Résultats : 14597 texte(s)
Détail
Liste
8651
p. 186
« Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...] »
Début :
Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...]
Mots clefs :
Académie française, Gabriel Girard, François-Joachim de Pierre de Bernis
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texteReconnaissance textuelle : « Le Jeudi 26, l'Académie Françoise procéda à l'Election de deux nouveaux Académiciens, pour [...] »
Le Jeudi 26 , l'Académie Françoiſe procéda à
l'Election de deux nouveaux Académiciens , pour
remplir les places vacantes par la mort de M. l'Abbé
de Rothelin & de M. l'Abbé Gédouin.
M. l'Abbé Girard , & M. l'Abbé de Bernis , Comte
de Brioude , furent nommés .
Le nom de M. l'Abbé Girard eſt avantageuſement
connu du Public , par le Livre des Synonimes François.
M. l'Abbé de Bernis , joint à une naiſſance
diftinguée & à des moeurs aimables , un talent décidé
pour 1 Poëfie , qu'il cultive avec ſuccès. Pluheurs
Ouvrages estimés , qu'il a donnés au Public ,
ont réuni en la faveur les fuffrages de l'Académie.
l'Election de deux nouveaux Académiciens , pour
remplir les places vacantes par la mort de M. l'Abbé
de Rothelin & de M. l'Abbé Gédouin.
M. l'Abbé Girard , & M. l'Abbé de Bernis , Comte
de Brioude , furent nommés .
Le nom de M. l'Abbé Girard eſt avantageuſement
connu du Public , par le Livre des Synonimes François.
M. l'Abbé de Bernis , joint à une naiſſance
diftinguée & à des moeurs aimables , un talent décidé
pour 1 Poëfie , qu'il cultive avec ſuccès. Pluheurs
Ouvrages estimés , qu'il a donnés au Public ,
ont réuni en la faveur les fuffrages de l'Académie.
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8652
p. 186-187
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedi 28, les Equipages de Madame la Dauphine se mirent en route. [...]
Mots clefs :
Équipages, Madame la Dauphine, Reddition, Châteaux, Garnison, Fribourg-en-Brisgau
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texteReconnaissance textuelle : Départ des Equipages de Mad. la Dauphine, [titre d'après la table]
Le Samedi 28 , les Equipages de Madame la Dau
phine ſe mirent en route.
M. d'Argenſon , fils du Miniſtre de la Guerre ,
apporta le 28 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garniſon eft prifonniere
de guerre , & confiſte en sooo hommes.
Le courier dépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz , arriva à Fribourg le 24 , il rapporta que
la Reine d'Hongrie laiſſoit le Gouverneur de cette
Place , maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour ſon ſervice & fes intérêts.
Les pourparlers au ſujet de laCapitulation étoient
déja commencés , on les a continués depuis , &M.
NOVEMBRE. 1744. 187
de Fremur fut envoyé en ôtage dans le Château ,
pendant qu'on en dreſſoit les articles.
M. de Damnitz eſt venu pluſieurs fois chés M. le
Maréchal de Coigny , où il a été réglé que la Garniſon
feroit priſonniere de Guerre , & qu'elle ſeroit
conduite dans les Places d'Alface & de Franche-
Comté , pour y refter juſqu'à l'échange des priſonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier , en
conféquence de cette Capitulation , ume Porte du
Château au Régiment de Picardie , que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les diſpoſitions faites par M. le Maréchal
, 60 Piéces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux , s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis eſt parti pour Berlin par ordre
de M. le Maréchal de Coigny , pour aller informer
le Roi de Pruſſe de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
phine ſe mirent en route.
M. d'Argenſon , fils du Miniſtre de la Guerre ,
apporta le 28 au Roi la nouvelle de la reddition des
Châteaux de Fribourg. La garniſon eft prifonniere
de guerre , & confiſte en sooo hommes.
Le courier dépêché à Vienne par le Comte de
Damnitz , arriva à Fribourg le 24 , il rapporta que
la Reine d'Hongrie laiſſoit le Gouverneur de cette
Place , maître de faire tout ce qu'il jugeroit de
plus convenable pour ſon ſervice & fes intérêts.
Les pourparlers au ſujet de laCapitulation étoient
déja commencés , on les a continués depuis , &M.
NOVEMBRE. 1744. 187
de Fremur fut envoyé en ôtage dans le Château ,
pendant qu'on en dreſſoit les articles.
M. de Damnitz eſt venu pluſieurs fois chés M. le
Maréchal de Coigny , où il a été réglé que la Garniſon
feroit priſonniere de Guerre , & qu'elle ſeroit
conduite dans les Places d'Alface & de Franche-
Comté , pour y refter juſqu'à l'échange des priſonniers.
Le Gouverneur livra le 26 du mois dernier , en
conféquence de cette Capitulation , ume Porte du
Château au Régiment de Picardie , que M. le Maréchal
de Coigny avoit envoyé pour s'en emparer.
Suivant les diſpoſitions faites par M. le Maréchal
, 60 Piéces d'artillerie étoient prêtes à foudroyer
les Châteaux , s'ils n'avoient point capitulé.
M. de Maupertuis eſt parti pour Berlin par ordre
de M. le Maréchal de Coigny , pour aller informer
le Roi de Pruſſe de la reddition des Châteaux de
Fribourg.
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8653
p. 187-188
DIGNITÉS ACCORDÉES.
Début :
LE Roi a donné le Gouvernement de Bethune au Comte de Laval, Lieutenant Général des [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Régiment, Compagnie, Gendarmes, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIGNITÉS ACCORDÉES.
DIGNITE'S ACCORDEʼES.
E Roi a donné le Gouvernement de Bethune
L
au Comte de Laval , Lieutenant Général des
armées de Sa Majesté , qui avoit celui de Philippeville.
M. Phelippes , Lieutenant Général des armées du
Roi , a obtenu le Gouvernement de Maubeuge.
M. de Villemeur , Maréchal de Camp , Inſpecteur
d'Infanterie , employé dans l'armée commandée
par le Prince de Conty , a été nommé Lieutenant
Général .
S. M. a fait Brigadier le Marquis du Terrail, Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de la Reine,
&M. de Pierrefeu, Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie de Conty.
I iiij
188 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis le Chevalier de Courten, Maréchal
de Camp , & Colonel d'un Régiment Suiffe.
S. M. a donné le Régiment d'Infanterie de Beauce,
vacant par la mort du Marquis de la Force, au
Chevalier de Rochechoüart , Capitaine dans le
Régiment d'Infanterie de Brie.
L'agrément du Régiment de Cavalerie , dont le
Comte de Vogué a douné ſa démiſſion , a été accordé
au Chevalier de S. Jal , Capitaine dans le
même Régiment.
Le Président Briçonnet a été nommé par le Roi à
Ia place de Conſeiller d'honneur au Parlement ,
vacant par la mort du Préſident du Tillet.
M. Bertier de Sauvigny , Maître des Requêtes
& Intendant en Dauphiné , a été nommé Intendant
de la Généralité de Paris .
Le Comte de Selles ,Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphins , ayant été fait
Capitaine Lieutenant des Gendarmes Bourguignons
, le Roi a nommé Sous-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Dauphins le Marquis
deMonteclere , Premier Cornette de celle des Che
vau- Legers d'Anjou.
S.M. a accordé en même-tems laplace de Premier
Cornette de cette derniere Compagnie au
Marquis de S. Auban , Second Cornette de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans , dont
l'emploi a été donné au Marquis d'Oizy , Capitaine
dans le Régiment Royal Etranger, & elle a diſpoſe
en faveur du Chevalier d'Oppede , Capitaine dans le
Régiment de Cavalerie de Saluces ,du Guidon de la
Compagnie des Gendarmes d'Orleans , vacant par
la nomination du Marquis de Crevecoeur à la place
d'Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne.
E Roi a donné le Gouvernement de Bethune
L
au Comte de Laval , Lieutenant Général des
armées de Sa Majesté , qui avoit celui de Philippeville.
M. Phelippes , Lieutenant Général des armées du
Roi , a obtenu le Gouvernement de Maubeuge.
M. de Villemeur , Maréchal de Camp , Inſpecteur
d'Infanterie , employé dans l'armée commandée
par le Prince de Conty , a été nommé Lieutenant
Général .
S. M. a fait Brigadier le Marquis du Terrail, Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de la Reine,
&M. de Pierrefeu, Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie de Conty.
I iiij
188 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis le Chevalier de Courten, Maréchal
de Camp , & Colonel d'un Régiment Suiffe.
S. M. a donné le Régiment d'Infanterie de Beauce,
vacant par la mort du Marquis de la Force, au
Chevalier de Rochechoüart , Capitaine dans le
Régiment d'Infanterie de Brie.
L'agrément du Régiment de Cavalerie , dont le
Comte de Vogué a douné ſa démiſſion , a été accordé
au Chevalier de S. Jal , Capitaine dans le
même Régiment.
Le Président Briçonnet a été nommé par le Roi à
Ia place de Conſeiller d'honneur au Parlement ,
vacant par la mort du Préſident du Tillet.
M. Bertier de Sauvigny , Maître des Requêtes
& Intendant en Dauphiné , a été nommé Intendant
de la Généralité de Paris .
Le Comte de Selles ,Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphins , ayant été fait
Capitaine Lieutenant des Gendarmes Bourguignons
, le Roi a nommé Sous-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Dauphins le Marquis
deMonteclere , Premier Cornette de celle des Che
vau- Legers d'Anjou.
S.M. a accordé en même-tems laplace de Premier
Cornette de cette derniere Compagnie au
Marquis de S. Auban , Second Cornette de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans , dont
l'emploi a été donné au Marquis d'Oizy , Capitaine
dans le Régiment Royal Etranger, & elle a diſpoſe
en faveur du Chevalier d'Oppede , Capitaine dans le
Régiment de Cavalerie de Saluces ,du Guidon de la
Compagnie des Gendarmes d'Orleans , vacant par
la nomination du Marquis de Crevecoeur à la place
d'Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne.
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8654
p. 188-192
Promotions, [titre d'après la table]
Début :
Le Roi a nommé le Marquis de Caramant & le Comte de Langeron, Lieutenans Généraux, & S. M. [...]
Mots clefs :
Maréchaux de camp, Brigadiers, Lieutenant, Régiment, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Promotions, [titre d'après la table]
Le Roi a nommé le Marquis de Caramant & le
K
NOVEMBRE. 1744. 189
Comtede Langeron , Lieutenans Généraux , & S M.
a fait une Promotion de trente-huit Maréchaux de
Camp , & de trente-ſept Brigadiers .
Les Maréchaux de Camp font ,
MESSIEURS le Maire , Ingénieur.
De Nugent , Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie Irlandois de Filtzjames.
Le Marquis de Calvieres , Enſeigne d'une Compagnie
desGardes du Corps.
DeBernage de Chaumont , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau-Legers de Berry.
Le Comte de Relingue , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Reine.
Le Comte de Prunier S. André , Capitaine Lieutenantde
la Compagnie des Gendarmes d'Orleans.
Le Marquis de Tillieres , Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes de Monſeigneur le
Dauphin.
Le Chevalier Da ueffeau , Capitaine Lieutenant
de la Compagniedes Gendarmes de Flandres.
Le Marquis de Fougeres , Enſeigne d'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
LaMarquis de Choiseuil Beaupré , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de la
Reine.
4
Le Marquis de Flavacourt , Capitaine dans
giment Royal Cravates.
leRe-
LeMarquis de Mezieres , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeComtedeTreffan , Lieutenant de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps.
Le Comte deBatincourt , Enſeigne de cetteCompagnie.
LeChevalier de Suzy , Lieutenant de la même
Compagnie.
Le Chevalier d'Artagnan , Sous Lieutenant de la
premiere Compagnie des Mouſquetaires.
Iv
190 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Crequy , Commandant une des
Brigades du Régiment Royal des Carabiniers.
Le Cheva'ier de Grammont , Lieutenant d'unedes
Compagnies des Gardes du Corps.
Lc Marquis du Muy , Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Chevau-Légers de Monseigneur
Je Dauphin.
Le Chevalier de Manherbe , Aide Major des qua
tre Compagnies des Gardes du Corps .
LeMarquis de Pont- Saint- Pierre , Enſeigne d'u
ne des Compagnies des Gardes du Corps
De Guers & de la Motte , Capitaines & Commandans
deux Bataillons du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Peruſſy , Enſeigne de la premiere
Compagnie des Mouſquetaires.
LeMarquisde Morangies , SousLieutenant de la
Compagnie des Gendarmes.
LeMarquis de Sourches , Cornette de la Compagnie
des Chevau Légers.
Le Vicomte de Canillac , Enſeigne de la ſeconde
Compagnie des Mouſquaires.
Le Gendre , Mestre de Camp Lieutenant du Régiment
Colonel Général de la Cavalerie.
Defcajeul , Lieutenant de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
Le Duc de Filt james , Meſtre de Camp du Régiment
Irlandois de ſon nom .
Le Marquis de Bellefonts , Colonel du Régiment
de Champagne.
Luffan , Colonel du Régiment de la Sarre.
De Lorme , Capitaine d'une Compagnie de Mineurs
.
Le Comte de Borſtel , le Baron de Meslay , &le
Chevalier d'Abouville , Lieutenans Généraux d'Artillerie.
De Razan , Ingénieur , & de Cremille , Maréchal
Général des Logis de l'Armée.
NOVEMBRE. 1744. 191
Les Brigadiers font.
MESSIEURS , de Torcy , Colonel d'Infanterie Reformé.
Le Chevalier de Menou , Exempt d'une des Compagnies
des Gardes du Corps.
D'Affry , Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Suiſſes .
Le Marquis de Langey , Capitaine d'une des
Compagnies de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Valence , Colonel du Régiment
de Bearn.
De Staal , Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suiffes.
Le Chevalier de Vattan , & de la Sone , Capitaines
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Chevalier de la Chaiſe , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeMarquis de Lignieres , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau Légers de Bretagne.
Le Marquis d'Heudicourt , Mestre de Camp da
Régiment de Cavalerie de fon nom.
Le Chevalier de Montegu , Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoiſes .
De Vercel , Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
Le Marquis de Pereuse , Colonel du Régiment
deBlaifois.
Jacob , Capitaine d'une Compagnie Franche
d'Infanterie & d'une de Dragons .
De la Neuville , Lieutenant Colonel du Régi
ment Dauphin Etranger.
Du Plessis , Maréchal des Logis de l'Armée , &
Capitaine dans le Régiment Meſtre de Camp GénéralDragons.
I
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Baron de la Peyre , Capitaine d'une des Com
pagnies du Régiment des Gardes Françoiſes.
De Guiry , Commandant une des Brigades du
Régiment Royal des Carabiniers.
Marquis , Lieutenant Colonel du Régiment Suiſſe
deMonnin.
Le Chevalier de Baltazar , Lieutenant Colonel
du Régiment Suiſſe de Vigier.
Artus , Ingénieur.
Des Barreaux , Lieutenant Colonel du Régiment
'Infanterie Allemand de la Marck.
De Vareix , Commandant un Bataillon du RégimentRoyal
Artillerie.
DeRiverie , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Anjou.
DeTanus , Lieutenant Colonel du Régimentde
Champagne.
De Fontenay , & de Pombecque , Commandans
de Bataillons du Régiment Royal Artillerie.
De Bonnaire, Lieutenant Colonel du Régiment
deBerchiny , Huffards.
Le Chevalier d'Ailly , Lieutenant Colonel du Ré
giment de Cavalerie Royal Rouſfilton.
De Sabrevois , Lieutenant d'Artillerie
1
De Turmel , Lieutenant d'Artillerie , & Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs.
Pelletier , l'aîné , Lieutenant d'Artillerie.
Le Chevalier Pelletier , Lieutenant d'Artillerie ,
&Commandant l'Ecole de Merz.
Le Chevalier de Fontenay du Pas & de la Val
liere , Lieutenans d'Artillerie.
K
NOVEMBRE. 1744. 189
Comtede Langeron , Lieutenans Généraux , & S M.
a fait une Promotion de trente-huit Maréchaux de
Camp , & de trente-ſept Brigadiers .
Les Maréchaux de Camp font ,
MESSIEURS le Maire , Ingénieur.
De Nugent , Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie Irlandois de Filtzjames.
Le Marquis de Calvieres , Enſeigne d'une Compagnie
desGardes du Corps.
DeBernage de Chaumont , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau-Legers de Berry.
Le Comte de Relingue , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Reine.
Le Comte de Prunier S. André , Capitaine Lieutenantde
la Compagnie des Gendarmes d'Orleans.
Le Marquis de Tillieres , Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes de Monſeigneur le
Dauphin.
Le Chevalier Da ueffeau , Capitaine Lieutenant
de la Compagniedes Gendarmes de Flandres.
Le Marquis de Fougeres , Enſeigne d'une des
Compagnies des Gardes du Corps.
LaMarquis de Choiseuil Beaupré , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de la
Reine.
4
Le Marquis de Flavacourt , Capitaine dans
giment Royal Cravates.
leRe-
LeMarquis de Mezieres , Sous Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeComtedeTreffan , Lieutenant de la premiere
Compagnie des Gardes du Corps.
Le Comte deBatincourt , Enſeigne de cetteCompagnie.
LeChevalier de Suzy , Lieutenant de la même
Compagnie.
Le Chevalier d'Artagnan , Sous Lieutenant de la
premiere Compagnie des Mouſquetaires.
Iv
190 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Crequy , Commandant une des
Brigades du Régiment Royal des Carabiniers.
Le Cheva'ier de Grammont , Lieutenant d'unedes
Compagnies des Gardes du Corps.
Lc Marquis du Muy , Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Chevau-Légers de Monseigneur
Je Dauphin.
Le Chevalier de Manherbe , Aide Major des qua
tre Compagnies des Gardes du Corps .
LeMarquis de Pont- Saint- Pierre , Enſeigne d'u
ne des Compagnies des Gardes du Corps
De Guers & de la Motte , Capitaines & Commandans
deux Bataillons du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Peruſſy , Enſeigne de la premiere
Compagnie des Mouſquetaires.
LeMarquisde Morangies , SousLieutenant de la
Compagnie des Gendarmes.
LeMarquis de Sourches , Cornette de la Compagnie
des Chevau Légers.
Le Vicomte de Canillac , Enſeigne de la ſeconde
Compagnie des Mouſquaires.
Le Gendre , Mestre de Camp Lieutenant du Régiment
Colonel Général de la Cavalerie.
Defcajeul , Lieutenant de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
Le Duc de Filt james , Meſtre de Camp du Régiment
Irlandois de ſon nom .
Le Marquis de Bellefonts , Colonel du Régiment
de Champagne.
Luffan , Colonel du Régiment de la Sarre.
De Lorme , Capitaine d'une Compagnie de Mineurs
.
Le Comte de Borſtel , le Baron de Meslay , &le
Chevalier d'Abouville , Lieutenans Généraux d'Artillerie.
De Razan , Ingénieur , & de Cremille , Maréchal
Général des Logis de l'Armée.
NOVEMBRE. 1744. 191
Les Brigadiers font.
MESSIEURS , de Torcy , Colonel d'Infanterie Reformé.
Le Chevalier de Menou , Exempt d'une des Compagnies
des Gardes du Corps.
D'Affry , Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Suiſſes .
Le Marquis de Langey , Capitaine d'une des
Compagnies de Grenadiers du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Valence , Colonel du Régiment
de Bearn.
De Staal , Capitaine d'une des Compagnies du
Régiment des Gardes Suiffes.
Le Chevalier de Vattan , & de la Sone , Capitaines
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Chevalier de la Chaiſe , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de Berry.
LeMarquis de Lignieres , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Chevau Légers de Bretagne.
Le Marquis d'Heudicourt , Mestre de Camp da
Régiment de Cavalerie de fon nom.
Le Chevalier de Montegu , Capitaine d'une des
Compagnies du Régiment des Gardes Françoiſes .
De Vercel , Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps.
Le Marquis de Pereuse , Colonel du Régiment
deBlaifois.
Jacob , Capitaine d'une Compagnie Franche
d'Infanterie & d'une de Dragons .
De la Neuville , Lieutenant Colonel du Régi
ment Dauphin Etranger.
Du Plessis , Maréchal des Logis de l'Armée , &
Capitaine dans le Régiment Meſtre de Camp GénéralDragons.
I
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Baron de la Peyre , Capitaine d'une des Com
pagnies du Régiment des Gardes Françoiſes.
De Guiry , Commandant une des Brigades du
Régiment Royal des Carabiniers.
Marquis , Lieutenant Colonel du Régiment Suiſſe
deMonnin.
Le Chevalier de Baltazar , Lieutenant Colonel
du Régiment Suiſſe de Vigier.
Artus , Ingénieur.
Des Barreaux , Lieutenant Colonel du Régiment
'Infanterie Allemand de la Marck.
De Vareix , Commandant un Bataillon du RégimentRoyal
Artillerie.
DeRiverie , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Anjou.
DeTanus , Lieutenant Colonel du Régimentde
Champagne.
De Fontenay , & de Pombecque , Commandans
de Bataillons du Régiment Royal Artillerie.
De Bonnaire, Lieutenant Colonel du Régiment
deBerchiny , Huffards.
Le Chevalier d'Ailly , Lieutenant Colonel du Ré
giment de Cavalerie Royal Rouſfilton.
De Sabrevois , Lieutenant d'Artillerie
1
De Turmel , Lieutenant d'Artillerie , & Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs.
Pelletier , l'aîné , Lieutenant d'Artillerie.
Le Chevalier Pelletier , Lieutenant d'Artillerie ,
&Commandant l'Ecole de Merz.
Le Chevalier de Fontenay du Pas & de la Val
liere , Lieutenans d'Artillerie.
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8655
p. 192-195
PRISES DE VAISSEAUX.
Début :
LE Capitaine Hendrik de Zitter, qui commande le Marsouin, a pris une Corvette, & le Capitaine [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Capitaine, Anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRISES DE VAISSEAUX.
PRISES DE VAISSEAUX.
L
E Capitaine Hendrix de Zitter , qui commande
leMarfouin , a pris une-Corvette , & le Capitaine
Charles Dangelot qui commande le Dau
NOVEMBRE. 1744. 193
phin , a pris une Balandre à Nieuport.
:
L'Armateur commandant le Trompeur , de Ca
lais , a rançonné cinq Bâtimens Anglois & en a
mené un ſixiéme dans le Port de Dunkerque ,
chargé d'Acier , de Vin , de Miel , de Sel&d'Eau
de-Vie.
LeCapitaine Antoine du Ler de Bayonne , commandant
la Victoire , s'eſt emparé de la Frégate la
Méditerranée , de vingt canons& de quatre autres
Vaiſſeaux ennemis , richement chargés.
LeNavire le Fier, armé à Bordeaux, & commandé
par le Capitaine Gilbert-Ségonſac , a prisun
Brigantin Anglois , chargé de Sucre , de Bois de
Guiac& de Tafia .
Le Vaiſſeau le Chaffeur de Bayonne , commandé
par leCapitaine Girandel , a relâché à Port Louis
avecdeux priſes Angloiſes , riches & confidérables.
LeCapitaineMaingard , qui commande le Vaifſeau
le Comte de Maurepas , a conduit à S. Malo
deux Navires Irlandois, chargés de Boeuf , de Lard
&deBeurre.
Le Capitaine Rondinier a mené dans le même
Port un Vaiſſeau de Bristol , chargé de Salaiſons.
Le Capitaine Ruault , commandant le Jean Jofeph
, armé à S. Malo , a pris le S. Jean , Vaiſſeau
Angloisde fix centTonneaux &de vingt-huit canons,
eſtimé cinquante mille écus ,& a de plus
rançonné un autre Vaiſſeau pour la ſomme de
vingt-cinq mille livres.
Les Navires P'Elizabeth , de Londres , laJeanne ,
de Anderxeiden , & le Jean & Christine , ont été
pris par le Capitaine Pierre de Han , commandant
deMatou, deDunkerque.
Les Capitaines Savern & Rombout , commandans
le S. Michel ,&le Conanervant , du même Port ,
Life la Charmante
194 MERCURE DE FRANCE,
Peggy , chargée de Lin , de Chanvre & de Po
taffe.
Le Lys , de S. Malo , commandé par le Capitaine
la Cour-Gaillard , s'eſt emparé d'un Bâtiment
de la même Nation , ſur lequel il y avoit du Sucre
&du Coton.
La Frégate l'Eméraude , de Breſt , a repris aux
'Anglois le Vaiſſeau le Redoutable , de Bordeaux
dont la Cargaiſon eſt eſtimée plus de 500000 livres
.
Le Vaiſſeau le Sarum , de Londres , a été conduit
à Bayonne par le Navire l'Espérance , commandé
par le Capitaine la Grave.
On a appris de Breſt que les Efcadres commandées
par Meſſieurs de Rochambeau & de Nefmond
, font rentrées dans ce Port, Celle de M. de
Neſmond a pris le 17 du mois d'Août dernier , à
so lieuës au large du Cap S. Vincent , la Frégate
de Guerre Angloiſe le Solebay , de 26 canons , &
elle s'eſt emparée de ſept Bâtimens Marchands ,
dont cinq ont été brûlés,& les deux autres chargés
de Salaiſons & de Vins , ont été envoyés à Cadix.
1 Les Frégates laGloire & l'Argonaute , comman
dées par Meſſieurs de la Galiſſonniere & de Fronmentiere
, & qui avoient été ſéparées le premier de
ce mois de l'Eſcadre de M. de Rochambeau , dont
elles faifoient partie, ont pris le même jour le Corfaire
Anglois les trois Ministres , de 22 canons , &
fix Vaiſſeaux Marchands , dont la Cargaiſon conſiſtoit
en Moruë féche ; elles ont coulé bas un autre
Corſaire de 24 canons , après avoir retiré l'E.
quipage.
Le Vaiſſeau le Renard , de Bayonne , s'eſt empa
ré d'un Navire Anglois de 170 Tonneaux , chargé
de Charbon de Terre &de Fayence.
Un autre Vaiſſeau de la même Nation , fur les
NOVEMBRE. 1744. 199
quel il y avoit du Beurre & du Fromage , des Salines
& d'autres Marchandises , a été conduit à
-Bayonne par le Vaiſſeau le S. Esprit.
Le Capitaine la Cour Gaillard , qui commande
le Lys , s'eſt rendu maître des Vaiſſeaux le Marchand
de la Riviere du Sud , de 270 Tonneaux , &
les trois Nones , de 160 , dont la charge conſiſte en
800 Boucaux de Tabac .
Le Bâtiment Anglois le Vrai François , à bord
duquel on a trouvé une grande quantité de Vin ,
d'Huile & de Savon , a été pris par les Capitaines
la Rondiniere & Rafbot , commandant le S. Malo &
l'Aftrée.
La Frégate l'Eméraude , commandée par M. de
S. Allouarn , a repris aux Ennemis le Vaiſſeau le
Vainqueur , de Bordeaux.
Le Capitaine la Coste , commandant le Vaiſſeau
le Pierre Marie , armé à Treguier , eſt entré dans
le Port de Rofcoff avec le Navire Anglois le Quay-
Neuf , de 160 Tonneaux.
On apprend de Dunkerque que le Capitaine Savern
, commandant le S. Michel , y eſt arrivé avec
les Vaiſſeaux le Gréenock , & les deux Freres , de
Rofton , dont l'un eſt chargé de Tabac , & l'autre
de Munitions de Guerre , & de Toile propre à
faire des Voiles pour les Vaifſſeaux.
Le 28 , le Corfaire la Victoire rentra dans le Port
de Bayonne avec un Vaiſſeau Marchand Anglois
qu'il avoit pris. On eſtime cette priſe cinquante
mille écus.
L
E Capitaine Hendrix de Zitter , qui commande
leMarfouin , a pris une-Corvette , & le Capitaine
Charles Dangelot qui commande le Dau
NOVEMBRE. 1744. 193
phin , a pris une Balandre à Nieuport.
:
L'Armateur commandant le Trompeur , de Ca
lais , a rançonné cinq Bâtimens Anglois & en a
mené un ſixiéme dans le Port de Dunkerque ,
chargé d'Acier , de Vin , de Miel , de Sel&d'Eau
de-Vie.
LeCapitaine Antoine du Ler de Bayonne , commandant
la Victoire , s'eſt emparé de la Frégate la
Méditerranée , de vingt canons& de quatre autres
Vaiſſeaux ennemis , richement chargés.
LeNavire le Fier, armé à Bordeaux, & commandé
par le Capitaine Gilbert-Ségonſac , a prisun
Brigantin Anglois , chargé de Sucre , de Bois de
Guiac& de Tafia .
Le Vaiſſeau le Chaffeur de Bayonne , commandé
par leCapitaine Girandel , a relâché à Port Louis
avecdeux priſes Angloiſes , riches & confidérables.
LeCapitaineMaingard , qui commande le Vaifſeau
le Comte de Maurepas , a conduit à S. Malo
deux Navires Irlandois, chargés de Boeuf , de Lard
&deBeurre.
Le Capitaine Rondinier a mené dans le même
Port un Vaiſſeau de Bristol , chargé de Salaiſons.
Le Capitaine Ruault , commandant le Jean Jofeph
, armé à S. Malo , a pris le S. Jean , Vaiſſeau
Angloisde fix centTonneaux &de vingt-huit canons,
eſtimé cinquante mille écus ,& a de plus
rançonné un autre Vaiſſeau pour la ſomme de
vingt-cinq mille livres.
Les Navires P'Elizabeth , de Londres , laJeanne ,
de Anderxeiden , & le Jean & Christine , ont été
pris par le Capitaine Pierre de Han , commandant
deMatou, deDunkerque.
Les Capitaines Savern & Rombout , commandans
le S. Michel ,&le Conanervant , du même Port ,
Life la Charmante
194 MERCURE DE FRANCE,
Peggy , chargée de Lin , de Chanvre & de Po
taffe.
Le Lys , de S. Malo , commandé par le Capitaine
la Cour-Gaillard , s'eſt emparé d'un Bâtiment
de la même Nation , ſur lequel il y avoit du Sucre
&du Coton.
La Frégate l'Eméraude , de Breſt , a repris aux
'Anglois le Vaiſſeau le Redoutable , de Bordeaux
dont la Cargaiſon eſt eſtimée plus de 500000 livres
.
Le Vaiſſeau le Sarum , de Londres , a été conduit
à Bayonne par le Navire l'Espérance , commandé
par le Capitaine la Grave.
On a appris de Breſt que les Efcadres commandées
par Meſſieurs de Rochambeau & de Nefmond
, font rentrées dans ce Port, Celle de M. de
Neſmond a pris le 17 du mois d'Août dernier , à
so lieuës au large du Cap S. Vincent , la Frégate
de Guerre Angloiſe le Solebay , de 26 canons , &
elle s'eſt emparée de ſept Bâtimens Marchands ,
dont cinq ont été brûlés,& les deux autres chargés
de Salaiſons & de Vins , ont été envoyés à Cadix.
1 Les Frégates laGloire & l'Argonaute , comman
dées par Meſſieurs de la Galiſſonniere & de Fronmentiere
, & qui avoient été ſéparées le premier de
ce mois de l'Eſcadre de M. de Rochambeau , dont
elles faifoient partie, ont pris le même jour le Corfaire
Anglois les trois Ministres , de 22 canons , &
fix Vaiſſeaux Marchands , dont la Cargaiſon conſiſtoit
en Moruë féche ; elles ont coulé bas un autre
Corſaire de 24 canons , après avoir retiré l'E.
quipage.
Le Vaiſſeau le Renard , de Bayonne , s'eſt empa
ré d'un Navire Anglois de 170 Tonneaux , chargé
de Charbon de Terre &de Fayence.
Un autre Vaiſſeau de la même Nation , fur les
NOVEMBRE. 1744. 199
quel il y avoit du Beurre & du Fromage , des Salines
& d'autres Marchandises , a été conduit à
-Bayonne par le Vaiſſeau le S. Esprit.
Le Capitaine la Cour Gaillard , qui commande
le Lys , s'eſt rendu maître des Vaiſſeaux le Marchand
de la Riviere du Sud , de 270 Tonneaux , &
les trois Nones , de 160 , dont la charge conſiſte en
800 Boucaux de Tabac .
Le Bâtiment Anglois le Vrai François , à bord
duquel on a trouvé une grande quantité de Vin ,
d'Huile & de Savon , a été pris par les Capitaines
la Rondiniere & Rafbot , commandant le S. Malo &
l'Aftrée.
La Frégate l'Eméraude , commandée par M. de
S. Allouarn , a repris aux Ennemis le Vaiſſeau le
Vainqueur , de Bordeaux.
Le Capitaine la Coste , commandant le Vaiſſeau
le Pierre Marie , armé à Treguier , eſt entré dans
le Port de Rofcoff avec le Navire Anglois le Quay-
Neuf , de 160 Tonneaux.
On apprend de Dunkerque que le Capitaine Savern
, commandant le S. Michel , y eſt arrivé avec
les Vaiſſeaux le Gréenock , & les deux Freres , de
Rofton , dont l'un eſt chargé de Tabac , & l'autre
de Munitions de Guerre , & de Toile propre à
faire des Voiles pour les Vaifſſeaux.
Le 28 , le Corfaire la Victoire rentra dans le Port
de Bayonne avec un Vaiſſeau Marchand Anglois
qu'il avoit pris. On eſtime cette priſe cinquante
mille écus.
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8656
p. 202
« Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi dans le second Volume, celui-ci n'étant que par extraordinaire. [...] »
Début :
Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi dans le second Volume, celui-ci n'étant que par extraordinaire. [...]
Mots clefs :
Extraordinaire
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texteReconnaissance textuelle : « Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi dans le second Volume, celui-ci n'étant que par extraordinaire. [...] »
Nous donnerons le Brévet & le Privilége du Roi
dans le second Volume , celui-ci n'étant que par extraordinaire
.
dans le second Volume , celui-ci n'étant que par extraordinaire
.
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8657
s. p.
TABLE.
Début :
Epitre Dédicatoire au Roi, Préface du nouveau Mercure de France. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE .
E
Pitre Dédicatoire au Roi ,
Préface du nouveau Mercure de France.
Adreſſe du Mercure.
Avis à un Journaliſte ,
Sur la Philofophie , 2
Surl'Hiſtoire ,
S
Sur la Comédie
,
II
Sur la Tragédie , 14
Sur les Piéces de Poësie , 19
Sur les Mélanges de Littérature, & fur les Anecdotes
Littéraires ,
25
Sur les Langues , 34
Du Style d'un Journaliſte , 37
Le Palmier , les Silvains & Jupiter , Fable ſur la
Convalefcence du Roi , 43
Les Rois , Ode , 45
Ode en Strophes libres ſur la maladie & laConvaleſcence
de S M. 0
Rondeau ſur le même ſujer , 55
Sonnet fur le rétabliſſement da la ſanté de S. M. 56
Au Roi , à ſon retour de l'armée , 7
Diſcoursen Vers ſur les Evenemens de 1744 , 19
Fêtes célébréesdans pluſieurs Villes du Royaume, s
Te Deum chanté à Génes , 74
Illumination à Ily , 2 75
Te Deum chanté à Toulouſe , 76
Autre chanté à Rome ,
78
Autre chanté a Breſt , 79
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp , 80
Fête champêtre donnée par M. Rol , & c. 81
Réjouiſſances faites par les Dominiquains de Provence
, 85
Deſcription de celles faites par les Entrepreneurs
des Poudres , 87
Le Dormeur , 24
.
:
Enigme & Logogryphes , 96
Chanſons notées , 99
Journal du Voyage du Roi , depuis ſon départ de
Fribourg , & fon arrivée à Paris , 103
Réjoüiffances & illuminations à l'arrivée de Sa
Majesté , 105
Le Roi va à N. D. 108
Harangue faite au Roi par M.d'Argenſon le fils, 111
Concert dans l'appartement de la Reine , 112
Fête à l'Hôtel de Ville , 116
Le Roi va à Ste Geneviève , 124
Le Roi eſt complimenté par le Parlement , 125
Vers récités au Roi par M. de Crébillon , 127
Compliment à S. M. par M. de la Chauffée , 132
Le Roi & la Reine , &c. rendent viſite à Mad. la
Ducheſſe d'Orleans , 134
Leurs Majeſtés retournent à Verſailles ,
Illumination fuperbe à Chaillot ,
Autre Illumination à Paſſy ,
Arrivée de Leurs Majeſtés à Verſailles , & Réjouif
136
137
138
ſances faites dans cette Ville
Illuminations des Grands Jéſuites ,
Des Quinze-Vingt ,
De l'Hôtel de S. Aignan ,
De celui de la Roche-sur-Yon ,
De celui de Noailles ,
Lettre au ſujet des Inſcriptions en Latin ,
Spectacles ,
140
144
147
148
149
14
Relation de la Fête donnée par leDuc de Rohan, 165
170
France, Nouvelles de laCour , de Paris , &c. 177
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin
,
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine ,
Dignités accordées par le Roi ,
Promotions ,
183
186
187
188
192
Edit pour la Tontine , 195
E
Pitre Dédicatoire au Roi ,
Préface du nouveau Mercure de France.
Adreſſe du Mercure.
Avis à un Journaliſte ,
Sur la Philofophie , 2
Surl'Hiſtoire ,
S
Sur la Comédie
,
II
Sur la Tragédie , 14
Sur les Piéces de Poësie , 19
Sur les Mélanges de Littérature, & fur les Anecdotes
Littéraires ,
25
Sur les Langues , 34
Du Style d'un Journaliſte , 37
Le Palmier , les Silvains & Jupiter , Fable ſur la
Convalefcence du Roi , 43
Les Rois , Ode , 45
Ode en Strophes libres ſur la maladie & laConvaleſcence
de S M. 0
Rondeau ſur le même ſujer , 55
Sonnet fur le rétabliſſement da la ſanté de S. M. 56
Au Roi , à ſon retour de l'armée , 7
Diſcoursen Vers ſur les Evenemens de 1744 , 19
Fêtes célébréesdans pluſieurs Villes du Royaume, s
Te Deum chanté à Génes , 74
Illumination à Ily , 2 75
Te Deum chanté à Toulouſe , 76
Autre chanté à Rome ,
78
Autre chanté a Breſt , 79
Autre chanté à l'Abbaye de Fécamp , 80
Fête champêtre donnée par M. Rol , & c. 81
Réjouiſſances faites par les Dominiquains de Provence
, 85
Deſcription de celles faites par les Entrepreneurs
des Poudres , 87
Le Dormeur , 24
.
:
Enigme & Logogryphes , 96
Chanſons notées , 99
Journal du Voyage du Roi , depuis ſon départ de
Fribourg , & fon arrivée à Paris , 103
Réjoüiffances & illuminations à l'arrivée de Sa
Majesté , 105
Le Roi va à N. D. 108
Harangue faite au Roi par M.d'Argenſon le fils, 111
Concert dans l'appartement de la Reine , 112
Fête à l'Hôtel de Ville , 116
Le Roi va à Ste Geneviève , 124
Le Roi eſt complimenté par le Parlement , 125
Vers récités au Roi par M. de Crébillon , 127
Compliment à S. M. par M. de la Chauffée , 132
Le Roi & la Reine , &c. rendent viſite à Mad. la
Ducheſſe d'Orleans , 134
Leurs Majeſtés retournent à Verſailles ,
Illumination fuperbe à Chaillot ,
Autre Illumination à Paſſy ,
Arrivée de Leurs Majeſtés à Verſailles , & Réjouif
136
137
138
ſances faites dans cette Ville
Illuminations des Grands Jéſuites ,
Des Quinze-Vingt ,
De l'Hôtel de S. Aignan ,
De celui de la Roche-sur-Yon ,
De celui de Noailles ,
Lettre au ſujet des Inſcriptions en Latin ,
Spectacles ,
140
144
147
148
149
14
Relation de la Fête donnée par leDuc de Rohan, 165
170
France, Nouvelles de laCour , de Paris , &c. 177
S. M. déclare le Mariage de Monseigneur le Dauphin
,
Départ des Equipages de Mad. la Dauphine ,
Dignités accordées par le Roi ,
Promotions ,
183
186
187
188
192
Edit pour la Tontine , 195
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8658
s. p.
« La Chanson notée doit regarder la page 99 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 99 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 99 [...] »
La Chanjon notée doit regarder lapage و
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8659
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE générale est à Monsieur DE LA BRUERE, à l'Hôtel de Pontchartrain. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
'ADRESSE générale eft àMonfieur
LDE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain.
On prie très-instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Poſte ,
d'en affranchir le Port ,pour nous épargnerle
déplaisir de les rebuter ,&à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui ſouhaiterontavoirle Mercure
deFrancede la premieremain ,& plus promptement
,n'aurontqu'àécrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onſe conformera très-exactement à
Leurs intentions.
PRIX XXX. SOLO
'ADRESSE générale eft àMonfieur
LDE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain.
On prie très-instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Poſte ,
d'en affranchir le Port ,pour nous épargnerle
déplaisir de les rebuter ,&à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui ſouhaiterontavoirle Mercure
deFrancede la premieremain ,& plus promptement
,n'aurontqu'àécrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onſe conformera très-exactement à
Leurs intentions.
PRIX XXX. SOLO
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Résumé : AVIS.
L'Adresse générale du Moniteur, à l'Hôtel de Pontchartrain, demande aux expéditeurs de paquets postaux d'affranchir le port pour éviter le rejet des envois et la non-publication des ouvrages. Les libraires des provinces ou étrangers doivent écrire pour recevoir rapidement le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8660
p. 3-5
Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Début :
Aimable fille de la treille, [...]
Mots clefs :
Horace, Douce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Imitation
de l'ode 21.du3 Livre d'Horace.
Onata mecum Confule Manlio .
Aimablefillede la treille,
Doux charme del'oisiveté ,
FideleAmi,chere bouteille,
!
:
Viens, amene la volupté;
Que possedés de ton delire
Nosjours passentcommeun instant,
Obeis auxsons demaLa
Hatetoi
naLyre,
*** tattend:
4 MERCURE DE FRANCE.
Ne crains pas cet air de tudeſſe ,
Formé ſur de graves leçons ;
La voix qu'inſpire la ſageſſe
Ne dédaigne pas tes Chanſons :
Souvent cette morale auſtere
Dont Caton voulut s'étayer ,
Célébrant ton joyeux myſtere
Avec toi voulut s'égayer.
***
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeurs,
Tu forces la haine au filence ;
Tu ſçais t'aſſujettir nos moeurs :
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvreſſe abattu ,
Et tu ſers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
**
Le voile de la politique
Tombe ſous tes premiers efforts ;
De ſa plus ſecrette pratique
Tu découvres tous les refforts.
Par toi , le pauvre qu'on opprime
NOVEMBRE. 1744.
Perd un douloureux ſouvenir ,
Et dans le tranſport qui l'anime ,
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens, & que les Graces badines ;
Qui ne t'abandonnent jamais ,
Aux plaifirs que tu nous deſtines
Joignent leurs ſéduiſans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Aſtre du jour ,
Nous célébrerons tes orgies ,
Sans fonger même à fon retour.
de l'ode 21.du3 Livre d'Horace.
Onata mecum Confule Manlio .
Aimablefillede la treille,
Doux charme del'oisiveté ,
FideleAmi,chere bouteille,
!
:
Viens, amene la volupté;
Que possedés de ton delire
Nosjours passentcommeun instant,
Obeis auxsons demaLa
Hatetoi
naLyre,
*** tattend:
4 MERCURE DE FRANCE.
Ne crains pas cet air de tudeſſe ,
Formé ſur de graves leçons ;
La voix qu'inſpire la ſageſſe
Ne dédaigne pas tes Chanſons :
Souvent cette morale auſtere
Dont Caton voulut s'étayer ,
Célébrant ton joyeux myſtere
Avec toi voulut s'égayer.
***
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeurs,
Tu forces la haine au filence ;
Tu ſçais t'aſſujettir nos moeurs :
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvreſſe abattu ,
Et tu ſers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
**
Le voile de la politique
Tombe ſous tes premiers efforts ;
De ſa plus ſecrette pratique
Tu découvres tous les refforts.
Par toi , le pauvre qu'on opprime
NOVEMBRE. 1744.
Perd un douloureux ſouvenir ,
Et dans le tranſport qui l'anime ,
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens, & que les Graces badines ;
Qui ne t'abandonnent jamais ,
Aux plaifirs que tu nous deſtines
Joignent leurs ſéduiſans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Aſtre du jour ,
Nous célébrerons tes orgies ,
Sans fonger même à fon retour.
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Résumé : Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Le texte est une imitation de l'ode 21 du troisième livre d'Horace, publiée dans le 'Mercure de France' de novembre 1744. Cette ode est dédiée à une 'aimable fille de la treille', une métaphore pour le vin. Elle invite cette entité à apporter la volupté et à rendre les jours agréables grâce à la musique. Le poème souligne que même la sagesse et la morale austère, comme celle de Caton, peuvent apprécier les plaisirs qu'elle procure. Le vin est décrit comme capable de contrôler les humeurs, de faire taire la haine et de soumettre les mœurs. Il rend joyeux le sage et apaise le libertin sans offenser la vertu. De plus, il révèle les secrets de la politique et permet au pauvre opprimé d'oublier ses souffrances pour envisager un avenir meilleur. L'ode se conclut par une invitation à célébrer les plaisirs du vin, accompagnés des grâces badines, à la lumière de nombreuses bougies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8661
p. 11-15
A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
Début :
Quand Frederic pour illustrer Berlin [...]
Mots clefs :
Voltaire, Frédéric II de Prusse, Talents, Fleurs, Gloire, Mademoiselle Dumesnil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
A M. DE VOLTAIRE
EPITRE.
Uand Frederic pour illustrer Berlia
Veut y fixer votre brillant deſtin ,
Vous y promet richeſſe , indépendance ,
Sublime ami , content de peu d'aiſance ,
Sans rang ni place , en butte aux fots eſprits ,
Au Roi du Nord vous préférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuſe ſuire
D'appartemens que le tumulte habite ,
Mais un azile , où ſeul vivant pour foi
L'homme fenſé tout le jour eſt ſon Roi
Là , ce génie impatient d'écrire ,
Qui l'oeil en feus vous preſſe , vous inſpire ,
Vous tient tout prêts les tragiques poignards
Et les tréſors des faſtes de nos Arts.
D'Amours charmans , vos Dieux àjuftes titres
Un Eſſain vole autour de vos Pupitres,
*,
:
Av
12 MERCURE DE FRANCE.
Prend votre plume , en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur &de l'eſprit ,
Sur le Parnaſſe apportés de Cithere ,
Qui vontdu Sage égayer l'air auſtere.
Vers ce réduit des Muſes révéré J
On voit un Temple auxGraces conſacré,
Où le ſçavoir à labeauté s'allie
Où l'admirant on adore Emilie :
か
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déeſſe amenent les Talens
DeDargental briguez-y le ſuffrage;
Il joint au goût un coeur du premier âge ,
Reconnoiſſez Pope dans du Reſnel ,
Anacreon aux chants de Pontevel ,
Dugai Bernis encouragez l'audace ,
S'il ſçait vous ſuivre , il paſſera le Taffe
Montrez àpeindre au jeune Helvetius.
Le vrai bonheur qu'il doit à ſes vertus
Faites paffer fur la ſonore Lyre;
Du vif Bernard tout l'amour qu'il inſpire
Parez le front de l'aimable Nevers ;
Des deux Lauriers des Armes& des Versi
:
:
NOVEMBRE . 1744. 13
Voltaire , ainſi de vos momens tranquilles
Comptable à tous , vous les rendez utiles ,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs& les moiffons
Court à grand bruit groſſir la Mer profonde ,
Vous fécondez ou vous ornez le Monde :
Vous ranimez ces germes languiſſans
De nos Beaux-Arts , autrefois floriſſans ,
Quand nos talens , ſans l'effroi de la guerre
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de fi nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ſes tréſors ;
Phébus , en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies..
:
Auſſi galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
V
Hiſtorien digne des tems d'Auguſte ,.
Vous remplaciez Boſſuet & Saluſte "
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains ,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il eſt un Mont où Racine &Corneille
14 MERCURE DE FRANCE.
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs ,
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univers ,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée,
De leurs honneurs votre ame eſt enyvrée ;
Mais connoiſſant le péril de marcher
Par les ſentiers qu'ils ſcurent défricher ,
Vous vous frayez une nouvelle route ,
Audacieuſe , effrayante , ſans doute ,
Où tout près d'eux , mais paré d'autres fleurs,
Vous partagez l'empire de nos coeurs ;
Après Cinna , Polieucte , & Roxane ,
On eſt touché d'Alzire & d'Orofmane.
Combiende pleurs couloient ces derniers jours ?
Eh , pourquoi donc en ſuſpendre le cours ?
Quand Dumesnil , Arbitre de la Scéne ,
Veuve en fureur , mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant ſon fils , va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle , hélas ! c'eſt votre ſang ;
Oui , Dumeſnil eſt Mérope elle-même' ;
Hait-elle , on hait;s'attendrit-elle , on aime
Nous les voyans ces Spectacles vantés
Où dans Athene émus , épouvantés ,
Des Peuples doux , ſuivant leurs coeurs pour guide ,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive , on interromptl'Acteur ,
NOVEMBRE. 1744.
On ne veut plus que voir , qu'aimer l'Auteur ;
La joye éclate où l'on verſoit des larmes :
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes fon Berceau,
Qui de ſes jours tournez le cher fuſeau
De mon ami divines Protectrices ,
Muſes , j'ai vu ſous vos Aſtres propices
De ſon eſprit les précoces talens ,
Porter des fleurs même avant ſon Printems.
Si ſoutenu ſur votre aîle légere ,
En franchiſſant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux ,
Qu'il foit fans maux , & reſpecté comme eux-
Préſagez- lui par ſa préſente gloire
Tous les honneurs du Temple de Mémoire.
Ah! puiſſe-t'il , de vos faveurs flaté
Joüir vivant de l'immortalité.
EPITRE.
Uand Frederic pour illustrer Berlia
Veut y fixer votre brillant deſtin ,
Vous y promet richeſſe , indépendance ,
Sublime ami , content de peu d'aiſance ,
Sans rang ni place , en butte aux fots eſprits ,
Au Roi du Nord vous préférez Paris.
Vous n'aurez point cette pompeuſe ſuire
D'appartemens que le tumulte habite ,
Mais un azile , où ſeul vivant pour foi
L'homme fenſé tout le jour eſt ſon Roi
Là , ce génie impatient d'écrire ,
Qui l'oeil en feus vous preſſe , vous inſpire ,
Vous tient tout prêts les tragiques poignards
Et les tréſors des faſtes de nos Arts.
D'Amours charmans , vos Dieux àjuftes titres
Un Eſſain vole autour de vos Pupitres,
*,
:
Av
12 MERCURE DE FRANCE.
Prend votre plume , en badinant écrit
Ces riens chéris du coeur &de l'eſprit ,
Sur le Parnaſſe apportés de Cithere ,
Qui vontdu Sage égayer l'air auſtere.
Vers ce réduit des Muſes révéré J
On voit un Temple auxGraces conſacré,
Où le ſçavoir à labeauté s'allie
Où l'admirant on adore Emilie :
か
Venez-y plaire à vos amis brillans
Qu'à leur Déeſſe amenent les Talens
DeDargental briguez-y le ſuffrage;
Il joint au goût un coeur du premier âge ,
Reconnoiſſez Pope dans du Reſnel ,
Anacreon aux chants de Pontevel ,
Dugai Bernis encouragez l'audace ,
S'il ſçait vous ſuivre , il paſſera le Taffe
Montrez àpeindre au jeune Helvetius.
Le vrai bonheur qu'il doit à ſes vertus
Faites paffer fur la ſonore Lyre;
Du vif Bernard tout l'amour qu'il inſpire
Parez le front de l'aimable Nevers ;
Des deux Lauriers des Armes& des Versi
:
:
NOVEMBRE . 1744. 13
Voltaire , ainſi de vos momens tranquilles
Comptable à tous , vous les rendez utiles ,
Et comme un Fleuve aimé dans les Valons
Dont il baigna les fleurs& les moiffons
Court à grand bruit groſſir la Mer profonde ,
Vous fécondez ou vous ornez le Monde :
Vous ranimez ces germes languiſſans
De nos Beaux-Arts , autrefois floriſſans ,
Quand nos talens , ſans l'effroi de la guerre
Au nom François avoient conquis la Terre.
Pour vous payer de fi nobles efforts
Sur vous la gloire épanche ſes tréſors ;
Phébus , en vous trouvant nos grands génies
Croit vous devoir leurs Guirlandes unies..
:
Auſſi galant qu'Ovide & Richelieu
Vous effaciez & Chapelle & Chaulieu
V
Hiſtorien digne des tems d'Auguſte ,.
Vous remplaciez Boſſuet & Saluſte "
Vous nous vengiez des Grecs & des Romains,
La Palme épique ornoit vos jeunes mains ,
Quel autre bruit de gloire vous éveille ?
Il eſt un Mont où Racine &Corneille
14 MERCURE DE FRANCE.
Parmi l'encens s'élevent dans les Airs ,
L'un qu'Amour guide attendrit l'Univers ,
L'autre l'étonne & monte à l'Empirée,
De leurs honneurs votre ame eſt enyvrée ;
Mais connoiſſant le péril de marcher
Par les ſentiers qu'ils ſcurent défricher ,
Vous vous frayez une nouvelle route ,
Audacieuſe , effrayante , ſans doute ,
Où tout près d'eux , mais paré d'autres fleurs,
Vous partagez l'empire de nos coeurs ;
Après Cinna , Polieucte , & Roxane ,
On eſt touché d'Alzire & d'Orofmane.
Combiende pleurs couloient ces derniers jours ?
Eh , pourquoi donc en ſuſpendre le cours ?
Quand Dumesnil , Arbitre de la Scéne ,
Veuve en fureur , mere plus qu'inhumaine ,
Vengeant ſon fils , va lui percer le flanc ,
Mérope aveugle , hélas ! c'eſt votre ſang ;
Oui , Dumeſnil eſt Mérope elle-même' ;
Hait-elle , on hait;s'attendrit-elle , on aime
Nous les voyans ces Spectacles vantés
Où dans Athene émus , épouvantés ,
Des Peuples doux , ſuivant leurs coeurs pour guide ,
Les yeux en pleurs couronnoient Euripide,
Voltaire arrive , on interromptl'Acteur ,
NOVEMBRE. 1744.
On ne veut plus que voir , qu'aimer l'Auteur ;
La joye éclate où l'on verſoit des larmes :
Tendre enchanteur, joüi de tous tes charmes.
Vous, qui jadis ornâtes fon Berceau,
Qui de ſes jours tournez le cher fuſeau
De mon ami divines Protectrices ,
Muſes , j'ai vu ſous vos Aſtres propices
De ſon eſprit les précoces talens ,
Porter des fleurs même avant ſon Printems.
Si ſoutenu ſur votre aîle légere ,
En franchiſſant notre impur Atmosphere ,
Vous l'élevez entre nous & les Dieux ,
Qu'il foit fans maux , & reſpecté comme eux-
Préſagez- lui par ſa préſente gloire
Tous les honneurs du Temple de Mémoire.
Ah! puiſſe-t'il , de vos faveurs flaté
Joüir vivant de l'immortalité.
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Résumé : A M. DE VOLTAIRE EPITRE.
Le poème est une lettre destinée à Voltaire, l'encourageant à demeurer à Paris plutôt que d'accepter l'invitation du roi Frédéric II de Prusse pour se rendre à Berlin. L'auteur met en avant les avantages de Paris, où Voltaire peut vivre modestement mais librement, tout en se consacrant à son art littéraire. Il souligne que Voltaire choisit Paris malgré les obstacles et les critiques, car il y trouve l'inspiration et la liberté nécessaires à son écriture. Le texte souligne les talents de Voltaire, notamment sa capacité à composer des tragédies et des poèmes qui émouvront les cœurs. Il mentionne également ses amis et contemporains illustres, tels que Dargental, Pope, Anacréon, Bernis, Helvetius, Bernard et Nevers, soulignant l'influence positive de Voltaire sur eux. Le poème célèbre les contributions de Voltaire aux arts et à la littérature, le comparant à des figures historiques et littéraires prestigieuses comme Ovide, Richelieu, Chapelle, Chaulieu, Bossuet, Saluste, Racine et Corneille. Il note que Voltaire s'est distingué par ses œuvres marquantes, telles que 'Alzire' et 'Orosmane'. L'auteur exprime l'espoir que Voltaire continue à être protégé par les muses et à jouir de l'immortalité grâce à ses œuvres, prédisant pour lui une gloire éternelle et des honneurs durables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8662
p. 24-30
L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.
Début :
Tu veux que je te trace une image fidelle [...]
Mots clefs :
Amis, Amitié, Ami, Coeur, Homme, Coeurs, Gens, Forme, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.
L'AMI PARFAIT
à M. D.T. M.D.V.
Tu
U veux que je te trace une image fidelle
De l'Amitié , ce doux lien des coeurs ;
Uniondes eſprits , des volontés , des moeurs ;
En toi j'en trouve un vrai modéle :
Je répete , Damon , ce que tu m'as appris ;
Retrouve toi dans mes Ecrits .
८.
Un Ami ſage , aiſé , ſincére ,
Eſt pour l'homme un bien néceſſaire ;
A peine Dieu l'eut-il formé ,
Qu'il déſira d'aimer & d'être aimé;
Qued'elle-même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié ſincére , tendre& pure.
Ayons doncdes Amis, mais que le choix ſoit lent:
Pour éviter enſuite un odieux divorce
Sondons le caractére , & voyons ſous l'écorce ;
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner ſon coeur , enfuite ſe dédire ,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proſcrire ,
C'eſt paffer pour un homme inquiet , inconſtant.
Voulons-nous des Amis auſſi longs que la vie ?
Il fautque la vertu nous lie.
Ne
:
১
NOVEMBRE. 1744. 25
:
1
Σ
Ne prenons point pour nos amis
Cesgens dont les façons, dont les folles maniéres ,
Ridicules par tout , & par tout fingulières ,
Les font paffer pour étourdis :
Ces gens chés qui toûjours l'amour propre réſide ,
Et dont l'individu ſans honneur& fans foi ,
N'eftimant & n'aimantque foi , :
Lorſque l'intérêt parle eſt ou foible , ou perfide :
Ces gens du mérite envieux ,
Dont notre gloire, éblouiroit les yeux :
Ces gens qui veulent qu'on les flate',
Et chés qui l'amitié n'eſt jamais délicate
Que lorſqu'en leur faveur on ſçait approuver tout ,
Défirs & paffions , libertinage & goût ,
Tout mauvais coeur enfin ,& toute ame perverſe .
De l'amitié n'entrent point au commerce ;
Un lien n'eſt pas fort que le vice a formé ,
Ce qui s'eſtime peu , n'eſt pas long-tems aimé ;
Mais qu'il eſt doux de trouver dans un autre
Un coeur noble , conſtant& formé pour le nôtre ;
Un ami , qui ſçachant que je ſuis en danger ,
Non-ſeulement me plaint , mais me vient ſoulager ;
Qui ne demande point mon coeur & mes careſſes
Pour mieux ſçavoir où je tiens mes richeſſes
Chés qui dans la douleur mon courage abbatu
Puiffe retrouver ſa vertu ;
Un ami tendre , un coeur ſenſible à mes allarmes ,
Avec qui je verſe des larmes ,
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Qui du ſoin de me corriger ,
Soin délicat , veut pourtant ſe charger ;
Mais dont la prudente ſageſſe ,
S'accommodant à ma foibleſſe ,
Ne me vient point hors de propos
Moraliſer en fifflant mes défauts !
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun ſe retrouve ſoi-même ;
Qu'il ſcache eſtimer en autrui
Ce que l'on eſtime dans lui :
Qu'en ſes moeurs , s'il ſe peut, il ſoit irréprochable ;
Rempli fur- tout de piété ,
Qu'il foit dans ſes devoirs toûjours inviolable ,
Exact fur- tout à la fidélité..
La taille au reſte & les traits du viſage
En amitié ſont hors d'uſage ;
Si le coeur eſt bon & bienfait ,
Que nous importe du portrait ?
Que la raiſon donc examine ,
Des Amis ſeule elle doit faire choix ;
Que mûrement elle le détermine ,
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raiſon l'oblige,
L'amitié ne met point dans ſes conditions
De flater les penchans , d'aider les paſſions.
Cherchons , aimons ſa compagnie ,
Mais ne ſuivons jamais ſes odieux défirs .
NOVEMBRE. 1744. 27
Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaiſirs ;
Aux débauches s'il nous convie ,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un néceſſaire refus .
Tirons-le , s'il ſe peut , des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur , montronslui les délices
Des coeurs par la vertu ſeulement dominés ;
Mais , fi bravant une leçon ſi ſage ,
Il vit toûjours au crime abandonné ,
De jours en jours réfuſons lui l'uſage
De notre coeur , qui par ſon voiſinage
Se verroit bien-tôt ſuborné ;
On devient bien- tôt tel foi-même,
Que l'eſt un coeur pervers qu'on aimes
Un homme , de mooeurs diffamé ,
Ne mérite pas d'être aimé.
N'ayons pour nos Amis rien d'amer , riende rude ;
Fuyons l'aigreur , fuyons la promptitude.
Pour quelque léger manquement
Ne ſoyons pas d'abord ſur le qui-vive ;
L'amitié paffe vite , & n'est jamais bien vive
Si l'on ne ſçait pas aifément
S'excufer mutuellement .
Prenons de nos Amis à propos la défenſe ;
Nous devons foutenir leur réputation ;
Entre deux coeurs telle eſt l'affection ;
Que des chagrins de l'un l'autre d'abord s'offenſe
N'imitons pas pourtant ces Amis orgueilleux ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces Amis dont la flaterie
D'éloges ſans ceſſe nourrie ,
Eléve leurs Amis juſqu'au ſommet des Cieux ;
Tout ce qu'ils font eſt bien fait à leurs yeux,
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir ſcu rencontrer des Amis ſans défaut :
Si vous leur en trouvez , ils penſent qu'on va croire
Qu'ils n'ont pas ſçû les trouver comme il faut ,
Et que voyant de près leurs façons, leurs manieres,
Ils ſe les rendent familiéres.
Sçachons dans nosAmis aisément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sont-ils dans le beſoin ? Il faut qu'une mais
prompte ,
Prévenant leur demande , en prévienne la honte.
Faiſons leur nos faveurs de cet air gracieux ,
Qui ſçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient ,
Ne ſouffrons pas auſſi qu'enfuite ils remercient
Et paroiſſons oublier pour jamais
Les biens que nous leur avons faits.
Depuis long-tems on l'a dit , la fortune
Entre Amis doit être commune ,
2
NOVEMBRE. 1744. 29
Mais pour ne ſuivre pas ce Proverbe fâcheux ,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le triſte augure ;
Et pour n'être pas généreux ,
Pour n'unir pas les bienfaits aux careſſes ,
On ne choiſit que des Amis heureux ,
Qui laiſſent en paix nos richeſſes.
D'un bon Ami la principale Loi
C'eſt de tenir une promeſſe ,
C'eſt de bien dégager ſa foi .
Un ami ſur ce point a - t-il de la foibleſle ?
Il rompra bien-tôt avec moi.
Il me prouve par- là qu'il a quelqu'autre affaire ,
Plus preſſante pour lui , que le ſoin de me plaire.
Nul Ami qui ne ſoit diſcret ,
Qui ne ſcache en ſon ſein bien cacher un ſécret.
Si l'orgueil , ſi quelque imprudence
Trahit enfin la confidence ,
Deux coeurs , auparavant étroitement unis ,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis ,
Et peut être jamais averſion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami ſuive
Les égards qui ſontdûs au rang ,
A
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
A l'âge , àla ſplendeur du ſang,
Un Prince-veut- il vous permettre
Quelque familiarité ?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
Une entiére égalité;
Pour lors l'amitié vous oblige
Acéder , à ſçavoir plier ,
A fçavoir , en un mot , joindre à l'air familier
Cetair reſpectueux que ſa naiſſance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code , ces avis ,
Mais , Damon , ce n'eſt point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde àper
fonne ;
Je n'ai que de parfaits Amis.
L. 7. de ......
AGrenoble ce 21 Novembre 1744
à M. D.T. M.D.V.
Tu
U veux que je te trace une image fidelle
De l'Amitié , ce doux lien des coeurs ;
Uniondes eſprits , des volontés , des moeurs ;
En toi j'en trouve un vrai modéle :
Je répete , Damon , ce que tu m'as appris ;
Retrouve toi dans mes Ecrits .
८.
Un Ami ſage , aiſé , ſincére ,
Eſt pour l'homme un bien néceſſaire ;
A peine Dieu l'eut-il formé ,
Qu'il déſira d'aimer & d'être aimé;
Qued'elle-même la Nature
Lui fit entendre qu'ici bas
Un homme en homme ne vit pas
S'il n'a quelque amitié ſincére , tendre& pure.
Ayons doncdes Amis, mais que le choix ſoit lent:
Pour éviter enſuite un odieux divorce
Sondons le caractére , & voyons ſous l'écorce ;
Il faut en amitié craindre le changement.
Donner ſon coeur , enfuite ſe dédire ,
Tel qu'on aimoit hier aujourd'hui le proſcrire ,
C'eſt paffer pour un homme inquiet , inconſtant.
Voulons-nous des Amis auſſi longs que la vie ?
Il fautque la vertu nous lie.
Ne
:
১
NOVEMBRE. 1744. 25
:
1
Σ
Ne prenons point pour nos amis
Cesgens dont les façons, dont les folles maniéres ,
Ridicules par tout , & par tout fingulières ,
Les font paffer pour étourdis :
Ces gens chés qui toûjours l'amour propre réſide ,
Et dont l'individu ſans honneur& fans foi ,
N'eftimant & n'aimantque foi , :
Lorſque l'intérêt parle eſt ou foible , ou perfide :
Ces gens du mérite envieux ,
Dont notre gloire, éblouiroit les yeux :
Ces gens qui veulent qu'on les flate',
Et chés qui l'amitié n'eſt jamais délicate
Que lorſqu'en leur faveur on ſçait approuver tout ,
Défirs & paffions , libertinage & goût ,
Tout mauvais coeur enfin ,& toute ame perverſe .
De l'amitié n'entrent point au commerce ;
Un lien n'eſt pas fort que le vice a formé ,
Ce qui s'eſtime peu , n'eſt pas long-tems aimé ;
Mais qu'il eſt doux de trouver dans un autre
Un coeur noble , conſtant& formé pour le nôtre ;
Un ami , qui ſçachant que je ſuis en danger ,
Non-ſeulement me plaint , mais me vient ſoulager ;
Qui ne demande point mon coeur & mes careſſes
Pour mieux ſçavoir où je tiens mes richeſſes
Chés qui dans la douleur mon courage abbatu
Puiffe retrouver ſa vertu ;
Un ami tendre , un coeur ſenſible à mes allarmes ,
Avec qui je verſe des larmes ,
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Qui du ſoin de me corriger ,
Soin délicat , veut pourtant ſe charger ;
Mais dont la prudente ſageſſe ,
S'accommodant à ma foibleſſe ,
Ne me vient point hors de propos
Moraliſer en fifflant mes défauts !
Il faut qu'en un homme qu'on aime
Chacun ſe retrouve ſoi-même ;
Qu'il ſcache eſtimer en autrui
Ce que l'on eſtime dans lui :
Qu'en ſes moeurs , s'il ſe peut, il ſoit irréprochable ;
Rempli fur- tout de piété ,
Qu'il foit dans ſes devoirs toûjours inviolable ,
Exact fur- tout à la fidélité..
La taille au reſte & les traits du viſage
En amitié ſont hors d'uſage ;
Si le coeur eſt bon & bienfait ,
Que nous importe du portrait ?
Que la raiſon donc examine ,
Des Amis ſeule elle doit faire choix ;
Que mûrement elle le détermine ,
Puis envers eux gardons ces loix.
D'un ami l'amitié n'exige
Que les devoirs ou la raiſon l'oblige,
L'amitié ne met point dans ſes conditions
De flater les penchans , d'aider les paſſions.
Cherchons , aimons ſa compagnie ,
Mais ne ſuivons jamais ſes odieux défirs .
NOVEMBRE. 1744. 27
Ne prenons avec lui que d'honnêtes plaiſirs ;
Aux débauches s'il nous convie ,
Ne craignons point de le rendre confus
Par un néceſſaire refus .
Tirons-le , s'il ſe peut , des vices
Par des avis avec art amenés :
Sans faire le prêcheur , montronslui les délices
Des coeurs par la vertu ſeulement dominés ;
Mais , fi bravant une leçon ſi ſage ,
Il vit toûjours au crime abandonné ,
De jours en jours réfuſons lui l'uſage
De notre coeur , qui par ſon voiſinage
Se verroit bien-tôt ſuborné ;
On devient bien- tôt tel foi-même,
Que l'eſt un coeur pervers qu'on aimes
Un homme , de mooeurs diffamé ,
Ne mérite pas d'être aimé.
N'ayons pour nos Amis rien d'amer , riende rude ;
Fuyons l'aigreur , fuyons la promptitude.
Pour quelque léger manquement
Ne ſoyons pas d'abord ſur le qui-vive ;
L'amitié paffe vite , & n'est jamais bien vive
Si l'on ne ſçait pas aifément
S'excufer mutuellement .
Prenons de nos Amis à propos la défenſe ;
Nous devons foutenir leur réputation ;
Entre deux coeurs telle eſt l'affection ;
Que des chagrins de l'un l'autre d'abord s'offenſe
N'imitons pas pourtant ces Amis orgueilleux ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces Amis dont la flaterie
D'éloges ſans ceſſe nourrie ,
Eléve leurs Amis juſqu'au ſommet des Cieux ;
Tout ce qu'ils font eſt bien fait à leurs yeux,
Ils veulent avoir cette gloire
D'avoir ſcu rencontrer des Amis ſans défaut :
Si vous leur en trouvez , ils penſent qu'on va croire
Qu'ils n'ont pas ſçû les trouver comme il faut ,
Et que voyant de près leurs façons, leurs manieres,
Ils ſe les rendent familiéres.
Sçachons dans nosAmis aisément deviner
Tout ce qui peut les chagriner.
Sont-ils dans le beſoin ? Il faut qu'une mais
prompte ,
Prévenant leur demande , en prévienne la honte.
Faiſons leur nos faveurs de cet air gracieux ,
Qui ſçait rendre un bienfait doublement précieux
Si nous ne voulons pas que pour avoir ils prient ,
Ne ſouffrons pas auſſi qu'enfuite ils remercient
Et paroiſſons oublier pour jamais
Les biens que nous leur avons faits.
Depuis long-tems on l'a dit , la fortune
Entre Amis doit être commune ,
2
NOVEMBRE. 1744. 29
Mais pour ne ſuivre pas ce Proverbe fâcheux ,
On craint tous les Amis dont la morne figure
De bienfaits & d'emprunts porte le triſte augure ;
Et pour n'être pas généreux ,
Pour n'unir pas les bienfaits aux careſſes ,
On ne choiſit que des Amis heureux ,
Qui laiſſent en paix nos richeſſes.
D'un bon Ami la principale Loi
C'eſt de tenir une promeſſe ,
C'eſt de bien dégager ſa foi .
Un ami ſur ce point a - t-il de la foibleſle ?
Il rompra bien-tôt avec moi.
Il me prouve par- là qu'il a quelqu'autre affaire ,
Plus preſſante pour lui , que le ſoin de me plaire.
Nul Ami qui ne ſoit diſcret ,
Qui ne ſcache en ſon ſein bien cacher un ſécret.
Si l'orgueil , ſi quelque imprudence
Trahit enfin la confidence ,
Deux coeurs , auparavant étroitement unis ,
Bien-tôt par-là deviennent ennemis ,
Et peut être jamais averſion plus vive.
Il faut enfin qu'un Ami ſuive
Les égards qui ſontdûs au rang ,
A
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
A l'âge , àla ſplendeur du ſang,
Un Prince-veut- il vous permettre
Quelque familiarité ?
Entre vous deux pourtant il ne prétend pas mettre
Une entiére égalité;
Pour lors l'amitié vous oblige
Acéder , à ſçavoir plier ,
A fçavoir , en un mot , joindre à l'air familier
Cetair reſpectueux que ſa naiſſance exige.
L'amitié m'a dicté ce Code , ces avis ,
Mais , Damon , ce n'eſt point pour toi que je les
donne.
Le Ciel m'a fait un bien qu'il n'accorde àper
fonne ;
Je n'ai que de parfaits Amis.
L. 7. de ......
AGrenoble ce 21 Novembre 1744
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Résumé : L'AMI PARFAIT à M. D. T. M. D. V.
Le texte 'L'AMI PARFAIT' examine la notion d'amitié, considérée comme un lien essentiel entre les individus depuis l'origine. L'auteur souligne l'importance de choisir judicieusement ses amis, en évitant ceux dont les manières sont ridicules ou intéressées. Un véritable ami se distingue par la sagesse, l'affection, la sincérité et la constance. Il offre soutien dans les épreuves, partage les joies et les peines, et prodigue des conseils avisés sans excès de moralisme. L'amitié authentique repose sur la vertu, la fidélité et la réciprocité. L'auteur recommande de ne pas suivre les désirs nuisibles des amis et de les aider à éviter les vices. Il préconise également de défendre leur réputation et de partager ses biens avec eux, tout en restant discret et fidèle. Une amitié parfaite dure toute la vie et s'appuie sur des valeurs solides et authentiques. Le texte traite également des comportements appropriés entre amis, notamment en présence de personnes de haut rang. Il insiste sur la discrétion et la prudence pour éviter toute aversion durable. Bien que la familiarité soit permise, il est crucial de maintenir un comportement respectueux envers les supérieurs. L'auteur conclut en affirmant n'avoir que des amis parfaits, mentionnant la date du 21 novembre 1744 à Grenoble.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8663
p. 31-33
EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
Début :
JE me serois bien gardé, Monsieur, de vous envoyer cette petite découverte, [...]
Mots clefs :
Larme, Gobelet, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .
Fermer
8664
p. 34-35
IMITATION de l'Ode III du II Livre d'Horace, AEquam memento, &c.
Début :
Conservons sur notre ame un Empire assûré ; [...]
Mots clefs :
Nature, Parque, Ami
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode III du II Livre d'Horace, AEquam memento, &c.
IMITATION de l'Ode III du II Livre
d'Horace , Equam memenio , c.
Confervons fur notre ame un Empire affure
Sans orgueil , comme ſans envie ,
Recevons les ſuccès d'un eſprit modéré ,
Et que la fortune ennemie
Trouve en nous un coeur préparé
Atous les malheurs de la vie ..
A
Nous mourrons chers Ami , le même ſort attendi
Et leMiſantrope ſévere
Qui de ſes triſtes jours éloigne l'agrément ,
Et celui qui ſur la Fougére
Sçait vivre tranquille & content
Entre le vin:& fa Bergére.
Louiſſons à loiſir dans ce bois écarté
Du ſpectacle de la Nature.
Profitons ſans effort de l'hospitalité
Que cet ombrage nous affûre..
Ecoutons avec volupté
Cette Onde claire qui murmurei
'Ami, qu'on nous prodigue en ces déſerts charmans,
Aubord de ce criſtal liquide ,
:
--- NOVEMBRE.
1744. 35
Ces éclatantes fleurs , image de nos ans.
Que détruit le tems homicide ;
Bûvons , employons les momens
Que nous laiſſe la Parque avide.
CesPalais , ces Jardins avec ſoin embellis,
Ces plans que vous avez fait naître ,
Où la Nature & l'Art , rivaux & réunis ,
Par vos ſoins ſe font méconnoître ,
Vos tréſors , vos riches lambris ,
Tout cela doit changer de maître.
LaChaumiere du pauvre & le Trône des Rois
Sont égaux aux yeux de la Parque :
Sur le fangdes Dieux même elle exerce ſesdroits,,
Et l'inſtant fatal qu'elle marque ,
Soumet fans retour à ſes loix
Et le Berger & le Monarque.
Gardons-nous de compter fur le frêle avenir,
Fuyons ſa ſéduiſante yvreſſe ,
Ecartons du paffé l'importun ſouvenir ,
Et livrons-nous à la pareſſe ;
C'eſt entre les bras du plaiſir
Que l'on doit chercher la ſagefies
d'Horace , Equam memenio , c.
Confervons fur notre ame un Empire affure
Sans orgueil , comme ſans envie ,
Recevons les ſuccès d'un eſprit modéré ,
Et que la fortune ennemie
Trouve en nous un coeur préparé
Atous les malheurs de la vie ..
A
Nous mourrons chers Ami , le même ſort attendi
Et leMiſantrope ſévere
Qui de ſes triſtes jours éloigne l'agrément ,
Et celui qui ſur la Fougére
Sçait vivre tranquille & content
Entre le vin:& fa Bergére.
Louiſſons à loiſir dans ce bois écarté
Du ſpectacle de la Nature.
Profitons ſans effort de l'hospitalité
Que cet ombrage nous affûre..
Ecoutons avec volupté
Cette Onde claire qui murmurei
'Ami, qu'on nous prodigue en ces déſerts charmans,
Aubord de ce criſtal liquide ,
:
--- NOVEMBRE.
1744. 35
Ces éclatantes fleurs , image de nos ans.
Que détruit le tems homicide ;
Bûvons , employons les momens
Que nous laiſſe la Parque avide.
CesPalais , ces Jardins avec ſoin embellis,
Ces plans que vous avez fait naître ,
Où la Nature & l'Art , rivaux & réunis ,
Par vos ſoins ſe font méconnoître ,
Vos tréſors , vos riches lambris ,
Tout cela doit changer de maître.
LaChaumiere du pauvre & le Trône des Rois
Sont égaux aux yeux de la Parque :
Sur le fangdes Dieux même elle exerce ſesdroits,,
Et l'inſtant fatal qu'elle marque ,
Soumet fans retour à ſes loix
Et le Berger & le Monarque.
Gardons-nous de compter fur le frêle avenir,
Fuyons ſa ſéduiſante yvreſſe ,
Ecartons du paffé l'importun ſouvenir ,
Et livrons-nous à la pareſſe ;
C'eſt entre les bras du plaiſir
Que l'on doit chercher la ſagefies
Fermer
8665
p. 36-44
DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
Début :
L'engagement que nous avons pris avec le Public de l'informer, non seulement [...]
Mots clefs :
Chartes, Découverte, Histoire, Caractères, Dom Carpentier, Abréviations, Savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
DECOUVERTE nouvelle fur les Notes
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
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8666
p. 46
LE BAISER.
Début :
LE souffle le plus pur d'une jeune Bergere, [...]
Mots clefs :
Baiser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAISER.
LE BAISER.
Eſouffle le plus pur d'une jeune Bergere ,,
Le ſouffle d'un enfant qui mord dans le raiſin
- L'haleine du Zéphir , qui dès le grand matin
Careſſe Flore en pleurs de ſon aîle legere ,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin &plus fimple & plus pure
Les tréſors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens paſſager ,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore
L'air qui preſſe en volant une naiſſante fleur ,
Et mille autres parfums me raviſſent encore ;
Mais un baiſer d'Aminte a bien plus de douceur.
Eſouffle le plus pur d'une jeune Bergere ,,
Le ſouffle d'un enfant qui mord dans le raiſin
- L'haleine du Zéphir , qui dès le grand matin
Careſſe Flore en pleurs de ſon aîle legere ,
Le parfum que répand la myrthe & l'oranger,
La douce odeur du thin &plus fimple & plus pure
Les tréſors qu'au Printemps prodigue la Nature,
L'agréable vapeur d'un encens paſſager ,
L'ambre que l'on découvre aux portes de l'Aurore
L'air qui preſſe en volant une naiſſante fleur ,
Et mille autres parfums me raviſſent encore ;
Mais un baiſer d'Aminte a bien plus de douceur.
Fermer
8667
p. 47-78
SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
Début :
L'Académie des Sciences tint une assemblée publique le 14 de ce mois, selon [...]
Mots clefs :
Terre, Équateur, Montagnes, Degrés, Pôle, Diamètre, Pays, Lieues, Axe, Observations, Opérations, Degré, Toises, Quito, Académiciens, Astronomes, Europe, Mer, Distance, Pôles, Sphéroïde, Pérou, Voyage, Cercle, Pesanteur, Zone torride, Point, Indiens , Charles-Marie de La Condamine, Pierre Bouguer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
SEANCE publique de l'Académie
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
Fermer
8668
p. 78-80
« L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
Début :
L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Assemblée publique, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles- Lettres avoit auffi tenu le Mardi 13
de ce mois fon Aſſemblée publique .
M. Freret y lût l'Eloge de M. l'Abbé de
* Le Port d'une Plante eſt ſa figure extérieure.
NOVEMBRE. 1744. 79
Rothelin , & des Obſervations ſur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens , où l'on admira
la vaſte & judicieuſe érudition de cet Académicien
. M. Belet , nouvellement reçû
dans l'Académie , lût auſſi un Mémoire fur
l'ordre politique des Gaules, qui a occafionné
le changement de nom de pluſieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plus avantageuſe le choix de l'Académie ;
nous parlerons plus au long de cesOuvrages
dans le Volume du mois prochain .
A l'ouverture de l'Aſſemblée de l'Académie
on diſtribua le Programme ſuivant,pour
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
diſtribuë tous les ans.
L'Académie déſirant que les Auteurs qui
compoſent pour le Prix , ayent tout le tems
d'approfondir les matieres , &de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , a réſolu
de les publier beaucoup plutôt ; elle
annonce dès à préfent , que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diſtribuëra à Pâques 1746 , conſiſte à examiner
& à déterminer , Quel a été l'état des
Sciences en Franceſous les Regnes de Charles
VIO de Charles VII. 1
Le Prix ſera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres .
Toutes perſonnes , de quelque Pays &
Dij
80 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elles foient , excepté celles
qui compoſent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce Prix , & leurs Ouvrages
pourront être écrits en François ou
en Latin , à leur choix . Il faudra ſeulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront ſimplement une
Deviſe à leurs Ouvrages , mais pour ſe
faire connoître ils y joindront dans un
papier cacheté & écrit de leur propre
main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne ſera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Pieces affranchies de tout port ,, ſeront
remiſes entre les mains du Sécretaire
de l'Académie , avant le premier Décem
bre 1745.
Belles- Lettres avoit auffi tenu le Mardi 13
de ce mois fon Aſſemblée publique .
M. Freret y lût l'Eloge de M. l'Abbé de
* Le Port d'une Plante eſt ſa figure extérieure.
NOVEMBRE. 1744. 79
Rothelin , & des Obſervations ſur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens , où l'on admira
la vaſte & judicieuſe érudition de cet Académicien
. M. Belet , nouvellement reçû
dans l'Académie , lût auſſi un Mémoire fur
l'ordre politique des Gaules, qui a occafionné
le changement de nom de pluſieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plus avantageuſe le choix de l'Académie ;
nous parlerons plus au long de cesOuvrages
dans le Volume du mois prochain .
A l'ouverture de l'Aſſemblée de l'Académie
on diſtribua le Programme ſuivant,pour
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
diſtribuë tous les ans.
L'Académie déſirant que les Auteurs qui
compoſent pour le Prix , ayent tout le tems
d'approfondir les matieres , &de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , a réſolu
de les publier beaucoup plutôt ; elle
annonce dès à préfent , que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diſtribuëra à Pâques 1746 , conſiſte à examiner
& à déterminer , Quel a été l'état des
Sciences en Franceſous les Regnes de Charles
VIO de Charles VII. 1
Le Prix ſera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres .
Toutes perſonnes , de quelque Pays &
Dij
80 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elles foient , excepté celles
qui compoſent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce Prix , & leurs Ouvrages
pourront être écrits en François ou
en Latin , à leur choix . Il faudra ſeulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront ſimplement une
Deviſe à leurs Ouvrages , mais pour ſe
faire connoître ils y joindront dans un
papier cacheté & écrit de leur propre
main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne ſera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Pieces affranchies de tout port ,, ſeront
remiſes entre les mains du Sécretaire
de l'Académie , avant le premier Décem
bre 1745.
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8669
p. 116
HUITAIN Sur LOUIS LE BIEN-AIMÉ.
Début :
Doit-on mettre autour de son Buste [...]
Mots clefs :
Bien-aimé, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HUITAIN Sur LOUIS LE BIEN-AIMÉ.
HUITΑΙΝ
Sur Louis LE BIEN - AIME .
Oit- on mettre autour de ſon Buſte
LOUIS LE GRAND , LOUIS LE JUSTE ?
Ces noms qu'il a bien mérités ,
D'autres déja les ont portés ;
Qu'un Titre nouveau le décore ,
Ce vrai Roi que ſon Peuple adore ,
Qu'on le nomme LE BIEN-AIME ,
Dans ce mot tout eſt renfermé.
Sur Louis LE BIEN - AIME .
Oit- on mettre autour de ſon Buſte
LOUIS LE GRAND , LOUIS LE JUSTE ?
Ces noms qu'il a bien mérités ,
D'autres déja les ont portés ;
Qu'un Titre nouveau le décore ,
Ce vrai Roi que ſon Peuple adore ,
Qu'on le nomme LE BIEN-AIME ,
Dans ce mot tout eſt renfermé.
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8670
p. 120-130
EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
Début :
L'objet de la réponse de la Cour de Vienne étoit de montrer, Io. « qu'on [...]
Mots clefs :
Empire, Cour de Vienne, Traité de paix, Traité, Reine de Hongrie, Roi de Prusse, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
EXTRAIT d'un Ecrit , intitulé : Réfutation
des motifs & imputations peu felides .
contenus dans la réponſe de la Cour de Vienne
à la Déclaration faite par le Ministre de
Pruffe le Comte de Dohna , à Francfort le
2 Octobre 1744 .
L'Objet de la réponſe de la Cour de Vienne étoit de montrer , 1 ° . » qu'on
» n'a pû paſſer aux meſures priſes préſente-
» ment par S. M. le Roi de Pruſſe , ſans vio-
» ler le Traité de Paix de Breſlau , & que
>> parconféquent la Paix ſe trouve rompuë
>> pour la troifiéme fois avec S. M. la Reine
>> de Hongrie. 2 °. Que les deſſeins de S. M.
» le Roi de Pruſſe n'étoient pas ſi déſintéreſ-
> ſés qu'on le prétend de ſa part , mais qu'ils
• tendoient à faire des conquêtes ſur S. M.
>> la Reine de Hongrie. 3 °. Que toute la
» conduite que la Cour de Vienne a tenuë
>>jufqu'ici à l'égard de l'Empereur , de
» l'Empire & de ſon ſyſteme , & le refus
» qu'elle a fait paroître de donner les mains
> àun accommodement raiſonnable , con-
>> forme aux Conſtitutions de l'Empire , ne
>> contenoient rien dont on ne pût ſe juſtifier.
Ce
NOVEMBRE. 1211 1744.
: Ce ſont ces trois ſuppoſitions que l'Ecrit
en queſtion ſe propoſe de détruire.
A l'égard du premier article , on obſerve
que pour dire que la Paix a été trois fois
rompuë , il faut ſuppoſer qu'il y a eu deux
Traités de Paix : or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminaires
ont été ſignés le 11 Juin 1742 à
Breflau , & qui peu de tems après eſt parvenu
à ſa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'eſt ſans raiſon que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui ſe paſſa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff , & qu'elle
donne le nom de Convention de Kleinfchnellendorff
à l'Acte qui fut remis alors
par le Lord Hindfort, Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On obferve
que de ſemblables arrêtés n'ont de force
qu'après qu'ils ont été ſignés par les Miniftres
reſpectifs munis de pleins pouvoirs ,
&qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans
. L'Ecrit de Kleinfchnellendorff n'a
aucune de ces qualités , le contenu de cette
piéce montre que les conférences tenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à la négociation de la Paix : il eſt
même exprimé par l'article 7 que l'ouvra-
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
ge définitif de la Paix étoit differé àdeux
mois de- là , & on faiſoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale
, mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant été exécutés , comment peut- on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
de ſimples pourparlers qui n'ont
point eu de ſuite ? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuſes
les opérations de S. M. le Roi de Pruſſe ,
elle ne s'eſt jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
&qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breflau. On prouve enſuite que les démarches
de S. M. le Roi de Pruſſe tendantes
au ſoûtien de l'Empire & de l'Empereur ,
ne portent aucune atteinte au Traité de
Breſlau.
,
Il eſt notoire que ce Traité a pour objet
lacompofition entiere de tous les differends
qui régnoient entre les parties contractanres
; il n'y eſt pas fait la moindre mention
des affaires de l'Empire , cependant les deux
Puiflances contractantes ſont des Etats conſiderables
de l'Empire , & l'on ne peut préfumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vûë ce qu'ils doivent à l'Empire , ni en-*
treprendre rien contre la dignité & l'autoNOVEMBRE.
1744. 125
rité du Chef ſuprême , ou qui tende à brifer
le lien ſacré qui eſt entre le Chef & fes
Membres. Ainſi quand ils s'engagent, comme
il eſt arrivé par le Traité de Breflau ,
d'entretenir une amitié indiſſoluble , de
n'exercer aucune hoftilité,&c.il eſt clair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirs communs ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
choſe qui ſoit contraire à ces devoirs , l'illégalité
de l'entrepriſe diſſout le noeud par le
quel ils font unis , & l'autre eſt non-feulement
en liberté , mais même dans l'obligation
de fatisfaire aux devoirs que lui impoſe
la qualité d'Etat de l'Empire , devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre , &
qui doivent l'emporter ſur tous les engagemens
poſtérieurs & volontaires.
Tant que S. M. Pr. a pû regarder les entrepriſes
de S. M. la Reine de Hongrie comme
des ſuites de la guerre qui eſt entre elle
& S. M. Imp. elle eſt reſtée tranquille, mais
lorſqu'elle a vû que la Cour de Vienne enflée
de ſes premiers ſuccès méditoit l'oppreſſion
de l'Empire , il lui a été impoflible
de voir ces mouvemens d'un oeil indifferent
: après avoir averti la Cour de Vienne
d'ufer de plus de moderation , après lui
avoir fait connoître nettement que S. M.
ainſi que d'autres Electeurs & Princes de
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
P'Empire ne pouvoient conniver à l'oppref
fion du Chef & des Membres de l'Empire , &
qu'ils feroient forcés de prendre des meſures
rigoureuſes , déſagréables à lad. Cour ,
S. M. Pr . a été forcée de prendre les réſolutions
exprimées dans le fameux Exposé des
Motifs.
On peut dire avec plus de juſtice que la
Cour de Vienne elle-même , tant publiquement
que fecrettement , a pris de longuemain
toutes fortes de meſures pour énerver
la diſpoſition du Traité de Breſlau. On ſçait
que fon deſſein a toujours été de tomber ſur
la Siléſie , auſſi- tôt qu'elle auroit achevé ſes
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On eſt nanti à ce ſujet de notices particulieres,
que l'on fupprime par certains égards.
Les deſſeins de la Cour de Vienne ont fuffifamment
éclaté par le Traité de Worms , à
Poccafion duquel on s'eſt aſſes nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'on étoit dans l'intention de le mettre
pour baſe des négociations de la Paix générale.
Aquelle fin S. M. la Reine de Hongrie
ſe ſeroit- elle fait garantir par les parties
contractantes non ſeulement les Pays
qu'elle poffede aujourd'hui , mais auſſi ceux
qu'elle devoit poſſeder en vertu des Traités
détaillés dans le fecond article , excepté ſeus
د
-
NOVEMBRE. 1744. 125
lement les ceffions faites à S. M. le Roi de
Sardaigne , ſi on n'avoit pas eu en vûë la
revendication de la Siléſie ?
N'auroit- on pas dû uſer de lamême pré--
caution pour S. M. P. & dans ce Traité , &
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait préſenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année , aux fins de
réclamer la garantie de l'Empire en faveur
de la Pragmatique Sanction Caroline ?
Les Miniſtres de la Cour de Vienne ont
dit affés ſouvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'y avoit point de paix ſolide à eſperer , à
moins que la Reine de Hongrie ne fut reftituée
dans l'entiere poſſeſſion des Etats Héréditaires
de la Maiſon d'Autriche , & que
la ceſſion de la Siléſie ne pouvoit être regardée
comme une obligation durable.
On paſſe enfuite au fecond article.
La Cour de Vienne prétend que les vûës
de S. M. le Roi de Pruffe ne font pas déſintéreſſées
, & qu'il veut s'enrichir des dépoüilles
de S. M. la Reine de Hongrie ; elle
allegue pour preuve un prétendu article ſéparédu
Traité d'Union de Francfort : on
croit qu'il ſuffit de la part de S. M. Pr. de déclarer
que ce prétendu article ſecret eſt une
piéce manifeſtement fauffe & controuvée.
Le Traité d'Union eſt entre les mains de
tout le monde ; il eſt de néceſſité abſoluë
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
que les hauts contractans , dont trois font
des têtes couronnées , d'autres des Electeurs
&Princes de l'Empire , ſcachent ſi le prétendu
article fecret exiſte , & s'il a été ſigné
par eux : on s'en rapporte hardiment à leur
Témoignage .
Le troifiéme article eſt l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
renuë juſqu'à préſent envers l'Empereur ,&
l'Empire.
Les proteſtations de S. M. la Reine de
Hongrie contre l'Election de l'Empereur ,
font le premier objet qui ſe préſente. On
obſerve que le ſuffrage de Bohéme a été rejetté
par l'avis unanime du College Electoral
, ſeul Juge de la conteſtation qui s'étoit
élevée à ce ſujet;que l'on a judicieuſement
réſervé les droits d'un tiers , & qu'ainfi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut fur ce prérexte
proteſter contre l'Election de l'Empereur
, ni s'élever contre un Tribunal , dont
les Empereurs de la Maiſon d'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de ſe déporter de for
oppofition , moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de ſe prêter ſous condition à
des chofes que fon devoir d'Etat de l'Empire
exige nuëment & fans restriction.
On rappelle enſuite le dur traitement fait
3
NOVEMBRE. 1744 127
à la garniſon de Braunau & à d'autres garniſons
Imperiales contre les articles exprès
des Capitulations accordées , les hoftilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peude mois ſur les territoires neutres , &
même ſous le canon des Places neutres de
l'Empire , le paſſage de cette même armée
par ces mêmes territoires , l'expulfion du
Chef fuprême de l'Empire de tous ſes Erats
Héréditaires , & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgré ces violences
que l'Empire jouit d'un plein repos & n'eft
point le théatre de la guerre.
S. M. Pr. s'eſt propofé depuis deux ans
pour but principal , ou plutôt unique de
toutes ſes actions , le rétabliſſement de la
Paix dans l'Empire , mais la Cour de Vienne
a été infléxible , & le Comte de Dohna ,
Miniſtre de S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire , la Cour de Vienne a décliné ce
parti. On n'a point encore pû faire expliquer
diſtinctement S. M. la Reine de Hongrie&
ſes Alliés ſur des conditions ſtables
& eſſentielles de paix. Les Miniftres de
Vienne ont toujours répondu lorſqu'on les
a preſſés ſur la reſtitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur , que s'il vouloit ſe
prêter aux manieres de penſer de la Cour de
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Vienne , il ne feroit ni mieux , ni plus mal
poffeffionné qu'auparavant ; le Miniftere ne
vouloit point entendre parler de la reſtitution
de l'Electorat de Baviere , & laiffort
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etabliſſement
hors de l'Empire , en lui donnant
ou les Deux Siciles , ou les Conquêtes
que l'on prétendoit faire ſur la Couronne
de France. Toutes les réponſes de la Cour
de Vienne ſe bornoient à ces expreffions
obfcures , indemnité pour le paffé ,& fécurité
pour l'avenir , expreſſions qu'on n'a pa
parvenir à lui faire expliquer clairement :
on laiſſoit ſeulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviere
, on jettoit principalement ſes regards
ſur l'Election d'un Roi des Romains , telle
qu'elle dût tomber ou fur le jeune Archiduc
ou ſur le Grand Duc de Tofcane , & qu'on
laiſſeroit à l'Empereur la Dignité Imperiale
pendant ſa vie , mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Vienne chés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConſeil Aulique,&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
: Le miniſtere de Vienne s'eſt encore plus
évidemment découvert par rapport à fes
deſſeins fur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a pofé cette guerre comme une conditionfine
quâ non de la réconciliation avec
NOVEMBRE . 1744 . 129
l'Empereur. Cependant on ſçait que de pareilles
guerres entrepriſes dans le dernier
frécle , uniquement pour les intérêts de la
Maiſon d'Autriche , ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui ſaignent encore , &
que les cercles antérieurs ſe voyent ſur le
bord de leur ruine , ſi ce projet a lieu.
Dans ces circonstances , S. M. Pr. ne pouvoit
fans manquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même , ſe diſpenſer d'employer
les forces que Dieu lui a miſes en
main à la défenſede la Patrie , & au maintien
inalterable des Conſtitutions & des Libertés
de l'Empire. S. M. Pr. eſt trop perfuadée
de la magnanimité & de l'équité des
fentimens de S. M. la Reine de Hongrie ;
elle a une trop haute eſtime de ſa perſonne
&de ſes éminentes qualités , pour vouloir
bui imputer des deſſeins ſi pernicieux ; elle
les prend plûtôt pour les fuggeſtions d'un
mauvais Confeil , à qui il importe beaucoup
moins de veiller aux avantages de leur
Souveraine , que de ne pas voir triompher
ledeſpotiſme exercé juſqu'à préſent ſur les
Etats de l'Empire , ſous les aufpices des Empereurs
de la Maiſon d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. eſt prête à contribuer avec
plaifir à la proſpérité de cette Maiſon , en
tout ce qui ne bleſſera point la Juſtice , la
Liberté de l'Empire , & fa propre sûreté
Fy
2
-
130 MERCURE DE FRANCE.
&elle ne perd point l'eſperance que S. M. la
Reine de Hongrie reconnoîtra enfin la Dignité
de l'Empereur , & lui donnera une
fatisfaction entiere ſur tous ſes droits , qui
font ſi bien fondés .
des motifs & imputations peu felides .
contenus dans la réponſe de la Cour de Vienne
à la Déclaration faite par le Ministre de
Pruffe le Comte de Dohna , à Francfort le
2 Octobre 1744 .
L'Objet de la réponſe de la Cour de Vienne étoit de montrer , 1 ° . » qu'on
» n'a pû paſſer aux meſures priſes préſente-
» ment par S. M. le Roi de Pruſſe , ſans vio-
» ler le Traité de Paix de Breſlau , & que
>> parconféquent la Paix ſe trouve rompuë
>> pour la troifiéme fois avec S. M. la Reine
>> de Hongrie. 2 °. Que les deſſeins de S. M.
» le Roi de Pruſſe n'étoient pas ſi déſintéreſ-
> ſés qu'on le prétend de ſa part , mais qu'ils
• tendoient à faire des conquêtes ſur S. M.
>> la Reine de Hongrie. 3 °. Que toute la
» conduite que la Cour de Vienne a tenuë
>>jufqu'ici à l'égard de l'Empereur , de
» l'Empire & de ſon ſyſteme , & le refus
» qu'elle a fait paroître de donner les mains
> àun accommodement raiſonnable , con-
>> forme aux Conſtitutions de l'Empire , ne
>> contenoient rien dont on ne pût ſe juſtifier.
Ce
NOVEMBRE. 1211 1744.
: Ce ſont ces trois ſuppoſitions que l'Ecrit
en queſtion ſe propoſe de détruire.
A l'égard du premier article , on obſerve
que pour dire que la Paix a été trois fois
rompuë , il faut ſuppoſer qu'il y a eu deux
Traités de Paix : or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminaires
ont été ſignés le 11 Juin 1742 à
Breflau , & qui peu de tems après eſt parvenu
à ſa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'eſt ſans raiſon que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui ſe paſſa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff , & qu'elle
donne le nom de Convention de Kleinfchnellendorff
à l'Acte qui fut remis alors
par le Lord Hindfort, Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On obferve
que de ſemblables arrêtés n'ont de force
qu'après qu'ils ont été ſignés par les Miniftres
reſpectifs munis de pleins pouvoirs ,
&qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans
. L'Ecrit de Kleinfchnellendorff n'a
aucune de ces qualités , le contenu de cette
piéce montre que les conférences tenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à la négociation de la Paix : il eſt
même exprimé par l'article 7 que l'ouvra-
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
ge définitif de la Paix étoit differé àdeux
mois de- là , & on faiſoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale
, mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant été exécutés , comment peut- on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
de ſimples pourparlers qui n'ont
point eu de ſuite ? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuſes
les opérations de S. M. le Roi de Pruſſe ,
elle ne s'eſt jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
&qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breflau. On prouve enſuite que les démarches
de S. M. le Roi de Pruſſe tendantes
au ſoûtien de l'Empire & de l'Empereur ,
ne portent aucune atteinte au Traité de
Breſlau.
,
Il eſt notoire que ce Traité a pour objet
lacompofition entiere de tous les differends
qui régnoient entre les parties contractanres
; il n'y eſt pas fait la moindre mention
des affaires de l'Empire , cependant les deux
Puiflances contractantes ſont des Etats conſiderables
de l'Empire , & l'on ne peut préfumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vûë ce qu'ils doivent à l'Empire , ni en-*
treprendre rien contre la dignité & l'autoNOVEMBRE.
1744. 125
rité du Chef ſuprême , ou qui tende à brifer
le lien ſacré qui eſt entre le Chef & fes
Membres. Ainſi quand ils s'engagent, comme
il eſt arrivé par le Traité de Breflau ,
d'entretenir une amitié indiſſoluble , de
n'exercer aucune hoftilité,&c.il eſt clair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirs communs ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
choſe qui ſoit contraire à ces devoirs , l'illégalité
de l'entrepriſe diſſout le noeud par le
quel ils font unis , & l'autre eſt non-feulement
en liberté , mais même dans l'obligation
de fatisfaire aux devoirs que lui impoſe
la qualité d'Etat de l'Empire , devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre , &
qui doivent l'emporter ſur tous les engagemens
poſtérieurs & volontaires.
Tant que S. M. Pr. a pû regarder les entrepriſes
de S. M. la Reine de Hongrie comme
des ſuites de la guerre qui eſt entre elle
& S. M. Imp. elle eſt reſtée tranquille, mais
lorſqu'elle a vû que la Cour de Vienne enflée
de ſes premiers ſuccès méditoit l'oppreſſion
de l'Empire , il lui a été impoflible
de voir ces mouvemens d'un oeil indifferent
: après avoir averti la Cour de Vienne
d'ufer de plus de moderation , après lui
avoir fait connoître nettement que S. M.
ainſi que d'autres Electeurs & Princes de
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
P'Empire ne pouvoient conniver à l'oppref
fion du Chef & des Membres de l'Empire , &
qu'ils feroient forcés de prendre des meſures
rigoureuſes , déſagréables à lad. Cour ,
S. M. Pr . a été forcée de prendre les réſolutions
exprimées dans le fameux Exposé des
Motifs.
On peut dire avec plus de juſtice que la
Cour de Vienne elle-même , tant publiquement
que fecrettement , a pris de longuemain
toutes fortes de meſures pour énerver
la diſpoſition du Traité de Breſlau. On ſçait
que fon deſſein a toujours été de tomber ſur
la Siléſie , auſſi- tôt qu'elle auroit achevé ſes
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On eſt nanti à ce ſujet de notices particulieres,
que l'on fupprime par certains égards.
Les deſſeins de la Cour de Vienne ont fuffifamment
éclaté par le Traité de Worms , à
Poccafion duquel on s'eſt aſſes nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'on étoit dans l'intention de le mettre
pour baſe des négociations de la Paix générale.
Aquelle fin S. M. la Reine de Hongrie
ſe ſeroit- elle fait garantir par les parties
contractantes non ſeulement les Pays
qu'elle poffede aujourd'hui , mais auſſi ceux
qu'elle devoit poſſeder en vertu des Traités
détaillés dans le fecond article , excepté ſeus
د
-
NOVEMBRE. 1744. 125
lement les ceffions faites à S. M. le Roi de
Sardaigne , ſi on n'avoit pas eu en vûë la
revendication de la Siléſie ?
N'auroit- on pas dû uſer de lamême pré--
caution pour S. M. P. & dans ce Traité , &
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait préſenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année , aux fins de
réclamer la garantie de l'Empire en faveur
de la Pragmatique Sanction Caroline ?
Les Miniſtres de la Cour de Vienne ont
dit affés ſouvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'y avoit point de paix ſolide à eſperer , à
moins que la Reine de Hongrie ne fut reftituée
dans l'entiere poſſeſſion des Etats Héréditaires
de la Maiſon d'Autriche , & que
la ceſſion de la Siléſie ne pouvoit être regardée
comme une obligation durable.
On paſſe enfuite au fecond article.
La Cour de Vienne prétend que les vûës
de S. M. le Roi de Pruffe ne font pas déſintéreſſées
, & qu'il veut s'enrichir des dépoüilles
de S. M. la Reine de Hongrie ; elle
allegue pour preuve un prétendu article ſéparédu
Traité d'Union de Francfort : on
croit qu'il ſuffit de la part de S. M. Pr. de déclarer
que ce prétendu article ſecret eſt une
piéce manifeſtement fauffe & controuvée.
Le Traité d'Union eſt entre les mains de
tout le monde ; il eſt de néceſſité abſoluë
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
que les hauts contractans , dont trois font
des têtes couronnées , d'autres des Electeurs
&Princes de l'Empire , ſcachent ſi le prétendu
article fecret exiſte , & s'il a été ſigné
par eux : on s'en rapporte hardiment à leur
Témoignage .
Le troifiéme article eſt l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
renuë juſqu'à préſent envers l'Empereur ,&
l'Empire.
Les proteſtations de S. M. la Reine de
Hongrie contre l'Election de l'Empereur ,
font le premier objet qui ſe préſente. On
obſerve que le ſuffrage de Bohéme a été rejetté
par l'avis unanime du College Electoral
, ſeul Juge de la conteſtation qui s'étoit
élevée à ce ſujet;que l'on a judicieuſement
réſervé les droits d'un tiers , & qu'ainfi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut fur ce prérexte
proteſter contre l'Election de l'Empereur
, ni s'élever contre un Tribunal , dont
les Empereurs de la Maiſon d'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de ſe déporter de for
oppofition , moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de ſe prêter ſous condition à
des chofes que fon devoir d'Etat de l'Empire
exige nuëment & fans restriction.
On rappelle enſuite le dur traitement fait
3
NOVEMBRE. 1744 127
à la garniſon de Braunau & à d'autres garniſons
Imperiales contre les articles exprès
des Capitulations accordées , les hoftilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peude mois ſur les territoires neutres , &
même ſous le canon des Places neutres de
l'Empire , le paſſage de cette même armée
par ces mêmes territoires , l'expulfion du
Chef fuprême de l'Empire de tous ſes Erats
Héréditaires , & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgré ces violences
que l'Empire jouit d'un plein repos & n'eft
point le théatre de la guerre.
S. M. Pr. s'eſt propofé depuis deux ans
pour but principal , ou plutôt unique de
toutes ſes actions , le rétabliſſement de la
Paix dans l'Empire , mais la Cour de Vienne
a été infléxible , & le Comte de Dohna ,
Miniſtre de S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire , la Cour de Vienne a décliné ce
parti. On n'a point encore pû faire expliquer
diſtinctement S. M. la Reine de Hongrie&
ſes Alliés ſur des conditions ſtables
& eſſentielles de paix. Les Miniftres de
Vienne ont toujours répondu lorſqu'on les
a preſſés ſur la reſtitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur , que s'il vouloit ſe
prêter aux manieres de penſer de la Cour de
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Vienne , il ne feroit ni mieux , ni plus mal
poffeffionné qu'auparavant ; le Miniftere ne
vouloit point entendre parler de la reſtitution
de l'Electorat de Baviere , & laiffort
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etabliſſement
hors de l'Empire , en lui donnant
ou les Deux Siciles , ou les Conquêtes
que l'on prétendoit faire ſur la Couronne
de France. Toutes les réponſes de la Cour
de Vienne ſe bornoient à ces expreffions
obfcures , indemnité pour le paffé ,& fécurité
pour l'avenir , expreſſions qu'on n'a pa
parvenir à lui faire expliquer clairement :
on laiſſoit ſeulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviere
, on jettoit principalement ſes regards
ſur l'Election d'un Roi des Romains , telle
qu'elle dût tomber ou fur le jeune Archiduc
ou ſur le Grand Duc de Tofcane , & qu'on
laiſſeroit à l'Empereur la Dignité Imperiale
pendant ſa vie , mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Vienne chés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConſeil Aulique,&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
: Le miniſtere de Vienne s'eſt encore plus
évidemment découvert par rapport à fes
deſſeins fur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a pofé cette guerre comme une conditionfine
quâ non de la réconciliation avec
NOVEMBRE . 1744 . 129
l'Empereur. Cependant on ſçait que de pareilles
guerres entrepriſes dans le dernier
frécle , uniquement pour les intérêts de la
Maiſon d'Autriche , ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui ſaignent encore , &
que les cercles antérieurs ſe voyent ſur le
bord de leur ruine , ſi ce projet a lieu.
Dans ces circonstances , S. M. Pr. ne pouvoit
fans manquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même , ſe diſpenſer d'employer
les forces que Dieu lui a miſes en
main à la défenſede la Patrie , & au maintien
inalterable des Conſtitutions & des Libertés
de l'Empire. S. M. Pr. eſt trop perfuadée
de la magnanimité & de l'équité des
fentimens de S. M. la Reine de Hongrie ;
elle a une trop haute eſtime de ſa perſonne
&de ſes éminentes qualités , pour vouloir
bui imputer des deſſeins ſi pernicieux ; elle
les prend plûtôt pour les fuggeſtions d'un
mauvais Confeil , à qui il importe beaucoup
moins de veiller aux avantages de leur
Souveraine , que de ne pas voir triompher
ledeſpotiſme exercé juſqu'à préſent ſur les
Etats de l'Empire , ſous les aufpices des Empereurs
de la Maiſon d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. eſt prête à contribuer avec
plaifir à la proſpérité de cette Maiſon , en
tout ce qui ne bleſſera point la Juſtice , la
Liberté de l'Empire , & fa propre sûreté
Fy
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130 MERCURE DE FRANCE.
&elle ne perd point l'eſperance que S. M. la
Reine de Hongrie reconnoîtra enfin la Dignité
de l'Empereur , & lui donnera une
fatisfaction entiere ſur tous ſes droits , qui
font ſi bien fondés .
Fermer
8671
p. 130
Explication de l'Enigme & du Logogryphe de Novembre, premier Volume, [titre d'après la table]
Début :
M. Guillemeau Bourgeois de Troyes, nous a écrit qu'il avoit expliqué l'Enigme [...]
Mots clefs :
Rien, Niche, Triangle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Enigme & du Logogryphe de Novembre, premier Volume, [titre d'après la table]
M. Guillemeau Bourgeois de Troyes ,
nous a écrit qu'il avoit expliqué l'Enigme
par le mot rien , & le premier Logogryphe
par niche, où l'on trouve auffi chen & Chine.
Nous rétabliſſons avec plaifir l'ancien
uſage d'inférer dans ce Journal les noms de
ceux qui devinent les Enigmes & les Logogryphes
, & nous nous ferons toujours un
devoir de rendre un témoignage public à
leur fagacité. M. Guillemeau avoue qu'il n'a
pû deviner le ſecond Logogryphe , on a
dû l'expliquer par le mot triangle , on ſçait
qu'un triangle eſt la moitié d'un quarré de
même baſe & de même hauteur , au reſte
on trouve dans ce mor gare , tare , gré,grate
rite , rat&ane.
nous a écrit qu'il avoit expliqué l'Enigme
par le mot rien , & le premier Logogryphe
par niche, où l'on trouve auffi chen & Chine.
Nous rétabliſſons avec plaifir l'ancien
uſage d'inférer dans ce Journal les noms de
ceux qui devinent les Enigmes & les Logogryphes
, & nous nous ferons toujours un
devoir de rendre un témoignage public à
leur fagacité. M. Guillemeau avoue qu'il n'a
pû deviner le ſecond Logogryphe , on a
dû l'expliquer par le mot triangle , on ſçait
qu'un triangle eſt la moitié d'un quarré de
même baſe & de même hauteur , au reſte
on trouve dans ce mor gare , tare , gré,grate
rite , rat&ane.
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8672
p. 131
ENIGME.
Début :
Je n'ai que des plumes légeres, [...]
Mots clefs :
Lit de plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E n'ai que des plumes légeres ,
Dans les airs cependant je ne vôle jamais ;
J'aime l'ombre , non pas fur de vertes fougeres ,
A l'abri d'un bocage frais .
Des corpspéſans , qui n'ont que de la laine ,
Preſque toujours ſont au- deſſus de moi .
Pour me rendre plus propre à remplir mon emploi
Un bâton chaque jour le long de la fontaine
Sur mon vêtement ſe promene.
On me voit toujours me cacher
Dans la retraite & le filence ;
Cependant l'humble Pénitence
Me fuit , bien loin de me chercher.
E n'ai que des plumes légeres ,
Dans les airs cependant je ne vôle jamais ;
J'aime l'ombre , non pas fur de vertes fougeres ,
A l'abri d'un bocage frais .
Des corpspéſans , qui n'ont que de la laine ,
Preſque toujours ſont au- deſſus de moi .
Pour me rendre plus propre à remplir mon emploi
Un bâton chaque jour le long de la fontaine
Sur mon vêtement ſe promene.
On me voit toujours me cacher
Dans la retraite & le filence ;
Cependant l'humble Pénitence
Me fuit , bien loin de me chercher.
Fermer
8673
p. 131-132
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis vive, je suis legere ; [...]
Mots clefs :
Camargo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
JE ſuis vive , je fuis legere;
Lemouvement qui croît redouble mes appas ;
Toutà la fois je ſurprens & ſçais plaire :
'A ce portrait , lecteur ne me connois tu pas
De mes trois parts retranchez la derniere ,
Alors je porte le renom
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
De ne ſentir nullement bon .
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre enCage,
Mais remarquez un changement nouveau ;
Coupez la tête à cet Oiſeau ,
Je deviens dans l'inſtant un Poliſſon langage ;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehauffer ma gloire ,
Car l'un renferme un Puiſſant Souverain ,
L'autre , un Peuple guerrier , renommé dans l'Hif-
toire.
JE ſuis vive , je fuis legere;
Lemouvement qui croît redouble mes appas ;
Toutà la fois je ſurprens & ſçais plaire :
'A ce portrait , lecteur ne me connois tu pas
De mes trois parts retranchez la derniere ,
Alors je porte le renom
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
De ne ſentir nullement bon .
Du tout ôtez le Chef, on peut me mettre enCage,
Mais remarquez un changement nouveau ;
Coupez la tête à cet Oiſeau ,
Je deviens dans l'inſtant un Poliſſon langage ;
Mon commencement & ma fin
Servent à rehauffer ma gloire ,
Car l'un renferme un Puiſſant Souverain ,
L'autre , un Peuple guerrier , renommé dans l'Hif-
toire.
Fermer
8674
p. 133-143
Voyages du Capitaine Lade, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
VOYAGES du Capitaine Robert Lade en differentes parties de l'Afrique, [...]
Mots clefs :
Anglais, Mer, Commerce, Continent, Pays, Lecteurs, Voyages, Europe, Amérique, Colonies, Abbé Prévost, Robert Lade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages du Capitaine Lade, Extrait, [titre d'après la table]
V
DES BEAUX- ARTS , &c.
OYAGES du Capitaine Robert Lade
en differentes parties de l'Afrique ,
de l'Afie & de l'Amerique , contenant
l'Histoire de ſa fortune & fes obfervations
fur les colonies & le commerce des Eſpagnols
, des Anglois , des Hollandois , &c.
AParis , chés Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or , 1744 , 2 vol. in - 12 .
:
Ce Livre eſt traduit de l'Anglois parM.
P'Abbé Prevoſt , Auteur de pluſieurs excellens
Ouvrages. Ce n'eſt pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit ſon Pays
des tréſors de la Litterature Angloiſe. Le
Public a lû avec plaifir la Vie de Ciceron ,
&pluſieurs autres Traductions que M. Prevoſt
lui a préſentées ; c'eſt ſurtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglois une moiffon:
abondante :la moitié deleurNation eſt ſans
ceffe en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées ,& Londres eſt
la Ville de l'Univers , où il paroît le plus
1
134 MERCURE DE FRANCE.
de Relations & de Journaux de Mer
Notre Litterature le céde donc en ce point
à la Litterature Angloiſe , qui à tout autre
égard ne peut pas lui être comparée. J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéreſſent plus généralement toutes fortes
de Lecteurs. La curioſité qu'ils piquent
& qu'ils fatisfont ſoûtient l'attention de
ceux qui ne liſent que pour s'amufer ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en ſe
livrant à des lectures purement agréables ,
trouvent dans les Voyageurs dequoi s'inftruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrément qu'ils trouvent dans cette
lecture. Quoi de plus digne en effet d'un
eſprit éclairé , que de confiderer les differentes
manieres dont la Nature a traité les
hommes , & combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur adonné à tous
de ſemblable ? Malheureuſement ce n'eſt
pas dans cet eſprit que liſent la plupart des
hommes , même de ceux qu'on reconnoît
pour gens ſenſes & raisonnables. Des faits
finguliers , des Deſcriptions de Pays , de
Peuples , des Phénoménes extraordinaires ,
ſouvent incroyables , font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des lecteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'eſt pas
fans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philoſophiques ; elle apprend mille
.
NOVEMBRE. 1744. 13
choſes qu'il eſt fort avantageux de ſçavoir
&qu'il feroit honteux d'ignorer ; ſi cette
lecture eſt auſſi utile qu'agréable pour tou
tes fortes de lecteurs , elle est abfolument
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent ou à voyager
eux mêmes , ou à faire de leur cabinet
le commerce de la Mer ; il faut qu'ils connoiſſent
les differentes poſitions des lieux
de commerce , & qu'ils en poſſedent l'Hiftoire
, comme il est néceſſaire à nos Ambaffadeurs
de connoître la Topographie de
l'Europe , & l'Hiſtoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 go ans. :
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces fingularités incroyables ,
qui n'exiſtent ſouvent que dans l'imagination
des Voyageurs , plus attentifs à pi
quer la curiofité des lecteurs , qu'à refpecter
la vérité ; mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort inſtructifs fur les colonies
Eſpagnoles &Angloiſes. Les ſtratagêmes
dont lesAnglois ſe ſont ſervis fi longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Eſpagnols , font ici peints au naturel , &
l'ony voit les fémences des diffenfions &
des quérelles qui ont enfin allumé entre les
deuxNations une guerre dont l'embrafement
s'eſt communiqué au reſte de l'Europe.
Le ſouvenir de ce qui s'eſt paffé à Car136
MERCURE DE FRANCE.
thagene il y a 3 ans , rend bien intéreſſant
le Mémoire qui eſt inféré ici ſur cette Place
célébre & importante. C'eſt dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Efperance , de Batavia ,
de la Jamaïque , de la Georgie , de la Barbade
, des Bermudes , de Juan d'Ulva , & de
VeraCruz , où les négocians ſont ſi riches
que l'on regarde commepauvre un homme
dont le bien n'excede pas cent mille livres
ſterlings ; c'est- à-dire , environ deux millions
trois cent mille livres de notre monnoye.
2
Robert Lade ne ſe contente pas de donner
au public la relation de ſes voyages ; it
a ramaffé les Mémoires de fon fils , & de
pluſieurs autres , & l'on trouve ici rapprochées
beaucoup de particularités ſur les
tentatives qui ont été faites pour trouver
un paſſage de la Mer Glaciale dans laMer
du Sud ;cette collection forme une eſpece
d'Hiſtoire de cette navigation , qui juſqu'à
préſent a fi peu réüfli , & quoiqu'en diſe le
Voyageur , vraiſemblablement ne réüffira
jamais. Cette recherche importante a longtems
occupé les Anglois & les Hollandois
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sud fans paffer ſous les Forts des Eſpagnols ,
&parconféquent auroient partagé avec eux
ce riche commerce .
>
3
NOVEMBRE. 1744 . 137
En 1576 , le Capitaine Martin Frobisher
entreprit ſon premier voyage par le Nord-
Eſt , & le 12 de Juin ayant découvert la
Terre de L. brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné fon
nom. Il eſſaya fans ſuccès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays , qui
penſerent le faire périr ; cependant il ne fut
point découragé ; trois fois il tenta ce dangereux
voyage , mais toujours avec autant
de danger , & aufli peu de fruit.
Jean David , qui forma fix ans après ,
( en 1585 ) la même entrepriſe ne fut ni
moins conftant , ni plus heureux. Il alla dans
ſon ſecond voyage juſqu'à 66 deg. 26 m.
Ce deffein paroiſſoit abandonné lorfqu'en
1607 le Capitaine Henri Hudfon
s'avança juſqu'à 80 deg. 23 m. il palla encore
cent lieuës plus loin dans un troifiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il paſſât l'hyver dans ces
terribles lieux , mais il y périt enfin avec
tous ſes gens , payant bien cher l'honneur
d'avoir donné fon nom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudſon .
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte ; ils avoient navigué de ce
côté vers l'entrée du détroit avant Henri
Hudſon , mais celui-ci eſt le premier qui
138 MERCURE DE FRANCE.
ait pénétré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois , ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoiſe , & que les Sau
vages nomment Manotcouſibi ou riviere des
Etrangers , mais ils périrent tous de mifere
&de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
furpris , lorſqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
ſuivant , ils virent tant de corps morts , &
des hommes d'une figure ſi differente de la
leur. Malheureuſement il y avoit de la poudre
parmi les proviſions des Danois , dont
les débris ſubſiſtoient encore , ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter .
Les Anglois , les Hollandois , & les Danois
ne font pas les ſeuls qui ayent cherché
à paſſer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la Salle François tenta cette entrepriſe
en 1668 , mais il y périt malheureuſement.
Quelques Anglois de la Virginie ont prétendu
avoir traverſé tout le continent au
travers des terres ; mais ce n'eſt pas là ce
dont il s'agit , il eſt queſtion de trouver une
voye qui ſoit propre au commerce , ſans
quoi il ſert pen de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverſer le continent de l'Amerique.
Cequ'ils ont raconté de la fertilité des
terres&dela multitude des Nations qu'on
NOVEMBRE. 1744. 139
trouve dans ce Continent doit flater d'autant
plus la curioſité des lecteurs , qu'il
s'accorde parfaitement avec les relations
de pluſieurs autres Voyageurs ; notre Anglois
cite de longs & intéreſſans détails de
celle du P. Hennequin , Miſſionnaire Jefuite.
>>Ce ne ſont point des Pays déſerts &
>>fans culture , tels que les François & les
>>>Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
>>leurs premieres colonies. Des fruits &
>> des grains de toute eſpece y enrichiffent
>>les campagnes ; pluſieurs peuples y font
>>policés juſqu'à ſe vêtir d'étoffes très- fines,
>>ils ont l'uſage des chevaux avec des ſel-
>> les ; leurs Villes font bien bâties & régu-
>>>lierement fortifiées ; enfin la Nouvelle
>> France , la Virginie & la Caroline ſeme
>> blent n'être ſuivant ces relations que des
>> limites ſtériles & défertes d'une immenfe
> étenduë de Pays auquel toutes les fa-
>> veurs de la Nature ont été prodiguées , à
>>peu près comme la Mofcovie & la Tarta-
>>rie à l'égard des autres parties de l'Eu-
>rope.
Entre plufieurs obfervations , nous choifiſſons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti
nent.
>>On trouva des peuples qui n'ont riende
140 MERCURE DE FRANCE.
Barbare * que le nom : un de ces Sauva
>> ges , qui fut le premier qu'on rencon-
>>>tra , revenoit de la Chaffe avec ſa famille ,
>>>il fit préfent au Chefdes François d'un de
>> fes chevaux , & de quelque viande , le
priant par ſignes d'aller chés lui avec tous
>> ſes gens ; enfin pour les mieux engager ,
il leur laiſſa ſa femme , ſa famille & fa
>> chaffe , comme pour leur ſervir de gages ,
"& cependant il ſe rendit au Village, pour
faire ſçavoir leur arrivée ; au bout de deux
> jours il revint avec des chevaux chargés
>>de proviſions , & pluſieurs Chefs des Sau-
>> vages qui l'accompagnoient ; ils étoient
>> ſuivis de guerriers , habillés fort propre-
>ment de peaux paſſées , & ornées de plu-
>>>mes ; on les rencontra à trois lieuës de
>>l'habitation. Les François y furent reçus
>comme en triomphe & furent logés chés.
>> le grand Capitaine ; c'étoit un concours
• ſurprenant de peuple , dont la jeuneſſe
>>étoit rangée fous les armes. Elle ſe releva
>jour&nuit pour les garder , les comblant
>>de biens , & de toutes fortes de vivres.
Ce Village qu'on appelle le Cenis , eſt un
>>des plus confiderables de l'Amerique par
>>ſa grandeur , & par le nombre de ſes ha-
>>bitans ; il a bien 20 lieuës de long au
*Nous les appellons Sauvages & non pas Barbares.
NOVEMBRE. 1744. 141
moins ; ce n'eſt pas qu'il ſoit contigûment
>>>habité ; les maiſons font diftribuées par
» dix ou douze , qui font comme des Can-
>> tons , & qui ont chacun des noms diffe-
> rens. Elles font belles , longues de 40 ou
» 50 pieds , dreffées en maniere de ruches
» àmiel , & environnées d'arbres qui ſe
» rejoignent en haut par les branches ; nous
>>trouvámes chés ces Cenis pluſieurs chofes
>>qui viennent indubitablement des Eſpa-
>>gnols , comme des piastres , & d'autres
»monnoyes , des cuilliers d'argent , de la
>>dentelle ,des habits , &c. Nous y vîmes
» entr'autres une Bulle du Pape , qui exemp-
» te du jeûne les Eſpagnols du Mexique
>> pendant l'Eté. Les chevaux y ſont ſi com-
>>>muns , qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache ; un Cenis voulut donner
»un cheval pour le capuchon d'un Récollet
>>de la troupe dont il avoit envie.
Les obſervations que cite l'Auteur ſur les
Ianchus , ne font ni moins curieuſes ni
moins capables de donner une idée avantageuſe
du Continent; ſon deſſein en donnant
ces extraits , a été de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de
>>l'Amerique , comme de celui de l'Europe ,
>>>ouplus ou peut- être plus on trouve d'o-
>>pulence & de politeſſe , deſorte que de
2
l'aveu de tout le monde , la France , l'An
142 MERCURE DE FRANCE.
>>gleterre , la Hollande & l'Allemagne qui
>>font réellement au centre , l'emportent
»affés clairement ſur les autres Nations. Si
cette comparaiſon étoit la ſeule preuve de
l'aſſertion du Voyageur , elle feroit bientôt
renverſée ; en effet , peut-on dire que la
France , l'Italie , la Hollande , &c. font au
centre du Continent de l'Europe , lorſque
cesdifferentes Régions font toutes bordées
par la Mer ? Un Voyageur qui aborderoit à
Veniſe , & qui de-là tirant vers le Nord gagneroit
la Suéde ou la Moſcovie , ſeroit
bien éloigné de trouver plus d'opulence ,
àmeſure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe ; cette legere remarque n'empêche
pas que dans le fond la réflexion de
l'Auteur ne foit fort judicieuse ,& il a fans
doute raiſon de dire >> que quand l'eſperan-
> ce de trouver la Mer du Sud par la com-
> municationdes rivieres , comme on a déja
>>>trouvé le Golphe du Mexique par celle
>>d'Ouabache & de Miffiffipi , ne fuffiroit
>> pas pour faire entreprendre ſérieuſement
>>de pénétrer cette vaſte étenduë de Pays.
>D'autres vûës , preſqu'aufli importantes
» pour le commerce ,& la ſeule curiofité
>>même devroient porter les François & les
>>>Anglois , que cette entrepriſe ſemble re-
>garder par la ſituation de leurs colonies
> à pouffer de ce côté-là leurs découvertes.
NOVEMBRE. 1744. 143
On trouve à la ſuite de cette relation une
Deſcription de la Nouvelle Eſpagne , depuis
Panama juſques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord , fort curieuſe
, & bien détaillée. J'obſerverai qu'il
s'y eſt gliſſé une très-legere erreur. Le Voyageur
dit que les pluyes commencent à
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
juſqu'aumois deMai ; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre , c'eſt
ainſi que l'a rapporté M. Bouguer , l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou , pour
déterminer la figure de la Terre,
La relation de Robert Lade eſt ornée de
deux Cartes qui étoient néceſſaires pour lire
ce Livre avec fruit , & même avec agrément,
DES BEAUX- ARTS , &c.
OYAGES du Capitaine Robert Lade
en differentes parties de l'Afrique ,
de l'Afie & de l'Amerique , contenant
l'Histoire de ſa fortune & fes obfervations
fur les colonies & le commerce des Eſpagnols
, des Anglois , des Hollandois , &c.
AParis , chés Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or , 1744 , 2 vol. in - 12 .
:
Ce Livre eſt traduit de l'Anglois parM.
P'Abbé Prevoſt , Auteur de pluſieurs excellens
Ouvrages. Ce n'eſt pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit ſon Pays
des tréſors de la Litterature Angloiſe. Le
Public a lû avec plaifir la Vie de Ciceron ,
&pluſieurs autres Traductions que M. Prevoſt
lui a préſentées ; c'eſt ſurtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglois une moiffon:
abondante :la moitié deleurNation eſt ſans
ceffe en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées ,& Londres eſt
la Ville de l'Univers , où il paroît le plus
1
134 MERCURE DE FRANCE.
de Relations & de Journaux de Mer
Notre Litterature le céde donc en ce point
à la Litterature Angloiſe , qui à tout autre
égard ne peut pas lui être comparée. J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéreſſent plus généralement toutes fortes
de Lecteurs. La curioſité qu'ils piquent
& qu'ils fatisfont ſoûtient l'attention de
ceux qui ne liſent que pour s'amufer ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en ſe
livrant à des lectures purement agréables ,
trouvent dans les Voyageurs dequoi s'inftruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrément qu'ils trouvent dans cette
lecture. Quoi de plus digne en effet d'un
eſprit éclairé , que de confiderer les differentes
manieres dont la Nature a traité les
hommes , & combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur adonné à tous
de ſemblable ? Malheureuſement ce n'eſt
pas dans cet eſprit que liſent la plupart des
hommes , même de ceux qu'on reconnoît
pour gens ſenſes & raisonnables. Des faits
finguliers , des Deſcriptions de Pays , de
Peuples , des Phénoménes extraordinaires ,
ſouvent incroyables , font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des lecteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'eſt pas
fans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philoſophiques ; elle apprend mille
.
NOVEMBRE. 1744. 13
choſes qu'il eſt fort avantageux de ſçavoir
&qu'il feroit honteux d'ignorer ; ſi cette
lecture eſt auſſi utile qu'agréable pour tou
tes fortes de lecteurs , elle est abfolument
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent ou à voyager
eux mêmes , ou à faire de leur cabinet
le commerce de la Mer ; il faut qu'ils connoiſſent
les differentes poſitions des lieux
de commerce , & qu'ils en poſſedent l'Hiftoire
, comme il est néceſſaire à nos Ambaffadeurs
de connoître la Topographie de
l'Europe , & l'Hiſtoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 go ans. :
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces fingularités incroyables ,
qui n'exiſtent ſouvent que dans l'imagination
des Voyageurs , plus attentifs à pi
quer la curiofité des lecteurs , qu'à refpecter
la vérité ; mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort inſtructifs fur les colonies
Eſpagnoles &Angloiſes. Les ſtratagêmes
dont lesAnglois ſe ſont ſervis fi longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Eſpagnols , font ici peints au naturel , &
l'ony voit les fémences des diffenfions &
des quérelles qui ont enfin allumé entre les
deuxNations une guerre dont l'embrafement
s'eſt communiqué au reſte de l'Europe.
Le ſouvenir de ce qui s'eſt paffé à Car136
MERCURE DE FRANCE.
thagene il y a 3 ans , rend bien intéreſſant
le Mémoire qui eſt inféré ici ſur cette Place
célébre & importante. C'eſt dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Efperance , de Batavia ,
de la Jamaïque , de la Georgie , de la Barbade
, des Bermudes , de Juan d'Ulva , & de
VeraCruz , où les négocians ſont ſi riches
que l'on regarde commepauvre un homme
dont le bien n'excede pas cent mille livres
ſterlings ; c'est- à-dire , environ deux millions
trois cent mille livres de notre monnoye.
2
Robert Lade ne ſe contente pas de donner
au public la relation de ſes voyages ; it
a ramaffé les Mémoires de fon fils , & de
pluſieurs autres , & l'on trouve ici rapprochées
beaucoup de particularités ſur les
tentatives qui ont été faites pour trouver
un paſſage de la Mer Glaciale dans laMer
du Sud ;cette collection forme une eſpece
d'Hiſtoire de cette navigation , qui juſqu'à
préſent a fi peu réüfli , & quoiqu'en diſe le
Voyageur , vraiſemblablement ne réüffira
jamais. Cette recherche importante a longtems
occupé les Anglois & les Hollandois
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sud fans paffer ſous les Forts des Eſpagnols ,
&parconféquent auroient partagé avec eux
ce riche commerce .
>
3
NOVEMBRE. 1744 . 137
En 1576 , le Capitaine Martin Frobisher
entreprit ſon premier voyage par le Nord-
Eſt , & le 12 de Juin ayant découvert la
Terre de L. brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné fon
nom. Il eſſaya fans ſuccès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays , qui
penſerent le faire périr ; cependant il ne fut
point découragé ; trois fois il tenta ce dangereux
voyage , mais toujours avec autant
de danger , & aufli peu de fruit.
Jean David , qui forma fix ans après ,
( en 1585 ) la même entrepriſe ne fut ni
moins conftant , ni plus heureux. Il alla dans
ſon ſecond voyage juſqu'à 66 deg. 26 m.
Ce deffein paroiſſoit abandonné lorfqu'en
1607 le Capitaine Henri Hudfon
s'avança juſqu'à 80 deg. 23 m. il palla encore
cent lieuës plus loin dans un troifiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il paſſât l'hyver dans ces
terribles lieux , mais il y périt enfin avec
tous ſes gens , payant bien cher l'honneur
d'avoir donné fon nom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudſon .
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte ; ils avoient navigué de ce
côté vers l'entrée du détroit avant Henri
Hudſon , mais celui-ci eſt le premier qui
138 MERCURE DE FRANCE.
ait pénétré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois , ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoiſe , & que les Sau
vages nomment Manotcouſibi ou riviere des
Etrangers , mais ils périrent tous de mifere
&de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
furpris , lorſqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
ſuivant , ils virent tant de corps morts , &
des hommes d'une figure ſi differente de la
leur. Malheureuſement il y avoit de la poudre
parmi les proviſions des Danois , dont
les débris ſubſiſtoient encore , ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter .
Les Anglois , les Hollandois , & les Danois
ne font pas les ſeuls qui ayent cherché
à paſſer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la Salle François tenta cette entrepriſe
en 1668 , mais il y périt malheureuſement.
Quelques Anglois de la Virginie ont prétendu
avoir traverſé tout le continent au
travers des terres ; mais ce n'eſt pas là ce
dont il s'agit , il eſt queſtion de trouver une
voye qui ſoit propre au commerce , ſans
quoi il ſert pen de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverſer le continent de l'Amerique.
Cequ'ils ont raconté de la fertilité des
terres&dela multitude des Nations qu'on
NOVEMBRE. 1744. 139
trouve dans ce Continent doit flater d'autant
plus la curioſité des lecteurs , qu'il
s'accorde parfaitement avec les relations
de pluſieurs autres Voyageurs ; notre Anglois
cite de longs & intéreſſans détails de
celle du P. Hennequin , Miſſionnaire Jefuite.
>>Ce ne ſont point des Pays déſerts &
>>fans culture , tels que les François & les
>>>Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
>>leurs premieres colonies. Des fruits &
>> des grains de toute eſpece y enrichiffent
>>les campagnes ; pluſieurs peuples y font
>>policés juſqu'à ſe vêtir d'étoffes très- fines,
>>ils ont l'uſage des chevaux avec des ſel-
>> les ; leurs Villes font bien bâties & régu-
>>>lierement fortifiées ; enfin la Nouvelle
>> France , la Virginie & la Caroline ſeme
>> blent n'être ſuivant ces relations que des
>> limites ſtériles & défertes d'une immenfe
> étenduë de Pays auquel toutes les fa-
>> veurs de la Nature ont été prodiguées , à
>>peu près comme la Mofcovie & la Tarta-
>>rie à l'égard des autres parties de l'Eu-
>rope.
Entre plufieurs obfervations , nous choifiſſons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti
nent.
>>On trouva des peuples qui n'ont riende
140 MERCURE DE FRANCE.
Barbare * que le nom : un de ces Sauva
>> ges , qui fut le premier qu'on rencon-
>>>tra , revenoit de la Chaffe avec ſa famille ,
>>>il fit préfent au Chefdes François d'un de
>> fes chevaux , & de quelque viande , le
priant par ſignes d'aller chés lui avec tous
>> ſes gens ; enfin pour les mieux engager ,
il leur laiſſa ſa femme , ſa famille & fa
>> chaffe , comme pour leur ſervir de gages ,
"& cependant il ſe rendit au Village, pour
faire ſçavoir leur arrivée ; au bout de deux
> jours il revint avec des chevaux chargés
>>de proviſions , & pluſieurs Chefs des Sau-
>> vages qui l'accompagnoient ; ils étoient
>> ſuivis de guerriers , habillés fort propre-
>ment de peaux paſſées , & ornées de plu-
>>>mes ; on les rencontra à trois lieuës de
>>l'habitation. Les François y furent reçus
>comme en triomphe & furent logés chés.
>> le grand Capitaine ; c'étoit un concours
• ſurprenant de peuple , dont la jeuneſſe
>>étoit rangée fous les armes. Elle ſe releva
>jour&nuit pour les garder , les comblant
>>de biens , & de toutes fortes de vivres.
Ce Village qu'on appelle le Cenis , eſt un
>>des plus confiderables de l'Amerique par
>>ſa grandeur , & par le nombre de ſes ha-
>>bitans ; il a bien 20 lieuës de long au
*Nous les appellons Sauvages & non pas Barbares.
NOVEMBRE. 1744. 141
moins ; ce n'eſt pas qu'il ſoit contigûment
>>>habité ; les maiſons font diftribuées par
» dix ou douze , qui font comme des Can-
>> tons , & qui ont chacun des noms diffe-
> rens. Elles font belles , longues de 40 ou
» 50 pieds , dreffées en maniere de ruches
» àmiel , & environnées d'arbres qui ſe
» rejoignent en haut par les branches ; nous
>>trouvámes chés ces Cenis pluſieurs chofes
>>qui viennent indubitablement des Eſpa-
>>gnols , comme des piastres , & d'autres
»monnoyes , des cuilliers d'argent , de la
>>dentelle ,des habits , &c. Nous y vîmes
» entr'autres une Bulle du Pape , qui exemp-
» te du jeûne les Eſpagnols du Mexique
>> pendant l'Eté. Les chevaux y ſont ſi com-
>>>muns , qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache ; un Cenis voulut donner
»un cheval pour le capuchon d'un Récollet
>>de la troupe dont il avoit envie.
Les obſervations que cite l'Auteur ſur les
Ianchus , ne font ni moins curieuſes ni
moins capables de donner une idée avantageuſe
du Continent; ſon deſſein en donnant
ces extraits , a été de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de
>>l'Amerique , comme de celui de l'Europe ,
>>>ouplus ou peut- être plus on trouve d'o-
>>pulence & de politeſſe , deſorte que de
2
l'aveu de tout le monde , la France , l'An
142 MERCURE DE FRANCE.
>>gleterre , la Hollande & l'Allemagne qui
>>font réellement au centre , l'emportent
»affés clairement ſur les autres Nations. Si
cette comparaiſon étoit la ſeule preuve de
l'aſſertion du Voyageur , elle feroit bientôt
renverſée ; en effet , peut-on dire que la
France , l'Italie , la Hollande , &c. font au
centre du Continent de l'Europe , lorſque
cesdifferentes Régions font toutes bordées
par la Mer ? Un Voyageur qui aborderoit à
Veniſe , & qui de-là tirant vers le Nord gagneroit
la Suéde ou la Moſcovie , ſeroit
bien éloigné de trouver plus d'opulence ,
àmeſure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe ; cette legere remarque n'empêche
pas que dans le fond la réflexion de
l'Auteur ne foit fort judicieuse ,& il a fans
doute raiſon de dire >> que quand l'eſperan-
> ce de trouver la Mer du Sud par la com-
> municationdes rivieres , comme on a déja
>>>trouvé le Golphe du Mexique par celle
>>d'Ouabache & de Miffiffipi , ne fuffiroit
>> pas pour faire entreprendre ſérieuſement
>>de pénétrer cette vaſte étenduë de Pays.
>D'autres vûës , preſqu'aufli importantes
» pour le commerce ,& la ſeule curiofité
>>même devroient porter les François & les
>>>Anglois , que cette entrepriſe ſemble re-
>garder par la ſituation de leurs colonies
> à pouffer de ce côté-là leurs découvertes.
NOVEMBRE. 1744. 143
On trouve à la ſuite de cette relation une
Deſcription de la Nouvelle Eſpagne , depuis
Panama juſques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord , fort curieuſe
, & bien détaillée. J'obſerverai qu'il
s'y eſt gliſſé une très-legere erreur. Le Voyageur
dit que les pluyes commencent à
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
juſqu'aumois deMai ; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre , c'eſt
ainſi que l'a rapporté M. Bouguer , l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou , pour
déterminer la figure de la Terre,
La relation de Robert Lade eſt ornée de
deux Cartes qui étoient néceſſaires pour lire
ce Livre avec fruit , & même avec agrément,
Fermer
8675
p. 143-149
Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
DISSERTATIONS sur la fondation de la Ville de Marseille, sur l'Histoire des Rois [...]
Mots clefs :
Ville, Marseille, Phocéens, Félix Cary, Fondation, Histoire, Médailles, Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
DISSERTATIONS ſur la fondation de la
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
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8676
p. 149
Voyages & Avantures du Comte de, &c. [titre d'après la table]
Début :
VOYAGES & Avantures du Comte de *** & de son fils. 3 Volumes in-12, à [...]
Mots clefs :
Voyages, Aventures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages & Avantures du Comte de, &c. [titre d'après la table]
VOYAGES & Avantures du Comte de
*** & de fon fils. 3 Volumes in- 12 ,
Amſterdam chés Pierre Marteau , & fe
trouvent à Paris chés Barois fils. On en
parlera plus au long.
*** & de fon fils. 3 Volumes in- 12 ,
Amſterdam chés Pierre Marteau , & fe
trouvent à Paris chés Barois fils. On en
parlera plus au long.
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8677
p. 149
Mémoires de Melvil, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES de Melvil, traduits de l'Anglois avec des Additions en 3. Volumes [...]
Mots clefs :
Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires de Melvil, [titre d'après la table]
MEMOIRES de Melvil , traduits de
l'Anglois avec des Additions en 3 Volumes
in - 12 , dont le dernier contient les
Lettres de Marie Stuart. On en parlera dans
le premier Volume.
l'Anglois avec des Additions en 3 Volumes
in - 12 , dont le dernier contient les
Lettres de Marie Stuart. On en parlera dans
le premier Volume.
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8678
p. 149-150
Les Elémens de la Médecine Pratique, [titre d'après la table]
Début :
LES ELEMENS de la Médecine Pratique, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de [...]
Mots clefs :
Béziers, Académie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Elémens de la Médecine Pratique, [titre d'après la table]
LES ELEMENS de la Médecine Pratique
, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de
quelques autres Médecins Anciens &Modernes
, où l'on traite des Maladies les plus
ordinaires à chaque âge , dans les différentes
ſaiſons de l'année , ſelon les différentes
conſtitutions de l'Air , ſous divers climats ,
& en particulier ſous celui de Beziers
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
avec des Remarques de Théorie & de Pratique
, pour fervir de Prodrome à une Hiftoire
Général des Maladies,par M. Bouillet ,
Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences , Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Profeffeur Royai des
Mathématiques , Sécrétaire de l'Académie
desSciences & Belles- Lettres de Beziers
& Médecin des Hôpitaux de la même Ville
, à Beziers , chés François Barbut , Imprimeur
du Roi , & de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres. Vol. in-4°. 1744.
>
Nous rendrons compte au Public de cer
Ouvrage , qui fera infiniment utile. On
ne peut donner de trop juſtes éloges à l'étenduë
des connoiſſances de l'Auteur.
, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de
quelques autres Médecins Anciens &Modernes
, où l'on traite des Maladies les plus
ordinaires à chaque âge , dans les différentes
ſaiſons de l'année , ſelon les différentes
conſtitutions de l'Air , ſous divers climats ,
& en particulier ſous celui de Beziers
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
avec des Remarques de Théorie & de Pratique
, pour fervir de Prodrome à une Hiftoire
Général des Maladies,par M. Bouillet ,
Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences , Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Profeffeur Royai des
Mathématiques , Sécrétaire de l'Académie
desSciences & Belles- Lettres de Beziers
& Médecin des Hôpitaux de la même Ville
, à Beziers , chés François Barbut , Imprimeur
du Roi , & de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres. Vol. in-4°. 1744.
>
Nous rendrons compte au Public de cer
Ouvrage , qui fera infiniment utile. On
ne peut donner de trop juſtes éloges à l'étenduë
des connoiſſances de l'Auteur.
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8679
p. 150
Nouveau Livre d'Ecriture, [titre d'après la table]
Début :
NOUVEAU Livre d'Ecriture, d'après les plus belles Piéces de Rossignol, pour [...]
Mots clefs :
Écriture, Louis Rossignol
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Livre d'Ecriture, [titre d'après la table]
NOUVEAU Livre d'Ecriture , d'après
les plus belles Piéces de Roffignol , pour
l'Inſtruction de la jeuneſſe & la fatisfaction
des curieux , gravé par Aubin , ſe vend à
Paris , chés Feffard Graveur , ruë de la
Harpe , vis- à- vis la ruë Serpente ; chés le
Clerc , Libraire au Palais , dans la Grande
Sale ; & chés Poirion , Libraire ruë S. Jacques
, à l'Empereur .
les plus belles Piéces de Roffignol , pour
l'Inſtruction de la jeuneſſe & la fatisfaction
des curieux , gravé par Aubin , ſe vend à
Paris , chés Feffard Graveur , ruë de la
Harpe , vis- à- vis la ruë Serpente ; chés le
Clerc , Libraire au Palais , dans la Grande
Sale ; & chés Poirion , Libraire ruë S. Jacques
, à l'Empereur .
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8680
p. 151
OUVERTURE du Collége Royal.
Début :
LES Professeurs du Collége Royal de France, fondé à Paris par le Roi François I, le Pere & [...]
Mots clefs :
Collège royal de France, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OUVERTURE du Collége Royal.
OUVERTURE du Collège Royal.
L
Es Profeſſeurs du Collége Royal de France ,
fondé à Paris par le Roi François I , le Pere &
le Reſtaurateur des Lettres , reprirent leurs exercices
le Lundi 23 Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui rempliffent aujourd'hui lesChaires de
ce fameux College , ſous l'Inſpection de M. l'Abbé
Vatry , de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , Profeſſeur Royal en Langue Grecque.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque .
Mrs Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques.
Mrs deCury & de Montcarville.
Pour la Philofophie.
Mrs Terraſſon &de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Souchay & Piat .
Pour la Médecine. ;
MrsBurette , Aſtruc , Dubois & Ferrein.
Pour la Langue Arabe .
Mrs Fourmont , & Petis de la Croix , Confeiller &
Interpréte ordinaire du Roi pour les Langues
Orientales .
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
Mr l'Abbé Fourmont.
L
Es Profeſſeurs du Collége Royal de France ,
fondé à Paris par le Roi François I , le Pere &
le Reſtaurateur des Lettres , reprirent leurs exercices
le Lundi 23 Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui rempliffent aujourd'hui lesChaires de
ce fameux College , ſous l'Inſpection de M. l'Abbé
Vatry , de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , Profeſſeur Royal en Langue Grecque.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque .
Mrs Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques.
Mrs deCury & de Montcarville.
Pour la Philofophie.
Mrs Terraſſon &de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Souchay & Piat .
Pour la Médecine. ;
MrsBurette , Aſtruc , Dubois & Ferrein.
Pour la Langue Arabe .
Mrs Fourmont , & Petis de la Croix , Confeiller &
Interpréte ordinaire du Roi pour les Langues
Orientales .
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
Mr l'Abbé Fourmont.
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8681
p. 152
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
HYACINTE RIGAUD, Ecuyer, Noble Citoyen de Perpignan, Chevalier de l'Ordre de S. [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Jean Mabillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLES .
HYACINTE RIGAUD , Ecuyer , Noble
Citoyen de Perpignan , Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Rovale de Peinture & Sculpture , né le 25
Juillet 1663 , mort à Paris le 29 Décembre 1744-
Cette Eſtampe eſt gravée par Ficquet , d'après
P'Original peint par M. Rigaud lui - même , dont on
a vú l'éloge au commencement de ce Volume , &
elle ſe vend chés Odieuvre , rue d'Anjou , la derniere
porte cochere en entrant par la ruë Dauphine.
DOM JEAN MABILLON , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1632 , & mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Deſprez le 27 Décembre 1707 , âgé de 76 ans.
Les excellens Ouvrages qu'a compoſés ce ſçavant
Bénédictin , font aflés ſon éloge , & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard , qu'ils ne
ſcachent depuis long tems .
L'Eſtampe eft gravée par Gaillard , & ſe vend
chés Odieuvre , qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Eſtampes.
HYACINTE RIGAUD , Ecuyer , Noble
Citoyen de Perpignan , Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Rovale de Peinture & Sculpture , né le 25
Juillet 1663 , mort à Paris le 29 Décembre 1744-
Cette Eſtampe eſt gravée par Ficquet , d'après
P'Original peint par M. Rigaud lui - même , dont on
a vú l'éloge au commencement de ce Volume , &
elle ſe vend chés Odieuvre , rue d'Anjou , la derniere
porte cochere en entrant par la ruë Dauphine.
DOM JEAN MABILLON , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1632 , & mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Deſprez le 27 Décembre 1707 , âgé de 76 ans.
Les excellens Ouvrages qu'a compoſés ce ſçavant
Bénédictin , font aflés ſon éloge , & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard , qu'ils ne
ſcachent depuis long tems .
L'Eſtampe eft gravée par Gaillard , & ſe vend
chés Odieuvre , qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Eſtampes.
Fermer
8682
p. 152-154
Essence Balsamique, [titre d'après la table]
Début :
L'ESSENCE BALSAMIQUE, Aromatique, & Anti-Vermineuse de M. de Pasturel, continuë [...]
Mots clefs :
Maladies, Remède, Vapeurs, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essence Balsamique, [titre d'après la table]
L'ESSENCE BALSAMIQUE
que, & Anti- Vermineuse de M.de Paſturel , continuë
à ſe diſtribuer avec fuccès ; plusieurs Médecins
qui en ont fait des épreuves dans les Hôpitaux ont
écrit au Miniſtre , pour qu'il leur en procurât , се
qui a déterminé beaucoup d'Officiers de la premiere
diſtinction d'en emporter à l'Armée , & le prenner
Médecin du Roi y en a auſſi porté .
Cette Quinteffence eſt bonne pour prévenir les
NOVEMBRE. 1744. 153
Maladies , fortifier les principales parties du corps ,
ranimer la nature affoiblie ou éteinte , elle paſſe
d'une maniere preſque inſenſible par les premieres
voyes , & guérit les Maladies qui ont leur fiége
dans ces parties ; ce Réméde eſt inmanquable contre
les indigeſtions , qui font l'origine de preſque
toutes les Maladies , contre toutes fortes de coliques
, dégoûts , maux de coeur , diarrhées & cours
de ventre , cette vertu le rend très-utile dans les
Armées, ou ces dernieres Maladies ſont ordinaires
&caufent la mort à beaucoup de braves gens qui
font utiles à l'Etat .
>
Elle eſt ſouveraine contre les Maladies caufées
par les obſtructions des vifceres , contre les pâles
couleurs , la jauniffe , l'hydropiſie , les vapeurs hyfteriques
& hypocondriaques , les palpitations de
coeur, les ventofités , la mauvaiſe halaine caufée
parde mauvaiſes digestions : elle facilire les accouchemens
cau- appaife les ddoouulleurs des reins
ſées par des glaires , ôte les dégoûts qu'on peut
avoir après avoir bû avec excès , abbat les vapeurs
du vin , & c'eſt un très-puiſſant apéritif , & quelque
fois purgatif.
C'eſt un préſervatif contre le mauvais air ,&
dans ce cas il est très-utile pour ceux qui voyagent
tant par Mer que par Terre , parce qu'il empêche
le fang de s'arrêter , ou de ſe corrompre ,& par fon
moyen on peut ſe garantir de la peſte , du ſcorbut
de Mer , & le guérir de la piqûre , on morſure de
toutes bêtes vénimeules ; on peut en toute fûreté en
faire uſage contre les fiévres malignes , putrides ,
vermineuſes & intermittentes.
Ce Reméde eſt également ſouverain contre toutes
les bleſſures , foit de fer , ſoit de feu ,& il les
garantitde la gangrene.
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ſouhaiteront de plus grands éclairciſſemenspourront
écrire à l'Auteur , qui leur fera
exactement réponſe , on aura ſoin d'affranchir les
Lettres ; il demeure à Paris ruë des Gravilliers
chés M. de Clermont ; il y a des Bouteilles de 6
liv. 12 liv. & 24 liv.
On diftribuë avec les Bouteilles un imprimé pour
inſtruire ſur la maniere d'employer le Réméde.
que, & Anti- Vermineuse de M.de Paſturel , continuë
à ſe diſtribuer avec fuccès ; plusieurs Médecins
qui en ont fait des épreuves dans les Hôpitaux ont
écrit au Miniſtre , pour qu'il leur en procurât , се
qui a déterminé beaucoup d'Officiers de la premiere
diſtinction d'en emporter à l'Armée , & le prenner
Médecin du Roi y en a auſſi porté .
Cette Quinteffence eſt bonne pour prévenir les
NOVEMBRE. 1744. 153
Maladies , fortifier les principales parties du corps ,
ranimer la nature affoiblie ou éteinte , elle paſſe
d'une maniere preſque inſenſible par les premieres
voyes , & guérit les Maladies qui ont leur fiége
dans ces parties ; ce Réméde eſt inmanquable contre
les indigeſtions , qui font l'origine de preſque
toutes les Maladies , contre toutes fortes de coliques
, dégoûts , maux de coeur , diarrhées & cours
de ventre , cette vertu le rend très-utile dans les
Armées, ou ces dernieres Maladies ſont ordinaires
&caufent la mort à beaucoup de braves gens qui
font utiles à l'Etat .
>
Elle eſt ſouveraine contre les Maladies caufées
par les obſtructions des vifceres , contre les pâles
couleurs , la jauniffe , l'hydropiſie , les vapeurs hyfteriques
& hypocondriaques , les palpitations de
coeur, les ventofités , la mauvaiſe halaine caufée
parde mauvaiſes digestions : elle facilire les accouchemens
cau- appaife les ddoouulleurs des reins
ſées par des glaires , ôte les dégoûts qu'on peut
avoir après avoir bû avec excès , abbat les vapeurs
du vin , & c'eſt un très-puiſſant apéritif , & quelque
fois purgatif.
C'eſt un préſervatif contre le mauvais air ,&
dans ce cas il est très-utile pour ceux qui voyagent
tant par Mer que par Terre , parce qu'il empêche
le fang de s'arrêter , ou de ſe corrompre ,& par fon
moyen on peut ſe garantir de la peſte , du ſcorbut
de Mer , & le guérir de la piqûre , on morſure de
toutes bêtes vénimeules ; on peut en toute fûreté en
faire uſage contre les fiévres malignes , putrides ,
vermineuſes & intermittentes.
Ce Reméde eſt également ſouverain contre toutes
les bleſſures , foit de fer , ſoit de feu ,& il les
garantitde la gangrene.
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ſouhaiteront de plus grands éclairciſſemenspourront
écrire à l'Auteur , qui leur fera
exactement réponſe , on aura ſoin d'affranchir les
Lettres ; il demeure à Paris ruë des Gravilliers
chés M. de Clermont ; il y a des Bouteilles de 6
liv. 12 liv. & 24 liv.
On diftribuë avec les Bouteilles un imprimé pour
inſtruire ſur la maniere d'employer le Réméde.
Fermer
8683
p. 154
« ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
Début :
ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...]
Mots clefs :
Opéra, Pantomime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
0
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
Fermer
8684
p. 154-160
« Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...]
Mots clefs :
Roi, Avocat, M. Argante, Fille, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Les Comédiens François ont toujours.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
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8685
p. 160-162
« La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
Début :
La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Amour français, Roi, Poète, Musicien, Coraline
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
La petite Piéce , intitulée le Génie de la
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
Fermer
8686
p. 162
« Le 19 Novembre, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...] »
Début :
Le 19 Novembre, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 19 Novembre, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...] »
Le 19 Novembre , les Comédiens François
repréſenterent à la Cour la Tragédie
de Manlius , & la Comédie de l'Etourderie.
Le Mardi 24 , les mêmes Comédiens repréſentérent
l'Andrienne & Crispin bel efprit
, & le Jeudi 26, la Mort de Pompée
& les Précieuses ridicules.
repréſenterent à la Cour la Tragédie
de Manlius , & la Comédie de l'Etourderie.
Le Mardi 24 , les mêmes Comédiens repréſentérent
l'Andrienne & Crispin bel efprit
, & le Jeudi 26, la Mort de Pompée
& les Précieuses ridicules.
Fermer
8687
p. 162
« Le 25, les Comédiens Italiens y joüerent l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dans [...] »
Début :
Le 25, les Comédiens Italiens y joüerent l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dans [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Coraline, Majestés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25, les Comédiens Italiens y joüerent l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dans [...] »
Le 25 , les Comédiens Italiens y joüerent
l'Esprit Follet , Comédie Italienne , dans
laquelle Mlle Coraline joüa pour la premiere
fois devant leurs Majestés , qui en
furent très-fatisfaites ,& confirmerent par
leurs fuffrages les applaudiſſemens du Pu
blic.
l'Esprit Follet , Comédie Italienne , dans
laquelle Mlle Coraline joüa pour la premiere
fois devant leurs Majestés , qui en
furent très-fatisfaites ,& confirmerent par
leurs fuffrages les applaudiſſemens du Pu
blic.
Fermer
8688
p. 163
TURQUIE.
Début :
ON a appris que l'armée du Grand Seigneur a remporté une victoire complette sur les Persans [...]
Mots clefs :
Victoire complète, Persans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
Optimi
a appris que l'armée du Grand Seigneur a
fans , qui l'ont attaquée près de Kars , & qui ont
perdu plusde 12000 hommes.
Optimi
a appris que l'armée du Grand Seigneur a
fans , qui l'ont attaquée près de Kars , & qui ont
perdu plusde 12000 hommes.
Fermer
8689
p. 163
RUSSIE.
Début :
ON apprend de Moscou, que le Baron de Neuhauff, Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Baron, États d'Allemagne, Traité d'union de Francfort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
;
N apprendde Moſcou, que le Baron de New apprendeu quele de l'Empereur
, & le Baron de Mardefeldt , Miniſtre du Roi
de Pruffe , ont invité le Duc de Holſtein par les ordres
de leurs Majeſtés Impériale & Prufſienne d'acceder
pour ſes Etats d'Allemagne au Traité d'Union
de Francfort.
;
N apprendde Moſcou, que le Baron de New apprendeu quele de l'Empereur
, & le Baron de Mardefeldt , Miniſtre du Roi
de Pruffe , ont invité le Duc de Holſtein par les ordres
de leurs Majeſtés Impériale & Prufſienne d'acceder
pour ſes Etats d'Allemagne au Traité d'Union
de Francfort.
Fermer
8690
p. 163-164
PRUSSE.
Début :
ON mande de Berlin du 2 de ce mois, que le Roi après avoir passé la Moldaw, avoit fait [...]
Mots clefs :
Roi, Charles de Lorraine, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRUSSE.
PRUSSE.
Nomande de
Ο Berlindu 2 de ce mois , que le
Roi après avoir paflé la Moldaw , avoit fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale , mais qu'ils ont toujours
évité la bataille , & qu'ils s'étoient retirés
dans des endroits , où on ne pouvoit les attaquer
fans beaucoup de rifque .
Sur l'avis qu'on a reçû d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
laMoldaw,craignant que les ennemis ne lui coupaſ
1
164 MERCURE DE FRANCE.
fent la communication avec ſes principaux mag
fins& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine après avoir paſſé le 1s du mois dernier la
Moldaw , & avoir été jointe par les troupes Saxonnes
, alla camper dans les environs deBeniſchau.
Le Roi ſe rapprocha le 25 de cette armée , &
étant arrivé en préſence des ennemis , il fit toutes
ſes diſpoſitions pour les engager à une action .
Le Prince Charles de Lorraine de ſon côté détacha
le Comte de Nadaſti à la tête de toute la Cavalerie
Hongroiſe, avec ordre de s'avancer à une petite
diſtance des Pruſſiens , qui firent fur cette Cavalerie
un feu très- vif d'artillerie & de mouſqueteric.
Elle fut miſe en déſordre, & les Pruſſiens ſe latoient
que le PrinceCharles de Lorraine marcheroit à fon
ſecours , & qu'il étoit dans la réſolution de hazarder
une bataille , lorſqu'ils s'apperçurent qu'il
s'étoit retiré ſur les montagnes le long de la
Sazawa. On ne poursuivit que juſqu'à une certaine
diſtance le Comte de Nadaſti , parce qu'ayant
rallié ſa Cavalerie , il prit le parti de la diviſer
en pluſieurs Corps , qui prirent des routes diffe
rentes .
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Charles
de Lorraine avoit deſſein de lui dérober une
marche , & de paſſer la Sazawa , S. M. le prévint ,
&elle occupa le camp de Piſcheli.
1500 des Soldats , qui ont été faits prifonniers
dans Prague , ſont entrés au ſervice du Roi , & le
reſte de l'ancienne garniſon de cette Place a été
envoyé à Spandau.
Nomande de
Ο Berlindu 2 de ce mois , que le
Roi après avoir paflé la Moldaw , avoit fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale , mais qu'ils ont toujours
évité la bataille , & qu'ils s'étoient retirés
dans des endroits , où on ne pouvoit les attaquer
fans beaucoup de rifque .
Sur l'avis qu'on a reçû d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
laMoldaw,craignant que les ennemis ne lui coupaſ
1
164 MERCURE DE FRANCE.
fent la communication avec ſes principaux mag
fins& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine après avoir paſſé le 1s du mois dernier la
Moldaw , & avoir été jointe par les troupes Saxonnes
, alla camper dans les environs deBeniſchau.
Le Roi ſe rapprocha le 25 de cette armée , &
étant arrivé en préſence des ennemis , il fit toutes
ſes diſpoſitions pour les engager à une action .
Le Prince Charles de Lorraine de ſon côté détacha
le Comte de Nadaſti à la tête de toute la Cavalerie
Hongroiſe, avec ordre de s'avancer à une petite
diſtance des Pruſſiens , qui firent fur cette Cavalerie
un feu très- vif d'artillerie & de mouſqueteric.
Elle fut miſe en déſordre, & les Pruſſiens ſe latoient
que le PrinceCharles de Lorraine marcheroit à fon
ſecours , & qu'il étoit dans la réſolution de hazarder
une bataille , lorſqu'ils s'apperçurent qu'il
s'étoit retiré ſur les montagnes le long de la
Sazawa. On ne poursuivit que juſqu'à une certaine
diſtance le Comte de Nadaſti , parce qu'ayant
rallié ſa Cavalerie , il prit le parti de la diviſer
en pluſieurs Corps , qui prirent des routes diffe
rentes .
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Charles
de Lorraine avoit deſſein de lui dérober une
marche , & de paſſer la Sazawa , S. M. le prévint ,
&elle occupa le camp de Piſcheli.
1500 des Soldats , qui ont été faits prifonniers
dans Prague , ſont entrés au ſervice du Roi , & le
reſte de l'ancienne garniſon de cette Place a été
envoyé à Spandau.
Fermer
8691
p. 165-167
ALLEMAGNE.
Début :
ON a appris de Bohême, que le Roi de Prusse, après cinq jours & demi de tranchée [...]
Mots clefs :
Armée, Troupes, Prague, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
a
Na appris de Bohême que le Roi de
Prufle , après cinq jours & demi de tranchée
ouverte , eſt entré dans la Ville de Prague.
La garniſon étoit composée de 22 Batail-
Jons, de 1000 Croates , de 400 Cavaliers, & de 300
Huſſards ; elle s'eſt renduë prifonniere de guerre ;
cette Place , défenduë par 16000 hommes , n'a pas
arrêté long-tems ſon vainqueur , qui de- là partic
avec ſon armée pour allerréduire les poſtes de Budſeiws
& Tabor, où il laiflé ſes gros bagages ; il
s'eſt campé très avantageuſement , ſa droite appuyée
à la riviere de la Moldaw , & fa gauche à
Keſtrzan , le centre à Tzernau. Sa pofition couvroit
ſes ponts de Teyn, ainſi que les Cercles de Kzelſin
&de Czaflau. S. M. Pr. toujours attentive à remplir
les fonctions d'un parfaitGénéral, n'a point ceſſéde
viſiter ſes quartiers &d'y donner des ordres, qui en
établiſſant leur sûreté , prouvent ſon intelligence
ſupérieure. Le Baron d'Enſiedel , Lieutenant Général
, eſt reſté à Prague pour y commander.
Il a fait publier différentes Ordonnances qui con
cernent la Police & la tranquillité publique , &
ſurtout unedéfenſe très rigoureuſe d'entretenir au
cune correſpondance avec les ennemis de l'Empereur.
La Ville lui a demandé d'être déchargée des
fortes taxes impoſées par la Cour de Vienne ; ce
Commandant a répondu que cela ne dépendoit
pas de fon Souverain , mais de l'Empereur. Il a été
ordonné que les Etudians de l'Univerſité , qui ont
pris les armes pendant le ſiége , ſeroient traités en
priſonniers de guerre , à moins qu'ils ne s'incorporaffant
dans les troupes de l'Empire ou de Pruſle .
Le 6 Octobre , le Baron d'Enfiedel célébra par
une Fête , où la Nobleffe & les Officiers furent ins
(
166 MERCURE DE FRANCE.
vités, les promptes victoires de ſon Roi.
La Princeſſe Royale de Pruſſe eſt accouchée le 25
Septembre à Berlin d'un Prince qui a été baptisé le
premier Octobre ,& nommé Frederic Guillaume.
On a appris depuis que leRoi de Pruſſe avoit repafſé
laMoldaw avec toute ſon armée,& que le Prince
Charles de Lorraine avoit détaché un Corps de
troupes ſous les ordres du Comte de Nadaſti & du
Général Ghilani , pour obſerver les mouvemens des
troupes Pruffiennes .
Les avis reçûs de Prague du 18 du mois dernier
portent que les mouvemens de l'armée de la Reine
de Hongrie , ayant donné lieu au Roi de Pruffe de
conjecturer que les ennemis vouloient ſe pofter entre
Prague & les troupes Pruſſiennes , ce Prince
s'étoit déterminé à ſe rap rocher de cette Ville ;
qu'il avoit retiré en même tems les Détachemens
qu'il avoit mis dans differens poſtes , particulierement
dans ceux de Tabor & de Budweiff , mais
que la garniſon qui étoit à Teyn n'ayant pas reçû
affés tôt l'ordre d'aller rejoindre l'armée, elle avoit
été attaquée par un Corps de troupes Hongroifes
fort ſupérieures en nombre , qui avoit fait prifonniers
pluſieurs Officiers & Soldats & mis le reſte en
fuite.
L'armée Pruſſienne par ſa nouvelle poſition a
confervé non ſeulement la communication avec
Prague , mais encore elle s'eſt maſe plus à portée
des magaſins établis dans les Cercles de Glatz & de
Buntzlau , & des ſubſiſtances qu'elle peut tirer par
l'Elbe & par la Sazawa.
Le 14 , un Corps de Cavalerie des troupes de la
Reine deHongrie paſſala Moldaw, & la plusgrande
partie de cette armée eſt reftée de l'autre côté de
cette riviere .
Ily a eu quelques eſcarmouches entre desDé
NOVEMBRE. 1744. 167
tachemensde la Cavalerie Légere des deux armées,
&la perte a éré à peu près égale de part& d'autre .
On mande de Vienne du 24 du mois dernier ,
que le 17 on y reçût avis que l'armée commandée
par le Prince Charlesde Lorraine avoit
paflé le 1s la Moldaw fur fix ponts , & que
cette armée n'étoit qu'à une petite diſtance de
celle du Roi de Pruſſe , qui étoit campé ſur le
bord de la Sazawa , & qui paroiſſoit déterminé à
riſquer une bataille.
Le Prince Charles de Lorraine a détaché un Corps
de 1000 hommes de Cavalerie fous les ordresduGé.
néral Kuſtein & du Comte da Collowrath , pour
obſerver les mouvemens des troupes Pruſſiennes.
On a appris depuis que l'armée Prufſienne fit
le 25 du mois dernier un mouvement pour s'approcher
de celle de la Reine de Hongrie, & qu'elle
s'eſt poſtée ſur des hauteurs dans une ſituation fort
avantageuſe.
Deux Corps de troupes Prufſiennes ont pénetré
en Moravie , l'un par le Pas de Mora , l'autre par
Lanzaron & par Gegerſberg , & ils ont mis à contribution
les Villes de Goldſtein , de Triban , de
Hohenfſtadt & de Schildberg.
a
Na appris de Bohême que le Roi de
Prufle , après cinq jours & demi de tranchée
ouverte , eſt entré dans la Ville de Prague.
La garniſon étoit composée de 22 Batail-
Jons, de 1000 Croates , de 400 Cavaliers, & de 300
Huſſards ; elle s'eſt renduë prifonniere de guerre ;
cette Place , défenduë par 16000 hommes , n'a pas
arrêté long-tems ſon vainqueur , qui de- là partic
avec ſon armée pour allerréduire les poſtes de Budſeiws
& Tabor, où il laiflé ſes gros bagages ; il
s'eſt campé très avantageuſement , ſa droite appuyée
à la riviere de la Moldaw , & fa gauche à
Keſtrzan , le centre à Tzernau. Sa pofition couvroit
ſes ponts de Teyn, ainſi que les Cercles de Kzelſin
&de Czaflau. S. M. Pr. toujours attentive à remplir
les fonctions d'un parfaitGénéral, n'a point ceſſéde
viſiter ſes quartiers &d'y donner des ordres, qui en
établiſſant leur sûreté , prouvent ſon intelligence
ſupérieure. Le Baron d'Enſiedel , Lieutenant Général
, eſt reſté à Prague pour y commander.
Il a fait publier différentes Ordonnances qui con
cernent la Police & la tranquillité publique , &
ſurtout unedéfenſe très rigoureuſe d'entretenir au
cune correſpondance avec les ennemis de l'Empereur.
La Ville lui a demandé d'être déchargée des
fortes taxes impoſées par la Cour de Vienne ; ce
Commandant a répondu que cela ne dépendoit
pas de fon Souverain , mais de l'Empereur. Il a été
ordonné que les Etudians de l'Univerſité , qui ont
pris les armes pendant le ſiége , ſeroient traités en
priſonniers de guerre , à moins qu'ils ne s'incorporaffant
dans les troupes de l'Empire ou de Pruſle .
Le 6 Octobre , le Baron d'Enfiedel célébra par
une Fête , où la Nobleffe & les Officiers furent ins
(
166 MERCURE DE FRANCE.
vités, les promptes victoires de ſon Roi.
La Princeſſe Royale de Pruſſe eſt accouchée le 25
Septembre à Berlin d'un Prince qui a été baptisé le
premier Octobre ,& nommé Frederic Guillaume.
On a appris depuis que leRoi de Pruſſe avoit repafſé
laMoldaw avec toute ſon armée,& que le Prince
Charles de Lorraine avoit détaché un Corps de
troupes ſous les ordres du Comte de Nadaſti & du
Général Ghilani , pour obſerver les mouvemens des
troupes Pruffiennes .
Les avis reçûs de Prague du 18 du mois dernier
portent que les mouvemens de l'armée de la Reine
de Hongrie , ayant donné lieu au Roi de Pruffe de
conjecturer que les ennemis vouloient ſe pofter entre
Prague & les troupes Pruſſiennes , ce Prince
s'étoit déterminé à ſe rap rocher de cette Ville ;
qu'il avoit retiré en même tems les Détachemens
qu'il avoit mis dans differens poſtes , particulierement
dans ceux de Tabor & de Budweiff , mais
que la garniſon qui étoit à Teyn n'ayant pas reçû
affés tôt l'ordre d'aller rejoindre l'armée, elle avoit
été attaquée par un Corps de troupes Hongroifes
fort ſupérieures en nombre , qui avoit fait prifonniers
pluſieurs Officiers & Soldats & mis le reſte en
fuite.
L'armée Pruſſienne par ſa nouvelle poſition a
confervé non ſeulement la communication avec
Prague , mais encore elle s'eſt maſe plus à portée
des magaſins établis dans les Cercles de Glatz & de
Buntzlau , & des ſubſiſtances qu'elle peut tirer par
l'Elbe & par la Sazawa.
Le 14 , un Corps de Cavalerie des troupes de la
Reine deHongrie paſſala Moldaw, & la plusgrande
partie de cette armée eſt reftée de l'autre côté de
cette riviere .
Ily a eu quelques eſcarmouches entre desDé
NOVEMBRE. 1744. 167
tachemensde la Cavalerie Légere des deux armées,
&la perte a éré à peu près égale de part& d'autre .
On mande de Vienne du 24 du mois dernier ,
que le 17 on y reçût avis que l'armée commandée
par le Prince Charlesde Lorraine avoit
paflé le 1s la Moldaw fur fix ponts , & que
cette armée n'étoit qu'à une petite diſtance de
celle du Roi de Pruſſe , qui étoit campé ſur le
bord de la Sazawa , & qui paroiſſoit déterminé à
riſquer une bataille.
Le Prince Charles de Lorraine a détaché un Corps
de 1000 hommes de Cavalerie fous les ordresduGé.
néral Kuſtein & du Comte da Collowrath , pour
obſerver les mouvemens des troupes Pruſſiennes.
On a appris depuis que l'armée Prufſienne fit
le 25 du mois dernier un mouvement pour s'approcher
de celle de la Reine de Hongrie, & qu'elle
s'eſt poſtée ſur des hauteurs dans une ſituation fort
avantageuſe.
Deux Corps de troupes Prufſiennes ont pénetré
en Moravie , l'un par le Pas de Mora , l'autre par
Lanzaron & par Gegerſberg , & ils ont mis à contribution
les Villes de Goldſtein , de Triban , de
Hohenfſtadt & de Schildberg.
Fermer
8692
p. 167-171
SAXE.
Début :
ON a appris de Dresde, du 19 du mois dernier, que la Régence de cet Electorat ayant refusé [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Troupes, Reine de Hongrie, Ennemis, Saxe, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SAXE.
SAXE.
N a appris de Dreſde , du 29 du mois dernier,
que la Régence de cet Electorat ayant refuſé
le paſſage que le Roi de Pruſſe lui a fait demander
pour 30000 hommes de troupes Pruffiennes , on
étoit fort inquiet des ſuitesqu'aura cette démarche,,
que l'on craint que ces troupes it'entreprennent de
paffer malgré ce refus , & qu'on a fait partir plu-
Geurs chariots chargés d'armes qu'on a tirées de
l'Arsenal de Dreſde , & qu'on deſtine pour armer
leshabitansdes montagnes.
168 MERCURE DE FRANCE.
en
On a appris depuis dus de ce mois que M. de
Wallenrodt , Envoyé du Roi de Pruſſe a remis aux
Miniſtres du Roi de Pologne un Reſcrit , qui porte
que le renouvellement du Traité conclu
1732 entre les Cours de Vienne & de Dreſde , n'obligeant
en nulle façon cette derniere de fournir
des troupes auxiliaires à la Reine de Hongrie , &
aucun des articles de ce Traité n'ayant directement
ni indirectement rapport à la guerre qui diviſe
préſentement l'Empire , S. M. Pr. ne peut enviſager
que comme une rupture du Roi de Pologne
Electeur de Saxe avec elle la jonction des
troupes Saxonnes avec celles de S. M. H. que le
Roi de Pruſſe prie S. M. Pol. de conſidérer quelles
réſolutions il eſt autorisé & même forcé de prendre
pour s'oppoſer aux deſſeins qu'on paroît méditer
contre lui ; qu'on ne ſera point en droit de lui reprocher
les inconveniens qui pourront réſulter de
ladémarche de cette Cour , & qu'il eſpére que le
Roi de Pologne ne voudra rien précipiter dans une
affaire de cette importance , ni porter les chofes à
une extrêmité , qui pourroit teannddrree a la ruine de
leurs Etats reſpectifs .
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a répondu
àce Reſcrit qu'à la vérité par le renouvellement du
Traité de 1732 , il n'étoit point dans l'obligation
de faire marcher des troupes au ſecours de la
Reine de Hongrie , mais que rien n'a pû ni dû
empêcher S. M. d'entrer depuis dans les liaiſons
qui lui ont paru convenables pour la fûreté de fon
Electorat ; qu'en faiſant attention à la fituation de
ſes Etats d'Allemagne , il a jugé néceſſaire de conclure
avec S. M. H. la convention échangée le 13
du mois de Mai dernier , par laquelle cette Princeffe
& S. M. fe garantiffent mutuellement la poc
ſeſſion de la Saxe , de la Boheme & de l'Autriche ,
que
NOVEMBRE. 1744. 169
que d'ailleurs il n'eſt point extraordinaire qu'un
Prince donne,des Troupes à un autre , fans prendre
part aux guerres dans lesquelles la Puiſſance
ſecouruë eſt engagée ; que le Roi de Pruſſe luimême
, en entrant en Boheme avec cent mille
hommes , pour ſoûtenir les intérêts de l'Empereur
, a déclaré qu'il ne prétendoit pas pour cela
contrevenir à ſes engagemens pris par le Traité
de Breſlau ; qu'ainſi le Roi s'en tient à la déclaration
qui a été faite de ſa part à la Cour de Berlin &
à pluſieurs autres Cours , lorſqu'il a pris la réſolution
d'ordonner à ſes Troupes d'aller joindre celles
de la Reine de Hongrie.
On a appris de Berlin , du 10 Novembre , que
lesTroupes que commande le Général Marwitz &
qui étoient campées près de Troppau dans la Haute
Silefie , ſe ſont miſes en marche, pour aller prendre
des quartiers de cantonnement dans les environs
de Breſlau .
Le Roide Pruſſe a fait publier un Décret , pour
rappelter tous ceux de ſes Sujets qui fervent dans
les Troupes , ou qui font établis dans les Etats de la
Reine de Hongrie , ce Décret porte que le Roi
'ayant été informé qu'auſſi tốt après qu'il a fait entrer
dansle Royaume de Boheme ſes Troupes , en
qualité d'auxiliaires de l'Empereur , la Cour de
Vienne avoit ménacé par un Edit tous les Hongrois
qui étoient actuellement dans les Troupes
Pruffiennes , de les déclarer traîtres à la Patrie , &
de confiſquer leurs biens , s'ils ne quittoient pas
le ſervice du Roi ; S. M. ordonne non- feulement à
ſes Vaffaux & Sujets du Royaume de Pruſſe , de la
Marche de Brandebourg & de ſes autres anciennespoffeffions
, mais encore à ceux du Duché de,
Siléſie , même à ceux , qui ſans être nés dans ce
Duché , y poſſédent desbiens , & qui font attachés
11. Vol. H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
à la Reine de Hongrie par des Emplois Militaires
ou Civils , ou qui demeurent dans quelques- uns des
Pays de la domination de cette Princeſſe , de ſe
rendre d'ici à deux mois dans les Etats de S. M. que
ceux qui le conformeront aux intentions de S. M.
peuvent espérer d'être employés convenablement
à leur naiffance & à leur rang , qu'au contraire
ceux qui réfuferont d'obéir , encoureront l'indignation
du Roi , & que la confiſcation de leurs
biens fera deſtinée à dédommager les Hongrois ,
qui auront perdu les leurs par leur attachement au
ſervice de S. M.
On mande du Camp du Roi de Prufſe près de
Piſcheli du 28 du mois dernier , que ſur l'avis qu'on
avoit reçu d'un nouveau mouvement fait par l'armée
de la Reine de Hongrie ,le Roi , après avoir
reconnu la poſition des ennemis , fit marcher le
26 fur plufieurs colonnes ſes Troupes , dont l'avant
garde s'avança à un quart de lieue du Camp
du Prince Charles de Lorraine. Les Troupes Pruffiennes
ſe poſterent fur les hauteurs voilines de celles
que les ennemis occupoient , & l'on eſpéroit de
les engager à une action , mais des marais impraticables
, empêcherent les Pruffiens d'aller plus
avant , & il n'y eut que de légeres eſcarmouches.
L'armée de la Reine de Hongrie ayant commencé
à défiler par fa gauche , on la ſuivit , pour
tâcher de la prendre en flanc , mais le terrain qui la
féparoit des Pruffiens , étant par tout rempli d'érangs
, de ravines & de fondrieres , il n'y eut pas
moyen d'approcher des ennemis , & le Roi prit le
parti de tetourner dans le Camp de Piſcheli .
Le Comte de Naffau , que le Roi avoit détaché
pour s'emparer de Cammerſbourg , ayant été averti
dans ſa marche par ſes Eſpions qu'un Corps
conſidérable des ennemis , commandé par le Prince
NOVEMBRE. 1744. 171
Eſterhaſi , étoit venu camper dans les environs de
ce poſte , il prit le parti d'attaquer ce Corps. Dans
cedeſſein , il fit paſſer à fon Infanterie quelques
défilés qu'elle franchit ſans obstacle , & la Cavalerie
ayant ſuivi l'Infanterie , le Comte de Naffau
ſe diſpoſa à charger l'ennemi. Le Prince Efterhaſi
fit mine de vouloir accepter le combat , mais
quand il vit que le Comte de Naſſau avoit de l'Artillerie
, il abandonna ſon Camp , après avoir rétiré
la garniſon qui étoit dans Cammerſbourg. Le
Comte de Naſſau fit auffi-tôt occuper ce poſte , &
lemême jour il ſe rendit maître de celui de Sazawa.
Le 19 du mois dernier , un Détachement de
1500 Grenadiers des ennemis ſoûtenus de 600 des
Huffards qu'ils ont fait venir de Moravie , tenta
d'emporter d'affaut la Ville de Parduwitz , & fut
repouffé par le Bataillon Proffien , qui y étoit en
garniſon , ſous les ordres du Colonel Zimmernow ;
il y eut en cette occaſion 40 hommes de tués &
plus de 60 de bleſſés du côté des ennemis ; on leur
a fait un Officier & 43 Soldats priſonniers , & on
n'a eu que fix hommes de bleſſés , & le Colonel
Zimmernow eſt de ce nombre ; il a un bras caffé &
& une bleſſure à la tête.
N a appris de Dreſde , du 29 du mois dernier,
que la Régence de cet Electorat ayant refuſé
le paſſage que le Roi de Pruſſe lui a fait demander
pour 30000 hommes de troupes Pruffiennes , on
étoit fort inquiet des ſuitesqu'aura cette démarche,,
que l'on craint que ces troupes it'entreprennent de
paffer malgré ce refus , & qu'on a fait partir plu-
Geurs chariots chargés d'armes qu'on a tirées de
l'Arsenal de Dreſde , & qu'on deſtine pour armer
leshabitansdes montagnes.
168 MERCURE DE FRANCE.
en
On a appris depuis dus de ce mois que M. de
Wallenrodt , Envoyé du Roi de Pruſſe a remis aux
Miniſtres du Roi de Pologne un Reſcrit , qui porte
que le renouvellement du Traité conclu
1732 entre les Cours de Vienne & de Dreſde , n'obligeant
en nulle façon cette derniere de fournir
des troupes auxiliaires à la Reine de Hongrie , &
aucun des articles de ce Traité n'ayant directement
ni indirectement rapport à la guerre qui diviſe
préſentement l'Empire , S. M. Pr. ne peut enviſager
que comme une rupture du Roi de Pologne
Electeur de Saxe avec elle la jonction des
troupes Saxonnes avec celles de S. M. H. que le
Roi de Pruſſe prie S. M. Pol. de conſidérer quelles
réſolutions il eſt autorisé & même forcé de prendre
pour s'oppoſer aux deſſeins qu'on paroît méditer
contre lui ; qu'on ne ſera point en droit de lui reprocher
les inconveniens qui pourront réſulter de
ladémarche de cette Cour , & qu'il eſpére que le
Roi de Pologne ne voudra rien précipiter dans une
affaire de cette importance , ni porter les chofes à
une extrêmité , qui pourroit teannddrree a la ruine de
leurs Etats reſpectifs .
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a répondu
àce Reſcrit qu'à la vérité par le renouvellement du
Traité de 1732 , il n'étoit point dans l'obligation
de faire marcher des troupes au ſecours de la
Reine de Hongrie , mais que rien n'a pû ni dû
empêcher S. M. d'entrer depuis dans les liaiſons
qui lui ont paru convenables pour la fûreté de fon
Electorat ; qu'en faiſant attention à la fituation de
ſes Etats d'Allemagne , il a jugé néceſſaire de conclure
avec S. M. H. la convention échangée le 13
du mois de Mai dernier , par laquelle cette Princeffe
& S. M. fe garantiffent mutuellement la poc
ſeſſion de la Saxe , de la Boheme & de l'Autriche ,
que
NOVEMBRE. 1744. 169
que d'ailleurs il n'eſt point extraordinaire qu'un
Prince donne,des Troupes à un autre , fans prendre
part aux guerres dans lesquelles la Puiſſance
ſecouruë eſt engagée ; que le Roi de Pruſſe luimême
, en entrant en Boheme avec cent mille
hommes , pour ſoûtenir les intérêts de l'Empereur
, a déclaré qu'il ne prétendoit pas pour cela
contrevenir à ſes engagemens pris par le Traité
de Breſlau ; qu'ainſi le Roi s'en tient à la déclaration
qui a été faite de ſa part à la Cour de Berlin &
à pluſieurs autres Cours , lorſqu'il a pris la réſolution
d'ordonner à ſes Troupes d'aller joindre celles
de la Reine de Hongrie.
On a appris de Berlin , du 10 Novembre , que
lesTroupes que commande le Général Marwitz &
qui étoient campées près de Troppau dans la Haute
Silefie , ſe ſont miſes en marche, pour aller prendre
des quartiers de cantonnement dans les environs
de Breſlau .
Le Roide Pruſſe a fait publier un Décret , pour
rappelter tous ceux de ſes Sujets qui fervent dans
les Troupes , ou qui font établis dans les Etats de la
Reine de Hongrie , ce Décret porte que le Roi
'ayant été informé qu'auſſi tốt après qu'il a fait entrer
dansle Royaume de Boheme ſes Troupes , en
qualité d'auxiliaires de l'Empereur , la Cour de
Vienne avoit ménacé par un Edit tous les Hongrois
qui étoient actuellement dans les Troupes
Pruffiennes , de les déclarer traîtres à la Patrie , &
de confiſquer leurs biens , s'ils ne quittoient pas
le ſervice du Roi ; S. M. ordonne non- feulement à
ſes Vaffaux & Sujets du Royaume de Pruſſe , de la
Marche de Brandebourg & de ſes autres anciennespoffeffions
, mais encore à ceux du Duché de,
Siléſie , même à ceux , qui ſans être nés dans ce
Duché , y poſſédent desbiens , & qui font attachés
11. Vol. H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
à la Reine de Hongrie par des Emplois Militaires
ou Civils , ou qui demeurent dans quelques- uns des
Pays de la domination de cette Princeſſe , de ſe
rendre d'ici à deux mois dans les Etats de S. M. que
ceux qui le conformeront aux intentions de S. M.
peuvent espérer d'être employés convenablement
à leur naiffance & à leur rang , qu'au contraire
ceux qui réfuferont d'obéir , encoureront l'indignation
du Roi , & que la confiſcation de leurs
biens fera deſtinée à dédommager les Hongrois ,
qui auront perdu les leurs par leur attachement au
ſervice de S. M.
On mande du Camp du Roi de Prufſe près de
Piſcheli du 28 du mois dernier , que ſur l'avis qu'on
avoit reçu d'un nouveau mouvement fait par l'armée
de la Reine de Hongrie ,le Roi , après avoir
reconnu la poſition des ennemis , fit marcher le
26 fur plufieurs colonnes ſes Troupes , dont l'avant
garde s'avança à un quart de lieue du Camp
du Prince Charles de Lorraine. Les Troupes Pruffiennes
ſe poſterent fur les hauteurs voilines de celles
que les ennemis occupoient , & l'on eſpéroit de
les engager à une action , mais des marais impraticables
, empêcherent les Pruffiens d'aller plus
avant , & il n'y eut que de légeres eſcarmouches.
L'armée de la Reine de Hongrie ayant commencé
à défiler par fa gauche , on la ſuivit , pour
tâcher de la prendre en flanc , mais le terrain qui la
féparoit des Pruffiens , étant par tout rempli d'érangs
, de ravines & de fondrieres , il n'y eut pas
moyen d'approcher des ennemis , & le Roi prit le
parti de tetourner dans le Camp de Piſcheli .
Le Comte de Naffau , que le Roi avoit détaché
pour s'emparer de Cammerſbourg , ayant été averti
dans ſa marche par ſes Eſpions qu'un Corps
conſidérable des ennemis , commandé par le Prince
NOVEMBRE. 1744. 171
Eſterhaſi , étoit venu camper dans les environs de
ce poſte , il prit le parti d'attaquer ce Corps. Dans
cedeſſein , il fit paſſer à fon Infanterie quelques
défilés qu'elle franchit ſans obstacle , & la Cavalerie
ayant ſuivi l'Infanterie , le Comte de Naffau
ſe diſpoſa à charger l'ennemi. Le Prince Efterhaſi
fit mine de vouloir accepter le combat , mais
quand il vit que le Comte de Naſſau avoit de l'Artillerie
, il abandonna ſon Camp , après avoir rétiré
la garniſon qui étoit dans Cammerſbourg. Le
Comte de Naſſau fit auffi-tôt occuper ce poſte , &
lemême jour il ſe rendit maître de celui de Sazawa.
Le 19 du mois dernier , un Détachement de
1500 Grenadiers des ennemis ſoûtenus de 600 des
Huffards qu'ils ont fait venir de Moravie , tenta
d'emporter d'affaut la Ville de Parduwitz , & fut
repouffé par le Bataillon Proffien , qui y étoit en
garniſon , ſous les ordres du Colonel Zimmernow ;
il y eut en cette occaſion 40 hommes de tués &
plus de 60 de bleſſés du côté des ennemis ; on leur
a fait un Officier & 43 Soldats priſonniers , & on
n'a eu que fix hommes de bleſſés , & le Colonel
Zimmernow eſt de ce nombre ; il a un bras caffé &
& une bleſſure à la tête.
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8693
p. 171-174
HAMBOURG.
Début :
LE 28 Août, le Comte de Flemming, Grand Général d'Artillerie de Lithuanie, obtint une [...]
Mots clefs :
Comte, Charles de Lorraine, Reine de Hongrie, Général, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HAMBOURG.
HAMBOURG.
E 28 Août , le Comte de Flemming , Grand
Général d'Artillerie de Lithuanie , obtint une
audience de la Czarine à Kiovie , où il la complimenta
fur fon heureuſe arrivée de la part du Roi
&de la République de Pologne.
Le Comte de Roſemberg, Miniſtre de la Reine
deHongrie est arrivé à Moſcou , mais il n'a point
encore vû leComte de Beſtuchef.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
On a diftribué des quartiers aux Troupes Ruf
fiennes revenues de Suéde . Le Général Keith & le
Major Général Lapuchin étoient campés à Revel
avec quatre Régimens. Perna étoit occupé par un
ſemblable nombre de Régimens , commandés par le
Lieutenant Feldt Maréchal Solkiow & par le MajorGénéral
Stuart. Ils devoient remplir ainſi pluſieurs
Villages près de Dorpt. Le Régiment de Cajan ,
ſous les ordres du Brigadier Général Czernichow ,
étoit à Nerva, & le Régiment des Grenadiers s'étoit
tranſporté ſur dix Galeres à Peteſbourg : on a défarmé
dans le Port de Cromſtadt la Flotte de Ruffie.
On apprend de Coppenhague qu'on eſpéroit que le
Négociation dont le Comte de Hoften étoit chargé
auprès de la Czarine pour les affaires du Holftein
ſeroit ſuivie d'un heureux ſuccès . S. M. Czar . a
envoyée l'Ordre de S. Alexandre Newſki au Baron
de Korff , ſon Miniſtre à la Cour de Dannemarc ,
On réparoit avec activité les Fortifications de
Vienne , & la Reine de Hongrie a dépêché des Lettres
Circulaires pour ordonner à la Nobleſſe de ce
Royaume d'aller joindre le Prince Charles de Lorraine,&
on prétendoit que divers Comtes ont pro
mis d'entretenir un corpsddeeTroupes pour le ſervice
de leur Souveraine.
La premiere colonne de l'Armée du Prince
Charles de Lorraine arriva le 16 Septembre à Dietf.
furth. Le même jour , la ſeconde colonne campa
Althmuhl .
La Ville de Neumarch a été ſurpriſe par le Partiſan
Geſchrei , qui a taillé en piécès la garniſon
miſe par la Reine de Hongrie.
Les troupes de cette Princeſſe , qui bloquoient
la Fortereffe de Roſemberg , ſe ſont rétirées précipitamment
ſur la nouvelle de l'approche du Marquis
de S. Germain , détaché par le Baren de
NOVEMBRE. 1744. 173
Seckendorf pour les attaquer avec un corps de
troupes Impérialesí
Ondifoit que le Prince Lubomirſki , Caſtellan
de Cracovie a promis au Miniſtre de la Reine de
Hongrie auprès de la République de Pologne ,
qu'il leveroit dans ſes terres douze mille hommes
àſon ſervice.
Le 22 Septembre , une violente tempête fit périr
ou échouer cent cinquante Vaiſſeaux , qui le jour
précédent étoient partis de Hambourg pour la Hollande.
Le 15 Septembre , le Marquis de Lanmari , Ambaſſadeur
de France en Suéde , célébra à Stoxolm
le rétabliſſement de la ſanté du Roi ſon Maître ,
par un Te Deum , chanté avec la plus éclatante ſolemnitédans
la Chapelle de ſon Hôtel , & le lendemain
il paya les Comédiens François & la Troupe
Suédoiſe , pour donner gratis au Peuple des Comédies
, précédées d'un Prologue & mêlées d'In
termedes.
On affûre que la Suéde a accédé au Traité de
Francfort, pour les Domaines qu'elle pofféde dans
le Duché de Pomeranie.
Dès que le Prince Charles de Lorraine eut joint
le 27 Septembre l'armée de la Reine de Hongrie
, leComte de Traun en céda le commandement
à ce Prince , & les corps commandés par les
Généraux Feſtetits & Bathiany ſe ſont répliés .
On mande de Hambourg du 16 de ce mois ,
qu'on y a reçû avis de Boheme , que le 30 du mois
dernier l'armée commandée par le Prince Charles
de Lorraine étoit décampée , & qu'elle s'étoit avancée
à Tanawitz ſur la Frontière du Cercle de
Czaſlau ; que les Troupes Saxonnes qui étoient reftées
à Biftritz , n'avoient pû réjoindre que quelques
jours après cette armée , & que le Prince
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
Charles de Lorraine avoit détaché le Comte de
Nadaſti & le Général Ghilani , pour obſerver les
mouvemens des Troupes Pruſſiennes.
E 28 Août , le Comte de Flemming , Grand
Général d'Artillerie de Lithuanie , obtint une
audience de la Czarine à Kiovie , où il la complimenta
fur fon heureuſe arrivée de la part du Roi
&de la République de Pologne.
Le Comte de Roſemberg, Miniſtre de la Reine
deHongrie est arrivé à Moſcou , mais il n'a point
encore vû leComte de Beſtuchef.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
On a diftribué des quartiers aux Troupes Ruf
fiennes revenues de Suéde . Le Général Keith & le
Major Général Lapuchin étoient campés à Revel
avec quatre Régimens. Perna étoit occupé par un
ſemblable nombre de Régimens , commandés par le
Lieutenant Feldt Maréchal Solkiow & par le MajorGénéral
Stuart. Ils devoient remplir ainſi pluſieurs
Villages près de Dorpt. Le Régiment de Cajan ,
ſous les ordres du Brigadier Général Czernichow ,
étoit à Nerva, & le Régiment des Grenadiers s'étoit
tranſporté ſur dix Galeres à Peteſbourg : on a défarmé
dans le Port de Cromſtadt la Flotte de Ruffie.
On apprend de Coppenhague qu'on eſpéroit que le
Négociation dont le Comte de Hoften étoit chargé
auprès de la Czarine pour les affaires du Holftein
ſeroit ſuivie d'un heureux ſuccès . S. M. Czar . a
envoyée l'Ordre de S. Alexandre Newſki au Baron
de Korff , ſon Miniſtre à la Cour de Dannemarc ,
On réparoit avec activité les Fortifications de
Vienne , & la Reine de Hongrie a dépêché des Lettres
Circulaires pour ordonner à la Nobleſſe de ce
Royaume d'aller joindre le Prince Charles de Lorraine,&
on prétendoit que divers Comtes ont pro
mis d'entretenir un corpsddeeTroupes pour le ſervice
de leur Souveraine.
La premiere colonne de l'Armée du Prince
Charles de Lorraine arriva le 16 Septembre à Dietf.
furth. Le même jour , la ſeconde colonne campa
Althmuhl .
La Ville de Neumarch a été ſurpriſe par le Partiſan
Geſchrei , qui a taillé en piécès la garniſon
miſe par la Reine de Hongrie.
Les troupes de cette Princeſſe , qui bloquoient
la Fortereffe de Roſemberg , ſe ſont rétirées précipitamment
ſur la nouvelle de l'approche du Marquis
de S. Germain , détaché par le Baren de
NOVEMBRE. 1744. 173
Seckendorf pour les attaquer avec un corps de
troupes Impérialesí
Ondifoit que le Prince Lubomirſki , Caſtellan
de Cracovie a promis au Miniſtre de la Reine de
Hongrie auprès de la République de Pologne ,
qu'il leveroit dans ſes terres douze mille hommes
àſon ſervice.
Le 22 Septembre , une violente tempête fit périr
ou échouer cent cinquante Vaiſſeaux , qui le jour
précédent étoient partis de Hambourg pour la Hollande.
Le 15 Septembre , le Marquis de Lanmari , Ambaſſadeur
de France en Suéde , célébra à Stoxolm
le rétabliſſement de la ſanté du Roi ſon Maître ,
par un Te Deum , chanté avec la plus éclatante ſolemnitédans
la Chapelle de ſon Hôtel , & le lendemain
il paya les Comédiens François & la Troupe
Suédoiſe , pour donner gratis au Peuple des Comédies
, précédées d'un Prologue & mêlées d'In
termedes.
On affûre que la Suéde a accédé au Traité de
Francfort, pour les Domaines qu'elle pofféde dans
le Duché de Pomeranie.
Dès que le Prince Charles de Lorraine eut joint
le 27 Septembre l'armée de la Reine de Hongrie
, leComte de Traun en céda le commandement
à ce Prince , & les corps commandés par les
Généraux Feſtetits & Bathiany ſe ſont répliés .
On mande de Hambourg du 16 de ce mois ,
qu'on y a reçû avis de Boheme , que le 30 du mois
dernier l'armée commandée par le Prince Charles
de Lorraine étoit décampée , & qu'elle s'étoit avancée
à Tanawitz ſur la Frontière du Cercle de
Czaſlau ; que les Troupes Saxonnes qui étoient reftées
à Biftritz , n'avoient pû réjoindre que quelques
jours après cette armée , & que le Prince
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
Charles de Lorraine avoit détaché le Comte de
Nadaſti & le Général Ghilani , pour obſerver les
mouvemens des Troupes Pruſſiennes.
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8694
p. 174
POLOGNE.
Début :
LE cinq Septembre le Roi donna l'audience de congé à l'Envoyé du Kan des Tartares de Krimée, [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Tsarine, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
Ecinq Septembre le Roi donna l'audience de
Longeàl'envoyé duKandes Tartares deKri
mée , qui enfuite dîna chés le Comte Poniatouſki
Palatin de Maſovie.
Dans le Senatus Confilium tenu par le Roi le
30 Août dernier , il a été réſolu qu'à la prochaine
Diette on repréſenteroit la néceſſité de recommencer
les Conférences avec les Miniſtres Etrangers
, de régler avec ceux du Roi de Pruffle tout ce
qui regarde le paſſage que la République s'eſt engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Pruffiennes toutes les fois qu'elle en ſeroit
requife.
On propoſera à la même Aſſemblée d'accorder
àla Czarine le titre d'Impératrice , demandé depuis
long- tems par cette Princeſſe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
de la Czarine , doit aller inceſſamment réſider en
cette qualité auprès de l'Empereur , & il fera remplacé
à Varſovie par le Comte de Beſtuchef , qui
eft actuellement à Berlin .
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel fon Plénipotentiaire
en cette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron , & le Genéral
Biſmark ſont arrivés de Siberie ; & le bruit
court que les deux premiers ſe retireront en Curlande.
Ecinq Septembre le Roi donna l'audience de
Longeàl'envoyé duKandes Tartares deKri
mée , qui enfuite dîna chés le Comte Poniatouſki
Palatin de Maſovie.
Dans le Senatus Confilium tenu par le Roi le
30 Août dernier , il a été réſolu qu'à la prochaine
Diette on repréſenteroit la néceſſité de recommencer
les Conférences avec les Miniſtres Etrangers
, de régler avec ceux du Roi de Pruffle tout ce
qui regarde le paſſage que la République s'eſt engagée
par le Traité de Velau d'accorder aux Troupes
Pruffiennes toutes les fois qu'elle en ſeroit
requife.
On propoſera à la même Aſſemblée d'accorder
àla Czarine le titre d'Impératrice , demandé depuis
long- tems par cette Princeſſe.
Le Comte de Keizerling ,Envoyé extraordinaire
de la Czarine , doit aller inceſſamment réſider en
cette qualité auprès de l'Empereur , & il fera remplacé
à Varſovie par le Comte de Beſtuchef , qui
eft actuellement à Berlin .
L'Empereur a nommé le Baron de Vezel fon Plénipotentiaire
en cette Cour.
Les Comtes Charles & Gustave Biron , & le Genéral
Biſmark ſont arrivés de Siberie ; & le bruit
court que les deux premiers ſe retireront en Curlande.
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8695
p. 175
FRANCFORT.
Début :
ON a appris de cette Ville du 8 de ce mois, que le 27 du mois dernier l'Empereur fit à [...]
Mots clefs :
Troupes, Empereur, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRANCFORT.
FRANCFORT .
N a appris de cette Ville du 8 de ce mois ,
que le 27 du mois dernier l'Empereur fit à
Eberſberg la revûë générale de ſon armée , & que
S. M. I. alla enſuite avec une nombreuſe eſcorte
reconnoître les environs de ſon Camp juſqu'à
Waſſeſbourg , dont la garniſon fit un grand feu
ſur les Troupes qui accompagnoient l'Empereur.
Ce Prince s'avança le lendemain à Hagg , & le
.29 à Mulhdorf, dont il ſe rendit maître. Il continua
les jours ſuivans ſa marche , & fur la nouvelle
qu'on reçût que les troupes qui avoient été laifſéesdans
Waſſeſbourg par le Comte de Bathiany ,
avoient abandonné ce poſte , la plus grande partie
de l'armée Impériale marcha de l'autre côté de
l'Inn.
Les Payſans de pluſieurs Villages , ſitués le long
de la Salza , ayant pris les armes ,ils ont ſurpris la
Ville de Reichenhall , dont ils ont taillé en piéces
lagarniſon. :
,
Un corps de troupes Palatines a joint l'armée
de l'Empereur avec huit piéces de canon & l'en
y attendoit un train d'Artillerie de vingt canons &
de dix nortiers .
LeComte de Bathiany s'eſt retiré ſous Braunau
avec les troupes qu'il commande , & il avoit un
poſte avancé à Burekhauſen.
N a appris de cette Ville du 8 de ce mois ,
que le 27 du mois dernier l'Empereur fit à
Eberſberg la revûë générale de ſon armée , & que
S. M. I. alla enſuite avec une nombreuſe eſcorte
reconnoître les environs de ſon Camp juſqu'à
Waſſeſbourg , dont la garniſon fit un grand feu
ſur les Troupes qui accompagnoient l'Empereur.
Ce Prince s'avança le lendemain à Hagg , & le
.29 à Mulhdorf, dont il ſe rendit maître. Il continua
les jours ſuivans ſa marche , & fur la nouvelle
qu'on reçût que les troupes qui avoient été laifſéesdans
Waſſeſbourg par le Comte de Bathiany ,
avoient abandonné ce poſte , la plus grande partie
de l'armée Impériale marcha de l'autre côté de
l'Inn.
Les Payſans de pluſieurs Villages , ſitués le long
de la Salza , ayant pris les armes ,ils ont ſurpris la
Ville de Reichenhall , dont ils ont taillé en piéces
lagarniſon. :
,
Un corps de troupes Palatines a joint l'armée
de l'Empereur avec huit piéces de canon & l'en
y attendoit un train d'Artillerie de vingt canons &
de dix nortiers .
LeComte de Bathiany s'eſt retiré ſous Braunau
avec les troupes qu'il commande , & il avoit un
poſte avancé à Burekhauſen.
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8696
p. 175-177
BAVIERE.
Début :
ON mande de Munich du 23 du mois dernier que les Troupes de la Reine de Hongrie, [...]
Mots clefs :
Munich, Armée impériale, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BAVIERE.
BAVIERE.
Nmande de Munich du 23 du mois dernier
que les Troupes de la Reine de Hongrie
ſous les ordres du Baron de Berencklau
, campetont
le 12 dans les environs de cette Ville ; que le
H ilij
176 MERCURE DE FRANCE.
Général Bathiany en ayantpris le commandement ;
elles ſe remirent en marche le 15 , pour ſe rendre
vers l'Inn , & que le lendemain un détachement
de 1500 hommes , que le Général Bathiany avoit
Jaiflé à Munich ſous les ordres du Colonel Litfch ,
ſe retira auſſi dès la pointe du jour , après avoir
mis le feu au pont ſur l'Ifer .
Les Huſſards de l'Armée Impériale parurent une
heure après à une petite diſtance de Munich , &
ayant donné la chaffe à ce détachement , ils tuerent
ou firent priſonniers pluſieurs des Soldats dont
il étoit compoſé.
Le méme jour , le Comte de S. Germain ſe ren-
'dit à Munich avec mille Cuiraffiers & un pareil
nombre de Dragons des troupes Impériales , & il
reprit poſſeſſion de la Ville au nom de l'Empereur.
L'Armée Impériale s'avança le 17 à Augfbourg ,
dont les Magiftrats envoyerent des Députés au
Maréchal de Seckendorf , pour le complimenter.
Le 21 , l'Empereur arriva au Château de Nimphenbourg
; S. M. I. fit le 22 ſon entrée dans Munich
, & le 23 elle ſe mit à la tête de ſon armée ,
avec laquelle elle ſe diſpoſoit à paſſer l'Iſer .
On apprend de Munich du 10 de ce mois , que
l'Armée Impériale , au lieu de ſuivre le Comte de
Bathiany , qui s'étoit rétiré du côté de Braunau
avec les troupes qu'il commande , marcha le 6 de
ce mois à l'Abbaye d'Eggenfeldt , où l'Empereur a
établi ſon quartier général , & qu'il a été réſolu
dans le dernier Confeil de Guerre , que S. M. I ,
a tenu , de ne point s'arrêter au Siége de Braunau
mais de s'avancer vers Paffan , afin de s'emparer
de la Fortereffe d'Oberhaus , &de ſe rendre maître
du cours du Danube.
S. M. I. a accordé une Amniſtie à tous ceux de
ſes Sujets qui ont pu manquer à la fidélité qu'ils lui
NOVEMBRE. 1744. 177
devoient , & elle a promis par une déclaration parțiculiere
de ne faire aucune recherche ſur ce qui
s'eſt paſſé pendant que les ennemis étoient en pofſeſſion
de la Baviere.
,
Les ennemis ont abandonné non-feulement la
Ville de Wafferbourg mais encore le Château
de Roſenheim , & le Prince de Saxe Hildbursghaufen
s'eſt emparé de New Bayern , où il y avoit
300 hommes , dont 100 ont été faits prifonniers &
les autres taillés en piéces ou mis en fuite.
Nmande de Munich du 23 du mois dernier
que les Troupes de la Reine de Hongrie
ſous les ordres du Baron de Berencklau
, campetont
le 12 dans les environs de cette Ville ; que le
H ilij
176 MERCURE DE FRANCE.
Général Bathiany en ayantpris le commandement ;
elles ſe remirent en marche le 15 , pour ſe rendre
vers l'Inn , & que le lendemain un détachement
de 1500 hommes , que le Général Bathiany avoit
Jaiflé à Munich ſous les ordres du Colonel Litfch ,
ſe retira auſſi dès la pointe du jour , après avoir
mis le feu au pont ſur l'Ifer .
Les Huſſards de l'Armée Impériale parurent une
heure après à une petite diſtance de Munich , &
ayant donné la chaffe à ce détachement , ils tuerent
ou firent priſonniers pluſieurs des Soldats dont
il étoit compoſé.
Le méme jour , le Comte de S. Germain ſe ren-
'dit à Munich avec mille Cuiraffiers & un pareil
nombre de Dragons des troupes Impériales , & il
reprit poſſeſſion de la Ville au nom de l'Empereur.
L'Armée Impériale s'avança le 17 à Augfbourg ,
dont les Magiftrats envoyerent des Députés au
Maréchal de Seckendorf , pour le complimenter.
Le 21 , l'Empereur arriva au Château de Nimphenbourg
; S. M. I. fit le 22 ſon entrée dans Munich
, & le 23 elle ſe mit à la tête de ſon armée ,
avec laquelle elle ſe diſpoſoit à paſſer l'Iſer .
On apprend de Munich du 10 de ce mois , que
l'Armée Impériale , au lieu de ſuivre le Comte de
Bathiany , qui s'étoit rétiré du côté de Braunau
avec les troupes qu'il commande , marcha le 6 de
ce mois à l'Abbaye d'Eggenfeldt , où l'Empereur a
établi ſon quartier général , & qu'il a été réſolu
dans le dernier Confeil de Guerre , que S. M. I ,
a tenu , de ne point s'arrêter au Siége de Braunau
mais de s'avancer vers Paffan , afin de s'emparer
de la Fortereffe d'Oberhaus , &de ſe rendre maître
du cours du Danube.
S. M. I. a accordé une Amniſtie à tous ceux de
ſes Sujets qui ont pu manquer à la fidélité qu'ils lui
NOVEMBRE. 1744. 177
devoient , & elle a promis par une déclaration parțiculiere
de ne faire aucune recherche ſur ce qui
s'eſt paſſé pendant que les ennemis étoient en pofſeſſion
de la Baviere.
,
Les ennemis ont abandonné non-feulement la
Ville de Wafferbourg mais encore le Château
de Roſenheim , & le Prince de Saxe Hildbursghaufen
s'eſt emparé de New Bayern , où il y avoit
300 hommes , dont 100 ont été faits prifonniers &
les autres taillés en piéces ou mis en fuite.
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8697
p. 177-178
ITALIE.
Début :
LE 2 Octobre, l'Infant Don Philippe fut averti que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer & [...]
Mots clefs :
Chevaux, Roi de Sardaigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 2 Octobre , l'Infant Don Philippe fut averti
que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer &
fecourir Coni , il laiſſa pour la garde de ſon camp
18 Bataillons des deux Nations alliées , & avec 20
Bataillons Eſpagnols & 18 François , & 60 Efcadrons
, dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del Ulmo . Sa
droite fut appuyée,à ce Convent , ſa gauche à une
Caffine ; une autre Caffine fortifiée couvroit le
centre de ſon armée ; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie , tant Françoiſe
qu'Eſpagnole; le 30 Septembre, l'es Entremis s'avan
cerent fur deux colonnes paralleles. Le Roi de Sardaigne
porta ſon Infanterie le long d'une chauſſéebordée
deNavilles& couvrit les flancs de ſes troupes
de chevaux de friſeşil en plaça de même au frontde
ſon armée, après une violente canonade, à une heure
après midi , les Grenadiers Piemontois attaquerent
les Caffines qui défendoient les retranchemens des
François&des Eſpagnols&le Portde laMadonnadel
Ulmo.Ils furent repouffés dans toutes leurs attaques
fucceſſives;vers less heures du ſoir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées ; celle
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
des ennemis fut repouffée de toutes parts &dans
toutes ſes tentatives réitérées , & fur les dix heures,
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte confidérable
qu'il avoit faite & qu'il ne pouvoit plus
réſiſter aux vainqueurs , abandonna une partie de
fon artillerie & fes innombrabies chevaux de friſe ,
&ſe retira en laiſſant des détachemens de Grenadiers
, qui tirerent pendant deux heures ſur nos
troupespour cacher ſa retraite ; leur feu ceſſa à minuit
, & dès la pointe du jour l'Infant les fit ſuivre
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de sc00
hommes , tués ou bleſſes , & cinq piéces de canon.
L'armée Françoiſe & Eſpagnole ne compte que
près de 900 morts & 1200 bleffés. Les principaux
Officiers François bleſſes ſont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général ; le Chevalier Chauvelin
, Brigadier , & le Marquis de la Force , à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués ſous le Prince de Conty , & deux coups
dans ſa cuiraffe , prouvent les dangers que ſa valeur
a furmontés.
Les différentes diſpoſitions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne penſe qu'à ſe retirer
de l'Etat Eccléſiaſtique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Eſpagne , eſt fort ſupérieur en forces à ce
-Général..
E 2 Octobre , l'Infant Don Philippe fut averti
que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer &
fecourir Coni , il laiſſa pour la garde de ſon camp
18 Bataillons des deux Nations alliées , & avec 20
Bataillons Eſpagnols & 18 François , & 60 Efcadrons
, dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del Ulmo . Sa
droite fut appuyée,à ce Convent , ſa gauche à une
Caffine ; une autre Caffine fortifiée couvroit le
centre de ſon armée ; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie , tant Françoiſe
qu'Eſpagnole; le 30 Septembre, l'es Entremis s'avan
cerent fur deux colonnes paralleles. Le Roi de Sardaigne
porta ſon Infanterie le long d'une chauſſéebordée
deNavilles& couvrit les flancs de ſes troupes
de chevaux de friſeşil en plaça de même au frontde
ſon armée, après une violente canonade, à une heure
après midi , les Grenadiers Piemontois attaquerent
les Caffines qui défendoient les retranchemens des
François&des Eſpagnols&le Portde laMadonnadel
Ulmo.Ils furent repouffés dans toutes leurs attaques
fucceſſives;vers less heures du ſoir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées ; celle
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
des ennemis fut repouffée de toutes parts &dans
toutes ſes tentatives réitérées , & fur les dix heures,
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte confidérable
qu'il avoit faite & qu'il ne pouvoit plus
réſiſter aux vainqueurs , abandonna une partie de
fon artillerie & fes innombrabies chevaux de friſe ,
&ſe retira en laiſſant des détachemens de Grenadiers
, qui tirerent pendant deux heures ſur nos
troupespour cacher ſa retraite ; leur feu ceſſa à minuit
, & dès la pointe du jour l'Infant les fit ſuivre
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de sc00
hommes , tués ou bleſſes , & cinq piéces de canon.
L'armée Françoiſe & Eſpagnole ne compte que
près de 900 morts & 1200 bleffés. Les principaux
Officiers François bleſſes ſont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général ; le Chevalier Chauvelin
, Brigadier , & le Marquis de la Force , à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués ſous le Prince de Conty , & deux coups
dans ſa cuiraffe , prouvent les dangers que ſa valeur
a furmontés.
Les différentes diſpoſitions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne penſe qu'à ſe retirer
de l'Etat Eccléſiaſtique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Eſpagne , eſt fort ſupérieur en forces à ce
-Général..
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8698
p. 178-179
ESPAGNE.
Début :
L'escadre Espagnole, qui a pour Commandant M. d'Auteuil, a pris dix Vaisseaux Hollandois [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
L
'Eſcadre Eſpagnole , qui a pour Commandant
M. d'Auteuil , a pris dix Vaiſſeaux Hollandois
qui faisoient partie d'un convoi deſtiné pour la
Flotte que le Roi de la Grande-Bretagne a dans la
NOVEMBRE. 1744.- 179
Méditerranée ; ils étoient chargésd'agrès & de munitions
de guerre , le reſte du convoi , eſcorté de
deux Vaiſſeaux de guerre , s'eſt ſauvé , & a été
pourſuivi du côté de l'Afrique.
M. Greffein , Sécretaire d'Ambaſſade , chargé
dans cette Cour des affaires de la République de
Hollande , a préſenté au Miniſtere un Mémoire au
ſujet de la priſe de ces Vaiſſeaux, il prétend qu'ils
faifoient ſeulement voile de conſerve avec les
Vaiſſeaux Anglois .
Onmande de Madrid du 27du mois dernier que
le Roi a pris le deüil pour trois ſemaines à l'occa
fion de la mort de Madame de France , fixiéme fille
de S. M. T. С.
Le 21, Don Antoine Alos, Brigadier des armées
du Roi d'Eſpagne , arriva du Camp devant Coni ,
d'où il avoit été dépêché par l'Infant Don Philippe
, pour informer S. M. du détail de l'action qui
s'eſt paffée le 30 Septembre dernier entre les troupes
combinées de France & d'Eſpagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi
que la Galere le Prince des Afturies, commandée par
Don Paulde Larrea , s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du Brigantin Anglois les deux Freres , de 70
tonneaux , dont la charge confiftoit en 115s quinteaux
de Moruë , & en dix barriques de Saumon.
L
'Eſcadre Eſpagnole , qui a pour Commandant
M. d'Auteuil , a pris dix Vaiſſeaux Hollandois
qui faisoient partie d'un convoi deſtiné pour la
Flotte que le Roi de la Grande-Bretagne a dans la
NOVEMBRE. 1744.- 179
Méditerranée ; ils étoient chargésd'agrès & de munitions
de guerre , le reſte du convoi , eſcorté de
deux Vaiſſeaux de guerre , s'eſt ſauvé , & a été
pourſuivi du côté de l'Afrique.
M. Greffein , Sécretaire d'Ambaſſade , chargé
dans cette Cour des affaires de la République de
Hollande , a préſenté au Miniſtere un Mémoire au
ſujet de la priſe de ces Vaiſſeaux, il prétend qu'ils
faifoient ſeulement voile de conſerve avec les
Vaiſſeaux Anglois .
Onmande de Madrid du 27du mois dernier que
le Roi a pris le deüil pour trois ſemaines à l'occa
fion de la mort de Madame de France , fixiéme fille
de S. M. T. С.
Le 21, Don Antoine Alos, Brigadier des armées
du Roi d'Eſpagne , arriva du Camp devant Coni ,
d'où il avoit été dépêché par l'Infant Don Philippe
, pour informer S. M. du détail de l'action qui
s'eſt paffée le 30 Septembre dernier entre les troupes
combinées de France & d'Eſpagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi
que la Galere le Prince des Afturies, commandée par
Don Paulde Larrea , s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du Brigantin Anglois les deux Freres , de 70
tonneaux , dont la charge confiftoit en 115s quinteaux
de Moruë , & en dix barriques de Saumon.
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8699
p. 179-180
GENES ET ISLE DE CORSE.
Début :
ON mande de Gênes du 2[6] du mois dernier, qu'on y a appris que les obstacles de la saison [...]
Mots clefs :
Gênes, Armée combinée, Prince de Conti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GENES ET ISLE DE CORSE.
GENES ET ISLE DE CORSE..
N mande de Gênes du 25 du mois dernier ,
appris que les obstacles de la faifon
n'ayant pas permis à l'armée combinée de France
&d'Eſpagne de continuer le Siége de Coni , l'Infant
Don Philippe & le Prince de Conty étoient
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
décampésle 21 , & que les troupes Françoiſes &
Eſpagnoles , qui n'ont été nullement inquiétées
dans leur retraite par les Piemontois , étoient fous
Demont , où elles devoient demeurer juſqu'au retour
des deux couriers , qui ont été dépêchés , l'un
par le Prince de Conty au Roi de France , & l'autre
par l'Infant en Eſpagne.
On a appris de Gênes du 2 de ce mois , que le
dernier courier qui est arrivé, de Turin a rapporté
que depuis que l'armée combinée de France
&d'Efpagne eft retournée dans ſon Camp ſous Démont,
le Roi de Sardaigne a établi fon quartier général
à Vignolo , entre cette Forterefle & la Ville
de Coni .
Selon les avis reçûs de l'Etat Eccléſiaſtique , on
ne croit pas que le Prince de Lobckowits demeu-.
re encore long- tems dans ſon Camp de Nemi , &
l'on affûre que les troupes qui font tous les ordres
font fort inférieures à l'armée des Eſpagnols &
des Napolitains.
N mande de Gênes du 25 du mois dernier ,
appris que les obstacles de la faifon
n'ayant pas permis à l'armée combinée de France
&d'Eſpagne de continuer le Siége de Coni , l'Infant
Don Philippe & le Prince de Conty étoient
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
décampésle 21 , & que les troupes Françoiſes &
Eſpagnoles , qui n'ont été nullement inquiétées
dans leur retraite par les Piemontois , étoient fous
Demont , où elles devoient demeurer juſqu'au retour
des deux couriers , qui ont été dépêchés , l'un
par le Prince de Conty au Roi de France , & l'autre
par l'Infant en Eſpagne.
On a appris de Gênes du 2 de ce mois , que le
dernier courier qui est arrivé, de Turin a rapporté
que depuis que l'armée combinée de France
&d'Efpagne eft retournée dans ſon Camp ſous Démont,
le Roi de Sardaigne a établi fon quartier général
à Vignolo , entre cette Forterefle & la Ville
de Coni .
Selon les avis reçûs de l'Etat Eccléſiaſtique , on
ne croit pas que le Prince de Lobckowits demeu-.
re encore long- tems dans ſon Camp de Nemi , &
l'on affûre que les troupes qui font tous les ordres
font fort inférieures à l'armée des Eſpagnols &
des Napolitains.
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8700
p. 180-181
GRANDE BRETAGNE.
Début :
LE 17 Septembre, le Roi tint à Kensington un Conseil d'Etat, & ensuite fit partir des couriers [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Vaisseaux, Tonneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
E 17 Septembre , le Roi tint à Kensington un
Conſeil d'Etat , & enſuite fit partir des couriers
pour Vienne, pour Bruxelles & pour la Haye.
L'Eſcadre qui va relever en Amérique celle du
Chevalier Chaloner-Ogle, eſt commandée par PAmiral
Dawers,& est compoſée de deux Vaifleaux de
90 canons , de deux de 80 , de trois de 70 , de quatre
de 60 , & de quatre de 40.
Les revenus des Douannes ont produit cette année
90000 livres ſterlings de moins que l'année
derniere.
NOVEMBRE. 1744. 181
1
On apprend de Londres du 16 de ce mois , que
le Vaiſſeau de guer le Jerſey , commandé par le
Capitaine Hardy , conduifit le 8 à Plymouh les
Vailleaux François l'Espérance , l'Intrépide, le Mentor
& la Marie-Théreſe, dont les deux derniers venoient
de la Martinique & de S. Domingue , &
étoient richement chargés .
Un Armateur de l'iſte d'Antigoa s'eſt rendu
maître d'un Vaiſſeau de la même Nation , à bord
duquel en a trouvé 200 barriques de Sucre , 54
tonneaux de Caffé & pluſieurs tonneaux d'lu
dīgo .
E 17 Septembre , le Roi tint à Kensington un
Conſeil d'Etat , & enſuite fit partir des couriers
pour Vienne, pour Bruxelles & pour la Haye.
L'Eſcadre qui va relever en Amérique celle du
Chevalier Chaloner-Ogle, eſt commandée par PAmiral
Dawers,& est compoſée de deux Vaifleaux de
90 canons , de deux de 80 , de trois de 70 , de quatre
de 60 , & de quatre de 40.
Les revenus des Douannes ont produit cette année
90000 livres ſterlings de moins que l'année
derniere.
NOVEMBRE. 1744. 181
1
On apprend de Londres du 16 de ce mois , que
le Vaiſſeau de guer le Jerſey , commandé par le
Capitaine Hardy , conduifit le 8 à Plymouh les
Vailleaux François l'Espérance , l'Intrépide, le Mentor
& la Marie-Théreſe, dont les deux derniers venoient
de la Martinique & de S. Domingue , &
étoient richement chargés .
Un Armateur de l'iſte d'Antigoa s'eſt rendu
maître d'un Vaiſſeau de la même Nation , à bord
duquel en a trouvé 200 barriques de Sucre , 54
tonneaux de Caffé & pluſieurs tonneaux d'lu
dīgo .
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