet defa Lettre inférée au Mercure du
mois de Mai 1756 , pag. $4.
AImable & jeune Toulouſaine ,
Vous voulez me bannir de la fociété ( 1) ;
(1) C'eft le Logogryphe qui parle.
Si
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
CHANSON.
Cendrem
2
Vous fuyez sans vouloir m'entendre
Charmant objet de mes Amours .
Si vous trouvés mon coeur trop tendr
Eglé vous me fuyrez toujours.
Les paroles de Mt de B ×× .
et la Musique par Mad Papavoine .
Juillet 1756. Imprimée par Cournelle .
JUILLET. 1756. 97
Si vous euffiez mieux fupputé ,
Vous m'auriez juré moins de haine.
Entre une fille & moi , que je vois de rapports !
Pour venir à vos fins , trop perfides Amantes ,
Ah ! que de formes différentes ,
Prend votre esprit & votre corps !
De vos coeurs la triple enveloppe ,
Nous dérobe mille replis ;
Et quand je cherche Pénelope ,
Je ne trouve louvent que Phriné , que Laïs.
Pardonnez - moi ce petit coup de griffe ;
Il n'eft pas fait pour vous : calmez vos fens émus.
Modele des talens , vous l'êtes des vertus.
Mais je foutiens toujours fans paroître apocryphe,
Qu'une fille en tous fens , n'eft qu'un vrai logogryphe.
Par unfrere Ignorantin , de la chapelle du
Pont d'If .. en Berry.
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3538
p. 217
Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le Dauphin.
Début :
Monseigneur, ce Temple doit tout ce qu'il est à votre protection [...]
Mots clefs :
Dom Couthaud, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le Dauphin.
Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le
Dauphin.
Monfeigneur , ce Temple doit tout ce qu'il eff
à votre protection & à vos bienfaits ; auffi fera- ce
un monument précieux & durable de votre piété :
votre nom y eft gravé fur le marbre & fur l'airain
, en mémoire des deux Cérémonies que vous
avez daigné y honorer de votre préfence. Vos
bontés le font bien plus profondément dans le
coeur de celles qui en font les pierres vivantes :
que de voeux n'y ont- elles déja pas offert , & n'y
offriront- elles pas chaque jour pour le bonheur
d'un Prince , leur protecteur & leur bienfaicteur
l'amour & les délices de toute la France !
Dauphin.
Monfeigneur , ce Temple doit tout ce qu'il eff
à votre protection & à vos bienfaits ; auffi fera- ce
un monument précieux & durable de votre piété :
votre nom y eft gravé fur le marbre & fur l'airain
, en mémoire des deux Cérémonies que vous
avez daigné y honorer de votre préfence. Vos
bontés le font bien plus profondément dans le
coeur de celles qui en font les pierres vivantes :
que de voeux n'y ont- elles déja pas offert , & n'y
offriront- elles pas chaque jour pour le bonheur
d'un Prince , leur protecteur & leur bienfaicteur
l'amour & les délices de toute la France !
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Résumé : Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le Dauphin.
Dom Couthaud remercie Monseigneur le Dauphin pour sa protection et ses bienfaits. Le Temple honore sa piété, marquée par sa présence à deux cérémonies. Les membres du Temple, appelés 'pierres vivantes', souhaitent son bonheur et soulignent l'amour qu'il inspire en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3539
p. 218
Autre Compliment de Dom Couthaud à Madame.
Début :
Madame, une grande partie de la pompe de cette Cérémonie, [...]
Mots clefs :
Dom Couthaud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Compliment de Dom Couthaud à Madame.
Autre Compliment de Dom Couthaud à Madame.
Madame , une grande partie de la pompe de
cette Cérémonie , lui vient de l'éclat de votre
préfence & de celui du nom que vous venez y
donner. Les Vierges de ce Sanctuaire reçoivent en
cette occafion une marque bien glorieuſe de votre
bienveillance pour elles : daignez recevoir ici les
premices de leur reconnoiffance , de leur empreffement
& du profond refpect dont elles vont
yous affurer elles-mêmes.
Madame , une grande partie de la pompe de
cette Cérémonie , lui vient de l'éclat de votre
préfence & de celui du nom que vous venez y
donner. Les Vierges de ce Sanctuaire reçoivent en
cette occafion une marque bien glorieuſe de votre
bienveillance pour elles : daignez recevoir ici les
premices de leur reconnoiffance , de leur empreffement
& du profond refpect dont elles vont
yous affurer elles-mêmes.
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3540
p. 218
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour MADAME ; prononcés par Mademoiselle de Bethisy, de Meziere.
Début :
Madame, Dieux ! quelle est ma surprise extrême : [...]
Mots clefs :
Adélaïde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour MADAME ; prononcés par Mademoiselle de Bethisy, de Meziere.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
MADAME prononcés par Mademoiselle
de Bethify , de Meziere .
: 20
MADAME ,
Dieux ! quelle eft ma furpriſe extrême :
Que de grace ! que de beauté !
Et quel air de divinité !
Eft - ce donc à Flore elle-même
Que je viens offrir un bouquet ?
Tout dans un fi charmant objet
Etonne mon ame timide :
Mais fon regard plein de douceur ,
Anime & raffure mon coeur.
Cédons au tranfport qui me guide ,
Suivons une innocente ardeur ;
C'est l'adorable Adélaide.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
MADAME prononcés par Mademoiselle
de Bethify , de Meziere .
: 20
MADAME ,
Dieux ! quelle eft ma furpriſe extrême :
Que de grace ! que de beauté !
Et quel air de divinité !
Eft - ce donc à Flore elle-même
Que je viens offrir un bouquet ?
Tout dans un fi charmant objet
Etonne mon ame timide :
Mais fon regard plein de douceur ,
Anime & raffure mon coeur.
Cédons au tranfport qui me guide ,
Suivons une innocente ardeur ;
C'est l'adorable Adélaide.
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3541
p. 219
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
Début :
Monseigneur, L'illustre Mere des Ayeux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
Monfeigneur le Dauphin ; prononcés par
Mademoiselle d'Aiguillon.
MONSEIGNEUR ,
L'Illuftre Mere des Ayeux ,
Dont vous fuivez fi bien l'exemple ,
Clotilde , qui du haut des Cieux ,
Et vous admire & vous contemple ,
A qui votre zele pieux
A fait dédier ce faint Temple ,
Me députe exprès en ces lieux
Pour vous exprimer par ma bouche
Combien cet hommage la touche ;
Et que pour répondre à vos voeux ,
Elle adopte avec complaisance
Get azyle de l'innocence
Bâti par vos foins généreux.
Cette augufte Reine de France
Efpere qu'avec bienveillance
Toujours vous nous protégerez ,
Et que vous nous honorerez
Quelquefois de votre préfence.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
Monfeigneur le Dauphin ; prononcés par
Mademoiselle d'Aiguillon.
MONSEIGNEUR ,
L'Illuftre Mere des Ayeux ,
Dont vous fuivez fi bien l'exemple ,
Clotilde , qui du haut des Cieux ,
Et vous admire & vous contemple ,
A qui votre zele pieux
A fait dédier ce faint Temple ,
Me députe exprès en ces lieux
Pour vous exprimer par ma bouche
Combien cet hommage la touche ;
Et que pour répondre à vos voeux ,
Elle adopte avec complaisance
Get azyle de l'innocence
Bâti par vos foins généreux.
Cette augufte Reine de France
Efpere qu'avec bienveillance
Toujours vous nous protégerez ,
Et que vous nous honorerez
Quelquefois de votre préfence.
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Résumé : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
Mademoiselle d'Aiguillon prononce un discours au nom de l'Abbé de Lataignant, destiné au Dauphin. Elle rend hommage à Clotilde, ancêtre du Dauphin, qui admire ses actions. Clotilde exprime sa gratitude pour le temple dédié à l'innocence, construit par le Dauphin. Elle espère qu'il continuera à protéger et honorer les personnes concernées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3542
p. 220
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
Début :
Monseigneur, De simples Vierges consacrées [...]
Mots clefs :
Vers, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant pour
Monseigneur le Dauphin , qui devoient
être prononcés par Mlle de Guerchy..
MONSEIGNEUR ,
DE fimples Vierges confacrées
A louer Dieu feul en tout temps ;
De ce faint devoir pénétrées
Ignorent l'art des complimens ;
Dans ce féjour de l'innocence ,
On ne connoit d'autre éloquence
Que ces tranfports refpectueux
De zele & de reconnoiffance
Que vous pouvez lire en nos yeux ,
Et qu'infpire votre préfence
Aux ames pures de ces lieux,
Le Fils du plus grand Roi du monde ;
Notre bienfaiteur , notre appui ,
Vient nous vifiter aujourd'hui :
Que les Clairons & les Trompettes
Annoncent partout fes hauts fairs.
Nos voix dans ces faintes retraites
Ne publiront que les bienfaits.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant pour
Monseigneur le Dauphin , qui devoient
être prononcés par Mlle de Guerchy..
MONSEIGNEUR ,
DE fimples Vierges confacrées
A louer Dieu feul en tout temps ;
De ce faint devoir pénétrées
Ignorent l'art des complimens ;
Dans ce féjour de l'innocence ,
On ne connoit d'autre éloquence
Que ces tranfports refpectueux
De zele & de reconnoiffance
Que vous pouvez lire en nos yeux ,
Et qu'infpire votre préfence
Aux ames pures de ces lieux,
Le Fils du plus grand Roi du monde ;
Notre bienfaiteur , notre appui ,
Vient nous vifiter aujourd'hui :
Que les Clairons & les Trompettes
Annoncent partout fes hauts fairs.
Nos voix dans ces faintes retraites
Ne publiront que les bienfaits.
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Résumé : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
L'Abbé de Lataignant compose un poème pour Monseigneur le Dauphin, destiné à être récité par Mlle de Guerchy. Il célèbre des vierges dévouées à Dieu, qui expriment leur respect et leur gratitude envers le Dauphin, fils du roi. Elles le voient comme leur bienfaiteur et souhaitent que ses exploits soient proclamés par des clairons et des trompettes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3543
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Juillet , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Juin 1756.
GUIROY.:
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Juillet , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Juin 1756.
GUIROY.:
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3544
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de Juillet, [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ier , le Mercure du mois de Juillet , & je n'y
" Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 13 Juillet 1756.
GUIROY.
J'ier , le Mercure du mois de Juillet , & je n'y
" Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 13 Juillet 1756.
GUIROY.
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3545
p. 205-217
RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
Début :
Je crois avant que d'entrer dans le détail du Siege du Fort [...]
Mots clefs :
Île de Minorque, Port Mahon, Fort Saint-Philippe, Siège, Garnison, Grenadiers, Attaque, Description historique, Description géographique, Anglais
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texteReconnaissance textuelle : RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
RELATION HISTORIQUE
De la Prife de l'Iſle de Minorque , & principalement
des Port-Mahon & Fort Saint-
Philippe ; envoyée par un Officier de l'Armée.
Du Fort S. Philippe , le 30 Juin 1756.
JEE crois avant que d'entrer dans le détail du
Siege du Fort Saint- Philippe , devoir donner une
idée fuccincte, géographique & hiftorique de cette
In e.
L'Ile Minorque fituée dans la Méditerrannée ,
placée précisément au quatrieme degré de latitu
de , à foixante- dix lieues de Marfeille , & à quinze
des côtes de l'Afrique , faifoit anciennement partie
des Iles appellées Baléares , du nom d'un
Grec nommé Baléus , qui fut le premier qui en
fit la découverte .
Sa fituation eft oblongue ; elle a dix- huit lieues
de longueur fur- neuf dans fa plus grande largeur.
Son climat eft fort fain , l'air paffablement tempé
ré il y egne cependant des chaleurs infupporta.
bles pendant les mois de Mai , Juin , Juiller
& Août le refte de l'année est un printemps
continuel : rarement y voit - on de la gelée . Son
local n'eft pas montagneux , quoiqu'affez inégal
206 MERCURE DE FRANCE .
Le terrein produit de tout ce qui est néceffaire
à la vie , furtout de très- bon gibier , d'excellent
mufcat : tous les fruits y font délicieux .
L'Ille eft divifée en cinq territoires, dont chacun
porte le nom de la Ville principale ou Chef-lieu.
Le premier eft Ciutadella qui peut avoir aux
environs de 7 à 8 mille Habitans. Anciennement
les Gouverneurs faifoient leur réfidence encerre
Ville , où on compte actuellement juſqu'à 600
maifons. Le fecond territoire eft Ferrorias , qui
a tout au plus douze cens Habitans: Marcadal
eft le troifieme , dont le nombre d'Habitans ne
paffe pas dix-huit cens. Aleyor eft le quatrieme ,
& eft plus confidérable ; auffi peut- il fournir près
de cinq mille Habitans . Mahon eft le cinquieme
& . dernier territoire. La Ville de Mahon eft la
Capitale de toute l'Ifle : c'eft la réfidence du
Gouverneur & des Corps de Juftice : fon beau
Port & le voisinage du Fort Saint- Philippe , la
rendent infiniment plus confidérable : elle peut
compter au nombre de vingt mille Habitans.
Ily a dans l'Ile deux ports capables de recevoir
les plus gros Vaiffeaux le Port Fornelle , & le
Port Mahon ; il y a encore plufieurs Cales où les
Bâtimens Marchands peuvent mouiller.
2
L'entrée du Port Mahon eft défendue à l'Ouest
par le Fort S. Philippe , & à l'Eft par le Fort
Philippet. Je me tais fur le refte de l'ifle , parce
qu'il n'y a rien qui mérite votre attention .
Comme les Habitans de l'Ifle font originaired'Efpagne
, la Religion Catholique s'y eft confervée.
C'étoit le Gouverneur Anglois qui nommoit
aux Bénéfices , fuivant un article du Traité
d'Utrecht.
Les Cartaginois furent anciennement les Maî→
tres des Illes Baléares , dont l'Ile Minorque faifoit.
AOUST. 1756. 207
partie. Après la feconde guerre Punique , les
Romains en devinrent les Poffeffeurs j'ufqu'à
Pinondation des Goths & Vandales , vers l'an
421. Ceux - ci les conferverent jufqu'au huitieme
fiecle , que les Sarrazins en firent la conquête.
Minorque fut foumiſe à ces derniers , jufqu'à l'an
1210 qu'ils perdirent la fameuſe Bataille de Loza ,
où il périt deux cens mille Maures . Les Minorcains
refterent jufqu'en 1287 dans une espece d'indépendance
, en payant feulement un tribut annuel
aux différens Princes d'Efpagne qui les proté
geoient. Les naturels du Pays fe trouvoient dès ce
temps confondus avec un refte de Sarrazins : la
Religion Mahométane y étoit la dominante. Les
Minorcains voulant s'affranchir du tribut qu'ils
payoient à l'Espagne, attirerent dans leur Ifle quantité
de Barbares de l'Afrique , leurs voifins : mais
Alphonfe , Roi d'Arragon , ayant eu vent du complot,
fit une defcente dans l'Ifle, avec une armée qui
mit tout à feu & à fang , contraignit le gros des
Habitans de ferenfermer dans laFortereffe du Mont
Sainte- Agatte , les affiégea , les prit , La plûpart
périrent par les armes : quelques-uns furent envoyés
en Afrique , & d'autres ne fauverent leur vie qu'en
perdant leur liberté , c'est- à- dire , qu'ils devinrentefclaves
des Espagnols , qui s'établirent dans l'Ile
fous la protection des Rois d'Efpagne . Les Princes
d'Efpagne ont confervé une autorité fouveraine
dans l'ifle Minorque , jufqu'en 1708 que les
Anglois formerent le deffein de s'en rendre les
maîtres.
En effet le 14 Décembre , le Général Comte de
Stenhope y débarqua avec trois mille hommes ,
42 pieces de canon & 15 mortiers. Les troupes
qui étoient répandues dans les différens quartiers .
de l'Ile , fe renfermerent dans les Forts Fornelle
208 MERCURE DE FRANCE.
& Saint-Philippe . Les premieres opérations des An
glois furent d'attaquer Fornelle , qu'ils prirent ea
deux jours. Auffi - tôt après cette réduction , ils
dirigerent leurs forces contre le Fort S. Philippe ,
qui ne tint que quinze jours : la Garnifon compofée
de François & d'Elpagnols , fut renvoyée
partie en France , partie en Espagne. Dès ce moment
les Anglois s'établirent dans Minorque , &
la poffeffion leur en a été affurée par le Traité de
Paix conclu à Utrecht , le 13 Juillet 1713. Ils en
ont été les maîtres pendant 48 ans. Ils le feroient
encore , fi leur pyraterie n'eût obligé notre glorieux
Monarque à punir l'infulte que cette Nation
3
ne ceffe de faire depuis deux ans au Pavillon François.
Il vous paroîtra fingulier , Monfieur , que nous
ayons été fi long - teins à nous rendre les maîtres
de cette Place , pendant que des Anglois en
avoient fait la conquête en moins de trois femaines.
Votre furpriſe ceffera quand vous ferez
inftruit des travaux immenfes que cette nation
a fait au Fort S. Philippe , dont la dépenſe ſe
monte à plus de cent millions , c'eſt - à - dire , plus
que toute l'ile ne peut valoir , fi on en excepte
toutefois la grande reffource dont elle étoit pour
le Commerce des Anglois au Levant.
Voici à peu près la defcription du Fort S. Philippe
, & vous conviendrez , avec toute l'Europe
, qu'il n'a pas fallu moins de prudence que de
courage & de fermeté , pour triompher de tous
les obftacles qui fe rencontroient à chaque pas.
Il est conftruit fur une langue de terre qui
avance dans la mer. Quatre baftions , autant de
courtines , environnés d'un large & profond foffé ,
taillés dans le roc vif , font le principal corps
de la Place : les ouvrages extérieurs , qui font ea
A O UST. 1756. 209
très-grand nombre , s'étendent jufqu'aux rivages
des deux côtés de la langue de terre : les mines
y font abondantes & fi bien diftribuées , qu'elles
fe communiquent au moyen de différens fouterreins.
Les fouterreins font immenfes , & fourniffent
des logemens fuffifans pour une garnifon
des plus confidérables , à l'abri des bombes
& du canon , & dont les approches font minées
& contreminées : avant que de parvenir à
pouvoir battre en breche , il faut s'emparer des
forts de Malbourough , de S. Charles , de Strugen
, d'Orgil & de la Reine , qui entourent les
grands ouvrages du Fort , & fe communiquent
aux autres au moyen des chemins couverts taillés
dans le roc ; enfin le Plan qui vient d'en être
levé, & que vous trouverez fans doute à Paris ( 1 ) ,
vous fuffira pour juger par vous - même des
Ouvrages immenfes que les Anglois y ont faits
depuis qu'ils en étoient en poffeffion . Ajoutez
à tous ces ouvrages trois fontaines intariffables ,
& une citerne,contenant de l'eau pour fix mois
à une garnifon de quatre mille hommes , à l'épreuve
de tout accident : ces avantages font
d'une reffource encore au deffus de toutes les
fortifications.
Quoique les Gazettes vous aient pu inftruire
de toutes nos opérations juſqu'au jour de l'atta
que
des Forts , dont nous nous fommes rendus les
maîtres l'épée à la main , vous ne trouverez pas
mauvais que je vous en donne un détail abrégé.
Notre Flotte , aux ordres de M. le Marquis de la
Galiffoniere , partit de Toulon le 8 Avril M. le
Maréchal de Richelieu monta le Foudroyant avec
(1 ) Ilfe trouve chez le fieur Beaurain & chez
Je fieur le Rouge.
210 MERCURE DE FRANCE.
1
M. de la Galiffoniere. Nous arrivâmes â Ciutaš
della le jour de Pâques 18 du mois , après avois
effuyé quelques coups de vent qui retarderent
notre marche , & féparerent quelques vaiffeaux
de l'Efcadre. Le premier foin de M. le Maréchal
fut de faire chanter le Te Deum dans l'Eglife Collégiale
de la Ville , en action de graces de notre
heureux abordage . Les 18 , 19 , & 20 furent employés
au débarquement des troupes & de l'artil
lerie , fans aucune oppofition de la part des Anglois
; ceux- ci s'étant retirés , aux premieres nouvelles
de notre eſcadre , dans le Fort S. Philippe ,
après y avoir fait entrer tout ce qui pouvoit leur
-être néceffaire pour une longue réfiftance , &
avoir commis les hoftilités les plus fâcheufes, tant
fur les habitans que fur les beftiaux qu'ils ne purent
emmener avec eux.
Le 20 notre armée fe mit en marche par deux
chemins pour fe rendre à Mahon . Vingt - quatre
Compagnies de Grenadiers , & la Brigade de
Royal tinrent la gauche fous les ordres de ' MM.
Damefnil & de Monteynard , pendant que le gros
de l'armée marchoit à droite pour former Pinveftiffement
du Fort S. Philippe. Le 22 nous entrames
dans Mahon aux acclamations du Peuple ,
qui commençoit à nous regarder comme fes Libérateurs
.
Il n'eft pas poffible de vous exprimer les peines
& les travaux qu'il a fallu faire pour conduire notre
artillerie de Ciutadella ici , par lá précaution que
les Anglois avoient eue de rendre toutes les avenues
impraticables.
M. le Maréchal de Richelieu fit conftruire les
premieres batteries fur le Mont des Signaux , une
des pieces de canons , une de mortiers pareils en
nombre , qui commencerent à tirer dès le 8 Mai.
A O UST. 1756. 211
Le7, le Fauxbourg de la Ravale ( 1 ) fut occupé par
un détachement de 100 Volontaires , quatre compagnies
de Grenadiers & fix piquets , aux ordres
du Comte de Briqueville , avec 600 Travailleurs
pour y former des épaulemens , & y établir des
batteries.
Le 10 , M. le Marquis de Roquépine fe rendit
avec douze cens hommes , pour occuper les dehors
du Fort Malbourough.
Les 11 & 12 furent employés à conftruire les
batteries de droite , de gauche & du centre du
Fauxbourg de la Ravale la batterie des mortiers
commença à tirer dès la nuit du 12 au 13.
Le 17 ,
12
la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer.
Le 18 , M. Dupinay , qui commandoit la batterie
de la gauche , fut tué , & M. le Prince de
Wirtemberg légérement bleffé.
Le 19 , l'Efcadre Angloife ayant paru à la hauteur
de l'Ile pour attaquer la nôtre qui fermoit
l'embouchure du Port- Mahon , notre Général envoya
à M. le Marquis de la Galiffoniere un renfort
de 13 piquets . Notre Chef d'Efcadre fit toules
opérations néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés .
Le 20 , une bombe des ennemis ayant mis le
feu à une de nos batteries , la Garnifon du Fort
S. Philippe animée par la préfence de l'Eſcadre
Angloife , fit une fortie confidérable : mais nos
(1), Ce Fauxbourg doit avoir un autre_nom :
le mot Arrabal fignifie un Fauxbourg , en Langue
Espagnole , & c'eft fans doute par erreur que nos
Officiers, qui les premiers ont entendu nommer aux
Habitans de l'Ifle Minorque ce Fauxbourg Arrabal
Pont écrit la Ravalle.
212 MERCURE DE FRANCE.
Grenadiers l'obligerent de rentrer avec autant de
précipitation que de perte.
Les 21 & 22 furent employés à réparer nos
batteries , que le feu violent des ennemis avoient
prefque démontées.
Le foir même du 22 , notre armée fit des
réjouiffances à l'occafion de l'avantage que
notre Efcadre avoit remporté fur celle des
Anglois. ( Vous avez fans doute vu la Rélation
de ce Combat Naval , dans lequel on ne fçauroit
trop exalter la bonne manovre de M. le Marquis
de la Galiffoniere , qui obligea l'Amiral Byng de
fe retirer avec beaucoup de dommages ) .
Le feu des Ennemis devint fi fort, que nous fûmes
obligés d'abandonner le Fauxbourg de la Ravale`,
dont toutes les maifons ont été renversées par
l'artillerie du Fort , ce qui obligea M. le Maréchal
de Richelieu à changer le plan général de fon attaque
fur le Fort Philippe.
Il fallut employer plufieurs jours pour le tranfport
de terre , pour élever de nouvelles batteries
dont le feu ne put commencer que le s Jain.
Dès ce moment le feu fuccefif de nos batteries
de temps une grande partie des travaux
extérieurs de la Place.
ruina en peu
On commença dès le 15 à déblayer les maifons
où l'on avoit réfolu d'établir une nouvelle batterie
de 12 pieces de canons en avant du Fauxbourg
de la Ravale , afin de détruire entiérement la Redoute
de la Reine & la lunette de Ken , & de bat.
tre la contre-garde de l'ouvrage à cornes ; ce qui
fit des merveilles .
Nous avons eu depuis ce temps là 84 pieces de
canons de 24 livres de balles , & 22 mortiers dif
tribués dans douze batteries . Elles n'ont point dif
continué de battre depuis le 16 Juin. La plupar
A OUST. 1756. 213
ne fervoient qu'à demonter les batteries ennemies.
Il ne falloit pas moins aux Affiégés que les
250 pieces de canons & les 40 mortiers qu'ils
avoient , pour faire la défenfe qu'on a éprouvée
jufqu'à la fin. Ce grand nombre de pieces leur
donnoit la facilité de remplacer celles que nous
leur démontions tous les jours.
Voici le détail de l'attaque qui mit nos En
nemis à la raiſon , & qui fera naître dans le coeur
des bons Francois , la joie qu'une longue réſiſtan
ce avoit fans doute altéréë.
>
M. le Maréchal ayant jugé qu'il étoit indifpenfable
d'accélérer l'attaque des ouvrages exté
rieurs , & voulant la favorifer en occupant
l'Ennemi dans plufieurs points de fa défenſe , ordonna
pour le 27 une attaque qui fut diviſée en
quatre points principaux .
M. le Marquis de Laval , de tranchée , fut
chargé de l'attaque de la gauche , divifée fur les
Forts de Strugen & d'Orgil , fur la Redoute de
la Reine , & fur celle de Ken : il avoit à fes ordres
16 Compagnies de Grenadiers , & quatre
Bataillons pour foutenir l'attaque .
Il avoit fous lui M. le Marquis de Monti &
M. de Briqueville , Colonel , dont le Régiment
étoit Chef de tranchée : Royal-Comtois étoit le
deuxieme Régiment.
M. de Monti fut deftiné à attaquer Strugen &
Orgil , à la tête des Compagnies de Grenadiers
de Royal-Comtois , Vermandois , Nice & Rochefort
, & de deux piquets foutenus par le premier
Bataillon de Royal - Comtois.
M. de Briqueville devoit fe porter fur Ken &
le chemin couvert , entre cet ouvrage & celui de
la Reine , à la tête de cinq Compagnies de Grenadiers
de Briqueville , Medoc & Cambis , & de
deux piquets.
214 MERCURE DE FRANCE:
M. de Sade , Lieutenant-Colonel de Brique
ville , devoit attaquer la Redoute de la Reine à la
tête de quatre Compagnies de Grenadiers d'Haynaut
, Cambis & Soiffonnois.
Il y avoit à la fuite de chacune de ces trois attaques
, deux Ingénieurs & 150 Travailleurs , un
Officier du Corps Royal & dix Canonniers , une
Brigade de Mineurs , & un détachement de 60
Volontaires portant dix échelles.
L'attaque du centre étoit dirigée ſur la Redoute
de l'Ouest & la Lunette Caroline , & commandée
par M. le Prince de Bauveau. Il y avoit à fes ordres
deux Brigadiers avec lefquels il devoit foutenir
la tranchée en cas de befoin.
La premiere attaque de la droite commandée
par M. le Comte de Lannion , é.oit dirigée fur le
Fort de Malboroug Il avoit à fes ordres la Brigade
de Royal & le Régiment de Bretagne , aina
que M. de Roquépine qui , à la tête de 400 Volontaires
& de roo Grenadiers , devoit débarquer
dans la Cale de S. Etienne , pour delà marcher
au Fort de S. Charles . On devoit avoir pour cet
effet 100 Chaloupes de l'Eſcadre : mais comme
elles ne purent arriver à temps , on y fuppléa par
celles qu'on put raffembler dans la journée.
La feconde attaque de la droite , aux ordres de
M. le Marquis de Monteynar , commandant la
Brigade de Royal - la Marine & Talaru , avoit
pour objet de s'emparer de la Lunette de Sud-
Ouest , de longer la Langue de S. Etienne , qui
eft entre la Place & le Fort Malboroug ; de fe
communiquer avec l'attaque du Fort S. Charles ,
& de couper la communication du Fort Malboroug
avec le Fort de S. Philippe.
En même temps que toutes ces attaques ſe faifoient
, M. de Beaumanoir , Lieutenant- Colonel ,
A O UST. 1756. 215
commandant à la Tour des Signaux , devoit avec
fon détachement partir dans les Chaloupes de la
Cale , qui eft entre le Fort Saint- Philippe & la
Tour des Signaux , pour venir favorifer l'attaque
de M. de Monti , & tâcher de fe gliffer dans le
chemin couvert , entre la demi-lune & le Fort
d'Orgil.
M. de Fortouval , Capitaine d'Haynaut , de
voit avec 100 hommes de détachement débarquer
au pied de la grande batterie des Ennemis , du
côté du Pont.
A.dix heures du foir , toutes nos batteries ayant
ceffé , le fignal de l'attaque fut donné par un
coup de canon & quatre bombes tirées de la Tour
des Signaux.
M. de Monti déboucha fur Strugen & Orgil ,
& fucceffivement MM . de Briqueville & de Sade
fe porterent avec vivacité fur leur point d'attaque
de Ken & de la Reine .
Nos troupes marcherent avec la plus grande
valeur , & après un feu très-vif , très-long & trèsmeurtrier
, elles parvinrent à s'emparer de Strugen
, d'Orgil, & du Fort de la Reine. Les Ennenis
firent jouer quatre fourneaux qui nous ont
coûté environ so hommes .
On travailla fur le champ au logement de
cette partie , qui étoit la principale attaque ,
pendant que les autres faifoient leur diverfion.
L'ardeur des Grenadiers que commandoit M.
de Bricqueville les ayant emportés , ils fe jetterent
fur la Redoute de la Reine , au lieu de fe
porter fur Ken qu'ils devoient attaquer .
M. le Prince de Bauveau ayant fait marcher
les Grenadiers de Vermandois & 100 hommes
de chaque Brigade fur la Redoute Caroline , &
les Grenadiers de Royal-Italien , avec 1oo hom216
MERCURE DE FRANCE.
mes de cette Brigade , à la Redoute de l'Oueſt ;
il s'empara du chemin couvert , & y fit enclouer
douze pieces de canon le logement y étant
impraticable , parce que la Redoute de Ken
n'étoit pas prife , & qu'il ne pouvoit dans la
nuit affurer fa communication , il fe contenta
de faire couper les paliffades , de faire brifer
les affûts , & de foutenir quelque temps cette
attaque qui favorifoit la principale.
Elle fut faite avec la plus grande intelligence
& la plus grande valeur.
Les attaques de MM. de Lannion & de Mon
teynard , dépendant prefque du fuccès du For
s. Charles , ils attendoient le fignal que devoir
faire M. de Roquépine ; mais les Ennemis s'étant
apperçus de beaucoup de mouvemens dans
cette partie , par les manoeuvres que les Chaloupes
avoient été obligées de faire , ſe tinrent
fur leurs gardes , & ne permirent pas à M. de
Roquépine de faire le débarquement qu'il avoit
tenté , & qui ne pouvoit réuffir que par une
furpriſe.
>
Pendant ce temps - là M. de Lannion fit inquiéter
le Fort Malborough . La divifion de tous
ces feux & la combinaifon de toutes ces attaques
, donnerent le temps à celles de la gauche
d'aflurer fon fuccés, de facon qu'à la pointe
du jour nous pumes établir 400 hommes dans
le Fort de la Reine , & 200 dans Strugen &
Orgil.
M. le Maréchal s'étoit placé au centre des attaques
de la gauche , & avoit avec lui MM . de Maillebois
, du Mefnil , & le Prince de Wirtemberg.
Il a donné pendant toute l'action les confeils
néceffaires au fuccès de l'attaque , dans lefquels
on n'a pu s'empêcher d'admirer les difpofitions
A O
UST.
1756.
217
tions de notre Général & les prodiges de notre
Infanterie.
M. de Lannion a eu une légere contufion à
' épaule , & M. le Marquis de S. Tropès , Aide
de Camp de M. de Maillebois , a été
légérement
bleffé au visage .
A cinq heures du matin on a demandé réciproquement
une fufpenfion d'armes pour retirer
les morts , & elle a été accordée. Nous
avons eu environ 25 Officiers de tués ou bleffés ,
& 400 Soldats..
· M. de Huetton , le Lieutenant de Vaiffeau
qui
commandoit les Chaloupes de l'attaque du
Fort S. Charles , a été tué.
On doit le fuccès de
l'attaque , de la gau
che furtout , à la bonne
conduite de M. de
Monti , qui a fuivi avec la plus grande valeur
& la plus grande fermeté les
difpofitions qu'avoit
faites M. de Laval.
On a pris beaucoup de mortiers & de canons
dans les Forts de Strugen , d'Orgil & de la Reine.
On a fait quinze
prifonniers , du nombre deſquels
eft le fecond
Commandant des Ennemis qui fai
foit le détail de la défenſe.
Le 28 , à deux heures après-midi , trois Députés
de la Place
demanderent à parler à notre
Général. Le réſultat de cette
conférence étoit
qui leur fut accordé vingt- quatre heures pour
dreffer les articles de
Capitulation : on leur accorda
jufqu'à huit heures du foir. Il en revint
un à l'heure marquée , qui apporta à M. le Maréchal
un projet d'articles ,
auxquels il fut ré
pondu le lendemain matin.
De la Prife de l'Iſle de Minorque , & principalement
des Port-Mahon & Fort Saint-
Philippe ; envoyée par un Officier de l'Armée.
Du Fort S. Philippe , le 30 Juin 1756.
JEE crois avant que d'entrer dans le détail du
Siege du Fort Saint- Philippe , devoir donner une
idée fuccincte, géographique & hiftorique de cette
In e.
L'Ile Minorque fituée dans la Méditerrannée ,
placée précisément au quatrieme degré de latitu
de , à foixante- dix lieues de Marfeille , & à quinze
des côtes de l'Afrique , faifoit anciennement partie
des Iles appellées Baléares , du nom d'un
Grec nommé Baléus , qui fut le premier qui en
fit la découverte .
Sa fituation eft oblongue ; elle a dix- huit lieues
de longueur fur- neuf dans fa plus grande largeur.
Son climat eft fort fain , l'air paffablement tempé
ré il y egne cependant des chaleurs infupporta.
bles pendant les mois de Mai , Juin , Juiller
& Août le refte de l'année est un printemps
continuel : rarement y voit - on de la gelée . Son
local n'eft pas montagneux , quoiqu'affez inégal
206 MERCURE DE FRANCE .
Le terrein produit de tout ce qui est néceffaire
à la vie , furtout de très- bon gibier , d'excellent
mufcat : tous les fruits y font délicieux .
L'Ille eft divifée en cinq territoires, dont chacun
porte le nom de la Ville principale ou Chef-lieu.
Le premier eft Ciutadella qui peut avoir aux
environs de 7 à 8 mille Habitans. Anciennement
les Gouverneurs faifoient leur réfidence encerre
Ville , où on compte actuellement juſqu'à 600
maifons. Le fecond territoire eft Ferrorias , qui
a tout au plus douze cens Habitans: Marcadal
eft le troifieme , dont le nombre d'Habitans ne
paffe pas dix-huit cens. Aleyor eft le quatrieme ,
& eft plus confidérable ; auffi peut- il fournir près
de cinq mille Habitans . Mahon eft le cinquieme
& . dernier territoire. La Ville de Mahon eft la
Capitale de toute l'Ifle : c'eft la réfidence du
Gouverneur & des Corps de Juftice : fon beau
Port & le voisinage du Fort Saint- Philippe , la
rendent infiniment plus confidérable : elle peut
compter au nombre de vingt mille Habitans.
Ily a dans l'Ile deux ports capables de recevoir
les plus gros Vaiffeaux le Port Fornelle , & le
Port Mahon ; il y a encore plufieurs Cales où les
Bâtimens Marchands peuvent mouiller.
2
L'entrée du Port Mahon eft défendue à l'Ouest
par le Fort S. Philippe , & à l'Eft par le Fort
Philippet. Je me tais fur le refte de l'ifle , parce
qu'il n'y a rien qui mérite votre attention .
Comme les Habitans de l'Ifle font originaired'Efpagne
, la Religion Catholique s'y eft confervée.
C'étoit le Gouverneur Anglois qui nommoit
aux Bénéfices , fuivant un article du Traité
d'Utrecht.
Les Cartaginois furent anciennement les Maî→
tres des Illes Baléares , dont l'Ile Minorque faifoit.
AOUST. 1756. 207
partie. Après la feconde guerre Punique , les
Romains en devinrent les Poffeffeurs j'ufqu'à
Pinondation des Goths & Vandales , vers l'an
421. Ceux - ci les conferverent jufqu'au huitieme
fiecle , que les Sarrazins en firent la conquête.
Minorque fut foumiſe à ces derniers , jufqu'à l'an
1210 qu'ils perdirent la fameuſe Bataille de Loza ,
où il périt deux cens mille Maures . Les Minorcains
refterent jufqu'en 1287 dans une espece d'indépendance
, en payant feulement un tribut annuel
aux différens Princes d'Efpagne qui les proté
geoient. Les naturels du Pays fe trouvoient dès ce
temps confondus avec un refte de Sarrazins : la
Religion Mahométane y étoit la dominante. Les
Minorcains voulant s'affranchir du tribut qu'ils
payoient à l'Espagne, attirerent dans leur Ifle quantité
de Barbares de l'Afrique , leurs voifins : mais
Alphonfe , Roi d'Arragon , ayant eu vent du complot,
fit une defcente dans l'Ifle, avec une armée qui
mit tout à feu & à fang , contraignit le gros des
Habitans de ferenfermer dans laFortereffe du Mont
Sainte- Agatte , les affiégea , les prit , La plûpart
périrent par les armes : quelques-uns furent envoyés
en Afrique , & d'autres ne fauverent leur vie qu'en
perdant leur liberté , c'est- à- dire , qu'ils devinrentefclaves
des Espagnols , qui s'établirent dans l'Ile
fous la protection des Rois d'Efpagne . Les Princes
d'Efpagne ont confervé une autorité fouveraine
dans l'ifle Minorque , jufqu'en 1708 que les
Anglois formerent le deffein de s'en rendre les
maîtres.
En effet le 14 Décembre , le Général Comte de
Stenhope y débarqua avec trois mille hommes ,
42 pieces de canon & 15 mortiers. Les troupes
qui étoient répandues dans les différens quartiers .
de l'Ile , fe renfermerent dans les Forts Fornelle
208 MERCURE DE FRANCE.
& Saint-Philippe . Les premieres opérations des An
glois furent d'attaquer Fornelle , qu'ils prirent ea
deux jours. Auffi - tôt après cette réduction , ils
dirigerent leurs forces contre le Fort S. Philippe ,
qui ne tint que quinze jours : la Garnifon compofée
de François & d'Elpagnols , fut renvoyée
partie en France , partie en Espagne. Dès ce moment
les Anglois s'établirent dans Minorque , &
la poffeffion leur en a été affurée par le Traité de
Paix conclu à Utrecht , le 13 Juillet 1713. Ils en
ont été les maîtres pendant 48 ans. Ils le feroient
encore , fi leur pyraterie n'eût obligé notre glorieux
Monarque à punir l'infulte que cette Nation
3
ne ceffe de faire depuis deux ans au Pavillon François.
Il vous paroîtra fingulier , Monfieur , que nous
ayons été fi long - teins à nous rendre les maîtres
de cette Place , pendant que des Anglois en
avoient fait la conquête en moins de trois femaines.
Votre furpriſe ceffera quand vous ferez
inftruit des travaux immenfes que cette nation
a fait au Fort S. Philippe , dont la dépenſe ſe
monte à plus de cent millions , c'eſt - à - dire , plus
que toute l'ile ne peut valoir , fi on en excepte
toutefois la grande reffource dont elle étoit pour
le Commerce des Anglois au Levant.
Voici à peu près la defcription du Fort S. Philippe
, & vous conviendrez , avec toute l'Europe
, qu'il n'a pas fallu moins de prudence que de
courage & de fermeté , pour triompher de tous
les obftacles qui fe rencontroient à chaque pas.
Il est conftruit fur une langue de terre qui
avance dans la mer. Quatre baftions , autant de
courtines , environnés d'un large & profond foffé ,
taillés dans le roc vif , font le principal corps
de la Place : les ouvrages extérieurs , qui font ea
A O UST. 1756. 209
très-grand nombre , s'étendent jufqu'aux rivages
des deux côtés de la langue de terre : les mines
y font abondantes & fi bien diftribuées , qu'elles
fe communiquent au moyen de différens fouterreins.
Les fouterreins font immenfes , & fourniffent
des logemens fuffifans pour une garnifon
des plus confidérables , à l'abri des bombes
& du canon , & dont les approches font minées
& contreminées : avant que de parvenir à
pouvoir battre en breche , il faut s'emparer des
forts de Malbourough , de S. Charles , de Strugen
, d'Orgil & de la Reine , qui entourent les
grands ouvrages du Fort , & fe communiquent
aux autres au moyen des chemins couverts taillés
dans le roc ; enfin le Plan qui vient d'en être
levé, & que vous trouverez fans doute à Paris ( 1 ) ,
vous fuffira pour juger par vous - même des
Ouvrages immenfes que les Anglois y ont faits
depuis qu'ils en étoient en poffeffion . Ajoutez
à tous ces ouvrages trois fontaines intariffables ,
& une citerne,contenant de l'eau pour fix mois
à une garnifon de quatre mille hommes , à l'épreuve
de tout accident : ces avantages font
d'une reffource encore au deffus de toutes les
fortifications.
Quoique les Gazettes vous aient pu inftruire
de toutes nos opérations juſqu'au jour de l'atta
que
des Forts , dont nous nous fommes rendus les
maîtres l'épée à la main , vous ne trouverez pas
mauvais que je vous en donne un détail abrégé.
Notre Flotte , aux ordres de M. le Marquis de la
Galiffoniere , partit de Toulon le 8 Avril M. le
Maréchal de Richelieu monta le Foudroyant avec
(1 ) Ilfe trouve chez le fieur Beaurain & chez
Je fieur le Rouge.
210 MERCURE DE FRANCE.
1
M. de la Galiffoniere. Nous arrivâmes â Ciutaš
della le jour de Pâques 18 du mois , après avois
effuyé quelques coups de vent qui retarderent
notre marche , & féparerent quelques vaiffeaux
de l'Efcadre. Le premier foin de M. le Maréchal
fut de faire chanter le Te Deum dans l'Eglife Collégiale
de la Ville , en action de graces de notre
heureux abordage . Les 18 , 19 , & 20 furent employés
au débarquement des troupes & de l'artil
lerie , fans aucune oppofition de la part des Anglois
; ceux- ci s'étant retirés , aux premieres nouvelles
de notre eſcadre , dans le Fort S. Philippe ,
après y avoir fait entrer tout ce qui pouvoit leur
-être néceffaire pour une longue réfiftance , &
avoir commis les hoftilités les plus fâcheufes, tant
fur les habitans que fur les beftiaux qu'ils ne purent
emmener avec eux.
Le 20 notre armée fe mit en marche par deux
chemins pour fe rendre à Mahon . Vingt - quatre
Compagnies de Grenadiers , & la Brigade de
Royal tinrent la gauche fous les ordres de ' MM.
Damefnil & de Monteynard , pendant que le gros
de l'armée marchoit à droite pour former Pinveftiffement
du Fort S. Philippe. Le 22 nous entrames
dans Mahon aux acclamations du Peuple ,
qui commençoit à nous regarder comme fes Libérateurs
.
Il n'eft pas poffible de vous exprimer les peines
& les travaux qu'il a fallu faire pour conduire notre
artillerie de Ciutadella ici , par lá précaution que
les Anglois avoient eue de rendre toutes les avenues
impraticables.
M. le Maréchal de Richelieu fit conftruire les
premieres batteries fur le Mont des Signaux , une
des pieces de canons , une de mortiers pareils en
nombre , qui commencerent à tirer dès le 8 Mai.
A O UST. 1756. 211
Le7, le Fauxbourg de la Ravale ( 1 ) fut occupé par
un détachement de 100 Volontaires , quatre compagnies
de Grenadiers & fix piquets , aux ordres
du Comte de Briqueville , avec 600 Travailleurs
pour y former des épaulemens , & y établir des
batteries.
Le 10 , M. le Marquis de Roquépine fe rendit
avec douze cens hommes , pour occuper les dehors
du Fort Malbourough.
Les 11 & 12 furent employés à conftruire les
batteries de droite , de gauche & du centre du
Fauxbourg de la Ravale la batterie des mortiers
commença à tirer dès la nuit du 12 au 13.
Le 17 ,
12
la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer.
Le 18 , M. Dupinay , qui commandoit la batterie
de la gauche , fut tué , & M. le Prince de
Wirtemberg légérement bleffé.
Le 19 , l'Efcadre Angloife ayant paru à la hauteur
de l'Ile pour attaquer la nôtre qui fermoit
l'embouchure du Port- Mahon , notre Général envoya
à M. le Marquis de la Galiffoniere un renfort
de 13 piquets . Notre Chef d'Efcadre fit toules
opérations néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés .
Le 20 , une bombe des ennemis ayant mis le
feu à une de nos batteries , la Garnifon du Fort
S. Philippe animée par la préfence de l'Eſcadre
Angloife , fit une fortie confidérable : mais nos
(1), Ce Fauxbourg doit avoir un autre_nom :
le mot Arrabal fignifie un Fauxbourg , en Langue
Espagnole , & c'eft fans doute par erreur que nos
Officiers, qui les premiers ont entendu nommer aux
Habitans de l'Ifle Minorque ce Fauxbourg Arrabal
Pont écrit la Ravalle.
212 MERCURE DE FRANCE.
Grenadiers l'obligerent de rentrer avec autant de
précipitation que de perte.
Les 21 & 22 furent employés à réparer nos
batteries , que le feu violent des ennemis avoient
prefque démontées.
Le foir même du 22 , notre armée fit des
réjouiffances à l'occafion de l'avantage que
notre Efcadre avoit remporté fur celle des
Anglois. ( Vous avez fans doute vu la Rélation
de ce Combat Naval , dans lequel on ne fçauroit
trop exalter la bonne manovre de M. le Marquis
de la Galiffoniere , qui obligea l'Amiral Byng de
fe retirer avec beaucoup de dommages ) .
Le feu des Ennemis devint fi fort, que nous fûmes
obligés d'abandonner le Fauxbourg de la Ravale`,
dont toutes les maifons ont été renversées par
l'artillerie du Fort , ce qui obligea M. le Maréchal
de Richelieu à changer le plan général de fon attaque
fur le Fort Philippe.
Il fallut employer plufieurs jours pour le tranfport
de terre , pour élever de nouvelles batteries
dont le feu ne put commencer que le s Jain.
Dès ce moment le feu fuccefif de nos batteries
de temps une grande partie des travaux
extérieurs de la Place.
ruina en peu
On commença dès le 15 à déblayer les maifons
où l'on avoit réfolu d'établir une nouvelle batterie
de 12 pieces de canons en avant du Fauxbourg
de la Ravale , afin de détruire entiérement la Redoute
de la Reine & la lunette de Ken , & de bat.
tre la contre-garde de l'ouvrage à cornes ; ce qui
fit des merveilles .
Nous avons eu depuis ce temps là 84 pieces de
canons de 24 livres de balles , & 22 mortiers dif
tribués dans douze batteries . Elles n'ont point dif
continué de battre depuis le 16 Juin. La plupar
A OUST. 1756. 213
ne fervoient qu'à demonter les batteries ennemies.
Il ne falloit pas moins aux Affiégés que les
250 pieces de canons & les 40 mortiers qu'ils
avoient , pour faire la défenfe qu'on a éprouvée
jufqu'à la fin. Ce grand nombre de pieces leur
donnoit la facilité de remplacer celles que nous
leur démontions tous les jours.
Voici le détail de l'attaque qui mit nos En
nemis à la raiſon , & qui fera naître dans le coeur
des bons Francois , la joie qu'une longue réſiſtan
ce avoit fans doute altéréë.
>
M. le Maréchal ayant jugé qu'il étoit indifpenfable
d'accélérer l'attaque des ouvrages exté
rieurs , & voulant la favorifer en occupant
l'Ennemi dans plufieurs points de fa défenſe , ordonna
pour le 27 une attaque qui fut diviſée en
quatre points principaux .
M. le Marquis de Laval , de tranchée , fut
chargé de l'attaque de la gauche , divifée fur les
Forts de Strugen & d'Orgil , fur la Redoute de
la Reine , & fur celle de Ken : il avoit à fes ordres
16 Compagnies de Grenadiers , & quatre
Bataillons pour foutenir l'attaque .
Il avoit fous lui M. le Marquis de Monti &
M. de Briqueville , Colonel , dont le Régiment
étoit Chef de tranchée : Royal-Comtois étoit le
deuxieme Régiment.
M. de Monti fut deftiné à attaquer Strugen &
Orgil , à la tête des Compagnies de Grenadiers
de Royal-Comtois , Vermandois , Nice & Rochefort
, & de deux piquets foutenus par le premier
Bataillon de Royal - Comtois.
M. de Briqueville devoit fe porter fur Ken &
le chemin couvert , entre cet ouvrage & celui de
la Reine , à la tête de cinq Compagnies de Grenadiers
de Briqueville , Medoc & Cambis , & de
deux piquets.
214 MERCURE DE FRANCE:
M. de Sade , Lieutenant-Colonel de Brique
ville , devoit attaquer la Redoute de la Reine à la
tête de quatre Compagnies de Grenadiers d'Haynaut
, Cambis & Soiffonnois.
Il y avoit à la fuite de chacune de ces trois attaques
, deux Ingénieurs & 150 Travailleurs , un
Officier du Corps Royal & dix Canonniers , une
Brigade de Mineurs , & un détachement de 60
Volontaires portant dix échelles.
L'attaque du centre étoit dirigée ſur la Redoute
de l'Ouest & la Lunette Caroline , & commandée
par M. le Prince de Bauveau. Il y avoit à fes ordres
deux Brigadiers avec lefquels il devoit foutenir
la tranchée en cas de befoin.
La premiere attaque de la droite commandée
par M. le Comte de Lannion , é.oit dirigée fur le
Fort de Malboroug Il avoit à fes ordres la Brigade
de Royal & le Régiment de Bretagne , aina
que M. de Roquépine qui , à la tête de 400 Volontaires
& de roo Grenadiers , devoit débarquer
dans la Cale de S. Etienne , pour delà marcher
au Fort de S. Charles . On devoit avoir pour cet
effet 100 Chaloupes de l'Eſcadre : mais comme
elles ne purent arriver à temps , on y fuppléa par
celles qu'on put raffembler dans la journée.
La feconde attaque de la droite , aux ordres de
M. le Marquis de Monteynar , commandant la
Brigade de Royal - la Marine & Talaru , avoit
pour objet de s'emparer de la Lunette de Sud-
Ouest , de longer la Langue de S. Etienne , qui
eft entre la Place & le Fort Malboroug ; de fe
communiquer avec l'attaque du Fort S. Charles ,
& de couper la communication du Fort Malboroug
avec le Fort de S. Philippe.
En même temps que toutes ces attaques ſe faifoient
, M. de Beaumanoir , Lieutenant- Colonel ,
A O UST. 1756. 215
commandant à la Tour des Signaux , devoit avec
fon détachement partir dans les Chaloupes de la
Cale , qui eft entre le Fort Saint- Philippe & la
Tour des Signaux , pour venir favorifer l'attaque
de M. de Monti , & tâcher de fe gliffer dans le
chemin couvert , entre la demi-lune & le Fort
d'Orgil.
M. de Fortouval , Capitaine d'Haynaut , de
voit avec 100 hommes de détachement débarquer
au pied de la grande batterie des Ennemis , du
côté du Pont.
A.dix heures du foir , toutes nos batteries ayant
ceffé , le fignal de l'attaque fut donné par un
coup de canon & quatre bombes tirées de la Tour
des Signaux.
M. de Monti déboucha fur Strugen & Orgil ,
& fucceffivement MM . de Briqueville & de Sade
fe porterent avec vivacité fur leur point d'attaque
de Ken & de la Reine .
Nos troupes marcherent avec la plus grande
valeur , & après un feu très-vif , très-long & trèsmeurtrier
, elles parvinrent à s'emparer de Strugen
, d'Orgil, & du Fort de la Reine. Les Ennenis
firent jouer quatre fourneaux qui nous ont
coûté environ so hommes .
On travailla fur le champ au logement de
cette partie , qui étoit la principale attaque ,
pendant que les autres faifoient leur diverfion.
L'ardeur des Grenadiers que commandoit M.
de Bricqueville les ayant emportés , ils fe jetterent
fur la Redoute de la Reine , au lieu de fe
porter fur Ken qu'ils devoient attaquer .
M. le Prince de Bauveau ayant fait marcher
les Grenadiers de Vermandois & 100 hommes
de chaque Brigade fur la Redoute Caroline , &
les Grenadiers de Royal-Italien , avec 1oo hom216
MERCURE DE FRANCE.
mes de cette Brigade , à la Redoute de l'Oueſt ;
il s'empara du chemin couvert , & y fit enclouer
douze pieces de canon le logement y étant
impraticable , parce que la Redoute de Ken
n'étoit pas prife , & qu'il ne pouvoit dans la
nuit affurer fa communication , il fe contenta
de faire couper les paliffades , de faire brifer
les affûts , & de foutenir quelque temps cette
attaque qui favorifoit la principale.
Elle fut faite avec la plus grande intelligence
& la plus grande valeur.
Les attaques de MM. de Lannion & de Mon
teynard , dépendant prefque du fuccès du For
s. Charles , ils attendoient le fignal que devoir
faire M. de Roquépine ; mais les Ennemis s'étant
apperçus de beaucoup de mouvemens dans
cette partie , par les manoeuvres que les Chaloupes
avoient été obligées de faire , ſe tinrent
fur leurs gardes , & ne permirent pas à M. de
Roquépine de faire le débarquement qu'il avoit
tenté , & qui ne pouvoit réuffir que par une
furpriſe.
>
Pendant ce temps - là M. de Lannion fit inquiéter
le Fort Malborough . La divifion de tous
ces feux & la combinaifon de toutes ces attaques
, donnerent le temps à celles de la gauche
d'aflurer fon fuccés, de facon qu'à la pointe
du jour nous pumes établir 400 hommes dans
le Fort de la Reine , & 200 dans Strugen &
Orgil.
M. le Maréchal s'étoit placé au centre des attaques
de la gauche , & avoit avec lui MM . de Maillebois
, du Mefnil , & le Prince de Wirtemberg.
Il a donné pendant toute l'action les confeils
néceffaires au fuccès de l'attaque , dans lefquels
on n'a pu s'empêcher d'admirer les difpofitions
A O
UST.
1756.
217
tions de notre Général & les prodiges de notre
Infanterie.
M. de Lannion a eu une légere contufion à
' épaule , & M. le Marquis de S. Tropès , Aide
de Camp de M. de Maillebois , a été
légérement
bleffé au visage .
A cinq heures du matin on a demandé réciproquement
une fufpenfion d'armes pour retirer
les morts , & elle a été accordée. Nous
avons eu environ 25 Officiers de tués ou bleffés ,
& 400 Soldats..
· M. de Huetton , le Lieutenant de Vaiffeau
qui
commandoit les Chaloupes de l'attaque du
Fort S. Charles , a été tué.
On doit le fuccès de
l'attaque , de la gau
che furtout , à la bonne
conduite de M. de
Monti , qui a fuivi avec la plus grande valeur
& la plus grande fermeté les
difpofitions qu'avoit
faites M. de Laval.
On a pris beaucoup de mortiers & de canons
dans les Forts de Strugen , d'Orgil & de la Reine.
On a fait quinze
prifonniers , du nombre deſquels
eft le fecond
Commandant des Ennemis qui fai
foit le détail de la défenſe.
Le 28 , à deux heures après-midi , trois Députés
de la Place
demanderent à parler à notre
Général. Le réſultat de cette
conférence étoit
qui leur fut accordé vingt- quatre heures pour
dreffer les articles de
Capitulation : on leur accorda
jufqu'à huit heures du foir. Il en revint
un à l'heure marquée , qui apporta à M. le Maréchal
un projet d'articles ,
auxquels il fut ré
pondu le lendemain matin.
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Résumé : RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
En 1756, les forces françaises, sous le commandement du maréchal de Richelieu et de M. de La Galissonnière, prirent l'île de Minorque, située en Méditerranée et faisant partie des Baléares. Minorque, dotée d'un climat tempéré avec des chaleurs intenses en été, est divisée en cinq territoires, dont Mahon est la capitale et le principal port. L'île a été sous la domination de diverses civilisations, notamment les Carthaginois, les Romains, les Goths, les Vandales, les Sarrazins, et les Espagnols, avant de passer sous contrôle britannique en 1708. Les Britanniques avaient renforcé le Fort Saint-Philippe après l'avoir pris en 1708. En 1756, les Français débarquèrent à Ciutadella et marchèrent vers Mahon. Après plusieurs semaines de siège et de bombardements intensifs, ils prirent le Fort Saint-Philippe le 30 juin 1756. Le texte détaille les opérations militaires, les mouvements des troupes et les batailles navales qui précédèrent cette prise. L'attaque française, planifiée pour le 27 juin, fut divisée en quatre points principaux. Le Marquis de Laval dirigea l'attaque de la gauche, ciblant plusieurs forts et redoutes avec 16 compagnies de grenadiers et quatre bataillons. Le Prince de Bauveau attaqua la Redoute de l'Ouest et la Lunette Caroline. Le Comte de Lannion et le Marquis de Monteynar dirigèrent les attaques de la droite, ciblant respectivement le Fort de Malborough et la Lunette de Sud-Ouest. L'attaque débuta à dix heures du soir après un signal donné par un coup de canon et des bombes. Les troupes prirent plusieurs forts après un combat intense. Les ennemis firent exploser des fourneaux, causant des pertes. Les attaques de la droite dépendaient de la prise du Fort Saint-Charles, mais les ennemis empêchèrent le débarquement de M. de Roquépine. À la pointe du jour, des hommes furent établis dans les forts conquis. Les pertes françaises inclurent environ 25 officiers tués ou blessés et 400 soldats. Le succès de l'attaque fut attribué à la conduite de M. de Monti. Des mortiers, des canons et quinze prisonniers, dont le second commandant ennemi, furent capturés. Le 28 juin, des députés de la place demandèrent un délai de vingt-quatre heures pour négocier la capitulation, accordé jusqu'à huit heures du soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3546
p. 227-229
VERS De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc de Richelieu, sur la Conquête de Mahon.
Début :
Depuis plus de quarante années [...]
Mots clefs :
Vers, Voltaire, Duc de Richelieu, Voltaire, Conquête Fort Saint-Philippe, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc de Richelieu, sur la Conquête de Mahon.
VERS
De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc
de Richelieu , fur la Conquête de Mahon.
Depuis plus de quarante années
Vous avez été mon Héros :
J'ai préfagé vos deſtinées .
Ainfi quand Achile à Syros
Paroiffoit fe livrer en proye
Aux jeux , aux amours , au répos ,
Il devoit un jour , fur les flots ,
Porter la flamme devant Troye ;
Ainfi quand Phriné , dans fes bras
Tenoit le jeune Alcibiade ,
Phriné ne le poffédoit pas ;
Et fon nom fut dans les combats
Egal au nom de Miltiade.
Jadis les Amans , les Epour
Trembloient en vous voyant paroître.
Près des Belles & près du Maître ,
Vous avez fair plus d'un jaloux :
Enfin c'eft aux Héros à l'être.
C'eft rarement que dans Paris
Parmi les feftins & les ris ,
On démêle un grand caractere
Le préjugé ne conçoit pas
Que celui qui fçait l'art de plaire ;
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE
Sçache aufli fauver les Etats :
Le grand Homme échappe au vulgaire.
Mais lorsqu'aux champs de Fontenoi ,
Il fert fa Patrie & fon Roi ;
Quand fa main des peuples de Genes
Défend les jours & rompt les chaînes ;
Lorſqu'auffi prompt que les éclairs ,
Il chaffe les Tyrans des mers
Des murs de Minorque opprimée ,
'Alors ceux qui l'ont méconnu ,
En parlent comme fon armée :
Chacun dit : Je l'avois prévu :
Le fuccès fait la renommée.
Homme aimable , illuftre Guerrier ,
En tout temps Phonneur de la France ,
Triomphez de l'Anglois altier ,
De l'envie & de l'ignorance.
Je ne fçais fi dans Port-Mahon
Vous trouverez un ftatuaire ;
Mais vous n'en avez plus à faire.
Vous allez graver votre nom
Sur les débris de l'Angleterre:
Il feroit béni chez l'Ibere , at.. ?
Et chéri dans ma Nation.
Des deux Richelieu fur la terre
Les exploits feront admirés..
Déja tous deux font comparés ,
Et l'on ne fait qui l'on préfere.
Le Cardinal affermiffoit
A O UST. 1756: 2.20
Et partageoit le rang fuprême
D'un Maître qui le haïffoit ,
Vous vengcz un Roi qui vous aime.
Le Cardinal fut plus puiffant
Et même un peu trop redoutable :
Vous me paroiffez bien plus grand ,
Puifque vous êtes plus aimable .
De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc
de Richelieu , fur la Conquête de Mahon.
Depuis plus de quarante années
Vous avez été mon Héros :
J'ai préfagé vos deſtinées .
Ainfi quand Achile à Syros
Paroiffoit fe livrer en proye
Aux jeux , aux amours , au répos ,
Il devoit un jour , fur les flots ,
Porter la flamme devant Troye ;
Ainfi quand Phriné , dans fes bras
Tenoit le jeune Alcibiade ,
Phriné ne le poffédoit pas ;
Et fon nom fut dans les combats
Egal au nom de Miltiade.
Jadis les Amans , les Epour
Trembloient en vous voyant paroître.
Près des Belles & près du Maître ,
Vous avez fair plus d'un jaloux :
Enfin c'eft aux Héros à l'être.
C'eft rarement que dans Paris
Parmi les feftins & les ris ,
On démêle un grand caractere
Le préjugé ne conçoit pas
Que celui qui fçait l'art de plaire ;
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE
Sçache aufli fauver les Etats :
Le grand Homme échappe au vulgaire.
Mais lorsqu'aux champs de Fontenoi ,
Il fert fa Patrie & fon Roi ;
Quand fa main des peuples de Genes
Défend les jours & rompt les chaînes ;
Lorſqu'auffi prompt que les éclairs ,
Il chaffe les Tyrans des mers
Des murs de Minorque opprimée ,
'Alors ceux qui l'ont méconnu ,
En parlent comme fon armée :
Chacun dit : Je l'avois prévu :
Le fuccès fait la renommée.
Homme aimable , illuftre Guerrier ,
En tout temps Phonneur de la France ,
Triomphez de l'Anglois altier ,
De l'envie & de l'ignorance.
Je ne fçais fi dans Port-Mahon
Vous trouverez un ftatuaire ;
Mais vous n'en avez plus à faire.
Vous allez graver votre nom
Sur les débris de l'Angleterre:
Il feroit béni chez l'Ibere , at.. ?
Et chéri dans ma Nation.
Des deux Richelieu fur la terre
Les exploits feront admirés..
Déja tous deux font comparés ,
Et l'on ne fait qui l'on préfere.
Le Cardinal affermiffoit
A O UST. 1756: 2.20
Et partageoit le rang fuprême
D'un Maître qui le haïffoit ,
Vous vengcz un Roi qui vous aime.
Le Cardinal fut plus puiffant
Et même un peu trop redoutable :
Vous me paroiffez bien plus grand ,
Puifque vous êtes plus aimable .
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Résumé : VERS De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc de Richelieu, sur la Conquête de Mahon.
Dans une lettre, Voltaire célèbre les exploits militaires du Maréchal Duc de Richelieu, le comparant à des héros antiques tels qu'Achille et Alcibiade. Bien que Richelieu soit connu pour ses succès amoureux et mondains, Voltaire souligne ses qualités militaires exceptionnelles. Il mentionne notamment la défense de la patrie et du roi lors de la bataille de Fontenoy et la libération des peuples de Gênes. Voltaire admire la rapidité et l'efficacité de Richelieu, illustrées par la défense de Minorque. Il prédit que Richelieu gravera son nom sur les débris de l'Angleterre après la conquête de Port-Mahon. Voltaire compare également le Maréchal au Cardinal Richelieu, affirmant que le premier est plus grand et plus aimable malgré la puissance du second.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3547
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois d'Août, [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier, Ai
le Mercure du mois d'Août , & je n'y ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A Paris ,
ce 29 Juillet 1756.
GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier, Ai
le Mercure du mois d'Août , & je n'y ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A Paris ,
ce 29 Juillet 1756.
GUIROY.
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3548
p. 100-101
LOGOGRYPHE.
Début :
A la prolixité je dois mon existence : [...]
Mots clefs :
Pléonasme
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
A la prolixité je dois mon exiſtence :
Ce
Lecteur , je fuis de mots une furabondance.
Combine mes neuf pieds , tu trouves fans effort
que cherche un Héros en affrontant la mort ,
Et qu'au prix de fon fang fort fouvent il achete :
Des oifeaux le plus vain : la plus ftupide bête :
Un morceau délicat logé dans fon étui ,
Qu'Anubis en jappant dit n'être dû qu'à lui :
Un terme injurieux piquant & fatyrique ,
D'Iris en négligé trop mordante critique :
Celui qui , difpofant d'un fouffle impétueux ,
Eleve & fçait calmer des flots tumultueux :
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
CHANSON
ur la Prise du Port Mabon .
Ces braves Insulaires quisont qui fontsur
ner les corsaires Ailleurs ne tiennent guer
res;Le Port Mahon estpris, il estpris , il est
ris, il estpris, ilestpris, Ils en sont tous sur:
pris, Il estpris il estpris ! Ces forbans d'angle
terre, Cesfou : ces fou: ces foudre de guer=
eSurmer come sur terre desquils sontcombat
is, sontbattus, sont battus,sontbattus,sontbattis
Mois de 7bre 1756.
SEPTEMBRE . 1756. 101
Un Royaume d'Eſpagne , un grand Pape , une
Ville
Connue à l'embonpoint d'un peuple volatile.
Dans mon fein , j'en rougis , je porte un ſcélérat ;
Le plus parfait qui fût fous le Triumvirat.
La plus noble motié de tout ce qui refpire ,
Qui feule des François peut gouverner l'Empire :
Un difcours mefuré , fublime , harmonieux ,
Appellé mille fois le langage des Dieux :
Ce qui fait d'un concert toute la mélodie.
C'en eft fait. Je finis par une maladie.
O malheureux effet de fon impreffion !
Je me trouve fans voix , fans refpiration.
Par M. R. à Doulens.
A la prolixité je dois mon exiſtence :
Ce
Lecteur , je fuis de mots une furabondance.
Combine mes neuf pieds , tu trouves fans effort
que cherche un Héros en affrontant la mort ,
Et qu'au prix de fon fang fort fouvent il achete :
Des oifeaux le plus vain : la plus ftupide bête :
Un morceau délicat logé dans fon étui ,
Qu'Anubis en jappant dit n'être dû qu'à lui :
Un terme injurieux piquant & fatyrique ,
D'Iris en négligé trop mordante critique :
Celui qui , difpofant d'un fouffle impétueux ,
Eleve & fçait calmer des flots tumultueux :
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
CHANSON
ur la Prise du Port Mabon .
Ces braves Insulaires quisont qui fontsur
ner les corsaires Ailleurs ne tiennent guer
res;Le Port Mahon estpris, il estpris , il est
ris, il estpris, ilestpris, Ils en sont tous sur:
pris, Il estpris il estpris ! Ces forbans d'angle
terre, Cesfou : ces fou: ces foudre de guer=
eSurmer come sur terre desquils sontcombat
is, sontbattus, sont battus,sontbattus,sontbattis
Mois de 7bre 1756.
SEPTEMBRE . 1756. 101
Un Royaume d'Eſpagne , un grand Pape , une
Ville
Connue à l'embonpoint d'un peuple volatile.
Dans mon fein , j'en rougis , je porte un ſcélérat ;
Le plus parfait qui fût fous le Triumvirat.
La plus noble motié de tout ce qui refpire ,
Qui feule des François peut gouverner l'Empire :
Un difcours mefuré , fublime , harmonieux ,
Appellé mille fois le langage des Dieux :
Ce qui fait d'un concert toute la mélodie.
C'en eft fait. Je finis par une maladie.
O malheureux effet de fon impreffion !
Je me trouve fans voix , fans refpiration.
Par M. R. à Doulens.
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3549
p. 245-248
MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo, à l'occasion de la Conquête de l'Isle Minorque.
Début :
Les actions de graces solemnelles que nous vous annonçons, Mes [...]
Mots clefs :
Conquête de l'île de Minorque, Dieu, Protection divine, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo, à l'occasion de la Conquête de l'Isle Minorque.
MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque
de Saint- Malo , à l'occasion de la Conquête de
L'Ife Minorque .
Ean
Ean - Jofeph de Fogaffes de fa Baftie , par la
miféricorde de Dieu ., & c. Salut.
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
Les actions de graces folemnelles que nous vous
annonçons , MES TRÈS-CHERS FRERES , ne doivent
pas être regardées comme de vaines cérémonies
, ou comme de fimples démonftrations de
la joie que nous caufent les événemens qui en
font l'objet. On protefte publiquement par ces
fignes extérieurs de reconnoiffance , que le Sei
gneur eft le Dieu des Armées ( 1 ) & que fa providence
en dirige toutes les opérations , fuivant l'ordre
de fes décrets toujours infiniment fages & infiniment
juftes , quoique fouvent impénétrables.
Les Puiffances de la terre fe glorifient en vain
dans le nombre de leurs Troupes ou de leurs Vaiffeaux
. Il y a dans le Ciel un fouverain Maître à
qui la mer & la terre appartiennent également ,
& qui déconcerte , quand il lui plaît , tous les projets
des hommes .
Comment êtes- vous tombée ( 2 ) difoit autrefois le
Seigneur par fes Prophétes à une Nation qui fe
vantoit de pofféder l'empire de la mer , Comment
êtes-vous tombée , vous , qui habitiez dans la mer,
qui étiezfiforte fur cet élement , dont les habitans
s'étoient rendus redoutables tout le monde ? vous
qui difiez ( 3 ): Je fuis placée au milieu de la mer, je
fuis le fiege du commerce du trafic des Peuples ?
vous (4) dont les Négocians étoient des Princes ,
dont les Marchands étoient les perfonnes les plus il-
(1 )Tu Domine exercituum Deus , 2 Reg. 7. ¥.27
(2) Quomodo perifti qua habitas in mari , urbs
inclyta qua fuifti fortis in mari cum habitatoribus
tuis quos formidabant univerfi. Ezech . 26. ¥. 17. ·
(3) Negociationi populorum ad infulas multas....
tu dixifti perfecti decoris ego fum & in corde maris
fita. Ezech. 17. V. 3 & 4.
(4 ) Cujus negotiatores principes , inftitores ejus
inclyti terra. Ifaie 23. V. 8 .
SEPTEMBRE . 1756. 247
luflres de la terre ? Les Vaiffeaux ( 1 ) maintenant
ferontfaijs d'étonnement , lorsque vous ferez pouse
même faifie de frayeur : les Ifles feront troublées
dans la mer , parce que perfonne ne fortira de chez
vous. C'est le Seigneur ( 2 ) qui a prononcé cet arrêt,
qui a refolu de vous traiter de la forte pour ren➡
verfer toute la gloire des fuperbes. C'eft ( 3 ) parce
que votre coeur s'eft élevé que vous avez dit : Je
fuis affis comme un Dieu au milieu de la mer : c'eſt
pour cela , dit le Seigneur , que je ferai marcher
contre vous les plus puiffans d'entre les peuples qui
viendront l'épée à la main confondre votre prétendue
fageffe.
Ces événemens , quoique predits par Pefprit
de Dieu long- temps auparavant , furent regardés
lorfqu'ils arriverent , comme les effets ordinaires
de l'ambition & de la politique . Mais fi Dieu ,
pour exercer notre foi , fe plaît à cacher les opérations
fous le voile des caufes naturelles , il n'en
eft pas moins la caufe premiere & principale à la
quelle toutes les autres font fubordonnées , & qui
les fait toutes fervir à l'exécution de fes deffeins.
C'eft lui qui préfide au Confeil des Rois & qui
eft l'auteur de la fageffe des projets qu'ils forment .
C'est lui qui répand dans le foldat cette valeur à
qui rien ne réſiſte , & cette conſtance que rien ne
›
(1 ) Nunc ftupebunt naves in die pavoris tui:
turbabuntur infula in mari , eo quòd nullus egrediatur
ex te. Ezech. 26. V. 18.
(2) Dominus exercituum cogitavit hoc, ut detraheret
fuperbiam omnis gloria. Ilaïe 23. V. .9 .
.... Toin
(3 ) Eo quòd elevatum eft cor tuum & dixifti...
Deus ego fum, & ... fedi in corde maris ... propterea
dicit Dominus .... ecce ego adducam fuper te
buftiffimos gentium , &nudabunt gladios fuosfuper
pulchritudinem fapientia tua . Ezech . 28. V. 2 , 6, 7.
248 MERCURE DE FRANCE.
rebute. C'est lui qui inſpire aux Généraux l'activité
, la prudence , le courage & la fermeté . Ceſt
lui qui les fait triompher des obftacles multipliés ..
que leur oppofent la nature , l'art , les contretemps
& la défenfe la plus opiniâtre . C'est à lui
par conféquent & à lui feul que doit fe rapporter
toute la gloire des ſuccès.
Tel eft M. T. C. F. l'efprit qui doit animer les
chants d'allégreffe & les Cantiques de louange
que nous allons offrir au Seigneur en reconnoiffance
de la conquête de l'Ile Minorque . Il eſt naturel
que cette reconnoiffance s'étende à ceux dont
Dieu s'est fervi pour une conquête fi glorieufe &
fi utile à la Nation . La Religion autorife ces fentimens
loin de les condamner , & nous avons dans
cette Province & prefque fous les murs de cette
Ville , un motif bien intéreffant de nous y livrer.
( 1 ) Mais n'oublious jamais que c'eft ( 2 ) le Šeigneur
qui, fans avoir égard à la puissance des armes , donne
la victoire , comme il lui plait , à ceux qui en
font dignes. Implorons donc fon ſecours avec confiance
demandons- lui qu'il continue de bénir
les entrepriſes du plus puiffant , du plus jufte & du
plus pacifique de tous les Rois. Après les preuves
de modération que fes Ennemis même ont dû
admirer en lui , prier pour la profpérité de fes Armes
, c'eft prier pour le repos & pour le bonheur
de toute l'Europe. A ces cauſes , &c.
( 1 ) Il y a un Camp auprè de Saint -Malo.
(2) Non fecundùm armorum potentiam , ſed, prout
ipfi placet , dat dignis victoriam. 1. Mach. 15. Ý. 21 .
de Saint- Malo , à l'occasion de la Conquête de
L'Ife Minorque .
Ean
Ean - Jofeph de Fogaffes de fa Baftie , par la
miféricorde de Dieu ., & c. Salut.
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
Les actions de graces folemnelles que nous vous
annonçons , MES TRÈS-CHERS FRERES , ne doivent
pas être regardées comme de vaines cérémonies
, ou comme de fimples démonftrations de
la joie que nous caufent les événemens qui en
font l'objet. On protefte publiquement par ces
fignes extérieurs de reconnoiffance , que le Sei
gneur eft le Dieu des Armées ( 1 ) & que fa providence
en dirige toutes les opérations , fuivant l'ordre
de fes décrets toujours infiniment fages & infiniment
juftes , quoique fouvent impénétrables.
Les Puiffances de la terre fe glorifient en vain
dans le nombre de leurs Troupes ou de leurs Vaiffeaux
. Il y a dans le Ciel un fouverain Maître à
qui la mer & la terre appartiennent également ,
& qui déconcerte , quand il lui plaît , tous les projets
des hommes .
Comment êtes- vous tombée ( 2 ) difoit autrefois le
Seigneur par fes Prophétes à une Nation qui fe
vantoit de pofféder l'empire de la mer , Comment
êtes-vous tombée , vous , qui habitiez dans la mer,
qui étiezfiforte fur cet élement , dont les habitans
s'étoient rendus redoutables tout le monde ? vous
qui difiez ( 3 ): Je fuis placée au milieu de la mer, je
fuis le fiege du commerce du trafic des Peuples ?
vous (4) dont les Négocians étoient des Princes ,
dont les Marchands étoient les perfonnes les plus il-
(1 )Tu Domine exercituum Deus , 2 Reg. 7. ¥.27
(2) Quomodo perifti qua habitas in mari , urbs
inclyta qua fuifti fortis in mari cum habitatoribus
tuis quos formidabant univerfi. Ezech . 26. ¥. 17. ·
(3) Negociationi populorum ad infulas multas....
tu dixifti perfecti decoris ego fum & in corde maris
fita. Ezech. 17. V. 3 & 4.
(4 ) Cujus negotiatores principes , inftitores ejus
inclyti terra. Ifaie 23. V. 8 .
SEPTEMBRE . 1756. 247
luflres de la terre ? Les Vaiffeaux ( 1 ) maintenant
ferontfaijs d'étonnement , lorsque vous ferez pouse
même faifie de frayeur : les Ifles feront troublées
dans la mer , parce que perfonne ne fortira de chez
vous. C'est le Seigneur ( 2 ) qui a prononcé cet arrêt,
qui a refolu de vous traiter de la forte pour ren➡
verfer toute la gloire des fuperbes. C'eft ( 3 ) parce
que votre coeur s'eft élevé que vous avez dit : Je
fuis affis comme un Dieu au milieu de la mer : c'eſt
pour cela , dit le Seigneur , que je ferai marcher
contre vous les plus puiffans d'entre les peuples qui
viendront l'épée à la main confondre votre prétendue
fageffe.
Ces événemens , quoique predits par Pefprit
de Dieu long- temps auparavant , furent regardés
lorfqu'ils arriverent , comme les effets ordinaires
de l'ambition & de la politique . Mais fi Dieu ,
pour exercer notre foi , fe plaît à cacher les opérations
fous le voile des caufes naturelles , il n'en
eft pas moins la caufe premiere & principale à la
quelle toutes les autres font fubordonnées , & qui
les fait toutes fervir à l'exécution de fes deffeins.
C'eft lui qui préfide au Confeil des Rois & qui
eft l'auteur de la fageffe des projets qu'ils forment .
C'est lui qui répand dans le foldat cette valeur à
qui rien ne réſiſte , & cette conſtance que rien ne
›
(1 ) Nunc ftupebunt naves in die pavoris tui:
turbabuntur infula in mari , eo quòd nullus egrediatur
ex te. Ezech. 26. V. 18.
(2) Dominus exercituum cogitavit hoc, ut detraheret
fuperbiam omnis gloria. Ilaïe 23. V. .9 .
.... Toin
(3 ) Eo quòd elevatum eft cor tuum & dixifti...
Deus ego fum, & ... fedi in corde maris ... propterea
dicit Dominus .... ecce ego adducam fuper te
buftiffimos gentium , &nudabunt gladios fuosfuper
pulchritudinem fapientia tua . Ezech . 28. V. 2 , 6, 7.
248 MERCURE DE FRANCE.
rebute. C'est lui qui inſpire aux Généraux l'activité
, la prudence , le courage & la fermeté . Ceſt
lui qui les fait triompher des obftacles multipliés ..
que leur oppofent la nature , l'art , les contretemps
& la défenfe la plus opiniâtre . C'est à lui
par conféquent & à lui feul que doit fe rapporter
toute la gloire des ſuccès.
Tel eft M. T. C. F. l'efprit qui doit animer les
chants d'allégreffe & les Cantiques de louange
que nous allons offrir au Seigneur en reconnoiffance
de la conquête de l'Ile Minorque . Il eſt naturel
que cette reconnoiffance s'étende à ceux dont
Dieu s'est fervi pour une conquête fi glorieufe &
fi utile à la Nation . La Religion autorife ces fentimens
loin de les condamner , & nous avons dans
cette Province & prefque fous les murs de cette
Ville , un motif bien intéreffant de nous y livrer.
( 1 ) Mais n'oublious jamais que c'eft ( 2 ) le Šeigneur
qui, fans avoir égard à la puissance des armes , donne
la victoire , comme il lui plait , à ceux qui en
font dignes. Implorons donc fon ſecours avec confiance
demandons- lui qu'il continue de bénir
les entrepriſes du plus puiffant , du plus jufte & du
plus pacifique de tous les Rois. Après les preuves
de modération que fes Ennemis même ont dû
admirer en lui , prier pour la profpérité de fes Armes
, c'eft prier pour le repos & pour le bonheur
de toute l'Europe. A ces cauſes , &c.
( 1 ) Il y a un Camp auprè de Saint -Malo.
(2) Non fecundùm armorum potentiam , ſed, prout
ipfi placet , dat dignis victoriam. 1. Mach. 15. Ý. 21 .
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Résumé : MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo, à l'occasion de la Conquête de l'Isle Minorque.
Le mandement de l'évêque de Saint-Malo célèbre la conquête de l'île de Minorque. L'évêque insiste sur le fait que les actions de grâce ne sont pas de simples cérémonies, mais des manifestations de reconnaissance envers Dieu, le Seigneur des Armées, qui dirige toutes les opérations selon ses décrets sages et justes. Il rappelle que les puissances terrestres se glorifient vainement de leurs troupes et vaisseaux, car Dieu déconcerte leurs projets à sa guise. Le mandement cite des prophéties bibliques pour illustrer la chute des nations orgueilleuses, comme celle qui se vantait de son empire maritime. L'évêque explique que les événements, bien que prédits par l'Esprit de Dieu, sont souvent attribués à l'ambition et à la politique humaines. Cependant, Dieu reste la cause première et principale, présidant aux conseils des rois et inspirant valeur et constance aux soldats. Il inspire également aux généraux les qualités nécessaires pour triompher des obstacles. Le mandement conclut en appelant à la reconnaissance envers Dieu pour la conquête de Minorque et en priant pour la prospérité des armes du roi, considéré comme le plus puissant, juste et pacifique. La prière pour la réussite des entreprises du roi est vue comme une prière pour le repos et le bonheur de toute l'Europe.
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3550
p. 249-250
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Début :
Vous ne comptez pas trente hyvers : [...]
Mots clefs :
Voltaire, M. des Mabys, Épître, Port-Mahon, Victoire, Mémoire, Exploits
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Dans une épître datée du 24 juillet, Voltaire s'adresse à M. des Mabys pour discuter de la jeunesse et de la sagesse. Il conseille à ce jeune homme de ne pas rejeter trop tôt les plaisirs de la jeunesse, bien que la raison puisse sembler sévère, il la considère comme une phase passagère. Voltaire mentionne son projet d'écrire un ouvrage sur le vainqueur de Port-Mahon, qu'il compare au duc de Richelieu, le décrivant comme Hercule capturant Gérion. Il prédit les futurs exploits de Richelieu et évoque une ode pindarique qu'il lui doit encore. Cependant, il reconnaît que les odes peuvent être ennuyeuses, tant pour les guerriers que pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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