Résultats : 6498 texte(s)
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Détail
Liste
1751
p. 201-202
« Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...] »
Début :
Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...] »
Voila déja une avanture du
Bal , il faut efperer qu'avec le
temps , j'auray occafion de
vous en conter d'autres plus
intereffantes ; mais pendant
que nous ſommes fur le chapitre
des Bals , permettez moi
de vous inviter à lire la defcription
que je vais vous faire le
plus naturellement& le mieux
qu'il me fera poſſible , de ce-
3
202 MERCURE
luy que Monfieur l'Ambaffadeur
de Portugal a donné le
Mardy vingt-huit de ce mois ,
jour de S. François , à l'honneur
de la Feſte de la Princeffe-
Dona Francifca , foeur du Roy
de Portugal.
Bal , il faut efperer qu'avec le
temps , j'auray occafion de
vous en conter d'autres plus
intereffantes ; mais pendant
que nous ſommes fur le chapitre
des Bals , permettez moi
de vous inviter à lire la defcription
que je vais vous faire le
plus naturellement& le mieux
qu'il me fera poſſible , de ce-
3
202 MERCURE
luy que Monfieur l'Ambaffadeur
de Portugal a donné le
Mardy vingt-huit de ce mois ,
jour de S. François , à l'honneur
de la Feſte de la Princeffe-
Dona Francifca , foeur du Roy
de Portugal.
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1752
p. 218
« Il me prend à present envie, & je ne sçay pourquoy, [...] »
Début :
Il me prend à present envie, & je ne sçay pourquoy, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il me prend à present envie, & je ne sçay pourquoy, [...] »
Il me prend à preſent envie,&
je ne ſçay pourquoy ,
de fatiguer le Lecteur à force
de plaiſirs . En fortant duBal,
je le prie de ſe laiſſer mener à
la Comedie; c'eſt maintenant,
à dire vray , un plaifir bien
mince : mais il n'importe , c'eſt
un licu deſtiné à l'amusement
du public , & quelque ennuy
qu'ily trouve , & moy aufli ,
je ne ſçaurois me diſpenſer
d'en parler.
je ne ſçay pourquoy ,
de fatiguer le Lecteur à force
de plaiſirs . En fortant duBal,
je le prie de ſe laiſſer mener à
la Comedie; c'eſt maintenant,
à dire vray , un plaifir bien
mince : mais il n'importe , c'eſt
un licu deſtiné à l'amusement
du public , & quelque ennuy
qu'ily trouve , & moy aufli ,
je ne ſçaurois me diſpenſer
d'en parler.
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1753
p. 223-224
« Achevons, s'il se peut, ce volume par des recits de festes, [...] »
Début :
Achevons, s'il se peut, ce volume par des recits de festes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Achevons, s'il se peut, ce volume par des recits de festes, [...] »
Achevons , s'il ſe peur , ce
volume par des recits de feftes,
où les Lecteurs & les Acteurs
trouvent raifonnablement de
quoy s'amufer. Des détails de
Matiages illuftres viennent
parfaitement à mon deffein ,
Tiiij
224 MERCURE
quoyqu'il en ſoit ( car je peux
me tromper)en voicyan
volume par des recits de feftes,
où les Lecteurs & les Acteurs
trouvent raifonnablement de
quoy s'amufer. Des détails de
Matiages illuftres viennent
parfaitement à mon deffein ,
Tiiij
224 MERCURE
quoyqu'il en ſoit ( car je peux
me tromper)en voicyan
Fermer
1754
p. 226-240
EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
Début :
M. de Beauchamp distingué encore nos Poetes François, / Un jour avint, chose qu'on ne voit guere, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Dieux, Temple, Coeur, Marquis d'Harcourt, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME pour Monsieur le Marquis d'Harcourt, & Mademoiselle de Villeroy.
M. de Beauchamp diftingué
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.
entre nos Poetes François ,
&connu avec honneur dans
la République des Lettres , a
GALANT 227
fait ſur le Mariage de M. le
Marquis d'Harcourt avecMademoiselle
de Villeroy , le
gracieux Epithalame que je
vous preſente.
EPITHALAME
pourMonfieur le Marquis
d'Harcourt , & Mademoifelle
de Villeroy.
Un jour avint , choſe qu'on
ne voitguere ,
Que Cupidon se trouvant de
lotfir
Parpaſſe temsſe donna le plaisir
D'examiner les Chartres de
Cythere..
228 MERCURE
Làfont écrits en belles lettres d'or
Tous les ſujetsfoûmis àfon Em.
pire ,
Grand est le nombre ; ne crois
pas qu'encor
Ales compter aucun ait pûfuffire.
Or certain nom que cheriffent
les Dieux ,
Nomdés longtems connupar toute
terre ,
Nom dans la paix illustre&dans
la guerre ,
Et qui toûjours devient plus
glorieux,
En maint endroit couchéfur le
Regitre
GALANT. 229
Fût entre tous remarqué par
Amour';
Voilà ,dit-il , un nom qu'àjufte
tetre...
On doitfans fin celebrer dans ma
Cour;
Jeſuis amy de quiconque leporte,
Et ne connoy parmy tous les
Mortels
Aucun Heros , qui de plus digne
forte
Ait honoré mon culte , & mes
Autels.
Pendant qu'ainsi charmé de
Ses conquestes,
Le tendre Amour chantefesfa
1
voris
230 MERCURE
Et que pour eux il prepare des
feftes ,
Enfon Palais furvient Dame
Cypris ,
Qu'accompagnoit , n'est besoin de
le dire ,
Eſſain nombreux de plaisirs &
-deris.
Mon fils , dit-elle , avec un
doux fourire ,
D'où vient, qu'oiſif en ces lieux
enchantez ,
Vousnegligezvosdroits&vôtre
gloire?
Trop exaltez une foible victoire
Pour quelques coeurs que vous
avezdomptez.
GALANT. 284
Ileneſtun à vos armes rebelle,
Qui ne connoît l'usage desfoûpirs,
Qui du devoir disciple trop fidelle,
Surla vertu regle tousſes defirs ,
Si neregnezsur ce coeur inſenſible,
Devez pour rien compter tous
vos exploits ,
Doncfaites voir que tout vous
eft poffible ,
Partez,volez le soumettreà vos
loix.
Prés cette Ville en miracles
feconde ,
Séjour d'un Prince en qui bientôt
lemonde
Retrouvera du plus grand de fes
Rois,
232 MERCURE
La majesté ,laſageße profonde,
Dans un réduit, qu'habite la
Pudeur ,
Seroit un Temple , où Minerve
adorée
Donne la Loy. C'est là qu'est
refferée
Cette beauté dont l'extrême froideur
Fait àvos feux une cruelle offenfe.
La connoîtrez àſa noble naiffance,
Asajeunesse,àfon air degran-
- deur ,
Etplus encor àfon indifference.
Venusſe tût. Lorsfans perdre
en
GALANT. 233
en difcours
Un tems trop cher au deſſein qu'il
embraffe ,
Bien escorté d'une foule d'Amours
Vous l'euſſiez vû de l'airfendre
l'espace ,
Ettout à coup àParis defcendu ,
Se preſenter d'un air de petitmaître
A l'buy du Temple. Or qui fut
confondu ?
Cefut leDieu. Dés qu'on le vit
thparoître,
PPoouurr l'éconduire on fonna le
toesin ,
Et de ſes foeurs l'innocence en-
Janvier 1716. V
234 MERCURE
tourée,
Si vertement refifta , qu'à la fin
En luy ne fut de trouver une
entuée .
Dont s'en allant dépit & tout
bonteux,
Se lamentoit defa mesavanture ,
Quoy,difoit- il , tout plein defon
injure ,
On brave ainſi mon ppoouuvoir,
mesfeux?
Nefuis-jeplusAmour ?parquelle
audace
Refifte-t on au Souverain des
Dieux?
Boulleverſons & la Terre &les
Cieux,
GALANT. 235
1
Et ne cedons impunément laplace.
Tandis qu'à part il fait le
Se
furieux ,
promettant de bien gronderfa
mere
Il apperçoit non loin de luyfon
frere ,
Qui vers le Temple avançant à
grands pas ,
Menoit en main avec bruit
fracas
Un Damoifel. Il comprit le myftere
Et ne voulant perdre l'occafion ,
Droit dans le coeur du gentil pers
Jonnage
VaSe loger. Certés le coup fut
Vij
236 MERCURE
Sage,
Et ne fit oncplusprudente action ,
Rares vertus,illustre extraction ,
Noble maintien , &fublime courage
,
Douceur d'esprit ,fimplicité de
moeurs ,
Tout ce qui fert à conquerir les
coeurs
De fon captif est fans plus le
partage.
Hymen adonc ſeſervant de
fes droits
Introduifitprés de la Fouvencelle
Le Damoifeau. Comptant que
Maistre d'elle ,
Il alloit feul la rangerfousses
GALANT. 237
loix;
Mais fans fon Hofte il compta
cettefois ,
Ce qui pour luy n'est choſe trop
nouvelle.
Bien mieux Amour ſçût ordonner
du choix ;
Etfur le champ dans le coeur de
labelle
Il excita vifs & fi doux transports,
Que deſesyeux , malgré tousfes
efforts,
Sortoit defeu mainte & mainte
étincelle ;
Lors d'éclater tendreffe mutuelle
Soupirs confus,agréablelangueur,
238 MERCURE
Tendres regards , épanchement de
Propos charmans de constance
éternelle,
Que diray plus ? Amour estoit
vainqueur.
Trop plus charmé de parcille
avanture ,
Le bon hymen rioit outre mesure
Esfollement s'enrapportoit l'hon
neur.
C'est moy ,dit- il , c'est moyfeul
qui fais naiſtre
Lesfentimens que tous deuxfont
paroiſtre,
Mon frere en rien n'apart àleur
bonheur.
(
GALANT. 239
Pour le punir defon outrecui
dance,
Amourſe montre , &dit , mon
cher aîné,
Ne vous piquez fi fort d'independance,
Si grand honneur ne vous est
deftiné
Avez au plus pour la ceremonie
Droit d'aſſiſtance ,&non d'autorité
Si veux je bien qu'y soyezinvité..
Pour qu'entre nous fur ce point
foitfinie
Toute querelle. Aimſi fut arreſté.
Où l'Amour est hymen n'a rien
àdire
८
240 MERCURE
Obéifſfance est son lot affecté.
Par l'un & l'autre enfuite est
concerté
Le choix du jour. L'un &l'autre
àl'élire
Egalement s'empreffe. Heureux
Ероих!
D'un noeud fi beau, qui neferoit
jaloux
Douce union ! brillante destinée !
Enfans des Dieux ! il n'est donné
qu'à vous ,
Deréünir l'Amour l'Hymenée.
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1755
p. 243-246
CHANSON.
Début :
M** a crû ne pouvoir mieux témoigner son zele / Vos deux ames ne font qu'un coeur, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
M** a crû ne pouvoir
X ij
244 MERCURE
,
mieux témoigner ſon zele
pour ces nouveaux mariez
qu'en compoſant àl'honneur
de leur Hymen ces trois petits
couplets qu'il m'ainſtamment
prié de rendre publics . J'ay cû
toutl'égard queje dévois à fon
empreffement , pour m'y réfoudre.
Le Lecteur en jugera.
CHANSON.
Vosdeux ames nefont qu'un coeur,
Et vous êtes nez l'un pour l'autre,
Peut- onse former un bonheur
Plus desirable que levôtre.
2
Vivez heureux , vivez contents ,
Lajeuneſſe vousy convie ,
GALANT. 245
Que vosjours égalent nos ans
Pour faire durer voſtre vie.
&
Quevostre amourſoit immortel ,
Malgré les efforts de l'envie ,
Vous pourrez le rendre éternel
Par lasuite d'une autre vie.
S
Au reſte l'Auteur de cet
air nuptial ,& des trois petits
quatrains ne fait profeſſion ni
de Muſique , ni de Pocfie. Il
s'occupe à des Ouvrages plus
importants &plus ferieux . Celui
qui a pour titre , SphereHiftorique
, que je vous ay annoncé
dans ce volume , eſt de ſa
façon. D'ailleurs il ſouhaite
Xiij
246 MERCURE
que le public ſcache que le
fujet de ce petit Epithalame ,
eſt tiré d'un paſſage de S. Sidoine
Apollinaire , écrivant à fa
foeur pourun pareil ſujet. Anime
due , animus unus.
X ij
244 MERCURE
,
mieux témoigner ſon zele
pour ces nouveaux mariez
qu'en compoſant àl'honneur
de leur Hymen ces trois petits
couplets qu'il m'ainſtamment
prié de rendre publics . J'ay cû
toutl'égard queje dévois à fon
empreffement , pour m'y réfoudre.
Le Lecteur en jugera.
CHANSON.
Vosdeux ames nefont qu'un coeur,
Et vous êtes nez l'un pour l'autre,
Peut- onse former un bonheur
Plus desirable que levôtre.
2
Vivez heureux , vivez contents ,
Lajeuneſſe vousy convie ,
GALANT. 245
Que vosjours égalent nos ans
Pour faire durer voſtre vie.
&
Quevostre amourſoit immortel ,
Malgré les efforts de l'envie ,
Vous pourrez le rendre éternel
Par lasuite d'une autre vie.
S
Au reſte l'Auteur de cet
air nuptial ,& des trois petits
quatrains ne fait profeſſion ni
de Muſique , ni de Pocfie. Il
s'occupe à des Ouvrages plus
importants &plus ferieux . Celui
qui a pour titre , SphereHiftorique
, que je vous ay annoncé
dans ce volume , eſt de ſa
façon. D'ailleurs il ſouhaite
Xiij
246 MERCURE
que le public ſcache que le
fujet de ce petit Epithalame ,
eſt tiré d'un paſſage de S. Sidoine
Apollinaire , écrivant à fa
foeur pourun pareil ſujet. Anime
due , animus unus.
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1756
p. 252
« Je viens de recevoir le Portrait de ce Prince de la main [...] »
Début :
Je viens de recevoir le Portrait de ce Prince de la main [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je viens de recevoir le Portrait de ce Prince de la main [...] »
Je viens de recevoir le Portrait
de ce Prince de la main
d'un habilehomme : file Pein
tre n'approche pas affez de la
reffemblance , c'eſt qu'à cet
égard tous les coeurs font remplis
de certains ſentimens affectueux
, que tout l'art imaginable
ne peut exprimer.
de ce Prince de la main
d'un habilehomme : file Pein
tre n'approche pas affez de la
reffemblance , c'eſt qu'à cet
égard tous les coeurs font remplis
de certains ſentimens affectueux
, que tout l'art imaginable
ne peut exprimer.
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1757
p. 253-254
PORTRAIT de Son Altesse Royale Monseigneur Petit-Fils de France, Duc d'Orleans, Regent du Royaume.
Début :
Etre issu du sang de nos Rois, [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Régent du Royaume, Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT de Son Altesse Royale Monseigneur Petit-Fils de France, Duc d'Orleans, Regent du Royaume.
PORTRAIT
de Son Alteſſe Royale Monſeigneur
Petit- Fils de France ,
Duc d'Orleans , Regent du
Royaume.
Etre iſſu dufangde nos Rois ,
Et par d'heroiques exploits
DesplusfameuxGuerriers,que nous
vante l'Histoire ,
Effacer le lustre&la gloire :
Poßeder cent talents divers ,
Qu'avec étonnement admire l'Univers
;
Et digne defervir même aux Rois
demodele ,
Faire éprouver à toussa bonté pa
ternelle :
Etre compatiffant , affable , ge
nereux ,
254 MERCURE
Mettre tout fon bonheur à faire
desheureux;
Et par les fruits naiſſants d'une
activeRegence,
Des peuples abattus relever l'efperance:
2
Compter,nouveau Titus,ſesjours
parses bienfaits ,
Et regnersurnos coeurs,fansregner
fur la France ,
Grand Prince , dont lavigilance
Travaille inceſſamment à remplir
nos fouhaits ,
Cesont là de tes moindres traits.
LE FORT DE LA MORINIERE.
de Son Alteſſe Royale Monſeigneur
Petit- Fils de France ,
Duc d'Orleans , Regent du
Royaume.
Etre iſſu dufangde nos Rois ,
Et par d'heroiques exploits
DesplusfameuxGuerriers,que nous
vante l'Histoire ,
Effacer le lustre&la gloire :
Poßeder cent talents divers ,
Qu'avec étonnement admire l'Univers
;
Et digne defervir même aux Rois
demodele ,
Faire éprouver à toussa bonté pa
ternelle :
Etre compatiffant , affable , ge
nereux ,
254 MERCURE
Mettre tout fon bonheur à faire
desheureux;
Et par les fruits naiſſants d'une
activeRegence,
Des peuples abattus relever l'efperance:
2
Compter,nouveau Titus,ſesjours
parses bienfaits ,
Et regnersurnos coeurs,fansregner
fur la France ,
Grand Prince , dont lavigilance
Travaille inceſſamment à remplir
nos fouhaits ,
Cesont là de tes moindres traits.
LE FORT DE LA MORINIERE.
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1758
p. 257-258
ENIGME.
Début :
Je suis cheri de tous, un chacun me revere, [...]
Mots clefs :
Or
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME .
Jesuis cheri de tous , un chacun
me revere ,
Et l'on porte si loin le defir de
m'avoir ,
Qu'on va planter le fer jusqu'au
fein desa mere
Pour me rangerfous fon pouvoir.
F'entretiens le commence & l'amitié
des hommes ,
Bien que je cause aujji le defordre
&l'effroy ,
Et les plus puissans Roys dansle
Siecle où nous sommes ,
Janvier 1716 . Y
258 MERCURE
Nesçauroientse paſſer de moy.
Devinezqui je suis esprit incomparable
,
Quand vous aurez le temps d'y
penser à loisir ,
Alors vous m'avouërez un remede
admirable
Pour vivrefelon fon plaisir.
Jesuis cheri de tous , un chacun
me revere ,
Et l'on porte si loin le defir de
m'avoir ,
Qu'on va planter le fer jusqu'au
fein desa mere
Pour me rangerfous fon pouvoir.
F'entretiens le commence & l'amitié
des hommes ,
Bien que je cause aujji le defordre
&l'effroy ,
Et les plus puissans Roys dansle
Siecle où nous sommes ,
Janvier 1716 . Y
258 MERCURE
Nesçauroientse paſſer de moy.
Devinezqui je suis esprit incomparable
,
Quand vous aurez le temps d'y
penser à loisir ,
Alors vous m'avouërez un remede
admirable
Pour vivrefelon fon plaisir.
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1759
p. 258-259
AUTRE.
Début :
En batonnant ma mere on me sort de son sein, [...]
Mots clefs :
Blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Enbatonnantma mere onmefort
defonsein ,
Et par un avare deſſein
Sans que je fois coupable , on me
metſous la roûe ;
Là l'on me fait souffrir ,&je ne
Sçaypourquoy ,
Etfans avoirpitié de moy ,
Chacun à qui mieux mieux à mes
dépens se jove.
Aprés m'avoir réduit plusqu'en
petits morceaux ,
t
GALAND. 259
On me met en pluſieurs monceaux ,
On me broye , on me tourne , on me
coupe , on m'entame ,
Et ces coeurs plus cruels que le Loup
raviſſant ,
Encore quejefois innocent,
Aprés m'avoir roué mejettentdans
laflame.
Bref m'ayant fait souffrir cent
Supplices ardens ,
On me déchire à belles dens ,
Nespachant plus comment exercer
voſtre envie ,
O ! trop ingrats mortels finiſſez
mon ennuy ,
Et ceßezd'affliger celuy
Qui n'ajamais rien fait que vous
donner la vie.
Ces deux Enigmes ſont faites
par l'aimable Guibour de la ruë
S. Honoré.
Enbatonnantma mere onmefort
defonsein ,
Et par un avare deſſein
Sans que je fois coupable , on me
metſous la roûe ;
Là l'on me fait souffrir ,&je ne
Sçaypourquoy ,
Etfans avoirpitié de moy ,
Chacun à qui mieux mieux à mes
dépens se jove.
Aprés m'avoir réduit plusqu'en
petits morceaux ,
t
GALAND. 259
On me met en pluſieurs monceaux ,
On me broye , on me tourne , on me
coupe , on m'entame ,
Et ces coeurs plus cruels que le Loup
raviſſant ,
Encore quejefois innocent,
Aprés m'avoir roué mejettentdans
laflame.
Bref m'ayant fait souffrir cent
Supplices ardens ,
On me déchire à belles dens ,
Nespachant plus comment exercer
voſtre envie ,
O ! trop ingrats mortels finiſſez
mon ennuy ,
Et ceßezd'affliger celuy
Qui n'ajamais rien fait que vous
donner la vie.
Ces deux Enigmes ſont faites
par l'aimable Guibour de la ruë
S. Honoré.
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1760
p. 260-262
AVERTISSEMENT.
Début :
Trois raisons, dont la meilleure ne vaut pas grand chose, [...]
Mots clefs :
Public, Mercure, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Trois raiſons , dont la meil
leure ne vaut pas grand chofe ,
m'ont empêché de continuer
l'Histoire de l'Ambaſſadeur de
Perſe . La premiere , c'eſt que
pendant les vingt premiers jours
de ce mois-cy , j'ay eû ma plume
enſevelie dans les glaces ,& mon
imagination ſi morfondue , qu'-
elle ne ſeroit peut- eſtre pas encore
degelée ſans le ſecours du
Bal , dont je n'ay pas manqué
d'eſtre un des plus affidus Acteurs
,&dequoy peu vous impor.
te. Enſecond lieu j'ay été preſque
épouvanté des menaces que quelques
Dames qui ont redouté mon
indifcretion mont fait faire,
,
GALANT. 261
pour me dégouter du ſoin d'accomplir
ce grand oeuvre ; mais
c'eſt une fauſſe allarme qu'elles
ont eû , & qu'elles m'ont donné.
Je leur annonce d'avance qu'elles
ne ſe reconnoiſtront dans cette
Hiſtoire , & ne s'y feront reconnoître,
qu'autant qu'il leur plaira
d'annoncer qu'elles s'y reconnoiffent.
Enfin j'ay eſté bien aife.
de voir à loiſir , comment le Public
la recevroit ; il l'a bien reçûë.
Tant mieux pour elle& pour luy :
fon indulgence me détermine à
luy en donner la ſuite.
Au reſte je n'ay qu'un mot a
dire pour me juſtifier d'avoir donné
le Mercure de ce mois plus
tard qu'à l'ordinaire , e papier ,
les Preſſes , & les doigts des
Imprimeurs ont eſté gelez pen
4
262 MERCURE
dant trois ſemaines.
Item , je n'ay joint à ce Mercure
, le Memoire Litteraire qui
eſt aprés ma Table , quoyqu'il
ait déja paru au commencement
de ce mois , que parce qu'il n'y
en a pas eû trois douzaines d'Exemplaires
répanduës, dans le
Public.
Enfinje vous ſouhaite bon jour,
bon an , & fuis , mes trés - chers
&trés genereux Lecteurs , avec
un parfait devoüement & un
trés profond reſpect , voſtre
trés -humble & trés - obéiffant
Serviteur , MERCURE.
Trois raiſons , dont la meil
leure ne vaut pas grand chofe ,
m'ont empêché de continuer
l'Histoire de l'Ambaſſadeur de
Perſe . La premiere , c'eſt que
pendant les vingt premiers jours
de ce mois-cy , j'ay eû ma plume
enſevelie dans les glaces ,& mon
imagination ſi morfondue , qu'-
elle ne ſeroit peut- eſtre pas encore
degelée ſans le ſecours du
Bal , dont je n'ay pas manqué
d'eſtre un des plus affidus Acteurs
,&dequoy peu vous impor.
te. Enſecond lieu j'ay été preſque
épouvanté des menaces que quelques
Dames qui ont redouté mon
indifcretion mont fait faire,
,
GALANT. 261
pour me dégouter du ſoin d'accomplir
ce grand oeuvre ; mais
c'eſt une fauſſe allarme qu'elles
ont eû , & qu'elles m'ont donné.
Je leur annonce d'avance qu'elles
ne ſe reconnoiſtront dans cette
Hiſtoire , & ne s'y feront reconnoître,
qu'autant qu'il leur plaira
d'annoncer qu'elles s'y reconnoiffent.
Enfin j'ay eſté bien aife.
de voir à loiſir , comment le Public
la recevroit ; il l'a bien reçûë.
Tant mieux pour elle& pour luy :
fon indulgence me détermine à
luy en donner la ſuite.
Au reſte je n'ay qu'un mot a
dire pour me juſtifier d'avoir donné
le Mercure de ce mois plus
tard qu'à l'ordinaire , e papier ,
les Preſſes , & les doigts des
Imprimeurs ont eſté gelez pen
4
262 MERCURE
dant trois ſemaines.
Item , je n'ay joint à ce Mercure
, le Memoire Litteraire qui
eſt aprés ma Table , quoyqu'il
ait déja paru au commencement
de ce mois , que parce qu'il n'y
en a pas eû trois douzaines d'Exemplaires
répanduës, dans le
Public.
Enfinje vous ſouhaite bon jour,
bon an , & fuis , mes trés - chers
&trés genereux Lecteurs , avec
un parfait devoüement & un
trés profond reſpect , voſtre
trés -humble & trés - obéiffant
Serviteur , MERCURE.
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1761
p. 79
« En attendant que le temps nous amene une suite raisonnable [...] »
Début :
En attendant que le temps nous amene une suite raisonnable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En attendant que le temps nous amene une suite raisonnable [...] »
En attendant que le temps
nous amene une fuiteraifonnablc
de nouvelles des lieux
qui intereflent davantage la
curiosité des teneurs, passons
s'il vous plaît,à lafuite des
articles dece Livre
nous amene une fuiteraifonnablc
de nouvelles des lieux
qui intereflent davantage la
curiosité des teneurs, passons
s'il vous plaît,à lafuite des
articles dece Livre
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1762
p. 95-96
« Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...] »
Début :
Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...] »
Nous reprendrons cet article
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
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1763
p. 148
« Voicy un Sonnet qui vient à merveille à la suite de ce que [...] »
Début :
Voicy un Sonnet qui vient à merveille à la suite de ce que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy un Sonnet qui vient à merveille à la suite de ce que [...] »
Voicy un Sonnet qui vient
amerveille à la fuitede ce que
vous venez de lire. Il a cté fait
par MademoiÍèlle du Dreneuf
Padet sur la VtfturcdeMademoifellc
le Nain.
amerveille à la fuitede ce que
vous venez de lire. Il a cté fait
par MademoiÍèlle du Dreneuf
Padet sur la VtfturcdeMademoifellc
le Nain.
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1764
p. 151
« A ce Sonnet j'ajoute une Fable qui est le coup d'essay [...] »
Début :
A ce Sonnet j'ajoute une Fable qui est le coup d'essay [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A ce Sonnet j'ajoute une Fable qui est le coup d'essay [...] »
A ceSonnet j'ajoute une
Fable qui cft le coup d'essay
d'un jeune homme qui promet
beaucoup. CetteFable n'a aucun
rapport au^Sonnet, mais
qu'importe.
Fable qui cft le coup d'essay
d'un jeune homme qui promet
beaucoup. CetteFable n'a aucun
rapport au^Sonnet, mais
qu'importe.
Fermer
1765
p. 151-155
APOLLON INTERROMPU par l'Amour. FABLE.
Début :
En un Vallon, vray séjour du Printems, [...]
Mots clefs :
Apollon, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLLON INTERROMPU par l'Amour. FABLE.
APOLLON INTERROMPU
par l'Amour.
FABLE.
En un Vallon3<vrayféjoiir du
Printems,
Vient Apollonlas de courses lointaines;
Ases regardss'offrent bofJuets
rians,
Côteaux lfeuris
, "vers galons,
&fontaines;
S'offrent aujjileursHabitans
Jeunes , SzlvAins, Nymphesjolies;
Hôtes des bois formoient à qui
mieux mieux
Concerts mignons, & vives
symphonies;
Zephirs sy promenant comme en
leurs galeries,
c Faisoientregner fraîcheur en ces
beaux lieux.
D'objetssi variez^ admirantl'affdemblage
Nôtre Dieuflmblc être enchante.
Chaque coup. doeil a sa beauté3
Quefait le Sire. Ilveut,en - haut langage
Celebrer les bcautez, que nature
ajpmbia
Dans ce (éjour. Silencej levoila
Quifait parlersa lyre enchantercfje.
Or Philomele d'écouter,
Or blanche Nymphe defauter,
Et tous d'admirerson adreff,
Et de vanter ses accords pleinï
J'attraits.
C'ejlluy,cess ApoUon
,
dit l'un
venez l'entendre;
Il chante nos ruifJrauxJ & leursrivages
frais.
IVos innoccm piafin, enfin cet
Amour tendre
Qjdiponr demeure a pris nos an.
ires, nosforPfis.
Qjuls fons!prés de Sylvie ilpeint
theureux Titire
Mais (jutfi cecif quelsoudain
changementf
Phoebus se plaint, Phoebusfoupire,
De ses mains Rechape la lyre;
Il pArle. Alnour, du il
>
cruel
Tyran
,
Que tontfait ces Bergers? chez
eux pointd'inhumaine!
Tout est heureux Amant ?
Au moinssi tu ne veux soulager
mon tourment,
Enchangeant le cceur dt Climene,
Rend moy la liberté que me ravit
ta chaîne.
L'aveugleenfant fut sourd , Apollon détala.
Tout ainji que FortuneyAmour
ases capricesj
Afedorria quefaveurs>Roland
ria quefltpplicesï
,
BSaanndke.Atuu) non sfans ratfon
x
luy
metonfourcela.
par l'Amour.
FABLE.
En un Vallon3<vrayféjoiir du
Printems,
Vient Apollonlas de courses lointaines;
Ases regardss'offrent bofJuets
rians,
Côteaux lfeuris
, "vers galons,
&fontaines;
S'offrent aujjileursHabitans
Jeunes , SzlvAins, Nymphesjolies;
Hôtes des bois formoient à qui
mieux mieux
Concerts mignons, & vives
symphonies;
Zephirs sy promenant comme en
leurs galeries,
c Faisoientregner fraîcheur en ces
beaux lieux.
D'objetssi variez^ admirantl'affdemblage
Nôtre Dieuflmblc être enchante.
Chaque coup. doeil a sa beauté3
Quefait le Sire. Ilveut,en - haut langage
Celebrer les bcautez, que nature
ajpmbia
Dans ce (éjour. Silencej levoila
Quifait parlersa lyre enchantercfje.
Or Philomele d'écouter,
Or blanche Nymphe defauter,
Et tous d'admirerson adreff,
Et de vanter ses accords pleinï
J'attraits.
C'ejlluy,cess ApoUon
,
dit l'un
venez l'entendre;
Il chante nos ruifJrauxJ & leursrivages
frais.
IVos innoccm piafin, enfin cet
Amour tendre
Qjdiponr demeure a pris nos an.
ires, nosforPfis.
Qjuls fons!prés de Sylvie ilpeint
theureux Titire
Mais (jutfi cecif quelsoudain
changementf
Phoebus se plaint, Phoebusfoupire,
De ses mains Rechape la lyre;
Il pArle. Alnour, du il
>
cruel
Tyran
,
Que tontfait ces Bergers? chez
eux pointd'inhumaine!
Tout est heureux Amant ?
Au moinssi tu ne veux soulager
mon tourment,
Enchangeant le cceur dt Climene,
Rend moy la liberté que me ravit
ta chaîne.
L'aveugleenfant fut sourd , Apollon détala.
Tout ainji que FortuneyAmour
ases capricesj
Afedorria quefaveurs>Roland
ria quefltpplicesï
,
BSaanndke.Atuu) non sfans ratfon
x
luy
metonfourcela.
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1766
p. 155-156
« A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...] »
Début :
A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...] »
A cette Fable j'ajoute la
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
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1767
p. 157-160
QUESTION. Lequel on devroit choisir, ou d'écrire bien & parler mal, ou de parler bien & écrire mal.
Début :
On peut écrivant bien, même aprés le trepas, [...]
Mots clefs :
Écrire, Parler
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION. Lequel on devroit choisir, ou d'écrire bien & parler mal, ou de parler bien & écrire mal.
QJJEST ION.
Lequel on devroic choisir)OU
d'écrire bien&parler tuai,
oude parler bien & écrire
mal.
On peut tcrillant bien,même
aprèsletrepas
3 Vivre encor longtems dans l'histoire
3
, Et consacrer à la memoire
Les talens qui dans nous brille-
.11 rent ici bas. -
Sans lesecours heureux d'une
plume celebre,
Les plus redoutables Guerriers
Verroient leur nom gr leurs lall"
rIers
S'enterrer avec eux dans leur
pompe funebre.
Par elle un trifle Amantfiait
diminuer l'ennuy
Que luy cause une longue absence,
Et par elle on sçait ce que pense
Dans un climat lointain notre
plus cher amy.
QtSoppofe la parole a tous ces
avantages
Qiunvain ornement du difêours,
Qui Çowv<.ntparmille détours
Pour une injuste cause emporte
les f'ff'aZts»
Ce n'est qu'unfauxbrillant,
un éclatfcdufrur
Que nous tenons de la naijjancc
Qui ne Jert que pour l'apparence,,
Et qui presque toujours accompagne
un menteur.
Le don de la parole en foymê.,
me bborné
Me peut prétendredeparoiflre
Que dans le lieu qui le 'IlÚ naître
, Et des autres mortels il demeure
tgnure,-.
Mais quiconque écritbien 4 le
fortplusproprice,
Ses Ouvrages passin-t les Mers,
Et font connoistre a l'Univers
0iau sçavoir en tous lieux il
faut rendre justice. -
Je le dcclAre donc ayxnt afaire
unchoix,
J'aime mieuxfaireq'tedire,
Etje trouve que bien écrire,
Doit chez tous les Sfav.tns ejlre
d'un plus grand poids.
Lequel on devroic choisir)OU
d'écrire bien&parler tuai,
oude parler bien & écrire
mal.
On peut tcrillant bien,même
aprèsletrepas
3 Vivre encor longtems dans l'histoire
3
, Et consacrer à la memoire
Les talens qui dans nous brille-
.11 rent ici bas. -
Sans lesecours heureux d'une
plume celebre,
Les plus redoutables Guerriers
Verroient leur nom gr leurs lall"
rIers
S'enterrer avec eux dans leur
pompe funebre.
Par elle un trifle Amantfiait
diminuer l'ennuy
Que luy cause une longue absence,
Et par elle on sçait ce que pense
Dans un climat lointain notre
plus cher amy.
QtSoppofe la parole a tous ces
avantages
Qiunvain ornement du difêours,
Qui Çowv<.ntparmille détours
Pour une injuste cause emporte
les f'ff'aZts»
Ce n'est qu'unfauxbrillant,
un éclatfcdufrur
Que nous tenons de la naijjancc
Qui ne Jert que pour l'apparence,,
Et qui presque toujours accompagne
un menteur.
Le don de la parole en foymê.,
me bborné
Me peut prétendredeparoiflre
Que dans le lieu qui le 'IlÚ naître
, Et des autres mortels il demeure
tgnure,-.
Mais quiconque écritbien 4 le
fortplusproprice,
Ses Ouvrages passin-t les Mers,
Et font connoistre a l'Univers
0iau sçavoir en tous lieux il
faut rendre justice. -
Je le dcclAre donc ayxnt afaire
unchoix,
J'aime mieuxfaireq'tedire,
Etje trouve que bien écrire,
Doit chez tous les Sfav.tns ejlre
d'un plus grand poids.
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1768
p. 160
« L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant [...] »
Début :
L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant [...] »
L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant
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1769
p. 162
« Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...] »
Début :
Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...] »
Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris.
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1770
p. 176-177
« Permettez moy s'il vous plait d'interrompre icy la suite [...] »
Début :
Permettez moy s'il vous plait d'interrompre icy la suite [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Permettez moy s'il vous plait d'interrompre icy la suite [...] »
Permettez moy s'il vous
pl.îc.d'interrompreicyla fuite
des Nouvelles, pour répandre
un air de gayeté sur ce Livre,
à peu prés a la place où il me
patoift qu'il doit y en avoir.
Aufli bien fuis- je dans mon
te<]î/•rn1mCfCUL det irjiOotir*t
bon quart dheure, je fouhaice
que vous soyez dans le vôtre.
pl.îc.d'interrompreicyla fuite
des Nouvelles, pour répandre
un air de gayeté sur ce Livre,
à peu prés a la place où il me
patoift qu'il doit y en avoir.
Aufli bien fuis- je dans mon
te<]î/•rn1mCfCUL det irjiOotir*t
bon quart dheure, je fouhaice
que vous soyez dans le vôtre.
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1771
p. 178-179
« Cette Chanson n'est faite que pour ces foibles époux [...] »
Début :
Cette Chanson n'est faite que pour ces foibles époux [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Chanson n'est faite que pour ces foibles époux [...] »
Cette Chanson n'est faire
que pour ces foiblesépoa*
à qui la moindre bagatellemec
la puce à l'oreille, & non pour
ces braves maris qui dans les
avanrures les plus charoütlleuses,
sçavent prendre leur parti
en grandsCapitaines.Celuj par
exemple donc je vais vousconter
une nouvelle galante, est
sans contredit, un des plus
courageux époux du monde.
que pour ces foiblesépoa*
à qui la moindre bagatellemec
la puce à l'oreille, & non pour
ces braves maris qui dans les
avanrures les plus charoütlleuses,
sçavent prendre leur parti
en grandsCapitaines.Celuj par
exemple donc je vais vousconter
une nouvelle galante, est
sans contredit, un des plus
courageux époux du monde.
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1772
p. 270-276
LE BAL DE L'OPERA, CANTATE. OU ODE ALLEGORIQUE
Début :
Recitatif. Dans un séjour brillant, consacré par les Belles, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Amants, Dieu, Sujets, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAL DE L'OPERA, CANTATE. OU ODE ALLEGORIQUE
LE BAL DE L'OPERA,
CANTATE.
ou
ODE ALLEGORIQUE
Recirauf
DAns unséjour brillant, con-
Jacrépar les Belles,
L'ingeniehx Cm faverMt d.
mour3
Pour combler ses sujets de ses
grâces nouvelles,
Vient d'établir une nouvelle
Cour.
Là le déguisement des aimablesmortelle
Eflfatal aux Epoux:mais propice
aux Amant;
Et la divinitéqui prejide sur elles
Invite les coeurs asesamufemens*
Air.
Amans
t accoure% à nosfêtcs,
Leurs plaîfrs ne font que pour
vous,
Mine tendresbeaute^fontprêtes
A 'Vous lesfairegoûter tous.
Les Ris, les Amours, e les
Graves>
Yvolent au gré des drfirs,
Suives de si0charmantes traces
ElUs contyifent aux pUtfirs.
Amans, &c.
Récitatif.
L'amour qui dans ces lieuxA
forméson EmpIre,
jdrme des plus doux traits vole
dans tous les coeurs :
Quipourroitreiffleraux tranfyorts
quilinfyireï ",
Quand devant luy les jeux an*
noncent sesfaveurs.
-
Sous mille diverjes images,
Si l'amour vous paroît hideux , Rajfàre^-vous
; ce, Dieu ne voile
les vijages
Que pour recompenser plus [ûre.
mentvos feux.
Air.
Mille heatite% habites
Sous un mafcjue trompeur, N)font les difficiles
Que pourmieux prendre uncoeuA
Sous, un masquef/opicc. --.à,p
Qui cache la laideur,
Plus-d'une Cleonicc
Satisfait son ardeur.
-
Chaque Amant syJeguije
Pour Je comcbre mieuxt
Il nejt point de méprise
Qui n'aitunfort heureux.
La, de leur dessinee,
Les Epoux font inflruits :
Sujets de fHymenie
Ils en trouvent les fruits.
Mille beautez, &c.
Récitatif.
Ce Templese conjacre a la félicité.
LAmoury fait goûter sa plus
vive tendrejji
, -
Hebcrépand par tout un NtElar
enchanté,
Therpjtcorejregne sans cesse,
Momusyfait briUer l'art en luy
si vanté.
Dans ces lieux enchanteurs*
tout charme, tout tngage )
Tous les Dieux de la volupté
Yrevivent fms cesse un éclatant
hommage;
Le Dieu de l'Hymenée efl leful
maltraité.
Air.
Dansce séjourfertile
L'amour Offreunakile
Pour s'aimer.
Tout (flutile
Pours"exprimer,
Le secrettfîfacile
De s'enflamer;
Et l'on en trouve mille
Pour charmer.
CANTATE.
ou
ODE ALLEGORIQUE
Recirauf
DAns unséjour brillant, con-
Jacrépar les Belles,
L'ingeniehx Cm faverMt d.
mour3
Pour combler ses sujets de ses
grâces nouvelles,
Vient d'établir une nouvelle
Cour.
Là le déguisement des aimablesmortelle
Eflfatal aux Epoux:mais propice
aux Amant;
Et la divinitéqui prejide sur elles
Invite les coeurs asesamufemens*
Air.
Amans
t accoure% à nosfêtcs,
Leurs plaîfrs ne font que pour
vous,
Mine tendresbeaute^fontprêtes
A 'Vous lesfairegoûter tous.
Les Ris, les Amours, e les
Graves>
Yvolent au gré des drfirs,
Suives de si0charmantes traces
ElUs contyifent aux pUtfirs.
Amans, &c.
Récitatif.
L'amour qui dans ces lieuxA
forméson EmpIre,
jdrme des plus doux traits vole
dans tous les coeurs :
Quipourroitreiffleraux tranfyorts
quilinfyireï ",
Quand devant luy les jeux an*
noncent sesfaveurs.
-
Sous mille diverjes images,
Si l'amour vous paroît hideux , Rajfàre^-vous
; ce, Dieu ne voile
les vijages
Que pour recompenser plus [ûre.
mentvos feux.
Air.
Mille heatite% habites
Sous un mafcjue trompeur, N)font les difficiles
Que pourmieux prendre uncoeuA
Sous, un masquef/opicc. --.à,p
Qui cache la laideur,
Plus-d'une Cleonicc
Satisfait son ardeur.
-
Chaque Amant syJeguije
Pour Je comcbre mieuxt
Il nejt point de méprise
Qui n'aitunfort heureux.
La, de leur dessinee,
Les Epoux font inflruits :
Sujets de fHymenie
Ils en trouvent les fruits.
Mille beautez, &c.
Récitatif.
Ce Templese conjacre a la félicité.
LAmoury fait goûter sa plus
vive tendrejji
, -
Hebcrépand par tout un NtElar
enchanté,
Therpjtcorejregne sans cesse,
Momusyfait briUer l'art en luy
si vanté.
Dans ces lieux enchanteurs*
tout charme, tout tngage )
Tous les Dieux de la volupté
Yrevivent fms cesse un éclatant
hommage;
Le Dieu de l'Hymenée efl leful
maltraité.
Air.
Dansce séjourfertile
L'amour Offreunakile
Pour s'aimer.
Tout (flutile
Pours"exprimer,
Le secrettfîfacile
De s'enflamer;
Et l'on en trouve mille
Pour charmer.
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1773
p. 276-277
« Voicy une autre petite Chanson sur l'air du Gagne-Petit [...] »
Début :
Voicy une autre petite Chanson sur l'air du Gagne-Petit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy une autre petite Chanson sur l'air du Gagne-Petit [...] »
Voicy une autre petite
Chanson sur l'air du Gagne-
Petit; c'cft comme tout le
monde fçaie, une contre-danfenoavelle,&
fort jolie, qu'on
2 prouigieuietiienc danle pendant
tout ce Carnaval. Les
paroles decette Chinion font
d* M. Fcrand. C'cft en dire
tout le bien imaginable, que
d'en nommer l'Auteur.
Chanson sur l'air du Gagne-
Petit; c'cft comme tout le
monde fçaie, une contre-danfenoavelle,&
fort jolie, qu'on
2 prouigieuietiienc danle pendant
tout ce Carnaval. Les
paroles decette Chinion font
d* M. Fcrand. C'cft en dire
tout le bien imaginable, que
d'en nommer l'Auteur.
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1774
p. 277-280
CHANSON. Sur l'Air du Gagne-Petit, ou de la Rémouleuse.
Début :
Je vais par tout le Monde, [...]
Mots clefs :
Amant, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. Sur l'Air du Gagne-Petit, ou de la Rémouleuse.
CHANSON.
Sur ItAir du Gagne-Petit
,
ou de la Rémouleuse, "4
Je vais par tout le Monde,
Sur la Terre, &l'Onde,
Lanuit, lejour, ¡.,
Tout me fait la Cour: *8!
Jefuis Rémouleur d%amourfK?
Vene^tenàra coeurs.,
Amants en langueurs,
]OÜZT de mes faveurs ; jf rémoudray
féguifmty, ,
Pour VW ma Aïeule tONrnt,
Tourne&retournes
Mon Art efi an Art ajptré*
Je donne à la Vieillejje
L'air de la JeuneJJe.,
Par moy les ris
DeRosesjdeLys, -
Couronnent les cheveux gris:
Viens doncfroid VieillardM
Amant roupillard,
Et ma main par mon Art
T( rémuuafa)
T'é^mfera#
Pourtoy ma Adeuletourne
Ctjlfaity & retourne,
Ta belle te méconnoîtra.
Mxtraits,i/*figure,
En vain la nature
Jointchaquejour
L'esprit&letour,
Ce n'eflpas tout en amour: Viens donc foible Amant,
En moins dun moment
Dessus mon instrument,
Je t'émoudray,
Téguijeray; Pour toymaMeule tourne,
C'ejlfaityretourne,
Ta Maiflrtfl: menfçaura gré.
Je rends force, £?*courage,
A l'amant peufage
Dont les soupirs
SuivisdepUifîrs
Ont épuisé les Qefirs;
Viens jeune insensé
Toncoeurémpuffc
Songe A peine au pAfft:
Je lémoudrttyJ
~TT-'ér~guiferay,
pour toy ma MMeeuullee tourne,
Oeflfaity retourne,
Tout le dommage est reparé.
Sur ItAir du Gagne-Petit
,
ou de la Rémouleuse, "4
Je vais par tout le Monde,
Sur la Terre, &l'Onde,
Lanuit, lejour, ¡.,
Tout me fait la Cour: *8!
Jefuis Rémouleur d%amourfK?
Vene^tenàra coeurs.,
Amants en langueurs,
]OÜZT de mes faveurs ; jf rémoudray
féguifmty, ,
Pour VW ma Aïeule tONrnt,
Tourne&retournes
Mon Art efi an Art ajptré*
Je donne à la Vieillejje
L'air de la JeuneJJe.,
Par moy les ris
DeRosesjdeLys, -
Couronnent les cheveux gris:
Viens doncfroid VieillardM
Amant roupillard,
Et ma main par mon Art
T( rémuuafa)
T'é^mfera#
Pourtoy ma Adeuletourne
Ctjlfaity & retourne,
Ta belle te méconnoîtra.
Mxtraits,i/*figure,
En vain la nature
Jointchaquejour
L'esprit&letour,
Ce n'eflpas tout en amour: Viens donc foible Amant,
En moins dun moment
Dessus mon instrument,
Je t'émoudray,
Téguijeray; Pour toymaMeule tourne,
C'ejlfaityretourne,
Ta Maiflrtfl: menfçaura gré.
Je rends force, £?*courage,
A l'amant peufage
Dont les soupirs
SuivisdepUifîrs
Ont épuisé les Qefirs;
Viens jeune insensé
Toncoeurémpuffc
Songe A peine au pAfft:
Je lémoudrttyJ
~TT-'ér~guiferay,
pour toy ma MMeeuullee tourne,
Oeflfaity retourne,
Tout le dommage est reparé.
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1775
p. 283-284
« Je suis tellement pressé par le temps, &. les Avantures de [...] »
Début :
Je suis tellement pressé par le temps, &. les Avantures de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je suis tellement pressé par le temps, &. les Avantures de [...] »
Je fuis tellement greffé par
le temps, & les Avanturcs de
Bal que je vous ay contées ,
m'ont jette si loin, qu'clles
m ôrent la liberté de vous donner
un détail cxaa des Mariages
& des Morts de ce mois
Contentez vous d'en spprchdre
aujourdhuy les noms, le
mois prochain je vous en apprendray
les qualirez.
le temps, & les Avanturcs de
Bal que je vous ay contées ,
m'ont jette si loin, qu'clles
m ôrent la liberté de vous donner
un détail cxaa des Mariages
& des Morts de ce mois
Contentez vous d'en spprchdre
aujourdhuy les noms, le
mois prochain je vous en apprendray
les qualirez.
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1776
p. 292-293
ENIGME.
Début :
Estre d'une forme invisible, [...]
Mots clefs :
Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Estre d'une forme invisible,
Je comble defaveurscelai quimA
clansfoy ;
Mais quand on nesçaitpasfcfervir
demoy
,
Souventon me trouve nuisible.
Je fuis eslimé des Sçavans,
Tçut le monde efl contraint de
reverermes charmes,
Et les plus grandsHéros me fonmettent
leursarmes,
Vaincusfarmes traits décevant.
Je m'étends partoute la terre,
Du moins je vay souvent de l'un
à l'autre bout:
Enfin je n'ay point d'yeux
,&
pourtant je vois tout
Jufcjues au d¡./fIlJ du Tonnerre.
Plufittits perdront ici lfUn, Pas [
j4chercherqui fuis par mille foin^tsetremî,*
Carilefi assaré,s'ils ne doW
dans e^xmêmes
Qiiilsne , le devinerontpas.
1
Cette Enigme est fuite par
l'aimable Guibour, de la rue
S. Honoré.
Estre d'une forme invisible,
Je comble defaveurscelai quimA
clansfoy ;
Mais quand on nesçaitpasfcfervir
demoy
,
Souventon me trouve nuisible.
Je fuis eslimé des Sçavans,
Tçut le monde efl contraint de
reverermes charmes,
Et les plus grandsHéros me fonmettent
leursarmes,
Vaincusfarmes traits décevant.
Je m'étends partoute la terre,
Du moins je vay souvent de l'un
à l'autre bout:
Enfin je n'ay point d'yeux
,&
pourtant je vois tout
Jufcjues au d¡./fIlJ du Tonnerre.
Plufittits perdront ici lfUn, Pas [
j4chercherqui fuis par mille foin^tsetremî,*
Carilefi assaré,s'ils ne doW
dans e^xmêmes
Qiiilsne , le devinerontpas.
1
Cette Enigme est fuite par
l'aimable Guibour, de la rue
S. Honoré.
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1777
p. 3-5
Prélude qui n'a rien d'ennuyeux, [titre d'après la table]
Début :
Sermo datur cunctis, animi sapientia paucis. Il est bon de [...]
Mots clefs :
Lecteurs, Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'a rien d'ennuyeux, [titre d'après la table]
Ermo datarcunciistunimisapientia
paucis..
Ilest bonde parler,
& sage de se taire.
Ces paroles font tirées du
troisiéme Livre du troisiéme
Tome de Rabelais,auChapitre
ïintitulé: CommentBridoyenarre Hafire de l'jjppotnieurde'Pro-
cé1s.
Suivant l'excellence de ce
texte, je vous conteray,tressages
Lecteurs, peu dechoses
de ma façon dans ce Volume,
parce que j'aime mieux me reposer
sur la bonne foy des autres,
& sur le merite de leurs
Ouvrages, que m'exposer à
passer pour un éternel Conteur.
Je ne vous promets cependant
pas de vous tenir fidelement
ma parole sur lechapitre
de monsilence : je le ferois
volontiers
,
si je pouvois
vous répondre desévenemens;
mais à telle fin que de raison,
lisez.
paucis..
Ilest bonde parler,
& sage de se taire.
Ces paroles font tirées du
troisiéme Livre du troisiéme
Tome de Rabelais,auChapitre
ïintitulé: CommentBridoyenarre Hafire de l'jjppotnieurde'Pro-
cé1s.
Suivant l'excellence de ce
texte, je vous conteray,tressages
Lecteurs, peu dechoses
de ma façon dans ce Volume,
parce que j'aime mieux me reposer
sur la bonne foy des autres,
& sur le merite de leurs
Ouvrages, que m'exposer à
passer pour un éternel Conteur.
Je ne vous promets cependant
pas de vous tenir fidelement
ma parole sur lechapitre
de monsilence : je le ferois
volontiers
,
si je pouvois
vous répondre desévenemens;
mais à telle fin que de raison,
lisez.
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1778
p. 11-12
« En attendant qu'il soit à propos de vous en conter d'autres [...] »
Début :
En attendant qu'il soit à propos de vous en conter d'autres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En attendant qu'il soit à propos de vous en conter d'autres [...] »
En attendant qu'il foit à
propos de vous en conter d'autres,
reprenons,s'il vous plak,
par ordre de date, les Articles
que l'abondance delamatiere
m'a obligé d'abreger dans le
Mercure du mois passé. Je me
contenceray,
faute de pouvoir
mieux faire, de vous annoncer
les noms des Morts & des Mariez.
Voicimaintenant les qiu-,
litez des uns & des autres.
propos de vous en conter d'autres,
reprenons,s'il vous plak,
par ordre de date, les Articles
que l'abondance delamatiere
m'a obligé d'abreger dans le
Mercure du mois passé. Je me
contenceray,
faute de pouvoir
mieux faire, de vous annoncer
les noms des Morts & des Mariez.
Voicimaintenant les qiu-,
litez des uns & des autres.
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1779
p. 39
« Permettez moy d'interrompre icy la suite de ces articles, [...] »
Début :
Permettez moy d'interrompre icy la suite de ces articles, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Permettez moy d'interrompre icy la suite de ces articles, [...] »
Permettez moy d'interrompre
icy la suite de ces articles,
pourégayervos yeux & mon
récit par la lecture de laNouvelle
en Vers queje vous presente.
L'esprit, le merite & la
reputation de son Autheur,
me répondent du succés de cet- teNouvelle.
icy la suite de ces articles,
pourégayervos yeux & mon
récit par la lecture de laNouvelle
en Vers queje vous presente.
L'esprit, le merite & la
reputation de son Autheur,
me répondent du succés de cet- teNouvelle.
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1780
p. 40-54
L'EXCOCU, Nouvelle Historique.
Début :
Estre Cocu, n'est pas un mêtier hors d'usage [...]
Mots clefs :
Cocu, Jeune, Mari, Époux, Amour, Cocuage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'EXCOCU, Nouvelle Historique.
L'EXCOCU,
Nouvellae Historique.
Eflre Cocu
,
ness pas un mctier
horsd'usage
Ny de nouvelle invention;
Et depuisque le monde enfuit
profejjton
Il devroiteflre Expert;mais de ce
personnage
Apeimvoit-onquelqueJage
S'acquitter avec dignitéA
L'unymet lafureur, la rage;
Vautre en toute bénignité
Le
Le met à profitâtménage.
Que l'Imbee,ccil, le Brutal
Fassent leur profit de ce Contel
Ony voit un Cocu qui fçûtfut
son Rival
Rejetter sagementsa douleur &*
sa honte;
Sfâchons estre Cocus ifins bajfeffe
&sans bruit,
Je voudrois qu'on en tint une école
publiquey
lllen tireroit plus de fruit'
Que£école£Alfebreyou deLangueHébraïque.
Sut le-haut de la porte ilpourroit
eflre écrit
C'ejl icy qu'aux Maris on apprtnd
la feiencc
D'eflre Cocus avec décence.
Endépit des temps malheureux
Le Doéleurferoit bientoflriche,
Si quelque Maijlre es Arts affi-
1
che
Je retiensplace à mes Neveux•
Sur les bords de la Loire unejeune
Beauté
jiuxSeigneurs d'alentourparoiffoit
bonne emplette,
Grope dût,noble parentE,
On croit pour un Epoux lafortu-
, ne complette.
En habits propres)&galants>
JPrés d'elle la verte JeuntjJe
Débitéfélonses talens
*Lafleurettey&lagentilltjfe :
EUe emprrfféestout charmer
Passi deconquefte en conquefle Jeune fille , cft toujours en queste
De celuy quelle doit aimer.
M-ais pendantquelle a toeil au
g»ety
Etquensecretelle examine
De celuy-cy la bonne mine ;
De celuj-la l'air tendreyou le joly
caquet>
Son-Peec dans d'autres balances
PiJe tout ce qui forme une bonne
* maison
> Le rang) les biens, les alliances3
Le méritésolide ,&Iii droiterai"
jôn.
JI
Le Contratfuitdeprés
lechoix-dê
sa prudence;
Mais après tout cet examen,
Quisans l'aveu d'Amoursenhbarque
avec l'Hymen
NtfipAJ encore enajjeurance.
Que de l'enfant aveugle unvieil- lardéclairé
Ne dédaigne pas lefuJfrAt
SSit"9a il'Amournafoinduménagey
Le repsoseà laulongrueéen e.st malas-
Aceluycy lepetit tratjlre
Scmbloit d'abord avoirfous-ry,
Et toutalloitdtsmieux.*unefemmepeut-
efire
jiimeroit toujoursson mary ,/
S'ilavoit rOûjoursfoin de l'estre;
Mais quand la tf'nJrrflè a tary,
Et que dans son Epouxy eUe ne
DoitquunMAtre
Cesîhfaison du Favory.
Anotre Epoux,àsa Compagne
S'adonne un jeune complaisant,
Voijîn agréable,amusant,
Ctest un tresor à la campagne; IlefldelaCbajfe,duJeu,
Veutonchanter, il accompagne,
Auprès duvjn du cru, le voijîn
prise peu
Et le Bourgogne*le Champagne
:
Sur tout pourftnjoifneilse met.
trQitaufeH, .,
Pris etellemMïfoins le renioieht
*
necejjaire,
D'abordparJon attention.
Adppeeini7safyire-t-ilal'honnew de f-t-il à" thonneur de
luyplaire-y
Cestristecifeulement>cessadmiration
,
*
Sans aucun (fj>oir desalaire;
Enfin par decertainssoupirs,
Dont laplus innocenfe entend bien
le langage,
Il ose expliquerses desirs,
Prend une main, ult bras,prend
encor davantage
y Si bien que létage en étdgtt
Ilarrive bien. toji au comble des
pLifîrsi
Ptudevnceedorit lqukand ,l'Amour
Ils nepeuventcacher leursfeux;
A leurs entretiens amoureux
CertainValetprête l'ortille,
Il observe,&témoin de leursplus
tendresjeux,
VAtoutdireason Maîtreg?croit
itÊgffaaiitrqeumeterroviesille,
malheureux.
Sans donner al'ami creance trop
facilej
Le Seigneurveut luy
-
même obser.-
ver nos Amans,
Ilfeint Un voyage a UVille,
Et tevient lessurprendre, en cecy
trop habile
>
Souslesplussimples ornement,
Etdans le plus commode aile,
Qui d'un cvupleheureux, gr
tranquile
Puisse favorifer les doux empoftemens,
Oh, quelle vifton! De celte de
Meduse
,
On auroit e/lerhoinsfrappe$
Sous le rel defin Eclopéfl-
Venusnefutpasplusconjufe.
Quelsplaijtrs à ceprix neferoient
tjih jetrfonpjpfodnyen7e,?quandly perife, je JUois sur ce lit les Amours
1faye
-
JL/
z.
Tenir mauvaise contenance.
- 'J'. C'ejl
C'cjltcyqu'ilfaut refyeaer
Nôtre Hrros en cocuage,
AH desordre,à l'effroy dufourbe
qui l'outrage,
Apeine en peu dt mots Jaint",t-il
l'insulter;
Et l'autre ayant plie bagage
- Pourson retour chez luy trouve
libre paffig;
Quevafaire notre homme f étranglerdesamain,
DéuifagerJon infidelle,
Non,sans menace ny querelle
Jlluyfujfitqu'au lendemain
De la d, meure paternelle
EUe reprenne le ebemin;
Lay-même de sonforty forte U
nouvelle;
Quel recit pour le mieux Seigneur,
Toutplein deses Ayeux,dclicat
sur l'honneur,
Iljure gravement qu'en toutesa
famille
Jamais d'un tel ,opprobre unfront
ne futatteint>
Afais dans le même injlantsur celuy
desafille
Jlpeutlire les tousdont leGendre
1
se plaint,
Ilse rend à ce tfmoignt;
Le crime efi avoue
, le mal riefl
plus douteux.
Quefaire en-cet tflat si trisse si
honteux*
Voici le parri le plus fage,
Dit lepoux, jusqu"igo de notre
mariage
Aucunfruitneferre les noeuds>
Jurt'{ que d'un Mayrje nay que
l'apparenceM Sur paretldeshonneur je nJinfifl.
ray pointy
Et nous verrons bientostune heureuse
Sentence
Delierlenoeudquipousjoint,
Il nest pas de plus doux remeae,
Acetavis chacun se rend,
Elle poursuit, leMay cede.;
L'Hjthheflrendu nul
, &là dot
sereprend.
Nôtre Bille efi rendue àflpremiertftaf
Aquelquechose près de legereirit.
portance VEpoux , de Joncoftési voue au
Celibat\
Etfaitau Dieu d'hymenprofond
de reverence5
Mais pour acheverson repos
Il veut du fauxAmypunir la êphftdie
Al'écart sans témoins ille trouve
à propos,
L';;ttaqueJ le dfarme, &maître desavie
Exigefeulementdeluy
Qu'ilépousera l'inftâdl
Quisse plut aséduirey & qui
luy parutbelle9
Quand elle estoit femme d'autrUJ'
Le 'vaincufuit la loy que le vainqueurimpose,
Mais fous un triste hymen ms
coupables unis
Des platfirs dont ilsfont l'un &
lutre punis
Ne trouvent plus la même
dose5
Le plus confiant des deux efi
bitn-tost dégouté
On a recours au voisînage
y»
Leprécurfeur luy-meme est enfin regrette, regrettt £rfousunnouveaupersonnage
Reçu par la jeune beauté
Ilva f rendreson Cocuage
A celuy qui ¡.Avoit prêtt.
Tous lesjours on ditpar laVille9
Etchacun en est convaincu,
Comme de Texe d'Evangile
Que caraéltre de Cocu
Estcaraétreindélébiler
Vous avez v* qu'il n'en est rien,
Et ctfl toujours choseagréable
De pouvoirfaire entendre à tant
de gens de bien
Queleur mal nesipas incurable.
Nouvellae Historique.
Eflre Cocu
,
ness pas un mctier
horsd'usage
Ny de nouvelle invention;
Et depuisque le monde enfuit
profejjton
Il devroiteflre Expert;mais de ce
personnage
Apeimvoit-onquelqueJage
S'acquitter avec dignitéA
L'unymet lafureur, la rage;
Vautre en toute bénignité
Le
Le met à profitâtménage.
Que l'Imbee,ccil, le Brutal
Fassent leur profit de ce Contel
Ony voit un Cocu qui fçûtfut
son Rival
Rejetter sagementsa douleur &*
sa honte;
Sfâchons estre Cocus ifins bajfeffe
&sans bruit,
Je voudrois qu'on en tint une école
publiquey
lllen tireroit plus de fruit'
Que£école£Alfebreyou deLangueHébraïque.
Sut le-haut de la porte ilpourroit
eflre écrit
C'ejl icy qu'aux Maris on apprtnd
la feiencc
D'eflre Cocus avec décence.
Endépit des temps malheureux
Le Doéleurferoit bientoflriche,
Si quelque Maijlre es Arts affi-
1
che
Je retiensplace à mes Neveux•
Sur les bords de la Loire unejeune
Beauté
jiuxSeigneurs d'alentourparoiffoit
bonne emplette,
Grope dût,noble parentE,
On croit pour un Epoux lafortu-
, ne complette.
En habits propres)&galants>
JPrés d'elle la verte JeuntjJe
Débitéfélonses talens
*Lafleurettey&lagentilltjfe :
EUe emprrfféestout charmer
Passi deconquefte en conquefle Jeune fille , cft toujours en queste
De celuy quelle doit aimer.
M-ais pendantquelle a toeil au
g»ety
Etquensecretelle examine
De celuy-cy la bonne mine ;
De celuj-la l'air tendreyou le joly
caquet>
Son-Peec dans d'autres balances
PiJe tout ce qui forme une bonne
* maison
> Le rang) les biens, les alliances3
Le méritésolide ,&Iii droiterai"
jôn.
JI
Le Contratfuitdeprés
lechoix-dê
sa prudence;
Mais après tout cet examen,
Quisans l'aveu d'Amoursenhbarque
avec l'Hymen
NtfipAJ encore enajjeurance.
Que de l'enfant aveugle unvieil- lardéclairé
Ne dédaigne pas lefuJfrAt
SSit"9a il'Amournafoinduménagey
Le repsoseà laulongrueéen e.st malas-
Aceluycy lepetit tratjlre
Scmbloit d'abord avoirfous-ry,
Et toutalloitdtsmieux.*unefemmepeut-
efire
jiimeroit toujoursson mary ,/
S'ilavoit rOûjoursfoin de l'estre;
Mais quand la tf'nJrrflè a tary,
Et que dans son Epouxy eUe ne
DoitquunMAtre
Cesîhfaison du Favory.
Anotre Epoux,àsa Compagne
S'adonne un jeune complaisant,
Voijîn agréable,amusant,
Ctest un tresor à la campagne; IlefldelaCbajfe,duJeu,
Veutonchanter, il accompagne,
Auprès duvjn du cru, le voijîn
prise peu
Et le Bourgogne*le Champagne
:
Sur tout pourftnjoifneilse met.
trQitaufeH, .,
Pris etellemMïfoins le renioieht
*
necejjaire,
D'abordparJon attention.
Adppeeini7safyire-t-ilal'honnew de f-t-il à" thonneur de
luyplaire-y
Cestristecifeulement>cessadmiration
,
*
Sans aucun (fj>oir desalaire;
Enfin par decertainssoupirs,
Dont laplus innocenfe entend bien
le langage,
Il ose expliquerses desirs,
Prend une main, ult bras,prend
encor davantage
y Si bien que létage en étdgtt
Ilarrive bien. toji au comble des
pLifîrsi
Ptudevnceedorit lqukand ,l'Amour
Ils nepeuventcacher leursfeux;
A leurs entretiens amoureux
CertainValetprête l'ortille,
Il observe,&témoin de leursplus
tendresjeux,
VAtoutdireason Maîtreg?croit
itÊgffaaiitrqeumeterroviesille,
malheureux.
Sans donner al'ami creance trop
facilej
Le Seigneurveut luy
-
même obser.-
ver nos Amans,
Ilfeint Un voyage a UVille,
Et tevient lessurprendre, en cecy
trop habile
>
Souslesplussimples ornement,
Etdans le plus commode aile,
Qui d'un cvupleheureux, gr
tranquile
Puisse favorifer les doux empoftemens,
Oh, quelle vifton! De celte de
Meduse
,
On auroit e/lerhoinsfrappe$
Sous le rel defin Eclopéfl-
Venusnefutpasplusconjufe.
Quelsplaijtrs à ceprix neferoient
tjih jetrfonpjpfodnyen7e,?quandly perife, je JUois sur ce lit les Amours
1faye
-
JL/
z.
Tenir mauvaise contenance.
- 'J'. C'ejl
C'cjltcyqu'ilfaut refyeaer
Nôtre Hrros en cocuage,
AH desordre,à l'effroy dufourbe
qui l'outrage,
Apeine en peu dt mots Jaint",t-il
l'insulter;
Et l'autre ayant plie bagage
- Pourson retour chez luy trouve
libre paffig;
Quevafaire notre homme f étranglerdesamain,
DéuifagerJon infidelle,
Non,sans menace ny querelle
Jlluyfujfitqu'au lendemain
De la d, meure paternelle
EUe reprenne le ebemin;
Lay-même de sonforty forte U
nouvelle;
Quel recit pour le mieux Seigneur,
Toutplein deses Ayeux,dclicat
sur l'honneur,
Iljure gravement qu'en toutesa
famille
Jamais d'un tel ,opprobre unfront
ne futatteint>
Afais dans le même injlantsur celuy
desafille
Jlpeutlire les tousdont leGendre
1
se plaint,
Ilse rend à ce tfmoignt;
Le crime efi avoue
, le mal riefl
plus douteux.
Quefaire en-cet tflat si trisse si
honteux*
Voici le parri le plus fage,
Dit lepoux, jusqu"igo de notre
mariage
Aucunfruitneferre les noeuds>
Jurt'{ que d'un Mayrje nay que
l'apparenceM Sur paretldeshonneur je nJinfifl.
ray pointy
Et nous verrons bientostune heureuse
Sentence
Delierlenoeudquipousjoint,
Il nest pas de plus doux remeae,
Acetavis chacun se rend,
Elle poursuit, leMay cede.;
L'Hjthheflrendu nul
, &là dot
sereprend.
Nôtre Bille efi rendue àflpremiertftaf
Aquelquechose près de legereirit.
portance VEpoux , de Joncoftési voue au
Celibat\
Etfaitau Dieu d'hymenprofond
de reverence5
Mais pour acheverson repos
Il veut du fauxAmypunir la êphftdie
Al'écart sans témoins ille trouve
à propos,
L';;ttaqueJ le dfarme, &maître desavie
Exigefeulementdeluy
Qu'ilépousera l'inftâdl
Quisse plut aséduirey & qui
luy parutbelle9
Quand elle estoit femme d'autrUJ'
Le 'vaincufuit la loy que le vainqueurimpose,
Mais fous un triste hymen ms
coupables unis
Des platfirs dont ilsfont l'un &
lutre punis
Ne trouvent plus la même
dose5
Le plus confiant des deux efi
bitn-tost dégouté
On a recours au voisînage
y»
Leprécurfeur luy-meme est enfin regrette, regrettt £rfousunnouveaupersonnage
Reçu par la jeune beauté
Ilva f rendreson Cocuage
A celuy qui ¡.Avoit prêtt.
Tous lesjours on ditpar laVille9
Etchacun en est convaincu,
Comme de Texe d'Evangile
Que caraéltre de Cocu
Estcaraétreindélébiler
Vous avez v* qu'il n'en est rien,
Et ctfl toujours choseagréable
De pouvoirfaire entendre à tant
de gens de bien
Queleur mal nesipas incurable.
Fermer
1781
p. 55
« Afin de n'en pas faire à deux fois, & de contenter tout [...] »
Début :
Afin de n'en pas faire à deux fois, & de contenter tout [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Afin de n'en pas faire à deux fois, & de contenter tout [...] »
deux fois,&de contenter tout
d'un coup ceux qui aiment à
lire des Vers, en voicy encore
une piece que j'ay reçûe de
Londres. Le Lecteur habile
luy donnera les suffrages qu'-
ellemerite.
d'un coup ceux qui aiment à
lire des Vers, en voicy encore
une piece que j'ay reçûe de
Londres. Le Lecteur habile
luy donnera les suffrages qu'-
ellemerite.
Fermer
1782
p. 71-72
ENIGME de l'Abbé Insulaire.
Début :
Foible joüet de la nature [...]
Mots clefs :
Girouette
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME de l'Abbé Insulaire.
EN I G ME
de l'Abbé Infulairc.
Foible joüet de la nature
On méfaitesclave du temps y •
Pour ne me point laijjer dans la
mêmepoflure-
JEolc autour de moy dechaifne
sesEnfans. Pa
Ces volages mefont la guerre
Et métourdiffent de leur bruit
Avec, tant de fureur gr de co-
[ert
Quej'en perds fortsouvent le rr.
pos jour & nuit.
Je fuWtnconflante} Ci fidelle
Dans l'exercice que jefais,
Soit dans la guerreou dans It
Paix
On me-trouve debout toujours en fentinefle.
Mais cest peu de ces fonctions
-'.
Du Maître que je fors je predis
sans miracle
Les divers chançcmens,0* je
fuis un oracle
Si-tofl quon voit ceffir mts. aérations.
.«4 -
de l'Abbé Infulairc.
Foible joüet de la nature
On méfaitesclave du temps y •
Pour ne me point laijjer dans la
mêmepoflure-
JEolc autour de moy dechaifne
sesEnfans. Pa
Ces volages mefont la guerre
Et métourdiffent de leur bruit
Avec, tant de fureur gr de co-
[ert
Quej'en perds fortsouvent le rr.
pos jour & nuit.
Je fuWtnconflante} Ci fidelle
Dans l'exercice que jefais,
Soit dans la guerreou dans It
Paix
On me-trouve debout toujours en fentinefle.
Mais cest peu de ces fonctions
-'.
Du Maître que je fors je predis
sans miracle
Les divers chançcmens,0* je
fuis un oracle
Si-tofl quon voit ceffir mts. aérations.
.«4 -
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1783
p. 74-75
Requeste de l'Auteur aux Curieux, pour les engager (avec justice) à lire les Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Je ne manquerois pas d'employer à leur tour toutes les [...]
Mots clefs :
Énigmes, Gazette
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texteReconnaissance textuelle : Requeste de l'Auteur aux Curieux, pour les engager (avec justice) à lire les Nouvelles, [titre d'après la table]
Je ne manqucrois pasd'employer
à leur tour toutes les
Enigmesque je reçois,si ceujfi
:
qui en font les Aucheurs jugeoient
à propos de mépargner
la peine d'en deviner le
mot. Ce ne fera qu'à ce prix
que je les rendray publiques.
Je fuis obligé, de recom..
mander encore une fois aux.
Lcdtcurs de ne pas négliger de
lire les Nouvelles générales3 je
croy que mon attention à ne
rien dire sur ce sujet de ce qui
est écrit dans les Gazettes, fuffit
pour leur donner un air de
nouveauté qui interesse à les
lire. Sauf aux Curieux maintenant
à en faire l'urage qu'il
leur plaira.
à leur tour toutes les
Enigmesque je reçois,si ceujfi
:
qui en font les Aucheurs jugeoient
à propos de mépargner
la peine d'en deviner le
mot. Ce ne fera qu'à ce prix
que je les rendray publiques.
Je fuis obligé, de recom..
mander encore une fois aux.
Lcdtcurs de ne pas négliger de
lire les Nouvelles générales3 je
croy que mon attention à ne
rien dire sur ce sujet de ce qui
est écrit dans les Gazettes, fuffit
pour leur donner un air de
nouveauté qui interesse à les
lire. Sauf aux Curieux maintenant
à en faire l'urage qu'il
leur plaira.
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1784
p. 92-93
Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoüille, en date du 30. Janvier.
Début :
Nous ne sçavons encore rien de positif des desseins de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Empereur
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoüille, en date du 30. Janvier.
Extraitd'une Lettre du Cardinalde
la Trempüillc, en
date du 30. Janvier.
Nousni fçdTjom tgeorerien
de positifdescfjjeiriide l'Empereusparrapport
aux Turcs. Le
Comte de Gdllds son Imbaffadeur
en cette Courfit demander
Mercredy dernierune Àudknce
extraordinaire 4 Sa SaintetéIl
l'eût lelendemain„ &sortitfort
tard. Le bruit s'est répandu -depuis
ce jour-là que ce Àdinijlre a
donné des nouvelles 'assurances à
$4•Sainteté de l'intention ou
lEmpereurIon Malin:si trotive
de decUrer bien-tofl UguerreA
ces infidelles Je nay point eu
lehonneur depuis quelques jours
de parler au Pape, j'ignore,en.
core U vérité de ce quis'est pajje
dans cette Audience sur ce;fu0,
&jedoutefort encore que tout
ce qu'on a dit, foit bien certain.
M. le Car.di.
la Trempüillc, en
date du 30. Janvier.
Nousni fçdTjom tgeorerien
de positifdescfjjeiriide l'Empereusparrapport
aux Turcs. Le
Comte de Gdllds son Imbaffadeur
en cette Courfit demander
Mercredy dernierune Àudknce
extraordinaire 4 Sa SaintetéIl
l'eût lelendemain„ &sortitfort
tard. Le bruit s'est répandu -depuis
ce jour-là que ce Àdinijlre a
donné des nouvelles 'assurances à
$4•Sainteté de l'intention ou
lEmpereurIon Malin:si trotive
de decUrer bien-tofl UguerreA
ces infidelles Je nay point eu
lehonneur depuis quelques jours
de parler au Pape, j'ignore,en.
core U vérité de ce quis'est pajje
dans cette Audience sur ce;fu0,
&jedoutefort encore que tout
ce qu'on a dit, foit bien certain.
M. le Car.di.
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1785
p. 99-101
Extrait d'une Lettre de Mr le Cardinal de la Tremoille, du 8. Février 1716.
Début :
Il paroist qu'on ne peut plus douter icy de la guerre entre l'Empereur [...]
Mots clefs :
Pape, Roi de Sicile, Vaisseaux, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Mr le Cardinal de la Tremoille, du 8. Février 1716.
Extrait d'une Lettre de Mr le
CardinaldelaTremoille,
du8.Février 1716.
Il paroijlqu'on ne peut plut
douter ig de la guerreentre lEmpereur
& la Porte; Çj-r sott que
ïAmbapadeurde ce Princesifoit
oppofi a la MiffiondeM leCar-
JdjinnaallddeessVrVrfrifntsnJs(oil que Sa Sain-
3
fott Sainteténe
doutant plus de cetteguer-
*te,croitfon*vûyâgr à Vienne inutile3
je crois que fin voyage si
bornera deson Atcbtvêchc 4 ROane.
On ne peut point avoir encore
de réponses des infiances que le
Pape afattes auprès des Princes ,
pour avoir des secours des Vaisséaux.
Je ne' vois cependantpas
faire d'autres démarchestpasmême
pour la garde des Cusses
,
ousi
onenfait, cela ne regardeque les
Milices des Pais^,car il ne meparoîtpasqu'on.
fangeà avoir quel-,
CjuesCompagnies debonne Cavalerircjui
feraient neçrjfairtsIpour
empêcher les defientes quise pourvoient
faireimpunémentdans plusieursendroits
del'Etat du Pape
sur tout du cofte du Gose Adriatique.
On fait icy les Comediesà
l'ordinaire. Sa Saintetéaeu ~t~
depeineàjeresoudre a les permettre
i mais elle a creu a lafin ne
devoir pas priver le Public de cette
Jatisfaflion
, ce qui auroit beaucoupoblige
tous les Romains
y
je
n'entendspas dire que cellequ'on
rapporte ait beaucoup d'applauiffiments.
C'cft tout comme
icy.
Les affaires qui font entre cette
Courçy leRoy de Sicile navancent
point. Ce Prince aifait lever
1 les ifcquejlres qui avoient ejlemis
* fiur les biens des Jefuites dans ce
Royaume,
CardinaldelaTremoille,
du8.Février 1716.
Il paroijlqu'on ne peut plut
douter ig de la guerreentre lEmpereur
& la Porte; Çj-r sott que
ïAmbapadeurde ce Princesifoit
oppofi a la MiffiondeM leCar-
JdjinnaallddeessVrVrfrifntsnJs(oil que Sa Sain-
3
fott Sainteténe
doutant plus de cetteguer-
*te,croitfon*vûyâgr à Vienne inutile3
je crois que fin voyage si
bornera deson Atcbtvêchc 4 ROane.
On ne peut point avoir encore
de réponses des infiances que le
Pape afattes auprès des Princes ,
pour avoir des secours des Vaisséaux.
Je ne' vois cependantpas
faire d'autres démarchestpasmême
pour la garde des Cusses
,
ousi
onenfait, cela ne regardeque les
Milices des Pais^,car il ne meparoîtpasqu'on.
fangeà avoir quel-,
CjuesCompagnies debonne Cavalerircjui
feraient neçrjfairtsIpour
empêcher les defientes quise pourvoient
faireimpunémentdans plusieursendroits
del'Etat du Pape
sur tout du cofte du Gose Adriatique.
On fait icy les Comediesà
l'ordinaire. Sa Saintetéaeu ~t~
depeineàjeresoudre a les permettre
i mais elle a creu a lafin ne
devoir pas priver le Public de cette
Jatisfaflion
, ce qui auroit beaucoupoblige
tous les Romains
y
je
n'entendspas dire que cellequ'on
rapporte ait beaucoup d'applauiffiments.
C'cft tout comme
icy.
Les affaires qui font entre cette
Courçy leRoy de Sicile navancent
point. Ce Prince aifait lever
1 les ifcquejlres qui avoient ejlemis
* fiur les biens des Jefuites dans ce
Royaume,
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1786
p. 115-116
Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoille, du 15. Février 1716.
Début :
On continuë à compter ici sur la Guerre entre l'Empereur & la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoille, du 15. Février 1716.
Extrait d'une Lettre du Cardinal
de la Tremoillc,
1.
du15.Février17I6.
On continue à compter ici sur
la Guerre-entrelempereur &la
Porte par les préparatifs qui se
font àpaïenne.Cependantle Refirent
de ce Prince ejiencore à Con..
fiantinople.
Sa Soinuté ajugé a propos de
rrtraneher iey la plusgrande par.
tie du Carnaval yen retranchant
les Masqua;on ItttribuëaussicelA
aquelques incidentsquipourroient
arriverauonefikicnaifed'éviter..
M. Morosini si donne ici beaucoup
de mmvtmmt & avec rAi.
fin
j car le temps de l'ouverture
de la Campagne s'approche infcn.
jib/tmflnt e les Turcs enjIeK de
leur viBoire ne s'endorment pas.
de la Tremoillc,
1.
du15.Février17I6.
On continue à compter ici sur
la Guerre-entrelempereur &la
Porte par les préparatifs qui se
font àpaïenne.Cependantle Refirent
de ce Prince ejiencore à Con..
fiantinople.
Sa Soinuté ajugé a propos de
rrtraneher iey la plusgrande par.
tie du Carnaval yen retranchant
les Masqua;on ItttribuëaussicelA
aquelques incidentsquipourroient
arriverauonefikicnaifed'éviter..
M. Morosini si donne ici beaucoup
de mmvtmmt & avec rAi.
fin
j car le temps de l'ouverture
de la Campagne s'approche infcn.
jib/tmflnt e les Turcs enjIeK de
leur viBoire ne s'endorment pas.
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1787
p. 266-268
AUTRE. / ENIGME.
Début :
De la composition du Parisien Parisien, qui n'a pas jugé / Des fruits dont la nature orne toute la Terre [...]
Mots clefs :
Enfant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. / ENIGME.
AUTRE.
De la compoſition du Parifien
Parifien , qui n'a pas jugé
à propos de m'en envoyer
GALANT 267
le mot , & que je n'ay pas jugé
à propos de deviner : celles
que je recevray doreſnavane
de cette façon , n'auront point
de place dans le Mercure.
ENIGME.
Desfruits dont la nature orne
toute la Terre
Je suis le plus commun; mais
auſſi le plus beau.
Jesuis de tous Pays,Perfe,France
,Angleterre ,
Continent , Ifle ou Roc je viens
même ſur l'eau.
Mais un prodigeſurprenant ,
Zij
268 MERCURE
2
C'est que n'étant planté de la
main d'aucun homme ,
L'on me ſeme à Paris, &l'on
me cücille à Rome.
Eft il rien de plus étonnant?
Souvent je viens tout seul,fouvent
ilfaut m'aider ;
Maisfipour m'arracherde l'arbrequi
meporte
Par unfer aßaffin tu l'ofes ha-
Zarder,
Tu ne tiens rien alors , & ma
racine est morte.
De la compoſition du Parifien
Parifien , qui n'a pas jugé
à propos de m'en envoyer
GALANT 267
le mot , & que je n'ay pas jugé
à propos de deviner : celles
que je recevray doreſnavane
de cette façon , n'auront point
de place dans le Mercure.
ENIGME.
Desfruits dont la nature orne
toute la Terre
Je suis le plus commun; mais
auſſi le plus beau.
Jesuis de tous Pays,Perfe,France
,Angleterre ,
Continent , Ifle ou Roc je viens
même ſur l'eau.
Mais un prodigeſurprenant ,
Zij
268 MERCURE
2
C'est que n'étant planté de la
main d'aucun homme ,
L'on me ſeme à Paris, &l'on
me cücille à Rome.
Eft il rien de plus étonnant?
Souvent je viens tout seul,fouvent
ilfaut m'aider ;
Maisfipour m'arracherde l'arbrequi
meporte
Par unfer aßaffin tu l'ofes ha-
Zarder,
Tu ne tiens rien alors , & ma
racine est morte.
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1788
p. 211-214
ENIGME de M. l'Abbé Tripié.
Début :
Il faut pour m'engendrer beaucoup de patience, [...]
Mots clefs :
Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME de M. l'Abbé Tripié.
ENIGME
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfaut pour m'engendrer beaucoup
de patience ,
Etfe plaireà l'écart dans unprofondfilence.
Ilfaut certaines dents dont un art
curieux,
Belleproduction d'un homme ingenieux,
Sefert pour me former & me
mettre au grandjour.
Mon pere eft foû de moy ,
donne fon amour.
me
Sij
212 MERCURE
Que je fois beau, bienfait, bon ,
méchant , detestable ,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroiffe execrable ;
N'importe , il est mon pere ,
chez luyma beauté
Merite quelquefoisfur tout la
primauté.
Les membres de mon corps rangez
àl'avanture
Sont d'abord deftinez pour être à
latorture.
Car quelque temps aprés mon
pere trop cruel
Semble oublier pour moy fon
amour paternel.
De mes membres épais on fait
un afſſemblage;
GALANT. 213
Parſon ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuisferé, lié, percé de mille
traits :
Agrands coups de marteau l'on
m'accable fans ceffe ,
Unepriſon de bois me retrecit, me
preffe.
Tout cela cependantme donnedes
attraits.
Car aufortir de la jeſuis joli,
mignon ,
L'on me donneſouventdeshabits
magnifiques ,
Tantôt bruns, tantôt noirs , tantos
couleur d'oignon ,
Et l'on me voit paffer comme
214 MERCURE
l'âne aux reliques.
Enchaîné que jefuis , je vole au
boutdu monde,
Jeſuis ſeul fans estre un , je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, &quand
jefais ma ronde,
Je restesur la Terre &je paffe
lesMers.
Fay plusieurs ennemis dont la
forcefecrete
Vient en s'infinuant me dévorer
lefein;
Si de sçavoir mon nom vous
avez le deſſein ,
Je ne le diray pas cherchez
d'autre interprete.
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfaut pour m'engendrer beaucoup
de patience ,
Etfe plaireà l'écart dans unprofondfilence.
Ilfaut certaines dents dont un art
curieux,
Belleproduction d'un homme ingenieux,
Sefert pour me former & me
mettre au grandjour.
Mon pere eft foû de moy ,
donne fon amour.
me
Sij
212 MERCURE
Que je fois beau, bienfait, bon ,
méchant , detestable ,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroiffe execrable ;
N'importe , il est mon pere ,
chez luyma beauté
Merite quelquefoisfur tout la
primauté.
Les membres de mon corps rangez
àl'avanture
Sont d'abord deftinez pour être à
latorture.
Car quelque temps aprés mon
pere trop cruel
Semble oublier pour moy fon
amour paternel.
De mes membres épais on fait
un afſſemblage;
GALANT. 213
Parſon ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuisferé, lié, percé de mille
traits :
Agrands coups de marteau l'on
m'accable fans ceffe ,
Unepriſon de bois me retrecit, me
preffe.
Tout cela cependantme donnedes
attraits.
Car aufortir de la jeſuis joli,
mignon ,
L'on me donneſouventdeshabits
magnifiques ,
Tantôt bruns, tantôt noirs , tantos
couleur d'oignon ,
Et l'on me voit paffer comme
214 MERCURE
l'âne aux reliques.
Enchaîné que jefuis , je vole au
boutdu monde,
Jeſuis ſeul fans estre un , je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, &quand
jefais ma ronde,
Je restesur la Terre &je paffe
lesMers.
Fay plusieurs ennemis dont la
forcefecrete
Vient en s'infinuant me dévorer
lefein;
Si de sçavoir mon nom vous
avez le deſſein ,
Je ne le diray pas cherchez
d'autre interprete.
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1789
p. 217
Autre encore du fidele Berger de la Nymphe Insulaire
Début :
Je me derobe à la lumiere, [...]
Mots clefs :
Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre encore du fidele Berger de la Nymphe Insulaire
Autre encore du fidele Berger
de la Nymphe Inſulaire.
Je me derobe à la lumiere ,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon myſtere ,
On me trouve peu de beauté.
de la Nymphe Inſulaire.
Je me derobe à la lumiere ,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon myſtere ,
On me trouve peu de beauté.
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1790
p. 270-272
AUTRE De l'Abbé Insulaire.
Début :
Je n'eus jamais besoin d'une mere pour naître, [...]
Mots clefs :
Fruit de vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE De l'Abbé Insulaire.
AUTRE
De l'Abbé Inſulaire.
Je n'eus jamais besoin d'une
mere pournaître ,
Le pere qui m'a mis au monde eft
voire maître ;
Vous me connoißez tous ſansſoavoir
mon Séjour.
Mais développons ce mystere ,
GALANT , 2710
Iln'est point de lieuſur la terre ,
Ni mêmeſurles mersdont on n'ait
fair le tour ,
Fair le
Pour découvrir quel est mon domicile,
t Mais la recherche eſt inutile.
F'habite au milieu d'un jardin
Inacceſſibleà tout humain.
Une Dame autrefois devint fort
amoureuse
Du vif éclat dema beauté,
Quoiqu'elle eût un époux qui la
rendoit heureuse ,
Et lui la ſfoit sa liberté.
Mais lafsde fonfore,il lui prit
fantaisie
D'avoir de moiquelque faveur.
Zij
272 MERCURE
L'époux en eut le reſte , pouna
pôtre malheurbivdoor ob
Atous les deux j'en fis perdre la
ob inachalamuslob
De l'Abbé Inſulaire.
Je n'eus jamais besoin d'une
mere pournaître ,
Le pere qui m'a mis au monde eft
voire maître ;
Vous me connoißez tous ſansſoavoir
mon Séjour.
Mais développons ce mystere ,
GALANT , 2710
Iln'est point de lieuſur la terre ,
Ni mêmeſurles mersdont on n'ait
fair le tour ,
Fair le
Pour découvrir quel est mon domicile,
t Mais la recherche eſt inutile.
F'habite au milieu d'un jardin
Inacceſſibleà tout humain.
Une Dame autrefois devint fort
amoureuse
Du vif éclat dema beauté,
Quoiqu'elle eût un époux qui la
rendoit heureuse ,
Et lui la ſfoit sa liberté.
Mais lafsde fonfore,il lui prit
fantaisie
D'avoir de moiquelque faveur.
Zij
272 MERCURE
L'époux en eut le reſte , pouna
pôtre malheurbivdoor ob
Atous les deux j'en fis perdre la
ob inachalamuslob
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1791
p. 249-251
AUTRE ENIGME Du fidele Berger de la Nymphe insulaire.
Début :
A deux choses inanimées [...]
Mots clefs :
Bière
1792
s. p.
PREFACE.
Début :
LE nouveau Mercure François, ayant été établi pour amuser le [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Correspondances, Auteur, Diversité, République des Lettres, Livre, Censure, Poésie, Nouvelles, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREFACE.
PREFAC E.
E nouveau Mercure François
, ayant été établi pour
amufer le Public du ſpéctacle
varié des révolutions politiques,
& des nouvelles , tant civiles
, que litteraires ; la principale
attention de celui qui en eft
chargé , doit être, de fe ménager
des liaifons , & des correfpondances,
par le moyen defquelles,
il foit en état de fatisfaire au devoir
qui lui eft impofé ; c'eſt à
quoi j'ai donné mes prémiers
foins ;mais il s'en faut beaucoup
que je fois tranquile fur la foy de
Fanvier 1717.
a ij
PREFACE.
ces correfpondances . Je fçai
que pour rendre ce Livre digne
de l'eftime publique , il faudroit
que l'Auteur fut foûtenu
d'une Société choisie de Gens
de Lettres , qui vouluſſent perfévéramment
orner fon Recueil
de leurs differents travaux .
Un Ouvrage ainſi diverſifié
par les morceaux qui fe fuccéderoient
les uns aux autres ,
deviendroit fans doute un mélange
très curieux , qui ne pouroit
que plaire.
J'ai fi bien reconnu la néceffitê
d'une liaiſon pareille ,
que pour un Ouvrage pério .
dique , tel que celui - ci , dont
les termes fe touchent de fi
prés ; j'ai crû devoir engager
PREFACE.
quelques amis éclairez à m'ais
der de leurs lumieres .
Mais je croirai y avoir pourvû
encore plus efficacement
fi je puis affocier le Public
dans mon entrepriſe ; fes productions
pour lors deviendroient
les miénes , & par - là
il s'y interrefferoit , non feulement
comme Lecteur , mais
comme Auteur .
En attendant que je puiffe
mettre à profit ce que chacun
aura la bonté de me communiquer
, je lui offre ce premier
effai : quelques perfonnes affés
connues dans la République
des Lettres y ont contribué
généreufement ; & fi partie des
Piéces qui y entrent , a de quoi
aiij
PREFACE.
ne pas déplaîre , j'avouë fincerement
que je le tiens d'eux .
Oferois - je me promettre
,
que leur exemple aura des Imitateurs
, le tems feul m'en inftruira
: C'eft un fond de referve
pour moi , que je n'échangerois
pas contre tous les Porte
- Feuilles des Savants .
J'envifage à préfent l'avenir ,
comme un Livre immenſe ,
dont chaque jour fera comme
une grande feüille , dans laquelle
je trouverai prefque toûjours
écrit , quelque morceau
affés curieux , pour interreffer
mon Lecteur .
J'aurai furtout une attention
particuliere , à ne choifir
que ce qui m'en parroîtra de
PREFACE.
plus raiſonnable & de plus amufant.
›
Que cependant l'on ne s'attende
point, que j'aye affés de docilité
pour fervir les paffions & les
reffentimens de qui que ce foit.
Tout Satyrique perfonel ,
Piéces licentieuſes Portraits
trop reffemblants , Ecrits injurieux
,Applications offenfantes ,
& générallement tout ce que
l'on foupçonnera de trop picquant
, feront , fans nul égard ,
rejettés de ce Livre.
On n'y inférera que ce qui
être communement lû
poura
& entendu .
Sans ces fecours malins , ne
peut - on intereffer la curiofité
par d'autres endroits .
á iiij
PREFACE.
Poëme , Critique , Differtations
, Fables , Contes & Hiftoriettes
; Extrait d'Hiftoires ,
de Romans , de Voyages ,
Aventures , Relations , Lettres
curieuſes , Découvertes nouvelles
, Expériences ; Piéces de
Théatres , Edits , Déclarations ,
Plaidoyers , Factums , Difcours
facrés & profanes , Nouvelles
publiques & particulieres , Piéces
originales , Dialogues , Généalogies
, Morts , Mariages ,
Queſtions , Problêmes jufques
à l'Enigme & la Chanfon ,
font du reffort du Mercure
& entrent naturellement & de
droit dans fon appanage
.
>
De forte que ce Livre , une
fois bien apprécié , eft comme
PREFACE.
un magafin public , où l'on
doit trouver fous la main , toutes
les nouveautez du tems .
Il faut que la vigilance de
l'Auteur à raffembler ce qui
s eft paffé de plus remarquable
pendant le mois , exempte
chaque particulier du foin qu'il
fe donnoit de recueillir les Piéces
fugitives , & qu'il s'en remette
à fa diligence.
On cite encore aujourd'huy
avec éloge l'ancien Mercure
François, compofé par J.Cayer ;
on a raiſon ; on reconnoît que
cet Ecrivain étoit exactement
informé de tous les événemens
les plus confidérables , qu'il a
prefque tous fondés fur des
Piéces originales .
PREFACE.
Je te donne , avertit - il , dans
fa Préface , toutes les chofes les
plusremarquables , avenuësdepuis
Pan 1604 , lesquelles mon Meffager
, que j'appelle Mercure François
, m'a apportees des quatres
parties du monde , en diverfes
langues , & quej'ai faites Frangoifes
à ma mode,le plus fuccinctement
que j'ai pû.
>
L'Ouvrage entier contient
25 vol . in - 8º commençant
depuis l'année 1605 , jufques à
la fin de 1644.
Ces Mémoires ainfi compilés
à la fin de chaque année
, devoient être d'autant
plus recherchés , que l'on ne
connoiffoit point alors les Gazettes
dont on doit l'infti-
>
PREFACE.
.
tution au célébre Monfieur
Renaudot.
Tel eft le Mercure de Victorio
Siri, dont les huit premiers
vol . in-4° intitulés , Memorie
reconditè , c'eft- à dire Mémoires
fécrets , reprennent les affaires
généralles depuis 1601 juſques
en 1640
Ces Mémoires furent fuivis
de quinze autres vol . in- 4® , ſous
le titre de , il Mercurio è vero
hiftoria de tempicorrenti ; c'eſt- à--
dire , l'Hiftoire de fon temps
depuis l'an 1635 , jufques en
1650 , mais ces deux Ouvrages
doivent être plûtôt confidérés ,
comme des corps d'hiftoires
univerfelles de leur fiécle ,
que comme des Journaux femPREFACE.
blables à ce nouveau Mercure
Celui- ci eft un Livre de tous
les mois , qui doit avoir pour
objet principale , d'égayer plûtôt
l'efprit par la légèreté des
matiéres , que de l'accabler
par des narrations hiftoriques
circonftanciées
.
&
trop
C'est ce qui détermina M. de
Vifé à le qualifier du nom de
Mercure Galant : comme le cours
d'une année auroit paru trop
long , pour répondre à l'impatience
de la Nation , il s'impofa
le pénible employ de le donner
au commencement de chaque
mois. Tout concouroit pour
lors à lui rendre ce projet d'une
facile execution ; les beaux efprits
de fon fiécle , tels que le
PREFACE .
*
,
Duc de S. Aignan , les Piliffens ,
Pavillons , Benferade , la Fontaine
, la Comteffe de la Sufe
M. Deshouliers & Mile
Scudery , &c . s'empreffoient
avec émulation à lui fournir
leurs Productions ; & les Armes
de la France profpérants de
toutes parts , il ne falloit pas
faire de grands efforts pour
remplir fon engagement au
terme prefcrit : auffi convienton
que les Recueils des cinq ou
fix premieres années qui ont le
moins couté à cet Auteur ,
font cependant à préfent les
plus recherchés ,
Dans la fuite , l'eftime que
l'on faifoit de ces Collections ,
ayant baiffé infenſiblement par
PREFACE.
l'alliage du mauvais avec le
bon , le bon s'en eft féparé ,
& le mauvais eft refté .
On crût pouvoir s'en paffer ,
en y fubftituant des Amplifi
cations de Gazettes , on pouffoit
les détails juſques aux minuties
; de forte que le Lecteur
inftruit par avance de ce qu'il
alloit lire , n'avoit pas fouvent
le courage d'en voir la fine
Ainfi une fine & délicate
Critique de quelque Livre
nouveau , ou de quelque Piéce
de Théatre , parroiffoit trop
fortir du ton ordinaire , pour
Y être inférée , on trouvoit qu'il
étoit plus à propos d'y placer
des louanges rebatuës & ufées ,
que de flater le goût des honPREFACE.
nêtes
gens , par des morceaux
de recherche .
Cette maniere de procéder ,
rebuta bientôt les perfonnes
à talents , d'hazarder leurs Piéces
au Tribunal du Mercure,
Il n'y eut plus que des Ecrivains
obfcurs & inconnus , qui
follicitaffent les Directeurs de
cet Ouvrage , de leur permettre
d y enregiſtrer leurs fades compofitions.
Il s'eft maintenu juſques à
ce jour dans cet état de décri ,
& je ne fçai fi je dois affez préfumer
de moi même , pour devoir
efpérer que je l'en retirerai.
Si pour le remettre en hon .
neur , il ne faut qu'entretenir
PREFACE.
des correfpondances , tant dans
les Païs Etrangers , que dans les
principalles Villes du Royaume,
inviter les gens de Lettres
à me fournir des fecours , &
furtout m'appliquer à être régulierement
informé de ce qui
fe paffe fur le grand Théatre
de Paris. Je puis prefques répondre
que j'en renderai par
la fuite un fidel compte .
Selon ce plan , à mesure que
ce nouveau Mercure ira en
avant , il doit faire de nouvelles
acquifitions au profit du
Lecteur ; ce fera ma faute , je
l'avoue , s'il décline , au lieu
d'augmenter.
E nouveau Mercure François
, ayant été établi pour
amufer le Public du ſpéctacle
varié des révolutions politiques,
& des nouvelles , tant civiles
, que litteraires ; la principale
attention de celui qui en eft
chargé , doit être, de fe ménager
des liaifons , & des correfpondances,
par le moyen defquelles,
il foit en état de fatisfaire au devoir
qui lui eft impofé ; c'eſt à
quoi j'ai donné mes prémiers
foins ;mais il s'en faut beaucoup
que je fois tranquile fur la foy de
Fanvier 1717.
a ij
PREFACE.
ces correfpondances . Je fçai
que pour rendre ce Livre digne
de l'eftime publique , il faudroit
que l'Auteur fut foûtenu
d'une Société choisie de Gens
de Lettres , qui vouluſſent perfévéramment
orner fon Recueil
de leurs differents travaux .
Un Ouvrage ainſi diverſifié
par les morceaux qui fe fuccéderoient
les uns aux autres ,
deviendroit fans doute un mélange
très curieux , qui ne pouroit
que plaire.
J'ai fi bien reconnu la néceffitê
d'une liaiſon pareille ,
que pour un Ouvrage pério .
dique , tel que celui - ci , dont
les termes fe touchent de fi
prés ; j'ai crû devoir engager
PREFACE.
quelques amis éclairez à m'ais
der de leurs lumieres .
Mais je croirai y avoir pourvû
encore plus efficacement
fi je puis affocier le Public
dans mon entrepriſe ; fes productions
pour lors deviendroient
les miénes , & par - là
il s'y interrefferoit , non feulement
comme Lecteur , mais
comme Auteur .
En attendant que je puiffe
mettre à profit ce que chacun
aura la bonté de me communiquer
, je lui offre ce premier
effai : quelques perfonnes affés
connues dans la République
des Lettres y ont contribué
généreufement ; & fi partie des
Piéces qui y entrent , a de quoi
aiij
PREFACE.
ne pas déplaîre , j'avouë fincerement
que je le tiens d'eux .
Oferois - je me promettre
,
que leur exemple aura des Imitateurs
, le tems feul m'en inftruira
: C'eft un fond de referve
pour moi , que je n'échangerois
pas contre tous les Porte
- Feuilles des Savants .
J'envifage à préfent l'avenir ,
comme un Livre immenſe ,
dont chaque jour fera comme
une grande feüille , dans laquelle
je trouverai prefque toûjours
écrit , quelque morceau
affés curieux , pour interreffer
mon Lecteur .
J'aurai furtout une attention
particuliere , à ne choifir
que ce qui m'en parroîtra de
PREFACE.
plus raiſonnable & de plus amufant.
›
Que cependant l'on ne s'attende
point, que j'aye affés de docilité
pour fervir les paffions & les
reffentimens de qui que ce foit.
Tout Satyrique perfonel ,
Piéces licentieuſes Portraits
trop reffemblants , Ecrits injurieux
,Applications offenfantes ,
& générallement tout ce que
l'on foupçonnera de trop picquant
, feront , fans nul égard ,
rejettés de ce Livre.
On n'y inférera que ce qui
être communement lû
poura
& entendu .
Sans ces fecours malins , ne
peut - on intereffer la curiofité
par d'autres endroits .
á iiij
PREFACE.
Poëme , Critique , Differtations
, Fables , Contes & Hiftoriettes
; Extrait d'Hiftoires ,
de Romans , de Voyages ,
Aventures , Relations , Lettres
curieuſes , Découvertes nouvelles
, Expériences ; Piéces de
Théatres , Edits , Déclarations ,
Plaidoyers , Factums , Difcours
facrés & profanes , Nouvelles
publiques & particulieres , Piéces
originales , Dialogues , Généalogies
, Morts , Mariages ,
Queſtions , Problêmes jufques
à l'Enigme & la Chanfon ,
font du reffort du Mercure
& entrent naturellement & de
droit dans fon appanage
.
>
De forte que ce Livre , une
fois bien apprécié , eft comme
PREFACE.
un magafin public , où l'on
doit trouver fous la main , toutes
les nouveautez du tems .
Il faut que la vigilance de
l'Auteur à raffembler ce qui
s eft paffé de plus remarquable
pendant le mois , exempte
chaque particulier du foin qu'il
fe donnoit de recueillir les Piéces
fugitives , & qu'il s'en remette
à fa diligence.
On cite encore aujourd'huy
avec éloge l'ancien Mercure
François, compofé par J.Cayer ;
on a raiſon ; on reconnoît que
cet Ecrivain étoit exactement
informé de tous les événemens
les plus confidérables , qu'il a
prefque tous fondés fur des
Piéces originales .
PREFACE.
Je te donne , avertit - il , dans
fa Préface , toutes les chofes les
plusremarquables , avenuësdepuis
Pan 1604 , lesquelles mon Meffager
, que j'appelle Mercure François
, m'a apportees des quatres
parties du monde , en diverfes
langues , & quej'ai faites Frangoifes
à ma mode,le plus fuccinctement
que j'ai pû.
>
L'Ouvrage entier contient
25 vol . in - 8º commençant
depuis l'année 1605 , jufques à
la fin de 1644.
Ces Mémoires ainfi compilés
à la fin de chaque année
, devoient être d'autant
plus recherchés , que l'on ne
connoiffoit point alors les Gazettes
dont on doit l'infti-
>
PREFACE.
.
tution au célébre Monfieur
Renaudot.
Tel eft le Mercure de Victorio
Siri, dont les huit premiers
vol . in-4° intitulés , Memorie
reconditè , c'eft- à dire Mémoires
fécrets , reprennent les affaires
généralles depuis 1601 juſques
en 1640
Ces Mémoires furent fuivis
de quinze autres vol . in- 4® , ſous
le titre de , il Mercurio è vero
hiftoria de tempicorrenti ; c'eſt- à--
dire , l'Hiftoire de fon temps
depuis l'an 1635 , jufques en
1650 , mais ces deux Ouvrages
doivent être plûtôt confidérés ,
comme des corps d'hiftoires
univerfelles de leur fiécle ,
que comme des Journaux femPREFACE.
blables à ce nouveau Mercure
Celui- ci eft un Livre de tous
les mois , qui doit avoir pour
objet principale , d'égayer plûtôt
l'efprit par la légèreté des
matiéres , que de l'accabler
par des narrations hiftoriques
circonftanciées
.
&
trop
C'est ce qui détermina M. de
Vifé à le qualifier du nom de
Mercure Galant : comme le cours
d'une année auroit paru trop
long , pour répondre à l'impatience
de la Nation , il s'impofa
le pénible employ de le donner
au commencement de chaque
mois. Tout concouroit pour
lors à lui rendre ce projet d'une
facile execution ; les beaux efprits
de fon fiécle , tels que le
PREFACE .
*
,
Duc de S. Aignan , les Piliffens ,
Pavillons , Benferade , la Fontaine
, la Comteffe de la Sufe
M. Deshouliers & Mile
Scudery , &c . s'empreffoient
avec émulation à lui fournir
leurs Productions ; & les Armes
de la France profpérants de
toutes parts , il ne falloit pas
faire de grands efforts pour
remplir fon engagement au
terme prefcrit : auffi convienton
que les Recueils des cinq ou
fix premieres années qui ont le
moins couté à cet Auteur ,
font cependant à préfent les
plus recherchés ,
Dans la fuite , l'eftime que
l'on faifoit de ces Collections ,
ayant baiffé infenſiblement par
PREFACE.
l'alliage du mauvais avec le
bon , le bon s'en eft féparé ,
& le mauvais eft refté .
On crût pouvoir s'en paffer ,
en y fubftituant des Amplifi
cations de Gazettes , on pouffoit
les détails juſques aux minuties
; de forte que le Lecteur
inftruit par avance de ce qu'il
alloit lire , n'avoit pas fouvent
le courage d'en voir la fine
Ainfi une fine & délicate
Critique de quelque Livre
nouveau , ou de quelque Piéce
de Théatre , parroiffoit trop
fortir du ton ordinaire , pour
Y être inférée , on trouvoit qu'il
étoit plus à propos d'y placer
des louanges rebatuës & ufées ,
que de flater le goût des honPREFACE.
nêtes
gens , par des morceaux
de recherche .
Cette maniere de procéder ,
rebuta bientôt les perfonnes
à talents , d'hazarder leurs Piéces
au Tribunal du Mercure,
Il n'y eut plus que des Ecrivains
obfcurs & inconnus , qui
follicitaffent les Directeurs de
cet Ouvrage , de leur permettre
d y enregiſtrer leurs fades compofitions.
Il s'eft maintenu juſques à
ce jour dans cet état de décri ,
& je ne fçai fi je dois affez préfumer
de moi même , pour devoir
efpérer que je l'en retirerai.
Si pour le remettre en hon .
neur , il ne faut qu'entretenir
PREFACE.
des correfpondances , tant dans
les Païs Etrangers , que dans les
principalles Villes du Royaume,
inviter les gens de Lettres
à me fournir des fecours , &
furtout m'appliquer à être régulierement
informé de ce qui
fe paffe fur le grand Théatre
de Paris. Je puis prefques répondre
que j'en renderai par
la fuite un fidel compte .
Selon ce plan , à mesure que
ce nouveau Mercure ira en
avant , il doit faire de nouvelles
acquifitions au profit du
Lecteur ; ce fera ma faute , je
l'avoue , s'il décline , au lieu
d'augmenter.
Fermer
1793
p. 1-75
DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
Début :
Madame Dacier vient de donner au Public la traduction Françoise [...]
Mots clefs :
Poème épique, Prose, Poète, Courage, Homère, Personnages, Sentiments, Moeurs, Définitions, Aristote, Racine, Iliade, Odyssée, Morale, Doctrine, Tragédie, Vengeance, Cadavre, Allégorie, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
DISSERTATION
SUR
LE
POEME
EPIQUE
PAR - MONSIEUR L'ABBS DEPONS.
CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER
3 M
ADAME Dacier vient
de donner au Public la
traductionFrançoife de
POdiffée, foûtenue de remarques
Fanvier 1717.
B
2 LE NOUVEAU
utiles ; les unes hiftoriques , les
autres admiratives ; & le tout
du ton de fon Iliade . Je fuis
bien édifié de voir , que la révolte
des modernes conféderés
contre Homere , n'ait point
ébranle le courage de fa génereuſe
Interpréte ; elle fait tête
aux rebels dans une Préface ,
que fon parti regarde , comme
un chef- d'oeuvre dans le genre
Apologétique ; il ne faut pas s'imaginer
qu'elle fe faffe un devoir
d'y combattre aucune des
accufations , dont Mr l'Abbé
Terraffon a chargé le Chintre
d'Ilion ; ces accufations lui paroiffent
de nature à devoir tomber
d'elles - mêmes ; elle n'a
donc pas jugé à propos de les
MERCURE.
·3
relever : elle fait mieux , elle
les expie abondamment par les
loüanges les plus hautes , que
fon zele religieux prodigue à
l'offenfé dans tout le cours de
fa Préface .
Cette Préface eft diftribuée
en quatre parties . Dans la premiere
, aprés avoir tracé de fon
mieux, les régles du Poëme Epique
,
fuivant la Doctrine du
grand Ariftote , Madame Dacier
applique ces principes à nos
Romans & à nos Poëmes François
; de cette application il réfulte
, que nos Auteurs s'en font
écartez , d'où Madame Dacier
conclut , que nos Poëtes &
nos Romanciers ont méconnus
les régles du Poëme Epique
Bij
4 LE NOUVEAU
dictées par Ariftote .
Il me femble que Madame
Dacier fait ici une dépenfe affés
inutile . Elle fe fatigue à
prouver que nos Poëtes fe font
écartés de laDoctrine d'Ariftote.
Perfonne ne lui contefte ce fait ;
mais de ce fait même , elle en
conclut , un peu témérairement,
Ce me femble , que nos Poëtes
ont méconnus ces prétenduës
régles par eux violées . Madame
Dacier ne conçoit pas comment
un Poëte , qui auroit connu la
Poëtique d'Ariftote , auroit pû
ne pas fe laiffer entraîner au
charme de fes dogmes.
Mais examinons un peu ces
dogmes fi facrés pour Madame
Dacier. Comment nous défMERCURE.
ni- t'on le Poëme Epique ?
Le Poëme Epique , eſt un Difcours
entier en Vers , inventépour
former les maurs par des inftructions
déguisées fous Fallégorie
d'un action generale & des
plus grands perfonnages.
Voilà une définition appliquable
à une espéce particuliere
de Poëme Epique ; dans les vûës
de Madame Dacier , voilà l'Iliade
& l'Odiffée : mais ce n'eft
point là la définition du genre ,
enforte que tout Poëme , pour
être appellé Epique , doit avoir
la forme de' l'Iliade ou de l'Odiffée
, comme Madame Dacier
veut le penfer.
Poëme , eft un mot générique.
Il fe divife en deux eſpé6
LE NOUVEAU
ces l'une eft l'Epique , l'autre
le Dramatique .
Le Poëme Dramatique eft celui
dans lequel le Poete fait
parler les perfonnages de fon
action , fans leur prêter fon organe
comme relat ur. Telles
font les Piéces de Théatre , Comedies
, Tragédies , Eglogues
& autres Ouvrages en forme de
Dialogue.
Le Poëme Fpique , eft celui
dans lequel le Poëte eft relateur
de l'action ; tels font l'Iliade ,
la Pharfale , les Métamorphofes
, les Romans , les Eglogues &
indiftin &tement tous Ouvrages
dans lesquels le Poëte eft rela-
-teur.
Rendons cela fenfible à la faMERCURE.
7
c
veur des exemples . Les Eglogues
de Virgile font des Poëmes
, voilà le genre. Les unes
font Epiques , te les que fa
quatrième , où le Poëte eſt luimême
narrateur des merveilles
annoncées par la Sibille . Les
autres font Dramatiques , telles
que la troifiéme où des Bergers
fourniffent l'action par un dialogue
alternatif.
Cela étant bien entendu >
continuons , & difons que , de
même que le Poëme Dramatique
fe fubdivife en différentes
efpéces , qui confervent toujours
la dénomination générique
; il en eft de même du
Poëme pique.
Lorſque l'action du Poëme
8 LE NOUVE AU
Dramatique eft grande , & fe
paffe entre des hommes illuftres
, comme dans la Tragédie ;
on l'appelle Héroïque . Quand
l'action eft fimple & familiere
& fe paffe entre des Bergers
on l'apelle Paſtoral . Mais l'Eglogue
dialoguée , telle que la
troifiéme de Virgile , n'eft pas
moins un Poëme Dramatique ,
que la Tragédie d'Andromaque
.
Raifonnons de même du
Poëme Epique, & difons , que
la quatrié ne Eglogue de Virgile,
où le Poëte parle feul , n'eft
pas moins un Poëine Epique ,
que l'Iliade d'Homere , & que
ces deux Poëmes différent feu-
Tement , en ce que le dernier
cft
MERCURE.
eft dans l'efpéce Héroïque ;
l'autre dans l'efpéce Paſtorale .
Que ferons - nous à préfent
de la définition que Me Dacier
nous offre du Poëme Epique 2
Commençons par lui dire , que
cette définition n'eſt pas recevable
pour le Poëme Epique en
general ; nous verrons dans la
fuite , fi nous la devons adopter
pour l'efpéce de Poëme
Epique que nous venons d'appeller
Héroïque .
Les Erudits font comme les
Médecins , ils ont un idiome
incommunicable au vulgaire ,
ce qu'ils feroient aifément
comprendre en ufant des expreffions
reçûës , ils le rendent
in- intelligible par l'employ de
Fanvier 1717.
C
10 LE NOUVEAU
termes ignorés , qui ont euxmêmes
befoin d'être définis .
Qui ne croiroit, en entendant
la définition que Mde . Dacier
nous donne du Poëme Epique ,
qu'il y a d'importans myfteres
renfermez dans ces grands
mots , d'Inftructions déguisées
Sous l'allégorie d'une action génerale
, & desplus grands perfonnages
; furtout ce mot , d'Action
générale , èft bien embarraſſant
pour qui n'en a pas la clef;
nous allons voir à quoi tout
cela fe réduit , dépouillé de
fon fafte ténébreux
Parlons la langue que tout
le monde entend ; les matieres
que nous traitons ici , ne méritent
pas l'honneur du myftere .
MEECURE.
Il s'agit de fçavoir ce que
c'eft qu'un Poëme Epique Hé.
roïque ; un exemple va nous
en déveloper tout le Dogme :-
Feignons donc un Poëme dans
ce genre , en fuivant le procédé
de M. Racine.
Titus devenu maître d'époufer
Berenice , après la mort de
Vefpafien , fe fépare d'elle , &
facrifie le plus violent amour
à l'honneur de fon Trône , &
au refpect qu'il doit aux Romains.
Cette action de Titus me
frappe en grand ; j'en fais le
fujet de mon Poëme.
Ce fujer une fois choifi ; fi
l'on me demande dans quelle
efpéce fera mon Poëme Epi-
Cij
12 LE NOUVEAU
que ; je réponds qu'il fera dans
l'efpéce Héroïque , parce que
l'action par moi choifie , eft
grande , & qu'elle fe paffe
entre des perfonnes illuftres .
Je n'ai encore que le fujet
je veux donner à mon
Poëme une certaine étenduë .
J'imagine un tiffu ingénieux
d'événemens
, & de motifs qui
conduisent nos Amans à la féparation
douloureufe
& magnanime
, qui est mon objet : Ce
tiffu ingénieux eft appellé la
Fable du Poeme ; faifons notre
Fable : La voici .
du Dans les derniers temps
Regne de Vefpafien , Titus
fon fils devint éperdument
amoureux de Berenice Reipe
MERCURE.
13
de Paleſtine . Il n'oſa fe flater
que fon pere pût agréer qu'il
époufa cette Reine , tant un
pareil Hymenée étoit au- deffous
de l'héritier del'EmpireRomain;
il dulumula donc les conſeils
que lui donnoit fa paffion ; mais
Vefpafien étant mort , Titus fe
vit maître d'affocier fonAmante
à l'Empire..
Il employa les premiers jours
de fon Régne à méditer dans
la retraite , fur les devoirs attachez
au rang fupréme ; il s'en-
Alama de la paffion d'être un
jour les délices du genre humain.
Que deviendra Berenice ?
Vefpafien n'est plus , mais Titus
eft Empereur : La haine
vouée par les Romains au Sang
C iij
'4
LE NOUVEAU
des Rois , l'orgueil du Trône
des Céfars. Voilà de plus grands
obftacles.
Tandis qu'une foule idolatre
flate les voeux de Berenice ;
tandis que de lâches Courtifans
prévoyans fa grandeur
prochaine , viennent briguer fa
faveur; Titus s'arme contr'elle ,
des confeils d'un ami généreux ,
qui lui repréfente combien fon
alliance avec Berenice feroit
détestée de tout l'Empire ; il
lui met fous les yeux cette Loi .
inviolable , qui deffend aux
Romains toute alliance avec les
Rois : Il lui fait fentir enfin
ombien il lui feroit honteux
l'enfreindre la plus facrée des
oix Romaines , en montant
MERCURE.
35
au Trône d'où il doit les faire
respecter .
Titus affermi par ces Confeils
, fe détermine à voir Berenice
, pour rompre avec elle
tous engagemens & l'écarter
de la Cour.
L'Amante infortunée , qui
n'a rien foupçonné du coup
qui la menace , voyant paroître
Titus , le prévient par les empreffemens
les plus vifs ; les
larmes de joye qu'elle répand
à fa vûë, défarment fon courage.
Titus déconcerté foûpire ; il
attache fes yeux éperdus fur
la Reine , & n'a pas la force
de parler ; elle lui demande
avec les démonftrations les plus
endres , qu'elle eſt la cauſe
C iiij
16 LE NOUVEAU
de
de fon trouble ; Titus percé de
douleur , quitte Berenice & fe
retire dans fon Appartement .
L'ami généreux de Titus
lui pardonne un torrent
Jarmes , qu'il verfe fur le fort
de fa chere Berenice ; il doit
cette indulgence à l'Amant ,
mais il eft comptable à l'Empereur
d'un autre hommage ;
bientôt il allume dans l'ame
Héroïque de Titus , une paffion
plus délicieuſe encore que celle
qu'il fe propofe d'éteindre ; il
l'occupe du fpectacle raviffant
du monde entier , béniſſant le
Ciel , de lui avoir donné un
maître felon les voeux .
Titus a reprit tout fon courage
, mais il ne veut plus le
MERCURE. 17
commettre au danger où il a
fuccombé ; il charge fon Ami
d'annoncer la fatalle nouvelle
à Berenice .
Depuis que Titus l'a quittée ,
elle n'a pas ceffé de gémir ,
quoiqu'elle ne foupçonna rien
encore des deffeins de l'Empereur
; enfin l'Ami de Titus lui
révéle l'affreux myftere , & lui
dicte l'ordre funefte de quitter
la Cour.
La Reine demeure quelque
temps immobile , & comme infenfible
à ce récit . La douleur
qui la pénétre jufques au fonds
de l'ame , tarde quelque temps à
éclater au dehors : elle charge
froidement l'Ami de Titus d'affûrer
l'ingrat , qu'elle fçaura
8 LE NOUVEAU
obeïr à fes ordres .
Bien -tôt le Palais retentit
des cris funébres de la Reine
défefpérée ; on cft occupé à lui
êter les moyens de s'arracher
Titus frapé à mort, la vie • ·
& ne pouvant foûtenir le défelpoir
de fa chere Berenice
vient la trouver , & après avoir
effuyé les reproches les plus
pénétrans , il lui déclare qu'elle
ne doit plus penfer à fon Hymenée
, parce qu'il eft incompatible
avec l'Empire : Il ajoure
qu'il ne fera pas affés lâche
pour quitter le rang fupréme , &
pour la fuivre dans la Paleſtine ;
qu'elle rougiroit elle - même de
l'indignité de fon Efclave , que
tout ce qu'il peut faire pour
C
MERCURE. 19
elle , fans fe deshonnorer ,
c'eft de mourir , qu'il eft réfolu
de verfer fon fang à fes yeux ,
fi elle ne lui promet pas de
refpecter les propres jours , fi
elle ne fe fent pas le courage
de commander à ce défeſpoir
dont il nepeut foûtenir l'image.
Berenice qui croyoit Titus infidéle
, s'apperçoit qu'elle er
eft violemment aimée ; cela
fuffic pour calmer les douleurs ,
elle admire la haute vertu du
jeune Empereur. La gloite de
Céfar lui devient chere ; elle
s'arme de tout fon courage ;
fait taire fon amour , & fe retire
dans fes Etats.
Voilà la Fable de notre Poëme
:On voit donc ce que j'ai
20 LE NOUVEAU
voulu dire , lorfque je l'ai définie.
Le tiffu ingénieux des événements
, & des motifs qui conduifent
à l'action que le Poëte
s'eft proposé de célébrer . 1
Cette Fable que nous venons
de propofer pour exemple , eft
des plus fimples ; je l'ai choi
fie telle exprés , parce que la
propofant plus compofée , elle
nous auroit mené stropy loin.
Mais toute fimple qu'eft celleci
, on pourroit la rendre impléxe
, par
fodes .
le moyen des Epi-
J
Un Epiſode eft la partie d'une
Fable impléxe , qui fe lie heu.
reufement à l'action principale
du Poëme ; mais qui n'y eſt pas
abfolument néceffaire . Tel eft
MERCURE
. 21
l'Epiſode d'Antiochus
Roy de
Comagene, queM Racine introduit
dans fa Tragédie de Titus .
Nous l'avons ob nis dans notre
Fable , qui marche à fa fin ſans
fon fecours .
Les Epiſodes font d'une
grande reffource dans les Poëmes
, foit Epiques , foit Dramatiques
; mais il faut prendre
garde , qu'ils ne détournent
point trop l'attention voüée à
l'action principale ; car alors
ils opérent ce qu'on appelle duplicité
d'action & d'interêt .
Parlons à préfent des Carac
téres , des Sentiments , & des
Moeurs du Poëme . Les Docteurs
Litteraires , qui ont pris
Leut Licence chez Ariftote , y
22 LE NOUVEAU
trouvent de grands myſtéres ;
ils fe tourmentent fort , fouvent
même en vain , pour les
développer dans l'Idiome confus
de leur maître ; il n'y a pourtant
rien dans tout cela de fi
merveilleux. Continuons à parler
notre Langue.
Caractères dans le Poëme .
Les actions que l'on fait faire
à un perfonnage ; les motifs
qu'on donne à fes actions
les fentiments qu'on lui préte ,
en le faifant parler : tout cela
réüni , conftituë fon caractére
dans le Poëme. Par exemple ,
L'action de renvoyer Berenice
dans les Etats , la pouvant éle
MERCURE.
23
ver à l'Empire , n'eſt pas préci
fément ce qui caractérife Titus
dans notre Fable : il faut aller
chercher les motifs de cette
action , & les fentiments généreux
qu'il oppofe aux confeils
du plus violent Amour. Si nous
avions fuppofé la paffion de
Titus refroidie au moment
qu'il renvoye Berenice , il n'y
auroit eu rien d'extraordinaire
dans fon action , fi d'autre part ,
en lui laiffant la paffion la plus
violente , nous lui avions fait
chaffer Berenice par un motif
bas ou déraisonnable , nous refuferions
encore notre admiration
à un acte de courage
que la raifon ne pouroit adopter.
Nous avons donc donné à
24 LE NOUVEAU
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Anour
que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
: Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte
' est autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foit
moins favorable aux moeurs ,que
celui dont nous avons tracé l'e-
-xémple , il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Tadmiration & Famour , lorfque
fes perfonnages vicieux fe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717.
Ꭰ .
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
Le bon Homere que le peuple
érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
Achile après avoir tué
Hector , l'attache à fon Char .
圈
i quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eſt un Tigre barbares
MERCURE. 27
>
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds
Quidefa mainfanglanie, àſonCharfont liés .
La téte indignement trainoit dans la pouſſiere:
Sleil à tantd'horreur , prêtes - tu ta lumiere
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le comde
la vertu & du courage
pte
d'Achile le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector.
>
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
24
LE
NOUVEAU
6
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Ainour
que que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte ,
' eft autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foir
anoins favorable aux moeurs, que
celuidont nous avons tracé l'e-
-xémples il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Fadmiration
& Famour , lorf- •
que fes perfonnages
vicieux ſe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717 .
Ꭰ .
م ت
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
peu- Le bon Homere que le
ple érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
$
tué
Achile après avoir
Hector , l'attache à fon Char .
I quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eft un Tigre barbares
MERCURE. 27
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds ,
Quide fa main fanglan: e, àſonChar ſont liés .
La téte indignement trainoit dans lapoufiere:
Sleil à tant d'horreur , prétes-tu ta lumiere ;
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le compte
de la vertu & du courage
d'Achile
, le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector .
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
28 LE NOUVEAU
M. de la Motte , de vouloir réformer
la Morale des tems Héroïques
.
Ön étend communement au
delà de ces bornes , le devoir
moral des Poëtes , foit Epiques,
foit Dramatiques ; on veut
qu'ils difpofent leurs Fables ,
de maniere , que les perfonnages
vicieux de leurs Poëmes
fuccombent au gré de la haine
générale ; j'aime les Fables de
ce genre. Je me garderai pourtant
bien de foufcrire au fentiment
de ceux qui réprouvent
toute Fable , dans laquelle le
Héros vertueux feroit opprimé.
La Tragédie de Britannicus eft
de ce genre : la vertu y fuccombe
on verfe des pleurs fur
MERCURE. 29
un Prince digne d'un meilleur
fort , mais le fpectateur ne foupçonne
pas que le vice triomphe.
L'état où M. Racine repréſente
Neron après fon crime , déchiré
de remords , voulant attenter
fur fa propre vie , invefti
de la haine public , détéfté
d'Agrippine , de Burrhus même;
tout cela fatisfait l'horreur vengereffe
du fpectateur ; il ne
voudroit point à ce prix du
Thrône & de la vie que le
Poëte a la févérité de laiffer à
Neron .
Il y a donc moyen de faire
périr le Héros vertueux dans le
Poëme Epique , fans bleffer la
morale ; la Tragédie citée , en
30 LE NOUVEAU
eft la preuve. Car je ne penfe
pas qu'il y ait d'homme affés
déraisonnable , pour prétendre ,
que le Poeme Epique foit par
fa nature refferré dans des limites
plus étroites que le Dramatique
.
La conduite que Dieu tient
à l'égard des hommes , ne nous
doit affecter d'aucun fcandale ;
fa juftice étend fes droits fur
nous au delà de cette vie : n'héfitez
donc point à donner dans
un Poeme , le fpectacle attendriffant
d'un homme vertueux
fuccombant fous les traits des .
méchants ; nous verferons des
pleurs fur fa mort , ces pleurs
même vous attefteront notre
amour pour lui ; le vice triomMERCURE.
31
phant fera l'objet de notre
excécration . Les meurs de votre
Poëme font bonnes ; le devoir
moral y eft parfaitement
rempli.
des
Par le mot de Maurs , on
entend quelquefois parler des
Ufages , des Coûtumes
Préjugés , qui varient chez les
différents peuples . Ainfi l'on
appelleroit fauffes , les moeurs
d'un Poëme , dans lequel un
Auteur auroit transferé aux Romains
, les Uſages , les Coûtumes
, le Culte religieux , & tous
les préjugez des Grees .
Le mot de Meurs , appliqué
finguliérement aux perſonnages
tu Poëme , n'eft autre chofe,
que les penchants habituels ,
32 LE NOUVEAU
& les fentiments , qui conftituent
le caractére du perfonnage.
Voilà à quoi fe réduit fa
doctrine du Poëme Epique,
Que dif-je ? nous n'avons pas
fait encore ? Il nous refte une
queftion importante à traiter.
Que penferoit de nous M
Dacier ? fi nous n'avions ofés
commettre à fon exemple notre
jugement fur la fin générale
du Poëme Epique ?
Me Dacier fait honneur à
ce genre d'Ouvrage , du feul
deffein de former les moeurs :
elle s'appuie de l'exemple des
Poëmes d'Homere , où elie
trouve une inftruction continue .
J'avoue humblement que je
ne
MERCURE.
33
ne vois rien de fi édifiant dans
les Poëmes d'Homere . Je ne
erois pas , à beaucoup près ,
qu'on
'on le trouvât bien de les
ériger en Ouvrages Moraux .
Mais , quand même l'Iliade
& l'Odiffée ne
pêcheroient pas
contre le devoir inoral , comme
nous l'avons prétendu , on n'en
devroit pas conclure ? que le
Poete ne fe fut propofé , que
la fin d'inftruire.
Racine n'a point bleffé , la
morale dans fes Tragédies ; je
vois bien des gens qui les envifagent
comme des Poëmes favorables
aux inours ; mais ils
ne font
pas pour cela honneur
à Racine , de ne s'être propofé
aucune autre fin que l'inftruc-
E
Fanvier 1717.
34 LE NOUVEA
tion . La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs : il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiffent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur.
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'infint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages ; dela ' vient
que l'attention aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale .
Je crois donc que
dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propoſent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'est - àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments.
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui .
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme fe fuit ,
pour ainsi dire , lui- même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueuſement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
MERCURE .
37
courage & de vertu , dans les
Poëmes & autres Ouvrages
tranfportent mon ame , & lui.
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné. J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E lij
34 LE NOUVEAU
1
tion. La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs: il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiflent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur .
>
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'inftint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages' ; dela ' vient
que l'attention' aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale.
9
Je crois donc que dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propofent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'eſt- àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
1
F
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui.
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme ſe fuit , fe
pour ainsi dire , lui - même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueufement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
74
1
MERCURE.
37
courage & de vertu , dans les
Poemes & autres Ouvrages,
tranſportent mon ame , & lui .
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné . J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis ,
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E iij
38 LE NOUVEAU
pourquoi l'on me fait plaifir ,
en excitant en moi la terreur,
& la compaffion ; fentiments
triftes , affections douloureuſes :
Par exemple , fi le Héros vertueux
fur qui j'ai épuifé mon admiration
, fe trouve en péril , je
tremble pour fes jours ; s'il fuccombe
au péril , je pleure fa
difgrace. Pourquoi éprouvai-je
une fecréte joye en verfant ces
pleurs fignes ordinaires de la
douleur. D'où vient cette confolation
intime , qui me rend délicieux
, le trouble que j'éprouve ?
Nous avons déja vû par la
réponse à la premiere Queftion ,
d'où viennent ces liens d'Amour
& de refpe & , qui m'attachent
à mon Héros . Nous ne
MERCURE. 39
faifons plus qu'un , lui & moi ...
mon orgueil m'engage dans
tous fes perils. Je me fuis trouvé
digne de courir avec lui la mê
me fortune . Ma terreur dans
nos communs dangers , eft foûtenue
de l'efpoir du triomphe ,
& du fentiment de mon propre
courage . Mais fi mon Héros
vient à périr , là je me fépare
de lui ; je verfe quelques pleurs
fur l'Amy que la mort m'enléve,
mais je m'apperçois en même
temps qu'elle m'a épargné : je
Compare le fort du Héros avee
le mien. Cette comparaifon
m'avertit , qu'il y a des hommes
moins heureux que moi .
Voilà la fource de cette confolation
fécrette , qui accompa
Eiiij
40 LE NOUVEAU
gne mes pleurs .
J'aurois quelque penchant à
parcourir tous les différents
ébranlements que notre ame reçoit
à l'occafiondes objets étrangers
& de les rappeller tous à
mon Hypotéle Métaphifique :
je me flate que ces détails auroient
quelque agrément , & je
céde à la tentation de donner un
jour à cela tout fon dévelopement
dans une Differtation particuliere.
Revenons à M. Dacier ; vous
prétendés , Madame , que la
fin du Poëme Epique , n'eft autre
que , le deffein de former les
moeurs :: pour être en droit d'attefter
cette vérité générale
vous croyés , qu'il vous fuffit
>
MERCURE.
41
de nous prouver , qu'Homérë
ne s'eft propofé , que cette vûe
dans l'Iliade & dans l'Odiffée.
Mais comment nous prouvezvous
, qu'Homere ne s'eft рго-
pofé dans fes Poëmes , que le
deffein d'inftruire ? Ecoutons.
Du tems d'Homere , les
Grecs étoient divifez enplu
fieurs Etats, independents les
uns des autres , & ces Etats
étoient fouvent obligez de fe
réünir contre un ennemi commun
. Homere pour leur prouver
la nécessité de demeurer
imagina la Fable géunis
>
nerale que voici.
42 LE NOUVEAU.
1
Deux Chefs d'une même
Armée, fe querellent , l'ennemi
commun profite de leur diffention
, remporte fur leur
parti de grands avantages. Les
deux Chefs fe raccommodent ,
étans réunis , ils chaffent
leur ennemi commun , & remportent
enfin la victoire.
Cette Fable , continuë M.
Dacier , eft générale , c'eſtà-
dire , qu'elle convient à tour
le monde , petits & grands ;
car les petits ne font pas moins
fujers que les grands , à voir
ruiner leurs affaires , ou par
و ا
MERCURE. 43
la colere , ou par la diffention :
Ils n'ont pas moins befoin de
ces leçons d'Homere , & ils
font aussi capables d'en profiter
; utilité qu'on ne sçauroit
tirer des actions particulieres :
En effet , qu'on faffe un Poeme
fur une action de Cefar,
de Pompée , ou d'Alcibiade
quel bien celapoura-t'il faire à
particulier ... Mais quoi-.
que la Fable foit générale , il
faut la rendre particuliere par
l'impofition des noms.
un
•
;
Par exemple , voici com
ment Homere rend fa Fable
44 LE NOUVEAU
particuliere... Il auroit pû la métrefous
le nom des fept Chefs ,
qui marcherent contre Thebes ...
Il la met fous le nom des
Heros , qui allérent conqué.
rir le Royaume de Priam .
Agamemnon & Achille font
les deux Chefs, qui fe querellent,
les Troyens profitent de leur
diffention, & font vainqueurs.
Agamemnon & Achilleſe réconcilient
, étans réunis ,
les Troyens font défaits.
> Je voudrois bien fçavoir
qui a revelé à Mde, Dacier ce
procédé fi fingulier d'Homére .
Il s'eft propofé , dit - elle , de
MERCURE. 45
réunir les Princes de la Gréce
divifez entr'eux ; cela pourroit
être abfolument; je ne trouverois
pas étrange , qu'on foupçonna
Homere , d'avoir conçû tout
fon Ouvrage pour cette fin politique
, mais il me paroît que
Mde Dacier n'eft pas fondée à
nous l'affirmer avec tant de
confiance puiſque nous ne
trouvons dans l'Iliade aucune
trace diftincte de ce deffein .
Nous n'y cherchons pas tant
de fineffes , nous autres bonnes
gens nous penfons que l'Auteur
a voulu feulement amuſer
les Grecs par le récit des exploits
guérriers de leurs Ayeux.
Il recueillit dans fon Poeme
tout ce que la tradition alors
46 LE NOUVEAU
confufe , lui pûtfournir fur lafameuſe
Guerre de Troye : il af
focia les faits Hiftoriques à des
fictions variées : il fit aux Héros
, agiffant dans fon Poëme ,
l'honneur de leur donner les
Dieux pour Alliés . Alliance
impie , qui avilliffoit ces mêmes
Dieux, en les rendant baffement
complices de la fureur , de l'injuftice
, de tous les excés de
l'une & de l'autre Armée . De là,
tant de miracles abfurdes &
puerils ; delà , ce bas merveilleux
, qui tout indigne qu'il eft,
d'un âge tel que le notre , étoit
trés propre à entraîner l'admiration
, & à furprendre la crédulité
d'un fiécle auffi fuperftitieux
, auffi ignorant , que l'éMERCURE
.
47
toit le fien . Nous ne femmes
donc point étonnés , que des
fiécles groffiers , ayent adoré
les Poemes d'Homere . Mais
nous ne concevons pas bien ,
comment dans ces derniers
temps , la premiere ébauche de
l'Art naiffant , eft encore l'objet
du culte d'un fi grand peu .
ple. Je dis du culte ; car Meffieurs
les Erudits ne veulent entrer
en aucune compofition
avec leur . Siécle ; ils adorent
tout indiftinctement dans Homere
les abfurdités les plus
groffieres ; les fictions les plus
fcandaleuſes , font pour eux
des Allégories faintes . Ils érigeroient
volontiers l'Iliade en
Catechifme moral .
48 LE NOUVEAU
Revenons donc à Mde Dacier,
vous prétendés , Madame , que
l'on ne peut pas tirer des actions
particulieres , le même
fruit moral,que pourroient donner
les actions générales Si
cette propofition étoit vraye ,
deviendroit votre chere
que
Iliade ? Car envain avés vous
fait l'Apologie de la Fable generale
de ce Poëme. Vous êtes
convenue , que cette Fable generale
devenoit particuliere
dans le Poëme appliqué à des
perfonnages déterminez ? Que
devient donc la morale de cette
Fable generalement conçûë ?
S'évanouit elle dans le Poëme
par la fatale impofition des
noms aux perfonnages ? Vous
MERCURE. ' 49
n'avez pas apperçeu cette conféquence
; mais nous allons
vous relever de cette'inattention.
Nous tirerons de péril la
pauvre Iliade , en vous prouvant
, par un exemple , que les
actions particulieres ,ne font pas
moins morales & inftructives
que les actions générales .
Si je voulois donner une leçon
de clemence à un homme
vindicatif , je lui citerois le
grand exemple d'Augufte , qui
pouvant faire périr juftement
le confpirateur Cinna , lui pardonne
fon attentat , & rachette
fon amour à force de bienfaits .
L'homme à qui je citerois cette
action particuliere d'Augufte
trouveroit t- il quelque obftacle
Fanvier 1717.
F
50
LE NOUVEAU
à fe l'appliquer ? Oui , fans dou
te , me dira Madame Dacier ;
fi vous voulez que l'action
l'inftruife , propofez - là géneralement
fans l'appliquer à Augufte.
Effayons donc.
Un homme pouvant juſtement
faire périr fon ennemi , lui pardonna
& racheta fon amour à
force de bienfaits .
Je m'en rapporte ici à M.
Dacier même. Je fuis bien perfuadé
que pour peu qu'elle y
faffe attention , elle fentira qué
ma leçon particuliere vaut bien
fa leçon génerale.
Nous dirons donc des actions
particulieres,comme des actions
génerales ; qu'elles inftruifent
allegoriquement ; c'est à dire ,
MERCURE.
par l'application que chacun
peut s'en faire à lui- même. Paf
fons à autre chofe.
Nous avons
prétendu que
l'action du Poëme Epique , confideré
dans l'efpece heroïque ,
devoit être illuftre & fe paffer
entre de grands Perfonnages.
Me Dacier eft d'accord avec
nous fur la qualité des Perfonnages
, mais elle n'accorde pas ,
que l'action du Poëme doive être
grande.... Il n'eft pas necef
faire que l'action du Poeme
Epique foir illuftre & importante
par elle-même , puifqu'au
contraire elle peut être fimple
commune
mais il faut
Fij
52 LE NOUVEAU
qu'elle le foitpar la qualité des
Perfonnages. Ausfi Horace at-
il dit aprés Ariftote : Res
gefta Regumque , Ducumque.
Cela eftfi vrai, que l'aétion
la plus éclatante d'un
fimple Bourgeois , ne pourra
jamais faire le fujet d'un Poeme
Epique ; & que l'action
la plus fimple d'un Roy
d'un General d'Armée le fera
toûjours avec fuccés.
>
Je veux bien convenir avec
Me Dacier que , l'action la plus
fimple d'un Roi , ou d'un General
d'Armée , peut faire le fujet d'un
Poëme Epique , mais je prends
MERCURE.
53
la liberté de douter que ce
Poëme fit une grande fortune.
Les grands noms n'intéreffent
guéres , s'ils font mariez à des
actions communes . J'ofe affûrer
au contraire , que fi vous faifiez
agir dans un Poëme un nom
ignoré, un Perfonnage fans titre ,
d'une maniére vraiment grande ;
bien-tôt fes actions illuftres le
groffiroient à votre imagination ;
bien-tôt vous verriez en lui un
Souverain digne du plus refpectueux
hommage .
Concluons donc , que les
perfonnages du Poëme héroïque
, doivent être illuftres ; mais
que fi l'on veut que le Poëme
plaife, les perfonnages y doivent
agir héroïquement . Le trait ciLE
NOUVEAU
14
té d'Horace , ne dit rien de
contraire à cette décifion .
Voyons maintenant de combien
nous fommes diftants de
la doctrine de Me Dacier , fur
le Poëme Epique : Elle le dé
finit comme nous avons vû.
Un difcours en Vers , inventépourformer
les moeurs ,
par des inftructions déguifees
fous l'allégorie d'une action
générale , des plus grands
perfonnages.
Nous avons fait voir d'abord,
que M. Dacier applique au
genre une définition , qui n'eft
recevable que pour une efpéce
particuliere . Nous avons fixé
cette définition à l'efpéce hé.
MERCURE.
SS
•
*་
roïque . Nous avons prétendu
que le deffein des Poëtes dans
ce genre d'Ouvrage , étoit moins
l'inftruction des Lecteurs , que
leur plaifir.
Nous avons expliqué comment
la Fable Epique peut être
utile aux moeurs , fans qu'on
doive en tenir grand compte
aux Poëtes , & leur faire honneur
du feul deffein d'inftruire.
Nous avons dit en quel fens
la Fable Epique inftruit allegoriquement
; & de notre explication
, il réfulte que ces
grands mots d'Inftructions déguifés
fous l'Allegorie , ne difent
rien de fi important , puifque
tout récit eft néceffairement
allégorique dans le même fens
ማ
56 LE NOUVEAU
1
que l'Iliade & l'Odiffée.
Nous avons prouvé par les
principes mêmes de Mc Dacier,
que l'action du Poëme Epique
n'eft point générale , mais par
ticuliere : Enfin, nous avons ofés
prétendre , qu'il ne fuffifoit pas
pour faire un bon Poëme héroïque
, qu'on y introduifit des
perfonnages illuftres , qu'il falloit
encore les faire agir héroïquement.
Que nous refte-.
t'il donc de la définition donnée
par Me Dacier , dont nous
n'ayons point parlé ? Je n'y vois
plus que ces mots .... C'est
un difcours en Vers.
Me Dacier eft ici un peu embarraffée
; car Ariftote a précendu
que le Poëme Epique fe
fert
MERCURE.
ST
fert du difcours en Vers ou en
Profe . Cette autorité arrache à
Ms Dacier l'aveu , que l'Iliade
&l'Odiffée ne ceffent pas d'être
des Poëmes Epiques dans fes
Traductions en Profe.
Mais l'expérience a prouvé ,
dit-elle , que les Vers lui conviennent
davantage , parce
qu'ils donnent plus de majesté
de grandeur , & qu'ils
fourniffent plus de reffources
que la Profe.
Eft- il bien vrai que les Vers
donnent plus de grandeur & de
majesté aux Poëmes ? leurs fourniffent
- ils en effet plus de ref-
Sources que la Profe Exami
nons un peu les avantages réels
Fanvier 1717 .
G
58 LE NOUVEAU
de l'un & de l'autre langage ,
& voyons fi la Profe vaincue
doit céder aux Vers fes droits
fur quelque genre .
Les Vers font diftinguez de
la Profe , par la fingularité des
nombres auxquels l'Art arbitraire
les a affujettis , & par la terminaifon
uniforme qui conftitue
la Rime. Ces nombres &
cette Rime donnent à la diction
un air contraint & bizarre , qui
loin de plaire à qui n'y feroit
pas habitué , lui cauferoit au
contraire un fentiment defagréable
, qu'il trouveroit moyen
de juftifier. A quoi bon , s'écriroit-
il à quoi bon cet art pénible
, qui fait perdre aux penfées
leur vérité & leur grace
;
MERCURE.
59
naturelles ? Depuis quand s'efton
avifé de faire plier la raifon
fous le joug d'un langage follement
mefuré ? ce qu'on peut
me dire avec élégance dans l'idiome
ordinaire , fans fe donner
beaucoup de peine ; pourquoi
me le préfenter dans un`
langage effrayant , qui porte avee
lui l'appareil du travail & de
l'affectation ? Le retour importun
de la Rime , la répétition
des mêmes nombres dans chacune
de vos frafes , me fatiguent
& m'ennuyent ; que pourrionsnous
répondre à ces reproches ?
Vous n'êtes pas accoûtumé,
Monfieur , à ce langage que vous
nommez bizarre ; lorfque vous
vous ferez familiarifé avec lui
Gij
Go LE NOUVEAU
Un
par la lecture des bons Poëtes ,
ce qu'il a de contraint & d'affeté
, difparoîtra pour vous.
jour vous vous plairez à marquer
cette folle meſure des Vers
en les prononçant fur des tons
plus foûtenus que la Profe ; vous
tiendrez grand compre au Poëte
d'avoir furmonté les difficultez
de cet Art même , pour lequel
vous marquez tant d'averfion &
de mépris .
Les Vers ne plaifent point par
eux-mêmes , il nous a fallu un
long commerce avec eux pour
n'être guéres choqué de leur
démarche affectée , de leur air
Contraint. Quelque- variées que
foient les chofes qu'ils nous
préfentent , nous fommes touMERCURE
. GI
jours un peu bleffés de les voir
paroître fous des fignes fi uniformes
: la répétition obſtinée
des mêmes nombres & des mêmes
terminaifons , eft encore
pour nous aujourd'hui une fource
d'ennui . Pourquoi néanmoins
les aimons- nous , ces Vers , avec
tant de défauts que nous leur
reconnoiffons
? Préparons notre
réponſe par un exemple.
Un Danfeur de corde ne
danfe pas , à beaucoup prés , fur
la corde , avec des mouvemens
auffi variez qu'il pourroit le faire
fur un vafte Théatre . Il eft renfermé
dans les bornes étroites
d'une ligne qu'il parcourt en
avant & en arriere , fans pouvoir
préfenter le front à fa droite & à
Giij
62 LE NOUVEAU
fa gauche ; l'attention qu'il eft
forcé de donner au péril de fon
Art , lui dérobe les graces libres
& enjoüées des bras & du vifage
: il a l'air inquiet & fouffrant;
cependant il plaît , il amuſe le
fpectateur. Ce n'eſt pas précifément
le Danfeur qu'on admire
ici ; on n'eft occupé que de la
difficulté qu'il furmonte , du
danger qu'il brave ; enforte que
fi la corde fufpenduë , ceffoit de
paroître dangereufement diftante
du plancher , le fpectacle
ne feroit plus fi interreffant :
notre homme pourroit encore
étonner par fon adreffe , mais il
perdroit le mérite du courage .
Appliquons ceci au Poëte . Il
nous plaît , quoique fouvent il
MERCURE. 63
1
nous parle avec moins d'élégance
que le Profateur . Nous nous
plaifons à le voir luter contre
les difficultez d'un art indu- .
ſtrieux & pénible . Il n'y a point
ici de péril comme dans l'exemple
propofé . C'eſt un ſpectacle
de pure induftrie ; ce reffort
fuffit à nous émouvoir . Quand
une penſée fe trouve à quelque
chofe prés , auffi bien exprimée
en Vers , qu'elle pourroit l'être
en Profe , on applaudit au fuccés
du Poëte ; on lui voue fon
indulgence ; on lui permet de
grimacer de tems à autres ; les
expreffions impropres font chez
lui de légeres fautes ; les conftruction's
inufitées deviennent
fes priviléges ; par Exemple.
Giiij
64 LE NOUVEAU
C'eft envain qu'au Parnaffe un teméraire,
Auteur.
Penfe de l'art des Vers atteindre la hauteur
La hauteur d'un art , voilà une
expreffion impropre , que la rime
ameine ici contre le gré de
M. Defpreaux ,
Ce fils que de fa flame il me donna pour
gage,
Helas je m'en fouviens , le jour que fon
courage.
C'eft la Rime qui fait préfent
à l'élégant Racine de cette
conftruction inufitée & violente,
il auroit fallu dire ...
Ce fils qu'il me donna pour
gage defa flame.
MERCURE.
65
Il eft bon de remarquer ,
qu'une expreffion n'eft élégante
en Vers , qu'autant qu'elle pourroit
être employée avec grace
dans la Profe ; le Profateur & le
Poëte ont un Dictionaire commun
.
Il ne faut pas juger de même
des conftructions . On a accordé
aux Poëtes le droit de les
varier un peu plus que ne fait
la Profe , comme dans les Vers
fuivants.
Du fein de la terre entrouverte ,
Chers inftruments de notre pérte ,
L'argent & l'or font arrachés ,
On les tire de ces abîmes ,
Od fage & prévoyant nos crimes,
La nature les a cachez.
66 LE NOUVEAU
M. de la Motte n'a pas excédé
ici les bornes du droit accordé
aux Vers ; néanmoins la
Profe nefe permettroit pas cette
conftruction ; voici comme elic
parleróit ...
L'argent && l'or chers inftruments
de notre perte , font
arrachez du fein de la terre ,
on les tire de ces abîmes ou la
nature fage
a cachez.
prévoyante les
Que les Poëtes ne tirent point
vanité de ce droit interdit à la
Profe Ce droit - même attefte
la mifere de leur art ; mifere , au
befoin de laquelle nous avons
:
MERCURE. 67
ac
été forcés de faire plier la Régle
Françoife , qui veut qu'on
foulage l'attention , par une conbftruction
aisée , qui préſente à
quelque chofe prés , les idées
dans leur ordre naturel .
S'il étoit poffible que les Vers
n'ufaffent jamais de cette liberté
, ils nen feroient que plus
parfaits . Quand j'en trouve une
fuite nombreufe , dont les conftructions
pourroient être adoptées
par la Profe , j'applaudis
au prodige .
On croit communément que
la Profe eft fubordonnée aux
Vers ; qu'il ne lui fiéd pas de
prendre certain effor ; quelle
doit être humble & retenuë ,
en traittant le même fujet fur
68 LE NOUVEAU
lequel les Vers parleroient impérieufement.
On s'imagine
que les fictions ingénieuſes , les
Figures hardies , les Images brillantes
, font l'apanage des Vers ,
que la Profe n'a pas même droit
à ces richeffes , préjugé le plus
déraisonnable , & peut être le
plus univerfel qui ait jamais obfédé
les Gens de Lettres . Me.
Dacier eft dans cette illufion
générale , lorfqu'elle nous dit ,
que les Vers donnent plus de
grandeur , & de majefte , qu'ils
fourniroient plus de refources
au Poëme , que la Profe.
Pour moi , j'ofe penfer , que
la Profe & les Vers , n'ont pár
eux- mêmes aucun ton déterminé
, & qu'ils le reçoivent des
MERCURE. 69
fujets différents , fur lefquels
ils s'exercent . Si vous voulés
traiter un fujet galant , demandés
à votre génie les graces ba
dines propres
à ce genre , des
images fimples , des idées naïyes.
Voulés - vous chanter une
action Heroïque , montés votre
génie au ton que demande
votre fujet ; vous nous parlerés
avec majefté ; vos fictions feront
nobles & hardies ; vos images
fomptueufes , vos figures
éclatantes ; ce n'est point de
l'Art des Vers , que vous empruntés
le droit de me parler
ici avec tant de fafte ; c'eſt
de la grandeur de l'action que
vous célébrés .
Feu M. de Fenelon nous a
70 LE NOUVEAU
donné en Profe les Avantures de
Telemaque . Ce Poëme devroit
avoir fait foupçonner aux Gens
de Lettres , que les Vers n'ont
aucunes richeffes , qui n'appartiennent
à la Profe ,
dont elle ne fçache uſer avec
fuccés .
82
L'orfque j'ai cité au préjugé
l'exemple du Telemaque François
, il m'a répondu , que ce
Poëme étoit écrit en Vers , à la
mefure & à la Rime prés . Que
me veut-on dire par . là ? finon
que la Profe eft en droit de
parler du même ton que les
Vers , & qu'elle n'en eft diftinguée
que par la meſure & par
la rime.
On voit par tout ce que je
MERCURE.
71
viens de dire , combien je fuis
éloigné de penfer avec M'Dacier
, que la Profe doive faire
aux Vers les honneurs du Poëme
Epique. Je foûtiens qu'elle a
droit fur tous genres d'Ouvrages
indiftinctement ; qu'elle
a feule l'ufage libre de toutes
les richeffes de l'efprit ; que
n'étant afſervie à aucun joug ,
elle ne trouve jamais d'obftacles
à exprimer ce que le génie
lui préfente ; elle n'eft jamais
forcée de rejetter les expreffions
propres & les tours uniques
que demande nt les idées fucceffives
& les fentiments variez
que fes fujets embraffent ,
Il n'en eft pas de même des
Vers ; leur afferviffement
à la
72 LE NOUVEAU
4
mefure & à la rime les force
fouvent à fubftituer aux expreffions
& aux tours propres , de
faux équivalents : une penfée.
fine , un fentiment vif , qui n'échaperoit
pas au Profateur maître
de fa diction , échape fouvent
au Verfificateur impuffant
à les exprimer.
Je crois done que l'Art des
Vers eft un Art frivole , que fi
les hommes étoient convenus de
le profcrire , non feulement
nous ne perdrions rien , mais
que nous gagnerions beaucoup.
Forcez de parler le langage di-
λté par la nature , nous traite.
rions tous les genres en Profe
avec d'autant plus de convenan
ge & de verité , que la varieté
dc
MERCURE.
73
L
de nos fignes répondroit mieux
à la varieté de nos fentimens &
de nos penſées ; avec d'autant
plus d'élégance , que nous ne
ferions jamais impuiffans à exprimer
ce que le génie nous
offriroit d'heureux ; avec d'autant
plus de clarté , que maîtres
de nos conftructions , nous pré
fenterions toûjours les idées
dans leur ordre naturel .
On pourroit ſoupçonner en
m'entendant parler , comme je
fais que , je n'ai pas grand commerce
avec les Vers ; & que
faute de cette habitude enchantereffe
dont j'ai parlé , je ne fuis
point la duppe de leurs graces
contraintes . J'avoue fincerement
ici que je fuis depuis long-
Fanvier 17 17.
3
H
74 LE NOUVEAU
temps dans l'illufion
la plus favorable
à l'Art que je condamne
; l'habitude
a fait fur moi , ce
qu'elle
fait fur tous les autres
hommes
je me plais à voir
lutter nos excellens
Poëtes
conleur
optre
les difficultez
que
pofent
la meſure
& la rime. Je
fuis frappé d'étonnement
toutes
les fois que je vois la raifon &
Les graces
dociles
plier fous le
joug
bizarre
; je ferois dans le
raviffement
, fi dans un long
Ouvrage
, le Poëte ne me laiffoit
rien défirer
de cette jufteffe,
de cet ordre , de cette clarté ,
cette élegance
dont la Profe eft
toûjours
comptable
. Je defire
l'impoffible
, me dirá- t - on ? à la
bonne
heure. Mais files Vers
de
MERCURE. 75
ne peuvent atteindre à la perfe
ation réelle de la Profe , pourquoi
ne me parle-t- on pas en
Profesi
Je ne me fuis point propofe
de faire un extrait complet de
la Preface de M Dacier fur
l'Odiffée ; j'ai voulu feulement
combattre les principes qu'elle
nous Y donne fur le Poëme
Epique. Heft bon d'avertir que
Mc. Dacier tient fa doctrine du
tque fi elle
grand Ariftote ,
étoit convaincuë dans ma Dif
fertation de quelques erreurs , il
ne faudroit point les mettre fur
le compte de fon jugement ,
elle eft dans l'habitude de recevoir
fans aucun examen tous les
Dogines de ce Docteur.
SUR
LE
POEME
EPIQUE
PAR - MONSIEUR L'ABBS DEPONS.
CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER
3 M
ADAME Dacier vient
de donner au Public la
traductionFrançoife de
POdiffée, foûtenue de remarques
Fanvier 1717.
B
2 LE NOUVEAU
utiles ; les unes hiftoriques , les
autres admiratives ; & le tout
du ton de fon Iliade . Je fuis
bien édifié de voir , que la révolte
des modernes conféderés
contre Homere , n'ait point
ébranle le courage de fa génereuſe
Interpréte ; elle fait tête
aux rebels dans une Préface ,
que fon parti regarde , comme
un chef- d'oeuvre dans le genre
Apologétique ; il ne faut pas s'imaginer
qu'elle fe faffe un devoir
d'y combattre aucune des
accufations , dont Mr l'Abbé
Terraffon a chargé le Chintre
d'Ilion ; ces accufations lui paroiffent
de nature à devoir tomber
d'elles - mêmes ; elle n'a
donc pas jugé à propos de les
MERCURE.
·3
relever : elle fait mieux , elle
les expie abondamment par les
loüanges les plus hautes , que
fon zele religieux prodigue à
l'offenfé dans tout le cours de
fa Préface .
Cette Préface eft diftribuée
en quatre parties . Dans la premiere
, aprés avoir tracé de fon
mieux, les régles du Poëme Epique
,
fuivant la Doctrine du
grand Ariftote , Madame Dacier
applique ces principes à nos
Romans & à nos Poëmes François
; de cette application il réfulte
, que nos Auteurs s'en font
écartez , d'où Madame Dacier
conclut , que nos Poëtes &
nos Romanciers ont méconnus
les régles du Poëme Epique
Bij
4 LE NOUVEAU
dictées par Ariftote .
Il me femble que Madame
Dacier fait ici une dépenfe affés
inutile . Elle fe fatigue à
prouver que nos Poëtes fe font
écartés de laDoctrine d'Ariftote.
Perfonne ne lui contefte ce fait ;
mais de ce fait même , elle en
conclut , un peu témérairement,
Ce me femble , que nos Poëtes
ont méconnus ces prétenduës
régles par eux violées . Madame
Dacier ne conçoit pas comment
un Poëte , qui auroit connu la
Poëtique d'Ariftote , auroit pû
ne pas fe laiffer entraîner au
charme de fes dogmes.
Mais examinons un peu ces
dogmes fi facrés pour Madame
Dacier. Comment nous défMERCURE.
ni- t'on le Poëme Epique ?
Le Poëme Epique , eſt un Difcours
entier en Vers , inventépour
former les maurs par des inftructions
déguisées fous Fallégorie
d'un action generale & des
plus grands perfonnages.
Voilà une définition appliquable
à une espéce particuliere
de Poëme Epique ; dans les vûës
de Madame Dacier , voilà l'Iliade
& l'Odiffée : mais ce n'eft
point là la définition du genre ,
enforte que tout Poëme , pour
être appellé Epique , doit avoir
la forme de' l'Iliade ou de l'Odiffée
, comme Madame Dacier
veut le penfer.
Poëme , eft un mot générique.
Il fe divife en deux eſpé6
LE NOUVEAU
ces l'une eft l'Epique , l'autre
le Dramatique .
Le Poëme Dramatique eft celui
dans lequel le Poete fait
parler les perfonnages de fon
action , fans leur prêter fon organe
comme relat ur. Telles
font les Piéces de Théatre , Comedies
, Tragédies , Eglogues
& autres Ouvrages en forme de
Dialogue.
Le Poëme Fpique , eft celui
dans lequel le Poëte eft relateur
de l'action ; tels font l'Iliade ,
la Pharfale , les Métamorphofes
, les Romans , les Eglogues &
indiftin &tement tous Ouvrages
dans lesquels le Poëte eft rela-
-teur.
Rendons cela fenfible à la faMERCURE.
7
c
veur des exemples . Les Eglogues
de Virgile font des Poëmes
, voilà le genre. Les unes
font Epiques , te les que fa
quatrième , où le Poëte eſt luimême
narrateur des merveilles
annoncées par la Sibille . Les
autres font Dramatiques , telles
que la troifiéme où des Bergers
fourniffent l'action par un dialogue
alternatif.
Cela étant bien entendu >
continuons , & difons que , de
même que le Poëme Dramatique
fe fubdivife en différentes
efpéces , qui confervent toujours
la dénomination générique
; il en eft de même du
Poëme pique.
Lorſque l'action du Poëme
8 LE NOUVE AU
Dramatique eft grande , & fe
paffe entre des hommes illuftres
, comme dans la Tragédie ;
on l'appelle Héroïque . Quand
l'action eft fimple & familiere
& fe paffe entre des Bergers
on l'apelle Paſtoral . Mais l'Eglogue
dialoguée , telle que la
troifiéme de Virgile , n'eft pas
moins un Poëme Dramatique ,
que la Tragédie d'Andromaque
.
Raifonnons de même du
Poëme Epique, & difons , que
la quatrié ne Eglogue de Virgile,
où le Poëte parle feul , n'eft
pas moins un Poëine Epique ,
que l'Iliade d'Homere , & que
ces deux Poëmes différent feu-
Tement , en ce que le dernier
cft
MERCURE.
eft dans l'efpéce Héroïque ;
l'autre dans l'efpéce Paſtorale .
Que ferons - nous à préfent
de la définition que Me Dacier
nous offre du Poëme Epique 2
Commençons par lui dire , que
cette définition n'eſt pas recevable
pour le Poëme Epique en
general ; nous verrons dans la
fuite , fi nous la devons adopter
pour l'efpéce de Poëme
Epique que nous venons d'appeller
Héroïque .
Les Erudits font comme les
Médecins , ils ont un idiome
incommunicable au vulgaire ,
ce qu'ils feroient aifément
comprendre en ufant des expreffions
reçûës , ils le rendent
in- intelligible par l'employ de
Fanvier 1717.
C
10 LE NOUVEAU
termes ignorés , qui ont euxmêmes
befoin d'être définis .
Qui ne croiroit, en entendant
la définition que Mde . Dacier
nous donne du Poëme Epique ,
qu'il y a d'importans myfteres
renfermez dans ces grands
mots , d'Inftructions déguisées
Sous l'allégorie d'une action génerale
, & desplus grands perfonnages
; furtout ce mot , d'Action
générale , èft bien embarraſſant
pour qui n'en a pas la clef;
nous allons voir à quoi tout
cela fe réduit , dépouillé de
fon fafte ténébreux
Parlons la langue que tout
le monde entend ; les matieres
que nous traitons ici , ne méritent
pas l'honneur du myftere .
MEECURE.
Il s'agit de fçavoir ce que
c'eft qu'un Poëme Epique Hé.
roïque ; un exemple va nous
en déveloper tout le Dogme :-
Feignons donc un Poëme dans
ce genre , en fuivant le procédé
de M. Racine.
Titus devenu maître d'époufer
Berenice , après la mort de
Vefpafien , fe fépare d'elle , &
facrifie le plus violent amour
à l'honneur de fon Trône , &
au refpect qu'il doit aux Romains.
Cette action de Titus me
frappe en grand ; j'en fais le
fujet de mon Poëme.
Ce fujer une fois choifi ; fi
l'on me demande dans quelle
efpéce fera mon Poëme Epi-
Cij
12 LE NOUVEAU
que ; je réponds qu'il fera dans
l'efpéce Héroïque , parce que
l'action par moi choifie , eft
grande , & qu'elle fe paffe
entre des perfonnes illuftres .
Je n'ai encore que le fujet
je veux donner à mon
Poëme une certaine étenduë .
J'imagine un tiffu ingénieux
d'événemens
, & de motifs qui
conduisent nos Amans à la féparation
douloureufe
& magnanime
, qui est mon objet : Ce
tiffu ingénieux eft appellé la
Fable du Poeme ; faifons notre
Fable : La voici .
du Dans les derniers temps
Regne de Vefpafien , Titus
fon fils devint éperdument
amoureux de Berenice Reipe
MERCURE.
13
de Paleſtine . Il n'oſa fe flater
que fon pere pût agréer qu'il
époufa cette Reine , tant un
pareil Hymenée étoit au- deffous
de l'héritier del'EmpireRomain;
il dulumula donc les conſeils
que lui donnoit fa paffion ; mais
Vefpafien étant mort , Titus fe
vit maître d'affocier fonAmante
à l'Empire..
Il employa les premiers jours
de fon Régne à méditer dans
la retraite , fur les devoirs attachez
au rang fupréme ; il s'en-
Alama de la paffion d'être un
jour les délices du genre humain.
Que deviendra Berenice ?
Vefpafien n'est plus , mais Titus
eft Empereur : La haine
vouée par les Romains au Sang
C iij
'4
LE NOUVEAU
des Rois , l'orgueil du Trône
des Céfars. Voilà de plus grands
obftacles.
Tandis qu'une foule idolatre
flate les voeux de Berenice ;
tandis que de lâches Courtifans
prévoyans fa grandeur
prochaine , viennent briguer fa
faveur; Titus s'arme contr'elle ,
des confeils d'un ami généreux ,
qui lui repréfente combien fon
alliance avec Berenice feroit
détestée de tout l'Empire ; il
lui met fous les yeux cette Loi .
inviolable , qui deffend aux
Romains toute alliance avec les
Rois : Il lui fait fentir enfin
ombien il lui feroit honteux
l'enfreindre la plus facrée des
oix Romaines , en montant
MERCURE.
35
au Trône d'où il doit les faire
respecter .
Titus affermi par ces Confeils
, fe détermine à voir Berenice
, pour rompre avec elle
tous engagemens & l'écarter
de la Cour.
L'Amante infortunée , qui
n'a rien foupçonné du coup
qui la menace , voyant paroître
Titus , le prévient par les empreffemens
les plus vifs ; les
larmes de joye qu'elle répand
à fa vûë, défarment fon courage.
Titus déconcerté foûpire ; il
attache fes yeux éperdus fur
la Reine , & n'a pas la force
de parler ; elle lui demande
avec les démonftrations les plus
endres , qu'elle eſt la cauſe
C iiij
16 LE NOUVEAU
de
de fon trouble ; Titus percé de
douleur , quitte Berenice & fe
retire dans fon Appartement .
L'ami généreux de Titus
lui pardonne un torrent
Jarmes , qu'il verfe fur le fort
de fa chere Berenice ; il doit
cette indulgence à l'Amant ,
mais il eft comptable à l'Empereur
d'un autre hommage ;
bientôt il allume dans l'ame
Héroïque de Titus , une paffion
plus délicieuſe encore que celle
qu'il fe propofe d'éteindre ; il
l'occupe du fpectacle raviffant
du monde entier , béniſſant le
Ciel , de lui avoir donné un
maître felon les voeux .
Titus a reprit tout fon courage
, mais il ne veut plus le
MERCURE. 17
commettre au danger où il a
fuccombé ; il charge fon Ami
d'annoncer la fatalle nouvelle
à Berenice .
Depuis que Titus l'a quittée ,
elle n'a pas ceffé de gémir ,
quoiqu'elle ne foupçonna rien
encore des deffeins de l'Empereur
; enfin l'Ami de Titus lui
révéle l'affreux myftere , & lui
dicte l'ordre funefte de quitter
la Cour.
La Reine demeure quelque
temps immobile , & comme infenfible
à ce récit . La douleur
qui la pénétre jufques au fonds
de l'ame , tarde quelque temps à
éclater au dehors : elle charge
froidement l'Ami de Titus d'affûrer
l'ingrat , qu'elle fçaura
8 LE NOUVEAU
obeïr à fes ordres .
Bien -tôt le Palais retentit
des cris funébres de la Reine
défefpérée ; on cft occupé à lui
êter les moyens de s'arracher
Titus frapé à mort, la vie • ·
& ne pouvant foûtenir le défelpoir
de fa chere Berenice
vient la trouver , & après avoir
effuyé les reproches les plus
pénétrans , il lui déclare qu'elle
ne doit plus penfer à fon Hymenée
, parce qu'il eft incompatible
avec l'Empire : Il ajoure
qu'il ne fera pas affés lâche
pour quitter le rang fupréme , &
pour la fuivre dans la Paleſtine ;
qu'elle rougiroit elle - même de
l'indignité de fon Efclave , que
tout ce qu'il peut faire pour
C
MERCURE. 19
elle , fans fe deshonnorer ,
c'eft de mourir , qu'il eft réfolu
de verfer fon fang à fes yeux ,
fi elle ne lui promet pas de
refpecter les propres jours , fi
elle ne fe fent pas le courage
de commander à ce défeſpoir
dont il nepeut foûtenir l'image.
Berenice qui croyoit Titus infidéle
, s'apperçoit qu'elle er
eft violemment aimée ; cela
fuffic pour calmer les douleurs ,
elle admire la haute vertu du
jeune Empereur. La gloite de
Céfar lui devient chere ; elle
s'arme de tout fon courage ;
fait taire fon amour , & fe retire
dans fes Etats.
Voilà la Fable de notre Poëme
:On voit donc ce que j'ai
20 LE NOUVEAU
voulu dire , lorfque je l'ai définie.
Le tiffu ingénieux des événements
, & des motifs qui conduifent
à l'action que le Poëte
s'eft proposé de célébrer . 1
Cette Fable que nous venons
de propofer pour exemple , eft
des plus fimples ; je l'ai choi
fie telle exprés , parce que la
propofant plus compofée , elle
nous auroit mené stropy loin.
Mais toute fimple qu'eft celleci
, on pourroit la rendre impléxe
, par
fodes .
le moyen des Epi-
J
Un Epiſode eft la partie d'une
Fable impléxe , qui fe lie heu.
reufement à l'action principale
du Poëme ; mais qui n'y eſt pas
abfolument néceffaire . Tel eft
MERCURE
. 21
l'Epiſode d'Antiochus
Roy de
Comagene, queM Racine introduit
dans fa Tragédie de Titus .
Nous l'avons ob nis dans notre
Fable , qui marche à fa fin ſans
fon fecours .
Les Epiſodes font d'une
grande reffource dans les Poëmes
, foit Epiques , foit Dramatiques
; mais il faut prendre
garde , qu'ils ne détournent
point trop l'attention voüée à
l'action principale ; car alors
ils opérent ce qu'on appelle duplicité
d'action & d'interêt .
Parlons à préfent des Carac
téres , des Sentiments , & des
Moeurs du Poëme . Les Docteurs
Litteraires , qui ont pris
Leut Licence chez Ariftote , y
22 LE NOUVEAU
trouvent de grands myſtéres ;
ils fe tourmentent fort , fouvent
même en vain , pour les
développer dans l'Idiome confus
de leur maître ; il n'y a pourtant
rien dans tout cela de fi
merveilleux. Continuons à parler
notre Langue.
Caractères dans le Poëme .
Les actions que l'on fait faire
à un perfonnage ; les motifs
qu'on donne à fes actions
les fentiments qu'on lui préte ,
en le faifant parler : tout cela
réüni , conftituë fon caractére
dans le Poëme. Par exemple ,
L'action de renvoyer Berenice
dans les Etats , la pouvant éle
MERCURE.
23
ver à l'Empire , n'eſt pas préci
fément ce qui caractérife Titus
dans notre Fable : il faut aller
chercher les motifs de cette
action , & les fentiments généreux
qu'il oppofe aux confeils
du plus violent Amour. Si nous
avions fuppofé la paffion de
Titus refroidie au moment
qu'il renvoye Berenice , il n'y
auroit eu rien d'extraordinaire
dans fon action , fi d'autre part ,
en lui laiffant la paffion la plus
violente , nous lui avions fait
chaffer Berenice par un motif
bas ou déraisonnable , nous refuferions
encore notre admiration
à un acte de courage
que la raifon ne pouroit adopter.
Nous avons donc donné à
24 LE NOUVEAU
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Anour
que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
: Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte
' est autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foit
moins favorable aux moeurs ,que
celui dont nous avons tracé l'e-
-xémple , il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Tadmiration & Famour , lorfque
fes perfonnages vicieux fe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717.
Ꭰ .
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
Le bon Homere que le peuple
érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
Achile après avoir tué
Hector , l'attache à fon Char .
圈
i quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eſt un Tigre barbares
MERCURE. 27
>
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds
Quidefa mainfanglanie, àſonCharfont liés .
La téte indignement trainoit dans la pouſſiere:
Sleil à tantd'horreur , prêtes - tu ta lumiere
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le comde
la vertu & du courage
pte
d'Achile le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector.
>
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
24
LE
NOUVEAU
6
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Ainour
que que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte ,
' eft autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foir
anoins favorable aux moeurs, que
celuidont nous avons tracé l'e-
-xémples il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Fadmiration
& Famour , lorf- •
que fes perfonnages
vicieux ſe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717 .
Ꭰ .
م ت
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
peu- Le bon Homere que le
ple érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
$
tué
Achile après avoir
Hector , l'attache à fon Char .
I quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eft un Tigre barbares
MERCURE. 27
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds ,
Quide fa main fanglan: e, àſonChar ſont liés .
La téte indignement trainoit dans lapoufiere:
Sleil à tant d'horreur , prétes-tu ta lumiere ;
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le compte
de la vertu & du courage
d'Achile
, le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector .
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
28 LE NOUVEAU
M. de la Motte , de vouloir réformer
la Morale des tems Héroïques
.
Ön étend communement au
delà de ces bornes , le devoir
moral des Poëtes , foit Epiques,
foit Dramatiques ; on veut
qu'ils difpofent leurs Fables ,
de maniere , que les perfonnages
vicieux de leurs Poëmes
fuccombent au gré de la haine
générale ; j'aime les Fables de
ce genre. Je me garderai pourtant
bien de foufcrire au fentiment
de ceux qui réprouvent
toute Fable , dans laquelle le
Héros vertueux feroit opprimé.
La Tragédie de Britannicus eft
de ce genre : la vertu y fuccombe
on verfe des pleurs fur
MERCURE. 29
un Prince digne d'un meilleur
fort , mais le fpectateur ne foupçonne
pas que le vice triomphe.
L'état où M. Racine repréſente
Neron après fon crime , déchiré
de remords , voulant attenter
fur fa propre vie , invefti
de la haine public , détéfté
d'Agrippine , de Burrhus même;
tout cela fatisfait l'horreur vengereffe
du fpectateur ; il ne
voudroit point à ce prix du
Thrône & de la vie que le
Poëte a la févérité de laiffer à
Neron .
Il y a donc moyen de faire
périr le Héros vertueux dans le
Poëme Epique , fans bleffer la
morale ; la Tragédie citée , en
30 LE NOUVEAU
eft la preuve. Car je ne penfe
pas qu'il y ait d'homme affés
déraisonnable , pour prétendre ,
que le Poeme Epique foit par
fa nature refferré dans des limites
plus étroites que le Dramatique
.
La conduite que Dieu tient
à l'égard des hommes , ne nous
doit affecter d'aucun fcandale ;
fa juftice étend fes droits fur
nous au delà de cette vie : n'héfitez
donc point à donner dans
un Poeme , le fpectacle attendriffant
d'un homme vertueux
fuccombant fous les traits des .
méchants ; nous verferons des
pleurs fur fa mort , ces pleurs
même vous attefteront notre
amour pour lui ; le vice triomMERCURE.
31
phant fera l'objet de notre
excécration . Les meurs de votre
Poëme font bonnes ; le devoir
moral y eft parfaitement
rempli.
des
Par le mot de Maurs , on
entend quelquefois parler des
Ufages , des Coûtumes
Préjugés , qui varient chez les
différents peuples . Ainfi l'on
appelleroit fauffes , les moeurs
d'un Poëme , dans lequel un
Auteur auroit transferé aux Romains
, les Uſages , les Coûtumes
, le Culte religieux , & tous
les préjugez des Grees .
Le mot de Meurs , appliqué
finguliérement aux perſonnages
tu Poëme , n'eft autre chofe,
que les penchants habituels ,
32 LE NOUVEAU
& les fentiments , qui conftituent
le caractére du perfonnage.
Voilà à quoi fe réduit fa
doctrine du Poëme Epique,
Que dif-je ? nous n'avons pas
fait encore ? Il nous refte une
queftion importante à traiter.
Que penferoit de nous M
Dacier ? fi nous n'avions ofés
commettre à fon exemple notre
jugement fur la fin générale
du Poëme Epique ?
Me Dacier fait honneur à
ce genre d'Ouvrage , du feul
deffein de former les moeurs :
elle s'appuie de l'exemple des
Poëmes d'Homere , où elie
trouve une inftruction continue .
J'avoue humblement que je
ne
MERCURE.
33
ne vois rien de fi édifiant dans
les Poëmes d'Homere . Je ne
erois pas , à beaucoup près ,
qu'on
'on le trouvât bien de les
ériger en Ouvrages Moraux .
Mais , quand même l'Iliade
& l'Odiffée ne
pêcheroient pas
contre le devoir inoral , comme
nous l'avons prétendu , on n'en
devroit pas conclure ? que le
Poete ne fe fut propofé , que
la fin d'inftruire.
Racine n'a point bleffé , la
morale dans fes Tragédies ; je
vois bien des gens qui les envifagent
comme des Poëmes favorables
aux inours ; mais ils
ne font
pas pour cela honneur
à Racine , de ne s'être propofé
aucune autre fin que l'inftruc-
E
Fanvier 1717.
34 LE NOUVEA
tion . La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs : il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiffent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur.
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'infint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages ; dela ' vient
que l'attention aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale .
Je crois donc que
dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propoſent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'est - àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments.
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui .
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme fe fuit ,
pour ainsi dire , lui- même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueuſement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
MERCURE .
37
courage & de vertu , dans les
Poëmes & autres Ouvrages
tranfportent mon ame , & lui.
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné. J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E lij
34 LE NOUVEAU
1
tion. La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs: il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiflent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur .
>
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'inftint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages' ; dela ' vient
que l'attention' aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale.
9
Je crois donc que dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propofent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'eſt- àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
1
F
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui.
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme ſe fuit , fe
pour ainsi dire , lui - même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueufement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
74
1
MERCURE.
37
courage & de vertu , dans les
Poemes & autres Ouvrages,
tranſportent mon ame , & lui .
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné . J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis ,
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E iij
38 LE NOUVEAU
pourquoi l'on me fait plaifir ,
en excitant en moi la terreur,
& la compaffion ; fentiments
triftes , affections douloureuſes :
Par exemple , fi le Héros vertueux
fur qui j'ai épuifé mon admiration
, fe trouve en péril , je
tremble pour fes jours ; s'il fuccombe
au péril , je pleure fa
difgrace. Pourquoi éprouvai-je
une fecréte joye en verfant ces
pleurs fignes ordinaires de la
douleur. D'où vient cette confolation
intime , qui me rend délicieux
, le trouble que j'éprouve ?
Nous avons déja vû par la
réponse à la premiere Queftion ,
d'où viennent ces liens d'Amour
& de refpe & , qui m'attachent
à mon Héros . Nous ne
MERCURE. 39
faifons plus qu'un , lui & moi ...
mon orgueil m'engage dans
tous fes perils. Je me fuis trouvé
digne de courir avec lui la mê
me fortune . Ma terreur dans
nos communs dangers , eft foûtenue
de l'efpoir du triomphe ,
& du fentiment de mon propre
courage . Mais fi mon Héros
vient à périr , là je me fépare
de lui ; je verfe quelques pleurs
fur l'Amy que la mort m'enléve,
mais je m'apperçois en même
temps qu'elle m'a épargné : je
Compare le fort du Héros avee
le mien. Cette comparaifon
m'avertit , qu'il y a des hommes
moins heureux que moi .
Voilà la fource de cette confolation
fécrette , qui accompa
Eiiij
40 LE NOUVEAU
gne mes pleurs .
J'aurois quelque penchant à
parcourir tous les différents
ébranlements que notre ame reçoit
à l'occafiondes objets étrangers
& de les rappeller tous à
mon Hypotéle Métaphifique :
je me flate que ces détails auroient
quelque agrément , & je
céde à la tentation de donner un
jour à cela tout fon dévelopement
dans une Differtation particuliere.
Revenons à M. Dacier ; vous
prétendés , Madame , que la
fin du Poëme Epique , n'eft autre
que , le deffein de former les
moeurs :: pour être en droit d'attefter
cette vérité générale
vous croyés , qu'il vous fuffit
>
MERCURE.
41
de nous prouver , qu'Homérë
ne s'eft propofé , que cette vûe
dans l'Iliade & dans l'Odiffée.
Mais comment nous prouvezvous
, qu'Homere ne s'eft рго-
pofé dans fes Poëmes , que le
deffein d'inftruire ? Ecoutons.
Du tems d'Homere , les
Grecs étoient divifez enplu
fieurs Etats, independents les
uns des autres , & ces Etats
étoient fouvent obligez de fe
réünir contre un ennemi commun
. Homere pour leur prouver
la nécessité de demeurer
imagina la Fable géunis
>
nerale que voici.
42 LE NOUVEAU.
1
Deux Chefs d'une même
Armée, fe querellent , l'ennemi
commun profite de leur diffention
, remporte fur leur
parti de grands avantages. Les
deux Chefs fe raccommodent ,
étans réunis , ils chaffent
leur ennemi commun , & remportent
enfin la victoire.
Cette Fable , continuë M.
Dacier , eft générale , c'eſtà-
dire , qu'elle convient à tour
le monde , petits & grands ;
car les petits ne font pas moins
fujers que les grands , à voir
ruiner leurs affaires , ou par
و ا
MERCURE. 43
la colere , ou par la diffention :
Ils n'ont pas moins befoin de
ces leçons d'Homere , & ils
font aussi capables d'en profiter
; utilité qu'on ne sçauroit
tirer des actions particulieres :
En effet , qu'on faffe un Poeme
fur une action de Cefar,
de Pompée , ou d'Alcibiade
quel bien celapoura-t'il faire à
particulier ... Mais quoi-.
que la Fable foit générale , il
faut la rendre particuliere par
l'impofition des noms.
un
•
;
Par exemple , voici com
ment Homere rend fa Fable
44 LE NOUVEAU
particuliere... Il auroit pû la métrefous
le nom des fept Chefs ,
qui marcherent contre Thebes ...
Il la met fous le nom des
Heros , qui allérent conqué.
rir le Royaume de Priam .
Agamemnon & Achille font
les deux Chefs, qui fe querellent,
les Troyens profitent de leur
diffention, & font vainqueurs.
Agamemnon & Achilleſe réconcilient
, étans réunis ,
les Troyens font défaits.
> Je voudrois bien fçavoir
qui a revelé à Mde, Dacier ce
procédé fi fingulier d'Homére .
Il s'eft propofé , dit - elle , de
MERCURE. 45
réunir les Princes de la Gréce
divifez entr'eux ; cela pourroit
être abfolument; je ne trouverois
pas étrange , qu'on foupçonna
Homere , d'avoir conçû tout
fon Ouvrage pour cette fin politique
, mais il me paroît que
Mde Dacier n'eft pas fondée à
nous l'affirmer avec tant de
confiance puiſque nous ne
trouvons dans l'Iliade aucune
trace diftincte de ce deffein .
Nous n'y cherchons pas tant
de fineffes , nous autres bonnes
gens nous penfons que l'Auteur
a voulu feulement amuſer
les Grecs par le récit des exploits
guérriers de leurs Ayeux.
Il recueillit dans fon Poeme
tout ce que la tradition alors
46 LE NOUVEAU
confufe , lui pûtfournir fur lafameuſe
Guerre de Troye : il af
focia les faits Hiftoriques à des
fictions variées : il fit aux Héros
, agiffant dans fon Poëme ,
l'honneur de leur donner les
Dieux pour Alliés . Alliance
impie , qui avilliffoit ces mêmes
Dieux, en les rendant baffement
complices de la fureur , de l'injuftice
, de tous les excés de
l'une & de l'autre Armée . De là,
tant de miracles abfurdes &
puerils ; delà , ce bas merveilleux
, qui tout indigne qu'il eft,
d'un âge tel que le notre , étoit
trés propre à entraîner l'admiration
, & à furprendre la crédulité
d'un fiécle auffi fuperftitieux
, auffi ignorant , que l'éMERCURE
.
47
toit le fien . Nous ne femmes
donc point étonnés , que des
fiécles groffiers , ayent adoré
les Poemes d'Homere . Mais
nous ne concevons pas bien ,
comment dans ces derniers
temps , la premiere ébauche de
l'Art naiffant , eft encore l'objet
du culte d'un fi grand peu .
ple. Je dis du culte ; car Meffieurs
les Erudits ne veulent entrer
en aucune compofition
avec leur . Siécle ; ils adorent
tout indiftinctement dans Homere
les abfurdités les plus
groffieres ; les fictions les plus
fcandaleuſes , font pour eux
des Allégories faintes . Ils érigeroient
volontiers l'Iliade en
Catechifme moral .
48 LE NOUVEAU
Revenons donc à Mde Dacier,
vous prétendés , Madame , que
l'on ne peut pas tirer des actions
particulieres , le même
fruit moral,que pourroient donner
les actions générales Si
cette propofition étoit vraye ,
deviendroit votre chere
que
Iliade ? Car envain avés vous
fait l'Apologie de la Fable generale
de ce Poëme. Vous êtes
convenue , que cette Fable generale
devenoit particuliere
dans le Poëme appliqué à des
perfonnages déterminez ? Que
devient donc la morale de cette
Fable generalement conçûë ?
S'évanouit elle dans le Poëme
par la fatale impofition des
noms aux perfonnages ? Vous
MERCURE. ' 49
n'avez pas apperçeu cette conféquence
; mais nous allons
vous relever de cette'inattention.
Nous tirerons de péril la
pauvre Iliade , en vous prouvant
, par un exemple , que les
actions particulieres ,ne font pas
moins morales & inftructives
que les actions générales .
Si je voulois donner une leçon
de clemence à un homme
vindicatif , je lui citerois le
grand exemple d'Augufte , qui
pouvant faire périr juftement
le confpirateur Cinna , lui pardonne
fon attentat , & rachette
fon amour à force de bienfaits .
L'homme à qui je citerois cette
action particuliere d'Augufte
trouveroit t- il quelque obftacle
Fanvier 1717.
F
50
LE NOUVEAU
à fe l'appliquer ? Oui , fans dou
te , me dira Madame Dacier ;
fi vous voulez que l'action
l'inftruife , propofez - là géneralement
fans l'appliquer à Augufte.
Effayons donc.
Un homme pouvant juſtement
faire périr fon ennemi , lui pardonna
& racheta fon amour à
force de bienfaits .
Je m'en rapporte ici à M.
Dacier même. Je fuis bien perfuadé
que pour peu qu'elle y
faffe attention , elle fentira qué
ma leçon particuliere vaut bien
fa leçon génerale.
Nous dirons donc des actions
particulieres,comme des actions
génerales ; qu'elles inftruifent
allegoriquement ; c'est à dire ,
MERCURE.
par l'application que chacun
peut s'en faire à lui- même. Paf
fons à autre chofe.
Nous avons
prétendu que
l'action du Poëme Epique , confideré
dans l'efpece heroïque ,
devoit être illuftre & fe paffer
entre de grands Perfonnages.
Me Dacier eft d'accord avec
nous fur la qualité des Perfonnages
, mais elle n'accorde pas ,
que l'action du Poëme doive être
grande.... Il n'eft pas necef
faire que l'action du Poeme
Epique foir illuftre & importante
par elle-même , puifqu'au
contraire elle peut être fimple
commune
mais il faut
Fij
52 LE NOUVEAU
qu'elle le foitpar la qualité des
Perfonnages. Ausfi Horace at-
il dit aprés Ariftote : Res
gefta Regumque , Ducumque.
Cela eftfi vrai, que l'aétion
la plus éclatante d'un
fimple Bourgeois , ne pourra
jamais faire le fujet d'un Poeme
Epique ; & que l'action
la plus fimple d'un Roy
d'un General d'Armée le fera
toûjours avec fuccés.
>
Je veux bien convenir avec
Me Dacier que , l'action la plus
fimple d'un Roi , ou d'un General
d'Armée , peut faire le fujet d'un
Poëme Epique , mais je prends
MERCURE.
53
la liberté de douter que ce
Poëme fit une grande fortune.
Les grands noms n'intéreffent
guéres , s'ils font mariez à des
actions communes . J'ofe affûrer
au contraire , que fi vous faifiez
agir dans un Poëme un nom
ignoré, un Perfonnage fans titre ,
d'une maniére vraiment grande ;
bien-tôt fes actions illuftres le
groffiroient à votre imagination ;
bien-tôt vous verriez en lui un
Souverain digne du plus refpectueux
hommage .
Concluons donc , que les
perfonnages du Poëme héroïque
, doivent être illuftres ; mais
que fi l'on veut que le Poëme
plaife, les perfonnages y doivent
agir héroïquement . Le trait ciLE
NOUVEAU
14
té d'Horace , ne dit rien de
contraire à cette décifion .
Voyons maintenant de combien
nous fommes diftants de
la doctrine de Me Dacier , fur
le Poëme Epique : Elle le dé
finit comme nous avons vû.
Un difcours en Vers , inventépourformer
les moeurs ,
par des inftructions déguifees
fous l'allégorie d'une action
générale , des plus grands
perfonnages.
Nous avons fait voir d'abord,
que M. Dacier applique au
genre une définition , qui n'eft
recevable que pour une efpéce
particuliere . Nous avons fixé
cette définition à l'efpéce hé.
MERCURE.
SS
•
*་
roïque . Nous avons prétendu
que le deffein des Poëtes dans
ce genre d'Ouvrage , étoit moins
l'inftruction des Lecteurs , que
leur plaifir.
Nous avons expliqué comment
la Fable Epique peut être
utile aux moeurs , fans qu'on
doive en tenir grand compte
aux Poëtes , & leur faire honneur
du feul deffein d'inftruire.
Nous avons dit en quel fens
la Fable Epique inftruit allegoriquement
; & de notre explication
, il réfulte que ces
grands mots d'Inftructions déguifés
fous l'Allegorie , ne difent
rien de fi important , puifque
tout récit eft néceffairement
allégorique dans le même fens
ማ
56 LE NOUVEAU
1
que l'Iliade & l'Odiffée.
Nous avons prouvé par les
principes mêmes de Mc Dacier,
que l'action du Poëme Epique
n'eft point générale , mais par
ticuliere : Enfin, nous avons ofés
prétendre , qu'il ne fuffifoit pas
pour faire un bon Poëme héroïque
, qu'on y introduifit des
perfonnages illuftres , qu'il falloit
encore les faire agir héroïquement.
Que nous refte-.
t'il donc de la définition donnée
par Me Dacier , dont nous
n'ayons point parlé ? Je n'y vois
plus que ces mots .... C'est
un difcours en Vers.
Me Dacier eft ici un peu embarraffée
; car Ariftote a précendu
que le Poëme Epique fe
fert
MERCURE.
ST
fert du difcours en Vers ou en
Profe . Cette autorité arrache à
Ms Dacier l'aveu , que l'Iliade
&l'Odiffée ne ceffent pas d'être
des Poëmes Epiques dans fes
Traductions en Profe.
Mais l'expérience a prouvé ,
dit-elle , que les Vers lui conviennent
davantage , parce
qu'ils donnent plus de majesté
de grandeur , & qu'ils
fourniffent plus de reffources
que la Profe.
Eft- il bien vrai que les Vers
donnent plus de grandeur & de
majesté aux Poëmes ? leurs fourniffent
- ils en effet plus de ref-
Sources que la Profe Exami
nons un peu les avantages réels
Fanvier 1717 .
G
58 LE NOUVEAU
de l'un & de l'autre langage ,
& voyons fi la Profe vaincue
doit céder aux Vers fes droits
fur quelque genre .
Les Vers font diftinguez de
la Profe , par la fingularité des
nombres auxquels l'Art arbitraire
les a affujettis , & par la terminaifon
uniforme qui conftitue
la Rime. Ces nombres &
cette Rime donnent à la diction
un air contraint & bizarre , qui
loin de plaire à qui n'y feroit
pas habitué , lui cauferoit au
contraire un fentiment defagréable
, qu'il trouveroit moyen
de juftifier. A quoi bon , s'écriroit-
il à quoi bon cet art pénible
, qui fait perdre aux penfées
leur vérité & leur grace
;
MERCURE.
59
naturelles ? Depuis quand s'efton
avifé de faire plier la raifon
fous le joug d'un langage follement
mefuré ? ce qu'on peut
me dire avec élégance dans l'idiome
ordinaire , fans fe donner
beaucoup de peine ; pourquoi
me le préfenter dans un`
langage effrayant , qui porte avee
lui l'appareil du travail & de
l'affectation ? Le retour importun
de la Rime , la répétition
des mêmes nombres dans chacune
de vos frafes , me fatiguent
& m'ennuyent ; que pourrionsnous
répondre à ces reproches ?
Vous n'êtes pas accoûtumé,
Monfieur , à ce langage que vous
nommez bizarre ; lorfque vous
vous ferez familiarifé avec lui
Gij
Go LE NOUVEAU
Un
par la lecture des bons Poëtes ,
ce qu'il a de contraint & d'affeté
, difparoîtra pour vous.
jour vous vous plairez à marquer
cette folle meſure des Vers
en les prononçant fur des tons
plus foûtenus que la Profe ; vous
tiendrez grand compre au Poëte
d'avoir furmonté les difficultez
de cet Art même , pour lequel
vous marquez tant d'averfion &
de mépris .
Les Vers ne plaifent point par
eux-mêmes , il nous a fallu un
long commerce avec eux pour
n'être guéres choqué de leur
démarche affectée , de leur air
Contraint. Quelque- variées que
foient les chofes qu'ils nous
préfentent , nous fommes touMERCURE
. GI
jours un peu bleffés de les voir
paroître fous des fignes fi uniformes
: la répétition obſtinée
des mêmes nombres & des mêmes
terminaifons , eft encore
pour nous aujourd'hui une fource
d'ennui . Pourquoi néanmoins
les aimons- nous , ces Vers , avec
tant de défauts que nous leur
reconnoiffons
? Préparons notre
réponſe par un exemple.
Un Danfeur de corde ne
danfe pas , à beaucoup prés , fur
la corde , avec des mouvemens
auffi variez qu'il pourroit le faire
fur un vafte Théatre . Il eft renfermé
dans les bornes étroites
d'une ligne qu'il parcourt en
avant & en arriere , fans pouvoir
préfenter le front à fa droite & à
Giij
62 LE NOUVEAU
fa gauche ; l'attention qu'il eft
forcé de donner au péril de fon
Art , lui dérobe les graces libres
& enjoüées des bras & du vifage
: il a l'air inquiet & fouffrant;
cependant il plaît , il amuſe le
fpectateur. Ce n'eſt pas précifément
le Danfeur qu'on admire
ici ; on n'eft occupé que de la
difficulté qu'il furmonte , du
danger qu'il brave ; enforte que
fi la corde fufpenduë , ceffoit de
paroître dangereufement diftante
du plancher , le fpectacle
ne feroit plus fi interreffant :
notre homme pourroit encore
étonner par fon adreffe , mais il
perdroit le mérite du courage .
Appliquons ceci au Poëte . Il
nous plaît , quoique fouvent il
MERCURE. 63
1
nous parle avec moins d'élégance
que le Profateur . Nous nous
plaifons à le voir luter contre
les difficultez d'un art indu- .
ſtrieux & pénible . Il n'y a point
ici de péril comme dans l'exemple
propofé . C'eſt un ſpectacle
de pure induftrie ; ce reffort
fuffit à nous émouvoir . Quand
une penſée fe trouve à quelque
chofe prés , auffi bien exprimée
en Vers , qu'elle pourroit l'être
en Profe , on applaudit au fuccés
du Poëte ; on lui voue fon
indulgence ; on lui permet de
grimacer de tems à autres ; les
expreffions impropres font chez
lui de légeres fautes ; les conftruction's
inufitées deviennent
fes priviléges ; par Exemple.
Giiij
64 LE NOUVEAU
C'eft envain qu'au Parnaffe un teméraire,
Auteur.
Penfe de l'art des Vers atteindre la hauteur
La hauteur d'un art , voilà une
expreffion impropre , que la rime
ameine ici contre le gré de
M. Defpreaux ,
Ce fils que de fa flame il me donna pour
gage,
Helas je m'en fouviens , le jour que fon
courage.
C'eft la Rime qui fait préfent
à l'élégant Racine de cette
conftruction inufitée & violente,
il auroit fallu dire ...
Ce fils qu'il me donna pour
gage defa flame.
MERCURE.
65
Il eft bon de remarquer ,
qu'une expreffion n'eft élégante
en Vers , qu'autant qu'elle pourroit
être employée avec grace
dans la Profe ; le Profateur & le
Poëte ont un Dictionaire commun
.
Il ne faut pas juger de même
des conftructions . On a accordé
aux Poëtes le droit de les
varier un peu plus que ne fait
la Profe , comme dans les Vers
fuivants.
Du fein de la terre entrouverte ,
Chers inftruments de notre pérte ,
L'argent & l'or font arrachés ,
On les tire de ces abîmes ,
Od fage & prévoyant nos crimes,
La nature les a cachez.
66 LE NOUVEAU
M. de la Motte n'a pas excédé
ici les bornes du droit accordé
aux Vers ; néanmoins la
Profe nefe permettroit pas cette
conftruction ; voici comme elic
parleróit ...
L'argent && l'or chers inftruments
de notre perte , font
arrachez du fein de la terre ,
on les tire de ces abîmes ou la
nature fage
a cachez.
prévoyante les
Que les Poëtes ne tirent point
vanité de ce droit interdit à la
Profe Ce droit - même attefte
la mifere de leur art ; mifere , au
befoin de laquelle nous avons
:
MERCURE. 67
ac
été forcés de faire plier la Régle
Françoife , qui veut qu'on
foulage l'attention , par une conbftruction
aisée , qui préſente à
quelque chofe prés , les idées
dans leur ordre naturel .
S'il étoit poffible que les Vers
n'ufaffent jamais de cette liberté
, ils nen feroient que plus
parfaits . Quand j'en trouve une
fuite nombreufe , dont les conftructions
pourroient être adoptées
par la Profe , j'applaudis
au prodige .
On croit communément que
la Profe eft fubordonnée aux
Vers ; qu'il ne lui fiéd pas de
prendre certain effor ; quelle
doit être humble & retenuë ,
en traittant le même fujet fur
68 LE NOUVEAU
lequel les Vers parleroient impérieufement.
On s'imagine
que les fictions ingénieuſes , les
Figures hardies , les Images brillantes
, font l'apanage des Vers ,
que la Profe n'a pas même droit
à ces richeffes , préjugé le plus
déraisonnable , & peut être le
plus univerfel qui ait jamais obfédé
les Gens de Lettres . Me.
Dacier eft dans cette illufion
générale , lorfqu'elle nous dit ,
que les Vers donnent plus de
grandeur , & de majefte , qu'ils
fourniroient plus de refources
au Poëme , que la Profe.
Pour moi , j'ofe penfer , que
la Profe & les Vers , n'ont pár
eux- mêmes aucun ton déterminé
, & qu'ils le reçoivent des
MERCURE. 69
fujets différents , fur lefquels
ils s'exercent . Si vous voulés
traiter un fujet galant , demandés
à votre génie les graces ba
dines propres
à ce genre , des
images fimples , des idées naïyes.
Voulés - vous chanter une
action Heroïque , montés votre
génie au ton que demande
votre fujet ; vous nous parlerés
avec majefté ; vos fictions feront
nobles & hardies ; vos images
fomptueufes , vos figures
éclatantes ; ce n'est point de
l'Art des Vers , que vous empruntés
le droit de me parler
ici avec tant de fafte ; c'eſt
de la grandeur de l'action que
vous célébrés .
Feu M. de Fenelon nous a
70 LE NOUVEAU
donné en Profe les Avantures de
Telemaque . Ce Poëme devroit
avoir fait foupçonner aux Gens
de Lettres , que les Vers n'ont
aucunes richeffes , qui n'appartiennent
à la Profe ,
dont elle ne fçache uſer avec
fuccés .
82
L'orfque j'ai cité au préjugé
l'exemple du Telemaque François
, il m'a répondu , que ce
Poëme étoit écrit en Vers , à la
mefure & à la Rime prés . Que
me veut-on dire par . là ? finon
que la Profe eft en droit de
parler du même ton que les
Vers , & qu'elle n'en eft diftinguée
que par la meſure & par
la rime.
On voit par tout ce que je
MERCURE.
71
viens de dire , combien je fuis
éloigné de penfer avec M'Dacier
, que la Profe doive faire
aux Vers les honneurs du Poëme
Epique. Je foûtiens qu'elle a
droit fur tous genres d'Ouvrages
indiftinctement ; qu'elle
a feule l'ufage libre de toutes
les richeffes de l'efprit ; que
n'étant afſervie à aucun joug ,
elle ne trouve jamais d'obftacles
à exprimer ce que le génie
lui préfente ; elle n'eft jamais
forcée de rejetter les expreffions
propres & les tours uniques
que demande nt les idées fucceffives
& les fentiments variez
que fes fujets embraffent ,
Il n'en eft pas de même des
Vers ; leur afferviffement
à la
72 LE NOUVEAU
4
mefure & à la rime les force
fouvent à fubftituer aux expreffions
& aux tours propres , de
faux équivalents : une penfée.
fine , un fentiment vif , qui n'échaperoit
pas au Profateur maître
de fa diction , échape fouvent
au Verfificateur impuffant
à les exprimer.
Je crois done que l'Art des
Vers eft un Art frivole , que fi
les hommes étoient convenus de
le profcrire , non feulement
nous ne perdrions rien , mais
que nous gagnerions beaucoup.
Forcez de parler le langage di-
λté par la nature , nous traite.
rions tous les genres en Profe
avec d'autant plus de convenan
ge & de verité , que la varieté
dc
MERCURE.
73
L
de nos fignes répondroit mieux
à la varieté de nos fentimens &
de nos penſées ; avec d'autant
plus d'élégance , que nous ne
ferions jamais impuiffans à exprimer
ce que le génie nous
offriroit d'heureux ; avec d'autant
plus de clarté , que maîtres
de nos conftructions , nous pré
fenterions toûjours les idées
dans leur ordre naturel .
On pourroit ſoupçonner en
m'entendant parler , comme je
fais que , je n'ai pas grand commerce
avec les Vers ; & que
faute de cette habitude enchantereffe
dont j'ai parlé , je ne fuis
point la duppe de leurs graces
contraintes . J'avoue fincerement
ici que je fuis depuis long-
Fanvier 17 17.
3
H
74 LE NOUVEAU
temps dans l'illufion
la plus favorable
à l'Art que je condamne
; l'habitude
a fait fur moi , ce
qu'elle
fait fur tous les autres
hommes
je me plais à voir
lutter nos excellens
Poëtes
conleur
optre
les difficultez
que
pofent
la meſure
& la rime. Je
fuis frappé d'étonnement
toutes
les fois que je vois la raifon &
Les graces
dociles
plier fous le
joug
bizarre
; je ferois dans le
raviffement
, fi dans un long
Ouvrage
, le Poëte ne me laiffoit
rien défirer
de cette jufteffe,
de cet ordre , de cette clarté ,
cette élegance
dont la Profe eft
toûjours
comptable
. Je defire
l'impoffible
, me dirá- t - on ? à la
bonne
heure. Mais files Vers
de
MERCURE. 75
ne peuvent atteindre à la perfe
ation réelle de la Profe , pourquoi
ne me parle-t- on pas en
Profesi
Je ne me fuis point propofe
de faire un extrait complet de
la Preface de M Dacier fur
l'Odiffée ; j'ai voulu feulement
combattre les principes qu'elle
nous Y donne fur le Poëme
Epique. Heft bon d'avertir que
Mc. Dacier tient fa doctrine du
tque fi elle
grand Ariftote ,
étoit convaincuë dans ma Dif
fertation de quelques erreurs , il
ne faudroit point les mettre fur
le compte de fon jugement ,
elle eft dans l'habitude de recevoir
fans aucun examen tous les
Dogines de ce Docteur.
Fermer
1794
p. 76-80
ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
Début :
M. l'Abbé de Pons ayant bien voulu s'avoüer Auteur / Envain la jeune Echo, soûpire pour Narcisse ; [...]
Mots clefs :
Narcisse, Écho, Désir, Nymphe, Amour, Charmes, Peine, Repos, Languir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
M. l'Abbé de Pons ayant
bien voulu s'avouer Auteur de
la Differtation précedente , je
crois que M. de la Motte ne
trouvera pas mauvais que je
révéle ici que la Cantate fuivante
eft de fa façon .
ECHO CANTATE,
Par M. de la Motte.
Nvain la jeune Echo , fodpire pour
E Narciffe ;
Invain au fonds des Bois elle court le chercher
i
L'ingrat fouffre qu'elle languiffe
Et les plus tendres foins ne fçauroient
le toucher.
MERCURE . 77
Partout une tendreffe extrême ,
Attache la Nymphe à ſes pass
Elle hait ce qu'il hait , elle aime ce qu'il
aime';
Le goût de fon Berger , préte à tout mille
appas .
S'il court dans les Forêts , où la chaffe
l'attire
Elle imite le bruit dn Cor ;
S'il touche le Hautbois , la Nymphe qui
l'admire
Sçait lui rendre acord pour acord
Quand du ſon defaflure il enchante Zephire
Alle en read tous les fons,mais plus tendre
cacor,
Bravant l'amour & fon empire
It trop charmé defon repos ,
Un jour l'indifferent s'exprimoit en ces
mots.
En vain tu fais partout triompher ta puife
fance ,
78 LE NOUVEAU
Amour tu ne peux rien fur moi ,
Aimable paix des Coeurs , tranquille indifference
,
Je jure de n'aimer que toi.
Malgré le défefpoir où ce ferment la jette ,
Echolui donne encore fa foi ;
Et de fes chants ingrats la Nymphe lui
repete.
Je jure de n'aimer que toi .
Echo devient plus tendre , & plait moins
chaque jour ,
Elle fuccombe à fon deftin funefte
Et du peu de voix qui lui refte.
Elle preffe le Ciel de vanger fon amour.
A
J'ai langui pour un infenfible ;
Ilavů mes honteux défirs
Son indifférence inflexible
Ift le feul prix de mes foupirs.
SirJe n'écoute plus que la haine
20
C
엘
Paifque mon amour ne peut rien.
1:
Dieux , juftes Dieux , vangés ,
ma peine
Par un fupplice égal au mien .
MERCURE. 79
Ses voeux font exaucez : Au bord d'une
Fontaine ,
Narciffe en ce moment , goutoit un doux
repos.
De lui-même une image vaine
Se préfente à lui fous les flots .
Cette beauté l'enchante , avec trouble il
l'adore ;
Il fent naitre en fon coeur des tranſports
inconnus
Illanguit , il brûle , il fou pire ,
Tout plein de cette image , il ne fe connoît
plus.
Veut - il embraffer ce qu'il aime ,
L'eau fe trouble , & l'image fuit ;
Quand elle reparoît , fon plaifir eft extrême
;
En s'approchant encor , fon efpoir fe détruit,
80 LE NOUVEAU
Toujours féparé de lui- même ,
Il s'échappe fans ceffe , & toujours fe
pourſuit.
De moment en moment , dans les veines
a'allume
Un feu qui lui coute le jour ,
De ſes défirs'trahis , la flammeṛle confume ;
Il meurt enfin de douleur & d'amour.
Echo méme gémit d'un ficruel martyre:
J'expire , dit Narciffe
Echo répond
j'expire.
Vole Amour , étend ta puiſſances
Mais n'éxerce point tes rigueurs ,
De cha-que trait que ta main lancel
Bleffe , & charme toujours deux cours.
Amants que l'Amour récompenfe ,
Vos défirs font des biens charmants ,
Mais les défirs fans l'efperance ,
Sont le plus affreux des tourments .
bien voulu s'avouer Auteur de
la Differtation précedente , je
crois que M. de la Motte ne
trouvera pas mauvais que je
révéle ici que la Cantate fuivante
eft de fa façon .
ECHO CANTATE,
Par M. de la Motte.
Nvain la jeune Echo , fodpire pour
E Narciffe ;
Invain au fonds des Bois elle court le chercher
i
L'ingrat fouffre qu'elle languiffe
Et les plus tendres foins ne fçauroient
le toucher.
MERCURE . 77
Partout une tendreffe extrême ,
Attache la Nymphe à ſes pass
Elle hait ce qu'il hait , elle aime ce qu'il
aime';
Le goût de fon Berger , préte à tout mille
appas .
S'il court dans les Forêts , où la chaffe
l'attire
Elle imite le bruit dn Cor ;
S'il touche le Hautbois , la Nymphe qui
l'admire
Sçait lui rendre acord pour acord
Quand du ſon defaflure il enchante Zephire
Alle en read tous les fons,mais plus tendre
cacor,
Bravant l'amour & fon empire
It trop charmé defon repos ,
Un jour l'indifferent s'exprimoit en ces
mots.
En vain tu fais partout triompher ta puife
fance ,
78 LE NOUVEAU
Amour tu ne peux rien fur moi ,
Aimable paix des Coeurs , tranquille indifference
,
Je jure de n'aimer que toi.
Malgré le défefpoir où ce ferment la jette ,
Echolui donne encore fa foi ;
Et de fes chants ingrats la Nymphe lui
repete.
Je jure de n'aimer que toi .
Echo devient plus tendre , & plait moins
chaque jour ,
Elle fuccombe à fon deftin funefte
Et du peu de voix qui lui refte.
Elle preffe le Ciel de vanger fon amour.
A
J'ai langui pour un infenfible ;
Ilavů mes honteux défirs
Son indifférence inflexible
Ift le feul prix de mes foupirs.
SirJe n'écoute plus que la haine
20
C
엘
Paifque mon amour ne peut rien.
1:
Dieux , juftes Dieux , vangés ,
ma peine
Par un fupplice égal au mien .
MERCURE. 79
Ses voeux font exaucez : Au bord d'une
Fontaine ,
Narciffe en ce moment , goutoit un doux
repos.
De lui-même une image vaine
Se préfente à lui fous les flots .
Cette beauté l'enchante , avec trouble il
l'adore ;
Il fent naitre en fon coeur des tranſports
inconnus
Illanguit , il brûle , il fou pire ,
Tout plein de cette image , il ne fe connoît
plus.
Veut - il embraffer ce qu'il aime ,
L'eau fe trouble , & l'image fuit ;
Quand elle reparoît , fon plaifir eft extrême
;
En s'approchant encor , fon efpoir fe détruit,
80 LE NOUVEAU
Toujours féparé de lui- même ,
Il s'échappe fans ceffe , & toujours fe
pourſuit.
De moment en moment , dans les veines
a'allume
Un feu qui lui coute le jour ,
De ſes défirs'trahis , la flammeṛle confume ;
Il meurt enfin de douleur & d'amour.
Echo méme gémit d'un ficruel martyre:
J'expire , dit Narciffe
Echo répond
j'expire.
Vole Amour , étend ta puiſſances
Mais n'éxerce point tes rigueurs ,
De cha-que trait que ta main lancel
Bleffe , & charme toujours deux cours.
Amants que l'Amour récompenfe ,
Vos défirs font des biens charmants ,
Mais les défirs fans l'efperance ,
Sont le plus affreux des tourments .
Fermer
1795
p. 126-138
LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Début :
Il me semble qu'une nouvelle Piéce de Vers, de nouvelle / Heureux qui près du feu peut avoir des pincettes ! [...]
Mots clefs :
Pincettes, Honneur, Serrurier, Amis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Il me femble qu'une nouvelle
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
Fermer
1796
p. 177-209
LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
Début :
De deux Dissertations ou Lettres sur un Livre nouveau intulé, / Jusques ici, Monsieur, on n'avoit employé d'autres [...]
Mots clefs :
Érudition, Muses, Satyre, Parnasse, Écrivains, Déesse, Poète, Style, Peintre, Voyageur, Raison, Triomphe, Ironie, Savants, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
DE
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
Fermer
1797
p. 210-214
EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
Début :
J'aurois bien souhaité que la Lettre précedente eut été moins / Beau Damoisel, ne dédaignez ce titre, [...]
Mots clefs :
Damoiselle, Chapitre, Cocuage, Leçon, Discours, Loyauté, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
J'aurois bien fonhaité qu
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
Fermer
1798
p. 215-218
FABLE Par M. Dufreny.
Début :
Un jeune Rossignol, & sa Rossignolette [...]
Mots clefs :
Rossignol, Amour, Plumage, Merle, Complots, Oiseaux, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE Par M. Dufreny.
FABLE
Par M. Dufreny .
N jeune Roffignol , &fa
Roffignolette
S'entrejuroient
par mainte chan-
Sonnette ,
De s'aimer reciproquement ;
Et s'aimoient effectivement
Selon la Gauloife methode ;
Les Oiseaux , comme nous , ne
changent point de mode ,
Toûjours
même plumage , & toûjours
même amour ;
Ils chantoientjour & nuit, & les
bois d'alentour
216 LE NOUVEAU
Retentiffoient
dufon de leur vive
cadence.
Sur un buiffon voifinfaiſoitfarefidence
Un vieux Merlegrand radoteur
,
Noir & bouru , comme un
Docteur :
Le chant des Roffignols lui donnoit
la migraine ,
S'ils tiennent tant foitpeu de l'inconftance
humaine
Dit- il, car il argumentoit ,
Comme un fin Merle qu'il
étoit. )
Avec leur tendre amour finira
leur ramage ,
L'amour ne peut durer que jufqu'au
mariage:
Oh ! marions les donc , il en fit le
complet
MERCURE. 217
complot :
Pour regler& douaire& dot;
Auffi- toft furent averties
Deux Chouettes , & quatre
Pies
Quijaferent , Dieu fçait , on ne
s'entendoit plus ,
·
Qu'aura t'il ? Qu'aura - r'elle ?
articles donc conclus
Le ſouffigné Corbeau leur fervit
de Notaire ,
Graves Coucous autorifants
l'affaire s
Entre les Roffinols legrand noeud
Se noua:
Dés la troifiéme nuit le mâle s'enroua
,
Lafemelle forteen ramage
Se mainint un peu davantage
;
V
218 LENOUVEAU
Mais voyant leurs petits
1
éclos
1ls earent tous deux le bec
clos i
C'est ainsi parmi nous que le cours
d'une année
Finit la tendreffe , & les
chants
De nos plus folâtresAmants :
On voit mêmefouvent naître dans
l'Hymenée
Les chagrins avant les enfants.
Par M. Dufreny .
N jeune Roffignol , &fa
Roffignolette
S'entrejuroient
par mainte chan-
Sonnette ,
De s'aimer reciproquement ;
Et s'aimoient effectivement
Selon la Gauloife methode ;
Les Oiseaux , comme nous , ne
changent point de mode ,
Toûjours
même plumage , & toûjours
même amour ;
Ils chantoientjour & nuit, & les
bois d'alentour
216 LE NOUVEAU
Retentiffoient
dufon de leur vive
cadence.
Sur un buiffon voifinfaiſoitfarefidence
Un vieux Merlegrand radoteur
,
Noir & bouru , comme un
Docteur :
Le chant des Roffignols lui donnoit
la migraine ,
S'ils tiennent tant foitpeu de l'inconftance
humaine
Dit- il, car il argumentoit ,
Comme un fin Merle qu'il
étoit. )
Avec leur tendre amour finira
leur ramage ,
L'amour ne peut durer que jufqu'au
mariage:
Oh ! marions les donc , il en fit le
complet
MERCURE. 217
complot :
Pour regler& douaire& dot;
Auffi- toft furent averties
Deux Chouettes , & quatre
Pies
Quijaferent , Dieu fçait , on ne
s'entendoit plus ,
·
Qu'aura t'il ? Qu'aura - r'elle ?
articles donc conclus
Le ſouffigné Corbeau leur fervit
de Notaire ,
Graves Coucous autorifants
l'affaire s
Entre les Roffinols legrand noeud
Se noua:
Dés la troifiéme nuit le mâle s'enroua
,
Lafemelle forteen ramage
Se mainint un peu davantage
;
V
218 LENOUVEAU
Mais voyant leurs petits
1
éclos
1ls earent tous deux le bec
clos i
C'est ainsi parmi nous que le cours
d'une année
Finit la tendreffe , & les
chants
De nos plus folâtresAmants :
On voit mêmefouvent naître dans
l'Hymenée
Les chagrins avant les enfants.
Fermer
1799
p. 218-220
« Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Début :
Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...]
Mots clefs :
Chanson, Énigme, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Si j'avois voulu croire certains
Sçavans bourus , j'aurois retranché
la Chanfon , & l'Enigme ,
comme pieces hors d'oeuvre ; je
n'ai cu garde d'écouter d'auffi
mauvais confeils . Ce feroit un
MERCURE. 219.
attentat impardonnable contre
le droit public. Eh ! de quelle
confideration feroit un Mercure
privé de ces deux lumieres
qui en font comme
les yeux . Qui ne fait , que
par la Chanfon on exerce la
voix , & par l'Enigme on accoûtume
l'efprit à penfer, reflechir ,
& juger. Souvent un petit Air
chanté de goût par une aimable
Iris , peutêtre l'occafion de la
plus belle aventure du monde ;
fouvent la voix achève , ce que
fes charmes n'avoient qu'efleurés
; fi aprés cela elle eft encore
affez heureuſe de deviner l'Enigme
, ne peut-elle pas devenir
Marquife ! A qui en auroit- elle
obligation ? fi ce n'est à ina
Vij
220 LE NOUVEAU
Chanfon ? Je conclus done de
ce fin raifonnement , qu'il eft
neceffaire pour l'établiffement
de celles qui fçavent la Mufique
, que je décore mon Livre
de ce qui peut leur tenir lieu de
dot.
Sçavans bourus , j'aurois retranché
la Chanfon , & l'Enigme ,
comme pieces hors d'oeuvre ; je
n'ai cu garde d'écouter d'auffi
mauvais confeils . Ce feroit un
MERCURE. 219.
attentat impardonnable contre
le droit public. Eh ! de quelle
confideration feroit un Mercure
privé de ces deux lumieres
qui en font comme
les yeux . Qui ne fait , que
par la Chanfon on exerce la
voix , & par l'Enigme on accoûtume
l'efprit à penfer, reflechir ,
& juger. Souvent un petit Air
chanté de goût par une aimable
Iris , peutêtre l'occafion de la
plus belle aventure du monde ;
fouvent la voix achève , ce que
fes charmes n'avoient qu'efleurés
; fi aprés cela elle eft encore
affez heureuſe de deviner l'Enigme
, ne peut-elle pas devenir
Marquife ! A qui en auroit- elle
obligation ? fi ce n'est à ina
Vij
220 LE NOUVEAU
Chanfon ? Je conclus done de
ce fin raifonnement , qu'il eft
neceffaire pour l'établiffement
de celles qui fçavent la Mufique
, que je décore mon Livre
de ce qui peut leur tenir lieu de
dot.
Fermer
1800
p. 220-222
CHANSON.
Début :
A ce dessein je leur ai fait choix des plus jolies / Par les yeux d'Anette [...]
Mots clefs :
Amour, Musette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
A ce deffein je leur ai fait
choix des plus jolies paroles , du
plus joly Air... Il fuffit que M.
de Rochebrune foit Auteur des
Couplets , & M. de Beaupré de
la Mufique .
P
CHANSON.
Ar les yeux d'Anette
L'amour m'a bleffé ,
Elle eft trop jeunette ;
Mais je fuis forcé
D'adorer la follette ;
MERCURE, 221
Devroit- on charmer ,
Avant l'âge d'aimer.
La Rofe nouvelle
Offre moins d'appas,
Anette eft plus belle
Mais elle eft , helas !
Infenfible comme elle :
Devroit- on , & c .
Lorſqu'autour d'Anette,
Volent mille Amours
Dans fa main adroite
Son fuleau toûjours
File fa quenouillette;
Devroit-on , & c.
炭燒雞
Quand fur ma Mufette ;
Je forme des chants ,
Mon ardeur fecrette
222 LE NOUVEAU
Les rend plus touchans
Sans attendrir Annette :
Devroit-on , & c.
Il me faut attendre
Un Printems au moins
Avant de prétendre
Le prix de mes foins ;
Quel fort pour un coeur tendre !
Devroit- on , & c.
choix des plus jolies paroles , du
plus joly Air... Il fuffit que M.
de Rochebrune foit Auteur des
Couplets , & M. de Beaupré de
la Mufique .
P
CHANSON.
Ar les yeux d'Anette
L'amour m'a bleffé ,
Elle eft trop jeunette ;
Mais je fuis forcé
D'adorer la follette ;
MERCURE, 221
Devroit- on charmer ,
Avant l'âge d'aimer.
La Rofe nouvelle
Offre moins d'appas,
Anette eft plus belle
Mais elle eft , helas !
Infenfible comme elle :
Devroit- on , & c .
Lorſqu'autour d'Anette,
Volent mille Amours
Dans fa main adroite
Son fuleau toûjours
File fa quenouillette;
Devroit-on , & c.
炭燒雞
Quand fur ma Mufette ;
Je forme des chants ,
Mon ardeur fecrette
222 LE NOUVEAU
Les rend plus touchans
Sans attendrir Annette :
Devroit-on , & c.
Il me faut attendre
Un Printems au moins
Avant de prétendre
Le prix de mes foins ;
Quel fort pour un coeur tendre !
Devroit- on , & c.
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