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Détail
Liste
9751
p. 115-123
MEMOIRE CRITIQUE.
Début :
Les éloges que vous avez donnés, Monsieur, à l'Armorial général de France, [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Juge d'armes, Traduction, Recherches, Ermite
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE CRITIQUE.
GENEALOGI E.
MEMOIRE CRITIQUE. ·
Es éloges que vous avez donnés , Monfieur
, à l'Armorial général de France
, & la confiance que j'ai en vos lumieres
, m'ont donné la curiofité la plus vive
pour cet ouvrage , en convenant avec vous
des talens de M. de Serigny , & de l'eſtime
qui leur eftdûe : je ne croirois pas la pouffer
affez loin , fi je ne foupçonnois qu'il
vit avec peine quelques obfervations que
j'ai faites à la lecture de l'article d'Alès
de Corber , & que diverſes circonftances
m'ont empêché de vous communiquer plutôt.
Quand il n'auroit pas indiqué cet article
comme un des plus curieux & des
mieux travaillés , il fe feroit attiré mon
attention par lui - même , non feulement
116 MERCURE DE FRANCE.
mais
comme faifant la tête du volume ,
par fa prodigieufe longueur , le nombre de
citations , d'extraits , de monumens &
d'anciennes chartres , le travail & l'art
qui paroiffent dans les differtations. Il
femble l'avoir préféré à tous les autres ,
en le choififfant pour donner au public ,
dans tous les ouvrages périodiques , un
effai de fes recherches. J'efpere , Monfieur,
qu'ayant bien voulu en faire ufage dans
le vôtre , vous ne me refuferez pas d'y inférer
mes objections.
L'article d'Alès eft précédé d'un autre
intitulé d'Alluye . C'eſt d'abord un recueil
de différentes pieces , dans l'arrangement
defquelles on a principalement confulté
l'ordre des tems. Il contient enfuite des
differtations fur l'application qu'on en doit
faire.
Le premier deffein de l'auteur étoit
de n'en faire aucune , & de laiffer ainfi au
public la liberté de prononcer fur le nom
qu'ont dû porter les anciens Seigneurs à
qui ces chartres font relatives. Mais ayant
depuis médité plus profondément fur ce
fujet , & fes recherches l'ayant conduit
jufqu'au point de s'affurer pleinement de
leur véritable nom , c'eft - à- dire de celui
* Armor. gén. p. 35 .
MARS. 1755. 117
qu'ils portoient de leur vivant , il s'eft enfin
déterminé , ( comme il en a le droit )
à leur donner celui d'Alluye.
Si le Juge d'Armes s'étoit contenté de
propofer l'interprétation qu'il donne de
tous les noms latins employés dans fes chartres
pour les Seigneurs de Saint- Chriftophe
& de Châteaux , comme une fimple
conjecture , comme une opinion ; fi en rejettant
toutes les autorités qui combattent
fon nouveau fentiment , il ne l'eût préfenté
que comme plus vraisemblable , par les
divers raifonnemens dont il l'appuye ; fi
par ce projet il eût continué de laiffer le
public juge de cette question , peut- être
n'eût- on pas pris la peine de l'examiner
après lui , & eût - on regardé comme infoluble
un problème généalogique qu'il
n'eût pas réfolu . Mais il décide pleinement,
il décide ex cathedra , en vertu du droit
de fa charge , non feulement de la traduction
françoife qu'il faut faire maintenant
des noms dont il s'agit , mais encore du
nom même que ces Seigneurs portoient
effectivement de leur vivant. Il n'eft plus
permis aux Grammairiens de traduire autrement
ces noms , quelque analogie qu'ils
trouvaflent avec d'autres de même genre :
On ne doit plus faire d'attention , ni à l'autorité
, ni aux recherches de dix ou douy
118 MERCURE DE FRANCE.
ze écrivains précédens ; on doit croire
qu'ils fe font copiés fervilement , & que
les méditations du Juge d'Armes font bien
plus certaines en effet dans la littérature
les fuffrages ne fe comptent pas , ils ſe peſent.
Le public même n'a plus la liberté de penfer
autrement : nul appel de ce nouveau tribunal
fouverain , il n'eſt pas poſſible de leur
donner d'autres noms , pag. 1 2.
Le doute même eft interdit , il n'eft pas
permis de douter un feul moment.
J'avoue , Monfieur , que ce doute qui
m'eft interdit , ne dépend pas de moi. S'il
eft criminel , puis-je mieux faire que de
m'adreffer par votre canal à celui qui peut
d'un coup de lumieres diffiper mes téné
bres ... J'entre en matiere , & voici le
plan de mes obfervations. Je commencerai
par examiner les raifons du jeune auteur ,
& faire voir que les conféquences qu'il en
tire ,font bien plus précifes que fes principes
: enfuite j'en propoferai d'autres, que
je foumettrai à votre jugement , au fien &
à celui du public : enfin je hazarderai mes
propres conjectures , aufquelles je pourrois
peut-être donner un autre nom , fi
mon autorité étoit d'un plus grand poids
dans la littérature , ou que j'euffe l'hon
neur d'être revêtu d'une charge qui confé
rât l'infaillibilité , même pour les faits.
MARS. 1755. 119
Le Juge d'Armes * fait l'hiftoire des anciens
Seigneurs de Châteaux & de Saint-
Chriftophe , ( les deux premieres Baronnies
d'Anjou & de Touraine ) depuis le
dixieme fiécle jufques vers la fin du treizie
me. Il appuie tout ce qu'il raconte , de
chartres autentiques , ou d'extraits d'anciens
auteurs , la plupart Latins. Il penfe
avec raifon que les huit noms latins fous
lefquels ils paroiffent , ne font en effet
que le même , différemment orthographié,
fuivant les tems , les lieux , le plus ou
moins de fçavoir ou de goût des Ecrivains ;
ou , ce qui revient au même , que tous ces
mots latins ne font que l'expreffion & la
traduction du nom unique qu'ils portoient
en françois , encore qu'il ait pu lui-même
effuyer quelque variation , comme tant
d'autres , ne fût - ce que par l'ignorance
des Notaires ou Ecrivains , ou par la faute
des copiſtes ; il s'agit donc de fixer ou de
deviner quel eft ce nom françois que portoient
ces Seigneurs. M. de Serigny com-.
mence par établir que celui d'Alés ou d'Alais
, qu'on auroit été plus tenté de leur
donner , & qui leur a effectivement été
donné par la plupart des auteurs qui en
ont parlé , comme il leur eft confervé par
Premiere partie . Examen des raifons.
120 MERCURE DE FRANCE.
la tradition de leur pays , n'est point le
leur , & ne leur convient pas enfuite il
entreprend , ( & y réuffit , felon lui , aſſez
bien d'en fubftituer un autre qui eft ce-
)
lui d'Alluye .
Dans la premiere partie de cette differtation
il n'emploie que des preuves négatives
. Il paffe en revûe la plupart des auteurs
qui l'ont précédé , & qui ont interprété
, de Aleia , de Aloya , de Alluya , de
Alogia , de Alea , par Dalés. 1 ° . Le Chevalier
de l'Hermite Souliers , Gentilhomme
de Touraine , qui donna en 1665 la
généalogie de la maifon d'Alés . Il étoit ,
felon lui , peu exact , & manquoit de
critique ; heureufement il n'ajoute pas
qu'il fût de mauvaife foi , ni capable
par intérêt & par adulation , de faire
des fuppofitions & d'inventer une tradition
: fa naiffance même le met. audeffus
de ce reproche , & on obfervera
que , felon le Juge d'Armes lui - même ,
Mrs d'Alés de Corbet n'habitant plus fa
province , & ne paroiffant entr'eux de
liaifon , ni de fang , ni d'amitié , on n'a
pas de raifons de le foupçonner plus à leur
égard que pour d'autres maifons.
Au demeurant , quoiqu'il ait fans doute
bien fait des fautes , fon fçavoir ne
paſſe pas pour fi mépriſable. Il n'a pu faire
fon
MAR S. 1755. 121
fon livre fans faire d'affez grandes recherches
en Touraine , & dans les provin
ces circonvoifines. Il lui étoit aifé de tirer
des fumieres de l'Abbé de Marolles , Abbé
de Villeloing , qui en avoit beaucoup dans
ces matieres , & qui indépendamment des
ouvrages imprimés , qui font apparemment
dans le cabinet du Juge d'Armes , en avoit
compofé quatre volumes in-fol. qu'il ne
paroît pas connoître. L'Hermite cite en ,
core quelques autres fources où il a puifé ,
qui ne font pas plus familieres au jeune
auteur , entr'autres les Mémoires généalo
giques d'Anjou , de la Ménardiere , auteur
affez ancien.
Il paffe à la Roque qui parle du nom
d'Alés dans fon Traité du ban : il en parle
auffi dans fon Traité de la nobleffe , & l'or
tographie de même ; mais il eft queſtion
ici du premier , imprimé en 1667. Joannes
de Aleia , d'Alés * , au nombre des Chevaliers
Bannerets de Touraine , convoqués
en 1214. Le Juge d'Armes a raifon de le
reconnoître pour le même Jean ,pere d'Hugues
enterré avec fon fils , felon l'Hermite
& Mrs de Sainte Marthe , à l'Abbaye
* M. de Serigny nous donne lui - même un
exemple d'un acte latin du treizieme fiécle , où
il fe trouve du françois ... Alloye dans le fecond
aveu de la Reine de Jéruſalem.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
de la Clarté , où l'on voit encore leurs
maufolées , ainfi que celui d'un autre de
leur famille , qui avoit fait les principales
fondations de cette Abbaye.
Cette traduction du de Aleia , par d'Alés
, n'eft pas du goût du Juge d'Armes ;
il convient pourtant plus bas qu'elle eft
affez naturelle ; & en effet , comment traduit-
il lui-même Ufetia , fi ce n'eſt par
d'Ufés, & Saya fi ce n'eft par Sées ou Sais ?
Mais il fe contente de dire que c'eſt là
une fourrure de la façon de la Roque. Il en
donne des raifons affez plaufibles , quoique
la proteftation qu'avoit faite cet auteur
, de donner ces regiftres fans y rien
ajouter ou retrancher , méritât peut - être
que le Juge d'Armes , avant de l'accufer
de cette infraction à fa promeffe , la vérifiât
au moins par l'examen des registres
même , comme il a pris la peine de le
faire pour quatre extraits du cabinet de M.
de Clerambault , qui regardoient des gens
du néant , qui avoient peut - être pris le
nom de leur village , comme il arrivoit
fouvent autrefois . ) Quoiqu'il en foit , il rejette
la traduction de la Roque , ſans lui
donner le moindre éloge qu'il devoit à
fon érudition , & à la critique qu'il a des
premiers introduit dans ce travail. Il vient
à Carreau , Ecrivain Tourangeau , qui a
M AR S. 1753. 123
compofé le fiècle dernier une hiftoire de
Touraine , dont le manufcrit fe conferve à
l'Abbaye de Marmoutiers , & dans laquelle
on trouve * , dit - il , une généalogie affez
fautive des Seigneurs de Saint- Christophe
( quoique le P. le Long lui rende le témoignage
que cette hiftoire ait été travaillée
avec beaucoup de foin). Carreau avoit vû
beaucoup de pieces inférées dans l'Armorial
, & appelle par-tout ces Seigneurs
d'Alais. C'eft fans preuve , dit le Juge
d'Armes , & il n'a point eu d'autre guide
que l'Hermite. Quoique l'ortographe différente
de l'un & de l'autre , dût , ce femble
, faire fuppofer que s'ils n'ont point
vû de titres différens , ce qui n'eſt rien
moins que certain , au moins ils ne fe font
pas copiés.
On donnera la fuite le Mercure prochain.
MEMOIRE CRITIQUE. ·
Es éloges que vous avez donnés , Monfieur
, à l'Armorial général de France
, & la confiance que j'ai en vos lumieres
, m'ont donné la curiofité la plus vive
pour cet ouvrage , en convenant avec vous
des talens de M. de Serigny , & de l'eſtime
qui leur eftdûe : je ne croirois pas la pouffer
affez loin , fi je ne foupçonnois qu'il
vit avec peine quelques obfervations que
j'ai faites à la lecture de l'article d'Alès
de Corber , & que diverſes circonftances
m'ont empêché de vous communiquer plutôt.
Quand il n'auroit pas indiqué cet article
comme un des plus curieux & des
mieux travaillés , il fe feroit attiré mon
attention par lui - même , non feulement
116 MERCURE DE FRANCE.
mais
comme faifant la tête du volume ,
par fa prodigieufe longueur , le nombre de
citations , d'extraits , de monumens &
d'anciennes chartres , le travail & l'art
qui paroiffent dans les differtations. Il
femble l'avoir préféré à tous les autres ,
en le choififfant pour donner au public ,
dans tous les ouvrages périodiques , un
effai de fes recherches. J'efpere , Monfieur,
qu'ayant bien voulu en faire ufage dans
le vôtre , vous ne me refuferez pas d'y inférer
mes objections.
L'article d'Alès eft précédé d'un autre
intitulé d'Alluye . C'eſt d'abord un recueil
de différentes pieces , dans l'arrangement
defquelles on a principalement confulté
l'ordre des tems. Il contient enfuite des
differtations fur l'application qu'on en doit
faire.
Le premier deffein de l'auteur étoit
de n'en faire aucune , & de laiffer ainfi au
public la liberté de prononcer fur le nom
qu'ont dû porter les anciens Seigneurs à
qui ces chartres font relatives. Mais ayant
depuis médité plus profondément fur ce
fujet , & fes recherches l'ayant conduit
jufqu'au point de s'affurer pleinement de
leur véritable nom , c'eft - à- dire de celui
* Armor. gén. p. 35 .
MARS. 1755. 117
qu'ils portoient de leur vivant , il s'eft enfin
déterminé , ( comme il en a le droit )
à leur donner celui d'Alluye.
Si le Juge d'Armes s'étoit contenté de
propofer l'interprétation qu'il donne de
tous les noms latins employés dans fes chartres
pour les Seigneurs de Saint- Chriftophe
& de Châteaux , comme une fimple
conjecture , comme une opinion ; fi en rejettant
toutes les autorités qui combattent
fon nouveau fentiment , il ne l'eût préfenté
que comme plus vraisemblable , par les
divers raifonnemens dont il l'appuye ; fi
par ce projet il eût continué de laiffer le
public juge de cette question , peut- être
n'eût- on pas pris la peine de l'examiner
après lui , & eût - on regardé comme infoluble
un problème généalogique qu'il
n'eût pas réfolu . Mais il décide pleinement,
il décide ex cathedra , en vertu du droit
de fa charge , non feulement de la traduction
françoife qu'il faut faire maintenant
des noms dont il s'agit , mais encore du
nom même que ces Seigneurs portoient
effectivement de leur vivant. Il n'eft plus
permis aux Grammairiens de traduire autrement
ces noms , quelque analogie qu'ils
trouvaflent avec d'autres de même genre :
On ne doit plus faire d'attention , ni à l'autorité
, ni aux recherches de dix ou douy
118 MERCURE DE FRANCE.
ze écrivains précédens ; on doit croire
qu'ils fe font copiés fervilement , & que
les méditations du Juge d'Armes font bien
plus certaines en effet dans la littérature
les fuffrages ne fe comptent pas , ils ſe peſent.
Le public même n'a plus la liberté de penfer
autrement : nul appel de ce nouveau tribunal
fouverain , il n'eſt pas poſſible de leur
donner d'autres noms , pag. 1 2.
Le doute même eft interdit , il n'eft pas
permis de douter un feul moment.
J'avoue , Monfieur , que ce doute qui
m'eft interdit , ne dépend pas de moi. S'il
eft criminel , puis-je mieux faire que de
m'adreffer par votre canal à celui qui peut
d'un coup de lumieres diffiper mes téné
bres ... J'entre en matiere , & voici le
plan de mes obfervations. Je commencerai
par examiner les raifons du jeune auteur ,
& faire voir que les conféquences qu'il en
tire ,font bien plus précifes que fes principes
: enfuite j'en propoferai d'autres, que
je foumettrai à votre jugement , au fien &
à celui du public : enfin je hazarderai mes
propres conjectures , aufquelles je pourrois
peut-être donner un autre nom , fi
mon autorité étoit d'un plus grand poids
dans la littérature , ou que j'euffe l'hon
neur d'être revêtu d'une charge qui confé
rât l'infaillibilité , même pour les faits.
MARS. 1755. 119
Le Juge d'Armes * fait l'hiftoire des anciens
Seigneurs de Châteaux & de Saint-
Chriftophe , ( les deux premieres Baronnies
d'Anjou & de Touraine ) depuis le
dixieme fiécle jufques vers la fin du treizie
me. Il appuie tout ce qu'il raconte , de
chartres autentiques , ou d'extraits d'anciens
auteurs , la plupart Latins. Il penfe
avec raifon que les huit noms latins fous
lefquels ils paroiffent , ne font en effet
que le même , différemment orthographié,
fuivant les tems , les lieux , le plus ou
moins de fçavoir ou de goût des Ecrivains ;
ou , ce qui revient au même , que tous ces
mots latins ne font que l'expreffion & la
traduction du nom unique qu'ils portoient
en françois , encore qu'il ait pu lui-même
effuyer quelque variation , comme tant
d'autres , ne fût - ce que par l'ignorance
des Notaires ou Ecrivains , ou par la faute
des copiſtes ; il s'agit donc de fixer ou de
deviner quel eft ce nom françois que portoient
ces Seigneurs. M. de Serigny com-.
mence par établir que celui d'Alés ou d'Alais
, qu'on auroit été plus tenté de leur
donner , & qui leur a effectivement été
donné par la plupart des auteurs qui en
ont parlé , comme il leur eft confervé par
Premiere partie . Examen des raifons.
120 MERCURE DE FRANCE.
la tradition de leur pays , n'est point le
leur , & ne leur convient pas enfuite il
entreprend , ( & y réuffit , felon lui , aſſez
bien d'en fubftituer un autre qui eft ce-
)
lui d'Alluye .
Dans la premiere partie de cette differtation
il n'emploie que des preuves négatives
. Il paffe en revûe la plupart des auteurs
qui l'ont précédé , & qui ont interprété
, de Aleia , de Aloya , de Alluya , de
Alogia , de Alea , par Dalés. 1 ° . Le Chevalier
de l'Hermite Souliers , Gentilhomme
de Touraine , qui donna en 1665 la
généalogie de la maifon d'Alés . Il étoit ,
felon lui , peu exact , & manquoit de
critique ; heureufement il n'ajoute pas
qu'il fût de mauvaife foi , ni capable
par intérêt & par adulation , de faire
des fuppofitions & d'inventer une tradition
: fa naiffance même le met. audeffus
de ce reproche , & on obfervera
que , felon le Juge d'Armes lui - même ,
Mrs d'Alés de Corbet n'habitant plus fa
province , & ne paroiffant entr'eux de
liaifon , ni de fang , ni d'amitié , on n'a
pas de raifons de le foupçonner plus à leur
égard que pour d'autres maifons.
Au demeurant , quoiqu'il ait fans doute
bien fait des fautes , fon fçavoir ne
paſſe pas pour fi mépriſable. Il n'a pu faire
fon
MAR S. 1755. 121
fon livre fans faire d'affez grandes recherches
en Touraine , & dans les provin
ces circonvoifines. Il lui étoit aifé de tirer
des fumieres de l'Abbé de Marolles , Abbé
de Villeloing , qui en avoit beaucoup dans
ces matieres , & qui indépendamment des
ouvrages imprimés , qui font apparemment
dans le cabinet du Juge d'Armes , en avoit
compofé quatre volumes in-fol. qu'il ne
paroît pas connoître. L'Hermite cite en ,
core quelques autres fources où il a puifé ,
qui ne font pas plus familieres au jeune
auteur , entr'autres les Mémoires généalo
giques d'Anjou , de la Ménardiere , auteur
affez ancien.
Il paffe à la Roque qui parle du nom
d'Alés dans fon Traité du ban : il en parle
auffi dans fon Traité de la nobleffe , & l'or
tographie de même ; mais il eft queſtion
ici du premier , imprimé en 1667. Joannes
de Aleia , d'Alés * , au nombre des Chevaliers
Bannerets de Touraine , convoqués
en 1214. Le Juge d'Armes a raifon de le
reconnoître pour le même Jean ,pere d'Hugues
enterré avec fon fils , felon l'Hermite
& Mrs de Sainte Marthe , à l'Abbaye
* M. de Serigny nous donne lui - même un
exemple d'un acte latin du treizieme fiécle , où
il fe trouve du françois ... Alloye dans le fecond
aveu de la Reine de Jéruſalem.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
de la Clarté , où l'on voit encore leurs
maufolées , ainfi que celui d'un autre de
leur famille , qui avoit fait les principales
fondations de cette Abbaye.
Cette traduction du de Aleia , par d'Alés
, n'eft pas du goût du Juge d'Armes ;
il convient pourtant plus bas qu'elle eft
affez naturelle ; & en effet , comment traduit-
il lui-même Ufetia , fi ce n'eſt par
d'Ufés, & Saya fi ce n'eft par Sées ou Sais ?
Mais il fe contente de dire que c'eſt là
une fourrure de la façon de la Roque. Il en
donne des raifons affez plaufibles , quoique
la proteftation qu'avoit faite cet auteur
, de donner ces regiftres fans y rien
ajouter ou retrancher , méritât peut - être
que le Juge d'Armes , avant de l'accufer
de cette infraction à fa promeffe , la vérifiât
au moins par l'examen des registres
même , comme il a pris la peine de le
faire pour quatre extraits du cabinet de M.
de Clerambault , qui regardoient des gens
du néant , qui avoient peut - être pris le
nom de leur village , comme il arrivoit
fouvent autrefois . ) Quoiqu'il en foit , il rejette
la traduction de la Roque , ſans lui
donner le moindre éloge qu'il devoit à
fon érudition , & à la critique qu'il a des
premiers introduit dans ce travail. Il vient
à Carreau , Ecrivain Tourangeau , qui a
M AR S. 1753. 123
compofé le fiècle dernier une hiftoire de
Touraine , dont le manufcrit fe conferve à
l'Abbaye de Marmoutiers , & dans laquelle
on trouve * , dit - il , une généalogie affez
fautive des Seigneurs de Saint- Christophe
( quoique le P. le Long lui rende le témoignage
que cette hiftoire ait été travaillée
avec beaucoup de foin). Carreau avoit vû
beaucoup de pieces inférées dans l'Armorial
, & appelle par-tout ces Seigneurs
d'Alais. C'eft fans preuve , dit le Juge
d'Armes , & il n'a point eu d'autre guide
que l'Hermite. Quoique l'ortographe différente
de l'un & de l'autre , dût , ce femble
, faire fuppofer que s'ils n'ont point
vû de titres différens , ce qui n'eſt rien
moins que certain , au moins ils ne fe font
pas copiés.
On donnera la fuite le Mercure prochain.
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Résumé : MEMOIRE CRITIQUE.
Le texte est une critique de l'article sur Alès de Corber dans l'Armorial général de France, rédigé par M. de Serigny. L'auteur du mémoire exprime son intérêt pour cet ouvrage mais émet des doutes sur certaines observations de M. de Serigny concernant l'article sur Alès de Corber. Il souligne la longueur et la richesse de cet article, qui contient de nombreuses citations, extraits, monuments et anciennes chartes. L'article sur Alès est précédé par celui sur Alluye, qui rassemble diverses pièces et propose des différentiations sur leur application. Initialement, l'auteur de l'article n'avait pas l'intention de donner une interprétation définitive, mais après des recherches approfondies, il a décidé de nommer les anciens seigneurs d'Alluye. Le mémoire critique reproche au Juge d'Armes de présenter ses interprétations des noms latins comme des décisions définitives, sans laisser de place au doute ou à d'autres opinions. L'auteur du mémoire souhaite examiner les raisons de M. de Serigny et proposer ses propres conjectures. L'article de M. de Serigny traite de l'histoire des anciens seigneurs de Châteaux et de Saint-Christophe, depuis le dixième siècle jusqu'à la fin du treizième siècle, en s'appuyant sur des chartes authentiques et des extraits d'anciens auteurs. Il affirme que plusieurs noms latins utilisés pour ces seigneurs sont en réalité des variations orthographiques d'un seul nom français. M. de Serigny rejette le nom d'Alés ou d'Alais, souvent attribué à ces seigneurs, et propose à la place le nom d'Alluye. Il critique plusieurs auteurs précédents, comme le Chevalier de l'Hermite Souliers et la Roque, pour leurs interprétations et leurs erreurs. Il passe en revue leurs travaux et les sources qu'ils ont utilisées, tout en soulignant les lacunes et les erreurs de leurs recherches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9752
p. 127-144
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Début :
Si quelques critiques chagrins se sont érigés de nos jours en censeurs des [...]
Mots clefs :
Nature, Dieux, Vessie, Remède, Religion, Pierres humaines, Pierre, Maladie, Chaux, Société littéraire de Châlons
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texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
Fermer
Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Le texte présente les activités de la Société Linéraire de Châlons, une association littéraire fondée par M. Dupré d'Aulnay, ancien commissaire des Guerres, avec le soutien de M. le Comte de Saint-Florentin et de M. le Comte de Clermont. Cette société vise à promouvoir les sciences et les lettres. Lors de réunions privées, plusieurs membres ont présenté des dissertations. M. Culoteau de Velye a lu une dissertation sur la consécration des empereurs romains, en se concentrant sur Pertinax, et a présenté une médaille attestant de cette consécration. Il a également comparé la religion des anciens Romains à celle des Grecs, soulignant que la religion romaine était plus rationnelle et fondée sur des principes raisonnables. M. Dupré d'Aulnay a présenté une dissertation sur divers phénomènes naturels, comme l'écoulement magnétique et l'électricité, attribuant ces effets à l'influence du soleil. M. Navier, docteur en médecine, a lu des dissertations sur des maladies populaires en Champagne, sur l'amollissement des os, et sur les dangers de consommer des fruits non mûrs. Ses travaux ont été approuvés par l'Académie royale des Sciences de Paris. Le texte détaille également les recherches de M. Navier sur les lithontriptiques, des substances capables de dissoudre les calculs rénaux. Navier reconnaît la supériorité des savons naturels sur les savons artificiels en raison de leur composition plus fine et plus efficace. Il souligne l'importance de l'ordre et de la sagesse divine dans la formation des êtres vivants. Navier a commencé ses travaux en 1738 pour trouver un lithontriptique efficace. Il a présenté plusieurs pierres dures réduites en bouillie grâce à une liqueur douce, pouvant être bue sans effet nocif sur l'estomac. Cependant, il n'a pas encore pu administrer ce remède par voie interne sans causer de douleur ou d'altération. Le texte mentionne des ouvrages imprimés à Edimbourg qui prétendent que l'eau de chaux est un excellent dissolvant des calculs rénaux. Navier, après de nombreuses expériences, doute de l'efficacité de ce remède, estimant qu'il pourrait causer des dépôts de substances pierreuses dans le corps. Navier critique l'eau de chaux pour ses risques potentiels de déposer des particules pierreuses dans les reins et la vessie, et pour son inefficacité constatée sur de nombreux calculs rénaux. Il relate un cas où une personne ayant pris un lithontriptique à base de chaux a vu des particules blanches dans ses urines, mais la pierre rénale n'a pas été dissoute. Enfin, le texte souligne la différence d'observations entre Navier et M. Whitt concernant l'efficacité des lessives sur les calculs rénaux, attribuant ces divergences à la variabilité des types de calculs. Navier conclut que la découverte d'un lithontriptique universel est complexe en raison de cette variabilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9753
p. 146-151
LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
Début :
Le goût que vous avez pour les arts m'étoit garant de la satisfaction que [...]
Mots clefs :
Peinture à l'encaustique, Peinture, Tableaux, Couleurs, Ombres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
LETTRE
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
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Résumé : LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
La lettre aborde la redécouverte de la peinture encaustique, une technique ancienne perdue depuis des siècles. L'auteur regrette de ne pas pouvoir fournir des détails précis sur cette méthode, malgré de nombreuses tentatives. Plusieurs artistes ont expérimenté la peinture à la cire, mais les résultats obtenus diffèrent et ne correspondent pas toujours à la véritable technique encaustique. L'auteur a consulté le Comte de Caylus et le médecin Majault, tous deux impliqués dans la recherche, mais ils ont refusé de divulguer le secret, souhaitant le garder confidentiel jusqu'à ce qu'il soit partagé avec les peintres de l'école française. La lettre met en avant les avantages potentiels de la peinture encaustique, notamment son attrait visuel et son absence de luisant, ce qui la rend adaptée pour des expositions en plein jour. L'auteur espère que cette redécouverte encouragera les artistes à accorder plus d'attention à la préparation et au choix des couleurs, améliorant ainsi la qualité et la durabilité des œuvres. Il conclut en exprimant l'espoir que cette nouvelle technique bénéficiera à l'art et aux artistes, sans porter préjudice à la peinture à l'huile.
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9754
p. 152-154
GRAVURE.
Début :
L'Accueil favorable que le public a fait à l'estampe du Philosophe en méditation, [...]
Mots clefs :
Tableau, Estampe, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAV U R E.
' Accueil favorable que le public a fait
que le fieur Surugue , Graveur du Roi , a
faite d'après le précieux tableau de Rimbrant
, qui eft dans le cabinet de M. leComte
de Vence , & la bienveillance de cet
illuftre amateur pour les Artiftes , ont engagé
l'auteur à entreprendre de graver le
fecond tableau du même Maître qu'il poffede
auffi , & qui fait le regard du premier.
Il repréfente un autre Philofophe
affis devant une table tout proche d'une
fenêtre , d'où vient la lumiere qui éclaire
le fujet ; l'attitude attentive de la tête &
des mains jointes pofées fur fes genoux ,
font voir qu'il eft abforbé , pour ainfi dire,
par la contemplation de quelque idée abſtraite
. Sur le devant à droite de celui qui
regarde l'eftampe , eft une cuifiniere qui
en tirant à elle d'une main une marmite ,
de l'autre attife le feu ; dans le fond eft
un efcalier fingulier , fur lequel , & dans
l'ombre, eft une Dame qui ouvre une porte
& tient d'une main une theïere.
Rimbrant paroît avoir voulu repréſenter
dans ces deux tableaux les effets de deux
MAR S. 1755. 153
:
lumieres différentes pour éclairer un même
lieu dans le premier c'eft un coup de foleil
, qui entrant par une fenêtre produit
une lumiere vive , mais fixée en un endroit.
Le tableau que l'on donne aujour
d'hui eft de même éclairé par une fenêtre
ouverte , mais feulement par un jour naturel
, fans foleil , qui répand une lumiere
plus douce fur les objets qu'elle rencontre
; cette différence extrêmement difficile
à exprimer en peinture & encore plus en
gravûre , fe trouve auffi vraie dans les
eftampes qu'elles le font dans les tableaux.
Ces eftampes fe débitent chez l'auteur
rue des Noyers , attenant un magafin de
papier , vis -à- vis S. Yves , à Paris.
Nous donnons avis auffi , & nous croyons
obliger le public , que l'on trouve chez ledit
fieur Surugue , Graveur du Roi , Phif
toire de Don Quichote , en vingt- cinq eftampes
, peintes par Ch. Coypel , premier
Peintre du Roi.
Le Roman comique de Scarron , en feize
eftampes , peintes par Pater , dont les tableaux
deviennent très-rares.
C
La galerie de l'Hôtel de Bretonvilliers ,
peinte en quatorze tableaux , par Sebaftien
Bourdon , dont le grand mérite eft connu
elles font gravées par lui -même.
La galerie du Palais royal , repréſentant
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
l'Énéïde de Virgile , en quinze eftampes ,
gravées par les plus habiles Graveurs de
Paris , fur les tableaux d'Ant. Coypel .
Et auffi toutes fortes d'eftampes , dont
il diftribue gratis le catalogue.
' Accueil favorable que le public a fait
que le fieur Surugue , Graveur du Roi , a
faite d'après le précieux tableau de Rimbrant
, qui eft dans le cabinet de M. leComte
de Vence , & la bienveillance de cet
illuftre amateur pour les Artiftes , ont engagé
l'auteur à entreprendre de graver le
fecond tableau du même Maître qu'il poffede
auffi , & qui fait le regard du premier.
Il repréfente un autre Philofophe
affis devant une table tout proche d'une
fenêtre , d'où vient la lumiere qui éclaire
le fujet ; l'attitude attentive de la tête &
des mains jointes pofées fur fes genoux ,
font voir qu'il eft abforbé , pour ainfi dire,
par la contemplation de quelque idée abſtraite
. Sur le devant à droite de celui qui
regarde l'eftampe , eft une cuifiniere qui
en tirant à elle d'une main une marmite ,
de l'autre attife le feu ; dans le fond eft
un efcalier fingulier , fur lequel , & dans
l'ombre, eft une Dame qui ouvre une porte
& tient d'une main une theïere.
Rimbrant paroît avoir voulu repréſenter
dans ces deux tableaux les effets de deux
MAR S. 1755. 153
:
lumieres différentes pour éclairer un même
lieu dans le premier c'eft un coup de foleil
, qui entrant par une fenêtre produit
une lumiere vive , mais fixée en un endroit.
Le tableau que l'on donne aujour
d'hui eft de même éclairé par une fenêtre
ouverte , mais feulement par un jour naturel
, fans foleil , qui répand une lumiere
plus douce fur les objets qu'elle rencontre
; cette différence extrêmement difficile
à exprimer en peinture & encore plus en
gravûre , fe trouve auffi vraie dans les
eftampes qu'elles le font dans les tableaux.
Ces eftampes fe débitent chez l'auteur
rue des Noyers , attenant un magafin de
papier , vis -à- vis S. Yves , à Paris.
Nous donnons avis auffi , & nous croyons
obliger le public , que l'on trouve chez ledit
fieur Surugue , Graveur du Roi , Phif
toire de Don Quichote , en vingt- cinq eftampes
, peintes par Ch. Coypel , premier
Peintre du Roi.
Le Roman comique de Scarron , en feize
eftampes , peintes par Pater , dont les tableaux
deviennent très-rares.
C
La galerie de l'Hôtel de Bretonvilliers ,
peinte en quatorze tableaux , par Sebaftien
Bourdon , dont le grand mérite eft connu
elles font gravées par lui -même.
La galerie du Palais royal , repréſentant
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
l'Énéïde de Virgile , en quinze eftampes ,
gravées par les plus habiles Graveurs de
Paris , fur les tableaux d'Ant. Coypel .
Et auffi toutes fortes d'eftampes , dont
il diftribue gratis le catalogue.
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Résumé : GRAVURE.
Le graveur du Roi, Surugue, a reçu un accueil favorable pour une gravure réalisée d'après un tableau de Rembrandt appartenant au comte de Vence. Encouragé par ce succès, Surugue a gravé un second tableau de Rembrandt, représentant un philosophe en contemplation abstraite. Cette scène inclut une cuisinière et une dame dans l'ombre, éclairée par une lumière naturelle douce, contrastant avec la lumière vive du premier tableau. Les estampes de Surugue sont vendues rue des Noyers à Paris. Parmi les autres œuvres disponibles, on trouve des estampes de 'Don Quichotte' par Charles Coypel, du 'Roman comique' de Scarron par Pater, et des gravures de la galerie de l'Hôtel de Bretonvilliers par Sébastien Bourdon. Une série d'estampes représentant 'L'Énéïde' de Virgile, gravées par des artistes parisiens d'après les tableaux d'Antoine Coypel, est également mentionnée. Surugue distribue gratuitement le catalogue de ces œuvres.
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9755
p. 154-156
MUSIQUE.
Début :
Nouvelles pieces de clavecin, avec un accompagnement de violon & de [...]
Mots clefs :
Accompagnement, Clavecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
Nouvelles pieces de clavecin , avec un accompagnement de violon & de
baffe , fait en concert & gravé féparément.
Ces piéces font de la compofition du fieur
Clément , connu par plufieurs autres ouvrages
pour le clavecin , que le public a vûs
avec plaifir. On peut jouer les pieces de
clavecin feules , fans accompagnement
, &
fans que cela nuife à leur harmonie. Elles
fe vendent chez l'auteur , rue & cloître
S. Thomas du Louvre , & aux adreffes ordinaires
de Mufique. Le prix en blanc
avec les parties féparées , douze liv.
METHODE
plus courte & plus facile
que l'ancienne , pour l'accompagnement
du
clavecin ; dédiée aux Dames , par M.
Dubugrarre , Organiste de S. Sauveur
Maître de clavecin.
CE
Ette Méthode , qui fuppofe la connoiffance
de l'accord parfait fur tous
les tons , tant majeurs que mineurs , fuffic
MARS.
1755. 735
pour l'accompagnement du clavecin , comme
l'experience qu'en font journellement
les Ecoliers de l'auteur , en eſt une preuve
incontestable. En faveur des perfonnes qui
defirent joindre à la facilité de l'exécution
une connoiffance étendue & diftincte de
tous les principes qui forment la théorie parfaite
de l'accompagnement , l'auteur , dans
un fupplément ou addition par demandes &
par réponſes , a détaillé ces mêmes principes
de la maniere la plus exacte & la plus
précife. Les peres & meres procureront à
leurs enfans le moyen de faire des progrès
rapides dans l'étude du clavecin , en leur
faifant apprendre par coeur ces principes.
L'Ecolier qui par la méthode & le fupplé
ment, eft fuppofé connoître de quoi fe préparent
& fe fauvent les accords , & fur
quels dégrés fixes ils fe forment , verra auffi
les régles invariables de la baffe fondamentale
; ce qui lui donnera des lumieres
pour la compofition . A la fin du fupplé
ment il trouvera une méthode de chiffrer
les accords , plus abrégée & plus facile
que celle dont on fe fert aujourd'hui ; cependant
on n'a pas négligé de donner dans
la méthode toutes les variations dans la
maniere de chiffrer les accords , afin que
P'Ecolier puiffe exécuter les pieces des différens
auteurs , quelle que foit leur coutume
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
de chiffrer ces mêmes accords.
L'auteur diftribuera gratis le fupplément,
chez lui & non ailleurs , aux perfonnes qui
auront déja acheté fa méthode . Celles qui
feront l'acquifition de fa méthode & de
fon fupplément , payeront le tout 6 livres.
La vente s'en fait aux adreffes ordinaires ,
& chez l'auteur , fauxbourg S. Denis.
On y trouve de plus , Borée & Orithie ,
Cantatille nouvelle , à voix feule , avec
accompagnement de flûte & de violon.
Nouvelles pieces de clavecin , avec un accompagnement de violon & de
baffe , fait en concert & gravé féparément.
Ces piéces font de la compofition du fieur
Clément , connu par plufieurs autres ouvrages
pour le clavecin , que le public a vûs
avec plaifir. On peut jouer les pieces de
clavecin feules , fans accompagnement
, &
fans que cela nuife à leur harmonie. Elles
fe vendent chez l'auteur , rue & cloître
S. Thomas du Louvre , & aux adreffes ordinaires
de Mufique. Le prix en blanc
avec les parties féparées , douze liv.
METHODE
plus courte & plus facile
que l'ancienne , pour l'accompagnement
du
clavecin ; dédiée aux Dames , par M.
Dubugrarre , Organiste de S. Sauveur
Maître de clavecin.
CE
Ette Méthode , qui fuppofe la connoiffance
de l'accord parfait fur tous
les tons , tant majeurs que mineurs , fuffic
MARS.
1755. 735
pour l'accompagnement du clavecin , comme
l'experience qu'en font journellement
les Ecoliers de l'auteur , en eſt une preuve
incontestable. En faveur des perfonnes qui
defirent joindre à la facilité de l'exécution
une connoiffance étendue & diftincte de
tous les principes qui forment la théorie parfaite
de l'accompagnement , l'auteur , dans
un fupplément ou addition par demandes &
par réponſes , a détaillé ces mêmes principes
de la maniere la plus exacte & la plus
précife. Les peres & meres procureront à
leurs enfans le moyen de faire des progrès
rapides dans l'étude du clavecin , en leur
faifant apprendre par coeur ces principes.
L'Ecolier qui par la méthode & le fupplé
ment, eft fuppofé connoître de quoi fe préparent
& fe fauvent les accords , & fur
quels dégrés fixes ils fe forment , verra auffi
les régles invariables de la baffe fondamentale
; ce qui lui donnera des lumieres
pour la compofition . A la fin du fupplé
ment il trouvera une méthode de chiffrer
les accords , plus abrégée & plus facile
que celle dont on fe fert aujourd'hui ; cependant
on n'a pas négligé de donner dans
la méthode toutes les variations dans la
maniere de chiffrer les accords , afin que
P'Ecolier puiffe exécuter les pieces des différens
auteurs , quelle que foit leur coutume
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
de chiffrer ces mêmes accords.
L'auteur diftribuera gratis le fupplément,
chez lui & non ailleurs , aux perfonnes qui
auront déja acheté fa méthode . Celles qui
feront l'acquifition de fa méthode & de
fon fupplément , payeront le tout 6 livres.
La vente s'en fait aux adreffes ordinaires ,
& chez l'auteur , fauxbourg S. Denis.
On y trouve de plus , Borée & Orithie ,
Cantatille nouvelle , à voix feule , avec
accompagnement de flûte & de violon.
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Résumé : MUSIQUE.
Le texte présente deux ouvrages musicaux. Le premier est une collection de nouvelles pièces pour clavecin, avec un accompagnement optionnel de violon et de basse, composée par le sieur Clément. Ces pièces peuvent être jouées seules sans nuire à leur harmonie et sont disponibles à la vente chez l'auteur, rue et cloître Saint Thomas du Louvre, ainsi que dans les adresses ordinaires de musique, au prix de douze livres. Le second ouvrage est une méthode pour l'accompagnement du clavecin, dédiée aux dames, écrite par M. Dubugrarre, organiste de Saint Sauveur et maître de clavecin. Cette méthode, supposant la connaissance de l'accord parfait sur tous les tons, est jugée efficace par les élèves de l'auteur. Elle inclut un supplément détaillant les principes théoriques de l'accompagnement, facilitant ainsi les progrès rapides des étudiants. Le supplément propose également une méthode de chiffrage des accords plus abrégée et facile. L'auteur distribue gratuitement le supplément aux acheteurs de la méthode et vend l'ensemble pour six livres. De plus, le texte mentionne la disponibilité d'une cantatille nouvelle, 'Borée & Orithie', pour voix seule avec accompagnement de flûte et de violon.
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9756
p. 156-158
HORLOGERIE.
Début :
La simplicité est le caractere distinctif des ouvrages de la nature ; les grands [...]
Mots clefs :
Horlogerie, Cadrans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE.
HORLOGERIE .
Ldesouvrages de la nature ; les grands
A fimplicité eft le caractere diftin & if
artiftes qui s'efforcent de l'imiter , ont d'ail
leurs trop de raifon de fimplifier leurs ouvrages
pour n'y pas employer toutes les
reffources de leur art & celles de leur génie
: auffi l'Horlogerie fe perfectionne tous
les jours à cet égard par les foins de ceux
qui , conduits par l'efprit plus que par
leur routine , & plus jaloux de leur gloire
que de leur intérêt , s'occupent de tout ce
qui peut contribuer à l'avancement & au
progrès de l'art .
Une nouvelle production de ce zéle induſtrieux
vient d'attirer l'attention des cuMARS.
1755. 157.
rieux , quoique fimple en elle -même , c'eft
par fa fimplicité qu'elle doit mériter des
éloges .
Les cadrans , cette partie néceffaire des
piéces d'Horlogerie , ont fait jufqu'ici un
objet de dépenfe confidérable ; s'ils ont
fubi dans les différens tems divers changemens
, ces changemens , loin d'en rendre
la conftruction plus facile & le prix
plus modique , n'ont fait qu'en augmenrer
les difficultés & la dépenfe , en les rendant
plus défectueux par rapport au méchaniſme
même : une fimple obfervation en
convaincra . Tout cadran émaillé de dix
pouces de diametre , emporte néceffairement
environ un pouce de convexité , par
l'impoffibilité où font les Emailleurs d'en
faire de plats : cette convexité en exige une
dans le cryſtal de la lunette , qui doit être
encore plus confidérable , pour laiffer libre
le mouvement des éguilles , ce qui enchérit
tout à la fois & le cadran & le cryſtal.
Mais il en résulte un autre inconvénient
nuifible au méchaniſme , comme on vient
de le dire ; c'eft que le canon & les chauffées
doivent être allongées confidérablement
, à caufe de la convexité du cadran ,
ainfi que la tige du rochet dans les pendules
à fecondes : cette tige devient par
cet allongement d'une exécution beaucoup
158 MERCURE DE FRANCE.
plus difficile ; elle en devient auffi plus
flexible , & par conféquent fujette à des
frémiffemens continuels , qui à chaque
vibration doivent altérer la juſteſſe de la
pendule. On fent par là combien les cadrans
plats doivent être plus avantageux.
par cet endroit même. Il faut dire enfin à
la louange de MM. Le Paute , auteurs de
ceux dont on rend compte ici , que cet,
objet de dépenfe , qui étoit quelquefois
de cent cinquante livres en émail , fans
compter plus de foixante livres pour le
prix du cryftal , fe trouve réduit , par les
foins de ces ingénieux artiftes , à vingtquatre
livres tout au plus. Ils ont d'ailleurs
tout le brillant & toute la blancheur
de l'émail , au point que les gens de l'art
même y font trompés. Chacun a la liberté
de s'affurer par foi-même de l'avantage de
ces nouveaux cadrans. Le laboratoire de
M. Le Paute eft ouvert à tous les honnêtesgens
, à qui il ne fait aucun myftere de
fon fecret.
Ldesouvrages de la nature ; les grands
A fimplicité eft le caractere diftin & if
artiftes qui s'efforcent de l'imiter , ont d'ail
leurs trop de raifon de fimplifier leurs ouvrages
pour n'y pas employer toutes les
reffources de leur art & celles de leur génie
: auffi l'Horlogerie fe perfectionne tous
les jours à cet égard par les foins de ceux
qui , conduits par l'efprit plus que par
leur routine , & plus jaloux de leur gloire
que de leur intérêt , s'occupent de tout ce
qui peut contribuer à l'avancement & au
progrès de l'art .
Une nouvelle production de ce zéle induſtrieux
vient d'attirer l'attention des cuMARS.
1755. 157.
rieux , quoique fimple en elle -même , c'eft
par fa fimplicité qu'elle doit mériter des
éloges .
Les cadrans , cette partie néceffaire des
piéces d'Horlogerie , ont fait jufqu'ici un
objet de dépenfe confidérable ; s'ils ont
fubi dans les différens tems divers changemens
, ces changemens , loin d'en rendre
la conftruction plus facile & le prix
plus modique , n'ont fait qu'en augmenrer
les difficultés & la dépenfe , en les rendant
plus défectueux par rapport au méchaniſme
même : une fimple obfervation en
convaincra . Tout cadran émaillé de dix
pouces de diametre , emporte néceffairement
environ un pouce de convexité , par
l'impoffibilité où font les Emailleurs d'en
faire de plats : cette convexité en exige une
dans le cryſtal de la lunette , qui doit être
encore plus confidérable , pour laiffer libre
le mouvement des éguilles , ce qui enchérit
tout à la fois & le cadran & le cryſtal.
Mais il en résulte un autre inconvénient
nuifible au méchaniſme , comme on vient
de le dire ; c'eft que le canon & les chauffées
doivent être allongées confidérablement
, à caufe de la convexité du cadran ,
ainfi que la tige du rochet dans les pendules
à fecondes : cette tige devient par
cet allongement d'une exécution beaucoup
158 MERCURE DE FRANCE.
plus difficile ; elle en devient auffi plus
flexible , & par conféquent fujette à des
frémiffemens continuels , qui à chaque
vibration doivent altérer la juſteſſe de la
pendule. On fent par là combien les cadrans
plats doivent être plus avantageux.
par cet endroit même. Il faut dire enfin à
la louange de MM. Le Paute , auteurs de
ceux dont on rend compte ici , que cet,
objet de dépenfe , qui étoit quelquefois
de cent cinquante livres en émail , fans
compter plus de foixante livres pour le
prix du cryftal , fe trouve réduit , par les
foins de ces ingénieux artiftes , à vingtquatre
livres tout au plus. Ils ont d'ailleurs
tout le brillant & toute la blancheur
de l'émail , au point que les gens de l'art
même y font trompés. Chacun a la liberté
de s'affurer par foi-même de l'avantage de
ces nouveaux cadrans. Le laboratoire de
M. Le Paute eft ouvert à tous les honnêtesgens
, à qui il ne fait aucun myftere de
fon fecret.
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Résumé : HORLOGERIE.
Le texte aborde l'évolution de l'horlogerie, mettant en avant la simplicité et l'innovation. Les horlogers, motivés par l'amélioration, contribuent au progrès de cet art. Une récente innovation, simple mais notable, a captivé l'intérêt des passionnés. Les cadrans, éléments cruciaux des pièces d'horlogerie, ont toujours été coûteux et complexes à fabriquer. Les modifications au fil du temps ont accru les difficultés et les coûts, tout en augmentant les défauts mécaniques. Par exemple, les cadrans émaillés nécessitent une convexité qui complique les mécanismes et augmente les coûts du cristal de la lunette. Cette convexité oblige à allonger le canon et les chaînettes, rendant la fabrication plus ardue et les pièces plus flexibles, ce qui affecte la précision des pendules. Les cadrans plats, récemment développés par MM. Le Paute, offrent une solution avantageuse. Ils réduisent significativement les coûts, passant de cent cinquante livres pour l'émail et soixante livres pour le cristal à vingt-quatre livres au maximum. Ces cadrans imitent brillamment l'émail, au point de tromper les experts. Le laboratoire de M. Le Paute est ouvert à tous pour vérifier les avantages de ces nouvelles créations.
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9757
p. 159
OPERA.
Début :
L'Académie royale de musique continue Daphnis & Alcimadure les Vendredis [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
'Académie royale de mufique continue
& les Dimanches ; elle donne les Fragmens
les Mardis & les Jeudis , en attendant
la repriſe de Thefée , que l'indifpofition
de plufieurs acteurs a retardé .
'Académie royale de mufique continue
& les Dimanches ; elle donne les Fragmens
les Mardis & les Jeudis , en attendant
la repriſe de Thefée , que l'indifpofition
de plufieurs acteurs a retardé .
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9758
p. 159-160
COMEDIE FRANÇOISE,
Début :
Les Comédiens François ont donné le 7 de ce mois le Tartuffe & les Folies [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE,
COMEDIE FRANÇOISE.
L
Es Comédiens François ont donné le
de ce mois le Tartuffe & les Folies
amoureufes. Mme Novere , femme de M.
Novere , fi connu par le Ballet Chinois &
par celui de la Fontaine de Jouvence , a
débuté dans ces deux pièces , où elle joue
le rôle de la Soubrette. Le public lui a
fait un accueil favorable. Elle a repréſenté
fucceffivement Cléantis dans Démocrite ,
& Finettte dans le Philoſophe marié.
Le 8 , les mêmes Comédiens ont remis.
avec fuccès, Venceslas , tragédie de Rotrou..
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle eft poftérieure au Cid , qui a été joué
en 1636. Venceflas n'a paru qu'en 1648 .
On voit par là que Rotrou , loin d'avoir
fervi de modele à Corneille , s'eft perfectionné
d'après lui . Cette piéce a de grandes
beautés. Le premier acte , le quatriéme
& le cinquiéme ne feroient pas indignes de
l'auteur de Cinna. Ladiflas eft un caractere
vraiment théatral ; il a ce mêlange de
vertus & de vices qui intéreffe fur la
fcene. Si ce Prince commet des crimes , le
feu de l'âge , & l'impétuofité d'une paffion
contredite , l'y forcent malgré lui ; le péril
même où ils le jettent , excitent en fa faveur
d'autant plus la pitié , qu'il ne tue fon
frere que par une méprife. Dans l'obfcurité
, il l'a pris pour Fédéric qu'il croyoit
fon rival. Venceflas qui lui pardonne
après l'avoir condamné , eft tout à la fois le
modele des peres & des monarques. Obligé
par fa juftice à punir Ladiflas , comme Roi
il prend l'héroïque parti de lui céder la
couronne , & de l'abfoudre alors comme
pere. Ce noble procédé forme un dénoument
d'autant plus heureux qu'il eft inattendu
, & qu'il eft en même tems dans la
nature. François de Roxas , auteur Efpagnol
, avoit traité , avant Rotrou , le même
fujet fous un titre moral qui l'annonce :
On ne peut être ✔ Roi.
L
Es Comédiens François ont donné le
de ce mois le Tartuffe & les Folies
amoureufes. Mme Novere , femme de M.
Novere , fi connu par le Ballet Chinois &
par celui de la Fontaine de Jouvence , a
débuté dans ces deux pièces , où elle joue
le rôle de la Soubrette. Le public lui a
fait un accueil favorable. Elle a repréſenté
fucceffivement Cléantis dans Démocrite ,
& Finettte dans le Philoſophe marié.
Le 8 , les mêmes Comédiens ont remis.
avec fuccès, Venceslas , tragédie de Rotrou..
160 MERCURE DE FRANCE.
Elle eft poftérieure au Cid , qui a été joué
en 1636. Venceflas n'a paru qu'en 1648 .
On voit par là que Rotrou , loin d'avoir
fervi de modele à Corneille , s'eft perfectionné
d'après lui . Cette piéce a de grandes
beautés. Le premier acte , le quatriéme
& le cinquiéme ne feroient pas indignes de
l'auteur de Cinna. Ladiflas eft un caractere
vraiment théatral ; il a ce mêlange de
vertus & de vices qui intéreffe fur la
fcene. Si ce Prince commet des crimes , le
feu de l'âge , & l'impétuofité d'une paffion
contredite , l'y forcent malgré lui ; le péril
même où ils le jettent , excitent en fa faveur
d'autant plus la pitié , qu'il ne tue fon
frere que par une méprife. Dans l'obfcurité
, il l'a pris pour Fédéric qu'il croyoit
fon rival. Venceflas qui lui pardonne
après l'avoir condamné , eft tout à la fois le
modele des peres & des monarques. Obligé
par fa juftice à punir Ladiflas , comme Roi
il prend l'héroïque parti de lui céder la
couronne , & de l'abfoudre alors comme
pere. Ce noble procédé forme un dénoument
d'autant plus heureux qu'il eft inattendu
, & qu'il eft en même tems dans la
nature. François de Roxas , auteur Efpagnol
, avoit traité , avant Rotrou , le même
fujet fous un titre moral qui l'annonce :
On ne peut être ✔ Roi.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE,
En décembre, les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces. Le 20 décembre, ils ont joué 'Le Tartuffe' et 'Les Folies amoureuses', avec Mme Novere dans le rôle de la soubrette, puis dans 'Démocrite' et 'Le Philosophe marié'. Le 8 décembre, ils ont repris 'Venceslas', une tragédie de Jean de Rotrou écrite en 1648, après 'Le Cid' de Corneille. Rotrou s'est inspiré de Corneille pour perfectionner sa pièce. 'Venceslas' est acclamée pour ses qualités, notamment les actes premier, quatrième et cinquième, comparables à celles de 'Cinna' de Corneille. Ladislas, personnage théâtral, mêle vertus et vices, poussé par la passion et l'erreur à commettre des crimes. Venceslas incarne le modèle des pères et des monarques en pardonnant et en abdiquant en faveur de Ladislas. Le sujet de 'Venceslas' avait déjà été traité par l'auteur espagnol François de Roxas sous le titre 'On ne peut être Roi'.
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9759
p. 161-162
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 12, pour la premiere fois, le Caprice [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
&
12 , pour la premiere fois , le Caprice
amoureux , ou Ninette à la Cour , comédie
en trois actes en vers , mêlée d'ariettes ,
parodiée de Bertholde à la Cour . C'eſt une
foeur de la Servante maîtreffe , mais qui
n'eft pas du même pere : M. Favard en eft
l'auteur ; on y reconnoît fa maniere & fon
coloris. Le public l'a très-bien reçue ; elle
attire de fortes chambrées ; ce qui confirme
le fuccès , & le juftifie mieux , fur- tout
aux yeux des Comédiens , que les applaudiffemens
, qui ne font pas toujours fuivis
de l'affluence. Cette nouveauté eft termi- .
née par un bal , qui eft fans contredit le
meilleur de l'année . Cet agréable divertiffement
eft de M. Deheffe , qui poffede
l'art de Médée. Il rajeunit les fujets les
plus vieux , & place fi bien fes différens
danfeurs , qu'ils brillent tous fans fe nuire ,
& varient toujours le tableau fans le charger.
J'applaudis d'abord la précifion brillante
de Mlle Catinon dans fon pas avec
les deux Negres ; j'admire enfuite la force
du fieur Saudi en Scaramouche. La gaité
légere du jeune Baletti me tranfporte à fon
162 MERCURE DE FRANCE.
tour , & je fuis en même tems enchanté
des graces vives de Mlle Camille , qui dif
pute avec lui d'enjoument.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
&
12 , pour la premiere fois , le Caprice
amoureux , ou Ninette à la Cour , comédie
en trois actes en vers , mêlée d'ariettes ,
parodiée de Bertholde à la Cour . C'eſt une
foeur de la Servante maîtreffe , mais qui
n'eft pas du même pere : M. Favard en eft
l'auteur ; on y reconnoît fa maniere & fon
coloris. Le public l'a très-bien reçue ; elle
attire de fortes chambrées ; ce qui confirme
le fuccès , & le juftifie mieux , fur- tout
aux yeux des Comédiens , que les applaudiffemens
, qui ne font pas toujours fuivis
de l'affluence. Cette nouveauté eft termi- .
née par un bal , qui eft fans contredit le
meilleur de l'année . Cet agréable divertiffement
eft de M. Deheffe , qui poffede
l'art de Médée. Il rajeunit les fujets les
plus vieux , & place fi bien fes différens
danfeurs , qu'ils brillent tous fans fe nuire ,
& varient toujours le tableau fans le charger.
J'applaudis d'abord la précifion brillante
de Mlle Catinon dans fon pas avec
les deux Negres ; j'admire enfuite la force
du fieur Saudi en Scaramouche. La gaité
légere du jeune Baletti me tranfporte à fon
162 MERCURE DE FRANCE.
tour , & je fuis en même tems enchanté
des graces vives de Mlle Camille , qui dif
pute avec lui d'enjoument.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 12 du mois a eu lieu la première représentation de la comédie italienne 'Le Caprice amoureux, ou Ninette à la Cour'. Cette pièce, en trois actes et en vers, intègre des ariettes et parodie 'Bertholde à la Cour'. Elle s'inspire de 'La Servante maîtresse', mais les personnages principaux ne sont pas du même père. L'auteur, M. Favard, est identifiable par son style et son 'coloris'. La pièce a rencontré un grand succès auprès du public, attirant un nombre significatif de spectateurs. La soirée s'est conclue par un bal, considéré comme le meilleur de l'année, chorégraphié par M. Deheffe. Ce dernier est reconnu pour sa capacité à renouveler des sujets anciens et à coordonner les danseurs. Les performances des artistes, notamment Mlle Catinon, M. Saudi, le jeune Baletti et Mlle Camille, ont été saluées pour leur précision, leur force et leur enjouement.
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9760
p. 162-163
OPERA COMIQUE.
Début :
L'Opéra comique a fait l'ouverture de son théatre le 1r. de Février, par la [...]
Mots clefs :
Opéra, Opéra-Comique
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texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMI QU E.
L'Opéra comique a fait l'ouverture de
fon théatre le 1. de Février , par la
premiere repréſentation des Troyennes de
Champagne.Il l'a continuée alternativement
avec la Nouvelle Baftienne , la Servante
juftifiée , Bertholde à la ville , &c. jufqu'au
18 , qu'il a donné Jerôme & Fanchonete ,
paftorale de la Grenouillere , parodiée de
l'opéra Languedocien , & précédée de la
Chercheufe d'efprit & du Suffifant . Ce ba
dinage a été univerfellement applaudi , &
mérite de l'être ; il a ramené fur ce théatre
la gaité folle qui lui convient. Il fait rire
aux éclats ; il eft vrai qu'il eft très- bien
rendu par les acteurs , & fur-tout par
Mlle Rofaline , qui a faifi parfaitement
toutes les graces du genre. Il y avoit longtems
que nous n'avions ri de bonne foi
à aucun fpectacle. C'eſt un plaifir fi doux ,
& qu'on goûte aujourd'hui fi rarement
dans la capitale , qu'on doit franchement
s'y livrer , fans examiner s'il eft dans les
ségles de la décence , & remercier plutôt
MARS. 1755 163
Factrice & l'auteur qui nous le procurent.
M. Monet ne doit pas être oublié ; c'eſt à
fon zéle actif que ce fpectacle doit tout
fon éclat & fes fuccès. Je ne doute pas que
Jerôme & Fanchonette n'y attirent la foule
jufqu'à la clôture . Le baler des Matelots
dont cette parodie eft fuivic , eft de M.
Novere , & finit par une contredanſe qui
renvoye tous les fpectateurs contens.
Je reçois dans ce moment un exemplaire
de la pièce , qui fe vend chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au - deffous de la
fontaine S. Benoît , au Temple du goût : le
prix eft de 24 f. avec la Mufique : nous en
donnerons l'extrait le mois prochain. Elle
eſt de M. Vadé ; nous lui avons l'obligation
de nous avoir donné une Paftorale qui
n'eſt point une moutonnade. On ne lui reprochera
point la fadeur , ni la vanité de
vouloir être un émule férieux du grand
Opéra. Il a pris le ton convenable au théâ
tre pour lequel il travaille ; une charge
plaifante y eft toujours préférable à une
prévention ridicule , fans être rifible.
L'Opéra comique a fait l'ouverture de
fon théatre le 1. de Février , par la
premiere repréſentation des Troyennes de
Champagne.Il l'a continuée alternativement
avec la Nouvelle Baftienne , la Servante
juftifiée , Bertholde à la ville , &c. jufqu'au
18 , qu'il a donné Jerôme & Fanchonete ,
paftorale de la Grenouillere , parodiée de
l'opéra Languedocien , & précédée de la
Chercheufe d'efprit & du Suffifant . Ce ba
dinage a été univerfellement applaudi , &
mérite de l'être ; il a ramené fur ce théatre
la gaité folle qui lui convient. Il fait rire
aux éclats ; il eft vrai qu'il eft très- bien
rendu par les acteurs , & fur-tout par
Mlle Rofaline , qui a faifi parfaitement
toutes les graces du genre. Il y avoit longtems
que nous n'avions ri de bonne foi
à aucun fpectacle. C'eſt un plaifir fi doux ,
& qu'on goûte aujourd'hui fi rarement
dans la capitale , qu'on doit franchement
s'y livrer , fans examiner s'il eft dans les
ségles de la décence , & remercier plutôt
MARS. 1755 163
Factrice & l'auteur qui nous le procurent.
M. Monet ne doit pas être oublié ; c'eſt à
fon zéle actif que ce fpectacle doit tout
fon éclat & fes fuccès. Je ne doute pas que
Jerôme & Fanchonette n'y attirent la foule
jufqu'à la clôture . Le baler des Matelots
dont cette parodie eft fuivic , eft de M.
Novere , & finit par une contredanſe qui
renvoye tous les fpectateurs contens.
Je reçois dans ce moment un exemplaire
de la pièce , qui fe vend chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au - deffous de la
fontaine S. Benoît , au Temple du goût : le
prix eft de 24 f. avec la Mufique : nous en
donnerons l'extrait le mois prochain. Elle
eſt de M. Vadé ; nous lui avons l'obligation
de nous avoir donné une Paftorale qui
n'eſt point une moutonnade. On ne lui reprochera
point la fadeur , ni la vanité de
vouloir être un émule férieux du grand
Opéra. Il a pris le ton convenable au théâ
tre pour lequel il travaille ; une charge
plaifante y eft toujours préférable à une
prévention ridicule , fans être rifible.
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Résumé : OPERA COMIQUE.
L'Opéra comique a ouvert sa saison le 1er février 1755 avec 'Les Troyennes de Champagne'. Les représentations suivantes ont inclus 'La Nouvelle Baftienne', 'La Servante justifiée' et 'Bertholde à la ville'. Le 18 février, la pastorale parodiée 'Jérôme et Fanchonette', inspirée de l'opéra 'Languedocien', a été jouée après 'La Chercheuse d'esprit' et 'Le Suffisant'. Cette représentation a été acclamée pour son humour et sa gaieté, ramenant la joie au théâtre après une longue période sans rire sincère. Les acteurs, notamment Mlle Rosaline, ont été particulièrement applaudis. Le ballet des Matelots, chorégraphié par M. Novere, a clôturé la soirée avec une contredanse. La pièce, écrite par M. Vadé, est disponible chez le libraire Duchefne, rue Saint-Jacques, au prix de 24 sous avec la musique. Vadé a été remercié pour avoir évité la fadeur et la prétention dans sa pastorale divertissante.
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9761
p. 164
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Dimanche 2 Février, jour de la Purification, le Concert commença par [...]
Mots clefs :
Concert, Roi
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
E Dimanche 2 Février , jour de la Purification
, le Concert commença par
une fymphonie nouvelle ; enfuite Landa
Jerufalem , Pf. 147. de M. Philidor , motet
à grand choeur , qui a été exécuté à la
Chapelle du Roi. M. Richer , Page de la
mufique du Roi , chanta un petit moter.
M. Matthieu , ordinaire de la Chapelle &
de la Chambre du Roi , joua un concerto
de fa compofition. M. Albaneze chanta un
air Italien. Le Concert finit par Dominus
regnavit, motet à grand choeur de M. Mondonville
, Maître de mufique de la Chapelle
du Roi
E Dimanche 2 Février , jour de la Purification
, le Concert commença par
une fymphonie nouvelle ; enfuite Landa
Jerufalem , Pf. 147. de M. Philidor , motet
à grand choeur , qui a été exécuté à la
Chapelle du Roi. M. Richer , Page de la
mufique du Roi , chanta un petit moter.
M. Matthieu , ordinaire de la Chapelle &
de la Chambre du Roi , joua un concerto
de fa compofition. M. Albaneze chanta un
air Italien. Le Concert finit par Dominus
regnavit, motet à grand choeur de M. Mondonville
, Maître de mufique de la Chapelle
du Roi
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le 2 février, un concert spirituel a eu lieu. Il a commencé par une symphonie nouvelle et l'exécution de 'Jerusalem, Ps. 147' de Philidor. Richer a chanté un petit motet, Matthieu a joué un concerto, et Albaneze a interprété un air italien. Le concert s'est terminé par 'Dominus regnavit' de Mondonville.
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9762
p. 165-166
DU LEVANT.
Début :
Le 22 Décembre, jour fixé pour l'inauguration d'Osman III, ce Prince, accompagné [...]
Mots clefs :
Seigneur, Sultan, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 4 Janvier.
L
E 22 Décembre , jour fixé pour l'inauguration
d'Ofman III , ce Prince , accompagné
de toute fa Cour , fe rendit à la Mofquée d'Ejoub.
Après que le Grand Seigneur eut fait fa priere ,
le Mufti s'avança vers la Hauteffe , & lui dit :
Puiffant Empereur , glorieux monarque , Dieu l'a
établi Sultan pour regnerfur les véritables croyans ;
fois fidele à la loi , & ton regne fera heureux. Il
ajouta enfuite en fe tournant vers le peuple
voilà celui que Dieu , dans l'éternité de fes decrets ,
a destinépour vous gouverner ; il obfervera la loi ;
foyez lui foumis. Puis il ceignit le cimeterre de
Mahomet au Sultan , qu'il exhorta de ne le tirer
que pour la défense de la religion & de la justice.
Lorfque cette cérémonie fut finie , la mufique
des Janiffaires fe fit entendre , & l'air retentit
d'acclamations . Le Grand Seigneur étant retourné
àu Sérail , on diftribua quinze cens bourſes aux
troupes. Au milieu des réjouiflances , quelques
Leventi , ou gens de mer , infulterent un Janiffaire
. Celui -ci n'en eut pas plutot informé les foldats
de fa compagnie , qu'ils fe répandirent dans
les rues voifines du port , & fondirent le fabre à la
main fur les Leventi. Heureufement l'Aga des
1
166 MERCURE DE FRANCE.
•
Janiffaires & le Capitan Pacha impoferent par leur
préfence aux uns & aux autres , & en peu de tems
le defordre fut appaifé . On empala fur le champ
fans autre forme de procès , les Leventi qui y
avoient donné lieu.
1
Sa Hauteffe étant inftruite que la plupart des
Mufulmans regardent la défenfe de boire du via
comme un réglement fait pour le fimple vulgaire ,
a ftatué de rigoureufes peines contre ceux qui ,
fans refpect pour l'Alcoran , feront ufage de cette
liqueur,
DE CONSTANTINOPLE , le 4 Janvier.
L
E 22 Décembre , jour fixé pour l'inauguration
d'Ofman III , ce Prince , accompagné
de toute fa Cour , fe rendit à la Mofquée d'Ejoub.
Après que le Grand Seigneur eut fait fa priere ,
le Mufti s'avança vers la Hauteffe , & lui dit :
Puiffant Empereur , glorieux monarque , Dieu l'a
établi Sultan pour regnerfur les véritables croyans ;
fois fidele à la loi , & ton regne fera heureux. Il
ajouta enfuite en fe tournant vers le peuple
voilà celui que Dieu , dans l'éternité de fes decrets ,
a destinépour vous gouverner ; il obfervera la loi ;
foyez lui foumis. Puis il ceignit le cimeterre de
Mahomet au Sultan , qu'il exhorta de ne le tirer
que pour la défense de la religion & de la justice.
Lorfque cette cérémonie fut finie , la mufique
des Janiffaires fe fit entendre , & l'air retentit
d'acclamations . Le Grand Seigneur étant retourné
àu Sérail , on diftribua quinze cens bourſes aux
troupes. Au milieu des réjouiflances , quelques
Leventi , ou gens de mer , infulterent un Janiffaire
. Celui -ci n'en eut pas plutot informé les foldats
de fa compagnie , qu'ils fe répandirent dans
les rues voifines du port , & fondirent le fabre à la
main fur les Leventi. Heureufement l'Aga des
1
166 MERCURE DE FRANCE.
•
Janiffaires & le Capitan Pacha impoferent par leur
préfence aux uns & aux autres , & en peu de tems
le defordre fut appaifé . On empala fur le champ
fans autre forme de procès , les Leventi qui y
avoient donné lieu.
1
Sa Hauteffe étant inftruite que la plupart des
Mufulmans regardent la défenfe de boire du via
comme un réglement fait pour le fimple vulgaire ,
a ftatué de rigoureufes peines contre ceux qui ,
fans refpect pour l'Alcoran , feront ufage de cette
liqueur,
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Résumé : DU LEVANT.
Le 22 décembre, le sultan Ofman III a été inauguré à Constantinople. Accompagné de sa cour, il s'est rendu à la mosquée d'Ejoub où, après la prière, le Mufti l'a proclamé sultan et a exhorté le peuple à lui obéir et à respecter la loi. Le Mufti a ceint le cimeterre de Mahomet au sultan, l'encourageant à défendre la religion et la justice. Après la cérémonie, la musique des Janissaires a retenti, et des acclamations ont résonné. De retour au Sérail, 1500 bourses ont été distribuées aux troupes. Des troubles ont éclaté lorsque des Leventi ont insulté un Janissaire, provoquant une bagarre. L'Aga des Janissaires et le Capitan Pacha ont rapidement restauré l'ordre, et les Leventi responsables ont été empalés sans procès. Par ailleurs, le sultan a décrété des peines sévères contre ceux qui consomment du vin, malgré l'opinion de certains musulmans qui voient cette interdiction comme destinée au vulgaire.
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9763
p. 166-168
DU NORD.
Début :
L'anniversaire de la naissance de l'Impératrice qui est entrée dans la quarante-cinquiéme année [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Stockholm, Copenhague, Impératrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DUNOR D.
DE PETERSBOURG , le 4 Janvier.
L'anniverfaire de la naiffance de l'Impératrice
qui eft entrée dans la quarante-cinquième année
de fon âge , fut célébré le 29 du mois dernier avec
beaucoup de magnificence. Toute la Cour s'étant
affemblée le matin dans l'appartement du Grand
Duc , l'accompagna chez Sa Majesté Impériale,
A midi , l'Impératrice dîna en public avec ce Prin
ce ; on fervit une autre table pour la nobleffe de
la premiere & de la feconde claffe . Il y eut le foir
un bal dans la Galerie. Le Grand Duc ſoupa à
une table de deux cens couverts : on tira un feu
d'artifice , & toutes les rues furent illuminées.
Vis-à-vis la principale porte du Palais étoit une
décoration repréfentant le Cirque de Rome , &
éclairée par un grand nombre de pots à feu.
Une toux dont le Prince Paul Petrowitz a été
incommodé , a donné quelque inquiétude ; mais
les allarmes font diffipées , & ce Prince eft parfaitement
rétabli . Il ne fe paffe point de jour que
Impératrice ne lui rende vifite. La Grande DuMARS.
1755. 167
cheffe , après avoir gardé le lit pendant quelque
tems , commence à jouir d'une meilleure fanté.
Le bruit qui avoit couru que cette Princefle étoit
de nouveau enceinte , ne fe confirme pas.
DE STOCKHOLM , le 14 Janvier.
L'Hôpital établi en faveur des malades néceſſiteux
, a tout le fuccès qu'on peut defirer. Les
foins & les libéralités de la fociété qui a fondé la
maiſon des enfans trouvés , l'ont déja miſe en état
d'entretenir cinquante de ces malheureuſes victimes
de la mifere ou de l'infenfibilité de leurs parens.
Le zele du bien public animant également
ici tous les états , les Médecins travaillent de
concert à fixer la meilleure méthode d'inoculer la
petite vérole.
Malgré la rigueur dont l'hyer eft cette année
dans les pays même les plus méridionaux de l'Europe
, la faifon eft ici tellement temperée que
les côtes , & même les rivieres de ce royaume ,
n'ont pas ceffé d'être navigables , tandis que les
ports de la mer Baltique , du côté de la Pomeranie
& de la Pruffe , font totalement fermés par les
glaces .
DE COPPENHAGUE , le 24 Janvier.
Depuis que l'Hôtel des Invalides eft rebâti ;
en fait filer de la laine aux foldats qu'on y entretient
, & ce travail contribue à leur procurer divers
avantages que ne leur fournit pas la fondation.
Le premier des deux prix propofés par l'Académie
de Peinture , de Sculpture & d'Architecture
, a été adjugé au fieur Slod . Le fieur Schultz
xemporté le fecond. Le Baron de Pleffen , Cham
168 MERCURE DE FRANCE.
bellan , & le fieur Gram , Confeiller des Conférences
, ont été élus Académiciens honoraires de
cette Académie .
DE PETERSBOURG , le 4 Janvier.
L'anniverfaire de la naiffance de l'Impératrice
qui eft entrée dans la quarante-cinquième année
de fon âge , fut célébré le 29 du mois dernier avec
beaucoup de magnificence. Toute la Cour s'étant
affemblée le matin dans l'appartement du Grand
Duc , l'accompagna chez Sa Majesté Impériale,
A midi , l'Impératrice dîna en public avec ce Prin
ce ; on fervit une autre table pour la nobleffe de
la premiere & de la feconde claffe . Il y eut le foir
un bal dans la Galerie. Le Grand Duc ſoupa à
une table de deux cens couverts : on tira un feu
d'artifice , & toutes les rues furent illuminées.
Vis-à-vis la principale porte du Palais étoit une
décoration repréfentant le Cirque de Rome , &
éclairée par un grand nombre de pots à feu.
Une toux dont le Prince Paul Petrowitz a été
incommodé , a donné quelque inquiétude ; mais
les allarmes font diffipées , & ce Prince eft parfaitement
rétabli . Il ne fe paffe point de jour que
Impératrice ne lui rende vifite. La Grande DuMARS.
1755. 167
cheffe , après avoir gardé le lit pendant quelque
tems , commence à jouir d'une meilleure fanté.
Le bruit qui avoit couru que cette Princefle étoit
de nouveau enceinte , ne fe confirme pas.
DE STOCKHOLM , le 14 Janvier.
L'Hôpital établi en faveur des malades néceſſiteux
, a tout le fuccès qu'on peut defirer. Les
foins & les libéralités de la fociété qui a fondé la
maiſon des enfans trouvés , l'ont déja miſe en état
d'entretenir cinquante de ces malheureuſes victimes
de la mifere ou de l'infenfibilité de leurs parens.
Le zele du bien public animant également
ici tous les états , les Médecins travaillent de
concert à fixer la meilleure méthode d'inoculer la
petite vérole.
Malgré la rigueur dont l'hyer eft cette année
dans les pays même les plus méridionaux de l'Europe
, la faifon eft ici tellement temperée que
les côtes , & même les rivieres de ce royaume ,
n'ont pas ceffé d'être navigables , tandis que les
ports de la mer Baltique , du côté de la Pomeranie
& de la Pruffe , font totalement fermés par les
glaces .
DE COPPENHAGUE , le 24 Janvier.
Depuis que l'Hôtel des Invalides eft rebâti ;
en fait filer de la laine aux foldats qu'on y entretient
, & ce travail contribue à leur procurer divers
avantages que ne leur fournit pas la fondation.
Le premier des deux prix propofés par l'Académie
de Peinture , de Sculpture & d'Architecture
, a été adjugé au fieur Slod . Le fieur Schultz
xemporté le fecond. Le Baron de Pleffen , Cham
168 MERCURE DE FRANCE.
bellan , & le fieur Gram , Confeiller des Conférences
, ont été élus Académiciens honoraires de
cette Académie .
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Résumé : DU NORD.
Le 29 décembre, l'anniversaire de l'Impératrice russe, qui entrait dans sa quarante-cinquième année, fut célébré avec magnificence. La Cour se rassembla dans l'appartement du Grand Duc avant de se rendre chez Sa Majesté Impériale. À midi, l'Impératrice dîna en public avec le Grand Duc, tandis qu'une autre table était servie pour la noblesse des première et seconde classes. Un bal eut lieu dans la Galerie, suivi d'un souper du Grand Duc à une table de deux cents couverts. Un feu d'artifice fut tiré et les rues furent illuminées. Une décoration représentant le Cirque de Rome était placée devant la principale porte du Palais. Le Prince Paul Petrowitz, incommodé par une toux, se porta mieux, dissipant les inquiétudes. L'Impératrice lui rendait visite quotidiennement. La Grande Duchesse, après une période de repos, commençait à recouvrer une meilleure santé. Les rumeurs sur une nouvelle grossesse de la Grande Duchesse ne se confirmèrent pas. À Stockholm, l'hôpital pour les malades nécessiteux rencontra un grand succès, permettant d'entretenir cinquante enfants trouvés. Les médecins travaillaient ensemble pour fixer la meilleure méthode d'inoculation contre la petite vérole. Malgré un hiver rigoureux en Europe, les côtes et rivières suédoises restaient navigables. À Copenhague, l'Hôtel des Invalides, récemment reconstruit, employait les soldats à filer de la laine. L'Académie de Peinture, de Sculpture et d'Architecture attribua ses prix à MM. Slod et Schultz. MM. le Baron de Pleffen et Gram furent élus Académiciens honoraires.
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9764
p. 168-171
ALLEMAGNE.
Début :
Le Comte de Bouquois, Maréchal de Bohême, & le Comte de Nostitz, Président du Tribunal [...]
Mots clefs :
Berlin, Dresde, Vienne, Soldats, Comte, Triomphe, Chevaux, Roi, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGN E.
DE VIENNE , le 18 Janvier.
. Le Comte de Bouquois , Maréchal de Bohême
& le Comte de Noſtitz , Préſident du Tribunal
des Appellations dans le même royaume , ont
été mandés de Prague par l'impératrice Reine.
Cette Princeffe a fait diftribuer deux mille cordes
de bois aux pauvres , pour les aider à ſupporter la
rigueur de l'hyver , qui eit telle qu'on a trouvé
deux fentinelles morts de froid à leurs poftes .
Le 26 du même mois , le Baron de Sievers eut
fes audiences de congé de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine . Il fut conduit le lendemain à
celles des Archiducs & des Archiducheffes. Leurs
Majeftés Impériales lui ont fait préfent de leurs
portraits enrichis de diamans , & d'une bague de
très-grand prix. Le même jour , le Comte de
Keyferling , Ambaffadeur de la Cour de Ruffie ,
donna- la fête qu'il avoit fait préparer pour célébrer
la naiffance du Prince Paul Petrowitz.
DE DRESDE , le 23 Janvier.
Une infinité d'étrangers fe font rendus ici pour
prendre part aux divertiffemens du Carnaval . Quelqu'accoutumé
qu'on foit à y voir les opéra repréfentés
avec la plus grande magnificence , celui
qu'on joue actuellement a caufé une furprife générale.
Dans le Triomphe d'Ezio , le héros de
la piéce , il paroît cinq cens perfonnes , & plus
de
MARS. 1755 169
de cent cinquante chevaux , fans les dromadaires ,
& divers animaux inconnus dans ces climats.
Le fieur Durand , nouveau Miniftre de Sa Majefté
Très-Chrétienne auprès du Roi & de la République
de Pologne , arriva de Paris le 30 Janvier.
Les Février , il fut préſenté à leurs Majeftés
par le Comte de Broglie , Ambaſſadeur de
France.
Pour donner une idée de la magnificence avec
laquelle l'opéra d'Aëtius ( en Italien Ezio ) eft repréfenté
, nous tracerons ici le tableau du triomphe
du héros de la piéce. Une avant-garde de foldats
Romains , armés à la légere , & précédés d'un
Porte-enfeigne . Plufieurs trompettes & fonneurs
de cor couronnés de lauriers ; troupe de piquiers ;
prifonniers faits fur les Huns ; Cavaliers Romains ,
ayant trois Officiers à leur tête ; les principaux
Huns qui ont été pris ; foldats Romains ; huit mulets
& huit dromadaires chargés de butin , & conduits
chacun par un efclave : quatre chariots fur lefquels
font les machines de guerre enlevées à l'ennemi
; deux foldats marchent à côté de chaque
chariot ; divers portes- enfeignes , à la tête defquels
eft un tribun. Les dépouilles les plus précieuſes
des vaincus , portées fur des brancards ou
à la main , par des foldats ; fix autres foldats tenant
des trophées ; le Dieu de la Marne , que
quatre Romains portent fur leurs épaules , & qui
eft appuyé fur une urne renverfée. L'Ichnographie
, ou le plan géométral de la ville de Châlonsfur-
Marne , près de laquelle Aëtius a remporté
la victoire ; un étendard fur lequel on lit : Deviczori
Hunnorum , gentis barbara triumphus decretus
;cohorte prétorienne , chevaux de main d'Aëtius
, conduits chacun par deux palfreniers. Cheyaliers
Romains avec de grands boucliers , & avec
H
170 MERCURE DE FRANCE.
des panaches fur leurs cafques ; cinq enfeignes , fur
chacune defquelles eft peint le bufte de l'Empereur
Valentinien ; l'aigle Romaine ; huit Licteurs, leurs
faifceaux à la main ; Sénateurs Romains , marchant
trois à trois , & portant des branches de
laurier ; trois thurificateurs , trompettes , & autres
inftrumens militaires. Aetius dans un char
de triomphe , traîné par quatre chevaux de front ,
que conduit le génie tutelaire de Rome ; trois
thurificateurs ; les parens & amis du triomphateur;
troupe de cavalerie ; les efclaves d'Aëtius,
& des perfonnes de fa fuite . La marche eft fermée
par un détachement de fantaffins diverſement
armés.
DE BERLIN , le 28 Janvier.
On célébra le 24 l'anniverfaire de la naiffance
du Roi , qui eft entré dans la quarante-quatrième
année de fon âge. Sa Majesté reçut à cette occafion
les complimens des Miniftres étrangers , &
elle dîna enfuite chez la Reine Douairiere avec
toute la Famille royale.
On a reçu avis que le Cardinal Querini avoit
légué la quatrième partie de fes biens pour achever
la conftruction & les embelliffemens de la
nouvelle Eglife Catholique de cette ville. Hier
* on célébra dans l'ancienne Chapelle des habitans
-de cette communion , un ſervice folemnel pour
repos de l'ame de ce vertueux & fçavant Cardinal.
Fle
L'Académie royale des Sciences & Belles-Lettres
a élu , en qualité d'Affociés étrangers , Don
Joffe-Joachim Suares de Barros , célébre Aftronome
de Lisbonne ; le Docteur Mary , Médecin ,
de la Société royale de Londres ; le fieur de BerMARS.
1755. 171
ghen , Profeffeur en Médecine dans l'Univerfité de
Francfort fur l'Oder ; & le fieur André Mayer
Profeffeur de Mathématiques & de Phyfique , dans
celle de Grypfwalde en Pomeranie. Le fieur Eller ,
premier Médecin du Roi , lut le 23 à cette Académie
une differtation , dans laquelle il entreprend
de prouver que l'ufage des vales de cuivre
n'eft pas auffi nuifible à la fanté que beaucoup
de gens fe le perfuadent.
DE VIENNE , le 18 Janvier.
. Le Comte de Bouquois , Maréchal de Bohême
& le Comte de Noſtitz , Préſident du Tribunal
des Appellations dans le même royaume , ont
été mandés de Prague par l'impératrice Reine.
Cette Princeffe a fait diftribuer deux mille cordes
de bois aux pauvres , pour les aider à ſupporter la
rigueur de l'hyver , qui eit telle qu'on a trouvé
deux fentinelles morts de froid à leurs poftes .
Le 26 du même mois , le Baron de Sievers eut
fes audiences de congé de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine . Il fut conduit le lendemain à
celles des Archiducs & des Archiducheffes. Leurs
Majeftés Impériales lui ont fait préfent de leurs
portraits enrichis de diamans , & d'une bague de
très-grand prix. Le même jour , le Comte de
Keyferling , Ambaffadeur de la Cour de Ruffie ,
donna- la fête qu'il avoit fait préparer pour célébrer
la naiffance du Prince Paul Petrowitz.
DE DRESDE , le 23 Janvier.
Une infinité d'étrangers fe font rendus ici pour
prendre part aux divertiffemens du Carnaval . Quelqu'accoutumé
qu'on foit à y voir les opéra repréfentés
avec la plus grande magnificence , celui
qu'on joue actuellement a caufé une furprife générale.
Dans le Triomphe d'Ezio , le héros de
la piéce , il paroît cinq cens perfonnes , & plus
de
MARS. 1755 169
de cent cinquante chevaux , fans les dromadaires ,
& divers animaux inconnus dans ces climats.
Le fieur Durand , nouveau Miniftre de Sa Majefté
Très-Chrétienne auprès du Roi & de la République
de Pologne , arriva de Paris le 30 Janvier.
Les Février , il fut préſenté à leurs Majeftés
par le Comte de Broglie , Ambaſſadeur de
France.
Pour donner une idée de la magnificence avec
laquelle l'opéra d'Aëtius ( en Italien Ezio ) eft repréfenté
, nous tracerons ici le tableau du triomphe
du héros de la piéce. Une avant-garde de foldats
Romains , armés à la légere , & précédés d'un
Porte-enfeigne . Plufieurs trompettes & fonneurs
de cor couronnés de lauriers ; troupe de piquiers ;
prifonniers faits fur les Huns ; Cavaliers Romains ,
ayant trois Officiers à leur tête ; les principaux
Huns qui ont été pris ; foldats Romains ; huit mulets
& huit dromadaires chargés de butin , & conduits
chacun par un efclave : quatre chariots fur lefquels
font les machines de guerre enlevées à l'ennemi
; deux foldats marchent à côté de chaque
chariot ; divers portes- enfeignes , à la tête defquels
eft un tribun. Les dépouilles les plus précieuſes
des vaincus , portées fur des brancards ou
à la main , par des foldats ; fix autres foldats tenant
des trophées ; le Dieu de la Marne , que
quatre Romains portent fur leurs épaules , & qui
eft appuyé fur une urne renverfée. L'Ichnographie
, ou le plan géométral de la ville de Châlonsfur-
Marne , près de laquelle Aëtius a remporté
la victoire ; un étendard fur lequel on lit : Deviczori
Hunnorum , gentis barbara triumphus decretus
;cohorte prétorienne , chevaux de main d'Aëtius
, conduits chacun par deux palfreniers. Cheyaliers
Romains avec de grands boucliers , & avec
H
170 MERCURE DE FRANCE.
des panaches fur leurs cafques ; cinq enfeignes , fur
chacune defquelles eft peint le bufte de l'Empereur
Valentinien ; l'aigle Romaine ; huit Licteurs, leurs
faifceaux à la main ; Sénateurs Romains , marchant
trois à trois , & portant des branches de
laurier ; trois thurificateurs , trompettes , & autres
inftrumens militaires. Aetius dans un char
de triomphe , traîné par quatre chevaux de front ,
que conduit le génie tutelaire de Rome ; trois
thurificateurs ; les parens & amis du triomphateur;
troupe de cavalerie ; les efclaves d'Aëtius,
& des perfonnes de fa fuite . La marche eft fermée
par un détachement de fantaffins diverſement
armés.
DE BERLIN , le 28 Janvier.
On célébra le 24 l'anniverfaire de la naiffance
du Roi , qui eft entré dans la quarante-quatrième
année de fon âge. Sa Majesté reçut à cette occafion
les complimens des Miniftres étrangers , &
elle dîna enfuite chez la Reine Douairiere avec
toute la Famille royale.
On a reçu avis que le Cardinal Querini avoit
légué la quatrième partie de fes biens pour achever
la conftruction & les embelliffemens de la
nouvelle Eglife Catholique de cette ville. Hier
* on célébra dans l'ancienne Chapelle des habitans
-de cette communion , un ſervice folemnel pour
repos de l'ame de ce vertueux & fçavant Cardinal.
Fle
L'Académie royale des Sciences & Belles-Lettres
a élu , en qualité d'Affociés étrangers , Don
Joffe-Joachim Suares de Barros , célébre Aftronome
de Lisbonne ; le Docteur Mary , Médecin ,
de la Société royale de Londres ; le fieur de BerMARS.
1755. 171
ghen , Profeffeur en Médecine dans l'Univerfité de
Francfort fur l'Oder ; & le fieur André Mayer
Profeffeur de Mathématiques & de Phyfique , dans
celle de Grypfwalde en Pomeranie. Le fieur Eller ,
premier Médecin du Roi , lut le 23 à cette Académie
une differtation , dans laquelle il entreprend
de prouver que l'ufage des vales de cuivre
n'eft pas auffi nuifible à la fanté que beaucoup
de gens fe le perfuadent.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En janvier 1755, plusieurs événements marquants se sont produits en Europe. À Vienne, l'impératrice Reine a convoqué le Comte de Bouquois et le Comte de Nostitz de Prague pour des affaires importantes. Elle a également distribué deux mille cordes de bois aux pauvres afin de les aider à survivre à un hiver rigoureux, durant lequel deux sentinelles ont péri de froid. Le Baron de Sievers a reçu des audiences de congé de l'Empereur et de l'Impératrice Reine, ainsi que des Archiducs et Archiducheffes, et a été récompensé par des portraits enrichis de diamants et une bague de grande valeur. Le Comte de Keyferling, Ambassadeur de Russie, a organisé une fête pour célébrer la naissance du Prince Paul Petrowitz. À Dresde, de nombreux étrangers ont afflué pour participer aux festivités du Carnaval. L'opéra 'Le Triomphe d'Ezio' a suscité une grande admiration par sa magnificence, avec cinq cents personnes, plus de cent cinquante chevaux sur scène, ainsi que divers animaux exotiques. Le sieur Durand, nouveau ministre de France auprès du Roi et de la République de Pologne, est arrivé de Paris et a été présenté aux Majestés par le Comte de Broglie. À Berlin, l'anniversaire du Roi a été célébré le 24 janvier. Le Cardinal Querini a légué une partie de ses biens pour la construction et les embellissements de la nouvelle église catholique de la ville. Un service solennel a été organisé en sa mémoire. L'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres a élu plusieurs associés étrangers, dont Don José-Joachim Suares de Barros, astronome de Lisbonne, et le Docteur Mary, médecin de la Société royale de Londres. Le sieur Eller, premier médecin du Roi, a présenté une dissertation sur l'usage des vaisselles de cuivre et leur impact sur la santé.
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9765
p. 171-173
ITALIE.
Début :
Depuis le 4 de ce mois le froid est extraordinaire ; toutes les montagnes des environs, & le [...]
Mots clefs :
République de Genève, Turin, Gênes, Venise, Rome, Naples, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 18 Janvier.
Depuis le 4 de ce mois le froid eft extraordi
naire ; toutes les montagnes des environs , & le
Véfuve même , malgré les flammes & le torrent
de matiere bitumineufe qu'il continue de jetter ,
font couvertes de neige . Le Duc de Penthievre
arriva ici le 13 à trois heures après - midi. On attendoit
ce Prince dès le jour précédent , mais les
glaces l'ont retardé ſur la route. Il a été obligé de
monter à pied une partie de la montagne de Ve
letri , parce que les chevaux ne pouvoient traîner
les voitures. Le Marquis d'Offun , Ambaſſadeur
de France , eft allé avec plufieurs Seigneurs Napolitains
au-devant de Son Alteffe Séréniffime
jufqu'au Bourg de Capo di Chino . Lorsqu'elle
defcendit à l'hôtel du Marquis d'Offun , où elle
a pris fon logement , tous les vaiffeaux françois
qui étoient dans le port firent une falve de leur
artillerie. Le 15 , le Duc de Penthievre alla voir
la Maiſon royale de Portici , & ſe rendit de là fur
le Véfuve , pour examiner les effets de l'éruption
de ce Volcan. Ce Prince partit le 16 pour Caferte
, où font leurs Majeftés. Il fe propofe de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fa re un voyage à Pozzuolo & à Baïa,
DE ROME , le 27 Janvier.
Le Duc de Penthiévre eft arrivé ce foir de
Naples,, & il compte de partir les du mois prochain
pour Florence.
DE VENISE , le 31 Janvier.
Selon les avis reçus d'Alger , une confpiration
y éclata le 11 du mois dernier. Comme on devoit
ce jour- là payer le prêt à la milice , les conjurés
fe rendirent avec les autres foldats au palais , fous
prétexte d'aller recevoir leur folde. Dans le tems
qu'on étoit occupé à leur diftribuer l'argent qui
leur étoit dû , le Chef du complot s'approcha du
Dey , & lui déchargea un coup de fabre au défaut
de l'épaule. Le Dey , quoiqu'âgé & griévement
bleflé , fe mit en défenſe ; mais l'affaffin le tua
d'un coup de piftolet. Quelques autres des principaux
membres de la Régence furent en même
tems poignardés , & les conjurés décernerent le
titre de Dey à leur Chef. Il n'a pas joui long tems
de fa nouvelle dignité. L'énormité de fon attentat
ayant infpiré une jufte horreur à la plupart
des habitans & des foldats , ils ont pris les armes
contre lui , & il a été maſſacré , ainfi que fes
complices. La milice & le peuple , d'un concert
unanime , ont proclamé Dey Ali Effendi Aga ,
Général de la Cavalerie Maure. C'eft un homme
courageux , mais fage ; & l'on prefume qu'il fuivra
les maximes du gouvernement de fon prédé¬
effeur.
DE GENES , le 18 Janvier.
Les lettres de Modene marquent que le Duc de
MARS. 1755. 173
Modene y eft arrivé le 8 de Milan. L'équipage
d'un bâtiment qui revient d'Afrique , a rapporté
que Sidy Soliman , troifiéme fils du Bey de Tunis
étoit mort le 7 , & que fon caractere doux &
bienfaifant le faifoit regretter également des Tunifiens
& des étrangers.
DE TURIN , le 3 Février.
La fignature de tous les procès - verbaux , concernant
le réglement des limites entre le Roi &
la République de Genève , fut faite le 1 de ce
mois à Cornieres , fur la paroiffe de Villelagranda
Le Baron Foncet de Montalleur , Commiffaire
de Sa Majefté , donna à cette occafion un magnifique
repas aux Commiffaires de la République.
Les lettres de Parme , du 24 du mois dernier ,
marquoient que l'Abbé Comte de Bernis , Am
baffadeur du Roi Très - Chrétien auprès de la République
de Venife , étoit depuis le 8 à la Cour
de l'Infant Duc.
DE NAPLES , le 18 Janvier.
Depuis le 4 de ce mois le froid eft extraordi
naire ; toutes les montagnes des environs , & le
Véfuve même , malgré les flammes & le torrent
de matiere bitumineufe qu'il continue de jetter ,
font couvertes de neige . Le Duc de Penthievre
arriva ici le 13 à trois heures après - midi. On attendoit
ce Prince dès le jour précédent , mais les
glaces l'ont retardé ſur la route. Il a été obligé de
monter à pied une partie de la montagne de Ve
letri , parce que les chevaux ne pouvoient traîner
les voitures. Le Marquis d'Offun , Ambaſſadeur
de France , eft allé avec plufieurs Seigneurs Napolitains
au-devant de Son Alteffe Séréniffime
jufqu'au Bourg de Capo di Chino . Lorsqu'elle
defcendit à l'hôtel du Marquis d'Offun , où elle
a pris fon logement , tous les vaiffeaux françois
qui étoient dans le port firent une falve de leur
artillerie. Le 15 , le Duc de Penthievre alla voir
la Maiſon royale de Portici , & ſe rendit de là fur
le Véfuve , pour examiner les effets de l'éruption
de ce Volcan. Ce Prince partit le 16 pour Caferte
, où font leurs Majeftés. Il fe propofe de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fa re un voyage à Pozzuolo & à Baïa,
DE ROME , le 27 Janvier.
Le Duc de Penthiévre eft arrivé ce foir de
Naples,, & il compte de partir les du mois prochain
pour Florence.
DE VENISE , le 31 Janvier.
Selon les avis reçus d'Alger , une confpiration
y éclata le 11 du mois dernier. Comme on devoit
ce jour- là payer le prêt à la milice , les conjurés
fe rendirent avec les autres foldats au palais , fous
prétexte d'aller recevoir leur folde. Dans le tems
qu'on étoit occupé à leur diftribuer l'argent qui
leur étoit dû , le Chef du complot s'approcha du
Dey , & lui déchargea un coup de fabre au défaut
de l'épaule. Le Dey , quoiqu'âgé & griévement
bleflé , fe mit en défenſe ; mais l'affaffin le tua
d'un coup de piftolet. Quelques autres des principaux
membres de la Régence furent en même
tems poignardés , & les conjurés décernerent le
titre de Dey à leur Chef. Il n'a pas joui long tems
de fa nouvelle dignité. L'énormité de fon attentat
ayant infpiré une jufte horreur à la plupart
des habitans & des foldats , ils ont pris les armes
contre lui , & il a été maſſacré , ainfi que fes
complices. La milice & le peuple , d'un concert
unanime , ont proclamé Dey Ali Effendi Aga ,
Général de la Cavalerie Maure. C'eft un homme
courageux , mais fage ; & l'on prefume qu'il fuivra
les maximes du gouvernement de fon prédé¬
effeur.
DE GENES , le 18 Janvier.
Les lettres de Modene marquent que le Duc de
MARS. 1755. 173
Modene y eft arrivé le 8 de Milan. L'équipage
d'un bâtiment qui revient d'Afrique , a rapporté
que Sidy Soliman , troifiéme fils du Bey de Tunis
étoit mort le 7 , & que fon caractere doux &
bienfaifant le faifoit regretter également des Tunifiens
& des étrangers.
DE TURIN , le 3 Février.
La fignature de tous les procès - verbaux , concernant
le réglement des limites entre le Roi &
la République de Genève , fut faite le 1 de ce
mois à Cornieres , fur la paroiffe de Villelagranda
Le Baron Foncet de Montalleur , Commiffaire
de Sa Majefté , donna à cette occafion un magnifique
repas aux Commiffaires de la République.
Les lettres de Parme , du 24 du mois dernier ,
marquoient que l'Abbé Comte de Bernis , Am
baffadeur du Roi Très - Chrétien auprès de la République
de Venife , étoit depuis le 8 à la Cour
de l'Infant Duc.
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Résumé : ITALIE.
Le 18 janvier, Naples a connu un froid exceptionnel, recouvrant de neige les montagnes et même le Vésuve. Le Duc de Penthièvre est arrivé à Naples le 13 janvier, retardé par les glaces, et a été accueilli par le Marquis d'Offun et plusieurs seigneurs napolitains. Il a visité la Maison royale de Portici et le Vésuve, puis s'est rendu à Caserte le 16 janvier pour rencontrer Leurs Majestés. Le 27 janvier, il était prévu qu'il parte pour Florence début février. À Rome, une conspiration à Alger le 11 décembre précédent a conduit au massacre des conjurés et à la proclamation d'Ali Effendi Aga comme nouveau Dey. À Gênes, le Duc de Modène est arrivé le 8 janvier et Sidy Soliman, fils du Bey de Tunis, est décédé le 7 janvier. À Turin, la signature des procès-verbaux concernant les limites entre le Roi et la République de Genève a eu lieu le 1 février. L'Abbé Comte de Bernis était à la cour de l'Infant Duc depuis le 8 janvier.
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9766
p. 173
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Le Roi vient de nommer le Lord Harford, pour remplacer, en qualité de son Ambassadeur [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 13 Février .
Le Roi vient de nommer le Lord Harford ,
pour remplacer , en qualité de fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi de France , le feu
Comte d'Albemarle.
DE LONDRES , le 13 Février .
Le Roi vient de nommer le Lord Harford ,
pour remplacer , en qualité de fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi de France , le feu
Comte d'Albemarle.
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9767
p. 174-181
AUXERRE.
Début :
M. l'Evêque d'Auxerre attendu dans cette ville depuis long-tems, y arriva le 29 du [...]
Mots clefs :
Roi, Président, Comte, Évêque d'Auxerre, Général, Aumônier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUXERRE.
AUXERRE.
"L'Evêque d'Auxerre attendu dans cette
mois de Janvier. Sa politeffe & fa douceur lui af
furent déja le coeur de fes Diocétains , qui ont été
charmés de leur Prélat . 2
Le 2 du mois paffé , il fut inftallé par le grand
Archidiacre de Sens , fuivi de deux Chanoines.
Ce Prélat fit enfuite un difcours rempli d'affec
tion , de nobleffe & de religión . Le peuple accou
rut de toutes párts à cette cérémonie.
* M. l'Evêque d'Auxerre voit fouvent les Chanoines
de fa Cathédrale , & ils prennent grand
plaifir à le connoître , en cela imités par les principaux
habitans de cette ville. MM . fes Grands
Vicaires ont la même façon de penfer que le Prélat
, on la reconnoît chaque jour en la perfonne
de M. l'Abbé de Lifle . Tout cela annonce combien
ce Prélat eft digne du choix que le Roi à fait
de lui. Il avoit fçu gagner le coeur de fes Diocé+
fains en Dauphiné , il leur avoit procuré la paix
dans plus d'une occafion , il la cultivera ici avec
foin ; on doit l'attendre d'un mérite reconnu , réuni
à une naiffance diftinguée , M. l'Evêque d'Auxerre
étant d'une des plus anciennes maiſons de
la Principauté d'Orange.
Fouquet de Caritat étoit Grand Prieur de Touloufe
, lors du fiége de Rhodes . N. de Caritat étoit
MARS. 1755: 175
Evêque d'Orange en 1447. Dans les actes de la
maifon de Caritat de Condorcet ils prennent les
qualités de nobles & puiffans en 1320 , vis - à- vis
le Dauphin & les Barons de Mevouillon, qui étoient
fouverains.
Dans le territoire d'Orange il y a le fief de
Caritat. Cette Maifon a encore deux branches ;
l'aînée eft repréfentée par le Comte de Condorcet,
qui a des enfans mâles ; il eft le neveu de M. l'Evêque
d'Auxerre. La branche cadette eft établie
en Picardie ; elle a pareillement des mâles qui la
repréfentent . Les alliances de la maifon de Caritat
font celles de la Roche Montauban , d'Artaud,
d'Agouet , de Montmaur , de Montpezat , & au¬
tres.
Le Sr Dulaurent de la Barre , Recteur de l'U
niverfité , accompagné des Doyens des Facultés &
des Procureurs des Nations , fe rendit le premier
Février à Trianon , & il eut l'honneur , fuivant
P'uſage , de préfenter un cierge au Roi. Il alla en
fuite à Verfailles , où il remplit le même cérémo
nial à l'égard de la Reine & de Monfeigneur le
Dauphin.
Le mêmejour , le P. Gobain , Commandeur du
Couvent de la Merci , accompagné de trois Religieux
de cette Maiſon , eut l'honneur de préſenter
un cierge à la Reine , pour fatisfaire à l'une des
conditions de leur établiſſement fait à Paris en
1615 , par la Reine Marie de Medicis.
Le 2 , Fête de la Purification de la Sainte Vierge
, les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
POrdre du Saint-Esprit , s'étant aflemblés vers les
onze heures du matin dans le cabinet du Roi , Sa
Majeſté fortit de fon appartement pour aller à fa
Chapelle. Le Roi , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
manteau , le collier de l'Ordre par- deſſus , ainf
que celui de l'Ordre de la Toifon d'or. Sa Majefté
étoit précédée du Duc d'Orléans , du Prince de
Condé , du Comte de Charolois , du Prince de
Conti , du Comte de la Marche , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , & des Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre . Après avoir
affifté à la bénédiction des cierges & à la proceffion
, le Roi entendit la grande Meffe , à laquelle
l'Evêque Duc de Langres , Prélat , Commandeur
de l'Ordre , officia pontificalement. Lorsque la
Meffe fut finie , Sa Majeſté fut reconduite à fon
appartement en la maniere accoutumée.
Le 4 au foir , la Cour quitta le deuil qu'elle
avoit pris le 28 du mois dernier pour la mort de
Ja Margrave de Bade-Baden.
Le Marquis de Valory , Lieutenant général des
armées de Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre
royal & militaire de S. Louis , & ci - devant Miniftre
plénipotentiaire auprès du Roi de Pruffe , a
obtenu le Gouvernement de la Citadelle de Lille. ”
Leurs Majeftés & la Famille royale fignerent le
4 le contrat de mariage de Mr le Peletier de Saint-
Fargeau , & de Dlle de Beaupré de Morfontaine.
Le 6 , le Duc de Cruffol prit féance au Parlement
, en qualité de Pair de France.
Le Préſident de Segur , Préfident du Parlement
de Bourdeaux , ayant obtenu du Roi l'agrément
de la charge de Prevôt de la ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , vacante par la démiffion du Préfident
de Montplaifant , Préfident du Parlement
de Dijon , fur reçu hier au Parlement en cette
charge . Il fut enfuite inſtallé au Châtelet par les
Commiffaires de cette Compagnie dans les différens
fiéges de la Jurifdiction.
L'Académie royale de Peinture & de Sculpture
MARS. 1755. 177
•
a élú pour fon Secrétaire & Hiftoriographe , à la
place du feu fieur Lépicié , le Sr Cochin , Graveur
du Roi , Garde des deffeins du cabinet de Sa Majefté
, & l'un des membres de cette Académie les
plus diftingués .
2
Les Religieux de l'Abbaye royale de S. Denis
conformément à la fondation faite par le Roi ,
célébrerent le 7 Février , dans leur églife , un fervice
folennel pour le repos de l'ame de Madame
Henriette.
>
Les Commiffaires du Parlement qui ont inf
tallé le Préſident de Segur au Châtelet dans la
charge de Prevôt de Paris font le Préfident
Molé , & les fieurs de Fieuber , Langlois , Pinon
& Lamblin. Le Préfident de Segur fuccede au
feu Comte d'Efclimont dans cette charge , le
Préſident de Montplaifant , qui en avoit obtenu
Pagrément , ne s'y étant pas fait recevoir.
Le fervice fondé par Monfeigneur le Dauphin
pour Madame Henriette , fut célébré le 8 dans
l'églife de la paroiffe du château. La Reine y a
affifté , accompagnée de ce Prince & de Melda,
mes de France.
Meffire Charles de Secondat , Baron de Montefquieu
, ancien Préfident du Parlement de
Guyenne , & l'un des quarante de l'Académie
Françoife , dont il étoit un des principaux orne
mens , mourut le 10 en cette ville , âgé de foixante-
cinq ans Il étoit de la Société Royale de Lon
dres , & de l'Académie de Berlin .
Le 12 , mercredi des Cendres , le Roi reçut les
cendres des mains du Cardinal de Soubife , grands
Aumônier de France , la Reine les reçut des mains
de l'Archevêque de Rouen , grand Aumônier de:
Sa Majefté ; Monfeigneur le Dauphin , de celles
de l'Abbé du Châtel , Aumônier du Roi ; Ma
Hy
'
178 MERCURE DE FRANCE.
dame la Dauphine , de celles de l'Archevêque de
Sens , fon premier Aumônier ; Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , Monfeigneur le Duc de
Berry , & Madame , de celles de l'Abbé Barc
Chapelain du Roi ; Madame Adelaïde , de celles
de l'Evêque de Meaux , premier Aumônier de
cette Princeffe ; Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , de celles de l'Abbé Châtelain , Chapelaindu
Roi.
Leurs Majeftés ont entendu le 13 une Meffede
Requiem , pendant laquelle la mufique a chanté
Je De profundis pour l'anniverfaire de Madame la
Dauphine , mere du Roi.
Leurs Majeftés entendirent le 14 une Meffe de
Requiem , pendant laquelle la mufique chanta le
De profundis , pour l'anniverfaire de Madame
Henriette.
Le rs , jour anniverfaire de la naiffance du
Roi, le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette ville , fe rendit à l'égliſe de Notre-Dame ,
paroiffe du château , & il y affifta au Te Deum ;
il alluma enfuite le feu qui avoit été préparé vís➡
à-vis du portail de l'églife.
·
Le même jour Sa Majefté a envoyé par Mr, le
Marquis de Champcenetz , fon premier Valet de
chambre , à Monfieur le Duc de Bourgogne
pour fon amuſement & fon inftruction , le fyfte
me de Copernic , ouvrage de Mr. l'Abbé du But ,
Curé de Viroflay , près Verfailles , qui avoit eu
l'honneur de le préfenter au Roi le 3 du mois de
Janvier dernier. Sa Majefté l'avoit gardé jufqu'à
ce jour dans fon cabinet.
Cette machine confifte en un grand palais de
glaces , dont les colonnes cannelées font de
cryftal , les bafes & les chapiteaux d'or , le tont
MARS.
1755. 179
entrecoupé de nuages peints au naturel , & décorés
d'un grand nombre de guirlandes feintes de
pierreries : le foleil immobile , & tournant fimplement
fur fon axe , paroît au milieu de ce palais
; il eft repréſenté par des feuilles d'argent
colorées , qui répandent un éclat extraordinaire ;
les planetes de Mercure, Vénus & Mars, défignées
par leurs divinités en émail, affifes fur des globes,
tournent autour de cet aftre ; la terre perfonifiée
par Cybele , pofée fur une fphere , parcourt les
douze fignes du zodiaque , & s'arrête aux quatre
principaux points ; fçavoir , les folftices d'été & .
d'hyver , les équinoxes de printems & d'automne ;
Flore , Cérès , Bacchus & une des Parques , dé
fignent chacune un de ces points ; la terre emporte
dans fon tourbillon la lune qui la ſuit dans
un char d'argent & d'ébene ; far le devant Jupiter
& Saturne font leurs révolutions : ces planetes
font accompagnées de petits amours qui mar
quent & égalent le nombre de leurs fatellites. On
a auffi répandu dans ce palais nombre de figures:
d'émail , représentant les mois , les femaines , les
jours & les nuits , qui , fe mouvant & fe réfléchiffant
dans les glaces , font un effet furprenant.
Aux deux côtés de l'efcalier du palais s'élevent
deux rochers , où font placés les quatre vents
caractérisés par leurs différens attributs ; deux
grands cartouches hors du palais contiennent les
tems des révolutions de chaque planete für leurs
axes , & celui qu'elles emploient à parcourir leurs
orbes , leur éloignement par rapport à la terre.
Toute cette machine eft enfermée dans une
boîte composée de fix volumes de très -grands in
folio , qui portent pour intitulé le Monde.
Ce même jour Mr. le Marquis de Champcenetz
a préfenté à Madame , de la part du Roi le pa
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
lais du foleil , du même goût , & du même traẻ
vail que le précédent.
La Comteffe de Lauraguais fut préfentée le 16
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; elle prit
le tabouret , en vertu du brevet d'honneurs accordé
par le Roi au Comte de Lauraguais.
Le 16 de ce mois , fur les onze heures du matin
, la Princeffe de Condé commença de fentir
quelques douleurs. L'après-midi , entre quatre
& cinq heures , elle accoucha d'une Princeffe
qui fut ondoyée le même jour , & qui fe nommera
Mademoiſelle de Bourbon . La Princeffe
de Condé & la jeune Princeffe fe portent auffi
bien qu'on puiffe le defirer.
On chanta le 18 ke De profundis , pendant la
meffe de Leurs Majeftés , pour l'anniverſaire de
Monfeigneur le Dauphin , pere du Roi . .
Le même jour Leurs Majeftés fignerent le
contrat de mariage du Comte de Thomond , Chevalier
des ordres du Roi , Lieutenant- Général des
armées de Sa Majefté , & Infpecteur de l'infanterie ,.
avec Demoifelle de Chiffreville.
Le Roi a accordé à M. Bochart de Sarron ,
Avocat général au Parlement , l'agrément de la
charge de Préfident , vacante par la mort du Préfident
Gilbert de Voifins.
M. Seguier , Avocat général au grand Con--
feil , a obtenu l'agrément de la charge d'Avocat
général au Parlement , de laquelle M.
d'Ormeflon de Noifeau le demer , pour paffer à
celle de Préfident . Celle d'Avocat général , de
M. Bochart de Sarron , eft donnée à M. Peletier
de Saint -Fargeau , Avocat du Roi au Châteler.
Sa Majesté a gratifié d'une penfion de fix mille
livres M. Joly de Fleury, qui depuis que M..
MARS. 1755. 181
d'Ormeflon de Noiſeau a quitté le parquet , ef
devenu premier Avocat général .
Le 20 les actions de la Compagnie des Indes
n'avoient point de prix fixe. Les billets de la premiere
lotterie royale étoient à huit cens treize
livres , & ceux de la feconde lotterie , à fept cens
quatorze.
"L'Evêque d'Auxerre attendu dans cette
mois de Janvier. Sa politeffe & fa douceur lui af
furent déja le coeur de fes Diocétains , qui ont été
charmés de leur Prélat . 2
Le 2 du mois paffé , il fut inftallé par le grand
Archidiacre de Sens , fuivi de deux Chanoines.
Ce Prélat fit enfuite un difcours rempli d'affec
tion , de nobleffe & de religión . Le peuple accou
rut de toutes párts à cette cérémonie.
* M. l'Evêque d'Auxerre voit fouvent les Chanoines
de fa Cathédrale , & ils prennent grand
plaifir à le connoître , en cela imités par les principaux
habitans de cette ville. MM . fes Grands
Vicaires ont la même façon de penfer que le Prélat
, on la reconnoît chaque jour en la perfonne
de M. l'Abbé de Lifle . Tout cela annonce combien
ce Prélat eft digne du choix que le Roi à fait
de lui. Il avoit fçu gagner le coeur de fes Diocé+
fains en Dauphiné , il leur avoit procuré la paix
dans plus d'une occafion , il la cultivera ici avec
foin ; on doit l'attendre d'un mérite reconnu , réuni
à une naiffance diftinguée , M. l'Evêque d'Auxerre
étant d'une des plus anciennes maiſons de
la Principauté d'Orange.
Fouquet de Caritat étoit Grand Prieur de Touloufe
, lors du fiége de Rhodes . N. de Caritat étoit
MARS. 1755: 175
Evêque d'Orange en 1447. Dans les actes de la
maifon de Caritat de Condorcet ils prennent les
qualités de nobles & puiffans en 1320 , vis - à- vis
le Dauphin & les Barons de Mevouillon, qui étoient
fouverains.
Dans le territoire d'Orange il y a le fief de
Caritat. Cette Maifon a encore deux branches ;
l'aînée eft repréfentée par le Comte de Condorcet,
qui a des enfans mâles ; il eft le neveu de M. l'Evêque
d'Auxerre. La branche cadette eft établie
en Picardie ; elle a pareillement des mâles qui la
repréfentent . Les alliances de la maifon de Caritat
font celles de la Roche Montauban , d'Artaud,
d'Agouet , de Montmaur , de Montpezat , & au¬
tres.
Le Sr Dulaurent de la Barre , Recteur de l'U
niverfité , accompagné des Doyens des Facultés &
des Procureurs des Nations , fe rendit le premier
Février à Trianon , & il eut l'honneur , fuivant
P'uſage , de préfenter un cierge au Roi. Il alla en
fuite à Verfailles , où il remplit le même cérémo
nial à l'égard de la Reine & de Monfeigneur le
Dauphin.
Le mêmejour , le P. Gobain , Commandeur du
Couvent de la Merci , accompagné de trois Religieux
de cette Maiſon , eut l'honneur de préſenter
un cierge à la Reine , pour fatisfaire à l'une des
conditions de leur établiſſement fait à Paris en
1615 , par la Reine Marie de Medicis.
Le 2 , Fête de la Purification de la Sainte Vierge
, les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
POrdre du Saint-Esprit , s'étant aflemblés vers les
onze heures du matin dans le cabinet du Roi , Sa
Majeſté fortit de fon appartement pour aller à fa
Chapelle. Le Roi , devant qui les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs maffes , étoit en
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
manteau , le collier de l'Ordre par- deſſus , ainf
que celui de l'Ordre de la Toifon d'or. Sa Majefté
étoit précédée du Duc d'Orléans , du Prince de
Condé , du Comte de Charolois , du Prince de
Conti , du Comte de la Marche , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eu , & des Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre . Après avoir
affifté à la bénédiction des cierges & à la proceffion
, le Roi entendit la grande Meffe , à laquelle
l'Evêque Duc de Langres , Prélat , Commandeur
de l'Ordre , officia pontificalement. Lorsque la
Meffe fut finie , Sa Majeſté fut reconduite à fon
appartement en la maniere accoutumée.
Le 4 au foir , la Cour quitta le deuil qu'elle
avoit pris le 28 du mois dernier pour la mort de
Ja Margrave de Bade-Baden.
Le Marquis de Valory , Lieutenant général des
armées de Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre
royal & militaire de S. Louis , & ci - devant Miniftre
plénipotentiaire auprès du Roi de Pruffe , a
obtenu le Gouvernement de la Citadelle de Lille. ”
Leurs Majeftés & la Famille royale fignerent le
4 le contrat de mariage de Mr le Peletier de Saint-
Fargeau , & de Dlle de Beaupré de Morfontaine.
Le 6 , le Duc de Cruffol prit féance au Parlement
, en qualité de Pair de France.
Le Préſident de Segur , Préfident du Parlement
de Bourdeaux , ayant obtenu du Roi l'agrément
de la charge de Prevôt de la ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , vacante par la démiffion du Préfident
de Montplaifant , Préfident du Parlement
de Dijon , fur reçu hier au Parlement en cette
charge . Il fut enfuite inſtallé au Châtelet par les
Commiffaires de cette Compagnie dans les différens
fiéges de la Jurifdiction.
L'Académie royale de Peinture & de Sculpture
MARS. 1755. 177
•
a élú pour fon Secrétaire & Hiftoriographe , à la
place du feu fieur Lépicié , le Sr Cochin , Graveur
du Roi , Garde des deffeins du cabinet de Sa Majefté
, & l'un des membres de cette Académie les
plus diftingués .
2
Les Religieux de l'Abbaye royale de S. Denis
conformément à la fondation faite par le Roi ,
célébrerent le 7 Février , dans leur églife , un fervice
folennel pour le repos de l'ame de Madame
Henriette.
>
Les Commiffaires du Parlement qui ont inf
tallé le Préſident de Segur au Châtelet dans la
charge de Prevôt de Paris font le Préfident
Molé , & les fieurs de Fieuber , Langlois , Pinon
& Lamblin. Le Préfident de Segur fuccede au
feu Comte d'Efclimont dans cette charge , le
Préſident de Montplaifant , qui en avoit obtenu
Pagrément , ne s'y étant pas fait recevoir.
Le fervice fondé par Monfeigneur le Dauphin
pour Madame Henriette , fut célébré le 8 dans
l'églife de la paroiffe du château. La Reine y a
affifté , accompagnée de ce Prince & de Melda,
mes de France.
Meffire Charles de Secondat , Baron de Montefquieu
, ancien Préfident du Parlement de
Guyenne , & l'un des quarante de l'Académie
Françoife , dont il étoit un des principaux orne
mens , mourut le 10 en cette ville , âgé de foixante-
cinq ans Il étoit de la Société Royale de Lon
dres , & de l'Académie de Berlin .
Le 12 , mercredi des Cendres , le Roi reçut les
cendres des mains du Cardinal de Soubife , grands
Aumônier de France , la Reine les reçut des mains
de l'Archevêque de Rouen , grand Aumônier de:
Sa Majefté ; Monfeigneur le Dauphin , de celles
de l'Abbé du Châtel , Aumônier du Roi ; Ma
Hy
'
178 MERCURE DE FRANCE.
dame la Dauphine , de celles de l'Archevêque de
Sens , fon premier Aumônier ; Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , Monfeigneur le Duc de
Berry , & Madame , de celles de l'Abbé Barc
Chapelain du Roi ; Madame Adelaïde , de celles
de l'Evêque de Meaux , premier Aumônier de
cette Princeffe ; Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , de celles de l'Abbé Châtelain , Chapelaindu
Roi.
Leurs Majeftés ont entendu le 13 une Meffede
Requiem , pendant laquelle la mufique a chanté
Je De profundis pour l'anniverfaire de Madame la
Dauphine , mere du Roi.
Leurs Majeftés entendirent le 14 une Meffe de
Requiem , pendant laquelle la mufique chanta le
De profundis , pour l'anniverfaire de Madame
Henriette.
Le rs , jour anniverfaire de la naiffance du
Roi, le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette ville , fe rendit à l'égliſe de Notre-Dame ,
paroiffe du château , & il y affifta au Te Deum ;
il alluma enfuite le feu qui avoit été préparé vís➡
à-vis du portail de l'églife.
·
Le même jour Sa Majefté a envoyé par Mr, le
Marquis de Champcenetz , fon premier Valet de
chambre , à Monfieur le Duc de Bourgogne
pour fon amuſement & fon inftruction , le fyfte
me de Copernic , ouvrage de Mr. l'Abbé du But ,
Curé de Viroflay , près Verfailles , qui avoit eu
l'honneur de le préfenter au Roi le 3 du mois de
Janvier dernier. Sa Majefté l'avoit gardé jufqu'à
ce jour dans fon cabinet.
Cette machine confifte en un grand palais de
glaces , dont les colonnes cannelées font de
cryftal , les bafes & les chapiteaux d'or , le tont
MARS.
1755. 179
entrecoupé de nuages peints au naturel , & décorés
d'un grand nombre de guirlandes feintes de
pierreries : le foleil immobile , & tournant fimplement
fur fon axe , paroît au milieu de ce palais
; il eft repréſenté par des feuilles d'argent
colorées , qui répandent un éclat extraordinaire ;
les planetes de Mercure, Vénus & Mars, défignées
par leurs divinités en émail, affifes fur des globes,
tournent autour de cet aftre ; la terre perfonifiée
par Cybele , pofée fur une fphere , parcourt les
douze fignes du zodiaque , & s'arrête aux quatre
principaux points ; fçavoir , les folftices d'été & .
d'hyver , les équinoxes de printems & d'automne ;
Flore , Cérès , Bacchus & une des Parques , dé
fignent chacune un de ces points ; la terre emporte
dans fon tourbillon la lune qui la ſuit dans
un char d'argent & d'ébene ; far le devant Jupiter
& Saturne font leurs révolutions : ces planetes
font accompagnées de petits amours qui mar
quent & égalent le nombre de leurs fatellites. On
a auffi répandu dans ce palais nombre de figures:
d'émail , représentant les mois , les femaines , les
jours & les nuits , qui , fe mouvant & fe réfléchiffant
dans les glaces , font un effet furprenant.
Aux deux côtés de l'efcalier du palais s'élevent
deux rochers , où font placés les quatre vents
caractérisés par leurs différens attributs ; deux
grands cartouches hors du palais contiennent les
tems des révolutions de chaque planete für leurs
axes , & celui qu'elles emploient à parcourir leurs
orbes , leur éloignement par rapport à la terre.
Toute cette machine eft enfermée dans une
boîte composée de fix volumes de très -grands in
folio , qui portent pour intitulé le Monde.
Ce même jour Mr. le Marquis de Champcenetz
a préfenté à Madame , de la part du Roi le pa
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
lais du foleil , du même goût , & du même traẻ
vail que le précédent.
La Comteffe de Lauraguais fut préfentée le 16
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ; elle prit
le tabouret , en vertu du brevet d'honneurs accordé
par le Roi au Comte de Lauraguais.
Le 16 de ce mois , fur les onze heures du matin
, la Princeffe de Condé commença de fentir
quelques douleurs. L'après-midi , entre quatre
& cinq heures , elle accoucha d'une Princeffe
qui fut ondoyée le même jour , & qui fe nommera
Mademoiſelle de Bourbon . La Princeffe
de Condé & la jeune Princeffe fe portent auffi
bien qu'on puiffe le defirer.
On chanta le 18 ke De profundis , pendant la
meffe de Leurs Majeftés , pour l'anniverſaire de
Monfeigneur le Dauphin , pere du Roi . .
Le même jour Leurs Majeftés fignerent le
contrat de mariage du Comte de Thomond , Chevalier
des ordres du Roi , Lieutenant- Général des
armées de Sa Majefté , & Infpecteur de l'infanterie ,.
avec Demoifelle de Chiffreville.
Le Roi a accordé à M. Bochart de Sarron ,
Avocat général au Parlement , l'agrément de la
charge de Préfident , vacante par la mort du Préfident
Gilbert de Voifins.
M. Seguier , Avocat général au grand Con--
feil , a obtenu l'agrément de la charge d'Avocat
général au Parlement , de laquelle M.
d'Ormeflon de Noifeau le demer , pour paffer à
celle de Préfident . Celle d'Avocat général , de
M. Bochart de Sarron , eft donnée à M. Peletier
de Saint -Fargeau , Avocat du Roi au Châteler.
Sa Majesté a gratifié d'une penfion de fix mille
livres M. Joly de Fleury, qui depuis que M..
MARS. 1755. 181
d'Ormeflon de Noiſeau a quitté le parquet , ef
devenu premier Avocat général .
Le 20 les actions de la Compagnie des Indes
n'avoient point de prix fixe. Les billets de la premiere
lotterie royale étoient à huit cens treize
livres , & ceux de la feconde lotterie , à fept cens
quatorze.
Fermer
Résumé : AUXERRE.
En janvier 1755, l'évêque d'Auxerre fut installé par le grand archidiacre de Sens et deux chanoines. Son discours, empreint d'affection, de noblesse et de religion, attira une grande affluence. L'évêque, issu d'une ancienne maison de la Principauté d'Orange, fréquenta régulièrement les chanoines et les principaux habitants de la ville, gagnant leur respect et leur affection. Il avait déjà prouvé ses compétences en Dauphiné, où il avait apporté la paix à plusieurs occasions. La maison de Caritat, à laquelle il appartient, possède des terres et des alliances nobles. Le 1er février, le recteur de l'Université de Paris, accompagné des doyens et procureurs, présenta un cierge au roi à Trianon et à Versailles. Le même jour, le père Gobain, commandeur du couvent de la Merci, présenta un cierge à la reine. Le 2 février, les chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit assistèrent à la messe à la chapelle royale, où l'évêque de Langres officia. La cour quitta le deuil le 4 février pour la mort du margrave de Bade-Baden. Plusieurs nominations et mariages furent annoncés, notamment celle du marquis de Valory au gouvernement de la citadelle de Lille et le mariage du marquis de Peletier de Saint-Fargeau. Le 6 février, le duc de Crussol prit séance au Parlement en tant que pair de France. Le président de Ségur fut installé comme prévôt de Paris. L'Académie royale de Peinture et de Sculpture élut le sieur Cochin comme secrétaire et historiographe. Les religieux de l'abbaye de Saint-Denis célébrèrent un service pour Madame Henriette. Le baron de Montesquieu, ancien président du Parlement de Guyenne, mourut le 10 février à l'âge de soixante-cinq ans. Le 12 février, le roi et la famille royale reçurent les cendres pour le mercredi des Cendres. Des messes de requiem furent célébrées pour les anniversaires de la dauphine et de Madame Henriette. Le 21 février, le roi offrit un système du monde en forme de machine à son petit-fils, le duc de Bourgogne. La comtesse de Lauraguais fut présentée à la cour et la princesse de Condé accoucha d'une princesse nommée Mademoiselle de Bourbon. Plusieurs nominations judiciaires furent également annoncées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9768
p. 181-184
REMARQUES sur la Lotterie de Bruxelles.
Début :
Le fonds de cette lotterie est composé de cent cinquante mille billets ou Nos, du prix de cinquante [...]
Mots clefs :
Loterie, Loterie du Bruxelles, Florins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la Lotterie de Bruxelles.
REMARQUES fur la Lotterie de
Bruxelles.
E fonds de cette lotterie eft compofé de cent
quante florins chacun ; il doit y avoit cent foixante-
dix mille lots , dont un très- grand nombre ,
comme on peut croire , font au deffous de la mife.
Il y aura cinq tirages , & dans chacun des quatre
premiers cinq mille lots. Les numeros fortis aux
premiers tirages rentreront à chaque fois dans la
roue pour
les tirages fuivans , on voit qu'il refte ,
pour le dernier tirage autant de lots qu'il y a de
numeros , dont un très-grand nombre ne font
que de quarante florins ; & comme on retiendra
dix pour cent après le tirage , ceux qui n'auront
eu qu'un lot de quarante florins ne retireront
que trente-fix florins , &.par conféquent quatorze
de perte. Mais , dira-t - on , ceux qui auront été ,
affez heureux pour avoir quelque lot aux quatre
premiers tirages , gagneront. Oui , ceux qui auront
eu un ou plufieurs lots , faifant plus de quin
ze florins , entre lefquels beaucoup fe trouveront
avoir deux ou trois florins de bénéfice , d'autres
cinq , fix , huit , douze , & c . plus ou moins ,
& quelques-uns un bénéfice paffable , car la lot182
MERCURE DE FRANCE.
terie ne peut pas honnêtement garder le tout.
Mais tous ceux qui n'auront eu dans les quatre
premiers tirages qu'un lot de quinze florins ou
au-deffous , & ils feront en grand nombre , auront
encore de la perte s'ils n'ont qu'un lot de quarante
florins au cinquieme tirage : car un lot de
quinze florins & un de quarante font cinquantecinq
florins , dont ôtant cinq florins & demi , à
caufe des dix pour cent , reite quarante florins
pour une mife de cinquante florins.
Mais le plus qu'on puiffe perdre eft quatorze
florins , auffi peut- on remarquer au dernier alinea
du plan , que la lotterie fera crédit de trente- fix
forins à ceux qui voudront fournir quatorze
florins en prenant les billets ; & ils ont raiſon ,
ils ne courent aucun rifque à faire ce crédit , puifque
c'eft ce qui doit rentrer à ceux qui auront le
fort le plus défavorable , qui feront ceux qui
n'ayant pas eu des lots aux quatre premiers tirages
, n'auront qu'un lot de quarante florins au'
cinquieme tirage , & de ceux-ci il y en aura plus
de cent trente mille.
Il s'enfuit de ce qui précéde qu'on ne doit regarder
la mife réelle que de quatorze florins , &-
que ceux qui n'auront que des lots de quarante
forins font ceux qui n'auront point de lots ; car
donner cinquante florins pour n'en retirer que
trente-fix , ou donner quatorze florins & n'avoir
aucun lot , c'eſt bien la même chofe ; le refte
n'eft qu'une illufion pour mieux duper les joueurs.
On doit voir d'après tout ce qu'on vient de dire ,
que le fonds de la lotterie ne doit être réputé que
de cent cinquante mille fois quatorze florins , en
retranchant trente-fix forins de chacun des cent
cinquante mille lots du cinquieme tirage ; & en
effet la lotterie fe contente de quatorze florins par C
MAR S. 1755. *
183
billet , pourvu qu'on les donne d'abord , ce qui
fait un fonds de deux millions cent mille florins.
Quel avantage y a -t-il donc à annoncer une
mife de cinquante florins par billet : Le voici ; il
n'eft pas mal grand. On préleve par cet artifice
dix pour cent fur un fonds de cent cinquante mille
fois cinquante florins, ou de fept millions cinq cens
mille florins , lefquels dix pour cent rapportent
fept cent cinquante mille florins , au lieu que fi
on ne prélevoit les dix pour cent que fur le fonds
réel de cent cinquante mille fois quatorze florins ,
on n'auroit que deux cens dix mille florins de bénéfice.
Or on eft bien aiſe d'avoir davantage ; &
pour en avoir le prétexte , on dit qu'on fait crédit
d'un fonds dont on n'avoit befoin que pour
faire montre , & la preuve qu'on n'en avoit pas
befoin , c'eft qu'on en fait crédit , & que les trente-
fix florins ne font par là qu'en idée dans les
lots pour en faire paroître davantage , & tous plus
forts.
On fait fupporter à la mife réelle les dix pour
cent du fonds imaginaire des cinq millions quatre.
cens mille florins de crédit , qu'il leur étoit affez
indifférent à l'intérêt près ) de toucher ou de ne
pas toucher , pourvû qu'ils en ayent les dix pour
cent. C'eft proprement dire aux joueurs , je veux
bien ne prendre que dix pour cent de l'argent que
je vous fais jouer , à condition que j'y prendrai
auffi dix pour cent de l'argent que vous ne jouez
pas.
Qu'on y faffe bien attention : qu'est - ce que c'eft
que des lots moindres que la mife ? n'en réſultet-
il pas toujours une perte pour les joueurs ? Et
pourquoi demander à chaque joueur plus qu'il ne
doit , ou ne peut perdre ? pouquoi leur demander
un argent qu'on fçait devoir néceffairement leur
184 MERCURE DE FRANCE
rentrer un jour , fi ce n'eft pour faire , on faire
paroître une grande recette pour avoir occafion
d'y prendre un bénéfice à proportion , qui ne peut
être qu'aux dépens de la mife réelle ? auffi fur deux
millions cent mille florins qu'il y a ici de fonds
réel , préleve-t- on fept cens cinquante mille florins,
ce qui eft prefque trente-fix pour cent. L'auteur
du plan ofe cependant dire que cette lotterie eft
infiniment plus favorable que toutes les autres qui
ont paru jufqu'ici . Il eft vrai qu'elle eſt favorable :
refte à dire pour qui ; ou bien ignore- t - il qu'on
n'a pris jufqu'à préfent que quinze pour cent aux
trois lotteries de Paris , ce qui n'eft pas les trois
feptiemes de ce qu'on prend par la fienne , & encore
n'a -t- on autant pris que parce que ce revenu
a toujours été deſtiné à des oeuvres pieuſes , car
dans toute autre occafion on a toujours moins
pris.
On doit voir par ces remarques que cette lotterie
n'eft qu'une attrape , dans laquelle un nombre
prodigieux de perfonnes ont déja donné , fans s'en
appercevoir. Fait -on en France des lotteries avantageufes
pour le public les François les laiffent
remplir par les Etrangers. Les Etrangers en fontils
de très -defavantageufes , les François y donnent
à plein collier ?
Bruxelles.
E fonds de cette lotterie eft compofé de cent
quante florins chacun ; il doit y avoit cent foixante-
dix mille lots , dont un très- grand nombre ,
comme on peut croire , font au deffous de la mife.
Il y aura cinq tirages , & dans chacun des quatre
premiers cinq mille lots. Les numeros fortis aux
premiers tirages rentreront à chaque fois dans la
roue pour
les tirages fuivans , on voit qu'il refte ,
pour le dernier tirage autant de lots qu'il y a de
numeros , dont un très-grand nombre ne font
que de quarante florins ; & comme on retiendra
dix pour cent après le tirage , ceux qui n'auront
eu qu'un lot de quarante florins ne retireront
que trente-fix florins , &.par conféquent quatorze
de perte. Mais , dira-t - on , ceux qui auront été ,
affez heureux pour avoir quelque lot aux quatre
premiers tirages , gagneront. Oui , ceux qui auront
eu un ou plufieurs lots , faifant plus de quin
ze florins , entre lefquels beaucoup fe trouveront
avoir deux ou trois florins de bénéfice , d'autres
cinq , fix , huit , douze , & c . plus ou moins ,
& quelques-uns un bénéfice paffable , car la lot182
MERCURE DE FRANCE.
terie ne peut pas honnêtement garder le tout.
Mais tous ceux qui n'auront eu dans les quatre
premiers tirages qu'un lot de quinze florins ou
au-deffous , & ils feront en grand nombre , auront
encore de la perte s'ils n'ont qu'un lot de quarante
florins au cinquieme tirage : car un lot de
quinze florins & un de quarante font cinquantecinq
florins , dont ôtant cinq florins & demi , à
caufe des dix pour cent , reite quarante florins
pour une mife de cinquante florins.
Mais le plus qu'on puiffe perdre eft quatorze
florins , auffi peut- on remarquer au dernier alinea
du plan , que la lotterie fera crédit de trente- fix
forins à ceux qui voudront fournir quatorze
florins en prenant les billets ; & ils ont raiſon ,
ils ne courent aucun rifque à faire ce crédit , puifque
c'eft ce qui doit rentrer à ceux qui auront le
fort le plus défavorable , qui feront ceux qui
n'ayant pas eu des lots aux quatre premiers tirages
, n'auront qu'un lot de quarante florins au'
cinquieme tirage , & de ceux-ci il y en aura plus
de cent trente mille.
Il s'enfuit de ce qui précéde qu'on ne doit regarder
la mife réelle que de quatorze florins , &-
que ceux qui n'auront que des lots de quarante
forins font ceux qui n'auront point de lots ; car
donner cinquante florins pour n'en retirer que
trente-fix , ou donner quatorze florins & n'avoir
aucun lot , c'eſt bien la même chofe ; le refte
n'eft qu'une illufion pour mieux duper les joueurs.
On doit voir d'après tout ce qu'on vient de dire ,
que le fonds de la lotterie ne doit être réputé que
de cent cinquante mille fois quatorze florins , en
retranchant trente-fix forins de chacun des cent
cinquante mille lots du cinquieme tirage ; & en
effet la lotterie fe contente de quatorze florins par C
MAR S. 1755. *
183
billet , pourvu qu'on les donne d'abord , ce qui
fait un fonds de deux millions cent mille florins.
Quel avantage y a -t-il donc à annoncer une
mife de cinquante florins par billet : Le voici ; il
n'eft pas mal grand. On préleve par cet artifice
dix pour cent fur un fonds de cent cinquante mille
fois cinquante florins, ou de fept millions cinq cens
mille florins , lefquels dix pour cent rapportent
fept cent cinquante mille florins , au lieu que fi
on ne prélevoit les dix pour cent que fur le fonds
réel de cent cinquante mille fois quatorze florins ,
on n'auroit que deux cens dix mille florins de bénéfice.
Or on eft bien aiſe d'avoir davantage ; &
pour en avoir le prétexte , on dit qu'on fait crédit
d'un fonds dont on n'avoit befoin que pour
faire montre , & la preuve qu'on n'en avoit pas
befoin , c'eft qu'on en fait crédit , & que les trente-
fix florins ne font par là qu'en idée dans les
lots pour en faire paroître davantage , & tous plus
forts.
On fait fupporter à la mife réelle les dix pour
cent du fonds imaginaire des cinq millions quatre.
cens mille florins de crédit , qu'il leur étoit affez
indifférent à l'intérêt près ) de toucher ou de ne
pas toucher , pourvû qu'ils en ayent les dix pour
cent. C'eft proprement dire aux joueurs , je veux
bien ne prendre que dix pour cent de l'argent que
je vous fais jouer , à condition que j'y prendrai
auffi dix pour cent de l'argent que vous ne jouez
pas.
Qu'on y faffe bien attention : qu'est - ce que c'eft
que des lots moindres que la mife ? n'en réſultet-
il pas toujours une perte pour les joueurs ? Et
pourquoi demander à chaque joueur plus qu'il ne
doit , ou ne peut perdre ? pouquoi leur demander
un argent qu'on fçait devoir néceffairement leur
184 MERCURE DE FRANCE
rentrer un jour , fi ce n'eft pour faire , on faire
paroître une grande recette pour avoir occafion
d'y prendre un bénéfice à proportion , qui ne peut
être qu'aux dépens de la mife réelle ? auffi fur deux
millions cent mille florins qu'il y a ici de fonds
réel , préleve-t- on fept cens cinquante mille florins,
ce qui eft prefque trente-fix pour cent. L'auteur
du plan ofe cependant dire que cette lotterie eft
infiniment plus favorable que toutes les autres qui
ont paru jufqu'ici . Il eft vrai qu'elle eſt favorable :
refte à dire pour qui ; ou bien ignore- t - il qu'on
n'a pris jufqu'à préfent que quinze pour cent aux
trois lotteries de Paris , ce qui n'eft pas les trois
feptiemes de ce qu'on prend par la fienne , & encore
n'a -t- on autant pris que parce que ce revenu
a toujours été deſtiné à des oeuvres pieuſes , car
dans toute autre occafion on a toujours moins
pris.
On doit voir par ces remarques que cette lotterie
n'eft qu'une attrape , dans laquelle un nombre
prodigieux de perfonnes ont déja donné , fans s'en
appercevoir. Fait -on en France des lotteries avantageufes
pour le public les François les laiffent
remplir par les Etrangers. Les Etrangers en fontils
de très -defavantageufes , les François y donnent
à plein collier ?
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Résumé : REMARQUES sur la Lotterie de Bruxelles.
Le texte décrit la lotterie de Bruxelles, dotée d'un fonds de cent cinquante mille florins répartis en cent soixante-dix mille lots. La majorité des lots est inférieure à la mise initiale. La lotterie comprend cinq tirages : les quatre premiers offrent chacun cinq mille lots, avec réintégration des numéros sortis pour les tirages suivants. Le dernier tirage inclut autant de lots que de numéros, la plupart valant quarante florins. Après déduction de dix pour cent, les gagnants de ces lots récupèrent seulement trente-six florins, subissant une perte de quatorze florins. Les joueurs gagnant des lots de plus de quinze florins dans les quatre premiers tirages peuvent réaliser un bénéfice, tandis que ceux gagnant moins de quinze florins ou rien du tout subiront une perte s'ils n'obtiennent qu'un lot de quarante florins au dernier tirage. La lotterie offre un crédit de trente-six florins pour ceux qui paient quatorze florins à l'achat des billets, montant correspondant à la perte maximale possible. Le fonds réel de la lotterie est estimé à deux millions cent mille florins, en tenant compte des pertes potentielles. L'annonce d'une mise de cinquante florins par billet permet à l'organisateur de prélever dix pour cent sur un fonds imaginaire de sept millions cinq cent mille florins, générant ainsi un bénéfice de sept cent cinquante mille florins. En réalité, la lotterie se contente de quatorze florins par billet, mais utilise l'illusion d'une mise plus élevée pour justifier un bénéfice plus important. Le texte critique cette pratique, soulignant qu'elle est défavorable aux joueurs et avantageuse pour les organisateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9769
p. 185-200
NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
Début :
Le 31 Janvier, Dame Marie-Jeanne Moreau, épouse de Messire Jean-Pierre-Louis de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Marquis, Comte, Lieutenant, Général, Armées du roi, Capitaine, Gouverneur, Brigadier
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
NAISSANCE ,
MARIAGES ET MORTS.
E31 Janvier , Dame Marie - Jeanne Moreau
- -
Puech , Seigneur de Laloubiere , eſt accouchée
d'un fils qui a été baptifé le même jour en l'Eglife
de S. Euſtache de Paris , & nommé Marie - André-
Louis.
Voyez fur la famille del Puech le Mercure de
Janvier au fujet du mariage du fils aîné de François
del Puech de Comeiras , Brigadier des armées
du Roi , coufin germain paternel de Jean- Pierre-
Louis del Puech de Laloubiere,, pere de Marie-
André - Louis del Puech , qui a donné lieu à cet
article .
1
Meffire Marie-Henri de Salvert , fils de Meffire
Gilbert- François , Comte de Salvert , a époufé le s
Novembre dernier à Sceaux Dlle Charlotte -Henriette
de Sabrevois , fille de Meffire- Henri de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général de l'artillerie , & Commandant
en chef le département d'Alface.
Meffire François de Boyffeulh , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Lufignan , fils de Meſſire
Charles , Comte de Boyffeulh , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Marcieux ; & de Dame Mar.
the d'Abzac , époufa le 27 Novembre Dlle Marie-
Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres ,
fille de Meffire Jean- Marie Damblard de Lafmaftres
, Commandant de la Venerie du Roi ; & de Da
186 MERCURE DE FRANCE.
me Catherine de Bauny. La bénédiction nuptiale
leur fut donnée par l'Evêque d'Arras dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château à Verſailles , & la Comteffe
de Toulouſe affifta à cette cérémonie. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 24 par leurs
Majeftés , & par la Famille royale.
Le 28 de Novembre fut faite dans la Chapelle
de l'Hôtel de Soubife la célébration du mariage de
Louis , Comte de Prie , Gouverneur de Bourbon-
Lancy , Moufquetaire de la Garde ordinaire du
Roi dans la premiere Compagnie , fils de François-
Leonor de Prie , Chevalier , Marquis-de Pla
nes & Courbepine , Seigneur haut jufticier de
Chauffée en Normandie , & de Thefmillon en
Bourgogne , Seigneur & Patron des Paroiffes de
Coquainvilliers , du Chefne , de Leffart en Normandie
, &c. Commandeur des Ordres réunis de
Notre Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare ,
& ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment
qui portoit le nom de fon frere aîné Louis II de
Prie , Marquis de Planes , dit le Marquis de Pries
& de Marie-Magdeleine- Genevieve Loquet , Dame
de Tolleville en Normandie , &c. avec Loui
fc - Camille -Victoire de Villette , fille de Pierres
Charles de Villette , Ecuyer , Seigneur du Pleffis-
Longueau, de Baficourt , d'Houdancourt , de Saron,
du Portail , &c . Confeiller du Roi en fes Con
feils , Commandeur , Tréforier de l'Ordre royal
& militaire de S. Louis , Tréforier général de
l'extraordinaire des guerres ; & de Thérèſe- Charlotte
Cordier de Launay , fille de Jacques Cordier
de Launay , Ecuyer , Seigneur de Valery , de
Dinant , de la Verriere , &c , ancien Thréforier
général de l'extraordinaire des guerres. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 24 de la fignature
du Roi , de la Reine , & de la Famille royale.
MARS 1755 . 187
Tous les avantages qui conftituent la grandeur
des Maifons , nobleffe dont l'origine fe perd dans
l'obfcurité des fiécles , poffeffion de grandes terres
, alliances illuftres , fervices importans rene
dus à l'Etat , dignités & honneurs qui en font la
jufte récompenfe , tous fe trouvent réunis dans la
Maifon de Prie , de laquelle il eft forti un Cardinal
, un Grand Pannetier , deux Grands- Queux, un
Grand Maître des Arbalêtriers de France , un
Chevalier des Ordres du Roi , des Capitaines de
Compagnies d'Ordonnance , & autres Officiers
de diftinction . Elle tire fon nom de la terre de
Prie en Nivernois , où elle a poffedé plufieurs
autres terres confidérables , auffi bien que dans le
Berry , entr'autres celle de Bufançois.
*
Elle eft connue depuis Geoffroi , Sire de Prie
qui fut préfent en 1178 à la donation faite par la
Comteffe de Nevers aux Religieux de Notre- Da
me de la Ferté -fur -l'Ifeure.
Un de fes defcendans , Philippe de Prie , Sei
gneur de Moulins en Berry , qualifié Chevalier
Banneret , étoit en 1338 Sénéchal de Beaucaire
& de Nîmes , dignité qui n'étoit alors donnée
qu'aux perfonnes de la plus haute naiffance. Ce
Seigneur qui fervit le Roi Philippe de Valois dans
différentes expéditions , laiffa de fa femme Ifabeau
de Sainte-Maure , Philippe de Prie , dit le Borgne,
Seigneur de Moulins. Celui - ci étoit en 1342 Maître
d'Hôtel du Duc de Normandie, qui fut depuis le Roi
Jean , & qui en récompenfe de fes fervices le fit
Capitaine fouverain & général au Bailliage de
Les poffeffeurs modernes de cette terre induits
apparemment en erreur par quelques Topographes
mal inftruits , en écrivent le nom Prix, il eſt écriz
Prie dans tous les anciens titres.
188 MERCURE DE FRANCE.
Bourges , & de cinquante hommes d'armes de fa
Compagnie.
Son fils Jean VII du nom , qualifié Sire de Prie
& de Bufançois, Seigneur de Châteauclos , de Gargilefle
& de Thefmillon , Chevalier Banneret , fur
appellé , fuivant des mémoires manuferits , Paon
de Prie , à caufe de fa magnificence. Il fe diftingua
principalement par fa fidélité envers le Roi
Jean , fait prifonnier à la bataille de Poitiers , &
le Dauphin Régent du Royaume , depuis Roi
Charles V. Il fut un des principaux Barons du
Berry , qui prirent les armes pour défendre cette
province contre l'invafion des troupes du Prince
de Galles . Il eut entr'autres enfans de fa femme ,
Philippe Courault.
Jean VIII , Chevalier , Sire de Prie & de Bufançois
, Confeiller & Chambellan du Roi , allié
avec llabeau de Chanac , de laquelle il laiffa Jean
& Antoine de Prie. L'aîné mérita par fes fervices
d'être élevé à la dignité de Grand Pannetier de
France , & s'attira par fa fidélité la haine du Roi
d'Angleterre , qui confifqua la terre de Prie , que
Charles VII rendit depuis à fes héritiers légitimes.
Il fut tué en 1427 d'un coup de vireton , en défendant
contre les Anglois la groffe tour de Bourges
, dont il étoit Capitaine.
Antoine , frere puîné de Jean VIII , qui l'avoit
forcé dans fa jeuneffe à fe faire Religieux dans
l'Abbaye de Déols , avoit paffé depuis dans l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem . Après la mort
fans enfans de ce frere aîné , il obtint difpenfe
de fes voeux ; il s'allia avec Magdeleine d'Amboife
, & continua la lignée , étant devenu Sire de
Prie & de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
de Moulins & de Thefinillon. Il fut Chevalier,
MARS. 1755. 189
Confeiller & Chambellan du Roi Charles VII
& du Dauphin , & en 1431 Grand Queux de
France. Il prenoit la qualité de premier Baron de
Touraine ; il affifta, au lit de Juftice à Vendome
pour la décifion du procès du Duc d'Alençon , &
yfut affis à droite fur la même ligne que le haut
banc des Ducs & Comtes- Pairs de France . Il vendit
la Seigneurie de Prie à Imbert de la Plattiere ,
Seigneur de Bourdillon , Gentilhomme Nivernois,
qui devenu Maréchal de France, fut appellé le Maréchal
de Bourdillon . Par fon teftament il ordonna
que douze pucelles , vêtues de robes blanches de
fin lin , porteroient chacune à fon enterrement
un flambeau de cire blanche , du poids de deux
livres. Il laiffa , entr'autres enfans , trois fils , qui
furent élevés aux premieres dignités.
Louis I de Prie ( fils aîné d'Antoine ) , Chevalier
, Baron de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
& de Thefmillon , Confeiller & Chambellan
du Roi , fut auffi Grand Queux de France. Cette
charge fut fupprimée après la mort , & l'exercice
en fut uni à celle de Grand Maître de l'Hôtel du
Roi. Il voulut que fes funerailles fe fiffent comme
celles de fon pere , en doublant le nombre des
pucelles. Il portoit, ainfi que fon pere, l'écu écartelé
au premier & au quatre de gueules, à trois tiercesfeuilles
d'or , qui eft Prie ; au fecond & au troisieme
d'or , à une aigle à deux têtes de fable , couronnée
de gueules , qui eft Bufançois * . Louis , Sire de
Prie , avoit été allié à Jeanne de Salazart , fille
de Jean de Salazart , Seigneur de Saint-Juſt & de
Marcilly , & de Marie de la Tremouille , Dame
de Saint - Fargeau. Leurs petits- fils Gabriel &
* La terre de Bufançois , l'une des plus confidé
rables du Berry , appartient aujourd'hui au Duc de
Saint-Aignan
190 MERCURE DE FRANCE.
René de Prie , moururent fans pofterité .
René de Prie , fils puîné d'Antoine , & coufingermain
, par la mere , du Cardinal d'Amboiſe
fut grand Archidiacre de Bourges , Proto-Notaire
apoftolique , Doyen de S. Hilaire de Poitiers ,
Abbé Commendataire de Sainte - Marie de Levroux,
de
de Notre Dame du Landais , du Bourg-Dieu ,
la Prée-fur-Arnon , & de Lire ; Evêque fucceffivement
de Leitoure , de Limoges & de Bayeux ;
enfin Cardinal en Janvier 1506 , & nommé le
Cardinal de Bayeux . Il fut un des membres du facré
Collége , qui tinrent le Concile de Piſe contre
le Pape Jules If. Il mourut le 9 de Septembre 1516 ,
& fut enterré dans fon Abbaye de la Prée.
Aimard I de Prie , ( troiſieme fils d'Antoine ) ;
Chevalier, Seigneur de Montpoupon , de la Motte ,
de Lezillé, de Thefmillon , & c. Confeiller & Chambellan
du Roi , Capitaine de cinquante Lances de
fes ordonnances , & Gouverneur du Pont Saint-
Efprit, fut Grand Maître des Arbalêtriers de France
, charge qui fut fupprimée après la mort arrivée
avant 1527. C'eſt la postérité qui fubfifte .
Il avoit été marié deux fois . De fa premiere
femme Claude de Choiſeul de Traves , il n'eut
que deux filles. La feconde , Claude de la Baume-
Chevalier , Montrevel , le fit pere d'Efme de Prie ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Toucy ,
de Thefmillon , de la Grange- Foffegiler , & c. Celui-
ci fut Capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances du Roi , Gouverneur & Lieutenant
pour le Roi en la ville d'Auxerre & pays
Auxerrois , Lieutenant général au Gouvernement
de Touraine , Blaifois & Vendomois , & Chevalier
de l'Ordre du Roi . De fon mariage avec Charlotte
de Rochefort de Pleuvaut , nâquit entr'autres eRfans
MAR S. 1755. 191
René de Prie , Chevalier , Baron de Toucy ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Thefmillon
, & c. Ecuyer d'Ecurie du Roi Charles IX ,
Gouverneur de Touraine . Celui - ci qui fut auffi
Chevalier de l'Ordre du Roi , époufa , par contrat
du 19 Novembre 1559 , Joffine de Selles, fille unique
d'Antoine de Selles , Seigneur de Beuzeville
& de Magdeleine de Ravenel . Leur fils aîné
Aimard II de Prie , Chevalier , Marquis de Tou
cy , Baron de Montpoupon , Seigneur de Thef--
millon , &c. Capitaine de cent hommes d'armes
des ordonnances du Roi , & Chevalier de fon Ordre
, fut député par la nobleffe du Bailliage d'Auxerre
aux Etats Généraux de 1614 : c'eft en conféquence
de fon mariage avec Louiſe , fille & hériere
pour moitié de Guillaume de Hautemer ,
Chevalier , Comte de Grancey , Seigneur de Fervaques
, de Planes , &c , Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du Roi , dit le Maréchal de
Fervaques , que la maifon de Prie fe trouve tranfplantée
en Normandie.
François de Prie , troifieme fils d'Aimard II , &
le feul qui ait continué la lignée , eut , du chef
de fa mere , la baronie de Planes en Normandie
& fut pere d'Aimard-Antoine de Prie , Chevalier ,
Baron de Planes , Seigneur de Coquainvilliers ,
du Chêne , de Marigny , &c . & Maréchal de bataille
des camps & armées du Roi. Celui - ci eut
pour fils Louis II & François- Leonor de Prię ,
pere de celui qui donne lieu à cet article .
Louis II de Prie , Baron , puis Marquis de Planes
, dit le Marquis de Prie , fut Colonel d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , Brigadier
des
armées du Roi , Chevalier de fes Ordres ; fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , l'un des
Seigneurs attachés à l'éducation de Sa Majefté ,
192 MERCURE DE FRANCE:
Gouverneur de Bourbon -Lancy , & Lieutenant
général au Gouvernement du Bas- Languedoc ;
c'eft en fa faveur que les terres réunies de Planes
& de Courbepine furent érigées en Marquifat ,
fous le nom commun de Planes, par lettres du mois
de Février 1724. Il avoit eu conjointement avec
la Ducheffe de la Ferté fa coufine , l'honneur de
tenir fur les fonts de bapteme le Roi Louis XV.
glorieufement regnant.
La Maiſon de Prie tient par des alliances , la
plupart réiterées , aux anciennes Maifons de Bertrand-
Briquebec , de Chauvigny , de Sully , de
Craon , de Parthenay- l'Archevêque , de Boulogne,
de Châlon , d'Amboise - Chaumont , de Grailly-
Feix, d'Albret-Navarre; aux Maiſons exiftantes de
la Tour-d'Auvergne , de Rohan - Guemené , de Røhan-
Soubife , de Montmorenci-Laval , de Montmorenci-
Luxembourg , de la Tremouille , d'Uzès , de
Beauvilliers , d'Aumont , de Gévres , de Mailly ,
de Chabannes , de Bethune , de Rochefort - d'Aloigny
, de Choiseul , de Beauvau , ď’Alegre , de
Sennectere , de Sainte- Maure , de la Baune-Montrevel
, de Rouxel-Medavy , & à plufieurs autres des
premieres Maifons du Royaunie.
La Maiſon de Prie porte pour armes , de gueules
, à trois tierces-feuilles d'or , deux & une. Son
ancien cri de guerre eft cant d'oiſeaux ; & fa déwife
, non degener ortu.
Voyez l'Hiftoire généalogique des grands Officiers
de la Couronne ; l'Hiftoire de Berry, par la
Thaumafiere ; l'Hiftoire généalogique de la Maifon
de Chateigner , par André Duchêne. Les mémoires
de Michel de Maroles , Abbé de Villeloing,
&c. Voyez les Tablettes hiftoriques , tom. iv. p.
214.
Meffire Jofeph - François de Paule de Preaulx ,
de
MARS. 1755. 193
fils de Meffire Jofeph de Preaulx , Marquis de
Preaulx , a époufé le 2 Novembre dans la ville de
Château -Gontier en Anjou , Dlle Renée-Catheri
ne - Jeanne du Tertre de Sancé.
Meffire Jean-Baptifte-François- Gabriel - Louis
de Coutaud , Marquis de Coulanges , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Bourbon-Buffet , fils de
feu Meffire Jean de Coutaud , Baron de Coulanges
, & de Dame Marguerite de Polaftron , fut
marié le 7 Janvier à Dile Marie- Louife - Jofeph
de Calonne de Courtebonne , fille de feu Meffire
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courtebonne
, Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, Lieutenant de Roi de la province d'Artois
& de Dame Ifabelle - Claire -Jofeph Guillain de la
Tour- Saint- Quentin.
Meffire Jean- Baptifte du Sauzay , Marquis du
Sauzay, Rebé , Amplepuis, Saint -Jean la Buxiere ,
Rono , Jarnoffe , & autres dépendances , Colonel
d'Infanterie , Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
fils de Meffire Dominique du Sauzay , Chevalier
Seigneur de Jarnoffe , & autres lieux , époufa le 8
de Janvier Dile Marguerite de Blotefiere - de Vauchelle
, fille de Meffire Nicolas de Blotefiere , Marquis
de Vauchelle , Lieutenant de Roi dans la
Province de Picardie , Meftre de camp de Cavalerie.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
la Chapelle de la Bibliothèque du Roi.
Le 10 Février Meffire Jean- Baptifte du Champ
d'Affant , Chevalier , Seigneur de la Motte , &
d'autres lieux , ancien Capitaine d'Infanterie
reftant feul de fa famille , une des plus anciennes
de nom & d'armes & des mieux alliées du Comté
de Bourgogne , fut marié dans la Chapelle du
Château de Montramé en Brie , avec Dlle Rofafie-
Louife du Tillet , fille de Meffire Charles- Clau
194 MERCURE DE FRANCE.
de du Tillet , Chevalier , Seigneur du Boui-Montramé
, Chalmaiſon , Chalantre la petite , Vicomte
de la Malmaiſon , Brigadier des armées du Roi ,
ancien Aide - Major & Enfeigne des Gardes du
Corps ; & de Dame Marie- Marguerite de Cueuret
de Nefle fes pere & mere. Ces deux Familles
font connues par leur ancienneté , leurs charges
& leurs alliances.
Dame Anne - Elizabeth - Marie - Rofe Briffart ,
épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de
Billy , Comte de Thiard , Brigadier de cavalerie ,
& Capitaine - Lieutenant de la compagnie des
Chevau-légers Dauphins , mourut à Paris , le 4
Octobre , âgée de vingt ans.
Marie- Louife- Charlotte , légitimée de Bourbon
, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy .
Comte de Rouffillon , Maréchal des camps & armées
du Roi , eft morte les , en la même ville
dans la cinquante- cinquième année de fon âge.
>
Le même jour eft décedée au vieux Louvre ,
Dame Marie - Roſe Teffier , épouſe de Meffire
Jean-Louis Quentin de Richebourg , Marquis
de Champcenetz.
Honoré le. Tellier , Comte de Souvré , fils de
François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac ,
Marquis del Souvré , eft mort le 7.
Le fieur Pierre Dedelay de la Garde , l'un des
quarante Fermiers généraux de Sa Majeſté , eſt
mort le 10.
Charles-Pierre de la Chaftre , fils de Meffire
Charles-Louis de la Chaftre , Comte de Nançai ,
Brigadier des armées du Roi , eft mort le 16.
Meffire Charles- Antoine-Armand- Odet d'Aydie
, Comte de Riberac , ancien Colonel d'un
régiment d'infanterie , eft mort le 1 Novembre
MARS. 1755. 195
à fa terre de la Ville-aux-Clercs , dans la foixante
& dixième année de fon âge.
Frere Jean-François Fraguier , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commenderie de Beauvais en Gâtinois
& Titulaire du Membre de Dieu- Lamant , dépendant
du grand Prieuré de France , mourut à
Paris le 2 , âgé de foixante & treize ans.
Dame Gabrielle de Murviel , épouse de Meffire
Henri de Carion , Marquis de Nizas , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , eft morte le
Novembre dans fes terres en Languedoc , âgée
de foixante & dix ans .
Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes,
eft mort le 10.
Meffire Jofeph Darbaud , Brigadier de cavale
rie , mourut à Paris le 14 , âgé de cinquanteneuf
ans.
Dame Marie-Anne d'Azemar, veuve de Meffire
Jerôme du Faur , Comte de Pibrac , eft morte le
14 à Toulouſe , dans fa foixante & quinziéme
année.
Meffire Henri de Carion , Marquis de Nizas ,
Lieutenant général des armées du Roi , eft mort
le is dans fes terres en Languedoc , âgé de
quatre-vingt-quatorze ans.
Jacques de Lomagne-Tarride , Vicomte titu
laire de Tarride , Seigneur de Baringue , Vicomte
d'Efcures , Baron du Mont & de Couhain , mou◄
rut dans fa quatre- vingtiéme année , le 16 Novembre
1754 , dans fon château de Simacourbe
en Bearn. Il étoit l'aîné de la Maifon des derniers
Vicomtes de Lomagne , iflus, des Comtes d'Armagnac
. Il a laiffé de Marguerite de Foix-Candale
, fa veuve , deux garçons , dont l'un eft
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine au régiment du Roi, & l'autre eft au Séminaire
de faint Sulpice,
Melfire Pierre- Gabriel-Louis le Neuf de Sourdeval
, Brigadier d'infanterie , eft mort le même
jour , dans fa cinquante -quatriéme année .
Dame Anne-Marie Rouillé , veuve de Meffire
Louis de Bernage , Confeiller d'Etat ordinaire
mourut à Paris le 21 , âgée de près de quatrevingt
& onze ans.
Rolland Puchot- Defalleurs , Comte Defalleurs,
Ambaffadeur de France à la Porte , eft mort à
Conftantinople le 23 Novembre dernier.
Meffire N ....... du Chambon , Lieutenant
général des armées du Roi , & ci-devant Major de
la compagnie des Gendarmes de la garde ordinaire
de Sa Majesté , eft mort le 1 Décembre en
fon château de Pierrefitte , près de Moulins , âgé
de quatre-vingt- quatre ans.
Meffire Jofeph Brunet de Raney , Brigadier
d'infanterie , ci-devant Commandant d'un bataillon
du régiment des Gardes- Françoifes , eft
mort le 3 , dans la foixante - huitième année de
fon âge,
Conftance - Françoife Duffon de Bonnac ,
époufe de Charles - Antoine - François - Marie ,
Marquis de Wignacourt , mourut à Paris le 7 ,
âgée de trente ans. Elle étoit petite fille de
Charles-Armand de Gontaut , Duc de Biron , Pair
& Doyen des Maréchaux de France , & foeur du
Marquis de Bonnac , Ambafladeur en Hollande .
Elle avoit été mariée le 9 Mai 1749 , dans la
chapelle de l'Evêché de Pamiers, par Henri Gaſton
de Levis , Evêque de cette ville , au Marquis de
Vignacourt , fils de Robert - Antoine , Comte
de Wignacourt , chef de toutes les branches de
Fancienne Maifon de Wignacourt , établies en
MARS. 1755. 197
Picardie , Champagne , &c. De cette Maiſon font
fortis Alof & Adrien de Wignacourt , élus Grands-
Maîtres de Malthe en 1601 & 1690. La Marquife
de Wignacourt laifle de fon mariage une fille
unique , Charlotte- Antoinette-Conftance- Louife-
Françoife de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
M. Antoine Ralet de Chalet , ancien Secrétaire
du Roi , près le Parlement de Bretagne , eft mort
le 9 à Paris , âgé de cent & trois ans.
Meffire Louis le Maire , Maréchal des camps
& armées du Roi , Directeur des fortifications
d'une partie des places de Flandre & du Hainault ,
eft mort à Abbeville le 10 , âgé de quatre - vingtdix
ans. Il étoit le plus ancien Ingénieur du
royaume , & il avoit commencé à fervir en
1680 .
Dame Marie-Therefe de Mizon , épouse du
Comte de Muy , Confeiller d'Etat d'épée , Directeur
général des Oeconomats & ci-devant
fous- Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ,
mourut le 13 à Verſailles , dans fa foixante &
treizième année .
༈
Meffire Charles Foucault , Brigadier de cavalerie
, eftmort le 14 , âgé de foixante & dix-sept ans.
Nicolas-Jofeph- Balthazar de Langlade , Vicomte
du Chayla , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général des armées de Sa Majeſté ,
Directeur général de la cavalerie , Gouverneur de.
Villefranche en Rouffillon , Gouverneur , Sénéchal
& Grand Bailli du Duché de Mercoeur' , mourut
à Paris le 16 , âgé d'environ ſoixante & douze
ans.
Meffire Pierre-Maximilien Pajot de Villeperrot ,
Maréchal des camps & armées de Sa Majefté , eft
mort le 19 , en ſa ſoixante & onzième année.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Guillaume-Anne , Comte d'Albemarle , Vicomte
Bury, Baron d'Ashford , Pair de la Grande-
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
premier Gentilhomme de la chambre de Sa Majefté
Britannique , & fon Ambaffadeur extraordimaire
& plénipotentiaire auprès du Roi , mourut
à Paris le 22 , âgé de cinquante-deux ans. Il
étoit Lieutenant général des armées de la Grande-
Bretagne , Colonel du ſecond régiment des Gardes
Angloifes , Gouverneur & Capitaine général
de la Virginie.
Antoine François , Comte de Chabannes , Lieutenant
général des armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Verdun & du Verdunois , ci-devant
Lieutenant-Colonel du régiment des Gardes-
Françoifes , eft mort en cette Ville le 23 , dans fa
foixante-huitième année.
Dame Marie-Julie de la Jaille , épouſe d'André-
Antoine , Vicomte de Sabran , des Comtes de
Forcalquier , Mestre de camp de cavalerie , Aide-
Major de la Gendarmerie , mourut à Paris le
même jour , dans fa quarante- cinquiéme année.
Meffire Aymard- Charles de Nicolaï , fils de
Meffire Aymard-Jean de Nicolaï , premier Pré
fident de la Chambre des Comptes , & de Magdeleine-
Charlotte -Guillelmine- Léontine de Vintimille
du Luc , eft mort à Paris le 29 , âgé de
vingt ans.
René-François , Marquis du Châtelet , & de
Grandfeille , Baron de Cirey , Lieutenant général
des troupes de l'Empereur , & ci-devant Commandant
en chef dans le grand Duché de Tof.
cane , eft mort le 2 Janvier , à Blamont en Lorraine
, âgé de foixante - fept ans.
Dame Marie-Thereſe de Meſmes , veuve de
M.AR S. 1755. 199
Meffire François de la Roche , Marquis de Fontenilles
mourut à Paris le 6 Janvier âgée de
quatre-vingt-fept ans.
Dame Marie-Jeanne Frefeau de la Frefeliere
épouse de Mefire Nicolas Doublet de Perfan
Maître des Requêtes , & Intendant du commerce,
eft morte à Paris le 16 , dans fa quarante-neuviéme
année.
I.e 19 eft décedé Meffire Alexandre de Bauffan,
Maître des Requêtes , dans la vingt- huitiéme année
de fon âge.
Huguette- Gabrielle de Lufignan de Lezay ;
épouse de M. Lancelot , Comte de Turpin de Crif
fe , Brigadier de cavalerie , mourut le 25 , âgée
de vingt-cinq ans.
Thomas Caraccioli , Napolitain , le plus ancien
Lieutenant général des armées du Roi , eft
mort le 26 , dans fa cent & troifiéme année. Le
Marquis de Caraccioli étoit de l'illuftre Maifon
de ce nom. Il avoit été Gouverneur de Briançon ,
& Commandant des villes de Mezieres , de Charleville
, & de Sedan
Anne le Roux veuve en fecondes nôces de
Jean Druart , eft morte le 16 Octobre , à Paris ,
fur la paroiffe de faint Severin , âgée de près de
cent-vingt ans. Elle étoit née à Dormont , dans
le Diocèle d'Evreux , & elle avoit douze ans lorfqu'en
1646 ce hameau fut confumé par un incendie.
La nommée Marie Blanchard , veuve de ' Jean
Manfeau , eft morte le 30 Octobre dernier , au
château de Champs - Cremainville , paroiffe de
Melleray , Diocèfè de Chartres , âgée de [centtrois
ans neuf mois , n'ayant aucune des infirmités
de la vieilleffe ; elle voyoit & entendoit trèsbien
, & elle marchoit fans bâton. Dans le mois
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'Octobre de l'année derniere elle alla à une
petite ville du Perche , diftante de trois lieues de
Champs , & elle en revint le même jour fur une
charrette chargée de meubles , où elle étoit d'autant
moins à fon aife , que le tems étoit très-froid
& très- pluvieux.
MARIAGES ET MORTS.
E31 Janvier , Dame Marie - Jeanne Moreau
- -
Puech , Seigneur de Laloubiere , eſt accouchée
d'un fils qui a été baptifé le même jour en l'Eglife
de S. Euſtache de Paris , & nommé Marie - André-
Louis.
Voyez fur la famille del Puech le Mercure de
Janvier au fujet du mariage du fils aîné de François
del Puech de Comeiras , Brigadier des armées
du Roi , coufin germain paternel de Jean- Pierre-
Louis del Puech de Laloubiere,, pere de Marie-
André - Louis del Puech , qui a donné lieu à cet
article .
1
Meffire Marie-Henri de Salvert , fils de Meffire
Gilbert- François , Comte de Salvert , a époufé le s
Novembre dernier à Sceaux Dlle Charlotte -Henriette
de Sabrevois , fille de Meffire- Henri de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général de l'artillerie , & Commandant
en chef le département d'Alface.
Meffire François de Boyffeulh , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Lufignan , fils de Meſſire
Charles , Comte de Boyffeulh , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Marcieux ; & de Dame Mar.
the d'Abzac , époufa le 27 Novembre Dlle Marie-
Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres ,
fille de Meffire Jean- Marie Damblard de Lafmaftres
, Commandant de la Venerie du Roi ; & de Da
186 MERCURE DE FRANCE.
me Catherine de Bauny. La bénédiction nuptiale
leur fut donnée par l'Evêque d'Arras dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château à Verſailles , & la Comteffe
de Toulouſe affifta à cette cérémonie. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 24 par leurs
Majeftés , & par la Famille royale.
Le 28 de Novembre fut faite dans la Chapelle
de l'Hôtel de Soubife la célébration du mariage de
Louis , Comte de Prie , Gouverneur de Bourbon-
Lancy , Moufquetaire de la Garde ordinaire du
Roi dans la premiere Compagnie , fils de François-
Leonor de Prie , Chevalier , Marquis-de Pla
nes & Courbepine , Seigneur haut jufticier de
Chauffée en Normandie , & de Thefmillon en
Bourgogne , Seigneur & Patron des Paroiffes de
Coquainvilliers , du Chefne , de Leffart en Normandie
, &c. Commandeur des Ordres réunis de
Notre Dame de Mont- Carmel & de S. Lazare ,
& ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment
qui portoit le nom de fon frere aîné Louis II de
Prie , Marquis de Planes , dit le Marquis de Pries
& de Marie-Magdeleine- Genevieve Loquet , Dame
de Tolleville en Normandie , &c. avec Loui
fc - Camille -Victoire de Villette , fille de Pierres
Charles de Villette , Ecuyer , Seigneur du Pleffis-
Longueau, de Baficourt , d'Houdancourt , de Saron,
du Portail , &c . Confeiller du Roi en fes Con
feils , Commandeur , Tréforier de l'Ordre royal
& militaire de S. Louis , Tréforier général de
l'extraordinaire des guerres ; & de Thérèſe- Charlotte
Cordier de Launay , fille de Jacques Cordier
de Launay , Ecuyer , Seigneur de Valery , de
Dinant , de la Verriere , &c , ancien Thréforier
général de l'extraordinaire des guerres. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 24 de la fignature
du Roi , de la Reine , & de la Famille royale.
MARS 1755 . 187
Tous les avantages qui conftituent la grandeur
des Maifons , nobleffe dont l'origine fe perd dans
l'obfcurité des fiécles , poffeffion de grandes terres
, alliances illuftres , fervices importans rene
dus à l'Etat , dignités & honneurs qui en font la
jufte récompenfe , tous fe trouvent réunis dans la
Maifon de Prie , de laquelle il eft forti un Cardinal
, un Grand Pannetier , deux Grands- Queux, un
Grand Maître des Arbalêtriers de France , un
Chevalier des Ordres du Roi , des Capitaines de
Compagnies d'Ordonnance , & autres Officiers
de diftinction . Elle tire fon nom de la terre de
Prie en Nivernois , où elle a poffedé plufieurs
autres terres confidérables , auffi bien que dans le
Berry , entr'autres celle de Bufançois.
*
Elle eft connue depuis Geoffroi , Sire de Prie
qui fut préfent en 1178 à la donation faite par la
Comteffe de Nevers aux Religieux de Notre- Da
me de la Ferté -fur -l'Ifeure.
Un de fes defcendans , Philippe de Prie , Sei
gneur de Moulins en Berry , qualifié Chevalier
Banneret , étoit en 1338 Sénéchal de Beaucaire
& de Nîmes , dignité qui n'étoit alors donnée
qu'aux perfonnes de la plus haute naiffance. Ce
Seigneur qui fervit le Roi Philippe de Valois dans
différentes expéditions , laiffa de fa femme Ifabeau
de Sainte-Maure , Philippe de Prie , dit le Borgne,
Seigneur de Moulins. Celui - ci étoit en 1342 Maître
d'Hôtel du Duc de Normandie, qui fut depuis le Roi
Jean , & qui en récompenfe de fes fervices le fit
Capitaine fouverain & général au Bailliage de
Les poffeffeurs modernes de cette terre induits
apparemment en erreur par quelques Topographes
mal inftruits , en écrivent le nom Prix, il eſt écriz
Prie dans tous les anciens titres.
188 MERCURE DE FRANCE.
Bourges , & de cinquante hommes d'armes de fa
Compagnie.
Son fils Jean VII du nom , qualifié Sire de Prie
& de Bufançois, Seigneur de Châteauclos , de Gargilefle
& de Thefmillon , Chevalier Banneret , fur
appellé , fuivant des mémoires manuferits , Paon
de Prie , à caufe de fa magnificence. Il fe diftingua
principalement par fa fidélité envers le Roi
Jean , fait prifonnier à la bataille de Poitiers , &
le Dauphin Régent du Royaume , depuis Roi
Charles V. Il fut un des principaux Barons du
Berry , qui prirent les armes pour défendre cette
province contre l'invafion des troupes du Prince
de Galles . Il eut entr'autres enfans de fa femme ,
Philippe Courault.
Jean VIII , Chevalier , Sire de Prie & de Bufançois
, Confeiller & Chambellan du Roi , allié
avec llabeau de Chanac , de laquelle il laiffa Jean
& Antoine de Prie. L'aîné mérita par fes fervices
d'être élevé à la dignité de Grand Pannetier de
France , & s'attira par fa fidélité la haine du Roi
d'Angleterre , qui confifqua la terre de Prie , que
Charles VII rendit depuis à fes héritiers légitimes.
Il fut tué en 1427 d'un coup de vireton , en défendant
contre les Anglois la groffe tour de Bourges
, dont il étoit Capitaine.
Antoine , frere puîné de Jean VIII , qui l'avoit
forcé dans fa jeuneffe à fe faire Religieux dans
l'Abbaye de Déols , avoit paffé depuis dans l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem . Après la mort
fans enfans de ce frere aîné , il obtint difpenfe
de fes voeux ; il s'allia avec Magdeleine d'Amboife
, & continua la lignée , étant devenu Sire de
Prie & de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
de Moulins & de Thefinillon. Il fut Chevalier,
MARS. 1755. 189
Confeiller & Chambellan du Roi Charles VII
& du Dauphin , & en 1431 Grand Queux de
France. Il prenoit la qualité de premier Baron de
Touraine ; il affifta, au lit de Juftice à Vendome
pour la décifion du procès du Duc d'Alençon , &
yfut affis à droite fur la même ligne que le haut
banc des Ducs & Comtes- Pairs de France . Il vendit
la Seigneurie de Prie à Imbert de la Plattiere ,
Seigneur de Bourdillon , Gentilhomme Nivernois,
qui devenu Maréchal de France, fut appellé le Maréchal
de Bourdillon . Par fon teftament il ordonna
que douze pucelles , vêtues de robes blanches de
fin lin , porteroient chacune à fon enterrement
un flambeau de cire blanche , du poids de deux
livres. Il laiffa , entr'autres enfans , trois fils , qui
furent élevés aux premieres dignités.
Louis I de Prie ( fils aîné d'Antoine ) , Chevalier
, Baron de Bufançois , Seigneur de Montpoupon
& de Thefmillon , Confeiller & Chambellan
du Roi , fut auffi Grand Queux de France. Cette
charge fut fupprimée après la mort , & l'exercice
en fut uni à celle de Grand Maître de l'Hôtel du
Roi. Il voulut que fes funerailles fe fiffent comme
celles de fon pere , en doublant le nombre des
pucelles. Il portoit, ainfi que fon pere, l'écu écartelé
au premier & au quatre de gueules, à trois tiercesfeuilles
d'or , qui eft Prie ; au fecond & au troisieme
d'or , à une aigle à deux têtes de fable , couronnée
de gueules , qui eft Bufançois * . Louis , Sire de
Prie , avoit été allié à Jeanne de Salazart , fille
de Jean de Salazart , Seigneur de Saint-Juſt & de
Marcilly , & de Marie de la Tremouille , Dame
de Saint - Fargeau. Leurs petits- fils Gabriel &
* La terre de Bufançois , l'une des plus confidé
rables du Berry , appartient aujourd'hui au Duc de
Saint-Aignan
190 MERCURE DE FRANCE.
René de Prie , moururent fans pofterité .
René de Prie , fils puîné d'Antoine , & coufingermain
, par la mere , du Cardinal d'Amboiſe
fut grand Archidiacre de Bourges , Proto-Notaire
apoftolique , Doyen de S. Hilaire de Poitiers ,
Abbé Commendataire de Sainte - Marie de Levroux,
de
de Notre Dame du Landais , du Bourg-Dieu ,
la Prée-fur-Arnon , & de Lire ; Evêque fucceffivement
de Leitoure , de Limoges & de Bayeux ;
enfin Cardinal en Janvier 1506 , & nommé le
Cardinal de Bayeux . Il fut un des membres du facré
Collége , qui tinrent le Concile de Piſe contre
le Pape Jules If. Il mourut le 9 de Septembre 1516 ,
& fut enterré dans fon Abbaye de la Prée.
Aimard I de Prie , ( troiſieme fils d'Antoine ) ;
Chevalier, Seigneur de Montpoupon , de la Motte ,
de Lezillé, de Thefmillon , & c. Confeiller & Chambellan
du Roi , Capitaine de cinquante Lances de
fes ordonnances , & Gouverneur du Pont Saint-
Efprit, fut Grand Maître des Arbalêtriers de France
, charge qui fut fupprimée après la mort arrivée
avant 1527. C'eſt la postérité qui fubfifte .
Il avoit été marié deux fois . De fa premiere
femme Claude de Choiſeul de Traves , il n'eut
que deux filles. La feconde , Claude de la Baume-
Chevalier , Montrevel , le fit pere d'Efme de Prie ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Toucy ,
de Thefmillon , de la Grange- Foffegiler , & c. Celui-
ci fut Capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances du Roi , Gouverneur & Lieutenant
pour le Roi en la ville d'Auxerre & pays
Auxerrois , Lieutenant général au Gouvernement
de Touraine , Blaifois & Vendomois , & Chevalier
de l'Ordre du Roi . De fon mariage avec Charlotte
de Rochefort de Pleuvaut , nâquit entr'autres eRfans
MAR S. 1755. 191
René de Prie , Chevalier , Baron de Toucy ,
Seigneur de Montpoupon , de Lezillé , de Thefmillon
, & c. Ecuyer d'Ecurie du Roi Charles IX ,
Gouverneur de Touraine . Celui - ci qui fut auffi
Chevalier de l'Ordre du Roi , époufa , par contrat
du 19 Novembre 1559 , Joffine de Selles, fille unique
d'Antoine de Selles , Seigneur de Beuzeville
& de Magdeleine de Ravenel . Leur fils aîné
Aimard II de Prie , Chevalier , Marquis de Tou
cy , Baron de Montpoupon , Seigneur de Thef--
millon , &c. Capitaine de cent hommes d'armes
des ordonnances du Roi , & Chevalier de fon Ordre
, fut député par la nobleffe du Bailliage d'Auxerre
aux Etats Généraux de 1614 : c'eft en conféquence
de fon mariage avec Louiſe , fille & hériere
pour moitié de Guillaume de Hautemer ,
Chevalier , Comte de Grancey , Seigneur de Fervaques
, de Planes , &c , Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du Roi , dit le Maréchal de
Fervaques , que la maifon de Prie fe trouve tranfplantée
en Normandie.
François de Prie , troifieme fils d'Aimard II , &
le feul qui ait continué la lignée , eut , du chef
de fa mere , la baronie de Planes en Normandie
& fut pere d'Aimard-Antoine de Prie , Chevalier ,
Baron de Planes , Seigneur de Coquainvilliers ,
du Chêne , de Marigny , &c . & Maréchal de bataille
des camps & armées du Roi. Celui - ci eut
pour fils Louis II & François- Leonor de Prię ,
pere de celui qui donne lieu à cet article .
Louis II de Prie , Baron , puis Marquis de Planes
, dit le Marquis de Prie , fut Colonel d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , Brigadier
des
armées du Roi , Chevalier de fes Ordres ; fon Ambaffadeur
auprès du Roi de Sardaigne , l'un des
Seigneurs attachés à l'éducation de Sa Majefté ,
192 MERCURE DE FRANCE:
Gouverneur de Bourbon -Lancy , & Lieutenant
général au Gouvernement du Bas- Languedoc ;
c'eft en fa faveur que les terres réunies de Planes
& de Courbepine furent érigées en Marquifat ,
fous le nom commun de Planes, par lettres du mois
de Février 1724. Il avoit eu conjointement avec
la Ducheffe de la Ferté fa coufine , l'honneur de
tenir fur les fonts de bapteme le Roi Louis XV.
glorieufement regnant.
La Maiſon de Prie tient par des alliances , la
plupart réiterées , aux anciennes Maifons de Bertrand-
Briquebec , de Chauvigny , de Sully , de
Craon , de Parthenay- l'Archevêque , de Boulogne,
de Châlon , d'Amboise - Chaumont , de Grailly-
Feix, d'Albret-Navarre; aux Maiſons exiftantes de
la Tour-d'Auvergne , de Rohan - Guemené , de Røhan-
Soubife , de Montmorenci-Laval , de Montmorenci-
Luxembourg , de la Tremouille , d'Uzès , de
Beauvilliers , d'Aumont , de Gévres , de Mailly ,
de Chabannes , de Bethune , de Rochefort - d'Aloigny
, de Choiseul , de Beauvau , ď’Alegre , de
Sennectere , de Sainte- Maure , de la Baune-Montrevel
, de Rouxel-Medavy , & à plufieurs autres des
premieres Maifons du Royaunie.
La Maiſon de Prie porte pour armes , de gueules
, à trois tierces-feuilles d'or , deux & une. Son
ancien cri de guerre eft cant d'oiſeaux ; & fa déwife
, non degener ortu.
Voyez l'Hiftoire généalogique des grands Officiers
de la Couronne ; l'Hiftoire de Berry, par la
Thaumafiere ; l'Hiftoire généalogique de la Maifon
de Chateigner , par André Duchêne. Les mémoires
de Michel de Maroles , Abbé de Villeloing,
&c. Voyez les Tablettes hiftoriques , tom. iv. p.
214.
Meffire Jofeph - François de Paule de Preaulx ,
de
MARS. 1755. 193
fils de Meffire Jofeph de Preaulx , Marquis de
Preaulx , a époufé le 2 Novembre dans la ville de
Château -Gontier en Anjou , Dlle Renée-Catheri
ne - Jeanne du Tertre de Sancé.
Meffire Jean-Baptifte-François- Gabriel - Louis
de Coutaud , Marquis de Coulanges , Capitaine de
Cavalerie au Régiment de Bourbon-Buffet , fils de
feu Meffire Jean de Coutaud , Baron de Coulanges
, & de Dame Marguerite de Polaftron , fut
marié le 7 Janvier à Dile Marie- Louife - Jofeph
de Calonne de Courtebonne , fille de feu Meffire
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courtebonne
, Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, Lieutenant de Roi de la province d'Artois
& de Dame Ifabelle - Claire -Jofeph Guillain de la
Tour- Saint- Quentin.
Meffire Jean- Baptifte du Sauzay , Marquis du
Sauzay, Rebé , Amplepuis, Saint -Jean la Buxiere ,
Rono , Jarnoffe , & autres dépendances , Colonel
d'Infanterie , Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
fils de Meffire Dominique du Sauzay , Chevalier
Seigneur de Jarnoffe , & autres lieux , époufa le 8
de Janvier Dile Marguerite de Blotefiere - de Vauchelle
, fille de Meffire Nicolas de Blotefiere , Marquis
de Vauchelle , Lieutenant de Roi dans la
Province de Picardie , Meftre de camp de Cavalerie.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
la Chapelle de la Bibliothèque du Roi.
Le 10 Février Meffire Jean- Baptifte du Champ
d'Affant , Chevalier , Seigneur de la Motte , &
d'autres lieux , ancien Capitaine d'Infanterie
reftant feul de fa famille , une des plus anciennes
de nom & d'armes & des mieux alliées du Comté
de Bourgogne , fut marié dans la Chapelle du
Château de Montramé en Brie , avec Dlle Rofafie-
Louife du Tillet , fille de Meffire Charles- Clau
194 MERCURE DE FRANCE.
de du Tillet , Chevalier , Seigneur du Boui-Montramé
, Chalmaiſon , Chalantre la petite , Vicomte
de la Malmaiſon , Brigadier des armées du Roi ,
ancien Aide - Major & Enfeigne des Gardes du
Corps ; & de Dame Marie- Marguerite de Cueuret
de Nefle fes pere & mere. Ces deux Familles
font connues par leur ancienneté , leurs charges
& leurs alliances.
Dame Anne - Elizabeth - Marie - Rofe Briffart ,
épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de
Billy , Comte de Thiard , Brigadier de cavalerie ,
& Capitaine - Lieutenant de la compagnie des
Chevau-légers Dauphins , mourut à Paris , le 4
Octobre , âgée de vingt ans.
Marie- Louife- Charlotte , légitimée de Bourbon
, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy .
Comte de Rouffillon , Maréchal des camps & armées
du Roi , eft morte les , en la même ville
dans la cinquante- cinquième année de fon âge.
>
Le même jour eft décedée au vieux Louvre ,
Dame Marie - Roſe Teffier , épouſe de Meffire
Jean-Louis Quentin de Richebourg , Marquis
de Champcenetz.
Honoré le. Tellier , Comte de Souvré , fils de
François- Louis le Tellier , Comte de Rebenac ,
Marquis del Souvré , eft mort le 7.
Le fieur Pierre Dedelay de la Garde , l'un des
quarante Fermiers généraux de Sa Majeſté , eſt
mort le 10.
Charles-Pierre de la Chaftre , fils de Meffire
Charles-Louis de la Chaftre , Comte de Nançai ,
Brigadier des armées du Roi , eft mort le 16.
Meffire Charles- Antoine-Armand- Odet d'Aydie
, Comte de Riberac , ancien Colonel d'un
régiment d'infanterie , eft mort le 1 Novembre
MARS. 1755. 195
à fa terre de la Ville-aux-Clercs , dans la foixante
& dixième année de fon âge.
Frere Jean-François Fraguier , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , Comman
deur de la Commenderie de Beauvais en Gâtinois
& Titulaire du Membre de Dieu- Lamant , dépendant
du grand Prieuré de France , mourut à
Paris le 2 , âgé de foixante & treize ans.
Dame Gabrielle de Murviel , épouse de Meffire
Henri de Carion , Marquis de Nizas , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , eft morte le
Novembre dans fes terres en Languedoc , âgée
de foixante & dix ans .
Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes,
eft mort le 10.
Meffire Jofeph Darbaud , Brigadier de cavale
rie , mourut à Paris le 14 , âgé de cinquanteneuf
ans.
Dame Marie-Anne d'Azemar, veuve de Meffire
Jerôme du Faur , Comte de Pibrac , eft morte le
14 à Toulouſe , dans fa foixante & quinziéme
année.
Meffire Henri de Carion , Marquis de Nizas ,
Lieutenant général des armées du Roi , eft mort
le is dans fes terres en Languedoc , âgé de
quatre-vingt-quatorze ans.
Jacques de Lomagne-Tarride , Vicomte titu
laire de Tarride , Seigneur de Baringue , Vicomte
d'Efcures , Baron du Mont & de Couhain , mou◄
rut dans fa quatre- vingtiéme année , le 16 Novembre
1754 , dans fon château de Simacourbe
en Bearn. Il étoit l'aîné de la Maifon des derniers
Vicomtes de Lomagne , iflus, des Comtes d'Armagnac
. Il a laiffé de Marguerite de Foix-Candale
, fa veuve , deux garçons , dont l'un eft
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine au régiment du Roi, & l'autre eft au Séminaire
de faint Sulpice,
Melfire Pierre- Gabriel-Louis le Neuf de Sourdeval
, Brigadier d'infanterie , eft mort le même
jour , dans fa cinquante -quatriéme année .
Dame Anne-Marie Rouillé , veuve de Meffire
Louis de Bernage , Confeiller d'Etat ordinaire
mourut à Paris le 21 , âgée de près de quatrevingt
& onze ans.
Rolland Puchot- Defalleurs , Comte Defalleurs,
Ambaffadeur de France à la Porte , eft mort à
Conftantinople le 23 Novembre dernier.
Meffire N ....... du Chambon , Lieutenant
général des armées du Roi , & ci-devant Major de
la compagnie des Gendarmes de la garde ordinaire
de Sa Majesté , eft mort le 1 Décembre en
fon château de Pierrefitte , près de Moulins , âgé
de quatre-vingt- quatre ans.
Meffire Jofeph Brunet de Raney , Brigadier
d'infanterie , ci-devant Commandant d'un bataillon
du régiment des Gardes- Françoifes , eft
mort le 3 , dans la foixante - huitième année de
fon âge,
Conftance - Françoife Duffon de Bonnac ,
époufe de Charles - Antoine - François - Marie ,
Marquis de Wignacourt , mourut à Paris le 7 ,
âgée de trente ans. Elle étoit petite fille de
Charles-Armand de Gontaut , Duc de Biron , Pair
& Doyen des Maréchaux de France , & foeur du
Marquis de Bonnac , Ambafladeur en Hollande .
Elle avoit été mariée le 9 Mai 1749 , dans la
chapelle de l'Evêché de Pamiers, par Henri Gaſton
de Levis , Evêque de cette ville , au Marquis de
Vignacourt , fils de Robert - Antoine , Comte
de Wignacourt , chef de toutes les branches de
Fancienne Maifon de Wignacourt , établies en
MARS. 1755. 197
Picardie , Champagne , &c. De cette Maiſon font
fortis Alof & Adrien de Wignacourt , élus Grands-
Maîtres de Malthe en 1601 & 1690. La Marquife
de Wignacourt laifle de fon mariage une fille
unique , Charlotte- Antoinette-Conftance- Louife-
Françoife de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
M. Antoine Ralet de Chalet , ancien Secrétaire
du Roi , près le Parlement de Bretagne , eft mort
le 9 à Paris , âgé de cent & trois ans.
Meffire Louis le Maire , Maréchal des camps
& armées du Roi , Directeur des fortifications
d'une partie des places de Flandre & du Hainault ,
eft mort à Abbeville le 10 , âgé de quatre - vingtdix
ans. Il étoit le plus ancien Ingénieur du
royaume , & il avoit commencé à fervir en
1680 .
Dame Marie-Therefe de Mizon , épouse du
Comte de Muy , Confeiller d'Etat d'épée , Directeur
général des Oeconomats & ci-devant
fous- Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ,
mourut le 13 à Verſailles , dans fa foixante &
treizième année .
༈
Meffire Charles Foucault , Brigadier de cavalerie
, eftmort le 14 , âgé de foixante & dix-sept ans.
Nicolas-Jofeph- Balthazar de Langlade , Vicomte
du Chayla , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général des armées de Sa Majeſté ,
Directeur général de la cavalerie , Gouverneur de.
Villefranche en Rouffillon , Gouverneur , Sénéchal
& Grand Bailli du Duché de Mercoeur' , mourut
à Paris le 16 , âgé d'environ ſoixante & douze
ans.
Meffire Pierre-Maximilien Pajot de Villeperrot ,
Maréchal des camps & armées de Sa Majefté , eft
mort le 19 , en ſa ſoixante & onzième année.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Guillaume-Anne , Comte d'Albemarle , Vicomte
Bury, Baron d'Ashford , Pair de la Grande-
Bretagne , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere ,
premier Gentilhomme de la chambre de Sa Majefté
Britannique , & fon Ambaffadeur extraordimaire
& plénipotentiaire auprès du Roi , mourut
à Paris le 22 , âgé de cinquante-deux ans. Il
étoit Lieutenant général des armées de la Grande-
Bretagne , Colonel du ſecond régiment des Gardes
Angloifes , Gouverneur & Capitaine général
de la Virginie.
Antoine François , Comte de Chabannes , Lieutenant
général des armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
Gouverneur de Verdun & du Verdunois , ci-devant
Lieutenant-Colonel du régiment des Gardes-
Françoifes , eft mort en cette Ville le 23 , dans fa
foixante-huitième année.
Dame Marie-Julie de la Jaille , épouſe d'André-
Antoine , Vicomte de Sabran , des Comtes de
Forcalquier , Mestre de camp de cavalerie , Aide-
Major de la Gendarmerie , mourut à Paris le
même jour , dans fa quarante- cinquiéme année.
Meffire Aymard- Charles de Nicolaï , fils de
Meffire Aymard-Jean de Nicolaï , premier Pré
fident de la Chambre des Comptes , & de Magdeleine-
Charlotte -Guillelmine- Léontine de Vintimille
du Luc , eft mort à Paris le 29 , âgé de
vingt ans.
René-François , Marquis du Châtelet , & de
Grandfeille , Baron de Cirey , Lieutenant général
des troupes de l'Empereur , & ci-devant Commandant
en chef dans le grand Duché de Tof.
cane , eft mort le 2 Janvier , à Blamont en Lorraine
, âgé de foixante - fept ans.
Dame Marie-Thereſe de Meſmes , veuve de
M.AR S. 1755. 199
Meffire François de la Roche , Marquis de Fontenilles
mourut à Paris le 6 Janvier âgée de
quatre-vingt-fept ans.
Dame Marie-Jeanne Frefeau de la Frefeliere
épouse de Mefire Nicolas Doublet de Perfan
Maître des Requêtes , & Intendant du commerce,
eft morte à Paris le 16 , dans fa quarante-neuviéme
année.
I.e 19 eft décedé Meffire Alexandre de Bauffan,
Maître des Requêtes , dans la vingt- huitiéme année
de fon âge.
Huguette- Gabrielle de Lufignan de Lezay ;
épouse de M. Lancelot , Comte de Turpin de Crif
fe , Brigadier de cavalerie , mourut le 25 , âgée
de vingt-cinq ans.
Thomas Caraccioli , Napolitain , le plus ancien
Lieutenant général des armées du Roi , eft
mort le 26 , dans fa cent & troifiéme année. Le
Marquis de Caraccioli étoit de l'illuftre Maifon
de ce nom. Il avoit été Gouverneur de Briançon ,
& Commandant des villes de Mezieres , de Charleville
, & de Sedan
Anne le Roux veuve en fecondes nôces de
Jean Druart , eft morte le 16 Octobre , à Paris ,
fur la paroiffe de faint Severin , âgée de près de
cent-vingt ans. Elle étoit née à Dormont , dans
le Diocèle d'Evreux , & elle avoit douze ans lorfqu'en
1646 ce hameau fut confumé par un incendie.
La nommée Marie Blanchard , veuve de ' Jean
Manfeau , eft morte le 30 Octobre dernier , au
château de Champs - Cremainville , paroiffe de
Melleray , Diocèfè de Chartres , âgée de [centtrois
ans neuf mois , n'ayant aucune des infirmités
de la vieilleffe ; elle voyoit & entendoit trèsbien
, & elle marchoit fans bâton. Dans le mois
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'Octobre de l'année derniere elle alla à une
petite ville du Perche , diftante de trois lieues de
Champs , & elle en revint le même jour fur une
charrette chargée de meubles , où elle étoit d'autant
moins à fon aife , que le tems étoit très-froid
& très- pluvieux.
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Résumé : NAISSANCE, MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements familiaux et historiques concernant des familles nobles françaises. Le 31 janvier, Dame Marie, épouse de Puech, Seigneur de Laloubiere, a donné naissance à un fils baptisé Marie-André-Louis. Le texte mentionne également le mariage du fils aîné de François del Puech de Comeiras, Brigadier des armées du Roi, cousin germain paternel de Jean-Pierre-Louis del Puech de Laloubiere. Le 5 novembre, Meffire Marie-Henri de Salvert a épousé Dlle Charlotte-Henriette de Sabrevois, fille de Meffire Henri de Sabrevois, Maréchal des camps et armées du Roi. Le 27 novembre, Meffire François de Boyffeulh, Capitaine de Cavalerie, a épousé Dlle Marie-Marguerite-Catherine Damblard de Lafmaftres. Leur mariage a été bénit par l'Évêque d'Arras dans l'église de la Paroisse du Château à Versailles, en présence de la Comtesse de Toulouse. Le 28 novembre, Louis, Comte de Prie, a épousé Louise-Camille-Victoire de Villette. Leur contrat de mariage a été signé par le Roi, la Reine et la Famille royale. Le texte décrit ensuite la Maison de Prie, soulignant ses origines nobles, ses possessions territoriales et ses alliances illustres. La famille de Prie est connue depuis Geoffroi, Sire de Prie, présent en 1178. Plusieurs membres de cette famille ont occupé des postes importants, tels que Sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, Maître d'Hôtel du Duc de Normandie, et Capitaines de compagnies d'ordonnance. La Maison de Prie est alliée à de nombreuses autres grandes familles nobles françaises. En mars 1755, plusieurs mariages ont été célébrés : Meffire Jofeph de Preaulx a épousé Dlle Renée-Catherine-Joanne du Tertre de Sancé à Château-Gontier ; Meffire Jean-Baptiste-François-Gabriel-Louis de Coutaud a épousé Dlle Marie-Louise-Joseph de Calonne de Courtebonne ; Meffire Jean-Baptiste du Sauzay a épousé Dlle Marguerite de Blotefiere de Vauchelle ; Meffire Jean-Baptiste du Champ d'Affant a épousé Dlle Rosalie-Louise du Tillet. Plusieurs décès notables sont également mentionnés, notamment ceux de Dame Anne-Elisabeth-Marie-Rose Briffart, épouse de Meffire Henri-Charles de Thiard de Billy, et de Marie-Louise-Charlotte, légitimée de Bourbon, épouse de Meffire Nicolas de Chaugy. D'autres décès incluent ceux de Meffire Honoré le Tellier, Comte de Souvré, Meffire Pierre Dedelay de la Garde, et Meffire Charles-Pierre de la Chastre. Le document détaille également les décès de plusieurs personnalités militaires et nobles, comme Meffire Charles-Antoine-Armand-Odet d'Aydie, Comte de Riberac, et Frere Jean-François Fraguier, Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Parmi les autres décès notables figurent ceux de Dame Gabrielle de Murviel, épouse de Meffire Henri de Carion, Marquis de Nizas, et de Meffire Michel Larcher, Maître des Requêtes. Le document se termine par la mention de plusieurs autres décès, incluant ceux de Meffire Antoine Ralet de Chalet, Meffire Louis le Maire, et Dame Marie-Thérèse de Mizon, épouse du Comte de Muy.
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9770
p. 201
AVIS IMPORTANT.
Début :
ENTREPRISE DE TERRIERS, Par une méthode sûre, claire, & intelligible [...]
Mots clefs :
Terriers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS IMPORTANT.
AVIS IMPORTANT.
ENTREPRISE DE TERRIERS ,
Par une méthode fûre , claire , & intelligible,
même pour l'arrangement des titres ;
ouvrage important à faire executer par
tous les Seigneurs.
A perfonne fera indiquée par M. Le Jay le
>
de la rue Thevenot , à Paris.
ENTREPRISE DE TERRIERS ,
Par une méthode fûre , claire , & intelligible,
même pour l'arrangement des titres ;
ouvrage important à faire executer par
tous les Seigneurs.
A perfonne fera indiquée par M. Le Jay le
>
de la rue Thevenot , à Paris.
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9771
p. 201-202
AUTRE.
Début :
Le sieur Baradelle, Ingénieur du Roi pour les instrumens de Mathématiques, avertit le [...]
Mots clefs :
Aimant, Ingénieur du roi, Instruments de mathématiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fieur Baradelle , Ingénieur du Roi pour les
?
Public que depuis la découverte des aimans factices
il s'eft appliqué à leur conftruction , & qu'a
près plufieurs effais faits fous les yeux de trèshabiles
Phyficiens , il eft enfin parvenu à la porter
à un haut dégré de perfection.
Tout le monde fçait que les aimans factices
font préférables aux aimans naturels , qu'ils font
beaucoup plus forts , à groffeur égale ; qu'on augmente
cette force tant qu'on veut , & que les aiguilles
de bouffole touchées avec ces aimans ,
confervent plus long- tems leur vertu directrice .
Un autre avantage bien précieux , c'eft la commodité
d'avoir toujours un aiman parfait , au lieu
que c'eft un phénomene très-rare qu'un aiman
naturel fans défaut. En effet , pour qu'il foit tel ,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
il faut que dans la taille on ait fuivi avec une
attention fcrupuleufe , la direction naturelle de
fes poles : ce qui ne peut fe faire que par des
expériences réitérées. Outre cela , on n'eſt point
maître de conferver la groffeur d'un aiman naturel
, à caufe des parties terreftres ou métalliques
qui s'y rencontrent quelquefois , & qui font la
fource de mille dégats dans la pierre lorſqu'on
la taille ; auffi les meilleurs aimans naturels ne
portent gueres que 25 ou 30 livres .
La force des aimans factices eft bien autrement
confidérable. Un de ces aimans , vendu à feu M.
d'Ons-en- Bray , n'ayant que fix pouces de longueur
, levoit dix-huit livres . Un fecond , deſtiné
pour le Grand Chambellan du Roi de Suede , de
trois pouces fix lignes de longueur , levoit cependant
douze livres neufonces.
On juge par ces deux exemples qu'on conftruit
des aimans factices de la groffeur que l'on veut.
Le fieur Baradelle en conftruit qui levent depuis
une livre jufqu'à cent livres . Son adreffe eft quai
de l'Horloge du Palais , à l'enſeigne de l'Obfervasoire.
N. B. Il avertit auffi qu'il a conftruit des Oc
tans de M. Saverien , de differens prix.
E fieur Baradelle , Ingénieur du Roi pour les
?
Public que depuis la découverte des aimans factices
il s'eft appliqué à leur conftruction , & qu'a
près plufieurs effais faits fous les yeux de trèshabiles
Phyficiens , il eft enfin parvenu à la porter
à un haut dégré de perfection.
Tout le monde fçait que les aimans factices
font préférables aux aimans naturels , qu'ils font
beaucoup plus forts , à groffeur égale ; qu'on augmente
cette force tant qu'on veut , & que les aiguilles
de bouffole touchées avec ces aimans ,
confervent plus long- tems leur vertu directrice .
Un autre avantage bien précieux , c'eft la commodité
d'avoir toujours un aiman parfait , au lieu
que c'eft un phénomene très-rare qu'un aiman
naturel fans défaut. En effet , pour qu'il foit tel ,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
il faut que dans la taille on ait fuivi avec une
attention fcrupuleufe , la direction naturelle de
fes poles : ce qui ne peut fe faire que par des
expériences réitérées. Outre cela , on n'eſt point
maître de conferver la groffeur d'un aiman naturel
, à caufe des parties terreftres ou métalliques
qui s'y rencontrent quelquefois , & qui font la
fource de mille dégats dans la pierre lorſqu'on
la taille ; auffi les meilleurs aimans naturels ne
portent gueres que 25 ou 30 livres .
La force des aimans factices eft bien autrement
confidérable. Un de ces aimans , vendu à feu M.
d'Ons-en- Bray , n'ayant que fix pouces de longueur
, levoit dix-huit livres . Un fecond , deſtiné
pour le Grand Chambellan du Roi de Suede , de
trois pouces fix lignes de longueur , levoit cependant
douze livres neufonces.
On juge par ces deux exemples qu'on conftruit
des aimans factices de la groffeur que l'on veut.
Le fieur Baradelle en conftruit qui levent depuis
une livre jufqu'à cent livres . Son adreffe eft quai
de l'Horloge du Palais , à l'enſeigne de l'Obfervasoire.
N. B. Il avertit auffi qu'il a conftruit des Oc
tans de M. Saverien , de differens prix.
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit les travaux de l'ingénieur du Roi, le sieur Baradelle, spécialisé dans la fabrication d'aimants factices. Après plusieurs essais supervisés par des physiciens éminents, Baradelle a atteint un haut degré de perfection dans la création de ces aimants. Les aimants factices surpassent les aimants naturels en termes de force et de durabilité. Leur force peut être augmentée à volonté, et les aiguilles de boussole touchées par ces aimants conservent plus longtemps leur propriété directrice. Contrairement aux aimants naturels, les aimants factices ne nécessitent pas de taille précise et sont moins sujets aux défauts. Par exemple, un aimant de six pouces peut lever dix-huit livres, et un autre de trois pouces six lignes peut lever douze livres neuf onces. Baradelle fabrique des aimants factices de différentes tailles, allant de une à cent livres. Il est situé quai de l'Horloge du Palais, à l'enseigne de l'Observatoire, et propose également des octants de M. Saverien à divers prix.
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9772
p. 202-203
AUTRE.
Début :
Le sieur Chervain, Marchand Négociant & fabriquant à Paris, donne avis au public [...]
Mots clefs :
Tabatières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE:
E fieur Chervain , Marchand Négociant &
Lfabriquant à Paris ,donne avis au public
"
qu'il y a quelques années , qu'ayant voulu fe faire
connoître , il répandit une nouvelle façon de tabatieres
rondes à la Portugaife , qui furpafloit par
fon odeur & fa beauté , celles de bergamotte ;
mais depuis , ayant fait de nouvelles recherches
& par des expériences chymiques & prouvées , il
MARS 1755- 203
J
a trouvé le fecret de faire des tabatieres quarrées à
charniere , d'une odeur très-agréable qui ne fe
perd jamais ; elles font des plus jolies , elles portent
chacune fur leur couvercle , des fleurs , figures
& deviſes : on en trouve chez lui fans odeur. Il
continue de vendre des tabatieres à la Portugaife.
Il a chez lui toutes fortes de petits paftillages
de plus de trente façons , des mieux compofés ,
ou petites dragées , pour remplir les boîtes qu'il
vend. Il demeure rue Montmartre , au coin de la .
rue duJour , entre le Mercier le Perruquier ;fon
tableau eft au-deffus de la porte cochere.
E fieur Chervain , Marchand Négociant &
Lfabriquant à Paris ,donne avis au public
"
qu'il y a quelques années , qu'ayant voulu fe faire
connoître , il répandit une nouvelle façon de tabatieres
rondes à la Portugaife , qui furpafloit par
fon odeur & fa beauté , celles de bergamotte ;
mais depuis , ayant fait de nouvelles recherches
& par des expériences chymiques & prouvées , il
MARS 1755- 203
J
a trouvé le fecret de faire des tabatieres quarrées à
charniere , d'une odeur très-agréable qui ne fe
perd jamais ; elles font des plus jolies , elles portent
chacune fur leur couvercle , des fleurs , figures
& deviſes : on en trouve chez lui fans odeur. Il
continue de vendre des tabatieres à la Portugaife.
Il a chez lui toutes fortes de petits paftillages
de plus de trente façons , des mieux compofés ,
ou petites dragées , pour remplir les boîtes qu'il
vend. Il demeure rue Montmartre , au coin de la .
rue duJour , entre le Mercier le Perruquier ;fon
tableau eft au-deffus de la porte cochere.
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Résumé : AUTRE.
Le marchand Chervain, installé à Paris, annonce la création de nouvelles tabatières carrées à charnière, dotées d'une odeur agréable et durable. Contrairement à ses précédentes tabatières rondes à la portugaise, parfumées à la bergamote, ces nouvelles tabatières sont ornées de fleurs, de figures et de devises sur leur couvercle. Chervain continue de vendre les tabatières à la portugaise et propose également une variété de petits pâtissages et de dragées pour remplir les boîtes. Il réside rue Montmartre, au coin de la rue du Jour, près du mercier et du perruquier, avec un tableau indiquant son adresse au-dessus de la porte cochère.
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9773
p. 203-204
AUTRE.
Début :
Le sieur Houdemart, Apoticaire-Droguiste ordinaire du Roi, demeurant à Paris, rue Bourg-l'Abbé [...]
Mots clefs :
Apothicaire-droguiste du roi, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fieur Houdemart , Apoticaire-Droguifte or
dinaire du Roi , demeurant à Paris , rue Bourgl'Abbé,
en face de l'Hôtel royal , dans une grande
maison neuve , donne avis au public qu'il continue
de diftribuer l'Esprit Catelemit , qui a la vertu de
préferver de toutes maladies contagieufes , comme
le charbon , le fcorbut , la petite vérole , fiévres
malignes Pufage en eft très-facile & agréable ;
il donne des imprimés inftructifs à ce fujer.
:
Il guérit les maladies fecrettes fans garder la
chambre , par une méthode approuvée de M M.
les Médecins ; de même les dartres vives , farineufes
, toutes maladies affujetties à la peau , fans
crainte de faire repercurfer les humeurs dans la
maffe du fang.
Ledit Sieur continue toujours fon balfamique
fi connu pour les maladies de poitrine , comme
toux invétérées , crachement de fang , inflammation
, l'afthme naiffant , de même que le lait
répandu chez les femmes; & l'on trouve chez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
l'auteur des mémoires raifonnés de ce qu'il an
ponce , de même que tout ce qu'il y a de plus.
tare dans la pratique de fon état.
E fieur Houdemart , Apoticaire-Droguifte or
dinaire du Roi , demeurant à Paris , rue Bourgl'Abbé,
en face de l'Hôtel royal , dans une grande
maison neuve , donne avis au public qu'il continue
de diftribuer l'Esprit Catelemit , qui a la vertu de
préferver de toutes maladies contagieufes , comme
le charbon , le fcorbut , la petite vérole , fiévres
malignes Pufage en eft très-facile & agréable ;
il donne des imprimés inftructifs à ce fujer.
:
Il guérit les maladies fecrettes fans garder la
chambre , par une méthode approuvée de M M.
les Médecins ; de même les dartres vives , farineufes
, toutes maladies affujetties à la peau , fans
crainte de faire repercurfer les humeurs dans la
maffe du fang.
Ledit Sieur continue toujours fon balfamique
fi connu pour les maladies de poitrine , comme
toux invétérées , crachement de fang , inflammation
, l'afthme naiffant , de même que le lait
répandu chez les femmes; & l'on trouve chez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
l'auteur des mémoires raifonnés de ce qu'il an
ponce , de même que tout ce qu'il y a de plus.
tare dans la pratique de fon état.
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Résumé : AUTRE.
Le Sieur Houdemart, apothicaire et droguiste du Roi à Paris, rue Bourg-l'Abbé, annonce la distribution de l'Esprit Cataleptique, un remède contre les maladies contagieuses telles que le charbon, le scorbut, la petite vérole et les fièvres malignes. Ce produit est facile et agréable à utiliser, et des imprimés instructifs sont disponibles. Houdemart propose également des traitements pour les maladies secrètes sans repos au lit, selon une méthode approuvée par des médecins. Il traite les dartres vives et farineuses ainsi que toutes les maladies de la peau sans risque de faire resurgir les humeurs dans le sang. Il est réputé pour ses remèdes contre les maladies de poitrine, incluant la toux invétérée, le crachement de sang, l'inflammation et l'asthme naissant. Il offre aussi des solutions pour le lait répandu chez les femmes. Chez lui, on peut trouver des mémoires rafraîchis de ses œuvres et tout le nécessaire à la pratique de son métier.
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9774
p. 204-205
AUTRE.
Début :
Le public est averti que le sieur Angot, reçu à la Chambre & Jurisdiction de MM. les Chirurgiens [...]
Mots clefs :
Bandages, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E public eft averti que le fieur Angot , reçu
rurgiens Jurés de la ville de Verſailles , expert
pour la fabrique de toutes fortes de bandages pour
la guérifon d'efforts & de defcentes , en fait à
refforts & fans liens de fer , qui rempliffent exactement
l'objet qu'on fe propofe , de retenir dans.
leurs lieux naturels les parties qui font forties , ou
qui tendent à fe déplacer ; ce qui eft prouvé par
les certificats & approbations de M. de La Martiniere
, premier Chirurgien du Roi ; de M. Defport
, premier Chirurgien de la Reine , & de
tous Meffieurs les Chirurgiens de ladite ville.
Il fait des refforts pour les perfonnes âgées
qui ne peuvent retenir leurs urines , & des bottines
à écrou pour les enfans qui ont de la difpo
fition à porter leurs jambes dans une mauvaiſe
attitude.
Il fait des fufpenfoirs à l'ufage des perfonnes
qui montent à cheval ou qui font des armes , pour
prévenir les accidens ordinaires dans ces occa-
Lions.
Ses bandages ne manquent jamais , & fe porfent
en tout tems fans être incommodes , &
fans fe déranger par les plus violens exercices.
Il fait des bandages pour les fiftules lachryma
les ; il continue auffi l'application. des bandages ...
de fer dans le cas où ils conviennent & des
bandages élastiques pour ceux qui y font attachés.
MARS. 1755. 205
Comme les bandages en général demandent à
être autant diverfifiés que les defcentes le font
elles-mêmes , les perfonnes qui lui feront l'honneur
de lui écrire , auront foin de lui marquer la
nature & la fituation de la defcente , & de quel
côté et la plus groffe , s'il y en a deux , fans oublier
le détail de la feconde , & lui enverront- desmeſures
juftes.
Son adreffe eft à M. Angor , Bandagiſte , rue de
FOrangerie , près la porte des Coches , dans la mai-
Jon de Mme Spérat.
Il prie les perfonnes qui lui écriront de province
, d'affranchir leurs lettres.
E public eft averti que le fieur Angot , reçu
rurgiens Jurés de la ville de Verſailles , expert
pour la fabrique de toutes fortes de bandages pour
la guérifon d'efforts & de defcentes , en fait à
refforts & fans liens de fer , qui rempliffent exactement
l'objet qu'on fe propofe , de retenir dans.
leurs lieux naturels les parties qui font forties , ou
qui tendent à fe déplacer ; ce qui eft prouvé par
les certificats & approbations de M. de La Martiniere
, premier Chirurgien du Roi ; de M. Defport
, premier Chirurgien de la Reine , & de
tous Meffieurs les Chirurgiens de ladite ville.
Il fait des refforts pour les perfonnes âgées
qui ne peuvent retenir leurs urines , & des bottines
à écrou pour les enfans qui ont de la difpo
fition à porter leurs jambes dans une mauvaiſe
attitude.
Il fait des fufpenfoirs à l'ufage des perfonnes
qui montent à cheval ou qui font des armes , pour
prévenir les accidens ordinaires dans ces occa-
Lions.
Ses bandages ne manquent jamais , & fe porfent
en tout tems fans être incommodes , &
fans fe déranger par les plus violens exercices.
Il fait des bandages pour les fiftules lachryma
les ; il continue auffi l'application. des bandages ...
de fer dans le cas où ils conviennent & des
bandages élastiques pour ceux qui y font attachés.
MARS. 1755. 205
Comme les bandages en général demandent à
être autant diverfifiés que les defcentes le font
elles-mêmes , les perfonnes qui lui feront l'honneur
de lui écrire , auront foin de lui marquer la
nature & la fituation de la defcente , & de quel
côté et la plus groffe , s'il y en a deux , fans oublier
le détail de la feconde , & lui enverront- desmeſures
juftes.
Son adreffe eft à M. Angor , Bandagiſte , rue de
FOrangerie , près la porte des Coches , dans la mai-
Jon de Mme Spérat.
Il prie les perfonnes qui lui écriront de province
, d'affranchir leurs lettres.
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Résumé : AUTRE.
Le sieur Angot, chirurgien juré de Versailles, fabrique divers bandages pour traiter les efforts et les descentes. Ses créations, sans liens de fer, maintiennent efficacement les parties affectées, comme le confirment des certificats de M. de La Martinière, premier chirurgien du Roi, M. Desport, premier chirurgien de la Reine, et d'autres chirurgiens versaillais. Angot propose des bandages pour les personnes âgées souffrant d'incontinence urinaire, des bottines à écrou pour les enfants ayant des problèmes de posture, et des suspensoires pour les cavaliers et les escrimeurs afin de prévenir les accidents. Ses bandages sont conçus pour être portés en permanence sans inconfort, même lors d'exercices intenses. Il fabrique également des bandages pour les fistules lacrymales et utilise des bandages de fer ou élastiques selon les besoins. Les intéressés doivent décrire la nature et la situation de leur descente, ainsi que fournir des mesures précises. Angot réside rue de l'Orangerie, près la porte des Coches, dans la maison de Mme Spérat, et demande aux correspondants provinciaux d'affranchir leurs lettres.
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9775
p. 205-206
AUTRE.
Début :
Le sieur Cuenotte, Chirurgien-major d'Artillerie, demeurant à Strasbourg, a le secret [...]
Mots clefs :
Baume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fieur Cuenotte , Chirurgien- major d'Artild'un
baume fpécifique pour toutes les douleurs
de rhumatifme & de goutte fciatique . Il arrive
très-fouvent qu'au bout de trois heures dès la
premiere application , qui agit par tranfpiration
fur la partie douloureufe , on eft foulagé de plus
de la moitié , & qu'à la feconde on ne reffent
plus de douleurs. Les anciens rhumatifmes exigent
quelquefois plus de deux applications , & l'on
s'y déterminera aifément par le foulagement qu'on
aura déja éprouvé. Le fieur Cuenotte peut encore
affurer qu'il a appliqué avec fuccès ledit baume
fur des dépôts goutteux ; que par ce remede les
de goutte font moins douloureuſes , &
qu'elles ne durent pas fi long-tems ; il a même
obfervé que les perfonnes qui s'en font fervies
ont eu des attaques plus rares & moins aiguës,
attaques
206 MERCURE DE FRANCE.
On peut confulter M. de Gervafi , Médecin , Infpecteur
général des Hôpitaux militaires d'Alface ,
qui ne refufera pas de certifier ledit expoſé ; mais
il faut avoir foin d'affranchir les lettres qu'on lui
écrira à ce sujet.
E fieur Cuenotte , Chirurgien- major d'Artild'un
baume fpécifique pour toutes les douleurs
de rhumatifme & de goutte fciatique . Il arrive
très-fouvent qu'au bout de trois heures dès la
premiere application , qui agit par tranfpiration
fur la partie douloureufe , on eft foulagé de plus
de la moitié , & qu'à la feconde on ne reffent
plus de douleurs. Les anciens rhumatifmes exigent
quelquefois plus de deux applications , & l'on
s'y déterminera aifément par le foulagement qu'on
aura déja éprouvé. Le fieur Cuenotte peut encore
affurer qu'il a appliqué avec fuccès ledit baume
fur des dépôts goutteux ; que par ce remede les
de goutte font moins douloureuſes , &
qu'elles ne durent pas fi long-tems ; il a même
obfervé que les perfonnes qui s'en font fervies
ont eu des attaques plus rares & moins aiguës,
attaques
206 MERCURE DE FRANCE.
On peut confulter M. de Gervafi , Médecin , Infpecteur
général des Hôpitaux militaires d'Alface ,
qui ne refufera pas de certifier ledit expoſé ; mais
il faut avoir foin d'affranchir les lettres qu'on lui
écrira à ce sujet.
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit un baume élaboré par le sieur Cuenotte, Chirurgien-major d'Artillerie, destiné à traiter les douleurs rhumatismales et la goutte sciatique. Ce baume agit par transpiration sur la zone douloureuse et soulage significativement les douleurs dès la première application, souvent en trois heures. Après une seconde application, les douleurs peuvent disparaître complètement. Pour les rhumatismes anciens, plusieurs applications peuvent être nécessaires, mais le soulagement ressenti après la première application guide la décision. Le sieur Cuenotte affirme avoir utilisé ce baume avec succès sur des dépôts goutteux, réduisant ainsi la douleur et la durée des crises. Les utilisateurs signalent également des attaques moins fréquentes et moins sévères. Le texte mentionne que M. de Gervais, Médecin et Inspecteur général des Hôpitaux militaires d'Alsace, peut certifier ces informations, mais il est nécessaire d'affranchir les lettres destinées à ce dernier.
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9776
p. 206-207
AUTRE.
Début :
Mademoiselle Collet continue de vendre pour l'utilité du public une pommade de sa composition [...]
Mots clefs :
Pommade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
MP'utilité dupublic une pommade de fa com
pofition , qui foulage dans l'inftant & guérit radicalement
les hémorroïdes , de quelque nature ,
qu'elles puiffent être , les internes comme les externes
, & même les plus invétérées , les ulceres
& les fiftuleuſes ; elle ne craint point de trop avancer.
Cette pommade eft fi connue , qu'elle n'a pas
befoin de recommendation , l'épreuve en a été
faite à l'Hôtel royal des Invalides par ordre de
feu M. de Breteuil , Miniſtre d'Etat . M. Morand ,
Chirurgien , lui a expédié fon certificat ; & M.
Peyrard , Maître Chirurgien & Accoucheur de la
Reine , lui a délivré un pareil certificat , de mê
me que M. le Suire & autres perfonnes de diftinction
, après en avoir fait l'épreuve eux – mêmes.
Cette pommade ne peut produire aucun mauvais
effet. Ceux qui craignent , par un préjugé mal fon.
dé , de fe faire guérir radicalement , pourront en
ufer feulement pour fe foulager dans leurs fouf
frances. Après de telles preuves nous ne devons
point craindre d'affurer le public qu'il n'eft point
de remede plus für & plus efficace pour en opérer
la guérifon. Elle avertit le public qu'il n'y a qu'elle
feule qui débite fa pommade ; fon nom & la
valeur de chaque pot font écrits deffus, de ſa main.
Ademoiſelle Collet continue de vendre pour
MAR S. 1755. 207
Cette pommade fe garde autant de tems que
l'on veut , & fe peut tranfporter par- tout , pourvu
qu'on ait foin de la garantir de la chaleur &
du feu.
Les moindres pots font de 3 , 6 , 12 , 18 & 20
livres , & de tous les prix que l'on fouhaitera : on
donnera la façon de s'en fervir. Les perfonnes
étrangeres qui voudront en faire ufage , auront la
bonté d'affranchir les lettres.
Mlle Collet demeure à préfent rue de la Croix
des petits Champs , vis- à-vis la petite porte S. Honoré,
dans la maifon de M. Jolivet, Marchand P
petier , à l'enfeigne de l'Espérance.
MP'utilité dupublic une pommade de fa com
pofition , qui foulage dans l'inftant & guérit radicalement
les hémorroïdes , de quelque nature ,
qu'elles puiffent être , les internes comme les externes
, & même les plus invétérées , les ulceres
& les fiftuleuſes ; elle ne craint point de trop avancer.
Cette pommade eft fi connue , qu'elle n'a pas
befoin de recommendation , l'épreuve en a été
faite à l'Hôtel royal des Invalides par ordre de
feu M. de Breteuil , Miniſtre d'Etat . M. Morand ,
Chirurgien , lui a expédié fon certificat ; & M.
Peyrard , Maître Chirurgien & Accoucheur de la
Reine , lui a délivré un pareil certificat , de mê
me que M. le Suire & autres perfonnes de diftinction
, après en avoir fait l'épreuve eux – mêmes.
Cette pommade ne peut produire aucun mauvais
effet. Ceux qui craignent , par un préjugé mal fon.
dé , de fe faire guérir radicalement , pourront en
ufer feulement pour fe foulager dans leurs fouf
frances. Après de telles preuves nous ne devons
point craindre d'affurer le public qu'il n'eft point
de remede plus für & plus efficace pour en opérer
la guérifon. Elle avertit le public qu'il n'y a qu'elle
feule qui débite fa pommade ; fon nom & la
valeur de chaque pot font écrits deffus, de ſa main.
Ademoiſelle Collet continue de vendre pour
MAR S. 1755. 207
Cette pommade fe garde autant de tems que
l'on veut , & fe peut tranfporter par- tout , pourvu
qu'on ait foin de la garantir de la chaleur &
du feu.
Les moindres pots font de 3 , 6 , 12 , 18 & 20
livres , & de tous les prix que l'on fouhaitera : on
donnera la façon de s'en fervir. Les perfonnes
étrangeres qui voudront en faire ufage , auront la
bonté d'affranchir les lettres.
Mlle Collet demeure à préfent rue de la Croix
des petits Champs , vis- à-vis la petite porte S. Honoré,
dans la maifon de M. Jolivet, Marchand P
petier , à l'enfeigne de l'Espérance.
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit une pommade destinée au traitement des hémorroïdes, qu'elles soient internes, externes, invétérées, ulcérées ou fistuleuses. Cette pommade est reconnue pour son efficacité immédiate et radicale. Elle a été testée à l'Hôtel royal des Invalides sur ordre de M. de Breteuil, Ministre d'État, et a reçu des certificats de M. Morand, Chirurgien, et de M. Peyrard, Maître Chirurgien et Accoucheur de la Reine, ainsi que d'autres personnes distinguées. La pommade est sans danger et peut être utilisée uniquement pour soulager les douleurs. Elle se conserve longtemps et peut être transportée à condition d'être protégée de la chaleur et du feu. Les pots sont disponibles en différentes tailles et prix, et des instructions d'utilisation sont fournies. Pour les étrangers, il est recommandé d'affranchir les lettres. Mlle Collet, qui vend cette pommade, réside rue de la Croix des petits Champs, vis-à-vis la petite porte Saint-Honoré, dans la maison de M. Jolivet, Marchand Papetier, à l'enseigne de l'Espérance.
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9777
p. 207-208
AUTRE.
Début :
Le sieur Boudin, Ferblantier, rue de la Taillerie, à Beauvais, donne avis au public qu'il [...]
Mots clefs :
Cierges, Flambeaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fieur Boudin , Ferblantier , rue de la Tailles
rie , à Beauvais , donne avis au public qu'il
excelle dans la façon des cierges & flambeaux à
reffort , qu'il fabrique depuis plufieurs années. Il
en peut donner des preuves par les envois qu'il à
faits dans toutes les Eglifes du Beauvoifis , Picardie
, Normandie , Ifle de France , Champagne
Lorraine , & autres lieux. Il décore les cierges
pafchals , tels qu'on les lui demande ; il les couvre
d'une belle peinture , femblable à la cire , &
qui ne s'écaille jamais. Il les envoie prêts à s'en
fervir , fournis de bougies parfaites , avec des filieres
de cuivre pour l'ufage defdits cierges ; il
les garantit en tout , & les vend à jufte prix . Il a
trouvé une nouvelle façon de faire cuire , fans
charbon , fans bois & fans eau , un poulet & autres
viandes dans la poche , à cheval , ou en voi
208 MERCURE DE FRANCE.
*
ture , très-commode pour les Officiers de guerre
chaffeurs & voyageurs . Il a eu l'honneur de préfenter
la premiere à M. le Duc de Gêvres au mois
de Janvier de l'année 1753. Il a encore inventé
une nouvelle façon de lanternes à reffort
pour les Cavaliers & Voituriers qui marchent la
nuit. On les place fur le devant de la felle en forme
de pistolet , ou contre les attelles du collier
d'un cheval de voiture ; une autre montée fur
une cuirafle , un cavalier la portant derriere lui ,
éclaire ceux qui le ſuivent on trouvera le tout
à jufte prix. Ceux qui fouhaiteront de lui faire
P'honneur de lui commander de l'ouvrage , n'au
ront qu'à lui écrire ; il eft très-accommodant .
E fieur Boudin , Ferblantier , rue de la Tailles
rie , à Beauvais , donne avis au public qu'il
excelle dans la façon des cierges & flambeaux à
reffort , qu'il fabrique depuis plufieurs années. Il
en peut donner des preuves par les envois qu'il à
faits dans toutes les Eglifes du Beauvoifis , Picardie
, Normandie , Ifle de France , Champagne
Lorraine , & autres lieux. Il décore les cierges
pafchals , tels qu'on les lui demande ; il les couvre
d'une belle peinture , femblable à la cire , &
qui ne s'écaille jamais. Il les envoie prêts à s'en
fervir , fournis de bougies parfaites , avec des filieres
de cuivre pour l'ufage defdits cierges ; il
les garantit en tout , & les vend à jufte prix . Il a
trouvé une nouvelle façon de faire cuire , fans
charbon , fans bois & fans eau , un poulet & autres
viandes dans la poche , à cheval , ou en voi
208 MERCURE DE FRANCE.
*
ture , très-commode pour les Officiers de guerre
chaffeurs & voyageurs . Il a eu l'honneur de préfenter
la premiere à M. le Duc de Gêvres au mois
de Janvier de l'année 1753. Il a encore inventé
une nouvelle façon de lanternes à reffort
pour les Cavaliers & Voituriers qui marchent la
nuit. On les place fur le devant de la felle en forme
de pistolet , ou contre les attelles du collier
d'un cheval de voiture ; une autre montée fur
une cuirafle , un cavalier la portant derriere lui ,
éclaire ceux qui le ſuivent on trouvera le tout
à jufte prix. Ceux qui fouhaiteront de lui faire
P'honneur de lui commander de l'ouvrage , n'au
ront qu'à lui écrire ; il eft très-accommodant .
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Résumé : AUTRE.
Boudin, ferblantier à Beauvais, se spécialise dans la fabrication de cierges et flambeaux à refort, produits qu'il vend dans diverses régions comme le Beauvoisis, la Picardie, la Normandie, l'Île-de-France, la Champagne, la Lorraine et d'autres. Il décore les cierges pascals selon les demandes des clients, les couvre d'une peinture imitant la cire et ne s'écaillant jamais, et les livre prêts à être utilisés avec des bougies parfaites et des filières de cuivre. Boudin garantit ses produits et les vend à un prix juste. Il a également inventé une méthode pour cuire un poulet et d'autres viandes sans charbon, bois ni eau, adaptée aux officiers de guerre, chasseurs et voyageurs. Cette invention a été présentée au Duc de Gêvres en janvier 1753. De plus, Boudin a créé des lanternes à refort pour les cavaliers et voituriers, permettant d'éclairer la route la nuit. Ces lanternes sont également vendues à un prix juste. Boudin invite les intéressés à lui passer commande en lui écrivant, assurant une grande accommodance.
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9778
p. 208-209
AUTRE.
Début :
La veuve du sieur Bunon , Dentiste des Enfans de France, donne avis qu'elle débite journellement [...]
Mots clefs :
Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
A veuve du fieur Bunon , Dentiſte des Enfans
de France, donne avis qu'elle débite journelle.
ment chez elle , rue de faint Avoye , au coin de
la rue de Braque , chez Mr. Georget fon frere ,
Chirurgien , les remedes de feu fon mari , dont
elle a feule la compofition , & qu'elle a toujours
préparés elle-même. Scavoir ,
1º. Un élixir anti-fcorbutique , qui affermit
les dents , diffipe le gonflement & l'inflammation
des gencives , les fortifie , les fait recroître ,
diffipe & prévient toutes les afflictions fcorbuti
ques , & appaife la douleur de dents.
י
2. Une eau appellée fouveraine , qui affermit
auffi les dents , rétablit les gencives , en diffipe
toutes tumeurs , chancres & boutons qui vienment
auffi à la langue , à l'intérieur des lévres &
des joues , en fe rinçant la bouche de quelques
MARS. 1755 209
gouttes dans de l'eau tous les jours , & elle la
rend fraîche & fans odeurs , & en éloigne les
corruptions ; elle calme la douleur des dents .
3º. Un opiate pour affermir & blanchir les
dents , diffiper le fang épais & groffier des gencives
, qui les rend tendres & molaffes , & caufe
de l'odeur à la bouche.
"
4°. Une poudre de corail pour blanchir les
dents , & les entretenir ; elle empêche que le
limon fe forme en tartre & qu'il ne corrompe
les gencives , & elle les conferve fermes & bonnes
, de forte qu'elle peut fuffire pour les perfonnes
qui ont foin de leurs dents , fans qu'il
foit néceffaire de les faire nettoyer. Les plus
petites bouteilles d'élixir font d'une livre dis
fols.
Les plus petites bouteilles d'eau fouveraine
font d'une livre quatre fols , mais plus grandes
que celles de l'élixir.
Les pots d'opiate , les petits , font d'une livre
dix fols.
Les boetes de poudre de corail font d'une livre
quatre fols.
A veuve du fieur Bunon , Dentiſte des Enfans
de France, donne avis qu'elle débite journelle.
ment chez elle , rue de faint Avoye , au coin de
la rue de Braque , chez Mr. Georget fon frere ,
Chirurgien , les remedes de feu fon mari , dont
elle a feule la compofition , & qu'elle a toujours
préparés elle-même. Scavoir ,
1º. Un élixir anti-fcorbutique , qui affermit
les dents , diffipe le gonflement & l'inflammation
des gencives , les fortifie , les fait recroître ,
diffipe & prévient toutes les afflictions fcorbuti
ques , & appaife la douleur de dents.
י
2. Une eau appellée fouveraine , qui affermit
auffi les dents , rétablit les gencives , en diffipe
toutes tumeurs , chancres & boutons qui vienment
auffi à la langue , à l'intérieur des lévres &
des joues , en fe rinçant la bouche de quelques
MARS. 1755 209
gouttes dans de l'eau tous les jours , & elle la
rend fraîche & fans odeurs , & en éloigne les
corruptions ; elle calme la douleur des dents .
3º. Un opiate pour affermir & blanchir les
dents , diffiper le fang épais & groffier des gencives
, qui les rend tendres & molaffes , & caufe
de l'odeur à la bouche.
"
4°. Une poudre de corail pour blanchir les
dents , & les entretenir ; elle empêche que le
limon fe forme en tartre & qu'il ne corrompe
les gencives , & elle les conferve fermes & bonnes
, de forte qu'elle peut fuffire pour les perfonnes
qui ont foin de leurs dents , fans qu'il
foit néceffaire de les faire nettoyer. Les plus
petites bouteilles d'élixir font d'une livre dis
fols.
Les plus petites bouteilles d'eau fouveraine
font d'une livre quatre fols , mais plus grandes
que celles de l'élixir.
Les pots d'opiate , les petits , font d'une livre
dix fols.
Les boetes de poudre de corail font d'une livre
quatre fols.
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Résumé : AUTRE.
La veuve du sieur Bunon, dentiste des Enfants de France, annonce la vente quotidienne des remèdes de son défunt mari à son domicile, rue de Saint-Avoye, au coin de la rue de Braque, chez Monsieur Georget, son frère chirurgien. Elle assure être la seule à connaître et préparer ces remèdes. Les produits proposés incluent un élixir anti-scorbutique qui affermit les dents, dissout les gonflements et inflammations des gencives, et apaise la douleur dentaire. Une eau souveraine qui affermit les dents, rétablit les gencives, dissout les tumeurs et boutons, et rafraîchit la bouche. Un opiat pour affermir et blanchir les dents, dissoudre le sang épais des gencives, et éliminer les mauvaises odeurs. Enfin, une poudre de corail pour blanchir et entretenir les dents, prévenir la formation de tartre, et conserver les gencives en bonne santé. Les prix des produits varient : les petites bouteilles d'élixir coûtent une livre dix sols, les petites bouteilles d'eau souveraine une livre quatre sols, les petits pots d'opiat une livre dix sols, et les boîtes de poudre de corail une livre quatre sols.
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9779
p. 209-210
AUTRE.
Début :
Nous croyons devoir annoncer comme un objet intéressant pour le public, que Madame [...]
Mots clefs :
Ingénieur en optique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ous croyons devoir annoncer comme un
le public ,que Ma
dame Thomin eft continuée dans l'exercice du privilege
dont jouiffoit fon mari , d'Ingénieur en
optique de la Reine. Elle foutient le commerce
de lunettes , conferves , biloupes , télescopes
microſcopes , & de tout ce qui dépend de l'optique.
Elle travaille comme elle faifoit fous la di
210 MERCURE DE FRANCE.
rection de M. Thomin , à tous les ouvrages de
cet art , dont on peut voir le détail dans le
Traité d'optique méchanique , imprimé à Paris en
1749 , chez Jean-Baptifte Coignard & Antoine
Boudet , rue S. Jacques , à la Bible d'or. On trou
ve chez elle une espece de biloupe , qui a un double
verre , dont l'ufage eft extrêmement utile pour
déchiffrer aisément les vieilles écritures , & qui
fert beaucoup à la Botanique , en ce qu'elle groffit
& diftingue les objets. Cette biloupe eft de l'invention
de M. Thomin , qui en a laiffé le ſecret
à fa veuve. Il a pefectionné une forte de microfcope
à la main , qui eft porté fur une tige particuliere
& facile à tenir. Au haut de la tige eft
une bourfette dans laquelle eft renfermé un miroir
d'argent qui fait la réflexion du microſcope
univerfel , par le moyen de deux ou trois lentilles
de rechange , dont le propre eft de groffir plus
ou moins , felon le foyer qu'on leur donne , les
plus petits objets. A un des bouts de cette tige eft
une pointe d'acier recourbée , qui fert à recevoir
les quatre petites dames blanches ou noires , fur
lefquelles on met les objets qui ne font point
tranfparens , comme le fable , la poudre , l'étoffe,
&c. L'on déville cette pointe d'acier , & l'on vifle
en fa place un porte-liqueur , qui d'un côté eft
garni d'une glacé pour contenir les liqueurs fuides
, & de l'autre d'une petite plaque de cuivre
pour contenir les plus épaifles que l'on veut
confiderer le tout renfermé dans une petite boîte
faite exprès. Mme Thomin travaille elle - même
tous les ouvrages , avec un habile artiſte & trèsadroit
, que M. Thomin lui-même a inftruit fur
routes fes connoiffances pendant plufieurs années,
Ous croyons devoir annoncer comme un
le public ,que Ma
dame Thomin eft continuée dans l'exercice du privilege
dont jouiffoit fon mari , d'Ingénieur en
optique de la Reine. Elle foutient le commerce
de lunettes , conferves , biloupes , télescopes
microſcopes , & de tout ce qui dépend de l'optique.
Elle travaille comme elle faifoit fous la di
210 MERCURE DE FRANCE.
rection de M. Thomin , à tous les ouvrages de
cet art , dont on peut voir le détail dans le
Traité d'optique méchanique , imprimé à Paris en
1749 , chez Jean-Baptifte Coignard & Antoine
Boudet , rue S. Jacques , à la Bible d'or. On trou
ve chez elle une espece de biloupe , qui a un double
verre , dont l'ufage eft extrêmement utile pour
déchiffrer aisément les vieilles écritures , & qui
fert beaucoup à la Botanique , en ce qu'elle groffit
& diftingue les objets. Cette biloupe eft de l'invention
de M. Thomin , qui en a laiffé le ſecret
à fa veuve. Il a pefectionné une forte de microfcope
à la main , qui eft porté fur une tige particuliere
& facile à tenir. Au haut de la tige eft
une bourfette dans laquelle eft renfermé un miroir
d'argent qui fait la réflexion du microſcope
univerfel , par le moyen de deux ou trois lentilles
de rechange , dont le propre eft de groffir plus
ou moins , felon le foyer qu'on leur donne , les
plus petits objets. A un des bouts de cette tige eft
une pointe d'acier recourbée , qui fert à recevoir
les quatre petites dames blanches ou noires , fur
lefquelles on met les objets qui ne font point
tranfparens , comme le fable , la poudre , l'étoffe,
&c. L'on déville cette pointe d'acier , & l'on vifle
en fa place un porte-liqueur , qui d'un côté eft
garni d'une glacé pour contenir les liqueurs fuides
, & de l'autre d'une petite plaque de cuivre
pour contenir les plus épaifles que l'on veut
confiderer le tout renfermé dans une petite boîte
faite exprès. Mme Thomin travaille elle - même
tous les ouvrages , avec un habile artiſte & trèsadroit
, que M. Thomin lui-même a inftruit fur
routes fes connoiffances pendant plufieurs années,
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Résumé : AUTRE.
Madame Thomin exerce le privilège d'ingénieur en optique de la Reine, hérité de son mari, et se consacre au commerce d'instruments optiques tels que lunettes, conserves, bélières, télescopes et microscopes. Son travail est détaillé dans le 'Traité d'optique mécanique', publié à Paris en 1749. Parmi ses inventions, une bélière à double verre est particulièrement utile pour déchiffrer les vieilles écritures et en botanique, car elle grossit et distingue les objets. Madame Thomin a également perfectionné un microscope portatif, équipé d'un miroir d'argent et de lentilles interchangeables. Cet instrument inclut une pointe d'acier recourbée pour les échantillons non transparents et un porte-liqueur pour les liquides. Elle fabrique elle-même ces ouvrages, assistée par un artiste formé par son mari.
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9780
p. 211-212
ERRATA.
Début :
ARTICLE premier, page premiere, ligne premiere : Vers pour mettre au-dessous du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA.
ERRATA.
ARTICLE premier , page premiere , ligne
premiere : Vers pour mettre au- deffous du
portrait de M. de Seychelles , Contrôleur
Général , &c. lifez , Vers pour être mis au
bas du portrait de M. de Seychelles , Contrôleur
Général , Miniftre & Secrétaire
d'Etat.
Page 7 , lig. 5 , métamorphofe ; lif. mẻ-
taphore.
Page 12 , lig. 20 , l'amour qu'elle m'avoit
infpirée ; lif. infpiré.
Page 50 , lig. 16 & 17 , fous leurs
mains , fertile. lif, fous leurs mains fertiles.
Page 125 , lig. 12 , quoique je n'eus ;
lif. quoique je n'euffe .
Pag. 163 , lig. 24 , prévention ; lif. prétention.
Addition à cet Errata.
Page 35 , à la note où l'Année Littéraire
eft exceptée de la multitude des feuilles
qui corrompent le goût ; ajoutez , Par ce
mot , feuilles , je dois encore avertir que
je n'entens point les Annonces & les affiches
qui paroiffent deux fois la femaine ;
elles n'ont rien a démêler avec le faux bel
112 MERCURE DE FRANCE.
efprit , & je fuis trop bon citoyen pour
les confondre avec toutes ces petites brochures
du jour , qui font le poiſon de la
littérature. Comme celles - ci ne donnent
que de fauffes lumieres ou des demi- notions
, elles ne peuvent fervir qu'à augmenter
le nombre des faux connoiffeurs ,
& qu'à groffir la lifte des mauvais écrivains
; au lieu que les autres annoncent
aux particuliers la vente des terres , des
maifons , des meubles qui font à leur ufage
, leur indiquent les appartemens qui
font à louer , les inftruifent des effets perdus
ou retrouvés , & deviennent par là
très-utiles au Public. Cette diftinction formelle
ôte toute équivoque , & ne doit
laiffer aucun foupçon de critique aux yeux
des perfonnes intéreffées : je les eftime trop
pour rien inférer qui puiffe leur nuire ou les
defobliger. J'écris ceci fur les plaintes qui
me font revenues de leur part , & je les prie
d'en croire mon aveu préférablement aux
faux rapports qu'on peut leur faire.
ARTICLE premier , page premiere , ligne
premiere : Vers pour mettre au- deffous du
portrait de M. de Seychelles , Contrôleur
Général , &c. lifez , Vers pour être mis au
bas du portrait de M. de Seychelles , Contrôleur
Général , Miniftre & Secrétaire
d'Etat.
Page 7 , lig. 5 , métamorphofe ; lif. mẻ-
taphore.
Page 12 , lig. 20 , l'amour qu'elle m'avoit
infpirée ; lif. infpiré.
Page 50 , lig. 16 & 17 , fous leurs
mains , fertile. lif, fous leurs mains fertiles.
Page 125 , lig. 12 , quoique je n'eus ;
lif. quoique je n'euffe .
Pag. 163 , lig. 24 , prévention ; lif. prétention.
Addition à cet Errata.
Page 35 , à la note où l'Année Littéraire
eft exceptée de la multitude des feuilles
qui corrompent le goût ; ajoutez , Par ce
mot , feuilles , je dois encore avertir que
je n'entens point les Annonces & les affiches
qui paroiffent deux fois la femaine ;
elles n'ont rien a démêler avec le faux bel
112 MERCURE DE FRANCE.
efprit , & je fuis trop bon citoyen pour
les confondre avec toutes ces petites brochures
du jour , qui font le poiſon de la
littérature. Comme celles - ci ne donnent
que de fauffes lumieres ou des demi- notions
, elles ne peuvent fervir qu'à augmenter
le nombre des faux connoiffeurs ,
& qu'à groffir la lifte des mauvais écrivains
; au lieu que les autres annoncent
aux particuliers la vente des terres , des
maifons , des meubles qui font à leur ufage
, leur indiquent les appartemens qui
font à louer , les inftruifent des effets perdus
ou retrouvés , & deviennent par là
très-utiles au Public. Cette diftinction formelle
ôte toute équivoque , & ne doit
laiffer aucun foupçon de critique aux yeux
des perfonnes intéreffées : je les eftime trop
pour rien inférer qui puiffe leur nuire ou les
defobliger. J'écris ceci fur les plaintes qui
me font revenues de leur part , & je les prie
d'en croire mon aveu préférablement aux
faux rapports qu'on peut leur faire.
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Résumé : ERRATA.
Le document est une liste d'errata visant à corriger des erreurs typographiques et orthographiques dans un texte. Parmi les modifications, on trouve 'Vers pour mettre au- deffous' remplacé par 'Vers pour être mis au bas' (page 1, ligne 1), 'métamorphofe' par 'métaphore' (page 7, ligne 5), 'infpirée' par 'inspirée' (page 12, ligne 20), et 'prévention' par 'prétention' (page 163, ligne 24). Une addition à l'errata précise qu'une clarification doit être ajoutée dans une note à la page 35 concernant les 'feuilles' mentionnées. L'auteur distingue les 'Annonces & les affiches' des 'petites brochures du jour', jugées nuisibles car elles corrompent le goût et propagent de fausses lumières, augmentant ainsi le nombre de mauvais écrivains. Les annonces sont jugées utiles car elles informent le public sur divers sujets pratiques. Cette distinction vise à éviter toute critique et à répondre aux plaintes reçues de personnes intéressées.
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9781
p. 213-215
TABLE DES ARTICLES.
Début :
ARTICLE PREMIER. PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE. Vers [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIE R.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
VErs pour être mis au bas du portrait de M.
de Seychelles , Contrôleur Général , Miniftre
& Secrétaire d'Etat
A Madame la M. de S....
Madrigal ,
L'origine des Eventails , à Mlle....
A Mademoiſelle D. L. R.
page s
ibid.
7
27
30
Portraits des quatre premiers Peintres d'Italie
Doutes fur l'exiſtence d'un Public ,
32 La Nobleffe de l'Ecole Militaire , à M. du Verney
,
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure
de Février ,
Eeigmes & Logogryphes ,
Vaudeville de table ,
41
43
44
47
214
ARTICLE SECOND
NOUVELLES LITTERAIRES.
'Séance publique de l'Académie de Montauban ,
Extraits , Précis ou Indications des Livres nou
veaux , 63
ARTICLE TROISIEME.
SCIENCES ET BELLES - LETTRES. \
Hiftoire.
Réponſe du fieur Vojeu de Brunem aux obferva
tions du P. Laugier , fur la nouvelle Hiſtoire
de la conquête de la Chine ,
*Lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé V.
91
109
Généalogie.
Mémoire critique ,
Chirurgie.
115
Progrès du Lithotome caché pour la taille , 123
Séances particulieres de la Société Littéraire de
Châlons , 127
ARTICLE QUATRIE ME,
BEAUX- ARTS.
Peinture.
Avis de M. Boucher , Peintre du Roi , 145
Lettre à M. *** fur la Peinture encauſtique , 145
215
Gravure.
Avis de M. Surrugue ,
Muſique.
852
Méthode plus facile que l'ancienne pour l'ac
compagnement du clavecin , par M. Dubugrarre
, Organiſte de S. Sauveur ,
Horlogerie.
154
Nouveaux cadrans de pendules , imitant l'émail
156
ARTICLE CINQUIEM E.
SPECTACLES.
Opéra , 159
Comédie Françoife ,
ibid.
Comédie Italienne , 161
Opéra Comique ,
162
Concert Spirituel , 164
ARTICLE SIXIEM E.
NOUVELLES
ÉTRANGERES.
De Conftantinople , &c. 165
Journal de France.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Remarques fur la Lotterie de Bruxelles ;
Naiflance , Mariages & Morts ,
Avis divers ,
Errata ,
ARTICLE PREMIE R.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
VErs pour être mis au bas du portrait de M.
de Seychelles , Contrôleur Général , Miniftre
& Secrétaire d'Etat
A Madame la M. de S....
Madrigal ,
L'origine des Eventails , à Mlle....
A Mademoiſelle D. L. R.
page s
ibid.
7
27
30
Portraits des quatre premiers Peintres d'Italie
Doutes fur l'exiſtence d'un Public ,
32 La Nobleffe de l'Ecole Militaire , à M. du Verney
,
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure
de Février ,
Eeigmes & Logogryphes ,
Vaudeville de table ,
41
43
44
47
214
ARTICLE SECOND
NOUVELLES LITTERAIRES.
'Séance publique de l'Académie de Montauban ,
Extraits , Précis ou Indications des Livres nou
veaux , 63
ARTICLE TROISIEME.
SCIENCES ET BELLES - LETTRES. \
Hiftoire.
Réponſe du fieur Vojeu de Brunem aux obferva
tions du P. Laugier , fur la nouvelle Hiſtoire
de la conquête de la Chine ,
*Lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé V.
91
109
Généalogie.
Mémoire critique ,
Chirurgie.
115
Progrès du Lithotome caché pour la taille , 123
Séances particulieres de la Société Littéraire de
Châlons , 127
ARTICLE QUATRIE ME,
BEAUX- ARTS.
Peinture.
Avis de M. Boucher , Peintre du Roi , 145
Lettre à M. *** fur la Peinture encauſtique , 145
215
Gravure.
Avis de M. Surrugue ,
Muſique.
852
Méthode plus facile que l'ancienne pour l'ac
compagnement du clavecin , par M. Dubugrarre
, Organiſte de S. Sauveur ,
Horlogerie.
154
Nouveaux cadrans de pendules , imitant l'émail
156
ARTICLE CINQUIEM E.
SPECTACLES.
Opéra , 159
Comédie Françoife ,
ibid.
Comédie Italienne , 161
Opéra Comique ,
162
Concert Spirituel , 164
ARTICLE SIXIEM E.
NOUVELLES
ÉTRANGERES.
De Conftantinople , &c. 165
Journal de France.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Remarques fur la Lotterie de Bruxelles ;
Naiflance , Mariages & Morts ,
Avis divers ,
Errata ,
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles divisée en six sections. La première section rassemble des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des poèmes dédiés à diverses personnes, des portraits des premiers peintres d'Italie, des réflexions sur l'existence d'un public, et des contributions littéraires variées comme des énigmes, des logogryphes et des vaudevilles. La deuxième section traite des nouvelles littéraires, avec des extraits et des indications de livres nouveaux, ainsi qu'une séance publique de l'Académie de Montauban. La troisième section aborde les sciences et les belles-lettres, incluant une réponse historique, une lettre sur la généalogie, et des avancées en chirurgie. La quatrième section se concentre sur les beaux-arts, avec des avis sur la peinture, la gravure, la musique et l'horlogerie. La cinquième section liste les spectacles, tels que l'opéra, la comédie française et italienne, l'opéra comique, et les concerts spirituels. Enfin, la sixième section rapporte les nouvelles étrangères, les nouvelles de la cour et de Paris, ainsi que des remarques diverses et des errata.
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9782
p. 215
« La Chanson notée doit regarder la page 47. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 47. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 47. [...] »
La Chanson notée doit regarder la page 47.
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9783
p. 215
« De l'Imprimerie de Ch. A JOMBERT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. A JOMBERT. [...]
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De l'Imprimerie de Ch. A JOMBERT.
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9784
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Libraires, Auteur du Mercure
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
IE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTION , Avocat , & Greffier- Commis
an Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiffy ,
Auteur du Mercure.
Le prix est de 30 fols , & l'on payera
d'avance , en s'abonnant , 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes. Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols , fe payeront avec l'année qui les
Suivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
l'envoyera par la pofte , payeront 31 livres
.10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront que 30 fols par
volume , 21 livres d'avance , en s'abonnant
pour l'année , fans les extraordinaires .
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le Mer-
A ij
ture , écriront à l'adreffe ci- deffus.
On fupplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , enpayant le droit , le prix
deleur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance an
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obſervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine, aprèsmidi
.
On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , les Livres qu'ils
annoncent , & tous autres généralement .
IE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTION , Avocat , & Greffier- Commis
an Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiffy ,
Auteur du Mercure.
Le prix est de 30 fols , & l'on payera
d'avance , en s'abonnant , 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes. Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols , fe payeront avec l'année qui les
Suivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
l'envoyera par la pofte , payeront 31 livres
.10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront que 30 fols par
volume , 21 livres d'avance , en s'abonnant
pour l'année , fans les extraordinaires .
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le Mer-
A ij
ture , écriront à l'adreffe ci- deffus.
On fupplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , enpayant le droit , le prix
deleur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance an
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obſervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine, aprèsmidi
.
On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , les Livres qu'ils
annoncent , & tous autres généralement .
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte est un avertissement concernant l'abonnement au Mercure, une publication. Le Bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier-commis au Parlement, rue Sainte-Anne, Butte Saint-Roch. Les abonnés doivent adresser leurs paquets et lettres à M. Lutton, qui les transmettra à M. de Boiffy, l'auteur du Mercure. Le prix d'un volume est de 30 sols. Un abonnement annuel pour quatorze volumes coûte 21 livres à l'avance. Les volumes extraordinaires coûtent également 30 sols et sont payés avec l'année suivante. Les personnes de province payent 31 livres et 10 sols à l'avance pour recevoir le Mercure par la poste, franc de port. Ceux qui prennent en charge les frais de port paient 21 livres à l'avance pour l'année, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire au Bureau pour obtenir le Mercure. Les abonnés des provinces doivent envoyer le prix de leur abonnement en payant le droit ou donner des ordres pour un paiement à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible à son bureau les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le Mercure permet également de se procurer d'autres journaux et livres annoncés.
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9785
p. 8-14
REFLEXIONS SUR LE GOUT.
Début :
La décadence du goût contre laquelle on avoit commencé à s'élever sur les [...]
Mots clefs :
Goût, Réflexions, Luxe, Talents, Musique, Poésie, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR LE GOUT.
REFLEXIONS
SUR LE GOU T.
A décadence du goût contre laquelle
L'on
on avoit commencé à s'élever fur les
dernieres années de Louis XIV , eft aujourd'hui
fenfible. La fcience eft devenue
portative , elle eft renfermée dans cinq
ou fix volumes in- 12 : on pourroit prédans
peu
elle ne formera qu'un
fumer que
almanach
.
M. de Voltaire fait à Colmar des livres
qui demeurent inconnus , ou ne parviennent
pas au -delà de Thanne & de Scheleftat
. Il continue à fon aife fes Annales de
l'Empire & fon Hiftoire univerfelle , fans
qu'on s'en embarraffe ; le titre même de
fes autres ouvrages eft ignoré.
Il ne paroit prefque plus de plus de livres
nouveaux. L'Auteur ou l'Imprimeur s'y
ruinent , felon que les frais de l'impreffion
tombent fur l'un ou fur l'autre .
La plupart des arts utiles ne fe confervent
que par la routine des vieux ouvriers ;
* Il me femble qu'on ne doit pas fe plaindre de
la quantité ni du débit ; c'eft fur la qualité qu'on
peut fe récrier.
AVRIL. 1755.
•
c'eft fur de tels appuis que roulent nos
manufactures. Les directeurs & les maîtres
ne fçauroient pas conduire leurs travaux
.
+
On fe plaint généralement du peu de
vigueur qu'on voit aujourd'hui dans la
circulation du commerce : il faudroit fe
plaindre du peu d'amour qu'on a pour les
arts * .
La recherche des commodités de la vie
& la jouiffance des plaifirs délicats font
devenues une occupation férieufe , & femblent
confondre prefque tous les états.
Quand un Artiſte a travaillé pour les
commodités d'autrui , il abandonne fon
talent , & emploie fon gain à faire travailler
pour les fiennes .
Les fages politiques qui ont cherché à
introduire le luxe , ont mal réuffi ....
( Пy a ici une lacune ) . ༡
L'excès du luxe ne peut pas nuire ;
cela n'eft vrai en bonne politique qu'en
fuppofant qu'an Marchand qui tiendra
table ouverte & donnera des concerts
ne fermera pas fa boutique ; qu'un Tailleur
qui roulera carroffe , ne ceffera pas
de faire des habits * ; mais le nombre des
Je crois que cette partie eft très- cultivée à
bien des égards .
* Le fameux P .... fait plus d'habits & d'envois
* A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ouvriers diminuant tous les jours , on eft
obligé d'augmenter le prix des marchandifes'
, & là même d'en rendre la confompar
mation plus difficile . Rien ne prouve mieux
la richeffe d'un Etat , ou la circulation du
commerce , que le bon marché auquel on
achete tout ce qui fert aux befoins & aux
commodités de la vie . * Ainfi l'abus du
luxe ne confifte pas en ce qu'on dépenfe
trop ; mais en ce que , par un faux éclat
qu'on attache au luxe , on méprife , ou du
moins on délaiffe les arts , & on ne travaille
pas affez .
Le rapport intime d'un luxe exceffif
avec la décadence des arts , eft une de ces
vérités qui ne font pas affez connues ; les
conféquences de l'un à l'autre ne font
pas
auffi éloignées qu'elles le paroiffent.
A peine a-t- on acquis un état au-deffus
du commun du peuple , qu'on afpire à
fentir toute la fineffe que l'imagination a
inventée dans les plaifirs de pur agrément.
On veut être auffi -tôt Peintre , Poëte &
qu'il n'en a jamais faits , quoiqu'il ait depuis longtems
équipage , & le nombre de fes garçons augmente
toutes les années.
* Les provinces de France où on vit à meilleur
compte , font au contraire les moins riches , &
c'eft dans les villes où le commerce fleurit le
plus , que tout eft le plus cher.
AVRIL. 1755. II
Muficien : on aime ces talens , parce qu'ils
font rares , & qu'ils fervent beaucoup à la
parure de l'efprit : auffi nous donnent - ils
lieu de connoître la meſure des lumieres
générales , & la trempe du goût .
Rien n'eft plus commun que de trouver
ce qu'on appelle des connoiffeurs en Peinture
, en Poëfie & en Mufique , mais on
trouve rarement des gens qui fçachent
diftinguer feulement un tableau de Raphael
d'avec un de Teniers ; on parle de
coloris & de coftume fans fçavoir ce que
ces mots fignifient . En voici la preuve.
Vanloo ou Reftout trouveront deux mille
livres d'un ouvrage qui leur aura coûté
un an de travail : un barbouilleur de cabinets
& d'alcoves gagnera dix ou douze
mille livres dans cet intervalle. Tout Paris
s'empreffera de voir des peintures groffieres
qui tapifferont le bureau ou la falle
à manger d'un particulier * ; peu de monde
ira vifiter des chefs- d'oeuvres expofés au
vieux Louvre.
On fe pique de fe connoître en poëfie ,
& de l'aimer. M. de Crébillon donne une
tragédie nouvelle ; on en parle le premier
jour à un fouper : d'ailleurs on n'eft pas au
* Cette accufation eft exagérée . Le public a
couru voir en foule les tableaux expoſés dans le
dernier fallon.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
tant affecté de cet événement qu'on l'étoit
autrefois d'un quatrain de Benferade.
On s'attache encore plus à prouver fon
goût pour la mufique ; cependant l'auteur
de Titon & l'Aurore expofe au goût du
public une Paftorale languedocienne ; on
la trouve d'abord froide , languiffante , &
d'une bizarrerie infoutenable ; la falle du
fpectacle eft deferte pendant un tems.
Quelques perfonnes dont le bon goût ne
peut être contredit , ayant difcerné la tendreffe
naïve & touchante qui regne dans
cet agréable ouvrage , en ont empêché la
chûte.
Théfée fervira mieux d'exemple . En
vain les bons juges ont admiré la profonde
harmonie de cet Opéra mâle & vigoureux ,
ils n'ont pu garantir Lulli de l'infulte qu'on
a faite à fes cendres. On a écouté de fangfroid
les fons raviffans de la charmante
Fel & de l'incomparable Jeliotte , les nobles
tranfports de Mlle Chevalier , & les
reftes précieux des accens majestueux de
Chaffe ; à peine a-t-on encouragé par quelques
applaudiffemens Mlle Davaux , qui
par les progrès qu'elle a faits depuis quel
que tems , donne de fi grandes efpérances.
La mufique de Lulli a été goutée par trop
de monde ; c'est pourquoi elle ne l'eft plus
AVRIL. 1755.
13
tant aujourd'hui . S'il étoit auffi facile
d'acquerir les talens que de fe revêtir d'une
nouvelle parure , les arts changeroient
comme les modes ; le nombre des connoiffeurs
fe multiplieroit avec rapidité ; &
comme pour un bon connoiffeur il y en a
cent de mauvais , le goût feroit immolé ,
plutôt qu'il ne l'eft , à la pluralité des fuffrages
: car il ne faut pas croire ce qui fe
dit vulgairement , que les changemens du
goût font le fruit de l'inconftance ; nous
devons dire au contraire , que l'inconf
tance eft l'afyle du goût . La délicateſſe &
la fenfibilité qui le caractériſent , le rendent
incompatible avec cette foule tranchante
d'afpirans préfomptueux dont il eft affiégé :
il fuit , il fe déguife , il invente ; mais
toujours également pourfuivi , il eft contraint
de céder à la force , il difparoît.
La face de la terre fe couvre de ténébres.
A des fiécles éclairés fuccédent des
tems de barbarie , où les hommes connoiffent
à peine les loix de l'humanité. L'hiftoire
nous a laiffé deux époques d'un pareil
defordre qu'il feroit à fouhaiter que
la postérité n'eût pas à nous accufer d'avoir
commencé la troifiéme ! Pour éviter
cette accufation , nous ne fçaurions trop
nous attacher à connoître les véritables
talens , & à n'honorer & à ne récompen14
MERCURE DE FRANCE.
fer que ceux -là . Bien des perfonnes qui
vivent dans le découragement , feront valoir
des talens qu'ils facrifient à l'incerti
tude des récompenfes : nous mettrons un
frein au mauvais goût , ceux qui n'auront
point de talent pour un genre en embrafferont
quelque autre qui leur fera profitable,
&
peu à pen
, chacun
rentrant
dans
fa
fphere & confultant fon génie , travaillera
pour fa patrie en travaillant pour lui-même.
SUR LE GOU T.
A décadence du goût contre laquelle
L'on
on avoit commencé à s'élever fur les
dernieres années de Louis XIV , eft aujourd'hui
fenfible. La fcience eft devenue
portative , elle eft renfermée dans cinq
ou fix volumes in- 12 : on pourroit prédans
peu
elle ne formera qu'un
fumer que
almanach
.
M. de Voltaire fait à Colmar des livres
qui demeurent inconnus , ou ne parviennent
pas au -delà de Thanne & de Scheleftat
. Il continue à fon aife fes Annales de
l'Empire & fon Hiftoire univerfelle , fans
qu'on s'en embarraffe ; le titre même de
fes autres ouvrages eft ignoré.
Il ne paroit prefque plus de plus de livres
nouveaux. L'Auteur ou l'Imprimeur s'y
ruinent , felon que les frais de l'impreffion
tombent fur l'un ou fur l'autre .
La plupart des arts utiles ne fe confervent
que par la routine des vieux ouvriers ;
* Il me femble qu'on ne doit pas fe plaindre de
la quantité ni du débit ; c'eft fur la qualité qu'on
peut fe récrier.
AVRIL. 1755.
•
c'eft fur de tels appuis que roulent nos
manufactures. Les directeurs & les maîtres
ne fçauroient pas conduire leurs travaux
.
+
On fe plaint généralement du peu de
vigueur qu'on voit aujourd'hui dans la
circulation du commerce : il faudroit fe
plaindre du peu d'amour qu'on a pour les
arts * .
La recherche des commodités de la vie
& la jouiffance des plaifirs délicats font
devenues une occupation férieufe , & femblent
confondre prefque tous les états.
Quand un Artiſte a travaillé pour les
commodités d'autrui , il abandonne fon
talent , & emploie fon gain à faire travailler
pour les fiennes .
Les fages politiques qui ont cherché à
introduire le luxe , ont mal réuffi ....
( Пy a ici une lacune ) . ༡
L'excès du luxe ne peut pas nuire ;
cela n'eft vrai en bonne politique qu'en
fuppofant qu'an Marchand qui tiendra
table ouverte & donnera des concerts
ne fermera pas fa boutique ; qu'un Tailleur
qui roulera carroffe , ne ceffera pas
de faire des habits * ; mais le nombre des
Je crois que cette partie eft très- cultivée à
bien des égards .
* Le fameux P .... fait plus d'habits & d'envois
* A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ouvriers diminuant tous les jours , on eft
obligé d'augmenter le prix des marchandifes'
, & là même d'en rendre la confompar
mation plus difficile . Rien ne prouve mieux
la richeffe d'un Etat , ou la circulation du
commerce , que le bon marché auquel on
achete tout ce qui fert aux befoins & aux
commodités de la vie . * Ainfi l'abus du
luxe ne confifte pas en ce qu'on dépenfe
trop ; mais en ce que , par un faux éclat
qu'on attache au luxe , on méprife , ou du
moins on délaiffe les arts , & on ne travaille
pas affez .
Le rapport intime d'un luxe exceffif
avec la décadence des arts , eft une de ces
vérités qui ne font pas affez connues ; les
conféquences de l'un à l'autre ne font
pas
auffi éloignées qu'elles le paroiffent.
A peine a-t- on acquis un état au-deffus
du commun du peuple , qu'on afpire à
fentir toute la fineffe que l'imagination a
inventée dans les plaifirs de pur agrément.
On veut être auffi -tôt Peintre , Poëte &
qu'il n'en a jamais faits , quoiqu'il ait depuis longtems
équipage , & le nombre de fes garçons augmente
toutes les années.
* Les provinces de France où on vit à meilleur
compte , font au contraire les moins riches , &
c'eft dans les villes où le commerce fleurit le
plus , que tout eft le plus cher.
AVRIL. 1755. II
Muficien : on aime ces talens , parce qu'ils
font rares , & qu'ils fervent beaucoup à la
parure de l'efprit : auffi nous donnent - ils
lieu de connoître la meſure des lumieres
générales , & la trempe du goût .
Rien n'eft plus commun que de trouver
ce qu'on appelle des connoiffeurs en Peinture
, en Poëfie & en Mufique , mais on
trouve rarement des gens qui fçachent
diftinguer feulement un tableau de Raphael
d'avec un de Teniers ; on parle de
coloris & de coftume fans fçavoir ce que
ces mots fignifient . En voici la preuve.
Vanloo ou Reftout trouveront deux mille
livres d'un ouvrage qui leur aura coûté
un an de travail : un barbouilleur de cabinets
& d'alcoves gagnera dix ou douze
mille livres dans cet intervalle. Tout Paris
s'empreffera de voir des peintures groffieres
qui tapifferont le bureau ou la falle
à manger d'un particulier * ; peu de monde
ira vifiter des chefs- d'oeuvres expofés au
vieux Louvre.
On fe pique de fe connoître en poëfie ,
& de l'aimer. M. de Crébillon donne une
tragédie nouvelle ; on en parle le premier
jour à un fouper : d'ailleurs on n'eft pas au
* Cette accufation eft exagérée . Le public a
couru voir en foule les tableaux expoſés dans le
dernier fallon.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
tant affecté de cet événement qu'on l'étoit
autrefois d'un quatrain de Benferade.
On s'attache encore plus à prouver fon
goût pour la mufique ; cependant l'auteur
de Titon & l'Aurore expofe au goût du
public une Paftorale languedocienne ; on
la trouve d'abord froide , languiffante , &
d'une bizarrerie infoutenable ; la falle du
fpectacle eft deferte pendant un tems.
Quelques perfonnes dont le bon goût ne
peut être contredit , ayant difcerné la tendreffe
naïve & touchante qui regne dans
cet agréable ouvrage , en ont empêché la
chûte.
Théfée fervira mieux d'exemple . En
vain les bons juges ont admiré la profonde
harmonie de cet Opéra mâle & vigoureux ,
ils n'ont pu garantir Lulli de l'infulte qu'on
a faite à fes cendres. On a écouté de fangfroid
les fons raviffans de la charmante
Fel & de l'incomparable Jeliotte , les nobles
tranfports de Mlle Chevalier , & les
reftes précieux des accens majestueux de
Chaffe ; à peine a-t-on encouragé par quelques
applaudiffemens Mlle Davaux , qui
par les progrès qu'elle a faits depuis quel
que tems , donne de fi grandes efpérances.
La mufique de Lulli a été goutée par trop
de monde ; c'est pourquoi elle ne l'eft plus
AVRIL. 1755.
13
tant aujourd'hui . S'il étoit auffi facile
d'acquerir les talens que de fe revêtir d'une
nouvelle parure , les arts changeroient
comme les modes ; le nombre des connoiffeurs
fe multiplieroit avec rapidité ; &
comme pour un bon connoiffeur il y en a
cent de mauvais , le goût feroit immolé ,
plutôt qu'il ne l'eft , à la pluralité des fuffrages
: car il ne faut pas croire ce qui fe
dit vulgairement , que les changemens du
goût font le fruit de l'inconftance ; nous
devons dire au contraire , que l'inconf
tance eft l'afyle du goût . La délicateſſe &
la fenfibilité qui le caractériſent , le rendent
incompatible avec cette foule tranchante
d'afpirans préfomptueux dont il eft affiégé :
il fuit , il fe déguife , il invente ; mais
toujours également pourfuivi , il eft contraint
de céder à la force , il difparoît.
La face de la terre fe couvre de ténébres.
A des fiécles éclairés fuccédent des
tems de barbarie , où les hommes connoiffent
à peine les loix de l'humanité. L'hiftoire
nous a laiffé deux époques d'un pareil
defordre qu'il feroit à fouhaiter que
la postérité n'eût pas à nous accufer d'avoir
commencé la troifiéme ! Pour éviter
cette accufation , nous ne fçaurions trop
nous attacher à connoître les véritables
talens , & à n'honorer & à ne récompen14
MERCURE DE FRANCE.
fer que ceux -là . Bien des perfonnes qui
vivent dans le découragement , feront valoir
des talens qu'ils facrifient à l'incerti
tude des récompenfes : nous mettrons un
frein au mauvais goût , ceux qui n'auront
point de talent pour un genre en embrafferont
quelque autre qui leur fera profitable,
&
peu à pen
, chacun
rentrant
dans
fa
fphere & confultant fon génie , travaillera
pour fa patrie en travaillant pour lui-même.
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Résumé : REFLEXIONS SUR LE GOUT.
Dans le texte 'Réflexions sur le goût', la fin du règne de Louis XIV est caractérisée par un déclin du goût et de la science. La science, bien que plus accessible, est devenue superficielle et souvent réduite à des ouvrages portatifs. Voltaire, malgré ses efforts, reste peu connu en dehors de sa région. La production de nouveaux livres diminue, rendant l'édition économique risquée. Les arts subsistent grâce à la routine des anciens artisans, mais manquent d'innovation. Le commerce et les manufactures souffrent d'un manque de dynamisme et de passion pour les arts. Le luxe est devenu une occupation sérieuse, et les artistes abandonnent leur talent après avoir travaillé pour autrui. Les politiques visant à introduire le luxe ont échoué, car l'excès de luxe nuit aux arts en réduisant le nombre d'ouvriers et en augmentant les prix des marchandises. La richesse d'un État se mesure par le bon marché des biens nécessaires. Le goût du public est critiqué pour sa superficialité, privilégiant les apparences aux véritables talents. En poésie et en musique, les œuvres classiques sont délaissées au profit de nouveautés souvent moins méritantes. Le véritable goût est souvent sacrifié par la pluralité des avis, et l'inconstance est la cause des changements de goût. Le texte, daté d'avril 1755, souligne la difficulté d'acquérir des talents authentiques face aux modes éphémères. Il évoque les périodes de barbarie succédant à des ères éclairées et insiste sur l'importance de reconnaître et de récompenser les vrais talents pour éviter une nouvelle époque de mauvais goût. De nombreuses personnes découragées possèdent des talents qu'elles négligent en raison de l'incertitude des récompenses. Valoriser les véritables talents pourrait freiner le mauvais goût et encourager chacun à développer ses aptitudes, contribuant ainsi au bien de la patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9786
p. 14-15
LES PROGRÈS DE LA MUSIQUE FRANÇOISE. CANTATILLE.
Début :
Ces italiques chants, torrens impétueux, [...]
Mots clefs :
Progrès, Musique française, Cantate, Sonate
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texteReconnaissance textuelle : LES PROGRÈS DE LA MUSIQUE FRANÇOISE. CANTATILLE.
LES PROGRES
DE LA MUSIQUE FRANÇOISE.
C
CANTA TILLE..
Es italiques chants , torrens impétueux ,
Rentrés au lieu de leur naiffance ,
Reffemblent au Nil orageux ,
Qui fe retire , & laiffe après lui l'abondance.
Déja de nos nouveaux tréfors
Nous fçavons faire un doux ufage ;
Que le fuccès nous encourage
A tenter de plus grands efforts.
Le plaifant même eſt agréable ,
Semé de traits ingénieux ;
AVRIL.
1755. 15
Des Dieux le cercle refpectable ,
De Momus applaudit les jeux.
L'Ariette légere & la vive Cantate ,
Par leur doux badinage ont égayé ces lieux ;
A de fçavans écarts la rapide Sonate
A formé par degré notre oreille & nos yeux ;
Et ce burleſque harmonieux
Dont l'enſemble nous bleffe , & dont le chant
nous flate ,
Sur la fcene autoriſe un vol audacieux.
Confervons ce noble lyrique
Qui fut l'ame de nos accords ;
Mais de la faillie italique
Adoptons les brillans tranſports.
Du nocher qui craint le naufrage ,
Fuyons fur-tout le trifte fort ;,
Il n'ofe quitter le rivage ,
Et l'ennui le conſume au port.
DE LA MUSIQUE FRANÇOISE.
C
CANTA TILLE..
Es italiques chants , torrens impétueux ,
Rentrés au lieu de leur naiffance ,
Reffemblent au Nil orageux ,
Qui fe retire , & laiffe après lui l'abondance.
Déja de nos nouveaux tréfors
Nous fçavons faire un doux ufage ;
Que le fuccès nous encourage
A tenter de plus grands efforts.
Le plaifant même eſt agréable ,
Semé de traits ingénieux ;
AVRIL.
1755. 15
Des Dieux le cercle refpectable ,
De Momus applaudit les jeux.
L'Ariette légere & la vive Cantate ,
Par leur doux badinage ont égayé ces lieux ;
A de fçavans écarts la rapide Sonate
A formé par degré notre oreille & nos yeux ;
Et ce burleſque harmonieux
Dont l'enſemble nous bleffe , & dont le chant
nous flate ,
Sur la fcene autoriſe un vol audacieux.
Confervons ce noble lyrique
Qui fut l'ame de nos accords ;
Mais de la faillie italique
Adoptons les brillans tranſports.
Du nocher qui craint le naufrage ,
Fuyons fur-tout le trifte fort ;,
Il n'ofe quitter le rivage ,
Et l'ennui le conſume au port.
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Résumé : LES PROGRÈS DE LA MUSIQUE FRANÇOISE. CANTATILLE.
En 1755, le texte 'Les Progrès de la Musique Françoise' examine l'évolution de la musique française. Il compare les chants italiens à un fleuve impétueux qui, après s'être retiré, laisse une abondance derrière lui. Les nouvelles créations musicales françaises gagnent en popularité et encouragent à poursuivre les efforts pour atteindre de plus grands succès. Même les plaisanteries musicales sont appréciées lorsqu'elles sont ingénieuses. Le texte décrit divers genres musicaux comme l'ariette légère, la cantate vive, la sonate rapide et l'harmonie burlesque, qui enrichissent l'oreille et l'œil des auditeurs. Il recommande de conserver le lyrique noble, âme des accords, tout en adoptant les transports brillants de la musique italienne. Enfin, il met en garde contre le triste sort de celui qui, par peur du naufrage, préfère rester au port et se consume d'ennui.
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9787
p. 17-22
DIALOGUE. EPICURE, SARDANAPALE.
Début :
SARDANAPALE. J'aurois bien voulu avoir votre connoissance quand je [...]
Mots clefs :
Épicure, Bonheur, Plaisirs, Âme, Jouir, Heureux
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE. EPICURE, SARDANAPALE.
DIALOGUE.
EPICURE , SARDANAPALE.
SARDANA PALE.
'Aurois bien voulu avoir votre conquand
je
> nonriez
enfeigné la route du bonheur ; car
vous avez , m'a- t- on dit , beaucoup philofophé
fur le fouverain bien .
EPICURE.
Il eft vrai que j'ai fait comme font tous
les hommes , j'ai cherché à adoucir ma
condition ; mais votre langage m'étonne ,
vous avez paffé pour l'homme du monde
le plus voluptueux .
SARDANA PALE.
Et j'en étois le plus malheureux . Ayant
tous les moyens pour fixer le plaifir , je
n'ai jamais pû l'arrêter ; quand je voulois
jouir il difparoiffoit , il épuifoit mes defirs
fans les fatisfaire. Vous ne diriez pas
que je me fuis trouvé dans des fituations
où je croyois n'avoir point d'ame . Venus ,
les Graces, tout Cythere auroit paru devant
18 MERCURE DE FRANCE.
moi , fans tirer mon coeur de la langueur
où il étoit plongé.
EPICUR E.
Il eft vrai que fi nous euffions vêcu enfemble
, je vous aurois donné un remede
qui vous auroit tiré de cette eſpèce de léthargie.
SARDANA PAL É.
Quel étoit- il donc ce remede que j'ai
tant cherché ?
EPICUR E.
La tempérance.
SARDANA PALE.
Bon , c'eſt une vraie privation ,
ÉPICURE.
Ce n'eft qu'une fage économie. Vous
vous trompiez ; la jouiffance n'eft pas toujours
ce qui donne le bonheur , ce n'eſt
que la façon dont on jouit. Quand vous
aviez fait un grand dîner , quelque bons
mets qu'on vous eût préfenté, ne vous fentiez-
vous pas du dégoût pour eux , & n'étiez-
vous pas
forcé de vous priver du ſouper?
AVRIL. 1755.
19
SARDANA PALE.
Il eſt vrai.
EPICURE.
Hé bien les fenfations de notre ame
s'émouffent par le grand ufage des plaiſirs,
comme l'appétit fe perd dans un grand repas
bien plus , je croirois que les viciffitudes
& les traverfes , que les humains
regardent comme des maux , font néceffaires
au bonheur , cela réveille les goûts.
L'uniformité eſt la- compagne de l'ennui .
SARDANA PALÉ.
C'est ce que j'ai éprouvé , perfonne n'a
recherché le plaifir avec plus de conſtance
que moi , & perfonne n'a été plus ennuyé.
Croiriez- vous que je ne fuis forti de la vie
que parce que j'en étois dégoûté ? Je ſçai
bien qu'on a attribué la caufe de ma mort
à ma molleffe ; & à la crainte que j'avois
de l'esclavage ; ce que je vous dis eft
pourtant très-vrai.
EPICUR E.
Je veux bien vous croire ; cependant
quand on a vêcu comme vous , on ne fupporte
gueres les infortunes : la plus petite
peine devient un mal confidérable pour les
20 MERCURE DE FRANCE.
gens délicats. J'ai oui dire qu'un habitant
de Sibaris ne put dormir fur un lit de roſes ,
parce qu'une feuille fe trouva pliée ; une
telle délicateffe eft bien incommode .
SARDANA PALE.
Je ne l'ai jamais pouffée auffi loin , je
me fuis contenté de paffer ma vie dans.
la compagnie de mes femmes , à raffiner
fur des amuſemens qui n'ont jamais pu
remplir le vuide de mon ame.
EPICURE .
Je le vois bien , nous nous accordons
tous dans le defir d'être heureux , mais
ce n'eſt que dans le choix des moyens que
nous différons étrangement ; vous cherchiez
le bonheur dans une jouiffance continue
, j'ai connu des gens qui ne le trouvoient
que dans l'efpérance.
SARDANA PALE.
C'eft la mere de l'illufion & de l'erreur.
EPICUR E.
Une erreur agréable plaît toujours . Si
vous vous en étiez tenu aux plaifirs de
l'imagination , vous ne vous plaindriez
point de votre fort ; ce n'eft que pour les
avoir trop approfondis que vous les avez
vû difparoître.
AVRIL.
1755. 21
SARDANA PALE.
tenu Vous ne vous en êtes pourtant pas
aux chimeriques plaifirs de l'imagination ;.
vos difciples d'aujourd'hui me font croire
que vous avez cherché plus de réalité .
EPICURE.
On a abufé de ma doctrine & prostitué
mon nom : les libertins qui s'en décorent ,
fe donnent pour mes diſciples , mais je les
defavoue .
SARDANA PALE.
Mais quel a donc été votre fyftême ?
EPICURE.
Quant à la théorie , j'ai regardé le plaifir
comme une fleur délicate , qu'il në falloit
point cueillir pour jouir plus long- tems
& de fa beauté & de fon odeur.
SARDANA PALE.
Et quant à la pratique ?
EPICUR E.
J'ai cru qu'un jardin agréable à cultiver
, une compagne douce & fidelle , des
amis choifis , des repas gais , affaifonnés
par la frugalité , une étude amufante &
22 MERCURE DE FRANCE.
modérée , devoit rendre l'homme auffi heureux
qu'il pouvoit l'être.
SARDANA PALE.
Je me ferois affez accommodé de votre
fyftême-pratique fi je l'euffe connu ; mais
croyez -vous qu'il ait pû ainfi accommoder
tout le monde ? le bonheur n'eft point un
être de raifon , le fentiment doit le produire
, il eft fait pour le goûter , & chaque
perfonne a fa façon de fentir particuliere.
J'ai oui dire à des morts de bon
fens , qu'on n'étoit jamais moins heureux
que quand on en étoit réduit aux ſyſtêmes
; je peux fervir d'exemple à cette judicieufe
remarque.
EPICURE,
Vous parlez en homme d'expérience ;
je n'ai rien à vous répondre ; mais je croirois
pourtant toujours qu'on peut prévenir
le dégoût ; que fans s'exciter à jouir d'un
plaifir qu'on ne fent pas , on peut fe mettre
dans une difpofition propre à le recevoir
; le refte eft l'ouvrage du tempérament
& des circonftances.
G. N. De Bord.
EPICURE , SARDANAPALE.
SARDANA PALE.
'Aurois bien voulu avoir votre conquand
je
> nonriez
enfeigné la route du bonheur ; car
vous avez , m'a- t- on dit , beaucoup philofophé
fur le fouverain bien .
EPICURE.
Il eft vrai que j'ai fait comme font tous
les hommes , j'ai cherché à adoucir ma
condition ; mais votre langage m'étonne ,
vous avez paffé pour l'homme du monde
le plus voluptueux .
SARDANA PALE.
Et j'en étois le plus malheureux . Ayant
tous les moyens pour fixer le plaifir , je
n'ai jamais pû l'arrêter ; quand je voulois
jouir il difparoiffoit , il épuifoit mes defirs
fans les fatisfaire. Vous ne diriez pas
que je me fuis trouvé dans des fituations
où je croyois n'avoir point d'ame . Venus ,
les Graces, tout Cythere auroit paru devant
18 MERCURE DE FRANCE.
moi , fans tirer mon coeur de la langueur
où il étoit plongé.
EPICUR E.
Il eft vrai que fi nous euffions vêcu enfemble
, je vous aurois donné un remede
qui vous auroit tiré de cette eſpèce de léthargie.
SARDANA PAL É.
Quel étoit- il donc ce remede que j'ai
tant cherché ?
EPICUR E.
La tempérance.
SARDANA PALE.
Bon , c'eſt une vraie privation ,
ÉPICURE.
Ce n'eft qu'une fage économie. Vous
vous trompiez ; la jouiffance n'eft pas toujours
ce qui donne le bonheur , ce n'eſt
que la façon dont on jouit. Quand vous
aviez fait un grand dîner , quelque bons
mets qu'on vous eût préfenté, ne vous fentiez-
vous pas du dégoût pour eux , & n'étiez-
vous pas
forcé de vous priver du ſouper?
AVRIL. 1755.
19
SARDANA PALE.
Il eſt vrai.
EPICURE.
Hé bien les fenfations de notre ame
s'émouffent par le grand ufage des plaiſirs,
comme l'appétit fe perd dans un grand repas
bien plus , je croirois que les viciffitudes
& les traverfes , que les humains
regardent comme des maux , font néceffaires
au bonheur , cela réveille les goûts.
L'uniformité eſt la- compagne de l'ennui .
SARDANA PALÉ.
C'est ce que j'ai éprouvé , perfonne n'a
recherché le plaifir avec plus de conſtance
que moi , & perfonne n'a été plus ennuyé.
Croiriez- vous que je ne fuis forti de la vie
que parce que j'en étois dégoûté ? Je ſçai
bien qu'on a attribué la caufe de ma mort
à ma molleffe ; & à la crainte que j'avois
de l'esclavage ; ce que je vous dis eft
pourtant très-vrai.
EPICUR E.
Je veux bien vous croire ; cependant
quand on a vêcu comme vous , on ne fupporte
gueres les infortunes : la plus petite
peine devient un mal confidérable pour les
20 MERCURE DE FRANCE.
gens délicats. J'ai oui dire qu'un habitant
de Sibaris ne put dormir fur un lit de roſes ,
parce qu'une feuille fe trouva pliée ; une
telle délicateffe eft bien incommode .
SARDANA PALE.
Je ne l'ai jamais pouffée auffi loin , je
me fuis contenté de paffer ma vie dans.
la compagnie de mes femmes , à raffiner
fur des amuſemens qui n'ont jamais pu
remplir le vuide de mon ame.
EPICURE .
Je le vois bien , nous nous accordons
tous dans le defir d'être heureux , mais
ce n'eſt que dans le choix des moyens que
nous différons étrangement ; vous cherchiez
le bonheur dans une jouiffance continue
, j'ai connu des gens qui ne le trouvoient
que dans l'efpérance.
SARDANA PALE.
C'eft la mere de l'illufion & de l'erreur.
EPICUR E.
Une erreur agréable plaît toujours . Si
vous vous en étiez tenu aux plaifirs de
l'imagination , vous ne vous plaindriez
point de votre fort ; ce n'eft que pour les
avoir trop approfondis que vous les avez
vû difparoître.
AVRIL.
1755. 21
SARDANA PALE.
tenu Vous ne vous en êtes pourtant pas
aux chimeriques plaifirs de l'imagination ;.
vos difciples d'aujourd'hui me font croire
que vous avez cherché plus de réalité .
EPICURE.
On a abufé de ma doctrine & prostitué
mon nom : les libertins qui s'en décorent ,
fe donnent pour mes diſciples , mais je les
defavoue .
SARDANA PALE.
Mais quel a donc été votre fyftême ?
EPICURE.
Quant à la théorie , j'ai regardé le plaifir
comme une fleur délicate , qu'il në falloit
point cueillir pour jouir plus long- tems
& de fa beauté & de fon odeur.
SARDANA PALE.
Et quant à la pratique ?
EPICUR E.
J'ai cru qu'un jardin agréable à cultiver
, une compagne douce & fidelle , des
amis choifis , des repas gais , affaifonnés
par la frugalité , une étude amufante &
22 MERCURE DE FRANCE.
modérée , devoit rendre l'homme auffi heureux
qu'il pouvoit l'être.
SARDANA PALE.
Je me ferois affez accommodé de votre
fyftême-pratique fi je l'euffe connu ; mais
croyez -vous qu'il ait pû ainfi accommoder
tout le monde ? le bonheur n'eft point un
être de raifon , le fentiment doit le produire
, il eft fait pour le goûter , & chaque
perfonne a fa façon de fentir particuliere.
J'ai oui dire à des morts de bon
fens , qu'on n'étoit jamais moins heureux
que quand on en étoit réduit aux ſyſtêmes
; je peux fervir d'exemple à cette judicieufe
remarque.
EPICURE,
Vous parlez en homme d'expérience ;
je n'ai rien à vous répondre ; mais je croirois
pourtant toujours qu'on peut prévenir
le dégoût ; que fans s'exciter à jouir d'un
plaifir qu'on ne fent pas , on peut fe mettre
dans une difpofition propre à le recevoir
; le refte eft l'ouvrage du tempérament
& des circonftances.
G. N. De Bord.
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Résumé : DIALOGUE. EPICURE, SARDANAPALE.
Le dialogue oppose Sardanapale, connu pour sa quête incessante de plaisirs, et Épicure, philosophe du bonheur. Sardanapale exprime son malheur malgré ses plaisirs excessifs, car il n'a jamais pu les fixer. Épicure lui propose la tempérance comme remède, expliquant que la jouissance excessive émousse les sens. Sardanapale reconnaît avoir éprouvé l'ennui malgré ses recherches constantes du plaisir. Épicure souligne que les vicissitudes et les traverses sont nécessaires au bonheur, contrairement à l'uniformité qui engendre l'ennui. Sardanapale confesse avoir été dégoûté de la vie, contrairement aux rumeurs attribuant sa mort à la mollesse et à la crainte de l'esclavage. Épicure note que les gens délicats supportent mal les infortunes. Sardanapale décrit sa vie passée dans la compagnie de ses femmes et des amusements vains. Épicure distingue les moyens de rechercher le bonheur, lui préférant une vie simple et modérée. Sardanapale doute que cette doctrine puisse convenir à tous, affirmant que le bonheur est subjectif. Épicure conclut en suggérant que l'on peut prévenir le dégoût en se mettant dans une disposition propice à recevoir le plaisir.
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9788
p. 23-27
EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
Début :
Damon, le parti que j'ai pris [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Aimer, Lieutenant général de l'artillerie
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
EPITRE
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
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Résumé : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
L'épître est adressée à M. de Saint-Auban, lieutenant-général de l'artillerie. Damon, l'auteur, justifie son choix de retraite loin de Paris, privilégiant la tranquillité de la campagne. Il apprécie les plaisirs de chaque âge mais voit l'amour comme un danger. Damon vit heureux dans sa retraite, partageant son temps entre l'étude et la raison. Il évite les systèmes compliqués et recherche dans ses lectures du beau, du clair et du solide. Damon se décrit comme un lecteur et un poète, alternant entre des études sérieuses et des moments de légèreté poétique. Il écrit des élégies et des églogues sans se soucier du jugement des critiques, jugeant lui-même ses vers et les conservant sans chercher de reconnaissance. Damon conclut en affirmant qu'il profite de ses loisirs en riant, buvant et se promenant, trouvant ses plus doux plaisirs dans l'hypocrisie. Il souhaite se faire aimer de son destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9789
p. 27-30
ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
Début :
Aux destins d'ici bas si ton coeur s'intéresse, [...]
Mots clefs :
Mort de Montesquieu, Montesquieu, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
ODE
SUR LA MORT
DE M. DE MONTESQUIEU,
Aux deftins d'ici bas fiton coeur s'intéreffe ,
Ux
S'il eft encor fenfible à d'illuftres malheurs :
Rouffeau , du haut des cieux viens fervir ma trif
teffe ,
Et feconder mes pleurs.
Ce n'eft point un guerrier mort au ſein du carnage
,
Ce n'eft point un grand Roi fous fon trône abbattu
: Bij
•
28 MERCURE DE FRANCE,
Le héros que je pleure eft un citoyen fage
Mort avec fa vertu .
Montefquieu n'eft plus. D'une trop belle vie ,
Votre main , Dieux jaloux , a terminé le cours ;
Immortel comme vous , fi l'éclat du génie
Eternifoit les jours.
En vain dans les fentiers d'un ténébreux Dédale ,
De la raifon fragile il dirigea les pas ;
Son efprit lumineux , de la loi générale
Ne le garantit pas.
C'eft lui , qui du flambeau de la vérité pure ,
Eclairant fûrement nos efprits & nos coeurs
Sçut apprécier l'homme , & charger la nature
De les propres erreurs .
Philofophe fans fafte , à l'humaine foiblefle
Son front n'oppofa point un ftoïque mépris ,
Et nouvel Ariſtipe , il trouva la ſageſfe
Dans les jeux & les ris .
Mais , quel art ingénu ! quel heureux badinage !
Quand du pinceau d'Afie empruntant les couleurs
,
Il fe plaît à tracer d'une main libre & ſage ,
Le tableau de nos moeurs ?
Tantôt , charmant Rica , fur nos erreurs légeres
Il verfe en fejouant un fel ingénieux ;
11
AVRIL. 29 1755 .
Tantôt , fublime Ufbek , il perce les mysteres
De la terre & des cieux.
Au pied du Capitole a- t -il pris la naiſſance ›
Ce juge fouverain , qui du peuple de Mars
Interroge la cendre , & met dans la balance
La gloire des Céfars.
L'immenfe antiquité n'a point de traits célébres
Qui ne femblent renaître en fes doctes difcours ;
Son efprit créateur fait fortir des ténébres.
• L'éclat des plus beaux jours.
Ami de l'univers , ce fagê politique
Fut toujours l'orateur de la fociété ,
Et bláma fortement toute loi tyrannique
Contre l'humanité .
Sa main marqua les' noeuds d'une chaîne durable ,
Entre le fier monarque & le peuple jaloux ,
Et plaça dans nos coeurs le lien refpectable
Qui nous enchaîne tous.
Tel que l'oifeau facré , miniftre du tonnerre
Parcourt en fon effor cent climats différens :
Tel dans fon vol hardi , cet aigle de la terre
Embraffe tous les tems.
Maintenant , trifte objet des larmes de la France ,
S'il eſt encor des rangs dans l'éternel repos ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Daignes nous dire au moins quelle eft la récompenfe
De tes rares travaux .
Sous des berceaux jonchés de myrtes & de roſes
,
Vas-tu joindre tes pas
à ceux d'Anacréon ?
Et traitant librement du principe des chofes ,
Entretenir Platon ?
Au feul bruit de ton nom , l'école du Portique ,
Au-devant de tes pas s'empreffe avec reſpect ;
L'Elifée applaudit , & le héros d'Utique
Se taît à ton afpect.
Déja pour mériter l'honneur de ton fuffrage
Lycurgue a de fon front banni l'auſtérité :
E préfente à tes yeux, fous un pur affemblage ,
L'homme & l'humanité.
SUR LA MORT
DE M. DE MONTESQUIEU,
Aux deftins d'ici bas fiton coeur s'intéreffe ,
Ux
S'il eft encor fenfible à d'illuftres malheurs :
Rouffeau , du haut des cieux viens fervir ma trif
teffe ,
Et feconder mes pleurs.
Ce n'eft point un guerrier mort au ſein du carnage
,
Ce n'eft point un grand Roi fous fon trône abbattu
: Bij
•
28 MERCURE DE FRANCE,
Le héros que je pleure eft un citoyen fage
Mort avec fa vertu .
Montefquieu n'eft plus. D'une trop belle vie ,
Votre main , Dieux jaloux , a terminé le cours ;
Immortel comme vous , fi l'éclat du génie
Eternifoit les jours.
En vain dans les fentiers d'un ténébreux Dédale ,
De la raifon fragile il dirigea les pas ;
Son efprit lumineux , de la loi générale
Ne le garantit pas.
C'eft lui , qui du flambeau de la vérité pure ,
Eclairant fûrement nos efprits & nos coeurs
Sçut apprécier l'homme , & charger la nature
De les propres erreurs .
Philofophe fans fafte , à l'humaine foiblefle
Son front n'oppofa point un ftoïque mépris ,
Et nouvel Ariſtipe , il trouva la ſageſfe
Dans les jeux & les ris .
Mais , quel art ingénu ! quel heureux badinage !
Quand du pinceau d'Afie empruntant les couleurs
,
Il fe plaît à tracer d'une main libre & ſage ,
Le tableau de nos moeurs ?
Tantôt , charmant Rica , fur nos erreurs légeres
Il verfe en fejouant un fel ingénieux ;
11
AVRIL. 29 1755 .
Tantôt , fublime Ufbek , il perce les mysteres
De la terre & des cieux.
Au pied du Capitole a- t -il pris la naiſſance ›
Ce juge fouverain , qui du peuple de Mars
Interroge la cendre , & met dans la balance
La gloire des Céfars.
L'immenfe antiquité n'a point de traits célébres
Qui ne femblent renaître en fes doctes difcours ;
Son efprit créateur fait fortir des ténébres.
• L'éclat des plus beaux jours.
Ami de l'univers , ce fagê politique
Fut toujours l'orateur de la fociété ,
Et bláma fortement toute loi tyrannique
Contre l'humanité .
Sa main marqua les' noeuds d'une chaîne durable ,
Entre le fier monarque & le peuple jaloux ,
Et plaça dans nos coeurs le lien refpectable
Qui nous enchaîne tous.
Tel que l'oifeau facré , miniftre du tonnerre
Parcourt en fon effor cent climats différens :
Tel dans fon vol hardi , cet aigle de la terre
Embraffe tous les tems.
Maintenant , trifte objet des larmes de la France ,
S'il eſt encor des rangs dans l'éternel repos ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Daignes nous dire au moins quelle eft la récompenfe
De tes rares travaux .
Sous des berceaux jonchés de myrtes & de roſes
,
Vas-tu joindre tes pas
à ceux d'Anacréon ?
Et traitant librement du principe des chofes ,
Entretenir Platon ?
Au feul bruit de ton nom , l'école du Portique ,
Au-devant de tes pas s'empreffe avec reſpect ;
L'Elifée applaudit , & le héros d'Utique
Se taît à ton afpect.
Déja pour mériter l'honneur de ton fuffrage
Lycurgue a de fon front banni l'auſtérité :
E préfente à tes yeux, fous un pur affemblage ,
L'homme & l'humanité.
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Résumé : ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
L'ode rend hommage à Montesquieu, récemment décédé. L'auteur exprime sa tristesse et appelle Rousseau à partager sa douleur. Montesquieu, décrit comme un sage citoyen, est mort avec ses vertus. Les dieux ont mis fin à sa vie trop belle et brillante. Malgré son génie, il n'a pas échappé à la mort. Il a éclairé les esprits et les cœurs avec la vérité, appréciant l'homme et révélant les erreurs de la nature. Philosophe sans faste, il a trouvé la sagesse dans les jeux et les rires. Son œuvre, comme les 'Lettres persanes' et 'L'Esprit des lois', a exploré les mœurs humaines et les mystères de l'univers. Montesquieu a été un juge souverain, un politique sage, et un ami de l'univers, blâmant les lois tyranniques. Il a lié le monarque et le peuple par un lien respectueux. Son esprit créateur a illuminé l'antiquité et embrassé tous les temps. L'auteur se demande quelle est la récompense des travaux de Montesquieu dans l'au-delà, imaginant qu'il pourrait se joindre à Anacréon ou entretenir Platon. Les philosophes grecs, comme Lycurgue et le stoïcien de Utique, respectent Montesquieu et présentent l'homme et l'humanité sous leur meilleur jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9790
p. 45-46
EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
Début :
Philosophe éloquent, dont les nouveaux écrits [...]
Mots clefs :
Maître d'hôtel, Duc d'Orléans, Humanité, Coeur, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
EPITRE
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
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Résumé : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
L'épître est adressée à M. de Chateaubrun, Maître-d'Hôtel du Duc d'Orléans. Le texte loue Chateaubrun pour ses écrits philosophiques et ses talents dramatiques, comparés à ceux de Sophocle et Corneille. Il souligne la modestie de Chateaubrun, qui a évité la renommée pendant quarante ans, et admire sa capacité à mériter et à dédaigner le sceptre du théâtre. Chateaubrun est félicité pour avoir peint la nature avec authenticité, inspirée par l'humanité. Ses vers sont décrits comme ayant un charme et des attraits capables de susciter la pitié et de conserver leur empire sur les cœurs. Le texte met en avant les hautes leçons et la vérité de ses œuvres, ainsi que sa capacité à rapprocher les grandeurs suprêmes de l'humanité. Enfin, il reconnaît que Chateaubrun prend pour modèle un grand prince. L'épître est datée du 4 mars 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9791
p. 49
ENIGME.
Début :
Fils de l'amour & de l'adversité, [...]
Mots clefs :
Soupir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
FILs de l'amour & de l'adverfité ,
Ma mort fuit de près ma naiffance ,
Quelquefois impofteur , fous un air emprunté ,
De la naïve vérité
Je fçais prendre la reffemblance.
On m'entend exprimer en profe ainfi qu'en vers.
Je réuffis fur -tout dans le ftyle tragique ,
Et quoique muet en musique ,
Je fuis l'ame des beaux concerts.
FILs de l'amour & de l'adverfité ,
Ma mort fuit de près ma naiffance ,
Quelquefois impofteur , fous un air emprunté ,
De la naïve vérité
Je fçais prendre la reffemblance.
On m'entend exprimer en profe ainfi qu'en vers.
Je réuffis fur -tout dans le ftyle tragique ,
Et quoique muet en musique ,
Je fuis l'ame des beaux concerts.
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9792
p. 49-50
LOGOGRYPHE. PAR P. L. F. PHILAGATHE, de Dunkerque.
Début :
Neuf membres réunis forment mon existence : [...]
Mots clefs :
Parchemin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. PAR P. L. F. PHILAGATHE, de Dunkerque.
LOGOGRYPHE.
PAR P. L. F. PHILAGATHE ,
de Dunkerque.
Neuf membres, réunis forment mon exiftence
:
Combine-les bien , cher Lecteur ,
Tu trouveras d'abord titre d'honneur en France ,
Ce que doit bien fçavoir tout voyageur ;
Un animal que l'on n'eftime gueres ;
Le fils infortuné d'un trop habile pere ,
Qui périt pour avoir négligé fes avis .
Deux notes de mufique ; aliment néceffaire
C
so MERCURE DE FRANCE.
Aux peuples comme aux rois , aux grands comme
aux petits ;
L'un des bienfaits que l'abeille nous donne,
Et ce qui fert à la couronne
De la Déeffe des moiffons.
Un élément , un Pape , deux poiffons ;
Certain canton en Italie ;
Empire fameux en Aſie.
4, 3 , 8 , je t'offre un figne de douleur ,
I 8 & 6 , oifeau babillard & voleur ; >
4 , I 8 ,
6 le
' " ,
royaume ou bien l'ifle
Où Vénus fit jadis choix de fon domicile.
Cherche encor avec foin , tu dois trouver en moi
Des Troyens le malheureux Roi ;
Un Poëte François , fameux dans le tragique ;
Nom de Prince jadis puiſſant en Amérique ;
Un coquillage , un péché déteſté ;
Le temple de la vérité .
Du corps une partie , une armure ſauvage ,
Chez nos peres jadis pourtant fort en ufage ;
Inftrument utile au marin , A
Que doit craindre tout libertin ...
J'en dirois encor davantage ,
Mais il eft tems de finir mon ouvrage.
Ami Lecteur , veux- tu me découvrir ?
Chez un Notaire il faudra me faifir.
A Dunkerque , le 4 Janvier 1755
PAR P. L. F. PHILAGATHE ,
de Dunkerque.
Neuf membres, réunis forment mon exiftence
:
Combine-les bien , cher Lecteur ,
Tu trouveras d'abord titre d'honneur en France ,
Ce que doit bien fçavoir tout voyageur ;
Un animal que l'on n'eftime gueres ;
Le fils infortuné d'un trop habile pere ,
Qui périt pour avoir négligé fes avis .
Deux notes de mufique ; aliment néceffaire
C
so MERCURE DE FRANCE.
Aux peuples comme aux rois , aux grands comme
aux petits ;
L'un des bienfaits que l'abeille nous donne,
Et ce qui fert à la couronne
De la Déeffe des moiffons.
Un élément , un Pape , deux poiffons ;
Certain canton en Italie ;
Empire fameux en Aſie.
4, 3 , 8 , je t'offre un figne de douleur ,
I 8 & 6 , oifeau babillard & voleur ; >
4 , I 8 ,
6 le
' " ,
royaume ou bien l'ifle
Où Vénus fit jadis choix de fon domicile.
Cherche encor avec foin , tu dois trouver en moi
Des Troyens le malheureux Roi ;
Un Poëte François , fameux dans le tragique ;
Nom de Prince jadis puiſſant en Amérique ;
Un coquillage , un péché déteſté ;
Le temple de la vérité .
Du corps une partie , une armure ſauvage ,
Chez nos peres jadis pourtant fort en ufage ;
Inftrument utile au marin , A
Que doit craindre tout libertin ...
J'en dirois encor davantage ,
Mais il eft tems de finir mon ouvrage.
Ami Lecteur , veux- tu me découvrir ?
Chez un Notaire il faudra me faifir.
A Dunkerque , le 4 Janvier 1755
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9793
p. 51
ENIGME.
Début :
Dans le monde je suis tellement nécessaire, [...]
Mots clefs :
Lettre M
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Dans le monde je fuis tellement néceſſaire ,
Qu'une fille fans moi ne peut devenir mere.
A ce trait , cher Lecteur , ne vas pas penfer mal.
Je forme l'homme & même l'animal ,
Et quelle que foit la nature ,
Tout membre me doit ſa ſtructure ;
Je plais au fexe feminin ,
Sur- tout lorfque j'entre en ménage .
Bref , je fers dans le mariage
Et j'aide à foutenir par- tout le genre humain.
Du Château de Marvies
en Champagne.
Cij
Dans le monde je fuis tellement néceſſaire ,
Qu'une fille fans moi ne peut devenir mere.
A ce trait , cher Lecteur , ne vas pas penfer mal.
Je forme l'homme & même l'animal ,
Et quelle que foit la nature ,
Tout membre me doit ſa ſtructure ;
Je plais au fexe feminin ,
Sur- tout lorfque j'entre en ménage .
Bref , je fers dans le mariage
Et j'aide à foutenir par- tout le genre humain.
Du Château de Marvies
en Champagne.
Cij
Fermer
9794
p. 54
CHANSON.
Début :
Ah ! c'est tout de bon ; [...]
Mots clefs :
Jambon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
mod 36 dired tas
A Heft tout de bon ;
J'apperçois un jambon , ————
Dont la couleur, vermeille
Affortit à merveille
Au jus de mon flacon.
Amis , que vous en fembles
Ne les féparons plus ;
olliame
Au fond de nos gofiers goulus
Marions-les enfemble.
mod 36 dired tas
A Heft tout de bon ;
J'apperçois un jambon , ————
Dont la couleur, vermeille
Affortit à merveille
Au jus de mon flacon.
Amis , que vous en fembles
Ne les féparons plus ;
olliame
Au fond de nos gofiers goulus
Marions-les enfemble.
Fermer
9795
p. 55-64
« HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...] »
Début :
HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...]
Mots clefs :
Géomètres, Cercle, Quadrature, Géométrie, Découvertes, Figure, Exactitude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...] »
H
ISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA
QUADRATURE DU CERCLE > ouvrage
propre à inftruire des découvertes réelles
fur ce problême célébre , &c. A Paris ,
chez Jombert. 1755.
Il fuffit qu'une queſtion ait de la célébrité
dans une fcience , pour la voir auffitôt
exciter les efforts de ceux qui font les
moins capables de la réfoudre. La quadrature
du cercle , la tranfmutation des
métaux , le mouvement perpétuel , le problême
des longitudes nous en fourniffent
journellement des exemples. Pour un Chymifte
habile que l'efpérance de parvenir
au grand oeuvre a entraîné dans cette recherche
,
, que de gens épuiſent encore leur
fortune & leur fanté à combiner des minéraux
, fans fçavoir la différence dun acide
& d'un alkali ! combien de perfonnes recherchent
les longitudes ou le mouvement
perpétuel , qui ignorent les loix les plus
fimples de la méchanique , les procédés
les plus ordinaires de l'aftronomie & de la
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
navigation ! Mais c'eft fur- tout à l'occafion
de la quadrature du cercle que cette remarque
fe vérifie ; rien n'eft plus ordinaire aujourd'hui
, & rien ne l'a plus été dans tous
les tems que de voir ce problême tenté par
des perfonnes peu verfées dans la Géométrie,
ordinairement même fi étrangeres dans
cette fcience , qu'elles font obligées , par
un retour modefte fur elles - mêmes , de regarder
leur découverte comme une révélation
fpéciale dont la divinité les a favorifées.
Nous fommes cependant fort éloignés
de mettre le problême de la quadrature du
cercle dans le même rang que le mouvement
perpétuel & la pierre philofophale :
ces deux dernieres recherches ne peuvent
Occuper que des gens qui n'ont pas affez
de connoiffances pour voir le chimérique
de leur objet. La quadrature du cercle eft
un problême raisonnable , & qui devoit
naturellement occuper les Géometres. En
effet , l'objet de la Géométrie eft de mefurer
les différentes efpéces d'étendues ou
de figures : quand on dit mefurer , cela doit
s'entendre avec cette précifion qui eft la vérité
même , & par des voies telles que celles
que la Géométrie fe permet , c'est- à - dire
fans tâtonnement , fans méchanifme , &
d'une maniere démonftrative. La quadraAVRIL.
1755. 57
ture du cercle eft la mefure exacte de la
furface renfermée dans cette courbe fi fimple
, & néanmoins fi rebelle à la Geométrie
: on l'appelle la quadrature , parce que
la coutume étant dans toutes les mesures de
rappeller la grandeur mefurée à la figure la
plus fimple, les Géometres ont pris le quarré
pour celle à laquelle ils rappelleroient toutes
les étendues fuperficielles. Ainfi la quadrature
, la meſure d'une furface d'une
figure , font des termes tout-à-fait fynonimes
en Géométrie : de là l'on voit que c'eft
n'avoir aucune idée da problême ni de la
Géométrie , que de donner à ces termes
de la quadrature du cercle le fens qu'y
attache le vulgaire , en s'imaginant qu'il
s'agit de faire un cercle quarré.
De tout tems d'habiles Géometres ont
fait des efforts ou pour mefurer le cercle
avec toute l'exactitude poffible , ou
pour approcher de plus en plus de fa mefure
précife ; & leurs travaux ont fucceffivement
enrichi la Géométrie de belles découvertes
de tout tems auffi des pygmées
en Géométrie ont annoncé avec emphaſe
la découverte de la quadrature du cercle ,
& ont excité la rifée des Géometres intelligens.
Je dois remarquer que les premiers
ontrarement crû avoir touché le but , qu'ils
fe font prefque jamais mépris au point
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
de penfer qu'ils euffent trouvé la folution
parfaite du problème. On peut échouet
fans honte à la recherche d'une queſtion
géométrique , mais on ne peut fans honte
donner des paralogifmes pour de légitimes
démonftrations.
L'objet que s'eft propofé l'auteur de
l'hiftoire que nous annonçons , n'a pas
été de tirer de la pouffiere les méprifables
tentatives que la quadrature du cercle a
excitées ; des paralogifmes qui n'en ont
jamais impofé qu'à leurs auteurs , des prétentions
d'une abfurdité palpable , méritoient
trop peu d'occuper la plume d'un
hiftorien raifonnable. L'auteur a judicieufement
penſé ne devoir préfenter que les
découvertes réelles dont ce problême a été
l'occafion il n'a cependant pas entierement
négligé de faire connoître quelquesuns
de ceux qui ont acquis une malheureufe
célébrité par leurs mauvais raifonnemens
& leur obftination à youloir les faire
adopter. Nous allons donner à préfent une
idée un peu détaillée de ce que contient
cet ouvrage .
Après une préface où l'auteur expofe
quel a été fon objet , quelle utilité peut
réfulter de fon travail , & qui contient
plufieurs chofes inftructives concernant
la quadrature du cercle , & ceux qui s'obfAVRIL.
1755. 59
tinent à la chercher , il entre en matiere .
Le premier chapitre eft occupé à donner
une idée claire de la nature du problême ,
des moyens que la Géométrie permet d'employer
pour le réfoudre ; on y explique les
diverfes manieres de l'envifager , & furtout
l'utilité qu'on doit lui affigner . Nous
ne pouvons nous difpenfer de remarquer
avec l'auteur , que c'est une erreur , & une
erreur qui ne peut être accréditée qu'auprès
de gens entierement deftitués des notions
de la Géométrie & de l'Aftronomie' , que de
penfer que le problême des longitudes dépend
de celui de la quadrature du cercle :
c'en eft encore une que de croire qu'il y
ait des récompenfes à efpérer pour celui
qui réfoudra ce dernier problême. On convient
que la théorie de la Géométrie y gagneroit
une vérité nouvelle , quoique
peut-être fort stérile , mais la pratique
n'en recevroit aucun avantage : car les Géometres
ont des moyens affez fimples d'approcher
de la grandeur du cercle , jufqu'à
une telle exactitude qu'elle furpaffe de
beaucoup nos befoins. Il leur eft facile
d'affigner un nombre qui ne s'écarteroit
que d'un pied , ou d'un pouce , d'une ligne
; que dis- je ! de l'épaiffeur d'un chede
la véritable grandeur d'un cercle
, dont le demi-diametre feroit celui de
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
la terre , & même d'un autre incomparablement
plus grand.
Après ces préliminaires , l'auteur fait l'hiftoire
de ce problême chez les anciens : c'eft
l'objet du fecond chapitre. Cette queftion ',
dit-il , a dû être prefque auffi ancienne
que la Géométrie ; car les premiers Géometres
s'éleverent bientôt au- delà des confidérations
élémentaires des figures rectilignes
, & après ces figures le cercle eft
celle qui fe préfente la prémiere. Auffi
Anaxagore s'en occupa-t- il dans fa prifon ,
& prefque dès le tems de ce Philofophe la
quadrature du cercle étoit devenue célebre
jufques auprès du vulgaire . Nous rencontrons
ici un trait curieux , c'eft qu'Ariftophane
joua les Géométres au fujet de la
quadrature du cercle , dans la perfonne du
célebre Meton , l'inventeur du cycle lunaire.
Ce Poëte l'introduit fur la fcene dans
fa comédie des Oiseaux , & lui fait tenir
des propos impertinens fur la Géométrie
& fur l'Aftronomie. Voulez- vous , dit Meton
à l'autre interlocuteur , qui lui demande
qui il eft & à quoi il eft bon ; voulezvous
, dit - il , que la regle & l'équerre en
main , je vous quare le cercle ? Ce trait peut
encore avoir rapport à la folie fimulée ,
par laquelle un autre Ecrivain nous apprend
que ce Mathématicien fçut s'exempAVRIL.
1755. 61
ter d'aller à la guerre de Sicile .
>
Ces plaifanteries d'Ariftophane n'empêcherent
cependant pas les Géométres , ou
contemporains , ou fucceffeurs de Meton ,
de continuer à s'intéreffer au problême de la
quadrature du cercle . Hippocrate le tenta ,
& en donna même une faufle folution
mais l'auteur de cet ouvrage le juftifie.
Quoiqu'ilen foit, les travaux d'Hippocrate
fur ce fujet font devenus recommendables
chez la postérité géometre par la découverte
incidente de fes lunulles abfolument quarrables.
On appelle ainfi une portion du cercle
en forme de croiffant dont on démontre
très-bien l'égalité avec une figure rectiligne
, quoique le moyen de quarrer le
cercle ait éludé jufqu'ici tous les efforts
de la Géométrie . Plufieurs Géometres modernes
ont amplifié cette invention d'Hippocrate
, ce qu'on trouve fommairement
expliqué dans une note.
Lorfque les Géometres ne peuvent par
venir à la dimenſion préciſe d'une figure
ils fe bornent à en approcher de plus en
plus près. Archimede recourut à cette
voie , & donna , comme tout le monde
fçait , le rapport de fept à vingt - deux
pour la raifon approchée du diametre à la
circonférence. On remarque ici quelques
fineſſes particulieres dans le calcul d'Ar62
MERCURE DE FRANCE.
chimede , & l'on cite quelques anciens
qui avoient laborieufement encheri fur fon
exactitude. Ce chapitre eft terminé par
quelques réflexions fur les courbes qui
dépendent de la quadrature du cercle ; on
démontre que c'eft en vain qu'on cherchera
par leur moyen la folution de ce problême
.
Le troifieme chapitre eſt deſtiné à faire
connoître les découvertes faites fur la mefure
du cercle , depuis la renaiffance des
fciences en Europe jufques à l'invention
des nouveaux calculs. On voit ici fucceffivement
les approximations de Metius
de Viete , d'Adrianus Romanus , de Ludolph
, les inventions de Snellius & d'Huygens
pour en diminuer le travail , la quadrature
prétendue de Gregoire de Saint-
Vincent , à qui l'on donne une place diftinguée
de celle des autres qui fe font
trompés fur ce fujet , la querelle qu'elle
excita , celle qui s'éleva bientôt après entre
Gregori & M. Huygens fur une démonftration
que le premier propofa pour
établir l'impoffibilité de la quadrature du
cercle , &c.
Le quatrieme paroîtra fans doute trèsintéreffant
aux Géometres , car il contient
les travaux de ceux qui ont employé les
nouvelles méthodes pour parvenir à la foAVRIL.
1755. 63
lution du problême : c'eft même à l'occafion
de cette recherche que plufieurs de
çes méthodes nouvelles ont été imaginées.
L'auteur fait à cette occafion l'hiftoire de
la naiffance du calcul intégral ; on y voit
comment Wallis , le premier , trouva une
fuite infinie de nombres pour exprimer la
grandeur du cercle , que Milord Brouncker
défigna d'une autre façon particuliere ;
mais ceci ne regardoit encore que le cercle
entier , Wallis ne put en faire autant à l'égard
de fes parties quelconques , dont la
mefure eft néceffaire pour la folution parfaite
du problême ; & ce fut en cherchant
à furmonter cet obftacle que le grand Newton
, jeune encore , & depuis peu initié
dans la Géométrie , trouva la théorie des
fuites infinies , le calcul appellé intégral
parmi nous , & plufieurs autres méthodes.
On trouvera ici expofé avec beaucoup de
foin & de clarté les divers dégrés par lefquels
les différentes inventions fe font
développées , & celles qui les ont fuivies ;
ces chofes & une foule d'autres également
intéreffantes , du moins pour les Géometres
, ne font gueres fufceptibles d'extrait ,
ou conviendroient peu à un ouvrage périodique
de la nature de celui- ci ; c'eft pourquoi
nous nous bornons à les avoir indiquées.
64 MERCURE DE FRANCE .
C'auroit été omettre une partie remarquable
de l'hiſtoire de la quadrature du cercle
, que de fupprimer entierement celle de
divers Géometres ou prétendus Géometres,
qui fe font fingularifés par leurs erreurs ou
leurs prétentions abfurdes fur ce fujet . On
en palle en revûe quelques- uns , je dis avec
l'auteur , quelques - uns , car cette matiere
feule fourniroit celle d'un gros volume.
Nous devons approuver fa délicateſſe à ne
pas s'étendre beaucoup fur des objets trop
peu dignes en effet d'occuper les loisirs d'un
Ecrivain fenfé , & trop peu capables d'amufer
les lecteurs raifonnables.L'ouvrage enfin
eft terminé par un dernier chapitre , où l'on
traite hiftoriquement deux autres problêmes
prefque auffi célebres que celui de la
quadrature du cercle , & qui ont été l'occafion
d'autant de méprifes ridicules ou
deshonorantes pour leurs auteurs : ce font
ceux de la trifection de l'angle & de la
duplication du cube. Ce dernier fujet nous
a paru traité avec le même foin , la même
exactitude , & ne peut manquer de plaire
aux Géometres.
ISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA
QUADRATURE DU CERCLE > ouvrage
propre à inftruire des découvertes réelles
fur ce problême célébre , &c. A Paris ,
chez Jombert. 1755.
Il fuffit qu'une queſtion ait de la célébrité
dans une fcience , pour la voir auffitôt
exciter les efforts de ceux qui font les
moins capables de la réfoudre. La quadrature
du cercle , la tranfmutation des
métaux , le mouvement perpétuel , le problême
des longitudes nous en fourniffent
journellement des exemples. Pour un Chymifte
habile que l'efpérance de parvenir
au grand oeuvre a entraîné dans cette recherche
,
, que de gens épuiſent encore leur
fortune & leur fanté à combiner des minéraux
, fans fçavoir la différence dun acide
& d'un alkali ! combien de perfonnes recherchent
les longitudes ou le mouvement
perpétuel , qui ignorent les loix les plus
fimples de la méchanique , les procédés
les plus ordinaires de l'aftronomie & de la
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
navigation ! Mais c'eft fur- tout à l'occafion
de la quadrature du cercle que cette remarque
fe vérifie ; rien n'eft plus ordinaire aujourd'hui
, & rien ne l'a plus été dans tous
les tems que de voir ce problême tenté par
des perfonnes peu verfées dans la Géométrie,
ordinairement même fi étrangeres dans
cette fcience , qu'elles font obligées , par
un retour modefte fur elles - mêmes , de regarder
leur découverte comme une révélation
fpéciale dont la divinité les a favorifées.
Nous fommes cependant fort éloignés
de mettre le problême de la quadrature du
cercle dans le même rang que le mouvement
perpétuel & la pierre philofophale :
ces deux dernieres recherches ne peuvent
Occuper que des gens qui n'ont pas affez
de connoiffances pour voir le chimérique
de leur objet. La quadrature du cercle eft
un problême raisonnable , & qui devoit
naturellement occuper les Géometres. En
effet , l'objet de la Géométrie eft de mefurer
les différentes efpéces d'étendues ou
de figures : quand on dit mefurer , cela doit
s'entendre avec cette précifion qui eft la vérité
même , & par des voies telles que celles
que la Géométrie fe permet , c'est- à - dire
fans tâtonnement , fans méchanifme , &
d'une maniere démonftrative. La quadraAVRIL.
1755. 57
ture du cercle eft la mefure exacte de la
furface renfermée dans cette courbe fi fimple
, & néanmoins fi rebelle à la Geométrie
: on l'appelle la quadrature , parce que
la coutume étant dans toutes les mesures de
rappeller la grandeur mefurée à la figure la
plus fimple, les Géometres ont pris le quarré
pour celle à laquelle ils rappelleroient toutes
les étendues fuperficielles. Ainfi la quadrature
, la meſure d'une furface d'une
figure , font des termes tout-à-fait fynonimes
en Géométrie : de là l'on voit que c'eft
n'avoir aucune idée da problême ni de la
Géométrie , que de donner à ces termes
de la quadrature du cercle le fens qu'y
attache le vulgaire , en s'imaginant qu'il
s'agit de faire un cercle quarré.
De tout tems d'habiles Géometres ont
fait des efforts ou pour mefurer le cercle
avec toute l'exactitude poffible , ou
pour approcher de plus en plus de fa mefure
précife ; & leurs travaux ont fucceffivement
enrichi la Géométrie de belles découvertes
de tout tems auffi des pygmées
en Géométrie ont annoncé avec emphaſe
la découverte de la quadrature du cercle ,
& ont excité la rifée des Géometres intelligens.
Je dois remarquer que les premiers
ontrarement crû avoir touché le but , qu'ils
fe font prefque jamais mépris au point
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
de penfer qu'ils euffent trouvé la folution
parfaite du problème. On peut échouet
fans honte à la recherche d'une queſtion
géométrique , mais on ne peut fans honte
donner des paralogifmes pour de légitimes
démonftrations.
L'objet que s'eft propofé l'auteur de
l'hiftoire que nous annonçons , n'a pas
été de tirer de la pouffiere les méprifables
tentatives que la quadrature du cercle a
excitées ; des paralogifmes qui n'en ont
jamais impofé qu'à leurs auteurs , des prétentions
d'une abfurdité palpable , méritoient
trop peu d'occuper la plume d'un
hiftorien raifonnable. L'auteur a judicieufement
penſé ne devoir préfenter que les
découvertes réelles dont ce problême a été
l'occafion il n'a cependant pas entierement
négligé de faire connoître quelquesuns
de ceux qui ont acquis une malheureufe
célébrité par leurs mauvais raifonnemens
& leur obftination à youloir les faire
adopter. Nous allons donner à préfent une
idée un peu détaillée de ce que contient
cet ouvrage .
Après une préface où l'auteur expofe
quel a été fon objet , quelle utilité peut
réfulter de fon travail , & qui contient
plufieurs chofes inftructives concernant
la quadrature du cercle , & ceux qui s'obfAVRIL.
1755. 59
tinent à la chercher , il entre en matiere .
Le premier chapitre eft occupé à donner
une idée claire de la nature du problême ,
des moyens que la Géométrie permet d'employer
pour le réfoudre ; on y explique les
diverfes manieres de l'envifager , & furtout
l'utilité qu'on doit lui affigner . Nous
ne pouvons nous difpenfer de remarquer
avec l'auteur , que c'est une erreur , & une
erreur qui ne peut être accréditée qu'auprès
de gens entierement deftitués des notions
de la Géométrie & de l'Aftronomie' , que de
penfer que le problême des longitudes dépend
de celui de la quadrature du cercle :
c'en eft encore une que de croire qu'il y
ait des récompenfes à efpérer pour celui
qui réfoudra ce dernier problême. On convient
que la théorie de la Géométrie y gagneroit
une vérité nouvelle , quoique
peut-être fort stérile , mais la pratique
n'en recevroit aucun avantage : car les Géometres
ont des moyens affez fimples d'approcher
de la grandeur du cercle , jufqu'à
une telle exactitude qu'elle furpaffe de
beaucoup nos befoins. Il leur eft facile
d'affigner un nombre qui ne s'écarteroit
que d'un pied , ou d'un pouce , d'une ligne
; que dis- je ! de l'épaiffeur d'un chede
la véritable grandeur d'un cercle
, dont le demi-diametre feroit celui de
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
la terre , & même d'un autre incomparablement
plus grand.
Après ces préliminaires , l'auteur fait l'hiftoire
de ce problême chez les anciens : c'eft
l'objet du fecond chapitre. Cette queftion ',
dit-il , a dû être prefque auffi ancienne
que la Géométrie ; car les premiers Géometres
s'éleverent bientôt au- delà des confidérations
élémentaires des figures rectilignes
, & après ces figures le cercle eft
celle qui fe préfente la prémiere. Auffi
Anaxagore s'en occupa-t- il dans fa prifon ,
& prefque dès le tems de ce Philofophe la
quadrature du cercle étoit devenue célebre
jufques auprès du vulgaire . Nous rencontrons
ici un trait curieux , c'eft qu'Ariftophane
joua les Géométres au fujet de la
quadrature du cercle , dans la perfonne du
célebre Meton , l'inventeur du cycle lunaire.
Ce Poëte l'introduit fur la fcene dans
fa comédie des Oiseaux , & lui fait tenir
des propos impertinens fur la Géométrie
& fur l'Aftronomie. Voulez- vous , dit Meton
à l'autre interlocuteur , qui lui demande
qui il eft & à quoi il eft bon ; voulezvous
, dit - il , que la regle & l'équerre en
main , je vous quare le cercle ? Ce trait peut
encore avoir rapport à la folie fimulée ,
par laquelle un autre Ecrivain nous apprend
que ce Mathématicien fçut s'exempAVRIL.
1755. 61
ter d'aller à la guerre de Sicile .
>
Ces plaifanteries d'Ariftophane n'empêcherent
cependant pas les Géométres , ou
contemporains , ou fucceffeurs de Meton ,
de continuer à s'intéreffer au problême de la
quadrature du cercle . Hippocrate le tenta ,
& en donna même une faufle folution
mais l'auteur de cet ouvrage le juftifie.
Quoiqu'ilen foit, les travaux d'Hippocrate
fur ce fujet font devenus recommendables
chez la postérité géometre par la découverte
incidente de fes lunulles abfolument quarrables.
On appelle ainfi une portion du cercle
en forme de croiffant dont on démontre
très-bien l'égalité avec une figure rectiligne
, quoique le moyen de quarrer le
cercle ait éludé jufqu'ici tous les efforts
de la Géométrie . Plufieurs Géometres modernes
ont amplifié cette invention d'Hippocrate
, ce qu'on trouve fommairement
expliqué dans une note.
Lorfque les Géometres ne peuvent par
venir à la dimenſion préciſe d'une figure
ils fe bornent à en approcher de plus en
plus près. Archimede recourut à cette
voie , & donna , comme tout le monde
fçait , le rapport de fept à vingt - deux
pour la raifon approchée du diametre à la
circonférence. On remarque ici quelques
fineſſes particulieres dans le calcul d'Ar62
MERCURE DE FRANCE.
chimede , & l'on cite quelques anciens
qui avoient laborieufement encheri fur fon
exactitude. Ce chapitre eft terminé par
quelques réflexions fur les courbes qui
dépendent de la quadrature du cercle ; on
démontre que c'eft en vain qu'on cherchera
par leur moyen la folution de ce problême
.
Le troifieme chapitre eſt deſtiné à faire
connoître les découvertes faites fur la mefure
du cercle , depuis la renaiffance des
fciences en Europe jufques à l'invention
des nouveaux calculs. On voit ici fucceffivement
les approximations de Metius
de Viete , d'Adrianus Romanus , de Ludolph
, les inventions de Snellius & d'Huygens
pour en diminuer le travail , la quadrature
prétendue de Gregoire de Saint-
Vincent , à qui l'on donne une place diftinguée
de celle des autres qui fe font
trompés fur ce fujet , la querelle qu'elle
excita , celle qui s'éleva bientôt après entre
Gregori & M. Huygens fur une démonftration
que le premier propofa pour
établir l'impoffibilité de la quadrature du
cercle , &c.
Le quatrieme paroîtra fans doute trèsintéreffant
aux Géometres , car il contient
les travaux de ceux qui ont employé les
nouvelles méthodes pour parvenir à la foAVRIL.
1755. 63
lution du problême : c'eft même à l'occafion
de cette recherche que plufieurs de
çes méthodes nouvelles ont été imaginées.
L'auteur fait à cette occafion l'hiftoire de
la naiffance du calcul intégral ; on y voit
comment Wallis , le premier , trouva une
fuite infinie de nombres pour exprimer la
grandeur du cercle , que Milord Brouncker
défigna d'une autre façon particuliere ;
mais ceci ne regardoit encore que le cercle
entier , Wallis ne put en faire autant à l'égard
de fes parties quelconques , dont la
mefure eft néceffaire pour la folution parfaite
du problême ; & ce fut en cherchant
à furmonter cet obftacle que le grand Newton
, jeune encore , & depuis peu initié
dans la Géométrie , trouva la théorie des
fuites infinies , le calcul appellé intégral
parmi nous , & plufieurs autres méthodes.
On trouvera ici expofé avec beaucoup de
foin & de clarté les divers dégrés par lefquels
les différentes inventions fe font
développées , & celles qui les ont fuivies ;
ces chofes & une foule d'autres également
intéreffantes , du moins pour les Géometres
, ne font gueres fufceptibles d'extrait ,
ou conviendroient peu à un ouvrage périodique
de la nature de celui- ci ; c'eft pourquoi
nous nous bornons à les avoir indiquées.
64 MERCURE DE FRANCE .
C'auroit été omettre une partie remarquable
de l'hiſtoire de la quadrature du cercle
, que de fupprimer entierement celle de
divers Géometres ou prétendus Géometres,
qui fe font fingularifés par leurs erreurs ou
leurs prétentions abfurdes fur ce fujet . On
en palle en revûe quelques- uns , je dis avec
l'auteur , quelques - uns , car cette matiere
feule fourniroit celle d'un gros volume.
Nous devons approuver fa délicateſſe à ne
pas s'étendre beaucoup fur des objets trop
peu dignes en effet d'occuper les loisirs d'un
Ecrivain fenfé , & trop peu capables d'amufer
les lecteurs raifonnables.L'ouvrage enfin
eft terminé par un dernier chapitre , où l'on
traite hiftoriquement deux autres problêmes
prefque auffi célebres que celui de la
quadrature du cercle , & qui ont été l'occafion
d'autant de méprifes ridicules ou
deshonorantes pour leurs auteurs : ce font
ceux de la trifection de l'angle & de la
duplication du cube. Ce dernier fujet nous
a paru traité avec le même foin , la même
exactitude , & ne peut manquer de plaire
aux Géometres.
Fermer
Résumé : « HISTOIRE DES RECHERCHES SUR LA QUADRATURE DU CERCLE, ouvrage [...] »
Le texte aborde l'histoire des recherches sur la quadrature du cercle, un problème géométrique célèbre. Il souligne que des questions célèbres, telles que la quadrature du cercle, la transmutation des métaux, le mouvement perpétuel et le problème des longitudes, attirent souvent des tentatives de résolution par des personnes peu compétentes. La quadrature du cercle consiste à mesurer exactement la surface d'un cercle en la rapportant à un carré, ce qui est un problème légitime en géométrie. Le texte distingue la quadrature du cercle des recherches chimériques comme le mouvement perpétuel ou la pierre philosophale. Il explique que la géométrie vise à mesurer les figures de manière précise et démonstrative, sans tâtonnement ni mécanisme. Des géomètres compétents ont travaillé sur ce problème, enrichissant la géométrie de découvertes, tandis que d'autres, moins compétents, ont annoncé faussement avoir résolu le problème. L'ouvrage mentionné se concentre sur les découvertes réelles liées à la quadrature du cercle, tout en mentionnant quelques erreurs notables. Il commence par une préface expliquant l'objet et l'utilité du travail, suivi de chapitres détaillant la nature du problème, les efforts des anciens géomètres comme Anaxagore et Hippocrate, et les travaux modernes depuis la renaissance des sciences en Europe. Le texte mentionne également les contributions d'Archimède, Metius, Vieta, Ludolph, Snellius, Huygens, et d'autres, ainsi que les nouvelles méthodes comme le calcul intégral développé par Newton. Enfin, l'ouvrage traite brièvement des erreurs et prétentions absurdes de certains prétendus géomètres, et aborde d'autres problèmes célèbres comme la trisection de l'angle et la duplication du cube.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9796
p. 64-79
« LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
Début :
LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...]
Mots clefs :
Genre, Poème, Genre nouveau, Serin, Amour, Auteur, Gloire, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
LE SERIN DE CANARIE , Poëme ;
ouvrage dans un genre nouveau pour la
Poësie françoife , qui , à l'aide de quelques
notes , forme un traité complet & très- fûr
AVRIL. 1755. 65
pour élever les ferins . A Londres , 1755.
Cet effai m'a paru mériter l'approbation
du public , par le fond qui eft agréable , &
par la forme qui he l'eft pas moins . Il me
femble que l'auteur qui a la modeftie de ne
pas fe nommer , a bien faifi le ton de verfification
convenable au genre de poëme
qu'il a entrepris ; c'eft cette élégante fimplicité
fi propre à peindre les petites chofes
, & qui feule à l'art de les ennoblir :
les anciens y excelloient ; il les a pris pour
modeles , & je trouve qu'il y a fouvent
réuffi . Pour juftifier mon fentiment , je vais
citer quelques endroits de fon poëme : je
commence par fon début .
a
Toi , dont les doux accens divertiffent ma Muſe ,
Dont l'organe enchanteur & l'infpire & l'amufe ,
Et qui montes ma lyre au fon de tes concerts ,
C'eſt toi , charmant ferin , que célébrent mes vers.
Mufe , chante avec moi fon port plein de nobleffe
,
Son air plein de candeur & mêlé de fineffe ,
Le doux feu de fes yeux ennemis du fommeil ,
Son plumage ſemblable au plus brillant vermeil ;
L'éclat de la blancheur à propos ménagée ,
Ses pannaches pompeux , fa taille dégagée :
Peux-tu trouver ailleurs un plus charmant plaifir
Mais fur toute l'efpéce , égayant ton loiſir ,
Apprens-moi le fecret d'étendre leur lignage ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Enſeignes comment l'art embellit leur ramage ,
Comment leurs petits jeux peuvent dédommager
La main qui tous les jours leur préfente à manger ;
Et dans les tems obfcurs portant un oeil critique ,
Chante leur origine auffi noble qu'antique.
Voilà le plan de l'ouvrage heureusement
détaillé.
L'auteur fait ainfi l'éloge du mâle , qui
ne tourne pas à la gloire du beau fexe.
C'eſt du mâle fur-tout que l'humeur eft aimable.
Son épouſe fantafque & fouvent intraitable ,
Dans les mornes accès d'un bizarre courroux ,
Eteindroit les ardeurs d'un moins fidèle époux.
Tel que bien des maris , commodes par prudence ,
Il ronge fes chagrins dans un fage filence ;
Mais ce trouble finit quand les feux du printems
Excitent dans leur fein des tranfports plus conftans.
Ainfipour tous les coeurs engagés dans les chafnes
,
L'amour a fes plaiſirs , & l'amour a fes peines.
La femelle parmi les ferins commande
en reine , & l'époux eft chargé du ſoin de
tous les détails.
Les travaux affidus , les foucis du ménage ,
Suivent des premiers feux le leger badinage.
AVRI L.'
1755. 67
On pense à l'avenir , on prépare , on conftruit
L'aire où d'un chafte amour on doit loger le fruit.
De l'époux complaifant , l'épouſe induſtrieuſe ,
Habile à prévenir la voix impérieuſe
Qui lui marque le tems de décharger fon fein ,
D'une maiſon commode ordonne le deffein ;
Et fans bruit enfoncée au milieu du feuillage
D'un if propre à fixer une tête volage ,
Ou dans l'étroit contour du plus petit panier ,
Tranquille , & l'air rêveur , médite fur l'ofier.
Le mari travaille pendant ce tems là .
Il tranfporte , il fournit ; fa compagne y préſide ,
Et fuivant les confeils de l'inſtinct qui la guide
Les racines , la mouffe entourent la maiſon
Et l'on met au- dedans le duvet à foifon.
a
>
Mais jamais cette ardeur n'enfante le defordre.
S'ils s'entr'aident plufieurs , feule elle donne l'or
dre ....
L'un choifit le duvet , l'autre du coton fec ,
L'on donne , l'on reçoit : ainfi de bec en bec
Tout paffe au lieu marqué par l'inſtinct unanime ;
Le mur croît , l'oeuvre monte , & parvient à la
cime.
Tel que des ouvriers , par étage rangés ,
Entre deux longs fapins , en dégré , partagés ,
Reçoivent à leurs pieds ; élevent à leur tête
68 MERCURE DE FRANCE.
La pierre , le ciment qui montent juſqu'au faîte :
Tels nos ferins unis dès l'heure du réveil ,
Confomment leurs travaux fous le même foleil
A moins qu'un feu jaloux , enfanglantant la ferre ,
Ne porte dans l'état les horreurs de la guerre..
Le Poëte prudent nous avertit de ne pas
unir trop tôt les jeunes ferins. Ces mariages
précoces font , dit-il, funeftes , fur- tout
à la femelle. Il nous en apporte un exemple
tragique en vers touchans , par lefquels
je finirai ce précis.
Jonquille , encor trop jeune , époufe , & bientôt
mere ,
Victime de tendreffe , épuife en fon réduit
Un refte de chaleur , pour animer fon fruit.
Cinq citoyens nouveaux , donnés à la voliere , `
N'ont pas ouvert encor les yeux à la lumiere ,
Que dans fon fein flétri s'amortit la chaleur.
Ses petits languiffans augmentent fa douleur :
Elle çéde à fon mal ; tremblante , elle foupire ,
Palpite , ouvre le bec , ferme les yeux , expire ;
Et fous elle , glacés par le froid de la mort
Ses petits en un jour ont tous le même fort.
>
CONSIDERATIONS SUR LES
REVOLUTIONS DES ARTS , dédiées à Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
AVRIL. 1755. 69
A Paris , chez Brocas , Libraire , rue faint
Jacques , au chef S. Jean . 1755 .
Les principaux objets de ces confidérations
font la liaifon des Empires avec les
arts , & les influences réciproques des uns
& des autres , les caufes qui les ont donnés
à un peuple , & celles qui les lui ont ravis ;
les fources de leur renouvellement chez
quelques-uns , les dégrés où ils ont été
élevés ou abaiffés chez tous ; l'exacte connoiffance
des hommes puiffans qui les ont
protégés ; la jufte eftimation des hommes
de génie qui y ont excellé ; quelques traits
légers propres à caractériſer les hommes
d'efprit qui y ont réuffi ; enfin un examen
rapide de la nature des différens genres de
littérature , un petit nombre d'obfervations
fur les défauts qui pourroient nuire
aux progrès de nos jours , & quelques confeils
pour remédier à ces vices & augmenter
les fuccès. Voilà le précis ou le programme
que M. l'Abbé Mehegan donne luimême
de fon ouvrage dans la préface qu'il
a mis à la tête, je n'ai fait que le tranferire.
L'auteur divife ces confidérations par âge ;
il entend par ce mot une fuite non interrompue
de protecteurs & d'artistes , pendant
laquelle les arts font reftés à peu près
dans le même point. Il me paroît mériter
de la part du public beaucoup d'encoura-
(
70 MERCURE DE FRANCE.
gement. Son imagination pleine de feu
annonce un talent facile , peut - être même
fon plus grand défaut eft un excès en bien.
Il répand l'efprit avec profufion , & je ſuis
perfuadé qu'il plairoit encore davantage
s'il vouloit bien s'épargner la peine d'en
trop avoir.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie jufqu'au regne de
Louis XIV , par M. l'Abbé Velly . A Paris
, chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais , vis-à- vis le Collége. 1755 .
Il faut , dit l'auteur dans fa préface ,
que l'hiftoire écrite pour l'utilité commune
foit en même tems celle du Prince &
de l'Etat , de la politique & de la religion ,
des armes & des fciences , des exploits &
des inventions utiles & agréables , celle
enfin des moeurs & de l'efprit de la nation .
Cette hiſtoire nous manquoit , & nous aurons
l'obligation à M. l'Abbé Velly de
de nous enrichir d'un tréfor fi utile ; fes
deux premiers volumes qui ont déja paru ,
nous en font de fûrs garans . Il a eu l'art
de répandre le jour & l'intérêt fur les premieres
races de nos Rois , qui font la par
tie la plus obfcure & la plus feche de nos
faftes que ne devons - nous pas attendre
de la fuite ?
AVRIL. 1755. 71
LE FINANCIER ; par M. le Chevalier
de Mouhy , de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon , en fix parties. 1755. Se
trouve à Paris , chez Jorry , quai des Auguftins
, près le pont S. Michel , aux Cigognes.
C'eſt un Roman épifodique , dont le financier
, qui en eft le héros , répand fes libéralités
à pleine main fur tous les malheureux
que le hazard lui préfente , &
dont l'auteur raconte l'hiftoire en paffant.
Ce magnanime favori de Plutus va plus
loin ; quand la foule diverfe des indigens
ne s'offre pas à lui dans fon chemin , il
va les déterrer lui-même dans les réduits les
plus obfcurs , & monte jufqu'au cinquieme
étage pour exercer les devoirs de l'humanité
, & pour réparer fur-tout les torts
que la fortune aveugle a fait au mérite
plongé dans la mifere. C'eft un vrai Dom
Quichotte en générofité , ou plutôt le Titus
de la finance : il compte chaque heure
du jour par des bienfaits . Le ciel l'en récompenfe
; car il trouve au milieu de fa
courfe une femme digne de lui , & qui lui
apporte pour dot une beauté égale à fa
naiffance , avec un caractere auffi bienfaifant
que le fien . Tous les pauvres honteux
dont Paris abonde , feroient trop heureux
fi l'exemple de ce couple refpectable fai72
MERCURE DE FRANCE.
foit des imitateurs ; mais je doute qu'il
prenne dans le monde.
VOYAGE PITTORESQUE DES ENVIRONS
DE PARIS , ou Deſcription des maifons
royales , châteaux , & autres lieux de plaifance
fitués à quinze lieues aux environs de
cette, ville . Par M. D *** A Paris , chez
Debure l'aîné, Libraire, quai des Auguftins,
à S. Paul. 1755. Prix 3 livres relié.
Cet ouvrage m'a paru bien fait & bienécrit.
Voici quatre jolis vers , felon moi ,
fur la fontaine d'Hieres , près de Gros- bois.
La nymphe de cette fource les adreſſe à
ceux qui vont la viſiter.
Toujours vive , abondante & pure ,
Un doux penchant regle mon cours ;
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainfi couler les jours.
LES AMANS PHILOSOPHES , ou le Triomphe
de la raifon. A Paris , chez Hochereau
l'aîné , Libraire , quai de Conti , au
Phénix . 1755.
Ce roman eft de Mlle Brohon. Trois
fortes de recommendations parlent pour
elle ; une grande jeuneffe , elle n'a que
dix- huit ans ; une figure charmante , &
une douceur modefte qui prévient d'abord
en
AVRIL.
1755. 7%
.
en fa faveur tous ceux qui la voyent. Le
titre feul de fon ouvrage annonce fa fageffe
, & l'épigraphe dont elle a fait choix ,
Amare & fapere vix diis conceffum ) montre
qu'elle a refléchi de bonne heure , &
qu'elle connoît avant le tems tout le danger
d'une paffion qu'elle eft faite pour
infpirer & pour reffentir.
La demande qu'elle fait au public dans
un court avertiffement , eft fi raifonnable
qu'il ne peut la refufer fans injuftice. Une
critique outrée , dit-elle , abbar le courage ;
une cenfure jufte & menagée eft quelquefois
la mere du fuccès , fur-tout par rapport à
moi , dont le fexe augmente la timidité naturelle
à mon âge. Après une telle repréſentation
, il y auroit de la cruauté à juger
fon livre avec trop de rigueur ; j'en donnerai
l'extrait le mois prochain. Un auteur
fi aimable mérite d'être encouragé.
RECUEIL GÉNÉRAL HISTORIQUE
& critique de tout ce qui a été publié de
plus rare fur la ville d'Herculane , depuis
fa premiere découverte jufqu'à nos jours ,
tiré des auteurs les plus célébres d'Italie ,
tels que Venuti , Mafei , Quirini , Bellegrade
, Gori , & autres . A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques
au Temple du goût. 1755 .
D
74 MERCURE DE FRANCE.
"
Suivant l'avertiffement , on ne trouvera
rien dans cet ouvrage qui n'ait été fidelement
traduit des auteurs cités au titre. Si
l'on eft curieux de lire leurs écrits , on les
trouvera chez Tilliard , Libraire , quai des
Auguftins.
HISTOIRE D'UNE JEUNE FILLE SAUVAGE
trouvée dans les bois à l'âge de dix ans ;
publiée par Madame H.... T. A Paris ,
1755.
M. de la Condamine n'eft point l'auteur
de cette petite brochure , comme le bruit
s'en étoit répandu . Il m'écrit à ce fujet la
-lettre fuivante.
A M.de Boiffy, de l'Académie Françoise.
A Marfeille , le 15 Février 1755-
J'apprends , Monfieur , qu'on m'attribue
une brochure qui paroît à Paris depuis
peu , fous le titre d'Hiftoire d'une jeune fille
Sauvage ( aujourd'hui Mlle le Blanc ) trouvée
dans les bois à l'âge de dix ans . Get
ouvrage eft d'une Dame , veuve , qui demeure
près de Saint Marceau , & qui ayant
connu & pris cette fille en affection depuis
la mort de Mgr le Duc d'Orléans qui la
protégeoit , a pris la peine de rédiger fon
hiftoire , comme il eft dit dans l'ouvrage
C
AVRIL. 1755. 75
Ja
même , fur les queftions qu'elles lui a faites
en diverfes converfations , & à plufieurs
perfonnes qui l'ont connue peu de
tems après fon arrivée en France. Cette
Dame a feulement permis que l'on mît au
titre la premiere lettre de fon nom. Toute
part que j'ai à cette production eft d'avoir
fait quelques changemens au manuf
crit dont j'ai encore l'original , d'en avoir
retranché quelques faits qui n'étoient fondés
que fur des oui- dire , & dénués de vraifemblance
; d'avoir ajouté , à la fin furtout
, quelques conjectures à celles de Madame
H.... fur la maniere dont la jeune
fauvage & fa compagne ont pû fe trouver
tranfportées en France , & d'avoir facilité
l'impreffion de l'ouvrage au profit de la
Demoiſelle Le Blanc , dans la vûe de lui
procurer une fituation plus heureuſe , en
intéreffant à fon fort ceux qui liroient fon
aventure. Je vous prie , Monfieur , de
rendre cette déclaration publique , pour
defabufer ceux qui me feroient honneur
de ce qui ne m'appartient pas. J'ai celui
d'être , & c.
La Condamine.
L'ART DU CHANT , dédié à Madame
de Pompadour; par M. Berard. A Paris ,
-chez Deffaint & Saillant , rue Saint Jean de
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Beauvais ; chez Prault fils , quai de Conti ;
& chez Lambert , à côté de la Comédie
Françoife. 1755.
L'Auteur s'étonne avec raifon qu'on lui
ait laiffé la gloire de traiter le premier de
cet art , fur-tout dans un fiécle où le chant
eſt l'art à la mode , & domine au point
qu'il fait des enthouſiaftes , & forme des
fectes. M. Berard n'a rien épargné pour
s'en inftruire à fond , il ne ſe contente
pas d'en parler en maître de muſique , il
en raiſonne en Phyficien ; il a fait même
exprès un cours d'anatomie pour porter
l'analyfe dans tous les organes de nos fons :
ce font fes propres termes . Pour traiter
l'ouvrage méthodiquement , il le divife en
trois parties ; dans la premiere il confidere
la voix par rapport au chant ; dans
la deuxième il regarde la prononciation &
l'articulation , eu égard au chant ; & dans
la troifiéme il a pour objet la perfection
du chant. J'attendrai que les vrais connoiffeurs
en ce genre ayent prononcé , pour
m'en expliquer plus furement d'après eux ;
je m'étendrai particulierement fur la prononciation
& l'articulation : cette partie
eft un peu plus de ma compétence ; elle
ne fe borne point à la mufique , elle intéreffe
la chaire & le barreau , ainfi que le
théatre ; elle s'étend jufques fur la converAVRIL.
1755. 77
"
fation ; il n'eft prefque point d'état , il
n'eft point d'homme du monde , qui ne
doive ou qui ne veuille en être inſtruit.
M. Berard n'eût- il fait qu'ébaucher la matiere
, le public doit lui être obligé de
l'avoir mife en queftion : le premier qui
parle d'un art a toujours un grand mérite..
OBSERVATIONS SUR LE THEATRE , dans :
lefquelles on examine avec impartialité
l'état actuel des Spectacles de Paris ; par
M. de Chevrier. A Paris , chez Debure le
jeune , quai des Auguftins , à l'image S.
Germain . 1755.
Souvent l'auteur obſerve très - bien , mais
quelquefois il eft mal informé. Par exemple
, j'ouvre fa brochure , je tombe fur un
endroit qui regarde Dancourt , & j'y lis
ces mots Dancourt a joui des plus grands
fuccès ; ramené tous les jours fur la fcene , on
l'applaudit encore : ni fes comtemporains , ni
nos fâcheux n'ont écrit contre lui. Il me permettra
de lui dire que jamais auteur dramatique
n'a été de fon vivant plus traverfé
que Dancourt. Si l'on n'a pas écrit
contre lui , c'eft moins par eftime que par
un, fentiment contraire. Ses piéces étoient
non- feulement décriées par fes camarades ,
qui les jouoient à regret , mais encore
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
méprifées du public , même en réuffiffant ;
on les mettoit alors au - deffous de leur prix ,
on les défignoit par le titre peu flateur
de Dancourades. Quoiqu'on les revoye
aujourd'hui volontiers , on les apprécie à
peu près ce qu'elles valent : on convient
affez généralement que les Bourgeoifes à la
mode , les Bourgeoifes de qualité , & le
Chevalier à la mode , font les feules qui
méritent le nom de Comédie ; les autres ne
font que des farces bien dialoguées , qui fe
reffemblent prefque toutes ; on les reconnoît
à l'indécence , c'eſt leur air de famille.
Je remercie M. de Chevrier du bien
qu'il dit de moi , mais je fuis moins allarmé
que lui des décifions tranchantes de
M. R...... Il n'appartient ni à lui , ni
à aucun particulier de regler le rang des
auteurs ; le public a lui feul ce droit : ils
doivent s'en repofer fur,fes lumieres &
fur fon équité. Il met , quoique fouvent
un peu tard , chacun à fa place. Je confeille
, en qualité d'ancien , à M. de Chevrier
& à mes autres jeunes confreres ,
d'employer plutôt leur loifir à faire des
piéces pour le théatre , qui en a beſoin ,
que des obfervations dont Paris n'a que
faire ; il n'eft que trop éclairé fur les fpectacles
, & trop initié dans nos myfteres.
Pour fon amufement & pour leur gloire ,
AVRIL. 11755 79
qu'ils étudient fon goût pour le faifir , &,
s'ils fe difputent entr'eux , que ce foit de
talent & d'envie de lui plaire.
PINOLET , ou l'Aveugle parvenu , hif
toire véritable compofée fur les faits fournis
par Pinolet lui -même , actuellement
exiftant à Paris ; en quatre parties . 1755 .
Cetet ouvrage eft d'un genre qui me dif-,
penſe d'en faire l'extrait.
ÉLÉMENS DE CHYMIE , par Herman
Boerhaave , traduit du latin , en fix volumes
in- 12 . A Paris , chez Briaffon , rue
Saint Jacques ; & chez Guillyn , quai des
Auguftins .
C'eſt un vrai préfent que le Traducteur
nous a fait. Dire que Boerhaave en eft
l'auteur , peut-on faire un plus grand éloge
de l'ouvrage ?
On trouve auffi chez Briaffon la Ma
tiere Médicale , traduite du Latin de Cartheufer
, augmentée d'une table raiſonnée,
& d'une introduction ; quatre volumes
in-1 2. ainfi que la fuite des Conſultations
de médecine , traduites du latin de M.
Hoffman : elle contient quatre volumes in-
12. les 5 , 6 , 7 & 8.
ouvrage dans un genre nouveau pour la
Poësie françoife , qui , à l'aide de quelques
notes , forme un traité complet & très- fûr
AVRIL. 1755. 65
pour élever les ferins . A Londres , 1755.
Cet effai m'a paru mériter l'approbation
du public , par le fond qui eft agréable , &
par la forme qui he l'eft pas moins . Il me
femble que l'auteur qui a la modeftie de ne
pas fe nommer , a bien faifi le ton de verfification
convenable au genre de poëme
qu'il a entrepris ; c'eft cette élégante fimplicité
fi propre à peindre les petites chofes
, & qui feule à l'art de les ennoblir :
les anciens y excelloient ; il les a pris pour
modeles , & je trouve qu'il y a fouvent
réuffi . Pour juftifier mon fentiment , je vais
citer quelques endroits de fon poëme : je
commence par fon début .
a
Toi , dont les doux accens divertiffent ma Muſe ,
Dont l'organe enchanteur & l'infpire & l'amufe ,
Et qui montes ma lyre au fon de tes concerts ,
C'eſt toi , charmant ferin , que célébrent mes vers.
Mufe , chante avec moi fon port plein de nobleffe
,
Son air plein de candeur & mêlé de fineffe ,
Le doux feu de fes yeux ennemis du fommeil ,
Son plumage ſemblable au plus brillant vermeil ;
L'éclat de la blancheur à propos ménagée ,
Ses pannaches pompeux , fa taille dégagée :
Peux-tu trouver ailleurs un plus charmant plaifir
Mais fur toute l'efpéce , égayant ton loiſir ,
Apprens-moi le fecret d'étendre leur lignage ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Enſeignes comment l'art embellit leur ramage ,
Comment leurs petits jeux peuvent dédommager
La main qui tous les jours leur préfente à manger ;
Et dans les tems obfcurs portant un oeil critique ,
Chante leur origine auffi noble qu'antique.
Voilà le plan de l'ouvrage heureusement
détaillé.
L'auteur fait ainfi l'éloge du mâle , qui
ne tourne pas à la gloire du beau fexe.
C'eſt du mâle fur-tout que l'humeur eft aimable.
Son épouſe fantafque & fouvent intraitable ,
Dans les mornes accès d'un bizarre courroux ,
Eteindroit les ardeurs d'un moins fidèle époux.
Tel que bien des maris , commodes par prudence ,
Il ronge fes chagrins dans un fage filence ;
Mais ce trouble finit quand les feux du printems
Excitent dans leur fein des tranfports plus conftans.
Ainfipour tous les coeurs engagés dans les chafnes
,
L'amour a fes plaiſirs , & l'amour a fes peines.
La femelle parmi les ferins commande
en reine , & l'époux eft chargé du ſoin de
tous les détails.
Les travaux affidus , les foucis du ménage ,
Suivent des premiers feux le leger badinage.
AVRI L.'
1755. 67
On pense à l'avenir , on prépare , on conftruit
L'aire où d'un chafte amour on doit loger le fruit.
De l'époux complaifant , l'épouſe induſtrieuſe ,
Habile à prévenir la voix impérieuſe
Qui lui marque le tems de décharger fon fein ,
D'une maiſon commode ordonne le deffein ;
Et fans bruit enfoncée au milieu du feuillage
D'un if propre à fixer une tête volage ,
Ou dans l'étroit contour du plus petit panier ,
Tranquille , & l'air rêveur , médite fur l'ofier.
Le mari travaille pendant ce tems là .
Il tranfporte , il fournit ; fa compagne y préſide ,
Et fuivant les confeils de l'inſtinct qui la guide
Les racines , la mouffe entourent la maiſon
Et l'on met au- dedans le duvet à foifon.
a
>
Mais jamais cette ardeur n'enfante le defordre.
S'ils s'entr'aident plufieurs , feule elle donne l'or
dre ....
L'un choifit le duvet , l'autre du coton fec ,
L'on donne , l'on reçoit : ainfi de bec en bec
Tout paffe au lieu marqué par l'inſtinct unanime ;
Le mur croît , l'oeuvre monte , & parvient à la
cime.
Tel que des ouvriers , par étage rangés ,
Entre deux longs fapins , en dégré , partagés ,
Reçoivent à leurs pieds ; élevent à leur tête
68 MERCURE DE FRANCE.
La pierre , le ciment qui montent juſqu'au faîte :
Tels nos ferins unis dès l'heure du réveil ,
Confomment leurs travaux fous le même foleil
A moins qu'un feu jaloux , enfanglantant la ferre ,
Ne porte dans l'état les horreurs de la guerre..
Le Poëte prudent nous avertit de ne pas
unir trop tôt les jeunes ferins. Ces mariages
précoces font , dit-il, funeftes , fur- tout
à la femelle. Il nous en apporte un exemple
tragique en vers touchans , par lefquels
je finirai ce précis.
Jonquille , encor trop jeune , époufe , & bientôt
mere ,
Victime de tendreffe , épuife en fon réduit
Un refte de chaleur , pour animer fon fruit.
Cinq citoyens nouveaux , donnés à la voliere , `
N'ont pas ouvert encor les yeux à la lumiere ,
Que dans fon fein flétri s'amortit la chaleur.
Ses petits languiffans augmentent fa douleur :
Elle çéde à fon mal ; tremblante , elle foupire ,
Palpite , ouvre le bec , ferme les yeux , expire ;
Et fous elle , glacés par le froid de la mort
Ses petits en un jour ont tous le même fort.
>
CONSIDERATIONS SUR LES
REVOLUTIONS DES ARTS , dédiées à Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
AVRIL. 1755. 69
A Paris , chez Brocas , Libraire , rue faint
Jacques , au chef S. Jean . 1755 .
Les principaux objets de ces confidérations
font la liaifon des Empires avec les
arts , & les influences réciproques des uns
& des autres , les caufes qui les ont donnés
à un peuple , & celles qui les lui ont ravis ;
les fources de leur renouvellement chez
quelques-uns , les dégrés où ils ont été
élevés ou abaiffés chez tous ; l'exacte connoiffance
des hommes puiffans qui les ont
protégés ; la jufte eftimation des hommes
de génie qui y ont excellé ; quelques traits
légers propres à caractériſer les hommes
d'efprit qui y ont réuffi ; enfin un examen
rapide de la nature des différens genres de
littérature , un petit nombre d'obfervations
fur les défauts qui pourroient nuire
aux progrès de nos jours , & quelques confeils
pour remédier à ces vices & augmenter
les fuccès. Voilà le précis ou le programme
que M. l'Abbé Mehegan donne luimême
de fon ouvrage dans la préface qu'il
a mis à la tête, je n'ai fait que le tranferire.
L'auteur divife ces confidérations par âge ;
il entend par ce mot une fuite non interrompue
de protecteurs & d'artistes , pendant
laquelle les arts font reftés à peu près
dans le même point. Il me paroît mériter
de la part du public beaucoup d'encoura-
(
70 MERCURE DE FRANCE.
gement. Son imagination pleine de feu
annonce un talent facile , peut - être même
fon plus grand défaut eft un excès en bien.
Il répand l'efprit avec profufion , & je ſuis
perfuadé qu'il plairoit encore davantage
s'il vouloit bien s'épargner la peine d'en
trop avoir.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie jufqu'au regne de
Louis XIV , par M. l'Abbé Velly . A Paris
, chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais , vis-à- vis le Collége. 1755 .
Il faut , dit l'auteur dans fa préface ,
que l'hiftoire écrite pour l'utilité commune
foit en même tems celle du Prince &
de l'Etat , de la politique & de la religion ,
des armes & des fciences , des exploits &
des inventions utiles & agréables , celle
enfin des moeurs & de l'efprit de la nation .
Cette hiſtoire nous manquoit , & nous aurons
l'obligation à M. l'Abbé Velly de
de nous enrichir d'un tréfor fi utile ; fes
deux premiers volumes qui ont déja paru ,
nous en font de fûrs garans . Il a eu l'art
de répandre le jour & l'intérêt fur les premieres
races de nos Rois , qui font la par
tie la plus obfcure & la plus feche de nos
faftes que ne devons - nous pas attendre
de la fuite ?
AVRIL. 1755. 71
LE FINANCIER ; par M. le Chevalier
de Mouhy , de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon , en fix parties. 1755. Se
trouve à Paris , chez Jorry , quai des Auguftins
, près le pont S. Michel , aux Cigognes.
C'eſt un Roman épifodique , dont le financier
, qui en eft le héros , répand fes libéralités
à pleine main fur tous les malheureux
que le hazard lui préfente , &
dont l'auteur raconte l'hiftoire en paffant.
Ce magnanime favori de Plutus va plus
loin ; quand la foule diverfe des indigens
ne s'offre pas à lui dans fon chemin , il
va les déterrer lui-même dans les réduits les
plus obfcurs , & monte jufqu'au cinquieme
étage pour exercer les devoirs de l'humanité
, & pour réparer fur-tout les torts
que la fortune aveugle a fait au mérite
plongé dans la mifere. C'eft un vrai Dom
Quichotte en générofité , ou plutôt le Titus
de la finance : il compte chaque heure
du jour par des bienfaits . Le ciel l'en récompenfe
; car il trouve au milieu de fa
courfe une femme digne de lui , & qui lui
apporte pour dot une beauté égale à fa
naiffance , avec un caractere auffi bienfaifant
que le fien . Tous les pauvres honteux
dont Paris abonde , feroient trop heureux
fi l'exemple de ce couple refpectable fai72
MERCURE DE FRANCE.
foit des imitateurs ; mais je doute qu'il
prenne dans le monde.
VOYAGE PITTORESQUE DES ENVIRONS
DE PARIS , ou Deſcription des maifons
royales , châteaux , & autres lieux de plaifance
fitués à quinze lieues aux environs de
cette, ville . Par M. D *** A Paris , chez
Debure l'aîné, Libraire, quai des Auguftins,
à S. Paul. 1755. Prix 3 livres relié.
Cet ouvrage m'a paru bien fait & bienécrit.
Voici quatre jolis vers , felon moi ,
fur la fontaine d'Hieres , près de Gros- bois.
La nymphe de cette fource les adreſſe à
ceux qui vont la viſiter.
Toujours vive , abondante & pure ,
Un doux penchant regle mon cours ;
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainfi couler les jours.
LES AMANS PHILOSOPHES , ou le Triomphe
de la raifon. A Paris , chez Hochereau
l'aîné , Libraire , quai de Conti , au
Phénix . 1755.
Ce roman eft de Mlle Brohon. Trois
fortes de recommendations parlent pour
elle ; une grande jeuneffe , elle n'a que
dix- huit ans ; une figure charmante , &
une douceur modefte qui prévient d'abord
en
AVRIL.
1755. 7%
.
en fa faveur tous ceux qui la voyent. Le
titre feul de fon ouvrage annonce fa fageffe
, & l'épigraphe dont elle a fait choix ,
Amare & fapere vix diis conceffum ) montre
qu'elle a refléchi de bonne heure , &
qu'elle connoît avant le tems tout le danger
d'une paffion qu'elle eft faite pour
infpirer & pour reffentir.
La demande qu'elle fait au public dans
un court avertiffement , eft fi raifonnable
qu'il ne peut la refufer fans injuftice. Une
critique outrée , dit-elle , abbar le courage ;
une cenfure jufte & menagée eft quelquefois
la mere du fuccès , fur-tout par rapport à
moi , dont le fexe augmente la timidité naturelle
à mon âge. Après une telle repréſentation
, il y auroit de la cruauté à juger
fon livre avec trop de rigueur ; j'en donnerai
l'extrait le mois prochain. Un auteur
fi aimable mérite d'être encouragé.
RECUEIL GÉNÉRAL HISTORIQUE
& critique de tout ce qui a été publié de
plus rare fur la ville d'Herculane , depuis
fa premiere découverte jufqu'à nos jours ,
tiré des auteurs les plus célébres d'Italie ,
tels que Venuti , Mafei , Quirini , Bellegrade
, Gori , & autres . A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques
au Temple du goût. 1755 .
D
74 MERCURE DE FRANCE.
"
Suivant l'avertiffement , on ne trouvera
rien dans cet ouvrage qui n'ait été fidelement
traduit des auteurs cités au titre. Si
l'on eft curieux de lire leurs écrits , on les
trouvera chez Tilliard , Libraire , quai des
Auguftins.
HISTOIRE D'UNE JEUNE FILLE SAUVAGE
trouvée dans les bois à l'âge de dix ans ;
publiée par Madame H.... T. A Paris ,
1755.
M. de la Condamine n'eft point l'auteur
de cette petite brochure , comme le bruit
s'en étoit répandu . Il m'écrit à ce fujet la
-lettre fuivante.
A M.de Boiffy, de l'Académie Françoise.
A Marfeille , le 15 Février 1755-
J'apprends , Monfieur , qu'on m'attribue
une brochure qui paroît à Paris depuis
peu , fous le titre d'Hiftoire d'une jeune fille
Sauvage ( aujourd'hui Mlle le Blanc ) trouvée
dans les bois à l'âge de dix ans . Get
ouvrage eft d'une Dame , veuve , qui demeure
près de Saint Marceau , & qui ayant
connu & pris cette fille en affection depuis
la mort de Mgr le Duc d'Orléans qui la
protégeoit , a pris la peine de rédiger fon
hiftoire , comme il eft dit dans l'ouvrage
C
AVRIL. 1755. 75
Ja
même , fur les queftions qu'elles lui a faites
en diverfes converfations , & à plufieurs
perfonnes qui l'ont connue peu de
tems après fon arrivée en France. Cette
Dame a feulement permis que l'on mît au
titre la premiere lettre de fon nom. Toute
part que j'ai à cette production eft d'avoir
fait quelques changemens au manuf
crit dont j'ai encore l'original , d'en avoir
retranché quelques faits qui n'étoient fondés
que fur des oui- dire , & dénués de vraifemblance
; d'avoir ajouté , à la fin furtout
, quelques conjectures à celles de Madame
H.... fur la maniere dont la jeune
fauvage & fa compagne ont pû fe trouver
tranfportées en France , & d'avoir facilité
l'impreffion de l'ouvrage au profit de la
Demoiſelle Le Blanc , dans la vûe de lui
procurer une fituation plus heureuſe , en
intéreffant à fon fort ceux qui liroient fon
aventure. Je vous prie , Monfieur , de
rendre cette déclaration publique , pour
defabufer ceux qui me feroient honneur
de ce qui ne m'appartient pas. J'ai celui
d'être , & c.
La Condamine.
L'ART DU CHANT , dédié à Madame
de Pompadour; par M. Berard. A Paris ,
-chez Deffaint & Saillant , rue Saint Jean de
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Beauvais ; chez Prault fils , quai de Conti ;
& chez Lambert , à côté de la Comédie
Françoife. 1755.
L'Auteur s'étonne avec raifon qu'on lui
ait laiffé la gloire de traiter le premier de
cet art , fur-tout dans un fiécle où le chant
eſt l'art à la mode , & domine au point
qu'il fait des enthouſiaftes , & forme des
fectes. M. Berard n'a rien épargné pour
s'en inftruire à fond , il ne ſe contente
pas d'en parler en maître de muſique , il
en raiſonne en Phyficien ; il a fait même
exprès un cours d'anatomie pour porter
l'analyfe dans tous les organes de nos fons :
ce font fes propres termes . Pour traiter
l'ouvrage méthodiquement , il le divife en
trois parties ; dans la premiere il confidere
la voix par rapport au chant ; dans
la deuxième il regarde la prononciation &
l'articulation , eu égard au chant ; & dans
la troifiéme il a pour objet la perfection
du chant. J'attendrai que les vrais connoiffeurs
en ce genre ayent prononcé , pour
m'en expliquer plus furement d'après eux ;
je m'étendrai particulierement fur la prononciation
& l'articulation : cette partie
eft un peu plus de ma compétence ; elle
ne fe borne point à la mufique , elle intéreffe
la chaire & le barreau , ainfi que le
théatre ; elle s'étend jufques fur la converAVRIL.
1755. 77
"
fation ; il n'eft prefque point d'état , il
n'eft point d'homme du monde , qui ne
doive ou qui ne veuille en être inſtruit.
M. Berard n'eût- il fait qu'ébaucher la matiere
, le public doit lui être obligé de
l'avoir mife en queftion : le premier qui
parle d'un art a toujours un grand mérite..
OBSERVATIONS SUR LE THEATRE , dans :
lefquelles on examine avec impartialité
l'état actuel des Spectacles de Paris ; par
M. de Chevrier. A Paris , chez Debure le
jeune , quai des Auguftins , à l'image S.
Germain . 1755.
Souvent l'auteur obſerve très - bien , mais
quelquefois il eft mal informé. Par exemple
, j'ouvre fa brochure , je tombe fur un
endroit qui regarde Dancourt , & j'y lis
ces mots Dancourt a joui des plus grands
fuccès ; ramené tous les jours fur la fcene , on
l'applaudit encore : ni fes comtemporains , ni
nos fâcheux n'ont écrit contre lui. Il me permettra
de lui dire que jamais auteur dramatique
n'a été de fon vivant plus traverfé
que Dancourt. Si l'on n'a pas écrit
contre lui , c'eft moins par eftime que par
un, fentiment contraire. Ses piéces étoient
non- feulement décriées par fes camarades ,
qui les jouoient à regret , mais encore
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
méprifées du public , même en réuffiffant ;
on les mettoit alors au - deffous de leur prix ,
on les défignoit par le titre peu flateur
de Dancourades. Quoiqu'on les revoye
aujourd'hui volontiers , on les apprécie à
peu près ce qu'elles valent : on convient
affez généralement que les Bourgeoifes à la
mode , les Bourgeoifes de qualité , & le
Chevalier à la mode , font les feules qui
méritent le nom de Comédie ; les autres ne
font que des farces bien dialoguées , qui fe
reffemblent prefque toutes ; on les reconnoît
à l'indécence , c'eſt leur air de famille.
Je remercie M. de Chevrier du bien
qu'il dit de moi , mais je fuis moins allarmé
que lui des décifions tranchantes de
M. R...... Il n'appartient ni à lui , ni
à aucun particulier de regler le rang des
auteurs ; le public a lui feul ce droit : ils
doivent s'en repofer fur,fes lumieres &
fur fon équité. Il met , quoique fouvent
un peu tard , chacun à fa place. Je confeille
, en qualité d'ancien , à M. de Chevrier
& à mes autres jeunes confreres ,
d'employer plutôt leur loifir à faire des
piéces pour le théatre , qui en a beſoin ,
que des obfervations dont Paris n'a que
faire ; il n'eft que trop éclairé fur les fpectacles
, & trop initié dans nos myfteres.
Pour fon amufement & pour leur gloire ,
AVRIL. 11755 79
qu'ils étudient fon goût pour le faifir , &,
s'ils fe difputent entr'eux , que ce foit de
talent & d'envie de lui plaire.
PINOLET , ou l'Aveugle parvenu , hif
toire véritable compofée fur les faits fournis
par Pinolet lui -même , actuellement
exiftant à Paris ; en quatre parties . 1755 .
Cetet ouvrage eft d'un genre qui me dif-,
penſe d'en faire l'extrait.
ÉLÉMENS DE CHYMIE , par Herman
Boerhaave , traduit du latin , en fix volumes
in- 12 . A Paris , chez Briaffon , rue
Saint Jacques ; & chez Guillyn , quai des
Auguftins .
C'eſt un vrai préfent que le Traducteur
nous a fait. Dire que Boerhaave en eft
l'auteur , peut-on faire un plus grand éloge
de l'ouvrage ?
On trouve auffi chez Briaffon la Ma
tiere Médicale , traduite du Latin de Cartheufer
, augmentée d'une table raiſonnée,
& d'une introduction ; quatre volumes
in-1 2. ainfi que la fuite des Conſultations
de médecine , traduites du latin de M.
Hoffman : elle contient quatre volumes in-
12. les 5 , 6 , 7 & 8.
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Résumé : « LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
En avril 1755, plusieurs ouvrages ont été publiés, couvrant divers sujets littéraires et artistiques. 'Le Serin de Canarie' est un poème anonyme qui offre un traité complet sur l'élevage des serins. Il décrit les rôles distincts du mâle et de la femelle, mettant en garde contre les mariages précoces chez ces oiseaux. 'Considérations sur les révolutions des arts', dédié au Duc d'Orléans, explore les liens entre les empires et les arts, ainsi que les causes de leur développement ou déclin. L'Abbé Mehegan divise les arts en âges et propose des conseils pour améliorer leur progression. L''Histoire de France' par l'Abbé Velly couvre la monarchie jusqu'au règne de Louis XIV, intégrant des aspects politiques, religieux, militaires et scientifiques. 'Le Financier' est un roman épistolaire où le héros, un financier généreux, aide les malheureux et trouve une femme digne de lui. 'Voyage pittoresque des environs de Paris' décrit les maisons royales et châteaux à proximité de Paris, incluant des vers sur une fontaine. 'Les Amants philosophes' est un roman de Mlle Brohon, une jeune auteure de dix-huit ans, qui demande une critique juste et encourageante pour son œuvre. Le 'Recueil général historique et critique' compile des informations sur la ville d'Herculane, traduites fidèlement des auteurs italiens. 'Histoire d'une jeune fille sauvage' raconte l'histoire d'une fille trouvée dans les bois à l'âge de dix ans, rédigée par une dame veuve avec des contributions de M. de la Condamine. 'L'Art du chant', dédié à Madame de Pompadour, est écrit par M. Berard, qui combine des connaissances en musique et en physique pour approfondir l'étude du chant. L'ouvrage est divisé en trois parties : la voix par rapport au chant, la prononciation et l'articulation, et la perfection du chant. Le texte mentionne également des observations sur le théâtre par M. de Chevrier, qui examine l'état actuel des spectacles à Paris. L'auteur critique certaines affirmations de M. de Chevrier, notamment sur le succès de Dancourt, un dramaturge souvent décrié. Il conseille aux jeunes auteurs de se concentrer sur la création de pièces pour le théâtre plutôt que sur des observations critiques. Enfin, le texte cite des ouvrages comme 'Pinolet, ou l'Aveugle parvenu' et des traductions en français d'ouvrages scientifiques, tels que les 'Éléments de Chimie' de Herman Boerhaave.
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9797
p. 79-82
« EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
Début :
EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Histoire, Tableau, Époques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'hiftoire univerfelle , fuivant la chronologie
vulgaire , efpéce d'a b c hiftorique
, en cinquante- huit leçons , dont une
pour chaque fiécle , d'après les auteurs
méthodistes en trois tableaux dédiés à
Mgr le Prince Louis de Salm- Salm . Par M.
Mahaux.
2
Quand on confidere attentivement le
vafte champ de l'hiftoire de tous les tems
& de tous les lieux , & que l'on fe pro-.
pofe de le faire parcourir fur-tout à un
enfant pour aggrandir fon imagination ,
former fon jugement & regler fes idées , cé
n'eft pas fans raifon que l'on fe trouve embarraffé
; non que les livres , les cahiers ,
les tables chronologiques , les méthodes ,
les livres , les extraits , les abrégés , les bons
maîtres manquent pour cette entrepriſe ;.
mais il s'agit de fixer une jeune tête , de
mettre l'étude à fa portée , & de la lui
rendre facile & agréable en ne fatiguant
ni les yeux ni la mémoire par trop de leçons
& de lecture. En voici un moyen que
le fieur Mahaux nous préfente , & qui nous
a paru très- clair , très- fimple , très- naturel
, & qui produit les plus grands fuccès.
Ses tableaux d'élémens hiftoriques font
un plan diftribué , économifé de maniere
qu'au premier coup d'oeil on y peut faire
toutes les opérations arithmétiques de la
AVRIL.. 1755 81
durée & de la diftance des tems. L'hiftoire
ancienne , fur le premier tableau , offre à
la vûe quarante fiécles , féparés par des lignes
horizontales , & formant quatre colonnes
, dont chacune devient millenaire
, ou contient dix fiécles , tous étiquetés
, & portant une dénomination qui les
caractérife & les diftingue les uns des autres.
Onze grandes époques , entre toutes
les autres , y font en lettres romaines , ce
qui les rend remarquables , & fait fentir,
d'abord & divifer les intervalles . Plus à
chaque fiècle , toutes les divifions ufitées
& des notices très- courtes de ce qu'il y a
de plus effentiel à fçavoir fur les grands
événemens , les Empires & Etats du monde
, les perfonnages illuftres , les loix ,
les religions & les meurs , &c. Le deuxiéme
tableau pour l'hiftoire moderne eft
dans le même arrangement , & ne contient
que dix-huit fiécles ou environ , avec
huit grandes époques dans le goût des
onze premieres ; ainfi l'un fert à comparer.
l'autre , & ils établiffent refpectivement
une forte de balance de tous les tems. Un
troifiéme & quatriéme petit tableau fur
une feule feuille , une explication alphabérique
des abréviations & des mots peu
familiers répandus dans la totalité , & une
petite inftruction fur la maniere de s'en fer-
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
vir , femblent ne rien laiffer à defirer pour
-ce procédé vraiment élémentaire, acceffible
à tous ceux qui veulent enſeigner , s'inſtruire
eux -mêmes , ou fe rappeller ce qu'ils
ont déja appris. C'eft une affaire de deux
heures de lecture tout au plus ; point de
difcuffions chronologiques . L'Eglife & les
fçavans de nos derniers tems ont décidé
celle qui eft expofée dans le louable ouvrage
que nous annonçons , & dont nous
confeillons l'acquifition à toutes les perfonnes
qui aiment les bonnes nouveautés
littéraires. On peut au refte s'affurer par
foi-même de l'effet de cette méthode , en
fe donnant la peine d'aller voir l'école de
MM. Viard & Mahaux , qui demeurent
rue de Seine , fauxbourg Saint Victor ,
Académie des enfans. On y verra avec
plaifir qu'on y enfeigne la Géographie par
des moyens femblables : peu de préceptes
& beaucoup d'ufage ; pratique excellente ,
même pour l'étude des langues. Cet ouvrage
fe trouve chez l'auteur , au lieu déja
indiqué ; & chez les Libraires , Piffots
quai de Conti ; & Lambert , rue de la
Comédie. On le vend trois livres.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'hiftoire univerfelle , fuivant la chronologie
vulgaire , efpéce d'a b c hiftorique
, en cinquante- huit leçons , dont une
pour chaque fiécle , d'après les auteurs
méthodistes en trois tableaux dédiés à
Mgr le Prince Louis de Salm- Salm . Par M.
Mahaux.
2
Quand on confidere attentivement le
vafte champ de l'hiftoire de tous les tems
& de tous les lieux , & que l'on fe pro-.
pofe de le faire parcourir fur-tout à un
enfant pour aggrandir fon imagination ,
former fon jugement & regler fes idées , cé
n'eft pas fans raifon que l'on fe trouve embarraffé
; non que les livres , les cahiers ,
les tables chronologiques , les méthodes ,
les livres , les extraits , les abrégés , les bons
maîtres manquent pour cette entrepriſe ;.
mais il s'agit de fixer une jeune tête , de
mettre l'étude à fa portée , & de la lui
rendre facile & agréable en ne fatiguant
ni les yeux ni la mémoire par trop de leçons
& de lecture. En voici un moyen que
le fieur Mahaux nous préfente , & qui nous
a paru très- clair , très- fimple , très- naturel
, & qui produit les plus grands fuccès.
Ses tableaux d'élémens hiftoriques font
un plan diftribué , économifé de maniere
qu'au premier coup d'oeil on y peut faire
toutes les opérations arithmétiques de la
AVRIL.. 1755 81
durée & de la diftance des tems. L'hiftoire
ancienne , fur le premier tableau , offre à
la vûe quarante fiécles , féparés par des lignes
horizontales , & formant quatre colonnes
, dont chacune devient millenaire
, ou contient dix fiécles , tous étiquetés
, & portant une dénomination qui les
caractérife & les diftingue les uns des autres.
Onze grandes époques , entre toutes
les autres , y font en lettres romaines , ce
qui les rend remarquables , & fait fentir,
d'abord & divifer les intervalles . Plus à
chaque fiècle , toutes les divifions ufitées
& des notices très- courtes de ce qu'il y a
de plus effentiel à fçavoir fur les grands
événemens , les Empires & Etats du monde
, les perfonnages illuftres , les loix ,
les religions & les meurs , &c. Le deuxiéme
tableau pour l'hiftoire moderne eft
dans le même arrangement , & ne contient
que dix-huit fiécles ou environ , avec
huit grandes époques dans le goût des
onze premieres ; ainfi l'un fert à comparer.
l'autre , & ils établiffent refpectivement
une forte de balance de tous les tems. Un
troifiéme & quatriéme petit tableau fur
une feule feuille , une explication alphabérique
des abréviations & des mots peu
familiers répandus dans la totalité , & une
petite inftruction fur la maniere de s'en fer-
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
vir , femblent ne rien laiffer à defirer pour
-ce procédé vraiment élémentaire, acceffible
à tous ceux qui veulent enſeigner , s'inſtruire
eux -mêmes , ou fe rappeller ce qu'ils
ont déja appris. C'eft une affaire de deux
heures de lecture tout au plus ; point de
difcuffions chronologiques . L'Eglife & les
fçavans de nos derniers tems ont décidé
celle qui eft expofée dans le louable ouvrage
que nous annonçons , & dont nous
confeillons l'acquifition à toutes les perfonnes
qui aiment les bonnes nouveautés
littéraires. On peut au refte s'affurer par
foi-même de l'effet de cette méthode , en
fe donnant la peine d'aller voir l'école de
MM. Viard & Mahaux , qui demeurent
rue de Seine , fauxbourg Saint Victor ,
Académie des enfans. On y verra avec
plaifir qu'on y enfeigne la Géographie par
des moyens femblables : peu de préceptes
& beaucoup d'ufage ; pratique excellente ,
même pour l'étude des langues. Cet ouvrage
fe trouve chez l'auteur , au lieu déja
indiqué ; & chez les Libraires , Piffots
quai de Conti ; & Lambert , rue de la
Comédie. On le vend trois livres.
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Résumé : « EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
Le texte décrit une méthode d'enseignement de l'histoire universelle, conçue par M. Mahaux et dédiée à Mgr le Prince Louis de Salm-Salm. Cette méthode utilise trois tableaux pour structurer l'apprentissage de manière accessible et agréable, notamment pour les enfants. Le premier tableau couvre l'histoire ancienne, divisée en quarante siècles répartis en quatre colonnes millénaires. Chaque siècle est caractérisé par des événements majeurs, des empires, des personnages illustres, des lois, des religions et des mœurs. Onze grandes époques sont mises en évidence. Le deuxième tableau traite de l'histoire moderne, structuré de manière similaire avec dix-huit siècles et huit grandes époques, permettant une comparaison facile entre les périodes anciennes et modernes. Un troisième et un quatrième tableau expliquent les abréviations et les mots peu familiers, ainsi que l'utilisation des tableaux. Cette méthode est conçue pour être accessible à tous et nécessite deux heures de lecture au maximum. L'ouvrage est disponible chez l'auteur et chez les libraires Pissot et Lambert, et est recommandé pour son approche élémentaire et pratique, applicable également à l'enseignement de la géographie et des langues.
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9798
p. 82-86
« DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
Début :
DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...]
Mots clefs :
Description géographique, Héliopolis, Memphis, Histoire, Géographie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique
des plaines d'Héliopolis & de
Memphis. A Paris , chez Briaſſon , à lai
I
1
AVRI L. 1755 83
Science ; & Duchefne , au Temple du Goût,
rue S. Jacques. 1755. in- 12 , petit format,
264 pag.
M. Fourmont , Interpréte du Roi pour
les Langues orientales , eft l'auteur de cet
ouvrage. Il nous apprend que c'eft le fruit
de quelques- unes des obfervations qu'il
a eu occafion de faire pendant un féjour
de près de quatre ans au Caire. De retour
en France , fes premiers foins ont été de
dreffer une carte topographique de toute
cette étendue de pays comprife entre les
plaines d'Héliopolis & de Memphis , ces
anciennes villes , que leurs ruines rendent
encore célebres. Il a eu la précaution d'y
joindre la pofition des lieux qu'il a été à
portée de vifiter ; il a préfumé que pour
rendre plus fenfible l'avantage & l'utilité
de cette carte , il falloit néceffairement
l'accompagner d'une explication géographique
des lieux anciens & modernes qu'elle
contient ; c'eft ce qu'il nous paroît avoir
exécuté avec fuccès dans l'ouvrage qu'il
donne au public. Quelque court qu'il fait ,
nous ofons affurer que les perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire & de la
Géographie , en pourront tirer de nouvel
les lumieres ; car l'auteur a eu principalement
en vûe la réunion de ces deux objets
fi propres à fixer les recherches des fçavans.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il n'a pourtant pas tout-à - fait négligé les
moyens d'intéreffer le commun des lecteurs,
par le récit des moeurs & des ufages qui
caracterifent les habitans du pays qu'il a
vifité. On ne fera pas fâché de fçavoir
comment notre auteur s'explique lui - même
fur cet article dans fa préface. » Je
» n'ai point voulu , dit-il , me borner à
» un détail purement géographique ; j'ai
» préfumé que la féchereffe qui en réfulte ,'
» y répandroit de l'ennui , fi elle n'étoit
»compenfée par le détail plus amufant
quoiqu'abrégé , des particularités qui
» m'ont le plus frappé , en recherchant les
» ufages du pays où j'ai réfidé quelques
années , & en approfondiffant les moeurs
de fes habitans . J'avoue que mon inter-
» tion n'a point été d'apprendre des chofes
tout-à-fait nouvelles dans cette partie ,
que d'autres voyageurs ont déja traitée
à fond : cependant il y a quelques - unes
de celles que j'ai rapportées , qu'on s'efforceroit
inutilement de trouver détaillées
avec autant d'exactitude dans leurs
relations mais après tout il n'en faut
" juger que comme d'un acceffoire , qui
» par la liaifon qu'il occafionne , m'a paru
»propre à donner une forme fuivie &
» en même tems plus variée à cette def
≫cription , où mon principal but a été de
AVRIL. 1755- 85
"
jetter quelque jour fur un des morceaux
» les plus effentiels de l'ancienne Géographie
«. M. Fourmont finit par avouer
qu'il y auroit de la témérité à annoncer
l'ouvrage qu'il publie › autrement que
comme un fimple effai , où il a feulement
eu deffein d'infinuer au lecteur éclairé les
inftructions qu'il pourroit tirer d'un voyage
fait dans les vûes qu'il a pris foin de
fpécifier.
Les bornes d'un précis ne me permettent
pas d'entrer dans un plus grand détail ; je
me reftreins à dire l'auteur ne fe conque
tente d'être l'héritier d'un nom , que
pas
MM . fes oncles ont fait connoître d'une
maniere glorieufe dans la république des
Lettres , il afpire encore à l'honneur de
marcher fur leurs traces.
ESSAI D'UNE NOUVELLE CARTE DE LA
MER CASPIENNE ; par M. d'Anville , de
l'Académie royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & de celles des Sciences de
Petersbourg . Quoique cette carte fe diftingue
des précédentes par de notables
changemens & une plus grande précifion
dans le détail , l'auteur ne l'intitule néanmoins
qu'Effai , dans la perfuafion où il
eft que ce fujet doit encore acquerir plus
de perfection : mais ce qui fera plus par
86 MERCURE DE FRANCE.
fait pouvant tarder à paroître , c'eft fer
vir le public que de lui donner actuelle
ment quelque chofe de mieux que ce qu'ik
avoit eu jufqu'à préfent.
des plaines d'Héliopolis & de
Memphis. A Paris , chez Briaſſon , à lai
I
1
AVRI L. 1755 83
Science ; & Duchefne , au Temple du Goût,
rue S. Jacques. 1755. in- 12 , petit format,
264 pag.
M. Fourmont , Interpréte du Roi pour
les Langues orientales , eft l'auteur de cet
ouvrage. Il nous apprend que c'eft le fruit
de quelques- unes des obfervations qu'il
a eu occafion de faire pendant un féjour
de près de quatre ans au Caire. De retour
en France , fes premiers foins ont été de
dreffer une carte topographique de toute
cette étendue de pays comprife entre les
plaines d'Héliopolis & de Memphis , ces
anciennes villes , que leurs ruines rendent
encore célebres. Il a eu la précaution d'y
joindre la pofition des lieux qu'il a été à
portée de vifiter ; il a préfumé que pour
rendre plus fenfible l'avantage & l'utilité
de cette carte , il falloit néceffairement
l'accompagner d'une explication géographique
des lieux anciens & modernes qu'elle
contient ; c'eft ce qu'il nous paroît avoir
exécuté avec fuccès dans l'ouvrage qu'il
donne au public. Quelque court qu'il fait ,
nous ofons affurer que les perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire & de la
Géographie , en pourront tirer de nouvel
les lumieres ; car l'auteur a eu principalement
en vûe la réunion de ces deux objets
fi propres à fixer les recherches des fçavans.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il n'a pourtant pas tout-à - fait négligé les
moyens d'intéreffer le commun des lecteurs,
par le récit des moeurs & des ufages qui
caracterifent les habitans du pays qu'il a
vifité. On ne fera pas fâché de fçavoir
comment notre auteur s'explique lui - même
fur cet article dans fa préface. » Je
» n'ai point voulu , dit-il , me borner à
» un détail purement géographique ; j'ai
» préfumé que la féchereffe qui en réfulte ,'
» y répandroit de l'ennui , fi elle n'étoit
»compenfée par le détail plus amufant
quoiqu'abrégé , des particularités qui
» m'ont le plus frappé , en recherchant les
» ufages du pays où j'ai réfidé quelques
années , & en approfondiffant les moeurs
de fes habitans . J'avoue que mon inter-
» tion n'a point été d'apprendre des chofes
tout-à-fait nouvelles dans cette partie ,
que d'autres voyageurs ont déja traitée
à fond : cependant il y a quelques - unes
de celles que j'ai rapportées , qu'on s'efforceroit
inutilement de trouver détaillées
avec autant d'exactitude dans leurs
relations mais après tout il n'en faut
" juger que comme d'un acceffoire , qui
» par la liaifon qu'il occafionne , m'a paru
»propre à donner une forme fuivie &
» en même tems plus variée à cette def
≫cription , où mon principal but a été de
AVRIL. 1755- 85
"
jetter quelque jour fur un des morceaux
» les plus effentiels de l'ancienne Géographie
«. M. Fourmont finit par avouer
qu'il y auroit de la témérité à annoncer
l'ouvrage qu'il publie › autrement que
comme un fimple effai , où il a feulement
eu deffein d'infinuer au lecteur éclairé les
inftructions qu'il pourroit tirer d'un voyage
fait dans les vûes qu'il a pris foin de
fpécifier.
Les bornes d'un précis ne me permettent
pas d'entrer dans un plus grand détail ; je
me reftreins à dire l'auteur ne fe conque
tente d'être l'héritier d'un nom , que
pas
MM . fes oncles ont fait connoître d'une
maniere glorieufe dans la république des
Lettres , il afpire encore à l'honneur de
marcher fur leurs traces.
ESSAI D'UNE NOUVELLE CARTE DE LA
MER CASPIENNE ; par M. d'Anville , de
l'Académie royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & de celles des Sciences de
Petersbourg . Quoique cette carte fe diftingue
des précédentes par de notables
changemens & une plus grande précifion
dans le détail , l'auteur ne l'intitule néanmoins
qu'Effai , dans la perfuafion où il
eft que ce fujet doit encore acquerir plus
de perfection : mais ce qui fera plus par
86 MERCURE DE FRANCE.
fait pouvant tarder à paroître , c'eft fer
vir le public que de lui donner actuelle
ment quelque chofe de mieux que ce qu'ik
avoit eu jufqu'à préfent.
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Résumé : « DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
Le texte présente un ouvrage de M. Fourmont, interprète du Roi pour les langues orientales, publié en 1755. Cet ouvrage est le résultat des observations de Fourmont lors d'un séjour de quatre ans au Caire. À son retour en France, il a réalisé une carte topographique des plaines d'Héliopolis et de Memphis, incluant la position des lieux visités. Pour enrichir cette carte, il l'a accompagnée d'une explication géographique des lieux anciens et modernes qu'elle contient. Bien que court, l'ouvrage apporte de nouvelles informations aux étudiants en histoire et en géographie en combinant ces deux disciplines. Fourmont a également inclus des descriptions des mœurs et des usages des habitants du pays visité pour intéresser un public plus large. Dans la préface, il explique avoir évité un détail purement géographique pour éviter l'ennui, préférant ajouter des particularités amusantes et abrégées. Il reconnaît que son ouvrage n'apporte pas de nouvelles informations révolutionnaires, mais il espère qu'il sera utile comme complément. Fourmont se présente comme l'héritier d'un nom illustre, aspirant à suivre les traces de ses oncles glorieux dans la république des Lettres. Le texte mentionne également un essai de carte de la mer Caspienne par M. d'Anville, distinguée par des changements notables et une plus grande précision, bien que l'auteur la considère comme un essai perfectible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9799
p. 86-91
« PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Début :
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Bureau militaire, Bureau typographique, Fortifications, Bureau, Polygone, Menuiserie, Traité, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
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Résumé : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Le document est un prospectus pour un nouveau traité de fortification destiné aux jeunes officiers. Bien que ces officiers ne se spécialisent pas nécessairement dans le génie, il est crucial qu'ils maîtrisent les fortifications. Le traité repose sur la méthode de fortification du Maréchal de Vauban, encore largement utilisée à l'époque. L'auteur a développé un 'bureau militaire' pour illustrer ses enseignements. Ce bureau est conçu pour représenter les différentes pièces de fortification en relief, similaires aux caractères typographiques. Chaque niche du bureau contient des pièces de même type, permettant de reconstituer des fortifications en trois dimensions. Ces pièces sont standardisées selon une échelle commune, facilitant leur assemblage pour former divers types de polygones. Le bureau militaire permet aux élèves de visualiser clairement les relations entre les différentes parties d'une fortification, ce qui est plus efficace que les plans sur papier. Les exercices pratiques, comme la défense d'une place ou le passage d'une rivière, enrichissent l'apprentissage. L'auteur suggère également d'intégrer des connaissances mathématiques pertinentes et des études sur l'art de la guerre. Le prospectus se conclut par une annonce du bureau militaire, disponible chez le libraire Jombert à Paris. Ce bureau peut être utilisé en complément d'autres traités de fortification suivant la méthode de Vauban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9800
p. 92-100
SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
Début :
Le 20 d'Octobre dernier, la Société royale de Nanci tint, selon sa coutume, [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy, Esprit philosophique, Discours, Génie, Académie, Nancy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
SEANCE PUBLIQUE
De la Société royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci.
E 20 d'Octobre dernier , la Société
royale de Nanci tint , felon fa coutume
, fa féance publique. Ce jour , fi cher
à l'Académie par la naiffance de fon fondateur
, fera encore mémorable dans fes
faftes par les fujets diftingués qu'elle vient
de recevoir. Elle comptoit déja parmi fes
membres les Fontenelle , les Hénault , les
Montefquieu; elle vient de s'affocier encore
les Maillebois , les Maupertuis , les la Condamine.
M. Dagay , Abbé de Soreze , de
l'Académie de Befançon , étoit venu exprès
de Franche-Comté à Nanci , pour faire en
ce jour fon remerciment , & M. le Corvaifier
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
d'Angers , avoit envoyé le fien. Il fut lû
par M. le Chevalier de Solignac : la façon
de lire ne nuit point à un difcours ; celuici
fut prononcé avec goût , on l'écouta
avec attention , on le relira encore avec
plaiſir , mais il faut le lire tout entier :
quelques morceaux détachés ne feroient
connoître qu'imparfaitement le ftyle & les
fentimens de l'auteur.
AVRIL. 1755.
93
" La gloire ( dit M. le Corvaifier ) eſt
» le premier objet d'une Société d'hommes
» de Lettres , les travaux utiles la procu-
» rent , les fuccès la confirment , l'hom-
» mage du public en fixe la folidité ; elle
devient le fond & la richeffe d'un Aca-
» démie , on peut l'augmenter en la com-
» muniquant mais on peut auffi l'affoiblir
, forfqu'on admetquelqu'un à y par-
;
ticiper. Que je crains , Meffieurs , que
» vous n'ayez à vous reprocher bientôt vo-
» tre indulgence ! vous m'affociez à vos
» triomphes littéraires , pouvois- je l'efpe-
» rer ? vous exigez de moi des travaux
ferois-je affez heureux pour remplir vos
» intentions & mes devoirs ?
» Les ouvrages qui honorent votre compagnie
, & qui lui appartiennent , font
marqués au coin de l'érudition , fuppo-
» fent des recherches , annoncent des con-
» noiffances , & portent le caractere du
»goût & du génie ; ils n'éblouiffent point ,
» ils intéreffent ; ils ne féduifent point , ils
» perfuadent ; ils n'amufent pas feulement,
ils inftruifent ; ils n'obtiennent point un
applaudiffement paffager , on les admire
toujours. Quelles productions , Mef-
» fieurs , aurois-je à vous offrir qui puiffent
» être placées à côté des vôtres ? Je n'ai
pour moi que du zéle . Je ne dois pas ce4
MERCURE DE FRANCE.
pendant oublier le feul moyen que je
puiffe faire voir pour vous être agréable .
» La maniere que j'ai employée à célébrer
» les vertus du Monarque de la France , a
mérité l'approbation de votre auguſte
fondateur. Un fuffrage fi refpectable de-
» vroit calmer mes inquiétudes , & ſoute
> nir mes efpérances ; mais puis-je me dif-
» fimuler que j'ai entrepris le fujet le plus
»magnifique & le plus fécond ? qu'il ne
» s'agiffoit pas d'embellir les objets , mais
» de les montrer : qu'il fuffifoit d'être ci-
» toyen & de connoître fon Roi . On ne
peut me fçavoir gré que du choix ; la ma
tiere que j'ai embraffée , eft affez riche
»pour foutenir celui qui la traite , & pour
» fuppléer aux talens .
M. de Corvaifier parle enfuite des dif
férens établiſſemens qu'a fondés le Roi de
Pologne , & des ouvrages qu'il a compo
fés ; & après avoir expofé le plan des uns
& fait l'analyse des autres , il conclut que
les amuſemens ingénieux de ce Prince ,
auffi-bien que fes plus férieufes occupa
tions , tournent également au profit de la
religion & de l'humanité.
-
Après la lecture de ce difcours , M.
Dagay , Abbé de Soreze , Chanoine de
T'Eglife métropolitaine de Franche - Comté
, & membre de l'Académie de Befan-
•
AVRIL. 1755. 95
çon , prononça lui - même fon remerci
ment , qu'il finit ainfi . » C'eſt à vous ,
Meffieurs , qu'eft réſervée la gloire de
» tranfmettre aux fiécles à venir les fenti-
❤mens magnanimes , & les actions héroïques
dont vous êtes les témoins : c'eft à
» vous à dépofer dans le fein de la renom-
» mée tout le détail d'une vie qui doit
» être à jamais le modele & l'exemple des
»
Rois. La feule chofe que vous avez à
» craindre , c'eſt que les faits que vous de-
≫ vez raconter , & qui fe paflent fous vos
n yeux , ne paroiffent aux yeux de la pof
térité une fiction ingénieufe, plus propre
à rendre la vertu aimable que reffemblante
à la vérité. Mais raffurez - vous ,
» Meffieurs , tant de grands établiſſemens
» également utiles à la religion & à l'hu-
» manité , plus durables que le marbre &
le bronze qui les atteftent , & qui font
confignés dans les annales de l'Eglife &
dans les archives des nations , garanti
ront la certitude de votre témoignage.
Daigne la providence , qui a toujours fi
» vifiblement protégé ce Monarque , mettre
le comble à tous nos voeux Puiffent
fes jours précieux fe prolonger aux dépens
de nos années , fe perpétuer au gré
- de nos defirs , fe multiplier à proportion
de fes vertus , & durer autant que fes
Sbienfaits !
96 MERCURE DE FRANCE.
M. le Comte de Cuftine , Directeur de
l'Académie , lui répondit. Il parla avec
cette politeffe & cette modeftie qui ca
racteriſent le vrai mérite , & qui conviennent
fi bien aux perfonnes de fon rang.
Son difcours fut généralement applaudi.
Il le termina par ces paroles , qu'il adreffa
à la Compagnie. » Suivez , Meffieurs , les
» hautes deftinées qui attendent tout ce
»
qui eft l'ouvrage de Staniflas ; marchez
" avec confiance dans la carriere où il
» vous précéde , & s'il arrivoit jamais que
» votre ardeur fe rallentît , rappellez - vous
que fa gloire eft inféparable de la vôtre.
- M. de Beauchamp , Lieutenant de Roi à
Nanci , prononça un difcours fur l'ambi
tion. Il diftingua la noble ambition , qui a
pour principe l'amour de la patrie , & pour
objet l'utilité publique , de l'ambition criminelle
qui ne confulte que l'orgueil , &
qui n'afpire qu'à l'indépendance. Il prouva
par des raifons folides & des exemples
choifis , qu'autant que l'une eft louable &
peut être utile , autant l'autre eft funefte
& digne de mépris.
M. Montignot , Chanoine de l'Eglife
cathédrale de Toul , fit une differtation
fur l'efprit philofophique , dans laquelle
il fit voir que ni Lucrece , malgré la beauté
de fon génie poëtique ; ni Spinofa ,
malgré
AVRIL. 1755 . 97.
malgré l'invention hardie & la liaiſon de
fon fyftême ; ni Bayle , malgré les argumens
fpécieux de la plus fine dialectique ,
n'étoient pas de vrais Philofophes.
L'auteur avoit commencé par remonter
jufqu'au tems heureux où l'efprit philofophique
vint à paroître dans le monde.
» Qu'entendoit- on , dit- il , avant Defcar-
» tes , par cette forte d'efprit ? Etoit - ce
cette recherche févere & rigoureuſe de
» la vérité , qui pefe , balance , examine
• fans prévention , & ne s'arrête que lorf
» que l'évidence paroît : Etoit-ce ce jugement
vif& pénétrant , qui ne fe laiffant
égarer par aucune fauffe lueur , avance
» toujours d'un pas égal vers la vérité ,
» parce qu'il ne veut la reconnoître que
» dans les principes d'une claire percep
» tion , par un fentiment intérieur , ou
d'après des obfervations exactes & ré-
» pétées avec fcrupule ? Non , Meffieurs ,
ajoute-t-il , on ne penfoit même pas qu'il
»fallût acheter fi cherement la qualité de
Philofophe .... Ceux qui portoient ce
» nom , on les difpenfoit alors d'étudier
la nature , & d'obferver fes loix ; mais
" on exigeoit qu'ils excellaffent dans l'art
dangereux d'embarraffer une difficulté
par toutes les fubtilités qu'une fauffe dialectique
enfeigne ; qu'ils fuffent habiles
D
ود
"
E
98 MERCURE DE FRANCE .
» dans la fcience des mots ..... Defcartes
paroît. Sa raifon ne peut fouffrir le joug
honteux où gémiffoit le refte des hom-
» mes. Il menace de renverfer jufques dans
»fes fondemens le vieil édifice de la Phi-
» lofophie d'Ariftote , qu'il ne trouve
étayée que par la prévention de fon fié-
>> cle . Cet heureux génie a le courage de
» donner les premiers coups ; il frappe
s d'une main fure. If nons trace en vain-
» queur les vraie's routes du fçavoir ... Je
» fixe à cette époque , continue M. Montignot
, le moment où le véritable ef
» prit philofophique commença à repa-
»roître fur la terre ... Vous connoiffez ,
» Meffieurs , les avantages que la Société
» en a retirés. Mon deffein me conduit
» plus loin ; je l'envifage du côté de la re
ligion , & je dis que l'efprit philofophi
" que lui eft avantageux
, ou plutôt qu'il
» ne lui eftpas nuifible : mais eft-il facile,
» ajoute - t - il , d'accorder
enſemble
cette
docilité d'enfant , que la foi exige pour
des vérités qu'il eft défendu
d'approfon
» dir , avec ces principes
féveres de la Phi-
» lofophie moderne
, qui fe fait une loi
inviolable de n'acquiefcer à aucune opi-
» nion , jufqu'à ce que l'évidence paroiſſe ,
» & qu'elle éclaire une vérité , comme un
beau jour qui vient rendre aux objets
AVRIL. 1755.
ITI
93
93
"
1,
?
BECO
ON
leurs couleurs naturelles : Ce font des
» doutes & des frayeurs qui n'age
gueres que cette partie des hommes qué
» n'ont pas médité fur le caractere de
»l'efprit philofophique , parce qu'ils n'en
» fout point éclairés .... Rendons ici l'ef
prit philofophique refpectable à leurs
yeux Montrons qu'il eft avantageux à la
religion , & qu'il la fert auffi utilement
» qu'ilmérite d'en être honoré. » Dans le
détail ouventre enfuite M. Montignot , il
fait voir que l'efprit philofophique fert à
faire appercevoir les bornes de la raiſon ,
la néceffité d'une révélation & l'obligation
de s'y foumettre. On ne fçauroit fuivre
l'auteur dans tous fes raifonnemens . Ils
font auffi forts qu'ils le pouvoient être , &
toute Baffemblée en fut extrêmement frappée.
Cet ouvrage paroîtra , fans doute ,
bientôt dans les mémoires de l'Académie
de Nanci , avec ceux dont nous venons
de parler ob a
}
D'HOURY , Libraire , rue de la Vieille
Bouclerie , donnera inceffamment une nouvelle
édition de la Chymie médicinale , de
M. Malouin , Médecin ordinaire de la
Reine.
ailty
CONSIDERATIONS fur les caufes de la
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
grandeur des Romains & de leur décadence
; nouvelle édition , à laquelle on a
joint un dialogue de Sylla & d'Eucrate .
A Paris , chez Guillyn , quai des Auguftins
, du côté du pont Saint Michel , au Lys
d'or. 1755 .
édition ; par
URE
>
ESSAI SUR L'ARCHITECTURE , nouvelle
le P. Laugier de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au Temple
du goût. 1755 .
Cette édition eft augmentée, d'un dictionnaire
des termes , avec des planches
qui en facilitent l'explication .
De la Société royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci.
E 20 d'Octobre dernier , la Société
royale de Nanci tint , felon fa coutume
, fa féance publique. Ce jour , fi cher
à l'Académie par la naiffance de fon fondateur
, fera encore mémorable dans fes
faftes par les fujets diftingués qu'elle vient
de recevoir. Elle comptoit déja parmi fes
membres les Fontenelle , les Hénault , les
Montefquieu; elle vient de s'affocier encore
les Maillebois , les Maupertuis , les la Condamine.
M. Dagay , Abbé de Soreze , de
l'Académie de Befançon , étoit venu exprès
de Franche-Comté à Nanci , pour faire en
ce jour fon remerciment , & M. le Corvaifier
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
d'Angers , avoit envoyé le fien. Il fut lû
par M. le Chevalier de Solignac : la façon
de lire ne nuit point à un difcours ; celuici
fut prononcé avec goût , on l'écouta
avec attention , on le relira encore avec
plaiſir , mais il faut le lire tout entier :
quelques morceaux détachés ne feroient
connoître qu'imparfaitement le ftyle & les
fentimens de l'auteur.
AVRIL. 1755.
93
" La gloire ( dit M. le Corvaifier ) eſt
» le premier objet d'une Société d'hommes
» de Lettres , les travaux utiles la procu-
» rent , les fuccès la confirment , l'hom-
» mage du public en fixe la folidité ; elle
devient le fond & la richeffe d'un Aca-
» démie , on peut l'augmenter en la com-
» muniquant mais on peut auffi l'affoiblir
, forfqu'on admetquelqu'un à y par-
;
ticiper. Que je crains , Meffieurs , que
» vous n'ayez à vous reprocher bientôt vo-
» tre indulgence ! vous m'affociez à vos
» triomphes littéraires , pouvois- je l'efpe-
» rer ? vous exigez de moi des travaux
ferois-je affez heureux pour remplir vos
» intentions & mes devoirs ?
» Les ouvrages qui honorent votre compagnie
, & qui lui appartiennent , font
marqués au coin de l'érudition , fuppo-
» fent des recherches , annoncent des con-
» noiffances , & portent le caractere du
»goût & du génie ; ils n'éblouiffent point ,
» ils intéreffent ; ils ne féduifent point , ils
» perfuadent ; ils n'amufent pas feulement,
ils inftruifent ; ils n'obtiennent point un
applaudiffement paffager , on les admire
toujours. Quelles productions , Mef-
» fieurs , aurois-je à vous offrir qui puiffent
» être placées à côté des vôtres ? Je n'ai
pour moi que du zéle . Je ne dois pas ce4
MERCURE DE FRANCE.
pendant oublier le feul moyen que je
puiffe faire voir pour vous être agréable .
» La maniere que j'ai employée à célébrer
» les vertus du Monarque de la France , a
mérité l'approbation de votre auguſte
fondateur. Un fuffrage fi refpectable de-
» vroit calmer mes inquiétudes , & ſoute
> nir mes efpérances ; mais puis-je me dif-
» fimuler que j'ai entrepris le fujet le plus
»magnifique & le plus fécond ? qu'il ne
» s'agiffoit pas d'embellir les objets , mais
» de les montrer : qu'il fuffifoit d'être ci-
» toyen & de connoître fon Roi . On ne
peut me fçavoir gré que du choix ; la ma
tiere que j'ai embraffée , eft affez riche
»pour foutenir celui qui la traite , & pour
» fuppléer aux talens .
M. de Corvaifier parle enfuite des dif
férens établiſſemens qu'a fondés le Roi de
Pologne , & des ouvrages qu'il a compo
fés ; & après avoir expofé le plan des uns
& fait l'analyse des autres , il conclut que
les amuſemens ingénieux de ce Prince ,
auffi-bien que fes plus férieufes occupa
tions , tournent également au profit de la
religion & de l'humanité.
-
Après la lecture de ce difcours , M.
Dagay , Abbé de Soreze , Chanoine de
T'Eglife métropolitaine de Franche - Comté
, & membre de l'Académie de Befan-
•
AVRIL. 1755. 95
çon , prononça lui - même fon remerci
ment , qu'il finit ainfi . » C'eſt à vous ,
Meffieurs , qu'eft réſervée la gloire de
» tranfmettre aux fiécles à venir les fenti-
❤mens magnanimes , & les actions héroïques
dont vous êtes les témoins : c'eft à
» vous à dépofer dans le fein de la renom-
» mée tout le détail d'une vie qui doit
» être à jamais le modele & l'exemple des
»
Rois. La feule chofe que vous avez à
» craindre , c'eſt que les faits que vous de-
≫ vez raconter , & qui fe paflent fous vos
n yeux , ne paroiffent aux yeux de la pof
térité une fiction ingénieufe, plus propre
à rendre la vertu aimable que reffemblante
à la vérité. Mais raffurez - vous ,
» Meffieurs , tant de grands établiſſemens
» également utiles à la religion & à l'hu-
» manité , plus durables que le marbre &
le bronze qui les atteftent , & qui font
confignés dans les annales de l'Eglife &
dans les archives des nations , garanti
ront la certitude de votre témoignage.
Daigne la providence , qui a toujours fi
» vifiblement protégé ce Monarque , mettre
le comble à tous nos voeux Puiffent
fes jours précieux fe prolonger aux dépens
de nos années , fe perpétuer au gré
- de nos defirs , fe multiplier à proportion
de fes vertus , & durer autant que fes
Sbienfaits !
96 MERCURE DE FRANCE.
M. le Comte de Cuftine , Directeur de
l'Académie , lui répondit. Il parla avec
cette politeffe & cette modeftie qui ca
racteriſent le vrai mérite , & qui conviennent
fi bien aux perfonnes de fon rang.
Son difcours fut généralement applaudi.
Il le termina par ces paroles , qu'il adreffa
à la Compagnie. » Suivez , Meffieurs , les
» hautes deftinées qui attendent tout ce
»
qui eft l'ouvrage de Staniflas ; marchez
" avec confiance dans la carriere où il
» vous précéde , & s'il arrivoit jamais que
» votre ardeur fe rallentît , rappellez - vous
que fa gloire eft inféparable de la vôtre.
- M. de Beauchamp , Lieutenant de Roi à
Nanci , prononça un difcours fur l'ambi
tion. Il diftingua la noble ambition , qui a
pour principe l'amour de la patrie , & pour
objet l'utilité publique , de l'ambition criminelle
qui ne confulte que l'orgueil , &
qui n'afpire qu'à l'indépendance. Il prouva
par des raifons folides & des exemples
choifis , qu'autant que l'une eft louable &
peut être utile , autant l'autre eft funefte
& digne de mépris.
M. Montignot , Chanoine de l'Eglife
cathédrale de Toul , fit une differtation
fur l'efprit philofophique , dans laquelle
il fit voir que ni Lucrece , malgré la beauté
de fon génie poëtique ; ni Spinofa ,
malgré
AVRIL. 1755 . 97.
malgré l'invention hardie & la liaiſon de
fon fyftême ; ni Bayle , malgré les argumens
fpécieux de la plus fine dialectique ,
n'étoient pas de vrais Philofophes.
L'auteur avoit commencé par remonter
jufqu'au tems heureux où l'efprit philofophique
vint à paroître dans le monde.
» Qu'entendoit- on , dit- il , avant Defcar-
» tes , par cette forte d'efprit ? Etoit - ce
cette recherche févere & rigoureuſe de
» la vérité , qui pefe , balance , examine
• fans prévention , & ne s'arrête que lorf
» que l'évidence paroît : Etoit-ce ce jugement
vif& pénétrant , qui ne fe laiffant
égarer par aucune fauffe lueur , avance
» toujours d'un pas égal vers la vérité ,
» parce qu'il ne veut la reconnoître que
» dans les principes d'une claire percep
» tion , par un fentiment intérieur , ou
d'après des obfervations exactes & ré-
» pétées avec fcrupule ? Non , Meffieurs ,
ajoute-t-il , on ne penfoit même pas qu'il
»fallût acheter fi cherement la qualité de
Philofophe .... Ceux qui portoient ce
» nom , on les difpenfoit alors d'étudier
la nature , & d'obferver fes loix ; mais
" on exigeoit qu'ils excellaffent dans l'art
dangereux d'embarraffer une difficulté
par toutes les fubtilités qu'une fauffe dialectique
enfeigne ; qu'ils fuffent habiles
D
ود
"
E
98 MERCURE DE FRANCE .
» dans la fcience des mots ..... Defcartes
paroît. Sa raifon ne peut fouffrir le joug
honteux où gémiffoit le refte des hom-
» mes. Il menace de renverfer jufques dans
»fes fondemens le vieil édifice de la Phi-
» lofophie d'Ariftote , qu'il ne trouve
étayée que par la prévention de fon fié-
>> cle . Cet heureux génie a le courage de
» donner les premiers coups ; il frappe
s d'une main fure. If nons trace en vain-
» queur les vraie's routes du fçavoir ... Je
» fixe à cette époque , continue M. Montignot
, le moment où le véritable ef
» prit philofophique commença à repa-
»roître fur la terre ... Vous connoiffez ,
» Meffieurs , les avantages que la Société
» en a retirés. Mon deffein me conduit
» plus loin ; je l'envifage du côté de la re
ligion , & je dis que l'efprit philofophi
" que lui eft avantageux
, ou plutôt qu'il
» ne lui eftpas nuifible : mais eft-il facile,
» ajoute - t - il , d'accorder
enſemble
cette
docilité d'enfant , que la foi exige pour
des vérités qu'il eft défendu
d'approfon
» dir , avec ces principes
féveres de la Phi-
» lofophie moderne
, qui fe fait une loi
inviolable de n'acquiefcer à aucune opi-
» nion , jufqu'à ce que l'évidence paroiſſe ,
» & qu'elle éclaire une vérité , comme un
beau jour qui vient rendre aux objets
AVRIL. 1755.
ITI
93
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1,
?
BECO
ON
leurs couleurs naturelles : Ce font des
» doutes & des frayeurs qui n'age
gueres que cette partie des hommes qué
» n'ont pas médité fur le caractere de
»l'efprit philofophique , parce qu'ils n'en
» fout point éclairés .... Rendons ici l'ef
prit philofophique refpectable à leurs
yeux Montrons qu'il eft avantageux à la
religion , & qu'il la fert auffi utilement
» qu'ilmérite d'en être honoré. » Dans le
détail ouventre enfuite M. Montignot , il
fait voir que l'efprit philofophique fert à
faire appercevoir les bornes de la raiſon ,
la néceffité d'une révélation & l'obligation
de s'y foumettre. On ne fçauroit fuivre
l'auteur dans tous fes raifonnemens . Ils
font auffi forts qu'ils le pouvoient être , &
toute Baffemblée en fut extrêmement frappée.
Cet ouvrage paroîtra , fans doute ,
bientôt dans les mémoires de l'Académie
de Nanci , avec ceux dont nous venons
de parler ob a
}
D'HOURY , Libraire , rue de la Vieille
Bouclerie , donnera inceffamment une nouvelle
édition de la Chymie médicinale , de
M. Malouin , Médecin ordinaire de la
Reine.
ailty
CONSIDERATIONS fur les caufes de la
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
grandeur des Romains & de leur décadence
; nouvelle édition , à laquelle on a
joint un dialogue de Sylla & d'Eucrate .
A Paris , chez Guillyn , quai des Auguftins
, du côté du pont Saint Michel , au Lys
d'or. 1755 .
édition ; par
URE
>
ESSAI SUR L'ARCHITECTURE , nouvelle
le P. Laugier de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au Temple
du goût. 1755 .
Cette édition eft augmentée, d'un dictionnaire
des termes , avec des planches
qui en facilitent l'explication .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
Le 20 octobre, la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy a célébré sa séance publique annuelle, marquant également la naissance de son fondateur. Parmi les membres présents figuraient Fontenelle, Hénault, Montesquieu, ainsi que les nouveaux membres Maillebois, Maupertuis et La Condamine. M. Dagay, Abbé de Soreze, de l'Académie de Besançon, a prononcé un discours de remerciement. M. le Corvaisier, Secrétaire perpétuel de l'Académie d'Angers, a envoyé un discours lu par M. le Chevalier de Solignac, soulignant l'importance de la gloire académique et des travaux utiles. M. le Corvaisier a également exprimé son admiration pour les œuvres érudites de l'Académie et a discuté des établissements et œuvres du Roi de Pologne, notant leur utilité pour la religion et l'humanité. M. Dagay a ensuite remercié l'Académie pour sa mission de transmettre les actions héroïques et les sentiments magnanimes aux générations futures. M. le Comte de Custine, Directeur de l'Académie, a encouragé l'Académie à suivre les hautes destinées tracées par Stanislas. M. de Beauchamp a prononcé un discours sur l'ambition, distinguant l'ambition noble de l'ambition criminelle. M. Montignot, Chanoine de l'Église cathédrale de Toul, a fait une dissertation sur l'esprit philosophique, affirmant que Descartes a marqué le début de la véritable philosophie. Il a également discuté de la compatibilité entre l'esprit philosophique et la religion, soulignant que la philosophie aide à reconnaître les limites de la raison et la nécessité de la révélation. La séance s'est conclue par des annonces de publications récentes, notamment une nouvelle édition de la 'Chymie médicinale' de M. Malouin et un 'Essai sur l'architecture' du P. Laugier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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