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p. 49-62
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Montauban.
Début :
L'Académie des Belles-Lettres de Montauban a célébré à son ordinaire, le [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Montauban, Montauban, Dictionnaires, Lecteurs, Lettres, Hommes, Femmes, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Montauban.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie de Montauban.
'Académie des Belles- Lettres de Mon-
L'auban a célébré à fon ordinaire , le
25 Août , la fête de S. Louis ; elle aſſiſta
le matin à une Meffe qui fut fuivie de
l'Exaudiat , pour le Roi , & du panégyrique
du Saint , prononcé par M. Court ,
Curé de Montricoux , Diocèſe de Cahors.
Elle tint l'après-midi une affemblée publique
dans la grande falle de l'Hôtel de
ville ; & M. Saint-Hubert de Gaujac , ancien
Capitaine de Cavalerie , Chevalier de
l'Ordre militaire de S. Louis , Directeur de
quartier , ouvrit la féance par un difcours
, où il ſe propoſa d'examiner fi
c'eft à leur coeur ou à leur efprit que
les femmes doivent la fupériorité qu'elles
ont fur les hommes dans plufieurs genres
d'écrire , & principalement dans le ſtyle
léger & épikolaire. Il prouva d'abord cette
C
60 MERCURE DE FRANCE.
fupériorité par des exemples décisifs , &
par des autorités refpectables. Il effaya
enfuite de l'expliquer , en obfervant qu'on
ne fçauroit difputer aux femmes qui ſe
font mêlées d'écrire , l'heureux choix des
expreffions , la délicateffe des fentimens ,
l'élégance , la précifion , &c. » Qui dou-
» te , ajouta-t- il , que l'imagination n'ouvre
une fource inépuifable d'agrémens
» & de beautés raviffantes , & que la vi-
» vacité , la variété & la fineffe de fon
ود
pinceau ne donnent au fujet qu'elle trai-
» te , l'air le plus noble , & les graces
les plus touchantes ? Or les femmes ont
» porté en naiffant un don fi précieux :
» auffi tout devient- il fous leurs mains ,
» fertile , gracieux & riant . .. .. . Si nous
»
ne les trouvons pas toujours propres à
» faire de grands tableaux & des ftatues
» coloffales , nous devons au moins convenir
que pour les ouvrages de petit
» point & de miniature , elles furpaſſent
» les Raphaël & les Phidias .... J'avoue
» qu'elles ont quelquefois un ftyle dé-
» coufu , plein de négligence & de faillies ,
» je dirois prefque un ftyle intermittent ;
mais c'eft ce qui en fait le charme , &
l'on feroit fâché d'y trouver plus d'or-
» dre & de méthode « . Quoique M. Saint-
Hubert fe fut plaint au commencement de
MARS. 1755.
S4
33
fon ouvrage , de manquer
des fecours
que
la lecture fournit aux auteurs de profeffion
, n'ayant pour lui difoit-il ., que
» le Code militaire , un peu d'imagina-
» tion , & malheureufement
beaucoup
trop
d'ufage du monde , « il ne laiffa pas de
répandre
dans fon difcours
plufieurs
traits
intéreffans
, qui montroient
que ce qu'il
avoit eu le tems ou l'occafion
de lire , il
l'avoit lû avec goût & avec réflexion
. C'eſt
par là qu'il tira un parti ingénieux
de quelques
lettres de Madame
de Sévigné
: mais
venant à rechercher
la caufe de cette fupériorité
qu'il reconnoiffoit
dans les femmes
il tenta de recourir , pour en indiquer la
fource , au méchaniſme
de la nature. » Les
»femmes , difoit- il , ont un corps plus dé-
» licatement
organifé ; c'eſt par là que la
» beauté , que les graces extérieures
leur
appartiennent
de droit. Ne feroit-ce point
auffi par là que leur imagination
eft plus
vive , & plus facile à remuer ? « Mais il
revint bientôt fur fes pas , en faifant réflexion
que dans les femmes , leur coeur
& leur efprit doivent
fe reffentir
égaledu
partage que la nature leur a fait
en ce genre. Il fe tourna alors du côté
de l'éducation
, & il demanda
fi la mariere
différente
dont on éleve les jeunes
perfonnes
de l'un & de l'autre fexe , n'of
ment
}
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
friroit pas la véritable caufe des différen
ces qui les diftinguent. Il caractériſa l'éducation
que les femmes reçoivent communément
, & il conjectura affez vraiſemblablement
, foit de la bienféance , de la
réferve & de la modeftie qu'on leur infpire
, foit du préjugé qui leur interdit les
études fortes & férieufes , qu'il eft naturel
d'une part qu'elles foient plus faites
& plus habiles que les hommes à trouver
ces tours ingénieux , où le fentiment ne paroît
fe cacher que pour être mieux apperçu ;
d'un autre côté , que leur imagination fe
trouvant débarraffée de la féchereffe d'un
travail long , affujettiffant & pénible , elle
conferve tout fon feu pour les objets agréables
& legers . Il abandonna cependant encore
cette explication , parce que l'éducation
, ajouta- t-il , influe également fur l'efprit
fur le coeur. Il fe borna donc à balancer
ici les raifons contradictoires qui forment
la difficulté de la queftion qu'il s'étoit
propofée ; & après avoir infinué que les
premieres apparences le portoient à penfer
que les femmes doivent à leur efprit
leur fupériorité fur les hommes dans les
ouvrages qui fortent de leur plume , parce
que c'eft leur efprit qui enfante ces ou
vrages ; que c'eft la maniere dont l'efprit
enviſage les objets qui décide de la maMARS.
1755.
53
niere dont on les peint ; & que les femmes
n'excellent dans le ftyle epiftolaire
que parce qu'elles ont fingulierement l'ef
prit de la converfation : il conclut enfin
» qu'en elles c'eſt le coeur qui donne le ton
» à l'efprit. En effet
En effet , continua- t- il , les
» ouvrages des femmes portent tous l'em-
»preinte du fentiment , qui eft chez elles
" fi vif & fi délicat. Les hommes raiſon-
» nent , mais les femmes fentent : voilà
» pourquoi les écrits de ceux -là font.com-
» munément plus fecs , plus arides , &c ...
» Le coeur eft la partie qui a plus d'action
dans les femmes ; il vivifie en quel-
» que forte tout ce qu'elles font , tout ce
qu'elles difent , tout ce qu'elles écri-
» vent .... D'où vient que les écrits des
femmes nous affectent d'une maniere
» particuliere ? ... c'eft qu'il n'y a que le
coeur qui ait droit de parler au coeur :
le coeur eft froid , il eft fourd , pour
» ainfi dire , au langage de l'efprit ....
Quand eft-ce que la lyre a rendu des
fons plus animés & plus tendres , fi ce
n'eft quand elle a été entre les mains
des femmes ? C'eft la nature elle -même
qui parie dans les poëfies des Sapho ,
des La Suze , des Deshoulieres , &c.
»On ne trouve nulle part des fentimens
fi vifs , fi variés , fi foutenus , fi déli-
"
"
"
»
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
» cats , fi touchans. Les hommes qui ont
voulu elfayer ce genre , fe font prefque
tous attirés le reproche d'avoir mis dans
leurs ouvrages un art capable de déceler
la violence qu'ils faifoient à leur
efprit , pour lui faire parler le langage
» du coeur , & c.
M. Bernoy lut enfuite deux odes , l'une
firée du Pfeaume CI . & l'autre du Pfeaume
CXLII. Il faudroit les tranfcrire ici en
entier , pour faire connoître avec quelle
fidélité l'auteur a fçu rendre les profonds
gémiffemens & la vive douleur du faint
Roi pénitent .
M. l'Abbé de Verthamon ; dans un
difcours contre l'envie , Sattacha à montrer
avec quel acharnement cette paffion
pourfuit ordinairement les grands hommes.
Après avoir fait un tableau de fes
fureurs , il entra dans le détail des funef
res effets qu'elle produit communément
parmi les gens de lettres. Il fit voir enfin
que dans tous les lieux & dans tous les
fiécles , les plus grands Poëtes & les plus
grands Orateurs ont été expofés aux traits
empoifonnés de l'envie .
M. de Claris , Préfident de la Chambre
des Comptes , Cour des Aides &
Finances de Montpellier Académicien
affocié , avoit envoyé à l'Académie des
,
MARS. 1755 .
vers qu'il avoit faits fur le mariage de M.
de **fous ce titre : le Triomphe de l'hymen
, & M. de Cathala en fit la lecture.
Depuis quelques années , nul genre
d'ouvrage ne s'eft autant multiplié que
les Dictionnaires ; & c'eft ce qui donna
lieu à M. l'Abbé Bellet d'examiner s'ilsfe
multiplient aujourd'hui pour le progrès ou
pour la ruine des lettres . Jamais , felon cer
Académicien , il ne fut plus vrai de dire
qu'on pourroit faire un Dictionnaire des
noms de tous les Dictionnaires qui exiftent.
Après avoir obfervé que chaque fcience ,
chaque art a le fien , il fe propofa de déterminer
le dégré de gloire qu'ils font ent
état de procurer à leurs auteurs , & les
avantages que les lecteurs peuvent en retirer……………
. Un dictionnaire n'eft point une
production du génie ..... c'eſt communé
ment un recueil , un registre , un magafir
d'actions ou de pensées étrangeres ... On
peut dire abfolument de la compofition
de ces fortes d'ouvrages , ce que La Bruyere
n'a dit de la critique qu'avec reftriction :
que c'est un métier où il faut plus de fanté
que d'efprit , plus de travail que de capacité
, plus d'habitude que de génie..... Le
choix des penfées eft une forte d'inven
tion , difoit encore l'auteur des Caracteres.
» Mais dans un dictionnaire on fe déter-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
» mine plutôt à rapporter beaucoup de cho-
» fes que d'excellentes chofes ...... On
» diroit que l'auteur d'un dictionnaire
ود
craint de n'avoir pas le tems d'être diffus ,
» comme un bon auteur craint de n'avoir
→ pas le loifir d'être court ..... c'eſt le
chef- d'oeuvre de l'art de fçavoir cacher
»fon art. Mais il femble que l'auteur d'un
» dictionnaire faffe profeffion de bannir
toute forte d'art de fa compofition & de
fon ouvrage. Toujours uniforme dans fes
»tours & dans fes expreffions , il ſe borne à
» une forte de monotonie qui forme ſon ca-
» ractere .... il lui fuffit de coudre , pour
»ainfi dire , bout-à-bout ce qu'il a remar-
» qué dans le cours de, fes lectures.... En
» un mot , il n'a point l'honneur de l'in-
» vention dans ce qu'il dit , & il ne fonge
gueres à mettre les graces du ftyle dans
» la maniere dont il le dit. . ... M. l'Abbé
Bellet ne laiffa pas de rendre juftice au
genre de mérite qu'on ne peut s'empêcher
de reconnoître dans les auteurs de quelques
utiles compilations que nous avons ,
mais il crut devoir relever en même tems
les défauts effentiels qui dégradent plufieurs
dictionnaires ; il les caractériſa chacun
en particulier , il ajouta qu'un bon
vocabulaire eft la feule efpéce de dictionnaire
dont la compofition paroît exiger
>
My
MAR S. 1755. 57
un mérite plus réel & plus rare , & il en
donna plufieurs raifons .... » C'eſt ainsi ,
» continua-t- il , que l'auteur d'un Poë-
"me , prefque digne de Virgile * > avoit
» commencé un Dictionnaire latin deſtiné
» à effacer tous les autres. Nous lui avons
entendu dire qu'il ne fe propofoit pas
» moins que de faire fentir , fous chaque
mot françois , la fignification préciſe
& l'ufage particulier de ce grand nom-,
» bre de mots latins que le commun des
lecteurs regarde comme de parfaits fy
» nonimes. Un tel deffein fuppofoit en lui
autant de fineffe de goût que de lecture.
» Pour continuer fon ouvrage , en entrant
» dans fes vûes , on avoit befoin de l'hom-
» me ** d'efprit qui s'en eft chargé , &
» dont les talens font atteftés par une foule
de lauriers académiques ... " . Pallant
enfuite au fruit que l'on peut tirer de la
lecture des Dictionnaires , M. L. B. diſtingua
deux fortes de lecteurs ; des lecteurs
fuperficiels , & des lecteurs qui approfondiffent
tout : il en conclut que les dictionnaires
font un écueil pour l'ignorance
& pour la pareffe , & qu'ils ne font de
quelque fecours que pour ceux qui aiment
véritablement le travail. Il prouva
Le P. Vaniere.
** Le P. Lombard,
fucceffi-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE .
vement ces deux vérités , en montrant que
tous les dictionnaires font plus ou moins
fautifs ; qu'aux erreurs qu'on eft en droit
de leur reprocher , ils joignent , ainfi que
Bayle le difoit du fien , une infinité de péchés
d'omiffion , & que ce qu'ils rapportent
fe trouvant détaché de ce qui précéde &
de ce qui fait dans les auteurs qui l'ont
fourni , ou ils donnent de fauffes vûes ,
ou ils n'en donnent aucune qui foit bien
nette & bien précife ..... Si les dictionnairės
nuifent à celui dont ils bornent le
travail & les vues , ils font utiles à ceux
qui s'en fervent pour aller plus loin. ...
Dans le cours de fes études , un litté-
» rateur a ſouvent befoin , tantôt de préci-
» piter fa marche , tantôt de revenir en
quelque forte fur fes pas , pour recou-
» vrer ce que le tems enleve quelquefois à
» ſa mémoire . On ménage fon loifit , fon
» application , fes forces , en lui indiquant
, à mefure qu'il le fouhaite , la
route qu'il peut fuivre , en le remettant
fur la voie , & c. ... On peut comparer
un dictionnaire à la table d'un livre ;
elle eft utile à un écrivain laborieux
qui , pour ne point perdre de tems , veut
is quelquefois qu'on lui indique au plus
"vite la page précife où il eft queftion
» de l'objet dont il eſt actuellement occuMARS.
17556 59
pé ; mais cette table feroit évidemment
» un obftacle à la connoiffance de la vé-
» rité , pour quiconque fe contenteroit
و د
"3
de cette indication fuperficielle , &c……….
» Les dictionnaires peuvent donc être fu-
» neftes aux lecteurs indolens & fuperfi-
» ciels , parce qu'ils les arrêtent , pour
» ainfi dire , au milieu de leur courfe ;
» qu'ils les retiennent mal à propos endeça
des bornes qu'ils devroient fran-
» chir ; qu'ils leur perfuadent que de plus
amples recherches font inutiles ; qu'ils
»les accoutument à s'en rapporter à la pa-
» role d'un auteur unique , dont les inf
» tructions font communément imparfai-
»tes , &c. Mais après tout , la fortune des
» lettres dépend t -elle du commun des lecteurs
, qui ont moins recours aux livres
par le defir fincere d'augmenter leurs con
noiffances , que par le befoin preffant
» d'étourdir leur ennemi , & d'amufer leur
oifiveté ? L'avancement des ſciences &
des arts eft l'ouvrage de ceux qui les
cultivent. Les lettres font redevables de
leurs progrès & de leur gloire aux
productions des génies fupérieurs. Or
» ceux- ci ne feront jamais tentés de s'en
» tenir à des dictionnaires : on peut donc ,
» vis - à- vis d'eux , les varier , les multiplier
impunément ..... On ne dira donc
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
t
» pas précisément qu'on multiplie les dictionnaires
, ni pour la ruine ni pour le
»progrès des lettres : on craindroit d'un
» côté de leur faire trop de tort , & de
•
l'autre de leur faire trop d'honneur.
>> On ne les croit pas capables de caufer
»jamais , ni en bien , ni en mal , une ré-
» volution générale dans l'empire des let-
» tres , &c.
M. de la Mothe lut un dialogue en vers
intitulé : l'Hymen & l'Amour ; & M. P : adal
, Procureur Général à la Cour des Aides
, fit la lecture d'une Idylle qu'il adreffa
à M. de la Mothe , en lui donnant le titre
flateur d'Anacreon du Querci.
M. de Cathala , qui s'eft chargé du ſoin
de faire connoître les grands hommes que
cette province a produits , lut un effai fur
la langue gafconne , & fur quelques auteurs
* Gafcons. » Selon cet Académicien ,
» l'idiome qui eft en ufage dans les pro-
» vinces méridionales , & fur- tout à Touloufe
& à Montpellier , femble réunir
tous les caracteres des langues mortes &
» vivantes les plus eftimées. A l'abondance
de la grecque , il joint la cadence &
* M. de Mondonville vient d'en augmenter le
nombre , & va mettre cette langue à la mode
par fon Opéra Languedocien , que Paris applaudit.
MARS. 1755 61 . .
n
» oeuvre.
33
le
prefque la tournure de la latine ; à la
précifion & à la fageffe de la françoiſe ,
» il allie fans peine la légereté , la douceur
» & la molleffe de l'italienne . Propre à
tout , il offre fans effort des tours & des
» expreffions différentes , felon les diffé-
» rens befoins de ceux qui le mettent en
Pendant que la langue fran-
» çoiſe étoit plongée dans la barbarie ,
langage moundi brilloit dans les arts ,
» dans la chaire & au barreau ..... On a
» des fragmens d'une hiftoire manufcrite
» de la guerre des Albigeois , écrite en
» cette langue par un auteur contempo-
» rain ; il feroit à fouhaiter que les hifto-
» riens de la nation l'euffent connue ....
» Mais la langue gaſconne , ajouta M. de
» Cathala , eft encore plus propre à la
poësie qu'à tout autre genre. C'eft dans
» les vers qu'elle étale tous fes avantages ;
» fa poëfie eft bien antérieure à la françoife
long- tems avant les Meuns & les
» Lorris , une foule de Troubadours ou
» poëtes Provençaux , que quelques auteurs
ont dit être les inventeurs de la
» rime , brilloient dans les Cours des Souverains
.... « M. de Cathala donna enfuite
une notice de plufieurs Poëtes Gaf
cons , natifs du Querci ou du Rouergue ,
comme Raimond Jourdan , Hugues Bru-
و د
62 MERCURE DE FRANCE.
net , Albuzon , Pierre Vidal , Maître Mathieu
, & c. Il n'eut garde d'oublier la célébre
Clémence Ifaure , reftauratrice des
Jeux Floraux. Il fit une mention honorable
de Goudouli , nâtif de Toulouſe ; mais il
s'étendit davantage fur Valès , né en 1593
à Montech , petite ville du Languedoc ,
dans le Diocèfe de Montauban , & mort
Curé de cette Paroiffe , après avoir fait
en langage moundi deux traductions de
l'Eneïde , l'une en vers héroïques , & l'autre
en vers burlefques , toutes les deux
d'un mérite fingulier . Il avoit encore traduit
dans le même idiome les fept Pleaumes
de la Pénitence , & compofé une infinité
de pieces fugitives adreffées aux amis
qu'il avoit à Touloufe & à Montauban .
L'effai dont on rend compte eft deſtiné à
fervir de préface à ces divers ouvrages
quand on les donnera au public .
M. Saint-Hubert de Gaujac , Direc
teur , lut enfin des vers adreffés à l'affemblée
, aufquels tout le monde applaudit.
ON inférera le mois prochain la ſéance
de la Société royale des Sciences & Bel
les- Lettres de Nanci , & celle de la Société
littéraire d'Arras ; ainfi des autres fucceffivement
, par ordre de date .
De l'Académie de Montauban.
'Académie des Belles- Lettres de Mon-
L'auban a célébré à fon ordinaire , le
25 Août , la fête de S. Louis ; elle aſſiſta
le matin à une Meffe qui fut fuivie de
l'Exaudiat , pour le Roi , & du panégyrique
du Saint , prononcé par M. Court ,
Curé de Montricoux , Diocèſe de Cahors.
Elle tint l'après-midi une affemblée publique
dans la grande falle de l'Hôtel de
ville ; & M. Saint-Hubert de Gaujac , ancien
Capitaine de Cavalerie , Chevalier de
l'Ordre militaire de S. Louis , Directeur de
quartier , ouvrit la féance par un difcours
, où il ſe propoſa d'examiner fi
c'eft à leur coeur ou à leur efprit que
les femmes doivent la fupériorité qu'elles
ont fur les hommes dans plufieurs genres
d'écrire , & principalement dans le ſtyle
léger & épikolaire. Il prouva d'abord cette
C
60 MERCURE DE FRANCE.
fupériorité par des exemples décisifs , &
par des autorités refpectables. Il effaya
enfuite de l'expliquer , en obfervant qu'on
ne fçauroit difputer aux femmes qui ſe
font mêlées d'écrire , l'heureux choix des
expreffions , la délicateffe des fentimens ,
l'élégance , la précifion , &c. » Qui dou-
» te , ajouta-t- il , que l'imagination n'ouvre
une fource inépuifable d'agrémens
» & de beautés raviffantes , & que la vi-
» vacité , la variété & la fineffe de fon
ود
pinceau ne donnent au fujet qu'elle trai-
» te , l'air le plus noble , & les graces
les plus touchantes ? Or les femmes ont
» porté en naiffant un don fi précieux :
» auffi tout devient- il fous leurs mains ,
» fertile , gracieux & riant . .. .. . Si nous
»
ne les trouvons pas toujours propres à
» faire de grands tableaux & des ftatues
» coloffales , nous devons au moins convenir
que pour les ouvrages de petit
» point & de miniature , elles furpaſſent
» les Raphaël & les Phidias .... J'avoue
» qu'elles ont quelquefois un ftyle dé-
» coufu , plein de négligence & de faillies ,
» je dirois prefque un ftyle intermittent ;
mais c'eft ce qui en fait le charme , &
l'on feroit fâché d'y trouver plus d'or-
» dre & de méthode « . Quoique M. Saint-
Hubert fe fut plaint au commencement de
MARS. 1755.
S4
33
fon ouvrage , de manquer
des fecours
que
la lecture fournit aux auteurs de profeffion
, n'ayant pour lui difoit-il ., que
» le Code militaire , un peu d'imagina-
» tion , & malheureufement
beaucoup
trop
d'ufage du monde , « il ne laiffa pas de
répandre
dans fon difcours
plufieurs
traits
intéreffans
, qui montroient
que ce qu'il
avoit eu le tems ou l'occafion
de lire , il
l'avoit lû avec goût & avec réflexion
. C'eſt
par là qu'il tira un parti ingénieux
de quelques
lettres de Madame
de Sévigné
: mais
venant à rechercher
la caufe de cette fupériorité
qu'il reconnoiffoit
dans les femmes
il tenta de recourir , pour en indiquer la
fource , au méchaniſme
de la nature. » Les
»femmes , difoit- il , ont un corps plus dé-
» licatement
organifé ; c'eſt par là que la
» beauté , que les graces extérieures
leur
appartiennent
de droit. Ne feroit-ce point
auffi par là que leur imagination
eft plus
vive , & plus facile à remuer ? « Mais il
revint bientôt fur fes pas , en faifant réflexion
que dans les femmes , leur coeur
& leur efprit doivent
fe reffentir
égaledu
partage que la nature leur a fait
en ce genre. Il fe tourna alors du côté
de l'éducation
, & il demanda
fi la mariere
différente
dont on éleve les jeunes
perfonnes
de l'un & de l'autre fexe , n'of
ment
}
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
friroit pas la véritable caufe des différen
ces qui les diftinguent. Il caractériſa l'éducation
que les femmes reçoivent communément
, & il conjectura affez vraiſemblablement
, foit de la bienféance , de la
réferve & de la modeftie qu'on leur infpire
, foit du préjugé qui leur interdit les
études fortes & férieufes , qu'il eft naturel
d'une part qu'elles foient plus faites
& plus habiles que les hommes à trouver
ces tours ingénieux , où le fentiment ne paroît
fe cacher que pour être mieux apperçu ;
d'un autre côté , que leur imagination fe
trouvant débarraffée de la féchereffe d'un
travail long , affujettiffant & pénible , elle
conferve tout fon feu pour les objets agréables
& legers . Il abandonna cependant encore
cette explication , parce que l'éducation
, ajouta- t-il , influe également fur l'efprit
fur le coeur. Il fe borna donc à balancer
ici les raifons contradictoires qui forment
la difficulté de la queftion qu'il s'étoit
propofée ; & après avoir infinué que les
premieres apparences le portoient à penfer
que les femmes doivent à leur efprit
leur fupériorité fur les hommes dans les
ouvrages qui fortent de leur plume , parce
que c'eft leur efprit qui enfante ces ou
vrages ; que c'eft la maniere dont l'efprit
enviſage les objets qui décide de la maMARS.
1755.
53
niere dont on les peint ; & que les femmes
n'excellent dans le ftyle epiftolaire
que parce qu'elles ont fingulierement l'ef
prit de la converfation : il conclut enfin
» qu'en elles c'eſt le coeur qui donne le ton
» à l'efprit. En effet
En effet , continua- t- il , les
» ouvrages des femmes portent tous l'em-
»preinte du fentiment , qui eft chez elles
" fi vif & fi délicat. Les hommes raiſon-
» nent , mais les femmes fentent : voilà
» pourquoi les écrits de ceux -là font.com-
» munément plus fecs , plus arides , &c ...
» Le coeur eft la partie qui a plus d'action
dans les femmes ; il vivifie en quel-
» que forte tout ce qu'elles font , tout ce
qu'elles difent , tout ce qu'elles écri-
» vent .... D'où vient que les écrits des
femmes nous affectent d'une maniere
» particuliere ? ... c'eft qu'il n'y a que le
coeur qui ait droit de parler au coeur :
le coeur eft froid , il eft fourd , pour
» ainfi dire , au langage de l'efprit ....
Quand eft-ce que la lyre a rendu des
fons plus animés & plus tendres , fi ce
n'eft quand elle a été entre les mains
des femmes ? C'eft la nature elle -même
qui parie dans les poëfies des Sapho ,
des La Suze , des Deshoulieres , &c.
»On ne trouve nulle part des fentimens
fi vifs , fi variés , fi foutenus , fi déli-
"
"
"
»
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
» cats , fi touchans. Les hommes qui ont
voulu elfayer ce genre , fe font prefque
tous attirés le reproche d'avoir mis dans
leurs ouvrages un art capable de déceler
la violence qu'ils faifoient à leur
efprit , pour lui faire parler le langage
» du coeur , & c.
M. Bernoy lut enfuite deux odes , l'une
firée du Pfeaume CI . & l'autre du Pfeaume
CXLII. Il faudroit les tranfcrire ici en
entier , pour faire connoître avec quelle
fidélité l'auteur a fçu rendre les profonds
gémiffemens & la vive douleur du faint
Roi pénitent .
M. l'Abbé de Verthamon ; dans un
difcours contre l'envie , Sattacha à montrer
avec quel acharnement cette paffion
pourfuit ordinairement les grands hommes.
Après avoir fait un tableau de fes
fureurs , il entra dans le détail des funef
res effets qu'elle produit communément
parmi les gens de lettres. Il fit voir enfin
que dans tous les lieux & dans tous les
fiécles , les plus grands Poëtes & les plus
grands Orateurs ont été expofés aux traits
empoifonnés de l'envie .
M. de Claris , Préfident de la Chambre
des Comptes , Cour des Aides &
Finances de Montpellier Académicien
affocié , avoit envoyé à l'Académie des
,
MARS. 1755 .
vers qu'il avoit faits fur le mariage de M.
de **fous ce titre : le Triomphe de l'hymen
, & M. de Cathala en fit la lecture.
Depuis quelques années , nul genre
d'ouvrage ne s'eft autant multiplié que
les Dictionnaires ; & c'eft ce qui donna
lieu à M. l'Abbé Bellet d'examiner s'ilsfe
multiplient aujourd'hui pour le progrès ou
pour la ruine des lettres . Jamais , felon cer
Académicien , il ne fut plus vrai de dire
qu'on pourroit faire un Dictionnaire des
noms de tous les Dictionnaires qui exiftent.
Après avoir obfervé que chaque fcience ,
chaque art a le fien , il fe propofa de déterminer
le dégré de gloire qu'ils font ent
état de procurer à leurs auteurs , & les
avantages que les lecteurs peuvent en retirer……………
. Un dictionnaire n'eft point une
production du génie ..... c'eſt communé
ment un recueil , un registre , un magafir
d'actions ou de pensées étrangeres ... On
peut dire abfolument de la compofition
de ces fortes d'ouvrages , ce que La Bruyere
n'a dit de la critique qu'avec reftriction :
que c'est un métier où il faut plus de fanté
que d'efprit , plus de travail que de capacité
, plus d'habitude que de génie..... Le
choix des penfées eft une forte d'inven
tion , difoit encore l'auteur des Caracteres.
» Mais dans un dictionnaire on fe déter-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
» mine plutôt à rapporter beaucoup de cho-
» fes que d'excellentes chofes ...... On
» diroit que l'auteur d'un dictionnaire
ود
craint de n'avoir pas le tems d'être diffus ,
» comme un bon auteur craint de n'avoir
→ pas le loifir d'être court ..... c'eſt le
chef- d'oeuvre de l'art de fçavoir cacher
»fon art. Mais il femble que l'auteur d'un
» dictionnaire faffe profeffion de bannir
toute forte d'art de fa compofition & de
fon ouvrage. Toujours uniforme dans fes
»tours & dans fes expreffions , il ſe borne à
» une forte de monotonie qui forme ſon ca-
» ractere .... il lui fuffit de coudre , pour
»ainfi dire , bout-à-bout ce qu'il a remar-
» qué dans le cours de, fes lectures.... En
» un mot , il n'a point l'honneur de l'in-
» vention dans ce qu'il dit , & il ne fonge
gueres à mettre les graces du ftyle dans
» la maniere dont il le dit. . ... M. l'Abbé
Bellet ne laiffa pas de rendre juftice au
genre de mérite qu'on ne peut s'empêcher
de reconnoître dans les auteurs de quelques
utiles compilations que nous avons ,
mais il crut devoir relever en même tems
les défauts effentiels qui dégradent plufieurs
dictionnaires ; il les caractériſa chacun
en particulier , il ajouta qu'un bon
vocabulaire eft la feule efpéce de dictionnaire
dont la compofition paroît exiger
>
My
MAR S. 1755. 57
un mérite plus réel & plus rare , & il en
donna plufieurs raifons .... » C'eſt ainsi ,
» continua-t- il , que l'auteur d'un Poë-
"me , prefque digne de Virgile * > avoit
» commencé un Dictionnaire latin deſtiné
» à effacer tous les autres. Nous lui avons
entendu dire qu'il ne fe propofoit pas
» moins que de faire fentir , fous chaque
mot françois , la fignification préciſe
& l'ufage particulier de ce grand nom-,
» bre de mots latins que le commun des
lecteurs regarde comme de parfaits fy
» nonimes. Un tel deffein fuppofoit en lui
autant de fineffe de goût que de lecture.
» Pour continuer fon ouvrage , en entrant
» dans fes vûes , on avoit befoin de l'hom-
» me ** d'efprit qui s'en eft chargé , &
» dont les talens font atteftés par une foule
de lauriers académiques ... " . Pallant
enfuite au fruit que l'on peut tirer de la
lecture des Dictionnaires , M. L. B. diſtingua
deux fortes de lecteurs ; des lecteurs
fuperficiels , & des lecteurs qui approfondiffent
tout : il en conclut que les dictionnaires
font un écueil pour l'ignorance
& pour la pareffe , & qu'ils ne font de
quelque fecours que pour ceux qui aiment
véritablement le travail. Il prouva
Le P. Vaniere.
** Le P. Lombard,
fucceffi-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE .
vement ces deux vérités , en montrant que
tous les dictionnaires font plus ou moins
fautifs ; qu'aux erreurs qu'on eft en droit
de leur reprocher , ils joignent , ainfi que
Bayle le difoit du fien , une infinité de péchés
d'omiffion , & que ce qu'ils rapportent
fe trouvant détaché de ce qui précéde &
de ce qui fait dans les auteurs qui l'ont
fourni , ou ils donnent de fauffes vûes ,
ou ils n'en donnent aucune qui foit bien
nette & bien précife ..... Si les dictionnairės
nuifent à celui dont ils bornent le
travail & les vues , ils font utiles à ceux
qui s'en fervent pour aller plus loin. ...
Dans le cours de fes études , un litté-
» rateur a ſouvent befoin , tantôt de préci-
» piter fa marche , tantôt de revenir en
quelque forte fur fes pas , pour recou-
» vrer ce que le tems enleve quelquefois à
» ſa mémoire . On ménage fon loifit , fon
» application , fes forces , en lui indiquant
, à mefure qu'il le fouhaite , la
route qu'il peut fuivre , en le remettant
fur la voie , & c. ... On peut comparer
un dictionnaire à la table d'un livre ;
elle eft utile à un écrivain laborieux
qui , pour ne point perdre de tems , veut
is quelquefois qu'on lui indique au plus
"vite la page précife où il eft queftion
» de l'objet dont il eſt actuellement occuMARS.
17556 59
pé ; mais cette table feroit évidemment
» un obftacle à la connoiffance de la vé-
» rité , pour quiconque fe contenteroit
و د
"3
de cette indication fuperficielle , &c……….
» Les dictionnaires peuvent donc être fu-
» neftes aux lecteurs indolens & fuperfi-
» ciels , parce qu'ils les arrêtent , pour
» ainfi dire , au milieu de leur courfe ;
» qu'ils les retiennent mal à propos endeça
des bornes qu'ils devroient fran-
» chir ; qu'ils leur perfuadent que de plus
amples recherches font inutiles ; qu'ils
»les accoutument à s'en rapporter à la pa-
» role d'un auteur unique , dont les inf
» tructions font communément imparfai-
»tes , &c. Mais après tout , la fortune des
» lettres dépend t -elle du commun des lecteurs
, qui ont moins recours aux livres
par le defir fincere d'augmenter leurs con
noiffances , que par le befoin preffant
» d'étourdir leur ennemi , & d'amufer leur
oifiveté ? L'avancement des ſciences &
des arts eft l'ouvrage de ceux qui les
cultivent. Les lettres font redevables de
leurs progrès & de leur gloire aux
productions des génies fupérieurs. Or
» ceux- ci ne feront jamais tentés de s'en
» tenir à des dictionnaires : on peut donc ,
» vis - à- vis d'eux , les varier , les multiplier
impunément ..... On ne dira donc
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
t
» pas précisément qu'on multiplie les dictionnaires
, ni pour la ruine ni pour le
»progrès des lettres : on craindroit d'un
» côté de leur faire trop de tort , & de
•
l'autre de leur faire trop d'honneur.
>> On ne les croit pas capables de caufer
»jamais , ni en bien , ni en mal , une ré-
» volution générale dans l'empire des let-
» tres , &c.
M. de la Mothe lut un dialogue en vers
intitulé : l'Hymen & l'Amour ; & M. P : adal
, Procureur Général à la Cour des Aides
, fit la lecture d'une Idylle qu'il adreffa
à M. de la Mothe , en lui donnant le titre
flateur d'Anacreon du Querci.
M. de Cathala , qui s'eft chargé du ſoin
de faire connoître les grands hommes que
cette province a produits , lut un effai fur
la langue gafconne , & fur quelques auteurs
* Gafcons. » Selon cet Académicien ,
» l'idiome qui eft en ufage dans les pro-
» vinces méridionales , & fur- tout à Touloufe
& à Montpellier , femble réunir
tous les caracteres des langues mortes &
» vivantes les plus eftimées. A l'abondance
de la grecque , il joint la cadence &
* M. de Mondonville vient d'en augmenter le
nombre , & va mettre cette langue à la mode
par fon Opéra Languedocien , que Paris applaudit.
MARS. 1755 61 . .
n
» oeuvre.
33
le
prefque la tournure de la latine ; à la
précifion & à la fageffe de la françoiſe ,
» il allie fans peine la légereté , la douceur
» & la molleffe de l'italienne . Propre à
tout , il offre fans effort des tours & des
» expreffions différentes , felon les diffé-
» rens befoins de ceux qui le mettent en
Pendant que la langue fran-
» çoiſe étoit plongée dans la barbarie ,
langage moundi brilloit dans les arts ,
» dans la chaire & au barreau ..... On a
» des fragmens d'une hiftoire manufcrite
» de la guerre des Albigeois , écrite en
» cette langue par un auteur contempo-
» rain ; il feroit à fouhaiter que les hifto-
» riens de la nation l'euffent connue ....
» Mais la langue gaſconne , ajouta M. de
» Cathala , eft encore plus propre à la
poësie qu'à tout autre genre. C'eft dans
» les vers qu'elle étale tous fes avantages ;
» fa poëfie eft bien antérieure à la françoife
long- tems avant les Meuns & les
» Lorris , une foule de Troubadours ou
» poëtes Provençaux , que quelques auteurs
ont dit être les inventeurs de la
» rime , brilloient dans les Cours des Souverains
.... « M. de Cathala donna enfuite
une notice de plufieurs Poëtes Gaf
cons , natifs du Querci ou du Rouergue ,
comme Raimond Jourdan , Hugues Bru-
و د
62 MERCURE DE FRANCE.
net , Albuzon , Pierre Vidal , Maître Mathieu
, & c. Il n'eut garde d'oublier la célébre
Clémence Ifaure , reftauratrice des
Jeux Floraux. Il fit une mention honorable
de Goudouli , nâtif de Toulouſe ; mais il
s'étendit davantage fur Valès , né en 1593
à Montech , petite ville du Languedoc ,
dans le Diocèfe de Montauban , & mort
Curé de cette Paroiffe , après avoir fait
en langage moundi deux traductions de
l'Eneïde , l'une en vers héroïques , & l'autre
en vers burlefques , toutes les deux
d'un mérite fingulier . Il avoit encore traduit
dans le même idiome les fept Pleaumes
de la Pénitence , & compofé une infinité
de pieces fugitives adreffées aux amis
qu'il avoit à Touloufe & à Montauban .
L'effai dont on rend compte eft deſtiné à
fervir de préface à ces divers ouvrages
quand on les donnera au public .
M. Saint-Hubert de Gaujac , Direc
teur , lut enfin des vers adreffés à l'affemblée
, aufquels tout le monde applaudit.
ON inférera le mois prochain la ſéance
de la Société royale des Sciences & Bel
les- Lettres de Nanci , & celle de la Société
littéraire d'Arras ; ainfi des autres fucceffivement
, par ordre de date .
Fermer
Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Montauban.
Le 25 août, l'Académie des Belles-Lettres de Montauban a célébré la fête de Saint Louis. La journée a débuté par une messe suivie de prières pour le roi et d'un panégyrique du saint, prononcé par M. Court, curé de Montricoux. L'après-midi, une assemblée publique s'est tenue dans la grande salle de l'Hôtel de ville. M. Saint-Hubert de Gaujac, ancien capitaine de cavalerie et chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis, a ouvert la séance en discutant de la supériorité des femmes dans certains genres d'écriture, notamment le style léger et épistolaire. Il a souligné leur choix des expressions, la délicatesse des sentiments, l'élégance et la précision, tout en reconnaissant que leur style peut parfois être décousu et négligent, ce qui en fait le charme. M. Bernoy a ensuite lu deux odes inspirées des Psaumes. L'abbé de Verthamon a prononcé un discours contre l'envie, décrivant ses effets destructeurs parmi les gens de lettres. M. de Claris, président de la Chambre des Comptes de Montpellier, a présenté des vers sur le mariage de M. de ** sous le titre 'Le Triomphe de l'hymen'. L'abbé Bellet a examiné la prolifération des dictionnaires, soulignant qu'ils ne sont pas des productions du génie mais des recueils de pensées étrangères. Il a critiqué leur monotonie et leur manque de grâce stylistique, tout en reconnaissant leur utilité pour les lecteurs sérieux. Les dictionnaires peuvent être nuisibles aux lecteurs superficiels, les empêchant d'approfondir leurs recherches. M. de la Mothe a lu un dialogue en vers intitulé 'L'Hymen & l'Amour', et M. Padal a présenté une idylle dédiée à M. de la Mothe. M. de Cathala a lu un essai sur la langue gasconne, soulignant ses richesses et son histoire. Il a également parlé de plusieurs poètes gascons, comme Raimond Jourdan, Hugues Brunet, et Clémence Isaure. M. de Cathala a particulièrement mis en avant Valès, qui a traduit l'Énéide et les sept Psaumes de la Pénitence en langue gasconne. M. Saint-Hubert de Gaujac a conclu la séance par des vers applaudis par l'assemblée. Le texte annonce la publication des comptes rendus des séances de la Société royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy et de la Société littéraire d'Arras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 63-77
« LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
Début :
LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...]
Mots clefs :
Lettre, Lettres, Abbé, Prophétie, Israël, Ecriture Sainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES
ÊLEVES . A Paris , chez Claude Hériſſant ,
rue neuve Notre-Dante , à la Croix d'or &
aux trois Vertus , fecond volume. in- 1 z.
•
On a rendu compte dans le Mercure
de .... 1752 , du premier volume de ces
lettres imprimées à Paris en 1751 ; chez
la veuve Colombat.
L'auteur avoit promis feize lettres . Le
premier volume en contient dix , & le fe
cond préfente les fix dernieres , dont l'ob
jet eft de prouver l'existence des termes
énigmatiques & généraux dans les ouvra
ges prophétiques , & de faire fentir qué
leur intelligence eft néceffaire pour entendre
parfaitement le fens littéral hiſtorique
des Prophetes , des Pfeaumes , de Job , des
Cantiques , & de quelques autres prophé
ties répandues dans l'Ecriture Sainte .
Ainfi la premiere lettre de ce fecond
volume , qui eft la X I dans l'ordre des
feize , eft employée à parler du ftyle prophétique
& des raifons de fon obfcurité ;
& depuis la page so jufqu'à la page 70 ,
où finit la lettre XI , l'auteur commence
à faire un effai fur une partie des termes
énigmatiques qu'il doit traiter dans la lettre
fuivante.
La XII lettre entre tout-à -fait en
matiere ; on y voit quantité de paffages
64 MERCURE DE FRANCE.
с
des livres prophétiques , développés relativement
au fens littéral exigé par l'hiſtoire ;
mais l'auteur ne fe contente pas de morceaux
détachés , qui pourroient ne pas
fatisfaire , faute de liaifon avec ce qui précede
& ce qui fuit. Il prend donc une
prophétie entiere , l'une des plus difficiles
qu'il ait pu choifir. C'eft le chapitre 14
d'Ifaïe , depuis le premier jufqu'au 22
verfet inclufivement. Cette lettre étoit
trop longue pour ne la pas divifer en deux
parties. La premiere contient deux avertif
femens ; l'un traite des quatre termes énigmatiques
, dont l'intelligence eft abfolument
effentielle à la lettre hiftorique de
cette prophétie d'lfaïe. Le fecond avertif
fement contient fept remarques grammaticales
, fuivies d'une obfervation fur l'u
fage de la profopopée dans les faints Livres.
Après les deux avertiffemens on trouve le
précis de la prophétie : elle regarde , dans
le premier fens littéral , la chute de l'empire
de Babylone ; on paffe enfuite à une
double verfion latine , dont la premiere
conferve fes termes énigmatiques , & la
feconde les développe : une verfion françoiſe
dans le même goût fuccede à la latine.
L'Auteur termine cette premiere parrie
par quelques remarques fur le peu d'ordre
avec lequel on a traité jufqu'ici ces
MAR S. 1755. 65
vingt-deux premiers verfets du chap. XIV
d'Ifaïe.
La feconde partie de la XII lettre comprend
les notes indifpenfables à l'intelligence
d'une pièce auffi difficile , quant au
fens littéral de l'ancien Ifraël ; mais afin
qu'on ne croye pas que cette explication
puiffe nuire au fens de l'Eglife chrétienne
attaché néceffairement à ce texte d'Ifaïe ,
l'auteur préfente d'autres notes relatives
au nouvel Ifraël ; elles font fuivies d'une
double verſion françoiſe , mife au - deſſous
de la verfion littérale relative à l'ancien
Ifraël. Cette lettre finit par une courte
réflexion fur la ſurpriſe que pourra cauſer
à quelques perfonnes l'établiffement d'un
double fens littéral , dont cependant les
preuves font dans les Peres , les Théologiens
, & les plus habiles commentateurs.
La XIII lettre roule fur les termes gé
néraux ou indéterminés , qu'il faut reftreindre
aux fignifications particulieres
exigées par les vues du Prophéte . On donne
en preuve les deux petits Cantiques
contenus dans le XII chapitre d'Ifaïe . Deux
fimples notes de l'auteur développent en
très- peu de mots le double fens de cette
prophétie , quant à l'ancien & quant au
nouvel Ifraël . On trouve enfuite l'examen
de plufieurs termes généraux du Pleaume
66 MERCURE DE FRANCE.
XXXVI . Heb. XXXVII , Noli amulari , &
d'un affez grand nombre d'autres , & furtout
des mots mifericorde & vérité qui ,
reftreints à leur vraie & exacte fignifica
tion , jettent un grand jour fur les paſſages
où ils fe rencontrent.
La lettre XIV eft une fuite du traité des
termes généraux .L'auteur apporte en preuve
le Pf. 1. Beatus vir , &c. qu'il regarde comme
un tiffu de termes indéterminés qui
reftreints au fens exigé par le Prophéte
s'entendent d'abord des Apoftats du tems
de la captivité de Babylone , & enfuite
de ceux de l'Eglife chrétienne ; des notes
étendues fuivent le texte , & nous paroiffent
comme démonftratives.
La X Ve lettre eft uniquement occupée
à prouver que les termes énigmatiques &
généraux qui font en ufage dans les li
vres prophétiques , entrent auffi dans la
compofition des Cantiques du N. T. On
en donne pour exemple le cantique Bene
dictus Dominus , Deus Ifraël.
La XVI ne contient point le Pf. LXVII .
Heb. LXVIII . Exurgat , Deus , promis dans
le volume I. Ce chef-d'oeuvre de la poëfie
des Hébreux , accompagné de notes , eût
donné trop d'étendue à ce fecond volume.
L'auteur à donc prié quelques - uns des
éleves qu'il a formés , de fe charger de
MARS. 1755. 67
"
l'édition de ce Pfeaame . Mais pour mieux
entendre tout ce que ceci veut dire , il eſt
néceffaire de fçavoir que depuis plus de
dix ans , il fe forme parmi les RR. PP.
Capucins de la rue faint Honoré , un petit
nombre de gens de lettres qui fe font
confacrés à l'étude du double fens litteral
de l'Ecriture Sainte . L'auteur de ces lettres
a tellement goûté leur maniere de travailler
, qu'il leur confie non-feulement fon
Exurgat , mais auffi Pexécution entiere de
fon plan , dont on lit l'efquiffe aux pages
454 & 455 de ce volume. On voit dans
cette X V I lettre , les avis qu'un pere ,
non-feulement tendre , mais éclairé , donne
à des enfans pleins d'un amour inaltérable
pour l'Ecriture Sainte , d'un courage à
toute épreuve & d'un travail infatigable.
Ils vont feconder dans peu les vûes de
leur maître , puifqu'ils donnent inceffamment
quatre volumes in- 12. pour commencer
l'exécution du travail qu'il leur
remet entre les mains .
Tel eft l'extrait du fecond volume des
lettres de M. l'Abbé de *** à fes éleves.
Quoique le mérite de cet ouvrage ne puiffe
être apprécié dans toute fa valeur que par
ceux qui ont fuivi & qui fuivent encore
fes leçons publiques ou particulieres , toujours
gratuites , il eft cependant aifé de
68 MERCURE DE FRANCE .
fentir que fon plan eft établi fur les folides
principes qu'il a puifés dans les premieres
fources pendant près de cinquante
ans d'étude.
ODES D'HORACE traduites par feu M.
l'Abbé Desfontaines , in - 12 . petit format ,
1754. A Paris , chez Chaubert , quai des
Auguftins ; avec approbation & privilege
du Roi. Nous avons vû des exemplaires de
cet ouvrage , qui au lieu de Paris portent
le nom de Berlin ; mais ils font f
femblables la forme & les caracteres ,
pour
que nous ne doutons point qu'ils ne fortent
de la même preffe ; la feule différence
que nous y avons remarquée eft que
dans les exemplaires de Paris on a retranché
les odes qui ne fe lifent point dans les
Colléges , & qu'elles fe trouvent dans ceux
de Berlin , au frontifpice defquels on lit
une épigraphe qui fait honneur aux fentimens
du Libraire qui diftribue les uns &
les autres , & à laquelle nous foufcrivons
volontiers.
Quis defideriofit pudor aut modus ,
Tam cari capitis. Hor. Od. XXIV. 1. I.
BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE ET CRITI
QUE DU POITOU , contenant les vies des
MARS.
1755. 69
fçavans de cette province depuis le troifiéme
fiécle jufqu'à prefent ; une notice
de leurs ouvrages , avec des obfervations
pour en juger , &c . A Paris , chez Ganneau
, Libraire , rue Saint Severin , à S.
Louis & aux armes de Dombes. 1754 .
Cinq gros vol. in- 12 .
:
Il y a déja du tems que cet ouvrage a
paru cependant comme les Mercures précédens
n'en ont point parlé , nous nous
faifons un devoir de l'annoncer aujour
d'hui. Il feroit inutile d'entrer dans aucun
détail fur la forme que l'auteur a jugé
à propos de lui donner , ni fur la façon
dont il s'y eft pris pour le traiter. Le
compte exact qu'on en a rendu dans la
plupart des Journaux doit fuppléer fuffifamment
à notre filence. Nous obferverons
feulement que fi dans le nombre des
fçavans qui trouvent leur place dans cette
bibliotheque , il y en a qui fe font fait un
nom fameux dans la république des lettres ,
il s'en rencontre beaucoup auffi dont la
réputation ne paffe point les limites du
Poitou .
LA VIE DES PEINTRES FLAMANDS , ALLEMANDS
ET HOLLANDOIS , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs ouvrages , & des réflexions
70 MERCURE DE FRANCE.
fur leurs différentes manieres. Par M. J. B.
Defcamps , Peintre , membre de l'Académie
royale des Sciences , Belles- Lettres &
Arts de Rouen , & Profeffeur de l'Ecole
du deffein de la même ville . A Paris ,
chez Defaint & Saillant , rue Saint Jean de
Beauvais ; Piffot , quai de Conti ; Durand
, rue du Foin , en entrant par la rue
Saint Jacques , la premiere porte cochere.
1754. Tome fecond , gros in-8 ° . Il y a
lieu d'efpérer que le public ne fera pas
un accueil moins favorable à ce volume
qu'à celui qui l'a précédé.
LE CALENDRIER DES LABOUREURS ET
DES FERMIERS , contenant les inftructions
néceffaires la conduite & pour le
pour
maniement d'une ferme dans tous les mois
de l'année ouvrage néceffaire aux per
fonnes qui vivent à la campagne , & à celles
qui font valoir leur bien. Traduit de
l'Anglois , fur la fixième édition de M.
R. Bradeley de la Société royale de
Londres , & Profeffeur de Botanique dans
l'Univerfité de Cambridge . A Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la Science. 1755 , vol. in- 12.-
ANALYSE DES DISSERTATIONS SUR PLUSIEURS
MATIÈRES MEDICO - PHYSIQUES . Par
MARS. 1755. 71
M. Olivier de Villeneuve , Docteur de la
Faculté de Médecine de Montpellier ,
Doyen des Médecins de la ville de Boulogne-
fur-mer. A Utrecht , 1754 , petit in-
12. 100 pages.
. DEMONSTRATION DE LA QUADRATURE
DU CERCLE ; par M. le Chevalier de Caufans
, ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Conti . A Paris , chez Delaguette
, rue Saint Jacques , à l'Olivier ;
·in-4°. 22. pages.
On a toujours été jufqu'ici perfuadé
& non fans raifon , de l'inutilité des efforts
que l'on voudroit employer pour parvenir
à la découverte de la Quadrature du
cercle . On s'eft réuni à en regarder la démonftration
, non feulement comme impoffible
, mais comme impliquant les contradictions
les plus évidentes en géométrie .
Il n'eft donc pas aifé de détruire un préjugé
qui paroît fi bien fondé. Cependant
M. le Chevalier de Caufans, fans s'effrayér
des difficultés qu'on peut lui oppofer , n'a
pas laiffé de tenter la chofe en queftion .
Un grand nombre de perfonnes qui ont de
la peine à s'imaginer qu'elle foit traitée
férieufement, n'auroient pas manqué d'imputer
les tentatives de M. le Chevalier à
un pur jeu d'efprit.; il a pris la fage pré72
MERCURE DE FRANCE.
caution de leur ôter cette penfée , en propofant
la foufcription de la fomme de dix
mille livres à quiconque prouvera géométriquement
un paralogifme dans fa prétendue
quadrature du cercle qu'il s'efforce
de démontrer dans le petit ouvrage que
nous annonçons. Le prix confidérable attaché
à fa réfutation devoit néceffairement
attirer fur les bras de M. de Caufans
de puiffans adverfaires , qui fe difputaffent
à l'envi le mérite ( fi toutefois c'en eſt un )
de ruiner les conféquences fur lefquelles
il l'a bâtie ; mais il ne s'étoit peut- être pas
attendu à voir dans la foule des concur
rens entrer en lice une perfonne d'un ſexe ,
qui femble moins faite pour fe livrer à des
études épineufes & abftraites que pour
s'occuper des matieres d'agrément. Mlle
Le Mire , choquée de l'injufte prévention
où l'on eft contre les femmes , a été ja
loufe de l'honneur de les juftifier , en montrant
que leur efprit eft capable d'atteindre
aux vérités géométriques , fur lefquelles
il leur arrive de raifonner plus conféquemment
que bien des hommes. Elle a
donc jugé à propos de fe mettre fur les
rangs ; & pour cet effet elle a cru devoir
rendre public le fruit de fon travail , qui
paroît fous ce titre Le Quadricide , ou Paralogismes
prouvés géométriquement dans la
Quadrature
MARS. 1755 .
73
Quadrature de M. de Caufans. Par Mile
L.A. Le Mire , veuve J ... in- 4° . 28 pag.
chez Delaguette , & c.
Le long féjour que M. Galland a fait
dans les Etats du Grand Seigneur en qualité
d'Interpréte du Roi pour les Langues
orientales , l'a mis à portée de travailler
pour l'inftruction du public , en lui apprenant
ce qu'il a eu occafion d'y voir de plus
curieux. Comme il s'en eft rendu les langues
familieres , il n'a pas cru inutile de
commencer par la traduction de trois petites
pieces écrites par divers auteurs Mu
fulmans , dont les deux premieres tendent
à donner une idée des rits & c'es cérémonies
qui fe pratiquent au pélerinage de la
Mecque , des points fondamentaux de la
religion mahométane , & des obfervances
qu'elle impofe. On fe propofe dans la troifieme
de faire connoître la maniere dont
les Turcs cultivent les fciences. Cet ou
vrage de M. Galland eft compofé de cinq
morceaux différens , qui forment un recueil
qu'il difpofe en cet ordre. 1 ° . Rits & cérémonies
du pélerinage de la Mecque , fuivant
lafelle de l'Imam on Docteur Chafei ;
traduit de l'Arabe du Cheitch el Imam el
Aalim , & c . 2° . Catéchisme Muſulman , traduit
de l'Arabe du Cheitch on Docteur Aly
D
74 MERCURE DE FRANCE.
fils d'Iaakoub. 3. Traduction d'une differtation
de Zebny Effendi fur les fciences des
Turcs , & fur l'ordre qu'ils gardent dans le
cours de leurs études . 4° . Relation de l'ifle
de Chio , faite fur le lieu par l'auteur. 5º.
Autre relation de la Marche de la Sultane
Efma , fille de Sultan Ahmed , lorfqu'on la
conduifit à fon époux Iaakoub Pacha , grand
Maréchal de la Cour de Sultan Mahmoud ,
le 27 Février 1743. Cette relation termine
ce livre , qui fe vend à Paris , chez
Defaint & Saillant. 1754 , in- 12 . 214
pages.
COLLECTION DE DÉCISIONS NOUVELLES
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente ; par M. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris . A Paris , chez Savoye
, rue S. Jacques , à l'Eſpérance , audeffus
de la Fontaine de S. Severin ; & Le
Clerc , grande Salle du Palais , au fecond
pilier , 1754.
L'Auteur nous apprend dans la préface ,
que cet ouvrage fera compofé de cinq ou fix
volumes , dont il vient de mettre les deux
premiers au jour. Nous lui fouhaitons tout
le fuccès que l'importance de fon travail
paroît mériter. Nous ne pouvons même
nous empêcher de dire que M. Denifart
eft digne d'éloge , en ce qu'il a pris foin
MARS. 1755. 75
de développer aux yeux du public cette ingénuité
de caractere qui fied aux auteurs
libres de préjugés. On doit lui fçavoir
quelque gré de ne pas témoigner les effets
de la prévention outrée qu'on a d'ordinaire
en faveur de l'état qu'on exerce.
Il avoue que les maximes renfermées dans
le recueil qu'il publie , n'étant annoncées
que par un fimple Procureur du Châtelet
perdent beaucoup par là de la confiance qu'el
les méritent. Ce font les propres paroles de
M. Denifart , aufquelles il ne nous appartient
pas de répliquer , puifque c'eft une
perfonne de la profeffion qui fait cet aveu .
Nous ajoûterons feulement que fon exemple
eft une preuve qu'il fe trouve des Procureurs
qui ont fincerement en vûe le bien
-public.
ORAISONS CHOISIES DE CICERON ,
traduction nouvelle , avec le latin à côté ,
fur l'édition latine de Grævius , & des notes.
A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la fontaine S. Benoît , aux
Cigognes. 1754 , avec privilege du Roi.
2 vol . in- 12.
A juger en général de cette nouvelle
traduction , elle paroît avoir le mérite de
la fidélité. C'eft le côté par où il faut apprécier
le travail de l'auteur , puifque c'eſt
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
particulierement le but qu'il a cru devoir
fe propofer dans l'exécution ; il a pris la
précaution de nous avertir qu'il n'a eu
d'autre deffein que de travailler pour de
jeunes écoliers de troifieme , d'humanité ,
ou tout au plus de rhétorique.
C'eft pourquoi il s'eft attaché à rendre
mot pour mot le fens de l'Orateur latin.
On peut dire que le traducteur qui avoue
s'être borné à cet unique foin , a rempli
fon objet . Il a joint à fa verfion françoile
quelques notes dans les endroits où elles
lui ont paru néceffaires.
TRAITÉ DE LA POESIE FRANÇOISE ,
par le Pere Mourgues , Jéfuite. Nouvelle
édition , revûe , corrigée & augmentée ,
avec plufieurs obfervations fur chaque efpece
de poëfie. A Paris , chez Jofeph Barbou
, rue S. Jacques , près la fontaine faint
Benoît , aux Cigognes . 1755 , avec approbation
& privilege du Roi . in- 12 .
Livres que le fieur Barbon , Libraire &
Imprimeur , rue S. Jacques , aux Cigognes,
vient de recevoir de Hollande.
Aufonius , cum notis interpretatione
J. B. Souchay , ad ufum Delphini , in- 4°.
Homeri Ilias & Odiffea Grac . 18. 2 vol.
Recentiores Poëta Latini & Graci feletti
MARS 1785. 77
quinque , curis Jofephi Oliveti collecti ac
editi ; editio auctior & emendatior , in- 8 ° .
Pervigilium Veneris , cum notis Jufti Lipfii
, & Aufonii cupido cruci adfixus . in- 8 ° .
Théologie des Infectes , traduit de l'Al-
· lemand de M. Leffer , avec des remarques
de M. P. Lyonnet , 2 vol. in- 8 °.
Les Euvres de Machiavel , nouvelle
édition , augmentée de l'Anti- Machiavel ,
in- 12 . 6 vol.
L'Efpion Turc dans les Cours des Princes
chrétiens , in- 12 . 7 vol.
Les OEuvres de Rabelais , in - 12 . 6 Volumes.
Sermons de Caillart , in- 1 2. 2 vol .
Rob. Stephani Thefaurus lingua latine ;
in-fol. 4 vol.
Nouvelles difficultés propofées par un
Péripateticien à l'auteur du Voyage du
monde de Descartes , in- 12
ÊLEVES . A Paris , chez Claude Hériſſant ,
rue neuve Notre-Dante , à la Croix d'or &
aux trois Vertus , fecond volume. in- 1 z.
•
On a rendu compte dans le Mercure
de .... 1752 , du premier volume de ces
lettres imprimées à Paris en 1751 ; chez
la veuve Colombat.
L'auteur avoit promis feize lettres . Le
premier volume en contient dix , & le fe
cond préfente les fix dernieres , dont l'ob
jet eft de prouver l'existence des termes
énigmatiques & généraux dans les ouvra
ges prophétiques , & de faire fentir qué
leur intelligence eft néceffaire pour entendre
parfaitement le fens littéral hiſtorique
des Prophetes , des Pfeaumes , de Job , des
Cantiques , & de quelques autres prophé
ties répandues dans l'Ecriture Sainte .
Ainfi la premiere lettre de ce fecond
volume , qui eft la X I dans l'ordre des
feize , eft employée à parler du ftyle prophétique
& des raifons de fon obfcurité ;
& depuis la page so jufqu'à la page 70 ,
où finit la lettre XI , l'auteur commence
à faire un effai fur une partie des termes
énigmatiques qu'il doit traiter dans la lettre
fuivante.
La XII lettre entre tout-à -fait en
matiere ; on y voit quantité de paffages
64 MERCURE DE FRANCE.
с
des livres prophétiques , développés relativement
au fens littéral exigé par l'hiſtoire ;
mais l'auteur ne fe contente pas de morceaux
détachés , qui pourroient ne pas
fatisfaire , faute de liaifon avec ce qui précede
& ce qui fuit. Il prend donc une
prophétie entiere , l'une des plus difficiles
qu'il ait pu choifir. C'eft le chapitre 14
d'Ifaïe , depuis le premier jufqu'au 22
verfet inclufivement. Cette lettre étoit
trop longue pour ne la pas divifer en deux
parties. La premiere contient deux avertif
femens ; l'un traite des quatre termes énigmatiques
, dont l'intelligence eft abfolument
effentielle à la lettre hiftorique de
cette prophétie d'lfaïe. Le fecond avertif
fement contient fept remarques grammaticales
, fuivies d'une obfervation fur l'u
fage de la profopopée dans les faints Livres.
Après les deux avertiffemens on trouve le
précis de la prophétie : elle regarde , dans
le premier fens littéral , la chute de l'empire
de Babylone ; on paffe enfuite à une
double verfion latine , dont la premiere
conferve fes termes énigmatiques , & la
feconde les développe : une verfion françoiſe
dans le même goût fuccede à la latine.
L'Auteur termine cette premiere parrie
par quelques remarques fur le peu d'ordre
avec lequel on a traité jufqu'ici ces
MAR S. 1755. 65
vingt-deux premiers verfets du chap. XIV
d'Ifaïe.
La feconde partie de la XII lettre comprend
les notes indifpenfables à l'intelligence
d'une pièce auffi difficile , quant au
fens littéral de l'ancien Ifraël ; mais afin
qu'on ne croye pas que cette explication
puiffe nuire au fens de l'Eglife chrétienne
attaché néceffairement à ce texte d'Ifaïe ,
l'auteur préfente d'autres notes relatives
au nouvel Ifraël ; elles font fuivies d'une
double verſion françoiſe , mife au - deſſous
de la verfion littérale relative à l'ancien
Ifraël. Cette lettre finit par une courte
réflexion fur la ſurpriſe que pourra cauſer
à quelques perfonnes l'établiffement d'un
double fens littéral , dont cependant les
preuves font dans les Peres , les Théologiens
, & les plus habiles commentateurs.
La XIII lettre roule fur les termes gé
néraux ou indéterminés , qu'il faut reftreindre
aux fignifications particulieres
exigées par les vues du Prophéte . On donne
en preuve les deux petits Cantiques
contenus dans le XII chapitre d'Ifaïe . Deux
fimples notes de l'auteur développent en
très- peu de mots le double fens de cette
prophétie , quant à l'ancien & quant au
nouvel Ifraël . On trouve enfuite l'examen
de plufieurs termes généraux du Pleaume
66 MERCURE DE FRANCE.
XXXVI . Heb. XXXVII , Noli amulari , &
d'un affez grand nombre d'autres , & furtout
des mots mifericorde & vérité qui ,
reftreints à leur vraie & exacte fignifica
tion , jettent un grand jour fur les paſſages
où ils fe rencontrent.
La lettre XIV eft une fuite du traité des
termes généraux .L'auteur apporte en preuve
le Pf. 1. Beatus vir , &c. qu'il regarde comme
un tiffu de termes indéterminés qui
reftreints au fens exigé par le Prophéte
s'entendent d'abord des Apoftats du tems
de la captivité de Babylone , & enfuite
de ceux de l'Eglife chrétienne ; des notes
étendues fuivent le texte , & nous paroiffent
comme démonftratives.
La X Ve lettre eft uniquement occupée
à prouver que les termes énigmatiques &
généraux qui font en ufage dans les li
vres prophétiques , entrent auffi dans la
compofition des Cantiques du N. T. On
en donne pour exemple le cantique Bene
dictus Dominus , Deus Ifraël.
La XVI ne contient point le Pf. LXVII .
Heb. LXVIII . Exurgat , Deus , promis dans
le volume I. Ce chef-d'oeuvre de la poëfie
des Hébreux , accompagné de notes , eût
donné trop d'étendue à ce fecond volume.
L'auteur à donc prié quelques - uns des
éleves qu'il a formés , de fe charger de
MARS. 1755. 67
"
l'édition de ce Pfeaame . Mais pour mieux
entendre tout ce que ceci veut dire , il eſt
néceffaire de fçavoir que depuis plus de
dix ans , il fe forme parmi les RR. PP.
Capucins de la rue faint Honoré , un petit
nombre de gens de lettres qui fe font
confacrés à l'étude du double fens litteral
de l'Ecriture Sainte . L'auteur de ces lettres
a tellement goûté leur maniere de travailler
, qu'il leur confie non-feulement fon
Exurgat , mais auffi Pexécution entiere de
fon plan , dont on lit l'efquiffe aux pages
454 & 455 de ce volume. On voit dans
cette X V I lettre , les avis qu'un pere ,
non-feulement tendre , mais éclairé , donne
à des enfans pleins d'un amour inaltérable
pour l'Ecriture Sainte , d'un courage à
toute épreuve & d'un travail infatigable.
Ils vont feconder dans peu les vûes de
leur maître , puifqu'ils donnent inceffamment
quatre volumes in- 12. pour commencer
l'exécution du travail qu'il leur
remet entre les mains .
Tel eft l'extrait du fecond volume des
lettres de M. l'Abbé de *** à fes éleves.
Quoique le mérite de cet ouvrage ne puiffe
être apprécié dans toute fa valeur que par
ceux qui ont fuivi & qui fuivent encore
fes leçons publiques ou particulieres , toujours
gratuites , il eft cependant aifé de
68 MERCURE DE FRANCE .
fentir que fon plan eft établi fur les folides
principes qu'il a puifés dans les premieres
fources pendant près de cinquante
ans d'étude.
ODES D'HORACE traduites par feu M.
l'Abbé Desfontaines , in - 12 . petit format ,
1754. A Paris , chez Chaubert , quai des
Auguftins ; avec approbation & privilege
du Roi. Nous avons vû des exemplaires de
cet ouvrage , qui au lieu de Paris portent
le nom de Berlin ; mais ils font f
femblables la forme & les caracteres ,
pour
que nous ne doutons point qu'ils ne fortent
de la même preffe ; la feule différence
que nous y avons remarquée eft que
dans les exemplaires de Paris on a retranché
les odes qui ne fe lifent point dans les
Colléges , & qu'elles fe trouvent dans ceux
de Berlin , au frontifpice defquels on lit
une épigraphe qui fait honneur aux fentimens
du Libraire qui diftribue les uns &
les autres , & à laquelle nous foufcrivons
volontiers.
Quis defideriofit pudor aut modus ,
Tam cari capitis. Hor. Od. XXIV. 1. I.
BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE ET CRITI
QUE DU POITOU , contenant les vies des
MARS.
1755. 69
fçavans de cette province depuis le troifiéme
fiécle jufqu'à prefent ; une notice
de leurs ouvrages , avec des obfervations
pour en juger , &c . A Paris , chez Ganneau
, Libraire , rue Saint Severin , à S.
Louis & aux armes de Dombes. 1754 .
Cinq gros vol. in- 12 .
:
Il y a déja du tems que cet ouvrage a
paru cependant comme les Mercures précédens
n'en ont point parlé , nous nous
faifons un devoir de l'annoncer aujour
d'hui. Il feroit inutile d'entrer dans aucun
détail fur la forme que l'auteur a jugé
à propos de lui donner , ni fur la façon
dont il s'y eft pris pour le traiter. Le
compte exact qu'on en a rendu dans la
plupart des Journaux doit fuppléer fuffifamment
à notre filence. Nous obferverons
feulement que fi dans le nombre des
fçavans qui trouvent leur place dans cette
bibliotheque , il y en a qui fe font fait un
nom fameux dans la république des lettres ,
il s'en rencontre beaucoup auffi dont la
réputation ne paffe point les limites du
Poitou .
LA VIE DES PEINTRES FLAMANDS , ALLEMANDS
ET HOLLANDOIS , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs ouvrages , & des réflexions
70 MERCURE DE FRANCE.
fur leurs différentes manieres. Par M. J. B.
Defcamps , Peintre , membre de l'Académie
royale des Sciences , Belles- Lettres &
Arts de Rouen , & Profeffeur de l'Ecole
du deffein de la même ville . A Paris ,
chez Defaint & Saillant , rue Saint Jean de
Beauvais ; Piffot , quai de Conti ; Durand
, rue du Foin , en entrant par la rue
Saint Jacques , la premiere porte cochere.
1754. Tome fecond , gros in-8 ° . Il y a
lieu d'efpérer que le public ne fera pas
un accueil moins favorable à ce volume
qu'à celui qui l'a précédé.
LE CALENDRIER DES LABOUREURS ET
DES FERMIERS , contenant les inftructions
néceffaires la conduite & pour le
pour
maniement d'une ferme dans tous les mois
de l'année ouvrage néceffaire aux per
fonnes qui vivent à la campagne , & à celles
qui font valoir leur bien. Traduit de
l'Anglois , fur la fixième édition de M.
R. Bradeley de la Société royale de
Londres , & Profeffeur de Botanique dans
l'Univerfité de Cambridge . A Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la Science. 1755 , vol. in- 12.-
ANALYSE DES DISSERTATIONS SUR PLUSIEURS
MATIÈRES MEDICO - PHYSIQUES . Par
MARS. 1755. 71
M. Olivier de Villeneuve , Docteur de la
Faculté de Médecine de Montpellier ,
Doyen des Médecins de la ville de Boulogne-
fur-mer. A Utrecht , 1754 , petit in-
12. 100 pages.
. DEMONSTRATION DE LA QUADRATURE
DU CERCLE ; par M. le Chevalier de Caufans
, ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Conti . A Paris , chez Delaguette
, rue Saint Jacques , à l'Olivier ;
·in-4°. 22. pages.
On a toujours été jufqu'ici perfuadé
& non fans raifon , de l'inutilité des efforts
que l'on voudroit employer pour parvenir
à la découverte de la Quadrature du
cercle . On s'eft réuni à en regarder la démonftration
, non feulement comme impoffible
, mais comme impliquant les contradictions
les plus évidentes en géométrie .
Il n'eft donc pas aifé de détruire un préjugé
qui paroît fi bien fondé. Cependant
M. le Chevalier de Caufans, fans s'effrayér
des difficultés qu'on peut lui oppofer , n'a
pas laiffé de tenter la chofe en queftion .
Un grand nombre de perfonnes qui ont de
la peine à s'imaginer qu'elle foit traitée
férieufement, n'auroient pas manqué d'imputer
les tentatives de M. le Chevalier à
un pur jeu d'efprit.; il a pris la fage pré72
MERCURE DE FRANCE.
caution de leur ôter cette penfée , en propofant
la foufcription de la fomme de dix
mille livres à quiconque prouvera géométriquement
un paralogifme dans fa prétendue
quadrature du cercle qu'il s'efforce
de démontrer dans le petit ouvrage que
nous annonçons. Le prix confidérable attaché
à fa réfutation devoit néceffairement
attirer fur les bras de M. de Caufans
de puiffans adverfaires , qui fe difputaffent
à l'envi le mérite ( fi toutefois c'en eſt un )
de ruiner les conféquences fur lefquelles
il l'a bâtie ; mais il ne s'étoit peut- être pas
attendu à voir dans la foule des concur
rens entrer en lice une perfonne d'un ſexe ,
qui femble moins faite pour fe livrer à des
études épineufes & abftraites que pour
s'occuper des matieres d'agrément. Mlle
Le Mire , choquée de l'injufte prévention
où l'on eft contre les femmes , a été ja
loufe de l'honneur de les juftifier , en montrant
que leur efprit eft capable d'atteindre
aux vérités géométriques , fur lefquelles
il leur arrive de raifonner plus conféquemment
que bien des hommes. Elle a
donc jugé à propos de fe mettre fur les
rangs ; & pour cet effet elle a cru devoir
rendre public le fruit de fon travail , qui
paroît fous ce titre Le Quadricide , ou Paralogismes
prouvés géométriquement dans la
Quadrature
MARS. 1755 .
73
Quadrature de M. de Caufans. Par Mile
L.A. Le Mire , veuve J ... in- 4° . 28 pag.
chez Delaguette , & c.
Le long féjour que M. Galland a fait
dans les Etats du Grand Seigneur en qualité
d'Interpréte du Roi pour les Langues
orientales , l'a mis à portée de travailler
pour l'inftruction du public , en lui apprenant
ce qu'il a eu occafion d'y voir de plus
curieux. Comme il s'en eft rendu les langues
familieres , il n'a pas cru inutile de
commencer par la traduction de trois petites
pieces écrites par divers auteurs Mu
fulmans , dont les deux premieres tendent
à donner une idée des rits & c'es cérémonies
qui fe pratiquent au pélerinage de la
Mecque , des points fondamentaux de la
religion mahométane , & des obfervances
qu'elle impofe. On fe propofe dans la troifieme
de faire connoître la maniere dont
les Turcs cultivent les fciences. Cet ou
vrage de M. Galland eft compofé de cinq
morceaux différens , qui forment un recueil
qu'il difpofe en cet ordre. 1 ° . Rits & cérémonies
du pélerinage de la Mecque , fuivant
lafelle de l'Imam on Docteur Chafei ;
traduit de l'Arabe du Cheitch el Imam el
Aalim , & c . 2° . Catéchisme Muſulman , traduit
de l'Arabe du Cheitch on Docteur Aly
D
74 MERCURE DE FRANCE.
fils d'Iaakoub. 3. Traduction d'une differtation
de Zebny Effendi fur les fciences des
Turcs , & fur l'ordre qu'ils gardent dans le
cours de leurs études . 4° . Relation de l'ifle
de Chio , faite fur le lieu par l'auteur. 5º.
Autre relation de la Marche de la Sultane
Efma , fille de Sultan Ahmed , lorfqu'on la
conduifit à fon époux Iaakoub Pacha , grand
Maréchal de la Cour de Sultan Mahmoud ,
le 27 Février 1743. Cette relation termine
ce livre , qui fe vend à Paris , chez
Defaint & Saillant. 1754 , in- 12 . 214
pages.
COLLECTION DE DÉCISIONS NOUVELLES
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente ; par M. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris . A Paris , chez Savoye
, rue S. Jacques , à l'Eſpérance , audeffus
de la Fontaine de S. Severin ; & Le
Clerc , grande Salle du Palais , au fecond
pilier , 1754.
L'Auteur nous apprend dans la préface ,
que cet ouvrage fera compofé de cinq ou fix
volumes , dont il vient de mettre les deux
premiers au jour. Nous lui fouhaitons tout
le fuccès que l'importance de fon travail
paroît mériter. Nous ne pouvons même
nous empêcher de dire que M. Denifart
eft digne d'éloge , en ce qu'il a pris foin
MARS. 1755. 75
de développer aux yeux du public cette ingénuité
de caractere qui fied aux auteurs
libres de préjugés. On doit lui fçavoir
quelque gré de ne pas témoigner les effets
de la prévention outrée qu'on a d'ordinaire
en faveur de l'état qu'on exerce.
Il avoue que les maximes renfermées dans
le recueil qu'il publie , n'étant annoncées
que par un fimple Procureur du Châtelet
perdent beaucoup par là de la confiance qu'el
les méritent. Ce font les propres paroles de
M. Denifart , aufquelles il ne nous appartient
pas de répliquer , puifque c'eft une
perfonne de la profeffion qui fait cet aveu .
Nous ajoûterons feulement que fon exemple
eft une preuve qu'il fe trouve des Procureurs
qui ont fincerement en vûe le bien
-public.
ORAISONS CHOISIES DE CICERON ,
traduction nouvelle , avec le latin à côté ,
fur l'édition latine de Grævius , & des notes.
A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la fontaine S. Benoît , aux
Cigognes. 1754 , avec privilege du Roi.
2 vol . in- 12.
A juger en général de cette nouvelle
traduction , elle paroît avoir le mérite de
la fidélité. C'eft le côté par où il faut apprécier
le travail de l'auteur , puifque c'eſt
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
particulierement le but qu'il a cru devoir
fe propofer dans l'exécution ; il a pris la
précaution de nous avertir qu'il n'a eu
d'autre deffein que de travailler pour de
jeunes écoliers de troifieme , d'humanité ,
ou tout au plus de rhétorique.
C'eft pourquoi il s'eft attaché à rendre
mot pour mot le fens de l'Orateur latin.
On peut dire que le traducteur qui avoue
s'être borné à cet unique foin , a rempli
fon objet . Il a joint à fa verfion françoile
quelques notes dans les endroits où elles
lui ont paru néceffaires.
TRAITÉ DE LA POESIE FRANÇOISE ,
par le Pere Mourgues , Jéfuite. Nouvelle
édition , revûe , corrigée & augmentée ,
avec plufieurs obfervations fur chaque efpece
de poëfie. A Paris , chez Jofeph Barbou
, rue S. Jacques , près la fontaine faint
Benoît , aux Cigognes . 1755 , avec approbation
& privilege du Roi . in- 12 .
Livres que le fieur Barbon , Libraire &
Imprimeur , rue S. Jacques , aux Cigognes,
vient de recevoir de Hollande.
Aufonius , cum notis interpretatione
J. B. Souchay , ad ufum Delphini , in- 4°.
Homeri Ilias & Odiffea Grac . 18. 2 vol.
Recentiores Poëta Latini & Graci feletti
MARS 1785. 77
quinque , curis Jofephi Oliveti collecti ac
editi ; editio auctior & emendatior , in- 8 ° .
Pervigilium Veneris , cum notis Jufti Lipfii
, & Aufonii cupido cruci adfixus . in- 8 ° .
Théologie des Infectes , traduit de l'Al-
· lemand de M. Leffer , avec des remarques
de M. P. Lyonnet , 2 vol. in- 8 °.
Les Euvres de Machiavel , nouvelle
édition , augmentée de l'Anti- Machiavel ,
in- 12 . 6 vol.
L'Efpion Turc dans les Cours des Princes
chrétiens , in- 12 . 7 vol.
Les OEuvres de Rabelais , in - 12 . 6 Volumes.
Sermons de Caillart , in- 1 2. 2 vol .
Rob. Stephani Thefaurus lingua latine ;
in-fol. 4 vol.
Nouvelles difficultés propofées par un
Péripateticien à l'auteur du Voyage du
monde de Descartes , in- 12
Fermer
Résumé : « LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
Le texte présente un compte rendu du second volume des 'Lettres de M. l'Abbé de *** à ses élèves', publié à Paris en 1755. Ce volume comprend six lettres supplémentaires, portant le total à douze, et se concentre sur l'interprétation des termes énigmatiques et généraux dans les œuvres prophétiques. L'objectif est de démontrer la nécessité de comprendre ces termes pour interpréter correctement le sens littéral historique des Prophètes, des Psaumes, de Job, des Cantiques et d'autres prophéties bibliques. La onzième lettre traite du style prophétique et de son obscurité. La douzième lettre analyse en détail le chapitre 14 d'Isaïe, expliquant les termes énigmatiques et fournissant des versions latines et françaises. La treizième lettre aborde les termes généraux ou indéterminés en utilisant les Cantiques du chapitre 12 d'Isaïe comme exemple. La quatorzième lettre continue l'étude des termes généraux en se basant sur le Psaume 1. La quinzième lettre prouve que ces termes sont également présents dans les Cantiques du Nouveau Testament. La seizième lettre, initialement prévue pour inclure le Psaume 67, a été modifiée pour laisser cette tâche à des élèves de l'abbé, qui travaillent sur le double sens littéral de l'Écriture Sainte. Le texte mentionne également plusieurs autres publications, telles que les 'Odes d'Horace' traduites par l'abbé Desfontaines, la 'Bibliothèque historique et critique du Poitou', la 'Vie des peintres flamands, allemands et hollandais' par M. J. B. Descamps, le 'Calendrier des laboureurs et des fermiers', l''Analyse des dissertations sur plusieurs matières médico-physiques' par M. Olivier de Villeneuve, et la 'Démonstration de la quadrature du cercle' par le chevalier de Caufans, ainsi qu'une réfutation par Mlle Le Mire. M. Galland a traduit des textes musulmans pour instruire le public sur les rites et cérémonies de la religion mahométane. Parmi les autres ouvrages et traductions publiés en 1754 et 1755, on trouve des traductions de textes musulmans, notamment le 'Pélerinage de la Mecque' selon la loi de l'Imam Chafei, traduit par Cheitch el Imam el Aalim, et un 'Catéchisme Musulman' traduit par Aly D. Le texte mentionne également une 'Traduction d'une dissertation de Zebny Effendi' sur les sciences des Turcs et une 'Relation de l'île de Chio'. Une autre relation décrit la marche de la Sultane Esma, fille de Sultan Ahmed, lors de son déplacement vers son époux, Iaakoub Pacha, en février 1743. Le texte évoque également une 'Collection de Décisions Nouvelles' par M. Denifart, Procureur au Châtelet de Paris, qui vise à développer des notions relatives à la jurisprudence. Denifart exprime son désir de présenter des maximes sans préjugés et reconnaît que son statut de Procureur peut limiter la confiance accordée à son ouvrage. Une nouvelle traduction des 'Oraisons Choisies de Cicéron' est publiée, destinée aux jeunes écoliers, avec le texte latin à côté et des notes explicatives. Le 'Traité de la Poésie Française' du Père Mourgues, Jésuite, est également mentionné, avec une nouvelle édition revue et augmentée. Enfin, le texte liste plusieurs ouvrages reçus par le sieur Barbon, libraire et imprimeur, incluant des œuvres d'Ausonius, Homère, des poètes latins et grecs, des textes théologiques, les œuvres de Machiavel, Rabelais, et des sermons de Caillart.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 77-88
« ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...] »
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ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...]
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Histoire, Essais historiques
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ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS , de M.
de Saint-Foix. Seconde partie. 1755 .
. Ce fecond volume ne dément point le
premier , il a & mérite la même réuffite ,
& fait attendre le troifiéme avec impatience.
On ne fe laffe point de voyager
dans Paris avec un auffi aimable guide. M.
de Saint-Foix nous inftruit toujours en
nous amufant ; les Graces conduifent fa .
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
plume dans tout ce qu'il écrit. Elles ne
font pas ingrates ; perfonne ne les a mieux
peintes , & perfonne n'en eft mieux fervi.
Son morceau fur les Templiers eſt ſi
bien traité qu'il doit faire defirer que l'aureur
veuille bien nous donner une hiftoire
en forme. Qui peut mieux l'écrire ! Il réu
nit toutes les qualités d'un bon hiftorien ;
l'amour de la vérité , le courage , & le
talent de la dire , le choix des recherches ,
l'art de les employer & de les fondre heureufement
enfemble. Il voit en philofophe
, il parle en citoyen , & il écrit en
homme du monde ; fon ftyle en confé
quence eft toujours élégant , noble , clair
& précis fes réflexions font courtes , fortent
du fujet fans effort , & fouvent font
renfermées dans un feul trait plein de
force ou d'un fel agréable. Deux exemples
tirés de la deuxième partie de fes effais en
feront la
preuve.
:
» Le Cardinal de Lorraine étant à la tête
» du Confeil ſous le regne de François
» II , fe trouva importuné du grand nom-
» bre d'Officiers eftropiés & de veuves
» d'Officiers tués , qui follicitoient à la
Cour quelques petites penfions pour vi
» vre : il fit publier à fon de trompe , pour
* Dans la Comédie des Graces.
MARS. 1755. 79
fe délivrer , difoit- il , de ces mendians ,
» que tous ceux qui étoient venus à Fon-
» tainebleau pour demander quelque cho-
» fe , euffent à fe retirer dans vingt- quatre
» heures , fous peine d'être pendus à un
gibet , qu'il fit dreffer devant le châ-
» teau. Il mourut dans fon lit.
ود
و ر
» Sous le regne de François I. le total
» des loyers de toutes les maifons de Pa-
» ris ne montoit qu'à la fomme de trois
» cens douze mille livres . Aujourd'hui
»les Carmes Déchauffés , indépendam-
»ment du vafte terrein qu'occupent leurs
jardins & leur Couvent , jouiffent de
» près de cent mille livres de rente en
loyers de maifons qu'ils ont fait bâtir
» dans cette rue & dans les rues adja-
» centes. Ils n'ont commencé à prendre
racine en France qu'en 1611 , par une
très-petite maifon que leur donna un
» bourgeois , nommé Nicolas Vivian. Il
faut leur rendre juftice ; les richeſſes ne
» les enorgueilliffent pas , ils continuent
toujours d'envoyer des Freres quêter dans
» les maifons .
??
33
Je citerai un troifiéme exemple qui
prouve la précifion de l'Auteur. Il peint
ainfi par un feul fait , en quatre lignes
la révolution arrivée dans les moeurs
pendant le cours de deux fiécles .
D iv
80 MERCURE DE FRANCE .
爨
» Près de la fontaine étoit la maifon
» de Henri de Marle , Chancelier de France
, maffacré en 1418 ; un Procureur
» au Châtelet qui acheta cette maiſon en
1663 , s'y trouvoit , dit Sauval , mal
» logé & trop à l'étroit .
Une qualité effentielle à l'hiftorien , &
que j'avois oubliée , c'eft l'exactitude : M.
de Saint- Foix la profeffe jufqu'au fcrupule.
Il cite toujours les fources où il puife ,
foit dans le corps de fon ouvrage , ou foit
à la marge , & ne s'approprie jamais ce
qu'un autre a dit : bonne foi rare aujourd'hui
dans un écrivain , & qui mérite d'èare
fuivie.
Ce volume eft terminé par des differtations
dont on devroit imiter auffi l'heureufe
briéveté ; on ennuiroit moins , &
l'on diroit plus en moins de mots : elles
ont pour objet les Gaulois & les Francs ,
le grand & petit Châtelet , l'Hôtel de ville
, & les palais de nos Rois . Je ne puis
mieux finir ce précis que par deux traits
remarquables que j'ai extrait de ces differtations
; le premier regarde Catherine de
Médicis , & l'autre intéreffe les Médecins.
Catherine , quatre jours avant le maffacre
de la Saint Barthelemi , donna aux
*De la rue Sale au Comte.
MAR S.. 1755 . 8i
Tuileries une fête qui en étoit l'avantcoureur
& comme le prélude. M. de
Saint- Foix , après l'avoir détaillée , ſe récrie
là deffus : Peut - on fans frémir
» d'horreur , penfer à une femme , qui
" imagine , compofe & prépare une fête
un ballet fur le maffacre qu'elle doit
» faire quatre jours après d'une partie de
» la nation où elle regne ! qui fourit à fes
» victimes , qui joue avec le carnage , qui
fait danfer l'amour & les nymphes fur
» les bords d'un fleuve de fang , & qui
» mêle les charmes de la mufique aux
gémiffemens de cent mille malheureux
qu'elle égorge ! » Quel tableau ! & quelle
و د
و ر
و د
force de coloris !
で» La belle Auftrigide obtint en mou-
» rant du Roi Gontrand fon mari , qu'il
» feroit tuer & enterrer avec elle les deux
» Médecins qui l'avoient foignée pendant
fa maladie. Ce font , je crois , les feuls
» qu'on ait inhumés dans les tombeaux des
33
Rois ; mais je ne doute pas que plufieurs
» autres n'ayent mérité le même honneur «.
On croyoit la plaifanterie ufée fur les Médecins
, mais M. de Saint- Foix nous fait
voir que Moliere n'a pas encore tout dit à
leur fujet.
FABLES DE LA FONTAINE , nouvelle édi-
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
dition , en quatre volumes in folio , ornée
de fleurons , de culs-de- lampe , accompa
gnée de 276 planches , & dédiée au Roi ,
propofée par foufcription . A Paris , chez
Defaint & Saillant , rue Saint Jean de Beau.
vais , & chez Durand , rue du Foin.
Le goût des arts & l'amour des lettres
ont produit cette magnifique édition ; elle
eft le fruit des veilles des plus fameux artif
tes , & l'ouvrage de l'attention & des recherches
, non feulement des gens de la
profeffion , mais encore de quelques amateurs
les plus diftingués par leurs connoiffances.
Pour en faire fentir le mérite , il fuffit de
dire que les eftampes font toutes d'après les
deffeins de M. Oudri , & qu'elles font gravées
par MM.. CCoocchhiinn , ou fous fes yeux ,
par les plus habiles artiſtes.
Le premier volume paroîtra au commencement
du mois de Mars 1755. Le
fecond au mois d'Août fuivant , le troi
féme au mois de Mars 1756 , & le quatriéme
& dernier volume dans le mois
d'Octobre de la même année .
On ne tirera qu'un petit nombre d'exemplaires
, & les foufcriptions ne feront
ouvertes que depuis le jour où le premier
volume fera délivré , jufqu'au dernier jour
de Juin 1755 , paffé lequel tems on ne ſera
plus reçu à fouferite.
MARS . 83
1755 .
Prix des foufcriptions en feuilles.
Enrecevant la fouf- ordinaire. raifin . papier. Papier
Grand Très-grand
cription & le 1. vol . 72 liv. 84 liv.
e 96
liv.
En recevant le 2 ° vol . 48 бо
72 .
En recevant le 3 vol . 48
54
60.
En recevant le 4 vol . 48
54
60.
PRIX TOTAL. 216 . 252 .
288.
Prix en feuilles après la foufcription fermée,
Chaque volume à 75 liv. 87 liv. 100
liv.
Prix total de chaque volume fur les trois differens
papiers.
300
liv.
348
liv.
400
liv .
AMALAZONTE , Tragédie repréfen
tée pour la premiere fois par les Comé
diens François le 30 Mai 1754 , & à
Fontainebleau le 12 Novembre de la même
année. A Paris , chez Jorry , Imprimeur-
Libraire , quai des Auguftins , aux
Cicognes. 1555.
Je ne ferai point l'extrait de cette tragédie
; on a dû le donner dans le tems
de fa nouveauté. Je me contenterai de
dire , à la louange de l'auteur , que fa préface
annonce un homme inftruit , & fa
piéce un verfificateur : talent plus rare au
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui qu'on ne penfe. Quelqu'un m'objecte
a peut être qu'on n'a jamais tant rimé
: je répondrai qu'il eft vrai qu'on n'a
jamais tant coufu de rimes enfemble , mais
qu'on n'a jamais fait moins de vers ; car,
felon moi , il n'y a que les vers bienfaits
'à qui l'on doive donner ce nom , & l'on
en voit éclorre peu de ceux- là.
ALMANACH. DES FINANCES pour
l'année 1755 , contenant fommairement la
nature & les principales particularités des
affaires de finance , les noms & demeures
des intéreffés , les bureaux , jours d'affemblée
, tribunaux où fe portent les conteftations
, & autres éclairciffemens à ce fujet
utiles & néceffaires à toutes fortes de
perfonnes. A Paris , chez Laurent Prault ,
Cour du Palais , à la fource des Sciences.
3755.
HISTOIRE DES LOIX & des Tribunaux
de Juftice de la Monarchie Françoife.
Par le P. Barre , Chanoine Régulier ,
Chancelier de l'Abbaye de Ste Geneviève
& de l'Univerfité de Paris. A Paris , de
l'Imprimerie de C. F. Simon , Imprimeur
de la Reine , rue des Mathurins. 1755.
Cette indication n'eſt que l'annonce d'un
Profpectus que l'auteur à donné de cet ou
a
MARS. 1755. 85
vrage. Après avoir dit que c'eft une hiftoire
générale de la Juſtice de France depuis
Clovis jufqu'à Louis XIV , il avertit
modeftement le public qu'elle eft encore
loin de fa perfection , quoiqu'elle foit déja
avancée . Il prie en même tems les Sçavans
de bonne volonté de l'aider de leurs lumieres
, pour achever heureufement fon
entreprife. Par les détails de fon projet , on
fent combien une pareille hiftoire fera utile;
& par le fuccès qu'ont eu * fes premiers
ouvrages , on doit bien augurer de
celui- ci .
PROSPECTUS DE L'EUROPE ILLUSTRE ,
ouvrage contenant les vies abrégées des
Souverains , des Princes , des Miniftres
des Généraux , des Magiftrats , des Prélats ,
des Sçavans , des Dames , & des Artiftes
qui fe font diftingués en Europe depuis le
quinzieme fiécle jufqu'à préfent ; huit volumes
. Par M. Dreux du Radier , Avocat
au Parlement , enrichi de portraits gravés
les foins du fieur Odieuvre , Marchand
d'Estampes.
par
Cette collection eft la plus étendue qu'on
ait encore vûe. Tous les hommes les plus
célebres s'y trouvent réunis ; les héros du
* L'hiftoire générale d'Allemagne , & la vie du
Maréchal Faber.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
crime y tiennent auffi leur rang . L'hiſtoire
a fes Eroftrates , comme fes Titus , dit éloquemment
M. du Radier , & dans le Panthéon
on y voyoit la fiévre & la peſte
même avec Jupiter Olympien ; on n'a rien
à répondre à cette raifon .
Les huit cens portraits dont cette collection
eft actuellement compofée , font
dûs aux foins du fieur Odieuvre , ainsi que
le titre l'annonce . Il n'a rien oublié pour
fe procurer des originaux qui puffent le
guider dans fon travail ; il ne s'eft point
borné aux tableaux , aux médailles , aux
buftes , aux ftatues , il a eu recours aux
anciens tombeaux , & quelquefois même
aux anciens vitrages , rien ne l'a rebuté.
L'exemplaire complet fera compofé de
huit volumes , chaque volume de cent portraits
, avec autant d'éloges .
Les deux premiers volumes pourront
paroître à la fin de Novembre prochain ,
le troifieme & le quatrieme fix mois après,
& ainfi la fuite , enforte qu'on aura la collection
complette en 1757. On la trouvera
chez le fieur Odieuvre , rue des Poftes.
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES
DES ARMÉES dans les camps & dans les garnifons
, avec un traité fur les fubftances
feptiques & anti-feptiques , lû à la Société
MARS 1755. 87
royale par M. Pringle , Docteur en Médecine
, Membre de la Société royale , & Médecin
général des armées du Roi pendant la
derniere guerre . Ouvrage traduit de l'Anglois
fur la feconde édition . A Paris , chez
Ganeau , Libraire , rue S. Severin , aux armes
de Dombes & à S. Louis . 1755. 2 vol.
in- 12.
Cet ouvrage réunit deux grands avantages
qui doivent le faire rechercher : la nouveauté
& l'utilité . L'auteur enrichit la Médecine
d'un livre qui lui manquoit , & dont
les Militaires doivent lui fçavoir gré . Il a
travaillé pour eux , & l'accueil qu'on lui
a fait à Londres lui promet les fuffrages de
Paris.
PETIT THRESOR DE LA BELLE LATINITÉ
, puiſé dans les meilleurs auteurs ;
ou Recueil de diverfes façons de parler de
la Langue Françoife , fuivies du tour latin
qui leur répond ; le tout par ordre alphabétique
,, pour aider les jeunes gens dans
les compofitions de François en Latin. Il
fe vend à Paris , chez Paul - Denis Brocas ,
rue S. Jacques . 1755. 1 vol. in- 12 .
L'approbation que plufieurs Profeffeurs
de l'Univerfité ont donnée à cet ouvrage ,
eft le témoignage le plus avantageux qui
doive répondre de fon utilité.
88 MERCURE DE FRANCE.
PHARMACO PEA MILITARIS in
Bavaria Nofocomiis ufitata ; per J. A. de
Woltter. S. R. J. Eq. S. E. B. Conf. & Proto-
Medicum. Parifiis , apud Briaffon , viâ
Jacobaâ , fub figno Scientia. 1754. I. vel.
in- 12 . exigua molis.
Je remers les extraits ou les indications
des autres livres nouveaux au Mercure
d'Avril , cet article fe trouvant rempli .
L'On n'exige dans aucune des Académies
de province des difcours d'apparat
& fur-tout de la part des afföciés étangers ,
qui ne pourroient jouir de l'avantage d'être
applaudis : ceux qui y font nommés
fe contentent , conformément à l'ufage , de
faire un remerciment épiſtolaire , qui annonce
plus fouvent la protection que le
talent. Il n'en eft pas de même d'une lettre
dont le hazard m'a procuré la copie ,
& qui paroît avoir été écrite par un des
premiers Commis de la Cour , affocié nouvellement
à l'Académie d'Angers.
Comme il n'eft point de ceux qui s'attribuent
une gloire dont ils font redevables
à leurs fupérieurs , & que fon remerciment
eft dicté par la modeftie , je l'infere
ici pour fervir d'exemple.
de Saint-Foix. Seconde partie. 1755 .
. Ce fecond volume ne dément point le
premier , il a & mérite la même réuffite ,
& fait attendre le troifiéme avec impatience.
On ne fe laffe point de voyager
dans Paris avec un auffi aimable guide. M.
de Saint-Foix nous inftruit toujours en
nous amufant ; les Graces conduifent fa .
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
plume dans tout ce qu'il écrit. Elles ne
font pas ingrates ; perfonne ne les a mieux
peintes , & perfonne n'en eft mieux fervi.
Son morceau fur les Templiers eſt ſi
bien traité qu'il doit faire defirer que l'aureur
veuille bien nous donner une hiftoire
en forme. Qui peut mieux l'écrire ! Il réu
nit toutes les qualités d'un bon hiftorien ;
l'amour de la vérité , le courage , & le
talent de la dire , le choix des recherches ,
l'art de les employer & de les fondre heureufement
enfemble. Il voit en philofophe
, il parle en citoyen , & il écrit en
homme du monde ; fon ftyle en confé
quence eft toujours élégant , noble , clair
& précis fes réflexions font courtes , fortent
du fujet fans effort , & fouvent font
renfermées dans un feul trait plein de
force ou d'un fel agréable. Deux exemples
tirés de la deuxième partie de fes effais en
feront la
preuve.
:
» Le Cardinal de Lorraine étant à la tête
» du Confeil ſous le regne de François
» II , fe trouva importuné du grand nom-
» bre d'Officiers eftropiés & de veuves
» d'Officiers tués , qui follicitoient à la
Cour quelques petites penfions pour vi
» vre : il fit publier à fon de trompe , pour
* Dans la Comédie des Graces.
MARS. 1755. 79
fe délivrer , difoit- il , de ces mendians ,
» que tous ceux qui étoient venus à Fon-
» tainebleau pour demander quelque cho-
» fe , euffent à fe retirer dans vingt- quatre
» heures , fous peine d'être pendus à un
gibet , qu'il fit dreffer devant le châ-
» teau. Il mourut dans fon lit.
ود
و ر
» Sous le regne de François I. le total
» des loyers de toutes les maifons de Pa-
» ris ne montoit qu'à la fomme de trois
» cens douze mille livres . Aujourd'hui
»les Carmes Déchauffés , indépendam-
»ment du vafte terrein qu'occupent leurs
jardins & leur Couvent , jouiffent de
» près de cent mille livres de rente en
loyers de maifons qu'ils ont fait bâtir
» dans cette rue & dans les rues adja-
» centes. Ils n'ont commencé à prendre
racine en France qu'en 1611 , par une
très-petite maifon que leur donna un
» bourgeois , nommé Nicolas Vivian. Il
faut leur rendre juftice ; les richeſſes ne
» les enorgueilliffent pas , ils continuent
toujours d'envoyer des Freres quêter dans
» les maifons .
??
33
Je citerai un troifiéme exemple qui
prouve la précifion de l'Auteur. Il peint
ainfi par un feul fait , en quatre lignes
la révolution arrivée dans les moeurs
pendant le cours de deux fiécles .
D iv
80 MERCURE DE FRANCE .
爨
» Près de la fontaine étoit la maifon
» de Henri de Marle , Chancelier de France
, maffacré en 1418 ; un Procureur
» au Châtelet qui acheta cette maiſon en
1663 , s'y trouvoit , dit Sauval , mal
» logé & trop à l'étroit .
Une qualité effentielle à l'hiftorien , &
que j'avois oubliée , c'eft l'exactitude : M.
de Saint- Foix la profeffe jufqu'au fcrupule.
Il cite toujours les fources où il puife ,
foit dans le corps de fon ouvrage , ou foit
à la marge , & ne s'approprie jamais ce
qu'un autre a dit : bonne foi rare aujourd'hui
dans un écrivain , & qui mérite d'èare
fuivie.
Ce volume eft terminé par des differtations
dont on devroit imiter auffi l'heureufe
briéveté ; on ennuiroit moins , &
l'on diroit plus en moins de mots : elles
ont pour objet les Gaulois & les Francs ,
le grand & petit Châtelet , l'Hôtel de ville
, & les palais de nos Rois . Je ne puis
mieux finir ce précis que par deux traits
remarquables que j'ai extrait de ces differtations
; le premier regarde Catherine de
Médicis , & l'autre intéreffe les Médecins.
Catherine , quatre jours avant le maffacre
de la Saint Barthelemi , donna aux
*De la rue Sale au Comte.
MAR S.. 1755 . 8i
Tuileries une fête qui en étoit l'avantcoureur
& comme le prélude. M. de
Saint- Foix , après l'avoir détaillée , ſe récrie
là deffus : Peut - on fans frémir
» d'horreur , penfer à une femme , qui
" imagine , compofe & prépare une fête
un ballet fur le maffacre qu'elle doit
» faire quatre jours après d'une partie de
» la nation où elle regne ! qui fourit à fes
» victimes , qui joue avec le carnage , qui
fait danfer l'amour & les nymphes fur
» les bords d'un fleuve de fang , & qui
» mêle les charmes de la mufique aux
gémiffemens de cent mille malheureux
qu'elle égorge ! » Quel tableau ! & quelle
و د
و ر
و د
force de coloris !
で» La belle Auftrigide obtint en mou-
» rant du Roi Gontrand fon mari , qu'il
» feroit tuer & enterrer avec elle les deux
» Médecins qui l'avoient foignée pendant
fa maladie. Ce font , je crois , les feuls
» qu'on ait inhumés dans les tombeaux des
33
Rois ; mais je ne doute pas que plufieurs
» autres n'ayent mérité le même honneur «.
On croyoit la plaifanterie ufée fur les Médecins
, mais M. de Saint- Foix nous fait
voir que Moliere n'a pas encore tout dit à
leur fujet.
FABLES DE LA FONTAINE , nouvelle édi-
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
dition , en quatre volumes in folio , ornée
de fleurons , de culs-de- lampe , accompa
gnée de 276 planches , & dédiée au Roi ,
propofée par foufcription . A Paris , chez
Defaint & Saillant , rue Saint Jean de Beau.
vais , & chez Durand , rue du Foin.
Le goût des arts & l'amour des lettres
ont produit cette magnifique édition ; elle
eft le fruit des veilles des plus fameux artif
tes , & l'ouvrage de l'attention & des recherches
, non feulement des gens de la
profeffion , mais encore de quelques amateurs
les plus diftingués par leurs connoiffances.
Pour en faire fentir le mérite , il fuffit de
dire que les eftampes font toutes d'après les
deffeins de M. Oudri , & qu'elles font gravées
par MM.. CCoocchhiinn , ou fous fes yeux ,
par les plus habiles artiſtes.
Le premier volume paroîtra au commencement
du mois de Mars 1755. Le
fecond au mois d'Août fuivant , le troi
féme au mois de Mars 1756 , & le quatriéme
& dernier volume dans le mois
d'Octobre de la même année .
On ne tirera qu'un petit nombre d'exemplaires
, & les foufcriptions ne feront
ouvertes que depuis le jour où le premier
volume fera délivré , jufqu'au dernier jour
de Juin 1755 , paffé lequel tems on ne ſera
plus reçu à fouferite.
MARS . 83
1755 .
Prix des foufcriptions en feuilles.
Enrecevant la fouf- ordinaire. raifin . papier. Papier
Grand Très-grand
cription & le 1. vol . 72 liv. 84 liv.
e 96
liv.
En recevant le 2 ° vol . 48 бо
72 .
En recevant le 3 vol . 48
54
60.
En recevant le 4 vol . 48
54
60.
PRIX TOTAL. 216 . 252 .
288.
Prix en feuilles après la foufcription fermée,
Chaque volume à 75 liv. 87 liv. 100
liv.
Prix total de chaque volume fur les trois differens
papiers.
300
liv.
348
liv.
400
liv .
AMALAZONTE , Tragédie repréfen
tée pour la premiere fois par les Comé
diens François le 30 Mai 1754 , & à
Fontainebleau le 12 Novembre de la même
année. A Paris , chez Jorry , Imprimeur-
Libraire , quai des Auguftins , aux
Cicognes. 1555.
Je ne ferai point l'extrait de cette tragédie
; on a dû le donner dans le tems
de fa nouveauté. Je me contenterai de
dire , à la louange de l'auteur , que fa préface
annonce un homme inftruit , & fa
piéce un verfificateur : talent plus rare au
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui qu'on ne penfe. Quelqu'un m'objecte
a peut être qu'on n'a jamais tant rimé
: je répondrai qu'il eft vrai qu'on n'a
jamais tant coufu de rimes enfemble , mais
qu'on n'a jamais fait moins de vers ; car,
felon moi , il n'y a que les vers bienfaits
'à qui l'on doive donner ce nom , & l'on
en voit éclorre peu de ceux- là.
ALMANACH. DES FINANCES pour
l'année 1755 , contenant fommairement la
nature & les principales particularités des
affaires de finance , les noms & demeures
des intéreffés , les bureaux , jours d'affemblée
, tribunaux où fe portent les conteftations
, & autres éclairciffemens à ce fujet
utiles & néceffaires à toutes fortes de
perfonnes. A Paris , chez Laurent Prault ,
Cour du Palais , à la fource des Sciences.
3755.
HISTOIRE DES LOIX & des Tribunaux
de Juftice de la Monarchie Françoife.
Par le P. Barre , Chanoine Régulier ,
Chancelier de l'Abbaye de Ste Geneviève
& de l'Univerfité de Paris. A Paris , de
l'Imprimerie de C. F. Simon , Imprimeur
de la Reine , rue des Mathurins. 1755.
Cette indication n'eſt que l'annonce d'un
Profpectus que l'auteur à donné de cet ou
a
MARS. 1755. 85
vrage. Après avoir dit que c'eft une hiftoire
générale de la Juſtice de France depuis
Clovis jufqu'à Louis XIV , il avertit
modeftement le public qu'elle eft encore
loin de fa perfection , quoiqu'elle foit déja
avancée . Il prie en même tems les Sçavans
de bonne volonté de l'aider de leurs lumieres
, pour achever heureufement fon
entreprife. Par les détails de fon projet , on
fent combien une pareille hiftoire fera utile;
& par le fuccès qu'ont eu * fes premiers
ouvrages , on doit bien augurer de
celui- ci .
PROSPECTUS DE L'EUROPE ILLUSTRE ,
ouvrage contenant les vies abrégées des
Souverains , des Princes , des Miniftres
des Généraux , des Magiftrats , des Prélats ,
des Sçavans , des Dames , & des Artiftes
qui fe font diftingués en Europe depuis le
quinzieme fiécle jufqu'à préfent ; huit volumes
. Par M. Dreux du Radier , Avocat
au Parlement , enrichi de portraits gravés
les foins du fieur Odieuvre , Marchand
d'Estampes.
par
Cette collection eft la plus étendue qu'on
ait encore vûe. Tous les hommes les plus
célebres s'y trouvent réunis ; les héros du
* L'hiftoire générale d'Allemagne , & la vie du
Maréchal Faber.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
crime y tiennent auffi leur rang . L'hiſtoire
a fes Eroftrates , comme fes Titus , dit éloquemment
M. du Radier , & dans le Panthéon
on y voyoit la fiévre & la peſte
même avec Jupiter Olympien ; on n'a rien
à répondre à cette raifon .
Les huit cens portraits dont cette collection
eft actuellement compofée , font
dûs aux foins du fieur Odieuvre , ainsi que
le titre l'annonce . Il n'a rien oublié pour
fe procurer des originaux qui puffent le
guider dans fon travail ; il ne s'eft point
borné aux tableaux , aux médailles , aux
buftes , aux ftatues , il a eu recours aux
anciens tombeaux , & quelquefois même
aux anciens vitrages , rien ne l'a rebuté.
L'exemplaire complet fera compofé de
huit volumes , chaque volume de cent portraits
, avec autant d'éloges .
Les deux premiers volumes pourront
paroître à la fin de Novembre prochain ,
le troifieme & le quatrieme fix mois après,
& ainfi la fuite , enforte qu'on aura la collection
complette en 1757. On la trouvera
chez le fieur Odieuvre , rue des Poftes.
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES
DES ARMÉES dans les camps & dans les garnifons
, avec un traité fur les fubftances
feptiques & anti-feptiques , lû à la Société
MARS 1755. 87
royale par M. Pringle , Docteur en Médecine
, Membre de la Société royale , & Médecin
général des armées du Roi pendant la
derniere guerre . Ouvrage traduit de l'Anglois
fur la feconde édition . A Paris , chez
Ganeau , Libraire , rue S. Severin , aux armes
de Dombes & à S. Louis . 1755. 2 vol.
in- 12.
Cet ouvrage réunit deux grands avantages
qui doivent le faire rechercher : la nouveauté
& l'utilité . L'auteur enrichit la Médecine
d'un livre qui lui manquoit , & dont
les Militaires doivent lui fçavoir gré . Il a
travaillé pour eux , & l'accueil qu'on lui
a fait à Londres lui promet les fuffrages de
Paris.
PETIT THRESOR DE LA BELLE LATINITÉ
, puiſé dans les meilleurs auteurs ;
ou Recueil de diverfes façons de parler de
la Langue Françoife , fuivies du tour latin
qui leur répond ; le tout par ordre alphabétique
,, pour aider les jeunes gens dans
les compofitions de François en Latin. Il
fe vend à Paris , chez Paul - Denis Brocas ,
rue S. Jacques . 1755. 1 vol. in- 12 .
L'approbation que plufieurs Profeffeurs
de l'Univerfité ont donnée à cet ouvrage ,
eft le témoignage le plus avantageux qui
doive répondre de fon utilité.
88 MERCURE DE FRANCE.
PHARMACO PEA MILITARIS in
Bavaria Nofocomiis ufitata ; per J. A. de
Woltter. S. R. J. Eq. S. E. B. Conf. & Proto-
Medicum. Parifiis , apud Briaffon , viâ
Jacobaâ , fub figno Scientia. 1754. I. vel.
in- 12 . exigua molis.
Je remers les extraits ou les indications
des autres livres nouveaux au Mercure
d'Avril , cet article fe trouvant rempli .
L'On n'exige dans aucune des Académies
de province des difcours d'apparat
& fur-tout de la part des afföciés étangers ,
qui ne pourroient jouir de l'avantage d'être
applaudis : ceux qui y font nommés
fe contentent , conformément à l'ufage , de
faire un remerciment épiſtolaire , qui annonce
plus fouvent la protection que le
talent. Il n'en eft pas de même d'une lettre
dont le hazard m'a procuré la copie ,
& qui paroît avoir été écrite par un des
premiers Commis de la Cour , affocié nouvellement
à l'Académie d'Angers.
Comme il n'eft point de ceux qui s'attribuent
une gloire dont ils font redevables
à leurs fupérieurs , & que fon remerciment
eft dicté par la modeftie , je l'infere
ici pour fervir d'exemple.
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Résumé : « ESSAIS HISTORIQUES SUR PARIS, de M. de Saint-Foix. Seconde partie. 1755. [...] »
Le texte offre une critique élogieuse des 'Essais historiques sur Paris' de M. de Saint-Foix, dont le second volume, publié en 1755, confirme la qualité du premier et suscite l'attente du troisième. L'auteur est félicité pour son style élégant, noble, clair et précis, ainsi que pour sa capacité à instruire tout en amusant. Sa plume est souvent associée aux Grâces. Le passage sur les Templiers est particulièrement apprécié, et l'auteur est décrit comme réunissant toutes les qualités d'un bon historien, combinant amour de la vérité, courage et talent. Le texte mentionne plusieurs exemples tirés de l'ouvrage, tels que l'anecdote du Cardinal de Lorraine sous le règne de François II et la comparaison des loyers à Paris entre le règne de François I et le XVIIIe siècle. L'exactitude et la bonne foi de l'auteur sont soulignées, ainsi que sa capacité à citer ses sources et à éviter le plagiat. Le volume se termine par des dissertations sur divers sujets historiques, comme les Gaulois, les Francs, et des figures historiques telles que Catherine de Médicis et les médecins. Le texte mentionne également d'autres publications, comme une nouvelle édition des 'Fables de La Fontaine' et diverses œuvres historiques et littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 89-90
LETTRE de remerciment au Secrétaire de l'Académie d'Angers, par M. ***
Début :
MONSIEUR, Lorsque j'eus l'honneur de vous supplier ici [...]
Mots clefs :
Académie d'Angers
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de remerciment au Secrétaire de l'Académie d'Angers, par M. ***
LETTRE de remerciment au Secrétaire de
l'Académie d'Angers , par M. ***
MONSIEUR ,
Lorfque j'eus l'honneur de vous fupplier
ici de vouloir bien me faire part des
opérations de l'Académie d'Angers , je demandois
uniquement d'être éclairé , & je
n'ofois afpirer à la gloire d'y être affocié.
Celle que j'ai d'être des Académies de
Rouen , de Montauban & d'Amiens , ne
devoit pas déterminer Meffieurs les Académiciens
d'Angers en ma faveur , puifque
dans ces trois Académies je ne fuis
connu que comme amateur des Belles - Lettres
, des Sciences & des Beaux- Arts . Ce
n'eft donc , Monfieur , que l'éloge que vous
avez bien voulu faire de moi qui m'a valu
l'avantage de cette affociation . Je devrois
en ce cas prendre le ton & le langage de
la reconnoiffance ; mais je vous prie d'obferver
que les faveurs les plus diftinguées
font prefque toujours les plus grands ingrats.
J'ofe donc vous reprocher d'avoir
dit trop de bien de moi , & de m'avoir humilié
en voulant trop m'élever ; car je me
rends juftice , je fens que je n'ai pas tout
le mérite néceffaire pour être admis dans
une Académie auffi fçavante que celle
go MERCURE DE FRANCE .
d'Angers. Les Académies qui ont bien
voulu m'adopter , ont eu des raifons qui
m'honorent beaucoup , mais qui ne flattent
pas affez mon amour propre . Il est fort
trifte d'occuper des places auffi honorables
, & de n'avoir pas le tems de montrer
à fes illuftres confreres que que l'on peut mériter
par quelque endroit l'honneur d'être
affis , ou d'être en relation avec eux. Je
vous fupplie de remercier de ma part
tous ces Meffieurs , dont j'ambitionne l'eftime
& l'amitié. Je ferois bien glorieux fi
je pouvois acquerir ces fentimens de leur
part , & je ne puis cependant y parvenir
qu'en prouvant par quelque ouvrage que
je n'en fuis pas tout- à- fait indigne ; mais les
opérations de nos bureaux font fi fréquentes
& fi rapides , que nous ne pouvons
connoître d'autre Académie que celle qui
fe tient dans le cabinet de notre Miniftre ,
qui juge , qui apprécie nos ouvrages , &
qu'il n'approuve qu'autant qu'ils font conformes
aux volontés du Roi , dont il ſçait
clairement nous annoncer les oracles , &
qu'il dicte très -fouvent lui -même. Nous ne
brillons que par les lumieres de nos fupérieurs
; mais je ferois bien flatté d'être à
portée de profiter de celles de l'Académie
où je pourrois être éclairé dans les Arts ,
dans les Sciences & dans les Belles Lettres
l'Académie d'Angers , par M. ***
MONSIEUR ,
Lorfque j'eus l'honneur de vous fupplier
ici de vouloir bien me faire part des
opérations de l'Académie d'Angers , je demandois
uniquement d'être éclairé , & je
n'ofois afpirer à la gloire d'y être affocié.
Celle que j'ai d'être des Académies de
Rouen , de Montauban & d'Amiens , ne
devoit pas déterminer Meffieurs les Académiciens
d'Angers en ma faveur , puifque
dans ces trois Académies je ne fuis
connu que comme amateur des Belles - Lettres
, des Sciences & des Beaux- Arts . Ce
n'eft donc , Monfieur , que l'éloge que vous
avez bien voulu faire de moi qui m'a valu
l'avantage de cette affociation . Je devrois
en ce cas prendre le ton & le langage de
la reconnoiffance ; mais je vous prie d'obferver
que les faveurs les plus diftinguées
font prefque toujours les plus grands ingrats.
J'ofe donc vous reprocher d'avoir
dit trop de bien de moi , & de m'avoir humilié
en voulant trop m'élever ; car je me
rends juftice , je fens que je n'ai pas tout
le mérite néceffaire pour être admis dans
une Académie auffi fçavante que celle
go MERCURE DE FRANCE .
d'Angers. Les Académies qui ont bien
voulu m'adopter , ont eu des raifons qui
m'honorent beaucoup , mais qui ne flattent
pas affez mon amour propre . Il est fort
trifte d'occuper des places auffi honorables
, & de n'avoir pas le tems de montrer
à fes illuftres confreres que que l'on peut mériter
par quelque endroit l'honneur d'être
affis , ou d'être en relation avec eux. Je
vous fupplie de remercier de ma part
tous ces Meffieurs , dont j'ambitionne l'eftime
& l'amitié. Je ferois bien glorieux fi
je pouvois acquerir ces fentimens de leur
part , & je ne puis cependant y parvenir
qu'en prouvant par quelque ouvrage que
je n'en fuis pas tout- à- fait indigne ; mais les
opérations de nos bureaux font fi fréquentes
& fi rapides , que nous ne pouvons
connoître d'autre Académie que celle qui
fe tient dans le cabinet de notre Miniftre ,
qui juge , qui apprécie nos ouvrages , &
qu'il n'approuve qu'autant qu'ils font conformes
aux volontés du Roi , dont il ſçait
clairement nous annoncer les oracles , &
qu'il dicte très -fouvent lui -même. Nous ne
brillons que par les lumieres de nos fupérieurs
; mais je ferois bien flatté d'être à
portée de profiter de celles de l'Académie
où je pourrois être éclairé dans les Arts ,
dans les Sciences & dans les Belles Lettres
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Résumé : LETTRE de remerciment au Secrétaire de l'Académie d'Angers, par M. ***
La lettre est un remerciement adressé au Secrétaire de l'Académie d'Angers. L'auteur exprime sa gratitude pour avoir été informé de son association à l'Académie, une situation qu'il n'attendait pas. Il mentionne son appartenance aux Académies de Rouen, Montauban et Amiens, où il est reconnu pour son intérêt pour les Belles-Lettres, les Sciences et les Beaux-Arts. L'auteur attribue son admission à l'Académie d'Angers à un éloge qu'il a reçu, tout en reconnaissant humblement ne pas posséder tout le mérite nécessaire pour en faire partie. Il regrette de ne pas avoir le temps de prouver sa valeur à ses confrères. L'auteur demande au Secrétaire de remercier les membres de l'Académie en son nom et espère gagner leur estime et leur amitié par ses œuvres. Il critique également le système académique, soulignant que les académies sont souvent influencées par les volontés du Roi et du Ministre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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