Mademoiselle de Beaujolois , Princesse du Sang,
mourut de la petite verole à Bagnolet près de cetre
Ville , le 21. de ce mois à une heure après
midi , âgée de 19. ans , cinq mois et trois jours;
elle avoit reçu le matin ses Sacremens avec la pieté
qui accompagnoit en elle les qualités du coeur
et de l'esprit , les plus propres à former le caractere
d'une Princesse. Mademoiselle de Baujolois
née à Versailles le 18. Decembre 1714. se
nommoit Philippe - Elizabeth d'Orleans , et étoit
fille de feu Monsieur le Duc d'Orleans , petit
Fils de France , Regent du Royaume , mort le
2. Decembre 1723. et de Son Altesse Royale.
La maladie dont Mademoiselle de Beaujolois esc
morte n'ayant pas permis de lui rendre les honneurs
1038 MERCURE DE FRANCE
deson
neurs funebres convenables aux personnes
rang , son corps fut porté la nuit du 21. au 22.
sans aucune ceremonie , à l'Abbaye Royale du
Val- de- Grace , où il fut mis dans le caveau de
la Chapelle de la Reine Anne d'Autriche. 11 fut
presenté par l'Abbé Ragon , qui prononça le
Discours suivant.
MADAM ES,
Nous avons l'honneur de vous presenter le Corps
de Son Altesse Sereniffime Très - Haute , Très-
Puissante et Très-Excellente Princesse P. E. d'Orleans
, fille de feu Son Altesse Royale Très Haut,
Très-Puissant et Très-Excellent Prince Monseigneur
Philippe d'Orleans Petit- Fils de France et de
Son Altesse Royale Très - Haute , Très-Puissante et
Très - Excellente Princesse Marie - Françoise de
Bourbon. Les larmes que vous voyez ici répandre ,
et dont je puis à peine me défendre moi- même , attestent
ouvertement les qualités et les vertus éminentes
de celle qui les fait couler ; elles disent , mais
avec une éloquence où l'Orateur le plus disert ne
fçauroit atteindre, combien est grande la perte qu'un
chacun de nous ou plutôt que la France entiere
vient defaire . L'Illustre Princesse que nous pleurons
paroissoit néepar les charmes de sa personne,pour être
Pornement de son siecle, et par ses inclinations,bienfaisantes
pour en être les délices. Une mort prématu
rée l'a fait disparoître subitement à nos regards; mais
cette mort toute prématurée qu'elle soit n'a point été
imprévûë pour elle . Toujours elle fut pénétrée des
sentimens les plus vifs de la Religion,ainsi elle a eu
soin de prévenir ses derniers momens par les actes
les plus marqués de la pieté la plus sincere et la plus
fervente. De pareilles preuves nous donnent lieu de
présumer que le Cielretentit actuellement de Cantiques
'MAY. 1734. 1039
ques d'allegresse , tandis que la terre est plongée
dans la douleur : Cependant comme nous ignorons
à quel point la Justice Divine s'exerce sur les Ames
mêmes que nous croyons les plus épurées , nous vous
prions , Madame , d'unir vos fuffrages et ceux de
votre Sainte Communauté, aux prieres que P'Eglise
ne manquera pas d'adresser en sa faveur au Dien.
des misericordes.